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If you are not located in the United States, you -will have to check the laws of the country where you are located before -using this eBook. - -Title: Une grande dame de la cour de Louis XV - La duchesse d'Aiguillon (1726-1796) - -Author: Paul d'Estrée - Albert Collet - -Contributor: Frantz Funck-Brentano - -Release Date: December 26, 2021 [eBook #67010] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -Produced by: Chuck Greif, Clarity and the Online Distributed Proofreading - Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from - images generously made available by The Internet - Archive/Canadian Libraries) - -*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK UNE GRANDE DAME DE LA COUR DE -LOUIS XV *** - - - - - LA - DUCHESSE D’AIGUILLON - - - - - OUVRAGES DE PAUL D’ESTRÉE - - -=Œuvres inédites de Motin= (avec notice et notes). Paris, librairie des -bibliophiles, 1883. - -=Mémoires de Voltaire, écrits par lui-même= (avec notes et commentaires). -Paris, Kolb, 1891. - -=Les Hohenzollern= (en collaboration avec E. Neukomm). Paris, Perrin et -Cⁱᵉ, 1892. - -=Un policier homme de lettres. L’Inspecteur Meusnier (1748-1757).= Paris, -aux bureaux de la Nouvelle Revue rétrospective, 1892. - -=Les Explosifs au XVIIIᵉ siècle.= Paris, aux bureaux de la Nouvelle Revue -rétrospective, 1894. - -=Journal inédit du lieutenant de police Feydeau de Marville (1744).= -Paris, aux bureaux de la Nouvelle Revue rétrospective, 1897. - -=Les théâtres libertins du XVIIIᵉ siècle= (en collaboration avec Henri -d’Alméras). Paris, Daragon, 1905. _Épuisé._ - -=Les organes de l’Opinion publique dans l’Ancienne France= (en -collaboration avec Fr. Funck-Brentano). Paris, Hachette et Cⁱᵉ. - -I. =Les Nouvellistes=, 2ᵉ édition, 1905. - -II. =Figaro et ses devanciers=, 1909. - - -_EN PRÉPARATION_: - -III. =La Presse clandestine.= - -=Le Père Duchesne. Hébert et la Commune de Paris (1792-1794).= (Couronné -par l’Académie française). Paris, Ambert et Cⁱᵉ, 1909. - - - OUVRAGES DE ALBERT CALLET - - =Virien le Grand.= _Son château. Ses Seigneurs. Chez Montbarbon - (Belley)._ - - =Ph. Berthelier=, _fondateur de la République de Genève. Chez - Fishbacher._ - - =Honoré Fabri.= _Un Savant oublié._ - - =Le Vieux Paris Universitaire.= _Chez Delagrave._ - - =L’agonie du Vieux Paris.= _Chez H. Daragon._ - -[Illustration: La Duchesse d’Aiguillon, née Plélo - -(Galerie du Marquis de Chabrillan)] - - - - - UNE GRANDE DAME DE LA COUR DE LOUIS XV - - - LA - - DUCHESSE D’AIGUILLON - - (1726-1796) - - _d’après des documents inédits_ - - PAR - - PAUL D’ESTRÉE et ALBERT CALLET - - PRÉFACE DE F. FUNCK-BRENTANO - - - TROISIÈME ÉDITION - - - PARIS - ÉMILE-PAUL, ÉDITEURS - 100, RUE DU FAUBOURG-SAINT-HONORÉ, 100 - - 1912 - - - - - A MADAME LA MARQUISE DE CHABRILLAN, - - -_Ce livre est dédié en témoignage de notre profonde et respectueuse -gratitude._ - -_C’est à elle, c’est aux documents d’archives familiales dont sa -bienveillance nous ouvrit le trésor, que nous avons dû de mieux -connaître, de mieux apprécier les vertus de son illustre aïeule, la -duchesse d’Aiguillon, cette noble inspiratrice de notre travail._ - -_Ainsi se perpétue d’âge en âge, entre de pieuses mains et pour le plus -grand honneur de l’Histoire, ce culte éclairé de la tradition qui n’est -pas une des moindres gloires de notre chère France._ - - Paul D’ESTRÉE. Albert CALLET. - - - - -PRÉFACE - - -Deux charmants érudits, M. Paul d’Estrée et M. A. Callet, ont uni leur -savoir et leur talent pour écrire ce livre, dont le cadre est beaucoup -plus vaste que le titre en sa modestie ne consent à nous l’indiquer; car -voici en réalité une histoire de la fin du règne de Louis XV et du -commencement de celui de Louis XVI, de cette époque inquiète, troublée, -troublante, où, sans que les contemporains s’en doutassent, se jouaient, -autour de futiles intrigues de Cour, les destinées d’un peuple, on peut -dire d’une civilisation. - -La bonne et intelligente duchesse d’Aiguillon sert de guide en ce dédale -souvent confus--confus, non par le fait des auteurs, mais par celui des -événements, multiples et complexes, qu’ils avaient à présenter. M. Paul -d’Estrée est un historien du théâtre, un des plus brillants lauréats de -la Société de l’Histoire du Théâtre, et peut-être nous pardonnera-t-il -la familiarité trop grande de la comparaison que nous oserons hasarder, -et sans doute nous la pardonnera-t-il d’autant plus volontiers que -c’est du «petit» théâtre, du théâtre de foire et de tréteaux, qu’il -s’est occupé avec le plus d’érudition et de succès. Mᵐᵉ la duchesse -d’Aiguillon nous fait penser en ce livre à une commère de revue; oh! à -une commère très distinguée, très réservée, très grande dame; mais en -somme à une commère qui joue en réalité un rôle secondaire dans -l’ouvrage, mais qui en est le guide, parmi tant de faits divers et -pressés l’un sur l’autre; guide gracieux qui permet au spectateur, je -veux dire au lecteur, de comprendre et de s’y retrouver. - -Et comme il s’agit d’un livre, notre commère ne parle pas comme en une -pièce de théâtre, elle écrit--d’une plume alerte, limpide, intelligente -et gracieusement française--des lettres qui sont autant de foyers de -lumière dans l’ensemble du récit. Ces lettres, pour la plupart inédites, -retrouvées par MM. Paul d’Estrée et A. Callet en des sources diverses, -éclairent non seulement le caractère de l’active et charmante duchesse, -mais les nombreux événements auxquels, de par les fonctions et les faits -et gestes de son mari, elle s’est trouvée directement mêlée. - -Nouvelle et importante contribution à cette histoire, tant discutée -depuis quelques années, du duc d’Aiguillon, de son administration, de sa -direction au ministère des Affaires étrangères, et dont Balzac, par ce -génie de divination historique qui l’a si étonnamment caractérisé, -prévoyait dès 1828 les conclusions de plus en plus généralement admises -aujourd’hui, quand il écrivait dans la préface de ce livre admirable, -_les Chouans_: - -«La prospérité de la Bretagne était le fond même du procès entre La -Chalotais et d’Aiguillon. Le mouvement rapide des esprits vers la -Révolution a empêché jusqu’ici la révision de ce célèbre procès, mais -lorsqu’un ami de la vérité jettera quelque lumière sur cette lutte, les -physionomies historiques de l’oppresseur et de l’opprimé prendront des -aspects bien différents de ceux que leur a donnés l’opinion des -contemporains. Le patriotisme national d’un homme (Aiguillon), qui ne -cherchait peut-être qu’à faire le bien qu’au profit du fisc et de la -royauté, rencontra ce patriotisme de localité si funeste au progrès des -lumières. Le ministre avait raison, mais il opprimait; la victime avait -tort, mais elle était dans les fers; et en France le sentiment de la -générosité étouffe même la raison. L’oppression est aussi odieuse au nom -de la vérité qu’au nom de l’erreur. - -«M. d’Aiguillon avait tenté d’abattre les haies de la Bretagne, de lui -donner du pain en introduisant la culture du blé, d’y tracer des -chemins, des canaux, d’y faire parler le français, d’y perfectionner le -commerce et l’agriculture, enfin d’y mettre le germe de l’aisance pour -le plus grand nombre et la lumière pour tous: tels étaient les -résultats éloignés des mesures dont la pensée donna lieu à ce grand -débat. L’avenir du pays devenait une riche et féconde espérance. - -«Que de gens de bonne foi seraient étonnés d’apprendre que la victime -(La Chalotais) défendait les abus, l’ignorance, la féodalité, -l’aristocratie et n’invoquait la tolérance que pour perpétuer le mal -dans son pays! Il y avait deux hommes dans cet homme: le Français qui, -dans les hautes questions d’intérêt général, proclamait, d’une voix -généreuse, les plus salutaires principes; le Breton, auquel d’antiques -préjugés étaient si chers que, semblable au héros de Cervantès, il -déraisonnait avec éloquence et fermeté, aussitôt qu’il s’agissait de -guérir les plaies de la Bretagne.» - -Ces pages, admirables de clairvoyance et d’intelligence historique, -méritaient d’être imprimées en tête de ce livre consacré, en grande -partie, au duc d’Aiguillon et à sa lutte en Bretagne contre les -partisans des traditions et des coutumes locales. Balzac s’y est montré -une fois de plus l’écrivain du XIXᵉ siècle qui a été le mieux doué pour -écrire l’histoire; de quoi il a d’ailleurs laissé des preuves -ineffaçables dans les _Mémoires de deux jeunes mariées_, dans le -_Cabinet des Antiques_, dans l’_Envers de l’Histoire contemporaine_ et -dans _les Chouans_ que nous venons de citer. - -On aura notamment remarqué le passage où il oppose l’esprit «national» -du duc d’Aiguillon à l’esprit tout imprégné d’idées locales et -particularistes de La Chalotais; c’est déjà le «patriotisme» des hommes -de la Révolution, opposé au «fédéralisme» qu’ils combattront avec une si -terrifiante rigueur. - -Le duc d’Aiguillon avait compris la nécessité de la réforme -administrative qui s’imposait dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle à -la France entière. - -Les hommes qui, comme lui, comme Maupeou, comme Vergennes, et quelques -autres, eurent l’intelligence des besoins d’une société nouvelle, ne -purent malheureusement réaliser leur tâche: les La Chalotais se -trouvèrent trop nombreux devant eux pour que les réformes pussent -aboutir par des voies de douceur. La Révolution les accomplira avec -l’aide efficace de la guillotine; et la Restauration, en pleine -réaction, ne songera plus un instant à revenir sur l’œuvre accomplie. - -Pour Maupeou, l’un des collaborateurs du duc d’Aiguillon, MM. Paul -d’Estrée et A. Callet se montrent sévères, trop sévères à notre avis. -Maupeou poursuivait, dans le domaine de la justice, le même but que son -collègue, l’ancien gouverneur de la Bretagne, dans le domaine -administratif; il le poursuivit par les mêmes moyens, et l’histoire doit -aujourd’hui lui donner raison, à lui également. Maupeou tombe du -ministère et les parlementaires qui voudront résister aux réformes qu’il -avait préconisées ne tarderont pas à expier leur résistance sous le -couperet de la guillotine. Après quoi, nous avons eu les réformes -judiciaires que Maupeou avait voulu nous donner. - -Aiguillon et Maupeou ont donc connu le destin des précurseurs. Problèmes -aux vastes horizons, mais où le lecteur se promène en ce charmant -ouvrage, dû à la plume attentive de MM. d’Estrée et Callet, comme en une -campagne infiniment accidentée et pittoresque, où l’on ne circule que -par mille agréables détours, non sans être captivé, de-ci, de-là, par -les points de vue les plus «flatteurs»--comme on disait au temps de la -bonne et séduisante duchesse d’Aiguillon. - - Frantz FUNCK-BRENTANO. - - - - -LA - -DUCHESSE D’AIGUILLON - - - - -I - - _Mère et fille.--Parallèle de la duchesse de Choiseul et de la - duchesse d’Aiguillon: analogies de leurs destinées - respectives.--Pourquoi l’Histoire les a traitées inégalement.--La - Correspondance et les Correspondants de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Son style - et son écriture.--Les papiers du chevalier de Balleroy.--Utilité - documentaire des lettres de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Leur corrélation avec - la biographie du ministre de Louis XV._ - - -Une très grande dame de la Cour de Louis XV, la duchesse d’Aiguillon, -était fille du comte de Bréhan-Plélo, ambassadeur de France à -Copenhague, qui fut tué au siège de Dantzick en 1734 et de -Louise-Françoise Phélypeaux de la Vrillière, morte trois ans après, en -mars 1737. - -A l’exemple de cette martyre de l’amour conjugal, Louise-Félicité de -Bréhan-Plélo, sa fille, qui devait se marier, le 4 février 1740[628], -avec le comte d’Agénois[2], depuis duc d’Aiguillon, fut l’épouse -accomplie, la mère attentive, la gardienne, vigilante et irréprochable, -de la fortune familiale et de l’honneur du nom, en un mot la femme forte -de l’Écriture. - -Si la nature, trop souvent ingrate aux belles âmes, ne départit pas à la -mère et à la fille les avantages physiques, toutes deux reçurent, en -compensation, les dons les plus heureux de l’esprit et du cœur. Mais, -hélas! combien ces qualités, moins brillantes que solides, pèsent peu -dans les balances, où, trop souvent, la seule frivolité détermine la -valeur des réputations mondaines! - -Aussi les noms de la comtesse de Plélo et de la duchesse d’Aiguillon -n’ont-ils laissé qu’une trace à peine visible dans les _Mémoires_ et -_Souvenirs contemporains_. Depuis, le premier dut à une étude, parue ces -dernières années, de sortir de l’oubli, où il était resté si longtemps -enseveli[3]. - -Le second a droit à la même justice. - -Un des rares écrivains qui l’aient signalé, et le premier qui ait pris -l’initiative de cette tardive réparation, n’a, il est vrai, qu’une -autorité très discutable. - -Il importe néanmoins de citer la mention que Soulavie, ce publiciste -discrédité, a consacrée à la duchesse d’Aiguillon; car, non seulement, -elle en résume, avec une rigoureuse exactitude, la vie si droite et si -pure, mais encore elle lui associe, par le plus ingénieux des -rapprochements, celle d’une autre femme qui, ayant connu, dans les rangs -adverses, la même fortune, subit la même disgrâce, sans rien perdre de -la noblesse de son attitude, ni du souci de sa dignité. - -«Mᵐᵉˢ d’Aiguillon et de Choiseul, écrit Soulavie, veuves respectables -par leur caractère et leurs vertus, modestes et pleines de réserve -pendant le ministère de leurs époux, ne voulurent jamais se mêler -d’aucune intrigue[4].» - -A peu près oubliées par une Révolution qui devenait moins sanglante et -plus humaine, ces deux femmes vivaient encore, au moment où elles -recevaient un hommage si justement mérité. - -L’une d’elles n’était déjà plus et l’autre allait, à son tour, -disparaître, quand, dix ans plus tard, Soulavie reprenait ce double -éloge, au cours d’une[5] de ses nombreuses publications[6], dans un -parallèle moins concis et fort judicieux. Les portraits restaient les -mêmes, avec des nuances toutefois dans l’expression de la physionomie. - -«Mᵐᵉ de Choiseul, dit Soulavie, développa, comme son mari, un très grand -caractère... Elle voulut le défendre contre les dernières injustices de -Louis XV... Elle fut courageuse, patiente, résignée, mais fière comme -son époux... - -Mᵐᵉ d’Aiguillon était d’un caractère opposé, simple, timide, -silencieuse, mais vertueuse et sensible...» - -Le panégyriste qui, partout ailleurs, s’est heurté à de si vives -contradictions, n’a reçu ici aucun démenti: il a trouvé la note juste. - -Le crayon qu’il a tracé de Mᵐᵉ de Choiseul est en effet des plus -ressemblants: celui de Mᵐᵉ d’Aiguillon n’est pas moins exact. Mais ce -que Soulavie a certainement ignoré, c’est que, tout en paraissant -«timide et silencieuse» à côté de Mᵐᵉ de Choiseul, Mᵐᵉ d’Aiguillon a su, -comme elle, défendre vaillamment son mari, le soutenir et l’encourager -dans les circonstances les plus critiques. - -D’ailleurs que d’analogies entre les destinées respectives de ces deux -femmes! - -Elles étaient mariées à des hommes d’Etat, qui, sous le même roi, en -devinrent successivement le premier, ou «principal» ministre. Si elles -leur gardèrent pieusement la foi conjugale, elles ne furent certes pas -payées de retour. Les bonnes fortunes de Choiseul et de d’Aiguillon ne -se comptaient plus; et chacun d’eux, s’il faut en croire la chronique -scandaleuse du temps, put inscrire, sur la liste de ses conquêtes, au -moins une favorite royale. - -L’un et l’autre, frappés par la disgrâce, furent exilés dans leurs -terres; et la vie de château, à laquelle ils étaient désormais -condamnés, démontra avec quelle dignité souriante leurs femmes -s’entendaient à leur en abréger les trop longues heures par la variété -des plus ingénieuses distractions. - -Choiseul et d’Aiguillon, ces irréconciliables ennemis, se suivirent -d’assez près dans la tombe. Il fallut alors payer les dettes qu’avaient -accumulées leur faste et l’honneur d’avoir servi un maître ingrat. Leur -fortune en fut singulièrement amoindrie. Puis la Révolution survint qui -en acheva la ruine. Les deux veuves vécurent ignorées; et la mort les -trouva pauvres. - -Alors, pourquoi ce caprice du sort, qui, plus d’un demi-siècle après, -met l’une en belle lumière et laisse l’autre en pleine obscurité? - -C’est qu’en restituant dans leur intégrité les lettres de Mᵐᵉ Du Deffand -et de ses amis, dont le XIXᵉ siècle n’avait connu jusqu’alors qu’une -copie maladroite et une version imparfaite, l’inspiration heureuse, et -presque simultanée, de deux érudits sut dégager de cette correspondance -la noble et touchante figure de la duchesse de Choiseul, hier ignorée, -inoubliable aujourd’hui. - - * * * * * - -La femme naît épistolière. D’illustres exemples le prouvent de reste. -Ils déterminent mieux encore le degré de perfection auquel peut -atteindre un don naturel sous l’influence d’une culture intellectuelle -raffinée et continue. - -Or, dans la vie familiale et dans la vie mondaine--les deux pôles -contraires de notre organisme social--la femme trouve des éléments -d’observation qui aiguisent ses relations épistolaires, si banales -soient-elles, des traits les plus fins et les plus délicats. Et la plus -humble, la moins lettrée saisira le détail qui sait peindre, le mot qui -sait toucher, s’agirait-il de l’incident le plus vulgaire de la vie -courante; car la femme écrit presque toujours sous l’impression de son -imagination ou de sa sensibilité. - -C’est ainsi que nous apparaît Mᵐᵉ de Choiseul dans sa correspondance. -Elle se souvient quelquefois encore qu’elle fut la femme du ministre, -mais elle est surtout son amie vigilante et dévouée, soucieuse de son -repos bien que glorieuse de son nom, bonne, obligeante, affectueuse pour -chacun, en un mot, la «grand’maman» comme se plaisaient à l’appeler ses -familiers. - -Par sa disgrâce, son mari, cet égoïste voluptueux, l’avait, pour ainsi -dire, mise en vedette. L’opposition avait pris fait et cause pour -Choiseul exilé à Chanteloup[7]. Chanteloup n’était pas trop éloigné de -Versailles. Ce fut du dernier bon goût--le _snobisme_ d’alors--de faire -le pèlerinage de Chanteloup. Les princes, les rois eux-mêmes y -coururent. Et, pour comble de fortune, Mᵐᵉ Du Deffand, l’amie des -philosophes, et ses entours devinrent les gazetiers de la magnifique -retraite, dont la duchesse faisait, avec la meilleure grâce du monde, -les fatigants honneurs. - - * * * * * - -Mᵐᵉ d’Aiguillon eut un exil moins riant et moins doré. Son mari était -tombé du pouvoir, ne laissant de regrets qu’à ses créatures. Odieux à -cette même opposition parlementaire qui lui reprochait la détention des -La Chalotais et la disgrâce de Choiseul, méprisé des philosophes qui le -croyaient acquis aux jésuites, exécré à la Cour et détesté surtout de -Marie-Antoinette qui ne lui avait jamais pardonné son alliance avec la -Du Barry, le duc d’Aiguillon avait dû se confiner à l’extrémité de la -France, dans son domaine de l’Agénois, où les visites du peu d’amis -restés fidèles à son infortune ne rappelaient que de très loin la cohue -brillante des défilés de Chanteloup. - -La duchesse n’eut pas à lutter contre ce torrent de haine où se -débattait vainement son époux. Elle était ignorée de tous. D’ailleurs, -sa personnalité s’était déjà effacée dans l’ombre d’une autre duchesse -d’Aiguillon, née Crussol, sa belle-mère la douairière, qui, elle aussi, -était grande amie de Mᵐᵉ Du Deffand et de sa coterie. Et cette coterie, -celle des philosophes, des encyclopédistes, des économistes, fut, il -faut bien le reconnaître, la meilleure des agences de publicité pour les -réputations du XVIIIᵉ siècle. - -... _Nul n’aura d’esprit hors nous et nos amis._ - -La douairière d’Aiguillon lui doit ce surnom-réclame, qui la fit passer -à la postérité: _la sœur du pot des philosophes_. - -Sa belle-fille, qui se serait bien gardée d’en briguer la survivance, ne -reçut donc pas des dispensateurs de renommée contemporaine l’investiture -dont bénéficièrent la douairière d’Aiguillon et la duchesse de Choiseul. -Et cependant sa correspondance la désignerait pour occuper un rang -presque égal, quoiqu’elle n’ait eu pour destinataires qu’un très petit -nombre de privilégiés, eux-mêmes fort peu connus. - -Car Mᵐᵉ d’Aiguillon est bien l’épistolière qui sommeille dans le cœur de -toute femme, mais l’épistolière d’élite. Elle a son originalité propre; -elle a le mot qui fait image, le trait qui porte loin. Ses lettres sont -courtes d’ordinaire, mais substantielles. Le style en est simple, net et -concis, plutôt négligé; il ne vise pas à l’effet: il veut surtout -persuader. - -Mᵐᵉ d’Aiguillon n’écrit pas, en effet, pour la galerie: elle cause en -toute sincérité avec des amis à qui elle ouvre son cœur, à qui elle -confie successivement ses espérances, ses joies, ses déceptions, ses -rancœurs, ses tristesses, ses douleurs, sa résignation. Elle sait -d’avance la solidité de leur affection et peut compter sur leur -discrétion, surtout sur leur indulgence, d’autant qu’elle est affligée -d’un terrible défaut--même une tare pour quiconque veut avoir avec ses -parents et ses amis une correspondance suivie. Mᵐᵉ d’Aiguillon est -illisible dans toute l’acception du mot. Outre que l’orthographe est le -moindre de ses soucis, elle a une écriture déconcertante: c’est un -fouillis de pattes de mouches, trop souvent microscopiques, dépourvu de -toute ponctuation, dans lequel un mot se trouve étroitement soudé à un -autre ou découpé en deux et même trois tranches. - -«J’avais oublié de vous dire, de la part de la Reine, lui raconte, -certain jour, sa belle-mère, que votre écriture est indéchiffrable, -qu’elle (la Reine) a mis 2 paires de lunettes et Mᵐᵉ de Villars autant, -sans en venir à bout.» - -C’est peut-être à cette infirmité graphique qu’il faut attribuer sinon -le peu de lettres, du moins le peu de correspondants qu’ait jamais eus -la duchesse d’Aiguillon. - -La douairière et la comtesse de Maurepas se plaignent fréquemment de son -silence. La femme de l’ancien ministre était une La Vrillière, par -conséquent la tante propre de la duchesse: celle-ci lui rendait -cependant de nombreuses visites à Pontchartrain[8]; et nous verrons plus -loin qu’elle avait pour sa belle-mère le plus tendre attachement. Mais -elle ne paraît jamais avoir eu de correspondance suivie qu’avec Mᵐᵉ de -Chauvelin, le comte de Scheffer et le chevalier de Balleroy. - -C’est dans les papiers de ce dernier que nous avons découvert une liasse -considérable de lettres qui lui furent adressées par la duchesse -d’Aiguillon, accompagnées de quelques billets de son mari. - -Le chevalier François-Auguste de Balleroy était petit-fils de cette -marquise de La Cour Balleroy, née Caumartin, qui, pendant la Régence, -recevait, en son château, près de Bayeux, des lettres parisiennes, si -intéressantes et si piquantes, publiées en 1883 par E. de Barthélemy. - -François-Auguste avait, comme son frère aîné, Charles-Auguste, marquis -de Balleroy, coopéré à la campagne menée victorieusement en Bretagne par -le duc d’Aiguillon contre les Anglais. Les deux frères furent -guillotinés le 6 germinal an II. Le marquis séjournait à Balleroy. Le -chevalier, quand il fut arrêté, demeurait alors rue Saint-Dominique[9] à -Paris. Les papiers, saisis à son domicile, furent versés, après sa -condamnation, aux Archives Nationales. - -On n’y trouve, pas plus du reste qu’au château de Balleroy, aucune -lettre, ni aucun document revêtu de sa signature. - -Par contre, un carton des Archives[10] est, en partie, occupé par toute -une série de lettres à l’adresse du chevalier, lettres émanées de divers -correspondants. - -Celles de la duchesse d’Aiguillon, les seules qui nous intéressent, ne -font pas seulement valoir un beau caractère; elles apportent encore une -contribution, qui n’est pas à dédaigner, à l’histoire des dernières -années du règne de Louis XV et des premières du règne de Louis XVI. - -Cette correspondance commence à la fin de 1767 et se termine en 1785. -Elle accompagne en quelque sorte le duc d’Aiguillon dans une des -périodes les plus agitées et les plus brillantes de sa vie politique, -depuis l’heure où il quitte la Bretagne, chargé de toutes les -malédictions de la province, jusqu’au jour où sa victoire sur ses -adversaires, singulièrement appuyée par Mᵐᵉ Du Barry, reçoit la plus -éclatante des sanctions, dans la nomination de M. d’Aiguillon comme -ministre des affaires étrangères. Chemin faisant, la duchesse note les -nouvelles de Cour les plus importantes: la mort de la Reine, le mariage -du comte de Provence,--sans parler des intrigues et des cabales qui -amèneront, après la mort du maître, la chute du favori. L’exil dans ce -domaine d’Aiguillon n’empêche pas la duchesse de donner, par -intermittences, quelques lignes à la politique: cadre qui s’élargira, -quand il sera permis au courtisan disgrâcié de rentrer à Paris. Et -brusquement, la correspondance s’arrête, trois années avant la mort de -M. d’Aiguillon. - -Notre étude serait incomplète, si nous la bornions à cet intervalle de -dix-huit années que remplit la correspondance. Il importe de rétablir -intégralement la biographie de la duchesse, d’après les documents que -nous avons pu recueillir, et qui, nous ne saurions trop le répéter, sont -en fort petit nombre. Rapprochés de ceux que l’histoire a conservés sur -le duc d’Aiguillon, leur intérêt s’augmente de cette comparaison et -n’en accuse que d’un plus saisissant relief la noble figure de la digne -fille des Plélo. - -Enfin, une autre série de lettres et de pièces, dont nous devons la -communication à la bienveillance de M. le marquis de Chabrillan, nous a -permis de continuer la biographie de la duchesse, jusqu’à la mort de la -veuve du premier ministre. - - - - -II - - _Les premières années de Louise de Plélo: son conseil de - famille.--Son mariage avec le duc d’Agénois.--Le digne cousin du - maréchal de Richelieu.--Ses amours avec la marquise de la - Tournelle.--Une scapinade de Richelieu.--Hésitations d’une amante - et coquetteries d’une maîtresse.--La duchesse d’Agénois et sa - protectrice.--Amitié véritable entre bru et belle-mère.--Une lettre - de la grosse duchesse.--D’Agénois un Caton!--Mᵐᵉ d’Agénois dame du - palais._ - - -Louise-Félicité de Bréhan Plélo était encore une enfant (elle avait onze -ans à peine), quand la mort de sa mère la laissa, sinon sans fortune, du -moins dans une situation fort embarrassée. L’orpheline était, surtout, -moralement abandonnée. Ce n’était pas qu’elle n’eût une famille -nombreuse et bien en cour: malheureusement, ses plus proches parents -n’avaient guère qualité pour lui donner l’éducation qui convînt à -l’héritière des Plélo. La marquise de la Vrillière devenue, contre -échange de cent mille écus, duchesse de Mazarin, était la grand’mère de -Louise-Félicité, et, de ce fait, sa tutrice; mais elle n’était pas d’une -conduite exemplaire[11]. Saint-Florentin, le ministre, frère de la -comtesse de Plélo, qui avait été désigné comme tuteur de sa nièce, -n’était pas non plus le modèle de toutes les vertus. C’était un -courtisan aussi plat qu’il était orgueilleux, autoritaire, opiniâtre et -ne reculant devant aucune mesure arbitraire pour satisfaire au moindre -caprice de son maître. Il déclina la mission qui lui incombait; et, à -son défaut, Maurepas, ministre lui aussi, qui avait épousé une sœur de -Mᵐᵉ de Plélo, accepta la tutelle de l’orpheline. Aussi souple d’échine -que Saint-Florentin, mais plus fin, plus délié et plus aimable, quoique -très vain et très frivole, le comte de Maurepas ne professait, comme -tant d’autres de ses contemporains, que des principes d’une morale -facile et sans préjugés. - -Dans ses lettres, Louise-Félicité rappelle fort peu cette période de sa -vie. Nous avons été même assez surpris de n’y point trouver le souvenir -de sa mère. Une seule fois elle parle de son enfance, et à propos d’un -mariage: la note ne laisse pas d’être piquante. - -«Ma vieillesse, écrit-elle, le 12 novembre 1769, au chevalier de -Balleroy--et elle n’a encore que quarante-trois ans--ma vieillesse me -retient prisonnière chez moi, ce qui, comme vous jugez bien, ne me coûte -pas beaucoup, mais je sens que j’aurais de l’humeur, si elle m’empêchait -d’aller à la noce du cousin Quélen qui, enfin, va passer sous le joug -matrimonial. Ce n’est pas sans peine, en vérité, et il n’a pas perdu -pour attendre. Il épouse Mˡˡᵉ Hocquart, nièce de l’ancien intendant de -la marine, qui a 200.000 livres en mariage et à qui on en assure encore -autant. J’en suis aussi aise que lui. Vous savez combien je m’y -intéresse personnellement, _et les obligations que j’ai eues dans ma -jeunesse à son père_[12]. Si je parviens après à marier mon oncle -Bréhan, je ne désespérerai de rien, pas même pour vous[13].» - -Quand elle s’était inclinée sous «ce joug matrimonial», qu’il lui semble -si plaisant de voir imposer aux autres, Mˡˡᵉ de Plélo n’était pas encore -entrée dans sa quinzième année.--S’il est des tuteurs qui ne sont jamais -pressés d’établir leurs pupilles, combien ont hâte d’en finir avec une -responsabilité qu’ils repassent volontiers à un mari! Maurepas -s’était-il lassé de sa mission ou craignait-il de ne pas rencontrer pour -sa nièce un parti plus sortable? Toujours est-il qu’assisté de -Saint-Florentin, il demandait au roi son agrément pour le prochain -mariage de Mˡˡᵉ de Plélo avec le comte d’Agénois «à qui son père cédait -son duché[14]». L’alliance d’Emmanuel-Armand Du Plessis-Richelieu, qui -devait, à la mort de son père, porter le titre de duc d’Aiguillon, ne -pouvait que jeter un nouvel éclat sur les familles de Mailly et -de Phélypeaux. Le nouveau duc d’Agénois descendait par une -ligne collatérale, comme son parent le duc de Richelieu, du -cardinal-ministre. Il était âgé de vingt ans; et une physionomie des -plus heureuses, une noble prestance[15], une rare élégance de manières -le faisaient passer pour un des plus beaux hommes de la Cour. Les -avantages physiques de Mˡˡᵉ de Plélo ne répondaient certes pas à ceux de -M. d’Agénois: la jeune fiancée était plutôt laide et son «teint -échauffé» avait des variations de coloris sur lesquelles nous -reviendrons plus tard. - -Le mariage se fit néanmoins. Fut-il heureux? Il est permis d’en douter, -étant donné l’humeur volage et le tempérament passionné de l’époux, -qu’il fût duc d’Agénois ou duc d’Aiguillon. La duchesse ne put en -ignorer; elle était intelligente et fine; et elle dut beaucoup en -souffrir; car elle avait en même temps qu’un véritable culte pour la -famille dans laquelle elle était entrée, un profond et sincère amour -pour l’homme qui en était un des représentants. Mais, comme elle était -également très digne, il ne semble pas qu’elle se soit jamais plainte -des nombreuses infidélités de son mari. En tout cas, aucune de ses -lettres n’en laisse percer la moindre trace; elles respirent au -contraire un vif enjouement, tempéré d’une douce sérénité, si ce n’est -quand elle croit ou qu’elle voit son époux en butte à la calomnie ou à -des manœuvres perfides. Une telle égalité d’humeur, discrète et -souriante, chez une femme trompée, est plus et mieux que de la -résignation: c’est, en quelque sorte, un héroïsme élégant. - -Les illusions de Mᵐᵉ d’Agénois furent de courte durée. Elle était mariée -du 4 février 1740; et, vers la fin de cette même année, le duc la -trompait avec la marquise de La Tournelle[16]. - -Peut-être se demandera-t-on s’il n’en avait pas été pour les d’Agénois -comme pour les Plélo. Louise-Félicité n’avait pas, nous l’avons dit, -quinze ans, le jour de son mariage. Voulut-on séparer momentanément un -couple qu’avaient uni des raisons d’intérêt ou des questions de -convenance, et qui n’était pas encore mûr pour les réalités du mariage? -C’est fort possible. En tout cas, d’Agénois se serait bien gardé -d’enlever, à l’exemple de feu son beau-père[17], sa jeune femme; il -était trop occupé avec la maîtresse, si captivante dans son orgueilleuse -beauté, qui l’avait choisi comme le plus désirable des amants. - -La liaison de la future duchesse de Châteauroux avec d’Agénois -appartient à l’histoire; et les Goncourt lui ont consacré quelques pages -de leur curieuse monographie sur la favorite, si longuement recherchée -et si ardemment aimée du plus indifférent des rois. - -Le marquis d’Argenson, avec son philosophisme sceptique, grincheux, mais -presque toujours exact, définit, dans une note de ses _Mémoires_, la -raison de l’irrésistible entraînement de la Châteauroux pour d’Agénois, -devenu son parent par son mariage avec Mˡˡᵉ de Plélo: «Elle a eu jusqu’à -trois affaires, M. de la Trémoïlle, M. de Soubise, M. d’Agénois. Le -premier la séduisit par ses charmes, M. de Soubise par intérêt et par -vues: elle avait besoin de lui pour que la maison de Rohan et Mᵐᵉ de -Tallard s’intéressassent à elle, en vue d’entrer chez la dauphine; elle -ne lui permit que la _petite oie_, et elle eut M. d’Agénois, pour se -procurer les conseils de M. de Richelieu, qui était en partie carrée -avec elle, son cousin le petit d’Agénois et Mᵐᵉ de Flavacourt[18].» - -En effet, le duc de Richelieu joua dans cette «affaire» un singulier -rôle, mais qui ne saurait surprendre chez un courtisan aussi adroit et -toujours si empressé à devancer les désirs du maître. Certes, il aimait -bien son cousin; et la correspondance de Mᵐᵉ d’Aiguillon atteste que -cette affection familiale était partagée. Mais, précisément, parce qu’il -était «en partie carrée», c’est-à-dire en communauté d’intérêts -politiques avec d’Agénois et Mᵐᵉ de la Tournelle, il n’entendit pas -sacrifier à leur délicieux roman la satisfaction de ses vues -ambitieuses. Il voulut assurer au roi l’entière et définitive possession -d’une femme que le prince convoitait depuis longtemps; et peut-être -aussi dans l’intérêt, bien compris, d’un parent dont l’obstination -amoureuse pouvait compromettre la fortune et le crédit, il imagina, lui -aussi, un roman, ou plutôt une comédie à la Marivaux pour rompre une -liaison qui menaçait de s’éterniser. - -Au cours d’un voyage en Languedoc, d’Agénois rencontre une jeune femme -fort jolie, très spirituelle et d’une grâce exquise, qui, à l’aspect de -ce beau gentilhomme, semble avoir reçu le coup de foudre. Jamais -coquette ne fut plus aguichante, ni ne mit autant de charmes dans un -sourire. D’Agénois se laisse séduire par cette sirène. Tous deux ne -sauraient d’ailleurs se résigner à ce que l’aventure n’eût pas de -lendemain. On se sépare, mais en jurant de s’écrire, très secrètement -bien entendu; et d’Agénois compte bien que la marquise de la Tournelle -ignorera toujours son infidélité; mais, un matin, celle-ci voit entrer -le Roi qui lui met sous les yeux tout un paquet de lettres, brûlantes de -passion: Ah! lui dit-il, le beau billet qu’a la Châtre! tenez, voilà ce -que m’envoie la poste. - -La ruse de Richelieu avait réussi... C’était lui, en effet, qui, sous -promesse d’une «grande situation à Paris», avait «aposté» -l’enchanteresse, chargée d’ensorceler d’Agénois; c’était lui encore qui -avait tendu le piège de la correspondance; et... le _Cabinet Noir_ avait -fait le reste. - -Richelieu avait voulu que Mᵐᵉ de la Tournelle oubliât son amant; les -railleries continuelles du roi sur la prétendue fidélité de d’Agénois -hâtèrent cette solution. - -Et cependant la marquise lutta longtemps encore contre l’idée d’une -telle rupture. Elle écrivait à Richelieu pour lui déclarer tout net -qu’elle n’était pas dupe de «sa fourberie»; mais elle sentait bien que, -si elle congédiait d’Agénois, celui-ci ne lui pardonnerait jamais cette -injure: aussi voulait-elle qu’il lui rendît ses lettres, car elle ne se -souciait pas qu’il les communiquât à sa mère, et surtout à Maurepas. -Puis elle se ravisait: elle «revenait» à d’Agénois. Les lettres, -interceptées par la poste, disait-elle, ne prouvent pas que le duc ait -trahi ses serments; tout au plus s’est-il permis un caprice...[19], une -passade. - -Sans se prononcer aussi catégoriquement que le marquis d’Argenson, mais -en se gardant bien d’exposer la savante et perfide stratégie de -Richelieu, le duc de Luynes ne dissimule pas, dans ses _Mémoires_, que -Mᵐᵉ de la Tournelle, après la disgrâce de sa sœur, Mᵐᵉ de Mailly, se -conduisit, en coquette consommée, envers le roi. Soulavie[20], de son -côté, précise le manège de l’artificieuse créature. Elle prenait un faux -air de modestie. Elle cachait son joli minois sous une baigneuse que le -roi relevait doucement pour l’admirer, puis pour dévorer ses joues -d’ardents baisers, alors qu’elle dardait sur lui des yeux étincelants. -Et, tout aussitôt, elle se ressaisissait... «elle faisait la fière.» -C’était alors une autre antienne. Elle continuait à dire et à faire -dire, écrit le duc de Luynes[21], «qu’elle était aimée de M. d’Agénois, -et qu’elle l’aimait, qu’elle n’avait nul désir d’avoir le roi, qu’il lui -ferait plaisir de la laisser comme elle est et qu’elle ne veut consentir -à ses propositions qu’à des conditions sûres et avantageuses». Mise en -scène évidemment réglée par Richelieu. - -Elle les eut ces «conditions sûres et avantageuses» avec son brevet de -duchesse de Châteauroux. Mais elle avait su jouer, bien qu’on en fît -une sotte, du duc d’Agénois. Elle l’aimait cependant, et d’un amour qui -survécut à leur séparation..., peut-être moins réelle qu’on n’a voulu le -prétendre. Lorsque d’Agénois, qui était entré au service à dix-sept ans -et s’était fait remarquer par sa vaillance pendant la guerre de la -succession d’Autriche, fut très grièvement blessé à la tête, au siège de -Château Dauphin, «la marquise de la Tournelle se sentit blessée du même -coup[22]». On ajoute qu’elle s’évanouit à cette nouvelle. Le roi en fut -très vivement piqué. Il la tança d’importance. Et ce ne fut pas la seule -fois qu’il la querella pour des retours de tendresse dont elle ne -pouvait se défendre. - - * * * * * - -Que devenait, au milieu de ces intrigues de cour et de cœur, la petite -duchesse d’Agénois, si délaissée, si oubliée, si inconnue même du grand -public, qu’elle semblait n’avoir jamais existé? - -Elle avait pour protectrice, pour amie, pour consolatrice peut-être, une -grande dame, la première de France, qui, elle aussi, était oubliée et -délaissée pour la même femme, si profondément énamourée du beau -d’Agénois. - -Marie Lesczinska s’était toujours souvenue que Plélo avait sacrifié sa -vie à la cause du roi de Pologne Stanislas; elle tenait à payer à la -fille la dette de reconnaissance qu’elle avait contractée envers le -père. Si, en raison des exigences du protocole et de la tyrannie de -l’étiquette, il lui fut d’abord impossible d’attacher directement à sa -personne Mᵐᵉ d’Agénois, elle lui fit assurer une pension honorable sur -la cassette royale et favorisa de toute son influence (hélas! bien -restreinte) l’accession de la jeune femme aux emplois et dignités de la -cour. Le 21 septembre 1742, alors que la duchesse d’Agénois était une -des «six dames du deuil de la duchesse de Mazarin», le roi «fit envoyer -chez elle un de ses gentilshommes[23]». A un an de distance[24] la -fatalité voulut (que de larmes coûtaient de tels honneurs!) que Mᵐᵉ -d’Agénois «fût à la présentation de Mᵐᵉ de la Tournelle comme duchesse -de Châteauroux»; elle était «parmi les huit dames dont cinq assises»; et -sa belle-mère, la duchesse d’Aiguillon, était également du nombre. - -Mais, en dehors de cette vie officielle, Mᵐᵉ d’Agénois était du cercle -de la reine; admise dans l’intimité de la princesse et l’une de ses plus -chères favorites, elle garda toujours, comme nous le verrons plus tard -par sa correspondance, un souvenir attendri de Marie Lesczinska. Elle -devait vouer la même gratitude à la mémoire de sa belle-mère Mᵐᵉ -d’Aiguillon, la _grosse duchesse_, la _bonne duchesse_, comme on -l’appelait encore dans le salon de Mᵐᵉ Du Deffand. - -«Mon arrivée dans cette maison[25], écrit-elle de Paris, le 27 août -1772, a renouvelé l’horreur de la perte que j’ai faite (la duchesse -douairière était morte le 15 juin); j’étais accoutumée que, quand je -revenais, la première personne que je voyais, c’était ma malheureuse -belle-mère.» - -Et à quelques mois de là (6 décembre 1772), elle parle encore avec -émotion de la _bonne duchesse_, «qu’elle n’aurait ni plus aimée, ni plus -respectée, quand elle aurait été sa propre mère». - -C’était justice. Car l’excellente femme qu’était la douairière avait su, -dans les circonstances les plus difficiles, conserver l’estime et -l’affection de tous, sans rien abdiquer de ses croyances, ni se -soustraire à ses devoirs. Née Crussol, elle avait épousé le duc -d’Aiguillon, personnage «de la première distinction», mais le plus -insignifiant, le plus nul des hommes. Tout son orgueil d’épouse s’était -alors confondu avec ses espérances de mère. Et désormais elle ne vécut -que par son fils, ce séduisant gentilhomme qui avait si brillamment -débuté à la cour. - -Elle a pour lui une admiration qui fait sourire. Mᵐᵉ de Maurepas s’étant -plaint de voir trop rarement sa nièce, et le duc d’Agénois ayant opiné, -sans doute par calcul, dans le même sens, la grosse duchesse avait cru -devoir présenter à sa bru «des exhortations d’économie et d’honnêteté -pour ses parents». Louise-Félicité lui avait répondu un peu vivement. Et -sa belle-mère s’était efforcée de calmer ce semblant d’irritation -s’adressant aussi bien à son intervention personnelle qu’aux -observations de Mᵐᵉ de Maurepas: «C’est par amitié qu’on se plaint de -vous. Ce qui doit vous occuper et conduire votre marche, est ce qui -plaît à votre mari, et lui convient. C’est le devoir d’une femme en -général, mais bien avec lui qui est un Caton et qui pourrait gouverner -père, mère, et toute la famille, et jusqu’aux cousins![26]» - -D’Agénois, un Caton! C’était un peu excessif. Mais pourquoi ce mouvement -d’humeur chez la jeune femme? Toute sa vie, elle fut pour sa tante une -nièce respectueuse et même dévouée. Mais il semble qu’elle éprouvât -vis-à-vis d’elle une certaine gêne, et même quelque froideur. -L’insistance de son mari avait-elle fait ombrage à ses sentiments de -délicatesse? Il y eut certainement dans les rapports de la nièce avec la -tante un de ces mystères du cœur féminin dont il est souvent impossible -de découvrir la clef. - -La douairière d’Aiguillon s’était prise d’une tendresse sincère pour sa -bru, compagne aimante et fidèle de son fils, qui méritait mieux que les -regards distraits et l’affection intermittente de son mari, mais qui -avait l’âme assez haute pour ne jamais se plaindre. Et cependant Mᵐᵉ -d’Aiguillon avait pénétré les secrètes douleurs de Mᵐᵉ d’Agénois. Elle -ne l’en aima que plus tendrement, la consolant sans en avoir reçu les -confidences, la réconfortant toutefois, si elle voyait fléchir une -énergie qui n’accusait personne de son découragement. - ---Eh! si la vie est sans attrait pour vous, lui écrivait-elle[27], pour -qui peut-elle avoir des charmes? - -Ce billet date de 1760. Et nous connaîtrons bientôt la cause probable de -cette tendance à la mélancolie que ne laisse certes pas supposer la -correspondance adressée au chevalier de Balleroy. - -D’autre part, les Mémoires de Luynes nous disent assez avec quelle -ardeur la _bonne duchesse_, trop heureuse de servir les intentions de la -reine, s’employait à la fortune de Mᵐᵉ d’Agénois: - -_Mai 1744._--«Mᵐᵉ d’Aiguillon sollicitait le maréchal de Richelieu pour -que sa belle-fille pût être attachée à la Dauphine; et M. de Richelieu -lui répondit en badinant que la nièce de deux ministres n’avait pas -besoin de protections.» - -Enfin, le 2 mars 1748, la reine obtenait gain de cause et Mᵐᵉ d’Agénois -«était présentée comme nouvelle dame du palais». - - - - -III - - _Les maternités de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Débuts de la guerre de Sept - Ans.--Bataille de Saint-Cast en Bretagne.--Félicitations de Mᵐᵉ de - Pompadour au vainqueur.--Flirt de la Grande Marquise.--Maussaderie - de d’Aiguillon.--Cavendish.--Les «fols de Bretons».--D’Aiguillon - eût préféré le Languedoc.--Le commencement des «Affaires de - Bretagne»._ - - -Le duc d’Agénois, ce bourreau des cœurs, trompait ouvertement et -copieusement sa femme; mais, à l’exemple de la plupart des grands -seigneurs du XVIIIᵉ siècle, il estimait qu’il devait à son nom et à la -conservation de sa race, de ne pas oublier, quand l’occasion s’en -présentait, qu’il existait encore de par le monde une duchesse -d’Agénois. D’où les six maternités qu’eut à _subir_ Louise-Félicité, -pendant une période de vingt années (1746-1765); nous disons _subir_, -parce qu’elle eut encore ce trait commun de ressemblance avec sa mère, -qu’elle passa par des couches particulièrement laborieuses qui mirent -ses jours en péril. La naissance de son premier enfant, une fille, -Armande-Félicité, qui devait mourir en 1751, avait provoqué une certaine -émotion dans le monde médical; et ce ne fut pas la dernière. -L’accouchement était difficile, et Pérat, l’opérateur, avait fait venir -un chirurgien célèbre, Pujos, qui, contrairement à l’avis de son -confrère, avait réussi à délivrer la patiente par l’application du -forceps. Or, les ennemis de Pérat prétendirent qu’en raison de son âge, -le bonhomme n’avait plus ni la tête, ni la force voulue pour continuer -son service à la Cour, d’autant qu’il était désigné pour accoucher la -Dauphine. Et Pérat, un très honnête homme, à qui la dévotion donnait des -scrupules, écrivit à Bouillon, Helvétius et La Peyronie, médecins et -chirurgiens du roi, pour décliner la mission qui lui était confiée. Il -avouait humblement qu’il «s’était trompé à la couche de la duchesse -d’Agénois». Mais on ne voulut pas tenir compte à la Cour de cette -résignation si touchante, et on le maintint dans ses fonctions[28]. - -La duchesse d’Agénois s’était rétablie, non sans peine, d’une telle -alerte, lorsqu’on apprit, dans les premiers mois de 1747, sa nouvelle -grossesse: «L’état où elle avait été à sa dernière couche, écrit le duc -de Luynes, faisait beaucoup craindre pour celle-ci[29], d’autant plus -que Mᵐᵉ de Plélo, sa mère, était toujours fort mal en accouchante.» On -en fut quitte cette fois pour la peur, et, le 20 décembre, Mᵐᵉ d’Agénois -donnait facilement naissance à une seconde fille[30], Innocente-Aglaë, -qui devait être un jour la marquise de Chabrillan. - -Cependant, le jeune duc, après avoir guerroyé fort honorablement à -l’étranger, était rentré en France, dans le courant de février 1749; et, -devenu duc d’Aiguillon par la mort de son père, en 1750, avait été nommé -successivement lieutenant général au comté Nantais, et commandant en -chef de Bretagne--province dont M. de Penthièvre était le gouverneur. - -De cette époque date l’ascension[31], lente, mais sûre, aux premières -dignités de l’État, de cet homme que la tourbe de ses ennemis, -grossissant à mesure qu’il s’élevait, nommait un «courtisan noir et -profond». - -La cause déterminante d’une faveur, si jalousée, fut le rôle décisif -joué par d’Aiguillon, en Bretagne, au commencement de cette guerre de -Sept Ans, dont l’issue devait être désastreuse pour la fortune et -l’honneur de la France. Et, ici encore, le cœur de la jeune duchesse eut -peut-être à souffrir d’une profonde et cuisante blessure. Car, si le -triomphe du nouveau commandant de Bretagne sur les armes anglaises fut -mis à cette époque en pleine et belle lumière, ce fut grâce à la -marquise de Pompadour qui s’était prise d’un vif et tendre enthousiasme -pour le vainqueur. - -Est-ce l’explication de la lettre, datée de 1760, où la jeune duchesse -confiait à sa belle-mère que «la vie était pour elle sans attrait»? - -La suite de ce récit dira si notre hypothèse est fondée, si Mᵐᵉ -d’Aiguillon était en droit de reprocher à son mari--et jamais, que nous -sachions, le grief n’est sorti de sa bouche--de nouveaux torts et de -graves infidélités. - -On sait quelle fut une des causes principales de la guerre de Sept -Ans[32]: la haine irréductible de Mᵐᵉ de Pompadour contre Frédéric II -qui avait cyniquement raillé l’influence de la maîtresse du roi dans les -conseils du prince et sa participation aux affaires de l’État. La Grande -Marquise voulut prouver à l’insolent monarque qu’il avait deviné juste, -en alliant la France à l’Autriche contre la Prusse et l’Angleterre. Ce -fut _sa guerre à elle_; et ce furent ses plus chers favoris, les hommes -d’État ou les généraux qui s’employèrent à servir sa cause, c’est-à-dire -ses rancunes, pendant cette période de sept années. - -L’expédition, dirigée en 1758 par l’Angleterre contre les côtes de -France, marqua la première phase des hostilités. Une flotte -considérable, qui avait embarqué un corps d’armée de 15.000 hommes, -cingla - -[Illustration: Le Duc d’Aiguillon - -(Galerie du Marquis de Chabrillan)] - -vers la Normandie et la Bretagne, semant la terreur et la ruine sur son -passage. Cherbourg fut détruit et Saint-Malo bombardé: la flotte ennemie -menaçait le littoral, du Havre à Brest. Enfin, elle débarqua, sur les -Côtes-du-Nord, 13.000 hommes, qui étaient à peine descendus à terre, -qu’ils étaient aussitôt attaqués et battus à Saint-Cast[33]. En effet, -d’Aiguillon, accouru à leur rencontre, à la tête des miliciens bretons, -les avait enveloppés et culbutés, leur avait tué 3.000 hommes et fait -800 prisonniers, au nombre desquels se trouvait lord Cavendish, -troisième fils du duc de Devonshire. Le reste avait repris -précipitamment la mer, sous la protection de la flotte, qui avait dû -assister, impuissante, à ce désastre. - -Ce fut par toute la France un cri de triomphe, un élan de reconnaissance -pour les vaillants soldats qui avaient si bien défendu le sol de la -patrie, pour le chef et pour les officiers qui les avaient si -valeureusement conduits à la victoire. Des estampes furent gravées qui -représentaient le commandant à Saint-Cast, et des médailles -commémoratives de ce haut fait d’armes furent frappées aux frais des -Etats de Bretagne; enfin d’Aiguillon recevait de la marquise de -Pompadour la lettre suivante: - -«C’est avec bien du regret, Monsieur, que je ne vous ai pas dit tout ce -que je pensais, avant-hier, sur la gloire dont vous venez de vous -couvrir; mais ma tête était si douloureuse que je n’eus de force que -pour vous dire un mot. - -«Nous avons chanté aujourd’hui votre _Te Deum_, et je vous assure que -ç’a été avec la plus grande satisfaction; j’avais prédit vos succès et, -en effet, comment était-il possible qu’avec autant de zèle, -d’intelligence, une tête aussi froide et des troupes qui brûlaient, -ainsi que leur chef, de venger le roi, vous ne fussiez pas vainqueur? -Cela ne se pouvait pas. Un petit billet, que je vous ai écrit avant -votre brillante journée, a dû vous faire connaître ma façon de penser -pour vous et la justice dont je fais profession. Dites-moi, je vous -prie, actuellement, si vous êtes bien fâché contre moi de n’avoir pas -cédé à vos instances et aux belles raisons que vous m’avez contées. -Elles ne valaient rien dans le temps; et je les trouverais encore plus -détestables aujourd’hui. Un autre n’aurait pas fait aussi bien que vous; -je serais dans la douleur au lieu d’être dans la joie. Vous seriez perdu -et il y aurait bien de quoi. Osez dire maintenant que ma tête ne vaut -pas mieux que la vôtre, je vous en défie[34].» - -Cette lettre, si affectueuse, vibre en même temps comme une fanfare. -Elle célèbre la gloire d’un brillant protégé; mais il s’y mêle des -accents de doux reproche. Vraisemblablement, grâce à l’entremise de -Richelieu qui avait tant de droits à la bienveillance de la marquise, -celle-ci s’était intéressée au nouveau duc d’Aiguillon et l’avait fait -nommer au commandement de Bretagne, d’autant que par sa femme, une -Plélo, il pouvait y prétendre, sans que cette grâce fût taxée de -favoritisme. Mais les Bretons étaient gens peu maniables, têtus et -violents: d’Aiguillon ne s’en était que trop aperçu et il est probable -qu’avant l’affaire de Saint-Cast il s’était déjà adressé à Mᵐᵉ de -Pompadour pour être relevé d’un commandement de gestion si difficile. -D’où l’allusion de ton si amical qui perce dans les dernières lignes de -la lettre, et le petit air de bravoure qui la termine de si gentille -façon. - -Cette aimable familiarité se continue dans les billets suivants. La -marquise, suivant l’habitude qu’elle a prise avec ses entours, donne à -son correspondant un surnom, celui de M. de Cavendish, qui rappelle la -capture faite par d’Aiguillon à Saint-Cast. Le billet du 25 septembre -1758 est caractéristique. Elle lutte de délicatesse avec le commandant -de Bretagne: celui-ci avait «sollicité des grâces» pour ses compagnons -d’armes, le marquis de Balleroy entre autres, qui fut un des héros de la -journée. Mais Mᵐᵉ de Pompadour n’entend intervenir que pour d’Aiguillon, -qui d’ailleurs sera nommé lieutenant général. Bientôt la conversation -tourne au _flirt_, ainsi qu’on appelle aujourd’hui le galant badinage si -prompt, en maintes circonstances, à changer de voie. - -«Vous voulez donc, absolument, écrit la marquise, que je compte sur -votre cœur, mais vraiment je ne me ferai pas une grande violence pour -désirer que vous soyiez capable d’une amitié digne de celle que je suis -très disposée à avoir pour vous.» - -C’est du Marivaux et du meilleur. Mais, au diapason atteint déjà par le -dialogue, ne semble-t-il pas qu’il doive en sortir l’aveu d’un sentiment -plus tendre que l’amitié; et n’est-on pas autorisé, de ce fait, à -rechercher quelle était et quelle fut par la suite la nature des -relations qui s’établirent entre le duc d’Aiguillon et la marquise de -Pompadour[35]? - -Or, la plus intelligente des maîtresses de Louis XV en fut aussi la -moins passionnée. Elle en convenait d’ailleurs elle-même, puisqu’elle -disait qu’elle avait un tempérament de «macreuse»[36]. Et quoique en -aient prétendu des pamphlétaires, aux gages de rivales plus ou moins -agréées, il n’a jamais été prouvé que Mᵐᵉ de Pompadour, pendant son -règne, ait honoré tel ou tel de ses faveurs, le maréchal de Richelieu, -par exemple, ou même le duc de Choiseul. On a parlé moins encore de M. -d’Aiguillon. - -Mais si, chez la marquise, les sens étaient en léthargie, le cerveau, -par contre, était toujours en ébullition. Elle avait une grande activité -d’esprit; elle adorait la politique, qui était alors un jeu d’intrigues, -comme les grandes coquettes du théâtre de ce temps se plaisaient aux -intrigues qui sont la politique de l’amour. Mᵐᵉ de Pompadour avait de -plus infiniment de charme et savait employer le trésor de ses séductions -à se constituer une petite cour de fidèles, d’alliés et d’amis, dévoués -à sa fortune qui était en même temps la leur. Aussi, dans ses relations -avec ceux qu’elle distinguait plus particulièrement, jouait-elle à -merveille de ce sentiment qu’un de nos modernes a si bien dénommé -_amitié amoureuse_ et qui devait donner aux familiers de la marquise des -espérances suivies, hélas! de promptes désillusions. - -A notre avis, les lettres ou billets de Mᵐᵉ de Pompadour au duc -d’Aiguillon sont écrits sous l’inspiration de l’_amitié amoureuse_, en -cette langue spirituelle, un peu subtile, légèrement maniérée, d’allure -indépendante et de ton plaisant, qui caractérise la correspondance de -cette femme supérieure. - -Mᵐᵉ d’Aiguillon ne s’y trouve pas oubliée: elle reçut même une lettre de -la marquise qui la félicitait du succès retentissant de son mari. Mais -eut-elle jamais connaissance des missives où l’expression un peu vive de -la pensée pouvait lui suggérer de fâcheuses interprétations? - -Cependant, tout en échangeant de la quintessence de sentiment avec le -vainqueur de Saint-Cast, Mᵐᵉ de Pompadour ne perdait pas de vue la -direction d’une guerre dont les résultats, du moins l’espérait-elle, -devaient la venger de l’outrage reçu. Et pour mieux y inciter -d’Aiguillon, elle le couvrait de fleurs: elle le reconnaissait «citoyen, -sujet zélé et éclairé, et une petite tête très bonne dans ce moment, -dont elle disait tous les biens du monde parce qu’elle les pensait». - -Dans une autre lettre[37], elle le remerciait de «chercher des -ressources pour nos affaires». Le premier éditeur de cette -correspondance croit voir dans la phrase qui précède (et nous partageons -son avis) une allusion aux préparatifs d’une descente en Angleterre, -pour laquelle d’Aiguillon réunissait secrètement à Vannes une armée et -des moyens de transport. Mais pourquoi faut-il que de tout temps -l’argent soit le nerf de la guerre? Et la vindicative marquise de -s’écrier douloureusement: «Où trouver les quarante millions?» Le Trésor -français n’a que trop connu de telles impossibilités. Néanmoins, à dix -mois de là, alors que d’Aiguillon est encore à Vannes (il avait été -désigné pour commander l’expédition)[38], Mᵐᵉ de Pompadour lui écrit une -lettre des plus réconfortantes. Elle a vu le contrôleur général, Bertin, -qui lui a «donné de l’espérance sur notre projet», d’autant que «celui -que va exécuter la marine est grand». - -Autant de rêves qu’une réalité cruelle se chargea de dissiper. Le projet -de descente sur la côte anglaise fut abandonné; et la marine française -subit dans cette funeste guerre des échecs dont elle ne put se relever. - -Que le duc d’Aiguillon ait été ambitieux et, à ce titre, dépourvu de -scrupules, comme d’ailleurs tous les hommes d’Etat soucieux de parvenir, -rien n’est moins contestable; mais que, pour donner libre cours à ses -aspirations politiques, il ait été précisément choisir la Bretagne comme -champ d’expérience, la seule lecture de la correspondance à laquelle -nous avons déjà fait divers emprunts, démontrerait, de reste, l’inanité -d’une telle hypothèse. - -Que de fois, au contraire, d’Aiguillon, parlant du commandement de -Bretagne à sa protectrice, dut lui écrire: Détournez de moi ce calice -d’amertume! Car Mᵐᵉ de Pompadour ne cesse de le morigéner sur ce -chapitre, tout en s’excusant de la liberté grande: - -«... J’ai osé vous dire qu’avec les meilleures et les plus grandes -qualités vous aviez une petite tête qui s’échauffait vite!... Vous -voulez quitter la Bretagne, belle folie qui vous passe par la tête!... -Souvenez-vous bien que si vous aviez suivi votre premier mouvement, vous -ne seriez pas Cavendish... Ah! fi, je rougis de vous voir moins de -courage que moi. Vous avez le désagrément de votre petit commandement et -moi ceux de toutes les administrations, puisqu’il n’est point de -ministre qui ne vienne me conter ses chagrins![39]» - -Les parlements sont en révolte contre l’autorité royale et d’Aiguillon -s’en irrite, d’autant que celui de Bretagne lui a déjà donné de la -tablature: «Le projet d’arrangement de M. de Choiseul, adopté par le -Conseil, écrit la marquise, m’a fait le plus grand plaisir, parce qu’il -nous donne le moyen de nous passer de ces indignes citoyens qui abusent -des besoins de l’Etat pour faire faire à leur maître des actes de -faiblesse. Il ne faut pas songer à quitter pendant la guerre ces _fols -de Bretons_; cherchez cependant qui pourra vous remplacer, je n’ai -personne en vue...[40]» - -D’Aiguillon devait donc rester à son poste; cette contrainte -l’exaspérait et la marquise recevait les éclaboussures de sa méchante -humeur. Aussi ne lui épargne-t-elle pas les reproches, mais toujours -avec enjouement. Pourquoi «monte-t-il sur ses grands chevaux» pour une -inoffensive plaisanterie? Et voudrait-il la «pouiller», comme il l’a -fait pour le contrôleur général; mais, qu’il prenne garde; elle n’est -pas «si douce» que ce ministre; et «s’ensuivrait que nous nous battrions -et que j’aurais peut-être la tête cassée[41]». Son protégé eût échangé -volontiers le gouvernement de Bretagne contre celui où se trouvait son -domaine patrimonial d’Aiguillon; et cependant, après la mort de son -père, il n’avait guère eu à se louer du «corps de ville d’Agen et de -Condom» qui, lors de «son entrée dans son fief, s’étaient distingués par -leurs mauvaises façons, en voulant lui refuser les mêmes honneurs rendus -en 1642, à la duchesse d’Aiguillon, nièce du grand cardinal[42]. Il est -vrai que le nouveau duc avait exigé et obtenu ce cérémonial pour -contenir les républicains du pays[43]». Mais Mᵐᵉ de Pompadour lui dit -positivement de ne pas compter sur le gouvernement de son choix, en lui -laissant toutefois cette fiche de consolation: «Il faudra bien vous -débarrasser de votre Bretagne, si elle vous chagrine trop». - -Elle le chagrinait si bien qu’en 1761 il voulait donner sa démission. Et -Mᵐᵉ de Pompadour de l’admonester vivement, mais comme on gronde un -enfant gâté: «L’âme de M. d’Aiguillon doit être au-dessus de pareilles -misères et n’avoir pour but que l’utilité dont il peut être à son -maître... Je suis fâchée, mais très fâchée contre vous. La petite tête -dont je vous parlais, le jour de votre départ, a joué un trop grand -rôle... Je ne sais quand je vous pardonnerai: vous mériteriez bien que -je ne m’intéresse pas à vous. Bonsoir, Monsieur, rancune tenante, et -très fort.[44]» - -Et «la rancune» tenait si peu que, quelque temps après, la marquise, -sortant d’une de ces poussées de tuberculose qui devait bientôt -l’emporter, écrivait gaîment à cet ami naturellement grincheux et -maussade: «Réjouissez-vous, monsieur de Cavendish, je ne suis pas morte -et (malgré votre méchant petit cœur) je veux me flatter que vous n’en -êtes pas fâché...» - - * * * * * - -Ce qui ressort de ce gracieux caquetage, c’est que d’Aiguillon, à peine -arrivé en Bretagne, y jouait déjà le rôle du commandant malgré lui. Par -conséquent, les premières années de son principat, si calmes, si belles, -si heureuses, dont parlent plusieurs historiens, furent peut-être l’âge -d’or pour les Bretons, mais nullement pour leur gouverneur. En effet, -ils l’avaient pris en telle affection que les députés des États vinrent, -de leur part, solliciter l’honneur--Mᵐᵉ d’Aiguillon se trouvant sur la -fin d’une grossesse--de tenir l’enfant, s’il était mâle, sur les fonts -baptismaux. Mais l’enfant mourut avant terme. Et les députés -recommencèrent leur démarche en 1764, lors d’une nouvelle grossesse de -Mᵐᵉ d’Aiguillon: la couche, cette fois, fut heureuse; seulement ce fut -une fille, Agathe-Rosalie, le sixième et dernier enfant de la duchesse, -qui naquit en 1765 et qui devait mourir en 1770. En somme, la Bretagne -avait eu à cœur de donner un témoignage solennel de sa -reconnaissance[45] à l’homme qui lui rendait chaque jour de nouveaux -services, par son administration éclairée et paternelle, s’efforçant -d’importer en France les grains de la province, défrichant les landes, -ouvrant des canaux et jusqu’à huit cent lieues de voies de -communication, alors qu’à la veille de son avènement, il n’y avait -encore qu’une seule route, celle de Rennes à Brest. - -Donc la désaffection des Bretons pour leur commandant ne se produisit -guère qu’en 1765. Et la tempête qu’elle souleva ne resta pas -circonscrite à la province; elle gagna Paris, envahit toute la France et -déborda même à l’étranger. On ne parla bientôt plus que des _Affaires de -Bretagne_ et pendant combien d’années! Les parlements, les ministres, le -roi lui-même furent mêlés à une querelle qu’envenimaient les plus -violents factums et les plus mordants pamphlets. Toujours très ardente, -au moment où commence la correspondance que nous avons retrouvée de Mᵐᵉ -d’Aiguillon, la lutte s’était cependant déplacée et, comme nous l’avons -dit, généralisée. La duchesse y soutint énergiquement, d’après les rares -témoignages que nous en ont conservés ses contemporains, la cause de -son mari. Ses lettres au chevalier de Balleroy le prouvent également, -et--particularité qu’il est intéressant de relever--chaque fois qu’elles -mettent en cause les Bretons, c’est pour apprécier leur conduite dans -les termes mêmes dont s’est servi Mᵐᵉ de Pompadour. - -Aujourd’hui encore, les _Affaires de Bretagne_ ont eu le privilège de -réveiller des polémiques qui se sont traduites, soit par des thèses ou -par des livres spécialement écrits sur ce sujet, soit par des -discussions dans divers ouvrages consacrés à d’autres études. Nous -aurons l’occasion d’y revenir au cours de ce travail; mais d’ores et -déjà, nous devons constater qu’à l’encontre des _Correspondances_ et -_Mémoires_ contemporains, presque unanimes à flétrir d’Aiguillon des -termes les plus ignominieux, un certain nombre de nos publicistes -modernes ont entrepris, et non sans succès, la réhabilitation de ce -grand coupable qui, pour être désagréable et antipathique au premier -chef, n’en fut pas moins un fonctionnaire intègre et pénétré de son -devoir. - - - - -IV - - _Privilèges et résistances des Bretons.--Premières - escarmouches.--Griefs réciproques de d’Aiguillon et de La - Chalotais.--Attaques du Parlement.--D’Aiguillon dissout les - États.--La duchesse est son auxiliaire le plus dévoué.--Un impair - de la Noue.--D’Aiguillon se dit de plus en plus dégoûté de sa - tâche: il part pour Veretz.--Beautés de cette résidence - seigneuriale.--L’amour de la retraite chez le duc d’Aiguillon et - chez la marquise de Pompadour.--Vie de château.--La science - économique de la duchesse.--Une histoire de chiens: Balleroy grand - veneur._ - - -Le premier grief de d’Aiguillon contre ces Bretons, alors si contents de -lui, grief que l’on perçoit entre les lignes de la correspondance de Mᵐᵉ -de Pompadour, ce fut la résistance opiniâtre de ses administrés aux -impôts, chaque jour plus nombreux et plus lourds qu’il en réclamait, de -la part d’un gouvernement prodigue, dissipateur, partant toujours -besogneux. - -Depuis la réunion de la Bretagne à la Couronne de France, cette province -dont une administration habile et sage s’était efforcée de gagner et de -conserver le cœur, jouissait de privilèges séculaires. Pour prendre un -exemple, elle n’avait à payer que le minimum de taille par tête, alors -que, dans d’autres pays, la capitation s’élevait au double. Mais les -besoins du Trésor augmentant, les gouverneurs de Bretagne durent -demander aux États des suppléments de ressources qui étaient -régulièrement et catégoriquement repoussés. Il suffit de parcourir les -lettres de Mᵐᵉ de Sévigné, soit aux Rochers, soit à Vitré, soit à -Rennes, pour constater les luttes formidables et parfois sanglantes que -soutint, à ce sujet, le duc de Chaulnes, représentant fastueux d’un roi -qui n’était économe, ni du sang, ni de l’or de son peuple. - -D’Aiguillon, qui devait occuper le poste et exercer les fonctions de -gouverneur, avec le titre de lieutenant général de Bretagne (1ᵉʳ janvier -1762)[46] joua tout d’abord son rôle avec autant de modération que de -fermeté[47]. Car si, dans le Conseil du roi, il _combattait_ -l’aggravation des charges imposées aux contribuables, il lui fallait -encore _combattre_, pour faire accepter des États celles qu’il n’avait -pu leur éviter. - -Néanmoins, les Bretons ne lui en gardaient pas rigueur; et, d’autre -part, son zèle avait été apprécié à la Cour, puisqu’en 1762 il avait pu -obtenir, favorisé évidemment par la protection de la marquise, «ses -entrées à la Chambre» et sa nomination de Gouverneur en second, le duc -de Penthièvre restant toujours gouverneur titulaire de la province. - -Il n’en persistait pas moins à réclamer son changement de poste; et le -motif, suffisamment avouable, qu’il alléguait à l’appui de sa demande, -c’était qu’il était «écrasé par les frais de représentation». Le -Contrôleur général, qui s’était définitivement brouillé avec lui, -malgré l’obligeante intervention de la Pompadour, disait, avec sa -brusquerie ordinaire, au prince de Croÿ, candidat, en 1763, à cette -succession éventuelle, qu’il doutait fort de la gêne du plaignant, -attendu «que celui-ci portait tout sur ses états de dépense jusqu’à une -chaise»; et le contrôleur général en concluait que le duc d’Aiguillon -aspirait, au contraire, à retourner dans son gouvernement de -Bretagne[48]. - -Il y retourna; mais de nouveaux tracas l’y attendaient. La reine avait -écrit à Mᵐᵉ d’Aiguillon que son mari profitât de la tenue des États pour -protester contre les arrêts du Parlement et provoquer le rappel des -Jésuites; de son côté, le Dauphin, qui protégeait d’Aiguillon, insistait -auprès de lui pour qu’il s’opposât à la ruine des maisons de la Société -en Bretagne[49]. Et déjà le bruit courait dans la province que le -commandant prenait fait et cause pour les Jésuites. D’Aiguillon, énervé, -en écrivit à son oncle Saint-Florentin qui lui répondit immédiatement -d’observer la plus stricte neutralité[50]. - -Le Parlement de Rennes avait alors, comme procureur général parmi les -gens du roi, un homme d’une parfaite honnêteté mais de caractère entier, -autoritaire, emporté, orgueilleux, janséniste convaincu, à l’égal de -presque tous les parlementaires et prévenu jusqu’à la haine contre le -duc d’Aiguillon: Caradeuc de la Chalotais. Voici, au dire d’un -historien[51], l’origine d’une telle animosité. Dans sa morgue d’homme -d’épée, le commandant de Bretagne s’était amusé aux dépens de la vanité -du robin: il prétendait que celui-ci ou l’un de ses ascendants avait -transformé, dans un tableau de famille, la toque et la toge d’un échevin -en casque et en cuirasse de chevalier. La Chalotais rendit coup pour -coup au mauvais plaisant qui l’avait ainsi drapé. - -Il rappela malicieusement que le vainqueur de Saint-Cast s’était abrité, -pendant une bonne partie de l’action (ce qui était inexact), dans un -moulin, comme pour diriger de cet observatoire les opérations -militaires; cette attitude lui avait inspiré une épigramme que les -_Mémoires de Bachaumont_ publièrent sous cette forme: - - Couvert de farine et de gloire, - De Saint-Cast héros trop fameux, - Sois plus modeste en ta victoire; - On peut, d’un souffle dangereux, - Te les enlever toutes deux[52]. - -Ce fut à cette époque (1764), qu’à la suite de conférences tenues chez -Mᵐᵉ de Pompadour, entre La Chalotais et Choiseul, s’organisa, s’il faut -en croire Soulavie[53], une entente de ces trois personnages pour -perdre le duc d’Aiguillon. Ce coup de théâtre est inexplicable et -invraisemblable, surtout en ce qui concerne Mᵐᵉ de Pompadour. Quelle -faute, ou plutôt quel crime avait donc commis le favori de la maîtresse -du roi, pour que celle-ci cherchât à l’abaisser autant qu’elle l’avait -élevé? Serait-ce qu’elle eût ajouté foi aux bruits de Cour qui faisaient -du gouverneur de Bretagne l’allié de ces jésuites qu’elle avait -proscrits, et surtout le confident du Dauphin de qui elle avait reçu le -plus outrageant des surnoms? Toutefois, malgré le peu de créance qu’on -accorde aux assertions de Soulavie[54], et bien qu’on assigne à la -rivalité de Choiseul et d’Aiguillon une date postérieure, nombre -d’historiens admettent l’existence de ce pacte et en considèrent la mise -à exécution comme le point de départ des _Affaires de Bretagne_. - -Ce qui est indiscutable, c’est qu’en 1765 le Parlement partit en guerre -contre d’Aiguillon, l’accusant d’abus de pouvoir, de tyrannie, -d’exactions, méconnaissant ainsi les ordres du Roi, feignant même de les -ignorer, pour s’en tenir à la seule responsabilité du sous-gouverneur, -qu’avait mise en jeu, et dans les termes les plus véhéments, le -procureur général La Chalotais. - -Encore aux yeux du chevalier de Fontette, grand ami de M. d’Aiguillon, -La Chalotais n’est-il pas le vrai coupable, mais son intime Kerguézec, -dont «les intrigues ont mis toute la province en combustion»[55]. - -Or, le duc qui n’entendait pas être sacrifié, comme l’avaient été -certains de ses collègues dans leur lutte contre les parlements -provinciaux, se défendit énergiquement et fit dissoudre les États[56]. -Pendant la lutte, il avait trouvé, combattant à ses côtés, le plus -infatigable et le plus dévoué des auxiliaires dans la personne de la -duchesse «qui aimait son mari et qui poussait plus loin que lui le désir -de tirer une vengeance éclatante de la vilaine conduite du Parlement -envers lui»[57]. En raison de son origine bretonne, elle parcourait le -pays pour y chercher des armes contre les adversaires de son mari. Ce -fut ainsi qu’elle fit demander, de très bonne foi, à M. de Robien, -l’ennemi des Caradeuc de La Chalotais (le père et le fils détenus -étaient sous le coup d’un procès criminel) les preuves de culpabilité -qu’il pouvait produire, au cours de l’instance, contre les accusés. -Robien ne connaissait rien à leur charge: il le dit. La Noue, l’agent -trop zélé de la duchesse, n’inscrivit pas moins Robien sur la liste des -témoins appelés à déposer contre les La Chalotais. Or le témoin... -malgré lui vint trouver, tout estomaqué, Mᵐᵉ d’Aiguillon qui le pria -simplement de «ne pas se faire le chevalier de ces Messieurs». Mais le -duc, à qui La Noue envoya sa fameuse liste à Bagnères où il était en -traitement, se fâcha de ce qu’il appelait «une bêtise et une platitude» -et refusa de s’en servir[58]. - -L’anecdote tendrait à démontrer la sincérité des dénégations qu’avait -opposées d’Aiguillon à la déclaration du Parlement de Bretagne qui le -représentait comme l’auteur de la poursuite criminelle dirigée contre La -Chalotais[59]. - -Le duc, rentré à Paris, dans le courant de mars 1765, après la -dissolution des États, avait rencontré Croÿ et lui avait annoncé -l’apaisement des Bretons. Il comptait bien achever «les Grands Chemins» -de la province, mais il paraissait profondément dégoûté, comme du reste -presque tous ses collaborateurs[60], de la tâche ingrate à laquelle -l’avait trop longtemps rivé le despotisme d’une jolie femme. - -En attendant de nouvelles luttes, il allait se refaire et goûter, dans -sa magnifique résidence de Veretz, les douceurs d’un repos bien -mérité--si toutefois on peut donner le nom de repos à cette vie de -plaisirs et de fêtes, agitée, tumultueuse, turbulente que menaient alors -les grands seigneurs en leurs maisons des champs. - - * * * * * - -Par un de ces contrastes qui n’attestent que trop la vanité des choses -humaines, il ne reste rien ou presque rien de l’œuvre lapidaire créée -par le grand ministre à qui la France doit l’achèvement de son -indestructible unité. - -N’était le Palais-Royal--et encore combien semblerait-il méconnaissable -à Richelieu si cette ombre illustre revenait jamais errer dans son -ancien jardin!--tous les - -[Illustration: - -Cliché Lauzun. - -Le Château de Veretz en 1771, d’après Van Blarenberghe. - -(Le Château de Veretz par Philippe Lauzun)] - -bâtiments, constructions et travaux entrepris par le ministre de Louis -XIII n’existent plus, à l’heure présente, qu’à l’état de vestiges. -Richelieu, ce château grandiose, édifié si amoureusement en quelque -sorte par le cardinal dans le bourg qui rappelle son nom, n’est plus -qu’une ruine. A Ruel, on a peine à trouver les traces du superbe manoir, -dont Richelieu avait fait sa maison de campagne. Brouage, qui, dans la -pensée du premier ministre, devait anéantir la fortune commerciale et -politique de La Rochelle, n’est plus aujourd’hui, dans l’enceinte de ses -fortifications délaissées, qu’un misérable village de pêcheurs, et son -port un marais fangeux. - -La même fatalité s’est acharnée après les domaines des petits-neveux du -cardinal, qu’ils fussent Richelieu ou d’Aiguillon. - -Veretz a même complètement disparu comme château et presque entièrement -comme propriété. Sans les jolies gouaches de Vanblarenberghe[61] qui -datent de 1771 et se trouvent actuellement à la préfecture d’Agen, on -n’aurait plus aujourd’hui le moindre aspect de l’antique demeure des De -La Barre[62], édifiée au commencement de la Renaissance et transformée, -dans le cours des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, par les La Porte et les -d’Aiguillon. - -Arrière-petit-neveu de Richelieu par son père, et de Mazarin par sa mère -Marie-Charlotte de la Porte de la Meilleraye, le duc d’Aiguillon, qui -mourut en 1750, avait fait un «Versailles en miniature»--un mot du -temps--de cette propriété campée sur un coteau dominant le Cher, aux -portes de Veretz, petite ville à deux lieues de Tours. C’était, disent -les biographes, «un rendez-vous de lettrés et d’artistes»; mais la -chronique scandaleuse ajoute: un cabaret élégant s’ouvrant, dans un site -admirable, sur de voluptueux boudoirs, où le maître composa (et ce fut -son seul titre de gloire) le recueil de Veretz, qui n’est pas -précisément un recueil de morale, en compagnie de l’abbé de Grécourt et -de Louise Elisabeth de Condé, princesse de Conti. Au reste, tous les -embellissements apportés par le duc d’Aiguillon aux constructions et au -parc de Veretz, étaient autant de témoignages d’une affection aussi -tendre que respectueuse à l’adresse de cette grande dame, qui était une -protectrice, et mieux peut-être pour le châtelain, s’il faut en croire -les mauvaises langues du temps[63]. - -Nous ne connaissons qu’une seule description de ce beau domaine[64]: -elle remonte à 1736, et, sous forme d’une «lettre à M. D...», s’étend, -avec une abondante complaisance, rehaussée d’allégories mythologiques, -sur toutes les merveilles réunies dans ce ravissant séjour, pour la plus -grande satisfaction de «la Déesse»; ce qui, par parenthèse, ne l’était -guère pour celle de la bonne «grosse duchesse». - -Le château, féodal par ses deux tours massives, dans la partie qui -regardait le plateau, tout à fait moderne, avec son vaste corps de logis -que flanquaient deux pavillons carrés faisant face au vallon et à la -rivière, accédait, en pente douce, jusqu’au Cher, par un quai large de 8 -toises et long de plus de 100, dans l’encadrement vert et fleuri d’un -parterre à jets d’eau. - -Dans l’épaisseur du mur de la construction principale, se dressait, -comme pour faire un grandiose accueil au visiteur, qui entrait par la -cour d’honneur, la statue équestre de François Iᵉʳ, toute bardée de fer, -dont la dorure avait résisté aux injures du temps. L’effigie du -roi-chevalier, celle des salamandres qui couraient sur la façade du -château, en indiquaient, de reste, la date et les origines. Mais les -hautes et larges croisées qui laissaient passer à flots l’air et la -lumière dans les bâtiments, les balcons ajourés qui les décoraient, et -mieux encore la disposition élégante d’appartements spacieux et commodes -disait assez que le grand style du XVIIᵉ siècle et la grâce du XVIIIᵉ -avaient contribué à faire du château de Veretz une des plus belles -résidences du «beau pays de la Touraine». - -C’était surtout dans l’appartement du premier étage, réservé à la -princesse de Conti, que les embellissements, réalisés par le duc -d’Aiguillon, avaient multiplié des créations d’un goût raffiné. Le grand -salon, éclairé par quatre fenêtres très élevées sur des balcons à -courbes artistiques; les boudoirs délicieusement meublés de bergères, de -guéridons, de consoles délicatement ouvrés; la bibliothèque et le -cabinet de travail étaient ornés de glaces d’une pureté impeccable, -hautes de six pieds sur quatre de large, reflétant, à l’infini, les -soirs de réception, le blanc et doux éclat des lustres de cristal. - -Une partie des pièces donnait sur le parc, dont les vues, très variées, -étaient un des plus grands attraits de Veretz et en constituaient, aux -yeux de la princesse, le véritable charme. Dans cette enceinte immense, -où des prairies, que traversait une superbe avenue, étaient également -coupées de bouquets d’arbres et de ruisseaux, le terrain montait -jusqu’au sommet du coteau, pour y former une terrasse, jadis chantée par -les poètes et célébrée par Mᵐᵉ de Sévigné. Cette merveille de la nature, -qu’avait embellie encore la main de l’homme, ne comptait pas moins de -1.600 pieds de long sur 45 de large. Elle atteignait, sur certains -points, une hauteur de 80 pieds, et se fermait, dans toute sa longueur, -d’une balustrade en pierre de taille à hauteur d’appui; la roche opposée -disparaissait sous une odorante tapisserie de roses, de chèvrefeuille et -de jasmin. Une autre terrasse, de plain-pied avec le bois et le reste du -parc, venait croiser la première, pour aboutir avec elle à un belvédère -dominant tout le paysage. - -Comme si cette grandiose simplicité n’eût pas été une beauté suffisante, -d’Aiguillon lui avait prodigué tous les ornements d’une architecture à -la fois savante et gracieuse; à l’extrémité de la grande terrasse, en -face du belvédère, la statue d’Esculape; au milieu de la balustrade un -balcon en saillie et vis-à-vis un escalier accédant de la première à la -seconde terrasse; sur les degrés des statues et des urnes, le long des -pilastres de riches motifs d’architecture; contre le balcon central un -salon élégamment décoré. Plus loin se dressait avec son «toit en -impériale» un pavillon, s’ouvrant du côté de la rivière, dans lequel -pouvaient s’asseoir vingt-cinq personnes; en dessous, un salon voûté, -qui prenait vue sur le vallon et qui offrait au visiteur, lassé par la -fatigue et la chaleur, la fraîcheur d’un agréable repos. - -C’était à l’intersection de la seconde terrasse par la première, sur le -prolongement du vallon, et près d’un petit belvédère ménageant à la vue -un horizon de plusieurs lieues, que la princesse de Conti s’était fait -aménager le «petit ermitage», où elle se confinait volontiers. Les -pièces en étaient de moyenne grandeur mais délicieusement ornées, les -murs revêtus de carreaux de faïence qui formaient les plus jolis dessins -du monde. Cette galante retraite, entourée de bosquets, s’étendait par -une suite de parterres, qui s’encadraient d’arceaux de jasmin, jusqu’à -la grande allée descendant vers la rivière. Une glacière se trouvait -dans les environs; et l’inspiration d’un aimable poète, qui sait? -peut-être de Grécourt? lui avait fait graver cette inscription: - - Près d’un antre où l’hiver a renfermé ses glaces, - Il était un réduit ignoré de l’Amour. - Elisabeth y vient; elle y conduit les Grâces; - Et l’Amour à jamais y fixe son séjour. - -On a souvent prétendu que le XVIIIᵉ siècle, partagé entre les -conceptions d’une audacieuse philosophie, le goût très prononcé des -voluptés terrestres et le culte d’un pastoralisme aussi mièvre qu’il -était faux, n’a jamais eu le sentiment bien net des beautés réelles de -la nature, à ce point qu’il admira toujours moins, dans Jean-Jacques, -leur prestigieux évocateur que le déclamateur maladif des plus malsains -paradoxes. - -Eh bien! il est facile de se convaincre par la lecture de la relation à -laquelle nous empruntons ses principales lignes, que le metteur en scène -des sites de Veretz, et l’écrivain, qui en trace la description, avaient -la vision exacte de ces incomparables paysages. Sans doute, notre -narrateur s’attendrit à l’aspect des brebis et des agneaux bondissant -dans les grasses prairies, du fier taureau et des vaches «tigrées blanc -et noir», couchées au milieu des herbages; il note les cascades, les -digues et les moulins, il croque les honnêtes villageois qui peuplent -ces riches vallées; mais il admire, avec une émotion qui n’est pas -factice, cette vue du fleuve et des prairies jusqu’à Tours, embrassant -une partie de la ville, l’abbaye de Marmoutier et la ligne sinueuse des -coteaux de la Loire. Au Nord, c’est la plaine entre le Cher et la Loire -avec la «maison» historique des La Bourdaisière, et courant aux pieds du -château de Veretz les eaux vives et transparentes de la rivière, que -divisent, sans les ralentir, les deux îles où le narrateur relevait tous -les... accessoires de son tableau champêtre. - -Et, comme s’il éprouvait quelque regret de s’être attardé à un aussi -beau spectacle, il termine, après avoir visité la «ménagerie» où il -compte les paons et les pintades, sur la description de la fête donnée -par le duc d’Aiguillon à Mᵐᵉ de Conti (l’abbesse). Que de splendeurs! le -noble châtelain avait «illuminé tout le parc avec quatre mille -lampions!»[65]. - - * * * * * - -Après la mort de ce père prodigue, sa femme, la bonne duchesse, ayant -conservé comme habitation Ruel, ancienne propriété du cardinal, le duc -d’Agénois, devenu duc d’Aiguillon, avait, comme bien on pense, préféré à -sa gentilhommière du Midi, la somptueuse demeure de Veretz. - -Le pays était à mi-chemin de Rennes et de Versailles; et, depuis -plusieurs années déjà, le gouverneur de Bretagne y venait passer l’été -au milieu de réceptions et de fêtes, qui apportaient un puissant -dérivatif à ses soucis d’homme d’État. Mais comme il savait dissimuler -son ambition sous un détachement affecté des vanités terrestres! Mᵐᵉ de -Pompadour était seule capable de lui donner à cet égard la réplique. En -1760, alors que, dans une de ces heures de découragement, qui lui -avaient déjà valu de si tendres reproches, il avait sans doute exprimé à -sa correspondante son intention de finir ses jours dans la retraite, la -marquise lui avait répondu, le 28 juin: - -«Tout ce que vous me dites des âmes de Bretons n’est rien en comparaison -des âmes de ce pays-ci; et je pense absolument pour Ménars, comme vous -pour Verest... Quoique je ne me propose pas de vivre avec mon voisinage, -vous serez excepté de la loi générale. Vous voyez que je ne vous cède en -rien pour l’horreur du monde...» - -Mᵐᵉ de Pompadour n’alla guère à son château de Ménars. - -Quant à cet autre amant de la solitude, il ne la comprenait que peuplée -de ses familiers, de ses amis, de sa petite cour. - -En 1765[66] et en 1766[67], il mena grand train et joyeuse vie à Veretz, -surtout en 1766; il ne pensait qu’aux prochaines noces de sa fille avec -M. de Chabrillan. C’était, chaque jour, fête nouvelle et réjouissances -de toute sorte, en compagnie de ses fidèles et féaux de la Châtre, de -Broc, de Balleroy, de la Noue, etc. - -Et Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui avait révélé, depuis longtemps déjà, des talents -d’organisation et d’administration de premier ordre, faisait les -honneurs de Veretz, avec ce tact de la femme intelligente qui ne veut -paraître que l’auxiliaire de son mari, avec l’attention délicate de la -maîtresse de maison qui tient à prévenir le moindre désir de ses hôtes. - -Elle est en quelque sorte la surintendante du château. Elle en ordonne -les réparations et les aménagements. Elle surveille les plantations et -reçoit les fermiers. Mais c’est elle aussi qui s’occupe des pièces qui -seront jouées au château, des décors, des costumes, des partitions. Elle -pense aux livres et aux gazettes. Il n’est pas jusqu’à la chasse qui ne -soit de son département. En 1768, avant que la vie de château ne soit -commencée, elle écrit de Paris, le 16 août, au chevalier de Balleroy, -toujours empressé à la servir, d’autant qu’il y trouve son intérêt, -comme elle le laisse finement entendre à ce grand chasseur devant -l’Eternel: - -«... Je vous réponds courrier par courrier; mais c’est qu’il est -question d’une grande nouvelle, d’une chienne de nouvelle, d’une -nouvelle de chiens, oui de chiens, très fort de chiens, puisque c’est de -ces fameux chiens que Milord Ken fait venir à Veretz. On a avis qu’ils -sont arrivés à Nantes, non en quatre bateaux, mais dans un seul vaisseau -et qu’ils étaient accompagnés de plusieurs autres, mais ce qui est -fâcheux, c’est qu’on les avait adressés au bonhomme Laker, à qui M. -d’Aiguillon avait oublié d’en faire donner avis, qui a été très étonné -de voir arriver chez lui 18 chiens et 1 conducteur, lesquelles 19 -créatures ne disent pas un mot de français, et ledit Laker pas un mot -d’anglais. Cela fait que, très poliment, il a mis tout cela à la porte; -et il faut que vous, qui êtes le grand veneur, vous vous mettiez à la -poursuite de mes dits chiens et de leur gouverneur, et que vous donniez -ordre pour faire embarquer tout cela sur la Loire, pour se rendre à -Veretz.» - - - - -V - - _Le cure-dents de La Chalotais.--Le «bailliage d’Aiguillon».--Un - échafaud fantastique.--Le Gouvernement ne veut pas rappeler - d’Aiguillon.--Ours et Bretons.--Le Nouveau Parlement et les Etats - de 1767.--Les trois duchesses.--La politique du Gouvernement et - celle de d’Aiguillon.--Le roi et la duchesse d’Aiguillon chez la - reine.--«Vous vous êtes conduit comme un ange!»_ - - -Le 11 novembre 1765[68], La Chalotais avait été arrêté avec son fils, -sur la dénonciation de Saint-Florentin et de Calonne, maître des -requêtes, qui lui reprochaient, tous deux, entre autres griefs, d’avoir -écrit des lettres anonymes[69] peu respectueuses pour le roi. Toujours -avec son fils, La Chalotais fut enfermé dans une tour de Saint-Malo, où -«son cure-dent, écrit Voltaire, grave pour l’immortalité sur les murs de -son cachot[70]». - -D’autre part, d’Aiguillon s’était rendu de Bagnères à Fontainebleau[71], -où séjournait alors la Cour, pour soumettre à Louis XV un projet de -reconstitution du Parlement de Bretagne, avec les débris de l’ancien. Le -roi y consentit, mais réduisit le nouveau à soixante charges. Or le -gouverneur ne parvint que très péniblement à les remplir[72]. Fort peu -de conseillers étaient restés ses partisans; et ce que ses adversaires -appelaient, non sans dédain, le _Bailliage d’Aiguillon_, ne fut -constitué que le 16 janvier 1766. - -Siégeant à Rennes, le nouveau Parlement dut juger les prisonniers, dont -la Chambre royale de Saint-Malo avait déjà commencé le procès. - -Au dire de Soulavie, ce fut, pendant les deux premiers mois, une entente -cordiale. Les magistrats ne pouvaient évidemment oublier qu’ils étaient -les créatures du commandant: et, d’autre part, leur était-il facile de -se soustraire à la pression de l’opinion publique favorable aux accusés? -Toujours est-il que, le 3 mars, «de concert avec le premier président, -le futur chancelier Maupeou», d’Aiguillon «faisait _parler le roi en -souverain_[73]». La duchesse dut en être charmée; car--nous le verrons -plus tard--elle tient pour le principe d’autorité, en un temps où le -monarque, très soucieux cependant de son pouvoir absolu, semblait le -compromettre par son indolence et son apathie. A l’encontre de son -aïeul Louis XIV, il fuyait le tracas des affaires et laissait à ses -ministres tout le poids des responsabilités. - -L’année avait donc commencé, au Parlement de Bretagne, sous les plus -favorables auspices. Le gouverneur venait à bout de toutes les -difficultés; et, pour un peu, Soulavie proclamerait le duc d’Aiguillon -«un génie». Mais, comme il arrivait si souvent à cette époque, les -passions religieuses donnèrent à une affaire purement administrative une -orientation toute politique. Les Bretons prenaient chaque jour plus à -cœur la cause de La Chalotais qui était, nous l’avons dit, un janséniste -renforcé. On vit dans les persécutions[74], réelles ou fausses, dont -souffraient les captifs, une revanche des Jésuites chassés de France. Il -faut reconnaître aussi que l’instruction avait commis maladresses sur -maladresses. On avait éventré les bureaux du père et du fils pour y -trouver des preuves de leur félonie. Et le rapporteur Le Noir[75], aussi -bien que l’accusateur Calonne, avait fait du récit de ces perquisitions -un pur «amphigouri[76]». - -Il n’en fallut pas tant pour présenter les La Chalotais comme des -martyrs: ils subissaient la plus étroite captivité[77] et les plus -perfides interrogatoires. On affirma même, très sérieusement, que, -pendant une nuit, on avait dressé un échafaud pour les exécuter dans -l’intérieur de la prison; on avait vu entrer les planches et les -madriers: on avait entendu les coups de marteau qui les assemblaient. -Et, naturellement, les condamnés étaient innocents. C’était d’Aiguillon -qui avait fabriqué les lettres anonymes. L’indignation fut générale; et -le Parlement de Paris lui-même en murmura. - -«La seule affaire dont on parlât, dit le prince de Croÿ dans son -_Journal_ (1766), c’était la suite du procès criminel de MM. de La -Chalotais où M. d’Aiguillon paraissait avoir le dessous.» - -Or, toutes ces nouvelles n’étaient, en majeure partie, que des -_racontars_, ou, si l’on préfère cette autre expression empruntée au -même vocabulaire, un _bluff_ politique imaginé pour impressionner les -masses. Ce sinistre convoi de planches, entré nuitamment dans la tour, -pour y être affecté à une destination plus sinistre encore, était le -matériel d’une équipe d’ouvriers qu’appelaient des réparations urgentes. -On avait imprimé que le ministre de la marine, Praslin, cousin de -Choiseul, avait expédié en toute hâte un courrier pour empêcher -l’exécution. Cette fable avait été imaginée, afin d’«en jeter l’odieux -sur d’Aiguillon, qui n’avait pas plus influé dans l’affaire de M. de la -Chalotais que le roi de Prusse[78]». - -Choiseul, lui-même, à qui les pamphlétaires attribuaient également -l’expédition mise au compte de Praslin, protestait contre une telle -invention, dans une lettre qu’il adressait, le 27 mai 1770, au duc -d’Aiguillon: «Rien n’est si faux, si criminel et si bête que l’assertion -de l’envoi d’un courrier de ma part, pour empêcher une exécution -quelconque, en Bretagne[79]». - -Entre temps, la reconstitution du Parlement de Bretagne, qui s’opérait -si péniblement, quoiqu’en dise l’enthousiaste Soulavie, n’en restait pas -moins une source très vive de griefs toujours renaissants contre le -gouverneur, que l’opinion rendait responsable de l’ordonnance royale. -Lui, d’Aiguillon, qui voyait l’orage s’amonceler sur sa tête, reprenait -son éternelle antienne: il demandait, une fois de plus, les 11 et 16 -février, à quitter la Bretagne[80]. Vainement, il avait déconseillé une -procédure qui pouvait mettre en péril le prestige du pouvoir central et -la tranquillité de la province; le ministre, indécis, irrésolu, -s’arrêtait aux mesures les plus violentes, pour désavouer presque -aussitôt ses agents, en prêtant l’oreille aux intrigues de Cour. Pas -plus qu’il n’avait adhéré à la politique de sage et ferme modération -préconisée par d’Aiguillon, il n’eut égard à sa demande de rappel. - -Le roi ne voulut pas en entendre parler: il fut convenu, cependant, que -d’Aiguillon ne «tiendrait pas les Etats» à la fin de l’année. Déjà, le -26 février, Saint-Florentin lui avait écrit[81]: «Il n’y a que votre -présence à Rennes qui puisse maintenir le zèle des bons serviteurs du -roi.» - -Et puis Choiseul, alors grand favori de Louis XV, «cherchait à tenir -éloigné, et en Bretagne, le duc d’Aiguillon, celui de ses ennemis qu’il -craignait le plus[82]». Aussi avait-il su gré au prince de Croÿ d’avoir -suivi ses conseils, en cessant de prétendre à la succession d’un -gouverneur qui voulait toujours s’en aller. Mais, ajoute le -mémorialiste, «le duc d’Aiguillon en fit tant qu’il fallut le rappeler -(1766)». La phrase est ambiguë: elle semble laisser entendre que le -fonctionnaire commit de tels excès de pouvoir qu’on dût en débarrasser -le pays. - -Ce qui est certain, c’est que les attaques redoublaient contre le -despote, le «Bacha», comme l’appellera plus tard Mᵐᵉ Du Deffand. -Choiseul, qui, en 1765, opinait pour «l’extrême rigueur», affirme -d’Aiguillon, mais à la condition que celui-ci la conseillât -d’abord,--tactique devant inévitablement servir à le discréditer -davantage--Choiseul, en bon ami des philosophes, penchait secrètement -pour les prisonniers de Saint-Malo. Il le prouva, du reste, par une -manœuvre, que les ennemis de d’Aiguillon purent croire dirigée contre un -homme, qu’on supposait acharné à la perte des détenus. - -Ceux-ci furent, en effet, transférés de Rennes, où ils étaient -incarcérés depuis le Iᵉʳ août, au château de la Bastille. Puis, en -novembre, Louis XV, évoquant l’affaire à son conseil, s’y faisait rendre -compte de la procédure, et, pour en finir, exilait, le 20 décembre, à -Saintes les La Chalotais. - -Au reste, leur procès ne fut jamais jugé; mais, déjà, en 1767, les -violences du procureur général l’avaient singulièrement diminué auprès -du grand public: car il faut reconnaître que ce «patriote» qui, du fond -de son noir cachot, acceptait, de Saint-Florentin, la permission -d’assister au mariage de sa fille, n’avait, ni épargné les sarcasmes, ni -ménagé les injures aux «gens du roi» et au nouveau Parlement, qu’il -prétendait vendus à la Cour et au duc d’Aiguillon, son ennemi personnel. -C’était ainsi qu’il considérait le commandant de Bretagne, bien que -celui-ci eût plutôt prêché l’indulgence et «voulu qu’on épuisât tous les -moyens de justification de la Chalotais[83]». Car, aux yeux des juges, -les fameux billets anonymes, dont l’origine restait mystérieuse, ne -pouvaient plus avoir qu’une importance secondaire: mais, ce qui était -d’ordre supérieur et de vérité indiscutable dans ce procès -essentiellement politique, c’est qu’un agent du pouvoir avait résisté -aux injonctions du roi et méconnu les ordres du gouvernement, -prévariqué, en un mot, pour seconder les vues d’une aristocratie -turbulente et rebelle, décidée à frapper d’impuissance l’autorité -royale, sous le prétexte spécieux, perpétuellement invoqué, que la -«religion du prince» avait été surprise par le ministre. - -Mais alors que La Chalotais disparaissait en quelque sorte de la scène, -cette noblesse bretonne, loin de désarmer, continuait la lutte avec plus -d’acharnement que jamais. - -Pendant que d’Aiguillon était en Touraine, tout entier au charme d’une -villégiature que goûtait avec lui sa petite cour, on racontait à Paris -qu’il était exilé à Veretz. Lui n’en savait pas un traître mot et ne -s’en portait que mieux. Son médecin l’avait mis au lait d’ânesse[84]. -D’Aiguillon, comme la plupart des ambitieux et surtout des ambitieux qui -cachent leur jeu, était bilieux de tempérament; et la moitié de sa vie -(la correspondance de la duchesse le dit assez), se passa en traitements -de toute sorte chez lui, ou dans les stations d’eaux thermales, sans que -son teint couleur citron en fût sensiblement modifié. - -Mais cette quiétude devait bientôt finir. La convocation des Etats, où -d’Aiguillon allait paraître en qualité de premier commissaire, était -urgente: la tradition voulait que cette réunion fût biennale, en raison -du vote des impôts. Et l’aristocratie bretonne, bien que peu satisfaite -de l’issue du procès Chalotiste, avait conscience que son ennemi en -revenait à Rennes singulièrement amoindri. Aussi lui ménageait-elle de -nouvelles et désagréables surprises. D’Aiguillon s’y attendait -d’ailleurs et s’y préparait peu philosophiquement, nous dit Belleval[85] -admis dans son intimité. Le 9 octobre 1766, le jeune officier avait été -prié à souper par la duchesse; et comme il n’était pas de service, il -s’était rendu à l’invitation, d’autant que le duc, ainsi que la -duchesse, lui avaient «toujours témoigné beaucoup de bonté». Ce soir-là, -d’Aiguillon avait convié quelques amis. Il leur annonça qu’il avait pris -congé du roi pour aller tenir les États de Bretagne. Il n’en était pas -autrement charmé, et il l’avouait d’un ton si piteux que tout le monde -se mit à rire. - ---Et vous, le premier, dit-il, en marchant sur Belleval, vous, monsieur -le rieur, «allez-y donc à ma place, si cela vous amuse ou si vous croyez -que je plaisante: j’aimerais mieux brider des ours que des Bretons. - -«Je lui répondis, continue Belleval, que je le croyais sur parole et -qu’il s’entendait mieux que moi à faire le service du roi, attendu que -je ne sais ni brider les ours, ni les Bretons.» - -Avant de risquer toutes ces plaisanteries, on s’était assuré qu’il ne se -trouvait aucun fils d’Armor dans l’assemblée. L’entrée de la marquise de -Guesbriant mit fin à ce badinage, que la duchesse n’eût d’ailleurs pas -toléré, en présence de cette dame, sa parente, qu’elle aimait beaucoup -et qu’elle avait présentée au roi pour être dame d’honneur de la -princesse de Lamballe. - -La Noue, un fidèle, lui aussi, de M. d’Aiguillon, n’était guère plus -optimiste que le principal intéressé. Il confie ses inquiétudes et même -ses angoisses à Fontette[86], de passage à Rennes, où la duchesse le -reverra avec plaisir, car elle le «maintient honnête et galant homme». -La Noue ne tarit pas d’éloges sur Mᵐᵉ d’Aiguillon: «C’est une femme -pleine de sens, de connaissance, bonne, vraie, droite, courageuse, -capable d’amitié». - -La situation du commandant de Bretagne était, en effet, assez difficile -à Rennes, en cette année qu’on aurait pu appeler l’_année des trois -duchesses_. Des questions d’étiquette venaient encore la -compliquer[87]. Nous voyons sur le registre des délibérations des Etats -qu’on avait nommé trois députations des membres des trois ordres pour -aller «complimenter suivant l’usage» la douairière, la duchesse -d’Aiguillon et la duchesse de la Trémoïlle--le mari de cette dame devant -présider l’ordre de la noblesse aux Etats. - -Or, le duc d’Aiguillon, avec sa morgue native, qu’exaspérait encore sa -rancune, acquise, contre l’aristocratie bretonne, avait froissé le duc -de la Trémoïlle, en ne faisant pas arrêter sa voiture pour recevoir ce -personnage, alors qu’il était à la tête de la noblesse[88]. Faut-il -attribuer à ce manque d’égards la mollesse que le ministère reprochait -au nouveau président? Le rôle de la Trémoïlle ne laissait pas d’ailleurs -que d’être difficile. L’opposition avait des prétentions inadmissibles -et des exigences inacceptables. La Trémoïlle résistait de son mieux. -Alors le tumulte se déchaînait dans la salle. C’était, au milieu de cris -d’animaux, une obstruction perpétuelle. Le duc, qui n’avait pas -l’habitude des tempêtes parlementaires, restait souvent muet. Etait-ce -là «composer avec les brouillons et les mutins?» Ceux-ci, en tout cas, -ne lui ménageaient guère les avanies. Aussi, MMᵐᵉˢ de la Trémoïlle--la -mère et la fille, également duchesse--avaient-elles suspendu leurs -réceptions; et il avait fallu que Mᵐᵉ d’Aiguillon reprît les siennes, -quoique à peine remise d’une «forte migraine et d’une petite -ébullition». Son salon n’en avait été que «plus honnêtement rempli[89]». - -Entre temps, Fontette signalait à son ami un épisode de la guerre de -pamphlets qui sévissait alors en Bretagne: c’était l’apparition d’un -«écrit abominable et plat, en forme de dialogue des morts» où le -cardinal de Richelieu et son arrière-petit-neveu d’Aiguillon étaient -drapés de la belle façon: hélas! disait Fontette, on ne punit pas assez -sévèrement les auteurs de libelles--comme si le camp ennemi eût été seul -à se servir de telles armes. - -En sa qualité de premier commissaire, d’Aiguillon avait lu aux Etats, le -10 janvier 1767, une lettre qu’il disait avoir reçue du roi et qui -défendait formellement «aux Bretons de s’occuper des affaires de son -Parlement». Les Etats répondirent par un éclat de rire. Mais d’Aiguillon -était pressé d’agir par le contrôleur général Laverdy qui avait besoin -d’argent; et il ne cessait de répéter aux ministres ses perpétuelles -variations sur le proverbe: _Patience et longueur de temps_, etc. Il les -accompagnait de récriminations amères contre l’incohérence et les -inconséquences du pouvoir central, qui avait si lestement soustrait le -procès des Chalotistes à la juridiction du Parlement de Rennes, et -contre la correspondance scandaleuse des princes du sang avec les -factieux. - -Le ministère le savait de reste; il en souffrait, mais n’aimait pas -qu’on lui en rabattît les oreilles. Il eût voulu que d’Aiguillon -montrât plus d’initiative et surtout moins de lenteur, d’autant que -Louis XV, passant, suivant son habitude, par-dessus la tête de ses -ministres, correspondait directement avec «les mutins»--c’était -l’anarchie et le gâchis[90]. - -Et cependant le gouvernement ne pouvait nier que d’Aiguillon ne fût un -agent consciencieux, préoccupé de faire prévaloir les droits de -l’autorité royale. Laverdy n’écrivait-il pas, le 16 mars 1767, que -«d’Aiguillon et Flesselles avaient tiré le meilleur parti d’une -situation désespérée[91]». - -Les Etats venaient seulement de voter les impôts et ne devaient se -séparer que le 23 mai, au milieu d’une recrudescence d’injures, de -calomnies et de libelles à l’adresse du gouverneur--campagne à laquelle -se mêlait une ténébreuse histoire de poisons, imaginée par les -Chalotistes et visant un partisan de d’Aiguillon, l’ex-jésuite -Clémenceau. - -C’est probablement à cette époque qu’il faut placer un billet écrit en -1767[92], mais sans date précise, par le duc au chevalier de Balleroy, -billet où il parle, à mots couverts, de ses négociations, d’intrigues -multiples, etc... D’Aiguillon est bien l’homme de son style, méfiant, -timoré, indécis, mystérieux, sous l’aspect sombre et l’attitude hautaine -que lui prêtent ses ennemis et qu’il croit être de la dignité. - -La duchesse avait une allure bien différente. Elle était franche, crâne -même et marchait droit au but.--Elle était venue à Paris pendant que son -mari restait en Bretagne. Fontette l’eût désirée à Rennes. Mais «elle ne -peut être partout. Elle est bien aussi utile à M. d’Aiguillon à Paris -qu’ici, et par cela seul je suis consolé de l’y savoir[93]». - -La Noue, d’ailleurs, ne tarde pas à rassurer son ami. Il dit même que -l’«absence» ou la «présence» du principal intéressé à la Cour semble -«indifférente», Mᵐᵉ d’Aiguillon ne quittant pas Versailles. «Favorite de -la reine, elle est appelée chez sa maîtresse dans les moments les plus -particuliers» et, là, le roi «peut causer avec Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui le -guide sur toutes les affaires de l’Etat et particulièrement de la -Bretagne». - -Nous ne croyons pas que la duchesse ait jamais eu la prétention d’être -l’Egérie d’un monarque qui n’était ni sûr dans ses relations, ni -constant dans ses idées. Les ambitions de Mᵐᵉ d’Aiguillon se bornaient à -défendre la réputation et l’honneur de son mari, comme elle employait -son crédit (La Noue l’avait bien jugée) à servir les intérêts de ses -amis. Et ce sera le duc, il fallait s’y attendre, qui en aura toute la -gloire. N’écrit-elle pas de Versailles, en octobre 1767, au chevalier de -Balleroy[94], que le concours de M. d’Aiguillon lui était tout acquis. - -A cette époque, en effet, le gouverneur de Bretagne avait repris faveur -à la Cour. Et l’on a vu que la duchesse n’y avait épargné ni son temps, -ni sa peine. - -Mais la tâche n’avait pas laissé que d’être difficile. La résistance de -la noblesse aux demandes du roi, sa turbulence avaient provoqué un tel -scandale que, peu de temps avant la clôture des Etats, le gouvernement -avait invité son premier commissaire à lui établir un projet de -règlement pour la tenue de ces mêmes Etats. D’Aiguillon obéit; mais, -comme il avait toujours l’appréhension des responsabilités, il voulut -renvoyer à une session ultérieure la lecture et l’application du -règlement. Il fallut que le ministère insistât énergiquement, pour que -le duc se décidât à lire son projet le 23 mai, c’est-à-dire le jour même -de la clôture des Etats. - -Et, convaincu, d’autre part, que cette nouvelle exigence du pouvoir -central le rendrait, lui d’Aiguillon, encore plus odieux aux Bretons, il -eut hâte de les quitter. Mais, comme toujours, Saint-Florentin -s’opposait au départ de son neveu. La duchesse douairière quitta -immédiatement Rennes pour Versailles, et, le 2 juin, elle obtenait haut -la main le rappel de son fils[95]. - -D’Aiguillon, malgré qu’il eût, par intervalles, en raison de son -tempérament bilieux, de terribles colères contre cette noblesse qui le -vilipendait, d’Aiguillon s’appliquait encore à la ménager. Sans tenir -compte des objurgations de ses amis qui lui reprochaient de s’obstiner à -«vouloir être bon», il usait à peine des pouvoirs discrétionnaires qu’il -tenait du gouvernement, même contre les «bastionnaires»--on appelait -ainsi les chefs du _bloc_ formé par l’opposition de l’aristocratie. - -D’Aiguillon avait pour lui, aux Etats, le Tiers et une notable partie du -clergé: il aurait même eu la grande majorité de la noblesse, sans une -poignée de cabaleurs qui menaçaient leurs collègues hésitants de -vengeances terribles, le jour où les démissionnaires remonteraient sur -leurs sièges du Parlement: car ils savaient bien qu’il n’y avait pas de -coalition possible entre les Etats et le _bailliage d’Aiguillon_. - -En tout cas, quoique le ministère appelât «irrésolution et timidité» ce -que le commandant de Bretagne nommait «circonspection et fermeté», -d’Aiguillon trouva, quand il revint à Versailles, tout un cortège -d’admirateurs. D’ardentes imaginations, éprises de couleur locale, le -représentèrent, sur ce littoral semé de récifs, «rocher au milieu des -vagues». Et le jour où il parut devant le roi pour lui faire sa cour: - ---Vous vous êtes conduit comme un ange, lui dit Louis XV. - - - - -VI - - _Les Etats «intermédiaires».--Chasse aux «Mandrins».--La coterie - des «Bastionnaires» et la pacification de la Bretagne.--Les - variations du contrôleur général, d’après - d’Aiguillon.--Démission.--Cérémonial des obsèques d’une reine.--Un - cocher en couches.--Le duc de Penthièvre jugé par Mᵐᵉ - d’Aiguillon.--La duchesse est ravie de voir son mari «hors d’une - indigne galère».--Ce qu’en pense d’Aiguillon._ - - -C’est dans le courant de l’année 1768 que s’engage réellement la double -correspondance de la duchesse d’Aiguillon et de son mari avec le -chevalier de Balleroy, l’une plus rare et roulant de préférence sur les -choses de la politique, celle de la duchesse autrement variée, souvent à -bâtons rompus, mais vive et piquante, volontiers pittoresque, demandant -et acceptant sans arrière-pensée les mêmes services que peut lui rendre -le complaisant célibataire, et s’employant pour lui, à la Cour, avec -autant de désintéressement empressé et sincère, qu’il en apporte -lui-même à témoigner de son loyalisme envers ses nobles patrons. - -«Je n’ai pas besoin de vous dire, Monsieur le Chevalier, lui écrit-elle, -combien votre situation m’occupe: vous n’en devez pas douter, -connaissant ma façon de penser... Mais il est bien difficile de -raisonner par lettre, comme on voudrait. Il y a des choses sur -lesquelles, en se voyant, en quatre paroles, on s’explique très -aisément, au lieu que, par lettre, il faut tant de phrases et de -périphrases, encore souvent pour ne se pas entendre[96]...» - -Aussi, comme elle est sur le point de partir pour Veretz, invite-t-elle -Balleroy à l’y rejoindre; au moins pourront-ils y causer librement. -L’appréhension du Cabinet noir--cette institution permanente--se laisse -pressentir ici, comme dans toutes les correspondances du temps. - -Mais le départ de Mᵐᵉ d’Aiguillon avait été précédé de notables -événements qu’il importe de rappeler. - -Des Etats extraordinaires--_intermédiaires_ ainsi qu’on les nommait -encore--s’étaient ouverts à Saint-Brieuc, au commencement de 1768, -présidés par l’évêque du diocèse, Girac[97], un des rares prélats qui -fussent hostiles à d’Aiguillon, par le duc de Duras, et par un -magistrat, Ogier, qui était le premier commissaire, «en réalité le -porte-parole» du gouverneur[98]. - -Un bon billet qu’avait là le duc d’Aiguillon! - -La «réalité», c’était l’entente tacite des deux représentants de la -noblesse et du clergé «pour ramener la réconciliation de l’opposition -bretonne avec le ministère, réconciliation dont le gouverneur devait -faire les frais[99]». - -Celui-ci n’avait été, même à Versailles, que le héros d’un jour. Les -amis des «bastionnaires» recommençaient la campagne: «Le duc de Rohan, -écrit La Noue à Fontette, le 10 février, a refusé le salut à M. -d’Aiguillon, et sa femme à notre duchesse, sans qu’ils sachent l’un et -l’autre d’où provient cette bouderie[100]». - -A Saint-Brieuc, les opérations se poursuivaient activement. «Les Etats -prennent une délibération, pour rembarquer les généraux de Broc, -Balleroy, Barrin, La Noue, qui mangent la province et que M. d’Aiguillon -y avait entrés contre l’usage; et il faut espérer qu’ils en viendront à -bout, et que, peu à peu, on chassera en détail ces Mandrins[101]...» - -On comprend si cette exécution dut toucher «notre duchesse». - -M. de Calan, qui n’est certes pas un apologiste du gouverneur, est bien -obligé cependant de reconnaître et de signaler les petites vilenies -mises en œuvre pour forcer la main au roi et lui faire remplacer un -ministre «désagréable au parti dominateur», par un homme qui sera -«l’instrument de ce même parti». Cet impôt, qui semblait écrasant quand -il était réclamé par d’Aiguillon, est voté avec enthousiasme sur la -proposition de M. de Duras. Les pamphlets gémissent sur la misère du -peuple; et «à Saint-Brieuc c’est un bal perpétuel». - -Bientôt il semble qu’un mot d’ordre soit donné, exprimé à peu près -partout dans les mêmes termes, «que la tranquillité ne peut se rétablir -en Bretagne que par la retraite de d’Aiguillon[102]»... Maupeou doit le -démontrer, s’il veut obtenir la place de chancelier. Et Mᵐᵉ Du Deffand -écrit, le 10 mai, à l’abbé Barthélemy: «Je fus lundi à souper, à Ruel, -chez Mᵐᵉ d’Aiguillon (la mère, sa grande amie) avec le chevalier de -Listenoy et l’évêque de Saint-Brieuc. Celui-ci me raconta toute la -Bretagne... Un honnête homme, sur son récit, en doit conclure que jamais -l’ordre ne sera rétabli dans cette province, tant que le duc d’Aiguillon -y commandera. Si j’étais le maître, je n’hésiterais pas un moment à -envoyer M. de Penthièvre tenir les prochains Etats jusqu’à ce que la -paix y fût complètement rétablie[103].» - -Et ce n’était pas seulement l’entente commune d’une opposition marchant -avec une exacte discipline qui avait entraîné ainsi l’opinion; c’était -encore la presse, par ses journaux-pamphlets et par ses libelles, échos -des philosophes, des jansénistes et des parlementaires, qui mettaient -habilement en scène le martyre de la Chalotais, pour expliquer le -soulèvement de la Bretagne tout entière contre son tyran. Celui-ci avait -assurément des amis qualifiés pour répondre, amis qui s’acquittaient -avec conviction de cette tâche, mais par intermittences et non sans -hésitations. Car d’Aiguillon les désavouait en quelque sorte. Il -méprisait les traits, pour la plupart anonymes, de l’ennemi. Il se -croyait suffisamment protégé par le respect dû au représentant de -l’autorité royale; et le gouvernement n’admettait pas de polémique même -à son profit, et surtout une polémique soutenue par ses agents. «Les -gens en place, comme le dit fort bien M. Carré, devaient se taire par -respect pour le maître[104].» - -Il en résulta que d’Aiguillon dut jouer ce que notre modernisme appelle -«le guillotiné par persuasion». Certes, il ne demandait qu’à secouer la -poussière de ses sandales sur cette Bretagne qui lui avait si souvent -échauffé la bile. Que de fois il avait prié qu’on acceptât sa démission! -Mais, alors, il se retirait avec les honneurs de la guerre. C’était lui -qui se refusait à «brider» plus longtemps les Bretons, tandis -qu’aujourd’hui l’opinion semblait imposer au gouvernement le rappel d’un -fonctionnaire exécré. Et avant de se résigner à l’acte décisif qui, au -dire de la coterie des _bastionnaires_, devait amener la pacification de -la Bretagne, par quelles tergiversations passait un homme confondant -trop volontiers la circonspection et le calme avec la lenteur et -l’irrésolution! Il écrivait, de Paris, le 22 juin, au chevalier de -Balleroy qui s’en allait rejoindre «son général» à Rennes[105]: - -«... Le dernier système du contrôleur général, dont, heureusement, il -change souvent, est qu’il faut que je retourne au plus tôt en Bretagne, -parce que personne ne peut faire les affaires du roi, si je la quitte, -et que, d’ailleurs dans tout ce qui s’est passé, il n’y a rien eu de -personnel contre moi, que, par conséquent, ce n’est pas le cas où il -faut mettre sur la scène un acteur nouveau; c’est en ma présence qu’il -tient ce propos aux autres ministres... Il avait dit tout le contraire -un mois auparavant... A cela je répétai mon refrain ordinaire: je désire -ardemment sortir de Bretagne; je n’y crois plus ma présence utile aux -affaires du roi; mais s’il le veut absolument, j’obéirai, après qu’il -aura écouté mes représentations tant sur le fond que sur la forme.» - -Et il terminait par cet autre «refrain» qu’on retrouve sans cesse sur -les lèvres ou sous la plume du politicien soucieux de paraître détaché -de toute préoccupation ou calcul ambitieux: - -«Je continue mon train de vie ordinaire; je passe quatre jours de la -semaine à Versailles et trois à Paris. Je dors et digère bien et je ne -m’ennuie pas.» - -A six semaines de là, le ton change. D’Aiguillon a fait le cruel -sacrifice et il s’en explique, non sans mélancolie, mais avec une -confiance en soi, qui semble le comble de l’illusion, sinon de la -duplicité[106]. - -«C’est sur l’avis du contrôleur général, écrit-il encore à Balleroy, que -le roi s’est décidé à me permettre de me retirer et je suis bien -convaincu qu’il ne s’y est déterminé, que parce qu’il a prévu que je -serais encore une fois trahi et abandonné par un ministre qui veut -absolument qu’on croie que c’est l’animosité qu’on a personnellement -contre moi en Bretagne, et non sa mauvaise administration, qui est cause -du désordre dans lequel est cette province... Je ne regrette pas le -gouvernement de Bretagne, mais d’y laisser des gens sages et de bons -serviteurs qui seront exposés à la méchanceté et à la violence des -brouillons..... On prétend que M. de la Chalotais donnera sa démission -aussitôt que j’aurai donné la mienne.» - -Entre temps, la duchesse, malgré toute sa vigilance, avait été absorbée -par d’autres soins et par d’autres devoirs, qu’elle n’eût pu décliner -sans être taxée d’indifférence et même d’ingratitude. - -La reine Marie Lesczinska se mourait. La maladie n’avait pas été seule à -miner ses jours. Délaissée, en raison peut-être des exigences d’une -dévotion trop austère, pour des rivales souvent indignes, qui ne se -comptaient plus et qu’il fallait cependant accueillir, ne fût-ce que -d’un signe de tête, la reine s’était peu à peu consumée en un désespoir -profond, muet, dissimulé sous un sourire de Cour, mais rongeant, comme -un cancer, les sources vives de l’existence. - -Une lettre de La Noue met en opposition, dans une phrase qui fait -portrait, la physionomie officielle des deux époux: «Le roi est plus -beau et plus frais que jamais...» mais «sa femme est dans un état -affreux[107]...» Aussi Mᵐᵉ d’Aiguillon ne l’avait-elle plus quittée: il -avait fallu, pour qu’elle revînt passer quelques jours à Paris, qu’elle -y fût rappelée par une maladie assez sérieuse de son fils et de l’une de -ses filles: encore, aussitôt leur rétablissement, avait-elle repris le -chemin de Versailles. - -La lente et douloureuse agonie de Marie Lesczinska dura plus de six -mois: «L’état de la reine, écrit la duchesse, est toujours le même, -c’est-à-dire que cette malheureuse princesse ne peut ni vivre, ni -mourir; elle a, de plus, depuis quelques jours, une fièvre d’une -violence extrême qui lui cause du délire tous les matins... Ne prenant -presque plus de nourriture, il y a aujourd’hui cinq semaines que cet -état violent dure; cela fait horreur à penser, même aux gens les plus -indifférents. Jugez de l’effet que cela fait sur moi qui aime la reine, -non parce qu’elle est reine, mais parce qu’elle est aimable et -vertueuse, et que, dès ma plus tendre enfance, elle m’a toujours comblée -de bontés, j’ose même dire d’amitié[108].» - -Pour qui savait les habitudes d’infidélité d’un mari, déjà tout disposé -à suivre l’exemple du maître, le mot _vertueuse_ laissait percer une -allusion suffisamment claire; car la duchesse, aussi discrète et aussi -intelligente qu’elle était énergique et forte, connaissait trop bien les -procédés de la poste pour livrer naïvement à cette auxiliaire de l’Etat -le fond de sa pensée. - -Mais la reine est enfin délivrée de ses souffrances; et la douleur de la -duchesse, déjà si profonde et si sincère, éclate plus intense encore, à -la vue d’une sorte de profanation qu’exigeait alors le protocole des -funérailles royales[109]. - -«Ce qui m’a fait une impression que je ne peux pas rendre, c’est le -moment du transport, de voir sortir cette respectable princesse de ses -appartements par pièces et par morceaux, d’abord le cœur porté par -l’évêque de Chartres sur un carreau, ensuite ses entrailles, puis sa -personne...» - -De même, à Saint-Denis, le minutieux cérémonial qui accompagne l’arrivée -de la défunte, est pénible pour une femme aussi peu éprise de -l’étiquette que l’était Mᵐᵉ d’Aiguillon. L’évêque adresse un discours au -prieur de l’abbaye qui s’empresse de lui rendre la politesse: puis la -reine est portée, toujours «par pièces et par morceaux», dans le chœur, -sur une estrade et sous un dais; prières, aspersions, discours, tout -recommence, et même la «promenade de ce malheureux corps» jusqu’à une -chapelle où il restera déposé en attendant le jour de l’inhumation. - -Enfin l’heure fatale a sonné[110]: - -«... Le spectacle de Saint-Denis était très beau et bien ordonné: -c’était une bien belle horreur. J’ai été en place en grand habit et -grande mante, depuis 10 heures du matin jusqu’à 5 h. 1/2, sur une petite -banquette, qui n’avait pas un demi-pied de large. Vous croirez sans -peine que j’étais fort lasse quand la cérémonie a été finie.» - -Son affliction est alors plus grave et plus expressive. Tant que le -corps était resté à Versailles et à Saint-Denis, la duchesse était -toujours au service de la reine: «enfin elle était encore parmi nous»; -mais «quand on l’a descendue dans le caveau», cette nouvelle et -définitive séparation détermina chez Mᵐᵉ d’Aiguillon «un trouble inouï -qui fit rire, à ce qu’il paraît, bien des gens à portée de voir... il -fallait assurément en avoir bien envie» remarque-t-elle non sans -amertume. - -Il semble, à vrai dire, que la Cour fût en humeur de folâtrer ce -jour-là; car les commentaires de l’oraison funèbre s’accompagnent de -«toutes les gentillesses et de toutes les pointes» imaginables. On -prétendait, avant que le prédicateur--l’évêque du Puy--prît la parole -«qu’il fallait se garantir de la fraîcheur du puits[111]». Au reste, ce -morceau d’éloquence était, de l’avis des meilleurs juges, d’une valeur -très discutable: «Il n’y a rien de si difficile à faire, conclut la -duchesse, qu’une oraison funèbre; et depuis M. Fléchier, il n’y en a pas -eu une complètement bonne». - -Après s’être exclusivement consacrée à l’accomplissement du pieux devoir -que lui imposait sa dette de reconnaissance, Mᵐᵉ d’Aiguillon reprit peu -à peu avec le chevalier de Balleroy le cours de ces entretiens -familiers, où se confondaient les nouvelles de la politique et les -incidents de la vie mondaine. Les préoccupations familiales tiennent une -certaine place dans ces causeries intimes: «Notre cousine de -Valentinois, écrit-elle le 26 juillet, est toujours très mal; les uns -disent que c’est une fièvre maligne, d’autres que sa tête est partie. Ce -qui est sûr, c’est qu’elle est très mal et qu’elle a un délire continuel -et très extraordinaire. Le dernier était de vouloir que son cocher fût -dans sa chambre, sur une chaise longue, coiffé en femme, avec un -couvre-pieds de dentelle, parce qu’il était en couches[112].» - -C’est à quelques jours de là qu’elle chargera Balleroy, «en sa qualité -de grand veneur», de courir après les chiens et «leur gouverneur», -expédiés d’Angleterre à Veretz et refusés par un garde à qui d’Aiguillon -avait omis d’en parler. Et, dans cette même lettre, la duchesse, le -cerveau toujours hanté des «affaires de Bretagne», ne peut s’empêcher -d’en parler, avec une pointe d’aigreur, inséparable désormais des -souvenirs que lui a laissés son séjour dans la province: - -«M. de Broc[113] aura beau faire, il ne donnera jamais de courage à M. -le duc de Penthièvre[114], parce que ce n’est pas à son âge ce que l’on -acquiert. De plus, il est entouré de gens qui ont promis ou qui -souhaitent qu’il en soit ainsi. Je serai bien surprise, si je vois -sortir quelque coup un peu ferme de cette boutique. Il est l’homme du -royaume qui a les vues les plus droites et les plus honnêtes, qui est le -plus vertueux dans toutes les règles; mais il est faible par nature et -par principes; et vous conviendrez que ce n’est pas le moment de se -flatter de donner du nerf. Il y en a tant d’autres à qui il en manque.» - -On ne saurait tracer un portrait plus exact et plus vrai de ce prince -estimable, mais toujours hésitant et irrésolu, que le sentiment de ses -responsabilités aurait dû faire partir, depuis longtemps, pour une -province dont il était le gouverneur titulaire, afin d’y étouffer le -désordre si savamment entretenu par ses propres cousins. - -En s’exprimant avec autant de netteté et de fermeté, Mᵐᵉ d’Aiguillon -était absolument désintéressée. Elle avait dit un adieu définitif à la -Bretagne: «le sort de M. d’Aiguillon est décidé, écrivait-elle[115]. Qui -sera son successeur? Vraisemblablement M. de Duras.» En ce qui la -concerne, elle est fort aise que son mari soit débarrassé d’un aussi -lourd fardeau; il était «barré sur tous les points», partant impuissant -«à faire le bien». «Je suis ravie, répète-t-elle, qu’il soit dehors de -cette indigne galère.» Il ne s’éloigne pas cependant sans tristesse; il -avait des partisans, des amis qu’il laisse derrière lui. Et nous avons -dit avec quelle joie féroce les Chalotistes s’apprêtaient à les -persécuter. Aussi la duchesse priait-elle Balleroy d’exprimer à ces -fidèles tous ses regrets. - -Le duc, moins sincère ou plus emphatique, donnait sa démission pour un -acte d’héroïsme. Il écrivait à sa nièce (?), Mˡˡᵉ de Vedec à Vannes, une -sorte de lettre apologétique, où il faisait sonner bien haut l’éclat de -son abnégation: «La place n’était plus tenable pour lui; et il compte -sur la bonté, sur l’esprit de justice de sa parente pour qu’elle -approuve «le parti forcé» qu’il a pris. Il devait _le sacrifice de sa -place à ses amis_ qu’il eût autrement «précipités dans la boue». Au -reste, il affirmait «n’avoir rien fait en Bretagne qui ne fût utile à la -loi»; et il n’avait pour amis dans la province que «les honnêtes gens, -les vrais serviteurs du roi, les bons citoyens[116].» - -Assurément son sacrifice fut volontaire. Depuis tantôt dix ans, -d’Aiguillon avait trop souvent réclamé son rappel pour n’en avoir pas -envisagé quelquefois l’éventualité comme un soulagement. Mais, par la -force des choses, ceux-là mêmes qui n’en voulaient pas entendre parler, -durent s’y résigner; et comme dit fort bien M. Marcel Marion, -d’Aiguillon fut «sacrifié à l’espérance chimérique de rétablir le calme -en Bretagne[117]». - - - - -VII - - _La première rencontre de d’Aiguillon avec Choiseul: présence - d’esprit de la duchesse.--Le régiment du roi: lettre de Mᵐᵉ - d’Aiguillon à Louis XV.--Mᵐᵉ Du Barry devient l’alliée de - d’Aiguillon.--Maupeou et Terray négociateurs du - traité.--D’Aiguillon capitaine-lieutenant des chevau-légers: le - «beau cortège» de la duchesse.--Un amoureux fou mais platonique de - la Du Barry.--Le déserteur._ - - -Le rédacteur des _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_ dit que le -commandant de Bretagne «visait, en 1768, au ministère». Cette ambition -datait assurément de plus loin; car, déjà--toujours d’après les -_Mémoires_--le Dauphin l’avait «porté pour la marine[118]». En tout cas, -Choiseul pressentait depuis longtemps dans le duc d’Aiguillon un -redoutable rival, puisque, systématiquement, il l’obligeait à rester en -Bretagne, ployant sous le faix de l’impopularité, jusqu’à ce que la -situation n’y fût plus tenable. - -La lutte entre les deux adversaires allait donc s’engager, plus ardente -et plus directe, sur un terrain moins éloigné, mais autrement périlleux, -celui de la Cour. - -Ces hommes s’étaient rencontrés, pour la première fois, dix années -auparavant, en complète opposition, dans une circonstance mémorable, où -la duchesse d’Aiguillon avait témoigné, pour le plus grand bien de son -mari, de cette sagacité et de cet esprit de décision qui la -caractérisaient. - -C’était dans les premiers jours de janvier 1757. Damiens venait de -frapper le roi. La duchesse était restée à Paris, pendant que son mari -luttait désespérément contre les États de Bretagne, s’obstinant à -refuser les subsides qu’il leur réclamait pour la guerre. Mᵐᵉ -d’Aiguillon suivait ces débats irritants, dont le dénouement semblait -devoir s’éterniser, quand l’attentat de Damiens fit surgir dans son -esprit une inspiration soudaine. Le mercredi 5, à 10 heures du soir, -elle expédie à son mari un courrier porteur d’une lettre, qui lui -apprend la nouvelle, et lui indique peut-être le parti qu’il en doit -tirer. L’homme, voyageant à franc étrier, arrive à Rennes dans la nuit -du jeudi au vendredi. D’Aiguillon fait assembler immédiatement les -États, trace un tableau à la fois si terrifiant et si émouvant des -horreurs d’un tel régicide, qu’en moins d’un quart d’heure les États -renoncent à leurs prétentions, accordent au roi plus qu’il ne demande et -décident qu’ils «enverront des députés en Cour» attester leur -«sensibilité» et leur loyalisme.[119] - -D’Aiguillon renvoie aussitôt à sa femme le même courrier avec le -résultat de la séance. Et quand les délégués arrivent peu de temps après -à Versailles, ils y sont acclamés et fêtés avec un enthousiasme qui -tient du délire. - -Lorsque le procès criminel fut évoqué devant le Parlement, d’Aiguillon -vint y siéger, en sa qualité de pair. De son côté, le comte de Choiseul, -alors en mission à Venise, partit aussitôt, pour se rendre à Versailles -où il ne tarda pas à se rencontrer avec le duc. Celui-ci, suivant son -habitude, très hautain et très rancunier--peut-être avait-il sur le cœur -les perpétuelles avanies des États bretons--déclarait formellement que -«le fanatisme des énergumènes du Parlement avait armé le bras du -parricide et qu’on en avait de bonnes preuves». Il faisait ainsi -indirectement sa cour au Dauphin. Le comte de Choiseul répliquait qu’il -apportait, lui aussi, des «preuves», non moins «bonnes», mais de Rome, -où il avait appris que les jésuites, surtout ceux de la Silésie, -n’étaient pas étrangers au crime. Choiseul abondait dans le sens de la -Pompadour, qui méditait déjà l’expulsion des Jésuites et qui, en -attendant, avait fait déclarer la guerre à la Prusse[120]. - -Nous avons vu, dans les chapitres précédents, comment cette opposition -de principes avait dégénéré peu à peu, chez les deux hommes d’État, en -rivalité politique, dissimulée d’abord par l’attitude réciproque du -fonctionnaire et du ministre, dans un conflit où l’autorité royale était -en jeu. Mais l’un et l’autre, dès qu’ils eurent les mains libres, ne -tardèrent pas à démasquer leurs batteries. Les adversaires devinrent des -ennemis mortels. - -Des conflits d’influence avaient marqué les premières escarmouches. Une -coutume, qui n’est pas prêt de tomber en désuétude, voulait que tout -ministre gorgeât de faveurs ses créatures. Choiseul n’avait pas manqué -à la règle. Et d’Aiguillon[121], qui s’était «morfondu» en Bretagne, -pour reprendre l’expression des _Mémoires_, réclamait énergiquement, -mais vainement, des compensations, en raison même du prodigieux surcroît -de dépenses qu’avait entraîné pour lui chaque tenue des États. Il avait -jeté ses vues sur le _Régiment du Roi_. Sa femme écrivit directement à -Louis XV pour solliciter cette grâce. Comme elle allait toujours droit -au but et que son horreur de l’intrigue lui faisait mépriser les petits -moyens, elle ne parla ni des tracasseries, ni des humiliations dont le -Parlement de Rennes avait abreuvé son mari; elle rappela simplement les -services de d’Aiguillon, l’affaire de Saint-Cast et les promesses de -Belle-Isle, alors ministre de la Guerre, qui n’avait pu lui accorder le -bâton de maréchal, parce qu’il était depuis trop peu de temps lieutenant -général, mais qui lui eût réservé la première place vacante. Belle-Isle -était mort trop tôt pour tenir ses engagements. La lettre de la duchesse -fut remise au roi par la reine. - -Mais Duras insinua au contrôleur général Laverdy que l’octroi d’une -telle distinction à un personnage aussi impopulaire que l’était -d’Aiguillon, ferait renaître les troubles en Bretagne. D’autre part, -Choiseul, qui avait son candidat, dit tout haut «à son café»: La reine -demande pour M. d’Aiguillon, moi pour M. Du Chatelet, nous verrons qui -l’emportera. Et naturellement ce fut le protégé de Choiseul, Du -Chatelet, qui eut la préférence: faveur que ne put pardonner au premier -ministre le duc d’Aiguillon, chez qui «la suffisance et la prétention» -n’avaient d’égale que «la nullité du mérite»--les termes mêmes de -Choiseul[122]. - -Mais l’ancien commandant de Bretagne allait bientôt avoir dans son jeu -un atout imprévu qui devait lui assurer une éclatante revanche. - -A ce moment même, Mᵐᵉ Du Barry, remarquée du roi à Compiègne, puis -«frénétiquement» désirée par lui, se voyait engagée, un peu malgré elle, -dans la mêlée des compétitions politiques. - -Au dire de Sénac de Meilhan, elle avait chargé un ami de cet intendant -de déclarer à Choiseul qu’elle désirait vivre en bonne intelligence avec -lui. Le ministre accueillit assez dédaigneusement de telles avances. Il -promit, dans les termes les plus vagues, d’accorder les «grâces» qui lui -sembleraient justes et raisonnables[123]. En réalité, il détestait et -méprisait la nouvelle sultane. Il prétendit, depuis, que le choix du -prince l’avait écœuré; il le trouvait indigne d’un «aussi grand -monarque». Après la mort de son amie, la marquise, il avait discrètement -autorisé, même dans ses entours, les espérances de nobles dames -impatientes de la remplacer. Mais aucune n’avait eu l’heur de plaire -absolument au roi. Louis XV avait des goûts bourgeois. Son ministre ne -chercha pas à les combattre; et le prudent Hardy va jusqu’à -dire--toujours suivant son habitude, d’après la voix publique--que -Choiseul les encouragea même, mais en opposant «au Soleil levant» (un -mot du premier commis Cromot)[124] un astre, un peu moins éclatant, mais -cependant de belle apparence, la femme du docteur Millin[125]. - -Certes la Du Barry n’avait ni la marotte des hautes conceptions -politiques, ni les rêves d’ambition mondiale auxquels Mᵐᵉ de Pompadour -avait sacrifié les soins d’une santé précaire et la durée d’une vie déjà -compromise. Elle était dans tout l’épanouissement d’une saine et -triomphante beauté: et, devenue, avec sa joyeuse humeur de bonne fille, -son esprit avisé de grisette parisienne et ses appétits de courtisane à -la mode, la maîtresse en titre du «plus grand roi du monde», elle -trouvait la place à son goût et prétendait la garder. Aussi l’orgueil -revêche de Choiseul lui donna-t-il à réfléchir. Et puisque ce ministre -hautain lui faisait grise mine, elle chercha autour d’elle d’autres -alliés, dût-elle les prendre dans les rangs ennemis. - -«A Fontainebleau, dit M. Claude Saint-André, d’Aiguillon arriva, -le premier, dans le salon de la favorite, aussi amoureux -qu’intéressé[126].» - -D’Aiguillon était donc tout indiqué. Mᵐᵉ Du Barry lui accorda ses -faveurs, dit nettement Choiseul. - -Dans le portrait élégant que, d’après Brissot[127], Mirabeau a laissé de -la dame, le célèbre tribun est moins affirmatif. Il avait les meilleures -raisons pour ménager un client comme l’était le rival de Choiseul. Aussi -écrivait-il: «Le duc d’Aiguillon avait une marche réglée, l’esprit -d’ordre, de la suite dans le travail, un plan accommodé aux -circonstances (un opportuniste de la veille!). Il était aimable sans -être frivole. On prétendait qu’il avait imité le duc de Choiseul, qui -commença par lier sa destinée à Mᵐᵉ de Pompadour de la manière -accoutumée. Si cela n’est pas vrai, c’est bien vraisemblable; lorsqu’on -signe en tête-à-tête un traité d’alliance, il n’est pas à présumer qu’on -oublie les préliminaires.» - -Le raisonnement est humain. Puis d’Aiguillon savait plaire aux femmes. -Qu’il fût le fils de la grosse duchesse ou le neveu de la comtesse de -Maurepas, il était, pour l’une comme pour l’autre, un homme délicieux, -pourvu de toutes les qualités, orné de toutes les vertus. Dans des -régions moins familiales, c’était, en dépit de son teint «jaune», le -beau gentilhomme, le séducteur irrésistible. - -Quoi qu’il en soit et sans affirmer, avec la coterie des Choiseul, que -le duc était l’amant de la Du Barry, ni conclure, comme M. Vatel, qu’il -était simplement son ami, leur intérêt commun les avait amenés à signer -ce «traité d’alliance» dont parle Mirabeau, et qui, lui, était bien -réel. - -Deux hommes l’avaient secrètement préparé: le chancelier Maupeou et -l’abbé Terray, contrôleur général. - -Le premier était une créature de Choiseul. C’était un ambitieux «d’une -froide scélératesse», dont le visage, au teint blême, reflétait toute la -bassesse d’âme[128]. Choiseul en appréciait cependant l’activité et -l’intelligence: «Il n’y a personne, disait-il, plus capable que lui -d’être chancelier: au reste, s’il se conduit mal, je le chasserai». -Maupeou connut-il le propos? En tout cas, ce fut Choiseul qui fut -«chassé» avant Maupeou. - -L’abbé Terray, l’âme damnée du chancelier[129], valait moins encore; -c’était un audacieux coquin, cynique, impudent, fripon, sans conscience -et sans foi, fondant sa fortune et celle de ses entours sur les plus -odieuses exactions et sur la dilapidation des deniers publics. Ce qui ne -l’empêchait pas, dans son effronterie, d’exagérer le déficit du Trésor, -pour en perdre plus sûrement l’agent responsable, le duc de Choiseul. - -D’Aiguillon, déjà peu sympathique, entrait donc en rapport avec Mᵐᵉ Du -Barry sous les auspices de deux fâcheux parrains. Il est vrai qu’il -amenait avec lui l’élite du parti dévot qui comptait parmi ses chefs le -maréchal de Richelieu et le duc de la Vauguyon. Et ce n’est certes pas -un des spectacles les moins piquants pour l’observateur, que l’aspect de -cette jolie et fringante Mˡˡᵉ Lange, marchant, la main dans la main, -avec les amis des Jésuites, à l’assaut d’un gouvernement qui, par -l’expulsion des fils de Loyola, avait assuré l’avènement de ceux de -Jansénius, c’est-à-dire des Parlementaires. - -Au reste, la politique a des raisons que l’honnêteté ne connaît pas. Il -avait fallu, pour hâter la chute du favori, que l’aimable fille (et c’en -était bien une) qu’était la Du Barry, eût pris rang à la Cour, qu’elle -fût _présentée_. Et Belleval, notant un bruit d’antichambre, dit, à la -date du 20 décembre 1768, que Richelieu, d’Aiguillon et Bertin, l’un des -prédécesseurs de Terray, «mènent la présentation de la comtesse[130]». - -L’ambition--suggérée--de la petite modiste devenue grande dame, ne fut -complètement satisfaite que le 22 avril 1769. L’opération avait été -laborieuse. Quand ce pince-sans-rire de Richelieu avait envoyé, suivant -les règles de l’étiquette, le duc de la Vauguyon annoncer officiellement -la présentation de la comtesse à Madame Adélaïde, la princesse lui avait -brusquement tourné le dos[131]. - -La protection de la Du Barry (car maintenant elle n’était plus une -protégée) arrivait fort à propos pour d’Aiguillon. - -Choiseul, sur la demande des États, avait rétabli l’ancien Parlement de -Bretagne[132], le 12 juillet 1769, et celui-ci, qui avait encore sur le -cœur sa disgrâce, s’entraînait à une campagne de revendications avec -l’exilé de Saintes, La Chalotais, non moins vindicatif que ces Bretons, -dont les pamphlets toujours virulents, échappaient aux «lacérations» et -aux «brûlures judiciaires» indéfiniment réclamées par d’Aiguillon[133]. - -Le duc obtenait, entre temps, de Louis XV, une compensation qui devait -quelque peu adoucir les cuisantes blessures d’un amour-propre si prompt -à s’ulcérer. - -Il avait jeté son dévolu sur le régiment des chevau-légers. Or, son -rival le demandait pour le vicomte de Choiseul. Mais, affirme Belleval, -qui paraît bien informé, Mᵐᵉ Du Barry «a parlé très fort au roi pour le -duc d’Aiguillon»; et le prince n’a «rien à lui refuser». Au surplus, le -candidat de Mᵐᵉ Du Barry «a beaucoup d’esprit et de finesse; il connaît -le Roi et la Cour en homme qui l’a pratiquée toute sa vie». - -En effet, Louis XV, après les tergiversations dont il était coutumier, -s’était décidé à nommer d’Aiguillon au commandement des chevau-légers. -La duchesse en fait part, le 24 septembre, à Balleroy: «Ce n’est que -d’avant-hier que M. d’Aiguillon a reçu la lettre du roi par laquelle il -lui accorde les chevau-légers. Jusque-là, il n’y avait que des -apparences et des vraisemblances; et par cela seul, il était bien -difficile d’en rien dire et encore moins d’en écrire avec le _peu de -sûreté de la poste_ (toujours la hantise du cabinet noir). Vous -trouverez sûrement que cette charge est fortement payée: douze cent -mille francs! C’est bien de l’argent, mais, par la suite, c’est un si -grand avantage pour mon fils que c’est à cela que nous avons sacrifié -notre aisance actuelle[134].» - -Cependant, la réception tardait: «cela dépend, disait plaisamment la -duchesse, de son habit qui est très long à broder[135]». - -Pour n’être pas encore officielle, la nomination n’en était pas moins -certaine. Le bruit s’en était répandu dans le public et Belleval, qui se -savait _persona grata_, vint complimenter le nouveau commandant[136], -mais d’Aiguillon, toujours mystérieux et toujours cachottier, -l’accueille d’un propos narquois: - ---Il y a donc des sorciers dans votre pays; et peut-être en êtes-vous -un? - -Belleval insiste: il se porte garant de la respectueuse sympathie de ses -camarades. - ---Peut-être, fait d’Aiguillon qui, vraisemblablement en Bretagne, est -devenu Normand; je ne dis ni oui, ni non. En attendant, mon cher -marquis, gardez au dedans de vous-même l’impression que peut faire -naître notre conversation et n’en sonnez mot à personne. Soyez persuadé -que je serai particulièrement charmé, si je suis votre capitaine, de -pouvoir m’occuper de vous satisfaire et de vous être agréable. - -Voilà bien le grand seigneur, cérémonieux et méfiant que nous -connaissons, multipliant les chut! chut! autour d’un secret qui est, en -somme, celui de Polichinelle. - -Mais son bel habit est enfin brodé; et la réception officielle fut un -triomphe pour le mari et... pour la femme. La duchesse est aux anges, et -son écriture n’en est que plus illisible. - - Fontainebleau, 20 octobre 1769. - -«... M. d’Aiguillon est tout à fait en possession de la compagnie de -chevau-légers. Il a été reçu mercredi. Voici comment cela s’est passé. - -La troupe a monté à cheval à 10 heures, ayant à leur tête les officiers -de service actuel. Deux de ceux qui n’en sont pas sont venus prendre M. -d’Aiguillon et sont montés à cheval avec lui pour rejoindre les autres. -Le roi est venu à 11 heures à cheval. M. d’Aiguillon l’a suivi et s’est -rangé à côté de lui, en face de la troupe à qui le roi dit: - ---Mes chevau-légers, je vous donne mon cousin le duc d’Aiguillon pour -capitaine-lieutenant; et je vous ordonne de lui obéir en ce qui concerne -mon service. - -Ensuite, en partant, le roi lui a fait un geste de la main rempli de -bonté. Les maréchaux de Soubise et de Richelieu se sont avancés et ont -reçu son serment: après quoi, il s’est mis à la tête de la troupe et l’a -emmenée au pas. Il leur a donné à dîner. En tout ils étaient 80. - -J’ai été les voir, quand ils sont sortis de table, et leur ai dit toutes -les gentillesses dont j’ai pu m’aviser: je me suis rappelé toute ma -coquetterie des États... Ils m’ont ramenée chez moi et j’ai traversé -toutes les rues à leur tête, ce qui faisait un beau cortège. Voilà une -description exacte...» - -En tout cas, elle ne manque pas d’un certain brio, qui était bien dans -le caractère ferme et décidé de la duchesse; mais nous ne voyons pas que -le beau régiment ait donné, avec la fougue brillante qui lui était -familière, le temps de galop traditionnel en pareil cas. Le duc «l’a -emmenée au pas». Un court billet de la duchesse nous révèle le secret de -cette paisible allure. - -«M. d’Aiguillon est encore à Fontainebleau. Il en revient mardi, -escortant le Roi à la tête des chevau-légers. Il prendra Sa Majesté à la -Cour de France et la conduira jusqu’à Choisy: la course est un peu -forte, _n’étant pas habitué d’être à cheval_. Aussi j’ai de l’impatience -qu’elle soit finie. Il donne, en attendant le roi, une _halte_ aux -troupes qui sont d’autant plus sensibles à cette attention, qu’ils ne -sont pas gâtés sur cet article, M. de Chaulnes (son prédécesseur qui -venait de mourir) ne leur ayant jamais donné un verre d’eau[137].» - -Belleval rend compte, lui aussi, dans ses _Souvenirs_, de la cérémonie -d’investiture, mais en termes techniques et surtout plus concis. Par -exemple, il nous en apprend ce que dut ignorer Balleroy de sa -correspondante, les préliminaires; et l’information est d’autant plus -vraie qu’il la tient de Mᵐᵉ d’Aiguillon elle-même[138]. Il était -constant que le roi avait promis à Choiseul les chevau-légers pour le -vicomte, son parent; et quand Mᵐᵉ Du Barry vint le harceler avec la -candidature de d’Aiguillon, il ne sut comment se dédire vis-à-vis d’un -ministre qui exerçait encore sur lui un si grand empire. Il opposa à sa -maîtresse sa parole: - ---Tant mieux, répliqua Mᵐᵉ Du Barry; c’est une raison pour me -l’accorder. Ne faut-il pas punir Choiseul de ses méchancetés à mon -égard? - -Le roi ne put réprimer un sourire. - ---Allons, allons, dites à M. d’Aiguillon qu’il a ma parole. - -C’était Mᵐᵉ Du Barry qui avait rapporté la conversation à la duchesse. -Et Belleval, en la consignant pieusement dans son journal, de l’appuyer -de cette conclusion doucement ironique: «Ce qui prouve que les paroles -des rois ne sont pas toujours des paroles d’évangile». - -Au reste, n’ayant qu’à se louer de la bonhomie bienveillante de son -commandant, alors qu’il voyait en Choiseul un grand seigneur si hautain -et si sec, Belleval glisse légèrement sur la nature des relations qui -s’étaient établies entre d’Aiguillon et la Du Barry. Il les tient plutôt -pour deux alliés devenus deux amis. Et si la comtesse se rend aussi -fréquemment chez la duchesse, c’est en raison du sentiment très vif que -celle-ci lui inspire, du fait même de son accord avec le duc. - -Mᵐᵉ d’Aiguillon n’est pas moins discrète. A peine cite-t-elle une ou -deux fois, et incidemment, le nom de Mᵐᵉ Du Barry dans ses lettres à -Balleroy. Nous aurons l’occasion de reparler de son attitude à la Cour -devant la favorite, attitude qu’on sent commandée par le mari, mais qui -n’était pas dépourvue d’une certaine gratitude affectueuse. Si -d’Aiguillon était monté jusqu’au faîte des grandeurs, c’était bien à Mᵐᵉ -Du Barry qu’il le devait. - -Et il a fallu que cette femme, en dépit de l’obscurité de sa naissance, -de l’indignité de ses débuts et du laisser-aller de sa vie à la Cour, -eût encore des qualités de charme et de bonté exceptionnelles, pour que -les libellistes qui la traînèrent si volontiers dans la boue, en aient -éprouvé quelque remords: car leurs pamphlets ignominieux rapportent des -faits qui sont tout à la louange de la favorite royale. - -Bien avant M. Vatel, dont le livre restera classique, Belleval commença -la réhabilitation--quoique le mot soit un peu gros--de Mᵐᵉ Du Barry à -laquelle il avait voué un culte, qui fut presque de l’adoration, dans -des circonstances qu’il n’est pas inutile de faire connaître. - -Un de ses camarades, nommé Carpentier, pris d’un subit accès de folie, -avait déserté avec armes et bagages. Il avait été bientôt arrêté, jugé -et condamné; il devait, dans les vingt-quatre heures, avoir «la tête -cassée», comme on disait alors. Carpentier était très aimé du régiment; -ses camarades s’émurent et Belleval, qu’on savait au mieux avec -d’Aiguillon, «courut» à son hôtel lui demander la grâce du déserteur. - ---Ce n’est pas par moi, lui répondit le duc, que vous l’obtiendrez du -roi, mais par Mᵐᵉ Du Barry. Revenez tantôt avec votre supplique et je -vous mènerai chez elle. - -A l’heure indiquée, Belleval, en grand uniforme, est reçu par -d’Aiguillon qui l’attendait et l’introduit chez la favorite, «comme un -homme devant qui les portes sont toujours ouvertes». - -Quand Belleval pénétra dans le sanctuaire, ce fut pour lui un -éblouissement. - -«Elle était, dit-il, nonchalamment assise, plutôt même couchée dans un -grand fauteuil et avait une robe fond blanc, à guirlande de roses que je -vois encore. Mᵐᵉ Du Barry était une des plus jolies femmes de la Cour... -et certainement la plus séduisante par la perfection de toute sa -personne. Ses cheveux qu’elle portait souvent sans poudre étaient du -plus beau blond. Ses yeux bleus, bien ouverts, avaient un regard -caressant et franc qui s’attachait sur celui à qui elle parlait et -semblait suivre sur son visage l’effet de sa parole. Elle avait le nez -mignon, une bouche petite et une peau d’une blancheur de la santé. - -«Enfin on était bientôt sous le charme et c’est ce qui m’arriva si fort -que j’en oubliai presque ma supplique dans le ravissement où j’étais de -la contempler. J’avais vingt-cinq ans alors. Elle s’aperçut bien de mon -trouble que d’ailleurs le duc d’Aiguillon lui fit remarquer avec -beaucoup de finesse et en lui tournant un compliment comme il savait les -faire.» - -Belleval se ressaisit et présenta sa requête avec une éloquence si -pressante, eu égard au peu de temps dont il disposait, que Mᵐᵉ Du Barry -lui promit de parler immédiatement au roi, lui laissant espérer la grâce -de son protégé. - ---Monsieur le duc, ajouta-t-elle, sait bien que ses amis sont aussi les -miens et je le remercie de ne pas l’oublier. - -Puis, après quelques questions obligeantes sur la famille de Belleval et -ses états de service, elle congédia les deux auditeurs en disant au -jeune officier qu’il «aurait bientôt de ses nouvelles». - -«Elle tendit la main au duc d’Aiguillon qui la baisa en lui disant: - ---C’est pour le capitaine-lieutenant. N’y aura-t-il rien pour la -compagnie? - -Ce qui la fit rire et me valut la même faveur qu’au duc.» - -Naturellement le _déserteur_ fut gracié[139]. - -Comment s’étonner si, après une telle audience, Belleval devint un -adorateur passionné de cette Déesse... des petits Appartements! - - - - -VIII - - _Le Conseil accorde à d’Aiguillon l’évocation de son procès de - Rennes devant le parlement de Paris.--Appui prêté par Mᵐᵉ Du Barry, - malgré la résistance de Louis XV.--Le mémoire justificatif de - Linguet; un collaborateur masqué; récompense de Marmontel.--La - procédure du parlement de Paris.--Trêve - matrimoniale.--Incidents.--Reprise des séances: récit de Mᵐᵉ - d’Aiguillon.--Le roi arrête le procès.--La vengeance du - parlement.--D’Aiguillon entaché._ - - -Les _Mémoires secrets_ publiaient, à la date du 12 mars 1770[140], comme -information, qu’on venait d’imprimer furtivement «la procédure de -Bretagne, ou procès extraordinairement instruit et jugé, au sujet -d’assemblées illicites, discours injurieux, subornation de témoins, -complots de poison et incident de calomnies, précédé d’un discours -préliminaire, où le duc d’Aiguillon est représenté comme l’ennemi -implacable, l’instigateur et presque le bourreau de six exilés, un sujet -indigne de la confiance de son prince, un chef de conjurés, un suborneur -de témoins, le fauteur d’un projet d’empoisonnement, le complice et -peut-être même le premier auteur de ces crimes». - -Autant déclarer avec le fabuliste que la mort était seule capable -d’expier de tels forfaits. - -Choiseul n’allait pas jusque-là; car, si, dans les _Mémoires_ qui -parurent sous son nom, en 1790[141], il dit, à propos de cette instance -judiciaire: «J’ai cru que M. d’Aiguillon était déshonoré et je le -regarde encore comme tel», il ajoute, par manière de correctif: «mais je -n’ai jamais cru qu’on pût le faire pendre». Il plaide même, avec une -sorte de pitié dédaigneuse, les circonstances atténuantes en faveur d’un -adversaire qui, victime d’un atavisme vaguement défini, n’est peut-être -pas entièrement responsable de son indignité: «Il avait porté dans son -commandement le caractère malheureux de despotisme, de basse vengeance -et même de cruauté _avec lequel il était né_.» Mais Choiseul ne -l’était-il pas, lui aussi, responsable de ces prétendus excès de -pouvoir, pour en avoir si longtemps maintenu l’auteur dans son -commandement? - -La situation devenait donc, sinon menaçante, du moins irritante pour -d’Aiguillon. Maupeou, par politique, beaucoup plus que par sympathie -pour le rival de Choiseul, estima que le procès devait être évoqué -devant le parlement de Paris; et, comme Maupeou, d’Aiguillon demanda et -obtint du roi, le 24 mars, cette juridiction qui était celle de ses -pairs[142]. - -Ce n’était pas sans peine que le Conseil s’était arrêté à cette -solution. D’abord le parlement de Rennes, à qui Louis XV avait -énergiquement refusé le rappel des La Chalotais, n’entendait pas qu’on -lui infligeât encore une nouvelle déception, en lui retirant le procès -de M. d’Aiguillon, cette proie sur laquelle il s’était rejeté avec -délices. Jusqu’au 17 mars, il s’obstinait à ne point s’en dessaisir, -sachant de reste que nombre de parlementaires parisiens étaient de cœur -avec lui[143]. - -D’Aiguillon, lui, ne pouvait oublier qu’à deux reprises différentes, en -1767 et 1769, il avait supplié le roi de lui laisser porter devant ses -pairs une plainte en règle contre ses accusateurs, et que chaque fois le -Conseil lui avait répondu par une fin de non-recevoir. Mais, -aujourd’hui, en présence de ces histoires de brigands auxquelles -semblait croire le duc de Choiseul, il ne pouvait point ne pas rompre ce -silence, que le roi, dans son horreur de tout bruit, avait si souvent -exigé de la longanimité de son représentant. Le maréchal de Richelieu et -la comtesse de Forcalquier--une amie bien chère[144]--appuyaient les -revendications de l’ancien commandant de Bretagne: - ---Il lui faut, disaient-ils, une justification triomphante. - -Dans le principe, Maupeou avait longtemps hésité: il savait le secret -des répugnances royales; et ce «Pantalon au regard faux et perfide», -comme l’appelait Sénac de Meilhan, mais déjà tacticien consommé, se -demandait peut-être l’avantage qu’il pouvait tirer du salut ou de la -perte d’un homme que protégeait si visiblement la sultane favorite. - -Ne lui avait-elle pas déjà donné une preuve indéniable de sa -bienveillance, alors qu’il négociait l’achat des chevau-légers[145]? -D’Aiguillon sut l’amener à lui en ménager une nouvelle, à cette heure -décisive pour sa fortune. Richelieu, adroit et complaisant, obtint de -Mᵐᵉ Du Barry des entrevues, où, sous prétexte de l’intéresser à un -procès, qu’au dire des contemporains elle eut toujours beaucoup de mal à -comprendre, d’Aiguillon continua sur elle ce travail d’emprise qui -devait le conduire au pouvoir. «Doucement tendre, peu à peu, il s’empara -d’elle. Sa mère, la vieille duchesse, «au regard fol», plaida aussi la -cause de son fils, avec une éloquence passionnée» qui parvint à -convaincre la comtesse[146]. - -Tant d’influences, et de si diverses natures, finirent par l’emporter. -Maupeou et les autres ministres opinèrent en faveur de d’Aiguillon. - ---Vous le voulez, dit Louis XV, qui fit un dernier semblant de -résistance, au Conseil du 24 mars; vous verrez ce qui arrivera. - -Maupeou le pressentait peut-être. - -Toujours est-il que des lettres patentes ordonnèrent au parlement de -Rennes de passer les procédures à celui de Paris, qui fut convoqué, à -Versailles, où devait s’ouvrir, le 4 avril, ce procès célèbre, prélude -d’un plus célèbre encore. - -La première séance fut solennelle et magnifique: nos pères aimaient -l’apparat judiciaire. Le 7 avril, le procureur général concluait--et -l’assemblée adopta cette solution--à l’annulation des procédures de -Bretagne. Tout était à recommencer; informations, réassignations et -auditions de témoins; et du 16 avril au 7 mai, ce fut une série -interminable de dépositions--entre autres, celles d’Hévin et de -Cornulier de Lucinière--rebrassant, avec quelle animosité, les -accusations d’assassinat, des crimes les plus vils et les plus odieux, -qui mettaient infailliblement d’Aiguillon au ban de la société. -L’émotion fut intense. Maupeou se rappela le mot du roi: car ce n’était -pas seulement le procès d’un agent de l’autorité, mais celui de cette -même autorité qui s’instruisait en public. - -«Le gouvernement, écrit Linguet, à titre d’avocat-conseil, était donc -forcé d’arrêter cette explosion formidable.» - -D’Aiguillon avait, en effet, choisi pour rédiger les mémoires -justificatifs qu’il voulait présenter au parlement, cet homme, dont la -personnalité stimulait déjà singulièrement la curiosité publique. Assez -froidement accueilli, lors de ses débuts, par d’Alembert qui s’était -défendu d’appuyer sa candidature à l’Académie, Linguet avait juré une -haine éternelle aux Encyclopédistes. Il avait fait une active campagne -contre leurs idées philosophiques et leurs doctrines d’économie -politique, dans des livres où il avait donné libre cours à la fougue de -sa polémique outrancière qu’avivait encore l’âpreté d’un esprit -naturellement paradoxal et sarcastique. Puis, estimant sans doute que -ses contemporains ne lui décernaient pas assez de couronnes, il se fit -inscrire au barreau, où son plaidoyer en faveur du chevalier de la -Barre--cher pourtant aux philosophes--avait trouvé, à juste titre, -nombre d’approbateurs, quand d’Aiguillon lui confia sa défense. - -S’il faut en croire un passage fort intéressant des _Mémoires_[147] de -Marmontel, le duc ne fut que médiocrement satisfait du travail de -Linguet; il en déplorait le ton déclamatoire et le verbiage ampoulé. -C’étaient ses propres expressions qu’un certain Garville, «honnête -homme» et grand ami de la Clairon, citait à Marmontel, chez Mᵐᵉ -Geoffrin. - ---J’ai appris, disait-il, à connaître M. d’Aiguillon au cours de mes -voyages en Bretagne et je suis convaincu que le procès qui lui est -intenté est tout simplement «une affaire de parti et d’intrigue. -Malheureusement il n’a pu trouver pour avocat qu’un enfant perdu», -Linguet, «de qui le talent n’est pas encore formé». - -C’était le duc d’Aiguillon qui parlait, en ces termes, à Garville de son -défenseur et du mémoire qui l’avait si fort mécontenté. - ---Mais, lui répliquait son interlocuteur, «voyez un homme de lettres...» - ---Ils sont tous contre moi, interrompait le duc. - -C’est alors, dit Garville, en s’adressant à Marmontel, que je «vous ai -nommé comme un ennemi-né de l’injustice et du mensonge». - -Aussitôt le duc d’embrasser Garville: «Vous me rendrez le plus grand des -services, si vous engagez M. Marmontel à travailler à mon mémoire». - -L’invite était formelle et pressante; et peut-être bien la rencontre de -«l’homme de lettres» avec le confident de M. d’Aiguillon n’était-elle -pas aussi fortuite que semble vouloir le dire le narrateur. - -En tout cas, Marmontel déclare solennellement: - -«--Ma plume ne se refuse pas à servir une bonne cause. Je veux connaître -celle du duc d’Aiguillon pour savoir si je dois travailler pour lui: -qu’il me confie ses papiers. Je m’emploierais de même à servir la cause -de l’homme du peuple (toujours l’humanitarisme vrai ou faux du XVIIIᵉ -siècle!). Je ne mets à mon acquiescement que deux conditions, que le -secret me sera gardé et qu’il ne sera jamais question de lui à moi de -remercîments ou de reconnaissance; je ne veux même pas le voir.» - -Le petit couplet en l’honneur de la fierté et de l’indépendance du -lettré serait le plus joli du monde, s’il n’avait reçu, et même dans -cette occurrence, de forts accrocs, hélas! trop humiliants pour le -siècle de la philosophie. - -Donc, dès le lendemain, Garville apporte les papiers. Marmontel y -découvre la preuve que «le procès n’est qu’une persécution suscitée par -des animosités personnelles». Il prend alors le mémoire de Linguet, le -«refond, y met de l’ordre et de la clarté, en élague les métaphores -incohérentes», complète enfin le travail d’un «nouvel exorde (celui de -Linguet était trop impertinent) et d’une conclusion également nouvelle, -la première n’étant pas suffisamment serrée». - -D’Aiguillon, enchanté, «fait venir Linguet et le prie d’adopter les -changements» qu’il a introduits dans le mémoire. - -Linguet jette feu et flamme: «C’est, dit-il, un homme de l’art qui a mis -la main à mon ouvrage: vous voulez me déshonorer, car je n’entends être -l’écolier de personne. Cherchez un avocat qui veuille être le vôtre: ce -n’est plus moi.» - -D’Aiguillon, le personnage si hautain et si vaniteux, se voit obligé de -subir ces rebuffades, «puisqu’il ne pouvait trouver d’autre avocat». Il -finit donc par apaiser Linguet, qui reprend son mémoire pour y mettre la -dernière main. Il refait l’exorde et la conclusion, mais il conserve -l’ordre suivi par Marmontel et ne rétablit pas les bizarreries de style -biffées par le correcteur. - -Nous avons cru qu’il ne serait pas indifférent au lecteur de connaître -le dénouement de cet épisode de la vie littéraire au XVIIIᵉ siècle. - -Linguet, écrit Marmontel, parvint à savoir le nom du confrère qui avait -ainsi rhabillé sa prose: il fut dès lors «son plus cruel ennemi». - -Quant à Marmontel qui, si l’histoire est exacte, serait le premier -apôtre de la réhabilitation du commandant de Bretagne, il ne tarda pas, -de son propre aveu, à rabattre quelque peu de son attitude républicaine -vis-à-vis le duc d’Aiguillon. L’obligeant Garville redoubla si fort ses -instances qu’il décida Marmontel à venir dîner chez son client de -circonstance; et celui-ci, quelque temps après, lui adressait, _manu -propria_, ce succulent poulet: - -«Je viens, monsieur, de demander pour vous au roi la place -d’historiographe de France, vacante par la mort de M. Duclos. Sa Majesté -vous l’a accordée. Je m’empresse de vous l’annoncer. Venez remercier le -roi.» - - * * * * * - -Quoi qu’il en soit, le «secret» exigé par Marmontel fut bien «gardé»; -car les malicieux rédacteurs des _Mémoires_ dits de Bachaumont, toujours -à l’affût des échos scandaleux, ne soufflent mot de ce passage à la -teinture de l’œuvre de Linguet. Lorsqu’ils signalent l’apparition de -celle-ci dans leur article du 21 juin 1770, ils démontrent, quoique -plutôt hostiles à l’ancien commandant de Bretagne, avec quelle habileté -l’avocat avait fait valoir la cause de son client. D’après Linguet, le -duc avait su concilier les exigences de l’Etat avec les intérêts de la -province, à tel point que ses ennemis eux-mêmes n’avaient osé lui -refuser leurs éloges; mais le défenseur n’avait pu «dissimuler que, dans -la septième tenue des États, en 1768, le duc d’Aiguillon n’eut pas le -même succès et que, le trouble parvenu à son comble, il crut devoir, par -une retraite prudente, prévenir un plus grand et plus long désordre». - -C’était alors la conviction qu’avait l’avocat[148] ou qu’il prétendait -avoir. Car, depuis, quand il fut en contestation avec le duc pour le -chiffre de ses honoraires, il s’infligea à lui-même le plus sanglant -démenti dans des invectives restées classiques: palinodie écœurante, que -constate, non sans une joie maligne, dans ses _Souvenirs_, Brissot de -Warville, et qu’y vient confirmer une anecdote des plus piquantes. Le -futur conventionnel avouait, en effet, que d’Aiguillon «défendu par les -mémoires de Linguet ne lui semblait pas coupable» et il les appelle, ces -«mémoires», un «monument éternel de honte et d’infamie». A Mᵐᵉ Lem qui -les lui avait reprochés, Linguet n’avait-il pas eu le cynisme de -déclarer: - -«--Pourquoi les États de Bretagne ne se sont-ils pas adressés à moi? Je -les aurais défendus![149]» - -Le parlement de Paris avait pris en main leur cause, de façon si -ostensible, et dans un esprit de malveillance si prononcé contre -d’Aiguillon, que, le 8 mai, le chancelier enjoignait, de l’ordre du roi, -au premier président d’apporter la grosse de l’information, close la -veille. Le 9, le parlement obéissait, mais avec cette raideur dont il -était coutumier: il usait de son arme familière,--les remontrances--pour -déclarer solennellement que «l’honneur ne se rétablit pas par voie -d’autorité» et qu’«interrompre la procédure serait porter préjudice à -l’accusé, au bien de la justice et au service du roi». - -Une trève de courte durée interrompit ces premières hostilités. - -Louis XV mariait le Dauphin, son petit-fils, avec l’archiduchesse -d’Autriche, Marie-Antoinette, fille de l’impératrice-reine -Marie-Thérèse. Dans les fêtes mêmes qui marquèrent cette nouvelle -alliance entre deux maisons si longtemps rivales, les ennemis de -d’Aiguillon trouvèrent amplement matière à exercer leur malignité contre -l’ancien commandant de Bretagne. Ils se montraient dans les allées, -brillamment illuminées, du parc de Versailles, alors que Choiseul -donnait le bras à la princesse de Beauvau[150], d’Aiguillon offrant -gracieusement le sien à l’ancienne maîtresse du Roué. Et qui sait? -peut-être signalèrent-ils le couple odieux, par une allusion perfide, à -l’adolescente, qui, devenue femme et plus tard reine de France, devait -envelopper dans la même exécration le favori et la favorite de Louis XV. -Car, si chastement que l’eût élevée sa mère, la future Dauphine ne -pouvait ignorer en quel milieu les exigences de la diplomatie -l’appelaient à vivre. Mais, Marie-Thérèse, qui avait un sens politique -si développé, lui avait recommandé une extrême prudence, la meilleure -forme de déférence que la jeune épousée dût observer envers un roi et un -vieillard. - -S’il faut en croire les _Anecdotes de la comtesse Du Barry_[151] qui -parfois sont bien informées, des émissaires de M. de Choiseul auraient -tenté de dissuader la maîtresse du roi d’assister à l’«entrée» de la -Dauphine; ces officieux l’engageaient même à prétexter une saison à -Barèges, pour éviter une rencontre qui pourrait désobliger la jeune -princesse. - ---Ah! madame, lui dit Richelieu, ignorez-vous les dangers de l’absence? - -Et d’Aiguillon d’appuyer fortement l’argumentation de son cousin. - -«Ils avaient raison, conclut le rédacteur des _Anecdotes_; car la chose -se passa fort bien.» - -En apparence peut-être, mais nous ne serions pas autrement surpris si -les intrigues de cour, toujours souterraines et mystérieuses, n’avaient -agi dans le sens que nous indiquions plus haut. - - * * * * * - -Les fêtes officielles du mariage étaient à peine terminées que le -parlement, impatient de reprendre la piste, faisait prier le roi, le 26 -mai, de lui donner son jour pour prononcer sur deux requêtes qu’il avait -reçues, l’une de d’Aiguillon, l’autre de la Chalotais qui se portait -partie civile. - ---Je répondrai, dit Louis XV, quand j’aurai la grosse de la seconde -information. - -Le parlement s’ajourne au 19 juin, mais avec le vague pressentiment que -se préparait un coup de force, d’ailleurs proposé au Conseil par -Maupeou. - -Le 19, les gens du roi viennent annoncer que le prince «parlerait» le -27. Louis XV ne «parla» que le 28. - -Ici nous laisserons «parler» aussi Mᵐᵉ d’Aiguillon: car elle a très -véridiquement retracé la physionomie de la journée. Dès le lendemain, le -29, elle écrit au chevalier; elle est encore sous l’impression de -l’événement; et l’émotion qu’elle en éprouve n’altère ni la fermeté de -son esprit, ni la souplesse de sa belle humeur. Elle montre combien, -dans ces heures critiques, elle reste à la hauteur de son devoir, -multipliant ses bons offices auprès de son mari et prêchant d’exemple, -par son attitude énergique, mais enjouée, à cet homme que semble effarer -la nécessité de prendre une décision. - -Elle dit tout d’abord à son confident combien elle est «affairée, -quoique n’ayant rien à faire» et s’excuse d’être en retard avec lui: ne -s’est-elle pas «persuadée que qui n’écrit pas de mémoires, ne doit pas -écrire?» - -Mais, par contre, ce qu’elle en lit! «Tout autre genre de littérature -est banni de chez moi: le code et le code criminel, voilà les livres que -l’on trouve dans mon boudoir et sur ma toilette.» Aussi dans quelle -solitude vit-elle! «Depuis votre départ, je n’ai vu qui que ce soit le -soir: je reste seule jusqu’à dix heures, dix heures et demie que M. -d’Aiguillon revient et cause avec moi jusqu’à près de minuit.» Comme son -mari rentre très fatigué--elle n’ose dire très déprimé--elle s’efforce -de le distraire: elle court toute la journée «pour attraper quelques -nouvelles ou quelques histoires qui puissent l’amuser un moment[152]». - -Mais, sous ce badinage de surface, sa perspicacité reste toujours en -éveil et son raisonnement immuable: «Ce qui peut nous arriver de mieux -serait d’être jugé.» - -Malheureusement «le ministère n’a pas pensé de même» ajoute-t-elle sans -commentaires. Et elle résume, à l’intention de son correspondant, les -divers épisodes du «lit de justice» qui s’est tenu la veille, «pour -faire enregistrer les lettres patentes par lesquelles le roi arrête la -procédure et défend de la continuer». Là-dessus, «le chancelier a fait -un beau discours» (la pointe d’ironie est à peine sensible) pour -expliquer la pensée du prince. «Le roi, dit-il, qui n’avait pas permis à -M. d’Aiguillon, l’an passé, malgré ses instances, de rendre publiques -les requêtes qu’il lui avait présentées, a voulu, cette année, savoir -quelles étaient les accusations. Il a permis, en conséquence, que les -instructions se fissent avec le plus grand appareil judiciaire. Mais, -très surpris de voir que quelques témoins avaient parlé de choses -étrangères au sujet et compromis ainsi l’administration, il défendait la -suite de cette affaire et ordonnait le silence le plus absolu.» - -Ici se place un incident assez piquant: - -«Comme, au moment de l’enregistrement, le duc d’Orléans avait paru y -mettre quelque obstacle, le roi lui a dit qu’il lui permettait ainsi -qu’aux autres pairs d’aller au Palais, mais qu’il lui ordonnait, au cas -où l’on parlerait de cette affaire, de lever le siège et de sortir.» - -Une consolation restait à la duchesse, c’est que «dans les lettres -patentes, le roi disait qu’il n’avait jamais vu dans la conduite de M. -d’Aiguillon que le plus grand zèle pour son service et pour le bien de -l’État[153]». - -Pas plus qu’elle, aucun des amis, ni même des ennemis de M. d’Aiguillon -n’avait été dupe de cette solution inattendue. En vain, Louis XV -avait-il justifié publiquement le représentant de sa politique; en vain, -pour lui donner une preuve nouvelle de sa confiance, l’avait-il emmené -souper avec lui à Marly. Le duc n’en était pas moins victime d’un déni -de justice. Et son entourage en exprimait très haut son mécontentement; -Mᵐᵉ Du Deffand le note dans ses lettres. Le chevalier d’Abrieu, -secrétaire intime de d’Aiguillon, de Laigle, le vicomte de Barrin, -Becdelièvre, Tinténiac et combien d’autres déplorent un tel -dénouement[154]. De la Guerre en écrit à la duchesse. Tous stigmatisent -la perfidie de Maupeou qui a voulu faire coup double, et contre -d’Aiguillon, et contre le parlement. - -Voltaire, lui-même, écrit que le duc d’Aiguillon fut victime d’une -persécution publique et acharnée presque semblable à celle dont mourut -Lally. Avait-il oublié par hasard la _galéjade_ que lui avait inspirée -le cure-dent de la Chalotais? Ou ne vaut-il pas mieux croire qu’il -obéissait au premier élan de son cœur qui le portait d’instinct vers -les victimes de l’injustice et de la calomnie? Et puis l’affection, un -peu aveugle, qu’il avait toujours vouée à Richelieu, ne pouvait-elle -rejaillir sur un des plus proches parents de son héros? - -Pour nous, autrement précise est l’opinion de Condorcet, quand il écrit -à Turgot, le 29 juin, le même jour que la duchesse à Balleroy: «S’il est -vrai que le parlement de Rennes l’ait (le duc d’Aiguillon) calomnié en -1764 et n’ait cessé de le faire calomnier depuis, j’avoue que la haine -parlementaire est aussi cruelle que le despotisme ministériel[155].» - -Cette «haine parlementaire» allait singulièrement justifier -l’appréciation, presque prophétique, de Condorcet. - -La duchesse, dans sa lettre à Balleroy, qui dut partir fort tard le 29 -juin, disait que le jour même, le parlement avait tenu une très longue -séance de onze heures du matin à neuf heures et demie du soir. Le -résultat en était resté indécis et confus: «Vingt avis s’étaient ouverts -plus biscornus les uns que les autres et plus impertinents envers le -roi.» De guerre lasse, on s’était ajourné au lendemain. Mais la duchesse -prenait facilement son parti d’orages qu’elle avait vus tant de fois -au-dessus de sa tête: «C’est l’affaire du roi, écrit-elle, ce n’est plus -la nôtre... Nous allons partir bientôt pour Véret.» - -Pouvait-elle prévoir le coup de tonnerre qui allait si brusquement -retentir par tout le royaume? - -Le 2 juillet, le parlement assemblé sans les princes et les pairs qui -s’étaient, sur les ordres de Louis XV, abstenus de siéger, rédigeait -les remontrances et l’arrêt, dont il devait être, dans un avenir -prochain, le mauvais marchand. - -Il s’élevait contre l’abus de pouvoir qui interrompait le cours de la -justice, violait les formes les plus précises et garantissait l’impunité -aux gouverneurs de province; il retenait ces dépositions qu’avait -frappées de suspicion le gouvernement et, sans débats, sans même que -l’accusé eût été entendu, il fulminait cet arrêt célèbre qui entachait -d’Aiguillon et l’excluait des fonctions de la pairie; «ces lettres -patentes à lui données par le roi, étaient des lettres d’abolition». - -On eût dit que l’auteur de la _Lettre d’un gentilhomme breton_, le plus -vigoureux des pamphlets dirigés contre le commandant de Bretagne, avait -eu comme le pressentiment de cet arrêt inique et l’avait frappé, par -anticipation, de flétrissure, quand il déclarait que retenir les La -Chalotais en exil, après les avoir pour ainsi dire réhabilités, était un -déni de justice: «Les commencements de preuves, déclarait le -pamphlétaire anonyme, ne sont pas des preuves». - -Cet aphorisme, bien qu’émané d’un adversaire, se retournait contre -l’arrêt du parlement; car c’était également un déni de justice que -d’avoir noté d’infamie le duc d’Aiguillon, en violant, avec une telle -désinvolture, les lois de la raison et de l’équité[156]. - -Mais, dans ces affaires de Bretagne, les illégalités ne se comptaient -déjà plus. - - - - -IX - - _Riposte de Maupeou: cassation de l’arrêté.--Pluie de couplets et - d’anecdotes satiriques.--Avanies prodiguées à Mᵐᵉ Du - Barry.--Insolences et mécomptes des parlementaires bretons d’après - Mᵐᵉ d’Aiguillon.--La journée du 3 septembre.--Louis XV revient aux - traditions de son bisaïeul.--Le sac du roi et le char de la - blanchisseuse de d’Aiguillon.--Indulgence et pitié.--Le Parlement - de Paris courbe la tête.--Mᵐᵉ d’Aiguillon et ses «chers Bretons»._ - - -L’arme qui blessait d’Aiguillon atteignait du même coup la royauté. -Maupeou, tout satisfait qu’il dût être de la flétrissure du -fonctionnaire, ne pouvait cependant admettre qu’elle s’étendît jusqu’au -prince. Aussi envoyait-il à Saint-Hubert, pavillon de chasse où -séjournait volontiers Louis XV, l’arrêté du parlement avec un projet de -cassation que signa le roi et que le chancelier envoya immédiatement à -l’impression. - -Cette riposte de Maupeou ne suffisait pas à laver d’Aiguillon de la -honte qu’il avait subie et que n’avait su lui éviter Mᵐᵉ Du Barry, si -bien préparée pourtant à ce rôle de sauveteur. La malignité des -libellistes en prenait texte pour cribler d’épigrammes la protectrice et -le protégé. Un couplet de vaudeville, écrit «sur l’air du _Déserteur_» -fait dire au duc: - - Oublions jusqu’à la trace - De mon procès suspendu. - Avec des lettres de grâce - On ne peut être pendu. - - Je triomphe de l’envie, - Je jouis de la faveur. - Grâces aux soins d’une amie, - J’en suis quitte pour l’honneur[157]. - -Le duc de Brissac prétendait que d’Aiguillon «avait sauvé sa tête, mais -qu’on lui avait tordu le col». Et Maurepas qui ne laissait jamais -échapper l’occasion de placer un mot, fût-ce aux dépens d’un parent ou -d’un ami, ajoutait: «Je crains bien que de tout ceci, il ne reste à mon -neveu que le jaune[158].» On sait que d’Aiguillon avait le teint -safrané. - -Louis XV le voyait d’une autre couleur. - -«--Comme il est pâle! disait-il, à son petit lever, en l’apercevant de -loin. - ---Votre Majesté juge toujours les gens bien favorablement, répliqua le -duc d’Ayen: tout le monde le voit bien noir[159].» - -Un mauvais plaisant eut, paraît-il, l’audace d’envoyer à d’Aiguillon un -dégraisseur auquel il persuada que le duc était très sourd et qui lui -cria en présence d’une brillante assemblée: «On m’a dit que vous me -demandiez pour laver les taches qui sont sur votre cordon bleu[160]». - -Des faits autrement graves que le colportage de couplets ou d’anecdotes -satiriques ne pouvaient échapper à l’observation du principal intéressé. -La future reine de France, qui n’avait pas encore atteint sa quinzième -année, était manifestement prévenue contre Mᵐᵉ Du Barry: il ne manquait -pas de bonnes volontés pour remplir cet office, ne fût-ce que celle de -M. de Choiseul, d’autant mieux écouté de la Dauphine, que la fille de -Marie-Thérèse devait son mariage à ce partisan résolu de l’alliance -autrichienne. Aussi, dès le 9 juillet, donnait-elle à sa mère cette -impression de la Du Barry, qu’«elle était la plus sotte et la plus -impertinente créature qui fût imaginable». Marie-Antoinette s’était -trouvée à côté d’elle au jeu du roi: «elle lui avait cependant parlé -quand il le fallait[161]». - -De leur côté, les ennemis de d’Aiguillon entendaient profiter de leur -victoire. L’arrêt du Parlement était à peine rendu, qu’ils le -répandaient dans tout Paris par des colporteurs, que pourchassait -vainement d’Hémery, l’inspecteur de police, chargé de la surveillance de -la librairie[162]. La rumeur publique voulait que la duchesse de -Gramont[163], sœur de Choiseul, traversant la Provence et le Languedoc -pour aller à Barèges, eût tenté de soulever les Parlements de ces deux -provinces contre la décision du conseil suspendant le procès de -d’Aiguillon. Et le maréchal de Richelieu avait eu à cet égard une -explication des plus vives avec le duc de Choiseul. - -L’ambassadeur d’Autriche en France, Mercy-Argenteau, relate l’anecdote à -Marie-Thérèse, puis lui en raconte une autre, démontrant de reste -comment d’habiles courtisans savaient développer chez Marie-Antoinette -une antipathie qui trouvait là un terrain si propice et qui devait -bientôt rejaillir de Mᵐᵉ Du Barry sur d’Aiguillon. La dauphine avait vu, -non sans déplaisir, qu’on entraînait son mari dans les soupers du -pavillon de l’Hermitage, où le roi, revenant de la chasse, se -rencontrait avec sa maîtresse. Or, Mᵐᵉ de Noailles, dame d’honneur de -Marie-Antoinette, avait conseillé à la jeune princesse d’y accompagner -par politique le dauphin. Choiseul, qu’avait consulté la dauphine, avait -estimé que la place de Marie-Antoinette n’était pas aux soupers de -l’Hermitage, qu’elle «ne devait pas le demander», mais que «si le roi le -lui proposait, elle devait s’y prêter avec une apparence de -plaisir[164]». - -Des avanies, visant plus directement la favorite, et de ce fait -autrement outrageantes, ne lui étaient pas épargnées par l’entourage et -surtout par la famille de Choiseul. La duchesse de Gramont, beauté -arrogante et superbe, qui avait convoité la succession de Mᵐᵉ de -Pompadour auprès de Louis XV, se faisait remarquer plus particulièrement -par son insolence envers Mᵐᵉ Du Barry. Si, certain jour, à Choisy, les -dames de la cour s’étaient refusées à laisser la maîtresse du roi -prendre place au milieu d’elles, c’est que la duchesse de Gramont était -une des instigatrices les plus actives de ce complot féminin. Sa -parente, la comtesse, n’était pas une des ennemies les moins acharnées -de Mᵐᵉ Du Barry; et les propos injurieux dont elle l’avait accablée lui -avaient valu un exil à quinze lieues de Paris[165]. - -Ce dut être surtout à cette heure critique, dans le courant de juillet -1770, que l’alliance se scella définitivement, sous les auspices du -chancelier, entre la femme si cruellement offensée par les affronts «des -Choiseul» et l’homme, au cœur débordant de rancune, que le Parlement -croyait avoir marqué d’une flétrissure indélébile. - -D’Aiguillon n’était pas parti pour Veretz, comme l’avait écrit la -duchesse; mais il était toujours sur les chemins, suivant de près une -affaire qui touchait si fort à son honneur, alors que sa femme, fidèle -au programme qu’elle s’était précédemment tracé, restait à Paris pour -surveiller les intérêts de M. d’Aiguillon et pour lui apporter, dès son -retour, le réconfort d’un accueil toujours souriant. - -Nous ne voyons pas, à moins que ses lettres ne se soient égarées, -qu’elle ait appris ni commenté à son correspondant l’arrêt qui avait -noté d’infamie le duc d’Aiguillon et provoqué, de ce fait, un tel -retentissement dans le pays. - -La première lettre que nous retrouvions de sa main, depuis ce coup de -foudre, date du 23 août 1770 et ne parle que des affaires de Bretagne. -Il n’avait pas suffi au Parlement de Rennes de voir «entaché» l’ancien -commandant de la province; il avait voulu encore protester contre les -lettres patentes du 27 juin qui en avaient suspendu le procès; et rêvant -d’une de ces coalitions, qui étaient la négation même du pouvoir royal, -il avait invité les autres Parlements à se fédérer pour demander des -explications au souverain sur la punition infligée aux deux procureurs -généraux de Rennes. - -La réplique ne s’était pas fait attendre. Dix-huit bretons avaient été -mandés à la Cour où ils devaient se rendre le 20 août[166]: - -«Je ne veux pas, écrit Mᵐᵉ d’Aiguillon à Balleroy, sur un ton d’aimable -ironie, que vous appreniez par d’autres que par moi la détention de -votre cher cousin, M. de Lohéac[167]: l’intimité qui était entre vous -vous y rendra sûrement très sensible. Voici le fait: Vous avez vu toutes -les sottises de notre Sénat breton et surtout celle des 18 membres qui -se sont distingués, à la tête desquels étaient MM. de Lohéac et La Noue: -ce qui a déterminé le roi à en faire justice. On dit qu’ils ont été -menés au Château de Vincennes. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’ils ont été -arrêtés en sortant de chez le roi... Ces messieurs s’étaient présentés, -la veille, chez tous les ministres qui avaient refusé de les voir. Ils -ont voulu aller voir le _Grand Couvert_. L’huissier leur a dit de la -part du premier gentilhomme qu’ils eussent à se retirer. Vous voyez -qu’ils n’ont pas été tant fêtés. On croyait que cette nouvelle ferait -plus de bruit à Paris... et tout ce que le crédit du ministre qui les -protège (Choiseul) a pu faire, ce fut de suspendre leur peine... - -«... Ces messieurs nous ont fait l’honneur de faire brûler notre -mémoire (celui de Linguet) par la main du bourreau. L’arrêt est lui-même -un mémoire. Si je peux en avoir, je vous l’enverrai: il vous paraîtra -aussi plat qu’il est long[168].» - -Fut-ce l’effervescence nouvelle de ces incorrigibles bretons; ou la -malveillance avérée des Parlements de Bordeaux et de Toulouse, en ce -même mois d’août à l’égard de d’Aiguillon[169]; ou bien encore -l’influence de la Du Barry à qui le duc avait enfin fait comprendre que -l’arrêt du conseil du 3 juillet n’était pas une solution[170], influence -qui précipita la détermination d’un «homme dont on n’obtenait jamais ni -un _oui_, ni un _non_[171]?»--Toujours est-il que Louis XV prit, le 2 -septembre, une décision inattendue et que Maupeou reçut l’ordre, le même -jour, d’en préparer l’exécution. - -Le 3, comme si le souvenir de son bisaïeul, entrant, botté et le fouet à -la main, au Parlement, pour lui dicter ses volontés, eût enfin secoué la -torpeur du plus indolent des monarques, Louis XV arrivait au Palais, -dans sa voiture de chasse, «ventre à terre, précédé des quatre -compagnies rouges et du vol[172]». - -Mais laissons la parole à Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui, le lendemain, racontait -la scène au chevalier: - -«Voilà donc enfin le roi tout à fait roi, Dieu soit loué! Sa Majesté a -été hier au Parlement et voici le détail de la bonne besogne qu’il y a -faite: il a ordonné qu’on lui apportât toutes les minutes et autres -papiers ci-dessus nommés (les informations relatives aux affaires de -Bretagne) et les a fait mettre dans un sac qu’il avait apporté tout -exprès, ainsi que le registre sur lequel était l’arrêt du 2 juillet, et -celui dans lequel ils demandaient réparation au roi...» Avant cette -opération, Louis XV avait répondu aux remontrances du Parlement sur la -détention des magistrats de Rennes, qu’ils avaient été justement punis -et qu’il sévirait contre tous ceux qui imiteraient leur conduite. Quand -il eut enlevé jusqu’à la dernière pièce d’une procédure aussi -filandreuse qu’elle avait été irritante, le roi signifia au Parlement -qu’il eût à «se retirer dans ses chambres pour y remplir sa seule -fonction, qui est d’administrer la justice». La duchesse avait remarqué -le discours du chancelier, au nom du roi, discours «très long et très -fort[173]». Elle ajoute que Paris «n’a pas applaudi généralement» à cet -acte d’autorité. Mais en vérité «la folie et l’insolence des parlements -étaient poussées trop loin». Elle s’étonne cependant que le maréchal de -Richelieu n’ait pas agi aussi énergiquement avec celui de Bordeaux. -Pourquoi n’a-t-il pas fait biffer sur le registre du Parlement un arrêt -identique à celui du 2 juillet, quoiqu’il en eût l’ordre? Il faut qu’il -ait eu quelques raisons particulières qu’il est difficile -d’élucider[174]. - -Quand Mᵐᵉ d’Aiguillon dit que «Paris n’a pas applaudi généralement», -elle est, en vérité, bien indulgente, car le roi avait à peine enlevé -«le sac qu’il avait apporté avec lui», que les épigrammes pleuvaient de -nouveau dru comme grêle, sur la Du Barry et son obligé. Cette peste de -Mairobert ouvrit le premier le feu[175]. Avec quel luxe de détails il -décrit l’élégant «vis-à-vis» donné, prétend-il, à la comtesse par -d’Aiguillon reconnaissant! Cette voiture surpasse en magnificence les -carrosses envoyés jadis à Vienne pour la dauphine (encore une cause -d’animadversion, si l’anecdote est vraie, contre le duc et son amie). -Sur les panneaux, les armoiries de la dame avec son fameux cri: _Boute -en avant!_ Et que de galantes peintures! Colombes se becquetant sur des -nids semés de roses; cœurs transpercés de flèches, au milieu des -attributs de Cupidon coquettement enguirlandés. Les housses du siège des -cochers, les supports des laquais par derrière les roues, les moyeux et -jusqu’aux marchepieds, tout était du dernier fini. D’Aiguillon l’avait -payé, paraît-il, 52.000 livres. Il eut la douleur de constater que la -comtesse ne s’en servait pas. Le roi l’avait trouvé trop somptueux pour -sa maîtresse et celle-ci le bouda. Que l’anecdote fût vraie ou fausse, -un bel esprit la saisit au vol et la métamorphosa en huitain: - - Pourquoi ce brillant vis-à-vis? - Est-ce le char d’une déesse, - Ou de quelque jeune princesse? - S’écriait un badaud surpris, - --Non!... de la foule curieuse - Lui répond un caustique... non! - C’est le char de la blanchisseuse - De cet infâme d’Aiguillon. - -Alors que Louis XV opérait son coup de force, Choiseul était en -villégiature, au château de la Ferté, chez le banquier de la cour, -Laborde. Mais son parti veillait. Estomaqués, un instant, par la séance -du 3 septembre, comme l’avaient été les d’Aiguillon par l’arrêt -déshonorant du Parlement du 2 juillet, les Choiseul s’étaient ressaisis, -pour abominer, avec moins d’anecdotes, il est vrai, «l’infamie, les -bassesses et les fourberies» de leurs adversaires. Mᵐᵉ Du Deffand avait -envoyé à Walpole «l’imprimé du Parlement», le bulletin qu’elle avait -reçu de «la grosse duchesse» (la douairière d’Aiguillon) n’étant «ni -exact, ni fidèle[176]». Et ce qui avait le plus particulièrement irrité -les amis de Choiseul, c’est que le chancelier, dans son discours, avait -représenté d’Aiguillon comme «honoré de la confiance du roi et chargé de -ses ordres»; c’est qu’il avait déclaré «sa conduite irréprochable». - -Quelques jours auparavant, la correspondante de Balleroy avait insisté -sur la signification véritable d’un acte qui exaspérait le parti -Choiseul: - -«Je comprends que vous ayiez été très aise en apprenant le détail de la -_journée_ du 3: en vérité, on peut, à mon avis, l’appeler _journée_; car -c’est une vraie victoire que le roi a remportée sur les ennemis de son -autorité, victoire dont je fais plus de cas, que de celles de tous les -conquérants, en ce qu’elle peut et doit procurer la paix et qu’elle n’a -fait répandre que de l’encre et non du sang. Enfin, de ce moment, si le -roi veut soutenir ce qu’il a fait et seulement ne pas vaciller, il -redevient roi, et, en vérité, il ne l’était pas.» - -Après cet hommage, si ferme et si net, rendu au principe d’autorité, la -duchesse revient à ses «chers bretons», qui, quoiqu’elle en ait, la -préoccupent toujours. Une nièce de Lohéac, protégée de Mᵐᵉ d’Aiguillon -vraisemblablement à cause de sa parenté avec Balleroy, Mˡˡᵉ de -Quéhillac, vient d’écrire à la grande dame. Sollicitée par un autre de -ses oncles, M. de Goyon, de tenter une démarche auprès de la duchesse, -pour qu’elle intéressât La Vrillière (Saint-Florentin)[177] à la cause -de Lohéac, Mˡˡᵉ de Quéhillac s’en était d’abord défendue, ne sachant si -M. et Mᵐᵉ d’Aiguillon ne déclineraient pas une telle mission. Puis, -cédant à un mouvement de pitié, et pour n’être pas taxée d’indifférence, -elle avait déféré au désir de Goyon. La duchesse lui répondit par une -«lettre ostensible»--terme employé jadis pour désigner ce que nous -appelons aujourd’hui une «lettre ouverte». - -Celle de la duchesse prouve une bonté d’âme, une générosité plus fortes -que le juste ressentiment d’outrages et d’humiliations si longtemps -endurés. Depuis que M. d’Aiguillon a quitté le commandement de Bretagne, -écrit sa femme, il ne s’est plus mêlé en rien des affaires de la -province, sinon pour rendre service aux hommes «dont il connaît les -bonnes qualités». Il ignore donc «la punition» que le roi, «très -mécontent», se réserve d’infliger au Parlement de Bretagne; mais par -amitié pour Mˡˡᵉ de Quéhillac, Mᵐᵉ d’Aiguillon ira recommander à la -bienveillance de son oncle M. de Lohéac. - -Quelle délicatesse et quel tact chez cette femme que sa correspondance, -sa conduite, toute sa vie enfin présentent comme une énergique! Elle -laisse à son mari, ce personnage plutôt haineux et vindicatif, l’honneur -d’une décision, dont elle assurera, messagère officieuse, l’exécution. - -Mais, comme chez elle, l’esprit d’observation, que nous savons très vif -et très aiguisé, ne perd jamais ses droits, elle termine sur ce trait le -récit de son anecdote: «M. de Goyon en a été très reconnaissant, mais il -n’a pas donné un écu à sa nièce; seulement elle a ainsi acquis le droit -de lui dire tout ce qu’elle veut». Droit de bien maigre rapport: car Mᵐᵉ -d’Aiguillon dut pourvoir, toujours en considération de Balleroy, à -l’établissement de Mˡˡᵉ de Quéhillac; et ce fut pour la duchesse un de -ses plus cruels soucis. Sa protégée était d’une famille où les facultés -mentales étaient fort mal équilibrées; et ses prétentions pécuniaires -étaient si bizarres et si exorbitantes que Mᵐᵉ d’Aiguillon s’en lamente -à maintes reprises au cours de sa correspondance avec Balleroy. - -Le 4 septembre, le Parlement de Paris s’était assemblé. Encore tout -étourdi du coup qu’il venait de recevoir, il se débattit dans une lutte -longue et ardente sans pouvoir prendre de décision. La séance fut remise -au lendemain; et ce fut le 6 seulement que se terminèrent les débats. Le -parti de la modération l’avait emporté. D’un commun accord, on -«ajournait l’affaire au 3 décembre». Mais la cour rendait en même temps -un arrêt pour protester contre le piège tendu à sa bonne foi et contre -les agissements, injurieux pour elle, du chancelier et du contrôleur -général[178]. - -Paris, loin «d’applaudir», s’était révolté... «généralement». La -province avait suivi le mouvement. «Tous les parlements se donnent la -main, écrit Mᵐᵉ Du Deffand; ils marquent leur mépris et leur indignation -contre le chancelier; le contrôleur général rendra bientôt sa déroute -complète[179].» - -La circonspection du Parlement de Paris déconcerta bien des gens, dit le -libraire Hardy[180]. Et comme s’ils avaient eu la prescience de -l’avenir, les mécontents regrettèrent que les parlementaires n’eussent -pas porté un coup plus vigoureux «pour ne pas laisser au chancelier le -temps de faire de nouvelles entreprises et de couronner son plan -destructif de l’autorité des magistrats». - -L’effervescence, ainsi que l’écrivait Mᵐᵉ Du Deffand, n’en couvait pas -moins dans tous les parlements de province, au détriment des -représentants de l’autorité royale. Et la duchesse d’Aiguillon, si -indulgente qu’elle fût, ne pratiquait pas assez le pardon des injures -pour ne pas éprouver un malin plaisir à voir patauger dans le plus -effroyable gâchis les politiciens de Bretagne et le successeur de son -mari, naguère si durs, si injustes, si méprisants vis-à-vis de M. -d’Aiguillon. Tenue au courant des affaires de la province, elle en -devisait allègrement avec Balleroy[181]. - -En vain, disait-elle, a-t-on pu apaiser l’agitation qui menaçait de -reprendre, en avisant la noblesse que sa turbulence «donnerait gain de -cause» à ses puissants ennemis. «Cet expédient a déjà réussi deux ou -trois fois; mais tout s’use à la longue»: sachant qu’ils sont redoutés -du commandant, ces brouillons finiront, à la tenue des Etats, par -«s’échapper; et aucun frein ne pourra les arrêter... Je compte que ce -sera sur la demande du roi et à la rentrée du Parlement qu’on jouera les -grands jeux». Mᵐᵉ d’Aiguillon ne «le regrette pas». «Il est juste que ce -gentil prélat, ainsi que vous l’appelez (Girac l’évêque de Rennes) et le -premier commissaire (Duras) ressentent les biens de la paix qu’ils ont -mis dans cette province... Ce qui ne laissera pas que de les y -acheminer, c’est que l’on me mande que l’évêque et le premier -commissaire sont brouillés à tout jamais avec l’intendant. Faux et sot, -comme il est, il peut leur donner du fil à retordre... Quand il est -question de nuire, il n’y a pas de sot qui ne trouve de l’assurance...» - -La duchesse n’a plus d’autre pensée que la Bretagne. Toutes les lettres -qui vont se succéder jusqu’à la rentrée du Parlement de Paris sont -uniquement consacrées au malaise intérieur d’une province dont les -hommes politiques prétendent singer l’Angleterre (l’anglomanie était -alors fort à la mode). Or le Parlement britannique rentre le 20 -novembre. Celui de Rennes ne tardera pas à reprendre séance. Les Etats y -comptent bien. «En attendant, on pelote... On a nommé une commission -pour répondre au mémoire de Linguet.» Les évêques se récusent; celui de -Rennes tout le premier, «parce que M. d’Aiguillon est son plus mortel -ennemi». Et la duchesse de protester. «Le fat! ce serait lui faire trop -d’honneur que d’avoir pour lui d’autre sentiment que celui du mépris.» -Le haut clergé se refusant d’ailleurs à siéger dans cette commission, -«trois abbés Chalotinistes» furent nommés qui durent «travailler à -force» et nous «verrons leur bonne besogne: elle ne m’inquiète pas -beaucoup[182]». - -Les distractions des villégiatures suburbaines ne détournent guère Mᵐᵉ -d’Aiguillon de son unique pensée: il est vrai qu’elle se trouve dans la -«thébaïde» d’Aulnay[183], la propriété de Mᵐᵉ de Laigle, dont la -solitude ne lui est pas désagréable: «ce n’est pas la beauté du lieu, je -n’en connais pas de plus triste; ce n’est pas la beauté du temps, il en -fait un à ne pas mettre le nez dehors». Elle n’en pense pas moins à «la -chère Bretagne». - -«Il me semble, dit-elle, que les cartes se brouillent tant qu’elles -peuvent; et je vous avoue que je n’en suis pas fâchée... M. de Duras et -le joli évêque sont dans le plus grand embarras: Dieu les y maintienne! -On dit que l’on envoie 40 bataillons en Bretagne...» - -Evidemment, la duchesse exagère: mais la fermentation d’un pays qu’elle -connaissait trop bien ne lui échappait pas; et malgré qu’un autre -théâtre, qu’un drame bien plus grandiose, s’imposent désormais à son -attention, elle ne cessera de suivre, parallèlement à l’action dirigée -par Maupeou contre le Parlement de Paris, le mouvement de la Cour de -Rennes, condamnée cependant à s’effacer dans l’ombre de sa grande sœur. - - - - -X - - _Maupeou «la Bigarade».--Sa double action contre Choiseul et contre - le Parlement.--Le «beau pacte de famille».--Les larmes de Mᵐᵉ Du - Barry.--Remontrances du Parlement et refus d’enregistrer - l’édit.--Choiseul pressent sa disgrâce.--Duplicité de Louis - XV.--Lettres de cachet.--Impressions de la duchesse - d’Aiguillon.--Exil des parlementaires.--Le Parlement Maupeou._ - - -Tous les fourbes ne sont pas nécessairement des hommes d’Etat; mais -combien d’hommes d’Etat sont des fourbes! Et Maupeou, «la -Bigarade[184]», en était un de première force, comme il était un homme -d’Etat supérieur. Il ne procédait pas par la ruse, ainsi que l’avait -fait Mazarin avec le Parlement de Paris, mais par la brutalité[185]: car -il avait conscience qu’il ne pouvait triompher autrement d’une -usurpation de pouvoir, encouragée par la mollesse du gouvernement et -menaçant d’amoindrir, voire d’asservir, l’autorité royale. - -S’il avait tout d’abord usé de duplicité avec le duc d’Aiguillon, il -comprit bientôt qu’il faisait fausse route et que le procès, gagné ou -perdu, de l’inculpé découvrait la personne même du roi. D’où cette -suppression, par à-coups successifs et précipités, d’une procédure dans -laquelle il ne pouvait se flatter d’avoir le dernier mot; car il sentait -bien que le Parlement irait jusqu’aux dernières limites d’une inlassable -résistance, protégé qu’il était, et cette fois ouvertement, par le duc -de Choiseul. - -Le ministre ayant partie liée avec les magistrats, Maupeou estima qu’il -devait combattre les coalisés simultanément. Ses auxiliaires, nous les -connaissons: le souci de leurs intérêts était le plus sûr garant de leur -loyauté. - -Les escarmouches avaient commencé dès les premiers jours de 1770. -Choiseul, fastueux pour l’Etat comme il l’était pour lui-même, -dédaignait de tenir des comptes. Il avait reçu 64 millions, affectés au -département de la guerre et ne se pressait pas d’en spécifier l’emploi. -Terray, avisé et poussé par des ennemis du ministre, réclama cette -justification. La scène fut vive au Conseil; et Choiseul alla jusqu’à -offrir les diamants de sa femme[186], la petite-fille du riche financier -Crozat. - -Maupeou l’attaqua sur un autre terrain. Il lui reprocha de vouloir -provoquer une guerre entre l’Angleterre et les puissances de la Maison -de Bourbon[187]. Il avait dû, sinon persuader, du moins être écouté -avec un certain intérêt; car Marie-Thérèse annonçait, dès le 1ᵉʳ -septembre, à Mercy-Argenteau, que la disgrâce de Choiseul était chose -résolue. Et l’ambassadeur d’Autriche, qui, de son côté, avait pris ses -informations, douta, pendant deux mois, du maintien de la paix. - -C’était, d’ailleurs, l’opinion générale: «On parle beaucoup de guerre, -écrit Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui se montre toujours pacifiste convaincue. Dieu -veuille que ce soit en vain! Mais, en vérité, nous n’en avons pas -besoin. C’est un produit du beau _pacte de famille_ qui a retardé la -paix d’un an et l’a rendue plus mauvaise[188]». - -Coup de griffe, en passant, au duc de Choiseul, le principal artisan de -ce fameux traité signé, le 15 août 1761, entre les rois de France, -d’Espagne et le duc de Parme, pour faire échec, par l’union des -puissances de la maison de Bourbon, à la supériorité de la marine -anglaise! - -Rarement la duchesse d’Aiguillon prend à partie, même par voie -d’allusion, le premier ministre. Mais son mari allait, parallèlement à -Maupeou, entrer en guerre ouverte avec Choiseul, et suivant le mot de -Soulavie, «travailler à renverser le visir par la maîtresse». - -«La coquine me donne bien de l’embarras» disait, en plaisantant, -Choiseul, de Mᵐᵉ Du Barry. D’Aiguillon avait, il est vrai, manœuvré dans -la coulisse, pour compliquer encore la situation, déjà difficile, du -«visir». N’ayant plus à se défendre, il pouvait prendre l’offensive. Un -homme qui l’a bien étudié et bien compris, Sénac de Meilhan, définit, à -souhait, le rôle de ce courtisan qui «possédait l’art et le jargon de la -galanterie[189]». - -«Il fit insinuer par ses conseils à la Du Barry qu’elle n’aurait aucun -crédit tant que Choiseul serait au pouvoir et de le remplacer par un -homme qui jouerait, grâce à son rang, le même rôle et lui serait tout -reconnaissant de l’y avoir poussé.» - -Bien stylée par d’Aiguillon, soufflée par Maupeou, cette femme, qui -n’avait été jusqu’alors qu’une bonne fille, devint une adroite -comédienne. Par intervalles, elle semblait toute mélancolique. - ---Qu’avez-vous donc? disait le roi, qu’amusait d’ordinaire la bruyante -gaîté de sa maîtresse. - ---Les Choiseul débitent des horreurs sur mon compte. - -Et elle citait tel ou tel mot du ministre ou de son entourage. Elle -n’avait pas besoin d’inventer. - -Un autre jour, elle versait des torrents de larmes: «Les vilains -Choiseul, disait-elle en sanglotant, me tourmentent. - ---Patience, répliquait le roi, qui ne se décidait pas encore, cela -finira[190].» - -A en croire Mᵐᵉ Campan, la Du Barry «sifflée par ses amis» (et c’était -Maupeou qui devait lui seriner l’air) se retournait contre le Parlement, -quand le roi restait irrésolu devant les manœuvres des magistrats. Elle -le menait alors devant le magnifique portrait de Charles Iᵉʳ par Van -Dyck, portrait acheté à Londres et devenu depuis la propriété de la -favorite. Quelle leçon que cette fin d’un roi qui avait fléchi devant -son Parlement! - -La comtesse n’avait pas besoin de cette mise en scène--si tant est que -Mᵐᵉ Campan ne l’ait pas imaginée comme un avertissement -prophétique--pour inspirer à son royal amant l’horreur et la haine des -parlementaires. C’était déjà chez lui de l’atavisme. Puis, ne se -plaignait-il pas volontiers de ces «grandes robes qui prétendaient le -mettre en tutelle» et qui inscrivaient, en tête de leur programme, la -Convocation des Etats Généraux[191]? - -Maupeou trouvait donc le terrain tout préparé pour mener à fond son -attaque contre les parlements. - -Quelques jours avant la rentrée des magistrats, le 27 novembre, il -faisait signer au roi l’_Edit de règlement ou de discipline_--rappel de -la déclaration du 3 mars 1766--interdisant au Parlement de Paris toute -correspondance avec les autres parlements du royaume, la cessation du -service judiciaire, les démissions en corps. L’_Edit_ leur défendait -enfin de retarder la publication des édits royaux par l’ajournement de -leur enregistrement; Louis XV déclarait dans le même document qu’il ne -tenait sa couronne que de Dieu et qu’à lui seul appartenait le droit de -faire des lois. - -Le Parlement de Paris rentrait le 4 décembre. Son premier acte fut de -repousser l’édit; il est vrai qu’il l’enregistrait trois jours plus -tard. - -Mᵐᵉ d’Aiguillon raconte le conflit. Le premier Président, écrit-elle, -avait été délégué auprès du roi pour lui faire «les remontrances les -plus vives». Et le prince lui avait répondu: «J’ordonne que mon -Parlement enregistre mon édit demain dans la journée; et je vous charge, -Monsieur, de m’en rendre compte à 7 heures du soir... Cette réponse ne -les a pas contentés: ils ont fait d’itératives représentations dans -lesquelles ils disaient qu’ils ne devaient, ni ne pouvaient enregistrer -l’édit». Mais le vendredi 7, au lit de justice à Versailles, le -chancelier «avait fait un beau discours» au nom du roi, pour démontrer -«l’attention de S. M. à veiller au bonheur du peuple, etc., etc.». Le -premier Président avait répliqué par «des lieux communs et très -platement...» L’édit avait été enregistré immédiatement; et «à midi et -demi tout était dit[192]». - -Mais la duchesse ne dissimulait pas cette fois l’agitation des -Parisiens, surexcitée encore par les protestations des parlementaires -rentrés à Paris. De fait, la cabale philosophique et le parti des -Encyclopédistes se rangeaient résolument de leur côté, après les avoir -si rudement combattus. Mais, là encore, la question religieuse était en -jeu. Un prédicateur n’avait-il pas eu l’étrange idée d’appeler Mᵐᵉ Du -Barry, la nouvelle Esther et le duc de Choiseul le nouvel Aman? A ce -compte, Maupeou devait être le nouveau Mardochée. Aussi les chefs des -Philosophes, d’Alembert et Duclos, prirent-ils parti pour Choiseul -qu’ils avaient jusqu’alors cordialement détesté, et décidèrent-ils de -lui offrir un fauteuil à l’Académie, en le dispensant des visites -traditionnelles. L’homme d’Etat, qui était encore ministre, avait, -paraît-il, accepté la combinaison[193]. - -Cependant, le Parlement, escomptant l’appui de Choiseul, entendait avoir -le dernier mot dans ce conflit d’autorité. Le 10 décembre, il se -défendit formellement de rendre la justice, en dépit de cinq sommations -successives que lui fit adresser Maupeou. - -«Les esprits sont si échauffés, dit la duchesse d’Aiguillon, qu’ils (les -parlementaires) prendront quelque parti violent; les esprits ne sont pas -plus calmes en Bretagne, suivant les dernières nouvelles; et l’évêque, -malgré son insolente confiance, et le duc sa sotte méchanceté, sont très -embarrassés[194].» - -En présence de l’acharnement que mettait le chancelier à briser la -résistance du Parlement de Paris, Choiseul commençait à perdre sa belle -assurance. On parlait à la Cour de l’avènement prochain de d’Aiguillon. -Impatient d’en finir avec des commérages qui l’agaçaient, le ministre -écrivit au roi pour les lui signaler. Louis XV tint à rassurer Choiseul, -tout en lui donnant l’explication de l’intérêt qu’il portait à -d’Aiguillon: «Comment pouvez-vous croire, lui disait-il, qu’il puisse -vous remplacer!... Je l’aime assez, il est vrai, à cause du tour que je -lui ai joué, il y a bien longtemps; mais, haï comme il est, quel bien -pourrait-il faire[195]?» - -Duplicité insigne et pure comédie! Car Sénac de Meilhan affirme que «le -roi haïssait le duc d’Aiguillon comme ayant été l’amant de Mᵐᵉ de -Châteauroux» et raconte en même temps par quelle voie détournée Louis XV -apprit à Mᵐᵉ Du Barry le succès, presque définitif, de sa campagne -contre le premier ministre. - -«Un jour, elle le vit occupé à cacheter une enveloppe: - ---Voilà, lui dit-il, une lettre qui vous intéresse. - -Elle supplie le prince de lui montrer au moins l’adresse; et elle lit: -_Au Roi d’Espagne_. - ---Qu’ai-je de commun avec ce monarque? demande la favorite. - ---Comme c’est Choiseul qui a donné l’idée du pacte de famille et que le -roi d’Espagne a la plus grande confiance en lui, je crois devoir, par -déférence, le prévenir avant de renvoyer le duc, ce qui ne tardera -pas[196].» - -Bientôt, s’il faut en croire une anecdote, rappelée en juin 1774 par -l’abbé Baudeau, le ministre n’eut plus à douter de son sort[197]: «Peu -de jours avant son renvoi, il trouve la porte du roi fermée; et avisant -d’Aiguillon vers une croisée, il lui dit: - ---Vous me chassez donc? J’espère qu’ils m’enverront à Chanteloup. - -Vous prendrez ma place; quelque autre vous chassera; ils vous enverront -à Veretz; nous serons voisins; nous n’aurons plus d’affaires politiques, -nous voisinerons et nous en dirons de bonnes. - -D’Aiguillon ne répondit rien.» - -La disgrâce éclata. En se servant d’un billet de Choiseul, non daté, à -l’adresse des Jésuites (déjà le coup de la fausse dépêche!) Maupeou -avait su persuader au roi que son premier ministre excitait sous main le -Parlement dans sa révolte[198]. Et le 24 décembre, Choiseul recevait de -Louis XV cette lettre de cachet: - -«J’ordonne à mon cousin, le duc de Choiseul, de remettre la démission de -sa charge de secrétaire d’Etat et de surintendant des Postes entre les -mains du duc de la Vrillière et de se retirer à Chanteloup jusqu’à -nouvel ordre.» - -Le lendemain, Mᵐᵉ d’Aiguillon écrivait à Balleroy: - -«Si vous avez quelques affaires à la guerre, aux affaires étrangères, ou -à la marine, différez-les, Monsieur le chevalier; car ces trois -départements sont actuellement nuls, les ministres qui les possédaient -ayant été exilés, l’un à Chanteloup et l’autre à Praslin, cela -s’appelle une nouvelle: aussi ne vous en dirai-je pas d’autre: en voilà -assez pour aujourd’hui[199].» - -Malgré son empressement à lancer «la nouvelle», la duchesse avait été -devancée auprès de Balleroy; et peut-être le chevalier lui en avait-il -fait l’observation, non sans malice, car elle lui écrit, presque dix -jours après, et plus longuement, sur un sujet qui lui tient si fort au -cœur. Pour la première fois, elle n’a plus peur du cabinet noir; mais -elle donne l’impression exacte de l’inquiétude, de l’angoisse même -qu’elle ressentait auparavant de la présence de Choiseul aux affaires: -et comme elle parle tout aussitôt du contre-coup qui s’est produit en -Bretagne, à la chute du ministre, il semble que, par une association -d’idées bien excusable, la duchesse rende Choiseul responsable des -tribulations qui avaient assailli son mari pendant et après l’exercice -de son commandement. - -«Je suis bien fâchée, Monsieur le chevalier, de n’avoir pas été la -première à vous apprendre la grande nouvelle; mais enfin, je respire et -je respire en paix, ce que je n’aurais jamais pu faire, tant que cet -homme y (_sic_) aurait été. Je suis comme des gens qui échappent d’un -violent orage, qui sur terre croient encore sentir l’agitation des -vagues. J’ai encore de la peine à le croire.» Le «petit faquin d’évêque -de Rennes, en apprenant la nouvelle» avait paru, mandait-on à la -duchesse, ne point s’en émouvoir; mais, «malgré toute sa fausseté, on -voyait la rage qui perçait... M. de Duras est arrivé à Versailles, le -jour de l’an, pour prendre son service: il m’a paru--et d’autres gens -que moi l’ont trouvé--qu’il avait le visage bien long: il ne l’a pas -autant qu’il le mérite et que je lui souhaite[200]». - -La disgrâce de Choiseul était le prélude du coup d’état que Maupeou -méditait contre le Parlement de Paris. Ce dénouement était inévitable: -si l’imprévoyance du premier ministre, le désordre qui régnait dans -toutes les administrations, le gaspillage et la gabegie dont la Cour -était la première à donner l’exemple, avaient amené le déficit creusé -dans les finances, il fallait, pour le combler, une nouvelle série -d’impôts; et le chancelier savait que le Parlement se refuserait -énergiquement à les voter. Ce fut la cause, non avouée, mais réelle, qui -détermina Maupeou. - -En outre, les Etats de Bretagne menaçaient de lui donner de nouveau de -la tablature. Un pamphlet, répondant au Mémoire de Linguet, avait -reproduit les éternels griefs des Bretons contre un homme «qui était -l’auteur des troubles de la province, du procès de M. de la Chalotais et -des autres magistrats», un homme «qui avait tout mis en usage à Rennes -et à Saint-Malo pour faire périr les détenus et surtout M. de la -Chalotais». - -Les Etats n’avaient pas, il est vrai, osé couvrir de leur approbation un -tel factum; mais leur propre réponse au Mémoire de Linguet n’en avait -pas été moins frappée, le 2 janvier 1771, d’un arrêt du Conseil, comme -«attentatoire à l’autorité du roi et contenant des propos injurieux -contre une personne honorée de la confiance de S. M. et dont elle a de -tout temps approuvé l’administration.» - -Estimant qu’il n’avait plus de ménagements à garder avec des magistrats -qui pratiquaient une politique d’irréductible obstruction, qui allaient -même jusqu’à refuser l’impôt, Maupeou leur envoya, dans la nuit du 19 au -20 janvier 1771, par des mousquetaires, une dernière sommation d’avoir à -reprendre leurs fonctions. Les récalcitrants, bientôt suivis d’une -minorité à qui la frayeur avait arraché tout d’abord une sorte de -soumission, durent partir pour l’exil; et le 24 janvier, Maupeou -confiait à une Commission du Conseil d’Etat le soin de rendre -provisoirement la justice. Sans tenir compte des protestations que -formulèrent aussitôt les autres Chambres de la Cour et les Parlements de -province, Maupeou reconstitua péniblement celui de Paris avec des -membres de la Cour des Aides et des juristes de mince notoriété. On sait -quelle pluie de quolibets, d’épigrammes, de satires, de libelles se -déchaîna sur ce nouvel organe judiciaire, sur son initiateur Maupeou, et -sur ses zélateurs. Ce fut, en quelque sorte, un recommencement des -affaires de Bretagne. Presque toute la France fit partie de l’opposition -anti-gouvernementale: il n’y eut pas jusqu’aux princes du sang--excepté -cependant le prince de Condé--qui ne se montrèrent hostiles à l’œuvre du -chancelier: mais celui-ci était enfin le maître; et, moins d’un an -après, la pacification était presque complète. - - - - -XI - - _Six mois d’attente!--«Le tyran breton le deviendra de toute - l’Europe».--Le futur roi de Suède à Ruel: enthousiasme de la - «grosse duchesse».--L’«Agrippine» de Mᵐᵉ Du Deffand et le - «triumvirat» du Président de Brosses.--Mariage du comte de - Provence.--Comment Mᵐᵉ Du Barry fait entrer d’Aiguillon au - Ministère; ce qu’en pense la duchesse; ce qu’en pense le - public.--Hostilité de la comtesse d’Egmont; avanie subie par Mᵐᵉ - d’Aiguillon et colère de M. de Richelieu.--Débuts du nouveau - ministère.--Appréciation de Mercy-Argenteau._ - - -La lettre, dans laquelle Louis XV évoquait, pour rassurer Choiseul, le -souvenir du «bon tour qu’il avait joué» à d’Aiguillon, retarda de six -mois, dit M. Marcel Marion, l’entrée de l’ancien commandant de Bretagne -au ministère.--La Vrillière était devenu, par intérim, secrétaire d’Etat -aux affaires étrangères. - -De fait, Choiseul était à peine tombé, que la voix publique lui -désignait déjà pour successeur le duc d’Aiguillon. - -«Le tyran breton le deviendra de toute l’Europe, écrit Mᵐᵉ Du Deffand: -cela veut dire qu’il aura les affaires étrangères.» Et la duchesse de -Choiseul lui répond, non sans malice, que ce serait son vœu le plus -cher, si le Parlement, du même coup, reprenait le procès de M. -d’Aiguillon[201]. - -Voltaire s’en inquiétait dans sa retraite: «Nomme-t-on toujours le duc -d’Aiguillon? demandait-il. On peut être très entaché par le Parlement et -bien servir le roi». Opinion que ne lui pardonna pas facilement -Choiseul. - -Or, dans la correspondance saisie chez le chevalier de Balleroy, nous ne -voyons pas la moindre allusion à des bruits qui circulaient, avec -insistance, aussi bien dans les cercles mondains que dans les sphères -politiques. Il semble même que la duchesse d’Aiguillon--à moins que ses -lettres n’aient disparu--ait cessé d’écrire, pendant quelques mois, au -chevalier. Et pourtant, des événements s’étaient produits, dans -l’intervalle, qui devaient éveiller en sa mémoire des réminiscences bien -flatteuses pour l’honneur du nom--légitime orgueil dont elle n’avait pu -se défendre, depuis qu’elle était entrée dans la maison des Richelieu. -Sa belle-mère, la «grosse duchesse», ne s’était même pas fait faute -d’évoquer la grande ombre du cardinal, quand elle avait reçu, le 9 mars, -dans son château de Ruel, Gustave de Suède, avec le duc et la duchesse -d’Aiguillon, le comte de Maurepas et le duc de Nivernois[202]. Au cours -d’un souper, «arrangé comme par hasard», n’avait-elle pas souhaité la -bienvenue, «en vers vigoureux», au prince voyageur, au nom du Cardinal? - -[Illustration: Le Château de Ruel et ses jardins - -d’après Israël Silvestre] - -Mᵐᵉ Du Deffand note un convive de plus, d’ailleurs bien indiqué pour la -circonstance: le maréchal de Richelieu. Le comte de Haga--le futur -Gustave III--attendait précisément, ce jour-là, un frère de l’ancien -ambassadeur de Suède, M. de Scheffer qui fut un grand ami des -d’Aiguillon, au temps de leur prospérité et qui, nous le verrons plus -tard, leur resta fidèle dans les mauvais jours[203]. - -La duchesse de Choiseul ne put s’empêcher de remarquer, dans sa réponse -à Mᵐᵉ Du Deffand[204], que le prince «ménageait bien les d’Aiguillon». A -son point de vue, elle était dans le vrai; et M. Vatel a dit, avec juste -raison, que le comte de Haga avait agi, en cette occurrence, comme un -«fourbe parfait», donnant de l’encensoir aux deux partis opposés. Il -envoyait le matin ses compliments à Chanteloup, soupait le soir à Ruel, -et, le lendemain, obtenait l’insigne honneur d’offrir un riche collier -au petit chien de Mᵐᵉ Du Barry. - -La veille de ce fameux souper, il avait reçu à sa table les d’Aiguillon; -et Mᵐᵉ Du Deffand, qui était du repas, en écrit à Mᵐᵉ de Choiseul, avec -une abondance de maladresse, dont elle n’allait pas tarder à se -repentir: «Rien de si aimable que le roi... Mᵐᵉ d’Aiguillon (la mère) -est toujours très gaie... elle est charmante, elle ne tire point tout à -elle, quoique très parlante... elle m’a mis en valeur autant qu’elle a -pu... Après le souper, Mᵐᵉ d’Aiguillon fit chanter la _Chanson des -Philosophes_[205]». - -Et--brusque changement de langage--à un mois de là, en corneille -étourdie qui abat des noix, Mᵐᵉ Du Deffand s’écrie: «Mᵐᵉ d’Aiguillon me -parut fort sérieuse; je me figure qu’elle est occupée de tous les -changements qui pourront arriver. Je lui trouve bien des rapports avec -Agrippine, avec la différence que le trône de son Néron ne lui aura pas -coûté de crimes, mais elle pourra bien être une de ses victimes[206]». - -On n’est pas plus obligeant[207]. - -Au reste, par un singulier contraste, en ce siècle léger et futile, où -la plaisanterie a souvent tant de grâce, et le scepticisme de si fine -ironie, la note mélodramatique vibre à plaisir. Elle se continue sur le -mode romain, dans les lettres du Président de Brosses, qui, bien -entendu, en sa qualité de parlementaire, abomine les ennemis de la -«grande robe[208]»: - -«Voilà donc le _triumvirat_ bien établi (Maupeou, d’Aiguillon, Terray) -et cordialement uni, si ce n’est dans l’intérieur, du moins pour tout -détruire au dehors.» - -Ce pacte n’était pas officiel, puisque d’Aiguillon n’était pas encore -ministre; mais il se laissait pressentir par le crédit et la faveur dont -jouissait déjà le rival de Choiseul. Ses amis commençaient à en éprouver -les effets. La duchesse nous l’apprend dans la première lettre que nous -trouvons d’elle en 1771. Elle vient d’«embrasser son mari de tout cœur», -heureuse que le duc ait pu rendre service au chevalier. Et en même -temps, comme elle a été, malgré elle, «dans les fêtes jusqu’au cou», -elle lui décrit méthodiquement celles qui ont accompagné le mariage du -comte de Provence avec une princesse de la maison de Savoie. Elle fait -un portrait fort exact de cette fille de sang royal[209]: - -«J’ai été à Choisy attendre le roi qui nous a amené Mᵐᵉ la comtesse de -Provence qu’il est de mode de trouver épouvantable. Moi, qui, comme bien -savez, ne suis pas la mode, je ne la trouve pas mal; elle est petite, -assez bien faite, surtout une belle gorge; elle a les yeux noirs comme -jais, fort grands et fort beaux, les cheveux noirs bien plantés, -peut-être un peu bas, mais qui ne choquent, le teint de brune, mais uni -et mat, le nez gros, la bouche un peu avancée et la forme du visage -longue. Ce qui choque au premier coup d’œil, ce sont ses sourcils qui -sont très arqués et qui s’éloignent de ses yeux et lui donnent, quand -ses yeux sont baissés, par la distance qu’il y a, l’air chinois. Quand -elle a les yeux ouverts, cela choque moins, parce que ses paupières qui -sont grandes et fort noires, remplissent l’intervalle. En tout, elle a -de la physionomie, et l’air de bonté et d’esprit, ce qui fait que sa -figure est, à mon gré, loin de déplaire.» Et, raison qui prime toutes -les autres, «le comte de Provence en est fort content». La duchesse -parle de la cérémonie nuptiale, avec cette sincérité et cette -indépendance d’allures que ne sauraient entamer les cailletages de cour: - -«Le mariage s’est fait à midi; et il y a eu, le soir, appartement et -banquet... Il est encore de mode de dire qu’il n’y avait personne: ce -que je puis vous dire en toute vérité, c’est qu’il y avait des barrières -depuis l’appartement du roi jusqu’à la chapelle, et que, derrière, sur -des gradins, il y avait du monde à s’étouffer, qu’à la chapelle tous les -gradins derrière les travées étaient pleins, ainsi que le bas de la -chapelle (il me semble que cela s’appelle du monde) et que, pour le -banquet, je voulus aller voir la salle et qu’il me fut impossible -d’entrer, tant la foule était grande.» - -En bonne historiographe, Mᵐᵉ d’Aiguillon signale les illuminations du -mercredi «autour des terrasses... en feux de couleur... le portrait du -roi, celui de M. le Dauphin, de Mᵐᵉ la Dauphine, de M. et Mᵐᵉ le comte -et la comtesse de Provence, au milieu d’une gloire de feu»; le jeudi, au -théâtre, _la Reine de Golconde_ qui, comme spectacle, c’est-à-dire pour -la décoration et la beauté de la salle, était superbe; comme opéra, -c’était le plus mauvais de tous: il n’y a ni musique, ni paroles, mais -force cabrioles et décorations...» - -Enfin le bal du lundi. La duchesse en est enthousiasmée: «Je n’avais pas -d’idée de la beauté de ce spectacle-là. La salle était superbe, éclairée -à merveille, remplie jusqu’en haut d’hommes et de femmes extrêmement -parés, le carré de la danse, de même environné de femmes très parées; -c’est le plus beau spectacle que j’aie vu de ma vie.» - -Après ces fêtes, comme après celles du mariage du Dauphin, la politique -reprit ses droits. Le duc de la Vrillière, chargé de l’intérim des -affaires étrangères, restait inactif, alors que toutes les ambassades -frémissaient d’impatience devant les difficultés diplomatiques qui -surgissaient à l’horizon. - ---C’est bien de tailler, disait Catherine de Médicis à ses fils: il faut -recoudre maintenant. - -Mᵐᵉ Du Barry n’était pas une Catherine de Médicis. Et l’habileté toute -féminine dont elle usa, d’abord pour renverser Choiseul, puis pour lui -substituer d’Aiguillon, serait fort invraisemblable chez un esprit aussi -court, si l’on ne savait qu’elle suivait ponctuellement les instructions -de Maupeou et d’Aiguillon, et mieux encore, comme nous le croyons avec -M. Claude Saint-André, les conseils de sa très fine et très déliée -belle-sœur Mˡˡᵉ Claire-Félicité Du Barry[210]. Cette intelligente -personne était absolument dévouée à l’ancien commandant de Bretagne. -Elle avait compris de quel poids pouvait être pour la fortune de sa -famille le crédit d’un grand seigneur tel que le duc d’Aiguillon. Et, -certainement, elle ne dut pas être étrangère au second acte de la -comédie que la comtesse joua, pendant six mois, avec un monarque, chez -qui l’impatience de la volupté promise finissait toujours par l’emporter -sur la résistance d’une méfiance instinctive. - -«C’est un fait certain et connu des amis de M. d’Aiguillon, raconte -Chamfort, que le roi ne l’a jamais nommé ministre des affaires -étrangères. Ce fut Mᵐᵉ Du Barry qui lui dit: Il faut que tout ceci -finisse; et je veux que vous alliez demain remercier le roi de vous -avoir nommé à la place. Elle dit au roi: M. d’Aiguillon ira demain vous -remercier de sa nomination à la place de secrétaire d’Etat des affaires -étrangères. Le roi ne dit mot. M. d’Aiguillon n’osait pas y aller. Mᵐᵉ -Du Barry le lui ordonna. Il y alla. Le roi le lui dit, et M. d’Aiguillon -entra en fonctions sur le champ[211].» - -Cette nomination à la muette datait du 2 juin. Mᵐᵉ d’Aiguillon, alors à -Pontchartrain chez Maurepas, écrivait, le 8, à Balleroy: - -«On vous a sûrement mandé que le voilà maintenant ministre des affaires -étrangères: il y a si longtemps que le public avait désigné cette -nomination que l’on a eu du reste le temps de réfléchir à ce que l’on -doit en penser.» La nouvelle ministresse ne paraît pas autrement ravie -de ce changement de fortune; elle dit sans phrase: «Mon parti est pris -et je sacrifie ma liberté aux volontés de mon maître... Je suis accablée -déjà de lettres plus plates et plus basses les unes que les autres, qui -m’inspirent pour le plus grand nombre des écrivains le plus profond -mépris, mais auxquelles il faut pourtant répondre comme si elles étaient -sincères.» - -La duchesse était assez perspicace pour ne pas ignorer quel venin -distillait cette adulation. - -Ce n’était pas que son mari ne fût pris directement à partie, au milieu -de son triomphe, par des libelles, des vaudevilles, des épigrammes, -presque tous anonymes, il est vrai. Le roi lui-même n’était pas épargné. -Dans tous les salons courait ce huitain sous le titre: _La Clique de Mᵐᵉ -Du Barry_:[212] - - Par elle on devient ministre. - C’est, sur son ordre sinistre, - Que d’Aiguillon tient registre - Des élus et des proscrits[213]. - Le public indigné crie; - Mais du roi l’âme avilie, - Sûre de son infamie, - Est insensible au mépris. - -Il était cependant des outrages auxquels le nouveau ministre était plus -particulièrement sensible, et sa femme par contre-coup: ceux qu’ils -recevaient de leur propre famille, de ces Richelieu auxquels la duchesse -était si fière d’appartenir et qui ne se cachaient pas pour leur cingler -au visage leur insolent dédain. - -La comtesse Septimanie d’Egmont, la propre fille du maréchal, leur -meilleur ami, était précisément de ces adversaires implacables, trop -hautaine et trop franche pour rien dissimuler de son aversion. Mᵐᵉ -d’Armaillé, biographe de la comtesse, explique cette animosité par la -rancune des «tyrannies intérieures» que Septimanie avait eues à subir du -fait de «ce personnage peu sympathique, son cousin d’Aiguillon[214]». - -Peut-être Mˡˡᵉ de Richelieu avait-elle raison; mais oubliait-elle que -«la grosse duchesse» lui avait toujours témoigné une si vive sollicitude -et une si ardente tendresse, que sa bru et ses petites-filles en avaient -un instant pris ombrage? Cette bonne personne qu’était la douairière -avait voulu consoler Septimanie dans sa tristesse d’orpheline: car le -maréchal, si délicieux homme de cour, était un père autoritaire et -despote jusqu’à la dureté. Après s’être débarrassé de la surveillance de -sa fille adolescente, en la confiant à l’affection bruyante de sa -cousine d’Aiguillon, Richelieu avait marié Septimanie, sans même la -consulter, au comte d’Egmont, alliance qui flattait sa vanité. Cet -égoïste, d’une sécheresse de cœur égale à la fatuité de son esprit, -n’avait jamais pratiqué qu’à ce point de vue le culte de la famille. Il -semble que sa fille, quoiqu’en disent ses panégyristes, ne l’ait pas -mieux connu. En tout cas, dans une circonstance où les lois de la -solidarité familiale étaient en jeu, elle ne sut pas faire le sacrifice -de ses ressentiments à la reconnaissance dont elle aurait dû se sentir -pénétrée pour la douairière d’Aiguillon. - -Il était d’usage, à la Cour, que la femme d’un ministre vînt, peu de -jours après la nomination de son mari, remercier le roi, accompagnée -d’une de ses plus proches parentes. La duchesse d’Aiguillon avait prié -sa cousine Septimanie de lui rendre ce service. Mᵐᵉ d’Egmont refusa -net, sous prétexte que le roi devait ordonner aux deux dames de faire -également visite, d’abord aux «princesses», puis à Mᵐᵉ Du Barry. -Entraînée par son exemple, la douairière se récusa, elle aussi. Le -maréchal de Richelieu s’emporta avec la dernière violence contre sa -fille: certes, ce n’était pas l’amour de la famille, mais l’orgueil du -nom qui excitait sa colère. Celui de la comtesse d’Egmont fut plus fort, -et la duchesse subit cet affront de se présenter devant le roi avec une -parente très éloignée, alors que son mari était déjà mal reçu par la -Dauphine. Le maréchal, exaspéré, chassa Septimanie de sa présence et, de -plus, exigea de la douairière qu’elle cessât de la voir et de lui -écrire. - -Aussi intransigeante que son père, la comtesse ne désarma pas. Quand -elle devint la correspondante du roi de Suède, Gustave III, elle ne -cessa de vilipender, par écrit, son cousin d’Aiguillon: - -«Son orgueil est tel, dit une de ses lettres, qu’il ne conçoit pas qu’on -puisse soupçonner l’art qu’il emploie, si grossier qu’il soit. Par -exemple, il croit qu’il lui suffit de dire à propos de la grande affaire -de Bretagne: «J’étais à Bannière (_sic_) quand M. de la Chalotais a été -arrêté», pour qu’on reste persuadé qu’il n’y a eu aucune part.» - -Mᵐᵉ d’Egmont reconnaît cependant que «si son amour-propre ne se trouve -point en opposition avec le bien, il pourra faire de grandes choses, nul -homme n’ayant plus de moyens pour réussir à ce qu’il entreprend, tant -par la fermeté de son caractère que par l’application et la suite qu’il -met aux affaires». - -A vrai dire, les avis étaient bien partagés sur le rôle qu’allait jouer -d’Aiguillon, parvenu au pouvoir. Ils se ressentaient, en général, de -l’opinion qu’on s’était faite, vraie ou fausse, des affaires de -Bretagne. Horace Walpole, le familier du salon Du Deffand, déclarait -qu’«avec des talents médiocres, le nouveau ministre s’était hissé près -du trône en se faisant l’instrument de sa tyrannie». - -Le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur d’Autriche, qui sera désormais -en relations suivies avec d’Aiguillon, en parle sur un ton moins -dédaigneux. Mais il le voit sous l’angle où l’envisage Mᵐᵉ d’Egmont: -peut-il oublier que Choiseul fut le grand artisan de l’alliance entre la -France et l’Autriche? Aussi écrit-il, le 22 juin, à Kaunitz, le ministre -des affaires étrangères de Marie-Thérèse: - -«Il est de notoriété publique que M. d’Aiguillon a de l’esprit, un cœur -haineux et méchant, qu’il est intrigant, adroit, grand travailleur, -ennemi implacable, mais aussi ami très constant du peu de gens auxquels -il a voué ce sentiment. Son début vis-à-vis des ministres étrangers -annonce un grand désir de plaire; et il ne serait peut-être pas -impossible que, par nécessité et par système, il réformât en partie les -vices qu’on attribue à son caractère. Il y a grande apparence que, dans -les premiers temps, il s’occupera moins des affaires d’Etat que -d’intrigues de cour; et malheureusement, il y a ici, dans ce genre, de -quoi remplir la vie d’un homme[215].» - -En effet, la première rencontre du nouveau ministre avec les -représentants des autres puissances leur avait laissé une impression -plutôt favorable. Elle s’était faite sous les plus heureux auspices et -sur un terrain où l’on se met presque toujours d’accord. D’Aiguillon -avait donné le 5 juin son premier dîner diplomatique; et Mᵐᵉ Du Deffand, -qui semble vouloir se tourner vers le soleil levant, décrit avec une -certaine complaisance la solennité. Cinquante-cinq convives prenaient -part au festin; et la douairière en faisait les honneurs avec sa bru. -Tous les diplomates avaient trouvé «la grosse duchesse» charmante, -simple et naturelle dans sa joie, «exempte de hauteur et de fausse -gloire et si éloignée d’être avantageuse que tous les partis sont -contents d’elle, l’estiment, l’aiment et lui veulent du bien[216]». - -Pour n’être pas aussi démonstrative, la «joie» de sa belle-fille n’était -pas moindre. C’était, pour elle, comme la revanche des mauvais jours et -l’espoir d’une vie meilleure, sinon moins agitée, ce qu’elle eût -préféré, sans nul doute, à tout ce tumulte triomphal. Elle savait -reconnaître ses vrais amis. Belleval nous dit comme elle fut touchée de -la démarche du jeune officier «revenu de si loin» à Versailles pour lui -présenter ses félicitations; elle n’ignorait pas «le fond d’affection -qu’elle peut faire sur lui[217]». - -Balleroy avait sa part, comme bien on pense, dans cette distribution, -entre intimes, de bonnes paroles. Le billet qu’elle lui adresse de -Versailles, le 8 juillet, témoigne assez de sa quiétude d’âme: elle ne -lui parle plus politique; elle le plaisante sur un sujet qui devait -revenir souvent dans leurs conversations. «Vous aurez encore le temps de -déchiffrer ma lettre: vous êtes assez habile pour cela»; puis elle a -d’autres préoccupations, mais qui n’altèrent en rien sa belle humeur: -«je ne compte retourner à Paris que mercredi matin; ma fille n’est pas -encore accouchée; je me flatte que, puisqu’elle a eu la complaisance -d’attendre jusqu’à présent, elle n’accouchera que mercredi; ce serait -faire les choses bien galamment...» Tout enfin serait pour le mieux, si -son mari n’était recrû de fatigue, avec ses exercices de chevau-légers. - - - - -XII - - _Pronostics sur le futur ministère.--Dîners - diplomatiques.--Entrevue de Mercy-Argenteau avec la favorite et - Louis XV.--Echange de lettres aigres-douces entre Mᵐᵉ Du Deffand et - la duchesse de Choiseul.--Le dîner de Luciennes.--Jugement sévère - de la duchesse de Choiseul.--Au décintrement du pont de - Neuilly.--Conspiration de Mesdames contre la Du Barry.--Le régiment - des Suisses._ - - -Le duc d’Aiguillon allait connaître un travail autrement difficile, -délicat et pénible que celui d’une cavalcade sur un champ de manœuvres, -un travail auquel il n’était pas suffisamment préparé, mais que son -ambition, servie par une présomption sans bornes, se croyait assuré de -mener à bonne fin. - -Or la situation que lui avait laissée Choiseul était, à l’extérieur -comme à l’intérieur, enchevêtrée de telles complications, qu’eût-il -pratiqué une politique toute personnelle, ou continué celle de son -prédécesseur, il ne pouvait s’attendre à d’éclatantes victoires -diplomatiques. Et, de fait, dans les trois années de son ministère, il -ne compta guère que des insuccès et des échecs: son manque de décision, -sa crainte de déplaire et surtout sa complète ignorance de la mentalité -royale, ondoyante et diverse en son indolence voulue, le condamnaient -fatalement à cette politique sans résultats. Habile administrateur en -Bretagne, il devait être à Versailles le plus médiocre des ministres. - -Son avènement avait exercé néanmoins l’imagination, toujours en éveil, -des courtisans. On lui prêtait, ainsi qu’à ses collègues, les -combinaisons les plus subtiles. On le voyait déjà, avec le chancelier et -M. de Boynes[218] «se porter au grand pouvoir» et travailler «longtemps -de front» à l’expédition des affaires. Mais, disait-on, des causes de -conflit divisaient Maupeou et d’Aiguillon: celui-ci, en prévision des -«troubles de l’Europe» qui pourraient «entraîner la France», demandait -au conseil des impôts que refusait le chancelier; mais son esprit souple -et avisé l’emporterait enfin sur l’autoritarisme de Maupeou pour être -mis à son tour en échec par la pondération de M. de Boynes[219]. - -Mᵐᵉ Du Deffand n’édifiait pas de moindres romans. Elle voyait déjà -Terray «sauter», pour s’être permis d’avoir payé, sans consulter le -ministre, les sommes dues à la Chalotais[220]. Or, c’était d’Aiguillon -qui, soucieux de se rendre populaire, avait pris l’initiative de faire -restituer ses pensions à l’exilé de Saintes. - -Il mettait à profit les dîners que donnaient en son honneur «ses amis», -pour pratiquer le plus largement possible avec les cours étrangères -cette politique d’apaisement qu’il avait inaugurée dès son entrée au -ministère. Le 28 juillet, à Compiègne, la duchesse de Valentinois, dame -d’atours de la comtesse de Provence, avait prié à souper, avec le duc et -la duchesse d’Aiguillon et le duc de la Vrillière, une partie du corps -diplomatique, le nonce, les ambassadeurs d’Autriche et de Sardaigne. Il -est vrai que, Mᵐᵉ Du Barry étant de la fête, Fuentès et Carracioli, -représentants de l’Espagne et des Deux-Siciles, s’étaient fait excuser. -Mercy-Argenteau a raconté la scène. C’était la première fois qu’il se -rencontrait avec la sultane favorite: à celle-ci le nonce et -l’ambassadeur de Sardaigne prodiguaient leurs grâces. Mercy attendit -qu’elle lui adressât la parole; et, très sensible à cet accueil, le -diplomate écrit: «Je reçus plus de distinction que n’en avaient éprouvé -les autres». Aussi, quand le duc d’Aiguillon, toujours dans l’esprit de -son rôle, le prit à part et l’avertit que le roi lui donnait un -rendez-vous pour le surlendemain chez Mᵐᵉ Du Barry, Mercy n’eut-il garde -d’y manquer. D’ailleurs d’Aiguillon l’y conduisit, et, sous prétexte -d’aller examiner des estampes dans une pièce voisine, laissa Mercy en -tête-à-tête avec la dame du logis, qui s’empressa de faire asseoir le -diplomate à côté d’elle et de lui conter ses doléances. Elle était -désolée «qu’on l’eût prévenue auprès de la Dauphine par les calomnies -les plus atroces, en lui attribuant des propos irrespectueux pour son -Altesse Royale», alors qu’elle avait «fait les plus justes éloges des -charmes» de la princesse. - -On sait en effet le mot prêté à la Du Barry et -rapporté--naturellement--à Marie-Antoinette; elle aurait appelé la -vigilance du vieux monarque sur les périlleuses inconséquences de cette -«petite rousse»; paroles imprudentes autant que cyniques, si jamais -elles furent prononcées;[221] car elles ne pouvaient que révolter la -pudeur de la femme et blesser cruellement l’orgueil de la future reine. - -La Dauphine, poursuit la comtesse, «n’a cessé de me témoigner une sorte -de mépris». - -Mercy lui prodiguant de bonnes paroles, Mᵐᵉ Du Barry entre en confiance, -et, le cœur sur la main, ne lui cache rien de son histoire. Elle lui -parle de son entrée à Versailles, lui dit comme elle s’ingénie à -désennuyer le roi et ce qu’elle pense des gens de la cour: si elle -s’exprime ainsi en toute liberté, c’est que sa belle-sœur, -«_surveillante qui la garde à vue pour le duc d’Aiguillon_», est -absente. Et cet aimable bavardage (au fait Mercy est-il bien exact?) se -continue jusqu’au moment où paraît le roi. - ---Dois-je me retirer, Monsieur? dit-elle (elle ne l’appelle pas encore -la France). - -Louis XV est seul avec l’ambassadeur. Lui aussi se plaint amèrement. Son -petit-fils est incapable de diriger la Dauphine, dont la jeunesse trop -exubérante a besoin d’être mise en garde contre les pièges qui -l’entourent. Aussi veut-il confier à Mercy-Argenteau la surveillance de -la princesse. Il remarque chez elle «des préventions et des haines qui -lui sont suggérées». Il invite donc le diplomate à «voir souvent» -Marie-Antoinette: il l’autorise même à lui parler en son nom. - -Mercy trouve la mission délicate: il le dit. Le roi, embarrassé à son -tour, rappelle d’Aiguillon et la comtesse restés dans le cabinet de -toilette. Il se lève: - ---Il est tard, je vais souper avec mes enfants. - -Quand il est parti, le premier ministre et la favorite pressent Mercy -de revenir souvent causer aussi simplement avec le roi[222]. - -Louis XV, volontiers timide, n’avait pas dit à son interlocuteur d’où -venaient ces «préventions», ces «haines». Et Mercy, qui en connaît la -source et qui veut répondre à la confiance du roi, ne dissimule pas que -ses tentatives de conciliation trouvent du côté de Mesdames une -opposition irréductible. - -En effet, ce n’étaient pas seulement de grandes dames, mais les propres -filles de Louis XV et surtout Madame Adélaïde, qui menaient la campagne, -poussant devant elles la Dauphine, déjà fort entraînée à subir cette -pression familiale. Mercy-Argenteau, redoutant un éclat, s’était -efforcé, le 31 juillet, après son entretien avec le roi, de faire appel -à la prudence de la jeune princesse, si impulsive de sa nature. -Reprenant le thème cher à Marie-Thérèse et à Kaunitz, Mercy redoublait -d’instances et de prières auprès de Marie-Antoinette, pour qu’elle eût -«l’air d’ignorer le vrai état de la favorite et la traitât sans -affectation comme toute femme présentée...» et surtout pour qu’à aucun -prix elle ne suivît «les directions de Mesdames». Il crut l’avoir -persuadée: car elle lui promit d’adresser la parole à Mᵐᵉ Du Barry, -lorsqu’elle entrerait au cercle de la cour. Et comme il la suppliait de -persévérer dans sa résolution, sans, bien entendu, en instruire -Mesdames, la Dauphine parut choquée d’une insistance qui semblait mettre -en doute la parole donnée. Il est vrai qu’elle ne la tint guère; car, le -11 août, alors que, suivant sa convention avec Mercy, elle s’approchait -de l’ambassadeur, debout à côté de la comtesse, elle rebroussa aussitôt -chemin: la voix impérieuse de Mᵐᵉ Adélaïde lui avait crié qu’il était -temps de partir; et la petite Dauphine avait suivi docilement sa tante. - -Mᵐᵉ Du Barry ne put dissimuler au roi le dépit qu’elle avait ressenti -d’un tel affront, et Louis XV qui, de bonne foi, avait supposé à -l’ambassadeur d’Autriche une influence réelle sur l’esprit de -Marie-Antoinette, lui dit, le lendemain, d’un ton moqueur: - ---M. de Mercy, vos avis ne fructifient guère; il faudra que je vienne à -votre secours[223]. - -D’autre part, les débuts de d’Aiguillon qu’avait accueillis, avec une -certaine faveur, la diplomatie étrangère, avaient rencontré plutôt de la -méfiance chez les Choiseul. Et même la duchesse avait failli se -brouiller avec Mᵐᵉ Du Deffand, après un échange de lettres où elle -s’était départie quelque peu de son aménité coutumière, dans une note de -vivacité et d’aigreur que ne méritait pas sa correspondante. Mᵐᵉ de -Choiseul lui avait écrit le 9 juillet[224] que, si elle respectait la -mère, elle n’était pas éblouie de la politesse qu’affectait le fils. «Je -suis seulement ennuyée d’en entendre parler. Il fait le mort, mais gare -à la résurrection! Car les bons ne seront pas assis à sa droite.» Du -fait même de cette déclaration, Mᵐᵉ Du Deffand, qui rêvait peut-être -d’accommodements futurs, s’était crue autorisée à des avances qu’elle -trouvait toutes naturelles: - -«Je dirai à Mᵐᵉ d’Aiguillon tout ce que vous me dites d’elle, -mande-t-elle à la duchesse de Choiseul. La fortune de son fils ne lui -tourne pas la tête: c’est une très aimable femme.» - -La dame de Chanteloup se montra excessivement froissée que sa -correspondante eût répété un éloge qui serait «une bassesse indigne -d’elle», car elle aurait «l’air de quémander la bienveillance» de la -douairière. - -Pendant un long mois, la «petite-fille» et la «grand’maman» disputèrent, -à perte de vue, sur cette question de... point d’honneur, qui semblait -tout de même au bon abbé Barthélemy, intermédiaire bénévole entre les -deux parties, un raffinement de «délicatesse» chez la duchesse de -Choiseul. Mais cette exagération de susceptibilité allait trouver en -quelque sorte sa justification dans un de ces petits événements de cour, -qui prenaient alors les proportions d’un gros scandale et dont parle -incidemment une lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon au chevalier de Balleroy. La -femme du ministre raconte à son confident ses petites misères. Elle a -souffert d’un rhume qui «dégénéra en fluxion sur un œil qu’elle eut -poché» pendant quelques jours: - -«Comme j’étais engagée à dîner chez Mᵐᵉ Du Barry à Luciennes avec tout -le corps diplomatique et que ma belle-mère devait y débuter, j’avais -fort à cœur de n’y pas manquer. J’ai imaginé de mettre ma tête sur de -l’eau bouillante pour finir plus tôt cette fluxion. La chaleur de l’eau -et peut-être la disposition m’ont fait porter le sang à la tête.» Ce -beau remède lui valut presque une attaque d’apoplexie. Elle eut un -«étourdissement suivi de perte de la parole» et des «douleurs dans la -tête qui la firent crier comme une femme qui accouche». Aussitôt on la -saigna; elle garda le lit le samedi et le dimanche; et «le lundi, j’ai -été à Luciennes, de là à Versailles où j’ai donné à souper et le mardi -à dîner[225]». - -Le «début» de la «grosse duchesse» à Luciennes fait sensation. Le clan -des philosophes en reste abasourdi, Mᵐᵉ Du Deffand, qui, jusqu’alors, -n’a cessé de rompre des lances en l’honneur de la «sœur du pot», semble -fort embarrassée pour annoncer une telle défection à la «grand’maman». -Elle lui écrit le 1ᵉʳ octobre: «La mère du Bacha (c’est le nom dont elle -se plaît à flétrir d’Aiguillon) est franche, désintéressée; tous ses -sentiments sont honnêtes. Elle fit hier une action qui ne vous paraîtra -pas une preuve de ce que je dis. Elle dîna chez la sultane. Il y avait -huit jours qu’elle résistait au Bacha. Elle se serait brouillée avec -lui, si elle avait persisté à résister[226].» - -Mᵐᵉ de Choiseul triomphe: «Vous avez beau dire, Mᵐᵉ d’Aiguillon s’est -souillée et je rabats de l’estime. Il n’y a point d’autorité, ni de -considération qui puisse excuser une infamie[227].» - -Si dure pour la belle-mère, Mᵐᵉ de Choiseul se tait sur la bru. Elle qui -se sacrifia toujours, sans jamais se plaindre, pour un époux volage, -autoritaire et prodigue, elle n’ignore pas que la femme du ministre -actuel n’est guère plus heureuse avec son mari. Si M. d’Aiguillon a pu -décider sa mère à la plus pénible des démarches, quelle pression ne -dût-il pas exercer sur l’esprit de sa femme, pour exiger une absolue -soumission aux caprices de ses visées ambitieuses! Désormais la -duchesse sera en quelque sorte la dame d’honneur de la favorite: le duc -entend qu’elle soit l’inséparable compagne de Mᵐᵉ Du Barry. Et Mᵐᵉ -d’Aiguillon subira cette contrainte avec une résignation qui semblera de -l’enjouement, tant elle s’applique à ne laisser voir à personne qu’elle -obéit à un ordre. Pidansat de Mairobert, observateur perspicace, quand -il n’est pas préoccupé de la fabrication de ses nouvelles scandaleuses, -a bien compris le caractère de Mᵐᵉ d’Aiguillon jeune[228]. C’est «pour -complaire à son mari», qu’elle fait une «cour assidue» à la protectrice -de cet époux peu scrupuleux. Elle y gagne l’insigne honneur d’une -«familiarité» qui la met souvent dans l’embarras. Un jour, elle -complimente, par bienséance, la comtesse Du Barry sur le goût exquis -d’une toilette qu’on vient de lui apporter. Là-dessus, la bonne fille -qu’est la maîtresse du roi, prend feu: elle court embrasser la duchesse -et la supplie, au nom de leur amitié, d’accepter la robe. Mᵐᵉ -d’Aiguillon se défend de recevoir un cadeau «qui ne convient pas à une -aussi vieille femme»--aveu qui ne lui coûte guère, et qu’on trouve -fréquemment dans sa correspondance. Sur ces entrefaites arrive le roi -qui donne gain de cause à la comtesse; et les courtisans de trouver -l’aventure plaisante. - -Mᵐᵉ d’Aiguillon était donc devenue le chaperon de la Du Barry dans les -cérémonies officielles. L’année suivante, au décintrement du pont de -Neuilly (22 décembre 1772), la famille royale brillant par son absence, -«la favorite, écrit Mairobert, resta seule en possession de tous les -honneurs». On avait «dressé une loge» à son intention. Elle arriva dans -un carrosse dont le fond était occupé par la maréchale de Mirepoix et la -duchesse d’Aiguillon: elle se tenait sur le devant avec le comte de la -Marche, le seul prince du sang qui fût présent et qui lui servit -d’écuyer pour la circonstance[229]. - -Malgré son peu de goût pour la représentation, la femme du nouveau -ministre s’était décidée à «faire ses visites», puis elle s’était -«suivant l’usage livrée au public[230]». - -De Fontainebleau où elle n’était «pas aussi bien logée qu’à Compiègne», -elle continuait ses confidences à Balleroy qu’elle priait, par la même -occasion, de lui rapporter un manchon d’hermine doublé de taffetas[231]. -Ce n’était pas sans une certaine ironie qu’elle recevait les courbettes -empressées de tous ces gens de cour qui l’avaient fuie comme la peste, -pendant les heures difficiles des Etats de Bretagne et du procès de -Paris: «tout ce qui est ici a passé chez moi indistinctement; même Mᵐᵉ -de Chauvelin, que vous avez vue à Compiègne si hautaine, est douce comme -un mouton et ne bouge de chez moi. Il n’y a que quatre femmes qui n’y -ont pas mis les pieds: Mᵐᵉ d’Egmont et sa grosse belle-fille[232] et -Mᵐᵉ de Duras». Elle est d’ailleurs animée du plus grand esprit de -conciliation; et les aphorismes qu’elle énonce pour en témoigner seront -repris cinquante ans plus tard par Brillat-Savarin: «Il ne faut changer -mon cuisinier: il met d’accord les gens les plus opposés: aussi je nomme -Martin le pacificateur de la cour». Toutefois l’attitude hostile de Mᵐᵉ -d’Egmont avait quelque peu altéré sa bonne humeur: «Ma chère cousine a -été ridicule avec moi; et il n’aurait tenu qu’à moi, si je n’avais pas -été plus sage qu’elle, d’avoir quelques scènes avec elle; mais je les ai -évitées avec soin; je respecte en elle le nom que je porte et la fille -d’un homme qui, depuis mon mariage, m’a toujours traitée en père...» - -D’autres haines, plus implacables encore et partant de plus haut, sur -lesquelles la duchesse se garde bien de s’expliquer, menaçaient déjà son -mari, trop fidèle allié de la Du Barry. M. d’Aiguillon devait son poste -de premier ministre à la maîtresse du roi: c’était de toute justice -qu’il intervînt en sa faveur dans la lutte qui s’engageait contre elle, -plus ardente que jamais: «il la gouverne moins par un ascendant décidé -que par la souplesse, les égards et les soins», écrit Mercy-Argenteau, à -Kaunitz. - -Marie-Antoinette ne pardonna jamais à d’Aiguillon l’appui qu’il prêta à -Mᵐᵉ Du Barry. - -Mesdames applaudissaient à des sentiments d’animosité qui se -retournaient contre la maîtresse de leur père; et, dans l’horreur que -celle-ci leur inspirait, elles en étaient arrivées à se rapprocher de -Choiseul, que l’expulsion des jésuites leur avait rendu plus -particulièrement odieux[233]. L’affectation qu’elles apportaient à -défendre le ministre disgracié ne pouvait qu’indisposer davantage Mᵐᵉ Du -Barry contre un homme qui s’était affirmé si résolument son ennemi. Au -reste, Louis XV n’attendait pas après des influences étrangères pour -prendre en grippe son ancien favori. L’exil triomphal de Chanteloup et -toutes les manifestations en l’honneur du vaincu dont une publicité -savante amplifiait l’éclat, avaient fini par énerver ce monarque, -parfois si ombrageux sous son apparente indifférence. Aussi, quand on -vint lui proposer d’enlever à Choiseul, un an à peine après sa chute, sa -charge de _colonel-général des Suisses et Grisons_ (et d’Aiguillon dut -participer à la manœuvre), Louis XV se laissa-t-il facilement persuader. - -D’ailleurs, le principal intéressé, dès qu’il reçut l’ordre de se -démettre, ne put s’y tromper un seul instant. Vainement il avait cru à -la parole royale l’assurant, en 1762, qu’il resterait toujours titulaire -et possesseur de sa charge. Or, d’Aiguillon venait d’écrire à M. Du -Chatelet, l’ami et le représentant de l’ancien ministre, qu’elle n’était -pas «inamovible», déclaration confirmée en ces termes de la main même du -prince: «ce que dessus ma façon de vouloir[234]!» Et Choiseul d’en tirer -cette conclusion qui fait peu d’honneur à sa clairvoyance, si toutefois -elle est bien l’expression sincère de sa pensée: «Je n’ai commencé que -de ce moment à être vraiment l’ennemi personnel de M. d’Aiguillon et la -conduite du roi à mon égard achève l’opinion que j’avais de lui et le -dégoût que sa faiblesse cruelle m’inspirait[235]». - -Les _Mémoires_, parus en 1790 sous le nom de Choiseul, sont consacrés en -grande partie, le deuxième volume surtout, à l’histoire des négociations -qui s’engagèrent et des correspondances qui furent échangées pour la -cession de ce brevet de colonel-général. La charge rapportait cent mille -livres[236] et les dettes du titulaire étaient énormes. Du Chatelet, -intermédiaire très actif et très dévoué, en dépit de tous les tracas que -lui valent la raideur et l’aigreur de Choiseul, a trop bien pénétré la -volonté arrêtée et irréductible du roi pour ne pas inviter instamment -son ami à donner sa démission. Enfin Choiseul cède. Les lettres de -continuer. - -Il s’agit du prix à débattre. Du Chatelet rend compte à Chanteloup de -ses conférences, tantôt avec Mᵐᵉ Du Barry, tantôt avec d’Aiguillon. S’il -faut en croire la favorite, le nouveau ministre ne témoigne d’aucun -«acharnement» contre son prédécesseur, elle encore moins; c’est le roi -qui estime intolérables les chroniques de Chanteloup. Au surplus, -«d’Aiguillon ne la gouverne pas; elle écoute tout le monde et ne fait -que ce qu’elle veut[237]». - -Ce qui n’est pas douteux, c’est que Mᵐᵉ Du Barry se montra, dans la -circonstance, plus conciliante que Choiseul ne pouvait raisonnablement -l’espérer: «M. Du Chatelet, écrit Mᵐᵉ Du Deffand à Walpole, ne trouvant -pas de facilité auprès de M. d’Aiguillon, se détermina à parler à Mᵐᵉ -Du Barry, en qui il trouva plus de douceur et de facilité». - -Choiseul, dont cette intervention humiliait la fierté, conservait son -ton cassant et son attitude de grande victime. Il crut devoir à son -orgueil de faire passer sous les yeux du roi, dans les salons de Choisy, -une lettre qui l’irritât au possible. Mais la favorite se tourna vers -d’Aiguillon et lui dit tout haut: - ---Il faut bien que cela soit comme cela. - -Enfin, après une conversation des plus animées entre Louis XV, sa -maîtresse et son premier ministre, le roi laissa tomber ces mots, en se -mettant au jeu: - ---Cent mille écus argent comptant, soixante mille livres de pension dont -cinquante mille reversibles sur Mᵐᵉ de Choiseul[238]. - -D’Aiguillon fit part à Du Châtelet de la décision royale. Le -dédommagement dépassait les prévisions de l’ex-colonel-général[239]; -mais son amour-propre sortait singulièrement froissé de l’aventure: - ---Ni moi, ni Mᵐᵉ de Choiseul, écrit l’ancien ministre, ne fîmes de -remerciement. L’injustice et surtout la manière dure qu’on avait -employée nous dispensaient de la reconnaissance. - -Dans l’origine, c’était le comte de Provence que Louis XV avait donné -pour successeur à Choiseul. Mais, devant l’opposition du Dauphin, la -charge fut attribuée au comte d’Artois. - -N’importe, dans l’âme vindicative de d’Aiguillon, l’affaire du régiment -des Suisses dut être la contrepartie de celle du régiment du roi. - - - - -XIII - - _Le partage de la Pologne et ses responsabilités.--Ambitions du - comte de Broglie.--Le cardinal de Rohan nommé ambassadeur à - Vienne.--Tactique autrichienne: condescendance de la - Dauphine.--L’amitié suédoise et le lyrisme de la duchesse - d’Aiguillon.--«Deux brigands et une dévote».--Les gémissements de - Marie-Thérèse.--L’irréparable.--Conseils du comte de Provence.--La - révolte de la Dauphine.--La vie à Fontainebleau.--La «croquante» de - Versailles.--Mort de «la grosse duchesse»._ - - -Trop longtemps, le duc d’Aiguillon a supporté, à lui seul, devant -l’Histoire la responsabilité du partage de la Pologne. Certes ce fut, -sous son principat, que cette iniquité fut consommée; mais il la subit, -comme, cent ans plus tard, des ministres français signaient, contraints -et forcés, le traité qui arrachait à leur patrie l’Alsace-Lorraine. -Aurait-il pu, avec plus de décision et de fermeté, conjurer la -catastrophe? Rien n’est moins certain. Choiseul n’avait pas surveillé -d’assez près la coalition qui se formait dans le Nord: il avait trop -laissé décliner en ces pays lointains le prestige de la France. Surpris, -il voulut faire face au danger; il lança Dumouriez comme un brûlot; mais -il était trop tard. N’eût-il pas été atteint par la disgrâce, que tout -son brio de diplomate, toute sa vigueur d’homme d’État auraient échoué -devant l’irréparable. - -Le duc de Broglie le reconnaît dans son _Secret du roi_, de même qu’il -y fait le procès en règle de d’Aiguillon, qu’il accuse presque -d’aveuglement et d’imbécillité. Il est vrai qu’il est un peu juge et -partie dans l’affaire: car il semble sous-entendre qu’un de ses -ancêtres, le comte de Broglie, aurait pu sauver la situation, s’il avait -été appelé alors au secrétariat des affaires étrangères. - -Le comte de Broglie était le principal agent, très perspicace, il faut -le reconnaître, de la politique secrète, que menait, à l’insu du cabinet -de Versailles, le roi Louis XV, ce prince déconcertant, qui paraissait -indifférent aux tractations de ses ministres, alors qu’il en -contrecarrait la plupart du temps la stratégie diplomatique par des -instructions données à des acteurs restant dans la coulisse[240]. -Aussitôt Choiseul disgracié, le comte de Broglie s’était mis sur les -rangs pour lui succéder[241]: il était cependant un des bons amis de -d’Aiguillon; mais le roi, estimant sans doute le mystérieux concours du -comte trop précieux pour s’en priver, avait fait la sourde oreille. -Broglie, lassé d’une besogne sans gloire et sans profit, se retourna -vers d’Aiguillon, dès qu’il le sut pourvu du ministère et lui écrivit, -le 8 juin 1771, pour postuler l’ambassade de Vienne. Mais le successeur -de Choiseul, dit amèrement le duc de Broglie, «n’y voulait avoir un -ambassadeur qui comprît une ligne politique et fût en état de la suivre, -pour la raison très simple que n’ayant lui aucune politique, il ne -pouvait lui plaire qu’un autre en eût à sa place[242]». Peut-être aussi -avait-il appris par son alliée, Mᵐᵉ Du Barry, les compétitions d’un ami -dont il ignorait encore le rôle auprès de Louis XV. - -Assurément, le poste, alors vacant, de Vienne exigeait un diplomate -avisé, actif et très ferme, sans cesser un instant d’être souple et -conciliant. Le ministre qui remplissait alors par intérim ces fonctions, -M. Durand, était un homme de réelle valeur, mais il n’était pas _né_. -D’Aiguillon eut donc la malencontreuse idée d’envoyer à Vienne le -cardinal de Rohan, un très grand seigneur, mais le personnage le moins -propre à s’acquitter avec succès de la délicate mission qui lui était -confiée. Ce prélat bellâtre, infatué de son nom et de son titre, était -étourdi, frivole, dissipé, libertin, fastueux jusqu’à la plus folle -prodigalité, incapable de la moindre direction politique et dépourvu de -tout scrupule. D’Aiguillon, en le nommant, s’était attiré les bonnes -grâces de la puissante maison de Rohan, du prince de Soubise et de la -comtesse de Marsan; mais pouvait-il ignorer combien ce choix était -déplorable, étant donnés le caractère et les principes de Marie-Thérèse, -cette impératrice qui avait une si haute idée de ses devoirs comme -souveraine et que la dignité de sa vie avait toujours imposée au respect -de l’Europe? - -A vrai dire, cette rigidité de mœurs n’excluait, ni les calculs -ambitieux qui ont le pressentiment des annexions futures, ni les -accommodements de conscience qu’expliquent, qu’excusent au besoin les -intérêts supérieurs de l’État. - -Ceux-ci, néanmoins, n’exigeaient-ils pas qu’en présence d’un nouveau -ministre, évidemment prévenu contre la politique de son prédécesseur, -son plus mortel ennemi, on lui prodiguât toutes les promesses, on lui -consentît toutes les concessions susceptibles d’endormir sa défiance? - -Tactique, en vérité bien superflue, que révèlent les réponses de Mercy -aux instructions précises de sa souveraine! Car notre secrétariat des -affaires étrangères ne savait pas appuyer sa conception d’une Pologne -intangible et libre, d’un ultimatum inflexible; et d’autre part, Louis -XV ne se désintéressait que trop de ses devoirs de roi. - -Mais un revirement était possible. Et c’était pour s’assurer une -neutralité bienveillante, autant que pour maintenir l’alliance des deux -pays, que Marie-Thérèse d’abord, puis son ambassadeur, s’efforçaient -d’amener la Dauphine à montrer moins d’hostilité contre Mᵐᵉ Du Barry et -contre le duc d’Aiguillon. Mercy n’en prisait pas mieux celui-ci qu’il -appelait «ministre médiocre à petites ruses et manœuvres sourdes». Mais -il se faisait fort d’y porter remède, si Mᵐᵉ l’archiduchesse «moins -légère et moins obstinée» dans sa conduite envers Mᵐᵉ Du Barry «lui -donnait un peu de jeu[243]». Les instances de Mercy auprès de -Marie-Antoinette finirent par obtenir gain de cause. Le 1ᵉʳ janvier -1772, quand Mᵐᵉ Du Barry, accompagnée de la maréchale de Mirepoix et de -Mᵐᵉ d’Aiguillon, se présenta chez la Dauphine, celle-ci dit à la -duchesse, en regardant la favorite: «Il y a bien du monde -aujourd’hui[244]». Et chacun, dans l’entourage du premier ministre, de -célébrer la grâce, l’aménité, la modération de la jeune princesse. En -vérité, on se contentait de peu. Par contre, la coterie de Mesdames -était indignée; et les filles du roi firent grise mine à leur nièce. - -Cependant, malgré ses tâtonnements, ses incertitudes, son désir de ne -déplaire à personne, d’Aiguillon avait encore un certain respect des -traditions. Il ne pouvait oublier par quelle ligne de conduite son -illustre ancêtre, le cardinal de Richelieu, avait assuré la -prépondérance européenne de la France et rendu son propre nom immortel. -Il était, par exemple, telles amitiés séculaires qu’il fallait -pieusement conserver, tel engagement sacré qu’il importait de tenir. La -Suède attendait les subsides, promis, de la grande nation, dont elle -défendait les intérêts politiques dans le Nord. - -Mais, hélas! le trésor de la France était vide. Creutz, l’adroit -ministre de Suède à Versailles, écrivit alors au roi Gustave d’envoyer à -Louis XV «une lettre touchante, une très flatteuse à Mᵐᵉ Du Barry et une -pleine de confiance et d’amitié à M. d’Aiguillon[245]». En dépit de Mᵐᵉ -d’Egmont, qui ne voulait donner son portrait au roi de Suède que si le -jeune souverain s’engageait à ne pas réclamer celui de la comtesse Du -Barry, Gustave suivit le conseil de son ministre et reçut les subsides. -D’Aiguillon continua cet accord amical; et le coup d’état du 19 août -1772, qui libéra le roi de Suède du joug de sa turbulente noblesse, et -qu’avaient si bien préparé les conseils de Vergennes, le représentant de -la France, fut presque un triomphe pour d’Aiguillon. Aussi la duchesse, -chez qui nous avons déjà signalé la préoccupation constante de l’honneur -du nom, écrivait-elle, sur le mode lyrique, elle d’ordinaire si simple -de ton et si naturelle d’allure: - -«... Je ne vous manderai aucunes nouvelles d’ici: celle de Suède les a -toutes absorbées: je ne doute pas du plaisir qu’elle y a fait. Votre -amitié vous fait partager tout ce qui est à la gloire de M. d’Aiguillon. -Il est vrai que le nom de Gustave et celui de Richelieu ne peuvent se -séparer pour les grandes choses. Il est plaisant que la France n’ait -bien secondé la Suède que sous le règne d’un Gustave et le ministère -d’un Richelieu[246].» - -Par contre, Mᵐᵉ d’Aiguillon ne parle jamais de la gloire de son époux en -Pologne. - -Celui-ci, vers la fin de 1771, soit qu’il fût hanté des souvenirs de la -politique d’antan, soit qu’il voulût répondre aux «cajoleries» de -Frédéric, s’était avisé de lui faire connaître «les pourparlers qui lui -étaient offerts du côté de Vienne et de Saint-Pétersbourg». Et, -naturellement, le roi de Prusse ne l’avait pas laissé ignorer à -Marie-Thérèse. Mais, quand Mercy, quelque peu interloqué, vint demander -au ministre si ce fait était réel, d’Aiguillon en convint très -volontiers, et, par réciprocité, s’empressa de montrer à l’ambassadeur -sa correspondance avec Frédéric, qui le priait «de ne pas s’opposer à la -prise de possession de Dantzick[247]». - -Louis XV expliquait ainsi cette double indiscrétion au comte de Broglie: -«C’est pour marquer toute notre confiance à la Cour de Vienne que M. -d’Aiguillon a communiqué la lettre de Prusse à M. de Mercy et pour juger -si elle ne voudrait pas avoir sa part du gâteau, comme il y a tout lieu -de le croire[248]». - -En tout cas, au point de vue des usages diplomatiques, le procédé -n’était pas banal. Certes, il justifie l’irritation hargneuse de Mercy, -dans sa dépêche du 23 janvier à Kaunitz; il exprime le très vif désir de -trouver «le moyen de retirer Mᵐᵉ Du Barry de la dépendance de M. -d’Aiguillon» pour être débarrassé au plus tôt de «cet homme faux, -vindicatif et méchant». - -Mais, en somme, cette... franchise, qui était presque une pantalonnade, -n’apprenait rien aux puissances intéressées, puisque, d’après la -correspondance de Frédéric, bien avant le départ de Rohan pour Vienne, -le projet de partage de la Pologne était arrêté entre la Russie et la -Prusse, avec le consentement tacite de l’Autriche[249]. On comprend donc -le mot de Louis XV, déjà renseigné par de Broglie sur cet accord, ainsi -que le sera d’Aiguillon, le 12 février, par Gaulard de Saudray, chargé -d’affaires à Berlin[250]. Aussi, avons-nous peine à croire qu’à la même -époque Mercy-Argenteau ait tenté, avec beaucoup de mystère toutefois, -mais sans succès, une démarche auprès du successeur de Choiseul, pour -donner plus de cohésion à l’alliance austro-française et empêcher ainsi -le partage de la Pologne, «marché qui révoltait la conscience de -Marie-Thérèse et fut le remords de sa vie[251]». A quoi bon resserrer -les liens de l’alliance, puisque d’Aiguillon avait écrit, le 6 février, -à Rohan: «le roi n’a contracté qu’une obligation formelle, celle de -secourir la Maison d’Autriche si elle est attaquée dans ses -possessions[252]»? Et de l’avis même de M. de Broglie, grand admirateur -de Marie-Thérèse, l’impératrice-reine, qui occupait déjà une partie de -la Pologne, espérait bien continuer et «finir» la conversation sur la -base de l’_uti possidetis_. Ces scrupules, un peu tardifs et si -atténués, de Marie-Thérèse, mettaient en joie son cynique voisin de -Potsdam. Il en écrivait à d’Alembert qu’il savait un écho complaisant: -«L’impératrice Catherine et moi sommes deux brigands; mais cette dévote -d’impératrice-reine, comment a-t-elle arrangé cela avec son confesseur?» - -Marie-Thérèse avait donc, par grâce d’Etat, la conscience absolument -tranquille; et la correspondance de Mercy-Argenteau le démontre de -reste, comme elle nous fait assister aux tergiversations, aux -inquiétudes et surtout à la veulerie de ce malheureux d’Aiguillon, qui -pressentait l’imminente catastrophe, mais ne savait l’enrayer: tout au -plus risquait-il une épigramme pour prouver qu’il n’était pas dupe de la -comédie. - -«M. d’Aiguillon traite les affaires sans énergie, sans nerf et sans -vues: son génie le porte à employer des petits moyens de -fausseté...[253]» - -Mercy note en même temps les intrigues de Cour qui se nouent autour des -deux antagonistes, le ministre des affaires étrangères et le chancelier -Maupeou. Le roi les estime peu et ne semble guère disposé à intervenir -dans la lutte[254]. - -Déjà l’ambassadeur d’Autriche avait signalé, dans sa lettre du 23 -janvier à Kaunitz, la «guerre très rude» que préparait le -chancelier[255] au ministre «généralement haï» et dont «le despotisme» -commençait à fatiguer la favorite. - -Cependant, le bruit s’est répandu en France de l’accord conclu entre les -trois puissances. D’Aiguillon veut parler haut et ferme à Mercy; mais il -est bien obligé de baisser de ton: l’argent manque, la France est -discréditée et l’Angleterre lui refuse son concours[256]. Il n’en écrit -pas moins à Rohan le 5 mai, après avoir reçu les dépêches de Kaunitz et -de Marie-Thérèse, transmises par l’ambassadeur que, la Cour de Vienne -gémissant sur la triste nécessité où elle se voyait réduite de donner -les mains à l’arrangement prusso-russe, le roi ne pourrait sans doute -que gémir avec elle[257]. - -«J’ai lieu de croire, dit Mercy, blessé de ce persiflage, à M. de -Kaunitz, j’ai lieu de croire que vous serez surpris de la médiocrité du -langage tenu par M. d’Aiguillon à cette nouvelle importante. Depuis que -M. d’Aiguillon traite les affaires de l’Etat, sa réputation d’homme -d’esprit s’éclipse chaque jour davantage; je crois que l’on ne doit être -en garde que contre sa bonne volonté qui ne peut même pas produire de -grands effets dans la position où tout se trouve maintenant à la -Cour[258].» - -D’autre part, d’après l’abbé Georgel[259], secrétaire de Rohan, le -cardinal, que l’évidence obligeait à parler, adressait à son ministre -cette fameuse dépêche qui renforçait le croquis esquissé par -d’Aiguillon, en accentuant d’un trait plus vif la duplicité de -l’impératrice: «Elle paraît avoir les larmes à son commandement; d’une -main, elle a le mouchoir pour essuyer ses pleurs, de l’autre elle manie -le glaive des négociations». Toujours au dire de Georgel, le ministre -des affaires étrangères avait eu la coupable indiscrétion de montrer -cette dépêche à Mᵐᵉ Du Barry et la favorite en avait fait des gorges -chaudes dans ses salons, laissant croire qu’elle en était la -destinataire. - -Le duc de Broglie accepte l’anecdote comme authentique dans son _Secret -du Roi_. Mais Vatel la déclare controuvée. L’ambassadeur de France se -serait permis une telle inconvenance, que Marie-Thérèse, déjà très -mécontente de la légèreté et des incorrections du cardinal, en eût -aussitôt exigé le rappel. D’ailleurs, la correspondance de Marie-Thérèse -et de Mercy-Argenteau ne fait aucune allusion à cette mystérieuse -dépêche, qui, par parenthèse, ne se trouve pas au dépôt des affaires -étrangères. C’est à se demander si celle que nous avons citée de M. -d’Aiguillon sur les «gémissements» de l’impératrice-reine, n’aurait pas -quelque peu stimulé l’imagination, naturellement très vive, de l’abbé -Georgel[260]. - -Mercy avait surtout pour instruction de bien persuader au ministre -français que l’Autriche resterait en état d’infériorité devant la Prusse -et la Russie qui arrondissaient leur domaine, si elle ne suivait leur -exemple... la part du gâteau dont Louis XV parlait au comte de Broglie! -«Le Roi Très Chrétien, écrit l’ambassadeur, envisage cet objet d’un œil -de justice et de modération...» «Et, concluait-il, il ne restera plus -qu’à calmer les effets de l’amour-propre du duc d’Aiguillon qui est -piqué du triste rôle qu’il joue dans le début de son ministère.» Mais -pour le «ramener», il faudrait que lui, Mercy-Argenteau, pût compter sur -l’accueil que la Dauphine, préalablement «avertie» par sa mère, ferait à -la comtesse Du Barry[261]. - -«L’intérêt personnel, dit encore le diplomate, rend méfiant M. -d’Aiguillon.» Sa «mauvaise volonté» des premiers jours venait de ses -appréhensions. Il craignait que Marie-Thérèse «n’accordât une trop haute -protection à M. de Choiseul». Mais il commence à parler avec un peu plus -de modération sur les affaires de Pologne; et Mercy ne désespère pas -d’en avoir raison, si «Madame la Dauphine veut bien appuyer ses -démarches[262]». - -De fait, il semble que cette princesse, considérée par Kaunitz «comme un -mauvais payeur dont il faut se contenter de tirer ce que l’on -peut[263]», veuille maintenant en devenir un bon; car, à quelque temps -de là, rencontrant d’Aiguillon chez le roi, elle lui parle fort -longuement: «Jamais, confie le ministre à l’ambassadeur, je n’avais été -si bien traité[264]». Un autre jour, Mᵐᵉ Du Barry s’étant rendue à la -messe avec la duchesse d’Aiguillon, la Dauphine adresse d’abord la -parole à la grande dame, puis se tournant vers la favorite, elle donne -un tour si adroit à la conversation que les deux femmes peuvent se -croire également visées par la princesse. Le roi et Mᵐᵉ Du Barry étaient -aux anges[265]. - -Louis XV, fier de ce succès, encourage sa maîtresse à se présenter chez -la Dauphine; Mercy, à qui d’Aiguillon fait la confidence, approuve la -démarche pour «éviter toute fermentation dans la famille royale»; mais -il estime que la comtesse «devrait se contenter d’être bien reçue deux à -trois fois par an[266]». - -Entre temps, l’acte diplomatique du 5 août consacre officiellement le -dépeçage hypocrite de la malheureuse Pologne; et d’Aiguillon conserve -l’attitude favorable déjà signalée par Mercy. Mais l’ambassadeur -d’Autriche se tient toujours sur ses gardes. Le caractère du ministre -français est trop faux et trop suspect aux yeux de Mercy, pour qu’on -puisse «s’en reposer sur ses assertions». D’Aiguillon, ne prenant -d’autre guide que «sa convenance personnelle», n’a «ni la force, ni le -génie, ni la connaissance des affaires pour résoudre un système». -Toutefois comme Louis XV reste inviolablement attaché à la politique -actuelle, son secrétaire d’État aux affaires étrangères ne «tentera pas -d’entreprises impraticables». Il s’accommodera même très volontiers de -l’alliance autrichienne, dès qu’il pensera y trouver sûreté et profit, -ce que d’ailleurs lui «laisse prévoir» son interlocuteur[267]. - -L’impératrice partage l’opinion de son représentant sur d’Aiguillon -qu’il surveille de près. Il constate que le Premier tient toujours «un -langage très modéré», quoique «la confection des arrangements relatifs à -la Pologne devienne une nouvelle mortification pour le ministre -français; mais le Roi Très Chrétien envisage ces mêmes arrangements avec -plus de raison et de justice[268]». - -Ah! le beau bill d’indemnité pour la conscience de Marie-Thérèse! Mais -aussi quel triomphe pour l’adresse de l’ambassadeur! - -Il parviendra également à prévenir les tracasseries que peut susciter -d’Aiguillon, si «malhabile» et si discrédité qu’il soit, par ses -démarches auprès de l’Angleterre, de même qu’il compte «barrer» à -Madrid, les «insinuations» du ministre[269]. - -Or, cet homme qui savait si bien se faire valoir et qui, somme toute, -n’avait eu qu’à enfoncer des portes ouvertes, n’avait pas prévu un -incident susceptible de démolir l’échafaudage de combinaisons qu’il -avait si artificiellement accumulées pour soutenir «l’alliance». Un -matin, la Dauphine lui montre, en lui demandant «le secret absolu», une -lettre que vient de lui adresser le comte de Provence[270]. C’était tout -une suite de conseils, écrits de la main du prince, pour apprendre à sa -belle-sœur comment elle réussirait à se concilier l’amitié du roi, la -considération de sa famille, le dévouement de la Cour et de la Nation. -Ils se résumaient ainsi: - -1º Dépeindre, au monarque, le duc d’Aiguillon, «ce monstre», sous les -couleurs les plus noires; car c’est à lui qu’il faut imputer la discorde -où se débat la famille royale; il n’est pas question toutefois de la -liaison du ministre avec la favorite. - -2º Pour que d’Aiguillon ne puisse inspirer aucune méfiance au roi sur la -correspondance de la Dauphine, cette princesse devra faire lire à Louis -XV les lettres qu’elle envoie et qu’elle reçoit. - -3º Parler moins souvent en particulier à Mercy. - -Mais déjà Marie-Antoinette n’était que trop disposée à suivre ces -conseils, sauf bien entendu le dernier, ou tout au moins à reprendre la -liberté de son attitude envers le duc d’Aiguillon. L’avant-veille de -cette confidence, le 12 novembre, à sa toilette, elle avait très -nettement demandé à Mercy-Argenteau s’il y avait «danger de -refroidissement entre les deux cours»; puis, sur la réponse négative de -son interlocuteur, elle avait fait une sortie très vive contre le -premier ministre qu’elle «dépeignait au naturel», soit du côté du -caractère, soit du côté des moyens d’agir et des talents[271]. - -Il semble que l’animosité, jusqu’alors si mal contenue de la Dauphine, -se soit principalement portée sur d’Aiguillon; car, quelques jours -auparavant, Mᵐᵉ Du Barry, survenue au moment du dîner, avec son -inséparable compagne, Mᵐᵉ d’Aiguillon, avait reçu de la princesse cet -accueil de bienveillante indifférence, qui se traduisait, d’ordinaire, -par une appréciation banale sur les variations climatériques de la -saison. - -Évidemment la boutade de Marie-Antoinette, l’intervention inattendue de -son beau-frère durent faire trembler Mercy; mais il en fut quitte pour -la peur; car nous ne voyons pas que cette double manifestation -d’hostilité ait aggravé la situation. La correspondance de l’ambassadeur -jusqu’aux premiers mois de 1773 ne s’occupe guère que du cardinal de -Rohan. Les entrevues de Mercy avec d’Aiguillon et Mᵐᵉ Du Barry -établissent que l’étourdi et présomptueux prélat eût été volontiers -sacrifié au mécontentement, chaque jour plus intense, de Marie-Thérèse -contre ce «panier percé»[272] (le nom que lui donnait le ministre), s’il -n’eût été de la dernière imprudence de froisser le maréchal de Soubise -et la comtesse de Marsan, grands partisans du chancelier Maupeou. - -Pendant la marche ascensionnelle, quoique peu triomphale, de son époux, -Mᵐᵉ d’Aiguillon, cette victime du devoir, que nous voyons toujours à la -remorque de la Du Barry, attirait peu l’attention sur sa propre -personne. Elle s’effaçait, de la meilleure grâce, devant un maître aussi -franchement admiré que ponctuellement obéi, bien qu’elle goutât peu la -fièvre et l’agitation de la vie des cours. Et cependant comme elle se -trouve entraînée dans ce tourbillon! Elle est occupée, lors du séjour à -Fontainebleau, depuis huit heures du matin jusqu’à une heure après -minuit. Et cependant «elle n’a rien fait et dit des riens». Tout, -d’ailleurs, en cette résidence, se trouve «dans l’ordre accoutumé, on y -chasse, on y joue, on s’y promène, car il fait le plus beau temps du -monde... je le sais par ouï-dire, car je n’ai pas mis le nez -dehors[273]». - -Mᵐᵉ d’Aiguillon continua-t-elle, à Versailles, cette série de dîners -magnifiques que son mari jugeait nécessaires à sa gloire, dîners dont -elle était la savante ordonnatrice et qui mettait en si puissant relief -le génie du cuisinier Martin? Présida-t-elle, par exemple, aux apprêts -du somptueux festin qui fut l’objet de cet écho des _Mémoires secrets_ -du 13 février 1772[274]? - -«On raconte que dernièrement à une fête que donnait le duc d’Aiguillon, -il se trouvait au dessert une croquante figurée représentant les -diverses parties de l’Europe et du globe auxquelles correspond son -ministère. Ce seigneur en offrit à Mᵐᵉ la vicomtesse de Fleury et lui -demanda ce qu’elle voulait. Après les petites simagrées des jolies -femmes: - ---Eh bien! Monsieur le duc, s’écria-t-elle, donnez-moi la France, je la -croquerai aussi bien qu’une autre.» - -Cette période de réceptions fut interrompue, dans le courant de l’année, -par un deuil dont souffrit cruellement la duchesse d’Aiguillon, et que -ravivait, en toutes circonstances, une sensibilité fort rare à cette -époque où la philosophie sceptique de la bonne compagnie prétendait -cuirasser le cœur humain contre les émotions les plus légitimes. - -La «grosse duchesse» était morte subitement, au sortir du bain, d’une -indigestion, prétendent les _Mémoires secrets_, qui signalent le décès à -la date du 15 juin et font l’oraison funèbre de la défunte sur le ton -moqueur dont ils sont coutumiers: - -«Beaucoup d’esprit, très instruite et fort entichée de la philosophie -moderne, c’est-à-dire de matérialisme et d’athéisme.» - -Et la maligne gazette rappelait que la douairière était la protectrice -attitrée de l’Encyclopédie et des Encyclopédistes. L’abbé de Prades, -auteur d’une thèse des plus hardies, avait dû à la grosse duchesse un -asile et des secours qui lui avaient permis de se soustraire au -fanatisme de ses ennemis. - -Nous avons vu précédemment[275] quels regrets Mᵐᵉ d’Aiguillon avait -donnés à la mémoire de sa belle-mère. Six mois après, le souvenir des -bienfaits reçus lui arrachait encore des larmes, alors qu’elle «était -allée en Sorbonne», dans cette église dont les caveaux servaient de -sépulture aux Richelieu[276]. C’était là encore que reposaient les -cendres de «ce qu’elle avait le plus aimé», des enfants qu’elle avait -perdus. «Il a fallu tout mon courage, gémit-elle, pour y être sans qu’il -y parût; j’y suis parvenue: il n’y a eu que mes enfants qui s’en soient -aperçus... Plus j’ai souffert et plus j’ai été aise que M. d’Aiguillon -n’ait pas pu y venir. Je craignais ce moment-là pour lui...[277]» - -Joli trait de tendresse conjugale! Attention délicate pour un homme à -qui la seule politique donnât vraisemblablement de l’émotion! - - - - -XIV - - _Un mauvais jour de l’an pour Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Conseils de - prudence.--Les galas de d’Aiguillon et de Mᵐᵉ du Barry: «le noir - serpent» et l’œuf d’autruche.--On s’écrase chez Mᵐᵉ - d’Aiguillon.--Bouderies entre le ministre et la favorite.--«Le - mauvais sujet».--Confidences de Mˡˡᵉ Chon: Mercy-Argenteau - serait-il berné?--L’intrigue Narbonne.--Réconciliation des deux - alliés.--La contre-police de d’Aiguillon: Dumouriez et consorts - embastillés.--L’exil du comte de Broglie, d’après Mᵐᵉ - d’Aiguillon.--Indiscrétions de Septimanie.--Récriminations de - Rohan.--Insuccès diplomatiques du premier ministre._ - - -L’affaire de la Pologne était moins instante. De ce fait, -Marie-Antoinette crut avoir retrouvé sa liberté d’allures; et le parti -d’Aiguillon ne tarda pas à s’en apercevoir. - -Aux réceptions officielles de janvier 1773, Mᵐᵉ Du Barry s’était -présentée chez la Dauphine, accompagnée de ses deux dames, la maréchale -de Mirepoix[278] et la duchesse d’Aiguillon, et, de plus, flanquée de -Mˡˡᵉ Chon, sa belle-sœur. La princesse ne leur dit pas un mot. -Seulement, la fine mouche, pressentant quelque orage, prit les devants, -et, dans une lettre qu’elle écrivait, le 13 janvier, à sa mère: Je -crois, insinue-t-elle, que M. d’Aiguillon a voulu persuader à Mesdames -Du Barry qu’elles avaient été mal traitées... J’ai parlé à tout le monde -en général... Mais le ministre ne s’est jamais plaint de moi pour -lui[279]. - -En tout cas, écrit de son côté Mercy, «je n’en fus pas quitte à si bon -marché vis-à-vis de M. d’Aiguillon, qui me dit, entr’autres choses -piquantes, qu’il semblait que Mᵐᵉ la Dauphine eût le projet de narguer -le roi par la façon dont elle traitait les personnes qu’il affectionnait -le plus». A son tour, Mercy se fâche: il réplique qu’il ne faut pas -rejeter «l’odiosité» du conflit sur la princesse, qui serait en droit de -suivre l’exemple de son époux et de ses tantes à l’égard de la favorite. -Il conclut qu’on a lieu d’être «satisfait de la Dauphine», mais que si -elle était forcée de «se révolter», il répéterait au roi son entretien -avec d’Aiguillon. Aussitôt celui-ci de se radoucir, de protester de «son -zèle pour la Dauphine»; mais, «il désirerait qu’elle employât, pour -plaire au roi, toutes les grâces dont la nature l’a douée[280]». - -Marie-Thérèse morigène vertement sa fille. Déjà, en souvenir sans doute -des prévenances qu’elle-même avait prodiguées à Mᵐᵉ de Pompadour, elle -avait écrit, le 30 septembre 1771, à Marie-Antoinette: «Vous ne devez -connaître ni voir la Barry d’un autre œil que d’être une dame admise à -la Cour et à la société du roi». - -Aujourd’hui elle veut que, «sans affectation», Marie-Antoinette «adresse -quatre à cinq fois par an la parole à la favorite», elle ne «saurait -mieux confondre M. d’Aiguillon[281]». - -Mais, en vérité, ce pauvre Mercy a fort à faire avec l’humeur changeante -de son «archiduchesse». La semonce de Marie-Thérèse a-t-elle eu raison -de l’intransigeance de la jeune femme? Celle-ci a-t-elle «réparé» comme -elle l’avait promis à son conseiller intime? Toujours est-il que, quinze -jours après la mercuriale de la mère, la fille «se conduit avec plus de -sagesse, de prudence et de succès que ne semblent le comporter son âge», -les ennuis dont l’accablent ses entours et les «vilaines intrigues» qui -l’enveloppent[282]. - -Deux mois plus tard, le vent a tourné; et voici que notre ambassadeur, -désorienté, explique, la mort dans l’âme, à sa souveraine, tous les -efforts qu’il a tentés, en pure perte, pour rendre un peu de stabilité à -un esprit aussi mobile. Il s’est évertué à lui faire comprendre, -s’autorisant en cela de toutes les règles de la diplomatie, qu’elle ne -doit laisser jamais «apercevoir aux gens qu’elle les a démasqués», -attendu qu’elle «doit un jour gouverner ce royaume[283]». - -Toutefois, ces piqûres d’amour-propre étaient loin de décourager ceux -qu’elles blessaient si sûrement. Ils n’en sentaient que mieux la -nécessité d’«affirmer hautement leur ligue», pour nous servir d’un mot -de Pidansat de Mairobert. D’où ces deux fêtes magnifiques que se -donnèrent réciproquement à Versailles les d’Aiguillon et Mᵐᵉ Du Barry, -fêtes que le chroniqueur décrit avec complaisance, et dans ses -_Anecdotes_, et dans les _Mémoires de Bachaumont_[284]. - -C’était à son hôtel de la place d’Armes, que la femme du ministre avait -reçu, le 18 février, la maîtresse du roi, au milieu d’un cercle de -grandes dames richement parées. Dans les salons aménagés avec un goût -exquis, on avait joué des petites pièces de circonstance, dansé un -ballet, qu’avait suivi un superbe souper; et cette brillante soirée -s’était terminée par un bal masqué d’un entrain extraordinaire. Parmi -les divertissements, la _Fête villageoise_, due à la plume alerte de -l’abbé de Voisenon, l’oncle de Mᵐᵉ Favart, avait été plus -particulièrement applaudie. L’auteur y parlait d’un certain «serpent -noir», où le roi, présent à la fête, voulut voir le chancelier Maupeou. -L’application était peut-être exacte. La haine grandissait chaque jour -entre les deux anciens alliés; et la galerie comptait les coups: - -«On dit, prétend Mᵐᵉ Du Deffand, que le chancelier _chancelle_, que le -duc d’Aiguillon _aiguillonne_... que le combat est un combat à mort. Le -ciel en soit loué, qu’ils périssent tous deux...[285]» - -Or, Maupeou saisit, comme le roi, l’allusion, mais trouva la -plaisanterie mauvaise, et la reprocha très âprement à Voisenon qui, -l’année précédente, avait écrit des couplets en son honneur. - -La politesse que rendit la comtesse à d’Aiguillon dans un hôtel acheté -par elle à Versailles, était plus encore l’apothéose de la maîtresse du -logis, apothéose à laquelle le spectacle coupé, porté sur le programme, -offrait un cadre complaisant[286]. Un œuf d’autruche occupe le centre du -grand salon: une voix appelle Mᵐᵉ Du Barry dans cette direction; et, dès -qu’elle s’approche, Cupidon sort tout armé de l’œuf. Ce qui signifie -qu’un seul regard de la comtesse fait éclore l’amour. Mais ce -«proverbe»--ainsi qu’on dénommait les allégories mythologiques, alors si -fort à la mode--en comportait un second de sens moins précis ou passible -tout au moins de double sens, car les mauvais plaisants de la Cour -pouvaient en appliquer le mot à d’Aiguillon aussi bien qu’au roi: -l’Amour perdait son bandeau, démonstration évidente de la tendresse -«éclairée (!!)» du prince pour la déesse de ce délicieux palais[287]. - -La correspondance de Mᵐᵉ d’Aiguillon avec M. de Balleroy ne dit mot de -ces fabuleuses réceptions. D’ailleurs, nous avions déjà remarqué combien -elle est sobre de détails, quand il s’agit de Mᵐᵉ Du Barry. L’impression -qui se dégage d’abord (et nous l’avons également signalée) du compte -rendu que la duchesse croit devoir donner au chevalier de toutes ces -fêtes officielles, c’est son profond dégoût pour la basse adulation des -courtisans courant s’aplatir devant l’idole que, la veille encore, ils -salissaient de leurs injures. En effet dans ce même mois de février -1773, quelle ruée d’appétits serviles aux sportules ministérielles! La -lettre suivante, adressée au prince Henri de Prusse, en dit plus que de -banales déclamations sur une telle frénésie: - -«L’empressement de se rendre chez M. le duc d’Aiguillon continue -tellement qu’on se cogne et se serre de tous côtés. Il y a tous les -jours autant de monde qu’il y peut en tenir. On s’appuie l’un sur -l’autre en se haussant sur la pointe du pied pour être aperçu. M. le -prince de Tingry, enterré dans la foule, élève la voix tout à coup en -criant: - ---Je ne sais si Mᵐᵉ la duchesse m’entrevoit, mais je lui rends mes -hommages bien sincèrement[288].» - -Que de palinodies et même sur le degré le plus rapproché du trône! La -Dauphine qui, malgré l’étourderie naturelle à son âge et à son -caractère, est entretenue par son entourage dans un état perpétuel de -méfiance, s’inquiète de la «façon de penser et d’agir» du comte de -Provence, l’homme aux petits papiers[289]. Le voici maintenant en -rapports continus, par un commis des affaires étrangères, avec le -«monstre», ainsi qu’il appelait d’Aiguillon dans ses instructions à sa -belle-sœur. Aussi l’ombrageux Mercy-Argenteau, consulté par -Marie-Antoinette, lui conseille-t-il fort sagement, lui qui a peut-être -pénétré le louche et tortueux personnage qu’est déjà le comte de -Provence, «de ne jamais mêler dans ses entretiens avec lui aucune -confidence, ni discussion, sur des matières d’intrigue, ni sur les -différentes personnes qui y sont intéressées[290]». - -Dans cette correspondance secrète qu’il entretient avec -l’impératrice-reine et qui, à côté de commérages insignifiants, ouvre -souvent sur l’histoire du temps des horizons inattendus, l’ambassadeur -d’Autriche ne définit pas autrement l’esprit, les vues, les tendances, -les projets du comte de Provence; mais nous ne serions pas surpris si -les conférences mystérieuses qui rapprochaient le frère du roi du -premier ministre ne se rattachaient pas à une nouvelle intrigue où le -duc d’Aiguillon, tremblant toujours pour la solidité de son crédit, -s’était embarqué fort inconsidérément. - -Depuis quelque temps, il était en froid avec la trop nombreuse et trop -avide parenté de Mᵐᵉ Du Barry. Il s’était très nettement refusé, après -l’abbé Terray,--honnête homme ce jour-là--à payer les dettes de jeu du -_Roué_. Et Mˡˡᵉ Chon en avait pris de l’humeur, d’autant que sa -belle-sœur avait approuvé la résistance du ministre des affaires -étrangères[291]. Mais la comtesse n’en avait pas moins une absolue -confiance dans cette astucieuse personne qu’était Mˡˡᵉ Chon. Aussi -d’Aiguillon, redoutant une rupture définitive et voulant la prévenir en -se créant des titres essentiels à la gratitude de Mᵐᵉ Du Barry, -proposa-t-il à la maîtresse de Louis XV de la «faire rentrer en grâce -auprès de la famille royale». Le comte de Provence était tout désigné, -en raison de l’amitié que lui témoignait Mᵐᵉ Adélaïde, pour favoriser la -combinaison du ministre; et vraisemblablement d’Aiguillon dut le -pressentir à cet égard; mais l’intermédiaire qu’il jugea plus apte -encore à le seconder directement fut la comtesse de Narbonne, dame -d’atours de Mᵐᵉ Adélaïde, fort en faveur auprès de la fille de Louis XV. -Et Mercy admire la grandeur d’âme de Mᵐᵉ de Narbonne, gardant si peu -rancune à d’Aiguillon d’avoir voulu la faire chasser jadis du service de -la princesse, qu’elle se dévoue aujourd’hui aux intérêts du premier -ministre. Il est vrai que le duc lui avait promis, en cas de réussite, -de l’intéresser[292] dans le renouvellement des fermes générales et -d’attribuer la mairie de Bordeaux à son fils--le futur et le dernier -conseiller de Napoléon. M. d’Aiguillon, s’exclame Mercy, ignore donc le -peu d’influence de Mᵐᵉ Adélaïde, «caractère faible, inconséquent, léger» -sur l’esprit de la Dauphine? Mais l’obligeante Narbonne entretient par -ses mensonges les illusions du ministre. Vain espoir en effet: un jour -Marie-Antoinette, à qui son mentor recommande instamment de «ne jamais -parler de ce qui pourra se dire dans la famille royale sur le compte de -M. d’Aiguillon» lui rapporte un mot très significatif de son mari à Mᵐᵉ -Adélaïde. Cette princesse l’entretenait des pourparlers du ministre; le -Dauphin lui répondit sèchement: - -«--Ma tante, je vous conseille de ne point vous mêler dans les intrigues -du duc d’Aiguillon; c’est _un mauvais sujet_[293].» - -«Mᵐᵉ Adélaïde, écrit Mercy-Argenteau, en eut la parole coupée[294].» - -Marie-Thérèse s’indigne, à son tour, des «démarches du ministre aussi -déplacées que ses lumières sont bornées». Mais elle est «tranquille», -parce qu’elle voit que son ambassadeur met sa fille en «bon chemin». - -Ainsi encouragé, Mercy provoque les confidences de Mˡˡᵉ Chon, devenue -l’ennemie de M. d’Aiguillon. Elle lui dit «tout ce qu’il veut». Elle se -gausse de la présomption de l’homme d’Etat qui prétend «amener à ses -vues» la famille royale par l’intermédiaire de Mᵐᵉ de Narbonne. Et elle -a prévenu sa belle-sœur, (elle le lui répète même devant l’ambassadeur), -qu’elle serait «la dupe» de ce chimérique projet. Lui, Mercy-Argenteau, -s’étonne. Mᵐᵉ Du Barry et M. d’Aiguillon le tourmentèrent jadis pour -qu’il combattît l’influence de Mᵐᵉ Adélaïde sur la Dauphine et pour -qu’il inspirât à Marie-Antoinette une salutaire défiance contre les -manœuvres de Mᵐᵉ de Narbonne. Il réussit. Et voici maintenant qu’on suit -«des voies que l’on avait pris tant de soin à détruire!» La favorite est -toute déconcertée et prie le diplomate étranger de l’aider à sortir -d’embarras. - -Entre temps Mᵐᵉ Adélaïde, sur le conseil de sa confidente, écrit au roi; -et celui-ci de lui répondre aussitôt, en l’invitant à user de son -ascendant sur l’esprit du Dauphin pour l’engager à se montrer plus -sociable, etc... Colère de la Dauphine, partagée par la famille royale, -contre Mᵐᵉ Adélaïde, colère si peu dissimulée que cette princesse -déclare à Mᵐᵉ de Narbonne (et Mercy tient le fait de Marie-Antoinette) -que, tout en l’aimant beaucoup, elle «se brouillerait avec elle,» si -cette dame continuait à l’entretenir «d’idées suggérées par M. -d’Aiguillon et par la comtesse Du Barry». A quelques jours de là, le duc -somme l’intermédiaire de remplir sa mission; et Mᵐᵉ de Narbonne est -obligée de reconnaître qu’elle a trop présumé de son crédit. Le -ministre, à la fois irrité et mortifié, la tance de la belle façon: il -avait promis à Louis XV qu’elle emporterait l’affaire haut la main: à -elle maintenant de s’en tirer comme elle pourra[295]. - -Il faut dire que Mercy tenait de Mˡˡᵉ Chon toute cette histoire qui -d’ailleurs était la fable de Paris[296]. Mais nous ne serions pas -autrement surpris que la malicieuse créature l’eût quelque peu -enjolivée, pour se divertir aux dépens du bonhomme, avec la complicité -de Mᵐᵉ Du Barry et de M. d’Aiguillon, dont l’affection réciproque, un -instant ébranlée, s’était mieux que jamais ressaisie; car un intérêt -commun et pressant leur commandait d’être en ce moment plus unis que -jamais. - -Le comte de Broglie, toujours fort aigri contre le ministre, n’en -continuait pas moins sa correspondance avec le roi. Il avait fini par -lui conseiller de se chercher, lui aussi, un gâteau. Allait-il se -montrer partisan d’une politique à la Choiseul, politique qu’il avait si -durement critiquée[297]? Ce qui n’est pas[298] douteux, c’est qu’il -travaillait à renverser d’Aiguillon, s’il ne pouvait le supplanter. -Même, s’il faut en croire l’_Espion dévalisé_, atroce pamphlet du maître -des requêtes, Baudoin de Guémadeuc, il avait projeté de «donner à Mᵐᵉ Du -Barry le chevalier de Jaucourt[299]». Le ministre en conçut un très vif -dépit, d’autant que l’officieux de Broglie avait obtenu, grâce à la -favorite, d’être envoyé au-devant de la future comtesse d’Artois, à la -place de son frère le maréchal. Cependant, Dumouriez, qui prétendit plus -tard avoir voulu protester contre l’abandon de la Pologne et l’inanité -des promesses faites à la Suède, Dumouriez, secrètement encouragé par -Louis XV, préparait, ou était censé préparer à Hambourg une expédition, -qu’étouffèrent dans l’œuf son arrestation et celle de Favier, autre -agent du comte de Broglie et presque son oracle. - -C’était M. de Creutz, le ministre de Suède, seul admis du corps -diplomatique aux fêtes de M. d’Aiguillon et de la Du Barry[300], qui -avait donné l’éveil à celui-là[301]; c’était encore la maîtresse du roi -qui avait révélé à son ami le secret de son amant[302]. Et d’Aiguillon, -pour en saisir les preuves, d’organiser aussitôt cette contre-police que -le baron de Gleichen[303] considérait, à défaut de tout autre mérite, -comme le seul titre de gloire du ministre français. Seulement, si -d’Aiguillon avait pu intercepter la correspondance échangée entre -Dumouriez et Favier[304], ses agents avaient négligé de mettre sous les -scellés les papiers de Favier; et le secrétaire du comte de Broglie, -Dubois-Martin, s’empressa de les subtiliser. Le premier ministre, qui -jusqu’alors avait mené grand bruit, constatant l’embarras du roi fort -peu soucieux d’expliquer son rôle dans l’affaire, jugea prudent de ne -pas le presser davantage. Au reste Louis XV lui avait fait comprendre -l’inutilité de ces recherches, en mettant sous ses yeux des notes -insignifiantes qu’il tenait du comte de Broglie. Puis il avait nommé une -commission chargée d’enquêter sur les faits et gestes de Dumouriez, -Favier et consorts qui avaient pris le chemin de la Bastille. - -Mais Broglie entendait dégager pleinement sa responsabilité de -l’aventure: «Vous me rendrez la justice de croire, écrivait-il à -d’Aiguillon, que je n’ai jamais trempé et ne tremperai jamais dans de -pareilles saloperies[305].» Et il exigeait du ministre son entière -justification, pendant qu’il affirmait au roi: «C’est beaucoup plus à -moi qu’au sieur Favier qu’en veut M. d’Aiguillon.» - -Le conflit s’envenima. Les amis du ministre allèrent répandre partout -(c’est la version adoptée par le duc de Broglie) que le comte avait usé -du secret du roi dans son intérêt personnel. Broglie, furieux, d’autant -que Louis XV lui avait amoindri sa mission auprès de la comtesse -d’Artois, adressa au ministre un insolent défi, dont la duchesse -d’Aiguillon nous apprend ainsi le châtiment: - -«_23 septembre._--Les nouvelles du jour sont l’exil du comte de Broglie -qui est envoyé à Ruffec apprendre à écrire et à parler. On dit beaucoup -qu’il a intrigué avec les gens qui sont à la Bastille. Tout ce que je -sais, c’est qu’il en est très capable et qu’il a écrit à M. d’Aiguillon -une lettre dont le style n’a pas plu au roi et qui lui a valu son -exil[306].» - -Ce dut être une décision pénible pour Louis XV, qui, tout égoïste qu’il -fût, affectionnait le comte de Broglie[307]. - -Car il savait pertinemment qu’il sacrifiait en lui un serviteur zélé et -qu’il était lui seul le vrai coupable, puisque, à force de vouloir -multiplier sa correspondance secrète, sans même en prévenir son -principal agent, il l’avait embrouillée au point de la rendre -inextricable. D’Aiguillon en avait profité pour compromettre Broglie -auprès de Mercy. Il lui reprochait d’avoir usé du secret royal pour -combattre l’alliance autrichienne (les lettres de Favier exaltaient la -Prusse). L’ambassadeur de Marie-Thérèse, qui avait fait jadis de Broglie -le confident de ses inquiétudes[308], s’indigna de ce qu’il appelait une -trahison. L’impératrice-reine et le Dauphin lui donnèrent raison. - -Et cependant comme cette disgrâce dérouta toutes les prévisions! Peu de -jours auparavant, le bruit avait couru dans les galeries de Versailles -que le comte de Broglie serait appelé à recueillir la succession de M. -d’Aiguillon. Mercy en avait fait pressentir l’éventualité à -l’impératrice; et Marie-Thérèse lui avait répété à peu près dans les -mêmes termes que le 2 août: «M. le duc d’Aiguillon, tout _mauvais sujet_ -qu’il est (le mot du Dauphin) nous convient mieux, dans les -circonstances présentes, que le comte de Broglie[309].» - -Le ministre et son amie avaient compris le danger: ils oublièrent leurs -querelles. Mais d’Aiguillon n’en restait pas moins soupçonneux, inquiet, -agacé: car la crainte perpétuelle de se compromettre paralysait ses -moyens d’action. Il se sentait épié par des ennemis puissants et se -croyait trahi par ses plus fidèles auxiliaires. Le _cabinet noir_ dont -il usait largement, à l’égal d’ailleurs des autres ministres européens, -lui réservait souvent, à côté d’indications utiles, d’amères déceptions. -C’est ainsi que la correspondance de Septimanie d’Egmont avec le roi de -Suède l’avait désagréablement surpris. Sa chère cousine ne le ménageait -pas et l’accusait formellement d’avoir abandonné la Pologne pour une -misérable question d’écus[310]. Elle faisait en outre un éloge immodéré -de Choiseul. Passe encore, se dit d’Aiguillon; mais la comtesse -d’Egmont transmettait des nouvelles politiques à Gustave de la part de -Creutz! C’était intolérable. Et d’Aiguillon de s’en expliquer avec -l’ambassadeur de Suède. La scène vaut la peine d’être contée. - -Le duc avise Creutz dans l’appartement du roi, le serre entre deux -portes, le saisit par un bouton de son habit et l’apostrophe: - ---Comment voulez-vous que je réponde des secrets de votre maître, -puisqu’il passe son temps à les écrire aux belles dames de Paris? - ---Oh! balbutia le Suédois, des bagatelles! - ---Vous les connaissez donc? Et vous en avez parlé à la comtesse -d’Egmont! - -Creutz, apeuré, court chez Septimanie et la supplie d’être à l’avenir -plus prudente[311]. - -D’Aiguillon n’est guère plus heureux avec Rohan. Cet écervelé -ambitionne, lui aussi, la place de premier ministre[312]. Et cependant -le duc a pour lui des trésors d’indulgence. Il ferme les yeux ou accepte -la misérable justification du prélat sur sa piteuse crédulité à Vienne, -sur ses fredaines dans les boudoirs et ses fraudes à la douane. -Evidemment l’inconséquence du prélat rend sa concurrence peu dangereuse; -mais son brusque rappel, impatiemment désiré par Marie-Thérèse, -rejetterait les Rohan dans le camp de Maupeou. Et le cardinal se pose en -victime: «On m’a cherché toutes les chicanes, jusqu’à vouloir éplucher -ma comptabilité![313]» Sa famille appuie ses revendications. Si -d’Aiguillon continue à rester neutre, le prince de Soubise, qui l’accuse -de «mauvais vouloir», exigera le retour immédiat de son parent, et le -ministre n’y saurait consentir qu’autant que le prélat rentrerait en -France disgracié[314]. - -Somme toute, l’année 1773 avait été plutôt mauvaise pour le prestige du -secrétaire d’Etat aux affaires étrangères; et Mercy soulignait -malicieusement les échecs successifs d’une politique s’ajustant trop -volontiers à la nonchalance du maître. La difficulté de «faire rentrer -le prince de Parme dans ses devoirs envers le roi d’Espagne»; l’obstacle -apporté par l’Angleterre à l’armement de Toulon[315]; la probabilité de -la paix entre la Turquie et la Russie laissant à cette dernière -puissance les mains libres: autant d’atouts dans celles de l’Autriche -qui devaient rendre son alliance précieuse et nécessaire pour la France, -but impatiemment poursuivi par Marie-Thérèse et favorable à l’extension -de son empire[316]. - -Il n’était pas jusqu’à la Curie romaine, d’ordinaire dans les meilleurs -termes avec le gouvernement du Roi Très Chrétien, qui ne lui donnât de -l’ennui. C’était surtout depuis l’expulsion des Jésuites. D’Aiguillon -qui passait pour leur ami et qui savait la dévotion de Louis XV si -souvent assiégé par la peur de l’enfer, avait préparé, avec Maupeou, une -déclaration rappelant la congrégation, mais en la mettant sous -l’autorité épiscopale. Or, les partisans des Jésuites étaient trop -exclusifs; et le savant ouvrage de M. Frédéric Masson démontre, de -reste, combien les négociations étaient épineuses[317] et le peu de -chances qu’elles avaient d’aboutir. - -Aussi s’explique-t-on le jugement, peut-être trop sévère, car il ne -tenait pas assez compte des difficultés de l’heure, que portait -Marie-Thérèse, sur le premier ministre de son «bon frère» le roi de -France: «Doué de peu de génie et de talent et harcelé par les faits, il -ne se trouve pas en mesure de nous susciter des embarras. Notre besogne -serait bien plus difficile, si le duc de Choiseul, si bien intentionné -qu’il était, se trouvait encore en place.» - -Soit; mais quel bénéfice la France avait-elle tiré de l’alliance -autrichienne? - - - - -XV - - _Comment d’Aiguillon devint ministre de la guerre.--Louis XV au - Conseil.--Nouvelle attitude de la dauphine.--Projet de rappel de - l’ancien Parlement.--Maladie et mort de Louis XV: départ de Mᵐᵉ Du - Barry; les carrosses de Ruel.--Sérénité de d’Aiguillon.--Nouveaux - brocards contre les anciens favoris.--Maurepas ministre d’Etat sans - portefeuille.--Démission, acceptée, de - d’Aiguillon.--Marie-Antoinette veut que le roi l’exile.--La joie du - comte de Broglie et de Maupeou.--Deux portraits de d’Aiguillon._ - - -Le 20 janvier 1774, écrit l’auteur des _Mémoires du ministère -d’Aiguillon_, le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères était «à -l’apogée» de sa fortune. Le roi avait retiré le département de la guerre -à Monteynard, compromis dans l’aventure de Broglie, pour le confier par -interim à d’Aiguillon. La duchesse conte assez plaisamment ce coup de -théâtre: - - Ce lundi (sans date). - - «Eh bien! Monsieur le chevalier, voilà donc encore votre ami - surchargé d’affaires. Hier, après le Conseil, le roi l’appelle et - lui dit: Je vous charge du département de la guerre, jusqu’à ce que - j’aie trouvé quelqu’un qui me convienne. Je vous avertis que cela - est difficile et que j’en trouverai difficilement. Il lui répondit: - - --J’obéis aux volontés de Votre Majesté et je désire vivement - qu’elle trouve quelqu’un à qui remettre ce dépôt. - - --Je vous répète que je serai difficile et que de travailler avec - vous me le rendra encore davantage. - - Après ce beau discours, il est sorti. Vous jugez les courbettes et - les sots compliments qu’il a reçus. Moi qui quittais le roi, je ne - l’ai appris que chez moi, en rentrant, parce que je suis une bête, - car il n’avait cessé de me rire au nez toute la journée. Simplement - j’avais jugé qu’il était de bonne humeur[318].» - -Moreau, dans ses _Souvenirs_, reproduit à peu près en ces termes le -dialogue du roi et du ministre. Rien de plus naturel: il allait -volontiers aux nouvelles chez le duc, dont il enregistrait ensuite les -confidences. Et nous citerons, à cet égard, l’idée que lui donnait -d’Aiguillon de la mentalité royale, les jours de Conseil, de même que -nous avons recueilli, dans la correspondance de la duchesse, le croquis -du prince en ses heures de familiarité. - -«C’était un homme, disait d’Aiguillon à Moreau[319], quelque temps après -la mort de Louis XV, qui, sans beaucoup d’esprit, avait un jugement -droit et une telle habitude des affaires qu’il voyait d’ordinaire très -juste. Dans certains conseils où les ministres dissertaient à perte de -vue sur l’état de l’Europe ou les intérêts de ses princes, il avait -l’air distrait ou dormeur; mais, tout à coup, sortant de là, il -s’écriait: vous venez tous de battre la campagne: il n’est point -question de ceci ou de cela; ce n’est pas de telle manière qu’ils -agiraient: voici, au contraire, ce qu’ils feraient. Et il devinait -toujours bien.» - -«Ce fut, le dimanche, au soir, 30, consigne Moreau dans son _Journal_ à -la date du mercredi 2 février, que le roi le nomma (le duc) au sortir du -Conseil. J’ai été voir M. et Mᵐᵉ d’Aiguillon qui m’ont accueilli. Toute -la terre était chez eux. Le ministre avait l’air honnête et affable, Mᵐᵉ -d’Aiguillon le contentement même[320].» - -Mais cette nouvelle faveur ne surprit personne. Le prince de Croÿ[321], -la dauphine[322] avaient prévu la disgrâce de Monteynard, dont ils -rendaient responsable celui qui devait en profiter. - -Quel jugement lumineux! s’écrie Mercy-Argenteau, en signalant à sa -souveraine la déclaration de Marie-Antoinette, deux mois avant la chute -du ministre de la Guerre. En effet, le 23 octobre, Mercy était venu -présenter à la dauphine les doléances de d’Aiguillon, navré que la jeune -princesse n’adressât plus un mot à sa femme au cercle de la cour. Et -Marie-Antoinette avait répondu à l’ambassadeur qui la suppliait d’user -de ménagements envers les d’Aiguillon, que ni l’un ni l’autre n’avaient -à se plaindre d’elle. Le comte de Broglie et ses émissaires étaient -seuls coupables, disait-elle, de la fermentation qui régnait dans le -ministère; et le duc d’Aiguillon «n’inculpait si gravement Monteynard -que parce qu’il convoitait sa place». - -Au surplus, Marie-Antoinette devait y gagner. Car, d’Aiguillon, à peine -pourvu de son nouveau poste, avait prié Mercy d’assurer la dauphine -«qu’il se ferait une loi de lui obéir en tout». Marie-Antoinette l’avait -pris au mot; et les grâces avaient suivi de près les -recommandations[323]. Depuis, sa mère l’avait exhortée à reconnaître ces -témoignages de déférence par de notables concessions[324]. Aussi bien la -princesse n’avait pas fait preuve jusqu’alors de beaucoup de -discernement, ni de modération, au cours de ses relations avec le -ministre[325]. Elle n’en mit pas davantage, s’il faut en croire -Mercy[326], dans le nombre et dans le choix des protégés dont elle -encombra les bureaux de la guerre. Peut-être était-ce de l’espièglerie? - -D’Aiguillon voulut-il encore donner une dernière preuve de son aveugle -résignation aux antipathies irréductibles de la dauphine, en témoignant -de son irritation contre l’ineptie, les exigences et la légèreté de la -favorite? C’est Mercy-Argenteau qui l’affirme[327]; il est vrai qu’il -est seul à signaler le fait; et nous nous en étonnons à bon droit; car -nous ne voyons pas que d’Aiguillon ait jamais eu vis-à-vis de Mᵐᵉ Du -Barry, même dans la disgrâce, d’autres sentiments que ceux de la -déférence et de la gratitude. - -Parvenu enfin à la situation prépondérante qu’avait occupée Choiseul, -d’Aiguillon tenta de réaliser un projet qui s’imposait depuis longtemps -à son esprit et que la fatalité, s’attachant à la plupart de ses -conceptions, devait faire échouer: la restauration intégrale, sous son -principat, de l’ancien Parlement. Les magistrats qui le composaient -l’ayant frappé de flétrissure, c’eût été une noble revanche, bien -inattendue chez un homme à qui son intraitable orgueil conseillait les -plus implacables représailles. Voulut-il plutôt faire pièce à Maupeou? -Toujours est-il qu’à la fin de décembre 1772, dans le but d’une -réconciliation des exilés avec le pouvoir royal, il rapprocha d’abord de -Louis XV la maison d’Orléans, puis obtint de ces princes qu’ils -remissent au souverain un mémoire tendant au retour de l’Ancien -Parlement. La mort du roi dans les premiers jours de mai et «la -disgrâce de d’Aiguillon, le 2 juin, firent échouer le plan[328]» du -ministre. Louis XVI, en signant l’ordre de rappel, devait seul -bénéficier de la popularité qui récompense toutes les mesures -d’apaisement. - -Dès que Louis XV était tombé malade (il était alors à Trianon avec Mᵐᵉ -Du Barry), d’Aiguillon, pénétré du sentiment de sa responsabilité, avait -décidé la comtesse à faire transporter le roi à Versailles. C’était -l’avis du chirurgien La Martinière. Lorry, médecin de M. d’Aiguillon, -avait conseillé d’avoir recours à celui de Mᵐᵉ Du Barry, Bordeu; et la -favorite était restée seule, avec le premier ministre, au chevet du -malade[329]. Toute la cour était en émoi. La foule se pressait aux -portes des appartements. Le duc d’Aumont, premier gentilhomme de la -chambre, après avoir consulté La Borde et d’Aiguillon, vient annoncer -que le roi entend rester seul. Mais les ducs de Bouillon et de Liancourt -refusent de se retirer, et l’intérieur du palais reste envahi. - -Le 4, le roi s’entretient longuement avec le duc d’Orléans et M. -d’Aiguillon. Puis, vers minuit, il s’adresse à Mᵐᵉ Du Barry: «Je ne veux -pas recommencer Metz. Dites à M. d’Aiguillon de venir me parler demain -matin à dix heures.» D’après le _Journal de Hardy_, il avait déjà -précisé sa volonté: «Arrangez votre retraite avec M. d’Aiguillon; j’ai -donné des ordres pour que vous ne manquiez de rien.» - -Le lendemain, le ministre était auprès du souverain: «Elle partira, lui -dit Louis XV, honnêtement, à quatre heures du soir, en évitant les -duretés de Metz et Mᵐᵉ la duchesse d’Aiguillon la mènera à Ruel.» - -Le prince de Croÿ, racontant par le menu ce départ historique, qui ne -devait pas avoir, comme celui de la Châteauroux, un lendemain, ajoute, -en guise de commentaire: «Le duc d’Aiguillon jouait un très gros jeu -vis-à-vis de la famille royale et de madame la dauphine, très décidée -là-dessus si le roi manquait...[330]» Des ennemis du régime insinuaient -que Ruel était bien près de Versailles et que si Louis XV «en revenait», -l’ami de la Du Barry la ramènerait promptement au maître. - -En tout cas, le duc qui savait le roi irrémédiablement perdu, témoignait -d’une belle crânerie, en prenant, pour ainsi dire, sous son égide, la -favorite odieuse au futur règne. Et cette crânerie, c’était un acte de -reconnaissance honorant les deux alliés, quelles que puissent être leurs -erreurs ou leurs fautes devant l’Histoire. Au reste, le premier ministre -ne fut pas seul à donner cette preuve publique de sa gratitude envers la -femme qui avait si généreusement contribué à son salut et collaboré à sa -fortune. Après que la duchesse d’Aiguillon eût emmené Mᵐᵉ Du Barry, -plusieurs gens de cour allèrent présenter leurs devoirs à l’exilée; de -mauvaises langues s’amusèrent à dénombrer les douze ou quinze carrosses -stationnant à la porte du château de Ruel. On s’enquit du nom des -propriétaires; et longtemps après, dans les antichambres du nouveau roi, -on les désignait comme autant de candidats à la disgrâce, en disant: -c’était un des carrosses de Ruel[331]. - -Et cependant que de racontars odieux, que d’ignobles calomnies, ne -répandirent pas les ennemis de d’Aiguillon--les cendres du feu roi à -peine refroidies--pour démontrer que le ministre cherchait à se faire, -de son ingratitude envers sa bienfaitrice, un titre à la bienveillance -du nouveau régime! - -En bon économiste, exécrant, à l’exemple de ses amis les philosophes, -celui qu’on disait affilié aux jésuites, l’abbé Baudeau consignait dans -sa chronique manuscrite, cette anecdote qu’il tenait de «quelqu’un assez -instruit»: «D’Aiguillon avait fait investir la Du Barry de maréchaussée -à Ruel, avait fait dire à Mᵐᵉ Adélaïde qu’elle n’échapperait pas et -avait mandé au nouveau roi que l’intention du défunt était qu’elle fût -mise dans un couvent, puisqu’elle avait le secret de l’Etat[332]». - -L’historiette suivante appartient à la même catégorie d’informations: -Louis XV, agonisant, avait remis secrètement à d’Aiguillon trois -millions pour Mᵐᵉ Du Barry; et le dépositaire infidèle s’était empressé, -aussitôt la mort du roi, d’aller porter au petit-fils les millions de -l’aïeul[333]. - -Ce qui est certain, c’est qu’au lendemain d’un trépas ruinant l’édifice, -laborieusement construit, de sa fortune, d’Aiguillon affecta ou garda -une inébranlable sérénité. Sa compagne, si perspicace, si courageuse, si -aimante, lui avait, la première, donné le conseil de résigner -immédiatement ses fonctions[334]. Il voulut attendre quelques jours. - -Croÿ, qui était avec lui en relations suivies, constate, à maintes -reprises, cette fermeté de l’homme d’Etat conservant le sourire à -l’approche de la disgrâce. Pendant la maladie de Louis XV, Croÿ avait -dîné chez le ministre, «il y avait trois tables et cinquante personnes». -Après la mort du roi, «tout Paris avait couru chez d’Aiguillon qui -faisait bonne mine à mauvais jeu[335]». - -Et cependant, avant même que son sort fût décidé, ses anciens ennemis, -les Choiseul, les philosophes et les encyclopédistes, les parlementaires -et les vengeurs de la Chalotais, Maupeou et son groupe de fidèles, la -reine et la famille royale, puis toute une nuée de nouveaux adversaires, -le comte de Broglie et ses associés, des académisables évincés[336], des -journalistes étrangers frappés d’exclusion, des auteurs dramatiques tels -que Beaumarchais, atteints par la censure; enfin des courtisans aspirant -aux faveurs du nouveau régime et des libellistes de l’ancien soucieux de -placer avantageusement leur prose ou leurs poésies venimeuses, -partaient en guerre contre le favori--l’idole aux pieds d’argile. - -A l’avènement de Louis XVI, avait déjà couru cette épigramme--jeu de -mots par à peu près--d’ailleurs inoffensive. - - Les Barils s’enfuirent, - L’Aiguillon ne pique plus, - La Vrille est usée, - Le Pouls est lent. - -Toutes les histoires de brigands qu’avaient ressassées les pamphlets -parisiens et français pendant les affaires de Bretagne retrouvaient un -regain d’actualité; et la chronique de Baudeau les reproduit avec une -rare complaisance. - -Mais, en dépit de ces sollicitations plus ou moins directes, Louis XVI -ne prenait pas parti: - -«Le roi, qui ne parle pas, écrivait Marie-Antoinette à sa mère, le 11 -mai 1774, n’a pas dit un mot sur le choix d’un ministère. Il ne me -semble pas disposé à garder M. d’Aiguillon, l’âme damnée de la comtesse -Du Barry et qui a trop de penchant pour la Prusse. J’ai mis en avant le -nom de M. de Choiseul qui serait bien pris du pays, mais on ne m’a point -répondu; on ne me paraît pas lui être favorable[337].» - -Le surlendemain, arrivait de Pontchartrain à Choisy le vieux comte de -Maurepas[338]: le roi l’avait nommé «ministre d’Etat sans portefeuille». -D’Aiguillon avait ménagé cette brillante rentrée à son oncle par -l’entremise de Mᵐᵉ Adélaïde[339]. Le ministre disgracié de Louis XV -était resté plus de vingt-cinq ans éloigné de la Cour: il était -septuagénaire. - ---Je ne vous trouve pas changé, lui dit aimablement la tante du roi. - -Les frères de Louis XVI ne virent pas sans appréhension l’apparition de -ce revenant. Il leur semblait qu’il dissimulât derrière sa caducité la -personnalité très vigoureuse et très agissante de M. d’Aiguillon. -Peut-être celui-ci nourrissait-il cette arrière-pensée[340]. Nous -saurons bientôt si elle fut jamais justifiée. - -En tout cas, les 20 et 26 mai, l’ancien ministre de Louis XV travaillait -encore avec Louis XVI. «Il paraissait aussi radieux que le chancelier», -dit l’abbé Baudeau. - -Huit jours après, éclatait dans Paris la nouvelle de son départ: - -«Le 6 juin, écrit en son journal le prince de Croÿ, je reçus une lettre -très curieuse de ma belle-fille, du 3, qui portait que, le 2, M. de -Maurepas était allé chez M. d’Aiguillon pour lui faire entendre qu’il -fallait donner ses deux démissions, que celui-ci lui avait demandé s’il -était porteur d’ordres, que M. de Maurepas l’avait assuré que non, mais -qu’il l’avertissait en ami qu’il était temps[341]. - -Sur quoi, le duc d’Aiguillon était monté au Conseil, à l’ordonnance, et, -avant de commencer, avait dit au roi que, ses services ne paraissant pas -lui être agréables et que, le bien de la chose demandant la confiance du -maître, il lui remettait sa double démission des deux ministères... que -le roi avait paru désirer qu’il les gardât encore, disant qu’il lui -fallait encore voir et se mettre au courant de son administration... -mais que le duc ayant insisté, le roi les avait prises en lui disant -qu’il pouvait garder sa charge de capitaine des chevau-légers et qu’il -la lui verrait exercer volontiers[342]...» - -Pour être si bien renseigné, ce fin renard de Maurepas avait dû écouter -aux portes de Mᵐᵉ Adélaïde. - -Mais il savait aussi à quoi s’en tenir sur les sentiments de -Marie-Antoinette à l’égard de son neveu. - -La reine harcelait son époux afin de lui arracher l’ordre d’exil de M. -d’Aiguillon. D’autre part, Maurepas défendait, avec sa ténacité -coutumière, mais infiniment courtoise, le secrétaire d’Etat, pour lui -épargner un affront personnel et lui rendre sa chute moins rude, à -l’heure du remaniement général. Peut-être Maurepas, hypnotisé par la -perspective d’un contact journalier avec un collègue autoritaire et -ambitieux, ne fut-il pas suffisamment persuasif. Il devait cependant -plaider assez éloquemment la cause de son neveu, pour que le roi, -frappant du poing son bureau avec sa brutalité ordinaire, se soit écrié: - ---Eh! parbleu, je sais qu’il fait bien, et c’est ce qui me fâche, mais -la porte par laquelle il est entré et les troubles que sa haine a -occasionnés[343]! - -Tous les signes précurseurs de l’orage avaient dû ouvrir les yeux à -d’Aiguillon. - -Peu de jours[344] avant que le duc ne donnât sa démission, la duchesse, -à la présentation chez la reine, avait subi la plus humiliante des -mortifications. Marie-Antoinette, aimable et gracieuse pour toutes les -dames, avait affecté de parler plus spécialement aux voisines de Mᵐᵉ -d’Aiguillon et non seulement n’avait rien dit à la duchesse, mais encore -«l’avait regardée sous le nez d’un air méprisant». - -«Le duc et la duchesse d’Aiguillon, note Mercy-Argenteau, sont seuls -exceptés de la règle de bonté de la nouvelle reine[345].» - -Au lendemain de la mort de Louis XV, l’ambassadeur de Vienne avait -insisté auprès de la jeune souveraine pour qu’elle ne pressât pas le -renvoi de l’homme qu’elle haïssait le plus, celui qui avait osé la -traiter, dans un cercle, de «coquette![346]» La reine ne devait pas -venger les injures de la dauphine. Malheureusement Mercy constatait, dès -le 17 mai, qu’elle était, au contraire, très disposée à ne pas mettre en -action le mot célèbre de Louis XII. Et la perspective du retour, qu’il -redoutait, de Choiseul, ne souriait pas davantage à l’impératrice-reine. - -Mercy, qui avait l’illusion facile, crut avoir persuadé -Marie-Antoinette; mais il ne tarda pas à reconnaître son erreur. La -reine «n’a pu résister à sa petite animosité». Le roi voulait garder le -ministre; et c’est elle--preuve indubitable de son crédit--qui en a -obtenu le renvoi. «Le reste lui importe peu; car chez elle la -dissipation vient sans cesse effacer les impressions sérieuses[347].» - -La nouvelle de cette démission, masquant mal une véritable disgrâce, -provoqua une explosion de joie plus insultante encore que celle de la -mort de Louis XV. Ce fut un feu roulant de chansons et d’épigrammes, -celle-ci entre autres: - - Amis, connaissez-vous l’enseigne ridicule - Qu’un peintre de Saint-Luc fait pour les parfumeurs? - Il met dans un flacon, en forme de pilule, - Boynes, Maupeou, Terray sous leurs propres couleurs. - Il y peint d’Aiguillon et puis il intitule: - _Vinaigre des quatre voleurs_. - -Quand le comte de Broglie apprit que son heureux concurrent «n’était -plus rien», il ne put modérer ses transports d’allégresse; mais, en -homme pratique, qui sait tirer parti de tout, il s’adressa, le 6 juin, à -Louis XVI pour lui offrir la correspondance secrète du feu roi. Le -nouveau lui répondit sèchement de la brûler[348]. L’année suivante, en -mai 1775, Broglie lui écrivait pour lui demander la communication des -pièces qui avaient précédé et suivi son exil à Ruffec. Louis XVI -l’invita tout simplement à se tenir tranquille: la procédure de -l’affaire de la Bastille, lui dit-il, a été brûlée[349].--Le feu purifie -tout; mais, dans l’espèce, il enlevait au comte de Broglie une partie de -ses moyens d’action contre l’ancien ministre de Louis XV. - -Toutefois le procès de son beau-frère, le comte de Guines, ambassadeur -de France à Londres, allait lui offrir l’occasion de satisfaire plus -amplement sa rancune. - -Un autre homme d’Etat qui ne dissimula pas la satisfaction qu’il -éprouvait de la chute du premier ministre, son collègue, ce fut le -chancelier Maupeou, que devait bientôt atteindre la même disgrâce. Il -avait rendu, prétendait-il, les services les plus essentiels (ce dont il -était permis de douter) au duc d’Aiguillon; et il en avait été payé par -la plus noire ingratitude. Les anecdotiers ne tarissaient pas sur ce -sujet. - ---Un coquin que j’ai sauvé de la roue! affirmait le chancelier devant -un «prince aussi recommandable par sa haute naissance que par son mérite -personnel». - ---Parbleu, monsieur, répliqua le grand seigneur, ce n’est pas ce que -vous avez fait de mieux dans votre vie[350]. - -A ce moment même où le duc d’Aiguillon descendait un peu tardivement, -mais non sans dignité, du pouvoir, deux hommes--des prêtres--traçaient -de son caractère, de son rôle politique, de ses tendances, un portrait -qu’il nous a paru curieux et utile de conserver. - -L’abbé de Véri, auditeur de rote à Rome, qui a laissé un journal inédit -où M. de Ségur a puisé de précieux renseignements, étudie surtout le -ministre: - -«Les ambassadeurs étrangers, dit-il, reconnaissaient sa manière douce, -juste, toujours ouverte et son humeur accueillante avec les militaires.» - -Dans la _Chronique_ de l’abbé Baudeau la note change. Si le diplomate -flatte son modèle, l’économiste noircit singulièrement le sien, bien -qu’avec certaines atténuations, pour paraître impartial. Baudeau -constate, à la date du 6 juin, que d’Aiguillon a refusé la pension de -vingt mille livres à laquelle il avait droit comme ministre: il n’avait -jamais servi, disait-il, le roi pour de l’argent[351]. - -«Ouais, objecte l’abbé, c’était par orgueil et pour placer ses -adulateurs.» Mais il ajoute: - -«Il était parcimonieux pour la chose publique dans un règne de -gaspillage, vétilleux, absolu, travailleur, colère, rancunier, -présomptueux, petit et vindicatif à l’excès--tous les vices du cardinal -de Richelieu, sans en avoir l’esprit!» - - - - -XVI - - _La comédie à Veretz.--Goûts et plaisirs champêtres.--Toujours les - affaires de Bretagne.--Rentrée en scène de la Chalotais--Epidémie à - Veretz et à Chanteloup.--Réintégration de l’ancien Parlement: - d’Aiguillon y prend place sans que personne proteste.--Ce qu’on - pense à Vienne de sa retraite.--Campagne de libelles contre la - reine: le duc d’Aiguillon en est, dit-on, l’inspirateur._ - - -«La duchesse, dit la chronique de Baudeau, à la date du 2 juin, est -partie pour Veretz, à ce qu’on assure: elle y va sans doute préparer le -logement de son cher époux.» - -La nouvelle était peut-être prématurée, mais en somme très -vraisemblable, l’air de la Cour devant paraître irrespirable à Mᵐᵉ -d’Aiguillon, depuis l’avanie que lui avait infligée la reine. - -Quoi qu’il en soit, la châtelaine de Veretz était en pleine villégiature -dans le courant du mois d’août; car une lettre du 26, à l’adresse de -Balleroy, lui décrit, dans cette langue, simple, naturelle et parfois un -peu négligée, dont nous connaissons la saveur, la vie agréable que -faisaient à leurs invités les possesseurs de ce beau domaine. La comédie -de salon n’en était pas une des moindres distractions: - -«Notre comédie a été jouée avant-hier et a très bien réussi. Je vous -assure que l’on voit très bien que le rôle de Crispin est héréditaire -(le duc et jadis son père remplissaient-ils donc supérieurement cet -emploi?); car mon fils, qui n’avait jamais vu de théâtre que de loin, a -très bien joué. Quant à la duchesse (nous ignorons quelle était cette -grande dame, à moins que ce ne fût Mᵐᵉ d’Aiguillon elle-même qui se -nommait Louise) il lui aurait fallu une autre taille et un autre son de -voix pour bien jouer son rôle; mais, malgré cela, l’ensemble a été très -bien. Pour petite pièce on a joué une petite scène détachée, en son -honneur, qui a amené une fête champêtre, pour lui souhaiter la bonne -fête, attendu qu’elle se nomme Louise...» - -Ces divertissements étaient alors très fréquents sur les théâtres de -société, qui furent eux-mêmes si nombreux pendant le XVIIIᵉ siècle. Le -_Journal_ de Collé[352], les _Sociétés badines_ de Dinaux[353] en ont -abondamment parlé. - -Mais ce n’était peut-être pas «la comédie» qui plaisait le plus à la -duchesse dans cette vie de château. Nous avons dit ailleurs les goûts -champêtres de Mᵐᵉ d’Aiguillon qui cadraient si bien avec son humeur -plutôt indépendante. C’était la maîtresse femme qui s’entendait à -diriger, comme nos _gentleman farmer_ d’aujourd’hui, les plus vastes -exploitations. Et nous verrons plus tard comment elle sut transformer en -un séjour de rêve la triste et pauvre gentilhommière d’Aiguillon dans -l’Agénois. - -Elle acceptait gaîment toutes les corvées de la ferme: «En votre -absence, la belle Candide[354] s’était avisée d’être malade. Comme -personne ne soignait les petits cochons, il a fallu que je les soignasse -moi-même.» - -Elle ne... soignait pas avec moins de sollicitude l’humanité souffrante: -à l’exemple de toutes les châtelaines du temps, elle avait la douce -manie des «recettes» infaillibles contre telle ou telle maladie: elle -envoyait celles «de l’eau d’absinthe ou de coriandre» au chevalier qui -en ferait profiter sa sœur. - -La retraite de son mari était de date encore trop récente, pour que Mᵐᵉ -d’Aiguillon se désintéressât complètement des affaires de la Cour. -Celles de Bretagne lui tiennent surtout au cœur. Elle admire M. de -Fitz-James[355] qui se défend de tenir les Etats, si on les fait -présider par l’évêque de Rennes. Et comme celui-ci est _persona grata_, -ce sera encore M. de Penthièvre qui aura «la plate faiblesse d’y aller». - -Puis, elle jette un regard sur Versailles: «On me mande que M. de -Maurepas est plus brillant que jamais: je ne l’envie pas; grand bien lui -fasse!» - -Sa perspicacité avait pénétré l’égoïsme du vieux courtisan sous ce -vernis d’affectueuse bienveillance dont il se piquait pour son -neveu[356]. - -Trois semaines après, Mᵐᵉ d’Aiguillon donne un souvenir aigre-doux à la -personnalité, alors bien oubliée, de La Chalotais, de qui elle -annonçait, dans une lettre précédente, le retour imminent en Bretagne: - -«Je ne doute pas que vous n’ayez été sensible au plaisir de savoir que -M. de la Chalotais passait dans la ville que vous habitez[357].» - -Louis XVI venait en effet de rendre au procureur général sa liberté et -sa place. - -C’est encore un disgracié qui rentre en scène, à propos d’une épidémie -des plus graves dont la Touraine eut alors à souffrir. Veretz et ses -environs comptèrent plusieurs malades qui «tous s’en sont bien tirés». -Il n’en alla pas de même «à Chanteloup, où, sur quarante malades, il y -en a dix de morts, dont M. de Boufflers...» Ce grand seigneur n’avait -pas reçu les sacrements. M. de Choiseul, le châtelain, a «sûrement -oublié» avec «quel zèle ses sectateurs» agitèrent la question, pendant -«la maladie du roi[358]». C’était une allusion au conflit qui avait -marqué les dernières heures de Louis XV. D’Aiguillon et La Vrillière -demandaient qu’on retardât, pour ne pas épouvanter le moribond, -l’administration des sacrements. Le cardinal de la Roche-Aymon, qui la -voulait immédiate, obtint gain de cause[359], avec l’appui de La -Martinière, premier chirurgien du roi. - -Cependant la saison touchait à sa fin. Les d’Aiguillon étaient rentrés à -Paris. Leur fille, Mᵐᵉ de Chabrillan, longtemps malade à Veretz, s’était -rétablie; et la duchesse, qui l’avait soignée, n’avait fait que passer -par Paris, où elle «n’avait même pas eu le temps d’entendre un acte -d’opéra», pour aller se reposer chez une amie, dans la calme solitude de -Trassey[360]. - -De plus graves soucis préoccupaient son mari. Maupeou était tombé[361] -et l’ancien Parlement rappelé. L’opinion publique attribuait à Maurepas -l’honneur de cette réintégration: aussi le «Mentor» de Louis XVI, comme -on se plaisait à le nommer, avait-il été acclamé à l’Opéra, le 8 -novembre[362]. C’était le 12 que devait se réunir le Parlement, en -présence du roi. D’Aiguillon n’hésita pas. Malgré l’exclusion dont il -avait été frappé en 1770, hautain comme il l’était, et vraisemblablement -assuré de l’appui de Maurepas, il entra au Parlement; et pas un -conseiller ne protesta. Mais l’émotion fut grande dans Paris: «On a vu -avec étonnement M. le duc d’Aiguillon prendre place, comme pair de -France, dans une assemblée où toute la nation est persuadée qu’il ne -devrait paraître que pour essayer de se justifier[363]». - -Il bravait ainsi le sentiment public. Peut-être voulut-il continuer -l’expérience, mais alors avec le roi et la Cour, quand il se présenta le -28 décembre, à Versailles, pour faire signer à Louis XVI son travail sur -les chevau-légers. Descendu chez Maurepas, il était passé, par -l’Œil-de-Bœuf pour entrer dans le cabinet du roi. Louis XVI l’avait fort -bien accueilli; il lui demanda même, après lui avoir donné sa signature, -s’il n’avait pas quelque requête à lui adresser. D’Aiguillon, toujours -avec sa superbe ordinaire, se contenta de reployer son portefeuille et -de dire «qu’il bornait toute son ambition à présenter personnellement -ses hommages au roi». Et il sortit: l’Œil-de-Bœuf était plein de -courtisans qui attendaient, montre en main, pour calculer le temps -qu’aurait duré l’audience. Louis XVI, à ce spectacle, fit entendre son -«gros rire». D’Aiguillon était remonté chez son oncle, et, après -quelques visites, était reparti pour Paris, «où il resta tout -l’hiver[364]». - -Sa démission n’avait laissé aucun regret à Vienne. Je suis bien aise, -écrivait, le 16 juin, Marie-Thérèse à sa fille, de la retraite de MM. -d’Aiguillon et La Vrillière[365], sans lettre de cachet «méthode dure». -Toutefois, nous l’avons vu, Mercy n’avait pas dissimulé, dès la première -heure, son appréhension du lendemain. Puis, la haine furieuse, et comme -inassouvie, de Marie-Antoinette contre l’ex-ministre, l’inquiétait; et -l’impératrice-reine (lettre du 15 août) s’étonnait de cet «esprit de -vengeance». Mercy, tout en rendant hommage à la «bonté» naturelle de la -jeune femme, avait constaté combien cette aversion pour d’Aiguillon -avait arrêté les élans de franchise dont l’avait jusqu’alors honoré la -reine. Et Marie-Thérèse, qui voit se perdre ainsi tous les efforts de sa -politique, peint d’un trait une mentalité qui n’a échappé, ni à la mère, -ni à la souveraine. Le «caractère» de sa fille est à la fois «indécis et -volontaire» (lettre du 13 octobre). - -D’autres soucis travaillent Mercy-Argenteau, par exemple la direction -que d’Aiguillon prétend donner désormais à sa vie. On le signale comme -un des meneurs les plus redoutables de la cabale formée contre la -reine[366]. L’aventure romanesque de Beaumarchais en Autriche semble -corroborer cette imputation. - -L’auteur, déjà célèbre, du _Barbier de Séville_, aussi ardent faiseur -d’affaires que fécond remueur d’idées, était parti, sous l’anagramme de -Norac, pour l’Allemagne, afin d’y négocier, avec un certain Angelucci, -l’achat d’une édition tout entière d’un pamphlet dirigé contre -Marie-Antoinette[367]. Or, son vendeur, un juif d’insigne mauvaise foi, -après s’être fait largement payer, s’était enfui, emportant un -exemplaire de cette atroce publication. Beaumarchais avait raconté, -depuis, sur le mode tragique, toutes les péripéties de son histoire de -brigands. Mais, sur le moment, les autorités autrichiennes, qu’elle -avait trouvées incrédules, avaient mis le négociateur en état -d’arrestation. Mercy, à qui l’aventure avait paru également étrange, en -avait causé avec Sartine; et l’ancien lieutenant de police, alors -ministre de la marine, avait déchargé de toute culpabilité le -«délicieux» Beaumarchais, comme aimait à l’appeler le prince de Kaunitz, -pour laisser retomber par insinuation la responsabilité du pamphlet sur -le duc d’Aiguillon[368]. - -Mercy, plus d’un mois après[369], signale de nouveau le bruit public -attribuant au ministre déchu une part très active dans la campagne de -libelles dirigée contre la reine. C’est ainsi que M. de Ségur[370] -représente d’Aiguillon, rentré à Paris, las, découragé, aigri et -devenant le centre d’une opposition féroce: d’où cette nuée d’écrits -injurieux qui, suivant l’expression de Mercy «se sont répandus contre le -gouvernement, et en particulier, en vue de nuire à la reine[371]». - - - - -XVII - - _Influence et crédit de Mᵐᵉ de Maurepas.--Ses appels au calme et à - la patience.--D’Aiguillon «embusqué» dans son hôtel.--Procès du - comte de Guines.--Ce qu’était Tort de la Sonde.--Rôle de - d’Aiguillon: griefs de Guines.--La reine prend parti pour - l’ambassadeur de France à Londres.--Besenval excite M.-Antoinette - contre d’Aiguillon.--Mémoires de Guines «tissus d’horreurs et de - mensonges».--Guines gagne son procès.--La reine exige de Louis XVI - l’exil du duc d’Aiguillon.--Incidents de la revue du Trou - d’Enfer.--Entrevue de Maurepas avec la reine.--D’Aiguillon devra - partir pour l’Agénois._ - - -Les d’Aiguillon, au moment où leurs adulateurs de la veille -s’éloignaient d’eux, le lendemain, pour mieux faire leur cour à la -reine, trouvèrent un défenseur hardi, généreux, infatigable dans la -personne de leur tante, Mᵐᵉ de Maurepas, la digne sœur de la comtesse de -Plélo. Jusqu’alors elle s’était tenue discrètement à l’ombre, la -disgrâce si longue de son mari l’ayant privée de tout crédit. Mais le -soleil était revenu; et Mᵐᵉ de Maurepas avait reconquis une influence -qu’elle allait mettre au service de son neveu; car si elle était, comme -l’a fort bien dit Linguet, «toute puissante sur l’esprit de son mari, -elle était elle-même aveuglément soumise à toutes les impressions de -l’ancien commandant de Bretagne[372]. Enfin, elle avait la plus tendre -affection par sa nièce, accourait la soigner quand elle avait «ses -hépatiques (coliques)» et ne cessait de lui répéter dans ses lettres: -«Vous savez que je vous considère comme ma fille; croyez-le bien, nul ne -vous aime plus que moi». Et nous verrons, d’après sa correspondance, -avec quelle sollicitude elle embrassa la cause de Mᵐᵉ d’Aiguillon à -l’heure de l’adversité. Elle s’attristait cependant, elle la sérieuse -compagne de l’homme le plus léger du monde, à l’idée que sa nièce pût -douter du zèle de M. de Maurepas pour la défense de ses intérêts: - -«Je suis pénétrée de douleur, lui écrit-elle, que vous croyiez que M. de -Maurepas ne mette pas toute la vivacité qu’il doit aux affaires qui vous -intéressent. M. d’Aiguillon doit savoir mieux que personne qu’on ne fait -pas parler les rois comme on veut. Nous serons toujours occupés de -saisir le moment qui pourra vous être utile[373].» - -Son neveu perdait patience; peut-être n’avait-il, lui aussi, qu’une -médiocre confiance dans la sincérité d’un homme qui n’avait jamais pensé -qu’à lui[374]: «J’ai fait lire vos lettres à M. de Maurepas, disait -encore la tante à sa nièce; il prend aussi vivement que moi tout ce qui -peut intéresser M. d’Aiguillon... Au nom de Dieu, qu’il (le duc) se -calme! Tous les honnêtes gens lui rendent justice!» - -Eh quoi! cet homme qu’on représente toujours si froid et si maître de -lui, se serait-il échappé en paroles violentes, dont ses ennemis, -empressés à les reproduire, pourraient se faire une arme contre lui? - -L’hypothèse est admissible; car Augeard[375] affirme l’avoir vu, en -maintes circonstances, une fois par exemple à propos de Maupeou, entrer -dans une colère effroyable, presque convulsive, rappelant quelque peu -les crises de fureur dont, au dire de certaines chroniques, le cardinal -de Richelieu était coutumier. - -Ce qui est certain, c’est que d’Aiguillon était resté tout l’hiver, à -Paris[376], «embusqué dans ce fastueux hôtel[377]» de la rue de -l’Université qu’il avait hérité de son père[378]. La cour de l’ancien -ministre avait bien diminué; mais les amis qui la composaient étaient si -dévoués au maître que Mercy en dénonçait les noirs complots. La -«cabale» avait même recruté des adhérents de marque, avec le cardinal de -Rohan et ses parents, entraînés par Mᵐᵉ de Maurepas, au grand déplaisir -de l’impératrice, qui trouvait excessives les rigueurs de sa fille -contre d’Aiguillon[379]. Et la duchesse, toujours attentive aux plaisirs -de son mari, donnait chaque soir, à ses fidèles, le régal de la comédie, -comme à Veretz, sur un théâtre de société[380]. - -Mais, Marie-Antoinette, qui «attribuait l’odieux de la désaffection -populaire[381]» à d’Aiguillon et à son groupe, s’était offusquée des -fréquentes réunions de ce cercle frondeur et s’était juré d’en perdre le -chef. L’incident de Guines lui fournit l’occasion cherchée. - -Une «note sur la vie politique de Barthélemy Tort de la Sonde, habitant -de Bruxelles» fixe le début de ce conflit, où personne n’eut raison, -excepté peut-être l’homme sur qui s’amassaient tant de colères, et -principalement celle de la reine: M. d’Aiguillon. - -«J’ai été mis à la Bastille en 1770, déclare Tort de la -Sonde,--d’ailleurs un parfait aventurier--à la réquisition du fameux duc -de Guines, alors ambassadeur de France en Angleterre, parce que je -m’étais fortement opposé à ce qu’il volât 300.000 livres à MM. Bourdier, -Chollet et Thélusson, banquiers de Londres. - -Après être sorti de la Bastille en 1771, j’ai attaqué -l’escroc-ambassadeur au Parlement. La reine et toute la canaille -illustre de la Cour ont pris parti pour lui. J’ai fait justice des uns -et des autres, en publiant contre eux les plus sanglants mémoires, dans -des moments où les prétendus patriotes d’aujourd’hui faisaient les plats -valets et n’osaient pas trop regarder un grand seigneur en face[382]...» - -Moreau, qui consacre plusieurs pages à cette affaire[383] et qui fut, il -faut le dire également, un des partisans les plus dévoués de l’ancien -ministre, expose, en quelques lignes, et avec impartialité, le différend -divisant le comte de Guines et son secrétaire Tort de la Sonde. - -Celui-ci avait joué sur les fonds anglais, il avait perdu et s’était -refusé à régler les différences. Arrêté sur l’ordre de Guines, il -prétendit n’avoir opéré que pour le compte de l’ambassadeur. Il resta -huit mois à la Bastille; mais les créanciers anglais, qui voulaient être -désintéressés, appuyaient la version de Tort, l’homme de paille, -assuraient-ils, du comte de Guines. La «permission de rendre plainte» -contre le diplomate français fut accordée par le Conseil. D’Aiguillon -qui était alors aux affaires étrangères, mais qui ne s’y trouvait pas au -moment du conflit entre Guines et Tort de la Sonde, avisa l’ambassadeur -de la requête obtenue contre lui. Mais déjà Sartine, lieutenant de -police, avait ouvert une instruction, avant que Guines ne fût rentré en -France, procédure que lui reprocha d’Aiguillon. Le ministre fit mieux -encore: il offrit à l’ambassadeur d’arrêter la plainte. Guines lui-même -en convient dans ses Mémoires. Son procès ne commença réellement qu’en -août 1773. Il se dit victime d’une machination de son ministre qui -aurait prévenu contre lui le roi, au lieu de le soutenir, lui l’envoyé -de Louis XV[384]. - -Naturellement, d’Aiguillon avait pour adversaires le comte de Broglie, -Dumouriez, Favier et «tous les gens qu’il avait fait enfermer à la -Bastille». De Broglie, «rentré en grâce[385]», allait partout clabaudant -que si M. de Guines, son beau-frère, se trouvait lésé dans sa défense, -il devait en rendre responsable l’ancien secrétaire d’Etat aux affaires -étrangères. Et précisément il venait «d’imprimer que Tort n’ayant pas -d’ordres verbaux à objecter contre lui, les preuves testimoniales -étaient périmées dans l’intervalle de ces quatre années (1771-1774) et -qu’il ne lui était plus possible de se défendre aussi avantageusement en -1775 qu’il l’eût fait en 1771; enfin que M. d’Aiguillon avait corrompu -ceux qui avaient déposé dans l’instruction secrète[386]». - -Le parti des Choiseul appuyait le comte de Guines; et Marie-Antoinette -apportait à protéger l’ambassadeur une animation extraordinaire. -Mercy-Argenteau regrettait même que, «pour faire pièce à d’Aiguillon», -elle témoignât autant d’intérêt à M. de Guines «dont il voulait bien -croire la cause bonne». Il eût préféré que la reine déjouât, sans bruit, -les intrigues du ministre déchu, qui avait eu l’habileté, par son -ascendant sur la comtesse de Maurepas, d’exciter la jalousie de son -oncle contre le crédit de Marie-Antoinette. Mais la reine, plus irritée -que jamais, avait exigé de son époux qu’il exilât d’Aiguillon dans ses -terres ou dans son gouvernement, avec défense de paraître de longtemps. -Le roi avait d’abord consenti; puis il s’était ravisé, en faisant -observer à la reine qu’il ne pouvait éloigner de Paris le duc -d’Aiguillon, au moment où il était aux prises avec le comte de Guines -qui avait laissé planer sur l’ancien fonctionnaire «les plus fâcheux -soupçons». La reine garda le silence; «mais assurément, ajoute Mercy, -c’est M. de Maurepas qui a dû suggérer ces réflexions au roi[387]». - -Marie-Antoinette avait obéi, elle aussi, à des suggestions, mais d’un -tout autre genre et aussi perfides que cyniques. Si d’Aiguillon peut -être représenté par ses ennemis comme un «homme noir», méditant les -complots les plus affreux, Besenval, le conseiller de la reine, ne lui -est certes pas inférieur, devant l’Histoire, pour la dextérité et -l’astuce avec laquelle il ourdit les plus ténébreuses intrigues[388]. Il -fallait décider Marie-Antoinette à précipiter, de toute son influence -sur Louis XVI, l’écrasement définitif du ministre tombé: - -«... Je lui représentai avec feu le danger qu’il y avait pour elle de -laisser une cabale aussi inquiétante, ayant à sa tête le duc -d’Aiguillon, dont le caractère méchant, vindicatif et profond devait lui -faire tout craindre... Je lui fis comprendre la nécessité d’éloigner un -tel homme. Je lui conseillai de mettre en avant, vis-à-vis du roi, -l’audace avec laquelle il avait poussé le comte de Guines, quoiqu’il ne -pût douter de la protection qu’elle lui accordait et de lui faire -comprendre qu’on ne devait jamais s’attendre à aucun repos, tant qu’on -laisserait un tel homme au milieu de Paris.» - -Mais l’_arrivisme_ du personnage, pour parler la langue à la mode, se -trahit bientôt: - -«L’intérêt de la reine aurait suffi pour me faire attaquer M. -d’Aiguillon; mais d’autres considérations m’y portaient encore, c’était -lui qui était l’auteur de la chute de M. de Choiseul. Il convenait, à -mon sentiment, de l’en punir. Je ne pouvais me flatter d’aucun espoir de -retour pour M. de Choiseul, tant que M. d’Aiguillon serait à portée de -pouvoir quelque chose; et en l’éloignant, je croyais rendre un grand -service à mes amis[389].» - -Guines, «soufflé par le parti Choiseul[390]», venait d’envoyer «un -violent billet» à Louis XVI, pour lui demander justice contre les -procédés de M. d’Aiguillon. Celui-ci, «mis en cause», riposte par deux -lettres que Vergennes, son ami, soumet au Conseil, en présence de Louis -XVI. Maurepas fait savoir à l’intéressé, par sa femme, le résultat -négatif de la séance[391]. «On (le roi) m’a répondu qu’on ne pouvait -empêcher l’affaire de suivre son cours, qu’on lui (à Guines) avait fait -dire très fortement qu’on était mécontent du billet, mais qu’on ne -voulait pas faire de bruit de cette affaire. On a même ajouté d’un ton à -me fermer la bouche que vous ne devriez pas chercher de nouvelles -affaires. Je ne puis trop vous recommander le silence en ce moment.» - -Dès lors, la reine d’un côté, Vergennes et Maurepas de l’autre, se -combattent, «à coups fourrés» dit Besenval, sous les yeux de Louis XVI, -assez faible déjà pour subir alternativement toutes les influences. - -D’Aiguillon avait obtenu l’autorisation de faire imprimer sa -correspondance ministérielle pour répondre aux imputations de -Guines[392]: elle prouverait plutôt qu’il avait pris parti contre Tort -de la Sonde. Son adversaire, «pour le noircir», fait mettre sous les -yeux du procureur général du Châtelet des extraits de sa correspondance -diplomatique avec d’Aiguillon et prétend donner ce second mémoire à -l’impression[393]. Vergennes s’y oppose: il démontre fort judicieusement -au roi que si l’on accorde cette permission à Guines, d’Aiguillon pourra -la réclamer pour d’autres dépêches: alors où s’arrêtera un tel abus? -Louis XVI approuve son ministre. Mais Guines passe outre; et le Conseil -d’ordonner la suppression et la destruction du mémoire imprimé: - -«Si vous avez été surpris, écrit, le 24 mai, Mᵐᵉ d’Aiguillon au -chevalier de Balleroy, du ton du premier mémoire du comte de Guines, -vous le serez un peu plus du deuxième: c’est un tissu de noirceurs et de -mensonges. Je joins à ma lettre l’arrêt du Conseil qui a été rendu à -cette vacation, qui a porté lui et ses protecteurs au dernier degré de -la rage. Ils remuent ciel et terre pour trouver quelques nouvelles -misères à faire et à dire. Je suis, sur cet article, comme le sage pour -la mort: je les attends sans les craindre[2]...» - -La vaillante femme sait bien qu’elle et ses amis sont impuissants contre -les «protecteurs» qu’elle ne veut pas nommer et qu’elle ne nommera -jamais. Mᵐᵉ de Maurepas lui dira qu’«on ne put tenir» contre une reine -qui use de son ascendant sur son mari pour satisfaire sa haine. -Marie-Antoinette fit croire au roi que sa religion avait été -surprise[395], lui rappelant, dans un retour vers le passé, «la conduite -atroce» de d’Aiguillon contre La Chalotais, contre la Bretagne, contre -le duc de Choiseul «protecteur» de Guines. Et Louis XVI manda au -Chatelet qu’il n’improuvait pas la publication des mémoires de Guines -pour sa justification[396]. Louis XVI défendait seulement au comte -d’attaquer le duc d’Aiguillon; et le 2 juin, par 7 voix contre 6, le -Chatelet déclarait calomnieuses les accusations de Tort de la Sonde. - -«La justice de Louis XVI, conclut Mᵐᵉ Campan, fit triompher l’innocence -du duc de Guines[397].» - -Qu’en savait-elle? Jamais affaire ne fut plus embrouillée; et si Tort de -la Sonde, qui d’ailleurs en rappela, eut souvent des allures assez -louches, la conduite de son adversaire ne fut pas toujours bien -correcte. La protection presque tendre que lui accorda la reine était -encore une de ces imprudences qui furent si cruellement reprochées à la -femme; et ce fut grâce à ses instances qu’il reçut ce titre de duc dont -Mᵐᵉ Campan le décore un peu trop tôt. - -La joie des vainqueurs fut insolente: «La sentence du Chatelet en faveur -du comte de Guines est imprimée en caractères gigantesques et se trouve -affichée à tous les coins de rue[398]». - -Il semblait, en vérité, que la fatalité s’acharnât après d’Aiguillon. -C’était comme une reprise de l’éternelle affaire de Bretagne, qu’elle -s’affirmât par la réhabilitation des soi-disant victimes de l’ancien -commandant ou par l’apparition de nouveaux ennemis dans les rangs de -ses propres défenseurs. Tel Linguet qui se plaignait de n’avoir pas été -suffisamment rémunéré par un client ingrat et superbe au point de ne -plus le reconnaître, une fois son procès gagné[399]. En outre, Linguet -avait été singulièrement persiflé, quand il était allé demander à -Maurepas la permission d’écrire contre d’Aiguillon: le vieil homme -d’Etat lui avait conseillé de se méfier de ses emportements. «--Ah! -Monseigneur, s’écria le publiciste, je vois qu’on vous a égaré sur mon -compte. Eh bien! je prends acte de vos préventions.» - -Et Maurepas, ouvrant toute grande la porte de son cabinet: - ---Vous êtes témoins, Messieurs, que je donne à M. Linguet la permission -de prendre acte de mon penchant à croire qu’il est quelquefois au delà -du vrai et que ses talents l’égarent[400]. - -Le gazetier, qui avait conté l’anecdote, annonçait un autre jour[401] -que La Chalotais venait de recevoir, à titre de compensation, 100.000 -francs, 8.000 livres de pension, le titre de marquis et pour son fils -celui de Président. Mais il avait dû renoncer à «ses prétentions et -griefs contre d’Aiguillon...».... «Cela semblerait prouver que ce duc -avait agi en Bretagne par ordre du feu roi, ou que le monarque avait -approuvé les procédures de ses représentants en Bretagne. Cependant -l’odieux qui a rejailli de cette affaire sur MM. d’Aiguillon et de -Calonne subsiste toujours dans l’opinion publique.» - -Mais des outrages plus sanglants, des humiliations plus pénibles, une -chute plus profonde, et celle-ci définitive, attendaient le duc -d’Aiguillon. Or, cet homme de cour, rompu cependant à toutes les -intrigues, n’avait jamais eu, pour sa propre destinée, la clairvoyance -dont sa femme était supérieurement douée. Les événements qui se -précipitaient auraient dû lui ouvrir les yeux; et ses oreilles restaient -obstinément fermées aux avertissements que ne lui ménageaient pas de -prudentes amitiés. Il se flattait qu’il reviendrait au pouvoir. Sa -fierté, réveillée par des voix autorisées, l’en avait fait, il est vrai, -spontanément descendre. Et la rapidité avec laquelle il fut remplacé ne -démontra que trop que sa révocation était imminente. Son optimisme -personnel en fut à peine effleuré: «J’avoue, disait-il à Belleval, que -la haine dont la reine me poursuit, après m’avoir honoré jadis de -quelque bienveillance, m’a trouvé moins résolu». Il était persuadé que, -s’il n’avait dépendu que du roi, il serait resté: «il n’est pas besoin -de s’adorer pourvu que les affaires de l’Etat marchent[402]». Faut-il -rappeler, d’après les _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, ce rêve d’un -projet qui le ramenait au pouvoir pour en faire le coadjuteur de son -oncle? Sa belle confiance escomptait toujours l’avenir. - -Le 24 septembre 1774, il avait annoncé à ses chevau-légers que la -compagnie serait passée en revue par le roi et qu’elle «irait au sacre -de Sa Majesté le printemps prochain». - -Et Belleval, qui reçoit, en 1775 (avril), les confidences de son -commandant, déplore «l’état d’aveuglement où l’esprit le plus subtil -reste couvert de nuages». D’Aiguillon, sans prendre autrement garde au -sentiment du roi qui le tolère, ni à «la haine de la reine», qui ne le -tolère pas, organise, avec son faste ordinaire, pour les fêtes du sacre, -de luxueux préparatifs dont s’indigne Marie-Antoinette. Il annonce à ses -officiers qu’ils seront reçus à Reims, dans son hôtel et à sa propre -table. Mais tout à coup il reçoit un ordre qui le relève de son service -à cette fête grandiose. C’est le «coup de tonnerre» précurseur de la -tempête. Et quel désarroi parmi les chevau-légers! Belleval en esquisse -un leste croquis[403]. Le comte de la Coste lui apprend, dans la Grande -Galerie de Versailles, qu’il doit commander la compagnie à la cérémonie -du sacre: communication toute confidentielle. Mais les officiers -pressentent l’événement. Le duc de Villequier vient à Belleval qu’il -sait ami de d’Aiguillon et tente vainement de le faire parler. Mais le -lendemain: - ---Eh! eh! la guêpe est écrasée. Il n’y a plus de coups d’aiguillon à -craindre. - -Belleval s’échauffe: - ---Parlons sérieusement, dit en riant Villequier. Aussi bien il serait -puéril de vouloir «cacher aujourd’hui ce que chacun sait». - -Et Villequier lui confirme les nouvelles de la veille. Il lui annonce -que la reine, en raison de son estime pour Choiseul, l’a fait inviter au -sacre. - ---Sans doute, ajoute-t-il, «si le roi avait été abandonné à lui-même, -il aurait gardé M. d’Aiguillon, malgré la violence du parti que son -imprudence avait laissé se former et grandir contre lui». Ce n’est pas -qu’il soit «un homme d’Etat», mais il a «l’esprit fin et adroit»; -courtisan délié, il avait une intelligence capable de le faire louvoyer -au milieu des écueils de l’entourage hostile de la reine. - -Il fallut, pour enlever à d’Aiguillon ses dernières illusions, l’insulte -suprême de la revue du Trou-d’Enfer (le 30 mai), où les devoirs de sa -charge l’obligeaient à défiler, à la tête de sa compagnie. Quelques -jours auparavant, il était allé prendre les ordres de la reine pour -cette revue: - ---Que n’allez-vous à Saint-Vrain, solliciter ceux de Mᵐᵉ Du Barry? lui -répondit durement Marie-Antoinette. - -L’ancienne maîtresse de Louis XV avait obtenu depuis peu la permission -de quitter l’abbaye de Pont-aux-Dames où elle était exilée, pour la -résidence de Saint-Vrain située près d’Arpajon; et d’Aiguillon, à qui -ses ennemis faisaient un crime de cet acte de reconnaissance, était allé -présenter ses hommages, ainsi qu’il l’avait appris à Belleval, à la -châtelaine de Saint-Vrain[404]. - -Le «capitaine-lieutenant» des chevau-légers était donc venu de Paris au -camp de Marly pour la revue du Trou-d’Enfer. Le bruit de son exil avait -atteint le _rinforzando_ que Beaumarchais donne à la rumeur de la -calomnie; et la reine avait annoncé qu’elle s’abstiendrait de paraître, -si d’Aiguillon était présent. La compagnie était enchantée que le roi -n’eût pas interdit à son commandant de remplir son emploi[405]. - -Mais, au moment de monter à cheval, le duc reçoit ce billet de -Maurepas[406]: «Quand le roi passera, ne lui remettez pas le papier», -c’est-à-dire «les grâces à demander», une liste que connaissait bien -Belleval, car son protecteur lui promettait souvent d’y faire figurer -son nom. - -D’Aiguillon ne comprend rien au message de Maurepas, et perd la tête -lorsque, en arrivant sur le terrain de la revue, il aperçoit, contre -toute attente, le carrosse de la reine et partout une foule énorme de -curieux. - -Le défilé commence. Au passage des chevau-légers devant le roi, -d’Aiguillon remet au prince «le papier». Louis XVI ne le regarde pas: le -parti de Guines affirma même plus tard qu’il l’avait refusé[407]. Mais -voici le capitaine-lieutenant, à la tête de sa compagnie, devant le -carrosse de la reine; Marie-Antoinette abaisse vivement le store de la -portière. Les Mémoires de d’Aiguillon disent même qu’«elle tira la -langue» à l’ex-ministre... «Les cheveux me dressent sur la tête quand -j’aperçois cet homme-là», déclare-t-elle le soir de la revue[408]. - -Le lendemain, le duc, qui voulait décidément faire contre mauvaise -fortune beau jeu, déclarait à Belleval qu’il «supportait légèrement -cette dureté». - -Il n’était qu’au commencement de son calvaire. - -[Illustration: Revue du Trou d’Enfer à Marly - -(d’après Moreau et Le Paon)] - -Le 5 juin, trois jours avant le sacre, Marie-Antoinette mande Maurepas -et lui tient ce langage[409]: «Monsieur, je ne vous vois point avec -peine avoir la confiance du roi. Je connais votre probité, la droiture -de vos intentions et votre désintéressement. Mais je ne puis vous -déguiser que vous me trouverez contraire à tout projet de voir votre -neveu dans ce pays-ci. J’ai lieu d’être mécontente de lui depuis -longtemps. Vous l’avez soutenu et nous avons combattu l’un contre -l’autre. Vous avez tenu des propos sur tout cela; j’en ai tenu de mon -côté qui ne vous auront pas contenté. Laissons votre neveu loin d’ici et -oublions de part et d’autre nos propos mutuels.» - -Maurepas, pris au dépourvu, se confond en vagues protestations. La reine -redouble de véhémence. Elle déclare qu’elle a obtenu du roi -l’interdiction pour d’Aiguillon de se rendre à Reims et son ordre d’exil -dans ses terres.--Mais, demande Maurepas, quels sont les nouveaux torts -de mon neveu? - ---Qu’importe? La mesure est comble. Il faut que le vase renverse. - ---Mais, Madame, il semble que si le roi doit faire du mal à quelqu’un, -ce ne saurait être par vous. - ---Vous pouvez avoir raison; et je compte dorénavant n’en plus faire, -mais je veux faire celui-là. - ---Puis-je dire, Madame, que c’est votre volonté et non celle du roi? - ---Soit, je prends tout sur moi. - -Maurepas se rendit auprès de Louis XVI, qui, dès les premiers mots, -déclara qu’il ne voulait se mêler de rien et qu’il laissait à sa femme -le soin de régler le lieu et la durée de l’exil[410]. - -Est-il vrai que Guines et les Choiseul représentèrent à la reine que -Maurepas n’allant pas au sacre, les intrigues continueraient et que «des -courriers se croiseraient de Veretz à Pontchartrain[411]?» Ou bien que -d’Aiguillon, se sachant relégué à Veretz, ne tint aucun compte de cet -ordre et ne bougea de Paris[412]. Toujours est-il que, dans une -troisième et dernière conférence avec Maurepas, Marie-Antoinette lui -signifia que l’ex-ministre eût à prendre le chemin d’Aiguillon en -Agénois[413]. Ce fut La Vrillière qui remplit officiellement cette -mission auprès de son neveu, comme il s’était acquitté d’une semblable, -l’année précédente, auprès de Mᵐᵉ Du Barry. - -Quand ce faible et irrésolu monarque qu’était Louis XVI fit, au moment -de son départ pour Reims, ses adieux à Maurepas, il eut comme conscience -de sa mollesse, il regretta l’ordre d’exil et parlait déjà de revenir -sur sa décision. Maurepas refusa net. - ---Oubliez tout, dit-il au roi, ne songez plus qu’à la cérémonie de -Reims, moi, j’irai me tranquilliser à Pontchartrain avec mes carpes. -Votre Majesté me fait espérer qu’elle me donnera des nouvelles qui me -tiendront lieu de tout. Mon neveu est sujet trop respectueux pour rien -faire qui puisse déplaire à la reine: il partira dans quelques -jours[414]. - -Il est vrai que le roi n’avait pas consenti à signer de lettre de -cachet[415]. Et la reine s’attribuait tout l’honneur de cet «ordre -verbal»[416], qu’elle estimait moins dur et moins «barbare, quoique -lui-même s’en fût servi[417]». - - - - -XVIII - - _Impatience et joie exubérante de la reine.--Réaction de l’opinion - publique en faveur de l’exilé.--Fausse philosophie de d’Aiguillon: - billet à Balleroy, entretien avec Maurepas.--«Il n’y a rien perdu», - le mot de Marie-Antoinette justifié.--Les lettres de Mᵐᵉ de - Maurepas.--La tâche de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Voyage de Mᵐᵉ Du Barry: - l’anecdote des «Entretiens de l’autre monde»._ - - -«Il partira dans quelques jours», avait dit Maurepas à la reine. Or, -Marie-Antoinette n’avait eu de cesse que M. d’Aiguillon fût déjà sur le -chemin de l’exil. Un courrier de La Vrillière était venu réveiller -Maurepas: «Rien ne m’a plus étonné que l’empressement de la reine à -savoir M. d’Aiguillon parti: il faut qu’on lui ait fait encore quelque -noire méchanceté», écrivait à sa nièce la femme du ministre. Un autre -émissaire avait couru chez la duchesse: «Que les ennemis du duc se -rassurent, dit Mᵐᵉ d’Aiguillon, il est parti ce matin[418]». Noble et -fière réponse qui laisse pressentir avec quelle dignité la vaillante -fille des Plélo s’efforcera d’adoucir pour son époux les rigueurs de la -disgrâce. - -Jusqu’au dernier moment, elle avait douté de la catastrophe: elle ne -voulait pas que leur ami Balleroy pût y croire: «Cependant, à tout -hasard, lui disait-elle, je vous donne part qu’il n’en est rien, le roi -ayant dispensé M. d’Aiguillon d’aller à son sacre, et lui avancé son -voyage pour Veretz de huit jours.» Elle notait en passant que «le procès -de M. de Guines n’était rien moins que fini, puisque Tort en appelait». - -Marie-Antoinette exultait de joie: «Ce départ, écrit-elle le 13 juillet -au comte de Rosemberg, est tout à fait mon ouvrage. La mesure était tout -à fait à son comble (l’avait-elle assez répété?). Ce vilain homme -entretenait toutes sortes d’espionnage et de fort mauvais propos. Il -avait cherché à me braver plus d’une fois dans l’affaire de Guines; -aussitôt après le jugement (le 2 juin) j’ai demandé au roi son -éloignement. Il est _vrai que je n’ai pas voulu de lettre de cachet; -mais il n’y a rien perdu_; car, au lieu de rester en Touraine, comme il -le voulait, on l’a prié de continuer sa route jusqu’à Aiguillon qui est -en Gascogne[419].» - -Cette prétendue clémence n’était donc qu’un raffinement de vengeance -féminine. On en saura tout à l’heure le motif. - -La persécution, si justifiable que le prétende le persécuteur, finit par -donner l’auréole des martyrs à ses victimes, fussent-elles les moins -sympathiques du monde. Ce fut le cas de l’exilé. L’opinion publique -réprouva un tel acharnement. Et Besenval le remarque d’un ton pincé: «Le -sentiment de vengeance et de justice fut étouffé par une compassion -philosophique que les femmes, qui s’étaient érigées en législateurs, -outrèrent, ainsi qu’elles outrent toujours à tort. On n’entendit que -les mots de _tyrannie, justice exacte, liberté du citoyen et loi_[420]». - -Le public, note Belleval[421], blâma la sévérité du roi: - -«M. d’Aiguillon n’était pas plus coupable alors qu’en quittant le -ministère. Aussi lui écrivait-on que «la partie n’était pas perdue et -qu’il y avait lieu de profiter de ce mouvement de l’opinion qui se -déclarait pour lui». Il répondit qu’il était au-dessous de lui -d’implorer sa grâce et qu’il laissait ses amis libres de faire pour lui -ce que bon leur semblerait. La question de retour fut proposée et -agitée; et la reine faiblit devant le bruit de la Cour et de la -ville...» - -A notre avis, Belleval, que sa chaude amitié incita peut-être à cette -démarche, s’abuse sur la prétendue «faiblesse» de la reine. La fille des -Césars était trop férue de son autorité, trop absolue et trop pénétrée -de la sûreté de son jugement, pour ne pas persister dans sa résolution, -même en présence des protestations de l’opinion publique. - -Puis elle se voyait enfin émancipée du joug de sa mère, et de plus, elle -avait conscience de l’infériorité intellectuelle de son époux. Comme une -autre Marie-Thérèse, elle gouvernait déjà. Dans les deux lettres qu’elle -écrivait à Rosemberg, cet ami d’enfance, elle affectait une indépendance -d’allures et un ton d’autorité vraiment étranges: elle s’était constitué -une petite cour «d’hommes aimables», et, de son boudoir, faisait marcher -la machine gouvernementale: «Nous allons être débarrassés de M. de la -Vrillière». Elle avait vu Choiseul à Reims et lui avait parlé, sans que -le roi l’ignorât, mais assez adroitement pour n’avoir pas l’air d’en -demander la permission au «pauvre homme» (elle appelait ainsi Louis -XVI). - -Marie-Thérèse, qui se plaignait déjà amèrement de la «vivacité, -légèreté, inapplication, entêtement» de sa fille, sent qu’elle lui -échappe et ne peut retenir son indignation, surtout après la lecture de -la missive adressée à Rosemberg, qu’elle n’avait «connue, disait-elle, -que par tradition»: - -«... Je l’ai fait copier, écrit-elle à Mercy, pour vous l’envoyer... -J’avoue que j’en suis pénétrée au fond du cœur. Quel style! Quelle façon -de penser! Cela ne confirme que trop mes inquiétudes. Elle court à -grands pas à sa ruine, trop heureuse encore, si, en se perdant, elle -conserve les vertus dues à son rang! Si Choiseul vient au ministère, -elle est perdue, il en fera moins de cas que de la Pompadour à qui il -devait tout et qu’il a perdue le premier...» - -A ces sinistres prédictions qui se terminent sur une révélation -inattendue, l’archiduc Joseph avait voulu joindre une sévère -admonestation à sa sœur. Ce ne fut qu’un projet de lettre; mais le ton -en était vraiment dur: «De quoi vous mêlez-vous, ma chère sœur, de -déplacer des ministres, d’en faire envoyer un autre sur ses terres, de -faire donner tel département à celui-ci ou à celui-là, de faire gagner -un procès à l’un, etc..... Vous êtes-vous demandé une fois par quel -droit vous vous mêlez des affaires du gouvernement et de la monarchie -française... Quelles études avez-vous faites[422]?» - -Marie-Thérèse brûla le brouillon de cette épître quelque peu cavalière, -quoique fort sensée. Mais elle invitait Mercy à redoubler «d’assiduités» -auprès de Marie-Antoinette: elle pressentait toutefois «l’éloignement» -de son autre agent, l’abbé de Vermond: alors, gémissait-elle, «ce serait -la perte totale de ma fille». - -Au reste, la principale victime que l’impératrice-reine trouvait -elle-même trop rudement frappée, semblait accepter sa disgrâce avec un -sang-froid et un détachement philosophiques trop beaux pour être -sincères. Il adressait, le 7 juin[423], ce billet au chevalier de -Balleroy: - -«Ce n’est plus à Veretz que je vous donne rendez-vous, mais à Aiguillon -où l’on m’envoie, sans que je puisse deviner la cause d’un traitement -aussi rigoureux, auquel je ne devais pas m’attendre après les services -que j’ai été assez heureux de rendre dans tous les genres depuis plus de -quarante ans. Vous serez mal logé; mais je compte sur votre amitié. Vous -tirerez mes lièvres et mes perdreaux; et je les mangerai[424].» - -S’il faut ajouter foi à certains passages des _Mémoires_[425], dont -l’éditeur de 1792 affirme avoir «adouci» les termes, pour «ne pas -offenser la reine dans une circonstance malheureuse», d’Aiguillon, avant -de partir pour Veretz où il se croyait tout d’abord exilé, aurait eu, à -Pontchartrain, devant Maurepas, l’attitude d’un homme découragé, aigri -et devenu particulièrement amer. Il lui aurait dit toute sa lassitude de -la vie combative qu’il menait depuis un an, son dégoût du parti de la -reine capable de la compromettre et d’en faire une aventurière, sa pitié -pour sa faiblesse à lui Maurepas. Et son bonhomme d’oncle de s’excuser: -«Je ne suis qu’un lourdier et je traîne le timon; j’ai besoin d’aide... -Aujourd’hui c’est Turgot dont le roi s’engoue, mais vous savez si -l’engouement d’un Bourbon peut durer; mais tout cela ne durera pas, il -faudra changer d’_adjudant_». Un rêve dont Maurepas donnait le mirage à -son neveu pour le faire patienter et à sa femme pour avoir la paix! -D’Aiguillon gagna l’Agenois avec la persuasion qu’il n’y resterait que -quinze mois... «et voilà cinq ans!» dit le rédacteur des -_Mémoires_[426]. - -Si le duc ne se plaignait pas, prétend Belleval, Mᵐᵉ de Maurepas jetait -feu et flammes; elle gourmandait son mari, elle écrivait à Mᵐᵉ -d’Aiguillon lettres sur lettres et combien tendres, combien -désolées[427]: - - De Pontchartrain, ce lundi (12 juin 1775). - - «Jugez de ma douleur, ma chère nièce; j’ai cru jusqu’à présent que - votre exil n’était que des propos. Je n’ai su qu’hier, après les - démarches que M. de Maurepas avait faites, que ce n’était que trop - vrai. J’espère que vous viendrez me voir ici. Que je suis fâchée - de n’être pas plus jeune! J’irais vous trouver dans quelque lieu - que vous soyiez; ne doutez jamais de ma tendre amitié; elle ne - finira qu’avec ma vie. - - Dites mille choses tendres pour moi à M. d’Aiguillon; il doit - savoir l’intérêt sincère que je prends à lui.» - -Les «démarches» de M. de Maurepas! Nous avons vu plus haut ses -«conférences» avec la reine, d’après l’abbé de Véri. Or, la -correspondance de Mercy les présente sous un tout autre jour. -L’ambassadeur d’Autriche parle d’une «audience» que le ministre a -demandée. Marie-Antoinette a bien traité Maurepas. Elle lui adresse -les compliments que nous savons. Elle estime sa droiture en regard -de la méchanceté et des intrigues de son neveu. Et le rusé courtisan -se tut, ajoute Mercy, mais assura la reine de son «respectueux -attachement[428]». - -Et quel était cet exil d’Aiguillon pour lequel Marie-Antoinette -insinuait que le duc «n’y avait rien perdu»? - -Une lettre de la comtesse de Boisgelin à Balleroy[429] va nous le dire: - - 6 juin 1775. - - «... On ne sait pour quel crime on traite le duc d’Aiguillon si - cruellement. Le public prétend que la reine s’en prend à lui de ce - que le peuple n’a pas crié aux deux dernières revues. Vous ne - croirez pas plus que moi que c’est la raison d’un traitement aussi - dur...» - -Et Mᵐᵉ de Boisgelin s’apitoyant sur la duchesse: «La pauvre femme se -désespère de ne pouvoir suivre son mari, puisqu’il venait de jeter en -bas le château d’Aiguillon où l’on est à le rebâtir; et il ne reste pas -même de quoi le loger seul avec quelques domestiques...» - -On a vu avec quelle hauteur méprisante la reine affectait de traiter la -duchesse d’Aiguillon. La femme devait donc prendre sa part du châtiment -infligé au mari. N’était-elle pas déjà prête, d’accord avec son époux, -disaient les mauvaises langues, à «faire sa cour», elle aussi, à la -châtelaine de Saint-Vrain, qui lui offrirait, pendant une bonne partie -de l’été[430], une hospitalité princière--digne remercîment de celle -qu’elle avait reçue, à Ruel, de Mᵐᵉ d’Aiguillon, dans des circonstances -que la reine ne pouvait oublier? - -Pour de grands seigneurs habitués aux splendeurs de Veretz, la nouvelle -résidence imposée au duc était donc inhabitable. «Aiguillon n’était ni -bâti, ni meublé!» déplore l’historien Moreau. Et la duchesse se lamente -autant qu’elle s’indigne. La disgrâce qui vient de s’abattre sur son -époux est d’une rigueur inouïe. M. de Maurepas, M. de Choiseul lui-même -«dont le feu roi avait plus d’une raison de se plaindre» avaient été -envoyés dans leurs terres, et lui M. d’Aiguillon est exilé à deux cents -lieues de Versailles «dans un endroit non bâti et où je ne puis pas -aller[431]». - -Elle y courut. - -«J’ai su des nouvelles de votre arrivée par votre fille et par Mᵐᵉ de -Laigle, lui écrit, le 3 août, Mᵐᵉ de Maurepas. Vous devez avoir reçu -deux lettres de moi. Vous êtes, à ce que l’on m’a dit, très mal logée -avec toutes les incommodités possibles. Jugez de ma peine de ne pouvoir -vous en tirer. J’espère toujours avant l’hiver pouvoir faire parler aux -gens qui vous tiennent éloignés sans aucun sujet[432]...» - -Une correspondance très active, surtout de la part de la comtesse de -Maurepas, dut s’engager entre elle et sa nièce. - -Les lettres de celles-ci, relatives à cette néfaste période, ne se -trouvent pas dans les archives Chabrillan qui en contiennent déjà si peu -de la duchesse à d’autres époques. Ont-elles été détruites par Mᵐᵉ de -Maurepas? Ont-elles disparu pour des motifs que nous ignorons? En tout -cas elles ont existé: car celles qui subsistent de la comtesse répondent -à des missives reçues, témoin celle où l’oncle fait savoir au neveu -qu’il peut aller prendre, sans permission, les eaux de Bagnères, -puisqu’il n’a pas de lettre de cachet. Et ce billet encore, si -intéressant dans ses premières lignes, pour l’histoire de la disgrâce -qui frappa le ministre de Louis XV. - - Versailles, 22 août 1775. - - «M. de Maurepas n’écrit pas à M. d’Aiguillon (toujours l’homme - prudent que hante la terreur du Cabinet noir) tant qu’il n’aura pas - quelque chose d’agréable à lui mander, à l’égard des motifs qui - l’ont éloigné; car il n’y en a point; il est difficile de les dire. - Lorsque nous avons été à Bourges, je suis encore à savoir - pourquoi; on dit que c’était pour des chansons dont nous n’avons - jamais entendu parler. Il en est de même des discours que l’on vous - prête qui seront bien prouvés qu’ils ne sont pas de vous. - -... Si nous pouvons obtenir votre liberté, je crois que M. - d’Aiguillon fera bien de n’en point profiter cet hiver pour Paris: - il sera encore question de la maudite affaire de Guines; et il - serait à craindre qu’on ne le fît encore parler... - - Il (évidemment Maurepas) a trouvé la reine avec la même - résistance.» - -En vérité, la comtesse fait un peu trop l’innocente. Elle ne pouvait -ignorer que son mari avait été bel et bien disgrâcié pour ces «chansons -dont elle n’a jamais entendu parler», sinon pour le couplet qui -fleurissait à l’excès Mᵐᵉ de Pompadour, du moins pour une infinité -d’autres que le ministre récoltait par les soins de la police, quand il -ne les composait pas lui-même[433]. Et même, en dépit de l’âge et de la -plus élémentaire prudence, il s’amusait encore à ces menues bagatelles. -Il s’adressait plus particulièrement à l’entourage de la reine sur -lequel il décochait ses traits les plus acérés. Il en déclinait -hautement la paternité: sinon, dit Belleval, on l’eût «déchiré». Seul, -d’Aiguillon était épargné; il est vrai que Mᵐᵉ de Maurepas n’eût pas -toléré que son neveu fût chansonné par son mari[434]. - -Parfois elle assaisonnait ses lettres d’un grain de philosophie; il -fallait bien revigorer un homme qui sortait de Bagnères et lui prouver, -par un exemple familial, que l’exil, à l’occasion, peut devenir un -brevet de santé: - -«Vous savez, par mon expérience, qu’on peut vivre sans cela (la rentrée -en grâce). M. de Maurepas a été cinq ans sans pouvoir aller à Paris, et -s’en est fort bien porté.» - -La saine raison, l’énergie et le sens pratique de Mᵐᵉ d’Aiguillon -devaient exercer une influence salutaire, non tant sur la santé, qui -resta toujours précaire, que sur le moral affaibli de l’homme politique, -encore meurtri de sa chute. Tout manquait à ce château d’Aiguillon qui -commençait à sortir des ruines de l’ancien. Et il fallait des prodiges -d’économie domestique, pour assurer rapidement à la nouvelle demeure le -grand air, la confortable opulence, l’attrait irrésistible et jusqu’aux -aspects pittoresques de l’inoubliable Veretz. - -La châtelaine entreprit cette tâche avec l’esprit de suite, le goût, la -persévérance qui la caractérisaient, s’inspirant toujours de cet orgueil -du nom, mitigé d’une tendresse presque maternelle, dont le trait le plus -saillant était de laisser croire que le maître et seigneur du logis -était l’ordonnateur suprême de toutes ces magnificences. Elle, se -réléguant de la meilleure grâce au second plan, n’était plus qu’une -simple intendante, voire la fermière du château. C’est ainsi que nous -assisterons, dans sa correspondance, aux efforts continus, aux -développements successifs, aux améliorations progressives qui devaient -transformer une propriété, négligée jusqu’à l’abandon, en un domaine -prospère qu’allait ruiner de nouveau et bouleverser de fond en comble la -tempête révolutionnaire. - -Nous n’avons aucune lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon, nous retraçant les -premières heures de ce que nous appellerions volontiers la période -d’incubation, c’est-à-dire les travaux d’installation et d’aménagement -qui suivirent l’arrivée des exilés dans les décombres du vieux manoir. -Mais il fallait que l’ensemble en fût assez satisfaisant pour que les -propriétaires en aient fait les honneurs, à deux reprises, pendant l’été -et l’automne de 1775, à la comtesse Du Barry[435]. - -Naturellement, la malignité publique s’empara de la nouvelle et la -grossit (sans jeu de mots) à plaisir. Nous en retrouvons l’écho dans un -pamphlet du temps. L’ignoble auteur des _Entretiens de l’autre monde_ -fait dire à Turgot dans son Dialogue avec Louis XV: «Elle (la Du Barry) -a déjà eu la liberté d’aller à son château de Luciennes. Il paraît que -le duc d’Aiguillon en est toujours amoureux. Non seulement, pendant son -dernier séjour à Paris, il n’a pu contenir sa passion, au point d’en -devenir plus odieux à la reine et de se faire donner un ordre de se -retirer dans ses terres de Gascogne; mais, souffrant trop d’être éloigné -de cette beauté, il l’a engagée à venir le voir. La bretonne duchesse, -accoutumée à ses infidélités, s’est prêtée à ce concubinage; et le bruit -général est que Mᵐᵉ Du Barry est grosse des œuvres du duc[436].» - -Nous avons cru devoir transcrire intégralement cette infâme calomnie -dirigée contre Mᵐᵉ d’Aiguillon, parce qu’elle est la seule que nous -ayons jamais trouvée à son adresse. Les pires ennemis du ministre, -Marie-Antoinette elle-même, n’ont jamais écrit une ligne, ni dit un mot -qui pût faire soupçonner la duchesse de la plus vile complaisance. - -Quelques amis, plus fidèles au culte du souvenir qu’au souci de leur -bien-être et même de leur intérêt personnel, vinrent, à la fin de 1775, -consoler les solitaires dans leur retraite d’Aiguillon; entre autres M. -de Flesselles, qui devait finir si misérablement, le 14 juillet 1789, à -l’Hôtel de Ville de Paris, comme prévôt des marchands. Les services -qu’il avait rendus, en dépit de quelques désaccords passagers[437], au -duc d’Aiguillon, pendant les affaires de Bretagne, lui avaient valu -l’intendance de Lyon, après celle de Rennes. - - - - -XIX - - _Rappel imprévu du comte de Guines.--Pronostic qu’en déduit - d’Aiguillon.--Conférence significative d’un ami de d’Aiguillon avec - Maurepas.--Les fidèles courtisans du malheur.--Informations - parisiennes: le procès Saint-Vincent et le mariage de - Fronsac.--Opéra et ménagerie.--«Le grand Pan est à bas».--Mercy - voit avec peine l’engouement de la reine pour le comte de - Guines.--La nouvelle école de courtisans.--Mort de Mᵐᵉ de - Chabrillan: lettre désespérée de la mère.--Emotion de - M.-Antoinette.--Rappel de d’Aiguillon à Paris._ - - -L’année 1776 devait marquer pour Mᵐᵉ d’Aiguillon l’époque la plus -douloureuse de sa vie; car la mort, et dans quelles cruelles -circonstances! allait lui arracher sa fille bien-aimée, en ce château -même, où pour elle, pour son mari--ses deux grandes affections!--elle -savait évoquer, ainsi qu’une fée de sa baguette magique, les spectacles -les plus variés et les plus attrayants. - -Le duc souffrit, lui aussi, de cette perte irréparable; mais comme tous -les ambitieux et les ambitieux qui affectent de ne plus l’être, il fut -moins profondément touché au cœur que sa femme. L’année avait mal -commencé pour ses espérances: il avait constaté une fois de plus -l’égoïsme de son oncle, bien que dissimulé sous les plus belles -promesses et sous les plus chaudes protestations: le bonhomme, nous le -verrons, trouvait le duc fort heureux dans son exil d’Aiguillon et -l’invitait à s’y tenir en repos, regrettant de ne pouvoir l’imiter, mais -non sans l’amuser de ses entretiens avec le roi et la reine, qui -n’étaient nullement disposés à faire rentrer en grâce le courtisan -banni. - -Et depuis, faut-il le dire, d’Aiguillon avait pu sentir, au milieu de -ses larmes, sourdre en son cœur l’espoir des revanches futures: car la -mort de sa fille avait levé son ordre d’exil. - - * * * * * - -Le comte de Guines avait été subitement rappelé de son ambassade. -C’était, prétendait la princesse de Guéméné, qui était alors la favorite -de Marie-Antoinette, pour «avoir compromis la Cour de France au sujet du -_Pacte de famille_». Choiseul, auteur du traité, déclarait que la -conduite du comte était sans excuse; si Guines avait été son fils, il -eût demandé, à titre de grâce, qu’on ne lui fît pas son procès, mais -qu’on l’enfermât pour longtemps à la Bastille[438]. - -Le duc d’Aiguillon, tout en se défendant de sortir de sa tour d’ivoire, -épiait, avec un intérêt passionné, les faits et gestes du comte de -Guines. C’était par lui qu’il avait connu l’amertume des heures d’exil; -et on lui laissait entendre qu’il lui devrait peut-être de goûter les -joies du retour! Aussi le contenu de sa lettre du 25 février 1776 au -chevalier de Balleroy[439] ne roule-t-il, pour ainsi dire, que sur la -corrélation de ses intérêts avec ceux du comte de Guines. - -Sa version du rappel de l’ambassadeur est aussi vague que celle de la -princesse de Guéméné: une correspondance, interceptée, entre Choiseul -et Guines, qui aurait piqué le roi, était cause de tout le mal; et c’est -probablement Turgot qui, en sa qualité de surintendant des postes, avait -découvert le pot aux roses. Le secret des lettres n’en était jamais un -pour le gouvernement. D’Aiguillon le savait mieux que personne. Mais il -était persuadé que Guines, quelque coupable qu’il pût être, se -justifierait et qu’il serait renvoyé à son poste avec une gratification -et la promesse du premier cordon bleu disponible. Quant à son procès, il -ne sera pas jugé, ce qui le laisse, lui d’Aiguillon, fort indifférent, -bien qu’on lui dise qu’il recouvrera sa liberté, à l’ouverture des -débats. Alors, aurait déclaré la reine à M. de Maurepas, il lui serait -loisible d’aller où bon lui semblerait, sauf à Paris. Il n’en profitera -certes pas; mais il n’en gardera ni humeur, ni mépris. Au reste, sa -réinstallation à Veretz lui coûterait trop cher, et il y serait -espionné; puis il a fort à faire à Aiguillon. Il termine sur un coup de -patte à l’adresse de Maurepas. Bien qu’il n’ait pas eu à se louer de son -oncle, il serait fâché qu’il lui arrivât malheur, crainte de pire. - -Quelques jours après, la lettre, non signée, d’un ami, dut le confirmer -dans l’opinion peu flatteuse qu’il avait de son oncle. Sans nul doute, -d’Aiguillon avait envoyé cet ami pour tâter le terrain; mais la réponse -de son confident lui fit comprendre combien était chimérique l’espoir -qu’on entendait lui donner de lier ses destinées à celles de Guines, -puisque la reine le croyait, lui ou ses partisans, les auteurs du rappel -de son protégé. D’ailleurs, nous publions intégralement cette -conversation de l’ami anonyme avec Maurepas, qui dessine à souhait la -silhouette de l’homme d’Etat, ne laissant dans l’ombre aucune de ses -finesses, de ses subtilités, de ses roueries, pour ne pas dire de ses -mensonges[440]. - - Paris, 11 mars 1776. - - Je prends mes mesures pour que cette lettre vous arrive sans - obstacle. Je n’ai pas cru devoir attendre une occasion pour vous - faire passer les détails que vous y lirez de la part d’un grand - nombre d’amis qui soupirent après votre retour. - - Je fus samedi à Versailles avec le plan de votre château dans ma - poche. Je passai près d’une heure avec M. de Maurepas. Je lui - montrai sur le papier les incommodités que vous avez éprouvées - pendant l’hiver; il s’y est montré sensible et m’a dit: - - «--Vous les avez laissés en bonne santé? - - --Ils se portaient à merveille. - - --Mᵐᵉ d’Aiguillon a été fort incommodée de la grippe. Est-ce vrai? - - --Elle a gardé le lit trois à quatre jours. Ils paraissent décidés - à ne pas quitter Aiguillon. - - --Je penserais volontiers comme eux; ils y sont de grands - seigneurs. A Veretz, ils ne seraient que des bourgeois. Je sais ce - que c’est que l’exil; ils ont au moins l’agrément d’être chez eux. - Moi, on m’envoya dans un pays où je ne connaissais personne. - - --Cela est vrai; mais vous étiez chez votre ami; et votre famille - vint bientôt vous y joindre, de sorte que vous étiez comme à - Paris. - - --Ils sont toujours éloignés, mais je suis charmé qu’ils soient - contents. - - --Il est bien étonnant, Monsieur le comte, que sous votre - gouvernement, qui n’est que liberté, on retienne un citoyen, un - homme d’Etat, sans lui en dire les raisons. - - --Il ne les saura jamais, car il n’y a pas de pourquoi. La reine - est irritée contre lui; et elle ne cesse en toute occasion de lui - lancer des brocards, sur lui et sur son parti qui a fait rappeler - M. de Guines; et tant que la reine et M. de Guines vivront, cette - princesse pensera toujours de même. Le roi me l’a dit souvent: ils - ne voient dans ce qui arrive à M. de Guines que les menées de M. - d’Aiguillon et de ses partisans; et ils ont toujours M. d’Aiguillon - à califourchon sur le nez. Le roi est tout le premier à dire qu’il - n’y a aucun rapport entre un homme à 200 lieues de Paris et un - homme rappelé de son ambassade. Mais la reine est aigrie par ses - entours et surtout par Mᵐᵉ de Guéméné qui est la favorite. Le duc - de Choiseul se remue aussi tant qu’il peut. Il a des conférences - avec la reine. Ils ont été au bal de l’Opéra, masqués tous les - deux, en dominos noirs; et cette princesse est toujours entretenue - dans les dispositions les plus défavorables. On travaille aussi, - autant que pour vous (??) à l’éloigner de moi. En public elle me - traite honnêtement, parce qu’elle ne peut, à cause du roi, se - comporter autrement; mais, dans le particulier, son maintien est - bien différent. - -Je crois qu’on ne me rend pas justice à Aiguillon. - -Cependant j’ai fait pour lui tout ce qu’il m’a été possible de faire et -des choses mêmes qu’ils ignoreront toujours. A Fontainebleau, -connaissant les dispositions peu favorables de la reine pour moi, j’ai -mis en avant M. de Muy[441] et l’abbé de Vermond[442] pour rompre la -glace sur ce qui regardait M. d’Aiguillon. Ils lui en parlèrent tous -deux avec douceur et vivacité. Ils me rapportèrent qu’elle paraissait -étonnée que je ne lui en eusse pas parlé le premier. Je me rendis chez -elle. Je lui dis que j’avais voulu lui donner une marque de mon respect, -en ne prononçant pas devant elle un nom qui pourrait lui déplaire, mais -que, puisqu’elle le trouvait bon, je prendrais la liberté de lui -représenter que M. d’Aiguillon, ayant bien servi l’Etat, était traité -comme un homme qui l’aurait trahi, que, passant dans l’Europe pour la -douceur et la bienfaisance mêmes, il y aurait de la gloire de rendre la -liberté à un prisonnier qui était uniquement le sien, voulant lui faire -entendre que le roi n’y avait aucune part, que tout le monde avait les -yeux sur elle et que je la suppliais de rendre ses bontés à un homme qui -n’avait aucun reproche à se faire. Elle me parla de l’affaire de M. de -Guines. Je l’assurai et lui donnai ma parole que M. d’Aiguillon ne -reparaîtrait pas à Paris, tant que cette affaire ne serait pas finie; et -j’insistai fortement sur ce que sa gloire était intéressée à finir cette -captivité. - ---Il n’est pas encore temps, me répondit-elle sèchement. Nous verrons -par la suite. - -Quelques personnes m’ont parlé depuis et m’ont engagé d’aller -directement au roi; mais comment faire une pareille démarche, malgré la -reine et en dépit d’elle? Elle n’est pas praticable. Si cette princesse -me donnait mainlevée, le sort de M. d’Aiguillon serait bientôt décidé. -Le roi n’a rien contre lui et m’en a parlé cent fois: il connaît et -estime ses talents. Mais M. d’Aiguillon a un péché originel vis-à-vis du -roi, quoique j’aie travaillé inutilement à le faire oublier à ce prince: -c’est Mᵐᵉ Du Barry. J’ai eu beau lui représenter que le besoin d’une -protectrice puissante et ensuite la reconnaissance l’avaient forcé à -s’attacher à elle. Il m’a répondu que c’était toujours un vilain moyen -de parvenir. Croiriez-vous qu’on a poussé la méchanceté à l’égard de Mᵐᵉ -Du Barry et de M. d’Aiguillon, jusqu’à dire qu’elle était grosse de lui? -Mais cela est tombé et n’a pas été jusqu’au roi; car il ne m’en a pas -parlé. Cette femme avait demandé permission de venir à Paris dans un -couvent; on le lui avait accordé, mais je ne sais pourquoi elle n’a pas -profité de cette grâce. Le Roué est à Paris; le roi le sait et trouve -bon qu’il y reste. - -Mais, pour revenir à M. d’Aiguillon, il fait fort bien de rester où il -est: il y est grand seigneur; il a chez lui de la compagnie; et, suivant -ce que vous me dites, il est heureux. Mais à quoi s’occupe-t-il? Car les -soirées sont longues. Il ne monte point à cheval, il ne chasse point; et -un esprit aussi actif que le sien ne peut demeurer à rien faire. - ---Il s’occupe dans son cabinet; il vit de souvenirs et vaque à ses -affaires. - ---Le séjour qu’il fera dans ce pays ne peut que les améliorer; car -elles ne sont pas entièrement en bon ordre. La retraite n’est pas un mal -dans les circonstances où nous sommes. Je me trouverais mieux à -Fontainebleau qu’ici: quand on est tourmenté de la goutte comme je le -suis, la prison (?) est maussade. Nous sommes dans une crise vis-à-vis -le Parlement. J’espère que nous nous en tirerons, en ne nous mettant -point en colère[443].» - -Voilà, M. le duc, la solution (?) de la conversation que j’eus samedi -avec M. de Maurepas. A l’en croire, il se donne de grands mouvements -pour vous; mais la reine arrête d’un côté les efforts de ses démarches; -et il cherche, dit-il, délicatement, à faire oublier au roi les liaisons -avec Mᵐᵉ Du Barry qui sont la seule prévention que ce prince ait contre -vous. - - * * * * * - -Quel peut bien être le narrateur de cette scène si vive, si animée, si -piquante, qui appartient à l’Histoire et qui relève par intervalles de -la Comédie, ces deux interprétations de la vie et de la pensée humaines -ayant tant de fois entre elles de nombreux points de contact? - -Est-ce Flesselles, La Noue, Fontette, Balleroy, Belleval??... un petit -groupe, mais tous des cœurs sincères, amis dévoués et courtisans du -malheur[444]. - -Notre anonyme terminait ainsi sa lettre: - -«Dès le mois de septembre ou d’octobre, si je suis libre, monsieur le -duc, la disgrâce d’un ami est une raison de plus pour moi de lui donner -toutes les preuves qui sont en mon pouvoir de mon fidèle attachement et -de ma reconnaissance.» - -Mais, à toute époque de l’année, à toute heure du jour, la porte de la -maison était ouverte et la table servie, comme aux temps heureux de -Veretz et de l’hôtel d’Aiguillon, pour ces hôtes que n’effrayait pas le -ruban de 200 lieues qui les séparait de Versailles. - -Nous en retrouverons les noms, les portraits, les habitudes et même les -aventures dans les lettres de la duchesse dont la gaîté, le naturel, la -vivacité d’impression contrastent avec le ton gourmé, mystérieux, morne -et presque mélancolique des épîtres maritales. - -Si, comme l’affirme l’auteur des _Mémoires_, Mᵐᵉ d’Aiguillon ne s’est -jamais mêlée d’aucune intrigue politique, elle n’en a pas moins conservé -sa liberté d’appréciation sur les hommes du jour et sur leurs actes; -elle dit son mot, comme jadis à propos des affaires de Bretagne; elle -enregistre nouvelles et informations, elle rédige, en outre, la -chronique du château, le tout pour ce brave chevalier de Balleroy, où -qu’il soit, en garnison, chez son frère en Basse-Normandie, ou encore -dans son petit appartement du faubourg Saint-Germain. - -M. de Maurepas se préoccupait, nous l’avons vu, d’une crise au -Parlement. «On me mande, écrit la duchesse au chevalier, qu’il y a eu un -lit de justice, j’en suis très aise, dans l’espérance que Messieurs, -n’ayant plus de discussions, ni de remontrances à faire, s’occuperont -de l’affaire de M. de Richelieu dont j’ai la plus grande impatience de -voir la fin[445].» - -Elle attendait alors sa fille et son gendre. Mais il paraît qu’on -voulait faire un crime à Chabrillan de cette visite. - -Aussi prend-elle la mouche: «Il vient ici en droiture; je trouverais -bien plat qu’il crût avoir besoin de feindre un autre voyage; il peut -sans embarras afficher sa liaison avec nous: il ne peut être blâmé de -qui que ce soit[446].» - -A huit jours de là, elle revient sur «l’affaire de M. de Richelieu». -C’était une assez vilaine histoire. Une intrigante, nommée -Saint-Vincent, que le maréchal avait quelque peu chiffonnée en son jeune -temps, avait mis en circulation pour trois cent mille écus de billets -souscrits à son profit par Richelieu. Celui-ci prétendit qu’ils étaient -faux et fit enfermer la Saint-Vincent. Le procès fut évoqué devant le -Parlement; et le maréchal put constater une fois de plus ce que valait -la haine des «robins». La faussaire fut acquittée. Et Mᵐᵉ d’Aiguillon de -commenter l’arrêt, ainsi qu’un autre événement, non moins scandaleux, -survenu depuis peu dans la famille: - -«Le pauvre maréchal finit d’une façon bien triste une carrière très -longue, très glorieuse et très brillante. Ce jugement est aussi injuste -qu’absurde. On me mande que Mᵐᵉˢ de Gramont, de Lyonne et de Chaulnes -ont sollicité indécemment pour cette scélérate de Saint-Vincent. Je le -croirais très facilement de ces trois femmes; mais quand des magistrats -se prêtent aux intrigues d’une cabale, c’est ce qui est incroyable et ce -qui révoltera tous ceux qui pensent honnêtement.» - -Mᵐᵉ d’Aiguillon passe ensuite à l’autre scandale, la mésalliance de -Fronsac, le fils du maréchal: «Il fait un bien plat mariage, après avoir -refusé de très bons partis de filles de qualité. C’est le cas de dire: - - _Entre tant de héros choisir un Childebrand!_ - -Il a 60.000 livres de rente, avant peu 200.000, duc et pair à deux -pairies, une belle charge, fils d’un homme qui a joué les plus grands -rôles, que les persécutions qu’il éprouve rendent plus grand encore aux -yeux des honnêtes gens... qui épouse Mˡˡᵉ Galliffet!! la transition est -un peu forte et ce n’est plus le cas de dire: - - _La chute en est heureuse!_[447]» - -D’ailleurs peu intéressant, ce Fronsac! C’était lui que Gilbert avait -flétri dans sa fameuse _Apologie_, joueur et libertin, se faisant -incendiaire pour enlever une fille, qu’il abandonnait après l’avoir -violée. - -A ce moment, Mᵐᵉ de Maurepas qui tenait sa nièce au courant des -nouvelles familiales et lui avait annoncé, quelques mois auparavant, la -retraite définitive de son frère Saint-Florentin, duc de la Vrillière, -«s’arrangeant pour aller une fois encore la semaine à la Cour[448]», Mᵐᵉ -de Maurepas lui apprenait l’état très grave de cet oncle subitement -frappé de paralysie, et l’invitait à se rendre à Pontchartrain pour le -règlement futur de leurs intérêts respectifs. Mᵐᵉ d’Aiguillon fait part -de la nouvelle à Balleroy, prévoyant pour Saint-Florentin la même fin -qu’avait eue son beau-père, à la suite d’une attaque d’apoplexie. Elle -avait écrit à sa tante qu’elle s’en rapportait entièrement à elle et à -son mari de la question de partage. Cet oncle ne lui ayant jamais -témoigné--comme l’autre d’ailleurs--qu’une affection sans péril pour son -égoïsme, la duchesse revient bien vite à des sujets qui lui touchent -autrement au cœur. C’est encore de Chabrillan qu’il s’agit. Le pays lui -plaît, mais pas autant qu’elle l’eût espéré. Aussi est-il parti «en très -bonne santé: je prétends, ajoute-t-elle, qu’il ne tiendra pas huit jours -sans s’y ennuyer. C’est une si belle chose que la Cour!» dit-elle -malicieusement. - -Enfin, elle renseigne Balleroy sur les distractions présentes -d’Aiguillon et sur les plaisirs qui l’attendent dans un avenir prochain: - -«... Cette belle Candide nous a joué la _Servante maîtresse_ très -bien... Vous trouverez ma ménagerie fort augmentée. J’ai acquis un -perroquet qui fait les délices du château, surtout du maître. Je forme -une volière de toutes sortes d’oiseaux chantants, que je compte mettre -dans les bosquets. En attendant, ils sont tous dans la salle à manger en -cage; il y en a plus de 200, cela fait un beau bruit[449]...» - -Balleroy est bien partagé: sa correspondante ne lui mesure pas les -informations: - -«Pour le coup, monsieur le chevalier, on ne peut pas se plaindre de la -disette de nouvelles; il y en a de toutes les couleurs. 1º _Le Grand -Pan_ est à bas, puisque M. Turgot est renvoyé: que vont devenir les -philosophes, les encyclopédistes, les économistes? Que va dire M. -d’Anville? Je ne vois que ceux-là qui puissent s’en fâcher. Ce qui est -sûr, c’est que ce ne sera pas moi; et quand on aurait changé le conseil -tout entier, je n’en serais pas plus triste.» - -Le compliment n’est guère flatteur pour l’oncle Maurepas; mais nous -savons que la duchesse ne s’était jamais fait la moindre illusion sur -l’homme, ni sur le parent. Elle aborde ensuite un sujet qui répond aux -préoccupations immédiates de son mari. - -A propos de Guines «qu’on accuse d’assez vilaines choses et qui n’est -pas encore jugé, on ne lui rend pas encore son ambassade; c’est donc que -l’on continue à être mécontent de lui». - -Mais, la duchesse, partageant la sagacité de M. d’Aiguillon, prévoit que -l’intéressant accusé sortira de l’épreuve avec les honneurs de la -guerre: «On lui fait une grâce que des gens qui ont bien servi demandent -en vain; le roi lui écrit une lettre de sa main, comme en recevrait un -général qui aurait sauvé l’Etat!» Allusion rétrospective à la victoire -de Saint-Cast[450]. - -Le diplomate chagrin, qui représentait l’Autriche à la Cour de France, -gémissait de cette nouvelle saute dans l’esprit léger et fantasque de -Marie-Antoinette; encore voulait-il y trouver des circonstances -atténuantes: «la reine est obsédée par ses entours pour M. de Guines». -Cet heureux mortel est sur le point d’être nommé duc. Et Mercy estime -quelque peu excessive une telle faveur, s’affichant au milieu de courses -et de paris, à travers un débordement de plaisirs et un déchaînement de -dissipation auxquels préside la princesse de Guéméné. Au reste la -question Guines est devenue comme un champ clos où se combattent les -Choiseul et les d’Aiguillon: ceux-ci continuent à lancer des épigrammes, -des chansons, des libelles où le roi et la reine ne sont guère ménagés: -l’irritation n’en est que plus vive contre le duc d’Aiguillon[451]. - -Et maintenant que faut-il croire de la prétendue intervention de Lauzun -en faveur de Guines, alors qu’à la suite d’un conciliabule entre Coigny, -la reine et lui, Marie-Antoinette voulut abandonner l’ambassadeur? -Lauzun se serait énergiquement opposé à cette défection. Et la reine, se -rangeant à cet avis, aurait obtenu de Louis XVI que Guines fût admis à -se justifier. Or celui-ci avait su se disculper. Aussi avait-il été -décidé entre Marie-Antoinette et son mari, que le roi écrirait à Guines -pour lui dire qu’il était content de ses services et lui accorderait -ensuite le brevet de duc. Bien mieux, la reine aurait envoyé chercher -Guines, à neuf heures du matin, pour lui annoncer cette bonne nouvelle -et lui remettre en mains propres le titre royal[452]. - -Ce qui résulte de tous ces racontars d’antichambre, de ces luttes -d’influences dans les salons de Versailles, de ces intrigues mesquines -ourdies au fond des boudoirs, de cette petite guerre à coups de bons -mots, de couplets et de libelles, c’est qu’une nouvelle école naissait à -la vie politique: école de vice, de corruption et de décadence. Sur les -débris de cette société en décomposition qu’était la Cour de Louis XV, -s’élevait toute une génération de jeunes et fringants gentilshommes, -vaniteux, suffisants, arrogants, déterminés viveurs, jouisseurs -effrénés, sans morale, sans religion, sans scrupules, escrocs à -l’occasion, aussi besogneux qu’assoiffés de plaisirs, braves et même -magnifiques par destination, mais poussant jusqu’aux dernières limites -l’effronterie, l’impudence et le cynisme. Ils estimaient aujourd’hui -que, pour arriver à la Cour, il n’était plus nécessaire d’assiéger et -d’enlever le cœur des reines de la main gauche, puisqu’il s’en trouvait -une véritable, et combien séduisante, sinon d’une beauté accomplie, du -moins d’une élégance exquise, d’un charme capiteux, d’une grâce -incomparable, accueillant, avec ivresse, dans un délicieux sourire, les -flots d’encens montant jusqu’à elle. Et comme la conquête pour ces -jeunes seigneurs devrait en être facile! Quel être dépourvu de prestige -et de poésie, que ce mari lourd, épais et brutal, honnête homme par -instinct, ayant pris, dans une atmosphère imprégnée de philosophisme, -comme une vague intention de faire le bien, mais trop faible et trop mou -pour la suivre, qui n’avait ni la majesté du Roi-Soleil, ni la suprême -beauté de Louis XV et qui ne tenait des Bourbons que la gloutonnerie, la -frénésie de la chasse et la passion du vin. - -Ainsi pensait, ainsi même s’exprimait, sans la moindre contrainte, cette -jeunesse qui faisait litière de tous les grands sentiments et de toutes -les nobles idées, qui avait abjuré tous les cultes et principalement -celui de la famille, objet de son mépris et de ses risées. - -Mais cette sainte piété, qui prépare les cœurs aux plus héroïques -sacrifices, parce qu’elle est la source vive de l’amour de la patrie, -n’était pas morte dans tous les cœurs. Avec quelle force et de quel -éclat elle brillait dans l’âme généreuse de la duchesse d’Aiguillon! - -Les sanglots que lui arracha la mort prématurée de la marquise de -Chabrillan, victime elle-même de sa tendresse filiale, démontrent, de -reste, la puissance et l’étendue de cet amour maternel. - -Sa lettre du 21 juin au chevalier de Balleroy est le cri exaspéré de la -douleur qui sera éternelle: - - Aiguillon, ce 21 juin 1776. - - «Je n’ai point de termes pour vous peindre ma douleur: l’affreux - spectacle que je viens d’avoir m’a rouvert ma plaie qui n’était - rien moins que fermée. Toutes les circonstances de la maladie de ma - fille sont si semblables à celles qui m’ont enlevé ma fille aînée - et qui sont toujours présentes à mon cœur, qu’à chaque instant je - voyais mes deux filles mortes et mourantes. - - C’est un déchirement dont on n’a pas d’idée: l’une a passé au - moment de se former, cette humeur s’est jetée sur sa poitrine; et - sa malheureuse sœur a péri d’une fièvre de lait qui s’est de même - jetée sur sa poitrine. - - Aussi le fait est que je les ai perdues toutes les deux, et que - c’est l’acharnement de nos ennemis et de la reine en particulier - qui l’ont tuée. Si on ne nous eût pas forcés à passer ici l’année - passée, nous aurions été à Veretz, où elle serait venue avec nous; - elle aurait été paisiblement faire ses couches à Paris, où elle - aurait eu tout le temps nécessaire pour faire passer son lait; elle - existerait encore; au lieu de cela, comme il y avait un an qu’elle - n’avait vu ni son père, ni moi, elle en avait la plus grande - impatience; elle s’est pressée et fait illusion à elle-même et est - arrivée pour périr sous nos yeux, victime de son attachement pour - nous et de la haine de M. de Guines; il est certain que nous sommes - assez malheureux, nos ennemis doivent être contents. Vous savez - mieux que personne combien nous étions heureux et contents ici; cet - événement empoisonne un lieu qui est et doit être notre retraite. - - Je ne m’occupe qu’à diminuer ma douleur vis-à-vis de M. d’Aiguillon - et de lui faire croire que je me distrais. Je tâche de ne pas - augmenter sa douleur par la mienne. Je vois qu’il fait les mêmes - efforts; nous nous contraignons l’un pour l’autre; il en résultera - que nous en prendrons l’habitude peut-être, et véritablement nous - nous désespérons. - - Il est impossible de recevoir plus de marques d’amitié que je n’en - ai reçu dans cette malheureuse occasion[453].» - -C’est la première fois et ce sera la dernière, que, dans le cours de sa -correspondance avec Balleroy, la mère parlera avec cette véhémence de la -femme à qui elle attribue la mort de son enfant. Elle, d’ordinaire si -prudente, ne peut retenir l’explosion de sa colère. - -Sa lettre du 8 juillet cristallise en quelque sorte la souffrance qui -fut toujours son lot et qu’elle a soigneusement cachée sous sa gaîté -coutumière, par égard et par amour pour son mari: «Cette perte affreuse -m’a rappelé la mort de ma fille aînée... j’ai pleuré en même temps tous -mes enfants... Il est dur, avant cinquante ans, d’avoir éprouvé tout ce -qui m’est arrivé». Moins que jamais, elle veut quitter Aiguillon: «Le -parti que nous prenons de rester ici est celui que je crois être le plus -sage, vu l’acharnement très actif de nos ennemis et la tranquillité plus -que passive de ceux qui sont à portée de prendre notre parti et qui même -le devraient.» - -La fin, si touchante, de cette pauvre jeune femme, accourue, avant que -sa santé ne fût rétablie, auprès de ses parents en exil, avait ému les -âmes sensibles à la Cour et à la Ville[454]. Le roi, dit Moreau, écrivit -au père qu’il pouvait quitter la tombe de sa fille[455]. Nous ne croyons -pas qu’un autre mémorialiste ait signalé le fait. Mais ce qui est -certain, c’est que l’Histoire réserve à Marie-Antoinette, seule, -l’honneur d’avoir spontanément réclamé le rappel de l’homme qu’elle -détestait, dès qu’elle apprit la situation, très grave, de Mᵐᵉ de -Chabrillan. - -Le 20 juin, Mᵐᵉ de Maurepas adressait, toute affaire cessante, ce billet -à sa nièce: - -«M. de Maurepas écrit à M. d’Aiguillon et lui mande que la reine, étant -touchée d’apprendre la maladie de votre malheureuse fille, est venue -chez le roi, où était M. de Maurepas et lui a dit qu’elle lui rendait -toute liberté et qu’il pouvait venir à Paris et dans tous les lieux -qu’il voudra, excepté la Cour. Si votre fille avait sa guérison, quel -plaisir j’aurais[456]!» - -La lettre de Maurepas, expédiée de Marly et datée du même jour, est -conçue à peu près dans les mêmes termes: «quel que fût l’événement», la -reine «touchée enfin de votre situation» consentait etc...[457] - -La dépêche envoyée, le 14 juillet, par Marie-Antoinette à -Marie-Thérèse[458] est très explicite: «Dès que j’ai su qu’elle (la -marquise) était en danger, j’ai trouvé que si M. d’Aiguillon venait à -perdre sa fille, il serait inhumain de l’obliger à rester dans l’endroit -où sa fille était morte. J’ai demandé au roi de lui laisser la liberté -d’aller partout où il voudra, excepté la Cour. Le roi me l’a accordé.» - -Il est donc bien certain que Marie-Antoinette n’a pas attendu, comme -l’ont prétendu quelques historiens, la mort de la malheureuse jeune -femme survenue dans cette même journée du 20 juin, pour demander le -rappel de d’Aiguillon. Mais ce qui est non moins exact, à en croire -Mercy, c’est que la reine n’eut pas, la première, l’idée de cette -démarche. La comtesse de Polignac--une nouvelle amie--et le duc de -Guines l’avaient incitée à la faire «par politique». Ne valait-il pas -mieux, disaient-ils, prévenir un acte de clémence qui eût peut-être -accordé à d’Aiguillon sa grâce tout entière, en n’en demandant pour lui -que la moitié[459]? - -Et le confident de l’impératrice démontre combien -Marie-Antoinette--aussi faible en cela de caractère que Louis XVI--se -laissait diriger par cette tourbe d’intrigants des deux sexes qui -aspiraient à devenir les maîtres de la Cour: «Je trouvai la reine fort -persuadée de l’adresse et de la sagacité de ses conseillers; mais sa -surprise fut grande, quand je lui fis voir la loucherie et la mauvaise -foi qui avaient dicté ces conseils.» Mᵐᵉ de Polignac et M. de Guines -n’étaient que des ambitieux, uniquement soucieux d’accaparer les bonnes -grâces de Maurepas. Et moi, disait avec amertume Mercy-Argenteau, en -s’adressant à Marie-Antoinette, quand je voulus m’employer également -pour M. d’Aiguillon, Votre Majesté «n’a mis aucunes bornes à ses -déclarations trop publiques et trop sévères!» Etait-ce une amende -honorable? En tout cas, l’ambassadeur termine sur ce mot: Il me semble -que la reine m’a «écouté avec attention[460]». Naïf diplomate, sous la -maussade apparence de sa défiance perpétuelle! Mais combien imprudente -cette jeune souveraine, qui devait expier plus tard si tragiquement dans -des angoisses familiales aussi douloureuses que celles de Mᵐᵉ -d’Aiguillon, les erreurs et les caprices d’une volonté, impatiente de -toute contrainte, qu’asservissait cependant à d’indignes courtisans la -soif immodérée des plaisirs. - - - - -XX - - _Arrêt dans la correspondance.--D’Aiguillon refuse de rentrer à - Paris.--L’opinion publique n’en dénonce pas moins ses intrigues - avec son oncle pour revenir à la Cour.--Action persistante de Mᵐᵉ - de Maurepas dans l’intérêt de son neveu.--Le buste de Louis - XVI.--La succession de La Vrillière et «la vilaine petite - race».--Irritation de la duchesse contre Guines.--Une saison à - Bagnères dans la plus stricte intimité.--Mᵐᵉ d’Aiguillon «écorchée - comme saint Barthélemy».--«Mauvaise compagnie» des gens de - Cour.--Retour au château: nouvelles récriminations du châtelain; - «absorbement continuel» de la châtelaine._ - - -La commotion avait été trop violente, le deuil était trop récent et trop -profond chez les d’Aiguillon, pour que, même dans un milieu où les -obligations mondaines créaient de tyranniques exigences, la vie du -château n’y restât de longtemps suspendue. Encore n’y reprit-elle, en -1777, que pour un petit nombre d’intimes, mais à porte entre-baîllée, -dans la tristesse des voiles funèbres, devant le souvenir sans cesse -rappelé de l’enfant à jamais disparue. - -Plus de correspondance pendant près de neuf mois. La duchesse a brisé sa -plume; et il semble que le duc se soit désintéressé de la politique. Par -un sentiment de fierté très légitime, il avait refusé, «comme un -déshonneur[461]», cette demi-grâce qui lui interdisait de remplir une -des fonctions les plus précieuses de sa charge, celle de travailler -personnellement avec le roi. Il préférait, disait-il, vivre dans la -solitude et ne reviendrait à Paris que «si jamais le soin de ses -affaires l’y appelait». Ce fut son oncle qu’il chargea de «voir le roi -et de lui porter ses mémoires (pour les chevau-légers)». Maurepas les -lui retournait «approuvés et signés sans difficulté[462]». - -Paris n’en préjugeait pas moins, en ce moment, les secrètes pensées du -neveu. Les Noëls pour l’année 1777, qui couraient déjà par la ville, le -confondaient avec l’oncle dans le même couplet: - - D’Aiguillon à l’intrigue - Se borne maintenant. - Le Mentor pour lui brigue - Poste très important; - Et ce vieillard, dit-on, - Un peu dans la démence, - Voudrait auprès de son poupon - Placer le Docteur d’Aiguillon - Pour enterrer la France. - -De son côté, Hardy consignait, dans son _Journal_, les échos des -réflexions bourgeoises sur ce croisement de menées souterraines, -auxquelles se trouvait encore mêlé un homme que ses amis espéraient -enfin rendre sympathique par l’étendue même de ses malheurs: - -«Quelques personnes mêmes regardaient le rappel de M. d’Aiguillon comme -une preuve de crédit qu’avait encore le sieur comte de Maurepas, en même -temps qu’ils imaginaient que son séjour dans la capitale pourrait bien -influencer sur les intrigues qui avaient pour but d’écarter le duc de -Choiseul que la reine paraissait désirer voir remonter au -ministère[463]...» - -Hardy ajoutait que «s’il fallait s’en rapporter à des personnes qui se -disaient bien instruites, quoique le parti du duc d’Aiguillon se -fortifiât de jour en jour, au point que le roi, Monsieur et Mesdames de -France étaient notamment décidés en sa faveur, ledit comte de Maurepas -mettrait encore obstacle à ce qu’il rentrât dans le ministère, par la -seule crainte qu’il avait que son rétablissement ne vînt à diminuer le -crédit dont il jouissait fort tranquillement». - -La détermination, réelle, de M. d’Aiguillon avait dû quelque peu -déconcerter Mᵐᵉ de Maurepas, non pas que la résolution des exilés lui -parût inexplicable; elle avait très vivement partagé leur désespoir et -même voulu arracher sa nièce au séjour qui lui en ravivait à toute heure -les transports; mais ce qu’elle ne pouvait comprendre, c’est que son -neveu coupât ainsi les ponts derrière soi. Elle qui s’était attachée si -étroitement à la fortune de M. d’Aiguillon, jusqu’à défendre sa cause en -pleine adversité et à lui assurer le concours d’un homme aussi ondoyant -que M. de Maurepas, elle verrait donc s’écrouler l’édifice si -laborieusement construit de ses propres mains! - -Quelle curieuse figure que celle de la sœur de Mᵐᵉ de Plélo! Restant -volontiers dans l’ombre, comme l’ambassadrice de Danemarck, à ce point -que la plupart des historiens ne l’ont pas connue, elle n’en avait pas -moins cette préoccupation intéressée de la politique que ne connut -jamais sa sœur et qui s’appelle vulgairement de l’ambition. Mais de -l’ambition dans le noble sens du mot. Elle voulut travailler à la -grandeur des La Vrillière et à la gloire des Plélo; non pas pour elle, -mais pour les héritiers de ces deux noms et de ces deux familles. - -Le rôle de cette femme active et intelligente n’a pas échappé à ses -contemporains, bien que, depuis la disgrâce, si longue, de son mari, -elle vécût peu à la Cour et qu’elle dirigeât plus volontiers de sa -chambre les opérations dont elle attendait le triomphe des siens. - -C’est ainsi qu’avec les conseils et l’aide de l’abbé de Véri[464], au -dire de certains mémorialistes, elle soutenait le crédit de Maurepas, -pour le plus grand profit de son neveu d’Aiguillon, sur qui s’étaient -reportées toute son affection et toutes ses espérances. - -L’exil de l’un avait en quelque sorte coïncidé avec le rappel de -l’autre. Et nous avons vu par quelles savantes manœuvres, en présence de -l’hostilité irréductible de Marie-Antoinette, Mᵐᵉ de Maurepas s’était -efforcée de stimuler le zèle intermittent de son mari, de calmer -l’irritation de son neveu, d’encourager les amis de d’Aiguillon, de -contre-carrer ses ennemis et cependant de ne pas mécontenter la reine. - -Toutes occasions lui étaient bonnes pour mettre en jeu l’intervention de -Maurepas. Et nous trouvons une nouvelle preuve de cette habile tactique -dans deux anecdotes que nous empruntons encore au journal de Hardy. - -Quand La Vrillière tomba en paralysie, Maurepas se rendit un jour chez -la reine, pour lui dire combien, dans une affaire toute privée, la -présence de son neveu devenait nécessaire à Paris. «Je ne consentirai -jamais au retour du duc d’Aiguillon, répondit la reine. Il s’est montré -mon ennemi personnel; et je répudierai comme mes ennemis tous ceux qui -oseront me parler en sa faveur[465].» - -La démarche du ministre était cependant très rationnelle; mais la -judiciaire de Marie-Antoinette, entretenue dans son entêtement par la -coterie qui la dominait, était brouillée depuis longtemps avec la -logique. Mᵐᵉ de Maurepas se le tint pour dit. La mort, si cruelle, de -Mᵐᵉ de Chabrillan avait bien amené une sorte de trève. Mais l’habile -manœuvrière, avant de reprendre la campagne, voulut savoir si son mari -avait encore le crédit nécessaire pour la recommencer. Elle s’avisa en -conséquence d’une démonstration lui permettant en quelque sorte de tâter -le terrain. Elle fit persuader au roi de donner son buste à Maurepas, -qui en serait grandement honoré. C’était de tradition, depuis tantôt -deux siècles, chez les maîtres de la France, d’octroyer libéralement un -exemplaire de leur effigie à ceux de leurs sujets qu’ils en jugeaient -les plus dignes. Maurepas reçut donc de son souverain ce royal cadeau et -en témoigna une telle joie devant le prince, que celui-ci s’en montra -tout ému. La preuve était faite pour Mᵐᵉ de Maurepas, «le point central -et le nœud gordien de toutes les intrigues de la Cour», suivant l’image -quelque peu compliquée de l’honnête libraire[466]. - -On voulait donc servir ce neveu, malgré son obstination à s’enfermer -dans son castel de l’Agenois. Aussi fallait-il le garer de toutes les -chausse-trappes qui pourraient guetter son passage, si le désir lui -revenait de reprendre le chemin de Paris. Maurepas avait craint un -instant que d’Aiguillon ne fût impliqué dans l’affaire de la Cahouet de -Villers, une des femmes de la reine, qui avait jadis contribué à la -fortune de la Du Barry. Il s’agissait d’une de ces escroqueries qui -prirent si souvent la reine pour point de mire et dont l’_affaire du -collier_ devait être la synthèse la mieux réussie. Maurepas en fut -quitte pour la peur[467]. - -La mort, prévue, de son beau-frère La Vrillière, lui avait inspiré, -comme à sa femme, de nouvelles inquiétudes, mais celles-ci d’ordre -privé. La perte était médiocre: le secrétaire d’État avait été servile -et plutôt malfaisant pour ses administrés: ayant dans son département -les lettres de cachet, il en avait abusé, et même au profit de belles -dames, prétendait la légende. L’homme ne valait guère mieux: vain, -présomptueux, ignorant et sot, il faisait peu d’honneur à l’intelligente -famille des La Vrillière. Le parent était taillé sur le même modèle: -après la mort de sa femme, la comtesse de Platen, dont il n’avait pas eu -d’enfants, il s’était acoquiné avec une intrigante qui avait épousé -Sabatin, commis des finances; et cette maîtresse, méchante et perfide -créature, qui lui avait donné plusieurs bâtards, avait éloigné peu à peu -de sa famille cet imbécile vieillard. Il avait soutenu d’Aiguillon, -pendant ses procès avec les Parlements, mais sans grande conviction, et -parce qu’il n’eût pas osé faire acte d’indépendance devant Louis XV. -Qu’il eût éprouvé moins d’embarras, s’il n’avait craint, d’autre part, -de rompre en visière avec Choiseul! La disgrâce de son neveu l’avait -trouvé aussi perplexe: mais il lui avait fallu, comme sa fonction le -voulait, porter l’ordre d’exil au «mauvais sujet» qu’avait désigné la -reine. - -Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui, depuis la mort de sa fille, avait «donné beaucoup -d’inquiétudes[468]» aux Maurepas, avait dû sortir de son marasme pour -s’occuper de cette succession, sur laquelle, par parenthèse, elle -comptait fort peu. Comme elle l’annonce à Balleroy, après neuf mois de -silence, «la mort de M. de la Vrillière (27 février 1777) a donné -beaucoup à écrire». - -«... Cet événement, tout prévu qu’il était, m’a fait de la peine; -c’était le frère de ma mère, dont je n’ai eu à me plaindre que de ses -faiblesses: tout le tort qu’il a jamais pu me faire ne vient que de -cette cause, d’autant qu’il était mené par des gens très mal -intentionnés. - -Son testament était fort avantageux pour les Langeac (ses bâtards); mais -«très honnêtement, il l’avait révoqué huit jours avant sa mort». Tout ce -qui me fâche, c’est que cette révocation était au bas du testament et -subsiste; et c’est une preuve qui a été faite dans des termes bien -étranges. J’en suis fâchée pour sa mémoire et voudrais que l’héritage -fût moindre et qu’il fût imprimé(?). - -On m’a mandé que ce qui l’a engagé au changement, était le -mécontentement où il était de cette vilaine petite race qui avait jeté -beaucoup d’amertume sur les derniers jours de sa vie. - -Mes parents me mandent que je dois venir pour nos partages. Ma réponse a -été que, comme eux-mêmes ont pensé avec raison que je ne devrais pas -revenir, tant que l’affaire de M. de Guines ne serait pas jugée, qu’il y -aurait à craindre qu’on nous supposât des intrigues aussi faussement -qu’on l’a déjà fait, que nous croyons plus sage de rester ici, que nous -nous rapportons en entier à tout ce qu’ils jugeront approprié pour nos -affaires, que sur cela, je priais M. de Maurepas de me servir encore une -fois de tuteur[469]...» - -Comme on voit, Mᵐᵉ d’Aiguillon était toujours préoccupée de l’affaire de -Guines. Elle y revient le mois suivant[470]: - -«Vous me parlez de la requête de M. de Guines; mais vous ne savez pas: -1º que cette requête et la lettre qui l’accompagne et qu’il a envoyée à -tous ces messieurs du Parlement, est remplie d’atrocités personnelles -contre M. d’Aiguillon et qu’il a eu l’insolence d’envoyer à sa porte -(rue de l’Université) un paquet à son adresse, dont il a fait demander -un reçu du suisse, qui contient les deux derniers mémoires et la copie -de ladite lettre. J’en ai écrit à mes parents, pensant qu’il est plus -que temps de faire taire ce vilain chien enragé et que, actuellement que -son procès est fini, il serait possible de lui imposer silence. Il est -ennuyeux, quand on ne demande qu’à rester tranquille, de ne pouvoir pas -l’obtenir et d’être toujours en butte à une cabale infernale. - -Si ma lettre arrive à temps et que vous puissiez voir M. de Maurepas, -vous me feriez plaisir de lui en parler sur le même ton...» - -N’est-ce pas le langage d’une femme sincère, qui «ne demanda» toute sa -vie «qu’à rester tranquille» et que le sort jeta toute sa vie également -au milieu d’un enchevêtrement d’intrigues, auxquelles sa droiture lui -défendit de participer et dont elle prétend son mari--bel exemple -d’héroïsme conjugal!--l’éternelle victime? - -Elle revient à la succession de son oncle: elle ignore si -Châteauneuf--actuellement La Vrillière--sera compris «dans son partage»; -elle préférerait qu’il fût attribué à son cousin Du Châtelet[471]. -L’hôtel de La Vrillière était, dit M. d’Aiguillon, le lot de Mᵐᵉ de -Maurepas; et le duc de Fitz-James, qui venait de perdre sa femme, -voulait l’acheter. Mais M. de Maurepas lui en demandait un prix trop -élevé[472]. Chemin faisant, cet oncle, qui connut toujours si bien ses -intérêts, reçoit de sa nièce ce coup de griffe que nous ne nous -expliquons pas: «il dérange sa santé par de nouvelles imprudences qu’on -ne pardonnerait pas à un jeune homme[473]». M. de Maurepas était un -goutteux endurci. Il n’avait jamais eu, et pour cause, paraît-il, la -réputation d’un coureur de guilledou, mais il aimait les fins dîners et -les vins généreux; les chroniques du temps en font foi. - -D’autres soins, plus pressants, s’imposaient à la vigilance de Mᵐᵉ -d’Aiguillon: de graves inquiétudes sur la santé de son mari venaient -raviver des plaies, qui, pour être déjà anciennes, n’en restaient pas -moins saignantes. - -Vraisemblablement l’affection bilieuse qui tracassait le duc et qui -s’était jadis accusée par ces irruptions de jaunisse, sur lesquelles la -malignité des libellistes s’était si souvent égayée, avait reparu plus -pénible et plus menaçante, depuis le passage de la mort dans le château -d’Aiguillon. Des infiltrations et des tumeurs s’étaient manifestées, qui -avaient résisté à l’emploi de topiques et de l’eau de Vals. Les médecins -de Montpellier (ils étaient quatre) que, sur les instances de sa -femme[474], le malade avait consultés, lui ordonnèrent de se rendre à -Bagnères, puis à Barèges[475]. Mᵐᵉ d’Aiguillon accompagna son mari. -Quelle fut la durée de la cure? Nous l’ignorons; mais les deux -baigneurs, car la duchesse, sans doute par amour conjugal, voulut suivre -aussi un traitement, séjournèrent presque trois mois dans les Pyrénées. -Nous devons à leur correspondance avec Balleroy de piquants détails sur -la vie balnéaire à cette époque et sur le monde qui la pratiquait. - -Le duc se plaint du temps qui est «affreux»; mais il est satisfait de sa -santé; il est à peu près guéri. Son fils, qui est fort bien portant, -boit tous les jours deux verres d’eau; et «il mange, dort et danse plus -que jamais[476]». - -La duchesse note l’effet des eaux--boissons, douches et bains--sur son -mari. Si celui-ci est enchanté de son traitement, elle ne l’est guère -du sien: convenait-il seulement à son affection du foie? «Je suis prise -de la tête aux pieds et écorchée comme saint Barthélemy. On dit: c’est -une preuve que les eaux chassent toutes les mauvaises humeurs qui sont -en moi. Ce sera là une belle opération surtout si elles chassent tous -les sujets d’humeur que j’ai et que je dois avoir[477].» - -Les excursions lui font prendre ses maux en patience: «Ce pays est -singulier et très pittoresque; il y a entre autres une promenade qui -offre des points de vue frappants, tels que de voir des montagnes qui se -perdent dans les nues, qui sont toutes couvertes de neige et ne -produisent que des rochers, et de l’autre côté, des autres montagnes qui -sont aussi très hautes, mais cultivées jusqu’au sommet et couvertes de -maisons et qui toutes ont un petit jardin et un petit bois. L’intervalle -de ces montagnes est un grand chemin bordé des deux côtés par la rivière -qui forme deux canaux très rapides lesquels coulent sur des roches -formant des cascades naturelles[478].» - -Il était de mode, à cette époque, pour un grand seigneur, d’amener avec -soi quelques-uns de ses familiers aux stations balnéaires où l’on -fréquentait: c’était une petite cour qu’on se formait pour se garantir -de l’ennui. Les d’Aiguillon n’avaient voulu, en raison de leur deuil, -qu’une «société très bornée». Ils avaient, parmi leur commensaux, deux -dames que nous retrouverons bientôt au château d’Aiguillon, MMᵐᵉˢ -Dubois de la Motte et de la Muzanchère, qui ne pouvaient vivre côte à -côte sans se disputer. L’une d’elles, Mᵐᵉ Dubois de la Motte, semble une -caricature: elle est «parée, ajustée, coiffée comme pour une fête, et -très affligée d’avoir un aussi petit nombre d’admirateurs; il est vrai -que les gens se moquent d’elle[479]». Mᵐᵉ d’Aiguillon est toujours sur -le qui-vive avec ces deux femmes, «ne s’étant pas jetée dans le grand -monde qui est très nombreux ici», d’autant qu’il s’y trouve des -personnages peu faits pour donner bonne opinion des gens de Cour, «le -prince de Salm et le duc de Mazarin qui vivent dans la plus mauvaise -compagnie en tout genre[480]». - -Comme le fait se présente fréquemment dans les villes d’eaux, -d’Aiguillon avait subi une rechute pour avoir abusé des douches. Le -médecin de Bagnères lui prescrivit de les cesser et lui défendit d’aller -à Barèges. Le mieux s’accentua: «Je ne vous parle pas de ma santé, écrit -la duchesse; elle ne peut être mauvaise quand M. d’Aiguillon se -rétablit[481]». - -Le duc était guéri et revint au commencement de septembre dans son -château, ramenant Mᵐᵉ Dubois de la Motte, pour ne pas la laisser en -présence de Mᵐᵉ de la Muzanchère restée à Bagnères[482]. - -Pendant leur cure, les d’Aiguillon s’étaient tenus assez éloignés du -monde extérieur (comme souvent la Faculté le recommande à sa clientèle), -pour n’être pas ressaisi par ces liens de toute nature dont il est si -difficile de se détacher. - -Un mois avant de partir, la duchesse avait encore commenté avec -indignation le dénouement définitif de «l’incroyable et atroce affaire -de M. de Richelieu, finie par un jugement tout aussi incroyable et aussi -atroce. Rien ne prouve mieux la justice de sa cause que la peine que ces -juges ont eue pour trouver une tournure pour le condamner aux dommages -et aux frais. Enfin il en est quitte pour de l’argent; et c’est beaucoup -qu’avec de telles gens l’honneur soit sauf[483]». - -Aussitôt son retour, ce furent de nouvelles obligations mondaines qui -vinrent la reprendre, le mariage d’une parente avec M. de Galibert -«amoureux comme un roman... C’est encore un secret, mais qui ressemble à -celui de la Comédie[484]». Elle s’occupait avec Mᵐᵉ de Flesselles et Mᵐᵉ -de Caen de tous les achats de ce Galibert «qui se ruinerait, si elle n’y -mettait bon ordre». Il fallait bien amuser «le grand châtelain», qui -allait beaucoup mieux et qui daignait en convenir[485]. - -Lui, déclarait au chevalier de Balleroy qu’il ne voulait pas remettre -les pieds à Paris. Son obstination irritait Maurepas qui obéissait -évidemment aux directions de sa femme et ne voyait pas d’autre moyen -pour d’Aiguillon de recouvrir sa pleine et entière liberté[486]. -Avait-il seulement fait part à son neveu de la démarche qu’il avait -tentée, et vraisemblablement à l’instigation de la comtesse, auprès du -futur empereur Joseph, de passage à Versailles, pour qu’il obtînt de sa -sœur le retour du duc d’Aiguillon à la Cour? L’auguste visiteur ne s’y -était pas engagé. D’autre part, Marie-Antoinette, très vivement -sollicitée par les amis de Choiseul, se défendait de faire entrer le -châtelain de Chanteloup dans le ministère: elle savait la répulsion de -son mari pour Choiseul; mais le parti de cet homme d’Etat, qui entourait -la reine, lui représentait qu’après la mort de Maurepas il n’y avait, -pour le remplacer, que «deux sujets, le duc de Choiseul ou le duc -d’Aiguillon». Et Mercy, qui raconte ces incidents au jour le jour dans -une sorte de gazette adressée à Marie-Thérèse, de s’écrier: Idée neuve -qui lui aura été suggérée par Coigny et par Esterhazy! En attendant il -priait l’archiduc de signaler à sa sœur le piège qui s’ouvrait sous ses -pas[487]. - -Dans une nouvelle lettre à Balleroy, d’Aiguillon se montrait cependant -plus explicite. Il le priait de l’aider à détruire cette calomnie qu’il -prétendait dicter au roi les conditions de son retour, en exigeant une -réparation authentique des injures qu’il avait subies. Non: il rentrera -simplement à Paris quand on lui permettra d’exercer les devoirs de sa -charge; mais, ignorant les motifs de son exil, il attend que la vérité -fasse connaître son innocence[488]. - -Or, au milieu des rêves d’ambition qu’il poursuivait, sous les -apparences d’un renoncement inspiré par son orgueil, cet égoïste avait -fini par constater que sa malheureuse femme se consumait de tristesse et -de douleur. «L’état moral» de la duchesse, écrivait-il, reste toujours -le même; et il redoutait que «cet absorbement continuel dans ses tristes -ressouvenirs ne détruisît à la fin sa santé; et malheureusement rien ne -peut la distraire quoi que je fasse». Il ne voyait donc pas que c’était -au contraire sa femme qui s’était toujours sacrifiée et qui se -sacrifiait encore pour le soigner et pour «le distraire[489]». - - - - -XXI - - _Programme de fêtes pour 1778.--Quelques invités et - habitués.--Balleroy, toujours l’empressé commissionnaire.--Ferme et - château.--Nouvelles du jour: mort de Jean-Jacques; procès du comte - de Broglie, «le vilain petit homme»; les châtelains et la guerre - des Insurgents.--Une lettre de d’Aiguillon à Mᵐᵉ Du Barry.--Autre - année théâtrale; fêtes et bals.--D’Aiguillon donne également ses - commissions à Balleroy.--Il fait le juge de paix au - château.--Projets de mariage pour le comte - d’Agénois.--Marie-Antoinette signifie de nouveau à Maurepas sa - résolution de ne plus voir d’Aiguillon à la cour._ - - -Le «Grand Châtelain», sincère ou non, se tient parole: il a dit un -solennel adieu à la Cour et à la Ville, aux affaires et à la politique: -il va s’enfermer un certain nombre d’années dans son domaine -d’Aiguillon. - -Sa femme, qui a compris le désarroi de cet homme, réduit à une «société -bornée» après avoir vu ses salons regorger d’adulateurs, a su, par un -sursaut d’énergie, sortir de son «absorbement» pour préparer, avec son -entrain des jours heureux, des occupations et des plaisirs au maître, -oisif et ennuyé, sevré aujourd’hui de ce qu’il appellera demain «les -mouvements de la Cour». - -Des invitations sont lancées, pour l’hiver de 1778, aux fidèles que -n’effraie pas une villégiature en un si lointain pays. Et Balleroy, cet -obligeant commissionnaire - -[Illustration: - -Cliché Lauzun. - -Plan de la Ville et du Château d’Aiguillon à la fin du XVIIIᵉ siècle. -Mémoires de P. Verdolin, édités par M. René Bonnat 1907] - -qu’on n’avait pas mis depuis longtemps à contribution, expédiera à la -châtelaine, soucieuse de s’approvisionner aux meilleures marques, des -poudres parfumées, des vinaigres de rose, de sauge et de millepertuis, -achetés chez «notre ami Maille», fournisseur des têtes couronnées[490]. - -Des réponses arrivent. On attend Mᵐᵉ d’Esparbès «qui aime le jeu autant -que la dévotion». Les Flesselles ne peuvent venir. Et Desnos, l’évêque -de Verdun[491], vieil ami de trente ans, retarde son voyage de quelques -jours pour assister aux débuts de Mᵐᵉ de la Muzanchère comme premier -rôle dans _La Bohémienne_[492]. - -Il n’est pas inutile de faire connaître cette dame, qui était veuve, -comme d’ailleurs son ennemie personnelle et rivale, Mᵐᵉ Dubois de la -Motte, née de Boisgelin de Cucé. - -Le mari de celle-ci, d’une très bonne famille de Bretagne, ainsi que M. -de la Muzanchère, s’était montré, avec lui, un des plus chauds partisans -de l’ancien commandant. Quant à sa femme, elle avait, comme nous l’avons -vu, beaucoup de prétentions, mais son tempérament combatif la rendait -insupportable. - -Mᵐᵉ de la Muzanchère n’était guère plus traitable. Mais c’était une -amazone des temps héroïques, une manière de Lucrèce... à rebours, dont -certaine aventure avait défrayé, pour la plus grande joie des curieux, -les échos de la chronique scandaleuse. - -On annonce un jour--en 1766 ou 1767--à Mᵐᵉ de la Muzanchère, parente de -l’évêque de Nantes, la visite de l’évêque de Saint-Brieuc, Monseigneur -de Girac, fils d’un second président au bailliage d’Angoulême. Le -prélat, qui avait trente-six ans à peine, était un mondain fort empressé -auprès des dames et grand amateur de théâtre: c’était lui qui plaçait -les billets pour les représentations de la Clairon. Fut-ce sous ce -prétexte qu’il s’introduisit chez Mᵐᵉ de la Muzanchère, fort jolie femme -et très séduisante? Toujours est-il qu’il la serrait de très près, quand -soudain survint le mari. La jeune femme s’élance sur l’épée du -gentilhomme, la tire hors du fourreau et va la planter dans la cuisse de -son trop bouillant adorateur. On ne parla bientôt plus à la Cour que de -cet exploit, d’autant que M. de Girac, après avoir été le grand ami de -M. d’Aiguillon, en était devenu un des plus acharnés adversaires[493]. - -La duchesse ne dit pas à son correspondant si Mᵐᵉ de la Muzanchère, à -qui le rôle de bohémienne devait certainement convenir, était aussi -tragique au théâtre qu’à la ville. Elle ne lui donne plus de nouvelles -qu’en juin. A cette époque, la santé de son mari ne lui laisse plus -d’inquiétudes[494]. Mais celle du chevalier s’est trouvée fortement -atteinte. La duchesse l’invite à venir «se refaire» au château -d’Aiguillon qu’il devait avoir déjà visité; car elle lui annonce qu’il -«y trouvera bien des changements dans les constructions». Les travaux -actuels sont exécutés par un «maçon» (entrepreneur) qui «a travaillé à -l’Orangerie de Versailles et qui a fait tous les bassins de Veretz». A -la fin du mois d’août on commencera la salle de comédie[495]. La -basse-cour ne lui donne pas moins de soucis que le temple consacré à -Thalie et à Melpomène: «la mode est aux canards»; la duchesse en aura -bientôt une centaine[496]. - -Il est probable que le chevalier alla tuer, à cette époque de l’année, -«les perdreaux et les lièvres» du propriétaire d’Aiguillon, car la -correspondance ne reprend qu’en décembre avec Balleroy, qui passa -l’hiver à Paris. - -Ses hôtes ne paraissent pas avoir pris un bien vif intérêt aux nouvelles -du jour: tout au plus quelques mots jetés de-ci de-là laissent voir -qu’ils ne les ignorent pas. Ainsi la duchesse qui connaît ses auteurs et -les cite à l’occasion, sans avoir la moindre prétention au bas-bleuisme, -a su la mort de Rousseau: - -«Jean-Jacques a fait à votre ami M. Girardin une grande galanterie en -allant mourir chez lui. Il manquait vraiment à son jardin anglais un -tombeau; il en aura un véritable, puisqu’on dit qu’il le fait enterrer -dans une île de son jardin, que sûrement il décorera de tous les -ornements convenables[497].» - -Un procès du comte de Broglie, pendant au Châtelet, éveille dans -l’esprit de la duchesse un mouvement d’humeur: «Tant que ce vilain petit -homme existera, il tracassera et tourmentera son prochain[498]». - -Un mot dans la même lettre sur un fait de guerre: «Je suis humiliée du -_Te Deum_ chanté à Versailles: c’est un ridicule pour la nation[499]». - -L’expédition d’Amérique trouvait, au surplus, la duchesse assez froide: - -«--Je prends peu d’intérêt, comme bien savez, aux insurgents et pas -beaucoup plus aux Anglais[500].» - -Le duc se prononçait plus catégoriquement, s’il faut en croire les -_Mémoires_ publiés sur son ministère: «M. d’Aiguillon a toujours dit que -c’était une faute que la guerre entreprise contre l’Angleterre en 1778, -à la sollicitation de Sartine (qui était alors ministre de la -marine)[501]». - -En ce moment où la France jouait une si grosse partie, l’ancien -secrétaire d’État aux affaires étrangères dut ronger son frein d’être -confiné dans sa retraite d’Aiguillon. Se fût-il prononcé, s’il était -resté au pouvoir, pour la politique de neutralité? Laissa-t-il voir aux -siens son dépit de n’être plus employé? Nous ne pouvons que le supposer. -Car le langage de la duchesse a pris un ton inaccoutumé d’amertume et -d’aigreur, qui s’exhale à tout propos. Son pessimisme devient plus -sombre encore, à la suite d’une escroquerie au jeu commise par le -général Smitt à la table du roi et «du premier prince du sang». Le fait -ne se présentait que trop souvent. «Il faut se flatter, dit Mᵐᵉ -d’Aiguillon, que cette démence ne durera pas, et s’il y a quelqu’un à -être tout à fait perdu, je souhaite que ce soit plus tôt que plus tard, -afin qu’il ne soit plus question de jeu quand mon fils entrera dans le -monde[502].» - -Précisément, à la même époque, venait de succomber en duel Adolphe Du -Barry, un neveu de la comtesse, que d’Aiguillon avait jadis nommé -cornette surnuméraire[503] de sa compagnie de chevau-légers, à la place -de Pecquigny, devenu, par la mort de son père, duc de Chaulnes. Il -écrivit à Mᵐᵉ Du Barry cette lettre de condoléances, d’une correction -parfaite, qui fait honneur à des sentiments de reconnaissance, dont se -gaussait alors si volontiers la nouvelle école des politiciens du -temps[504]: - - «J’ai bien imaginé, Madame la comtesse, que vous étiez aussi - touchée qu’affectée de la perte cruelle que vous avez faite; et je - n’ai point voulu ajouter, à la douleur que vous en ressentez, - l’importunité d’un compliment. - - J’ai prié Mˡˡᵉ Du Barry (Mˡˡᵉ Chon) de vouloir bien y suppléer et - de vous renouveler dans cette triste occasion les assurances bien - sincères de la part que je ne cesserai de prendre à tous les - événements qui vous intéressent. - - Je me flatte que vous n’en doutez point et que je n’ai pas besoin - de vous répéter ma profession de foi à cet égard, dont vous devez - être depuis longtemps convaincue de la vérité. - - Mᵐᵉ la vicomtesse Du Barry est certainement fort à plaindre dans ce - moment, mais je connais trop bien votre tendresse pour elle, pour - ne pas être persuadé que vous vous empresserez à adoucir son - malheur et qu’elle trouvera auprès de vous les secours et les - consolations qui lui sont nécessaires. Une amie telle que vous - dédommage de tout; je désire que le triste spectacle qu’elle vous - donnera et les soins que vous lui donnerez n’altèrent pas votre - santé et qu’elle soit toujours aussi bonne et aussi brillante qu’on - m’assure qu’elle l’est actuellement. - - Conservez-moi toujours vos bontés, Madame la comtesse, et ne doutez - jamais de ma reconnaissance, de mon attachement et de mon respect. - - LE DUC D’AIGUILLON. - - Mᵐᵉ d’Aiguillon me charge de vous témoigner toute sa sensibilité. - - Aiguillon, ce 16 décembre 1778.» - -L’année se termina sur une série de représentations dont Mᵐᵉ d’Aiguillon -salue les interprètes d’une critique assez dure et d’un mot quelque peu -osé qui, depuis, a conquis son droit de cité dans les coulisses de nos -salles de spectacle. - -«Notre théâtre s’est ouvert hier par l’_Épreuve_ (_villageoise_) et la -_Famille extravagante_; nos actrices qui sont Mᵐᵉ de Galibert et MMˡˡᵉˢ -de Signac, de Fontette, Turpin et Notest (?) ont joué assez mal, surtout -la première qui a _joué comme un cochon_. Vous le croirez aisément...» - -Puis la duchesse donnait au chevalier sa liste de commissions: - -«... Faites-moi le plaisir de m’acheter l’_Élite des Almanachs_, un -_Recueil général des costumes et des modes_ chez Desnos, rue -Saint-Jacques (4 livres 10 sous) broché, le _Bijou des Dames_ avec les -nouvelles coiffures de 1778 et le _Souvenir à la Hollandaise_ qui a pour -frontispice les coiffures _à la Belle Poule_ et à l’_Insurgent_[505].» - -Ce fut encore par des représentations théâtrales que les châtelains -inaugurèrent la nouvelle année, devant un public d’anciens amis venus de -loin et de connaissances, toutes récentes, accourues des environs. Dès -le 1ᵉʳ janvier, Mᵐᵉ d’Aiguillon donne à Balleroy, après les compliments -les plus tendres, le programme des fêtes...: «les nouvelles d’ici sont -l’ouverture de nos théâtres... Dimanche, nos bals recommencent; vous -êtes encore à temps pour y venir danser une allemande[506]». - -Et trois semaines après: «Nos comédies vont leur train; heureusement nos -acteurs n’ont pas été enrhumés... M. de Clairfontaine, en dansant un -menuet avec Alexandrine, s’est cassé le tendon d’Achille; et lundi il -s’est fait emballer dans sa voiture et a voulu retourner à Agen pour se -guérir[507]». - -Elle-même a été souffrante; elle a sans doute maigri beaucoup; car on la -bourre de soupe, de chocolat et de salep: «Je prétends, réclame-t-elle, -qu’on m’empâte comme un dindon[508]». Mais, en vérité, elle n’a point le -temps de s’occuper de ces misères: elle est fermière maintenant: «Je -vous ferai manger des œufs, comme il n’y en a point, pondus par mes -poules... et des canards élevés à la brochette par moi». Les travaux -continuent: «le maître du château s’en occupe et s’en amuse». Mᵐᵉ Dubois -de la Motte s’extasie sur «la beauté du teint et sur la gaîté» de M. -d’Aiguillon. Mᵐᵉ de la Muzanchère qui vient d’arriver--c’était -fatal--est, elle aussi, en bonne santé et paraît plus raisonnable. Elle -lui apprend que le chevalier «a tout lieu d’espérer le cordon». On en -parlait déjà depuis longtemps, «je souhaite vivement qu’elle ait -raison[509]». - -Le duc se préoccupe également pour son ami de «ce beau ruban rouge» et -il désire que le chevalier le tienne au courant de ses démarches. -Lui-même, à son travail de décembre, demandera la commission de -capitaine pour M. de Montaigle (sans doute un intime du chevalier), -mais il n’a pas le temps voulu; il faut qu’il attende l’an prochain. -Balleroy est un correspondant précieux pour le duc comme il l’est pour -la duchesse. D’Aiguillon le prie de s’arrêter à Veretz pour y jeter un -coup d’œil sur les travaux en cours et lui en parler quand il reviendra -au château[510]; de même, il le chargera un mois après d’un règlement de -comptes[511] avec le duc de Fitz-James. - -C’est un homme vraiment accablé de besogne que M. d’Aiguillon. A peine -a-t-il le temps de se remettre d’embarras gastriques, à force d’eau de -Vals en bain et en boisson, qu’il est obligé de s’interposer de nouveau -entre Mᵐᵉˢ Dubois de la Motte et de la Muzanchère. C’est maintenant -celle-ci qui devient intraitable, «malgré toutes les promesses qu’elles -m’a faites à son débarqué de n’avoir aucune tracasserie avec personne, -ni même de l’humeur. Elle m’a fait deux ou trois querelles d’allemand, -sans rime ni raison et sur des sujets aussi importants que celui de la -comédie qu’elle veut jouer sans acteurs... Je l’ai rembarrée fortement, -afin qu’elle prenne son parti, ou de s’en aller, ou d’être plus douce et -moins exigeante; et je lui ai déclaré que je ne lui passerais rien et -lui ferais des corrections publiques sans ménagement, si elle m’y -obligeait par ses incartades... Je ne m’en flatte pas, à moins que mon -fils à qui elle fait les coquetteries les plus fortes et qui ne paraît -pas éloigné d’y répondre, ne vienne à mon secours; mais il est aussi -froid au moral qu’au physique et bien nigaud encore...» - -Voudrait-il, par hasard, ce père aux mœurs faciles, ce galant seigneur -qui ne connut jamais de cruelles, que son fils se fît déniaiser pour -calmer l’humeur belliqueuse d’une invitée encombrante? - -Et puisqu’il parle de ce jeune comte d’Agénois, le seul survivant de ses -six enfants et si peu ressemblant à cet autre d’Agénois qui, lui, -n’avait pas attendu le nombre des années, il remercie Balleroy de la -réponse qu’il a faite à des propositions de mariage pour son fils et le -prie instamment «d’y persister», si on remet la question en train avant -son retour à Paris. «Continuez d’affirmer que j’ai moins de désir que -jamais de reparaître à la Cour, bien loin d’en chercher le moyen ou le -prétexte.» Oui, ses «résolutions sont invariables»; et son bonheur et -son honneur exigent qu’il ne s’en écarte jamais. Aussi concluait-il sur -cette péroraison qu’Horace eût pu lui envier, mais qui nous rappelle -plus encore la morale de l’immortelle fable _Le Renard et les Raisins_. -«... Mes bosquets sont effectivement charmants, mes terrasses -charmantes, ma cour commence à se démasquer et à s’ouvrir, ma salle de -comédie s’élève à vue d’œil... Il faudrait que je fusse bien fol pour -troquer une aussi belle habitation où je jouis de la plus heureuse et de -la plus complète tranquillité contre ma triste maison de Paris ou -quelque coin de grenier à Versailles, où je serais continuellement -tracassé, persécuté et vilipendé[512].» - -Ce mariage pour M. d’Agénois, était-ce celui auquel faisait allusion, -six mois auparavant, Mᵐᵉ d’Aiguillon, en ces termes: «Il n’est -nullement question du mariage de mon fils, et moins encore avec Mˡˡᵉ de -Polignac[513] qu’avec personne. Je n’y ai jamais pensé. Chabrillan m’en -a parlé quand il est venu ici, et, pour toute réponse, nous lui avons -dit que nous n’y songions pas». - -Il s’agissait cependant de Mˡˡᵉ de Polignac. On en avait discrètement -causé. - -Mais le bruit avait fait du chemin; et la _Correspondance secrète_ le -recueillait prestement pour le servir à ses abonnés en mars 1779. - -Le projet de mariage entre le comte d’Agénois et la fille de la comtesse -Jules de Polignac avait été amorcé, prétendait la petite gazette, par la -comtesse de Maurepas dans l’intérêt de son neveu et de son mari. - ---Mon fils est bien jeune, avait objecté le duc d’Aiguillon, mais la -volonté de la reine sera la mienne. - -En tout cas, remarquait le rédacteur de la feuille satirique, dont nous -avons signalé déjà l’âpre hostilité contre le duc, le futur beau-père de -Mˡˡᵉ de Polignac ne mettait pas beaucoup d’empressement à la prendre -comme bru. C’était évidemment la tactique de ce soi-disant désabusé des -ivresses du pouvoir, et c’était aussi un acte de soumission aux ordres -de la reine, marque de déférence dont le bon apôtre pouvait espérer -tirer quelque profit. - -Les négociations se prolongèrent quelque temps encore, mais les ennemis -de d’Aiguillon y coupèrent bientôt court en faisant agréer au roi le -mariage de Mˡˡᵉ de Polignac avec le comte de Gramont, fils du duc[514]. - -La comtesse de Maurepas, qui s’était vraisemblablement entremise pour -son petit-neveu, ne se découragea pas: travailler pour le jeune -d’Agénois, c’était travailler pour le duc d’Aiguillon. Elle fit tenter, -par des tiers, une démarche à Marly auprès de Marie-Antoinette: le comte -était en âge de se marier; mais il faudrait, pour favoriser cet -établissement, que son père eût la liberté de reparaître à la Cour. - -La reine manda immédiatement au château M. de Maurepas et lui déclara, -en toute franchise, qu’elle ne saurait se rendre aux désirs de la -comtesse. Elle ne voulait revoir de sa vie M. d’Aiguillon. Mais, en -somme, le duc avait-il besoin «d’aller à la Cour» pour marier son fils? -Ce n’était pas qu’elle eût la moindre prévention contre ce jeune homme: -au contraire, elle l’accueillerait avec bienveillance, quand il lui -serait présenté, ne voulant pas l’envelopper dans la disgrâce -paternelle. En même temps Marie-Antoinette couvrait de fleurs Maurepas. -Le ministre, dûment chapitré par sa femme, insistait dans l’intérêt de -son neveu; mais il fut bien vite éconduit[515]. - -Le jeune coquebin était donc réservé à d’autres hyménées; mais il se -souvint plus tard de la conférence et de bien d’autres humiliations qui -devaient passer par-dessus la tête de son père pour l’atteindre. - - - - -XXII - - _Illusions d’un ministre tombé: plan fantastique.--Le troisième - mariage du maréchal de Richelieu: vengeance filiale.--L’année des - évêques.--Oraison funèbre de Mᵐᵉ de Gisors et de M. de la - Vallière.--Débuts dans le monde d’Armand, comte - d’Agénois.--Félicitations réciproques de d’Aiguillon et de - Balleroy.--La chasse aux pintades et la «Dédicace» de la - comédie.--Nouvelle saison du duc à Bagnères: ses pertes énormes au - reversi.--Nouveaux projets de mariage pour le comte - d’Agénois.--Commérages mondains._ - - -Il est certain qu’en 1779 un grand effort fut tenté pour enlever haut la -main le rappel du duc d’Aiguillon à la Cour. La Correspondance de -Mercy-Argenteau le dit assez; et nous en trouvons encore la preuve dans -les _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, qu’il faut évidemment consulter -avec prudence, mais dont les assertions sont souvent corroborées par des -documents officiels. - -Un moment, le duc crut si fermement au succès qu’il envoya un courrier à -son intendant pour lui réclamer dans le plus bref délai les fourrures de -la duchesse et pour lui faire commander une provision de vin[516]. -C’était toujours Maurepas qui dirigeait la manœuvre; mais les _Mémoires_ -ne parlent pas de sa femme; ils prétendent que l’unique Eminence grise -du ministre est un conseiller de Grand’chambre, M. d’Amécourt, ami de -Mᵐᵉ de Forcalquier, «la seule des nombreuses maîtresses de d’Aiguillon à -qui il ait accordé quelque confiance[517]». - -Or, le retour de l’exilé était machiné comme un scénario de comédie: -dialogue entre le roi, la reine et Maurepas; monologue de Louis XVI; -puis scène finale consacrant l’abandon par Marie-Antoinette de ses -préventions. - -C’est bien imaginé comme fantaisie; mais, le plan d’un nouveau ministère -pour 1780, consécutif à cette intrigue de théâtre et tel que l’exposent -les _Mémoires_, se rapproche beaucoup plus de la vraisemblance. On -dirait une réplique de la prétendue conversation qui s’était engagée -entre Maurepas et son neveu, quand celui-ci avait dû quitter Paris après -la revue du Trou-d’Enfer. - -Aux termes de cette combinaison[518], d’Aiguillon était rappelé au -Conseil. Le neveu devenait alors le coadjuteur de l’oncle et «ferait -tout», pendant que M. de Maurepas irait donner à manger à ses carpes. M. -d’Aiguillon démontrerait au roi la nécessité d’étayer «la machine qui -croule»; et le prince lui répondrait: Vous n’en aurez que plus de -gloire; M. de Maurepas a fait ce qu’il a pu. - -L’auteur du plan, après avoir jonglé avec toutes ces chimères, serre de -plus près son argumentation. Il est hors de doute, dit-il, qu’avec les -emprunts et le gaspillage dont souffre l’État, «le royaume va à sa -ruine». Pourquoi la reine veut-elle écarter l’homme qui ferait succéder -l’ordre à cette anarchie? Nul ne connaît mieux l’administration. Et quel -autre ministre pourrait-on lui préférer? Le cardinal de Bernis? Il -préfère rester à Rome. Choiseul? Il inspire au roi une antipathie dont -ce prince ne reviendra jamais. Marie-Antoinette, au lieu de s’occuper -d’affaires, serait chargée du «département des beaux-arts et des bonnes -œuvres»... Que la reine fasse terminer le Louvre; qu’on y trouve un -_Muséum_ préférable à ceux d’Italie. Les tableaux sont «cubiquement -empilés» dans le dépôt de Versailles; et les marines de Vernet -deviennent la proie des rats dans les combles du Luxembourg[519]. - -Or, Marie-Antoinette, que sa mère tenait toujours en haleine par -l’intermédiaire de Mercy-Argenteau, n’était pas femme à se désintéresser -de la marche des affaires. Et ses entours ne l’eussent pas permis. Elle -avait signifié catégoriquement à Maurepas qu’elle ne voudrait voir de -sa vie M. d’Aiguillon. Il était donc impossible de lui imposer la -présence du «coadjuteur», ce personnage providentiel qui allait «tout -remettre en état». - -Celui-ci dut être avisé confidentiellement de l’échec d’une manœuvre -qu’il était censé ignorer. En tout cas, pour ne pas démentir l’apparente -fermeté de son attitude, et surtout pour obéir à un sentiment de -bouderie difficilement avouable, d’Aiguillon s’obstina à passer encore -près de trois années loin de Paris, dans un séjour que d’ailleurs -l’ingéniosité de sa femme rendait chaque jour plus vivant, plus animé, -plus délectable. - -«... Nos santés, écrit la duchesse, vont assez joliment dans ce moment; -et nous ne sommes occupés que de bals, de comédies. Hier, il y a eu bal; -aujourd’hui on joue la _Métromanie_, suivie de la _Servante -justifiée_[520] et d’un ballet-bouffon de la composition de mon fils, -demain bal et après souper[521].» - -Un événement mondain, s’il en fut, vint apporter un nouvel aliment, -mais... des plus légers, à la conversation des hôtes du château: le -mariage du maréchal de Richelieu (c’était le troisième) avec une jeune -veuve, Mᵐᵉ de Roothe: le vieux galantin avait quatre-vingt-deux ans; -mais il avait toujours de la vaillance. La légende veut qu’étant rentré -à son hôtel après la bénédiction nuptiale, pour changer de vêtements, il -ait jeté son cordon bleu sur le lit de grand apparat et dit à son valet -de chambre: - ---Va, le Saint-Esprit fera le reste. - -Mᵐᵉ d’Aiguillon ne semble pas très édifiée de cet appétit sénile: «Le -mariage de M. de Richelieu m’a surpris, comme vous pouvez bien le -croire; je suis fort aise qu’il ait bien pris dans le monde; je vous -avoue que je craignais le contraire; je fais des vœux pour que le parti -violent qu’il prend serve à faire le bonheur de ses dernières -années[522]». - -Le duc, lui, plaint Fronsac «qui paiera chèrement le plaisir de son père -de jouir pendant quelques années d’une compagne aimable et de vivre en -meilleure compagnie[523]». - -Le malin vieillard avait cru faire pièce à son misérable fils; mais -celui-ci se vengea odieusement, le Saint-Esprit ayant opéré contre toute -attente; il soudoya une femme de chambre de la maréchale qui lui fit -absorber, sans qu’elle s’en doutât, une boisson abortive[524]. - -Richelieu ne connaissait plus d’obstacles: à l’exemple des jeunes maris, -très fiers de montrer partout leur femme, il voulut promener la sienne -dans son gouvernement; et la duchesse blâme cette nouvelle crânerie: «Je -pense sur le voyage de M. de Richelieu tout comme Madame la maréchale; -et je crois qu’un aussi grand voyage entrepris à son âge et pour un -sujet tel que celui d’une nouvelle salle[525] peut paraître étrange. Je -crois aussi que, vu les circonstances, il éprouvera à Bordeaux des -désagréments de la part du Parlement et nommément du premier président -avec lequel il est brouillé... Si quelqu’un peut le faire changer -d’avis, ce ne peut être que Madame la maréchale qui a du crédit sur son -esprit et qui le voit journellement». - -La duchesse est trop loin pour lui adresser des observations qui aient -quelques chances de succès. D’ailleurs il est fermement résolu à -entreprendre son voyage puisqu’il vient d’informer M. d’Aiguillon de son -itinéraire: il passera par Lyon où «il a demandé un logement à -Flesselles», prendra le chemin du Languedoc pour s’arrêter à Aiguillon -et, de là, se rendre à Bordeaux[526]. - -Cependant la duchesse s’est fait un cas de conscience d’écrire à son -cousin: «... Je n’espère pas qu’il se rende à mes représentations, -puisqu’il a résisté à celles de sa femme, qui a plus d’empire que moi -sur son esprit». Mais, s’il y persiste, «il ne prendra pas sa route par -le Languedoc... parce que nous irons le joindre à Fronsac, pour lui -éviter la peine de venir ici...[527]» - -Autrement, le maréchal eût trouvé au château d’Aiguillon nombreuse et -brillante compagnie: les invités que nous connaissons déjà, puis le -comte de Chabrillan «gras comme un moine et frais comme une rose», et -l’évêque de Bayeux «bon et honnête homme» depuis longtemps attendu[528]. - -Car cette année aurait pu s’appeler l’année des évêques: les châtelains -en reçurent plusieurs. Le duc avait su conserver la dilection du clergé -qui l’avait toujours considéré, et pour ses attaches avec le Dauphin, -père de Louis XVI, et pour les outrages dont l’abreuvaient toujours -parlementaires et philosophes, comme un des plus solides défenseurs de -l’Église. - -C’étaient encore, parmi les prélats si bien accueillis à la petite Cour -de l’ancien ministre: l’évêque de Vendôme qui aura, l’an prochain, la -visite des amphytrions quand ils iront en Touraine[529]; l’évêque de -Condom, «tout triomphant d’avoir gagné son procès», qui les attend à sa -maison de campagne[530]; Monsieur de Verdun «qui mange et boit comme de -coutume[531]» et qui doit être, avec Mᵐᵉ d’Aiguillon marraine, le -«parrain» pour le mariage de la fille d’un métayer: «Vous voyez Monsieur -le chevalier, que ni les changements de ministres, ni les nouvelles -publiques ne nous dérangent de nos occupations champêtres[532]». - -Ce qui n’empêche pas la bonne duchesse de gloser tout à son aise sur les -nouvelles qui lui parviennent et dont Balleroy est assurément avisé: -telles la mort de Mᵐᵉ de Gisors et de M. de la Vallière: «la première -mérite les regrets de ceux qui l’ont connue; car, quoique dévote et -sévère, elle était on ne peut pas plus vraie: je n’ai jamais, dans aucun -temps, ni circonstance, eu qu’à me louer d’elle. Quant au deuxième, il -sera oublié aisément, à moins que l’on ne regrette un tripot de jeu de -plus dans Paris[533]». - -En ce moment, une grave question préoccupait chez Mᵐᵉ d’Aiguillon, et la -mère, et la grande dame: les débuts de son fils. Armand, comte -d’Agénois, était entré dans sa vingtième année: si le père ne le -trouvait pas suffisamment dégourdi, la mère signalait en lui une âme -d’artiste. Mais, jadis, l’éducation d’un jeune gentilhomme exigeait des -connaissances un peu plus étendues; et l’avenir d’un futur d’Aiguillon -ne pouvait se borner à l’horizon trop restreint des collines de -l’Agénois. Quatre années auparavant, au plus fort de la disgrâce, -l’intermédiaire inconnu, de qui nous avons cité la longue et curieuse -lettre, y mettait ce post-scriptum: «J’avais oublié de vous dire que M. -de Maurepas m’avait beaucoup parlé de M. d’Agénois: il me dit que votre -intention était de rester à Aiguillon; mais sans doute vous ne garderiez -pas toujours cet enfant auprès de vous». L’invite était évidente. Nous -ne voyons pas que les parents l’aient relevée.[534] - -Mais, dès le commencement de l’année 1780, le duc avait obtenu pour son -fils la survivance des chevau-légers[535]. Et, probablement, Maurepas, -qui avait gardé dans sa mémoire les promesses de la reine à l’adresse du -jeune d’Agénois, dut insister auprès de son neveu et de sa nièce pour -que leur fils fût présenté à la Cour[536]. C’eût été folie que de -bouder encore pour le compte et au détriment de M. d’Agénois. La -grand’tante dut évidemment le recevoir à Pontchartrain, l’interroger et -commencer son éducation de courtisan. Peut-être revivrait-elle un jour -dans la personne de ce dernier descendant mâle des La Vrillière et des -Plélo. Et sans doute le débutant répondit aux espérances de Mᵐᵉ de -Maurepas, car sa mère le laisse entendre à Balleroy, mais sur un ton -aigre-doux, qui reflète l’arrière-pensée, amère et revêche, du -politicien évincé: «On lui (à son fils) a su gré de n’être pas de la -plus grande maussaderie... On s’imaginait qu’un homme de son âge qui, -depuis cinq ans, était dans le fond d’une province, devait être une -espèce de petit sauvage... Et ma tante m’a mandé sérieusement que ce qui -l’avait le plus surpris, c’est qu’il était très bien élevé. Elle avait -oublié sûrement qu’il l’avait été par son père, qui a bien autant qu’un -autre ce qu’il faut pour cela[537]». - -De son côté le duc avait répondu aux félicitations de Balleroy pour la -survivance, par des compliments qui visaient le nouveau grade acquis par -le chevalier: cette distinction autorisait le bénéficiaire à postuler un -gouvernement ou tout au moins une «grâce pécuniaire». Mais d’Aiguillon -eût regretté de le voir partir pour «les guerres d’outre-mer». -Décidément, il n’était pas «Américain», ainsi qu’on appelait alors les -amis des «insurgents»[538]. Vers la fin de l’année, il reparlait à -Balleroy de son différend, qui n’était pas encore terminé, avec le duc -de Fitz-James, et témoignait son mécontentement de «la plate et -indécente contestation» qui lui était opposée. Ce n’était pas pour -réclamer l’intervention du chevalier (il ne demandait peut-être pas -autre chose) mais pour que son porte-parole fût édifié sur la conduite -de Fitz-James[539]. - -Afin de n’en pas perdre l’habitude, la duchesse continue à entretenir -son correspondant de ces menus détails, petites anecdotes et grands -embellissements, qui furent de tout temps l’accompagnement obligé de la -vie de château. - -A quelques «chiffonnages près», M. d’Aiguillon va bien; quant à elle, -«on dira bientôt, comme la princesse de Talmont, qu’elle a une santé -ignoble[540]». Plus tard, le duc se trouvera pris d’une «forte fonte de -cerveau». Aussi a-t-il «une grande et grosse perruque à trois marteaux -qui lui fait la tête la plus ridicule. Comme elle est pareille à celle -de M. de la Vrillière, je prétends que c’est un effet de sa succession -qu’il s’est approprié. Comme il en est presque quitte, il nous flatte de -reprendre bientôt ses cheveux à l’ordinaire». - -Innocente plaisanterie digne d’inspirer un livret d’opéra-bouffe dans le -genre de ceux qu’élaborait le jeune M. d’Agénois! - -Entre temps, Mᵐᵉ d’Aiguillon pensait au plaisir favori du chevalier: -«Quand vous viendrez, je vous ménage une chasse fort agréable, c’est la -chasse aux pintades; j’en ai 80 lâchées et nées dans les îles, qui, -l’année prochaine, peupleront même beaucoup et se reproduiront partout. -On les chasse comme des perdrix; et elles deviennent sauvages très -aisément. Ces 80 là sont les produits de 8 paires... C’est fort joli à -voir; elles vont par petites troupes de 8 à 10...» - -Les travaux d’agrandissement et d’amélioration se poursuivaient, à peine -interrompus par la pluie: des constructions nouvelles s’élevaient: «on -commence les communs, on achève la Comédie[541]». - -La _Comédie_! c’était la grande affaire. La duchesse avait trouvé pour -son mari la distraction par excellence: - -«Je suis, en ce moment, écrit le duc, très occupé de ma salle de -spectacle, dont nous devons faire l’ouverture le 31. Elle est réellement -très belle: et je suis persuadé qu’elle aura le succès le plus complet -et que vous en serez content, lorsque vous la verrez: ce qui ne sera -jamais aussi tôt que je le désire[542].» - -On devait l’inaugurer par le _Joueur_ et le _Babillard_[543]. Mais cette -«dédicace[544]», comme l’appelle Mᵐᵉ d’Aiguillon, fut reculée jusqu’au -milieu de janvier. Le même mois, le second spectacle se composa de la -_Métromanie_ et des _Chasseurs et la Laitière_[545]. La duchesse répète -le mot de son mari: «Vous serez content de la salle: elle est belle et -dans le genre noble». Le duc y revient pour la troisième fois: «Notre -nouvelle salle de spectacle a eu le plus grand succès. Elle fait -l’admiration de toute la province. Elle est effectivement belle, -agréable et commode. Il est vrai qu’elle m’a coûté un peu cher, mais -elle est payée et je n’y pense plus[546]». Et, à propos de tous ces -divertissements, comédies, concerts, bals, qui se succèdent au château, -le maître du logis a un de ces mots topiques où perce la mélancolie de -l’ambitieux rêvant d’autres plaisirs et d’autres jouissances: «Mon fils -se croit au comble du bonheur et n’imagine pas qu’on puisse être plus -heureux qu’il l’est». Mais si, doit penser intérieurement le père, quand -on détient seul le pouvoir. - -Le théâtre vient de fermer sur une «superbe» représentation: celle de -_Mazet_ et des _Vacances du procureur_, suivie d’un non moins «superbe» -ballet. Et la duchesse annonce une grande nouvelle à Balleroy: elle se -décide à faire le voyage de Paris avec son fils en avril ou en mai. Or, -comme elle tient à voir le chevalier pendant le mois qu’elle doit rester -dans la capitale, elle le prie d’ajourner à l’automne sa villégiature -d’Aiguillon: «il verra ainsi les vendanges, chassera les petits oiseaux -et les pintades; elle mandera tous les lièvres du pays; et c’est à -Aiguillon la plus belle saison du monde[547]». - -Puis elle passe à d’autres sujets, continuant la conversation avec sa -verve ordinaire, à bâtons rompus et sur ce ton de franchise dont elle -ne saurait se départir. - -«... Je trouve que le Parlement s’est éveillé un peu tard sur le danger -des jeux de hasard: il serait à souhaiter pour le bien des familles -qu’ils y eussent pensé plus tôt; mais c’est le cas de dire qu’il vaut -mieux tard que jamais. Il y a longtemps que M. de Genlis tenait tripot. -Quant aux ambassadeurs, je doute qu’il soit du droit des gens de leur en -laisser tenir: ce droit me semble bien dangereux[548]. - -... Peu m’importe qui commande l’escadre, pourvu qu’il fasse bien; et je -doute qu’il y en ait un de meilleur que M. d’Estaing[549].» - -Mᵐᵉ d’Aiguillon avait, avant tout, les sentiments d’un «citoyen», comme -on disait alors: «... Je désire que les changements qu’il y a eu et que -l’on dit qu’il y aura encore dans le ministère soient pour le mieux. Je -ne prends intérêt, comme bien vous savez, ni aux partants, ni aux -arrivants, ni même aux demeurants: je ne souhaite que la prospérité et -le bien de l’État[550].» - -L’imprévu et le pittoresque sont le charme de cette correspondance -écrite à la diable: «Vous vous trompez, monsieur le chevalier, en disant -que le maréchal de Tonnerre n’a pas de maladie: il en a une incurable -qui est quatre-vingt-quatorze ans. Je ne me soucie pas d’aller à cet -âge; mais je souhaite que certain Lorrain, de vos amis, y parvienne. Il -en prend le chemin. Adieu, monsieur le chevalier; c’est au milieu de -douze ou quinze vases, ou pots de fleurs, que je vous assure de la -sincérité, etc...[551]» - -Le duc est plus posé, plus compassé, plus solennel. Il n’a pas encore -dépouillé complètement le vieil homme, nous voulons dire le ministre. -Reparlant de son différend avec M. de Fitz-James, il informe Balleroy -que le duc a reconnu «l’absurdité des prétentions de son fils et -l’indécence des procédés de son homme d’affaires»; et le conflit s’est -terminé par un échange de «mots d’honnêtetés[552]». - -Mais l’heure du départ a sonné pour les deux voyageurs; et la duchesse -l’annonce, le 20 avril, au chevalier qui est de passage à Paris. Elle le -prie, en conséquence, d’aller faire un tour à l’hôtel de la rue de -l’Université et de l’informer si la maison est en état de la recevoir. - -Quand la mère et le fils furent partis, le duc, qui était malade, se -rendit, de son côté, sur les conseils de son médecin, à Bagnères. Le -temps était si mauvais qu’il ne pouvait se promener; il s’en consolait -au reversi, où il «perdait régulièrement 17 ou 18 sols, ce qui est -énorme[553]». Le déplacement de sa femme avait pour but l’établissement -d’Armand, comte d’Agénois. Un billet du père au chevalier énumérait les -alliances qui lui semblaient sortables pour son fils: - -«Nous serions fort aises d’avoir Mˡˡᵉ d’Havré; et c’est de tous les -partis auxquels nous avons songé celui qui nous conviendrait le mieux à -tous égards. On a déjà fait quelques ouvertures à ce sujet, mais on a -demandé du temps pour une réponse positive. Je ne suis pas également -tenté de Mˡˡᵉ d’Harcourt à cause des ridicules de caractère et de figure -de la grand’mère et de son fanatisme pour M. de Choiseul et de la -passion effrénée du père pour le jeu. Vous raisonnerez de tout cela avec -Mᵐᵉ d’Aiguillon; et nous en parlerons quand vous serez ici[554].» - -Déjà, le 25 février, le duc, à l’exemple de sa femme, avait prié -Balleroy qui voulait, très affectueusement, l’accompagner à Bagnères, de -remettre sa visite au mois de juillet; c’était le moment où «la -brillante et bruyante compagnie» affluait au château. Et Mᵐᵉ d’Aiguillon -serait de retour. - -Elle revint, en effet, avec son fils, sans avoir atteint le but que -s’était proposé son mari. Mais cet échec ne l’avait pas autrement -attristée: car elle écrivait au chevalier qui n’avait pu assister aux -vendanges d’Aiguillon: «Nous faisons la cérémonie du baptême de la -cloche de l’hôpital; et Mˡˡᵉ Massac, que vous connaissez bien, a invité -tout ce qu’elle a pu trouver; nous y allons en grand _in fiocchi_; et la -curiosité est grande et l’église petite[555]». - -L’entrain de la femme finit par gagner le mari; et ce sera aux dépens de -ses hôtes, que le châtelain se mettra en gaîté: «Le comte de Chabrillan -paraît enchanté de la réception que les carabiniers[556] lui ont faite. -Il n’a jamais vu un corps aussi bien composé en officiers, hommes et -chevaux; mais, comme il n’est jamais parfaitement content, il se -désespère de ne pouvoir le mener à la guerre et gagner à sa tête le -bâton (de maréchal).» - -Autre portrait... «Mᵐᵉ de Sérignac est arrivée ici pendant que nous -étions chez l’évêque de Condom; et nous l’y avons trouvée établie. Elle -m’a paru très enlaidie, ce que je ne croyais pas possible, mais du reste -la même qu’elle était et nullement embarrassée avec nous. Son mari qui -l’était venue chercher à Nérac et n’a pu parvenir jusqu’ici faute de -chemise, l’a obligée de nous quitter plus tôt qu’elle ne l’avait -projeté, mais elle nous a annoncé qu’elle reviendrait, dès qu’elle -aurait rempli le devoir conjugal et satisfait les désirs violents de son -cher époux[557].» Or, la dame ne revint pas: peut-être avait-elle été -piquée des épigrammes de la galerie; mais le duc se consola de «ses -rigueurs», le château étant abondamment pourvu de «filles et de -femmes[558]». - -La duchesse était déjà repartie, depuis un mois, avec son fils, pour -Paris. Le duc, qui en informait Balleroy, ajoutait que leur séjour ne -s’y prolongerait pas, «Mᵐᵉ de Maurepas ayant sa société qui lui permet -de ne pas avoir besoin de ses proches[559]». Au reste, disait le duc -dans une autre lettre «ce voyage avait déplu à Mᵐᵉ d’Aiguillon autant -qu’à moi, mais elle ne pouvait s’en dispenser[560]». - -Toujours cachottier et mystérieux, suivant son habitude, le -correspondant de Balleroy ne donnait pas la moindre explication sur ce -nouveau voyage, entrepris presque au commencement de l’hiver. -S’agissait-il d’autres partis pour le comte d’Agénois? Ou les -négociations précédentes avaient-elles repris faveur? Mᵐᵉ de Maurepas, -toujours si dévouée aux intérêts de d’Aiguillon, avait-elle mal secondé -ces projets d’union? En un mot, quels sujets de mécontentement le neveu -pouvait-il avoir contre sa tante pour manifester à son égard autant -d’aigreur? Et n’était-ce pas, de la part de l’exilé volontaire, la -dernière des maladresses, à ce moment même où le vieux Maurepas -disparaissait pour toujours? - -En effet le premier ministre de Louis XVI mourait à Versailles, le 21 -novembre 1781[561]. Quand le duc d’Estissac, ami du défunt, vint -annoncer au roi, avec des larmes dans les yeux, le décès de Maurepas: -«Si vous faites une grande perte, lui dit Louis XVI, j’en fais, moi, une -bien plus grande». Mais l’influence de la comtesse, toujours si -considérable auprès du roi, ne pouvait-elle survivre à l’homme d’Etat? - -Déjà, une année auparavant[562], et quelques jours après la mort de -Marie-Thérèse[563], Mercy avait envisagé l’éventualité de celle de -Maurepas et s’était préoccupé des candidats à une succession qui n’était -pas encore ouverte. De sa propre autorité, il avait pressenti -Marie-Antoinette à cet égard; et la princesse avait prié l’ambassadeur -de lui chercher «un sujet qui lui convînt ainsi qu’à la chose... Je ne -pourrais mieux m’en rapporter qu’à vous, lui disait-elle...». -Proposition illusoire! gémit Mercy-Argenteau qui se défend d’accepter -une telle responsabilité. «Sans cesse excité par la reine à lui dire ce -qu’il pense, il est perpétuellement déjoué par des alentours que le goût -immodéré de la dissipation rend nécessaires et qui par leurs -importunités obtiennent les choses les plus absurdes... Timide et -incertaine dans ses démarches», quand elle est livrée à elle-même, -Marie-Antoinette devient entreprenante et active..., dès qu’elle est -obsédée par sa société perfide et intrigante...» - -Ce diplomate, qu’une pénible expérience a rendu enfin clairvoyant et -sage, est las d’une telle mobilité d’esprit qui tourne à l’incohérence: -peut-être même a-t-il constaté que cette prétendue franchise, après tant -de crises d’étourderie, masque une certaine dissimulation; et, dans son -découragement, il laisse entendre à son ministre qu’il serait bien aise -d’être remplacé. - -Quant à d’Aiguillon, toujours terré dans son domaine, il ne semble pas -avoir regretté outre mesure son cher oncle, puisqu’il nous apparaît de -si belle humeur, au milieu de cette foule de «filles et de femmes» qui -le charment de leur présence. - - - - -XXIII - - _Une «crillonnade».--La requête de «monsieur Lustucru».--Voyages à - Paris de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Mission infructueuse de Balleroy auprès - de Mᵐᵉ de Maurepas.--Entrée sensationnelle à Paris.--Les Espagnols - devant Gibraltar.--Les travaux de Cherbourg.--Mᵐᵉ d’Aiguillon, la - politique et les voleurs.--Une créance sur Mᵐᵉ Du Barry.--Mariage - du duc d’Agénois avec Mˡˡᵉ de Navailles.--La petite vérole de Mᵐᵉ - d’Agénois et les perdreaux de Ruel.--«Laïus est mort».--Le procès - Linguet.--Morts successives du duc de Richelieu et - d’Aiguillon.--Mercier devant les caveaux de la Sorbonne._ - - -A partir de 1782, la correspondance entre Balleroy et ses illustres amis -devient plus rare. Le chevalier n’en reste pas moins l’«attentif» aux -petits soins pour la duchesse, et l’homme de confiance de son ancien -chef. Il en est toujours récompensé par les compliments les plus -flatteurs, les billets les plus aimables, les invitations les plus -pressantes aux tirés du domaine d’Aiguillon. - -Mais la duchesse est le plus souvent maintenant à Paris: il faut bien -produire M. d’Agénois et ne pas négliger Mᵐᵉ de Maurepas. Et le duc, -toujours mécontent et boudeur, sans vouloir le paraître, n’écrit que de -loin en loin, soit pour se plaindre de sa tante, soit pour jouer au -propriétaire surmené de besogne. - -Mᵐᵉ d’Aiguillon était rentrée au mois de janvier. Elle dit à Balleroy -tout son bonheur de revoir son époux et de partager avec lui les -devoirs de l’hospitalité. Ils ont en ce moment les évêques d’Agen, de -Condom et de Couseran--la province mitrée--; et pour les divertir, ils -leur donneront les _Caquets_ et le _Devin de village_[564]. Il était -alors très bien reçu qu’on offrît à des prélats, sur un théâtre de -société, la représentation de telle ou telle pièce en vogue. -Beaumarchais, quand il protesta, vers la même époque, contre -l’interdiction de son _Figaro_, disait qu’il l’avait fait jouer devant -une «assemblée de prélats» qui en avait félicité l’auteur. - -Avant son départ pour Paris, Mᵐᵉ d’Aiguillon commente, suivant son -habitude, une nouvelle qui lui arrive de la capitale et qui a trait à la -guerre maritime engagée entre la France et l’Angleterre: «Il est -certain, monsieur le chevalier, que le général Crillon nous a donné là -une très bonne crillonnade et que, dans le temps qu’il n’était connu que -pour cet amphigouri, on ne se serait pas douté qu’il dût si bien faire -parler de lui. Je souhaite qu’il réussisse aussi bien à Gibraltar, si on -l’y envoie...» Elle croyait d’ailleurs à une paix prochaine; et, après -avoir rappelé tous les services rendus à l’Etat par son mari, annoncé -l’affluence des habitués au château, elle terminait sur cette petite -phrase: «Monsieur Lustucru, de grognante et de gourmande mémoire, vous -présente requête pour lui apporter une provision de gimblettes et de -croquignoles[565]». - -M. le chevalier disait connaître son Molière et pratiquer le fameux vers - - Jusqu’au chien du logis il s’efforce de plaire. - -Quinze jours après, le duc lui écrivait pour l’instruire de la gravité -de ses occupations: les solliciteurs étaient si nombreux qu’il se voyait -obligé de _sérier_, comme on dit aujourd’hui, ses invitations: nous -relevons, entre autres noms, sur sa liste, ceux de Coniac, Saint-Aignan, -d’Esterno, Tinténiac, beaucoup de noblesse de Bretagne[566], l’ancien -«bailliage d’Aiguillon». - -Depuis le retour de sa femme au château--sans doute au printemps--le -duc, visiblement tourmenté par les nouvelles qu’elle avait rapportées de -Paris, avait chargé son confident d’une mission délicate auprès de Mᵐᵉ -de Maurepas. La «négociation» avait été «malheureuse»; il n’en -remerciait pas moins le négociateur: «Il est bien difficile, concluait -d’Aiguillon, de persuader à des gens de leur âge, prévenus, opiniâtres -et accoutumés au despotisme le plus absolu dans leurs famille et -société, qu’ils ont tort». L’autoritarisme de Mᵐᵉ de Maurepas -s’expliquait, étant donnée l’influence qu’elle avait toujours exercée -sur l’esprit de son époux. - -Il s’agissait, ainsi que le laisse comprendre la lettre de d’Aiguillon, -d’affaires d’intérêt; et les vieillards, même ceux qui ont, comme Mᵐᵉ de -Maurepas, des trésors de tendresse pour leurs neveux, sont bien souvent -intraitables sur les questions pécuniaires. Mais Mᵐᵉ d’Aiguillon, quand -elle serait auprès de sa tante, reprendrait la conversation et saurait -quelles étaient les exigences et les appréhensions de la vieille dame, -«pourvu que celle-ci en parlât préalablement à M. Amelot[567]». - -Ce fut à cette époque que «Mᵐᵉˢ Du Barry» furent reçues au château. Mᵐᵉ -d’Aiguillon y signale simplement leur présence, à propos d’un dîner -donné pour l’évêque d’Agen[568]. Et quelques jours après, elle annonce -au chevalier son départ, le 17 ou le 18, «si elle n’a la maladie à la -mode (la grippe)», pour arriver à Paris le 22 ou le 23. Elle demande en -même temps: «Que dites-vous de la prise de Gibraltar? Il faut convenir -que M. de Crillon a eu une heureuse étoile[569]!» Une étoile bientôt -éteinte! La nouvelle était fausse. - -Mais voici la duchesse aux portes de la «bonne ville». Son entrée ne -laisse pas que d’y faire sensation: - -«Il n’y a que moi, je crois, qui arrive de 200 lieues, à pied, à Paris. -C’est exactement ainsi que j’ai fait mon entrée. Une des petites roues a -cassé net à Bourg-la-Reine, à cinq heures du matin, par un très vilain -temps. Je n’en suis pas moins partie...» - -Vainement elle cherche un fiacre... déjà à cette époque!... Mais elle -continue son chemin: «A huit heures, nous sommes arrivés avec mon fils, -M. d’Abrieu, Mˡˡᵉ Delong (sans doute une femme de charge), mes chiens et -moi, à la barrière où je harangue le commis de l’octroi pour qu’il -n’arrêtât pas ma voiture. Il m’a d’abord pris pour fort mauvaise -compagnie»; et l’éloquence de la voyageuse eût été sans doute en pure -perte sans la croix du chevalier d’Abrieu et l’uniforme du comte -d’Agénois. - -Mᵐᵉ d’Aiguillon écrit du jardin de Madrid où demeure sa tante: «Nous -avons tous les soirs, et même à dîner, les courtisans désœuvrés de la -Muette[570]». Elle annonce le bruit du jour, la banqueroute du prince de -Guéméné: «On dit qu’il emporte 28[571] millions. La maison de Rohan a -toujours voulu trancher du souverain; dans cette occasion, ce n’est pas -du bon côté; elle et les siens y sont pour la forte somme[572].» - -Elle est retournée à Paris, dans son hôtel, d’où elle écrit à Balleroy -que le démon de la chasse entraîne un peu partout: «J’ai voulu, monsieur -le chevalier, vous laisser le temps de détruire tout le gibier de la -terre où vous êtes, pour ne prendre pour vous écrire que le moment où je -vous crois fatigué de carnage. Ne les tuez pas tous; laissez-en pour -renouveler vos plaisirs pour l’année qui vient». Et, sans plus de -préambule, la narratrice défile son chapelet de nouvelles: «On vous a -mandé que les Espagnols avaient pris ce généreux parti vis-à-vis les -Anglais; ils les ont laissé passer tranquilles, à leur barbe, jeter neuf -vaisseaux dans le port de Gibraltar, faire une promenade dans la -Méditerranée[573]». Elle note les impressions de la population -parisienne en présence d’une campagne menée avec autant d’incapacité et -d’inertie, et passe, sans autre transition, à des affaires d’ordre -privé. Malgré les «mots d’honnêteté» échangés entre M. d’Aiguillon et M. -de Fitz-James, celui-ci est encore à payer les dettes de son fils. Puis -la duchesse parle théâtre: «Les nouvelles des spectacles, dont vous -jugez bien que je suis plus instruite par mon fils que par moi, sont -qu’il y a eu hier aux Italiens deux pièces nouvelles, que toutes deux -sont tombées à plat, avec justice, ce dit-on[574]». - - * * * * * - -La correspondance de 1783 est en déficit. Celle de 1784 se réduit à -trois lettres. Mais nous y découvrons cet intéressant détail que le duc -d’Aiguillon a renoncé enfin à son splendide isolement. Il est revenu à -Paris; et il en écrit au chevalier qui, lui, n’y est plus: «Le duc -d’Harcourt (gouverneur de la Normandie) mettra sûrement du zèle, de -l’activité et de l’économie dans la direction des travaux de Cherbourg; -mais, à en croire la marine, la réussite est physiquement impossible; et -tout l’argent qu’on y emploiera est inutilement perdu; je souhaite -qu’ils se trompent et ce ne sera pas la première fois[575]». D’Aiguillon -voyait encore Mᵐᵉ de Maurepas; car il dit l’avoir ramenée de la Comédie -à sa maison de Madrid. - -Le chevalier était sans doute à Balleroy, dans le château ancestral; car -Mᵐᵉ d’Aiguillon lui écrit sur le ton moqueur qui lui est propre: «_Votre -province_ est dans ce moment favorisée du ciel, puisqu’elle possède Mᵐᵉ -de Flamarens et tous ses charmes, Mᵐᵉ Seguin (?) et toutes ses grâces, -Mᵍʳ l’archevêque de Bourges et toute sa sueur[576]». - -Vers la fin de l’année, elle se décide à faire le voyage de Ruel, une -terre qu’elle n’aime pourtant pas, disait jadis la grosse duchesse. Elle -y va «prendre des alignements pour des plantations». Les promenades sont -belles et le parc regorge de lapins (ceci à l’intention du chevalier), -et brusquement: «Je ne vous parlerai pas politique, 1º parce que je n’y -entends rien, 2º parce que cela m’ennuie. Je ne vous parlerai pas plus -de voleurs, quoiqu’on en raconte de superbes histoires[577]». - -Par une coïncidence assez curieuse, Mᵐᵉ Du Barry, qui avait précisément -passé à Ruel les premières heures de sa déchéance, réglait, dans cette -même année 1784, ses comptes avec M. d’Aiguillon. Le roi venait de -rembourser les millions qui étaient dus à l’ancienne maîtresse de Louis -XV. Mᵐᵉ Du Barry paya donc au duc 227.000 livres qu’il lui avait prêtés -sous le nom de Binet de Beaupré. Il avait même fait opposition pour le -montant de cette somme sur toutes les valeurs appartenant à -l’ex-favorite. Et M. Vatel en déduit cette assertion, un peu aventurée, -que si M. d’Aiguillon avait été réellement l’amant de la Du Barry, il -n’aurait pas exercé une aussi rigoureuse répétition[578]. - - * * * * * - -Le dossier Balleroy ne contient également, pour l’année 1785, que trois -lettres des d’Aiguillon; et ce sont les dernières. Elles nous apprennent -un nouvel événement survenu dans la famille, événement qui lui permet -d’espérer qu’elle ne s’éteindra pas du côté mâle: le duc d’Agénois[579] -s’est marié avec Mˡˡᵉ de Navailles. Mais le jeune ménage a cependant -éprouvé une déception: «Mᵐᵉ d’Agénois n’est plus grosse: elle en a pris -tout de suite son parti». Son médecin l’a trouvée en bon état. «En -conséquence, elle a été inoculée[580] hier matin. Elle est établie au -Gros-Caillou. M. d’Aiguillon y passe toutes les journées; et son mari -est établi avec elle: elle est très contente et jamais il n’y a eu un -tel zèle... Je l’ai vu partir (sans doute de l’hôtel d’Aiguillon) avec -attendrissement, mais je me suis bien gardée de le faire paraître[581]». - -A son tour, le duc tient son ami au courant de la santé de sa bru, dont -il estime que «le caractère s’est un peu plus développé». Veut-il dire -(car c’est toujours le même homme de qui l’allure, le geste et la parole -sont volontiers énigmatiques), veut-il dire que la nouvelle duchesse -d’Agénois est moins sotte?... En tout cas l’inoculation a réussi: la -jeune femme ne sera pas marquée. Mais il a eu encore d’autres -tracasseries: le procès des Langeac (les bâtards de La Vrillière) sera -prochainement jugé; la santé de Mᵐᵉ de Maurepas est dérangée et il part -pour Madrid. Puis il tympanise le beau-père de son fils. Comme il attend -Balleroy pour chasser les perdreaux de Ruel, il tâchera de les lui -conserver «contre la rage de M. de Navailles qui, entre mille -prétentions, a celle d’être un grand chasseur: il n’a pas celle d’être -un bon père, à peine a-t-il vu sa fille dans sa maladie quoiqu’il dise -l’aimer à la folie[582].» - -Mᵐᵉ d’Aiguillon était restée depuis quelque temps à Madrid auprès de sa -tante. Elle n’en est pas moins à l’affût des nouvelles et fait part au -chevalier de son butin: - -«Je ne vous parle pas seulement de la mort de notre voisin de -Touraine[583]: - - _Laïus est mort; laissons en paix sa cendre_. - -Vous savez que c’est M. Du Châtelet qui est exécuteur testamentaire. -S’il trouve moyen de payer ses dettes[584], je le tiens bien habile. - -On dit qu’elles iront à huit millions... - -La reine vient mardi à Paris et doit aller à l’Opéra et le soir voir les -illuminations[585]. Vous ne serez pas fâché d’apprendre que -l’ambassadeur d’Espagne tira hier un feu d’artifice sur le toit de sa -maison, ce qui effraya un peu ses voisins, surtout M. de la -Reynière[586].» - -Ainsi l’adversaire acharné, l’ennemi implacable du duc d’Aiguillon, -Choiseul, qui, renversé par lui, avait réussi à l’abattre à son tour, -était mort, sans avoir pu remonter au pouvoir, malgré l’appui, non -dissimulé, de Marie-Antoinette. C’est qu’il était aussi odieux au roi -que d’Aiguillon l’était à la reine. Non pas que Louis XVI ait jamais -partagé contre Choiseul la prévention de certain parti qui le -représentait, suivant une note de Soulavie[587], comme _l’e.d.s.p._, -(_l’Empoisonneur de son père_), c’est-à-dire du Dauphin, fils de Louis -XV. Le roi, très dévot, éduqué par M. de la Vauguyon[588] et Mesdames, -ne pardonnait pas à Choiseul d’avoir été l’amant de la Pompadour, de -même que son vrai grief contre d’Aiguillon était la liaison du ministre -avec la Du Barry. - -Le duc retourna-t-il jamais dans ce domaine qu’il avait habité pendant -près de huit années consécutives, qu’il avait amélioré, embelli et qui, -grâce à l’habile gestion d’une femme d’un dévouement infatigable, lui -avait permis de tenir une petite cour, moins brillante, il est vrai, que -celle de Choiseul, mais digne de son nom et de sa maison? - -Nous ne voyons nulle part qu’il ait repris le chemin d’Aiguillon. Et il -n’en eut certes pas la pensée. Il était maintenant à Paris et l’espoir -lui était revenu en y fixant désormais ses pénates. Pourquoi ne -serait-il pas plus heureux que Choiseul, maintenant surtout que ce -formidable adversaire avait disparu? - -Tombé du pouvoir, l’ambitieux, fût-il doué d’une perspicacité géniale, -s’illusionne toujours plus que personne. Il ne tient compte ni des -leçons du passé, ni des contingences futures. Il se croit victime des -injustices humaines, mais trop indispensable à la marche des affaires -pour ne pas obtenir un jour ou l’autre une éclatante réparation. -D’Aiguillon n’avait-il pas, dans sa propre famille, un exemple de ces -retours inespérés de la fortune? Maurepas, son oncle, après une disgrâce -qui avait duré plus d’un quart de siècle, n’était-il pas mort, les mains -au gouvernail? - -La vie que traîna désormais d’Aiguillon, toujours malade, soit à Paris, -soit à Ruel, n’a pas assez occupé l’Histoire, pour qu’elle ait gardé les -moindres traces des faits et gestes du politicien déchu, pendant les -trois ou quatre années qui précédèrent sa mort. Les Mémoires du temps -citent à peine son nom: encore cet éphémère souvenir n’est-il qu’un -vague écho de l’interminable procès que soutenait le duc contre Linguet. -L’attitude du grand seigneur vis-à-vis du publiciste ne s’était pas -modifiée. Cet orgueil, renforcé de mépris, voulait ignorer le faquin -qui, se croyant insuffisamment payé pour ses peines et services, osait -attaquer un descendant du grand cardinal devant le Parlement. Le -journaliste, si âpre dans ses revendications, après s’être montré si peu -scrupuleux comme avocat, n’était guère intéressant; mais le duc et pair -qui apportait à défendre ses louis un tel esprit de chicane, l’était-il -davantage? En tout cas, Linguet n’était pour lui qu’une _espèce_ et sa -réclamation une fadaise. Dans leur correspondance avec Balleroy, ni le -duc, ni la duchesse ne soufflent mot d’un procès qui défraya si -longtemps les conversations de la Cour et de la Ville. - -Persuadé que d’Aiguillon l’avait fait rayer du barreau, le 11 février -1774, par un arrêt du parlement Maupeou, Linguet entendit lui imputer la -responsabilité de toutes ses disgrâces. L’occasion lui parut favorable, -en 1786, une fois que le duc fut rentré à Paris, de lui intenter un -procès. Marie-Antoinette en tressaillit de joie. Et alors que, forçant -l’entrée de la grand’chambre, à la tête de 300 avocats nouvellement -inscrits, Linguet prononçait, au milieu d’une foule immense, une -plaidoirie triomphale, des amies de la reine notaient fidèlement tous -ces incidents d’audience que la malignité publique allait appuyer de si -perfides commentaires. - -Linguet était-il si convaincu de la bonté de sa cause? On dit qu’à son -heure dernière, presque sur les marches de l’échafaud, il reconnut ses -torts envers d’Aiguillon. - -Il en est de certaines existences officielles, qui furent longtemps -agitées et tumultueuses, se répandant au loin, soumises aux fluctuations -les plus diverses de l’opinion et ballottées par les souffles les plus -contraires, comme de ces grands fleuves qui, après un cours souvent -contrarié par les résistances du sol et par les lois de la nature, se -perdent et disparaissent pour ainsi dire avant de s’abîmer dans la mer. -Quand d’Aiguillon mourut le 1ᵉʳ septembre 1788[589], il était déjà bien -oublié dans la mémoire des hommes. Le _Journal de Paris_ n’enregistra -son décès que le 4, et la _Gazette de France_ n’en parla seulement que -le 9. Son cousin, le maréchal duc de Richelieu, l’avait «précédé de -trois semaines, dit Mercier, dans les caveaux de la Sorbonne». Tous deux -«rejoignaient ainsi le fameux ministre qu’ils avaient voulu singer». -Résumant le rôle de chacun au XVIIIᵉ siècle, le chroniqueur philosophe -ajoutait: «Nous devons nos mœurs modernes au duc (de Richelieu) et la -nouvelle fermentation politique à l’ancien commandant de Bretagne: sans -le duc de Richelieu mon _Tableau_ aurait eu certainement d’autres -couleurs». Et comme ce précurseur du romantisme, disciple convaincu de -Rousseau, ne manque jamais une occasion de chevaucher le trépied -sybillin, il conclut sur cette prosopopée que n’eût pas désavouée son -illustre maître: - -«Sainte et véridique histoire, quand je voudrai t’écrire, je me -transporterai à la porte du caveau de la Sorbonne: et là, j’interrogerai -de mon mieux les singuliers personnages qu’elle renferme; et que -sait-on? si en faveur de mon amour pour la vérité, leurs voix ne me -répondraient pas[590].» - -La duchesse d’Aiguillon, dans cette lugubre solitude, avait trouvé des -accents d’émotion plus sincères et d’expression moins ampoulée: il est -vrai qu’elle parlait, en mère et en fille désolée, devant les tombes -encore récentes de «ce qu’elle avait aimé le plus au monde». - - - - -XXIV - - _Effacement de la duchesse d’Aiguillon pendant plusieurs - années.--Rôle de son fils au commencement de la - Révolution.--Prétendues représailles contre la reine.--Le fils et - la mère émigrent.--Rentrée en France de la duchesse.--Son - incarcération.--Le 9 thermidor sauve Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Vente et - liquidation des propriétés du duc pour désintéresser les - créanciers.--La duchesse se retire à Ruel pour exploiter la - propriété.--Heures difficiles.--Deux lettres du baron de Scheffer._ - - -La figure de la duchesse, qu’on avait jusqu’alors perçue dans l’ombre de -d’Aiguillon, s’efface, après la mort de celui-ci, pendant plusieurs -années. Elle ne reparaît, pour fuir définitivement quinze mois après, -que dans une correspondance de l’étranger et encore à l’état de reflet: -car les lettres où nous la retrouvons ne sont plus de la duchesse, mais -d’un ami aussi fidèle et aussi empressé que l’avait été Balleroy, de son -vivant. - -Quelle détermination prit Mᵐᵉ d’Aiguillon après la mort de son mari? -Quelle fut sa part dans la liquidation d’une succession aussi -embarrassée que devait l’être celle d’un homme fastueux comme l’était -l’ancien ministre, qui pouvait bien avoir cinq cent mille livres de -revenu, ainsi que l’affirmait Linguet, mais qui était surchargé de -dettes? Nous n’avons eu à notre disposition aucun document qui nous -permît d’établir au vrai la situation financière de la duchesse. Elle -était désormais toute seule[591]: demeura-t-elle à Ruel ou se -résigna-t-elle à vivre auprès de sa tante, Mᵐᵉ de Maurepas, qui ne -devait mourir que cinq ans après le décès de son neveu, au plus fort de -la tourmente révolutionnaire et sans jamais en avoir éprouvé la moindre -secousse[592]. - -Peut-être aussi cette succession, qui s’ouvrait dix mois à peine avant -la période d’anarchie si funeste à la fortune française, en fut-elle, -comme tant d’autres, singulièrement retardée et finalement amoindrie: -nous verrons bientôt un exemple de ces désastreuses liquidations. Mais -l’heure eût été mal choisie pour s’en plaindre. - -D’ailleurs la duchesse, qui s’était toujours défendue, sinon de parler, -du moins de faire de la politique, n’eût pas voulu se mêler à aucune -intrigue sous le nouveau régime, alors que, sous l’ancien, elle s’était -abstenue de participer à tant de misérables manœuvres. Son fils, Armand, -au dire des contemporains, n’eut pas les mêmes scrupules. - -Député à la Constituante, il se rangea du côté des libéraux et même -accentua si énergiquement son opposition, qu’il ameuta contre lui, non -seulement ses collègues de la droite[593], mais encore toutes les -petites feuilles royalistes, où l’invective s’enveloppait souvent -d’amusantes pasquinades[594]. On alla jusqu’à écrire qu’aux 5 et 6 -octobre 1789, le duc d’Aiguillon avait revêtu le casaquin et la jupe -d’une poissarde pour injurier, en toute sécurité, Marie-Antoinette. Il -est vrai que, dans la famille, on n’avait guère eu à se louer de la -reine. Et lui-même pouvait-il oublier qu’ayant obtenu la survivance de -son père pour les chevau-légers, ce régiment avait été licencié[595] et -que Marie-Antoinette en avait manifesté une joie insultante? Il serait -intéressant de savoir si Mᵐᵉ d’Aiguillon approuva l’attitude politique -de son fils, et dans quelle mesure? A vrai dire, cinq ans après, Armand, -inquiet de la tournure donnée aux événements par ses meilleurs amis, -s’empressait de fausser compagnie à ces démocrates convaincus, en -gagnant au plus vite la frontière[596]. Il devait mourir en 1800, à -Hambourg[597], sans postérité; et, de ce fait, toute la fortune de la -maison d’Aiguillon revenait à son unique héritier, le jeune Hippolyte de -Chabrillan. - -D’après M. Claude Saint-André, la duchesse d’Aiguillon avait fui, elle -aussi, par la diligence de Calais où Mᵐᵉ Du Barry avait pris place, -l’emmenant avec elle en qualité de camériste.[598] Ainsi, Mᵐᵉ -d’Aiguillon, cette femme jusqu’alors si forte et si intrépide, avait -cédé au mouvement de panique qui emportait dans le torrent de -l’émigration tant de familles de l’aristocratie. - -L’Assemblée législative avait voulu arrêter un exode qui menaçait de -dépeupler et d’appauvrir la France: d’où cette loi sur l’émigration, -dont les dispositions et le caractère provoquèrent, alors et depuis, des -débats si passionnés[599]. - -Un homme de loi, M. Bernet, à qui les d’Aiguillon avaient confié le soin -de leurs affaires, s’entendit sans doute avec un de leurs fidèles, nommé -Rousseau, pour les démarches que nécessitait l’observation de cette loi, -car il en recevait la lettre suivante: - -«J’ai été au comité de législation; on m’a dit que les personnes hors de -France doivent, d’après la loi, y rentrer. Il n’y a pas un moment à -perdre pour _faire revenir Mᵐᵉ d’Aiguillon_. Le moyen le plus expéditif -est celui qu’il faut employer de préférence[600].» - -Bien ou mal conseillée (car le point est encore discutable, tant -d’émigrés de la première heure ayant payé de leur tête leur rentrée en -France!) Mᵐᵉ d’Aiguillon revint donc à Paris. - -La même obscurité règne toujours sur sa vie. Il était sage, d’ailleurs, -en ces heures difficiles, de se faire oublier. Mais le passif de la -succession d’Aiguillon était tellement énorme, qu’on avait dû vendre et -liquider les biens pour éteindre les dettes. La duchesse avait des -droits sur le domaine de l’Agenois[601]; car il fallut son consentement -pour la vente des «effets restés à Aiguillon». Elle donne sa -procuration, en conséquence, au «citoyen Gauthier», un ancien prêtre, -qui demeurait 12 rue des Marmousets et qui s’était établi «homme de -loi». Dans son pouvoir, la duchesse abandonnait tout, sauf «les -tableaux, c’est-à-dire les portraits de famille». - -Or, l’administration n’avait pas attendu pour mettre la main, et sur le -château, et sur le mobilier qu’il contenait. Le tout avait été confisqué -en 1792 comme bien d’émigré[602]. - -Comment vécut Mᵐᵉ d’Aiguillon? Où se trouvait-elle, quand mourut Mᵐᵉ de -Maurepas, en 1793? Put-elle lui fermer les yeux? Autant de problèmes -dont nous avons vainement cherché la solution. - -Ce qui est certain, c’est qu’en dépit de tous les sacrifices qu’elle -avait consentis, depuis son retour d’émigration et dans le cours d’une -vie restée silencieuse, elle ne sut désarmer la méfiance des sociétés -révolutionnaires qui encombraient de leurs dénonciations les comités de -Sûreté Générale et de Salut Public. - -Victime de l’esprit de délation qui était à l’ordre du jour, Mᵐᵉ -d’Aiguillon fut arrêtée et enfermée aux _Filles anglaises_[603]. Le 9 -thermidor la sauva[604]. Elle se résolut alors à quitter définitivement -Paris pour aller s’enfermer à Ruel avec les misérables débris que lui -avaient laissés tant de ventes après tant de confiscations. Elle se -remit à cette vie de fermière qu’elle menait si allègrement au temps des -splendeurs d’Aiguillon. L’ancienne propriété du cardinal, déjà très -morcelée et dépouillée de tous ses ornements, abrita les derniers jours -de cette grande dame qui avait vu les premières maisons de France -s’écraser dans ses salons trop étroits pour recevoir tant de servile -ingratitude et de basse méchanceté. - -La duchesse d’Aiguillon fit valoir elle-même l’exploitation qu’elle créa -dans ce domaine abandonné. Elle le mit en culture maraîchère. Les -pelouses d’antan furent divisées en carrés de légumes; et là où -s’étaient promenés, en devisant de galanterie ou de politique et même -des deux, tant d’élégants cavaliers et de belles dames, poussèrent des -navets, des carottes, des choux que Mᵐᵉ d’Aiguillon allait vendre -elle-même sur les marchés de Paris. Elle installa, en outre, une -laiterie qui, assurément, n’avait rien de commun avec les étables -pomponnées et enrubannées de Marie-Antoinette à Trianon-Idylle. - -La lettre suivante qu’elle dut écrire à son homme d’affaires, dès -qu’elle entreprit de gérer elle-même sa propriété, atteste une fois de -plus cet esprit de décision, ce sentiment de la vie pratique et cette -intelligence alerte dont elle ne cessa de faire preuve en tout temps: - - «Je vous renvoye le mémoire que vous m’avez envoyé à signer, parce - que je le trouve trop verbiageux et que je suis persuadée que les - mémoires longs ne sont pas bons et par conséquent (_quatre mots - illisibles_) ne servent à rien. - - Le commencement est très bien, mais l’article qui veut prouver que - je me serais opposée à l’émigration de mon fils se répète trop et - ne signifie rien. Il y faut dire simplement que depuis un an je - n’avais pas vu mon fils et qu’étant à cent lieues j’ignorais le - parti qu’il prenait. J’ai barré l’endroit que je trouve trop long; - renvoyez-le moi tout de suite pour le signer. Je crois, quoi que - vous en disiez, que 5.000 francs ou même 4.500 valent mieux que - rien, qu’une maison qui n’est pas habitée se dégrade et perd - beaucoup de sa valeur. Ainsi donc, j’opine pour la laisser à ce - prix, mais seulement pour trois ans: il ne faut pas faire comme la - fille de la fable qui, à force de refus, n’a pu trouver à se - marier. Quant au cheval, j’ai peine à me résoudre à en acheter un - autre, que celui-là ne soit vendu. Au reste, vous verrez si cela - est nécessaire. - - J’ai vu hier M. de Quélen qui m’a dit l’arrangement que vous aviez - fait ensemble. - - On dit que, sous trois jours, le décret sur les réquisitions - (?)[605]... Je le souhaite plus que je ne l’espère. - - Rien encore de fini pour la basse-cour; mandez-moi tout de suite si - vous apprenez quelque chose de M. Joly. Je vous assure de toute la - considération que j’ai pour vous.» - - PLÉLO D’AIGUILLON. - - -De quelle maison voulait-elle parler? De l’hôtel d’Aiguillon, du château -de Veretz, d’un immeuble ayant appartenu à Mᵐᵉ de Maurepas? Autant de -problèmes. - -Mais, là encore, nous retrouvons l’influence bienfaisante d’un Quélen. -La fille, comme la mère, rencontrait appui, soutien, dévouement chez un -parent, héritier des mêmes traditions familiales. - -Depuis un an, Mᵐᵉ d’Aiguillon demandait donc à son labeur rustique le -pain quotidien, quand elle reçut d’Ek, en Suède, les deux lettres -suivantes[606]: - - 14 juillet 1795. - - «... La brebis égarée, Madame la duchesse, est retrouvée, - c’est-à-dire que j’ai eu, cette semaine, deux lettres de vous... - - 15 juillet 1795. - -... J’ai tressailli de joie, Madame la duchesse, en recevant une - lettre où j’ai reconnu vos caractères, où cette main si précieuse - était peinte. La vivacité avec laquelle je l’ai ouverte est - (_illisible_); mais ma surprise - -a été grande en trouvant qu’elle a été écrite le 24 août de l’année -passée. Vous vous y plaigniez d’un concierge barbare qui vous a privée -de toute communication avec le reste du genre humain. Un nouveau -surveillant vous était donné plus humain; mais, malgré cela, votre -lettre du mois d’août 1794 ne m’est parvenue que dans un moment, un mois -(? sans doute un an) après qu’elle a été écrite. - -Cette lettre vous apprendra toute la douleur dont mon âme est pénétrée -par les malheurs qui m’ont privé de vos nouvelles. - -Etes-vous libre? Etes-vous enfermée entre quatre murs? Enfin, madame, si -ces lignes ont le bonheur de tomber entre vos mains, au nom de Dieu, -apprenez-moi quel est celui (sans doute le sort) de vos enfants. Je suis -(_illisible_) et je touche peut-être aux derniers moments de ma -vie[607]. Ne me refusez pas cette consolation: elle adoucira les peines -que j’ai souffertes, elle rendra les derniers jours de ma vie heureux.» - -Le signataire de ces deux lettres était le baron de Scheffer, ancien -secrétaire d’Etat aux affaires étrangères en Suède et frère du comte du -même nom, ancien ambassadeur de Stockholm à Versailles. On sait la -particulière affection que les d’Aiguillon et les Richelieu avaient -vouée à la patrie de Gustave-Adolphe, constante alliée du cardinal. Nous -avons vu l’accueil fait, précisément à Ruel, par la grosse duchesse au -futur roi de Suède et la liaison très intime de son fils, le ministre, -avec le comte de Creutz, successeur du baron de Scheffer. Or celui-ci -avait gardé des relations d’amitié avec les d’Aiguillon, et son frère, -le comte était en correspondance réglée avec eux depuis 1754[608]. - -La duchesse lui avait écrit, après que la chute de Robespierre et de ses -partisans eût rendu aux prisonniers une liberté relative, en attendant -que la porte de leurs cachots s’ouvrît toute grande devant leur -impatience et celle de leurs amis. Mᵐᵉ d’Aiguillon avait cherché un peu -partout, comme ses compagnons de captivité, réconfort, consolation, -espérance, le souffle de la Terreur ayant balayé dans toutes les -directions, quand il ne les avait pas anéantis, les membres de cette -société polie et raffinée dont le premier crime était son blason. - - - - -XXV - - _Le baron de Scheffer, ancien ministre des affaires étrangères de - Suède.--Sa joie quand il apprend que Mᵐᵉ d’Aiguillon a pu échapper - «aux mains des tigres sanguinaires».--Il s’inquiète de la situation - financière de Mᵐᵉ d’Aiguillon et se désole de la voir se rendre à - Paris en charrette.--Que sont devenues les amies de la duchesse et - surtout Mᵐᵉ de Laigle?--Travaux rustiques: basse-cour et arbres - fruitiers.--Apparition des Mémoires de Richelieu, d’Aiguillon, de - Maurepas: opinion de Scheffer sur des compilations que Mᵐᵉ - d’Aiguillon déclare apocryphes.--La bru et le petit-fils de la - duchesse sont avec elle.--La dernière lettre de Scheffer._ - - -Les lettres du baron de Scheffer méritent de fixer l’attention, non -qu’elles soient des modèles de style, mais elles constituent une -documentation précieuse, qui, tout en permettant d’achever le crayon de -Mᵐᵉ d’Aiguillon, apporte des renseignements curieux sur la vie -économique et littéraire du temps. - -La seconde lettre de Scheffer, datée du 22 juillet 1795, nous montre un -homme pleinement rassuré: - -«Elle est libre, m’écriai-je! elle est sortie de prison, elle est -retournée à sa chère habitation de Ruel... Vous a-t-on rendu vos biens -en sortant des _mains (!!!) de ces tigres sanguinaires_?... Vous avez dû -renvoyer une partie de vos domestiques; et votre homme d’affaires a bien -mal géré les vôtres... Il faut qu’on vous ait dépouillée. - -Mᵐᵉ de Laigle est-elle sortie du naufrage général? - -J’ai adressé une lettre aux _Filles anglaises_ (Mᵐᵉ d’Aiguillon avait -écrit au baron de sa prison). - -Nous avons un ministre accrédité du 2 juillet: c’est le citoyen Rival -(?)» - -La Révolution avait si brusquement séparé, surtout depuis trois ans, la -France du reste de l’Europe, que les amis qui se revoyaient ou -reprenaient leur correspondance après un temps d’arrêt aussi long et -aussi imprévu, pressaient et précipitaient leurs questions, comme s’ils -eussent craint une nouvelle et brutale interruption: ce qui explique le -décousu de la lettre du baron de Scheffer, décousu qu’on retrouve dans -beaucoup d’autres correspondances du temps. Le gentilhomme suédois -reparlera souvent de Mᵐᵉ de Laigle, qui était une grande amie de la -duchesse et pour laquelle il manifestait en toute occasion la plus vive -sympathie. Cette dame avait une santé des plus précaires, et se soignait -peu ou mal: «Elle se croit encore à dix ans, écrit Mᵐᵉ d’Aiguillon à -Balleroy; son mari devrait l’avertir[609].» - -En général, les lettres de Scheffer sont plutôt des billets, où les -phrases, courtes et heurtées, continuent à n’avoir aucune liaison entre -elles. Elles ne sont pas toujours datées. En voici cependant -quelques-unes qui paraissent se rapporter aux premiers mois de 1796. - -Encore des questions sur la société de la duchesse, des dames que nous -avons vu se succéder au château d’Aiguillon: «Que sont devenues Mᵐᵉˢ -d’Esparbès, de Flamarens, si elles vivent encore? Et Mᵐᵉ de Laigle?» - -La situation de fortune de sa correspondante préoccupe beaucoup -Scheffer. Il compte bien que les hommes du gouvernement lui rendront ses -biens séquestrés: «Je l’attends de leur équité pour chanter de loin -leurs louanges». «... Je vois que vous avez trouvé quelque ressource -pécuniaire, et j’en suis très aise; mais que cela ne soit que par -l’ouvrage de vos mains, cela fait toujours mon étonnement et ma peine. -Je reçois des détails fort intéressants sur votre genre de vie, sur la -société que vous recevez...» Les prisonniers s’étaient créé, sous les -verrous, des relations qu’ils conservèrent après leur mise en liberté: -«Si vous n’avez pas tiré quelque autre parti de votre captivité, écrit -Scheffer, c’est de vous avoir attaché quelques personnes qui peuvent -vous tenir compagnie». - -Tous les siens n’étaient pas partis pour l’émigration ou quelques-uns en -étaient revenus: «Je vous félicite de recevoir chez vous Madame votre -belle-fille et votre Armand[610]. Il doit être bien grandi, depuis qu’il -était à demeure chez vous». - -Mais voici l’avril. Mᵐᵉ d’Aiguillon doit tenir son ami au courant de ses -travaux, et lui de répondre: «Vous êtes en pleine occupation pour faire -labourer et semer vos champs et planter dans votre garenne». (7 avril -1796.) - -Puis, c’est une publication qui fait grand bruit et dont la lecture a -certainement intéressé la duchesse: «Je viens de lire les _Mémoires_ du -maréchal de Richelieu. Louis XV est assez malmené. Je lui sais (à -l’auteur) pourtant gré d’avoir parlé fort avantageusement de M. le duc -d’Aiguillon. M. le duc de Choiseul n’y est rien moins que ménagé[611].» - -L’horizon est moins sombre; et l’apparence de sécurité que le -gouvernement du Directoire, cependant si faible et si divisé, offre au -pays, a rendu à Mᵐᵉ d’Aiguillon un semblant de belle humeur: elle a -retrouvé la rondeur et la bonhomie de la fermière d’autrefois; et le -baron lui réplique sur le même ton: - -«Votre lettre m’a fait grand plaisir par le détail qu’elle contient de -la société dont vous jouissez à présent, qui, quoique diminuée à raison -de ce qu’elle était auparavant, doit être fort bonne puisqu’elle vous -convient ainsi. Je vous en fais mon compliment, de même qu’aux petits -cochons de lait qui viennent de vous naître. C’est un bon produit de -votre basse-cour. Vous avez des boutons à vos arbres fruitiers (lettre -du 21 avril)... Je vous fais mille remercîments de votre lettre qui -m’apprend les malheurs arrivés dans votre basse-cour. Je vous ai fait -part de la mort d’une belle vache; mais ce n’est qu’entre nous que nous -pouvons nous confier de pareils chagrins; les gens de la ville se -moqueraient de nous.» (Lettre du 28 avril.) - -Une lettre, datée du 5 mai 1796, nous apprend une particularité, tout à -fait inattendue, sur le domaine de Veretz. La duchesse avait annoncé à -Scheffer la mort de son homme d’affaires en Touraine, mort qui ne lui -avait pas laissé de profonds regrets; et le baron l’avait «félicitée» de -l’avoir «perdu». Puis il ajoutait: «C’est quelque chose d’avoir pu -disposer des meubles qui étaient à Veretz[612]; mais _cette terre vous -appartient en propre_». Elle venait cependant du père de M. d’Aiguillon. -Le fils l’avait-il reconnue, comme douaire, à sa mère?[613] En tout cas, -Scheffer argumentait sur ces prémisses: «Pourquoi ne la voulez-vous pas? -Vous n’êtes ni émigrée, ni vous n’avez jamais rien fait contre la -République et la Constitution. Avec la permission de votre gouvernement, -je trouve que cela n’est pas juste. Si l’administration, jadis violente -et tyrannique, l’a mise en séquestre, c’est à un gouvernement juste et -sage d’y remédier». - -Notre octogénaire a, par moments, des velléités d’optimisme; il est vrai -qu’il rend ainsi, et par voie détournée, un délicat hommage à la bonté, -bien connue, de son amie: «Votre domestique est aujourd’hui peu -nombreux; quelquefois on n’en est que mieux servi. Et comme vos gens -vous ont été toujours fort attachés, je compte que vous ne regretterez -rien». - -Mais le dévouement de la domesticité ne pouvant prévaloir contre la -maladie, Mᵐᵉ d’Aiguillon s’était plainte de ce que «ses chevaux étant -sur la paille, elle était obligée d’aller à Paris dans sa charrette». Et -ce brave Scheffer de déplorer l’aventure: «Je voudrais du moins vous -savoir hors de cette charrette, lorsque vous allez de Ruel à Paris et -dans une bonne berline où l’on est moins secoué». - -Les intérêts de la duchesse nécessitaient alors sa présence à la ville: -elle devait assister à la levée des scellés apposés dans l’hôtel -d’Aiguillon (lettre du 3 juin). - -Elle avait en conséquence élu domicile chez sa vieille amie Mᵐᵉ de -Laigle, qui était frappée de paralysie; elle craignait des rechutes. Et -le bon Scheffer, quoique comprenant ces appréhensions, se défendait de -croire à l’imminence d’une fin prochaine pour une personne dont il ne -cessait de réclamer des nouvelles dans chacune de ses lettres, car il -avait vu des paralytiques «vivre encore longtemps même avec la bouche de -travers». - -Le frère de l’ancien ambassadeur de Suède aborde des sujets d’ordre -moins intime. Il annonce l’arrivée prochaine, comme envoyé de la -République, «du fameux Pichegru[614], qui a conquis la Flandre et la -Hollande: on le loue pour ses qualités morales». Et, tout en félicitant -«Madame la duchesse de sa correspondance bien rentrée dans son train -ordinaire»--elle devait être en effet fort irrégulière--il traite une -question intéressant au plus haut point la veuve de l’ancien ministre et -dont elle avait déjà entretenu son correspondant: - -«Je n’ai point vu les _Mémoires du duc d’Aiguillon_ et du _comte de -Maurepas_[615], bien que je lirais avec le plus vif intérêt tout ce qui -regarde des personnes si illustres et avec qui j’ai été lié à Paris; -mais je voudrais alors voir la vérité et non un fatras d’anecdotes, -vraies ou fausses, mais à qui on donne une tournure odieuse et -(_illisible_) vers le but de l’objet que les auteurs se proposent. - -Les _Mémoires de Richelieu_ sont venus dans ce pays. C’est un ouvrage de -deux gros volumes mais qui ne sont pas proprement la vie du maréchal. -L’objet principal a été de dire tout le mal possible de Louis XV, de la -reine et de la Cour. J’ai vu avec plaisir que vous n’étiez pas nommée; -apparemment qu’il n’a pas pu dire de mal de vous. Et votre mari, quoique -nommé, n’y est pas aussi barbouillé que d’autres; il n’est pas sans -avoir eu quelque coup de patte.» (Lettre du 9 juin 1796.) - -Quand il pense à ses amies de Paris, avec lesquelles il a tant de -confidences à échanger «sur le bon vieux temps passé», l’honnête -diplomate se rassure et s’inquiète tour à tour, suivant les nouvelles -qu’il reçoit de la duchesse, ou qu’il lit dans la «Gazette». Mᵐᵉ -d’Aiguillon l’«instruit des carrés(?)» qu’elle se propose d’établir dans -sa propriété, et de la «situation de son économie de Ruel qui assurément -va mieux que la sienne à Ek, où il est entouré d’un grand lac». (Lettre -du 23 juin). Il est tout à fait tranquille, maintenant que ce travail -est «achevé sans accident ni événement fâcheux». Mais le voici dans des -transes nouvelles, depuis qu’il sait par la gazette «qu’une femme près -de Paris a été attaquée dans sa maison». (Lettre du 30.) - -Evidemment les environs de la grande ville sont infestés de rôdeurs; -c’est une maladie endémique dont a souffert de tout temps la banlieue -suburbaine. Mais la duchesse n’est pas femme à s’effrayer: qu’a-t-elle à -craindre? écrit-elle; il n’y a rien à prendre chez une fermière; on ne -peut pas tondre un œuf. «Ce mépris du danger» fait de la peine à -Scheffer. Il est toutefois d’autres rapines dont se préoccuperait -davantage «la fermière». Nous l’apprenons par son correspondant: -«J’avais espéré qu’on vous rendrait justice sur vos justes prétentions; -mais je vois que vous êtes à la veille d’être inquiétée sur la garenne -de Ruel que vous possédez à si juste titre.» L’ami de la France -s’affirme dans ces petites phrases: «Je vous félicite du succès de vos -armées en Italie[616]. Si cela continue, on va vous gorger d’argent... -Votre ambassadeur Lehoc a été fort regretté[617]». - -Puis le digne gentilhomme fait un retour sur lui-même et termine sa -lettre par un mot charmant: - -«Dans quinze jours, j’entre dans ma quatre-vingtième année; ma main est -bien tremblante, mais mon cœur est toujours le même pour vous.» (Lettre -du 21 juillet.) - -Cette noble affection s’affirme plus encore, à la réception d’une lettre -où Mᵐᵉ d’Aiguillon se désole de la situation de Mᵐᵉ de Laigle qui empire -chaque jour: «Que ne puis-je être auprès de vous pour vous sauver de -vous-même, pour vous prouver qu’il existe un ami tendre et fidèle; mais -cette consolation m’est refusée et j’en suis au désespoir». (Lettre du -28 juillet.) - -Mᵐᵉ de Laigle s’était rétablie de sa crise; mais les intérêts de la -duchesse se trouvaient de jour en jour plus compromis. Et Mᵐᵉ -d’Aiguillon, qui avait reporté toute sa tendresse maternelle sur -l’enfant de son fils, dont elle n’était pas séparée, pressentait dans un -avenir prochain une spoliation qui l’eût ruinée infailliblement. -Scheffer s’indigne: - -«Mais, s’écrie-t-il, votre petit-fils n’est pas sorti de France et on le -dépouille de ses biens! Vous n’avez jamais eu de part aux (_illisible_) -de ceux dont on est mécontent. Vous ne l’avez pas fait; et cependant on -vous punit! C’est inouï!» (Lettre du 2 août.) - -Dans celle du 11 août, l’ancien diplomate revient sur un sujet dont -s’occupe volontiers la grande dame: - -«Vous me parlez des mémoires d’Aiguillon, de Richelieu, de Maurepas et -vous les regardez tous comme apocryphes[618]. - -«Je suis assez de votre avis, surtout n’ayant point vu les deux premiers -et ne sachant s’ils existent. Quant à ceux du maréchal, comme il est -uniquement en vue de favoriser le gouvernement révolutionnaire chez -vous, il est assez naturel qu’on veuille se servir de noms aussi connus -pour remplir ce but. L’auteur des _Mémoires_ ne dit pas qu’ils soient -écrits sous sa dictée ou par lui-même; mais il peut avoir du maréchal un -amas immense de lettres, des annotations, des notes, sur lesquels il a -composé son livre. Ce livre se fait lire avidement; et bien des gens y -croient comme à l’Evangile.» - -Ce fut la dernière lettre de son vieil ami que put lire, si elle la lut, -la duchesse d’Aiguillon. Elle lui était adressée le 11 août 1796; et la -grande dame, devenue fermière, mourait, dans son exploitation de Ruel, -le 15 septembre suivant[619], d’une maladie de langueur causée par ses -douleurs et ses deuils. - -Par une cruelle ironie du sort, Scheffer lui écrivait dans cette même -lettre: - -«Votre lettre, madame la duchesse, du 13 du passé (juillet) m’est bien -arrivée. Vous m’apprenez que votre amie est hors d’affaire, mais que les -craintes pour l’avenir vous restent. Dans la joie de mon âme, je me -réjouis de savoir qu’elle vous reste encore. Vous êtes trop nécessaires -l’une à l’autre pour jamais vous séparer et si mes vœux pour vous sont -exaucés, vous irez au moins aussi loin que Mᵐᵉ votre tante, Mᵐᵉ de -Maurepas. Dieu veuille seulement que les temps puissent changer pour -vous et que je vous sache plus heureuse que vous n’êtes actuellement!» - -Mᵐᵉ de Laigle avait-elle survécu à son amie? - -Ainsi disparaissait dans l’obscurité, dans la solitude, dans l’abandon -et presque dans la misère, une femme qui avait été jadis si entourée, si -fêtée, si courtisée, une des premières à la première cour du monde. -Elle avait habité de superbes palais, s’était assise à la table des rois -et avait présidé aux fêtes les plus somptueuses. Mais, au milieu du luxe -et des grandeurs, elle était restée simple, vraie et bienveillante. Dans -l’incessant conflit entre les passions les plus viles et les intrigues -les plus basses, elle avait conservé sa franchise, sa droiture, sa -loyauté. Car elle n’était ni vaine, ni ambitieuse. Elle n’avait dans le -cœur d’autre sentiment que celui de la famille, d’autre amour que celui -de son mari, d’autre idéal que l’honneur du nom. Aussi, frappée dans -toutes ses tendresses et dans toutes ses affections, passa-t-elle sa vie -à souffrir. Mais la douleur n’eut jamais raison de son énergie. -L’adversité fortifia son âme au lieu de l’abattre. Elle ne fut jamais si -grande, ni d’humeur si égale que lorsqu’elle fut le jouet de la tempête. -Elle fut tour à tour victime des manœuvres perfides de ses pairs et de -l’aveugle violence du populaire. Septuagénaire, elle se résigna, sans -récriminations, mais au contraire le sourire sur ses lèvres, à n’être -plus qu’une simple fermière; mais, dans un temps où des seigneurs de -l’ancienne cour se cachaient sous une défroque jacobine, elle signait -fièrement _Plélo d’Aiguillon_: les noms du héros que fut son père et de -l’admirable femme qu’était sa mère, associés à celui du prêtre génial -qui, le siècle précédent, avait assuré l’unité de la France. - -La grande famille[620] à qui sont revenues d’aussi glorieuses -traditions, perpétuées par le trésor de magnifiques archives, ne pouvait -recueillir de plus noble héritage[621]. - - - - -APPENDICE I - -L’ŒUVRE DE SOULAVIE - - -Les diverses publications historiques ou prétendues telles, entreprises -de 1788 à 1801 par Soulavie, tiennent trop au cœur même de notre sujet, -pour que nous n’accordions pas quelques lignes à l’homme et à l’œuvre, -d’après M. MAZON (_Histoire de Soulavie_, Paris, 2 vol. in-8º 1893) et -d’après Soulavie lui-même. - -Une société s’était formée, en 1790-91, pour imprimer et éditer à Paris, -rue de Condé, nº 7, une collection de _Mémoires relatifs à l’histoire du -règne de Louis XV_. - -L’idée n’était pas neuve. Des spéculations de librairie, remontant à une -époque antérieure, avaient déjà attaché des aventuriers de lettres, à la -plume et à l’imagination faciles, à la confection de prétendus mémoires -historiques des règnes de Louis XIII et de Louis XIV. Quelques miettes -de vérité délayées dans un lourd fatras de faits douteux et d’anecdotes -controuvées, telle était la recette de ces indigestes compositions, dont -le secret n’est pas encore perdu. - -Il semblait que la société de 1790 dût présenter plus de garanties. M. -de Laborde était, en grande partie, «propriétaire de la collection» -projetée; et Soulavie, ancien ecclésiastique, savant doublé d’un érudit, -devait diriger la publication. - -Ce n’était pas, toutefois, qu’il ne fût, lui aussi, sujet à caution. Du -vivant du maréchal de Richelieu, et pendant trois années, il avait pu, -grâce à la confiance de ce grand seigneur, que ses attaches et ses -intrigues avaient mis en possession de si précieux documents, explorer -les portefeuilles mis à sa disposition par Losques, le bibliothécaire -du vieux courtisan. Il venait précisément d’en tirer les premiers -volumes des _Mémoires du duc de Richelieu_, récit, quelquefois fidèle et -amusant, mais trop souvent romanesque, invraisemblable et satirique, -d’événements auxquels le maréchal avait été si particulièrement mêlé. -Aussi le duc de Fronsac, qui avait pourtant fourni des notes à Soulavie, -crut-il devoir protester, au nom de la mémoire de son père, contre les -inexactitudes et l’esprit tendancieux d’une publication qu’il -condamnait. Soulavie affirma que le maréchal avait au contraire -encouragé un travail dont il avait fourni les matériaux. - -Presque en même temps, paraissait dans la collection de Laborde, où -Soulavie était seul en nom, la première édition de ces Mémoires, -célèbres entre tous, monument littéraire et historique qui a rendu -impérissable le nom de Saint-Simon. - -Nombreuses furent les publications, annoncées ou parues, connues ou -ignorées, qui, en se succédant, ne démontrèrent que trop avec quelle -déplorable désinvolture Soulavie traitait les documents historiques, -mutilant, défigurant, supprimant ou interpolant, suivant les besoins de -la cause. - -Nous ne retiendrons de cette liste que trois ouvrages, plus ou moins -attribués à Soulavie, deux surtout que nous ne pouvions négliger pour la -mise au point de notre travail. - -1º Les _Mémoires du comte de Maurepas_ qui s’arrêtent à la disgrâce de -ce ministre, sacrifié à la rancune de Mᵐᵉ de Pompadour. - -2º Les _Mémoires du duc de Choiseul_, compilation, en diverses parties, -des pièces officielles émanées de cet homme d’Etat, en même temps qu’une -longue diatribe, sous son nom, contre le duc d’Aiguillon et Mᵐᵉ Du -Barry. Soulavie dut y ajouter certainement du sien. Nous verrons la -thèse contraire dans les _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_. -Rien que cette façon de plaider le pour et le contre en dit assez sur la -probité littéraire et sur la moralité du rédacteur. - -3º Les _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_. C’est Soulavie qui -en déterminera lui-même l’attribution dans un passage de ses _Mémoires_ -sur le règne de Louis XVI (tome I, p. 241). Il reconnaît qu’il a publié -ceux du ministère du duc d’Aiguillon d’après les notes fournies à -Mirabeau par le maréchal de Richelieu. Mais celles-ci, à en croire les -indications inédites de Soulavie recueillies par M. de Monmerqué, -subirent, avant et pendant l’impression, des modifications importantes -dont certaines méritent d’être signalées. D’abord, M. de Laborde, qui -n’aimait pas Choiseul, avait révisé soigneusement les chapitres -concernant l’ancien ministre. Il est de fait que soixante pages du livre -(110-172) sont une exécution en règle de Choiseul. - -Une autre note inédite de Soulavie, transcrite par M. de Monmerqué à la -page 327, nous donne le mot du chapitre dont elle est l’en-tête et qui -est intitulé _Remarques sur les Mémoires du ministère du duc -d’Aiguillon_--autant de rectifications de certaines assertions contenues -dans le volume, rectifications ainsi affirmées: «Ces notes ont été -données à M. Soulavie par M. d’Aiguillon et sa mère, veuve, à condition -que tant qu’ils vivraient, M. Soulavie ne dirait jamais les tenir de -leurs mains». - -Enfin, suivant son habitude, Soulavie apporte sa part de collaboration à -l’œuvre de Mirabeau; son biographe, M. Mazon, la signale à la fin du -volume, à propos d’un plan gouvernemental, que nous retrouverons en son -temps, et d’embellissements de Paris où Soulavie s’annonce comme un -précurseur du baron Haussmann. - -Et cependant, en tenant compte de toutes ces réserves, il importe de -reconnaître que les _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_ -constituent pour l’étude qui nous occupe un document de premier ordre. -Il s’accorde mieux assurément avec les pièces officielles du temps que -toutes les autres compilations de Soulavie. - -Cet homme avait le génie de l’inexactitude... voulue, qui ressemble -singulièrement à de la mauvaise foi, alors que les circonstances -l’avaient si bien servi. En bonne posture auprès des Jacobins, il avait -été chargé, après le 10 août, de dresser l’inventaire des papiers de -Louis XVI. Mieux encore, la protection de Robespierre--faveur si -rare--l’avait fait nommer ministre de la République à Genève. Et le -diplomate improvisé (à quoi mène le publicisme!) dut assurément profiter -de la bienveillance du maître pour consulter ces archives des affaires -étrangères que l’Incorruptible avait eu le bon sens de laisser, comme le -ministère lui-même, entre les mains expertes des premiers commis de -l’ancien régime. - -Sans doute, la carrière diplomatique de Soulavie ne fut pas exempte de -déboires; mais cet infatigable compilateur sut s’en consoler par une -série de nouvelles publications qu’il faut contrôler aussi -minutieusement que les précédentes.--Ce fut ainsi qu’il fit paraître, en -1801, ses _Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI_, -dans lesquels il reconnaît (tome I, p. 192) avoir composé cet ouvrage -diffus et prolixe, mais bourré de faits curieux, sur des notes que lui -avaient remises Richelieu, le duc de Fronsac, Mᵐᵉ d’Aiguillon, M. de -Laborde et le cardinal de Luynes. - - - - -APPENDICE II - -NÉGOCIATIONS SECRÈTES DE BEAUMARCHAIS - - -Quelques mois auparavant, Louis XV avait employé Beaumarchais pour le -rachat d’un libelle de Théveneau de Morande contre Mᵐᵉ Du Barry. M. -Robiquet a donné dans son _Théveneau de Morande_ (Paris, 1882, p. 43) le -récit de cette négociation: - -«C’est La Borde... qui désigna Beaumarchais au vieux roi, alors à la -recherche d’un homme supérieur dans la négociation...» pour avoir raison -du terrible biographe de Mᵐᵉ Du Barry. - -Beaumarchais accepta la mission délicate qui lui était proposée et se -rendit à Londres, en mars 1774, sous le nom de Ronac, anagramme de -Caron. - -Morande ne demandait qu’à se laisser corrompre. Dans les lettres qu’il -avait adressées au duc d’Aiguillon et à M. de Sartine, l’auteur des -_Mémoires secrets d’une fille publique_ avait lui-même fait son prix. -D’après ce que raconte Dutens dans les _Mémoires d’un voyageur qui se -repose_, il fut convenu, entre l’envoyé de Louis XV et le libelliste, -que ce dernier supprimerait toute l’édition, moyennant une somme de -32.000 livres et une pension de 4.000, dont la moitié serait reversible -sur la tête de sa femme. - -M. de Loménie dit, nous ne savons sur la foi de quels témoignages, que -Morande ne toucha qu’un capital de 20.000 francs comptant; mais la -_Police dévoilée_ (de Manuel) et le _Diable dans un bénitier_ (de Lafite -de Pellepore) donnent le même chiffre que Dutens qui tenait ces -renseignements de Beaumarchais en personne. - -Quant à la pension de 4.000 livres, d’autres disent 4.800, c’était un -contrat de rente bien authentique. - -Tous les exemplaires de la biographie de Mᵐᵉ Du Barry furent brûlés dans -un foyer à briques aux environs de Londres. On n’épargna qu’un seul -exemplaire. Les feuillets furent coupés en deux moitiés: Beaumarchais -garda l’une et Morande l’autre. Si l’ouvrage reparaissait, le contrat -serait frappé de nullité... - -... Le duc d’Aiguillon aurait bien voulu savoir quelles personnes de la -cour renseignaient Morande avec une perfidie et une exactitude si -dangereuses pour le repos du roi. Mais le pamphlétaire ne livra pas des -secrets qui faisaient sa force, et Beaumarchais affirme, dans un mémoire -adressé à Louis XVI, qu’il refusa, de son côté, de «jouer le rôle infâme -de délateur». - - - - -APPENDICE III - -NOUVELLISTES A LA MAIN EN 1774 - - -Le duc d’Aiguillon fut-il réellement, sinon l’inspirateur, du moins le -commanditaire de cette fabrique d’ignobles opuscules qui couvrirent de -fiel et de boue Marie-Antoinette? Cette œuvre de scandale et de calomnie -n’entra en activité, dans ce qui concerne, et la reine de France, et la -femme du roi, qu’à l’avènement de Louis XVI. Or, nos recherches -personnelles[622] nous ont fait découvrir un acte d’association, dans -cette même année, pour la composition et l’exploitation des _Nouvelles à -la main_, entre un gazetier famélique et le chevalier d’Abrieu, -secrétaire intime de M. d’Aiguillon. Le traité suivit-il son cours entre -les deux parties contractantes? Nous n’avons trouvé aucune pièce qui -autorise à l’affirmer. - -Mais, dans un autre carton des archives de la Bastille[623], nous avons -rencontré, parmi les papiers d’un gazetier de la même époque, des pièces -intéressantes qui établissent une sorte de connexion entre l’abandon de -son industrie par le nouvelliste et la démission du ministre de Louis -XV. Signalons tout d’abord le registre d’abonnement de ce journaliste à -la main[624], registre où nous relevons, entre autres noms, ceux de «M. -le duc de Choiseul en son château à Chanteloup, par Amboise» et de -«Monseigneur le comte d’Artois» par l’intermédiaire de son premier valet -de chambre, avec cette mention: «Il faut mettre un point à l’A». Nous -retrouvons sur l’un des feuillets l’adresse du cardinal de Bernis à Rome -et celle du «chevalier de Balleroy, brigadier des armées du roi à -Bayeux», mais tous deux ont cessé leur abonnement depuis le 14 janvier -1774. - -Le document le plus curieux du dossier Surgeon est encore cette note -qu’adresse, le 25 juillet 1774, au lieutenant général de police, -l’inspecteur Goupil.[625] - -«... J’ai l’honneur de vous rendre compte que, dans les recherches et -démarches que j’ai faites à l’occasion des _Nouvelles à la main_ dont -vous avez bien voulu me charger, je suis parvenu à savoir du sieur -Renaud et son épouse que plusieurs personnes se mêlaient d’abonner pour -les provinces. J’ai même été sans succès dans les endroits qu’ils m’ont -indiqués, puisque j’ai appris des sieurs _Fréret_ et _Landriau_, avec la -plus grande ingénuité, _qu’ils ne s’en étaient pas occupés depuis la -retraite de M. le duc d’Aiguillon_.» - -Personne n’ignore que la plupart de ces gazettes étaient souvent très -_mordicantes_, comme on disait alors, et valaient à leurs auteurs ou -leurs colporteurs les honneurs de la Bastille. - -Goupil, poursuivant ses perquisitions, retourne chez les Renaud. Ceux-ci -lui disent de s’adresser au domestique de Pidansat de Mairobert, le -continuateur des Mémoires de Bachaumont, mais lui recommandent de -«prendre bien garde à trouver le maître». Mairobert n’était pas d’humeur -accommodante. Aussi le policier ne peut-il dissimuler sa répugnance à -tenter une telle démarche. D’où cette petite scène de ménage que note -scrupuleusement Goupil: - -«L’épouse, en regardant avec bonté son époux, lui a dit: - ---Evitez à monsieur ce nouvel embarras et lui dites au plus juste où il -s’adressera. - -L’époux, d’un air courroucé, a juré contre son épouse en lui disant: - ---Taisez-vous, madame, et ne me compromettez. Vous savez que j’ai des -défenses de la police et que, depuis un mois, je ne me mêle plus de ces -nouvelles. - -Ce qui m’a déterminé à me retirer», conclut l’inspecteur. Peut-être -aussi avait-il constaté que sa véritable personnalité était découverte. - -Mais il n’avait pas abandonné la partie. - -Le motif avoué de toutes ces recherches était bien l’interdiction des -_Nouvelles à la main_, mais le but véritable, soigneusement dissimulé, -des enquêtes policières était la capture d’un pamphlétaire qui avait -lancé contre la reine un libelle infâme, _Le lever de l’Aurore_. Or, -Goupil le croyait, non sans raison, affilié à l’une de ces agences de -gazettes manuscrites, qui pullulaient alors à Paris et qui, fort -souvent, empruntaient leur misérable prose à un office central de -nouvelles dont elles étaient les abonnées. Goupil apprenait, en effet, -le 27 juillet 1774, les relations... littéraires de l’homme qu’il -filait--l’abbé Mercier, secrétaire de Marin, rédacteur à la _Gazette de -France_--avec les publicistes nommés Pignatel et Dubec. Et, pour en -finir au plus vite, l’inspecteur, armé de lettres de cachet, expédiait à -la Bastille, le 28, tout ce lot de journalistes de contrebande, y -compris Arnoux, directeur-caissier de la feuille officielle. Or, ce -Dubec était précisément l’associé éventuel du chevalier d’Abrieu; et -l’une de ses lettres, conservée dans son dossier, certifie qu’il était -le prête-nom du titulaire de la _Gazette de France_, le trop fameux -Marin-Quesaco de Beaumarchais; car, celui-ci, à côté de son organe -reconnu et commandité par le gouvernement, avait un service de -nouvelles, plus ou moins licites, qu’il faisait distribuer en province. -Dubec reconnaissait, sans difficulté, qu’il avait fait commerce de -nouvelles, mais qu’il avait cessé, sur l’ordre de la police et repassé à -son ancien associé Arnoux ses listes d’abonnés. Il avouait également, -comme d’ailleurs l’abbé Mercier, que le secrétaire de Marin, dénoncé par -son patron, avait collaboré à ses gazettes manuscrites. - -Evidemment, les diverses coïncidences que nous venons de relater entre -la suppression des _Nouvelles_, l’arrestation du pamphlétaire Mercier et -la démission du duc d’Aiguillon, ne doivent pas être passées sous -silence; mais elles ne peuvent fournir les éléments d’un acte -d’accusation contre l’ancien ministre[626]. - - - - -APPENDICE IV - - LE DERNIER D’AIGUILLON.--SON ROLE A LA CONSTITUANTE ET A - L’ARMÉE.--SON SÉJOUR A LONDRES. - - -Harcelé et vilipendé par les épigrammes et les pamphlets qui le -représentaient, travesti en poissarde, au milieu des furies des 5 et 6 -octobre, d’Aiguillon avait fini par s’émouvoir de tant d’outrages. Il en -écrivit au _Moniteur_ qui publia sa lettre dans le numéro du _21 janvier -1790_ (quelle coïncidence!). Après avoir «résisté longtemps», disait-il, -à sa mère, à ses parents, à ses amis qui le pressaient de démentir «les -lâches accusations» portées contre lui, d’Aiguillon s’était décidé à se -défendre, énumérait ses démarches auprès du comité des recherches de -l’Assemblée nationale, de la ville de Paris, etc., etc. Il leur avait -demandé de faire procéder à une enquête sur sa conduite. Il mettait au -défi ses accusateurs d’établir le bien-fondé de leurs griefs. Et il -poursuivrait, comme calomniateur, celui de ses ennemis qui renoncerait à -l’anonymat, pour déclarer que d’Aiguillon était réellement coupable des -«horreurs» qu’on lui prêtait. - -Il ne paraît pas que cette invitation ait été relevée sur le terrain où -se plaçait d’Aiguillon... Mais, le _Journal général de la Cour et de la -Ville_, du 5 mai, ayant inséré un quatrain des plus injurieux, signé _De -Meude-Monpas_ où se lisait le mot _d’Aiguill_..., le député de la -Constituante somma le journal et l’auteur de l’épigramme de s’expliquer -catégoriquement. Meude-Monpas répondit qu’il n’avait pas entendu -désigner sous le nom _d’Aiguill_... le duc d’Aiguillon. Celui-ci fit -publier cette déclaration signée dans le nº 145 du _Moniteur_ (25 mai -1790) en l’accompagnant d’un rappel de sa lettre parue le 21 janvier. - -Mais la haine politique n’avait pas encore lâché sa proie. Et ce fut à -la Constituante qu’elle vint la ressaisir, non plus dans sa -personnalité, mais dans celle de son père. - -Le nº 343 du _Moniteur_ nous en fournit la preuve. - -Au cours de la séance du mardi soir 7 décembre 1790, le député royaliste -Cazalès s’exprimait ainsi: - -«... La suppression d’un acte de procédure est une tyrannie. Qu’il me -soit permis de rappeler à ces Bretons, qui siègent dans cette assemblée, -quelle fut leur juste indignation, quand le feu roi fit enlever du -greffe du Parlement de Paris la procédure dirigée contre M. d’Aiguillon. -Cette indignation fut juste: la France la partagea. Il n’y eut pas un -bon citoyen qui ne fût profondément affligé de voir le vertueux La -Chalotais rester sous le coup d’une accusation calomnieuse, quand le -coupable d’Aiguillon jouissait en paix des crimes qu’il avait commis -dans cette province.» - -Des murmures éclatèrent sur un grand nombre de bancs, car c’était -surtout le fils qui était visé plus que le père. Et l’attaque était -d’autant plus illogique que celui-ci avait défendu les prérogatives -royales contre les Etats de Bretagne et que lui, Cazalès, combattait -pour elles au sein de l’Assemblée nationale. - -D’Aiguillon fils avait demandé la parole; il répondit en ces termes à -l’attaque de son collègue: - -«J’aurais plus tôt demandé la parole pour solliciter de l’Assemblée une -justice éclatante des injures et des calomnies que M. Cazalès s’est -permises contre la mémoire de mon père, si je n’avais considéré combien -les principes de M. Cazalès ont peu d’influence sur l’Assemblée -nationale et sur la nation (nombreux applaudissements), si je n’avais -pensé que je devais les outrageantes personnalités de M. Cazalès à la -différence d’opinion qui existe entre nous. - -D’ailleurs les applaudissements que l’Assemblée a bien voulu me donner -vengent assez, et moi, et la mémoire de mon père. Je demande donc que, -pour ce qui me regarde personnellement, M. Cazalès ne soit pas rappelé à -l’ordre (applaudissements prolongés).» - -Cazalès regretta publiquement son intempérance de langage; mais elle -n’en démontrait pas moins combien était encore vivace l’animosité qui -avait survécu au brusque dénouement des affaires de Bretagne. - -La _Biographie universelle et portative des contemporains_ (1826) et les -_Papiers de Barthélemy_ (Paris, 1886, t. I) nous donnent la suite de la -biographie de «Richelieu d’Aiguillon» jusqu’au moment de son départ pour -l’émigration. - -Après la clôture de l’Assemblée constituante, il reprend du service en -qualité de maréchal de camp. Remplaçant Custines dans son commandement -de Porentruy, il dut échanger des dépêches avec Dumouriez. (Autre -coïncidence! Le père avait fait mettre le futur vainqueur de Valmy à la -Bastille!) - -Une lettre interceptée lui valut d’être dénoncé à la Convention et -décrété d’accusation, bien qu’il eût traité publiquement les émigrés et -leurs compagnons de «hordes de traîtres et d’embaucheurs». Ce qui ne -l’empêcha pas d’émigrer à son tour, mais, avant, il crut devoir -expliquer à ses soldats pourquoi il les abandonnait. Il quitta donc la -France pour se retirer à Londres où il fut fort mal reçu des émigrés. Il -en partit pour se fixer définitivement à Hambourg. Il y mourut le 4 mai -1800; mais, au dire de la _Biographie portative_, il venait d’obtenir sa -radiation de la liste des émigrés, ce que semble contredire la procédure -suivie pour la vente du domaine et du château d’Aiguillon. - - * * * * * - -Les _Mémoires de Brissot_ (1832, 4 vol.) insèrent, à la page 179 du tome -III, cette note: - -«Extrait des _Mémoires_ du chanteur anglais Michel Kelly qui était en -relations avec le duc d’Aiguillon pendant le séjour de celui-ci à -Londres: - -«Un matin, le duc me fit appeler: «Je vous ai beaucoup d’obligation, me -dit-il, pour la bienveillance et l’hospitalité avec lesquelles vous -m’avez traité, ainsi que mes amis. Mais bien que je sois toujours -harcelé par le malheur, il m’est impossible d’oublier que je suis le duc -d’Aiguillon; et je ne saurais me résoudre à vivre d’emprunts et -d’aumônes. J’avoue que je suis réduit à mon dernier schelling, -cependant, je conserve ma santé et toutes mes facultés. - -«Quand j’étais autrefois grand amateur, j’aimais beaucoup à copier de -la musique[627], c’était alors un amusement pour moi; ce serait, à -présent, mon bon ami, une précieuse ressource. La grâce que je vous -demande c’est de vouloir bien me faire copier de la musique pour vos -théâtres au prix que vous donneriez à un copiste ordinaire qui vous -serait totalement étranger. Je suis maintenant fait aux privations, j’ai -peu de besoins. Jadis logé dans des palais, je me contente aujourd’hui -d’une seule chambre à coucher au second étage, et si vous m’accordez ce -que j’attends de votre amitié, vous me procurerez la satisfaction après -laquelle je soupire de ne devoir ma subsistance qu’au travail de mes -mains.» - -«Je fus ému jusqu’aux larmes en voyant l’extrémité où se trouvait réduit -un homme né dans la plus haute classe de la société et qui avait joui -d’une aussi grande fortune. Je lui promis de lui procurer toute la -musique qu’il pourrait copier; il parut au comble de ses vœux. Le -lendemain, je lui donnai de l’ouvrage. - -«Depuis ce moment, il se levait avec le jour et travaillait jusqu’au -soir pour remplir sa tâche; ensuite il s’habillait proprement et se -rendait au parterre de l’Opéra. Là, il pouvait encore se croire le duc -d’Aiguillon, et personne n’eût deviné qu’il avait passé la journée à -copier de la musique pour un schelling la feuille. - -«Dans cet état de gêne, il doit paraître étrange que son humeur ne se -soit jamais altérée et qu’il ait toujours conservé sa gaîté. Il n’est -pas douteux que sur dix Anglais placés dans les mêmes circonstances, -neuf au moins ne se fussent ôté la vie. Cependant la tranquillité -passagère que ce malheureux duc goûtait alors ne fut pas de longue -durée. Un ordre émané de l’_alien office_, aussi cruel qu’il était -inattendu, ne lui donna qu’un délai de deux jours pour quitter -l’Angleterre. Il partit pour Hambourg où il mourut bientôt après.» - - - - -APPENDICE V - -THOLIN - - _Documents sur le mobilier du château d’Aiguillon confisqué en - 1792_, Agen 1882 (Biblioth. nat. Impr. LK7 24985.) - - -Résumé de ce précieux opuscule: - -L’histoire du château d’Aiguillon et de ses hôtes tient une telle place -dans notre livre, la destruction de l’immeuble fut si rapide et la -dispersion de son mobilier si radicale, que nous avons cru devoir -résumer en quelques pages la brochure de M. Tholin, qui les fait revivre -par sa documentation précise et sincère, à l’exemple de ces pièces -d’archives, inventaires et procès-verbaux, dont les descriptions exactes -et détaillées permettent de reconstituer... sur le papier, les -appartements, et l’aspect général des intérieurs d’autrefois. - -Ce fut le 18 septembre 1792 que la Commission du département de -Lot-et-Garonne apposa les scellés sur toutes les portes du château -d’Aiguillon, propriété de «Vignerot émigré». Huit mois après, le Conseil -de Lot-et-Garonne s’inspirait du décret de l’Assemblée nationale (14 -novembre 1789) concernant la conservation des livres et objets - -[Illustration: JEAN CAUSEUR, - -_BOUCHER DE PROFESSION_, - -_âgé de cent trente ans, né au Village de Ploumoguer, en Basse-Bretagne. -Peint en Août 1771 par Charles Caffieri Sculpteur Breveté du Roi pour la -Marine à Brest_ - -Jean Causeur, âgé de cent trente ans, d’après Charles Caffieri - -(Collection Désiré Lacroix)] - -précieux provenant des établissements supprimés, pour «empêcher le -pillage, régulariser la vente et faire exécuter le triage des livres, -archives et objets d’art». - -Le 28 mai 1793, de concert avec l’administration de Tonneins, le Conseil -de Lot-et-Garonne nommait Lespinasse père, négociant, à fin -d’expertiser, le lendemain 29, les meubles et effets dudit château, à -lui présentés par Nugues aîné, administrateur du district de Tonneins, -et de se conformer aux prescriptions de Nugues, commissaire du district -et de Saint-Amans, commissaire particulier du département. - -Le 5 juin 1793, le Conseil du département déléguait Durand, en qualité -de commissaire, à Aiguillon, pour y vendre, le 6, les effets -inventoriés, «conformément au mode usité pour la vente des meubles et -effets nationaux», l’administration se réservant tous les tableaux et -autres objets désignés dans l’état Saint-Amans et Noubel du 30 mai[629], -«ensemble deux lustres, celui dans le salon de compagnie et autre à -choisir dans les autres salles, poëles et cartons et papiers qui devront -être gardés au prix de l’estimation». - -La vente sur place comporta 52 vacations du 6 juin au 4 septembre 1793 -et s’éleva à 98.686 livres 17 sous. Le catalogue, qui ne compte pas -moins de 300 pages[630], ne donne cependant que des indications -sommaires sur les objets mis en vente: porcelaines, faïences, -chandeliers, candélabres en bronze et en argent, meubles en -marqueterie, tentures, canapés et fauteuils en tapisserie ne trouvèrent -acquéreur qu’à vil prix. - -Vingt-deux glaces furent vendues de 165 à 570 livres; quatre -_cabriolets_ (petits meubles) garnis en damas, 105 livres; une pendule -portative montée sur rhinocéros, 340 livres; une pendule à l’antique, -210 livres... Dix-sept tableaux (portraits) de la famille Vignerot, -compris une gravure ovale et deux autres ovales, 400 livres... Un -tableau représentant Rennes; un autre, l’enlèvement d’Europe... Des -portraits, des vues et des monuments sans désignation. - -A ce propos, M. Tholin cite le passage suivant du chroniqueur Proché: -«Dans une fête célébrée à Agen, le 22 septembre 1793, on livra aux -flammes tous les tableaux qu’on avait retirés des églises, ceux qui -représentaient des rois ou des princes, ou qui retraçaient quelques -vestiges de féodalité, en un mot tous ceux qu’on avait trouvés dans les -maisons des particuliers et _au château d’Aiguillon_. Tous ces tableaux, -dont quelques-uns étaient des chefs-d’œuvre, avaient été portés sur un -tombereau qui suivait le cortège. On y remarquait le portrait de Louis -XV, représenté en grand, le sceptre à la main, placé sur le devant du -tombereau.» La _Revue de l’Agenais_ (1878, tome V, p. 190) suppose que -ce fut sans doute ce jour-là qu’on brûla en même temps les tableaux -religieux et les portraits des souverains (Louis XIII et Henri IV, -inventaire de 1613) qui étaient à l’Hôtel de Ville d’Agen. - -M. Tholin estime qu’il faut «en rabattre» de l’appréciation du -chroniqueur, et que l’autodafé se borna à la destruction des portraits -de roi ou de prince. C’était déjà trop: les vandales qui croyaient faire -œuvre de bon patriote en brûlant ces effigies royales, pouvaient-ils -savoir si, par exemple, ce portrait de Louis XV, en pied, avec les -attributs de la royauté, n’était pas l’œuvre d’un maître, sortant -surtout du château d’Aiguillon? - -En 1795, le Directoire de Lot-et-Garonne, tenant ses séances dans -l’ancien couvent des Carmélites, sur l’emplacement du lycée actuel, se -préoccupa d’approprier un local pour le musée départemental. Le -directeur des travaux publics communiqua son rapport constatant -l’existence d’objets d’art dispersés dans tout le département et -l’arrivée de gravures et de moulages envoyés de Paris pour l’école de -dessin. Il fit préparer un local pour recevoir ces divers objets; et -Tonellé, conducteur des travaux publics, fut chargé de l’aménagement. - -Dix jours auparavant, le 6 nivôse an III, le Directoire avait nommé une -commission pour inventorier les tableaux du château d’Aiguillon déposés -au musée. Ce travail, confié à Saint-Amans, qui l’exécuta avec deux -adjoints, fut terminé le 25 nivôse[631], «dans la forme imposée par la -Convention, le 8 pluviôse an II, pour les bibliothèques publiques». La -notation en usage vaut la peine d’être rappelée. + désignait les objets -d’une certaine valeur; ++ ceux qui étaient très remarquables; +++ les -plus rares et les plus précieux. - -Bon nombre de ces tableaux se trouvent encore à la préfecture d’Agen; et -M. Tholin les signale, d’après l’étude critique qui en fut faite (1879) -par MM. Boudet, de Monbrison, A. Magen et Payen, architecte -départemental: - -Pastel de Caffieri (portrait de J. Le Causeur, âgé de cent trente-deux -ans[632]); _en déficit_. - -Pastels de Volaine; - -Deux vues du château de Veretz par Van Blarenbergue. Travail fort beau -et dont la dimension contraste avec le genre du peintre qui était un -miniaturiste. Ces vues sont à la préfecture; - -Saint-Jean-Baptiste dans le désert, d’après Raphaël (?); - -Portrait d’Hortense Mancini (école de Mignard); - -Portrait de Mᵐᵉ Du Barry, de Drouais «retouché pour M. d’Aiguillon». - -Ne serait-ce pas cette «copie du portrait de Mᵐᵉ Du Barry en Flore -retouché d’après nature pour M. le duc d’Aiguillon, au prix de 600 -livres» tel que l’indiquent les Goncourt dans leur livre _La Du Barry_, -p. 368? Ce portrait est à la préfecture. - -De même ceux de la comtesse de Provence, par Drouais; de Mᵐᵉ de -Pompadour, par Nattier; de Mᵐᵉ de Mazarin-Mailly, attribué à Nattier; de -Louise de Crussol (école de Mignard); de Cinq-Mars, qu’on suppose -provenir des d’Effiat, propriétaires de Veretz avant les d’Aiguillon. - -Douze tableaux, consignés par l’inventaire du 25 nivôse an III, ont -disparu, et parmi eux le _Passage de la mer Rouge_, attribué par les -experts au Poussin, qui avait travaillé pour Mᵐᵉ de Combalet, duchesse -d’Aiguillon et nièce du cardinal de Richelieu. - -Nous avons simplement analysé le catalogue, annoté, de M. Tholin, sans -nous prononcer pour ou contre des attributions, qui ont d’ailleurs -varié, suivant les dates d’expertise. - -Le _Museum_ d’Agen, qui devait être constitué avec le fonds d’Aiguillon, -dans l’Ecole centrale de Lot-et-Garonne, fondée le 21 novembre 1799, ne -semble pas avoir jamais existé. En tout cas, un inventaire du mobilier -de la préfecture en 1812, aussi incomplet qu’il est sommaire, porte que -les tableaux ont été «trouvés à l’administration centrale. Ils viennent -du château d’Aiguillon» et l’inventaire note «portraits de famille pour -mémoire». Ils ne sont catalogués que très imparfaitement. - -En réalité, tableaux et meubles ont... émigré dans les salons de la -préfecture. - - * * * * * - -L’opuscule de M. Tholin offre le plus grand intérêt, non seulement au -point de vue qui nous occupe, mais encore à un point de vue général. Il -ouvre de curieux horizons sur la vie économique dans les châteaux de -l’ancien régime, quelques années avant la Révolution. Déjà les lettres -de M. et Mᵐᵉ d’Aiguillon nous l’ont fait entrevoir. Ici, nous avons des -documents précis, des comptes et des chiffres. Voici, par exemple, -l’état du sommelier en 1782: - -Dans cette année, 577 bouteilles de 60 crus différents parurent «à la -grande table». L’office, y compris le personnel du théâtre, qui fut -servi à part, consomma 888 bouteilles pour les hommes, 360 pour les -femmes, 101 pour les musiciens, 135 pour les garçons, soit un total de -1484 bouteilles. - -La vente de la cave, en 1793, qui présentait à peu près la même -composition de vins qu’en 1782, ne comporte pas des renseignements moins -instructifs. Ce sont les vins de liqueur qui ont toutes les préférences: -Malvoisie, Chypre, Xérès, Malaga, Rancio, les muscats du pays (crus -Galibert et Reignac situés à la Croix-Blanche, près d’Agen). Certains -furent vendus jusqu’à 6 livres la bouteille. Pas de Bourgogne, ni de -Champagne. Les Margaux, Saint-Emilion et Barsac sont achetés 1 livre 16 -sous, à peine quelques sous de plus que les vins de Cahors et -d’Aiguillon. - - * * * * * - -Le château n’était pas terminé au moment de la Révolution; mais M. -Tholin estime, à juste raison, que le corps de logis principal devait -être très vaste et complètement meublé, en raison des réceptions qu’y -donnaient les châtelains et des hôtes qui venaient y villégiaturer. M. -Tholin ajoute que les invitations furent très nombreuses dans le -principe et qu’elles furent «acceptées avec reconnaissance», mais -bientôt les visites se firent plus rares: la noblesse agenaise était -pauvre et le duc d’Aiguillon trop hautain. C’était, en effet, un de ses -péchés mignons; mais nous avons vu, d’après la correspondance, qu’il y -avait toujours foule au château et même dans la salle de spectacle. - -De celle-ci, qui existe encore, mais qui a reçu une autre appropriation, -M. Tholin nous donne une description assez précise. C’était une aile du -château consacrée à cette destination (nous savons qu’elle avait été -construite à cet effet par les d’Aiguillon). Cette salle contenait, -outre la scène et un amphithéâtre pour les spectateurs, un chauffoir -pour les dames et deux foyers isolés par des portes matelassées. Deux -portes, qui subsistent, devaient ouvrir, l’une sur l’escalier du -château, l’autre sur la rue. La salle était éclairée par des lustres de -cristal, et entourée de loges garnies d’accoudoirs, de banquettes -rembourrées et d’autres plus simples. C’est aujourd’hui l’_Hôtel du -Tapis Vert_. - -Les décors, les costumes et la bibliothèque du théâtre ne furent pas -vendus. Isabeau, le conventionnel en mission, le même qui distribuait -aux acteurs de la région les ornements d’église pour s’en faire des -costumes, mit, le 16 octobre 1794, à la disposition du Comité dramatique -d’Agen le mobilier théâtral du château. Le 19, le Directoire de Tonneins -en fit dresser l’inventaire par la municipalité d’Aiguillon. - -Les décors servirent quelque temps aux représentations données par le -Comité dramatique; mais, en 1797, certains de ses membres se refusant à -prendre la responsabilité de la conservation de ces décors, la -municipalité agenoise en référa au ministre de l’intérieur. - -Celui-ci, d’autre part, avait reçu des citoyens Garnier et Cressant, -artistes du théâtre de Montauban, une requête pour l’obtention de ces -mêmes décors. Le ministre des finances, avisé, le 26 pluviôse an VI, par -son collègue de l’intérieur, lui répondit, le 29, qu’il en avait écrit -au département de Lot-et-Garonne. D’Aiguillon sollicitait alors sa -radiation de la liste des émigrés: si le Directoire exécutif rejetait la -demande, disait le ministre des finances, on pourrait mettre toiles et -décors à la disposition des comédiens montalbanais. - -Les démarches de d’Aiguillon ne durent pas être accueillies -favorablement, car la ville d’Agen fut autorisée à prendre possession du -mobilier théâtral du château, sur l’évaluation qui en avait été faite à -478 livres 10 sous, le 10 avril 1798, par le commissaire délégué J. -Raymond. - -La description des costumes et accessoires comprend trois grandes pages -de l’inventaire, pêle-mêle pittoresque de robes de soie de toutes -couleurs, corsets «variés», manteaux brodés, culottes à la musulmane, -toges romaines, habits espagnols, chapeaux de Scapin, cuirasses, -brassières, peau d’ours... Le répertoire, dont la correspondance de Mᵐᵉ -d’Aiguillon indique différentes pièces, appelait évidemment cette -variété de costumes. - -Parmi les accessoires, nous voyons une «machine pour le tonnerre» et «un -tableau avec son chevalet» pour le _Tableau parlant_ de la -Comédie-Italienne. - -Certes tous ces chiffons et ces fanfreluches, ces oripeaux et ce -clinquant, qu’avait déjà dû disperser et ternir l’âpre bise de la -tourmente révolutionnaire,--_ludibria ventis_--ne sont plus aujourd’hui -que de vains souvenirs. Mais il reste, de ce même théâtre d’Aiguillon, -d’impérissables monuments, actuellement à l’Hôtel de Ville d’Agen, 400 -volumes in-folio d’œuvres musicales que le duc avait collectionnées. Ils -sont aux armes d’Aiguillon, et plusieurs portent l’ex-libris des grands -bibliophiles du XVIIIᵉ siècle, Bonnier de la Mosson, chevalier de -Polignac, Rouillé, Du Tillet, marquis de la Chétardie, etc. Il en est -qui contiennent des curiosités comme la mise en scène du ballet des -Turcs dans le _Bourgeois gentilhomme_, ou des pièces inédites, telles -les Cantatilles de Barthélemy sur le _Siège de Saint-Malo_ et la -_Bataille de Saint-Cast_. - -M. Tholin constate, avec juste raison, d’après le catalogue de -l’importante bibliothèque musicale de Fétis, achetée par la ville de -Bruxelles, que cette collection est moins riche que celle de d’Aiguillon -pour certaines séries, «celle des auteurs français de musique -dramatique, tragédies mises en musique, comédies, pastorales et -ballets». - - - - -PIÈCES JUSTIFICATIVES I - -_Archives de la Bastille_, 12391 fº 198 - -DOSSIER TORT - - - Monsieur, - - Je m’étais déjà présenté à votre porte pour tâcher de vous rendre - mes hommages respectueux, lorsque vous avez bien voulu me mander - afin de me prévenir des intentions du roi et de son ministre - relativement à la conduite que je dois tenir sur quelques points - essentiels de mon affaire contre M. de Guines. Il a toujours été - dans mon cœur, Monsieur, le désir le plus vif de ne pas déplaire à - mes maîtres, et il n’y a pas de sacrifices que je ne sois prêt à - faire pour éviter un pareil inconvénient. - - J’ai été malheureusement forcé d’intenter une action criminelle - contre M. de Guines (non parce que ce même M. de Guines m’a - cruellement persécuté en me faisant traîner dans différentes - prisons après m’avoir enlevé toute ma fortune) mais parce qu’il a - osé ajouter à ces injustices celle de m’avoir accusé auprès du roi, - et publiquement, d’être un voleur domestique et d’avoir trahi les - intérêts de la France en vendant à prix d’argent les secrets de - l’Etat à différents négociants anglais, etc... - - Des accusations de cette espèce ne me laissaient que le choix de - mourir dans l’opprobre, ou de me justifier en employant les voies - de droit. Ce dernier parti était sans doute dangereux parce que mes - démarches, quoique très légales, pouvaient choquer à tout instant - les vues d’une administration à laquelle mon adversaire tenait par - sa place. - - Voilà, Monsieur, quelle était ma position. Il fallut chercher des - expédients pour tâcher d’en diminuer l’horreur; et je n’en trouvai - pas de meilleur que celui de supplier M. de Sartine de vouloir bien - être le juge de la conduite que je me proposais de tenir. Ce - magistrat daigna m’écouter; il me promit même avec bonté de - m’arrêter sur les objets qui pourraient m’attirer le blâme de la - Cour, mais à cette condition _que je le préviendrais d’avance de - tous les partis que je serais dans le cas de prendre relativement à - l’instance que j’allais commencer_. Mes intentions étaient trop - pures pour ne pas souscrire aux conditions que m’imposait M. de - Sartine. Je lui ai tenu scrupuleusement parole. J’ose l’en prendre - à témoin. Sa haute sagesse m’a préservé de mille écarts. Mon - innocence et ma fermeté ont fait le reste. - - Vous devez être bien assuré, Monsieur, d’après ce détail, qu’étant - heureusement parvenu au moment d’être jugé, je ne chercherai point - à me compromettre en faisant insérer des faits qui puissent - intéresser le Gouvernement dans les mémoires que je serai bientôt - forcé de donner à mes juges et au public. - - M. de Sartine avait encore bien voulu me promettre d’entendre la - lecture de ces mémoires avant qu’ils ne fussent mis sous la presse. - - Puis-je me flatter de trouver le même intérêt et les mêmes bontés - dans son successeur? J’oserais l’espérer, Monsieur, si le désir de - les mériter pouvait être compté pour quelque chose. Mais, puisque - ce n’est pas un titre, je me bornerai à vous supplier de devenir - l’interprète de mes sentiments, en daignant assurer le roi et ses - ministres que S. M. n’aura jamais de sujet plus fidèle, plus soumis - et plus respectueux que moi. - - Je suis, etc. - - TORT. - - Paris, le 22 septembre 1774. - -_Lettre de Tort de la Sonde au lieutenant de police. Son dossier est -accompagné de ses interrogatoires et de lettres du comte de Guines au -duc de La Vrillière._ - - - - -PIÈCES JUSTIFICATIVES II - -ANT 243 LETTRE DE Mᵐᵉ D’AIGUILLON - - - Paris, 16 juin 1775. - -... Je n’ai pas besoin de vous dire ce que j’ai éprouvé, en voyant -partir lundi M. d’Aiguillon seul et sans savoir quand et comment je -pourrai l’aller trouver. Ce qui est certain, c’est que, si j’ai la -possibilité de voir ma tête à couvert, je partirai. Il faut convenir que -notre position est plus cruelle que celle de tous les autres exilés que -j’aie vus. - -M. de M(aurepas) a été envoyé à Bourges dans la maison de son cousin et -de son ami; et sa femme a pu ne pas le quitter. De plus, cet éloignement -ne marquait pas un acharnement comme le nôtre le prouve. Il n’avait -qu’une terre bâtie (Pontchartrain) qui était à quatre lieues de -Versailles où le roi allait souvent chasser... Nous en avons une bien -bâtie à 60 lieues où nous serions bien à notre aise; c’est pour cela -qu’on nous envoie à 200 lieues dans un endroit non bâti et où je ne puis -aller... M. de Choiseul, dont assurément le feu roi avait plus d’une -raison de se plaindre, a été envoyé chez lui, où non seulement sa femme -et sa sœur, mais tous ses amis l’ont suivi. Jamais on n’a imaginé de -trouver 60 lieues trop près: cela était réservé pour nous. - - - - -PIÈCES JUSTIFICATIVES III - -CERTIFICAT DE RÉSIDENCE - -_Commune de Marly.--District de Versailles._ - - -Extrait des Délibérations de la commune de Marly. - -_Nous_, soussignés, _maire_, _officiers municipaux_, _membres du conseil -général de Marly_, sur la demande faite par la citoyenne ci-après -nommée, sur l’attestation des citoyens _Gervais_, _Mottet_, _J.-Louis -Chicaneau_, _Claude Blein_, _Jean-Pierre Leroy_, _L. Durand_, _Louis -Rousseau_, _J.-J. Hauvy_, _L. Talveau_. - -Que la citoyenne _de Plélo_, _veuve d’Aiguillon_, _douairrière_ (_sic_), -âgée de soixante-six ans, taille de 4 pieds 10 pouces, visage plein, -yeux bleus, cheveux grisonnants, bouche grande, est demeurant -actuellement à Rueil[633], maison appartenant à elle-même et _qu’il_ -(_sic_) y réside sans interruption depuis juin dernier jusqu’à ce jour, -qu’elle a payé ses impôts depuis 1789 et _qu’il_ nous a justifié de la -prestation du serment sur la Constitution. - - Fait en la maison commune le 5 février 1793. - - _Signé_: _Langevin_ (_maire_), _Gagne_, _Fournier_, _Couturier_. - - Enregistré à Versailles, le 28 février 1793 (reçu 20 sols). - - _Certificat d’affiches pendant quinze jours_ - - à Marly, _Langevin_, maire, - - à Rueil, _Lavoipierre_, maire. - - Visa du Directoire du district de Versailles, _Chaillou_. - - Visa du département, _Lavoltere_. - - - - -PIÈCES JUSTIFICATIVES IV - -ARCH. CHABRILLAN, carton 7, p. 117. - - -Le 13 pluviôse, an II.--Vu la déclaration, le Comité de sûreté générale -arrête que la ci-devant duchesse d’Aiguillon, en son domaine à Ruel, d. -de Versailles, sera transférée en la maison d’arrêt, _dite_ des -Anglaises, à Paris, que préalablement, les scellés seront apposés sur -ses papiers, distraction faite de ceux qui se trouveront suspects et -apportés au Comité de sûreté générale avec le procès-verbal; charge de -l’exécution du présent arrêté les citoyens Caplain et Quitelette, -membres du comité de sûreté de Saint-Cloud, qui s’adjoindront deux -autres membres du comité de sûreté ou deux officiers de Ruel, lesquels -pourront requérir la force armée nécessaire dudit lieu. - - Dubarran, Jagot, Louis du Bas-Rhin, Guffroy. - - - - -PIÈCES JUSTIFICATIVES V - -ARCH. CHABRILLAN, carton 25, p. 122. - - -Le 30 vendémiaire, an III.--Vu les différentes attestations des -autorités constituées de la commune de Ruel, près Paris, en faveur de la -dame veuve d’Aiguillon, détenue aux Anglaises, rue Saint-Victor, le -Comité arrête qu’elle sera sur-le-champ mise en liberté et les scellés -levés au vu du présent. - - _Les membres du Comité de sûreté générale_. - - Legendre, Lesage-Senault, Laporte, Dumont, Clauzel, - Reverchon. - - - - -PIÈCES JUSTIFICATIVES VI - - ARCHIVES DE LA COMMUNE DE RUEIL. Communiqué par G. TAUSEND. _Acte - de décès et d’inhumation de Mᵐᵉ d’Aiguillon._ - -COMMUNE DE RUEIL. - - -Aujourd’hui trente fructidor an quatre de la République française, onze -heures du matin, devant nous, agents municipaux de la commune de Rueil, -département de Seine et Oise, est comparu le citoyen Jean Charles -Antoine Chauvet[634], âgé de 44 ans, lequel nous a dit que, le jour -d’hier, vers les sept heures du matin, est décédée, en sa demeure -ordinaire, rue ci-devant dite du Château, la citoyenne Louise Félicité -de Bréan de Plélo, veuve d’Emmanuel Armand Duplessis-Richelieu -d’Aiguillon, âgée de 70 ans, d’une maladie de langueur; nous, agents -municipaux de la dite commune, nous nous sommes transportés en la -demeure de la dite citoyenne d’Aiguillon pour nous assurer de son décès, -lequel avons reconnu vrai et l’avons conduite au lieu destiné au repos -des corps[635], en présence des citoyens A. N. J. Bonvalet, âgé de 30 -ans, demeurant à Paris, rue de la Chaise, Section de la Croix Rouge et -de Jean Jacques Hauvy, officier invalide, âgé de 55 ans, demeurant en -cette commune, témoins qui ont signé avec nous; - - _Signé_: Quelen[636]. Chauvet. Hauvi. Bonau. Hugues. - Chambel. Debourges. - - - - -PIÈCES JUSTIFICATIVES VII - - _Inventaire après décès de Mᵐᵉ d’Aiguillon_, morte le 15 septembre - 1796, fait par le citoyen ARDENT, juge de paix (extrait). - - -_Le 16 prairial an V._ - -1º..... Dans la chambre de Mᵐᵉ d’Aiguillon, ayant vue sur la pièce -d’eau, au 1ᵉʳ étage: - -1º Devant de cheminée et garniture cuivre; - -2º Une bergère couverte en toile coton blanc, brodé vert; - -3º Grand lit à couverture brodée et rideaux; - -4º Un lit de repos, 6 chaises, 4 fauteuils; - -5º Chiffonnier avec métier à tapisserie; - -6º Bercelonnette d’enfant, glaces, canapé, tableaux de paysage, vue de -_Veretz, portraits de famille_. - -_Serre_: 26 orangers et autres plantes diverses. - -Dans un grand salon: Glaces, fauteuils, portraits de famille. _Buste en -bronze représentant le cardinal de Richelieu._[637] Bustes en biscuit -représentant _M. d’Aiguillon_, _Mˡˡᵉ de Navailles_. - -_Dans les caves_: Vins de Hongrie, de Veretz, de Cahors, de Chypre, de -Bordeaux, de Saumur. - -Dans la ferme: tombereaux, charrues, herses, 20 têtes de mouton, bélier, -5 vaches, 61 têtes de volaille. - - - - -INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOMS CITÉS - -_N.--Les numéros indiquent les pages. Ceux suivis d’un astérisque -indiquent les notes. Les noms en italique désignent les noms de lieu et -d’ouvrages._ - - -A - -ABRIEU (Chevalier d’), _secrétaire du duc d’Aiguillon_, 116, 326*, 342, -380, 382. - -_Actes des Apôtres_, 354*. - -ADÉLAÏDE (Mᵐᵉ), _fille de Louis XV_, 92, 164, 201, 201*, 202, 202*, -203, 216, 222, 223. - -_Agen_, 36, 49, 314, 339, 341, 387*, 390, 392, 394, 395. - -AYEN (Duc d’), 119. - -_Agénois_, ancien pays de France, 1, 254, 261, 295, 326. - -_Agénois_ (Domaine d’), 357. - -AGÉNOIS (Comte puis duc d’), 1, 1*, 14, 16, 17, 18, 19, 20, 25, 26, 53, -316. - -AGÉNOIS (Armand, comte d’), _fils du duc d’Aiguillon_, 316, 317, 318, -326, 327, 328, 332, 335, 338, 342, 345, 345*. - -AGÉNOIS (Duchesse), 16, 20, 21, 23, 24. - -AGÉNOIS (Duchesse d’), née Navailles, 346. - -_Agénois_ (Hôtel d’, puis d’_Aiguillon_), 239*, 277, 346, 360, 368, -388*. - -_Aiguillon_ (Château d’), 6, 10, 254*, 256, 257, 260, 263, 266, 268, -269, 271, 272, 280, 285, 286, 300, 301, 305, 309*, 311, 312, 314, 326, -330, 333, 338, 355*, 357, 357*, 358, 365, 385, 386*, 387, 388*, 389, -390, 391, 392, 394, 395. - -AIGUILLON (Duchesse d’), _nièce du cardinal de Richelieu_, 36, 36*, 392. - -AIGUILLON (Duc d’), _père du duc d’Agénois_, 22, 47, 48, 48*, 49, 50, -52. - -AIGUILLON (Duchesse douairière d’), _née Crussol_, 7, 21, 23, 24, 74, -127, 147, 154, 167. - -AIGUILLON (Comte et duc d’Agénois, puis duc d’), 1, 4, 6, 9, 10, 27, -29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 38*, 39, 40, 41, 41*, 42, 42*, -43*, 44, 45*, 46*, 47, 54, 57, 58, 59, 60, 60*, 61, 62, 63, 64, 65, -65*, 66, 67, 68, 69, 70, 72, 72*, 73, 74, 75, 76, 79, 81*, 82, 83, -84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91, 92, 93, 94, 95, 96, 97, 98, 99, 102, -103, 104, 104*, 105, 106, 107, 108, 109, 110, 110*, 111, 112, 113, 114, -115, 116, 117, 118, 119, 120, 121, 124, 126, 127, 128, 130, 131, 133, -134, 135*, 136, 140, 141, 145, 146, 147, 148, 151, 152, 152*, 153, 154, -155, 156, 157, 159, 160, 161, 162, 163*, 165, 167, 168*, 170, 171, 172, -173, 174, 175, 175*, 176, 177, 178, 179, 179*, 180, 181, 182, 183, -183*, 183*, 183*, 184*, 185, 186, 186*, 187, 188, 188*, 189, 189*, 190, -191, 193, 194, 195, 196, 197, 198, 199, 200, 201, 202, 203, 204, 205, -205*, 206, 206*, 206*, 207, 208, 208*, 208*, 209, 209*, 210, 210*, -210*, 210*, 211, 212, 213*, 214, 214*, 215, 215*, 216, 217, 218, 219, -220, 220*, 221, 222, 223, 224, 225, 226, 227, 227*, 231*, 231*, 232, -233, 234, 234*, 235, 235*, 236, 237, 238, 239, 240, 240*, 241, 242, -242*, 243, 243*, 244, 244*, 245, 246, 247, 248, 249, 250, 251, 252, -253, 253*, 254, 256*, 256, 257, 258, 260, 260*, 261, 261*, 262, 268, -270, 271, 273, 274, 274*, 275, 281, 286, 287, 288, 289, 290, 291, 292, -292*, 294, 296, 296*, 298, 299, 301, 302, 302*, 302*, 303, 303*, 304, -307, 309, 310, 311, 312, 314, 315, 315*, 315*, 316*, 317, 318*, 319, -320, 320*, 321, 322, 324, 326, 327, 328, 329*, 330*, 335, 337, 340, -341, 341*, 343, 344, 345, 346, 347, 348, 349, 350, 350*, 352, 356, 362, -362*, 366, 367, 376, 377, 379, 380, 381, 382, 384, 388*, 391, 392, 393, -395. - -AIGUILLON (Louise-Félicité de Bréhan Plélo, duchesse d’), 1, 2, 3, 4, -6, 7, 8, 9, 12, 13, 14, 17, 33, 37, 38*, 42, 43*, 45, 54, 64, 65, 66, -68, 71, 72, 77, 78, 79, 80, 81, 85, 96, 97, 104, 113, 124, 125*, 126, -127, 128, 129, 130, 131, 132, 135, 138, 139, 141, 146, 147, 148, 150, -152, 160, 165, 165*, 166, 167*, 178, 180, 186, 190, 191, 192, 194, -194*, 197, 198, 206, 214, 218, 224, 224*, 229, 230, 231, 231*, 232, -233, 237, 238, 246, 256, 261*, 261*, 263, 264, 265, 266, 267, 269, 272, -276*, 277, 278, 279, 280, 282, 284, 288*, 289, 290, 296, 298, 298*, -299, 299*, 300, 301, 302, 302*, 302*, 308, 311, 313, 317*, 322*, 323, -323*, 325, 326, 328, 329, 329*, 331, 333, 335, 338, 339, 339*, 340, -341, 342, 342*, 342*, 344, 346, 347*, 351, 353, 355, 356, 356*, 357, -358, 358*, 360, 362, 362*, 363, 364, 365, 366, 367, 369, 371, 372, 373, -378, 386*, 388*, 389*, 391, 392, 394. - -AIGUILLON (Agathe-Rosalie d’), 38. - -AIGUILLON (Armande-Félicité d’), 25. - -AIGUILLON (Duchesse d’), née Navailles, 356*. - -AIGUILLON (Armand, duc d’), 354, 354*, 355, 355*, 383, 384, 385, 386, -387*, 388*, 389*, 394. - -_Aiguillon_ (Maison d’), 355, 361, 365*, 392. - -ALEMBERT (D’), 106, 139, 182, 220*. - -ALEXANDRINE, 314. - -ALLEMAGNE, 235. - -ALMERAS (Henri d’). _Les amoureux de Marie-Antoinette_, 219*, 235*. - -_Alsace_, 42. - -_Alsace-Lorraine_, 174. - -_Amboise_, 380. - -AMÉCOURT (D’), _conseiller à la Grand’Chambre_, 319. - -AMELOT, _intendant_, 341, 341*. - -_Amérique_, 310, 331*. - -ANGELUCCI, _libelliste_, 235. - -_Anglais_, 310, 343. - -_Angleterre_, 80, 111, 135, 183, 188, 209*, 210, 241, 310, 339, 386. - -_Angoulème_ (Bailliage d’), 308. - -ANSEAUME, _auteur comique_, 329*. - -ANVILLE (M. d’), 281. - -_Apologie de_ GILBERT, 279. - -_Archives de la Bastille_, 117, 296*, 303*, 380*, 382*. - -_Archives d’Ille-et-Vilaine_, 67*, 81. - -_Archives nationales_, 67*, 68*, 72*, 75*, 76*, 78*, 78*, 79*, 80*, -82*, 93*, 94*, 96*, 115*, 124*, 130*, 132*, 138*, 139*, 143*, 149*, -167*, 169*, 169*, 180*, 191*, 207*, 213*, 230*, 232*, 246*, 246*, 263*, -278*, 280*, 281*, 298*, 298*, 299*, 299*, 299*, 300*, 300*, 300*, 301*, -301*, 302*, 302*, 302*, 302*, 303*, 303*, 303*, 303*, 307*, 307*, 308*, -309*, 309*, 309*, 310*, 310*, 311*, 313*, 313*, 314*, 314*, 314*, 315*, -315*, 320*, 324*, 324*, 324*, 325*, 325*, 325*, 325*, 325*, 327*, 328*, -331*, 332*, 332*, 332*, 333*, 333*, 334*, 334*, 335*, 335*, 339*, 339*, -340*, 341*, 341*, 341*, 343*, 344*, 344*, 344*, 346*, 346*, 347*, 358*, -364*, 387*, 388. - -ARGENSON (_Mémoires du marquis d’_), 16, 17*. - -ARMAILLÉ (Mᵐᵉ d’), _La comtesse d’Egmont_, 154, 154*, 208*, 209*. - -_Armes_ (Place d’), _Versailles_, 197. - -ARNETH (Comte d’), 223*. - -ARNETH-FLAMMERMONT (D’). _Correspondance secrète entre Mercy-Argenteau -et le prince de Kaunitz_, 156*, 163*, 178*, 185*, 186*, 187*, 196*, -210*, 336*. - -ARNETH-GEFFROY (D’). _Correspondance de Marie-Thérèse et de -Marie-Antoinette_, 120*, 121*, 210*, 211*, 215*, 222*. - -ARNETH-GEFFROY (D’), _Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et -Mercy-Argenteau_, 163*, 187*, 187*, 188*, 188*, 190*, 196*, 196*, 221*, -224*, 225*, 227*, 236*, 236*. - -ARNOUX, 382. - -_Arpajon_, 251. - -ARTOIS (Comte d’), 173, 206, 380. - -_Asie_, 331*. - -AUGEARD. _Mémoires secrets_, 239, 239*. - -_Aulnay_, 132. - -AUMONT (Duc d’), _premier gentilhomme de la Chambre_, 217. - -_Autriche_, 20, 135, 156, 161, 163, 165, 181, 183, 185, 187, 188*, 200, -211, 235, 262, 281, 283*. - - -B - -_Babillard_ (_Le_) de BOISSY, 329, 329*. - -BACHA, _surnom d’Aiguillon_, 167. - -BACHAUMONT (_Mémoires secrets dits de_), 43*, 43*, 82*, 93*, 101, 101*, -109, 110*, 112*, 119*, 120*, 137*, 191, 191*, 197, 247*, 263*, 296*, -320*. - -_Bagnères_, 45, 57, 155, 264, 265, 300, 302, 332, 333. - -_Bâle_, 387*. - -BALLEROY (F.-A. Chevalier de), 8, 9, 13, 23, 31, 39, 54, 67, 68, 71, -72, 74, 76, 82, 93, 96, 97, 116, 127, 128, 129, 130, 141, 152, 158, -166, 169, 191*, 193*, 198*, 207*, 213*, 229, 231*, 246, 260, 262, 263*, -270, 276, 277, 280, 281, 284, 286, 297, 298*, 299*, 300, 303, 304, 305, -309, 309*, 313, 315, 316, 320, 322*, 323*, 325, 326*, 326*, 327, 328*, -330, 332, 333, 334, 335, 338, 343*, 344, 345, 346, 349, 352, 364, 380. - -BALLEROY (Charles-Auguste, marquis de), 9, 73. - -BALLEROY (Marquise de la Cour de), 9. - -BARBIER (_Journal de_), 12*, 34*, 85*. - -_Barbier de Séville_ (_Le_), 235. - -_Barèges_, 112, 120, 300, 300*. - -BARDIN (Abbé). _Châteauneuf_, 299*. - -BARRIN (Général, vicomte de), 73, 115. - -BARTHÉLEMY (Abbé), 166, 197, 385. - -BARTHÉLEMY, 395. - -BARTHÉLEMY (E. de), 9, 76. - -_Basse-Normandie_, 277. - -_Bastille_ (_Château de la_), 61, 206, 206*, 207, 225, 240, 241, 242, -270, 283*, 380, 382, 385. - -BAUDEAU (_Chronique de l’abbé_) _Revue rétrospective_, 141, 141*, 219, -219*, 220, 222, 224, 227, 239. - -BAUDRY, 65. - -_Bayeux_, 9, 324, 380. - -BAULIEU, général autrichien, 370*. - -BEAUMARCHAIS (Caron de), 220*, 235, 236, 236*, 251, 339, 378, 379. - -BEAUVAU (Princesse de), 151, 253*. - -BEC-DE-LIÈVRE, 115. - -BELLE-ISLE (Maréchal de), 32, 87. - -_Belle-Poule_ (_Coiffure à la_), 313. - -BELLEVAL (De). _Souvenirs d’un Chevau-Léger_, 63, 63*, 64, 89, 92, 92*, -94, 94*, 96, 96*, 97, 99, 100, 100*, 104*, 158, 158*, 249, 250, 250*, -251, 251*, 252, 252*, 252*, 254*, 258, 258*, 260, 261, 265, 265*, 276, -287, 290*, 311*, 355*. - -_Berlin_, 181, 209*. - -BERNET, homme d’affaires de la famille d’Aiguillon, 355, 356. - -BERNIS (Cardinal de), ambassadeur à Rome, 321, 380. - -BERTIN, contrôleur général, 34, 34*, 92. - -BESENVAL (_Mémoires de_), 173*, 244, 244*, 245, 245*, 256*, 257, 258. - -BOUILLON, médecin du Roi, 26. - -_Bijou des Dames_, 313. - -BINET DE BEAUPRÉ, 345. - -_Biographie universelle des Contemporains_, 385. - -BLACHE, 356*. - -BLOME (Baron de), ministre de France en Danemark, 186. - -_Bohémienne_ (_La_), 307, 307*. - -BOIGNE (_Mémoires de Mᵐᵉ de_), 222*. - -BOISGELIN (Comtesse de), 262, 263. - -BOISSY, auteur comique, 329*. - -BONAPARTE (Général), 370*. - -BONNIER DE LA MOSSON, 395. - -_Bordeaux_, 124, 125, 125*, 201, 323*, 324. - -BORDEU, médecin de Mᵐᵉ Du Barry, 241. - -BOSSEBEUF (Abbé), _Histoire du château de Veretz_, 52*, 367*. - -BOUCHOT (Henri). _La miniature française_, 240*. - -BOUDET _de Monbrison_, 391. - -BOUFFLERS (De), 232. - -BOUILLON (Duc de), 217. - -BOURBON (Maison de), 134, 135, 188*, 235*, 261, 284. - -BOURDIER, banquier de Londres, 241. - -_Bourges_, 264, 344. - -_Bourg-la-Reine_, 341. - -BOUTARIC. _Correspondance de Louis XV_, 140*, 180*, 206*, 226*. - -BOUTRY. _Autour de Marie-Antoinette_, 181, 182, 183*. - -BOYNES (M. de), ministre de la Marine, 160, 160*, 209*, 210*, 210*, 225. - -BOYSSE, 198*. - -BREHAN PLELO (Le comte de), ambassadeur à Copenhague, 1, 14*, 16*, 20. - -BREHAN PLELO (Louise-Françoise de la Vrillière, comtesse de), 1, 11, -12, 13. - -BREHAN PLELO (Louise-Françoise-Félicité), 1, 2, 3, 4, 12, 13, 14, 15, -16. - -BREHAN (Marquis de), frère consanguin du comte de Plelo, 14. - -BREHAN (Marquis de), _Généalogie_ de la Maison de Brehan, 373*. - -_Brest_, 29, 38. - -_Bretagne_, 9, 10, 34, 35, 36, 37, 38, 40, 41, 42, 44, 46, 60, 60*, 63, -66, 68, 73, 74, 75, 76, 82, 83, 88, 94, 101, 106, 110, 117, 125, 128, -130, 132, 139, 143, 144, 145, 151, 155, 156, 159, 169, 220, 231, 231*, -232, 247, 248, 268, 277, 307, 350, 384. - -_Bretagne féodale et militaire_ (_La_), 256*. - -BRILLAT-SAVARIN, 170. - -BRIONNE (Comtesse de), 240*. - -BRISSAC (Duc de), 119, 133, 353*. - -BRISSAC (Duchesse de), 342*. - -BRISSOT (_Mémoires de_), 54, 90, 90*, 110*, 110, 385. - -_British Museum_, 20. - -BROC (Général de), 54, 73. - -BROGLIE (Comte de), 143, 175, 175*, 176, 180, 181, 185, 204, 205, 206, -206*, 207, 208, 212, 215, 220, 225, 242, 310, 310*. - -BROGLIE (Duc de). _Le Secret du Roi_, 67*, 146*, 174*, 175*, 176, 176*, -180, 182, 184, 184*, 185*, 188*, 204*, 205*, 205*, 206*, 206*, 207*, -209*, 225*, 225*, 310*. - -BROSSES (_Lettres du Président de_), 148. - -_Brouage_, 47. - -_Bruxelles_, 240, 395. - -BUFFENOIR. _Feuilles d’histoire_, 362*. - -_Bulletin de la Société archéologique de Touraine_, 48. - -_Bulletin du Bibliophile_, 76, 260*, 262*, 270*, 286*, 304*, 323*. - - -C - -CAEN (Mᵐᵉ de), 303. - -CAFFIERI, 391. - -CAHOUET DE VILLERS (_Affaire de la_), 295. - -_Calais_, 355. - -CALAN, _Revue de Bretagne et Vendée_, 65*, 72*, 73*, 308*. - -CALONNE, contrôleur général, 56, 56*, 58, 249. - -CAMPAN (Mᵐᵉ). _Mémoires sur Marie-Antoinette_, 185*, 219*, 247, 247*, -355*. - -_Canada_, 28. - -CANDIDE, 230, 231*, 280. - -_Caquets_ (_Les_), _Comédie de_ RICCOBONI, 339, 339*. - -CARNÉ. _Etats de Bretagne_, 41*. - -_Carnet historique_ (_Le_), 26*. - -CARPENTIER, 98. - -CARRACIOLI, ambassadeur des Deux-Siciles, 161. - -CARRÉ. _La Chalotais et d’Aiguillon_, 44*, 60*, 62*, 63*, 64*, 65*, -66*, 67*, 68*, 69*, 72*, 73*, 74, 74*, 77*, 231*, 239*, 268*. - -CATHERINE, impératrice de Russie, 182. - -CATHERINE DE MÉDICIS, 151. - -CAVENDISH (Lord), 29, 31, 35. - -CAZALÈS, 354*, 384. - -CEDOZ (Abbé). _Un couvent de Religieuses anglaises à Paris_, 358*. - -CHABRILLAN (Comte de), 239*. - -CHABRILLAN (Marquis de), mari de Mˡˡᵉ d’Aiguillon, 54, 278, 280, 317. - -CHABRILLAN (Comte de), 324, 333, 334*. - -CHABRILLAN (Innocente-Aglaë d’Aiguillon, marquise de), 27, 233, 284, -287, 295, 373*. - -CHABRILLAN (Emmanuel, vicomte de), 355, 365. - -CHABRILLAN (Hippolyte-César de Moreton de), 373*, 374*. - -CHABRILLAN (Pierre-Charles-Fort-de-Moreton de), 374*. - -CHABRILLAN (Marquis de), 11, 41*, 245*, 261*. - -CHABRILLAN (_Archives_), 23*, 29*, 264, 272, 279*, 287*, 356*, 360*, -360*. - -_Chaise_ (_Rue de la_), 353*. - -CHAMFORT, 152*. - -CHAMFORT. _Œuvres_, 152*. - -_Chanson des Philosophes_, 147. - -_Chanteloup._ _Château du duc de Choiseul_, 6, 141, 147, 166, 171, 172, -232*, 340, 380. - -CHARLES Iᵉʳ, 137. - -CHARTRES (Evêque de), 78. - -CHARTRES (Duc de), 310*. - -_Chasseurs et la Laitière_ (_Les_), d’ANSEAUME, musique de DUNI, 329, -329*. - -_Châteauneuf-sur-Loire_ (Château patrimonial des La Vrillière), 299, -299*. - -_Château-Dauphin_, château-fort près de Saluces, 20. - -CHATELET (Du), 87, 171, 172, 173, 299, 299*, 347, 347*. - -CHATEAUROUX (Marquise de la Tournelle, duchesse de), 16, 17, 18, 19, -20, 21, 140, 218. - -CHAULNES (Duc de), 45, 96. - -CHAULNES (Mᵐᵉ de), 278. - -CHAUVELIN (Mᵐᵉ de), 8, 169. - -CHESNAYE-DESBOIS (_Dictionnaire de la_), 1. - -_Cher_, 48, 48*, 49. - -_Cherbourg_, 29, 344, 344*, 344*. - -CHÉTARDIE (Marquis de la), 395. - -CHOISEUL (Duc de), 4, 6, 32, 35, 43, 44*, 59, 61, 78*, 84, 86, 87, 88, -89, 89*, 90, 91, 92, 96, 97, 102, 103, 104*, 111, 112, 120, 121, 127, -133*, 134, 135, 135*, 136, 137*, 139, 140, 141, 142, 142*, 143, 145, -146, 149, 151, 156, 159, 165, 170, 171, 172, 173, 173*, 174, 175, 176, -179*, 181, 186, 204, 208, 211, 214*, 216, 220, 221, 225, 232, 242, 244, -245, 247, 250, 254, 259, 263, 270, 271, 273, 282, 292, 296, 304, 321, -333, 346*, 347, 347*, 348, 366, 377, 380. - -CHOISEUL (Duchesse de), 2, 3, 4, 5, 7, 127, 145, 145*, 147, 153*, 165, -166, 167, 173, 220, 356*. - -CHOISEUL (Vicomte de), 93. - -_Choisy_, 27, 96, 121, 149, 173, 221, 222*. - -CHOLLET, banquier de Londres, 241. - -_Chronique scandaleuse_, 354*. - -CINQ MARS, 392. - -CLAIRFONTAINE (M. de), 314. - -CLAIRON (Mˡˡᵉ), 101, 308. - -CLAUDE SAINT-ANDRÉ (_Mᵐᵉ du Barry_), 89*, 104*, 151, 151*, 311*, 355, -355*, 356*. - -CLÉMENCEAU, jésuite, 67. - -COIGNY (Duc de), 282, 304. - -COLLÉ (_Journal et Mémoires de_), 230, 230*. - -_Compiègne_, 88, 160, 169. - -CONDÉ (Prince de), 89*, 144, 214*, 214*. - -CONDOM (Evêque de), 36, 325, 339. - -CONDORCET, 116. - -CONIAC (M. de), 45, 340. - -CONTANT, 387. - -CONTI (Prince de), 342*. - -CONTI (Louise-Elisabeth de Condé, princesse de), 48, 48*, 49, 51. - -CONTI (Abbesse de), 52. - -_Copenhague_, 14. - -CORNULIER DE LUCINIÈRE, 105. - -_Correspondance de Condorcet et de Turgot_, 116. - -_Correspondance Fontette-de la Noue_, 268*. - -_Correspondance littéraire_, 30*. - -_Correspondance secrète_, 292*, 293*, 296*, 302*, 310*, 311*, 317, -318*, 342*, 342*, 343*, 344*, 345*, 347*, 354*. - -_Côtes-du-Nord_, 29. - -COUSERAN (Evêque de), 339. - -COUTAUSSE, 387. - -CRESSANT., 394. - -CREUTZ (Baron de), ministre de Suède à Versailles, 179, 205, 209*, 283, -362. - -CRILLON (Général duc de), 339, 339*, 341. - -CROMOT, premier commis des Finances, 89, 89*, 214*. - -CROZAT, financier, 134. - -CROY (Prince de), 42, 46, 61, 214, 218, 220. - -CROY (_Journal de_), 27*, 34*, 41*, 42*, 46*, 160*, 214*, 218*, 220*, -222*, 223*. - -CRUSSOL (Louise de), 392. - -CUSTINES, 385. - - -D - -DAMIENS, 85. - -_Danemark_, 292. - -DANCOURT, 330*. - -DANTON, 353*. - -DANTZICK, 180. - -DAUPHIN (Le), père de Louis XVI, 325, 348. - -DAUPHIN (Le), 42, 44, 84, 86, 111, 150, 151, 173, 185, 185*, 202, 203, -207, 208, 274*. - -DAUPHIN (Le), fils de Louis XVI, 347. - -DAUPHINE (La), MARIE-ANTOINETTE, 111, 112, 122, 150, 155, 161, 162, -163*, 164, 169*, 178, 178*, 186, 187, 188, 189, 194, 195, 199*, 199, -201, 201*, 203, 214, 274*. - -DELILLE (Abbé), 220. - -DELONG (Mˡˡᵉ), 342. - -DESNOS, évêque de Rennes puis évêque de Verdun, 132, 276*, 307, 307*. - -DESNOS, imprimeur, 313. - -_Déserteur_ (_Le_), 100, 118. - -_Devin de village_, de J.-J. ROUSSEAU, 339, 339*. - -DINAUX. _Sociétés Badines_, 230, 230*. - -DINO (Duchesse de), _Chronique_, 323*. - -DOILLOT, notaire, 342*. - -DROUAIS, 391, 392. - -DU BARRY (Marie-Jeanne Vaubernier, comtesse), 6, 10, 88, 88*, 91, 92, -93, 96, 97, 98, 99, 104*, 118, 120, 121, 124, 126, 135*, 136, 137, -137*, 139*, 140, 147, 151, 152, 153, 155, 161, 164, 165, 166, 168, -168*, 170, 171, 172, 175*, 178, 179, 181, 183*, 184, 185, 186, 187, -190, 194, 195, 197, 198, 200, 201, 202*, 203, 204, 205, 214, 214*, 216, -217, 218, 221, 251, 254, 267, 275, 276, 295, 311, 311*, 312, 341, 345, -353*, 353*, 355, 356*, 376, 378, 379, 391. - -DU BARRY (Adolphe), neveu de la comtesse, 311. - -DU BARRY (Claire-Félicité, surnommée CHON), belle-sœur de la Favorite, -151, 151*, 194, 195, 200, 202, 204, 312. - -DUBEC, 382. - -DUBOIS-MARTIN, secrétaire du comte de Broglie, 205. - -DUBOIS DE LA MOTTE, (Mᵐᵉ), née BOISGELIN DE CUCÉ, 302, 307, 314, 315*. - -DUCLOS. _Mémoires_, 109, 139. - -DU DEFFAND (Mᵐᵉ), 5, 6, 7, 21*, 61, 73, 74*, 91*, 103*, 104, 104*, 115, -127, 130, 145, 145*, 147, 148, 156, 157, 160, 165, 167, 172, 173, 176, -197, 197*, 205*. - -DU DEFFAND (_Lettres de Mᵐᵉ_), 127*, 130*, 145*, 147, 148, 153, 157, -160*, 165*, 205*. - -DU GAS DU BOIS SAINT-JUST. _Paris, Versailles et les Provinces_, 119, -120. - -DUMOURIEZ, 174, 176*, 205, 206, 206*, 206*, 214*, 241, 242, 385. - -DUNI, compositeur de musique, 329*. - -DURAS (Duc de), 72, 73, 82, 87, 110*, 131, 132, 142, 170, 231. - -DUFORT DE CHEVERNY, _Mémoires_, 353*. - -DURAND, 389. - -DURAND, chargé d’affaires, 176, 176*. - -DUTENS. _Mémoires d’un voyageur qui se repose_, 379. - -DU TILLET, 395. - - -E - -EFFIAT, 392. - -EGMONT (Comtesse Septimanie d’), fille du maréchal de Richelieu, 153, -154, 155*, 156, 169, 170, 179, 208, 209*. - -EGMONT (Comte d’), 154, 170*. - -EGMONT (Alphonsine-Louise-Félicité d’), 170*. - -_Ek._ _Domaine du baron de_ SCHEFFER, 360, 369. - -_Elite des Almanachs_, 313. - -_Entretiens de l’autre monde_ (_Les_), 267, 267*. - -_Epreuve villageoise_ (_L’_), de GRETRY, 313, 313*. - -ESCOURRE (Chevalier d’), écuyer du duc de Brissac, 353*. - -_Espagne_, 135, 140, 216, 339*, 347. - -_Espagnols_, 343. - -ESPARBÈS (Mᵐᵉ), 307, 365. - -_Espion anglais_ (_L’_), 204*, 238*. - -_Espion dévalisé_ (_L’_), Baudoin de Guemadec, 204*. - -_Espion français_ (_L’_), 308*. - -ESTERHAZY, 304. - -ESTERNO (D’), 340. - -_Etats-Unis_, 310*, 331*. - -_Europe_, 160, 186*, 188*, 191, 194, 274, 364. - - -F - -FAGON, auteur comique, 822*. - -_Famille extravagante, de_ LEGRAND, _musique de_ GUILLION, 313, 313*. - -FAUCHET (Abbé), 353*. - -FAVART, auteur comique, 322*. - -FAVART (Mᵐᵉ), 197. - -FAVIER, 175, 205, 206, 207, 242. - -_Fête villageoise_ (_La_), _de_ VOISENON, 197. - -FETIS, 395. - -_Figaro_ (_Le mariage de_), de BEAUMARCHAIS, 339. - -_Filles anglaises_ (_Les_). Couvent transformé en prison, 358, 364*. - -FITZ JAMES (Duc de), gouverneur de Bretagne, 230, 231*, 299, 299*, 315, -327, 328*, 332, 343. - -FLAMARENS (Mᵐᵉ de), nièce de Mᵐᵉ de Maurepas, 342*, 344, 353*, 365. - -FLAMMERMONT. _Correspondance des agents diplomatiques étrangers_, 208*. - -FLAMMERMONT. _Le chancelier Maupeou et les Parlements_, 125*, 134*, -163*. - -_Flandre_, 368. - -FLAVACOURT (Mᵐᵉ de), 17. - -FLÉCHIER, 80. - -FLESSELLES (De), intendant de Rennes et puis de Lyon, 67, 268, 276, -307, 324. - -FLESSELLES (Mᵐᵉ de), 303, 307. - -FLEURY (Vicomtesse de), 191. - -FLEURY (Comte). _Louis XV, intime_, 217*. - -FOISSET. _Le Président de Brosses_, 148*. - -FONTAINE DE RESBECQ. _Les Tombeaux des Richelieu à la Sorbonne_, 192*. - -_Fontainebleau_, 57, 87, 95, 167*, 169, 274, 276. - -FONTETTE (Le chevalier de), 44, 58, 63, 66, 68, 73, 276. - -FONTETTE (Mˡˡᵉ de), 313. - -FORCALQUIER (Comtesse de), 103, 103*, 231*, 320, 320*. - -FOUQUET, 326. - -FOUQUIER-TINVILLE, 236*. - -_France_, 111, 119, 135, 144, 146, 156, 163*, 174, 178*, 179, 180, -183*, 185, 186*, 191, 210, 211, 226, 233, 235, 241, 242, 270, 281, 291, -295*, 310, 310*, 339, 345*, 356, 356*, 358, 364, 364*, 370, 371, 373, -385. - -FRANCE (M. et Mᵐᵉˢ de), 292. - -FRANÇOIS Iᵉʳ, 49. - -FRÉDÉRIC II, roi de Prusse, 28, 176*, 180, 181. - -FRÉDÉRIC II (_Mémoires de_), 185. - -_Fronsac, près Libourne_, 324. - -FRONSAC (Duc de), fils du maréchal de Richelieu, 279, 323. - -FUENTÈS, ambassadeur d’Espagne, 161. - -FUNCK BRENTANO (Fr.). _Nouvelle revue rétrospective de Paul Cottin_, -206*. - -FUNCK BRENTANO (Fr.). _Les Nouvellistes_, 175. - -FUNCK BRENTANO (Fr.). _Figaro et ses devanciers_, 380*. - - -G - -GAIGNEUX, 47. - -GALIBERT (M. de), 303, 313. - -GALLIFFET (Mˡˡᵉ de), 279. - -GARNIER, 394. - -GARVILLE, 106, 107, 108, 109. - -_Gascogne_, 257, 267. - -GASTON (Abbé), _Une prison parisienne sous la Terreur_, 358*. - -GAULARD DE SAUDRAY, chargé d’affaires à Berlin, 181. - -GAUTHIER, homme de loi, 357. - -_Gazette de France_, 213*, 350, 369. - -GEFFROY. _Gustave III et la Cour de France_, 179*, 207*. - -GEOFFRIN (Mᵐᵉ), 106. - -_Genève_, 378. - -GENLIS (Mᵐᵉ de). _Souvenirs de Félicité_, 293*. - -GENLIS (M. de), 331. - -GEORGEL (Abbé), secrétaire du cardinal de Rohan, _Mémoires_, 84, 184*, -185, 310*. - -_Gibraltar_, 339, 339*, 341, 343. - -GILBERT, 279. - -GIRAC, évêque de Saint-Brieuc, 72, 131, 132, 307*, 308. - -GIRARDIN (M. de), 309. - -GISORS (Mᵐᵉ de) née Fouquet, 325, 325*. - -GLEICHEN (_Souvenirs du baron de_), 205, 205*. - -GONCOURT (E. et J. de). _La Du Barry_, 111*, 135*, 151*, 153*, 214*, -392. - -GONCOURT (E. et J. de). _Mᵐᵉ de Pompadour_, 32*. - -GONCOURT (E. et J. de). _La Duchesse de Châteauroux et ses sœurs_, 16, -16*, 19*. - -GOUPIL, inspecteur de police, 380, 381, 382. - -GOYON (Comte de), 124*, 128, 129. - -GRAMONT (Mᵐᵉ de), 278. - -GRAMONT (Duchesse de), 120, 121, 347*. - -GRAMONT (Comte de), 218. - -GRASSET. _Mᵐᵉ de Choiseul et son temps_, 92. - -GRÉCOURT (Abbé de), 48, 51. - -_Grenelle_ (_Rue de_), 353*. - -GRETRY, 313. - -GRIMM (_Correspondance de_), 80*, 146*. - -GRIMBLOT, 205*. - -_Gros-Caillou_ (_Hôpital du_), 345. - -GRÜN. _Feuillets d’histoire_, 103*. - -GUEMÉNÉ (Princesse de), 270, 273, 282. - -GUEMÉNÉ-MONTBAZON (Prince de), 199*, 342. - -GUERRE (De la), 115. - -_Guerre de Sept Ans_, 27, 28. - -GUESBRIANT (Marquise de), 64. - -GUIBERT (Comte de), auteur de la _Tactique_, 206*. - -GUILLONEAU, notaire. _Inventaire du château de Veretz_, 367*. - -GUILLIERS, compositeur de musique, 313*. - -GUIMBAUD. _P. Auget de Montyon_, 353*. - -GUINES (Comte, puis duc de), ambassadeur de France à Londres, 226, 240, -241, 242, 243, 243*, 244, 245, 246, 247, 247*, 252, 254, 257, 265, 270, -271, 273, 274, 281, 282, 282*, 283, 283*, 285, 288, 297, 298. - -GRANDSAIGNE et H.-C. DUCHESNE, _Histoire du Château de Madrid_, 342*. - -GUSTAVE-ADOLPHE, 361. - -GUSTAVE, prince de Suède, 146, 146*. - -GUSTAVE, roi de Suède, 155, 179, 180, 208*, 209, 209*. - - -H - -HAGA (Comte de), 147. - -_Hambourg_, 205*, 206*, 214*, 385, 386. - -HARCOURT (Duc d’), 344. - -HARCOURT (Mᵐᵉ d’), 333. - -HARDY (_Journal de_), 58, 88, 89*, 130, 218, 291, 294, 294*. - -HAUSSET (Mᵐᵉ du), _Souvenirs_, 32*. - -HAVRÉ (Mᵐᵉ d’), 333. - -HÉBERT, procureur de la Commune, 236*. - -HELVÉTIUS, médecin du roi, 217. - -HEMERY (D’), inspecteur de Police, 120. - -HENRI IV, 390. - -_Hermitage_ (_L’_), 121, 335. - -HÉVIN, 105. - -HOCQUART (Mˡˡᵉ), 13. - -_Hollande_, 368. - -HORST (D’), 208*. - -HUNOLSTEIN (D’). _Correspondance inédite de Marie-Antoinette_, 221*. - - -I - -_Insurgent_ (_Coiffure à l’_), 313. - -_Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux_, 391*. - -ISABEAU, 394. - -_Italie_, 321. - - -J - -JACQUIN ET DUESBERG. _Histoire de Ruel_, 219*. - -JEAN-JACQUES (Rousseau), 52. - -JAUCOURT (Le chevalier de), 204. - -JAUCOURT (Marquise de), 302*. - -JOBEZ. _Histoire de Louis XV_, 42*, 43*, 205*. - -JOLY, 360. - -JOLY DE FLEURY, 103*. - -JOSEPH, archiduc, 257*, 259, 304. - -JOSEPH II, empereur d’Allemagne, 184*, 196*, 304*, 336*. - -_Joueur_ (_Le_), de REGNARD, 229, 329*. - -_Journal de la Cour et de la Ville_, 354*, 383. - -_Journal historique de la Révolution opérée dans la Constitution de la -monarchie française par M. de Maupeou_, 307*. - -_Journal de Paris_, 350. - - -K - -KAUNITZ (Prince de), ministre des Affaires étrangères à la Cour de -Vienne, 96, 157*, 163*, 164, 170*, 180, 183, 186, 188, 196*, 210*, 236, -236*, 336*. - -KELLY (Michel). _Mémoires_, 385. - -KEN (Milord), 5. - -KERGUEZEC, 44. - - -L - -LA BORDE, banquier de la cour, 127, 217, 375, 377, 378. - -LA BARRE (Le chevalier de), 47, 106. - -LA BOURDAISIÈRE, 52. - -LA CHALOTAIS (Caradeuc de), 6, 42, 43, 44, 45, 46, 56, 56*, 58, 58*, -59, 61, 67, 74, 76, 92, 102, 112, 115, 117, 143, 155, 160, 220, 232, -247, 248. - -LA CHALOTAIS (Caradeuc de), fils du précédent, 45. - -LA CHATRE, 54. - -LA COSTE (Comte de), 250. - -LACOUR, 270. - -_La Ferté_ (_Château de_), 127. - -LA FERTÉ (_Journal de_ PAPILLON de), 198. - -LAFITE DE PELLEPORE. _Diable dans un bénitier_ (_Le_), 379. - -LAKER, 55. - -LA HARPE, 347*. - -LAIGLE (De), 115. - -LAIGLE (Mᵐᵉ de), 132, 264, 364, 364*, 365, 368, 371, 372. - -LAFFRAY (Abbé), 347*. - -LALANNE (_Correspondance de_), 30*, 33*. - -LALLY TOLLENDAL (De), 115. - -LA MARCHE (Comte de), 169. - -LAMBALLE (Princesse de), 64. - -LA MARTINIÈRE, premier chirurgien du roi, 217, 233. - -LAMOIGNON, premier président du Parlement de Paris, 217*. - -LA MOTTE (Mᵐᵉ de), 380*. - -LANGE (Mˡˡᵉ), 91. - -LANGEAC (Les), bâtards du comte de Saint-Florentin, 297, 346. - -_Languedoc_, 120, 324. - -LA NOUE, 41, 45, 54, 63, 64*, 68, 73, 77, 276. - -LA PEYRONIE, médecin du roi, 26. - -LA PORTE DE LA MEILLERAYE (De), 47. - -LA REYNIÈRE (M. de la), 347. - -_La Rochelle_, 47. - -LA ROCHETERIE (De). _Marie-Antoinette_, 86*, 181*, 184. - -LA TRÉMOILLE (Duc de), 17, 65. - -LA TRÉMOILLE (Duchesse de), 65. - -LA TRÉMOILLE (Duchesse de), fille des précédents, 65. - -LAUZUN (Philippe). _Documents relatifs à l’entrée du duc d’Aiguillon à -Agen_, 36*. - -LAUZUN (Duc de). _Mémoires_, 270*, 282*, 283*. - -LA VALLIÈRE (M. de), 325, 326*. - -LAVERDY (De), contrôleur général, 60, 66, 67, 87, 89*. - -_La Vrillière_ (_Maison de_), 293, 296, 327. - -_La Vrillière_ (_Hôtel_), _rue Saint-Dominique_, 299. - -LEBRUN. _Opinions_, 184*. - -LE CAUSEUR, 391. - -LECLERC, 48*. - -LESCZINSKY (Stanislas), 20. - -LESCZINSKA (Marie), reine de France, 20, 21, 77. - -LEGRAND, auteur comique, 313*. - -_Le Havre_, 29. - -LEHOC, ambassadeur de France en Suède, 370, 370*. - -LEM (Mᵐᵉ), 56, 110*. - -LEMOY. _Le Parlement de Bretagne et le Pouvoir royal_, 57*, 65*, 124, -231*. - -LENOIR, conseiller d’Etat, 58, 58*. - -LESCURE (De), 130*, 136*, 140, 157*, 205*, 238*, 292*, 293*, 296*, -302*, 310*, 311*, 318*, 320*, 342*, 343*, 344*, 345*, 354*. - -LESPINASSE, 389. - -LE TELLIER, peintre, 240*. - -_Lever de l’aurore._ Pamphlet, 382. - -LEVIS (Duc de). _Souvenirs_, 244*. - -LIANCOURT (Duc de), 217. - -LIBRI, 235*. - -LINGUET, 32*, 103*, 105, 106, 108, 109, 110, 124, 127, 131, 133*, 248, -349, 350, 352. - -LINGUET. _Aiguillonana_, 133*, 237*, 248*. - -LISTENAY (Chevalier de), 74. - -_Lodi_, 370*. - -LOHÉAC (M. de), 128, 129. - -_Loire_, 52, 55. - -LOMÉNIE (L. de). _Beaumarchais et son temps_, 235*, 379. - -_Londres_, 226, 241, 378, 379, 385. - -LORRY, médecin du duc d’Aiguillon, 217. - -_Lot-et-Garonne_, 387, 389, 390, 392, 394. - -LOUIS, architecte, 323*. - -LOUIS XII, 225. - -LOUIS XIII, 47, 375, 388, 390. - -LOUIS XIV, 58, 375. - -LOUIS XV, 1, 1*, 3, 57, 61, 67*, 70, 87, 88, 93, 102, 105, 111, 112, -113, 115, 118, 119, 121, 122, 125, 127, 135*, 137*, 138, 140, 141, 145, -157*, 162, 163, 163*, 164, 165, 170, 173, 175, 175*, 175*, 176, 177, -179, 180, 181, 185, 187, 189, 201, 203, 205, 206, 207, 207*, 211, 214*, -214*, 216, 217, 217*, 218, 219, 220, 220*, 220*, 222, 224, 225, 232, -242, 251, 264, 267, 283, 284, 296, 345, 348, 366, 378, 379, 380, 390. - -LOUIS XVI, 163*, 175*, 217, 221, 222, 225, 230, 233, 234, 235*, 244, -245, 246, 247, 252, 254, 255, 259, 276*, 282, 288, 320, 325, 331*, 335, -344*, 347, 377, 379, 380. - -_Louvre_, 321. - -_Luciennes_ (_Louveciennes_), 166, 167, 267. - -_Luxembourg_ (_Palais du_), 321. - -LUYNES (Cardinal de), 378. - -_Lyon_, 268, 324. - -LYONNE (Mᵐᵉ de), 278. - - -M - -_Machines du gouvernement français._ _Pamphlet_, 276*. - -_Madrid_, 188. - -_Madrid_ (_Château de_), _au bois de Boulogne_, 342, 342*, 344, 346. - -MAGEN, 391. - -MAILLE, parfumeur, 307. - -_Mailly_ (_Maison de_), 299*. - -MAILLY (Comtesse de), 19. - -MALESHERBES, 276*. - -_Malouines_ (_Iles_), 135*. - -MANCINI (H.), 391. - -_Mannequins_ (_Les_), 276*. - -MANUEL. _Police dévoilée_, 379. - -MARCEL MARION. _La Bretagne et le duc d’Aiguillon_, 36*, 42*, 43*, 45, -45*, 54, 65, 83, 83*, 103, 115, 117*, 145. - -MARIE-ANTOINETTE, 6, 24, 111, 120, 121, 163*, 165, 170, 189, 190, 194, -195, 195*, 196, 200, 201, 203, 210*, 215, 215*, 221, 222*, 223, 224, -225, 234, 234*, 235, 240, 240*, 243, 244, 246, 250, 251, 252, 253, -253*, 254, 256, 257, 260, 262, 268, 270, 282, 282*, 283*, 287, 288, -294, 304, 318, 320, 321, 336, 347, 348*, 349, 354, 354*, 359, 380. - -MARIE-THÉRÈSE (L’impératrice), 111, 120, 135, 156, 163*, 164, 169*, -177, 178*, 180, 181, 181*, 182, 183, 184*, 184*, 185, 185*, 186, 188, -188*, 190, 195, 195*, 196, 199*, 200*, 202, 202*, 207, 208, 208*, 210, -211, 215*, 215*, 221*, 222*, 225*, 234, 235, 236*, 240, 243*, 258, 259, -259*, 260, 262*, 274*, 282*, 283*, 287, 289*, 296*, 304, 336, 336*. - -MARIN, 382. - -MARIVAUX, 17. - -_Marly_, 115, 287, 311*, 318. - -MARMONTEL, 106, 106*. - -MARMONTEL (_Mémoires de_), 106, 107, 108, 109. - -_Marmousets_ (_Rue des_), 357. - -_Marmoutier_ (_Abbaye de_), 52. - -MARSAN (Comtesse de), 177, 190. - -MARTIN, cuisinier, 191, 240*. - -MASSAC (Mˡˡᵉ), 338. - -MASSON (Frédéric). _Le cardinal de Bernis_, 211, 211*. - -MASSON (Frédéric). _Napoléon intime_, 237*. - -MAUGRAS. _M. et Mᵐᵉ de Choiseul_, 91*, 121*, 135*, 137*, 139*, 141, -171*, 172*. - -MAUGRAS. _Disgrâce de Choiseul_, 199*, 346*. - -MAUPEOU (Le chancelier), 57, 73, 90, 91, 91*, 91*, 102, 103, 105, 112, -115, 118, 124, 125*, 132, 133, 133*, 134, 135, 135*, 136, 137, 139, -141, 143, 144, 148, 151, 160, 182, 183, 183*, 189*, 190, 197, 200, 211, -216, 217*, 220, 225, 226, 233, 239, 349. - -MAUREPAS (Comte de), 12, 14, 18, 19*, 146, 152, 222, 222*, 222*, 223, -224, 231, 232*, 234, 234*, 238, 238*, 239, 245, 248, 252, 253, 253*, -254, 255, 256, 260, 260*, 261, 262, 263, 265, 266, 271, 272, 274*, 276, -277, 279*, 281, 287, 288, 291, 292, 293*, 294, 295, 296, 296*, 298, -299, 299*, 310*, 317, 319, 320, 320*, 321, 326, 334, 335, 335*, 335*, -340, 342*, 348, 353, 353*, 360. - -MAUREPAS (Phélypeaux de la Vrillière, comtesse de), 8, 22, 90, 119, -146, 233, 233*, 237, 238*, 240, 240*, 243, 245*, 246, 253*, 253*, 264, -265, 279, 287, 292, 293*, 294, 294*, 295, 303, 318, 327, 335*, 338, -342*, 344, 346, 357, 372. - -_Maurepas_ (_Hôtel_), _rue de Grenelle_, 299*. - -MAXIMILIEN (Archiduc), 240*, 257*. - -MAYNON D’INVAU, contrôleur général, 91*. - -MAZARIN (Le cardinal de), 133. - -MAZARIN (Marquise de la Vrillière, duchesse de), 12, 21, 392. - -MAZARIN (Duc de), 302. - -MAZET. _Comédie_ d’ANSEAUME et DUNI, 330*, 330. - -MAZON. _Histoire de Soulavie_, 375, 377. - -_Méditerranée_, 343. - -_Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI_, SOULAVIE, -3*, 102*, 111*, 179*, 194*, 350*, 377, 378. - -_Mémoires historiques et anecdotes de la Cour de France_, 347*. - -_Mémoires de Maurepas_, 20, 369, 369*, 371, 376. - -_Mémoires du duc de Luynes_, 14, 19, 21, 23, 26*, 38*, 192. - -_Mémoires relatifs à l’histoire du règne de Louis XV_, 101, 191, 191*, -247*, 263*, 296*, 320*. - -_Mémoires secrets_ (_Nouveaux_). MUSSET-PATHAY, 191*, 293*. - -_Mémoires du duc de Richelieu_, 17*, 136*, 366, 369, 371, 372, 376. - -_Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_, 3*, 73*, 84, 84*, 87, 87*, -88, 92, 104*, 111*, 113*, 119*, 124, 124*, 134, 204*, 212, 217*, 232*, -233*, 234*, 239*, 242*, 242*, 246*, 249, 252*, 252*, 254*, 255, 256*, -260, 260*, 261, 271*, 277, 310, 310*, 319*, 320, 321*, 347*, 368, 371, -376, 377. - -_Mémoires du duc de Choiseul_, 88, 102, 102*, 124, 172, 172*, 376. - -_Ménars_ (_Château de_), 53. - -MERCIER. _Tableau de Paris_, 347*, 350, 351*. - -MERCIER (Abbé), 382. - -MERCY-ARGENTEAU (_Correspondance secrète de_), 92*, 120, 120*, 135, -156*, 157*, 161, 162, 163, 163*, 165, 165*, 169*, 170, 177, 178, 178*, -178*, 178*, 178*, 180, 181, 181*, 182, 182*, 182*, 183, 183*, 184, -184*, 185, 186, 186*, 187, 188*, 189, 189*, 190, 195, 195*, 196*, 199, -199*, 200, 200*, 201, 202, 203, 204, 204*, 204*, 207, 208, 208*, 209*, -210*, 210*, 214*, 215, 215*, 216, 216*, 216*, 224, 225, 225*, 234, 235, -235*, 236, 240*, 243, 255*, 257*, 259, 259*, 260, 262, 262*, 274*, 282, -282*, 283*, 287*, 288, 289*, 304, 304*, 318*, 319, 321, 336, 336*, 348*. - -METRA (_Correspondance secrète dite de_), 133*, 220*, 222*, 223*, 227*, -233*, 247*, 248, 248*. - -_Métromanie_ (_La_), de PIRON, 322, 322*, 329, 329*. - -_Metz_, 217, 218. - -MILLIN, docteur, 89. - -_Millesimo_, 370*. - -_Ministère de M. de Maurepas. Pamphlet_, 213*, 341*. - -MIRABEAU, 90, 347*, 377. - -MIREPOIX (Maréchale de), 169, 178, 194, 194*. - -MOLIÈRE, 340. - -_Mondovi_, 370*. - -_Moniteur_ (_Le_), 383, 384. - -_Montenotte_, 370*. - -MONTMERQUÉ (De), 3*, 377. - -MONSTON, auteur comique, 307*. - -MONTAIGLE (M. de), 314. - -MONTBARREY (Princesse de), 238*. - -_Montauban_, 394. - -_Montcornet-les-Ardennes_, 388. - -MONTEYNARD (M. de), ministre de la guerre, 206*, 212, 214, 214*, 214*, -215. - -MONTIGNY (Mˡˡᵉ de), gouvernante de Mˡˡᵉ de PLELO D’AIGUILLON, 14*. - -MONTYON (A. de), 353*. - -_Montpellier_, 300. - -MOREAU. _Mes souvenirs_, 56, 92*, 100, 213, 213*, 214, 214*, 217*, -222*, 223*, 225*, 241*, 253*, 255*, 263, 276*, 287, 287*. - -_Morlaix_, 56*. - -_Muette_ (_Château de la_), 342. - -MOUFLE D’ANGERVILLE. _Histoire du règne de_ Louis XV, 161*, 168*, 213*. - -MUZENCHÈRE (M. de la), 307. - -MUZENCHÈRE (Mᵐᵉ de la), 302, 307, 308, 314, 315. - -MUY (M. de), ministre de la guerre, 274, 274*. - - -N - -_Nantes_, 54, 308. - -_Naples_, 331*. - -NAPOLÉON, 201, 238*. - -NARBONNE (Comtesse de), 201, 201*, 202*, 203. - -NATTIER, 392. - -NAVAILLES (M. de), 346. - -NAVAILLES (Mˡˡᵉ de), femme du duc d’Agenois, 345. - -NENY, secrétaire intime de Marie-Thérèse, 92*, 163*, 165*, 182*, 208*. - -NESLE (Mᵐᵉ de), 328*. - -_Neuilly_ (_Pont de_), 169. - -NIVERNOIS (Duc de), 146, 326, 342*. - -NOLHAC (De). _La reine Marie-Antoinette_, 253*. - -NOAILLES (Mᵐᵉ de), 121. - -_Normandie_, 344. - -NORAC. _Anagramme de_ CARON DE BEAUMARCHAIS, 235. - -NOTEST (Mˡˡᵉ), 313. - -NOUBEL, 389. - -_Nouvelles à la main_, 26, 27, 380, 381, 382. - -_Nouvellistes_ (_Les_), 175, 379. - -NUGNES, 309. - - -O - -_Observateur anglais_ (_L’_), 202*. - -_Observateur hollandais_ (_L’_), 133. - -OGIER, 72. - -_Orléans_, 353*. - -ORLÉANS (Duc d’), 114, 217. - -_Orléans_ (_Maison d’_), 216. - - -P - -_Pacte de famille_, 270. - -_Paris_, 10, 38, 63, 68, 75, 76, 77, 85, 102, 105, 120, 125, 129, 130, -131, 132, 133, 133*, 139, 143, 144, 158, 169, 204, 209, 220, 222, 233, -234, 236, 239, 243, 244, 251, 254, 265, 266, 267, 268, 271, 272, 273, -274, 275, 285, 287, 291, 294, 295, 303, 304, 309, 316, 320, 322, 325, -330, 332, 334, 338, 339, 340, 341, 342, 343, 347, 348, 349, 353*, 356, -358, 359, 361*, 368, 369, 370, 391. - -PARME (Duc de), 135, 210. - -PAYEN, 391. - -_Penthémont_ (_Abbaye de_), 14*. - -PENTHIÈVRE (Duc de), 27, 41, 74, 81, 81*, 81*, 231, 299*. - -PÉRAT, chirurgien, 25, 26. - -PICHEGRU (Général), 368, 368*, 370*. - -PIDANSAT DE MAIROBERT. _Anecdotes de la comtesse du Barry_, 112, 112*, -119, 126, 137*, 168, 168*, 169*, 197, 198*, 217*, 224*, 381. - -PICQUIGNY (Duc de), puis duc de Chaulnes, 311. - -PIMODAN (Comte de), 157*, 184*. - -PINARD (Dame), 389*. - -PIRON, 322*. - -PLATEN (Comtesse de), 296. - -_Plelo_ (_Maison de_), 256, 293, 327, 388*. - -PLÉLO (Comtesse de), 2. - -POCQUET. _Le duc d’Aiguillon et le Chalotais_, 43*, 65*. - -POLIGNAC (Chevalier de), 395. - -POLIGNAC (Comtesse de), 288, 317. - -POLIGNAC (Mˡˡᵉ de), 317, 318. - -_Politique de tous les gouvernements_ (_La_), 175*. - -_Pologne_, 174, 176*, 177, 180, 181, 182, 184*, 186, 186*, 187, 188, -194, 205, 208, 209*. - -POMPADOUR (Antoinette Poisson, marquise de), 28, 29, 30*, 31, 32, 32*, -33, 34, 35, 36, 39, 40, 42, 43, 44, 53, 86, 89, 90, 121, 195, 259, 265, -348, 392. - -_Pont aux Dames_, 251. - -_Pontchartrain. Château du comte de Maurepas_, 8*, 152, 221, 254, 255, -260, 261*, 280, 327, 342*. - -_Pordic. Bourg de Bretagne_, 374*. - -_Portugal_, 331*. - -_Potsdam_, 182, 238*. - -POUSSIN, 392. - -POYANNE (Marquis de), 238*. - -PRADES (Abbé de), 192. - -PRASLIN (Duc de), 59, 137*, 142*. - -_Praslin_ (_Château de_), 141. - -PROCHÉ, 390. - -PROVENCE (Comte de), 149, 150, 178, 188, 188*, 199, 200, 201, 276*. - -PROVENCE (_Réflexions historiques du comte de_), 225*. - -PROVENCE (Comtesse de), 149, 150, 160, 199, 199*, 200, 201, 202, 392. - -_Provence_, 120. - -PRUSSE (Prince Henri de), 199, 206*. - -_Prusse_, 86, 146, 151*, 180, 181, 185*, 207, 221. - -PUJOS, chirurgien, 25. - -PUY (Evêque du), 79. - -_Pyrénées_, 300. - - -Q - -QUEHILLAC (Mˡˡᵉ de), 128, 129. - -QUELEN (M. de), parent des d’Aiguillon, 14, 359*, 360, 401. - - -R - -RAVAISSON, 147. - -RAYMOND, 394. - -_Recueil général des Costumes et des Modes_, 313. - -_Reims_, 250, 253, 255, 259. - -_Reine de Golconde_ (_La_), 150. - -_Renard et les Raisins_ (_Le_), 316. - -_Rennes_, 38, 41, 42, 53, 57, 61, 63, 64, 66, 68, 69, 75, 85, 102, 105, -110*, 116, 124, 125, 131, 132, 142, 143, 231, 268, 307*, 390. - -_Revue de l’Agenais_, 267*, 390. - -_Revue de Paris_, 140. - -_Revue d’histoire littéraire de la France_, 265. - -_Revue hebdomadaire. Une Idylle d’amour conjugal sous la Régence_, 2*, -16*. - -RICHELIEU (Famille de), 192, 192*, 361. - -RICHELIEU (Cardinal de), 15, 46, 47, 66, 178, 179, 180, 228, 239, 388. - -RICHELIEU (Maréchal, duc de), 17, 91, 92, 95, 103, 104, 112, 116, 120, -125, 146, 147, 153, 209*, 220*, 278, 303, 322, 323, 347, 350, 366*, -375, 377, 378. - -RICCOBONI, auteur comique, 339*. - -RIVAL, 364. - -ROBESPIERRE, 236*, 378. - -ROBIEN (Le président de), 45, 45*, 73, 103*. - -ROBIQUET. v. _Théveneau de Morande._ - -ROCHE-AYMON (Cardinal de la), 233. - -_Rochers_ (_Les_), 41. - -_Rohan_ (Maison de), 117, 209, 342. - -ROHAN (Cardinal de), 176, 181, 181*, 183, 190, 202*, 209, 210*, 210*, -240. - -ROLAND, 387*. - -_Rome_, 86, 227, 321, 380. - -RONAC, _anagramme de_ Caron de Beaumarchais, 378. - -ROOTHE (Mᵐᵉ de), 373. - -ROSEMBERG (Comte de), 257, 257*, 258, 259. - -ROUÉ (Du Barry dit Le), 111, 200, 275. - -ROUILLÉ, 395. - -ROUSSEAU, intendant de la famille d’Aiguillon, 355*, 356, 356*. - -ROUSSEAU (J.-J.), 309, 339*, 351. - -_Ruel_ (_Château des d’Aiguillon_), 45, 53, 74, 146, 218, 219, 243, -344, 345, 346, 349, 353*, 357*, 358, 361, 363, 368, 369, 370, 372, 388*. - -_Ruffec_, 207, 225. - -_Russie_, 146, 176*, 181, 185, 206*, 211. - - -S - -SAINT-AIGNAN (M. de), 340. - -SAINT-AMANS, 389, 391. - -SAINTE-AULAIRE, 145*, 147*, 153*, 160*, 165*, 167*, 197*. - -_Saint-Barthélemy_, 301. - -_Saint-Bihi_ (Château de), 388, 388*. - -_Saint-Brieuc_, 72, 73, 74, 132, 308. - -_Saint-Cast_, 29, 31*, 38, 43, 81*, 87, 281, 395. - -_Saint-Denis_, 78, 79. - -_Saint-Dominique_ (_Rue_), 9. - -_Saintes_, 61*, 92, 160. - -_Saint-Germain_ (_Boulevard_), 239*. - -_Saint-Germain_ (_Faubourg_), 277. - -SAINT-FLORENTIN (Duc de la Vrillière, comte de), 12, 14, 42, 56, 56*, -60, 62, 69, 128, 141, 151, 160, 176*, 213*, 232, 232*, 234, 234*, 254, -256, 258, 279, 279*, 280, 294, 296, 297, 298*, 328, 346. - -_Saint-Florentin_ (_Hôtel_), 299*. - -_Saint-Hubert._ _Rendez-vous de chasse._ 118. - -_Saint-Jacques_ (_Rue_), 313. - -_Saint-Malo_, 29, 56, 56*, 57, 58*, 61, 143, 310*, 395. - -SAINT-SÉVERIN D’ARAGON (Alphonsine de), 170*. - -_Saint-Pétersbourg_, 180, 209*. - -SAINT-SIMON, 376. - -SAINT-VINCENT (Mᵐᵉ de), 278, 303*. - -_Saint-Vrain_, 251, 263. - -SALÉ, secrétaire de Maurepas, 369*. - -SALM KITZBOURG (Prince de), 302, 302*, 347*. - -SALMON, 388*. - -SANDOZ, envoyé de Prusse, 157*. - -_Sardaigne_, 161. - -SARTINES, ministre de la Marine, 236, 242, 379. - -_Savoie_ (_Maison de_), 149. - -SCHEFFER (Comte de), 8, 147. - -SCHEFFER (Baron de), 231*, 358*, 361, 361*, 362, 363, 364, 364*, 365, -367, 368, 370, 371. - -SEDAINE, 100. - -SEGUIN (Mˡˡᵉ), 344. - -SÉGUR (Marquis de). _Au couchant de la Monarchie_, 217, 224*, 225*, -236, 236*, 238*, 239*, 240*, 242*, 245*, 245*, 246*, 253*, 254*, 254*, -255*, 261*, 280, 293*. - -SÉNAC DE MEILHAN. _Le Gouvernement, Les Mœurs_, 88*, 91*, 104, 140, -152, 258*. - -SÉNAC DE MEILHAN. _Portraits et Caractères du XVIIIᵉ siècle_, 136, -136*, 140*. - -_Servante justifiée_ (_La_), 322, 322*. - -_Servante maîtresse_ (La), 280. - -SÉVIGNÉ (Mᵐᵉ de), 41, 50. - -SILHOUETTE, contrôleur général, 34*. - -_Silésie_, 86. - -SIGNAC (Mˡˡᵉ de), 313. - -SMITT (Général), 311. - -_Songe de M. de Maurepas._ _Pamphlet_, 276*. - -_Sorbonne_, 192, 192*, 350, 351. - -SOUBISE (Prince de), 95, 177, 190, 210. - -SOULAVIE, 2, 3, 19, 20, 43, 43*, 44, 44*, 45, 57, 58, 60, 78, 88*, 102, -104, 111, 136, 175*, 179*, 347, 347*, 356*, 366*, 369*, 375, 376, 377, -378. - -_Souvenir à la Hollandaise_, 313. - -STAHREMBERG, 157*, 159*. - -_Stockolm_, 179*, 361, 370*. - -SUARD, 220*. - -_Suède_, 146, 147, 179, 180, 205, 208, 361, 366, 368. - -SURGEON, 380. - - -T - -TALLARD (Mᵐᵉ de), 17. - -TALMONT (Princesse de), 318. - -_Taureau_ (_Château du_), 54*. - -TERRAY (Abbé), contrôleur général, 89*, 90, 91, 91*, 92, 134, 148, 160, -160*, 200, 225. - -THÉLUSSON, banquier de Londres, 241. - -THÉVENEAU DE MORANDE, 378, 379. - -THIÉBAULT (_Mémoires de_), 242*. - -THOLIN (_Documents sur le mobillier du château d’Aiguillon_), 355*, -357*, 386*, 387, 389*, 390, 391, 392, 393, 395. - -TINGRY (Prince de), 199. - -TINTENIAC (De), 45, 340. - -TONELLÉ, 391. - -_Tonneins_, 389, 394. - -TONNERRE (Maréchal de), 331. - -TORT DE LA SONDE (Barthelemy), 240, 241, 242, 245, 247, 257. - -_Toulon_, 209*, 210. - -TOULOUSE (Comte de), 100*. - -_Toulouse_, 124. - -_Touraine_, 49, 62, 232, 325, 346, 367. - -TOURNEUX, 80*, 146*. - -TOURNY, 36*. - -_Tours_, 42, 52, 388. - -_Traité de Paris_, 28*. - -_Trassé_ (Trappes?), 233, 233*. - -TREVEDY. _Quelques mots à propos de Pordic_, 374*. - -_Trianon_, 217, 359. - -_Trou d’Enfer_, 251, 320. - -TUETEY, 388. - -TURGOT, 116, 238*, 261, 267, 271, 281, 283*. - -TURPIN (Mˡˡᵉ), 313. - -_Turquie_, 176*, 211. - - -U - -_Université_ (_Rue de l’_). _Hôtel d’Aiguillon_, 9*, 239, 298, 332. - - -V - -_Vacances du Procureur, comédie de_ DANCOURTE, 330, 330*. - -VALENTINOIS (Mᵐᵉ de), 80, 160. - -_Valmy_, 385. - -_Vals_, 300, 315. - -VAN BLARENBERGUE, 47, 391. - -VAN DYCK, 137. - -_Vannes_, 34, 82. - -VATEL. _Mᵐᵉ Du Barry_, 96, 98, 124*, 147, 172*, 181*, 181*, 183*, 185*, -185*, 197*, 345, 345*. - -VAUGUYON (Duc de la), 91, 92, 347*, 348, 348*. - -VEDEC (Mˡˡᵉ de), 82, 82*. - -_Vendôme_, 325. - -_Venise_, 86. - -_Verdun_, 307, 307*, 325. - -_Veretz_ (_Château de_), 46, 47, 47*, 48, 48*, 49, 50, 52, 53, 54, 55, -63, 72, 80, 116, 141, 229, 232, 233, 240, 254, 254*, 257, 260, 263, -266, 271, 272, 277, 285, 309, 315, 360, 367, 367*, 388*, 391, 392. - -VERGENNES (M. de), ministre des Affaires étrangères, 179, 179*, 245, -246, 283*. - -VÉRI (Abbé de), auditeur de Rote, 227, 238*, 276*, 292, 304*, 342*. - -VÉRI (_Journal de_), 253*, 293*. - -VERMOND (Abbé de), confesseur de Marie-Antoinette, 163*, 260, 274, 274*. - -VERNET, 321. - -_Versailles_, 4, 8, 53, 68, 69, 70, 72, 74, 77, 85, 86, 105, 111, 125*, -142, 158, 159, 162, 163*, 167, 175, 191, 197, 198, 207, 217, 218, 231*, -234, 250, 251, 253*, 263, 264, 272, 277, 283, 293*, 304, 309, 310, 316, -321, 335, 335*, 353*, 361, 388*. - -_Vienne_, 136, 157*, 163*, 176, 180, 181, 181*, 183, 186*, 188*, 209, -225, 234. - -VILLARS (Duchesse de), 8. - -VILLEQUIER (Comte de), 250. - -_Vincennes_, 381*. - -_Vitré_, 41. - -VOISENON (Abbé de), 197, 198. - -VOLAINE, 391. - -VOLTAIRE, 28*, 56, 56*, 115, 146, 309*, 310*. - - -W - -WALPOLE (Horace), 127, 127*, 130*, 156, 172, 205*. - -WELWERT. _Feuilles d’histoire. Autour d’une dame d’honneur_, 171*, 201*. - - - - -TABLE DES MATIÈRES - - -CHAPITRE PREMIER - -Mère et fille.--Parallèle de la duchesse de Choiseul et de -la duchesse d’Aiguillon; analogie de leurs destinées -respectives.--Pourquoi l’Histoire les a traitées inégalement.--La -Correspondance et les Correspondants de -Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Son style et son écriture.--Les -papiers du Chevalier de Balleroy.--Utilité documentaire -des lettres de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Leur corrélation -avec la biographie du ministre de Louis XV 1 - - -CHAPITRE II - -Les premières années de Louise de Plélo: son conseil de -famille.--Son mariage avec le duc d’Agénois.--Le -digne cousin du maréchal de Richelieu.--Ses amours -avec la marquise de la Tournelle.--Une scapinade de -Richelieu.--Hésitations d’une amante et coquetteries -d’une maîtresse.--La duchesse d’Agénois et sa protectrice.--Amitié -véritable entre bru et belle-mère.--Une -lettre de la «Grosse Duchesse».--D’Agénois un -«Caton!»--Mᵐᵉ d’Agénois dame du Palais 12 - - -CHAPITRE III - -Les maternités de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Début de la guerre -de Sept ans.--Bataille de Saint-Cast en Bretagne.--Félicitations -de Mᵐᵉ de Pompadour au vainqueur.--Flirt -de la Grande Marquise.--Maussaderie de d’Aiguillon-Cavendish.--Les -«fols de Bretons».--D’Aiguillon -eût préféré le Languedoc.--Le commencement -des «Affaires de Bretagne» 25 - -CHAPITRE IV - -Privilèges et résistances des Bretons.--Premières escarmouches.--Griefs -réciproques de d’Aiguillon et de la -Chalotais.--Attaques du Parlement.--D’Aiguillon -dissout les Etats.--La duchesse est son auxiliaire le -plus dévoué.--Un impair de La Noue.--D’Aiguillon -se dit de plus en plus dégoûté de sa tâche: il part pour -Veretz.--Beautés de cette résidence seigneuriale.--L’amour -de la retraite chez le duc d’Aiguillon et chez -la marquise de Pompadour.--Vie de château.--La -science économique de la duchesse.--Une histoire de -chasse: Balleroy grand-veneur 40 - - -CHAPITRE V - -Le cure-dents de la Chalotais.--Le «bailliage d’Aiguillon».--Un -échafaud fantastique.--Le Gouvernement -ne veut pas rappeler d’Aiguillon.--Ours et Bretons.--Le -nouveau Parlement et les Etats de 1767.--Les trois -duchesses.--La politique du Gouvernement et celle de -d’Aiguillon.--Le roi et la duchesse d’Aiguillon chez la -Reine.--«Vous vous êtes conduit comme un ange!» 56 - - -CHAPITRE VI - -Les Etats «intermédiaires».--Chasse aux «Mandrins».--La -coterie des «Bastionnaires» et la pacification de -la Bretagne.--Les variations du Contrôleur général -d’après d’Aiguillon.--Démission.--Cérémonial aux -obsèques d’une Reine.--Un cocher en couches.--Le -duc de Penthièvre jugé par Mᵐᵉ d’Aiguillon.--La -duchesse est ravie de voir son mari «hors d’une indigne -galère».--Ce qu’en pense d’Aiguillon 71 - - -CHAPITRE VII - -La première rencontre de d’Aiguillon avec Choiseul: présence -d’esprit de la Duchesse.--Le Régiment du roi: -lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon à Louis XV.--Mᵐᵉ Du Barry -devient l’alliée de d’Aiguillon.--Maupeou et Terray, -négociateurs du traité.--D’Aiguillon capitaine-lieutenant -des chevau-légers: le «beau cortège» de la -duchesse.--Un amoureux fou, mais platonique, de la -Du Barry.--Le déserteur 84 - - -CHAPITRE VIII - -Le Conseil accorde à d’Aiguillon l’évocation de son procès -de Rennes devant le Parlement de Paris.--Appui prêté -par Mᵐᵉ Du Barry malgré la résistance de Louis XV.--Le -«Mémoire justificatif» de Linguet; un collaborateur -masqué; récompense de Marmontel.--Procédure du -Parlement de Paris.--Trêve matrimoniale: incidents.--Reprise -des séances: récit de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Le -roi arrête le procès.--Vengeance du Parlement.--D’Aiguillon -entaché 101 - - -CHAPITRE IX - -Riposte de Maupeou: cassation de l’arrêté.--Pluie de -couplets et d’anecdotes satiriques.--Avanies prodiguées -à Mᵐᵉ Du Barry.--Insolences et mécomptes des parlementaires -bretons d’après Mᵐᵉ d’Aiguillon.--La journée -du 3 septembre.--Louis XV revient aux traditions de -son bisaïeul.--Le sac du roi et le char de la blanchisseuse -de d’Aiguillon.--Indulgence et pitié.--Le Parlement -de Paris courbe la tête.--Mᵐᵉ d’Aiguillon et ses -«chers Bretons» 118 - - -CHAPITRE X - -Maupeou «la bigarade».--Sa double action contre Choiseul -et le Parlement.--Le «beau pacte de famille».--Les -larmes de Mᵐᵉ Du Barry.--Remontrances du Parlement -et refus d’enregistrer l’édit.--Choiseul pressent -sa disgrâce.--Duplicité de Louis XV.--Lettre de -cachet.--Impressions de la duchesse d’Aiguillon.--Exil -des parlementaires.--Le Parlement Maupeou 133 - - -CHAPITRE XI - -Six mois d’attente!--«Le tyran breton le deviendra de -toute l’Europe».--Le futur roi de Suède à Ruel: enthousiasme -de la «Grosse Duchesse».--L’«Agrippine» -de Mᵐᵉ Du Deffand et «le Triumvirat» du président de -Brosses.--Mariage du comte de Provence.--Comment -Mᵐᵉ Du Barry fait entrer d’Aiguillon au ministère: ce -qu’en pense la duchesse; ce qu’en pense le public.--Hostilité -de la comtesse d’Egmont: avanie subie par -Mᵐᵉ d’Aiguillon et colère du maréchal de Richelieu.--Débuts -du nouveau ministre.--Appréciation de l’ambassadeur -d’Autriche, le comte de Mercy-Argenteau 145 - - -CHAPITRE XII - -Pronostics sur le futur ministère.--Dîners diplomatiques.--Entrevue -de Mercy-Argenteau avec «la favorite» et -Louis XV.--Echange de lettres aigres-douces entre -Mᵐᵉ Du Deffand et la duchesse de Choiseul.--Le dîner -de Luciennes.--Jugement sévère de Mᵐᵉ de Choiseul.--Au -décintrement du pont de Neuilly.--Conspiration -de Mesdames contre la Du Barry.--Le Régiment des -Suisses 159 - - -CHAPITRE XIII - -Le partage de la Pologne et ses responsabilités.--Ambitions -du comte de Broglie.--Le cardinal de Rohan nommé -ambassadeur à Vienne.--Tactique autrichienne: condescendance -de la Dauphine.--L’amitié suédoise et le -lyrisme de la duchesse d’Aiguillon.--«Deux brigands -et une dévote».--Les gémissements de Marie-Thérèse.--L’irréparable.--Conseils -du comte de Provence.--La -révolte de la Dauphine.--La vie à Fontainebleau.--La -«croquante» de Versailles.--Mort de la «Grosse -Duchesse» 174 - - -CHAPITRE XIV - -Un mauvais jour de l’an pour Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Conseils -de prudence.--Les galas de d’Aiguillon et de Mᵐᵉ Du -Barry: le «noir serpent» et l’œuf d’autruche.--On -s’écrase chez Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Bouderies entre le -ministre et la favorite.--Le «mauvais sujet».--Confidences -de Mˡˡᵉ Chon: Mercy-Argenteau serait-il berné?--Réconciliation -des deux alliés.--La contre-police de -d’Aiguillon: Dumouriez et consorts embastillés.--L’exil -du comte de Broglie d’après Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Indiscrétions -de Septimanie.--Récriminations de Rohan.--Insuccès -diplomatiques du premier ministre 194 - - -CHAPITRE XV - -Comment d’Aiguillon devint ministre de la Guerre.--Louis -XV au Conseil.--Nouvelle attitude de la Dauphine.--Projet -de rappel de l’ancien Parlement.--Maladie et -mort de Louis XV; départ de Mᵐᵉ Du Barry; les carrosses -de Ruel.--Sérénité de d’Aiguillon.--Nouveaux brocards -contre les anciens favoris.--Maurepas ministre -d’Etat sans portefeuille.--Démission, acceptée, -de d’Aiguillon.--Marie-Antoinette veut que le roi -l’exile.--La joie du comte de Broglie et de Maupeou.--Deux -portraits du duc d’Aiguillon 212 - - -CHAPITRE XVI - -La comédie à Veretz.--Goûts et plaisirs champêtres.--Toujours -les affaires de Bretagne.--Rentrée en scène -de La Chalotais.--Epidémie à Veretz et à Chanteloup.--Réintégration -de l’ancien Parlement; d’Aiguillon y -prend place sans que personne proteste.--Ce qu’on -pense à Vienne de sa retraite.--Campagne de libelles -contre la reine: d’Aiguillon en est, dit-on, l’inspirateur 229 - - -CHAPITRE XVII - -Influence et crédit de Mᵐᵉ de Maurepas.--Ses appels au -calme et à la patience.--D’Aiguillon «embusqué» dans -son hôtel.--Procès du comte de Guines.--Ce qu’était -Tort de la Sonde.--Rôle de d’Aiguillon: griefs de -Guines.--La reine prend parti pour l’ambassadeur de -France à Londres.--Besenval excite Marie-Antoinette -contre d’Aiguillon.--Mémoires de Guines «tissu d’horreurs -et de mensonges».--Guines gagne son procès.--La -reine exige de Louis XVI l’exil du duc d’Aiguillon.--Incidents -de la revue du Trou d’Enfer.--Entrevue de -Maurepas avec la reine.--D’Aiguillon devra partir pour -l’Agénois 237 - - -CHAPITRE XVIII - -Impatience et joie exubérante de la reine.--Réaction de -l’opinion publique en faveur de l’exilé.--Fausse philosophie -de d’Aiguillon: billet à Balleroy; entretien avec -Maurepas.--«Il n’y a rien perdu»; le mot de Marie-Antoinette -justifié.--Les lettres de Mᵐᵉ de Maurepas.--La -tâche de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Voyage de Mᵐᵉ Du -Barry.--L’anecdote des «Entretiens de l’autre monde» 256 - - -CHAPITRE XIX - -Rappel imprévu du comte de Guines.--Pronostics qu’en -déduit d’Aiguillon.--Conférence significative d’un ami -de d’Aiguillon avec Maurepas.--Les fidèles courtisans -du malheur.--Informations parisiennes: le procès -Saint-Vincent et le mariage de Fronsac.--Opéra et ménagerie.--«Le -grand Pan est à bas».--Mercy voit -avec peine l’engouement de la reine pour le comte de -Guines.--La nouvelle école de courtisans.--Mort de -Mᵐᵉ de Chabrillan; lettre désespérée de la mère.--Emotion -de Marie-Antoinette.--Rappel de d’Aiguillon à Paris 269 - - -CHAPITRE XX - -Arrêt dans la correspondance.--D’Aiguillon refuse de -rentrer à Paris.--L’opinion n’en dénonce pas moins -ses intrigues avec son oncle pour revenir à la Cour.--Action -persistante de Mᵐᵉ de Maurepas dans l’intérêt de -son neveu.--Le buste de Louis XVI.--La succession -de La Vrillière et la «vilaine petite race».--Irritation -de la duchesse contre de Guines.--Une saison à Bagnères -dans la plus stricte intimité.--Mᵐᵉ d’Aiguillon -«écorchée comme saint Barthélemy».--«Mauvaise -compagnie» des gens de cour.--Retour au château: -nouvelles récriminations du châtelain; «absorbement -continuel» de la châtelaine 290 - - -CHAPITRE XXI - -Programme de fêtes pour 1778.--Quelques invités et -habitués.--Balleroy toujours l’empressé commissionnaire.--Ferme -et château.--Nouvelles du jour: mort -de Jean-Jacques; procès du comte de Broglie «le vilain -petit homme»; les châtelains et la guerre des Insurgents.--Une -lettre de d’Aiguillon à Mᵐᵉ Du Barry.--Autre -année théâtrale: fêtes et bals.--D’Aiguillon -donne également ses commissions à Balleroy.--Il fait -le juge de paix au château.--Projets de mariage pour -le comte d’Agénois.--Marie-Antoinette signifie de nouveau -à Maurepas sa résolution de ne plus voir d’Aiguillon -à la Cour 306 - - -CHAPITRE XXII - -Illusions d’un ministre tombé: plan fantastique.--Le troisième -mariage du maréchal de Richelieu: vengeance -filiale.--L’année des évêques.--Oraison funèbre de -Mᵐᵉ de Gisors et de M. de la Vallière.--Débuts, dans -le monde, d’Armand, comte d’Agénois.--Félicitations -réciproques de d’Aiguillon et de Balleroy.--La chasse -aux pintades et la «Dédicace» de la Comédie.--Nouvelle -saison du duc à Bagnères: ses pertes énormes au -reversi.--Nouveaux projets de mariage pour le comte -d’Agénois.--Commérages mondains 319 - - -CHAPITRE XXIII - -Une «crillonnade».--La «requête de Monsieur Lustucru».--Voyages -à Paris de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Mission -infructueuse de Balleroy auprès de Mᵐᵉ de Maurepas.--Entrée -sensationnelle à Paris.--Les Espagnols -devant Gibraltar.--Les travaux de Cherbourg.--Mᵐᵉ -d’Aiguillon, la politique et les voleurs.--Une -créance sur Mᵐᵉ Du Barry.--Mariage du duc d’Agénois -avec Mˡˡᵉ de Navailles.--La petite vérole de Mᵐᵉ d’Agénois -et les perdreaux de Ruel.--«Laïus est mort».--Le -procès Linguet.--Morts successives des ducs de -Richelieu et d’Aiguillon.--Mercier devant les caveaux -de la Sorbonne 338 - - -CHAPITRE XXIV - -Effacement de la duchesse d’Aiguillon pendant plusieurs -années.--Rôle de son fils au commencement de la Révolution.--Prétendues -représailles contre la reine.--Le -fils et la mère émigrent.--Rentrée en France de la -duchesse.--Son incarcération.--Le 9 thermidor -sauve Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Vente et liquidation des propriétés -du duc pour désintéresser les créanciers.--La -duchesse se retire à Ruel pour exploiter la propriété.--Heures -difficiles.--Deux lettres du baron de Scheffer 352 - - -CHAPITRE XXV - -Le baron de Scheffer, ancien ministre des affaires étrangères -de Suède.--Sa joie, quand il apprend que -Mᵐᵉ d’Aiguillon a pu échapper «aux mains des tigres -sanguinaires».--Il s’inquiète de la situation financière -de Mᵐᵉ d’Aiguillon et se désole de la voir se rendre à -Paris en charrette.--Que sont devenus les amis de la -duchesse et surtout Mᵐᵉ de Laigle?--Travaux rustiques: -basse-cour et arbres fruitiers.--Apparition des -Mémoires de Richelieu, de d’Aiguillon, de Maurepas: opinion -de Scheffer sur des compilations que Mᵐᵉ d’Aiguillon -déclare apocryphes.--La bru et le petit-fils de la -duchesse sont avec elle.--La dernière lettre de Scheffer 363 - - -APPENDICES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES 375 - - -TABLE DES MATIÈRES 403 - - -ÉVREUX, IMPRIMERIE CH. HÉRISSEY, PAUL HÉRISSEY, SUCCʳ - - -NOTES: - -[1] Date donnée par le Dictionnaire de La Chesnaye-Desbois. - -[2] Son père avait obtenu très difficilement, de Louis XV, de lui -céder, en le mariant, le duché d’Agénois. - -[3] _Revue hebdomadaire_ du 27 avril 1901. Une idylle sous la Régence. - -[4] _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_ (3ᵉ édition, 1792), p. -173. - -L’exemplaire que nous avons consulté est catalogué à la Bibliothèque -de la ville de Paris sous le nº 10469. Il est accompagné de notes -autographes de M. de Monmerqué reproduisant des annotations inédites de -Soulavie. - -[5] SOULAVIE. _Mémoires historiques et politiques du règne de Louis -XVI_ (Paris, 1801, 6 vol.), t. I, pp. 69-70. - -[6] Voir Appendice nº I. - -[7] Chanteloup, hameau de l’arrondissement d’Amboise (Indre-et-Loire). - -[8] Pontchartrain, canton de Chevreuse (Seine-et-Oise). - -[9] Le chevalier avait encore demeuré rue de l’Université. Mais il -restait rarement à Paris, soit que le devoir militaire le retînt en -province, soit qu’il partît en villégiature: «Je ne connais pas, M. le -Chevalier, lui écrit la duchesse, un être plus errant que vous.» - -[10] _Archives nationales_, T 243. - -[11] Saint-Simon donne de curieux détails, dans ses _Mémoires_, sur -la vie peu édifiante de cette grande dame; et le _Journal_ de Barbier -(t. III, p. 384) en signale simplement la mort en ces termes: «Mᵐᵉ la -duchesse de Mazarin, dame d’atours de la reine, est morte, en huit -jours de temps, le 11 du mois de septembre 1742, âgée de cinquante-cinq -ans.» - -[12] AN.T. 243. - -[13] Il n’est pas inutile de rappeler, à cet égard, la lettre (inédite) -qu’écrivait à ce même Quélen le comte de Plélo, le 30 janvier 1729, un -mois avant son départ pour Copenhague: - -«Nous laissons nos enfants ici, mon fils encore quelques mois et ma -fille quelques années; le premier viendra me joindre cet été. A l’égard -de ma fille, elle restera au couvent jusqu’à six ou sept ans; et alors -je la ferai venir auprès de moi, si Dieu me la conserve jusque-là.» - -Cette fille, c’était Louise-Félicité, qui avait alors trois ans. -Conformément aux intentions du père, elle fut mise au couvent de la rue -Bellechasse, la célèbre abbaye de Panthémont où sa mère avait fait son -éducation. Louise-Félicité avait pour gouvernante Mᵐᵉ de Montigny, à -qui Mᵐᵉ de Plélo avait légué 200 livres de rente viagère et qui resta -près d’un an à l’abbaye de Panthémont avec son élève. - -[14] MÉMOIRES DU DUC DE LUYNES, t. III, pp. 105-106. - -[15] Quoique très bien fait, il était de petite taille: aussi, -plus tard, à propos des affaires de Bretagne, ses adversaires le -désignaient-ils ironiquement sous le nom de _Petit duc_. - -[16] EDMOND ET JULES DE GONCOURT. _La duchesse de Châteauroux et ses -sœurs_ (Paris, 1879). - -[17] _Revue hebdomadaire_ du 27 avril 1901. Le comte de Plélo était -fort épris de sa femme; et sa correspondance dit assez quelles furent -sa tendresse et sa fidélité. - -[18] _Mémoires du Mⁱˢ d’Argenson_ (t. IV, p. 44).--_Mémoires de -Richelieu_ par SOULAVIE, t. VI. A tort, les Goncourt appellent -d’Agénois le neveu de Richelieu. C’était Mᵐᵉ de Châteauroux qui lui -donnait ce nom et traitait de «cher oncle» le duc de Richelieu. - -[19] LES GONCOURT. _Mᵐᵉ de Châteauroux_ (Collection Leber, 5815, -Lettres Mss. à la Bibl. de Rouen). Mᵐᵉ de Châteauroux avait une haine -féroce contre Maurepas: elle écrivait, le 3 juin 1744, à Richelieu que -Maurepas «avait fait le tourment de sa vie». - -[20] SOULAVIE. _Anecdotes de la Cour de France_, 1802, p. 24. - -[21] _Mémoires du duc de Luynes_, t. IV. p. 269. - -[22] MAUREPAS. _Mémoires_, t. IV, p. 114-115. Ils sont de Soulavie -(voir appendice nº 1). - -[23] DUC DE LUYNES. _Mémoires_, t. IV, septembre 1742, p. 240. Mᵐᵉ de -Mazarin était morte le 10. - -[24] DUC DE LUYNES. _Mémoires_, t. V, octobre 1743, p. 22. - -[25] AN.T. 243. - -[26] Archives du marquis de Chabrillan. Lettre de 1747. - -[27] Archives du marquis de Chabrillan. - -[28] _Mémoires du duc de Luynes_, t. VII, mars 1746. - -[29] Déjà les _Mémoires_ de Luynes, annonçant, en avril 1736, la mort -du dernier des fils de Plélo, parlaient d’une «fille de huit à dix ans -qui n’avait pas une bonne santé»: c’était Louise-Félicité. - -[30] Les _Nouvelles à la main_ publiées, d’après les manuscrits Anisson -Duperron, par M. le vicomte de Grouchy dans le _Carnet historique_ -de 1898 (t. II, p. 683) donnent, à la date du 4 février 1764, une -anecdote sur les couches de Mᵐᵉ d’Aiguillon, la représentant comme un -véritable phénomène: «Elle est très bien de figure, elle a la peau -assez blanche; dans sa première grossesse, elle devint, par degrés, -noire comme une négresse du Sénégal de la tête aux pieds. Après être -accouchée, elle reprit aussi par degrés son teint ordinaire. Elle est -grosse pour la deuxième fois et la même révolution se fait chez elle. -Elle n’est encore que mulâtresse parce qu’elle n’est pas avancée; dans -ses derniers mois, elle sera noire comme du jais. Au reste, l’enfant -qu’elle a mis au monde la première fois n’avait aucune teinte de noir; -il était comme l’enfant d’un blanc...» Mᵐᵉ d’Aiguillon accoucha, en -effet, en 1764, d’un enfant qui vint avant terme. Mais nous n’avons vu -nulle part, excepté dans un autre recueil de _Nouvelles à la main_, -que Mᵐᵉ d’Aiguillon ait présenté, pendant ses couches, les variations -de couleur dont parle le gazetier. Elle était sujette aux coliques -néphrétiques: peut-être eut-elle, comme son mari, des jaunisses. -Elle en parle, mais jamais du phénomène physiologique cité par les -_Nouvelles à la main_. D’ailleurs, sa deuxième grossesse datait de 1747 -et non de 1764. - -[31] D’Aiguillon n’était encore qu’en très mince faveur à la Cour: -le Roi se souvenait-il toujours des hésitations de la marquise de -la Tournelle? En tout cas d’après le _Journal de Cro _ (t. I, p. -150) d’Aiguillon n’était admis à Choisy qu’à titre «d’externe» ou de -«polisson». - -[32] Cette guerre, si désastreuse pour la France, commença en 1756 et -finit en 1763 par le traité de Paris qui nous enleva le Canada, «ces -quelques arpents de neige», disait Voltaire. - -[33] Village et baie dans le département des Côtes-du-Nord. - -[34] Première lettre d’une correspondance autographe adressée par Mᵐᵉ -de Pompadour au duc d’Aiguillon et conservée au _British Museum_ (fonds -Egerton). Cette correspondance fut publiée pour la première fois en -1856-1857 (t. I, pp. 244 et suiv.), dans la _Correspondance littéraire_ -de Ludovic Lalanne et comprend une période de cinq années (1758-1762). - -[35] «M. d’Aiguillon, dit Linguet (_Aiguillonana_, 1777, p. 9) avait -toujours eu un ascendant marqué sur les maîtresses du feu roi. La -marquise de Pompadour l’avait protégé hautement: la trop prompte mort -du maréchal de Belle-Isle l’avait seule empêché de le lui donner pour -successeur (au ministère de la Guerre).» - -[36] EDMOND et JULES DE GONCOURT. _Mᵐᵉ de Pompadour_ (1878, Paris), p. -147, d’après les _Souvenirs_ de Mᵐᵉ du Hausset. - -[37] Lettre du 6 février 1759, _Correspondance_ de Lalanne, t. I, p. -246. - -[38] _Journal de Cro _ (du duc) édité par le vicomte de Grouchy et Paul -Cottin (1906, 4 vol.), juillet 1759, pp. 476 et suiv.--Le _Journal de -Barbier_ (t. VII, p. 210) parle d’un imprimé, répandu dans Paris en -décembre 1759, qui énumère les préparatifs du débarquement.--Bertin -avait remplacé Silhouette le 24 novembre 1759 (Barbier, VIII, 119). - -[39] Lettre de 1760.--Quel livre à écrire sur les politiciennes! - -[40] Lettre du 10 septembre 1760: il est vrai que, le 14, elle le -complimentait d’avoir obtenu du «zèle des Bretons» un don gratuit de -700.000 livres pour le Roi. - -[41] Lettre du 26 décembre. - -[42] Lettre de Tourny à la duchesse d’Aiguillon, du 24 avril 1751 -(d’après MARCEL MARION. _La Bretagne et le duc d’Aiguillon_, Paris, -1898). - -[43] LAUZUN. _Documents inédits relatifs à l’entrée du duc d’Aiguillon -à Agen_, 1885. - -[44] Lettre du 26 août 1761. - -[45] Déjà, le 7 décembre 1754, le duc de Luynes écrit dans ses -_Mémoires_: «On continue à donner à M. le duc d’Aiguillon toutes les -louanges que méritent son esprit, sa politesse, son application aux -affaires... Mᵐᵉ la duchesse d’Aiguillon a aussi très bien réussi en ce -pays: il paraît que l’on est fort content de l’un et de l’autre.» - -[46] _Journal de Cro _, t. II, p. 12. - -[47] CARNÉ. _Etats de Bretagne_, t. II.--Cet historien a dû à -l’obligeance de M. le marquis de Chabrillan, possesseur des papiers du -duc d’Aiguillon, de pouvoir consulter le «Journal du Commandement de -Bretagne». - -[48] _Journal de Cro _, t. II, p. 48.--Ce même journal signale, -également en 1763, le bruit qui s’était répandu que d’Aiguillon aurait -le commandement de l’Alsace; et il l’eut nominalement. - -[49] MARCEL MARION. _La Bretagne et le duc d’Aiguillon_ (Paris, 1898), -p. 189. - -[50] JOBEZ. _Histoire de Louis XV_, t. VI (Paris, 1864-1870, 6 vol.). - -[51] JOBEZ. _Histoire de Louis XV_, t. VI. Les hostilités s’ouvrirent -le 1ᵉʳ octobre 1764, entre La Chalotais et d’Aiguillon, sur le refus de -celui-ci d’accepter le fils comme successeur du père. - -[52] _Mémoires secrets_ dits _de Bachaumont_, 15 octobre 1764.--M. -POCQUET (_Le Pouvoir absolu et l’esprit provincial. Le duc d’Aiguillon -et La Chalotais_, 3 vol., 1900-1902) affirme que La Chalotais ne fut -pas l’auteur de l’épigramme. - -[53] _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_, p. 5.--M. Marcel -Marion adopte la version de Soulavie. - -[54] Soulavie affirme encore que la marquise devint la maîtresse de -Choiseul. - -[55] BIBL. NAT. IMPR. Ln²⁷ 41577. H. CARRÉ. _La Chalotais et -d’Aiguillon_ (Paris, 1893), _d’après la Correspondance du chevalier de -Fontette avec de la Noue_: «un forcené républicain» dit Fontette de -Kerguézec. - -[56] SOULAVIE. _Mém. du min. du duc d’Aiguillon_, pp. 176 et suiv. - -[57] MARCEL MARION. _La Bretagne et le duc d’Aiguillon_, p. 348. - -[58] MARCEL MARION. _Id._, p. 361. Lettre de M. de Robien à M. de -Coniac (partisan d’Aiguillon), 3 décembre 1765. - -[59] _Mémoires du minist. du duc d’Aiguillon_, p. 178. - -[60] _Journal de Cro _, t. II, p. 192. - -[61] Arrivé de Lille en 1771, cet artiste avait été accueilli avec -distinction par les châtelains de Veretz. - -[62] Un dessin de Gaignières nous a cependant conservé le croquis du -château de Veretz en 1699. - -[63] Bibl. Arsenal Mss. 10016 (Arch. Bastille). Rapport du policier Le -Clerc au lieutenant général de police, 20 août (?) «Etant à Tours, je -fus à Veretz, château situé sur le Cher. S. A. S. Mᵐᵉ la P(rincesse) de -C(onti), deuxième douairière, y était. Par respect, je n’oserai dire -ce que les habitants du pays disent de cette P(rincesse)» et du d(uc) -d’Aiguillon.» - -[64] _Bulletin de la Société archéologique de Touraine_, t. X, pp. 247 -et suiv. (1895-1896). Bibliothèque de Tours, Mss. 963. - -[65] Nous signalons une très complète _Histoire du château de Veretz -et de ses environs_, par l’abbé BOSSEBŒUF (Tours, 1903, in-4º), -histoire dont certains documents, inédits, appartiennent à l’époque -révolutionnaire. Nous en donnons plus loin les intitulés. - -[66] _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_, p. 32. - -[67] MARCEL MARION. _La Bretagne et le duc d’Aiguillon_, p. 417. - -[68] MOREAU. _Mes Souvenirs_, t. II, pp. 54 et suiv. - -[69] «Mais voilà de l’écriture de M. de La Chalotais!» s’était écrié -Calonne, quand Saint-Florentin lui avait présenté les lettres anonymes -(_Mém. du ministère d’Aiguillon_, pp. 5 et suiv.). Honnête prétexte! Le -véritable motif des poursuites, c’était l’assistance que La Chalotais, -agent du roi, prêtait aux revendications du Parlement de Bretagne. - -[70] Sa première prison fut le château du Taureau près de Morlaix. Ce -fut à Saint-Malo qu’il écrivit, les 15 janvier et 17 février 1766, ses -deux premiers _Mémoires_. Ceux de Brissot (Paris, 1830, t. I, p. 158) -nous édifient sur la métaphore quelque peu prudhommesque de Voltaire: -«L’histoire de ces pages écrites avec de la suie, au fond d’un cachot, -sur des enveloppes de pain de sucre, m’avait toujours paru bien -romanesque. Mᵐᵉ Lem (attachée au Parlement et qui avait beaucoup vécu -chez M. de La Chalotais) m’a révélé que c’était elle qui avait fait -passer à La Chalotais, dans le château du Taureau, ce fameux _Mémoire_, -qu’il a prétendu avoir composé et écrit avec un cure-dents.» - -[71] _Mém. du minist. d’Aiguillon_, p. 347. - -[72] LEMOY. _Le Parlement de Bretagne et le pouvoir royal au XVIIIᵉ -siècle._ Angers, 1909, p. 382. - -[73] _Mém. du minist. d’Aiguillon_, p. 14. - -[74] Le _Journal de Hardy_ (Bibl. Nat. Mss. franç. 6680) en donne le 18 -novembre une description terrifiante. - -[75] Lenoir, conseiller d’Etat, rapporteur de la Chambre de Saint-Malo. - -[76] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 16. - -[77] M. Carré établit, dans les premières pages de son livre, que La -Chalotais, toujours irascible et toujours violent, était plutôt le -persécuteur de Fontette, commandant du château de Saint-Malo. - -[78] _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_, p. 20. - -[79] VATEL. _Madame Du Barry_ (Paris, 1883, 3 vol.), t. I, p. 385. - -[80] AN. H. 439. M. Carré dit, avec raison (pp. 57 et suiv.) et sans -arrière-pensée de réhabilitation, qu’on s’est trop habitué à juger -les affaires de Bretagne et la conduite de d’Aiguillon d’après les -pamphlets contemporains, et que la vérité, comme la justification du -prétendu coupable, apparaît mieux dans les papiers du Contrôle général -et dans les _Bulletins de Bretagne_ adressés à cet égard à Laverdy par -le Commandant de Bretagne. - -[81] AN. O¹ 462. - -[82] _Journal du Prince de Cro _, t. II, p. 454. - -[83] H. CARRÉ. _La Chalotais et d’Aiguillon_, p. 65. - -[84] H. CARRÉ. _La Chalotais et d’Aiguillon._ Lettre de La Noue (à -Veretz), à Fontette, 25 septembre 1766. - -[85] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_ (Paris, 1866), p. 103. - -[86] CARRÉ. _La Chalotais et d’Aiguillon. Lettre de La Noue à Fontette_ -(Paris, 23 décembre et 23 février 1767). - -[87] Dans sa thèse de doctorat, _Le Parlement de Bretagne et le pouvoir -royal au XVIIIᵉ siècle_. M. Le Moy donne (pp. 64 et suiv.) un croquis -intéressant de la _Société parlementaire_, pendant le principat de -d’Aiguillon, d’après les livres autorisés de MM. Carré, Pocquet, Marcel -Marion, Baudry et les papiers d’archives du temps. - -[88] _Revue de Bretagne et de Vendée_, 1894. Article de Calan: _Chute -du duc d’Aiguillon_. - -[89] H. CARRÉ. _La Chalotais_, etc. Lettres des 7 et 12 mars 1767, de -Fontette à La Noue. - -[90] H. CARRÉ. _La Chalotais, etc._, pp. 79 et suiv. Louis XV -pratiquait le même système avec son ministre des Affaires étrangères. -(Voir: LE DUC DE BROGLIE. _Le secret du roi._) - -[91] _Archives d’Ille-et-Vilaine_, C. 1780. - -[92] _Archives nationales._ Dossier Balleroy, T. 243. - -[93] H. CARRÉ. _La Chalotais, etc._.. Lettre du 2 juin, de Fontette à -La Noue. - -[94] _Archiv. Nation._ Dossier Balleroy, T 243. - -[95] H. CARRÉ. _La Chalotais, etc._, pp. 79-84. - -[96] AN.T 243. Papiers Balleroy. - -[97] «Ce n’est qu’un petit brigand qui veut jouer au personnage» dit -Fontette; jusqu’alors il avait été un des plus chauds partisans du -gouverneur. - -[98] H. CARRÉ. _La Chalotais, etc._, p. 84. - -[99] _Revue de Bretagne et de Vendée_, 1894. Article Calan sur la chute -du duc d’Aiguillon. - -[100] H. CARRÉ. _La Chalotais, etc._, p. 524. - -[101] _Revue de Bretagne, etc._ Article Calan. - -[102] _Mém. d’Aiguillon_ (du ministère). - -[103] _Correspondance Du Deffand_ (édit. Sainte-Aulaire), t. I, p. 162. -Lettre de Mᵐᵉ Du Deffand à l’abbé Barthélemy. - -[104] H. CARRÉ. _La Chalotais, etc._, pp. 93 et suiv. - -[105] AN.T 243. - -[106] _Bulletin du bibliophile._ Année 1882, p. 119. Publication -(p. 104, p. 125) par M. Edouard de Barthélemy d’un choix de lettres -acquises dans la vente d’une correspondance adressée au chevalier de -Balleroy: celle-ci avait dû échapper aux perquisitions révolutionnaires -ou disparaître des _Archives nationales_. - -[107] H. CARRÉ. _La Chalotais, etc._ Lettre du 3 février 1768. - -[108] AN.T 243. Lettre du 24 juin. - -[109] AN.T 243. Lettre du 10 juillet.--«La Reine, victime de M. le duc -de Choiseul» (note Soulavie). - -[110] AN.T 243. Lettre du 16 août 1768. - -[111] Le mot est rapporté par la _Correspondance de Grimm_ (Edit. M. -Tourneux), t. VIII, p. 184. - -[112] AN.T 243. - -[113] M. de Broc, lieutenant général, était un des vainqueurs de -Saint-Cast. - -[114] Un mémoire pour la tenue des Etats de 1766-1767 (_Archives -d’Ille-et-Vilaine_, C. 1780) réglait ainsi la situation respective des -ducs de Penthièvre et d’Aiguillon: Celui-ci était désigné «pair de -France, chevalier des ordres du roi, _Gouverneur d’Alsace_, lieutenant -général, commandant en chef de Bretagne. Il réside dans la province, -en l’absence du duc de Penthièvre, le gouverneur. Placé à la tête de -l’ordre militaire, il est le premier et principal commissaire du Roi -aux Etats». - -[115] AN.T 243. Lettre du 27 août 1768. - -[116] _Mémoires secrets de Bachaumont_, 26 septembre 1768. Lettre du 29 -août. Nous n’avons trouvé nulle part de trace de cette demoiselle de -Vedec. - -[117] MARCEL MARION. _La Bretagne et le duc d’Aiguillon_, p. 574. - -[118] Les _Remarques_ (renvoi à la page 27 des _Mém. du minist. -d’Aiguillon_) disent que le duc n’avait pas plus pensé au ministère que -le Dauphin n’y avait pensé pour lui. - -[119] _Journal de Barbier_, t. VI, p. 446. - -[120] DE LA ROCHETERIE. _Marie-Antoinette_ (1905), t. I, p. 302. - -[121] _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_, p. 35. - -[122] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 41.--_Mémoires du duc de -Choiseul_ (attribués à Soulavie), 1790, t. I, pp. 244 et suiv. - -[123] SÉNAC DE MEILHAN. _Le gouvernement, les mœurs_, etc. _Portraits -des personnages les plus distingués du XVIIIᵉ siècle_ (édition -Lescure), p. 338. «S’il voulait se rapprocher d’elle, elle ferait la -moitié du chemin...» - -[124] Ce premier commis des finances, chassé en 1768 par Choiseul pour -avoir poussé le contrôleur général Laverdy à entraver la marche du -tout-puissant ministre, avait été remis en place par Terray en 1769. -Cromot, par esprit de vengeance, laissait entrevoir au prince de Condé, -qui, seul des princes du sang, soutenait le gouvernement contre les -parlementaires, la possibilité de supplanter Choiseul. - -[125] Biblioth. Nat. Mss. JOURNAL DE HARDY, 6680, t. I, p. 143, 15 -janvier 1769.--BELLEVAL. Souvenirs, p. 118. - -[126] CLAUDE SAINT-ANDRÉ. _Madame Du Barry_ (Paris, 1909), p. 82. - -[127] BRISSOT. _Mémoires_, t. I, p. 268. - -[128] MAUGRAS. _M. et Mᵐᵉ de Choiseul_, Paris, 1904, p. 449, «figure -de juif, au teint olivâtre» dit Sénac de Meilhan de Maupeou (_le -Gouvernement, les Mœurs_, etc., p. 407, édition Lescure). Il était -chancelier depuis le 15 septembre 1768. - -[129] Maupeou avait remplacé par Terray, l’honnête, mais incapable -Maynon d’Invau, le 20 décembre 1769 (CORRESPONDANCE DU DEFFAND, édit. -Lescure, t. II, p. 19). - -[130] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_ (Paris, 1866), p. 116. - -[131] GRASSET. _Mᵐᵉ de Choiseul et son temps_ (Paris, 1874), p. 109. -L’auteur donne tous les détails de cette présentation. Voir également -la lettre de Mercy-Argenteau à Nény du 3 mai 1769. - -[132] MOREAU. _Mes Souvenirs_, t. II, p. 56.--_Mémoires du ministère -d’Aiguillon_, p. 43. - -[133] _Mémoires secrets_, dits _de Bachaumont_, janvier 1769. - -[134] AN.T 243. - -[135] AN.T 243. Lettre du 5 octobre. - -[136] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, octobre 1769, p. 126. - -[137] AN.T 243. Lettre de 1769, s. d. - -[138] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, 20 octobre 1769, p. 126. - -[139] A la date où Belleval place l’anecdote, le _Déserteur_, la pièce -de Sedaine, avait déjà six mois d’existence: elle n’était d’ailleurs -que la dramatisation d’une historiette du même genre dont la comtesse -de Toulouse avait été l’héroïne en 1736. - -[140] _Mémoires secrets_, dits _de Bachaumont_, t. V, p. 92. - -[141] _Mémoires_, 1790, t. I, pp. 243-244. La même phrase se retrouve -dans les _Mémoires historiques et politiques_ de Soulavie (1801), t. I, -p. 141. - -[142] MOREAU. _Mes souvenirs_, etc., t. II, p. 56. - -[143] MARCEL MARION. _La Bretagne et le duc d’Aiguillon_, pp. 555-562. -Lettre du président de Robien. - -[144] «On ne peut pas être plus jolie, dit Linguet, que Mᵐᵉ de -Forcalquier était; elle est petite, mais fort bien faite; un beau -teint, un visage rond, de grands yeux, un très beau regard, et tous les -mouvements de son visage l’embellissent.» - -Citation de M. Grün dans son article sur la correspondance de Mᵐᵉ de -Forcalquier avec Joly de Fleury (_Feuillets d’histoire_ du 1ᵉʳ mai -1910). - -C’était le _Bellissima_ de Mᵐᵉ Du Deffand. - -Ayant reçu un soufflet de son mari, elle alla consulter, en vue d’une -séparation possible. Son avocat n’ayant pas sans doute trouvé la raison -suffisante, la comtesse rentra chez elle et administra un maître -soufflet à son mari: - -«--Je vous le rends, Monsieur, lui dit-elle, je n’en puis rien faire.» - -[145] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 332. «Ce n’est pas -pendant son procès que M. d’Aiguillon a fait connaissance avec Mᵐᵉ Du -Barry, qu’il n’avait jamais vue. Comme elle n’aimait pas M. de Choiseul -parce qu’elle avait à se plaindre de lui, et comme elle voyait qu’il -cherchait à opprimer M. d’Aiguillon, elle fit offrir son crédit à -celui-ci qui n’avait fait aucune démarche pour se le procurer; et il a -eu ensuite avec elle des liaisons de reconnaissance et d’amitié.» - -Cette note fait partie d’un des derniers chapitres du livre écrit pour -rectifier certaines erreurs qui se sont glissées dans les précédents. -Et comme on sent bien la pensée de la duchesse d’Aiguillon, avouée par -les remarques manuscrites de Soulavie! C’est évidemment une pieuse -inexactitude, commise par respect pour la mémoire du défunt; mais les -Souvenirs de Belleval nous apprennent précisément le contraire. - -[146] CLAUDE SAINT-ANDRÉ. _Madame Du Barry_ (Paris, Emile Paul, 1909), -p. 101. C’est très discutable. Les Choiseul n’eussent pas manqué de -relever le fait. Et rien, dans la correspondance Du Deffand, à cette -époque, ne démontre que la douairière ait été en relation avec Mᵐᵉ Du -Barry. - -[147] MÉMOIRES DE MARMONTEL. (Edition M. Tourneux, Paris, 1891), t. II, -p. 342-346. - -[148] M. Cruppi, qui a consacré une étude, très documentée, à Linguet -(_Un avocat journaliste au XVIIIᵉ siècle_, 1895, pp. 222 et suiv.), -reconnaît, lui aussi, qu’il «n’y avait pas de preuves dans la procédure -de 1770 à l’appui des crimes dont on accusait d’Aiguillon. Après avoir -été remplacé par Duras, il présenta pour sa défense des pièces brûlées -à Rennes par le bourreau». - -[149] BRISSOT. _Mémoires_, t. I, p. 152. - -[150] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 48.--SOULAVIE. _Mémoires -historiques et politiques du règne de Louis XVI_, an X, t. I, d’après -les Goncourt (_La Du Barry_). - -[151] Assurément les _Anecdotes de la comtesse Du Barry_ ne sont pas -une autorité, mais tout n’est pas mensonge ni calomnie dans ce fatras, -dont le rédacteur Pidansat de Mairobert insérait la quintessence dans -les _Mémoires_ de Bachaumont. Ce reporter de grande allure puisait -directement aux sources. - -[152] A rapprocher de cette phrase des _Mémoires du ministère -d’Aiguillon_ (chapitre des rectifications, p. 332) où l’on croit lire -les pattes de mouche de la duchesse: «Pendant tout le temps de ses -affaires, il n’a pas manqué de rentrer chez lui de très bonne heure -pour lire ou faire les écrits relatifs à son procès et n’en ressortait -point.» Pour un grand seigneur et un mondain, dix heures du soir, -c’était de «très bonne heure». - -[153] AN.T 243. Lettre du 29 juin. - -[154] MARCEL MARION. _La Bretagne et le duc d’Aiguillon_, pp. 563 et -suiv. - -[155] _Correspondance de Condorcet et de Turgot_, éditée par Ch. Henry -(Paris, 1882), 16-29 juin 1770. - -[156] MARCEL MARION. _Op. cit._, pp. 579-581. Le titre est: _Lettre -d’un gentilhomme breton à un noble espagnol_. Les auteurs de ce -pamphlet furent traqués et embastillés. Voir _Archives de la Bastille_ -(Ravaisson), t. XIX. pp. 20 et suiv., et BN. Mss. nouv. acquis. -françaises. 1214, pp. 527 et suiv. - -[157] _Mémoires secrets_, 3 juillet 1770, et _Anecdotes Du Barry_. - -[158] _Mémoires d’Aiguillon_ (du ministère), p. 48. - -[159] DU GAS DE BOIS-SAINT-JUST. _Paris, Versailles et les provinces_, -t. III, p. 113 et suiv. - -[160] DU GAS DE BOIS-SAINT-JUST. _Paris, Versailles et les provinces_, -t. III, p. 113 et suiv. - -[161] D’ARNETH. _Correspondance de Maria-Theresia und -Marie-Antoinette_, 1865, p. 1. - -[162] _Mémoires secrets_, 21 juillet 1770. - -[163] _Anecdotes de la comtesse Du Barry_, p. 145.--_Correspondance de -M. Argenteau_, I, 37. Les historiens ont attribué ce rôle à la comtesse -de Choiseul, parente, elle aussi, du ministre, et qui ne dissimulait -pas son insolent mépris pour la maîtresse du roi. - -[164] D’ARNETH et GEFFROY. _Corresp. secrète entre Mercy-Argenteau et -M.-Thérèse_, t. I, pp. 37-39. - -[165] MAUGRAS. _Le duc et la duchesse de Choiseul_, pp. 453 et suiv. -Bien que favorable à Choiseul, en considération de la duchesse, M. -Maugras ne méconnaît pas les imprudences et les maladresses d’un parti -qui fut le premier à précipiter la chute de son chef.--LES GONCOURT. -_La Du Barry_ (1878), p. 91. - -[166] JULES FLAMMERMONT. _Le chancelier Maupeou et les Parlements_ -(1883), pp. 98 et suiv.--LEMOY. _Le Parlement de Bretagne et le Pouvoir -royal au XVIIIᵉ siècle_ (1909), pp. 399 et suiv. - -[167] Jean-Amaury Gouyon Angier de Lohéac. - -[168] AN.T 243. L’arrêt du Parlement de Rennes était des 11 et 14 août. -Le comte de Goyon le fit casser à la Cour le 23 (LEMOY _loco citato_, -p. 413.) - -[169] VATEL. _La Comtesse du Barry_, t. 1, p. 425. - -[170] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 49. - -[171] _Mémoires du duc de Choiseul_, t. II, p. 80. - -[172] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 50. - -[173] Flammermont dit que la séance dura trente minutes à peine et -qu’elle fut à peu près remplie par le discours de Maupeou. - -[174] Dans une lettre du 25 septembre, Mᵐᵉ d’Aiguillon écrit que le -Roi a fait biffer devant lui cet arrêt par les députés du Parlement de -Bordeaux, mandés à Versailles pour le 22 et reçus en audience le 23. - -[175] _Anecdotes de la comtesse Du Barry_, p. 148. - -[176] _Lettres de Mᵐᵉ Du Deffand_ (édit. Lescure). Lettre à Walpole du -5 septembre 1770, p. 94. - -[177] Le Roi avait nommé le comte de Saint-Florentin duc de la -Vrillière en 1770. - -[178] FLAMMERMONT. _Loco cit._, p. 105. - -[179] Lettre du 17 août à Walpole. (Correspondance de Mᵐᵉ Du Deffand, -édit. Lescure), p. 86. - -[180] Journal, t. I, p. 183. - -[181] AN.T 243. Lettre du 25 octobre. - -[182] AN.T 243. Lettre du 4 novembre. Girac, l’évêque de Saint-Brieuc, -avait remplacé Desnos, un ami des d’Aiguillon, au siège épiscopal de -Rennes. - -[183] AN.T 243. Lettre du 10 novembre. - -[184] Le duc de Brissac avait donné ce surnom à Maupeou en raison de -son teint jaune et vert; et au dire de l’_Observateur Hollandais_ -(_Correspondance secrète_ de Metra, t. V, p. 149), le chancelier, «pour -prévenir par la figure», se peignait le visage en blanc et mettait -ensuite une légère couche de rouge. - -[185] «Aussi éloigné de l’impétuosité loyale et expéditive du duc -de Choiseul que de la circonspection oblique et laborieuse du duc -d’Aiguillon, écrit Linguet dans son _Aiguillonana_, Maupeou avait un -autre génie et n’était pas moins propre à jouer un grand rôle dans ce -tourbillon de cabales, de jalousies, de bassesses, de vengeances, de -perfidies qui s’appelle la Cour... Vindicatif avec petitesse, éprouvant -la haine en homme de cour et l’exerçant en bourgeois, il se distinguait -surtout par l’intrépidité d’un grenadier.» - -[186] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 76. - -[187] FLAMMERMONT (_Le chancelier Maupeou et les Parlements_, p. 111), -affirme très nettement que Choiseul voulait la guerre.--M. MAUGRAS (_Le -duc et la duchesse de Choiseul_), soutient la version contraire. Mᵐᵉ Du -Barry fut chargée d’insinuer au roi que Choiseul désirait recommencer -la guerre avec l’Angleterre, alors qu’il l’avait évitée en faisant des -concessions à cette puissance à propos des îles Malouines. - -De leur côté les Goncourt déclarent (_La Du Barry_, p. 96), que le plan -Maupeou-d’Aiguillon était de ruiner dans l’esprit de Louis XV cette -conviction, que la présence de Choiseul aux affaires (et ce fut une -des principales forces du ministre) était le maintien d’une paix dont -s’accommodait si bien l’égoïsme royal. - -[188] Lettre du 25 octobre. - -[189] SÉNAC DE MEILHAN. _Portraits et caractères du XVIIIᵉ siècle_ -(édit. Lescure), p. 337.--SOULAVIE (_Mém. de Richelieu_, 1792, t. II, -p. 217) dit que Sénac était la créature de Choiseul. - -[190] Notons à ce propos les gestes et les mots de... Gavroche que -les _Mémoires de Bachaumont_, les _Anecdotes de Mairobert_, la _Vie -privée de Louis XV_,--tous livres sortant, il est vrai, de la même -officine--prêtent à la Du Barry... Tantôt elle jongle avec deux oranges -en disant: «Saute Choiseul! Saute Praslin!» Tantôt elle raconte à -Louis XV qu’elle a «renvoyé son Choiseul»; c’était un cuisinier -qui ressemblait à l’homme d’Etat. Et bien d’autres gamineries dont -l’imprévu amusait l’ennui de Louis XV. - -[191] MAUGRAS. _M. et Mᵐᵉ de Choiseul_, p. 453, t. I. - -[192] AN.T 243. Lettre du 9 décembre. - -[193] MAUGRAS. _M. et Mᵐᵉ Choiseul_, p. 453. - -[194] AN.T 243. Lettre du 12 décembre. - -[195] _Revue de Paris_, 1829, t. IV, p. 59.--BOUTARIC. _Correspondance -de Louis XV_, t. I, p. 409. - -[196] SÉNAC DE MEILHAN. _Portraits et caractères du XVIIIᵉ siècle_ (éd. -Lescure), p. 337. - -[197] _Revue rétrospective_, t. III, 1ᵉʳ juin 1834.--Chronique de -l’abbé Baudeau, p. 69. - -[198] MAUGRAS. _Le duc et la duchesse de Choiseul_, pp. 453 et suiv. - -[199] AN.T 243. Lettre du 21 décembre. Choiseul avait les départements -des affaires étrangères et de la guerre; son cousin Praslin, celui de -la marine. - -[200] AN.T 243. Lettre du 3 janvier 1771. - -[201] _Correspondance de Mᵐᵉ Du Deffand_ (édit. Sainte-Aulaire), t. I, -pp. 308 et 312. Lettre de Mᵐᵉ Du Deffand à la duchesse de Choiseul, 8 -janvier 1771; lettre de la duchesse à Mᵐᵉ Du Deffand, 12 janvier. - -[202] GRIMM. _Correspondance_ (édit. M. Tourneux), t. IX, p. 279. - -Le but réel du voyage de Gustave, dit le duc de Broglie dans le _Secret -du roi_, était d’obtenir des secours de la France pour la Suède, dont -les dissensions intestines pouvaient exciter, comme la Pologne, les -convoitises de la Prusse et de la Russie. Quand la mort de son père -rappela Gustave en Suède (mai 1771), il n’avait pas encore les subsides -espérés. - -[203] CORRESP. DU DEFFAND (édit. Sainte-Aulaire), t. I, p. 368. Lettre -du 8 mars. - -[204] CORRESP. DU DEFFAND (édit. Sainte-Aulaire). Lettre du 11 mars. - -[205] CORRESP. DU DEFFAND (édit. Sainte-Aulaire). Lettre du 8 mars. - -[206] CORRESP. DU DEFFAND (édit. Sainte-Aulaire). 15 avril, t. I, p. -402. - -[207] Elle a, du reste, laissé de celle qu’elle appelait son amie ce -peu gracieux portrait: - -«Sa bouche est enfoncée, son nez de travers, son regard fol et hardi. -Malgré cela elle est belle. L’éclat de son teint l’emporte sur -l’irrégularité de ses traits. Sa taille est grossière; sa gorge, ses -bras sont énormes... Son esprit a beaucoup de rapports à sa figure: il -est pour ainsi dire aussi mal dessiné que son visage et aussi éclatant: -l’abondance, l’activité, l’impétuosité sont ses qualités dominantes. -Sans goût, sans grâce et sans justesse, elle étonne, elle surprend, -mais elle ne plaît ni n’intéresse; sa physionomie n’a nulle expression. -Tout ce qu’elle dit sort d’une imagination déréglée. C’est quelquefois -un prophète, un démon agité, qui ne prévoit, ni n’a le choix de ce -qu’il va dire.» - -[208] FOISSET. _Le Président de Brosses_ (Paris 1842), p. 287. - -[209] AN.T 243. 24 mai 1771. - -[210] CLAUDE SAINT ANDRÉ. _Mᵐᵉ Du Barry_, pp. 99 et suiv. On avait -surnommé _Chon_, la sœur de Du Barry le _Roué_, cette laide et -intelligente personne «légèrement boiteuse, légèrement bossue» disent -les Goncourt. - -[211] CHAMFORT. _Œuvres_ (1851), p. 68.--SÉNAC DE MEILHAN (_loco -citato_, p. 337) raconte l’anecdote à peu près dans les mêmes termes -avec cette variante que d’Aiguillon avait fait la leçon à la comtesse -et qu’elle devait interpréter le silence, toujours obstiné du prince, -par le proverbe: «Qui ne dit mot, consent.» - -[212] Nous trouvons le mot dans une lettre de Marie-Antoinette à sa -mère (D’ARNETH. _Correspondance de M.-Thérèse et de M.-Antoinette_, -1865, p. 37, 13 septembre 1771). - -[213] GONCOURT. _La Du Barry_, p. 116. «Ce furent quelques mois de -terreur», disent les Goncourt, en parlant des exécutions ordonnées -par le nouveau ministre dans les rangs ennemis. N’est-ce pas, hélas! -l’histoire de tous les changements de ministère. «Il ressemble au -méchant génie des _Mille et une Nuits_» écrit Mᵐᵉ de Choiseul du -concurrent heureux de son mari (Lettre à Mᵐᵉ Du Deffand, 11 septembre -1771, édit. Sainte-Aulaire). - -[214] COMTESSE D’ARMAILLÉ. _La comtesse d’Egmont_, Paris, 1898, pp. 29 -et suiv. - -[215] _Correspondance secrète entre Mercy-Argenteau et le prince de -Kaunitz_, par d’ARNETH (édit. Flammermont), 1889, 2 vol., t. II, -p. 396. Si Mercy-Argenteau avait des préventions contre le nouveau -ministre, celui-ci n’était guère mieux disposé pour la diplomatie -autrichienne: il se plaignit un jour à Sandoz, envoyé de Prusse, de la -morgue de Vienne (même correspondance, _Lettre de Kaunitz à Mercy_, 1ᵉʳ -novembre 1771, t. II, p. 399.) - -Mercy-Argenteau avait succédé, en 1766, au comte de Stahremberg, grâce -à la protection de Kaunitz, qui l’avait eu comme attaché, pendant son -ambassade à la Cour de Louis XV. Ce brillant et magnifique diplomate -rendait justice à la douceur, à la prudence et à la sagesse de son -subordonné, bien qu’il le trouvât «timide, taciturne et gauche jusqu’à -la maussaderie». Le comte de Pimodan, biographe de Mercy, en loue le -bon sens, la mesure, l’adresse et la discrétion. Mais cette discrétion -«habile» alla, nous le verrons bientôt, jusqu’à la dissimulation, -et cette correction diplomatique n’était que l’attitude froide et -gourmée d’un homme qui se croyait très fort parce qu’il n’avait devant -lui qu’un prince indifférent et des ministres décriés. Il prétendit -_jouer_ au Mentor avec une adolescente que se disputaient de multiples -influences et qui avait déjà la volonté de ses caprices; et ce fut -lui qui fut _joué_ par une reine, lasse de ce conseiller, marionnette -docile d’une mère impérieuse. - -[216] Correspondance de Mᵐᵉ Du Deffand (édit. Lescure, 1865), t. II, p. -175. - -[217] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_ (1868, Paris), juillet -1771, p. 150. - -[218] De Boynes avait été nommé en avril 1771 au ministère de la -marine, après un intérim de trois mois rempli par Terray. - -[219] _Journal de Cro _ (_loco citato_), t. II, p. 505. - -[220] _Correspondance Du Deffand_ (édit. Sainte-Aulaire). Lettre de Mᵐᵉ -Du Deffand, du 27 juillet, t. II, p. 24. - -[221] MOUFLE D’ANGERVILLE. _Histoire du règne de Louis XV_ (Londres, 6 -volumes, 1783) t. VI, p. 365. - -[222] D’ARNETH (édit. Geffroy). _Correspondance secrète entre -Marie-Thérèse et Mercy-Argenteau_ (1876, 3 v.), t. I, pp. 198-199. - -Il n’est pas inutile d’indiquer ici l’origine de cette correspondance, -qui, réserve faite de la mentalité respective de ses deux principaux -protagonistes, apporte une contribution si précieuse à l’histoire des -dernières années du règne de Louis XV et des premières de celui de -Louis XVI. - -Au moment où Marie-Antoinette allait échanger la discipline familiale, -mais austère, du gynécée de Vienne contre les mondanités frivoles, mais -séduisantes, du palais de Versailles, Marie-Thérèse avait voulu placer -sa fille sous une sorte de tutelle qu’elle avait confiée à son lecteur -l’abbé de Vermond et à l’ambassadeur comte de Mercy-Argenteau. Dès -lors, elle avait institué, avec celui-ci, une correspondance secrète, -pour être renseignée, et sur la politique de la Cour de Versailles, -et sur l’attitude de Marie-Antoinette comme Dauphine, puis comme -reine de France. Dans son esprit, Mercy-Argenteau était une sorte de -gouverneur qui devait régenter la jeune princesse, au nom de sa mère -et dans l’intérêt de l’Autriche. C’était bien l’homme qui convenait -à la mission: méthodique, méticuleux, méfiant, rigide observateur -de l’étiquette, il dut maintes fois fatiguer de ses observations -la Dauphine, et même l’irriter, surtout quand il lui disait qu’il -avertirait Marie-Thérèse du peu d’égards qu’elle marquait aux -avertissements réitérés de sa mère. Car celle-ci traitait encore comme -une petite fille Marie-Antoinette et ne lui ménageait pas les semonces. - -Le prince de Kaunitz, ministre des affaires étrangères, aurait pu se -formaliser, comme le fit plus tard d’Aiguillon de la Correspondance -secrète de Louis XV avec le comte de Broglie. Il feignit, au -contraire, d’ignorer le plaisir innocent que prenait sa souveraine à -ces rapports secrets, mais à la condition que Mercy lui en rédigerait -un extrait... que l’on retrouve d’ailleurs, presque avec les mêmes -phrases, dans les lettres de l’ambassadeur d’Autriche au ministre de -Vienne (D’ARNETH-FLAMMERMONT. _Correspondance secrète_, 1889, 2 v., t. -II, p. 243, 11 novembre 1768). Mercy, dans sa réponse du 9 décembre, -prétendait n’avoir cédé qu’aux instances de Nény, secrétaire intime de -l’impératrice, et promettait à Kaunitz de lui donner la satisfaction -qu’il désirait. - -Au reste, Mercy-Argenteau apportait, dans ses relations diplomatiques, -des sentiments de défiance tâtillonne, et presque grincheuse, -qu’alimentait encore un appétit démesuré de commérages. Il n’aimait ni -la France, ni son gouvernement: «Ce royaume, écrivait-il à Kaunitz, est -sans justice, sans ministère, sans argent.» Ah! la bonne alliance que -nous avions là. - -[223] _Corresp. secrète de M. Argenteau._ Lettre de Mercy du 2 -septembre 1771, t. I, pp. 200-214. Mercy n’était pas d’ailleurs sans -indulgence pour Mᵐᵉ Du Barry: «Elle n’est ni méchante, ni intrigante» -écrit-il le 15 septembre 1779 à Nény. - -[224] CORRESP. DU DEFFAND (édition Sainte-Aulaire, 1866), t. II, pp. -13, 14 et suiv. - -[225] AN. T. 243 Lettre du 9 octobre 1771 (de Fontainebleau). - -[226] CORRESP. DU DEFFAND (édit. Sainte-Aulaire), 1ᵉʳ octobre 1771, t. -II, p. 59. - -[227] CORRESP. DU DEFFAND (édit. Sainte-Aulaire), 3 octobre 1771, t. -II, p. 59. - -[228] _Anecdotes de la comtesse Du Barry_, Londres, 1776, p. -249.--Moufle d’Angerville dit également dans sa _Vie privée de Louis -XV_ (t. IV, p. 285), à propos des complaisances de d’Aiguillon pour Mᵐᵉ -Du Barry, qu’il «forçait sa femme à s’associer à sa bassesse servile». - -[229] _Anecdotes de la comtesse Du Barry._ La Dauphine y serait allée -sans l’opposition de Mesdames, affirme Mercy dans sa lettre du 16 -octobre 1772 à M.-Thérèse. CORRESP., t. I, pp. 357-358. - -[230] AN.T. 243. Lettre du 9 octobre 1771. - -[231] AN.T. 243. Lettre du 12 novembre 1771. - -[232] Alphonsine-Louise-Félicité, née en 1754, du premier mariage du -comte d’Egmont avec Alphonsine de Saint-Severin d’Aragon. - -[233] WELVERT. _Feuilles d’histoire_, 1ᵉʳ juin 1910. - -[234] MAUGRAS. _La disgrâce du duc et de la duchesse de Choiseul_, p. -149. - -[235] VATEL. _La comtesse Du Barry_, t. II, pp. 100 et suiv. - -[236] MAUGRAS. _Loco citato_, p. 149. - -[237] Mémoires de Choiseul, t. II, p. 70. - -[238] Mémoires de Besenval, t. II, pp. 148-50. - -[239] Des historiens ont dit que Choiseul demandait 3 millions. - -[240] Il est vraiment curieux de constater quelle activité ce prince, -toujours indolent et toujours ennuyé, apportait à sa correspondance -secrète, menant plusieurs intrigues à la fois, au point de les -confondre toutes dans un même imbroglio. Il avait un tempérament -d’auteur dramatique, voire de chroniqueur. Un livre, récemment paru, -les _Nouvellistes_, a démontré, d’après d’indiscutables documents, -combien Louis XV recherchait les échos du jour, les anecdotes -scandaleuses, les rapports de police, et pour dire le mot boulevardier, -les _potins_ qui défrayaient ses appétits de curiosité et mettaient à -sa merci la vie intime de ses courtisans.--Mais après lui, le Secret -du roi devint, qu’on nous passe le mot, le _Secret de Polichinelle_. -Et un livre de Soulavie parut en 1793 (Paris, 2 vol.), qui divulguait -la _Politique de tous les Cabinets de l’Europe pendant les règnes de -Louis XV et de Louis XVI, contenant des pièces authentiques sur la -correspondance secrète du comte de Broglie, un ouvrage dirigé par lui -et exécuté par M. Favier_. - -[241] Il écrivait au roi, le 17 mars, qu’il venait de recevoir la -visite de M. d’Aiguillon, et que celui-ci, en présence de la résistance -opiniâtre opposée par le prince aux suggestions de Mᵐᵉ Du Barry, -déclinait toute prétention au ministère; et lui, de Broglie, ajoutait: -«J’attendrai avec respect ce qu’il plairait à Votre Majesté de faire de -moi». - -[242] DUC DE BROGLIE. _Le Secret du Roi_, t. II, p. 375. Evidemment le -comte de Broglie était plutôt désigné pour la place que l’incapable -Rohan, même assisté de Durand. Dès le 20 janvier 1771, il avait prévenu -le roi des accords suggérés par Frédéric pour éviter une guerre entre -la Russie et l’Autriche à propos de la Turquie, accords dont la Pologne -devait payer les frais. L’inertie de La Vrillière et l’échauffourée de -Dumouriez firent le reste. - -[243] _Corr. secrète d’Arneth-Flammermont._ Lettre de Mercy à Kaunitz, -du 19 décembre, t. II, p. 400. - -[244] _Corresp. secrète d’Arneth-Geffroy._ Lettre de Mercy à -M.-Thérèse, du 23 janvier 1772, t. I, p. 263. - -Il est vrai que, par manière de correctif, la Dauphine déclarait à -Mercy: «Je suis bien décidée à en rester là; et cette femme n’entendra -plus le son de ma voix». - -[245] GEFFROY. _Gustave III et la Cour de France_ (Paris, 1867, 2 -vol.), t. I, p. 249.--Vergennes, disgracié par Choiseul (SOULAVIE. -_Mémoires historiques_, I, 120), avait été envoyé à Stockolm en mai -1771 par d’Aiguillon. - -[246] AN.T 243. Lettre du 15 septembre 1772. - -[247] DUC DE BROGLIE. _Le secret du roi_, t. II, p. 385. - -[248] Lettre du 12 janvier 1772, dans BOUTARIC. _Correspondance secrète -de Louis XV_, 1866, 2 vol., t. I, p. 430. - -[249] VATEL. _Mᵐᵉ Du Barry_, t. II, p. 175.--Rohan fit son entrée à -Vienne le 6 janvier 1772. - -[250] BOUTRY. _Autour de M.-Antoinette_ (Paris, 1906), p. 211. - -[251] DE LA ROCHETERIE. _Marie-Antoinette_ (Paris, 1905), t. I, pp. 108 -et suiv. - -Vatel cite dans son _Histoire de Mᵐᵉ Du Barry_ (t. II, p. 163) une -dépêche de Marie-Thérèse à Mercy, datée du 31 janvier 1773, où elle -reconnaît que «contraire à cet inique partage si inégal et à se lier -avec ces deux monstres» le malheur des temps «l’a tellement accablée -qu’elle a cédé, mais bien contre sa conviction.» - -[252] BOUTRY. _Autour de M.-Antoinette_, p. 208 (d’après les archives -des affaires étrangères). - -[253] _Corresp. M. Argenteau_, I, 298. Lettre de Mercy du 15 avril 1772. - -[254] _Corresp. M. Argenteau_, I, 298. Lettre de Mercy du 15 juin 1772 -au baron Nény. - -[255] Sans rappeler l’ancienne malveillance du Chancelier contre -d’Aiguillon, Lebrun, celui qui devait être plus tard le prince -architrésorier de l’Empire, donne dans ses _Opinions_ (1831, p. -40) l’origine de l’antagonisme signalé par Mercy. Quand la Du -Barry sollicitait pour son allié le poste des affaires étrangères, -d’Aiguillon envoya auprès de Lebrun, inspecteur général des domaines -de la Couronne, un de ses collègues, M. de C***, avec prière de -«déterminer Maupeou à parler pour le duc». Et l’émissaire ajoutait que -si d’Aiguillon «n’avait pas l’obligation de sa place» au chancelier, -il «serait son ennemi». Lebrun résume ainsi l’anecdote: «Le roi céda -de lassitude: M. d’Aiguillon fut nommé. Il se souvint bien qu’il ne le -devait pas à M. de Maupeou; et sans doute il me fit l’honneur de croire -que j’avais été pour quelque chose dans son silence.» - -[256] VATEL. _Mᵐᵉ Du Barry_, t. II, pp. 175 et suiv. - -[257] BOUTRY. _Autour de M.-Antoinette_, pp. 216 et suiv. - -[258] D’ARNETH-FLAMMERMONT. _Corresp. Mercy-Kaunitz_, t. II, p. 408. -_Lettre de Mercy_ du 6 mai. - -[259] L’ABBÉ GEORGEL. _Mémoires_ (1820, 6 vol.), t. I, p. 251. - -Plusieurs historiens, entre autres le duc de Broglie et M. de la -Rocheterie, se sont apitoyés sur les angoisses de Marie-Thérèse, très -consciente cependant du coup de force qui se préparait, quand un mois -avant l’exécution (le 2 juillet 1772) elle écrivait à Mercy: «Rien au -monde ne m’a fait plus de peine, mais surtout le tort que nous avons -vis-à-vis de nos alliés et de l’Europe, comme si nous préférions un -intérêt particulier à toute honnêteté et égards.» Ce qui ne l’empêche -pas, à la fin de cette même lettre, d’invoquer la raison d’état qui -doit justifier à ses yeux l’attentat imminent du 5 août. Dans un livre -tout récent, M. de Pimodan exécute, lui aussi, mais avec certaines -réserves, la duplicité de l’impératrice-reine: il met, en effet, -le démembrement de la Pologne à l’actif de Joseph II, le fils de -Marie-Thérèse, que sa mère avait fait nommer pour la forme corégent, -après la mort de l’Empereur. - -[260] Mᵐᵉ Campan raconte l’anecdote, mais sans commentaires, dans ses -_Souvenirs_, sur M.-Antoinette. - -D’après le duc de Broglie (_Le Secret du Roi_, II, 390) et Vatel -(_Mᵐᵉ Du Barry_, II, 165), Frédéric II dit, dans ses _Mémoires_, de -Marie-Thérèse: «Elle pleurait et prenait toujours, et nous eûmes -beaucoup de peine à obtenir qu’elle se contentât de sa part de gâteau.» - -[261] _Corresp. M. Argenteau_ (d’Arneth-Geffroy), II, p. 515. Lettre -de Mercy du 15 juin. Une note, insérée au bas de la page 315, rapporte -d’après le baron de Blöme, ministre de France en Danemarck, une réponse -que dut faire, à cette occasion, le duc d’Aiguillon: «qu’il convient -que la conduite de la Cour de Vienne est aussi juste que nécessaire, -mais que ce serait toujours un grand mal pour la balance de l’Europe, -si le partage en question venait à se réaliser. Au reste ce ministre -n’a avisé aucun moyen pour rétablir les choses sur l’ancien pied». -Telle était l’incertitude, la pusillanimité de cet homme d’Etat, -qu’il n’osait désavouer la parole du maître. Et, cependant, il avait -conscience de cette vérité essentielle, toujours hélas! d’actualité, -que l’existence d’une Pologne unie, forte, indépendante, était une -nécessité pour l’Europe continentale et surtout pour la France. - -[262] CORRESP. M. ARGENTEAU (_d’Arneth-Geffroy_). Lettre de Mercy du 18 -juillet. - -[263] D’ARNETH-FLAMMERMONT. _Corresp. Mercy-Kaunitz._ Lettre de -Kaunitz, du 10 février 1772, t. II, p. 404. - -[264] D’ARNETH-GEFFROY. _Corresp. M. Argenteau._ Lettre de Mercy à -M.-Thérèse, du 14 août. - -[265] D’ARNETH-GEFFROY. _Corresp. M. Argenteau._ Lettre de Mercy à -M.-Thérèse, du 26 août. - -[266] CORRESP. M. ARGENTEAU (_d’Arneth-Geffroy_). Lettre de Mercy, du -16 septembre 1772. - -[267] CORRESP. M. ARGENTEAU (_d’Arneth-Flammermont_), t. II, p. 410. -Lettre de Mercy, du 14 août 1772, au prince de Kaunitz.--Le DUC DE -BROGLIE (_Secret du Roi_, II, 391), dit que d’Aiguillon, après le 5 -août 1772, se plaignit à Vienne de «n’avoir pas été prévenu». - -[268] CORRESP. M. ARGENTEAU (_d’Arneth-Geffroy_). Lettre de Mercy, du -16 septembre 1772. - -[269] CORRESP. M. ARGENTEAU (_d’Arneth-Geffroy_). Lettre de Mercy, du -16 octobre 1772. - -Ces manœuvres correspondaient à la politique de M.-Thérèse qui tendait -à faire prédominer l’Autriche en Europe par l’influence de ses -alliances familiales avec la maison de Bourbon. - -[270] Lettre du 14 novembre. Le Comte de Provence, d’après M. -Argenteau, saisissait toutes les occasions de dire du mal de -d’Aiguillon et du bien de Maupeou. - -[271] Lettre du 14 novembre. - -[272] CORRESPONDANCE M. ARGENTEAU. Lettre à M.-Thérèse, 14 novembre -1772, p. 378. - -[273] Lettre du 5 novembre 1772 à Balleroy, AN.T 243. - -[274] _Mémoires secrets_, t. VI, p. 95.--Musset-Pathay a reproduit -cette anecdote dans ses _Nouveaux mémoires secrets_ (Paris, 1829), p. -248. - -[275] Voir pp. 21-22. - -[276] FONTAINE DE RESBECQ. _Les tombeaux de Richelieu à la Sorbonne_, -Paris, 1867. - -[277] Lettre du 6 décembre 1772 au chevalier de Balleroy. - -[278] «Mᵐᵉ de Mirepoix, éternelle joueuse qui avait besoin d’argent et -qui en recevait par le canal de la favorite, devint sa complaisante; et -Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui avait dans les mœurs et le caractère bien plus de -décence et de retenue, fut contrainte par son mari de la fréquenter.» -(SOULAVIE. _Mém. histor. et politiq. du règne de Louis XV_, 1801, t. I, -p. 70.) - -[279] _Corresp. secrète entre Marie-Thérèse et M. Argenteau._ Lettre de -M.-Antoinette à M.-Thérèse, t. I, p. 396. - -[280] Lettre du 16 janvier, de M. Argenteau à Marie-Thérèse, t. -I, p. 402.--Mercy avait préalablement admonesté la Dauphine (p. -401); et celle-ci avait prié l’ambassadeur de mitiger son rapport -à sa souveraine, car Marie-Antoinette disait de sa mère: «J’aime -l’Impératrice, mais je la crains» (p. 404). - -[281] Lettre du 31 janvier (_Corr. secrète M. Argenteau. Lettre de -M.-Thérèse_), t. I, p. 407. - -[282] D’ARNETH-FLAMMERMONT. _Corresp. M. Argenteau, Pr. de Kaunitz et -Joseph._ Lettre de Mercy à Kaunitz, 17 février 1773, t. II, p. 415. - -[283] D’ARNETH-GEFFROY. _Corr. M. Argenteau et M.-Thérèse._ Lettre -de Mercy, 20 avril 1773, t. I, p. 445-446. «Elle a conçu pour le duc -d’Aiguillon une horreur qui passe toute mesure...» - -[284] Version de la Gazette Mss. de la Bibliothèque Mazarine et VATEL. -_Mᵐᵉ Du Barry_, t. II, pp. 216 et suiv. - -[285] Lettre de Mᵐᵉ Du Deffand à l’abbé Barthélemy (édit. -Sainte-Aulaire), janvier 1773, t. II, p. 325. - -[286] JOURNAL DE PAPILLON DE LA FERTÉ (édité par M. Boysse, Paris, -1887), p. 342, 18 février. «Nos ouvriers y travaillent jour et nuit, -malgré le mauvais temps qu’il fait.» - -[287] _Anecdotes de la comtesse Du Barry_, pp. 252-253. - -[288] Lettre inédite publiée par M. Maugras dans la _Disgrâce de -Choiseul_, p. 238. - -[289] Lettre du 18 mai de M. Argenteau à M.-Thérèse, t. I, p. 454. -La Dauphine confesse à l’ambassadeur qu’elle a constaté «le peu de -sincérité» du comte de Provence. - -[290] Lettre du 16 juin de M. Argenteau à Marie-Thérèse, t. I, p. 461. - -[291] Lettre de M. Argenteau, du 16 juin 1773, t. I, p. 465. - -[292] M. Welvert, dans un article très fouillé des _Feuilles -d’Histoire_ (mai-juin 1910), que suivit sa publication _Autour d’une -dame d’honneur_, met en doute l’acceptation par Mᵐᵉ de Narbonne des -offres du ministre. Mercy-Argenteau, dit-il, puisait ses renseignements -à des sources frelatées et obéissait à ses préventions autrichiennes -pour accuser à tort Mᵐᵉ Adélaïde et Mᵐᵉ de Narbonne d’avoir voulu faire -comprendre à la Dauphine ses nouveaux devoirs. - -[293] Marie-Thérèse en avait dit autant de l’ambassadeur de France à -Mercy le 18 mars 1772: «Le prince de Rohan est un bien mauvais sujet; -je le verrais, avec plaisir, bientôt dénicher d’ici.» - -_L’Observateur anglais_, t. I, p. 448. «Mᵐᵉ la comtesse de Narbonne, -dame d’atours de Mᵐᵉ Adélaïde, dans la vue de parvenir à la faveur qui -lui avait été promise, avait déterminé la princesse, sa maîtresse, et -Mesdames à ménager la comtesse Du Barry et à la recevoir désormais avec -des égards et de la bienveillance. - -Mᵐᵉ la comtesse de Provence et le Comte s’étaient rendus à cet égard -et on y avait même engagé Mᵐᵉ la Dauphine, lorsque M. le Dauphin, -par un refus formel, a rompu cette réconciliation. Il a déclaré que, -lui, personnellement, était disposé à donner, en tout temps, au roi -des marques de sa tendresse, de son respect et de sa soumission, mais -qu’il était de son intérêt, ainsi que de son devoir, plus encore de son -attachement à Mᵐᵉ la Dauphine, de ne laisser approcher d’elle aucun -scandale.» _Corresp. secrète de M. Argenteau._ Lettre de Mercy du 12 -juillet, t. II. p. 5. - -[294] _Corresp. secrète de M. Argenteau._ Lettre de Mercy du 17, t. II, -p. 12. - -[295] _Corresp. secrète de Mercy._ Lettres du 14 et 26 août 1773, t. -II, pp. 18 et suiv. - -[296] _L’Espion anglais_ de 1779 (t. I. p. 37). - -[297] DE BROGLIE. _Le Secret du roi._ t. II, p. 398. - -[298] _Corresp. Mercy. Lettre de M.-Thérèse_, du 2 août, t. 2, p. 15. - -[299] _Mémoires du Ministère d’Aiguillon_, t. II, p. 97. - -[300] CORRESP. DU DEFFAND (Edit. Lescure). Lettre de Mᵐᵉ Du Deffand à -Walpole (27 février 1773), t. II, p. 310. - -[301] DE BROGLIE. _Le Secret du Roi_, t. II, p. 441. - -[302] JOBEZ. _Histoire de Louis XV_, t. VI. - -[303] _Souvenirs du baron de Gleichen_ (traduction Grimblot, Paris, -1878). - -[304] Le duc de Broglie l’a retrouvée dans les archives Chabrillan -(papiers d’Aiguillon). - -[305] DE BROGLIE. _Le Secret du Roi_, t. II, p. 450.--BOUTARIC. -_Corresp. secrète de Louis XV_, t. II, p. 30. - -Le roi avait écrit au comte de Broglie: «M. d’Aiguillon a découvert -une correspondance d’un nommé Dumouriez, qui est à Hambourg, avec M. -de Monteynard. Il parle aussi d’un fils de Guibert (l’auteur de la -_Tactique_), d’un nommé Favier en correspondance avec le prince de -Prusse et la Russie. Il dit que vous avez été en commerce avec M. de -Monteynard. Eclaircissez ce que vous pouvez savoir de tout cela; et, de -là, il (d’Aiguillon) tombe fort sur le ministre et sur vous.» - -Voir l’article de M. Fr. FUNCK-BRENTANO, sur l’incarcération de -Dumouriez à la Bastille dans la _Nouvelle Revue rétrospective_ de M. -PAUL COTTIN. - -[306] T. 243 (Arch. Nat.). Lettre au chevalier de Balleroy. - -[307] D’après GEFFROY (_Gustave III et la Cour de France_, t. I, -p. 198), Louis XV envoya un billet confidentiel à Broglie où il -l’informait qu’il n’avait rien perdu de sa confiance; mais la -correspondance secrète ne se releva guère du coup qui l’avait frappée; -elle se continua, languissante, jusqu’à la mort du roi. - -[308] DUC DE BROGLIE. _Le Secret du Roi_, t. II, p. 457. - -[309] Lettre de M.-Thérèse à Mercy-Argenteau du 31 août. (_Corresp. -secrète_, t. II, p. 36). - -[310] COMTESSE D’ARMAILLÉ. _La Comtesse d’Egmont_ (1880), p. 267: «J’ai -vu moi-même (daignez ne pas le répéter), écrivait, en 1772, la comtesse -à Gustave III, les promesses les plus positives de tout secours à la -Confédération, écrites de la propre main de M. d’Aiguillon.»--«Le -tout n’a tenu qu’à l’argent qu’il fallait fournir aux confédérés -pour continuer la guerre (5 mai 1772, lettre de d’Horst à Nény). -FLAMMERMONT. _Correspondance des agents diplomatiques étrangers_, 1896, -p. 66. - -[311] COMTESSE D’ARMAILLÉ. _La Comtesse d’Egmont_, p. 288. La scène se -passe en avril 1773. Elle eut des conséquences tragiques. La colère de -Richelieu fut terrible. Et l’année suivante, la jeune femme, déjà très -affaiblie et gravement atteinte, succombait à tant d’émotions. - -Le coup d’état de Gustave III avait démontré, comme le dit le duc -de Broglie dans le _Secret du roi_, «la supériorité d’une tradition -monarchique sur le déplorable principe d’élection qui avait perdu la -Pologne». Berlin et Pétersbourg, que le partage de celle-ci avait -mis en appétit, témoignèrent une vive irritation. D’Aiguillon voulut -envoyer une flotte de Toulon, mais se vit barré par la méfiance de -l’Angleterre. - -[312] BOUTRY. _Autour de Marie-Antoinette_, p. 294.--_Lettre de M. -Argenteau_, I, 446. - -[313] Lettre de Rohan du 19 décembre 1773. Cependant d’Aiguillon le -tançait: il lui apprenait qu’une indiscrétion commise dans l’entourage -du cardinal (BOUTRY, p. 214) avait fait découvrir «le chiffre»; et il -ne se faisait pas faute de rejeter sur l’incapacité du prélat tous ses -déboires dans la question polonaise (BOUTRY, p. 251-257).--_Corresp. M. -Argenteau_, t. II, p. 92, note. - -[314] _Corresp. M. Argenteau._ Lettre à M.-Thérèse, 18 décembre 1771, -t. II, p. 75.--D’ARNETH-FLAMMERMONT. Lettre de Mercy au prince de -Kaunitz, 17 octobre 1773, t. II, p. 422. Il parle de Rohan: «Il serait -plus commode à M. d’Aiguillon d’écraser un de ses ennemis par la main -de l’Impératrice.»--Rohan ne fut définitivement rappelé que le 18 août -1774. - -[315] D’ARNETH. _Corresp. de M.-Thérèse et de M.-Antoinette._ Lettre de -M.-Antoinette, 17 mars 1773, p. 81. «Je crois que M. d’Aiguillon est -un peu honteux de n’avoir pas mieux pris ses mesures pour l’escadre de -Toulon.» - -[316] _Corresp. secrète de Mercy-Argenteau et de M.-Thérèse_, t. II, -passim. - -[317] FRÉDÉRIC MASSON. _Le Cardinal de Bernis._ Année 1773 (septembre). - -[318] AN.T 243. Lettre à Balleroy.--Nous retrouvons le même propos dans -MOUFLE D’ANGERVILLE. _Vie privée de Louis XV_ (1782, 6 vol.), t. IV. p. -295: «Je vous avoue que je suis difficile» dit le roi à M. d’Aiguillon. - -Un pamphlet publié en 1781, _le ministère de M. de Maurepas_, fait -remarquer, à propos de la nomination de d’Aiguillon à la guerre: «Ce -choix parut si ridicule que, pour prévenir toutes les plaisanteries, -il fut défendu de l’annoncer dans la _Gazette de France_.» En effet, -la nomination ne s’y trouva pas; mais le pamphlétaire se garde bien de -dire que les _intérimaires_ n’y paraissaient pas. La Vrillière, qui -tint, en 1771, l’intérim des affaires étrangères, n’est pas plus cité -que ne le fut son neveu. - -[319] MOREAU. _Mes Souvenirs_, t. I, p. 369. - -[320] _Journal de Moreau._ Mercredi 2 février 1774. - -[321] _Journal de Cro ._ T. III, p. 55. - -[322] _Lettre de Mercy_ du 12 novembre 1773, t. II, p. 69 (Corresp. -secrète).--La nomination de Monteynard, à en croire les Goncourt, était -due à une surprise. Cromot, d’accord avec la Du Barry, avait laissé -espérer au prince de Condé qu’il remplacerait Choiseul. Mais Louis XV -ne s’en souciait nullement; il fit même cette mauvaise plaisanterie au -prince de Condé de le prier de lui choisir un ministre de la guerre. -Et l’autre, abasourdi, désigna Monteynard. Mais il s’en prit à la -favorite: «Vous m’aviez _promis_ de me faire nommer grand maître de -l’artillerie».--Eh bien! répliqua la Du Barry, je vous _dépromets_. - -Monteynard servait l’antipathie du prince de Condé contre d’Aiguillon; -et ce fut peut-être la véritable cause de sa disgrâce, plutôt que -l’appui prêté par lui, à la recommandation de Louis XV, aux projets de -Dumouriez parti pour Hambourg. - -[323] Lettre de Mercy du 22 mars 1774, II, p. 117-118 (Corresp. -secrète). - -[324] _Correspondance de M.-Thérèse et de M.-Antoinette_ (1865), p. 97, -3 avril 1774. Lettre de M.-Thérèse: «M. d’Aiguillon, étant ministre de -la guerre, a commencé de vouloir gagner vos bonnes grâces; c’est en -règle, il faut que vous ayez de même de bons procédés tant qu’il les -méritera.» - -[325] _Correspondance de Mercy._ Lettre de M.-Thérèse du 5 avril, II, -125. - -[326] _Correspondance de Mercy._ Lettre de Mercy du 19 avril, II, 129. - -[327] _Correspondance de Mercy._ Lettre de Mercy du 22 mars, II, 122. - -[328] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 58.--_Les Anecdotes de -Mᵐᵉ Du Barry_, par Pidansat de Mairobert, enregistrent également cette -version: d’après elles, la comtesse aurait «engagé loyalement» Louis XV -à signer l’ordre de rappel.--Moreau parle également d’une combinaison -qui aurait réintégré la grande majorité des parlementaires, à -l’exclusion de Maupeou. Celui-ci, pour parer à l’orage, avait consenti, -à la fin de janvier 1774, la rentrée de 80 parlementaires, Lamoignon en -tête. - -[329] COMTE FLEURY. _Louis XV intime_ (1899), pp. 331 et suiv. - -[330] _Journal de Cro _, t. III, p. 70 et suiv. - -[331] JACQUIN et DUESBERG. _Histoire de Ruel_, p. 249.--L’anecdote a -été contée par Mᵐᵉ Campan dans ses _Mémoires sur M.-Antoinette_. - -[332] _Revue rétrospective_, 1834, t. III, 1ʳᵉ série, p. 43. - -[333] HENRI D’ALMÉRAS. _Les amoureux de Marie-Antoinette_, p. 68. - -[334] MÉTRA. _Correspondance secrète_, t. I, p. 3. - -[335] _Journal de Cro _, t. III, p. 118. - -[336] On avait amèrement reproché à Richelieu, et par ricochet à -d’Aiguillon, d’avoir «croisé» d’Alembert qui faisait campagne pour -Delille et Suard et provoqué ainsi le veto opposé par Louis XV à leur -élection. - -[337] D’HUNOLSTEIN. _Correspondance inédite de M.-Antoinette_ (1868). -Lettre de M.-Antoinette à M.-Thérèse, p. 70.--L’authenticité de cette -correspondance a été très vivement contestée par M. d’Arneth. Il est -certain que si cette lettre du 11 mai répond bien à l’état d’esprit -de la nouvelle reine, elle est trop correctement écrite pour une -princesse encore peu familiarisée avec notre langue, à en juger par la -publication d’Arneth-Geffroy. - -[338] La comtesse de Boigne raconte de façon fort piquante (_Mémoires_, -1907, t. I, p. 62), mais sans indiquer la source de ses renseignements, -comment Maurepas devint ministre. Il avait été mandé à Choisy, pour les -funérailles du feu roi qu’on ne savait régler: Louis XVI s’entretenait -avec lui, quand l’huissier vint l’appeler pour le Conseil: «le roi -passe, sans oser lui dire adieu, M. de Maurepas suivit, s’assit au -Conseil et gouverna la France pendant dix ans.»... Pardon, sept ans. - -[339] MOREAU. _Mes Souvenirs_, t. II, p. 3.--ARNETH. _Correspondance de -M.-Thérèse et de M.-Antoinette._ Lettre de M.-Thérèse, 30 mai. «Il n’y -a que le choix de Maurepas qui étonne, mais on l’attribue à Mesdames». - -[340] MÉTRA _(Correspondance secrète_ dite de), t. I, pp. 23 et -suiv.--«C’était pour rester à la Cour», dit le _Journal de Cro _. - -[341] C’est également la version de la _Correspondance de Métra_. - -[342] _Journal de Cro _, t. III, p. 126.--MOREAU. (_Mes Souvenirs_) -tenait de la bouche même du ministre, que, sachant son exécution -prochaine, il voulait prendre les devants. - -[343] MARQUIS DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_ (Paris, C. Lévy, -1910), p. 168. - -[344] Cet affront sanglant avait certainement précédé la double -démission du ministre, car Baudeau, qui le signale dans sa chronique, -date la scène du 2 juin (_Revue rétrospective_, 1834, t. III, p. 69). - -[345] Lettre de M. Argenteau à Marie-Thérèse, 7 juin 1774, t. II, p. -163.--D’après les _Anecdotes de la comtesse Du Barry_ (p. 329), la -duchesse d’Aiguillon, piquée au vif de l’affront qu’elle venait de -subir, aurait exprimé à son mari son désir «d’aller s’ensevelir dans -ses terres». - -[346] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Loco citato_, d’après les _Réflexions historiques -du comte de Provence_, p. 66.--Coquette! La femme l’est volontiers, et -peut-être toujours, mais n’aime pas qu’on le dise trop haut. - -[347] _Corresp. M. Argenteau._ Lettre de Mercy à M.-Thérèse du 15 -juillet 1774, t. II, p. 197. - -[348] DUC DE BROGLIE. _Le Secret du roi_, t. II, p. 529. - -[349] DUC DE BROGLIE. _Le Secret du roi_, t. II, p. 546.--BOUTARIC. -_Corresp. secrète_, t. II, p. 497. - -[350] MÉTRA. _Correspondance secrète_, t. I, p. 17. - -[351] Une note de la _Corresp. secrète de M. Argenteau avec M.-Thérèse_ -(t. II, p. 205) établit néanmoins que d’Aiguillon toucha cinq cent -mille livres de gratification comme dédommagement de ses dépenses au -cours de son ministère. - -[352] COLLÉ. _Journal et Mémoires_ (édit. Honoré Bonhomme, 1868) 3 vol. -in-8º. - -[353] DINAUX. _Sociétés badines_, Paris, 1867, 2 vol. in-8º. - -[354] Ce nom revient souvent dans la Correspondance des Archives comme -dans celle de Fontette et La Noue publiée par M. Carré; et le savant -historien n’a pu identifier cette «belle Candide». M. Lemoy (_loco -citato_, p. 72) en fait le surnom de la duchesse d’Aiguillon. Ce -n’est guère vraisemblable, d’après cette lettre du 26 août adressée -à Balleroy. Nous ne croyons pas davantage qu’il s’agisse de la -«bellissima» Mᵐᵉ de Forcalquier, qu’on a dit maîtresse de d’Aiguillon -(_Mémoires sur son ministère_) ou encore du baron Scheffer, frère du -ministre suédois. En tout cas, elle fut la fidèle et constante amie -de d’Aiguillon, au point d’avoir donné la démission de sa charge à la -cour, le jour où le duc avait remis la sienne entre les mains du roi. -Notons seulement que, dans cette même lettre du 26 août, la duchesse -annonçait à Balleroy le départ de Mᵐᵉ de Forcalquier. Ailleurs (le -21 mai 1772) elle dit qu’elle «ne trouvera pas à Versailles sa chère -Candide». - -[355] Devenu ministre, d’Aiguillon avait remplacé Duras au Gouvernement -de Bretagne par le duc de Fitz-James. - -[356] Maurepas, disent les _Mémoires du ministère d’Aiguillon_ (p. 61), -regretta d’avoir abandonné son neveu le 2 juin 1774.--On l’appela à -cette époque _chasse-cousin_; d’aucuns prononçaient _Chasse-Coquin_. -On aurait dû dire _chasse-neveu_. Mais le mot visait plus encore La -Vrillière qui ne tarda pas du reste à se retirer. - -[357] Lettre du 13 septembre 1774. - -[358] Lettre du 13 septembre 1774. AN.T 243. - -[359] COMTE FLEURY. _Louis XV intime_, p. 346. - -[360] Lettre du 25 octobre. La mauvaise écriture de la duchesse nous -fait lire ce nom: ne serait-ce pas plutôt _Trappes_? En tout cas la -localité de _Trassey_ est inconnue. - -[361] «Votre _ami_ le chancelier a été renvoyé aujourd’hui», écrivait -ironiquement le 24 août à sa nièce, Mᵐᵉ de Maurepas. - -[362] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 54 et suiv. - -[363] _Correspondance secrète_ (Métra), I (15 décembre).--Le chapitre -des rectifications (_Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 333) dit -que Maurepas envoya un courrier à la duchesse, avec ordre d’en dépêcher -un à son mari, pour lui mander que l’intention du roi était que M. -d’Aiguillon vînt siéger au Parlement. - -[364] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, pp. 62 et suiv. - -[365] La Vrillière n’avait pas encore résigné ses fonctions. - -[366] _Corresp. M. Argenteau_, II, 163. Note donnant d’Aiguillon comme -un des «cabaleurs les plus redoutables pour relever les moindres -imprudences de la reine et la calomnier sans motif». Cette note ajoute -que d’Aiguillon persista dans cette voie, même après 1775. - -[367] L. DE LOMÉNIE. _Beaumarchais et son temps_, 1856, I, pp. 392 -et suiv.--Voici le titre de ce pamphlet, d’après H. D’ALMERAS. _Les -Amoureux de M.-Antoinette_, p. 192. «Avis à la branche espagnole sur -les droits de la Couronne de France, à défaut d’héritiers et qui peut -être utile à la famille des Bourbons, surtout à Louis XVI.»--Voir -APPENDICE II. - -[368] _Corresp. M. Argenteau._ Lettres des 28 août et 11 septembre à -M.-Thérèse, t. II, p. 224 (note) et 230 (note).--Il est vrai que le 30 -octobre, Kaunitz traitera Beaumarchais de «drôle». - -[369] _Corresp. M. Argenteau._ Lettre de M.-Thérèse du 28 septembre, t. -II. 239. - -[370] MARQUIS DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_, p. 212. -«La reine était comparée à Messaline pour la débauche et pour la -cruauté.» Cordeliers et Jacobins, Hébert, Robespierre et F.-Tinville -se rappelleront cette ignoble injure avant et pendant le procès de la -reine. - -[371] Voir APPENDICE III. - -[372] LINGUET. _Aiguillonana_ (Londres, 1775).--Le _Napoléon inconnu_ -de M. Frédéric Masson (1895, t. I, p. 454) donne, d’après le fonds -Libri, cette note prise par Napoléon dans sa jeunesse, sur l’_Espion -anglais_, en février 1789: «Madame (de Maurepas) gouvernait Monsieur, -qui était gouverné par l’abbé de Véri, auditeur de rote à Rome. L’abbé -de Véri était économiste et ami de Turgot, et il le fit choisir pour -occuper une place au ministère.» - -Nous trouvons cette variante dans Sénac de Meilhan (_Le gouvernement, -les mœurs, etc., suivi des portraits des personnes distinguées de la -fin du XVIIIᵉ siècle_, édité par M. de Lescure): - -«Le marquis de Poyanne, lieutenant-général et ancien militaire, était -un jour à souper à côté de lui (de Maurepas), cet officier lui dit: - ---Monsieur le Comte, quel est ce jeune homme qui est au bout de la -table et qui paraît être de la maison? Il est militaire, à ce que je -vois, et je suis surpris de ne pas le connaître. - ---Tant pis pour vous, lui dit M. de Maurepas, car c’est l’homme le plus -important qu’il y ait en France; il est l’amant de ma cousine *** (la -princesse de Montbarrey) qu’il gouverne; ma cousine gouverne ma femme, -laquelle me gouverne et je gouverne la France.» - -[373] Ces lettres appartiennent aux archives du marquis de Chabrillan. -Consultées par M. de Ségur pour son livre _Au couchant de la monarchie_ -(1910). - -[374] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie._ - -[375] AUGEARD. _Mémoires secrets_ (1866), p. 52.--H. CARRÉ. (_La -Chalotais et le duc d’Aiguillon_, p. 71), signale ces emportements -furieux. - -[376] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_, p. 202.--D’Aiguillon -l’appelait une «triste demeure». - -[377] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 239. - -[378] C’était l’hôtel dénommé primitivement hôtel d’Agénois, qui -appartint, de nos jours, au comte de Chabrillan et qui disparut dans le -tracé du boulevard Saint-Germain. - -[379] _Corresp. M. Argenteau._ Lettre de M.-Thérèse, 1ᵉʳ avril 1775, t. -II, p. 316. L’impératrice répondait à une dépêche du 18 mars (t. II, -p. 315), où Mercy lui signalait la liaison de la comtesse de Marsan -avec Mᵐᵉ de Maurepas «qui conduit son mari» et qu’il soupçonnait de -«mauvaise volonté envers la reine». - -Est-ce pour amener une réconciliation entre les partis hostiles qu’à -l’occasion du voyage incognito d’un frère de M.-Antoinette, l’archiduc -Maximilien, M. Argenteau avait prié, un mois auparavant, au même -dîner, d’Aiguillon et la comtesse de Brionne, deux irréconciliables -ennemis? Ce fut, en tout cas, un impair formidable. Car la comtesse -jeta feu et flamme, et pour refuser, usa d’un prétexte que lui fournit -complaisamment la reine. - -[380] Dans sa _Miniature française_ (p. 93), M. H. Bouchot parle d’un -décor de ce théâtre, peint en 1775 d’après Le Tellier. - -[381] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_, p. 202. - -[382] _Suite aux Mémoires de Dumouriez_ (Paris, Laran, an IV de la -Répub.), p. 27 et _pièces justificatives_, I. - -[383] MOREAU. _Mes Souvenirs_, t. II, pp. 132-137 et suiv. - -[384] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_, pp. 207 et suiv. - -Les _Mémoires_ de Thiébaut, le père du général, publiés en 1827, -prétendent au contraire, d’après Guines, et ce fut son véritable grief, -que d’Aiguillon ne parla même pas au roi de l’affaire. - -[385] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, pp. 64 et suiv. - -[386] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, pp. 64 et suiv. - -[387] _Correspondance de M. Argenteau._ Lettre du 20 avril à -M.-Thérèse, II, 318-321. «On a fait voir à la reine dans la protection -qu’elle accorderait à M. de Guines un moyen de vengeance contre -le duc d’Aiguillon; et ce moyen est répréhensible... toutes mes -représentations n’ont rien arrêté.» Mercy ajoute, il est vrai, par -manière de correctif, qu’il a acquis la conviction que le duc est «le -principal acteur de toutes les intrigues contre la reine». - -Marie-Thérèse abonde dans le sens de son agent, les «démarches de sa -fille contre le duc d’Aiguillon, tout mauvais sujet qu’il est (elle y -tient), lui fournissant une nouvelle preuve de son penchant à suivre -ses volontés et ses sentiments». (Lettre du 4 mai de M.-Thérèse, t. II, -p. 327.) - -Cette mère, par trop autoritaire, prétendait-elle donc toujours imposer -à sa fille «ses volontés et ses sentiments» à elle? - -[388] Le duc de Lévis (_Souvenirs_, p. 146) reproche à Besenval d’avoir -méconnu sciemment et perfidement «les incontestables talents de M. le -duc d’Aiguillon». - -[389] BESENVAL. (_Mémoires_, 2 vol., collection Baudouin, 1821) t. II, -p. 311 et suiv. - -[390] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_, p. 211. - -[391] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie._ Lettres de Mᵐᵉ de -Maurepas, communiquées par M. le Mⁱˢ de Chabrillan. - -[392] MOREAU. _Mes Souvenirs_, t. II, p. 137 et suiv. - -[393] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_, p. 214 et Arch. Nat. -K, 164. - -[394] AN.T 243. - -[395] Elle fit croire au roi, disent les _Mémoires du ministère -d’Aiguillon_ (p. 69), qu’il avait «intrigué, tripoté, trigaudé». - -[396] _Mémoires secrets_, 8 juin 1775. - -[397] Mᵐᵉ CAMPAN. _Mémoires_, édit. Didot, 1858, p. 190. - -[398] _Corresp. secrète_ dite de _Métra_, t. II, p. 62.--Et les mauvais -plaisants de dire: M. de Guines peut avoir raison; mais il a eu _tort_ -pendant trois ans. - -[399] LINGUET. _Aiguillonana_, 1777. - -[400] MÉTRA. _Correspondance secrète_, t. I, p. 360, 22 mai 1775. - -[401] MÉTRA. _Correspondance secrète_, t. II, p. 115. - -[402] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, pp. 182-186. - -[403] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, pp. 182-186. - -[404] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, p. 184. - -[405] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, pp. 185-186. - -[406] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 70. - -[407] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 70. - -[408] BELLEVAL. _Souvenirs_, p. 186. - -[409] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie._ (D’après le _Journal -de Véri_).--Par une coïncidence assez curieuse, Moreau (_Souvenirs_, t. -II, pp. 196-197), raconte une partie de ces conférences à peu près dans -les mêmes termes. «La princesse de Beauvau et la duchesse de Grammont -soufflaient, dit-il, la haine dans le cœur de la reine.» Mais Véri le -conseiller de Mᵐᵉ de Maurepas, Moreau celui de d’Aiguillon, avaient dû -recevoir une même impression des deux côtés. - -«Chaque jour, écrit M. de Nolhac (_La Reine Marie-Antoinette_, 1890, -in-4º, p. 11), elle (la reine) attaque le ministre chez le roi: Mᵐᵉ -de Maurepas, qui est sa tante, le défend auprès de son mari; mais -celui-ci ne tient pas plus à ses amis qu’à ses principes: il abandonne -d’Aiguillon à la reine. C’était d’ailleurs un maigre service qu’il -rendait à Marie-Antoinette... Maurepas habite à Versailles très près -du roi et peut pénétrer chez lui à toute heure par un escalier privé. -Que de fois la reine est surprise de voir détruit le soir, sans qu’elle -sache comment, l’effet d’un entretien du matin avec son mari!» - -[410] MARQUIS DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_, p. 219. - -[411] _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_, p. 70. - -[412] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, p. 187.--Le 7 juin, -Belleval reçut sa commission de capitaine de cavalerie, il la devait -aux démarches de d’Aiguillon. - -[413] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie._--A entendre Besenval -(_Mémoires_, I, p. 314), ce serait lui qui aurait indiqué le lieu -d’exil à la reine dans ses entretiens avec elle. «Il fallait qu’il -allât à Aiguillon: il tournait en ridicule l’ordre d’aller à Véretz.» - -[414] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 72. - -[415] MOREAU. _Mes Souvenirs_, t. II, p. 197. - -[416] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie._ - -[417] _Corresp. secrète M. Argenteau. Lettre de M.-Antoinette à -M.-Thérèse_, 22 juin 1775, II, 344. - -[418] _La Bretagne féodale et militaire_, 1879.--_Mémoires du ministère -d’Aiguillon_, p. 336. - -[419] _Corresp. Mercy-Argenteau_, t. II, 362.--Le comte de Rosemberg -était un fidèle des archiducs Joseph et Maximilien. - -[420] _Mémoires de Besenval_, t. I, p. 316. - -[421] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, p. 189. - -[422] _Corresp. M. Argenteau._ Lettre de M.-Thérèse, 31 juillet 1775, -t. II, p. 360. M.-Thérèse lui recommande de brûler sa lettre et la -copie. - -[423] Belleval dit que d’Aiguillon reçut le 9 l’ordre verbal; mais -Maurepas l’avait évidemment prévenu deux ou trois jours à l’avance. - -[424] Lettre publiée dans le _Bulletin du Bibliophile_ de 1882, p. 104. - -[425] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, pp. 70 et suiv. - -[426] Dans le chapitre des rectifications de ces _Mémoires_, écrit -évidemment sous l’inspiration et avec les notes de la duchesse, il -est dit (page 336) que «M. d’Aiguillon alla à Pontchartrain avec Mᵐᵉ -d’Aiguillon, faire ses adieux à M. de Maurepas, mais qu’il n’y eut -aucune explication». - -[427] Une partie de ces lettres a paru dans le livre de M. le Mⁱˢ de -Ségur; nous devons la communication des autres à la bienveillance du -marquis de Chabrillan. - -[428] _Lettre de M. Argenteau à M.-Thérèse_, 17 juillet. - -[429] _Bulletin du Bibliophile_, 1882, p. 104. - -[430] _Mémoires secrets_, 13 juin 1775. - -[431] AN.T 243. Lettre du 16 juin à M. de Balleroy. _Pièces -justificatives_, II. - -[432] Lettre datée de Paris, 3 août 1775. - -[433] _Revue d’Histoire littéraire de la France_, t. III, pp. 332-347. - -[434] BELLEVAL. _Souvenirs_, p. 187. - -[435] _Revue de l’Agenais_, t. VI (1879), p. 469. - -[436] _Les Entretiens de l’autre monde_ (Cythère, 1785). - -[437] H. CARRÉ. _La Chalotais et le duc d’Aiguillon_, pp. 71-72 et -passim dans la Correspondance Fontette-de La Noue. - -[438] Mémoires de Lauzun (édit. Lacour, 1858), p. 249. - -[439] _Bulletin du Bibliophile_, année 1882. - -[440] Cette lettre, si importante, appartient aux archives Chabrillan: -elle est assez difficile à déchiffrer; et plusieurs mots nous en sont -restés peu intelligibles. - -[441] Le maréchal comte de Muy avait succédé à d’Aiguillon comme -ministre de la guerre. C’était un honnête homme et un ami de Maurepas. - -[442] L’abbé Jacques de Vermond était alors lecteur de la reine. -C’était, nous l’avons dit, un surveillant, que, sur l’indication de -M. Argenteau, Marie-Thérèse avait donné à la Dauphine. Le Dauphin ne -l’aimait pas. Vermond reprit faveur à l’affaire du Collier. - -[443] Sa situation était fortement battue en brèche. Et le comte de -Provence, tout le premier, lui décochait, le 1ᵉʳ avril 1776, sous -le voile de l’anonyme, un terrible pamphlet intitulé le _Songe de -M. de Maurepas_, ou les _Machines du gouvernement français_, ou -encore les _Mannequins_ (Louis XVI était le premier de tous), qui -daubait vigoureusement sur le ministre, sa femme et l’abbé de Véri. -L’appréciation de la duchesse d’Aiguillon (p. 281) ne manquait donc pas -d’à-propos sur ce f... ministère, comme l’appelait Malesherbes, d’après -les _Souvenirs_ de Moreau. - -[444] Peut-être bien l’abbé de Véri, ou l’évêque Desnos. - -[445] Lettre du 22 mars 1776. - -[446] AN.T 243. Lettre du 5 avril. - -[447] AN.T 243. Lettre du 12 avril. - -[448] ARCHIVES CHABRILLAN. Lettre du 3 août 1775. La Vrillière, à -moitié gâteux, ne pouvait se résoudre à quitter sa place, malgré que -Maurepas l’eût averti qu’il était temps de partir. Il fallut que le roi -lui dise brutalement: «Oui, Monsieur, je trouve bon que vous songiez -à votre retraite». Une pension de 60.000 livres le consola de sa -démission forcée. (Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_, p. 247.) - -[449] AN.T 243. Lettre du 10 mai 1776. - -[450] AN.T 243. Lettre du 24 mai. - -[451] _Lettre de M. Argenteau à M.-Thérèse_, II, p. 447, 16 mai -1776.--Cet engouement de M.-Antoinette sera encore d’assez longue -durée. Mercy-Argenteau déplorait en 1779 que la reine eût accepté comme -garde-malade, pendant sa rougeole, le duc de Guines. - -M.-Thérèse avait fini par écrire à sa fille que Guines passait pour la -diriger. M.-Antoinette répondit, non sans aigreur, à sa mère, pour nier -une telle influence. Mais la faveur de Guines commençait à baisser: -d’autres amitiés fixaient déjà pour quelques heures la frivolité de la -reine. - -[452] MÉMOIRES DE LAUZUN. Edition L. Lacour (1858, Paris), p. 251. - -Ce fut le 12 mai, écrit le comte de Creutz, que M. de Guines fut nommé -duc; et dans une lettre de Mercy à M.-Thérèse, du 16 mai, l’ambassadeur -d’Autriche écrit que la faveur accordée à Guines avait tellement -surexcité Marie-Antoinette, que, sans les observations de Mercy, elle -eût fait envoyer Turgot à la Bastille et chasser Vergennes (t. II, p. -446). - -[453] _Bulletin du Bibliophile_, année 1882, p. 122. - -[454] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, p. 189. - -[455] MOREAU. _Mes souvenirs_, t. II, p. 197. - -[456] _Archives Chabrillan._ - -[457] _Archives Chabrillan._ - -[458] _Correspondance secrète de M. Argenteau_, II, p. 462. - -[459] Cette «demi-grâce», comme on dit alors, fut assez vivement -critiquée. «Je comprends, écrivait le 8 juillet la duchesse -d’Aiguillon, que la restriction, très dure et inutile, que la reine a -voulu mettre à notre liberté, ait choqué le public.» - -[460] Lettre du 16 juillet 1776, t. II, p. 465. (_Corresp. secrète de -M. Argenteau._ Lettre de Mercy à M.-Thérèse.) - -[461] BELLEVAL. _Mémoires d’un chevau-léger_, p. 189. - -[462] Lettre de M. de Maurepas au duc d’Aiguillon, 20 décembre 1776. - -[463] _La Correspondance secrète_, éditée par M. de Lescure (2 vol., -1865), dit, les 24 janvier et 4 mars 1777, «qu’il est toujours bruit du -retour de d’Aiguillon au ministère». - -[464] M. de Ségur, dans son livre si intéressant et si vrai, _Au -couchant de la monarchie_ (C. Lévy, 1910), donne un joli portrait de -Mᵐᵉ de Maurepas, d’après le _Journal inédit_ de l’abbé de Véri. - -La comtesse était, comme sa sœur et sa nièce, dépourvue de beauté; -de plus elle n’avait ni «les grâces de l’esprit, ni les agréments de -l’étude, mais un sens droit, un jugement vrai, un sentiment noble, un -désir toujours soutenu de faire plaisir aux autres, un attachement -invariable pour ceux qu’elle aimait». - -Elle avait soixante-seize ans quand son mari revint au pouvoir, et -si ce retour inespéré de fortune, à un âge aussi avancé, lui laissa -entrevoir ce que pouvait en attendre sa famille dans un avenir -prochain, elle en redouta le lourd fardeau pour Maurepas. Ses amis, -dit Mᵐᵉ de Genlis (_Souvenirs de Félicie_), appelaient ce couple, -toujours tendrement uni, Philémon et Baucis. «Il n’y a plus de Baucis à -Versailles, soupirait mélancoliquement Mᵐᵉ de Maurepas; je ne vois plus -mon mari; tout ce travail le tuera.» - -Les nouvellistes ne lui épargnaient pas leurs moqueries. Ils les -représentaient à un bal paré de la Cour, le comte en Cupidon, la -comtesse en Vénus (_Corresp. secrète_, éditée par Lescure, I, 246). - -Les _Mémoires secrets_ (t. XI, p. 233), sont autrement cruels pour Mᵐᵉ -de Maurepas. Invitée, en mai 1778, à Marly (c’était la première fois -que lui incombait un tel honneur), elle avait été reçue à dîner par la -reine; et comme elle n’osait rien refuser à M.-Antoinette, elle revint -à Versailles avec une effroyable indigestion. Les _Mémoires secrets_ -profitent de la circonstance pour railler la vanité excessive de Mᵐᵉ de -Maurepas et pour parler de l’aversion qu’inspirent à la reine le mari -et la femme: «c’est un trait de politique de la reine pour plaire au -roi qui a beaucoup d’amitié pour la comtesse». - -[465] _Journal de Hardy_ (BN. Mss. 6682), 18 mai 1776. - -[466] _Journal de Hardy_ (BN. Mss. 6682), 17 août 1776. - -[467] Lettre de Mercy à M.-Thérèse, t. III, p. 41, 16 avril 1777.--Voir -les _Archives de la Bastille_.--_Mémoires secrets._--_Correspondance -secrète_ (édit. Lescure), t. I, pp. 36 et suiv. - -[468] Lettre de M. de Maurepas à M. d’Aiguillon, 20 décembre 1776. - -[469] AN.T 243. Lettre au chevalier de Balleroy, 10 mars 1779.--Le 14, -Mᵐᵉ d’Aiguillon lui demande si «M. de la Vrillière est mort de chagrin, -comme on le lui a dit». - -[470] AN.T 243. Lettre du 21 avril. - -[471] AN.T 243. _Lettre du 14 mars 1777._ Ce Du Châtelet devait être -de la branche Clémont et, de ce fait, parent, par les Mailly, de -la duchesse d’Aiguillon. Châteauneuf-La Vrillière fut vendu, après -la mort de son propriétaire, huit cent mille livres au prince de -Guéméné-Montbazon, de qui le duc de Penthièvre l’acheta en 1783. -(L’ABBÉ BARDIN. _Châteauneuf_, 1864, pp. 79 et suivantes.) - -[472] AN.T 243. _Lettre du 14 septembre 1777._--C’était un hôtel de -la rue qui porte aujourd’hui le nom de Saint-Florentin. Maurepas en -demandait 250.000 francs. Le duc de Fitz-James en fut l’acquéreur. -L’hôtel des Maurepas était situé rue de Grenelle (nº 75 actuel). - -[473] AN.T 243. _Lettre du 7 avril 1777._--En mars, Maurepas était -souffrant; et Balleroy était allé prendre de ses nouvelles dont la -duchesse le remerciait: «Votre lettre, lui disait-elle, est une liste -de malades». - -[474] AN.T 243. Lettre du 5 mai. - -[475] AN.T 243. Lettre du 19 mai. - -[476] AN.T 243. Lettre du 25 juin. - -[477] AN.T 243. Lettre du 26 juin. - -[478] AN.T 243. Lettre du 26 juillet 1777. - -[479] AN.T 243. Lettre du 25 juin (du duc d’Aiguillon). - -[480] AN.T 243. Lettre du 7 août (de Mᵐᵉ d’Aiguillon). Le prince de -Salm-Kirtzbourg était un viveur qui ruina toutes ses maîtresses, la -marquise de Jaucourt entre autres. _Corresp. secrète_ (édit. Lescure) -I, 269.--Le duc de Mazarin devait être lord Mazarene, perdu de dettes -et de débauches, toujours sous le coup de la contrainte par corps. - -[481] AN.T 243. Lettre du 7 août (de Mᵐᵉ d’Aiguillon). - -[482] AN.T 243. Lettre du 14 septembre (de M. d’Aiguillon). - -[483] AN.T 243. Lettre du 19 mai.--Voir le dossier _Saint-Vincent_ aux -_Archives de la Bastille_, 12437. - -[484] AN.T 243. Lettre du 12 septembre. - -[485] AN.T 213. Lettre du 3 octobre. - -[486] AN.T 243. Lettre du 14 septembre, du duc d’Aiguillon. - -[487] _Corresp. M. Argenteau_, t. III, 15 juin 1777.--Dans ce même -journal (p. 75), Mercy note que l’empereur Joseph et l’abbé de Véri -sont restés une heure ensemble et seuls. - -[488] _Bulletin du Bibliophile_, 1882 (lettre de décembre 1777). - -[489] Lettre du duc, 3 novembre 1777. - -[490] AN.T 243. Lettre du 3 janvier 1778. - -[491] Ce Desnos avait été envoyé en disgrâce de Rennes à Verdun, après -une querelle des plus vives avec Girac, cet évêque de Saint-Brieuc -qui avait si prestement tourné casaque à d’Aiguillon. La cause du -conflit qui s’était élevé entre les deux prélats ne laissait pas d’être -curieuse: les jésuites avaient fait vendre leur argenterie; et Desnos -prétendait que Girac s’était approprié le produit de la vente. Les -haines des évêques entre eux sont bien des haines de dévots. Girac -remplaça Desnos à Rennes le 22 décembre 1769. (_Journal historique de -la Révolution opérée dans la Constitution de la Monarchie française par -M. de Maupeou_, 7 vol., t. III, p. 170.) - -[492] AN.T 243. Lettre du 21 janvier 1778.--_La Bohémienne_, comédie en -2 actes de Monston (Opéra Comique, 1755). - -[493] _Revue de Bretagne et de Vendée_, 1894 (article de -Calan).--_L’Espion français_, t. VIII, p. 91. - -[494] AN.T 243. Lettre du 22 juin 1778. - -[495] AN.T 243. Lettre du 28 août 1778. - -[496] AN.T 243. Lettre du 21 septembre 1778. - -[497] AN.T 243. Lettre du 24 juillet.--Nous sommes étonné que la -duchesse n’ait pas parlé à Balleroy de la mort de Voltaire, survenue -près de trois mois auparavant. Les œuvres du philosophe lui étaient -cependant familières: car elle envoyait, en juillet 1768, au chevalier, -une pièce de vers de Voltaire sur un navire de Saint-Malo qui portait -le nom du poète. Elle appréciait cette œuvre, d’ailleurs médiocre, avec -l’ironie qui perce sous le fait-divers du 24 juillet 1778. - -[498] ANT. 243. Lettre du 21 août.--Le comte de Broglie avait intenté -un procès à l’abbé Georgel, sous prétexte que ce jésuite l’avait -calomnié auprès de Maurepas. Le Parlement le débouta purement et -simplement. (DE BROGLIE. _Le secret du roi_, II, 586.) - -[499] C’était, dit la _Correspondance secrète_ (édit. Lescure, I, -202), beaucoup plus pour la grossesse de la reine que pour «la petite -victoire navale du duc de Chartres». - -[500] AN.T 243. Lettre du 22 décembre. - -[501] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 198.--Le 6 février 1778, -un traité d’alliance et de commerce avait été conclu entre la France et -les Etats-Unis. - -[502] AN.T 243. Lettre du 25 décembre.--S’agit-il de ce rouleau de -louis faux donné comme payement à Marly, dont parle la _Correspondance -secrète_ (édit. Lescure), t. I, p. 236. - -[503] BELLEVAL. _Souvenirs_, p. 132. - -[504] Cette lettre est reproduite en fac-similé dans l’édition -illustrée du livre de M. Claude Saint-André sur Mᵐᵉ Du Barry (éditeur -Emile-Paul). - -[505] AN.T 243. Lettre du 21 décembre.--_L’épreuve villageoise de -Grétry._--_La famille extravagante_, 1 acte, de Legrand, musique de -Guilliers (Comédie Française, 1769). - -[506] AN.T 243. Lettre du 1ᵉʳ janvier 1779. - -[507] AN.T 243. Lettre du 22 janvier 1779. - -[508] AN.T 243. Lettre du 29 mars 1779. - -[509] AN.T 243. Lettre du 3 avril.--Le 16 août, le duc le félicitera -«par avance» de sa nomination de commandeur. - -[510] AN.T 243. Lettre du 26 juillet (lettre du duc d’Aiguillon). - -[511] AN.T 243. Lettre du 28 août (lettre du duc d’Aiguillon). - -[512] AN.T 243. Lettre du duc d’Aiguillon, du 8 mai 1779. - -[513] AN.T 243. Lettre de la duchesse d’Aiguillon, du 11 décembre 1778. - -[514] _Corresp. secrète_ (édit. Lescure), 2 juillet 1779. - -[515] _Lettre M. Argenteau_, t. III, p. 371. Lettre du 17 mars 1779. - -[516] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 266. - -[517] Cette assertion sur les rapports de Mᵐᵉ de Forcalquier avec -d’Aiguillon a toujours été très discutée. - -[518] Là, encore, le chapitre des rectifications oppose un démenti -formel (p. 334) à ce roman. «Jamais M. de Maurepas n’a eu envie de -s’associer M. d’Aiguillon au ministère; jamais, ni en 1776, ni en 1780, -ni en aucun autre temps, il n’a voulu s’étayer de lui, ni le consulter; -ni même celui-ci n’a pensé lui être associé.» Il est certain que la -correspondance, conservée par les Archives nationales, à l’adresse -de Balleroy, ne laisse rien percer de ces prétendues intentions de -Maurepas, ni de l’espoir du duc d’Aiguillon de reparaître à la Cour. -Cependant, les bruits répandus à cet égard dans le public et surtout la -longue lettre que nous avons reproduite intégralement ici--conversation -d’un ami de d’Aiguillon avec Maurepas--pourraient faire croire que -l’ancien ministre avait encore, malgré qu’il s’en défendît, de longs -espoirs et de vastes pensers. Mais quand furent publiés les _Mémoires -du ministère d’Aiguillon_, tout était bien fini pour la veuve; et elle -ne voulut point laisser planer sur la mémoire de son mari le ridicule -d’illusions indignes de son caractère. Au reste sa correspondance -démontre assez le peu de confiance qu’elle avait dans les promesses de -Maurepas. - -En tout cas, les _Mémoires secrets_ (édit. Lescure), du 8 octobre -1780, notent que Maurepas fait l’impossible pour ramener son neveu au -ministère. - -[519] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, pp. 236 et suiv. - -[520] PIRON. _La Métromanie._--FAGON et FAVART. _La Servante -justifiée_, 1 acte (1740, théâtre de la foire Saint-Germain). - -[521] AN.T 243. Lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon à Balleroy, 7 janvier 1780. - -[522] AN.T 243. Lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon à Balleroy, 25 janvier 1780. - -[523] _Bulletin du Bibliophile_, 1882. Lettre du duc à Balleroy, 2 mars -1780. - -[524] DUCHESSE DE DINO. _Chronique_ (2 vol. Plon 1909), t. II, p. 379. - -[525] Le grand théâtre de Bordeaux, construit par l’architecte Louis. - -[526] AN.T 243. Lettre du 17 mars 1780. - -[527] AN.T 243. Lettre du 23 mars 1780. - -[528] AN.T 243. Lettre du 14 avril 1780. - -[529] AN.T 243. Lettre du 5 octobre 1780. - -[530] AN.T 243. Lettre du 28 août 1780. - -[531] AN.T 243. Lettre du 5 novembre 1780. - -[532] AN.T 243. Lettre du 3 novembre 1780. - -[533] AN.T 253. Lettre du 27 novembre 1780. Mᵐᵉ de Gisors née Fouquet -et belle-fille du duc de Nivernois, était veuve. M. de la Vallière -était un terrible joueur; mais quel bibliophile! - -[534] Voir plus haut pp. 272-276. - -[535] AN.T 243. Lettre du 31 janvier. (Remerciements aux félicitations -de Balleroy.) - -[536] AN.T 243. Lettre du 26 juin. La duchesse annonce à Balleroy le -départ de son fils «pour la bonne ville et pour la Cour». Elle ajoute: -«Ce départ m’a coûté; vous savez quelles sont mes craintes sur son -début et sur les exemples qu’il verra... M. d’Abrieu (le secrétaire), -comme vous le pouvez bien croire, est avec lui». - -[537] AN.T 243. Lettre du 13 août. - -[538] Lettre du duc du 23 mars. - -[539] AN.T 243. Lettre du duc du 24 décembre. En septembre il avait -annoncé à Balleroy qu’il avait gagné son procès contre Fitz-James et -contre Mᵐᵉ de Nesle. - -[540] Lettre de la duchesse du 27 novembre. - -[541] AN.T 243. Lettre du 15 septembre. - -[542] AN.T 243. Lettre du 24 décembre (du duc d’Aiguillon). - -[543] AN.T 243. Lettre du 22 décembre (de la duchesse d’Aiguillon). _Le -Joueur_, de Regnard (1696).--_Le Babillard_, de Boissy, comédie en 1 -acte et en vers (1725). - -[544] AN.T Lettre du 26 janvier 1781. - -[545] _La Métromanie_, de Piron.--_Les Chasseurs et la Laitière_ -(1763), d’Anseaume, musique de Duni. - -[546] AN.T 243. Lettre du duc d’Aiguillon, 1ᵉʳ février 1781. - -[547] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 26 janvier.--ANSEAUME et DUNI. -_Mazet_, comédie en 2 actes (Théâtre italien. 1761).--DANCOURT. _Les -Vacances du procureur_, 1 acte (Comédie Française, 1706). - -[548] Une ordonnance de Louis XVI du 1ᵉʳ mars 1781 interdit les jeux de -hasard dont les chances étaient inégales, mais ne put avoir raison des -tripots que certains ambassadeurs, ceux de Hollande, de Portugal et de -Naples, par exemple, tenaient impunément ouverts (voir les pamphlets du -temps). - -[549] Le comte d’Estaing, vice-amiral des mers d’Asie et d’Amérique, -était rentré en triomphateur de sa campagne des Etats-Unis, dans les -premiers mois de 1780. - -[550] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 16 janvier. - -[551] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 23 mars. - -[552] AN.T 243. Lettre du duc du 1ᵉʳ février. - -[553] AN.T 243. Lettre du duc du 24 mai. - -[554] AN.T 243. Lettre du duc du 8 avril. - -[555] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 23 septembre. - -[556] Le comte de Chabrillan (de la branche Chabrillan-Boisson), fut -présenté au roi, le 2 octobre 1781, comme mestre-de-camp, lieutenant -inspecteur des carabiniers; et le livre récent de M. Dubois-Corneau -_Le comte de Provence à Brunoy_ (Paris, 1909), contient un portrait -de «Jacques Aymar, comte de Moreton-Chabrillan, lieutenant-général -colonel, l’inspecteur des carabiniers de Monsieur.» - -[557] AN.T 243. Lettre du duc du 20 octobre. - -[558] AN.T 243. Lettre du duc du 12 décembre. - -[559] AN.T 243. Lettre du duc du 23 novembre 1781. - -[560] AN.T 243. Lettre du duc du 12 décembre 1781. - -[561] _Mémoires secrets de Bachaumont_, t. XVIII. pp. 171-172. Les -Maurepas étaient logés à l’Hermitage, petite maison dans le parc de -Versailles, que Louis XVI leur avait donnée à vie. La comtesse la -quitta cependant: elle avait demandé un délai de six heures pour -déménager. - -[562] _Correspondance secrète de M. Argenteau avec le Pr. de Kaunitz -et Joseph II_ (édit. d’Arneth-Flammermont, t. I, p. 7). Lettre du 22 -décembre 1780, de Mercy à Kaunitz. - -[563] Marie-Thérèse était morte le 29 novembre 1780. - -[564] AN.T 243. 27 janvier 1782.--RICCOBONI. _Les Caquets_, comédie -en 3 actes (Comédie Italienne, 1761).--J.-J. ROUSSEAU. _Le Devin de -village._ - -[565] AN.T 243. 14 novembre 1782. Lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Le duc de -Crillon-Mahon, qui était, depuis 1782, au service de l’Espagne, échoua -précisément devant Gibraltar. - -[566] AN.T 243. 27 mars 1782. - -[567] AN.T 243. Lettre du duc d’Aiguillon du 4 août 1782.--Un pamphlet -que nous avons déjà signalé, _le Ministère de M. de Maurepas_, (1781) -prétend que cet Amelot était le fils naturel du ministre, ou du moins -que celui-ci s’en croyait le père. En tout cas, ce qui serait piquant, -ce serait que ce même Amelot fût le maître des requêtes qui, en 1768, -était le plus ardent distributeur des libelles bretons, lancés à cette -époque contre le duc d’Aiguillon. - -[568] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 18 août 1782. - -[569] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 8 septembre 1782. - -[570] C’est un trait fort exact de la mentalité des gens de cour que -vient confirmer cette note de la _Correspondance secrète_, éditée par -Lescure (I, 505, 24 septembre 1782): «L’ombre du comte de Maurepas -continue à nous gouverner. Mᵐᵉ de Maurepas et l’abbé de Véri, son homme -de confiance, en sont les organes. Le roi les consulte sur toutes les -affaires importantes». - -Mᵐᵉ de Maurepas avait acheté le 27 février (acte notarié Doillot), -au prince de Conti, un domaine tout meublé qui prit le nom de -Madrid-Maurepas, grâce aux 100.000 livres qu’elle avait reçues du roi, -comme elle l’écrit à la duchesse d’Aiguillon. Elle l’avait payé 150.000 -francs, et par la suite, elle devait se montrer peu satisfaite de son -acquisition. Elle la légua à Mᵐᵉ de Flamarens, une de ses nièces, -«engagiste du domaine». (H. DE GRANDSAIGNE et H.-G. DUCHESNE. _Histoire -du Château de Madrid_, 1911.)--Quant à la propriété de Pontchartrain, -elle était revenue, par héritage, à une petite-nièce de Maurepas, la -duchesse de Brissac, fille du duc de Nivernois. - -[571] «Quinze» dit la _Correspondance Lescure_ (t. I, pp. 509 et suiv.). - -[572] AN.T 243. Lettre de la duchesse d’Aiguillon, du 11 octobre 1782. - -[573] _Corresp. secrète_ (édition Lescure), t. I, p. 515. - -[574] AN.T 243. Lettre de la duchesse, 6 novembre 1782. - -[575] AN.T 243. Lettre du duc, 2 octobre 1784. Louis XVI (_Corresp. -secrète_, édit. Lescure, I, 244), partit, en juillet 1786, pour -présider aux opérations qui devaient assurer définitivement l’avenir -maritime de Cherbourg. - -[576] AN.T 243. Lettre de la duchesse, 7 juillet 1784. - -[577] AN.T 243. Lettre de la duchesse, 28 octobre 1784. - -[578] VATEL. _La comtesse Du Barry_, t. III, p. 51. - -[579] _Corresp. secrète_ (édit. Lescure), I. 588. Le comte d’Agénois -fut nommé duc en août 1785. - -[580] D’abord inconnue, puis interdite en France, l’inoculation ne -fut autorisée qu’en 1764; et ce fut bientôt la mode dans les cercles -mondains de se faire inoculer. - -[581] AN.T 243. Lettre de la duchesse, 12 juin 1785. - -[582] AN.T 243. Lettre du duc, 7 juillet. - -[583] Le duc de Choiseul était mort le 8 mai 1775. (MAUGRAS. _La -disgrâce du duc et de la duchesse de Choiseul_, p. 395.) - -[584] Du Châtelet était bien l’exécuteur testamentaire. La duchesse de -Gramont était héritière et légataire universelle: elle n’accepta que le -legs universel. - -[585] _Corresp. secrète_ (édit. Lescure), t. I, 571. - -[586] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 21 mai 1785. - -[587] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_ (exemplaire de la -Bibliothèque de la ville de Paris), p. 198.--Le Dauphin mourut -tuberculeux. - -Le propos, dit la note Soulavie, venait de la Vauguyon. Du reste, -l’auteur des _Mémoires_ se défend, en ces termes, de l’avoir tenu -dans ses _Mémoires historiques et anecdotes de la Cour de France_ -(_Considérations, etc._, LX.): - -«M. de la Harpe m’attribue l’opinion qui accuse M. de Choiseul des -empoisonnements (du Dauphin, de la Dauphine, etc., etc.), quand je -suis seul et le premier qui ai réfuté à cet égard Mercier, Mirabeau, -le prince de Salm, son précepteur l’abbé de Laffrey l’auteur d’une -_Histoire de Louis XV_; l’auteur anonyme du Noël de la Cour, chanté en -1766; Mᵐᵉ la duchesse d’Aiguillon et son fils, député à l’Assemblée -Constituante, le Maréchal de Richelieu, etc. Les accusations de tous -ces personnages ont été imprimées dans différents ouvrages.» - -[588] Marie-Antoinette, quand elle était Dauphine, traitait la Vauguyon -de «fripon». (_Correspondance secrète Mercy-Argenteau_, I, p. 35.) - -[589] _Les Mémoires du règne de Louis XVI_ (6 vol. an X, t. I, p. -148) disent que d’Aiguillon mourut «les os liquéfiés comme de la cire -pendant la canicule». - -[590] MERCIER. _Tableaux de Paris_ (Amsterdam, 1789). - -[591] Une annotation de Fouquier-Tinville sur une pièce du procès Du -Barry assigne Ruel comme domicile à Mᵐᵉ d’Aiguillon en septembre 1793. -Voir _Pièces justificatives_, III et _Appendice_ V, note (p. 388). - -[592] Il semble même qu’elle ait joui d’un certain crédit auprès des -maîtres du jour et de... l’heure, alors que personne, à Paris, ne -pouvait plus en être sûr. Nous lisons, dans une lettre du 6 septembre -1792 à Mᵐᵉ Du Barry, attribuée au chevalier d’Escourre, écuyer du duc -de Brissac, qui venait d’apprendre le départ des prisonniers d’Orléans: - -«Mᵐᵉ de Maurepas, instruite de la translation de M. le duc (de -Brissac), voulait tout de suite aller à l’Assemblée. On l’a retenue. -Elle a écrit à Danton et à l’abbé Fauchet...» - -D’Escourre et Mᵐᵉ de Flamarens allèrent porter ses lettres aux -destinataires (AN. W. 16, dossier Du Barry). - -Les massacres des 2 et 3 septembre à Paris, ne laissaient que trop -pressentir ceux des prisonniers d’Orléans à Versailles. Les lettres de -Mᵐᵉ de Maurepas furent vaines. On prétend même que Danton, qui porte -la responsabilité de ces abominables tueries, déclara qu’il avait été -impuissant à les empêcher. - -Mᵐᵉ de Maurepas mourut le 11 février 1793, rue de la Chaise, nº 519. En -tout cas, telle que nous la représente d’Escourre, elle ne ressemble -guère au portrait qu’en trace Dufort de Cheverny dans ses _Mémoires_ -(1886), t. I, p. 406. «La vieille Mᵐᵉ de Maurepas, sourde et mourante, -ne se doutait de rien. Tout fuit, excepté elle...» Il fallait, en tout -cas, qu’elle fût au mieux, comme nous l’avons dit, avec le nouveau -Gouvernement, pour que la section l’eût autorisée, en raison de son -grand âge, à garder trois chevaux. - -Un dernier trait de cette curieuse figure, laquelle appellerait -une étude moins sommaire. Par un acte devant le notaire Gondouin, -du 24 mars 1789, Mᵐᵉ de Maurepas vendit son usufruit de l’hôtel de -son mari (aujourd’hui 75 rue de Grenelle), à l’ancien intendant -de Montyon, moyennant cent mille livres. Le bénéficiaire restaura -l’immeuble, depuis longtemps abandonné, de cette belle propriété, dont -M. L. Guimbaud (_Auget de Montyon_, Paris, 1909), donne la curieuse -description d’après les termes mêmes de l’acte notarié. - -[593] Voir APPENDICE IV.--_Correspond. secrète_ (édit. Lescure), t. II, -p. 403 et suiv. Duel (?) du duc d’Aiguillon avec Cazalès, qui avait -attaqué la mémoire de son père en 1789. - -[594] Entre autres, les _Actes des Apôtres_, le _Journal de la Cour et -de la Ville_, la _Chronique scandaleuse_, etc. - -[595] Ce fut en septembre 1787: «Tant mieux, s’écria Marie-Antoinette; -nous ne verrons plus ces habits rouges dans la galerie de Versailles». -(BELLEVAL. _Souvenirs._ p. 258 et Mᵐᵉ CAMPAN, _Mémoires_. I, -180.)--Déjà en 1769, alors qu’elle n’était que Dauphine, l’imprudente -princesse avait dit hautement qu’elle «n’aimait pas ces habits rouges» -(BELLEVAL. _Souvenirs_). - -[596] Lettre de Rousseau à Bernet (voir p. 356): - -«Il y a un siècle que je n’ai rien reçu de vous. J’ai appris avec -peine que M. d’Aiguillon est porté émigré: cela m’a causé une grande -affliction, n’ayant jamais pu croire que ce citoyen si zélé pour la -Constitution se fût déterminé à émigrer, d’autant que lui et les siens -n’avaient pas eu à se louer de la famille ci-devant royale. Ce parti de -quitter le territoire de la République m’afflige d’autant plus que sa -respectable mère en aura, j’en suis sûr, l’âme déchirée. J’ai un absolu -dévouement pour cette maison.»--Voir APPENDICE IV. - -[597] Armand avait dû introduire, dès l’an VI, sa demande en radiation -de la liste des émigrés et, de ce fait, s’opposer à la vente du -domaine et des meubles d’Aiguillon, car le ministre avait recommandé -aux autorités du Département d’attendre, pour réaliser une opération -consentie par elles, que «le directoire exécutif eût prononcé sur la -radiation définitive de l’émigré d’Aiguillon». M. Tholin (Documents sur -le mobilier du château d’Aiguillon), croit qu’Armand ne put l’obtenir. - -[598] CLAUDE SAINT-ANDRÉ. _Mᵐᵉ Du Barry_, p. 382.--D’autre part dans -la déposition de Blache (AN. W. 16), nous lisons: «A cette époque -(octobre 1792, la date donnée par M. Claude Saint-André), la Du Barry -fit émigrer la d’Aiguillon, _la jeune_, qu’elle avait fait passer pour -une de ses filles de chambre». Il y aurait donc eu confusion entre la -bru et la belle-mère. Soulavie, de son côté, dans son parallèle de Mᵐᵉ -de Choiseul et de Mᵐᵉ d’Aiguillon, affirme que celle-ci n’a pas émigré. -Et cependant la lettre de Rousseau est formelle. La duchesse, d’après -certaines versions, aurait émigré après les journées des 5 et 6 octobre -1789. - -[599] Le décret de l’Assemblée législative (novembre 1791) déclarait -coupable du crime de lèse-nation tout émigré qui ne serait pas rentré -en France avant le 1ᵉʳ janvier 1792. - -[600] _Archives Chabrillan._ - -[601] Voir la note de l’appendice V. - -[602] Voir APPENDICE V.--Nous donnons le résumé d’un excellent travail -publié par M. Tholin sous le titre: _Documents sur le mobilier du -château confisqué en 1792_, Agen 1882.--Nous n’avons voulu nous -occuper, pour cette étude un peu aride, que des deux domaines dont -la gestion mit en relief l’intéressante personnalité de la duchesse: -_Aiguillon_ où sa constante activité avait fait merveille; _Ruel_ -où son indomptable énergie combattit jusqu’à son dernier souffle la -mauvaise fortune. - -[603] Le baron de Scheffer lui enverra, en 1795, des lettres à cette -prison; mais, nous n’avons trouvé, ni dans le livre de l’abbé CÉDOZ, -_Un couvent de religieuses anglaises à Paris_, 1891, ni dans l’opuscule -de l’abbé GASTON, _Une prison parisienne sous la Terreur_ (1908), parmi -les détenues, le nom de la duchesse d’Aiguillon. Cependant, il reste -aux Archives Nationales un document officiel attestant l’arrestation de -la duchesse (voir _Pièces justificatives_, IV). - -[604] Voir _Pièces justificatives_, V. - -[605] On peut lire «va les réquisitionner» (_Archives Chabrillan_). - -[606] Ces deux lettres et celles qui suivent appartiennent aux Archives -du marquis de Chabrillan. - -[607] Le baron Ulrich de Scheffer avait alors quatre-vingts ans. Il -avait remplacé le comte, comme ministre à Paris, de 1761 à 1769. Il fut -un des principaux instruments de la révolution de 1772. Il mourut le 4 -mars 1799. - -[608] Dans les _Feuilles d’histoire_ (T. 2 1909), M. Buffenoir a publié -un certain nombre de lettres adressées au comte Ch. Frédéric Scheffer -par diverses notabilités françaises de 1753 à 1784. Nous n’y relevons -aucune lettre des d’Aiguillon. - -[609] AN.T. 243, 7 janvier 1780 (lettre du).--Scheffer dira lui-même -de Mᵐᵉ de Laigle (lettre du 4 août 1796): «Il y a trente-deux ans que -j’ai quitté la France; votre amie était bien longtemps auparavant d’une -santé faible et languissante: elle passait la plus grande partie de -sa vie dans son lit; c’est un miracle qu’elle ait pu aller jusqu’à ce -moment.» - -[610] Ce n’était pas Armand, mais Emmanuel que s’appelait le petit-fils -de la duchesse. Il mourut en 1798. - -[611] Ce sont les fameux Mémoires rédigés par Soulavie et qui -constituent à peu près la seule biographie qu’on ait jusqu’ici du -maréchal duc de Richelieu. Soulavie s’était servi de notes et documents -trouvés dans les papiers du maréchal; mais il y ajouta, paraît-il, -singulièrement du sien. - -[612] Le livre déjà cité de l’abbé Bossebœuf (_Le Château de Veretz_, -Tours, 1903), donne entre autres pièces justificatives, p. 548, -_Mobilier de Veretz réservé par la Citoyenne d’Aiguillon lors de -la vente faite en 1792, 1ʳᵉ année de la République_ (étude de Mᵉ -Guillonneau, notaire à Saint-Avertin)--p. 551, _Expertise du château en -1796--Comptes de la démolition du château--Expertise en 1797._ - -[613] _Appendice_ V (note) p. 388. - -[614] Le Directoire avait, en effet, offert l’ambassade de Suède à -Pichegru, mais celui-ci refusa. - -[615] D’après la préface de Soulavie, les _Mémoires de Maurepas_, -se rapportant surtout à son premier ministère, seraient l’œuvre de -Salé, secrétaire de l’homme d’Etat. Soulavie, qui en est considéré -d’ordinaire comme l’auteur, dit n’avoir ajouté qu’un volume aux trois -de la première édition.--Ces quatre volumes sont datés de 1792. - -[616] Après Montenotte, Millesimo, Mondovi et Lodi, après avoir culbuté -Beaulieu, le plus renommé des généraux autrichiens, Bonaparte était -entré à Milan le 15 mai 1796. - -[617] Ce dut être une absence temporaire: car Lehoc fut ministre -plénipotentiaire à Stockolm de 1795 à 1799. Peut-être le Directoire -l’avait-il rappelé éventuellement, croyant que Pichegru accepterait le -poste. - -[618] Voir APPENDICE I. - -[619] Voir _Pièces justificatives_, VIIᵉ. - -[620] Extrait de la _Généalogie de la Maison Brehant_, par le comte DE -BRÉHANT (1867): - -«D’Innocente Aglaé et de Joseph Guignes de Moreton de Chabrillan: - -1º Hippolyte-César de Moreton de Chabrillan, père du marquis de -Chabrillan. - -2º Pierre-Charles Fort de Moreton de Chabrillan. - -Ont réuni sur leurs têtes les successions des La Vrillière et des -d’Aiguillon.» - -[621] TRÉVEDY. _Quelques mots à propos de Pordic_, 1902, pp. 88-89. - -«Hippolyte-César de Moreton de Chabrillan, sous la Restauration, obtint -la restitution des biens de sa grand’mère non aliénés par la nation.» - -[622] FR. FUNCK-BRENTANO. _Figaro et ses devanciers_ (Hachette, 1909), -p. 47. - -[623] Archives Bastille 12438. Dossier Surgeon. - -[624] _Figaro et ses devanciers_ (Hachette, 1909), p. 68. - -[625] Le type achevé du policier adroit, intelligent, bel-esprit et... -fripon, assez fréquent à cette époque, toujours à la piste des libelles -et qui au besoin les fabrique pour s’en faire des rentes. Grâce à sa -femme, très jolie et très fine personne, qui avait su capter, comme le -fera plus tard l’astucieuse La Motte, la bienveillance de la Reine, il -proposait à cette princesse l’achat d’odieuses publications dirigées -contre elle, achat qu’il négociait à des prix fabuleux... et dont il -était l’auteur. Sa prévarication fut découverte; et il fut enfermé à -Vincennes où il mourut subitement d’apoplexie. - -[626] ARCH. BASTILLE 12240. Dossier Pignatel, Mercier, Dubec, Arnoux. - -[627] Nous avons vu, dans la correspondance de Mᵐᵉ d’Aiguillon, les -goûts artistiques du comte d’Agénois; et les documents rassemblés -par M. Tholin disent assez en quel honneur était tenue la musique au -château d’Aiguillon. - -[628] Des pièces retrouvées aux _Archives nationales_ (F⁷ 5255³), -nous ont fait connaître, et les origines de cette confiscation, -et l’argumentation captieuse qui permit à l’Etat de justifier une -spoliation absolument inique. Elles nous renseignent en outre sur la -succession d’Aiguillon (p. 352). - -Le 7 octobre 1792, Coutausse, procureur général, syndic de -Lot-et-Garonne, écrivait d’Agen à Roland, ministre de l’intérieur, que -le Directoire du Département avait reçu du maréchal de camp d’Aiguillon -un imprimé lui annonçant qu’il était «sorti de la République». Le -Directoire du Département estimait qu’en conséquence les biens de cet -officier supérieur devaient être mis «à la disposition de la Nation»; -mais «comme l’émigration n’était pas légalement constatée à ses yeux», -le procureur général syndic priait Roland de «lui donner, sans perte -de temps, la connaissance certaine de l’état du maréchal de camp -d’Aiguillon». Il joignait en même temps à sa lettre l’imprimé, que nous -n’avons pas retrouvé, par parenthèse, dans le dossier des Archives. - -A cette même date du 7 octobre 1792, une autre pièce, émanée du -Directoire, certifiait l’existence de l’imprimé, arrivé de Bâle sous le -nom de Vignerot, «dit d’Aiguillon», et que lui, Directoire, «instruit, -par les nouvelles politiques, de l’émigration» du maréchal de camp, -avait rendu un arrêté, sur le rapport du procureur syndic général, -concluant au séquestre des biens de d’Aiguillon. - -Or, consécutivement à cet arr -êté, le 5 décembre 1792, une déclaration, -signée Salmon, établissait, en raison du contrat de mariage entre le -duc et la duchesse d’Aiguillon, la situation de la mère et du fils par -rapport à leurs intérêts respectifs. Pendant la communauté de biens qui -existait entre les deux époux et à laquelle pouvait renoncer la veuve, -pour «s’en tenir à ses reprises et conventions matrimoniales, il avait -été fait des emprunts considérables tant en viager qu’en perpétuel, -auxquels elle s’était obligée et avait même aliéné de ses propres»; de -ce fait, la succession de son mari lui devait une indemnité. - -La duchesse s’en était d’abord tenue à ses reprises et son fils, qui -s’était «porté héritier bénéficiaire», avait recueilli, en 1790, la -succession de son père, à charge d’en payer les dettes; mais il l’avait -bientôt rétrocédée à sa mère, qui s’était engagée à désintéresser les -créanciers de son mari et de plus à loger son fils et sa bru, en leur -servant une rente annuelle de 24.000 livres. - -La déclaration Salmon n’accepte pas cet arrangement familial: «M. -d’Aiguillon s’étant émigré, aux termes de la loi concernant les -émigrés, l’acte de 1790 ne peut se soutenir; et la Nation a le droit -de faire poser les scellés sur tous les meubles et papiers qui sont à -_l’hôtel de Paris_, à _celui de Versailles_, au _château de Ruel_, à -_celui de Véretz_, près de Tours, à _celui d’Aiguillon_ département du -Lot (_sic_), à _celui de Saint-Bihy_{*} près Saint-Brieuc en Bretagne; -de faire reprendre ces terres, excepté celles de Saint-Bihy (propriété -de la duchesse), par les départements de leur situation, et celle de -Montcornet-les-Ardennes, par le département de celui-ci, sans que les -revenus du duché d’Aiguillon puissent être tenus des dettes du père et -des reprises de la mère; et, dans le cas contraire, la nation pourrait, -dès ce moment, rentrer dans les objets compris dans la donation de -Louis XIII (au cardinal de Richelieu).» - -La duchesse douairière d’Aiguillon était donc rentrée d’émigration, -quand Salmon donnait sa consultation sur le cas du maréchal de camp -Vignerot: autrement, il n’eût pas manqué d’argumenter contre la mère, -comme il l’avait fait contre le fils. - -Mais ce qui dépasse les limites de la vraisemblance, c’est la note -que nous donne le répertoire Tuetey, d’après cette pièce des Archives -nationales (F. IV, 1470) des 3 et 5 avril 1793: «On dénonce la présence -à Paris des ci-devant duc et duchesse d’Aiguillon: celle-ci, déguisée -en petite ouvrière, allait même au spectacle aux places de 12 sols. La -dame Pinard, de leur intimité, a dit à son mari que s’il n’était pas si -patriote, elle lui confierait bien des choses et que, pour l’empêcher -d’être assassiné, elle lui donnerait sous peu une médaille à l’effigie -de Louis Capet». - -Que la jeune duchesse d’Aiguillon soit revenue en France, ce n’est pas -improbable; mais que le duc ait eu la témérité d’y reparaître, après -son bruyant départ de l’armée, c’est inadmissible. A vrai dire, les -trois quarts des dénonciations que dictait alors l’esprit de délation -et qu’enregistrait la police étaient aussi absurdes que celle-ci. - -{A} Le château de Saint-Bihi, demeure patrimoniale des Mauron-Plélo, -avait été reconstruit, vers 1750, par le duc d’Aiguillon. Ce château -sert aujourd’hui de magasin à fourrages. - -[629] Cet état, dit M. Tholin, n’existe plus. - -[630] Archives départementales, série 9. - -[631] Se trouve aux archives départementales. - -[632] Ce très beau portrait se trouve dans l’_Intermédiaire des -chercheurs et des curieux_ du 10 septembre 1911. - -[633] _Ruel_ (orthographe du XVIIIᵉ siècle que nous -avons adoptée) devint _Rueil_ avec la Révolution. - -[634] Fermier-régisseur de la duchesse d’Aiguillon. - -[635] Le cimetière se trouvait, à cette époque, dans un emplacement -situé maintenant rue de la Réunion et où se tient le marché. - -[636] Comte de Quelen, cousin de la duchesse d’Aiguillon. - -[637] Ce buste se trouve actuellement chez le marquis de Chabrillan. - - - - -*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK UNE GRANDE DAME DE LA COUR DE LOUIS -XV *** - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the -United States without permission and without paying copyright -royalties. 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