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-The Project Gutenberg eBook of Une grande dame de la cour de Louis XV, by
-Paul d'Estrée
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
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-
-Title: Une grande dame de la cour de Louis XV
- La duchesse d'Aiguillon (1726-1796)
-
-Author: Paul d'Estrée
- Albert Collet
-
-Contributor: Frantz Funck-Brentano
-
-Release Date: December 26, 2021 [eBook #67010]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-Produced by: Chuck Greif, Clarity and the Online Distributed Proofreading
- Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from
- images generously made available by The Internet
- Archive/Canadian Libraries)
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK UNE GRANDE DAME DE LA COUR DE
-LOUIS XV ***
-
-
-
-
- LA
- DUCHESSE D’AIGUILLON
-
-
-
-
- OUVRAGES DE PAUL D’ESTRÉE
-
-
-=Œuvres inédites de Motin= (avec notice et notes). Paris, librairie des
-bibliophiles, 1883.
-
-=Mémoires de Voltaire, écrits par lui-même= (avec notes et commentaires).
-Paris, Kolb, 1891.
-
-=Les Hohenzollern= (en collaboration avec E. Neukomm). Paris, Perrin et
-Cⁱᵉ, 1892.
-
-=Un policier homme de lettres. L’Inspecteur Meusnier (1748-1757).= Paris,
-aux bureaux de la Nouvelle Revue rétrospective, 1892.
-
-=Les Explosifs au XVIIIᵉ siècle.= Paris, aux bureaux de la Nouvelle Revue
-rétrospective, 1894.
-
-=Journal inédit du lieutenant de police Feydeau de Marville (1744).=
-Paris, aux bureaux de la Nouvelle Revue rétrospective, 1897.
-
-=Les théâtres libertins du XVIIIᵉ siècle= (en collaboration avec Henri
-d’Alméras). Paris, Daragon, 1905. _Épuisé._
-
-=Les organes de l’Opinion publique dans l’Ancienne France= (en
-collaboration avec Fr. Funck-Brentano). Paris, Hachette et Cⁱᵉ.
-
-I. =Les Nouvellistes=, 2ᵉ édition, 1905.
-
-II. =Figaro et ses devanciers=, 1909.
-
-
-_EN PRÉPARATION_:
-
-III. =La Presse clandestine.=
-
-=Le Père Duchesne. Hébert et la Commune de Paris (1792-1794).= (Couronné
-par l’Académie française). Paris, Ambert et Cⁱᵉ, 1909.
-
-
- OUVRAGES DE ALBERT CALLET
-
- =Virien le Grand.= _Son château. Ses Seigneurs. Chez Montbarbon
- (Belley)._
-
- =Ph. Berthelier=, _fondateur de la République de Genève. Chez
- Fishbacher._
-
- =Honoré Fabri.= _Un Savant oublié._
-
- =Le Vieux Paris Universitaire.= _Chez Delagrave._
-
- =L’agonie du Vieux Paris.= _Chez H. Daragon._
-
-[Illustration: La Duchesse d’Aiguillon, née Plélo
-
-(Galerie du Marquis de Chabrillan)]
-
-
-
-
- UNE GRANDE DAME DE LA COUR DE LOUIS XV
-
-
- LA
-
- DUCHESSE D’AIGUILLON
-
- (1726-1796)
-
- _d’après des documents inédits_
-
- PAR
-
- PAUL D’ESTRÉE et ALBERT CALLET
-
- PRÉFACE DE F. FUNCK-BRENTANO
-
-
- TROISIÈME ÉDITION
-
-
- PARIS
- ÉMILE-PAUL, ÉDITEURS
- 100, RUE DU FAUBOURG-SAINT-HONORÉ, 100
-
- 1912
-
-
-
-
- A MADAME LA MARQUISE DE CHABRILLAN,
-
-
-_Ce livre est dédié en témoignage de notre profonde et respectueuse
-gratitude._
-
-_C’est à elle, c’est aux documents d’archives familiales dont sa
-bienveillance nous ouvrit le trésor, que nous avons dû de mieux
-connaître, de mieux apprécier les vertus de son illustre aïeule, la
-duchesse d’Aiguillon, cette noble inspiratrice de notre travail._
-
-_Ainsi se perpétue d’âge en âge, entre de pieuses mains et pour le plus
-grand honneur de l’Histoire, ce culte éclairé de la tradition qui n’est
-pas une des moindres gloires de notre chère France._
-
- Paul D’ESTRÉE. Albert CALLET.
-
-
-
-
-PRÉFACE
-
-
-Deux charmants érudits, M. Paul d’Estrée et M. A. Callet, ont uni leur
-savoir et leur talent pour écrire ce livre, dont le cadre est beaucoup
-plus vaste que le titre en sa modestie ne consent à nous l’indiquer; car
-voici en réalité une histoire de la fin du règne de Louis XV et du
-commencement de celui de Louis XVI, de cette époque inquiète, troublée,
-troublante, où, sans que les contemporains s’en doutassent, se jouaient,
-autour de futiles intrigues de Cour, les destinées d’un peuple, on peut
-dire d’une civilisation.
-
-La bonne et intelligente duchesse d’Aiguillon sert de guide en ce dédale
-souvent confus--confus, non par le fait des auteurs, mais par celui des
-événements, multiples et complexes, qu’ils avaient à présenter. M. Paul
-d’Estrée est un historien du théâtre, un des plus brillants lauréats de
-la Société de l’Histoire du Théâtre, et peut-être nous pardonnera-t-il
-la familiarité trop grande de la comparaison que nous oserons hasarder,
-et sans doute nous la pardonnera-t-il d’autant plus volontiers que
-c’est du «petit» théâtre, du théâtre de foire et de tréteaux, qu’il
-s’est occupé avec le plus d’érudition et de succès. Mᵐᵉ la duchesse
-d’Aiguillon nous fait penser en ce livre à une commère de revue; oh! à
-une commère très distinguée, très réservée, très grande dame; mais en
-somme à une commère qui joue en réalité un rôle secondaire dans
-l’ouvrage, mais qui en est le guide, parmi tant de faits divers et
-pressés l’un sur l’autre; guide gracieux qui permet au spectateur, je
-veux dire au lecteur, de comprendre et de s’y retrouver.
-
-Et comme il s’agit d’un livre, notre commère ne parle pas comme en une
-pièce de théâtre, elle écrit--d’une plume alerte, limpide, intelligente
-et gracieusement française--des lettres qui sont autant de foyers de
-lumière dans l’ensemble du récit. Ces lettres, pour la plupart inédites,
-retrouvées par MM. Paul d’Estrée et A. Callet en des sources diverses,
-éclairent non seulement le caractère de l’active et charmante duchesse,
-mais les nombreux événements auxquels, de par les fonctions et les faits
-et gestes de son mari, elle s’est trouvée directement mêlée.
-
-Nouvelle et importante contribution à cette histoire, tant discutée
-depuis quelques années, du duc d’Aiguillon, de son administration, de sa
-direction au ministère des Affaires étrangères, et dont Balzac, par ce
-génie de divination historique qui l’a si étonnamment caractérisé,
-prévoyait dès 1828 les conclusions de plus en plus généralement admises
-aujourd’hui, quand il écrivait dans la préface de ce livre admirable,
-_les Chouans_:
-
-«La prospérité de la Bretagne était le fond même du procès entre La
-Chalotais et d’Aiguillon. Le mouvement rapide des esprits vers la
-Révolution a empêché jusqu’ici la révision de ce célèbre procès, mais
-lorsqu’un ami de la vérité jettera quelque lumière sur cette lutte, les
-physionomies historiques de l’oppresseur et de l’opprimé prendront des
-aspects bien différents de ceux que leur a donnés l’opinion des
-contemporains. Le patriotisme national d’un homme (Aiguillon), qui ne
-cherchait peut-être qu’à faire le bien qu’au profit du fisc et de la
-royauté, rencontra ce patriotisme de localité si funeste au progrès des
-lumières. Le ministre avait raison, mais il opprimait; la victime avait
-tort, mais elle était dans les fers; et en France le sentiment de la
-générosité étouffe même la raison. L’oppression est aussi odieuse au nom
-de la vérité qu’au nom de l’erreur.
-
-«M. d’Aiguillon avait tenté d’abattre les haies de la Bretagne, de lui
-donner du pain en introduisant la culture du blé, d’y tracer des
-chemins, des canaux, d’y faire parler le français, d’y perfectionner le
-commerce et l’agriculture, enfin d’y mettre le germe de l’aisance pour
-le plus grand nombre et la lumière pour tous: tels étaient les
-résultats éloignés des mesures dont la pensée donna lieu à ce grand
-débat. L’avenir du pays devenait une riche et féconde espérance.
-
-«Que de gens de bonne foi seraient étonnés d’apprendre que la victime
-(La Chalotais) défendait les abus, l’ignorance, la féodalité,
-l’aristocratie et n’invoquait la tolérance que pour perpétuer le mal
-dans son pays! Il y avait deux hommes dans cet homme: le Français qui,
-dans les hautes questions d’intérêt général, proclamait, d’une voix
-généreuse, les plus salutaires principes; le Breton, auquel d’antiques
-préjugés étaient si chers que, semblable au héros de Cervantès, il
-déraisonnait avec éloquence et fermeté, aussitôt qu’il s’agissait de
-guérir les plaies de la Bretagne.»
-
-Ces pages, admirables de clairvoyance et d’intelligence historique,
-méritaient d’être imprimées en tête de ce livre consacré, en grande
-partie, au duc d’Aiguillon et à sa lutte en Bretagne contre les
-partisans des traditions et des coutumes locales. Balzac s’y est montré
-une fois de plus l’écrivain du XIXᵉ siècle qui a été le mieux doué pour
-écrire l’histoire; de quoi il a d’ailleurs laissé des preuves
-ineffaçables dans les _Mémoires de deux jeunes mariées_, dans le
-_Cabinet des Antiques_, dans l’_Envers de l’Histoire contemporaine_ et
-dans _les Chouans_ que nous venons de citer.
-
-On aura notamment remarqué le passage où il oppose l’esprit «national»
-du duc d’Aiguillon à l’esprit tout imprégné d’idées locales et
-particularistes de La Chalotais; c’est déjà le «patriotisme» des hommes
-de la Révolution, opposé au «fédéralisme» qu’ils combattront avec une si
-terrifiante rigueur.
-
-Le duc d’Aiguillon avait compris la nécessité de la réforme
-administrative qui s’imposait dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle à
-la France entière.
-
-Les hommes qui, comme lui, comme Maupeou, comme Vergennes, et quelques
-autres, eurent l’intelligence des besoins d’une société nouvelle, ne
-purent malheureusement réaliser leur tâche: les La Chalotais se
-trouvèrent trop nombreux devant eux pour que les réformes pussent
-aboutir par des voies de douceur. La Révolution les accomplira avec
-l’aide efficace de la guillotine; et la Restauration, en pleine
-réaction, ne songera plus un instant à revenir sur l’œuvre accomplie.
-
-Pour Maupeou, l’un des collaborateurs du duc d’Aiguillon, MM. Paul
-d’Estrée et A. Callet se montrent sévères, trop sévères à notre avis.
-Maupeou poursuivait, dans le domaine de la justice, le même but que son
-collègue, l’ancien gouverneur de la Bretagne, dans le domaine
-administratif; il le poursuivit par les mêmes moyens, et l’histoire doit
-aujourd’hui lui donner raison, à lui également. Maupeou tombe du
-ministère et les parlementaires qui voudront résister aux réformes qu’il
-avait préconisées ne tarderont pas à expier leur résistance sous le
-couperet de la guillotine. Après quoi, nous avons eu les réformes
-judiciaires que Maupeou avait voulu nous donner.
-
-Aiguillon et Maupeou ont donc connu le destin des précurseurs. Problèmes
-aux vastes horizons, mais où le lecteur se promène en ce charmant
-ouvrage, dû à la plume attentive de MM. d’Estrée et Callet, comme en une
-campagne infiniment accidentée et pittoresque, où l’on ne circule que
-par mille agréables détours, non sans être captivé, de-ci, de-là, par
-les points de vue les plus «flatteurs»--comme on disait au temps de la
-bonne et séduisante duchesse d’Aiguillon.
-
- Frantz FUNCK-BRENTANO.
-
-
-
-
-LA
-
-DUCHESSE D’AIGUILLON
-
-
-
-
-I
-
- _Mère et fille.--Parallèle de la duchesse de Choiseul et de la
- duchesse d’Aiguillon: analogies de leurs destinées
- respectives.--Pourquoi l’Histoire les a traitées inégalement.--La
- Correspondance et les Correspondants de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Son style
- et son écriture.--Les papiers du chevalier de Balleroy.--Utilité
- documentaire des lettres de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Leur corrélation avec
- la biographie du ministre de Louis XV._
-
-
-Une très grande dame de la Cour de Louis XV, la duchesse d’Aiguillon,
-était fille du comte de Bréhan-Plélo, ambassadeur de France à
-Copenhague, qui fut tué au siège de Dantzick en 1734 et de
-Louise-Françoise Phélypeaux de la Vrillière, morte trois ans après, en
-mars 1737.
-
-A l’exemple de cette martyre de l’amour conjugal, Louise-Félicité de
-Bréhan-Plélo, sa fille, qui devait se marier, le 4 février 1740[628],
-avec le comte d’Agénois[2], depuis duc d’Aiguillon, fut l’épouse
-accomplie, la mère attentive, la gardienne, vigilante et irréprochable,
-de la fortune familiale et de l’honneur du nom, en un mot la femme forte
-de l’Écriture.
-
-Si la nature, trop souvent ingrate aux belles âmes, ne départit pas à la
-mère et à la fille les avantages physiques, toutes deux reçurent, en
-compensation, les dons les plus heureux de l’esprit et du cœur. Mais,
-hélas! combien ces qualités, moins brillantes que solides, pèsent peu
-dans les balances, où, trop souvent, la seule frivolité détermine la
-valeur des réputations mondaines!
-
-Aussi les noms de la comtesse de Plélo et de la duchesse d’Aiguillon
-n’ont-ils laissé qu’une trace à peine visible dans les _Mémoires_ et
-_Souvenirs contemporains_. Depuis, le premier dut à une étude, parue ces
-dernières années, de sortir de l’oubli, où il était resté si longtemps
-enseveli[3].
-
-Le second a droit à la même justice.
-
-Un des rares écrivains qui l’aient signalé, et le premier qui ait pris
-l’initiative de cette tardive réparation, n’a, il est vrai, qu’une
-autorité très discutable.
-
-Il importe néanmoins de citer la mention que Soulavie, ce publiciste
-discrédité, a consacrée à la duchesse d’Aiguillon; car, non seulement,
-elle en résume, avec une rigoureuse exactitude, la vie si droite et si
-pure, mais encore elle lui associe, par le plus ingénieux des
-rapprochements, celle d’une autre femme qui, ayant connu, dans les rangs
-adverses, la même fortune, subit la même disgrâce, sans rien perdre de
-la noblesse de son attitude, ni du souci de sa dignité.
-
-«Mᵐᵉˢ d’Aiguillon et de Choiseul, écrit Soulavie, veuves respectables
-par leur caractère et leurs vertus, modestes et pleines de réserve
-pendant le ministère de leurs époux, ne voulurent jamais se mêler
-d’aucune intrigue[4].»
-
-A peu près oubliées par une Révolution qui devenait moins sanglante et
-plus humaine, ces deux femmes vivaient encore, au moment où elles
-recevaient un hommage si justement mérité.
-
-L’une d’elles n’était déjà plus et l’autre allait, à son tour,
-disparaître, quand, dix ans plus tard, Soulavie reprenait ce double
-éloge, au cours d’une[5] de ses nombreuses publications[6], dans un
-parallèle moins concis et fort judicieux. Les portraits restaient les
-mêmes, avec des nuances toutefois dans l’expression de la physionomie.
-
-«Mᵐᵉ de Choiseul, dit Soulavie, développa, comme son mari, un très grand
-caractère... Elle voulut le défendre contre les dernières injustices de
-Louis XV... Elle fut courageuse, patiente, résignée, mais fière comme
-son époux...
-
-Mᵐᵉ d’Aiguillon était d’un caractère opposé, simple, timide,
-silencieuse, mais vertueuse et sensible...»
-
-Le panégyriste qui, partout ailleurs, s’est heurté à de si vives
-contradictions, n’a reçu ici aucun démenti: il a trouvé la note juste.
-
-Le crayon qu’il a tracé de Mᵐᵉ de Choiseul est en effet des plus
-ressemblants: celui de Mᵐᵉ d’Aiguillon n’est pas moins exact. Mais ce
-que Soulavie a certainement ignoré, c’est que, tout en paraissant
-«timide et silencieuse» à côté de Mᵐᵉ de Choiseul, Mᵐᵉ d’Aiguillon a su,
-comme elle, défendre vaillamment son mari, le soutenir et l’encourager
-dans les circonstances les plus critiques.
-
-D’ailleurs que d’analogies entre les destinées respectives de ces deux
-femmes!
-
-Elles étaient mariées à des hommes d’Etat, qui, sous le même roi, en
-devinrent successivement le premier, ou «principal» ministre. Si elles
-leur gardèrent pieusement la foi conjugale, elles ne furent certes pas
-payées de retour. Les bonnes fortunes de Choiseul et de d’Aiguillon ne
-se comptaient plus; et chacun d’eux, s’il faut en croire la chronique
-scandaleuse du temps, put inscrire, sur la liste de ses conquêtes, au
-moins une favorite royale.
-
-L’un et l’autre, frappés par la disgrâce, furent exilés dans leurs
-terres; et la vie de château, à laquelle ils étaient désormais
-condamnés, démontra avec quelle dignité souriante leurs femmes
-s’entendaient à leur en abréger les trop longues heures par la variété
-des plus ingénieuses distractions.
-
-Choiseul et d’Aiguillon, ces irréconciliables ennemis, se suivirent
-d’assez près dans la tombe. Il fallut alors payer les dettes qu’avaient
-accumulées leur faste et l’honneur d’avoir servi un maître ingrat. Leur
-fortune en fut singulièrement amoindrie. Puis la Révolution survint qui
-en acheva la ruine. Les deux veuves vécurent ignorées; et la mort les
-trouva pauvres.
-
-Alors, pourquoi ce caprice du sort, qui, plus d’un demi-siècle après,
-met l’une en belle lumière et laisse l’autre en pleine obscurité?
-
-C’est qu’en restituant dans leur intégrité les lettres de Mᵐᵉ Du Deffand
-et de ses amis, dont le XIXᵉ siècle n’avait connu jusqu’alors qu’une
-copie maladroite et une version imparfaite, l’inspiration heureuse, et
-presque simultanée, de deux érudits sut dégager de cette correspondance
-la noble et touchante figure de la duchesse de Choiseul, hier ignorée,
-inoubliable aujourd’hui.
-
- * * * * *
-
-La femme naît épistolière. D’illustres exemples le prouvent de reste.
-Ils déterminent mieux encore le degré de perfection auquel peut
-atteindre un don naturel sous l’influence d’une culture intellectuelle
-raffinée et continue.
-
-Or, dans la vie familiale et dans la vie mondaine--les deux pôles
-contraires de notre organisme social--la femme trouve des éléments
-d’observation qui aiguisent ses relations épistolaires, si banales
-soient-elles, des traits les plus fins et les plus délicats. Et la plus
-humble, la moins lettrée saisira le détail qui sait peindre, le mot qui
-sait toucher, s’agirait-il de l’incident le plus vulgaire de la vie
-courante; car la femme écrit presque toujours sous l’impression de son
-imagination ou de sa sensibilité.
-
-C’est ainsi que nous apparaît Mᵐᵉ de Choiseul dans sa correspondance.
-Elle se souvient quelquefois encore qu’elle fut la femme du ministre,
-mais elle est surtout son amie vigilante et dévouée, soucieuse de son
-repos bien que glorieuse de son nom, bonne, obligeante, affectueuse pour
-chacun, en un mot, la «grand’maman» comme se plaisaient à l’appeler ses
-familiers.
-
-Par sa disgrâce, son mari, cet égoïste voluptueux, l’avait, pour ainsi
-dire, mise en vedette. L’opposition avait pris fait et cause pour
-Choiseul exilé à Chanteloup[7]. Chanteloup n’était pas trop éloigné de
-Versailles. Ce fut du dernier bon goût--le _snobisme_ d’alors--de faire
-le pèlerinage de Chanteloup. Les princes, les rois eux-mêmes y
-coururent. Et, pour comble de fortune, Mᵐᵉ Du Deffand, l’amie des
-philosophes, et ses entours devinrent les gazetiers de la magnifique
-retraite, dont la duchesse faisait, avec la meilleure grâce du monde,
-les fatigants honneurs.
-
- * * * * *
-
-Mᵐᵉ d’Aiguillon eut un exil moins riant et moins doré. Son mari était
-tombé du pouvoir, ne laissant de regrets qu’à ses créatures. Odieux à
-cette même opposition parlementaire qui lui reprochait la détention des
-La Chalotais et la disgrâce de Choiseul, méprisé des philosophes qui le
-croyaient acquis aux jésuites, exécré à la Cour et détesté surtout de
-Marie-Antoinette qui ne lui avait jamais pardonné son alliance avec la
-Du Barry, le duc d’Aiguillon avait dû se confiner à l’extrémité de la
-France, dans son domaine de l’Agénois, où les visites du peu d’amis
-restés fidèles à son infortune ne rappelaient que de très loin la cohue
-brillante des défilés de Chanteloup.
-
-La duchesse n’eut pas à lutter contre ce torrent de haine où se
-débattait vainement son époux. Elle était ignorée de tous. D’ailleurs,
-sa personnalité s’était déjà effacée dans l’ombre d’une autre duchesse
-d’Aiguillon, née Crussol, sa belle-mère la douairière, qui, elle aussi,
-était grande amie de Mᵐᵉ Du Deffand et de sa coterie. Et cette coterie,
-celle des philosophes, des encyclopédistes, des économistes, fut, il
-faut bien le reconnaître, la meilleure des agences de publicité pour les
-réputations du XVIIIᵉ siècle.
-
-... _Nul n’aura d’esprit hors nous et nos amis._
-
-La douairière d’Aiguillon lui doit ce surnom-réclame, qui la fit passer
-à la postérité: _la sœur du pot des philosophes_.
-
-Sa belle-fille, qui se serait bien gardée d’en briguer la survivance, ne
-reçut donc pas des dispensateurs de renommée contemporaine l’investiture
-dont bénéficièrent la douairière d’Aiguillon et la duchesse de Choiseul.
-Et cependant sa correspondance la désignerait pour occuper un rang
-presque égal, quoiqu’elle n’ait eu pour destinataires qu’un très petit
-nombre de privilégiés, eux-mêmes fort peu connus.
-
-Car Mᵐᵉ d’Aiguillon est bien l’épistolière qui sommeille dans le cœur de
-toute femme, mais l’épistolière d’élite. Elle a son originalité propre;
-elle a le mot qui fait image, le trait qui porte loin. Ses lettres sont
-courtes d’ordinaire, mais substantielles. Le style en est simple, net et
-concis, plutôt négligé; il ne vise pas à l’effet: il veut surtout
-persuader.
-
-Mᵐᵉ d’Aiguillon n’écrit pas, en effet, pour la galerie: elle cause en
-toute sincérité avec des amis à qui elle ouvre son cœur, à qui elle
-confie successivement ses espérances, ses joies, ses déceptions, ses
-rancœurs, ses tristesses, ses douleurs, sa résignation. Elle sait
-d’avance la solidité de leur affection et peut compter sur leur
-discrétion, surtout sur leur indulgence, d’autant qu’elle est affligée
-d’un terrible défaut--même une tare pour quiconque veut avoir avec ses
-parents et ses amis une correspondance suivie. Mᵐᵉ d’Aiguillon est
-illisible dans toute l’acception du mot. Outre que l’orthographe est le
-moindre de ses soucis, elle a une écriture déconcertante: c’est un
-fouillis de pattes de mouches, trop souvent microscopiques, dépourvu de
-toute ponctuation, dans lequel un mot se trouve étroitement soudé à un
-autre ou découpé en deux et même trois tranches.
-
-«J’avais oublié de vous dire, de la part de la Reine, lui raconte,
-certain jour, sa belle-mère, que votre écriture est indéchiffrable,
-qu’elle (la Reine) a mis 2 paires de lunettes et Mᵐᵉ de Villars autant,
-sans en venir à bout.»
-
-C’est peut-être à cette infirmité graphique qu’il faut attribuer sinon
-le peu de lettres, du moins le peu de correspondants qu’ait jamais eus
-la duchesse d’Aiguillon.
-
-La douairière et la comtesse de Maurepas se plaignent fréquemment de son
-silence. La femme de l’ancien ministre était une La Vrillière, par
-conséquent la tante propre de la duchesse: celle-ci lui rendait
-cependant de nombreuses visites à Pontchartrain[8]; et nous verrons plus
-loin qu’elle avait pour sa belle-mère le plus tendre attachement. Mais
-elle ne paraît jamais avoir eu de correspondance suivie qu’avec Mᵐᵉ de
-Chauvelin, le comte de Scheffer et le chevalier de Balleroy.
-
-C’est dans les papiers de ce dernier que nous avons découvert une liasse
-considérable de lettres qui lui furent adressées par la duchesse
-d’Aiguillon, accompagnées de quelques billets de son mari.
-
-Le chevalier François-Auguste de Balleroy était petit-fils de cette
-marquise de La Cour Balleroy, née Caumartin, qui, pendant la Régence,
-recevait, en son château, près de Bayeux, des lettres parisiennes, si
-intéressantes et si piquantes, publiées en 1883 par E. de Barthélemy.
-
-François-Auguste avait, comme son frère aîné, Charles-Auguste, marquis
-de Balleroy, coopéré à la campagne menée victorieusement en Bretagne par
-le duc d’Aiguillon contre les Anglais. Les deux frères furent
-guillotinés le 6 germinal an II. Le marquis séjournait à Balleroy. Le
-chevalier, quand il fut arrêté, demeurait alors rue Saint-Dominique[9] à
-Paris. Les papiers, saisis à son domicile, furent versés, après sa
-condamnation, aux Archives Nationales.
-
-On n’y trouve, pas plus du reste qu’au château de Balleroy, aucune
-lettre, ni aucun document revêtu de sa signature.
-
-Par contre, un carton des Archives[10] est, en partie, occupé par toute
-une série de lettres à l’adresse du chevalier, lettres émanées de divers
-correspondants.
-
-Celles de la duchesse d’Aiguillon, les seules qui nous intéressent, ne
-font pas seulement valoir un beau caractère; elles apportent encore une
-contribution, qui n’est pas à dédaigner, à l’histoire des dernières
-années du règne de Louis XV et des premières du règne de Louis XVI.
-
-Cette correspondance commence à la fin de 1767 et se termine en 1785.
-Elle accompagne en quelque sorte le duc d’Aiguillon dans une des
-périodes les plus agitées et les plus brillantes de sa vie politique,
-depuis l’heure où il quitte la Bretagne, chargé de toutes les
-malédictions de la province, jusqu’au jour où sa victoire sur ses
-adversaires, singulièrement appuyée par Mᵐᵉ Du Barry, reçoit la plus
-éclatante des sanctions, dans la nomination de M. d’Aiguillon comme
-ministre des affaires étrangères. Chemin faisant, la duchesse note les
-nouvelles de Cour les plus importantes: la mort de la Reine, le mariage
-du comte de Provence,--sans parler des intrigues et des cabales qui
-amèneront, après la mort du maître, la chute du favori. L’exil dans ce
-domaine d’Aiguillon n’empêche pas la duchesse de donner, par
-intermittences, quelques lignes à la politique: cadre qui s’élargira,
-quand il sera permis au courtisan disgrâcié de rentrer à Paris. Et
-brusquement, la correspondance s’arrête, trois années avant la mort de
-M. d’Aiguillon.
-
-Notre étude serait incomplète, si nous la bornions à cet intervalle de
-dix-huit années que remplit la correspondance. Il importe de rétablir
-intégralement la biographie de la duchesse, d’après les documents que
-nous avons pu recueillir, et qui, nous ne saurions trop le répéter, sont
-en fort petit nombre. Rapprochés de ceux que l’histoire a conservés sur
-le duc d’Aiguillon, leur intérêt s’augmente de cette comparaison et
-n’en accuse que d’un plus saisissant relief la noble figure de la digne
-fille des Plélo.
-
-Enfin, une autre série de lettres et de pièces, dont nous devons la
-communication à la bienveillance de M. le marquis de Chabrillan, nous a
-permis de continuer la biographie de la duchesse, jusqu’à la mort de la
-veuve du premier ministre.
-
-
-
-
-II
-
- _Les premières années de Louise de Plélo: son conseil de
- famille.--Son mariage avec le duc d’Agénois.--Le digne cousin du
- maréchal de Richelieu.--Ses amours avec la marquise de la
- Tournelle.--Une scapinade de Richelieu.--Hésitations d’une amante
- et coquetteries d’une maîtresse.--La duchesse d’Agénois et sa
- protectrice.--Amitié véritable entre bru et belle-mère.--Une lettre
- de la grosse duchesse.--D’Agénois un Caton!--Mᵐᵉ d’Agénois dame du
- palais._
-
-
-Louise-Félicité de Bréhan Plélo était encore une enfant (elle avait onze
-ans à peine), quand la mort de sa mère la laissa, sinon sans fortune, du
-moins dans une situation fort embarrassée. L’orpheline était, surtout,
-moralement abandonnée. Ce n’était pas qu’elle n’eût une famille
-nombreuse et bien en cour: malheureusement, ses plus proches parents
-n’avaient guère qualité pour lui donner l’éducation qui convînt à
-l’héritière des Plélo. La marquise de la Vrillière devenue, contre
-échange de cent mille écus, duchesse de Mazarin, était la grand’mère de
-Louise-Félicité, et, de ce fait, sa tutrice; mais elle n’était pas d’une
-conduite exemplaire[11]. Saint-Florentin, le ministre, frère de la
-comtesse de Plélo, qui avait été désigné comme tuteur de sa nièce,
-n’était pas non plus le modèle de toutes les vertus. C’était un
-courtisan aussi plat qu’il était orgueilleux, autoritaire, opiniâtre et
-ne reculant devant aucune mesure arbitraire pour satisfaire au moindre
-caprice de son maître. Il déclina la mission qui lui incombait; et, à
-son défaut, Maurepas, ministre lui aussi, qui avait épousé une sœur de
-Mᵐᵉ de Plélo, accepta la tutelle de l’orpheline. Aussi souple d’échine
-que Saint-Florentin, mais plus fin, plus délié et plus aimable, quoique
-très vain et très frivole, le comte de Maurepas ne professait, comme
-tant d’autres de ses contemporains, que des principes d’une morale
-facile et sans préjugés.
-
-Dans ses lettres, Louise-Félicité rappelle fort peu cette période de sa
-vie. Nous avons été même assez surpris de n’y point trouver le souvenir
-de sa mère. Une seule fois elle parle de son enfance, et à propos d’un
-mariage: la note ne laisse pas d’être piquante.
-
-«Ma vieillesse, écrit-elle, le 12 novembre 1769, au chevalier de
-Balleroy--et elle n’a encore que quarante-trois ans--ma vieillesse me
-retient prisonnière chez moi, ce qui, comme vous jugez bien, ne me coûte
-pas beaucoup, mais je sens que j’aurais de l’humeur, si elle m’empêchait
-d’aller à la noce du cousin Quélen qui, enfin, va passer sous le joug
-matrimonial. Ce n’est pas sans peine, en vérité, et il n’a pas perdu
-pour attendre. Il épouse Mˡˡᵉ Hocquart, nièce de l’ancien intendant de
-la marine, qui a 200.000 livres en mariage et à qui on en assure encore
-autant. J’en suis aussi aise que lui. Vous savez combien je m’y
-intéresse personnellement, _et les obligations que j’ai eues dans ma
-jeunesse à son père_[12]. Si je parviens après à marier mon oncle
-Bréhan, je ne désespérerai de rien, pas même pour vous[13].»
-
-Quand elle s’était inclinée sous «ce joug matrimonial», qu’il lui semble
-si plaisant de voir imposer aux autres, Mˡˡᵉ de Plélo n’était pas encore
-entrée dans sa quinzième année.--S’il est des tuteurs qui ne sont jamais
-pressés d’établir leurs pupilles, combien ont hâte d’en finir avec une
-responsabilité qu’ils repassent volontiers à un mari! Maurepas
-s’était-il lassé de sa mission ou craignait-il de ne pas rencontrer pour
-sa nièce un parti plus sortable? Toujours est-il qu’assisté de
-Saint-Florentin, il demandait au roi son agrément pour le prochain
-mariage de Mˡˡᵉ de Plélo avec le comte d’Agénois «à qui son père cédait
-son duché[14]». L’alliance d’Emmanuel-Armand Du Plessis-Richelieu, qui
-devait, à la mort de son père, porter le titre de duc d’Aiguillon, ne
-pouvait que jeter un nouvel éclat sur les familles de Mailly et
-de Phélypeaux. Le nouveau duc d’Agénois descendait par une
-ligne collatérale, comme son parent le duc de Richelieu, du
-cardinal-ministre. Il était âgé de vingt ans; et une physionomie des
-plus heureuses, une noble prestance[15], une rare élégance de manières
-le faisaient passer pour un des plus beaux hommes de la Cour. Les
-avantages physiques de Mˡˡᵉ de Plélo ne répondaient certes pas à ceux de
-M. d’Agénois: la jeune fiancée était plutôt laide et son «teint
-échauffé» avait des variations de coloris sur lesquelles nous
-reviendrons plus tard.
-
-Le mariage se fit néanmoins. Fut-il heureux? Il est permis d’en douter,
-étant donné l’humeur volage et le tempérament passionné de l’époux,
-qu’il fût duc d’Agénois ou duc d’Aiguillon. La duchesse ne put en
-ignorer; elle était intelligente et fine; et elle dut beaucoup en
-souffrir; car elle avait en même temps qu’un véritable culte pour la
-famille dans laquelle elle était entrée, un profond et sincère amour
-pour l’homme qui en était un des représentants. Mais, comme elle était
-également très digne, il ne semble pas qu’elle se soit jamais plainte
-des nombreuses infidélités de son mari. En tout cas, aucune de ses
-lettres n’en laisse percer la moindre trace; elles respirent au
-contraire un vif enjouement, tempéré d’une douce sérénité, si ce n’est
-quand elle croit ou qu’elle voit son époux en butte à la calomnie ou à
-des manœuvres perfides. Une telle égalité d’humeur, discrète et
-souriante, chez une femme trompée, est plus et mieux que de la
-résignation: c’est, en quelque sorte, un héroïsme élégant.
-
-Les illusions de Mᵐᵉ d’Agénois furent de courte durée. Elle était mariée
-du 4 février 1740; et, vers la fin de cette même année, le duc la
-trompait avec la marquise de La Tournelle[16].
-
-Peut-être se demandera-t-on s’il n’en avait pas été pour les d’Agénois
-comme pour les Plélo. Louise-Félicité n’avait pas, nous l’avons dit,
-quinze ans, le jour de son mariage. Voulut-on séparer momentanément un
-couple qu’avaient uni des raisons d’intérêt ou des questions de
-convenance, et qui n’était pas encore mûr pour les réalités du mariage?
-C’est fort possible. En tout cas, d’Agénois se serait bien gardé
-d’enlever, à l’exemple de feu son beau-père[17], sa jeune femme; il
-était trop occupé avec la maîtresse, si captivante dans son orgueilleuse
-beauté, qui l’avait choisi comme le plus désirable des amants.
-
-La liaison de la future duchesse de Châteauroux avec d’Agénois
-appartient à l’histoire; et les Goncourt lui ont consacré quelques pages
-de leur curieuse monographie sur la favorite, si longuement recherchée
-et si ardemment aimée du plus indifférent des rois.
-
-Le marquis d’Argenson, avec son philosophisme sceptique, grincheux, mais
-presque toujours exact, définit, dans une note de ses _Mémoires_, la
-raison de l’irrésistible entraînement de la Châteauroux pour d’Agénois,
-devenu son parent par son mariage avec Mˡˡᵉ de Plélo: «Elle a eu jusqu’à
-trois affaires, M. de la Trémoïlle, M. de Soubise, M. d’Agénois. Le
-premier la séduisit par ses charmes, M. de Soubise par intérêt et par
-vues: elle avait besoin de lui pour que la maison de Rohan et Mᵐᵉ de
-Tallard s’intéressassent à elle, en vue d’entrer chez la dauphine; elle
-ne lui permit que la _petite oie_, et elle eut M. d’Agénois, pour se
-procurer les conseils de M. de Richelieu, qui était en partie carrée
-avec elle, son cousin le petit d’Agénois et Mᵐᵉ de Flavacourt[18].»
-
-En effet, le duc de Richelieu joua dans cette «affaire» un singulier
-rôle, mais qui ne saurait surprendre chez un courtisan aussi adroit et
-toujours si empressé à devancer les désirs du maître. Certes, il aimait
-bien son cousin; et la correspondance de Mᵐᵉ d’Aiguillon atteste que
-cette affection familiale était partagée. Mais, précisément, parce qu’il
-était «en partie carrée», c’est-à-dire en communauté d’intérêts
-politiques avec d’Agénois et Mᵐᵉ de la Tournelle, il n’entendit pas
-sacrifier à leur délicieux roman la satisfaction de ses vues
-ambitieuses. Il voulut assurer au roi l’entière et définitive possession
-d’une femme que le prince convoitait depuis longtemps; et peut-être
-aussi dans l’intérêt, bien compris, d’un parent dont l’obstination
-amoureuse pouvait compromettre la fortune et le crédit, il imagina, lui
-aussi, un roman, ou plutôt une comédie à la Marivaux pour rompre une
-liaison qui menaçait de s’éterniser.
-
-Au cours d’un voyage en Languedoc, d’Agénois rencontre une jeune femme
-fort jolie, très spirituelle et d’une grâce exquise, qui, à l’aspect de
-ce beau gentilhomme, semble avoir reçu le coup de foudre. Jamais
-coquette ne fut plus aguichante, ni ne mit autant de charmes dans un
-sourire. D’Agénois se laisse séduire par cette sirène. Tous deux ne
-sauraient d’ailleurs se résigner à ce que l’aventure n’eût pas de
-lendemain. On se sépare, mais en jurant de s’écrire, très secrètement
-bien entendu; et d’Agénois compte bien que la marquise de la Tournelle
-ignorera toujours son infidélité; mais, un matin, celle-ci voit entrer
-le Roi qui lui met sous les yeux tout un paquet de lettres, brûlantes de
-passion: Ah! lui dit-il, le beau billet qu’a la Châtre! tenez, voilà ce
-que m’envoie la poste.
-
-La ruse de Richelieu avait réussi... C’était lui, en effet, qui, sous
-promesse d’une «grande situation à Paris», avait «aposté»
-l’enchanteresse, chargée d’ensorceler d’Agénois; c’était lui encore qui
-avait tendu le piège de la correspondance; et... le _Cabinet Noir_ avait
-fait le reste.
-
-Richelieu avait voulu que Mᵐᵉ de la Tournelle oubliât son amant; les
-railleries continuelles du roi sur la prétendue fidélité de d’Agénois
-hâtèrent cette solution.
-
-Et cependant la marquise lutta longtemps encore contre l’idée d’une
-telle rupture. Elle écrivait à Richelieu pour lui déclarer tout net
-qu’elle n’était pas dupe de «sa fourberie»; mais elle sentait bien que,
-si elle congédiait d’Agénois, celui-ci ne lui pardonnerait jamais cette
-injure: aussi voulait-elle qu’il lui rendît ses lettres, car elle ne se
-souciait pas qu’il les communiquât à sa mère, et surtout à Maurepas.
-Puis elle se ravisait: elle «revenait» à d’Agénois. Les lettres,
-interceptées par la poste, disait-elle, ne prouvent pas que le duc ait
-trahi ses serments; tout au plus s’est-il permis un caprice...[19], une
-passade.
-
-Sans se prononcer aussi catégoriquement que le marquis d’Argenson, mais
-en se gardant bien d’exposer la savante et perfide stratégie de
-Richelieu, le duc de Luynes ne dissimule pas, dans ses _Mémoires_, que
-Mᵐᵉ de la Tournelle, après la disgrâce de sa sœur, Mᵐᵉ de Mailly, se
-conduisit, en coquette consommée, envers le roi. Soulavie[20], de son
-côté, précise le manège de l’artificieuse créature. Elle prenait un faux
-air de modestie. Elle cachait son joli minois sous une baigneuse que le
-roi relevait doucement pour l’admirer, puis pour dévorer ses joues
-d’ardents baisers, alors qu’elle dardait sur lui des yeux étincelants.
-Et, tout aussitôt, elle se ressaisissait... «elle faisait la fière.»
-C’était alors une autre antienne. Elle continuait à dire et à faire
-dire, écrit le duc de Luynes[21], «qu’elle était aimée de M. d’Agénois,
-et qu’elle l’aimait, qu’elle n’avait nul désir d’avoir le roi, qu’il lui
-ferait plaisir de la laisser comme elle est et qu’elle ne veut consentir
-à ses propositions qu’à des conditions sûres et avantageuses». Mise en
-scène évidemment réglée par Richelieu.
-
-Elle les eut ces «conditions sûres et avantageuses» avec son brevet de
-duchesse de Châteauroux. Mais elle avait su jouer, bien qu’on en fît
-une sotte, du duc d’Agénois. Elle l’aimait cependant, et d’un amour qui
-survécut à leur séparation..., peut-être moins réelle qu’on n’a voulu le
-prétendre. Lorsque d’Agénois, qui était entré au service à dix-sept ans
-et s’était fait remarquer par sa vaillance pendant la guerre de la
-succession d’Autriche, fut très grièvement blessé à la tête, au siège de
-Château Dauphin, «la marquise de la Tournelle se sentit blessée du même
-coup[22]». On ajoute qu’elle s’évanouit à cette nouvelle. Le roi en fut
-très vivement piqué. Il la tança d’importance. Et ce ne fut pas la seule
-fois qu’il la querella pour des retours de tendresse dont elle ne
-pouvait se défendre.
-
- * * * * *
-
-Que devenait, au milieu de ces intrigues de cour et de cœur, la petite
-duchesse d’Agénois, si délaissée, si oubliée, si inconnue même du grand
-public, qu’elle semblait n’avoir jamais existé?
-
-Elle avait pour protectrice, pour amie, pour consolatrice peut-être, une
-grande dame, la première de France, qui, elle aussi, était oubliée et
-délaissée pour la même femme, si profondément énamourée du beau
-d’Agénois.
-
-Marie Lesczinska s’était toujours souvenue que Plélo avait sacrifié sa
-vie à la cause du roi de Pologne Stanislas; elle tenait à payer à la
-fille la dette de reconnaissance qu’elle avait contractée envers le
-père. Si, en raison des exigences du protocole et de la tyrannie de
-l’étiquette, il lui fut d’abord impossible d’attacher directement à sa
-personne Mᵐᵉ d’Agénois, elle lui fit assurer une pension honorable sur
-la cassette royale et favorisa de toute son influence (hélas! bien
-restreinte) l’accession de la jeune femme aux emplois et dignités de la
-cour. Le 21 septembre 1742, alors que la duchesse d’Agénois était une
-des «six dames du deuil de la duchesse de Mazarin», le roi «fit envoyer
-chez elle un de ses gentilshommes[23]». A un an de distance[24] la
-fatalité voulut (que de larmes coûtaient de tels honneurs!) que Mᵐᵉ
-d’Agénois «fût à la présentation de Mᵐᵉ de la Tournelle comme duchesse
-de Châteauroux»; elle était «parmi les huit dames dont cinq assises»; et
-sa belle-mère, la duchesse d’Aiguillon, était également du nombre.
-
-Mais, en dehors de cette vie officielle, Mᵐᵉ d’Agénois était du cercle
-de la reine; admise dans l’intimité de la princesse et l’une de ses plus
-chères favorites, elle garda toujours, comme nous le verrons plus tard
-par sa correspondance, un souvenir attendri de Marie Lesczinska. Elle
-devait vouer la même gratitude à la mémoire de sa belle-mère Mᵐᵉ
-d’Aiguillon, la _grosse duchesse_, la _bonne duchesse_, comme on
-l’appelait encore dans le salon de Mᵐᵉ Du Deffand.
-
-«Mon arrivée dans cette maison[25], écrit-elle de Paris, le 27 août
-1772, a renouvelé l’horreur de la perte que j’ai faite (la duchesse
-douairière était morte le 15 juin); j’étais accoutumée que, quand je
-revenais, la première personne que je voyais, c’était ma malheureuse
-belle-mère.»
-
-Et à quelques mois de là (6 décembre 1772), elle parle encore avec
-émotion de la _bonne duchesse_, «qu’elle n’aurait ni plus aimée, ni plus
-respectée, quand elle aurait été sa propre mère».
-
-C’était justice. Car l’excellente femme qu’était la douairière avait su,
-dans les circonstances les plus difficiles, conserver l’estime et
-l’affection de tous, sans rien abdiquer de ses croyances, ni se
-soustraire à ses devoirs. Née Crussol, elle avait épousé le duc
-d’Aiguillon, personnage «de la première distinction», mais le plus
-insignifiant, le plus nul des hommes. Tout son orgueil d’épouse s’était
-alors confondu avec ses espérances de mère. Et désormais elle ne vécut
-que par son fils, ce séduisant gentilhomme qui avait si brillamment
-débuté à la cour.
-
-Elle a pour lui une admiration qui fait sourire. Mᵐᵉ de Maurepas s’étant
-plaint de voir trop rarement sa nièce, et le duc d’Agénois ayant opiné,
-sans doute par calcul, dans le même sens, la grosse duchesse avait cru
-devoir présenter à sa bru «des exhortations d’économie et d’honnêteté
-pour ses parents». Louise-Félicité lui avait répondu un peu vivement. Et
-sa belle-mère s’était efforcée de calmer ce semblant d’irritation
-s’adressant aussi bien à son intervention personnelle qu’aux
-observations de Mᵐᵉ de Maurepas: «C’est par amitié qu’on se plaint de
-vous. Ce qui doit vous occuper et conduire votre marche, est ce qui
-plaît à votre mari, et lui convient. C’est le devoir d’une femme en
-général, mais bien avec lui qui est un Caton et qui pourrait gouverner
-père, mère, et toute la famille, et jusqu’aux cousins![26]»
-
-D’Agénois, un Caton! C’était un peu excessif. Mais pourquoi ce mouvement
-d’humeur chez la jeune femme? Toute sa vie, elle fut pour sa tante une
-nièce respectueuse et même dévouée. Mais il semble qu’elle éprouvât
-vis-à-vis d’elle une certaine gêne, et même quelque froideur.
-L’insistance de son mari avait-elle fait ombrage à ses sentiments de
-délicatesse? Il y eut certainement dans les rapports de la nièce avec la
-tante un de ces mystères du cœur féminin dont il est souvent impossible
-de découvrir la clef.
-
-La douairière d’Aiguillon s’était prise d’une tendresse sincère pour sa
-bru, compagne aimante et fidèle de son fils, qui méritait mieux que les
-regards distraits et l’affection intermittente de son mari, mais qui
-avait l’âme assez haute pour ne jamais se plaindre. Et cependant Mᵐᵉ
-d’Aiguillon avait pénétré les secrètes douleurs de Mᵐᵉ d’Agénois. Elle
-ne l’en aima que plus tendrement, la consolant sans en avoir reçu les
-confidences, la réconfortant toutefois, si elle voyait fléchir une
-énergie qui n’accusait personne de son découragement.
-
---Eh! si la vie est sans attrait pour vous, lui écrivait-elle[27], pour
-qui peut-elle avoir des charmes?
-
-Ce billet date de 1760. Et nous connaîtrons bientôt la cause probable de
-cette tendance à la mélancolie que ne laisse certes pas supposer la
-correspondance adressée au chevalier de Balleroy.
-
-D’autre part, les Mémoires de Luynes nous disent assez avec quelle
-ardeur la _bonne duchesse_, trop heureuse de servir les intentions de la
-reine, s’employait à la fortune de Mᵐᵉ d’Agénois:
-
-_Mai 1744._--«Mᵐᵉ d’Aiguillon sollicitait le maréchal de Richelieu pour
-que sa belle-fille pût être attachée à la Dauphine; et M. de Richelieu
-lui répondit en badinant que la nièce de deux ministres n’avait pas
-besoin de protections.»
-
-Enfin, le 2 mars 1748, la reine obtenait gain de cause et Mᵐᵉ d’Agénois
-«était présentée comme nouvelle dame du palais».
-
-
-
-
-III
-
- _Les maternités de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Débuts de la guerre de Sept
- Ans.--Bataille de Saint-Cast en Bretagne.--Félicitations de Mᵐᵉ de
- Pompadour au vainqueur.--Flirt de la Grande Marquise.--Maussaderie
- de d’Aiguillon.--Cavendish.--Les «fols de Bretons».--D’Aiguillon
- eût préféré le Languedoc.--Le commencement des «Affaires de
- Bretagne»._
-
-
-Le duc d’Agénois, ce bourreau des cœurs, trompait ouvertement et
-copieusement sa femme; mais, à l’exemple de la plupart des grands
-seigneurs du XVIIIᵉ siècle, il estimait qu’il devait à son nom et à la
-conservation de sa race, de ne pas oublier, quand l’occasion s’en
-présentait, qu’il existait encore de par le monde une duchesse
-d’Agénois. D’où les six maternités qu’eut à _subir_ Louise-Félicité,
-pendant une période de vingt années (1746-1765); nous disons _subir_,
-parce qu’elle eut encore ce trait commun de ressemblance avec sa mère,
-qu’elle passa par des couches particulièrement laborieuses qui mirent
-ses jours en péril. La naissance de son premier enfant, une fille,
-Armande-Félicité, qui devait mourir en 1751, avait provoqué une certaine
-émotion dans le monde médical; et ce ne fut pas la dernière.
-L’accouchement était difficile, et Pérat, l’opérateur, avait fait venir
-un chirurgien célèbre, Pujos, qui, contrairement à l’avis de son
-confrère, avait réussi à délivrer la patiente par l’application du
-forceps. Or, les ennemis de Pérat prétendirent qu’en raison de son âge,
-le bonhomme n’avait plus ni la tête, ni la force voulue pour continuer
-son service à la Cour, d’autant qu’il était désigné pour accoucher la
-Dauphine. Et Pérat, un très honnête homme, à qui la dévotion donnait des
-scrupules, écrivit à Bouillon, Helvétius et La Peyronie, médecins et
-chirurgiens du roi, pour décliner la mission qui lui était confiée. Il
-avouait humblement qu’il «s’était trompé à la couche de la duchesse
-d’Agénois». Mais on ne voulut pas tenir compte à la Cour de cette
-résignation si touchante, et on le maintint dans ses fonctions[28].
-
-La duchesse d’Agénois s’était rétablie, non sans peine, d’une telle
-alerte, lorsqu’on apprit, dans les premiers mois de 1747, sa nouvelle
-grossesse: «L’état où elle avait été à sa dernière couche, écrit le duc
-de Luynes, faisait beaucoup craindre pour celle-ci[29], d’autant plus
-que Mᵐᵉ de Plélo, sa mère, était toujours fort mal en accouchante.» On
-en fut quitte cette fois pour la peur, et, le 20 décembre, Mᵐᵉ d’Agénois
-donnait facilement naissance à une seconde fille[30], Innocente-Aglaë,
-qui devait être un jour la marquise de Chabrillan.
-
-Cependant, le jeune duc, après avoir guerroyé fort honorablement à
-l’étranger, était rentré en France, dans le courant de février 1749; et,
-devenu duc d’Aiguillon par la mort de son père, en 1750, avait été nommé
-successivement lieutenant général au comté Nantais, et commandant en
-chef de Bretagne--province dont M. de Penthièvre était le gouverneur.
-
-De cette époque date l’ascension[31], lente, mais sûre, aux premières
-dignités de l’État, de cet homme que la tourbe de ses ennemis,
-grossissant à mesure qu’il s’élevait, nommait un «courtisan noir et
-profond».
-
-La cause déterminante d’une faveur, si jalousée, fut le rôle décisif
-joué par d’Aiguillon, en Bretagne, au commencement de cette guerre de
-Sept Ans, dont l’issue devait être désastreuse pour la fortune et
-l’honneur de la France. Et, ici encore, le cœur de la jeune duchesse eut
-peut-être à souffrir d’une profonde et cuisante blessure. Car, si le
-triomphe du nouveau commandant de Bretagne sur les armes anglaises fut
-mis à cette époque en pleine et belle lumière, ce fut grâce à la
-marquise de Pompadour qui s’était prise d’un vif et tendre enthousiasme
-pour le vainqueur.
-
-Est-ce l’explication de la lettre, datée de 1760, où la jeune duchesse
-confiait à sa belle-mère que «la vie était pour elle sans attrait»?
-
-La suite de ce récit dira si notre hypothèse est fondée, si Mᵐᵉ
-d’Aiguillon était en droit de reprocher à son mari--et jamais, que nous
-sachions, le grief n’est sorti de sa bouche--de nouveaux torts et de
-graves infidélités.
-
-On sait quelle fut une des causes principales de la guerre de Sept
-Ans[32]: la haine irréductible de Mᵐᵉ de Pompadour contre Frédéric II
-qui avait cyniquement raillé l’influence de la maîtresse du roi dans les
-conseils du prince et sa participation aux affaires de l’État. La Grande
-Marquise voulut prouver à l’insolent monarque qu’il avait deviné juste,
-en alliant la France à l’Autriche contre la Prusse et l’Angleterre. Ce
-fut _sa guerre à elle_; et ce furent ses plus chers favoris, les hommes
-d’État ou les généraux qui s’employèrent à servir sa cause, c’est-à-dire
-ses rancunes, pendant cette période de sept années.
-
-L’expédition, dirigée en 1758 par l’Angleterre contre les côtes de
-France, marqua la première phase des hostilités. Une flotte
-considérable, qui avait embarqué un corps d’armée de 15.000 hommes,
-cingla
-
-[Illustration: Le Duc d’Aiguillon
-
-(Galerie du Marquis de Chabrillan)]
-
-vers la Normandie et la Bretagne, semant la terreur et la ruine sur son
-passage. Cherbourg fut détruit et Saint-Malo bombardé: la flotte ennemie
-menaçait le littoral, du Havre à Brest. Enfin, elle débarqua, sur les
-Côtes-du-Nord, 13.000 hommes, qui étaient à peine descendus à terre,
-qu’ils étaient aussitôt attaqués et battus à Saint-Cast[33]. En effet,
-d’Aiguillon, accouru à leur rencontre, à la tête des miliciens bretons,
-les avait enveloppés et culbutés, leur avait tué 3.000 hommes et fait
-800 prisonniers, au nombre desquels se trouvait lord Cavendish,
-troisième fils du duc de Devonshire. Le reste avait repris
-précipitamment la mer, sous la protection de la flotte, qui avait dû
-assister, impuissante, à ce désastre.
-
-Ce fut par toute la France un cri de triomphe, un élan de reconnaissance
-pour les vaillants soldats qui avaient si bien défendu le sol de la
-patrie, pour le chef et pour les officiers qui les avaient si
-valeureusement conduits à la victoire. Des estampes furent gravées qui
-représentaient le commandant à Saint-Cast, et des médailles
-commémoratives de ce haut fait d’armes furent frappées aux frais des
-Etats de Bretagne; enfin d’Aiguillon recevait de la marquise de
-Pompadour la lettre suivante:
-
-«C’est avec bien du regret, Monsieur, que je ne vous ai pas dit tout ce
-que je pensais, avant-hier, sur la gloire dont vous venez de vous
-couvrir; mais ma tête était si douloureuse que je n’eus de force que
-pour vous dire un mot.
-
-«Nous avons chanté aujourd’hui votre _Te Deum_, et je vous assure que
-ç’a été avec la plus grande satisfaction; j’avais prédit vos succès et,
-en effet, comment était-il possible qu’avec autant de zèle,
-d’intelligence, une tête aussi froide et des troupes qui brûlaient,
-ainsi que leur chef, de venger le roi, vous ne fussiez pas vainqueur?
-Cela ne se pouvait pas. Un petit billet, que je vous ai écrit avant
-votre brillante journée, a dû vous faire connaître ma façon de penser
-pour vous et la justice dont je fais profession. Dites-moi, je vous
-prie, actuellement, si vous êtes bien fâché contre moi de n’avoir pas
-cédé à vos instances et aux belles raisons que vous m’avez contées.
-Elles ne valaient rien dans le temps; et je les trouverais encore plus
-détestables aujourd’hui. Un autre n’aurait pas fait aussi bien que vous;
-je serais dans la douleur au lieu d’être dans la joie. Vous seriez perdu
-et il y aurait bien de quoi. Osez dire maintenant que ma tête ne vaut
-pas mieux que la vôtre, je vous en défie[34].»
-
-Cette lettre, si affectueuse, vibre en même temps comme une fanfare.
-Elle célèbre la gloire d’un brillant protégé; mais il s’y mêle des
-accents de doux reproche. Vraisemblablement, grâce à l’entremise de
-Richelieu qui avait tant de droits à la bienveillance de la marquise,
-celle-ci s’était intéressée au nouveau duc d’Aiguillon et l’avait fait
-nommer au commandement de Bretagne, d’autant que par sa femme, une
-Plélo, il pouvait y prétendre, sans que cette grâce fût taxée de
-favoritisme. Mais les Bretons étaient gens peu maniables, têtus et
-violents: d’Aiguillon ne s’en était que trop aperçu et il est probable
-qu’avant l’affaire de Saint-Cast il s’était déjà adressé à Mᵐᵉ de
-Pompadour pour être relevé d’un commandement de gestion si difficile.
-D’où l’allusion de ton si amical qui perce dans les dernières lignes de
-la lettre, et le petit air de bravoure qui la termine de si gentille
-façon.
-
-Cette aimable familiarité se continue dans les billets suivants. La
-marquise, suivant l’habitude qu’elle a prise avec ses entours, donne à
-son correspondant un surnom, celui de M. de Cavendish, qui rappelle la
-capture faite par d’Aiguillon à Saint-Cast. Le billet du 25 septembre
-1758 est caractéristique. Elle lutte de délicatesse avec le commandant
-de Bretagne: celui-ci avait «sollicité des grâces» pour ses compagnons
-d’armes, le marquis de Balleroy entre autres, qui fut un des héros de la
-journée. Mais Mᵐᵉ de Pompadour n’entend intervenir que pour d’Aiguillon,
-qui d’ailleurs sera nommé lieutenant général. Bientôt la conversation
-tourne au _flirt_, ainsi qu’on appelle aujourd’hui le galant badinage si
-prompt, en maintes circonstances, à changer de voie.
-
-«Vous voulez donc, absolument, écrit la marquise, que je compte sur
-votre cœur, mais vraiment je ne me ferai pas une grande violence pour
-désirer que vous soyiez capable d’une amitié digne de celle que je suis
-très disposée à avoir pour vous.»
-
-C’est du Marivaux et du meilleur. Mais, au diapason atteint déjà par le
-dialogue, ne semble-t-il pas qu’il doive en sortir l’aveu d’un sentiment
-plus tendre que l’amitié; et n’est-on pas autorisé, de ce fait, à
-rechercher quelle était et quelle fut par la suite la nature des
-relations qui s’établirent entre le duc d’Aiguillon et la marquise de
-Pompadour[35]?
-
-Or, la plus intelligente des maîtresses de Louis XV en fut aussi la
-moins passionnée. Elle en convenait d’ailleurs elle-même, puisqu’elle
-disait qu’elle avait un tempérament de «macreuse»[36]. Et quoique en
-aient prétendu des pamphlétaires, aux gages de rivales plus ou moins
-agréées, il n’a jamais été prouvé que Mᵐᵉ de Pompadour, pendant son
-règne, ait honoré tel ou tel de ses faveurs, le maréchal de Richelieu,
-par exemple, ou même le duc de Choiseul. On a parlé moins encore de M.
-d’Aiguillon.
-
-Mais si, chez la marquise, les sens étaient en léthargie, le cerveau,
-par contre, était toujours en ébullition. Elle avait une grande activité
-d’esprit; elle adorait la politique, qui était alors un jeu d’intrigues,
-comme les grandes coquettes du théâtre de ce temps se plaisaient aux
-intrigues qui sont la politique de l’amour. Mᵐᵉ de Pompadour avait de
-plus infiniment de charme et savait employer le trésor de ses séductions
-à se constituer une petite cour de fidèles, d’alliés et d’amis, dévoués
-à sa fortune qui était en même temps la leur. Aussi, dans ses relations
-avec ceux qu’elle distinguait plus particulièrement, jouait-elle à
-merveille de ce sentiment qu’un de nos modernes a si bien dénommé
-_amitié amoureuse_ et qui devait donner aux familiers de la marquise des
-espérances suivies, hélas! de promptes désillusions.
-
-A notre avis, les lettres ou billets de Mᵐᵉ de Pompadour au duc
-d’Aiguillon sont écrits sous l’inspiration de l’_amitié amoureuse_, en
-cette langue spirituelle, un peu subtile, légèrement maniérée, d’allure
-indépendante et de ton plaisant, qui caractérise la correspondance de
-cette femme supérieure.
-
-Mᵐᵉ d’Aiguillon ne s’y trouve pas oubliée: elle reçut même une lettre de
-la marquise qui la félicitait du succès retentissant de son mari. Mais
-eut-elle jamais connaissance des missives où l’expression un peu vive de
-la pensée pouvait lui suggérer de fâcheuses interprétations?
-
-Cependant, tout en échangeant de la quintessence de sentiment avec le
-vainqueur de Saint-Cast, Mᵐᵉ de Pompadour ne perdait pas de vue la
-direction d’une guerre dont les résultats, du moins l’espérait-elle,
-devaient la venger de l’outrage reçu. Et pour mieux y inciter
-d’Aiguillon, elle le couvrait de fleurs: elle le reconnaissait «citoyen,
-sujet zélé et éclairé, et une petite tête très bonne dans ce moment,
-dont elle disait tous les biens du monde parce qu’elle les pensait».
-
-Dans une autre lettre[37], elle le remerciait de «chercher des
-ressources pour nos affaires». Le premier éditeur de cette
-correspondance croit voir dans la phrase qui précède (et nous partageons
-son avis) une allusion aux préparatifs d’une descente en Angleterre,
-pour laquelle d’Aiguillon réunissait secrètement à Vannes une armée et
-des moyens de transport. Mais pourquoi faut-il que de tout temps
-l’argent soit le nerf de la guerre? Et la vindicative marquise de
-s’écrier douloureusement: «Où trouver les quarante millions?» Le Trésor
-français n’a que trop connu de telles impossibilités. Néanmoins, à dix
-mois de là, alors que d’Aiguillon est encore à Vannes (il avait été
-désigné pour commander l’expédition)[38], Mᵐᵉ de Pompadour lui écrit une
-lettre des plus réconfortantes. Elle a vu le contrôleur général, Bertin,
-qui lui a «donné de l’espérance sur notre projet», d’autant que «celui
-que va exécuter la marine est grand».
-
-Autant de rêves qu’une réalité cruelle se chargea de dissiper. Le projet
-de descente sur la côte anglaise fut abandonné; et la marine française
-subit dans cette funeste guerre des échecs dont elle ne put se relever.
-
-Que le duc d’Aiguillon ait été ambitieux et, à ce titre, dépourvu de
-scrupules, comme d’ailleurs tous les hommes d’Etat soucieux de parvenir,
-rien n’est moins contestable; mais que, pour donner libre cours à ses
-aspirations politiques, il ait été précisément choisir la Bretagne comme
-champ d’expérience, la seule lecture de la correspondance à laquelle
-nous avons déjà fait divers emprunts, démontrerait, de reste, l’inanité
-d’une telle hypothèse.
-
-Que de fois, au contraire, d’Aiguillon, parlant du commandement de
-Bretagne à sa protectrice, dut lui écrire: Détournez de moi ce calice
-d’amertume! Car Mᵐᵉ de Pompadour ne cesse de le morigéner sur ce
-chapitre, tout en s’excusant de la liberté grande:
-
-«... J’ai osé vous dire qu’avec les meilleures et les plus grandes
-qualités vous aviez une petite tête qui s’échauffait vite!... Vous
-voulez quitter la Bretagne, belle folie qui vous passe par la tête!...
-Souvenez-vous bien que si vous aviez suivi votre premier mouvement, vous
-ne seriez pas Cavendish... Ah! fi, je rougis de vous voir moins de
-courage que moi. Vous avez le désagrément de votre petit commandement et
-moi ceux de toutes les administrations, puisqu’il n’est point de
-ministre qui ne vienne me conter ses chagrins![39]»
-
-Les parlements sont en révolte contre l’autorité royale et d’Aiguillon
-s’en irrite, d’autant que celui de Bretagne lui a déjà donné de la
-tablature: «Le projet d’arrangement de M. de Choiseul, adopté par le
-Conseil, écrit la marquise, m’a fait le plus grand plaisir, parce qu’il
-nous donne le moyen de nous passer de ces indignes citoyens qui abusent
-des besoins de l’Etat pour faire faire à leur maître des actes de
-faiblesse. Il ne faut pas songer à quitter pendant la guerre ces _fols
-de Bretons_; cherchez cependant qui pourra vous remplacer, je n’ai
-personne en vue...[40]»
-
-D’Aiguillon devait donc rester à son poste; cette contrainte
-l’exaspérait et la marquise recevait les éclaboussures de sa méchante
-humeur. Aussi ne lui épargne-t-elle pas les reproches, mais toujours
-avec enjouement. Pourquoi «monte-t-il sur ses grands chevaux» pour une
-inoffensive plaisanterie? Et voudrait-il la «pouiller», comme il l’a
-fait pour le contrôleur général; mais, qu’il prenne garde; elle n’est
-pas «si douce» que ce ministre; et «s’ensuivrait que nous nous battrions
-et que j’aurais peut-être la tête cassée[41]». Son protégé eût échangé
-volontiers le gouvernement de Bretagne contre celui où se trouvait son
-domaine patrimonial d’Aiguillon; et cependant, après la mort de son
-père, il n’avait guère eu à se louer du «corps de ville d’Agen et de
-Condom» qui, lors de «son entrée dans son fief, s’étaient distingués par
-leurs mauvaises façons, en voulant lui refuser les mêmes honneurs rendus
-en 1642, à la duchesse d’Aiguillon, nièce du grand cardinal[42]. Il est
-vrai que le nouveau duc avait exigé et obtenu ce cérémonial pour
-contenir les républicains du pays[43]». Mais Mᵐᵉ de Pompadour lui dit
-positivement de ne pas compter sur le gouvernement de son choix, en lui
-laissant toutefois cette fiche de consolation: «Il faudra bien vous
-débarrasser de votre Bretagne, si elle vous chagrine trop».
-
-Elle le chagrinait si bien qu’en 1761 il voulait donner sa démission. Et
-Mᵐᵉ de Pompadour de l’admonester vivement, mais comme on gronde un
-enfant gâté: «L’âme de M. d’Aiguillon doit être au-dessus de pareilles
-misères et n’avoir pour but que l’utilité dont il peut être à son
-maître... Je suis fâchée, mais très fâchée contre vous. La petite tête
-dont je vous parlais, le jour de votre départ, a joué un trop grand
-rôle... Je ne sais quand je vous pardonnerai: vous mériteriez bien que
-je ne m’intéresse pas à vous. Bonsoir, Monsieur, rancune tenante, et
-très fort.[44]»
-
-Et «la rancune» tenait si peu que, quelque temps après, la marquise,
-sortant d’une de ces poussées de tuberculose qui devait bientôt
-l’emporter, écrivait gaîment à cet ami naturellement grincheux et
-maussade: «Réjouissez-vous, monsieur de Cavendish, je ne suis pas morte
-et (malgré votre méchant petit cœur) je veux me flatter que vous n’en
-êtes pas fâché...»
-
- * * * * *
-
-Ce qui ressort de ce gracieux caquetage, c’est que d’Aiguillon, à peine
-arrivé en Bretagne, y jouait déjà le rôle du commandant malgré lui. Par
-conséquent, les premières années de son principat, si calmes, si belles,
-si heureuses, dont parlent plusieurs historiens, furent peut-être l’âge
-d’or pour les Bretons, mais nullement pour leur gouverneur. En effet,
-ils l’avaient pris en telle affection que les députés des États vinrent,
-de leur part, solliciter l’honneur--Mᵐᵉ d’Aiguillon se trouvant sur la
-fin d’une grossesse--de tenir l’enfant, s’il était mâle, sur les fonts
-baptismaux. Mais l’enfant mourut avant terme. Et les députés
-recommencèrent leur démarche en 1764, lors d’une nouvelle grossesse de
-Mᵐᵉ d’Aiguillon: la couche, cette fois, fut heureuse; seulement ce fut
-une fille, Agathe-Rosalie, le sixième et dernier enfant de la duchesse,
-qui naquit en 1765 et qui devait mourir en 1770. En somme, la Bretagne
-avait eu à cœur de donner un témoignage solennel de sa
-reconnaissance[45] à l’homme qui lui rendait chaque jour de nouveaux
-services, par son administration éclairée et paternelle, s’efforçant
-d’importer en France les grains de la province, défrichant les landes,
-ouvrant des canaux et jusqu’à huit cent lieues de voies de
-communication, alors qu’à la veille de son avènement, il n’y avait
-encore qu’une seule route, celle de Rennes à Brest.
-
-Donc la désaffection des Bretons pour leur commandant ne se produisit
-guère qu’en 1765. Et la tempête qu’elle souleva ne resta pas
-circonscrite à la province; elle gagna Paris, envahit toute la France et
-déborda même à l’étranger. On ne parla bientôt plus que des _Affaires de
-Bretagne_ et pendant combien d’années! Les parlements, les ministres, le
-roi lui-même furent mêlés à une querelle qu’envenimaient les plus
-violents factums et les plus mordants pamphlets. Toujours très ardente,
-au moment où commence la correspondance que nous avons retrouvée de Mᵐᵉ
-d’Aiguillon, la lutte s’était cependant déplacée et, comme nous l’avons
-dit, généralisée. La duchesse y soutint énergiquement, d’après les rares
-témoignages que nous en ont conservés ses contemporains, la cause de
-son mari. Ses lettres au chevalier de Balleroy le prouvent également,
-et--particularité qu’il est intéressant de relever--chaque fois qu’elles
-mettent en cause les Bretons, c’est pour apprécier leur conduite dans
-les termes mêmes dont s’est servi Mᵐᵉ de Pompadour.
-
-Aujourd’hui encore, les _Affaires de Bretagne_ ont eu le privilège de
-réveiller des polémiques qui se sont traduites, soit par des thèses ou
-par des livres spécialement écrits sur ce sujet, soit par des
-discussions dans divers ouvrages consacrés à d’autres études. Nous
-aurons l’occasion d’y revenir au cours de ce travail; mais d’ores et
-déjà, nous devons constater qu’à l’encontre des _Correspondances_ et
-_Mémoires_ contemporains, presque unanimes à flétrir d’Aiguillon des
-termes les plus ignominieux, un certain nombre de nos publicistes
-modernes ont entrepris, et non sans succès, la réhabilitation de ce
-grand coupable qui, pour être désagréable et antipathique au premier
-chef, n’en fut pas moins un fonctionnaire intègre et pénétré de son
-devoir.
-
-
-
-
-IV
-
- _Privilèges et résistances des Bretons.--Premières
- escarmouches.--Griefs réciproques de d’Aiguillon et de La
- Chalotais.--Attaques du Parlement.--D’Aiguillon dissout les
- États.--La duchesse est son auxiliaire le plus dévoué.--Un impair
- de la Noue.--D’Aiguillon se dit de plus en plus dégoûté de sa
- tâche: il part pour Veretz.--Beautés de cette résidence
- seigneuriale.--L’amour de la retraite chez le duc d’Aiguillon et
- chez la marquise de Pompadour.--Vie de château.--La science
- économique de la duchesse.--Une histoire de chiens: Balleroy grand
- veneur._
-
-
-Le premier grief de d’Aiguillon contre ces Bretons, alors si contents de
-lui, grief que l’on perçoit entre les lignes de la correspondance de Mᵐᵉ
-de Pompadour, ce fut la résistance opiniâtre de ses administrés aux
-impôts, chaque jour plus nombreux et plus lourds qu’il en réclamait, de
-la part d’un gouvernement prodigue, dissipateur, partant toujours
-besogneux.
-
-Depuis la réunion de la Bretagne à la Couronne de France, cette province
-dont une administration habile et sage s’était efforcée de gagner et de
-conserver le cœur, jouissait de privilèges séculaires. Pour prendre un
-exemple, elle n’avait à payer que le minimum de taille par tête, alors
-que, dans d’autres pays, la capitation s’élevait au double. Mais les
-besoins du Trésor augmentant, les gouverneurs de Bretagne durent
-demander aux États des suppléments de ressources qui étaient
-régulièrement et catégoriquement repoussés. Il suffit de parcourir les
-lettres de Mᵐᵉ de Sévigné, soit aux Rochers, soit à Vitré, soit à
-Rennes, pour constater les luttes formidables et parfois sanglantes que
-soutint, à ce sujet, le duc de Chaulnes, représentant fastueux d’un roi
-qui n’était économe, ni du sang, ni de l’or de son peuple.
-
-D’Aiguillon, qui devait occuper le poste et exercer les fonctions de
-gouverneur, avec le titre de lieutenant général de Bretagne (1ᵉʳ janvier
-1762)[46] joua tout d’abord son rôle avec autant de modération que de
-fermeté[47]. Car si, dans le Conseil du roi, il _combattait_
-l’aggravation des charges imposées aux contribuables, il lui fallait
-encore _combattre_, pour faire accepter des États celles qu’il n’avait
-pu leur éviter.
-
-Néanmoins, les Bretons ne lui en gardaient pas rigueur; et, d’autre
-part, son zèle avait été apprécié à la Cour, puisqu’en 1762 il avait pu
-obtenir, favorisé évidemment par la protection de la marquise, «ses
-entrées à la Chambre» et sa nomination de Gouverneur en second, le duc
-de Penthièvre restant toujours gouverneur titulaire de la province.
-
-Il n’en persistait pas moins à réclamer son changement de poste; et le
-motif, suffisamment avouable, qu’il alléguait à l’appui de sa demande,
-c’était qu’il était «écrasé par les frais de représentation». Le
-Contrôleur général, qui s’était définitivement brouillé avec lui,
-malgré l’obligeante intervention de la Pompadour, disait, avec sa
-brusquerie ordinaire, au prince de Croÿ, candidat, en 1763, à cette
-succession éventuelle, qu’il doutait fort de la gêne du plaignant,
-attendu «que celui-ci portait tout sur ses états de dépense jusqu’à une
-chaise»; et le contrôleur général en concluait que le duc d’Aiguillon
-aspirait, au contraire, à retourner dans son gouvernement de
-Bretagne[48].
-
-Il y retourna; mais de nouveaux tracas l’y attendaient. La reine avait
-écrit à Mᵐᵉ d’Aiguillon que son mari profitât de la tenue des États pour
-protester contre les arrêts du Parlement et provoquer le rappel des
-Jésuites; de son côté, le Dauphin, qui protégeait d’Aiguillon, insistait
-auprès de lui pour qu’il s’opposât à la ruine des maisons de la Société
-en Bretagne[49]. Et déjà le bruit courait dans la province que le
-commandant prenait fait et cause pour les Jésuites. D’Aiguillon, énervé,
-en écrivit à son oncle Saint-Florentin qui lui répondit immédiatement
-d’observer la plus stricte neutralité[50].
-
-Le Parlement de Rennes avait alors, comme procureur général parmi les
-gens du roi, un homme d’une parfaite honnêteté mais de caractère entier,
-autoritaire, emporté, orgueilleux, janséniste convaincu, à l’égal de
-presque tous les parlementaires et prévenu jusqu’à la haine contre le
-duc d’Aiguillon: Caradeuc de la Chalotais. Voici, au dire d’un
-historien[51], l’origine d’une telle animosité. Dans sa morgue d’homme
-d’épée, le commandant de Bretagne s’était amusé aux dépens de la vanité
-du robin: il prétendait que celui-ci ou l’un de ses ascendants avait
-transformé, dans un tableau de famille, la toque et la toge d’un échevin
-en casque et en cuirasse de chevalier. La Chalotais rendit coup pour
-coup au mauvais plaisant qui l’avait ainsi drapé.
-
-Il rappela malicieusement que le vainqueur de Saint-Cast s’était abrité,
-pendant une bonne partie de l’action (ce qui était inexact), dans un
-moulin, comme pour diriger de cet observatoire les opérations
-militaires; cette attitude lui avait inspiré une épigramme que les
-_Mémoires de Bachaumont_ publièrent sous cette forme:
-
- Couvert de farine et de gloire,
- De Saint-Cast héros trop fameux,
- Sois plus modeste en ta victoire;
- On peut, d’un souffle dangereux,
- Te les enlever toutes deux[52].
-
-Ce fut à cette époque (1764), qu’à la suite de conférences tenues chez
-Mᵐᵉ de Pompadour, entre La Chalotais et Choiseul, s’organisa, s’il faut
-en croire Soulavie[53], une entente de ces trois personnages pour
-perdre le duc d’Aiguillon. Ce coup de théâtre est inexplicable et
-invraisemblable, surtout en ce qui concerne Mᵐᵉ de Pompadour. Quelle
-faute, ou plutôt quel crime avait donc commis le favori de la maîtresse
-du roi, pour que celle-ci cherchât à l’abaisser autant qu’elle l’avait
-élevé? Serait-ce qu’elle eût ajouté foi aux bruits de Cour qui faisaient
-du gouverneur de Bretagne l’allié de ces jésuites qu’elle avait
-proscrits, et surtout le confident du Dauphin de qui elle avait reçu le
-plus outrageant des surnoms? Toutefois, malgré le peu de créance qu’on
-accorde aux assertions de Soulavie[54], et bien qu’on assigne à la
-rivalité de Choiseul et d’Aiguillon une date postérieure, nombre
-d’historiens admettent l’existence de ce pacte et en considèrent la mise
-à exécution comme le point de départ des _Affaires de Bretagne_.
-
-Ce qui est indiscutable, c’est qu’en 1765 le Parlement partit en guerre
-contre d’Aiguillon, l’accusant d’abus de pouvoir, de tyrannie,
-d’exactions, méconnaissant ainsi les ordres du Roi, feignant même de les
-ignorer, pour s’en tenir à la seule responsabilité du sous-gouverneur,
-qu’avait mise en jeu, et dans les termes les plus véhéments, le
-procureur général La Chalotais.
-
-Encore aux yeux du chevalier de Fontette, grand ami de M. d’Aiguillon,
-La Chalotais n’est-il pas le vrai coupable, mais son intime Kerguézec,
-dont «les intrigues ont mis toute la province en combustion»[55].
-
-Or, le duc qui n’entendait pas être sacrifié, comme l’avaient été
-certains de ses collègues dans leur lutte contre les parlements
-provinciaux, se défendit énergiquement et fit dissoudre les États[56].
-Pendant la lutte, il avait trouvé, combattant à ses côtés, le plus
-infatigable et le plus dévoué des auxiliaires dans la personne de la
-duchesse «qui aimait son mari et qui poussait plus loin que lui le désir
-de tirer une vengeance éclatante de la vilaine conduite du Parlement
-envers lui»[57]. En raison de son origine bretonne, elle parcourait le
-pays pour y chercher des armes contre les adversaires de son mari. Ce
-fut ainsi qu’elle fit demander, de très bonne foi, à M. de Robien,
-l’ennemi des Caradeuc de La Chalotais (le père et le fils détenus
-étaient sous le coup d’un procès criminel) les preuves de culpabilité
-qu’il pouvait produire, au cours de l’instance, contre les accusés.
-Robien ne connaissait rien à leur charge: il le dit. La Noue, l’agent
-trop zélé de la duchesse, n’inscrivit pas moins Robien sur la liste des
-témoins appelés à déposer contre les La Chalotais. Or le témoin...
-malgré lui vint trouver, tout estomaqué, Mᵐᵉ d’Aiguillon qui le pria
-simplement de «ne pas se faire le chevalier de ces Messieurs». Mais le
-duc, à qui La Noue envoya sa fameuse liste à Bagnères où il était en
-traitement, se fâcha de ce qu’il appelait «une bêtise et une platitude»
-et refusa de s’en servir[58].
-
-L’anecdote tendrait à démontrer la sincérité des dénégations qu’avait
-opposées d’Aiguillon à la déclaration du Parlement de Bretagne qui le
-représentait comme l’auteur de la poursuite criminelle dirigée contre La
-Chalotais[59].
-
-Le duc, rentré à Paris, dans le courant de mars 1765, après la
-dissolution des États, avait rencontré Croÿ et lui avait annoncé
-l’apaisement des Bretons. Il comptait bien achever «les Grands Chemins»
-de la province, mais il paraissait profondément dégoûté, comme du reste
-presque tous ses collaborateurs[60], de la tâche ingrate à laquelle
-l’avait trop longtemps rivé le despotisme d’une jolie femme.
-
-En attendant de nouvelles luttes, il allait se refaire et goûter, dans
-sa magnifique résidence de Veretz, les douceurs d’un repos bien
-mérité--si toutefois on peut donner le nom de repos à cette vie de
-plaisirs et de fêtes, agitée, tumultueuse, turbulente que menaient alors
-les grands seigneurs en leurs maisons des champs.
-
- * * * * *
-
-Par un de ces contrastes qui n’attestent que trop la vanité des choses
-humaines, il ne reste rien ou presque rien de l’œuvre lapidaire créée
-par le grand ministre à qui la France doit l’achèvement de son
-indestructible unité.
-
-N’était le Palais-Royal--et encore combien semblerait-il méconnaissable
-à Richelieu si cette ombre illustre revenait jamais errer dans son
-ancien jardin!--tous les
-
-[Illustration:
-
-Cliché Lauzun.
-
-Le Château de Veretz en 1771, d’après Van Blarenberghe.
-
-(Le Château de Veretz par Philippe Lauzun)]
-
-bâtiments, constructions et travaux entrepris par le ministre de Louis
-XIII n’existent plus, à l’heure présente, qu’à l’état de vestiges.
-Richelieu, ce château grandiose, édifié si amoureusement en quelque
-sorte par le cardinal dans le bourg qui rappelle son nom, n’est plus
-qu’une ruine. A Ruel, on a peine à trouver les traces du superbe manoir,
-dont Richelieu avait fait sa maison de campagne. Brouage, qui, dans la
-pensée du premier ministre, devait anéantir la fortune commerciale et
-politique de La Rochelle, n’est plus aujourd’hui, dans l’enceinte de ses
-fortifications délaissées, qu’un misérable village de pêcheurs, et son
-port un marais fangeux.
-
-La même fatalité s’est acharnée après les domaines des petits-neveux du
-cardinal, qu’ils fussent Richelieu ou d’Aiguillon.
-
-Veretz a même complètement disparu comme château et presque entièrement
-comme propriété. Sans les jolies gouaches de Vanblarenberghe[61] qui
-datent de 1771 et se trouvent actuellement à la préfecture d’Agen, on
-n’aurait plus aujourd’hui le moindre aspect de l’antique demeure des De
-La Barre[62], édifiée au commencement de la Renaissance et transformée,
-dans le cours des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, par les La Porte et les
-d’Aiguillon.
-
-Arrière-petit-neveu de Richelieu par son père, et de Mazarin par sa mère
-Marie-Charlotte de la Porte de la Meilleraye, le duc d’Aiguillon, qui
-mourut en 1750, avait fait un «Versailles en miniature»--un mot du
-temps--de cette propriété campée sur un coteau dominant le Cher, aux
-portes de Veretz, petite ville à deux lieues de Tours. C’était, disent
-les biographes, «un rendez-vous de lettrés et d’artistes»; mais la
-chronique scandaleuse ajoute: un cabaret élégant s’ouvrant, dans un site
-admirable, sur de voluptueux boudoirs, où le maître composa (et ce fut
-son seul titre de gloire) le recueil de Veretz, qui n’est pas
-précisément un recueil de morale, en compagnie de l’abbé de Grécourt et
-de Louise Elisabeth de Condé, princesse de Conti. Au reste, tous les
-embellissements apportés par le duc d’Aiguillon aux constructions et au
-parc de Veretz, étaient autant de témoignages d’une affection aussi
-tendre que respectueuse à l’adresse de cette grande dame, qui était une
-protectrice, et mieux peut-être pour le châtelain, s’il faut en croire
-les mauvaises langues du temps[63].
-
-Nous ne connaissons qu’une seule description de ce beau domaine[64]:
-elle remonte à 1736, et, sous forme d’une «lettre à M. D...», s’étend,
-avec une abondante complaisance, rehaussée d’allégories mythologiques,
-sur toutes les merveilles réunies dans ce ravissant séjour, pour la plus
-grande satisfaction de «la Déesse»; ce qui, par parenthèse, ne l’était
-guère pour celle de la bonne «grosse duchesse».
-
-Le château, féodal par ses deux tours massives, dans la partie qui
-regardait le plateau, tout à fait moderne, avec son vaste corps de logis
-que flanquaient deux pavillons carrés faisant face au vallon et à la
-rivière, accédait, en pente douce, jusqu’au Cher, par un quai large de 8
-toises et long de plus de 100, dans l’encadrement vert et fleuri d’un
-parterre à jets d’eau.
-
-Dans l’épaisseur du mur de la construction principale, se dressait,
-comme pour faire un grandiose accueil au visiteur, qui entrait par la
-cour d’honneur, la statue équestre de François Iᵉʳ, toute bardée de fer,
-dont la dorure avait résisté aux injures du temps. L’effigie du
-roi-chevalier, celle des salamandres qui couraient sur la façade du
-château, en indiquaient, de reste, la date et les origines. Mais les
-hautes et larges croisées qui laissaient passer à flots l’air et la
-lumière dans les bâtiments, les balcons ajourés qui les décoraient, et
-mieux encore la disposition élégante d’appartements spacieux et commodes
-disait assez que le grand style du XVIIᵉ siècle et la grâce du XVIIIᵉ
-avaient contribué à faire du château de Veretz une des plus belles
-résidences du «beau pays de la Touraine».
-
-C’était surtout dans l’appartement du premier étage, réservé à la
-princesse de Conti, que les embellissements, réalisés par le duc
-d’Aiguillon, avaient multiplié des créations d’un goût raffiné. Le grand
-salon, éclairé par quatre fenêtres très élevées sur des balcons à
-courbes artistiques; les boudoirs délicieusement meublés de bergères, de
-guéridons, de consoles délicatement ouvrés; la bibliothèque et le
-cabinet de travail étaient ornés de glaces d’une pureté impeccable,
-hautes de six pieds sur quatre de large, reflétant, à l’infini, les
-soirs de réception, le blanc et doux éclat des lustres de cristal.
-
-Une partie des pièces donnait sur le parc, dont les vues, très variées,
-étaient un des plus grands attraits de Veretz et en constituaient, aux
-yeux de la princesse, le véritable charme. Dans cette enceinte immense,
-où des prairies, que traversait une superbe avenue, étaient également
-coupées de bouquets d’arbres et de ruisseaux, le terrain montait
-jusqu’au sommet du coteau, pour y former une terrasse, jadis chantée par
-les poètes et célébrée par Mᵐᵉ de Sévigné. Cette merveille de la nature,
-qu’avait embellie encore la main de l’homme, ne comptait pas moins de
-1.600 pieds de long sur 45 de large. Elle atteignait, sur certains
-points, une hauteur de 80 pieds, et se fermait, dans toute sa longueur,
-d’une balustrade en pierre de taille à hauteur d’appui; la roche opposée
-disparaissait sous une odorante tapisserie de roses, de chèvrefeuille et
-de jasmin. Une autre terrasse, de plain-pied avec le bois et le reste du
-parc, venait croiser la première, pour aboutir avec elle à un belvédère
-dominant tout le paysage.
-
-Comme si cette grandiose simplicité n’eût pas été une beauté suffisante,
-d’Aiguillon lui avait prodigué tous les ornements d’une architecture à
-la fois savante et gracieuse; à l’extrémité de la grande terrasse, en
-face du belvédère, la statue d’Esculape; au milieu de la balustrade un
-balcon en saillie et vis-à-vis un escalier accédant de la première à la
-seconde terrasse; sur les degrés des statues et des urnes, le long des
-pilastres de riches motifs d’architecture; contre le balcon central un
-salon élégamment décoré. Plus loin se dressait avec son «toit en
-impériale» un pavillon, s’ouvrant du côté de la rivière, dans lequel
-pouvaient s’asseoir vingt-cinq personnes; en dessous, un salon voûté,
-qui prenait vue sur le vallon et qui offrait au visiteur, lassé par la
-fatigue et la chaleur, la fraîcheur d’un agréable repos.
-
-C’était à l’intersection de la seconde terrasse par la première, sur le
-prolongement du vallon, et près d’un petit belvédère ménageant à la vue
-un horizon de plusieurs lieues, que la princesse de Conti s’était fait
-aménager le «petit ermitage», où elle se confinait volontiers. Les
-pièces en étaient de moyenne grandeur mais délicieusement ornées, les
-murs revêtus de carreaux de faïence qui formaient les plus jolis dessins
-du monde. Cette galante retraite, entourée de bosquets, s’étendait par
-une suite de parterres, qui s’encadraient d’arceaux de jasmin, jusqu’à
-la grande allée descendant vers la rivière. Une glacière se trouvait
-dans les environs; et l’inspiration d’un aimable poète, qui sait?
-peut-être de Grécourt? lui avait fait graver cette inscription:
-
- Près d’un antre où l’hiver a renfermé ses glaces,
- Il était un réduit ignoré de l’Amour.
- Elisabeth y vient; elle y conduit les Grâces;
- Et l’Amour à jamais y fixe son séjour.
-
-On a souvent prétendu que le XVIIIᵉ siècle, partagé entre les
-conceptions d’une audacieuse philosophie, le goût très prononcé des
-voluptés terrestres et le culte d’un pastoralisme aussi mièvre qu’il
-était faux, n’a jamais eu le sentiment bien net des beautés réelles de
-la nature, à ce point qu’il admira toujours moins, dans Jean-Jacques,
-leur prestigieux évocateur que le déclamateur maladif des plus malsains
-paradoxes.
-
-Eh bien! il est facile de se convaincre par la lecture de la relation à
-laquelle nous empruntons ses principales lignes, que le metteur en scène
-des sites de Veretz, et l’écrivain, qui en trace la description, avaient
-la vision exacte de ces incomparables paysages. Sans doute, notre
-narrateur s’attendrit à l’aspect des brebis et des agneaux bondissant
-dans les grasses prairies, du fier taureau et des vaches «tigrées blanc
-et noir», couchées au milieu des herbages; il note les cascades, les
-digues et les moulins, il croque les honnêtes villageois qui peuplent
-ces riches vallées; mais il admire, avec une émotion qui n’est pas
-factice, cette vue du fleuve et des prairies jusqu’à Tours, embrassant
-une partie de la ville, l’abbaye de Marmoutier et la ligne sinueuse des
-coteaux de la Loire. Au Nord, c’est la plaine entre le Cher et la Loire
-avec la «maison» historique des La Bourdaisière, et courant aux pieds du
-château de Veretz les eaux vives et transparentes de la rivière, que
-divisent, sans les ralentir, les deux îles où le narrateur relevait tous
-les... accessoires de son tableau champêtre.
-
-Et, comme s’il éprouvait quelque regret de s’être attardé à un aussi
-beau spectacle, il termine, après avoir visité la «ménagerie» où il
-compte les paons et les pintades, sur la description de la fête donnée
-par le duc d’Aiguillon à Mᵐᵉ de Conti (l’abbesse). Que de splendeurs! le
-noble châtelain avait «illuminé tout le parc avec quatre mille
-lampions!»[65].
-
- * * * * *
-
-Après la mort de ce père prodigue, sa femme, la bonne duchesse, ayant
-conservé comme habitation Ruel, ancienne propriété du cardinal, le duc
-d’Agénois, devenu duc d’Aiguillon, avait, comme bien on pense, préféré à
-sa gentilhommière du Midi, la somptueuse demeure de Veretz.
-
-Le pays était à mi-chemin de Rennes et de Versailles; et, depuis
-plusieurs années déjà, le gouverneur de Bretagne y venait passer l’été
-au milieu de réceptions et de fêtes, qui apportaient un puissant
-dérivatif à ses soucis d’homme d’État. Mais comme il savait dissimuler
-son ambition sous un détachement affecté des vanités terrestres! Mᵐᵉ de
-Pompadour était seule capable de lui donner à cet égard la réplique. En
-1760, alors que, dans une de ces heures de découragement, qui lui
-avaient déjà valu de si tendres reproches, il avait sans doute exprimé à
-sa correspondante son intention de finir ses jours dans la retraite, la
-marquise lui avait répondu, le 28 juin:
-
-«Tout ce que vous me dites des âmes de Bretons n’est rien en comparaison
-des âmes de ce pays-ci; et je pense absolument pour Ménars, comme vous
-pour Verest... Quoique je ne me propose pas de vivre avec mon voisinage,
-vous serez excepté de la loi générale. Vous voyez que je ne vous cède en
-rien pour l’horreur du monde...»
-
-Mᵐᵉ de Pompadour n’alla guère à son château de Ménars.
-
-Quant à cet autre amant de la solitude, il ne la comprenait que peuplée
-de ses familiers, de ses amis, de sa petite cour.
-
-En 1765[66] et en 1766[67], il mena grand train et joyeuse vie à Veretz,
-surtout en 1766; il ne pensait qu’aux prochaines noces de sa fille avec
-M. de Chabrillan. C’était, chaque jour, fête nouvelle et réjouissances
-de toute sorte, en compagnie de ses fidèles et féaux de la Châtre, de
-Broc, de Balleroy, de la Noue, etc.
-
-Et Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui avait révélé, depuis longtemps déjà, des talents
-d’organisation et d’administration de premier ordre, faisait les
-honneurs de Veretz, avec ce tact de la femme intelligente qui ne veut
-paraître que l’auxiliaire de son mari, avec l’attention délicate de la
-maîtresse de maison qui tient à prévenir le moindre désir de ses hôtes.
-
-Elle est en quelque sorte la surintendante du château. Elle en ordonne
-les réparations et les aménagements. Elle surveille les plantations et
-reçoit les fermiers. Mais c’est elle aussi qui s’occupe des pièces qui
-seront jouées au château, des décors, des costumes, des partitions. Elle
-pense aux livres et aux gazettes. Il n’est pas jusqu’à la chasse qui ne
-soit de son département. En 1768, avant que la vie de château ne soit
-commencée, elle écrit de Paris, le 16 août, au chevalier de Balleroy,
-toujours empressé à la servir, d’autant qu’il y trouve son intérêt,
-comme elle le laisse finement entendre à ce grand chasseur devant
-l’Eternel:
-
-«... Je vous réponds courrier par courrier; mais c’est qu’il est
-question d’une grande nouvelle, d’une chienne de nouvelle, d’une
-nouvelle de chiens, oui de chiens, très fort de chiens, puisque c’est de
-ces fameux chiens que Milord Ken fait venir à Veretz. On a avis qu’ils
-sont arrivés à Nantes, non en quatre bateaux, mais dans un seul vaisseau
-et qu’ils étaient accompagnés de plusieurs autres, mais ce qui est
-fâcheux, c’est qu’on les avait adressés au bonhomme Laker, à qui M.
-d’Aiguillon avait oublié d’en faire donner avis, qui a été très étonné
-de voir arriver chez lui 18 chiens et 1 conducteur, lesquelles 19
-créatures ne disent pas un mot de français, et ledit Laker pas un mot
-d’anglais. Cela fait que, très poliment, il a mis tout cela à la porte;
-et il faut que vous, qui êtes le grand veneur, vous vous mettiez à la
-poursuite de mes dits chiens et de leur gouverneur, et que vous donniez
-ordre pour faire embarquer tout cela sur la Loire, pour se rendre à
-Veretz.»
-
-
-
-
-V
-
- _Le cure-dents de La Chalotais.--Le «bailliage d’Aiguillon».--Un
- échafaud fantastique.--Le Gouvernement ne veut pas rappeler
- d’Aiguillon.--Ours et Bretons.--Le Nouveau Parlement et les Etats
- de 1767.--Les trois duchesses.--La politique du Gouvernement et
- celle de d’Aiguillon.--Le roi et la duchesse d’Aiguillon chez la
- reine.--«Vous vous êtes conduit comme un ange!»_
-
-
-Le 11 novembre 1765[68], La Chalotais avait été arrêté avec son fils,
-sur la dénonciation de Saint-Florentin et de Calonne, maître des
-requêtes, qui lui reprochaient, tous deux, entre autres griefs, d’avoir
-écrit des lettres anonymes[69] peu respectueuses pour le roi. Toujours
-avec son fils, La Chalotais fut enfermé dans une tour de Saint-Malo, où
-«son cure-dent, écrit Voltaire, grave pour l’immortalité sur les murs de
-son cachot[70]».
-
-D’autre part, d’Aiguillon s’était rendu de Bagnères à Fontainebleau[71],
-où séjournait alors la Cour, pour soumettre à Louis XV un projet de
-reconstitution du Parlement de Bretagne, avec les débris de l’ancien. Le
-roi y consentit, mais réduisit le nouveau à soixante charges. Or le
-gouverneur ne parvint que très péniblement à les remplir[72]. Fort peu
-de conseillers étaient restés ses partisans; et ce que ses adversaires
-appelaient, non sans dédain, le _Bailliage d’Aiguillon_, ne fut
-constitué que le 16 janvier 1766.
-
-Siégeant à Rennes, le nouveau Parlement dut juger les prisonniers, dont
-la Chambre royale de Saint-Malo avait déjà commencé le procès.
-
-Au dire de Soulavie, ce fut, pendant les deux premiers mois, une entente
-cordiale. Les magistrats ne pouvaient évidemment oublier qu’ils étaient
-les créatures du commandant: et, d’autre part, leur était-il facile de
-se soustraire à la pression de l’opinion publique favorable aux accusés?
-Toujours est-il que, le 3 mars, «de concert avec le premier président,
-le futur chancelier Maupeou», d’Aiguillon «faisait _parler le roi en
-souverain_[73]». La duchesse dut en être charmée; car--nous le verrons
-plus tard--elle tient pour le principe d’autorité, en un temps où le
-monarque, très soucieux cependant de son pouvoir absolu, semblait le
-compromettre par son indolence et son apathie. A l’encontre de son
-aïeul Louis XIV, il fuyait le tracas des affaires et laissait à ses
-ministres tout le poids des responsabilités.
-
-L’année avait donc commencé, au Parlement de Bretagne, sous les plus
-favorables auspices. Le gouverneur venait à bout de toutes les
-difficultés; et, pour un peu, Soulavie proclamerait le duc d’Aiguillon
-«un génie». Mais, comme il arrivait si souvent à cette époque, les
-passions religieuses donnèrent à une affaire purement administrative une
-orientation toute politique. Les Bretons prenaient chaque jour plus à
-cœur la cause de La Chalotais qui était, nous l’avons dit, un janséniste
-renforcé. On vit dans les persécutions[74], réelles ou fausses, dont
-souffraient les captifs, une revanche des Jésuites chassés de France. Il
-faut reconnaître aussi que l’instruction avait commis maladresses sur
-maladresses. On avait éventré les bureaux du père et du fils pour y
-trouver des preuves de leur félonie. Et le rapporteur Le Noir[75], aussi
-bien que l’accusateur Calonne, avait fait du récit de ces perquisitions
-un pur «amphigouri[76]».
-
-Il n’en fallut pas tant pour présenter les La Chalotais comme des
-martyrs: ils subissaient la plus étroite captivité[77] et les plus
-perfides interrogatoires. On affirma même, très sérieusement, que,
-pendant une nuit, on avait dressé un échafaud pour les exécuter dans
-l’intérieur de la prison; on avait vu entrer les planches et les
-madriers: on avait entendu les coups de marteau qui les assemblaient.
-Et, naturellement, les condamnés étaient innocents. C’était d’Aiguillon
-qui avait fabriqué les lettres anonymes. L’indignation fut générale; et
-le Parlement de Paris lui-même en murmura.
-
-«La seule affaire dont on parlât, dit le prince de Croÿ dans son
-_Journal_ (1766), c’était la suite du procès criminel de MM. de La
-Chalotais où M. d’Aiguillon paraissait avoir le dessous.»
-
-Or, toutes ces nouvelles n’étaient, en majeure partie, que des
-_racontars_, ou, si l’on préfère cette autre expression empruntée au
-même vocabulaire, un _bluff_ politique imaginé pour impressionner les
-masses. Ce sinistre convoi de planches, entré nuitamment dans la tour,
-pour y être affecté à une destination plus sinistre encore, était le
-matériel d’une équipe d’ouvriers qu’appelaient des réparations urgentes.
-On avait imprimé que le ministre de la marine, Praslin, cousin de
-Choiseul, avait expédié en toute hâte un courrier pour empêcher
-l’exécution. Cette fable avait été imaginée, afin d’«en jeter l’odieux
-sur d’Aiguillon, qui n’avait pas plus influé dans l’affaire de M. de la
-Chalotais que le roi de Prusse[78]».
-
-Choiseul, lui-même, à qui les pamphlétaires attribuaient également
-l’expédition mise au compte de Praslin, protestait contre une telle
-invention, dans une lettre qu’il adressait, le 27 mai 1770, au duc
-d’Aiguillon: «Rien n’est si faux, si criminel et si bête que l’assertion
-de l’envoi d’un courrier de ma part, pour empêcher une exécution
-quelconque, en Bretagne[79]».
-
-Entre temps, la reconstitution du Parlement de Bretagne, qui s’opérait
-si péniblement, quoiqu’en dise l’enthousiaste Soulavie, n’en restait pas
-moins une source très vive de griefs toujours renaissants contre le
-gouverneur, que l’opinion rendait responsable de l’ordonnance royale.
-Lui, d’Aiguillon, qui voyait l’orage s’amonceler sur sa tête, reprenait
-son éternelle antienne: il demandait, une fois de plus, les 11 et 16
-février, à quitter la Bretagne[80]. Vainement, il avait déconseillé une
-procédure qui pouvait mettre en péril le prestige du pouvoir central et
-la tranquillité de la province; le ministre, indécis, irrésolu,
-s’arrêtait aux mesures les plus violentes, pour désavouer presque
-aussitôt ses agents, en prêtant l’oreille aux intrigues de Cour. Pas
-plus qu’il n’avait adhéré à la politique de sage et ferme modération
-préconisée par d’Aiguillon, il n’eut égard à sa demande de rappel.
-
-Le roi ne voulut pas en entendre parler: il fut convenu, cependant, que
-d’Aiguillon ne «tiendrait pas les Etats» à la fin de l’année. Déjà, le
-26 février, Saint-Florentin lui avait écrit[81]: «Il n’y a que votre
-présence à Rennes qui puisse maintenir le zèle des bons serviteurs du
-roi.»
-
-Et puis Choiseul, alors grand favori de Louis XV, «cherchait à tenir
-éloigné, et en Bretagne, le duc d’Aiguillon, celui de ses ennemis qu’il
-craignait le plus[82]». Aussi avait-il su gré au prince de Croÿ d’avoir
-suivi ses conseils, en cessant de prétendre à la succession d’un
-gouverneur qui voulait toujours s’en aller. Mais, ajoute le
-mémorialiste, «le duc d’Aiguillon en fit tant qu’il fallut le rappeler
-(1766)». La phrase est ambiguë: elle semble laisser entendre que le
-fonctionnaire commit de tels excès de pouvoir qu’on dût en débarrasser
-le pays.
-
-Ce qui est certain, c’est que les attaques redoublaient contre le
-despote, le «Bacha», comme l’appellera plus tard Mᵐᵉ Du Deffand.
-Choiseul, qui, en 1765, opinait pour «l’extrême rigueur», affirme
-d’Aiguillon, mais à la condition que celui-ci la conseillât
-d’abord,--tactique devant inévitablement servir à le discréditer
-davantage--Choiseul, en bon ami des philosophes, penchait secrètement
-pour les prisonniers de Saint-Malo. Il le prouva, du reste, par une
-manœuvre, que les ennemis de d’Aiguillon purent croire dirigée contre un
-homme, qu’on supposait acharné à la perte des détenus.
-
-Ceux-ci furent, en effet, transférés de Rennes, où ils étaient
-incarcérés depuis le Iᵉʳ août, au château de la Bastille. Puis, en
-novembre, Louis XV, évoquant l’affaire à son conseil, s’y faisait rendre
-compte de la procédure, et, pour en finir, exilait, le 20 décembre, à
-Saintes les La Chalotais.
-
-Au reste, leur procès ne fut jamais jugé; mais, déjà, en 1767, les
-violences du procureur général l’avaient singulièrement diminué auprès
-du grand public: car il faut reconnaître que ce «patriote» qui, du fond
-de son noir cachot, acceptait, de Saint-Florentin, la permission
-d’assister au mariage de sa fille, n’avait, ni épargné les sarcasmes, ni
-ménagé les injures aux «gens du roi» et au nouveau Parlement, qu’il
-prétendait vendus à la Cour et au duc d’Aiguillon, son ennemi personnel.
-C’était ainsi qu’il considérait le commandant de Bretagne, bien que
-celui-ci eût plutôt prêché l’indulgence et «voulu qu’on épuisât tous les
-moyens de justification de la Chalotais[83]». Car, aux yeux des juges,
-les fameux billets anonymes, dont l’origine restait mystérieuse, ne
-pouvaient plus avoir qu’une importance secondaire: mais, ce qui était
-d’ordre supérieur et de vérité indiscutable dans ce procès
-essentiellement politique, c’est qu’un agent du pouvoir avait résisté
-aux injonctions du roi et méconnu les ordres du gouvernement,
-prévariqué, en un mot, pour seconder les vues d’une aristocratie
-turbulente et rebelle, décidée à frapper d’impuissance l’autorité
-royale, sous le prétexte spécieux, perpétuellement invoqué, que la
-«religion du prince» avait été surprise par le ministre.
-
-Mais alors que La Chalotais disparaissait en quelque sorte de la scène,
-cette noblesse bretonne, loin de désarmer, continuait la lutte avec plus
-d’acharnement que jamais.
-
-Pendant que d’Aiguillon était en Touraine, tout entier au charme d’une
-villégiature que goûtait avec lui sa petite cour, on racontait à Paris
-qu’il était exilé à Veretz. Lui n’en savait pas un traître mot et ne
-s’en portait que mieux. Son médecin l’avait mis au lait d’ânesse[84].
-D’Aiguillon, comme la plupart des ambitieux et surtout des ambitieux qui
-cachent leur jeu, était bilieux de tempérament; et la moitié de sa vie
-(la correspondance de la duchesse le dit assez), se passa en traitements
-de toute sorte chez lui, ou dans les stations d’eaux thermales, sans que
-son teint couleur citron en fût sensiblement modifié.
-
-Mais cette quiétude devait bientôt finir. La convocation des Etats, où
-d’Aiguillon allait paraître en qualité de premier commissaire, était
-urgente: la tradition voulait que cette réunion fût biennale, en raison
-du vote des impôts. Et l’aristocratie bretonne, bien que peu satisfaite
-de l’issue du procès Chalotiste, avait conscience que son ennemi en
-revenait à Rennes singulièrement amoindri. Aussi lui ménageait-elle de
-nouvelles et désagréables surprises. D’Aiguillon s’y attendait
-d’ailleurs et s’y préparait peu philosophiquement, nous dit Belleval[85]
-admis dans son intimité. Le 9 octobre 1766, le jeune officier avait été
-prié à souper par la duchesse; et comme il n’était pas de service, il
-s’était rendu à l’invitation, d’autant que le duc, ainsi que la
-duchesse, lui avaient «toujours témoigné beaucoup de bonté». Ce soir-là,
-d’Aiguillon avait convié quelques amis. Il leur annonça qu’il avait pris
-congé du roi pour aller tenir les États de Bretagne. Il n’en était pas
-autrement charmé, et il l’avouait d’un ton si piteux que tout le monde
-se mit à rire.
-
---Et vous, le premier, dit-il, en marchant sur Belleval, vous, monsieur
-le rieur, «allez-y donc à ma place, si cela vous amuse ou si vous croyez
-que je plaisante: j’aimerais mieux brider des ours que des Bretons.
-
-«Je lui répondis, continue Belleval, que je le croyais sur parole et
-qu’il s’entendait mieux que moi à faire le service du roi, attendu que
-je ne sais ni brider les ours, ni les Bretons.»
-
-Avant de risquer toutes ces plaisanteries, on s’était assuré qu’il ne se
-trouvait aucun fils d’Armor dans l’assemblée. L’entrée de la marquise de
-Guesbriant mit fin à ce badinage, que la duchesse n’eût d’ailleurs pas
-toléré, en présence de cette dame, sa parente, qu’elle aimait beaucoup
-et qu’elle avait présentée au roi pour être dame d’honneur de la
-princesse de Lamballe.
-
-La Noue, un fidèle, lui aussi, de M. d’Aiguillon, n’était guère plus
-optimiste que le principal intéressé. Il confie ses inquiétudes et même
-ses angoisses à Fontette[86], de passage à Rennes, où la duchesse le
-reverra avec plaisir, car elle le «maintient honnête et galant homme».
-La Noue ne tarit pas d’éloges sur Mᵐᵉ d’Aiguillon: «C’est une femme
-pleine de sens, de connaissance, bonne, vraie, droite, courageuse,
-capable d’amitié».
-
-La situation du commandant de Bretagne était, en effet, assez difficile
-à Rennes, en cette année qu’on aurait pu appeler l’_année des trois
-duchesses_. Des questions d’étiquette venaient encore la
-compliquer[87]. Nous voyons sur le registre des délibérations des Etats
-qu’on avait nommé trois députations des membres des trois ordres pour
-aller «complimenter suivant l’usage» la douairière, la duchesse
-d’Aiguillon et la duchesse de la Trémoïlle--le mari de cette dame devant
-présider l’ordre de la noblesse aux Etats.
-
-Or, le duc d’Aiguillon, avec sa morgue native, qu’exaspérait encore sa
-rancune, acquise, contre l’aristocratie bretonne, avait froissé le duc
-de la Trémoïlle, en ne faisant pas arrêter sa voiture pour recevoir ce
-personnage, alors qu’il était à la tête de la noblesse[88]. Faut-il
-attribuer à ce manque d’égards la mollesse que le ministère reprochait
-au nouveau président? Le rôle de la Trémoïlle ne laissait pas d’ailleurs
-que d’être difficile. L’opposition avait des prétentions inadmissibles
-et des exigences inacceptables. La Trémoïlle résistait de son mieux.
-Alors le tumulte se déchaînait dans la salle. C’était, au milieu de cris
-d’animaux, une obstruction perpétuelle. Le duc, qui n’avait pas
-l’habitude des tempêtes parlementaires, restait souvent muet. Etait-ce
-là «composer avec les brouillons et les mutins?» Ceux-ci, en tout cas,
-ne lui ménageaient guère les avanies. Aussi, MMᵐᵉˢ de la Trémoïlle--la
-mère et la fille, également duchesse--avaient-elles suspendu leurs
-réceptions; et il avait fallu que Mᵐᵉ d’Aiguillon reprît les siennes,
-quoique à peine remise d’une «forte migraine et d’une petite
-ébullition». Son salon n’en avait été que «plus honnêtement rempli[89]».
-
-Entre temps, Fontette signalait à son ami un épisode de la guerre de
-pamphlets qui sévissait alors en Bretagne: c’était l’apparition d’un
-«écrit abominable et plat, en forme de dialogue des morts» où le
-cardinal de Richelieu et son arrière-petit-neveu d’Aiguillon étaient
-drapés de la belle façon: hélas! disait Fontette, on ne punit pas assez
-sévèrement les auteurs de libelles--comme si le camp ennemi eût été seul
-à se servir de telles armes.
-
-En sa qualité de premier commissaire, d’Aiguillon avait lu aux Etats, le
-10 janvier 1767, une lettre qu’il disait avoir reçue du roi et qui
-défendait formellement «aux Bretons de s’occuper des affaires de son
-Parlement». Les Etats répondirent par un éclat de rire. Mais d’Aiguillon
-était pressé d’agir par le contrôleur général Laverdy qui avait besoin
-d’argent; et il ne cessait de répéter aux ministres ses perpétuelles
-variations sur le proverbe: _Patience et longueur de temps_, etc. Il les
-accompagnait de récriminations amères contre l’incohérence et les
-inconséquences du pouvoir central, qui avait si lestement soustrait le
-procès des Chalotistes à la juridiction du Parlement de Rennes, et
-contre la correspondance scandaleuse des princes du sang avec les
-factieux.
-
-Le ministère le savait de reste; il en souffrait, mais n’aimait pas
-qu’on lui en rabattît les oreilles. Il eût voulu que d’Aiguillon
-montrât plus d’initiative et surtout moins de lenteur, d’autant que
-Louis XV, passant, suivant son habitude, par-dessus la tête de ses
-ministres, correspondait directement avec «les mutins»--c’était
-l’anarchie et le gâchis[90].
-
-Et cependant le gouvernement ne pouvait nier que d’Aiguillon ne fût un
-agent consciencieux, préoccupé de faire prévaloir les droits de
-l’autorité royale. Laverdy n’écrivait-il pas, le 16 mars 1767, que
-«d’Aiguillon et Flesselles avaient tiré le meilleur parti d’une
-situation désespérée[91]».
-
-Les Etats venaient seulement de voter les impôts et ne devaient se
-séparer que le 23 mai, au milieu d’une recrudescence d’injures, de
-calomnies et de libelles à l’adresse du gouverneur--campagne à laquelle
-se mêlait une ténébreuse histoire de poisons, imaginée par les
-Chalotistes et visant un partisan de d’Aiguillon, l’ex-jésuite
-Clémenceau.
-
-C’est probablement à cette époque qu’il faut placer un billet écrit en
-1767[92], mais sans date précise, par le duc au chevalier de Balleroy,
-billet où il parle, à mots couverts, de ses négociations, d’intrigues
-multiples, etc... D’Aiguillon est bien l’homme de son style, méfiant,
-timoré, indécis, mystérieux, sous l’aspect sombre et l’attitude hautaine
-que lui prêtent ses ennemis et qu’il croit être de la dignité.
-
-La duchesse avait une allure bien différente. Elle était franche, crâne
-même et marchait droit au but.--Elle était venue à Paris pendant que son
-mari restait en Bretagne. Fontette l’eût désirée à Rennes. Mais «elle ne
-peut être partout. Elle est bien aussi utile à M. d’Aiguillon à Paris
-qu’ici, et par cela seul je suis consolé de l’y savoir[93]».
-
-La Noue, d’ailleurs, ne tarde pas à rassurer son ami. Il dit même que
-l’«absence» ou la «présence» du principal intéressé à la Cour semble
-«indifférente», Mᵐᵉ d’Aiguillon ne quittant pas Versailles. «Favorite de
-la reine, elle est appelée chez sa maîtresse dans les moments les plus
-particuliers» et, là, le roi «peut causer avec Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui le
-guide sur toutes les affaires de l’Etat et particulièrement de la
-Bretagne».
-
-Nous ne croyons pas que la duchesse ait jamais eu la prétention d’être
-l’Egérie d’un monarque qui n’était ni sûr dans ses relations, ni
-constant dans ses idées. Les ambitions de Mᵐᵉ d’Aiguillon se bornaient à
-défendre la réputation et l’honneur de son mari, comme elle employait
-son crédit (La Noue l’avait bien jugée) à servir les intérêts de ses
-amis. Et ce sera le duc, il fallait s’y attendre, qui en aura toute la
-gloire. N’écrit-elle pas de Versailles, en octobre 1767, au chevalier de
-Balleroy[94], que le concours de M. d’Aiguillon lui était tout acquis.
-
-A cette époque, en effet, le gouverneur de Bretagne avait repris faveur
-à la Cour. Et l’on a vu que la duchesse n’y avait épargné ni son temps,
-ni sa peine.
-
-Mais la tâche n’avait pas laissé que d’être difficile. La résistance de
-la noblesse aux demandes du roi, sa turbulence avaient provoqué un tel
-scandale que, peu de temps avant la clôture des Etats, le gouvernement
-avait invité son premier commissaire à lui établir un projet de
-règlement pour la tenue de ces mêmes Etats. D’Aiguillon obéit; mais,
-comme il avait toujours l’appréhension des responsabilités, il voulut
-renvoyer à une session ultérieure la lecture et l’application du
-règlement. Il fallut que le ministère insistât énergiquement, pour que
-le duc se décidât à lire son projet le 23 mai, c’est-à-dire le jour même
-de la clôture des Etats.
-
-Et, convaincu, d’autre part, que cette nouvelle exigence du pouvoir
-central le rendrait, lui d’Aiguillon, encore plus odieux aux Bretons, il
-eut hâte de les quitter. Mais, comme toujours, Saint-Florentin
-s’opposait au départ de son neveu. La duchesse douairière quitta
-immédiatement Rennes pour Versailles, et, le 2 juin, elle obtenait haut
-la main le rappel de son fils[95].
-
-D’Aiguillon, malgré qu’il eût, par intervalles, en raison de son
-tempérament bilieux, de terribles colères contre cette noblesse qui le
-vilipendait, d’Aiguillon s’appliquait encore à la ménager. Sans tenir
-compte des objurgations de ses amis qui lui reprochaient de s’obstiner à
-«vouloir être bon», il usait à peine des pouvoirs discrétionnaires qu’il
-tenait du gouvernement, même contre les «bastionnaires»--on appelait
-ainsi les chefs du _bloc_ formé par l’opposition de l’aristocratie.
-
-D’Aiguillon avait pour lui, aux Etats, le Tiers et une notable partie du
-clergé: il aurait même eu la grande majorité de la noblesse, sans une
-poignée de cabaleurs qui menaçaient leurs collègues hésitants de
-vengeances terribles, le jour où les démissionnaires remonteraient sur
-leurs sièges du Parlement: car ils savaient bien qu’il n’y avait pas de
-coalition possible entre les Etats et le _bailliage d’Aiguillon_.
-
-En tout cas, quoique le ministère appelât «irrésolution et timidité» ce
-que le commandant de Bretagne nommait «circonspection et fermeté»,
-d’Aiguillon trouva, quand il revint à Versailles, tout un cortège
-d’admirateurs. D’ardentes imaginations, éprises de couleur locale, le
-représentèrent, sur ce littoral semé de récifs, «rocher au milieu des
-vagues». Et le jour où il parut devant le roi pour lui faire sa cour:
-
---Vous vous êtes conduit comme un ange, lui dit Louis XV.
-
-
-
-
-VI
-
- _Les Etats «intermédiaires».--Chasse aux «Mandrins».--La coterie
- des «Bastionnaires» et la pacification de la Bretagne.--Les
- variations du contrôleur général, d’après
- d’Aiguillon.--Démission.--Cérémonial des obsèques d’une reine.--Un
- cocher en couches.--Le duc de Penthièvre jugé par Mᵐᵉ
- d’Aiguillon.--La duchesse est ravie de voir son mari «hors d’une
- indigne galère».--Ce qu’en pense d’Aiguillon._
-
-
-C’est dans le courant de l’année 1768 que s’engage réellement la double
-correspondance de la duchesse d’Aiguillon et de son mari avec le
-chevalier de Balleroy, l’une plus rare et roulant de préférence sur les
-choses de la politique, celle de la duchesse autrement variée, souvent à
-bâtons rompus, mais vive et piquante, volontiers pittoresque, demandant
-et acceptant sans arrière-pensée les mêmes services que peut lui rendre
-le complaisant célibataire, et s’employant pour lui, à la Cour, avec
-autant de désintéressement empressé et sincère, qu’il en apporte
-lui-même à témoigner de son loyalisme envers ses nobles patrons.
-
-«Je n’ai pas besoin de vous dire, Monsieur le Chevalier, lui écrit-elle,
-combien votre situation m’occupe: vous n’en devez pas douter,
-connaissant ma façon de penser... Mais il est bien difficile de
-raisonner par lettre, comme on voudrait. Il y a des choses sur
-lesquelles, en se voyant, en quatre paroles, on s’explique très
-aisément, au lieu que, par lettre, il faut tant de phrases et de
-périphrases, encore souvent pour ne se pas entendre[96]...»
-
-Aussi, comme elle est sur le point de partir pour Veretz, invite-t-elle
-Balleroy à l’y rejoindre; au moins pourront-ils y causer librement.
-L’appréhension du Cabinet noir--cette institution permanente--se laisse
-pressentir ici, comme dans toutes les correspondances du temps.
-
-Mais le départ de Mᵐᵉ d’Aiguillon avait été précédé de notables
-événements qu’il importe de rappeler.
-
-Des Etats extraordinaires--_intermédiaires_ ainsi qu’on les nommait
-encore--s’étaient ouverts à Saint-Brieuc, au commencement de 1768,
-présidés par l’évêque du diocèse, Girac[97], un des rares prélats qui
-fussent hostiles à d’Aiguillon, par le duc de Duras, et par un
-magistrat, Ogier, qui était le premier commissaire, «en réalité le
-porte-parole» du gouverneur[98].
-
-Un bon billet qu’avait là le duc d’Aiguillon!
-
-La «réalité», c’était l’entente tacite des deux représentants de la
-noblesse et du clergé «pour ramener la réconciliation de l’opposition
-bretonne avec le ministère, réconciliation dont le gouverneur devait
-faire les frais[99]».
-
-Celui-ci n’avait été, même à Versailles, que le héros d’un jour. Les
-amis des «bastionnaires» recommençaient la campagne: «Le duc de Rohan,
-écrit La Noue à Fontette, le 10 février, a refusé le salut à M.
-d’Aiguillon, et sa femme à notre duchesse, sans qu’ils sachent l’un et
-l’autre d’où provient cette bouderie[100]».
-
-A Saint-Brieuc, les opérations se poursuivaient activement. «Les Etats
-prennent une délibération, pour rembarquer les généraux de Broc,
-Balleroy, Barrin, La Noue, qui mangent la province et que M. d’Aiguillon
-y avait entrés contre l’usage; et il faut espérer qu’ils en viendront à
-bout, et que, peu à peu, on chassera en détail ces Mandrins[101]...»
-
-On comprend si cette exécution dut toucher «notre duchesse».
-
-M. de Calan, qui n’est certes pas un apologiste du gouverneur, est bien
-obligé cependant de reconnaître et de signaler les petites vilenies
-mises en œuvre pour forcer la main au roi et lui faire remplacer un
-ministre «désagréable au parti dominateur», par un homme qui sera
-«l’instrument de ce même parti». Cet impôt, qui semblait écrasant quand
-il était réclamé par d’Aiguillon, est voté avec enthousiasme sur la
-proposition de M. de Duras. Les pamphlets gémissent sur la misère du
-peuple; et «à Saint-Brieuc c’est un bal perpétuel».
-
-Bientôt il semble qu’un mot d’ordre soit donné, exprimé à peu près
-partout dans les mêmes termes, «que la tranquillité ne peut se rétablir
-en Bretagne que par la retraite de d’Aiguillon[102]»... Maupeou doit le
-démontrer, s’il veut obtenir la place de chancelier. Et Mᵐᵉ Du Deffand
-écrit, le 10 mai, à l’abbé Barthélemy: «Je fus lundi à souper, à Ruel,
-chez Mᵐᵉ d’Aiguillon (la mère, sa grande amie) avec le chevalier de
-Listenoy et l’évêque de Saint-Brieuc. Celui-ci me raconta toute la
-Bretagne... Un honnête homme, sur son récit, en doit conclure que jamais
-l’ordre ne sera rétabli dans cette province, tant que le duc d’Aiguillon
-y commandera. Si j’étais le maître, je n’hésiterais pas un moment à
-envoyer M. de Penthièvre tenir les prochains Etats jusqu’à ce que la
-paix y fût complètement rétablie[103].»
-
-Et ce n’était pas seulement l’entente commune d’une opposition marchant
-avec une exacte discipline qui avait entraîné ainsi l’opinion; c’était
-encore la presse, par ses journaux-pamphlets et par ses libelles, échos
-des philosophes, des jansénistes et des parlementaires, qui mettaient
-habilement en scène le martyre de la Chalotais, pour expliquer le
-soulèvement de la Bretagne tout entière contre son tyran. Celui-ci avait
-assurément des amis qualifiés pour répondre, amis qui s’acquittaient
-avec conviction de cette tâche, mais par intermittences et non sans
-hésitations. Car d’Aiguillon les désavouait en quelque sorte. Il
-méprisait les traits, pour la plupart anonymes, de l’ennemi. Il se
-croyait suffisamment protégé par le respect dû au représentant de
-l’autorité royale; et le gouvernement n’admettait pas de polémique même
-à son profit, et surtout une polémique soutenue par ses agents. «Les
-gens en place, comme le dit fort bien M. Carré, devaient se taire par
-respect pour le maître[104].»
-
-Il en résulta que d’Aiguillon dut jouer ce que notre modernisme appelle
-«le guillotiné par persuasion». Certes, il ne demandait qu’à secouer la
-poussière de ses sandales sur cette Bretagne qui lui avait si souvent
-échauffé la bile. Que de fois il avait prié qu’on acceptât sa démission!
-Mais, alors, il se retirait avec les honneurs de la guerre. C’était lui
-qui se refusait à «brider» plus longtemps les Bretons, tandis
-qu’aujourd’hui l’opinion semblait imposer au gouvernement le rappel d’un
-fonctionnaire exécré. Et avant de se résigner à l’acte décisif qui, au
-dire de la coterie des _bastionnaires_, devait amener la pacification de
-la Bretagne, par quelles tergiversations passait un homme confondant
-trop volontiers la circonspection et le calme avec la lenteur et
-l’irrésolution! Il écrivait, de Paris, le 22 juin, au chevalier de
-Balleroy qui s’en allait rejoindre «son général» à Rennes[105]:
-
-«... Le dernier système du contrôleur général, dont, heureusement, il
-change souvent, est qu’il faut que je retourne au plus tôt en Bretagne,
-parce que personne ne peut faire les affaires du roi, si je la quitte,
-et que, d’ailleurs dans tout ce qui s’est passé, il n’y a rien eu de
-personnel contre moi, que, par conséquent, ce n’est pas le cas où il
-faut mettre sur la scène un acteur nouveau; c’est en ma présence qu’il
-tient ce propos aux autres ministres... Il avait dit tout le contraire
-un mois auparavant... A cela je répétai mon refrain ordinaire: je désire
-ardemment sortir de Bretagne; je n’y crois plus ma présence utile aux
-affaires du roi; mais s’il le veut absolument, j’obéirai, après qu’il
-aura écouté mes représentations tant sur le fond que sur la forme.»
-
-Et il terminait par cet autre «refrain» qu’on retrouve sans cesse sur
-les lèvres ou sous la plume du politicien soucieux de paraître détaché
-de toute préoccupation ou calcul ambitieux:
-
-«Je continue mon train de vie ordinaire; je passe quatre jours de la
-semaine à Versailles et trois à Paris. Je dors et digère bien et je ne
-m’ennuie pas.»
-
-A six semaines de là, le ton change. D’Aiguillon a fait le cruel
-sacrifice et il s’en explique, non sans mélancolie, mais avec une
-confiance en soi, qui semble le comble de l’illusion, sinon de la
-duplicité[106].
-
-«C’est sur l’avis du contrôleur général, écrit-il encore à Balleroy, que
-le roi s’est décidé à me permettre de me retirer et je suis bien
-convaincu qu’il ne s’y est déterminé, que parce qu’il a prévu que je
-serais encore une fois trahi et abandonné par un ministre qui veut
-absolument qu’on croie que c’est l’animosité qu’on a personnellement
-contre moi en Bretagne, et non sa mauvaise administration, qui est cause
-du désordre dans lequel est cette province... Je ne regrette pas le
-gouvernement de Bretagne, mais d’y laisser des gens sages et de bons
-serviteurs qui seront exposés à la méchanceté et à la violence des
-brouillons..... On prétend que M. de la Chalotais donnera sa démission
-aussitôt que j’aurai donné la mienne.»
-
-Entre temps, la duchesse, malgré toute sa vigilance, avait été absorbée
-par d’autres soins et par d’autres devoirs, qu’elle n’eût pu décliner
-sans être taxée d’indifférence et même d’ingratitude.
-
-La reine Marie Lesczinska se mourait. La maladie n’avait pas été seule à
-miner ses jours. Délaissée, en raison peut-être des exigences d’une
-dévotion trop austère, pour des rivales souvent indignes, qui ne se
-comptaient plus et qu’il fallait cependant accueillir, ne fût-ce que
-d’un signe de tête, la reine s’était peu à peu consumée en un désespoir
-profond, muet, dissimulé sous un sourire de Cour, mais rongeant, comme
-un cancer, les sources vives de l’existence.
-
-Une lettre de La Noue met en opposition, dans une phrase qui fait
-portrait, la physionomie officielle des deux époux: «Le roi est plus
-beau et plus frais que jamais...» mais «sa femme est dans un état
-affreux[107]...» Aussi Mᵐᵉ d’Aiguillon ne l’avait-elle plus quittée: il
-avait fallu, pour qu’elle revînt passer quelques jours à Paris, qu’elle
-y fût rappelée par une maladie assez sérieuse de son fils et de l’une de
-ses filles: encore, aussitôt leur rétablissement, avait-elle repris le
-chemin de Versailles.
-
-La lente et douloureuse agonie de Marie Lesczinska dura plus de six
-mois: «L’état de la reine, écrit la duchesse, est toujours le même,
-c’est-à-dire que cette malheureuse princesse ne peut ni vivre, ni
-mourir; elle a, de plus, depuis quelques jours, une fièvre d’une
-violence extrême qui lui cause du délire tous les matins... Ne prenant
-presque plus de nourriture, il y a aujourd’hui cinq semaines que cet
-état violent dure; cela fait horreur à penser, même aux gens les plus
-indifférents. Jugez de l’effet que cela fait sur moi qui aime la reine,
-non parce qu’elle est reine, mais parce qu’elle est aimable et
-vertueuse, et que, dès ma plus tendre enfance, elle m’a toujours comblée
-de bontés, j’ose même dire d’amitié[108].»
-
-Pour qui savait les habitudes d’infidélité d’un mari, déjà tout disposé
-à suivre l’exemple du maître, le mot _vertueuse_ laissait percer une
-allusion suffisamment claire; car la duchesse, aussi discrète et aussi
-intelligente qu’elle était énergique et forte, connaissait trop bien les
-procédés de la poste pour livrer naïvement à cette auxiliaire de l’Etat
-le fond de sa pensée.
-
-Mais la reine est enfin délivrée de ses souffrances; et la douleur de la
-duchesse, déjà si profonde et si sincère, éclate plus intense encore, à
-la vue d’une sorte de profanation qu’exigeait alors le protocole des
-funérailles royales[109].
-
-«Ce qui m’a fait une impression que je ne peux pas rendre, c’est le
-moment du transport, de voir sortir cette respectable princesse de ses
-appartements par pièces et par morceaux, d’abord le cœur porté par
-l’évêque de Chartres sur un carreau, ensuite ses entrailles, puis sa
-personne...»
-
-De même, à Saint-Denis, le minutieux cérémonial qui accompagne l’arrivée
-de la défunte, est pénible pour une femme aussi peu éprise de
-l’étiquette que l’était Mᵐᵉ d’Aiguillon. L’évêque adresse un discours au
-prieur de l’abbaye qui s’empresse de lui rendre la politesse: puis la
-reine est portée, toujours «par pièces et par morceaux», dans le chœur,
-sur une estrade et sous un dais; prières, aspersions, discours, tout
-recommence, et même la «promenade de ce malheureux corps» jusqu’à une
-chapelle où il restera déposé en attendant le jour de l’inhumation.
-
-Enfin l’heure fatale a sonné[110]:
-
-«... Le spectacle de Saint-Denis était très beau et bien ordonné:
-c’était une bien belle horreur. J’ai été en place en grand habit et
-grande mante, depuis 10 heures du matin jusqu’à 5 h. 1/2, sur une petite
-banquette, qui n’avait pas un demi-pied de large. Vous croirez sans
-peine que j’étais fort lasse quand la cérémonie a été finie.»
-
-Son affliction est alors plus grave et plus expressive. Tant que le
-corps était resté à Versailles et à Saint-Denis, la duchesse était
-toujours au service de la reine: «enfin elle était encore parmi nous»;
-mais «quand on l’a descendue dans le caveau», cette nouvelle et
-définitive séparation détermina chez Mᵐᵉ d’Aiguillon «un trouble inouï
-qui fit rire, à ce qu’il paraît, bien des gens à portée de voir... il
-fallait assurément en avoir bien envie» remarque-t-elle non sans
-amertume.
-
-Il semble, à vrai dire, que la Cour fût en humeur de folâtrer ce
-jour-là; car les commentaires de l’oraison funèbre s’accompagnent de
-«toutes les gentillesses et de toutes les pointes» imaginables. On
-prétendait, avant que le prédicateur--l’évêque du Puy--prît la parole
-«qu’il fallait se garantir de la fraîcheur du puits[111]». Au reste, ce
-morceau d’éloquence était, de l’avis des meilleurs juges, d’une valeur
-très discutable: «Il n’y a rien de si difficile à faire, conclut la
-duchesse, qu’une oraison funèbre; et depuis M. Fléchier, il n’y en a pas
-eu une complètement bonne».
-
-Après s’être exclusivement consacrée à l’accomplissement du pieux devoir
-que lui imposait sa dette de reconnaissance, Mᵐᵉ d’Aiguillon reprit peu
-à peu avec le chevalier de Balleroy le cours de ces entretiens
-familiers, où se confondaient les nouvelles de la politique et les
-incidents de la vie mondaine. Les préoccupations familiales tiennent une
-certaine place dans ces causeries intimes: «Notre cousine de
-Valentinois, écrit-elle le 26 juillet, est toujours très mal; les uns
-disent que c’est une fièvre maligne, d’autres que sa tête est partie. Ce
-qui est sûr, c’est qu’elle est très mal et qu’elle a un délire continuel
-et très extraordinaire. Le dernier était de vouloir que son cocher fût
-dans sa chambre, sur une chaise longue, coiffé en femme, avec un
-couvre-pieds de dentelle, parce qu’il était en couches[112].»
-
-C’est à quelques jours de là qu’elle chargera Balleroy, «en sa qualité
-de grand veneur», de courir après les chiens et «leur gouverneur»,
-expédiés d’Angleterre à Veretz et refusés par un garde à qui d’Aiguillon
-avait omis d’en parler. Et, dans cette même lettre, la duchesse, le
-cerveau toujours hanté des «affaires de Bretagne», ne peut s’empêcher
-d’en parler, avec une pointe d’aigreur, inséparable désormais des
-souvenirs que lui a laissés son séjour dans la province:
-
-«M. de Broc[113] aura beau faire, il ne donnera jamais de courage à M.
-le duc de Penthièvre[114], parce que ce n’est pas à son âge ce que l’on
-acquiert. De plus, il est entouré de gens qui ont promis ou qui
-souhaitent qu’il en soit ainsi. Je serai bien surprise, si je vois
-sortir quelque coup un peu ferme de cette boutique. Il est l’homme du
-royaume qui a les vues les plus droites et les plus honnêtes, qui est le
-plus vertueux dans toutes les règles; mais il est faible par nature et
-par principes; et vous conviendrez que ce n’est pas le moment de se
-flatter de donner du nerf. Il y en a tant d’autres à qui il en manque.»
-
-On ne saurait tracer un portrait plus exact et plus vrai de ce prince
-estimable, mais toujours hésitant et irrésolu, que le sentiment de ses
-responsabilités aurait dû faire partir, depuis longtemps, pour une
-province dont il était le gouverneur titulaire, afin d’y étouffer le
-désordre si savamment entretenu par ses propres cousins.
-
-En s’exprimant avec autant de netteté et de fermeté, Mᵐᵉ d’Aiguillon
-était absolument désintéressée. Elle avait dit un adieu définitif à la
-Bretagne: «le sort de M. d’Aiguillon est décidé, écrivait-elle[115]. Qui
-sera son successeur? Vraisemblablement M. de Duras.» En ce qui la
-concerne, elle est fort aise que son mari soit débarrassé d’un aussi
-lourd fardeau; il était «barré sur tous les points», partant impuissant
-«à faire le bien». «Je suis ravie, répète-t-elle, qu’il soit dehors de
-cette indigne galère.» Il ne s’éloigne pas cependant sans tristesse; il
-avait des partisans, des amis qu’il laisse derrière lui. Et nous avons
-dit avec quelle joie féroce les Chalotistes s’apprêtaient à les
-persécuter. Aussi la duchesse priait-elle Balleroy d’exprimer à ces
-fidèles tous ses regrets.
-
-Le duc, moins sincère ou plus emphatique, donnait sa démission pour un
-acte d’héroïsme. Il écrivait à sa nièce (?), Mˡˡᵉ de Vedec à Vannes, une
-sorte de lettre apologétique, où il faisait sonner bien haut l’éclat de
-son abnégation: «La place n’était plus tenable pour lui; et il compte
-sur la bonté, sur l’esprit de justice de sa parente pour qu’elle
-approuve «le parti forcé» qu’il a pris. Il devait _le sacrifice de sa
-place à ses amis_ qu’il eût autrement «précipités dans la boue». Au
-reste, il affirmait «n’avoir rien fait en Bretagne qui ne fût utile à la
-loi»; et il n’avait pour amis dans la province que «les honnêtes gens,
-les vrais serviteurs du roi, les bons citoyens[116].»
-
-Assurément son sacrifice fut volontaire. Depuis tantôt dix ans,
-d’Aiguillon avait trop souvent réclamé son rappel pour n’en avoir pas
-envisagé quelquefois l’éventualité comme un soulagement. Mais, par la
-force des choses, ceux-là mêmes qui n’en voulaient pas entendre parler,
-durent s’y résigner; et comme dit fort bien M. Marcel Marion,
-d’Aiguillon fut «sacrifié à l’espérance chimérique de rétablir le calme
-en Bretagne[117]».
-
-
-
-
-VII
-
- _La première rencontre de d’Aiguillon avec Choiseul: présence
- d’esprit de la duchesse.--Le régiment du roi: lettre de Mᵐᵉ
- d’Aiguillon à Louis XV.--Mᵐᵉ Du Barry devient l’alliée de
- d’Aiguillon.--Maupeou et Terray négociateurs du
- traité.--D’Aiguillon capitaine-lieutenant des chevau-légers: le
- «beau cortège» de la duchesse.--Un amoureux fou mais platonique de
- la Du Barry.--Le déserteur._
-
-
-Le rédacteur des _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_ dit que le
-commandant de Bretagne «visait, en 1768, au ministère». Cette ambition
-datait assurément de plus loin; car, déjà--toujours d’après les
-_Mémoires_--le Dauphin l’avait «porté pour la marine[118]». En tout cas,
-Choiseul pressentait depuis longtemps dans le duc d’Aiguillon un
-redoutable rival, puisque, systématiquement, il l’obligeait à rester en
-Bretagne, ployant sous le faix de l’impopularité, jusqu’à ce que la
-situation n’y fût plus tenable.
-
-La lutte entre les deux adversaires allait donc s’engager, plus ardente
-et plus directe, sur un terrain moins éloigné, mais autrement périlleux,
-celui de la Cour.
-
-Ces hommes s’étaient rencontrés, pour la première fois, dix années
-auparavant, en complète opposition, dans une circonstance mémorable, où
-la duchesse d’Aiguillon avait témoigné, pour le plus grand bien de son
-mari, de cette sagacité et de cet esprit de décision qui la
-caractérisaient.
-
-C’était dans les premiers jours de janvier 1757. Damiens venait de
-frapper le roi. La duchesse était restée à Paris, pendant que son mari
-luttait désespérément contre les États de Bretagne, s’obstinant à
-refuser les subsides qu’il leur réclamait pour la guerre. Mᵐᵉ
-d’Aiguillon suivait ces débats irritants, dont le dénouement semblait
-devoir s’éterniser, quand l’attentat de Damiens fit surgir dans son
-esprit une inspiration soudaine. Le mercredi 5, à 10 heures du soir,
-elle expédie à son mari un courrier porteur d’une lettre, qui lui
-apprend la nouvelle, et lui indique peut-être le parti qu’il en doit
-tirer. L’homme, voyageant à franc étrier, arrive à Rennes dans la nuit
-du jeudi au vendredi. D’Aiguillon fait assembler immédiatement les
-États, trace un tableau à la fois si terrifiant et si émouvant des
-horreurs d’un tel régicide, qu’en moins d’un quart d’heure les États
-renoncent à leurs prétentions, accordent au roi plus qu’il ne demande et
-décident qu’ils «enverront des députés en Cour» attester leur
-«sensibilité» et leur loyalisme.[119]
-
-D’Aiguillon renvoie aussitôt à sa femme le même courrier avec le
-résultat de la séance. Et quand les délégués arrivent peu de temps après
-à Versailles, ils y sont acclamés et fêtés avec un enthousiasme qui
-tient du délire.
-
-Lorsque le procès criminel fut évoqué devant le Parlement, d’Aiguillon
-vint y siéger, en sa qualité de pair. De son côté, le comte de Choiseul,
-alors en mission à Venise, partit aussitôt, pour se rendre à Versailles
-où il ne tarda pas à se rencontrer avec le duc. Celui-ci, suivant son
-habitude, très hautain et très rancunier--peut-être avait-il sur le cœur
-les perpétuelles avanies des États bretons--déclarait formellement que
-«le fanatisme des énergumènes du Parlement avait armé le bras du
-parricide et qu’on en avait de bonnes preuves». Il faisait ainsi
-indirectement sa cour au Dauphin. Le comte de Choiseul répliquait qu’il
-apportait, lui aussi, des «preuves», non moins «bonnes», mais de Rome,
-où il avait appris que les jésuites, surtout ceux de la Silésie,
-n’étaient pas étrangers au crime. Choiseul abondait dans le sens de la
-Pompadour, qui méditait déjà l’expulsion des Jésuites et qui, en
-attendant, avait fait déclarer la guerre à la Prusse[120].
-
-Nous avons vu, dans les chapitres précédents, comment cette opposition
-de principes avait dégénéré peu à peu, chez les deux hommes d’État, en
-rivalité politique, dissimulée d’abord par l’attitude réciproque du
-fonctionnaire et du ministre, dans un conflit où l’autorité royale était
-en jeu. Mais l’un et l’autre, dès qu’ils eurent les mains libres, ne
-tardèrent pas à démasquer leurs batteries. Les adversaires devinrent des
-ennemis mortels.
-
-Des conflits d’influence avaient marqué les premières escarmouches. Une
-coutume, qui n’est pas prêt de tomber en désuétude, voulait que tout
-ministre gorgeât de faveurs ses créatures. Choiseul n’avait pas manqué
-à la règle. Et d’Aiguillon[121], qui s’était «morfondu» en Bretagne,
-pour reprendre l’expression des _Mémoires_, réclamait énergiquement,
-mais vainement, des compensations, en raison même du prodigieux surcroît
-de dépenses qu’avait entraîné pour lui chaque tenue des États. Il avait
-jeté ses vues sur le _Régiment du Roi_. Sa femme écrivit directement à
-Louis XV pour solliciter cette grâce. Comme elle allait toujours droit
-au but et que son horreur de l’intrigue lui faisait mépriser les petits
-moyens, elle ne parla ni des tracasseries, ni des humiliations dont le
-Parlement de Rennes avait abreuvé son mari; elle rappela simplement les
-services de d’Aiguillon, l’affaire de Saint-Cast et les promesses de
-Belle-Isle, alors ministre de la Guerre, qui n’avait pu lui accorder le
-bâton de maréchal, parce qu’il était depuis trop peu de temps lieutenant
-général, mais qui lui eût réservé la première place vacante. Belle-Isle
-était mort trop tôt pour tenir ses engagements. La lettre de la duchesse
-fut remise au roi par la reine.
-
-Mais Duras insinua au contrôleur général Laverdy que l’octroi d’une
-telle distinction à un personnage aussi impopulaire que l’était
-d’Aiguillon, ferait renaître les troubles en Bretagne. D’autre part,
-Choiseul, qui avait son candidat, dit tout haut «à son café»: La reine
-demande pour M. d’Aiguillon, moi pour M. Du Chatelet, nous verrons qui
-l’emportera. Et naturellement ce fut le protégé de Choiseul, Du
-Chatelet, qui eut la préférence: faveur que ne put pardonner au premier
-ministre le duc d’Aiguillon, chez qui «la suffisance et la prétention»
-n’avaient d’égale que «la nullité du mérite»--les termes mêmes de
-Choiseul[122].
-
-Mais l’ancien commandant de Bretagne allait bientôt avoir dans son jeu
-un atout imprévu qui devait lui assurer une éclatante revanche.
-
-A ce moment même, Mᵐᵉ Du Barry, remarquée du roi à Compiègne, puis
-«frénétiquement» désirée par lui, se voyait engagée, un peu malgré elle,
-dans la mêlée des compétitions politiques.
-
-Au dire de Sénac de Meilhan, elle avait chargé un ami de cet intendant
-de déclarer à Choiseul qu’elle désirait vivre en bonne intelligence avec
-lui. Le ministre accueillit assez dédaigneusement de telles avances. Il
-promit, dans les termes les plus vagues, d’accorder les «grâces» qui lui
-sembleraient justes et raisonnables[123]. En réalité, il détestait et
-méprisait la nouvelle sultane. Il prétendit, depuis, que le choix du
-prince l’avait écœuré; il le trouvait indigne d’un «aussi grand
-monarque». Après la mort de son amie, la marquise, il avait discrètement
-autorisé, même dans ses entours, les espérances de nobles dames
-impatientes de la remplacer. Mais aucune n’avait eu l’heur de plaire
-absolument au roi. Louis XV avait des goûts bourgeois. Son ministre ne
-chercha pas à les combattre; et le prudent Hardy va jusqu’à
-dire--toujours suivant son habitude, d’après la voix publique--que
-Choiseul les encouragea même, mais en opposant «au Soleil levant» (un
-mot du premier commis Cromot)[124] un astre, un peu moins éclatant, mais
-cependant de belle apparence, la femme du docteur Millin[125].
-
-Certes la Du Barry n’avait ni la marotte des hautes conceptions
-politiques, ni les rêves d’ambition mondiale auxquels Mᵐᵉ de Pompadour
-avait sacrifié les soins d’une santé précaire et la durée d’une vie déjà
-compromise. Elle était dans tout l’épanouissement d’une saine et
-triomphante beauté: et, devenue, avec sa joyeuse humeur de bonne fille,
-son esprit avisé de grisette parisienne et ses appétits de courtisane à
-la mode, la maîtresse en titre du «plus grand roi du monde», elle
-trouvait la place à son goût et prétendait la garder. Aussi l’orgueil
-revêche de Choiseul lui donna-t-il à réfléchir. Et puisque ce ministre
-hautain lui faisait grise mine, elle chercha autour d’elle d’autres
-alliés, dût-elle les prendre dans les rangs ennemis.
-
-«A Fontainebleau, dit M. Claude Saint-André, d’Aiguillon arriva,
-le premier, dans le salon de la favorite, aussi amoureux
-qu’intéressé[126].»
-
-D’Aiguillon était donc tout indiqué. Mᵐᵉ Du Barry lui accorda ses
-faveurs, dit nettement Choiseul.
-
-Dans le portrait élégant que, d’après Brissot[127], Mirabeau a laissé de
-la dame, le célèbre tribun est moins affirmatif. Il avait les meilleures
-raisons pour ménager un client comme l’était le rival de Choiseul. Aussi
-écrivait-il: «Le duc d’Aiguillon avait une marche réglée, l’esprit
-d’ordre, de la suite dans le travail, un plan accommodé aux
-circonstances (un opportuniste de la veille!). Il était aimable sans
-être frivole. On prétendait qu’il avait imité le duc de Choiseul, qui
-commença par lier sa destinée à Mᵐᵉ de Pompadour de la manière
-accoutumée. Si cela n’est pas vrai, c’est bien vraisemblable; lorsqu’on
-signe en tête-à-tête un traité d’alliance, il n’est pas à présumer qu’on
-oublie les préliminaires.»
-
-Le raisonnement est humain. Puis d’Aiguillon savait plaire aux femmes.
-Qu’il fût le fils de la grosse duchesse ou le neveu de la comtesse de
-Maurepas, il était, pour l’une comme pour l’autre, un homme délicieux,
-pourvu de toutes les qualités, orné de toutes les vertus. Dans des
-régions moins familiales, c’était, en dépit de son teint «jaune», le
-beau gentilhomme, le séducteur irrésistible.
-
-Quoi qu’il en soit et sans affirmer, avec la coterie des Choiseul, que
-le duc était l’amant de la Du Barry, ni conclure, comme M. Vatel, qu’il
-était simplement son ami, leur intérêt commun les avait amenés à signer
-ce «traité d’alliance» dont parle Mirabeau, et qui, lui, était bien
-réel.
-
-Deux hommes l’avaient secrètement préparé: le chancelier Maupeou et
-l’abbé Terray, contrôleur général.
-
-Le premier était une créature de Choiseul. C’était un ambitieux «d’une
-froide scélératesse», dont le visage, au teint blême, reflétait toute la
-bassesse d’âme[128]. Choiseul en appréciait cependant l’activité et
-l’intelligence: «Il n’y a personne, disait-il, plus capable que lui
-d’être chancelier: au reste, s’il se conduit mal, je le chasserai».
-Maupeou connut-il le propos? En tout cas, ce fut Choiseul qui fut
-«chassé» avant Maupeou.
-
-L’abbé Terray, l’âme damnée du chancelier[129], valait moins encore;
-c’était un audacieux coquin, cynique, impudent, fripon, sans conscience
-et sans foi, fondant sa fortune et celle de ses entours sur les plus
-odieuses exactions et sur la dilapidation des deniers publics. Ce qui ne
-l’empêchait pas, dans son effronterie, d’exagérer le déficit du Trésor,
-pour en perdre plus sûrement l’agent responsable, le duc de Choiseul.
-
-D’Aiguillon, déjà peu sympathique, entrait donc en rapport avec Mᵐᵉ Du
-Barry sous les auspices de deux fâcheux parrains. Il est vrai qu’il
-amenait avec lui l’élite du parti dévot qui comptait parmi ses chefs le
-maréchal de Richelieu et le duc de la Vauguyon. Et ce n’est certes pas
-un des spectacles les moins piquants pour l’observateur, que l’aspect de
-cette jolie et fringante Mˡˡᵉ Lange, marchant, la main dans la main,
-avec les amis des Jésuites, à l’assaut d’un gouvernement qui, par
-l’expulsion des fils de Loyola, avait assuré l’avènement de ceux de
-Jansénius, c’est-à-dire des Parlementaires.
-
-Au reste, la politique a des raisons que l’honnêteté ne connaît pas. Il
-avait fallu, pour hâter la chute du favori, que l’aimable fille (et c’en
-était bien une) qu’était la Du Barry, eût pris rang à la Cour, qu’elle
-fût _présentée_. Et Belleval, notant un bruit d’antichambre, dit, à la
-date du 20 décembre 1768, que Richelieu, d’Aiguillon et Bertin, l’un des
-prédécesseurs de Terray, «mènent la présentation de la comtesse[130]».
-
-L’ambition--suggérée--de la petite modiste devenue grande dame, ne fut
-complètement satisfaite que le 22 avril 1769. L’opération avait été
-laborieuse. Quand ce pince-sans-rire de Richelieu avait envoyé, suivant
-les règles de l’étiquette, le duc de la Vauguyon annoncer officiellement
-la présentation de la comtesse à Madame Adélaïde, la princesse lui avait
-brusquement tourné le dos[131].
-
-La protection de la Du Barry (car maintenant elle n’était plus une
-protégée) arrivait fort à propos pour d’Aiguillon.
-
-Choiseul, sur la demande des États, avait rétabli l’ancien Parlement de
-Bretagne[132], le 12 juillet 1769, et celui-ci, qui avait encore sur le
-cœur sa disgrâce, s’entraînait à une campagne de revendications avec
-l’exilé de Saintes, La Chalotais, non moins vindicatif que ces Bretons,
-dont les pamphlets toujours virulents, échappaient aux «lacérations» et
-aux «brûlures judiciaires» indéfiniment réclamées par d’Aiguillon[133].
-
-Le duc obtenait, entre temps, de Louis XV, une compensation qui devait
-quelque peu adoucir les cuisantes blessures d’un amour-propre si prompt
-à s’ulcérer.
-
-Il avait jeté son dévolu sur le régiment des chevau-légers. Or, son
-rival le demandait pour le vicomte de Choiseul. Mais, affirme Belleval,
-qui paraît bien informé, Mᵐᵉ Du Barry «a parlé très fort au roi pour le
-duc d’Aiguillon»; et le prince n’a «rien à lui refuser». Au surplus, le
-candidat de Mᵐᵉ Du Barry «a beaucoup d’esprit et de finesse; il connaît
-le Roi et la Cour en homme qui l’a pratiquée toute sa vie».
-
-En effet, Louis XV, après les tergiversations dont il était coutumier,
-s’était décidé à nommer d’Aiguillon au commandement des chevau-légers.
-La duchesse en fait part, le 24 septembre, à Balleroy: «Ce n’est que
-d’avant-hier que M. d’Aiguillon a reçu la lettre du roi par laquelle il
-lui accorde les chevau-légers. Jusque-là, il n’y avait que des
-apparences et des vraisemblances; et par cela seul, il était bien
-difficile d’en rien dire et encore moins d’en écrire avec le _peu de
-sûreté de la poste_ (toujours la hantise du cabinet noir). Vous
-trouverez sûrement que cette charge est fortement payée: douze cent
-mille francs! C’est bien de l’argent, mais, par la suite, c’est un si
-grand avantage pour mon fils que c’est à cela que nous avons sacrifié
-notre aisance actuelle[134].»
-
-Cependant, la réception tardait: «cela dépend, disait plaisamment la
-duchesse, de son habit qui est très long à broder[135]».
-
-Pour n’être pas encore officielle, la nomination n’en était pas moins
-certaine. Le bruit s’en était répandu dans le public et Belleval, qui se
-savait _persona grata_, vint complimenter le nouveau commandant[136],
-mais d’Aiguillon, toujours mystérieux et toujours cachottier,
-l’accueille d’un propos narquois:
-
---Il y a donc des sorciers dans votre pays; et peut-être en êtes-vous
-un?
-
-Belleval insiste: il se porte garant de la respectueuse sympathie de ses
-camarades.
-
---Peut-être, fait d’Aiguillon qui, vraisemblablement en Bretagne, est
-devenu Normand; je ne dis ni oui, ni non. En attendant, mon cher
-marquis, gardez au dedans de vous-même l’impression que peut faire
-naître notre conversation et n’en sonnez mot à personne. Soyez persuadé
-que je serai particulièrement charmé, si je suis votre capitaine, de
-pouvoir m’occuper de vous satisfaire et de vous être agréable.
-
-Voilà bien le grand seigneur, cérémonieux et méfiant que nous
-connaissons, multipliant les chut! chut! autour d’un secret qui est, en
-somme, celui de Polichinelle.
-
-Mais son bel habit est enfin brodé; et la réception officielle fut un
-triomphe pour le mari et... pour la femme. La duchesse est aux anges, et
-son écriture n’en est que plus illisible.
-
- Fontainebleau, 20 octobre 1769.
-
-«... M. d’Aiguillon est tout à fait en possession de la compagnie de
-chevau-légers. Il a été reçu mercredi. Voici comment cela s’est passé.
-
-La troupe a monté à cheval à 10 heures, ayant à leur tête les officiers
-de service actuel. Deux de ceux qui n’en sont pas sont venus prendre M.
-d’Aiguillon et sont montés à cheval avec lui pour rejoindre les autres.
-Le roi est venu à 11 heures à cheval. M. d’Aiguillon l’a suivi et s’est
-rangé à côté de lui, en face de la troupe à qui le roi dit:
-
---Mes chevau-légers, je vous donne mon cousin le duc d’Aiguillon pour
-capitaine-lieutenant; et je vous ordonne de lui obéir en ce qui concerne
-mon service.
-
-Ensuite, en partant, le roi lui a fait un geste de la main rempli de
-bonté. Les maréchaux de Soubise et de Richelieu se sont avancés et ont
-reçu son serment: après quoi, il s’est mis à la tête de la troupe et l’a
-emmenée au pas. Il leur a donné à dîner. En tout ils étaient 80.
-
-J’ai été les voir, quand ils sont sortis de table, et leur ai dit toutes
-les gentillesses dont j’ai pu m’aviser: je me suis rappelé toute ma
-coquetterie des États... Ils m’ont ramenée chez moi et j’ai traversé
-toutes les rues à leur tête, ce qui faisait un beau cortège. Voilà une
-description exacte...»
-
-En tout cas, elle ne manque pas d’un certain brio, qui était bien dans
-le caractère ferme et décidé de la duchesse; mais nous ne voyons pas que
-le beau régiment ait donné, avec la fougue brillante qui lui était
-familière, le temps de galop traditionnel en pareil cas. Le duc «l’a
-emmenée au pas». Un court billet de la duchesse nous révèle le secret de
-cette paisible allure.
-
-«M. d’Aiguillon est encore à Fontainebleau. Il en revient mardi,
-escortant le Roi à la tête des chevau-légers. Il prendra Sa Majesté à la
-Cour de France et la conduira jusqu’à Choisy: la course est un peu
-forte, _n’étant pas habitué d’être à cheval_. Aussi j’ai de l’impatience
-qu’elle soit finie. Il donne, en attendant le roi, une _halte_ aux
-troupes qui sont d’autant plus sensibles à cette attention, qu’ils ne
-sont pas gâtés sur cet article, M. de Chaulnes (son prédécesseur qui
-venait de mourir) ne leur ayant jamais donné un verre d’eau[137].»
-
-Belleval rend compte, lui aussi, dans ses _Souvenirs_, de la cérémonie
-d’investiture, mais en termes techniques et surtout plus concis. Par
-exemple, il nous en apprend ce que dut ignorer Balleroy de sa
-correspondante, les préliminaires; et l’information est d’autant plus
-vraie qu’il la tient de Mᵐᵉ d’Aiguillon elle-même[138]. Il était
-constant que le roi avait promis à Choiseul les chevau-légers pour le
-vicomte, son parent; et quand Mᵐᵉ Du Barry vint le harceler avec la
-candidature de d’Aiguillon, il ne sut comment se dédire vis-à-vis d’un
-ministre qui exerçait encore sur lui un si grand empire. Il opposa à sa
-maîtresse sa parole:
-
---Tant mieux, répliqua Mᵐᵉ Du Barry; c’est une raison pour me
-l’accorder. Ne faut-il pas punir Choiseul de ses méchancetés à mon
-égard?
-
-Le roi ne put réprimer un sourire.
-
---Allons, allons, dites à M. d’Aiguillon qu’il a ma parole.
-
-C’était Mᵐᵉ Du Barry qui avait rapporté la conversation à la duchesse.
-Et Belleval, en la consignant pieusement dans son journal, de l’appuyer
-de cette conclusion doucement ironique: «Ce qui prouve que les paroles
-des rois ne sont pas toujours des paroles d’évangile».
-
-Au reste, n’ayant qu’à se louer de la bonhomie bienveillante de son
-commandant, alors qu’il voyait en Choiseul un grand seigneur si hautain
-et si sec, Belleval glisse légèrement sur la nature des relations qui
-s’étaient établies entre d’Aiguillon et la Du Barry. Il les tient plutôt
-pour deux alliés devenus deux amis. Et si la comtesse se rend aussi
-fréquemment chez la duchesse, c’est en raison du sentiment très vif que
-celle-ci lui inspire, du fait même de son accord avec le duc.
-
-Mᵐᵉ d’Aiguillon n’est pas moins discrète. A peine cite-t-elle une ou
-deux fois, et incidemment, le nom de Mᵐᵉ Du Barry dans ses lettres à
-Balleroy. Nous aurons l’occasion de reparler de son attitude à la Cour
-devant la favorite, attitude qu’on sent commandée par le mari, mais qui
-n’était pas dépourvue d’une certaine gratitude affectueuse. Si
-d’Aiguillon était monté jusqu’au faîte des grandeurs, c’était bien à Mᵐᵉ
-Du Barry qu’il le devait.
-
-Et il a fallu que cette femme, en dépit de l’obscurité de sa naissance,
-de l’indignité de ses débuts et du laisser-aller de sa vie à la Cour,
-eût encore des qualités de charme et de bonté exceptionnelles, pour que
-les libellistes qui la traînèrent si volontiers dans la boue, en aient
-éprouvé quelque remords: car leurs pamphlets ignominieux rapportent des
-faits qui sont tout à la louange de la favorite royale.
-
-Bien avant M. Vatel, dont le livre restera classique, Belleval commença
-la réhabilitation--quoique le mot soit un peu gros--de Mᵐᵉ Du Barry à
-laquelle il avait voué un culte, qui fut presque de l’adoration, dans
-des circonstances qu’il n’est pas inutile de faire connaître.
-
-Un de ses camarades, nommé Carpentier, pris d’un subit accès de folie,
-avait déserté avec armes et bagages. Il avait été bientôt arrêté, jugé
-et condamné; il devait, dans les vingt-quatre heures, avoir «la tête
-cassée», comme on disait alors. Carpentier était très aimé du régiment;
-ses camarades s’émurent et Belleval, qu’on savait au mieux avec
-d’Aiguillon, «courut» à son hôtel lui demander la grâce du déserteur.
-
---Ce n’est pas par moi, lui répondit le duc, que vous l’obtiendrez du
-roi, mais par Mᵐᵉ Du Barry. Revenez tantôt avec votre supplique et je
-vous mènerai chez elle.
-
-A l’heure indiquée, Belleval, en grand uniforme, est reçu par
-d’Aiguillon qui l’attendait et l’introduit chez la favorite, «comme un
-homme devant qui les portes sont toujours ouvertes».
-
-Quand Belleval pénétra dans le sanctuaire, ce fut pour lui un
-éblouissement.
-
-«Elle était, dit-il, nonchalamment assise, plutôt même couchée dans un
-grand fauteuil et avait une robe fond blanc, à guirlande de roses que je
-vois encore. Mᵐᵉ Du Barry était une des plus jolies femmes de la Cour...
-et certainement la plus séduisante par la perfection de toute sa
-personne. Ses cheveux qu’elle portait souvent sans poudre étaient du
-plus beau blond. Ses yeux bleus, bien ouverts, avaient un regard
-caressant et franc qui s’attachait sur celui à qui elle parlait et
-semblait suivre sur son visage l’effet de sa parole. Elle avait le nez
-mignon, une bouche petite et une peau d’une blancheur de la santé.
-
-«Enfin on était bientôt sous le charme et c’est ce qui m’arriva si fort
-que j’en oubliai presque ma supplique dans le ravissement où j’étais de
-la contempler. J’avais vingt-cinq ans alors. Elle s’aperçut bien de mon
-trouble que d’ailleurs le duc d’Aiguillon lui fit remarquer avec
-beaucoup de finesse et en lui tournant un compliment comme il savait les
-faire.»
-
-Belleval se ressaisit et présenta sa requête avec une éloquence si
-pressante, eu égard au peu de temps dont il disposait, que Mᵐᵉ Du Barry
-lui promit de parler immédiatement au roi, lui laissant espérer la grâce
-de son protégé.
-
---Monsieur le duc, ajouta-t-elle, sait bien que ses amis sont aussi les
-miens et je le remercie de ne pas l’oublier.
-
-Puis, après quelques questions obligeantes sur la famille de Belleval et
-ses états de service, elle congédia les deux auditeurs en disant au
-jeune officier qu’il «aurait bientôt de ses nouvelles».
-
-«Elle tendit la main au duc d’Aiguillon qui la baisa en lui disant:
-
---C’est pour le capitaine-lieutenant. N’y aura-t-il rien pour la
-compagnie?
-
-Ce qui la fit rire et me valut la même faveur qu’au duc.»
-
-Naturellement le _déserteur_ fut gracié[139].
-
-Comment s’étonner si, après une telle audience, Belleval devint un
-adorateur passionné de cette Déesse... des petits Appartements!
-
-
-
-
-VIII
-
- _Le Conseil accorde à d’Aiguillon l’évocation de son procès de
- Rennes devant le parlement de Paris.--Appui prêté par Mᵐᵉ Du Barry,
- malgré la résistance de Louis XV.--Le mémoire justificatif de
- Linguet; un collaborateur masqué; récompense de Marmontel.--La
- procédure du parlement de Paris.--Trêve
- matrimoniale.--Incidents.--Reprise des séances: récit de Mᵐᵉ
- d’Aiguillon.--Le roi arrête le procès.--La vengeance du
- parlement.--D’Aiguillon entaché._
-
-
-Les _Mémoires secrets_ publiaient, à la date du 12 mars 1770[140], comme
-information, qu’on venait d’imprimer furtivement «la procédure de
-Bretagne, ou procès extraordinairement instruit et jugé, au sujet
-d’assemblées illicites, discours injurieux, subornation de témoins,
-complots de poison et incident de calomnies, précédé d’un discours
-préliminaire, où le duc d’Aiguillon est représenté comme l’ennemi
-implacable, l’instigateur et presque le bourreau de six exilés, un sujet
-indigne de la confiance de son prince, un chef de conjurés, un suborneur
-de témoins, le fauteur d’un projet d’empoisonnement, le complice et
-peut-être même le premier auteur de ces crimes».
-
-Autant déclarer avec le fabuliste que la mort était seule capable
-d’expier de tels forfaits.
-
-Choiseul n’allait pas jusque-là; car, si, dans les _Mémoires_ qui
-parurent sous son nom, en 1790[141], il dit, à propos de cette instance
-judiciaire: «J’ai cru que M. d’Aiguillon était déshonoré et je le
-regarde encore comme tel», il ajoute, par manière de correctif: «mais je
-n’ai jamais cru qu’on pût le faire pendre». Il plaide même, avec une
-sorte de pitié dédaigneuse, les circonstances atténuantes en faveur d’un
-adversaire qui, victime d’un atavisme vaguement défini, n’est peut-être
-pas entièrement responsable de son indignité: «Il avait porté dans son
-commandement le caractère malheureux de despotisme, de basse vengeance
-et même de cruauté _avec lequel il était né_.» Mais Choiseul ne
-l’était-il pas, lui aussi, responsable de ces prétendus excès de
-pouvoir, pour en avoir si longtemps maintenu l’auteur dans son
-commandement?
-
-La situation devenait donc, sinon menaçante, du moins irritante pour
-d’Aiguillon. Maupeou, par politique, beaucoup plus que par sympathie
-pour le rival de Choiseul, estima que le procès devait être évoqué
-devant le parlement de Paris; et, comme Maupeou, d’Aiguillon demanda et
-obtint du roi, le 24 mars, cette juridiction qui était celle de ses
-pairs[142].
-
-Ce n’était pas sans peine que le Conseil s’était arrêté à cette
-solution. D’abord le parlement de Rennes, à qui Louis XV avait
-énergiquement refusé le rappel des La Chalotais, n’entendait pas qu’on
-lui infligeât encore une nouvelle déception, en lui retirant le procès
-de M. d’Aiguillon, cette proie sur laquelle il s’était rejeté avec
-délices. Jusqu’au 17 mars, il s’obstinait à ne point s’en dessaisir,
-sachant de reste que nombre de parlementaires parisiens étaient de cœur
-avec lui[143].
-
-D’Aiguillon, lui, ne pouvait oublier qu’à deux reprises différentes, en
-1767 et 1769, il avait supplié le roi de lui laisser porter devant ses
-pairs une plainte en règle contre ses accusateurs, et que chaque fois le
-Conseil lui avait répondu par une fin de non-recevoir. Mais,
-aujourd’hui, en présence de ces histoires de brigands auxquelles
-semblait croire le duc de Choiseul, il ne pouvait point ne pas rompre ce
-silence, que le roi, dans son horreur de tout bruit, avait si souvent
-exigé de la longanimité de son représentant. Le maréchal de Richelieu et
-la comtesse de Forcalquier--une amie bien chère[144]--appuyaient les
-revendications de l’ancien commandant de Bretagne:
-
---Il lui faut, disaient-ils, une justification triomphante.
-
-Dans le principe, Maupeou avait longtemps hésité: il savait le secret
-des répugnances royales; et ce «Pantalon au regard faux et perfide»,
-comme l’appelait Sénac de Meilhan, mais déjà tacticien consommé, se
-demandait peut-être l’avantage qu’il pouvait tirer du salut ou de la
-perte d’un homme que protégeait si visiblement la sultane favorite.
-
-Ne lui avait-elle pas déjà donné une preuve indéniable de sa
-bienveillance, alors qu’il négociait l’achat des chevau-légers[145]?
-D’Aiguillon sut l’amener à lui en ménager une nouvelle, à cette heure
-décisive pour sa fortune. Richelieu, adroit et complaisant, obtint de
-Mᵐᵉ Du Barry des entrevues, où, sous prétexte de l’intéresser à un
-procès, qu’au dire des contemporains elle eut toujours beaucoup de mal à
-comprendre, d’Aiguillon continua sur elle ce travail d’emprise qui
-devait le conduire au pouvoir. «Doucement tendre, peu à peu, il s’empara
-d’elle. Sa mère, la vieille duchesse, «au regard fol», plaida aussi la
-cause de son fils, avec une éloquence passionnée» qui parvint à
-convaincre la comtesse[146].
-
-Tant d’influences, et de si diverses natures, finirent par l’emporter.
-Maupeou et les autres ministres opinèrent en faveur de d’Aiguillon.
-
---Vous le voulez, dit Louis XV, qui fit un dernier semblant de
-résistance, au Conseil du 24 mars; vous verrez ce qui arrivera.
-
-Maupeou le pressentait peut-être.
-
-Toujours est-il que des lettres patentes ordonnèrent au parlement de
-Rennes de passer les procédures à celui de Paris, qui fut convoqué, à
-Versailles, où devait s’ouvrir, le 4 avril, ce procès célèbre, prélude
-d’un plus célèbre encore.
-
-La première séance fut solennelle et magnifique: nos pères aimaient
-l’apparat judiciaire. Le 7 avril, le procureur général concluait--et
-l’assemblée adopta cette solution--à l’annulation des procédures de
-Bretagne. Tout était à recommencer; informations, réassignations et
-auditions de témoins; et du 16 avril au 7 mai, ce fut une série
-interminable de dépositions--entre autres, celles d’Hévin et de
-Cornulier de Lucinière--rebrassant, avec quelle animosité, les
-accusations d’assassinat, des crimes les plus vils et les plus odieux,
-qui mettaient infailliblement d’Aiguillon au ban de la société.
-L’émotion fut intense. Maupeou se rappela le mot du roi: car ce n’était
-pas seulement le procès d’un agent de l’autorité, mais celui de cette
-même autorité qui s’instruisait en public.
-
-«Le gouvernement, écrit Linguet, à titre d’avocat-conseil, était donc
-forcé d’arrêter cette explosion formidable.»
-
-D’Aiguillon avait, en effet, choisi pour rédiger les mémoires
-justificatifs qu’il voulait présenter au parlement, cet homme, dont la
-personnalité stimulait déjà singulièrement la curiosité publique. Assez
-froidement accueilli, lors de ses débuts, par d’Alembert qui s’était
-défendu d’appuyer sa candidature à l’Académie, Linguet avait juré une
-haine éternelle aux Encyclopédistes. Il avait fait une active campagne
-contre leurs idées philosophiques et leurs doctrines d’économie
-politique, dans des livres où il avait donné libre cours à la fougue de
-sa polémique outrancière qu’avivait encore l’âpreté d’un esprit
-naturellement paradoxal et sarcastique. Puis, estimant sans doute que
-ses contemporains ne lui décernaient pas assez de couronnes, il se fit
-inscrire au barreau, où son plaidoyer en faveur du chevalier de la
-Barre--cher pourtant aux philosophes--avait trouvé, à juste titre,
-nombre d’approbateurs, quand d’Aiguillon lui confia sa défense.
-
-S’il faut en croire un passage fort intéressant des _Mémoires_[147] de
-Marmontel, le duc ne fut que médiocrement satisfait du travail de
-Linguet; il en déplorait le ton déclamatoire et le verbiage ampoulé.
-C’étaient ses propres expressions qu’un certain Garville, «honnête
-homme» et grand ami de la Clairon, citait à Marmontel, chez Mᵐᵉ
-Geoffrin.
-
---J’ai appris, disait-il, à connaître M. d’Aiguillon au cours de mes
-voyages en Bretagne et je suis convaincu que le procès qui lui est
-intenté est tout simplement «une affaire de parti et d’intrigue.
-Malheureusement il n’a pu trouver pour avocat qu’un enfant perdu»,
-Linguet, «de qui le talent n’est pas encore formé».
-
-C’était le duc d’Aiguillon qui parlait, en ces termes, à Garville de son
-défenseur et du mémoire qui l’avait si fort mécontenté.
-
---Mais, lui répliquait son interlocuteur, «voyez un homme de lettres...»
-
---Ils sont tous contre moi, interrompait le duc.
-
-C’est alors, dit Garville, en s’adressant à Marmontel, que je «vous ai
-nommé comme un ennemi-né de l’injustice et du mensonge».
-
-Aussitôt le duc d’embrasser Garville: «Vous me rendrez le plus grand des
-services, si vous engagez M. Marmontel à travailler à mon mémoire».
-
-L’invite était formelle et pressante; et peut-être bien la rencontre de
-«l’homme de lettres» avec le confident de M. d’Aiguillon n’était-elle
-pas aussi fortuite que semble vouloir le dire le narrateur.
-
-En tout cas, Marmontel déclare solennellement:
-
-«--Ma plume ne se refuse pas à servir une bonne cause. Je veux connaître
-celle du duc d’Aiguillon pour savoir si je dois travailler pour lui:
-qu’il me confie ses papiers. Je m’emploierais de même à servir la cause
-de l’homme du peuple (toujours l’humanitarisme vrai ou faux du XVIIIᵉ
-siècle!). Je ne mets à mon acquiescement que deux conditions, que le
-secret me sera gardé et qu’il ne sera jamais question de lui à moi de
-remercîments ou de reconnaissance; je ne veux même pas le voir.»
-
-Le petit couplet en l’honneur de la fierté et de l’indépendance du
-lettré serait le plus joli du monde, s’il n’avait reçu, et même dans
-cette occurrence, de forts accrocs, hélas! trop humiliants pour le
-siècle de la philosophie.
-
-Donc, dès le lendemain, Garville apporte les papiers. Marmontel y
-découvre la preuve que «le procès n’est qu’une persécution suscitée par
-des animosités personnelles». Il prend alors le mémoire de Linguet, le
-«refond, y met de l’ordre et de la clarté, en élague les métaphores
-incohérentes», complète enfin le travail d’un «nouvel exorde (celui de
-Linguet était trop impertinent) et d’une conclusion également nouvelle,
-la première n’étant pas suffisamment serrée».
-
-D’Aiguillon, enchanté, «fait venir Linguet et le prie d’adopter les
-changements» qu’il a introduits dans le mémoire.
-
-Linguet jette feu et flamme: «C’est, dit-il, un homme de l’art qui a mis
-la main à mon ouvrage: vous voulez me déshonorer, car je n’entends être
-l’écolier de personne. Cherchez un avocat qui veuille être le vôtre: ce
-n’est plus moi.»
-
-D’Aiguillon, le personnage si hautain et si vaniteux, se voit obligé de
-subir ces rebuffades, «puisqu’il ne pouvait trouver d’autre avocat». Il
-finit donc par apaiser Linguet, qui reprend son mémoire pour y mettre la
-dernière main. Il refait l’exorde et la conclusion, mais il conserve
-l’ordre suivi par Marmontel et ne rétablit pas les bizarreries de style
-biffées par le correcteur.
-
-Nous avons cru qu’il ne serait pas indifférent au lecteur de connaître
-le dénouement de cet épisode de la vie littéraire au XVIIIᵉ siècle.
-
-Linguet, écrit Marmontel, parvint à savoir le nom du confrère qui avait
-ainsi rhabillé sa prose: il fut dès lors «son plus cruel ennemi».
-
-Quant à Marmontel qui, si l’histoire est exacte, serait le premier
-apôtre de la réhabilitation du commandant de Bretagne, il ne tarda pas,
-de son propre aveu, à rabattre quelque peu de son attitude républicaine
-vis-à-vis le duc d’Aiguillon. L’obligeant Garville redoubla si fort ses
-instances qu’il décida Marmontel à venir dîner chez son client de
-circonstance; et celui-ci, quelque temps après, lui adressait, _manu
-propria_, ce succulent poulet:
-
-«Je viens, monsieur, de demander pour vous au roi la place
-d’historiographe de France, vacante par la mort de M. Duclos. Sa Majesté
-vous l’a accordée. Je m’empresse de vous l’annoncer. Venez remercier le
-roi.»
-
- * * * * *
-
-Quoi qu’il en soit, le «secret» exigé par Marmontel fut bien «gardé»;
-car les malicieux rédacteurs des _Mémoires_ dits de Bachaumont, toujours
-à l’affût des échos scandaleux, ne soufflent mot de ce passage à la
-teinture de l’œuvre de Linguet. Lorsqu’ils signalent l’apparition de
-celle-ci dans leur article du 21 juin 1770, ils démontrent, quoique
-plutôt hostiles à l’ancien commandant de Bretagne, avec quelle habileté
-l’avocat avait fait valoir la cause de son client. D’après Linguet, le
-duc avait su concilier les exigences de l’Etat avec les intérêts de la
-province, à tel point que ses ennemis eux-mêmes n’avaient osé lui
-refuser leurs éloges; mais le défenseur n’avait pu «dissimuler que, dans
-la septième tenue des États, en 1768, le duc d’Aiguillon n’eut pas le
-même succès et que, le trouble parvenu à son comble, il crut devoir, par
-une retraite prudente, prévenir un plus grand et plus long désordre».
-
-C’était alors la conviction qu’avait l’avocat[148] ou qu’il prétendait
-avoir. Car, depuis, quand il fut en contestation avec le duc pour le
-chiffre de ses honoraires, il s’infligea à lui-même le plus sanglant
-démenti dans des invectives restées classiques: palinodie écœurante, que
-constate, non sans une joie maligne, dans ses _Souvenirs_, Brissot de
-Warville, et qu’y vient confirmer une anecdote des plus piquantes. Le
-futur conventionnel avouait, en effet, que d’Aiguillon «défendu par les
-mémoires de Linguet ne lui semblait pas coupable» et il les appelle, ces
-«mémoires», un «monument éternel de honte et d’infamie». A Mᵐᵉ Lem qui
-les lui avait reprochés, Linguet n’avait-il pas eu le cynisme de
-déclarer:
-
-«--Pourquoi les États de Bretagne ne se sont-ils pas adressés à moi? Je
-les aurais défendus![149]»
-
-Le parlement de Paris avait pris en main leur cause, de façon si
-ostensible, et dans un esprit de malveillance si prononcé contre
-d’Aiguillon, que, le 8 mai, le chancelier enjoignait, de l’ordre du roi,
-au premier président d’apporter la grosse de l’information, close la
-veille. Le 9, le parlement obéissait, mais avec cette raideur dont il
-était coutumier: il usait de son arme familière,--les remontrances--pour
-déclarer solennellement que «l’honneur ne se rétablit pas par voie
-d’autorité» et qu’«interrompre la procédure serait porter préjudice à
-l’accusé, au bien de la justice et au service du roi».
-
-Une trève de courte durée interrompit ces premières hostilités.
-
-Louis XV mariait le Dauphin, son petit-fils, avec l’archiduchesse
-d’Autriche, Marie-Antoinette, fille de l’impératrice-reine
-Marie-Thérèse. Dans les fêtes mêmes qui marquèrent cette nouvelle
-alliance entre deux maisons si longtemps rivales, les ennemis de
-d’Aiguillon trouvèrent amplement matière à exercer leur malignité contre
-l’ancien commandant de Bretagne. Ils se montraient dans les allées,
-brillamment illuminées, du parc de Versailles, alors que Choiseul
-donnait le bras à la princesse de Beauvau[150], d’Aiguillon offrant
-gracieusement le sien à l’ancienne maîtresse du Roué. Et qui sait?
-peut-être signalèrent-ils le couple odieux, par une allusion perfide, à
-l’adolescente, qui, devenue femme et plus tard reine de France, devait
-envelopper dans la même exécration le favori et la favorite de Louis XV.
-Car, si chastement que l’eût élevée sa mère, la future Dauphine ne
-pouvait ignorer en quel milieu les exigences de la diplomatie
-l’appelaient à vivre. Mais, Marie-Thérèse, qui avait un sens politique
-si développé, lui avait recommandé une extrême prudence, la meilleure
-forme de déférence que la jeune épousée dût observer envers un roi et un
-vieillard.
-
-S’il faut en croire les _Anecdotes de la comtesse Du Barry_[151] qui
-parfois sont bien informées, des émissaires de M. de Choiseul auraient
-tenté de dissuader la maîtresse du roi d’assister à l’«entrée» de la
-Dauphine; ces officieux l’engageaient même à prétexter une saison à
-Barèges, pour éviter une rencontre qui pourrait désobliger la jeune
-princesse.
-
---Ah! madame, lui dit Richelieu, ignorez-vous les dangers de l’absence?
-
-Et d’Aiguillon d’appuyer fortement l’argumentation de son cousin.
-
-«Ils avaient raison, conclut le rédacteur des _Anecdotes_; car la chose
-se passa fort bien.»
-
-En apparence peut-être, mais nous ne serions pas autrement surpris si
-les intrigues de cour, toujours souterraines et mystérieuses, n’avaient
-agi dans le sens que nous indiquions plus haut.
-
- * * * * *
-
-Les fêtes officielles du mariage étaient à peine terminées que le
-parlement, impatient de reprendre la piste, faisait prier le roi, le 26
-mai, de lui donner son jour pour prononcer sur deux requêtes qu’il avait
-reçues, l’une de d’Aiguillon, l’autre de la Chalotais qui se portait
-partie civile.
-
---Je répondrai, dit Louis XV, quand j’aurai la grosse de la seconde
-information.
-
-Le parlement s’ajourne au 19 juin, mais avec le vague pressentiment que
-se préparait un coup de force, d’ailleurs proposé au Conseil par
-Maupeou.
-
-Le 19, les gens du roi viennent annoncer que le prince «parlerait» le
-27. Louis XV ne «parla» que le 28.
-
-Ici nous laisserons «parler» aussi Mᵐᵉ d’Aiguillon: car elle a très
-véridiquement retracé la physionomie de la journée. Dès le lendemain, le
-29, elle écrit au chevalier; elle est encore sous l’impression de
-l’événement; et l’émotion qu’elle en éprouve n’altère ni la fermeté de
-son esprit, ni la souplesse de sa belle humeur. Elle montre combien,
-dans ces heures critiques, elle reste à la hauteur de son devoir,
-multipliant ses bons offices auprès de son mari et prêchant d’exemple,
-par son attitude énergique, mais enjouée, à cet homme que semble effarer
-la nécessité de prendre une décision.
-
-Elle dit tout d’abord à son confident combien elle est «affairée,
-quoique n’ayant rien à faire» et s’excuse d’être en retard avec lui: ne
-s’est-elle pas «persuadée que qui n’écrit pas de mémoires, ne doit pas
-écrire?»
-
-Mais, par contre, ce qu’elle en lit! «Tout autre genre de littérature
-est banni de chez moi: le code et le code criminel, voilà les livres que
-l’on trouve dans mon boudoir et sur ma toilette.» Aussi dans quelle
-solitude vit-elle! «Depuis votre départ, je n’ai vu qui que ce soit le
-soir: je reste seule jusqu’à dix heures, dix heures et demie que M.
-d’Aiguillon revient et cause avec moi jusqu’à près de minuit.» Comme son
-mari rentre très fatigué--elle n’ose dire très déprimé--elle s’efforce
-de le distraire: elle court toute la journée «pour attraper quelques
-nouvelles ou quelques histoires qui puissent l’amuser un moment[152]».
-
-Mais, sous ce badinage de surface, sa perspicacité reste toujours en
-éveil et son raisonnement immuable: «Ce qui peut nous arriver de mieux
-serait d’être jugé.»
-
-Malheureusement «le ministère n’a pas pensé de même» ajoute-t-elle sans
-commentaires. Et elle résume, à l’intention de son correspondant, les
-divers épisodes du «lit de justice» qui s’est tenu la veille, «pour
-faire enregistrer les lettres patentes par lesquelles le roi arrête la
-procédure et défend de la continuer». Là-dessus, «le chancelier a fait
-un beau discours» (la pointe d’ironie est à peine sensible) pour
-expliquer la pensée du prince. «Le roi, dit-il, qui n’avait pas permis à
-M. d’Aiguillon, l’an passé, malgré ses instances, de rendre publiques
-les requêtes qu’il lui avait présentées, a voulu, cette année, savoir
-quelles étaient les accusations. Il a permis, en conséquence, que les
-instructions se fissent avec le plus grand appareil judiciaire. Mais,
-très surpris de voir que quelques témoins avaient parlé de choses
-étrangères au sujet et compromis ainsi l’administration, il défendait la
-suite de cette affaire et ordonnait le silence le plus absolu.»
-
-Ici se place un incident assez piquant:
-
-«Comme, au moment de l’enregistrement, le duc d’Orléans avait paru y
-mettre quelque obstacle, le roi lui a dit qu’il lui permettait ainsi
-qu’aux autres pairs d’aller au Palais, mais qu’il lui ordonnait, au cas
-où l’on parlerait de cette affaire, de lever le siège et de sortir.»
-
-Une consolation restait à la duchesse, c’est que «dans les lettres
-patentes, le roi disait qu’il n’avait jamais vu dans la conduite de M.
-d’Aiguillon que le plus grand zèle pour son service et pour le bien de
-l’État[153]».
-
-Pas plus qu’elle, aucun des amis, ni même des ennemis de M. d’Aiguillon
-n’avait été dupe de cette solution inattendue. En vain, Louis XV
-avait-il justifié publiquement le représentant de sa politique; en vain,
-pour lui donner une preuve nouvelle de sa confiance, l’avait-il emmené
-souper avec lui à Marly. Le duc n’en était pas moins victime d’un déni
-de justice. Et son entourage en exprimait très haut son mécontentement;
-Mᵐᵉ Du Deffand le note dans ses lettres. Le chevalier d’Abrieu,
-secrétaire intime de d’Aiguillon, de Laigle, le vicomte de Barrin,
-Becdelièvre, Tinténiac et combien d’autres déplorent un tel
-dénouement[154]. De la Guerre en écrit à la duchesse. Tous stigmatisent
-la perfidie de Maupeou qui a voulu faire coup double, et contre
-d’Aiguillon, et contre le parlement.
-
-Voltaire, lui-même, écrit que le duc d’Aiguillon fut victime d’une
-persécution publique et acharnée presque semblable à celle dont mourut
-Lally. Avait-il oublié par hasard la _galéjade_ que lui avait inspirée
-le cure-dent de la Chalotais? Ou ne vaut-il pas mieux croire qu’il
-obéissait au premier élan de son cœur qui le portait d’instinct vers
-les victimes de l’injustice et de la calomnie? Et puis l’affection, un
-peu aveugle, qu’il avait toujours vouée à Richelieu, ne pouvait-elle
-rejaillir sur un des plus proches parents de son héros?
-
-Pour nous, autrement précise est l’opinion de Condorcet, quand il écrit
-à Turgot, le 29 juin, le même jour que la duchesse à Balleroy: «S’il est
-vrai que le parlement de Rennes l’ait (le duc d’Aiguillon) calomnié en
-1764 et n’ait cessé de le faire calomnier depuis, j’avoue que la haine
-parlementaire est aussi cruelle que le despotisme ministériel[155].»
-
-Cette «haine parlementaire» allait singulièrement justifier
-l’appréciation, presque prophétique, de Condorcet.
-
-La duchesse, dans sa lettre à Balleroy, qui dut partir fort tard le 29
-juin, disait que le jour même, le parlement avait tenu une très longue
-séance de onze heures du matin à neuf heures et demie du soir. Le
-résultat en était resté indécis et confus: «Vingt avis s’étaient ouverts
-plus biscornus les uns que les autres et plus impertinents envers le
-roi.» De guerre lasse, on s’était ajourné au lendemain. Mais la duchesse
-prenait facilement son parti d’orages qu’elle avait vus tant de fois
-au-dessus de sa tête: «C’est l’affaire du roi, écrit-elle, ce n’est plus
-la nôtre... Nous allons partir bientôt pour Véret.»
-
-Pouvait-elle prévoir le coup de tonnerre qui allait si brusquement
-retentir par tout le royaume?
-
-Le 2 juillet, le parlement assemblé sans les princes et les pairs qui
-s’étaient, sur les ordres de Louis XV, abstenus de siéger, rédigeait
-les remontrances et l’arrêt, dont il devait être, dans un avenir
-prochain, le mauvais marchand.
-
-Il s’élevait contre l’abus de pouvoir qui interrompait le cours de la
-justice, violait les formes les plus précises et garantissait l’impunité
-aux gouverneurs de province; il retenait ces dépositions qu’avait
-frappées de suspicion le gouvernement et, sans débats, sans même que
-l’accusé eût été entendu, il fulminait cet arrêt célèbre qui entachait
-d’Aiguillon et l’excluait des fonctions de la pairie; «ces lettres
-patentes à lui données par le roi, étaient des lettres d’abolition».
-
-On eût dit que l’auteur de la _Lettre d’un gentilhomme breton_, le plus
-vigoureux des pamphlets dirigés contre le commandant de Bretagne, avait
-eu comme le pressentiment de cet arrêt inique et l’avait frappé, par
-anticipation, de flétrissure, quand il déclarait que retenir les La
-Chalotais en exil, après les avoir pour ainsi dire réhabilités, était un
-déni de justice: «Les commencements de preuves, déclarait le
-pamphlétaire anonyme, ne sont pas des preuves».
-
-Cet aphorisme, bien qu’émané d’un adversaire, se retournait contre
-l’arrêt du parlement; car c’était également un déni de justice que
-d’avoir noté d’infamie le duc d’Aiguillon, en violant, avec une telle
-désinvolture, les lois de la raison et de l’équité[156].
-
-Mais, dans ces affaires de Bretagne, les illégalités ne se comptaient
-déjà plus.
-
-
-
-
-IX
-
- _Riposte de Maupeou: cassation de l’arrêté.--Pluie de couplets et
- d’anecdotes satiriques.--Avanies prodiguées à Mᵐᵉ Du
- Barry.--Insolences et mécomptes des parlementaires bretons d’après
- Mᵐᵉ d’Aiguillon.--La journée du 3 septembre.--Louis XV revient aux
- traditions de son bisaïeul.--Le sac du roi et le char de la
- blanchisseuse de d’Aiguillon.--Indulgence et pitié.--Le Parlement
- de Paris courbe la tête.--Mᵐᵉ d’Aiguillon et ses «chers Bretons»._
-
-
-L’arme qui blessait d’Aiguillon atteignait du même coup la royauté.
-Maupeou, tout satisfait qu’il dût être de la flétrissure du
-fonctionnaire, ne pouvait cependant admettre qu’elle s’étendît jusqu’au
-prince. Aussi envoyait-il à Saint-Hubert, pavillon de chasse où
-séjournait volontiers Louis XV, l’arrêté du parlement avec un projet de
-cassation que signa le roi et que le chancelier envoya immédiatement à
-l’impression.
-
-Cette riposte de Maupeou ne suffisait pas à laver d’Aiguillon de la
-honte qu’il avait subie et que n’avait su lui éviter Mᵐᵉ Du Barry, si
-bien préparée pourtant à ce rôle de sauveteur. La malignité des
-libellistes en prenait texte pour cribler d’épigrammes la protectrice et
-le protégé. Un couplet de vaudeville, écrit «sur l’air du _Déserteur_»
-fait dire au duc:
-
- Oublions jusqu’à la trace
- De mon procès suspendu.
- Avec des lettres de grâce
- On ne peut être pendu.
-
- Je triomphe de l’envie,
- Je jouis de la faveur.
- Grâces aux soins d’une amie,
- J’en suis quitte pour l’honneur[157].
-
-Le duc de Brissac prétendait que d’Aiguillon «avait sauvé sa tête, mais
-qu’on lui avait tordu le col». Et Maurepas qui ne laissait jamais
-échapper l’occasion de placer un mot, fût-ce aux dépens d’un parent ou
-d’un ami, ajoutait: «Je crains bien que de tout ceci, il ne reste à mon
-neveu que le jaune[158].» On sait que d’Aiguillon avait le teint
-safrané.
-
-Louis XV le voyait d’une autre couleur.
-
-«--Comme il est pâle! disait-il, à son petit lever, en l’apercevant de
-loin.
-
---Votre Majesté juge toujours les gens bien favorablement, répliqua le
-duc d’Ayen: tout le monde le voit bien noir[159].»
-
-Un mauvais plaisant eut, paraît-il, l’audace d’envoyer à d’Aiguillon un
-dégraisseur auquel il persuada que le duc était très sourd et qui lui
-cria en présence d’une brillante assemblée: «On m’a dit que vous me
-demandiez pour laver les taches qui sont sur votre cordon bleu[160]».
-
-Des faits autrement graves que le colportage de couplets ou d’anecdotes
-satiriques ne pouvaient échapper à l’observation du principal intéressé.
-La future reine de France, qui n’avait pas encore atteint sa quinzième
-année, était manifestement prévenue contre Mᵐᵉ Du Barry: il ne manquait
-pas de bonnes volontés pour remplir cet office, ne fût-ce que celle de
-M. de Choiseul, d’autant mieux écouté de la Dauphine, que la fille de
-Marie-Thérèse devait son mariage à ce partisan résolu de l’alliance
-autrichienne. Aussi, dès le 9 juillet, donnait-elle à sa mère cette
-impression de la Du Barry, qu’«elle était la plus sotte et la plus
-impertinente créature qui fût imaginable». Marie-Antoinette s’était
-trouvée à côté d’elle au jeu du roi: «elle lui avait cependant parlé
-quand il le fallait[161]».
-
-De leur côté, les ennemis de d’Aiguillon entendaient profiter de leur
-victoire. L’arrêt du Parlement était à peine rendu, qu’ils le
-répandaient dans tout Paris par des colporteurs, que pourchassait
-vainement d’Hémery, l’inspecteur de police, chargé de la surveillance de
-la librairie[162]. La rumeur publique voulait que la duchesse de
-Gramont[163], sœur de Choiseul, traversant la Provence et le Languedoc
-pour aller à Barèges, eût tenté de soulever les Parlements de ces deux
-provinces contre la décision du conseil suspendant le procès de
-d’Aiguillon. Et le maréchal de Richelieu avait eu à cet égard une
-explication des plus vives avec le duc de Choiseul.
-
-L’ambassadeur d’Autriche en France, Mercy-Argenteau, relate l’anecdote à
-Marie-Thérèse, puis lui en raconte une autre, démontrant de reste
-comment d’habiles courtisans savaient développer chez Marie-Antoinette
-une antipathie qui trouvait là un terrain si propice et qui devait
-bientôt rejaillir de Mᵐᵉ Du Barry sur d’Aiguillon. La dauphine avait vu,
-non sans déplaisir, qu’on entraînait son mari dans les soupers du
-pavillon de l’Hermitage, où le roi, revenant de la chasse, se
-rencontrait avec sa maîtresse. Or, Mᵐᵉ de Noailles, dame d’honneur de
-Marie-Antoinette, avait conseillé à la jeune princesse d’y accompagner
-par politique le dauphin. Choiseul, qu’avait consulté la dauphine, avait
-estimé que la place de Marie-Antoinette n’était pas aux soupers de
-l’Hermitage, qu’elle «ne devait pas le demander», mais que «si le roi le
-lui proposait, elle devait s’y prêter avec une apparence de
-plaisir[164]».
-
-Des avanies, visant plus directement la favorite, et de ce fait
-autrement outrageantes, ne lui étaient pas épargnées par l’entourage et
-surtout par la famille de Choiseul. La duchesse de Gramont, beauté
-arrogante et superbe, qui avait convoité la succession de Mᵐᵉ de
-Pompadour auprès de Louis XV, se faisait remarquer plus particulièrement
-par son insolence envers Mᵐᵉ Du Barry. Si, certain jour, à Choisy, les
-dames de la cour s’étaient refusées à laisser la maîtresse du roi
-prendre place au milieu d’elles, c’est que la duchesse de Gramont était
-une des instigatrices les plus actives de ce complot féminin. Sa
-parente, la comtesse, n’était pas une des ennemies les moins acharnées
-de Mᵐᵉ Du Barry; et les propos injurieux dont elle l’avait accablée lui
-avaient valu un exil à quinze lieues de Paris[165].
-
-Ce dut être surtout à cette heure critique, dans le courant de juillet
-1770, que l’alliance se scella définitivement, sous les auspices du
-chancelier, entre la femme si cruellement offensée par les affronts «des
-Choiseul» et l’homme, au cœur débordant de rancune, que le Parlement
-croyait avoir marqué d’une flétrissure indélébile.
-
-D’Aiguillon n’était pas parti pour Veretz, comme l’avait écrit la
-duchesse; mais il était toujours sur les chemins, suivant de près une
-affaire qui touchait si fort à son honneur, alors que sa femme, fidèle
-au programme qu’elle s’était précédemment tracé, restait à Paris pour
-surveiller les intérêts de M. d’Aiguillon et pour lui apporter, dès son
-retour, le réconfort d’un accueil toujours souriant.
-
-Nous ne voyons pas, à moins que ses lettres ne se soient égarées,
-qu’elle ait appris ni commenté à son correspondant l’arrêt qui avait
-noté d’infamie le duc d’Aiguillon et provoqué, de ce fait, un tel
-retentissement dans le pays.
-
-La première lettre que nous retrouvions de sa main, depuis ce coup de
-foudre, date du 23 août 1770 et ne parle que des affaires de Bretagne.
-Il n’avait pas suffi au Parlement de Rennes de voir «entaché» l’ancien
-commandant de la province; il avait voulu encore protester contre les
-lettres patentes du 27 juin qui en avaient suspendu le procès; et rêvant
-d’une de ces coalitions, qui étaient la négation même du pouvoir royal,
-il avait invité les autres Parlements à se fédérer pour demander des
-explications au souverain sur la punition infligée aux deux procureurs
-généraux de Rennes.
-
-La réplique ne s’était pas fait attendre. Dix-huit bretons avaient été
-mandés à la Cour où ils devaient se rendre le 20 août[166]:
-
-«Je ne veux pas, écrit Mᵐᵉ d’Aiguillon à Balleroy, sur un ton d’aimable
-ironie, que vous appreniez par d’autres que par moi la détention de
-votre cher cousin, M. de Lohéac[167]: l’intimité qui était entre vous
-vous y rendra sûrement très sensible. Voici le fait: Vous avez vu toutes
-les sottises de notre Sénat breton et surtout celle des 18 membres qui
-se sont distingués, à la tête desquels étaient MM. de Lohéac et La Noue:
-ce qui a déterminé le roi à en faire justice. On dit qu’ils ont été
-menés au Château de Vincennes. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’ils ont été
-arrêtés en sortant de chez le roi... Ces messieurs s’étaient présentés,
-la veille, chez tous les ministres qui avaient refusé de les voir. Ils
-ont voulu aller voir le _Grand Couvert_. L’huissier leur a dit de la
-part du premier gentilhomme qu’ils eussent à se retirer. Vous voyez
-qu’ils n’ont pas été tant fêtés. On croyait que cette nouvelle ferait
-plus de bruit à Paris... et tout ce que le crédit du ministre qui les
-protège (Choiseul) a pu faire, ce fut de suspendre leur peine...
-
-«... Ces messieurs nous ont fait l’honneur de faire brûler notre
-mémoire (celui de Linguet) par la main du bourreau. L’arrêt est lui-même
-un mémoire. Si je peux en avoir, je vous l’enverrai: il vous paraîtra
-aussi plat qu’il est long[168].»
-
-Fut-ce l’effervescence nouvelle de ces incorrigibles bretons; ou la
-malveillance avérée des Parlements de Bordeaux et de Toulouse, en ce
-même mois d’août à l’égard de d’Aiguillon[169]; ou bien encore
-l’influence de la Du Barry à qui le duc avait enfin fait comprendre que
-l’arrêt du conseil du 3 juillet n’était pas une solution[170], influence
-qui précipita la détermination d’un «homme dont on n’obtenait jamais ni
-un _oui_, ni un _non_[171]?»--Toujours est-il que Louis XV prit, le 2
-septembre, une décision inattendue et que Maupeou reçut l’ordre, le même
-jour, d’en préparer l’exécution.
-
-Le 3, comme si le souvenir de son bisaïeul, entrant, botté et le fouet à
-la main, au Parlement, pour lui dicter ses volontés, eût enfin secoué la
-torpeur du plus indolent des monarques, Louis XV arrivait au Palais,
-dans sa voiture de chasse, «ventre à terre, précédé des quatre
-compagnies rouges et du vol[172]».
-
-Mais laissons la parole à Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui, le lendemain, racontait
-la scène au chevalier:
-
-«Voilà donc enfin le roi tout à fait roi, Dieu soit loué! Sa Majesté a
-été hier au Parlement et voici le détail de la bonne besogne qu’il y a
-faite: il a ordonné qu’on lui apportât toutes les minutes et autres
-papiers ci-dessus nommés (les informations relatives aux affaires de
-Bretagne) et les a fait mettre dans un sac qu’il avait apporté tout
-exprès, ainsi que le registre sur lequel était l’arrêt du 2 juillet, et
-celui dans lequel ils demandaient réparation au roi...» Avant cette
-opération, Louis XV avait répondu aux remontrances du Parlement sur la
-détention des magistrats de Rennes, qu’ils avaient été justement punis
-et qu’il sévirait contre tous ceux qui imiteraient leur conduite. Quand
-il eut enlevé jusqu’à la dernière pièce d’une procédure aussi
-filandreuse qu’elle avait été irritante, le roi signifia au Parlement
-qu’il eût à «se retirer dans ses chambres pour y remplir sa seule
-fonction, qui est d’administrer la justice». La duchesse avait remarqué
-le discours du chancelier, au nom du roi, discours «très long et très
-fort[173]». Elle ajoute que Paris «n’a pas applaudi généralement» à cet
-acte d’autorité. Mais en vérité «la folie et l’insolence des parlements
-étaient poussées trop loin». Elle s’étonne cependant que le maréchal de
-Richelieu n’ait pas agi aussi énergiquement avec celui de Bordeaux.
-Pourquoi n’a-t-il pas fait biffer sur le registre du Parlement un arrêt
-identique à celui du 2 juillet, quoiqu’il en eût l’ordre? Il faut qu’il
-ait eu quelques raisons particulières qu’il est difficile
-d’élucider[174].
-
-Quand Mᵐᵉ d’Aiguillon dit que «Paris n’a pas applaudi généralement»,
-elle est, en vérité, bien indulgente, car le roi avait à peine enlevé
-«le sac qu’il avait apporté avec lui», que les épigrammes pleuvaient de
-nouveau dru comme grêle, sur la Du Barry et son obligé. Cette peste de
-Mairobert ouvrit le premier le feu[175]. Avec quel luxe de détails il
-décrit l’élégant «vis-à-vis» donné, prétend-il, à la comtesse par
-d’Aiguillon reconnaissant! Cette voiture surpasse en magnificence les
-carrosses envoyés jadis à Vienne pour la dauphine (encore une cause
-d’animadversion, si l’anecdote est vraie, contre le duc et son amie).
-Sur les panneaux, les armoiries de la dame avec son fameux cri: _Boute
-en avant!_ Et que de galantes peintures! Colombes se becquetant sur des
-nids semés de roses; cœurs transpercés de flèches, au milieu des
-attributs de Cupidon coquettement enguirlandés. Les housses du siège des
-cochers, les supports des laquais par derrière les roues, les moyeux et
-jusqu’aux marchepieds, tout était du dernier fini. D’Aiguillon l’avait
-payé, paraît-il, 52.000 livres. Il eut la douleur de constater que la
-comtesse ne s’en servait pas. Le roi l’avait trouvé trop somptueux pour
-sa maîtresse et celle-ci le bouda. Que l’anecdote fût vraie ou fausse,
-un bel esprit la saisit au vol et la métamorphosa en huitain:
-
- Pourquoi ce brillant vis-à-vis?
- Est-ce le char d’une déesse,
- Ou de quelque jeune princesse?
- S’écriait un badaud surpris,
- --Non!... de la foule curieuse
- Lui répond un caustique... non!
- C’est le char de la blanchisseuse
- De cet infâme d’Aiguillon.
-
-Alors que Louis XV opérait son coup de force, Choiseul était en
-villégiature, au château de la Ferté, chez le banquier de la cour,
-Laborde. Mais son parti veillait. Estomaqués, un instant, par la séance
-du 3 septembre, comme l’avaient été les d’Aiguillon par l’arrêt
-déshonorant du Parlement du 2 juillet, les Choiseul s’étaient ressaisis,
-pour abominer, avec moins d’anecdotes, il est vrai, «l’infamie, les
-bassesses et les fourberies» de leurs adversaires. Mᵐᵉ Du Deffand avait
-envoyé à Walpole «l’imprimé du Parlement», le bulletin qu’elle avait
-reçu de «la grosse duchesse» (la douairière d’Aiguillon) n’étant «ni
-exact, ni fidèle[176]». Et ce qui avait le plus particulièrement irrité
-les amis de Choiseul, c’est que le chancelier, dans son discours, avait
-représenté d’Aiguillon comme «honoré de la confiance du roi et chargé de
-ses ordres»; c’est qu’il avait déclaré «sa conduite irréprochable».
-
-Quelques jours auparavant, la correspondante de Balleroy avait insisté
-sur la signification véritable d’un acte qui exaspérait le parti
-Choiseul:
-
-«Je comprends que vous ayiez été très aise en apprenant le détail de la
-_journée_ du 3: en vérité, on peut, à mon avis, l’appeler _journée_; car
-c’est une vraie victoire que le roi a remportée sur les ennemis de son
-autorité, victoire dont je fais plus de cas, que de celles de tous les
-conquérants, en ce qu’elle peut et doit procurer la paix et qu’elle n’a
-fait répandre que de l’encre et non du sang. Enfin, de ce moment, si le
-roi veut soutenir ce qu’il a fait et seulement ne pas vaciller, il
-redevient roi, et, en vérité, il ne l’était pas.»
-
-Après cet hommage, si ferme et si net, rendu au principe d’autorité, la
-duchesse revient à ses «chers bretons», qui, quoiqu’elle en ait, la
-préoccupent toujours. Une nièce de Lohéac, protégée de Mᵐᵉ d’Aiguillon
-vraisemblablement à cause de sa parenté avec Balleroy, Mˡˡᵉ de
-Quéhillac, vient d’écrire à la grande dame. Sollicitée par un autre de
-ses oncles, M. de Goyon, de tenter une démarche auprès de la duchesse,
-pour qu’elle intéressât La Vrillière (Saint-Florentin)[177] à la cause
-de Lohéac, Mˡˡᵉ de Quéhillac s’en était d’abord défendue, ne sachant si
-M. et Mᵐᵉ d’Aiguillon ne déclineraient pas une telle mission. Puis,
-cédant à un mouvement de pitié, et pour n’être pas taxée d’indifférence,
-elle avait déféré au désir de Goyon. La duchesse lui répondit par une
-«lettre ostensible»--terme employé jadis pour désigner ce que nous
-appelons aujourd’hui une «lettre ouverte».
-
-Celle de la duchesse prouve une bonté d’âme, une générosité plus fortes
-que le juste ressentiment d’outrages et d’humiliations si longtemps
-endurés. Depuis que M. d’Aiguillon a quitté le commandement de Bretagne,
-écrit sa femme, il ne s’est plus mêlé en rien des affaires de la
-province, sinon pour rendre service aux hommes «dont il connaît les
-bonnes qualités». Il ignore donc «la punition» que le roi, «très
-mécontent», se réserve d’infliger au Parlement de Bretagne; mais par
-amitié pour Mˡˡᵉ de Quéhillac, Mᵐᵉ d’Aiguillon ira recommander à la
-bienveillance de son oncle M. de Lohéac.
-
-Quelle délicatesse et quel tact chez cette femme que sa correspondance,
-sa conduite, toute sa vie enfin présentent comme une énergique! Elle
-laisse à son mari, ce personnage plutôt haineux et vindicatif, l’honneur
-d’une décision, dont elle assurera, messagère officieuse, l’exécution.
-
-Mais, comme chez elle, l’esprit d’observation, que nous savons très vif
-et très aiguisé, ne perd jamais ses droits, elle termine sur ce trait le
-récit de son anecdote: «M. de Goyon en a été très reconnaissant, mais il
-n’a pas donné un écu à sa nièce; seulement elle a ainsi acquis le droit
-de lui dire tout ce qu’elle veut». Droit de bien maigre rapport: car Mᵐᵉ
-d’Aiguillon dut pourvoir, toujours en considération de Balleroy, à
-l’établissement de Mˡˡᵉ de Quéhillac; et ce fut pour la duchesse un de
-ses plus cruels soucis. Sa protégée était d’une famille où les facultés
-mentales étaient fort mal équilibrées; et ses prétentions pécuniaires
-étaient si bizarres et si exorbitantes que Mᵐᵉ d’Aiguillon s’en lamente
-à maintes reprises au cours de sa correspondance avec Balleroy.
-
-Le 4 septembre, le Parlement de Paris s’était assemblé. Encore tout
-étourdi du coup qu’il venait de recevoir, il se débattit dans une lutte
-longue et ardente sans pouvoir prendre de décision. La séance fut remise
-au lendemain; et ce fut le 6 seulement que se terminèrent les débats. Le
-parti de la modération l’avait emporté. D’un commun accord, on
-«ajournait l’affaire au 3 décembre». Mais la cour rendait en même temps
-un arrêt pour protester contre le piège tendu à sa bonne foi et contre
-les agissements, injurieux pour elle, du chancelier et du contrôleur
-général[178].
-
-Paris, loin «d’applaudir», s’était révolté... «généralement». La
-province avait suivi le mouvement. «Tous les parlements se donnent la
-main, écrit Mᵐᵉ Du Deffand; ils marquent leur mépris et leur indignation
-contre le chancelier; le contrôleur général rendra bientôt sa déroute
-complète[179].»
-
-La circonspection du Parlement de Paris déconcerta bien des gens, dit le
-libraire Hardy[180]. Et comme s’ils avaient eu la prescience de
-l’avenir, les mécontents regrettèrent que les parlementaires n’eussent
-pas porté un coup plus vigoureux «pour ne pas laisser au chancelier le
-temps de faire de nouvelles entreprises et de couronner son plan
-destructif de l’autorité des magistrats».
-
-L’effervescence, ainsi que l’écrivait Mᵐᵉ Du Deffand, n’en couvait pas
-moins dans tous les parlements de province, au détriment des
-représentants de l’autorité royale. Et la duchesse d’Aiguillon, si
-indulgente qu’elle fût, ne pratiquait pas assez le pardon des injures
-pour ne pas éprouver un malin plaisir à voir patauger dans le plus
-effroyable gâchis les politiciens de Bretagne et le successeur de son
-mari, naguère si durs, si injustes, si méprisants vis-à-vis de M.
-d’Aiguillon. Tenue au courant des affaires de la province, elle en
-devisait allègrement avec Balleroy[181].
-
-En vain, disait-elle, a-t-on pu apaiser l’agitation qui menaçait de
-reprendre, en avisant la noblesse que sa turbulence «donnerait gain de
-cause» à ses puissants ennemis. «Cet expédient a déjà réussi deux ou
-trois fois; mais tout s’use à la longue»: sachant qu’ils sont redoutés
-du commandant, ces brouillons finiront, à la tenue des Etats, par
-«s’échapper; et aucun frein ne pourra les arrêter... Je compte que ce
-sera sur la demande du roi et à la rentrée du Parlement qu’on jouera les
-grands jeux». Mᵐᵉ d’Aiguillon ne «le regrette pas». «Il est juste que ce
-gentil prélat, ainsi que vous l’appelez (Girac l’évêque de Rennes) et le
-premier commissaire (Duras) ressentent les biens de la paix qu’ils ont
-mis dans cette province... Ce qui ne laissera pas que de les y
-acheminer, c’est que l’on me mande que l’évêque et le premier
-commissaire sont brouillés à tout jamais avec l’intendant. Faux et sot,
-comme il est, il peut leur donner du fil à retordre... Quand il est
-question de nuire, il n’y a pas de sot qui ne trouve de l’assurance...»
-
-La duchesse n’a plus d’autre pensée que la Bretagne. Toutes les lettres
-qui vont se succéder jusqu’à la rentrée du Parlement de Paris sont
-uniquement consacrées au malaise intérieur d’une province dont les
-hommes politiques prétendent singer l’Angleterre (l’anglomanie était
-alors fort à la mode). Or le Parlement britannique rentre le 20
-novembre. Celui de Rennes ne tardera pas à reprendre séance. Les Etats y
-comptent bien. «En attendant, on pelote... On a nommé une commission
-pour répondre au mémoire de Linguet.» Les évêques se récusent; celui de
-Rennes tout le premier, «parce que M. d’Aiguillon est son plus mortel
-ennemi». Et la duchesse de protester. «Le fat! ce serait lui faire trop
-d’honneur que d’avoir pour lui d’autre sentiment que celui du mépris.»
-Le haut clergé se refusant d’ailleurs à siéger dans cette commission,
-«trois abbés Chalotinistes» furent nommés qui durent «travailler à
-force» et nous «verrons leur bonne besogne: elle ne m’inquiète pas
-beaucoup[182]».
-
-Les distractions des villégiatures suburbaines ne détournent guère Mᵐᵉ
-d’Aiguillon de son unique pensée: il est vrai qu’elle se trouve dans la
-«thébaïde» d’Aulnay[183], la propriété de Mᵐᵉ de Laigle, dont la
-solitude ne lui est pas désagréable: «ce n’est pas la beauté du lieu, je
-n’en connais pas de plus triste; ce n’est pas la beauté du temps, il en
-fait un à ne pas mettre le nez dehors». Elle n’en pense pas moins à «la
-chère Bretagne».
-
-«Il me semble, dit-elle, que les cartes se brouillent tant qu’elles
-peuvent; et je vous avoue que je n’en suis pas fâchée... M. de Duras et
-le joli évêque sont dans le plus grand embarras: Dieu les y maintienne!
-On dit que l’on envoie 40 bataillons en Bretagne...»
-
-Evidemment, la duchesse exagère: mais la fermentation d’un pays qu’elle
-connaissait trop bien ne lui échappait pas; et malgré qu’un autre
-théâtre, qu’un drame bien plus grandiose, s’imposent désormais à son
-attention, elle ne cessera de suivre, parallèlement à l’action dirigée
-par Maupeou contre le Parlement de Paris, le mouvement de la Cour de
-Rennes, condamnée cependant à s’effacer dans l’ombre de sa grande sœur.
-
-
-
-
-X
-
- _Maupeou «la Bigarade».--Sa double action contre Choiseul et contre
- le Parlement.--Le «beau pacte de famille».--Les larmes de Mᵐᵉ Du
- Barry.--Remontrances du Parlement et refus d’enregistrer
- l’édit.--Choiseul pressent sa disgrâce.--Duplicité de Louis
- XV.--Lettres de cachet.--Impressions de la duchesse
- d’Aiguillon.--Exil des parlementaires.--Le Parlement Maupeou._
-
-
-Tous les fourbes ne sont pas nécessairement des hommes d’Etat; mais
-combien d’hommes d’Etat sont des fourbes! Et Maupeou, «la
-Bigarade[184]», en était un de première force, comme il était un homme
-d’Etat supérieur. Il ne procédait pas par la ruse, ainsi que l’avait
-fait Mazarin avec le Parlement de Paris, mais par la brutalité[185]: car
-il avait conscience qu’il ne pouvait triompher autrement d’une
-usurpation de pouvoir, encouragée par la mollesse du gouvernement et
-menaçant d’amoindrir, voire d’asservir, l’autorité royale.
-
-S’il avait tout d’abord usé de duplicité avec le duc d’Aiguillon, il
-comprit bientôt qu’il faisait fausse route et que le procès, gagné ou
-perdu, de l’inculpé découvrait la personne même du roi. D’où cette
-suppression, par à-coups successifs et précipités, d’une procédure dans
-laquelle il ne pouvait se flatter d’avoir le dernier mot; car il sentait
-bien que le Parlement irait jusqu’aux dernières limites d’une inlassable
-résistance, protégé qu’il était, et cette fois ouvertement, par le duc
-de Choiseul.
-
-Le ministre ayant partie liée avec les magistrats, Maupeou estima qu’il
-devait combattre les coalisés simultanément. Ses auxiliaires, nous les
-connaissons: le souci de leurs intérêts était le plus sûr garant de leur
-loyauté.
-
-Les escarmouches avaient commencé dès les premiers jours de 1770.
-Choiseul, fastueux pour l’Etat comme il l’était pour lui-même,
-dédaignait de tenir des comptes. Il avait reçu 64 millions, affectés au
-département de la guerre et ne se pressait pas d’en spécifier l’emploi.
-Terray, avisé et poussé par des ennemis du ministre, réclama cette
-justification. La scène fut vive au Conseil; et Choiseul alla jusqu’à
-offrir les diamants de sa femme[186], la petite-fille du riche financier
-Crozat.
-
-Maupeou l’attaqua sur un autre terrain. Il lui reprocha de vouloir
-provoquer une guerre entre l’Angleterre et les puissances de la Maison
-de Bourbon[187]. Il avait dû, sinon persuader, du moins être écouté
-avec un certain intérêt; car Marie-Thérèse annonçait, dès le 1ᵉʳ
-septembre, à Mercy-Argenteau, que la disgrâce de Choiseul était chose
-résolue. Et l’ambassadeur d’Autriche, qui, de son côté, avait pris ses
-informations, douta, pendant deux mois, du maintien de la paix.
-
-C’était, d’ailleurs, l’opinion générale: «On parle beaucoup de guerre,
-écrit Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui se montre toujours pacifiste convaincue. Dieu
-veuille que ce soit en vain! Mais, en vérité, nous n’en avons pas
-besoin. C’est un produit du beau _pacte de famille_ qui a retardé la
-paix d’un an et l’a rendue plus mauvaise[188]».
-
-Coup de griffe, en passant, au duc de Choiseul, le principal artisan de
-ce fameux traité signé, le 15 août 1761, entre les rois de France,
-d’Espagne et le duc de Parme, pour faire échec, par l’union des
-puissances de la maison de Bourbon, à la supériorité de la marine
-anglaise!
-
-Rarement la duchesse d’Aiguillon prend à partie, même par voie
-d’allusion, le premier ministre. Mais son mari allait, parallèlement à
-Maupeou, entrer en guerre ouverte avec Choiseul, et suivant le mot de
-Soulavie, «travailler à renverser le visir par la maîtresse».
-
-«La coquine me donne bien de l’embarras» disait, en plaisantant,
-Choiseul, de Mᵐᵉ Du Barry. D’Aiguillon avait, il est vrai, manœuvré dans
-la coulisse, pour compliquer encore la situation, déjà difficile, du
-«visir». N’ayant plus à se défendre, il pouvait prendre l’offensive. Un
-homme qui l’a bien étudié et bien compris, Sénac de Meilhan, définit, à
-souhait, le rôle de ce courtisan qui «possédait l’art et le jargon de la
-galanterie[189]».
-
-«Il fit insinuer par ses conseils à la Du Barry qu’elle n’aurait aucun
-crédit tant que Choiseul serait au pouvoir et de le remplacer par un
-homme qui jouerait, grâce à son rang, le même rôle et lui serait tout
-reconnaissant de l’y avoir poussé.»
-
-Bien stylée par d’Aiguillon, soufflée par Maupeou, cette femme, qui
-n’avait été jusqu’alors qu’une bonne fille, devint une adroite
-comédienne. Par intervalles, elle semblait toute mélancolique.
-
---Qu’avez-vous donc? disait le roi, qu’amusait d’ordinaire la bruyante
-gaîté de sa maîtresse.
-
---Les Choiseul débitent des horreurs sur mon compte.
-
-Et elle citait tel ou tel mot du ministre ou de son entourage. Elle
-n’avait pas besoin d’inventer.
-
-Un autre jour, elle versait des torrents de larmes: «Les vilains
-Choiseul, disait-elle en sanglotant, me tourmentent.
-
---Patience, répliquait le roi, qui ne se décidait pas encore, cela
-finira[190].»
-
-A en croire Mᵐᵉ Campan, la Du Barry «sifflée par ses amis» (et c’était
-Maupeou qui devait lui seriner l’air) se retournait contre le Parlement,
-quand le roi restait irrésolu devant les manœuvres des magistrats. Elle
-le menait alors devant le magnifique portrait de Charles Iᵉʳ par Van
-Dyck, portrait acheté à Londres et devenu depuis la propriété de la
-favorite. Quelle leçon que cette fin d’un roi qui avait fléchi devant
-son Parlement!
-
-La comtesse n’avait pas besoin de cette mise en scène--si tant est que
-Mᵐᵉ Campan ne l’ait pas imaginée comme un avertissement
-prophétique--pour inspirer à son royal amant l’horreur et la haine des
-parlementaires. C’était déjà chez lui de l’atavisme. Puis, ne se
-plaignait-il pas volontiers de ces «grandes robes qui prétendaient le
-mettre en tutelle» et qui inscrivaient, en tête de leur programme, la
-Convocation des Etats Généraux[191]?
-
-Maupeou trouvait donc le terrain tout préparé pour mener à fond son
-attaque contre les parlements.
-
-Quelques jours avant la rentrée des magistrats, le 27 novembre, il
-faisait signer au roi l’_Edit de règlement ou de discipline_--rappel de
-la déclaration du 3 mars 1766--interdisant au Parlement de Paris toute
-correspondance avec les autres parlements du royaume, la cessation du
-service judiciaire, les démissions en corps. L’_Edit_ leur défendait
-enfin de retarder la publication des édits royaux par l’ajournement de
-leur enregistrement; Louis XV déclarait dans le même document qu’il ne
-tenait sa couronne que de Dieu et qu’à lui seul appartenait le droit de
-faire des lois.
-
-Le Parlement de Paris rentrait le 4 décembre. Son premier acte fut de
-repousser l’édit; il est vrai qu’il l’enregistrait trois jours plus
-tard.
-
-Mᵐᵉ d’Aiguillon raconte le conflit. Le premier Président, écrit-elle,
-avait été délégué auprès du roi pour lui faire «les remontrances les
-plus vives». Et le prince lui avait répondu: «J’ordonne que mon
-Parlement enregistre mon édit demain dans la journée; et je vous charge,
-Monsieur, de m’en rendre compte à 7 heures du soir... Cette réponse ne
-les a pas contentés: ils ont fait d’itératives représentations dans
-lesquelles ils disaient qu’ils ne devaient, ni ne pouvaient enregistrer
-l’édit». Mais le vendredi 7, au lit de justice à Versailles, le
-chancelier «avait fait un beau discours» au nom du roi, pour démontrer
-«l’attention de S. M. à veiller au bonheur du peuple, etc., etc.». Le
-premier Président avait répliqué par «des lieux communs et très
-platement...» L’édit avait été enregistré immédiatement; et «à midi et
-demi tout était dit[192]».
-
-Mais la duchesse ne dissimulait pas cette fois l’agitation des
-Parisiens, surexcitée encore par les protestations des parlementaires
-rentrés à Paris. De fait, la cabale philosophique et le parti des
-Encyclopédistes se rangeaient résolument de leur côté, après les avoir
-si rudement combattus. Mais, là encore, la question religieuse était en
-jeu. Un prédicateur n’avait-il pas eu l’étrange idée d’appeler Mᵐᵉ Du
-Barry, la nouvelle Esther et le duc de Choiseul le nouvel Aman? A ce
-compte, Maupeou devait être le nouveau Mardochée. Aussi les chefs des
-Philosophes, d’Alembert et Duclos, prirent-ils parti pour Choiseul
-qu’ils avaient jusqu’alors cordialement détesté, et décidèrent-ils de
-lui offrir un fauteuil à l’Académie, en le dispensant des visites
-traditionnelles. L’homme d’Etat, qui était encore ministre, avait,
-paraît-il, accepté la combinaison[193].
-
-Cependant, le Parlement, escomptant l’appui de Choiseul, entendait avoir
-le dernier mot dans ce conflit d’autorité. Le 10 décembre, il se
-défendit formellement de rendre la justice, en dépit de cinq sommations
-successives que lui fit adresser Maupeou.
-
-«Les esprits sont si échauffés, dit la duchesse d’Aiguillon, qu’ils (les
-parlementaires) prendront quelque parti violent; les esprits ne sont pas
-plus calmes en Bretagne, suivant les dernières nouvelles; et l’évêque,
-malgré son insolente confiance, et le duc sa sotte méchanceté, sont très
-embarrassés[194].»
-
-En présence de l’acharnement que mettait le chancelier à briser la
-résistance du Parlement de Paris, Choiseul commençait à perdre sa belle
-assurance. On parlait à la Cour de l’avènement prochain de d’Aiguillon.
-Impatient d’en finir avec des commérages qui l’agaçaient, le ministre
-écrivit au roi pour les lui signaler. Louis XV tint à rassurer Choiseul,
-tout en lui donnant l’explication de l’intérêt qu’il portait à
-d’Aiguillon: «Comment pouvez-vous croire, lui disait-il, qu’il puisse
-vous remplacer!... Je l’aime assez, il est vrai, à cause du tour que je
-lui ai joué, il y a bien longtemps; mais, haï comme il est, quel bien
-pourrait-il faire[195]?»
-
-Duplicité insigne et pure comédie! Car Sénac de Meilhan affirme que «le
-roi haïssait le duc d’Aiguillon comme ayant été l’amant de Mᵐᵉ de
-Châteauroux» et raconte en même temps par quelle voie détournée Louis XV
-apprit à Mᵐᵉ Du Barry le succès, presque définitif, de sa campagne
-contre le premier ministre.
-
-«Un jour, elle le vit occupé à cacheter une enveloppe:
-
---Voilà, lui dit-il, une lettre qui vous intéresse.
-
-Elle supplie le prince de lui montrer au moins l’adresse; et elle lit:
-_Au Roi d’Espagne_.
-
---Qu’ai-je de commun avec ce monarque? demande la favorite.
-
---Comme c’est Choiseul qui a donné l’idée du pacte de famille et que le
-roi d’Espagne a la plus grande confiance en lui, je crois devoir, par
-déférence, le prévenir avant de renvoyer le duc, ce qui ne tardera
-pas[196].»
-
-Bientôt, s’il faut en croire une anecdote, rappelée en juin 1774 par
-l’abbé Baudeau, le ministre n’eut plus à douter de son sort[197]: «Peu
-de jours avant son renvoi, il trouve la porte du roi fermée; et avisant
-d’Aiguillon vers une croisée, il lui dit:
-
---Vous me chassez donc? J’espère qu’ils m’enverront à Chanteloup.
-
-Vous prendrez ma place; quelque autre vous chassera; ils vous enverront
-à Veretz; nous serons voisins; nous n’aurons plus d’affaires politiques,
-nous voisinerons et nous en dirons de bonnes.
-
-D’Aiguillon ne répondit rien.»
-
-La disgrâce éclata. En se servant d’un billet de Choiseul, non daté, à
-l’adresse des Jésuites (déjà le coup de la fausse dépêche!) Maupeou
-avait su persuader au roi que son premier ministre excitait sous main le
-Parlement dans sa révolte[198]. Et le 24 décembre, Choiseul recevait de
-Louis XV cette lettre de cachet:
-
-«J’ordonne à mon cousin, le duc de Choiseul, de remettre la démission de
-sa charge de secrétaire d’Etat et de surintendant des Postes entre les
-mains du duc de la Vrillière et de se retirer à Chanteloup jusqu’à
-nouvel ordre.»
-
-Le lendemain, Mᵐᵉ d’Aiguillon écrivait à Balleroy:
-
-«Si vous avez quelques affaires à la guerre, aux affaires étrangères, ou
-à la marine, différez-les, Monsieur le chevalier; car ces trois
-départements sont actuellement nuls, les ministres qui les possédaient
-ayant été exilés, l’un à Chanteloup et l’autre à Praslin, cela
-s’appelle une nouvelle: aussi ne vous en dirai-je pas d’autre: en voilà
-assez pour aujourd’hui[199].»
-
-Malgré son empressement à lancer «la nouvelle», la duchesse avait été
-devancée auprès de Balleroy; et peut-être le chevalier lui en avait-il
-fait l’observation, non sans malice, car elle lui écrit, presque dix
-jours après, et plus longuement, sur un sujet qui lui tient si fort au
-cœur. Pour la première fois, elle n’a plus peur du cabinet noir; mais
-elle donne l’impression exacte de l’inquiétude, de l’angoisse même
-qu’elle ressentait auparavant de la présence de Choiseul aux affaires:
-et comme elle parle tout aussitôt du contre-coup qui s’est produit en
-Bretagne, à la chute du ministre, il semble que, par une association
-d’idées bien excusable, la duchesse rende Choiseul responsable des
-tribulations qui avaient assailli son mari pendant et après l’exercice
-de son commandement.
-
-«Je suis bien fâchée, Monsieur le chevalier, de n’avoir pas été la
-première à vous apprendre la grande nouvelle; mais enfin, je respire et
-je respire en paix, ce que je n’aurais jamais pu faire, tant que cet
-homme y (_sic_) aurait été. Je suis comme des gens qui échappent d’un
-violent orage, qui sur terre croient encore sentir l’agitation des
-vagues. J’ai encore de la peine à le croire.» Le «petit faquin d’évêque
-de Rennes, en apprenant la nouvelle» avait paru, mandait-on à la
-duchesse, ne point s’en émouvoir; mais, «malgré toute sa fausseté, on
-voyait la rage qui perçait... M. de Duras est arrivé à Versailles, le
-jour de l’an, pour prendre son service: il m’a paru--et d’autres gens
-que moi l’ont trouvé--qu’il avait le visage bien long: il ne l’a pas
-autant qu’il le mérite et que je lui souhaite[200]».
-
-La disgrâce de Choiseul était le prélude du coup d’état que Maupeou
-méditait contre le Parlement de Paris. Ce dénouement était inévitable:
-si l’imprévoyance du premier ministre, le désordre qui régnait dans
-toutes les administrations, le gaspillage et la gabegie dont la Cour
-était la première à donner l’exemple, avaient amené le déficit creusé
-dans les finances, il fallait, pour le combler, une nouvelle série
-d’impôts; et le chancelier savait que le Parlement se refuserait
-énergiquement à les voter. Ce fut la cause, non avouée, mais réelle, qui
-détermina Maupeou.
-
-En outre, les Etats de Bretagne menaçaient de lui donner de nouveau de
-la tablature. Un pamphlet, répondant au Mémoire de Linguet, avait
-reproduit les éternels griefs des Bretons contre un homme «qui était
-l’auteur des troubles de la province, du procès de M. de la Chalotais et
-des autres magistrats», un homme «qui avait tout mis en usage à Rennes
-et à Saint-Malo pour faire périr les détenus et surtout M. de la
-Chalotais».
-
-Les Etats n’avaient pas, il est vrai, osé couvrir de leur approbation un
-tel factum; mais leur propre réponse au Mémoire de Linguet n’en avait
-pas été moins frappée, le 2 janvier 1771, d’un arrêt du Conseil, comme
-«attentatoire à l’autorité du roi et contenant des propos injurieux
-contre une personne honorée de la confiance de S. M. et dont elle a de
-tout temps approuvé l’administration.»
-
-Estimant qu’il n’avait plus de ménagements à garder avec des magistrats
-qui pratiquaient une politique d’irréductible obstruction, qui allaient
-même jusqu’à refuser l’impôt, Maupeou leur envoya, dans la nuit du 19 au
-20 janvier 1771, par des mousquetaires, une dernière sommation d’avoir à
-reprendre leurs fonctions. Les récalcitrants, bientôt suivis d’une
-minorité à qui la frayeur avait arraché tout d’abord une sorte de
-soumission, durent partir pour l’exil; et le 24 janvier, Maupeou
-confiait à une Commission du Conseil d’Etat le soin de rendre
-provisoirement la justice. Sans tenir compte des protestations que
-formulèrent aussitôt les autres Chambres de la Cour et les Parlements de
-province, Maupeou reconstitua péniblement celui de Paris avec des
-membres de la Cour des Aides et des juristes de mince notoriété. On sait
-quelle pluie de quolibets, d’épigrammes, de satires, de libelles se
-déchaîna sur ce nouvel organe judiciaire, sur son initiateur Maupeou, et
-sur ses zélateurs. Ce fut, en quelque sorte, un recommencement des
-affaires de Bretagne. Presque toute la France fit partie de l’opposition
-anti-gouvernementale: il n’y eut pas jusqu’aux princes du sang--excepté
-cependant le prince de Condé--qui ne se montrèrent hostiles à l’œuvre du
-chancelier: mais celui-ci était enfin le maître; et, moins d’un an
-après, la pacification était presque complète.
-
-
-
-
-XI
-
- _Six mois d’attente!--«Le tyran breton le deviendra de toute
- l’Europe».--Le futur roi de Suède à Ruel: enthousiasme de la
- «grosse duchesse».--L’«Agrippine» de Mᵐᵉ Du Deffand et le
- «triumvirat» du Président de Brosses.--Mariage du comte de
- Provence.--Comment Mᵐᵉ Du Barry fait entrer d’Aiguillon au
- Ministère; ce qu’en pense la duchesse; ce qu’en pense le
- public.--Hostilité de la comtesse d’Egmont; avanie subie par Mᵐᵉ
- d’Aiguillon et colère de M. de Richelieu.--Débuts du nouveau
- ministère.--Appréciation de Mercy-Argenteau._
-
-
-La lettre, dans laquelle Louis XV évoquait, pour rassurer Choiseul, le
-souvenir du «bon tour qu’il avait joué» à d’Aiguillon, retarda de six
-mois, dit M. Marcel Marion, l’entrée de l’ancien commandant de Bretagne
-au ministère.--La Vrillière était devenu, par intérim, secrétaire d’Etat
-aux affaires étrangères.
-
-De fait, Choiseul était à peine tombé, que la voix publique lui
-désignait déjà pour successeur le duc d’Aiguillon.
-
-«Le tyran breton le deviendra de toute l’Europe, écrit Mᵐᵉ Du Deffand:
-cela veut dire qu’il aura les affaires étrangères.» Et la duchesse de
-Choiseul lui répond, non sans malice, que ce serait son vœu le plus
-cher, si le Parlement, du même coup, reprenait le procès de M.
-d’Aiguillon[201].
-
-Voltaire s’en inquiétait dans sa retraite: «Nomme-t-on toujours le duc
-d’Aiguillon? demandait-il. On peut être très entaché par le Parlement et
-bien servir le roi». Opinion que ne lui pardonna pas facilement
-Choiseul.
-
-Or, dans la correspondance saisie chez le chevalier de Balleroy, nous ne
-voyons pas la moindre allusion à des bruits qui circulaient, avec
-insistance, aussi bien dans les cercles mondains que dans les sphères
-politiques. Il semble même que la duchesse d’Aiguillon--à moins que ses
-lettres n’aient disparu--ait cessé d’écrire, pendant quelques mois, au
-chevalier. Et pourtant, des événements s’étaient produits, dans
-l’intervalle, qui devaient éveiller en sa mémoire des réminiscences bien
-flatteuses pour l’honneur du nom--légitime orgueil dont elle n’avait pu
-se défendre, depuis qu’elle était entrée dans la maison des Richelieu.
-Sa belle-mère, la «grosse duchesse», ne s’était même pas fait faute
-d’évoquer la grande ombre du cardinal, quand elle avait reçu, le 9 mars,
-dans son château de Ruel, Gustave de Suède, avec le duc et la duchesse
-d’Aiguillon, le comte de Maurepas et le duc de Nivernois[202]. Au cours
-d’un souper, «arrangé comme par hasard», n’avait-elle pas souhaité la
-bienvenue, «en vers vigoureux», au prince voyageur, au nom du Cardinal?
-
-[Illustration: Le Château de Ruel et ses jardins
-
-d’après Israël Silvestre]
-
-Mᵐᵉ Du Deffand note un convive de plus, d’ailleurs bien indiqué pour la
-circonstance: le maréchal de Richelieu. Le comte de Haga--le futur
-Gustave III--attendait précisément, ce jour-là, un frère de l’ancien
-ambassadeur de Suède, M. de Scheffer qui fut un grand ami des
-d’Aiguillon, au temps de leur prospérité et qui, nous le verrons plus
-tard, leur resta fidèle dans les mauvais jours[203].
-
-La duchesse de Choiseul ne put s’empêcher de remarquer, dans sa réponse
-à Mᵐᵉ Du Deffand[204], que le prince «ménageait bien les d’Aiguillon». A
-son point de vue, elle était dans le vrai; et M. Vatel a dit, avec juste
-raison, que le comte de Haga avait agi, en cette occurrence, comme un
-«fourbe parfait», donnant de l’encensoir aux deux partis opposés. Il
-envoyait le matin ses compliments à Chanteloup, soupait le soir à Ruel,
-et, le lendemain, obtenait l’insigne honneur d’offrir un riche collier
-au petit chien de Mᵐᵉ Du Barry.
-
-La veille de ce fameux souper, il avait reçu à sa table les d’Aiguillon;
-et Mᵐᵉ Du Deffand, qui était du repas, en écrit à Mᵐᵉ de Choiseul, avec
-une abondance de maladresse, dont elle n’allait pas tarder à se
-repentir: «Rien de si aimable que le roi... Mᵐᵉ d’Aiguillon (la mère)
-est toujours très gaie... elle est charmante, elle ne tire point tout à
-elle, quoique très parlante... elle m’a mis en valeur autant qu’elle a
-pu... Après le souper, Mᵐᵉ d’Aiguillon fit chanter la _Chanson des
-Philosophes_[205]».
-
-Et--brusque changement de langage--à un mois de là, en corneille
-étourdie qui abat des noix, Mᵐᵉ Du Deffand s’écrie: «Mᵐᵉ d’Aiguillon me
-parut fort sérieuse; je me figure qu’elle est occupée de tous les
-changements qui pourront arriver. Je lui trouve bien des rapports avec
-Agrippine, avec la différence que le trône de son Néron ne lui aura pas
-coûté de crimes, mais elle pourra bien être une de ses victimes[206]».
-
-On n’est pas plus obligeant[207].
-
-Au reste, par un singulier contraste, en ce siècle léger et futile, où
-la plaisanterie a souvent tant de grâce, et le scepticisme de si fine
-ironie, la note mélodramatique vibre à plaisir. Elle se continue sur le
-mode romain, dans les lettres du Président de Brosses, qui, bien
-entendu, en sa qualité de parlementaire, abomine les ennemis de la
-«grande robe[208]»:
-
-«Voilà donc le _triumvirat_ bien établi (Maupeou, d’Aiguillon, Terray)
-et cordialement uni, si ce n’est dans l’intérieur, du moins pour tout
-détruire au dehors.»
-
-Ce pacte n’était pas officiel, puisque d’Aiguillon n’était pas encore
-ministre; mais il se laissait pressentir par le crédit et la faveur dont
-jouissait déjà le rival de Choiseul. Ses amis commençaient à en éprouver
-les effets. La duchesse nous l’apprend dans la première lettre que nous
-trouvons d’elle en 1771. Elle vient d’«embrasser son mari de tout cœur»,
-heureuse que le duc ait pu rendre service au chevalier. Et en même
-temps, comme elle a été, malgré elle, «dans les fêtes jusqu’au cou»,
-elle lui décrit méthodiquement celles qui ont accompagné le mariage du
-comte de Provence avec une princesse de la maison de Savoie. Elle fait
-un portrait fort exact de cette fille de sang royal[209]:
-
-«J’ai été à Choisy attendre le roi qui nous a amené Mᵐᵉ la comtesse de
-Provence qu’il est de mode de trouver épouvantable. Moi, qui, comme bien
-savez, ne suis pas la mode, je ne la trouve pas mal; elle est petite,
-assez bien faite, surtout une belle gorge; elle a les yeux noirs comme
-jais, fort grands et fort beaux, les cheveux noirs bien plantés,
-peut-être un peu bas, mais qui ne choquent, le teint de brune, mais uni
-et mat, le nez gros, la bouche un peu avancée et la forme du visage
-longue. Ce qui choque au premier coup d’œil, ce sont ses sourcils qui
-sont très arqués et qui s’éloignent de ses yeux et lui donnent, quand
-ses yeux sont baissés, par la distance qu’il y a, l’air chinois. Quand
-elle a les yeux ouverts, cela choque moins, parce que ses paupières qui
-sont grandes et fort noires, remplissent l’intervalle. En tout, elle a
-de la physionomie, et l’air de bonté et d’esprit, ce qui fait que sa
-figure est, à mon gré, loin de déplaire.» Et, raison qui prime toutes
-les autres, «le comte de Provence en est fort content». La duchesse
-parle de la cérémonie nuptiale, avec cette sincérité et cette
-indépendance d’allures que ne sauraient entamer les cailletages de cour:
-
-«Le mariage s’est fait à midi; et il y a eu, le soir, appartement et
-banquet... Il est encore de mode de dire qu’il n’y avait personne: ce
-que je puis vous dire en toute vérité, c’est qu’il y avait des barrières
-depuis l’appartement du roi jusqu’à la chapelle, et que, derrière, sur
-des gradins, il y avait du monde à s’étouffer, qu’à la chapelle tous les
-gradins derrière les travées étaient pleins, ainsi que le bas de la
-chapelle (il me semble que cela s’appelle du monde) et que, pour le
-banquet, je voulus aller voir la salle et qu’il me fut impossible
-d’entrer, tant la foule était grande.»
-
-En bonne historiographe, Mᵐᵉ d’Aiguillon signale les illuminations du
-mercredi «autour des terrasses... en feux de couleur... le portrait du
-roi, celui de M. le Dauphin, de Mᵐᵉ la Dauphine, de M. et Mᵐᵉ le comte
-et la comtesse de Provence, au milieu d’une gloire de feu»; le jeudi, au
-théâtre, _la Reine de Golconde_ qui, comme spectacle, c’est-à-dire pour
-la décoration et la beauté de la salle, était superbe; comme opéra,
-c’était le plus mauvais de tous: il n’y a ni musique, ni paroles, mais
-force cabrioles et décorations...»
-
-Enfin le bal du lundi. La duchesse en est enthousiasmée: «Je n’avais pas
-d’idée de la beauté de ce spectacle-là. La salle était superbe, éclairée
-à merveille, remplie jusqu’en haut d’hommes et de femmes extrêmement
-parés, le carré de la danse, de même environné de femmes très parées;
-c’est le plus beau spectacle que j’aie vu de ma vie.»
-
-Après ces fêtes, comme après celles du mariage du Dauphin, la politique
-reprit ses droits. Le duc de la Vrillière, chargé de l’intérim des
-affaires étrangères, restait inactif, alors que toutes les ambassades
-frémissaient d’impatience devant les difficultés diplomatiques qui
-surgissaient à l’horizon.
-
---C’est bien de tailler, disait Catherine de Médicis à ses fils: il faut
-recoudre maintenant.
-
-Mᵐᵉ Du Barry n’était pas une Catherine de Médicis. Et l’habileté toute
-féminine dont elle usa, d’abord pour renverser Choiseul, puis pour lui
-substituer d’Aiguillon, serait fort invraisemblable chez un esprit aussi
-court, si l’on ne savait qu’elle suivait ponctuellement les instructions
-de Maupeou et d’Aiguillon, et mieux encore, comme nous le croyons avec
-M. Claude Saint-André, les conseils de sa très fine et très déliée
-belle-sœur Mˡˡᵉ Claire-Félicité Du Barry[210]. Cette intelligente
-personne était absolument dévouée à l’ancien commandant de Bretagne.
-Elle avait compris de quel poids pouvait être pour la fortune de sa
-famille le crédit d’un grand seigneur tel que le duc d’Aiguillon. Et,
-certainement, elle ne dut pas être étrangère au second acte de la
-comédie que la comtesse joua, pendant six mois, avec un monarque, chez
-qui l’impatience de la volupté promise finissait toujours par l’emporter
-sur la résistance d’une méfiance instinctive.
-
-«C’est un fait certain et connu des amis de M. d’Aiguillon, raconte
-Chamfort, que le roi ne l’a jamais nommé ministre des affaires
-étrangères. Ce fut Mᵐᵉ Du Barry qui lui dit: Il faut que tout ceci
-finisse; et je veux que vous alliez demain remercier le roi de vous
-avoir nommé à la place. Elle dit au roi: M. d’Aiguillon ira demain vous
-remercier de sa nomination à la place de secrétaire d’Etat des affaires
-étrangères. Le roi ne dit mot. M. d’Aiguillon n’osait pas y aller. Mᵐᵉ
-Du Barry le lui ordonna. Il y alla. Le roi le lui dit, et M. d’Aiguillon
-entra en fonctions sur le champ[211].»
-
-Cette nomination à la muette datait du 2 juin. Mᵐᵉ d’Aiguillon, alors à
-Pontchartrain chez Maurepas, écrivait, le 8, à Balleroy:
-
-«On vous a sûrement mandé que le voilà maintenant ministre des affaires
-étrangères: il y a si longtemps que le public avait désigné cette
-nomination que l’on a eu du reste le temps de réfléchir à ce que l’on
-doit en penser.» La nouvelle ministresse ne paraît pas autrement ravie
-de ce changement de fortune; elle dit sans phrase: «Mon parti est pris
-et je sacrifie ma liberté aux volontés de mon maître... Je suis accablée
-déjà de lettres plus plates et plus basses les unes que les autres, qui
-m’inspirent pour le plus grand nombre des écrivains le plus profond
-mépris, mais auxquelles il faut pourtant répondre comme si elles étaient
-sincères.»
-
-La duchesse était assez perspicace pour ne pas ignorer quel venin
-distillait cette adulation.
-
-Ce n’était pas que son mari ne fût pris directement à partie, au milieu
-de son triomphe, par des libelles, des vaudevilles, des épigrammes,
-presque tous anonymes, il est vrai. Le roi lui-même n’était pas épargné.
-Dans tous les salons courait ce huitain sous le titre: _La Clique de Mᵐᵉ
-Du Barry_:[212]
-
- Par elle on devient ministre.
- C’est, sur son ordre sinistre,
- Que d’Aiguillon tient registre
- Des élus et des proscrits[213].
- Le public indigné crie;
- Mais du roi l’âme avilie,
- Sûre de son infamie,
- Est insensible au mépris.
-
-Il était cependant des outrages auxquels le nouveau ministre était plus
-particulièrement sensible, et sa femme par contre-coup: ceux qu’ils
-recevaient de leur propre famille, de ces Richelieu auxquels la duchesse
-était si fière d’appartenir et qui ne se cachaient pas pour leur cingler
-au visage leur insolent dédain.
-
-La comtesse Septimanie d’Egmont, la propre fille du maréchal, leur
-meilleur ami, était précisément de ces adversaires implacables, trop
-hautaine et trop franche pour rien dissimuler de son aversion. Mᵐᵉ
-d’Armaillé, biographe de la comtesse, explique cette animosité par la
-rancune des «tyrannies intérieures» que Septimanie avait eues à subir du
-fait de «ce personnage peu sympathique, son cousin d’Aiguillon[214]».
-
-Peut-être Mˡˡᵉ de Richelieu avait-elle raison; mais oubliait-elle que
-«la grosse duchesse» lui avait toujours témoigné une si vive sollicitude
-et une si ardente tendresse, que sa bru et ses petites-filles en avaient
-un instant pris ombrage? Cette bonne personne qu’était la douairière
-avait voulu consoler Septimanie dans sa tristesse d’orpheline: car le
-maréchal, si délicieux homme de cour, était un père autoritaire et
-despote jusqu’à la dureté. Après s’être débarrassé de la surveillance de
-sa fille adolescente, en la confiant à l’affection bruyante de sa
-cousine d’Aiguillon, Richelieu avait marié Septimanie, sans même la
-consulter, au comte d’Egmont, alliance qui flattait sa vanité. Cet
-égoïste, d’une sécheresse de cœur égale à la fatuité de son esprit,
-n’avait jamais pratiqué qu’à ce point de vue le culte de la famille. Il
-semble que sa fille, quoiqu’en disent ses panégyristes, ne l’ait pas
-mieux connu. En tout cas, dans une circonstance où les lois de la
-solidarité familiale étaient en jeu, elle ne sut pas faire le sacrifice
-de ses ressentiments à la reconnaissance dont elle aurait dû se sentir
-pénétrée pour la douairière d’Aiguillon.
-
-Il était d’usage, à la Cour, que la femme d’un ministre vînt, peu de
-jours après la nomination de son mari, remercier le roi, accompagnée
-d’une de ses plus proches parentes. La duchesse d’Aiguillon avait prié
-sa cousine Septimanie de lui rendre ce service. Mᵐᵉ d’Egmont refusa
-net, sous prétexte que le roi devait ordonner aux deux dames de faire
-également visite, d’abord aux «princesses», puis à Mᵐᵉ Du Barry.
-Entraînée par son exemple, la douairière se récusa, elle aussi. Le
-maréchal de Richelieu s’emporta avec la dernière violence contre sa
-fille: certes, ce n’était pas l’amour de la famille, mais l’orgueil du
-nom qui excitait sa colère. Celui de la comtesse d’Egmont fut plus fort,
-et la duchesse subit cet affront de se présenter devant le roi avec une
-parente très éloignée, alors que son mari était déjà mal reçu par la
-Dauphine. Le maréchal, exaspéré, chassa Septimanie de sa présence et, de
-plus, exigea de la douairière qu’elle cessât de la voir et de lui
-écrire.
-
-Aussi intransigeante que son père, la comtesse ne désarma pas. Quand
-elle devint la correspondante du roi de Suède, Gustave III, elle ne
-cessa de vilipender, par écrit, son cousin d’Aiguillon:
-
-«Son orgueil est tel, dit une de ses lettres, qu’il ne conçoit pas qu’on
-puisse soupçonner l’art qu’il emploie, si grossier qu’il soit. Par
-exemple, il croit qu’il lui suffit de dire à propos de la grande affaire
-de Bretagne: «J’étais à Bannière (_sic_) quand M. de la Chalotais a été
-arrêté», pour qu’on reste persuadé qu’il n’y a eu aucune part.»
-
-Mᵐᵉ d’Egmont reconnaît cependant que «si son amour-propre ne se trouve
-point en opposition avec le bien, il pourra faire de grandes choses, nul
-homme n’ayant plus de moyens pour réussir à ce qu’il entreprend, tant
-par la fermeté de son caractère que par l’application et la suite qu’il
-met aux affaires».
-
-A vrai dire, les avis étaient bien partagés sur le rôle qu’allait jouer
-d’Aiguillon, parvenu au pouvoir. Ils se ressentaient, en général, de
-l’opinion qu’on s’était faite, vraie ou fausse, des affaires de
-Bretagne. Horace Walpole, le familier du salon Du Deffand, déclarait
-qu’«avec des talents médiocres, le nouveau ministre s’était hissé près
-du trône en se faisant l’instrument de sa tyrannie».
-
-Le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur d’Autriche, qui sera désormais
-en relations suivies avec d’Aiguillon, en parle sur un ton moins
-dédaigneux. Mais il le voit sous l’angle où l’envisage Mᵐᵉ d’Egmont:
-peut-il oublier que Choiseul fut le grand artisan de l’alliance entre la
-France et l’Autriche? Aussi écrit-il, le 22 juin, à Kaunitz, le ministre
-des affaires étrangères de Marie-Thérèse:
-
-«Il est de notoriété publique que M. d’Aiguillon a de l’esprit, un cœur
-haineux et méchant, qu’il est intrigant, adroit, grand travailleur,
-ennemi implacable, mais aussi ami très constant du peu de gens auxquels
-il a voué ce sentiment. Son début vis-à-vis des ministres étrangers
-annonce un grand désir de plaire; et il ne serait peut-être pas
-impossible que, par nécessité et par système, il réformât en partie les
-vices qu’on attribue à son caractère. Il y a grande apparence que, dans
-les premiers temps, il s’occupera moins des affaires d’Etat que
-d’intrigues de cour; et malheureusement, il y a ici, dans ce genre, de
-quoi remplir la vie d’un homme[215].»
-
-En effet, la première rencontre du nouveau ministre avec les
-représentants des autres puissances leur avait laissé une impression
-plutôt favorable. Elle s’était faite sous les plus heureux auspices et
-sur un terrain où l’on se met presque toujours d’accord. D’Aiguillon
-avait donné le 5 juin son premier dîner diplomatique; et Mᵐᵉ Du Deffand,
-qui semble vouloir se tourner vers le soleil levant, décrit avec une
-certaine complaisance la solennité. Cinquante-cinq convives prenaient
-part au festin; et la douairière en faisait les honneurs avec sa bru.
-Tous les diplomates avaient trouvé «la grosse duchesse» charmante,
-simple et naturelle dans sa joie, «exempte de hauteur et de fausse
-gloire et si éloignée d’être avantageuse que tous les partis sont
-contents d’elle, l’estiment, l’aiment et lui veulent du bien[216]».
-
-Pour n’être pas aussi démonstrative, la «joie» de sa belle-fille n’était
-pas moindre. C’était, pour elle, comme la revanche des mauvais jours et
-l’espoir d’une vie meilleure, sinon moins agitée, ce qu’elle eût
-préféré, sans nul doute, à tout ce tumulte triomphal. Elle savait
-reconnaître ses vrais amis. Belleval nous dit comme elle fut touchée de
-la démarche du jeune officier «revenu de si loin» à Versailles pour lui
-présenter ses félicitations; elle n’ignorait pas «le fond d’affection
-qu’elle peut faire sur lui[217]».
-
-Balleroy avait sa part, comme bien on pense, dans cette distribution,
-entre intimes, de bonnes paroles. Le billet qu’elle lui adresse de
-Versailles, le 8 juillet, témoigne assez de sa quiétude d’âme: elle ne
-lui parle plus politique; elle le plaisante sur un sujet qui devait
-revenir souvent dans leurs conversations. «Vous aurez encore le temps de
-déchiffrer ma lettre: vous êtes assez habile pour cela»; puis elle a
-d’autres préoccupations, mais qui n’altèrent en rien sa belle humeur:
-«je ne compte retourner à Paris que mercredi matin; ma fille n’est pas
-encore accouchée; je me flatte que, puisqu’elle a eu la complaisance
-d’attendre jusqu’à présent, elle n’accouchera que mercredi; ce serait
-faire les choses bien galamment...» Tout enfin serait pour le mieux, si
-son mari n’était recrû de fatigue, avec ses exercices de chevau-légers.
-
-
-
-
-XII
-
- _Pronostics sur le futur ministère.--Dîners
- diplomatiques.--Entrevue de Mercy-Argenteau avec la favorite et
- Louis XV.--Echange de lettres aigres-douces entre Mᵐᵉ Du Deffand et
- la duchesse de Choiseul.--Le dîner de Luciennes.--Jugement sévère
- de la duchesse de Choiseul.--Au décintrement du pont de
- Neuilly.--Conspiration de Mesdames contre la Du Barry.--Le régiment
- des Suisses._
-
-
-Le duc d’Aiguillon allait connaître un travail autrement difficile,
-délicat et pénible que celui d’une cavalcade sur un champ de manœuvres,
-un travail auquel il n’était pas suffisamment préparé, mais que son
-ambition, servie par une présomption sans bornes, se croyait assuré de
-mener à bonne fin.
-
-Or la situation que lui avait laissée Choiseul était, à l’extérieur
-comme à l’intérieur, enchevêtrée de telles complications, qu’eût-il
-pratiqué une politique toute personnelle, ou continué celle de son
-prédécesseur, il ne pouvait s’attendre à d’éclatantes victoires
-diplomatiques. Et, de fait, dans les trois années de son ministère, il
-ne compta guère que des insuccès et des échecs: son manque de décision,
-sa crainte de déplaire et surtout sa complète ignorance de la mentalité
-royale, ondoyante et diverse en son indolence voulue, le condamnaient
-fatalement à cette politique sans résultats. Habile administrateur en
-Bretagne, il devait être à Versailles le plus médiocre des ministres.
-
-Son avènement avait exercé néanmoins l’imagination, toujours en éveil,
-des courtisans. On lui prêtait, ainsi qu’à ses collègues, les
-combinaisons les plus subtiles. On le voyait déjà, avec le chancelier et
-M. de Boynes[218] «se porter au grand pouvoir» et travailler «longtemps
-de front» à l’expédition des affaires. Mais, disait-on, des causes de
-conflit divisaient Maupeou et d’Aiguillon: celui-ci, en prévision des
-«troubles de l’Europe» qui pourraient «entraîner la France», demandait
-au conseil des impôts que refusait le chancelier; mais son esprit souple
-et avisé l’emporterait enfin sur l’autoritarisme de Maupeou pour être
-mis à son tour en échec par la pondération de M. de Boynes[219].
-
-Mᵐᵉ Du Deffand n’édifiait pas de moindres romans. Elle voyait déjà
-Terray «sauter», pour s’être permis d’avoir payé, sans consulter le
-ministre, les sommes dues à la Chalotais[220]. Or, c’était d’Aiguillon
-qui, soucieux de se rendre populaire, avait pris l’initiative de faire
-restituer ses pensions à l’exilé de Saintes.
-
-Il mettait à profit les dîners que donnaient en son honneur «ses amis»,
-pour pratiquer le plus largement possible avec les cours étrangères
-cette politique d’apaisement qu’il avait inaugurée dès son entrée au
-ministère. Le 28 juillet, à Compiègne, la duchesse de Valentinois, dame
-d’atours de la comtesse de Provence, avait prié à souper, avec le duc et
-la duchesse d’Aiguillon et le duc de la Vrillière, une partie du corps
-diplomatique, le nonce, les ambassadeurs d’Autriche et de Sardaigne. Il
-est vrai que, Mᵐᵉ Du Barry étant de la fête, Fuentès et Carracioli,
-représentants de l’Espagne et des Deux-Siciles, s’étaient fait excuser.
-Mercy-Argenteau a raconté la scène. C’était la première fois qu’il se
-rencontrait avec la sultane favorite: à celle-ci le nonce et
-l’ambassadeur de Sardaigne prodiguaient leurs grâces. Mercy attendit
-qu’elle lui adressât la parole; et, très sensible à cet accueil, le
-diplomate écrit: «Je reçus plus de distinction que n’en avaient éprouvé
-les autres». Aussi, quand le duc d’Aiguillon, toujours dans l’esprit de
-son rôle, le prit à part et l’avertit que le roi lui donnait un
-rendez-vous pour le surlendemain chez Mᵐᵉ Du Barry, Mercy n’eut-il garde
-d’y manquer. D’ailleurs d’Aiguillon l’y conduisit, et, sous prétexte
-d’aller examiner des estampes dans une pièce voisine, laissa Mercy en
-tête-à-tête avec la dame du logis, qui s’empressa de faire asseoir le
-diplomate à côté d’elle et de lui conter ses doléances. Elle était
-désolée «qu’on l’eût prévenue auprès de la Dauphine par les calomnies
-les plus atroces, en lui attribuant des propos irrespectueux pour son
-Altesse Royale», alors qu’elle avait «fait les plus justes éloges des
-charmes» de la princesse.
-
-On sait en effet le mot prêté à la Du Barry et
-rapporté--naturellement--à Marie-Antoinette; elle aurait appelé la
-vigilance du vieux monarque sur les périlleuses inconséquences de cette
-«petite rousse»; paroles imprudentes autant que cyniques, si jamais
-elles furent prononcées;[221] car elles ne pouvaient que révolter la
-pudeur de la femme et blesser cruellement l’orgueil de la future reine.
-
-La Dauphine, poursuit la comtesse, «n’a cessé de me témoigner une sorte
-de mépris».
-
-Mercy lui prodiguant de bonnes paroles, Mᵐᵉ Du Barry entre en confiance,
-et, le cœur sur la main, ne lui cache rien de son histoire. Elle lui
-parle de son entrée à Versailles, lui dit comme elle s’ingénie à
-désennuyer le roi et ce qu’elle pense des gens de la cour: si elle
-s’exprime ainsi en toute liberté, c’est que sa belle-sœur,
-«_surveillante qui la garde à vue pour le duc d’Aiguillon_», est
-absente. Et cet aimable bavardage (au fait Mercy est-il bien exact?) se
-continue jusqu’au moment où paraît le roi.
-
---Dois-je me retirer, Monsieur? dit-elle (elle ne l’appelle pas encore
-la France).
-
-Louis XV est seul avec l’ambassadeur. Lui aussi se plaint amèrement. Son
-petit-fils est incapable de diriger la Dauphine, dont la jeunesse trop
-exubérante a besoin d’être mise en garde contre les pièges qui
-l’entourent. Aussi veut-il confier à Mercy-Argenteau la surveillance de
-la princesse. Il remarque chez elle «des préventions et des haines qui
-lui sont suggérées». Il invite donc le diplomate à «voir souvent»
-Marie-Antoinette: il l’autorise même à lui parler en son nom.
-
-Mercy trouve la mission délicate: il le dit. Le roi, embarrassé à son
-tour, rappelle d’Aiguillon et la comtesse restés dans le cabinet de
-toilette. Il se lève:
-
---Il est tard, je vais souper avec mes enfants.
-
-Quand il est parti, le premier ministre et la favorite pressent Mercy
-de revenir souvent causer aussi simplement avec le roi[222].
-
-Louis XV, volontiers timide, n’avait pas dit à son interlocuteur d’où
-venaient ces «préventions», ces «haines». Et Mercy, qui en connaît la
-source et qui veut répondre à la confiance du roi, ne dissimule pas que
-ses tentatives de conciliation trouvent du côté de Mesdames une
-opposition irréductible.
-
-En effet, ce n’étaient pas seulement de grandes dames, mais les propres
-filles de Louis XV et surtout Madame Adélaïde, qui menaient la campagne,
-poussant devant elles la Dauphine, déjà fort entraînée à subir cette
-pression familiale. Mercy-Argenteau, redoutant un éclat, s’était
-efforcé, le 31 juillet, après son entretien avec le roi, de faire appel
-à la prudence de la jeune princesse, si impulsive de sa nature.
-Reprenant le thème cher à Marie-Thérèse et à Kaunitz, Mercy redoublait
-d’instances et de prières auprès de Marie-Antoinette, pour qu’elle eût
-«l’air d’ignorer le vrai état de la favorite et la traitât sans
-affectation comme toute femme présentée...» et surtout pour qu’à aucun
-prix elle ne suivît «les directions de Mesdames». Il crut l’avoir
-persuadée: car elle lui promit d’adresser la parole à Mᵐᵉ Du Barry,
-lorsqu’elle entrerait au cercle de la cour. Et comme il la suppliait de
-persévérer dans sa résolution, sans, bien entendu, en instruire
-Mesdames, la Dauphine parut choquée d’une insistance qui semblait mettre
-en doute la parole donnée. Il est vrai qu’elle ne la tint guère; car, le
-11 août, alors que, suivant sa convention avec Mercy, elle s’approchait
-de l’ambassadeur, debout à côté de la comtesse, elle rebroussa aussitôt
-chemin: la voix impérieuse de Mᵐᵉ Adélaïde lui avait crié qu’il était
-temps de partir; et la petite Dauphine avait suivi docilement sa tante.
-
-Mᵐᵉ Du Barry ne put dissimuler au roi le dépit qu’elle avait ressenti
-d’un tel affront, et Louis XV qui, de bonne foi, avait supposé à
-l’ambassadeur d’Autriche une influence réelle sur l’esprit de
-Marie-Antoinette, lui dit, le lendemain, d’un ton moqueur:
-
---M. de Mercy, vos avis ne fructifient guère; il faudra que je vienne à
-votre secours[223].
-
-D’autre part, les débuts de d’Aiguillon qu’avait accueillis, avec une
-certaine faveur, la diplomatie étrangère, avaient rencontré plutôt de la
-méfiance chez les Choiseul. Et même la duchesse avait failli se
-brouiller avec Mᵐᵉ Du Deffand, après un échange de lettres où elle
-s’était départie quelque peu de son aménité coutumière, dans une note de
-vivacité et d’aigreur que ne méritait pas sa correspondante. Mᵐᵉ de
-Choiseul lui avait écrit le 9 juillet[224] que, si elle respectait la
-mère, elle n’était pas éblouie de la politesse qu’affectait le fils. «Je
-suis seulement ennuyée d’en entendre parler. Il fait le mort, mais gare
-à la résurrection! Car les bons ne seront pas assis à sa droite.» Du
-fait même de cette déclaration, Mᵐᵉ Du Deffand, qui rêvait peut-être
-d’accommodements futurs, s’était crue autorisée à des avances qu’elle
-trouvait toutes naturelles:
-
-«Je dirai à Mᵐᵉ d’Aiguillon tout ce que vous me dites d’elle,
-mande-t-elle à la duchesse de Choiseul. La fortune de son fils ne lui
-tourne pas la tête: c’est une très aimable femme.»
-
-La dame de Chanteloup se montra excessivement froissée que sa
-correspondante eût répété un éloge qui serait «une bassesse indigne
-d’elle», car elle aurait «l’air de quémander la bienveillance» de la
-douairière.
-
-Pendant un long mois, la «petite-fille» et la «grand’maman» disputèrent,
-à perte de vue, sur cette question de... point d’honneur, qui semblait
-tout de même au bon abbé Barthélemy, intermédiaire bénévole entre les
-deux parties, un raffinement de «délicatesse» chez la duchesse de
-Choiseul. Mais cette exagération de susceptibilité allait trouver en
-quelque sorte sa justification dans un de ces petits événements de cour,
-qui prenaient alors les proportions d’un gros scandale et dont parle
-incidemment une lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon au chevalier de Balleroy. La
-femme du ministre raconte à son confident ses petites misères. Elle a
-souffert d’un rhume qui «dégénéra en fluxion sur un œil qu’elle eut
-poché» pendant quelques jours:
-
-«Comme j’étais engagée à dîner chez Mᵐᵉ Du Barry à Luciennes avec tout
-le corps diplomatique et que ma belle-mère devait y débuter, j’avais
-fort à cœur de n’y pas manquer. J’ai imaginé de mettre ma tête sur de
-l’eau bouillante pour finir plus tôt cette fluxion. La chaleur de l’eau
-et peut-être la disposition m’ont fait porter le sang à la tête.» Ce
-beau remède lui valut presque une attaque d’apoplexie. Elle eut un
-«étourdissement suivi de perte de la parole» et des «douleurs dans la
-tête qui la firent crier comme une femme qui accouche». Aussitôt on la
-saigna; elle garda le lit le samedi et le dimanche; et «le lundi, j’ai
-été à Luciennes, de là à Versailles où j’ai donné à souper et le mardi
-à dîner[225]».
-
-Le «début» de la «grosse duchesse» à Luciennes fait sensation. Le clan
-des philosophes en reste abasourdi, Mᵐᵉ Du Deffand, qui, jusqu’alors,
-n’a cessé de rompre des lances en l’honneur de la «sœur du pot», semble
-fort embarrassée pour annoncer une telle défection à la «grand’maman».
-Elle lui écrit le 1ᵉʳ octobre: «La mère du Bacha (c’est le nom dont elle
-se plaît à flétrir d’Aiguillon) est franche, désintéressée; tous ses
-sentiments sont honnêtes. Elle fit hier une action qui ne vous paraîtra
-pas une preuve de ce que je dis. Elle dîna chez la sultane. Il y avait
-huit jours qu’elle résistait au Bacha. Elle se serait brouillée avec
-lui, si elle avait persisté à résister[226].»
-
-Mᵐᵉ de Choiseul triomphe: «Vous avez beau dire, Mᵐᵉ d’Aiguillon s’est
-souillée et je rabats de l’estime. Il n’y a point d’autorité, ni de
-considération qui puisse excuser une infamie[227].»
-
-Si dure pour la belle-mère, Mᵐᵉ de Choiseul se tait sur la bru. Elle qui
-se sacrifia toujours, sans jamais se plaindre, pour un époux volage,
-autoritaire et prodigue, elle n’ignore pas que la femme du ministre
-actuel n’est guère plus heureuse avec son mari. Si M. d’Aiguillon a pu
-décider sa mère à la plus pénible des démarches, quelle pression ne
-dût-il pas exercer sur l’esprit de sa femme, pour exiger une absolue
-soumission aux caprices de ses visées ambitieuses! Désormais la
-duchesse sera en quelque sorte la dame d’honneur de la favorite: le duc
-entend qu’elle soit l’inséparable compagne de Mᵐᵉ Du Barry. Et Mᵐᵉ
-d’Aiguillon subira cette contrainte avec une résignation qui semblera de
-l’enjouement, tant elle s’applique à ne laisser voir à personne qu’elle
-obéit à un ordre. Pidansat de Mairobert, observateur perspicace, quand
-il n’est pas préoccupé de la fabrication de ses nouvelles scandaleuses,
-a bien compris le caractère de Mᵐᵉ d’Aiguillon jeune[228]. C’est «pour
-complaire à son mari», qu’elle fait une «cour assidue» à la protectrice
-de cet époux peu scrupuleux. Elle y gagne l’insigne honneur d’une
-«familiarité» qui la met souvent dans l’embarras. Un jour, elle
-complimente, par bienséance, la comtesse Du Barry sur le goût exquis
-d’une toilette qu’on vient de lui apporter. Là-dessus, la bonne fille
-qu’est la maîtresse du roi, prend feu: elle court embrasser la duchesse
-et la supplie, au nom de leur amitié, d’accepter la robe. Mᵐᵉ
-d’Aiguillon se défend de recevoir un cadeau «qui ne convient pas à une
-aussi vieille femme»--aveu qui ne lui coûte guère, et qu’on trouve
-fréquemment dans sa correspondance. Sur ces entrefaites arrive le roi
-qui donne gain de cause à la comtesse; et les courtisans de trouver
-l’aventure plaisante.
-
-Mᵐᵉ d’Aiguillon était donc devenue le chaperon de la Du Barry dans les
-cérémonies officielles. L’année suivante, au décintrement du pont de
-Neuilly (22 décembre 1772), la famille royale brillant par son absence,
-«la favorite, écrit Mairobert, resta seule en possession de tous les
-honneurs». On avait «dressé une loge» à son intention. Elle arriva dans
-un carrosse dont le fond était occupé par la maréchale de Mirepoix et la
-duchesse d’Aiguillon: elle se tenait sur le devant avec le comte de la
-Marche, le seul prince du sang qui fût présent et qui lui servit
-d’écuyer pour la circonstance[229].
-
-Malgré son peu de goût pour la représentation, la femme du nouveau
-ministre s’était décidée à «faire ses visites», puis elle s’était
-«suivant l’usage livrée au public[230]».
-
-De Fontainebleau où elle n’était «pas aussi bien logée qu’à Compiègne»,
-elle continuait ses confidences à Balleroy qu’elle priait, par la même
-occasion, de lui rapporter un manchon d’hermine doublé de taffetas[231].
-Ce n’était pas sans une certaine ironie qu’elle recevait les courbettes
-empressées de tous ces gens de cour qui l’avaient fuie comme la peste,
-pendant les heures difficiles des Etats de Bretagne et du procès de
-Paris: «tout ce qui est ici a passé chez moi indistinctement; même Mᵐᵉ
-de Chauvelin, que vous avez vue à Compiègne si hautaine, est douce comme
-un mouton et ne bouge de chez moi. Il n’y a que quatre femmes qui n’y
-ont pas mis les pieds: Mᵐᵉ d’Egmont et sa grosse belle-fille[232] et
-Mᵐᵉ de Duras». Elle est d’ailleurs animée du plus grand esprit de
-conciliation; et les aphorismes qu’elle énonce pour en témoigner seront
-repris cinquante ans plus tard par Brillat-Savarin: «Il ne faut changer
-mon cuisinier: il met d’accord les gens les plus opposés: aussi je nomme
-Martin le pacificateur de la cour». Toutefois l’attitude hostile de Mᵐᵉ
-d’Egmont avait quelque peu altéré sa bonne humeur: «Ma chère cousine a
-été ridicule avec moi; et il n’aurait tenu qu’à moi, si je n’avais pas
-été plus sage qu’elle, d’avoir quelques scènes avec elle; mais je les ai
-évitées avec soin; je respecte en elle le nom que je porte et la fille
-d’un homme qui, depuis mon mariage, m’a toujours traitée en père...»
-
-D’autres haines, plus implacables encore et partant de plus haut, sur
-lesquelles la duchesse se garde bien de s’expliquer, menaçaient déjà son
-mari, trop fidèle allié de la Du Barry. M. d’Aiguillon devait son poste
-de premier ministre à la maîtresse du roi: c’était de toute justice
-qu’il intervînt en sa faveur dans la lutte qui s’engageait contre elle,
-plus ardente que jamais: «il la gouverne moins par un ascendant décidé
-que par la souplesse, les égards et les soins», écrit Mercy-Argenteau, à
-Kaunitz.
-
-Marie-Antoinette ne pardonna jamais à d’Aiguillon l’appui qu’il prêta à
-Mᵐᵉ Du Barry.
-
-Mesdames applaudissaient à des sentiments d’animosité qui se
-retournaient contre la maîtresse de leur père; et, dans l’horreur que
-celle-ci leur inspirait, elles en étaient arrivées à se rapprocher de
-Choiseul, que l’expulsion des jésuites leur avait rendu plus
-particulièrement odieux[233]. L’affectation qu’elles apportaient à
-défendre le ministre disgracié ne pouvait qu’indisposer davantage Mᵐᵉ Du
-Barry contre un homme qui s’était affirmé si résolument son ennemi. Au
-reste, Louis XV n’attendait pas après des influences étrangères pour
-prendre en grippe son ancien favori. L’exil triomphal de Chanteloup et
-toutes les manifestations en l’honneur du vaincu dont une publicité
-savante amplifiait l’éclat, avaient fini par énerver ce monarque,
-parfois si ombrageux sous son apparente indifférence. Aussi, quand on
-vint lui proposer d’enlever à Choiseul, un an à peine après sa chute, sa
-charge de _colonel-général des Suisses et Grisons_ (et d’Aiguillon dut
-participer à la manœuvre), Louis XV se laissa-t-il facilement persuader.
-
-D’ailleurs, le principal intéressé, dès qu’il reçut l’ordre de se
-démettre, ne put s’y tromper un seul instant. Vainement il avait cru à
-la parole royale l’assurant, en 1762, qu’il resterait toujours titulaire
-et possesseur de sa charge. Or, d’Aiguillon venait d’écrire à M. Du
-Chatelet, l’ami et le représentant de l’ancien ministre, qu’elle n’était
-pas «inamovible», déclaration confirmée en ces termes de la main même du
-prince: «ce que dessus ma façon de vouloir[234]!» Et Choiseul d’en tirer
-cette conclusion qui fait peu d’honneur à sa clairvoyance, si toutefois
-elle est bien l’expression sincère de sa pensée: «Je n’ai commencé que
-de ce moment à être vraiment l’ennemi personnel de M. d’Aiguillon et la
-conduite du roi à mon égard achève l’opinion que j’avais de lui et le
-dégoût que sa faiblesse cruelle m’inspirait[235]».
-
-Les _Mémoires_, parus en 1790 sous le nom de Choiseul, sont consacrés en
-grande partie, le deuxième volume surtout, à l’histoire des négociations
-qui s’engagèrent et des correspondances qui furent échangées pour la
-cession de ce brevet de colonel-général. La charge rapportait cent mille
-livres[236] et les dettes du titulaire étaient énormes. Du Chatelet,
-intermédiaire très actif et très dévoué, en dépit de tous les tracas que
-lui valent la raideur et l’aigreur de Choiseul, a trop bien pénétré la
-volonté arrêtée et irréductible du roi pour ne pas inviter instamment
-son ami à donner sa démission. Enfin Choiseul cède. Les lettres de
-continuer.
-
-Il s’agit du prix à débattre. Du Chatelet rend compte à Chanteloup de
-ses conférences, tantôt avec Mᵐᵉ Du Barry, tantôt avec d’Aiguillon. S’il
-faut en croire la favorite, le nouveau ministre ne témoigne d’aucun
-«acharnement» contre son prédécesseur, elle encore moins; c’est le roi
-qui estime intolérables les chroniques de Chanteloup. Au surplus,
-«d’Aiguillon ne la gouverne pas; elle écoute tout le monde et ne fait
-que ce qu’elle veut[237]».
-
-Ce qui n’est pas douteux, c’est que Mᵐᵉ Du Barry se montra, dans la
-circonstance, plus conciliante que Choiseul ne pouvait raisonnablement
-l’espérer: «M. Du Chatelet, écrit Mᵐᵉ Du Deffand à Walpole, ne trouvant
-pas de facilité auprès de M. d’Aiguillon, se détermina à parler à Mᵐᵉ
-Du Barry, en qui il trouva plus de douceur et de facilité».
-
-Choiseul, dont cette intervention humiliait la fierté, conservait son
-ton cassant et son attitude de grande victime. Il crut devoir à son
-orgueil de faire passer sous les yeux du roi, dans les salons de Choisy,
-une lettre qui l’irritât au possible. Mais la favorite se tourna vers
-d’Aiguillon et lui dit tout haut:
-
---Il faut bien que cela soit comme cela.
-
-Enfin, après une conversation des plus animées entre Louis XV, sa
-maîtresse et son premier ministre, le roi laissa tomber ces mots, en se
-mettant au jeu:
-
---Cent mille écus argent comptant, soixante mille livres de pension dont
-cinquante mille reversibles sur Mᵐᵉ de Choiseul[238].
-
-D’Aiguillon fit part à Du Châtelet de la décision royale. Le
-dédommagement dépassait les prévisions de l’ex-colonel-général[239];
-mais son amour-propre sortait singulièrement froissé de l’aventure:
-
---Ni moi, ni Mᵐᵉ de Choiseul, écrit l’ancien ministre, ne fîmes de
-remerciement. L’injustice et surtout la manière dure qu’on avait
-employée nous dispensaient de la reconnaissance.
-
-Dans l’origine, c’était le comte de Provence que Louis XV avait donné
-pour successeur à Choiseul. Mais, devant l’opposition du Dauphin, la
-charge fut attribuée au comte d’Artois.
-
-N’importe, dans l’âme vindicative de d’Aiguillon, l’affaire du régiment
-des Suisses dut être la contrepartie de celle du régiment du roi.
-
-
-
-
-XIII
-
- _Le partage de la Pologne et ses responsabilités.--Ambitions du
- comte de Broglie.--Le cardinal de Rohan nommé ambassadeur à
- Vienne.--Tactique autrichienne: condescendance de la
- Dauphine.--L’amitié suédoise et le lyrisme de la duchesse
- d’Aiguillon.--«Deux brigands et une dévote».--Les gémissements de
- Marie-Thérèse.--L’irréparable.--Conseils du comte de Provence.--La
- révolte de la Dauphine.--La vie à Fontainebleau.--La «croquante» de
- Versailles.--Mort de «la grosse duchesse»._
-
-
-Trop longtemps, le duc d’Aiguillon a supporté, à lui seul, devant
-l’Histoire la responsabilité du partage de la Pologne. Certes ce fut,
-sous son principat, que cette iniquité fut consommée; mais il la subit,
-comme, cent ans plus tard, des ministres français signaient, contraints
-et forcés, le traité qui arrachait à leur patrie l’Alsace-Lorraine.
-Aurait-il pu, avec plus de décision et de fermeté, conjurer la
-catastrophe? Rien n’est moins certain. Choiseul n’avait pas surveillé
-d’assez près la coalition qui se formait dans le Nord: il avait trop
-laissé décliner en ces pays lointains le prestige de la France. Surpris,
-il voulut faire face au danger; il lança Dumouriez comme un brûlot; mais
-il était trop tard. N’eût-il pas été atteint par la disgrâce, que tout
-son brio de diplomate, toute sa vigueur d’homme d’État auraient échoué
-devant l’irréparable.
-
-Le duc de Broglie le reconnaît dans son _Secret du roi_, de même qu’il
-y fait le procès en règle de d’Aiguillon, qu’il accuse presque
-d’aveuglement et d’imbécillité. Il est vrai qu’il est un peu juge et
-partie dans l’affaire: car il semble sous-entendre qu’un de ses
-ancêtres, le comte de Broglie, aurait pu sauver la situation, s’il avait
-été appelé alors au secrétariat des affaires étrangères.
-
-Le comte de Broglie était le principal agent, très perspicace, il faut
-le reconnaître, de la politique secrète, que menait, à l’insu du cabinet
-de Versailles, le roi Louis XV, ce prince déconcertant, qui paraissait
-indifférent aux tractations de ses ministres, alors qu’il en
-contrecarrait la plupart du temps la stratégie diplomatique par des
-instructions données à des acteurs restant dans la coulisse[240].
-Aussitôt Choiseul disgracié, le comte de Broglie s’était mis sur les
-rangs pour lui succéder[241]: il était cependant un des bons amis de
-d’Aiguillon; mais le roi, estimant sans doute le mystérieux concours du
-comte trop précieux pour s’en priver, avait fait la sourde oreille.
-Broglie, lassé d’une besogne sans gloire et sans profit, se retourna
-vers d’Aiguillon, dès qu’il le sut pourvu du ministère et lui écrivit,
-le 8 juin 1771, pour postuler l’ambassade de Vienne. Mais le successeur
-de Choiseul, dit amèrement le duc de Broglie, «n’y voulait avoir un
-ambassadeur qui comprît une ligne politique et fût en état de la suivre,
-pour la raison très simple que n’ayant lui aucune politique, il ne
-pouvait lui plaire qu’un autre en eût à sa place[242]». Peut-être aussi
-avait-il appris par son alliée, Mᵐᵉ Du Barry, les compétitions d’un ami
-dont il ignorait encore le rôle auprès de Louis XV.
-
-Assurément, le poste, alors vacant, de Vienne exigeait un diplomate
-avisé, actif et très ferme, sans cesser un instant d’être souple et
-conciliant. Le ministre qui remplissait alors par intérim ces fonctions,
-M. Durand, était un homme de réelle valeur, mais il n’était pas _né_.
-D’Aiguillon eut donc la malencontreuse idée d’envoyer à Vienne le
-cardinal de Rohan, un très grand seigneur, mais le personnage le moins
-propre à s’acquitter avec succès de la délicate mission qui lui était
-confiée. Ce prélat bellâtre, infatué de son nom et de son titre, était
-étourdi, frivole, dissipé, libertin, fastueux jusqu’à la plus folle
-prodigalité, incapable de la moindre direction politique et dépourvu de
-tout scrupule. D’Aiguillon, en le nommant, s’était attiré les bonnes
-grâces de la puissante maison de Rohan, du prince de Soubise et de la
-comtesse de Marsan; mais pouvait-il ignorer combien ce choix était
-déplorable, étant donnés le caractère et les principes de Marie-Thérèse,
-cette impératrice qui avait une si haute idée de ses devoirs comme
-souveraine et que la dignité de sa vie avait toujours imposée au respect
-de l’Europe?
-
-A vrai dire, cette rigidité de mœurs n’excluait, ni les calculs
-ambitieux qui ont le pressentiment des annexions futures, ni les
-accommodements de conscience qu’expliquent, qu’excusent au besoin les
-intérêts supérieurs de l’État.
-
-Ceux-ci, néanmoins, n’exigeaient-ils pas qu’en présence d’un nouveau
-ministre, évidemment prévenu contre la politique de son prédécesseur,
-son plus mortel ennemi, on lui prodiguât toutes les promesses, on lui
-consentît toutes les concessions susceptibles d’endormir sa défiance?
-
-Tactique, en vérité bien superflue, que révèlent les réponses de Mercy
-aux instructions précises de sa souveraine! Car notre secrétariat des
-affaires étrangères ne savait pas appuyer sa conception d’une Pologne
-intangible et libre, d’un ultimatum inflexible; et d’autre part, Louis
-XV ne se désintéressait que trop de ses devoirs de roi.
-
-Mais un revirement était possible. Et c’était pour s’assurer une
-neutralité bienveillante, autant que pour maintenir l’alliance des deux
-pays, que Marie-Thérèse d’abord, puis son ambassadeur, s’efforçaient
-d’amener la Dauphine à montrer moins d’hostilité contre Mᵐᵉ Du Barry et
-contre le duc d’Aiguillon. Mercy n’en prisait pas mieux celui-ci qu’il
-appelait «ministre médiocre à petites ruses et manœuvres sourdes». Mais
-il se faisait fort d’y porter remède, si Mᵐᵉ l’archiduchesse «moins
-légère et moins obstinée» dans sa conduite envers Mᵐᵉ Du Barry «lui
-donnait un peu de jeu[243]». Les instances de Mercy auprès de
-Marie-Antoinette finirent par obtenir gain de cause. Le 1ᵉʳ janvier
-1772, quand Mᵐᵉ Du Barry, accompagnée de la maréchale de Mirepoix et de
-Mᵐᵉ d’Aiguillon, se présenta chez la Dauphine, celle-ci dit à la
-duchesse, en regardant la favorite: «Il y a bien du monde
-aujourd’hui[244]». Et chacun, dans l’entourage du premier ministre, de
-célébrer la grâce, l’aménité, la modération de la jeune princesse. En
-vérité, on se contentait de peu. Par contre, la coterie de Mesdames
-était indignée; et les filles du roi firent grise mine à leur nièce.
-
-Cependant, malgré ses tâtonnements, ses incertitudes, son désir de ne
-déplaire à personne, d’Aiguillon avait encore un certain respect des
-traditions. Il ne pouvait oublier par quelle ligne de conduite son
-illustre ancêtre, le cardinal de Richelieu, avait assuré la
-prépondérance européenne de la France et rendu son propre nom immortel.
-Il était, par exemple, telles amitiés séculaires qu’il fallait
-pieusement conserver, tel engagement sacré qu’il importait de tenir. La
-Suède attendait les subsides, promis, de la grande nation, dont elle
-défendait les intérêts politiques dans le Nord.
-
-Mais, hélas! le trésor de la France était vide. Creutz, l’adroit
-ministre de Suède à Versailles, écrivit alors au roi Gustave d’envoyer à
-Louis XV «une lettre touchante, une très flatteuse à Mᵐᵉ Du Barry et une
-pleine de confiance et d’amitié à M. d’Aiguillon[245]». En dépit de Mᵐᵉ
-d’Egmont, qui ne voulait donner son portrait au roi de Suède que si le
-jeune souverain s’engageait à ne pas réclamer celui de la comtesse Du
-Barry, Gustave suivit le conseil de son ministre et reçut les subsides.
-D’Aiguillon continua cet accord amical; et le coup d’état du 19 août
-1772, qui libéra le roi de Suède du joug de sa turbulente noblesse, et
-qu’avaient si bien préparé les conseils de Vergennes, le représentant de
-la France, fut presque un triomphe pour d’Aiguillon. Aussi la duchesse,
-chez qui nous avons déjà signalé la préoccupation constante de l’honneur
-du nom, écrivait-elle, sur le mode lyrique, elle d’ordinaire si simple
-de ton et si naturelle d’allure:
-
-«... Je ne vous manderai aucunes nouvelles d’ici: celle de Suède les a
-toutes absorbées: je ne doute pas du plaisir qu’elle y a fait. Votre
-amitié vous fait partager tout ce qui est à la gloire de M. d’Aiguillon.
-Il est vrai que le nom de Gustave et celui de Richelieu ne peuvent se
-séparer pour les grandes choses. Il est plaisant que la France n’ait
-bien secondé la Suède que sous le règne d’un Gustave et le ministère
-d’un Richelieu[246].»
-
-Par contre, Mᵐᵉ d’Aiguillon ne parle jamais de la gloire de son époux en
-Pologne.
-
-Celui-ci, vers la fin de 1771, soit qu’il fût hanté des souvenirs de la
-politique d’antan, soit qu’il voulût répondre aux «cajoleries» de
-Frédéric, s’était avisé de lui faire connaître «les pourparlers qui lui
-étaient offerts du côté de Vienne et de Saint-Pétersbourg». Et,
-naturellement, le roi de Prusse ne l’avait pas laissé ignorer à
-Marie-Thérèse. Mais, quand Mercy, quelque peu interloqué, vint demander
-au ministre si ce fait était réel, d’Aiguillon en convint très
-volontiers, et, par réciprocité, s’empressa de montrer à l’ambassadeur
-sa correspondance avec Frédéric, qui le priait «de ne pas s’opposer à la
-prise de possession de Dantzick[247]».
-
-Louis XV expliquait ainsi cette double indiscrétion au comte de Broglie:
-«C’est pour marquer toute notre confiance à la Cour de Vienne que M.
-d’Aiguillon a communiqué la lettre de Prusse à M. de Mercy et pour juger
-si elle ne voudrait pas avoir sa part du gâteau, comme il y a tout lieu
-de le croire[248]».
-
-En tout cas, au point de vue des usages diplomatiques, le procédé
-n’était pas banal. Certes, il justifie l’irritation hargneuse de Mercy,
-dans sa dépêche du 23 janvier à Kaunitz; il exprime le très vif désir de
-trouver «le moyen de retirer Mᵐᵉ Du Barry de la dépendance de M.
-d’Aiguillon» pour être débarrassé au plus tôt de «cet homme faux,
-vindicatif et méchant».
-
-Mais, en somme, cette... franchise, qui était presque une pantalonnade,
-n’apprenait rien aux puissances intéressées, puisque, d’après la
-correspondance de Frédéric, bien avant le départ de Rohan pour Vienne,
-le projet de partage de la Pologne était arrêté entre la Russie et la
-Prusse, avec le consentement tacite de l’Autriche[249]. On comprend donc
-le mot de Louis XV, déjà renseigné par de Broglie sur cet accord, ainsi
-que le sera d’Aiguillon, le 12 février, par Gaulard de Saudray, chargé
-d’affaires à Berlin[250]. Aussi, avons-nous peine à croire qu’à la même
-époque Mercy-Argenteau ait tenté, avec beaucoup de mystère toutefois,
-mais sans succès, une démarche auprès du successeur de Choiseul, pour
-donner plus de cohésion à l’alliance austro-française et empêcher ainsi
-le partage de la Pologne, «marché qui révoltait la conscience de
-Marie-Thérèse et fut le remords de sa vie[251]». A quoi bon resserrer
-les liens de l’alliance, puisque d’Aiguillon avait écrit, le 6 février,
-à Rohan: «le roi n’a contracté qu’une obligation formelle, celle de
-secourir la Maison d’Autriche si elle est attaquée dans ses
-possessions[252]»? Et de l’avis même de M. de Broglie, grand admirateur
-de Marie-Thérèse, l’impératrice-reine, qui occupait déjà une partie de
-la Pologne, espérait bien continuer et «finir» la conversation sur la
-base de l’_uti possidetis_. Ces scrupules, un peu tardifs et si
-atténués, de Marie-Thérèse, mettaient en joie son cynique voisin de
-Potsdam. Il en écrivait à d’Alembert qu’il savait un écho complaisant:
-«L’impératrice Catherine et moi sommes deux brigands; mais cette dévote
-d’impératrice-reine, comment a-t-elle arrangé cela avec son confesseur?»
-
-Marie-Thérèse avait donc, par grâce d’Etat, la conscience absolument
-tranquille; et la correspondance de Mercy-Argenteau le démontre de
-reste, comme elle nous fait assister aux tergiversations, aux
-inquiétudes et surtout à la veulerie de ce malheureux d’Aiguillon, qui
-pressentait l’imminente catastrophe, mais ne savait l’enrayer: tout au
-plus risquait-il une épigramme pour prouver qu’il n’était pas dupe de la
-comédie.
-
-«M. d’Aiguillon traite les affaires sans énergie, sans nerf et sans
-vues: son génie le porte à employer des petits moyens de
-fausseté...[253]»
-
-Mercy note en même temps les intrigues de Cour qui se nouent autour des
-deux antagonistes, le ministre des affaires étrangères et le chancelier
-Maupeou. Le roi les estime peu et ne semble guère disposé à intervenir
-dans la lutte[254].
-
-Déjà l’ambassadeur d’Autriche avait signalé, dans sa lettre du 23
-janvier à Kaunitz, la «guerre très rude» que préparait le
-chancelier[255] au ministre «généralement haï» et dont «le despotisme»
-commençait à fatiguer la favorite.
-
-Cependant, le bruit s’est répandu en France de l’accord conclu entre les
-trois puissances. D’Aiguillon veut parler haut et ferme à Mercy; mais il
-est bien obligé de baisser de ton: l’argent manque, la France est
-discréditée et l’Angleterre lui refuse son concours[256]. Il n’en écrit
-pas moins à Rohan le 5 mai, après avoir reçu les dépêches de Kaunitz et
-de Marie-Thérèse, transmises par l’ambassadeur que, la Cour de Vienne
-gémissant sur la triste nécessité où elle se voyait réduite de donner
-les mains à l’arrangement prusso-russe, le roi ne pourrait sans doute
-que gémir avec elle[257].
-
-«J’ai lieu de croire, dit Mercy, blessé de ce persiflage, à M. de
-Kaunitz, j’ai lieu de croire que vous serez surpris de la médiocrité du
-langage tenu par M. d’Aiguillon à cette nouvelle importante. Depuis que
-M. d’Aiguillon traite les affaires de l’Etat, sa réputation d’homme
-d’esprit s’éclipse chaque jour davantage; je crois que l’on ne doit être
-en garde que contre sa bonne volonté qui ne peut même pas produire de
-grands effets dans la position où tout se trouve maintenant à la
-Cour[258].»
-
-D’autre part, d’après l’abbé Georgel[259], secrétaire de Rohan, le
-cardinal, que l’évidence obligeait à parler, adressait à son ministre
-cette fameuse dépêche qui renforçait le croquis esquissé par
-d’Aiguillon, en accentuant d’un trait plus vif la duplicité de
-l’impératrice: «Elle paraît avoir les larmes à son commandement; d’une
-main, elle a le mouchoir pour essuyer ses pleurs, de l’autre elle manie
-le glaive des négociations». Toujours au dire de Georgel, le ministre
-des affaires étrangères avait eu la coupable indiscrétion de montrer
-cette dépêche à Mᵐᵉ Du Barry et la favorite en avait fait des gorges
-chaudes dans ses salons, laissant croire qu’elle en était la
-destinataire.
-
-Le duc de Broglie accepte l’anecdote comme authentique dans son _Secret
-du Roi_. Mais Vatel la déclare controuvée. L’ambassadeur de France se
-serait permis une telle inconvenance, que Marie-Thérèse, déjà très
-mécontente de la légèreté et des incorrections du cardinal, en eût
-aussitôt exigé le rappel. D’ailleurs, la correspondance de Marie-Thérèse
-et de Mercy-Argenteau ne fait aucune allusion à cette mystérieuse
-dépêche, qui, par parenthèse, ne se trouve pas au dépôt des affaires
-étrangères. C’est à se demander si celle que nous avons citée de M.
-d’Aiguillon sur les «gémissements» de l’impératrice-reine, n’aurait pas
-quelque peu stimulé l’imagination, naturellement très vive, de l’abbé
-Georgel[260].
-
-Mercy avait surtout pour instruction de bien persuader au ministre
-français que l’Autriche resterait en état d’infériorité devant la Prusse
-et la Russie qui arrondissaient leur domaine, si elle ne suivait leur
-exemple... la part du gâteau dont Louis XV parlait au comte de Broglie!
-«Le Roi Très Chrétien, écrit l’ambassadeur, envisage cet objet d’un œil
-de justice et de modération...» «Et, concluait-il, il ne restera plus
-qu’à calmer les effets de l’amour-propre du duc d’Aiguillon qui est
-piqué du triste rôle qu’il joue dans le début de son ministère.» Mais
-pour le «ramener», il faudrait que lui, Mercy-Argenteau, pût compter sur
-l’accueil que la Dauphine, préalablement «avertie» par sa mère, ferait à
-la comtesse Du Barry[261].
-
-«L’intérêt personnel, dit encore le diplomate, rend méfiant M.
-d’Aiguillon.» Sa «mauvaise volonté» des premiers jours venait de ses
-appréhensions. Il craignait que Marie-Thérèse «n’accordât une trop haute
-protection à M. de Choiseul». Mais il commence à parler avec un peu plus
-de modération sur les affaires de Pologne; et Mercy ne désespère pas
-d’en avoir raison, si «Madame la Dauphine veut bien appuyer ses
-démarches[262]».
-
-De fait, il semble que cette princesse, considérée par Kaunitz «comme un
-mauvais payeur dont il faut se contenter de tirer ce que l’on
-peut[263]», veuille maintenant en devenir un bon; car, à quelque temps
-de là, rencontrant d’Aiguillon chez le roi, elle lui parle fort
-longuement: «Jamais, confie le ministre à l’ambassadeur, je n’avais été
-si bien traité[264]». Un autre jour, Mᵐᵉ Du Barry s’étant rendue à la
-messe avec la duchesse d’Aiguillon, la Dauphine adresse d’abord la
-parole à la grande dame, puis se tournant vers la favorite, elle donne
-un tour si adroit à la conversation que les deux femmes peuvent se
-croire également visées par la princesse. Le roi et Mᵐᵉ Du Barry étaient
-aux anges[265].
-
-Louis XV, fier de ce succès, encourage sa maîtresse à se présenter chez
-la Dauphine; Mercy, à qui d’Aiguillon fait la confidence, approuve la
-démarche pour «éviter toute fermentation dans la famille royale»; mais
-il estime que la comtesse «devrait se contenter d’être bien reçue deux à
-trois fois par an[266]».
-
-Entre temps, l’acte diplomatique du 5 août consacre officiellement le
-dépeçage hypocrite de la malheureuse Pologne; et d’Aiguillon conserve
-l’attitude favorable déjà signalée par Mercy. Mais l’ambassadeur
-d’Autriche se tient toujours sur ses gardes. Le caractère du ministre
-français est trop faux et trop suspect aux yeux de Mercy, pour qu’on
-puisse «s’en reposer sur ses assertions». D’Aiguillon, ne prenant
-d’autre guide que «sa convenance personnelle», n’a «ni la force, ni le
-génie, ni la connaissance des affaires pour résoudre un système».
-Toutefois comme Louis XV reste inviolablement attaché à la politique
-actuelle, son secrétaire d’État aux affaires étrangères ne «tentera pas
-d’entreprises impraticables». Il s’accommodera même très volontiers de
-l’alliance autrichienne, dès qu’il pensera y trouver sûreté et profit,
-ce que d’ailleurs lui «laisse prévoir» son interlocuteur[267].
-
-L’impératrice partage l’opinion de son représentant sur d’Aiguillon
-qu’il surveille de près. Il constate que le Premier tient toujours «un
-langage très modéré», quoique «la confection des arrangements relatifs à
-la Pologne devienne une nouvelle mortification pour le ministre
-français; mais le Roi Très Chrétien envisage ces mêmes arrangements avec
-plus de raison et de justice[268]».
-
-Ah! le beau bill d’indemnité pour la conscience de Marie-Thérèse! Mais
-aussi quel triomphe pour l’adresse de l’ambassadeur!
-
-Il parviendra également à prévenir les tracasseries que peut susciter
-d’Aiguillon, si «malhabile» et si discrédité qu’il soit, par ses
-démarches auprès de l’Angleterre, de même qu’il compte «barrer» à
-Madrid, les «insinuations» du ministre[269].
-
-Or, cet homme qui savait si bien se faire valoir et qui, somme toute,
-n’avait eu qu’à enfoncer des portes ouvertes, n’avait pas prévu un
-incident susceptible de démolir l’échafaudage de combinaisons qu’il
-avait si artificiellement accumulées pour soutenir «l’alliance». Un
-matin, la Dauphine lui montre, en lui demandant «le secret absolu», une
-lettre que vient de lui adresser le comte de Provence[270]. C’était tout
-une suite de conseils, écrits de la main du prince, pour apprendre à sa
-belle-sœur comment elle réussirait à se concilier l’amitié du roi, la
-considération de sa famille, le dévouement de la Cour et de la Nation.
-Ils se résumaient ainsi:
-
-1º Dépeindre, au monarque, le duc d’Aiguillon, «ce monstre», sous les
-couleurs les plus noires; car c’est à lui qu’il faut imputer la discorde
-où se débat la famille royale; il n’est pas question toutefois de la
-liaison du ministre avec la favorite.
-
-2º Pour que d’Aiguillon ne puisse inspirer aucune méfiance au roi sur la
-correspondance de la Dauphine, cette princesse devra faire lire à Louis
-XV les lettres qu’elle envoie et qu’elle reçoit.
-
-3º Parler moins souvent en particulier à Mercy.
-
-Mais déjà Marie-Antoinette n’était que trop disposée à suivre ces
-conseils, sauf bien entendu le dernier, ou tout au moins à reprendre la
-liberté de son attitude envers le duc d’Aiguillon. L’avant-veille de
-cette confidence, le 12 novembre, à sa toilette, elle avait très
-nettement demandé à Mercy-Argenteau s’il y avait «danger de
-refroidissement entre les deux cours»; puis, sur la réponse négative de
-son interlocuteur, elle avait fait une sortie très vive contre le
-premier ministre qu’elle «dépeignait au naturel», soit du côté du
-caractère, soit du côté des moyens d’agir et des talents[271].
-
-Il semble que l’animosité, jusqu’alors si mal contenue de la Dauphine,
-se soit principalement portée sur d’Aiguillon; car, quelques jours
-auparavant, Mᵐᵉ Du Barry, survenue au moment du dîner, avec son
-inséparable compagne, Mᵐᵉ d’Aiguillon, avait reçu de la princesse cet
-accueil de bienveillante indifférence, qui se traduisait, d’ordinaire,
-par une appréciation banale sur les variations climatériques de la
-saison.
-
-Évidemment la boutade de Marie-Antoinette, l’intervention inattendue de
-son beau-frère durent faire trembler Mercy; mais il en fut quitte pour
-la peur; car nous ne voyons pas que cette double manifestation
-d’hostilité ait aggravé la situation. La correspondance de l’ambassadeur
-jusqu’aux premiers mois de 1773 ne s’occupe guère que du cardinal de
-Rohan. Les entrevues de Mercy avec d’Aiguillon et Mᵐᵉ Du Barry
-établissent que l’étourdi et présomptueux prélat eût été volontiers
-sacrifié au mécontentement, chaque jour plus intense, de Marie-Thérèse
-contre ce «panier percé»[272] (le nom que lui donnait le ministre), s’il
-n’eût été de la dernière imprudence de froisser le maréchal de Soubise
-et la comtesse de Marsan, grands partisans du chancelier Maupeou.
-
-Pendant la marche ascensionnelle, quoique peu triomphale, de son époux,
-Mᵐᵉ d’Aiguillon, cette victime du devoir, que nous voyons toujours à la
-remorque de la Du Barry, attirait peu l’attention sur sa propre
-personne. Elle s’effaçait, de la meilleure grâce, devant un maître aussi
-franchement admiré que ponctuellement obéi, bien qu’elle goutât peu la
-fièvre et l’agitation de la vie des cours. Et cependant comme elle se
-trouve entraînée dans ce tourbillon! Elle est occupée, lors du séjour à
-Fontainebleau, depuis huit heures du matin jusqu’à une heure après
-minuit. Et cependant «elle n’a rien fait et dit des riens». Tout,
-d’ailleurs, en cette résidence, se trouve «dans l’ordre accoutumé, on y
-chasse, on y joue, on s’y promène, car il fait le plus beau temps du
-monde... je le sais par ouï-dire, car je n’ai pas mis le nez
-dehors[273]».
-
-Mᵐᵉ d’Aiguillon continua-t-elle, à Versailles, cette série de dîners
-magnifiques que son mari jugeait nécessaires à sa gloire, dîners dont
-elle était la savante ordonnatrice et qui mettait en si puissant relief
-le génie du cuisinier Martin? Présida-t-elle, par exemple, aux apprêts
-du somptueux festin qui fut l’objet de cet écho des _Mémoires secrets_
-du 13 février 1772[274]?
-
-«On raconte que dernièrement à une fête que donnait le duc d’Aiguillon,
-il se trouvait au dessert une croquante figurée représentant les
-diverses parties de l’Europe et du globe auxquelles correspond son
-ministère. Ce seigneur en offrit à Mᵐᵉ la vicomtesse de Fleury et lui
-demanda ce qu’elle voulait. Après les petites simagrées des jolies
-femmes:
-
---Eh bien! Monsieur le duc, s’écria-t-elle, donnez-moi la France, je la
-croquerai aussi bien qu’une autre.»
-
-Cette période de réceptions fut interrompue, dans le courant de l’année,
-par un deuil dont souffrit cruellement la duchesse d’Aiguillon, et que
-ravivait, en toutes circonstances, une sensibilité fort rare à cette
-époque où la philosophie sceptique de la bonne compagnie prétendait
-cuirasser le cœur humain contre les émotions les plus légitimes.
-
-La «grosse duchesse» était morte subitement, au sortir du bain, d’une
-indigestion, prétendent les _Mémoires secrets_, qui signalent le décès à
-la date du 15 juin et font l’oraison funèbre de la défunte sur le ton
-moqueur dont ils sont coutumiers:
-
-«Beaucoup d’esprit, très instruite et fort entichée de la philosophie
-moderne, c’est-à-dire de matérialisme et d’athéisme.»
-
-Et la maligne gazette rappelait que la douairière était la protectrice
-attitrée de l’Encyclopédie et des Encyclopédistes. L’abbé de Prades,
-auteur d’une thèse des plus hardies, avait dû à la grosse duchesse un
-asile et des secours qui lui avaient permis de se soustraire au
-fanatisme de ses ennemis.
-
-Nous avons vu précédemment[275] quels regrets Mᵐᵉ d’Aiguillon avait
-donnés à la mémoire de sa belle-mère. Six mois après, le souvenir des
-bienfaits reçus lui arrachait encore des larmes, alors qu’elle «était
-allée en Sorbonne», dans cette église dont les caveaux servaient de
-sépulture aux Richelieu[276]. C’était là encore que reposaient les
-cendres de «ce qu’elle avait le plus aimé», des enfants qu’elle avait
-perdus. «Il a fallu tout mon courage, gémit-elle, pour y être sans qu’il
-y parût; j’y suis parvenue: il n’y a eu que mes enfants qui s’en soient
-aperçus... Plus j’ai souffert et plus j’ai été aise que M. d’Aiguillon
-n’ait pas pu y venir. Je craignais ce moment-là pour lui...[277]»
-
-Joli trait de tendresse conjugale! Attention délicate pour un homme à
-qui la seule politique donnât vraisemblablement de l’émotion!
-
-
-
-
-XIV
-
- _Un mauvais jour de l’an pour Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Conseils de
- prudence.--Les galas de d’Aiguillon et de Mᵐᵉ du Barry: «le noir
- serpent» et l’œuf d’autruche.--On s’écrase chez Mᵐᵉ
- d’Aiguillon.--Bouderies entre le ministre et la favorite.--«Le
- mauvais sujet».--Confidences de Mˡˡᵉ Chon: Mercy-Argenteau
- serait-il berné?--L’intrigue Narbonne.--Réconciliation des deux
- alliés.--La contre-police de d’Aiguillon: Dumouriez et consorts
- embastillés.--L’exil du comte de Broglie, d’après Mᵐᵉ
- d’Aiguillon.--Indiscrétions de Septimanie.--Récriminations de
- Rohan.--Insuccès diplomatiques du premier ministre._
-
-
-L’affaire de la Pologne était moins instante. De ce fait,
-Marie-Antoinette crut avoir retrouvé sa liberté d’allures; et le parti
-d’Aiguillon ne tarda pas à s’en apercevoir.
-
-Aux réceptions officielles de janvier 1773, Mᵐᵉ Du Barry s’était
-présentée chez la Dauphine, accompagnée de ses deux dames, la maréchale
-de Mirepoix[278] et la duchesse d’Aiguillon, et, de plus, flanquée de
-Mˡˡᵉ Chon, sa belle-sœur. La princesse ne leur dit pas un mot.
-Seulement, la fine mouche, pressentant quelque orage, prit les devants,
-et, dans une lettre qu’elle écrivait, le 13 janvier, à sa mère: Je
-crois, insinue-t-elle, que M. d’Aiguillon a voulu persuader à Mesdames
-Du Barry qu’elles avaient été mal traitées... J’ai parlé à tout le monde
-en général... Mais le ministre ne s’est jamais plaint de moi pour
-lui[279].
-
-En tout cas, écrit de son côté Mercy, «je n’en fus pas quitte à si bon
-marché vis-à-vis de M. d’Aiguillon, qui me dit, entr’autres choses
-piquantes, qu’il semblait que Mᵐᵉ la Dauphine eût le projet de narguer
-le roi par la façon dont elle traitait les personnes qu’il affectionnait
-le plus». A son tour, Mercy se fâche: il réplique qu’il ne faut pas
-rejeter «l’odiosité» du conflit sur la princesse, qui serait en droit de
-suivre l’exemple de son époux et de ses tantes à l’égard de la favorite.
-Il conclut qu’on a lieu d’être «satisfait de la Dauphine», mais que si
-elle était forcée de «se révolter», il répéterait au roi son entretien
-avec d’Aiguillon. Aussitôt celui-ci de se radoucir, de protester de «son
-zèle pour la Dauphine»; mais, «il désirerait qu’elle employât, pour
-plaire au roi, toutes les grâces dont la nature l’a douée[280]».
-
-Marie-Thérèse morigène vertement sa fille. Déjà, en souvenir sans doute
-des prévenances qu’elle-même avait prodiguées à Mᵐᵉ de Pompadour, elle
-avait écrit, le 30 septembre 1771, à Marie-Antoinette: «Vous ne devez
-connaître ni voir la Barry d’un autre œil que d’être une dame admise à
-la Cour et à la société du roi».
-
-Aujourd’hui elle veut que, «sans affectation», Marie-Antoinette «adresse
-quatre à cinq fois par an la parole à la favorite», elle ne «saurait
-mieux confondre M. d’Aiguillon[281]».
-
-Mais, en vérité, ce pauvre Mercy a fort à faire avec l’humeur changeante
-de son «archiduchesse». La semonce de Marie-Thérèse a-t-elle eu raison
-de l’intransigeance de la jeune femme? Celle-ci a-t-elle «réparé» comme
-elle l’avait promis à son conseiller intime? Toujours est-il que, quinze
-jours après la mercuriale de la mère, la fille «se conduit avec plus de
-sagesse, de prudence et de succès que ne semblent le comporter son âge»,
-les ennuis dont l’accablent ses entours et les «vilaines intrigues» qui
-l’enveloppent[282].
-
-Deux mois plus tard, le vent a tourné; et voici que notre ambassadeur,
-désorienté, explique, la mort dans l’âme, à sa souveraine, tous les
-efforts qu’il a tentés, en pure perte, pour rendre un peu de stabilité à
-un esprit aussi mobile. Il s’est évertué à lui faire comprendre,
-s’autorisant en cela de toutes les règles de la diplomatie, qu’elle ne
-doit laisser jamais «apercevoir aux gens qu’elle les a démasqués»,
-attendu qu’elle «doit un jour gouverner ce royaume[283]».
-
-Toutefois, ces piqûres d’amour-propre étaient loin de décourager ceux
-qu’elles blessaient si sûrement. Ils n’en sentaient que mieux la
-nécessité d’«affirmer hautement leur ligue», pour nous servir d’un mot
-de Pidansat de Mairobert. D’où ces deux fêtes magnifiques que se
-donnèrent réciproquement à Versailles les d’Aiguillon et Mᵐᵉ Du Barry,
-fêtes que le chroniqueur décrit avec complaisance, et dans ses
-_Anecdotes_, et dans les _Mémoires de Bachaumont_[284].
-
-C’était à son hôtel de la place d’Armes, que la femme du ministre avait
-reçu, le 18 février, la maîtresse du roi, au milieu d’un cercle de
-grandes dames richement parées. Dans les salons aménagés avec un goût
-exquis, on avait joué des petites pièces de circonstance, dansé un
-ballet, qu’avait suivi un superbe souper; et cette brillante soirée
-s’était terminée par un bal masqué d’un entrain extraordinaire. Parmi
-les divertissements, la _Fête villageoise_, due à la plume alerte de
-l’abbé de Voisenon, l’oncle de Mᵐᵉ Favart, avait été plus
-particulièrement applaudie. L’auteur y parlait d’un certain «serpent
-noir», où le roi, présent à la fête, voulut voir le chancelier Maupeou.
-L’application était peut-être exacte. La haine grandissait chaque jour
-entre les deux anciens alliés; et la galerie comptait les coups:
-
-«On dit, prétend Mᵐᵉ Du Deffand, que le chancelier _chancelle_, que le
-duc d’Aiguillon _aiguillonne_... que le combat est un combat à mort. Le
-ciel en soit loué, qu’ils périssent tous deux...[285]»
-
-Or, Maupeou saisit, comme le roi, l’allusion, mais trouva la
-plaisanterie mauvaise, et la reprocha très âprement à Voisenon qui,
-l’année précédente, avait écrit des couplets en son honneur.
-
-La politesse que rendit la comtesse à d’Aiguillon dans un hôtel acheté
-par elle à Versailles, était plus encore l’apothéose de la maîtresse du
-logis, apothéose à laquelle le spectacle coupé, porté sur le programme,
-offrait un cadre complaisant[286]. Un œuf d’autruche occupe le centre du
-grand salon: une voix appelle Mᵐᵉ Du Barry dans cette direction; et, dès
-qu’elle s’approche, Cupidon sort tout armé de l’œuf. Ce qui signifie
-qu’un seul regard de la comtesse fait éclore l’amour. Mais ce
-«proverbe»--ainsi qu’on dénommait les allégories mythologiques, alors si
-fort à la mode--en comportait un second de sens moins précis ou passible
-tout au moins de double sens, car les mauvais plaisants de la Cour
-pouvaient en appliquer le mot à d’Aiguillon aussi bien qu’au roi:
-l’Amour perdait son bandeau, démonstration évidente de la tendresse
-«éclairée (!!)» du prince pour la déesse de ce délicieux palais[287].
-
-La correspondance de Mᵐᵉ d’Aiguillon avec M. de Balleroy ne dit mot de
-ces fabuleuses réceptions. D’ailleurs, nous avions déjà remarqué combien
-elle est sobre de détails, quand il s’agit de Mᵐᵉ Du Barry. L’impression
-qui se dégage d’abord (et nous l’avons également signalée) du compte
-rendu que la duchesse croit devoir donner au chevalier de toutes ces
-fêtes officielles, c’est son profond dégoût pour la basse adulation des
-courtisans courant s’aplatir devant l’idole que, la veille encore, ils
-salissaient de leurs injures. En effet dans ce même mois de février
-1773, quelle ruée d’appétits serviles aux sportules ministérielles! La
-lettre suivante, adressée au prince Henri de Prusse, en dit plus que de
-banales déclamations sur une telle frénésie:
-
-«L’empressement de se rendre chez M. le duc d’Aiguillon continue
-tellement qu’on se cogne et se serre de tous côtés. Il y a tous les
-jours autant de monde qu’il y peut en tenir. On s’appuie l’un sur
-l’autre en se haussant sur la pointe du pied pour être aperçu. M. le
-prince de Tingry, enterré dans la foule, élève la voix tout à coup en
-criant:
-
---Je ne sais si Mᵐᵉ la duchesse m’entrevoit, mais je lui rends mes
-hommages bien sincèrement[288].»
-
-Que de palinodies et même sur le degré le plus rapproché du trône! La
-Dauphine qui, malgré l’étourderie naturelle à son âge et à son
-caractère, est entretenue par son entourage dans un état perpétuel de
-méfiance, s’inquiète de la «façon de penser et d’agir» du comte de
-Provence, l’homme aux petits papiers[289]. Le voici maintenant en
-rapports continus, par un commis des affaires étrangères, avec le
-«monstre», ainsi qu’il appelait d’Aiguillon dans ses instructions à sa
-belle-sœur. Aussi l’ombrageux Mercy-Argenteau, consulté par
-Marie-Antoinette, lui conseille-t-il fort sagement, lui qui a peut-être
-pénétré le louche et tortueux personnage qu’est déjà le comte de
-Provence, «de ne jamais mêler dans ses entretiens avec lui aucune
-confidence, ni discussion, sur des matières d’intrigue, ni sur les
-différentes personnes qui y sont intéressées[290]».
-
-Dans cette correspondance secrète qu’il entretient avec
-l’impératrice-reine et qui, à côté de commérages insignifiants, ouvre
-souvent sur l’histoire du temps des horizons inattendus, l’ambassadeur
-d’Autriche ne définit pas autrement l’esprit, les vues, les tendances,
-les projets du comte de Provence; mais nous ne serions pas surpris si
-les conférences mystérieuses qui rapprochaient le frère du roi du
-premier ministre ne se rattachaient pas à une nouvelle intrigue où le
-duc d’Aiguillon, tremblant toujours pour la solidité de son crédit,
-s’était embarqué fort inconsidérément.
-
-Depuis quelque temps, il était en froid avec la trop nombreuse et trop
-avide parenté de Mᵐᵉ Du Barry. Il s’était très nettement refusé, après
-l’abbé Terray,--honnête homme ce jour-là--à payer les dettes de jeu du
-_Roué_. Et Mˡˡᵉ Chon en avait pris de l’humeur, d’autant que sa
-belle-sœur avait approuvé la résistance du ministre des affaires
-étrangères[291]. Mais la comtesse n’en avait pas moins une absolue
-confiance dans cette astucieuse personne qu’était Mˡˡᵉ Chon. Aussi
-d’Aiguillon, redoutant une rupture définitive et voulant la prévenir en
-se créant des titres essentiels à la gratitude de Mᵐᵉ Du Barry,
-proposa-t-il à la maîtresse de Louis XV de la «faire rentrer en grâce
-auprès de la famille royale». Le comte de Provence était tout désigné,
-en raison de l’amitié que lui témoignait Mᵐᵉ Adélaïde, pour favoriser la
-combinaison du ministre; et vraisemblablement d’Aiguillon dut le
-pressentir à cet égard; mais l’intermédiaire qu’il jugea plus apte
-encore à le seconder directement fut la comtesse de Narbonne, dame
-d’atours de Mᵐᵉ Adélaïde, fort en faveur auprès de la fille de Louis XV.
-Et Mercy admire la grandeur d’âme de Mᵐᵉ de Narbonne, gardant si peu
-rancune à d’Aiguillon d’avoir voulu la faire chasser jadis du service de
-la princesse, qu’elle se dévoue aujourd’hui aux intérêts du premier
-ministre. Il est vrai que le duc lui avait promis, en cas de réussite,
-de l’intéresser[292] dans le renouvellement des fermes générales et
-d’attribuer la mairie de Bordeaux à son fils--le futur et le dernier
-conseiller de Napoléon. M. d’Aiguillon, s’exclame Mercy, ignore donc le
-peu d’influence de Mᵐᵉ Adélaïde, «caractère faible, inconséquent, léger»
-sur l’esprit de la Dauphine? Mais l’obligeante Narbonne entretient par
-ses mensonges les illusions du ministre. Vain espoir en effet: un jour
-Marie-Antoinette, à qui son mentor recommande instamment de «ne jamais
-parler de ce qui pourra se dire dans la famille royale sur le compte de
-M. d’Aiguillon» lui rapporte un mot très significatif de son mari à Mᵐᵉ
-Adélaïde. Cette princesse l’entretenait des pourparlers du ministre; le
-Dauphin lui répondit sèchement:
-
-«--Ma tante, je vous conseille de ne point vous mêler dans les intrigues
-du duc d’Aiguillon; c’est _un mauvais sujet_[293].»
-
-«Mᵐᵉ Adélaïde, écrit Mercy-Argenteau, en eut la parole coupée[294].»
-
-Marie-Thérèse s’indigne, à son tour, des «démarches du ministre aussi
-déplacées que ses lumières sont bornées». Mais elle est «tranquille»,
-parce qu’elle voit que son ambassadeur met sa fille en «bon chemin».
-
-Ainsi encouragé, Mercy provoque les confidences de Mˡˡᵉ Chon, devenue
-l’ennemie de M. d’Aiguillon. Elle lui dit «tout ce qu’il veut». Elle se
-gausse de la présomption de l’homme d’Etat qui prétend «amener à ses
-vues» la famille royale par l’intermédiaire de Mᵐᵉ de Narbonne. Et elle
-a prévenu sa belle-sœur, (elle le lui répète même devant l’ambassadeur),
-qu’elle serait «la dupe» de ce chimérique projet. Lui, Mercy-Argenteau,
-s’étonne. Mᵐᵉ Du Barry et M. d’Aiguillon le tourmentèrent jadis pour
-qu’il combattît l’influence de Mᵐᵉ Adélaïde sur la Dauphine et pour
-qu’il inspirât à Marie-Antoinette une salutaire défiance contre les
-manœuvres de Mᵐᵉ de Narbonne. Il réussit. Et voici maintenant qu’on suit
-«des voies que l’on avait pris tant de soin à détruire!» La favorite est
-toute déconcertée et prie le diplomate étranger de l’aider à sortir
-d’embarras.
-
-Entre temps Mᵐᵉ Adélaïde, sur le conseil de sa confidente, écrit au roi;
-et celui-ci de lui répondre aussitôt, en l’invitant à user de son
-ascendant sur l’esprit du Dauphin pour l’engager à se montrer plus
-sociable, etc... Colère de la Dauphine, partagée par la famille royale,
-contre Mᵐᵉ Adélaïde, colère si peu dissimulée que cette princesse
-déclare à Mᵐᵉ de Narbonne (et Mercy tient le fait de Marie-Antoinette)
-que, tout en l’aimant beaucoup, elle «se brouillerait avec elle,» si
-cette dame continuait à l’entretenir «d’idées suggérées par M.
-d’Aiguillon et par la comtesse Du Barry». A quelques jours de là, le duc
-somme l’intermédiaire de remplir sa mission; et Mᵐᵉ de Narbonne est
-obligée de reconnaître qu’elle a trop présumé de son crédit. Le
-ministre, à la fois irrité et mortifié, la tance de la belle façon: il
-avait promis à Louis XV qu’elle emporterait l’affaire haut la main: à
-elle maintenant de s’en tirer comme elle pourra[295].
-
-Il faut dire que Mercy tenait de Mˡˡᵉ Chon toute cette histoire qui
-d’ailleurs était la fable de Paris[296]. Mais nous ne serions pas
-autrement surpris que la malicieuse créature l’eût quelque peu
-enjolivée, pour se divertir aux dépens du bonhomme, avec la complicité
-de Mᵐᵉ Du Barry et de M. d’Aiguillon, dont l’affection réciproque, un
-instant ébranlée, s’était mieux que jamais ressaisie; car un intérêt
-commun et pressant leur commandait d’être en ce moment plus unis que
-jamais.
-
-Le comte de Broglie, toujours fort aigri contre le ministre, n’en
-continuait pas moins sa correspondance avec le roi. Il avait fini par
-lui conseiller de se chercher, lui aussi, un gâteau. Allait-il se
-montrer partisan d’une politique à la Choiseul, politique qu’il avait si
-durement critiquée[297]? Ce qui n’est pas[298] douteux, c’est qu’il
-travaillait à renverser d’Aiguillon, s’il ne pouvait le supplanter.
-Même, s’il faut en croire l’_Espion dévalisé_, atroce pamphlet du maître
-des requêtes, Baudoin de Guémadeuc, il avait projeté de «donner à Mᵐᵉ Du
-Barry le chevalier de Jaucourt[299]». Le ministre en conçut un très vif
-dépit, d’autant que l’officieux de Broglie avait obtenu, grâce à la
-favorite, d’être envoyé au-devant de la future comtesse d’Artois, à la
-place de son frère le maréchal. Cependant, Dumouriez, qui prétendit plus
-tard avoir voulu protester contre l’abandon de la Pologne et l’inanité
-des promesses faites à la Suède, Dumouriez, secrètement encouragé par
-Louis XV, préparait, ou était censé préparer à Hambourg une expédition,
-qu’étouffèrent dans l’œuf son arrestation et celle de Favier, autre
-agent du comte de Broglie et presque son oracle.
-
-C’était M. de Creutz, le ministre de Suède, seul admis du corps
-diplomatique aux fêtes de M. d’Aiguillon et de la Du Barry[300], qui
-avait donné l’éveil à celui-là[301]; c’était encore la maîtresse du roi
-qui avait révélé à son ami le secret de son amant[302]. Et d’Aiguillon,
-pour en saisir les preuves, d’organiser aussitôt cette contre-police que
-le baron de Gleichen[303] considérait, à défaut de tout autre mérite,
-comme le seul titre de gloire du ministre français. Seulement, si
-d’Aiguillon avait pu intercepter la correspondance échangée entre
-Dumouriez et Favier[304], ses agents avaient négligé de mettre sous les
-scellés les papiers de Favier; et le secrétaire du comte de Broglie,
-Dubois-Martin, s’empressa de les subtiliser. Le premier ministre, qui
-jusqu’alors avait mené grand bruit, constatant l’embarras du roi fort
-peu soucieux d’expliquer son rôle dans l’affaire, jugea prudent de ne
-pas le presser davantage. Au reste Louis XV lui avait fait comprendre
-l’inutilité de ces recherches, en mettant sous ses yeux des notes
-insignifiantes qu’il tenait du comte de Broglie. Puis il avait nommé une
-commission chargée d’enquêter sur les faits et gestes de Dumouriez,
-Favier et consorts qui avaient pris le chemin de la Bastille.
-
-Mais Broglie entendait dégager pleinement sa responsabilité de
-l’aventure: «Vous me rendrez la justice de croire, écrivait-il à
-d’Aiguillon, que je n’ai jamais trempé et ne tremperai jamais dans de
-pareilles saloperies[305].» Et il exigeait du ministre son entière
-justification, pendant qu’il affirmait au roi: «C’est beaucoup plus à
-moi qu’au sieur Favier qu’en veut M. d’Aiguillon.»
-
-Le conflit s’envenima. Les amis du ministre allèrent répandre partout
-(c’est la version adoptée par le duc de Broglie) que le comte avait usé
-du secret du roi dans son intérêt personnel. Broglie, furieux, d’autant
-que Louis XV lui avait amoindri sa mission auprès de la comtesse
-d’Artois, adressa au ministre un insolent défi, dont la duchesse
-d’Aiguillon nous apprend ainsi le châtiment:
-
-«_23 septembre._--Les nouvelles du jour sont l’exil du comte de Broglie
-qui est envoyé à Ruffec apprendre à écrire et à parler. On dit beaucoup
-qu’il a intrigué avec les gens qui sont à la Bastille. Tout ce que je
-sais, c’est qu’il en est très capable et qu’il a écrit à M. d’Aiguillon
-une lettre dont le style n’a pas plu au roi et qui lui a valu son
-exil[306].»
-
-Ce dut être une décision pénible pour Louis XV, qui, tout égoïste qu’il
-fût, affectionnait le comte de Broglie[307].
-
-Car il savait pertinemment qu’il sacrifiait en lui un serviteur zélé et
-qu’il était lui seul le vrai coupable, puisque, à force de vouloir
-multiplier sa correspondance secrète, sans même en prévenir son
-principal agent, il l’avait embrouillée au point de la rendre
-inextricable. D’Aiguillon en avait profité pour compromettre Broglie
-auprès de Mercy. Il lui reprochait d’avoir usé du secret royal pour
-combattre l’alliance autrichienne (les lettres de Favier exaltaient la
-Prusse). L’ambassadeur de Marie-Thérèse, qui avait fait jadis de Broglie
-le confident de ses inquiétudes[308], s’indigna de ce qu’il appelait une
-trahison. L’impératrice-reine et le Dauphin lui donnèrent raison.
-
-Et cependant comme cette disgrâce dérouta toutes les prévisions! Peu de
-jours auparavant, le bruit avait couru dans les galeries de Versailles
-que le comte de Broglie serait appelé à recueillir la succession de M.
-d’Aiguillon. Mercy en avait fait pressentir l’éventualité à
-l’impératrice; et Marie-Thérèse lui avait répété à peu près dans les
-mêmes termes que le 2 août: «M. le duc d’Aiguillon, tout _mauvais sujet_
-qu’il est (le mot du Dauphin) nous convient mieux, dans les
-circonstances présentes, que le comte de Broglie[309].»
-
-Le ministre et son amie avaient compris le danger: ils oublièrent leurs
-querelles. Mais d’Aiguillon n’en restait pas moins soupçonneux, inquiet,
-agacé: car la crainte perpétuelle de se compromettre paralysait ses
-moyens d’action. Il se sentait épié par des ennemis puissants et se
-croyait trahi par ses plus fidèles auxiliaires. Le _cabinet noir_ dont
-il usait largement, à l’égal d’ailleurs des autres ministres européens,
-lui réservait souvent, à côté d’indications utiles, d’amères déceptions.
-C’est ainsi que la correspondance de Septimanie d’Egmont avec le roi de
-Suède l’avait désagréablement surpris. Sa chère cousine ne le ménageait
-pas et l’accusait formellement d’avoir abandonné la Pologne pour une
-misérable question d’écus[310]. Elle faisait en outre un éloge immodéré
-de Choiseul. Passe encore, se dit d’Aiguillon; mais la comtesse
-d’Egmont transmettait des nouvelles politiques à Gustave de la part de
-Creutz! C’était intolérable. Et d’Aiguillon de s’en expliquer avec
-l’ambassadeur de Suède. La scène vaut la peine d’être contée.
-
-Le duc avise Creutz dans l’appartement du roi, le serre entre deux
-portes, le saisit par un bouton de son habit et l’apostrophe:
-
---Comment voulez-vous que je réponde des secrets de votre maître,
-puisqu’il passe son temps à les écrire aux belles dames de Paris?
-
---Oh! balbutia le Suédois, des bagatelles!
-
---Vous les connaissez donc? Et vous en avez parlé à la comtesse
-d’Egmont!
-
-Creutz, apeuré, court chez Septimanie et la supplie d’être à l’avenir
-plus prudente[311].
-
-D’Aiguillon n’est guère plus heureux avec Rohan. Cet écervelé
-ambitionne, lui aussi, la place de premier ministre[312]. Et cependant
-le duc a pour lui des trésors d’indulgence. Il ferme les yeux ou accepte
-la misérable justification du prélat sur sa piteuse crédulité à Vienne,
-sur ses fredaines dans les boudoirs et ses fraudes à la douane.
-Evidemment l’inconséquence du prélat rend sa concurrence peu dangereuse;
-mais son brusque rappel, impatiemment désiré par Marie-Thérèse,
-rejetterait les Rohan dans le camp de Maupeou. Et le cardinal se pose en
-victime: «On m’a cherché toutes les chicanes, jusqu’à vouloir éplucher
-ma comptabilité![313]» Sa famille appuie ses revendications. Si
-d’Aiguillon continue à rester neutre, le prince de Soubise, qui l’accuse
-de «mauvais vouloir», exigera le retour immédiat de son parent, et le
-ministre n’y saurait consentir qu’autant que le prélat rentrerait en
-France disgracié[314].
-
-Somme toute, l’année 1773 avait été plutôt mauvaise pour le prestige du
-secrétaire d’Etat aux affaires étrangères; et Mercy soulignait
-malicieusement les échecs successifs d’une politique s’ajustant trop
-volontiers à la nonchalance du maître. La difficulté de «faire rentrer
-le prince de Parme dans ses devoirs envers le roi d’Espagne»; l’obstacle
-apporté par l’Angleterre à l’armement de Toulon[315]; la probabilité de
-la paix entre la Turquie et la Russie laissant à cette dernière
-puissance les mains libres: autant d’atouts dans celles de l’Autriche
-qui devaient rendre son alliance précieuse et nécessaire pour la France,
-but impatiemment poursuivi par Marie-Thérèse et favorable à l’extension
-de son empire[316].
-
-Il n’était pas jusqu’à la Curie romaine, d’ordinaire dans les meilleurs
-termes avec le gouvernement du Roi Très Chrétien, qui ne lui donnât de
-l’ennui. C’était surtout depuis l’expulsion des Jésuites. D’Aiguillon
-qui passait pour leur ami et qui savait la dévotion de Louis XV si
-souvent assiégé par la peur de l’enfer, avait préparé, avec Maupeou, une
-déclaration rappelant la congrégation, mais en la mettant sous
-l’autorité épiscopale. Or, les partisans des Jésuites étaient trop
-exclusifs; et le savant ouvrage de M. Frédéric Masson démontre, de
-reste, combien les négociations étaient épineuses[317] et le peu de
-chances qu’elles avaient d’aboutir.
-
-Aussi s’explique-t-on le jugement, peut-être trop sévère, car il ne
-tenait pas assez compte des difficultés de l’heure, que portait
-Marie-Thérèse, sur le premier ministre de son «bon frère» le roi de
-France: «Doué de peu de génie et de talent et harcelé par les faits, il
-ne se trouve pas en mesure de nous susciter des embarras. Notre besogne
-serait bien plus difficile, si le duc de Choiseul, si bien intentionné
-qu’il était, se trouvait encore en place.»
-
-Soit; mais quel bénéfice la France avait-elle tiré de l’alliance
-autrichienne?
-
-
-
-
-XV
-
- _Comment d’Aiguillon devint ministre de la guerre.--Louis XV au
- Conseil.--Nouvelle attitude de la dauphine.--Projet de rappel de
- l’ancien Parlement.--Maladie et mort de Louis XV: départ de Mᵐᵉ Du
- Barry; les carrosses de Ruel.--Sérénité de d’Aiguillon.--Nouveaux
- brocards contre les anciens favoris.--Maurepas ministre d’Etat sans
- portefeuille.--Démission, acceptée, de
- d’Aiguillon.--Marie-Antoinette veut que le roi l’exile.--La joie du
- comte de Broglie et de Maupeou.--Deux portraits de d’Aiguillon._
-
-
-Le 20 janvier 1774, écrit l’auteur des _Mémoires du ministère
-d’Aiguillon_, le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères était «à
-l’apogée» de sa fortune. Le roi avait retiré le département de la guerre
-à Monteynard, compromis dans l’aventure de Broglie, pour le confier par
-interim à d’Aiguillon. La duchesse conte assez plaisamment ce coup de
-théâtre:
-
- Ce lundi (sans date).
-
- «Eh bien! Monsieur le chevalier, voilà donc encore votre ami
- surchargé d’affaires. Hier, après le Conseil, le roi l’appelle et
- lui dit: Je vous charge du département de la guerre, jusqu’à ce que
- j’aie trouvé quelqu’un qui me convienne. Je vous avertis que cela
- est difficile et que j’en trouverai difficilement. Il lui répondit:
-
- --J’obéis aux volontés de Votre Majesté et je désire vivement
- qu’elle trouve quelqu’un à qui remettre ce dépôt.
-
- --Je vous répète que je serai difficile et que de travailler avec
- vous me le rendra encore davantage.
-
- Après ce beau discours, il est sorti. Vous jugez les courbettes et
- les sots compliments qu’il a reçus. Moi qui quittais le roi, je ne
- l’ai appris que chez moi, en rentrant, parce que je suis une bête,
- car il n’avait cessé de me rire au nez toute la journée. Simplement
- j’avais jugé qu’il était de bonne humeur[318].»
-
-Moreau, dans ses _Souvenirs_, reproduit à peu près en ces termes le
-dialogue du roi et du ministre. Rien de plus naturel: il allait
-volontiers aux nouvelles chez le duc, dont il enregistrait ensuite les
-confidences. Et nous citerons, à cet égard, l’idée que lui donnait
-d’Aiguillon de la mentalité royale, les jours de Conseil, de même que
-nous avons recueilli, dans la correspondance de la duchesse, le croquis
-du prince en ses heures de familiarité.
-
-«C’était un homme, disait d’Aiguillon à Moreau[319], quelque temps après
-la mort de Louis XV, qui, sans beaucoup d’esprit, avait un jugement
-droit et une telle habitude des affaires qu’il voyait d’ordinaire très
-juste. Dans certains conseils où les ministres dissertaient à perte de
-vue sur l’état de l’Europe ou les intérêts de ses princes, il avait
-l’air distrait ou dormeur; mais, tout à coup, sortant de là, il
-s’écriait: vous venez tous de battre la campagne: il n’est point
-question de ceci ou de cela; ce n’est pas de telle manière qu’ils
-agiraient: voici, au contraire, ce qu’ils feraient. Et il devinait
-toujours bien.»
-
-«Ce fut, le dimanche, au soir, 30, consigne Moreau dans son _Journal_ à
-la date du mercredi 2 février, que le roi le nomma (le duc) au sortir du
-Conseil. J’ai été voir M. et Mᵐᵉ d’Aiguillon qui m’ont accueilli. Toute
-la terre était chez eux. Le ministre avait l’air honnête et affable, Mᵐᵉ
-d’Aiguillon le contentement même[320].»
-
-Mais cette nouvelle faveur ne surprit personne. Le prince de Croÿ[321],
-la dauphine[322] avaient prévu la disgrâce de Monteynard, dont ils
-rendaient responsable celui qui devait en profiter.
-
-Quel jugement lumineux! s’écrie Mercy-Argenteau, en signalant à sa
-souveraine la déclaration de Marie-Antoinette, deux mois avant la chute
-du ministre de la Guerre. En effet, le 23 octobre, Mercy était venu
-présenter à la dauphine les doléances de d’Aiguillon, navré que la jeune
-princesse n’adressât plus un mot à sa femme au cercle de la cour. Et
-Marie-Antoinette avait répondu à l’ambassadeur qui la suppliait d’user
-de ménagements envers les d’Aiguillon, que ni l’un ni l’autre n’avaient
-à se plaindre d’elle. Le comte de Broglie et ses émissaires étaient
-seuls coupables, disait-elle, de la fermentation qui régnait dans le
-ministère; et le duc d’Aiguillon «n’inculpait si gravement Monteynard
-que parce qu’il convoitait sa place».
-
-Au surplus, Marie-Antoinette devait y gagner. Car, d’Aiguillon, à peine
-pourvu de son nouveau poste, avait prié Mercy d’assurer la dauphine
-«qu’il se ferait une loi de lui obéir en tout». Marie-Antoinette l’avait
-pris au mot; et les grâces avaient suivi de près les
-recommandations[323]. Depuis, sa mère l’avait exhortée à reconnaître ces
-témoignages de déférence par de notables concessions[324]. Aussi bien la
-princesse n’avait pas fait preuve jusqu’alors de beaucoup de
-discernement, ni de modération, au cours de ses relations avec le
-ministre[325]. Elle n’en mit pas davantage, s’il faut en croire
-Mercy[326], dans le nombre et dans le choix des protégés dont elle
-encombra les bureaux de la guerre. Peut-être était-ce de l’espièglerie?
-
-D’Aiguillon voulut-il encore donner une dernière preuve de son aveugle
-résignation aux antipathies irréductibles de la dauphine, en témoignant
-de son irritation contre l’ineptie, les exigences et la légèreté de la
-favorite? C’est Mercy-Argenteau qui l’affirme[327]; il est vrai qu’il
-est seul à signaler le fait; et nous nous en étonnons à bon droit; car
-nous ne voyons pas que d’Aiguillon ait jamais eu vis-à-vis de Mᵐᵉ Du
-Barry, même dans la disgrâce, d’autres sentiments que ceux de la
-déférence et de la gratitude.
-
-Parvenu enfin à la situation prépondérante qu’avait occupée Choiseul,
-d’Aiguillon tenta de réaliser un projet qui s’imposait depuis longtemps
-à son esprit et que la fatalité, s’attachant à la plupart de ses
-conceptions, devait faire échouer: la restauration intégrale, sous son
-principat, de l’ancien Parlement. Les magistrats qui le composaient
-l’ayant frappé de flétrissure, c’eût été une noble revanche, bien
-inattendue chez un homme à qui son intraitable orgueil conseillait les
-plus implacables représailles. Voulut-il plutôt faire pièce à Maupeou?
-Toujours est-il qu’à la fin de décembre 1772, dans le but d’une
-réconciliation des exilés avec le pouvoir royal, il rapprocha d’abord de
-Louis XV la maison d’Orléans, puis obtint de ces princes qu’ils
-remissent au souverain un mémoire tendant au retour de l’Ancien
-Parlement. La mort du roi dans les premiers jours de mai et «la
-disgrâce de d’Aiguillon, le 2 juin, firent échouer le plan[328]» du
-ministre. Louis XVI, en signant l’ordre de rappel, devait seul
-bénéficier de la popularité qui récompense toutes les mesures
-d’apaisement.
-
-Dès que Louis XV était tombé malade (il était alors à Trianon avec Mᵐᵉ
-Du Barry), d’Aiguillon, pénétré du sentiment de sa responsabilité, avait
-décidé la comtesse à faire transporter le roi à Versailles. C’était
-l’avis du chirurgien La Martinière. Lorry, médecin de M. d’Aiguillon,
-avait conseillé d’avoir recours à celui de Mᵐᵉ Du Barry, Bordeu; et la
-favorite était restée seule, avec le premier ministre, au chevet du
-malade[329]. Toute la cour était en émoi. La foule se pressait aux
-portes des appartements. Le duc d’Aumont, premier gentilhomme de la
-chambre, après avoir consulté La Borde et d’Aiguillon, vient annoncer
-que le roi entend rester seul. Mais les ducs de Bouillon et de Liancourt
-refusent de se retirer, et l’intérieur du palais reste envahi.
-
-Le 4, le roi s’entretient longuement avec le duc d’Orléans et M.
-d’Aiguillon. Puis, vers minuit, il s’adresse à Mᵐᵉ Du Barry: «Je ne veux
-pas recommencer Metz. Dites à M. d’Aiguillon de venir me parler demain
-matin à dix heures.» D’après le _Journal de Hardy_, il avait déjà
-précisé sa volonté: «Arrangez votre retraite avec M. d’Aiguillon; j’ai
-donné des ordres pour que vous ne manquiez de rien.»
-
-Le lendemain, le ministre était auprès du souverain: «Elle partira, lui
-dit Louis XV, honnêtement, à quatre heures du soir, en évitant les
-duretés de Metz et Mᵐᵉ la duchesse d’Aiguillon la mènera à Ruel.»
-
-Le prince de Croÿ, racontant par le menu ce départ historique, qui ne
-devait pas avoir, comme celui de la Châteauroux, un lendemain, ajoute,
-en guise de commentaire: «Le duc d’Aiguillon jouait un très gros jeu
-vis-à-vis de la famille royale et de madame la dauphine, très décidée
-là-dessus si le roi manquait...[330]» Des ennemis du régime insinuaient
-que Ruel était bien près de Versailles et que si Louis XV «en revenait»,
-l’ami de la Du Barry la ramènerait promptement au maître.
-
-En tout cas, le duc qui savait le roi irrémédiablement perdu, témoignait
-d’une belle crânerie, en prenant, pour ainsi dire, sous son égide, la
-favorite odieuse au futur règne. Et cette crânerie, c’était un acte de
-reconnaissance honorant les deux alliés, quelles que puissent être leurs
-erreurs ou leurs fautes devant l’Histoire. Au reste, le premier ministre
-ne fut pas seul à donner cette preuve publique de sa gratitude envers la
-femme qui avait si généreusement contribué à son salut et collaboré à sa
-fortune. Après que la duchesse d’Aiguillon eût emmené Mᵐᵉ Du Barry,
-plusieurs gens de cour allèrent présenter leurs devoirs à l’exilée; de
-mauvaises langues s’amusèrent à dénombrer les douze ou quinze carrosses
-stationnant à la porte du château de Ruel. On s’enquit du nom des
-propriétaires; et longtemps après, dans les antichambres du nouveau roi,
-on les désignait comme autant de candidats à la disgrâce, en disant:
-c’était un des carrosses de Ruel[331].
-
-Et cependant que de racontars odieux, que d’ignobles calomnies, ne
-répandirent pas les ennemis de d’Aiguillon--les cendres du feu roi à
-peine refroidies--pour démontrer que le ministre cherchait à se faire,
-de son ingratitude envers sa bienfaitrice, un titre à la bienveillance
-du nouveau régime!
-
-En bon économiste, exécrant, à l’exemple de ses amis les philosophes,
-celui qu’on disait affilié aux jésuites, l’abbé Baudeau consignait dans
-sa chronique manuscrite, cette anecdote qu’il tenait de «quelqu’un assez
-instruit»: «D’Aiguillon avait fait investir la Du Barry de maréchaussée
-à Ruel, avait fait dire à Mᵐᵉ Adélaïde qu’elle n’échapperait pas et
-avait mandé au nouveau roi que l’intention du défunt était qu’elle fût
-mise dans un couvent, puisqu’elle avait le secret de l’Etat[332]».
-
-L’historiette suivante appartient à la même catégorie d’informations:
-Louis XV, agonisant, avait remis secrètement à d’Aiguillon trois
-millions pour Mᵐᵉ Du Barry; et le dépositaire infidèle s’était empressé,
-aussitôt la mort du roi, d’aller porter au petit-fils les millions de
-l’aïeul[333].
-
-Ce qui est certain, c’est qu’au lendemain d’un trépas ruinant l’édifice,
-laborieusement construit, de sa fortune, d’Aiguillon affecta ou garda
-une inébranlable sérénité. Sa compagne, si perspicace, si courageuse, si
-aimante, lui avait, la première, donné le conseil de résigner
-immédiatement ses fonctions[334]. Il voulut attendre quelques jours.
-
-Croÿ, qui était avec lui en relations suivies, constate, à maintes
-reprises, cette fermeté de l’homme d’Etat conservant le sourire à
-l’approche de la disgrâce. Pendant la maladie de Louis XV, Croÿ avait
-dîné chez le ministre, «il y avait trois tables et cinquante personnes».
-Après la mort du roi, «tout Paris avait couru chez d’Aiguillon qui
-faisait bonne mine à mauvais jeu[335]».
-
-Et cependant, avant même que son sort fût décidé, ses anciens ennemis,
-les Choiseul, les philosophes et les encyclopédistes, les parlementaires
-et les vengeurs de la Chalotais, Maupeou et son groupe de fidèles, la
-reine et la famille royale, puis toute une nuée de nouveaux adversaires,
-le comte de Broglie et ses associés, des académisables évincés[336], des
-journalistes étrangers frappés d’exclusion, des auteurs dramatiques tels
-que Beaumarchais, atteints par la censure; enfin des courtisans aspirant
-aux faveurs du nouveau régime et des libellistes de l’ancien soucieux de
-placer avantageusement leur prose ou leurs poésies venimeuses,
-partaient en guerre contre le favori--l’idole aux pieds d’argile.
-
-A l’avènement de Louis XVI, avait déjà couru cette épigramme--jeu de
-mots par à peu près--d’ailleurs inoffensive.
-
- Les Barils s’enfuirent,
- L’Aiguillon ne pique plus,
- La Vrille est usée,
- Le Pouls est lent.
-
-Toutes les histoires de brigands qu’avaient ressassées les pamphlets
-parisiens et français pendant les affaires de Bretagne retrouvaient un
-regain d’actualité; et la chronique de Baudeau les reproduit avec une
-rare complaisance.
-
-Mais, en dépit de ces sollicitations plus ou moins directes, Louis XVI
-ne prenait pas parti:
-
-«Le roi, qui ne parle pas, écrivait Marie-Antoinette à sa mère, le 11
-mai 1774, n’a pas dit un mot sur le choix d’un ministère. Il ne me
-semble pas disposé à garder M. d’Aiguillon, l’âme damnée de la comtesse
-Du Barry et qui a trop de penchant pour la Prusse. J’ai mis en avant le
-nom de M. de Choiseul qui serait bien pris du pays, mais on ne m’a point
-répondu; on ne me paraît pas lui être favorable[337].»
-
-Le surlendemain, arrivait de Pontchartrain à Choisy le vieux comte de
-Maurepas[338]: le roi l’avait nommé «ministre d’Etat sans portefeuille».
-D’Aiguillon avait ménagé cette brillante rentrée à son oncle par
-l’entremise de Mᵐᵉ Adélaïde[339]. Le ministre disgracié de Louis XV
-était resté plus de vingt-cinq ans éloigné de la Cour: il était
-septuagénaire.
-
---Je ne vous trouve pas changé, lui dit aimablement la tante du roi.
-
-Les frères de Louis XVI ne virent pas sans appréhension l’apparition de
-ce revenant. Il leur semblait qu’il dissimulât derrière sa caducité la
-personnalité très vigoureuse et très agissante de M. d’Aiguillon.
-Peut-être celui-ci nourrissait-il cette arrière-pensée[340]. Nous
-saurons bientôt si elle fut jamais justifiée.
-
-En tout cas, les 20 et 26 mai, l’ancien ministre de Louis XV travaillait
-encore avec Louis XVI. «Il paraissait aussi radieux que le chancelier»,
-dit l’abbé Baudeau.
-
-Huit jours après, éclatait dans Paris la nouvelle de son départ:
-
-«Le 6 juin, écrit en son journal le prince de Croÿ, je reçus une lettre
-très curieuse de ma belle-fille, du 3, qui portait que, le 2, M. de
-Maurepas était allé chez M. d’Aiguillon pour lui faire entendre qu’il
-fallait donner ses deux démissions, que celui-ci lui avait demandé s’il
-était porteur d’ordres, que M. de Maurepas l’avait assuré que non, mais
-qu’il l’avertissait en ami qu’il était temps[341].
-
-Sur quoi, le duc d’Aiguillon était monté au Conseil, à l’ordonnance, et,
-avant de commencer, avait dit au roi que, ses services ne paraissant pas
-lui être agréables et que, le bien de la chose demandant la confiance du
-maître, il lui remettait sa double démission des deux ministères... que
-le roi avait paru désirer qu’il les gardât encore, disant qu’il lui
-fallait encore voir et se mettre au courant de son administration...
-mais que le duc ayant insisté, le roi les avait prises en lui disant
-qu’il pouvait garder sa charge de capitaine des chevau-légers et qu’il
-la lui verrait exercer volontiers[342]...»
-
-Pour être si bien renseigné, ce fin renard de Maurepas avait dû écouter
-aux portes de Mᵐᵉ Adélaïde.
-
-Mais il savait aussi à quoi s’en tenir sur les sentiments de
-Marie-Antoinette à l’égard de son neveu.
-
-La reine harcelait son époux afin de lui arracher l’ordre d’exil de M.
-d’Aiguillon. D’autre part, Maurepas défendait, avec sa ténacité
-coutumière, mais infiniment courtoise, le secrétaire d’Etat, pour lui
-épargner un affront personnel et lui rendre sa chute moins rude, à
-l’heure du remaniement général. Peut-être Maurepas, hypnotisé par la
-perspective d’un contact journalier avec un collègue autoritaire et
-ambitieux, ne fut-il pas suffisamment persuasif. Il devait cependant
-plaider assez éloquemment la cause de son neveu, pour que le roi,
-frappant du poing son bureau avec sa brutalité ordinaire, se soit écrié:
-
---Eh! parbleu, je sais qu’il fait bien, et c’est ce qui me fâche, mais
-la porte par laquelle il est entré et les troubles que sa haine a
-occasionnés[343]!
-
-Tous les signes précurseurs de l’orage avaient dû ouvrir les yeux à
-d’Aiguillon.
-
-Peu de jours[344] avant que le duc ne donnât sa démission, la duchesse,
-à la présentation chez la reine, avait subi la plus humiliante des
-mortifications. Marie-Antoinette, aimable et gracieuse pour toutes les
-dames, avait affecté de parler plus spécialement aux voisines de Mᵐᵉ
-d’Aiguillon et non seulement n’avait rien dit à la duchesse, mais encore
-«l’avait regardée sous le nez d’un air méprisant».
-
-«Le duc et la duchesse d’Aiguillon, note Mercy-Argenteau, sont seuls
-exceptés de la règle de bonté de la nouvelle reine[345].»
-
-Au lendemain de la mort de Louis XV, l’ambassadeur de Vienne avait
-insisté auprès de la jeune souveraine pour qu’elle ne pressât pas le
-renvoi de l’homme qu’elle haïssait le plus, celui qui avait osé la
-traiter, dans un cercle, de «coquette![346]» La reine ne devait pas
-venger les injures de la dauphine. Malheureusement Mercy constatait, dès
-le 17 mai, qu’elle était, au contraire, très disposée à ne pas mettre en
-action le mot célèbre de Louis XII. Et la perspective du retour, qu’il
-redoutait, de Choiseul, ne souriait pas davantage à l’impératrice-reine.
-
-Mercy, qui avait l’illusion facile, crut avoir persuadé
-Marie-Antoinette; mais il ne tarda pas à reconnaître son erreur. La
-reine «n’a pu résister à sa petite animosité». Le roi voulait garder le
-ministre; et c’est elle--preuve indubitable de son crédit--qui en a
-obtenu le renvoi. «Le reste lui importe peu; car chez elle la
-dissipation vient sans cesse effacer les impressions sérieuses[347].»
-
-La nouvelle de cette démission, masquant mal une véritable disgrâce,
-provoqua une explosion de joie plus insultante encore que celle de la
-mort de Louis XV. Ce fut un feu roulant de chansons et d’épigrammes,
-celle-ci entre autres:
-
- Amis, connaissez-vous l’enseigne ridicule
- Qu’un peintre de Saint-Luc fait pour les parfumeurs?
- Il met dans un flacon, en forme de pilule,
- Boynes, Maupeou, Terray sous leurs propres couleurs.
- Il y peint d’Aiguillon et puis il intitule:
- _Vinaigre des quatre voleurs_.
-
-Quand le comte de Broglie apprit que son heureux concurrent «n’était
-plus rien», il ne put modérer ses transports d’allégresse; mais, en
-homme pratique, qui sait tirer parti de tout, il s’adressa, le 6 juin, à
-Louis XVI pour lui offrir la correspondance secrète du feu roi. Le
-nouveau lui répondit sèchement de la brûler[348]. L’année suivante, en
-mai 1775, Broglie lui écrivait pour lui demander la communication des
-pièces qui avaient précédé et suivi son exil à Ruffec. Louis XVI
-l’invita tout simplement à se tenir tranquille: la procédure de
-l’affaire de la Bastille, lui dit-il, a été brûlée[349].--Le feu purifie
-tout; mais, dans l’espèce, il enlevait au comte de Broglie une partie de
-ses moyens d’action contre l’ancien ministre de Louis XV.
-
-Toutefois le procès de son beau-frère, le comte de Guines, ambassadeur
-de France à Londres, allait lui offrir l’occasion de satisfaire plus
-amplement sa rancune.
-
-Un autre homme d’Etat qui ne dissimula pas la satisfaction qu’il
-éprouvait de la chute du premier ministre, son collègue, ce fut le
-chancelier Maupeou, que devait bientôt atteindre la même disgrâce. Il
-avait rendu, prétendait-il, les services les plus essentiels (ce dont il
-était permis de douter) au duc d’Aiguillon; et il en avait été payé par
-la plus noire ingratitude. Les anecdotiers ne tarissaient pas sur ce
-sujet.
-
---Un coquin que j’ai sauvé de la roue! affirmait le chancelier devant
-un «prince aussi recommandable par sa haute naissance que par son mérite
-personnel».
-
---Parbleu, monsieur, répliqua le grand seigneur, ce n’est pas ce que
-vous avez fait de mieux dans votre vie[350].
-
-A ce moment même où le duc d’Aiguillon descendait un peu tardivement,
-mais non sans dignité, du pouvoir, deux hommes--des prêtres--traçaient
-de son caractère, de son rôle politique, de ses tendances, un portrait
-qu’il nous a paru curieux et utile de conserver.
-
-L’abbé de Véri, auditeur de rote à Rome, qui a laissé un journal inédit
-où M. de Ségur a puisé de précieux renseignements, étudie surtout le
-ministre:
-
-«Les ambassadeurs étrangers, dit-il, reconnaissaient sa manière douce,
-juste, toujours ouverte et son humeur accueillante avec les militaires.»
-
-Dans la _Chronique_ de l’abbé Baudeau la note change. Si le diplomate
-flatte son modèle, l’économiste noircit singulièrement le sien, bien
-qu’avec certaines atténuations, pour paraître impartial. Baudeau
-constate, à la date du 6 juin, que d’Aiguillon a refusé la pension de
-vingt mille livres à laquelle il avait droit comme ministre: il n’avait
-jamais servi, disait-il, le roi pour de l’argent[351].
-
-«Ouais, objecte l’abbé, c’était par orgueil et pour placer ses
-adulateurs.» Mais il ajoute:
-
-«Il était parcimonieux pour la chose publique dans un règne de
-gaspillage, vétilleux, absolu, travailleur, colère, rancunier,
-présomptueux, petit et vindicatif à l’excès--tous les vices du cardinal
-de Richelieu, sans en avoir l’esprit!»
-
-
-
-
-XVI
-
- _La comédie à Veretz.--Goûts et plaisirs champêtres.--Toujours les
- affaires de Bretagne.--Rentrée en scène de la Chalotais--Epidémie à
- Veretz et à Chanteloup.--Réintégration de l’ancien Parlement:
- d’Aiguillon y prend place sans que personne proteste.--Ce qu’on
- pense à Vienne de sa retraite.--Campagne de libelles contre la
- reine: le duc d’Aiguillon en est, dit-on, l’inspirateur._
-
-
-«La duchesse, dit la chronique de Baudeau, à la date du 2 juin, est
-partie pour Veretz, à ce qu’on assure: elle y va sans doute préparer le
-logement de son cher époux.»
-
-La nouvelle était peut-être prématurée, mais en somme très
-vraisemblable, l’air de la Cour devant paraître irrespirable à Mᵐᵉ
-d’Aiguillon, depuis l’avanie que lui avait infligée la reine.
-
-Quoi qu’il en soit, la châtelaine de Veretz était en pleine villégiature
-dans le courant du mois d’août; car une lettre du 26, à l’adresse de
-Balleroy, lui décrit, dans cette langue, simple, naturelle et parfois un
-peu négligée, dont nous connaissons la saveur, la vie agréable que
-faisaient à leurs invités les possesseurs de ce beau domaine. La comédie
-de salon n’en était pas une des moindres distractions:
-
-«Notre comédie a été jouée avant-hier et a très bien réussi. Je vous
-assure que l’on voit très bien que le rôle de Crispin est héréditaire
-(le duc et jadis son père remplissaient-ils donc supérieurement cet
-emploi?); car mon fils, qui n’avait jamais vu de théâtre que de loin, a
-très bien joué. Quant à la duchesse (nous ignorons quelle était cette
-grande dame, à moins que ce ne fût Mᵐᵉ d’Aiguillon elle-même qui se
-nommait Louise) il lui aurait fallu une autre taille et un autre son de
-voix pour bien jouer son rôle; mais, malgré cela, l’ensemble a été très
-bien. Pour petite pièce on a joué une petite scène détachée, en son
-honneur, qui a amené une fête champêtre, pour lui souhaiter la bonne
-fête, attendu qu’elle se nomme Louise...»
-
-Ces divertissements étaient alors très fréquents sur les théâtres de
-société, qui furent eux-mêmes si nombreux pendant le XVIIIᵉ siècle. Le
-_Journal_ de Collé[352], les _Sociétés badines_ de Dinaux[353] en ont
-abondamment parlé.
-
-Mais ce n’était peut-être pas «la comédie» qui plaisait le plus à la
-duchesse dans cette vie de château. Nous avons dit ailleurs les goûts
-champêtres de Mᵐᵉ d’Aiguillon qui cadraient si bien avec son humeur
-plutôt indépendante. C’était la maîtresse femme qui s’entendait à
-diriger, comme nos _gentleman farmer_ d’aujourd’hui, les plus vastes
-exploitations. Et nous verrons plus tard comment elle sut transformer en
-un séjour de rêve la triste et pauvre gentilhommière d’Aiguillon dans
-l’Agénois.
-
-Elle acceptait gaîment toutes les corvées de la ferme: «En votre
-absence, la belle Candide[354] s’était avisée d’être malade. Comme
-personne ne soignait les petits cochons, il a fallu que je les soignasse
-moi-même.»
-
-Elle ne... soignait pas avec moins de sollicitude l’humanité souffrante:
-à l’exemple de toutes les châtelaines du temps, elle avait la douce
-manie des «recettes» infaillibles contre telle ou telle maladie: elle
-envoyait celles «de l’eau d’absinthe ou de coriandre» au chevalier qui
-en ferait profiter sa sœur.
-
-La retraite de son mari était de date encore trop récente, pour que Mᵐᵉ
-d’Aiguillon se désintéressât complètement des affaires de la Cour.
-Celles de Bretagne lui tiennent surtout au cœur. Elle admire M. de
-Fitz-James[355] qui se défend de tenir les Etats, si on les fait
-présider par l’évêque de Rennes. Et comme celui-ci est _persona grata_,
-ce sera encore M. de Penthièvre qui aura «la plate faiblesse d’y aller».
-
-Puis, elle jette un regard sur Versailles: «On me mande que M. de
-Maurepas est plus brillant que jamais: je ne l’envie pas; grand bien lui
-fasse!»
-
-Sa perspicacité avait pénétré l’égoïsme du vieux courtisan sous ce
-vernis d’affectueuse bienveillance dont il se piquait pour son
-neveu[356].
-
-Trois semaines après, Mᵐᵉ d’Aiguillon donne un souvenir aigre-doux à la
-personnalité, alors bien oubliée, de La Chalotais, de qui elle
-annonçait, dans une lettre précédente, le retour imminent en Bretagne:
-
-«Je ne doute pas que vous n’ayez été sensible au plaisir de savoir que
-M. de la Chalotais passait dans la ville que vous habitez[357].»
-
-Louis XVI venait en effet de rendre au procureur général sa liberté et
-sa place.
-
-C’est encore un disgracié qui rentre en scène, à propos d’une épidémie
-des plus graves dont la Touraine eut alors à souffrir. Veretz et ses
-environs comptèrent plusieurs malades qui «tous s’en sont bien tirés».
-Il n’en alla pas de même «à Chanteloup, où, sur quarante malades, il y
-en a dix de morts, dont M. de Boufflers...» Ce grand seigneur n’avait
-pas reçu les sacrements. M. de Choiseul, le châtelain, a «sûrement
-oublié» avec «quel zèle ses sectateurs» agitèrent la question, pendant
-«la maladie du roi[358]». C’était une allusion au conflit qui avait
-marqué les dernières heures de Louis XV. D’Aiguillon et La Vrillière
-demandaient qu’on retardât, pour ne pas épouvanter le moribond,
-l’administration des sacrements. Le cardinal de la Roche-Aymon, qui la
-voulait immédiate, obtint gain de cause[359], avec l’appui de La
-Martinière, premier chirurgien du roi.
-
-Cependant la saison touchait à sa fin. Les d’Aiguillon étaient rentrés à
-Paris. Leur fille, Mᵐᵉ de Chabrillan, longtemps malade à Veretz, s’était
-rétablie; et la duchesse, qui l’avait soignée, n’avait fait que passer
-par Paris, où elle «n’avait même pas eu le temps d’entendre un acte
-d’opéra», pour aller se reposer chez une amie, dans la calme solitude de
-Trassey[360].
-
-De plus graves soucis préoccupaient son mari. Maupeou était tombé[361]
-et l’ancien Parlement rappelé. L’opinion publique attribuait à Maurepas
-l’honneur de cette réintégration: aussi le «Mentor» de Louis XVI, comme
-on se plaisait à le nommer, avait-il été acclamé à l’Opéra, le 8
-novembre[362]. C’était le 12 que devait se réunir le Parlement, en
-présence du roi. D’Aiguillon n’hésita pas. Malgré l’exclusion dont il
-avait été frappé en 1770, hautain comme il l’était, et vraisemblablement
-assuré de l’appui de Maurepas, il entra au Parlement; et pas un
-conseiller ne protesta. Mais l’émotion fut grande dans Paris: «On a vu
-avec étonnement M. le duc d’Aiguillon prendre place, comme pair de
-France, dans une assemblée où toute la nation est persuadée qu’il ne
-devrait paraître que pour essayer de se justifier[363]».
-
-Il bravait ainsi le sentiment public. Peut-être voulut-il continuer
-l’expérience, mais alors avec le roi et la Cour, quand il se présenta le
-28 décembre, à Versailles, pour faire signer à Louis XVI son travail sur
-les chevau-légers. Descendu chez Maurepas, il était passé, par
-l’Œil-de-Bœuf pour entrer dans le cabinet du roi. Louis XVI l’avait fort
-bien accueilli; il lui demanda même, après lui avoir donné sa signature,
-s’il n’avait pas quelque requête à lui adresser. D’Aiguillon, toujours
-avec sa superbe ordinaire, se contenta de reployer son portefeuille et
-de dire «qu’il bornait toute son ambition à présenter personnellement
-ses hommages au roi». Et il sortit: l’Œil-de-Bœuf était plein de
-courtisans qui attendaient, montre en main, pour calculer le temps
-qu’aurait duré l’audience. Louis XVI, à ce spectacle, fit entendre son
-«gros rire». D’Aiguillon était remonté chez son oncle, et, après
-quelques visites, était reparti pour Paris, «où il resta tout
-l’hiver[364]».
-
-Sa démission n’avait laissé aucun regret à Vienne. Je suis bien aise,
-écrivait, le 16 juin, Marie-Thérèse à sa fille, de la retraite de MM.
-d’Aiguillon et La Vrillière[365], sans lettre de cachet «méthode dure».
-Toutefois, nous l’avons vu, Mercy n’avait pas dissimulé, dès la première
-heure, son appréhension du lendemain. Puis, la haine furieuse, et comme
-inassouvie, de Marie-Antoinette contre l’ex-ministre, l’inquiétait; et
-l’impératrice-reine (lettre du 15 août) s’étonnait de cet «esprit de
-vengeance». Mercy, tout en rendant hommage à la «bonté» naturelle de la
-jeune femme, avait constaté combien cette aversion pour d’Aiguillon
-avait arrêté les élans de franchise dont l’avait jusqu’alors honoré la
-reine. Et Marie-Thérèse, qui voit se perdre ainsi tous les efforts de sa
-politique, peint d’un trait une mentalité qui n’a échappé, ni à la mère,
-ni à la souveraine. Le «caractère» de sa fille est à la fois «indécis et
-volontaire» (lettre du 13 octobre).
-
-D’autres soucis travaillent Mercy-Argenteau, par exemple la direction
-que d’Aiguillon prétend donner désormais à sa vie. On le signale comme
-un des meneurs les plus redoutables de la cabale formée contre la
-reine[366]. L’aventure romanesque de Beaumarchais en Autriche semble
-corroborer cette imputation.
-
-L’auteur, déjà célèbre, du _Barbier de Séville_, aussi ardent faiseur
-d’affaires que fécond remueur d’idées, était parti, sous l’anagramme de
-Norac, pour l’Allemagne, afin d’y négocier, avec un certain Angelucci,
-l’achat d’une édition tout entière d’un pamphlet dirigé contre
-Marie-Antoinette[367]. Or, son vendeur, un juif d’insigne mauvaise foi,
-après s’être fait largement payer, s’était enfui, emportant un
-exemplaire de cette atroce publication. Beaumarchais avait raconté,
-depuis, sur le mode tragique, toutes les péripéties de son histoire de
-brigands. Mais, sur le moment, les autorités autrichiennes, qu’elle
-avait trouvées incrédules, avaient mis le négociateur en état
-d’arrestation. Mercy, à qui l’aventure avait paru également étrange, en
-avait causé avec Sartine; et l’ancien lieutenant de police, alors
-ministre de la marine, avait déchargé de toute culpabilité le
-«délicieux» Beaumarchais, comme aimait à l’appeler le prince de Kaunitz,
-pour laisser retomber par insinuation la responsabilité du pamphlet sur
-le duc d’Aiguillon[368].
-
-Mercy, plus d’un mois après[369], signale de nouveau le bruit public
-attribuant au ministre déchu une part très active dans la campagne de
-libelles dirigée contre la reine. C’est ainsi que M. de Ségur[370]
-représente d’Aiguillon, rentré à Paris, las, découragé, aigri et
-devenant le centre d’une opposition féroce: d’où cette nuée d’écrits
-injurieux qui, suivant l’expression de Mercy «se sont répandus contre le
-gouvernement, et en particulier, en vue de nuire à la reine[371]».
-
-
-
-
-XVII
-
- _Influence et crédit de Mᵐᵉ de Maurepas.--Ses appels au calme et à
- la patience.--D’Aiguillon «embusqué» dans son hôtel.--Procès du
- comte de Guines.--Ce qu’était Tort de la Sonde.--Rôle de
- d’Aiguillon: griefs de Guines.--La reine prend parti pour
- l’ambassadeur de France à Londres.--Besenval excite M.-Antoinette
- contre d’Aiguillon.--Mémoires de Guines «tissus d’horreurs et de
- mensonges».--Guines gagne son procès.--La reine exige de Louis XVI
- l’exil du duc d’Aiguillon.--Incidents de la revue du Trou
- d’Enfer.--Entrevue de Maurepas avec la reine.--D’Aiguillon devra
- partir pour l’Agénois._
-
-
-Les d’Aiguillon, au moment où leurs adulateurs de la veille
-s’éloignaient d’eux, le lendemain, pour mieux faire leur cour à la
-reine, trouvèrent un défenseur hardi, généreux, infatigable dans la
-personne de leur tante, Mᵐᵉ de Maurepas, la digne sœur de la comtesse de
-Plélo. Jusqu’alors elle s’était tenue discrètement à l’ombre, la
-disgrâce si longue de son mari l’ayant privée de tout crédit. Mais le
-soleil était revenu; et Mᵐᵉ de Maurepas avait reconquis une influence
-qu’elle allait mettre au service de son neveu; car si elle était, comme
-l’a fort bien dit Linguet, «toute puissante sur l’esprit de son mari,
-elle était elle-même aveuglément soumise à toutes les impressions de
-l’ancien commandant de Bretagne[372]. Enfin, elle avait la plus tendre
-affection par sa nièce, accourait la soigner quand elle avait «ses
-hépatiques (coliques)» et ne cessait de lui répéter dans ses lettres:
-«Vous savez que je vous considère comme ma fille; croyez-le bien, nul ne
-vous aime plus que moi». Et nous verrons, d’après sa correspondance,
-avec quelle sollicitude elle embrassa la cause de Mᵐᵉ d’Aiguillon à
-l’heure de l’adversité. Elle s’attristait cependant, elle la sérieuse
-compagne de l’homme le plus léger du monde, à l’idée que sa nièce pût
-douter du zèle de M. de Maurepas pour la défense de ses intérêts:
-
-«Je suis pénétrée de douleur, lui écrit-elle, que vous croyiez que M. de
-Maurepas ne mette pas toute la vivacité qu’il doit aux affaires qui vous
-intéressent. M. d’Aiguillon doit savoir mieux que personne qu’on ne fait
-pas parler les rois comme on veut. Nous serons toujours occupés de
-saisir le moment qui pourra vous être utile[373].»
-
-Son neveu perdait patience; peut-être n’avait-il, lui aussi, qu’une
-médiocre confiance dans la sincérité d’un homme qui n’avait jamais pensé
-qu’à lui[374]: «J’ai fait lire vos lettres à M. de Maurepas, disait
-encore la tante à sa nièce; il prend aussi vivement que moi tout ce qui
-peut intéresser M. d’Aiguillon... Au nom de Dieu, qu’il (le duc) se
-calme! Tous les honnêtes gens lui rendent justice!»
-
-Eh quoi! cet homme qu’on représente toujours si froid et si maître de
-lui, se serait-il échappé en paroles violentes, dont ses ennemis,
-empressés à les reproduire, pourraient se faire une arme contre lui?
-
-L’hypothèse est admissible; car Augeard[375] affirme l’avoir vu, en
-maintes circonstances, une fois par exemple à propos de Maupeou, entrer
-dans une colère effroyable, presque convulsive, rappelant quelque peu
-les crises de fureur dont, au dire de certaines chroniques, le cardinal
-de Richelieu était coutumier.
-
-Ce qui est certain, c’est que d’Aiguillon était resté tout l’hiver, à
-Paris[376], «embusqué dans ce fastueux hôtel[377]» de la rue de
-l’Université qu’il avait hérité de son père[378]. La cour de l’ancien
-ministre avait bien diminué; mais les amis qui la composaient étaient si
-dévoués au maître que Mercy en dénonçait les noirs complots. La
-«cabale» avait même recruté des adhérents de marque, avec le cardinal de
-Rohan et ses parents, entraînés par Mᵐᵉ de Maurepas, au grand déplaisir
-de l’impératrice, qui trouvait excessives les rigueurs de sa fille
-contre d’Aiguillon[379]. Et la duchesse, toujours attentive aux plaisirs
-de son mari, donnait chaque soir, à ses fidèles, le régal de la comédie,
-comme à Veretz, sur un théâtre de société[380].
-
-Mais, Marie-Antoinette, qui «attribuait l’odieux de la désaffection
-populaire[381]» à d’Aiguillon et à son groupe, s’était offusquée des
-fréquentes réunions de ce cercle frondeur et s’était juré d’en perdre le
-chef. L’incident de Guines lui fournit l’occasion cherchée.
-
-Une «note sur la vie politique de Barthélemy Tort de la Sonde, habitant
-de Bruxelles» fixe le début de ce conflit, où personne n’eut raison,
-excepté peut-être l’homme sur qui s’amassaient tant de colères, et
-principalement celle de la reine: M. d’Aiguillon.
-
-«J’ai été mis à la Bastille en 1770, déclare Tort de la
-Sonde,--d’ailleurs un parfait aventurier--à la réquisition du fameux duc
-de Guines, alors ambassadeur de France en Angleterre, parce que je
-m’étais fortement opposé à ce qu’il volât 300.000 livres à MM. Bourdier,
-Chollet et Thélusson, banquiers de Londres.
-
-Après être sorti de la Bastille en 1771, j’ai attaqué
-l’escroc-ambassadeur au Parlement. La reine et toute la canaille
-illustre de la Cour ont pris parti pour lui. J’ai fait justice des uns
-et des autres, en publiant contre eux les plus sanglants mémoires, dans
-des moments où les prétendus patriotes d’aujourd’hui faisaient les plats
-valets et n’osaient pas trop regarder un grand seigneur en face[382]...»
-
-Moreau, qui consacre plusieurs pages à cette affaire[383] et qui fut, il
-faut le dire également, un des partisans les plus dévoués de l’ancien
-ministre, expose, en quelques lignes, et avec impartialité, le différend
-divisant le comte de Guines et son secrétaire Tort de la Sonde.
-
-Celui-ci avait joué sur les fonds anglais, il avait perdu et s’était
-refusé à régler les différences. Arrêté sur l’ordre de Guines, il
-prétendit n’avoir opéré que pour le compte de l’ambassadeur. Il resta
-huit mois à la Bastille; mais les créanciers anglais, qui voulaient être
-désintéressés, appuyaient la version de Tort, l’homme de paille,
-assuraient-ils, du comte de Guines. La «permission de rendre plainte»
-contre le diplomate français fut accordée par le Conseil. D’Aiguillon
-qui était alors aux affaires étrangères, mais qui ne s’y trouvait pas au
-moment du conflit entre Guines et Tort de la Sonde, avisa l’ambassadeur
-de la requête obtenue contre lui. Mais déjà Sartine, lieutenant de
-police, avait ouvert une instruction, avant que Guines ne fût rentré en
-France, procédure que lui reprocha d’Aiguillon. Le ministre fit mieux
-encore: il offrit à l’ambassadeur d’arrêter la plainte. Guines lui-même
-en convient dans ses Mémoires. Son procès ne commença réellement qu’en
-août 1773. Il se dit victime d’une machination de son ministre qui
-aurait prévenu contre lui le roi, au lieu de le soutenir, lui l’envoyé
-de Louis XV[384].
-
-Naturellement, d’Aiguillon avait pour adversaires le comte de Broglie,
-Dumouriez, Favier et «tous les gens qu’il avait fait enfermer à la
-Bastille». De Broglie, «rentré en grâce[385]», allait partout clabaudant
-que si M. de Guines, son beau-frère, se trouvait lésé dans sa défense,
-il devait en rendre responsable l’ancien secrétaire d’Etat aux affaires
-étrangères. Et précisément il venait «d’imprimer que Tort n’ayant pas
-d’ordres verbaux à objecter contre lui, les preuves testimoniales
-étaient périmées dans l’intervalle de ces quatre années (1771-1774) et
-qu’il ne lui était plus possible de se défendre aussi avantageusement en
-1775 qu’il l’eût fait en 1771; enfin que M. d’Aiguillon avait corrompu
-ceux qui avaient déposé dans l’instruction secrète[386]».
-
-Le parti des Choiseul appuyait le comte de Guines; et Marie-Antoinette
-apportait à protéger l’ambassadeur une animation extraordinaire.
-Mercy-Argenteau regrettait même que, «pour faire pièce à d’Aiguillon»,
-elle témoignât autant d’intérêt à M. de Guines «dont il voulait bien
-croire la cause bonne». Il eût préféré que la reine déjouât, sans bruit,
-les intrigues du ministre déchu, qui avait eu l’habileté, par son
-ascendant sur la comtesse de Maurepas, d’exciter la jalousie de son
-oncle contre le crédit de Marie-Antoinette. Mais la reine, plus irritée
-que jamais, avait exigé de son époux qu’il exilât d’Aiguillon dans ses
-terres ou dans son gouvernement, avec défense de paraître de longtemps.
-Le roi avait d’abord consenti; puis il s’était ravisé, en faisant
-observer à la reine qu’il ne pouvait éloigner de Paris le duc
-d’Aiguillon, au moment où il était aux prises avec le comte de Guines
-qui avait laissé planer sur l’ancien fonctionnaire «les plus fâcheux
-soupçons». La reine garda le silence; «mais assurément, ajoute Mercy,
-c’est M. de Maurepas qui a dû suggérer ces réflexions au roi[387]».
-
-Marie-Antoinette avait obéi, elle aussi, à des suggestions, mais d’un
-tout autre genre et aussi perfides que cyniques. Si d’Aiguillon peut
-être représenté par ses ennemis comme un «homme noir», méditant les
-complots les plus affreux, Besenval, le conseiller de la reine, ne lui
-est certes pas inférieur, devant l’Histoire, pour la dextérité et
-l’astuce avec laquelle il ourdit les plus ténébreuses intrigues[388]. Il
-fallait décider Marie-Antoinette à précipiter, de toute son influence
-sur Louis XVI, l’écrasement définitif du ministre tombé:
-
-«... Je lui représentai avec feu le danger qu’il y avait pour elle de
-laisser une cabale aussi inquiétante, ayant à sa tête le duc
-d’Aiguillon, dont le caractère méchant, vindicatif et profond devait lui
-faire tout craindre... Je lui fis comprendre la nécessité d’éloigner un
-tel homme. Je lui conseillai de mettre en avant, vis-à-vis du roi,
-l’audace avec laquelle il avait poussé le comte de Guines, quoiqu’il ne
-pût douter de la protection qu’elle lui accordait et de lui faire
-comprendre qu’on ne devait jamais s’attendre à aucun repos, tant qu’on
-laisserait un tel homme au milieu de Paris.»
-
-Mais l’_arrivisme_ du personnage, pour parler la langue à la mode, se
-trahit bientôt:
-
-«L’intérêt de la reine aurait suffi pour me faire attaquer M.
-d’Aiguillon; mais d’autres considérations m’y portaient encore, c’était
-lui qui était l’auteur de la chute de M. de Choiseul. Il convenait, à
-mon sentiment, de l’en punir. Je ne pouvais me flatter d’aucun espoir de
-retour pour M. de Choiseul, tant que M. d’Aiguillon serait à portée de
-pouvoir quelque chose; et en l’éloignant, je croyais rendre un grand
-service à mes amis[389].»
-
-Guines, «soufflé par le parti Choiseul[390]», venait d’envoyer «un
-violent billet» à Louis XVI, pour lui demander justice contre les
-procédés de M. d’Aiguillon. Celui-ci, «mis en cause», riposte par deux
-lettres que Vergennes, son ami, soumet au Conseil, en présence de Louis
-XVI. Maurepas fait savoir à l’intéressé, par sa femme, le résultat
-négatif de la séance[391]. «On (le roi) m’a répondu qu’on ne pouvait
-empêcher l’affaire de suivre son cours, qu’on lui (à Guines) avait fait
-dire très fortement qu’on était mécontent du billet, mais qu’on ne
-voulait pas faire de bruit de cette affaire. On a même ajouté d’un ton à
-me fermer la bouche que vous ne devriez pas chercher de nouvelles
-affaires. Je ne puis trop vous recommander le silence en ce moment.»
-
-Dès lors, la reine d’un côté, Vergennes et Maurepas de l’autre, se
-combattent, «à coups fourrés» dit Besenval, sous les yeux de Louis XVI,
-assez faible déjà pour subir alternativement toutes les influences.
-
-D’Aiguillon avait obtenu l’autorisation de faire imprimer sa
-correspondance ministérielle pour répondre aux imputations de
-Guines[392]: elle prouverait plutôt qu’il avait pris parti contre Tort
-de la Sonde. Son adversaire, «pour le noircir», fait mettre sous les
-yeux du procureur général du Châtelet des extraits de sa correspondance
-diplomatique avec d’Aiguillon et prétend donner ce second mémoire à
-l’impression[393]. Vergennes s’y oppose: il démontre fort judicieusement
-au roi que si l’on accorde cette permission à Guines, d’Aiguillon pourra
-la réclamer pour d’autres dépêches: alors où s’arrêtera un tel abus?
-Louis XVI approuve son ministre. Mais Guines passe outre; et le Conseil
-d’ordonner la suppression et la destruction du mémoire imprimé:
-
-«Si vous avez été surpris, écrit, le 24 mai, Mᵐᵉ d’Aiguillon au
-chevalier de Balleroy, du ton du premier mémoire du comte de Guines,
-vous le serez un peu plus du deuxième: c’est un tissu de noirceurs et de
-mensonges. Je joins à ma lettre l’arrêt du Conseil qui a été rendu à
-cette vacation, qui a porté lui et ses protecteurs au dernier degré de
-la rage. Ils remuent ciel et terre pour trouver quelques nouvelles
-misères à faire et à dire. Je suis, sur cet article, comme le sage pour
-la mort: je les attends sans les craindre[2]...»
-
-La vaillante femme sait bien qu’elle et ses amis sont impuissants contre
-les «protecteurs» qu’elle ne veut pas nommer et qu’elle ne nommera
-jamais. Mᵐᵉ de Maurepas lui dira qu’«on ne put tenir» contre une reine
-qui use de son ascendant sur son mari pour satisfaire sa haine.
-Marie-Antoinette fit croire au roi que sa religion avait été
-surprise[395], lui rappelant, dans un retour vers le passé, «la conduite
-atroce» de d’Aiguillon contre La Chalotais, contre la Bretagne, contre
-le duc de Choiseul «protecteur» de Guines. Et Louis XVI manda au
-Chatelet qu’il n’improuvait pas la publication des mémoires de Guines
-pour sa justification[396]. Louis XVI défendait seulement au comte
-d’attaquer le duc d’Aiguillon; et le 2 juin, par 7 voix contre 6, le
-Chatelet déclarait calomnieuses les accusations de Tort de la Sonde.
-
-«La justice de Louis XVI, conclut Mᵐᵉ Campan, fit triompher l’innocence
-du duc de Guines[397].»
-
-Qu’en savait-elle? Jamais affaire ne fut plus embrouillée; et si Tort de
-la Sonde, qui d’ailleurs en rappela, eut souvent des allures assez
-louches, la conduite de son adversaire ne fut pas toujours bien
-correcte. La protection presque tendre que lui accorda la reine était
-encore une de ces imprudences qui furent si cruellement reprochées à la
-femme; et ce fut grâce à ses instances qu’il reçut ce titre de duc dont
-Mᵐᵉ Campan le décore un peu trop tôt.
-
-La joie des vainqueurs fut insolente: «La sentence du Chatelet en faveur
-du comte de Guines est imprimée en caractères gigantesques et se trouve
-affichée à tous les coins de rue[398]».
-
-Il semblait, en vérité, que la fatalité s’acharnât après d’Aiguillon.
-C’était comme une reprise de l’éternelle affaire de Bretagne, qu’elle
-s’affirmât par la réhabilitation des soi-disant victimes de l’ancien
-commandant ou par l’apparition de nouveaux ennemis dans les rangs de
-ses propres défenseurs. Tel Linguet qui se plaignait de n’avoir pas été
-suffisamment rémunéré par un client ingrat et superbe au point de ne
-plus le reconnaître, une fois son procès gagné[399]. En outre, Linguet
-avait été singulièrement persiflé, quand il était allé demander à
-Maurepas la permission d’écrire contre d’Aiguillon: le vieil homme
-d’Etat lui avait conseillé de se méfier de ses emportements. «--Ah!
-Monseigneur, s’écria le publiciste, je vois qu’on vous a égaré sur mon
-compte. Eh bien! je prends acte de vos préventions.»
-
-Et Maurepas, ouvrant toute grande la porte de son cabinet:
-
---Vous êtes témoins, Messieurs, que je donne à M. Linguet la permission
-de prendre acte de mon penchant à croire qu’il est quelquefois au delà
-du vrai et que ses talents l’égarent[400].
-
-Le gazetier, qui avait conté l’anecdote, annonçait un autre jour[401]
-que La Chalotais venait de recevoir, à titre de compensation, 100.000
-francs, 8.000 livres de pension, le titre de marquis et pour son fils
-celui de Président. Mais il avait dû renoncer à «ses prétentions et
-griefs contre d’Aiguillon...».... «Cela semblerait prouver que ce duc
-avait agi en Bretagne par ordre du feu roi, ou que le monarque avait
-approuvé les procédures de ses représentants en Bretagne. Cependant
-l’odieux qui a rejailli de cette affaire sur MM. d’Aiguillon et de
-Calonne subsiste toujours dans l’opinion publique.»
-
-Mais des outrages plus sanglants, des humiliations plus pénibles, une
-chute plus profonde, et celle-ci définitive, attendaient le duc
-d’Aiguillon. Or, cet homme de cour, rompu cependant à toutes les
-intrigues, n’avait jamais eu, pour sa propre destinée, la clairvoyance
-dont sa femme était supérieurement douée. Les événements qui se
-précipitaient auraient dû lui ouvrir les yeux; et ses oreilles restaient
-obstinément fermées aux avertissements que ne lui ménageaient pas de
-prudentes amitiés. Il se flattait qu’il reviendrait au pouvoir. Sa
-fierté, réveillée par des voix autorisées, l’en avait fait, il est vrai,
-spontanément descendre. Et la rapidité avec laquelle il fut remplacé ne
-démontra que trop que sa révocation était imminente. Son optimisme
-personnel en fut à peine effleuré: «J’avoue, disait-il à Belleval, que
-la haine dont la reine me poursuit, après m’avoir honoré jadis de
-quelque bienveillance, m’a trouvé moins résolu». Il était persuadé que,
-s’il n’avait dépendu que du roi, il serait resté: «il n’est pas besoin
-de s’adorer pourvu que les affaires de l’Etat marchent[402]». Faut-il
-rappeler, d’après les _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, ce rêve d’un
-projet qui le ramenait au pouvoir pour en faire le coadjuteur de son
-oncle? Sa belle confiance escomptait toujours l’avenir.
-
-Le 24 septembre 1774, il avait annoncé à ses chevau-légers que la
-compagnie serait passée en revue par le roi et qu’elle «irait au sacre
-de Sa Majesté le printemps prochain».
-
-Et Belleval, qui reçoit, en 1775 (avril), les confidences de son
-commandant, déplore «l’état d’aveuglement où l’esprit le plus subtil
-reste couvert de nuages». D’Aiguillon, sans prendre autrement garde au
-sentiment du roi qui le tolère, ni à «la haine de la reine», qui ne le
-tolère pas, organise, avec son faste ordinaire, pour les fêtes du sacre,
-de luxueux préparatifs dont s’indigne Marie-Antoinette. Il annonce à ses
-officiers qu’ils seront reçus à Reims, dans son hôtel et à sa propre
-table. Mais tout à coup il reçoit un ordre qui le relève de son service
-à cette fête grandiose. C’est le «coup de tonnerre» précurseur de la
-tempête. Et quel désarroi parmi les chevau-légers! Belleval en esquisse
-un leste croquis[403]. Le comte de la Coste lui apprend, dans la Grande
-Galerie de Versailles, qu’il doit commander la compagnie à la cérémonie
-du sacre: communication toute confidentielle. Mais les officiers
-pressentent l’événement. Le duc de Villequier vient à Belleval qu’il
-sait ami de d’Aiguillon et tente vainement de le faire parler. Mais le
-lendemain:
-
---Eh! eh! la guêpe est écrasée. Il n’y a plus de coups d’aiguillon à
-craindre.
-
-Belleval s’échauffe:
-
---Parlons sérieusement, dit en riant Villequier. Aussi bien il serait
-puéril de vouloir «cacher aujourd’hui ce que chacun sait».
-
-Et Villequier lui confirme les nouvelles de la veille. Il lui annonce
-que la reine, en raison de son estime pour Choiseul, l’a fait inviter au
-sacre.
-
---Sans doute, ajoute-t-il, «si le roi avait été abandonné à lui-même,
-il aurait gardé M. d’Aiguillon, malgré la violence du parti que son
-imprudence avait laissé se former et grandir contre lui». Ce n’est pas
-qu’il soit «un homme d’Etat», mais il a «l’esprit fin et adroit»;
-courtisan délié, il avait une intelligence capable de le faire louvoyer
-au milieu des écueils de l’entourage hostile de la reine.
-
-Il fallut, pour enlever à d’Aiguillon ses dernières illusions, l’insulte
-suprême de la revue du Trou-d’Enfer (le 30 mai), où les devoirs de sa
-charge l’obligeaient à défiler, à la tête de sa compagnie. Quelques
-jours auparavant, il était allé prendre les ordres de la reine pour
-cette revue:
-
---Que n’allez-vous à Saint-Vrain, solliciter ceux de Mᵐᵉ Du Barry? lui
-répondit durement Marie-Antoinette.
-
-L’ancienne maîtresse de Louis XV avait obtenu depuis peu la permission
-de quitter l’abbaye de Pont-aux-Dames où elle était exilée, pour la
-résidence de Saint-Vrain située près d’Arpajon; et d’Aiguillon, à qui
-ses ennemis faisaient un crime de cet acte de reconnaissance, était allé
-présenter ses hommages, ainsi qu’il l’avait appris à Belleval, à la
-châtelaine de Saint-Vrain[404].
-
-Le «capitaine-lieutenant» des chevau-légers était donc venu de Paris au
-camp de Marly pour la revue du Trou-d’Enfer. Le bruit de son exil avait
-atteint le _rinforzando_ que Beaumarchais donne à la rumeur de la
-calomnie; et la reine avait annoncé qu’elle s’abstiendrait de paraître,
-si d’Aiguillon était présent. La compagnie était enchantée que le roi
-n’eût pas interdit à son commandant de remplir son emploi[405].
-
-Mais, au moment de monter à cheval, le duc reçoit ce billet de
-Maurepas[406]: «Quand le roi passera, ne lui remettez pas le papier»,
-c’est-à-dire «les grâces à demander», une liste que connaissait bien
-Belleval, car son protecteur lui promettait souvent d’y faire figurer
-son nom.
-
-D’Aiguillon ne comprend rien au message de Maurepas, et perd la tête
-lorsque, en arrivant sur le terrain de la revue, il aperçoit, contre
-toute attente, le carrosse de la reine et partout une foule énorme de
-curieux.
-
-Le défilé commence. Au passage des chevau-légers devant le roi,
-d’Aiguillon remet au prince «le papier». Louis XVI ne le regarde pas: le
-parti de Guines affirma même plus tard qu’il l’avait refusé[407]. Mais
-voici le capitaine-lieutenant, à la tête de sa compagnie, devant le
-carrosse de la reine; Marie-Antoinette abaisse vivement le store de la
-portière. Les Mémoires de d’Aiguillon disent même qu’«elle tira la
-langue» à l’ex-ministre... «Les cheveux me dressent sur la tête quand
-j’aperçois cet homme-là», déclare-t-elle le soir de la revue[408].
-
-Le lendemain, le duc, qui voulait décidément faire contre mauvaise
-fortune beau jeu, déclarait à Belleval qu’il «supportait légèrement
-cette dureté».
-
-Il n’était qu’au commencement de son calvaire.
-
-[Illustration: Revue du Trou d’Enfer à Marly
-
-(d’après Moreau et Le Paon)]
-
-Le 5 juin, trois jours avant le sacre, Marie-Antoinette mande Maurepas
-et lui tient ce langage[409]: «Monsieur, je ne vous vois point avec
-peine avoir la confiance du roi. Je connais votre probité, la droiture
-de vos intentions et votre désintéressement. Mais je ne puis vous
-déguiser que vous me trouverez contraire à tout projet de voir votre
-neveu dans ce pays-ci. J’ai lieu d’être mécontente de lui depuis
-longtemps. Vous l’avez soutenu et nous avons combattu l’un contre
-l’autre. Vous avez tenu des propos sur tout cela; j’en ai tenu de mon
-côté qui ne vous auront pas contenté. Laissons votre neveu loin d’ici et
-oublions de part et d’autre nos propos mutuels.»
-
-Maurepas, pris au dépourvu, se confond en vagues protestations. La reine
-redouble de véhémence. Elle déclare qu’elle a obtenu du roi
-l’interdiction pour d’Aiguillon de se rendre à Reims et son ordre d’exil
-dans ses terres.--Mais, demande Maurepas, quels sont les nouveaux torts
-de mon neveu?
-
---Qu’importe? La mesure est comble. Il faut que le vase renverse.
-
---Mais, Madame, il semble que si le roi doit faire du mal à quelqu’un,
-ce ne saurait être par vous.
-
---Vous pouvez avoir raison; et je compte dorénavant n’en plus faire,
-mais je veux faire celui-là.
-
---Puis-je dire, Madame, que c’est votre volonté et non celle du roi?
-
---Soit, je prends tout sur moi.
-
-Maurepas se rendit auprès de Louis XVI, qui, dès les premiers mots,
-déclara qu’il ne voulait se mêler de rien et qu’il laissait à sa femme
-le soin de régler le lieu et la durée de l’exil[410].
-
-Est-il vrai que Guines et les Choiseul représentèrent à la reine que
-Maurepas n’allant pas au sacre, les intrigues continueraient et que «des
-courriers se croiseraient de Veretz à Pontchartrain[411]?» Ou bien que
-d’Aiguillon, se sachant relégué à Veretz, ne tint aucun compte de cet
-ordre et ne bougea de Paris[412]. Toujours est-il que, dans une
-troisième et dernière conférence avec Maurepas, Marie-Antoinette lui
-signifia que l’ex-ministre eût à prendre le chemin d’Aiguillon en
-Agénois[413]. Ce fut La Vrillière qui remplit officiellement cette
-mission auprès de son neveu, comme il s’était acquitté d’une semblable,
-l’année précédente, auprès de Mᵐᵉ Du Barry.
-
-Quand ce faible et irrésolu monarque qu’était Louis XVI fit, au moment
-de son départ pour Reims, ses adieux à Maurepas, il eut comme conscience
-de sa mollesse, il regretta l’ordre d’exil et parlait déjà de revenir
-sur sa décision. Maurepas refusa net.
-
---Oubliez tout, dit-il au roi, ne songez plus qu’à la cérémonie de
-Reims, moi, j’irai me tranquilliser à Pontchartrain avec mes carpes.
-Votre Majesté me fait espérer qu’elle me donnera des nouvelles qui me
-tiendront lieu de tout. Mon neveu est sujet trop respectueux pour rien
-faire qui puisse déplaire à la reine: il partira dans quelques
-jours[414].
-
-Il est vrai que le roi n’avait pas consenti à signer de lettre de
-cachet[415]. Et la reine s’attribuait tout l’honneur de cet «ordre
-verbal»[416], qu’elle estimait moins dur et moins «barbare, quoique
-lui-même s’en fût servi[417]».
-
-
-
-
-XVIII
-
- _Impatience et joie exubérante de la reine.--Réaction de l’opinion
- publique en faveur de l’exilé.--Fausse philosophie de d’Aiguillon:
- billet à Balleroy, entretien avec Maurepas.--«Il n’y a rien perdu»,
- le mot de Marie-Antoinette justifié.--Les lettres de Mᵐᵉ de
- Maurepas.--La tâche de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Voyage de Mᵐᵉ Du Barry:
- l’anecdote des «Entretiens de l’autre monde»._
-
-
-«Il partira dans quelques jours», avait dit Maurepas à la reine. Or,
-Marie-Antoinette n’avait eu de cesse que M. d’Aiguillon fût déjà sur le
-chemin de l’exil. Un courrier de La Vrillière était venu réveiller
-Maurepas: «Rien ne m’a plus étonné que l’empressement de la reine à
-savoir M. d’Aiguillon parti: il faut qu’on lui ait fait encore quelque
-noire méchanceté», écrivait à sa nièce la femme du ministre. Un autre
-émissaire avait couru chez la duchesse: «Que les ennemis du duc se
-rassurent, dit Mᵐᵉ d’Aiguillon, il est parti ce matin[418]». Noble et
-fière réponse qui laisse pressentir avec quelle dignité la vaillante
-fille des Plélo s’efforcera d’adoucir pour son époux les rigueurs de la
-disgrâce.
-
-Jusqu’au dernier moment, elle avait douté de la catastrophe: elle ne
-voulait pas que leur ami Balleroy pût y croire: «Cependant, à tout
-hasard, lui disait-elle, je vous donne part qu’il n’en est rien, le roi
-ayant dispensé M. d’Aiguillon d’aller à son sacre, et lui avancé son
-voyage pour Veretz de huit jours.» Elle notait en passant que «le procès
-de M. de Guines n’était rien moins que fini, puisque Tort en appelait».
-
-Marie-Antoinette exultait de joie: «Ce départ, écrit-elle le 13 juillet
-au comte de Rosemberg, est tout à fait mon ouvrage. La mesure était tout
-à fait à son comble (l’avait-elle assez répété?). Ce vilain homme
-entretenait toutes sortes d’espionnage et de fort mauvais propos. Il
-avait cherché à me braver plus d’une fois dans l’affaire de Guines;
-aussitôt après le jugement (le 2 juin) j’ai demandé au roi son
-éloignement. Il est _vrai que je n’ai pas voulu de lettre de cachet;
-mais il n’y a rien perdu_; car, au lieu de rester en Touraine, comme il
-le voulait, on l’a prié de continuer sa route jusqu’à Aiguillon qui est
-en Gascogne[419].»
-
-Cette prétendue clémence n’était donc qu’un raffinement de vengeance
-féminine. On en saura tout à l’heure le motif.
-
-La persécution, si justifiable que le prétende le persécuteur, finit par
-donner l’auréole des martyrs à ses victimes, fussent-elles les moins
-sympathiques du monde. Ce fut le cas de l’exilé. L’opinion publique
-réprouva un tel acharnement. Et Besenval le remarque d’un ton pincé: «Le
-sentiment de vengeance et de justice fut étouffé par une compassion
-philosophique que les femmes, qui s’étaient érigées en législateurs,
-outrèrent, ainsi qu’elles outrent toujours à tort. On n’entendit que
-les mots de _tyrannie, justice exacte, liberté du citoyen et loi_[420]».
-
-Le public, note Belleval[421], blâma la sévérité du roi:
-
-«M. d’Aiguillon n’était pas plus coupable alors qu’en quittant le
-ministère. Aussi lui écrivait-on que «la partie n’était pas perdue et
-qu’il y avait lieu de profiter de ce mouvement de l’opinion qui se
-déclarait pour lui». Il répondit qu’il était au-dessous de lui
-d’implorer sa grâce et qu’il laissait ses amis libres de faire pour lui
-ce que bon leur semblerait. La question de retour fut proposée et
-agitée; et la reine faiblit devant le bruit de la Cour et de la
-ville...»
-
-A notre avis, Belleval, que sa chaude amitié incita peut-être à cette
-démarche, s’abuse sur la prétendue «faiblesse» de la reine. La fille des
-Césars était trop férue de son autorité, trop absolue et trop pénétrée
-de la sûreté de son jugement, pour ne pas persister dans sa résolution,
-même en présence des protestations de l’opinion publique.
-
-Puis elle se voyait enfin émancipée du joug de sa mère, et de plus, elle
-avait conscience de l’infériorité intellectuelle de son époux. Comme une
-autre Marie-Thérèse, elle gouvernait déjà. Dans les deux lettres qu’elle
-écrivait à Rosemberg, cet ami d’enfance, elle affectait une indépendance
-d’allures et un ton d’autorité vraiment étranges: elle s’était constitué
-une petite cour «d’hommes aimables», et, de son boudoir, faisait marcher
-la machine gouvernementale: «Nous allons être débarrassés de M. de la
-Vrillière». Elle avait vu Choiseul à Reims et lui avait parlé, sans que
-le roi l’ignorât, mais assez adroitement pour n’avoir pas l’air d’en
-demander la permission au «pauvre homme» (elle appelait ainsi Louis
-XVI).
-
-Marie-Thérèse, qui se plaignait déjà amèrement de la «vivacité,
-légèreté, inapplication, entêtement» de sa fille, sent qu’elle lui
-échappe et ne peut retenir son indignation, surtout après la lecture de
-la missive adressée à Rosemberg, qu’elle n’avait «connue, disait-elle,
-que par tradition»:
-
-«... Je l’ai fait copier, écrit-elle à Mercy, pour vous l’envoyer...
-J’avoue que j’en suis pénétrée au fond du cœur. Quel style! Quelle façon
-de penser! Cela ne confirme que trop mes inquiétudes. Elle court à
-grands pas à sa ruine, trop heureuse encore, si, en se perdant, elle
-conserve les vertus dues à son rang! Si Choiseul vient au ministère,
-elle est perdue, il en fera moins de cas que de la Pompadour à qui il
-devait tout et qu’il a perdue le premier...»
-
-A ces sinistres prédictions qui se terminent sur une révélation
-inattendue, l’archiduc Joseph avait voulu joindre une sévère
-admonestation à sa sœur. Ce ne fut qu’un projet de lettre; mais le ton
-en était vraiment dur: «De quoi vous mêlez-vous, ma chère sœur, de
-déplacer des ministres, d’en faire envoyer un autre sur ses terres, de
-faire donner tel département à celui-ci ou à celui-là, de faire gagner
-un procès à l’un, etc..... Vous êtes-vous demandé une fois par quel
-droit vous vous mêlez des affaires du gouvernement et de la monarchie
-française... Quelles études avez-vous faites[422]?»
-
-Marie-Thérèse brûla le brouillon de cette épître quelque peu cavalière,
-quoique fort sensée. Mais elle invitait Mercy à redoubler «d’assiduités»
-auprès de Marie-Antoinette: elle pressentait toutefois «l’éloignement»
-de son autre agent, l’abbé de Vermond: alors, gémissait-elle, «ce serait
-la perte totale de ma fille».
-
-Au reste, la principale victime que l’impératrice-reine trouvait
-elle-même trop rudement frappée, semblait accepter sa disgrâce avec un
-sang-froid et un détachement philosophiques trop beaux pour être
-sincères. Il adressait, le 7 juin[423], ce billet au chevalier de
-Balleroy:
-
-«Ce n’est plus à Veretz que je vous donne rendez-vous, mais à Aiguillon
-où l’on m’envoie, sans que je puisse deviner la cause d’un traitement
-aussi rigoureux, auquel je ne devais pas m’attendre après les services
-que j’ai été assez heureux de rendre dans tous les genres depuis plus de
-quarante ans. Vous serez mal logé; mais je compte sur votre amitié. Vous
-tirerez mes lièvres et mes perdreaux; et je les mangerai[424].»
-
-S’il faut ajouter foi à certains passages des _Mémoires_[425], dont
-l’éditeur de 1792 affirme avoir «adouci» les termes, pour «ne pas
-offenser la reine dans une circonstance malheureuse», d’Aiguillon, avant
-de partir pour Veretz où il se croyait tout d’abord exilé, aurait eu, à
-Pontchartrain, devant Maurepas, l’attitude d’un homme découragé, aigri
-et devenu particulièrement amer. Il lui aurait dit toute sa lassitude de
-la vie combative qu’il menait depuis un an, son dégoût du parti de la
-reine capable de la compromettre et d’en faire une aventurière, sa pitié
-pour sa faiblesse à lui Maurepas. Et son bonhomme d’oncle de s’excuser:
-«Je ne suis qu’un lourdier et je traîne le timon; j’ai besoin d’aide...
-Aujourd’hui c’est Turgot dont le roi s’engoue, mais vous savez si
-l’engouement d’un Bourbon peut durer; mais tout cela ne durera pas, il
-faudra changer d’_adjudant_». Un rêve dont Maurepas donnait le mirage à
-son neveu pour le faire patienter et à sa femme pour avoir la paix!
-D’Aiguillon gagna l’Agenois avec la persuasion qu’il n’y resterait que
-quinze mois... «et voilà cinq ans!» dit le rédacteur des
-_Mémoires_[426].
-
-Si le duc ne se plaignait pas, prétend Belleval, Mᵐᵉ de Maurepas jetait
-feu et flammes; elle gourmandait son mari, elle écrivait à Mᵐᵉ
-d’Aiguillon lettres sur lettres et combien tendres, combien
-désolées[427]:
-
- De Pontchartrain, ce lundi (12 juin 1775).
-
- «Jugez de ma douleur, ma chère nièce; j’ai cru jusqu’à présent que
- votre exil n’était que des propos. Je n’ai su qu’hier, après les
- démarches que M. de Maurepas avait faites, que ce n’était que trop
- vrai. J’espère que vous viendrez me voir ici. Que je suis fâchée
- de n’être pas plus jeune! J’irais vous trouver dans quelque lieu
- que vous soyiez; ne doutez jamais de ma tendre amitié; elle ne
- finira qu’avec ma vie.
-
- Dites mille choses tendres pour moi à M. d’Aiguillon; il doit
- savoir l’intérêt sincère que je prends à lui.»
-
-Les «démarches» de M. de Maurepas! Nous avons vu plus haut ses
-«conférences» avec la reine, d’après l’abbé de Véri. Or, la
-correspondance de Mercy les présente sous un tout autre jour.
-L’ambassadeur d’Autriche parle d’une «audience» que le ministre a
-demandée. Marie-Antoinette a bien traité Maurepas. Elle lui adresse
-les compliments que nous savons. Elle estime sa droiture en regard
-de la méchanceté et des intrigues de son neveu. Et le rusé courtisan
-se tut, ajoute Mercy, mais assura la reine de son «respectueux
-attachement[428]».
-
-Et quel était cet exil d’Aiguillon pour lequel Marie-Antoinette
-insinuait que le duc «n’y avait rien perdu»?
-
-Une lettre de la comtesse de Boisgelin à Balleroy[429] va nous le dire:
-
- 6 juin 1775.
-
- «... On ne sait pour quel crime on traite le duc d’Aiguillon si
- cruellement. Le public prétend que la reine s’en prend à lui de ce
- que le peuple n’a pas crié aux deux dernières revues. Vous ne
- croirez pas plus que moi que c’est la raison d’un traitement aussi
- dur...»
-
-Et Mᵐᵉ de Boisgelin s’apitoyant sur la duchesse: «La pauvre femme se
-désespère de ne pouvoir suivre son mari, puisqu’il venait de jeter en
-bas le château d’Aiguillon où l’on est à le rebâtir; et il ne reste pas
-même de quoi le loger seul avec quelques domestiques...»
-
-On a vu avec quelle hauteur méprisante la reine affectait de traiter la
-duchesse d’Aiguillon. La femme devait donc prendre sa part du châtiment
-infligé au mari. N’était-elle pas déjà prête, d’accord avec son époux,
-disaient les mauvaises langues, à «faire sa cour», elle aussi, à la
-châtelaine de Saint-Vrain, qui lui offrirait, pendant une bonne partie
-de l’été[430], une hospitalité princière--digne remercîment de celle
-qu’elle avait reçue, à Ruel, de Mᵐᵉ d’Aiguillon, dans des circonstances
-que la reine ne pouvait oublier?
-
-Pour de grands seigneurs habitués aux splendeurs de Veretz, la nouvelle
-résidence imposée au duc était donc inhabitable. «Aiguillon n’était ni
-bâti, ni meublé!» déplore l’historien Moreau. Et la duchesse se lamente
-autant qu’elle s’indigne. La disgrâce qui vient de s’abattre sur son
-époux est d’une rigueur inouïe. M. de Maurepas, M. de Choiseul lui-même
-«dont le feu roi avait plus d’une raison de se plaindre» avaient été
-envoyés dans leurs terres, et lui M. d’Aiguillon est exilé à deux cents
-lieues de Versailles «dans un endroit non bâti et où je ne puis pas
-aller[431]».
-
-Elle y courut.
-
-«J’ai su des nouvelles de votre arrivée par votre fille et par Mᵐᵉ de
-Laigle, lui écrit, le 3 août, Mᵐᵉ de Maurepas. Vous devez avoir reçu
-deux lettres de moi. Vous êtes, à ce que l’on m’a dit, très mal logée
-avec toutes les incommodités possibles. Jugez de ma peine de ne pouvoir
-vous en tirer. J’espère toujours avant l’hiver pouvoir faire parler aux
-gens qui vous tiennent éloignés sans aucun sujet[432]...»
-
-Une correspondance très active, surtout de la part de la comtesse de
-Maurepas, dut s’engager entre elle et sa nièce.
-
-Les lettres de celles-ci, relatives à cette néfaste période, ne se
-trouvent pas dans les archives Chabrillan qui en contiennent déjà si peu
-de la duchesse à d’autres époques. Ont-elles été détruites par Mᵐᵉ de
-Maurepas? Ont-elles disparu pour des motifs que nous ignorons? En tout
-cas elles ont existé: car celles qui subsistent de la comtesse répondent
-à des missives reçues, témoin celle où l’oncle fait savoir au neveu
-qu’il peut aller prendre, sans permission, les eaux de Bagnères,
-puisqu’il n’a pas de lettre de cachet. Et ce billet encore, si
-intéressant dans ses premières lignes, pour l’histoire de la disgrâce
-qui frappa le ministre de Louis XV.
-
- Versailles, 22 août 1775.
-
- «M. de Maurepas n’écrit pas à M. d’Aiguillon (toujours l’homme
- prudent que hante la terreur du Cabinet noir) tant qu’il n’aura pas
- quelque chose d’agréable à lui mander, à l’égard des motifs qui
- l’ont éloigné; car il n’y en a point; il est difficile de les dire.
- Lorsque nous avons été à Bourges, je suis encore à savoir
- pourquoi; on dit que c’était pour des chansons dont nous n’avons
- jamais entendu parler. Il en est de même des discours que l’on vous
- prête qui seront bien prouvés qu’ils ne sont pas de vous.
-
-... Si nous pouvons obtenir votre liberté, je crois que M.
- d’Aiguillon fera bien de n’en point profiter cet hiver pour Paris:
- il sera encore question de la maudite affaire de Guines; et il
- serait à craindre qu’on ne le fît encore parler...
-
- Il (évidemment Maurepas) a trouvé la reine avec la même
- résistance.»
-
-En vérité, la comtesse fait un peu trop l’innocente. Elle ne pouvait
-ignorer que son mari avait été bel et bien disgrâcié pour ces «chansons
-dont elle n’a jamais entendu parler», sinon pour le couplet qui
-fleurissait à l’excès Mᵐᵉ de Pompadour, du moins pour une infinité
-d’autres que le ministre récoltait par les soins de la police, quand il
-ne les composait pas lui-même[433]. Et même, en dépit de l’âge et de la
-plus élémentaire prudence, il s’amusait encore à ces menues bagatelles.
-Il s’adressait plus particulièrement à l’entourage de la reine sur
-lequel il décochait ses traits les plus acérés. Il en déclinait
-hautement la paternité: sinon, dit Belleval, on l’eût «déchiré». Seul,
-d’Aiguillon était épargné; il est vrai que Mᵐᵉ de Maurepas n’eût pas
-toléré que son neveu fût chansonné par son mari[434].
-
-Parfois elle assaisonnait ses lettres d’un grain de philosophie; il
-fallait bien revigorer un homme qui sortait de Bagnères et lui prouver,
-par un exemple familial, que l’exil, à l’occasion, peut devenir un
-brevet de santé:
-
-«Vous savez, par mon expérience, qu’on peut vivre sans cela (la rentrée
-en grâce). M. de Maurepas a été cinq ans sans pouvoir aller à Paris, et
-s’en est fort bien porté.»
-
-La saine raison, l’énergie et le sens pratique de Mᵐᵉ d’Aiguillon
-devaient exercer une influence salutaire, non tant sur la santé, qui
-resta toujours précaire, que sur le moral affaibli de l’homme politique,
-encore meurtri de sa chute. Tout manquait à ce château d’Aiguillon qui
-commençait à sortir des ruines de l’ancien. Et il fallait des prodiges
-d’économie domestique, pour assurer rapidement à la nouvelle demeure le
-grand air, la confortable opulence, l’attrait irrésistible et jusqu’aux
-aspects pittoresques de l’inoubliable Veretz.
-
-La châtelaine entreprit cette tâche avec l’esprit de suite, le goût, la
-persévérance qui la caractérisaient, s’inspirant toujours de cet orgueil
-du nom, mitigé d’une tendresse presque maternelle, dont le trait le plus
-saillant était de laisser croire que le maître et seigneur du logis
-était l’ordonnateur suprême de toutes ces magnificences. Elle, se
-réléguant de la meilleure grâce au second plan, n’était plus qu’une
-simple intendante, voire la fermière du château. C’est ainsi que nous
-assisterons, dans sa correspondance, aux efforts continus, aux
-développements successifs, aux améliorations progressives qui devaient
-transformer une propriété, négligée jusqu’à l’abandon, en un domaine
-prospère qu’allait ruiner de nouveau et bouleverser de fond en comble la
-tempête révolutionnaire.
-
-Nous n’avons aucune lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon, nous retraçant les
-premières heures de ce que nous appellerions volontiers la période
-d’incubation, c’est-à-dire les travaux d’installation et d’aménagement
-qui suivirent l’arrivée des exilés dans les décombres du vieux manoir.
-Mais il fallait que l’ensemble en fût assez satisfaisant pour que les
-propriétaires en aient fait les honneurs, à deux reprises, pendant l’été
-et l’automne de 1775, à la comtesse Du Barry[435].
-
-Naturellement, la malignité publique s’empara de la nouvelle et la
-grossit (sans jeu de mots) à plaisir. Nous en retrouvons l’écho dans un
-pamphlet du temps. L’ignoble auteur des _Entretiens de l’autre monde_
-fait dire à Turgot dans son Dialogue avec Louis XV: «Elle (la Du Barry)
-a déjà eu la liberté d’aller à son château de Luciennes. Il paraît que
-le duc d’Aiguillon en est toujours amoureux. Non seulement, pendant son
-dernier séjour à Paris, il n’a pu contenir sa passion, au point d’en
-devenir plus odieux à la reine et de se faire donner un ordre de se
-retirer dans ses terres de Gascogne; mais, souffrant trop d’être éloigné
-de cette beauté, il l’a engagée à venir le voir. La bretonne duchesse,
-accoutumée à ses infidélités, s’est prêtée à ce concubinage; et le bruit
-général est que Mᵐᵉ Du Barry est grosse des œuvres du duc[436].»
-
-Nous avons cru devoir transcrire intégralement cette infâme calomnie
-dirigée contre Mᵐᵉ d’Aiguillon, parce qu’elle est la seule que nous
-ayons jamais trouvée à son adresse. Les pires ennemis du ministre,
-Marie-Antoinette elle-même, n’ont jamais écrit une ligne, ni dit un mot
-qui pût faire soupçonner la duchesse de la plus vile complaisance.
-
-Quelques amis, plus fidèles au culte du souvenir qu’au souci de leur
-bien-être et même de leur intérêt personnel, vinrent, à la fin de 1775,
-consoler les solitaires dans leur retraite d’Aiguillon; entre autres M.
-de Flesselles, qui devait finir si misérablement, le 14 juillet 1789, à
-l’Hôtel de Ville de Paris, comme prévôt des marchands. Les services
-qu’il avait rendus, en dépit de quelques désaccords passagers[437], au
-duc d’Aiguillon, pendant les affaires de Bretagne, lui avaient valu
-l’intendance de Lyon, après celle de Rennes.
-
-
-
-
-XIX
-
- _Rappel imprévu du comte de Guines.--Pronostic qu’en déduit
- d’Aiguillon.--Conférence significative d’un ami de d’Aiguillon avec
- Maurepas.--Les fidèles courtisans du malheur.--Informations
- parisiennes: le procès Saint-Vincent et le mariage de
- Fronsac.--Opéra et ménagerie.--«Le grand Pan est à bas».--Mercy
- voit avec peine l’engouement de la reine pour le comte de
- Guines.--La nouvelle école de courtisans.--Mort de Mᵐᵉ de
- Chabrillan: lettre désespérée de la mère.--Emotion de
- M.-Antoinette.--Rappel de d’Aiguillon à Paris._
-
-
-L’année 1776 devait marquer pour Mᵐᵉ d’Aiguillon l’époque la plus
-douloureuse de sa vie; car la mort, et dans quelles cruelles
-circonstances! allait lui arracher sa fille bien-aimée, en ce château
-même, où pour elle, pour son mari--ses deux grandes affections!--elle
-savait évoquer, ainsi qu’une fée de sa baguette magique, les spectacles
-les plus variés et les plus attrayants.
-
-Le duc souffrit, lui aussi, de cette perte irréparable; mais comme tous
-les ambitieux et les ambitieux qui affectent de ne plus l’être, il fut
-moins profondément touché au cœur que sa femme. L’année avait mal
-commencé pour ses espérances: il avait constaté une fois de plus
-l’égoïsme de son oncle, bien que dissimulé sous les plus belles
-promesses et sous les plus chaudes protestations: le bonhomme, nous le
-verrons, trouvait le duc fort heureux dans son exil d’Aiguillon et
-l’invitait à s’y tenir en repos, regrettant de ne pouvoir l’imiter, mais
-non sans l’amuser de ses entretiens avec le roi et la reine, qui
-n’étaient nullement disposés à faire rentrer en grâce le courtisan
-banni.
-
-Et depuis, faut-il le dire, d’Aiguillon avait pu sentir, au milieu de
-ses larmes, sourdre en son cœur l’espoir des revanches futures: car la
-mort de sa fille avait levé son ordre d’exil.
-
- * * * * *
-
-Le comte de Guines avait été subitement rappelé de son ambassade.
-C’était, prétendait la princesse de Guéméné, qui était alors la favorite
-de Marie-Antoinette, pour «avoir compromis la Cour de France au sujet du
-_Pacte de famille_». Choiseul, auteur du traité, déclarait que la
-conduite du comte était sans excuse; si Guines avait été son fils, il
-eût demandé, à titre de grâce, qu’on ne lui fît pas son procès, mais
-qu’on l’enfermât pour longtemps à la Bastille[438].
-
-Le duc d’Aiguillon, tout en se défendant de sortir de sa tour d’ivoire,
-épiait, avec un intérêt passionné, les faits et gestes du comte de
-Guines. C’était par lui qu’il avait connu l’amertume des heures d’exil;
-et on lui laissait entendre qu’il lui devrait peut-être de goûter les
-joies du retour! Aussi le contenu de sa lettre du 25 février 1776 au
-chevalier de Balleroy[439] ne roule-t-il, pour ainsi dire, que sur la
-corrélation de ses intérêts avec ceux du comte de Guines.
-
-Sa version du rappel de l’ambassadeur est aussi vague que celle de la
-princesse de Guéméné: une correspondance, interceptée, entre Choiseul
-et Guines, qui aurait piqué le roi, était cause de tout le mal; et c’est
-probablement Turgot qui, en sa qualité de surintendant des postes, avait
-découvert le pot aux roses. Le secret des lettres n’en était jamais un
-pour le gouvernement. D’Aiguillon le savait mieux que personne. Mais il
-était persuadé que Guines, quelque coupable qu’il pût être, se
-justifierait et qu’il serait renvoyé à son poste avec une gratification
-et la promesse du premier cordon bleu disponible. Quant à son procès, il
-ne sera pas jugé, ce qui le laisse, lui d’Aiguillon, fort indifférent,
-bien qu’on lui dise qu’il recouvrera sa liberté, à l’ouverture des
-débats. Alors, aurait déclaré la reine à M. de Maurepas, il lui serait
-loisible d’aller où bon lui semblerait, sauf à Paris. Il n’en profitera
-certes pas; mais il n’en gardera ni humeur, ni mépris. Au reste, sa
-réinstallation à Veretz lui coûterait trop cher, et il y serait
-espionné; puis il a fort à faire à Aiguillon. Il termine sur un coup de
-patte à l’adresse de Maurepas. Bien qu’il n’ait pas eu à se louer de son
-oncle, il serait fâché qu’il lui arrivât malheur, crainte de pire.
-
-Quelques jours après, la lettre, non signée, d’un ami, dut le confirmer
-dans l’opinion peu flatteuse qu’il avait de son oncle. Sans nul doute,
-d’Aiguillon avait envoyé cet ami pour tâter le terrain; mais la réponse
-de son confident lui fit comprendre combien était chimérique l’espoir
-qu’on entendait lui donner de lier ses destinées à celles de Guines,
-puisque la reine le croyait, lui ou ses partisans, les auteurs du rappel
-de son protégé. D’ailleurs, nous publions intégralement cette
-conversation de l’ami anonyme avec Maurepas, qui dessine à souhait la
-silhouette de l’homme d’Etat, ne laissant dans l’ombre aucune de ses
-finesses, de ses subtilités, de ses roueries, pour ne pas dire de ses
-mensonges[440].
-
- Paris, 11 mars 1776.
-
- Je prends mes mesures pour que cette lettre vous arrive sans
- obstacle. Je n’ai pas cru devoir attendre une occasion pour vous
- faire passer les détails que vous y lirez de la part d’un grand
- nombre d’amis qui soupirent après votre retour.
-
- Je fus samedi à Versailles avec le plan de votre château dans ma
- poche. Je passai près d’une heure avec M. de Maurepas. Je lui
- montrai sur le papier les incommodités que vous avez éprouvées
- pendant l’hiver; il s’y est montré sensible et m’a dit:
-
- «--Vous les avez laissés en bonne santé?
-
- --Ils se portaient à merveille.
-
- --Mᵐᵉ d’Aiguillon a été fort incommodée de la grippe. Est-ce vrai?
-
- --Elle a gardé le lit trois à quatre jours. Ils paraissent décidés
- à ne pas quitter Aiguillon.
-
- --Je penserais volontiers comme eux; ils y sont de grands
- seigneurs. A Veretz, ils ne seraient que des bourgeois. Je sais ce
- que c’est que l’exil; ils ont au moins l’agrément d’être chez eux.
- Moi, on m’envoya dans un pays où je ne connaissais personne.
-
- --Cela est vrai; mais vous étiez chez votre ami; et votre famille
- vint bientôt vous y joindre, de sorte que vous étiez comme à
- Paris.
-
- --Ils sont toujours éloignés, mais je suis charmé qu’ils soient
- contents.
-
- --Il est bien étonnant, Monsieur le comte, que sous votre
- gouvernement, qui n’est que liberté, on retienne un citoyen, un
- homme d’Etat, sans lui en dire les raisons.
-
- --Il ne les saura jamais, car il n’y a pas de pourquoi. La reine
- est irritée contre lui; et elle ne cesse en toute occasion de lui
- lancer des brocards, sur lui et sur son parti qui a fait rappeler
- M. de Guines; et tant que la reine et M. de Guines vivront, cette
- princesse pensera toujours de même. Le roi me l’a dit souvent: ils
- ne voient dans ce qui arrive à M. de Guines que les menées de M.
- d’Aiguillon et de ses partisans; et ils ont toujours M. d’Aiguillon
- à califourchon sur le nez. Le roi est tout le premier à dire qu’il
- n’y a aucun rapport entre un homme à 200 lieues de Paris et un
- homme rappelé de son ambassade. Mais la reine est aigrie par ses
- entours et surtout par Mᵐᵉ de Guéméné qui est la favorite. Le duc
- de Choiseul se remue aussi tant qu’il peut. Il a des conférences
- avec la reine. Ils ont été au bal de l’Opéra, masqués tous les
- deux, en dominos noirs; et cette princesse est toujours entretenue
- dans les dispositions les plus défavorables. On travaille aussi,
- autant que pour vous (??) à l’éloigner de moi. En public elle me
- traite honnêtement, parce qu’elle ne peut, à cause du roi, se
- comporter autrement; mais, dans le particulier, son maintien est
- bien différent.
-
-Je crois qu’on ne me rend pas justice à Aiguillon.
-
-Cependant j’ai fait pour lui tout ce qu’il m’a été possible de faire et
-des choses mêmes qu’ils ignoreront toujours. A Fontainebleau,
-connaissant les dispositions peu favorables de la reine pour moi, j’ai
-mis en avant M. de Muy[441] et l’abbé de Vermond[442] pour rompre la
-glace sur ce qui regardait M. d’Aiguillon. Ils lui en parlèrent tous
-deux avec douceur et vivacité. Ils me rapportèrent qu’elle paraissait
-étonnée que je ne lui en eusse pas parlé le premier. Je me rendis chez
-elle. Je lui dis que j’avais voulu lui donner une marque de mon respect,
-en ne prononçant pas devant elle un nom qui pourrait lui déplaire, mais
-que, puisqu’elle le trouvait bon, je prendrais la liberté de lui
-représenter que M. d’Aiguillon, ayant bien servi l’Etat, était traité
-comme un homme qui l’aurait trahi, que, passant dans l’Europe pour la
-douceur et la bienfaisance mêmes, il y aurait de la gloire de rendre la
-liberté à un prisonnier qui était uniquement le sien, voulant lui faire
-entendre que le roi n’y avait aucune part, que tout le monde avait les
-yeux sur elle et que je la suppliais de rendre ses bontés à un homme qui
-n’avait aucun reproche à se faire. Elle me parla de l’affaire de M. de
-Guines. Je l’assurai et lui donnai ma parole que M. d’Aiguillon ne
-reparaîtrait pas à Paris, tant que cette affaire ne serait pas finie; et
-j’insistai fortement sur ce que sa gloire était intéressée à finir cette
-captivité.
-
---Il n’est pas encore temps, me répondit-elle sèchement. Nous verrons
-par la suite.
-
-Quelques personnes m’ont parlé depuis et m’ont engagé d’aller
-directement au roi; mais comment faire une pareille démarche, malgré la
-reine et en dépit d’elle? Elle n’est pas praticable. Si cette princesse
-me donnait mainlevée, le sort de M. d’Aiguillon serait bientôt décidé.
-Le roi n’a rien contre lui et m’en a parlé cent fois: il connaît et
-estime ses talents. Mais M. d’Aiguillon a un péché originel vis-à-vis du
-roi, quoique j’aie travaillé inutilement à le faire oublier à ce prince:
-c’est Mᵐᵉ Du Barry. J’ai eu beau lui représenter que le besoin d’une
-protectrice puissante et ensuite la reconnaissance l’avaient forcé à
-s’attacher à elle. Il m’a répondu que c’était toujours un vilain moyen
-de parvenir. Croiriez-vous qu’on a poussé la méchanceté à l’égard de Mᵐᵉ
-Du Barry et de M. d’Aiguillon, jusqu’à dire qu’elle était grosse de lui?
-Mais cela est tombé et n’a pas été jusqu’au roi; car il ne m’en a pas
-parlé. Cette femme avait demandé permission de venir à Paris dans un
-couvent; on le lui avait accordé, mais je ne sais pourquoi elle n’a pas
-profité de cette grâce. Le Roué est à Paris; le roi le sait et trouve
-bon qu’il y reste.
-
-Mais, pour revenir à M. d’Aiguillon, il fait fort bien de rester où il
-est: il y est grand seigneur; il a chez lui de la compagnie; et, suivant
-ce que vous me dites, il est heureux. Mais à quoi s’occupe-t-il? Car les
-soirées sont longues. Il ne monte point à cheval, il ne chasse point; et
-un esprit aussi actif que le sien ne peut demeurer à rien faire.
-
---Il s’occupe dans son cabinet; il vit de souvenirs et vaque à ses
-affaires.
-
---Le séjour qu’il fera dans ce pays ne peut que les améliorer; car
-elles ne sont pas entièrement en bon ordre. La retraite n’est pas un mal
-dans les circonstances où nous sommes. Je me trouverais mieux à
-Fontainebleau qu’ici: quand on est tourmenté de la goutte comme je le
-suis, la prison (?) est maussade. Nous sommes dans une crise vis-à-vis
-le Parlement. J’espère que nous nous en tirerons, en ne nous mettant
-point en colère[443].»
-
-Voilà, M. le duc, la solution (?) de la conversation que j’eus samedi
-avec M. de Maurepas. A l’en croire, il se donne de grands mouvements
-pour vous; mais la reine arrête d’un côté les efforts de ses démarches;
-et il cherche, dit-il, délicatement, à faire oublier au roi les liaisons
-avec Mᵐᵉ Du Barry qui sont la seule prévention que ce prince ait contre
-vous.
-
- * * * * *
-
-Quel peut bien être le narrateur de cette scène si vive, si animée, si
-piquante, qui appartient à l’Histoire et qui relève par intervalles de
-la Comédie, ces deux interprétations de la vie et de la pensée humaines
-ayant tant de fois entre elles de nombreux points de contact?
-
-Est-ce Flesselles, La Noue, Fontette, Balleroy, Belleval??... un petit
-groupe, mais tous des cœurs sincères, amis dévoués et courtisans du
-malheur[444].
-
-Notre anonyme terminait ainsi sa lettre:
-
-«Dès le mois de septembre ou d’octobre, si je suis libre, monsieur le
-duc, la disgrâce d’un ami est une raison de plus pour moi de lui donner
-toutes les preuves qui sont en mon pouvoir de mon fidèle attachement et
-de ma reconnaissance.»
-
-Mais, à toute époque de l’année, à toute heure du jour, la porte de la
-maison était ouverte et la table servie, comme aux temps heureux de
-Veretz et de l’hôtel d’Aiguillon, pour ces hôtes que n’effrayait pas le
-ruban de 200 lieues qui les séparait de Versailles.
-
-Nous en retrouverons les noms, les portraits, les habitudes et même les
-aventures dans les lettres de la duchesse dont la gaîté, le naturel, la
-vivacité d’impression contrastent avec le ton gourmé, mystérieux, morne
-et presque mélancolique des épîtres maritales.
-
-Si, comme l’affirme l’auteur des _Mémoires_, Mᵐᵉ d’Aiguillon ne s’est
-jamais mêlée d’aucune intrigue politique, elle n’en a pas moins conservé
-sa liberté d’appréciation sur les hommes du jour et sur leurs actes;
-elle dit son mot, comme jadis à propos des affaires de Bretagne; elle
-enregistre nouvelles et informations, elle rédige, en outre, la
-chronique du château, le tout pour ce brave chevalier de Balleroy, où
-qu’il soit, en garnison, chez son frère en Basse-Normandie, ou encore
-dans son petit appartement du faubourg Saint-Germain.
-
-M. de Maurepas se préoccupait, nous l’avons vu, d’une crise au
-Parlement. «On me mande, écrit la duchesse au chevalier, qu’il y a eu un
-lit de justice, j’en suis très aise, dans l’espérance que Messieurs,
-n’ayant plus de discussions, ni de remontrances à faire, s’occuperont
-de l’affaire de M. de Richelieu dont j’ai la plus grande impatience de
-voir la fin[445].»
-
-Elle attendait alors sa fille et son gendre. Mais il paraît qu’on
-voulait faire un crime à Chabrillan de cette visite.
-
-Aussi prend-elle la mouche: «Il vient ici en droiture; je trouverais
-bien plat qu’il crût avoir besoin de feindre un autre voyage; il peut
-sans embarras afficher sa liaison avec nous: il ne peut être blâmé de
-qui que ce soit[446].»
-
-A huit jours de là, elle revient sur «l’affaire de M. de Richelieu».
-C’était une assez vilaine histoire. Une intrigante, nommée
-Saint-Vincent, que le maréchal avait quelque peu chiffonnée en son jeune
-temps, avait mis en circulation pour trois cent mille écus de billets
-souscrits à son profit par Richelieu. Celui-ci prétendit qu’ils étaient
-faux et fit enfermer la Saint-Vincent. Le procès fut évoqué devant le
-Parlement; et le maréchal put constater une fois de plus ce que valait
-la haine des «robins». La faussaire fut acquittée. Et Mᵐᵉ d’Aiguillon de
-commenter l’arrêt, ainsi qu’un autre événement, non moins scandaleux,
-survenu depuis peu dans la famille:
-
-«Le pauvre maréchal finit d’une façon bien triste une carrière très
-longue, très glorieuse et très brillante. Ce jugement est aussi injuste
-qu’absurde. On me mande que Mᵐᵉˢ de Gramont, de Lyonne et de Chaulnes
-ont sollicité indécemment pour cette scélérate de Saint-Vincent. Je le
-croirais très facilement de ces trois femmes; mais quand des magistrats
-se prêtent aux intrigues d’une cabale, c’est ce qui est incroyable et ce
-qui révoltera tous ceux qui pensent honnêtement.»
-
-Mᵐᵉ d’Aiguillon passe ensuite à l’autre scandale, la mésalliance de
-Fronsac, le fils du maréchal: «Il fait un bien plat mariage, après avoir
-refusé de très bons partis de filles de qualité. C’est le cas de dire:
-
- _Entre tant de héros choisir un Childebrand!_
-
-Il a 60.000 livres de rente, avant peu 200.000, duc et pair à deux
-pairies, une belle charge, fils d’un homme qui a joué les plus grands
-rôles, que les persécutions qu’il éprouve rendent plus grand encore aux
-yeux des honnêtes gens... qui épouse Mˡˡᵉ Galliffet!! la transition est
-un peu forte et ce n’est plus le cas de dire:
-
- _La chute en est heureuse!_[447]»
-
-D’ailleurs peu intéressant, ce Fronsac! C’était lui que Gilbert avait
-flétri dans sa fameuse _Apologie_, joueur et libertin, se faisant
-incendiaire pour enlever une fille, qu’il abandonnait après l’avoir
-violée.
-
-A ce moment, Mᵐᵉ de Maurepas qui tenait sa nièce au courant des
-nouvelles familiales et lui avait annoncé, quelques mois auparavant, la
-retraite définitive de son frère Saint-Florentin, duc de la Vrillière,
-«s’arrangeant pour aller une fois encore la semaine à la Cour[448]», Mᵐᵉ
-de Maurepas lui apprenait l’état très grave de cet oncle subitement
-frappé de paralysie, et l’invitait à se rendre à Pontchartrain pour le
-règlement futur de leurs intérêts respectifs. Mᵐᵉ d’Aiguillon fait part
-de la nouvelle à Balleroy, prévoyant pour Saint-Florentin la même fin
-qu’avait eue son beau-père, à la suite d’une attaque d’apoplexie. Elle
-avait écrit à sa tante qu’elle s’en rapportait entièrement à elle et à
-son mari de la question de partage. Cet oncle ne lui ayant jamais
-témoigné--comme l’autre d’ailleurs--qu’une affection sans péril pour son
-égoïsme, la duchesse revient bien vite à des sujets qui lui touchent
-autrement au cœur. C’est encore de Chabrillan qu’il s’agit. Le pays lui
-plaît, mais pas autant qu’elle l’eût espéré. Aussi est-il parti «en très
-bonne santé: je prétends, ajoute-t-elle, qu’il ne tiendra pas huit jours
-sans s’y ennuyer. C’est une si belle chose que la Cour!» dit-elle
-malicieusement.
-
-Enfin, elle renseigne Balleroy sur les distractions présentes
-d’Aiguillon et sur les plaisirs qui l’attendent dans un avenir prochain:
-
-«... Cette belle Candide nous a joué la _Servante maîtresse_ très
-bien... Vous trouverez ma ménagerie fort augmentée. J’ai acquis un
-perroquet qui fait les délices du château, surtout du maître. Je forme
-une volière de toutes sortes d’oiseaux chantants, que je compte mettre
-dans les bosquets. En attendant, ils sont tous dans la salle à manger en
-cage; il y en a plus de 200, cela fait un beau bruit[449]...»
-
-Balleroy est bien partagé: sa correspondante ne lui mesure pas les
-informations:
-
-«Pour le coup, monsieur le chevalier, on ne peut pas se plaindre de la
-disette de nouvelles; il y en a de toutes les couleurs. 1º _Le Grand
-Pan_ est à bas, puisque M. Turgot est renvoyé: que vont devenir les
-philosophes, les encyclopédistes, les économistes? Que va dire M.
-d’Anville? Je ne vois que ceux-là qui puissent s’en fâcher. Ce qui est
-sûr, c’est que ce ne sera pas moi; et quand on aurait changé le conseil
-tout entier, je n’en serais pas plus triste.»
-
-Le compliment n’est guère flatteur pour l’oncle Maurepas; mais nous
-savons que la duchesse ne s’était jamais fait la moindre illusion sur
-l’homme, ni sur le parent. Elle aborde ensuite un sujet qui répond aux
-préoccupations immédiates de son mari.
-
-A propos de Guines «qu’on accuse d’assez vilaines choses et qui n’est
-pas encore jugé, on ne lui rend pas encore son ambassade; c’est donc que
-l’on continue à être mécontent de lui».
-
-Mais, la duchesse, partageant la sagacité de M. d’Aiguillon, prévoit que
-l’intéressant accusé sortira de l’épreuve avec les honneurs de la
-guerre: «On lui fait une grâce que des gens qui ont bien servi demandent
-en vain; le roi lui écrit une lettre de sa main, comme en recevrait un
-général qui aurait sauvé l’Etat!» Allusion rétrospective à la victoire
-de Saint-Cast[450].
-
-Le diplomate chagrin, qui représentait l’Autriche à la Cour de France,
-gémissait de cette nouvelle saute dans l’esprit léger et fantasque de
-Marie-Antoinette; encore voulait-il y trouver des circonstances
-atténuantes: «la reine est obsédée par ses entours pour M. de Guines».
-Cet heureux mortel est sur le point d’être nommé duc. Et Mercy estime
-quelque peu excessive une telle faveur, s’affichant au milieu de courses
-et de paris, à travers un débordement de plaisirs et un déchaînement de
-dissipation auxquels préside la princesse de Guéméné. Au reste la
-question Guines est devenue comme un champ clos où se combattent les
-Choiseul et les d’Aiguillon: ceux-ci continuent à lancer des épigrammes,
-des chansons, des libelles où le roi et la reine ne sont guère ménagés:
-l’irritation n’en est que plus vive contre le duc d’Aiguillon[451].
-
-Et maintenant que faut-il croire de la prétendue intervention de Lauzun
-en faveur de Guines, alors qu’à la suite d’un conciliabule entre Coigny,
-la reine et lui, Marie-Antoinette voulut abandonner l’ambassadeur?
-Lauzun se serait énergiquement opposé à cette défection. Et la reine, se
-rangeant à cet avis, aurait obtenu de Louis XVI que Guines fût admis à
-se justifier. Or celui-ci avait su se disculper. Aussi avait-il été
-décidé entre Marie-Antoinette et son mari, que le roi écrirait à Guines
-pour lui dire qu’il était content de ses services et lui accorderait
-ensuite le brevet de duc. Bien mieux, la reine aurait envoyé chercher
-Guines, à neuf heures du matin, pour lui annoncer cette bonne nouvelle
-et lui remettre en mains propres le titre royal[452].
-
-Ce qui résulte de tous ces racontars d’antichambre, de ces luttes
-d’influences dans les salons de Versailles, de ces intrigues mesquines
-ourdies au fond des boudoirs, de cette petite guerre à coups de bons
-mots, de couplets et de libelles, c’est qu’une nouvelle école naissait à
-la vie politique: école de vice, de corruption et de décadence. Sur les
-débris de cette société en décomposition qu’était la Cour de Louis XV,
-s’élevait toute une génération de jeunes et fringants gentilshommes,
-vaniteux, suffisants, arrogants, déterminés viveurs, jouisseurs
-effrénés, sans morale, sans religion, sans scrupules, escrocs à
-l’occasion, aussi besogneux qu’assoiffés de plaisirs, braves et même
-magnifiques par destination, mais poussant jusqu’aux dernières limites
-l’effronterie, l’impudence et le cynisme. Ils estimaient aujourd’hui
-que, pour arriver à la Cour, il n’était plus nécessaire d’assiéger et
-d’enlever le cœur des reines de la main gauche, puisqu’il s’en trouvait
-une véritable, et combien séduisante, sinon d’une beauté accomplie, du
-moins d’une élégance exquise, d’un charme capiteux, d’une grâce
-incomparable, accueillant, avec ivresse, dans un délicieux sourire, les
-flots d’encens montant jusqu’à elle. Et comme la conquête pour ces
-jeunes seigneurs devrait en être facile! Quel être dépourvu de prestige
-et de poésie, que ce mari lourd, épais et brutal, honnête homme par
-instinct, ayant pris, dans une atmosphère imprégnée de philosophisme,
-comme une vague intention de faire le bien, mais trop faible et trop mou
-pour la suivre, qui n’avait ni la majesté du Roi-Soleil, ni la suprême
-beauté de Louis XV et qui ne tenait des Bourbons que la gloutonnerie, la
-frénésie de la chasse et la passion du vin.
-
-Ainsi pensait, ainsi même s’exprimait, sans la moindre contrainte, cette
-jeunesse qui faisait litière de tous les grands sentiments et de toutes
-les nobles idées, qui avait abjuré tous les cultes et principalement
-celui de la famille, objet de son mépris et de ses risées.
-
-Mais cette sainte piété, qui prépare les cœurs aux plus héroïques
-sacrifices, parce qu’elle est la source vive de l’amour de la patrie,
-n’était pas morte dans tous les cœurs. Avec quelle force et de quel
-éclat elle brillait dans l’âme généreuse de la duchesse d’Aiguillon!
-
-Les sanglots que lui arracha la mort prématurée de la marquise de
-Chabrillan, victime elle-même de sa tendresse filiale, démontrent, de
-reste, la puissance et l’étendue de cet amour maternel.
-
-Sa lettre du 21 juin au chevalier de Balleroy est le cri exaspéré de la
-douleur qui sera éternelle:
-
- Aiguillon, ce 21 juin 1776.
-
- «Je n’ai point de termes pour vous peindre ma douleur: l’affreux
- spectacle que je viens d’avoir m’a rouvert ma plaie qui n’était
- rien moins que fermée. Toutes les circonstances de la maladie de ma
- fille sont si semblables à celles qui m’ont enlevé ma fille aînée
- et qui sont toujours présentes à mon cœur, qu’à chaque instant je
- voyais mes deux filles mortes et mourantes.
-
- C’est un déchirement dont on n’a pas d’idée: l’une a passé au
- moment de se former, cette humeur s’est jetée sur sa poitrine; et
- sa malheureuse sœur a péri d’une fièvre de lait qui s’est de même
- jetée sur sa poitrine.
-
- Aussi le fait est que je les ai perdues toutes les deux, et que
- c’est l’acharnement de nos ennemis et de la reine en particulier
- qui l’ont tuée. Si on ne nous eût pas forcés à passer ici l’année
- passée, nous aurions été à Veretz, où elle serait venue avec nous;
- elle aurait été paisiblement faire ses couches à Paris, où elle
- aurait eu tout le temps nécessaire pour faire passer son lait; elle
- existerait encore; au lieu de cela, comme il y avait un an qu’elle
- n’avait vu ni son père, ni moi, elle en avait la plus grande
- impatience; elle s’est pressée et fait illusion à elle-même et est
- arrivée pour périr sous nos yeux, victime de son attachement pour
- nous et de la haine de M. de Guines; il est certain que nous sommes
- assez malheureux, nos ennemis doivent être contents. Vous savez
- mieux que personne combien nous étions heureux et contents ici; cet
- événement empoisonne un lieu qui est et doit être notre retraite.
-
- Je ne m’occupe qu’à diminuer ma douleur vis-à-vis de M. d’Aiguillon
- et de lui faire croire que je me distrais. Je tâche de ne pas
- augmenter sa douleur par la mienne. Je vois qu’il fait les mêmes
- efforts; nous nous contraignons l’un pour l’autre; il en résultera
- que nous en prendrons l’habitude peut-être, et véritablement nous
- nous désespérons.
-
- Il est impossible de recevoir plus de marques d’amitié que je n’en
- ai reçu dans cette malheureuse occasion[453].»
-
-C’est la première fois et ce sera la dernière, que, dans le cours de sa
-correspondance avec Balleroy, la mère parlera avec cette véhémence de la
-femme à qui elle attribue la mort de son enfant. Elle, d’ordinaire si
-prudente, ne peut retenir l’explosion de sa colère.
-
-Sa lettre du 8 juillet cristallise en quelque sorte la souffrance qui
-fut toujours son lot et qu’elle a soigneusement cachée sous sa gaîté
-coutumière, par égard et par amour pour son mari: «Cette perte affreuse
-m’a rappelé la mort de ma fille aînée... j’ai pleuré en même temps tous
-mes enfants... Il est dur, avant cinquante ans, d’avoir éprouvé tout ce
-qui m’est arrivé». Moins que jamais, elle veut quitter Aiguillon: «Le
-parti que nous prenons de rester ici est celui que je crois être le plus
-sage, vu l’acharnement très actif de nos ennemis et la tranquillité plus
-que passive de ceux qui sont à portée de prendre notre parti et qui même
-le devraient.»
-
-La fin, si touchante, de cette pauvre jeune femme, accourue, avant que
-sa santé ne fût rétablie, auprès de ses parents en exil, avait ému les
-âmes sensibles à la Cour et à la Ville[454]. Le roi, dit Moreau, écrivit
-au père qu’il pouvait quitter la tombe de sa fille[455]. Nous ne croyons
-pas qu’un autre mémorialiste ait signalé le fait. Mais ce qui est
-certain, c’est que l’Histoire réserve à Marie-Antoinette, seule,
-l’honneur d’avoir spontanément réclamé le rappel de l’homme qu’elle
-détestait, dès qu’elle apprit la situation, très grave, de Mᵐᵉ de
-Chabrillan.
-
-Le 20 juin, Mᵐᵉ de Maurepas adressait, toute affaire cessante, ce billet
-à sa nièce:
-
-«M. de Maurepas écrit à M. d’Aiguillon et lui mande que la reine, étant
-touchée d’apprendre la maladie de votre malheureuse fille, est venue
-chez le roi, où était M. de Maurepas et lui a dit qu’elle lui rendait
-toute liberté et qu’il pouvait venir à Paris et dans tous les lieux
-qu’il voudra, excepté la Cour. Si votre fille avait sa guérison, quel
-plaisir j’aurais[456]!»
-
-La lettre de Maurepas, expédiée de Marly et datée du même jour, est
-conçue à peu près dans les mêmes termes: «quel que fût l’événement», la
-reine «touchée enfin de votre situation» consentait etc...[457]
-
-La dépêche envoyée, le 14 juillet, par Marie-Antoinette à
-Marie-Thérèse[458] est très explicite: «Dès que j’ai su qu’elle (la
-marquise) était en danger, j’ai trouvé que si M. d’Aiguillon venait à
-perdre sa fille, il serait inhumain de l’obliger à rester dans l’endroit
-où sa fille était morte. J’ai demandé au roi de lui laisser la liberté
-d’aller partout où il voudra, excepté la Cour. Le roi me l’a accordé.»
-
-Il est donc bien certain que Marie-Antoinette n’a pas attendu, comme
-l’ont prétendu quelques historiens, la mort de la malheureuse jeune
-femme survenue dans cette même journée du 20 juin, pour demander le
-rappel de d’Aiguillon. Mais ce qui est non moins exact, à en croire
-Mercy, c’est que la reine n’eut pas, la première, l’idée de cette
-démarche. La comtesse de Polignac--une nouvelle amie--et le duc de
-Guines l’avaient incitée à la faire «par politique». Ne valait-il pas
-mieux, disaient-ils, prévenir un acte de clémence qui eût peut-être
-accordé à d’Aiguillon sa grâce tout entière, en n’en demandant pour lui
-que la moitié[459]?
-
-Et le confident de l’impératrice démontre combien
-Marie-Antoinette--aussi faible en cela de caractère que Louis XVI--se
-laissait diriger par cette tourbe d’intrigants des deux sexes qui
-aspiraient à devenir les maîtres de la Cour: «Je trouvai la reine fort
-persuadée de l’adresse et de la sagacité de ses conseillers; mais sa
-surprise fut grande, quand je lui fis voir la loucherie et la mauvaise
-foi qui avaient dicté ces conseils.» Mᵐᵉ de Polignac et M. de Guines
-n’étaient que des ambitieux, uniquement soucieux d’accaparer les bonnes
-grâces de Maurepas. Et moi, disait avec amertume Mercy-Argenteau, en
-s’adressant à Marie-Antoinette, quand je voulus m’employer également
-pour M. d’Aiguillon, Votre Majesté «n’a mis aucunes bornes à ses
-déclarations trop publiques et trop sévères!» Etait-ce une amende
-honorable? En tout cas, l’ambassadeur termine sur ce mot: Il me semble
-que la reine m’a «écouté avec attention[460]». Naïf diplomate, sous la
-maussade apparence de sa défiance perpétuelle! Mais combien imprudente
-cette jeune souveraine, qui devait expier plus tard si tragiquement dans
-des angoisses familiales aussi douloureuses que celles de Mᵐᵉ
-d’Aiguillon, les erreurs et les caprices d’une volonté, impatiente de
-toute contrainte, qu’asservissait cependant à d’indignes courtisans la
-soif immodérée des plaisirs.
-
-
-
-
-XX
-
- _Arrêt dans la correspondance.--D’Aiguillon refuse de rentrer à
- Paris.--L’opinion publique n’en dénonce pas moins ses intrigues
- avec son oncle pour revenir à la Cour.--Action persistante de Mᵐᵉ
- de Maurepas dans l’intérêt de son neveu.--Le buste de Louis
- XVI.--La succession de La Vrillière et «la vilaine petite
- race».--Irritation de la duchesse contre Guines.--Une saison à
- Bagnères dans la plus stricte intimité.--Mᵐᵉ d’Aiguillon «écorchée
- comme saint Barthélemy».--«Mauvaise compagnie» des gens de
- Cour.--Retour au château: nouvelles récriminations du châtelain;
- «absorbement continuel» de la châtelaine._
-
-
-La commotion avait été trop violente, le deuil était trop récent et trop
-profond chez les d’Aiguillon, pour que, même dans un milieu où les
-obligations mondaines créaient de tyranniques exigences, la vie du
-château n’y restât de longtemps suspendue. Encore n’y reprit-elle, en
-1777, que pour un petit nombre d’intimes, mais à porte entre-baîllée,
-dans la tristesse des voiles funèbres, devant le souvenir sans cesse
-rappelé de l’enfant à jamais disparue.
-
-Plus de correspondance pendant près de neuf mois. La duchesse a brisé sa
-plume; et il semble que le duc se soit désintéressé de la politique. Par
-un sentiment de fierté très légitime, il avait refusé, «comme un
-déshonneur[461]», cette demi-grâce qui lui interdisait de remplir une
-des fonctions les plus précieuses de sa charge, celle de travailler
-personnellement avec le roi. Il préférait, disait-il, vivre dans la
-solitude et ne reviendrait à Paris que «si jamais le soin de ses
-affaires l’y appelait». Ce fut son oncle qu’il chargea de «voir le roi
-et de lui porter ses mémoires (pour les chevau-légers)». Maurepas les
-lui retournait «approuvés et signés sans difficulté[462]».
-
-Paris n’en préjugeait pas moins, en ce moment, les secrètes pensées du
-neveu. Les Noëls pour l’année 1777, qui couraient déjà par la ville, le
-confondaient avec l’oncle dans le même couplet:
-
- D’Aiguillon à l’intrigue
- Se borne maintenant.
- Le Mentor pour lui brigue
- Poste très important;
- Et ce vieillard, dit-on,
- Un peu dans la démence,
- Voudrait auprès de son poupon
- Placer le Docteur d’Aiguillon
- Pour enterrer la France.
-
-De son côté, Hardy consignait, dans son _Journal_, les échos des
-réflexions bourgeoises sur ce croisement de menées souterraines,
-auxquelles se trouvait encore mêlé un homme que ses amis espéraient
-enfin rendre sympathique par l’étendue même de ses malheurs:
-
-«Quelques personnes mêmes regardaient le rappel de M. d’Aiguillon comme
-une preuve de crédit qu’avait encore le sieur comte de Maurepas, en même
-temps qu’ils imaginaient que son séjour dans la capitale pourrait bien
-influencer sur les intrigues qui avaient pour but d’écarter le duc de
-Choiseul que la reine paraissait désirer voir remonter au
-ministère[463]...»
-
-Hardy ajoutait que «s’il fallait s’en rapporter à des personnes qui se
-disaient bien instruites, quoique le parti du duc d’Aiguillon se
-fortifiât de jour en jour, au point que le roi, Monsieur et Mesdames de
-France étaient notamment décidés en sa faveur, ledit comte de Maurepas
-mettrait encore obstacle à ce qu’il rentrât dans le ministère, par la
-seule crainte qu’il avait que son rétablissement ne vînt à diminuer le
-crédit dont il jouissait fort tranquillement».
-
-La détermination, réelle, de M. d’Aiguillon avait dû quelque peu
-déconcerter Mᵐᵉ de Maurepas, non pas que la résolution des exilés lui
-parût inexplicable; elle avait très vivement partagé leur désespoir et
-même voulu arracher sa nièce au séjour qui lui en ravivait à toute heure
-les transports; mais ce qu’elle ne pouvait comprendre, c’est que son
-neveu coupât ainsi les ponts derrière soi. Elle qui s’était attachée si
-étroitement à la fortune de M. d’Aiguillon, jusqu’à défendre sa cause en
-pleine adversité et à lui assurer le concours d’un homme aussi ondoyant
-que M. de Maurepas, elle verrait donc s’écrouler l’édifice si
-laborieusement construit de ses propres mains!
-
-Quelle curieuse figure que celle de la sœur de Mᵐᵉ de Plélo! Restant
-volontiers dans l’ombre, comme l’ambassadrice de Danemarck, à ce point
-que la plupart des historiens ne l’ont pas connue, elle n’en avait pas
-moins cette préoccupation intéressée de la politique que ne connut
-jamais sa sœur et qui s’appelle vulgairement de l’ambition. Mais de
-l’ambition dans le noble sens du mot. Elle voulut travailler à la
-grandeur des La Vrillière et à la gloire des Plélo; non pas pour elle,
-mais pour les héritiers de ces deux noms et de ces deux familles.
-
-Le rôle de cette femme active et intelligente n’a pas échappé à ses
-contemporains, bien que, depuis la disgrâce, si longue, de son mari,
-elle vécût peu à la Cour et qu’elle dirigeât plus volontiers de sa
-chambre les opérations dont elle attendait le triomphe des siens.
-
-C’est ainsi qu’avec les conseils et l’aide de l’abbé de Véri[464], au
-dire de certains mémorialistes, elle soutenait le crédit de Maurepas,
-pour le plus grand profit de son neveu d’Aiguillon, sur qui s’étaient
-reportées toute son affection et toutes ses espérances.
-
-L’exil de l’un avait en quelque sorte coïncidé avec le rappel de
-l’autre. Et nous avons vu par quelles savantes manœuvres, en présence de
-l’hostilité irréductible de Marie-Antoinette, Mᵐᵉ de Maurepas s’était
-efforcée de stimuler le zèle intermittent de son mari, de calmer
-l’irritation de son neveu, d’encourager les amis de d’Aiguillon, de
-contre-carrer ses ennemis et cependant de ne pas mécontenter la reine.
-
-Toutes occasions lui étaient bonnes pour mettre en jeu l’intervention de
-Maurepas. Et nous trouvons une nouvelle preuve de cette habile tactique
-dans deux anecdotes que nous empruntons encore au journal de Hardy.
-
-Quand La Vrillière tomba en paralysie, Maurepas se rendit un jour chez
-la reine, pour lui dire combien, dans une affaire toute privée, la
-présence de son neveu devenait nécessaire à Paris. «Je ne consentirai
-jamais au retour du duc d’Aiguillon, répondit la reine. Il s’est montré
-mon ennemi personnel; et je répudierai comme mes ennemis tous ceux qui
-oseront me parler en sa faveur[465].»
-
-La démarche du ministre était cependant très rationnelle; mais la
-judiciaire de Marie-Antoinette, entretenue dans son entêtement par la
-coterie qui la dominait, était brouillée depuis longtemps avec la
-logique. Mᵐᵉ de Maurepas se le tint pour dit. La mort, si cruelle, de
-Mᵐᵉ de Chabrillan avait bien amené une sorte de trève. Mais l’habile
-manœuvrière, avant de reprendre la campagne, voulut savoir si son mari
-avait encore le crédit nécessaire pour la recommencer. Elle s’avisa en
-conséquence d’une démonstration lui permettant en quelque sorte de tâter
-le terrain. Elle fit persuader au roi de donner son buste à Maurepas,
-qui en serait grandement honoré. C’était de tradition, depuis tantôt
-deux siècles, chez les maîtres de la France, d’octroyer libéralement un
-exemplaire de leur effigie à ceux de leurs sujets qu’ils en jugeaient
-les plus dignes. Maurepas reçut donc de son souverain ce royal cadeau et
-en témoigna une telle joie devant le prince, que celui-ci s’en montra
-tout ému. La preuve était faite pour Mᵐᵉ de Maurepas, «le point central
-et le nœud gordien de toutes les intrigues de la Cour», suivant l’image
-quelque peu compliquée de l’honnête libraire[466].
-
-On voulait donc servir ce neveu, malgré son obstination à s’enfermer
-dans son castel de l’Agenois. Aussi fallait-il le garer de toutes les
-chausse-trappes qui pourraient guetter son passage, si le désir lui
-revenait de reprendre le chemin de Paris. Maurepas avait craint un
-instant que d’Aiguillon ne fût impliqué dans l’affaire de la Cahouet de
-Villers, une des femmes de la reine, qui avait jadis contribué à la
-fortune de la Du Barry. Il s’agissait d’une de ces escroqueries qui
-prirent si souvent la reine pour point de mire et dont l’_affaire du
-collier_ devait être la synthèse la mieux réussie. Maurepas en fut
-quitte pour la peur[467].
-
-La mort, prévue, de son beau-frère La Vrillière, lui avait inspiré,
-comme à sa femme, de nouvelles inquiétudes, mais celles-ci d’ordre
-privé. La perte était médiocre: le secrétaire d’État avait été servile
-et plutôt malfaisant pour ses administrés: ayant dans son département
-les lettres de cachet, il en avait abusé, et même au profit de belles
-dames, prétendait la légende. L’homme ne valait guère mieux: vain,
-présomptueux, ignorant et sot, il faisait peu d’honneur à l’intelligente
-famille des La Vrillière. Le parent était taillé sur le même modèle:
-après la mort de sa femme, la comtesse de Platen, dont il n’avait pas eu
-d’enfants, il s’était acoquiné avec une intrigante qui avait épousé
-Sabatin, commis des finances; et cette maîtresse, méchante et perfide
-créature, qui lui avait donné plusieurs bâtards, avait éloigné peu à peu
-de sa famille cet imbécile vieillard. Il avait soutenu d’Aiguillon,
-pendant ses procès avec les Parlements, mais sans grande conviction, et
-parce qu’il n’eût pas osé faire acte d’indépendance devant Louis XV.
-Qu’il eût éprouvé moins d’embarras, s’il n’avait craint, d’autre part,
-de rompre en visière avec Choiseul! La disgrâce de son neveu l’avait
-trouvé aussi perplexe: mais il lui avait fallu, comme sa fonction le
-voulait, porter l’ordre d’exil au «mauvais sujet» qu’avait désigné la
-reine.
-
-Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui, depuis la mort de sa fille, avait «donné beaucoup
-d’inquiétudes[468]» aux Maurepas, avait dû sortir de son marasme pour
-s’occuper de cette succession, sur laquelle, par parenthèse, elle
-comptait fort peu. Comme elle l’annonce à Balleroy, après neuf mois de
-silence, «la mort de M. de la Vrillière (27 février 1777) a donné
-beaucoup à écrire».
-
-«... Cet événement, tout prévu qu’il était, m’a fait de la peine;
-c’était le frère de ma mère, dont je n’ai eu à me plaindre que de ses
-faiblesses: tout le tort qu’il a jamais pu me faire ne vient que de
-cette cause, d’autant qu’il était mené par des gens très mal
-intentionnés.
-
-Son testament était fort avantageux pour les Langeac (ses bâtards); mais
-«très honnêtement, il l’avait révoqué huit jours avant sa mort». Tout ce
-qui me fâche, c’est que cette révocation était au bas du testament et
-subsiste; et c’est une preuve qui a été faite dans des termes bien
-étranges. J’en suis fâchée pour sa mémoire et voudrais que l’héritage
-fût moindre et qu’il fût imprimé(?).
-
-On m’a mandé que ce qui l’a engagé au changement, était le
-mécontentement où il était de cette vilaine petite race qui avait jeté
-beaucoup d’amertume sur les derniers jours de sa vie.
-
-Mes parents me mandent que je dois venir pour nos partages. Ma réponse a
-été que, comme eux-mêmes ont pensé avec raison que je ne devrais pas
-revenir, tant que l’affaire de M. de Guines ne serait pas jugée, qu’il y
-aurait à craindre qu’on nous supposât des intrigues aussi faussement
-qu’on l’a déjà fait, que nous croyons plus sage de rester ici, que nous
-nous rapportons en entier à tout ce qu’ils jugeront approprié pour nos
-affaires, que sur cela, je priais M. de Maurepas de me servir encore une
-fois de tuteur[469]...»
-
-Comme on voit, Mᵐᵉ d’Aiguillon était toujours préoccupée de l’affaire de
-Guines. Elle y revient le mois suivant[470]:
-
-«Vous me parlez de la requête de M. de Guines; mais vous ne savez pas:
-1º que cette requête et la lettre qui l’accompagne et qu’il a envoyée à
-tous ces messieurs du Parlement, est remplie d’atrocités personnelles
-contre M. d’Aiguillon et qu’il a eu l’insolence d’envoyer à sa porte
-(rue de l’Université) un paquet à son adresse, dont il a fait demander
-un reçu du suisse, qui contient les deux derniers mémoires et la copie
-de ladite lettre. J’en ai écrit à mes parents, pensant qu’il est plus
-que temps de faire taire ce vilain chien enragé et que, actuellement que
-son procès est fini, il serait possible de lui imposer silence. Il est
-ennuyeux, quand on ne demande qu’à rester tranquille, de ne pouvoir pas
-l’obtenir et d’être toujours en butte à une cabale infernale.
-
-Si ma lettre arrive à temps et que vous puissiez voir M. de Maurepas,
-vous me feriez plaisir de lui en parler sur le même ton...»
-
-N’est-ce pas le langage d’une femme sincère, qui «ne demanda» toute sa
-vie «qu’à rester tranquille» et que le sort jeta toute sa vie également
-au milieu d’un enchevêtrement d’intrigues, auxquelles sa droiture lui
-défendit de participer et dont elle prétend son mari--bel exemple
-d’héroïsme conjugal!--l’éternelle victime?
-
-Elle revient à la succession de son oncle: elle ignore si
-Châteauneuf--actuellement La Vrillière--sera compris «dans son partage»;
-elle préférerait qu’il fût attribué à son cousin Du Châtelet[471].
-L’hôtel de La Vrillière était, dit M. d’Aiguillon, le lot de Mᵐᵉ de
-Maurepas; et le duc de Fitz-James, qui venait de perdre sa femme,
-voulait l’acheter. Mais M. de Maurepas lui en demandait un prix trop
-élevé[472]. Chemin faisant, cet oncle, qui connut toujours si bien ses
-intérêts, reçoit de sa nièce ce coup de griffe que nous ne nous
-expliquons pas: «il dérange sa santé par de nouvelles imprudences qu’on
-ne pardonnerait pas à un jeune homme[473]». M. de Maurepas était un
-goutteux endurci. Il n’avait jamais eu, et pour cause, paraît-il, la
-réputation d’un coureur de guilledou, mais il aimait les fins dîners et
-les vins généreux; les chroniques du temps en font foi.
-
-D’autres soins, plus pressants, s’imposaient à la vigilance de Mᵐᵉ
-d’Aiguillon: de graves inquiétudes sur la santé de son mari venaient
-raviver des plaies, qui, pour être déjà anciennes, n’en restaient pas
-moins saignantes.
-
-Vraisemblablement l’affection bilieuse qui tracassait le duc et qui
-s’était jadis accusée par ces irruptions de jaunisse, sur lesquelles la
-malignité des libellistes s’était si souvent égayée, avait reparu plus
-pénible et plus menaçante, depuis le passage de la mort dans le château
-d’Aiguillon. Des infiltrations et des tumeurs s’étaient manifestées, qui
-avaient résisté à l’emploi de topiques et de l’eau de Vals. Les médecins
-de Montpellier (ils étaient quatre) que, sur les instances de sa
-femme[474], le malade avait consultés, lui ordonnèrent de se rendre à
-Bagnères, puis à Barèges[475]. Mᵐᵉ d’Aiguillon accompagna son mari.
-Quelle fut la durée de la cure? Nous l’ignorons; mais les deux
-baigneurs, car la duchesse, sans doute par amour conjugal, voulut suivre
-aussi un traitement, séjournèrent presque trois mois dans les Pyrénées.
-Nous devons à leur correspondance avec Balleroy de piquants détails sur
-la vie balnéaire à cette époque et sur le monde qui la pratiquait.
-
-Le duc se plaint du temps qui est «affreux»; mais il est satisfait de sa
-santé; il est à peu près guéri. Son fils, qui est fort bien portant,
-boit tous les jours deux verres d’eau; et «il mange, dort et danse plus
-que jamais[476]».
-
-La duchesse note l’effet des eaux--boissons, douches et bains--sur son
-mari. Si celui-ci est enchanté de son traitement, elle ne l’est guère
-du sien: convenait-il seulement à son affection du foie? «Je suis prise
-de la tête aux pieds et écorchée comme saint Barthélemy. On dit: c’est
-une preuve que les eaux chassent toutes les mauvaises humeurs qui sont
-en moi. Ce sera là une belle opération surtout si elles chassent tous
-les sujets d’humeur que j’ai et que je dois avoir[477].»
-
-Les excursions lui font prendre ses maux en patience: «Ce pays est
-singulier et très pittoresque; il y a entre autres une promenade qui
-offre des points de vue frappants, tels que de voir des montagnes qui se
-perdent dans les nues, qui sont toutes couvertes de neige et ne
-produisent que des rochers, et de l’autre côté, des autres montagnes qui
-sont aussi très hautes, mais cultivées jusqu’au sommet et couvertes de
-maisons et qui toutes ont un petit jardin et un petit bois. L’intervalle
-de ces montagnes est un grand chemin bordé des deux côtés par la rivière
-qui forme deux canaux très rapides lesquels coulent sur des roches
-formant des cascades naturelles[478].»
-
-Il était de mode, à cette époque, pour un grand seigneur, d’amener avec
-soi quelques-uns de ses familiers aux stations balnéaires où l’on
-fréquentait: c’était une petite cour qu’on se formait pour se garantir
-de l’ennui. Les d’Aiguillon n’avaient voulu, en raison de leur deuil,
-qu’une «société très bornée». Ils avaient, parmi leur commensaux, deux
-dames que nous retrouverons bientôt au château d’Aiguillon, MMᵐᵉˢ
-Dubois de la Motte et de la Muzanchère, qui ne pouvaient vivre côte à
-côte sans se disputer. L’une d’elles, Mᵐᵉ Dubois de la Motte, semble une
-caricature: elle est «parée, ajustée, coiffée comme pour une fête, et
-très affligée d’avoir un aussi petit nombre d’admirateurs; il est vrai
-que les gens se moquent d’elle[479]». Mᵐᵉ d’Aiguillon est toujours sur
-le qui-vive avec ces deux femmes, «ne s’étant pas jetée dans le grand
-monde qui est très nombreux ici», d’autant qu’il s’y trouve des
-personnages peu faits pour donner bonne opinion des gens de Cour, «le
-prince de Salm et le duc de Mazarin qui vivent dans la plus mauvaise
-compagnie en tout genre[480]».
-
-Comme le fait se présente fréquemment dans les villes d’eaux,
-d’Aiguillon avait subi une rechute pour avoir abusé des douches. Le
-médecin de Bagnères lui prescrivit de les cesser et lui défendit d’aller
-à Barèges. Le mieux s’accentua: «Je ne vous parle pas de ma santé, écrit
-la duchesse; elle ne peut être mauvaise quand M. d’Aiguillon se
-rétablit[481]».
-
-Le duc était guéri et revint au commencement de septembre dans son
-château, ramenant Mᵐᵉ Dubois de la Motte, pour ne pas la laisser en
-présence de Mᵐᵉ de la Muzanchère restée à Bagnères[482].
-
-Pendant leur cure, les d’Aiguillon s’étaient tenus assez éloignés du
-monde extérieur (comme souvent la Faculté le recommande à sa clientèle),
-pour n’être pas ressaisi par ces liens de toute nature dont il est si
-difficile de se détacher.
-
-Un mois avant de partir, la duchesse avait encore commenté avec
-indignation le dénouement définitif de «l’incroyable et atroce affaire
-de M. de Richelieu, finie par un jugement tout aussi incroyable et aussi
-atroce. Rien ne prouve mieux la justice de sa cause que la peine que ces
-juges ont eue pour trouver une tournure pour le condamner aux dommages
-et aux frais. Enfin il en est quitte pour de l’argent; et c’est beaucoup
-qu’avec de telles gens l’honneur soit sauf[483]».
-
-Aussitôt son retour, ce furent de nouvelles obligations mondaines qui
-vinrent la reprendre, le mariage d’une parente avec M. de Galibert
-«amoureux comme un roman... C’est encore un secret, mais qui ressemble à
-celui de la Comédie[484]». Elle s’occupait avec Mᵐᵉ de Flesselles et Mᵐᵉ
-de Caen de tous les achats de ce Galibert «qui se ruinerait, si elle n’y
-mettait bon ordre». Il fallait bien amuser «le grand châtelain», qui
-allait beaucoup mieux et qui daignait en convenir[485].
-
-Lui, déclarait au chevalier de Balleroy qu’il ne voulait pas remettre
-les pieds à Paris. Son obstination irritait Maurepas qui obéissait
-évidemment aux directions de sa femme et ne voyait pas d’autre moyen
-pour d’Aiguillon de recouvrir sa pleine et entière liberté[486].
-Avait-il seulement fait part à son neveu de la démarche qu’il avait
-tentée, et vraisemblablement à l’instigation de la comtesse, auprès du
-futur empereur Joseph, de passage à Versailles, pour qu’il obtînt de sa
-sœur le retour du duc d’Aiguillon à la Cour? L’auguste visiteur ne s’y
-était pas engagé. D’autre part, Marie-Antoinette, très vivement
-sollicitée par les amis de Choiseul, se défendait de faire entrer le
-châtelain de Chanteloup dans le ministère: elle savait la répulsion de
-son mari pour Choiseul; mais le parti de cet homme d’Etat, qui entourait
-la reine, lui représentait qu’après la mort de Maurepas il n’y avait,
-pour le remplacer, que «deux sujets, le duc de Choiseul ou le duc
-d’Aiguillon». Et Mercy, qui raconte ces incidents au jour le jour dans
-une sorte de gazette adressée à Marie-Thérèse, de s’écrier: Idée neuve
-qui lui aura été suggérée par Coigny et par Esterhazy! En attendant il
-priait l’archiduc de signaler à sa sœur le piège qui s’ouvrait sous ses
-pas[487].
-
-Dans une nouvelle lettre à Balleroy, d’Aiguillon se montrait cependant
-plus explicite. Il le priait de l’aider à détruire cette calomnie qu’il
-prétendait dicter au roi les conditions de son retour, en exigeant une
-réparation authentique des injures qu’il avait subies. Non: il rentrera
-simplement à Paris quand on lui permettra d’exercer les devoirs de sa
-charge; mais, ignorant les motifs de son exil, il attend que la vérité
-fasse connaître son innocence[488].
-
-Or, au milieu des rêves d’ambition qu’il poursuivait, sous les
-apparences d’un renoncement inspiré par son orgueil, cet égoïste avait
-fini par constater que sa malheureuse femme se consumait de tristesse et
-de douleur. «L’état moral» de la duchesse, écrivait-il, reste toujours
-le même; et il redoutait que «cet absorbement continuel dans ses tristes
-ressouvenirs ne détruisît à la fin sa santé; et malheureusement rien ne
-peut la distraire quoi que je fasse». Il ne voyait donc pas que c’était
-au contraire sa femme qui s’était toujours sacrifiée et qui se
-sacrifiait encore pour le soigner et pour «le distraire[489]».
-
-
-
-
-XXI
-
- _Programme de fêtes pour 1778.--Quelques invités et
- habitués.--Balleroy, toujours l’empressé commissionnaire.--Ferme et
- château.--Nouvelles du jour: mort de Jean-Jacques; procès du comte
- de Broglie, «le vilain petit homme»; les châtelains et la guerre
- des Insurgents.--Une lettre de d’Aiguillon à Mᵐᵉ Du Barry.--Autre
- année théâtrale; fêtes et bals.--D’Aiguillon donne également ses
- commissions à Balleroy.--Il fait le juge de paix au
- château.--Projets de mariage pour le comte
- d’Agénois.--Marie-Antoinette signifie de nouveau à Maurepas sa
- résolution de ne plus voir d’Aiguillon à la cour._
-
-
-Le «Grand Châtelain», sincère ou non, se tient parole: il a dit un
-solennel adieu à la Cour et à la Ville, aux affaires et à la politique:
-il va s’enfermer un certain nombre d’années dans son domaine
-d’Aiguillon.
-
-Sa femme, qui a compris le désarroi de cet homme, réduit à une «société
-bornée» après avoir vu ses salons regorger d’adulateurs, a su, par un
-sursaut d’énergie, sortir de son «absorbement» pour préparer, avec son
-entrain des jours heureux, des occupations et des plaisirs au maître,
-oisif et ennuyé, sevré aujourd’hui de ce qu’il appellera demain «les
-mouvements de la Cour».
-
-Des invitations sont lancées, pour l’hiver de 1778, aux fidèles que
-n’effraie pas une villégiature en un si lointain pays. Et Balleroy, cet
-obligeant commissionnaire
-
-[Illustration:
-
-Cliché Lauzun.
-
-Plan de la Ville et du Château d’Aiguillon à la fin du XVIIIᵉ siècle.
-Mémoires de P. Verdolin, édités par M. René Bonnat 1907]
-
-qu’on n’avait pas mis depuis longtemps à contribution, expédiera à la
-châtelaine, soucieuse de s’approvisionner aux meilleures marques, des
-poudres parfumées, des vinaigres de rose, de sauge et de millepertuis,
-achetés chez «notre ami Maille», fournisseur des têtes couronnées[490].
-
-Des réponses arrivent. On attend Mᵐᵉ d’Esparbès «qui aime le jeu autant
-que la dévotion». Les Flesselles ne peuvent venir. Et Desnos, l’évêque
-de Verdun[491], vieil ami de trente ans, retarde son voyage de quelques
-jours pour assister aux débuts de Mᵐᵉ de la Muzanchère comme premier
-rôle dans _La Bohémienne_[492].
-
-Il n’est pas inutile de faire connaître cette dame, qui était veuve,
-comme d’ailleurs son ennemie personnelle et rivale, Mᵐᵉ Dubois de la
-Motte, née de Boisgelin de Cucé.
-
-Le mari de celle-ci, d’une très bonne famille de Bretagne, ainsi que M.
-de la Muzanchère, s’était montré, avec lui, un des plus chauds partisans
-de l’ancien commandant. Quant à sa femme, elle avait, comme nous l’avons
-vu, beaucoup de prétentions, mais son tempérament combatif la rendait
-insupportable.
-
-Mᵐᵉ de la Muzanchère n’était guère plus traitable. Mais c’était une
-amazone des temps héroïques, une manière de Lucrèce... à rebours, dont
-certaine aventure avait défrayé, pour la plus grande joie des curieux,
-les échos de la chronique scandaleuse.
-
-On annonce un jour--en 1766 ou 1767--à Mᵐᵉ de la Muzanchère, parente de
-l’évêque de Nantes, la visite de l’évêque de Saint-Brieuc, Monseigneur
-de Girac, fils d’un second président au bailliage d’Angoulême. Le
-prélat, qui avait trente-six ans à peine, était un mondain fort empressé
-auprès des dames et grand amateur de théâtre: c’était lui qui plaçait
-les billets pour les représentations de la Clairon. Fut-ce sous ce
-prétexte qu’il s’introduisit chez Mᵐᵉ de la Muzanchère, fort jolie femme
-et très séduisante? Toujours est-il qu’il la serrait de très près, quand
-soudain survint le mari. La jeune femme s’élance sur l’épée du
-gentilhomme, la tire hors du fourreau et va la planter dans la cuisse de
-son trop bouillant adorateur. On ne parla bientôt plus à la Cour que de
-cet exploit, d’autant que M. de Girac, après avoir été le grand ami de
-M. d’Aiguillon, en était devenu un des plus acharnés adversaires[493].
-
-La duchesse ne dit pas à son correspondant si Mᵐᵉ de la Muzanchère, à
-qui le rôle de bohémienne devait certainement convenir, était aussi
-tragique au théâtre qu’à la ville. Elle ne lui donne plus de nouvelles
-qu’en juin. A cette époque, la santé de son mari ne lui laisse plus
-d’inquiétudes[494]. Mais celle du chevalier s’est trouvée fortement
-atteinte. La duchesse l’invite à venir «se refaire» au château
-d’Aiguillon qu’il devait avoir déjà visité; car elle lui annonce qu’il
-«y trouvera bien des changements dans les constructions». Les travaux
-actuels sont exécutés par un «maçon» (entrepreneur) qui «a travaillé à
-l’Orangerie de Versailles et qui a fait tous les bassins de Veretz». A
-la fin du mois d’août on commencera la salle de comédie[495]. La
-basse-cour ne lui donne pas moins de soucis que le temple consacré à
-Thalie et à Melpomène: «la mode est aux canards»; la duchesse en aura
-bientôt une centaine[496].
-
-Il est probable que le chevalier alla tuer, à cette époque de l’année,
-«les perdreaux et les lièvres» du propriétaire d’Aiguillon, car la
-correspondance ne reprend qu’en décembre avec Balleroy, qui passa
-l’hiver à Paris.
-
-Ses hôtes ne paraissent pas avoir pris un bien vif intérêt aux nouvelles
-du jour: tout au plus quelques mots jetés de-ci de-là laissent voir
-qu’ils ne les ignorent pas. Ainsi la duchesse qui connaît ses auteurs et
-les cite à l’occasion, sans avoir la moindre prétention au bas-bleuisme,
-a su la mort de Rousseau:
-
-«Jean-Jacques a fait à votre ami M. Girardin une grande galanterie en
-allant mourir chez lui. Il manquait vraiment à son jardin anglais un
-tombeau; il en aura un véritable, puisqu’on dit qu’il le fait enterrer
-dans une île de son jardin, que sûrement il décorera de tous les
-ornements convenables[497].»
-
-Un procès du comte de Broglie, pendant au Châtelet, éveille dans
-l’esprit de la duchesse un mouvement d’humeur: «Tant que ce vilain petit
-homme existera, il tracassera et tourmentera son prochain[498]».
-
-Un mot dans la même lettre sur un fait de guerre: «Je suis humiliée du
-_Te Deum_ chanté à Versailles: c’est un ridicule pour la nation[499]».
-
-L’expédition d’Amérique trouvait, au surplus, la duchesse assez froide:
-
-«--Je prends peu d’intérêt, comme bien savez, aux insurgents et pas
-beaucoup plus aux Anglais[500].»
-
-Le duc se prononçait plus catégoriquement, s’il faut en croire les
-_Mémoires_ publiés sur son ministère: «M. d’Aiguillon a toujours dit que
-c’était une faute que la guerre entreprise contre l’Angleterre en 1778,
-à la sollicitation de Sartine (qui était alors ministre de la
-marine)[501]».
-
-En ce moment où la France jouait une si grosse partie, l’ancien
-secrétaire d’État aux affaires étrangères dut ronger son frein d’être
-confiné dans sa retraite d’Aiguillon. Se fût-il prononcé, s’il était
-resté au pouvoir, pour la politique de neutralité? Laissa-t-il voir aux
-siens son dépit de n’être plus employé? Nous ne pouvons que le supposer.
-Car le langage de la duchesse a pris un ton inaccoutumé d’amertume et
-d’aigreur, qui s’exhale à tout propos. Son pessimisme devient plus
-sombre encore, à la suite d’une escroquerie au jeu commise par le
-général Smitt à la table du roi et «du premier prince du sang». Le fait
-ne se présentait que trop souvent. «Il faut se flatter, dit Mᵐᵉ
-d’Aiguillon, que cette démence ne durera pas, et s’il y a quelqu’un à
-être tout à fait perdu, je souhaite que ce soit plus tôt que plus tard,
-afin qu’il ne soit plus question de jeu quand mon fils entrera dans le
-monde[502].»
-
-Précisément, à la même époque, venait de succomber en duel Adolphe Du
-Barry, un neveu de la comtesse, que d’Aiguillon avait jadis nommé
-cornette surnuméraire[503] de sa compagnie de chevau-légers, à la place
-de Pecquigny, devenu, par la mort de son père, duc de Chaulnes. Il
-écrivit à Mᵐᵉ Du Barry cette lettre de condoléances, d’une correction
-parfaite, qui fait honneur à des sentiments de reconnaissance, dont se
-gaussait alors si volontiers la nouvelle école des politiciens du
-temps[504]:
-
- «J’ai bien imaginé, Madame la comtesse, que vous étiez aussi
- touchée qu’affectée de la perte cruelle que vous avez faite; et je
- n’ai point voulu ajouter, à la douleur que vous en ressentez,
- l’importunité d’un compliment.
-
- J’ai prié Mˡˡᵉ Du Barry (Mˡˡᵉ Chon) de vouloir bien y suppléer et
- de vous renouveler dans cette triste occasion les assurances bien
- sincères de la part que je ne cesserai de prendre à tous les
- événements qui vous intéressent.
-
- Je me flatte que vous n’en doutez point et que je n’ai pas besoin
- de vous répéter ma profession de foi à cet égard, dont vous devez
- être depuis longtemps convaincue de la vérité.
-
- Mᵐᵉ la vicomtesse Du Barry est certainement fort à plaindre dans ce
- moment, mais je connais trop bien votre tendresse pour elle, pour
- ne pas être persuadé que vous vous empresserez à adoucir son
- malheur et qu’elle trouvera auprès de vous les secours et les
- consolations qui lui sont nécessaires. Une amie telle que vous
- dédommage de tout; je désire que le triste spectacle qu’elle vous
- donnera et les soins que vous lui donnerez n’altèrent pas votre
- santé et qu’elle soit toujours aussi bonne et aussi brillante qu’on
- m’assure qu’elle l’est actuellement.
-
- Conservez-moi toujours vos bontés, Madame la comtesse, et ne doutez
- jamais de ma reconnaissance, de mon attachement et de mon respect.
-
- LE DUC D’AIGUILLON.
-
- Mᵐᵉ d’Aiguillon me charge de vous témoigner toute sa sensibilité.
-
- Aiguillon, ce 16 décembre 1778.»
-
-L’année se termina sur une série de représentations dont Mᵐᵉ d’Aiguillon
-salue les interprètes d’une critique assez dure et d’un mot quelque peu
-osé qui, depuis, a conquis son droit de cité dans les coulisses de nos
-salles de spectacle.
-
-«Notre théâtre s’est ouvert hier par l’_Épreuve_ (_villageoise_) et la
-_Famille extravagante_; nos actrices qui sont Mᵐᵉ de Galibert et MMˡˡᵉˢ
-de Signac, de Fontette, Turpin et Notest (?) ont joué assez mal, surtout
-la première qui a _joué comme un cochon_. Vous le croirez aisément...»
-
-Puis la duchesse donnait au chevalier sa liste de commissions:
-
-«... Faites-moi le plaisir de m’acheter l’_Élite des Almanachs_, un
-_Recueil général des costumes et des modes_ chez Desnos, rue
-Saint-Jacques (4 livres 10 sous) broché, le _Bijou des Dames_ avec les
-nouvelles coiffures de 1778 et le _Souvenir à la Hollandaise_ qui a pour
-frontispice les coiffures _à la Belle Poule_ et à l’_Insurgent_[505].»
-
-Ce fut encore par des représentations théâtrales que les châtelains
-inaugurèrent la nouvelle année, devant un public d’anciens amis venus de
-loin et de connaissances, toutes récentes, accourues des environs. Dès
-le 1ᵉʳ janvier, Mᵐᵉ d’Aiguillon donne à Balleroy, après les compliments
-les plus tendres, le programme des fêtes...: «les nouvelles d’ici sont
-l’ouverture de nos théâtres... Dimanche, nos bals recommencent; vous
-êtes encore à temps pour y venir danser une allemande[506]».
-
-Et trois semaines après: «Nos comédies vont leur train; heureusement nos
-acteurs n’ont pas été enrhumés... M. de Clairfontaine, en dansant un
-menuet avec Alexandrine, s’est cassé le tendon d’Achille; et lundi il
-s’est fait emballer dans sa voiture et a voulu retourner à Agen pour se
-guérir[507]».
-
-Elle-même a été souffrante; elle a sans doute maigri beaucoup; car on la
-bourre de soupe, de chocolat et de salep: «Je prétends, réclame-t-elle,
-qu’on m’empâte comme un dindon[508]». Mais, en vérité, elle n’a point le
-temps de s’occuper de ces misères: elle est fermière maintenant: «Je
-vous ferai manger des œufs, comme il n’y en a point, pondus par mes
-poules... et des canards élevés à la brochette par moi». Les travaux
-continuent: «le maître du château s’en occupe et s’en amuse». Mᵐᵉ Dubois
-de la Motte s’extasie sur «la beauté du teint et sur la gaîté» de M.
-d’Aiguillon. Mᵐᵉ de la Muzanchère qui vient d’arriver--c’était
-fatal--est, elle aussi, en bonne santé et paraît plus raisonnable. Elle
-lui apprend que le chevalier «a tout lieu d’espérer le cordon». On en
-parlait déjà depuis longtemps, «je souhaite vivement qu’elle ait
-raison[509]».
-
-Le duc se préoccupe également pour son ami de «ce beau ruban rouge» et
-il désire que le chevalier le tienne au courant de ses démarches.
-Lui-même, à son travail de décembre, demandera la commission de
-capitaine pour M. de Montaigle (sans doute un intime du chevalier),
-mais il n’a pas le temps voulu; il faut qu’il attende l’an prochain.
-Balleroy est un correspondant précieux pour le duc comme il l’est pour
-la duchesse. D’Aiguillon le prie de s’arrêter à Veretz pour y jeter un
-coup d’œil sur les travaux en cours et lui en parler quand il reviendra
-au château[510]; de même, il le chargera un mois après d’un règlement de
-comptes[511] avec le duc de Fitz-James.
-
-C’est un homme vraiment accablé de besogne que M. d’Aiguillon. A peine
-a-t-il le temps de se remettre d’embarras gastriques, à force d’eau de
-Vals en bain et en boisson, qu’il est obligé de s’interposer de nouveau
-entre Mᵐᵉˢ Dubois de la Motte et de la Muzanchère. C’est maintenant
-celle-ci qui devient intraitable, «malgré toutes les promesses qu’elles
-m’a faites à son débarqué de n’avoir aucune tracasserie avec personne,
-ni même de l’humeur. Elle m’a fait deux ou trois querelles d’allemand,
-sans rime ni raison et sur des sujets aussi importants que celui de la
-comédie qu’elle veut jouer sans acteurs... Je l’ai rembarrée fortement,
-afin qu’elle prenne son parti, ou de s’en aller, ou d’être plus douce et
-moins exigeante; et je lui ai déclaré que je ne lui passerais rien et
-lui ferais des corrections publiques sans ménagement, si elle m’y
-obligeait par ses incartades... Je ne m’en flatte pas, à moins que mon
-fils à qui elle fait les coquetteries les plus fortes et qui ne paraît
-pas éloigné d’y répondre, ne vienne à mon secours; mais il est aussi
-froid au moral qu’au physique et bien nigaud encore...»
-
-Voudrait-il, par hasard, ce père aux mœurs faciles, ce galant seigneur
-qui ne connut jamais de cruelles, que son fils se fît déniaiser pour
-calmer l’humeur belliqueuse d’une invitée encombrante?
-
-Et puisqu’il parle de ce jeune comte d’Agénois, le seul survivant de ses
-six enfants et si peu ressemblant à cet autre d’Agénois qui, lui,
-n’avait pas attendu le nombre des années, il remercie Balleroy de la
-réponse qu’il a faite à des propositions de mariage pour son fils et le
-prie instamment «d’y persister», si on remet la question en train avant
-son retour à Paris. «Continuez d’affirmer que j’ai moins de désir que
-jamais de reparaître à la Cour, bien loin d’en chercher le moyen ou le
-prétexte.» Oui, ses «résolutions sont invariables»; et son bonheur et
-son honneur exigent qu’il ne s’en écarte jamais. Aussi concluait-il sur
-cette péroraison qu’Horace eût pu lui envier, mais qui nous rappelle
-plus encore la morale de l’immortelle fable _Le Renard et les Raisins_.
-«... Mes bosquets sont effectivement charmants, mes terrasses
-charmantes, ma cour commence à se démasquer et à s’ouvrir, ma salle de
-comédie s’élève à vue d’œil... Il faudrait que je fusse bien fol pour
-troquer une aussi belle habitation où je jouis de la plus heureuse et de
-la plus complète tranquillité contre ma triste maison de Paris ou
-quelque coin de grenier à Versailles, où je serais continuellement
-tracassé, persécuté et vilipendé[512].»
-
-Ce mariage pour M. d’Agénois, était-ce celui auquel faisait allusion,
-six mois auparavant, Mᵐᵉ d’Aiguillon, en ces termes: «Il n’est
-nullement question du mariage de mon fils, et moins encore avec Mˡˡᵉ de
-Polignac[513] qu’avec personne. Je n’y ai jamais pensé. Chabrillan m’en
-a parlé quand il est venu ici, et, pour toute réponse, nous lui avons
-dit que nous n’y songions pas».
-
-Il s’agissait cependant de Mˡˡᵉ de Polignac. On en avait discrètement
-causé.
-
-Mais le bruit avait fait du chemin; et la _Correspondance secrète_ le
-recueillait prestement pour le servir à ses abonnés en mars 1779.
-
-Le projet de mariage entre le comte d’Agénois et la fille de la comtesse
-Jules de Polignac avait été amorcé, prétendait la petite gazette, par la
-comtesse de Maurepas dans l’intérêt de son neveu et de son mari.
-
---Mon fils est bien jeune, avait objecté le duc d’Aiguillon, mais la
-volonté de la reine sera la mienne.
-
-En tout cas, remarquait le rédacteur de la feuille satirique, dont nous
-avons signalé déjà l’âpre hostilité contre le duc, le futur beau-père de
-Mˡˡᵉ de Polignac ne mettait pas beaucoup d’empressement à la prendre
-comme bru. C’était évidemment la tactique de ce soi-disant désabusé des
-ivresses du pouvoir, et c’était aussi un acte de soumission aux ordres
-de la reine, marque de déférence dont le bon apôtre pouvait espérer
-tirer quelque profit.
-
-Les négociations se prolongèrent quelque temps encore, mais les ennemis
-de d’Aiguillon y coupèrent bientôt court en faisant agréer au roi le
-mariage de Mˡˡᵉ de Polignac avec le comte de Gramont, fils du duc[514].
-
-La comtesse de Maurepas, qui s’était vraisemblablement entremise pour
-son petit-neveu, ne se découragea pas: travailler pour le jeune
-d’Agénois, c’était travailler pour le duc d’Aiguillon. Elle fit tenter,
-par des tiers, une démarche à Marly auprès de Marie-Antoinette: le comte
-était en âge de se marier; mais il faudrait, pour favoriser cet
-établissement, que son père eût la liberté de reparaître à la Cour.
-
-La reine manda immédiatement au château M. de Maurepas et lui déclara,
-en toute franchise, qu’elle ne saurait se rendre aux désirs de la
-comtesse. Elle ne voulait revoir de sa vie M. d’Aiguillon. Mais, en
-somme, le duc avait-il besoin «d’aller à la Cour» pour marier son fils?
-Ce n’était pas qu’elle eût la moindre prévention contre ce jeune homme:
-au contraire, elle l’accueillerait avec bienveillance, quand il lui
-serait présenté, ne voulant pas l’envelopper dans la disgrâce
-paternelle. En même temps Marie-Antoinette couvrait de fleurs Maurepas.
-Le ministre, dûment chapitré par sa femme, insistait dans l’intérêt de
-son neveu; mais il fut bien vite éconduit[515].
-
-Le jeune coquebin était donc réservé à d’autres hyménées; mais il se
-souvint plus tard de la conférence et de bien d’autres humiliations qui
-devaient passer par-dessus la tête de son père pour l’atteindre.
-
-
-
-
-XXII
-
- _Illusions d’un ministre tombé: plan fantastique.--Le troisième
- mariage du maréchal de Richelieu: vengeance filiale.--L’année des
- évêques.--Oraison funèbre de Mᵐᵉ de Gisors et de M. de la
- Vallière.--Débuts dans le monde d’Armand, comte
- d’Agénois.--Félicitations réciproques de d’Aiguillon et de
- Balleroy.--La chasse aux pintades et la «Dédicace» de la
- comédie.--Nouvelle saison du duc à Bagnères: ses pertes énormes au
- reversi.--Nouveaux projets de mariage pour le comte
- d’Agénois.--Commérages mondains._
-
-
-Il est certain qu’en 1779 un grand effort fut tenté pour enlever haut la
-main le rappel du duc d’Aiguillon à la Cour. La Correspondance de
-Mercy-Argenteau le dit assez; et nous en trouvons encore la preuve dans
-les _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, qu’il faut évidemment consulter
-avec prudence, mais dont les assertions sont souvent corroborées par des
-documents officiels.
-
-Un moment, le duc crut si fermement au succès qu’il envoya un courrier à
-son intendant pour lui réclamer dans le plus bref délai les fourrures de
-la duchesse et pour lui faire commander une provision de vin[516].
-C’était toujours Maurepas qui dirigeait la manœuvre; mais les _Mémoires_
-ne parlent pas de sa femme; ils prétendent que l’unique Eminence grise
-du ministre est un conseiller de Grand’chambre, M. d’Amécourt, ami de
-Mᵐᵉ de Forcalquier, «la seule des nombreuses maîtresses de d’Aiguillon à
-qui il ait accordé quelque confiance[517]».
-
-Or, le retour de l’exilé était machiné comme un scénario de comédie:
-dialogue entre le roi, la reine et Maurepas; monologue de Louis XVI;
-puis scène finale consacrant l’abandon par Marie-Antoinette de ses
-préventions.
-
-C’est bien imaginé comme fantaisie; mais, le plan d’un nouveau ministère
-pour 1780, consécutif à cette intrigue de théâtre et tel que l’exposent
-les _Mémoires_, se rapproche beaucoup plus de la vraisemblance. On
-dirait une réplique de la prétendue conversation qui s’était engagée
-entre Maurepas et son neveu, quand celui-ci avait dû quitter Paris après
-la revue du Trou-d’Enfer.
-
-Aux termes de cette combinaison[518], d’Aiguillon était rappelé au
-Conseil. Le neveu devenait alors le coadjuteur de l’oncle et «ferait
-tout», pendant que M. de Maurepas irait donner à manger à ses carpes. M.
-d’Aiguillon démontrerait au roi la nécessité d’étayer «la machine qui
-croule»; et le prince lui répondrait: Vous n’en aurez que plus de
-gloire; M. de Maurepas a fait ce qu’il a pu.
-
-L’auteur du plan, après avoir jonglé avec toutes ces chimères, serre de
-plus près son argumentation. Il est hors de doute, dit-il, qu’avec les
-emprunts et le gaspillage dont souffre l’État, «le royaume va à sa
-ruine». Pourquoi la reine veut-elle écarter l’homme qui ferait succéder
-l’ordre à cette anarchie? Nul ne connaît mieux l’administration. Et quel
-autre ministre pourrait-on lui préférer? Le cardinal de Bernis? Il
-préfère rester à Rome. Choiseul? Il inspire au roi une antipathie dont
-ce prince ne reviendra jamais. Marie-Antoinette, au lieu de s’occuper
-d’affaires, serait chargée du «département des beaux-arts et des bonnes
-œuvres»... Que la reine fasse terminer le Louvre; qu’on y trouve un
-_Muséum_ préférable à ceux d’Italie. Les tableaux sont «cubiquement
-empilés» dans le dépôt de Versailles; et les marines de Vernet
-deviennent la proie des rats dans les combles du Luxembourg[519].
-
-Or, Marie-Antoinette, que sa mère tenait toujours en haleine par
-l’intermédiaire de Mercy-Argenteau, n’était pas femme à se désintéresser
-de la marche des affaires. Et ses entours ne l’eussent pas permis. Elle
-avait signifié catégoriquement à Maurepas qu’elle ne voudrait voir de
-sa vie M. d’Aiguillon. Il était donc impossible de lui imposer la
-présence du «coadjuteur», ce personnage providentiel qui allait «tout
-remettre en état».
-
-Celui-ci dut être avisé confidentiellement de l’échec d’une manœuvre
-qu’il était censé ignorer. En tout cas, pour ne pas démentir l’apparente
-fermeté de son attitude, et surtout pour obéir à un sentiment de
-bouderie difficilement avouable, d’Aiguillon s’obstina à passer encore
-près de trois années loin de Paris, dans un séjour que d’ailleurs
-l’ingéniosité de sa femme rendait chaque jour plus vivant, plus animé,
-plus délectable.
-
-«... Nos santés, écrit la duchesse, vont assez joliment dans ce moment;
-et nous ne sommes occupés que de bals, de comédies. Hier, il y a eu bal;
-aujourd’hui on joue la _Métromanie_, suivie de la _Servante
-justifiée_[520] et d’un ballet-bouffon de la composition de mon fils,
-demain bal et après souper[521].»
-
-Un événement mondain, s’il en fut, vint apporter un nouvel aliment,
-mais... des plus légers, à la conversation des hôtes du château: le
-mariage du maréchal de Richelieu (c’était le troisième) avec une jeune
-veuve, Mᵐᵉ de Roothe: le vieux galantin avait quatre-vingt-deux ans;
-mais il avait toujours de la vaillance. La légende veut qu’étant rentré
-à son hôtel après la bénédiction nuptiale, pour changer de vêtements, il
-ait jeté son cordon bleu sur le lit de grand apparat et dit à son valet
-de chambre:
-
---Va, le Saint-Esprit fera le reste.
-
-Mᵐᵉ d’Aiguillon ne semble pas très édifiée de cet appétit sénile: «Le
-mariage de M. de Richelieu m’a surpris, comme vous pouvez bien le
-croire; je suis fort aise qu’il ait bien pris dans le monde; je vous
-avoue que je craignais le contraire; je fais des vœux pour que le parti
-violent qu’il prend serve à faire le bonheur de ses dernières
-années[522]».
-
-Le duc, lui, plaint Fronsac «qui paiera chèrement le plaisir de son père
-de jouir pendant quelques années d’une compagne aimable et de vivre en
-meilleure compagnie[523]».
-
-Le malin vieillard avait cru faire pièce à son misérable fils; mais
-celui-ci se vengea odieusement, le Saint-Esprit ayant opéré contre toute
-attente; il soudoya une femme de chambre de la maréchale qui lui fit
-absorber, sans qu’elle s’en doutât, une boisson abortive[524].
-
-Richelieu ne connaissait plus d’obstacles: à l’exemple des jeunes maris,
-très fiers de montrer partout leur femme, il voulut promener la sienne
-dans son gouvernement; et la duchesse blâme cette nouvelle crânerie: «Je
-pense sur le voyage de M. de Richelieu tout comme Madame la maréchale;
-et je crois qu’un aussi grand voyage entrepris à son âge et pour un
-sujet tel que celui d’une nouvelle salle[525] peut paraître étrange. Je
-crois aussi que, vu les circonstances, il éprouvera à Bordeaux des
-désagréments de la part du Parlement et nommément du premier président
-avec lequel il est brouillé... Si quelqu’un peut le faire changer
-d’avis, ce ne peut être que Madame la maréchale qui a du crédit sur son
-esprit et qui le voit journellement».
-
-La duchesse est trop loin pour lui adresser des observations qui aient
-quelques chances de succès. D’ailleurs il est fermement résolu à
-entreprendre son voyage puisqu’il vient d’informer M. d’Aiguillon de son
-itinéraire: il passera par Lyon où «il a demandé un logement à
-Flesselles», prendra le chemin du Languedoc pour s’arrêter à Aiguillon
-et, de là, se rendre à Bordeaux[526].
-
-Cependant la duchesse s’est fait un cas de conscience d’écrire à son
-cousin: «... Je n’espère pas qu’il se rende à mes représentations,
-puisqu’il a résisté à celles de sa femme, qui a plus d’empire que moi
-sur son esprit». Mais, s’il y persiste, «il ne prendra pas sa route par
-le Languedoc... parce que nous irons le joindre à Fronsac, pour lui
-éviter la peine de venir ici...[527]»
-
-Autrement, le maréchal eût trouvé au château d’Aiguillon nombreuse et
-brillante compagnie: les invités que nous connaissons déjà, puis le
-comte de Chabrillan «gras comme un moine et frais comme une rose», et
-l’évêque de Bayeux «bon et honnête homme» depuis longtemps attendu[528].
-
-Car cette année aurait pu s’appeler l’année des évêques: les châtelains
-en reçurent plusieurs. Le duc avait su conserver la dilection du clergé
-qui l’avait toujours considéré, et pour ses attaches avec le Dauphin,
-père de Louis XVI, et pour les outrages dont l’abreuvaient toujours
-parlementaires et philosophes, comme un des plus solides défenseurs de
-l’Église.
-
-C’étaient encore, parmi les prélats si bien accueillis à la petite Cour
-de l’ancien ministre: l’évêque de Vendôme qui aura, l’an prochain, la
-visite des amphytrions quand ils iront en Touraine[529]; l’évêque de
-Condom, «tout triomphant d’avoir gagné son procès», qui les attend à sa
-maison de campagne[530]; Monsieur de Verdun «qui mange et boit comme de
-coutume[531]» et qui doit être, avec Mᵐᵉ d’Aiguillon marraine, le
-«parrain» pour le mariage de la fille d’un métayer: «Vous voyez Monsieur
-le chevalier, que ni les changements de ministres, ni les nouvelles
-publiques ne nous dérangent de nos occupations champêtres[532]».
-
-Ce qui n’empêche pas la bonne duchesse de gloser tout à son aise sur les
-nouvelles qui lui parviennent et dont Balleroy est assurément avisé:
-telles la mort de Mᵐᵉ de Gisors et de M. de la Vallière: «la première
-mérite les regrets de ceux qui l’ont connue; car, quoique dévote et
-sévère, elle était on ne peut pas plus vraie: je n’ai jamais, dans aucun
-temps, ni circonstance, eu qu’à me louer d’elle. Quant au deuxième, il
-sera oublié aisément, à moins que l’on ne regrette un tripot de jeu de
-plus dans Paris[533]».
-
-En ce moment, une grave question préoccupait chez Mᵐᵉ d’Aiguillon, et la
-mère, et la grande dame: les débuts de son fils. Armand, comte
-d’Agénois, était entré dans sa vingtième année: si le père ne le
-trouvait pas suffisamment dégourdi, la mère signalait en lui une âme
-d’artiste. Mais, jadis, l’éducation d’un jeune gentilhomme exigeait des
-connaissances un peu plus étendues; et l’avenir d’un futur d’Aiguillon
-ne pouvait se borner à l’horizon trop restreint des collines de
-l’Agénois. Quatre années auparavant, au plus fort de la disgrâce,
-l’intermédiaire inconnu, de qui nous avons cité la longue et curieuse
-lettre, y mettait ce post-scriptum: «J’avais oublié de vous dire que M.
-de Maurepas m’avait beaucoup parlé de M. d’Agénois: il me dit que votre
-intention était de rester à Aiguillon; mais sans doute vous ne garderiez
-pas toujours cet enfant auprès de vous». L’invite était évidente. Nous
-ne voyons pas que les parents l’aient relevée.[534]
-
-Mais, dès le commencement de l’année 1780, le duc avait obtenu pour son
-fils la survivance des chevau-légers[535]. Et, probablement, Maurepas,
-qui avait gardé dans sa mémoire les promesses de la reine à l’adresse du
-jeune d’Agénois, dut insister auprès de son neveu et de sa nièce pour
-que leur fils fût présenté à la Cour[536]. C’eût été folie que de
-bouder encore pour le compte et au détriment de M. d’Agénois. La
-grand’tante dut évidemment le recevoir à Pontchartrain, l’interroger et
-commencer son éducation de courtisan. Peut-être revivrait-elle un jour
-dans la personne de ce dernier descendant mâle des La Vrillière et des
-Plélo. Et sans doute le débutant répondit aux espérances de Mᵐᵉ de
-Maurepas, car sa mère le laisse entendre à Balleroy, mais sur un ton
-aigre-doux, qui reflète l’arrière-pensée, amère et revêche, du
-politicien évincé: «On lui (à son fils) a su gré de n’être pas de la
-plus grande maussaderie... On s’imaginait qu’un homme de son âge qui,
-depuis cinq ans, était dans le fond d’une province, devait être une
-espèce de petit sauvage... Et ma tante m’a mandé sérieusement que ce qui
-l’avait le plus surpris, c’est qu’il était très bien élevé. Elle avait
-oublié sûrement qu’il l’avait été par son père, qui a bien autant qu’un
-autre ce qu’il faut pour cela[537]».
-
-De son côté le duc avait répondu aux félicitations de Balleroy pour la
-survivance, par des compliments qui visaient le nouveau grade acquis par
-le chevalier: cette distinction autorisait le bénéficiaire à postuler un
-gouvernement ou tout au moins une «grâce pécuniaire». Mais d’Aiguillon
-eût regretté de le voir partir pour «les guerres d’outre-mer».
-Décidément, il n’était pas «Américain», ainsi qu’on appelait alors les
-amis des «insurgents»[538]. Vers la fin de l’année, il reparlait à
-Balleroy de son différend, qui n’était pas encore terminé, avec le duc
-de Fitz-James, et témoignait son mécontentement de «la plate et
-indécente contestation» qui lui était opposée. Ce n’était pas pour
-réclamer l’intervention du chevalier (il ne demandait peut-être pas
-autre chose) mais pour que son porte-parole fût édifié sur la conduite
-de Fitz-James[539].
-
-Afin de n’en pas perdre l’habitude, la duchesse continue à entretenir
-son correspondant de ces menus détails, petites anecdotes et grands
-embellissements, qui furent de tout temps l’accompagnement obligé de la
-vie de château.
-
-A quelques «chiffonnages près», M. d’Aiguillon va bien; quant à elle,
-«on dira bientôt, comme la princesse de Talmont, qu’elle a une santé
-ignoble[540]». Plus tard, le duc se trouvera pris d’une «forte fonte de
-cerveau». Aussi a-t-il «une grande et grosse perruque à trois marteaux
-qui lui fait la tête la plus ridicule. Comme elle est pareille à celle
-de M. de la Vrillière, je prétends que c’est un effet de sa succession
-qu’il s’est approprié. Comme il en est presque quitte, il nous flatte de
-reprendre bientôt ses cheveux à l’ordinaire».
-
-Innocente plaisanterie digne d’inspirer un livret d’opéra-bouffe dans le
-genre de ceux qu’élaborait le jeune M. d’Agénois!
-
-Entre temps, Mᵐᵉ d’Aiguillon pensait au plaisir favori du chevalier:
-«Quand vous viendrez, je vous ménage une chasse fort agréable, c’est la
-chasse aux pintades; j’en ai 80 lâchées et nées dans les îles, qui,
-l’année prochaine, peupleront même beaucoup et se reproduiront partout.
-On les chasse comme des perdrix; et elles deviennent sauvages très
-aisément. Ces 80 là sont les produits de 8 paires... C’est fort joli à
-voir; elles vont par petites troupes de 8 à 10...»
-
-Les travaux d’agrandissement et d’amélioration se poursuivaient, à peine
-interrompus par la pluie: des constructions nouvelles s’élevaient: «on
-commence les communs, on achève la Comédie[541]».
-
-La _Comédie_! c’était la grande affaire. La duchesse avait trouvé pour
-son mari la distraction par excellence:
-
-«Je suis, en ce moment, écrit le duc, très occupé de ma salle de
-spectacle, dont nous devons faire l’ouverture le 31. Elle est réellement
-très belle: et je suis persuadé qu’elle aura le succès le plus complet
-et que vous en serez content, lorsque vous la verrez: ce qui ne sera
-jamais aussi tôt que je le désire[542].»
-
-On devait l’inaugurer par le _Joueur_ et le _Babillard_[543]. Mais cette
-«dédicace[544]», comme l’appelle Mᵐᵉ d’Aiguillon, fut reculée jusqu’au
-milieu de janvier. Le même mois, le second spectacle se composa de la
-_Métromanie_ et des _Chasseurs et la Laitière_[545]. La duchesse répète
-le mot de son mari: «Vous serez content de la salle: elle est belle et
-dans le genre noble». Le duc y revient pour la troisième fois: «Notre
-nouvelle salle de spectacle a eu le plus grand succès. Elle fait
-l’admiration de toute la province. Elle est effectivement belle,
-agréable et commode. Il est vrai qu’elle m’a coûté un peu cher, mais
-elle est payée et je n’y pense plus[546]». Et, à propos de tous ces
-divertissements, comédies, concerts, bals, qui se succèdent au château,
-le maître du logis a un de ces mots topiques où perce la mélancolie de
-l’ambitieux rêvant d’autres plaisirs et d’autres jouissances: «Mon fils
-se croit au comble du bonheur et n’imagine pas qu’on puisse être plus
-heureux qu’il l’est». Mais si, doit penser intérieurement le père, quand
-on détient seul le pouvoir.
-
-Le théâtre vient de fermer sur une «superbe» représentation: celle de
-_Mazet_ et des _Vacances du procureur_, suivie d’un non moins «superbe»
-ballet. Et la duchesse annonce une grande nouvelle à Balleroy: elle se
-décide à faire le voyage de Paris avec son fils en avril ou en mai. Or,
-comme elle tient à voir le chevalier pendant le mois qu’elle doit rester
-dans la capitale, elle le prie d’ajourner à l’automne sa villégiature
-d’Aiguillon: «il verra ainsi les vendanges, chassera les petits oiseaux
-et les pintades; elle mandera tous les lièvres du pays; et c’est à
-Aiguillon la plus belle saison du monde[547]».
-
-Puis elle passe à d’autres sujets, continuant la conversation avec sa
-verve ordinaire, à bâtons rompus et sur ce ton de franchise dont elle
-ne saurait se départir.
-
-«... Je trouve que le Parlement s’est éveillé un peu tard sur le danger
-des jeux de hasard: il serait à souhaiter pour le bien des familles
-qu’ils y eussent pensé plus tôt; mais c’est le cas de dire qu’il vaut
-mieux tard que jamais. Il y a longtemps que M. de Genlis tenait tripot.
-Quant aux ambassadeurs, je doute qu’il soit du droit des gens de leur en
-laisser tenir: ce droit me semble bien dangereux[548].
-
-... Peu m’importe qui commande l’escadre, pourvu qu’il fasse bien; et je
-doute qu’il y en ait un de meilleur que M. d’Estaing[549].»
-
-Mᵐᵉ d’Aiguillon avait, avant tout, les sentiments d’un «citoyen», comme
-on disait alors: «... Je désire que les changements qu’il y a eu et que
-l’on dit qu’il y aura encore dans le ministère soient pour le mieux. Je
-ne prends intérêt, comme bien vous savez, ni aux partants, ni aux
-arrivants, ni même aux demeurants: je ne souhaite que la prospérité et
-le bien de l’État[550].»
-
-L’imprévu et le pittoresque sont le charme de cette correspondance
-écrite à la diable: «Vous vous trompez, monsieur le chevalier, en disant
-que le maréchal de Tonnerre n’a pas de maladie: il en a une incurable
-qui est quatre-vingt-quatorze ans. Je ne me soucie pas d’aller à cet
-âge; mais je souhaite que certain Lorrain, de vos amis, y parvienne. Il
-en prend le chemin. Adieu, monsieur le chevalier; c’est au milieu de
-douze ou quinze vases, ou pots de fleurs, que je vous assure de la
-sincérité, etc...[551]»
-
-Le duc est plus posé, plus compassé, plus solennel. Il n’a pas encore
-dépouillé complètement le vieil homme, nous voulons dire le ministre.
-Reparlant de son différend avec M. de Fitz-James, il informe Balleroy
-que le duc a reconnu «l’absurdité des prétentions de son fils et
-l’indécence des procédés de son homme d’affaires»; et le conflit s’est
-terminé par un échange de «mots d’honnêtetés[552]».
-
-Mais l’heure du départ a sonné pour les deux voyageurs; et la duchesse
-l’annonce, le 20 avril, au chevalier qui est de passage à Paris. Elle le
-prie, en conséquence, d’aller faire un tour à l’hôtel de la rue de
-l’Université et de l’informer si la maison est en état de la recevoir.
-
-Quand la mère et le fils furent partis, le duc, qui était malade, se
-rendit, de son côté, sur les conseils de son médecin, à Bagnères. Le
-temps était si mauvais qu’il ne pouvait se promener; il s’en consolait
-au reversi, où il «perdait régulièrement 17 ou 18 sols, ce qui est
-énorme[553]». Le déplacement de sa femme avait pour but l’établissement
-d’Armand, comte d’Agénois. Un billet du père au chevalier énumérait les
-alliances qui lui semblaient sortables pour son fils:
-
-«Nous serions fort aises d’avoir Mˡˡᵉ d’Havré; et c’est de tous les
-partis auxquels nous avons songé celui qui nous conviendrait le mieux à
-tous égards. On a déjà fait quelques ouvertures à ce sujet, mais on a
-demandé du temps pour une réponse positive. Je ne suis pas également
-tenté de Mˡˡᵉ d’Harcourt à cause des ridicules de caractère et de figure
-de la grand’mère et de son fanatisme pour M. de Choiseul et de la
-passion effrénée du père pour le jeu. Vous raisonnerez de tout cela avec
-Mᵐᵉ d’Aiguillon; et nous en parlerons quand vous serez ici[554].»
-
-Déjà, le 25 février, le duc, à l’exemple de sa femme, avait prié
-Balleroy qui voulait, très affectueusement, l’accompagner à Bagnères, de
-remettre sa visite au mois de juillet; c’était le moment où «la
-brillante et bruyante compagnie» affluait au château. Et Mᵐᵉ d’Aiguillon
-serait de retour.
-
-Elle revint, en effet, avec son fils, sans avoir atteint le but que
-s’était proposé son mari. Mais cet échec ne l’avait pas autrement
-attristée: car elle écrivait au chevalier qui n’avait pu assister aux
-vendanges d’Aiguillon: «Nous faisons la cérémonie du baptême de la
-cloche de l’hôpital; et Mˡˡᵉ Massac, que vous connaissez bien, a invité
-tout ce qu’elle a pu trouver; nous y allons en grand _in fiocchi_; et la
-curiosité est grande et l’église petite[555]».
-
-L’entrain de la femme finit par gagner le mari; et ce sera aux dépens de
-ses hôtes, que le châtelain se mettra en gaîté: «Le comte de Chabrillan
-paraît enchanté de la réception que les carabiniers[556] lui ont faite.
-Il n’a jamais vu un corps aussi bien composé en officiers, hommes et
-chevaux; mais, comme il n’est jamais parfaitement content, il se
-désespère de ne pouvoir le mener à la guerre et gagner à sa tête le
-bâton (de maréchal).»
-
-Autre portrait... «Mᵐᵉ de Sérignac est arrivée ici pendant que nous
-étions chez l’évêque de Condom; et nous l’y avons trouvée établie. Elle
-m’a paru très enlaidie, ce que je ne croyais pas possible, mais du reste
-la même qu’elle était et nullement embarrassée avec nous. Son mari qui
-l’était venue chercher à Nérac et n’a pu parvenir jusqu’ici faute de
-chemise, l’a obligée de nous quitter plus tôt qu’elle ne l’avait
-projeté, mais elle nous a annoncé qu’elle reviendrait, dès qu’elle
-aurait rempli le devoir conjugal et satisfait les désirs violents de son
-cher époux[557].» Or, la dame ne revint pas: peut-être avait-elle été
-piquée des épigrammes de la galerie; mais le duc se consola de «ses
-rigueurs», le château étant abondamment pourvu de «filles et de
-femmes[558]».
-
-La duchesse était déjà repartie, depuis un mois, avec son fils, pour
-Paris. Le duc, qui en informait Balleroy, ajoutait que leur séjour ne
-s’y prolongerait pas, «Mᵐᵉ de Maurepas ayant sa société qui lui permet
-de ne pas avoir besoin de ses proches[559]». Au reste, disait le duc
-dans une autre lettre «ce voyage avait déplu à Mᵐᵉ d’Aiguillon autant
-qu’à moi, mais elle ne pouvait s’en dispenser[560]».
-
-Toujours cachottier et mystérieux, suivant son habitude, le
-correspondant de Balleroy ne donnait pas la moindre explication sur ce
-nouveau voyage, entrepris presque au commencement de l’hiver.
-S’agissait-il d’autres partis pour le comte d’Agénois? Ou les
-négociations précédentes avaient-elles repris faveur? Mᵐᵉ de Maurepas,
-toujours si dévouée aux intérêts de d’Aiguillon, avait-elle mal secondé
-ces projets d’union? En un mot, quels sujets de mécontentement le neveu
-pouvait-il avoir contre sa tante pour manifester à son égard autant
-d’aigreur? Et n’était-ce pas, de la part de l’exilé volontaire, la
-dernière des maladresses, à ce moment même où le vieux Maurepas
-disparaissait pour toujours?
-
-En effet le premier ministre de Louis XVI mourait à Versailles, le 21
-novembre 1781[561]. Quand le duc d’Estissac, ami du défunt, vint
-annoncer au roi, avec des larmes dans les yeux, le décès de Maurepas:
-«Si vous faites une grande perte, lui dit Louis XVI, j’en fais, moi, une
-bien plus grande». Mais l’influence de la comtesse, toujours si
-considérable auprès du roi, ne pouvait-elle survivre à l’homme d’Etat?
-
-Déjà, une année auparavant[562], et quelques jours après la mort de
-Marie-Thérèse[563], Mercy avait envisagé l’éventualité de celle de
-Maurepas et s’était préoccupé des candidats à une succession qui n’était
-pas encore ouverte. De sa propre autorité, il avait pressenti
-Marie-Antoinette à cet égard; et la princesse avait prié l’ambassadeur
-de lui chercher «un sujet qui lui convînt ainsi qu’à la chose... Je ne
-pourrais mieux m’en rapporter qu’à vous, lui disait-elle...».
-Proposition illusoire! gémit Mercy-Argenteau qui se défend d’accepter
-une telle responsabilité. «Sans cesse excité par la reine à lui dire ce
-qu’il pense, il est perpétuellement déjoué par des alentours que le goût
-immodéré de la dissipation rend nécessaires et qui par leurs
-importunités obtiennent les choses les plus absurdes... Timide et
-incertaine dans ses démarches», quand elle est livrée à elle-même,
-Marie-Antoinette devient entreprenante et active..., dès qu’elle est
-obsédée par sa société perfide et intrigante...»
-
-Ce diplomate, qu’une pénible expérience a rendu enfin clairvoyant et
-sage, est las d’une telle mobilité d’esprit qui tourne à l’incohérence:
-peut-être même a-t-il constaté que cette prétendue franchise, après tant
-de crises d’étourderie, masque une certaine dissimulation; et, dans son
-découragement, il laisse entendre à son ministre qu’il serait bien aise
-d’être remplacé.
-
-Quant à d’Aiguillon, toujours terré dans son domaine, il ne semble pas
-avoir regretté outre mesure son cher oncle, puisqu’il nous apparaît de
-si belle humeur, au milieu de cette foule de «filles et de femmes» qui
-le charment de leur présence.
-
-
-
-
-XXIII
-
- _Une «crillonnade».--La requête de «monsieur Lustucru».--Voyages à
- Paris de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Mission infructueuse de Balleroy auprès
- de Mᵐᵉ de Maurepas.--Entrée sensationnelle à Paris.--Les Espagnols
- devant Gibraltar.--Les travaux de Cherbourg.--Mᵐᵉ d’Aiguillon, la
- politique et les voleurs.--Une créance sur Mᵐᵉ Du Barry.--Mariage
- du duc d’Agénois avec Mˡˡᵉ de Navailles.--La petite vérole de Mᵐᵉ
- d’Agénois et les perdreaux de Ruel.--«Laïus est mort».--Le procès
- Linguet.--Morts successives du duc de Richelieu et
- d’Aiguillon.--Mercier devant les caveaux de la Sorbonne._
-
-
-A partir de 1782, la correspondance entre Balleroy et ses illustres amis
-devient plus rare. Le chevalier n’en reste pas moins l’«attentif» aux
-petits soins pour la duchesse, et l’homme de confiance de son ancien
-chef. Il en est toujours récompensé par les compliments les plus
-flatteurs, les billets les plus aimables, les invitations les plus
-pressantes aux tirés du domaine d’Aiguillon.
-
-Mais la duchesse est le plus souvent maintenant à Paris: il faut bien
-produire M. d’Agénois et ne pas négliger Mᵐᵉ de Maurepas. Et le duc,
-toujours mécontent et boudeur, sans vouloir le paraître, n’écrit que de
-loin en loin, soit pour se plaindre de sa tante, soit pour jouer au
-propriétaire surmené de besogne.
-
-Mᵐᵉ d’Aiguillon était rentrée au mois de janvier. Elle dit à Balleroy
-tout son bonheur de revoir son époux et de partager avec lui les
-devoirs de l’hospitalité. Ils ont en ce moment les évêques d’Agen, de
-Condom et de Couseran--la province mitrée--; et pour les divertir, ils
-leur donneront les _Caquets_ et le _Devin de village_[564]. Il était
-alors très bien reçu qu’on offrît à des prélats, sur un théâtre de
-société, la représentation de telle ou telle pièce en vogue.
-Beaumarchais, quand il protesta, vers la même époque, contre
-l’interdiction de son _Figaro_, disait qu’il l’avait fait jouer devant
-une «assemblée de prélats» qui en avait félicité l’auteur.
-
-Avant son départ pour Paris, Mᵐᵉ d’Aiguillon commente, suivant son
-habitude, une nouvelle qui lui arrive de la capitale et qui a trait à la
-guerre maritime engagée entre la France et l’Angleterre: «Il est
-certain, monsieur le chevalier, que le général Crillon nous a donné là
-une très bonne crillonnade et que, dans le temps qu’il n’était connu que
-pour cet amphigouri, on ne se serait pas douté qu’il dût si bien faire
-parler de lui. Je souhaite qu’il réussisse aussi bien à Gibraltar, si on
-l’y envoie...» Elle croyait d’ailleurs à une paix prochaine; et, après
-avoir rappelé tous les services rendus à l’Etat par son mari, annoncé
-l’affluence des habitués au château, elle terminait sur cette petite
-phrase: «Monsieur Lustucru, de grognante et de gourmande mémoire, vous
-présente requête pour lui apporter une provision de gimblettes et de
-croquignoles[565]».
-
-M. le chevalier disait connaître son Molière et pratiquer le fameux vers
-
- Jusqu’au chien du logis il s’efforce de plaire.
-
-Quinze jours après, le duc lui écrivait pour l’instruire de la gravité
-de ses occupations: les solliciteurs étaient si nombreux qu’il se voyait
-obligé de _sérier_, comme on dit aujourd’hui, ses invitations: nous
-relevons, entre autres noms, sur sa liste, ceux de Coniac, Saint-Aignan,
-d’Esterno, Tinténiac, beaucoup de noblesse de Bretagne[566], l’ancien
-«bailliage d’Aiguillon».
-
-Depuis le retour de sa femme au château--sans doute au printemps--le
-duc, visiblement tourmenté par les nouvelles qu’elle avait rapportées de
-Paris, avait chargé son confident d’une mission délicate auprès de Mᵐᵉ
-de Maurepas. La «négociation» avait été «malheureuse»; il n’en
-remerciait pas moins le négociateur: «Il est bien difficile, concluait
-d’Aiguillon, de persuader à des gens de leur âge, prévenus, opiniâtres
-et accoutumés au despotisme le plus absolu dans leurs famille et
-société, qu’ils ont tort». L’autoritarisme de Mᵐᵉ de Maurepas
-s’expliquait, étant donnée l’influence qu’elle avait toujours exercée
-sur l’esprit de son époux.
-
-Il s’agissait, ainsi que le laisse comprendre la lettre de d’Aiguillon,
-d’affaires d’intérêt; et les vieillards, même ceux qui ont, comme Mᵐᵉ de
-Maurepas, des trésors de tendresse pour leurs neveux, sont bien souvent
-intraitables sur les questions pécuniaires. Mais Mᵐᵉ d’Aiguillon, quand
-elle serait auprès de sa tante, reprendrait la conversation et saurait
-quelles étaient les exigences et les appréhensions de la vieille dame,
-«pourvu que celle-ci en parlât préalablement à M. Amelot[567]».
-
-Ce fut à cette époque que «Mᵐᵉˢ Du Barry» furent reçues au château. Mᵐᵉ
-d’Aiguillon y signale simplement leur présence, à propos d’un dîner
-donné pour l’évêque d’Agen[568]. Et quelques jours après, elle annonce
-au chevalier son départ, le 17 ou le 18, «si elle n’a la maladie à la
-mode (la grippe)», pour arriver à Paris le 22 ou le 23. Elle demande en
-même temps: «Que dites-vous de la prise de Gibraltar? Il faut convenir
-que M. de Crillon a eu une heureuse étoile[569]!» Une étoile bientôt
-éteinte! La nouvelle était fausse.
-
-Mais voici la duchesse aux portes de la «bonne ville». Son entrée ne
-laisse pas que d’y faire sensation:
-
-«Il n’y a que moi, je crois, qui arrive de 200 lieues, à pied, à Paris.
-C’est exactement ainsi que j’ai fait mon entrée. Une des petites roues a
-cassé net à Bourg-la-Reine, à cinq heures du matin, par un très vilain
-temps. Je n’en suis pas moins partie...»
-
-Vainement elle cherche un fiacre... déjà à cette époque!... Mais elle
-continue son chemin: «A huit heures, nous sommes arrivés avec mon fils,
-M. d’Abrieu, Mˡˡᵉ Delong (sans doute une femme de charge), mes chiens et
-moi, à la barrière où je harangue le commis de l’octroi pour qu’il
-n’arrêtât pas ma voiture. Il m’a d’abord pris pour fort mauvaise
-compagnie»; et l’éloquence de la voyageuse eût été sans doute en pure
-perte sans la croix du chevalier d’Abrieu et l’uniforme du comte
-d’Agénois.
-
-Mᵐᵉ d’Aiguillon écrit du jardin de Madrid où demeure sa tante: «Nous
-avons tous les soirs, et même à dîner, les courtisans désœuvrés de la
-Muette[570]». Elle annonce le bruit du jour, la banqueroute du prince de
-Guéméné: «On dit qu’il emporte 28[571] millions. La maison de Rohan a
-toujours voulu trancher du souverain; dans cette occasion, ce n’est pas
-du bon côté; elle et les siens y sont pour la forte somme[572].»
-
-Elle est retournée à Paris, dans son hôtel, d’où elle écrit à Balleroy
-que le démon de la chasse entraîne un peu partout: «J’ai voulu, monsieur
-le chevalier, vous laisser le temps de détruire tout le gibier de la
-terre où vous êtes, pour ne prendre pour vous écrire que le moment où je
-vous crois fatigué de carnage. Ne les tuez pas tous; laissez-en pour
-renouveler vos plaisirs pour l’année qui vient». Et, sans plus de
-préambule, la narratrice défile son chapelet de nouvelles: «On vous a
-mandé que les Espagnols avaient pris ce généreux parti vis-à-vis les
-Anglais; ils les ont laissé passer tranquilles, à leur barbe, jeter neuf
-vaisseaux dans le port de Gibraltar, faire une promenade dans la
-Méditerranée[573]». Elle note les impressions de la population
-parisienne en présence d’une campagne menée avec autant d’incapacité et
-d’inertie, et passe, sans autre transition, à des affaires d’ordre
-privé. Malgré les «mots d’honnêteté» échangés entre M. d’Aiguillon et M.
-de Fitz-James, celui-ci est encore à payer les dettes de son fils. Puis
-la duchesse parle théâtre: «Les nouvelles des spectacles, dont vous
-jugez bien que je suis plus instruite par mon fils que par moi, sont
-qu’il y a eu hier aux Italiens deux pièces nouvelles, que toutes deux
-sont tombées à plat, avec justice, ce dit-on[574]».
-
- * * * * *
-
-La correspondance de 1783 est en déficit. Celle de 1784 se réduit à
-trois lettres. Mais nous y découvrons cet intéressant détail que le duc
-d’Aiguillon a renoncé enfin à son splendide isolement. Il est revenu à
-Paris; et il en écrit au chevalier qui, lui, n’y est plus: «Le duc
-d’Harcourt (gouverneur de la Normandie) mettra sûrement du zèle, de
-l’activité et de l’économie dans la direction des travaux de Cherbourg;
-mais, à en croire la marine, la réussite est physiquement impossible; et
-tout l’argent qu’on y emploiera est inutilement perdu; je souhaite
-qu’ils se trompent et ce ne sera pas la première fois[575]». D’Aiguillon
-voyait encore Mᵐᵉ de Maurepas; car il dit l’avoir ramenée de la Comédie
-à sa maison de Madrid.
-
-Le chevalier était sans doute à Balleroy, dans le château ancestral; car
-Mᵐᵉ d’Aiguillon lui écrit sur le ton moqueur qui lui est propre: «_Votre
-province_ est dans ce moment favorisée du ciel, puisqu’elle possède Mᵐᵉ
-de Flamarens et tous ses charmes, Mᵐᵉ Seguin (?) et toutes ses grâces,
-Mᵍʳ l’archevêque de Bourges et toute sa sueur[576]».
-
-Vers la fin de l’année, elle se décide à faire le voyage de Ruel, une
-terre qu’elle n’aime pourtant pas, disait jadis la grosse duchesse. Elle
-y va «prendre des alignements pour des plantations». Les promenades sont
-belles et le parc regorge de lapins (ceci à l’intention du chevalier),
-et brusquement: «Je ne vous parlerai pas politique, 1º parce que je n’y
-entends rien, 2º parce que cela m’ennuie. Je ne vous parlerai pas plus
-de voleurs, quoiqu’on en raconte de superbes histoires[577]».
-
-Par une coïncidence assez curieuse, Mᵐᵉ Du Barry, qui avait précisément
-passé à Ruel les premières heures de sa déchéance, réglait, dans cette
-même année 1784, ses comptes avec M. d’Aiguillon. Le roi venait de
-rembourser les millions qui étaient dus à l’ancienne maîtresse de Louis
-XV. Mᵐᵉ Du Barry paya donc au duc 227.000 livres qu’il lui avait prêtés
-sous le nom de Binet de Beaupré. Il avait même fait opposition pour le
-montant de cette somme sur toutes les valeurs appartenant à
-l’ex-favorite. Et M. Vatel en déduit cette assertion, un peu aventurée,
-que si M. d’Aiguillon avait été réellement l’amant de la Du Barry, il
-n’aurait pas exercé une aussi rigoureuse répétition[578].
-
- * * * * *
-
-Le dossier Balleroy ne contient également, pour l’année 1785, que trois
-lettres des d’Aiguillon; et ce sont les dernières. Elles nous apprennent
-un nouvel événement survenu dans la famille, événement qui lui permet
-d’espérer qu’elle ne s’éteindra pas du côté mâle: le duc d’Agénois[579]
-s’est marié avec Mˡˡᵉ de Navailles. Mais le jeune ménage a cependant
-éprouvé une déception: «Mᵐᵉ d’Agénois n’est plus grosse: elle en a pris
-tout de suite son parti». Son médecin l’a trouvée en bon état. «En
-conséquence, elle a été inoculée[580] hier matin. Elle est établie au
-Gros-Caillou. M. d’Aiguillon y passe toutes les journées; et son mari
-est établi avec elle: elle est très contente et jamais il n’y a eu un
-tel zèle... Je l’ai vu partir (sans doute de l’hôtel d’Aiguillon) avec
-attendrissement, mais je me suis bien gardée de le faire paraître[581]».
-
-A son tour, le duc tient son ami au courant de la santé de sa bru, dont
-il estime que «le caractère s’est un peu plus développé». Veut-il dire
-(car c’est toujours le même homme de qui l’allure, le geste et la parole
-sont volontiers énigmatiques), veut-il dire que la nouvelle duchesse
-d’Agénois est moins sotte?... En tout cas l’inoculation a réussi: la
-jeune femme ne sera pas marquée. Mais il a eu encore d’autres
-tracasseries: le procès des Langeac (les bâtards de La Vrillière) sera
-prochainement jugé; la santé de Mᵐᵉ de Maurepas est dérangée et il part
-pour Madrid. Puis il tympanise le beau-père de son fils. Comme il attend
-Balleroy pour chasser les perdreaux de Ruel, il tâchera de les lui
-conserver «contre la rage de M. de Navailles qui, entre mille
-prétentions, a celle d’être un grand chasseur: il n’a pas celle d’être
-un bon père, à peine a-t-il vu sa fille dans sa maladie quoiqu’il dise
-l’aimer à la folie[582].»
-
-Mᵐᵉ d’Aiguillon était restée depuis quelque temps à Madrid auprès de sa
-tante. Elle n’en est pas moins à l’affût des nouvelles et fait part au
-chevalier de son butin:
-
-«Je ne vous parle pas seulement de la mort de notre voisin de
-Touraine[583]:
-
- _Laïus est mort; laissons en paix sa cendre_.
-
-Vous savez que c’est M. Du Châtelet qui est exécuteur testamentaire.
-S’il trouve moyen de payer ses dettes[584], je le tiens bien habile.
-
-On dit qu’elles iront à huit millions...
-
-La reine vient mardi à Paris et doit aller à l’Opéra et le soir voir les
-illuminations[585]. Vous ne serez pas fâché d’apprendre que
-l’ambassadeur d’Espagne tira hier un feu d’artifice sur le toit de sa
-maison, ce qui effraya un peu ses voisins, surtout M. de la
-Reynière[586].»
-
-Ainsi l’adversaire acharné, l’ennemi implacable du duc d’Aiguillon,
-Choiseul, qui, renversé par lui, avait réussi à l’abattre à son tour,
-était mort, sans avoir pu remonter au pouvoir, malgré l’appui, non
-dissimulé, de Marie-Antoinette. C’est qu’il était aussi odieux au roi
-que d’Aiguillon l’était à la reine. Non pas que Louis XVI ait jamais
-partagé contre Choiseul la prévention de certain parti qui le
-représentait, suivant une note de Soulavie[587], comme _l’e.d.s.p._,
-(_l’Empoisonneur de son père_), c’est-à-dire du Dauphin, fils de Louis
-XV. Le roi, très dévot, éduqué par M. de la Vauguyon[588] et Mesdames,
-ne pardonnait pas à Choiseul d’avoir été l’amant de la Pompadour, de
-même que son vrai grief contre d’Aiguillon était la liaison du ministre
-avec la Du Barry.
-
-Le duc retourna-t-il jamais dans ce domaine qu’il avait habité pendant
-près de huit années consécutives, qu’il avait amélioré, embelli et qui,
-grâce à l’habile gestion d’une femme d’un dévouement infatigable, lui
-avait permis de tenir une petite cour, moins brillante, il est vrai, que
-celle de Choiseul, mais digne de son nom et de sa maison?
-
-Nous ne voyons nulle part qu’il ait repris le chemin d’Aiguillon. Et il
-n’en eut certes pas la pensée. Il était maintenant à Paris et l’espoir
-lui était revenu en y fixant désormais ses pénates. Pourquoi ne
-serait-il pas plus heureux que Choiseul, maintenant surtout que ce
-formidable adversaire avait disparu?
-
-Tombé du pouvoir, l’ambitieux, fût-il doué d’une perspicacité géniale,
-s’illusionne toujours plus que personne. Il ne tient compte ni des
-leçons du passé, ni des contingences futures. Il se croit victime des
-injustices humaines, mais trop indispensable à la marche des affaires
-pour ne pas obtenir un jour ou l’autre une éclatante réparation.
-D’Aiguillon n’avait-il pas, dans sa propre famille, un exemple de ces
-retours inespérés de la fortune? Maurepas, son oncle, après une disgrâce
-qui avait duré plus d’un quart de siècle, n’était-il pas mort, les mains
-au gouvernail?
-
-La vie que traîna désormais d’Aiguillon, toujours malade, soit à Paris,
-soit à Ruel, n’a pas assez occupé l’Histoire, pour qu’elle ait gardé les
-moindres traces des faits et gestes du politicien déchu, pendant les
-trois ou quatre années qui précédèrent sa mort. Les Mémoires du temps
-citent à peine son nom: encore cet éphémère souvenir n’est-il qu’un
-vague écho de l’interminable procès que soutenait le duc contre Linguet.
-L’attitude du grand seigneur vis-à-vis du publiciste ne s’était pas
-modifiée. Cet orgueil, renforcé de mépris, voulait ignorer le faquin
-qui, se croyant insuffisamment payé pour ses peines et services, osait
-attaquer un descendant du grand cardinal devant le Parlement. Le
-journaliste, si âpre dans ses revendications, après s’être montré si peu
-scrupuleux comme avocat, n’était guère intéressant; mais le duc et pair
-qui apportait à défendre ses louis un tel esprit de chicane, l’était-il
-davantage? En tout cas, Linguet n’était pour lui qu’une _espèce_ et sa
-réclamation une fadaise. Dans leur correspondance avec Balleroy, ni le
-duc, ni la duchesse ne soufflent mot d’un procès qui défraya si
-longtemps les conversations de la Cour et de la Ville.
-
-Persuadé que d’Aiguillon l’avait fait rayer du barreau, le 11 février
-1774, par un arrêt du parlement Maupeou, Linguet entendit lui imputer la
-responsabilité de toutes ses disgrâces. L’occasion lui parut favorable,
-en 1786, une fois que le duc fut rentré à Paris, de lui intenter un
-procès. Marie-Antoinette en tressaillit de joie. Et alors que, forçant
-l’entrée de la grand’chambre, à la tête de 300 avocats nouvellement
-inscrits, Linguet prononçait, au milieu d’une foule immense, une
-plaidoirie triomphale, des amies de la reine notaient fidèlement tous
-ces incidents d’audience que la malignité publique allait appuyer de si
-perfides commentaires.
-
-Linguet était-il si convaincu de la bonté de sa cause? On dit qu’à son
-heure dernière, presque sur les marches de l’échafaud, il reconnut ses
-torts envers d’Aiguillon.
-
-Il en est de certaines existences officielles, qui furent longtemps
-agitées et tumultueuses, se répandant au loin, soumises aux fluctuations
-les plus diverses de l’opinion et ballottées par les souffles les plus
-contraires, comme de ces grands fleuves qui, après un cours souvent
-contrarié par les résistances du sol et par les lois de la nature, se
-perdent et disparaissent pour ainsi dire avant de s’abîmer dans la mer.
-Quand d’Aiguillon mourut le 1ᵉʳ septembre 1788[589], il était déjà bien
-oublié dans la mémoire des hommes. Le _Journal de Paris_ n’enregistra
-son décès que le 4, et la _Gazette de France_ n’en parla seulement que
-le 9. Son cousin, le maréchal duc de Richelieu, l’avait «précédé de
-trois semaines, dit Mercier, dans les caveaux de la Sorbonne». Tous deux
-«rejoignaient ainsi le fameux ministre qu’ils avaient voulu singer».
-Résumant le rôle de chacun au XVIIIᵉ siècle, le chroniqueur philosophe
-ajoutait: «Nous devons nos mœurs modernes au duc (de Richelieu) et la
-nouvelle fermentation politique à l’ancien commandant de Bretagne: sans
-le duc de Richelieu mon _Tableau_ aurait eu certainement d’autres
-couleurs». Et comme ce précurseur du romantisme, disciple convaincu de
-Rousseau, ne manque jamais une occasion de chevaucher le trépied
-sybillin, il conclut sur cette prosopopée que n’eût pas désavouée son
-illustre maître:
-
-«Sainte et véridique histoire, quand je voudrai t’écrire, je me
-transporterai à la porte du caveau de la Sorbonne: et là, j’interrogerai
-de mon mieux les singuliers personnages qu’elle renferme; et que
-sait-on? si en faveur de mon amour pour la vérité, leurs voix ne me
-répondraient pas[590].»
-
-La duchesse d’Aiguillon, dans cette lugubre solitude, avait trouvé des
-accents d’émotion plus sincères et d’expression moins ampoulée: il est
-vrai qu’elle parlait, en mère et en fille désolée, devant les tombes
-encore récentes de «ce qu’elle avait aimé le plus au monde».
-
-
-
-
-XXIV
-
- _Effacement de la duchesse d’Aiguillon pendant plusieurs
- années.--Rôle de son fils au commencement de la
- Révolution.--Prétendues représailles contre la reine.--Le fils et
- la mère émigrent.--Rentrée en France de la duchesse.--Son
- incarcération.--Le 9 thermidor sauve Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Vente et
- liquidation des propriétés du duc pour désintéresser les
- créanciers.--La duchesse se retire à Ruel pour exploiter la
- propriété.--Heures difficiles.--Deux lettres du baron de Scheffer._
-
-
-La figure de la duchesse, qu’on avait jusqu’alors perçue dans l’ombre de
-d’Aiguillon, s’efface, après la mort de celui-ci, pendant plusieurs
-années. Elle ne reparaît, pour fuir définitivement quinze mois après,
-que dans une correspondance de l’étranger et encore à l’état de reflet:
-car les lettres où nous la retrouvons ne sont plus de la duchesse, mais
-d’un ami aussi fidèle et aussi empressé que l’avait été Balleroy, de son
-vivant.
-
-Quelle détermination prit Mᵐᵉ d’Aiguillon après la mort de son mari?
-Quelle fut sa part dans la liquidation d’une succession aussi
-embarrassée que devait l’être celle d’un homme fastueux comme l’était
-l’ancien ministre, qui pouvait bien avoir cinq cent mille livres de
-revenu, ainsi que l’affirmait Linguet, mais qui était surchargé de
-dettes? Nous n’avons eu à notre disposition aucun document qui nous
-permît d’établir au vrai la situation financière de la duchesse. Elle
-était désormais toute seule[591]: demeura-t-elle à Ruel ou se
-résigna-t-elle à vivre auprès de sa tante, Mᵐᵉ de Maurepas, qui ne
-devait mourir que cinq ans après le décès de son neveu, au plus fort de
-la tourmente révolutionnaire et sans jamais en avoir éprouvé la moindre
-secousse[592].
-
-Peut-être aussi cette succession, qui s’ouvrait dix mois à peine avant
-la période d’anarchie si funeste à la fortune française, en fut-elle,
-comme tant d’autres, singulièrement retardée et finalement amoindrie:
-nous verrons bientôt un exemple de ces désastreuses liquidations. Mais
-l’heure eût été mal choisie pour s’en plaindre.
-
-D’ailleurs la duchesse, qui s’était toujours défendue, sinon de parler,
-du moins de faire de la politique, n’eût pas voulu se mêler à aucune
-intrigue sous le nouveau régime, alors que, sous l’ancien, elle s’était
-abstenue de participer à tant de misérables manœuvres. Son fils, Armand,
-au dire des contemporains, n’eut pas les mêmes scrupules.
-
-Député à la Constituante, il se rangea du côté des libéraux et même
-accentua si énergiquement son opposition, qu’il ameuta contre lui, non
-seulement ses collègues de la droite[593], mais encore toutes les
-petites feuilles royalistes, où l’invective s’enveloppait souvent
-d’amusantes pasquinades[594]. On alla jusqu’à écrire qu’aux 5 et 6
-octobre 1789, le duc d’Aiguillon avait revêtu le casaquin et la jupe
-d’une poissarde pour injurier, en toute sécurité, Marie-Antoinette. Il
-est vrai que, dans la famille, on n’avait guère eu à se louer de la
-reine. Et lui-même pouvait-il oublier qu’ayant obtenu la survivance de
-son père pour les chevau-légers, ce régiment avait été licencié[595] et
-que Marie-Antoinette en avait manifesté une joie insultante? Il serait
-intéressant de savoir si Mᵐᵉ d’Aiguillon approuva l’attitude politique
-de son fils, et dans quelle mesure? A vrai dire, cinq ans après, Armand,
-inquiet de la tournure donnée aux événements par ses meilleurs amis,
-s’empressait de fausser compagnie à ces démocrates convaincus, en
-gagnant au plus vite la frontière[596]. Il devait mourir en 1800, à
-Hambourg[597], sans postérité; et, de ce fait, toute la fortune de la
-maison d’Aiguillon revenait à son unique héritier, le jeune Hippolyte de
-Chabrillan.
-
-D’après M. Claude Saint-André, la duchesse d’Aiguillon avait fui, elle
-aussi, par la diligence de Calais où Mᵐᵉ Du Barry avait pris place,
-l’emmenant avec elle en qualité de camériste.[598] Ainsi, Mᵐᵉ
-d’Aiguillon, cette femme jusqu’alors si forte et si intrépide, avait
-cédé au mouvement de panique qui emportait dans le torrent de
-l’émigration tant de familles de l’aristocratie.
-
-L’Assemblée législative avait voulu arrêter un exode qui menaçait de
-dépeupler et d’appauvrir la France: d’où cette loi sur l’émigration,
-dont les dispositions et le caractère provoquèrent, alors et depuis, des
-débats si passionnés[599].
-
-Un homme de loi, M. Bernet, à qui les d’Aiguillon avaient confié le soin
-de leurs affaires, s’entendit sans doute avec un de leurs fidèles, nommé
-Rousseau, pour les démarches que nécessitait l’observation de cette loi,
-car il en recevait la lettre suivante:
-
-«J’ai été au comité de législation; on m’a dit que les personnes hors de
-France doivent, d’après la loi, y rentrer. Il n’y a pas un moment à
-perdre pour _faire revenir Mᵐᵉ d’Aiguillon_. Le moyen le plus expéditif
-est celui qu’il faut employer de préférence[600].»
-
-Bien ou mal conseillée (car le point est encore discutable, tant
-d’émigrés de la première heure ayant payé de leur tête leur rentrée en
-France!) Mᵐᵉ d’Aiguillon revint donc à Paris.
-
-La même obscurité règne toujours sur sa vie. Il était sage, d’ailleurs,
-en ces heures difficiles, de se faire oublier. Mais le passif de la
-succession d’Aiguillon était tellement énorme, qu’on avait dû vendre et
-liquider les biens pour éteindre les dettes. La duchesse avait des
-droits sur le domaine de l’Agenois[601]; car il fallut son consentement
-pour la vente des «effets restés à Aiguillon». Elle donne sa
-procuration, en conséquence, au «citoyen Gauthier», un ancien prêtre,
-qui demeurait 12 rue des Marmousets et qui s’était établi «homme de
-loi». Dans son pouvoir, la duchesse abandonnait tout, sauf «les
-tableaux, c’est-à-dire les portraits de famille».
-
-Or, l’administration n’avait pas attendu pour mettre la main, et sur le
-château, et sur le mobilier qu’il contenait. Le tout avait été confisqué
-en 1792 comme bien d’émigré[602].
-
-Comment vécut Mᵐᵉ d’Aiguillon? Où se trouvait-elle, quand mourut Mᵐᵉ de
-Maurepas, en 1793? Put-elle lui fermer les yeux? Autant de problèmes
-dont nous avons vainement cherché la solution.
-
-Ce qui est certain, c’est qu’en dépit de tous les sacrifices qu’elle
-avait consentis, depuis son retour d’émigration et dans le cours d’une
-vie restée silencieuse, elle ne sut désarmer la méfiance des sociétés
-révolutionnaires qui encombraient de leurs dénonciations les comités de
-Sûreté Générale et de Salut Public.
-
-Victime de l’esprit de délation qui était à l’ordre du jour, Mᵐᵉ
-d’Aiguillon fut arrêtée et enfermée aux _Filles anglaises_[603]. Le 9
-thermidor la sauva[604]. Elle se résolut alors à quitter définitivement
-Paris pour aller s’enfermer à Ruel avec les misérables débris que lui
-avaient laissés tant de ventes après tant de confiscations. Elle se
-remit à cette vie de fermière qu’elle menait si allègrement au temps des
-splendeurs d’Aiguillon. L’ancienne propriété du cardinal, déjà très
-morcelée et dépouillée de tous ses ornements, abrita les derniers jours
-de cette grande dame qui avait vu les premières maisons de France
-s’écraser dans ses salons trop étroits pour recevoir tant de servile
-ingratitude et de basse méchanceté.
-
-La duchesse d’Aiguillon fit valoir elle-même l’exploitation qu’elle créa
-dans ce domaine abandonné. Elle le mit en culture maraîchère. Les
-pelouses d’antan furent divisées en carrés de légumes; et là où
-s’étaient promenés, en devisant de galanterie ou de politique et même
-des deux, tant d’élégants cavaliers et de belles dames, poussèrent des
-navets, des carottes, des choux que Mᵐᵉ d’Aiguillon allait vendre
-elle-même sur les marchés de Paris. Elle installa, en outre, une
-laiterie qui, assurément, n’avait rien de commun avec les étables
-pomponnées et enrubannées de Marie-Antoinette à Trianon-Idylle.
-
-La lettre suivante qu’elle dut écrire à son homme d’affaires, dès
-qu’elle entreprit de gérer elle-même sa propriété, atteste une fois de
-plus cet esprit de décision, ce sentiment de la vie pratique et cette
-intelligence alerte dont elle ne cessa de faire preuve en tout temps:
-
- «Je vous renvoye le mémoire que vous m’avez envoyé à signer, parce
- que je le trouve trop verbiageux et que je suis persuadée que les
- mémoires longs ne sont pas bons et par conséquent (_quatre mots
- illisibles_) ne servent à rien.
-
- Le commencement est très bien, mais l’article qui veut prouver que
- je me serais opposée à l’émigration de mon fils se répète trop et
- ne signifie rien. Il y faut dire simplement que depuis un an je
- n’avais pas vu mon fils et qu’étant à cent lieues j’ignorais le
- parti qu’il prenait. J’ai barré l’endroit que je trouve trop long;
- renvoyez-le moi tout de suite pour le signer. Je crois, quoi que
- vous en disiez, que 5.000 francs ou même 4.500 valent mieux que
- rien, qu’une maison qui n’est pas habitée se dégrade et perd
- beaucoup de sa valeur. Ainsi donc, j’opine pour la laisser à ce
- prix, mais seulement pour trois ans: il ne faut pas faire comme la
- fille de la fable qui, à force de refus, n’a pu trouver à se
- marier. Quant au cheval, j’ai peine à me résoudre à en acheter un
- autre, que celui-là ne soit vendu. Au reste, vous verrez si cela
- est nécessaire.
-
- J’ai vu hier M. de Quélen qui m’a dit l’arrangement que vous aviez
- fait ensemble.
-
- On dit que, sous trois jours, le décret sur les réquisitions
- (?)[605]... Je le souhaite plus que je ne l’espère.
-
- Rien encore de fini pour la basse-cour; mandez-moi tout de suite si
- vous apprenez quelque chose de M. Joly. Je vous assure de toute la
- considération que j’ai pour vous.»
-
- PLÉLO D’AIGUILLON.
-
-
-De quelle maison voulait-elle parler? De l’hôtel d’Aiguillon, du château
-de Veretz, d’un immeuble ayant appartenu à Mᵐᵉ de Maurepas? Autant de
-problèmes.
-
-Mais, là encore, nous retrouvons l’influence bienfaisante d’un Quélen.
-La fille, comme la mère, rencontrait appui, soutien, dévouement chez un
-parent, héritier des mêmes traditions familiales.
-
-Depuis un an, Mᵐᵉ d’Aiguillon demandait donc à son labeur rustique le
-pain quotidien, quand elle reçut d’Ek, en Suède, les deux lettres
-suivantes[606]:
-
- 14 juillet 1795.
-
- «... La brebis égarée, Madame la duchesse, est retrouvée,
- c’est-à-dire que j’ai eu, cette semaine, deux lettres de vous...
-
- 15 juillet 1795.
-
-... J’ai tressailli de joie, Madame la duchesse, en recevant une
- lettre où j’ai reconnu vos caractères, où cette main si précieuse
- était peinte. La vivacité avec laquelle je l’ai ouverte est
- (_illisible_); mais ma surprise
-
-a été grande en trouvant qu’elle a été écrite le 24 août de l’année
-passée. Vous vous y plaigniez d’un concierge barbare qui vous a privée
-de toute communication avec le reste du genre humain. Un nouveau
-surveillant vous était donné plus humain; mais, malgré cela, votre
-lettre du mois d’août 1794 ne m’est parvenue que dans un moment, un mois
-(? sans doute un an) après qu’elle a été écrite.
-
-Cette lettre vous apprendra toute la douleur dont mon âme est pénétrée
-par les malheurs qui m’ont privé de vos nouvelles.
-
-Etes-vous libre? Etes-vous enfermée entre quatre murs? Enfin, madame, si
-ces lignes ont le bonheur de tomber entre vos mains, au nom de Dieu,
-apprenez-moi quel est celui (sans doute le sort) de vos enfants. Je suis
-(_illisible_) et je touche peut-être aux derniers moments de ma
-vie[607]. Ne me refusez pas cette consolation: elle adoucira les peines
-que j’ai souffertes, elle rendra les derniers jours de ma vie heureux.»
-
-Le signataire de ces deux lettres était le baron de Scheffer, ancien
-secrétaire d’Etat aux affaires étrangères en Suède et frère du comte du
-même nom, ancien ambassadeur de Stockholm à Versailles. On sait la
-particulière affection que les d’Aiguillon et les Richelieu avaient
-vouée à la patrie de Gustave-Adolphe, constante alliée du cardinal. Nous
-avons vu l’accueil fait, précisément à Ruel, par la grosse duchesse au
-futur roi de Suède et la liaison très intime de son fils, le ministre,
-avec le comte de Creutz, successeur du baron de Scheffer. Or celui-ci
-avait gardé des relations d’amitié avec les d’Aiguillon, et son frère,
-le comte était en correspondance réglée avec eux depuis 1754[608].
-
-La duchesse lui avait écrit, après que la chute de Robespierre et de ses
-partisans eût rendu aux prisonniers une liberté relative, en attendant
-que la porte de leurs cachots s’ouvrît toute grande devant leur
-impatience et celle de leurs amis. Mᵐᵉ d’Aiguillon avait cherché un peu
-partout, comme ses compagnons de captivité, réconfort, consolation,
-espérance, le souffle de la Terreur ayant balayé dans toutes les
-directions, quand il ne les avait pas anéantis, les membres de cette
-société polie et raffinée dont le premier crime était son blason.
-
-
-
-
-XXV
-
- _Le baron de Scheffer, ancien ministre des affaires étrangères de
- Suède.--Sa joie quand il apprend que Mᵐᵉ d’Aiguillon a pu échapper
- «aux mains des tigres sanguinaires».--Il s’inquiète de la situation
- financière de Mᵐᵉ d’Aiguillon et se désole de la voir se rendre à
- Paris en charrette.--Que sont devenues les amies de la duchesse et
- surtout Mᵐᵉ de Laigle?--Travaux rustiques: basse-cour et arbres
- fruitiers.--Apparition des Mémoires de Richelieu, d’Aiguillon, de
- Maurepas: opinion de Scheffer sur des compilations que Mᵐᵉ
- d’Aiguillon déclare apocryphes.--La bru et le petit-fils de la
- duchesse sont avec elle.--La dernière lettre de Scheffer._
-
-
-Les lettres du baron de Scheffer méritent de fixer l’attention, non
-qu’elles soient des modèles de style, mais elles constituent une
-documentation précieuse, qui, tout en permettant d’achever le crayon de
-Mᵐᵉ d’Aiguillon, apporte des renseignements curieux sur la vie
-économique et littéraire du temps.
-
-La seconde lettre de Scheffer, datée du 22 juillet 1795, nous montre un
-homme pleinement rassuré:
-
-«Elle est libre, m’écriai-je! elle est sortie de prison, elle est
-retournée à sa chère habitation de Ruel... Vous a-t-on rendu vos biens
-en sortant des _mains (!!!) de ces tigres sanguinaires_?... Vous avez dû
-renvoyer une partie de vos domestiques; et votre homme d’affaires a bien
-mal géré les vôtres... Il faut qu’on vous ait dépouillée.
-
-Mᵐᵉ de Laigle est-elle sortie du naufrage général?
-
-J’ai adressé une lettre aux _Filles anglaises_ (Mᵐᵉ d’Aiguillon avait
-écrit au baron de sa prison).
-
-Nous avons un ministre accrédité du 2 juillet: c’est le citoyen Rival
-(?)»
-
-La Révolution avait si brusquement séparé, surtout depuis trois ans, la
-France du reste de l’Europe, que les amis qui se revoyaient ou
-reprenaient leur correspondance après un temps d’arrêt aussi long et
-aussi imprévu, pressaient et précipitaient leurs questions, comme s’ils
-eussent craint une nouvelle et brutale interruption: ce qui explique le
-décousu de la lettre du baron de Scheffer, décousu qu’on retrouve dans
-beaucoup d’autres correspondances du temps. Le gentilhomme suédois
-reparlera souvent de Mᵐᵉ de Laigle, qui était une grande amie de la
-duchesse et pour laquelle il manifestait en toute occasion la plus vive
-sympathie. Cette dame avait une santé des plus précaires, et se soignait
-peu ou mal: «Elle se croit encore à dix ans, écrit Mᵐᵉ d’Aiguillon à
-Balleroy; son mari devrait l’avertir[609].»
-
-En général, les lettres de Scheffer sont plutôt des billets, où les
-phrases, courtes et heurtées, continuent à n’avoir aucune liaison entre
-elles. Elles ne sont pas toujours datées. En voici cependant
-quelques-unes qui paraissent se rapporter aux premiers mois de 1796.
-
-Encore des questions sur la société de la duchesse, des dames que nous
-avons vu se succéder au château d’Aiguillon: «Que sont devenues Mᵐᵉˢ
-d’Esparbès, de Flamarens, si elles vivent encore? Et Mᵐᵉ de Laigle?»
-
-La situation de fortune de sa correspondante préoccupe beaucoup
-Scheffer. Il compte bien que les hommes du gouvernement lui rendront ses
-biens séquestrés: «Je l’attends de leur équité pour chanter de loin
-leurs louanges». «... Je vois que vous avez trouvé quelque ressource
-pécuniaire, et j’en suis très aise; mais que cela ne soit que par
-l’ouvrage de vos mains, cela fait toujours mon étonnement et ma peine.
-Je reçois des détails fort intéressants sur votre genre de vie, sur la
-société que vous recevez...» Les prisonniers s’étaient créé, sous les
-verrous, des relations qu’ils conservèrent après leur mise en liberté:
-«Si vous n’avez pas tiré quelque autre parti de votre captivité, écrit
-Scheffer, c’est de vous avoir attaché quelques personnes qui peuvent
-vous tenir compagnie».
-
-Tous les siens n’étaient pas partis pour l’émigration ou quelques-uns en
-étaient revenus: «Je vous félicite de recevoir chez vous Madame votre
-belle-fille et votre Armand[610]. Il doit être bien grandi, depuis qu’il
-était à demeure chez vous».
-
-Mais voici l’avril. Mᵐᵉ d’Aiguillon doit tenir son ami au courant de ses
-travaux, et lui de répondre: «Vous êtes en pleine occupation pour faire
-labourer et semer vos champs et planter dans votre garenne». (7 avril
-1796.)
-
-Puis, c’est une publication qui fait grand bruit et dont la lecture a
-certainement intéressé la duchesse: «Je viens de lire les _Mémoires_ du
-maréchal de Richelieu. Louis XV est assez malmené. Je lui sais (à
-l’auteur) pourtant gré d’avoir parlé fort avantageusement de M. le duc
-d’Aiguillon. M. le duc de Choiseul n’y est rien moins que ménagé[611].»
-
-L’horizon est moins sombre; et l’apparence de sécurité que le
-gouvernement du Directoire, cependant si faible et si divisé, offre au
-pays, a rendu à Mᵐᵉ d’Aiguillon un semblant de belle humeur: elle a
-retrouvé la rondeur et la bonhomie de la fermière d’autrefois; et le
-baron lui réplique sur le même ton:
-
-«Votre lettre m’a fait grand plaisir par le détail qu’elle contient de
-la société dont vous jouissez à présent, qui, quoique diminuée à raison
-de ce qu’elle était auparavant, doit être fort bonne puisqu’elle vous
-convient ainsi. Je vous en fais mon compliment, de même qu’aux petits
-cochons de lait qui viennent de vous naître. C’est un bon produit de
-votre basse-cour. Vous avez des boutons à vos arbres fruitiers (lettre
-du 21 avril)... Je vous fais mille remercîments de votre lettre qui
-m’apprend les malheurs arrivés dans votre basse-cour. Je vous ai fait
-part de la mort d’une belle vache; mais ce n’est qu’entre nous que nous
-pouvons nous confier de pareils chagrins; les gens de la ville se
-moqueraient de nous.» (Lettre du 28 avril.)
-
-Une lettre, datée du 5 mai 1796, nous apprend une particularité, tout à
-fait inattendue, sur le domaine de Veretz. La duchesse avait annoncé à
-Scheffer la mort de son homme d’affaires en Touraine, mort qui ne lui
-avait pas laissé de profonds regrets; et le baron l’avait «félicitée» de
-l’avoir «perdu». Puis il ajoutait: «C’est quelque chose d’avoir pu
-disposer des meubles qui étaient à Veretz[612]; mais _cette terre vous
-appartient en propre_». Elle venait cependant du père de M. d’Aiguillon.
-Le fils l’avait-il reconnue, comme douaire, à sa mère?[613] En tout cas,
-Scheffer argumentait sur ces prémisses: «Pourquoi ne la voulez-vous pas?
-Vous n’êtes ni émigrée, ni vous n’avez jamais rien fait contre la
-République et la Constitution. Avec la permission de votre gouvernement,
-je trouve que cela n’est pas juste. Si l’administration, jadis violente
-et tyrannique, l’a mise en séquestre, c’est à un gouvernement juste et
-sage d’y remédier».
-
-Notre octogénaire a, par moments, des velléités d’optimisme; il est vrai
-qu’il rend ainsi, et par voie détournée, un délicat hommage à la bonté,
-bien connue, de son amie: «Votre domestique est aujourd’hui peu
-nombreux; quelquefois on n’en est que mieux servi. Et comme vos gens
-vous ont été toujours fort attachés, je compte que vous ne regretterez
-rien».
-
-Mais le dévouement de la domesticité ne pouvant prévaloir contre la
-maladie, Mᵐᵉ d’Aiguillon s’était plainte de ce que «ses chevaux étant
-sur la paille, elle était obligée d’aller à Paris dans sa charrette». Et
-ce brave Scheffer de déplorer l’aventure: «Je voudrais du moins vous
-savoir hors de cette charrette, lorsque vous allez de Ruel à Paris et
-dans une bonne berline où l’on est moins secoué».
-
-Les intérêts de la duchesse nécessitaient alors sa présence à la ville:
-elle devait assister à la levée des scellés apposés dans l’hôtel
-d’Aiguillon (lettre du 3 juin).
-
-Elle avait en conséquence élu domicile chez sa vieille amie Mᵐᵉ de
-Laigle, qui était frappée de paralysie; elle craignait des rechutes. Et
-le bon Scheffer, quoique comprenant ces appréhensions, se défendait de
-croire à l’imminence d’une fin prochaine pour une personne dont il ne
-cessait de réclamer des nouvelles dans chacune de ses lettres, car il
-avait vu des paralytiques «vivre encore longtemps même avec la bouche de
-travers».
-
-Le frère de l’ancien ambassadeur de Suède aborde des sujets d’ordre
-moins intime. Il annonce l’arrivée prochaine, comme envoyé de la
-République, «du fameux Pichegru[614], qui a conquis la Flandre et la
-Hollande: on le loue pour ses qualités morales». Et, tout en félicitant
-«Madame la duchesse de sa correspondance bien rentrée dans son train
-ordinaire»--elle devait être en effet fort irrégulière--il traite une
-question intéressant au plus haut point la veuve de l’ancien ministre et
-dont elle avait déjà entretenu son correspondant:
-
-«Je n’ai point vu les _Mémoires du duc d’Aiguillon_ et du _comte de
-Maurepas_[615], bien que je lirais avec le plus vif intérêt tout ce qui
-regarde des personnes si illustres et avec qui j’ai été lié à Paris;
-mais je voudrais alors voir la vérité et non un fatras d’anecdotes,
-vraies ou fausses, mais à qui on donne une tournure odieuse et
-(_illisible_) vers le but de l’objet que les auteurs se proposent.
-
-Les _Mémoires de Richelieu_ sont venus dans ce pays. C’est un ouvrage de
-deux gros volumes mais qui ne sont pas proprement la vie du maréchal.
-L’objet principal a été de dire tout le mal possible de Louis XV, de la
-reine et de la Cour. J’ai vu avec plaisir que vous n’étiez pas nommée;
-apparemment qu’il n’a pas pu dire de mal de vous. Et votre mari, quoique
-nommé, n’y est pas aussi barbouillé que d’autres; il n’est pas sans
-avoir eu quelque coup de patte.» (Lettre du 9 juin 1796.)
-
-Quand il pense à ses amies de Paris, avec lesquelles il a tant de
-confidences à échanger «sur le bon vieux temps passé», l’honnête
-diplomate se rassure et s’inquiète tour à tour, suivant les nouvelles
-qu’il reçoit de la duchesse, ou qu’il lit dans la «Gazette». Mᵐᵉ
-d’Aiguillon l’«instruit des carrés(?)» qu’elle se propose d’établir dans
-sa propriété, et de la «situation de son économie de Ruel qui assurément
-va mieux que la sienne à Ek, où il est entouré d’un grand lac». (Lettre
-du 23 juin). Il est tout à fait tranquille, maintenant que ce travail
-est «achevé sans accident ni événement fâcheux». Mais le voici dans des
-transes nouvelles, depuis qu’il sait par la gazette «qu’une femme près
-de Paris a été attaquée dans sa maison». (Lettre du 30.)
-
-Evidemment les environs de la grande ville sont infestés de rôdeurs;
-c’est une maladie endémique dont a souffert de tout temps la banlieue
-suburbaine. Mais la duchesse n’est pas femme à s’effrayer: qu’a-t-elle à
-craindre? écrit-elle; il n’y a rien à prendre chez une fermière; on ne
-peut pas tondre un œuf. «Ce mépris du danger» fait de la peine à
-Scheffer. Il est toutefois d’autres rapines dont se préoccuperait
-davantage «la fermière». Nous l’apprenons par son correspondant:
-«J’avais espéré qu’on vous rendrait justice sur vos justes prétentions;
-mais je vois que vous êtes à la veille d’être inquiétée sur la garenne
-de Ruel que vous possédez à si juste titre.» L’ami de la France
-s’affirme dans ces petites phrases: «Je vous félicite du succès de vos
-armées en Italie[616]. Si cela continue, on va vous gorger d’argent...
-Votre ambassadeur Lehoc a été fort regretté[617]».
-
-Puis le digne gentilhomme fait un retour sur lui-même et termine sa
-lettre par un mot charmant:
-
-«Dans quinze jours, j’entre dans ma quatre-vingtième année; ma main est
-bien tremblante, mais mon cœur est toujours le même pour vous.» (Lettre
-du 21 juillet.)
-
-Cette noble affection s’affirme plus encore, à la réception d’une lettre
-où Mᵐᵉ d’Aiguillon se désole de la situation de Mᵐᵉ de Laigle qui empire
-chaque jour: «Que ne puis-je être auprès de vous pour vous sauver de
-vous-même, pour vous prouver qu’il existe un ami tendre et fidèle; mais
-cette consolation m’est refusée et j’en suis au désespoir». (Lettre du
-28 juillet.)
-
-Mᵐᵉ de Laigle s’était rétablie de sa crise; mais les intérêts de la
-duchesse se trouvaient de jour en jour plus compromis. Et Mᵐᵉ
-d’Aiguillon, qui avait reporté toute sa tendresse maternelle sur
-l’enfant de son fils, dont elle n’était pas séparée, pressentait dans un
-avenir prochain une spoliation qui l’eût ruinée infailliblement.
-Scheffer s’indigne:
-
-«Mais, s’écrie-t-il, votre petit-fils n’est pas sorti de France et on le
-dépouille de ses biens! Vous n’avez jamais eu de part aux (_illisible_)
-de ceux dont on est mécontent. Vous ne l’avez pas fait; et cependant on
-vous punit! C’est inouï!» (Lettre du 2 août.)
-
-Dans celle du 11 août, l’ancien diplomate revient sur un sujet dont
-s’occupe volontiers la grande dame:
-
-«Vous me parlez des mémoires d’Aiguillon, de Richelieu, de Maurepas et
-vous les regardez tous comme apocryphes[618].
-
-«Je suis assez de votre avis, surtout n’ayant point vu les deux premiers
-et ne sachant s’ils existent. Quant à ceux du maréchal, comme il est
-uniquement en vue de favoriser le gouvernement révolutionnaire chez
-vous, il est assez naturel qu’on veuille se servir de noms aussi connus
-pour remplir ce but. L’auteur des _Mémoires_ ne dit pas qu’ils soient
-écrits sous sa dictée ou par lui-même; mais il peut avoir du maréchal un
-amas immense de lettres, des annotations, des notes, sur lesquels il a
-composé son livre. Ce livre se fait lire avidement; et bien des gens y
-croient comme à l’Evangile.»
-
-Ce fut la dernière lettre de son vieil ami que put lire, si elle la lut,
-la duchesse d’Aiguillon. Elle lui était adressée le 11 août 1796; et la
-grande dame, devenue fermière, mourait, dans son exploitation de Ruel,
-le 15 septembre suivant[619], d’une maladie de langueur causée par ses
-douleurs et ses deuils.
-
-Par une cruelle ironie du sort, Scheffer lui écrivait dans cette même
-lettre:
-
-«Votre lettre, madame la duchesse, du 13 du passé (juillet) m’est bien
-arrivée. Vous m’apprenez que votre amie est hors d’affaire, mais que les
-craintes pour l’avenir vous restent. Dans la joie de mon âme, je me
-réjouis de savoir qu’elle vous reste encore. Vous êtes trop nécessaires
-l’une à l’autre pour jamais vous séparer et si mes vœux pour vous sont
-exaucés, vous irez au moins aussi loin que Mᵐᵉ votre tante, Mᵐᵉ de
-Maurepas. Dieu veuille seulement que les temps puissent changer pour
-vous et que je vous sache plus heureuse que vous n’êtes actuellement!»
-
-Mᵐᵉ de Laigle avait-elle survécu à son amie?
-
-Ainsi disparaissait dans l’obscurité, dans la solitude, dans l’abandon
-et presque dans la misère, une femme qui avait été jadis si entourée, si
-fêtée, si courtisée, une des premières à la première cour du monde.
-Elle avait habité de superbes palais, s’était assise à la table des rois
-et avait présidé aux fêtes les plus somptueuses. Mais, au milieu du luxe
-et des grandeurs, elle était restée simple, vraie et bienveillante. Dans
-l’incessant conflit entre les passions les plus viles et les intrigues
-les plus basses, elle avait conservé sa franchise, sa droiture, sa
-loyauté. Car elle n’était ni vaine, ni ambitieuse. Elle n’avait dans le
-cœur d’autre sentiment que celui de la famille, d’autre amour que celui
-de son mari, d’autre idéal que l’honneur du nom. Aussi, frappée dans
-toutes ses tendresses et dans toutes ses affections, passa-t-elle sa vie
-à souffrir. Mais la douleur n’eut jamais raison de son énergie.
-L’adversité fortifia son âme au lieu de l’abattre. Elle ne fut jamais si
-grande, ni d’humeur si égale que lorsqu’elle fut le jouet de la tempête.
-Elle fut tour à tour victime des manœuvres perfides de ses pairs et de
-l’aveugle violence du populaire. Septuagénaire, elle se résigna, sans
-récriminations, mais au contraire le sourire sur ses lèvres, à n’être
-plus qu’une simple fermière; mais, dans un temps où des seigneurs de
-l’ancienne cour se cachaient sous une défroque jacobine, elle signait
-fièrement _Plélo d’Aiguillon_: les noms du héros que fut son père et de
-l’admirable femme qu’était sa mère, associés à celui du prêtre génial
-qui, le siècle précédent, avait assuré l’unité de la France.
-
-La grande famille[620] à qui sont revenues d’aussi glorieuses
-traditions, perpétuées par le trésor de magnifiques archives, ne pouvait
-recueillir de plus noble héritage[621].
-
-
-
-
-APPENDICE I
-
-L’ŒUVRE DE SOULAVIE
-
-
-Les diverses publications historiques ou prétendues telles, entreprises
-de 1788 à 1801 par Soulavie, tiennent trop au cœur même de notre sujet,
-pour que nous n’accordions pas quelques lignes à l’homme et à l’œuvre,
-d’après M. MAZON (_Histoire de Soulavie_, Paris, 2 vol. in-8º 1893) et
-d’après Soulavie lui-même.
-
-Une société s’était formée, en 1790-91, pour imprimer et éditer à Paris,
-rue de Condé, nº 7, une collection de _Mémoires relatifs à l’histoire du
-règne de Louis XV_.
-
-L’idée n’était pas neuve. Des spéculations de librairie, remontant à une
-époque antérieure, avaient déjà attaché des aventuriers de lettres, à la
-plume et à l’imagination faciles, à la confection de prétendus mémoires
-historiques des règnes de Louis XIII et de Louis XIV. Quelques miettes
-de vérité délayées dans un lourd fatras de faits douteux et d’anecdotes
-controuvées, telle était la recette de ces indigestes compositions, dont
-le secret n’est pas encore perdu.
-
-Il semblait que la société de 1790 dût présenter plus de garanties. M.
-de Laborde était, en grande partie, «propriétaire de la collection»
-projetée; et Soulavie, ancien ecclésiastique, savant doublé d’un érudit,
-devait diriger la publication.
-
-Ce n’était pas, toutefois, qu’il ne fût, lui aussi, sujet à caution. Du
-vivant du maréchal de Richelieu, et pendant trois années, il avait pu,
-grâce à la confiance de ce grand seigneur, que ses attaches et ses
-intrigues avaient mis en possession de si précieux documents, explorer
-les portefeuilles mis à sa disposition par Losques, le bibliothécaire
-du vieux courtisan. Il venait précisément d’en tirer les premiers
-volumes des _Mémoires du duc de Richelieu_, récit, quelquefois fidèle et
-amusant, mais trop souvent romanesque, invraisemblable et satirique,
-d’événements auxquels le maréchal avait été si particulièrement mêlé.
-Aussi le duc de Fronsac, qui avait pourtant fourni des notes à Soulavie,
-crut-il devoir protester, au nom de la mémoire de son père, contre les
-inexactitudes et l’esprit tendancieux d’une publication qu’il
-condamnait. Soulavie affirma que le maréchal avait au contraire
-encouragé un travail dont il avait fourni les matériaux.
-
-Presque en même temps, paraissait dans la collection de Laborde, où
-Soulavie était seul en nom, la première édition de ces Mémoires,
-célèbres entre tous, monument littéraire et historique qui a rendu
-impérissable le nom de Saint-Simon.
-
-Nombreuses furent les publications, annoncées ou parues, connues ou
-ignorées, qui, en se succédant, ne démontrèrent que trop avec quelle
-déplorable désinvolture Soulavie traitait les documents historiques,
-mutilant, défigurant, supprimant ou interpolant, suivant les besoins de
-la cause.
-
-Nous ne retiendrons de cette liste que trois ouvrages, plus ou moins
-attribués à Soulavie, deux surtout que nous ne pouvions négliger pour la
-mise au point de notre travail.
-
-1º Les _Mémoires du comte de Maurepas_ qui s’arrêtent à la disgrâce de
-ce ministre, sacrifié à la rancune de Mᵐᵉ de Pompadour.
-
-2º Les _Mémoires du duc de Choiseul_, compilation, en diverses parties,
-des pièces officielles émanées de cet homme d’Etat, en même temps qu’une
-longue diatribe, sous son nom, contre le duc d’Aiguillon et Mᵐᵉ Du
-Barry. Soulavie dut y ajouter certainement du sien. Nous verrons la
-thèse contraire dans les _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_.
-Rien que cette façon de plaider le pour et le contre en dit assez sur la
-probité littéraire et sur la moralité du rédacteur.
-
-3º Les _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_. C’est Soulavie qui
-en déterminera lui-même l’attribution dans un passage de ses _Mémoires_
-sur le règne de Louis XVI (tome I, p. 241). Il reconnaît qu’il a publié
-ceux du ministère du duc d’Aiguillon d’après les notes fournies à
-Mirabeau par le maréchal de Richelieu. Mais celles-ci, à en croire les
-indications inédites de Soulavie recueillies par M. de Monmerqué,
-subirent, avant et pendant l’impression, des modifications importantes
-dont certaines méritent d’être signalées. D’abord, M. de Laborde, qui
-n’aimait pas Choiseul, avait révisé soigneusement les chapitres
-concernant l’ancien ministre. Il est de fait que soixante pages du livre
-(110-172) sont une exécution en règle de Choiseul.
-
-Une autre note inédite de Soulavie, transcrite par M. de Monmerqué à la
-page 327, nous donne le mot du chapitre dont elle est l’en-tête et qui
-est intitulé _Remarques sur les Mémoires du ministère du duc
-d’Aiguillon_--autant de rectifications de certaines assertions contenues
-dans le volume, rectifications ainsi affirmées: «Ces notes ont été
-données à M. Soulavie par M. d’Aiguillon et sa mère, veuve, à condition
-que tant qu’ils vivraient, M. Soulavie ne dirait jamais les tenir de
-leurs mains».
-
-Enfin, suivant son habitude, Soulavie apporte sa part de collaboration à
-l’œuvre de Mirabeau; son biographe, M. Mazon, la signale à la fin du
-volume, à propos d’un plan gouvernemental, que nous retrouverons en son
-temps, et d’embellissements de Paris où Soulavie s’annonce comme un
-précurseur du baron Haussmann.
-
-Et cependant, en tenant compte de toutes ces réserves, il importe de
-reconnaître que les _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_
-constituent pour l’étude qui nous occupe un document de premier ordre.
-Il s’accorde mieux assurément avec les pièces officielles du temps que
-toutes les autres compilations de Soulavie.
-
-Cet homme avait le génie de l’inexactitude... voulue, qui ressemble
-singulièrement à de la mauvaise foi, alors que les circonstances
-l’avaient si bien servi. En bonne posture auprès des Jacobins, il avait
-été chargé, après le 10 août, de dresser l’inventaire des papiers de
-Louis XVI. Mieux encore, la protection de Robespierre--faveur si
-rare--l’avait fait nommer ministre de la République à Genève. Et le
-diplomate improvisé (à quoi mène le publicisme!) dut assurément profiter
-de la bienveillance du maître pour consulter ces archives des affaires
-étrangères que l’Incorruptible avait eu le bon sens de laisser, comme le
-ministère lui-même, entre les mains expertes des premiers commis de
-l’ancien régime.
-
-Sans doute, la carrière diplomatique de Soulavie ne fut pas exempte de
-déboires; mais cet infatigable compilateur sut s’en consoler par une
-série de nouvelles publications qu’il faut contrôler aussi
-minutieusement que les précédentes.--Ce fut ainsi qu’il fit paraître, en
-1801, ses _Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI_,
-dans lesquels il reconnaît (tome I, p. 192) avoir composé cet ouvrage
-diffus et prolixe, mais bourré de faits curieux, sur des notes que lui
-avaient remises Richelieu, le duc de Fronsac, Mᵐᵉ d’Aiguillon, M. de
-Laborde et le cardinal de Luynes.
-
-
-
-
-APPENDICE II
-
-NÉGOCIATIONS SECRÈTES DE BEAUMARCHAIS
-
-
-Quelques mois auparavant, Louis XV avait employé Beaumarchais pour le
-rachat d’un libelle de Théveneau de Morande contre Mᵐᵉ Du Barry. M.
-Robiquet a donné dans son _Théveneau de Morande_ (Paris, 1882, p. 43) le
-récit de cette négociation:
-
-«C’est La Borde... qui désigna Beaumarchais au vieux roi, alors à la
-recherche d’un homme supérieur dans la négociation...» pour avoir raison
-du terrible biographe de Mᵐᵉ Du Barry.
-
-Beaumarchais accepta la mission délicate qui lui était proposée et se
-rendit à Londres, en mars 1774, sous le nom de Ronac, anagramme de
-Caron.
-
-Morande ne demandait qu’à se laisser corrompre. Dans les lettres qu’il
-avait adressées au duc d’Aiguillon et à M. de Sartine, l’auteur des
-_Mémoires secrets d’une fille publique_ avait lui-même fait son prix.
-D’après ce que raconte Dutens dans les _Mémoires d’un voyageur qui se
-repose_, il fut convenu, entre l’envoyé de Louis XV et le libelliste,
-que ce dernier supprimerait toute l’édition, moyennant une somme de
-32.000 livres et une pension de 4.000, dont la moitié serait reversible
-sur la tête de sa femme.
-
-M. de Loménie dit, nous ne savons sur la foi de quels témoignages, que
-Morande ne toucha qu’un capital de 20.000 francs comptant; mais la
-_Police dévoilée_ (de Manuel) et le _Diable dans un bénitier_ (de Lafite
-de Pellepore) donnent le même chiffre que Dutens qui tenait ces
-renseignements de Beaumarchais en personne.
-
-Quant à la pension de 4.000 livres, d’autres disent 4.800, c’était un
-contrat de rente bien authentique.
-
-Tous les exemplaires de la biographie de Mᵐᵉ Du Barry furent brûlés dans
-un foyer à briques aux environs de Londres. On n’épargna qu’un seul
-exemplaire. Les feuillets furent coupés en deux moitiés: Beaumarchais
-garda l’une et Morande l’autre. Si l’ouvrage reparaissait, le contrat
-serait frappé de nullité...
-
-... Le duc d’Aiguillon aurait bien voulu savoir quelles personnes de la
-cour renseignaient Morande avec une perfidie et une exactitude si
-dangereuses pour le repos du roi. Mais le pamphlétaire ne livra pas des
-secrets qui faisaient sa force, et Beaumarchais affirme, dans un mémoire
-adressé à Louis XVI, qu’il refusa, de son côté, de «jouer le rôle infâme
-de délateur».
-
-
-
-
-APPENDICE III
-
-NOUVELLISTES A LA MAIN EN 1774
-
-
-Le duc d’Aiguillon fut-il réellement, sinon l’inspirateur, du moins le
-commanditaire de cette fabrique d’ignobles opuscules qui couvrirent de
-fiel et de boue Marie-Antoinette? Cette œuvre de scandale et de calomnie
-n’entra en activité, dans ce qui concerne, et la reine de France, et la
-femme du roi, qu’à l’avènement de Louis XVI. Or, nos recherches
-personnelles[622] nous ont fait découvrir un acte d’association, dans
-cette même année, pour la composition et l’exploitation des _Nouvelles à
-la main_, entre un gazetier famélique et le chevalier d’Abrieu,
-secrétaire intime de M. d’Aiguillon. Le traité suivit-il son cours entre
-les deux parties contractantes? Nous n’avons trouvé aucune pièce qui
-autorise à l’affirmer.
-
-Mais, dans un autre carton des archives de la Bastille[623], nous avons
-rencontré, parmi les papiers d’un gazetier de la même époque, des pièces
-intéressantes qui établissent une sorte de connexion entre l’abandon de
-son industrie par le nouvelliste et la démission du ministre de Louis
-XV. Signalons tout d’abord le registre d’abonnement de ce journaliste à
-la main[624], registre où nous relevons, entre autres noms, ceux de «M.
-le duc de Choiseul en son château à Chanteloup, par Amboise» et de
-«Monseigneur le comte d’Artois» par l’intermédiaire de son premier valet
-de chambre, avec cette mention: «Il faut mettre un point à l’A». Nous
-retrouvons sur l’un des feuillets l’adresse du cardinal de Bernis à Rome
-et celle du «chevalier de Balleroy, brigadier des armées du roi à
-Bayeux», mais tous deux ont cessé leur abonnement depuis le 14 janvier
-1774.
-
-Le document le plus curieux du dossier Surgeon est encore cette note
-qu’adresse, le 25 juillet 1774, au lieutenant général de police,
-l’inspecteur Goupil.[625]
-
-«... J’ai l’honneur de vous rendre compte que, dans les recherches et
-démarches que j’ai faites à l’occasion des _Nouvelles à la main_ dont
-vous avez bien voulu me charger, je suis parvenu à savoir du sieur
-Renaud et son épouse que plusieurs personnes se mêlaient d’abonner pour
-les provinces. J’ai même été sans succès dans les endroits qu’ils m’ont
-indiqués, puisque j’ai appris des sieurs _Fréret_ et _Landriau_, avec la
-plus grande ingénuité, _qu’ils ne s’en étaient pas occupés depuis la
-retraite de M. le duc d’Aiguillon_.»
-
-Personne n’ignore que la plupart de ces gazettes étaient souvent très
-_mordicantes_, comme on disait alors, et valaient à leurs auteurs ou
-leurs colporteurs les honneurs de la Bastille.
-
-Goupil, poursuivant ses perquisitions, retourne chez les Renaud. Ceux-ci
-lui disent de s’adresser au domestique de Pidansat de Mairobert, le
-continuateur des Mémoires de Bachaumont, mais lui recommandent de
-«prendre bien garde à trouver le maître». Mairobert n’était pas d’humeur
-accommodante. Aussi le policier ne peut-il dissimuler sa répugnance à
-tenter une telle démarche. D’où cette petite scène de ménage que note
-scrupuleusement Goupil:
-
-«L’épouse, en regardant avec bonté son époux, lui a dit:
-
---Evitez à monsieur ce nouvel embarras et lui dites au plus juste où il
-s’adressera.
-
-L’époux, d’un air courroucé, a juré contre son épouse en lui disant:
-
---Taisez-vous, madame, et ne me compromettez. Vous savez que j’ai des
-défenses de la police et que, depuis un mois, je ne me mêle plus de ces
-nouvelles.
-
-Ce qui m’a déterminé à me retirer», conclut l’inspecteur. Peut-être
-aussi avait-il constaté que sa véritable personnalité était découverte.
-
-Mais il n’avait pas abandonné la partie.
-
-Le motif avoué de toutes ces recherches était bien l’interdiction des
-_Nouvelles à la main_, mais le but véritable, soigneusement dissimulé,
-des enquêtes policières était la capture d’un pamphlétaire qui avait
-lancé contre la reine un libelle infâme, _Le lever de l’Aurore_. Or,
-Goupil le croyait, non sans raison, affilié à l’une de ces agences de
-gazettes manuscrites, qui pullulaient alors à Paris et qui, fort
-souvent, empruntaient leur misérable prose à un office central de
-nouvelles dont elles étaient les abonnées. Goupil apprenait, en effet,
-le 27 juillet 1774, les relations... littéraires de l’homme qu’il
-filait--l’abbé Mercier, secrétaire de Marin, rédacteur à la _Gazette de
-France_--avec les publicistes nommés Pignatel et Dubec. Et, pour en
-finir au plus vite, l’inspecteur, armé de lettres de cachet, expédiait à
-la Bastille, le 28, tout ce lot de journalistes de contrebande, y
-compris Arnoux, directeur-caissier de la feuille officielle. Or, ce
-Dubec était précisément l’associé éventuel du chevalier d’Abrieu; et
-l’une de ses lettres, conservée dans son dossier, certifie qu’il était
-le prête-nom du titulaire de la _Gazette de France_, le trop fameux
-Marin-Quesaco de Beaumarchais; car, celui-ci, à côté de son organe
-reconnu et commandité par le gouvernement, avait un service de
-nouvelles, plus ou moins licites, qu’il faisait distribuer en province.
-Dubec reconnaissait, sans difficulté, qu’il avait fait commerce de
-nouvelles, mais qu’il avait cessé, sur l’ordre de la police et repassé à
-son ancien associé Arnoux ses listes d’abonnés. Il avouait également,
-comme d’ailleurs l’abbé Mercier, que le secrétaire de Marin, dénoncé par
-son patron, avait collaboré à ses gazettes manuscrites.
-
-Evidemment, les diverses coïncidences que nous venons de relater entre
-la suppression des _Nouvelles_, l’arrestation du pamphlétaire Mercier et
-la démission du duc d’Aiguillon, ne doivent pas être passées sous
-silence; mais elles ne peuvent fournir les éléments d’un acte
-d’accusation contre l’ancien ministre[626].
-
-
-
-
-APPENDICE IV
-
- LE DERNIER D’AIGUILLON.--SON ROLE A LA CONSTITUANTE ET A
- L’ARMÉE.--SON SÉJOUR A LONDRES.
-
-
-Harcelé et vilipendé par les épigrammes et les pamphlets qui le
-représentaient, travesti en poissarde, au milieu des furies des 5 et 6
-octobre, d’Aiguillon avait fini par s’émouvoir de tant d’outrages. Il en
-écrivit au _Moniteur_ qui publia sa lettre dans le numéro du _21 janvier
-1790_ (quelle coïncidence!). Après avoir «résisté longtemps», disait-il,
-à sa mère, à ses parents, à ses amis qui le pressaient de démentir «les
-lâches accusations» portées contre lui, d’Aiguillon s’était décidé à se
-défendre, énumérait ses démarches auprès du comité des recherches de
-l’Assemblée nationale, de la ville de Paris, etc., etc. Il leur avait
-demandé de faire procéder à une enquête sur sa conduite. Il mettait au
-défi ses accusateurs d’établir le bien-fondé de leurs griefs. Et il
-poursuivrait, comme calomniateur, celui de ses ennemis qui renoncerait à
-l’anonymat, pour déclarer que d’Aiguillon était réellement coupable des
-«horreurs» qu’on lui prêtait.
-
-Il ne paraît pas que cette invitation ait été relevée sur le terrain où
-se plaçait d’Aiguillon... Mais, le _Journal général de la Cour et de la
-Ville_, du 5 mai, ayant inséré un quatrain des plus injurieux, signé _De
-Meude-Monpas_ où se lisait le mot _d’Aiguill_..., le député de la
-Constituante somma le journal et l’auteur de l’épigramme de s’expliquer
-catégoriquement. Meude-Monpas répondit qu’il n’avait pas entendu
-désigner sous le nom _d’Aiguill_... le duc d’Aiguillon. Celui-ci fit
-publier cette déclaration signée dans le nº 145 du _Moniteur_ (25 mai
-1790) en l’accompagnant d’un rappel de sa lettre parue le 21 janvier.
-
-Mais la haine politique n’avait pas encore lâché sa proie. Et ce fut à
-la Constituante qu’elle vint la ressaisir, non plus dans sa
-personnalité, mais dans celle de son père.
-
-Le nº 343 du _Moniteur_ nous en fournit la preuve.
-
-Au cours de la séance du mardi soir 7 décembre 1790, le député royaliste
-Cazalès s’exprimait ainsi:
-
-«... La suppression d’un acte de procédure est une tyrannie. Qu’il me
-soit permis de rappeler à ces Bretons, qui siègent dans cette assemblée,
-quelle fut leur juste indignation, quand le feu roi fit enlever du
-greffe du Parlement de Paris la procédure dirigée contre M. d’Aiguillon.
-Cette indignation fut juste: la France la partagea. Il n’y eut pas un
-bon citoyen qui ne fût profondément affligé de voir le vertueux La
-Chalotais rester sous le coup d’une accusation calomnieuse, quand le
-coupable d’Aiguillon jouissait en paix des crimes qu’il avait commis
-dans cette province.»
-
-Des murmures éclatèrent sur un grand nombre de bancs, car c’était
-surtout le fils qui était visé plus que le père. Et l’attaque était
-d’autant plus illogique que celui-ci avait défendu les prérogatives
-royales contre les Etats de Bretagne et que lui, Cazalès, combattait
-pour elles au sein de l’Assemblée nationale.
-
-D’Aiguillon fils avait demandé la parole; il répondit en ces termes à
-l’attaque de son collègue:
-
-«J’aurais plus tôt demandé la parole pour solliciter de l’Assemblée une
-justice éclatante des injures et des calomnies que M. Cazalès s’est
-permises contre la mémoire de mon père, si je n’avais considéré combien
-les principes de M. Cazalès ont peu d’influence sur l’Assemblée
-nationale et sur la nation (nombreux applaudissements), si je n’avais
-pensé que je devais les outrageantes personnalités de M. Cazalès à la
-différence d’opinion qui existe entre nous.
-
-D’ailleurs les applaudissements que l’Assemblée a bien voulu me donner
-vengent assez, et moi, et la mémoire de mon père. Je demande donc que,
-pour ce qui me regarde personnellement, M. Cazalès ne soit pas rappelé à
-l’ordre (applaudissements prolongés).»
-
-Cazalès regretta publiquement son intempérance de langage; mais elle
-n’en démontrait pas moins combien était encore vivace l’animosité qui
-avait survécu au brusque dénouement des affaires de Bretagne.
-
-La _Biographie universelle et portative des contemporains_ (1826) et les
-_Papiers de Barthélemy_ (Paris, 1886, t. I) nous donnent la suite de la
-biographie de «Richelieu d’Aiguillon» jusqu’au moment de son départ pour
-l’émigration.
-
-Après la clôture de l’Assemblée constituante, il reprend du service en
-qualité de maréchal de camp. Remplaçant Custines dans son commandement
-de Porentruy, il dut échanger des dépêches avec Dumouriez. (Autre
-coïncidence! Le père avait fait mettre le futur vainqueur de Valmy à la
-Bastille!)
-
-Une lettre interceptée lui valut d’être dénoncé à la Convention et
-décrété d’accusation, bien qu’il eût traité publiquement les émigrés et
-leurs compagnons de «hordes de traîtres et d’embaucheurs». Ce qui ne
-l’empêcha pas d’émigrer à son tour, mais, avant, il crut devoir
-expliquer à ses soldats pourquoi il les abandonnait. Il quitta donc la
-France pour se retirer à Londres où il fut fort mal reçu des émigrés. Il
-en partit pour se fixer définitivement à Hambourg. Il y mourut le 4 mai
-1800; mais, au dire de la _Biographie portative_, il venait d’obtenir sa
-radiation de la liste des émigrés, ce que semble contredire la procédure
-suivie pour la vente du domaine et du château d’Aiguillon.
-
- * * * * *
-
-Les _Mémoires de Brissot_ (1832, 4 vol.) insèrent, à la page 179 du tome
-III, cette note:
-
-«Extrait des _Mémoires_ du chanteur anglais Michel Kelly qui était en
-relations avec le duc d’Aiguillon pendant le séjour de celui-ci à
-Londres:
-
-«Un matin, le duc me fit appeler: «Je vous ai beaucoup d’obligation, me
-dit-il, pour la bienveillance et l’hospitalité avec lesquelles vous
-m’avez traité, ainsi que mes amis. Mais bien que je sois toujours
-harcelé par le malheur, il m’est impossible d’oublier que je suis le duc
-d’Aiguillon; et je ne saurais me résoudre à vivre d’emprunts et
-d’aumônes. J’avoue que je suis réduit à mon dernier schelling,
-cependant, je conserve ma santé et toutes mes facultés.
-
-«Quand j’étais autrefois grand amateur, j’aimais beaucoup à copier de
-la musique[627], c’était alors un amusement pour moi; ce serait, à
-présent, mon bon ami, une précieuse ressource. La grâce que je vous
-demande c’est de vouloir bien me faire copier de la musique pour vos
-théâtres au prix que vous donneriez à un copiste ordinaire qui vous
-serait totalement étranger. Je suis maintenant fait aux privations, j’ai
-peu de besoins. Jadis logé dans des palais, je me contente aujourd’hui
-d’une seule chambre à coucher au second étage, et si vous m’accordez ce
-que j’attends de votre amitié, vous me procurerez la satisfaction après
-laquelle je soupire de ne devoir ma subsistance qu’au travail de mes
-mains.»
-
-«Je fus ému jusqu’aux larmes en voyant l’extrémité où se trouvait réduit
-un homme né dans la plus haute classe de la société et qui avait joui
-d’une aussi grande fortune. Je lui promis de lui procurer toute la
-musique qu’il pourrait copier; il parut au comble de ses vœux. Le
-lendemain, je lui donnai de l’ouvrage.
-
-«Depuis ce moment, il se levait avec le jour et travaillait jusqu’au
-soir pour remplir sa tâche; ensuite il s’habillait proprement et se
-rendait au parterre de l’Opéra. Là, il pouvait encore se croire le duc
-d’Aiguillon, et personne n’eût deviné qu’il avait passé la journée à
-copier de la musique pour un schelling la feuille.
-
-«Dans cet état de gêne, il doit paraître étrange que son humeur ne se
-soit jamais altérée et qu’il ait toujours conservé sa gaîté. Il n’est
-pas douteux que sur dix Anglais placés dans les mêmes circonstances,
-neuf au moins ne se fussent ôté la vie. Cependant la tranquillité
-passagère que ce malheureux duc goûtait alors ne fut pas de longue
-durée. Un ordre émané de l’_alien office_, aussi cruel qu’il était
-inattendu, ne lui donna qu’un délai de deux jours pour quitter
-l’Angleterre. Il partit pour Hambourg où il mourut bientôt après.»
-
-
-
-
-APPENDICE V
-
-THOLIN
-
- _Documents sur le mobilier du château d’Aiguillon confisqué en
- 1792_, Agen 1882 (Biblioth. nat. Impr. LK7 24985.)
-
-
-Résumé de ce précieux opuscule:
-
-L’histoire du château d’Aiguillon et de ses hôtes tient une telle place
-dans notre livre, la destruction de l’immeuble fut si rapide et la
-dispersion de son mobilier si radicale, que nous avons cru devoir
-résumer en quelques pages la brochure de M. Tholin, qui les fait revivre
-par sa documentation précise et sincère, à l’exemple de ces pièces
-d’archives, inventaires et procès-verbaux, dont les descriptions exactes
-et détaillées permettent de reconstituer... sur le papier, les
-appartements, et l’aspect général des intérieurs d’autrefois.
-
-Ce fut le 18 septembre 1792 que la Commission du département de
-Lot-et-Garonne apposa les scellés sur toutes les portes du château
-d’Aiguillon, propriété de «Vignerot émigré». Huit mois après, le Conseil
-de Lot-et-Garonne s’inspirait du décret de l’Assemblée nationale (14
-novembre 1789) concernant la conservation des livres et objets
-
-[Illustration: JEAN CAUSEUR,
-
-_BOUCHER DE PROFESSION_,
-
-_âgé de cent trente ans, né au Village de Ploumoguer, en Basse-Bretagne.
-Peint en Août 1771 par Charles Caffieri Sculpteur Breveté du Roi pour la
-Marine à Brest_
-
-Jean Causeur, âgé de cent trente ans, d’après Charles Caffieri
-
-(Collection Désiré Lacroix)]
-
-précieux provenant des établissements supprimés, pour «empêcher le
-pillage, régulariser la vente et faire exécuter le triage des livres,
-archives et objets d’art».
-
-Le 28 mai 1793, de concert avec l’administration de Tonneins, le Conseil
-de Lot-et-Garonne nommait Lespinasse père, négociant, à fin
-d’expertiser, le lendemain 29, les meubles et effets dudit château, à
-lui présentés par Nugues aîné, administrateur du district de Tonneins,
-et de se conformer aux prescriptions de Nugues, commissaire du district
-et de Saint-Amans, commissaire particulier du département.
-
-Le 5 juin 1793, le Conseil du département déléguait Durand, en qualité
-de commissaire, à Aiguillon, pour y vendre, le 6, les effets
-inventoriés, «conformément au mode usité pour la vente des meubles et
-effets nationaux», l’administration se réservant tous les tableaux et
-autres objets désignés dans l’état Saint-Amans et Noubel du 30 mai[629],
-«ensemble deux lustres, celui dans le salon de compagnie et autre à
-choisir dans les autres salles, poëles et cartons et papiers qui devront
-être gardés au prix de l’estimation».
-
-La vente sur place comporta 52 vacations du 6 juin au 4 septembre 1793
-et s’éleva à 98.686 livres 17 sous. Le catalogue, qui ne compte pas
-moins de 300 pages[630], ne donne cependant que des indications
-sommaires sur les objets mis en vente: porcelaines, faïences,
-chandeliers, candélabres en bronze et en argent, meubles en
-marqueterie, tentures, canapés et fauteuils en tapisserie ne trouvèrent
-acquéreur qu’à vil prix.
-
-Vingt-deux glaces furent vendues de 165 à 570 livres; quatre
-_cabriolets_ (petits meubles) garnis en damas, 105 livres; une pendule
-portative montée sur rhinocéros, 340 livres; une pendule à l’antique,
-210 livres... Dix-sept tableaux (portraits) de la famille Vignerot,
-compris une gravure ovale et deux autres ovales, 400 livres... Un
-tableau représentant Rennes; un autre, l’enlèvement d’Europe... Des
-portraits, des vues et des monuments sans désignation.
-
-A ce propos, M. Tholin cite le passage suivant du chroniqueur Proché:
-«Dans une fête célébrée à Agen, le 22 septembre 1793, on livra aux
-flammes tous les tableaux qu’on avait retirés des églises, ceux qui
-représentaient des rois ou des princes, ou qui retraçaient quelques
-vestiges de féodalité, en un mot tous ceux qu’on avait trouvés dans les
-maisons des particuliers et _au château d’Aiguillon_. Tous ces tableaux,
-dont quelques-uns étaient des chefs-d’œuvre, avaient été portés sur un
-tombereau qui suivait le cortège. On y remarquait le portrait de Louis
-XV, représenté en grand, le sceptre à la main, placé sur le devant du
-tombereau.» La _Revue de l’Agenais_ (1878, tome V, p. 190) suppose que
-ce fut sans doute ce jour-là qu’on brûla en même temps les tableaux
-religieux et les portraits des souverains (Louis XIII et Henri IV,
-inventaire de 1613) qui étaient à l’Hôtel de Ville d’Agen.
-
-M. Tholin estime qu’il faut «en rabattre» de l’appréciation du
-chroniqueur, et que l’autodafé se borna à la destruction des portraits
-de roi ou de prince. C’était déjà trop: les vandales qui croyaient faire
-œuvre de bon patriote en brûlant ces effigies royales, pouvaient-ils
-savoir si, par exemple, ce portrait de Louis XV, en pied, avec les
-attributs de la royauté, n’était pas l’œuvre d’un maître, sortant
-surtout du château d’Aiguillon?
-
-En 1795, le Directoire de Lot-et-Garonne, tenant ses séances dans
-l’ancien couvent des Carmélites, sur l’emplacement du lycée actuel, se
-préoccupa d’approprier un local pour le musée départemental. Le
-directeur des travaux publics communiqua son rapport constatant
-l’existence d’objets d’art dispersés dans tout le département et
-l’arrivée de gravures et de moulages envoyés de Paris pour l’école de
-dessin. Il fit préparer un local pour recevoir ces divers objets; et
-Tonellé, conducteur des travaux publics, fut chargé de l’aménagement.
-
-Dix jours auparavant, le 6 nivôse an III, le Directoire avait nommé une
-commission pour inventorier les tableaux du château d’Aiguillon déposés
-au musée. Ce travail, confié à Saint-Amans, qui l’exécuta avec deux
-adjoints, fut terminé le 25 nivôse[631], «dans la forme imposée par la
-Convention, le 8 pluviôse an II, pour les bibliothèques publiques». La
-notation en usage vaut la peine d’être rappelée. + désignait les objets
-d’une certaine valeur; ++ ceux qui étaient très remarquables; +++ les
-plus rares et les plus précieux.
-
-Bon nombre de ces tableaux se trouvent encore à la préfecture d’Agen; et
-M. Tholin les signale, d’après l’étude critique qui en fut faite (1879)
-par MM. Boudet, de Monbrison, A. Magen et Payen, architecte
-départemental:
-
-Pastel de Caffieri (portrait de J. Le Causeur, âgé de cent trente-deux
-ans[632]); _en déficit_.
-
-Pastels de Volaine;
-
-Deux vues du château de Veretz par Van Blarenbergue. Travail fort beau
-et dont la dimension contraste avec le genre du peintre qui était un
-miniaturiste. Ces vues sont à la préfecture;
-
-Saint-Jean-Baptiste dans le désert, d’après Raphaël (?);
-
-Portrait d’Hortense Mancini (école de Mignard);
-
-Portrait de Mᵐᵉ Du Barry, de Drouais «retouché pour M. d’Aiguillon».
-
-Ne serait-ce pas cette «copie du portrait de Mᵐᵉ Du Barry en Flore
-retouché d’après nature pour M. le duc d’Aiguillon, au prix de 600
-livres» tel que l’indiquent les Goncourt dans leur livre _La Du Barry_,
-p. 368? Ce portrait est à la préfecture.
-
-De même ceux de la comtesse de Provence, par Drouais; de Mᵐᵉ de
-Pompadour, par Nattier; de Mᵐᵉ de Mazarin-Mailly, attribué à Nattier; de
-Louise de Crussol (école de Mignard); de Cinq-Mars, qu’on suppose
-provenir des d’Effiat, propriétaires de Veretz avant les d’Aiguillon.
-
-Douze tableaux, consignés par l’inventaire du 25 nivôse an III, ont
-disparu, et parmi eux le _Passage de la mer Rouge_, attribué par les
-experts au Poussin, qui avait travaillé pour Mᵐᵉ de Combalet, duchesse
-d’Aiguillon et nièce du cardinal de Richelieu.
-
-Nous avons simplement analysé le catalogue, annoté, de M. Tholin, sans
-nous prononcer pour ou contre des attributions, qui ont d’ailleurs
-varié, suivant les dates d’expertise.
-
-Le _Museum_ d’Agen, qui devait être constitué avec le fonds d’Aiguillon,
-dans l’Ecole centrale de Lot-et-Garonne, fondée le 21 novembre 1799, ne
-semble pas avoir jamais existé. En tout cas, un inventaire du mobilier
-de la préfecture en 1812, aussi incomplet qu’il est sommaire, porte que
-les tableaux ont été «trouvés à l’administration centrale. Ils viennent
-du château d’Aiguillon» et l’inventaire note «portraits de famille pour
-mémoire». Ils ne sont catalogués que très imparfaitement.
-
-En réalité, tableaux et meubles ont... émigré dans les salons de la
-préfecture.
-
- * * * * *
-
-L’opuscule de M. Tholin offre le plus grand intérêt, non seulement au
-point de vue qui nous occupe, mais encore à un point de vue général. Il
-ouvre de curieux horizons sur la vie économique dans les châteaux de
-l’ancien régime, quelques années avant la Révolution. Déjà les lettres
-de M. et Mᵐᵉ d’Aiguillon nous l’ont fait entrevoir. Ici, nous avons des
-documents précis, des comptes et des chiffres. Voici, par exemple,
-l’état du sommelier en 1782:
-
-Dans cette année, 577 bouteilles de 60 crus différents parurent «à la
-grande table». L’office, y compris le personnel du théâtre, qui fut
-servi à part, consomma 888 bouteilles pour les hommes, 360 pour les
-femmes, 101 pour les musiciens, 135 pour les garçons, soit un total de
-1484 bouteilles.
-
-La vente de la cave, en 1793, qui présentait à peu près la même
-composition de vins qu’en 1782, ne comporte pas des renseignements moins
-instructifs. Ce sont les vins de liqueur qui ont toutes les préférences:
-Malvoisie, Chypre, Xérès, Malaga, Rancio, les muscats du pays (crus
-Galibert et Reignac situés à la Croix-Blanche, près d’Agen). Certains
-furent vendus jusqu’à 6 livres la bouteille. Pas de Bourgogne, ni de
-Champagne. Les Margaux, Saint-Emilion et Barsac sont achetés 1 livre 16
-sous, à peine quelques sous de plus que les vins de Cahors et
-d’Aiguillon.
-
- * * * * *
-
-Le château n’était pas terminé au moment de la Révolution; mais M.
-Tholin estime, à juste raison, que le corps de logis principal devait
-être très vaste et complètement meublé, en raison des réceptions qu’y
-donnaient les châtelains et des hôtes qui venaient y villégiaturer. M.
-Tholin ajoute que les invitations furent très nombreuses dans le
-principe et qu’elles furent «acceptées avec reconnaissance», mais
-bientôt les visites se firent plus rares: la noblesse agenaise était
-pauvre et le duc d’Aiguillon trop hautain. C’était, en effet, un de ses
-péchés mignons; mais nous avons vu, d’après la correspondance, qu’il y
-avait toujours foule au château et même dans la salle de spectacle.
-
-De celle-ci, qui existe encore, mais qui a reçu une autre appropriation,
-M. Tholin nous donne une description assez précise. C’était une aile du
-château consacrée à cette destination (nous savons qu’elle avait été
-construite à cet effet par les d’Aiguillon). Cette salle contenait,
-outre la scène et un amphithéâtre pour les spectateurs, un chauffoir
-pour les dames et deux foyers isolés par des portes matelassées. Deux
-portes, qui subsistent, devaient ouvrir, l’une sur l’escalier du
-château, l’autre sur la rue. La salle était éclairée par des lustres de
-cristal, et entourée de loges garnies d’accoudoirs, de banquettes
-rembourrées et d’autres plus simples. C’est aujourd’hui l’_Hôtel du
-Tapis Vert_.
-
-Les décors, les costumes et la bibliothèque du théâtre ne furent pas
-vendus. Isabeau, le conventionnel en mission, le même qui distribuait
-aux acteurs de la région les ornements d’église pour s’en faire des
-costumes, mit, le 16 octobre 1794, à la disposition du Comité dramatique
-d’Agen le mobilier théâtral du château. Le 19, le Directoire de Tonneins
-en fit dresser l’inventaire par la municipalité d’Aiguillon.
-
-Les décors servirent quelque temps aux représentations données par le
-Comité dramatique; mais, en 1797, certains de ses membres se refusant à
-prendre la responsabilité de la conservation de ces décors, la
-municipalité agenoise en référa au ministre de l’intérieur.
-
-Celui-ci, d’autre part, avait reçu des citoyens Garnier et Cressant,
-artistes du théâtre de Montauban, une requête pour l’obtention de ces
-mêmes décors. Le ministre des finances, avisé, le 26 pluviôse an VI, par
-son collègue de l’intérieur, lui répondit, le 29, qu’il en avait écrit
-au département de Lot-et-Garonne. D’Aiguillon sollicitait alors sa
-radiation de la liste des émigrés: si le Directoire exécutif rejetait la
-demande, disait le ministre des finances, on pourrait mettre toiles et
-décors à la disposition des comédiens montalbanais.
-
-Les démarches de d’Aiguillon ne durent pas être accueillies
-favorablement, car la ville d’Agen fut autorisée à prendre possession du
-mobilier théâtral du château, sur l’évaluation qui en avait été faite à
-478 livres 10 sous, le 10 avril 1798, par le commissaire délégué J.
-Raymond.
-
-La description des costumes et accessoires comprend trois grandes pages
-de l’inventaire, pêle-mêle pittoresque de robes de soie de toutes
-couleurs, corsets «variés», manteaux brodés, culottes à la musulmane,
-toges romaines, habits espagnols, chapeaux de Scapin, cuirasses,
-brassières, peau d’ours... Le répertoire, dont la correspondance de Mᵐᵉ
-d’Aiguillon indique différentes pièces, appelait évidemment cette
-variété de costumes.
-
-Parmi les accessoires, nous voyons une «machine pour le tonnerre» et «un
-tableau avec son chevalet» pour le _Tableau parlant_ de la
-Comédie-Italienne.
-
-Certes tous ces chiffons et ces fanfreluches, ces oripeaux et ce
-clinquant, qu’avait déjà dû disperser et ternir l’âpre bise de la
-tourmente révolutionnaire,--_ludibria ventis_--ne sont plus aujourd’hui
-que de vains souvenirs. Mais il reste, de ce même théâtre d’Aiguillon,
-d’impérissables monuments, actuellement à l’Hôtel de Ville d’Agen, 400
-volumes in-folio d’œuvres musicales que le duc avait collectionnées. Ils
-sont aux armes d’Aiguillon, et plusieurs portent l’ex-libris des grands
-bibliophiles du XVIIIᵉ siècle, Bonnier de la Mosson, chevalier de
-Polignac, Rouillé, Du Tillet, marquis de la Chétardie, etc. Il en est
-qui contiennent des curiosités comme la mise en scène du ballet des
-Turcs dans le _Bourgeois gentilhomme_, ou des pièces inédites, telles
-les Cantatilles de Barthélemy sur le _Siège de Saint-Malo_ et la
-_Bataille de Saint-Cast_.
-
-M. Tholin constate, avec juste raison, d’après le catalogue de
-l’importante bibliothèque musicale de Fétis, achetée par la ville de
-Bruxelles, que cette collection est moins riche que celle de d’Aiguillon
-pour certaines séries, «celle des auteurs français de musique
-dramatique, tragédies mises en musique, comédies, pastorales et
-ballets».
-
-
-
-
-PIÈCES JUSTIFICATIVES I
-
-_Archives de la Bastille_, 12391 fº 198
-
-DOSSIER TORT
-
-
- Monsieur,
-
- Je m’étais déjà présenté à votre porte pour tâcher de vous rendre
- mes hommages respectueux, lorsque vous avez bien voulu me mander
- afin de me prévenir des intentions du roi et de son ministre
- relativement à la conduite que je dois tenir sur quelques points
- essentiels de mon affaire contre M. de Guines. Il a toujours été
- dans mon cœur, Monsieur, le désir le plus vif de ne pas déplaire à
- mes maîtres, et il n’y a pas de sacrifices que je ne sois prêt à
- faire pour éviter un pareil inconvénient.
-
- J’ai été malheureusement forcé d’intenter une action criminelle
- contre M. de Guines (non parce que ce même M. de Guines m’a
- cruellement persécuté en me faisant traîner dans différentes
- prisons après m’avoir enlevé toute ma fortune) mais parce qu’il a
- osé ajouter à ces injustices celle de m’avoir accusé auprès du roi,
- et publiquement, d’être un voleur domestique et d’avoir trahi les
- intérêts de la France en vendant à prix d’argent les secrets de
- l’Etat à différents négociants anglais, etc...
-
- Des accusations de cette espèce ne me laissaient que le choix de
- mourir dans l’opprobre, ou de me justifier en employant les voies
- de droit. Ce dernier parti était sans doute dangereux parce que mes
- démarches, quoique très légales, pouvaient choquer à tout instant
- les vues d’une administration à laquelle mon adversaire tenait par
- sa place.
-
- Voilà, Monsieur, quelle était ma position. Il fallut chercher des
- expédients pour tâcher d’en diminuer l’horreur; et je n’en trouvai
- pas de meilleur que celui de supplier M. de Sartine de vouloir bien
- être le juge de la conduite que je me proposais de tenir. Ce
- magistrat daigna m’écouter; il me promit même avec bonté de
- m’arrêter sur les objets qui pourraient m’attirer le blâme de la
- Cour, mais à cette condition _que je le préviendrais d’avance de
- tous les partis que je serais dans le cas de prendre relativement à
- l’instance que j’allais commencer_. Mes intentions étaient trop
- pures pour ne pas souscrire aux conditions que m’imposait M. de
- Sartine. Je lui ai tenu scrupuleusement parole. J’ose l’en prendre
- à témoin. Sa haute sagesse m’a préservé de mille écarts. Mon
- innocence et ma fermeté ont fait le reste.
-
- Vous devez être bien assuré, Monsieur, d’après ce détail, qu’étant
- heureusement parvenu au moment d’être jugé, je ne chercherai point
- à me compromettre en faisant insérer des faits qui puissent
- intéresser le Gouvernement dans les mémoires que je serai bientôt
- forcé de donner à mes juges et au public.
-
- M. de Sartine avait encore bien voulu me promettre d’entendre la
- lecture de ces mémoires avant qu’ils ne fussent mis sous la presse.
-
- Puis-je me flatter de trouver le même intérêt et les mêmes bontés
- dans son successeur? J’oserais l’espérer, Monsieur, si le désir de
- les mériter pouvait être compté pour quelque chose. Mais, puisque
- ce n’est pas un titre, je me bornerai à vous supplier de devenir
- l’interprète de mes sentiments, en daignant assurer le roi et ses
- ministres que S. M. n’aura jamais de sujet plus fidèle, plus soumis
- et plus respectueux que moi.
-
- Je suis, etc.
-
- TORT.
-
- Paris, le 22 septembre 1774.
-
-_Lettre de Tort de la Sonde au lieutenant de police. Son dossier est
-accompagné de ses interrogatoires et de lettres du comte de Guines au
-duc de La Vrillière._
-
-
-
-
-PIÈCES JUSTIFICATIVES II
-
-ANT 243 LETTRE DE Mᵐᵉ D’AIGUILLON
-
-
- Paris, 16 juin 1775.
-
-... Je n’ai pas besoin de vous dire ce que j’ai éprouvé, en voyant
-partir lundi M. d’Aiguillon seul et sans savoir quand et comment je
-pourrai l’aller trouver. Ce qui est certain, c’est que, si j’ai la
-possibilité de voir ma tête à couvert, je partirai. Il faut convenir que
-notre position est plus cruelle que celle de tous les autres exilés que
-j’aie vus.
-
-M. de M(aurepas) a été envoyé à Bourges dans la maison de son cousin et
-de son ami; et sa femme a pu ne pas le quitter. De plus, cet éloignement
-ne marquait pas un acharnement comme le nôtre le prouve. Il n’avait
-qu’une terre bâtie (Pontchartrain) qui était à quatre lieues de
-Versailles où le roi allait souvent chasser... Nous en avons une bien
-bâtie à 60 lieues où nous serions bien à notre aise; c’est pour cela
-qu’on nous envoie à 200 lieues dans un endroit non bâti et où je ne puis
-aller... M. de Choiseul, dont assurément le feu roi avait plus d’une
-raison de se plaindre, a été envoyé chez lui, où non seulement sa femme
-et sa sœur, mais tous ses amis l’ont suivi. Jamais on n’a imaginé de
-trouver 60 lieues trop près: cela était réservé pour nous.
-
-
-
-
-PIÈCES JUSTIFICATIVES III
-
-CERTIFICAT DE RÉSIDENCE
-
-_Commune de Marly.--District de Versailles._
-
-
-Extrait des Délibérations de la commune de Marly.
-
-_Nous_, soussignés, _maire_, _officiers municipaux_, _membres du conseil
-général de Marly_, sur la demande faite par la citoyenne ci-après
-nommée, sur l’attestation des citoyens _Gervais_, _Mottet_, _J.-Louis
-Chicaneau_, _Claude Blein_, _Jean-Pierre Leroy_, _L. Durand_, _Louis
-Rousseau_, _J.-J. Hauvy_, _L. Talveau_.
-
-Que la citoyenne _de Plélo_, _veuve d’Aiguillon_, _douairrière_ (_sic_),
-âgée de soixante-six ans, taille de 4 pieds 10 pouces, visage plein,
-yeux bleus, cheveux grisonnants, bouche grande, est demeurant
-actuellement à Rueil[633], maison appartenant à elle-même et _qu’il_
-(_sic_) y réside sans interruption depuis juin dernier jusqu’à ce jour,
-qu’elle a payé ses impôts depuis 1789 et _qu’il_ nous a justifié de la
-prestation du serment sur la Constitution.
-
- Fait en la maison commune le 5 février 1793.
-
- _Signé_: _Langevin_ (_maire_), _Gagne_, _Fournier_, _Couturier_.
-
- Enregistré à Versailles, le 28 février 1793 (reçu 20 sols).
-
- _Certificat d’affiches pendant quinze jours_
-
- à Marly, _Langevin_, maire,
-
- à Rueil, _Lavoipierre_, maire.
-
- Visa du Directoire du district de Versailles, _Chaillou_.
-
- Visa du département, _Lavoltere_.
-
-
-
-
-PIÈCES JUSTIFICATIVES IV
-
-ARCH. CHABRILLAN, carton 7, p. 117.
-
-
-Le 13 pluviôse, an II.--Vu la déclaration, le Comité de sûreté générale
-arrête que la ci-devant duchesse d’Aiguillon, en son domaine à Ruel, d.
-de Versailles, sera transférée en la maison d’arrêt, _dite_ des
-Anglaises, à Paris, que préalablement, les scellés seront apposés sur
-ses papiers, distraction faite de ceux qui se trouveront suspects et
-apportés au Comité de sûreté générale avec le procès-verbal; charge de
-l’exécution du présent arrêté les citoyens Caplain et Quitelette,
-membres du comité de sûreté de Saint-Cloud, qui s’adjoindront deux
-autres membres du comité de sûreté ou deux officiers de Ruel, lesquels
-pourront requérir la force armée nécessaire dudit lieu.
-
- Dubarran, Jagot, Louis du Bas-Rhin, Guffroy.
-
-
-
-
-PIÈCES JUSTIFICATIVES V
-
-ARCH. CHABRILLAN, carton 25, p. 122.
-
-
-Le 30 vendémiaire, an III.--Vu les différentes attestations des
-autorités constituées de la commune de Ruel, près Paris, en faveur de la
-dame veuve d’Aiguillon, détenue aux Anglaises, rue Saint-Victor, le
-Comité arrête qu’elle sera sur-le-champ mise en liberté et les scellés
-levés au vu du présent.
-
- _Les membres du Comité de sûreté générale_.
-
- Legendre, Lesage-Senault, Laporte, Dumont, Clauzel,
- Reverchon.
-
-
-
-
-PIÈCES JUSTIFICATIVES VI
-
- ARCHIVES DE LA COMMUNE DE RUEIL. Communiqué par G. TAUSEND. _Acte
- de décès et d’inhumation de Mᵐᵉ d’Aiguillon._
-
-COMMUNE DE RUEIL.
-
-
-Aujourd’hui trente fructidor an quatre de la République française, onze
-heures du matin, devant nous, agents municipaux de la commune de Rueil,
-département de Seine et Oise, est comparu le citoyen Jean Charles
-Antoine Chauvet[634], âgé de 44 ans, lequel nous a dit que, le jour
-d’hier, vers les sept heures du matin, est décédée, en sa demeure
-ordinaire, rue ci-devant dite du Château, la citoyenne Louise Félicité
-de Bréan de Plélo, veuve d’Emmanuel Armand Duplessis-Richelieu
-d’Aiguillon, âgée de 70 ans, d’une maladie de langueur; nous, agents
-municipaux de la dite commune, nous nous sommes transportés en la
-demeure de la dite citoyenne d’Aiguillon pour nous assurer de son décès,
-lequel avons reconnu vrai et l’avons conduite au lieu destiné au repos
-des corps[635], en présence des citoyens A. N. J. Bonvalet, âgé de 30
-ans, demeurant à Paris, rue de la Chaise, Section de la Croix Rouge et
-de Jean Jacques Hauvy, officier invalide, âgé de 55 ans, demeurant en
-cette commune, témoins qui ont signé avec nous;
-
- _Signé_: Quelen[636]. Chauvet. Hauvi. Bonau. Hugues.
- Chambel. Debourges.
-
-
-
-
-PIÈCES JUSTIFICATIVES VII
-
- _Inventaire après décès de Mᵐᵉ d’Aiguillon_, morte le 15 septembre
- 1796, fait par le citoyen ARDENT, juge de paix (extrait).
-
-
-_Le 16 prairial an V._
-
-1º..... Dans la chambre de Mᵐᵉ d’Aiguillon, ayant vue sur la pièce
-d’eau, au 1ᵉʳ étage:
-
-1º Devant de cheminée et garniture cuivre;
-
-2º Une bergère couverte en toile coton blanc, brodé vert;
-
-3º Grand lit à couverture brodée et rideaux;
-
-4º Un lit de repos, 6 chaises, 4 fauteuils;
-
-5º Chiffonnier avec métier à tapisserie;
-
-6º Bercelonnette d’enfant, glaces, canapé, tableaux de paysage, vue de
-_Veretz, portraits de famille_.
-
-_Serre_: 26 orangers et autres plantes diverses.
-
-Dans un grand salon: Glaces, fauteuils, portraits de famille. _Buste en
-bronze représentant le cardinal de Richelieu._[637] Bustes en biscuit
-représentant _M. d’Aiguillon_, _Mˡˡᵉ de Navailles_.
-
-_Dans les caves_: Vins de Hongrie, de Veretz, de Cahors, de Chypre, de
-Bordeaux, de Saumur.
-
-Dans la ferme: tombereaux, charrues, herses, 20 têtes de mouton, bélier,
-5 vaches, 61 têtes de volaille.
-
-
-
-
-INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOMS CITÉS
-
-_N.--Les numéros indiquent les pages. Ceux suivis d’un astérisque
-indiquent les notes. Les noms en italique désignent les noms de lieu et
-d’ouvrages._
-
-
-A
-
-ABRIEU (Chevalier d’), _secrétaire du duc d’Aiguillon_, 116, 326*, 342,
-380, 382.
-
-_Actes des Apôtres_, 354*.
-
-ADÉLAÏDE (Mᵐᵉ), _fille de Louis XV_, 92, 164, 201, 201*, 202, 202*,
-203, 216, 222, 223.
-
-_Agen_, 36, 49, 314, 339, 341, 387*, 390, 392, 394, 395.
-
-AYEN (Duc d’), 119.
-
-_Agénois_, ancien pays de France, 1, 254, 261, 295, 326.
-
-_Agénois_ (Domaine d’), 357.
-
-AGÉNOIS (Comte puis duc d’), 1, 1*, 14, 16, 17, 18, 19, 20, 25, 26, 53,
-316.
-
-AGÉNOIS (Armand, comte d’), _fils du duc d’Aiguillon_, 316, 317, 318,
-326, 327, 328, 332, 335, 338, 342, 345, 345*.
-
-AGÉNOIS (Duchesse), 16, 20, 21, 23, 24.
-
-AGÉNOIS (Duchesse d’), née Navailles, 346.
-
-_Agénois_ (Hôtel d’, puis d’_Aiguillon_), 239*, 277, 346, 360, 368,
-388*.
-
-_Aiguillon_ (Château d’), 6, 10, 254*, 256, 257, 260, 263, 266, 268,
-269, 271, 272, 280, 285, 286, 300, 301, 305, 309*, 311, 312, 314, 326,
-330, 333, 338, 355*, 357, 357*, 358, 365, 385, 386*, 387, 388*, 389,
-390, 391, 392, 394, 395.
-
-AIGUILLON (Duchesse d’), _nièce du cardinal de Richelieu_, 36, 36*, 392.
-
-AIGUILLON (Duc d’), _père du duc d’Agénois_, 22, 47, 48, 48*, 49, 50,
-52.
-
-AIGUILLON (Duchesse douairière d’), _née Crussol_, 7, 21, 23, 24, 74,
-127, 147, 154, 167.
-
-AIGUILLON (Comte et duc d’Agénois, puis duc d’), 1, 4, 6, 9, 10, 27,
-29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 38*, 39, 40, 41, 41*, 42, 42*,
-43*, 44, 45*, 46*, 47, 54, 57, 58, 59, 60, 60*, 61, 62, 63, 64, 65,
-65*, 66, 67, 68, 69, 70, 72, 72*, 73, 74, 75, 76, 79, 81*, 82, 83,
-84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91, 92, 93, 94, 95, 96, 97, 98, 99, 102,
-103, 104, 104*, 105, 106, 107, 108, 109, 110, 110*, 111, 112, 113, 114,
-115, 116, 117, 118, 119, 120, 121, 124, 126, 127, 128, 130, 131, 133,
-134, 135*, 136, 140, 141, 145, 146, 147, 148, 151, 152, 152*, 153, 154,
-155, 156, 157, 159, 160, 161, 162, 163*, 165, 167, 168*, 170, 171, 172,
-173, 174, 175, 175*, 176, 177, 178, 179, 179*, 180, 181, 182, 183,
-183*, 183*, 183*, 184*, 185, 186, 186*, 187, 188, 188*, 189, 189*, 190,
-191, 193, 194, 195, 196, 197, 198, 199, 200, 201, 202, 203, 204, 205,
-205*, 206, 206*, 206*, 207, 208, 208*, 208*, 209, 209*, 210, 210*,
-210*, 210*, 211, 212, 213*, 214, 214*, 215, 215*, 216, 217, 218, 219,
-220, 220*, 221, 222, 223, 224, 225, 226, 227, 227*, 231*, 231*, 232,
-233, 234, 234*, 235, 235*, 236, 237, 238, 239, 240, 240*, 241, 242,
-242*, 243, 243*, 244, 244*, 245, 246, 247, 248, 249, 250, 251, 252,
-253, 253*, 254, 256*, 256, 257, 258, 260, 260*, 261, 261*, 262, 268,
-270, 271, 273, 274, 274*, 275, 281, 286, 287, 288, 289, 290, 291, 292,
-292*, 294, 296, 296*, 298, 299, 301, 302, 302*, 302*, 303, 303*, 304,
-307, 309, 310, 311, 312, 314, 315, 315*, 315*, 316*, 317, 318*, 319,
-320, 320*, 321, 322, 324, 326, 327, 328, 329*, 330*, 335, 337, 340,
-341, 341*, 343, 344, 345, 346, 347, 348, 349, 350, 350*, 352, 356, 362,
-362*, 366, 367, 376, 377, 379, 380, 381, 382, 384, 388*, 391, 392, 393,
-395.
-
-AIGUILLON (Louise-Félicité de Bréhan Plélo, duchesse d’), 1, 2, 3, 4,
-6, 7, 8, 9, 12, 13, 14, 17, 33, 37, 38*, 42, 43*, 45, 54, 64, 65, 66,
-68, 71, 72, 77, 78, 79, 80, 81, 85, 96, 97, 104, 113, 124, 125*, 126,
-127, 128, 129, 130, 131, 132, 135, 138, 139, 141, 146, 147, 148, 150,
-152, 160, 165, 165*, 166, 167*, 178, 180, 186, 190, 191, 192, 194,
-194*, 197, 198, 206, 214, 218, 224, 224*, 229, 230, 231, 231*, 232,
-233, 237, 238, 246, 256, 261*, 261*, 263, 264, 265, 266, 267, 269, 272,
-276*, 277, 278, 279, 280, 282, 284, 288*, 289, 290, 296, 298, 298*,
-299, 299*, 300, 301, 302, 302*, 302*, 308, 311, 313, 317*, 322*, 323,
-323*, 325, 326, 328, 329, 329*, 331, 333, 335, 338, 339, 339*, 340,
-341, 342, 342*, 342*, 344, 346, 347*, 351, 353, 355, 356, 356*, 357,
-358, 358*, 360, 362, 362*, 363, 364, 365, 366, 367, 369, 371, 372, 373,
-378, 386*, 388*, 389*, 391, 392, 394.
-
-AIGUILLON (Agathe-Rosalie d’), 38.
-
-AIGUILLON (Armande-Félicité d’), 25.
-
-AIGUILLON (Duchesse d’), née Navailles, 356*.
-
-AIGUILLON (Armand, duc d’), 354, 354*, 355, 355*, 383, 384, 385, 386,
-387*, 388*, 389*, 394.
-
-_Aiguillon_ (Maison d’), 355, 361, 365*, 392.
-
-ALEMBERT (D’), 106, 139, 182, 220*.
-
-ALEXANDRINE, 314.
-
-ALLEMAGNE, 235.
-
-ALMERAS (Henri d’). _Les amoureux de Marie-Antoinette_, 219*, 235*.
-
-_Alsace_, 42.
-
-_Alsace-Lorraine_, 174.
-
-_Amboise_, 380.
-
-AMÉCOURT (D’), _conseiller à la Grand’Chambre_, 319.
-
-AMELOT, _intendant_, 341, 341*.
-
-_Amérique_, 310, 331*.
-
-ANGELUCCI, _libelliste_, 235.
-
-_Anglais_, 310, 343.
-
-_Angleterre_, 80, 111, 135, 183, 188, 209*, 210, 241, 310, 339, 386.
-
-_Angoulème_ (Bailliage d’), 308.
-
-ANSEAUME, _auteur comique_, 329*.
-
-ANVILLE (M. d’), 281.
-
-_Apologie de_ GILBERT, 279.
-
-_Archives de la Bastille_, 117, 296*, 303*, 380*, 382*.
-
-_Archives d’Ille-et-Vilaine_, 67*, 81.
-
-_Archives nationales_, 67*, 68*, 72*, 75*, 76*, 78*, 78*, 79*, 80*,
-82*, 93*, 94*, 96*, 115*, 124*, 130*, 132*, 138*, 139*, 143*, 149*,
-167*, 169*, 169*, 180*, 191*, 207*, 213*, 230*, 232*, 246*, 246*, 263*,
-278*, 280*, 281*, 298*, 298*, 299*, 299*, 299*, 300*, 300*, 300*, 301*,
-301*, 302*, 302*, 302*, 302*, 303*, 303*, 303*, 303*, 307*, 307*, 308*,
-309*, 309*, 309*, 310*, 310*, 311*, 313*, 313*, 314*, 314*, 314*, 315*,
-315*, 320*, 324*, 324*, 324*, 325*, 325*, 325*, 325*, 325*, 327*, 328*,
-331*, 332*, 332*, 332*, 333*, 333*, 334*, 334*, 335*, 335*, 339*, 339*,
-340*, 341*, 341*, 341*, 343*, 344*, 344*, 344*, 346*, 346*, 347*, 358*,
-364*, 387*, 388.
-
-ARGENSON (_Mémoires du marquis d’_), 16, 17*.
-
-ARMAILLÉ (Mᵐᵉ d’), _La comtesse d’Egmont_, 154, 154*, 208*, 209*.
-
-_Armes_ (Place d’), _Versailles_, 197.
-
-ARNETH (Comte d’), 223*.
-
-ARNETH-FLAMMERMONT (D’). _Correspondance secrète entre Mercy-Argenteau
-et le prince de Kaunitz_, 156*, 163*, 178*, 185*, 186*, 187*, 196*,
-210*, 336*.
-
-ARNETH-GEFFROY (D’). _Correspondance de Marie-Thérèse et de
-Marie-Antoinette_, 120*, 121*, 210*, 211*, 215*, 222*.
-
-ARNETH-GEFFROY (D’), _Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et
-Mercy-Argenteau_, 163*, 187*, 187*, 188*, 188*, 190*, 196*, 196*, 221*,
-224*, 225*, 227*, 236*, 236*.
-
-ARNOUX, 382.
-
-_Arpajon_, 251.
-
-ARTOIS (Comte d’), 173, 206, 380.
-
-_Asie_, 331*.
-
-AUGEARD. _Mémoires secrets_, 239, 239*.
-
-_Aulnay_, 132.
-
-AUMONT (Duc d’), _premier gentilhomme de la Chambre_, 217.
-
-_Autriche_, 20, 135, 156, 161, 163, 165, 181, 183, 185, 187, 188*, 200,
-211, 235, 262, 281, 283*.
-
-
-B
-
-_Babillard_ (_Le_) de BOISSY, 329, 329*.
-
-BACHA, _surnom d’Aiguillon_, 167.
-
-BACHAUMONT (_Mémoires secrets dits de_), 43*, 43*, 82*, 93*, 101, 101*,
-109, 110*, 112*, 119*, 120*, 137*, 191, 191*, 197, 247*, 263*, 296*,
-320*.
-
-_Bagnères_, 45, 57, 155, 264, 265, 300, 302, 332, 333.
-
-_Bâle_, 387*.
-
-BALLEROY (F.-A. Chevalier de), 8, 9, 13, 23, 31, 39, 54, 67, 68, 71,
-72, 74, 76, 82, 93, 96, 97, 116, 127, 128, 129, 130, 141, 152, 158,
-166, 169, 191*, 193*, 198*, 207*, 213*, 229, 231*, 246, 260, 262, 263*,
-270, 276, 277, 280, 281, 284, 286, 297, 298*, 299*, 300, 303, 304, 305,
-309, 309*, 313, 315, 316, 320, 322*, 323*, 325, 326*, 326*, 327, 328*,
-330, 332, 333, 334, 335, 338, 343*, 344, 345, 346, 349, 352, 364, 380.
-
-BALLEROY (Charles-Auguste, marquis de), 9, 73.
-
-BALLEROY (Marquise de la Cour de), 9.
-
-BARBIER (_Journal de_), 12*, 34*, 85*.
-
-_Barbier de Séville_ (_Le_), 235.
-
-_Barèges_, 112, 120, 300, 300*.
-
-BARDIN (Abbé). _Châteauneuf_, 299*.
-
-BARRIN (Général, vicomte de), 73, 115.
-
-BARTHÉLEMY (Abbé), 166, 197, 385.
-
-BARTHÉLEMY, 395.
-
-BARTHÉLEMY (E. de), 9, 76.
-
-_Basse-Normandie_, 277.
-
-_Bastille_ (_Château de la_), 61, 206, 206*, 207, 225, 240, 241, 242,
-270, 283*, 380, 382, 385.
-
-BAUDEAU (_Chronique de l’abbé_) _Revue rétrospective_, 141, 141*, 219,
-219*, 220, 222, 224, 227, 239.
-
-BAUDRY, 65.
-
-_Bayeux_, 9, 324, 380.
-
-BAULIEU, général autrichien, 370*.
-
-BEAUMARCHAIS (Caron de), 220*, 235, 236, 236*, 251, 339, 378, 379.
-
-BEAUVAU (Princesse de), 151, 253*.
-
-BEC-DE-LIÈVRE, 115.
-
-BELLE-ISLE (Maréchal de), 32, 87.
-
-_Belle-Poule_ (_Coiffure à la_), 313.
-
-BELLEVAL (De). _Souvenirs d’un Chevau-Léger_, 63, 63*, 64, 89, 92, 92*,
-94, 94*, 96, 96*, 97, 99, 100, 100*, 104*, 158, 158*, 249, 250, 250*,
-251, 251*, 252, 252*, 252*, 254*, 258, 258*, 260, 261, 265, 265*, 276,
-287, 290*, 311*, 355*.
-
-_Berlin_, 181, 209*.
-
-BERNET, homme d’affaires de la famille d’Aiguillon, 355, 356.
-
-BERNIS (Cardinal de), ambassadeur à Rome, 321, 380.
-
-BERTIN, contrôleur général, 34, 34*, 92.
-
-BESENVAL (_Mémoires de_), 173*, 244, 244*, 245, 245*, 256*, 257, 258.
-
-BOUILLON, médecin du Roi, 26.
-
-_Bijou des Dames_, 313.
-
-BINET DE BEAUPRÉ, 345.
-
-_Biographie universelle des Contemporains_, 385.
-
-BLACHE, 356*.
-
-BLOME (Baron de), ministre de France en Danemark, 186.
-
-_Bohémienne_ (_La_), 307, 307*.
-
-BOIGNE (_Mémoires de Mᵐᵉ de_), 222*.
-
-BOISGELIN (Comtesse de), 262, 263.
-
-BOISSY, auteur comique, 329*.
-
-BONAPARTE (Général), 370*.
-
-BONNIER DE LA MOSSON, 395.
-
-_Bordeaux_, 124, 125, 125*, 201, 323*, 324.
-
-BORDEU, médecin de Mᵐᵉ Du Barry, 241.
-
-BOSSEBEUF (Abbé), _Histoire du château de Veretz_, 52*, 367*.
-
-BOUCHOT (Henri). _La miniature française_, 240*.
-
-BOUDET _de Monbrison_, 391.
-
-BOUFFLERS (De), 232.
-
-BOUILLON (Duc de), 217.
-
-BOURBON (Maison de), 134, 135, 188*, 235*, 261, 284.
-
-BOURDIER, banquier de Londres, 241.
-
-_Bourges_, 264, 344.
-
-_Bourg-la-Reine_, 341.
-
-BOUTARIC. _Correspondance de Louis XV_, 140*, 180*, 206*, 226*.
-
-BOUTRY. _Autour de Marie-Antoinette_, 181, 182, 183*.
-
-BOYNES (M. de), ministre de la Marine, 160, 160*, 209*, 210*, 210*, 225.
-
-BOYSSE, 198*.
-
-BREHAN PLELO (Le comte de), ambassadeur à Copenhague, 1, 14*, 16*, 20.
-
-BREHAN PLELO (Louise-Françoise de la Vrillière, comtesse de), 1, 11,
-12, 13.
-
-BREHAN PLELO (Louise-Françoise-Félicité), 1, 2, 3, 4, 12, 13, 14, 15,
-16.
-
-BREHAN (Marquis de), frère consanguin du comte de Plelo, 14.
-
-BREHAN (Marquis de), _Généalogie_ de la Maison de Brehan, 373*.
-
-_Brest_, 29, 38.
-
-_Bretagne_, 9, 10, 34, 35, 36, 37, 38, 40, 41, 42, 44, 46, 60, 60*, 63,
-66, 68, 73, 74, 75, 76, 82, 83, 88, 94, 101, 106, 110, 117, 125, 128,
-130, 132, 139, 143, 144, 145, 151, 155, 156, 159, 169, 220, 231, 231*,
-232, 247, 248, 268, 277, 307, 350, 384.
-
-_Bretagne féodale et militaire_ (_La_), 256*.
-
-BRILLAT-SAVARIN, 170.
-
-BRIONNE (Comtesse de), 240*.
-
-BRISSAC (Duc de), 119, 133, 353*.
-
-BRISSAC (Duchesse de), 342*.
-
-BRISSOT (_Mémoires de_), 54, 90, 90*, 110*, 110, 385.
-
-_British Museum_, 20.
-
-BROC (Général de), 54, 73.
-
-BROGLIE (Comte de), 143, 175, 175*, 176, 180, 181, 185, 204, 205, 206,
-206*, 207, 208, 212, 215, 220, 225, 242, 310, 310*.
-
-BROGLIE (Duc de). _Le Secret du Roi_, 67*, 146*, 174*, 175*, 176, 176*,
-180, 182, 184, 184*, 185*, 188*, 204*, 205*, 205*, 206*, 206*, 207*,
-209*, 225*, 225*, 310*.
-
-BROSSES (_Lettres du Président de_), 148.
-
-_Brouage_, 47.
-
-_Bruxelles_, 240, 395.
-
-BUFFENOIR. _Feuilles d’histoire_, 362*.
-
-_Bulletin de la Société archéologique de Touraine_, 48.
-
-_Bulletin du Bibliophile_, 76, 260*, 262*, 270*, 286*, 304*, 323*.
-
-
-C
-
-CAEN (Mᵐᵉ de), 303.
-
-CAFFIERI, 391.
-
-CAHOUET DE VILLERS (_Affaire de la_), 295.
-
-_Calais_, 355.
-
-CALAN, _Revue de Bretagne et Vendée_, 65*, 72*, 73*, 308*.
-
-CALONNE, contrôleur général, 56, 56*, 58, 249.
-
-CAMPAN (Mᵐᵉ). _Mémoires sur Marie-Antoinette_, 185*, 219*, 247, 247*,
-355*.
-
-_Canada_, 28.
-
-CANDIDE, 230, 231*, 280.
-
-_Caquets_ (_Les_), _Comédie de_ RICCOBONI, 339, 339*.
-
-CARNÉ. _Etats de Bretagne_, 41*.
-
-_Carnet historique_ (_Le_), 26*.
-
-CARPENTIER, 98.
-
-CARRACIOLI, ambassadeur des Deux-Siciles, 161.
-
-CARRÉ. _La Chalotais et d’Aiguillon_, 44*, 60*, 62*, 63*, 64*, 65*,
-66*, 67*, 68*, 69*, 72*, 73*, 74, 74*, 77*, 231*, 239*, 268*.
-
-CATHERINE, impératrice de Russie, 182.
-
-CATHERINE DE MÉDICIS, 151.
-
-CAVENDISH (Lord), 29, 31, 35.
-
-CAZALÈS, 354*, 384.
-
-CEDOZ (Abbé). _Un couvent de Religieuses anglaises à Paris_, 358*.
-
-CHABRILLAN (Comte de), 239*.
-
-CHABRILLAN (Marquis de), mari de Mˡˡᵉ d’Aiguillon, 54, 278, 280, 317.
-
-CHABRILLAN (Comte de), 324, 333, 334*.
-
-CHABRILLAN (Innocente-Aglaë d’Aiguillon, marquise de), 27, 233, 284,
-287, 295, 373*.
-
-CHABRILLAN (Emmanuel, vicomte de), 355, 365.
-
-CHABRILLAN (Hippolyte-César de Moreton de), 373*, 374*.
-
-CHABRILLAN (Pierre-Charles-Fort-de-Moreton de), 374*.
-
-CHABRILLAN (Marquis de), 11, 41*, 245*, 261*.
-
-CHABRILLAN (_Archives_), 23*, 29*, 264, 272, 279*, 287*, 356*, 360*,
-360*.
-
-_Chaise_ (_Rue de la_), 353*.
-
-CHAMFORT, 152*.
-
-CHAMFORT. _Œuvres_, 152*.
-
-_Chanson des Philosophes_, 147.
-
-_Chanteloup._ _Château du duc de Choiseul_, 6, 141, 147, 166, 171, 172,
-232*, 340, 380.
-
-CHARLES Iᵉʳ, 137.
-
-CHARTRES (Evêque de), 78.
-
-CHARTRES (Duc de), 310*.
-
-_Chasseurs et la Laitière_ (_Les_), d’ANSEAUME, musique de DUNI, 329,
-329*.
-
-_Châteauneuf-sur-Loire_ (Château patrimonial des La Vrillière), 299,
-299*.
-
-_Château-Dauphin_, château-fort près de Saluces, 20.
-
-CHATELET (Du), 87, 171, 172, 173, 299, 299*, 347, 347*.
-
-CHATEAUROUX (Marquise de la Tournelle, duchesse de), 16, 17, 18, 19,
-20, 21, 140, 218.
-
-CHAULNES (Duc de), 45, 96.
-
-CHAULNES (Mᵐᵉ de), 278.
-
-CHAUVELIN (Mᵐᵉ de), 8, 169.
-
-CHESNAYE-DESBOIS (_Dictionnaire de la_), 1.
-
-_Cher_, 48, 48*, 49.
-
-_Cherbourg_, 29, 344, 344*, 344*.
-
-CHÉTARDIE (Marquis de la), 395.
-
-CHOISEUL (Duc de), 4, 6, 32, 35, 43, 44*, 59, 61, 78*, 84, 86, 87, 88,
-89, 89*, 90, 91, 92, 96, 97, 102, 103, 104*, 111, 112, 120, 121, 127,
-133*, 134, 135, 135*, 136, 137*, 139, 140, 141, 142, 142*, 143, 145,
-146, 149, 151, 156, 159, 165, 170, 171, 172, 173, 173*, 174, 175, 176,
-179*, 181, 186, 204, 208, 211, 214*, 216, 220, 221, 225, 232, 242, 244,
-245, 247, 250, 254, 259, 263, 270, 271, 273, 282, 292, 296, 304, 321,
-333, 346*, 347, 347*, 348, 366, 377, 380.
-
-CHOISEUL (Duchesse de), 2, 3, 4, 5, 7, 127, 145, 145*, 147, 153*, 165,
-166, 167, 173, 220, 356*.
-
-CHOISEUL (Vicomte de), 93.
-
-_Choisy_, 27, 96, 121, 149, 173, 221, 222*.
-
-CHOLLET, banquier de Londres, 241.
-
-_Chronique scandaleuse_, 354*.
-
-CINQ MARS, 392.
-
-CLAIRFONTAINE (M. de), 314.
-
-CLAIRON (Mˡˡᵉ), 101, 308.
-
-CLAUDE SAINT-ANDRÉ (_Mᵐᵉ du Barry_), 89*, 104*, 151, 151*, 311*, 355,
-355*, 356*.
-
-CLÉMENCEAU, jésuite, 67.
-
-COIGNY (Duc de), 282, 304.
-
-COLLÉ (_Journal et Mémoires de_), 230, 230*.
-
-_Compiègne_, 88, 160, 169.
-
-CONDÉ (Prince de), 89*, 144, 214*, 214*.
-
-CONDOM (Evêque de), 36, 325, 339.
-
-CONDORCET, 116.
-
-CONIAC (M. de), 45, 340.
-
-CONTANT, 387.
-
-CONTI (Prince de), 342*.
-
-CONTI (Louise-Elisabeth de Condé, princesse de), 48, 48*, 49, 51.
-
-CONTI (Abbesse de), 52.
-
-_Copenhague_, 14.
-
-CORNULIER DE LUCINIÈRE, 105.
-
-_Correspondance de Condorcet et de Turgot_, 116.
-
-_Correspondance Fontette-de la Noue_, 268*.
-
-_Correspondance littéraire_, 30*.
-
-_Correspondance secrète_, 292*, 293*, 296*, 302*, 310*, 311*, 317,
-318*, 342*, 342*, 343*, 344*, 345*, 347*, 354*.
-
-_Côtes-du-Nord_, 29.
-
-COUSERAN (Evêque de), 339.
-
-COUTAUSSE, 387.
-
-CRESSANT., 394.
-
-CREUTZ (Baron de), ministre de Suède à Versailles, 179, 205, 209*, 283,
-362.
-
-CRILLON (Général duc de), 339, 339*, 341.
-
-CROMOT, premier commis des Finances, 89, 89*, 214*.
-
-CROZAT, financier, 134.
-
-CROY (Prince de), 42, 46, 61, 214, 218, 220.
-
-CROY (_Journal de_), 27*, 34*, 41*, 42*, 46*, 160*, 214*, 218*, 220*,
-222*, 223*.
-
-CRUSSOL (Louise de), 392.
-
-CUSTINES, 385.
-
-
-D
-
-DAMIENS, 85.
-
-_Danemark_, 292.
-
-DANCOURT, 330*.
-
-DANTON, 353*.
-
-DANTZICK, 180.
-
-DAUPHIN (Le), père de Louis XVI, 325, 348.
-
-DAUPHIN (Le), 42, 44, 84, 86, 111, 150, 151, 173, 185, 185*, 202, 203,
-207, 208, 274*.
-
-DAUPHIN (Le), fils de Louis XVI, 347.
-
-DAUPHINE (La), MARIE-ANTOINETTE, 111, 112, 122, 150, 155, 161, 162,
-163*, 164, 169*, 178, 178*, 186, 187, 188, 189, 194, 195, 199*, 199,
-201, 201*, 203, 214, 274*.
-
-DELILLE (Abbé), 220.
-
-DELONG (Mˡˡᵉ), 342.
-
-DESNOS, évêque de Rennes puis évêque de Verdun, 132, 276*, 307, 307*.
-
-DESNOS, imprimeur, 313.
-
-_Déserteur_ (_Le_), 100, 118.
-
-_Devin de village_, de J.-J. ROUSSEAU, 339, 339*.
-
-DINAUX. _Sociétés Badines_, 230, 230*.
-
-DINO (Duchesse de), _Chronique_, 323*.
-
-DOILLOT, notaire, 342*.
-
-DROUAIS, 391, 392.
-
-DU BARRY (Marie-Jeanne Vaubernier, comtesse), 6, 10, 88, 88*, 91, 92,
-93, 96, 97, 98, 99, 104*, 118, 120, 121, 124, 126, 135*, 136, 137,
-137*, 139*, 140, 147, 151, 152, 153, 155, 161, 164, 165, 166, 168,
-168*, 170, 171, 172, 175*, 178, 179, 181, 183*, 184, 185, 186, 187,
-190, 194, 195, 197, 198, 200, 201, 202*, 203, 204, 205, 214, 214*, 216,
-217, 218, 221, 251, 254, 267, 275, 276, 295, 311, 311*, 312, 341, 345,
-353*, 353*, 355, 356*, 376, 378, 379, 391.
-
-DU BARRY (Adolphe), neveu de la comtesse, 311.
-
-DU BARRY (Claire-Félicité, surnommée CHON), belle-sœur de la Favorite,
-151, 151*, 194, 195, 200, 202, 204, 312.
-
-DUBEC, 382.
-
-DUBOIS-MARTIN, secrétaire du comte de Broglie, 205.
-
-DUBOIS DE LA MOTTE, (Mᵐᵉ), née BOISGELIN DE CUCÉ, 302, 307, 314, 315*.
-
-DUCLOS. _Mémoires_, 109, 139.
-
-DU DEFFAND (Mᵐᵉ), 5, 6, 7, 21*, 61, 73, 74*, 91*, 103*, 104, 104*, 115,
-127, 130, 145, 145*, 147, 148, 156, 157, 160, 165, 167, 172, 173, 176,
-197, 197*, 205*.
-
-DU DEFFAND (_Lettres de Mᵐᵉ_), 127*, 130*, 145*, 147, 148, 153, 157,
-160*, 165*, 205*.
-
-DU GAS DU BOIS SAINT-JUST. _Paris, Versailles et les Provinces_, 119,
-120.
-
-DUMOURIEZ, 174, 176*, 205, 206, 206*, 206*, 214*, 241, 242, 385.
-
-DUNI, compositeur de musique, 329*.
-
-DURAS (Duc de), 72, 73, 82, 87, 110*, 131, 132, 142, 170, 231.
-
-DUFORT DE CHEVERNY, _Mémoires_, 353*.
-
-DURAND, 389.
-
-DURAND, chargé d’affaires, 176, 176*.
-
-DUTENS. _Mémoires d’un voyageur qui se repose_, 379.
-
-DU TILLET, 395.
-
-
-E
-
-EFFIAT, 392.
-
-EGMONT (Comtesse Septimanie d’), fille du maréchal de Richelieu, 153,
-154, 155*, 156, 169, 170, 179, 208, 209*.
-
-EGMONT (Comte d’), 154, 170*.
-
-EGMONT (Alphonsine-Louise-Félicité d’), 170*.
-
-_Ek._ _Domaine du baron de_ SCHEFFER, 360, 369.
-
-_Elite des Almanachs_, 313.
-
-_Entretiens de l’autre monde_ (_Les_), 267, 267*.
-
-_Epreuve villageoise_ (_L’_), de GRETRY, 313, 313*.
-
-ESCOURRE (Chevalier d’), écuyer du duc de Brissac, 353*.
-
-_Espagne_, 135, 140, 216, 339*, 347.
-
-_Espagnols_, 343.
-
-ESPARBÈS (Mᵐᵉ), 307, 365.
-
-_Espion anglais_ (_L’_), 204*, 238*.
-
-_Espion dévalisé_ (_L’_), Baudoin de Guemadec, 204*.
-
-_Espion français_ (_L’_), 308*.
-
-ESTERHAZY, 304.
-
-ESTERNO (D’), 340.
-
-_Etats-Unis_, 310*, 331*.
-
-_Europe_, 160, 186*, 188*, 191, 194, 274, 364.
-
-
-F
-
-FAGON, auteur comique, 822*.
-
-_Famille extravagante, de_ LEGRAND, _musique de_ GUILLION, 313, 313*.
-
-FAUCHET (Abbé), 353*.
-
-FAVART, auteur comique, 322*.
-
-FAVART (Mᵐᵉ), 197.
-
-FAVIER, 175, 205, 206, 207, 242.
-
-_Fête villageoise_ (_La_), _de_ VOISENON, 197.
-
-FETIS, 395.
-
-_Figaro_ (_Le mariage de_), de BEAUMARCHAIS, 339.
-
-_Filles anglaises_ (_Les_). Couvent transformé en prison, 358, 364*.
-
-FITZ JAMES (Duc de), gouverneur de Bretagne, 230, 231*, 299, 299*, 315,
-327, 328*, 332, 343.
-
-FLAMARENS (Mᵐᵉ de), nièce de Mᵐᵉ de Maurepas, 342*, 344, 353*, 365.
-
-FLAMMERMONT. _Correspondance des agents diplomatiques étrangers_, 208*.
-
-FLAMMERMONT. _Le chancelier Maupeou et les Parlements_, 125*, 134*,
-163*.
-
-_Flandre_, 368.
-
-FLAVACOURT (Mᵐᵉ de), 17.
-
-FLÉCHIER, 80.
-
-FLESSELLES (De), intendant de Rennes et puis de Lyon, 67, 268, 276,
-307, 324.
-
-FLESSELLES (Mᵐᵉ de), 303, 307.
-
-FLEURY (Vicomtesse de), 191.
-
-FLEURY (Comte). _Louis XV, intime_, 217*.
-
-FOISSET. _Le Président de Brosses_, 148*.
-
-FONTAINE DE RESBECQ. _Les Tombeaux des Richelieu à la Sorbonne_, 192*.
-
-_Fontainebleau_, 57, 87, 95, 167*, 169, 274, 276.
-
-FONTETTE (Le chevalier de), 44, 58, 63, 66, 68, 73, 276.
-
-FONTETTE (Mˡˡᵉ de), 313.
-
-FORCALQUIER (Comtesse de), 103, 103*, 231*, 320, 320*.
-
-FOUQUET, 326.
-
-FOUQUIER-TINVILLE, 236*.
-
-_France_, 111, 119, 135, 144, 146, 156, 163*, 174, 178*, 179, 180,
-183*, 185, 186*, 191, 210, 211, 226, 233, 235, 241, 242, 270, 281, 291,
-295*, 310, 310*, 339, 345*, 356, 356*, 358, 364, 364*, 370, 371, 373,
-385.
-
-FRANCE (M. et Mᵐᵉˢ de), 292.
-
-FRANÇOIS Iᵉʳ, 49.
-
-FRÉDÉRIC II, roi de Prusse, 28, 176*, 180, 181.
-
-FRÉDÉRIC II (_Mémoires de_), 185.
-
-_Fronsac, près Libourne_, 324.
-
-FRONSAC (Duc de), fils du maréchal de Richelieu, 279, 323.
-
-FUENTÈS, ambassadeur d’Espagne, 161.
-
-FUNCK BRENTANO (Fr.). _Nouvelle revue rétrospective de Paul Cottin_,
-206*.
-
-FUNCK BRENTANO (Fr.). _Les Nouvellistes_, 175.
-
-FUNCK BRENTANO (Fr.). _Figaro et ses devanciers_, 380*.
-
-
-G
-
-GAIGNEUX, 47.
-
-GALIBERT (M. de), 303, 313.
-
-GALLIFFET (Mˡˡᵉ de), 279.
-
-GARNIER, 394.
-
-GARVILLE, 106, 107, 108, 109.
-
-_Gascogne_, 257, 267.
-
-GASTON (Abbé), _Une prison parisienne sous la Terreur_, 358*.
-
-GAULARD DE SAUDRAY, chargé d’affaires à Berlin, 181.
-
-GAUTHIER, homme de loi, 357.
-
-_Gazette de France_, 213*, 350, 369.
-
-GEFFROY. _Gustave III et la Cour de France_, 179*, 207*.
-
-GEOFFRIN (Mᵐᵉ), 106.
-
-_Genève_, 378.
-
-GENLIS (Mᵐᵉ de). _Souvenirs de Félicité_, 293*.
-
-GENLIS (M. de), 331.
-
-GEORGEL (Abbé), secrétaire du cardinal de Rohan, _Mémoires_, 84, 184*,
-185, 310*.
-
-_Gibraltar_, 339, 339*, 341, 343.
-
-GILBERT, 279.
-
-GIRAC, évêque de Saint-Brieuc, 72, 131, 132, 307*, 308.
-
-GIRARDIN (M. de), 309.
-
-GISORS (Mᵐᵉ de) née Fouquet, 325, 325*.
-
-GLEICHEN (_Souvenirs du baron de_), 205, 205*.
-
-GONCOURT (E. et J. de). _La Du Barry_, 111*, 135*, 151*, 153*, 214*,
-392.
-
-GONCOURT (E. et J. de). _Mᵐᵉ de Pompadour_, 32*.
-
-GONCOURT (E. et J. de). _La Duchesse de Châteauroux et ses sœurs_, 16,
-16*, 19*.
-
-GOUPIL, inspecteur de police, 380, 381, 382.
-
-GOYON (Comte de), 124*, 128, 129.
-
-GRAMONT (Mᵐᵉ de), 278.
-
-GRAMONT (Duchesse de), 120, 121, 347*.
-
-GRAMONT (Comte de), 218.
-
-GRASSET. _Mᵐᵉ de Choiseul et son temps_, 92.
-
-GRÉCOURT (Abbé de), 48, 51.
-
-_Grenelle_ (_Rue de_), 353*.
-
-GRETRY, 313.
-
-GRIMM (_Correspondance de_), 80*, 146*.
-
-GRIMBLOT, 205*.
-
-_Gros-Caillou_ (_Hôpital du_), 345.
-
-GRÜN. _Feuillets d’histoire_, 103*.
-
-GUEMÉNÉ (Princesse de), 270, 273, 282.
-
-GUEMÉNÉ-MONTBAZON (Prince de), 199*, 342.
-
-GUERRE (De la), 115.
-
-_Guerre de Sept Ans_, 27, 28.
-
-GUESBRIANT (Marquise de), 64.
-
-GUIBERT (Comte de), auteur de la _Tactique_, 206*.
-
-GUILLONEAU, notaire. _Inventaire du château de Veretz_, 367*.
-
-GUILLIERS, compositeur de musique, 313*.
-
-GUIMBAUD. _P. Auget de Montyon_, 353*.
-
-GUINES (Comte, puis duc de), ambassadeur de France à Londres, 226, 240,
-241, 242, 243, 243*, 244, 245, 246, 247, 247*, 252, 254, 257, 265, 270,
-271, 273, 274, 281, 282, 282*, 283, 283*, 285, 288, 297, 298.
-
-GRANDSAIGNE et H.-C. DUCHESNE, _Histoire du Château de Madrid_, 342*.
-
-GUSTAVE-ADOLPHE, 361.
-
-GUSTAVE, prince de Suède, 146, 146*.
-
-GUSTAVE, roi de Suède, 155, 179, 180, 208*, 209, 209*.
-
-
-H
-
-HAGA (Comte de), 147.
-
-_Hambourg_, 205*, 206*, 214*, 385, 386.
-
-HARCOURT (Duc d’), 344.
-
-HARCOURT (Mᵐᵉ d’), 333.
-
-HARDY (_Journal de_), 58, 88, 89*, 130, 218, 291, 294, 294*.
-
-HAUSSET (Mᵐᵉ du), _Souvenirs_, 32*.
-
-HAVRÉ (Mᵐᵉ d’), 333.
-
-HÉBERT, procureur de la Commune, 236*.
-
-HELVÉTIUS, médecin du roi, 217.
-
-HEMERY (D’), inspecteur de Police, 120.
-
-HENRI IV, 390.
-
-_Hermitage_ (_L’_), 121, 335.
-
-HÉVIN, 105.
-
-HOCQUART (Mˡˡᵉ), 13.
-
-_Hollande_, 368.
-
-HORST (D’), 208*.
-
-HUNOLSTEIN (D’). _Correspondance inédite de Marie-Antoinette_, 221*.
-
-
-I
-
-_Insurgent_ (_Coiffure à l’_), 313.
-
-_Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux_, 391*.
-
-ISABEAU, 394.
-
-_Italie_, 321.
-
-
-J
-
-JACQUIN ET DUESBERG. _Histoire de Ruel_, 219*.
-
-JEAN-JACQUES (Rousseau), 52.
-
-JAUCOURT (Le chevalier de), 204.
-
-JAUCOURT (Marquise de), 302*.
-
-JOBEZ. _Histoire de Louis XV_, 42*, 43*, 205*.
-
-JOLY, 360.
-
-JOLY DE FLEURY, 103*.
-
-JOSEPH, archiduc, 257*, 259, 304.
-
-JOSEPH II, empereur d’Allemagne, 184*, 196*, 304*, 336*.
-
-_Joueur_ (_Le_), de REGNARD, 229, 329*.
-
-_Journal de la Cour et de la Ville_, 354*, 383.
-
-_Journal historique de la Révolution opérée dans la Constitution de la
-monarchie française par M. de Maupeou_, 307*.
-
-_Journal de Paris_, 350.
-
-
-K
-
-KAUNITZ (Prince de), ministre des Affaires étrangères à la Cour de
-Vienne, 96, 157*, 163*, 164, 170*, 180, 183, 186, 188, 196*, 210*, 236,
-236*, 336*.
-
-KELLY (Michel). _Mémoires_, 385.
-
-KEN (Milord), 5.
-
-KERGUEZEC, 44.
-
-
-L
-
-LA BORDE, banquier de la cour, 127, 217, 375, 377, 378.
-
-LA BARRE (Le chevalier de), 47, 106.
-
-LA BOURDAISIÈRE, 52.
-
-LA CHALOTAIS (Caradeuc de), 6, 42, 43, 44, 45, 46, 56, 56*, 58, 58*,
-59, 61, 67, 74, 76, 92, 102, 112, 115, 117, 143, 155, 160, 220, 232,
-247, 248.
-
-LA CHALOTAIS (Caradeuc de), fils du précédent, 45.
-
-LA CHATRE, 54.
-
-LA COSTE (Comte de), 250.
-
-LACOUR, 270.
-
-_La Ferté_ (_Château de_), 127.
-
-LA FERTÉ (_Journal de_ PAPILLON de), 198.
-
-LAFITE DE PELLEPORE. _Diable dans un bénitier_ (_Le_), 379.
-
-LAKER, 55.
-
-LA HARPE, 347*.
-
-LAIGLE (De), 115.
-
-LAIGLE (Mᵐᵉ de), 132, 264, 364, 364*, 365, 368, 371, 372.
-
-LAFFRAY (Abbé), 347*.
-
-LALANNE (_Correspondance de_), 30*, 33*.
-
-LALLY TOLLENDAL (De), 115.
-
-LA MARCHE (Comte de), 169.
-
-LAMBALLE (Princesse de), 64.
-
-LA MARTINIÈRE, premier chirurgien du roi, 217, 233.
-
-LAMOIGNON, premier président du Parlement de Paris, 217*.
-
-LA MOTTE (Mᵐᵉ de), 380*.
-
-LANGE (Mˡˡᵉ), 91.
-
-LANGEAC (Les), bâtards du comte de Saint-Florentin, 297, 346.
-
-_Languedoc_, 120, 324.
-
-LA NOUE, 41, 45, 54, 63, 64*, 68, 73, 77, 276.
-
-LA PEYRONIE, médecin du roi, 26.
-
-LA PORTE DE LA MEILLERAYE (De), 47.
-
-LA REYNIÈRE (M. de la), 347.
-
-_La Rochelle_, 47.
-
-LA ROCHETERIE (De). _Marie-Antoinette_, 86*, 181*, 184.
-
-LA TRÉMOILLE (Duc de), 17, 65.
-
-LA TRÉMOILLE (Duchesse de), 65.
-
-LA TRÉMOILLE (Duchesse de), fille des précédents, 65.
-
-LAUZUN (Philippe). _Documents relatifs à l’entrée du duc d’Aiguillon à
-Agen_, 36*.
-
-LAUZUN (Duc de). _Mémoires_, 270*, 282*, 283*.
-
-LA VALLIÈRE (M. de), 325, 326*.
-
-LAVERDY (De), contrôleur général, 60, 66, 67, 87, 89*.
-
-_La Vrillière_ (_Maison de_), 293, 296, 327.
-
-_La Vrillière_ (_Hôtel_), _rue Saint-Dominique_, 299.
-
-LEBRUN. _Opinions_, 184*.
-
-LE CAUSEUR, 391.
-
-LECLERC, 48*.
-
-LESCZINSKY (Stanislas), 20.
-
-LESCZINSKA (Marie), reine de France, 20, 21, 77.
-
-LEGRAND, auteur comique, 313*.
-
-_Le Havre_, 29.
-
-LEHOC, ambassadeur de France en Suède, 370, 370*.
-
-LEM (Mᵐᵉ), 56, 110*.
-
-LEMOY. _Le Parlement de Bretagne et le Pouvoir royal_, 57*, 65*, 124,
-231*.
-
-LENOIR, conseiller d’Etat, 58, 58*.
-
-LESCURE (De), 130*, 136*, 140, 157*, 205*, 238*, 292*, 293*, 296*,
-302*, 310*, 311*, 318*, 320*, 342*, 343*, 344*, 345*, 354*.
-
-LESPINASSE, 389.
-
-LE TELLIER, peintre, 240*.
-
-_Lever de l’aurore._ Pamphlet, 382.
-
-LEVIS (Duc de). _Souvenirs_, 244*.
-
-LIANCOURT (Duc de), 217.
-
-LIBRI, 235*.
-
-LINGUET, 32*, 103*, 105, 106, 108, 109, 110, 124, 127, 131, 133*, 248,
-349, 350, 352.
-
-LINGUET. _Aiguillonana_, 133*, 237*, 248*.
-
-LISTENAY (Chevalier de), 74.
-
-_Lodi_, 370*.
-
-LOHÉAC (M. de), 128, 129.
-
-_Loire_, 52, 55.
-
-LOMÉNIE (L. de). _Beaumarchais et son temps_, 235*, 379.
-
-_Londres_, 226, 241, 378, 379, 385.
-
-LORRY, médecin du duc d’Aiguillon, 217.
-
-_Lot-et-Garonne_, 387, 389, 390, 392, 394.
-
-LOUIS, architecte, 323*.
-
-LOUIS XII, 225.
-
-LOUIS XIII, 47, 375, 388, 390.
-
-LOUIS XIV, 58, 375.
-
-LOUIS XV, 1, 1*, 3, 57, 61, 67*, 70, 87, 88, 93, 102, 105, 111, 112,
-113, 115, 118, 119, 121, 122, 125, 127, 135*, 137*, 138, 140, 141, 145,
-157*, 162, 163, 163*, 164, 165, 170, 173, 175, 175*, 175*, 176, 177,
-179, 180, 181, 185, 187, 189, 201, 203, 205, 206, 207, 207*, 211, 214*,
-214*, 216, 217, 217*, 218, 219, 220, 220*, 220*, 222, 224, 225, 232,
-242, 251, 264, 267, 283, 284, 296, 345, 348, 366, 378, 379, 380, 390.
-
-LOUIS XVI, 163*, 175*, 217, 221, 222, 225, 230, 233, 234, 235*, 244,
-245, 246, 247, 252, 254, 255, 259, 276*, 282, 288, 320, 325, 331*, 335,
-344*, 347, 377, 379, 380.
-
-_Louvre_, 321.
-
-_Luciennes_ (_Louveciennes_), 166, 167, 267.
-
-_Luxembourg_ (_Palais du_), 321.
-
-LUYNES (Cardinal de), 378.
-
-_Lyon_, 268, 324.
-
-LYONNE (Mᵐᵉ de), 278.
-
-
-M
-
-_Machines du gouvernement français._ _Pamphlet_, 276*.
-
-_Madrid_, 188.
-
-_Madrid_ (_Château de_), _au bois de Boulogne_, 342, 342*, 344, 346.
-
-MAGEN, 391.
-
-MAILLE, parfumeur, 307.
-
-_Mailly_ (_Maison de_), 299*.
-
-MAILLY (Comtesse de), 19.
-
-MALESHERBES, 276*.
-
-_Malouines_ (_Iles_), 135*.
-
-MANCINI (H.), 391.
-
-_Mannequins_ (_Les_), 276*.
-
-MANUEL. _Police dévoilée_, 379.
-
-MARCEL MARION. _La Bretagne et le duc d’Aiguillon_, 36*, 42*, 43*, 45,
-45*, 54, 65, 83, 83*, 103, 115, 117*, 145.
-
-MARIE-ANTOINETTE, 6, 24, 111, 120, 121, 163*, 165, 170, 189, 190, 194,
-195, 195*, 196, 200, 201, 203, 210*, 215, 215*, 221, 222*, 223, 224,
-225, 234, 234*, 235, 240, 240*, 243, 244, 246, 250, 251, 252, 253,
-253*, 254, 256, 257, 260, 262, 268, 270, 282, 282*, 283*, 287, 288,
-294, 304, 318, 320, 321, 336, 347, 348*, 349, 354, 354*, 359, 380.
-
-MARIE-THÉRÈSE (L’impératrice), 111, 120, 135, 156, 163*, 164, 169*,
-177, 178*, 180, 181, 181*, 182, 183, 184*, 184*, 185, 185*, 186, 188,
-188*, 190, 195, 195*, 196, 199*, 200*, 202, 202*, 207, 208, 208*, 210,
-211, 215*, 215*, 221*, 222*, 225*, 234, 235, 236*, 240, 243*, 258, 259,
-259*, 260, 262*, 274*, 282*, 283*, 287, 289*, 296*, 304, 336, 336*.
-
-MARIN, 382.
-
-MARIVAUX, 17.
-
-_Marly_, 115, 287, 311*, 318.
-
-MARMONTEL, 106, 106*.
-
-MARMONTEL (_Mémoires de_), 106, 107, 108, 109.
-
-_Marmousets_ (_Rue des_), 357.
-
-_Marmoutier_ (_Abbaye de_), 52.
-
-MARSAN (Comtesse de), 177, 190.
-
-MARTIN, cuisinier, 191, 240*.
-
-MASSAC (Mˡˡᵉ), 338.
-
-MASSON (Frédéric). _Le cardinal de Bernis_, 211, 211*.
-
-MASSON (Frédéric). _Napoléon intime_, 237*.
-
-MAUGRAS. _M. et Mᵐᵉ de Choiseul_, 91*, 121*, 135*, 137*, 139*, 141,
-171*, 172*.
-
-MAUGRAS. _Disgrâce de Choiseul_, 199*, 346*.
-
-MAUPEOU (Le chancelier), 57, 73, 90, 91, 91*, 91*, 102, 103, 105, 112,
-115, 118, 124, 125*, 132, 133, 133*, 134, 135, 135*, 136, 137, 139,
-141, 143, 144, 148, 151, 160, 182, 183, 183*, 189*, 190, 197, 200, 211,
-216, 217*, 220, 225, 226, 233, 239, 349.
-
-MAUREPAS (Comte de), 12, 14, 18, 19*, 146, 152, 222, 222*, 222*, 223,
-224, 231, 232*, 234, 234*, 238, 238*, 239, 245, 248, 252, 253, 253*,
-254, 255, 256, 260, 260*, 261, 262, 263, 265, 266, 271, 272, 274*, 276,
-277, 279*, 281, 287, 288, 291, 292, 293*, 294, 295, 296, 296*, 298,
-299, 299*, 310*, 317, 319, 320, 320*, 321, 326, 334, 335, 335*, 335*,
-340, 342*, 348, 353, 353*, 360.
-
-MAUREPAS (Phélypeaux de la Vrillière, comtesse de), 8, 22, 90, 119,
-146, 233, 233*, 237, 238*, 240, 240*, 243, 245*, 246, 253*, 253*, 264,
-265, 279, 287, 292, 293*, 294, 294*, 295, 303, 318, 327, 335*, 338,
-342*, 344, 346, 357, 372.
-
-_Maurepas_ (_Hôtel_), _rue de Grenelle_, 299*.
-
-MAXIMILIEN (Archiduc), 240*, 257*.
-
-MAYNON D’INVAU, contrôleur général, 91*.
-
-MAZARIN (Le cardinal de), 133.
-
-MAZARIN (Marquise de la Vrillière, duchesse de), 12, 21, 392.
-
-MAZARIN (Duc de), 302.
-
-MAZET. _Comédie_ d’ANSEAUME et DUNI, 330*, 330.
-
-MAZON. _Histoire de Soulavie_, 375, 377.
-
-_Méditerranée_, 343.
-
-_Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI_, SOULAVIE,
-3*, 102*, 111*, 179*, 194*, 350*, 377, 378.
-
-_Mémoires historiques et anecdotes de la Cour de France_, 347*.
-
-_Mémoires de Maurepas_, 20, 369, 369*, 371, 376.
-
-_Mémoires du duc de Luynes_, 14, 19, 21, 23, 26*, 38*, 192.
-
-_Mémoires relatifs à l’histoire du règne de Louis XV_, 101, 191, 191*,
-247*, 263*, 296*, 320*.
-
-_Mémoires secrets_ (_Nouveaux_). MUSSET-PATHAY, 191*, 293*.
-
-_Mémoires du duc de Richelieu_, 17*, 136*, 366, 369, 371, 372, 376.
-
-_Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_, 3*, 73*, 84, 84*, 87, 87*,
-88, 92, 104*, 111*, 113*, 119*, 124, 124*, 134, 204*, 212, 217*, 232*,
-233*, 234*, 239*, 242*, 242*, 246*, 249, 252*, 252*, 254*, 255, 256*,
-260, 260*, 261, 271*, 277, 310, 310*, 319*, 320, 321*, 347*, 368, 371,
-376, 377.
-
-_Mémoires du duc de Choiseul_, 88, 102, 102*, 124, 172, 172*, 376.
-
-_Ménars_ (_Château de_), 53.
-
-MERCIER. _Tableau de Paris_, 347*, 350, 351*.
-
-MERCIER (Abbé), 382.
-
-MERCY-ARGENTEAU (_Correspondance secrète de_), 92*, 120, 120*, 135,
-156*, 157*, 161, 162, 163, 163*, 165, 165*, 169*, 170, 177, 178, 178*,
-178*, 178*, 178*, 180, 181, 181*, 182, 182*, 182*, 183, 183*, 184,
-184*, 185, 186, 186*, 187, 188*, 189, 189*, 190, 195, 195*, 196*, 199,
-199*, 200, 200*, 201, 202, 203, 204, 204*, 204*, 207, 208, 208*, 209*,
-210*, 210*, 214*, 215, 215*, 216, 216*, 216*, 224, 225, 225*, 234, 235,
-235*, 236, 240*, 243, 255*, 257*, 259, 259*, 260, 262, 262*, 274*, 282,
-282*, 283*, 287*, 288, 289*, 304, 304*, 318*, 319, 321, 336, 336*, 348*.
-
-METRA (_Correspondance secrète dite de_), 133*, 220*, 222*, 223*, 227*,
-233*, 247*, 248, 248*.
-
-_Métromanie_ (_La_), de PIRON, 322, 322*, 329, 329*.
-
-_Metz_, 217, 218.
-
-MILLIN, docteur, 89.
-
-_Millesimo_, 370*.
-
-_Ministère de M. de Maurepas. Pamphlet_, 213*, 341*.
-
-MIRABEAU, 90, 347*, 377.
-
-MIREPOIX (Maréchale de), 169, 178, 194, 194*.
-
-MOLIÈRE, 340.
-
-_Mondovi_, 370*.
-
-_Moniteur_ (_Le_), 383, 384.
-
-_Montenotte_, 370*.
-
-MONTMERQUÉ (De), 3*, 377.
-
-MONSTON, auteur comique, 307*.
-
-MONTAIGLE (M. de), 314.
-
-MONTBARREY (Princesse de), 238*.
-
-_Montauban_, 394.
-
-_Montcornet-les-Ardennes_, 388.
-
-MONTEYNARD (M. de), ministre de la guerre, 206*, 212, 214, 214*, 214*,
-215.
-
-MONTIGNY (Mˡˡᵉ de), gouvernante de Mˡˡᵉ de PLELO D’AIGUILLON, 14*.
-
-MONTYON (A. de), 353*.
-
-_Montpellier_, 300.
-
-MOREAU. _Mes souvenirs_, 56, 92*, 100, 213, 213*, 214, 214*, 217*,
-222*, 223*, 225*, 241*, 253*, 255*, 263, 276*, 287, 287*.
-
-_Morlaix_, 56*.
-
-_Muette_ (_Château de la_), 342.
-
-MOUFLE D’ANGERVILLE. _Histoire du règne de_ Louis XV, 161*, 168*, 213*.
-
-MUZENCHÈRE (M. de la), 307.
-
-MUZENCHÈRE (Mᵐᵉ de la), 302, 307, 308, 314, 315.
-
-MUY (M. de), ministre de la guerre, 274, 274*.
-
-
-N
-
-_Nantes_, 54, 308.
-
-_Naples_, 331*.
-
-NAPOLÉON, 201, 238*.
-
-NARBONNE (Comtesse de), 201, 201*, 202*, 203.
-
-NATTIER, 392.
-
-NAVAILLES (M. de), 346.
-
-NAVAILLES (Mˡˡᵉ de), femme du duc d’Agenois, 345.
-
-NENY, secrétaire intime de Marie-Thérèse, 92*, 163*, 165*, 182*, 208*.
-
-NESLE (Mᵐᵉ de), 328*.
-
-_Neuilly_ (_Pont de_), 169.
-
-NIVERNOIS (Duc de), 146, 326, 342*.
-
-NOLHAC (De). _La reine Marie-Antoinette_, 253*.
-
-NOAILLES (Mᵐᵉ de), 121.
-
-_Normandie_, 344.
-
-NORAC. _Anagramme de_ CARON DE BEAUMARCHAIS, 235.
-
-NOTEST (Mˡˡᵉ), 313.
-
-NOUBEL, 389.
-
-_Nouvelles à la main_, 26, 27, 380, 381, 382.
-
-_Nouvellistes_ (_Les_), 175, 379.
-
-NUGNES, 309.
-
-
-O
-
-_Observateur anglais_ (_L’_), 202*.
-
-_Observateur hollandais_ (_L’_), 133.
-
-OGIER, 72.
-
-_Orléans_, 353*.
-
-ORLÉANS (Duc d’), 114, 217.
-
-_Orléans_ (_Maison d’_), 216.
-
-
-P
-
-_Pacte de famille_, 270.
-
-_Paris_, 10, 38, 63, 68, 75, 76, 77, 85, 102, 105, 120, 125, 129, 130,
-131, 132, 133, 133*, 139, 143, 144, 158, 169, 204, 209, 220, 222, 233,
-234, 236, 239, 243, 244, 251, 254, 265, 266, 267, 268, 271, 272, 273,
-274, 275, 285, 287, 291, 294, 295, 303, 304, 309, 316, 320, 322, 325,
-330, 332, 334, 338, 339, 340, 341, 342, 343, 347, 348, 349, 353*, 356,
-358, 359, 361*, 368, 369, 370, 391.
-
-PARME (Duc de), 135, 210.
-
-PAYEN, 391.
-
-_Penthémont_ (_Abbaye de_), 14*.
-
-PENTHIÈVRE (Duc de), 27, 41, 74, 81, 81*, 81*, 231, 299*.
-
-PÉRAT, chirurgien, 25, 26.
-
-PICHEGRU (Général), 368, 368*, 370*.
-
-PIDANSAT DE MAIROBERT. _Anecdotes de la comtesse du Barry_, 112, 112*,
-119, 126, 137*, 168, 168*, 169*, 197, 198*, 217*, 224*, 381.
-
-PICQUIGNY (Duc de), puis duc de Chaulnes, 311.
-
-PIMODAN (Comte de), 157*, 184*.
-
-PINARD (Dame), 389*.
-
-PIRON, 322*.
-
-PLATEN (Comtesse de), 296.
-
-_Plelo_ (_Maison de_), 256, 293, 327, 388*.
-
-PLÉLO (Comtesse de), 2.
-
-POCQUET. _Le duc d’Aiguillon et le Chalotais_, 43*, 65*.
-
-POLIGNAC (Chevalier de), 395.
-
-POLIGNAC (Comtesse de), 288, 317.
-
-POLIGNAC (Mˡˡᵉ de), 317, 318.
-
-_Politique de tous les gouvernements_ (_La_), 175*.
-
-_Pologne_, 174, 176*, 177, 180, 181, 182, 184*, 186, 186*, 187, 188,
-194, 205, 208, 209*.
-
-POMPADOUR (Antoinette Poisson, marquise de), 28, 29, 30*, 31, 32, 32*,
-33, 34, 35, 36, 39, 40, 42, 43, 44, 53, 86, 89, 90, 121, 195, 259, 265,
-348, 392.
-
-_Pont aux Dames_, 251.
-
-_Pontchartrain. Château du comte de Maurepas_, 8*, 152, 221, 254, 255,
-260, 261*, 280, 327, 342*.
-
-_Pordic. Bourg de Bretagne_, 374*.
-
-_Portugal_, 331*.
-
-_Potsdam_, 182, 238*.
-
-POUSSIN, 392.
-
-POYANNE (Marquis de), 238*.
-
-PRADES (Abbé de), 192.
-
-PRASLIN (Duc de), 59, 137*, 142*.
-
-_Praslin_ (_Château de_), 141.
-
-PROCHÉ, 390.
-
-PROVENCE (Comte de), 149, 150, 178, 188, 188*, 199, 200, 201, 276*.
-
-PROVENCE (_Réflexions historiques du comte de_), 225*.
-
-PROVENCE (Comtesse de), 149, 150, 160, 199, 199*, 200, 201, 202, 392.
-
-_Provence_, 120.
-
-PRUSSE (Prince Henri de), 199, 206*.
-
-_Prusse_, 86, 146, 151*, 180, 181, 185*, 207, 221.
-
-PUJOS, chirurgien, 25.
-
-PUY (Evêque du), 79.
-
-_Pyrénées_, 300.
-
-
-Q
-
-QUEHILLAC (Mˡˡᵉ de), 128, 129.
-
-QUELEN (M. de), parent des d’Aiguillon, 14, 359*, 360, 401.
-
-
-R
-
-RAVAISSON, 147.
-
-RAYMOND, 394.
-
-_Recueil général des Costumes et des Modes_, 313.
-
-_Reims_, 250, 253, 255, 259.
-
-_Reine de Golconde_ (_La_), 150.
-
-_Renard et les Raisins_ (_Le_), 316.
-
-_Rennes_, 38, 41, 42, 53, 57, 61, 63, 64, 66, 68, 69, 75, 85, 102, 105,
-110*, 116, 124, 125, 131, 132, 142, 143, 231, 268, 307*, 390.
-
-_Revue de l’Agenais_, 267*, 390.
-
-_Revue de Paris_, 140.
-
-_Revue d’histoire littéraire de la France_, 265.
-
-_Revue hebdomadaire. Une Idylle d’amour conjugal sous la Régence_, 2*,
-16*.
-
-RICHELIEU (Famille de), 192, 192*, 361.
-
-RICHELIEU (Cardinal de), 15, 46, 47, 66, 178, 179, 180, 228, 239, 388.
-
-RICHELIEU (Maréchal, duc de), 17, 91, 92, 95, 103, 104, 112, 116, 120,
-125, 146, 147, 153, 209*, 220*, 278, 303, 322, 323, 347, 350, 366*,
-375, 377, 378.
-
-RICCOBONI, auteur comique, 339*.
-
-RIVAL, 364.
-
-ROBESPIERRE, 236*, 378.
-
-ROBIEN (Le président de), 45, 45*, 73, 103*.
-
-ROBIQUET. v. _Théveneau de Morande._
-
-ROCHE-AYMON (Cardinal de la), 233.
-
-_Rochers_ (_Les_), 41.
-
-_Rohan_ (Maison de), 117, 209, 342.
-
-ROHAN (Cardinal de), 176, 181, 181*, 183, 190, 202*, 209, 210*, 210*,
-240.
-
-ROLAND, 387*.
-
-_Rome_, 86, 227, 321, 380.
-
-RONAC, _anagramme de_ Caron de Beaumarchais, 378.
-
-ROOTHE (Mᵐᵉ de), 373.
-
-ROSEMBERG (Comte de), 257, 257*, 258, 259.
-
-ROUÉ (Du Barry dit Le), 111, 200, 275.
-
-ROUILLÉ, 395.
-
-ROUSSEAU, intendant de la famille d’Aiguillon, 355*, 356, 356*.
-
-ROUSSEAU (J.-J.), 309, 339*, 351.
-
-_Ruel_ (_Château des d’Aiguillon_), 45, 53, 74, 146, 218, 219, 243,
-344, 345, 346, 349, 353*, 357*, 358, 361, 363, 368, 369, 370, 372, 388*.
-
-_Ruffec_, 207, 225.
-
-_Russie_, 146, 176*, 181, 185, 206*, 211.
-
-
-S
-
-SAINT-AIGNAN (M. de), 340.
-
-SAINT-AMANS, 389, 391.
-
-SAINTE-AULAIRE, 145*, 147*, 153*, 160*, 165*, 167*, 197*.
-
-_Saint-Barthélemy_, 301.
-
-_Saint-Bihi_ (Château de), 388, 388*.
-
-_Saint-Brieuc_, 72, 73, 74, 132, 308.
-
-_Saint-Cast_, 29, 31*, 38, 43, 81*, 87, 281, 395.
-
-_Saint-Denis_, 78, 79.
-
-_Saint-Dominique_ (_Rue_), 9.
-
-_Saintes_, 61*, 92, 160.
-
-_Saint-Germain_ (_Boulevard_), 239*.
-
-_Saint-Germain_ (_Faubourg_), 277.
-
-SAINT-FLORENTIN (Duc de la Vrillière, comte de), 12, 14, 42, 56, 56*,
-60, 62, 69, 128, 141, 151, 160, 176*, 213*, 232, 232*, 234, 234*, 254,
-256, 258, 279, 279*, 280, 294, 296, 297, 298*, 328, 346.
-
-_Saint-Florentin_ (_Hôtel_), 299*.
-
-_Saint-Hubert._ _Rendez-vous de chasse._ 118.
-
-_Saint-Jacques_ (_Rue_), 313.
-
-_Saint-Malo_, 29, 56, 56*, 57, 58*, 61, 143, 310*, 395.
-
-SAINT-SÉVERIN D’ARAGON (Alphonsine de), 170*.
-
-_Saint-Pétersbourg_, 180, 209*.
-
-SAINT-SIMON, 376.
-
-SAINT-VINCENT (Mᵐᵉ de), 278, 303*.
-
-_Saint-Vrain_, 251, 263.
-
-SALÉ, secrétaire de Maurepas, 369*.
-
-SALM KITZBOURG (Prince de), 302, 302*, 347*.
-
-SALMON, 388*.
-
-SANDOZ, envoyé de Prusse, 157*.
-
-_Sardaigne_, 161.
-
-SARTINES, ministre de la Marine, 236, 242, 379.
-
-_Savoie_ (_Maison de_), 149.
-
-SCHEFFER (Comte de), 8, 147.
-
-SCHEFFER (Baron de), 231*, 358*, 361, 361*, 362, 363, 364, 364*, 365,
-367, 368, 370, 371.
-
-SEDAINE, 100.
-
-SEGUIN (Mˡˡᵉ), 344.
-
-SÉGUR (Marquis de). _Au couchant de la Monarchie_, 217, 224*, 225*,
-236, 236*, 238*, 239*, 240*, 242*, 245*, 245*, 246*, 253*, 254*, 254*,
-255*, 261*, 280, 293*.
-
-SÉNAC DE MEILHAN. _Le Gouvernement, Les Mœurs_, 88*, 91*, 104, 140,
-152, 258*.
-
-SÉNAC DE MEILHAN. _Portraits et Caractères du XVIIIᵉ siècle_, 136,
-136*, 140*.
-
-_Servante justifiée_ (_La_), 322, 322*.
-
-_Servante maîtresse_ (La), 280.
-
-SÉVIGNÉ (Mᵐᵉ de), 41, 50.
-
-SILHOUETTE, contrôleur général, 34*.
-
-_Silésie_, 86.
-
-SIGNAC (Mˡˡᵉ de), 313.
-
-SMITT (Général), 311.
-
-_Songe de M. de Maurepas._ _Pamphlet_, 276*.
-
-_Sorbonne_, 192, 192*, 350, 351.
-
-SOUBISE (Prince de), 95, 177, 190, 210.
-
-SOULAVIE, 2, 3, 19, 20, 43, 43*, 44, 44*, 45, 57, 58, 60, 78, 88*, 102,
-104, 111, 136, 175*, 179*, 347, 347*, 356*, 366*, 369*, 375, 376, 377,
-378.
-
-_Souvenir à la Hollandaise_, 313.
-
-STAHREMBERG, 157*, 159*.
-
-_Stockolm_, 179*, 361, 370*.
-
-SUARD, 220*.
-
-_Suède_, 146, 147, 179, 180, 205, 208, 361, 366, 368.
-
-SURGEON, 380.
-
-
-T
-
-TALLARD (Mᵐᵉ de), 17.
-
-TALMONT (Princesse de), 318.
-
-_Taureau_ (_Château du_), 54*.
-
-TERRAY (Abbé), contrôleur général, 89*, 90, 91, 91*, 92, 134, 148, 160,
-160*, 200, 225.
-
-THÉLUSSON, banquier de Londres, 241.
-
-THÉVENEAU DE MORANDE, 378, 379.
-
-THIÉBAULT (_Mémoires de_), 242*.
-
-THOLIN (_Documents sur le mobillier du château d’Aiguillon_), 355*,
-357*, 386*, 387, 389*, 390, 391, 392, 393, 395.
-
-TINGRY (Prince de), 199.
-
-TINTENIAC (De), 45, 340.
-
-TONELLÉ, 391.
-
-_Tonneins_, 389, 394.
-
-TONNERRE (Maréchal de), 331.
-
-TORT DE LA SONDE (Barthelemy), 240, 241, 242, 245, 247, 257.
-
-_Toulon_, 209*, 210.
-
-TOULOUSE (Comte de), 100*.
-
-_Toulouse_, 124.
-
-_Touraine_, 49, 62, 232, 325, 346, 367.
-
-TOURNEUX, 80*, 146*.
-
-TOURNY, 36*.
-
-_Tours_, 42, 52, 388.
-
-_Traité de Paris_, 28*.
-
-_Trassé_ (Trappes?), 233, 233*.
-
-TREVEDY. _Quelques mots à propos de Pordic_, 374*.
-
-_Trianon_, 217, 359.
-
-_Trou d’Enfer_, 251, 320.
-
-TUETEY, 388.
-
-TURGOT, 116, 238*, 261, 267, 271, 281, 283*.
-
-TURPIN (Mˡˡᵉ), 313.
-
-_Turquie_, 176*, 211.
-
-
-U
-
-_Université_ (_Rue de l’_). _Hôtel d’Aiguillon_, 9*, 239, 298, 332.
-
-
-V
-
-_Vacances du Procureur, comédie de_ DANCOURTE, 330, 330*.
-
-VALENTINOIS (Mᵐᵉ de), 80, 160.
-
-_Valmy_, 385.
-
-_Vals_, 300, 315.
-
-VAN BLARENBERGUE, 47, 391.
-
-VAN DYCK, 137.
-
-_Vannes_, 34, 82.
-
-VATEL. _Mᵐᵉ Du Barry_, 96, 98, 124*, 147, 172*, 181*, 181*, 183*, 185*,
-185*, 197*, 345, 345*.
-
-VAUGUYON (Duc de la), 91, 92, 347*, 348, 348*.
-
-VEDEC (Mˡˡᵉ de), 82, 82*.
-
-_Vendôme_, 325.
-
-_Venise_, 86.
-
-_Verdun_, 307, 307*, 325.
-
-_Veretz_ (_Château de_), 46, 47, 47*, 48, 48*, 49, 50, 52, 53, 54, 55,
-63, 72, 80, 116, 141, 229, 232, 233, 240, 254, 254*, 257, 260, 263,
-266, 271, 272, 277, 285, 309, 315, 360, 367, 367*, 388*, 391, 392.
-
-VERGENNES (M. de), ministre des Affaires étrangères, 179, 179*, 245,
-246, 283*.
-
-VÉRI (Abbé de), auditeur de Rote, 227, 238*, 276*, 292, 304*, 342*.
-
-VÉRI (_Journal de_), 253*, 293*.
-
-VERMOND (Abbé de), confesseur de Marie-Antoinette, 163*, 260, 274, 274*.
-
-VERNET, 321.
-
-_Versailles_, 4, 8, 53, 68, 69, 70, 72, 74, 77, 85, 86, 105, 111, 125*,
-142, 158, 159, 162, 163*, 167, 175, 191, 197, 198, 207, 217, 218, 231*,
-234, 250, 251, 253*, 263, 264, 272, 277, 283, 293*, 304, 309, 310, 316,
-321, 335, 335*, 353*, 361, 388*.
-
-_Vienne_, 136, 157*, 163*, 176, 180, 181, 181*, 183, 186*, 188*, 209,
-225, 234.
-
-VILLARS (Duchesse de), 8.
-
-VILLEQUIER (Comte de), 250.
-
-_Vincennes_, 381*.
-
-_Vitré_, 41.
-
-VOISENON (Abbé de), 197, 198.
-
-VOLAINE, 391.
-
-VOLTAIRE, 28*, 56, 56*, 115, 146, 309*, 310*.
-
-
-W
-
-WALPOLE (Horace), 127, 127*, 130*, 156, 172, 205*.
-
-WELWERT. _Feuilles d’histoire. Autour d’une dame d’honneur_, 171*, 201*.
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
-Mère et fille.--Parallèle de la duchesse de Choiseul et de
-la duchesse d’Aiguillon; analogie de leurs destinées
-respectives.--Pourquoi l’Histoire les a traitées inégalement.--La
-Correspondance et les Correspondants de
-Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Son style et son écriture.--Les
-papiers du Chevalier de Balleroy.--Utilité documentaire
-des lettres de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Leur corrélation
-avec la biographie du ministre de Louis XV 1
-
-
-CHAPITRE II
-
-Les premières années de Louise de Plélo: son conseil de
-famille.--Son mariage avec le duc d’Agénois.--Le
-digne cousin du maréchal de Richelieu.--Ses amours
-avec la marquise de la Tournelle.--Une scapinade de
-Richelieu.--Hésitations d’une amante et coquetteries
-d’une maîtresse.--La duchesse d’Agénois et sa protectrice.--Amitié
-véritable entre bru et belle-mère.--Une
-lettre de la «Grosse Duchesse».--D’Agénois un
-«Caton!»--Mᵐᵉ d’Agénois dame du Palais 12
-
-
-CHAPITRE III
-
-Les maternités de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Début de la guerre
-de Sept ans.--Bataille de Saint-Cast en Bretagne.--Félicitations
-de Mᵐᵉ de Pompadour au vainqueur.--Flirt
-de la Grande Marquise.--Maussaderie de d’Aiguillon-Cavendish.--Les
-«fols de Bretons».--D’Aiguillon
-eût préféré le Languedoc.--Le commencement
-des «Affaires de Bretagne» 25
-
-CHAPITRE IV
-
-Privilèges et résistances des Bretons.--Premières escarmouches.--Griefs
-réciproques de d’Aiguillon et de la
-Chalotais.--Attaques du Parlement.--D’Aiguillon
-dissout les Etats.--La duchesse est son auxiliaire le
-plus dévoué.--Un impair de La Noue.--D’Aiguillon
-se dit de plus en plus dégoûté de sa tâche: il part pour
-Veretz.--Beautés de cette résidence seigneuriale.--L’amour
-de la retraite chez le duc d’Aiguillon et chez
-la marquise de Pompadour.--Vie de château.--La
-science économique de la duchesse.--Une histoire de
-chasse: Balleroy grand-veneur 40
-
-
-CHAPITRE V
-
-Le cure-dents de la Chalotais.--Le «bailliage d’Aiguillon».--Un
-échafaud fantastique.--Le Gouvernement
-ne veut pas rappeler d’Aiguillon.--Ours et Bretons.--Le
-nouveau Parlement et les Etats de 1767.--Les trois
-duchesses.--La politique du Gouvernement et celle de
-d’Aiguillon.--Le roi et la duchesse d’Aiguillon chez la
-Reine.--«Vous vous êtes conduit comme un ange!» 56
-
-
-CHAPITRE VI
-
-Les Etats «intermédiaires».--Chasse aux «Mandrins».--La
-coterie des «Bastionnaires» et la pacification de
-la Bretagne.--Les variations du Contrôleur général
-d’après d’Aiguillon.--Démission.--Cérémonial aux
-obsèques d’une Reine.--Un cocher en couches.--Le
-duc de Penthièvre jugé par Mᵐᵉ d’Aiguillon.--La
-duchesse est ravie de voir son mari «hors d’une indigne
-galère».--Ce qu’en pense d’Aiguillon 71
-
-
-CHAPITRE VII
-
-La première rencontre de d’Aiguillon avec Choiseul: présence
-d’esprit de la Duchesse.--Le Régiment du roi:
-lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon à Louis XV.--Mᵐᵉ Du Barry
-devient l’alliée de d’Aiguillon.--Maupeou et Terray,
-négociateurs du traité.--D’Aiguillon capitaine-lieutenant
-des chevau-légers: le «beau cortège» de la
-duchesse.--Un amoureux fou, mais platonique, de la
-Du Barry.--Le déserteur 84
-
-
-CHAPITRE VIII
-
-Le Conseil accorde à d’Aiguillon l’évocation de son procès
-de Rennes devant le Parlement de Paris.--Appui prêté
-par Mᵐᵉ Du Barry malgré la résistance de Louis XV.--Le
-«Mémoire justificatif» de Linguet; un collaborateur
-masqué; récompense de Marmontel.--Procédure du
-Parlement de Paris.--Trêve matrimoniale: incidents.--Reprise
-des séances: récit de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Le
-roi arrête le procès.--Vengeance du Parlement.--D’Aiguillon
-entaché 101
-
-
-CHAPITRE IX
-
-Riposte de Maupeou: cassation de l’arrêté.--Pluie de
-couplets et d’anecdotes satiriques.--Avanies prodiguées
-à Mᵐᵉ Du Barry.--Insolences et mécomptes des parlementaires
-bretons d’après Mᵐᵉ d’Aiguillon.--La journée
-du 3 septembre.--Louis XV revient aux traditions de
-son bisaïeul.--Le sac du roi et le char de la blanchisseuse
-de d’Aiguillon.--Indulgence et pitié.--Le Parlement
-de Paris courbe la tête.--Mᵐᵉ d’Aiguillon et ses
-«chers Bretons» 118
-
-
-CHAPITRE X
-
-Maupeou «la bigarade».--Sa double action contre Choiseul
-et le Parlement.--Le «beau pacte de famille».--Les
-larmes de Mᵐᵉ Du Barry.--Remontrances du Parlement
-et refus d’enregistrer l’édit.--Choiseul pressent
-sa disgrâce.--Duplicité de Louis XV.--Lettre de
-cachet.--Impressions de la duchesse d’Aiguillon.--Exil
-des parlementaires.--Le Parlement Maupeou 133
-
-
-CHAPITRE XI
-
-Six mois d’attente!--«Le tyran breton le deviendra de
-toute l’Europe».--Le futur roi de Suède à Ruel: enthousiasme
-de la «Grosse Duchesse».--L’«Agrippine»
-de Mᵐᵉ Du Deffand et «le Triumvirat» du président de
-Brosses.--Mariage du comte de Provence.--Comment
-Mᵐᵉ Du Barry fait entrer d’Aiguillon au ministère: ce
-qu’en pense la duchesse; ce qu’en pense le public.--Hostilité
-de la comtesse d’Egmont: avanie subie par
-Mᵐᵉ d’Aiguillon et colère du maréchal de Richelieu.--Débuts
-du nouveau ministre.--Appréciation de l’ambassadeur
-d’Autriche, le comte de Mercy-Argenteau 145
-
-
-CHAPITRE XII
-
-Pronostics sur le futur ministère.--Dîners diplomatiques.--Entrevue
-de Mercy-Argenteau avec «la favorite» et
-Louis XV.--Echange de lettres aigres-douces entre
-Mᵐᵉ Du Deffand et la duchesse de Choiseul.--Le dîner
-de Luciennes.--Jugement sévère de Mᵐᵉ de Choiseul.--Au
-décintrement du pont de Neuilly.--Conspiration
-de Mesdames contre la Du Barry.--Le Régiment des
-Suisses 159
-
-
-CHAPITRE XIII
-
-Le partage de la Pologne et ses responsabilités.--Ambitions
-du comte de Broglie.--Le cardinal de Rohan nommé
-ambassadeur à Vienne.--Tactique autrichienne: condescendance
-de la Dauphine.--L’amitié suédoise et le
-lyrisme de la duchesse d’Aiguillon.--«Deux brigands
-et une dévote».--Les gémissements de Marie-Thérèse.--L’irréparable.--Conseils
-du comte de Provence.--La
-révolte de la Dauphine.--La vie à Fontainebleau.--La
-«croquante» de Versailles.--Mort de la «Grosse
-Duchesse» 174
-
-
-CHAPITRE XIV
-
-Un mauvais jour de l’an pour Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Conseils
-de prudence.--Les galas de d’Aiguillon et de Mᵐᵉ Du
-Barry: le «noir serpent» et l’œuf d’autruche.--On
-s’écrase chez Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Bouderies entre le
-ministre et la favorite.--Le «mauvais sujet».--Confidences
-de Mˡˡᵉ Chon: Mercy-Argenteau serait-il berné?--Réconciliation
-des deux alliés.--La contre-police de
-d’Aiguillon: Dumouriez et consorts embastillés.--L’exil
-du comte de Broglie d’après Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Indiscrétions
-de Septimanie.--Récriminations de Rohan.--Insuccès
-diplomatiques du premier ministre 194
-
-
-CHAPITRE XV
-
-Comment d’Aiguillon devint ministre de la Guerre.--Louis
-XV au Conseil.--Nouvelle attitude de la Dauphine.--Projet
-de rappel de l’ancien Parlement.--Maladie et
-mort de Louis XV; départ de Mᵐᵉ Du Barry; les carrosses
-de Ruel.--Sérénité de d’Aiguillon.--Nouveaux brocards
-contre les anciens favoris.--Maurepas ministre
-d’Etat sans portefeuille.--Démission, acceptée,
-de d’Aiguillon.--Marie-Antoinette veut que le roi
-l’exile.--La joie du comte de Broglie et de Maupeou.--Deux
-portraits du duc d’Aiguillon 212
-
-
-CHAPITRE XVI
-
-La comédie à Veretz.--Goûts et plaisirs champêtres.--Toujours
-les affaires de Bretagne.--Rentrée en scène
-de La Chalotais.--Epidémie à Veretz et à Chanteloup.--Réintégration
-de l’ancien Parlement; d’Aiguillon y
-prend place sans que personne proteste.--Ce qu’on
-pense à Vienne de sa retraite.--Campagne de libelles
-contre la reine: d’Aiguillon en est, dit-on, l’inspirateur 229
-
-
-CHAPITRE XVII
-
-Influence et crédit de Mᵐᵉ de Maurepas.--Ses appels au
-calme et à la patience.--D’Aiguillon «embusqué» dans
-son hôtel.--Procès du comte de Guines.--Ce qu’était
-Tort de la Sonde.--Rôle de d’Aiguillon: griefs de
-Guines.--La reine prend parti pour l’ambassadeur de
-France à Londres.--Besenval excite Marie-Antoinette
-contre d’Aiguillon.--Mémoires de Guines «tissu d’horreurs
-et de mensonges».--Guines gagne son procès.--La
-reine exige de Louis XVI l’exil du duc d’Aiguillon.--Incidents
-de la revue du Trou d’Enfer.--Entrevue de
-Maurepas avec la reine.--D’Aiguillon devra partir pour
-l’Agénois 237
-
-
-CHAPITRE XVIII
-
-Impatience et joie exubérante de la reine.--Réaction de
-l’opinion publique en faveur de l’exilé.--Fausse philosophie
-de d’Aiguillon: billet à Balleroy; entretien avec
-Maurepas.--«Il n’y a rien perdu»; le mot de Marie-Antoinette
-justifié.--Les lettres de Mᵐᵉ de Maurepas.--La
-tâche de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Voyage de Mᵐᵉ Du
-Barry.--L’anecdote des «Entretiens de l’autre monde» 256
-
-
-CHAPITRE XIX
-
-Rappel imprévu du comte de Guines.--Pronostics qu’en
-déduit d’Aiguillon.--Conférence significative d’un ami
-de d’Aiguillon avec Maurepas.--Les fidèles courtisans
-du malheur.--Informations parisiennes: le procès
-Saint-Vincent et le mariage de Fronsac.--Opéra et ménagerie.--«Le
-grand Pan est à bas».--Mercy voit
-avec peine l’engouement de la reine pour le comte de
-Guines.--La nouvelle école de courtisans.--Mort de
-Mᵐᵉ de Chabrillan; lettre désespérée de la mère.--Emotion
-de Marie-Antoinette.--Rappel de d’Aiguillon à Paris 269
-
-
-CHAPITRE XX
-
-Arrêt dans la correspondance.--D’Aiguillon refuse de
-rentrer à Paris.--L’opinion n’en dénonce pas moins
-ses intrigues avec son oncle pour revenir à la Cour.--Action
-persistante de Mᵐᵉ de Maurepas dans l’intérêt de
-son neveu.--Le buste de Louis XVI.--La succession
-de La Vrillière et la «vilaine petite race».--Irritation
-de la duchesse contre de Guines.--Une saison à Bagnères
-dans la plus stricte intimité.--Mᵐᵉ d’Aiguillon
-«écorchée comme saint Barthélemy».--«Mauvaise
-compagnie» des gens de cour.--Retour au château:
-nouvelles récriminations du châtelain; «absorbement
-continuel» de la châtelaine 290
-
-
-CHAPITRE XXI
-
-Programme de fêtes pour 1778.--Quelques invités et
-habitués.--Balleroy toujours l’empressé commissionnaire.--Ferme
-et château.--Nouvelles du jour: mort
-de Jean-Jacques; procès du comte de Broglie «le vilain
-petit homme»; les châtelains et la guerre des Insurgents.--Une
-lettre de d’Aiguillon à Mᵐᵉ Du Barry.--Autre
-année théâtrale: fêtes et bals.--D’Aiguillon
-donne également ses commissions à Balleroy.--Il fait
-le juge de paix au château.--Projets de mariage pour
-le comte d’Agénois.--Marie-Antoinette signifie de nouveau
-à Maurepas sa résolution de ne plus voir d’Aiguillon
-à la Cour 306
-
-
-CHAPITRE XXII
-
-Illusions d’un ministre tombé: plan fantastique.--Le troisième
-mariage du maréchal de Richelieu: vengeance
-filiale.--L’année des évêques.--Oraison funèbre de
-Mᵐᵉ de Gisors et de M. de la Vallière.--Débuts, dans
-le monde, d’Armand, comte d’Agénois.--Félicitations
-réciproques de d’Aiguillon et de Balleroy.--La chasse
-aux pintades et la «Dédicace» de la Comédie.--Nouvelle
-saison du duc à Bagnères: ses pertes énormes au
-reversi.--Nouveaux projets de mariage pour le comte
-d’Agénois.--Commérages mondains 319
-
-
-CHAPITRE XXIII
-
-Une «crillonnade».--La «requête de Monsieur Lustucru».--Voyages
-à Paris de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Mission
-infructueuse de Balleroy auprès de Mᵐᵉ de Maurepas.--Entrée
-sensationnelle à Paris.--Les Espagnols
-devant Gibraltar.--Les travaux de Cherbourg.--Mᵐᵉ
-d’Aiguillon, la politique et les voleurs.--Une
-créance sur Mᵐᵉ Du Barry.--Mariage du duc d’Agénois
-avec Mˡˡᵉ de Navailles.--La petite vérole de Mᵐᵉ d’Agénois
-et les perdreaux de Ruel.--«Laïus est mort».--Le
-procès Linguet.--Morts successives des ducs de
-Richelieu et d’Aiguillon.--Mercier devant les caveaux
-de la Sorbonne 338
-
-
-CHAPITRE XXIV
-
-Effacement de la duchesse d’Aiguillon pendant plusieurs
-années.--Rôle de son fils au commencement de la Révolution.--Prétendues
-représailles contre la reine.--Le
-fils et la mère émigrent.--Rentrée en France de la
-duchesse.--Son incarcération.--Le 9 thermidor
-sauve Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Vente et liquidation des propriétés
-du duc pour désintéresser les créanciers.--La
-duchesse se retire à Ruel pour exploiter la propriété.--Heures
-difficiles.--Deux lettres du baron de Scheffer 352
-
-
-CHAPITRE XXV
-
-Le baron de Scheffer, ancien ministre des affaires étrangères
-de Suède.--Sa joie, quand il apprend que
-Mᵐᵉ d’Aiguillon a pu échapper «aux mains des tigres
-sanguinaires».--Il s’inquiète de la situation financière
-de Mᵐᵉ d’Aiguillon et se désole de la voir se rendre à
-Paris en charrette.--Que sont devenus les amis de la
-duchesse et surtout Mᵐᵉ de Laigle?--Travaux rustiques:
-basse-cour et arbres fruitiers.--Apparition des
-Mémoires de Richelieu, de d’Aiguillon, de Maurepas: opinion
-de Scheffer sur des compilations que Mᵐᵉ d’Aiguillon
-déclare apocryphes.--La bru et le petit-fils de la
-duchesse sont avec elle.--La dernière lettre de Scheffer 363
-
-
-APPENDICES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES 375
-
-
-TABLE DES MATIÈRES 403
-
-
-ÉVREUX, IMPRIMERIE CH. HÉRISSEY, PAUL HÉRISSEY, SUCCʳ
-
-
-NOTES:
-
-[1] Date donnée par le Dictionnaire de La Chesnaye-Desbois.
-
-[2] Son père avait obtenu très difficilement, de Louis XV, de lui
-céder, en le mariant, le duché d’Agénois.
-
-[3] _Revue hebdomadaire_ du 27 avril 1901. Une idylle sous la Régence.
-
-[4] _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_ (3ᵉ édition, 1792), p.
-173.
-
-L’exemplaire que nous avons consulté est catalogué à la Bibliothèque
-de la ville de Paris sous le nº 10469. Il est accompagné de notes
-autographes de M. de Monmerqué reproduisant des annotations inédites de
-Soulavie.
-
-[5] SOULAVIE. _Mémoires historiques et politiques du règne de Louis
-XVI_ (Paris, 1801, 6 vol.), t. I, pp. 69-70.
-
-[6] Voir Appendice nº I.
-
-[7] Chanteloup, hameau de l’arrondissement d’Amboise (Indre-et-Loire).
-
-[8] Pontchartrain, canton de Chevreuse (Seine-et-Oise).
-
-[9] Le chevalier avait encore demeuré rue de l’Université. Mais il
-restait rarement à Paris, soit que le devoir militaire le retînt en
-province, soit qu’il partît en villégiature: «Je ne connais pas, M. le
-Chevalier, lui écrit la duchesse, un être plus errant que vous.»
-
-[10] _Archives nationales_, T 243.
-
-[11] Saint-Simon donne de curieux détails, dans ses _Mémoires_, sur
-la vie peu édifiante de cette grande dame; et le _Journal_ de Barbier
-(t. III, p. 384) en signale simplement la mort en ces termes: «Mᵐᵉ la
-duchesse de Mazarin, dame d’atours de la reine, est morte, en huit
-jours de temps, le 11 du mois de septembre 1742, âgée de cinquante-cinq
-ans.»
-
-[12] AN.T. 243.
-
-[13] Il n’est pas inutile de rappeler, à cet égard, la lettre (inédite)
-qu’écrivait à ce même Quélen le comte de Plélo, le 30 janvier 1729, un
-mois avant son départ pour Copenhague:
-
-«Nous laissons nos enfants ici, mon fils encore quelques mois et ma
-fille quelques années; le premier viendra me joindre cet été. A l’égard
-de ma fille, elle restera au couvent jusqu’à six ou sept ans; et alors
-je la ferai venir auprès de moi, si Dieu me la conserve jusque-là.»
-
-Cette fille, c’était Louise-Félicité, qui avait alors trois ans.
-Conformément aux intentions du père, elle fut mise au couvent de la rue
-Bellechasse, la célèbre abbaye de Panthémont où sa mère avait fait son
-éducation. Louise-Félicité avait pour gouvernante Mᵐᵉ de Montigny, à
-qui Mᵐᵉ de Plélo avait légué 200 livres de rente viagère et qui resta
-près d’un an à l’abbaye de Panthémont avec son élève.
-
-[14] MÉMOIRES DU DUC DE LUYNES, t. III, pp. 105-106.
-
-[15] Quoique très bien fait, il était de petite taille: aussi,
-plus tard, à propos des affaires de Bretagne, ses adversaires le
-désignaient-ils ironiquement sous le nom de _Petit duc_.
-
-[16] EDMOND ET JULES DE GONCOURT. _La duchesse de Châteauroux et ses
-sœurs_ (Paris, 1879).
-
-[17] _Revue hebdomadaire_ du 27 avril 1901. Le comte de Plélo était
-fort épris de sa femme; et sa correspondance dit assez quelles furent
-sa tendresse et sa fidélité.
-
-[18] _Mémoires du Mⁱˢ d’Argenson_ (t. IV, p. 44).--_Mémoires de
-Richelieu_ par SOULAVIE, t. VI. A tort, les Goncourt appellent
-d’Agénois le neveu de Richelieu. C’était Mᵐᵉ de Châteauroux qui lui
-donnait ce nom et traitait de «cher oncle» le duc de Richelieu.
-
-[19] LES GONCOURT. _Mᵐᵉ de Châteauroux_ (Collection Leber, 5815,
-Lettres Mss. à la Bibl. de Rouen). Mᵐᵉ de Châteauroux avait une haine
-féroce contre Maurepas: elle écrivait, le 3 juin 1744, à Richelieu que
-Maurepas «avait fait le tourment de sa vie».
-
-[20] SOULAVIE. _Anecdotes de la Cour de France_, 1802, p. 24.
-
-[21] _Mémoires du duc de Luynes_, t. IV. p. 269.
-
-[22] MAUREPAS. _Mémoires_, t. IV, p. 114-115. Ils sont de Soulavie
-(voir appendice nº 1).
-
-[23] DUC DE LUYNES. _Mémoires_, t. IV, septembre 1742, p. 240. Mᵐᵉ de
-Mazarin était morte le 10.
-
-[24] DUC DE LUYNES. _Mémoires_, t. V, octobre 1743, p. 22.
-
-[25] AN.T. 243.
-
-[26] Archives du marquis de Chabrillan. Lettre de 1747.
-
-[27] Archives du marquis de Chabrillan.
-
-[28] _Mémoires du duc de Luynes_, t. VII, mars 1746.
-
-[29] Déjà les _Mémoires_ de Luynes, annonçant, en avril 1736, la mort
-du dernier des fils de Plélo, parlaient d’une «fille de huit à dix ans
-qui n’avait pas une bonne santé»: c’était Louise-Félicité.
-
-[30] Les _Nouvelles à la main_ publiées, d’après les manuscrits Anisson
-Duperron, par M. le vicomte de Grouchy dans le _Carnet historique_
-de 1898 (t. II, p. 683) donnent, à la date du 4 février 1764, une
-anecdote sur les couches de Mᵐᵉ d’Aiguillon, la représentant comme un
-véritable phénomène: «Elle est très bien de figure, elle a la peau
-assez blanche; dans sa première grossesse, elle devint, par degrés,
-noire comme une négresse du Sénégal de la tête aux pieds. Après être
-accouchée, elle reprit aussi par degrés son teint ordinaire. Elle est
-grosse pour la deuxième fois et la même révolution se fait chez elle.
-Elle n’est encore que mulâtresse parce qu’elle n’est pas avancée; dans
-ses derniers mois, elle sera noire comme du jais. Au reste, l’enfant
-qu’elle a mis au monde la première fois n’avait aucune teinte de noir;
-il était comme l’enfant d’un blanc...» Mᵐᵉ d’Aiguillon accoucha, en
-effet, en 1764, d’un enfant qui vint avant terme. Mais nous n’avons vu
-nulle part, excepté dans un autre recueil de _Nouvelles à la main_,
-que Mᵐᵉ d’Aiguillon ait présenté, pendant ses couches, les variations
-de couleur dont parle le gazetier. Elle était sujette aux coliques
-néphrétiques: peut-être eut-elle, comme son mari, des jaunisses.
-Elle en parle, mais jamais du phénomène physiologique cité par les
-_Nouvelles à la main_. D’ailleurs, sa deuxième grossesse datait de 1747
-et non de 1764.
-
-[31] D’Aiguillon n’était encore qu’en très mince faveur à la Cour:
-le Roi se souvenait-il toujours des hésitations de la marquise de
-la Tournelle? En tout cas d’après le _Journal de Cro _ (t. I, p.
-150) d’Aiguillon n’était admis à Choisy qu’à titre «d’externe» ou de
-«polisson».
-
-[32] Cette guerre, si désastreuse pour la France, commença en 1756 et
-finit en 1763 par le traité de Paris qui nous enleva le Canada, «ces
-quelques arpents de neige», disait Voltaire.
-
-[33] Village et baie dans le département des Côtes-du-Nord.
-
-[34] Première lettre d’une correspondance autographe adressée par Mᵐᵉ
-de Pompadour au duc d’Aiguillon et conservée au _British Museum_ (fonds
-Egerton). Cette correspondance fut publiée pour la première fois en
-1856-1857 (t. I, pp. 244 et suiv.), dans la _Correspondance littéraire_
-de Ludovic Lalanne et comprend une période de cinq années (1758-1762).
-
-[35] «M. d’Aiguillon, dit Linguet (_Aiguillonana_, 1777, p. 9) avait
-toujours eu un ascendant marqué sur les maîtresses du feu roi. La
-marquise de Pompadour l’avait protégé hautement: la trop prompte mort
-du maréchal de Belle-Isle l’avait seule empêché de le lui donner pour
-successeur (au ministère de la Guerre).»
-
-[36] EDMOND et JULES DE GONCOURT. _Mᵐᵉ de Pompadour_ (1878, Paris), p.
-147, d’après les _Souvenirs_ de Mᵐᵉ du Hausset.
-
-[37] Lettre du 6 février 1759, _Correspondance_ de Lalanne, t. I, p.
-246.
-
-[38] _Journal de Cro _ (du duc) édité par le vicomte de Grouchy et Paul
-Cottin (1906, 4 vol.), juillet 1759, pp. 476 et suiv.--Le _Journal de
-Barbier_ (t. VII, p. 210) parle d’un imprimé, répandu dans Paris en
-décembre 1759, qui énumère les préparatifs du débarquement.--Bertin
-avait remplacé Silhouette le 24 novembre 1759 (Barbier, VIII, 119).
-
-[39] Lettre de 1760.--Quel livre à écrire sur les politiciennes!
-
-[40] Lettre du 10 septembre 1760: il est vrai que, le 14, elle le
-complimentait d’avoir obtenu du «zèle des Bretons» un don gratuit de
-700.000 livres pour le Roi.
-
-[41] Lettre du 26 décembre.
-
-[42] Lettre de Tourny à la duchesse d’Aiguillon, du 24 avril 1751
-(d’après MARCEL MARION. _La Bretagne et le duc d’Aiguillon_, Paris,
-1898).
-
-[43] LAUZUN. _Documents inédits relatifs à l’entrée du duc d’Aiguillon
-à Agen_, 1885.
-
-[44] Lettre du 26 août 1761.
-
-[45] Déjà, le 7 décembre 1754, le duc de Luynes écrit dans ses
-_Mémoires_: «On continue à donner à M. le duc d’Aiguillon toutes les
-louanges que méritent son esprit, sa politesse, son application aux
-affaires... Mᵐᵉ la duchesse d’Aiguillon a aussi très bien réussi en ce
-pays: il paraît que l’on est fort content de l’un et de l’autre.»
-
-[46] _Journal de Cro _, t. II, p. 12.
-
-[47] CARNÉ. _Etats de Bretagne_, t. II.--Cet historien a dû à
-l’obligeance de M. le marquis de Chabrillan, possesseur des papiers du
-duc d’Aiguillon, de pouvoir consulter le «Journal du Commandement de
-Bretagne».
-
-[48] _Journal de Cro _, t. II, p. 48.--Ce même journal signale,
-également en 1763, le bruit qui s’était répandu que d’Aiguillon aurait
-le commandement de l’Alsace; et il l’eut nominalement.
-
-[49] MARCEL MARION. _La Bretagne et le duc d’Aiguillon_ (Paris, 1898),
-p. 189.
-
-[50] JOBEZ. _Histoire de Louis XV_, t. VI (Paris, 1864-1870, 6 vol.).
-
-[51] JOBEZ. _Histoire de Louis XV_, t. VI. Les hostilités s’ouvrirent
-le 1ᵉʳ octobre 1764, entre La Chalotais et d’Aiguillon, sur le refus de
-celui-ci d’accepter le fils comme successeur du père.
-
-[52] _Mémoires secrets_ dits _de Bachaumont_, 15 octobre 1764.--M.
-POCQUET (_Le Pouvoir absolu et l’esprit provincial. Le duc d’Aiguillon
-et La Chalotais_, 3 vol., 1900-1902) affirme que La Chalotais ne fut
-pas l’auteur de l’épigramme.
-
-[53] _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_, p. 5.--M. Marcel
-Marion adopte la version de Soulavie.
-
-[54] Soulavie affirme encore que la marquise devint la maîtresse de
-Choiseul.
-
-[55] BIBL. NAT. IMPR. Ln²⁷ 41577. H. CARRÉ. _La Chalotais et
-d’Aiguillon_ (Paris, 1893), _d’après la Correspondance du chevalier de
-Fontette avec de la Noue_: «un forcené républicain» dit Fontette de
-Kerguézec.
-
-[56] SOULAVIE. _Mém. du min. du duc d’Aiguillon_, pp. 176 et suiv.
-
-[57] MARCEL MARION. _La Bretagne et le duc d’Aiguillon_, p. 348.
-
-[58] MARCEL MARION. _Id._, p. 361. Lettre de M. de Robien à M. de
-Coniac (partisan d’Aiguillon), 3 décembre 1765.
-
-[59] _Mémoires du minist. du duc d’Aiguillon_, p. 178.
-
-[60] _Journal de Cro _, t. II, p. 192.
-
-[61] Arrivé de Lille en 1771, cet artiste avait été accueilli avec
-distinction par les châtelains de Veretz.
-
-[62] Un dessin de Gaignières nous a cependant conservé le croquis du
-château de Veretz en 1699.
-
-[63] Bibl. Arsenal Mss. 10016 (Arch. Bastille). Rapport du policier Le
-Clerc au lieutenant général de police, 20 août (?) «Etant à Tours, je
-fus à Veretz, château situé sur le Cher. S. A. S. Mᵐᵉ la P(rincesse) de
-C(onti), deuxième douairière, y était. Par respect, je n’oserai dire
-ce que les habitants du pays disent de cette P(rincesse)» et du d(uc)
-d’Aiguillon.»
-
-[64] _Bulletin de la Société archéologique de Touraine_, t. X, pp. 247
-et suiv. (1895-1896). Bibliothèque de Tours, Mss. 963.
-
-[65] Nous signalons une très complète _Histoire du château de Veretz
-et de ses environs_, par l’abbé BOSSEBŒUF (Tours, 1903, in-4º),
-histoire dont certains documents, inédits, appartiennent à l’époque
-révolutionnaire. Nous en donnons plus loin les intitulés.
-
-[66] _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_, p. 32.
-
-[67] MARCEL MARION. _La Bretagne et le duc d’Aiguillon_, p. 417.
-
-[68] MOREAU. _Mes Souvenirs_, t. II, pp. 54 et suiv.
-
-[69] «Mais voilà de l’écriture de M. de La Chalotais!» s’était écrié
-Calonne, quand Saint-Florentin lui avait présenté les lettres anonymes
-(_Mém. du ministère d’Aiguillon_, pp. 5 et suiv.). Honnête prétexte! Le
-véritable motif des poursuites, c’était l’assistance que La Chalotais,
-agent du roi, prêtait aux revendications du Parlement de Bretagne.
-
-[70] Sa première prison fut le château du Taureau près de Morlaix. Ce
-fut à Saint-Malo qu’il écrivit, les 15 janvier et 17 février 1766, ses
-deux premiers _Mémoires_. Ceux de Brissot (Paris, 1830, t. I, p. 158)
-nous édifient sur la métaphore quelque peu prudhommesque de Voltaire:
-«L’histoire de ces pages écrites avec de la suie, au fond d’un cachot,
-sur des enveloppes de pain de sucre, m’avait toujours paru bien
-romanesque. Mᵐᵉ Lem (attachée au Parlement et qui avait beaucoup vécu
-chez M. de La Chalotais) m’a révélé que c’était elle qui avait fait
-passer à La Chalotais, dans le château du Taureau, ce fameux _Mémoire_,
-qu’il a prétendu avoir composé et écrit avec un cure-dents.»
-
-[71] _Mém. du minist. d’Aiguillon_, p. 347.
-
-[72] LEMOY. _Le Parlement de Bretagne et le pouvoir royal au XVIIIᵉ
-siècle._ Angers, 1909, p. 382.
-
-[73] _Mém. du minist. d’Aiguillon_, p. 14.
-
-[74] Le _Journal de Hardy_ (Bibl. Nat. Mss. franç. 6680) en donne le 18
-novembre une description terrifiante.
-
-[75] Lenoir, conseiller d’Etat, rapporteur de la Chambre de Saint-Malo.
-
-[76] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 16.
-
-[77] M. Carré établit, dans les premières pages de son livre, que La
-Chalotais, toujours irascible et toujours violent, était plutôt le
-persécuteur de Fontette, commandant du château de Saint-Malo.
-
-[78] _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_, p. 20.
-
-[79] VATEL. _Madame Du Barry_ (Paris, 1883, 3 vol.), t. I, p. 385.
-
-[80] AN. H. 439. M. Carré dit, avec raison (pp. 57 et suiv.) et sans
-arrière-pensée de réhabilitation, qu’on s’est trop habitué à juger
-les affaires de Bretagne et la conduite de d’Aiguillon d’après les
-pamphlets contemporains, et que la vérité, comme la justification du
-prétendu coupable, apparaît mieux dans les papiers du Contrôle général
-et dans les _Bulletins de Bretagne_ adressés à cet égard à Laverdy par
-le Commandant de Bretagne.
-
-[81] AN. O¹ 462.
-
-[82] _Journal du Prince de Cro _, t. II, p. 454.
-
-[83] H. CARRÉ. _La Chalotais et d’Aiguillon_, p. 65.
-
-[84] H. CARRÉ. _La Chalotais et d’Aiguillon._ Lettre de La Noue (à
-Veretz), à Fontette, 25 septembre 1766.
-
-[85] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_ (Paris, 1866), p. 103.
-
-[86] CARRÉ. _La Chalotais et d’Aiguillon. Lettre de La Noue à Fontette_
-(Paris, 23 décembre et 23 février 1767).
-
-[87] Dans sa thèse de doctorat, _Le Parlement de Bretagne et le pouvoir
-royal au XVIIIᵉ siècle_. M. Le Moy donne (pp. 64 et suiv.) un croquis
-intéressant de la _Société parlementaire_, pendant le principat de
-d’Aiguillon, d’après les livres autorisés de MM. Carré, Pocquet, Marcel
-Marion, Baudry et les papiers d’archives du temps.
-
-[88] _Revue de Bretagne et de Vendée_, 1894. Article de Calan: _Chute
-du duc d’Aiguillon_.
-
-[89] H. CARRÉ. _La Chalotais_, etc. Lettres des 7 et 12 mars 1767, de
-Fontette à La Noue.
-
-[90] H. CARRÉ. _La Chalotais, etc._, pp. 79 et suiv. Louis XV
-pratiquait le même système avec son ministre des Affaires étrangères.
-(Voir: LE DUC DE BROGLIE. _Le secret du roi._)
-
-[91] _Archives d’Ille-et-Vilaine_, C. 1780.
-
-[92] _Archives nationales._ Dossier Balleroy, T. 243.
-
-[93] H. CARRÉ. _La Chalotais, etc._.. Lettre du 2 juin, de Fontette à
-La Noue.
-
-[94] _Archiv. Nation._ Dossier Balleroy, T 243.
-
-[95] H. CARRÉ. _La Chalotais, etc._, pp. 79-84.
-
-[96] AN.T 243. Papiers Balleroy.
-
-[97] «Ce n’est qu’un petit brigand qui veut jouer au personnage» dit
-Fontette; jusqu’alors il avait été un des plus chauds partisans du
-gouverneur.
-
-[98] H. CARRÉ. _La Chalotais, etc._, p. 84.
-
-[99] _Revue de Bretagne et de Vendée_, 1894. Article Calan sur la chute
-du duc d’Aiguillon.
-
-[100] H. CARRÉ. _La Chalotais, etc._, p. 524.
-
-[101] _Revue de Bretagne, etc._ Article Calan.
-
-[102] _Mém. d’Aiguillon_ (du ministère).
-
-[103] _Correspondance Du Deffand_ (édit. Sainte-Aulaire), t. I, p. 162.
-Lettre de Mᵐᵉ Du Deffand à l’abbé Barthélemy.
-
-[104] H. CARRÉ. _La Chalotais, etc._, pp. 93 et suiv.
-
-[105] AN.T 243.
-
-[106] _Bulletin du bibliophile._ Année 1882, p. 119. Publication
-(p. 104, p. 125) par M. Edouard de Barthélemy d’un choix de lettres
-acquises dans la vente d’une correspondance adressée au chevalier de
-Balleroy: celle-ci avait dû échapper aux perquisitions révolutionnaires
-ou disparaître des _Archives nationales_.
-
-[107] H. CARRÉ. _La Chalotais, etc._ Lettre du 3 février 1768.
-
-[108] AN.T 243. Lettre du 24 juin.
-
-[109] AN.T 243. Lettre du 10 juillet.--«La Reine, victime de M. le duc
-de Choiseul» (note Soulavie).
-
-[110] AN.T 243. Lettre du 16 août 1768.
-
-[111] Le mot est rapporté par la _Correspondance de Grimm_ (Edit. M.
-Tourneux), t. VIII, p. 184.
-
-[112] AN.T 243.
-
-[113] M. de Broc, lieutenant général, était un des vainqueurs de
-Saint-Cast.
-
-[114] Un mémoire pour la tenue des Etats de 1766-1767 (_Archives
-d’Ille-et-Vilaine_, C. 1780) réglait ainsi la situation respective des
-ducs de Penthièvre et d’Aiguillon: Celui-ci était désigné «pair de
-France, chevalier des ordres du roi, _Gouverneur d’Alsace_, lieutenant
-général, commandant en chef de Bretagne. Il réside dans la province,
-en l’absence du duc de Penthièvre, le gouverneur. Placé à la tête de
-l’ordre militaire, il est le premier et principal commissaire du Roi
-aux Etats».
-
-[115] AN.T 243. Lettre du 27 août 1768.
-
-[116] _Mémoires secrets de Bachaumont_, 26 septembre 1768. Lettre du 29
-août. Nous n’avons trouvé nulle part de trace de cette demoiselle de
-Vedec.
-
-[117] MARCEL MARION. _La Bretagne et le duc d’Aiguillon_, p. 574.
-
-[118] Les _Remarques_ (renvoi à la page 27 des _Mém. du minist.
-d’Aiguillon_) disent que le duc n’avait pas plus pensé au ministère que
-le Dauphin n’y avait pensé pour lui.
-
-[119] _Journal de Barbier_, t. VI, p. 446.
-
-[120] DE LA ROCHETERIE. _Marie-Antoinette_ (1905), t. I, p. 302.
-
-[121] _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_, p. 35.
-
-[122] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 41.--_Mémoires du duc de
-Choiseul_ (attribués à Soulavie), 1790, t. I, pp. 244 et suiv.
-
-[123] SÉNAC DE MEILHAN. _Le gouvernement, les mœurs_, etc. _Portraits
-des personnages les plus distingués du XVIIIᵉ siècle_ (édition
-Lescure), p. 338. «S’il voulait se rapprocher d’elle, elle ferait la
-moitié du chemin...»
-
-[124] Ce premier commis des finances, chassé en 1768 par Choiseul pour
-avoir poussé le contrôleur général Laverdy à entraver la marche du
-tout-puissant ministre, avait été remis en place par Terray en 1769.
-Cromot, par esprit de vengeance, laissait entrevoir au prince de Condé,
-qui, seul des princes du sang, soutenait le gouvernement contre les
-parlementaires, la possibilité de supplanter Choiseul.
-
-[125] Biblioth. Nat. Mss. JOURNAL DE HARDY, 6680, t. I, p. 143, 15
-janvier 1769.--BELLEVAL. Souvenirs, p. 118.
-
-[126] CLAUDE SAINT-ANDRÉ. _Madame Du Barry_ (Paris, 1909), p. 82.
-
-[127] BRISSOT. _Mémoires_, t. I, p. 268.
-
-[128] MAUGRAS. _M. et Mᵐᵉ de Choiseul_, Paris, 1904, p. 449, «figure
-de juif, au teint olivâtre» dit Sénac de Meilhan de Maupeou (_le
-Gouvernement, les Mœurs_, etc., p. 407, édition Lescure). Il était
-chancelier depuis le 15 septembre 1768.
-
-[129] Maupeou avait remplacé par Terray, l’honnête, mais incapable
-Maynon d’Invau, le 20 décembre 1769 (CORRESPONDANCE DU DEFFAND, édit.
-Lescure, t. II, p. 19).
-
-[130] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_ (Paris, 1866), p. 116.
-
-[131] GRASSET. _Mᵐᵉ de Choiseul et son temps_ (Paris, 1874), p. 109.
-L’auteur donne tous les détails de cette présentation. Voir également
-la lettre de Mercy-Argenteau à Nény du 3 mai 1769.
-
-[132] MOREAU. _Mes Souvenirs_, t. II, p. 56.--_Mémoires du ministère
-d’Aiguillon_, p. 43.
-
-[133] _Mémoires secrets_, dits _de Bachaumont_, janvier 1769.
-
-[134] AN.T 243.
-
-[135] AN.T 243. Lettre du 5 octobre.
-
-[136] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, octobre 1769, p. 126.
-
-[137] AN.T 243. Lettre de 1769, s. d.
-
-[138] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, 20 octobre 1769, p. 126.
-
-[139] A la date où Belleval place l’anecdote, le _Déserteur_, la pièce
-de Sedaine, avait déjà six mois d’existence: elle n’était d’ailleurs
-que la dramatisation d’une historiette du même genre dont la comtesse
-de Toulouse avait été l’héroïne en 1736.
-
-[140] _Mémoires secrets_, dits _de Bachaumont_, t. V, p. 92.
-
-[141] _Mémoires_, 1790, t. I, pp. 243-244. La même phrase se retrouve
-dans les _Mémoires historiques et politiques_ de Soulavie (1801), t. I,
-p. 141.
-
-[142] MOREAU. _Mes souvenirs_, etc., t. II, p. 56.
-
-[143] MARCEL MARION. _La Bretagne et le duc d’Aiguillon_, pp. 555-562.
-Lettre du président de Robien.
-
-[144] «On ne peut pas être plus jolie, dit Linguet, que Mᵐᵉ de
-Forcalquier était; elle est petite, mais fort bien faite; un beau
-teint, un visage rond, de grands yeux, un très beau regard, et tous les
-mouvements de son visage l’embellissent.»
-
-Citation de M. Grün dans son article sur la correspondance de Mᵐᵉ de
-Forcalquier avec Joly de Fleury (_Feuillets d’histoire_ du 1ᵉʳ mai
-1910).
-
-C’était le _Bellissima_ de Mᵐᵉ Du Deffand.
-
-Ayant reçu un soufflet de son mari, elle alla consulter, en vue d’une
-séparation possible. Son avocat n’ayant pas sans doute trouvé la raison
-suffisante, la comtesse rentra chez elle et administra un maître
-soufflet à son mari:
-
-«--Je vous le rends, Monsieur, lui dit-elle, je n’en puis rien faire.»
-
-[145] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 332. «Ce n’est pas
-pendant son procès que M. d’Aiguillon a fait connaissance avec Mᵐᵉ Du
-Barry, qu’il n’avait jamais vue. Comme elle n’aimait pas M. de Choiseul
-parce qu’elle avait à se plaindre de lui, et comme elle voyait qu’il
-cherchait à opprimer M. d’Aiguillon, elle fit offrir son crédit à
-celui-ci qui n’avait fait aucune démarche pour se le procurer; et il a
-eu ensuite avec elle des liaisons de reconnaissance et d’amitié.»
-
-Cette note fait partie d’un des derniers chapitres du livre écrit pour
-rectifier certaines erreurs qui se sont glissées dans les précédents.
-Et comme on sent bien la pensée de la duchesse d’Aiguillon, avouée par
-les remarques manuscrites de Soulavie! C’est évidemment une pieuse
-inexactitude, commise par respect pour la mémoire du défunt; mais les
-Souvenirs de Belleval nous apprennent précisément le contraire.
-
-[146] CLAUDE SAINT-ANDRÉ. _Madame Du Barry_ (Paris, Emile Paul, 1909),
-p. 101. C’est très discutable. Les Choiseul n’eussent pas manqué de
-relever le fait. Et rien, dans la correspondance Du Deffand, à cette
-époque, ne démontre que la douairière ait été en relation avec Mᵐᵉ Du
-Barry.
-
-[147] MÉMOIRES DE MARMONTEL. (Edition M. Tourneux, Paris, 1891), t. II,
-p. 342-346.
-
-[148] M. Cruppi, qui a consacré une étude, très documentée, à Linguet
-(_Un avocat journaliste au XVIIIᵉ siècle_, 1895, pp. 222 et suiv.),
-reconnaît, lui aussi, qu’il «n’y avait pas de preuves dans la procédure
-de 1770 à l’appui des crimes dont on accusait d’Aiguillon. Après avoir
-été remplacé par Duras, il présenta pour sa défense des pièces brûlées
-à Rennes par le bourreau».
-
-[149] BRISSOT. _Mémoires_, t. I, p. 152.
-
-[150] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 48.--SOULAVIE. _Mémoires
-historiques et politiques du règne de Louis XVI_, an X, t. I, d’après
-les Goncourt (_La Du Barry_).
-
-[151] Assurément les _Anecdotes de la comtesse Du Barry_ ne sont pas
-une autorité, mais tout n’est pas mensonge ni calomnie dans ce fatras,
-dont le rédacteur Pidansat de Mairobert insérait la quintessence dans
-les _Mémoires_ de Bachaumont. Ce reporter de grande allure puisait
-directement aux sources.
-
-[152] A rapprocher de cette phrase des _Mémoires du ministère
-d’Aiguillon_ (chapitre des rectifications, p. 332) où l’on croit lire
-les pattes de mouche de la duchesse: «Pendant tout le temps de ses
-affaires, il n’a pas manqué de rentrer chez lui de très bonne heure
-pour lire ou faire les écrits relatifs à son procès et n’en ressortait
-point.» Pour un grand seigneur et un mondain, dix heures du soir,
-c’était de «très bonne heure».
-
-[153] AN.T 243. Lettre du 29 juin.
-
-[154] MARCEL MARION. _La Bretagne et le duc d’Aiguillon_, pp. 563 et
-suiv.
-
-[155] _Correspondance de Condorcet et de Turgot_, éditée par Ch. Henry
-(Paris, 1882), 16-29 juin 1770.
-
-[156] MARCEL MARION. _Op. cit._, pp. 579-581. Le titre est: _Lettre
-d’un gentilhomme breton à un noble espagnol_. Les auteurs de ce
-pamphlet furent traqués et embastillés. Voir _Archives de la Bastille_
-(Ravaisson), t. XIX. pp. 20 et suiv., et BN. Mss. nouv. acquis.
-françaises. 1214, pp. 527 et suiv.
-
-[157] _Mémoires secrets_, 3 juillet 1770, et _Anecdotes Du Barry_.
-
-[158] _Mémoires d’Aiguillon_ (du ministère), p. 48.
-
-[159] DU GAS DE BOIS-SAINT-JUST. _Paris, Versailles et les provinces_,
-t. III, p. 113 et suiv.
-
-[160] DU GAS DE BOIS-SAINT-JUST. _Paris, Versailles et les provinces_,
-t. III, p. 113 et suiv.
-
-[161] D’ARNETH. _Correspondance de Maria-Theresia und
-Marie-Antoinette_, 1865, p. 1.
-
-[162] _Mémoires secrets_, 21 juillet 1770.
-
-[163] _Anecdotes de la comtesse Du Barry_, p. 145.--_Correspondance de
-M. Argenteau_, I, 37. Les historiens ont attribué ce rôle à la comtesse
-de Choiseul, parente, elle aussi, du ministre, et qui ne dissimulait
-pas son insolent mépris pour la maîtresse du roi.
-
-[164] D’ARNETH et GEFFROY. _Corresp. secrète entre Mercy-Argenteau et
-M.-Thérèse_, t. I, pp. 37-39.
-
-[165] MAUGRAS. _Le duc et la duchesse de Choiseul_, pp. 453 et suiv.
-Bien que favorable à Choiseul, en considération de la duchesse, M.
-Maugras ne méconnaît pas les imprudences et les maladresses d’un parti
-qui fut le premier à précipiter la chute de son chef.--LES GONCOURT.
-_La Du Barry_ (1878), p. 91.
-
-[166] JULES FLAMMERMONT. _Le chancelier Maupeou et les Parlements_
-(1883), pp. 98 et suiv.--LEMOY. _Le Parlement de Bretagne et le Pouvoir
-royal au XVIIIᵉ siècle_ (1909), pp. 399 et suiv.
-
-[167] Jean-Amaury Gouyon Angier de Lohéac.
-
-[168] AN.T 243. L’arrêt du Parlement de Rennes était des 11 et 14 août.
-Le comte de Goyon le fit casser à la Cour le 23 (LEMOY _loco citato_,
-p. 413.)
-
-[169] VATEL. _La Comtesse du Barry_, t. 1, p. 425.
-
-[170] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 49.
-
-[171] _Mémoires du duc de Choiseul_, t. II, p. 80.
-
-[172] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 50.
-
-[173] Flammermont dit que la séance dura trente minutes à peine et
-qu’elle fut à peu près remplie par le discours de Maupeou.
-
-[174] Dans une lettre du 25 septembre, Mᵐᵉ d’Aiguillon écrit que le
-Roi a fait biffer devant lui cet arrêt par les députés du Parlement de
-Bordeaux, mandés à Versailles pour le 22 et reçus en audience le 23.
-
-[175] _Anecdotes de la comtesse Du Barry_, p. 148.
-
-[176] _Lettres de Mᵐᵉ Du Deffand_ (édit. Lescure). Lettre à Walpole du
-5 septembre 1770, p. 94.
-
-[177] Le Roi avait nommé le comte de Saint-Florentin duc de la
-Vrillière en 1770.
-
-[178] FLAMMERMONT. _Loco cit._, p. 105.
-
-[179] Lettre du 17 août à Walpole. (Correspondance de Mᵐᵉ Du Deffand,
-édit. Lescure), p. 86.
-
-[180] Journal, t. I, p. 183.
-
-[181] AN.T 243. Lettre du 25 octobre.
-
-[182] AN.T 243. Lettre du 4 novembre. Girac, l’évêque de Saint-Brieuc,
-avait remplacé Desnos, un ami des d’Aiguillon, au siège épiscopal de
-Rennes.
-
-[183] AN.T 243. Lettre du 10 novembre.
-
-[184] Le duc de Brissac avait donné ce surnom à Maupeou en raison de
-son teint jaune et vert; et au dire de l’_Observateur Hollandais_
-(_Correspondance secrète_ de Metra, t. V, p. 149), le chancelier, «pour
-prévenir par la figure», se peignait le visage en blanc et mettait
-ensuite une légère couche de rouge.
-
-[185] «Aussi éloigné de l’impétuosité loyale et expéditive du duc
-de Choiseul que de la circonspection oblique et laborieuse du duc
-d’Aiguillon, écrit Linguet dans son _Aiguillonana_, Maupeou avait un
-autre génie et n’était pas moins propre à jouer un grand rôle dans ce
-tourbillon de cabales, de jalousies, de bassesses, de vengeances, de
-perfidies qui s’appelle la Cour... Vindicatif avec petitesse, éprouvant
-la haine en homme de cour et l’exerçant en bourgeois, il se distinguait
-surtout par l’intrépidité d’un grenadier.»
-
-[186] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 76.
-
-[187] FLAMMERMONT (_Le chancelier Maupeou et les Parlements_, p. 111),
-affirme très nettement que Choiseul voulait la guerre.--M. MAUGRAS (_Le
-duc et la duchesse de Choiseul_), soutient la version contraire. Mᵐᵉ Du
-Barry fut chargée d’insinuer au roi que Choiseul désirait recommencer
-la guerre avec l’Angleterre, alors qu’il l’avait évitée en faisant des
-concessions à cette puissance à propos des îles Malouines.
-
-De leur côté les Goncourt déclarent (_La Du Barry_, p. 96), que le plan
-Maupeou-d’Aiguillon était de ruiner dans l’esprit de Louis XV cette
-conviction, que la présence de Choiseul aux affaires (et ce fut une
-des principales forces du ministre) était le maintien d’une paix dont
-s’accommodait si bien l’égoïsme royal.
-
-[188] Lettre du 25 octobre.
-
-[189] SÉNAC DE MEILHAN. _Portraits et caractères du XVIIIᵉ siècle_
-(édit. Lescure), p. 337.--SOULAVIE (_Mém. de Richelieu_, 1792, t. II,
-p. 217) dit que Sénac était la créature de Choiseul.
-
-[190] Notons à ce propos les gestes et les mots de... Gavroche que
-les _Mémoires de Bachaumont_, les _Anecdotes de Mairobert_, la _Vie
-privée de Louis XV_,--tous livres sortant, il est vrai, de la même
-officine--prêtent à la Du Barry... Tantôt elle jongle avec deux oranges
-en disant: «Saute Choiseul! Saute Praslin!» Tantôt elle raconte à
-Louis XV qu’elle a «renvoyé son Choiseul»; c’était un cuisinier
-qui ressemblait à l’homme d’Etat. Et bien d’autres gamineries dont
-l’imprévu amusait l’ennui de Louis XV.
-
-[191] MAUGRAS. _M. et Mᵐᵉ de Choiseul_, p. 453, t. I.
-
-[192] AN.T 243. Lettre du 9 décembre.
-
-[193] MAUGRAS. _M. et Mᵐᵉ Choiseul_, p. 453.
-
-[194] AN.T 243. Lettre du 12 décembre.
-
-[195] _Revue de Paris_, 1829, t. IV, p. 59.--BOUTARIC. _Correspondance
-de Louis XV_, t. I, p. 409.
-
-[196] SÉNAC DE MEILHAN. _Portraits et caractères du XVIIIᵉ siècle_ (éd.
-Lescure), p. 337.
-
-[197] _Revue rétrospective_, t. III, 1ᵉʳ juin 1834.--Chronique de
-l’abbé Baudeau, p. 69.
-
-[198] MAUGRAS. _Le duc et la duchesse de Choiseul_, pp. 453 et suiv.
-
-[199] AN.T 243. Lettre du 21 décembre. Choiseul avait les départements
-des affaires étrangères et de la guerre; son cousin Praslin, celui de
-la marine.
-
-[200] AN.T 243. Lettre du 3 janvier 1771.
-
-[201] _Correspondance de Mᵐᵉ Du Deffand_ (édit. Sainte-Aulaire), t. I,
-pp. 308 et 312. Lettre de Mᵐᵉ Du Deffand à la duchesse de Choiseul, 8
-janvier 1771; lettre de la duchesse à Mᵐᵉ Du Deffand, 12 janvier.
-
-[202] GRIMM. _Correspondance_ (édit. M. Tourneux), t. IX, p. 279.
-
-Le but réel du voyage de Gustave, dit le duc de Broglie dans le _Secret
-du roi_, était d’obtenir des secours de la France pour la Suède, dont
-les dissensions intestines pouvaient exciter, comme la Pologne, les
-convoitises de la Prusse et de la Russie. Quand la mort de son père
-rappela Gustave en Suède (mai 1771), il n’avait pas encore les subsides
-espérés.
-
-[203] CORRESP. DU DEFFAND (édit. Sainte-Aulaire), t. I, p. 368. Lettre
-du 8 mars.
-
-[204] CORRESP. DU DEFFAND (édit. Sainte-Aulaire). Lettre du 11 mars.
-
-[205] CORRESP. DU DEFFAND (édit. Sainte-Aulaire). Lettre du 8 mars.
-
-[206] CORRESP. DU DEFFAND (édit. Sainte-Aulaire). 15 avril, t. I, p.
-402.
-
-[207] Elle a, du reste, laissé de celle qu’elle appelait son amie ce
-peu gracieux portrait:
-
-«Sa bouche est enfoncée, son nez de travers, son regard fol et hardi.
-Malgré cela elle est belle. L’éclat de son teint l’emporte sur
-l’irrégularité de ses traits. Sa taille est grossière; sa gorge, ses
-bras sont énormes... Son esprit a beaucoup de rapports à sa figure: il
-est pour ainsi dire aussi mal dessiné que son visage et aussi éclatant:
-l’abondance, l’activité, l’impétuosité sont ses qualités dominantes.
-Sans goût, sans grâce et sans justesse, elle étonne, elle surprend,
-mais elle ne plaît ni n’intéresse; sa physionomie n’a nulle expression.
-Tout ce qu’elle dit sort d’une imagination déréglée. C’est quelquefois
-un prophète, un démon agité, qui ne prévoit, ni n’a le choix de ce
-qu’il va dire.»
-
-[208] FOISSET. _Le Président de Brosses_ (Paris 1842), p. 287.
-
-[209] AN.T 243. 24 mai 1771.
-
-[210] CLAUDE SAINT ANDRÉ. _Mᵐᵉ Du Barry_, pp. 99 et suiv. On avait
-surnommé _Chon_, la sœur de Du Barry le _Roué_, cette laide et
-intelligente personne «légèrement boiteuse, légèrement bossue» disent
-les Goncourt.
-
-[211] CHAMFORT. _Œuvres_ (1851), p. 68.--SÉNAC DE MEILHAN (_loco
-citato_, p. 337) raconte l’anecdote à peu près dans les mêmes termes
-avec cette variante que d’Aiguillon avait fait la leçon à la comtesse
-et qu’elle devait interpréter le silence, toujours obstiné du prince,
-par le proverbe: «Qui ne dit mot, consent.»
-
-[212] Nous trouvons le mot dans une lettre de Marie-Antoinette à sa
-mère (D’ARNETH. _Correspondance de M.-Thérèse et de M.-Antoinette_,
-1865, p. 37, 13 septembre 1771).
-
-[213] GONCOURT. _La Du Barry_, p. 116. «Ce furent quelques mois de
-terreur», disent les Goncourt, en parlant des exécutions ordonnées
-par le nouveau ministre dans les rangs ennemis. N’est-ce pas, hélas!
-l’histoire de tous les changements de ministère. «Il ressemble au
-méchant génie des _Mille et une Nuits_» écrit Mᵐᵉ de Choiseul du
-concurrent heureux de son mari (Lettre à Mᵐᵉ Du Deffand, 11 septembre
-1771, édit. Sainte-Aulaire).
-
-[214] COMTESSE D’ARMAILLÉ. _La comtesse d’Egmont_, Paris, 1898, pp. 29
-et suiv.
-
-[215] _Correspondance secrète entre Mercy-Argenteau et le prince de
-Kaunitz_, par d’ARNETH (édit. Flammermont), 1889, 2 vol., t. II,
-p. 396. Si Mercy-Argenteau avait des préventions contre le nouveau
-ministre, celui-ci n’était guère mieux disposé pour la diplomatie
-autrichienne: il se plaignit un jour à Sandoz, envoyé de Prusse, de la
-morgue de Vienne (même correspondance, _Lettre de Kaunitz à Mercy_, 1ᵉʳ
-novembre 1771, t. II, p. 399.)
-
-Mercy-Argenteau avait succédé, en 1766, au comte de Stahremberg, grâce
-à la protection de Kaunitz, qui l’avait eu comme attaché, pendant son
-ambassade à la Cour de Louis XV. Ce brillant et magnifique diplomate
-rendait justice à la douceur, à la prudence et à la sagesse de son
-subordonné, bien qu’il le trouvât «timide, taciturne et gauche jusqu’à
-la maussaderie». Le comte de Pimodan, biographe de Mercy, en loue le
-bon sens, la mesure, l’adresse et la discrétion. Mais cette discrétion
-«habile» alla, nous le verrons bientôt, jusqu’à la dissimulation,
-et cette correction diplomatique n’était que l’attitude froide et
-gourmée d’un homme qui se croyait très fort parce qu’il n’avait devant
-lui qu’un prince indifférent et des ministres décriés. Il prétendit
-_jouer_ au Mentor avec une adolescente que se disputaient de multiples
-influences et qui avait déjà la volonté de ses caprices; et ce fut
-lui qui fut _joué_ par une reine, lasse de ce conseiller, marionnette
-docile d’une mère impérieuse.
-
-[216] Correspondance de Mᵐᵉ Du Deffand (édit. Lescure, 1865), t. II, p.
-175.
-
-[217] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_ (1868, Paris), juillet
-1771, p. 150.
-
-[218] De Boynes avait été nommé en avril 1771 au ministère de la
-marine, après un intérim de trois mois rempli par Terray.
-
-[219] _Journal de Cro _ (_loco citato_), t. II, p. 505.
-
-[220] _Correspondance Du Deffand_ (édit. Sainte-Aulaire). Lettre de Mᵐᵉ
-Du Deffand, du 27 juillet, t. II, p. 24.
-
-[221] MOUFLE D’ANGERVILLE. _Histoire du règne de Louis XV_ (Londres, 6
-volumes, 1783) t. VI, p. 365.
-
-[222] D’ARNETH (édit. Geffroy). _Correspondance secrète entre
-Marie-Thérèse et Mercy-Argenteau_ (1876, 3 v.), t. I, pp. 198-199.
-
-Il n’est pas inutile d’indiquer ici l’origine de cette correspondance,
-qui, réserve faite de la mentalité respective de ses deux principaux
-protagonistes, apporte une contribution si précieuse à l’histoire des
-dernières années du règne de Louis XV et des premières de celui de
-Louis XVI.
-
-Au moment où Marie-Antoinette allait échanger la discipline familiale,
-mais austère, du gynécée de Vienne contre les mondanités frivoles, mais
-séduisantes, du palais de Versailles, Marie-Thérèse avait voulu placer
-sa fille sous une sorte de tutelle qu’elle avait confiée à son lecteur
-l’abbé de Vermond et à l’ambassadeur comte de Mercy-Argenteau. Dès
-lors, elle avait institué, avec celui-ci, une correspondance secrète,
-pour être renseignée, et sur la politique de la Cour de Versailles,
-et sur l’attitude de Marie-Antoinette comme Dauphine, puis comme
-reine de France. Dans son esprit, Mercy-Argenteau était une sorte de
-gouverneur qui devait régenter la jeune princesse, au nom de sa mère
-et dans l’intérêt de l’Autriche. C’était bien l’homme qui convenait
-à la mission: méthodique, méticuleux, méfiant, rigide observateur
-de l’étiquette, il dut maintes fois fatiguer de ses observations
-la Dauphine, et même l’irriter, surtout quand il lui disait qu’il
-avertirait Marie-Thérèse du peu d’égards qu’elle marquait aux
-avertissements réitérés de sa mère. Car celle-ci traitait encore comme
-une petite fille Marie-Antoinette et ne lui ménageait pas les semonces.
-
-Le prince de Kaunitz, ministre des affaires étrangères, aurait pu se
-formaliser, comme le fit plus tard d’Aiguillon de la Correspondance
-secrète de Louis XV avec le comte de Broglie. Il feignit, au
-contraire, d’ignorer le plaisir innocent que prenait sa souveraine à
-ces rapports secrets, mais à la condition que Mercy lui en rédigerait
-un extrait... que l’on retrouve d’ailleurs, presque avec les mêmes
-phrases, dans les lettres de l’ambassadeur d’Autriche au ministre de
-Vienne (D’ARNETH-FLAMMERMONT. _Correspondance secrète_, 1889, 2 v., t.
-II, p. 243, 11 novembre 1768). Mercy, dans sa réponse du 9 décembre,
-prétendait n’avoir cédé qu’aux instances de Nény, secrétaire intime de
-l’impératrice, et promettait à Kaunitz de lui donner la satisfaction
-qu’il désirait.
-
-Au reste, Mercy-Argenteau apportait, dans ses relations diplomatiques,
-des sentiments de défiance tâtillonne, et presque grincheuse,
-qu’alimentait encore un appétit démesuré de commérages. Il n’aimait ni
-la France, ni son gouvernement: «Ce royaume, écrivait-il à Kaunitz, est
-sans justice, sans ministère, sans argent.» Ah! la bonne alliance que
-nous avions là.
-
-[223] _Corresp. secrète de M. Argenteau._ Lettre de Mercy du 2
-septembre 1771, t. I, pp. 200-214. Mercy n’était pas d’ailleurs sans
-indulgence pour Mᵐᵉ Du Barry: «Elle n’est ni méchante, ni intrigante»
-écrit-il le 15 septembre 1779 à Nény.
-
-[224] CORRESP. DU DEFFAND (édition Sainte-Aulaire, 1866), t. II, pp.
-13, 14 et suiv.
-
-[225] AN. T. 243 Lettre du 9 octobre 1771 (de Fontainebleau).
-
-[226] CORRESP. DU DEFFAND (édit. Sainte-Aulaire), 1ᵉʳ octobre 1771, t.
-II, p. 59.
-
-[227] CORRESP. DU DEFFAND (édit. Sainte-Aulaire), 3 octobre 1771, t.
-II, p. 59.
-
-[228] _Anecdotes de la comtesse Du Barry_, Londres, 1776, p.
-249.--Moufle d’Angerville dit également dans sa _Vie privée de Louis
-XV_ (t. IV, p. 285), à propos des complaisances de d’Aiguillon pour Mᵐᵉ
-Du Barry, qu’il «forçait sa femme à s’associer à sa bassesse servile».
-
-[229] _Anecdotes de la comtesse Du Barry._ La Dauphine y serait allée
-sans l’opposition de Mesdames, affirme Mercy dans sa lettre du 16
-octobre 1772 à M.-Thérèse. CORRESP., t. I, pp. 357-358.
-
-[230] AN.T. 243. Lettre du 9 octobre 1771.
-
-[231] AN.T. 243. Lettre du 12 novembre 1771.
-
-[232] Alphonsine-Louise-Félicité, née en 1754, du premier mariage du
-comte d’Egmont avec Alphonsine de Saint-Severin d’Aragon.
-
-[233] WELVERT. _Feuilles d’histoire_, 1ᵉʳ juin 1910.
-
-[234] MAUGRAS. _La disgrâce du duc et de la duchesse de Choiseul_, p.
-149.
-
-[235] VATEL. _La comtesse Du Barry_, t. II, pp. 100 et suiv.
-
-[236] MAUGRAS. _Loco citato_, p. 149.
-
-[237] Mémoires de Choiseul, t. II, p. 70.
-
-[238] Mémoires de Besenval, t. II, pp. 148-50.
-
-[239] Des historiens ont dit que Choiseul demandait 3 millions.
-
-[240] Il est vraiment curieux de constater quelle activité ce prince,
-toujours indolent et toujours ennuyé, apportait à sa correspondance
-secrète, menant plusieurs intrigues à la fois, au point de les
-confondre toutes dans un même imbroglio. Il avait un tempérament
-d’auteur dramatique, voire de chroniqueur. Un livre, récemment paru,
-les _Nouvellistes_, a démontré, d’après d’indiscutables documents,
-combien Louis XV recherchait les échos du jour, les anecdotes
-scandaleuses, les rapports de police, et pour dire le mot boulevardier,
-les _potins_ qui défrayaient ses appétits de curiosité et mettaient à
-sa merci la vie intime de ses courtisans.--Mais après lui, le Secret
-du roi devint, qu’on nous passe le mot, le _Secret de Polichinelle_.
-Et un livre de Soulavie parut en 1793 (Paris, 2 vol.), qui divulguait
-la _Politique de tous les Cabinets de l’Europe pendant les règnes de
-Louis XV et de Louis XVI, contenant des pièces authentiques sur la
-correspondance secrète du comte de Broglie, un ouvrage dirigé par lui
-et exécuté par M. Favier_.
-
-[241] Il écrivait au roi, le 17 mars, qu’il venait de recevoir la
-visite de M. d’Aiguillon, et que celui-ci, en présence de la résistance
-opiniâtre opposée par le prince aux suggestions de Mᵐᵉ Du Barry,
-déclinait toute prétention au ministère; et lui, de Broglie, ajoutait:
-«J’attendrai avec respect ce qu’il plairait à Votre Majesté de faire de
-moi».
-
-[242] DUC DE BROGLIE. _Le Secret du Roi_, t. II, p. 375. Evidemment le
-comte de Broglie était plutôt désigné pour la place que l’incapable
-Rohan, même assisté de Durand. Dès le 20 janvier 1771, il avait prévenu
-le roi des accords suggérés par Frédéric pour éviter une guerre entre
-la Russie et l’Autriche à propos de la Turquie, accords dont la Pologne
-devait payer les frais. L’inertie de La Vrillière et l’échauffourée de
-Dumouriez firent le reste.
-
-[243] _Corr. secrète d’Arneth-Flammermont._ Lettre de Mercy à Kaunitz,
-du 19 décembre, t. II, p. 400.
-
-[244] _Corresp. secrète d’Arneth-Geffroy._ Lettre de Mercy à
-M.-Thérèse, du 23 janvier 1772, t. I, p. 263.
-
-Il est vrai que, par manière de correctif, la Dauphine déclarait à
-Mercy: «Je suis bien décidée à en rester là; et cette femme n’entendra
-plus le son de ma voix».
-
-[245] GEFFROY. _Gustave III et la Cour de France_ (Paris, 1867, 2
-vol.), t. I, p. 249.--Vergennes, disgracié par Choiseul (SOULAVIE.
-_Mémoires historiques_, I, 120), avait été envoyé à Stockolm en mai
-1771 par d’Aiguillon.
-
-[246] AN.T 243. Lettre du 15 septembre 1772.
-
-[247] DUC DE BROGLIE. _Le secret du roi_, t. II, p. 385.
-
-[248] Lettre du 12 janvier 1772, dans BOUTARIC. _Correspondance secrète
-de Louis XV_, 1866, 2 vol., t. I, p. 430.
-
-[249] VATEL. _Mᵐᵉ Du Barry_, t. II, p. 175.--Rohan fit son entrée à
-Vienne le 6 janvier 1772.
-
-[250] BOUTRY. _Autour de M.-Antoinette_ (Paris, 1906), p. 211.
-
-[251] DE LA ROCHETERIE. _Marie-Antoinette_ (Paris, 1905), t. I, pp. 108
-et suiv.
-
-Vatel cite dans son _Histoire de Mᵐᵉ Du Barry_ (t. II, p. 163) une
-dépêche de Marie-Thérèse à Mercy, datée du 31 janvier 1773, où elle
-reconnaît que «contraire à cet inique partage si inégal et à se lier
-avec ces deux monstres» le malheur des temps «l’a tellement accablée
-qu’elle a cédé, mais bien contre sa conviction.»
-
-[252] BOUTRY. _Autour de M.-Antoinette_, p. 208 (d’après les archives
-des affaires étrangères).
-
-[253] _Corresp. M. Argenteau_, I, 298. Lettre de Mercy du 15 avril 1772.
-
-[254] _Corresp. M. Argenteau_, I, 298. Lettre de Mercy du 15 juin 1772
-au baron Nény.
-
-[255] Sans rappeler l’ancienne malveillance du Chancelier contre
-d’Aiguillon, Lebrun, celui qui devait être plus tard le prince
-architrésorier de l’Empire, donne dans ses _Opinions_ (1831, p.
-40) l’origine de l’antagonisme signalé par Mercy. Quand la Du
-Barry sollicitait pour son allié le poste des affaires étrangères,
-d’Aiguillon envoya auprès de Lebrun, inspecteur général des domaines
-de la Couronne, un de ses collègues, M. de C***, avec prière de
-«déterminer Maupeou à parler pour le duc». Et l’émissaire ajoutait que
-si d’Aiguillon «n’avait pas l’obligation de sa place» au chancelier,
-il «serait son ennemi». Lebrun résume ainsi l’anecdote: «Le roi céda
-de lassitude: M. d’Aiguillon fut nommé. Il se souvint bien qu’il ne le
-devait pas à M. de Maupeou; et sans doute il me fit l’honneur de croire
-que j’avais été pour quelque chose dans son silence.»
-
-[256] VATEL. _Mᵐᵉ Du Barry_, t. II, pp. 175 et suiv.
-
-[257] BOUTRY. _Autour de M.-Antoinette_, pp. 216 et suiv.
-
-[258] D’ARNETH-FLAMMERMONT. _Corresp. Mercy-Kaunitz_, t. II, p. 408.
-_Lettre de Mercy_ du 6 mai.
-
-[259] L’ABBÉ GEORGEL. _Mémoires_ (1820, 6 vol.), t. I, p. 251.
-
-Plusieurs historiens, entre autres le duc de Broglie et M. de la
-Rocheterie, se sont apitoyés sur les angoisses de Marie-Thérèse, très
-consciente cependant du coup de force qui se préparait, quand un mois
-avant l’exécution (le 2 juillet 1772) elle écrivait à Mercy: «Rien au
-monde ne m’a fait plus de peine, mais surtout le tort que nous avons
-vis-à-vis de nos alliés et de l’Europe, comme si nous préférions un
-intérêt particulier à toute honnêteté et égards.» Ce qui ne l’empêche
-pas, à la fin de cette même lettre, d’invoquer la raison d’état qui
-doit justifier à ses yeux l’attentat imminent du 5 août. Dans un livre
-tout récent, M. de Pimodan exécute, lui aussi, mais avec certaines
-réserves, la duplicité de l’impératrice-reine: il met, en effet,
-le démembrement de la Pologne à l’actif de Joseph II, le fils de
-Marie-Thérèse, que sa mère avait fait nommer pour la forme corégent,
-après la mort de l’Empereur.
-
-[260] Mᵐᵉ Campan raconte l’anecdote, mais sans commentaires, dans ses
-_Souvenirs_, sur M.-Antoinette.
-
-D’après le duc de Broglie (_Le Secret du Roi_, II, 390) et Vatel
-(_Mᵐᵉ Du Barry_, II, 165), Frédéric II dit, dans ses _Mémoires_, de
-Marie-Thérèse: «Elle pleurait et prenait toujours, et nous eûmes
-beaucoup de peine à obtenir qu’elle se contentât de sa part de gâteau.»
-
-[261] _Corresp. M. Argenteau_ (d’Arneth-Geffroy), II, p. 515. Lettre
-de Mercy du 15 juin. Une note, insérée au bas de la page 315, rapporte
-d’après le baron de Blöme, ministre de France en Danemarck, une réponse
-que dut faire, à cette occasion, le duc d’Aiguillon: «qu’il convient
-que la conduite de la Cour de Vienne est aussi juste que nécessaire,
-mais que ce serait toujours un grand mal pour la balance de l’Europe,
-si le partage en question venait à se réaliser. Au reste ce ministre
-n’a avisé aucun moyen pour rétablir les choses sur l’ancien pied».
-Telle était l’incertitude, la pusillanimité de cet homme d’Etat,
-qu’il n’osait désavouer la parole du maître. Et, cependant, il avait
-conscience de cette vérité essentielle, toujours hélas! d’actualité,
-que l’existence d’une Pologne unie, forte, indépendante, était une
-nécessité pour l’Europe continentale et surtout pour la France.
-
-[262] CORRESP. M. ARGENTEAU (_d’Arneth-Geffroy_). Lettre de Mercy du 18
-juillet.
-
-[263] D’ARNETH-FLAMMERMONT. _Corresp. Mercy-Kaunitz._ Lettre de
-Kaunitz, du 10 février 1772, t. II, p. 404.
-
-[264] D’ARNETH-GEFFROY. _Corresp. M. Argenteau._ Lettre de Mercy à
-M.-Thérèse, du 14 août.
-
-[265] D’ARNETH-GEFFROY. _Corresp. M. Argenteau._ Lettre de Mercy à
-M.-Thérèse, du 26 août.
-
-[266] CORRESP. M. ARGENTEAU (_d’Arneth-Geffroy_). Lettre de Mercy, du
-16 septembre 1772.
-
-[267] CORRESP. M. ARGENTEAU (_d’Arneth-Flammermont_), t. II, p. 410.
-Lettre de Mercy, du 14 août 1772, au prince de Kaunitz.--Le DUC DE
-BROGLIE (_Secret du Roi_, II, 391), dit que d’Aiguillon, après le 5
-août 1772, se plaignit à Vienne de «n’avoir pas été prévenu».
-
-[268] CORRESP. M. ARGENTEAU (_d’Arneth-Geffroy_). Lettre de Mercy, du
-16 septembre 1772.
-
-[269] CORRESP. M. ARGENTEAU (_d’Arneth-Geffroy_). Lettre de Mercy, du
-16 octobre 1772.
-
-Ces manœuvres correspondaient à la politique de M.-Thérèse qui tendait
-à faire prédominer l’Autriche en Europe par l’influence de ses
-alliances familiales avec la maison de Bourbon.
-
-[270] Lettre du 14 novembre. Le Comte de Provence, d’après M.
-Argenteau, saisissait toutes les occasions de dire du mal de
-d’Aiguillon et du bien de Maupeou.
-
-[271] Lettre du 14 novembre.
-
-[272] CORRESPONDANCE M. ARGENTEAU. Lettre à M.-Thérèse, 14 novembre
-1772, p. 378.
-
-[273] Lettre du 5 novembre 1772 à Balleroy, AN.T 243.
-
-[274] _Mémoires secrets_, t. VI, p. 95.--Musset-Pathay a reproduit
-cette anecdote dans ses _Nouveaux mémoires secrets_ (Paris, 1829), p.
-248.
-
-[275] Voir pp. 21-22.
-
-[276] FONTAINE DE RESBECQ. _Les tombeaux de Richelieu à la Sorbonne_,
-Paris, 1867.
-
-[277] Lettre du 6 décembre 1772 au chevalier de Balleroy.
-
-[278] «Mᵐᵉ de Mirepoix, éternelle joueuse qui avait besoin d’argent et
-qui en recevait par le canal de la favorite, devint sa complaisante; et
-Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui avait dans les mœurs et le caractère bien plus de
-décence et de retenue, fut contrainte par son mari de la fréquenter.»
-(SOULAVIE. _Mém. histor. et politiq. du règne de Louis XV_, 1801, t. I,
-p. 70.)
-
-[279] _Corresp. secrète entre Marie-Thérèse et M. Argenteau._ Lettre de
-M.-Antoinette à M.-Thérèse, t. I, p. 396.
-
-[280] Lettre du 16 janvier, de M. Argenteau à Marie-Thérèse, t.
-I, p. 402.--Mercy avait préalablement admonesté la Dauphine (p.
-401); et celle-ci avait prié l’ambassadeur de mitiger son rapport
-à sa souveraine, car Marie-Antoinette disait de sa mère: «J’aime
-l’Impératrice, mais je la crains» (p. 404).
-
-[281] Lettre du 31 janvier (_Corr. secrète M. Argenteau. Lettre de
-M.-Thérèse_), t. I, p. 407.
-
-[282] D’ARNETH-FLAMMERMONT. _Corresp. M. Argenteau, Pr. de Kaunitz et
-Joseph._ Lettre de Mercy à Kaunitz, 17 février 1773, t. II, p. 415.
-
-[283] D’ARNETH-GEFFROY. _Corr. M. Argenteau et M.-Thérèse._ Lettre
-de Mercy, 20 avril 1773, t. I, p. 445-446. «Elle a conçu pour le duc
-d’Aiguillon une horreur qui passe toute mesure...»
-
-[284] Version de la Gazette Mss. de la Bibliothèque Mazarine et VATEL.
-_Mᵐᵉ Du Barry_, t. II, pp. 216 et suiv.
-
-[285] Lettre de Mᵐᵉ Du Deffand à l’abbé Barthélemy (édit.
-Sainte-Aulaire), janvier 1773, t. II, p. 325.
-
-[286] JOURNAL DE PAPILLON DE LA FERTÉ (édité par M. Boysse, Paris,
-1887), p. 342, 18 février. «Nos ouvriers y travaillent jour et nuit,
-malgré le mauvais temps qu’il fait.»
-
-[287] _Anecdotes de la comtesse Du Barry_, pp. 252-253.
-
-[288] Lettre inédite publiée par M. Maugras dans la _Disgrâce de
-Choiseul_, p. 238.
-
-[289] Lettre du 18 mai de M. Argenteau à M.-Thérèse, t. I, p. 454.
-La Dauphine confesse à l’ambassadeur qu’elle a constaté «le peu de
-sincérité» du comte de Provence.
-
-[290] Lettre du 16 juin de M. Argenteau à Marie-Thérèse, t. I, p. 461.
-
-[291] Lettre de M. Argenteau, du 16 juin 1773, t. I, p. 465.
-
-[292] M. Welvert, dans un article très fouillé des _Feuilles
-d’Histoire_ (mai-juin 1910), que suivit sa publication _Autour d’une
-dame d’honneur_, met en doute l’acceptation par Mᵐᵉ de Narbonne des
-offres du ministre. Mercy-Argenteau, dit-il, puisait ses renseignements
-à des sources frelatées et obéissait à ses préventions autrichiennes
-pour accuser à tort Mᵐᵉ Adélaïde et Mᵐᵉ de Narbonne d’avoir voulu faire
-comprendre à la Dauphine ses nouveaux devoirs.
-
-[293] Marie-Thérèse en avait dit autant de l’ambassadeur de France à
-Mercy le 18 mars 1772: «Le prince de Rohan est un bien mauvais sujet;
-je le verrais, avec plaisir, bientôt dénicher d’ici.»
-
-_L’Observateur anglais_, t. I, p. 448. «Mᵐᵉ la comtesse de Narbonne,
-dame d’atours de Mᵐᵉ Adélaïde, dans la vue de parvenir à la faveur qui
-lui avait été promise, avait déterminé la princesse, sa maîtresse, et
-Mesdames à ménager la comtesse Du Barry et à la recevoir désormais avec
-des égards et de la bienveillance.
-
-Mᵐᵉ la comtesse de Provence et le Comte s’étaient rendus à cet égard
-et on y avait même engagé Mᵐᵉ la Dauphine, lorsque M. le Dauphin,
-par un refus formel, a rompu cette réconciliation. Il a déclaré que,
-lui, personnellement, était disposé à donner, en tout temps, au roi
-des marques de sa tendresse, de son respect et de sa soumission, mais
-qu’il était de son intérêt, ainsi que de son devoir, plus encore de son
-attachement à Mᵐᵉ la Dauphine, de ne laisser approcher d’elle aucun
-scandale.» _Corresp. secrète de M. Argenteau._ Lettre de Mercy du 12
-juillet, t. II. p. 5.
-
-[294] _Corresp. secrète de M. Argenteau._ Lettre de Mercy du 17, t. II,
-p. 12.
-
-[295] _Corresp. secrète de Mercy._ Lettres du 14 et 26 août 1773, t.
-II, pp. 18 et suiv.
-
-[296] _L’Espion anglais_ de 1779 (t. I. p. 37).
-
-[297] DE BROGLIE. _Le Secret du roi._ t. II, p. 398.
-
-[298] _Corresp. Mercy. Lettre de M.-Thérèse_, du 2 août, t. 2, p. 15.
-
-[299] _Mémoires du Ministère d’Aiguillon_, t. II, p. 97.
-
-[300] CORRESP. DU DEFFAND (Edit. Lescure). Lettre de Mᵐᵉ Du Deffand à
-Walpole (27 février 1773), t. II, p. 310.
-
-[301] DE BROGLIE. _Le Secret du Roi_, t. II, p. 441.
-
-[302] JOBEZ. _Histoire de Louis XV_, t. VI.
-
-[303] _Souvenirs du baron de Gleichen_ (traduction Grimblot, Paris,
-1878).
-
-[304] Le duc de Broglie l’a retrouvée dans les archives Chabrillan
-(papiers d’Aiguillon).
-
-[305] DE BROGLIE. _Le Secret du Roi_, t. II, p. 450.--BOUTARIC.
-_Corresp. secrète de Louis XV_, t. II, p. 30.
-
-Le roi avait écrit au comte de Broglie: «M. d’Aiguillon a découvert
-une correspondance d’un nommé Dumouriez, qui est à Hambourg, avec M.
-de Monteynard. Il parle aussi d’un fils de Guibert (l’auteur de la
-_Tactique_), d’un nommé Favier en correspondance avec le prince de
-Prusse et la Russie. Il dit que vous avez été en commerce avec M. de
-Monteynard. Eclaircissez ce que vous pouvez savoir de tout cela; et, de
-là, il (d’Aiguillon) tombe fort sur le ministre et sur vous.»
-
-Voir l’article de M. Fr. FUNCK-BRENTANO, sur l’incarcération de
-Dumouriez à la Bastille dans la _Nouvelle Revue rétrospective_ de M.
-PAUL COTTIN.
-
-[306] T. 243 (Arch. Nat.). Lettre au chevalier de Balleroy.
-
-[307] D’après GEFFROY (_Gustave III et la Cour de France_, t. I,
-p. 198), Louis XV envoya un billet confidentiel à Broglie où il
-l’informait qu’il n’avait rien perdu de sa confiance; mais la
-correspondance secrète ne se releva guère du coup qui l’avait frappée;
-elle se continua, languissante, jusqu’à la mort du roi.
-
-[308] DUC DE BROGLIE. _Le Secret du Roi_, t. II, p. 457.
-
-[309] Lettre de M.-Thérèse à Mercy-Argenteau du 31 août. (_Corresp.
-secrète_, t. II, p. 36).
-
-[310] COMTESSE D’ARMAILLÉ. _La Comtesse d’Egmont_ (1880), p. 267: «J’ai
-vu moi-même (daignez ne pas le répéter), écrivait, en 1772, la comtesse
-à Gustave III, les promesses les plus positives de tout secours à la
-Confédération, écrites de la propre main de M. d’Aiguillon.»--«Le
-tout n’a tenu qu’à l’argent qu’il fallait fournir aux confédérés
-pour continuer la guerre (5 mai 1772, lettre de d’Horst à Nény).
-FLAMMERMONT. _Correspondance des agents diplomatiques étrangers_, 1896,
-p. 66.
-
-[311] COMTESSE D’ARMAILLÉ. _La Comtesse d’Egmont_, p. 288. La scène se
-passe en avril 1773. Elle eut des conséquences tragiques. La colère de
-Richelieu fut terrible. Et l’année suivante, la jeune femme, déjà très
-affaiblie et gravement atteinte, succombait à tant d’émotions.
-
-Le coup d’état de Gustave III avait démontré, comme le dit le duc
-de Broglie dans le _Secret du roi_, «la supériorité d’une tradition
-monarchique sur le déplorable principe d’élection qui avait perdu la
-Pologne». Berlin et Pétersbourg, que le partage de celle-ci avait
-mis en appétit, témoignèrent une vive irritation. D’Aiguillon voulut
-envoyer une flotte de Toulon, mais se vit barré par la méfiance de
-l’Angleterre.
-
-[312] BOUTRY. _Autour de Marie-Antoinette_, p. 294.--_Lettre de M.
-Argenteau_, I, 446.
-
-[313] Lettre de Rohan du 19 décembre 1773. Cependant d’Aiguillon le
-tançait: il lui apprenait qu’une indiscrétion commise dans l’entourage
-du cardinal (BOUTRY, p. 214) avait fait découvrir «le chiffre»; et il
-ne se faisait pas faute de rejeter sur l’incapacité du prélat tous ses
-déboires dans la question polonaise (BOUTRY, p. 251-257).--_Corresp. M.
-Argenteau_, t. II, p. 92, note.
-
-[314] _Corresp. M. Argenteau._ Lettre à M.-Thérèse, 18 décembre 1771,
-t. II, p. 75.--D’ARNETH-FLAMMERMONT. Lettre de Mercy au prince de
-Kaunitz, 17 octobre 1773, t. II, p. 422. Il parle de Rohan: «Il serait
-plus commode à M. d’Aiguillon d’écraser un de ses ennemis par la main
-de l’Impératrice.»--Rohan ne fut définitivement rappelé que le 18 août
-1774.
-
-[315] D’ARNETH. _Corresp. de M.-Thérèse et de M.-Antoinette._ Lettre de
-M.-Antoinette, 17 mars 1773, p. 81. «Je crois que M. d’Aiguillon est
-un peu honteux de n’avoir pas mieux pris ses mesures pour l’escadre de
-Toulon.»
-
-[316] _Corresp. secrète de Mercy-Argenteau et de M.-Thérèse_, t. II,
-passim.
-
-[317] FRÉDÉRIC MASSON. _Le Cardinal de Bernis._ Année 1773 (septembre).
-
-[318] AN.T 243. Lettre à Balleroy.--Nous retrouvons le même propos dans
-MOUFLE D’ANGERVILLE. _Vie privée de Louis XV_ (1782, 6 vol.), t. IV. p.
-295: «Je vous avoue que je suis difficile» dit le roi à M. d’Aiguillon.
-
-Un pamphlet publié en 1781, _le ministère de M. de Maurepas_, fait
-remarquer, à propos de la nomination de d’Aiguillon à la guerre: «Ce
-choix parut si ridicule que, pour prévenir toutes les plaisanteries,
-il fut défendu de l’annoncer dans la _Gazette de France_.» En effet,
-la nomination ne s’y trouva pas; mais le pamphlétaire se garde bien de
-dire que les _intérimaires_ n’y paraissaient pas. La Vrillière, qui
-tint, en 1771, l’intérim des affaires étrangères, n’est pas plus cité
-que ne le fut son neveu.
-
-[319] MOREAU. _Mes Souvenirs_, t. I, p. 369.
-
-[320] _Journal de Moreau._ Mercredi 2 février 1774.
-
-[321] _Journal de Cro ._ T. III, p. 55.
-
-[322] _Lettre de Mercy_ du 12 novembre 1773, t. II, p. 69 (Corresp.
-secrète).--La nomination de Monteynard, à en croire les Goncourt, était
-due à une surprise. Cromot, d’accord avec la Du Barry, avait laissé
-espérer au prince de Condé qu’il remplacerait Choiseul. Mais Louis XV
-ne s’en souciait nullement; il fit même cette mauvaise plaisanterie au
-prince de Condé de le prier de lui choisir un ministre de la guerre.
-Et l’autre, abasourdi, désigna Monteynard. Mais il s’en prit à la
-favorite: «Vous m’aviez _promis_ de me faire nommer grand maître de
-l’artillerie».--Eh bien! répliqua la Du Barry, je vous _dépromets_.
-
-Monteynard servait l’antipathie du prince de Condé contre d’Aiguillon;
-et ce fut peut-être la véritable cause de sa disgrâce, plutôt que
-l’appui prêté par lui, à la recommandation de Louis XV, aux projets de
-Dumouriez parti pour Hambourg.
-
-[323] Lettre de Mercy du 22 mars 1774, II, p. 117-118 (Corresp.
-secrète).
-
-[324] _Correspondance de M.-Thérèse et de M.-Antoinette_ (1865), p. 97,
-3 avril 1774. Lettre de M.-Thérèse: «M. d’Aiguillon, étant ministre de
-la guerre, a commencé de vouloir gagner vos bonnes grâces; c’est en
-règle, il faut que vous ayez de même de bons procédés tant qu’il les
-méritera.»
-
-[325] _Correspondance de Mercy._ Lettre de M.-Thérèse du 5 avril, II,
-125.
-
-[326] _Correspondance de Mercy._ Lettre de Mercy du 19 avril, II, 129.
-
-[327] _Correspondance de Mercy._ Lettre de Mercy du 22 mars, II, 122.
-
-[328] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 58.--_Les Anecdotes de
-Mᵐᵉ Du Barry_, par Pidansat de Mairobert, enregistrent également cette
-version: d’après elles, la comtesse aurait «engagé loyalement» Louis XV
-à signer l’ordre de rappel.--Moreau parle également d’une combinaison
-qui aurait réintégré la grande majorité des parlementaires, à
-l’exclusion de Maupeou. Celui-ci, pour parer à l’orage, avait consenti,
-à la fin de janvier 1774, la rentrée de 80 parlementaires, Lamoignon en
-tête.
-
-[329] COMTE FLEURY. _Louis XV intime_ (1899), pp. 331 et suiv.
-
-[330] _Journal de Cro _, t. III, p. 70 et suiv.
-
-[331] JACQUIN et DUESBERG. _Histoire de Ruel_, p. 249.--L’anecdote a
-été contée par Mᵐᵉ Campan dans ses _Mémoires sur M.-Antoinette_.
-
-[332] _Revue rétrospective_, 1834, t. III, 1ʳᵉ série, p. 43.
-
-[333] HENRI D’ALMÉRAS. _Les amoureux de Marie-Antoinette_, p. 68.
-
-[334] MÉTRA. _Correspondance secrète_, t. I, p. 3.
-
-[335] _Journal de Cro _, t. III, p. 118.
-
-[336] On avait amèrement reproché à Richelieu, et par ricochet à
-d’Aiguillon, d’avoir «croisé» d’Alembert qui faisait campagne pour
-Delille et Suard et provoqué ainsi le veto opposé par Louis XV à leur
-élection.
-
-[337] D’HUNOLSTEIN. _Correspondance inédite de M.-Antoinette_ (1868).
-Lettre de M.-Antoinette à M.-Thérèse, p. 70.--L’authenticité de cette
-correspondance a été très vivement contestée par M. d’Arneth. Il est
-certain que si cette lettre du 11 mai répond bien à l’état d’esprit
-de la nouvelle reine, elle est trop correctement écrite pour une
-princesse encore peu familiarisée avec notre langue, à en juger par la
-publication d’Arneth-Geffroy.
-
-[338] La comtesse de Boigne raconte de façon fort piquante (_Mémoires_,
-1907, t. I, p. 62), mais sans indiquer la source de ses renseignements,
-comment Maurepas devint ministre. Il avait été mandé à Choisy, pour les
-funérailles du feu roi qu’on ne savait régler: Louis XVI s’entretenait
-avec lui, quand l’huissier vint l’appeler pour le Conseil: «le roi
-passe, sans oser lui dire adieu, M. de Maurepas suivit, s’assit au
-Conseil et gouverna la France pendant dix ans.»... Pardon, sept ans.
-
-[339] MOREAU. _Mes Souvenirs_, t. II, p. 3.--ARNETH. _Correspondance de
-M.-Thérèse et de M.-Antoinette._ Lettre de M.-Thérèse, 30 mai. «Il n’y
-a que le choix de Maurepas qui étonne, mais on l’attribue à Mesdames».
-
-[340] MÉTRA _(Correspondance secrète_ dite de), t. I, pp. 23 et
-suiv.--«C’était pour rester à la Cour», dit le _Journal de Cro _.
-
-[341] C’est également la version de la _Correspondance de Métra_.
-
-[342] _Journal de Cro _, t. III, p. 126.--MOREAU. (_Mes Souvenirs_)
-tenait de la bouche même du ministre, que, sachant son exécution
-prochaine, il voulait prendre les devants.
-
-[343] MARQUIS DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_ (Paris, C. Lévy,
-1910), p. 168.
-
-[344] Cet affront sanglant avait certainement précédé la double
-démission du ministre, car Baudeau, qui le signale dans sa chronique,
-date la scène du 2 juin (_Revue rétrospective_, 1834, t. III, p. 69).
-
-[345] Lettre de M. Argenteau à Marie-Thérèse, 7 juin 1774, t. II, p.
-163.--D’après les _Anecdotes de la comtesse Du Barry_ (p. 329), la
-duchesse d’Aiguillon, piquée au vif de l’affront qu’elle venait de
-subir, aurait exprimé à son mari son désir «d’aller s’ensevelir dans
-ses terres».
-
-[346] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Loco citato_, d’après les _Réflexions historiques
-du comte de Provence_, p. 66.--Coquette! La femme l’est volontiers, et
-peut-être toujours, mais n’aime pas qu’on le dise trop haut.
-
-[347] _Corresp. M. Argenteau._ Lettre de Mercy à M.-Thérèse du 15
-juillet 1774, t. II, p. 197.
-
-[348] DUC DE BROGLIE. _Le Secret du roi_, t. II, p. 529.
-
-[349] DUC DE BROGLIE. _Le Secret du roi_, t. II, p. 546.--BOUTARIC.
-_Corresp. secrète_, t. II, p. 497.
-
-[350] MÉTRA. _Correspondance secrète_, t. I, p. 17.
-
-[351] Une note de la _Corresp. secrète de M. Argenteau avec M.-Thérèse_
-(t. II, p. 205) établit néanmoins que d’Aiguillon toucha cinq cent
-mille livres de gratification comme dédommagement de ses dépenses au
-cours de son ministère.
-
-[352] COLLÉ. _Journal et Mémoires_ (édit. Honoré Bonhomme, 1868) 3 vol.
-in-8º.
-
-[353] DINAUX. _Sociétés badines_, Paris, 1867, 2 vol. in-8º.
-
-[354] Ce nom revient souvent dans la Correspondance des Archives comme
-dans celle de Fontette et La Noue publiée par M. Carré; et le savant
-historien n’a pu identifier cette «belle Candide». M. Lemoy (_loco
-citato_, p. 72) en fait le surnom de la duchesse d’Aiguillon. Ce
-n’est guère vraisemblable, d’après cette lettre du 26 août adressée
-à Balleroy. Nous ne croyons pas davantage qu’il s’agisse de la
-«bellissima» Mᵐᵉ de Forcalquier, qu’on a dit maîtresse de d’Aiguillon
-(_Mémoires sur son ministère_) ou encore du baron Scheffer, frère du
-ministre suédois. En tout cas, elle fut la fidèle et constante amie
-de d’Aiguillon, au point d’avoir donné la démission de sa charge à la
-cour, le jour où le duc avait remis la sienne entre les mains du roi.
-Notons seulement que, dans cette même lettre du 26 août, la duchesse
-annonçait à Balleroy le départ de Mᵐᵉ de Forcalquier. Ailleurs (le
-21 mai 1772) elle dit qu’elle «ne trouvera pas à Versailles sa chère
-Candide».
-
-[355] Devenu ministre, d’Aiguillon avait remplacé Duras au Gouvernement
-de Bretagne par le duc de Fitz-James.
-
-[356] Maurepas, disent les _Mémoires du ministère d’Aiguillon_ (p. 61),
-regretta d’avoir abandonné son neveu le 2 juin 1774.--On l’appela à
-cette époque _chasse-cousin_; d’aucuns prononçaient _Chasse-Coquin_.
-On aurait dû dire _chasse-neveu_. Mais le mot visait plus encore La
-Vrillière qui ne tarda pas du reste à se retirer.
-
-[357] Lettre du 13 septembre 1774.
-
-[358] Lettre du 13 septembre 1774. AN.T 243.
-
-[359] COMTE FLEURY. _Louis XV intime_, p. 346.
-
-[360] Lettre du 25 octobre. La mauvaise écriture de la duchesse nous
-fait lire ce nom: ne serait-ce pas plutôt _Trappes_? En tout cas la
-localité de _Trassey_ est inconnue.
-
-[361] «Votre _ami_ le chancelier a été renvoyé aujourd’hui», écrivait
-ironiquement le 24 août à sa nièce, Mᵐᵉ de Maurepas.
-
-[362] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 54 et suiv.
-
-[363] _Correspondance secrète_ (Métra), I (15 décembre).--Le chapitre
-des rectifications (_Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 333) dit
-que Maurepas envoya un courrier à la duchesse, avec ordre d’en dépêcher
-un à son mari, pour lui mander que l’intention du roi était que M.
-d’Aiguillon vînt siéger au Parlement.
-
-[364] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, pp. 62 et suiv.
-
-[365] La Vrillière n’avait pas encore résigné ses fonctions.
-
-[366] _Corresp. M. Argenteau_, II, 163. Note donnant d’Aiguillon comme
-un des «cabaleurs les plus redoutables pour relever les moindres
-imprudences de la reine et la calomnier sans motif». Cette note ajoute
-que d’Aiguillon persista dans cette voie, même après 1775.
-
-[367] L. DE LOMÉNIE. _Beaumarchais et son temps_, 1856, I, pp. 392
-et suiv.--Voici le titre de ce pamphlet, d’après H. D’ALMERAS. _Les
-Amoureux de M.-Antoinette_, p. 192. «Avis à la branche espagnole sur
-les droits de la Couronne de France, à défaut d’héritiers et qui peut
-être utile à la famille des Bourbons, surtout à Louis XVI.»--Voir
-APPENDICE II.
-
-[368] _Corresp. M. Argenteau._ Lettres des 28 août et 11 septembre à
-M.-Thérèse, t. II, p. 224 (note) et 230 (note).--Il est vrai que le 30
-octobre, Kaunitz traitera Beaumarchais de «drôle».
-
-[369] _Corresp. M. Argenteau._ Lettre de M.-Thérèse du 28 septembre, t.
-II. 239.
-
-[370] MARQUIS DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_, p. 212.
-«La reine était comparée à Messaline pour la débauche et pour la
-cruauté.» Cordeliers et Jacobins, Hébert, Robespierre et F.-Tinville
-se rappelleront cette ignoble injure avant et pendant le procès de la
-reine.
-
-[371] Voir APPENDICE III.
-
-[372] LINGUET. _Aiguillonana_ (Londres, 1775).--Le _Napoléon inconnu_
-de M. Frédéric Masson (1895, t. I, p. 454) donne, d’après le fonds
-Libri, cette note prise par Napoléon dans sa jeunesse, sur l’_Espion
-anglais_, en février 1789: «Madame (de Maurepas) gouvernait Monsieur,
-qui était gouverné par l’abbé de Véri, auditeur de rote à Rome. L’abbé
-de Véri était économiste et ami de Turgot, et il le fit choisir pour
-occuper une place au ministère.»
-
-Nous trouvons cette variante dans Sénac de Meilhan (_Le gouvernement,
-les mœurs, etc., suivi des portraits des personnes distinguées de la
-fin du XVIIIᵉ siècle_, édité par M. de Lescure):
-
-«Le marquis de Poyanne, lieutenant-général et ancien militaire, était
-un jour à souper à côté de lui (de Maurepas), cet officier lui dit:
-
---Monsieur le Comte, quel est ce jeune homme qui est au bout de la
-table et qui paraît être de la maison? Il est militaire, à ce que je
-vois, et je suis surpris de ne pas le connaître.
-
---Tant pis pour vous, lui dit M. de Maurepas, car c’est l’homme le plus
-important qu’il y ait en France; il est l’amant de ma cousine *** (la
-princesse de Montbarrey) qu’il gouverne; ma cousine gouverne ma femme,
-laquelle me gouverne et je gouverne la France.»
-
-[373] Ces lettres appartiennent aux archives du marquis de Chabrillan.
-Consultées par M. de Ségur pour son livre _Au couchant de la monarchie_
-(1910).
-
-[374] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie._
-
-[375] AUGEARD. _Mémoires secrets_ (1866), p. 52.--H. CARRÉ. (_La
-Chalotais et le duc d’Aiguillon_, p. 71), signale ces emportements
-furieux.
-
-[376] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_, p. 202.--D’Aiguillon
-l’appelait une «triste demeure».
-
-[377] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 239.
-
-[378] C’était l’hôtel dénommé primitivement hôtel d’Agénois, qui
-appartint, de nos jours, au comte de Chabrillan et qui disparut dans le
-tracé du boulevard Saint-Germain.
-
-[379] _Corresp. M. Argenteau._ Lettre de M.-Thérèse, 1ᵉʳ avril 1775, t.
-II, p. 316. L’impératrice répondait à une dépêche du 18 mars (t. II,
-p. 315), où Mercy lui signalait la liaison de la comtesse de Marsan
-avec Mᵐᵉ de Maurepas «qui conduit son mari» et qu’il soupçonnait de
-«mauvaise volonté envers la reine».
-
-Est-ce pour amener une réconciliation entre les partis hostiles qu’à
-l’occasion du voyage incognito d’un frère de M.-Antoinette, l’archiduc
-Maximilien, M. Argenteau avait prié, un mois auparavant, au même
-dîner, d’Aiguillon et la comtesse de Brionne, deux irréconciliables
-ennemis? Ce fut, en tout cas, un impair formidable. Car la comtesse
-jeta feu et flamme, et pour refuser, usa d’un prétexte que lui fournit
-complaisamment la reine.
-
-[380] Dans sa _Miniature française_ (p. 93), M. H. Bouchot parle d’un
-décor de ce théâtre, peint en 1775 d’après Le Tellier.
-
-[381] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_, p. 202.
-
-[382] _Suite aux Mémoires de Dumouriez_ (Paris, Laran, an IV de la
-Répub.), p. 27 et _pièces justificatives_, I.
-
-[383] MOREAU. _Mes Souvenirs_, t. II, pp. 132-137 et suiv.
-
-[384] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_, pp. 207 et suiv.
-
-Les _Mémoires_ de Thiébaut, le père du général, publiés en 1827,
-prétendent au contraire, d’après Guines, et ce fut son véritable grief,
-que d’Aiguillon ne parla même pas au roi de l’affaire.
-
-[385] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, pp. 64 et suiv.
-
-[386] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, pp. 64 et suiv.
-
-[387] _Correspondance de M. Argenteau._ Lettre du 20 avril à
-M.-Thérèse, II, 318-321. «On a fait voir à la reine dans la protection
-qu’elle accorderait à M. de Guines un moyen de vengeance contre
-le duc d’Aiguillon; et ce moyen est répréhensible... toutes mes
-représentations n’ont rien arrêté.» Mercy ajoute, il est vrai, par
-manière de correctif, qu’il a acquis la conviction que le duc est «le
-principal acteur de toutes les intrigues contre la reine».
-
-Marie-Thérèse abonde dans le sens de son agent, les «démarches de sa
-fille contre le duc d’Aiguillon, tout mauvais sujet qu’il est (elle y
-tient), lui fournissant une nouvelle preuve de son penchant à suivre
-ses volontés et ses sentiments». (Lettre du 4 mai de M.-Thérèse, t. II,
-p. 327.)
-
-Cette mère, par trop autoritaire, prétendait-elle donc toujours imposer
-à sa fille «ses volontés et ses sentiments» à elle?
-
-[388] Le duc de Lévis (_Souvenirs_, p. 146) reproche à Besenval d’avoir
-méconnu sciemment et perfidement «les incontestables talents de M. le
-duc d’Aiguillon».
-
-[389] BESENVAL. (_Mémoires_, 2 vol., collection Baudouin, 1821) t. II,
-p. 311 et suiv.
-
-[390] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_, p. 211.
-
-[391] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie._ Lettres de Mᵐᵉ de
-Maurepas, communiquées par M. le Mⁱˢ de Chabrillan.
-
-[392] MOREAU. _Mes Souvenirs_, t. II, p. 137 et suiv.
-
-[393] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_, p. 214 et Arch. Nat.
-K, 164.
-
-[394] AN.T 243.
-
-[395] Elle fit croire au roi, disent les _Mémoires du ministère
-d’Aiguillon_ (p. 69), qu’il avait «intrigué, tripoté, trigaudé».
-
-[396] _Mémoires secrets_, 8 juin 1775.
-
-[397] Mᵐᵉ CAMPAN. _Mémoires_, édit. Didot, 1858, p. 190.
-
-[398] _Corresp. secrète_ dite de _Métra_, t. II, p. 62.--Et les mauvais
-plaisants de dire: M. de Guines peut avoir raison; mais il a eu _tort_
-pendant trois ans.
-
-[399] LINGUET. _Aiguillonana_, 1777.
-
-[400] MÉTRA. _Correspondance secrète_, t. I, p. 360, 22 mai 1775.
-
-[401] MÉTRA. _Correspondance secrète_, t. II, p. 115.
-
-[402] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, pp. 182-186.
-
-[403] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, pp. 182-186.
-
-[404] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, p. 184.
-
-[405] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, pp. 185-186.
-
-[406] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 70.
-
-[407] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 70.
-
-[408] BELLEVAL. _Souvenirs_, p. 186.
-
-[409] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie._ (D’après le _Journal
-de Véri_).--Par une coïncidence assez curieuse, Moreau (_Souvenirs_, t.
-II, pp. 196-197), raconte une partie de ces conférences à peu près dans
-les mêmes termes. «La princesse de Beauvau et la duchesse de Grammont
-soufflaient, dit-il, la haine dans le cœur de la reine.» Mais Véri le
-conseiller de Mᵐᵉ de Maurepas, Moreau celui de d’Aiguillon, avaient dû
-recevoir une même impression des deux côtés.
-
-«Chaque jour, écrit M. de Nolhac (_La Reine Marie-Antoinette_, 1890,
-in-4º, p. 11), elle (la reine) attaque le ministre chez le roi: Mᵐᵉ
-de Maurepas, qui est sa tante, le défend auprès de son mari; mais
-celui-ci ne tient pas plus à ses amis qu’à ses principes: il abandonne
-d’Aiguillon à la reine. C’était d’ailleurs un maigre service qu’il
-rendait à Marie-Antoinette... Maurepas habite à Versailles très près
-du roi et peut pénétrer chez lui à toute heure par un escalier privé.
-Que de fois la reine est surprise de voir détruit le soir, sans qu’elle
-sache comment, l’effet d’un entretien du matin avec son mari!»
-
-[410] MARQUIS DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_, p. 219.
-
-[411] _Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon_, p. 70.
-
-[412] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, p. 187.--Le 7 juin,
-Belleval reçut sa commission de capitaine de cavalerie, il la devait
-aux démarches de d’Aiguillon.
-
-[413] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie._--A entendre Besenval
-(_Mémoires_, I, p. 314), ce serait lui qui aurait indiqué le lieu
-d’exil à la reine dans ses entretiens avec elle. «Il fallait qu’il
-allât à Aiguillon: il tournait en ridicule l’ordre d’aller à Véretz.»
-
-[414] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 72.
-
-[415] MOREAU. _Mes Souvenirs_, t. II, p. 197.
-
-[416] Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie._
-
-[417] _Corresp. secrète M. Argenteau. Lettre de M.-Antoinette à
-M.-Thérèse_, 22 juin 1775, II, 344.
-
-[418] _La Bretagne féodale et militaire_, 1879.--_Mémoires du ministère
-d’Aiguillon_, p. 336.
-
-[419] _Corresp. Mercy-Argenteau_, t. II, 362.--Le comte de Rosemberg
-était un fidèle des archiducs Joseph et Maximilien.
-
-[420] _Mémoires de Besenval_, t. I, p. 316.
-
-[421] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, p. 189.
-
-[422] _Corresp. M. Argenteau._ Lettre de M.-Thérèse, 31 juillet 1775,
-t. II, p. 360. M.-Thérèse lui recommande de brûler sa lettre et la
-copie.
-
-[423] Belleval dit que d’Aiguillon reçut le 9 l’ordre verbal; mais
-Maurepas l’avait évidemment prévenu deux ou trois jours à l’avance.
-
-[424] Lettre publiée dans le _Bulletin du Bibliophile_ de 1882, p. 104.
-
-[425] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, pp. 70 et suiv.
-
-[426] Dans le chapitre des rectifications de ces _Mémoires_, écrit
-évidemment sous l’inspiration et avec les notes de la duchesse, il
-est dit (page 336) que «M. d’Aiguillon alla à Pontchartrain avec Mᵐᵉ
-d’Aiguillon, faire ses adieux à M. de Maurepas, mais qu’il n’y eut
-aucune explication».
-
-[427] Une partie de ces lettres a paru dans le livre de M. le Mⁱˢ de
-Ségur; nous devons la communication des autres à la bienveillance du
-marquis de Chabrillan.
-
-[428] _Lettre de M. Argenteau à M.-Thérèse_, 17 juillet.
-
-[429] _Bulletin du Bibliophile_, 1882, p. 104.
-
-[430] _Mémoires secrets_, 13 juin 1775.
-
-[431] AN.T 243. Lettre du 16 juin à M. de Balleroy. _Pièces
-justificatives_, II.
-
-[432] Lettre datée de Paris, 3 août 1775.
-
-[433] _Revue d’Histoire littéraire de la France_, t. III, pp. 332-347.
-
-[434] BELLEVAL. _Souvenirs_, p. 187.
-
-[435] _Revue de l’Agenais_, t. VI (1879), p. 469.
-
-[436] _Les Entretiens de l’autre monde_ (Cythère, 1785).
-
-[437] H. CARRÉ. _La Chalotais et le duc d’Aiguillon_, pp. 71-72 et
-passim dans la Correspondance Fontette-de La Noue.
-
-[438] Mémoires de Lauzun (édit. Lacour, 1858), p. 249.
-
-[439] _Bulletin du Bibliophile_, année 1882.
-
-[440] Cette lettre, si importante, appartient aux archives Chabrillan:
-elle est assez difficile à déchiffrer; et plusieurs mots nous en sont
-restés peu intelligibles.
-
-[441] Le maréchal comte de Muy avait succédé à d’Aiguillon comme
-ministre de la guerre. C’était un honnête homme et un ami de Maurepas.
-
-[442] L’abbé Jacques de Vermond était alors lecteur de la reine.
-C’était, nous l’avons dit, un surveillant, que, sur l’indication de
-M. Argenteau, Marie-Thérèse avait donné à la Dauphine. Le Dauphin ne
-l’aimait pas. Vermond reprit faveur à l’affaire du Collier.
-
-[443] Sa situation était fortement battue en brèche. Et le comte de
-Provence, tout le premier, lui décochait, le 1ᵉʳ avril 1776, sous
-le voile de l’anonyme, un terrible pamphlet intitulé le _Songe de
-M. de Maurepas_, ou les _Machines du gouvernement français_, ou
-encore les _Mannequins_ (Louis XVI était le premier de tous), qui
-daubait vigoureusement sur le ministre, sa femme et l’abbé de Véri.
-L’appréciation de la duchesse d’Aiguillon (p. 281) ne manquait donc pas
-d’à-propos sur ce f... ministère, comme l’appelait Malesherbes, d’après
-les _Souvenirs_ de Moreau.
-
-[444] Peut-être bien l’abbé de Véri, ou l’évêque Desnos.
-
-[445] Lettre du 22 mars 1776.
-
-[446] AN.T 243. Lettre du 5 avril.
-
-[447] AN.T 243. Lettre du 12 avril.
-
-[448] ARCHIVES CHABRILLAN. Lettre du 3 août 1775. La Vrillière, à
-moitié gâteux, ne pouvait se résoudre à quitter sa place, malgré que
-Maurepas l’eût averti qu’il était temps de partir. Il fallut que le roi
-lui dise brutalement: «Oui, Monsieur, je trouve bon que vous songiez
-à votre retraite». Une pension de 60.000 livres le consola de sa
-démission forcée. (Mⁱˢ DE SÉGUR. _Au couchant de la monarchie_, p. 247.)
-
-[449] AN.T 243. Lettre du 10 mai 1776.
-
-[450] AN.T 243. Lettre du 24 mai.
-
-[451] _Lettre de M. Argenteau à M.-Thérèse_, II, p. 447, 16 mai
-1776.--Cet engouement de M.-Antoinette sera encore d’assez longue
-durée. Mercy-Argenteau déplorait en 1779 que la reine eût accepté comme
-garde-malade, pendant sa rougeole, le duc de Guines.
-
-M.-Thérèse avait fini par écrire à sa fille que Guines passait pour la
-diriger. M.-Antoinette répondit, non sans aigreur, à sa mère, pour nier
-une telle influence. Mais la faveur de Guines commençait à baisser:
-d’autres amitiés fixaient déjà pour quelques heures la frivolité de la
-reine.
-
-[452] MÉMOIRES DE LAUZUN. Edition L. Lacour (1858, Paris), p. 251.
-
-Ce fut le 12 mai, écrit le comte de Creutz, que M. de Guines fut nommé
-duc; et dans une lettre de Mercy à M.-Thérèse, du 16 mai, l’ambassadeur
-d’Autriche écrit que la faveur accordée à Guines avait tellement
-surexcité Marie-Antoinette, que, sans les observations de Mercy, elle
-eût fait envoyer Turgot à la Bastille et chasser Vergennes (t. II, p.
-446).
-
-[453] _Bulletin du Bibliophile_, année 1882, p. 122.
-
-[454] BELLEVAL. _Souvenirs d’un chevau-léger_, p. 189.
-
-[455] MOREAU. _Mes souvenirs_, t. II, p. 197.
-
-[456] _Archives Chabrillan._
-
-[457] _Archives Chabrillan._
-
-[458] _Correspondance secrète de M. Argenteau_, II, p. 462.
-
-[459] Cette «demi-grâce», comme on dit alors, fut assez vivement
-critiquée. «Je comprends, écrivait le 8 juillet la duchesse
-d’Aiguillon, que la restriction, très dure et inutile, que la reine a
-voulu mettre à notre liberté, ait choqué le public.»
-
-[460] Lettre du 16 juillet 1776, t. II, p. 465. (_Corresp. secrète de
-M. Argenteau._ Lettre de Mercy à M.-Thérèse.)
-
-[461] BELLEVAL. _Mémoires d’un chevau-léger_, p. 189.
-
-[462] Lettre de M. de Maurepas au duc d’Aiguillon, 20 décembre 1776.
-
-[463] _La Correspondance secrète_, éditée par M. de Lescure (2 vol.,
-1865), dit, les 24 janvier et 4 mars 1777, «qu’il est toujours bruit du
-retour de d’Aiguillon au ministère».
-
-[464] M. de Ségur, dans son livre si intéressant et si vrai, _Au
-couchant de la monarchie_ (C. Lévy, 1910), donne un joli portrait de
-Mᵐᵉ de Maurepas, d’après le _Journal inédit_ de l’abbé de Véri.
-
-La comtesse était, comme sa sœur et sa nièce, dépourvue de beauté;
-de plus elle n’avait ni «les grâces de l’esprit, ni les agréments de
-l’étude, mais un sens droit, un jugement vrai, un sentiment noble, un
-désir toujours soutenu de faire plaisir aux autres, un attachement
-invariable pour ceux qu’elle aimait».
-
-Elle avait soixante-seize ans quand son mari revint au pouvoir, et
-si ce retour inespéré de fortune, à un âge aussi avancé, lui laissa
-entrevoir ce que pouvait en attendre sa famille dans un avenir
-prochain, elle en redouta le lourd fardeau pour Maurepas. Ses amis,
-dit Mᵐᵉ de Genlis (_Souvenirs de Félicie_), appelaient ce couple,
-toujours tendrement uni, Philémon et Baucis. «Il n’y a plus de Baucis à
-Versailles, soupirait mélancoliquement Mᵐᵉ de Maurepas; je ne vois plus
-mon mari; tout ce travail le tuera.»
-
-Les nouvellistes ne lui épargnaient pas leurs moqueries. Ils les
-représentaient à un bal paré de la Cour, le comte en Cupidon, la
-comtesse en Vénus (_Corresp. secrète_, éditée par Lescure, I, 246).
-
-Les _Mémoires secrets_ (t. XI, p. 233), sont autrement cruels pour Mᵐᵉ
-de Maurepas. Invitée, en mai 1778, à Marly (c’était la première fois
-que lui incombait un tel honneur), elle avait été reçue à dîner par la
-reine; et comme elle n’osait rien refuser à M.-Antoinette, elle revint
-à Versailles avec une effroyable indigestion. Les _Mémoires secrets_
-profitent de la circonstance pour railler la vanité excessive de Mᵐᵉ de
-Maurepas et pour parler de l’aversion qu’inspirent à la reine le mari
-et la femme: «c’est un trait de politique de la reine pour plaire au
-roi qui a beaucoup d’amitié pour la comtesse».
-
-[465] _Journal de Hardy_ (BN. Mss. 6682), 18 mai 1776.
-
-[466] _Journal de Hardy_ (BN. Mss. 6682), 17 août 1776.
-
-[467] Lettre de Mercy à M.-Thérèse, t. III, p. 41, 16 avril 1777.--Voir
-les _Archives de la Bastille_.--_Mémoires secrets._--_Correspondance
-secrète_ (édit. Lescure), t. I, pp. 36 et suiv.
-
-[468] Lettre de M. de Maurepas à M. d’Aiguillon, 20 décembre 1776.
-
-[469] AN.T 243. Lettre au chevalier de Balleroy, 10 mars 1779.--Le 14,
-Mᵐᵉ d’Aiguillon lui demande si «M. de la Vrillière est mort de chagrin,
-comme on le lui a dit».
-
-[470] AN.T 243. Lettre du 21 avril.
-
-[471] AN.T 243. _Lettre du 14 mars 1777._ Ce Du Châtelet devait être
-de la branche Clémont et, de ce fait, parent, par les Mailly, de
-la duchesse d’Aiguillon. Châteauneuf-La Vrillière fut vendu, après
-la mort de son propriétaire, huit cent mille livres au prince de
-Guéméné-Montbazon, de qui le duc de Penthièvre l’acheta en 1783.
-(L’ABBÉ BARDIN. _Châteauneuf_, 1864, pp. 79 et suivantes.)
-
-[472] AN.T 243. _Lettre du 14 septembre 1777._--C’était un hôtel de
-la rue qui porte aujourd’hui le nom de Saint-Florentin. Maurepas en
-demandait 250.000 francs. Le duc de Fitz-James en fut l’acquéreur.
-L’hôtel des Maurepas était situé rue de Grenelle (nº 75 actuel).
-
-[473] AN.T 243. _Lettre du 7 avril 1777._--En mars, Maurepas était
-souffrant; et Balleroy était allé prendre de ses nouvelles dont la
-duchesse le remerciait: «Votre lettre, lui disait-elle, est une liste
-de malades».
-
-[474] AN.T 243. Lettre du 5 mai.
-
-[475] AN.T 243. Lettre du 19 mai.
-
-[476] AN.T 243. Lettre du 25 juin.
-
-[477] AN.T 243. Lettre du 26 juin.
-
-[478] AN.T 243. Lettre du 26 juillet 1777.
-
-[479] AN.T 243. Lettre du 25 juin (du duc d’Aiguillon).
-
-[480] AN.T 243. Lettre du 7 août (de Mᵐᵉ d’Aiguillon). Le prince de
-Salm-Kirtzbourg était un viveur qui ruina toutes ses maîtresses, la
-marquise de Jaucourt entre autres. _Corresp. secrète_ (édit. Lescure)
-I, 269.--Le duc de Mazarin devait être lord Mazarene, perdu de dettes
-et de débauches, toujours sous le coup de la contrainte par corps.
-
-[481] AN.T 243. Lettre du 7 août (de Mᵐᵉ d’Aiguillon).
-
-[482] AN.T 243. Lettre du 14 septembre (de M. d’Aiguillon).
-
-[483] AN.T 243. Lettre du 19 mai.--Voir le dossier _Saint-Vincent_ aux
-_Archives de la Bastille_, 12437.
-
-[484] AN.T 243. Lettre du 12 septembre.
-
-[485] AN.T 213. Lettre du 3 octobre.
-
-[486] AN.T 243. Lettre du 14 septembre, du duc d’Aiguillon.
-
-[487] _Corresp. M. Argenteau_, t. III, 15 juin 1777.--Dans ce même
-journal (p. 75), Mercy note que l’empereur Joseph et l’abbé de Véri
-sont restés une heure ensemble et seuls.
-
-[488] _Bulletin du Bibliophile_, 1882 (lettre de décembre 1777).
-
-[489] Lettre du duc, 3 novembre 1777.
-
-[490] AN.T 243. Lettre du 3 janvier 1778.
-
-[491] Ce Desnos avait été envoyé en disgrâce de Rennes à Verdun, après
-une querelle des plus vives avec Girac, cet évêque de Saint-Brieuc
-qui avait si prestement tourné casaque à d’Aiguillon. La cause du
-conflit qui s’était élevé entre les deux prélats ne laissait pas d’être
-curieuse: les jésuites avaient fait vendre leur argenterie; et Desnos
-prétendait que Girac s’était approprié le produit de la vente. Les
-haines des évêques entre eux sont bien des haines de dévots. Girac
-remplaça Desnos à Rennes le 22 décembre 1769. (_Journal historique de
-la Révolution opérée dans la Constitution de la Monarchie française par
-M. de Maupeou_, 7 vol., t. III, p. 170.)
-
-[492] AN.T 243. Lettre du 21 janvier 1778.--_La Bohémienne_, comédie en
-2 actes de Monston (Opéra Comique, 1755).
-
-[493] _Revue de Bretagne et de Vendée_, 1894 (article de
-Calan).--_L’Espion français_, t. VIII, p. 91.
-
-[494] AN.T 243. Lettre du 22 juin 1778.
-
-[495] AN.T 243. Lettre du 28 août 1778.
-
-[496] AN.T 243. Lettre du 21 septembre 1778.
-
-[497] AN.T 243. Lettre du 24 juillet.--Nous sommes étonné que la
-duchesse n’ait pas parlé à Balleroy de la mort de Voltaire, survenue
-près de trois mois auparavant. Les œuvres du philosophe lui étaient
-cependant familières: car elle envoyait, en juillet 1768, au chevalier,
-une pièce de vers de Voltaire sur un navire de Saint-Malo qui portait
-le nom du poète. Elle appréciait cette œuvre, d’ailleurs médiocre, avec
-l’ironie qui perce sous le fait-divers du 24 juillet 1778.
-
-[498] ANT. 243. Lettre du 21 août.--Le comte de Broglie avait intenté
-un procès à l’abbé Georgel, sous prétexte que ce jésuite l’avait
-calomnié auprès de Maurepas. Le Parlement le débouta purement et
-simplement. (DE BROGLIE. _Le secret du roi_, II, 586.)
-
-[499] C’était, dit la _Correspondance secrète_ (édit. Lescure, I,
-202), beaucoup plus pour la grossesse de la reine que pour «la petite
-victoire navale du duc de Chartres».
-
-[500] AN.T 243. Lettre du 22 décembre.
-
-[501] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 198.--Le 6 février 1778,
-un traité d’alliance et de commerce avait été conclu entre la France et
-les Etats-Unis.
-
-[502] AN.T 243. Lettre du 25 décembre.--S’agit-il de ce rouleau de
-louis faux donné comme payement à Marly, dont parle la _Correspondance
-secrète_ (édit. Lescure), t. I, p. 236.
-
-[503] BELLEVAL. _Souvenirs_, p. 132.
-
-[504] Cette lettre est reproduite en fac-similé dans l’édition
-illustrée du livre de M. Claude Saint-André sur Mᵐᵉ Du Barry (éditeur
-Emile-Paul).
-
-[505] AN.T 243. Lettre du 21 décembre.--_L’épreuve villageoise de
-Grétry._--_La famille extravagante_, 1 acte, de Legrand, musique de
-Guilliers (Comédie Française, 1769).
-
-[506] AN.T 243. Lettre du 1ᵉʳ janvier 1779.
-
-[507] AN.T 243. Lettre du 22 janvier 1779.
-
-[508] AN.T 243. Lettre du 29 mars 1779.
-
-[509] AN.T 243. Lettre du 3 avril.--Le 16 août, le duc le félicitera
-«par avance» de sa nomination de commandeur.
-
-[510] AN.T 243. Lettre du 26 juillet (lettre du duc d’Aiguillon).
-
-[511] AN.T 243. Lettre du 28 août (lettre du duc d’Aiguillon).
-
-[512] AN.T 243. Lettre du duc d’Aiguillon, du 8 mai 1779.
-
-[513] AN.T 243. Lettre de la duchesse d’Aiguillon, du 11 décembre 1778.
-
-[514] _Corresp. secrète_ (édit. Lescure), 2 juillet 1779.
-
-[515] _Lettre M. Argenteau_, t. III, p. 371. Lettre du 17 mars 1779.
-
-[516] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, p. 266.
-
-[517] Cette assertion sur les rapports de Mᵐᵉ de Forcalquier avec
-d’Aiguillon a toujours été très discutée.
-
-[518] Là, encore, le chapitre des rectifications oppose un démenti
-formel (p. 334) à ce roman. «Jamais M. de Maurepas n’a eu envie de
-s’associer M. d’Aiguillon au ministère; jamais, ni en 1776, ni en 1780,
-ni en aucun autre temps, il n’a voulu s’étayer de lui, ni le consulter;
-ni même celui-ci n’a pensé lui être associé.» Il est certain que la
-correspondance, conservée par les Archives nationales, à l’adresse
-de Balleroy, ne laisse rien percer de ces prétendues intentions de
-Maurepas, ni de l’espoir du duc d’Aiguillon de reparaître à la Cour.
-Cependant, les bruits répandus à cet égard dans le public et surtout la
-longue lettre que nous avons reproduite intégralement ici--conversation
-d’un ami de d’Aiguillon avec Maurepas--pourraient faire croire que
-l’ancien ministre avait encore, malgré qu’il s’en défendît, de longs
-espoirs et de vastes pensers. Mais quand furent publiés les _Mémoires
-du ministère d’Aiguillon_, tout était bien fini pour la veuve; et elle
-ne voulut point laisser planer sur la mémoire de son mari le ridicule
-d’illusions indignes de son caractère. Au reste sa correspondance
-démontre assez le peu de confiance qu’elle avait dans les promesses de
-Maurepas.
-
-En tout cas, les _Mémoires secrets_ (édit. Lescure), du 8 octobre
-1780, notent que Maurepas fait l’impossible pour ramener son neveu au
-ministère.
-
-[519] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_, pp. 236 et suiv.
-
-[520] PIRON. _La Métromanie._--FAGON et FAVART. _La Servante
-justifiée_, 1 acte (1740, théâtre de la foire Saint-Germain).
-
-[521] AN.T 243. Lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon à Balleroy, 7 janvier 1780.
-
-[522] AN.T 243. Lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon à Balleroy, 25 janvier 1780.
-
-[523] _Bulletin du Bibliophile_, 1882. Lettre du duc à Balleroy, 2 mars
-1780.
-
-[524] DUCHESSE DE DINO. _Chronique_ (2 vol. Plon 1909), t. II, p. 379.
-
-[525] Le grand théâtre de Bordeaux, construit par l’architecte Louis.
-
-[526] AN.T 243. Lettre du 17 mars 1780.
-
-[527] AN.T 243. Lettre du 23 mars 1780.
-
-[528] AN.T 243. Lettre du 14 avril 1780.
-
-[529] AN.T 243. Lettre du 5 octobre 1780.
-
-[530] AN.T 243. Lettre du 28 août 1780.
-
-[531] AN.T 243. Lettre du 5 novembre 1780.
-
-[532] AN.T 243. Lettre du 3 novembre 1780.
-
-[533] AN.T 253. Lettre du 27 novembre 1780. Mᵐᵉ de Gisors née Fouquet
-et belle-fille du duc de Nivernois, était veuve. M. de la Vallière
-était un terrible joueur; mais quel bibliophile!
-
-[534] Voir plus haut pp. 272-276.
-
-[535] AN.T 243. Lettre du 31 janvier. (Remerciements aux félicitations
-de Balleroy.)
-
-[536] AN.T 243. Lettre du 26 juin. La duchesse annonce à Balleroy le
-départ de son fils «pour la bonne ville et pour la Cour». Elle ajoute:
-«Ce départ m’a coûté; vous savez quelles sont mes craintes sur son
-début et sur les exemples qu’il verra... M. d’Abrieu (le secrétaire),
-comme vous le pouvez bien croire, est avec lui».
-
-[537] AN.T 243. Lettre du 13 août.
-
-[538] Lettre du duc du 23 mars.
-
-[539] AN.T 243. Lettre du duc du 24 décembre. En septembre il avait
-annoncé à Balleroy qu’il avait gagné son procès contre Fitz-James et
-contre Mᵐᵉ de Nesle.
-
-[540] Lettre de la duchesse du 27 novembre.
-
-[541] AN.T 243. Lettre du 15 septembre.
-
-[542] AN.T 243. Lettre du 24 décembre (du duc d’Aiguillon).
-
-[543] AN.T 243. Lettre du 22 décembre (de la duchesse d’Aiguillon). _Le
-Joueur_, de Regnard (1696).--_Le Babillard_, de Boissy, comédie en 1
-acte et en vers (1725).
-
-[544] AN.T Lettre du 26 janvier 1781.
-
-[545] _La Métromanie_, de Piron.--_Les Chasseurs et la Laitière_
-(1763), d’Anseaume, musique de Duni.
-
-[546] AN.T 243. Lettre du duc d’Aiguillon, 1ᵉʳ février 1781.
-
-[547] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 26 janvier.--ANSEAUME et DUNI.
-_Mazet_, comédie en 2 actes (Théâtre italien. 1761).--DANCOURT. _Les
-Vacances du procureur_, 1 acte (Comédie Française, 1706).
-
-[548] Une ordonnance de Louis XVI du 1ᵉʳ mars 1781 interdit les jeux de
-hasard dont les chances étaient inégales, mais ne put avoir raison des
-tripots que certains ambassadeurs, ceux de Hollande, de Portugal et de
-Naples, par exemple, tenaient impunément ouverts (voir les pamphlets du
-temps).
-
-[549] Le comte d’Estaing, vice-amiral des mers d’Asie et d’Amérique,
-était rentré en triomphateur de sa campagne des Etats-Unis, dans les
-premiers mois de 1780.
-
-[550] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 16 janvier.
-
-[551] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 23 mars.
-
-[552] AN.T 243. Lettre du duc du 1ᵉʳ février.
-
-[553] AN.T 243. Lettre du duc du 24 mai.
-
-[554] AN.T 243. Lettre du duc du 8 avril.
-
-[555] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 23 septembre.
-
-[556] Le comte de Chabrillan (de la branche Chabrillan-Boisson), fut
-présenté au roi, le 2 octobre 1781, comme mestre-de-camp, lieutenant
-inspecteur des carabiniers; et le livre récent de M. Dubois-Corneau
-_Le comte de Provence à Brunoy_ (Paris, 1909), contient un portrait
-de «Jacques Aymar, comte de Moreton-Chabrillan, lieutenant-général
-colonel, l’inspecteur des carabiniers de Monsieur.»
-
-[557] AN.T 243. Lettre du duc du 20 octobre.
-
-[558] AN.T 243. Lettre du duc du 12 décembre.
-
-[559] AN.T 243. Lettre du duc du 23 novembre 1781.
-
-[560] AN.T 243. Lettre du duc du 12 décembre 1781.
-
-[561] _Mémoires secrets de Bachaumont_, t. XVIII. pp. 171-172. Les
-Maurepas étaient logés à l’Hermitage, petite maison dans le parc de
-Versailles, que Louis XVI leur avait donnée à vie. La comtesse la
-quitta cependant: elle avait demandé un délai de six heures pour
-déménager.
-
-[562] _Correspondance secrète de M. Argenteau avec le Pr. de Kaunitz
-et Joseph II_ (édit. d’Arneth-Flammermont, t. I, p. 7). Lettre du 22
-décembre 1780, de Mercy à Kaunitz.
-
-[563] Marie-Thérèse était morte le 29 novembre 1780.
-
-[564] AN.T 243. 27 janvier 1782.--RICCOBONI. _Les Caquets_, comédie
-en 3 actes (Comédie Italienne, 1761).--J.-J. ROUSSEAU. _Le Devin de
-village._
-
-[565] AN.T 243. 14 novembre 1782. Lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon.--Le duc de
-Crillon-Mahon, qui était, depuis 1782, au service de l’Espagne, échoua
-précisément devant Gibraltar.
-
-[566] AN.T 243. 27 mars 1782.
-
-[567] AN.T 243. Lettre du duc d’Aiguillon du 4 août 1782.--Un pamphlet
-que nous avons déjà signalé, _le Ministère de M. de Maurepas_, (1781)
-prétend que cet Amelot était le fils naturel du ministre, ou du moins
-que celui-ci s’en croyait le père. En tout cas, ce qui serait piquant,
-ce serait que ce même Amelot fût le maître des requêtes qui, en 1768,
-était le plus ardent distributeur des libelles bretons, lancés à cette
-époque contre le duc d’Aiguillon.
-
-[568] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 18 août 1782.
-
-[569] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 8 septembre 1782.
-
-[570] C’est un trait fort exact de la mentalité des gens de cour que
-vient confirmer cette note de la _Correspondance secrète_, éditée par
-Lescure (I, 505, 24 septembre 1782): «L’ombre du comte de Maurepas
-continue à nous gouverner. Mᵐᵉ de Maurepas et l’abbé de Véri, son homme
-de confiance, en sont les organes. Le roi les consulte sur toutes les
-affaires importantes».
-
-Mᵐᵉ de Maurepas avait acheté le 27 février (acte notarié Doillot),
-au prince de Conti, un domaine tout meublé qui prit le nom de
-Madrid-Maurepas, grâce aux 100.000 livres qu’elle avait reçues du roi,
-comme elle l’écrit à la duchesse d’Aiguillon. Elle l’avait payé 150.000
-francs, et par la suite, elle devait se montrer peu satisfaite de son
-acquisition. Elle la légua à Mᵐᵉ de Flamarens, une de ses nièces,
-«engagiste du domaine». (H. DE GRANDSAIGNE et H.-G. DUCHESNE. _Histoire
-du Château de Madrid_, 1911.)--Quant à la propriété de Pontchartrain,
-elle était revenue, par héritage, à une petite-nièce de Maurepas, la
-duchesse de Brissac, fille du duc de Nivernois.
-
-[571] «Quinze» dit la _Correspondance Lescure_ (t. I, pp. 509 et suiv.).
-
-[572] AN.T 243. Lettre de la duchesse d’Aiguillon, du 11 octobre 1782.
-
-[573] _Corresp. secrète_ (édition Lescure), t. I, p. 515.
-
-[574] AN.T 243. Lettre de la duchesse, 6 novembre 1782.
-
-[575] AN.T 243. Lettre du duc, 2 octobre 1784. Louis XVI (_Corresp.
-secrète_, édit. Lescure, I, 244), partit, en juillet 1786, pour
-présider aux opérations qui devaient assurer définitivement l’avenir
-maritime de Cherbourg.
-
-[576] AN.T 243. Lettre de la duchesse, 7 juillet 1784.
-
-[577] AN.T 243. Lettre de la duchesse, 28 octobre 1784.
-
-[578] VATEL. _La comtesse Du Barry_, t. III, p. 51.
-
-[579] _Corresp. secrète_ (édit. Lescure), I. 588. Le comte d’Agénois
-fut nommé duc en août 1785.
-
-[580] D’abord inconnue, puis interdite en France, l’inoculation ne
-fut autorisée qu’en 1764; et ce fut bientôt la mode dans les cercles
-mondains de se faire inoculer.
-
-[581] AN.T 243. Lettre de la duchesse, 12 juin 1785.
-
-[582] AN.T 243. Lettre du duc, 7 juillet.
-
-[583] Le duc de Choiseul était mort le 8 mai 1775. (MAUGRAS. _La
-disgrâce du duc et de la duchesse de Choiseul_, p. 395.)
-
-[584] Du Châtelet était bien l’exécuteur testamentaire. La duchesse de
-Gramont était héritière et légataire universelle: elle n’accepta que le
-legs universel.
-
-[585] _Corresp. secrète_ (édit. Lescure), t. I, 571.
-
-[586] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 21 mai 1785.
-
-[587] _Mémoires du ministère d’Aiguillon_ (exemplaire de la
-Bibliothèque de la ville de Paris), p. 198.--Le Dauphin mourut
-tuberculeux.
-
-Le propos, dit la note Soulavie, venait de la Vauguyon. Du reste,
-l’auteur des _Mémoires_ se défend, en ces termes, de l’avoir tenu
-dans ses _Mémoires historiques et anecdotes de la Cour de France_
-(_Considérations, etc._, LX.):
-
-«M. de la Harpe m’attribue l’opinion qui accuse M. de Choiseul des
-empoisonnements (du Dauphin, de la Dauphine, etc., etc.), quand je
-suis seul et le premier qui ai réfuté à cet égard Mercier, Mirabeau,
-le prince de Salm, son précepteur l’abbé de Laffrey l’auteur d’une
-_Histoire de Louis XV_; l’auteur anonyme du Noël de la Cour, chanté en
-1766; Mᵐᵉ la duchesse d’Aiguillon et son fils, député à l’Assemblée
-Constituante, le Maréchal de Richelieu, etc. Les accusations de tous
-ces personnages ont été imprimées dans différents ouvrages.»
-
-[588] Marie-Antoinette, quand elle était Dauphine, traitait la Vauguyon
-de «fripon». (_Correspondance secrète Mercy-Argenteau_, I, p. 35.)
-
-[589] _Les Mémoires du règne de Louis XVI_ (6 vol. an X, t. I, p.
-148) disent que d’Aiguillon mourut «les os liquéfiés comme de la cire
-pendant la canicule».
-
-[590] MERCIER. _Tableaux de Paris_ (Amsterdam, 1789).
-
-[591] Une annotation de Fouquier-Tinville sur une pièce du procès Du
-Barry assigne Ruel comme domicile à Mᵐᵉ d’Aiguillon en septembre 1793.
-Voir _Pièces justificatives_, III et _Appendice_ V, note (p. 388).
-
-[592] Il semble même qu’elle ait joui d’un certain crédit auprès des
-maîtres du jour et de... l’heure, alors que personne, à Paris, ne
-pouvait plus en être sûr. Nous lisons, dans une lettre du 6 septembre
-1792 à Mᵐᵉ Du Barry, attribuée au chevalier d’Escourre, écuyer du duc
-de Brissac, qui venait d’apprendre le départ des prisonniers d’Orléans:
-
-«Mᵐᵉ de Maurepas, instruite de la translation de M. le duc (de
-Brissac), voulait tout de suite aller à l’Assemblée. On l’a retenue.
-Elle a écrit à Danton et à l’abbé Fauchet...»
-
-D’Escourre et Mᵐᵉ de Flamarens allèrent porter ses lettres aux
-destinataires (AN. W. 16, dossier Du Barry).
-
-Les massacres des 2 et 3 septembre à Paris, ne laissaient que trop
-pressentir ceux des prisonniers d’Orléans à Versailles. Les lettres de
-Mᵐᵉ de Maurepas furent vaines. On prétend même que Danton, qui porte
-la responsabilité de ces abominables tueries, déclara qu’il avait été
-impuissant à les empêcher.
-
-Mᵐᵉ de Maurepas mourut le 11 février 1793, rue de la Chaise, nº 519. En
-tout cas, telle que nous la représente d’Escourre, elle ne ressemble
-guère au portrait qu’en trace Dufort de Cheverny dans ses _Mémoires_
-(1886), t. I, p. 406. «La vieille Mᵐᵉ de Maurepas, sourde et mourante,
-ne se doutait de rien. Tout fuit, excepté elle...» Il fallait, en tout
-cas, qu’elle fût au mieux, comme nous l’avons dit, avec le nouveau
-Gouvernement, pour que la section l’eût autorisée, en raison de son
-grand âge, à garder trois chevaux.
-
-Un dernier trait de cette curieuse figure, laquelle appellerait
-une étude moins sommaire. Par un acte devant le notaire Gondouin,
-du 24 mars 1789, Mᵐᵉ de Maurepas vendit son usufruit de l’hôtel de
-son mari (aujourd’hui 75 rue de Grenelle), à l’ancien intendant
-de Montyon, moyennant cent mille livres. Le bénéficiaire restaura
-l’immeuble, depuis longtemps abandonné, de cette belle propriété, dont
-M. L. Guimbaud (_Auget de Montyon_, Paris, 1909), donne la curieuse
-description d’après les termes mêmes de l’acte notarié.
-
-[593] Voir APPENDICE IV.--_Correspond. secrète_ (édit. Lescure), t. II,
-p. 403 et suiv. Duel (?) du duc d’Aiguillon avec Cazalès, qui avait
-attaqué la mémoire de son père en 1789.
-
-[594] Entre autres, les _Actes des Apôtres_, le _Journal de la Cour et
-de la Ville_, la _Chronique scandaleuse_, etc.
-
-[595] Ce fut en septembre 1787: «Tant mieux, s’écria Marie-Antoinette;
-nous ne verrons plus ces habits rouges dans la galerie de Versailles».
-(BELLEVAL. _Souvenirs._ p. 258 et Mᵐᵉ CAMPAN, _Mémoires_. I,
-180.)--Déjà en 1769, alors qu’elle n’était que Dauphine, l’imprudente
-princesse avait dit hautement qu’elle «n’aimait pas ces habits rouges»
-(BELLEVAL. _Souvenirs_).
-
-[596] Lettre de Rousseau à Bernet (voir p. 356):
-
-«Il y a un siècle que je n’ai rien reçu de vous. J’ai appris avec
-peine que M. d’Aiguillon est porté émigré: cela m’a causé une grande
-affliction, n’ayant jamais pu croire que ce citoyen si zélé pour la
-Constitution se fût déterminé à émigrer, d’autant que lui et les siens
-n’avaient pas eu à se louer de la famille ci-devant royale. Ce parti de
-quitter le territoire de la République m’afflige d’autant plus que sa
-respectable mère en aura, j’en suis sûr, l’âme déchirée. J’ai un absolu
-dévouement pour cette maison.»--Voir APPENDICE IV.
-
-[597] Armand avait dû introduire, dès l’an VI, sa demande en radiation
-de la liste des émigrés et, de ce fait, s’opposer à la vente du
-domaine et des meubles d’Aiguillon, car le ministre avait recommandé
-aux autorités du Département d’attendre, pour réaliser une opération
-consentie par elles, que «le directoire exécutif eût prononcé sur la
-radiation définitive de l’émigré d’Aiguillon». M. Tholin (Documents sur
-le mobilier du château d’Aiguillon), croit qu’Armand ne put l’obtenir.
-
-[598] CLAUDE SAINT-ANDRÉ. _Mᵐᵉ Du Barry_, p. 382.--D’autre part dans
-la déposition de Blache (AN. W. 16), nous lisons: «A cette époque
-(octobre 1792, la date donnée par M. Claude Saint-André), la Du Barry
-fit émigrer la d’Aiguillon, _la jeune_, qu’elle avait fait passer pour
-une de ses filles de chambre». Il y aurait donc eu confusion entre la
-bru et la belle-mère. Soulavie, de son côté, dans son parallèle de Mᵐᵉ
-de Choiseul et de Mᵐᵉ d’Aiguillon, affirme que celle-ci n’a pas émigré.
-Et cependant la lettre de Rousseau est formelle. La duchesse, d’après
-certaines versions, aurait émigré après les journées des 5 et 6 octobre
-1789.
-
-[599] Le décret de l’Assemblée législative (novembre 1791) déclarait
-coupable du crime de lèse-nation tout émigré qui ne serait pas rentré
-en France avant le 1ᵉʳ janvier 1792.
-
-[600] _Archives Chabrillan._
-
-[601] Voir la note de l’appendice V.
-
-[602] Voir APPENDICE V.--Nous donnons le résumé d’un excellent travail
-publié par M. Tholin sous le titre: _Documents sur le mobilier du
-château confisqué en 1792_, Agen 1882.--Nous n’avons voulu nous
-occuper, pour cette étude un peu aride, que des deux domaines dont
-la gestion mit en relief l’intéressante personnalité de la duchesse:
-_Aiguillon_ où sa constante activité avait fait merveille; _Ruel_
-où son indomptable énergie combattit jusqu’à son dernier souffle la
-mauvaise fortune.
-
-[603] Le baron de Scheffer lui enverra, en 1795, des lettres à cette
-prison; mais, nous n’avons trouvé, ni dans le livre de l’abbé CÉDOZ,
-_Un couvent de religieuses anglaises à Paris_, 1891, ni dans l’opuscule
-de l’abbé GASTON, _Une prison parisienne sous la Terreur_ (1908), parmi
-les détenues, le nom de la duchesse d’Aiguillon. Cependant, il reste
-aux Archives Nationales un document officiel attestant l’arrestation de
-la duchesse (voir _Pièces justificatives_, IV).
-
-[604] Voir _Pièces justificatives_, V.
-
-[605] On peut lire «va les réquisitionner» (_Archives Chabrillan_).
-
-[606] Ces deux lettres et celles qui suivent appartiennent aux Archives
-du marquis de Chabrillan.
-
-[607] Le baron Ulrich de Scheffer avait alors quatre-vingts ans. Il
-avait remplacé le comte, comme ministre à Paris, de 1761 à 1769. Il fut
-un des principaux instruments de la révolution de 1772. Il mourut le 4
-mars 1799.
-
-[608] Dans les _Feuilles d’histoire_ (T. 2 1909), M. Buffenoir a publié
-un certain nombre de lettres adressées au comte Ch. Frédéric Scheffer
-par diverses notabilités françaises de 1753 à 1784. Nous n’y relevons
-aucune lettre des d’Aiguillon.
-
-[609] AN.T. 243, 7 janvier 1780 (lettre du).--Scheffer dira lui-même
-de Mᵐᵉ de Laigle (lettre du 4 août 1796): «Il y a trente-deux ans que
-j’ai quitté la France; votre amie était bien longtemps auparavant d’une
-santé faible et languissante: elle passait la plus grande partie de
-sa vie dans son lit; c’est un miracle qu’elle ait pu aller jusqu’à ce
-moment.»
-
-[610] Ce n’était pas Armand, mais Emmanuel que s’appelait le petit-fils
-de la duchesse. Il mourut en 1798.
-
-[611] Ce sont les fameux Mémoires rédigés par Soulavie et qui
-constituent à peu près la seule biographie qu’on ait jusqu’ici du
-maréchal duc de Richelieu. Soulavie s’était servi de notes et documents
-trouvés dans les papiers du maréchal; mais il y ajouta, paraît-il,
-singulièrement du sien.
-
-[612] Le livre déjà cité de l’abbé Bossebœuf (_Le Château de Veretz_,
-Tours, 1903), donne entre autres pièces justificatives, p. 548,
-_Mobilier de Veretz réservé par la Citoyenne d’Aiguillon lors de
-la vente faite en 1792, 1ʳᵉ année de la République_ (étude de Mᵉ
-Guillonneau, notaire à Saint-Avertin)--p. 551, _Expertise du château en
-1796--Comptes de la démolition du château--Expertise en 1797._
-
-[613] _Appendice_ V (note) p. 388.
-
-[614] Le Directoire avait, en effet, offert l’ambassade de Suède à
-Pichegru, mais celui-ci refusa.
-
-[615] D’après la préface de Soulavie, les _Mémoires de Maurepas_,
-se rapportant surtout à son premier ministère, seraient l’œuvre de
-Salé, secrétaire de l’homme d’Etat. Soulavie, qui en est considéré
-d’ordinaire comme l’auteur, dit n’avoir ajouté qu’un volume aux trois
-de la première édition.--Ces quatre volumes sont datés de 1792.
-
-[616] Après Montenotte, Millesimo, Mondovi et Lodi, après avoir culbuté
-Beaulieu, le plus renommé des généraux autrichiens, Bonaparte était
-entré à Milan le 15 mai 1796.
-
-[617] Ce dut être une absence temporaire: car Lehoc fut ministre
-plénipotentiaire à Stockolm de 1795 à 1799. Peut-être le Directoire
-l’avait-il rappelé éventuellement, croyant que Pichegru accepterait le
-poste.
-
-[618] Voir APPENDICE I.
-
-[619] Voir _Pièces justificatives_, VIIᵉ.
-
-[620] Extrait de la _Généalogie de la Maison Brehant_, par le comte DE
-BRÉHANT (1867):
-
-«D’Innocente Aglaé et de Joseph Guignes de Moreton de Chabrillan:
-
-1º Hippolyte-César de Moreton de Chabrillan, père du marquis de
-Chabrillan.
-
-2º Pierre-Charles Fort de Moreton de Chabrillan.
-
-Ont réuni sur leurs têtes les successions des La Vrillière et des
-d’Aiguillon.»
-
-[621] TRÉVEDY. _Quelques mots à propos de Pordic_, 1902, pp. 88-89.
-
-«Hippolyte-César de Moreton de Chabrillan, sous la Restauration, obtint
-la restitution des biens de sa grand’mère non aliénés par la nation.»
-
-[622] FR. FUNCK-BRENTANO. _Figaro et ses devanciers_ (Hachette, 1909),
-p. 47.
-
-[623] Archives Bastille 12438. Dossier Surgeon.
-
-[624] _Figaro et ses devanciers_ (Hachette, 1909), p. 68.
-
-[625] Le type achevé du policier adroit, intelligent, bel-esprit et...
-fripon, assez fréquent à cette époque, toujours à la piste des libelles
-et qui au besoin les fabrique pour s’en faire des rentes. Grâce à sa
-femme, très jolie et très fine personne, qui avait su capter, comme le
-fera plus tard l’astucieuse La Motte, la bienveillance de la Reine, il
-proposait à cette princesse l’achat d’odieuses publications dirigées
-contre elle, achat qu’il négociait à des prix fabuleux... et dont il
-était l’auteur. Sa prévarication fut découverte; et il fut enfermé à
-Vincennes où il mourut subitement d’apoplexie.
-
-[626] ARCH. BASTILLE 12240. Dossier Pignatel, Mercier, Dubec, Arnoux.
-
-[627] Nous avons vu, dans la correspondance de Mᵐᵉ d’Aiguillon, les
-goûts artistiques du comte d’Agénois; et les documents rassemblés
-par M. Tholin disent assez en quel honneur était tenue la musique au
-château d’Aiguillon.
-
-[628] Des pièces retrouvées aux _Archives nationales_ (F⁷ 5255³),
-nous ont fait connaître, et les origines de cette confiscation,
-et l’argumentation captieuse qui permit à l’Etat de justifier une
-spoliation absolument inique. Elles nous renseignent en outre sur la
-succession d’Aiguillon (p. 352).
-
-Le 7 octobre 1792, Coutausse, procureur général, syndic de
-Lot-et-Garonne, écrivait d’Agen à Roland, ministre de l’intérieur, que
-le Directoire du Département avait reçu du maréchal de camp d’Aiguillon
-un imprimé lui annonçant qu’il était «sorti de la République». Le
-Directoire du Département estimait qu’en conséquence les biens de cet
-officier supérieur devaient être mis «à la disposition de la Nation»;
-mais «comme l’émigration n’était pas légalement constatée à ses yeux»,
-le procureur général syndic priait Roland de «lui donner, sans perte
-de temps, la connaissance certaine de l’état du maréchal de camp
-d’Aiguillon». Il joignait en même temps à sa lettre l’imprimé, que nous
-n’avons pas retrouvé, par parenthèse, dans le dossier des Archives.
-
-A cette même date du 7 octobre 1792, une autre pièce, émanée du
-Directoire, certifiait l’existence de l’imprimé, arrivé de Bâle sous le
-nom de Vignerot, «dit d’Aiguillon», et que lui, Directoire, «instruit,
-par les nouvelles politiques, de l’émigration» du maréchal de camp,
-avait rendu un arrêté, sur le rapport du procureur syndic général,
-concluant au séquestre des biens de d’Aiguillon.
-
-Or, consécutivement à cet arr
-êté, le 5 décembre 1792, une déclaration,
-signée Salmon, établissait, en raison du contrat de mariage entre le
-duc et la duchesse d’Aiguillon, la situation de la mère et du fils par
-rapport à leurs intérêts respectifs. Pendant la communauté de biens qui
-existait entre les deux époux et à laquelle pouvait renoncer la veuve,
-pour «s’en tenir à ses reprises et conventions matrimoniales, il avait
-été fait des emprunts considérables tant en viager qu’en perpétuel,
-auxquels elle s’était obligée et avait même aliéné de ses propres»; de
-ce fait, la succession de son mari lui devait une indemnité.
-
-La duchesse s’en était d’abord tenue à ses reprises et son fils, qui
-s’était «porté héritier bénéficiaire», avait recueilli, en 1790, la
-succession de son père, à charge d’en payer les dettes; mais il l’avait
-bientôt rétrocédée à sa mère, qui s’était engagée à désintéresser les
-créanciers de son mari et de plus à loger son fils et sa bru, en leur
-servant une rente annuelle de 24.000 livres.
-
-La déclaration Salmon n’accepte pas cet arrangement familial: «M.
-d’Aiguillon s’étant émigré, aux termes de la loi concernant les
-émigrés, l’acte de 1790 ne peut se soutenir; et la Nation a le droit
-de faire poser les scellés sur tous les meubles et papiers qui sont à
-_l’hôtel de Paris_, à _celui de Versailles_, au _château de Ruel_, à
-_celui de Véretz_, près de Tours, à _celui d’Aiguillon_ département du
-Lot (_sic_), à _celui de Saint-Bihy_{*} près Saint-Brieuc en Bretagne;
-de faire reprendre ces terres, excepté celles de Saint-Bihy (propriété
-de la duchesse), par les départements de leur situation, et celle de
-Montcornet-les-Ardennes, par le département de celui-ci, sans que les
-revenus du duché d’Aiguillon puissent être tenus des dettes du père et
-des reprises de la mère; et, dans le cas contraire, la nation pourrait,
-dès ce moment, rentrer dans les objets compris dans la donation de
-Louis XIII (au cardinal de Richelieu).»
-
-La duchesse douairière d’Aiguillon était donc rentrée d’émigration,
-quand Salmon donnait sa consultation sur le cas du maréchal de camp
-Vignerot: autrement, il n’eût pas manqué d’argumenter contre la mère,
-comme il l’avait fait contre le fils.
-
-Mais ce qui dépasse les limites de la vraisemblance, c’est la note
-que nous donne le répertoire Tuetey, d’après cette pièce des Archives
-nationales (F. IV, 1470) des 3 et 5 avril 1793: «On dénonce la présence
-à Paris des ci-devant duc et duchesse d’Aiguillon: celle-ci, déguisée
-en petite ouvrière, allait même au spectacle aux places de 12 sols. La
-dame Pinard, de leur intimité, a dit à son mari que s’il n’était pas si
-patriote, elle lui confierait bien des choses et que, pour l’empêcher
-d’être assassiné, elle lui donnerait sous peu une médaille à l’effigie
-de Louis Capet».
-
-Que la jeune duchesse d’Aiguillon soit revenue en France, ce n’est pas
-improbable; mais que le duc ait eu la témérité d’y reparaître, après
-son bruyant départ de l’armée, c’est inadmissible. A vrai dire, les
-trois quarts des dénonciations que dictait alors l’esprit de délation
-et qu’enregistrait la police étaient aussi absurdes que celle-ci.
-
-{A} Le château de Saint-Bihi, demeure patrimoniale des Mauron-Plélo,
-avait été reconstruit, vers 1750, par le duc d’Aiguillon. Ce château
-sert aujourd’hui de magasin à fourrages.
-
-[629] Cet état, dit M. Tholin, n’existe plus.
-
-[630] Archives départementales, série 9.
-
-[631] Se trouve aux archives départementales.
-
-[632] Ce très beau portrait se trouve dans l’_Intermédiaire des
-chercheurs et des curieux_ du 10 septembre 1911.
-
-[633] _Ruel_ (orthographe du XVIIIᵉ siècle que nous
-avons adoptée) devint _Rueil_ avec la Révolution.
-
-[634] Fermier-régisseur de la duchesse d’Aiguillon.
-
-[635] Le cimetière se trouvait, à cette époque, dans un emplacement
-situé maintenant rue de la Réunion et où se tient le marché.
-
-[636] Comte de Quelen, cousin de la duchesse d’Aiguillon.
-
-[637] Ce buste se trouve actuellement chez le marquis de Chabrillan.
-
-
-
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