diff options
| -rw-r--r-- | .gitattributes | 4 | ||||
| -rw-r--r-- | LICENSE.txt | 11 | ||||
| -rw-r--r-- | README.md | 2 | ||||
| -rw-r--r-- | old/66978-0.txt | 1937 | ||||
| -rw-r--r-- | old/66978-0.zip | bin | 42955 -> 0 bytes | |||
| -rw-r--r-- | old/66978-h.zip | bin | 107986 -> 0 bytes | |||
| -rw-r--r-- | old/66978-h/66978-h.htm | 2758 | ||||
| -rw-r--r-- | old/66978-h/images/cover.jpg | bin | 53395 -> 0 bytes | |||
| -rw-r--r-- | old/66978-h/images/jouaust.png | bin | 8185 -> 0 bytes |
9 files changed, 17 insertions, 4695 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..d7b82bc --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,4 @@ +*.txt text eol=lf +*.htm text eol=lf +*.html text eol=lf +*.md text eol=lf diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize +this eBook outside of the United States should confirm copyright +status under the laws that apply to them. diff --git a/README.md b/README.md new file mode 100644 index 0000000..a52f5ab --- /dev/null +++ b/README.md @@ -0,0 +1,2 @@ +Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for +eBook #66978 (https://www.gutenberg.org/ebooks/66978) diff --git a/old/66978-0.txt b/old/66978-0.txt deleted file mode 100644 index 9b82e94..0000000 --- a/old/66978-0.txt +++ /dev/null @@ -1,1937 +0,0 @@ -The Project Gutenberg eBook of Lettres portugaises, by Mariana Alcoforado - -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and -most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms -of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you -will have to check the laws of the country where you are located before -using this eBook. - -Title: Lettres portugaises - Publiées sur l'édition originale avec une notice préliminaire - par Alexandre Piedagnel - -Author: Mariana Alcoforado - -Editor: Alexandre Piedagnel - -Release Date: December 20, 2021 [eBook #66978] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -Produced by: René Galluvot (This file was produced from images generously - made available by The Internet Archive/Canadian Libraries) - -*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PORTUGAISES *** - - - - - - LETTRES - PORTUGAISES - - Publiées sur l’édition originale - AVEC UNE NOTICE PRÉLIMINAIRE - PAR - ALEXANDRE PIEDAGNEL - - - PARIS - LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES - Rue Saint-Honoré, 338 - - M DCCC LXXVI - - - - -TIRAGE A PETIT NOMBRE - -Il a été fait un tirage spécial de: - - 30 exemplaires sur papier de Chine (Nºs 1 à 30). - 30 -- sur papier Whatman (Nºs 31 à 60). - -- - 60 exemplaires, numérotés. - - - - -NOTICE - -SUR LA RELIGIEUSE PORTUGAISE - - -Vers 1663, il entra dans la politique de Louis XIV de secourir le -Portugal contre l’Espagne, mais il le secourut indirectement; on fournit -sous main des subsides, on favorisa des levées, une foule de volontaires -y coururent. Entre cette petite armée, commandée par Schomberg, et la -pauvre armée espagnole qui lui disputait le terrain, il y eut là, chaque -été, bien des marches et des contre-marches et peu de résultats, bien -des escarmouches et des petits combats, parmi lesquels, je crois, une -victoire. Qui donc s’en soucie aujourd’hui? Mais le lecteur curieux qui -ne veut que son charme ne peut s’empêcher de dire que tout cela a été -bon, puisque les LETTRES DE LA RELIGIEUSE PORTUGAISE en devaient -naître[1].» - - [1] Sainte-Beuve, _Notice sur Mlle Aïssé_. - - * * * * * - -Cette guerre, qui dura jusqu’en 1668, et dans laquelle triompha le -Portugal, est, en effet, bien oubliée! Les LETTRES PORTUGAISES, au -contraire, ont eu depuis lors vingt éditions, et leur grand succès ne -semble point épuisé. Évidemment, cela tient surtout à l’accent de -sincérité de l’auteur. La pauvre religieuse de Beja a peint avec tant de -chaleur, avec une émotion si communicative, l’état de son cœur blessé, -ses défaillances, ses espoirs éphémères, sa passion persistante, ses -déceptions nombreuses et si cruelles, ses colères si légitimes, que l’on -relit volontiers une correspondance dont les pages, ardentes et -touchantes à la fois, restent jeunes parce qu’elles sont absolument -vraies. - -Ce qui augmente encore le charme des lettres de Marianna Alcaforado, -c’est que l’on reconnaît sans peine qu’elles ne furent pas écrites en -vue d’une publication. Oh, non! ces élans, ces tristesses, ces aveux, -ces plaintes amères, n’ont rien d’apprêté. Ce sont les cris d’une âme -loyale et tendre, et le lecteur s’intéresse bien vite à tant d’amour -mêlé à tant de désespoirs! - - * * * * * - -Quelques lignes suffiront pour résumer le drame intime qui a donné lieu -aux LETTRES PORTUGAISES. - -En 1661, Noël Bouton de Chamilly, comte de Saint-Léger (plus tard -marquis de Chamilly), prit du service en Portugal. Il était alors âgé de -vingt-cinq ans[2].--A la même époque, un couvent de la ville de Beja, -dans la province d’Alentejo, abritait la religieuse franciscaine dont le -jeune capitaine français devait, hélas! troubler si profondément la vie. - - [2] Né le 6 avril 1636, il mourut le 8 janvier 1715. - -Notre héroïne, qui appartenait à l’une des meilleures familles du pays, -a raconté elle-même que ce fut du haut d’un balcon de son couvent -qu’elle vit pour la première fois M. de Chamilly, et un critique -très-érudit, M. Eugène Asse, a eu, croyons-nous, raison de penser -qu’elle l’aperçut sans doute à l’occasion d’une sorte de revue ou -d’entrée triomphale, à Beja, des troupes franco-portugaises. - -Quoi qu’il en soit, M. de Chamilly, ayant de son côté remarqué la -charmante religieuse, pénétra dans le couvent à plusieurs reprises; il -sut se faire écouter de l’infortunée Marianna, qui, jusqu’à sa dernière -heure, chercha vainement à maudire le brillant officier dont l’abandon, -si brusque et si complet, avait brisé son cœur trop confiant. - -Ajoutons que le marquis de Chamilly épousa, en 1677, la fille de -Jean-Jacques du Bouchet, seigneur de Villefix,--sans se préoccuper le -moins du monde de la religieuse de Beja;--et qu’il devint, en 1703, -maréchal de France, «en récompense de ses glorieux services». - - * * * * * - -Il n’y a là rien, après tout, de bien neuf ni de fort original!--Un -officier, élégant et noble, a occupé ses loisirs, dans une petite ville, -à séduire une jeune fille crédule et d’une rare beauté. Puis, s’étant -empressé d’oublier ses serments, dès son départ du pays, il s’est marié -sagement à une riche héritière. Quoi de plus naturel? Cela ne se voit-il -pas tous les jours? - -Et comme, en dehors de ce _péché de jeunesse_, le maréchal de Chamilly, -vaillant homme de guerre, n’a eu aucune faute grave à se reprocher, ses -contemporains, Saint-Simon en tête, ont été d’accord pour lui rendre -hommage: «C’était le meilleur homme du monde, le plus brave et le plus -plein d’honneur.» - - * * * * * - -Voilà qui est dit à merveille! Heureusement, pour venger la mémoire de -Marianna, les femmes se sont liguées, et pas une lectrice n’a pardonné -encore au marquis de Chamilly ses mensonges amoureux et sa coupable -légèreté,--disons mieux: sa trahison! - -Il faut lire avec attention ces lettres neuves et éloquentes, à cause de -leur simplicité même. Que d’exquise tendresse, que de douleur profonde; -et aussi, comme au souvenir des douces heures--à jamais disparues,--la -pauvre délaissée se ranime d’une façon touchante, oubliant soudain, pour -un instant trop court, l’ingratitude, la perfidie de son amant! - -Amour, regrets: voilà tout ce petit livre,--qui ne mourra pas, car il -est imprégné d’un suave parfum de jeunesse, de passion et de larmes -sincères. - -ALEXANDRE PIEDAGNEL. - - - - -NOTE BIBLIOGRAPHIQUE - - -La première édition des _Lettres portugaises_ parut chez Claude Barbin, -en 1669. Elle contenait les cinq lettres véritables, débordantes de -passion et de la douleur causée par l’abandon. M. Eugène Asse a remarqué -judicieusement que l’_achevé d’imprimer_, qui porte la date du 4 janvier -1669, et _le privilége_, qui est du 28 octobre 1668, prouvent que la -traduction fut faite et livrée au libraire vers le milieu de l’année -1668, c’est-à-dire presque aussitôt après le retour en France du marquis -de Chamilly. «Évidemment, ajoute M. Asse, les lettres de la pauvre -Marianna furent montrées par leur possesseur comme un de ces trophées, -ou tout au moins comme un de ces souvenirs qu’on rapporte d’un pays -étranger.» Cependant l’incognito fut complet. C’est seulement dans -l’édition de 1690 que l’on indique, pour la première fois, le nom du -destinataire et celui du traducteur, Guilleragues[3]. Quant au nom de -l’héroïne, qui fut découvert par le savant Boissonade, en 1810, il n’a -figuré sur aucune édition de l’ouvrage. - - [3] Pierre Girardin de Guilleragues, premier président de la Cour des - Aides de Bordeaux, assez maltraité par Saint-Simon: «Guilleragues - n’étoit autre qu’un Gascon gourmand, plaisant, de beaucoup d’esprit, - d’excellente compagnie, qui avait des amis et qui vivoit à leurs - dépens, parce qu’il avoit tout fricassé, et encore étoit-ce à qui - l’auroit. Il avoit été intime de Mme Scarron, qui ne l’oublia pas - dans sa fortune, et qui lui procura l’ambassade de Constantinople - (en 1679) pour se remplumer. Mais il y trouva, comme ailleurs, moyen - de tout manger.» - -Voyant le vif succès des cinq premières lettres, Barbin, sous le titre -de _Seconde partie_, s’empressa (en 1669 également) d’en publier sept -autres, non plus d’une religieuse, mais d’une _Dame portugaise_, et dont -la note dominante est la coquetterie unie au dépit amoureux. - -Ces dernières lettres, que nous publions à titre de curiosité -littéraire, sont de pure invention.--De nombreuses _Réponses_--toutes -apocryphes--parurent ensuite. Elles n’offrent qu’un intérêt -très-secondaire. - -Notre intention, tout d’abord, était de reproduire, dans cette -réimpression, l’orthographe du temps. Mais la première et la seconde -partie des _Lettres portugaises_, bien qu’imprimées la même année, chez -le même Claude Barbin, présentent deux systèmes orthographiques -tellement différents que nous n’avons ni su auquel donner la préférence, -ni pu les réduire en un seul. Il nous a donc semblé à propos, pour cette -fois, d’adopter l’orthographe moderne, tout en nous conformant -rigoureusement au texte de l’édition originale. - -A. P. - - - - -PREMIÈRE PARTIE - - - - -AU LECTEUR - - -J’ai trouvé les moyens, avec beaucoup de soin et de peine, de recouvrer -une copie correcte de la traduction de cinq Lettres Portugaises qui ont -été écrites à un gentilhomme de qualité qui servoit en Portugal. J’ai vu -tous ceux qui se connoissent en sentimens ou les louer, ou les chercher -avec tant d’empressement que j’ai cru que je leur ferois un singulier -plaisir de les imprimer. Je ne sais point le nom de celui auquel on les -a écrites, ni de celui qui en a fait la traduction; mais il m’a semblé -que je ne devois pas leur déplaire en les rendant publiques. Il est -difficile qu’elles n’eussent, enfin, paru avec des fautes d’impression -qui les eussent défigurées. - - - - -PREMIÈRE PARTIE - - - - -LETTRE PREMIÈRE - - -Considère, mon amour, jusqu’à quel excès tu as manqué de prévoyance. Ah! -malheureux, tu as été trahi, et tu m’as trahie par des espérances -trompeuses. Une passion sur laquelle tu avois fait tant de projets de -plaisirs ne te cause présentement qu’un mortel désespoir, qui ne peut -être comparé qu’à la cruauté de l’absence qui le cause. Quoi! cette -absence, à laquelle ma douleur, tout ingénieuse qu’elle est, ne peut -donner un nom assez funeste, me privera donc pour toujours de regarder -ces yeux, dans lesquels je voyois tant d’amour, et qui me faisoient -connoître des mouvemens qui me combloient de joie, qui me tenoient lieu -de toutes choses, et qui enfin me suffisoient? Hélas! les miens sont -privés de la seule lumière qui les animoit, il ne leur reste que des -larmes, et je ne les ai employés à aucun usage qu’à pleurer sans cesse, -depuis que j’appris que vous étiez enfin résolu à un éloignement qui -m’est si insupportable qu’il me fera mourir en peu de temps. Cependant -il me semble que j’ai quelque attachement pour des malheurs dont vous -êtes la seule cause: Je vous ai destiné ma vie aussitôt que je vous ai -vu; et je sens quelque plaisir en vous la sacrifiant. J’envoie mille -fois le jour mes soupirs vers vous, ils vous cherchent en tous lieux, et -ils ne me rapportent pour toute récompense de tant d’inquiétudes qu’un -avertissement trop sincère que me donne ma mauvaise fortune, qui a la -cruauté de ne souffrir pas que je me flatte, et qui me dit à tous -moments: Cesse, cesse, Mariane infortunée, de te consumer vainement, et -de chercher un amant que tu ne verras jamais, qui a passé les mers pour -te fuir, qui est en France au milieu des plaisirs, qui ne pense pas un -seul moment à tes douleurs, et qui te dispense de tous ces transports, -desquels il ne te sait aucun gré? Mais non, je ne puis me résoudre à -juger si injurieusement de vous, et je suis trop intéressée à vous -justifier. Je ne veux point m’imaginer que vous m’avez oubliée. Ne -suis-je pas assez malheureuse, sans me tourmenter par de faux soupçons? -Et pourquoi ferois-je des efforts pour ne me plus souvenir de tous les -soins que vous avez pris de me témoigner de l’amour? J’ai été si charmée -de tous ces soins, que je serois bien ingrate si je ne vous aimois avec -les mêmes emportemens que ma passion me donnoit quand je jouissois des -témoignages de la vôtre. Comment se peut-il faire que les souvenirs de -momens si agréables soient devenus si cruels? et faut-il que contre leur -nature ils ne servent qu’à tyranniser mon cœur? Hélas! votre dernière -lettre le réduisit en un étrange état: il eut des mouvemens si -sensibles, qu’il fit, ce semble, des efforts pour se séparer de moi et -pour vous aller trouver. Je fus si accablée de toutes ces émotions -violentes, que je demeurai plus de trois heures abandonnée de tous mes -sens. Je me défendis de revenir à une vie que je dois perdre pour vous, -puisque je ne puis la conserver pour vous. Je revis enfin, malgré moi, -la lumière; je me flattois de sentir que je mourois d’amour; et -d’ailleurs j’étois bien aise de n’être plus exposée à voir mon cœur -déchiré par la douleur de votre absence. Après ces accidens, j’ai eu -beaucoup de différentes indispositions; mais puis-je jamais être sans -maux tant que je ne vous verrai pas? Je les supporte cependant sans -murmurer, puisqu’ils viennent de vous. Quoi? est-ce là la récompense, -que vous me donnez pour vous avoir si tendrement aimé? Mais il -n’importe, je suis résolue à vous adorer toute ma vie, et à ne voir -jamais personne; et je vous assure que vous ferez bien aussi de n’aimer -personne. Pourriez-vous être content d’une passion moins ardente que la -mienne? Vous trouverez peut-être plus de beauté (vous m’avez pourtant -dit autrefois que j’étois assez belle), mais vous ne trouverez jamais -tant d’amour, et tout le reste n’est rien. Ne remplissez plus vos -lettres de choses inutiles, et ne m’écrivez plus de me souvenir de vous. -Je ne puis vous oublier, et je n’oublie pas aussi que vous m’avez fait -espérer que vous viendrez passer quelque temps avec moi. Hélas! pourquoi -n’y voulez-vous pas passer toute votre vie? S’il m’étoit possible de -sortir de ce malheureux cloître, je n’attendrois pas en Portugal l’effet -de vos promesses: j’irois, sans garder aucune mesure, vous chercher, -vous suivre, et vous aimer par tout le monde; je n’ose me flatter que -cela puisse être, je ne veux point nourrir une espérance qui me -donneroit assurément quelque plaisir, et je ne veux plus être sensible -qu’aux douleurs. J’avoue cependant que l’occasion que mon frère m’a -donnée de vous écrire a surpris en moi quelques mouvemens de joie, et -qu’elle a suspendu pour un moment le désespoir où je suis. Je vous -conjure de me dire pourquoi vous vous êtes attaché à m’enchanter comme -vous avez fait, puisque vous saviez bien que vous deviez m’abandonner? -Et pourquoi avez-vous été si acharné à me rendre malheureuse? que ne me -laissiez-vous en repos dans mon cloître? Vous avois-je fait quelque -injure? Mais je vous demande pardon: je ne vous impute rien; je ne suis -pas en état de penser à ma vengeance, et j’accuse seulement la rigueur -de mon destin. Il me semble qu’en nous séparant, il nous a fait tout le -mal que nous pouvions craindre. Il ne sauroit séparer nos cœurs: l’amour -qui est plus puissant que lui les a unis pour toute notre vie. Si vous -prenez quelque intérêt à la mienne, écrivez-moi souvent. Je mérite bien -que vous preniez quelque soin de m’apprendre l’état de votre cœur et de -votre fortune. Surtout venez me voir. Adieu, je ne puis quitter ce -papier; il tombera entre vos mains; je voudrois bien avoir le même -bonheur. Hélas! insensée que je suis! je m’aperçois que cela n’est pas -possible. Adieu, je n’en puis plus. Adieu, aimez-moi toujours, et -faites-moi souffrir encore plus de maux. - - - - -LETTRE II - - -Il me semble que je fais le plus grand tort du monde aux sentimens de -mon cœur, de tâcher de vous les faire connoître en vous les écrivant. -Que je serois heureuse si vous en pouviez bien juger par la violence des -vôtres! mais je ne dois pas m’en rapporter à vous, et je ne puis -m’empêcher de vous dire, bien moins vivement que je ne le sens, que vous -ne devriez pas me maltraiter, comme vous faites, par un oubli qui me met -au désespoir, et qui est même honteux pour vous. Il est bien juste, au -moins, que vous souffriez que je me plaigne des malheurs que j’avois -bien prévus quand je vous vis résolu de me quitter. Je connois bien que -je me suis abusée, lorsque j’ai pensé que vous auriez un procédé de -meilleure foi qu’on n’a accoutumé d’avoir, parce que l’excès de mon -amour me mettoit, ce semble, au-dessus de toutes sortes de soupçons, et -qu’il méritoit plus de fidélité qu’on n’en trouve d’ordinaire. Mais la -disposition que vous avez à me trahir l’emporte enfin sur la justice que -vous devez à tout ce que j’ai fait pour vous. Je ne laisserois pas -d’être bien malheureuse, si vous ne m’aimiez que parce que je vous aime, -et je voudrois tout devoir à votre seule inclination; mais je suis si -éloignée d’être en cet état, que je n’ai pas reçu une seule lettre de -vous depuis six mois. J’attribue tout ce malheur à l’aveuglement avec -lequel je me suis abandonnée à m’attacher à vous. Ne devois-je pas -prévoir que mes plaisirs finiroient plutôt que mon amour? Pouvois-je -espérer que vous demeureriez toute votre vie en Portugal, et que vous -renonceriez à votre fortune et à votre pays pour ne penser qu’à moi? Mes -douleurs ne peuvent recevoir aucun soulagement, et le souvenir de mes -plaisirs me comble de désespoir. Quoi! tous mes désirs seront donc -inutiles! et je ne vous verrai jamais en ma chambre avec toute l’ardeur -et tout l’emportement que vous me faisiez voir! Mais, hélas! je m’abuse, -et je ne connois que trop que tous les mouvemens qui occupoient ma tête -et mon cœur n’étoient excités en vous que par quelques plaisirs, et -qu’ils finissoient aussitôt qu’eux. Il falloit que, dans ces momens trop -heureux, j’appelasse ma raison à mon secours pour modérer l’excès -funeste de mes délices, et pour m’annoncer tout ce que je souffre -présentement; mais je me donnois toute à vous, et je n’étois pas en état -de penser à ce qui eût pu empoisonner ma joie, et m’empêcher de jouir -pleinement des témoignages ardens de votre passion. Je m’apercevois trop -agréablement que j’étois avec vous, pour penser que vous seriez un jour -éloigné de moi. Je me souviens pourtant de vous avoir dit quelquefois -que vous me rendriez malheureuse; mais ces frayeurs étoient bientôt -dissipées, et je prenois plaisir à vous les sacrifier, et à m’abandonner -à l’enchantement et à la mauvaise foi de vos protestations. Je vois bien -le remède à tous mes maux, et j’en serois bientôt délivrée si je ne vous -aimois plus. Mais, hélas! quel remède! Non, j’aime mieux souffrir encore -davantage que vous oublier. Hélas! cela dépend-il de moi? Je ne puis me -reprocher d’avoir souhaité un seul moment de ne vous plus aimer. Vous -êtes plus à plaindre que je ne suis, et il vaut mieux souffrir tout ce -que je souffre que de jouir des plaisirs languissans que vous donnent -vos maîtresses de France. Je n’envie point votre indifférence, et vous -me faites pitié. Je vous défie de m’oublier entièrement. Je me flatte de -vous avoir mis en état de n’avoir sans moi que des plaisirs imparfaits; -et je suis plus heureuse que vous, puisque je suis plus occupée. L’on -m’a fait depuis peu portière en ce couvent; tous ceux qui me parlent -croient que je suis folle; je ne sais ce que je leur réponds; et il faut -que les religieuses soient aussi insensées que moi pour m’avoir cru -capable de quelques soins. Ah! j’envie le bonheur d’Emmanuel et de -Francisque[4]. Pourquoi ne suis-je pas incessamment avec vous, comme -eux? Je vous aurois suivi, et je vous aurois assurément servi de -meilleur cœur. Je ne souhaite rien en ce monde que vous voir. Au moins -souvenez-vous de moi! je me contente de votre souvenir, mais je n’ose -m’en assurer. Je ne bornois pas mes espérances à votre souvenir quand je -vous voyois tous les jours; mais vous m’avez bien appris qu’il faut que -je me soumette à tout ce que vous voudrez. Cependant je ne me repens -point de vous avoir adoré; je suis bien aise que vous m’ayez séduite; -votre absence rigoureuse, et peut-être éternelle, ne diminue en rien -l’emportement de mon amour; je veux que tout le monde le sache; je n’en -fais point un mystère, et je suis ravie d’avoir fait tout ce que j’ai -fait pour vous contre toute sorte de bienséance. Je ne mets plus mon -honneur et ma religion qu’à vous aimer éperdument toute ma vie, puisque -j’ai commencé à vous aimer. Je ne vous dis point toutes ces choses pour -vous obliger à m’écrire. Ah! ne vous contraignez point, je ne veux de -vous que ce qui viendra de votre mouvement, et je refuse tous les -témoignages de votre amour dont vous pourriez vous empêcher. J’aurai du -plaisir à vous excuser, parce que vous aurez peut-être du plaisir à ne -pas prendre la peine de m’écrire; et je sens une profonde disposition à -vous pardonner toutes vos fautes. Un officier français a eu la charité -de me parler ce matin plus de trois heures de vous, il m’a dit que la -paix de France étoit faite[5]. Si cela est, ne pourriez-vous pas me -venir voir et m’emmener en France? Mais je ne le mérite pas. Faites tout -ce qu’il vous plaira; mon amour ne dépend plus de la manière dont vous -me traiterez. Depuis que vous êtes parti, je n’ai pas eu un seul moment -de santé, et je n’ai aucun plaisir qu’en nommant votre nom mille fois le -jour. Quelques religieuses qui savent l’état déplorable où vous m’avez -plongée me parlent de vous fort souvent. Je sors le moins qu’il m’est -possible de ma chambre, où vous êtes venu me voir tant de fois, et je -regarde sans cesse votre portrait, qui m’est mille fois plus cher que ma -vie. Il me donne quelque plaisir, mais il me donne aussi bien de la -douleur, lorsque je ne vous reverrai peut-être jamais. Pourquoi faut-il -qu’il soit possible que je ne vous verrai peut-être jamais? M’avez-vous -pour toujours abandonnée? Je suis au désespoir. Votre pauvre Mariane -n’en peut plus, elle s’évanouit en finissant cette lettre. Adieu, adieu, -ayez pitié de moi. - - - - -LETTRE III - - -Qu’est-ce que je deviendrai? Et qu’est-ce que vous voulez que je fasse? -Je me trouve bien éloignée de tout ce que j’avois prévu: j’espérois que -vous m’écririez de tous les endroits où vous passeriez, et que vos -lettres seroient fort longues; que vous soutiendriez ma passion par -l’espérance de vous revoir; qu’une entière confiance en votre fidélité -me donneroit quelque sorte de repos, et que je demeurerois cependant -dans un état assez supportable, sans d’extrêmes douleurs. J’avois même -pensé à quelques foibles projets de faire tous les efforts dont je -serois capable pour me guérir, si je pouvois connoître bien certainement -que vous m’eussiez tout à fait oubliée. Votre éloignement, quelques -mouvemens de dévotion, la crainte de ruiner entièrement le reste de ma -santé par tant de veilles et par tant d’inquiétudes, le peu d’apparence -de votre retour, la froideur de votre passion et de vos derniers adieux, -votre départ fondé sur d’assez méchants prétextes, et mille autres -raisons, qui ne sont que trop bonnes et que trop inutiles, sembloient me -promettre un secours assez assuré, s’il me devenoit nécessaire. N’ayant -enfin à combattre que contre moi-même, je ne pouvois jamais me défier de -toutes les foiblesses, ni appréhender tout ce que je souffre -aujourd’hui. Hélas que je suis à plaindre de ne partager pas mes -douleurs avec vous et d’être toute seule malheureuse! Cette pensée me -tue, et je meurs de frayeur que vous n’ayez jamais été extrêmement -sensible à tous nos plaisirs. Oui, je connois présentement la mauvaise -foi de tous vos mouvemens: vous m’avez trahie toutes les fois que vous -m’avez dit que vous étiez ravi d’être seul avec moi. Je ne dois qu’à mes -importunités vos empressemens et vos transports; vous aviez fait de -sang-froid un dessein de m’enflammer; vous n’avez regardé ma passion que -comme une victoire, et votre cœur n’en a jamais été profondément touché. -N’êtes-vous pas bien malheureux, et n’avez-vous pas bien peu de -délicatesse de n’avoir su profiter qu’en cette manière de mes -emportemens? Et comment est-il possible qu’avec tant d’amour je n’aie pu -vous rendre tout à fait heureux? Je regrette, pour l’amour de vous -seulement, les plaisirs infinis que vous avez perdus. Faut-il que vous -n’ayez pas voulu en jouir? Ah! si vous les connoissiez, vous trouveriez -sans doute qu’ils sont plus sensibles que celui de m’avoir abusée; et -vous auriez éprouvé qu’on est beaucoup plus heureux, et qu’on sent -quelque chose de bien plus touchant quand on aime violemment que -lorsqu’on est aimé. Je ne sais ni ce que je suis, ni ce que je fais, ni -ce que je désire; je suis déchirée par mille mouvemens contraires. -Peut-on s’imaginer un état si déplorable? Je vous aime éperdument, et je -vous ménage assez pour n’oser, peut-être, souhaiter que vous soyez agité -des mêmes transports. Je me tuerois, ou je mourrois de douleurs sans me -tuer, si j’étois assurée que vous n’avez jamais aucun repos, que votre -vie n’est que trouble et qu’agitation, que vous pleurez sans cesse, et -que tout vous est odieux. Je ne puis suffire à mes maux; comment -pourrois-je supporter la douleur que me donneroient les vôtres, qui me -seroient mille fois plus sensibles. Cependant je ne puis aussi me -résoudre à désirer que vous ne pensiez point à moi; et, à vous parler -sincèrement, je suis jalouse avec fureur de tout ce qui vous donne de la -joie, et qui touche votre cœur et votre goût en France. Je ne sais -pourquoi je vous écris. Je vois bien que vous aurez seulement pitié de -moi, et je ne veux point de votre pitié. J’ai bien du dépit contre -moi-même, quand je fais réflexion sur tout ce que je vous ai sacrifié. -J’ai perdu ma réputation; je me suis exposée à la fureur de mes parens, -à la sévérité des lois de ce pays contre les religieuses, et à votre -ingratitude, qui me paroît le plus grand de tous les malheurs. Cependant -je sens bien que mes remords ne sont pas véritables, que je voudrois, du -meilleur de mon cœur, avoir couru pour l’amour de vous de plus grands -dangers, et que j’ai un plaisir funeste d’avoir hasardé ma vie et mon -honneur. Tout ce que j’ai de plus précieux ne devoit-il pas être en -votre disposition? Et ne dois-je pas être bien aise de l’avoir employé -comme j’ai fait? Il me semble même que je ne suis guère contente, ni de -mes douleurs, ni de l’excès de mon amour, quoique je ne puisse, hélas! -me flatter assez pour être contente de vous. Je vis, infidèle que je -suis, et je fais autant de choses pour conserver ma vie que pour la -perdre! Ah! j’en meurs de honte; mon désespoir n’est donc que dans mes -lettres? Si je vous aimois autant que je vous l’ai dit mille fois, ne -serois-je pas morte il y a longtemps! Je vous ai trompé; c’est à vous à -vous plaindre de moi. Hélas! pourquoi ne vous en plaignez-vous pas? Je -vous ai vu partir, je ne puis espérer de vous voir jamais de retour; et -je respire cependant! Je vous ai trahi, je vous en demande pardon, mais -ne me l’accordez pas. Traitez-moi sévèrement; ne trouvez point que mes -sentimens soient assez violens; soyez plus difficile à contenter; -mandez-moi que vous voulez que je meure d’amour pour vous; et je vous -conjure de me donner ce secours, afin que je surmonte la foiblesse de -mon sexe, et que je finisse toutes mes irrésolutions par un véritable -désespoir. Une fin tragique vous obligeroit sans doute à penser souvent -à moi; ma mémoire vous seroit chère, et vous seriez peut-être -sensiblement touché d’une mort extraordinaire. Ne vaut-elle pas mieux -que l’état où vous m’avez réduite? Adieu, je voudrois bien ne vous avoir -jamais vu. Ah! je sens vivement la fausseté de ce sentiment, et je -connois, dans le moment que je vous écris, que j’aime bien mieux être -malheureuse en vous aimant que de ne vous avoir jamais vu. Je consens -donc sans murmure à ma mauvaise destinée, puisque vous n’avez pas voulu -la rendre meilleure. Adieu, promettez-moi de me regretter tendrement, si -je meurs de douleur, et qu’au moins la violence de ma passion vous donne -du dégoût et l’éloignement pour toutes choses. Cette consolation me -suffira, et s’il faut que je vous abandonne pour toujours, je voudrois -bien ne vous laisser pas à une autre. Ne seriez-vous pas bien cruel de -vous servir de mon désespoir pour vous rendre plus aimable, et pour -faire voir que vous avez donné la plus grande passion du monde? Adieu -encore une fois. Je vous écris des lettres trop longues: je n’ai pas -assez d’égard pour vous; je vous en demande pardon, et j’ose espérer que -vous aurez quelque indulgence pour une pauvre insensée, qui ne l’étoit -pas, comme vous savez, avant qu’elle vous aimât. Adieu. Il me semble que -je vous parle trop souvent de l’état insupportable où je suis; cependant -je vous remercie dans le fonds de mon cœur du désespoir que vous me -causez, et je déteste la tranquillité où j’ai vécu avant que je vous -connusse. Adieu; ma passion augmente à chaque moment. Ah! que j’ai de -choses à vous dire! - - - - -LETTRE IV - - -Votre Lieutenant vient de me dire qu’une tempête vous a obligé de -relâcher au royaume d’Algarve. Je crains que vous n’ayez beaucoup -souffert sur la mer, et cette appréhension m’a tellement occupée que je -n’ai plus pensé à tous mes maux. Êtes-vous bien persuadé que votre -lieutenant prenne plus de part que moi à tout ce qui vous arrive? -Pourquoi en est-il mieux informé, et enfin pourquoi ne m’avez-vous point -écrit? Je suis bien malheureuse si vous n’en avez trouvé aucune occasion -depuis votre départ, et je la suis bien davantage si vous en avez trouvé -sans m’écrire! Votre injustice et votre ingratitude sont extrêmes, mais -je serois au désespoir si elles vous attiroient quelque malheur, et -j’aime beaucoup mieux qu’elles demeurent sans punition que si j’en étois -vengée. Je résiste à toutes les apparences qui me devroient persuader -que vous ne m’aimez guère, et je sens bien plus de disposition à -m’abandonner aveuglément à ma passion qu’aux raisons que vous me donnez -de me plaindre de votre peu de soin. Que vous m’auriez épargné -d’inquiétudes si votre procédé eût été aussi languissant les premiers -jours que je vous vis qu’il m’a paru depuis quelque temps! Mais qui -n’auroit été abusée comme moi par tant d’empressemens, et à qui -n’eussent-ils pas paru sincères? Qu’on a de peine à se résoudre à -soupçonner longtemps la bonne foi de ceux qu’on aime! Je vois bien que -la moindre excuse vous suffit; et sans que vous preniez le soin de m’en -faire, l’amour que j’ai pour vous vous sert si fidèlement, que je ne -puis consentir à vous trouver coupable que pour jouir du sensible -plaisir de vous justifier moi-même. Vous m’avez consommée par vos -assiduités; vous m’avez enflammée par vos transports; vous m’avez -charmée par vos complaisances; vous m’avez assurée par vos sermens; mon -inclination violente m’a séduite, et les suites de ces commencemens si -agréables, et si heureux ne sont que des larmes, que des soupirs, et -qu’une mort funeste, sans que je puisse y apporter aucun remède. Il est -vrai que j’ai eu des plaisirs bien surprenans en vous aimant, mais ils -me coûtent d’étranges douleurs, et tous les mouvemens que vous me causez -sont extrêmes. Si j’avois résisté avec opiniâtreté à votre amour; si je -vous avois donné quelque sujet de chagrin et de jalousie pour vous -enflammer davantage; si vous aviez remarqué quelque ménagement -artificieux dans ma conduite; si j’avois enfin voulu opposer ma raison à -l’inclination naturelle que j’ai pour vous, dont vous me fîtes bientôt -apercevoir (quoique mes efforts eussent été sans doute inutiles), vous -pourriez me punir sévèrement et vous servir de votre pouvoir; mais vous -me parûtes aimable avant que vous m’eussiez dit que vous m’aimiez; vous -me témoignâtes une grande passion; j’en fus ravie et je m’abandonnai à -vous aimer éperdument. Vous n’étiez point aveuglé comme moi, pourquoi -avez-vous donc souffert que je devinsse en l’état où je me trouve? -Qu’est-ce que vous vouliez faire de tous mes emportemens, qui ne -pouvoient vous être que très-importuns? Vous saviez bien que vous ne -seriez pas toujours en Portugal, et pourquoi m’y avez-vous voulu choisir -pour me rendre si malheureuse? Vous eussiez trouvé sans doute en ce pays -quelque femme qui eût été plus belle, avec laquelle vous eussiez eu -autant de plaisirs, puisque vous n’en cherchiez que de grossiers; qui -vous eût fidèlement aimé aussi longtemps qu’elle vous eût vu; que le -temps eût pu consoler de votre absence, et que vous auriez pu quitter -sans perfidie et sans cruauté. Ce procédé est bien plus d’un tyran -attaché à persécuter que d’un amant qui ne doit penser qu’à plaire. -Hélas! pourquoi exercez-vous tant de rigueur sur un cœur qui est à vous? -Je vois bien que vous êtes aussi facile à vous laisser persuader contre -moi que je l’ai été à me laisser persuader en votre faveur. J’aurois -résisté sans avoir besoin de tout mon amour et sans m’apercevoir que -j’eusse rien fait d’extraordinaire, à de plus grandes raisons que ne -peuvent être celles qui vous ont obligé à me quitter. Elles m’eussent -paru bien foibles, et il n’y en a point qui eussent jamais pu m’arracher -d’auprès de vous; mais vous avez voulu profiter des prétextes que vous -avez trouvés de retourner en France. Un vaisseau partoit. Que ne le -laissiez-vous partir? Votre famille vous avoit écrit. Ne savez-vous pas -toutes les persécutions que j’ai souffertes de la mienne? Votre honneur -vous engageoit à m’abandonner. Ai-je pris quelque soin du mien? Vous -étiez obligé d’aller servir votre Roi. Si tout ce qu’on dit de lui est -vrai, il n’a aucun besoin de votre secours, et il vous auroit excusé. -J’eusse été trop heureuse si nous avions passé notre vie ensemble; mais -puisqu’il falloit qu’une absence cruelle nous séparât, il me semble que -je dois être bien aise de n’avoir pas été infidèle, et je ne voudrois -pas, pour toutes les choses du monde, avoir commis une action si noire. -Quoi! vous avez connu le fond de mon cœur et de ma tendresse, et vous -avez pu vous résoudre à me laisser pour jamais et à m’exposer aux -frayeurs que je dois avoir que vous ne vous souveniez plus de moi que -pour me sacrifier à une nouvelle passion! Je vois bien que je vous aime -comme une folle: cependant je ne me plains point de toute la violence -des mouvemens de mon cœur; je m’accoutume à ses persécutions, et je ne -pourrois vivre sans un plaisir que je découvre et dont je jouis en vous -aimant au milieu de mille douleurs. Mais je suis sans cesse persécutée -avec un extrême désagrément par la haine et par le dégoût que j’ai pour -toutes choses. Ma famille, mes amis et ce couvent me sont -insupportables. Tout ce que je suis obligée de voir et tout ce qu’il -faut que je fasse de toute nécessité m’est odieux. Je suis si jalouse de -ma passion, qu’il me semble que toutes mes actions et que tous mes -devoirs vous regardent. Oui, je fais quelque scrupule si je n’emploie -tous les momens de ma vie pour vous. Que ferois-je, hélas! sans tant de -haine et sans tant d’amour qui remplissent mon cœur? Pourrois-je -survivre à ce qui m’occupe incessamment, pour mener une vie tranquille -et languissante? Ce vide et cette insensibilité ne peuvent me convenir. -Tout le monde s’est aperçu du changement entier de mon humeur, de mes -manières et de ma personne. Ma mère m’en a parlé avec aigreur, et -ensuite avec quelque bonté. Je ne sais ce que je lui ai répondu; il me -semble que je lui ai tout avoué. Les religieuses les plus sévères ont -pitié de l’état où je suis; il leur donne même quelque considération et -quelque ménagement pour moi. Tout le monde est touché de mon amour, et -vous demeurez dans une profonde indifférence, sans m’écrire que des -lettres froides, pleines de redites; la moitié du papier n’est pas -rempli, et il paroît grossièrement que vous mourez d’envie de les avoir -achevées. Dona Brites me persécuta ces jours passés pour me faire sortir -de ma chambre et, croyant me divertir, elle me mena promener sur le -balcon, d’où l’on voit Mertola[6]; je la suivis, et je fus aussitôt -frappée d’un souvenir cruel qui me fit pleurer tout le reste du jour. -Elle me ramena, et je me jetai sur mon lit, où je fis mille réflexions -sur le peu d’apparence que je vois de guérir jamais. Ce qu’on fait pour -me soulager aigrit ma douleur, et je trouve dans les remèdes mêmes des -raisons particulières de m’affliger. Je vous ai vu souvent passer en ce -lieu avec un air qui me charmoit, et j’étois sur ce balcon le jour fatal -que je commençai à sentir les premiers effets de ma passion malheureuse. -Il me sembla que vous vouliez me plaire, quoique vous ne me connussiez -pas; je me persuadois que vous m’aviez remarquée entre toutes celles qui -étoient avec moi. Je m’imaginai que lorsque vous vous arrêtiez, vous -étiez bien aise que je vous visse mieux et j’admirasse votre adresse -lorsque vous poussiez votre cheval. J’étois surprise de quelque frayeur -lorsque vous le faisiez passer dans un endroit difficile; enfin je -m’intéressois secrètement à toutes vos actions. Je sentois bien que vous -ne m’étiez point indifférent, et je prenois pour moi tout ce que vous -faisiez. Vous ne connoissez que trop les suites de ces commencemens, et -quoique je n’aie rien à ménager, je ne dois pas vous les écrire, de -crainte de vous rendre plus coupable, s’il est possible, que vous ne -l’êtes, et d’avoir à me reprocher tant d’efforts inutiles pour vous -obliger à m’être fidèle. Vous ne le serez point. Puis-je espérer de mes -lettres et de mes reproches ce que mon amour et mon abandonnement n’ont -pu sur votre ingratitude? Je suis trop assurée de mon malheur; votre -procédé injuste ne me laisse pas la moindre raison d’en douter, et je -dois tout appréhender, puisque vous m’avez abandonnée. N’aurez-vous de -charmes que pour moi et ne paroîtrez-vous pas agréable à d’autres yeux? -Je crois que je ne serai pas fâchée que les sentimens des autres -justifient les miens en quelque façon, et je voudrois que toutes les -femmes de France vous trouvassent aimable, qu’aucune ne vous aimât et -qu’aucune ne vous plût. Ce projet est ridicule et impossible; néanmoins -j’ai assez éprouvé que vous n’êtes guère capable d’un grand entêtement, -et que vous pourrez bien m’oublier sans aucun secours et sans y être -contraint par une nouvelle passion. Peut-être voudrois-je que vous -eussiez quelque prétexte raisonnable. Il est vrai que je serois plus -malheureuse, mais vous ne seriez pas si coupable. Je vois bien que vous -demeurerez en France sans de grands plaisirs, avec une entière liberté: -la fatigue d’un long voyage, quelque petite bienséance, et la crainte de -ne répondre pas à mes transports vous retiennent. Ah! ne m’appréhendez -point. Je me contenterai de vous voir de temps en temps et de savoir -seulement que nous sommes en même lieu; mais je me flatte peut-être, et -vous serez plus touché de la rigueur et de la sévérité d’une autre que -vous ne l’avez été de mes faveurs. Est-il possible que vous serez -enflammé par de mauvais traitemens? Mais avant que de vous engager dans -une grande passion, pensez bien à l’excès de mes douleurs, à -l’incertitude de mes projets, à la diversité de mes mouvemens, à -l’extravagance de mes lettres, à mes confiances, à mes désespoirs, à mes -souhaits, à ma jalousie. Ah! vous allez vous rendre malheureux; je vous -conjure de profiter de l’état où je suis, et qu’au moins ce que je -souffre pour vous ne vous soit pas inutile. Vous me fîtes, il y a cinq -ou six mois, une fâcheuse confidence, et vous m’avouâtes de trop bonne -foi que vous aviez aimé une dame en votre pays. Si elle vous empêche de -revenir, mandez-le-moi sans ménagement, afin que je ne languisse plus. -Quelque reste d’espérance me soutient encore, et je serois bien aise (si -elle ne doit avoir aucune suite) de la perdre tout à fait et de me -perdre moi-même. Envoyez-moi son portrait avec quelqu’une de ses -lettres, et écrivez-moi tout ce qu’elle vous dit. J’y trouverois -peut-être des raisons de me consoler ou de m’affliger davantage. Je ne -puis demeurer plus longtemps dans l’état où je suis, et il n’y a point -de changement qui ne me soit favorable. Je voudrois aussi avoir le -portrait de votre frère et de votre belle-sœur. Tout ce qui vous est -quelque chose m’est fort cher, et je suis entièrement dévouée à ce qui -vous touche; je ne me suis laissé aucune disposition de moi-même. Il y a -des momens où il me semble que j’aurois assez de soumission pour servir -celle que vous aimez. Vos mauvais traitemens et vos mépris m’ont -tellement abattue que je n’ose quelquefois penser seulement qu’il me -semble que je pourrois être jalouse sans vous déplaire, et que je crois -avoir le plus grand tort du monde de vous faire des reproches. Je suis -souvent convaincue que je ne dois point vous faire voir avec fureur, -comme je fais, des sentimens que vous désavouez. Il y a longtemps qu’un -officier attend votre lettre: j’avois résolu de l’écrire d’une manière à -vous la faire recevoir sans dégoût, mais elle est trop extravagante, il -la faut finir. Hélas! il n’est pas en mon pouvoir de m’y résoudre; il me -semble que je vous parle quand je vous écris, et que vous m’êtes un peu -plus présent. La première ne sera pas si longue ni si importune; vous -pourrez l’ouvrir et la lire sur l’assurance que je vous donne. Il est -vrai que je ne dois point vous parler d’une passion qui vous déplaît, et -je ne vous en parlerai plus. Il y aura un an dans peu de jours que je -m’abandonnai toute à vous, sans ménagement. Votre passion me paroissoit -fort ardente et fort sincère, et je n’eusse jamais pensé que mes faveurs -vous eussent assez rebuté pour vous obliger à faire cinq cens lieues et -à vous exposer à des naufrages pour vous en éloigner: personne ne -m’étoit redevable d’un pareil traitement. Vous pouvez vous souvenir de -ma pudeur, de ma confusion et de mon désordre; mais vous ne vous -souvenez pas de ce qui vous engageroit à m’aimer malgré vous. L’officier -qui doit vous porter cette lettre me mande pour la quatrième fois qu’il -veut partir. Qu’il est pressant! il abandonne sans doute quelque -malheureuse en ce pays. Adieu, j’ai plus de peine à finir ma lettre que -vous n’en avez eu à me quitter, peut-être pour toujours. Adieu, je n’ose -vous donner mille noms de tendresse ni m’abandonner sans contrainte à -tous mes mouvemens. Je vous aime mille fois plus que ma vie, et mille -fois plus que je ne pense. Que vous m’êtes cher, et que vous m’êtes -cruel! vous ne m’écrivez point: je n’ai pu m’empêcher de vous dire -encore cela. Je vais recommencer, et l’officier partira. Qu’importe, -qu’il parte! J’écris plus pour moi que pour vous: je ne cherche qu’à me -soulager. Aussi bien la longueur de ma lettre vous fera peur: vous ne la -lirez point. Qu’est-ce que j’ai fait pour être si malheureuse, et -pourquoi avez-vous empoisonné ma vie? Que ne suis-je née en un autre -pays! Adieu, pardonnez-moi; je n’ose plus vous prier de m’aimer: voyez -où mon destin m’a réduite! Adieu. - - - - -LETTRE V - - -Je vous écris pour la dernière fois, et j’espère vous faire connoître, -par la différence des termes et de la manière de cette lettre, que vous -m’avez enfin persuadée que vous ne m’aimez plus, et qu’ainsi je ne dois -plus vous aimer. Je vous renverrai donc par la première voie tout ce qui -me reste encore de vous. Ne craignez pas que je vous écrive; je ne -mettrai pas même votre nom au-dessus du paquet. J’ai chargé de tout ce -détail dona Brites, que j’avois accoutumée à des confidences bien -éloignées de celle-ci: ses soins me seront moins suspects que les miens. -Elle prendra toutes les précautions nécessaires afin de pouvoir -m’assurer que vous avez reçu le portrait et les bracelets que vous -m’avez donnés. Je veux cependant que vous sachiez que je me sens, depuis -quelques jours, en état de brûler et de déchirer ces gages de votre -amour, qui m’étoient si chers; mais je vous ai fait voir tant de -foiblesse, que vous n’auriez jamais cru que j’eusse pu devenir capable -d’une telle extrémité. Je veux donc jouir de toute la peine que j’ai eue -à m’en séparer, et vous donner au moins quelque dépit. Je vous avoue, à -ma honte et à la vôtre, que je me suis trouvée plus attachée que je ne -veux vous le dire à ces bagatelles, et que j’ai senti que j’avois un -nouveau besoin de toutes mes réflexions pour me défaire de chacune en -particulier, lors même que je me flattois de n’être plus attachée à -vous; mais on vient à bout de tout ce qu’on veut avec tant de raisons. -Je les ai mises entre les mains de Dona Brites. Que cette résolution m’a -coûté de larmes! Après mille mouvemens et mille incertitudes que vous ne -connoissez pas, et dont je ne vous rendrai pas compte assurément, je -l’ai conjurée de ne m’en parler jamais, de ne me les rendre jamais, -quand même je les demanderois pour les revoir encore une fois, et de -vous les renvoyer enfin sans m’en avertir. - -Je n’ai bien connu l’excès de mon amour que depuis que j’ai voulu faire -tous mes efforts pour m’en guérir; et je crains que je n’eusse osé -l’entreprendre si j’eusse pu prévoir tant de difficultés et tant de -violences. Je suis persuadée que j’eusse senti des mouvemens moins -désagréables en vous aimant, tout ingrat que vous êtes, qu’en vous -quittant pour toujours. J’ai éprouvé que vous m’étiez moins cher que ma -passion, et j’ai eu d’étranges peines à la combattre, après que vos -procédés injurieux m’ont rendu votre personne odieuse. - -L’orgueil ordinaire de mon sexe ne m’a point aidée à prendre des -résolutions contre vous. Hélas! j’ai souffert votre mépris; j’eusse -supporté votre haine et toute la jalousie que m’eût donnée l’attachement -que vous eussiez pu avoir pour une autre. J’aurois eu, au moins quelque -passion à combattre; mais votre indifférence m’est insupportable. Vos -impertinentes protestations d’amitié, et les civilités ridicules de -votre dernière lettre m’ont fait voir que vous aviez reçu toutes celles -que je vous ai écrites; qu’elles n’ont causé dans votre cœur aucun -mouvement, et que cependant vous les avez lues. Ingrat! Je suis encore -assez folle pour être au désespoir de ne pouvoir me flatter qu’elles ne -soient pas venues jusques à vous, et qu’on ne vous les ait pas rendues. -Je déteste votre bonne foi. Vous avois-je prié de me mander sincèrement -la vérité? Que ne me laissiez-vous ma passion? Vous n’aviez qu’à ne me -point écrire; je ne cherchois pas à être éclaircie. Ne suis-je pas bien -malheureuse de n’avoir pu vous obliger à prendre quelque soin de me -tromper, et de n’être plus en état de vous excuser? Sachez que je -m’aperçois que vous êtes indigne de tous mes sentimens, et que je -connois toutes vos méchantes qualités. Cependant (si tout ce que j’ai -fait pour vous peut mériter que vous ayez quelques petits égards pour -les grâces que je vous demande) je vous conjure de ne m’écrire plus, et -de m’aider à vous oublier entièrement. Si vous me témoigniez, foiblement -même, que vous avez eu quelque peine en lisant cette lettre, je vous -croirois peut-être; et peut-être aussi votre aveu et votre consentement -me donneroient du dépit et de la colère, et tout cela pourroit -m’enflammer. Ne vous mêlez donc point de ma conduite, vous renverseriez -sans doute tous mes projets, de quelque manière que vous voulussiez y -entrer. Je ne veux point savoir le succès de cette lettre; ne troublez -pas l’état que je me prépare: il me semble que vous pouvez être content -des maux que vous me causez (quelque dessein que vous eussiez fait de me -rendre malheureuse). Ne m’ôtez point de mon incertitude; j’espère que -j’en ferai avec le temps quelque chose de tranquille. Je vous promets de -ne vous point haïr: je me défie trop des sentimens violens pour oser -l’entreprendre. Je suis persuadée que je trouverois peut-être en ce pays -un amant plus fidèle; mais, hélas! qui pourra me donner de l’amour? La -passion d’un autre m’occupera-t-elle? La mienne a-t-elle pu quelque -chose sur vous? N’éprouvé-je pas qu’un cœur attendri n’oublie jamais ce -qui l’a fait apercevoir des transports qu’il ne connoissoit pas et dont -il étoit capable; que tous ses mouvemens sont attachés à l’idole qu’il -s’est faite; que ses premières idées, et que ses premières blessures ne -peuvent être ni guéries ni effacées; que toutes les passions qui -s’offrent à son secours, et qui font des efforts pour le remplir et pour -le contenter, lui promettent vainement une sensibilité qu’il ne retrouve -plus; que tous les plaisirs qu’il cherche, sans aucune envie de les -rencontrer, ne servent qu’à lui faire bien connoître que rien ne lui est -si cher que le souvenir de ses douleurs? Pourquoi m’avez-vous fait -connoître l’imperfection et le désagrément d’un attachement qui ne doit -pas durer éternellement, et les malheurs qui suivent un amour violent -lorsqu’il n’est pas réciproque? Et pourquoi une inclination aveugle et -une cruelle destinée s’attachent-elles, d’ordinaire, à nous déterminer -pour ceux qui seroient sensibles pour quelque autre? - -Quand même je pourrois espérer quelque amusement dans un nouvel -engagement, et que je trouverois quelqu’un de bonne foi, j’ai tant de -pitié de moi-même que je ferois beaucoup de scrupule de mettre le -dernier homme du monde en l’état où vous m’avez réduite; et quoique je -ne sois pas obligée à vous ménager, je ne pourrois me résoudre à exercer -sur vous une vengeance si cruelle, quand même elle dépendroit de moi par -un changement que je ne prévois pas. - -Je cherche dans ce moment à vous excuser, et je comprends bien qu’une -religieuse n’est guère aimable d’ordinaire. Cependant il semble que si -on étoit capable de raisonner sur les choix qu’on fait, on devroit -plutôt s’attacher à elles qu’aux autres femmes. Rien ne les empêche de -penser incessamment à leur passion: elles ne sont point détournées par -mille choses qui dissipent et qui occupent dans le monde. Il me semble -qu’il n’est pas fort agréable de voir celles qu’on aime, toujours -distraites par mille bagatelles; et il faut avoir bien peu de -délicatesse pour souffrir (sans en être au désespoir) qu’elles ne -parlent que d’assemblées, d’ajustemens et de promenades. On est sans -cesse exposé à de nouvelles jalousies: elles sont obligées à des égards, -à des complaisances, à des conversations. Qui peut s’assurer qu’elles -n’ont aucun plaisir dans toutes ces occasions, et qu’elles souffrent -toujours leurs maris avec un extrême dégoût et sans aucun consentement? -Ah! qu’elles doivent se défier d’un amant qui ne leur fait pas rendre un -compte bien exact là-dessus, qui croit aisément et sans inquiétude ce -qu’elles lui disent, et qui les voit avec beaucoup de confiance et de -tranquillité sujettes à tous ces devoirs. Mais je ne prétends pas vous -prouver par de bonnes raisons que vous deviez m’aimer; ce sont de -très-méchans moyens, et j’en ai employé de beaucoup meilleurs qui ne -m’ont pas réussi. Je connois trop bien mon destin pour tâcher à le -surmonter: je serai malheureuse toute ma vie! Ne l’étois-je pas en vous -voyant tous les jours? Je mourois de frayeur que vous ne me fussiez pas -fidèle; je voulois vous voir à tous momens, et cela n’étoit pas -possible; j’étois troublée par le péril que vous couriez en entrant dans -ce couvent; je ne vivois pas lorsque vous étiez à l’armée; j’étois au -désespoir de n’être pas plus belle et plus digne de vous; je murmurois -contre la médiocrité de ma condition; je croyois souvent que -l’attachement que vous paroissiez avoir pour moi vous pourroit faire -quelque tort; il me sembloit que je ne vous aimois pas assez; -j’appréhendois pour vous la colère de mes parens, et j’étois enfin dans -un état aussi pitoyable que celui où je suis présentement. Si vous -m’eussiez donné quelques témoignages de votre passion depuis que vous -n’êtes plus en Portugal, j’aurois fait tous mes efforts pour en sortir; -je me fusse déguisée pour vous aller trouver. Hélas! qu’est-ce que je -fusse devenue, si vous ne vous fussiez plus soucié de moi après que -j’eusse été en France? Quel désordre! quel égarement! quel comble de -honte pour ma famille qui m’est fort chère depuis que je ne vous aime -plus! Vous voyez bien que je connois de sens[7] froid qu’il étoit -possible que je fusse encore plus à plaindre que je ne suis; et je vous -parle au moins raisonnablement une fois en ma vie. Que ma modération -vous plaira! et que vous serez content de moi! Je ne veux point le -savoir; je vous ai déjà prié de ne m’écrire plus, et je vous en conjure -encore. - -N’avez-vous jamais fait quelque réflexion sur la manière dont vous -m’avez traitée? Ne pensez-vous jamais que vous m’avez plus d’obligation -qu’à personne du monde? Je vous ai aimé comme une insensée. Que de -mépris j’ai eu pour toutes choses! Votre procédé n’est point d’un -honnête homme. Il faut que vous ayez eu pour moi de l’aversion -naturelle, puisque vous ne m’avez pas aimée éperdument. Je me suis -laissé enchanter par des qualités très-médiocres. Qu’avez-vous fait qui -dût me plaire? Quel sacrifice m’avez-vous fait? N’avez-vous pas cherché -mille autres plaisirs? Avez-vous renoncé au jeu et à la chasse? -N’êtes-vous pas parti le premier pour aller à l’armée? N’en êtes-vous -pas revenu après tous les autres? Vous vous y êtes exposé follement, -quoique je vous eusse prié de vous ménager pour l’amour de moi. Vous -n’avez point cherché les moyens de vous établir en Portugal, où vous -étiez estimé. Une lettre de votre frère vous en a fait partir sans -hésiter un moment; et n’ai-je pas su que, durant le voyage, vous avez -été de la plus belle humeur du monde. Il faut avouer que je suis obligée -à vous haïr mortellement. Ah! je me suis attiré tous mes malheurs. Je -vous ai d’abord accoutumé à une grande passion avec trop de bonne foi, -et il faut de l’artifice pour se faire aimer; il faut chercher avec -quelque adresse les moyens d’enflammer, et l’amour tout seul ne donne -point de l’amour. Vous vouliez que je vous aimasse; et comme vous aviez -formé ce dessein, il n’y a rien que vous n’eussiez fait pour y parvenir. -Vous vous fussiez même résolu à m’aimer, s’il eût été nécessaire; mais -vous avez connu que vous pouviez réussir dans votre entreprise sans -passion, et que vous n’en aviez aucun besoin. Quelle perfidie! -Croyez-vous avoir pu impunément me tromper! Si quelque hasard vous -ramenoit en ce pays, je vous déclare que je vous livrerai à la vengeance -de mes parens. J’ai vécu longtemps dans un abandonnement et dans une -idolâtrie qui me donne de l’horreur, et mon remords me persécute avec -une rigueur insupportable. Je sens vivement la honte des crimes que vous -m’avez fait commettre, et je n’ai plus, hélas! la passion qui -m’empêchoit d’en connoître l’énormité. Quand est-ce que mon cœur ne sera -plus déchiré? Quand est-ce que je serai délivrée de cet embarras cruel? -Cependant, je crois que je ne vous souhaite point de mal, et que je me -résoudrois à consentir que vous fussiez heureux; mais comment -pourrez-vous l’être, si vous avez le cœur bien fait? Je veux vous écrire -une autre lettre, pour vous faire voir que je serai peut-être plus -tranquille dans quelque temps. Que j’aurai de plaisir de pouvoir vous -reprocher vos procédés injustes, après que je n’en serai plus si -vivement touchée; et lorsque je vous ferai connoître que je vous -méprise, que je parle avec beaucoup d’indifférence de votre trahison, -que j’ai oublié tous mes plaisirs et toutes mes douleurs, et que je ne -me souviens de vous que lorsque je veux m’en souvenir! Je demeure -d’accord que vous avez de grands avantages sur moi, et que vous m’avez -donné une passion qui m’a fait perdre la raison; mais vous devez en -tirer peu de vanité. J’étois jeune, j’étois crédule; on m’avoit enfermée -dans ce couvent depuis mon enfance; je n’avois vu que des gens -désagréables; je n’avois jamais entendu les louanges que vous me donniez -incessamment; il me sembloit que je vous devois les charmes et la beauté -que vous me trouviez et dont vous me faisiez apercevoir; j’entendois -dire du bien de vous; tout le monde me parloit en votre faveur: vous -faisiez tout ce qu’il falloit pour me donner de l’amour. Mais je suis -enfin revenue de cet enchantement: vous m’avez donné de grands secours, -et j’avoue que j’en avois un extrême besoin. En vous renvoyant vos -lettres, je garderai soigneusement les deux dernières que vous m’avez -écrites; et je les relirai encore plus souvent que je n’ai lu les -premières, afin de ne retomber plus dans mes foiblesses. Ah! qu’elles me -coûtent cher, et que j’aurois été heureuse, si vous eussiez voulu -souffrir que je vous eusse toujours aimé! Je connois bien que je suis -encore un peu trop occupée de mes reproches et de votre infidélité; mais -souvenez-vous que je me suis promis un état plus paisible et que j’y -parviendrai, ou que je prendrai contre moi quelque résolution extrême, -que vous apprendrez sans beaucoup de déplaisir. Mais je ne veux plus -rien de vous; je suis une folle de redire les mêmes choses si souvent. -Il faut vous quitter et ne penser plus à vous; je crois même que je ne -vous écrirai plus. Suis-je obligée de vous rendre un compte exact de -tous mes divers mouvemens? - - - - -DEUXIÈME PARTIE - - - - -AU LECTEUR - - -Le bruit qu’a fait la traduction des cinq Lettres Portugaises a donné le -désir à quelques personnes de qualité d’en traduire quelques nouvelles, -qui leur sont tombées entre les mains. Les premières ont eu tant de -cours dans le monde, que l’on devoit appréhender avec justice d’exposer -celles-ci en public; mais comme elles sont d’une femme du monde qui -écrit d’un style différent de celui d’une religieuse, j’ai cru que cette -différence pourroit plaire, et que peut-être l’ouvrage n’est pas si -désagréable qu’on ne me sache quelque gré de le donner au public. - - - - -DEUXIÈME PARTIE - - - - -LETTRE PREMIÈRE - - -Il est donc possible que vous ayez été un moment en colère contre moi; -et qu’avec une passion la plus tendre et la plus délicate qui fut -jamais, je vous aie donné un instant de chagrin! Hélas! de quel remords -ne serois-je point capable si je manquois à la fidélité que je vous -dois; puisque je ne m’accuse que d’un excès de délicatesse, et que je ne -puis me pardonner votre courroux? Mais pourquoi faut-il qu’il me donne -ce remords? N’ai-je pas eu raison de me plaindre, et n’offenserois-je -pas votre propre passion si j’avois pu souffrir, sans murmure, que vous -ayez la force de me cacher quelque chose? Hé, bon Dieu! je fais des -reproches continuels à mon âme de ce qu’elle ne vous découvre pas assez -l’ardeur de ses mouvemens, et vous voulez me cacher tous les secrets de -la vôtre! Quand mes regards sont trop languissans, il me semble qu’ils -ne servent que ma tendresse, et qu’ils volent quelque chose à mon -ardeur. S’ils sont trop vifs, ma langueur leur fait le même reproche, et -avec les actions du monde les plus parlantes, je crois n’en pas assez -dire, pendant que vous me faites des réserves d’une bagatelle. Ah! que -ce procédé m’a touchée, et que je vous aurois fait de pitié, si vous -aviez pu voir tout ce qu’il m’a fait penser! Mais pourquoi suis-je si -curieuse? Pourquoi veux-je lire dans une âme où je ne trouverois que de -la tiédeur, et peut-être de l’infidélité? C’est votre honnêteté propre -qui vous rend si réservé, et je vous ai de l’obligation de votre -mystère. Vous voulez m’épargner la douleur de connoître toute votre -indifférence, et vous ne dissimulez vos sentimens que par pitié pour ma -foiblesse. Hélas! que ne m’avez-vous paru tel dans les commencemens de -notre connoissance! peut-être que mon cœur se fût réglé sur le vôtre. -Mais vous ne vous êtes résolu à m’aimer avec peu d’empressement que -quand vous avez reconnu que j’en avois jusques à la fureur. Ce n’est -pourtant pas par tempérament que vous êtes si retenu. Vous êtes emporté, -je l’éprouvai hier au soir. Mais, hélas! votre emportement n’est pas -fait pour le courroux, et vous n’êtes sensible qu’à ce que vous croyez -des outrages. Ingrat, que vous a fait l’amour pour être si mal partagé? -Que n’employez-vous cette impétuosité pour répondre à la mienne? -Pourquoi faut-il que ces démarches précipitées ne se fassent pas pour -avancer les momens de notre félicité? Et qui diroit en vous voyant si -prompt à sortir de ma chambre, quand le dépit vous en chasse, que vous -êtes si lent à y venir, quand l’amour vous y appelle? Mais je mérite -bien ce traitement: j’ai pu vous ordonner quelque chose. Est-ce à un -cœur tout à vous à entreprendre de vous donner des lois? Allez, vous -avez bien fait de l’en punir, et je devrois mourir de honte d’avoir cru -être maîtresse d’aucun de mes mouvemens. Ah! que vous savez bien comme -il faut châtier cette espèce de révolte. Vous souvient-il de la -tranquillité apparente avec laquelle vous m’offrîtes, hier au soir, de -m’aider à ne plus vous voir? Avez-vous bien pu m’offrir ce remède, ou -pour mieux dire, m’avez-vous cru capable de l’accepter? car dans la -délicatesse de mon amour, il me seroit bien plus douloureux de me voir -soupçonnée d’un crime, que de vous en voir commettre un. Je suis plus -jalouse de ma passion que de la vôtre, et je vous pardonnerois plus -aisément une infidélité que le soupçon de me la voir faire: oui, c’est -de moi-même que je veux être contente plutôt que de vous. Ma tendresse -m’est si précieuse, et l’estime que je fais de vous m’y fait trouver -tant de gloire, que je ne sais point de plus grand crime que de vous en -laisser douter. Mais comment en douteriez-vous? Tout vous le persuade et -dans votre cœur et dans le mien. Vous n’avez pas une négligence qui ne -vous apprenne que je vous aime jusqu’à l’adoration; et l’amour m’a si -bien appris l’art de tirer du profit de toutes choses, qu’il n’y a pas -jusques à la retenue de mes caresses qui ne vous convainque de l’excès -de ma passion. N’avez-vous jamais remarqué cet effet de ma complaisance? -Combien de fois ai-je retenu les transports de ma joie à votre arrivée, -parce qu’il me sembloit remarquer dans vos yeux que vous me vouliez plus -de modération? Vous m’auriez fait grand tort si vous n’aviez pas observé -ma contrainte dans ces occasions; car ces sortes de sacrifices sont les -plus pénibles pour moi, que je vous aie jamais faits; mais je ne vous -les reproche point. Que m’importe que je sois parfaitement heureuse, -pourvu que ce qui manque à mon bonheur augmente le vôtre? Si vous étiez -plus empressé, j’aurois le plaisir de me croire plus aimée; mais vous -n’auriez pas celui de l’être tant. Vous croiriez devoir quelque chose à -votre amour, et j’ai la gloire de voir que vous ne devez rien qu’à mon -inclination. N’abusez pourtant pas de cette générosité amoureuse, et -n’allez pas vous aviser de la pousser jusques à m’arracher le peu -d’empressement qui vous reste; au contraire, soyez généreux à votre -tour, et venez me protester que le désintéressement de ma tendresse -augmente la vôtre; que je ne hasarde rien quand je crois mettre tout au -hasard, et que vous êtes aussi tendre et aussi fidèle, que je suis -tendrement et fidèlement à vous. - - - - -LETTRE II - - -Sans mentir, cette dame d’hier au soir est bien laide; elle danse d’un -méchant air, et le comte de Cugne avoit eu grand tort de la dépeindre -comme une belle personne. Comment pûtes-vous demeurer si longtemps -auprès d’elle? Il me sembloit, à l’air de son visage, que ce qu’elle -vous disoit n’étoit point spirituel. Cependant vous avez causé avec elle -une partie du temps que l’assemblée a duré, et vous avez eu la dureté de -me dire que sa conversation ne vous avoit pas déplu. Que vous -disoit-elle donc de si charmant? Vous apprenoit-elle des nouvelles de -quelque dame de France qui vous soit chère, ou si elle commençoit à vous -le devenir elle-même? car il n’y a que l’amour qui puisse faire soutenir -une si longue conversation. Je ne trouvai point vos François nouveaux -arrivés si agréables, j’en fus obsédée tout le soir, ils me dirent tout -ce qu’ils purent imaginer de plus joli, et je voyois bien qu’ils -l’affectoient; mais ils ne me divertirent point, et je crois que ce sont -leurs discours qui m’ont causé la migraine effroyable que j’ai eue toute -la nuit. Vous ne le sauriez point si je ne vous l’apprenois. Vos gens -sont occupés sans doute à aller savoir comme cette heureuse Françoise se -trouve de la fatigue d’hier au soir; car vous la fîtes assez danser pour -la faire malade. Mais qu’a-t-elle de si charmant? la croyez-vous plus -tendre et plus fidèle qu’une autre? lui avez-vous trouvé une inclination -plus prompte à vous vouloir du bien que celle que je vous ai fait -paroître? Non sans doute, cela ne se peut pas; vous savez bien que, pour -vous avoir vu passer seulement, je perdis tout le repos de ma vie, et -que, sans m’arrêter à mon sexe et à ma naissance, je courus la première -aux occasions de vous voir une seconde fois. Si elle en a fait -davantage, elle est à votre lever ce matin, et le petit Durino la -trouvera sans doute assise auprès de votre chevet. Je le souhaite pour -votre félicité: j’aime si fort votre joie, que je consens à la faire -toute ma vie aux dépens de la mienne propre, et si vous voulez régaler -ce bel objet de la lecture de cette lettre ici, vous le pouvez faire -sans scrupule. Ce que je vous écris ne sera pas inutile à l’avancement -de vos affaires; j’ai un nom connu dans ce royaume, on m’y a toujours -flattée de quelque beauté, et j’avois cru en avoir jusques au moment que -votre mépris m’a désabusée. Proposez-moi donc pour exemple à votre -nouvelle conquête, dites-lui que je vous aime jusques à la folie; je -veux bien en tomber d’accord, et j’aime mieux contribuer à ma perte par -un aveu que de nier une passion si chère. Oui, je vous aime mille fois -plus que moi-même. Au moment que je vous écris, je suis jalouse, je -l’avoue; votre procédé d’hier a mis la rage dans mon cœur, et je vous -crois infidèle, puisqu’il faut vous dire tout. Mais, malgré tout cela, -je vous aime plus qu’on n’a jamais aimé. Je hais la marquise de Furtado, -de vous avoir donné l’occasion de voir cette nouvelle venue. Je voudrois -que la marquise de Castro n’eût jamais été, puisque c’étoit à ces noces -que vous deviez me donner la douleur que je ressens. Je hais celui qui a -inventé la danse, je me hais moi-même, et je hais la Françoise mille -fois plus que tout le reste ensemble; mais de tant de haines -différentes, aucune n’a eu l’audace d’aller jusques à vous. Vous me -paroissez toujours aimable. Sous quelque forme où je vous regarde, et -jusques aux pieds de cette cruelle rivale qui vient troubler toute ma -félicité, je vous trouvois mille charmes qui n’ont jamais été qu’en -vous. J’étois même si sotte que je ne pouvois m’empêcher d’être ravie -qu’on vous les trouvât comme moi; et bien que je sois persuadée que -c’est à cette opinion que je devrai peut-être la perte de votre cœur, -j’aime mieux me voir condamnée à cet abîme de désespoir que de vous -souhaiter une louange de moins. Mais comment est-ce que l’amour peut -faire pour accorder tant de choses opposées? Car il est certain qu’on ne -peut pas avoir plus de jalousie pour tout ce qui vous approche que j’en -ai, et cependant j’irois au bout du monde vous chercher de nouveaux -admirateurs. Je hais cette Françoise d’une haine si acharnée, qu’il n’y -a rien de si cruel que je ne me croie capable de faire pour la détruire: -et je lui souhaiterois la félicité d’être aimée de vous, si je pensois -que cet amour vous rendît plus heureux que vous ne l’êtes. Oui, je sens -bien que j’aime tant votre joie, je me trouve si heureuse quand je vous -vois content, que s’il falloit immoler tout le plaisir de ma vie à un -instant du vôtre, je le ferois sans balancer. Pourquoi n’êtes-vous pas -comme cela pour moi? Ah! que si vous m’aimiez autant que je vous aime, -que nous aurions de bonheur l’un et l’autre! Votre félicité feroit la -mienne, et la vôtre en seroit bien plus parfaite. Aucune personne sur la -terre n’a tant d’amour dans le cœur que j’en ai; nulle ne connoît si -bien ce que vous valez; et vous me ferez mourir de pitié, si vous êtes -capable de vous attacher à quelque autre, après avoir été accoutumé à -mes manières d’aimer: croyez-moi, mon cher, vous ne sauriez être heureux -qu’avec moi. Je connois les autres femmes par moi-même, et je sens bien -que l’amour n’a fait naître que moi sur la terre pour vous. De quoi -deviendroit toute votre délicatesse, si elle ne trouvoit plus mon cœur -pour y répondre? ces regards si éloquens et si bien entendus -seroient-ils secondés par d’autres yeux comme ils le sont par les miens? -Non, cela n’est pas possible; seuls nous savons bien aimer; et nous -mourrions de chagrin l’un et l’autre si nos deux âmes avoient trouvé -quelque assortiment qui n’eût pas été elles-mêmes. - - - - -LETTRE III - - -Quand donc finira votre absence? Passerez-vous encore aujourd’hui sans -revenir à Lisbonne, et ne vous souvenez-vous point qu’il y a déjà deux -jours que vous êtes parti? Pour moi, je pense que vous avez envie de me -trouver morte à votre retour; et c’est moins pour accompagner le Roi à -la visite des vaisseaux que vous avez quitté la Cour que pour vous -défendre d’une maîtresse incommode. En effet, je le suis au dernier -point, il faut en tomber d’accord; je ne suis jamais contente ni de vous -ni de moi-même. Une absence de vingt-quatre heures me met à la mort, et -ce qui seroit un excès de félicité pour une autre n’en est pas toujours -une pour moi. Tantôt il me semble que vous n’en avez pas assez, d’autres -fois je vous en trouve tant que je crains de ne la pas faire toute -seule; et il n’y a pas jusques à mes transports qui ne me chagrinent, -quand je crois m’apercevoir que vous ne les remarquez pas assez bien. -Vos distractions me font peur; je voudrois vous voir tout renfermé dans -vous-même lorsque j’y fais tout ce qui s’y passe, et quand vous manquez -à en sortir pour examiner mes emportemens, vous me mettez au désespoir. -Je ne suis pas sage, je l’avoue, mais le moyen de l’être et d’avoir -autant d’amour que j’en ai? Je sais bien qu’il seroit de la raison -d’être en repos au moment que j’écris. Vous n’êtes qu’à deux pas de la -ville, votre devoir vous y retient, et la maladie de mon frère m’auroit -empêchée de vous voir depuis que vous êtes absent; de plus, il n’y a -point de femmes où vous êtes, et c’est une grande inquiétude hors de mon -cœur. Mais, hélas! qu’il y en est resté d’autres, et qu’il est vrai -qu’une amante se fait des tourmens de toutes choses quand elle aime -autant que je fais! Ces armes, ces vaisseaux, cet équipage de guerre, -vont vous désaccoutumer des plaisirs pacifiques de l’amour. Peut-être à -l’heure qu’il est, vous envisagez le moment de notre séparation comme un -malheur infaillible, et vous commencez à donner des raisons à votre cœur -pour l’y faire résoudre. Ah! la vue des plus grandes beautés de l’Europe -ne seroit pas si funeste pour moi que celle de nos canons, s’il est vrai -qu’ils produisent cet effet sur votre esprit. Ce n’est pas que je -veuille combattre votre devoir; j’aime votre gloire plus que je ne -m’aime moi-même, et je sais bien que vous n’êtes pas né pour passer tous -vos jours auprès de moi; mais je voudrois que cette nécessité vous -donnât autant d’horreur qu’elle m’en donne, que vous n’y pussiez songer -sans trembler, et que toute inévitable qu’une séparation vous doive -paroître, vous ne puissiez croire de la supporter sans mourir. Ne -m’accusez pas toutefois d’aimer à voir votre désespoir; vous ne verserez -jamais une larme que je ne voulusse essuyer. Je serai la première à vous -prier de supporter courageusement ce qui m’arrachera la vie par un excès -de douleur, et je ne me consolerois pas d’avoir été au monde si je -croyois que mon absence vous laissât sans consolation. Que veux-je donc? -Je n’en sais rien. Je veux vous aimer toute ma vie jusques à -l’adoration; je veux, s’il se peut, que vous m’aimiez de même; mais on -ne peut vouloir tout cela sans vouloir en même temps être la plus folle -de toutes les femmes. Que cette folie ne vous dégoûte pas de moi: je -n’en ai jamais été capable que pour vous, et je ne voudrois pas la -changer pour la plus solide sagesse, s’il falloit, pour être sage, vous -aimer un peu moins que je ne fais. Votre esprit a mille charmes; vous -m’avez dit que vous en trouvez autant dans le mien; mais je renoncerois -à nous en voir à tous deux s’il s’opposoit au progrès de notre folie. -C’est l’amour qui doit régner sur toutes les fonctions de notre âme. -Tout ce qui est en nous doit être fait pour lui, et pourvu qu’il soit -satisfait, il m’est indifférent que la raison se plaigne. Avez-vous été -de ce sentiment depuis que je ne vous ai vu? Je tremble de peur que vous -n’ayez eu toute la liberté de votre esprit. Mais seroit-il possible -qu’il vous en fût resté en parlant d’une guerre qui doit vous éloigner -de moi? Non, vous n’êtes pas capable de cette trahison; vous n’aurez pas -vu un soldat qui ne vous ait arraché un soupir, et j’aurai le plaisir -d’entendre dire, à votre retour, que votre esprit est journalier et que -vous n’en avez point eu pendant votre voyage. Pour moi, je suis assurée -que personne ne vous parlera de moi, qui ne m’accuse de ce défaut. Je -dis des extravagances qui étonnent tous ceux qui m’entendent, et si la -maladie de mon frère n’autorisoit mes égaremens, on croiroit parmi mon -domestique que je suis devenue insensée. Il ne s’en faut guère que je ne -la sois aussi. Vous pouvez juger du dérèglement de mon esprit par celui -de cette lettre; mais voilà comme vous devez m’en vouloir. Les ravages -que votre absence a faits sur mon visage doivent vous paroître plus -agréables que la fraîcheur du plus beau teint, et je me trouverois bien -horrible si trois jours de la privation de votre vue ne m’avoient point -enlaidie. Que deviendrai-je donc si je la perds pour six mois? Hélas! on -ne s’apercevra point du changement de ma personne, car je mourrai en me -séparant de vous. Mais il me semble entendre quelque bruit dans les -rues, et mon cœur m’annonce que c’est le bruit de votre retour. Ah! mon -Dieu, je n’en puis plus: si c’est vous qui arrivez, et que je ne puisse -vous voir en arrivant, je vais mourir d’inquiétude et d’impatience; et -si vous n’arrivez pas, après l’espérance que je viens de concevoir, le -trouble et la révolution des mouvemens de mon âme vont m’ôter le -sentiment. - - - - -LETTRE IV - - -Quoi! vous serez toujours froid et paresseux, et rien ne pourra troubler -votre tranquillité? Que faut-il donc faire pour l’ébranler? Faut-il se -jeter dans les bras d’un rival à votre vue? car, hors ce dernier effet -d’inconstance, que mon amour ne me permettra jamais, je croyois vous -avoir dû faire appréhender tous les autres? J’ai reçu la main du duc -d’Almeida à la promenade; j’ai affecté d’être auprès de lui pendant le -souper. Je l’ai regardé tendrement toutes les fois que vous avez pu le -remarquer; je lui ai même dit des bagatelles à l’oreille, que vous -pouviez prendre pour des choses d’importance, et je n’ai pu vous faire -changer de visage. Ingrat! avez-vous bien l’inhumanité d’aimer si peu -une personne qui vous aime tant? Mes soins, mes faveurs et ma fidélité -n’ont-ils point mérité un moment de votre jalousie? Suis-je si peu -précieuse pour celui qui m’est plus précieux que mon repos et que ma -gloire, qu’il puisse envisager ma perte sans frayeur? Hélas! l’ombre de -la vôtre me fait trembler. Vous ne jetez pas un regard sur une autre -femme qui ne me cause un frisson mortel: vous n’accordez pas une action -à la civilité la plus indifférente, qui ne me coûte vingt-quatre heures -de désespoir; et vous me voyez parler tout un soir à un autre, à votre -vue, sans témoigner la moindre inquiétude! Ah! vous ne m’avez jamais -aimée, et je sais trop bien comme on aime pour croire que des sentimens -si opposés aux miens puissent s’appeler de l’amour. Que ne voudrois-je -point faire pour vous punir de cette froideur! Il y a des momens où je -suis si transportée de dépit que je souhaiterois d’en aimer un autre. -Mais quoi! au milieu de ce dépit, je ne vois rien au monde d’aimable que -vous! Hier même, que vos tiédeurs vous ôtoient mille charmes pour mes -yeux, je ne pouvois m’empêcher d’admirer toutes vos actions. Vos dédains -avoient je ne sais quoi de grand qui exprimoit le caractère de votre -âme, et c’étoit de vous que je parlois à l’oreille du duc, tant je suis -peu la maîtresse des occasions de vous offenser. Je mourois d’envie de -vous voir faire quelque chose qui me fournît un prétexte de vous faire -une brusquerie publique; mais comment aurois-je pu vous la faire? Ma -colère même est un excès d’amour, et dans le moment où je suis outrée de -rage pour votre tranquillité, je sens bien que j’aurois des raisons de -la défendre si je ne vous aimois jusqu’au dérèglement. En effet, mon -frère nous observoit; la moindre affectation que vous eussiez témoignée -de me parler m’auroit perdue. Mais ne pouviez-vous avoir de la jalousie -sans la faire remarquer? Je me connois au mouvement de vos yeux, et -j’aurois bien vu des choses dans vos regards, que le reste de la -compagnie n’y auroit pas vues comme moi. Hélas! je n’y vis jamais rien -de tout ce que j’y cherchois. J’avoue que j’y trouvai de l’amour, mais -étoit-ce de l’amour qui devoit y être en ce temps-là? Il falloit y -trouver du dépit et de la rage; il falloit me contredire sur tout ce que -je disois, me trouver laide, cajoler une autre dame à ma vue; enfin il -falloit être jaloux, puisque vous aviez des sujets apparens de l’être. -Mais, au lieu de ces effets naturels d’un véritable amour, vous me -donnâtes mille louanges, vous prîtes[8] la même main que j’avois donnée -au duc, comme si elle n’avoit pas dû vous faire horreur! et je vis -l’heure que vous alliez me féliciter sur ce que le plus honnête homme de -notre Cour s’étoit attaché auprès de moi! Insensible que vous êtes, -est-ce comme cela que l’on aime, et êtes-vous aimé de moi de cette -sorte? Ah! si je vous avois cru si tiède avant que de vous aimer comme -je fais! Mais quoi? quand j’aurois pu voir tout ce que je vois, et plus -encore, s’il se peut, je n’aurois pu résister au penchant de vous aimer. -Ç’a été une violence d’inclination dont je n’ai pas été la maîtresse; et -puis quand je songe aux momens de plaisir que cette passion m’a causés, -je ne puis me repentir de l’avoir conçue. Que ne ferois-je point si -j’étois contente de vous, puisque je suis si transportée d’amour dans -les temps où j’ai le plus de sujet de m’en plaindre! Mais vous en savez -les différences, vous m’avez vue satisfaite, vous m’avez vue mécontente; -je vous ai rendu des grâces, je vous ai fait des plaintes; et dans la -colère comme dans la reconnoissance, vous m’avez toujours vue la plus -passionnée de toutes les amantes! Un si beau caractère ne vous -donnera-t-il point d’émulation? Aimez, mon cher insensible, aimez autant -que vous êtes aimé! il n’y a de plaisir véritable pour l’âme que dans -l’amour: l’excès de la joie naît de l’excès de la passion, et la tiédeur -fait plus de tort aux gens qui en sont capables qu’à ceux contre qui -elle agit. Ah! si vous aviez bien éprouvé ce que c’est qu’un véritable -transport amoureux, combien porteriez-vous d’envie à ceux qui le -ressentent! Je ne voudrois pas, pour votre cœur même, être capable de -votre tranquillité; je suis jalouse de mes transports comme du plus -grand bien que j’aie jamais possédé, et j’aimerois mieux être condamnée -à ne vous voir de ma vie qu’à vous voir sans emportement. - - - - -LETTRE V - - -Est-ce pour éprouver ma docilité que vous m’écrivez comme vous faites? -ou s’il est possible que vous pensiez tout ce que vous me mandez pour me -croire capable d’en aimer un autre? Patience: bien que cette opinion -blesse mortellement ma délicatesse, je l’ai souvent eue de vous, moi qui -vous aime plus qu’on n’a jamais aimé! Mais de croire cette infidélité -consommée, de me dire des injures et de vouloir me persuader que je ne -vous verrai jamais, ah! c’est là ce que je ne saurois supporter. J’ai -été jalouse, et quand on aime parfaitement on n’est point sans jalousie; -mais je n’ai jamais été brutale, je n’ai jamais perdu votre idée de vue; -et dans le plus fort de mon dépit, je me suis toujours souvenue que vous -étiez celui que je soupçonnois. Ah! que je vois de défauts dans votre -passion! que vous savez mal aimer, et qu’il est aisé de concevoir que -vous n’avez point d’amour dans le cœur, puisque tout ce que vous laissez -échapper sans étude est si peu digne du nom d’amour! Quoi! ce cœur que -j’ai acheté de tout le mien, ce cœur que tant de transports et tant de -fidélité m’ont fait mériter, et que vous m’avez assuré que je possédois, -est capable de m’offenser de cette sorte! Ses premiers mouvemens sont -des injures; et quand vous le laissez agir sur sa foi, il ne m’exprime -que des outrages! Allez, ingrat que vous êtes, je veux vous laisser vos -soupçons, pour vous punir de les avoir conçus; il vous devoit être assez -doux de me croire tendre et fidèle pour faire votre tourment d’en -douter. Il me seroit aisé de vous guérir, et la liberté de vous offenser -ne m’est que trop interdite pour mon repos. Mais je veux vous laisser -une erreur qui me venge; et si vous en croyez mon ressentiment, toutes -vos conjectures sont justes, et je suis la plus infidèle de toutes les -femmes. Je n’ai pourtant point vu l’homme qui cause votre jalousie; la -lettre qu’on prétend être de moi n’en est pas, et il n’y a point -d’épreuve où je ne pusse me soumettre sans crainte, s’il me plaisoit de -vous donner cette satisfaction. Mais pourquoi vous la donnerois-je? -Est-ce par des invectives qu’on l’obtient? et n’auriez-vous pas sujet de -me croire aussi lâche que vous me dépeignez si vous deviez ma -justification à vos menaces? Vous ne me verrez plus, dites-vous; vous -sortez de Lisbonne, de peur d’être assez malheureux pour me rencontrer, -et vous poignarderiez le meilleur de vos amis s’il vous faisoit la -trahison de vous amener chez moi. Cruel! que vous a donc fait ma vue -pour vous être si insupportable? Elle ne vous a jamais annoncé que des -plaisirs, vous n’avez jamais rencontré dans mes yeux que de l’amour et -de l’empressement de vous le témoigner; est-ce là de quoi vous obliger à -quitter Lisbonne pour ne plus me voir? Ne partez point si vous n’avez -que cette raison qui vous y oblige. Je vous épargnerai la peine de -m’éviter; aussi bien c’est à moi à fuir et non pas à vous. Ma vue ne -vous a coûté que l’indulgence de vous laisser aimer, et la vôtre me -coûte toute la gloire et tout le repos de ma vie! J’avoue qu’elle en a -souvent fait la joie aussi. Quand je me représente l’émotion secrète que -je ressentois, lorsque je croyois discerner vos pas dans une promenade; -la douce langueur qui s’emparoit de tous mes sens, quand je rencontrois -vos regards, et le transport inexprimable de mon âme, lorsque nous -avions la liberté d’un moment d’entretien: je ne sais comme j’ai pu -vivre avant que de vous voir, et comment je vivrai quand je ne vous -verrai plus. Mais vous avez dû sentir ce que j’ai senti; vous étiez -aimé, et vous disiez que vous aimiez, et cependant vous êtes le premier -à me proposer de ne me voir plus! Ah! vous serez satisfait, et je ne -vous verrai de ma vie! J’aurois pourtant un plaisir extrême à vous -reprocher votre ingratitude, et il me semble que ma vengeance seroit -plus entière si mes yeux et toutes mes actions vous confirmoient mon -innocence. Elle est si parfaite, et le mensonge qu’on vous a fait si -aisé à détruire, que vous ne pourriez me parler un quart d’heure sans -être persuadé de votre injustice et sans mourir de regret de l’avoir -commise. Cette pensée m’a déjà sollicitée deux ou trois fois de courir -chez vous; je ne sais même si elle ne m’y conduira point malgré moi -avant la fin de la journée; car mon dépit est assez violent pour m’ôter -la raison. Mais je m’étois fait une si douce habitude de vous étudier, -que je crains de vous déplaire par cet éclat. Je vous ai toujours vu -pratiquer une discrétion sans égale; vous avez eu plus de soin de ma -réputation que moi-même, et vous avez quelquefois porté vos précautions -jusqu’à me forcer de m’en plaindre. Que diriez-vous si je faisois -quelque chose qui découvrît notre intrigue, et qui me scandalisât parmi -les gens d’honneur? Vous auriez du mépris pour moi, et je mourrois si je -vous en croyois capable; car, quoi qu’il arrive, je veux toujours être -estimée de vous. Plaignez-vous, dites-moi des injures, faites-moi des -trahisons, haïssez-moi, puisque vous le pouvez! mais ne me méprisez -jamais. Je puis vivre sans votre amour, dès l’instant que cet amour ne -fera plus votre félicité; mais je ne puis vivre sans votre estime, et je -crois que c’est par cette raison que j’ai tant d’impatience de vous -voir; car il n’est pas possible que ce soit par un effet de tendresse; -je serois bien insensée d’aimer un homme qui me traite comme vous me -traitez! Cependant à bien prendre votre colère, ce n’est qu’un excès de -passion qui la cause, vous ne seriez pas si transporté si vous étiez -moins amoureux. Ah! que ne puis-je me persuader cette vérité! que les -outrages que vous m’avez faits me seroient chers! Mais non, je ne veux -point me flatter de cette erreur agréable. Vous êtes coupable. Quand -vous ne le seriez pas; je veux le croire, afin de vous punir de me -l’avoir laissé penser. Je n’irai d’aujourd’hui dans aucun lieu où vous -puissiez me voir, je passerai l’après-midi chez la marquise de Castro, -qui est malade, et que vous ne voyez point. Enfin, je veux être en -colère, et voici la dernière lettre que vous verrez jamais de moi. - - - - -LETTRE VI - - -Est-ce bien moi-même qui vous écris? êtes-vous celui que vous étiez -autrefois? Par quel prodige m’avez-vous marqué de l’amour sans me donner -de la joie? Je vous ai vu de l’empressement et des dépits impatiens; -j’ai lu dans vos yeux ces mêmes désirs où vous m’avez toujours trouvée -si sensible. Ils étoient aussi ardens que quand ils faisoient toute ma -félicité. Je suis aussi tendre et aussi fidèle que je la fus jamais; et -cependant je me trouve tiède et nonchalante. Il semble que vous n’ayez -fait qu’une illusion à mes sens, qui n’a pu passer jusqu’à mon cœur. Ah! -que les reproches que vous vous êtes attirés me coûtent cher! et qu’un -jour de votre négligence me dérobe de transports! Je ne sais quel démon -secret m’inspire sans cesse que c’est à ma colère que je dois vos -tendresses, et qu’il y a plus de politique que de sincérité dans les -sentimens que vous m’avez fait paroître. Sans mentir, la délicatesse est -un don de l’amour qui n’est pas toujours aussi précieux qu’on se le -persuade. J’avoue qu’elle assaisonne les plaisirs, mais elle aigrit -terriblement les douleurs. Je m’imagine toujours vous voir dans cette -distraction qui m’a causé tant de soupirs. Ne vous y trompez pas, mon -cher, vos empressemens font toute ma félicité; mais ils feroient toute -ma rage, si je croyois les devoir à quelque autre chose qu’au mouvement -naturel de votre cœur. Je crains l’étude des actions beaucoup plus que -la froideur du tempérament; et l’extérieur est pour les âmes grossières -un piége où les âmes délicates ne peuvent être surprises. Vous dirai-je -toutes mes manies là-dessus! Ce fut hier l’excès de votre emportement -qui fit naître tous mes soupçons. Vous me sembliez hors de vous, et je -vous cherchois à travers de tout ce que vous paroissiez. O Dieu! que -serois-je devenue si j’avois pu vous convaincre de dissimulations? Je -préfère votre passion à ma fortune, à ma gloire et à ma vie; mais je -supporterois plus aisément les assurances de votre haine que les fausses -apparences de votre amour. Ce n’est point au dehors que je m’arrête, -c’est aux sentimens de l’âme: soyez froid, soyez négligent, soyez même -léger si vous le pouvez, mais ne soyez jamais dissimulé. La trahison est -le plus grand crime qu’on puisse commettre contre l’amour, et je vous -pardonnerois plus volontiers une infidélité que le soin que vous -prendriez à me la déguiser. Vous me dîtes hier au soir de grandes -choses, et j’aurois souhaité que vous eussiez pu vous voir vous-même -dans ce moment comme je vous voyois: vous vous seriez trouvé tout autre -qu’à votre ordinaire. Votre air étoit encore plus grand qu’il ne l’est -naturellement; votre passion brilloit dans vos yeux, et elle les rendoit -plus tendres et plus perçans. Je voyois que votre cœur venoit sur vos -lèvres. Hélas! que je suis heureuse, il n’y venoit point à faux! car -enfin je ne vous sens que trop, et il n’est guère en mon pouvoir de vous -sentir moins. Le plaisir d’aimer de toute mon âme est un bien que je -tiens de vous; mais il ne vous est plus possible de me le ravir. Je -connois bien que je vous aimerai toujours malgré moi, et je suis sûre -que je vous aimerai même malgré vous. Voilà des assurances dangereuses: -mais quoi! vous n’avez pas un cœur qu’il faille retenir par la crainte, -et je ne croirois votre conquête guère assurée si je ne la conservois -que par là. L’honnêteté et la reconnoissance sont comptées pour quelque -chose dans l’amitié, mais elles ne tiennent pas lieu beaucoup dans -l’amour. Il faut suivre son cœur sans consulter sa raison. La vue de ce -qu’on aime enlève l’âme malgré qu’on en ait: au moins sais-je bien que -voilà comme je suis pour vous. Ce n’est ni l’habitude de vous voir ni la -crainte de vous fâcher, en ne vous voyant pas, qui m’oblige à rechercher -votre vue. C’est une avidité curieuse qui part du cœur, sans art et sans -réflexion. Je vous cherche souvent en des lieux où je suis assurée que -je ne vous trouverai pas. Si vous êtes comme cela pour moi, sans doute -que l’instinct de nos cœurs fera qu’ils se rencontreront partout. Je -suis forcée de passer la meilleure partie du jour dans un lieu où vous -ne pouvez vous trouver. Mais abandonnons-nous à notre passion, -laissons-nous guider à nos désirs, et vous verrez que nous ne laisserons -pas de passer agréablement le temps que nous ne pouvons être ensemble. - - - - -LETTRE VII - - -Ne tenons pas nos sermens, mon cher, je vous prie! il coûte trop de les -observer: voyons-nous, et que ce soit, s’il se peut, tout à l’heure. -Vous m’avez soupçonnée d’infidélité, vous m’avez exprimé ces soupçons -d’une manière outrageante; mais je vous aime plus que moi-même, et je ne -puis vivre sans vous voir. A quoi bon de nous faire des absences -volontaires, n’en avons-nous pas assez d’inévitables à éprouver? Venez -rendre toute la joie à mon âme par un moment d’entretien en liberté. -Vous me mandez que vous ne voulez me voir que pour me demander pardon. -Ah! venez, quand ce seroit pour me dire des injures; venez, je vous en -conjure: j’aime mieux voir vos yeux irrités que de ne les point voir du -tout. Mais, hélas! je ne hasarde guère quand je laisse ce choix dans -votre disposition. Je sais que je les verrai tendres et brûlans d’amour: -ils m’ont déjà paru tels ce matin, à l’église; j’y ai lu la confusion de -votre crédulité, et vous avez dû voir dans les miens des assurances de -votre pardon. Ne parlons plus de cette querelle, ou si nous en parlons, -que ce soit pour en éviter une pareille à l’avenir. Comment -pourrions-nous douter de notre amour? Nous ne sommes au monde que pour -lui. Je n’aurois jamais eu le cœur que j’ai s’il n’avoit dû être plein -de votre idée? vous n’auriez pas l’âme que vous avez si vous n’aviez pas -dû m’aimer; et ce n’est que pour vous aimer autant que vous êtes -aimable, et que pour m’aimer autant que vous êtes aimé, que le Ciel nous -a faits si capables d’amour l’un et l’autre. Mais dites-moi, de grâce, -avez-vous senti tout ce que j’ai senti depuis que nous feignons de nous -vouloir du mal? Car nous ne nous en sommes jamais voulu, nous n’en avons -pas la force, et notre étoile est plus puissante que tous les dépits. -Grand Dieu! que j’ai trouvé cette feinte pénible! que mes yeux se sont -fait de violence quand ils vous ont déguisé leurs mouvemens, et qu’il -faut être ennemi de soi-même pour se dérober un moment de bonne -intelligence quand on s’aime comme nous nous aimons! Mes pas me -portoient malgré moi où je devois vous rencontrer. Mon cœur, qui s’est -fait une habitude si douce d’épanchement à votre rencontre, cherchoit -mes yeux pour les répandre; et comme je m’efforçois de les lui refuser, -il me donnoit des élans secrets qui ne peuvent être compris que par ceux -qui les ont éprouvés. Il me semble que vous avez été tout de même. Je -vous ai trouvé dans des lieux où le hasard ne pouvoit vous conduire; et -s’il faut vous confier toutes mes vanités, je n’ai jamais remarqué tant -d’amour dans vos regards que depuis que vous affectez de n’en plus -laisser voir. Qu’on est insensé de se donner toutes ces gênes! mais -plutôt qu’on fait bien de se montrer ainsi son âme tout entière! Je -connoissois toute la tendresse de la vôtre, et j’aurois distingué ses -mouvemens amoureux entre ceux de toutes les autres âmes; mais je ne -connoissois ni votre colère ni votre fierté. Je savois bien que vous -étiez capable de jalousie, puisque vous aimiez; mais je ne connoissois -point le caractère que cette passion prenoit dans votre cœur. Ç’auroit -été trahison que de m’en laisser douter plus longtemps, et je ne puis -m’empêcher de vouloir du bien à votre injustice, puisqu’elle m’a fait -faire une découverte si importante. Je vous avois voulu jaloux, je vous -l’ai trouvé; mais renoncez à votre jalousie, comme je renonce à ma -curiosité. Quelque figure que prenne un amant, il n’y en a point de si -avantageuse pour lui que celle d’un amant heureux. C’est une grande -erreur de dire qu’un amant est sot quand il est content. Ceux qui ne -sont pas aimables sous cette forme le seroient encore moins sous une -autre; et quand on n’a pas assez de délicatesse pour profiter du -caractère d’un amant satisfait, c’est la faute du cœur et non pas celle -de la félicité. Hâtez-vous de venir me confirmer cette vérité, mon cher, -je vous en prie. Je ne serois pas si peu délicate que d’en retarder -l’instant par une si longue lettre si je ne savois que vous ne pouvez me -voir à l’heure que je vous écris. Quelque plaisir que je trouve à vous -entretenir de cette sorte, je sais bien lui préférer celui d’un autre -entretien. Il n’y a que moi qui goûte le plaisir de vous écrire, et vous -partagez celui de me voir. Mais quoi? je ne puis avoir l’un qu’avec des -ménagemens de bienséance, et j’ai l’autre quand il me plaît. -Présentement que tous les gens de notre maison reposent et se croient -peut-être heureux de bien reposer, je jouis d’un bonheur que le repos le -plus profond ne sauroit me donner. Je vous écris; mon cœur vous parle -comme si vous deviez lui répondre; il vous immole ses veilles avec son -impatience. Ah! qu’on est heureux quand on aime parfaitement! et que je -plains ceux qui languissent dans l’oisiveté qui naît de la liberté! -Bonjour, mon cher! Le jour commence à paroître; il auroit paru bien plus -tôt qu’à l’ordinaire s’il avoit consulté mon impatience: mais il n’est -pas amoureux comme nous; il faut lui pardonner sa lenteur, et tâcher à -la tromper par quelques heures de sommeil, afin de la trouver moins -insupportable. - - - - -NOTES - - - [4] Emmanuel et Francisque étaient deux petits laquais portugais, - appartenant à M. de Chamilly. - - [5] Il s’agit de la paix d’Aix-la-Chapelle, qui fut signée le 2 mai - 1668, entre la France et l’Espagne. Elle avait été précédée, le 3 - février, d’un traité qui mettait fin aux hostilités entre l’Espagne - et le Portugal. - - [6] Mertola est une ville peu importante de la province d’Alentejo. - - [7] Les mots _sens froid_, pour _sang-froid_, se trouvent dans - l’édition originale. - - [8] On lit _prêtates_, au lieu de _prîtes_, dans l’édition princeps, - mais c’est évidemment une erreur. - - - - - Imprimé par D. JOUAUST - POUR LA COLLECTION - DES PETITS CHEFS-D’ŒUVRE - - M DCCC LXXV - -*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PORTUGAISES *** - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the -United States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, -and may not be used if you charge for an eBook, except by following -the terms of the trademark license, including paying royalties for use -of the Project Gutenberg trademark. If you do not charge anything for -copies of this eBook, complying with the trademark license is very -easy. You may use this eBook for nearly any purpose such as creation -of derivative works, reports, performances and research. Project -Gutenberg eBooks may be modified and printed and given away--you may -do practically ANYTHING in the United States with eBooks not protected -by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the trademark -license, especially commercial redistribution. - -START: FULL LICENSE - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg-tm License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project -Gutenberg-tm electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all -the terms of this agreement, you must cease using and return or -destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your -possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a -Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound -by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the -person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph -1.E.8. - -1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be -used on or associated in any way with an electronic work by people who -agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few -things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works -even without complying with the full terms of this agreement. See -paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project -Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this -agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm -electronic works. See paragraph 1.E below. - -1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the -Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection -of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual -works in the collection are in the public domain in the United -States. If an individual work is unprotected by copyright law in the -United States and you are located in the United States, we do not -claim a right to prevent you from copying, distributing, performing, -displaying or creating derivative works based on the work as long as -all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope -that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting -free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm -works in compliance with the terms of this agreement for keeping the -Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily -comply with the terms of this agreement by keeping this work in the -same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when -you share it without charge with others. - -1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern -what you can do with this work. Copyright laws in most countries are -in a constant state of change. If you are outside the United States, -check the laws of your country in addition to the terms of this -agreement before downloading, copying, displaying, performing, -distributing or creating derivative works based on this work or any -other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no -representations concerning the copyright status of any work in any -country other than the United States. - -1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: - -1.E.1. The following sentence, with active links to, or other -immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear -prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work -on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the -phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, -performed, viewed, copied or distributed: - - This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and - most other parts of the world at no cost and with almost no - restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it - under the terms of the Project Gutenberg License included with this - eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the - United States, you will have to check the laws of the country where - you are located before using this eBook. - -1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is -derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not -contain a notice indicating that it is posted with permission of the -copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in -the United States without paying any fees or charges. If you are -redistributing or providing access to a work with the phrase "Project -Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply -either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or -obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm -trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted -with the permission of the copyright holder, your use and distribution -must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any -additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms -will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works -posted with the permission of the copyright holder found at the -beginning of this work. - -1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm -License terms from this work, or any files containing a part of this -work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. - -1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this -electronic work, or any part of this electronic work, without -prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with -active links or immediate access to the full terms of the Project -Gutenberg-tm License. - -1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, -compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including -any word processing or hypertext form. However, if you provide access -to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format -other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official -version posted on the official Project Gutenberg-tm website -(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense -to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means -of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain -Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the -full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1. - -1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, -performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works -unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing -access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works -provided that: - -* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from - the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method - you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed - to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has - agreed to donate royalties under this paragraph to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid - within 60 days following each date on which you prepare (or are - legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty - payments should be clearly marked as such and sent to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in - Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg - Literary Archive Foundation." - -* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies - you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he - does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm - License. You must require such a user to return or destroy all - copies of the works possessed in a physical medium and discontinue - all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm - works. - -* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of - any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the - electronic work is discovered and reported to you within 90 days of - receipt of the work. - -* You comply with all other terms of this agreement for free - distribution of Project Gutenberg-tm works. - -1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project -Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than -are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing -from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of -the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the Foundation as set -forth in Section 3 below. - -1.F. - -1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable -effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread -works not protected by U.S. copyright law in creating the Project -Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm -electronic works, and the medium on which they may be stored, may -contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate -or corrupt data, transcription errors, a copyright or other -intellectual property infringement, a defective or damaged disk or -other medium, a computer virus, or computer codes that damage or -cannot be read by your equipment. - -1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right -of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project -Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project -Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all -liability to you for damages, costs and expenses, including legal -fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT -LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE -PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE -TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE -LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR -INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH -DAMAGE. - -1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a -defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can -receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a -written explanation to the person you received the work from. If you -received the work on a physical medium, you must return the medium -with your written explanation. The person or entity that provided you -with the defective work may elect to provide a replacement copy in -lieu of a refund. If you received the work electronically, the person -or entity providing it to you may choose to give you a second -opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If -the second copy is also defective, you may demand a refund in writing -without further opportunities to fix the problem. - -1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth -in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO -OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT -LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. - -1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied -warranties or the exclusion or limitation of certain types of -damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement -violates the law of the state applicable to this agreement, the -agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or -limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or -unenforceability of any provision of this agreement shall not void the -remaining provisions. - -1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in -accordance with this agreement, and any volunteers associated with the -production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm -electronic works, harmless from all liability, costs and expenses, -including legal fees, that arise directly or indirectly from any of -the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this -or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or -additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any -Defect you cause. - -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm - -Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of -computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at -www.gutenberg.org - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's business office is located at 809 North 1500 West, -Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up -to date contact information can be found at the Foundation's website -and official page at www.gutenberg.org/contact - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without -widespread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine-readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular -state visit www.gutenberg.org/donate - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. To -donate, please visit: www.gutenberg.org/donate - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works - -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project -Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of -volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our website which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This website includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/old/66978-0.zip b/old/66978-0.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index 7c0adf9..0000000 --- a/old/66978-0.zip +++ /dev/null diff --git a/old/66978-h.zip b/old/66978-h.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index a12a475..0000000 --- a/old/66978-h.zip +++ /dev/null diff --git a/old/66978-h/66978-h.htm b/old/66978-h/66978-h.htm deleted file mode 100644 index a351c32..0000000 --- a/old/66978-h/66978-h.htm +++ /dev/null @@ -1,2758 +0,0 @@ -<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" - "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> - -<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="fr" xml:lang="fr"> -<head> -<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=UTF-8" /> -<title> - The Project Gutenberg eBook of Lettres portugaises. -</title> -<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" /> -<style type="text/css"> - - -p { text-align: justify; line-height: 1.2em; text-indent: 1.5em; - margin: .3em 0;} - -h1 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 1em 0; } -h2 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 4em 0 2em 0; } -h3 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 3em 0 1.5em 0; } - -div.c, p.c { text-align: center; line-height: 1.5em; text-indent: 0; - margin: 1em 0; } - -.large { font-size: 130%; } -.xlarge {font-size: 150%; } -.small { font-size: 90%; } -.xsmall, small { font-size: 80%; } - -.i { font-style: italic; } -.i i, .i em { font-style: normal; } - -.sc { font-variant: small-caps; } - -.sign { margin: 1em 5% 1em 20%; text-align: right; } - -hr { width: 20%; margin: 1em 40%; } - -sup { font-size: smaller; vertical-align: 20%; } - -li { list-style: none; } - -table { margin: 1em auto; } -td { vertical-align: top; } -td.c div { text-align: center; } - -a { text-decoration: none; } - -.fnanchor { font-size: 80%; vertical-align: 0.35em; padding: 0 .15em; - text-decoration: none; font-style: normal; -} -.footnote { margin: 1em 0 1em 30%; font-size: 90%; } -.footnote .label { } -.footnote + .footnote { margin-top: -.5em; } - -.endnotes .footnote { margin: 1em 0; font-size: 100%; } - -div.gap, p.gap { margin-top: 2.5em; } -.break, .chapter { margin-top: 4em; } - -img { max-width: 100%; } -img.w6 { width: 6em; height: auto; } - -@media screen { - body { max-width: 40em; width: 80%; margin: 0 auto; } -} - -@media handheld { - .break, .chapter { page-break-before: always; } - .top4em { padding-top: 4em; } - .top6em { padding-top: 6em; } - .nobreak { page-break-before: avoid; } -} - - - -.i .sc { font-style: normal; } - -</style> -</head> -<body> - -<div style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of Lettres portugaises, by Mariana Alcoforado</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and -most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms -of the Project Gutenberg License included with this eBook or online -at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you -are not located in the United States, you will have to check the laws of the -country where you are located before using this eBook. -</div> - -<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: Lettres portugaises</p> -<p style='display:block; margin-top:0; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:0;'>Publiées sur l'édition originale avec une notice préliminaire par Alexandre Piedagnel</p> - -<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Mariana Alcoforado</div> - -<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Editor: Alexandre Piedagnel</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'>Release Date: December 20, 2021 [eBook #66978]</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'>Language: French</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'>Character set encoding: UTF-8</div> - -<div style='display:block; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Produced by: René Galluvot (This file was produced from images generously made available by The Internet Archive/Canadian Libraries)</div> - -<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PORTUGAISES ***</div> -<h1>LETTRES<br /> -<span class="large">PORTUGAISES</span></h1> - -<p class="c"><i>Publiées sur l’édition originale</i><br /> -AVEC UNE NOTICE PRÉLIMINAIRE<br /> -<span class="xsmall">PAR</span><br /> -<span class="large">ALEXANDRE PIEDAGNEL</span></p> - -<div class="c gap"><img src="images/jouaust.png" alt="" class="w6" /></div> -<p class="c gap"><span class="large">PARIS</span><br /> -LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES<br /> -<span class="small">Rue Saint-Honoré, 338</span></p> - -<p class="c small">M DCCC LXXVI</p> - -<div class="break"></div> - -<p class="c top4em small">TIRAGE A PETIT NOMBRE</p> - -<p class="c">Il a été fait un tirage spécial de :</p> - -<table summary=""> -<tr><td>30</td> <td>exemplaires</td> <td>sur papier de Chine (N<sup>os</sup> 1 à 30).</td></tr> -<tr><td>30</td> <td class="c"><div>— </div></td> <td>sur papier Whatman (N<sup>os</sup> 31 à 60).</td></tr> -<tr><td>— </td> <td colspan="2"> </td></tr> -<tr><td>60</td> <td colspan="2">exemplaires, numérotés.</td></tr> -</table> -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">NOTICE<br /> -<span class="small">SUR LA RELIGIEUSE PORTUGAISE</span></h2> - - -<p class="i">Vers 1663, il entra dans la politique -de Louis XIV de secourir le Portugal -contre l’Espagne, mais il le -secourut indirectement ; on fournit -sous main des subsides, on favorisa des levées, -une foule de volontaires y coururent. Entre cette -petite armée, commandée par Schomberg, et la -pauvre armée espagnole qui lui disputait le terrain, -il y eut là, chaque été, bien des marches et des -contre-marches et peu de résultats, bien des escarmouches -et des petits combats, parmi lesquels, -je crois, une victoire. Qui donc s’en soucie aujourd’hui ? -Mais le lecteur curieux qui ne veut -que son charme ne peut s’empêcher de dire que -tout cela a été bon, puisque les <span class="sc">Lettres de la -Religieuse portugaise</span> en devaient naître<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>. »</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> Sainte-Beuve, <i>Notice sur M<sup>lle</sup> Aïssé</i>.</p> -</div> -<hr /> - - -<p class="i">Cette guerre, qui dura jusqu’en 1668, et dans -laquelle triompha le Portugal, est, en effet, bien -oubliée ! Les <span class="sc">Lettres portugaises</span>, au contraire, ont -eu depuis lors vingt éditions, et leur grand succès ne -semble point épuisé. Évidemment, cela tient surtout -à l’accent de sincérité de l’auteur. La pauvre religieuse -de Beja a peint avec tant de chaleur, avec -une émotion si communicative, l’état de son cœur -blessé, ses défaillances, ses espoirs éphémères, sa -passion persistante, ses déceptions nombreuses -et si cruelles, ses colères si légitimes, que l’on relit -volontiers une correspondance dont les pages, ardentes -et touchantes à la fois, restent jeunes parce -qu’elles sont absolument vraies.</p> - -<p class="i">Ce qui augmente encore le charme des lettres -de Marianna Alcaforado, c’est que l’on reconnaît -sans peine qu’elles ne furent pas écrites en -vue d’une publication. Oh, non ! ces élans, ces -tristesses, ces aveux, ces plaintes amères, n’ont -rien d’apprêté. Ce sont les cris d’une âme loyale -et tendre, et le lecteur s’intéresse bien vite à tant -d’amour mêlé à tant de désespoirs !</p> - -<hr /> - - -<p class="i">Quelques lignes suffiront pour résumer le drame -intime qui a donné lieu aux <span class="sc">Lettres portugaises</span>.</p> - -<p class="i">En 1661, Noël Bouton de Chamilly, comte de -Saint-Léger (plus tard marquis de Chamilly), -prit du service en Portugal. Il était alors âgé de -vingt-cinq ans<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>. — A la même époque, un couvent -de la ville de Beja, dans la province d’Alentejo, -abritait la religieuse franciscaine dont le -jeune capitaine français devait, hélas ! troubler si -profondément la vie.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Né le 6 avril 1636, il mourut le 8 janvier 1715.</p> -</div> -<p class="i">Notre héroïne, qui appartenait à l’une des -meilleures familles du pays, a raconté elle-même -que ce fut du haut d’un balcon de son couvent -qu’elle vit pour la première fois M. de Chamilly, -et un critique très-érudit, M. Eugène Asse, a eu, -croyons-nous, raison de penser qu’elle l’aperçut -sans doute à l’occasion d’une sorte de revue ou -d’entrée triomphale, à Beja, des troupes franco-portugaises.</p> - -<p class="i">Quoi qu’il en soit, M. de Chamilly, ayant de -son côté remarqué la charmante religieuse, pénétra -dans le couvent à plusieurs reprises ; il sut se -faire écouter de l’infortunée Marianna, qui, jusqu’à -sa dernière heure, chercha vainement à -maudire le brillant officier dont l’abandon, si -brusque et si complet, avait brisé son cœur trop -confiant.</p> - -<p class="i">Ajoutons que le marquis de Chamilly épousa, -en 1677, la fille de Jean-Jacques du Bouchet, -seigneur de Villefix, — sans se préoccuper le moins -du monde de la religieuse de Beja ; — et qu’il -devint, en 1703, maréchal de France, « en récompense -de ses glorieux services ».</p> - -<hr /> - - -<p class="i">Il n’y a là rien, après tout, de bien neuf ni de -fort original ! — Un officier, élégant et noble, a -occupé ses loisirs, dans une petite ville, à séduire -une jeune fille crédule et d’une rare beauté. Puis, -s’étant empressé d’oublier ses serments, dès son -départ du pays, il s’est marié sagement à une -riche héritière. Quoi de plus naturel ? Cela ne se -voit-il pas tous les jours ?</p> - -<p class="i">Et comme, en dehors de ce <i>péché de jeunesse</i>, -le maréchal de Chamilly, vaillant homme de -guerre, n’a eu aucune faute grave à se reprocher, -ses contemporains, Saint-Simon en tête, ont été -d’accord pour lui rendre hommage : « C’était le -meilleur homme du monde, le plus brave et le plus -plein d’honneur. »</p> - -<hr /> - - -<p class="i">Voilà qui est dit à merveille ! Heureusement, -pour venger la mémoire de Marianna, les femmes -se sont liguées, et pas une lectrice n’a pardonné -encore au marquis de Chamilly ses mensonges -amoureux et sa coupable légèreté, — disons mieux : -sa trahison !</p> - -<p class="i">Il faut lire avec attention ces lettres neuves et -éloquentes, à cause de leur simplicité même. Que -d’exquise tendresse, que de douleur profonde ; et -aussi, comme au souvenir des douces heures — à -jamais disparues, — la pauvre délaissée se ranime -d’une façon touchante, oubliant soudain, pour -un instant trop court, l’ingratitude, la perfidie de -son amant !</p> - -<p class="i">Amour, regrets : voilà tout ce petit livre, — qui -ne mourra pas, car il est imprégné d’un suave -parfum de jeunesse, de passion et de larmes sincères.</p> - -<p class="sign"><span class="sc">Alexandre Piedagnel</span>.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">NOTE BIBLIOGRAPHIQUE</h2> - - -<p>La première édition des <i>Lettres portugaises</i> -parut chez Claude Barbin, en 1669. Elle -contenait les cinq lettres véritables, débordantes -de passion et de la douleur causée -par l’abandon. M. Eugène Asse a remarqué -judicieusement que l’<i>achevé d’imprimer</i>, qui -porte la date du 4 janvier 1669, et <i>le privilége</i>, qui est -du 28 octobre 1668, prouvent que la traduction fut faite -et livrée au libraire vers le milieu de l’année 1668, c’est-à-dire -presque aussitôt après le retour en France du marquis -de Chamilly. « Évidemment, ajoute M. Asse, les -lettres de la pauvre Marianna furent montrées par leur -possesseur comme un de ces trophées, ou tout au moins -comme un de ces souvenirs qu’on rapporte d’un pays -étranger. » Cependant l’incognito fut complet. C’est seulement -dans l’édition de 1690 que l’on indique, pour la -première fois, le nom du destinataire et celui du traducteur, -Guilleragues<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>. Quant au nom de l’héroïne, qui -fut découvert par le savant Boissonade, en 1810, il n’a -figuré sur aucune édition de l’ouvrage.</p> - -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> Pierre Girardin de Guilleragues, premier président de la Cour -des Aides de Bordeaux, assez maltraité par Saint-Simon : « Guilleragues -n’étoit autre qu’un Gascon gourmand, plaisant, de beaucoup -d’esprit, d’excellente compagnie, qui avait des amis et qui -vivoit à leurs dépens, parce qu’il avoit tout fricassé, et encore -étoit-ce à qui l’auroit. Il avoit été intime de M<sup>me</sup> Scarron, qui ne -l’oublia pas dans sa fortune, et qui lui procura l’ambassade -de Constantinople (en 1679) pour se remplumer. Mais il y trouva, -comme ailleurs, moyen de tout manger. »</p> -</div> -<p>Voyant le vif succès des cinq premières lettres, Barbin, -sous le titre de <i>Seconde partie</i>, s’empressa (en 1669 -également) d’en publier sept autres, non plus d’une -religieuse, mais d’une <i>Dame portugaise</i>, et dont la note -dominante est la coquetterie unie au dépit amoureux.</p> - -<p>Ces dernières lettres, que nous publions à titre de curiosité -littéraire, sont de pure invention. — De nombreuses -<i>Réponses</i> — toutes apocryphes — parurent ensuite. -Elles n’offrent qu’un intérêt très-secondaire.</p> - -<p>Notre intention, tout d’abord, était de reproduire, -dans cette réimpression, l’orthographe du temps. Mais -la première et la seconde partie des <i>Lettres portugaises</i>, -bien qu’imprimées la même année, chez le même Claude -Barbin, présentent deux systèmes orthographiques tellement -différents que nous n’avons ni su auquel donner -la préférence, ni pu les réduire en un seul. Il nous a -donc semblé à propos, pour cette fois, d’adopter l’orthographe -moderne, tout en nous conformant rigoureusement -au texte de l’édition originale.</p> - -<p class="sign">A. P.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">PREMIÈRE PARTIE</h2> - - - - -<h3>AU LECTEUR</h3> - - -<p class="i">J’ai trouvé les moyens, avec beaucoup -de soin et de peine, de recouvrer une -copie correcte de la traduction de -cinq Lettres Portugaises qui ont été -écrites à un gentilhomme de qualité qui servoit en -Portugal. J’ai vu tous ceux qui se connoissent en -sentimens ou les louer, ou les chercher avec tant -d’empressement que j’ai cru que je leur ferois un -singulier plaisir de les imprimer. Je ne sais point -le nom de celui auquel on les a écrites, ni de celui -qui en a fait la traduction ; mais il m’a semblé -que je ne devois pas leur déplaire en les rendant -publiques. Il est difficile qu’elles n’eussent, enfin, -paru avec des fautes d’impression qui les eussent -défigurées.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<p class="c large">PREMIÈRE PARTIE</p> - - - - -<h3>LETTRE PREMIÈRE</h3> - - -<p>Considère, mon amour, jusqu’à quel -excès tu as manqué de prévoyance. -Ah ! malheureux, tu as été trahi, et -tu m’as trahie par des espérances -trompeuses. Une passion sur laquelle tu avois -fait tant de projets de plaisirs ne te cause présentement -qu’un mortel désespoir, qui ne peut -être comparé qu’à la cruauté de l’absence qui -le cause. Quoi ! cette absence, à laquelle ma -douleur, tout ingénieuse qu’elle est, ne peut -donner un nom assez funeste, me privera donc -pour toujours de regarder ces yeux, dans lesquels -je voyois tant d’amour, et qui me faisoient connoître -des mouvemens qui me combloient de -joie, qui me tenoient lieu de toutes choses, et -qui enfin me suffisoient ? Hélas ! les miens sont -privés de la seule lumière qui les animoit, il ne -leur reste que des larmes, et je ne les ai employés -à aucun usage qu’à pleurer sans cesse, -depuis que j’appris que vous étiez enfin résolu -à un éloignement qui m’est si insupportable -qu’il me fera mourir en peu de temps. Cependant -il me semble que j’ai quelque attachement -pour des malheurs dont vous êtes la seule -cause : Je vous ai destiné ma vie aussitôt que je -vous ai vu ; et je sens quelque plaisir en vous -la sacrifiant. J’envoie mille fois le jour mes -soupirs vers vous, ils vous cherchent en tous -lieux, et ils ne me rapportent pour toute récompense -de tant d’inquiétudes qu’un avertissement -trop sincère que me donne ma mauvaise -fortune, qui a la cruauté de ne souffrir pas que -je me flatte, et qui me dit à tous moments : -Cesse, cesse, Mariane infortunée, de te consumer -vainement, et de chercher un amant que -tu ne verras jamais, qui a passé les mers pour te -fuir, qui est en France au milieu des plaisirs, -qui ne pense pas un seul moment à tes douleurs, -et qui te dispense de tous ces transports, -desquels il ne te sait aucun gré ? Mais non, je -ne puis me résoudre à juger si injurieusement -de vous, et je suis trop intéressée à vous justifier. -Je ne veux point m’imaginer que vous -m’avez oubliée. Ne suis-je pas assez malheureuse, -sans me tourmenter par de faux soupçons ? -Et pourquoi ferois-je des efforts pour ne -me plus souvenir de tous les soins que vous -avez pris de me témoigner de l’amour ? J’ai été -si charmée de tous ces soins, que je serois bien -ingrate si je ne vous aimois avec les mêmes -emportemens que ma passion me donnoit -quand je jouissois des témoignages de la vôtre. -Comment se peut-il faire que les souvenirs de -momens si agréables soient devenus si cruels ? -et faut-il que contre leur nature ils ne servent -qu’à tyranniser mon cœur ? Hélas ! votre dernière -lettre le réduisit en un étrange état : il -eut des mouvemens si sensibles, qu’il fit, ce -semble, des efforts pour se séparer de moi et -pour vous aller trouver. Je fus si accablée de -toutes ces émotions violentes, que je demeurai -plus de trois heures abandonnée de tous mes -sens. Je me défendis de revenir à une vie que -je dois perdre pour vous, puisque je ne puis la -conserver pour vous. Je revis enfin, malgré -moi, la lumière ; je me flattois de sentir que je -mourois d’amour ; et d’ailleurs j’étois bien aise -de n’être plus exposée à voir mon cœur déchiré -par la douleur de votre absence. Après ces -accidens, j’ai eu beaucoup de différentes indispositions ; -mais puis-je jamais être sans maux tant -que je ne vous verrai pas ? Je les supporte cependant -sans murmurer, puisqu’ils viennent de vous. -Quoi ? est-ce là la récompense, que vous me -donnez pour vous avoir si tendrement aimé ? -Mais il n’importe, je suis résolue à vous adorer -toute ma vie, et à ne voir jamais personne ; et -je vous assure que vous ferez bien aussi de -n’aimer personne. Pourriez-vous être content -d’une passion moins ardente que la mienne ? -Vous trouverez peut-être plus de beauté (vous -m’avez pourtant dit autrefois que j’étois assez -belle), mais vous ne trouverez jamais tant -d’amour, et tout le reste n’est rien. Ne remplissez -plus vos lettres de choses inutiles, et ne -m’écrivez plus de me souvenir de vous. Je ne -puis vous oublier, et je n’oublie pas aussi que -vous m’avez fait espérer que vous viendrez -passer quelque temps avec moi. Hélas ! pourquoi -n’y voulez-vous pas passer toute votre -vie ? S’il m’étoit possible de sortir de ce -malheureux cloître, je n’attendrois pas en Portugal -l’effet de vos promesses : j’irois, sans garder -aucune mesure, vous chercher, vous suivre, -et vous aimer par tout le monde ; je n’ose me -flatter que cela puisse être, je ne veux point -nourrir une espérance qui me donneroit assurément -quelque plaisir, et je ne veux plus être -sensible qu’aux douleurs. J’avoue cependant -que l’occasion que mon frère m’a donnée de -vous écrire a surpris en moi quelques mouvemens -de joie, et qu’elle a suspendu pour un -moment le désespoir où je suis. Je vous conjure -de me dire pourquoi vous vous êtes attaché à -m’enchanter comme vous avez fait, puisque -vous saviez bien que vous deviez m’abandonner ? -Et pourquoi avez-vous été si acharné à -me rendre malheureuse ? que ne me laissiez-vous -en repos dans mon cloître ? Vous avois-je -fait quelque injure ? Mais je vous demande -pardon : je ne vous impute rien ; je ne suis pas -en état de penser à ma vengeance, et j’accuse -seulement la rigueur de mon destin. Il me -semble qu’en nous séparant, il nous a fait tout le -mal que nous pouvions craindre. Il ne sauroit -séparer nos cœurs : l’amour qui est plus puissant -que lui les a unis pour toute notre vie. Si -vous prenez quelque intérêt à la mienne, écrivez-moi -souvent. Je mérite bien que vous preniez -quelque soin de m’apprendre l’état de -votre cœur et de votre fortune. Surtout venez -me voir. Adieu, je ne puis quitter ce papier ; il -tombera entre vos mains ; je voudrois bien -avoir le même bonheur. Hélas ! insensée que je -suis ! je m’aperçois que cela n’est pas possible. -Adieu, je n’en puis plus. Adieu, aimez-moi -toujours, et faites-moi souffrir encore plus de -maux.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h3>LETTRE II</h3> - - -<p>Il me semble que je fais le plus grand -tort du monde aux sentimens de -mon cœur, de tâcher de vous les -faire connoître en vous les écrivant. -Que je serois heureuse si vous en pouviez bien -juger par la violence des vôtres ! mais je ne dois -pas m’en rapporter à vous, et je ne puis m’empêcher -de vous dire, bien moins vivement que je -ne le sens, que vous ne devriez pas me maltraiter, -comme vous faites, par un oubli qui me -met au désespoir, et qui est même honteux -pour vous. Il est bien juste, au moins, que -vous souffriez que je me plaigne des malheurs -que j’avois bien prévus quand je vous vis résolu -de me quitter. Je connois bien que je me suis -abusée, lorsque j’ai pensé que vous auriez un -procédé de meilleure foi qu’on n’a accoutumé -d’avoir, parce que l’excès de mon amour me -mettoit, ce semble, au-dessus de toutes sortes -de soupçons, et qu’il méritoit plus de fidélité -qu’on n’en trouve d’ordinaire. Mais la disposition -que vous avez à me trahir l’emporte enfin -sur la justice que vous devez à tout ce que j’ai -fait pour vous. Je ne laisserois pas d’être bien -malheureuse, si vous ne m’aimiez que parce que -je vous aime, et je voudrois tout devoir à votre -seule inclination ; mais je suis si éloignée d’être -en cet état, que je n’ai pas reçu une seule lettre -de vous depuis six mois. J’attribue tout ce -malheur à l’aveuglement avec lequel je me suis -abandonnée à m’attacher à vous. Ne devois-je -pas prévoir que mes plaisirs finiroient plutôt -que mon amour ? Pouvois-je espérer que vous -demeureriez toute votre vie en Portugal, et -que vous renonceriez à votre fortune et à votre -pays pour ne penser qu’à moi ? Mes douleurs -ne peuvent recevoir aucun soulagement, et le -souvenir de mes plaisirs me comble de désespoir. -Quoi ! tous mes désirs seront donc inutiles ! -et je ne vous verrai jamais en ma chambre -avec toute l’ardeur et tout l’emportement -que vous me faisiez voir ! Mais, hélas ! je -m’abuse, et je ne connois que trop que tous les -mouvemens qui occupoient ma tête et mon -cœur n’étoient excités en vous que par quelques -plaisirs, et qu’ils finissoient aussitôt qu’eux. Il -falloit que, dans ces momens trop heureux, -j’appelasse ma raison à mon secours pour modérer -l’excès funeste de mes délices, et pour -m’annoncer tout ce que je souffre présentement ; -mais je me donnois toute à vous, et je n’étois pas -en état de penser à ce qui eût pu empoisonner -ma joie, et m’empêcher de jouir pleinement des -témoignages ardens de votre passion. Je m’apercevois -trop agréablement que j’étois avec -vous, pour penser que vous seriez un jour -éloigné de moi. Je me souviens pourtant de -vous avoir dit quelquefois que vous me rendriez -malheureuse ; mais ces frayeurs étoient bientôt -dissipées, et je prenois plaisir à vous les sacrifier, -et à m’abandonner à l’enchantement et à la -mauvaise foi de vos protestations. Je vois bien -le remède à tous mes maux, et j’en serois -bientôt délivrée si je ne vous aimois plus. Mais, -hélas ! quel remède ! Non, j’aime mieux souffrir -encore davantage que vous oublier. Hélas ! cela -dépend-il de moi ? Je ne puis me reprocher -d’avoir souhaité un seul moment de ne vous -plus aimer. Vous êtes plus à plaindre que je ne -suis, et il vaut mieux souffrir tout ce que je -souffre que de jouir des plaisirs languissans que -vous donnent vos maîtresses de France. Je -n’envie point votre indifférence, et vous me -faites pitié. Je vous défie de m’oublier entièrement. -Je me flatte de vous avoir mis en état -de n’avoir sans moi que des plaisirs imparfaits ; -et je suis plus heureuse que vous, puisque je -suis plus occupée. L’on m’a fait depuis peu -portière en ce couvent ; tous ceux qui me parlent -croient que je suis folle ; je ne sais ce que -je leur réponds ; et il faut que les religieuses -soient aussi insensées que moi pour m’avoir cru -capable de quelques soins. Ah ! j’envie le bonheur -d’Emmanuel et de Francisque<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>. Pourquoi ne -suis-je pas incessamment avec vous, comme -eux ? Je vous aurois suivi, et je vous aurois -assurément servi de meilleur cœur. Je ne -souhaite rien en ce monde que vous voir. Au -moins souvenez-vous de moi ! je me contente -de votre souvenir, mais je n’ose m’en assurer. -Je ne bornois pas mes espérances à votre souvenir -quand je vous voyois tous les jours ; mais -vous m’avez bien appris qu’il faut que je me -soumette à tout ce que vous voudrez. Cependant -je ne me repens point de vous avoir -adoré ; je suis bien aise que vous m’ayez -séduite ; votre absence rigoureuse, et peut-être -éternelle, ne diminue en rien l’emportement de -mon amour ; je veux que tout le monde le -sache ; je n’en fais point un mystère, et je suis -ravie d’avoir fait tout ce que j’ai fait pour vous -contre toute sorte de bienséance. Je ne mets -plus mon honneur et ma religion qu’à vous -aimer éperdument toute ma vie, puisque j’ai -commencé à vous aimer. Je ne vous dis point -toutes ces choses pour vous obliger à m’écrire. -Ah ! ne vous contraignez point, je ne veux de -vous que ce qui viendra de votre mouvement, et -je refuse tous les témoignages de votre amour -dont vous pourriez vous empêcher. J’aurai du -plaisir à vous excuser, parce que vous aurez -peut-être du plaisir à ne pas prendre la peine de -m’écrire ; et je sens une profonde disposition -à vous pardonner toutes vos fautes. Un officier -français a eu la charité de me parler ce matin -plus de trois heures de vous, il m’a dit que la -paix de France étoit faite<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>. Si cela est, ne -pourriez-vous pas me venir voir et m’emmener -en France ? Mais je ne le mérite pas. Faites -tout ce qu’il vous plaira ; mon amour ne dépend -plus de la manière dont vous me traiterez. -Depuis que vous êtes parti, je n’ai pas eu un -seul moment de santé, et je n’ai aucun plaisir -qu’en nommant votre nom mille fois le jour. -Quelques religieuses qui savent l’état déplorable -où vous m’avez plongée me parlent de vous -fort souvent. Je sors le moins qu’il m’est -possible de ma chambre, où vous êtes venu me -voir tant de fois, et je regarde sans cesse votre -portrait, qui m’est mille fois plus cher que ma -vie. Il me donne quelque plaisir, mais il me -donne aussi bien de la douleur, lorsque je -ne vous reverrai peut-être jamais. -Pourquoi faut-il qu’il soit possible que je ne -vous verrai peut-être jamais ? M’avez-vous pour -toujours abandonnée ? Je suis au désespoir. -Votre pauvre Mariane n’en peut plus, elle -s’évanouit en finissant cette lettre. Adieu, adieu, -ayez pitié de moi.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h3>LETTRE III</h3> - - -<p>Qu’est-ce que je deviendrai ? Et qu’est-ce -que vous voulez que je fasse ? Je -me trouve bien éloignée de tout ce -que j’avois prévu : j’espérois que -vous m’écririez de tous les endroits où vous -passeriez, et que vos lettres seroient fort longues ; -que vous soutiendriez ma passion par l’espérance -de vous revoir ; qu’une entière confiance -en votre fidélité me donneroit quelque sorte de -repos, et que je demeurerois cependant dans un -état assez supportable, sans d’extrêmes douleurs. -J’avois même pensé à quelques foibles projets de -faire tous les efforts dont je serois capable pour -me guérir, si je pouvois connoître bien certainement -que vous m’eussiez tout à fait oubliée. -Votre éloignement, quelques mouvemens de dévotion, -la crainte de ruiner entièrement le reste -de ma santé par tant de veilles et par tant d’inquiétudes, -le peu d’apparence de votre retour, la -froideur de votre passion et de vos derniers adieux, -votre départ fondé sur d’assez méchants prétextes, -et mille autres raisons, qui ne sont que trop bonnes -et que trop inutiles, sembloient me promettre un -secours assez assuré, s’il me devenoit nécessaire. -N’ayant enfin à combattre que contre moi-même, -je ne pouvois jamais me défier de toutes les -foiblesses, ni appréhender tout ce que je souffre -aujourd’hui. Hélas que je suis à plaindre de ne -partager pas mes douleurs avec vous et d’être -toute seule malheureuse ! Cette pensée me tue, -et je meurs de frayeur que vous n’ayez jamais -été extrêmement sensible à tous nos plaisirs. Oui, -je connois présentement la mauvaise foi de tous -vos mouvemens : vous m’avez trahie toutes les -fois que vous m’avez dit que vous étiez ravi -d’être seul avec moi. Je ne dois qu’à mes importunités -vos empressemens et vos transports ; -vous aviez fait de sang-froid un dessein de m’enflammer ; -vous n’avez regardé ma passion que -comme une victoire, et votre cœur n’en a jamais -été profondément touché. N’êtes-vous pas bien -malheureux, et n’avez-vous pas bien peu de délicatesse -de n’avoir su profiter qu’en cette manière -de mes emportemens ? Et comment est-il -possible qu’avec tant d’amour je n’aie pu vous rendre -tout à fait heureux ? Je regrette, pour l’amour -de vous seulement, les plaisirs infinis que vous -avez perdus. Faut-il que vous n’ayez pas voulu -en jouir ? Ah ! si vous les connoissiez, vous trouveriez -sans doute qu’ils sont plus sensibles que -celui de m’avoir abusée ; et vous auriez éprouvé -qu’on est beaucoup plus heureux, et qu’on sent -quelque chose de bien plus touchant quand on -aime violemment que lorsqu’on est aimé. Je ne -sais ni ce que je suis, ni ce que je fais, ni ce que -je désire ; je suis déchirée par mille mouvemens -contraires. Peut-on s’imaginer un état si déplorable ? -Je vous aime éperdument, et je vous -ménage assez pour n’oser, peut-être, souhaiter -que vous soyez agité des mêmes transports. Je -me tuerois, ou je mourrois de douleurs sans me -tuer, si j’étois assurée que vous n’avez jamais -aucun repos, que votre vie n’est que trouble et -qu’agitation, que vous pleurez sans cesse, et que -tout vous est odieux. Je ne puis suffire à mes -maux ; comment pourrois-je supporter la douleur -que me donneroient les vôtres, qui me seroient -mille fois plus sensibles. Cependant je ne -puis aussi me résoudre à désirer que vous ne -pensiez point à moi ; et, à vous parler sincèrement, -je suis jalouse avec fureur de tout ce qui -vous donne de la joie, et qui touche votre cœur -et votre goût en France. Je ne sais pourquoi je -vous écris. Je vois bien que vous aurez seulement -pitié de moi, et je ne veux point de votre -pitié. J’ai bien du dépit contre moi-même, -quand je fais réflexion sur tout ce que je vous -ai sacrifié. J’ai perdu ma réputation ; je me -suis exposée à la fureur de mes parens, à la -sévérité des lois de ce pays contre les religieuses, -et à votre ingratitude, qui me paroît le plus -grand de tous les malheurs. Cependant je sens -bien que mes remords ne sont pas véritables, que -je voudrois, du meilleur de mon cœur, avoir -couru pour l’amour de vous de plus grands dangers, -et que j’ai un plaisir funeste d’avoir hasardé -ma vie et mon honneur. Tout ce que j’ai -de plus précieux ne devoit-il pas être en votre -disposition ? Et ne dois-je pas être bien aise de -l’avoir employé comme j’ai fait ? Il me semble -même que je ne suis guère contente, ni de mes -douleurs, ni de l’excès de mon amour, quoique -je ne puisse, hélas ! me flatter assez pour être -contente de vous. Je vis, infidèle que je suis, et -je fais autant de choses pour conserver ma vie que -pour la perdre ! Ah ! j’en meurs de honte ; mon -désespoir n’est donc que dans mes lettres ? Si je -vous aimois autant que je vous l’ai dit mille fois, -ne serois-je pas morte il y a longtemps ! Je vous -ai trompé ; c’est à vous à vous plaindre de moi. -Hélas ! pourquoi ne vous en plaignez-vous pas ? -Je vous ai vu partir, je ne puis espérer de vous -voir jamais de retour ; et je respire cependant ! -Je vous ai trahi, je vous en demande pardon, -mais ne me l’accordez pas. Traitez-moi sévèrement ; -ne trouvez point que mes sentimens -soient assez violens ; soyez plus difficile à contenter ; -mandez-moi que vous voulez que je -meure d’amour pour vous ; et je vous conjure -de me donner ce secours, afin que je surmonte -la foiblesse de mon sexe, et que je finisse toutes -mes irrésolutions par un véritable désespoir. Une -fin tragique vous obligeroit sans doute à penser -souvent à moi ; ma mémoire vous seroit chère, -et vous seriez peut-être sensiblement touché -d’une mort extraordinaire. Ne vaut-elle pas -mieux que l’état où vous m’avez réduite ? Adieu, -je voudrois bien ne vous avoir jamais vu. Ah ! -je sens vivement la fausseté de ce sentiment, et -je connois, dans le moment que je vous écris, -que j’aime bien mieux être malheureuse en vous -aimant que de ne vous avoir jamais vu. Je consens -donc sans murmure à ma mauvaise destinée, -puisque vous n’avez pas voulu la rendre meilleure. -Adieu, promettez-moi de me regretter -tendrement, si je meurs de douleur, et qu’au -moins la violence de ma passion vous donne du -dégoût et l’éloignement pour toutes choses. -Cette consolation me suffira, et s’il faut que je -vous abandonne pour toujours, je voudrois bien -ne vous laisser pas à une autre. Ne seriez-vous -pas bien cruel de vous servir de mon désespoir -pour vous rendre plus aimable, et pour faire -voir que vous avez donné la plus grande passion -du monde ? Adieu encore une fois. Je vous écris -des lettres trop longues : je n’ai pas assez d’égard -pour vous ; je vous en demande pardon, et j’ose -espérer que vous aurez quelque indulgence pour -une pauvre insensée, qui ne l’étoit pas, comme -vous savez, avant qu’elle vous aimât. Adieu. Il -me semble que je vous parle trop souvent de -l’état insupportable où je suis ; cependant je vous -remercie dans le fonds de mon cœur du désespoir -que vous me causez, et je déteste la tranquillité -où j’ai vécu avant que je vous connusse. -Adieu ; ma passion augmente à chaque moment. -Ah ! que j’ai de choses à vous dire !</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h3>LETTRE IV</h3> - - -<p>Votre Lieutenant vient de me dire -qu’une tempête vous a obligé de -relâcher au royaume d’Algarve. Je -crains que vous n’ayez beaucoup -souffert sur la mer, et cette appréhension m’a -tellement occupée que je n’ai plus pensé à tous -mes maux. Êtes-vous bien persuadé que votre -lieutenant prenne plus de part que moi à tout -ce qui vous arrive ? Pourquoi en est-il mieux -informé, et enfin pourquoi ne m’avez-vous -point écrit ? Je suis bien malheureuse si vous n’en -avez trouvé aucune occasion depuis votre départ, -et je la suis bien davantage si vous en -avez trouvé sans m’écrire ! Votre injustice et -votre ingratitude sont extrêmes, mais je serois -au désespoir si elles vous attiroient quelque -malheur, et j’aime beaucoup mieux qu’elles demeurent -sans punition que si j’en étois vengée. -Je résiste à toutes les apparences qui me devroient -persuader que vous ne m’aimez guère, -et je sens bien plus de disposition à m’abandonner -aveuglément à ma passion qu’aux raisons -que vous me donnez de me plaindre de votre -peu de soin. Que vous m’auriez épargné d’inquiétudes -si votre procédé eût été aussi languissant -les premiers jours que je vous vis qu’il m’a -paru depuis quelque temps ! Mais qui n’auroit -été abusée comme moi par tant d’empressemens, -et à qui n’eussent-ils pas paru sincères ? -Qu’on a de peine à se résoudre à soupçonner -longtemps la bonne foi de ceux qu’on aime ! Je -vois bien que la moindre excuse vous suffit ; et -sans que vous preniez le soin de m’en faire, -l’amour que j’ai pour vous vous sert si fidèlement, -que je ne puis consentir à vous trouver -coupable que pour jouir du sensible plaisir de -vous justifier moi-même. Vous m’avez consommée -par vos assiduités ; vous m’avez enflammée -par vos transports ; vous m’avez charmée par vos -complaisances ; vous m’avez assurée par vos sermens ; -mon inclination violente m’a séduite, et -les suites de ces commencemens si agréables, et -si heureux ne sont que des larmes, que des soupirs, -et qu’une mort funeste, sans que je puisse -y apporter aucun remède. Il est vrai que j’ai eu -des plaisirs bien surprenans en vous aimant, -mais ils me coûtent d’étranges douleurs, et tous -les mouvemens que vous me causez sont extrêmes. -Si j’avois résisté avec opiniâtreté à votre -amour ; si je vous avois donné quelque sujet de -chagrin et de jalousie pour vous enflammer davantage ; -si vous aviez remarqué quelque ménagement -artificieux dans ma conduite ; si j’avois -enfin voulu opposer ma raison à l’inclination -naturelle que j’ai pour vous, dont vous me fîtes -bientôt apercevoir (quoique mes efforts eussent -été sans doute inutiles), vous pourriez me punir -sévèrement et vous servir de votre pouvoir ; -mais vous me parûtes aimable avant que vous -m’eussiez dit que vous m’aimiez ; vous me témoignâtes -une grande passion ; j’en fus ravie et -je m’abandonnai à vous aimer éperdument. Vous -n’étiez point aveuglé comme moi, pourquoi -avez-vous donc souffert que je devinsse en l’état -où je me trouve ? Qu’est-ce que vous vouliez -faire de tous mes emportemens, qui ne pouvoient -vous être que très-importuns ? Vous saviez -bien que vous ne seriez pas toujours en -Portugal, et pourquoi m’y avez-vous voulu -choisir pour me rendre si malheureuse ? Vous -eussiez trouvé sans doute en ce pays quelque -femme qui eût été plus belle, avec laquelle vous -eussiez eu autant de plaisirs, puisque vous n’en -cherchiez que de grossiers ; qui vous eût fidèlement -aimé aussi longtemps qu’elle vous eût vu ; -que le temps eût pu consoler de votre absence, -et que vous auriez pu quitter sans perfidie et -sans cruauté. Ce procédé est bien plus d’un -tyran attaché à persécuter que d’un amant qui -ne doit penser qu’à plaire. Hélas ! pourquoi -exercez-vous tant de rigueur sur un cœur qui -est à vous ? Je vois bien que vous êtes aussi -facile à vous laisser persuader contre moi que je -l’ai été à me laisser persuader en votre faveur. -J’aurois résisté sans avoir besoin de tout mon -amour et sans m’apercevoir que j’eusse rien fait -d’extraordinaire, à de plus grandes raisons que -ne peuvent être celles qui vous ont obligé à me -quitter. Elles m’eussent paru bien foibles, et il -n’y en a point qui eussent jamais pu m’arracher -d’auprès de vous ; mais vous avez voulu profiter -des prétextes que vous avez trouvés de retourner -en France. Un vaisseau partoit. Que ne le -laissiez-vous partir ? Votre famille vous avoit -écrit. Ne savez-vous pas toutes les persécutions -que j’ai souffertes de la mienne ? Votre honneur -vous engageoit à m’abandonner. Ai-je pris -quelque soin du mien ? Vous étiez obligé d’aller -servir votre Roi. Si tout ce qu’on dit de lui est -vrai, il n’a aucun besoin de votre secours, et il -vous auroit excusé. J’eusse été trop heureuse si -nous avions passé notre vie ensemble ; mais -puisqu’il falloit qu’une absence cruelle nous séparât, -il me semble que je dois être bien aise -de n’avoir pas été infidèle, et je ne voudrois -pas, pour toutes les choses du monde, avoir -commis une action si noire. Quoi ! vous avez -connu le fond de mon cœur et de ma tendresse, -et vous avez pu vous résoudre à me laisser pour -jamais et à m’exposer aux frayeurs que je dois -avoir que vous ne vous souveniez plus de moi que -pour me sacrifier à une nouvelle passion ! Je vois -bien que je vous aime comme une folle : cependant -je ne me plains point de toute la violence -des mouvemens de mon cœur ; je m’accoutume -à ses persécutions, et je ne pourrois -vivre sans un plaisir que je découvre et dont je -jouis en vous aimant au milieu de mille douleurs. -Mais je suis sans cesse persécutée avec un -extrême désagrément par la haine et par le dégoût -que j’ai pour toutes choses. Ma famille, -mes amis et ce couvent me sont insupportables. -Tout ce que je suis obligée de voir et tout ce -qu’il faut que je fasse de toute nécessité m’est -odieux. Je suis si jalouse de ma passion, qu’il -me semble que toutes mes actions et que tous mes -devoirs vous regardent. Oui, je fais quelque -scrupule si je n’emploie tous les momens de ma -vie pour vous. Que ferois-je, hélas ! sans tant -de haine et sans tant d’amour qui remplissent -mon cœur ? Pourrois-je survivre à ce qui m’occupe -incessamment, pour mener une vie tranquille -et languissante ? Ce vide et cette insensibilité -ne peuvent me convenir. Tout le monde -s’est aperçu du changement entier de mon -humeur, de mes manières et de ma personne. -Ma mère m’en a parlé avec aigreur, et ensuite -avec quelque bonté. Je ne sais ce que je lui ai -répondu ; il me semble que je lui ai tout avoué. -Les religieuses les plus sévères ont pitié de l’état -où je suis ; il leur donne même quelque considération -et quelque ménagement pour moi. -Tout le monde est touché de mon amour, et -vous demeurez dans une profonde indifférence, -sans m’écrire que des lettres froides, pleines de -redites ; la moitié du papier n’est pas rempli, et -il paroît grossièrement que vous mourez d’envie -de les avoir achevées. Dona Brites me persécuta -ces jours passés pour me faire sortir de ma -chambre et, croyant me divertir, elle me mena -promener sur le balcon, d’où l’on voit Mertola<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a> ; -je la suivis, et je fus aussitôt frappée d’un souvenir -cruel qui me fit pleurer tout le reste du -jour. Elle me ramena, et je me jetai sur mon -lit, où je fis mille réflexions sur le peu d’apparence -que je vois de guérir jamais. Ce qu’on -fait pour me soulager aigrit ma douleur, et je -trouve dans les remèdes mêmes des raisons particulières -de m’affliger. Je vous ai vu souvent -passer en ce lieu avec un air qui me charmoit, -et j’étois sur ce balcon le jour fatal que je commençai -à sentir les premiers effets de ma passion -malheureuse. Il me sembla que vous vouliez me -plaire, quoique vous ne me connussiez pas ; je -me persuadois que vous m’aviez remarquée -entre toutes celles qui étoient avec moi. Je -m’imaginai que lorsque vous vous arrêtiez, vous -étiez bien aise que je vous visse mieux et j’admirasse -votre adresse lorsque vous poussiez votre -cheval. J’étois surprise de quelque frayeur -lorsque vous le faisiez passer dans un endroit -difficile ; enfin je m’intéressois secrètement à -toutes vos actions. Je sentois bien que vous ne -m’étiez point indifférent, et je prenois pour moi -tout ce que vous faisiez. Vous ne connoissez -que trop les suites de ces commencemens, et -quoique je n’aie rien à ménager, je ne dois pas -vous les écrire, de crainte de vous rendre plus -coupable, s’il est possible, que vous ne l’êtes, et -d’avoir à me reprocher tant d’efforts inutiles -pour vous obliger à m’être fidèle. Vous ne le -serez point. Puis-je espérer de mes lettres et de -mes reproches ce que mon amour et mon abandonnement -n’ont pu sur votre ingratitude ? Je -suis trop assurée de mon malheur ; votre procédé -injuste ne me laisse pas la moindre raison -d’en douter, et je dois tout appréhender, puisque -vous m’avez abandonnée. N’aurez-vous de -charmes que pour moi et ne paroîtrez-vous pas -agréable à d’autres yeux ? Je crois que je ne -serai pas fâchée que les sentimens des autres -justifient les miens en quelque façon, et je voudrois -que toutes les femmes de France vous -trouvassent aimable, qu’aucune ne vous aimât -et qu’aucune ne vous plût. Ce projet est ridicule -et impossible ; néanmoins j’ai assez éprouvé -que vous n’êtes guère capable d’un grand entêtement, -et que vous pourrez bien m’oublier sans -aucun secours et sans y être contraint par une -nouvelle passion. Peut-être voudrois-je que -vous eussiez quelque prétexte raisonnable. Il est -vrai que je serois plus malheureuse, mais vous -ne seriez pas si coupable. Je vois bien que vous -demeurerez en France sans de grands plaisirs, -avec une entière liberté : la fatigue d’un long -voyage, quelque petite bienséance, et la crainte -de ne répondre pas à mes transports vous retiennent. -Ah ! ne m’appréhendez point. Je me -contenterai de vous voir de temps en temps et -de savoir seulement que nous sommes en même -lieu ; mais je me flatte peut-être, et vous serez -plus touché de la rigueur et de la sévérité d’une -autre que vous ne l’avez été de mes faveurs. -Est-il possible que vous serez enflammé par de -mauvais traitemens ? Mais avant que de vous -engager dans une grande passion, pensez bien -à l’excès de mes douleurs, à l’incertitude de mes -projets, à la diversité de mes mouvemens, à -l’extravagance de mes lettres, à mes confiances, -à mes désespoirs, à mes souhaits, à ma jalousie. -Ah ! vous allez vous rendre malheureux ; je vous -conjure de profiter de l’état où je suis, et qu’au -moins ce que je souffre pour vous ne vous soit pas -inutile. Vous me fîtes, il y a cinq ou six mois, -une fâcheuse confidence, et vous m’avouâtes de -trop bonne foi que vous aviez aimé une dame en -votre pays. Si elle vous empêche de revenir, -mandez-le-moi sans ménagement, afin que je -ne languisse plus. Quelque reste d’espérance me -soutient encore, et je serois bien aise (si elle ne -doit avoir aucune suite) de la perdre tout à fait -et de me perdre moi-même. Envoyez-moi son -portrait avec quelqu’une de ses lettres, et écrivez-moi -tout ce qu’elle vous dit. J’y trouverois -peut-être des raisons de me consoler ou de -m’affliger davantage. Je ne puis demeurer plus -longtemps dans l’état où je suis, et il n’y a point -de changement qui ne me soit favorable. Je -voudrois aussi avoir le portrait de votre frère et -de votre belle-sœur. Tout ce qui vous est quelque -chose m’est fort cher, et je suis entièrement -dévouée à ce qui vous touche ; je ne me suis -laissé aucune disposition de moi-même. Il y a des -momens où il me semble que j’aurois assez de -soumission pour servir celle que vous aimez. -Vos mauvais traitemens et vos mépris m’ont tellement -abattue que je n’ose quelquefois penser seulement -qu’il me semble que je pourrois être jalouse -sans vous déplaire, et que je crois avoir le -plus grand tort du monde de vous faire des reproches. -Je suis souvent convaincue que je ne -dois point vous faire voir avec fureur, comme je -fais, des sentimens que vous désavouez. Il y a -longtemps qu’un officier attend votre lettre : -j’avois résolu de l’écrire d’une manière à vous la -faire recevoir sans dégoût, mais elle est trop -extravagante, il la faut finir. Hélas ! il n’est pas -en mon pouvoir de m’y résoudre ; il me semble -que je vous parle quand je vous écris, et que -vous m’êtes un peu plus présent. La première -ne sera pas si longue ni si importune ; vous -pourrez l’ouvrir et la lire sur l’assurance que je -vous donne. Il est vrai que je ne dois point vous -parler d’une passion qui vous déplaît, et je ne -vous en parlerai plus. Il y aura un an dans peu -de jours que je m’abandonnai toute à vous, sans -ménagement. Votre passion me paroissoit fort -ardente et fort sincère, et je n’eusse jamais -pensé que mes faveurs vous eussent assez rebuté -pour vous obliger à faire cinq cens lieues et à -vous exposer à des naufrages pour vous en éloigner : -personne ne m’étoit redevable d’un pareil -traitement. Vous pouvez vous souvenir de -ma pudeur, de ma confusion et de mon désordre ; -mais vous ne vous souvenez pas de ce qui -vous engageroit à m’aimer malgré vous. L’officier -qui doit vous porter cette lettre me mande -pour la quatrième fois qu’il veut partir. Qu’il -est pressant ! il abandonne sans doute quelque -malheureuse en ce pays. Adieu, j’ai plus de -peine à finir ma lettre que vous n’en avez eu à -me quitter, peut-être pour toujours. Adieu, je -n’ose vous donner mille noms de tendresse ni -m’abandonner sans contrainte à tous mes mouvemens. -Je vous aime mille fois plus que ma -vie, et mille fois plus que je ne pense. Que -vous m’êtes cher, et que vous m’êtes cruel ! -vous ne m’écrivez point : je n’ai pu m’empêcher -de vous dire encore cela. Je vais recommencer, -et l’officier partira. Qu’importe, qu’il -parte ! J’écris plus pour moi que pour vous : -je ne cherche qu’à me soulager. Aussi bien la -longueur de ma lettre vous fera peur : vous -ne la lirez point. Qu’est-ce que j’ai fait pour -être si malheureuse, et pourquoi avez-vous empoisonné -ma vie ? Que ne suis-je née en un -autre pays ! Adieu, pardonnez-moi ; je n’ose -plus vous prier de m’aimer : voyez où mon destin -m’a réduite ! Adieu.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h3>LETTRE V</h3> - - -<p>Je vous écris pour la dernière fois, -et j’espère vous faire connoître, par -la différence des termes et de la manière -de cette lettre, que vous m’avez -enfin persuadée que vous ne m’aimez plus, et -qu’ainsi je ne dois plus vous aimer. Je vous renverrai -donc par la première voie tout ce qui me -reste encore de vous. Ne craignez pas que je -vous écrive ; je ne mettrai pas même votre nom -au-dessus du paquet. J’ai chargé de tout ce détail -dona Brites, que j’avois accoutumée à des -confidences bien éloignées de celle-ci : ses soins -me seront moins suspects que les miens. Elle -prendra toutes les précautions nécessaires afin de -pouvoir m’assurer que vous avez reçu le portrait -et les bracelets que vous m’avez donnés. Je veux -cependant que vous sachiez que je me sens, depuis -quelques jours, en état de brûler et de déchirer -ces gages de votre amour, qui m’étoient -si chers ; mais je vous ai fait voir tant de foiblesse, -que vous n’auriez jamais cru que j’eusse -pu devenir capable d’une telle extrémité. Je veux -donc jouir de toute la peine que j’ai eue à m’en -séparer, et vous donner au moins quelque dépit. -Je vous avoue, à ma honte et à la vôtre, que je -me suis trouvée plus attachée que je ne veux -vous le dire à ces bagatelles, et que j’ai senti -que j’avois un nouveau besoin de toutes mes réflexions -pour me défaire de chacune en particulier, -lors même que je me flattois de n’être plus -attachée à vous ; mais on vient à bout de tout ce -qu’on veut avec tant de raisons. Je les ai mises -entre les mains de Dona Brites. Que cette résolution -m’a coûté de larmes ! Après mille mouvemens -et mille incertitudes que vous ne connoissez -pas, et dont je ne vous rendrai pas compte -assurément, je l’ai conjurée de ne m’en parler -jamais, de ne me les rendre jamais, quand même -je les demanderois pour les revoir encore une -fois, et de vous les renvoyer enfin sans m’en -avertir.</p> - -<p>Je n’ai bien connu l’excès de mon amour que -depuis que j’ai voulu faire tous mes efforts pour -m’en guérir ; et je crains que je n’eusse osé l’entreprendre -si j’eusse pu prévoir tant de difficultés -et tant de violences. Je suis persuadée que -j’eusse senti des mouvemens moins désagréables -en vous aimant, tout ingrat que vous êtes, qu’en -vous quittant pour toujours. J’ai éprouvé que -vous m’étiez moins cher que ma passion, et j’ai -eu d’étranges peines à la combattre, après que -vos procédés injurieux m’ont rendu votre personne -odieuse.</p> - -<p>L’orgueil ordinaire de mon sexe ne m’a point -aidée à prendre des résolutions contre vous. -Hélas ! j’ai souffert votre mépris ; j’eusse supporté -votre haine et toute la jalousie que m’eût donnée -l’attachement que vous eussiez pu avoir pour -une autre. J’aurois eu, au moins quelque passion -à combattre ; mais votre indifférence m’est insupportable. -Vos impertinentes protestations d’amitié, -et les civilités ridicules de votre dernière lettre -m’ont fait voir que vous aviez reçu toutes -celles que je vous ai écrites ; qu’elles n’ont causé -dans votre cœur aucun mouvement, et que cependant -vous les avez lues. Ingrat ! Je suis encore -assez folle pour être au désespoir de ne -pouvoir me flatter qu’elles ne soient pas venues -jusques à vous, et qu’on ne vous les ait pas rendues. -Je déteste votre bonne foi. Vous avois-je -prié de me mander sincèrement la vérité ? Que -ne me laissiez-vous ma passion ? Vous n’aviez -qu’à ne me point écrire ; je ne cherchois pas à -être éclaircie. Ne suis-je pas bien malheureuse -de n’avoir pu vous obliger à prendre quelque -soin de me tromper, et de n’être plus en état de -vous excuser ? Sachez que je m’aperçois que -vous êtes indigne de tous mes sentimens, et que -je connois toutes vos méchantes qualités. Cependant -(si tout ce que j’ai fait pour vous peut mériter -que vous ayez quelques petits égards pour -les grâces que je vous demande) je vous conjure -de ne m’écrire plus, et de m’aider à vous oublier -entièrement. Si vous me témoigniez, foiblement -même, que vous avez eu quelque peine en lisant -cette lettre, je vous croirois peut-être ; et peut-être -aussi votre aveu et votre consentement me -donneroient du dépit et de la colère, et tout cela -pourroit m’enflammer. Ne vous mêlez donc point -de ma conduite, vous renverseriez sans doute -tous mes projets, de quelque manière que vous -voulussiez y entrer. Je ne veux point savoir le -succès de cette lettre ; ne troublez pas l’état que -je me prépare : il me semble que vous pouvez -être content des maux que vous me causez (quelque -dessein que vous eussiez fait de me rendre -malheureuse). Ne m’ôtez point de mon incertitude ; -j’espère que j’en ferai avec le temps quelque -chose de tranquille. Je vous promets de ne -vous point haïr : je me défie trop des sentimens -violens pour oser l’entreprendre. Je suis persuadée -que je trouverois peut-être en ce pays -un amant plus fidèle ; mais, hélas ! qui pourra -me donner de l’amour ? La passion d’un autre -m’occupera-t-elle ? La mienne a-t-elle pu quelque -chose sur vous ? N’éprouvé-je pas qu’un -cœur attendri n’oublie jamais ce qui l’a fait apercevoir -des transports qu’il ne connoissoit pas et -dont il étoit capable ; que tous ses mouvemens -sont attachés à l’idole qu’il s’est faite ; que ses -premières idées, et que ses premières blessures -ne peuvent être ni guéries ni effacées ; que toutes -les passions qui s’offrent à son secours, et qui -font des efforts pour le remplir et pour le contenter, -lui promettent vainement une sensibilité -qu’il ne retrouve plus ; que tous les plaisirs qu’il -cherche, sans aucune envie de les rencontrer, ne -servent qu’à lui faire bien connoître que rien ne -lui est si cher que le souvenir de ses douleurs ? -Pourquoi m’avez-vous fait connoître l’imperfection -et le désagrément d’un attachement qui ne -doit pas durer éternellement, et les malheurs qui -suivent un amour violent lorsqu’il n’est pas réciproque ? -Et pourquoi une inclination aveugle -et une cruelle destinée s’attachent-elles, d’ordinaire, -à nous déterminer pour ceux qui seroient -sensibles pour quelque autre ?</p> - -<p>Quand même je pourrois espérer quelque -amusement dans un nouvel engagement, et que -je trouverois quelqu’un de bonne foi, j’ai tant -de pitié de moi-même que je ferois beaucoup de -scrupule de mettre le dernier homme du monde -en l’état où vous m’avez réduite ; et quoique je -ne sois pas obligée à vous ménager, je ne pourrois -me résoudre à exercer sur vous une vengeance -si cruelle, quand même elle dépendroit -de moi par un changement que je ne prévois pas.</p> - -<p>Je cherche dans ce moment à vous excuser, et -je comprends bien qu’une religieuse n’est guère -aimable d’ordinaire. Cependant il semble que si -on étoit capable de raisonner sur les choix qu’on -fait, on devroit plutôt s’attacher à elles qu’aux -autres femmes. Rien ne les empêche de penser -incessamment à leur passion : elles ne sont point -détournées par mille choses qui dissipent et qui -occupent dans le monde. Il me semble qu’il -n’est pas fort agréable de voir celles qu’on aime, -toujours distraites par mille bagatelles ; et il -faut avoir bien peu de délicatesse pour souffrir -(sans en être au désespoir) qu’elles ne parlent -que d’assemblées, d’ajustemens et de promenades. -On est sans cesse exposé à de nouvelles -jalousies : elles sont obligées à des égards, à des -complaisances, à des conversations. Qui peut -s’assurer qu’elles n’ont aucun plaisir dans toutes -ces occasions, et qu’elles souffrent toujours leurs -maris avec un extrême dégoût et sans aucun -consentement ? Ah ! qu’elles doivent se défier -d’un amant qui ne leur fait pas rendre un compte -bien exact là-dessus, qui croit aisément et sans -inquiétude ce qu’elles lui disent, et qui les voit -avec beaucoup de confiance et de tranquillité -sujettes à tous ces devoirs. Mais je ne prétends -pas vous prouver par de bonnes raisons que vous -deviez m’aimer ; ce sont de très-méchans moyens, -et j’en ai employé de beaucoup meilleurs qui -ne m’ont pas réussi. Je connois trop bien mon -destin pour tâcher à le surmonter : je serai malheureuse -toute ma vie ! Ne l’étois-je pas en vous -voyant tous les jours ? Je mourois de frayeur que -vous ne me fussiez pas fidèle ; je voulois vous -voir à tous momens, et cela n’étoit pas possible ; -j’étois troublée par le péril que vous couriez en -entrant dans ce couvent ; je ne vivois pas lorsque -vous étiez à l’armée ; j’étois au désespoir de -n’être pas plus belle et plus digne de vous ; je -murmurois contre la médiocrité de ma condition ; -je croyois souvent que l’attachement que vous -paroissiez avoir pour moi vous pourroit faire -quelque tort ; il me sembloit que je ne vous aimois -pas assez ; j’appréhendois pour vous la -colère de mes parens, et j’étois enfin dans un -état aussi pitoyable que celui où je suis présentement. -Si vous m’eussiez donné quelques -témoignages de votre passion depuis que vous -n’êtes plus en Portugal, j’aurois fait tous mes -efforts pour en sortir ; je me fusse déguisée pour -vous aller trouver. Hélas ! qu’est-ce que je fusse -devenue, si vous ne vous fussiez plus soucié de -moi après que j’eusse été en France ? Quel désordre ! -quel égarement ! quel comble de honte -pour ma famille qui m’est fort chère depuis que -je ne vous aime plus ! Vous voyez bien que je -connois de sens<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a> froid qu’il étoit possible que je -fusse encore plus à plaindre que je ne suis ; et -je vous parle au moins raisonnablement une fois -en ma vie. Que ma modération vous plaira ! et -que vous serez content de moi ! Je ne veux point -le savoir ; je vous ai déjà prié de ne m’écrire -plus, et je vous en conjure encore.</p> - -<p>N’avez-vous jamais fait quelque réflexion sur -la manière dont vous m’avez traitée ? Ne pensez-vous -jamais que vous m’avez plus d’obligation -qu’à personne du monde ? Je vous ai aimé comme -une insensée. Que de mépris j’ai eu pour toutes -choses ! Votre procédé n’est point d’un honnête -homme. Il faut que vous ayez eu pour moi de -l’aversion naturelle, puisque vous ne m’avez pas -aimée éperdument. Je me suis laissé enchanter -par des qualités très-médiocres. Qu’avez-vous -fait qui dût me plaire ? Quel sacrifice m’avez-vous -fait ? N’avez-vous pas cherché mille autres -plaisirs ? Avez-vous renoncé au jeu et à la chasse ? -N’êtes-vous pas parti le premier pour aller à -l’armée ? N’en êtes-vous pas revenu après tous -les autres ? Vous vous y êtes exposé follement, -quoique je vous eusse prié de vous ménager -pour l’amour de moi. Vous n’avez point cherché -les moyens de vous établir en Portugal, où vous -étiez estimé. Une lettre de votre frère vous en -a fait partir sans hésiter un moment ; et n’ai-je -pas su que, durant le voyage, vous avez été de -la plus belle humeur du monde. Il faut avouer -que je suis obligée à vous haïr mortellement. -Ah ! je me suis attiré tous mes malheurs. Je -vous ai d’abord accoutumé à une grande passion -avec trop de bonne foi, et il faut de l’artifice -pour se faire aimer ; il faut chercher avec quelque -adresse les moyens d’enflammer, et l’amour -tout seul ne donne point de l’amour. Vous vouliez -que je vous aimasse ; et comme vous aviez -formé ce dessein, il n’y a rien que vous n’eussiez -fait pour y parvenir. Vous vous fussiez même -résolu à m’aimer, s’il eût été nécessaire ; mais -vous avez connu que vous pouviez réussir dans -votre entreprise sans passion, et que vous n’en -aviez aucun besoin. Quelle perfidie ! Croyez-vous -avoir pu impunément me tromper ! Si quelque -hasard vous ramenoit en ce pays, je vous déclare -que je vous livrerai à la vengeance de mes parens. -J’ai vécu longtemps dans un abandonnement -et dans une idolâtrie qui me donne de -l’horreur, et mon remords me persécute avec une -rigueur insupportable. Je sens vivement la honte -des crimes que vous m’avez fait commettre, -et je n’ai plus, hélas ! la passion qui m’empêchoit -d’en connoître l’énormité. Quand est-ce -que mon cœur ne sera plus déchiré ? Quand est-ce -que je serai délivrée de cet embarras cruel ? -Cependant, je crois que je ne vous souhaite -point de mal, et que je me résoudrois à consentir -que vous fussiez heureux ; mais comment -pourrez-vous l’être, si vous avez le cœur bien -fait ? Je veux vous écrire une autre lettre, pour -vous faire voir que je serai peut-être plus tranquille -dans quelque temps. Que j’aurai de plaisir -de pouvoir vous reprocher vos procédés injustes, -après que je n’en serai plus si vivement -touchée ; et lorsque je vous ferai connoître que -je vous méprise, que je parle avec beaucoup -d’indifférence de votre trahison, que j’ai oublié -tous mes plaisirs et toutes mes douleurs, et que -je ne me souviens de vous que lorsque je veux -m’en souvenir ! Je demeure d’accord que vous -avez de grands avantages sur moi, et que vous -m’avez donné une passion qui m’a fait perdre la -raison ; mais vous devez en tirer peu de vanité. -J’étois jeune, j’étois crédule ; on m’avoit enfermée -dans ce couvent depuis mon enfance ; je -n’avois vu que des gens désagréables ; je n’avois -jamais entendu les louanges que vous me -donniez incessamment ; il me sembloit que je -vous devois les charmes et la beauté que vous -me trouviez et dont vous me faisiez apercevoir ; -j’entendois dire du bien de vous ; tout le monde -me parloit en votre faveur : vous faisiez tout ce -qu’il falloit pour me donner de l’amour. Mais je -suis enfin revenue de cet enchantement : vous -m’avez donné de grands secours, et j’avoue que -j’en avois un extrême besoin. En vous renvoyant -vos lettres, je garderai soigneusement les deux -dernières que vous m’avez écrites ; et je les relirai -encore plus souvent que je n’ai lu les premières, -afin de ne retomber plus dans mes foiblesses. -Ah ! qu’elles me coûtent cher, et que -j’aurois été heureuse, si vous eussiez voulu souffrir -que je vous eusse toujours aimé ! Je connois -bien que je suis encore un peu trop occupée -de mes reproches et de votre infidélité ; mais -souvenez-vous que je me suis promis un état -plus paisible et que j’y parviendrai, ou que je -prendrai contre moi quelque résolution extrême, -que vous apprendrez sans beaucoup de déplaisir. -Mais je ne veux plus rien de vous ; je suis une -folle de redire les mêmes choses si souvent. Il -faut vous quitter et ne penser plus à vous ; je -crois même que je ne vous écrirai plus. Suis-je -obligée de vous rendre un compte exact de tous -mes divers mouvemens ?</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">DEUXIÈME PARTIE</h2> - - - - -<h3>AU LECTEUR</h3> - - -<p class="i">Le bruit qu’a fait la traduction des -cinq Lettres Portugaises a donné le -désir à quelques personnes de qualité -d’en traduire quelques nouvelles, -qui leur sont tombées entre les mains. Les premières -ont eu tant de cours dans le monde, que -l’on devoit appréhender avec justice d’exposer -celles-ci en public ; mais comme elles sont d’une -femme du monde qui écrit d’un style différent de -celui d’une religieuse, j’ai cru que cette différence -pourroit plaire, et que peut-être l’ouvrage n’est -pas si désagréable qu’on ne me sache quelque gré -de le donner au public.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<p class="c xlarge">DEUXIÈME PARTIE</p> - - - - -<h3>LETTRE PREMIÈRE</h3> - - -<p>Il est donc possible que vous ayez -été un moment en colère contre -moi ; et qu’avec une passion la plus -tendre et la plus délicate qui fut -jamais, je vous aie donné un instant de chagrin ! -Hélas ! de quel remords ne serois-je point capable -si je manquois à la fidélité que je vous -dois ; puisque je ne m’accuse que d’un excès de -délicatesse, et que je ne puis me pardonner -votre courroux ? Mais pourquoi faut-il qu’il me -donne ce remords ? N’ai-je pas eu raison de me -plaindre, et n’offenserois-je pas votre propre -passion si j’avois pu souffrir, sans murmure, que -vous ayez la force de me cacher quelque -chose ? Hé, bon Dieu ! je fais des reproches -continuels à mon âme de ce qu’elle ne vous -découvre pas assez l’ardeur de ses mouvemens, -et vous voulez me cacher tous les secrets de la -vôtre ! Quand mes regards sont trop languissans, -il me semble qu’ils ne servent que ma -tendresse, et qu’ils volent quelque chose à mon -ardeur. S’ils sont trop vifs, ma langueur leur -fait le même reproche, et avec les actions du -monde les plus parlantes, je crois n’en pas assez -dire, pendant que vous me faites des réserves -d’une bagatelle. Ah ! que ce procédé m’a touchée, -et que je vous aurois fait de pitié, si vous -aviez pu voir tout ce qu’il m’a fait penser ! -Mais pourquoi suis-je si curieuse ? Pourquoi -veux-je lire dans une âme où je ne trouverois -que de la tiédeur, et peut-être de l’infidélité ? -C’est votre honnêteté propre qui vous rend si -réservé, et je vous ai de l’obligation de votre -mystère. Vous voulez m’épargner la douleur de -connoître toute votre indifférence, et vous ne -dissimulez vos sentimens que par pitié pour -ma foiblesse. Hélas ! que ne m’avez-vous paru -tel dans les commencemens de notre connoissance ! -peut-être que mon cœur se fût réglé sur -le vôtre. Mais vous ne vous êtes résolu à -m’aimer avec peu d’empressement que quand -vous avez reconnu que j’en avois jusques à la -fureur. Ce n’est pourtant pas par tempérament -que vous êtes si retenu. Vous êtes emporté, je -l’éprouvai hier au soir. Mais, hélas ! votre -emportement n’est pas fait pour le courroux, et -vous n’êtes sensible qu’à ce que vous croyez -des outrages. Ingrat, que vous a fait l’amour -pour être si mal partagé ? Que n’employez-vous -cette impétuosité pour répondre à la -mienne ? Pourquoi faut-il que ces démarches -précipitées ne se fassent pas pour avancer les -momens de notre félicité ? Et qui diroit en -vous voyant si prompt à sortir de ma chambre, -quand le dépit vous en chasse, que vous êtes si -lent à y venir, quand l’amour vous y appelle ? -Mais je mérite bien ce traitement : j’ai pu -vous ordonner quelque chose. Est-ce à un -cœur tout à vous à entreprendre de vous -donner des lois ? Allez, vous avez bien fait de -l’en punir, et je devrois mourir de honte d’avoir -cru être maîtresse d’aucun de mes mouvemens. -Ah ! que vous savez bien comme il faut châtier -cette espèce de révolte. Vous souvient-il de la -tranquillité apparente avec laquelle vous m’offrîtes, -hier au soir, de m’aider à ne plus vous -voir ? Avez-vous bien pu m’offrir ce remède, ou -pour mieux dire, m’avez-vous cru capable de -l’accepter ? car dans la délicatesse de mon -amour, il me seroit bien plus douloureux de me -voir soupçonnée d’un crime, que de vous en -voir commettre un. Je suis plus jalouse de ma -passion que de la vôtre, et je vous pardonnerois -plus aisément une infidélité que le soupçon de -me la voir faire : oui, c’est de moi-même que je -veux être contente plutôt que de vous. Ma -tendresse m’est si précieuse, et l’estime que je -fais de vous m’y fait trouver tant de gloire, que -je ne sais point de plus grand crime que de -vous en laisser douter. Mais comment en -douteriez-vous ? Tout vous le persuade et dans -votre cœur et dans le mien. Vous n’avez pas -une négligence qui ne vous apprenne que je -vous aime jusqu’à l’adoration ; et l’amour m’a -si bien appris l’art de tirer du profit de toutes -choses, qu’il n’y a pas jusques à la retenue de -mes caresses qui ne vous convainque de l’excès -de ma passion. N’avez-vous jamais remarqué -cet effet de ma complaisance ? Combien de fois -ai-je retenu les transports de ma joie à votre -arrivée, parce qu’il me sembloit remarquer dans -vos yeux que vous me vouliez plus de modération ? -Vous m’auriez fait grand tort si vous -n’aviez pas observé ma contrainte dans ces -occasions ; car ces sortes de sacrifices sont les -plus pénibles pour moi, que je vous aie jamais -faits ; mais je ne vous les reproche point. Que -m’importe que je sois parfaitement heureuse, -pourvu que ce qui manque à mon bonheur -augmente le vôtre ? Si vous étiez plus empressé, -j’aurois le plaisir de me croire plus aimée ; mais -vous n’auriez pas celui de l’être tant. Vous -croiriez devoir quelque chose à votre amour, et -j’ai la gloire de voir que vous ne devez rien -qu’à mon inclination. N’abusez pourtant pas de -cette générosité amoureuse, et n’allez pas vous -aviser de la pousser jusques à m’arracher le peu -d’empressement qui vous reste ; au contraire, -soyez généreux à votre tour, et venez me protester -que le désintéressement de ma tendresse -augmente la vôtre ; que je ne hasarde rien -quand je crois mettre tout au hasard, et que -vous êtes aussi tendre et aussi fidèle, que je -suis tendrement et fidèlement à vous.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h3>LETTRE II</h3> - - -<p>Sans mentir, cette dame d’hier au -soir est bien laide ; elle danse d’un -méchant air, et le comte de Cugne -avoit eu grand tort de la dépeindre -comme une belle personne. Comment -pûtes-vous demeurer si longtemps auprès d’elle ? -Il me sembloit, à l’air de son visage, que ce -qu’elle vous disoit n’étoit point spirituel. Cependant -vous avez causé avec elle une partie du -temps que l’assemblée a duré, et vous avez eu -la dureté de me dire que sa conversation ne -vous avoit pas déplu. Que vous disoit-elle donc -de si charmant ? Vous apprenoit-elle des nouvelles -de quelque dame de France qui vous soit -chère, ou si elle commençoit à vous le devenir -elle-même ? car il n’y a que l’amour qui puisse -faire soutenir une si longue conversation. Je ne -trouvai point vos François nouveaux arrivés si -agréables, j’en fus obsédée tout le soir, ils me -dirent tout ce qu’ils purent imaginer de plus -joli, et je voyois bien qu’ils l’affectoient ; mais -ils ne me divertirent point, et je crois que ce -sont leurs discours qui m’ont causé la migraine -effroyable que j’ai eue toute la nuit. Vous ne le -sauriez point si je ne vous l’apprenois. Vos -gens sont occupés sans doute à aller savoir -comme cette heureuse Françoise se trouve de la -fatigue d’hier au soir ; car vous la fîtes assez -danser pour la faire malade. Mais qu’a-t-elle de -si charmant ? la croyez-vous plus tendre et plus -fidèle qu’une autre ? lui avez-vous trouvé une -inclination plus prompte à vous vouloir du bien -que celle que je vous ai fait paroître ? Non sans -doute, cela ne se peut pas ; vous savez bien -que, pour vous avoir vu passer seulement, je -perdis tout le repos de ma vie, et que, sans -m’arrêter à mon sexe et à ma naissance, je -courus la première aux occasions de vous voir -une seconde fois. Si elle en a fait davantage, -elle est à votre lever ce matin, et le petit Durino -la trouvera sans doute assise auprès de votre -chevet. Je le souhaite pour votre félicité : -j’aime si fort votre joie, que je consens à la -faire toute ma vie aux dépens de la mienne -propre, et si vous voulez régaler ce bel objet de -la lecture de cette lettre ici, vous le pouvez -faire sans scrupule. Ce que je vous écris ne sera -pas inutile à l’avancement de vos affaires ; j’ai -un nom connu dans ce royaume, on m’y a toujours -flattée de quelque beauté, et j’avois cru en -avoir jusques au moment que votre mépris m’a -désabusée. Proposez-moi donc pour exemple à -votre nouvelle conquête, dites-lui que je vous -aime jusques à la folie ; je veux bien en tomber -d’accord, et j’aime mieux contribuer à ma perte -par un aveu que de nier une passion si chère. -Oui, je vous aime mille fois plus que moi-même. -Au moment que je vous écris, je suis -jalouse, je l’avoue ; votre procédé d’hier a mis -la rage dans mon cœur, et je vous crois infidèle, -puisqu’il faut vous dire tout. Mais, -malgré tout cela, je vous aime plus qu’on n’a -jamais aimé. Je hais la marquise de Furtado, de -vous avoir donné l’occasion de voir cette nouvelle -venue. Je voudrois que la marquise de -Castro n’eût jamais été, puisque c’étoit à ces -noces que vous deviez me donner la douleur -que je ressens. Je hais celui qui a inventé la -danse, je me hais moi-même, et je hais la Françoise -mille fois plus que tout le reste ensemble ; -mais de tant de haines différentes, aucune n’a -eu l’audace d’aller jusques à vous. Vous me paroissez -toujours aimable. Sous quelque forme où je -vous regarde, et jusques aux pieds de cette -cruelle rivale qui vient troubler toute ma félicité, -je vous trouvois mille charmes qui n’ont -jamais été qu’en vous. J’étois même si sotte -que je ne pouvois m’empêcher d’être ravie -qu’on vous les trouvât comme moi ; et bien que -je sois persuadée que c’est à cette opinion que je -devrai peut-être la perte de votre cœur, j’aime -mieux me voir condamnée à cet abîme de désespoir -que de vous souhaiter une louange de -moins. Mais comment est-ce que l’amour peut -faire pour accorder tant de choses opposées ? -Car il est certain qu’on ne peut pas avoir plus -de jalousie pour tout ce qui vous approche que -j’en ai, et cependant j’irois au bout du monde -vous chercher de nouveaux admirateurs. Je -hais cette Françoise d’une haine si acharnée, -qu’il n’y a rien de si cruel que je ne me croie -capable de faire pour la détruire : et je lui -souhaiterois la félicité d’être aimée de vous, si -je pensois que cet amour vous rendît plus heureux -que vous ne l’êtes. Oui, je sens bien que -j’aime tant votre joie, je me trouve si heureuse -quand je vous vois content, que s’il falloit -immoler tout le plaisir de ma vie à un instant -du vôtre, je le ferois sans balancer. Pourquoi -n’êtes-vous pas comme cela pour moi ? Ah ! que -si vous m’aimiez autant que je vous aime, que -nous aurions de bonheur l’un et l’autre ! Votre -félicité feroit la mienne, et la vôtre en seroit -bien plus parfaite. Aucune personne sur la terre -n’a tant d’amour dans le cœur que j’en ai ; -nulle ne connoît si bien ce que vous valez ; et -vous me ferez mourir de pitié, si vous êtes -capable de vous attacher à quelque autre, après -avoir été accoutumé à mes manières d’aimer : -croyez-moi, mon cher, vous ne sauriez être -heureux qu’avec moi. Je connois les autres -femmes par moi-même, et je sens bien que -l’amour n’a fait naître que moi sur la terre pour -vous. De quoi deviendroit toute votre délicatesse, -si elle ne trouvoit plus mon cœur pour y -répondre ? ces regards si éloquens et si bien -entendus seroient-ils secondés par d’autres -yeux comme ils le sont par les miens ? Non, cela -n’est pas possible ; seuls nous savons bien -aimer ; et nous mourrions de chagrin l’un et -l’autre si nos deux âmes avoient trouvé quelque -assortiment qui n’eût pas été elles-mêmes.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h3>LETTRE III</h3> - - -<p>Quand donc finira votre absence ? -Passerez-vous encore aujourd’hui -sans revenir à Lisbonne, et ne vous -souvenez-vous point qu’il y a déjà -deux jours que vous êtes parti ? Pour moi, je -pense que vous avez envie de me trouver morte -à votre retour ; et c’est moins pour accompagner -le Roi à la visite des vaisseaux que vous avez -quitté la Cour que pour vous défendre d’une -maîtresse incommode. En effet, je le suis au -dernier point, il faut en tomber d’accord ; je ne -suis jamais contente ni de vous ni de moi-même. -Une absence de vingt-quatre heures me -met à la mort, et ce qui seroit un excès de félicité -pour une autre n’en est pas toujours une -pour moi. Tantôt il me semble que vous n’en -avez pas assez, d’autres fois je vous en trouve -tant que je crains de ne la pas faire toute seule ; -et il n’y a pas jusques à mes transports qui ne -me chagrinent, quand je crois m’apercevoir que -vous ne les remarquez pas assez bien. Vos distractions -me font peur ; je voudrois vous voir -tout renfermé dans vous-même lorsque j’y fais -tout ce qui s’y passe, et quand vous manquez à -en sortir pour examiner mes emportemens, -vous me mettez au désespoir. Je ne suis pas -sage, je l’avoue, mais le moyen de l’être et -d’avoir autant d’amour que j’en ai ? Je sais bien -qu’il seroit de la raison d’être en repos au moment -que j’écris. Vous n’êtes qu’à deux pas de -la ville, votre devoir vous y retient, et la maladie -de mon frère m’auroit empêchée de vous -voir depuis que vous êtes absent ; de plus, il n’y -a point de femmes où vous êtes, et c’est une -grande inquiétude hors de mon cœur. Mais, -hélas ! qu’il y en est resté d’autres, et qu’il est -vrai qu’une amante se fait des tourmens de -toutes choses quand elle aime autant que je -fais ! Ces armes, ces vaisseaux, cet équipage de -guerre, vont vous désaccoutumer des plaisirs -pacifiques de l’amour. Peut-être à l’heure qu’il -est, vous envisagez le moment de notre séparation -comme un malheur infaillible, et vous commencez -à donner des raisons à votre cœur pour -l’y faire résoudre. Ah ! la vue des plus grandes -beautés de l’Europe ne seroit pas si funeste -pour moi que celle de nos canons, s’il est vrai -qu’ils produisent cet effet sur votre esprit. Ce -n’est pas que je veuille combattre votre devoir ; -j’aime votre gloire plus que je ne m’aime moi-même, -et je sais bien que vous n’êtes pas né -pour passer tous vos jours auprès de moi ; mais -je voudrois que cette nécessité vous donnât autant -d’horreur qu’elle m’en donne, que vous n’y -pussiez songer sans trembler, et que toute inévitable -qu’une séparation vous doive paroître, -vous ne puissiez croire de la supporter sans -mourir. Ne m’accusez pas toutefois d’aimer à -voir votre désespoir ; vous ne verserez jamais -une larme que je ne voulusse essuyer. Je serai -la première à vous prier de supporter courageusement -ce qui m’arrachera la vie par un excès -de douleur, et je ne me consolerois pas -d’avoir été au monde si je croyois que mon absence -vous laissât sans consolation. Que veux-je -donc ? Je n’en sais rien. Je veux vous aimer -toute ma vie jusques à l’adoration ; je veux, s’il -se peut, que vous m’aimiez de même ; mais on -ne peut vouloir tout cela sans vouloir en même -temps être la plus folle de toutes les femmes. -Que cette folie ne vous dégoûte pas de -moi : je n’en ai jamais été capable que pour -vous, et je ne voudrois pas la changer pour la -plus solide sagesse, s’il falloit, pour être sage, -vous aimer un peu moins que je ne fais. Votre -esprit a mille charmes ; vous m’avez dit que -vous en trouvez autant dans le mien ; mais je -renoncerois à nous en voir à tous deux s’il s’opposoit -au progrès de notre folie. C’est l’amour -qui doit régner sur toutes les fonctions de notre -âme. Tout ce qui est en nous doit être fait pour -lui, et pourvu qu’il soit satisfait, il m’est indifférent -que la raison se plaigne. Avez-vous été -de ce sentiment depuis que je ne vous ai vu ? -Je tremble de peur que vous n’ayez eu toute la -liberté de votre esprit. Mais seroit-il possible -qu’il vous en fût resté en parlant d’une guerre -qui doit vous éloigner de moi ? Non, vous n’êtes -pas capable de cette trahison ; vous n’aurez pas -vu un soldat qui ne vous ait arraché un soupir, -et j’aurai le plaisir d’entendre dire, à votre retour, -que votre esprit est journalier et que vous -n’en avez point eu pendant votre voyage. Pour -moi, je suis assurée que personne ne vous -parlera de moi, qui ne m’accuse de ce défaut. -Je dis des extravagances qui étonnent tous ceux -qui m’entendent, et si la maladie de mon frère -n’autorisoit mes égaremens, on croiroit parmi -mon domestique que je suis devenue insensée. -Il ne s’en faut guère que je ne la sois aussi. -Vous pouvez juger du dérèglement de mon esprit -par celui de cette lettre ; mais voilà comme -vous devez m’en vouloir. Les ravages que votre -absence a faits sur mon visage doivent vous paroître -plus agréables que la fraîcheur du plus -beau teint, et je me trouverois bien horrible si -trois jours de la privation de votre vue ne m’avoient -point enlaidie. Que deviendrai-je donc -si je la perds pour six mois ? Hélas ! on ne s’apercevra -point du changement de ma personne, -car je mourrai en me séparant de vous. Mais il -me semble entendre quelque bruit dans les rues, -et mon cœur m’annonce que c’est le bruit de -votre retour. Ah ! mon Dieu, je n’en puis plus : -si c’est vous qui arrivez, et que je ne puisse -vous voir en arrivant, je vais mourir d’inquiétude -et d’impatience ; et si vous n’arrivez pas, -après l’espérance que je viens de concevoir, le -trouble et la révolution des mouvemens de mon -âme vont m’ôter le sentiment.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h3>LETTRE IV</h3> - - -<p>Quoi ! vous serez toujours froid et -paresseux, et rien ne pourra troubler -votre tranquillité ? Que faut-il -donc faire pour l’ébranler ? Faut-il -se jeter dans les bras d’un rival à votre vue ? car, -hors ce dernier effet d’inconstance, que mon -amour ne me permettra jamais, je croyois vous -avoir dû faire appréhender tous les autres ? J’ai -reçu la main du duc d’Almeida à la promenade ; -j’ai affecté d’être auprès de lui pendant le souper. -Je l’ai regardé tendrement toutes les fois -que vous avez pu le remarquer ; je lui ai même -dit des bagatelles à l’oreille, que vous pouviez -prendre pour des choses d’importance, et je n’ai -pu vous faire changer de visage. Ingrat ! avez-vous -bien l’inhumanité d’aimer si peu une personne -qui vous aime tant ? Mes soins, mes faveurs -et ma fidélité n’ont-ils point mérité un -moment de votre jalousie ? Suis-je si peu précieuse -pour celui qui m’est plus précieux que -mon repos et que ma gloire, qu’il puisse envisager -ma perte sans frayeur ? Hélas ! l’ombre de -la vôtre me fait trembler. Vous ne jetez pas un -regard sur une autre femme qui ne me cause -un frisson mortel : vous n’accordez pas une action -à la civilité la plus indifférente, qui ne me -coûte vingt-quatre heures de désespoir ; et vous -me voyez parler tout un soir à un autre, à votre -vue, sans témoigner la moindre inquiétude ! Ah ! -vous ne m’avez jamais aimée, et je sais trop -bien comme on aime pour croire que des sentimens -si opposés aux miens puissent s’appeler -de l’amour. Que ne voudrois-je point faire pour -vous punir de cette froideur ! Il y a des momens -où je suis si transportée de dépit que je -souhaiterois d’en aimer un autre. Mais quoi ! -au milieu de ce dépit, je ne vois rien au monde -d’aimable que vous ! Hier même, que vos tiédeurs -vous ôtoient mille charmes pour mes yeux, -je ne pouvois m’empêcher d’admirer toutes vos actions. -Vos dédains avoient je ne sais quoi de -grand qui exprimoit le caractère de votre âme, -et c’étoit de vous que je parlois à l’oreille du -duc, tant je suis peu la maîtresse des occasions -de vous offenser. Je mourois d’envie de vous -voir faire quelque chose qui me fournît un prétexte -de vous faire une brusquerie publique ; -mais comment aurois-je pu vous la faire ? Ma -colère même est un excès d’amour, et dans le -moment où je suis outrée de rage pour votre -tranquillité, je sens bien que j’aurois des raisons -de la défendre si je ne vous aimois jusqu’au -dérèglement. En effet, mon frère nous observoit ; -la moindre affectation que vous eussiez -témoignée de me parler m’auroit perdue. Mais -ne pouviez-vous avoir de la jalousie sans la faire -remarquer ? Je me connois au mouvement de -vos yeux, et j’aurois bien vu des choses dans -vos regards, que le reste de la compagnie n’y -auroit pas vues comme moi. Hélas ! je n’y vis -jamais rien de tout ce que j’y cherchois. J’avoue -que j’y trouvai de l’amour, mais étoit-ce de -l’amour qui devoit y être en ce temps-là ? Il -falloit y trouver du dépit et de la rage ; il falloit -me contredire sur tout ce que je disois, me -trouver laide, cajoler une autre dame à ma vue ; -enfin il falloit être jaloux, puisque vous aviez -des sujets apparens de l’être. Mais, au lieu de -ces effets naturels d’un véritable amour, vous -me donnâtes mille louanges, vous prîtes<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a> la -même main que j’avois donnée au duc, comme -si elle n’avoit pas dû vous faire horreur ! et je -vis l’heure que vous alliez me féliciter sur ce -que le plus honnête homme de notre Cour s’étoit -attaché auprès de moi ! Insensible que vous êtes, -est-ce comme cela que l’on aime, et êtes-vous -aimé de moi de cette sorte ? Ah ! si je vous avois -cru si tiède avant que de vous aimer comme je -fais ! Mais quoi ? quand j’aurois pu voir tout ce -que je vois, et plus encore, s’il se peut, je n’aurois -pu résister au penchant de vous aimer. Ç’a -été une violence d’inclination dont je n’ai pas -été la maîtresse ; et puis quand je songe aux -momens de plaisir que cette passion m’a causés, -je ne puis me repentir de l’avoir conçue. -Que ne ferois-je point si j’étois contente de -vous, puisque je suis si transportée d’amour -dans les temps où j’ai le plus de sujet de m’en -plaindre ! Mais vous en savez les différences, -vous m’avez vue satisfaite, vous m’avez vue mécontente ; -je vous ai rendu des grâces, je vous -ai fait des plaintes ; et dans la colère comme dans -la reconnoissance, vous m’avez toujours vue la -plus passionnée de toutes les amantes ! Un si -beau caractère ne vous donnera-t-il point d’émulation ? -Aimez, mon cher insensible, aimez -autant que vous êtes aimé ! il n’y a de plaisir -véritable pour l’âme que dans l’amour : l’excès -de la joie naît de l’excès de la passion, et la -tiédeur fait plus de tort aux gens qui en sont -capables qu’à ceux contre qui elle agit. Ah ! si -vous aviez bien éprouvé ce que c’est qu’un véritable -transport amoureux, combien porteriez-vous -d’envie à ceux qui le ressentent ! Je ne -voudrois pas, pour votre cœur même, être capable -de votre tranquillité ; je suis jalouse de -mes transports comme du plus grand bien que -j’aie jamais possédé, et j’aimerois mieux être -condamnée à ne vous voir de ma vie qu’à vous -voir sans emportement.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h3>LETTRE V</h3> - - -<p>Est-ce pour éprouver ma docilité que -vous m’écrivez comme vous faites ? -ou s’il est possible que vous pensiez -tout ce que vous me mandez -pour me croire capable d’en aimer un autre ? -Patience : bien que cette opinion blesse mortellement -ma délicatesse, je l’ai souvent eue de -vous, moi qui vous aime plus qu’on n’a jamais -aimé ! Mais de croire cette infidélité consommée, -de me dire des injures et de vouloir me persuader -que je ne vous verrai jamais, ah ! c’est là ce -que je ne saurois supporter. J’ai été jalouse, et -quand on aime parfaitement on n’est point sans -jalousie ; mais je n’ai jamais été brutale, je n’ai -jamais perdu votre idée de vue ; et dans le plus -fort de mon dépit, je me suis toujours souvenue -que vous étiez celui que je soupçonnois. Ah ! -que je vois de défauts dans votre passion ! -que vous savez mal aimer, et qu’il est aisé de -concevoir que vous n’avez point d’amour dans -le cœur, puisque tout ce que vous laissez échapper -sans étude est si peu digne du nom d’amour ! -Quoi ! ce cœur que j’ai acheté de tout le mien, -ce cœur que tant de transports et tant de fidélité -m’ont fait mériter, et que vous m’avez assuré -que je possédois, est capable de m’offenser -de cette sorte ! Ses premiers mouvemens sont -des injures ; et quand vous le laissez agir sur sa -foi, il ne m’exprime que des outrages ! Allez, -ingrat que vous êtes, je veux vous laisser vos -soupçons, pour vous punir de les avoir conçus ; -il vous devoit être assez doux de me croire tendre -et fidèle pour faire votre tourment d’en -douter. Il me seroit aisé de vous guérir, et la -liberté de vous offenser ne m’est que trop interdite -pour mon repos. Mais je veux vous laisser -une erreur qui me venge ; et si vous en croyez -mon ressentiment, toutes vos conjectures sont -justes, et je suis la plus infidèle de toutes les -femmes. Je n’ai pourtant point vu l’homme qui -cause votre jalousie ; la lettre qu’on prétend être -de moi n’en est pas, et il n’y a point d’épreuve -où je ne pusse me soumettre sans crainte, s’il me -plaisoit de vous donner cette satisfaction. Mais -pourquoi vous la donnerois-je ? Est-ce par des -invectives qu’on l’obtient ? et n’auriez-vous pas -sujet de me croire aussi lâche que vous me dépeignez -si vous deviez ma justification à vos menaces ? -Vous ne me verrez plus, dites-vous ; vous -sortez de Lisbonne, de peur d’être assez malheureux -pour me rencontrer, et vous poignarderiez -le meilleur de vos amis s’il vous faisoit la -trahison de vous amener chez moi. Cruel ! que -vous a donc fait ma vue pour vous être si insupportable ? -Elle ne vous a jamais annoncé que des -plaisirs, vous n’avez jamais rencontré dans mes -yeux que de l’amour et de l’empressement de -vous le témoigner ; est-ce là de quoi vous obliger -à quitter Lisbonne pour ne plus me voir ? Ne -partez point si vous n’avez que cette raison qui -vous y oblige. Je vous épargnerai la peine de -m’éviter ; aussi bien c’est à moi à fuir et non pas à -vous. Ma vue ne vous a coûté que l’indulgence -de vous laisser aimer, et la vôtre me coûte toute -la gloire et tout le repos de ma vie ! J’avoue -qu’elle en a souvent fait la joie aussi. Quand je -me représente l’émotion secrète que je ressentois, -lorsque je croyois discerner vos pas dans une -promenade ; la douce langueur qui s’emparoit -de tous mes sens, quand je rencontrois vos regards, -et le transport inexprimable de mon âme, -lorsque nous avions la liberté d’un moment d’entretien : -je ne sais comme j’ai pu vivre avant que -de vous voir, et comment je vivrai quand je ne -vous verrai plus. Mais vous avez dû sentir ce que -j’ai senti ; vous étiez aimé, et vous disiez que -vous aimiez, et cependant vous êtes le premier -à me proposer de ne me voir plus ! Ah ! vous -serez satisfait, et je ne vous verrai de ma vie ! -J’aurois pourtant un plaisir extrême à vous reprocher -votre ingratitude, et il me semble que -ma vengeance seroit plus entière si mes yeux et -toutes mes actions vous confirmoient mon innocence. -Elle est si parfaite, et le mensonge qu’on -vous a fait si aisé à détruire, que vous ne pourriez -me parler un quart d’heure sans être persuadé -de votre injustice et sans mourir de regret -de l’avoir commise. Cette pensée m’a déjà sollicitée -deux ou trois fois de courir chez vous ; je -ne sais même si elle ne m’y conduira point malgré -moi avant la fin de la journée ; car mon dépit -est assez violent pour m’ôter la raison. Mais je -m’étois fait une si douce habitude de vous étudier, -que je crains de vous déplaire par cet éclat. -Je vous ai toujours vu pratiquer une discrétion -sans égale ; vous avez eu plus de soin de ma réputation -que moi-même, et vous avez quelquefois -porté vos précautions jusqu’à me forcer de -m’en plaindre. Que diriez-vous si je faisois quelque -chose qui découvrît notre intrigue, et qui -me scandalisât parmi les gens d’honneur ? Vous -auriez du mépris pour moi, et je mourrois si je -vous en croyois capable ; car, quoi qu’il arrive, -je veux toujours être estimée de vous. Plaignez-vous, -dites-moi des injures, faites-moi des trahisons, -haïssez-moi, puisque vous le pouvez ! -mais ne me méprisez jamais. Je puis vivre sans -votre amour, dès l’instant que cet amour ne -fera plus votre félicité ; mais je ne puis vivre sans -votre estime, et je crois que c’est par cette raison -que j’ai tant d’impatience de vous voir ; car -il n’est pas possible que ce soit par un effet de -tendresse ; je serois bien insensée d’aimer un -homme qui me traite comme vous me traitez ! -Cependant à bien prendre votre colère, ce n’est -qu’un excès de passion qui la cause, vous ne -seriez pas si transporté si vous étiez moins amoureux. -Ah ! que ne puis-je me persuader cette -vérité ! que les outrages que vous m’avez faits -me seroient chers ! Mais non, je ne veux point -me flatter de cette erreur agréable. Vous êtes -coupable. Quand vous ne le seriez pas ; je veux -le croire, afin de vous punir de me l’avoir laissé -penser. Je n’irai d’aujourd’hui dans aucun lieu -où vous puissiez me voir, je passerai l’après-midi -chez la marquise de Castro, qui est malade, et -que vous ne voyez point. Enfin, je veux être -en colère, et voici la dernière lettre que vous -verrez jamais de moi.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h3>LETTRE VI</h3> - - -<p>Est-ce bien moi-même qui vous -écris ? êtes-vous celui que vous -étiez autrefois ? Par quel prodige -m’avez-vous marqué de l’amour -sans me donner de la joie ? Je vous ai vu de -l’empressement et des dépits impatiens ; j’ai lu -dans vos yeux ces mêmes désirs où vous m’avez -toujours trouvée si sensible. Ils étoient aussi -ardens que quand ils faisoient toute ma félicité. -Je suis aussi tendre et aussi fidèle que je la fus -jamais ; et cependant je me trouve tiède et -nonchalante. Il semble que vous n’ayez fait -qu’une illusion à mes sens, qui n’a pu passer -jusqu’à mon cœur. Ah ! que les reproches que -vous vous êtes attirés me coûtent cher ! et qu’un -jour de votre négligence me dérobe de transports ! -Je ne sais quel démon secret m’inspire -sans cesse que c’est à ma colère que je dois vos -tendresses, et qu’il y a plus de politique que de -sincérité dans les sentimens que vous m’avez -fait paroître. Sans mentir, la délicatesse est un -don de l’amour qui n’est pas toujours aussi -précieux qu’on se le persuade. J’avoue qu’elle -assaisonne les plaisirs, mais elle aigrit terriblement -les douleurs. Je m’imagine toujours vous -voir dans cette distraction qui m’a causé tant de -soupirs. Ne vous y trompez pas, mon cher, vos -empressemens font toute ma félicité ; mais ils -feroient toute ma rage, si je croyois les devoir -à quelque autre chose qu’au mouvement naturel -de votre cœur. Je crains l’étude des actions -beaucoup plus que la froideur du tempérament ; -et l’extérieur est pour les âmes grossières un -piége où les âmes délicates ne peuvent être -surprises. Vous dirai-je toutes mes manies là-dessus ! -Ce fut hier l’excès de votre emportement -qui fit naître tous mes soupçons. Vous me -sembliez hors de vous, et je vous cherchois à -travers de tout ce que vous paroissiez. O Dieu ! -que serois-je devenue si j’avois pu vous convaincre -de dissimulations ? Je préfère votre -passion à ma fortune, à ma gloire et à ma vie ; -mais je supporterois plus aisément les assurances -de votre haine que les fausses apparences de -votre amour. Ce n’est point au dehors que je -m’arrête, c’est aux sentimens de l’âme : soyez -froid, soyez négligent, soyez même léger si -vous le pouvez, mais ne soyez jamais dissimulé. -La trahison est le plus grand crime qu’on -puisse commettre contre l’amour, et je vous -pardonnerois plus volontiers une infidélité que -le soin que vous prendriez à me la déguiser. -Vous me dîtes hier au soir de grandes choses, et -j’aurois souhaité que vous eussiez pu vous voir -vous-même dans ce moment comme je vous -voyois : vous vous seriez trouvé tout autre -qu’à votre ordinaire. Votre air étoit encore -plus grand qu’il ne l’est naturellement ; votre -passion brilloit dans vos yeux, et elle les rendoit -plus tendres et plus perçans. Je voyois que -votre cœur venoit sur vos lèvres. Hélas ! que je -suis heureuse, il n’y venoit point à faux ! car -enfin je ne vous sens que trop, et il n’est -guère en mon pouvoir de vous sentir moins. -Le plaisir d’aimer de toute mon âme est un -bien que je tiens de vous ; mais il ne vous est -plus possible de me le ravir. Je connois bien -que je vous aimerai toujours malgré moi, et je -suis sûre que je vous aimerai même malgré vous. -Voilà des assurances dangereuses : mais quoi ! -vous n’avez pas un cœur qu’il faille retenir par -la crainte, et je ne croirois votre conquête -guère assurée si je ne la conservois que par là. -L’honnêteté et la reconnoissance sont comptées -pour quelque chose dans l’amitié, mais elles ne -tiennent pas lieu beaucoup dans l’amour. Il faut -suivre son cœur sans consulter sa raison. La vue -de ce qu’on aime enlève l’âme malgré qu’on en -ait : au moins sais-je bien que voilà comme je -suis pour vous. Ce n’est ni l’habitude de vous -voir ni la crainte de vous fâcher, en ne vous -voyant pas, qui m’oblige à rechercher votre vue. -C’est une avidité curieuse qui part du cœur, -sans art et sans réflexion. Je vous cherche souvent -en des lieux où je suis assurée que je ne -vous trouverai pas. Si vous êtes comme cela -pour moi, sans doute que l’instinct de nos -cœurs fera qu’ils se rencontreront partout. Je -suis forcée de passer la meilleure partie du jour -dans un lieu où vous ne pouvez vous trouver. -Mais abandonnons-nous à notre passion, laissons-nous -guider à nos désirs, et vous verrez -que nous ne laisserons pas de passer agréablement -le temps que nous ne pouvons être -ensemble.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h3>LETTRE VII</h3> - - -<p>Ne tenons pas nos sermens, mon -cher, je vous prie ! il coûte trop -de les observer : voyons-nous, et -que ce soit, s’il se peut, tout à -l’heure. Vous m’avez soupçonnée d’infidélité, -vous m’avez exprimé ces soupçons d’une manière -outrageante ; mais je vous aime plus que -moi-même, et je ne puis vivre sans vous voir. A -quoi bon de nous faire des absences volontaires, -n’en avons-nous pas assez d’inévitables à éprouver ? -Venez rendre toute la joie à mon âme par -un moment d’entretien en liberté. Vous me -mandez que vous ne voulez me voir que pour -me demander pardon. Ah ! venez, quand ce -seroit pour me dire des injures ; venez, je vous -en conjure : j’aime mieux voir vos yeux irrités -que de ne les point voir du tout. Mais, hélas ! -je ne hasarde guère quand je laisse ce choix -dans votre disposition. Je sais que je les verrai -tendres et brûlans d’amour : ils m’ont déjà -paru tels ce matin, à l’église ; j’y ai lu la confusion -de votre crédulité, et vous avez dû voir -dans les miens des assurances de votre pardon. -Ne parlons plus de cette querelle, ou si nous -en parlons, que ce soit pour en éviter une pareille -à l’avenir. Comment pourrions-nous douter -de notre amour ? Nous ne sommes au monde -que pour lui. Je n’aurois jamais eu le cœur que -j’ai s’il n’avoit dû être plein de votre idée ? vous -n’auriez pas l’âme que vous avez si vous n’aviez -pas dû m’aimer ; et ce n’est que pour vous aimer -autant que vous êtes aimable, et que pour -m’aimer autant que vous êtes aimé, que le Ciel -nous a faits si capables d’amour l’un et l’autre. -Mais dites-moi, de grâce, avez-vous senti tout -ce que j’ai senti depuis que nous feignons de -nous vouloir du mal ? Car nous ne nous en -sommes jamais voulu, nous n’en avons pas la -force, et notre étoile est plus puissante que tous -les dépits. Grand Dieu ! que j’ai trouvé cette -feinte pénible ! que mes yeux se sont fait de -violence quand ils vous ont déguisé leurs mouvemens, -et qu’il faut être ennemi de soi-même -pour se dérober un moment de bonne intelligence -quand on s’aime comme nous nous aimons ! -Mes pas me portoient malgré moi où je -devois vous rencontrer. Mon cœur, qui s’est -fait une habitude si douce d’épanchement à -votre rencontre, cherchoit mes yeux pour les -répandre ; et comme je m’efforçois de les lui refuser, -il me donnoit des élans secrets qui ne -peuvent être compris que par ceux qui les ont -éprouvés. Il me semble que vous avez été tout -de même. Je vous ai trouvé dans des lieux où -le hasard ne pouvoit vous conduire ; et s’il faut -vous confier toutes mes vanités, je n’ai jamais -remarqué tant d’amour dans vos regards que -depuis que vous affectez de n’en plus laisser -voir. Qu’on est insensé de se donner toutes ces -gênes ! mais plutôt qu’on fait bien de se montrer -ainsi son âme tout entière ! Je connoissois toute -la tendresse de la vôtre, et j’aurois distingué -ses mouvemens amoureux entre ceux de toutes -les autres âmes ; mais je ne connoissois ni votre -colère ni votre fierté. Je savois bien que vous -étiez capable de jalousie, puisque vous aimiez ; -mais je ne connoissois point le caractère que -cette passion prenoit dans votre cœur. Ç’auroit -été trahison que de m’en laisser douter plus -longtemps, et je ne puis m’empêcher de vouloir -du bien à votre injustice, puisqu’elle m’a fait -faire une découverte si importante. Je vous avois -voulu jaloux, je vous l’ai trouvé ; mais renoncez -à votre jalousie, comme je renonce à ma curiosité. -Quelque figure que prenne un amant, il -n’y en a point de si avantageuse pour lui que -celle d’un amant heureux. C’est une grande erreur -de dire qu’un amant est sot quand il est -content. Ceux qui ne sont pas aimables sous -cette forme le seroient encore moins sous une -autre ; et quand on n’a pas assez de délicatesse -pour profiter du caractère d’un amant satisfait, -c’est la faute du cœur et non pas celle de la -félicité. Hâtez-vous de venir me confirmer cette -vérité, mon cher, je vous en prie. Je ne serois -pas si peu délicate que d’en retarder l’instant -par une si longue lettre si je ne savois que vous -ne pouvez me voir à l’heure que je vous écris. -Quelque plaisir que je trouve à vous entretenir -de cette sorte, je sais bien lui préférer celui d’un -autre entretien. Il n’y a que moi qui goûte le -plaisir de vous écrire, et vous partagez celui -de me voir. Mais quoi ? je ne puis avoir l’un -qu’avec des ménagemens de bienséance, et j’ai -l’autre quand il me plaît. Présentement que tous -les gens de notre maison reposent et se croient -peut-être heureux de bien reposer, je jouis d’un -bonheur que le repos le plus profond ne sauroit -me donner. Je vous écris ; mon cœur vous parle -comme si vous deviez lui répondre ; il vous immole -ses veilles avec son impatience. Ah ! qu’on -est heureux quand on aime parfaitement ! et que -je plains ceux qui languissent dans l’oisiveté qui -naît de la liberté ! Bonjour, mon cher ! Le jour -commence à paroître ; il auroit paru bien plus tôt -qu’à l’ordinaire s’il avoit consulté mon impatience : -mais il n’est pas amoureux comme nous ; -il faut lui pardonner sa lenteur, et tâcher à la -tromper par quelques heures de sommeil, afin de -la trouver moins insupportable.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">NOTES</h2> - -<div class="endnotes"> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> Emmanuel et Francisque étaient deux -petits laquais portugais, appartenant à M. de Chamilly.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> Il s’agit de la paix d’Aix-la-Chapelle, -qui fut signée le 2 mai 1668, entre la France et -l’Espagne. Elle avait été précédée, le 3 février, d’un traité -qui mettait fin aux hostilités entre l’Espagne et le Portugal.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> Mertola est une ville peu importante -de la province d’Alentejo.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> Les mots <i>sens froid</i>, pour <i>sang-froid</i>, -se trouvent dans l’édition originale.</p> -</div> -<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> On lit <i>prêtates</i>, au lieu de <i>prîtes</i>, -dans l’édition princeps, mais c’est évidemment une -erreur.</p> -</div> -</div> -<div class="break"></div> - -<p class="c top6em"><i>Imprimé par D. JOUAUST</i><br /> -<span class="xsmall">POUR LA COLLECTION</span><br /> -DES PETITS CHEFS-D’ŒUVRE</p> - -<p class="c small">M DCCC LXXV</p> - -<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES PORTUGAISES ***</div> -<div style='text-align:left'> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Updated editions will replace the previous one—the old editions will -be renamed. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg™ electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG™ -concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, -and may not be used if you charge for an eBook, except by following -the terms of the trademark license, including paying royalties for use -of the Project Gutenberg trademark. If you do not charge anything for -copies of this eBook, complying with the trademark license is very -easy. You may use this eBook for nearly any purpose such as creation -of derivative works, reports, performances and research. Project -Gutenberg eBooks may be modified and printed and given away--you may -do practically ANYTHING in the United States with eBooks not protected -by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the trademark -license, especially commercial redistribution. -</div> - -<div style='margin:0.83em 0; font-size:1.1em; text-align:center'>START: FULL LICENSE<br /> -<span style='font-size:smaller'>THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE<br /> -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK</span> -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -To protect the Project Gutenberg™ mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase “Project -Gutenberg”), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg™ License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg™ electronic works -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg™ -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all -the terms of this agreement, you must cease using and return or -destroy all copies of Project Gutenberg™ electronic works in your -possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a -Project Gutenberg™ electronic work and you do not agree to be bound -by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the person -or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.B. “Project Gutenberg” is a registered trademark. It may only be -used on or associated in any way with an electronic work by people who -agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few -things that you can do with most Project Gutenberg™ electronic works -even without complying with the full terms of this agreement. See -paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project -Gutenberg™ electronic works if you follow the terms of this -agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg™ -electronic works. See paragraph 1.E below. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation (“the -Foundation” or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection -of Project Gutenberg™ electronic works. Nearly all the individual -works in the collection are in the public domain in the United -States. If an individual work is unprotected by copyright law in the -United States and you are located in the United States, we do not -claim a right to prevent you from copying, distributing, performing, -displaying or creating derivative works based on the work as long as -all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope -that you will support the Project Gutenberg™ mission of promoting -free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg™ -works in compliance with the terms of this agreement for keeping the -Project Gutenberg™ name associated with the work. You can easily -comply with the terms of this agreement by keeping this work in the -same format with its attached full Project Gutenberg™ License when -you share it without charge with others. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern -what you can do with this work. Copyright laws in most countries are -in a constant state of change. If you are outside the United States, -check the laws of your country in addition to the terms of this -agreement before downloading, copying, displaying, performing, -distributing or creating derivative works based on this work or any -other Project Gutenberg™ work. The Foundation makes no -representations concerning the copyright status of any work in any -country other than the United States. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.1. The following sentence, with active links to, or other -immediate access to, the full Project Gutenberg™ License must appear -prominently whenever any copy of a Project Gutenberg™ work (any work -on which the phrase “Project Gutenberg” appears, or with which the -phrase “Project Gutenberg” is associated) is accessed, displayed, -performed, viewed, copied or distributed: -</div> - -<blockquote> - <div style='display:block; margin:1em 0'> - This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most - other parts of the world at no cost and with almost no restrictions - whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms - of the Project Gutenberg License included with this eBook or online - at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you - are not located in the United States, you will have to check the laws - of the country where you are located before using this eBook. - </div> -</blockquote> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.2. If an individual Project Gutenberg™ electronic work is -derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not -contain a notice indicating that it is posted with permission of the -copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in -the United States without paying any fees or charges. If you are -redistributing or providing access to a work with the phrase “Project -Gutenberg” associated with or appearing on the work, you must comply -either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or -obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg™ -trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.3. If an individual Project Gutenberg™ electronic work is posted -with the permission of the copyright holder, your use and distribution -must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any -additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms -will be linked to the Project Gutenberg™ License for all works -posted with the permission of the copyright holder found at the -beginning of this work. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg™ -License terms from this work, or any files containing a part of this -work or any other work associated with Project Gutenberg™. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this -electronic work, or any part of this electronic work, without -prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with -active links or immediate access to the full terms of the Project -Gutenberg™ License. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, -compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including -any word processing or hypertext form. However, if you provide access -to or distribute copies of a Project Gutenberg™ work in a format -other than “Plain Vanilla ASCII” or other format used in the official -version posted on the official Project Gutenberg™ website -(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense -to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means -of obtaining a copy upon request, of the work in its original “Plain -Vanilla ASCII” or other form. Any alternate format must include the -full Project Gutenberg™ License as specified in paragraph 1.E.1. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, -performing, copying or distributing any Project Gutenberg™ works -unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing -access to or distributing Project Gutenberg™ electronic works -provided that: -</div> - -<div style='margin-left:0.7em;'> - <div style='text-indent:-0.7em'> - • You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from - the use of Project Gutenberg™ works calculated using the method - you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed - to the owner of the Project Gutenberg™ trademark, but he has - agreed to donate royalties under this paragraph to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid - within 60 days following each date on which you prepare (or are - legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty - payments should be clearly marked as such and sent to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in - Section 4, “Information about donations to the Project Gutenberg - Literary Archive Foundation.” - </div> - - <div style='text-indent:-0.7em'> - • You provide a full refund of any money paid by a user who notifies - you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he - does not agree to the terms of the full Project Gutenberg™ - License. You must require such a user to return or destroy all - copies of the works possessed in a physical medium and discontinue - all use of and all access to other copies of Project Gutenberg™ - works. - </div> - - <div style='text-indent:-0.7em'> - • You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of - any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the - electronic work is discovered and reported to you within 90 days of - receipt of the work. - </div> - - <div style='text-indent:-0.7em'> - • You comply with all other terms of this agreement for free - distribution of Project Gutenberg™ works. - </div> -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project -Gutenberg™ electronic work or group of works on different terms than -are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing -from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of -the Project Gutenberg™ trademark. Contact the Foundation as set -forth in Section 3 below. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.F. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable -effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread -works not protected by U.S. copyright law in creating the Project -Gutenberg™ collection. Despite these efforts, Project Gutenberg™ -electronic works, and the medium on which they may be stored, may -contain “Defects,” such as, but not limited to, incomplete, inaccurate -or corrupt data, transcription errors, a copyright or other -intellectual property infringement, a defective or damaged disk or -other medium, a computer virus, or computer codes that damage or -cannot be read by your equipment. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the “Right -of Replacement or Refund” described in paragraph 1.F.3, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project -Gutenberg™ trademark, and any other party distributing a Project -Gutenberg™ electronic work under this agreement, disclaim all -liability to you for damages, costs and expenses, including legal -fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT -LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE -PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE -TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE -LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR -INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH -DAMAGE. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a -defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can -receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a -written explanation to the person you received the work from. If you -received the work on a physical medium, you must return the medium -with your written explanation. The person or entity that provided you -with the defective work may elect to provide a replacement copy in -lieu of a refund. If you received the work electronically, the person -or entity providing it to you may choose to give you a second -opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If -the second copy is also defective, you may demand a refund in writing -without further opportunities to fix the problem. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth -in paragraph 1.F.3, this work is provided to you ‘AS-IS’, WITH NO -OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT -LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied -warranties or the exclusion or limitation of certain types of -damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement -violates the law of the state applicable to this agreement, the -agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or -limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or -unenforceability of any provision of this agreement shall not void the -remaining provisions. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg™ electronic works in -accordance with this agreement, and any volunteers associated with the -production, promotion and distribution of Project Gutenberg™ -electronic works, harmless from all liability, costs and expenses, -including legal fees, that arise directly or indirectly from any of -the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this -or any Project Gutenberg™ work, (b) alteration, modification, or -additions or deletions to any Project Gutenberg™ work, and (c) any -Defect you cause. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg™ -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of -computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg™’s -goals and ensuring that the Project Gutenberg™ collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg™ and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation’s EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state’s laws. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Foundation’s business office is located at 809 North 1500 West, -Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up -to date contact information can be found at the Foundation’s website -and official page at www.gutenberg.org/contact -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ depends upon and cannot survive without widespread -public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine-readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state -visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Please check the Project Gutenberg web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. To -donate, please visit: www.gutenberg.org/donate -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 5. General Information About Project Gutenberg™ electronic works -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project -Gutenberg™ concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg™ eBooks with only a loose network of -volunteer support. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Most people start at our website which has the main PG search -facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -This website includes information about Project Gutenberg™, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. -</div> - -</div> diff --git a/old/66978-h/images/cover.jpg b/old/66978-h/images/cover.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 2498a59..0000000 --- a/old/66978-h/images/cover.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/66978-h/images/jouaust.png b/old/66978-h/images/jouaust.png Binary files differdeleted file mode 100644 index ed6a4bf..0000000 --- a/old/66978-h/images/jouaust.png +++ /dev/null |
