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-<title>
- The Project Gutenberg eBook of Deux contes, by Maurice Maeterlink.
-</title>
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-<body>
-
-<div style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of Deux contes, by Maurice Maeterlinck</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
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-are not located in the United States, you will have to check the laws of the
-country where you are located before using this eBook.
-</div>
-
-<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: Deux contes</p>
-<p style='display:block; margin-top:0; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:0;'>Le massacre des Innocents. Onirologie.</p>
-
-<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Maurice Maeterlinck</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Release Date: December 21, 2021 [eBook #66985]</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Language: French</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Character set encoding: UTF-8</div>
-
-<div style='display:block; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Produced by: Laurent Vogel (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica))</div>
-
-<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK DEUX CONTES ***</div>
-<div class="x-ebookmaker-drop c">
-<img src="images/cover.jpg" class="h700" alt="" />
-</div>
-<h1>Deux contes</h1>
-
-<p class="c">par<br />
-<span class="large">MAURICE MAETERLINCK</span></p>
-
-<p class="c">Le Massacre des Innocents<br />
-Onirologie</p>
-
-<p class="c small">Avec un portrait de l’Auteur</p>
-
-
-<p class="c gap"><span class="large">A PARIS</span><br />
-Chez Georges Crès et Cie, Éditeurs<br />
-<span class="small">116, Boulevard Saint-Germain, 116</span></p>
-
-<p class="c small">MCMXVIII</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c top4em">Exemplaire sur papier de Rives<br />
-N<sup>o</sup></p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<div class="c top4em"><img src="images/ill_000.jpg" alt="" /></div>
-<div class="chapter"></div>
-
-<p class="top4em">Les deux contes que nous publions ici
-ont paru dans des périodiques ; l’un dans
-« La Pléiade » (Paris, mars 1886) et
-l’autre dans la « Revue Générale »
-(Bruxelles, juin 1889). Le premier a été
-réimprimé plusieurs fois, et son texte,
-légèrement modifié par l’auteur, figure
-dans ce livre émouvant : « Les Débris de
-la Guerre » (Paris, Fasquelle, 1917,
-in-18). On nous saura gré, nous voulons
-le croire, de trouver à la suite le texte
-d’« Onirologie », cette œuvre de jeunesse,
-fort ignorée, ayant l’attrait de
-l’inédit et offrant, de plus, une curieuse
-analogie avec les admirables pages publiées
-récemment par Maurice Maeterlinck, sous
-ce titre : « L’Hôte inconnu ».</p>
-
-<p class="sign">Les Éditeurs.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">LE MASSACRE<br />
-<span class="small">DES</span><br />
-INNOCENTS</h2>
-
-<div class="break"></div>
-<div class="c"><img src="images/ill_001.png" alt="" /></div>
-
-<p class="gap">Le « Massacre des Innocents » parut
-pour la première fois en 1886, dans une
-petite revue : « La Pléiade », que quelques
-amis et moi avions fondée au Quartier
-Latin, et qui mourut d’inanition après son
-sixième numéro. Si je fais place ici à ces
-modestes pages d’un début sans éclat, — car
-je n’avais rien imprimé jusqu’à ce jour, — ce
-n’est pas que je m’abuse sur les
-mérites de cette œuvre de jeunesse, où je
-m’étais simplement appliqué à reproduire
-de mon mieux les divers épisodes d’un
-tableau du musée de Bruxelles, peint au
-<small>XVI</small><sup>e</sup> siècle par Pieter Breughel-le-Vieux.
-Mais il m’a semblé que les événements
-avaient transformé cet humble exercice
-littéraire en une sorte de vision symbolique :
-car il n’est que trop vraisemblable
-que des scènes analogues ont dû se répéter
-dans plus d’un de nos malheureux villages
-des Flandres ou de Wallonie ; et que pour
-les décrire telles qu’elles viennent de se
-passer, il n’y aurait qu’à changer le nom
-des bourreaux et probablement,
-hélas ! à en accentuer la
-cruauté, l’injustice et
-l’horreur.</p>
-
-<p class="sign">M. M.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-<div class="c"><img src="images/ill_002.png" alt="" /></div>
-<p class="t2"><span class="small">LE</span><br />
-MASSACRE DES INNOCENTS</p>
-
-
-<p>Ce vendredi, 26 du mois de décembre,
-vers l’heure du souper, un petit
-vacher vint à Bethléem en criant terriblement.</p>
-
-<p>Des paysans qui buvaient de la cervoise
-en l’auberge du Lion-Bleu ouvrirent les
-volets pour regarder dans le verger du
-village, et virent l’enfant qui accourait sur
-la neige. Ils reconnurent que c’était le fils
-de Korneliz et lui crièrent par la fenêtre :
-« Qu’est-ce qu’il y a ? Allez vous coucher ! »</p>
-
-<p>Mais il répondit avec épouvante que les
-Espagnols étaient arrivés, qu’ils avaient
-incendié la ferme, pendu sa mère, dans les
-noyers, et lié ses neuf petites sœurs au
-tronc d’un grand arbre.</p>
-
-<p>Ces paysans sortirent brusquement de
-l’auberge, entourèrent l’enfant et l’interrogèrent.
-Il leur dit encore que les soldats
-étaient à cheval et vêtus de fer, qu’ils
-avaient enlevé les bêtes de son oncle Petrus
-Krayer et entreraient bientôt en forêt
-avec les moutons et les vaches.</p>
-
-<p>Tous coururent au Soleil-d’Or, où Korneliz
-et son beau-frère buvaient aussi leur
-pot de cervoise, et l’aubergiste s’élança
-dans le village en criant que les Espagnols
-approchaient.</p>
-
-<p>Alors il y eut une grande rumeur en
-Bethléem. Ces femmes ouvrirent les fenêtres
-et les paysans sortirent de leurs
-maisons avec des lumières qu’ils éteignirent
-lorsqu’ils furent dans le verger, où il
-faisait clair comme à midi, à cause de la
-neige et de la pleine lune.</p>
-
-<p>Ils s’assemblèrent autour de Korneliz et
-de Krayer, sur la place, devant les auberges.
-Plusieurs avaient apporté leurs
-fourches et leurs râteaux, et se parlaient
-avec terreur sous les arbres.</p>
-
-<p>Mais comme ils ne savaient que faire,
-l’un d’eux courut chercher le curé, à qui
-appartenait la ferme de Korneliz. Il sortit de
-sa maison avec le sacristain en apportant
-les clefs de l’église. Tous le suivirent dans le
-cimetière, et il leur cria du haut de la tour
-qu’il y avait des nuages rouges du côté de
-sa ferme, bien que le ciel fût bleu et plein
-d’étoiles sur tout le reste de la campagne.</p>
-
-<p>Ayant délibéré longtemps dans le cimetière,
-ils décidèrent de se cacher dans le
-bois que les Espagnols devaient traverser
-et de les attaquer s’ils n’étaient pas très
-nombreux, afin de reprendre le bétail de
-Petrus Krayer et le butin qu’ils avaient fait
-à la ferme.</p>
-
-<p>Ils s’armèrent de fourches et de bêches,
-et les femmes restèrent autour de l’église
-avec le curé.</p>
-
-<p>En cherchant un endroit favorable à leur
-embuscade, ils arrivèrent près d’un moulin,
-aux limites de la forêt, et virent brûler
-la ferme au milieu des étoiles. Ils s’installèrent
-là, devant une mare couverte de
-glace, sous d’énormes chênes.</p>
-
-<p>Un berger, que l’on appelait le nain-Roux,
-monta au sommet de la colline
-pour avertir le meunier, qui avait arrêté
-son moulin en voyant les flammes à l’horizon.
-Cependant il laissa entrer le paysan,
-et tous deux se mirent à une fenêtre pour
-regarder au loin.</p>
-
-<p>La lune brillait devant eux sur l’incendie,
-et ils aperçurent une longue foule qui marchait
-sur la neige. Quand ils l’eurent contemplée,
-le Nain descendit vers ceux qui
-étaient dans la forêt, et ils distinguèrent
-lentement quatre cavaliers, au-dessus d’un
-troupeau qui semblait brouter la plaine.</p>
-
-<p>Comme ils regardaient au bord de la
-mare, et sous les arbres éclairés de neige,
-le sacristain leur montra une haie de buis,
-derrière laquelle ils se cachèrent.</p>
-
-<p>Les bêtes et les Espagnols s’avancèrent
-sur la glace, et les moutons, en arrivant à
-la haie, broutaient déjà la verdure, lorsque
-Korneliz creva les buissons, et les autres
-le suivirent dans la clarté avec leurs fourches.
-Il y eut alors un grand massacre sur
-l’étang au milieu des brebis amoncelées
-et des vaches qui contemplaient la bataille
-et la lune.</p>
-
-<p>Quand ils eurent tué les hommes et les
-chevaux, Korneliz s’élança dans la prairie
-vers les flammes et les autres dépouillèrent
-les morts. Puis ils retournèrent au village
-avec les troupeaux. Les femmes qui
-regardaient la lourde forêt, derrière les
-murs du cimetière, les virent s’avancer
-entre les arbres et coururent à leur rencontre
-avec le curé, et ils revinrent en dansant
-de grandes rondes, au milieu des
-enfants et des chiens.</p>
-
-<p>En se réjouissant sous les poiriers du
-verger, où le Nain-Roux accrochait des
-lanternes en signe de kermesse, ils demandèrent
-au curé ce qu’il fallait faire.</p>
-
-<p>Ils résolurent enfin d’atteler un chariot
-pour emmener au village le corps de la
-femme et ses neuf petites filles. Les sœurs et
-d’autres paysannes de la famille de la morte
-y montèrent, ainsi que le curé qui marchait
-avec peine, étant vieux déjà et fort gros.</p>
-
-<p>Ils rentrèrent dans la forêt et arrivèrent
-en silence devant l’éblouissement des
-plaines, où ils virent les hommes nus et
-les chevaux renversés sur la glace lumineuse
-entre les arbres. Puis ils marchèrent
-vers la ferme qui brûlait au milieu du paysage.</p>
-
-<p>En arrivant au verger et à la maison
-rouge de flammes, ils s’arrêtèrent devant
-la grille pour contempler le grand malheur
-du paysan, dans son jardin. Sa femme pendait
-toute nue aux branches d’un énorme
-noyer, et lui, montait à l’échelle pour
-grimper dans l’arbre, autour duquel les
-neuf petites filles attendaient leur mère
-sur le gazon. Il marchait déjà dans les
-vastes ramures, lorsqu’il vit tout à coup,
-sur la lumière de la neige, la foule qui le
-regardait. Il fit signe de l’aider, en pleurant,
-et ils entrèrent dans le jardin. Alors le sacristain,
-le Nain-Roux, l’aubergiste du Lion-Bleu
-et celui du Soleil-d’Or, le curé avec
-une lanterne, et beaucoup d’autres paysans
-montèrent dans le noyer neigeux, au clair
-de lune, pour dépendre la morte, que les
-femmes du village reçurent dans leurs bras
-au pied de l’arbre, comme à la descente de
-croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ.</p>
-
-<p>Ce lendemain, on l’enterra, et il n’y eut
-plus d’événements extraordinaires à Bethléem
-cette semaine-là. Mais le dimanche
-suivant, des loups affamés parcoururent
-le pays, après la grand’messe, et il neigea
-jusqu’à midi ; puis le soleil brilla soudain
-et les paysans rentrèrent dîner comme
-d’habitude et s’habillèrent pour le salut.</p>
-
-<p>A ce moment il n’y avait personne sur
-la place, car il gelait cruellement ; seuls, les
-chiens et les poules vaguaient sous les
-arbres, où des moutons broutaient un
-triangle de gazon ; et la servante du curé
-balayait la neige dans son jardin.</p>
-
-<p>Alors une troupe d’hommes armés passa
-le pont de pierre au bout du village et
-s’arrêta dans le verger. Des paysans sortirent
-de leur demeure, mais rentrèrent
-terrifiés en reconnaissant les Espagnols
-et se mirent aux fenêtres afin de voir ce
-qui allait se passer.</p>
-
-<p>Il y avait une trentaine de cavaliers couverts
-d’armures, autour d’un vieillard à
-barbe blanche. Ils portaient en croupe des
-lansquenets jaunes ou rouges qui mirent
-pied à terre et coururent sur la neige pour
-se dégourdir, pendant que plusieurs soldats
-habillés de fer descendaient aussi et
-pissaient contre les arbres auxquels ils
-avaient attaché leurs chevaux.</p>
-
-<p>Puis ils se dirigèrent vers l’auberge du
-Soleil-d’Or et frappèrent à la porte. On
-leur ouvrit en hésitant ; et ils allèrent se
-chauffer près du feu en se faisant verser
-de la bière.</p>
-
-<p>Ensuite ils sortirent de l’auberge avec
-des pots, des cruches et des pains de froment
-destinés à leurs compagnons rangés
-autour de l’homme à barbe blanche qui
-attendait au milieu des lances.</p>
-
-<p>Comme la rue était déserte, le chef envoya
-des cavaliers derrière les maisons,
-afin de garder le village du côté de la
-campagne, et ordonna aux lansquenets
-d’amener devant lui les enfants âgés de
-deux ans et au-dessous, pour les massacrer,
-selon qu’il est écrit en l’Évangile de
-Saint Mathieu.</p>
-
-<p>Ils allèrent d’abord à la petite auberge
-du Chou-vert, et à la chaumière du barbier,
-voisines au milieu de la rue.</p>
-
-<p>L’un d’eux ouvrit l’étable, et une bande
-de porcs s’en échappa qui se répandit de
-tous côtés. L’aubergiste et le barbier sortirent
-de leur maison et demandèrent humblement
-aux soldats ce qu’ils désiraient ;
-mais ceux-ci n’entendaient pas le flamand
-et entrèrent afin de chercher les enfants.</p>
-
-<p>L’aubergiste en avait un qui pleurait en
-chemise sur la table où l’on venait de
-dîner. Un homme le prit dans ses bras et
-l’emporta sous les pommiers, tandis que
-le père et la mère le suivaient en poussant
-des hurlements.</p>
-
-<p>Ces lansquenets ouvrirent encore l’étable
-du tonnelier, celle du forgeron, celle du
-sabotier ; et les veaux, les vaches, les ânes,
-les cochons, les chèvres, les moutons et
-les lapins se promenèrent sur la place.
-Lorsqu’ils enfoncèrent le vitrage du charpentier,
-plusieurs paysans, parmi les vieillards
-et les plus riches de la paroisse,
-s’assemblèrent dans la rue et s’avancèrent
-vers les Espagnols. Ils ôtèrent respectueusement
-leurs bonnets et leurs feutres devant
-le chef au manteau de velours, en
-demandant ce qu’il comptait faire ; mais
-lui-même ignorait leur langue et quelqu’un
-alla chercher le curé.</p>
-
-<p>Il s’apprêtait pour le salut et revêtait
-une chasuble d’or dans la sacristie. Ce
-paysan cria ; « Les Espagnols sont dans
-le verger ! » Épouvanté, le prêtre courut à
-la porte de l’église, suivi des enfants de
-chœur qui portaient les cierges et l’encensoir.</p>
-
-<p>Alors il vit les animaux des étables circulant
-sur la neige et sur le gazon, les
-cavaliers dans le village, les soldats devant
-les portes, les chevaux attachés aux arbres
-le long de la rue, les hommes et les femmes
-suppliant autour de celui qui tenait l’enfant
-en chemise.</p>
-
-<p>Il s’élança dans le cimetière, et les paysans
-se tournèrent avec inquiétude vers
-leur prêtre qui arrivait comme un dieu couvert
-d’or et l’environnèrent devant l’homme
-à barbe blanche.</p>
-
-<p>Il parla flamand et latin ; mais le chef
-poussait lentement les épaules pour exprimer
-qu’il ne comprenait point.</p>
-
-<p>Ses paroissiens lui demandaient à voix
-basse : « Que dit-il ? que va-t-il faire ? »
-D’autres, voyant le curé, sortaient craintivement
-de leurs fermes, des femmes accouraient
-et chuchotaient dans les groupes,
-tandis que les soldats qui assiégeaient un
-cabaret, se joignaient au grand rassemblement
-qui se formait sur la place.</p>
-
-<p>Alors celui qui tenait par la jambe l’enfant
-de l’aubergiste du Chou-Vert, lui trancha
-la tête d’un coup d’épée.</p>
-
-<p>Ils la virent tomber devant eux, suivie
-du reste du corps qui saignait sur l’herbe.
-La mère ramassa celui-ci et l’emporta en
-oubliant la tête. Elle trotta vers sa maison
-mais se heurta contre un arbre et tomba
-à plat ventre dans la neige où elle demeura
-évanouie, cependant que le père se débattait
-entre deux soldats.</p>
-
-<p>De jeunes paysans lancèrent quelques
-pierres ; mais les cavaliers abaissèrent
-leurs lances, les femmes s’enfuirent et le
-curé se mit à hurler avec ses paroissiens,
-au milieu des moutons, des oies et des
-chiens.</p>
-
-<p>Néanmoins, comme les soldats s’éloignaient,
-ils se turent pour voir ce qu’ils
-allaient faire.</p>
-
-<p>La bande entra dans la boutique des
-sœurs du sacristain ; puis elle sortit tranquillement,
-sans faire de mal aux cinq
-femmes qui priaient à genoux sur le seuil.</p>
-
-<p>Ensuite ils avisèrent l’auberge du bossu
-de Saint-Nicolas. Là aussi on leur ouvrit
-à l’instant pour les apaiser ; mais ils reparurent
-au milieu d’un grand tumulte, avec
-trois enfants sur les bras, entourés du
-bossu, de sa femme et de ses filles, qui les
-suppliaient à mains jointes.</p>
-
-<p>Arrivés devant le vieillard, ils déposèrent
-les enfants au pied d’un orme, où ils restèrent
-assis sur la neige en leurs habits
-de fête. Mais l’un d’eux, qui avait une robe
-jaune, se leva et courut en chancelant vers
-les moutons. Un soldat le poursuivit, l’épée
-nue ; et l’enfant mourut la face dans l’herbe,
-pendant que l’on tuait les autres autour
-de l’arbre.</p>
-
-<p>Tous les paysans et les filles de l’aubergiste
-prirent la fuite en poussant de grands
-cris et rentrèrent dans les fermes. Resté
-seul, le curé suppliait les Espagnols avec
-des hurlements, se traînant à genoux d’un
-cheval à l’autre, les bras en croix, tandis
-que le père et la mère, assis sur la neige,
-pleuraient pitoyablement leurs enfants
-morts, étendus en travers de leurs jambes.</p>
-
-<p>En parcourant la rue, les lansquenets
-remarquèrent la grande maison bleue d’un
-fermier. Ils voulurent enfoncer la porte,
-mais elle était de chêne et couverte de clous.
-Ils prirent alors des tonneaux gelés dans
-une mare devant le seuil et s’en servirent
-pour monter à l’étage où ils pénétrèrent
-par la fenêtre.</p>
-
-<p>Il y avait eu une fête en cette ferme ; et
-des parents étaient venus manger des
-gaufres, du flan et du jambon. Au bruit
-des vitres brisées, ils s’étaient réfugiés derrière
-la table couverte de cruchons et de
-vaisselle. Les soldats entrèrent dans la
-cuisine ; et après une bataille où plusieurs
-furent blessés, s’emparèrent des petits
-garçons, des petites filles et du valet qui
-avait coupé le pouce d’un lansquenet, et sortirent
-en fermant la porte pour empêcher
-les habitants de les accompagner.</p>
-
-<p>Quand ils furent devant le vieillard, ils
-jetèrent les enfants sur le gazon et les
-tuèrent paisiblement avec leurs lances et
-leurs épées, pendant que sur toute la façade
-de la maison bleue, les femmes et les
-hommes penchés aux fenêtres de l’étage et
-du grenier, blasphémaient et s’agitaient
-éperdument à la vue des rodes blanches,
-roses ou rouges de leurs petits, immobiles
-sur l’herbe entre les arbres. Puis les soldats
-pendirent le valet de ferme à l’enseigne
-de la Demi-Lune, de l’autre côté de
-la rue ; et il y eut un long silence dans le
-village.</p>
-
-<p>Le massacre à présent s’étendait. Les
-mères s’échappaient des masures, et à travers
-les jardins et les potagers, essayaient
-de fuir dans la campagne ; mais les cavaliers
-les poursuivaient et les refoulaient
-dans la rue. Des paysans, le bonnet dans
-leurs mains jointes, suivaient à genoux
-ceux qui entraînaient leurs enfants, parmi
-les chiens qui aboyaient joyeusement dans
-le désordre. Le curé, les bras au ciel, courait
-le long des maisons, priant désespérément
-comme un martyr ; et les soldats,
-tremblant de froid, soufflaient dans leurs
-doigts en circulant sur la route, ou, les
-mains dans leurs poches de leur haut-de-chausse,
-et l’épée sous le bras, attendaient
-devant les fenêtres des maisons qu’on
-escaladait.</p>
-
-<p>Voyant la douleur craintive des paysans,
-ils entraient maintenant par petites bandes
-dans les fermes ; et tout le long de la rue
-c’étaient les mêmes scènes.</p>
-
-<p>Une maraîchère qui habitait la vieille
-chaumière de briques roses, à côté de
-l’église poursuivait, armée d’une chaise,
-deux hommes qui emportaient ses enfants
-dans une brouette. Elle devint malade en
-les voyant mourir ; et on l’assit sur sa
-chaise, contre un arbre de la route.</p>
-
-<p>D’autres soldats grimpèrent dans les
-tilleuls, devant une ferme peinte en lilas,
-et enlevèrent des tuiles afin de s’introduire
-dans la maison. Quand ils reparurent sur
-le toit, le père et la mère, les bras tendus,
-s’élevèrent aussi dans l’ouverture, et ils
-les renfoncèrent à plusieurs reprises en
-leur assénant des coups d’épée sur la tête,
-avant de redescendre dans la rue.</p>
-
-<p>Une famille, enfermée dans la cave d’une
-énorme chaumière, pleurait par le soupirail
-où le père brandissait furieusement
-une fourche. Un vieillard chauve sanglotait
-tout seul sur un tas de fumier, une femme
-en robe orange s’était évanouie sur la
-place et son mari la soutenait sous les
-aisselles, en gémissant à l’ombre d’un poirier :
-une autre embrassait sa petite fille
-qui n’avait plus de mains, et lui soulevait
-alternativement les bras pour voir si elle
-ne voulait pas revivre. Une autre s’échappa
-dans la campagne et les soldats la poursuivaient
-entre les meules, à l’horizon des
-champs de neige.</p>
-
-<p>Sous l’estaminet des Quatre-fils-Aymon,
-se voyait le tumulte d’un siège. Les habitants
-s’étaient barricadés, et les soldats
-tournaient autour de la demeure sans y
-pouvoir pénétrer. Ils essayaient de grimper
-jusqu’à l’enseigne, en s’aidant des espaliers
-de la façade, lorsqu’ils découvrirent
-une échelle derrière la porte du jardin. Ils
-l’appliquèrent au mur et montèrent à la
-file. Mais l’aubergiste et toute sa famille
-leur lancèrent alors par les fenêtres, des
-chaises, des assiettes, et des escabeaux.
-L’échelle se rompit et les soldats tombèrent.</p>
-
-<p>Au fond d’une cabane, une autre bande
-trouva une paysanne qui lavait ses enfants,
-devant le feu, dans un cuvier. Étant vieille
-et presque sourde elle ne les entendit pas
-entrer. Deux hommes prirent le cuvier,
-l’emportèrent ; et la femme ahurie les suivit
-avec les vêtements des petits qu’elle
-voulait rhabiller, mais quand elle vit, tout
-d’un coup, du haut du seuil, les taches de
-sang sur la neige, les berceaux renversés,
-les femmes agenouillées et celles qui agitaient
-les bras autour des morts, elle se
-mit à crier formidablement en frappant les
-soldats qui déposèrent le cuvier pour se
-défendre. Ce curé accourut également et les
-mains jointes sur sa chasuble, implora les
-Espagnols devant les enfants nus qui se lamentaient
-dans l’eau. Des soldats arrivèrent
-qui l’écartèrent et lièrent la folle à un arbre.</p>
-
-<p>Le boucher avait caché sa petite fille, et
-appuyé contre le mur de sa maison affectait
-de regarder avec indifférence. Un lansquenet
-et un de ceux qui avaient une armure,
-entrèrent chez lui et découvrirent
-l’enfant dans un chaudron de cuivre. Alors
-le boucher, désespéré, saisit un coutelas et
-les poursuivit dans la rue ; mais une troupe
-qui passait le désarma et le pendit par les
-pieds aux crocs du mur, entre les bêtes
-écorchées, où il remua les bras et la tête
-en blasphémant jusqu’à la tombée de la
-nuit.</p>
-
-<p>Du côté du cimetière, il y avait un grand
-rassemblement devant une longue grange
-peinte en vert. L’homme pleurait à chaudes
-larmes sur le seuil. Comme il était fort gros
-et de joviale figure, les soldats assis au
-soleil, contre le mur, l’écoutaient avec
-attendrissement en contemplant le chien.
-Mais celui qui emmenait l’enfant faisait
-des gestes pour dire : « Que voulez-vous ?
-ce n’est pas ma faute ! »</p>
-
-<p>Un paysan pourchassé sauta dans une
-barque amarrée au pont de pierre et s’éloigna
-sur l’étang avec sa femme et ses
-enfants. N’osant se risquer sur la glace,
-les soldats marchaient pleins de colère dans
-les roseaux. Ils grimpèrent dans les saules
-de la rive pour tâcher d’atteindre les fugitifs
-à coups de lance, et n’y parvenant pas,
-ils menacèrent longtemps toute la famille
-épouvantée dans sa barque.</p>
-
-<p>Ce verger cependant était toujours plein
-de monde ; car c’est là que l’on tuait la plupart
-des enfants aux pieds de l’homme à
-barbe blanche qui présidait au massacre.
-Les petits garçons et les petites filles qui
-marchaient déjà seuls s’y réunissaient aussi
-et regardaient curieusement mourir les
-autres en mangeant les tartines de leur
-goûter, ou se groupaient autour du fou
-de la paroisse qui jouait de la flûte sur
-l’herbe.</p>
-
-<p>Alors il y eut tout à coup un long mouvement
-dans Bethléem.</p>
-
-<p>Ces paysans couraient vers le château
-qui se trouvait sur une butte de terre jaune,
-au bout de la rue. Ils avaient aperçu le
-seigneur penché sur les créneaux de la
-tour, d’où il contemplait le massacre. Et les
-hommes, les femmes, les vieillards, les
-mains tendues, le suppliaient comme un
-roi dans le ciel. Mais, lui, levait les bras
-et haussait les épaules pour exprimer son
-impuissance ; et comme ils l’imploraient
-de plus en plus terriblement, la tête nue,
-agenouillés dans la neige, en poussant de
-grandes clameurs, il rentra dans sa tour et
-les paysans n’eurent plus d’espoir.</p>
-
-<p>Lorsque tous les enfants furent exterminés,
-les soldats fatigués essuyèrent leurs
-épées et soupèrent sous les poiriers. Ensuite
-les lansquenets montèrent en croupe
-et ils quittèrent tous ensemble Bethléem,
-par le pont de pierre, comme ils étaient
-venus.</p>
-
-<hr />
-
-
-<p>Enfin le soleil se coucha derrière la forêt.
-Las de courir et de supplier, le curé s’était
-assis sur la neige, devant l’église, et sa servante
-se tenait près de lui. Ils voyaient la
-rue et le verger plein de paysans qui circulaient
-sur la place et le long des maisons.
-Des familles, l’enfant mort sur les genoux
-ou dans les bras, racontaient leur malheur
-avec étonnement. D’autres le pleuraient
-encore où il était tombé, près d’un tonneau,
-sous une brouette, au bord d’une mare, ou
-l’emportaient silencieusement. Plusieurs
-lavaient déjà les bancs, les chaises, les
-tables, les chemises tachées de sang et
-relevaient les berceaux jetés dans la rue.
-Mais presque toutes les mères se lamentaient
-sous les arbres, devant les petits
-corps étendus sur le gazon, et qu’elles reconnaissaient
-à leurs robes de laine. Ceux
-qui n’avaient pas d’enfants se promenaient
-sur la place et s’arrêtaient autour des
-groupes désolés. Les hommes qui ne pleuraient
-plus, poursuivaient avec les chiens
-leurs bêtes échappées ou réparaient leurs
-fenêtres brisées et leurs toits entr’ouverts,
-tandis que le village s’apaisait
-aux clartés de la lune
-qui montait dans
-le ciel.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">ONIROLOGIE</h2>
-
-
-<blockquote class="epi">
-<p lang="en" xml:lang="en">Of this at least I feeld assured
-that there is not such thing as
-« forgetting » possible to the mind.</p>
-
-<p class="sign">Thomas de Quincey.</p>
-
-</blockquote>
-<div class="break"></div>
-<div class="c"><img src="images/ill_003.png" alt="" /></div>
-
-
-<p class="t2">ONIROLOGIE</p>
-
-
-<p>Je descends d’une vieille famille hollandaise.
-Mon père était ce qu’on appelle
-en néerlandais « <span lang="nl" xml:lang="nl">Adsistent-Resident</span> » de
-Lebak en l’île de Java. J’ignore tout de
-sa vie et de ses aventures, à l’exception
-de ses démêlés, célèbres à cette époque,
-avec le Régent indigène : « Radhen Adhipatti
-Karta Natta Negara », dont j’ai lu,
-bien des soirs, le bizarre et tranquille
-récit dans les collections du « <span lang="nl" xml:lang="nl">Javasche
-Courant</span> » et du « <span lang="nl" xml:lang="nl">Nieuws van den Dag</span> »
-d’Amsterdam. Il était allé aux colonies
-avec ma grand’mère et y mourut lorsque
-je n’avais pas encore atteint ma deuxième
-année.</p>
-
-<p>Ma mère, — une faible et pâle Anglaise
-que l’amour avait exilée en Hollande, — (j’ai
-recherché et appris tout ceci depuis
-l’inquiétante aventure), ma mère était
-restée à Utrecht, où nous habitions une
-étroite demeure sur le « <span lang="nl" xml:lang="nl">Singel</span> », ou canal
-d’enceinte, du côté du « <span lang="nl" xml:lang="nl">Pardenveld</span> ». Elle
-mourut peu de mois après mon père et
-peut-être à la suite même de l’accident qui
-a eu pour moi d’aussi troublantes émersions.
-J’étais alors l’enfant aux yeux clos
-et la pauvre âme endormie des grands
-espaces blancs et des limbes de la vie, en
-sorte que je n’ai « naturellement » (j’emploie
-« naturellement » au sens strict et
-ordinaire du mot), conservé aucun souvenir
-de ces jours où des visages amis s’éteignaient
-à jamais autour de moi.</p>
-
-<p>Ensuite, et bien longtemps après, au
-réveil de cette immobile nuit de l’enfance,
-je m’entrevois en une vieille maison de la
-vieille et américaine Salem, et en face d’un
-oncle puritain, extraordinairement gros,
-pâle et taciturne. Enfin, cet oncle lui-même,
-« que je n’entendis jamais prononcer un
-seul mot et que je ne revis jamais plus »,
-disparaît à son tour, sans autre souvenir
-que celui de son vague corps énorme en
-cette maison de bois verdi par les ans
-et si extrêmement, si insolitement petite,
-qu’il semblait la surcharger et en déborder
-comme un être d’autrefois, lorsqu’il se penchait
-des journées entières aux fenêtres
-ouvertes sur un sombre et humide jardin
-où j’errais seul. Ainsi, sans liens dans un
-passé presque inconsistant encore, sans
-visage et sans mains de femmes autour
-de mon enfance, je me vis, sachant à peine
-me tenir debout, au milieu d’une cour entourée
-des hauts bâtiments de pierre d’un
-antique orphelinat oublié au fond d’une
-immémoriale forêt du Massachusetts. Et
-maintenant j’arrive à des jours dont je me
-souviens trop nettement, et à des années
-sans issues, de tristesses et d’abandons
-sans horizons, entre ces moroses et mornes
-descendants des puritains d’Isaac Johnson,
-enfants au sourire blanchâtre et aux yeux
-obliques, égarés en ces dortoirs aux alcôves
-noires et voûtées sous l’effroi de cet édifice
-si souvent environné d’orages. Mais
-j’aime mieux ne plus me souvenir. Ici
-d’ailleurs finissent les antécédents nécessaires
-mais lointains, et il faut à présent
-examiner plus minutieusement les circonstances
-qui ont immédiatement précédé
-l’anormal incident et l’énigme dont les ailes
-ont laissé pour longtemps leurs ombres
-sur mon âme.</p>
-
-<p>Entre tous ces enfants aux vêtements si
-lugubres qui habitaient avec moi ce terne
-orphelinat américain ; entre tous ces enfants
-presque muets, une pauvre âme
-affligée et affaiblie avait seule attiédi mon
-abandon. J’ai son cher nom sur mes lèvres,
-et son image en l’âme de mon âme ; mais
-on comprendra peut-être, et tout à l’heure,
-pour quelles tristes raisons il m’est impossible
-de le révéler ici. Je ne dirai même
-pas ce nom à ceux qui voudraient se donner
-la peine de faire une enquête sur l’authenticité
-de cette histoire, et à moins que mon
-malheureux ami ne parle lui-même, nul ne
-le saura jamais.</p>
-
-<p>A cette époque, j’avais un peu plus de
-dix-huit ans, et mon unique ami — je l’appellerai
-Walter ici, ce nom d’ailleurs se rapproche
-un peu de son nom véritable, — mon
-unique et mélancolique ami avait
-environ le même âge. J’étais alors un pauvre
-être maladif et extraordinairement émacié
-sous l’ennui sans interstices de cette vie
-claustrale, et je souffrais de troubles nerveux,
-qui faisaient de mes nuits une trame
-de douleurs. Malgré mes plaintes, l’austère
-et malveillant médecin de la maison me
-laissait sans remèdes ; mais à la longue,
-mes maîtres s’inquiétèrent un peu, et s’ingénièrent
-à imaginer quelque distraction à
-mon mal. Le pauvre Walter vint alors à mon
-aide. Walter avait une tante, Mrs W.-K., qui
-occupait un éclatant cottage aux environs
-de Boston, et non loin de la mer ; et il
-obtint un soir l’autorisation de m’emmener
-chez elle. Il y avait plus de quinze ans que
-je n’avais franchi le seuil de la grande porte
-dont les battants s’ouvraient sur la vallée,
-et je n’oublierai plus cette soirée. A notre
-arrivée, Mrs W.-K. me reçut sans arrière-pensée
-apparente ; nous ignorons d’ailleurs,
-en ce moment, les anormales occupations
-et les desseins étranges de cette femme, et
-il vaut mieux que ceux qui écoutent ceci les
-ignorent également.</p>
-
-<p>Il y avait déjà bien des jours que je
-m’attardais en cette hospitalité maternelle
-dont je ne savais pas « alors » les dangers,
-et aux encouragements de ceux qui m’entouraient,
-je prenais un peu d’opium aux
-dernières heures des après-midi, parfois
-douloureuses de cet octobre inoubliable.
-Maintenant, il faut que j’énumère très méticuleusement
-tous les détails de la soirée
-et de la nuit de l’incident, car plusieurs
-d’entre eux pourraient avoir une importance
-spéciale, au point de vue de l’explication
-et de l’« éducation » du phénomène,
-encore qu’il soit triste d’avoir à s’arrêter en
-d’aussi obscurs intervalles de l’événement.</p>
-
-<p>Un soir, après l’heure du thé, j’étais en
-cet état de béatitude invisible et subtile
-que s’imagineront seuls les mangeurs d’opium.
-Mrs W.-K. vers laquelle je me retournais
-parfois, comme on se retourne
-vers un pas dans une rue déserte, Mrs W.-K.,
-accoudée sous les tilleuls de la terrasse,
-regardait s’allumer les étoiles sur la ville
-américaine. Walter était absent, et j’étais
-allé avec Annie, l’unique enfant de la tante
-de Walter, au fond du jardin, où il y avait
-un bois ancien, profond et obscur ; un bois
-où l’on pouvait s’attendre à mainte aventure
-et si vieux, que nous avions l’habitude
-d’y parler à voix basse. Après avoir suivi
-de lointaines musiques éparses en ce bois
-comme des fils de soie multicolore, nous
-nous assîmes là ; et à présent, lequel des
-incidents de ce soir influa sur ma nuit ?
-Fut-ce ce bassin de marbre avec sa fontaine
-aux reflets de tilleuls ? ou les arbres,
-extraordinaires à travers ma mémoire, et
-auxquels Annie appliquait un mot : « <span lang="en" xml:lang="en">Verdurous
-gloom</span> », qui semblait les mettre
-sous verre ? ou la lune, sur l’Atlantique,
-semblable à une fleur muette ? ou tout ce
-bois hanté de triste avenir ? ou fut-ce, avant
-tout, le départ prochain d’Annie, un départ
-déjà sans retour, et dont ses frêles mains
-aux gants de ténèbres, semblaient m’avertir
-comme d’un mal entre le mal qu’on
-allait me vouloir ? ou fut-ce, enfin, un
-anneau d’or, qu’elle laissa choir dans le
-bassin où elle éveilla une autre et étrange
-elle-même en le reprenant à travers l’eau
-froide ? Savait-elle quelque chose ? Je ne
-sais, je ne sais, je ne saurai jamais, car à
-présent tant de terre et d’années sont sur
-elle !</p>
-
-<p>J’ai noté exactement ceci, parce qu’en
-« l’éducation » dont j’ai parlé, il importerait
-peut-être de tenter un grand nombre
-d’expériences analogues, afin d’attoucher
-ainsi, un peu au hasard, quelque scène
-endormie au fond de l’âme et que cette
-espèce d’incantation pourrait réveiller. J’ajoute
-enfin un antécédent accessoire, mais
-dont il ne faudrait cependant pas négliger
-l’aide ; au reste, on verra plus loin.</p>
-
-<p>En ce moment les lumières de la ville
-lointaine s’éteignaient comme tombaient les
-feuilles de la forêt automnale. En rentrant
-dans ma chambre après cette soirée au
-jardin, je pris — induit peut-être à cette
-idée par l’image de la fontaine, — je pris
-un volume de l’insolite et aquatique poète
-anglais, Thomas Hood, en flottant ainsi,
-jusque très avant dans la nuit, au fil albumineux
-des visions sous-marines de son
-admirable « <span lang="en" xml:lang="en">Water Lady</span> », du « <span lang="en" xml:lang="en">Lycus the
-Centaur</span> » et de « <span lang="en" xml:lang="en">Hero and Leander</span> ».
-Avant tout (et c’était sans nul doute un
-effet de l’opium), ce dernier poème m’attarda,
-à cause de la descente du malheureux
-Léandre à travers toute la mer, en
-une immersion infinie, au bras de la sirène,
-au milieu d’êtres muets aux yeux ronds,
-de plantes en jaune d’œuf, d’anémones
-d’aniline et de dahlias d’albumine, pendant
-qu’un vers monotone énumère entre
-les strophes les évolutions de leur passage
-en glauque spirale vibratile :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Down and still downwards through the dusky green.</div>
-</div>
-
-<p class="noindent">Et tout au long de cette spirale d’eau
-verte, la sirène aux yeux où meurt le corps
-de Léandre et aux seins en bulles translucides,
-embrasse son involontaire amant,
-sur les lèvres duquel s’éteint en énormes
-perles le nom de Héro, jusqu’à ce qu’arrivés
-au fond lunaire des prairies sous-marines,
-la naïve vierge des mers s’étonne
-comme un enfant de voir le beau corps
-presque immobile et les yeux déjà clos, et
-s’agenouille à ses côtés en admirant ses
-derniers efforts pour échapper aux mailles
-bleues de l’Océan.</p>
-
-<p>C’est ainsi que je m’endormis, en accueillant
-en mes yeux les rives hantées de la
-glace de la cheminée où je voyais s’enfoncer
-la spirale de Léandre — jusqu’au
-sommeil — et voici ce que je vis immédiatement
-après :</p>
-
-<p>Sans nul préliminaire, je fus au fond
-d’un puits, ou du moins, je fus au fond
-d’une eau autour de laquelle régnait une
-impression de murailles, d’éminentes et
-étroites murailles, et je m’y noyais sans
-interruption, à travers un infini déroulement
-de transparences au milieu de ces
-efforts immobiles qui forment un des supplices
-propres aux songes et sans analogues
-dans la vie volontaire. En ce moment,
-j’étais assez près de la mort, et ici, il faut
-que j’explique très soigneusement un des
-plus singuliers phénomènes de mon rêve.</p>
-
-<p>On n’ignore pas que le rêve est toujours
-et exclusivement « égoïste » ; et que cet
-égoïsme est tellement intense, aveugle et
-convergent, qu’il annule le passé et l’avenir
-au profit du moment où il règne sur
-l’horizon du cerveau.</p>
-
-<p>En d’autres termes, tout s’actualise dans
-la conscience du dormeur, et il n’y a pas
-de rêve que l’on sache « prospectif » du
-« rétrospectif » au moment où il a lieu. Je
-remets ce principe en mémoire parce qu’il
-servira tout à l’heure à éclairer la situation
-assez embarrassée de mon esprit en
-cet instant : sans avoir d’ailleurs l’intention
-d’élucider les mouvements si spéciaux
-et en apparence illogiques, de l’horlogerie
-du cerveau durant le sommeil. Au moment
-où je mourais ainsi au fond de l’eau, se
-produisit d’abord un phénomène extrêmement
-anormal, et dont je n’eus l’explication
-que bien des années après. Était-ce un
-souvenir de lectures anciennes, où j’avais
-appris que les noyés, à l’instant de leur
-mort, revoient, en une espèce de miroir,
-leur vie entière avec ses incidents les plus
-minutieux ? Ou cette vision de l’existence
-est-elle réellement inséparable de la mort
-par immersion et se trouvait-elle naturellement
-amenée ici ? Je ne sais ; mais j’eus
-l’idée de cette espèce de miroir, et alors,
-comme l’esprit du songeur est assez
-semblable à celui d’un tout petit enfant,
-incapable d’abstraction, et en qui toute
-idée devient image et toute pensée se
-transforme en acte, j’eus immédiatement
-en main ce miroir même auquel j’avais
-songé et je me mis à y regarder attentivement.</p>
-
-<p>Ici, je voudrais pouvoir exprimer mon
-étonnement (car le jugement demeure
-souvent intact pendant le sommeil, et un
-rêve peut paraître comique par exemple,
-encore que le rire n’y naisse pas toujours
-d’une disproportion, ou de la « relation
-brisée » comme dit Hello, et puisse avoir
-des causes plus mystérieuses), je voudrais
-pouvoir exprimer mon étonnement, lorsque
-je réfléchis à l’invraisemblable vision, « car
-ce miroir était à peu près vide », et cependant,
-en comptant mes années, il eût dû
-être peuplé de tristes événements ! tandis
-que ce n’était qu’en un de ses angles que
-j’aperçus quelques vagues images à moitié
-dissoutes en des obnubilations mobiles et
-d’une couleur fade. On eût dit de ces dessins
-que tracent les enfants, et j’y reconnus
-les formes embryonnaires d’un certain
-nombre de seins, une ronde feuille verte,
-un rais de lumière, un morceau de lange
-et une petite main de nouveau-né entr’ouverte.
-Tout le reste se perdait en une
-obscurité que je n’eus pas le loisir d’examiner,
-et néanmoins, il devait y avoir là
-bien des choses inconnues et peut-être
-« antérieures ». Mais au bout de mon coup
-d’œil le miroir s’éteignit, et mon rêve continua.
-Je n’insiste donc plus sur cet incident
-accessoire.</p>
-
-<p>Levant ensuite les yeux vers l’orifice du
-puits, j’y entrevis, penchés, « au milieu
-d’un ciel orageux », un visage de femme,
-et en même temps un geste d’effroi où il
-y avait une multitude de fuites. En passant,
-il faut observer que, dans ce récit
-fait d’après des souvenirs atténués, ceci
-comme tout ce qui est du ressort de la
-raison diurne, prend nécessairement une
-allure logique qui n’était nullement celle
-du rêve, où maints événements, successifs
-ici, s’emmêlaient ; on sait d’ailleurs que le
-rêve, en apparence le plus long, dure à
-peine l’espace d’un battement de cœur, et
-n’est qu’un afflux extraordinairement bref
-d’aventures et d’images. Je venais à peine
-d’entrevoir ce geste, qu’il s’évanouit ; et je
-fus immédiatement imprégné de l’idée
-qu’une espèce de cri spécial, inconnu et
-incompréhensible, devait avoir accompagné
-cet évanouissement. Mais avant d’aller
-plus loin, une brève glose est à ce propos
-strictement nécessaire.</p>
-
-<p>Je ne crois pas qu’on entende ordinairement
-un son en rêve, c’est-à-dire « un
-véritable son de rêve », et non un bruit
-effectif et extérieur qui, grâce à la mobilité
-du songe, peut parfaitement s’adapter à
-l’un de ses épisodes. Il me semble, au contraire,
-que le rêve est presque toujours
-« muet », et que tous ses personnages
-marchent, parlent et agissent au milieu
-d’une matière molle et singulièrement insonore.
-L’oreille du dormant « est déjà inutile »,
-et il use exactement de cette invention
-au bord de laquelle nous attendons
-encore pendant le jour, et qui rendra superflues,
-avant peu, les découvertes assez
-puériles du télégraphe et du téléphone. Je
-veux parler de la communion des esprits
-ou de l’introspection réciproque de toutes
-les intelligences et de ce qu’on pourrait
-appeler la « Télépsychie », qui permettra
-à toute âme, à un moment donné, de communiquer
-avec telle autre qu’elle voudra,
-située n’importe où dans l’espace ou le
-temps, après qu’on aura retrouvé les liens
-qui nous unissent les uns aux autres et
-dont le magnétisme et la télépathie rattachent
-actuellement les premiers fils épars.</p>
-
-<p>Ainsi, je sus, grâce à cette intuition du
-dormant, qu’une clameur étrange avait été
-poussée. Après de longues années je reconnus
-la nature et le sens exact de cette
-clameur ; mais je la donnerai plus loin,
-telle qu’elle m’apparut à mon réveil, et
-que je la notai dès le lendemain, au moment
-où j’ignorais tout de ma famille, de mon
-enfance et de mes origines. Je n’aurais du
-reste pas osé rapporter ce détail presque enfantin,
-mais significatif, si je n’étais à même
-de le prouver d’une manière irréfragable.</p>
-
-<p>Il y eut quelque confusion dans les événements
-subséquents, ainsi qu’il arrive
-parfois aux endroits les plus importants
-des songes, car la raison nocturne a bien
-des détours ignorés. Mais je revois distinctement
-qu’une femme m’apparut, extraordinairement
-nette, à l’exception du visage,
-où des traits, en tout semblables à ceux
-d’Annie, luttaient et se mêlaient sans interruption
-avec d’autres traits d’une indéfinissable
-impression, que j’appellerai, peu
-approximativement, « de réticence, et à la
-fois implicite et virtuelle » (et ce visage,
-je le reconnaîtrais néanmoins sans hésitation,
-« mais uniquement, je pense, durant
-la nuit » ; au surplus, il vaut mieux ne pas
-approfondir ces interpénétrations d’identité
-dans les songes). Je me rappelle ensuite
-que je fus arraché à l’eau du puits
-par un geste analogue à celui d’Annie à
-la fontaine, « en considérant uniquement
-le reflet de ce geste, c’est-à-dire, qu’il me
-sembla être sauvé par un bras nu qui sortait
-de l’eau ». Et après une incolore lacune,
-je me trouvai tout à coup en plein air, sous
-un ciel de pluie, d’orage et de soir, et celle
-qui m’avait sauvé, et qui m’embrassait « en
-me parlant une langue que je ne comprenais
-plus », m’emportait le long de rues et
-de quais éclairés.</p>
-
-<p>En cet endroit, je note une exception
-assez bizarre aux habitudes du songe :
-« c’est que je vis une partie du paysage
-que je traversais ». Il faut observer, en
-effet, que le paysage du sommeil est
-« presque toujours utile », en ce sens qu’il
-n’existe qu’autant qu’il fasse partie intégrante
-de l’action, et au fur et à mesure
-de cette action. Il est sobre en outre comme
-un décor de Shakspeare, et les personnages
-n’ont que le morceau de terrain
-strictement nécessaire à leurs évolutions,
-tandis que ces fragments d’entours indispensables
-accompagnent le drame pas à
-pas. C’est ainsi qu’en un rêve où j’étais
-poursuivi par une pullulation de serpents
-blancs, je vis s’élever successivement devant
-moi, les taillis, les touffes de plantes et les
-haies au travers desquelles je passais pour
-leur échapper, sans avoir une vision d’ensemble
-de la plaine où je fuyais. Une autre
-fois (mais cet exemple est néanmoins
-d’« une nature différente », et l’égoïsme
-du dormeur n’est pas « ici » la cause de
-l’annulation du paysage), ayant acheté un
-très vieux château, et ne parvenant pas — à
-cause de l’une de ces impossibilités arbitraires
-du rêve — à me rendre compte de
-l’étendue du domaine, je montai sur un
-grand arbre, pour jeter de là un coup d’œil
-sur le parc ; mais, à mon insu, tout le terrain
-s’élevait avec moi, et il me fut impossible
-d’apercevoir quelque chose au delà
-de l’avenue où j’étais. A part ceci, il peut
-arriver toutefois, que le paysage serve de
-« <span lang="de" xml:lang="de">leitmotiv</span> », à quelque acteur, et que celui-ci
-se présente avec le milieu où il se meut
-à l’ordinaire ; par exemple, un forgeron
-apparaîtra parfois avec sa forge, un malade
-avec son lit, un horticulteur avec sa
-serre, sans que ces accessoires subtils
-encombrent l’action ou le théâtre nocturne.
-Mais je doute des songes descriptifs et
-des sites où le dormant n’est pas mêlé, et
-cependant, ce que j’entrevis n’agissait pas
-en ce dernier épisode.</p>
-
-<p>C’était un paysage comme celui qu’un
-homme effrayé regarde ; un ciel de cyclone
-où une lune se révélait par intervalles, des
-quais et des canaux d’eaux noires, margés
-d’arbres très vieux et bouleversés, des
-ponts-levis dressés comme des bras de
-terreur, de petites maisons à pignons avec
-des poulies aux lucarnes, une multitude
-de barques avec des lanternes, mais surtout
-(car il se peut que les précédentes
-apparitions aient été éveillées depuis, tandis
-que cette dernière est d’une inquiétante
-et inébranlable certitude), deux moulins
-noirs, l’un, aux ailes titaniques et immobiles,
-et l’autre, un peu en arrière, dépouillé,
-sombre, nu, abstrait, et sans ailes,
-et énormes tous deux, énormes et hauts
-comme des tours à l’angle de la ville, oppressaient
-une violente et ténébreuse touffe
-d’arbres extrêmement grands et anciens.</p>
-
-<p>Au détour d’une rue antique, je fis un
-effort pour revoir encore ces deux extraordinaires
-témoins, et, avec ce déséquilibre
-des mouvements et cette absence de mesure
-ordinaires au sommeil, en me retournant,
-je heurtai le fer du lit et je m’éveillai.</p>
-
-<p>En cet état spécial entre la veille et le
-sommeil, qui est comme l’entr’acte des
-songes, et où la volonté renaît un peu,
-j’essayai d’analyser ma vision et de la fixer
-ainsi dans un demi-réel, car la mémoire du
-sommeil est inexplicablement fugace et fragile,
-et tandis qu’on peut se rappeler indéfiniment
-et exactement telle pensée ou
-image, « créée pendant le jour », les images
-des songes, alors même qu’on a eu soin
-de les établir nettement au réveil, et de les
-acclimater ainsi dans la vie diurne, ne se
-laissent pas évoquer plus de deux ou trois
-fois, et à chacune de ces évocations elles
-s’affaiblissent jusqu’à confluer en une mort
-indistincte, comme si on les entrevoyait à
-travers quelque verre grossissant qui
-s’éloigne outre mesure. Je ne m’attarde
-pas à cette énigmatique anomalie de la
-mémoire, elle n’eut pas entièrement lieu, du
-reste, dans le rêve en question, et le lendemain
-et depuis, je pus éveiller assez minutieusement
-tous ses souvenirs.</p>
-
-<p>Annie, ce lendemain qui était un samedi,
-allait rejoindre Walter à New-Haven, sans
-avoir eu le temps de me dire adieu. Elle
-devait revenir le mardi suivant, mais elle
-ne revint plus. Je lui écrivis ce jour même
-une lettre, où je lui parlais incidemment de
-ce rêve auquel elle me semblait si ineffablement
-mêlée. Je traduis littéralement
-de l’anglais, en omettant simplement les
-propos inutiles ou inefficaces. — On me
-pardonnera, j’espère, la gaucherie de cette
-traduction, car il importait de rendre « <span lang="la" xml:lang="la">verbatim</span> »
-le texte américain qui m’a été restitué
-et que j’ai conservé par devers moi.</p>
-
-<blockquote>
-<div class="dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-<p>… « A propos, j’ai rêvé de toi, Annie,
-mais ô, d’une étrange, étrange toi ! Sache
-d’abord que je me noyais au fond d’un
-insondable puits ; alors vint une très vieille
-femme regarder dans le puits, en levant
-les bras, et en exclamant une incompréhensible
-phrase en fort mauvais anglais :
-« <span lang="en" xml:lang="en">The kind is in the pit ! the kind is in the
-pit !</span><a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a> » ou une chose analogue.</p>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> « <span lang="en" xml:lang="en">Kind</span> » en anglais, genre, espèce, ou l’adjectif : bon,
-bienveillant, etc.</p>
-</div>
-<p>« Qu’est cela ? — Après vint une autre
-femme, semblable à toi, Annie, ou du
-moins, une presque en tout semblable à
-toi, sauf quant au visage qui était bien
-plus triste. Alors toi, ou elle, m’as tiré de
-l’eau, en te penchant sur le puits comme tu
-fis vendredi soir à la fontaine, et tu m’emportas
-en tes bras (moi si grand et si
-lourd cependant) dans une ville que je
-n’avais jamais vue auparavant, et où, à
-droite, il y avait une vieille forêt de très
-hauts arbres, et au delà, deux effrayants,
-effrayants moulins à vent, « tels qu’il n’en
-existe pas ici », et dont un absolument sans
-ailes… »</p>
-</blockquote>
-
-<p>L’enveloppe de cette lettre (elle n’adhère
-malheureusement pas à la lettre même,
-mais l’écriture est si parfaitement identique,
-que nul doute n’est possible), porte
-le timbre vert des États de l’Union. Il a été
-oblitéré à Boston, le 25 octobre 1880,
-11. a. m. A la réception à New-Haven, un
-timbre humide a marqué : « New-Haven,
-Wharf 25/10.80. 4 n. » Je mets ces deux
-pièces à la disposition de ceux que cet
-événement psychique pourrait intéresser.
-J’ai été obligé d’effacer sur l’enveloppe, le
-nom patronymique d’Annie, et de découper
-l’angle gauche de la lettre, car il portait
-en exergue le nom entier de Mrs. W.-K.,
-avec sa devise : « <span lang="en" xml:lang="en">At last shut to fears</span> »
-(enfin close aux peurs), que je ne me suis
-jamais expliquée.</p>
-
-<p>Je passe à présent bien des années, des
-tristesses et des pièges, sans relations
-avec le sujet actuel, et j’arrive ainsi au
-moment où j’atteignis enfin ma majorité.</p>
-
-<p>Vers cette époque, — j’avais quitté le
-morne orphelinat, et je veux désormais
-garder le silence sur tout ce qui concerne
-Mrs W.-K., — vers cette époque, je reçus
-de Hollande, par l’intermédiaire du recteur
-de cet orphelinat, un volumineux envoi,
-comprenant des comptes de tutelle minutieux
-et compliqués, les procès-verbaux des
-délibérations du conseil de famille, des
-titres de propriété et de rentes, et une foule
-de papiers divers et anciens.</p>
-
-<p>Il était de règle, en la maison que je
-venais d’abandonner — afin de sauvegarder
-toute égalité et d’écarter tout leurre
-d’avenir, et à moins de quelque incident
-inévitable, comme ce qui eut lieu pour
-Walter, — de ne révéler aux orphelins
-quoi que ce fût, au sujet de leurs familles
-et de leurs antécédents.</p>
-
-<p>Je fus donc singulièrement étonné, à
-l’examen de cet envoi, d’apprendre que
-j’étais Hollandais, et maître d’une fortune
-assez importante ; c’est plus tard seulement
-que je sus à la suite de quelle négligence et
-de quels mauvais vouloirs, j’avais été délaissé
-au fond du Massachusetts, mais ces
-détails n’ont aucun rapport avec le récit
-d’aujourd’hui.</p>
-
-<p>J’ai dit tout à l’heure « à l’examen de cet
-envoi », malheureusement cet examen fut
-plus tardif que je n’aurais voulu. J’ignorais
-complètement le néerlandais, et à Salem
-où j’étais retourné, je me mis vainement
-en quête d’un traducteur. Je résolus alors
-d’apprendre une langue qui s’était si subitement
-décelée maternelle, et grâce à l’anglais,
-et surtout à l’allemand que je possédais,
-je fus à même, au bout de deux ou
-trois semaines, de lire assez couramment
-les pièces les plus importantes.</p>
-
-<p>Une nuit, en feuilletant ainsi une liasse
-de papiers au timbre colonial de Java, je
-tombai, — graduellement en proie à une
-crise d’étonnement et d’effroi, — je tombai
-sur la brève et d’ailleurs très simple, mais
-pour moi, pour moi seul, vraiment insolite
-et incroyable lettre suivante, écrite de la
-main de ma mère, et dont l’influence a
-réellement et à jamais déplacé l’axe de ma
-vie. Je traduis mot à mot du hollandais,
-en omettant, comme tantôt, tout ce qui
-n’est pas essentiel.</p>
-
-<blockquote>
-<p class="date">Utrecht, 23 septembre 1862.</p>
-
-<div class="dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-<p>… « Nous étions allés cette après-midi-là
-(très probablement le 17 septembre, d’après
-le contexte, qui n’est cependant pas absolument
-décisif) avec la cousine Meeltje et
-Mme van Brammen, prendre le thé chez la
-tante van Naslaan, et l’agneau<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a> était au
-jardin avec Sarthe — elle l’avait laissé seul
-« un clin d’œil », sur le gazon ; et quand
-elle revint, plus d’agneau ! Elle va regarder
-dans le puits ; le pauvre innocent agneau
-était au fond ! Elle, au lieu de l’en tirer
-tout de suite, vint crier à notre fenêtre
-« <span lang="nl" xml:lang="nl">’t kind is in den put ! ’t kind is in den
-put !</span> » (l’enfant est dans le puits ! l’enfant
-est dans le puits !). Je saute alors par la
-fenêtre du salon, et je tire de l’eau le cher
-agneau, qui pleurait toutes les larmes de son
-petit cœur, et je cours tout d’une haleine
-jusqu’à notre maison… »</p>
-</blockquote>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> « <span lang="nl" xml:lang="nl">’t Sebaapje</span> » la petite brebis, l’agneau, terme Hollandais
-pour désigner les enfants, etc.</p>
-</div>
-<p>Cette lettre était adressée à mon père,
-alors, ainsi que je l’ai dit plus haut, « <span lang="nl" xml:lang="nl">adsistent-resident</span> »
-à Java. La date qu’elle
-porte est légalement certaine, car, à son
-retour de l’île, quatre mois après, avec
-d’autres papiers délaissés par mon père,
-elle fut déposée chez le notaire « Hendrik
-Joannes Bruis », et elle est mentionnée
-dans un inventaire enregistré à Utrecht le
-3 février 1863.</p>
-
-<p>Au soir de cet accident, où je dus la vie
-à l’angélique célérité de ma mère, j’étais
-âgé de quatre mois et neuf jours, ce qu’il
-m’est, naturellement, facile de prouver.</p>
-
-<p>Ainsi donc, cette nuit d’octobre, j’avais
-communié, sans intermédiaire, avec l’invisible
-et l’inexplicable, et mon âme en est
-demeurée pâle et malade et sujette à toutes
-les inquiétudes et à tous les effrois. Je
-n’essaierai nulle élucidation aujourd’hui ;
-et je classe ce phénomène parmi tant d’autres,
-aux causes latentes, dont les lois sûres
-seront retrouvées quelque jour. En attendant,
-je veux les ignorer, comme j’ignore,
-par exemple, l’innombrable inconnu des
-pressentiments, ou pourquoi la mort, lorsqu’elle
-a été dans une maison, y revient
-inévitablement peu après. Thomas de
-Quincey affirme en son étude : « <span lang="en" xml:lang="en">On the
-knocking at the gate in Macbeth</span> », que
-l’intelligence est une faculté inférieure de
-l’esprit humain, et je crois qu’il faut s’en
-défier avant tout, en ces zones d’événements.
-Au reste, il vaut mieux, peut-être, ne
-pas y réfléchir outre mesure, de peur de
-délier à la fin les cavales blanches de la
-folie, dans ce qu’un médecin illustre appelle
-étrangement « le grand territoire de la
-substance grise ».</p>
-
-<p>Mais si je crains d’approfondir cette
-vision, au point de vue purement objectif,
-je voulus entièrement me plonger dans la
-joie de ma peur ; et c’est pourquoi, je résolus
-de visiter, presque immédiatement après,
-le théâtre de mon rêve.</p>
-
-<p>Malheureusement, d’impérieuses circonstances
-abrégèrent subitement mon voyage
-en Hollande, et il me fut impossible de
-séjourner à Utrecht plus de sept à huit
-heures.</p>
-
-<p>J’y descendis aux dernières heures d’une
-après-midi d’hiver sombre, de nuages et de
-neige. En sortant de la gare de « <span lang="nl" xml:lang="nl">Rhijnspoorweg</span> »,
-je devais être extraordinairement
-pâle, car j’entrevis, à mon aspect,
-une sorte d’hésitation et de méfiance sur
-le visage des employés et des passants.
-Après avoir traversé la place, on prend,
-pour se rendre en ville, la « <span lang="nl" xml:lang="nl">Stationstraat</span> ».
-Jusque-là rien ne m’étonna, non plus,
-d’abord, que sur le canal d’enceinte, nommé
-« <span lang="nl" xml:lang="nl">Stad’s buiten gracht</span> », qui coupe cette
-rue à angle droit. Mais après quelques pas
-le long des berges, et au bout de ce canal
-désormais ineffaçable et éternel pour moi,
-j’ai éprouvé, pour la première fois, cette
-espèce de soudaine et polaire pâleur de
-l’esprit, qui n’est heureusement réservée
-qu’à quelques hommes, et mon âme, déjà
-si souvent agitée par ce songe, chancela
-littéralement dans mon cœur ! En face de
-moi, subitement et si près que mes yeux
-semblaient les toucher (encore qu’en réalité
-ils fussent assez éloignés, car c’était un
-effet d’optique dû à leur disproportion), au
-milieu de l’irréel paysage d’une métropole
-de neige, sous un ciel obscurci et comme
-autrefois analogue à un glas, avec ses
-eaux engourdies entre les talus, ses barques
-écloses à fleur des marais morts, ses
-ponts-levis en mouvement le long des rues
-d’ouate, et pleines de maisons et de personnages
-muets au niveau des pignons,
-« je reconnaissais enfin les deux moulins
-à vent, effrayants et indubitables », mobiles
-aujourd’hui en une nuageuse trémulation
-d’aquarium et d’éclipse, identiques,
-mais plus imminents peut-être, plus funestes
-et plus oppresseurs de la ville et
-du bois ternement nuptiaux au-dessus
-desquels ils tournaient en envoyant de
-leurs épaisses ailes, des signes très tristes
-à une âme qu’ils attendaient patiemment
-depuis tant d’années !</p>
-
-<p>Après l’hallucinant coup d’œil, je voulus
-d’abord éperdument courir vers eux, au
-hasard des eaux et des quais ; mais l’instinct
-de l’étranger m’interdit de troubler
-comme une pierre cette multitude malléable
-et stagnante qui s’étalait autour des ponts-levis ;
-puis en route, à mesure que j’approchais
-des vieux arbres du « <span lang="nl" xml:lang="nl">Pardenveld</span> »,
-mon enthousiasme glissait le long de moi,
-comme un manteau de flammes, et j’éprouvais
-une désillusion graduelle en observant
-une à une de notables différences.</p>
-
-<p>Je ne parlerai pas de l’aspect éclatant et
-pascal des entours d’aujourd’hui, qui avait
-remplacé l’aspect si néfaste et comme « à
-travers des glaces obscurcies » d’autrefois,
-ni des ailes qui viraient actuellement dans
-le ciel du second moulin, jadis si immobile,
-et dont la présence avait mis un malaise
-en mon coup d’œil, mais le premier des
-géants noirs, celui que j’avais toujours vu
-le plus exactement, me semblait incomparablement
-plus élevé qu’en ma nuit d’octobre,
-« comme s’il avait grandi plus vite
-que les arbres », ou qu’un insolite événement
-eût troublé ses proportions, par rapport
-à la ville, et je voulus immédiatement
-examiner cette infidélité.</p>
-
-<p>Je gravis le grand tertre à la cime
-duquel il s’épanouissait et je vis que cette
-énorme tour n’avait pas de porte, ni
-aucune ouverture, à l’exception, vers le
-haut, d’une étroite fenêtre déjà éclairée.
-Après avoir hélé longtemps en vain, à la
-longue, un visage de jeune fille, anormalement
-vaste et aux allures inexplicables, et
-cependant virginâtrement hollandaise, se
-pencha en révulsant ainsi une chevelure
-presque blanche qui coulait le long du
-moulin, mais à chacun de mes cris, elle se
-mettait muettement un doigt sur la
-bouche ; et je n’en pus rien obtenir.</p>
-
-<p>Aux explications d’un paysan, je compris
-enfin, péniblement, que la porte était au
-bas du tertre, et que le meunier habitait
-seul le moulin avec sa petite-fille hydrocéphale.
-J’y allai frapper, mais comme je
-parlais un hollandais encore inintelligible,
-et sans doute aussi parce que j’avais l’air
-las, maladif et anxieux, l’homme m’écouta
-avec méfiance par l’entrebâillement de la
-porte et je ne recueillis aucun éclaircissement.
-Toutefois, en jetant un dernier coup
-d’œil sur la tour, j’ai noté un détail qui
-explique peut-être la disproportion observée :
-« c’est que les briques s’étendant
-depuis la toiture jusqu’à la petite fenêtre,
-semblaient plus rouges et par conséquent
-plus récentes que les autres ». Malheureusement,
-il faisait déjà nuit, et ceci n’est
-qu’une allégation incertaine.</p>
-
-<p>Ensuite, j’allai vers le second moulin, afin
-d’apprendre à quelle époque on avait rétabli
-les ailes ; mais il avait cessé de tourner
-depuis un quart d’heure et semblait absolument
-désert. Cependant, on m’affirma
-assez évasivement, en une « <span lang="nl" xml:lang="nl">Taperij</span> » ou
-auberge voisine, que les ailes actuelles
-existaient depuis une vingtaine d’années.</p>
-
-<p>Il fallut me contenter de ces renseignements
-incomplets ; et je voulus, en dernier
-lieu, éclairer une autre obscurité. On n’a
-pas oublié que le premier visage à l’orifice
-du puits « m’avait apparu dans un ciel
-orageux » et que toute ma fuite avait traversé
-un paysage entièrement bouleversé
-par la tempête ; or, selon la lettre de ma
-mère, j’étais au jardin au moment où l’accident
-eut lieu. Il y avait là une anomalie
-qu’il fallait indispensablement s’expliquer.
-Grâce à d’exactes indications de l’inventaire,
-je savais que la maison « de la tante van
-Naslaan », en laquelle j’avais eu une part
-de propriété indivise, était située au n<sup>o</sup> 33
-de l’« <span lang="nl" xml:lang="nl">Oude Gracht</span> ». Par malheur, la soirée
-était fort avancée, et la maison habitée
-par deux vieilles dames, en train de prendre
-le thé, qui n’entendirent rien à mes interrogations,
-d’ailleurs timides et maladroites,
-et me répondirent avec inquiétude, en verrouillant
-la porte, que leur demeure n’était
-pas à louer.</p>
-
-<p>Peut-être y avait-il là une serre, ou une
-partie du jardin était-elle vitrée, à la manière
-hollandaise, ce qui serait une explication
-après tout suffisante. Au reste, au
-sujet de l’orage du 17 septembre 1862, j’ai
-noté l’entrefilet suivant dans le numéro du
-vendredi 18, du « <span lang="nl" xml:lang="nl">Rotterdamsche courant</span> ». — Je
-traduis : « Hier, vers 6 heures du
-soir, la goélette anglaise, « <span lang="en" xml:lang="en">The faithfull
-Helen</span> », capitaine Milford de Goole, a
-rompu ses amarres, sous la violence du
-vent, et est allée échouer au « <span lang="nl" xml:lang="nl">Willems
-Kade</span> », après avoir abordé une « <span lang="nl" xml:lang="nl">tjalk</span> »
-de Vlissingen. Ces dégâts sont insignifiants. »</p>
-
-<p>Il reste un dernier « <span lang="la" xml:lang="la">desideratum</span> ». J’ai
-trouvé dans les papiers de famille envoyés
-à Salem, une quittance signée de la main du
-peintre belge, François-Joseph Navez, qui
-doit avoir peint le portrait de ma mère
-entre les années 1859 et 1860. Ce portrait
-a été vendu pour une somme de 12 florins,
-lors de la liquidation. Or, « il m’importerait
-extrêmement de retrouver ses traces »,
-et c’est pourquoi je supplie tous ceux qui
-seraient à même de donner quelque indice
-à ce sujet, et en général au sujet de tous
-les « <span lang="la" xml:lang="la">desiderata</span> » de cet éclaircissement,
-de vouloir adresser leurs renseignements
-à « M. Balfour Stuwart, <span lang="en" xml:lang="en">president of the
-Society of psychical inquiries, 75, Catherine
-street, strand, London</span> », qui se chargera
-de me les transmettre. Ils rendront ainsi
-service à une science nouvelle (car on sait
-à quelles découvertes pourrait mener
-l’éducation de cette faculté spéciale de la
-mémoire, en l’appliquant, par exemple, à
-la période embryonnaire, et même préembryonnaire)
-et à une âme inquiète
-qui a consacré sa vie à
-la solution de ces
-problèmes.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="narrow noindent top4em">Ici finissent les « Deux Contes »,
-de Maurice Maeterlinck ; l’un : « Le
-massacre des Innocents », commençant
-à la page V, l’autre : « Onirologie »,
-à la page XXXVII ; tous
-deux précédés d’une note de
-l’éditeur et d’un avis
-de l’auteur.</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="noindent narrow top4em">Ce livre, le sixième de la collection des « Variétés
-littéraires », a été établi par Ad. van Bever ;
-tiré à mille deux cents exemplaires, soit XXV exemplaires,
-sur vieux Japon impérial, dont V hors commerce, numérotés
-de I à XX et de XXI à XXV ; XXV exemplaires sur
-Chine, numérotés de XXVI à L ; et MCL exemplaires sur
-papier des manufactures de Rives (dont L hors commerce),
-numérotés de LI à MCL et de MCLI à MCC, le présent
-ouvrage a été achevé d’imprimer, en gothique française,
-par Paul Hérissey, imprimeur à Évreux, le XV août
-MCMXVIII ; les ornements typographiques ont
-été dessinés et gravés sur bois par Louis Jou.</p>
-
-
-
-<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK DEUX CONTES ***</div>
-<div style='text-align:left'>
-
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-</div>
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-</div>
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-</div>
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-or any Project Gutenberg&#8482; work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg&#8482; work, and (c) any
-Defect you cause.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg&#8482;
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg&#8482;&#8217;s
-goals and ensuring that the Project Gutenberg&#8482; collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg&#8482; and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation&#8217;s EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state&#8217;s laws.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation&#8217;s business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation&#8217;s website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; depends upon and cannot survive without widespread
-public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
-visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 5. General Information About Project Gutenberg&#8482; electronic works
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg&#8482; concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg&#8482; eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Most people start at our website which has the main PG search
-facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This website includes information about Project Gutenberg&#8482;,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-</div>
-
-</div>