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-The Project Gutenberg eBook of Victor Hugo à vingt ans, by Pierre Dufay
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you
-will have to check the laws of the country where you are located before
-using this eBook.
-
-Title: Victor Hugo à vingt ans
- Glanes romantiques
-
-Author: Pierre Dufay
-
-Release Date: November 28, 2021 [eBook #66834]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-Produced by: Laurent Vogel, Pierre Lacaze and the Online Distributed
- Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was
- produced from images generously made available by The Internet
- Archive/Canadian Libraries)
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK VICTOR HUGO À VINGT ANS ***
-
-VICTOR HUGO A VINGT ANS
-
-
-
-
-_DU MEME AUTEUR_
-
-
-Un chapitre inédit de l'Histoire du Costume.--Le
-Pantalon féminin. Préface d'Armand Silvestre
-(Ch. Carrington) 1 vol.
-
-_Etude iconographique sur Ronsard._ Le Portrait,
-le buste et l'épitaphe de Ronsard au
-musée de Blois (H. Champion) 1 vol.
-
-Le Tombeau de Jean de Morvillier et les
-Pleureuses de Germain Pilon (H. Champion) 1 vol.
-
-
-_Sous presse._
-
-Napoléon en Loir-et-Cher. _Blois, 3 avril,
-13 août 1808. Vendôme, 14 août, 30 octobre
-1808, 22 janvier 1809._--Les Gardes
-d'honneur.
-
-
-
-
-PIERRE DUFAY
-
-
-Victor Hugo
-
-à vingt ans
-
-
---_GLANES ROMANTIQUES_--
-
-PARIS
-
-MERCVRE DE FRANCE
-
-XXVI, RVE DE CONDÉ, XXVI
-
-MCMIX
-
-JUSTIFICATION DU TIRAGE:
-
-Droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.
-
-
-A
-
-MONSIEUR LÉON SÉCHÉ,
-
-_en témoignage de haute et de vive sympathie_.
-
-
-
-
-I
-
-La Jeunesse et les débuts.--Mme Hugo.--Le général Hugo.--Premiers
-succès académiques.--Le _Conservateur littéraire_.--Les _Odes et
-Poésies diverses_.--La seconde femme du Général: Marie-Catherine Thomas
-y Saëtoni, veuve Anaclet d'Almeg.
-
-
-La Bibliothèque de Blois, assez pauvre en manuscrits, a la bonne
-fortune de posséder une quarantaine de lettres autographes de Victor
-Hugo à son père, le général Hugo.
-
-Elles ont trouvé place par extraits dans le tome premier de la
-_Correspondance_ de Victor Hugo[1] et ont fourni à M. Louis Belton,
-avocat à Blois, matière à une fort attachante étude: _Victor Hugo et
-son Père, le général Hugo à Blois_[2].
-
-[Note 1: Victor Hugo: _Correspondance, 1815-1835_. Paris,
-Calmann-Lévy, 1896; in-8º de 383 pp. _Lettres au général Hugo_, pp.
-166-215.]
-
-[Note 2: Louis Belton: _Victor Hugo et son père, le général Hugo_ à
-Blois, d'après les lettres de Victor Hugo conservées à la Bibliothèque
-de Blois et divers documents inédits.
-
-Publiée d'abord dans le tome XVI des _Mémoires de la Société des
-Sciences et Lettres de Loir-et-Cher_, pp. 9-85, cette étude a été
-l'objet d'un élégant tirage à part. Blois, Typ. et Lith. C. Migault et
-Cie, 1902, in-8º de 81 pp.
-
-Cette étude fort bien faite a été souvent mise à contribution au cours
-de ce travail. Des notes, que je ferai suivre des initiales L. B., y
-ont, même, été textuellement empruntées.]
-
-Embrassant une période de quatre ans,--la première est du 4 juillet
-1822 et la dernière du 4 novembre 1826,--ces lettres offrent le très
-vif intérêt d'avoir été écrites par le poète de vingt à vingt-quatre
-ans, à la veille et au lendemain de son mariage. Ainsi, assistons-nous
-aux joies initiales et aux premiers chagrins du ménage, ce pendant que
-paraît et s'épuise la première édition des _Odes et Poésies diverses_
-et que des cendres du _Conservateur littéraire_ ne tardera pas à éclore
-la _Muse française_.
-
-L'_Histoire du Romantisme_ de Gautier--et enthousiasma-t-elle nos
-quinze ans, appareillant nos curiosités en partance vers les floraisons
-inconnues et magiques de Baudelaire!--ne parle pour ainsi dire que de
-la seconde période déjà du Romantisme: Petrus Borel, le lycanthrope,
-farouche et énigmatique, Jehan du Seigneur, Augustus Mac-Keat,
-Philothée O'Neddy, chacun a sa façon de porter le gilet rouge. Cette
-correspondance, au contraire, nous ramène aux temps héroïques de la
-nouvelle école.
-
-Ces dates de 1822 et de 1823 évoquent non point ces satellites qui lors
-de la représentation d'_Hernani_ commençaient à graviter, «grandiloques
-et bousingots», autour de l'astre fulgurant qu'était Hugo, mais les
-ouvriers de la première heure, anciens collaborateurs du _Conservateur
-littéraire_, créateurs de la _Muse_ de demain.
-
-Alfred de Vigny, tôt maître de son instrument, atteint déjà à la
-sereine magnificence de ses poèmes. Plus tard, un froid pourra se
-produire entre Hugo et lui, mais à ce moment, leur affection semble
-sincère et étroite; le chantre d'_Eloa_ sera le témoin de Victor, lors
-de son mariage et sa «tour d'ivoire» n'est point tellement éloignée de
-la terre, qu'il ne soit des fondateurs du nouveau recueil.
-
-Le souci de son exclusive réputation et l'ennui de participer aux
-frais de la publication semblent en avoir éloigné Lamartine, dont les
-_Méditations_ venaient de consacrer le nom. Il ne devait pas tarder,
-d'ailleurs, à y être bientôt malmené.
-
-Hugo et Lamartine semblent, en vérité, s'observer plutôt que s'aimer.
-Le Cygne de Saint-Point se préoccupait, avant tout, de lui-même,
-puis, sa nature paraissait répugner à la collectivité d'un effort,
-ce par quoi se traduit toute école littéraire ou artistique. Malgré
-son singulier éclectisme, on peut dire que la _Muse française_ ne fut
-jamais la sienne.
-
-Mais à côté de la mer de Sorrente et de son «flot hexamètre», eût
-spécifié Corbière, que de talents se dessinaient et donnaient
-alors des espérances de succès et de gloire: Guiraud, Gaspard de
-Pons, camarade de Vigny à la Garde royale, Adolphe de Saint-Valry,
-moins euphoniquement Souillard dans la vie privée et châtelain à
-Montfort-l'Amaury, le toulousain Jules de Rességuier et tant d'autres,
-injustes oubliés de la grande critique, dont les murmures de l'Anio
-n'ont pas empêché l'implacable Léthé de submerger les noms.
-
-Elles sont contemporaines de cette génération et la rappellent,
-ces lettres. Souvent, elles complètent, et rectifient parfois, les
-souvenirs de jeunesse dictés par Olympio à sa femme, dans _Victor Hugo
-raconté par un Témoin de sa Vie_[3].
-
-[Note 3: Édition consultée: _Victor Hugo raconté par un Témoin de
-sa Vie_, avec œuvres inédites de Victor Hugo, entre autres un drame
-en trois actes: _Inez de Castro_. Paris, A. Lacroix, Verbœckhoven et
-Cie, 1867, 2 in-12 de 376; 419 pp.]
-
-Le grand homme aimait trop la légende pour n'en point créer autour de
-lui quelques-unes, surtout lorsqu'elles faisaient bien et prêtaient à
-antithèse. D'où le père bonapartiste et la mère vendéenne.
-
-La gloire claironnante du fils a pu faire négliger assez communément
-celle, assez restreinte, du père, le «héros au sourire si doux[4]», et
-ses _Mémoires_: il ne messied point de le mieux connaître[5].
-
-[Note 4: _La Légende des Siècles: Après la Bataille._]
-
-[Note 5: _Mémoires du général Hugo_, gouverneur de plusieurs
-provinces et aide-major général des armées en Espagne. Paris, Ladvocat,
-1823, 3 in-8º de 175-292, CII; 388 et 480 pp.
-
-Ces Mémoires «contenant l'Histoire abrégée des guerres de la Révolution
-française depuis 1792 jusqu'en 1815, et notamment les campagnes des
-armées du Rhin, de la Vendée, d'Italie, d'Espagne», et la relation des
-deux sièges de Thionville, sont précédés de _Mémoires inédits sur la
-guerre de Vendée_, par le général Aubertin.
-
-Un _Précis historique_, dû à Abel Hugo, _des Événements qui ont conduit
-Joseph Napoléon sur le trône d'Espagne_ sert d'introduction à la
-deuxième partie des _Mémoires du général Hugo_, (T. II; pp. V-CII).]
-
-Dans son autobiographie, les souvenirs d'enfance et de jeunesse de
-Victor Hugo débordent d'affection et de reconnaissance,--c'était
-justice,--pour sa mère, cette Sophie Trébuchet, épousée, en 1796, par
-le général, alors simple capitaine et qui devait être si parfaite et si
-indulgente pour ses enfants, lorsqu'une aventurière corse, plus tard
-épousée, aurait fait abandonner à leur père le domicile conjugal et la
-vie commune.
-
-La silhouette du général apparaît, au contraire, au second plan
-seulement, comme effacée, et ne prend corps qu'au moment où elle prête
-matière à une antithèse connue et souvent répétée.
-
-Les enfants semblent avoir pris depuis longtemps parti contre leur
-père, insoucieux, d'ailleurs, de la pension qu'il leur devrait servir,
-et entre Victor et le général, cela a tout l'air d'une réconciliation.
-
-Ils ne se connaissaient pas ou si peu.
-
-Les lettres de Victor Hugo conservées à la Bibliothèque de Blois, sur
-ce point comme sur d'autres, remettent singulièrement les choses au
-point. L'éloignement entre le père et ses fils était plutôt matériel et
-ceux-ci de savoir fort bien lui réclamer leurs mois de pension, quand
-ils se faisaient trop attendre.
-
-Elles ne sont postérieures que de dix-huit mois à la mort de Mme
-Hugo, ce déchirant chagrin pour Abel, Eugène et Victor, et d'un an
-à peine au second mariage qu'alla perpétrer, presque en cachette,
-le général dans l'Indre et, cependant, elles sont empreintes d'une
-attention respectueuse et continue du fils vis-à-vis du père. Elles
-ne sont même pas exemptes d'une certaine tendresse. On la désirerait
-sans doute plus simple et moins apprêtée, mais n'y avait-il pas entre
-eux le souvenir de leur mère et la présence de «l'Intruse», cette veuve
-Anaclet d'Almet, comtesse de Salcano, auquel le vieux brave n'avait pas
-craint d'associer sa vie.
-
-Quant aux choses de l'esprit, loin de les haïr, le général les aimait
-fort, et, dans sa retraite anticipée, avait conservé pour elles un goût
-très prononcé[6].
-
-[Note 6: Outre ses _Mémoires_, on doit au général Hugo:
-
-_Coup d'œil militaire sur la manière d'escorter et de défendre les
-convois et sur les moyens de diminuer la fréquence des convois et d'en
-assurer la marche: suivi d'un mot sur le pillage._
-
-Paris, 1796, in-12.
-
-Ces considérations ont été jointes au tome Ier des _Mémoires du
-général Hugo_, pp. 209-255.
-
-_Mémoires sur les moyens de suppléer à la traite des nègres par des
-individus libres, et d'une manière qui garantisse pour l'avenir la
-sûreté des colons et la dépendance des colonies._
-
-(Publié sous le pseudonyme de Genty, cet ouvrage parut à Blois, 1818,
-in-8º).
-
-_Journal historique du blocus de Thionville en 1814, et de Thionville,
-Sierck et Rodemack en 1815, contenant quelques détails sur le siège de
-Longwy_; rédigé sur des rapports et mémoires communiqués par M. A.-A.
-M***, ancien officier d'état-major au gouvernement de Madrid.
-
-Blois, 1819, in-8º.
-
-_L'Aventure tyrolienne_, par Sigisbert (roman).
-
-Paris, 1826, 3 in-12.
-
-(Est-ce à ce roman que, sous un autre titre, faisait allusion Méry dans
-sa conversation avec les Goncourt: «Méry nous raconte la vente qu'il
-conclut au prix de 600 francs, d'un roman du général Hugo, le père de
-Victor Hugo, qui s'appelait la Vierge du Monastère.» (_Journal des
-Goncourt_, tome II, 1862-1865, Paris, Charpentier, 1887, in-12; 18 mai
-1864, p. 198). Méry était en effet revenu à Paris en 1824.
-
-Peu de temps avant sa mort, en 1827, le général Hugo avait tenté
-d'organiser une souscription pour la publication d'un ouvrage demeuré
-inédit.
-
-Prospectus de l'ouvrage intitulé: _Des grands moyens accessoires de
-défense et de conservation aujourd'hui indispensables aux places
-fortes, aux armées, aux colonies et aux États qui les possèdent_.
-
-Paris, 1827, in-8º.
-
-Enfin, il laissait un certain nombre de manuscrits dont M. Louis Belton
-a relevé les titres dans l'inventaire établi après son décès:
-
-«La duchesse d'Alba (1820).
-
-«Le tambour Robin (1823).
-
-«L'Ermite (ou le Solitaire) du Lac.
-
-«L'épée de Brennus.
-
-«Perrine, ou la nouvelle Nina, anecdote napolitaine.
-
-«L'Intrigue de Cour, comédie en trois actes.
-
-«La Permission, anecdote.
-
-«Variante des Amants ennemis (1824).
-
-«Joseph, ou l'Enfant trouvé (1825).
-
-«Essai complémentaire sur le commandement des places de guerre et
-autres.
-
-«Minutes (antérieures à 1826) de la défense des nations, et de leurs
-grands intérêts maritimes et coloniaux.
-
-«Enfin le général préparait un ouvrage, et il avait préparé des notes
-sur les pensions des veuves de militaires.»
-
-(Louis Belton: _Victor Hugo et son père, le général Hugo, à Blois_, p.
-19).]
-
-Les craintes qu'inspirait deux ans plus tôt la collaboration d'Eugène
-et de Victor au _Conservateur littéraire_,--n'allaient-ils point
-négliger par trop leurs études de droit[7]?--semblent évanouies. Il ne
-leur tient pas rigueur d'avoir préféré l'incertaine fortune des lettres
-à l'avenir réputé sûr de Polytechnique, ce rêve de tous les parents de
-province et même de Paris.
-
-[Note 7: M. Émile Paul, dans le _Catalogue de la Bibliothèque
-romantique_ de M. J. Noilly (Paris, A. Labitte, 1886), fournit à ce
-sujet la curieuse note que voici:
-
-«_Lettre autographe_ du général Hugo, père du poète, au doyen de la
-Faculté de droit de Paris; Blois, le 28 avril 1820, 1 p. 1/2 in-4º. Il
-s'informe auprès du doyen de la Faculté de droit de Paris si Eugène et
-Victor Hugo suivent leurs cours. Il craint qu'une entreprise littéraire
-dont il a entendu parler (le _Conservateur littéraire_) n'absorbe leur
-argent et ne les détourne de leurs études.»]
-
-Les débuts de Victor étaient, au reste, assez glorieux pour le
-rassurer sur ce point. Nul besoin d'employer vis-à-vis de lui le verbe
-comminatoire.
-
-Les délassements intellectuels n'étaient point étrangers à l'ancien
-défenseur de Thionville: il les aimait.
-
-Une seule chose aurait pu l'inquiéter peut-être: la détresse morale
-d'Eugène..., il ne pouvait la soupçonner.
-
-Le pauvre garçon était déjà bizarre, avant que d'être fou.
-
-La politique ne semblait point davantage devoir les séparer. Si le
-général Hugo devait de la reconnaissance au roi Joseph, il n'avait
-jamais eu beaucoup à se louer de Napoléon. Maréchal de camp des armées
-du roi d'Espagne depuis le 20 août 1809, à peine si, à sa rentrée en
-France, en juillet 1813, l'Empereur lui avait reconnu le grade de major
-dans l'armée française. Comme tel, il avait été appelé, le 9 janvier
-suivant, à défendre Thionville contre les troupes alliées.
-
-L'on sait ce que cette défense de quatre-vingt-huit jours--il la devait
-renouveler en 1815--comporta d'héroïsme et d'intelligence. Le général
-en a écrit le _Journal_, et, tout en le mettant en demi-solde, Louis
-XVIII, loin de lui tenir rigueur, lui avait auparavant accordé la croix
-de chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis (1er
-novembre 1814) et le grade de maréchal de camp des armées françaises
-(21 novembre 1814), pour prendre rang à la date de sa rentrée en
-France, 11 septembre 1813.
-
-Quelques mois plus tard, le général était ainsi qu'un de ses frères, le
-colonel Louis-Joseph, promu par la même ordonnance, au grade d'officier
-de la Légion d'honneur[8].
-
-[Note 8: Ordonnance du 14 février 1815 (_Moniteur universel_, 19
-février 1815).]
-
-Sauf un commandement actif, il n'avait donc pas à en vouloir trop aux
-Bourbons, et son bonapartisme, pour le moins douteux[9], n'avait
-point à s'offusquer du royalisme ardent, alors si bien porté, dont
-témoignaient ses fils et dont ils firent montre dans le _Conservateur
-littéraire_[10].
-
-[Note 9: Lettre à M. le Comte Roger de Damas, gouverneur pour le
-Roi, à Nancy:
-
-Thionville, le 18 avril 1814.
-
-Monsieur le Comte,
-
-La brave garnison que je commande, mon conseil de défense et moi, avons
-unanimement adhéré le 14 aux actes du Sénat.
-
-Enfermés pendant quatre-vingt-huit jours dans cette forteresse, nous y
-avons été fidèles à l'oriflamme de l'honneur: c'est vous rappeler celui
-d'Henri IV.
-
-En combattant nous n'avons pas attendu les éloges des hommes; l'amour
-sacré de la patrie nous animait. Que le bon prince qui vient régner
-sur nous daigne sourire à notre constance, et nous en aurons reçu le
-prix. Nous avons été fidèles et loyaux sous l'Empereur; le serment qui
-nous enchaîne au roi Louis XVIII est la garantie que nous le serons
-également sous lui. Donnez à cet auguste monarque de la confiance dans
-sa brave garnison de Thionville; elle y répondra noblement, elle saura
-mourir pour sa gloire et pour son service.
-
-Je vous prie, etc.
-
-Le général Hugo.
-
-(_Mémoires du général Hugo_, tome III, notes et pièces justificatives,
-p. 467).]
-
-[Note 10: _Le Conservateur littéraire._ A Paris, chez Anthe.
-Boucher, imprimeur-éditeur, rue des Bons-Enfants, nº 34.
-
-Décembre 1819-mars 1821; 30 livraisons formant 3 volumes in-8º.
-
-En épigraphe, au-dessous du titre, à partir de la seconde livraison:
-
- ... Fungar vice cotis acutum
- Reddere quæ ferrum valet, exsors ipsa secandi.
-
-(Hor.)
-
-Il faut lire en quels termes le brave M. Agier, qui, en 1816, avait été
-président des _Francs régénérés_, encourageait dans le _Conservateur_,
-dont le _Conservateur littéraire_ cuidait être le supplément, les
-débuts de ses jeunes confrères:
-
-«Il y a dans cette honorable entreprise quelque chose de plus
-intéressant, de plus touchant encore, c'est son motif, dont MM. Hugo,
-que nous n'avons point l'avantage de connaître, nous pardonneront de
-révéler ici le secret. L'éducation de ces intéressants jeunes gens a
-été dirigée par une mère distinguée, qui a pensé de bonne heure que de
-bons principes et des talents formaient la seule fortune qui pût être
-à l'abri des révolutions, la seule arme avec laquelle on pût ne pas se
-défendre de l'envie, de la calomnie, mais la braver. Maintenant, fils
-reconnaissants, ils essaient d'acquitter une dette aussi sacrée que
-douce. Ils doivent à leur mère une seconde vie: ils veulent soutenir,
-embellir la sienne; et pour y parvenir, ils unissent la fraternité
-du talent à la fraternité du sang. Heureux jeunes gens d'avoir une
-mère qui ait senti le prix de l'éducation! Heureuse mère de voir
-ainsi couronner ses soins! Outre l'utilité et la bonne rédaction du
-_Conservateur littéraire_, c'est donc la piété filiale et maternelle
-qui le recommande à tous les amis des lettres et du bien....» (_Le
-Conservateur_, tome VI, 1820, p. 465). Ce passage a été reproduit par
-M. Ch.-M. Des Granges dans son très intéressant volume: _La Presse
-Littéraire sous la Restauration_ dont nous avons souvent mis à profit
-la précieuse documentation.
-
-M. Agier ne se contentait point d'être pompier; en mars 1815 il avait
-troqué sa robe de substitut du procureur général, pour l'uniforme de
-capitaine d'une compagnie de volontaires royaux!
-
-Quant au légitimisme ultra du _Conservateur littéraire_, la disparition
-de son aîné, en 1820, ne l'affaiblit en rien, et dans la préface du
-tome II (avril 1820), les «intéressants jeunes gens», que louait si
-fort M. Agier, de clamer sur le mode majeur leurs opinions:
-
-«Nous continuerons donc de servir autant qu'il sera en nous le trône
-et la littérature; trop heureux si nous pouvons ranimer le goût des
-lettres et éveiller de jeunes talents; plus heureux encore, si nous
-pouvons propager le royalisme et convertir aux saines doctrines de
-généreux caractères!.....
-
-«Enfin, puisque notre redoutable aîné, le _Conservateur_, a cessé
-de paraître, nous promettons de conserver intact l'héritage de
-saints principes qu'il nous a légués avec son titre; nous espérons
-que ses honorables rédacteurs reconnaîtront entre eux et nous une
-confraternité, sinon de talent, du moins de zèle et d'opinions; et
-nous croyons dire assez quel haut prix nous attachons à ce titre de
-royalistes, en ajoutant que cette seconde confraternité ne nous paraît
-pas moins glorieuse que la première.»
-
-Cf: Ch.-M. Des Granges: _Le Romantisme et la Critique.--La Presse
-littéraire sous la Restauration_, 1815-1830. Paris, Société du Mercure
-de France, 1907, in-8º, de 386 pp.]
-
-De ses trois fils, Victor était, comme on le sait, le plus jeune,
-Abel étant né à Paris le 15 novembre 1798 et Eugène à Nancy, le 29
-fructidor an VIII (16 septembre 1800).
-
-Après avoir fait partie des pages du roi Joseph, ancien officier
-d'état-major à quinze ans! Abel était venu retrouver ses frères. Ils
-avaient mis leurs jeux, puis leurs travaux en commun. Si en 1822
-Victor Hugo connaissait déjà la gloire, par deux mentions à l'Académie
-française[11] et par le lis et l'amarante d'or de l'Académie des
-Jeux Floraux, qui, le 28 août 1820, l'avait nommé maître ès jeux
-floraux[12], sans parler des _Odes et Poésies diverses_ qui venaient
-de paraître[13]. Abel et Eugène avaient glané, eux aussi, quelques
-lauriers académiques: Abel devait être couronné, en décembre 1822, par
-la Société d'Émulation de Cambrai, pour son _Ode sur la bataille de
-Denain_[14] et Eugène avait déjà obtenu, en 1818 et en 1819, un souci
-réservé et une mention des Jeux Floraux, pour une _Ode sur la mort du
-duc d'Enghien_[15] et une autre sur celle de _S. A. R. Louis-Joseph de
-Bourbon, prince de Condé_.
-
-[Note 11: Victor Hugo avait, on le sait, obtenu en 1817, à l'âge de
-quinze ans, une neuvième mention pour le sujet, mis au concours le 5
-avril 1815, durant les Cent-Jours, par la seconde classe de l'Institut
-impérial pour le prix de poésie: _Le bonheur que procure l'étude dans
-toutes les situations de la vie._
-
-La pièce de Victor Hugo, inscrite sous le nº 15, avait pour épigraphe
-ce vers d'Ovide:
-
- _At mihi jam puero cœlestia sacra placebant._
-
-Deux ans plus tard, en 1819, il avait obtenu une nouvelle mention,
-ayant, cette fois, traité comme sujet de concours: _Avantages de
-l'enseignement mutuel._
-
-Des fragments de ce discours ont été publiés par Victor Hugo dans
-_Littérature et Philosophie mêlées_.]
-
-[Note 12: M. Edmond Biré a relevé dans son _Victor Hugo avant 1830_
-(Paris, Jules Gervais; Nantes, Emile Grimaud, 1883, in-12 de 533 pages)
-la liste des succès du poète aux Jeux Floraux:
-
-1819.--_Les Derniers Bardes_; mention.
-
-_Les Vierges de Verdun_; amarante réservée.
-
-_Le Rétablissement de la Statue de Henri IV_; lis d'or.
-
-1820.--_Moïse sur le Nil_; amarante d'or réservée.
-
-Par lettre du 28 avril, Victor Hugo avait été nommé _maître ès jeux
-floraux_, et proclamé tel dans la séance du 3 mai suivant.]
-
-[Note 13: _Odes et Poésies diverses._ Paris, Pélicier, libraire,
-place du Palais-Royal, nº 243, 1822.
-
-Très médiocre comme édition, ce recueil contenait, outre les premières
-odes: _Raymond d'Ascoli_, élégie; _Les Deux Ages_, idylle; _Les
-Derniers Bardes_, poème, qui légitimaient la seconde partie du titre du
-volume, et disparurent avec elle, en 1828, de l'édition définitive.
-
-Envoyés au concours de l'Académie des Jeux Floraux, en 1819, où ils
-n'obtinrent qu'une mention, publiés ensuite dans le _Conservateur
-littéraire_, _Les Derniers Bardes_ devaient prendre place, plus tard,
-dans _Victor Hugo raconté par un Témoin de sa Vie_.]
-
-[Note 14: «Le prix de poésie a été décerné à M. Abel Hugo, pour une
-ode sur la bataille de Denain». (Le _Moniteur universel_, 11 décembre
-1823).]
-
-[Note 15: C'est là, avec les _Stances à Thaliarque_, traduites
-d'Horace, la seule pièce de vers d'Eugène Hugo, publiée par le
-_Conservateur littéraire_, dont une note spécifie, tome Ier, p. 320,
-au sujet de MM. Hugo «que deux de ces messieurs seulement, l'aîné et le
-plus jeune (Abel et Victor) comptent parmi les rédacteurs».]
-
-A Blois, où il s'était retiré, le général Hugo, créé par Joseph comte
-de Siguenza[16]--titre qu'il ne devait porter que plus tard--en
-souvenir et en récompense des défaites qu'il avait infligées à
-l'Empecinado, s'était d'abord installé au château de Saint-Lazare,
-maison bourgeoise luxueuse pour l'époque, située hors la ville et
-aujourd'hui transformée en annexe de l'Asile d'aliénés, qu'il avait
-acheté 36.000 francs[17].
-
-[Note 16: Dans son _Armorial du Premier Empire_ (Paris, 1894-1897,
-4 vol. in-8º), le Vicomte A. Révérend parle bien en note du général
-Hugo (tome II, p. 323), mais par une singulière inadvertance, il le
-donne pour le grand-père et non comme le père du poète et substitue au
-comté de Siguenza celui de Gogolludo:
-
-«Le général Hugo, grand-père du célèbre poète, qui fut pair de France,
-appartenait à une autre famille et avait reçu de Joseph Bonaparte, roi
-d'Espagne, le titre de comte de Cogolludo, qui ne fut pas l'objet d'une
-confirmation impériale.»]
-
-[Note 17: «L'acquisition, faite d'abord sous le nom d'un tiers, ne
-fut régularisée à son profit que le 1er mai 1822, par un acte devant
-Me Pardessus, notaire à Blois.»
-
-Le château et le domaine de Saint-Lazare «comprenaient à cette époque
-une grande maison de maître, logement de closier et de jardinier,
-bâtiments d'exploitation: pressoir garni de ses ustensiles, cour,
-basse-cour, jardins, promenades, charmilles, bosquets, vignes et terres
-labourables, le tout en un seul clos entouré de murs, et contenant 9
-hectares 72 ares 48 centiares». (L. B.).
-
-Léproserie au moyen âge, Saint-Lazare formait, en 1789, un prieuré
-conventuel de Génovéfains qui fut remis à la Nation le 6 décembre 1790
-et vendu, par adjudication publique, le 9 février 1791.]
-
-Un second mariage n'avait point tardé à suivre, comme il a été dit, la
-mort de Sophie Trébuchet. Moins de trois mois après, le 6 septembre
-1821, à 6 heures du soir, il épousait devant l'officier de l'état civil
-de la commune de Chabris (Indre), le marquis de Béthune-Sully, une
-veuve d'origine corse: Marie-Catherine Thomas y Saëtoni, veuve Anaclet
-d'Almeg.
-
-L'acte de mariage est peu connu[18] et n'est point dénué d'intérêt. Il
-fixe deux dates, et, à l'orthographe près, fournit les noms exacts de
-l'aventurière que le général Hugo allait épouser à Chabris[19]:
-
-[Note 18: Je m'étais adressé pour avoir le texte de l'acte de
-mariage du général Hugo, à M. le Maire de Chabris, ignorant alors qu'il
-avait déjà été reproduit par le Dr G. Patrigeon dans une intéressante
-notice qu'il y aurait injustice à ne point citer: _Excursions à travers
-le passé.--Le père de Victor Hugo (Général Joseph-Léopold-Sigisbert
-Hugo) à propos de son deuxième mariage à Chabris en septembre
-1821._--Châteauroux, A. Mellotée, 1892, in-8º, de 21 pp.
-
-Cette étude avait d'abord été publiée par la _Revue du Berry_ et par le
-_Bulletin du Musée municipal de Châteauroux_.]
-
-[Note 19: M. Edmond Biré fixe, en effet, d'après les Archives
-municipales de Nancy, le second mariage du général à la date du 20
-juillet 1821 et non du 6 septembre. Marie-Catherine y Saëtoni y devient
-Marie-Catherine Thomas y Sactoin. D'autre part, l'acte de son décès, à
-l'état civil de Blois (1858) ne donne pas les noms de ses père et mère.]
-
-Nº 10
-
-Hugo Joseph-Léopold-Sigisbert
-
-et
-
-Marie-Catherine
-Tomat Isaétony
-
-
-_Du 6 Septembre 1821_
-
- Aujourd'hui six septembre mil huit cent vingt-un, à six heures
- du soir, par devant Nous, Louis, marquis de Béthune Sully,
- chevalier de l'ordre Royal de la Légion d'honneur, maire et
- officier de l'état-civil de la commune de Chabris, canton de
- Saint-Christophe, arrondissement d'Issoudun (Indre), sont comparus M.
- Joseph-Léopold-Sigisbert Hugo, ancien officier général, domicilié à
- Nancy[20], département de la Meurthe, né à Nancy le quinze novembre
- mil sept cent soixante-treize, fils majeur de feu Joseph Hugo, vivant
- propriétaire, décédé à Nancy, le quinze messidor, an sept et de feue
- Marguerite Michaud, décédée aussi à Nancy le vingt-trois février mil
- huit cent quatorze.
-
-[Note 20: Le général Hugo résidait, en fait, à Blois, depuis
-plusieurs années.]
-
-D'une part,
-
- Et Dame Marie-Catherine Tomat Isaétony, domiciliée à Chabris[21],
- Comtesse de Salcano, née à Cervione, le cinq novembre mil sept cent
- quatre-vingt-quatre, veuve de Anaclet d'Almay, vivant propriétaire,
- décédé à la Havane, le quinze août mil huit cent dix-sept, fille
- majeure de feu Nicolas de Ligny Tomat, décédé en Corse le premier
- novembre mil huit cent trois et feue Lina Isaétony de Compolor,
- décédée à Cervione le quinze décembre mil sept cent quatre-vingt-cinq,
-
-[Note 21: «Plus exactement elle résidait au Château de Beauregard,
-habitation du marquis de Béthune-Sully, dont elle était l'hôte» (Dr
-Patrigeon)... passagère, car la veuve d'Almeg était depuis 1816,
-propriétaire à Blois, et cet acte de l'état civil n'était que la
-consécration des liens... religieux (?) qui depuis longtemps déjà
-l'unissaient au général Hugo.]
-
-D'autre part,
-
- Lesquels nous ont requis de procéder à la célébration du mariage
- projeté entre eux et dont les publications ont été faites dans cette
- commune les dimanches vingt-deux et vingt-neuf juillet dernier et
- dans la ville de Nancy, les dimanches vingt-deux et vingt-neuf
- juillet aussi dernier, d'après qu'il résulte du certificat de
- Monsieur l'adjoint dudit Nancy, en date du dix-huit août dernier,
- signé Morville, adjoint.
-
- Aucune opposition audit mariage ne nous ayant été signifiée, vu aussi
- la permission de mariage accordée par le Ministre Secrétaire d'État
- au département de la Guerre, en date du vingt-huit août dernier,
- faisant droit à leur réquisition, après leur avoir donné lecture
- de toutes les pièces ci-dessus mentionnées, ainsi que du chapitre
- six du code civil: _Du Mariage_; nous avons demandé au futur époux
- et à la future épouse s'ils veulent se prendre pour mary et femme;
- chacun d'eux nous ayant répondu séparément et affirmativement, nous
- avons déclaré: Au nom de la loi, que Joseph-Léopold-Sigisbert Hugo
- et Marie-Catherine Tomat Isaétony sont unis par le mariage, dont
- acte fait à la mairie de Chabris, les jour, mois et an que dessus,
- en présence des sieurs Jacques Rousseau, chevalier de l'ordre royal
- de la Légion d'honneur, âgé de quarante-six ans[22], de Jacob
- Schiésingeyer, cocher de M. le marquis de Béthune Sully, âgé de
- trente-quatre ans; de Chantreau Maurice, homme d'affaires de M. de
- Béthune, âgé de quarante-huit ans, et de Nicolas Kallenborenne,
- tailleur d'habits, âgé de trente-cinq ans, tous demeurant commune
- de Chabris et ont, lesdits comparants et témoins, signés avec Nous,
- après lecture faite.
-
-[Note 22: Ancien soldat de l'Empire, Jacques Rousseau était adjoint
-au maire de Chabris.
-
-«Il n'y eut pas de bénédiction nuptiale à l'église de Chabris. Aucun
-contrat ne fut passé en l'étude de Me Jaupitre, notaire de la
-localité» (Dr Patrigeon).]
-
-_Le Général Hugo_
-
-_Veuve Dalmay_
-
-_Rousseau, Jacob Schiésingeyer, Chantreau, Kallenborenne,
-Le Marquis de Béthune Sully._
-
-L'on connaît par Edmond Biré, le singulier faire-part que le général
-adressa en cette occasion à ses connaissances:
-
-_M._
-
- Monsieur le général Léopold Hugo a l'honneur de vous faire part qu'il
- vient de faire légaliser, par devant M. l'officier public de Chabris
- (Indre), les liens purement religieux qui l'unissaient à Madame veuve
- d'Almé, comtesse de Salcano.
-
-Saint-Lazare, près Blois[23].
-
-[Note 23: Edmond Biré: _Victor Hugo avant 1830_, p. 233.]
-
-La religion a parfois bon dos... Victor, cependant, se contenta
-d'ignorer ainsi que ses frères, la seconde femme du général «la femme
-pour laquelle il a quitté sa famille[24]» jusqu'au jour où les soins
-donnés à son frère Eugène et à son petit Léopold amenèrent entre le
-beau-fils et la belle-mère un rapprochement passager.
-
-[Note 24: Victor Hugo: _Lettres à la Fiancée_, 1820-1822, Paris,
-Fasquelle, 1901, in-12 de 340 pp. Note, p. 231.]
-
-
-
-
-II
-
-Les fiançailles et le mariage.--Les lettres de Victor à son père.--La
-_Société littéraire de Blois_.--Une pension longue à toucher.--Le
-colonel Louis Hugo.--_La Révolte des Enfers._--Un ban à racheter.--Un
-mariage d'amour.
-
-
-Au surplus, il avait d'autres préoccupations en tête que sa belle-mère.
-Il était amoureux. Le clair roman éclos sous les frais ombrages du
-jardin de la rue des Feuillantines touchait à son dénouement. Depuis
-près d'un an, au retour du voyage de Dreux, il était fiancé de fait
-à Mlle Adèle Foucher, la camarade des jeux de leur enfance et la
-gracieuse voisine de la rue du Cherche-Midi. L'autorisation de son
-père et une demande régulière lui importaient autrement que «l'épouse
-actuelle», du général, Marie-Catherine Thomas y Saëtoni.
-
-Le vendredi 8 mars 1822, il avait écrit au général, pour lui demander
-son autorisation; elle lui parvenait enfin le 13 mars, et un court
-billet des _Lettres à la Fiancée_ témoigne de la joie sans mélange,
-s'il n'y eût eu «un nuage»,--le nuage était l'intruse--de Victor-Marie
-Hugo[25].
-
-[Note 25: _Lettres à la Fiancée_, p. 230.]
-
-Cette année-là, M. et Mme Foucher avaient loué pour deux mois, dans
-la grande banlieue de Paris, à Gentilly, une maison de campagne où
-ils vinrent passer avril et mai. Agréé officiellement comme fiancé, à
-la suite de l'assentiment de son père, le poète fut autorisé à venir
-habiter, près de la bien-aimée, «une vieille tourelle de l'ancienne
-construction où il y avait une chambre, vrai nid d'oiseau ou de
-poète[26]». Il prenait ses repas auprès d'elle, et pouvait lui faire
-sa cour, à la condition expresse de ne jamais rester seul avec elle.
-Aussi ce qu'il ne pouvait lui dire, il le lui écrivait, et même durant
-les deux mois où ils vécurent presque côte à côte, la correspondance ne
-chôma point entre eux.
-
-[Note 26: _Victor Hugo raconté par un Témoin de sa Vie_, tome II,
-p. 55.]
-
-Victor Hugo, dans son autobiographie a joliment évoqué cette maison de
-Gentilly, le jardin où se promenaient les amoureux, leurs voisins, les
-fous de Bicêtre, et ce gentil garçon, amené un jour par Paul Foucher,
-qui avec ses douze ans et ses cheveux d'un blond de lin, «imitait un
-ivrogne avec une facilité et une vérité extraordinaires».
-
-«Il se nommait Alfred de Musset[27].»
-
-[Note 27: _Victor Hugo raconté par un Témoin de sa Vie_, t. II, p.
-57.]
-
-La maison existe toujours, et l'un des hommes qui connaissent le
-mieux Paris et ses environs, dont il s'est fait l'historiographe par
-excellence M. Fernand Bournon, en donnait fort élégamment ces temps
-derniers la description dans son état actuel[28].
-
-[Note 28: Fernand Bournon: _Victor Hugo à Gentilly_, Paris,
-Lucien Gougy, 1906, in-8º de 10 pp. (Publication de la Société «Les
-Hugophiles»).]
-
-Ces deux mois furent vite passés. En juin, les Foucher regagnèrent, rue
-du Cherche-Midi, l'hôtel de Toulouse, où séait le Conseil de guerre.
-M. Foucher en avait longtemps tenu le greffe, qu'il avait cédé, depuis
-quelques années, à son beau-frère M. Asseline, et y avait cependant
-conservé son appartement.
-
-Le premier volume des _Odes_ paraissait à ce moment[29]; et, de la rue
-du Dragon, attendant, pour que le mariage ait lieu, le versement de la
-pension promise sur la cassette royale, Victor Hugo avait repris sa
-correspondance journalière avec sa fiancée, à laquelle ne tarda point à
-s'en joindre une autre, assez suivie, avec son père, le général.
-
-[Note 29: Les _Odes et Poésies diverses_ parurent en juin 1822,
-chez Pélicier, libraire, place du Palais-Royal. Il éditait, la même
-année, les _Romances historiques traduites de l'espagnol_ d'Abel Hugo,
-qui avait été l'intermédiaire entre le poète et le libraire. Pélicier
-ne fit point fortune et ses affaires furent moins que brillantes. Il
-méritait mieux cependant, ne publia-t-il point, toujours en 1822, les
-premiers _Poèmes_ d'Alfred de Vigny. Ils tenaient trop du chef-d'œuvre
-pour ne point passer inaperçus.
-
-Témoin cette phrase du _Figaro_, du 28 mai 1829:
-
-«Les poèmes de M. de Vigny avaient été publiés séparément, sans faste
-et sans prôneurs; longtemps il a fait partie des dieux inconnus de la
-_Muse française_;...»
-
-Plus perspicace, un rédacteur anonyme du _Moniteur_ rendit cependant
-compte des deux volumes à la date du 29 octobre 1822, unissant Victor
-Hugo et Alfred de Vigny dans l'éloge, comme ils l'étaient alors par
-l'amitié:
-
-«Ils nous pardonneront, disait ce journal, de n'avoir qu'une seule
-couronne pour leur double triomphe; nous ne nous pardonnerions pas
-de l'arrêter plus longtemps sur un front que sur l'autre: ces deux
-talents ont une même source, le cœur; tous deux sont doués de force
-et de grâce; ils ont tous deux initié la poésie au secret des plus
-intimes émotions. La moindre préférence serait une grande injustice, et
-cependant, comme pour doubler nos plaisirs en les variant, si tout est
-égal entre eux, rien n'est pareil, ni le système de composition, ni la
-facture du vers, ni le coloris, ni les mouvements du style.»
-
-Léon Séché: _Alfred de Vigny_ et son temps. Paris, A. Juven, S. D.
-in-8º de XV; 376 pp., p. 107.]
-
-L'écriture de ces lettres est courante, assez fine même. Ce n'est point
-encore l'écriture définitive, si connue du maître. Çà et là cependant,
-des hampes de lettres, fortement appuyées, égratignant presque le
-papier, en trahissent déjà la griffe.
-
-Elles sont simplement signées Victor,--un et quatre ans plus tard et
-dans deux lettres seulement apparaîtront les initiales V. M. H.,--le
-prénom du poète entouré d'un paraphe délié, et sont d'abord adressées.
-
-«A Monsieur
-
-Monsieur le général Hugo
-à sa terre de Saint-Lazare,
-près Blois.»
-
-Le plus souvent, Victor tient la plume pour ses frères, donne de leurs
-nouvelles, excuse leur silence et rappelle au père la pension dont les
-mensualités ne sont pas toujours exactement servies.
-
-Abel est très occupé, Eugène toujours bizarre--le roman se vivait,
-hélas! en partie double--la correspondance est impartie au plus jeune.
-Nul ne saurait mieux flatter l'orgueil du père, puis par Paris, et
-jusqu'à Meudon,--encore qu'on n'en fût plus au _Voyage de Paris à
-Saint-Cloud par mer_, c'était encore presque une expédition!--il
-faisait si bien les courses du général, et elles étaient nombreuses.
-
-Non content de lire et d'écrire, (il lui faut savoir gré de ne s'être
-point attelé à une traduction d'Horace ou des Géorgiques), le général
-a eu l'inconsciente ironie de vouloir fonder, à Blois, une société
-littéraire! Et l'on ne saurait croire combien de pas et démarches il
-faut, pour ne point aboutir à faire autoriser par le gouvernement une
-telle chimère.
-
-Littéraire ou non, nulle société n'avait, cette année-là, chance
-d'être autorisée. Saumur, Belfort, La Rochelle, trois conspirations
-militaires avaient marqué l'année 1822. Condamnations et exécutions:
-les hommes de 1815, revenus au pouvoir, s'étaient montrés implacables.
-L'on poursuivait jusqu'à Béranger, et un autre chansonnier, Eugène de
-Pradel, se voyait, en mai, condamner à six mois de prison.
-
-Victor ne se rebute point cependant. Du ministère de l'Intérieur, où
-M. Lelarge de Lourdoueix[30] présidait à la division des beaux-arts,
-sciences et belles-lettres, à la direction de la police, que M.
-Franchet-Desperey[31] devait à son mariage avec la cadette des
-Sainte-Luce, il voit de près et peut admirer les rouages de notre
-administration. C'est presque un chapitre de Courteline: un dossier
-perdu.
-
-[Note 30: Jacques-Honoré Lelarge de Lourdoueix, né en 1787 au
-château de Beaufort, près Boussac (Creuse). Après avoir fait ses études
-à l'ancien collège de Pont-Levoy (Loir-et-Cher), et un court passage
-dans l'administration, il se vit confier la rédaction de la _Gazette de
-France_, qu'il quitta momentanément pour prendre en 1821 la direction
-de la division des beaux-arts, sciences et belles-lettres au ministère
-de l'Intérieur. Démissionnaire à la chute de M. de Villèle et à
-l'avènement du ministère Martignac, il devint à la _Gazette de France_
-le collaborateur de M. de Genoude, à qui il succéda en 1849. Il est
-mort à Paris, en 1860.]
-
-[Note 31: Franchet Desperey, fils de cultivateurs des environs
-de Lyon où il était né vers 1775. Après des emplois infimes, poussé
-par la congrégation et servi par les relations du roi de Prusse
-avec la famille de Sainte-Luce, s'était vu appeler en 1821 à la
-direction générale de la police par le ministère Villèle. Fanatique
-et ultramontain, accusé d'avoir organisé avec le préfet Delaveau les
-massacres de la rue Saint-Denis (19-20 novembre 1827), il dut quitter
-la direction de la police à l'arrivée au pouvoir de M. de Martignac.
-Les ordonnances de juillet le nommèrent conseiller d'État et membre du
-conseil privé. La Révolution de 1830 mit un terme à cette faveur. Il
-se retira en Prusse, où sa belle-sœur, l'aînée des Sainte-Luce avait
-épousé un général.]
-
-Puis, c'est, bien naturelle, son impatience de voir se terminer ses
-affaires aux ministères--toujours la pension promise--pour pouvoir
-épouser celle qu'il aime, et toujours également le soin qu'il a de
-recommander ses frères, ce pauvre Eugène surtout, à la sollicitude et à
-la... générosité du général.
-
-Celui-ci n'est riche que de cédules hypothécaires du roi Joseph,
-moins que des châteaux en Espagne, la pension des fils s'en ressent,
-semble-t-il. Mais qu'importe, la première édition des _Odes_ s'épuise
-avec une rapidité que le poète n'osait espérer. Il songe déjà à une
-seconde. En vendrait-on, à Blois?
-
-Paris, 4 juillet 1822.
-
-Mon cher papa,
-
- Je mettais à suivre la demande de la Société autant d'activité que
- le bureau des belles-lettres y mettait de lenteur. Enfin, il y a
- quelques jours M. de Lourdoueix m'annonça qu'il fallait m'adresser
- aux bureaux de M. Franchet, c'est-à-dire à la police générale; il me
- demanda en outre la liste des membres que je ne pus lui donner: puis
- il ajouta que du reste, puisqu'elle était recommandée par moi, la
- Société de Blois était sans doute composée de manière à ne pouvoir
- inquiéter le gouvernement. Je crus pouvoir lui en donner l'assurance
- et il me dit que très probablement, dans le moment de troubles où
- nous sommes, l'approbation de l'autorité dépendrait de la composition
- de la Société.
-
- Je me rendis d'après son indication aux bureaux de la direction de
- la police, où l'on me promit de faire des recherches. Hier j'y suis
- retourné et le chef de bureau auquel a dû être renvoyée la demande
- (qui est je crois celui de l'_ordre_) m'a déclaré l'avoir cherchée
- en vain et n'en avoir jamais entendu parler. Il paraît donc qu'elle
- s'est égarée de l'un à l'autre ministère. Il m'a conseillé d'en faire
- expédier sur-le-champ une autre accompagnée de la liste de MM. les
- membres et des statuts; car c'est d'après ces pièces que doit décider
- le ministre, lequel, m'a-t-il dit, accorde très difficilement ces
- sortes de demandes dans l'instant de crise où nous sommes.
-
- Je m'empresse de te rendre fidèlement compte de tous ces détails,
- cher papa, afin que tu te consultes sur ce que tu veux faire. Tu me
- trouveras toujours prêt à te seconder de tout mon faible pouvoir.
-
- D'après ton désir je suis retourné chez M. le général d'Hurbal que
- je n'ai point trouvé chez lui. J'ai demandé son adresse à Meudon,
- et j'irai, quoiqu'on m'ait dit qu'il était assez difficile de le
- rencontrer parce qu'il fait de fréquentes excursions.
-
- Puisque l'eau de Barèges te fait du bien, je te prie d'en continuer
- l'usage. Il faut espérer que les palpitations dont tu te plains
- disparaîtront tout à fait avec du repos et du bonheur.
-
- Pour moi, mon bon et cher papa, je vois le moment du mien approcher
- avec la fin de mes affaires aux ministères, mon impatience est
- grande, et tu le comprendras. Quand j'aurai tout reçu de toi, comment
- pourrai-je m'acquitter?
-
- Je croyais t'avoir dit qu'Eugène n'avait d'autre ressource que la
- pension que tu lui fais, en attendant qu'il s'en soit créé par son
- travail. C'est pour cela que je le recommandai si souvent à ta
- générosité. Nul doute qu'en se refroidissant il ne sente toute la
- reconnaissance qu'il te doit.
-
- Nous supporterons encore le sacrifice que la nécessité t'oblige de
- nous faire supporter. Nous ne doutons pas que puisque tu le fais,
- c'est que tu ne peux autrement.
-
- Adieu, cher papa, j'attends avec impatience ton poëme et les conseils
- que tu m'annonces. Je te remercie vivement de toute la peine que je
- te cause. Ils pourront m'être fort utiles pour ma seconde édition
- à laquelle je vais bientôt songer, car celle-ci s'épuise avec une
- rapidité que j'étais loin d'espérer. Crois-tu qu'il s'en vendrait à
- Blois?
-
- Le papier me manque pour te parler de mes grands projets littéraires,
- mais non pour te renouveler la tendre assurance de mon respect et de
- mon amour. Je t'embrasse.
-
-Ton fils soumis,
-Victor.
-
- J'ai envoyé au colonel[32] un exemplaire avant d'avoir reçu ta lettre.
-
-[Note 32: Le colonel, Louis-Joseph Hugo, né le 14 février 1777,
-mort en 1854. Promu officier de la Légion d'honneur par la même
-ordonnance que son frère, 14 février 1815, il reçut les étoiles
-de brigadier, et commanda longtemps comme tel la subdivision de
-la Corrèze. Il laissa deux enfants. Son fils Léopold, après avoir
-préparé Saint-Cyr où il ne fut pas admis, vécut et mourut en Corrèze.
-Devenue veuve, sa fille Marie Hugo entra au Carmel de Tulle, où elle
-devint Sœur Marie-Joseph de Jésus et où elle est morte en 1906.
-Elle n'était point tellement retirée du monde qu'elle n'écrivît des
-lettres charmantes, quand elle pouvait rendre un service, et au cours
-desquelles elle aimait à évoquer des souvenirs de son enfance et de sa
-jeunesse et à citer des vers de son oncle Victor Hugo.]
-
-L'amoureux avait bien l'autorisation officieuse de son père d'épouser
-Mlle Foucher, mais aucune demande officielle n'avait été faite
-encore.
-
-A sa prière, le général lui a adressé la lettre, demandant la main
-d'Adèle, qu'il remettra lui-même à M. Foucher, lorsque enfin la pension
-royale sera autre chose qu'une promesse. Les temps semblent proches.
-Son cœur déborde envers son père de reconnaissance, ce pendant que, par
-les gazettes, il semble assurer le service de presse du _Journal de
-Thionville_.
-
-Le nuage ne crève pas, mais menace. Victor a, jusqu'ici, négligé de
-joindre à ses lettres toute formule de politesse vis-à-vis de la
-seconde Mme Hugo. Le général s'en est plaint sans doute; et de façon
-assez désinvolte, Victor s'en excuse: il n'a «contre _son_ épouse
-actuelle aucune prévention, n'ayant pas l'honneur de la connaître».
-
-Mon cher Papa,
-
- Ta lettre a comblé ma joie et ma reconnaissance. Je n'attendais pas
- moins de mon bon et tendre père. Je sors de chez M. de Lourdoueix;
- il doit sous très peu de jours me fixer un terme précis, alors je
- montrerai ta lettre à M. et à Mme Foucher. Ainsi je te devrai
- tout, vie, bonheur, tout. Quelle gratitude n'es-tu pas en droit
- d'attendre de moi, toi, mon père, qui as comblé le vide immense
- laissé dans mon cœur par la perte de ma bien-aimée mère!
-
- Je doute, pour ce qui concerne la pension que je viens d'obtenir à
- la maison du Roi, qu'on me rappelle le trimestre de juillet, alors
- elle ne courrait qu'à dater du 1er octobre, ce qui remettrait mon
- bienheureux mariage à la fin de septembre. C'est bien long, mais je
- me console en pensant que mon bonheur est décidé. Quand l'espérance
- est changée en certitude, la patience est moins malaisée. Cher papa,
- si tu savais quel ange tu vas nommer ta fille!
-
- J'attends toujours bien impatiemment ton _poëme_, et je ferai des
- exemplaires du _Journal de Thionville_ l'usage que tu m'indiques. Un
- Espagnol, nommé d'_Abayma_, qui m'est venu voir hier m'a parlé de mon
- père, de manière à m'en rendre fier, si je ne l'avais pas déjà été.
-
- Je n'ai aucune prévention contre ton épouse actuelle, n'ayant pas
- l'honneur de la connaître. J'ai pour elle le respect que je dois à
- la femme qui porte ton noble nom, c'est donc sans aucune répugnance
- que je te prierai d'être mon interprète auprès d'elle, je ne crois
- pouvoir mieux choisir. N'est-il pas vrai, mon excellent et cher papa?
-
- Adieu, pardonne à ce griffonnage, c'est ma reconnaissance, c'est ma
- joie qui me rendent illisible. Adieu, cher papa, porte-toi bien et
- aime ton fils heureux, dévoué et respectueux,
-
-Victor.
-
-Paris, 26 juillet.
-
- Je tâcherai de remettre en personne ta lettre au général d'Hurbal.
-
- Je renouvelle mes démarches pour la Société de Blois.
-
- Dans ma prochaine lettre, je te parlerai de tous les travaux auxquels
- le bonheur va me permettre de livrer un esprit calme, une tête
- tranquille et un cœur content. Tu seras peut-être satisfait. C'est au
- moins mon plus vif désir.
-
-Le poète des _Odes_ continue à assurer, à Paris, le service de presse
-du _Journal de Thionville_,--un exemplaire en a été remis au rédacteur
-du _Dictionnaire des Généraux français_--et à prêter son appui aux
-difficultueux débuts de la Société littéraire de Blois.
-
-Le général, non content de manier la prose, «sacrifie aux muses».
-Il a envoyé à son fils une copie de son poème, _la Révolte des
-Enfers_. Victor Hugo se montre moins sévère que dans le _Conservateur
-littéraire_. Il a lu et relu les alexandrins paternels--les Mémoires
-du Général valaient beaucoup mieux,--s'extasie devant un vers assez
-médiocre, et admire que son père ait «mis si peu de temps à faire» ce
-«joli poëme».
-
-Mon cher Papa,
-
- Au moment où je commence cette lettre, on m'apporte l'argent du mois.
- Les 36 francs qui y sont joints seront remis aujourd'hui même à leur
- destination. Les exemplaires de l'intéressant _Journal de Thionville_
- que tu destinais à l'Académie des Sciences et au rédacteur du
- _Dictionnaire des Généraux français_ sont déjà parvenus à la leur.
-
- J'ai reçu en même temps que ta dernière lettre un paquet de M.
- le Secrétaire de la Société de Blois. J'aurai l'honneur de lui
- répondre directement dès que les nouvelles démarches que je viens
- d'entreprendre m'auront donné un résultat quelconque. Il est tout
- simple, cher Papa, que j'apporte beaucoup de zèle à cette affaire: tu
- y prends intérêt.
-
- Je me hâte d'en venir à ton ingénieux poëme; il me tardait de te dire
- tout le plaisir que j'ai éprouvé à le lire. Je l'ai déjà relu trois
- fois et j'en sais des passages par cœur. On trouve à chaque page une
- foule de vers excellents tels que _et vendre à tout venant le pardon
- que je donne_ et de peintures pleines de verve et d'esprit comme
- celle de Lucifer prenant sa lunette pour observer l'ange. Plusieurs
- de mes amis, qui sont en même temps de nos littérateurs les plus
- distingués, portent de ton ouvrage le même jugement que moi. Tu vois
- donc bien, cher papa, que je ne suis pas prévenu par l'amour profond
- et la tendre reconnaissance que je t'ai vouée pour la vie.
-
-Ton fils soumis et respectueux,
-
-Victor.
-
-Paris, 8 août.
-
- Je crois en vérité M. le général d'Hurbal _introuvable_. J'ai été à
- Meudon _inutilement_. J'espère être plus heureux un de ces jours.
-
- J'attends toujours un mot de M. de Lourdoueix qui ne peut se faire
- attendre maintenant que la session est presque finie.
-
- Encore un mot, cher papa, malgré l'heure de la poste qui me presse,
- je ne puis m'empêcher de te dire combien il m'a semblé remarquable
- que tu aies mis si peu de temps à faire ton joli poëme. Parle-moi de
- ta santé, de grâce, dans ta prochaine. Ce projet d'aller passer les
- vendanges près de toi était charmant, j'y ai reconnu toute ta bonté;
- mais il faut remettre ce bonheur à l'année prochaine, rien alors ne
- l'entravera.
-
-Le gouvernement se montre peu disposé à accorder à la Société
-littéraire de Blois l'autorisation sollicitée, d'autant que «MM. les
-Députés qui s'étaient chargés d'appuyer la demande ne l'ont fait que
-très faiblement».
-
-Toutefois, on a indiqué au poète un biais--on a, à la direction de la
-police, l'ironie facile--pour suppléer à cette faveur. La société peut
-se passer d'être autorisée, ne comptant pas vingt membres. Et, de fait,
-elle disparut, sans avoir jamais atteint ce chiffre.
-
-Que M. de Chateaubriand revienne au pouvoir[33], Victor aura plus de
-crédit et se fait fort d'obtenir de lui les droits à la littérature de
-la ville de Blois.
-
-[Note 33: Chateaubriand n'avait pas seulement été disgracié,
-mais désavoué par Louis XVIII qui avait cru devoir donner à son
-mécontentement une publicité pour le moins singulière: «Le vicomte de
-Chateaubriand ayant dans un écrit imprimé, élevé des doutes sur notre
-volonté personnelle, manifestée par notre ordonnance du 5 septembre,
-nous avons ordonné ce qui suit: le vicomte de Chateaubriand cesse, de
-ce jour, d'être compté au nombre de nos ministres d'État.»
-
-La réaction qui suivit l'assassinat du duc de Berry avait mis fin à
-cet imbroglio. Avec le ministère Villèle, Chateaubriand acceptait
-l'ambassade de France à Londres, accompagnait M. de Montmorency
-au congrès de Vérone (15 octobre 1822), et après la démission de
-celui-ci, le portefeuille des Affaires étrangères par ordonnance du
-28 novembre... Non moins cavalièrement, on verra à la suite de quels
-événements, ce portefeuille devait lui être retiré le 6 juin 1824.]
-
-Il connaît en ce moment l'ennui des formalités administratives qui
-accompagnent les actes principaux de la vie. Des papiers lui manquent,
-son père pourrait-il lui procurer une copie de son acte de naissance et
-un extrait de baptême.
-
-Ne perdant pas le nord, le «bon oncle Louis», le colonel Louis Hugo,
-commandant le bureau de recrutement de Tulle, a déjà écrit à son neveu
-pour mettre à profit le crédit au ministère de la Guerre de M. Foucher,
-son futur beau-père.
-
-Mon cher Papa,
-
- Il y a déjà longtems que j'aurais répondu à ta bonne et chère lettre,
- si je n'avais désiré te marquer en même tems le résultat définitif
- de mes démarches pour la Société de Blois. Il n'est pas tel que tu
- le désirais et c'est une peine qui se mêle au plaisir de t'écrire.
- Tu sais que le dossier de la Société fut renvoyé (selon l'usage, à
- ce qu'il paraît) dans les bureaux de la direction générale de la
- police. Après plusieurs démarches dans ces bureaux, j'obtins enfin il
- y a quelque tems cette réponse de M. Franchet que _le gouvernement
- ne jugeait pas à propos d'accorder en ce moment aucune autorisation
- de ce genre_; que d'ailleurs la Société de Blois n'étant composée
- actuellement que de quatorze membres pouvait se passer de cette
- autorisation, laquelle ne lui deviendrait nécessaire qu'autant
- qu'elle en porterait le nombre au delà de vingt, cette réponse me
- fut donnée comme irrévocable. Sentant néanmoins ce qu'elle avait de
- peu satisfaisant pour la Société, j'ai voulu, avant de te l'envoyer,
- remonter jusqu'au ministre de l'Intérieur, qui n'a fait que me
- confirmer d'une manière décisive la réponse du directeur de la
- police. Je me hâte donc, bien à regret, de t'en faire part. Je pense
- du reste, mon cher papa, que la Société ne doit pas se décourager.
- L'obstacle opposé par le gouvernement passera avec les événemens qui
- le font naître, et d'ailleurs, si jamais M. de Chateaubriand arrivait
- au ministère, je ne désespérerais pas de le faire lever pour peu
- que tu le désirasses encore. J'aurais alors, par le moyen de cet
- illustre ami, un peu plus de crédit. Veuille, je te prie, mon cher
- papa, transmettre tous ces détails à M. le Secrétaire de la Société,
- auquel j'aurais eu l'honneur d'écrire si selon mon vif désir, j'avais
- eu de bonnes nouvelles à vous annoncer. Pour ne rien te cacher, je
- te dirai très confidentiellement que MM. les députés qui s'étaient
- chargés d'appuyer la demande ne l'ont fait que très faiblement. Pour
- moi, j'ai fait bien des pas et des démarches inutiles: mais je n'en
- aurais, certes, aucun regret, si j'avais réussi.
-
- Maintenant, cher papa, c'est toi que je vais importuner. Tout annonce
- que mes affaires à l'intérieur vont enfin se terminer et que mon
- bonheur va commencer. Mais il me faudra mon acte de naissance et
- mon extrait de baptême. Je m'adresse à toi, mon bon et cher papa,
- ne connaissant personne à Besançon, je ne sais comment m'y prendre
- pour obtenir ces deux papiers. Ta bonté inépuisable est mon recours.
- Je voudrais les avoir dès à présent, car si j'attendais encore, je
- tremblerais qu'ils n'apportassent du retard à cette félicité qui me
- semble déjà si lente à venir. Moi qui connais ton cœur, je sais que
- tu vas te mettre à ma place; pardonne-moi de te causer encore ce
- petit embarras. Tu nous avais envoyé il y a quatre ans nos actes de
- naissance: mais en prenant nos inscriptions de droit, nous avons dû
- les déposer au bureau de l'école, selon la loi, et la loi s'oppose
- à ce qu'on les restitue. Tu me rendrais donc bien heureux en me
- procurant cette pièce avec mon extrait de baptême, nécessaire pour
- l'église, comme tu sais.
-
- Adieu, cher et excellent papa, l'offre que tu me fais dans ta
- charmante lettre de m'envoyer des vues de Saint-Lazare, dessinées
- par toi, me comble de joie et d'une douce reconnaissance. Il me
- serait bien doux de pouvoir placer des ornements aussi chers dans
- l'appartement qui sera témoin de mon bonheur. Réalise, je t'en prie,
- cette promesse à laquelle j'attache un si haut prix.
-
- Réponds-moi le plus tôt possible, et parle-moi beaucoup de ta santé,
- de tes occupations et de ton affection pour tes fils, que peuvent à
- peine payer tout le respect et tout l'amour de ton
-
-Victor.
-
-Paris, 31 août 1822.
-
- Mon bon oncle Louis m'a écrit pour un objet qui le concerne et dont
- M. Foucher s'occupe activement. Je lui transmettrai la réponse dès
- que je l'aurai.--Nous t'embrassons tous ici bien tendrement. Je pense
- que tu lis à Blois les journaux qui parlent de mon recueil, si tu
- le désires, je t'enverrai ceux qui me tombent entre les mains. Je
- lis et relis ton joli poëme de la _Révolte des Enfers_.--Parle-moi,
- je te prie, de ce que tu fais en ce moment. Tu sais combien cela
- m'intéresse et comme fils et comme littérateur.
-
- Pardonne à mon griffonnage; je t'écris avec une main malade: je me
- suis blessé légèrement avec un canif, ce ne sera rien. Adieu, cher
- papa, je t'embrasse encore.
-
-La demande officielle du général Hugo a été remise à M. Foucher, qui a
-fait la réponse en partie reproduite par Mme Hugo[34]. La pension
-ne peut tarder, mais le général fait attendre à ses fils le mois de la
-leur. Avec toutes les formes possibles, Victor signale à son père ce
-gênant oubli. Ne lui sont pas encore parvenus également son extrait de
-naissance et le consentement légalisé du général.
-
-[Note 34: _Victor Hugo raconté par un Témoin de sa Vie_, pp. 59-60.]
-
-Paris, 13 septembre 1822.
-
-Mon cher papa,
-
- M. de Lourdoueix m'ayant donné sa parole d'honneur que ma pension de
- l'intérieur me serait assignée durant l'administration intérimaire
- de M. de Peyronnet[35], j'ai remis ta lettre à M. Foucher et tu as
- dû recevoir sa réponse. Nous n'attendons plus que ton consentement
- légalisé.
-
-[Note 35: Charles-Ignace de Peyronnet, né à Bordeaux en 1775,
-devait à Madame, dont il avait protégé la fuite à Bordeaux, et à Mme
-du Cayla qu'il avait fait triompher, en appel, de son mari, à Bourges,
-sa scandaleuse fortune. Successivement président du tribunal de
-Bordeaux (1816), procureur général à Bourges, puis à Rouen, poste dont
-il ne prit pas possession, la Restauration en fît un garde des sceaux,
-le 21 décembre 1821 et le créa comte le 17 août 1822. Son nom reste
-attaché à toutes les mesures rétrogrades ou restrictives soutenues
-par lui devant la Chambre des députés, non sans provoquer parfois son
-hilarité par le décousu et la vulgarité de son éloquence. Il tomba avec
-le ministère Villèle, le 6 décembre 1827, fut nommé pair de France par
-ordonnance du 5 janvier 1828, contresigna comme ministre de l'Intérieur
-du cabinet Polignac après son remaniement (19 mai 1830) les ordonnances
-du 25 juillet; mis en accusation et condamné à la détention perpétuelle
-par la Chambre des Pairs (19 décembre 1830) il fut grâcié en 1834 et
-mourut en 1854.]
-
- Cher papa, n'attribue le silence d'Abel qu'à la multiplicité de ses
- occupations, je lui ai communiqué ta lettre, et il va s'empresser de
- dissiper lui-même un doute aussi affligeant pour ton cœur.
-
- Si je n'ai pas été baptisé à Besançon, je suis néanmoins sûr de
- l'avoir été, et tu sais combien il serait fâcheux de recommencer
- cette cérémonie à mon âge. M. de Lamennais[36], mon illustre ami,
- m'a assuré qu'en attestant que j'ai été baptisé en pays étranger
- (en Italie), cette affirmation accompagnée de la tienne suffirait.
- Tu sens combien de hautes raisons doivent me faire désirer que tu
- m'envoies cette simple attestation.
-
-[Note 36: Voir la lettre écrite de la Chenaie à Victor Hugo à
-l'occasion de son mariage (_Victor Hugo raconté..._, tome II, p.
-60-61).]
-
- Nous sommes au 13, mon cher papa, et je n'ai pas encore reçu notre
- mois. Ton exactitude à prévenir les besoins de tes fils me rend
- certain que la négligence ne vient que des messageries. Mais je t'en
- avertis, cher papa, sûr que tu t'empresseras de faire cesser notre
- gêne.
-
- Adieu, mon excellent père, je t'aime, je t'embrasse et je fais les
- vœux les plus ardens pour te voir et te voir bien portant.
-
-Ton fils tendre et respectueux,
-
-Victor.
-
-L'attestation de baptême est parvenue, seul le consentement légalisé
-du général manque encore. Son fils le presse de le lui adresser.
-Il voudrait bien que la publication des bans commence le dimanche
-suivant--demande même à son père d'en racheter un dans sa paroisse, à
-Blois--afin que le mariage puisse avoir lieu vers le 7 ou le 8 octobre.
-
-L'impatience très naturelle du fiancé n'est pas seule en jeu: une
-question d'appartement s'y mêle: il a donné congé du sien pour
-le 8 octobre et voudrait éviter les ennuis et les frais de deux
-déménagements successifs.
-
-Victor Hugo, ainsi que ses futurs beaux-parents, regrette vivement
-qu'un accident empêche le général d'assister au mariage et de prendre
-part aux frais de la noce. Mais, il faut qu'il y ait là une absolue
-nécessité. Le père doit à ses fils un mois arriéré de leur pension, il
-le prie de le leur envoyer et il le supplie de la continuer à Abel et à
-Eugène--ce dernier «était un peu fou» quand il a écrit au général. Pour
-lui, il ne l'importunera plus de ses besoins, à la pension qu'il va
-toucher s'en ajoutera bientôt une nouvelle, et il compte redoubler de
-travail et de veilles.
-
-Mon cher papa,
-
- Je te réponds courrier par courrier pour te remercier de
- l'attestation que tu m'envoies et te prier de mettre autant de
- célérité à me faire parvenir ton consentement notarié. Je désirerais
- bien vivement que mon mariage pût avoir lieu le 7 ou le 8 octobre
- pour un motif impérieux (entre tous les motifs de cœur qui, tu
- le sais, ne le sont pas moins), c'est que je quitte forcément
- l'appartement que j'occupe le 8 octobre. J'ai donc prié M. et Mme
- Foucher de faire commencer la publication des bans dimanche prochain
- 22, elle se terminera le dimanche 6 octobre. Mais ces bans doivent
- être également publiés à ton domicile, et il faut que le 6 octobre
- on ait reçu à notre paroisse de Saint-Sulpice la notification de la
- complète publication des bans à Blois, ce qui ne se pourrait faire
- qu'autant que tu serais assez bon pour racheter un ban à ta paroisse.
- Ce rachat coûte _cinq_ francs ici, on m'assure qu'il doit être moins
- cher encore à Blois. Tu sens, mon cher papa, combien est urgente la
- nécessité qui me fait t'adresser cette instante prière. Il s'agit de
- m'épargner l'embarras et la dépense de deux déménagements coup sur
- coup dans un moment qui entraîne déjà naturellement tant de dépenses
- et d'embarras, il s'agit de plus encore, c'est de hâter mon bonheur
- de quelques jours, et je connais assez ton cœur pour ne plus insister.
-
- Je suis tout à fait en règle, j'ai fait lever sur l'extrait de
- naissance déposé à l'école de droit une copie notariée qui vaut
- l'original, quand ton consentement me sera parvenu, je pourrai
- remplir toutes les formalités civiles. Le papier que tu m'envoies
- aujourd'hui suffit également pour les formalités religieuses.
-
- Les noms et prénoms de ma bien-aimée fiancée sont _Adèle-Julie_
- Foucher, fille mineure de Pierre Foucher, chef de bureau au ministère
- de la Guerre, chevalier de la Légion d'honneur, et d'Anne-Victoire
- Asseline. Ces renseignements te seront nécessaires pour la
- publication des bans.
-
- Nous avons tous bien vivement regretté ici, mon cher et excellent
- papa, que cet accident arrivé à ton élève (?) nous privât du
- bonheur de te voir prendre part et ajouter par ta présence à tant
- de félicité. Il est inutile de te dire combien ton absence me sera
- pénible; mais je me dédommagerai quelque jour, j'espère, d'avoir été
- si longtems sevré de la joie de t'embrasser.
-
- Il est malheureux encore, cher papa, que cet accident te prive de
- contribuer aux sacrifices que vont faire M. et Mme Foucher.
- Je ne doute pas qu'il n'y a que l'absolue nécessité qui puisse
- t'imposer cette économie, et je suis sûr que ton cœur en sera le
- plus affligé. Tâche, cependant, de nous envoyer le plus tôt possible
- le mois arriéré. Tu sens combien je vais avoir besoin d'argent dans
- le moment actuel. Je te supplie encore, bon et cher papa, de faire
- tout ton possible pour continuer à mes frères Abel et Eugène leur
- pension, n'oublie pas qu'Eugène était un peu fou quand il t'a écrit,
- et donne-lui, si tu le peux, cette nouvelle preuve de tendresse
- généreuse et paternelle. Pour moi je ne t'importunerai pas de mes
- besoins; à dater du 1er octobre, ma pension me sera comptée,
- l'autre ne tardera pas sans doute, et quoique ce moment-ci m'entraîne
- nécessairement à beaucoup de frais, en redoublant de travail et de
- veilles, je parviendrai peut-être à les couvrir. Le travail ne me
- sera plus dur désormais, je vais être si heureux!
-
- Permets-moi en finissant, mon cher et bien cher papa, de te rappeler
- combien sont importantes toutes les prières que je t'adresse
- relativement à l'envoi de ton consentement légal, à la publication et
- au rachat des bans dans ta paroisse.
-
- Adieu, pardonne à ce griffonnage et reçois l'expression de ma tendre
- et profonde reconnaissance.
-
-Ton fils soumis et respectueux,
-
-Victor.
-
-Paris, 18 septembre 1822.
-
- J'ai été obligé de rectifier une erreur d'inadvertance dans la pièce
- que tu m'envoies, je suis né le 26 février 1802 et non 1801.
-
- M. et Mme Foucher sont bien sensibles à tout ce que tu leur dis
- d'aimable. Tu verras un jour quel présent ils te font quand je
- t'amènerai ta fille.
-
- Je t'enverrai incessamment tous ceux que j'ai pu me procurer des
- journaux qui ont parlé de mon recueil. Il continue à se bien vendre
- et dans peu les frais seront couverts. C'est une chose étonnante dans
- cette saison.
-
-Le général n'a pas racheté, paraît-il, le ban qui devait permettre
-au mariage d'avoir lieu à la date désirée. Son fils d'en être très
-contrarié et de le presser à nouveau.
-
-Mon cher papa,
-
- En prévoyant combien je serais contrarié du retard que tu m'annonces,
- tu ne t'es pas trompé. Je m'empresse aujourd'hui de t'écrire quelques
- mots pour te prier très instamment de faire au moins en sorte que
- le certificat de publication de bans m'arrive vendredi matin (11
- octobre) avant onze heures. Le jour du mariage est fixé au samedi 12,
- et toutes les raisons que je t'ai détaillées déjà empêchent qu'il ne
- soit retardé d'un jour. Je recommande tout cela à cette diligence qui
- me prouve ta tendresse et je finis en t'embrassant.
-
-Ton fils soumis et respectueux,
-
-Victor.
-
- Abel va te répondre incessamment et t'embrasse ainsi qu'Eugène.
- Excuse ce griffonnage.
-
- Ce 3 octobre 1822.
-
- Réponds-moi, je te prie, au sujet de la demande que je te fais dans
- cette lettre le plus tôt possible.
-
-Ici, s'intercale parmi les lettres de Victor Hugo, une lettre, d'une
-écriture serrée et soignée, presque commerciale, à tous points de vue
-intéressante, de son oncle, le colonel Louis Hugo.
-
-Leurs châteaux en Espagne, c'est-à-dire les cédules hypothécaires du
-roi Joseph, le préoccupent autant que son frère: quoique désespérant,
-comme Oronte, il espère toujours.
-
-Il a fait quelques observations à son neveu sur son mariage, le
-trouvant bien jeune pour s'établir et lui conseillant d'attendre, pour
-cela, d'avoir trouvé «une bonne place».
-
-Victor Hugo l'a rassuré: il aura bientôt 3.000 francs de revenu, tant
-du produit de son travail que de la pension qui va lui être servie...
-comme membre de l'Académie des Jeux Floraux[37].
-
-[Note 37: Cette pension servie aux membres de «la seconde Académie
-du royaume» n'ayant point laissé de me surprendre, il m'a paru
-intéressant de m'adresser à l'Académie elle-même, pour savoir si jamais
-ses membres avaient été l'objet de cette libéralité royale.
-
-La réponse fut fort aimable, mais négative, comme je m'y attendais:
-
-Académie
-des
-Jeux Floraux
-
-Toulouse, 2 décembre 1906.
-
-Monsieur,
-
- L'Académie vient seulement de reprendre ses travaux. De là le retard
- de ma réponse; vous voudrez bien nous en excuser.
-
- Jamais le titre de membre de l'Académie des Jeux Floraux n'a
- donné droit à pension de la cassette royale, et Victor Hugo dont
- vous parlez ne se sert évidemment pas de termes d'une rigoureuse
- exactitude.
-
- J'ajoute,--pour vous renseigner très complètement,--que Victor Hugo,
- après avoir obtenu divers prix à plusieurs concours de l'Académie,
- fut déclaré _maître ès-jeux_. Il n'appartint pas à notre Compagnie
- comme mainteneur.
-
- Veuillez, Monsieur, me permettre de saisir cette occasion pour vous
- prier d'agréer l'expression de mes très distingués sentiments.
-
- Le mainteneur, secrétaire des Assemblées.
-
-G. Depeyre.
-
-
-Les Jeux Floraux n'avaient donc rien à voir dans cette pension. Elle a
-été accordée à Victor Hugo, en septembre 1822, par Louis XVIII, «sur la
-proposition de M. le Marquis de Lauriston, alors ministre de la maison
-du roi, et sur la recommandation spéciale de S. A. R. Madame, duchesse
-de Berry, transmise au ministre par Mme la maréchale, duchesse de
-Reggio».
-
-Une lettre de Victor Hugo, adressée en 1826 à M. le vicomte de
-la Rochefoucauld, aide de camp du roi, chargé du département des
-beaux-arts, et reproduite par Edmond Biré (p. 397), spécifie ces
-détails et ne permet à ce sujet aucun doute.]
-
-Le colonel a cru devoir s'incliner, conseille au général de l'imiter
-et,--un post-scriptum de Victor Hugo a antérieurement révélé ce
-détail--a mis aussitôt à profit la situation de M. Foucher au ministère
-de la Guerre pour tâcher d'éviter sa mise à la retraite.
-
-Le colonel a fait de suite, par la voie hiérarchique, une demande,
-pour quitter le bureau de recrutement où il est détaché et rentrer en
-activité de service.
-
-Cette lettre, scellée d'un cachet portant les initiales L. H., est
-adressée:
-
-A Monsieur
-Monsieur Le Chevalier Hugo
-Maréchal de camp des Armées du Roi
-à Saint-Lazare,
-
-Blois.
-
- J'ai reçu en son tems, mon bon ami, ta lettre du 9 septembre à
- laquelle tu avais joint deux lettres à mon adresse que tu avais
- reçues de M. Bourg. Il paraît d'après leur contenu que toutes nos
- espérances sur l'Espagne sont tout à fait perdues. Cependant je ne
- pense pas que nous puissions entièrement renoncer à nos prétentions;
- attendu que si la lutte politique qui est engagée en ce moment dans
- ce pays tourne à l'avantage des constitutionnels[38]: ce nouveau
- Gouvernement pour se faire des amis voudra peut-être contenter tout
- le monde; conséquemment comme il y a beaucoup d'Espagnols qui sont
- porteurs de cédules hypothécaires du roi Joseph, il est présumable
- que l'on prendra un parti à leur égard, dès lors, on pourra donner un
- cours à ses papiers, ce qui fera reprendre un peu les nôtres.
-
-[Note 38: Écrite huit jours avant le congrès de Vérone, cette
-lettre n'en pouvait prévoir les résultats et la prochaine intervention
-de la France en Espagne pour y rétablir les droits que Ferdinand avait
-en partie abdiqués, contraint, en 1820, de rétablir la constitution de
-1812.]
-
- Une chose qui me semble encore en notre faveur, c'est que la
- commission chargée de l'exécution des conventions du 25 avril 1818 et
- du 30 avril 1822 avait été créée avant la dernière révolution qui
- s'est oppérée (_sic_) à Madrid. Depuis il a été question aux Cortes,
- de mettre un terme à toutes ces réclamations dont le Gouvernement
- était accablé. Donc il faudrait en attendre les résultats.
-
- J'avais fait à Victor quelques observations sur ses projets futurs
- de mariage, je lui disais qu'il était bien jeune encore pour songer
- à s'établir, que ta position ne te permettait pas de faire de grands
- sacrifice (_sic_) dans cette circonstance, et que par conséquent il
- ferait bien d'attendre qu'il eût obtenu une bonne place qui le mette
- à même de pouvoir vivre honorablement avec son Épouse. De manière
- qu'il m'a répondu ce qui suit: «Je te remercie, cher oncle, des
- conseils que tu me donne (_sic_) et de l'intérêt que tu me témoigne
- (_sic_) à l'occasion de mon très prochain mariage avec la fille de
- M. Foucher, Mlle Adèle Foucher. Toutes les aimables inquiétudes
- que tu me témoigne (_sic_) pour mon avenir cesseront quand tu sauras
- qu'avant deux mois j'aurai près de 3.000 francs de revenu par
- moi-même, tant du produit de mes ouvrages, que de la pension qui
- est attachée au titre de membre de la Seconde académie du Royaume.
- Tu sais, mon cher Oncle, qu'en 1820 après avoir remporté trois prix
- successifs j'ai été nommé membre de l'Académie des jeux floraux. La
- pénurie de la cassette royale m'avait empêché jusqu'ici de toucher ma
- pension, mais j'ai tout lieu de croire qu'à dater du 1er octobre
- elle me sera comptée.»
-
- Tu vois, d'après cela, mon ami, qu'avec de la conduite et des mœurs
- aussi douce (s) que celle (s) de Victor, il peut, par la suite, avoir
- une très belle existance (_sic_). Il paraît que son futur mariage est
- un mariage d'inclination et que Mlle Foucher est très bien élevée:
- or il faut laisser aller la chose et faire des vœux pour qu'ils
- soient heureux.
-
- J'avais aussi prié Victor de s'informer, près de M. Foucher, s'il
- pensait que cette mission à Tulle ne serait pas un titre d'exception
- pour ma mise à la retraite quoique n'ayant pas atteint mes cinquante
- ans d'âge.
-
- Voici un passage de sa lettre:
-
- «Il est très vrai que MM. les colonels employés dans les conseils de
- recrutement ne sont pas considérés comme en activité, il est très
- vrai également que le désir d'éteindre les demi-soldes fait qu'on
- s'empresse de mettre à la retraite tous les officiers qui remplissent
- les conditions demandées, quelque jeunes qu'ils puissent d'ailleurs
- être encore. M. Foucher pense donc que ce qu'il y aurait de mieux à
- faire pour toi, ce serait de réclamer l'activité. Il m'a dit au reste
- que le Ministre était très satisfait de ton zèle et de tes services
- à Tulle, et qu'il se pourrait grâce à cette considération, que la
- règle général (_sic_) de mettre à la retraite tous les officiers qui
- peuvent y être mis, souffre une exception à ton égard. Je termine
- ces détails, mon meilleur oncle, en te priant si tu fais quelques
- démarches, de te servir de moi comme de toi-même. Je serai heureux de
- te rendre quelque petit service.»
-
- Depuis la réception de cette lettre j'ai fait le voyage de Périgueux
- où M. le lieutenant-général Almeras[39] m'a reçu de la manière la
- plus amicale; il m'a beaucoup parlé de toi, et chargé de le rappeler
- à ton ancienne amitié. Il m'a tenu à peu près le même lengage (_sic_)
- que Victor, et fortement engagé à lui adresser une demande d'activité
- de service, pour S. E. le Ministre de la Guerre[40]; j'ai suivi ses
- conseils et la lui ai expédiée avant-hier. Maintenant il reste à
- savoir quel effet cela produira.
-
-[Note 39: Le lieutenant général Almeras, après s'être signalé dans
-les Alpes, dans le Midi de la France, où son œuvre de pacification lui
-valait des félicitations du Conseil des Cinq-Cents et en Égypte avec
-Kléber, avait fait les campagnes d'Autriche et de Prusse. Nommé général
-au lendemain de la bataille de la Moskowa (7 septembre 1812), il avait
-reçu en 1814 de la Restauration la croix de Saint-Louis.]
-
-[Note 40: Victor, duc de Bellune.]
-
- Si M. de Lescale était de retour à Blois et qu'il fût disposé à
- écrire un mot à M. Perceval, il me ferait plaisir. Car tu sais que
- dans ces circonstances il vaut mieux avoir deux cordes à son arc
- qu'une seule.
-
- Adieu, je t'embrasse de tout mon cœur, ainsi que ta femme et Goton,
- si elle est encore près de toi.
-
- Tout à toi de cœur et d'amitié,
-
-Le Colonel,
-Chev. L. Hugo.
-
-Tulle, le 9 octobre 1822.
-
-A Saint-Sulpice, où dix-huit mois auparavant avaient été récitées
-autour du cercueil de sa mère les dernières prières, le mariage de
-Victor Hugo était enfin célébré le 12 octobre 1822. L'acte de mariage
-fut ainsi rédigé:
-
- Le 12 octobre 1822, après la publication des trois bans, en cette
- église, et d'un seul en celle de Blois vu la dispense des deux
- autres, les fiançailles faites le même jour, ont reçu la bénédiction
- nuptiale:
-
- Victor-Marie Hugo, membre de l'Académie des Jeux-Floraux de Toulouse,
- âgé de vingt ans, demeurant de droit et de fait à Blois, diocèse
- d'Orléans[41], fils mineur de Joseph-Léopold-Sigisbert Hugo, maréchal
- des camps et armées du roi, chevalier de l'ordre royal et militaire
- de Saint-Louis, officier de la Légion d'honneur et commandant de
- l'ordre royal de Naples, et de défunte Sophie-Françoise Trébuchet,
- son épouse,
-
-[Note 41: Le Blaisois et le Vendômois n'avaient été longtemps
-que des archidiaconés du diocèse de Chartres. Par bulle du 25 juin
-1697 seulement, Innocent XII institua le diocèse de Blois, dont les
-promoteurs avaient été auprès de Louis XIV, le père La Chaise, son
-confesseur et Mme de Maintenon.
-
-Le diocèse de Blois, illustré par l'épiscopat de Grégoire, fut supprimé
-par le Concordat et le département de Loir-et-Cher réuni au diocèse
-d'Orléans.
-
-Rétabli par ordonnance royale du 10 octobre 1822, le diocèse de Blois
-risqua fort d'être supprimé en 1834, ainsi que les autres sièges non
-concordataires qui avaient bénéficié de cette ordonnance.]
-
-D'une part;
-
- Et Adèle-Julie Foucher, âgée de dix-neuf ans, demeurant de droit et
- de fait rue du Cherche-Midi, nº 39, de cette paroisse, fille mineure
- de Pierre Foucher, chef au Ministère de la Guerre, chevalier de la
- Légion d'honneur, et de Anne-Victoire Asseline, son épouse,
-
-D'autre part;
-
- Présents et témoins, Jean-Baptiste Biscarrat, Alfred-Victor, comte de
- Vigny; Jean-Baptiste Asseline, Jean-Jacques-Philippe-Marie Duvidal,
- lesquels ont signé avec les époux et leur père et mère.
-
- _Victor-M. Hugo,--A.-J.-V.-M. Foucher,--comte Alfred de
- Vigny,--Fouché,--Biscarrat,--Eugène Hugo,--Duvidal, marquis de
- Montferrier,[42]--Asseline,--V.-A. Fouché,--A. Hugo,--Victor
- Fouché,--A. Asseline,--Deschamps,--Soumet,--Fessart,--Dumas, vicaire._
-
-[Note 42: Abel Hugo devait épouser plus tard Mlle de
-Montferrier.]
-
-Contrairement aux souvenirs de Victor Hugo, (_Victor Hugo raconté..._)
-les témoins de son mariage n'avaient donc point été M. Ancelot[43] et
-Alexandre Soumet[44], mais bien Jean-Baptiste Biscarrat[45], l'ancien
-maître d'étude d'Eugène et de Victor à la pension Cordier, demeuré
-par la suite leur ami et l'un des plus nobles poètes dont se puisse
-enorgueillir la Restauration, le comte Alfred de Vigny.
-
-[Note 43: Jacques-Arsène-François-Polycarpe Ancelot (1794-1854). A
-cette époque, Ancelot avait connu, en 1819, un succès plus politique
-que littéraire avec son _Louis neuf_, tragédie qui lui valut une
-pension de Louis XVIII.
-
-Il devait figurer de 1823 à 1824, parmi les rédacteurs, de composition
-si éclectique, de la _Muse française_ et collaborait déjà aux _Annales
-de la Littérature et des Arts_, le journal officiel de la _Société des
-Bonnes Lettres_, où il consacra en 1822, un article très élogieux à
-Alfred de Vigny.
-
-Ancelot était un pseudo-classique dans toute la rigueur du terme. Il
-fit représenter le _Maire du Palais_, en 1823; un _Fiesque_ imité
-de Schiller, en 1824; _Olga_ ou l'_Orpheline moscovite_, en 1829;
-_Élisabeth d'Angleterre_, en 1829.
-
-La Révolution de 1830 l'ayant privé de sa pension, il se tourna vers
-les petits théâtres, d'un rapport plus lucratif, qu'il inonda de ses
-vaudevilles, dépourvus de style, comme il convient, mais non sans
-esprit et sans gaîté.]
-
-[Note 44: Alexandre Soumet, né à Castelnaudary, en 1788, mort
-en 1845. Après avoir d'abord chanté Napoléon et le Roi de Rome, il
-se réconcilia avec les Bourbons qui le nommèrent successivement
-bibliothécaire des châteaux de Saint-Cloud, de Rambouillet et de
-Compiègne.
-
-Très favorable aux théories romantiques, qu'il n'osait suivre lui-même
-que très timidement, Alexandre Soumet fut un des premiers défenseurs
-de Victor Hugo à ses débuts et collabora aux _Lettres champenoises_,
-sorte de «centre droit» entre les Romantiques et les Classiques, où il
-consacra également un article élogieux à Alfred de Vigny (tome VII); au
-_Conservateur littéraire_, dans lequel il rendit compte des _Nouvelles
-Odes_ de Victor Hugo, au _Mercure du XIXe siècle_, et fit partie de la
-_Société des Bonnes Lettres_, où il devait lire, en 1826, sa _Jeanne
-d'Arc_.
-
-Une élégie: _La Pauvre fille_, a plus contribué à rendre, un moment,
-son nom populaire, que ses tragédies: _Clytemnestre_ (1822), _Saül_
-(1822), _Elisabeth de France_ (1823), _Jeanne d'Arc_ (1823), pour n'en
-citer que quelques-unes, qui lui ouvrirent, en 1834, les portes de
-l'Académie française.
-
-Alexandre Soumet a laissé, à côté de son théâtre, un poème de longue
-haleine, témoignant d'un louable effort et où se trouvent de beaux
-vers, _la Divine Epopée_ (1840).
-
-Cf. Léon Séché: _Études d'Histoire romantique_.--_Le Cénacle de la Muse
-française_ (_Mercure de France_, 1908, LXXII, pp. 385-417; LXXIII, pp.
-24-57).]
-
-[Note 45: Biscarrat, que ses contemporains et tous ceux qui se
-sont occupés des débuts du Romantisme semblent avoir appelé Félix,
-aurait signé de l'initiale S des articles nombreux et intéressants du
-_Conservateur littéraire_.
-
-Alexandre Soumet ne paraît avoir collaboré qu'au tome III (1820-1821).
-
-Dans ce même volume, Alfred de Vigny donna sur les _Œuvres_ complètes
-de Byron, un premier article qui ne fut jamais suivi d'un second.
-
-Cf. Ch.-M. Des Granges: _La Presse littéraire sous la Restauration_.]
-
-La noce eut lieu chez M. Foucher. Sa salle à manger s'étant trouvée
-trop étroite, l'on dîna dans la salle du Conseil de guerre. Là même,
-dix ans plus tôt, le général Lahorie, le mystérieux réfugié de la rue
-de Clichy et des Feuillantines, s'était entendu condamner à mort.
-
-La lettre, qui, à moins de huit jours suivit, déborde de joie, de
-bonheur et de reconnaissance. Victor Hugo, cependant, malgré le rêve
-étoilé de ces oarystis semble avoir à cœur de ne point oublier ses
-frères et les recommande une fois de plus à la bonté et à la générosité
-du général.
-
-Mon cher Papa,
-
- C'est le plus reconnaissant des fils et le plus heureux des hommes
- qui t'écrit. Depuis le 12 de ce mois, je jouis du bonheur le plus
- doux et le plus complet et je n'y vois pas de terme dans l'avenir.
- C'est à toi, bon et cher papa, que je dois rapporter l'expression de
- ces pures et légitimes joies, c'est toi qui m'as fait ma félicité,
- reçois donc pour la centième fois l'assurance de toute ma tendre et
- profonde gratitude.
-
- Si je ne t'ai pas écrit dans les premiers jours de mon bienheureux
- mariage, c'est que j'avais le cœur trop plein pour trouver des
- paroles, maintenant même tu m'excuseras, mon bon père, car je ne sais
- pas trop ce que j'écris. Je suis absorbé dans un sentiment profond
- d'amour, et pourvu que toute cette lettre en soit pleine, je ne doute
- pas que ton bon cœur ne soit content. Mon angélique Adèle se joint
- à moi, si elle osait, elle t'écrirait, mais maintenant que nous ne
- formons plus qu'un, mon cœur est devenu le sien pour toi.
-
- Permets-moi, en terminant cette trop courte lettre, mon cher et
- excellent papa de te recommander les intérêts de mes frères, je
- ne doute pas que tu n'aies déjà décidé en leur faveur, mais c'est
- uniquement pour hâter l'exécution de cette décision que je t'en
- reparle.
-
- Adieu donc, cher papa, je me sépare de toi avec regret; c'est
- pourtant une douceur pour moi que de t'assurer encore de l'amour
- respectueux et de l'inaltérable reconnaissance de tes heureux enfants.
-
-Victor.
-
-Paris, 19 octobre 1822.
-
- Mes deux frères t'embrassent tendrement. Mon beau-père et ma
- belle-mère ont été très sensibles à ta lettre. Je crois que M.
- Foucher te répondra bientôt. Il s'occupe des intérêts de mon oncle
- Louis au ministère de la Guerre.
-
-Un mois plus tard, le général Hugo et la comtesse de Salcano, son
-épouse, faisaient part en ces termes du mariage de Victor:
-
-M.
-
- Monsieur le général Léopold Hugo et Madame la comtesse A. de Salcano,
- son épouse, ont l'honneur de vous faire part du mariage, à Paris, de
- Monsieur Victor-Marie Hugo, leur fils et beau-fils, avec Mademoiselle
- Adèle-Julie-Victoire-Marie Foucher, fille de Monsieur le chevalier
- Foucher, chef de bureau au ministère de la Guerre, et de Madame
- Anne-Victoire Asseline, son épouse.
-
- Saint-Lazare, près Blois, le 15 novembre 1822.
-
- On n'aura pas l'honneur de recevoir.
-
-Dorénavant, Mme Victor Hugo prendra une place presque égale à celle
-de son mari dans cette correspondance avec le général. A son tour,
-elle lui exprime son affection et sa reconnaissance. Confiante dans
-l'avenir, elle célèbre son amour et son bonheur.
-
-La belle-mère n'a pas été l'obstacle que l'on pouvait craindre au
-mariage. Elle semble, au contraire, s'être entremise en faveur des
-amoureux pour en hâter la célébration. Ce n'est plus «l'épouse
-actuelle» du général, mais une alliée que l'on remercie, lui devant
-quelques jours fastes de plus.
-
-Paris, 19 novembre 1822.
-
-Mon cher Papa,
-
- Tout ce que ta bonne lettre nous dit de tendre et de paternel a été
- accueilli ici par deux cœurs qui n'en font qu'un pour t'aimer. Je ne
- saurais te dire combien mon Adèle a été sensible à l'expression de
- ton affection qu'elle mérite si bien par celle qu'elle daigne porter
- à ton fils. Elle va t'exprimer elle-même tout ce qu'elle ressent pour
- toi. Veuille bien, je te prie, dire à notre belle-mère combien nous
- sommes reconnaissans de tout ce qu'elle a bien voulu faire pour hâter
- notre fortuné mariage.
-
- J'ai montré ta lettre à mes frères. Abel va t'écrire. Ils me chargent
- de t'embrasser tendrement pour eux.
-
- Maintenant permets-moi de t'embrasser pour moi et de céder le reste
- de cette lettre à ta fille.
-
-Ton fils soumis et respectueux,
-
-Victor.
-
-Mon cher papa,
-
- C'est la plus heureuse des femmes qui vous doit tout son bonheur que
- sans vous elle désirerait encore, c'est votre fille qui a mis sa
- destinée entre les mains du plus noble des hommes qui voudrait vous
- rendre sa reconnaissance. Dieu sait que ce n'est pas la gloire qui
- entoure son talent qui me le fait admirer, mais bien cette âme si
- pure, si élevée que vous connaissez à peine et à laquelle la mienne
- est consacrée. Il n'est rien de moi qui ne soit pour lui, pour mon
- Victor, pour votre digne fils.
-
- Si notre belle-mère savait combien j'ai été sensible à tout ce
- qu'elle a bien voulu faire pour accélérer notre mariage, j'espère
- qu'elle voudrait bien recevoir mes remerciements. Je lui dois
- quelques jours de bonheur que sans elle je demanderais en vain.
-
- J'ai vu, mon cher papa, s'écouler le plus beau jour de ma vie sans
- avoir connu l'auteur de ce beau jour. Nous espérons, et moi en
- particulier, comme une grâce, que la fin de cette année ne se passera
- pas sans que j'aie pu vous exprimer de vive voix tous les sentiments
- avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très respectueuse fille,
-
-A. Hugo.
-
-
-
-
-III
-
-Un roman en partie double.--La folie d'Eugène Hugo.--«La recommandation
-de M. de Clermont-Tonnerre».--La maison de la rue du Foix, à Blois.--La
-grossesse d'Adèle Hugo.--Le pauvre Eugène.
-
-
-L'antithèse n'existe pas seulement dans l'œuvre de Victor Hugo, et
-Baudelaire ne fut pas le premier, hélas!
-
- admis au noir mystère
- Des rires effrénés mêlés aux sombres pleurs.
-
-Le lendemain de ce beau jour, dont les jeunes époux clamaient
-orgueilleusement la joie, fut atrocement triste.
-
-Eugène Hugo, exalté, «un peu fou» depuis des mois, prononça, au cours
-du dîner de noce des paroles incohérentes. Biscarrat en fut frappé,
-avertit Abel Hugo, et au sortir de table, ils l'emmenèrent et le firent
-rentrer chez lui, sans en parler à personne.
-
-Le lendemain matin, on le trouva dans sa chambre, dont il avait allumé
-tous les flambeaux, vaticinant et tailladant les meubles à coups de
-sabre. Il était tout à fait fou.
-
-Un drame intime, navrant dans sa simplicité, se cachait sous cette
-démence et l'expliquait.
-
-«Cet Eugène, qui est mort enfin, après avoir survécu quatorze ou quinze
-ans à son âme, à son intelligence», mourut, plus discret qu'Arvers,
-sans trahir son secret. Mais, celui-là même qui écrivit le commencement
-de cette phrase, leur ami, le collaborateur d'Abel et de Victor au
-_Conservateur littéraire_, Gaspard de Pons[46], a soulevé une partie
-du voile qui le recouvrait.
-
-[Note 46: Né en 1798, «Gaspard de Pons était venu, en 1819,
-d'Avallon, sa ville natale, à Paris, pour y entrer dans la garde. Il
-se lia, par son camarade Alfred de Vigny, avec M. Victor Hugo, dont
-il était l'aîné de deux ans, et dont il devint le collaborateur au
-_Conservateur littéraire_, puis à la _Muse française_». (Edmond Biré:
-_Victor Hugo avant 1830_, p. 343).
-
-On lui doit: _Constant et Discrète_, poème en quatre chants, suivi de
-_Poésies diverses_ (1819), _Amour_, _A Elle_ (1824), _Inspirations
-poétiques_ (1825).
-
-Il figurait, au dire de Jay, (_Conversion d'un Romantique_, 1830), au
-nombre des «étoiles de la Pléiade romantique».
-
-Cf. Ch.-M. Des Granges: _La Presse littéraire sous la Restauration_.
-
-Tous n'ont pas imité la discrétion de Gaspard de Pons. Évariste
-Boulay-Paty, dans son curieux Journal, publié en 1901, par les soins
-du Dr Dominique Caillé, dans les _Annales de la Société académique de
-Nantes_, écrivait, à la date du 14 mai 1830:
-
-«Je m'en suis revenu avec Soulié, qui est venu passer une heure chez
-moi. Il m'a dit que Eugène Hugo avait tellement aimé Mme Victor Hugo
-que, deux ou trois jours après le mariage de son frère, il était devenu
-fou. C'était un jeune homme qui annonçait le plus beau talent. Fou par
-sève de chasteté! ô Charenton!»
-
-Le Dr Patrigeon ne se montre guère moins affirmatif et commet, sur ce
-point, une erreur de date que corrigent le mariage et la correspondance
-de Victor:
-
-«Cependant, un événement douloureux et imprévu avait mis, vers la fin
-de 1821, le général Hugo en présence de ses fils, Eugène, qui, dit-on,
-aimait éperdument Adèle Foucher, était devenu subitement fou, le jour
-du mariage de son frère. Le général dut venir à Paris, où la maladie
-d'Eugène le retint quelque temps.» (_Le père de Victor Hugo_, p. 15.)
-
-Le _Matin_ n'est pas seul à tout dire.]
-
-M. Edmond Biré a eu la chance de découvrir, sur les quais, un
-exemplaire des _Adieux poétiques_[47] du comte Gaspard de Pons, cette
-insigne rareté.
-
-[Note 47: _Adieux poétiques_, par le comte Gaspard de Pons, Paris,
-Librairie nouvelle, 1860, 3 in-12.]
-
-Dans une pièce intitulée _la Démence_ et où le poète s'adresse «A ce
-qui fut Eugène», on peut lire, entre autres, ces vers. Ils donnent la
-clef de la terrible énigme:
-
- Peut-être dédaigné par l'Amour et la Muse,
- Un désespoir jaloux s'alluma dans ton cœur:
- Tu hais malgré toi ton rival, ton vainqueur...
- La mort de la pensée au plus affreux destin
- A seule, hélas! pu te soustraire:
-
- Tu cessas bien à temps d'être toi, d'être frère,
- Le premier frère fut Caïn.
- Oui, certe, et dans ce mot ne vois pas un outrage;
- L'outrage serait lâche autant que solennel.
- Ton cœur fut assez chaud pour qu'un moment d'orage
- En toi pût allumer un foudre criminel...[48].
-
-[Note 48: _Victor Hugo avant 1830_, pp. 273-274.]
-
-Plus de deux mois, on avait caché ce triste accident au général Hugo,
-espérant quand même un mieux impossible. Les frères redoublaient de
-soins autour du malade et leurs ressources s'épuisaient.
-
-Le 20 décembre enfin, Victor se décidait à faire appel à son père et
-lui adressait cette lettre désolée.
-
-Mon cher Papa,
-
- C'est auprès du lit d'Eugène malade et dangereusement malade que
- je t'écris. Le déplorable état de sa raison dont je t'avais si
- souvent entretenu empirait depuis plusieurs mois d'une manière qui
- nous alarmait tous profondément, sans que nous pussions y porter
- sérieusement remède, parce qu'ayant conservé le libre exercice de sa
- volonté, il se refusait obstinément à tous les secours et à tous les
- soins. Son amour pour la solitude poussé à un excès effrayant a hâté
- une crise qui sera peut-être salutaire, du moins il faut l'espérer,
- mais qui n'en est pas moins extrêmement grave et le laissera pour
- longtemps dans une position bien délicate. Abel et M. Foucher
- t'écriront plus de détails sur ce désolant sujet. Pour le moment je
- me hâte de te prier de vouloir bien nous envoyer de l'argent, tu
- comprendras aisément dans quelle gêne ce fatal événement m'a surpris.
- Abel est également pris au dépourvu et nous nous adressons à toi
- comme à un père que ses fils ont toujours trouvé dans leurs peines et
- pour qui les malheurs de ses enfants sont les premiers malheurs.
-
- Du moins, dans cette cruelle position, avons-nous été heureux dans
- le hasard qui nous a fait prendre pour médecin une de tes anciennes
- connaissances, le docteur Fleury.
-
- Adieu, bon et cher Papa, j'ai le cœur navré de la triste nouvelle que
- je t'apporte. Notre malade a passé une assez bonne nuit, il se trouve
- mieux ce matin, seulement son esprit, qui est tout à fait délirant
- depuis avant-hier, est en ce moment très égaré. On l'a saigné hier,
- on lui a donné l'émétique ce matin, et je suis auprès de lui en
- garde-malade. Adieu, adieu, la poste va partir et je n'ai que le
- temps de t'embrasser en te promettant de plus longues lettres d'Abel
- et de M. Foucher.
-
-Ton fils tendre et respectueux,
-
-Victor.
-
-Ce 20 décembre 1822.
-
-Le général Hugo ne tarda point à venir voir à Paris son fils malade,
-et, profitant d'un intervalle lucide, l'emmena à Blois, où il le
-soigna quelque temps chez lui.
-
-Le répit fut court, Eugène dut, bientôt, être enfermé à nouveau.
-Dix ans et plus il survécut au naufrage de sa raison et en 1837[49]
-seulement, il s'éteignit, à Charenton.
-
-[Note 49: Eugène Hugo est mort à Saint-Maurice (Charenton) le 5
-mars 1837.]
-
-Les tristesses de l'heure présente n'avaient point seules le don de
-préoccuper la famille Hugo. Outre le colonel, le général avait un
-autre frère officier, le major Francis[50]. Il les avait fait venir,
-jadis, l'un et l'autre en Espagne pour servir à leur avancement. La
-monarchie de Joseph tombée, eux aussi avaient connu la demi-solde et
-la non-activité. Et les yeux fixés sur l'avenir, ils s'adressaient
-au neveu bien en cours, lauréat de l'Académie française et membre de
-l'Académie de Toulouse, marié à la fille d'un chef de bureau à la
-guerre, lui demandant son appui, rêvant d'une mise en activité, d'un
-galon de plus ou de deux étoiles.
-
-[Note 50: Le plus jeune frère du général, François-Juste Hugo, né
-le 3 août 1780.]
-
-Victor Hugo d'être embarrassé. En dépit de l'affection portée par lui à
-l'oncle Francis, le servir, n'était-ce pas desservir son père?
-
-Le crédit des amis puissants, très puissants, qu'il comptait au
-pouvoir, devant être conservé _vierge_ pour une occasion autrement
-importante, le rappel à l'activité du général Hugo, un mirage
-peut-être, mais si cher à tous.
-
-Dans cette lettre Mme Hugo était devenue «ta brave femme».
-
-Pour la première fois--et des mois encore, cette suscription demeurera
-isolée--elle est adressée à
-
-Monsieur
-
-Monsieur le général Comte Hugo
-
-et scellée d'un cachet, embarrassé des pièces compliquées de l'armorial
-impérial, et timbré de la couronne comtale du général[51].
-
-[Note 51: D'après ce cachet et l'_Armorial général_ de Riestap,
-les armes octroyées par Joseph, roi d'Espagne, au comte de Siguenza,
-étaient les suivantes:
-
-_Écartelé au Ier d'azur, à l'épée en pal d'argent garnie d'or,
-accompagnée en chef de 2 étoiles d'argent: au 2e de gueules au pont
-de 3 arches d'argent maçonné de sable, soutenu d'une eau d'argent et
-brochant sur une forêt de même; au 3e de gueules à la couronne murale
-d'argent; au 4e d'azur au cheval effrayé d'or._
-
-Nous sommes loin, comme on voit, avec cet écu encombré de toute la
-ferblanterie héraldique de l'Empire, de la belle simplicité du blason
-des Hugo, de Lorraine:
-
-_D'azur à un chef d'argent, chargé de deux merlettes de sable_
-
-que donne d'Hozier et qui est encore, en Allemagne, celui des Hugo de
-Spitzemberg.
-
-Plus tard, quand il plut à quelques généalogistes--ces gens-là sont
-sans pitié--de rattacher le général Hugo et ses fils à Georges Hugo
-(fils de Jean Hugo, capitaine des troupes de René II, duc de Lorraine),
-le vicomte Victor Hugo, pair de France, fit, ou laissa, figurer ces
-armes, du XVIe siècle, au-dessous de son nom dans les annuaires de
-la noblesse, notamment dans l'_Armorial historique de la Noblesse de
-France_, de Henri J.-G. de Milleville (Paris, Amyot. S. D.), p. 127.
-
-Cependant, dans l'intimité, le grand poète était, paraît-il, le premier
-à rire de ces prétentions nobiliaires, y compris le fameux et si
-décoratif évêque de Ptolémaïs et le chapitre-noble de Remiremont. Les
-thuriféraires seuls les prirent jamais au sérieux.]
-
-Et, pour la seconde, des espérances de paternité semblaient sourire à
-l'heureux mari d'Adèle Foucher.
-
-Mon cher Papa,
-
- Je te prie d'avance d'excuser encore la brièveté de cette lettre.
- Francis me prie de t'écrire, pour te renouveler ses prières à l'égard
- du ministre de la Marine. Je conçois parfaitement, je ne puis même
- m'empêcher de partager ta manière de voir sur cette affaire qui
- pourrait entraver la tienne, la nôtre, celle de toute la famille,
- puisque ta mise en activité est certainement ce qui peut nous arriver
- à tous de plus heureux. Je sais bien que la recommandation de M.
- de Cl. T.[52] doit être conservée _vierge_ pour cette importante
- occasion. Cependant je t'avouerai, et tu le comprendras sans peine,
- que je n'ai pu refuser à mon oncle et à ma tante de te récrire à ce
- sujet. Ils sont tous deux si bons, si aimables, que je craindrais
- de les affliger. Écris-moi donc (si tu persistes dans un refus que
- je ne puis m'empêcher de trouver raisonnable), une lettre que je
- puisse leur montrer où tes motifs soient déduits de nouveau, et où
- il ne se trouve rien qui puisse les faire douter de la chaleur et
- du zèle que j'apporte à leurs intérêts. Je les sers en attendant de
- mon mieux auprès de M. de Cl..., et M. Foucher nous seconde dans ses
- bureaux. Quand tu seras employé, tes efforts unis aux nôtres feront
- certainement obtenir au major la place de lieutenant-colonel qu'il
- désire. Voilà la chance que ta lettre peut leur présenter.
-
-[Note 52: M. de Clermont-Tonnerre, ministre de la Marine du cabinet
-Villèle; le portefeuille de la guerre lui fut confié en août 1824,
-lors du remaniement ministériel nécessité par la nouvelle disgrâce de
-Chateaubriand.]
-
- Adieu, cher et excellent père. Il est impossible de dire avec quelle
- impatience nous attendons le printemps, afin de t'aller voir ainsi
- que ton excellente femme. Embrasse-la bien tendrement pour nous, et
- croyez tous deux à notre affectueux respect.
-
-Victor.
-
-
-Ce lundi 9 janvier.
-
- Tout porte à croire que notre Léopold est revenu.--Chut!
-
- Mille choses aimables à M. de Féraudy[53], auquel j'ai écrit,
- dis-lui que l'article sur ses fables a paru dans le numéro de la
- _Foudre_ du 30 novembre, lequel contenait aussi un article sur ses
- mémoires. Le troisième volume est plein d'intérêt, je vais en rendre
- compte dans l'_Oriflamme_.
-
-[Note 53: M. de Féraudy, ancien major du génie, chevalier de
-Saint-Louis du 5 novembre 1814 (_Moniteur_ du 7 novembre), l'un des
-amis du général Hugo à Blois.
-
-Ce grand-oncle de l'excellent sociétaire de la Comédie française
-venait de publier un troisième volume de fables: _Quelques fables ou
-Mes loisirs_. Blois, Aucher-Éloy, 1823, in-12 de IX-204 pages, faisant
-suite au recueil antérieurement paru sous ses initiales:
-
-_Quelques fables ou Mes loisirs_, par Jh-Bmi de F..., ancien officier
-supérieur du Corps royal du Génie. Paris, chez Chauvin, 1820, in-16
-oblong, de 102 pages.
-
-Il existe une «nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée d'une
-deuxième partie» de ce premier recueil, publiée sous le nom de
-l'auteur, en 1821, chez J.-G. Dentu, in-12, de XLI-161 pp.
-
-Originaire de Provence, la famille de Féraudy est encore représentée
-aujourd'hui, dans le Loiret, par une de ses branches.]
-
-Le Général Hugo avait quitté le château de Saint-Lazare, revendu le 16
-janvier 1823 à M. Gay, médecin[54], et était allé s'installer, dans le
-bas de la ville, rue du Foix, dans la petite maison qu'y possédait sa
-seconde femme depuis 1816[55].
-
-[Note 54: Acte passé devant Me Naudin, notaire.]
-
-[Note 55: Mme veuve d'Almeg avait acheté cette maison des époux
-Hadou, par acte devant Me Vosdey, notaire à Blois, du 10 février
-1816. Le général y joignait, le 29 juin 1823 (adjudication devant Me
-Pardessus, notaire), une petite maison voisine qui portait le nº 71, et
-qui après sa mort, fut vendue à sa veuve, moyennant 1.720 francs (acte
-devant Me Pardessus, notaire, du 25 juillet 1830.)]
-
-C'est la petite maison si connue par la description qu'en donna le
-poète dans ses _Feuilles d'Automne_:
-
- Et sorti de la ville, au midi,
- Cherchez un tertre vert, circulaire, arrondi,
- Que surmonte un grand arbre, un noyer, ce me semble,
- Comme au cimier d'un casque une plume qui tremble.
- Vous le reconnaîtrez, ami; car tout rêvant,
- Vous l'aurez vu de loin sans doute en arrivant.
-
- Sur le tertre monté, que la plaine bleuâtre,
- Que la ville étagée en long amphithéâtre,
- Que l'église, ou la Loire et ses voiles aux vents,
- Et ses mille archipels plus que ses flots mouvants,
- Et de Chambord là-bas au loin les cent tourelles,
- Ne fassent pas voler votre pensée entre elles.
- Ne levez pas vos yeux si haut que l'horizon,
- Regardez à vos pieds.--
-
- Louis, cette maison
- Qu'on voit bâtie en pierre et d'ardoises couverte,
- Blanche et carrée, au bas de la colline verte,
- Et qui, fermée à peine aux regards étrangers,
- S'épanouit charmante entre ses deux vergers:
- C'est là.--Regardez bien: c'est le toit de mon père.
- C'est ici qu'il s'en vint dormir après la guerre,
- Celui que tant de fois mes vers vous ont nommé,
- Que vous n'avez pas vu, qui vous aurait aimé!...
-
- «Une maison à Blois! riante, quoiqu'en deuil.
- Élégante et petite, avec un lierre au seuil,
- Et qui fait soupirer le voyageur d'envie
- Comme un charmant asile à reposer sa vie,
- Tant sa neuve façade a de fraîches couleurs,
- Tant son front est caché dans l'herbe et dans les fleurs![56].»
-
-[Note 56: _Les Feuilles d'Automne_.]
-
-Elle portait alors le nº 73, devenu aujourd'hui le 65; «Grande-Rue du
-Foix,--elle est assez longue, en effet,--nº 73 à Blois», spécifient les
-adresses de Victor.
-
-Dans cette maison conservée par sa veuve, et où elle est morte le
-21 avril 1858 seulement[57], le 28 février 1902, M. Raphaël Périé,
-inspecteur d'Académie de Loir-et-Cher, un universitaire resté fidèle
-aux lettres[58], organisait une cérémonie enfantine, et elle fut
-charmante, pour commémorer et magnifier le centenaire de Victor
-Hugo[59].
-
-[Note 57: Registres de l'état-civil de Blois.]
-
-[Note 58: Outre de fort jolis vers publiés dans la _Revue de Paris_
-on doit à M. Raphaël Périé, une très élégante adaptation, publiée chez
-Hachette, du _Roman de Berte aux grands pieds_ (Paris, 1900, in-12), et
-une intéressante étude sur _Victor Hugo poète civique_ (Paris, Gedalge,
-S. D. in-8º de 39 pp.).]
-
-[Note 59: Un journal du cru, _L'Indépendant de Loir-et-Cher_, a
-rendu compte de cette cérémonie et publié la pièce de circonstance,
-plus qu'honorable, composée et récitée par un des grands élèves du
-_Collège Augustin Thierry_, de Blois, le fils du préfet, M. Heim.]
-
-Un mieux semblait avoir suivi le transfert du malade dans la maison
-paternelle. La lettre de Victor adressée à son frère chez son père,
-l'encourage et le félicite.
-
- Ta lettre, mon bon et cher Eugène, nous a causé une bien vive joie.
- Nous espérons que l'amélioration de ta santé continuera au gré de
- tous nos désirs et que tu auras bientôt retrouvé avec le calme
- de l'esprit cette force et cette vivacité d'imagination que nous
- admirions dans tes ouvrages.
-
- Dis, répète à tous ceux qui t'entourent combien nous les aimons pour
- les soins qu'ils te donnent, dis à papa que le regret d'être éloigné
- de lui et de toi est rendu moins vif par la douceur de vous savoir
- ensemble, dis-lui que son nom est bien souvent prononcé ici comme un
- mot de bonheur, que les mois qui me séparent de votre retour vont
- nous sembler bien longs, dis-lui pour nous tout ce que ton cœur te
- dit pour lui, et ce sera bien.
-
-Ton frère et ami,
-
-Victor.
-
- Écris-nous le plus souvent possible.
-
-Suit une lettre plus longue pour le général. Elle nous fait faire plus
-ample connaissance avec l'oncle Francis et sa femme.
-
-Les espérances de paternité du jeune homme n'ont point été déçues:
-Adèle Hugo est enceinte et se porte «aussi bien que sa situation le
-permet».
-
-Et voici venir une autre espérance, outre la gratification de 500
-francs accordée par Louis XVIII, et révélée par Edmond Biré[60] à
-Victor Hugo, pour l'_Ode sur la mort de S. A. R. Charles-Ferdinand
-d'Artois, duc de Berri, fils de France_, insérée dans la septième
-livraison du _Conservateur littéraire_[61], et la pension sur la
-cassette royale qui, si longtemps attendue, avait enfin permis aux
-fiancés de se marier, on fait espérer à Victor une pension de 3.000
-francs, qui lui «aurait été accordée sur le ministère de l'Intérieur».
-
-[Note 60: _Victor Hugo avant 1830_, p. 173.]
-
-[Note 61: _Odes et Ballades_, Liv. Ier; ode VII.]
-
-Entre temps, il est vrai, le _Moniteur_ avait publié, dans son numéro
-du 13 décembre 1822, l'_Ode sur Louis XVII_[62].
-
-[Note 62: Ode lue à l'ouverture des séances de la Société des
-bonnes lettres (Seconde année). Le _Moniteur universel_, nº 347,
-vendredi 13 décembre 1822. _Odes et Ballades_, Liv. Ier; ode V.]
-
-Vers la même époque, paraissait chez Persan, ce marquis ruiné qui se
-fit libraire et ne fit point fortune, la seconde édition des _Odes_, et
-Louis XVIII, flatté par tant de loyalisme, avait souscrit à vingt-cinq
-exemplaires pour ses bibliothèques particulières.
-
-A PAPA
-
-Mon cher papa,
-
- Ton absence nous prive d'une des joies les plus vives que nous ayons
- éprouvées dans la félicité de notre union, celle de te voir. Il nous
- semble que maintenant le mois qui nous donnera un enfant sera bien
- heureux, surtout parce qu'il nous rendra notre père. Eugène reviendra
- aussi, et reviendra sûrement content et guéri.
-
- Mon oncle Francis vient de passer quelques jours ici, et c'est ce qui
- nous a empêchés de t'écrire plus tôt. Nous avons fait connaissance
- avec notre tante qui paraît heureuse et semble spirituelle et
- aimable. Francis est aussi fort heureux; il a été plein d'affection
- et de tendresse pour nous, et a bien regretté que tu ne fusses plus à
- Paris.
-
- Ma femme continue à se porter aussi bien que sa situation le
- permet, j'ai appris avec peine et joie tout à la fois que tu avais
- été souffrant et que tu étais guéri. Nous te prions de féliciter
- également ta femme sur le rétablissement de sa santé dont nous parle
- notre excellent Eugène.
-
- M. Lebarbier m'a écrit: je lui répondrai; je n'ai encore rien de
- décisif à lui mander.
-
- On m'avait parlé il y a qque tems d'une pension de 3.000 francs
- qui m'aurait été accordée sur le ministère de l'Intérieur. Je
- n'en entends plus parler. Si cette bonne nouvelle se confirme, je
- m'empresserai de te le mander, certain que notre bon père y prendra
- bien part.
-
- Adieu, cher et excellent papa, tout le monde ici t'aime et t'embrasse
- comme ton fils tendre et respectueux.
-
-Victor.
-
- Ce mercredi 5 mars.
-
- Nos hommages à notre belle-mère.
-
-Nous n'avons rien inventé, pas même la crise de la librairie. Victor
-Hugo, dont les éditeurs devaient plus tard édifier la fortune, n'avait
-encore affaire qu'à de pauvres libraires qui ne payaient guère qu'en
-billets, et leurs billets l'étaient rarement.
-
-Pour venir en aide au jeune ménage, M. Foucher avait avancé l'argent;
-bientôt il s'agit de le lui rembourser à son tour, il était assez gêné
-lui-même. Victor recourait alors, pour un nouveau prêt, à la bourse de
-son père et à son compte chez M. Katzenberger.
-
-Mon cher Papa,
-
- Je suis dans un grand embarras: je m'adresse à toi, sûr que tu me
- fourniras le moyen d'en sortir.
-
- J'ai entre les mains un billet à ordre de 500 francs sur mon libraire
- qui devait être acquitté le 11 février dernier. A cette époque,
- extrêmement gêné par la stagnation du commerce au milieu des bruits
- de guerre, mon libraire me supplia d'accepter un à-compte de 200
- francs, et de ne point user de la faculté que me donne la loi de
- faire protester son billet, démarche qui eût pu ruiner son crédit.
- Avec l'assentiment de M. Foucher, auquel devaient être remis les
- 500 francs, je consentis à cet arrangement, dans l'assurance que le
- paiement des 300 francs restants aurait lieu dans le mois.
-
- Depuis cette époque l'embarras du crédit augmentant sans cesse n'a
- pas permis à mon libraire de retirer son billet. J'ai attendu aussi
- longtemps que j'ai pu; mais aujourd'hui M. Foucher étant absolument
- sans argent j'ai essayé en vain de faire escompter le malheureux
- billet. Ce qui aurait été facile il y a trois mois est impossible
- aujourd'hui, la crainte ayant absolument resserré (?) les capitaux.
- Je ne vois donc plus de recours qu'en toi, mon cher papa, je te prie
- de m'envoyer le plus tôt possible les 300 francs que mon libraire ne
- pourra peut-être pas me rembourser d'ici un ou deux mois, mais pour
- lesquels on n'aura pas moins une garantie suffisante dans le billet
- de 500 francs qui dort entre mes mains. Si tu n'avais pas cette
- somme, ne pourrais-tu me la faire avancer par M. Katzenberger. Je
- ne t'en dis pas davantage, cher papa, j'attends une prompte réponse
- comme une planche de salut dans l'embarras où nous nous trouvons.
-
- Je déposerai le billet entre les mains de M. Katzenberger qui
- ainsi pourrait être tranquille. Je ne voudrais pas en venir à des
- poursuites judiciaires contre le pauvre libraire dont je ne suspecte
- pas la probité.
-
- Adieu, cher et excellent papa, embrasse pour nous notre Eugène qui
- a écrit une lettre extrêmement remarquable à Félix Biscarrat et
- présente nos respects à notre belle-mère, en lui disant combien nous
- sommes touchés des soins qu'elle prend de notre frère.
-
- Mon Adèle t'embrasse et moi aussi.
-
-Ton fils soumis et respectueux,
-
-Victor.
-
- Ce samedi 15 mars.
-
-Malgré les illusions du père et du fils, il ne semble pas que la santé
-d'Eugène s'améliorât beaucoup.
-
-La _Correspondance_ possédée par la Bibliothèque de Blois nous fournit
-le texte d'une lettre d'Eugène à Abel. Elle dut ne pas être envoyée.
-
-Elle trahit de façon lamentable l'état d'esprit du malade, même dans
-ses intervalles lucides.
-
-On sent les vains efforts de l'intelligence pour se ressaisir. La
-pensée est exprimée avec une difficulté extrême, le style semble
-presque enfantin et les répétitions abondent.
-
-M. de Féraudy et ses fables--il s'agissait, en plus, d'un acte
-manuscrit à présenter à l'Odéon--faisait l'objet de cette missive.
-
-Mon cher Abel,
-
- Un des amis de Papa, M. de Féraudy, et l'un des membres de la Société
- littéraire fondée à Blois, dont papa avait été élu Président, et dont
- tu avais été nommé membre Correspondant, ce monsieur, dis-je, ayant
- appris l'influence que tu pourrais avoir auprès de quelques journaux,
- a paru désirer que tu lui fisses insérer quelques-unes de ses fables
- dans les feuilles où tu travailles.
-
- Ayant également entendu parler des facilités que tu parais avoir
- auprès du théâtre de l'Odéon, il te prie également de lui rendre
- le service de présenter au comité de ce théâtre un acte dont je
- t'enverrai le manuscrit.
-
- Avec les titres dont je viens de te parler il était impossible que
- ce Monsieur pût s'attendre à quelque refus de ma part. Ami de Papa,
- et membre d'une Société littéraire dont je t'ai entendu te féliciter
- d'être membre, c'était sans doute te faire plaisir à toi-même que de
- me charger auprès de toi de sa commission.
-
- Ce monsieur a déjà publié un recueil de fables dont le journal des
- _Débats_ a rendu compte il y a un an, il compte en publier un nouveau
- volume. Il est membre de la Société littéraire qui avait tenté de
- s'organiser à Blois, et dont toi et Victor faisiez partie; ses fables
- ne te laisseront aucun doute sur son esprit et son talent.
-
- Après m'être acquitté de cette commission, il convient que je te
- manifeste mon étonnement de ce que tu ne nous as pas répondu. Cet
- oubli de ta part, justifie les reproches de négligence que je t'ai
- entendu faire par Papa.
-
- En attendant une lettre de toi, je suis toujours avec attachement,
-
-Ton frère affectionné,
-E. Hugo.
-
-Blois, le 19 mars 1823.
-
-A nouveau Adèle Hugo tient la plume. Elle n'ose encore s'exprimer
-librement vis-à-vis de ses beaux-parents--par la suite elle écrira des
-lettres charmantes d'abandon, de cœur et de simplicité.
-
-Actuellement, elle est encore sous l'entière domination du génie de
-son mari. Il relit ses lettres et elle doit craindre un froncement de
-sourcil.
-
-L'enfant qu'elle porte sera un garçon, elle l'appellera Léopold pour
-«faire la cour» à sa belle-mère, et ingénûment, ne prévoyant pas à
-quelle plaisanterie va donner lieu le plein de sa plume, la pauvre
-femme fait, fille respectueuse, «fortement saillir les rondeurs» de l'A
-de sa signature.
-
-Mon cher papa,
-
- Mon mari m'a laissé le soin de vous écrire; c'est pour moi une bien
- douce charge, d'autant plus que dans une réponse à ma lettre je
- saurai de vos nouvelles qui jusqu'ici nous ont fait craindre que
- votre santé et celle de notre belle-mère ne fussent moins bonnes que
- lors de votre départ d'ici. D'un autre côté, nous sommes convaincus
- que celle de notre frère est entièrement remise, d'ailleurs les soins
- de bons parens, et la vie d'ordre à laquelle il n'était point habitué
- sont certainement cause de son prompt rétablissement.
-
- Nous avons eu le plaisir de voir dernièrement notre oncle Francisque
- et sa femme, ils sont restés à Paris beaucoup moins longtemps que
- nous ne l'aurions désiré, et ils ont été très fâchés de n'être pas
- venus à Paris un mois plus tôt, et nous que vous ne fussiez pas
- restés un mois plus tard, mais nous espérons qu'à votre premier
- voyage vous nous récompenserez de votre prompt départ.
-
- Adieu, mon cher papa, embrassez pour moi notre belle-mère et
- dites-lui que pour lui faire la cour j'appellerai mon petit garçon
- Léopold.
-
- Nous attendons une prompte réponse pour nous mettre hors d'inquiétude
- de toutes les santés auxquelles nous nous intéressons vivement, et je
- vous prie, cher papa, de me croire votre respectueuse fille.
-
-A. Hugo.
-
-Ce mardi.
-
-Le génie n'est pas léger, et l'esprit, cette mousse des vins
-pétillants, lui semble peu familier. Comme la gaîté chez Rabelais, la
-plaisanterie était, chez Hugo, énorme. La signature de la jeune femme
-de prêter donc à ce thème:
-
-Mon cher papa,
-
- Je crois que c'est pour te donner une image de son ventre toujours
- croissant que mon Adèle a fait si fortement saillir les rondeurs
- de sa signature. Je vois avec un sentiment bien doux approcher
- l'heureuse époque qui nous réunira autour d'un berceau.
-
- J'ai reçu ta note relative à M. Eloy et je m'occupe de son affaire en
- même temps que de celle de M. Lebarbier. Dès que j'aurai une décision
- favorable, je la leur transmettrai.
-
- Adieu, cher papa, embrasse bien notre Eugène, présente nos respects à
- notre belle-mère et aime-nous toujours comme nous t'aimons.
-
-Ton fils tendre et respectueux,
-Victor.
-
-Les espérances étaient vaines d'un retour à la raison d'Eugène Hugo.
-L'on s'est bercé de cet espoir, mais, bientôt, il y fallut renoncer, et
-le pauvre dément n'a point tardé à quitter l'oasis de la rue du Foix
-pour être traité dans la maison de santé du Dr Esquirol[63].
-
-[Note 63: Jean-Étienne-Dominique Esquirol, né à Toulouse en 1772,
-mort à Paris en 1840. Il continua et compléta les travaux de Pinel. Son
-principal ouvrage: _Des Maladies mentales considérées sous le rapport
-médical, hygiénique et médico-légal_ (Paris, J.-Baillière, 1838, 2
-in-8º), est devenu classique. Il y a tracé, entre autres, un navrant
-tableau de la folie et de la déchéance de Théroigne de Méricourt.
-
-Il devait, en 1825, se voir confier la direction de Charenton.]
-
-Victor donne à son père des nouvelles du malheureux et lui confie
-ses impressions. En dépit des soins dont sont entourés les malades,
-il ne l'a «plus trouvé aussi bien». Il redoute, pour son frère,
-«la solitude et l'oisiveté». Puis, ce sont les phantasmasies du
-persécuté-persécuteur, entendant, dans le silence des nuits, assassiner
-des femmes, en des souterrains.
-
-Le prix de la pension est très élevé et l'on n'a pas assez caché au
-malade qu'il se trouvait parmi des fous.
-
-La fin de la lettre nous ramène aux éditeurs, sinon à la littérature.
-Le poète, par la faute d'Abel, qui, en croyant faire bien, l'a «poussé
-dans cette galère»[64], se trouve initié aux banqueroutes des
-libraires et aux ennuis concomitants. Il avertit son père du danger et
-lui conseille la prudence pour la vente proche du manuscrit de ses
-_Mémoires_.
-
-[Note 64: _Victor Hugo raconté par un Témoin de sa Vie_ conte
-l'anecdote.
-
-L'on doit à Abel Hugo, enlevé en 1855, comme l'avait été vingt ans plus
-tôt son père, par une attaque d'apoplexie, de nombreux comptes rendus
-critiques dans le _Conservateur littéraire_ et quatre nouvelles qui y
-furent publiées également: _El Viego_; _La naissance de Henri IV_; _Le
-combat de taureaux_; _Le carnaval de Venise_.
-
-Dès 1817, il avait publié en collaboration avec André Malitourne et
-Ader: _Traité du Mélodrame_, par A. A. A.
-
-Il fit paraître en 1822, in-8º, _la Vengeance de la Madone_, fragment
-traduit de l'italien.
-
-Il donna lecture à la _Société des Bonnes lettres_ d'un important
-ouvrage qu'il entreprit et ne termina point:
-
-_Le Génie du Théâtre espagnol, ou Traduction et analyses des meilleures
-pièces de Lopez de Véga; F. Calderon et autres auteurs dramatiques,
-depuis le milieu du_ XVIe _siècle jusqu'à la fin du_ XVIIIe.
-
-Entré aux _Annales de la Littérature et des Arts_, après leur fusion
-avec le _Conservateur littéraire_ (août 1821) il entreprit, en 1823, la
-publication des _Tablettes romantiques_.
-
-Il a laissé en outre:
-
-_Romances historiques_, traduites de l'espagnol par A. Hugo. Cet
-ouvrage porte cette dédicace: A ma mère, morte le 27 juin 1821,
-
-et avait été publié:
-
-A Paris, chez Pélicier, libraire, place du Palais-Royal, 1822; in-12,
-de LV-302 pp.
-
-C'est-à-dire, chez l'éditeur des _Odes et poésies diverses_, près de
-qui il avait été l'introducteur de son frère.
-
-_L'Heure de la Mort._ Paris, 1822, in-8º.
-
-_Les Français en Espagne._ A-propos, vaudeville en un acte (avec Alph.
-Vulpian). Paris, 1823, in-8º.
-
-_Précis historique des Événements qui ont conduit Joseph Napoléon sur
-le trône d'Espagne_ (Introduction au tome II des Mémoires du général
-Hugo. Paris, Ladvocat, 1823, trois in-8º) signés Hugo (Abel) fils.
-
-Il existe en outre, de ce précis un tirage à part à 60 exemplaires.
-Paris, 1823: in-8º.
-
-_Pierre et Thomas Corneille._--(En collaboration avec Romieu et signé
-du pseudonyme de Monnières. Paris. 1823, in-8º.)
-
-_Campagne d'Espagne en 1823._ Paris. Le Fuel, SD. (1824), 2 in-8º, de
-IV-442 et 399 pp.
-
-_Les tombeaux de Saint-Denis_ ou description historique de cette abbaye
-célèbre, des monuments qui y sont renfermés et de son riche trésor;
-suivie du récit de la violation des tombeaux en 1793, de détails sur
-la restauration de l'église en 1806, et depuis en 1814; de notices
-sur les rois et les grands hommes qui y ont été enterrés et sur les
-cérémonies usitées aux obsèques des rois de France, et de la relation
-des funérailles de Louis XVIII. Paris, 1824, in-18.
-
-_Vie anecdotique de Monsieur, comte d'Artois, aujourd'hui S. M. Charles
-X, roi de France et de Navarre, depuis sa naissance jusqu'à ce jour._
-Paris, 1824, in-18.
-
-_Histoire de l'empereur Napoléon_, par A. Hugo, illustrée de 31
-vignettes, par Charlet. Paris, Perrotin, 1833, in-8º de 479 pp.
-
-_Souvenirs sur Joseph Bonaparte, roi d'Espagne. Revue des Deux-Mondes_,
-1er et 15 avril 1833.
-
-_Le Conteur_, recueil de contes de tous les temps et de tous les pays
-paraissant mensuellement. Paris, 1833, in-12.
-
-_France militaire_, histoire des armées françaises de terre et de
-mer de 1792 à 1833. Ouvrage rédigé par une Société de militaires, et
-de gens de lettres; etc., etc., revu et corrigé par A. Hugo, ancien
-officier d'état-major, membre de plusieurs sociétés savantes, auteur de
-l'_Histoire de Napoléon_. Paris, Delloye, 1833-1838, 5 in-8º.
-
-_France pittoresque_ ou Description pittoresque, topographique et
-statistique des Départements et Colonies de la France, offrant en
-résumé pour chaque département et colonie, l'histoire, les antiquités,
-la topographie, etc., etc., par A. Hugo, ancien officier d'état-major,
-membre de plusieurs sociétés savantes et littéraires, auteur de
-l'_Histoire de Napoléon_. Paris. Delloye, 1835, 3 in-8º.
-
-_France historique et monumentale._ Histoire générale de France depuis
-les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, par A. Hugo, auteur de
-l'_Histoire de Napoléon_ et de la _France pittoresque_. Paris, Delloye,
-1836-1843, 5 in-8º.]
-
-Mon cher Papa,
-
- J'ai remis hier à Eugène ta lettre qui l'a touché autant qu'affligé.
- Sa douleur de ne pouvoir te revoir à Blois n'a été un peu calmée que
- par l'espérance que je lui ai donnée de te revoir à Paris dans deux
- mois, ce tems lui a paru bien long. Je vais te dire aussi, cher papa,
- que je ne l'ai plus trouvé aussi bien. On a pour les malades chez M.
- Esquirol des soins infinis, mais ce qui est le plus funeste à Eugène,
- c'est la solitude et l'oisiveté, auxquelles il est entièrement livré
- dans cette maison. Quelques mots qui lui sont échappés m'ont montré
- que dans l'incandescence de sa tête il prenait cette _prison_ en
- horreur, il m'a dit à voix basse qu'_on y assassinait des femmes dans
- les souterrains et qu'il avait entendu leurs cris_. Tu vois, cher
- papa, que ce séjour lui est plus pernicieux qu'utile. D'un autre
- côté la pension (dont M. Esquirol doit t'informer) est énorme, elle
- est de 400 francs par mois. D'ailleurs le docteur Fleury pense que
- la promenade et l'exercice sont absolument nécessaires au malade. Je
- te transmets tous ces détails, mon cher papa, sans te donner d'avis.
- Tu sais mieux que moi ce qu'il faut faire. Je crois néanmoins devoir
- te dire qu'il existe, m'a-t-on assuré, des maisons du même genre,
- où les malades ne sont pas moins bien que là, et paient moins cher.
- Il paraît qu'on n'a point assez caché à Eugène qu'il fût parmi des
- _fous_, aussi est-il très affecté de cette idée que j'ai néanmoins
- combattue hier avec succès.
-
- Je t'écris à la hâte, bon et cher papa, au milieu de tous les ennuis
- que me donne la banqueroute de mon libraire, garde-toi un peu, pour
- la vente de tes _Mémoires_, de l'extrême confiance de notre bon Abel.
-
- C'est lui qui m'a, bien involontairement il est vrai, _poussé dans
- cette galère_.
-
- Adieu, cher et excellent papa; nous t'embrassons tous ici bien
- tendrement.
-
-Ton fils dévoué et respectueux,
-Victor.
-
-24 mai 1823.
-
- Mes hommages à ta femme, dont nous attendons des nouvelles.
-
-Eugène ne demeura guère, en effet, chez le Dr Esquirol, et après
-un court séjour au Val-de-Grâce, ne tarda point à être transféré à
-Saint-Maurice, c'est-à-dire à Charenton.
-
-Il devait y trouver, comme directeur, le second frère de
-Royer-Collard[65], qui fut professeur de médecine légale à la Faculté
-de médecine de Paris, et médecin de Louis XVIII.
-
-[Note 65: Antoine-Athanase Royer-Collard, né à Sempis en 1768, mort
-en 1825. Il était, depuis 1806, médecin de l'asile de Charenton.]
-
-La grossesse d'Adèle Hugo semble pénible et, revenant au frère malade,
-Victor après avoir merveilleusement dépeint l'aspect du triste fou,
-d'ajouter cette phrase où apparaissent déjà derrière le poète, l'homme
-de tête et le réformateur.
-
-«Je crains que les moyens dont la société use envers les malades, la
-captivité et l'oisiveté, ne fassent qu'alimenter une mélancolie dont le
-seul remède, ce me semble, serait le mouvement et la distraction.»
-
-N'est-elle point à retenir, si on songe, surtout, aux vingt et un ans
-de son auteur?
-
-La pension du ministère de l'Intérieur ne semble pas devoir se faire
-longtemps attendre.
-
-Quant aux biens en Espagne et aux cédules hypothécaires, Victor Hugo
-se tient, pour des démarches, à la disposition de son père. Mais, le
-moment ne lui paraît pas favorable.
-
-Cette affaire semble moins dépendre de M. de Chateaubriand que de M. de
-Martignac[66], et celui-ci est l'homme de M. de Villèle[67].
-
-[Note 66: Jean-Baptiste-Sylvère Gay, vicomte de Martignac, né à
-Bordeaux en 1778, mort à Paris en 1832. Il était alors conseiller
-d'État et devait plus tard, rallié à une politique plus modérée, se
-voir confier le ministère de l'Intérieur, à la chute de M. de Villèle
-(janvier 1828).]
-
-[Note 67: Jean-Baptiste-Séraphin-Joseph, comte de Villèle, né à
-Toulouse en 1773, mort en 1854. Membre de la Chambre introuvable de
-1815, il entra, ultra-royaliste, au Ministère en 1821, pour prendre
-bientôt la présidence du Conseil. Les élections de novembre 1827, la
-dissolution de la Chambre n'ayant pas amené le résultat qu'il espérait,
-provoquèrent sa démission.]
-
-Mon cher Papa,
-
- Eugène, après un séjour de quelques semaines au Val-de-Grâce, vient
- d'être transféré à Saint-Maurice, maison dépendant de l'hospice de
- Charenton, dirigé par M. le docteur Royer-Collard. La translation
- et le traitement ont lieu aux frais du gouvernement: il te sera
- néanmoins facile d'améliorer sa position moyennant une pension plus
- ou moins modique; on nous assure que cet usage est généralement suivi
- pour les malades d'un certain rang. Au reste, le docteur Fleury a dû
- écrire à l'un de ses amis qui sera chargé d'Eugène dans cette maison,
- et M. Girard, directeur de l'école vétérinaire d'Alfort, a promis
- à M. Foucher, qui le connaît très particulièrement, de recommander
- également les soins les plus empressés pour notre pauvre et cher
- malade et _d'en faire son affaire_.
-
- M. Foucher, Abel et moi, comptons t'écrire incessamment de
- nouveaux détails sur ces objets, ainsi que sur la santé toujours
- douloureusement affectée de notre infortuné frère. Les souffrances
- de mon Adèle, qui augmentent à mesure que son terme approche, ne
- m'ont point encore permis d'aller le voir dans son nouveau domicile;
- je ne puis donc t'en donner des nouvelles aussi fraîches que je le
- désirerais. Au reste l'état de sa raison, comme j'ai eu occasion de
- l'observer dans mes fréquentes visites chez le docteur Esquirol et
- au Val-de-Grâce, ne subit que des variations insensibles. Toujours
- dominé d'une idée funeste, celle d'un danger imminent; tous ses
- discours, comme tous ses mouvements, comme tous ses regards
- trahissent cette invincible préoccupation, et je crains que les
- moyens dont la société use envers les malades, la captivité et
- l'oisiveté, ne fassent qu'alimenter une mélancolie dont le seul
- remède, ce me semble, serait le mouvement et la distraction. Ce qu'il
- y a de cruel, c'est que l'exécution de ce remède est à peu près
- impossible, parce qu'elle est dangereuse.
-
- Je t'envoie ci-incluse une lettre de M. Esquirol, qui n'éclaircit
- rien, et n'ajoute rien à mes idées personnelles, à mes observations
- particulières sur notre Eugène; je crois t'avoir déjà écrit la
- plupart de ce qu'écrit le docteur, auquel j'avais déjà exposé tous
- les faits qu'il présente. Il est vrai que le malade a fait chez lui
- un bien court séjour. Mais je pense que cette maison lui était plus
- nuisible qu'utile. M. Katzenberger a envoyé chez M. Foucher les 400
- francs que demande le docteur Esquirol pour un mois de pension, et M.
- Foucher a prévenu ce dernier qu'ils sont à sa disposition.
-
- Je suis heureux, cher papa, de reposer tes idées sur des sujets moins
- tristes en t'entretenant aujourd'hui de l'heureux événement qui doit
- en amener un autre également heureux pour nous, ton retour.
-
- Ma bien-aimée Adèle accouche dans cinq semaines environ. Viens le
- plus tôt qu'il te sera commode. Il me sera bien doux que mon enfant
- reçoive de toi son nom, et c'est pour moi un sujet de joie immense de
- penser qu'il m'était réservé, à moi le plus jeune de tes fils, de te
- donner le premier le titre de grand-père. J'aime cet enfant d'avance,
- parce qu'il sera un lien de plus entre mon père et moi.
-
- Je te remercie de la proposition que tu me fais relativement à M.
- de Chateaubriand; mais la position intérieure du ministère rend
- singulièrement délicates les communications actuelles entre MM. de
- Chateaubriand et de Corbière[68]. Tu comprendras ce que je ne peux
- dire ici qu'à demi-mot. Au reste, les espérances dont on me berce si
- longtemps ont acquis depuis deux jours un caractère assez _positif_.
- Si elles se réalisaient enfin, je m'empresserais de t'en faire part.
- Quant aux biens d'Espagne, je ne doute pas qu'une réclamation de
- toi en fût parfaitement accueillie, et je la présenterai moi-même
- au ministère des Affaires étrangères. Seulement j'appréhende que la
- décision de cette affaire ne dépende moins de mon illustre ami que de
- M. de Martignac, qui est l'homme de M. de Villèle.
-
- [Note 68: Jacques-Joseph-Guillaume-Pierre, comte de Corbière, né
- à Amanlis, près Rennes, 1768, mort en 1858.
-
- Député d'Ille-et Vilaine, après avoir été président au Conseil royal
- de l'Instruction publique, il se vit appeler, en décembre 1821, par
- M. de Villèle, au ministère de l'Intérieur, et se retira avec lui, en
- 1828.]
-
- Adieu, bon et cher papa, mon Adèle désire que je lui cède le reste de
- ce papier. J'avais pourtant encore bien des choses à te dire, mais il
- faut obéir à une prière si naturelle et me borner à t'embrasser avec
- autant de tendresse que de respect.
-
-Ton fils,
-Victor.
-
-Gentilly, 27 juin 1823.
-
- J'ajoute un mot à ce que dit mon Victor pour vous réitérer la
- prière de hâter votre arrivée le plus tôt que vos affaires vous
- le permettront, j'entends par affaires vos commodités, et celles
- de notre excellente belle-mère à la santé de laquelle nous nous
- intéressons bien vivement et que je désire embrasser en même temps
- que mon petit enfant; nous comptons tous, mon cher papa, que vous
- serez à Paris à la fin de juillet; s'il en était autrement, j'en
- aurais beaucoup de chagrin, car son grand père doit le voir un des
- premiers, ainsi, cher papa, nous vous attendons dans cinq semaines au
- plus tard.
-
-Votre respectueuse fille,
-A. Hugo.
-
-La santé d'Eugène est loin de s'améliorer. Il fait de la mélancolie
-et on a peine à le faire manger. Victor--il signe ce billet V.-M.
-H.--donne à son père ces mauvaises nouvelles, en recommandant à son bon
-accueil le jeune Adolphe Trébuchet, son cousin germain, qui vient à
-Blois, et désirerait sans doute visiter Chambord.
-
-Outre l'intérêt artistique de Chambord l'on pense si le _Simple
-discours_ de Paul-Louis Courier et ses deux mois de prison légitimaient
-cette curiosité[69].
-
-[Note 69: _Le simple discours de Paul Louis, vigneron de
-La Chavonnière, aux membres du conseil de Véretz, département
-d'Indre-et-Loire, à l'occasion de l'acquisition de Chambord_, parut
-chez Bobée, 1821, in-8º, de 28 pp.
-
-Le 28 août, Courier était traduit sous l'inculpation d'outrage aux
-mœurs,--il avait rappelé dans son _Discours_ certains scandales des
-mœurs royales et représenté les cours comme le centre de toutes les
-corruptions,--devant la cour d'assises de la Seine, se voyait déclarer
-coupable et condamner à deux mois de prison.
-
-Ce fut l'occasion d'un nouveau pamphlet, plus âpre encore:
-
-_Procès de Paul-Louis Courier, vigneron de La Chavonnière, condamné
-le 28 août 1821, à l'occasion de son Discours sur la souscription de
-Chambord_ (Paris, Chantpie, in-8º de 80 pp.).
-
-Mais, cette fois, on n'osa poursuivre.]
-
-Mon cher papa,
-
- C'est mon bon petit cousin Adolphe Trébuchet, qui te remettra cette
- lettre où tu trouveras le reçu de M. Esquirol. Nous n'avons encore pu
- voir notre pauvre Eugène à Saint-Maurice; il faut une permission et
- il est assez difficile de l'obtenir.
-
- Abel a du reste obtenu en attendant de ses nouvelles qui sont loin
- malheureusement d'être satisfaisantes; il est toujours plongé dans la
- même mélancolie; il a pendant quelque temps refusé toute nourriture;
- mais enfin la nature a parlé, il a consenti à manger. Le traitement
- qu'il subit n'exige pas encore à ce qu'il paraît un supplément de
- pension, quand cela sera nécessaire, on nous en avertira.
-
- Ces détails me navrent, cher papa, et il me faut toute la joie de ton
- prochain retour pour ne pas me livrer en ce moment au désespoir.
-
- M. Foucher et Abel vont bientôt t'écrire, moi-même je me hâterai de
- te transmettre tout ce que l'état de notre cher malade offrira de
- nouveau.
-
- Adieu, cher papa, il est inutile de te recommander cet Adolphe que
- nous aimons tous comme un frère; je crois qu'il désire vivement voir
- Chambord, et ce sera pour lui comme pour toi un plaisir de passer
- quelques jours à Blois, si l'urgence de son voyage le lui permet.
-
- Je t'embrasse tendrement pour moi et mon Adèle, présente nos hommages
- empressés à notre belle-mère, qui, nous l'espérons, est rétablie.
-
-Ton fils soumis et respectueux,
-V.-M. H.
-
-Ce 1er juillet 1823.
-
-
-
-
-IV
-
-Léopold Hugo.--Sa naissance.--Des ennuis de nourrice.--_La Muse
-française._--Le petit Léopold à Blois.--Le cri de la mère.--Sa
-mort.--_A l'ombre d'un Enfant._
-
-
-Le général Hugo n'a pu arriver à Paris à temps pour être un des
-premiers à voir son petit-fils. La grossesse d'Adèle Hugo a été
-difficile, l'accouchement laborieux. Le petit Léopold est venu au monde
-presque mourant.
-
-La mère a dû renoncer à la joie qu'elle se faisait de le nourrir et
-l'enfant a été mis en nourrice dans le quartier.
-
-Victor se fait des illusions et sur la «remplaçante», et sur la santé
-du petit être.
-
-Mon cher papa,
-
- Si je ne t'ai point encore annoncé moi-même l'événement qui te
- donne un être de plus à aimer, c'est que j'ai voulu épargner à
- ton cœur de père les inquiétudes, les anxiétés, les angoisses qui
- m'ont tourmenté depuis huit jours. La couche de ma femme a été très
- laborieuse, les suites jusqu'à ce jour ont été douloureuses; l'enfant
- est venu au monde presque mourant, il est resté fort délicat. Le
- lait de la mère affaibli par la grande quantité d'eau dont elle
- était incommodée et échauffé par les souffrances de la grossesse
- et de l'enfantement, n'a pu convenir à une créature aussi faible.
- Nous avons été contraints, après des essais qui ont presque mis ton
- petit-fils en danger, de songer à le faire nourrir par une étrangère.
- Tu peux te figurer combien j'ai eu de peine à y déterminer mon Adèle
- qui se faisait une si grande joie des fatigues de l'allaitement. Ce
- qui y a pu seulement la décider, ce n'est pas le péril que sa propre
- santé eût couru réellement, mais celui qui eût menacé l'enfant. Elle
- a donc sacrifié courageusement à l'intérêt de son fils son droit de
- mère, et nous avons mis l'enfant en nourrice. Nous avons été assez
- heureux pour trouver dans ce cas urgent une fort belle nourrice
- habitant notre quartier, et quoique ces femmes soient fort chères à
- Paris, l'instante nécessité et la facilité d'avoir à chaque instant
- des nouvelles de ton Léopold m'ont fait accepter cette charge avec
- joie.
-
- Maintenant enfin, après tant d'inquiétudes et d'indécision, je puis
- te donner de bonnes nouvelles. Mon Adèle bien-aimée se rétablit à vue
- d'œil, nous avons l'espoir que le lait sera bientôt passé. L'enfant
- fortifié par une nourrice saine et abondante va très bien et promet
- de devenir un jour grand-père comme toi.
-
- Tu vois, bon et cher papa, que je t'ai dérobé ta part dans des
- anxiétés que tu aurais certainement ressenties aussi cruellement que
- moi. Voilà la cause d'un silence que tu approuveras peut-être après
- l'avoir blâmé. Ta joie à présent peut être sans mélange comme la
- nôtre, qui s'accroît encore bien vivement par l'idée de te savoir
- bientôt dans nos bras.
-
- Adieu, notre excellent père, viens vite, remercie-moi, je t'ai donné
- une fille qui t'aime comme moi, nous te donnons maintenant un fils
- qui t'aimera comme nous. Et qu'y a-t-il de consolant dans la vie si
- ce n'est le lien d'amour qui joint les parents aux enfants?
-
-Ton fils soumis et respectueux,
-Victor.
-
-24 juillet.
-
- Embrasse bien pour nous notre belle-mère que nous attendons avec toi.
-
- Depuis quinze jours que je suis garde-malade, je n'ai pu m'occuper de
- notre cher Eugène comme je l'aurais voulu, mais tu vas venir: puis-je
- ne pas voir son avenir sous des couleurs moins sombres?
-
-Les yeux du père et de la mère n'ont point tardé à se dessiller. La
-femme à laquelle ils avaient confié leur enfant, la croyant bonne et
-douce, leur semble, maintenant, d'un caractère méchant et faux.
-
-Ils ont hâte de le lui retirer. Victor demande au général de lui
-trouver à Blois ou dans les environs une nourrice dont le lait n'ait
-pas plus de quatre ou cinq mois.
-
-Ils lui confieront le petit Léopold. Éloigné de ses parents, il sera au
-moins soumis à l'affectueuse surveillance du général et de sa femme.
-
-Mon cher papa,
-
- Je me félicitais de n'avoir plus que d'excellentes nouvelles à
- te mander, lorsqu'un événement imprévu m'oblige à recourir à tes
- conseils et à ton assistance. La nourrice à laquelle il a fallu
- confier notre enfant ne peut nous convenir. Cette femme nous trompe,
- elle paraît être d'un caractère méchant et faux: elle a abusé de la
- nécessité où nous étions de placer cet enfant; nous l'avons d'abord
- crue bonne et douce, maintenant nous n'avons que trop de raisons pour
- lui retirer notre pauvre petit Léopold le plus tôt possible. Nous
- désirerions donc, mon Adèle et moi, après avoir pris la résolution
- de le retirer à cette femme, que tu nous rendes le service de nous
- trouver à Blois ou dans les environs une nourrice dont le lait n'ait
- pas plus de quatre ou cinq mois, et dont la vie et le caractère
- présentent des garanties suffisantes. D'ailleurs nous serions tous
- deux tranquilles, sachant notre Léopold sous tes yeux, et sous ceux
- de ta femme. C'est ce qui nous a décidés à le placer à Blois plutôt
- que partout ailleurs.
-
- Il est inutile cher et excellent père, de te recommander une prompte
- réponse, la santé de ton petit-fils pourrait être altérée du moindre
- retard. Je ne te demande pas pardon de tous les soins que nous te
- donnons, je sais qu'ils sont doux à ton cœur bon et paternel.
-
- Adieu, cher papa, Eugène va mieux _physiquement_: tout le monde
- ici t'embrasse aussi tendrement que ton fils qui t'aime. Hâte ton
- arrivée, réponds-moi vite, et crois mon amour aussi respectueux
- qu'inaltérable.
-
-Victor.
-
-29 juillet.
-
- Je te fais envoyer la _Muse française_[70], recueil littéraire à la
- rédaction duquel je participe. Je te remettrai à Paris la deuxième
- édition de _Han d'Islande_[71].
-
-[Note 70: La _Muse française_ parut de juillet 1823 à juin 1824,
-chez Ambroise Tardieu, éditeur, rue du Battoir-Saint-André, nº 12, en
-douze livraisons formant 2 volumes in-8º, avec, en épigraphe, cette
-citation de Virgile:
-
- Jam redit et virgo, . . . . . . .
- Jam nova progenies cœlo dimittitur alto.
-
-Eugène Hatin a omis de citer ce recueil dans sa _Bibliographie
-historique et critique de la presse périodique française_ (1866).
-
-M. Ch.-M. Des Granges a copieusement comblé cette lacune et donné,
-dans sa _Presse littéraire sous la Restauration_, un fac-simile, non
-seulement du titre, mais de la page contenant la première strophe de
-l'ode. A mon Père:
-
- «Quoi! toujours une lyre et jamais une épée!»]
-]
-
-[Note 71: Paris, Lecointe et Durey, libraires, quai des Augustins,
-nº 49, 1823, 4 vol. in-12.
-
-C'est l'exemplaire portant la dédicace du fils au père sur lequel nous
-avons eu la chance de pouvoir mettre la main, à Blois.]
-
- Il est urgent que la nourrice que tu aurais la bonté de nous
- procurer, s'il est possible, ait promptement l'enfant, que je ne vois
- pas sans inquiétude entre les mains de cette femme. Tâche de l'amener
- avec toi, et en tout cas, réponds-moi courrier par courrier, car mon
- Adèle est très inquiète et n'a plus d'espérance qu'en toi qu'elle
- sait si _bon_ et qu'elle aime tant.
-
-Le général n'a point perdu de temps. Il a été assez heureux pour
-pouvoir mettre la main sur une nourrice qu'il expédiait aussitôt à son
-fils. Elle arrivait à Paris le 2 août. Le lendemain, Victor, exprimait
-abondamment sa reconnaissance et celle d'Adèle Hugo.
-
-Mon cher papa,
-
- Pour pouvoir t'exprimer la joie et la reconnaissance dont nous
- pénètrent (_sic_) ta lettre, il faudrait qu'il fût possible en même
- tems de dire tout ce qu'il y a de sentiments tendres et de touchante
- bonté dans ton cœur paternel. Ainsi tu veux entrer plus encore que
- moi dans mes devoirs de père, et en effet le premier sourire comme
- le premier regard de ce pauvre petit Léopold te sera dû. Je voudrais
- épancher ici tout ce que ta fille et moi ressentons d'amour pour
- toi, mon excellent père, mais il faudrait répéter ici tout ce qui
- remplit nos entretiens depuis deux jours, et je me borne à ce qui
- n'excède pas les limites de ce papier.
-
- A la réception de ta lettre, mon cœur était trop plein, et je voulais
- te répondre sur-le-champ. Mais un avis sage l'a emporté sur mon
- impatience, et j'ai attendu que ce que tu avais si bien préparé fût
- exécuté, pour pouvoir, en t'exprimant notre vive reconnaissance, te
- donner en même tems des nouvelles de ton Léopold, de la nourrice et
- de mon Adèle.
-
- La nourrice est arrivée hier matin bien portante et gaie; elle
- nous a remis ta lettre et tes instructions ont été suivies de tout
- point. Tout le monde a été enchanté et d'elle et de son nourrisson.
- Nous avons dans la même matinée retiré ton pauvre enfant de chez sa
- marâtre, et il a parfaitement commencé toutes ses fonctions. Je ne
- sais si c'est illusion personnelle, mais nous le trouvons déjà mieux
- ce matin.
-
- Adieu, bon et bien cher papa, exprime, de grâce, à ta femme toute
- notre vive et sincère gratitude, il nous tarde de la lui exprimer
- nous-mêmes, et nous t'embrassons tendrement en attendant cet heureux
- jour.
-
-Ton fils reconnaissant et respectueux,
-Victor.
-
-3 août.
-
- Tu trouveras inclus le mot que je te prie de communiquer au père
- nourricier. Adieu, adieu.
-
- La santé d'Eugène continue à se soutenir physiquement, mais il est
- toujours d'une malpropreté désolante. Le Val-de-Grâce n'a envoyé
- avec lui à Charenton qu'une partie de son linge; nous nous occupons
- de rassembler le reste pour le lui faire porter. Ce qui me contrarie
- vivement, c'est l'extrême difficulté de voir notre pauvre frère à
- Saint-Maurice.
-
-Les nouvelles d'Eugène ne sont guère bonnes, comme on voit. Et d'après
-ce mot, la jeune maman est loin encore d'être rétablie.
-
-Mon cher papa,
-
- Quoique très faible encore, je ne puis laisser échapper l'occasion
- de vous exprimer toute ma reconnaissance qui ne pourra jamais être
- trop grande pour vos bontés et celles de notre belle-mère. Croyez que
- nous sommes profondément touchés de tout ce qui fait notre bonheur
- aujourd'hui, car depuis que nous avons cette nourrice j'espère élever
- mon petit Léopold qui vous devra une seconde vie et combien nous
- serons heureux de pouvoir visiter en même temps et notre enfant et
- vous, mes chers parens. Adieu, papa, embrassez la grand'maman de mon
- petit Léopold pour moi.
-
-Adèle.
-
-
-Sa belle-fille embrasse bien «la grand'maman de son petit Léopold»;
-pour le général, cela ne suffit pas, paraît-il, Victor n'a point assez
-oublié sa mère, pour que la dame Thomas y Saëtoni, veuve d'Almeg, ne
-demeure point pour lui l'étrangère. Sa reconnaissance envers elle, ne
-semble pas aux yeux de son mari, d'un lyrisme suffisant. Il ne lui
-écrit pas directement pour la remercier et le général a dû, à ce sujet,
-adresser quelques observations à Victor.
-
-Et celui-ci, on le sent embarrassé, de répondre du ministère de la
-Guerre, où il est allé, sans doute, soumettre à M. Foucher cette
-correspondance.
-
-Ministère
-de la Guerre
-
-Mon cher papa,
-
- Ta lettre m'a causé un véritable chagrin, et il me tarde que tu aies
- reçu celle-ci pour m'en sentir un peu soulagé. Comment donc as-tu
- pu supposer un seul instant que tout mon cœur ne fût pas plein de
- reconnaissance pour les bontés dont ta femme a comblé notre Eugène
- et notre Léopold? Il faudrait que je ne fusse ni frère ni père pour
- ne pas sentir le prix de ce qu'elle a fait pour eux, cher papa, et
- par conséquent pour moi. Si c'est à toi principalement que se sont
- adressés mes remerciements, c'est que notre père est pour nous la
- source de tout amour et de toute tendresse, c'est que j'ai pensé
- qu'il te serait doux de porter à ta femme l'hommage tendre et profond
- de ma gratitude filiale, et que dans ta bouche cet hommage même
- aurait bien plus de prix que dans la mienne.
-
- Je t'en supplie, mon cher et bon père, ne m'afflige plus ainsi. Je
- suis bien sûr que ce n'est pas ta femme qui aura pu me supposer
- ingrat et croire que je n'étais pas sincèrement touché de tous ses
- soins pour ton Léopold, et comment, grand Dieu, ne serais-je pas
- vivement attendri de cette bienveillante sollicitude qui a peut-être
- sauvé mon enfant? cher papa, je te le répète, hâte-toi de réparer
- la peine que tu m'as injustement causée au milieu de tant de joie,
- et qui m'a paru bien plus cruelle encore dans un moment où mon
- âme s'ouvrait avec tant de confiance à toutes les tendresses et à
- toutes les félicités. Adieu, je ne veux pas insister davantage sur
- une explication que ton cœur et le mien trouvent déjà trop longue,
- et dont le chagrin ne sera entièrement effacé pour moi que par le
- bonheur de te revoir bientôt ici, ainsi que ta femme.
-
- Tout continue à aller ici de mieux en mieux, mère, enfant, nourrice.
- Cette dernière continue à se porter parfaitement et gaiement. La
- lettre de son mari lui a fait grand plaisir, elle me charge de le lui
- mander, ainsi que toutes les amitiés du monde.
-
- Je compte, maintenant que j'ai quelque répit, aller voir un peu notre
- pauvre Eugène et lui porter le reste de ses effets demain jeudi. Il
- continue aussi, du reste, à aller un peu mieux.
-
- Ainsi, cher et excellent père, que nous te revoyions bientôt et rien
- ne manquera à nos joies. Réponds-moi promptement, de grâce, et viens,
- si tu le peux, plus promptement encore. Tout le monde ici t'embrasse
- tendrement ainsi que la grand-maman de Léopold qui voudra bien sans
- doute être ma panégyriste et mon avocat près de toi, puisque tu ne
- veux pas être mon interprète près d'elle.
-
-Ton fils dévoué et respectueux,
-Victor.
-
-6 août 1823.
-
- Mon Adèle me charge de mille tendresses pour toi et pour ta femme.
-
- Abel se joint à nous. Il se porte toujours bien et t'attend
- impatiemment.
-
-La venue à Paris du général et de la comtesse Hugo mit momentanément
-fin à ce malentendu. Le jeune ménage a fait la connaissance de la
-belle-mère. Il n'a plus l'excuse de ne la point connaître.
-
-Puis, les parents étant repartis, emmenant avec eux l'enfant malade
-et la nourrice, le moment eût été singulièrement mal choisi de ne pas
-joindre aux formules de politesse pour Mme Hugo les nécessaires
-mensonges d'une affection, toute sur le papier.
-
-Victor, dont la femme a mal au pied, s'exécute sans enthousiasme. Quant
-à Adèle Hugo, sa lettre est pleine de cœur et de simplicité. Elle nous
-fait mieux connaître la jeune femme devenue maman. Elle n'a dans ses
-lignes brèves nul souci de la littérature.
-
-Son Léopold l'intéresse seul. La nourrice manque peut-être de propreté
-et demande à être surveillée à ce point de vue; mais, que de jolis
-détails, à côté de la biscotte, chère aujourd'hui aux spécialistes de
-l'estomac, dont cette lettre nous révèle déjà l'existence[72].
-
-[Note 72: «Les biscottes de Bruxelles sont recherchées.» (_Compl.
-de l'Acad._)]
-
-Pour elle, la belle-mère est devenue «maman», et, sous sa plume,
-l'effort ne se sent pas.
-
-Mon cher papa,
-
- Ta bonne et précieuse lettre pouvait seule nous consoler du départ
- de notre père et de notre fils. Les tendres soins que ta femme a
- prodigués durant la route à son pauvre petit-fils nous ont attendris
- et touchés profondément. Chaque jour nous prouve de plus qu'elle a
- pour nous ton cœur, et c'est un témoignage qu'il m'est bien doux de
- lui rendre.
-
- Mon Adèle depuis ton départ n'est pas sortie, il lui est venu au
- pied un petit bobo fort incommode qui l'empêche de marcher et la
- fait même, par intervalle, assez vivement souffrir. Elle supporte
- ce nouvel ennui avec l'égalité d'humeur que tu lui connais, mais moi
- j'en suis attristé pour elle.
-
- Je reçois à l'instant une lettre du Colonel qui me charge des plus
- tendres amitiés pour toi et je t'en envoie sous ce couvert une autre
- du major.
-
- Malgré tout mon désir de prolonger cette lettre, il faut la terminer
- ici: ma femme qui a beaucoup de choses à dire à la tienne, me demande
- le reste de mon papier. J'espère que Léopold continue à se bien
- porter. Présente mes affectueux hommages à sa grand'mère, embrasse
- pour moi son oncle Paul et dis-moi si depuis son voyage, ses yeux
- se sont agrandis à force de s'ouvrir. Abel et moi t'embrassons
- tendrement.
-
-Ton fils dévoué et respectueux,
-Victor.
-
-13 septembre 1823.
-
- Je tâcherai de te donner des nouvelles de notre Eugène dans ma
- prochaine lettre.
-
-Ma chère maman,
-
- Depuis votre départ, je n'ai cessé de penser à mon Léopold et cette
- pensée est inséparable des bontés que vous avez pour ce cher enfant
- et de toutes celles que vous avez pour nous, et si je suis si à
- plaindre d'être loin de lui, il est bien heureux d'être près de vous.
- J'ai été charmée de sa bonne conduite pendant le voyage, j'espère
- qu'il a continué d'être aimable et de vous sourire, car il serait
- bien ingrat s'il en était autrement. J'espère aussi que la nourrice
- ne vous a donné que des sujets de contentement, c'est une bonne
- femme qu'il faudra je crois surveiller pour la propreté: j'ai oublié
- de faire emporter à la nourrice une petite brosse pour sa tête, il
- y en a à Paris de fort commodes en chiendent. S'il n'y en a pas à
- Blois je vous en enverrai une; dites-moi aussi, chère maman, si vous
- pouvez vous procurer de la biscotte, nourriture, dit-on, très saine
- et surtout légère pour les enfants. Dans le cas où la bouillie ou
- bien une petite panade ne lui conviendrait pas je lui en enverrais.
- Croyez-vous aussi, qu'il ne lui serait pas bon de le mettre dans son
- berceau les jambes un peu à l'air, ce qui lui donnerait des forces
- et lui ferait plaisir; car j'ai remarqué qu'il ne disait jamais rien
- démailloté et criait très fort lorsqu'il sentait ses petites jambes
- en prison: cela n'empêcherait pas de le couvrir lorsqu'il ferait
- froid. Je ne me permets de vous dire tout cela que parce que je sais
- que vous en agirez suivant votre volonté et pour le bien-être de
- notre fils.
-
- Je suis retenue à la chambre par une écorchure au pied qui me fait
- souffrir. Mais toutes mes souffrances sont des bonheurs pour moi,
- puisque tous les soins qui me sont prodigués viennent de mon Victor,
- qui est toujours un ange et fait toujours de belles odes.
-
- Agréez, chère maman, tous mes sentiments de respect.
-
-A. Hugo.
-
- Papa et maman ont été très sensibles à tout ce que vous leur dites
- d'amical. Nous embrassons tous notre Léopold et Paul.
-
-Victor a ajouté ce post-scriptum. Il a trait au large cachet, aux armes
-du général, dont est scellée cette lettre.
-
- Le cachet de cuivre dont tu verras l'empreinte sur cette lettre, est
- terminé. Il est fort beau. Celui d'acier, qui demande plus de temps,
- me sera bientôt remis par le graveur. Il ne veut pas faire l'écusson
- colorié à moins de 12 francs. J'attends tes instructions à cet égard.
- Marque-moi de même par quelle voie il faudra t'envoyer le cachet
- d'acier. Adieu encore, bon et cher papa.
-
-Paul Foucher, le jeune beau-frère de Victor Hugo, avait accompagné
-les grands-parents à Blois. Il est revenu à Paris, porteur de bonnes
-nouvelles et les yeux agrandis à force de s'ouvrir. Adèle remercie le
-général et sa belle-mère de leur bon accueil.
-
-Les Mémoires s'impriment chez Ladvocat. Victor a prié l'éditeur de lui
-en communiquer les feuilles à mesure. Sa femme désire les lire avant
-tout le monde et «_désir de femme est un feu qui dévore_».
-
-L'écusson colorié a coûté deux francs de plus qu'il n'était prévu,
-mais il est tout à fait digne d'être encadré.
-
-4 octobre 1823.
-
-Mon cher papa,
-
- Paul est arrivé enchanté et m'a enchantée par ce qu'il m'a dit de
- mon Léopold; je ne parle pas des soins si attentifs de la grand'mère
- parce qu'ils sont tels que (je) renonce à mes droits de mère. Je
- suis ravie quand je pense que dans deux mois je vous verrai ainsi
- que ce cher enfant qui nous est si précieux, et qui vous coûte tant
- de peines et de sollicitudes. Je suis triste seulement de penser
- que je ne serai que très secondaire dans sa tendresse puisque je ne
- serai que sa seconde mère; et que je n'aurai même pas droit d'en être
- jalouse.
-
- Je voulais vous consulter pour faire vacciner notre fils: je crois
- que le temps est favorable; et il est important qu'il le soit, au
- reste que tout cela soit selon votre volonté.
-
- Je ne sais si je dois attendre l'arrivée de cette Dame pour vous
- envoyer les objets que je vous ai annoncés, ainsi que le cachet qui
- a son portrait joliment peint, et le petit livre que vous demandez,
- j'attends votre réponse pour cela. Mon Victor vous aurait écrit s'il
- n'avait toujours son doigt très douloureux, mais je crois que malgré
- cela il n'aura pas le courage de laisser partir cette lettre sans y
- mettre quelques mots.
-
- Maman doit écrire à mon autre maman pour la remercier des soins et
- des bontés qu'elle a eus pour Paul qui vous aime tant et qui est si
- charmé de son voyage; elle voudrait aussi savoir comment vous faire
- parvenir l'argent qu'elle vous doit pour Paul.
-
- Adieu, mon cher papa, embrassez s'il vous plaît mon Léopold et sa
- grand'maman et comptez sur les sentiments respectueux de votre fille.
-
-A. Hugo.
-
-Mon cher et bon papa,
-
- Il y a trop longtemps que je ne me suis entretenu avec toi, pour
- ne pas sentir le besoin de te renseigner aussi moi-même combien je
- suis profondément touché de toutes les bontés dont notre Léopold est
- comblé par toi, et par son excellente grand'maman. La première lettre
- que je puis écrire avec ma main convalescente, doit être pour toi,
- cher papa. J'ignore comment je pourrai te rendre tous les sentiments
- de reconnaissance et de tendresse que je voudrais t'exprimer,
- mais cette impuissance même fait mon bonheur. Puisse un jour, ton
- petit-fils, digne de toi, te payer ainsi que la seconde mère qu'il a
- trouvée en ta femme, par tout ce que l'amour filial a de plus tendre
- et de plus dévoué! Voilà des sentiments qu'il me sera aisé de lui
- inspirer.
-
- Nous espérons que ce pauvre petit _chevreau_ continue à se bien
- trouver de son nouveau régime. Paul nous a dit tous les soins et
- toutes les caresses que tu lui prodigues ainsi que sa grand'mère et
- toute ta maison. Ce récit a ému Adèle jusqu'aux larmes c'est te dire
- l'impression qu'il a produite sur moi.
-
- L'écusson colorié a coûté 14 francs au lieu de 12 à cause d'un
- passe-partout qui le rend tout à fait digne d'être encadré. Je ne
- t'ai point encore envoyé le livre que tu me demandes, parce que j'ai
- pensé que si la dame qui doit venir à Paris, veut bien s'en charger,
- ainsi que du cachet et de l'écusson peint, cela t'épargnera les frais
- de port. Mande-moi tes instructions définitives à cet égard.
-
- Voici une lettre de Francis qui est pour toi. Ma maudite habitude de
- ne pas lire les adresses de mes lettres fait que je l'ai décachetée
- étourdiment. Maintenant j'y prendrai garde puisque le major choisit
- mon canal pour t'écrire.
-
- Ma femme qui est souffrante et qu'on purge, désire beaucoup lire
- tes _Mémoires_ avant tout le monde. _Désir de femme est un feu qui
- dévore._ J'ai fait prier Ladvocat de m'envoyer les feuilles à mesure
- qu'elles s'impriment. Écris-lui, si tu en as le tems, pour qu'il
- presse les envois.
-
- Adieu bien cher et excellent père, nous ne voyons Abel que bien
- rarement, mais je t'embrasse toujours en son nom et au mien.
-
-Ton fils tendre et respectueux,
-Victor.
-
- Mes empressés hommages à la grand'maman.
-
-Il était malheureusement de la santé physique du petit Léopold, comme
-de la santé morale d'Eugène. Le lait de la nouvelle nourrice, le
-changement d'air, les soins dont il était entouré, n'avaient pu avoir
-raison de l'état bien précaire du nourrisson. Les nouvelles envoyées
-par le général à son fils laissent bien peu d'espoir.
-
-Mon cher papa,
-
- L'impatience d'avoir des nouvelles de son Léopold, a porté ma femme à
- décacheter hier la lettre que tu écrivais à son père. Tu peux juger
- de sa désolation et de ses inquiétudes.
-
- Pour moi, bon et excellent père, je me confie avec une tendre
- confiance aux sollicitudes maternelles de ta femme. Dis-lui,
- répète-lui cent fois, que nul être au monde ne sent plus profondément
- que moi tout ce qu'elle fait pour ce pauvre enfant qui sera plus
- encore à elle qu'à moi.
-
- Nous espérons, puisque ta lettre permet encore d'espérer, nous
- espérons puisque ta femme a eu la secourable pensée de s'adresser au
- ciel, nous espérons enfin, parce que vous êtes là, vous, ses bons
- parents, ses protecteurs, ses sauveurs.
-
- Envoie-nous promptement de ses nouvelles, cher papa. Nous espérons,
- mais nous sommes résignés; c'est une force qui vient aussi du ciel.
- Adèle attend ta réponse avec courage; je ne t'embrasse pas pour elle,
- elle veut le faire elle-même. Porte l'expression de ma tendre et
- profonde reconnaissance au pied de la grand'maman de ce pauvre petit
- ange. Je t'embrasse encore une fois avec tendresse et respect.
-
-6 8bre
-
-Le cri de la mère, menacée dans le fruit de ses entrailles, est
-terrible et angoissant. Sa lettre, ce mot rapide, n'a point la tenue de
-celle de Victor. On sent les larmes prêtes à jaillir.
-
-Ma chère maman,
-
- Je viens d'apprendre une nouvelle désolante pour nous. Mon pauvre
- petit est donc bien mal? et quel mal vous-même n'avez-vous pas? Si
- je pouvais partir de suite pour Blois, j'irais vous relayer dans vos
- soins maternels, mais moi-même je suis très souffrante et ai besoin
- d'être soignée. Je n'écouterais pas encore tout cela, si le médecin
- ne s'y opposait très expressément, malgré tout je partirai suivant
- votre conseil pour mêler nos larmes ou pour l'embrasser encore une
- fois ce pauvre enfant. Quel droit n'avez-vous pas, chère maman, à
- notre tendresse? et comment notre Léopold n'est-il pas guéri, soigné
- par une si tendre mère? Adieu, j'embrasse mon bon papa, et vous chère
- maman que j'aime tant.
-
-A. Hugo.
-
- Maman vient de perdre son père. Nous prenons le deuil demain.
-
-Trois jours plus tard, l'enfant mourait, en effet, et les registres
-de l'état civil de Blois, nous ont conservé cette mention du court
-passage dans la vie de Léopold-Victor Hugo.
-
- L'an mil huit cent vingt-trois le dixième jour d'octobre à dix heures
- du matin par devant nous Denis Gault, officier de l'État civil de la
- commune de Blois, canton de Blois, département de Loir-et-Cher, sont
- comparus Monsieur Jules Benoist, âgé de vingt-cinq ans, licencié en
- droit domicilié à Blois et Monsieur Charles-Henry Lemaignen, âgé de
- quarante-neuf ans, profession d'employé, domicilié à Blois.
-
- Lesquels nous ont déclaré que le neuf du mois d'octobre à trois
- heures du soir Léopold-Victor Hugo, âgé de trois mois, né à Paris
- demeurant à Blois, département de Loir-et-Cher, fils de Monsieur
- Victor-Marie Hugo, membre de l'Académie des Jeux Floraux et de dame
- Adèle Foucher son épouse, domiciliés à Paris.
-
- Est décédé en notre commune, en la maison de M. le général Hugo, rue
- du Foix.
-
- Le premier nous a déclaré être voisin et le second témoin être voisin
- du décédé; et les déclarans ont signé avec nous le présent acte après
- que lecture leur en a été faite.
-
-J. Benoist
-H. Lemaignen
-Gault
-
-Le vaudeville doit donc se mêler toujours un peu aux tristesses
-humaines. La bonne Madame Foucher a caché les lettres annonçant la
-mort de l'enfant, de peur que sa fille ne les lût. Elle les a si bien
-cachées, qu'elle ne les a pu retrouver. Il lui a fallu annoncer de vive
-voix la désolante nouvelle à son gendre.
-
-Victor de répondre à des lettres dont il n'a point eu connaissance par
-celle-ci, trop écrite, trop résignée, où perce déjà trop l'ode qui
-suivra.
-
-Cher papa,
-
- Je n'accroîtrai pas ta douleur en te dépeignant la nôtre; tu as senti
- tout ce que je sens, ta femme éprouve tout ce qu'éprouve Adèle.
- Non, je ne veux pas t'attrister de toute notre affliction; si tu
- étais ici, excellent père, nous pleurerions ensemble, et nous nous
- consolerions en partageant nos larmes.
-
- Tout le monde est ici plongé dans la stupeur, comme si Léopold, comme
- si cet enfant d'hier, cet être maladif et délicat n'était pas mortel.
- Hélas il faut remercier Dieu qui a daigné lui épargner les douleurs
- de la vie. Il est des moments où elles sont bien cruelles.
-
- Notre Léopold est un ange aujourd'hui, cher papa, nous le prierons
- pour nous, pour toi, pour sa seconde mère, pour tous ceux qui l'ont
- aimé durant sa courte apparition sur la terre.
-
- Il ne faut pas croire que Dieu n'ait pas eu son dessein en nous
- envoyant ce petit ange, sitôt rappelé à lui. Il a voulu que Léopold
- fût un lien de plus entre vous, tendres parens et nous, enfants
- dévoués. Mon Adèle au milieu de ses sanglots me répétait hier que
- l'une de ses douleurs les plus vives était de penser à celles que toi
- et ton excellente femme avez éprouvées.
-
- Ce n'est pas à ta lettre que je réponds. J'ai appris la fatale
- nouvelle de Madame Foucher. Dans le premier moment, elle avait
- caché les deux lettres de peur qu'Adèle ne les lût, elle n'a pu les
- retrouver depuis.
-
- Du reste, elle m'a dit tout votre chagrin, toutes vos tendres et
- pieuses intentions pour que la trace de ce cher petit ne s'efface pas
- plus sur la terre qu'elle ne s'effacera dans nos cœurs.
-
- Adieu, bon et cher papa, console-toi de mon malheur.
-
- C'était hier (12 oct.) l'anniversaire de notre mariage. Le bon Dieu
- nous a donné une leçon en nous ramenant ce doux souvenir de joie au
- milieu d'une si vive douleur.
-
- Adieu encore, ma femme et moi avons le cœur plein de tendresse pour
- vous deux.
-
-Ton fils résigné et respectueux,
-Victor.
-
-13 octobre.
-
-On peut comparer cette lettre à l'ode adressée _A l'Ombre d'un Enfant_.
-L'inspiration est bien la même.
-
- Oh! parmi les soleils, les sphères, les étoiles,
- Les portiques d'azur, les palais de saphir,
- Parmi les saints rayons, parmi les sacrés voiles
- Qu'agite un éternel zéphir!
-
- Dans le torrent d'amour où toute âme se noie,
- Où s'abreuve de feux le séraphin brûlant:
- Dans l'orbe flamboyant qui sans cesse tournoie
- Autour du trône étincelant!
-
- Parmi les jeux sans fin des âmes enfantines;
- Quand leurs soins, d'un vieil astre, égaré dans les cieux,
- Avec de longs efforts et des voix argentines,
- Guident les chancelans essieux;
-
- Ou lorsqu'entre ses bras quelque vierge ravie
- Les prend, d'un saint baiser leur imprime le sceau,
- Et rit, leur demandant si l'aspect de la vie
- Les effrayait, dans leur berceau;
-
- Ou qu'enfin dans son arche éclatante et profonde,
- Rangeant de cieux en cieux son cortège ébloui,
- Jésus, pour accomplir ce qui fut dit au monde,
- Les place le plus près de lui;
-
- Oh! dans ce monde auguste où rien n'est éphémère,
- Dans ces flots de bonheur que ne trouble aucun fiel,
- Enfant! loin du sourire et des pleurs de ta mère,
- N'es-tu pas orphelin au ciel?
-
- Octobre 1823[73].
-
-[Note 73: _Odes et Ballades._ Livre V, 1819-1828. Ode XV. Edition
-définitive, Livre V, ode XVI.]
-
-
-
-
-V
-
-Le cachet du Général.--Ode sur _la guerre d'Espagne_.--Les _Nouvelles
-Odes_.--La négligence de Ladvocat.--Les bonnes dispositions du duc
-d'Angoulême vis-à-vis du Général.--Les dessous d'une disgrâce:
-Chateaubriand et Mme Boni de Castellane.
-
-
-Victor Hugo a trop éloquemment exprimé sa douleur pour qu'elle fût
-de longue durée. La mère fut plus longue à se consoler et pour se
-distraire, dessinait un peu.
-
-Le poète continue à faire à Paris les courses du général. Le fameux
-cachet d'acier--«il a excité l'admiration de tout le monde»--et
-l'écusson colorié semblent tenir une grande place dans les
-préoccupations du père et du fils.
-
-Mon cher papa,
-
- Notre désolée mère commence à se consoler un peu; tandis que je
- t'écris ceci, elle s'occupe à dessiner quelque chose qui fera plaisir
- à ses chers parents de Blois, car l'un de ses sentiments les plus
- vifs est sa tendresse et sa reconnaissance pour vous. Tu connais
- quelqu'un, cher papa, qui partage bien ces sentiments.
-
- M. Lemaire te remettra avec cette lettre les deux bouteilles de fleur
- d'orange, le cachet d'acier qui a excité ici l'admiration de tout
- le monde par la beauté de son fini et l'écusson colorié. J'ai eu le
- malheur dans tous mes malheurs, d'égarer la lettre où tu m'envoies la
- note d'un livre à t'acheter. Seras-tu assez bon pour m'excuser et me
- récrire de nouveau ce renseignement.
-
- Adieu, bon et cher papa, ma femme t'embrasse tendrement, ainsi que
- ton excellente femme. J'en fais autant. Nous sommes inquiets des
- santés de Blois. Il y a longtemps que nous n'avons de tes nouvelles.
-
-Ton fils dévoué et respectueux,
-Victor.
-
-16 octobre.
-
-Le dessin destiné par Adèle aux parents de Blois est terminé. M. de
-Féraudy, de passage à Paris, veut bien se charger de le leur porter.
-
-Mon cher papa,
-
- Je t'écris à la hâte quelques mots; M. de Féraudy attend ma lettre
- et le paquet; ma femme se dépêche de terminer ce qu'elle envoie à
- ses bons parents de Blois; j'espère que tu en seras content; et
- je me tais parce que je craindrais en louant le talent de mon
- Adèle, de paraître vouloir rehausser son présent. Nous aurions bien
- voulu t'envoyer ceci encadré; mais M. de Féraudy nous ayant fait
- quelques observations sur la difficulté du transport, tu sens qu'une
- délicatesse impérieuse nous a interdit de t'offrir ce beau dessin
- dans toute sa splendeur. Au reste M. de Féraudy s'est chargé de
- la commission avec une grâce toute parfaite, et je te prie de lui
- réitérer à Blois tous nos vifs remerciemens.
-
- Il y a bien longtems, ce me semble, cher papa, que nous n'avons de
- vos nouvelles. Comment se porte ta femme? Console-la en notre nom de
- notre malheur. Je chercherai ce que tu me demandes.
-
- Mon Adèle est toujours bien souffrante. Ce coup n'a pas contribué à
- la remettre. Cependant, elle a éprouvé une grande douceur à faire
- quelque chose pour toi, mon excellent père, et pour la grand'mère de
- son Léopold. Elle ne prend pas en ce moment la plume pour vous parce
- qu'elle tient encore le crayon.
-
- Je ne puis m'empêcher de te dire tout bas que son dessin a fait ici
- l'admiration de tous ceux qui l'ont vu.
-
- Ce bon Adolphe est peut-être à Blois en ce moment, embrasse-le pour
- nous en attendant que je l'embrasse pour toi. Adieu, bon et cher
- papa. Nos respects à ta femme. Nous t'embrassons bien tendrement.
- Il faut fermer ma lettre. M. de Féraudy m'attend; une ligne de plus
- serait une indiscrétion.
-
-V.
-
-Samedi, novembre.
-
-Le 2 décembre 1823, date de la rentrée plus officielle que triomphale
-du duc d'Angoulême à Paris,--l'anniversaire d'Austerlitz!--Adèle Hugo
-rend compte au général des démarches de Victor et de ses espérances.
-
-Le marquis de Clermont-Tonnerre, à qui il a lu son ode sur _La guerre
-d'Espagne_, l'a engagé à la remettre au duc d'Angoulême.
-
-Le libraire Ladvocat vient d'acheter pour deux ans, moyennant deux
-mille francs, la propriété des odes.
-
-La pauvre femme cherche à cacher à son mari, sous des apparences de
-tranquillité, la profonde douleur que lui a laissée la mort de son
-enfant.
-
-Elle souffre des oreilles, Abel engraisse et les nouvelles d'Eugène ne
-sont guère bonnes.
-
-Mon cher papa,
-
- Victor est tellement occupé en ce moment, qu'il me charge d'être
- son secrétaire; et je remplis avec joie cet emploi. Il me charge de
- vous dire que la lettre a été remise à M. de Serre[74], qu'il a été
- chez Monsieur de Chateaubriand[75], qu'ayant trouvé à quelque heure
- que ce soit du monde, il va lui demander un rendez-vous. Monsieur
- de Clermont-Tonnerre[76] a été charmant pour lui, Victor ayant fait
- une ode sur la guerre d'Espagne[77], il l'a engagé à la remettre à
- Monseigneur le duc d'Angoulême qui doit venir à une fête que va lui
- donner le ministre de la Marine[78].
-
-[Note 74: Pierre-François-Hercule, comte de Serre, né à
-Pagny-sur-Moselle en 1776, mort ambassadeur de France à Naples, à
-Castellamare, dans la nuit du 20 au 21 juillet 1824.
-
-Ministre de la Justice sous le cabinet Dessolle (29 décembre 1818), M.
-de Serre avait conservé son portefeuille sous la présidence du comte
-Decazes (19 novembre 1819) et sous le second ministère Richelieu (20
-février 1820).
-
-Démissionnaire ainsi que ses collègues le 12 décembre 1821, il avait
-reçu le titre de ministre d'État et était allé siéger au centre droit.]
-
-[Note 75: Ministre des Affaires étrangères, depuis le 28 décembre
-1822.]
-
-[Note 76: Ministre de la Marine et des Colonies du 14 décembre
-1821, le marquis de Clermont-Tonnerre devait être appelé le 4 août
-1824, au portefeuille de la Guerre.]
-
-[Note 77: _Odes et Ballades_, Liv. II; Ode VII.
-
-_La guerre d'Espagne_ fait, dans l'édition originale des _Nouvelles
-Odes_, suite à l'_Ombre d'un Enfant_.]
-
-[Note 78: Des banquets eurent lieu à l'Hôtel de Ville les 15 et 23
-décembre. Le 15: concert et bal aux Champs-Élysées.]
-
- Mon Victor vient de vendre à l'Advocat un nouveau volume d'odes[79]
- qu'il vient de faire. Il en a vendu la propriété pour deux ans ainsi
- que celle de son premier volume, _deux mille francs_. Mais qui ne
- doivent lui être payés de (que) dans l'année prochaine. Nous désirons
- ne pas tomber encore dans une banqueroute.
-
-[Note 79: _Nouvelles Odes._]
-
- Je suis enchantée que mon portrait ait fait quelque plaisir à notre
- chère maman, c'est le seul bonheur que j'aye éprouvé depuis notre
- malheur qui ne cesse de me poursuivre. Je tâche pourtant de le cacher
- à mon Victor crainte de l'affecter, sous des apparences de gaîté ou du
- moins de tranquillité. Je ne sors pas, j'ai des douleurs d'oreilles
- très cruelles, on parle encore de me purger, ce qui est pour moi un
- grand ennui.
-
- Mon frère Victor est à Alençon bien placé; que ne pouvons-nous en dire
- autant de notre frère Eugène. Ces messieurs lui écriront comme vous
- l'avez dit. Bien heureux si cela adoucit un peu son sort.
-
- Nous ne savons pas ce que fait Abel en ce moment, il est plus gros que
- jamais. Notre oncle Francisque doit être à Paris, Victor y est en ce
- moment; je voudrais bien que vous y fussiez aussi.
-
- Adieu, mes chers et bien bons parents, permettez-moi de vous embrasser
- comme je vous aime, et de vous assurer des sentiments avec lesquels je
- suis,
-
-votre très humble et respectueuse fille,
-A. Hugo.
-
-Ce 2 décembre.
-
-Victor songe toujours au rappel à l'activité de son père. C'est,
-dit-il, ce qu'il désire le plus au monde. Il rêve pour lui d'une
-inspection générale et a déjeuné, ces jours derniers, avec le marquis
-de Clermont-Tonnerre qui a été des plus aimables.
-
-Il s'occupe en même temps, de concert avec l'oncle Francis, en ce
-moment à Paris avec sa femme, de leur cousin Michaud que lui a
-recommandé le général, tout en surveillant l'impression de ses odes,
-sans pour cela négliger ses banqueroutiers.
-
-Victor et sa femme se font une joie d'aller passer quelques jours à
-Blois, au printemps prochain.
-
-Ce pli est adressé à M. le Gal Comte Hugo.
-
-Mon cher papa,
-
- Je suis bien étonnée que vous n'ayez pas encore reçu le bonnet, je
- l'ai livré il y a quinze jours à Abel, qui l'attendait pour le faire
- voyager avec deux tableaux qu'il devait vous envoyer de suite; il
- est vrai que tout cela est parti par le roulage mais il est fort
- étonnant, que vous ne l'ayez pas encore, car il y aura demain quinze
- jours qu'il est en route.
-
- Vous êtes bien bon de vous occuper de ma santé, je ne souffre plus
- des oreilles mais des douleurs d'entrailles qui m'ont fait garder la
- chambre tous ces jours-ci, mais je vais mieux cependant sans me bien
- porter. Vous m'avez chargée, mon cher papa, de rappeler à Victor,
- notre cousin, mon oncle Francisque s'en occupe en ce moment, il
- connaît justement la personne qu'il faut solliciter. Nous le voyons
- souvent ainsi que sa femme qui est très bonne et très aimable. Nous
- leur parlons souvent de vous, de toutes vos bontés, de celles de
- votre excellente femme et du bonheur que nous avons à vous aimer.
-
- Je vous envoie une note de la part de papa, Victor désirerait bien
- que vous fussiez employé, c'est, dit-il, la seule chose qu'il
- désire. Ce bon Victor vous aime tant!
-
- Nous nous faisons une fête d'aller vous voir au printemps, comme nous
- allons nous embrasser.
-
- Adieu, mon cher papa, dites bien des tendresses de ma part à ma chère
- maman, et croyez aux sentiments respectueux de votre fille.
-
-A. Hugo.
-
- En attendant, cher papa, que je puisse te rendre un compte détaillé
- des démarches que le major et moi faisons pour notre cousin, M.
- Michaud[80], je ne puis m'empêcher d'ajouter quelques mots à la
- lettre de mon ange.
-
- [Note 80: Joseph Hugo, père du général, menuisier, «très
- excellent républicain», couronné, le 10 floréal an V, à Nancy,
- lors de la fête des époux, avait épousé en secondes noces,
- Jeanne-Marguerite Michaud, gouvernante d'enfants chez le comte
- Rosières d'Euvezin; d'où ce cousinage.]
-
- Je ne saurais te dire quel plaisir nous font les lettres de Blois, et
- si je n'étais accablé de mes prochaines publications, j'y répondrais
- bien plus promptement; mais les soins à donner à mon nouveau recueil
- qui s'imprime, outre l'affaire de mes banqueroutiers et les démarches
- sans nombre qui se disputent mes instans, m'ôtent la douceur de
- t'écrire aussi fréquemment que l'exigerait mon attachement profond
- pour toi et ta femme.
-
- M. le marquis de Clermont-Tonnerre, avec qui j'ai déjeuné
- dernièrement m'a chargé de mille choses aimables pour toi; il est
- tout disposé à te servir, et je voudrais que toi tu employasses tes
- amis, parmi lesquels il en est de si puissans, à obtenir au moins une
- inspection générale.
-
- M. Foucher, qui compte incessamment t'écrire et Mme Foucher, ainsi
- qu'Abel, le major et sa femme vous embrassent tendrement. Quant à
- moi, cher et excellent père, tu connais mon profond et respectueux
- dévouement.
-
-Victor.
-
-Ce lundi 19.
-
-Le voyage à Blois est remis: Adèle Hugo est à nouveau enceinte et les
-médecins lui ont interdit la voiture. Les _Nouvelles Odes_ viennent de
-paraître[81]; mais, par la négligence de Ladvocat, le général n'a pas
-encore reçu l'exemplaire sur vélin qui lui est destiné. La publication
-de ce «méchant livre» initie Victor Hugo aux «courses indispensables»
-connues des auteurs.
-
-[Note 81: Les _Nouvelles Odes_ avaient paru chez Ladvocat quelques
-jours auparavant (_Journal des Débats_ du 24 mars 1824) avec cette
-épigraphe: _Nos canimus surdis_ et formaient un volume grand in-8º,
-orné d'une gravure, vendu 4 francs. Les _Débats_ en rendirent compte le
-14 juin sous l'initiale Z, signature de M. Hofman. Victor Hugo répondit
-aux critiques qui lui étaient adressées par une longue lettre publiée
-dans le numéro du 26 juillet suivant.]
-
-M. de Féraudy, candidat, sans doute, avec ses fables, à une récompense
-de l'Académie, a été également l'objet des démarches de son confrère.
-
-Le poète est décidément fort bien en cour. Il vient de déjeuner
-derechef avec M. de Clermont-Tonnerre. Le duc d'Angoulême aurait lu les
-_Mémoires du général_ et aurait regretté, au dire du marquis, qu'il
-n'ait pas «été employé dans la dernière guerre d'Espagne».
-
-Mon cher Papa,
-
- Remercie, de grâce, M. de Féraudy de sa trop aimable lettre qui nous
- a apporté un mot de toi. Dès que j'aurai qque détail des opérations
- de l'Académie, je m'empresserai de lui en faire part; et je désire
- bien vivement qu'ils soient conformes à mes justes espérances.
-
- Il me paraît d'après ton apostille d'ailleurs si pleine de tendresse
- et de bonté, que tu n'as pas encore reçu mes _nouvelles_ rapsodies.
- Pourtant le libraire Ladvocat s'était chargé de te faire passer un
- exemplaire vélin sur lequel j'avais écrit un mot. Mande-moi si tu
- l'as reçu.
-
- Je t'écris encore aujourd'hui _provisoirement_, entre deux courses
- _indispensables_ et je t'assure fort ennuyeuses. Il n'y a rien pour
- absorber toute une vie, comme la publication d'un méchant livre.
-
- M. de Clerm.-Tonn. avec qui j'ai déjeuné avant-hier m'a chargé de
- t'écrire que M. le duc d'Angoulême lui avait parlé de toi et de tes
- Mémoires _qu'il a lus avec le plus haut intérêt_, et qu'il regrettait
- que tu n'eusses pas été employé dans la dernière guerre d'Espagne.
-
- Je n'oublie pas, cher papa, les dernières commissions dont tu m'as
- chargé; ma prochaine lettre t'en annoncera l'accomplissement.
-
- Ma femme avance dans sa grossesse sans se porter aussi bien que je
- le voudrais. Nous ne sommes cependant pas inquiets: mais, tout en
- m'affligeant, je ne puis m'empêcher d'approuver la défense que lui
- ont faite les médecins d'aller en voiture. Cela nous prive d'un bien
- grand bonheur que nous nous promettions pour le printemps; mais qui,
- nous l'espérons, n'est retardé que de six mois.
-
- Adieu, cher papa, nous t'embrassons tendrement, mon Adèle et moi,
- ainsi que ton excellente femme.
-
-Ton fils dévoué et respectueux,
-Victor.
-
-Ce 27 mars 1824.
-
- Tout le monde ici se porte bien.
-
-Trois mois se sont écoulés. L'inspection générale rêvée par Victor pour
-son père, vient, malgré tous leurs efforts, de leur échapper. Le duc
-d'Angoulême réservait ces fonctions à des généraux ayant fait avec lui
-la campagne d'Espagne.
-
-Il n'y a pas lieu de se désespérer, néanmoins. C'est peut-être une
-chance de plus d'obtenir le titre de lieutenant-général si ardemment
-désiré.
-
-Puis, c'est la disgrâce de Chateaubriand...
-
-Elle était encore bien complète. Le 6 juin 1824, une ordonnance royale
-confiait l'intérim des Affaires étrangères à M. de Villèle[82], sans
-même indiquer que le vicomte de Chateaubriand fût démissionnaire, ni
-même appelé à d'autres fonctions.
-
-[Note 82: Par ordonnance du 4 août le baron de Damas devait se voir
-attribuer le portefeuille des Affaires étrangères.]
-
-A nouveau il était chassé du Ministère. La comtesse du Cayla, née
-Talon, triomphait.
-
-Même à la cour de Louis XVIII, les dessous de cartes de la politique
-sont toujours plaisants à connaître et ceux-ci de ne point manquer à la
-règle.
-
-Dans ce renvoi brusque de Chateaubriand, en dehors de l'animosité de la
-favorite du vieux roi et de la rancune de M. de Villèle, qui ne pouvait
-pardonner à son collègue des Affaires étrangères d'avoir prétexté
-d'un enrouement pour ne pas défendre, au Luxembourg, son projet de
-conversion des rentes, il y a, dirai-je, une histoire de femme, et peu
-banale, en vérité.
-
-Malgré ses cinquante-cinq ans, Chateaubriand était une fois de
-plus amoureux, amoureux comme un jeune homme, comme on l'est à
-peine hors de page, et écrivait à sa maîtresse--oh, cette fugue si
-malencontreusement interrompue, tous les deux, vers Dieppe!--les
-lettres les plus insensées.
-
-Ces lettres à une presque inconnue, Mme de C..., M. Léon Séché les
-a publiées dans les _Annales Romantiques_[83] où leur publication fit
-du bruit, et reproduites, non sans dévoiler en partie l'anonymat de la
-nouvelle amie de René, dans son bel ouvrage sur _Hortense Allart de
-Méritens_[84].
-
-[Note 83: Juillet-octobre 1907, pp. 257-301.]
-
-[Note 84: Paris, Société du Mercure de France, 1908, in-8º, pp.
-98-104.]
-
-Le nom de la dame n'avait pas été prononcé, cependant. Les _Souvenirs
-du Baron de Frénilly_, récemment publiés[85], ne laissent aucune
-incertitude à ce sujet, pas plus que sur les motifs de la grande colère
-de Louis XVIII qui amena cette seconde révocation.
-
-[Note 85: _Souvenirs du baron de Frénilly, pair de France_
-(1768-1828), publiés avec introduction et notes par Arthur Chuquet,
-membre de l'Institut, Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1908, in-8º.]
-
-L'incendie qui dévorait son cœur ne faisait point assez oublier au
-Ministre l'influence à laquelle il pouvait prétendre vis-à-vis de cet
-infortuné Ferdinand.
-
-Les affaires sont les affaires.
-
-Chateaubriand «avait donc joint au portefeuille des affaires étrangères
-celui des affaires particulières de Mme Boni de Castellane[86]
-dont il était l'admirateur fort peu secret, avant, je crois, que mon
-ancien ami Molé[87] eût recueilli sa succession, et cette dame ayant
-vendu 1.800.000 francs sa terre de Saint-Pierre de Moustier, il n'avait
-su rien de mieux que de lui conseiller le placement de ces fonds dans
-l'emprunt des Cortès d'Espagne. Par suite, quand Ferdinand, replacé
-sur son trône par Louis XVIII, refusa fort sagement de reconnaître cet
-emprunt révolutionnaire, Chateaubriand, voyant son amie ruinée, n'avait
-encore su rien de mieux que de charger Talaru[88] de mettre le pied sur
-la gorge au monarque espagnol pour le forcer à légitimer l'emprunt, et
-Talaru, à qui on ne peut nier la force et quelquefois les formes d'un
-cheval, avait si fidèlement rempli cette commission que le roi, irrité
-et éperdu, avait passé par-dessus toutes les formes diplomatiques en
-écrivant secrètement à Louis XVIII pour savoir de lui-même si c'était
-réellement par ordre de celui qui venait de le remettre sur le trône
-et qui avait annulé l'ordonnance d'Andujar[89] qu'on lui ordonnait de
-ruiner lui et son peuple pour enrichir les révolutionnaires d'Espagne
-et donner crédit et garantie aux révolutions futures... Le roi fut
-irrité ainsi que Villèle; le silence perfide de Chateaubriand dans
-l'affaire des rentes fit déborder le vase[90].»
-
-[Note 86: Louise-Cornélia-Eucharis de Greffulhe.
-
-Marmont, dans une note de ses _Mémoires_ (tome VII, p. 293), avait
-montré plus de discrétion:
-
-«M. de Chateaubriand était lié d'une manière intime avec une personne
-de la Cour, qui est assez connue pour que je ne donne aucun détail sur
-elle...»
-
-mais, racontait l'aventure en termes presque identiques.]
-
-[Note 87: Le comte Louis-Mathieu Molé (1781-1855), ancien grand
-juge, ministre de la Justice, en novembre 1813, votait deux ans plus
-tard, pair de France, la mort de Ney.]
-
-[Note 88: Louis-Justin-Marie, marquis de Talaru (1773-1850), ancien
-officier de l'armée royale, siégea en 1815 comme ultra-royaliste à la
-Chambre des pairs, fut promu maréchal de camp en 1823, et nommé, la
-même année, ambassadeur à Madrid. Le marquis de Talaru avait été un des
-premiers bailleurs de fonds du _Conservateur_, ce semble même avoir été
-son seul titre, au dire du chancelier Pasquier, à représenter la France
-en Espagne.
-
-Sur «ce patagon romanesque», cf. _Souvenirs du baron de Frénilly_, p.
-425.]
-
-[Note 89: Ordonnance rendue le 8 août 1823, à Andujar, par le duc
-d'Angoulême, pour placer l'autorité entre les mains des commandants
-français et faire libérer les détenus politiques, bientôt abrogée de
-fait sur des ordres venus de Paris.]
-
-[Note 90: _Souvenirs du baron de Frénilly_, pp. 494-495.]
-
-Le général Hugo était indirectement victime des amours de René vieilli
-et de la femme du futur maréchal de France.
-
-Mon cher papa,
-
- Malgré tous les efforts de M. Foucher et toute la bonne volonté du
- Gal Coëtlosq...[91] nous n'avons pu réussir cette fois. Ta demande
- était arrivée trop tard; et le duc d'Angoul... avait depuis quelque
- temps retenu les inspect. gales pour des officiers gaux de l'armée
- d'Espagne. J'ignore, cher papa, si cet événement est un malheur réel;
- ce n'est pas un échec pour tes vieux et glorieux services, puisqu'il
- est hors de doute que ta demande l'aurait emporté, s'il y eût eu
- concurrence; mais les places étaient déjà promises au Prince. Il me
- semble d'ailleurs que cela augmente tes chances pour la promotion
- de lieutenants-généraux de la Saint-Louis; et qu'avec l'appui de
- M. Clerm.-Tonn. (je ne puis plus dire malheureusement et de M. de
- Chateaub...) il sera très possible à cette époque de te faire arriver
- à ce sommet des dignités militaires où tu devrais être depuis si
- longtemps parvenu.
-
-[Note 91: Le lieutenant général Charles-Yves-César-Cyr de (alias
-du) Coetlosquet, directeur général au Ministère de la Guerre, né à
-Morlaix, le 21 juillet 1783, mort à Paris, le 23 janvier 1836.]
-
- Je crois que M. Foucher envisage la chose comme moi; au reste, il va
- t'écrire. Quant à moi, je griffonne à la hâte cette lettre. Mes yeux
- sont toujours bien faibles, et notre emménagement n'est pas encore
- terminé[92]. Mon Adèle, qui se porte toujours bien, va t'écrire et
- te répéter, ainsi qu'à ta femme, l'expression de notre filial et
- respectueux dévouement.
-
-[Note 92: Victor Hugo et sa femme venaient de s'installer au nº 90
-de la rue de Vaugirard.]
-
-Victor.
-
- Si mon illustre ami revient aux affaires, nos chances triplent. Nos
- rapports se sont beaucoup resserrés depuis sa disgrâce, ils s'étaient
- fort relâchés pendant sa faveur.
-
-Ce 27 juin.
-
-Cependant, une fille est née dont le berceau est venu remplacer celui
-de l'enfant mort à Blois. Elle porte aussi le prénom du grand-père.
-C'est Léopoldine: elle devait épouser plus tard Charles Vacquerie, et
-trouver avec lui une fin si tragique à Villequier, le 4 septembre 1843.
-
-La femme du général Hugo en est marraine. La petite va bien et n'a
-pas encore de dents. Le jeune ménage se fait une fête de la conduire
-bientôt grande rue du Foix.
-
-Mon cher papa,
-
- J'attendais toujours pour vous écrire que mon mari eût fini le
- portrait de ma Didine, mais comme ma fille remue toujours et que
- Victor exige un modèle tranquille, il est très long à le terminer, et
- moi je m'ennuyais de ne pas vous écrire. Si je ne vous aimais trop je
- vous gronderais de n'avoir pas compris le motif de mon silence, et de
- ne m'avoir pas donné de vos nouvelles, mais j'espère mon cher papa
- que vous ne tarderez pas à nous satisfaire en me donnant en détail
- des nouvelles de la santé de ma bonne mère.
-
- Ma fille se porte très bien et n'a pas encore de dents. Elle est très
- gaie et nous amuse beaucoup; il me tarde bien de vous la remettre
- entre les bras, aussi comptons-nous partir, si cela arrange vos
- projets, dans deux mois; nous nous faisons une si grande fête de vous
- voir que je voudrais que ce fût demain. Au surplus, mon cher papa,
- écrivez-nous quand il vous sera commode de nous recevoir.
-
- Mon Victor vous embrasse, embrasse la marraine de notre Didine; et
- moi mon cher papa je vous aime tous deux à l'égal de votre bonté,
- d'après cela jamais il n'y a eu de plus tendre fille. Je vous
- écrirais plus longuement, mais ma fille me réclame.
-
-Votre respectueuse fille,
-A. Hugo.
-
-Cette lettre est adressée au Général comte Hugo (en toutes lettres) et
-Victor y a joint ce court billet:
-
-Ce 19 février.
-
- J'ajoute un mot, cher papa, à la lettre de notre Adèle. Je voudrais
- pouvoir ajouter quelque chose à l'expression de sa tendresse pour toi
- et ta femme; mais je ne saurais exprimer mieux qu'elle, ce qu'elle
- sent aussi bien que moi. Je voulais, comme elle te le dit, t'envoyer
- le portrait de ta Léopoldine dans ma plus prochaine lettre, mais mon
- désir de te le donner ressemblant me l'ayant déjà fait deux ou trois
- fois recommencer: je ne veux pas tarder plus longtemps à solliciter
- de tes nouvelles pour nous, pour Abel et pour la famille Foucher.
-
- Rabbe[93], qui est venu hier dîner avec nous, m'a parlé de toi avec
- le plus tendre et le plus respectueux attachement. C'est un bon et
- noble ami.
-
-[Note 93: Alphonse Rabbe, né en 1786 dans les Basses-Alpes, mort
-à Paris, le 1er janvier 1830. Après avoir créé à Marseille _le
-Phocéen_, essai d'un quotidien en province, Rabbe était venu à Paris,
-où il collabora au _Courrier français_, aux _Tablettes universelles_
-(1820-1824) et à différents périodiques.
-
-Il dirigea la _Biographie universelle et portative des Contemporains_
-à ses débuts et en demeura le collaborateur. Il a laissé, entre autres
-travaux, des résumés de l'histoire d'Espagne et de celle de Russie.
-
-Une maladie cruelle avait défiguré Alphonse Rabbe et Victor Hugo
-raconte comment le pauvre homme évitait, en raison de sa laideur, de
-se laisser voir par Adèle Hugo, durant sa grossesse (_Victor Hugo
-raconté_, p. 69-70).]
-
- Louis nous a envoyé ces jours-ci un superbe panier de gibier que nous
- avons mangé en famille avec le vif regret de ne pas vous le voir
- partager.
-
- Adieu, bien cher et bien excellent père, je m'occupe en ce moment de
- ramasser de la besogne pour notre séjour à Blois, qui nous promet
- tant de bonheur.
-
- Notre Didine est charmante. Elle ressemble à sa mère, elle ressemble
- à son grand-père. Embrasse pour elle sa bonne marraine.
-
-Ton fils tendre et respectueux,
-V. H.
-
- Où en est ta demande près du ministre? Veux-tu que je m'en informe?
- As-tu vu que des exceptions ont été faites[94]?
-
-[Note 94: Le _Moniteur_ (20 février 1825) chercha à les expliquer:
-
-«Plusieurs journaux ont annoncé que quelques-uns des officiers généraux
-mis en retraite par l'ordonnance du 1er décembre 1824, avaient été,
-par une exception ou faveur spéciale du Roi, rétablis sur le cadre de
-l'État-major général de l'armée.
-
-«Nous nous sommes assurés que rien n'est moins exact et qu'aucune
-exception à cette ordonnance n'a été faite; à la vérité quelques
-officiers généraux qui avaient été d'abord considérés comme compris
-dans une des deux positions qu'elle détermine ont réclamé: ils ont
-produit de nouveaux documents; et un examen approfondi de leurs
-réclamations et des nouvelles pièces fournies, a fait reconnaître
-qu'ils ne remplissaient pas les conditions exigées par l'ordonnance
-pour l'admission à la retraite; ils ont été alors et ont dû être
-maintenus dans le cadre de l'État-major général, non par une exception
-prononcée en leur faveur comme on l'a prétendu, mais par une suite
-naturelle de l'exécution impartiale de l'ordonnance du 1er décembre
-1824.»]
-
-Ces deux lettres se sont croisées avec celle du général annonçant sa
-venue et celle de sa femme à Paris. Les grands-parents connaîtront donc
-leur petite-fille, avant qu'on la leur ait menée à Blois.
-
-Mon cher papa,
-
- Tu as vu que nos lettres se sont croisées. Je désire que notre lettre
- t'ait fait autant de plaisir que la tienne nous en a fait. Elle ne
- pouvait nous apporter de plus agréable nouvelle que celle de votre
- prochaine arrivée; et j'espère presque, en t'écrivant celle-ci,
- qu'elle ne te trouvera pas à Blois.
-
- Tu ne saurais croire quelle fête nous nous faisons de vous présenter
- notre Léopoldine toujours petite, mais toujours bien portante et si
- gentille... elle vous aimera tous deux comme nous l'aimons, nous ne
- saurions dire davantage.
-
- Nous nous applaudissons presque d'avoir été une partie du mois sans
- nouvelles de toi puisque tu as été malade. Nous aurions eu des
- inquiétudes, maintenant nous n'avons que le plaisir de te savoir
- rétabli.
-
- Adieu, bon et cher papa, je ne t'en écris pas plus long puisque nous
- pourrons bientôt communiquer de vive voix.
-
- Quelles que soient les affaires qui t'amènent, tu sais que tu peux
- compter en tout et pour tout sur notre dévoûment comme sur notre
- tendre et respectueux attachement.
-
- Embrasse pour moi la bonne marraine de ta Léopoldine.
-
-Victor.
-
-Ce 27 février.
-
-
-
-
-VI
-
-Le voyage à Blois.--Une lettre de Victor Hugo au dessinateur
-Queyroy.--Deux poètes nommés chevaliers de la Légion d'honneur.--Les
-sables de la Miltière.--Le sacre de Charles X.
-
-
-En avril 1825, le projet si longtemps caressé d'un voyage à Blois put
-enfin être mis à exécution.
-
-Victor Hugo et sa femme, elle nourrissait Léopoldine, prirent la
-malle-poste et arrivèrent à Blois, au matin, par la rive gauche de la
-Loire[95].
-
-[Note 95: Ancienne route directe de Blois à Orléans par Saint-Dyé
-et Cléry, avant que Mme de Pompadour eut fait tracer, sur la rive
-droite, une nouvelle route, passant devant son château de Menars.]
-
-Près de quarante ans plus tard, remerciant de son album, les _Rues et
-Maisons du vieux Blois_, le dessinateur Queyroy[96], Hugo vieilli
-adressait, de Guernesey, cette jolie lettre à l'artiste.
-
-[Note 96: Outre les _Rues et Maisons du vieux Blois_, on doit au
-dessinateur Armand Queyroy, qui a été longtemps conservateur du Musée
-de Moulins, un certain nombre d'eaux-fortes sur Vendôme et la plupart
-des portraits qui servent de frontispice à chacun des volumes composant
-la _Galerie des Hommes illustres du Vendômois_.]
-
-Ce n'est plus la prose un peu flottante et souvent impersonnelle des
-lettres au général. Si les cheveux du poète avaient blanchi, son
-verbe avait, depuis des années, pris son ampleur et adopté sa formule
-définitive.
-
-Ce sont là de très belles pages, où magnifiquement, Victor Hugo évoque
-son arrivée à Blois, son père et son jardin; et, s'éveillant au bord du
-fleuve, la ville tout entière, désuète mais pleine de grâce, avec son
-château, ses vieilles maisons et tous ces souvenirs qui sont le passé.
-
-Hauteville-House, 17 avril 1864.
-
- Monsieur, je vous remercie. Vous venez de me faire revivre dans le
- passé. Le 17 avril 1825, il y a trente-neuf ans aujourd'hui même,
- (laissez-moi noter cette petite coïncidence intéressante pour moi),
- j'arrivais à Blois. C'était le matin. Je venais de Paris. J'avais
- passé la nuit en malle-poste, et que faire en malle-poste? J'avais
- fait la ballade des _Deux Archers_[97] puis, les derniers vers
- achevés, comme le jour ne paraissait pas encore, tout en regardant
- à la lueur de la lanterne passer à chaque instant des deux côtés
- de la voiture des troupes de bœufs de l'Orléanais descendant vers
- Paris, je m'étais endormi. La voix du conducteur me réveilla.--Voilà
- Blois! me cria-t-il. J'ouvris les yeux et je vis mille fenêtres à la
- fois, un entassement irrégulier et confus de maisons, des clochers,
- un château, et sur la colline un couronnement de grands arbres et
- une rangée de façades aiguës à pignons de pierre au bord de l'eau,
- toute une vieille ville en amphithéâtre capricieusement répandue,
- sur les saillies d'un plan incliné, et, à cela près que l'océan est
- plus large que la Loire et n'a pas de pont qui mène à l'autre rive,
- presque pareille à cette ville de Guernesey que j'habite aujourd'hui.
- Le soleil se levait sur Blois.
-
-[Note 97: Ballade VIII; dédiée à Louis Boulanger.]
-
- Un quart d'heure après, j'étais rue du Foix, nº 73. Je frappais à
- une petite porte donnant sur un jardin: un homme qui travaillait au
- jardin venait m'ouvrir. C'était mon père.
-
- Le soir, mon père me mena sur le monticule qui dominait sa maison
- et où est l'arbre de Gaston[98]; je revis d'en haut la ville que
- j'avais vue d'en bas; l'aspect, autre, était, quoique sévère, plus
- charmant encore. La ville, le matin, m'avait semblé avoir le gracieux
- désordre et presque la surprise du réveil; le soir avait calmé les
- lignes. Bien qu'il fît encore jour, le soleil venant à peine de
- se coucher, il y avait un commencement de mélancolie; l'estompe du
- crépuscule émoussait les pointes des toits; de rares scintillements
- de chandelles remplaçaient l'éblouissante diffusion de l'aurore sur
- les vitres; les profils des choses subissaient la transformation
- mystérieuse du soir; les roideurs perdaient; les courbes gagnaient;
- il y avait plus de coudes et moins d'angles. Je regardais avec
- émotion, presque attendri par cette nature. Le ciel avait un vague
- souffle d'été.
-
-[Note 98: La Butte des Capucins.
-
-Cf. Dr H. Chauveau: _Mémoire sur les Buttes dans le département de
-Loir-et-Cher_. Blois, imp. Lecesne, 1866, in-8, de 39 pp. (carte).
-
-A. de Rochas: _Les Buttes et la télégraphie optique_. Mémoires de la
-_Société des Sciences et Lettres de Loir-et-Cher_, tome XI (1886), pp.
-1-26 (carte).]
-
- La ville m'apparaissait non plus comme le matin, gaie et ravissante,
- pêle-mêle, mais harmonieuse; elle était coupée en compartiments
- d'une belle masse, se faisant équilibre; les plans reculaient, les
- étages se superposaient avec à-propos et tranquillité. La cathédrale,
- l'évêché, l'église noire de Saint-Nicolas[99], le château, autant
- citadelle que palais, les ravins mêlés à la ville, les montées et
- les descentes où les maisons tantôt grimpent, tantôt dégringolent,
- le pont avec son obélisque, la belle Loire serpentant, les bandes
- rectilignes de peupliers, à l'extrême horizon, Chambord indistinct
- avec sa futaie de tourelles, les forêts où s'enfonce l'antique voie
- dite «ponts romains»[100] marquant l'ancien lit de la Loire, tout cet
- ensemble était grand et doux. Et puis mon père aimait cette ville.
-
-[Note 99: Ancienne église de l'abbaye bénédictine de Saint-Laumer.]
-
-[Note 100: Les «ponts châtrés», vulgairement appelés «ponts
-chartrains».]
-
- Vous me la rendez aujourd'hui.
-
- Grâce à vous, je suis à Blois. Vos vingt eaux-fortes montrent la
- ville intime, non la ville des palais et des églises, mais la ville
- des maisons. Avec vous, on est dans la rue; avec vous on entre dans
- la masure; et telle de ces bâtisses décrépites, comme les logis
- en bois sculpté de la rue Saint-Lubin[101], comme l'hôtel Denis
- Dupont[102], avec sa lanterne d'escalier à baies obliques suivant
- le mouvement de la vis de Saint-Gilles, comme la maison de la rue
- Haute, comme l'arcade surbaissée de la rue Pierre-de-Blois étale
- toute la fantaisie gothique, ou toutes les grâces de la Renaissance,
- augmentées de la poésie du délabrement. Être une masure, cela
- n'empêche pas d'être un bijou. Une vieille femme qui a du cœur et de
- l'esprit, rien n'est plus charmant. Beaucoup des exquises maisons
- dessinées par vous sont cette vieille femme-là. On fait avec bonheur
- leur connaissance. On les revoit avec joie, quand on est, comme
- moi, leur vieil ami. Que de choses elles ont à vous dire, et quel
- délicieux rabâchage du passé! Par exemple, regardez cette fine et
- délicate maison de la rue des Orfèvres, il semble que ce soit un
- tête-à-tête. On est en bonne fortune avec toute cette élégance.
- Vous nous faites tout reconnaître, tant vos eaux-fortes sont des
- portraits. C'est la fidélité photographique, avec la liberté du grand
- art. Votre rue Chemonton est un chef-d'œuvre. J'ai monté, en même
- temps que ces bons paysans de Sologne peints par vous, les grands
- degrés du château. La maison à statuettes de la rue Pierre-de-Blois
- est comparable à la précieuse maison des musiciens de Woymouth. Je
- retrouve tout.
-
-[Note 101: Vieille rue de Blois, bien connue des touristes pour ses
-maisons du XVe siècle. L'une d'elles, dont il existe un curieux dessin
-par Victor Hugo, aurait été habitée par Marion Delorme, que certains,
-(le bibliothécaire Dupré, entre autres, qui en a publié un acte de
-naissance), prétendent née à Blois.]
-
-[Note 102: Denys Dupont,--Pontanus--avocat et célèbre jurisconsulte
-blaisois; l'un des principaux auteurs de la Coutume de Blois et son
-commentateur. (Blois, Angelier, 1556; Paris, Billaine, 1677.)]
-
- Voici la Tour-d'Argent[103], voici le haut pignon sombre, coin des
- rues des Violettes et de Saint-Lubin, voici l'hôtel de Guise, voici
- l'hôtel de Cheverny[104], voici l'hôtel Sardini[105] avec ses voûtes
- en anses de panier, voici l'hôtel d'Alluye[106] avec ses galantes
- arcades du temps de Charles VIII, voici les degrés de Saint-Louis
- qui mènent à la cathédrale, voici la rue du Sermon, et au fond la
- silhouette presque romane de Saint-Nicolas; voici la jolie tourelle à
- pans coupés dite Oratoire[107] de la reine Anne. C'est derrière cette
- tourelle qu'était le jardin où Louis XII, goutteux, se promenait sur
- son petit mulet.
-
-[Note 103: Ancien atelier monétaire des comtes de Blois formant
-le coin des rues des Trois-Clefs et de la Serrurerie, où est établi
-aujourd'hui le siège d'une compagnie électrique.]
-
-[Note 104: Hôtel à Blois de la famille Hurault (Hurault de Cheverny
-de Saint-Denis et de Vibraye), ou «Petit Louvre», rue Saint-Martin.]
-
-[Note 105: Scipion Sardini, financier lucquois amené en France
-par Catherine de Médicis qui lui fit épouser Isabelle de Limeuil. La
-rapidité de sa fortune lui valut cette épigramme de ses contemporains:
-
- _Qui modo Sardinii jam nunc sunt grandia cete
- Sic alit italicos Gallia pisciculos._
-
-En dehors de l'hôtel du 7 de la rue du Puits-Châtel, à Blois, Sardini
-possédait, à Paris, un hôtel dans le quartier Mouffetard, auquel M.
-Anatole de Montaiglon a consacré deux articles intéressants: _L'hôtel
-de Scipion Sardini et ses médaillons en terre cuite_ (_Les Beaux-Arts_,
-tome I, 1869, pp. 161-166; 197-202); _Bulletin de la Société impériale
-des Antiquaires de France_, année 1857, pp. 97-101; cette communication
-a été réimprimée dans la _Revue universelle des Arts_, tome V, 1857,
-pp. 461-463).
-
-M. Édouard Drumont a d'autre part tracé une jolie silhouette du
-personnage dans la première série de _Mon vieux Paris: Un Financier du
-XVIe siècle_ (Réimpression Flammarion, S. D., in-12, pp. 207-247).
-
-Brantôme, puis... le duc d'Aumale ont évoqué, non sans esprit, cette
-tant bizarre Isabelle de Limeuil dont la vengeance vis-à-vis de Condé
-fut plutôt rabelaisienne, et l'accouchement en pleine cour pour le
-moins maladroit.]
-
-[Note 106: Ancien hôtel rue Saint-Honoré (ainsi que l'hôtel Denys
-Dupont), de Florimond Robertet, baron d'Alluye, secrétaire des finances
-de Charles VIII, de Louis XII et de François Ier. Bien que la
-plupart de ses biographes le fassent mourir, à Blois, en 1522, il ne
-serait mort, d'après l'hommage de sa veuve, Michelle Gaillard, pour le
-château de Bury, qu'en 1527, et à Paris.]
-
-[Note 107: Pavillon situé dans les anciens jardins bas du château
-et y faisant face, souvent improprement appelé «Bains de Catherine».
-
-Anne de Bretagne s'y était retirée durant l'excommunication de Louis
-XII.
-
-Cf. Pierre Lesueur: _Les Jardins du château de Blois et leurs
-dépendances_. Blois: C. Migault et Cie, in-8º, de 225 pp. (Pl.)]
-
- Ce Louis XII a, comme Henri IV, des côtés aimables. Il fit beaucoup
- de sottises, mais c'était un roi-bonhomme. Il jetait au Rhône les
- procédures commencées contre les Vaudois. Il était digne d'avoir
- pour fille cette vaillante huguenote astrologue, Renée de Bretagne,
- si intrépide devant la Saint-Barthélémy et si fière à Montargis.
- Jeune, il avait passé trois ans à la tour de Bourges, et il avait
- tâté de la cage de fer. Cela qui aurait rendu un autre méchant, le
- fit débonnaire.
-
- Il entra à Gênes, vainqueur, avec une ruche d'abeilles dorée sur sa
- cotte d'armes et cette devise: _Non utitur aculeo_. A Aignadel, à
- un courtisan qui disait: _Vous vous exposez, sire_, il répondait:
- _Mettez-vous derrière moi._ C'est lui aussi qui disait: _Bon roi,
- roi avare. J'aime mieux être ridicule aux courtisans que lourd au
- peuple._ Il disait: _La plus laide bête à voir passer, c'est un
- procureur portant ses sacs._ Il haïssait les juges désireux de
- condamner et faisant effort pour agrandir la faute et envelopper
- l'accusé. _Ils sont_, disait-il, _comme les savetiers qui allongent
- le cuir en tirant dessus avec leurs dents._ Il mourut de trop aimer
- sa femme, comme plus tard François II doucement tués l'un et l'autre
- par une Marie. Cette noce fut courte. Le 1er janvier 1515, après
- quatre-vingt-trois jours ou plutôt quatre-vingt-trois nuits de
- mariage, Louis XII expira, et comme c'était le jour de l'an, il dit à
- sa femme: _Mignonne, je vous donne ma mort pour vos étrennes_. Elle
- accepta de moitié avec le duc de Brandon.
-
- L'autre fantôme qui domine Blois est aussi haïssable que Louis XII
- est sympathique. C'est ce Gaston, Bourbon coupé de Médicis. Florentin
- du XVIe siècle, lâche, perfide spirituel, disant de l'arrestation
- de Longueville, de Conti et de Condé: _Beau coup de filet, prendre
- à la fois un renard, un singe et un lion!_ Curieux artiste,
- collectionneur, épris de médailles, de filigranes et de bonbonnières,
- passant sa matinée à admirer le couvercle d'une boîte en ivoire,
- pendant qu'on coupait la tête à quelqu'un de ses amis, trahi par
- lui[108].
-
-[Note 108: Non sans courage,--il est des réhabilitations
-difficiles--un descendant de Brunyer, l'ancien médecin de Gaston, M.
-J. de Pétigny, de l'Institut, protesta dans une lettre à la _France
-Centrale_ (9 juin 1864), contre la sévérité de ce jugement.]
-
- Toutes ces figures, et Henri III, et le duc de Guise, et d'autres, y
- compris ce Pierre-de-Blois[109], qui a pour gloire d'avoir prononcé
- le premier le mot _transsubstantiation_, je les ai revues, Monsieur,
- dans la confuse évocation de l'histoire, en feuilletant votre
- précieux recueil. Votre fontaine de Louis XII m'a arrêté longtemps.
- Vous l'avez reproduite comme je l'ai vue, toute vieille, toute
- jeune, charmante. C'est une de vos meilleurs planches. Je crois bien
- que la _Rouennerie en gros_, constatée par vous, vis-à-vis l'hôtel
- d'Amboise, était déjà là de mon temps[110]. Vous avez un talent vrai
- et fin, le coup d'œil qui saisit, le style la touche ferme, agile
- et forte, beaucoup de naïveté, et ce don rare de la lumière dans
- l'ombre. Ce qui me frappe et me charme dans vos eaux-fortes, c'est le
- grand jour, la gaieté, l'aspect souriant, cette joie du commencement
- qui est toute la grâce du matin. Des planches sont baignées d'aurore.
- C'est bien là Blois, mon Blois à moi, ma ville lumineuse. Car la
- première impression de l'arrivée m'est restée. Blois est pour moi
- radieux. Je ne vois Blois que dans le soleil levant. Ce sont là des
- effets de jeunesse et de patrie.
-
-[Note 109: Pierre de Blois, né dans le faubourg de Vienne, vers
-1130. Après avoir étudié le droit à Bologne et la théologie à Paris,
-fut tour à tour, en Angleterre, où il mourut en disgrâce vers 1200,
-secrétaire et confident de Henri II Plantagenet et chancelier de
-l'archevêque de Cantorbéry, qui lui conféra l'archidiaconé de Bath.
-
-Les lettres qu'il a laissées sont, au dire des biographes, pleines de
-jugements satiriques et violents sur ses contemporains.]
-
-[Note 110: Une plaque de cuivre gravé a ramené cette inscription à
-des proportions plus modestes.]
-
- Je me suis laissé aller à causer longuement avec vous Monsieur,
- parce que vous m'avez fait plaisir. Vous m'avez pris par mon faible,
- vous avez touché le coin sacré des souvenirs. J'ai quelquefois de
- la tristesse amère, vous m'avez donné de la tristesse douce. Être
- doucement triste, c'est là le plaisir. Je vous en suis reconnaissant.
- Je suis heureux qu'elle soit bien conservée, si peu défaite, et si
- pareille encore à ce que je l'ai vue il y a quarante ans, cette
- ville à laquelle m'attache cet invisible écheveau des fils de l'âme,
- impossible à rompre, ce Blois qui m'a vu adolescent, ce Blois où les
- rues me connaissent, où une maison m'a aimé, et où je viens de me
- promener en votre compagnie, cherchant les cheveux blancs de mon père
- et trouvant les miens.
-
- Je vous serre la main, Monsieur.
-
-Victor Hugo.
-
-Publiée d'abord dans la _Gazette des Beaux-Arts_[111], la _Presse_ et
-la _France Centrale_[112], souvent reproduite depuis, cette lettre fixe
-au 17 avril 1825 l'arrivée de Victor Hugo à Blois.
-
-[Note 111: _Gazette des Beaux-Arts_, juin 1864.]
-
-[Note 112: _La France Centrale_, 2 juin 1864.]
-
-Le commissionnaire essoufflé remettant au poète «la grande lettre
-cachetée de rouge qui venait d'arriver chez lui et que son beau-père
-lui envoyait en toute hâte» de _Victor Hugo raconté par un Témoin de sa
-Vie_ risque donc fort d'appartenir à la légende.
-
-C'est dommage, car nous y perdons cette jolie scène.
-
- A Blois, le général était à la descente de la voiture. Victor Hugo,
- sachant le plaisir qu'il ferait à son père, lui tendit aussitôt son
- brevet et lui dit:
-
- --Tiens, ceci est pour toi.
-
- Le général, charmé en effet, garda le brevet et, en échange détacha
- de sa boutonnière son ruban rouge[113] qu'il mit à celle de son
- fils[114].
-
-[Note 113: Le général était officier de la Légion d'honneur du 14
-février 1815.]
-
-[Note 114: _Victor Hugo raconté par un Témoin de sa Vie_, tome II,
-p. 83.]
-
-Le 29 avril seulement, le _Moniteur_ annonçait la distinction dont
-Lamartine et Victor Hugo venaient d'être l'objet:
-
-«Le Roi vient de nommer MM. Alphonse de Lamartine et Victor Hugo,
-chevaliers de la Légion d'honneur[115].»
-
-[Note 115: _Moniteur Universel_, nº 119, vendredi 29 avril 1825,
-partie non officielle.]
-
-Le 12 mai suivant, le nouveau chevalier n'avait encore ni croix, ni
-papiers[116].
-
-[Note 116: Lettre écrite de la Miltière à M. Foucher, le 12 mai
-1825.]
-
-Ce Roi qui, par ordonnance spéciale, venait de décorer deux poètes,
-n'était plus Louis XVIII, mort le 16 septembre 1824, à 4 heures du
-matin, mais le comte d'Artois, devenu Charles X.
-
-Non content d'accorder à Victor Hugo l'étoile au centre de laquelle un
-Henri IV barbu avait remplacé le masque consulaire, le Roi l'invitait à
-son sacre.
-
-Cette «marque d'honneur» était bien due au chantre, alors si fidèle,
-des Bourbons. Il y fut très sensible, et les lettres qu'il écrivit
-alors de Blois témoignent du plaisir qu'il en ressentit.
-
-La _Correspondance_ de Victor Hugo nous en fournit le texte. Il
-complète heureusement celui dont la bibliothèque de Blois conserve les
-originaux.
-
-Dès le 27 avril, aussitôt ces importantes nouvelles reçues, Victor
-écrit à Soulié, au bon Soulié, non pas l'auteur du _Lion Amoureux_,
-mais Augustin Soulié, le rédacteur à la _Quotidienne_[117].
-
-[Note 117: Jean-Baptiste-Augustin Soulié, né à Castres en 1780,
-mort à Paris en 1845. Après avoir fondé et dirigé à Bordeaux: le
-_Mémorial bordelais_, la _Ruche d'Aquitaine_ et la _Ruche politique_
-il vint, en 1828, se fixer à Paris, où il collabora activement à la
-_Quotidienne_.
-
-Paul Lacroix lui attribue les articles signés d'un S. parus dans le
-_Conservateur littéraire_. Ils semblent plutôt devoir être attribués à
-J.-B. Biscarrat.
-
-Nommé conservateur à la Bibliothèque de l'Arsenal, A. Soulié a laissé
-une édition assez estimée des _Poésies de Charles d'Orléans_.]
-
-Le poète ne cache ni sa joie, ni sa reconnaissance pour ses protecteurs.
-
-A Monsieur J.-B. Soulié, hôtel de Hollande,
-rue Neuve-des-Bons-Enfants, à Paris.
-
-
-Blois, 27 avril 1825, matin.
-
- Savez-vous, mon bon Soulié, que les grâces royales pleuvent sur moi,
- au moment où je viens à Blois me faire hermite? Le Roi me nomme
- chevalier de la Légion d'honneur, et me fait l'insigne honneur de
- m'inviter à son sacre. Vous allez vous réjouir, vous qui m'aimez,
- et je vous assure que le plaisir que cette nouvelle vous fera
- augmente beaucoup ma propre satisfaction. Il y a entre nous une telle
- fraternité de sentiments et d'opinions, qu'il me semble que ma croix
- est la vôtre, comme la vôtre serait la mienne.
-
- Ce qui accroît beaucoup le prix de cette croix à mes yeux, c'est que
- je l'obtiens avec Lamartine, par ordonnance spéciale qui ne nomme
- que nous deux, attendu, a dit le Roi, qu'il s'agit de réparer une
- omission. Ces deux décorations ne comptent pas dans le nombre donné
- au sacre.
-
- Ce qui ajoute aussi un grand charme à mon voyage de Reims, c'est
- l'espérance de le faire avec notre Charles Nodier[118], auquel
- j'ai écrit hier, pour qu'il s'arrange de manière à m'avoir pour
- compagnon. Je dois ajouter à tout ceci que M. de La Rochefoucauld a
- été charmant, dans cette circonstance, pour Lamartine et moi. Il est
- impossible de s'effacer plus complètement pour laisser au Roi toute
- la reconnaissance, de mettre plus de grâce et de délicatesse dans
- ses rapports avec nous. C'est à lui que nous devons nos croix et
- c'est lui qui nous remercie. Je dois cette justice haute et entière à
- un homme qui ne l'obtient pas toujours[119].
-
-[Note 118: «Notre Charles Nodier»! Il faut lire le jugement que
-portait sur lui, dans une lettre à Albert Stapfer, Prosper Mérimée,
-son successeur à l'Académie, qui venait de terminer non sans peine,
-il est à croire, le discours de réception au cours duquel les usages
-académiques le forçaient à faire son éloge:
-
-«Il m'a fallu lire les œuvres complètes de Nodier, y compris _Jean
-Sbogar_. C'était un gaillard très taré qui faisait le bonhomme et avait
-toujours la larme à l'œil. Je suis obligé de dire, dès mon exorde,
-que c'était un infâme menteur. Cela m'a fort coûté à dire en style
-académique. Enfin, vous entendrez ce morceau, si je ne crève pas de
-peur en le lisant». (_Prosper Mérimée; l'homme, l'écrivain, l'artiste._
-Paris, _Journal des Débats_, 1907, in-8º. Lettre du 16 octobre 1844, p.
-101).
-
-L'article de Charles Nodier sur _Han d'Islande_, paru dans la
-_Quotidienne_, en 1823, l'avait mis en rapport avec Victor Hugo et
-leurs relations n'avaient point tardé à tourner à l'intimité.]
-
-[Note 119: Le vicomte Sosthènes de la Rochefoucauld. Son passage
-à la direction des Beaux-Arts fut surtout marqué par l'allongement
-momentané qu'il fit subir, à l'Opéra, aux jupes des danseuses et par
-les feuilles de vigne en papier dont il gratifia, au Louvre, les
-nudités des statues.
-
-Sa haine du nu souffrait, sans doute, en dehors de ses fonctions, des
-accommodements: à entendre Horace de Viel Castel, il n'aurait pas été
-sans consoler Zoé du Cayla des amours par trop pures de Louis XVIII.
-
-Le vicomte de la Rochefoucauld fut,--lui aussi,--l'objet de
-mystifications sans nombre, auxquelles le _Mercure de France_ ne
-demeura pas toujours étranger.]
-
- Je vais donc vous revoir, cher ami, et il me faut cette espérance
- pour apporter quelque adoucissement au chagrin de quitter mon Adèle
- pour la première fois. Dites tout cela à ceux de nos bons amis
- auxquels je n'aurai pas le temps d'écrire.
-
- Votre canif est beau et excellent; votre dessin est d'une bizarrerie
- charmante. Merci mille fois, et merci surtout de votre franche et
- tendre amitié.
-
- Personne ne vous aime plus que moi.
-
-Victor[120].
-
-[Note 120: Victor Hugo: _Correspondance_, 1815-1835, pp. 219-220.]
-
-Le lendemain c'est le tour d'Alfred de Vigny, «Vigny qu'on avait
-oublié dans cette cérémonie malgré ses titres de noblesse et les
-autres»[121], et, à la satisfaction du jeune légionnaire se mêlent de
-jolies notes sur Blois.
-
-[Note 121: Léon Séché: _Alfred de Vigny et son temps_, p. 113.
-
-«Il est vrai que ce fils de royalistes, cet officier de la garde
-royale, n'avait été inspiré ni par la mort du duc de Berry, ni par
-celle de Louis XVIII, ni par la naissance du duc de Bordeaux. Un
-jour, trente ans plus tard, on lui demanda de faire une poésie sur la
-naissance du prince impérial. Il répondit qu'il n'avait jamais su faire
-ces choses-là.» (_Ibid._, en note.)]
-
-A Monsieur le comte Alfred de Vigny,
-rue Richepanse, Paris.
-
-Blois, 28 avril 1825.
-
- Il ne faut pas, cher Alfred, que vous appreniez d'un autre que
- moi les faveurs inattendues qui sont venues me chercher dans la
- retraite de mon père. Le Roi me donne la croix et m'invite à son
- sacre. Réjouissez-vous, vous qui m'aimez, de cette nouvelle; car je
- repasserai à Paris en allant à Reims, et je vous embrasserai.
-
- Je compte faire le voyage avec notre Nodier, auquel je viens
- d'écrire. Vous nous manquerez.
-
- Tous les honneurs, du reste, portent leur épine avec eux. Ce voyage
- me force à quitter pour quinze éternels jours cette Adèle que j'aime
- comme vous aimez votre Lydia[122], et il me semble que cette première
- séparation va me couper en deux.
-
-[Note 122: Miss Lydia de Bunbury que le poète avait rencontrée en
-1824, à Pau, où il était en garnison et où il l'avait épousée le 3
-février 1825.]
-
- Vous me plaindrez, mon ami, car vous aimez comme moi.
-
- Je suis ici, en attendant mon nouveau départ, dans la plus délicieuse
- ville qu'on puisse voir. Les rues et les maisons sont noires et
- laides, mais tout cela est jeté pour le plaisir des yeux sur les deux
- rives de cette belle Loire; d'un côté un amphithéâtre de jardins et
- de ruines, de l'autre une plaine inondée de verdure. A chaque pas un
- souvenir.
-
- La maison de mon père est en pierres de taille blanches, avec des
- contrevents verts comme ceux que rêvait J.-J. Rousseau; elle est
- entre deux jardins charmants, au pied d'un coteau, entre l'arbre de
- Gaston et les clochers de Saint-Nicolas. L'un de ces clochers n'a
- point été achevé et tombe en ruine[123]. Le temps le démolit avant
- que l'homme l'ait bâti.
-
-[Note 123: Restauré une première fois sous le règne de
-Louis-Philippe, ce clocher a été complètement refait ces dernières
-années.]
-
- Voilà tout ce que je vais quitter pour quinze jours, et mon vieux et
- excellent père et ma bien-aimée femme par-dessus tout. Mais je vous
- reverrai un instant, et il y a tant de consolations dans la vue d'un
- ami.
-
- Adieu, cher Alfred, mille hommages à votre chère Lydia. Avez-vous
- terminé votre formidable _Enfer_[124]? C'est une page de Dante, c'est
- un tableau de Michel-Ange, le triple génie.
-
-[Note 124: Il faut comprendre, sans doute, votre _Satan_.]
-
- Embrassez bien pour moi Émile[125], Soumet, Jules[126], Guiraud[127]
- et d'Hendicourt et tous nos amis, auxquels j'écrirai dès que j'aurai
- quelque loisir.
-
-[Note 125: Émile Deschamps, né à Bourges en 1791, mort à
-Versailles, en 1871. L'un des premiers adeptes du Romantisme. Il
-fut un des fondateurs de la _Muse française_ de Victor Hugo, dont
-il demeura l'ami, collabora aux _Annales de la Littérature et des
-Arts_, au _Mercure du XIXe siècle_, etc. Poésie, drame, roman, études
-historiques et littéraires, Émile Deschamps embrassa un peu tous les
-genres. Ses œuvres complètes ont été publiées en six volumes, chez
-Lemerre (1872-1894).]
-
-[Note 126: Jules Lefèvre-Deumier (1797-1857), lié d'amitié avec
-Alexandre Soumet, entra avec lui dans le mouvement romantique et
-collabora au _Conservateur littéraire_ et à la _Muse française_. Ses
-vers se ressentent fort de l'influence de Byron qu'il imita en allant
-combattre pour la délivrance de la Pologne. Fait prisonnier par les
-Autrichiens, il devint, après son retour en France, bibliothécaire du
-prince Louis-Napoléon, puis de l'Élysée et des Tuileries.
-
-Jules Lefèvre n'était pas, comme poète, sans valeur (_le Parricide_,
-1823; _le Clocher de Saint-Marc_, 1826; _Ode sur la mort du général
-Foy_, 1826; _les Confidences_, 1833). Il a laissé en outre des romans
-qui eurent quelques succès: _Sir Lionel d'Arquenay_ (1834), _les
-Martyrs d'Arezzo_ (1836).
-
-Il fut un moment co-propriétaire de l'_Artiste_ avec Arsène Houssaye.]
-
-[Note 127: Pierre-Marie-Thérèse-Alexandre, baron Guiraud
-(1788-1847). Un des fondateurs de la _Muse française_ où il rendit
-compte des _Mémoires du général Hugo_ (tome I, p. 198) et où il publia
-un véritable manifeste littéraire: _Nos Doctrines_ (t. II, nº 7).
-Collabora également aux _Annales de la Littérature et des Arts_ et au
-_Mercure du XIXe siècle_.
-
-Avait eu un drame, _les Macchabées_, joué, en 1822, à l'Odéon; d'autres
-suivirent: _le comte Julien_ (1823), _Pharamond_, en collaboration avec
-Ancelot (1825), _Virginie_ (1827).
-
-Assidu du salon de Mme Ancelot (Marguerite Chardon), Guiraud
-aimait à y réciter les vers un peu pleurards qui devaient former ses
-_Élégies savoyardes_ (Ponthieu, 1823). Il a publié, en outre, _Poèmes
-et Chants élégiaques_ (Boulland, 1824), des _Poésies dédiées à la
-jeunesse_ (Dondey-Dupré, 1836) et deux forts volumes assez justement
-oubliés, imprimés à Limoux, sa ville natale: _Philosophie catholique de
-l'Histoire_ (Boute, 1839-1841).
-
-Le baron Guiraud faisait depuis 1826 partie de l'Académie française.
-
-Cf. Léon Séché: _Le Cénacle de la Muse française_.]
-
- Je suis encore ici pour trois semaines. Vous m'écrirez vite, n'est-ce
- pas?
-
- Mille respects de ma part à Madame votre mère[128].
-
-[Note 128: Victor Hugo: _Correspondance_, 1815-1835, p. 221-222.]
-
-Rues et maisons noires et laides, «tout cela est jeté pour le plaisir
-des yeux». Voilà, pour les Blaisois, s'il en était besoin, de quoi
-faire pardonner au poète les deux vers du comte de Gassé.
-
- Regardez.--Tout est laid, tout est vieux, tout est mal.
- Ces clochers même ont l'air gauche et provincial[129].
-
-[Note 129: _Marion Delorme_, acte II, scène I.]
-
-Au reste, Victor Hugo a suffisamment magnifié Blois, voire les clochers
-de Saint-Nicolas, pour que cette boutade ne puisse inspirer qu'un
-sourire et rien plus.
-
-De Blois, il écrivit encore au baron d'Eckstein[130], pour lui
-recommander le _Résumé de L'Histoire de Russie_, du pauvre Alphonse
-Rabbe; puis, le 7 mai, à la veille d'en partir, ce fut cette lettre,
-jolie et intéressante, à Adolphe de Saint-Valry[131], son ami d'enfance:
-
-[Note 130: Ferdinand d'Eckstein, né à Altona, en 1790, mort à Paris
-en 1861. Après avoir servi contre la France, suivit Louis XVIII et
-s'attacha à sa fortune. Successivement commissaire central à Marseille,
-inspecteur général au ministère de la police, historiographe à celui
-des Affaires étrangères et enfin créé baron.
-
-Après avoir collaboré aux _Annales de la Littérature et des Arts_,
-auxquelles il donna des articles politiques, historiques et de
-littérature étrangère, le baron d'Eckstein, fonda en 1826, le
-_Catholique_.
-
-Rendu à la vie privée par la Révolution de juillet il a exprimé, avec
-talent, dans nombre d'ouvrages, son loyalisme.]
-
-[Note 131: Adolphe Souillard, plus connu sous le nom d'Adolphe
-de Saint-Valry (1802-1862), né la même année que Victor Hugo, était
-pour lui un ami d'enfance, car son père avait servi sous les ordres du
-général. Après avoir collaboré au _Conservateur littéraire_, Adolphe de
-Saint-Valry,--il donnait comme Jules Lefèvre et Jules de Rességuier les
-plus belles espérances,--était passé aux _Annales de la Littérature et
-des Arts_, où l'honneur lui fut imparti de rendre compte des _Odes et
-poésies diverses_ de V. Hugo.
-
-Je ne puis reproduire le morceau dans son entier, il ferait longueur,
-mais la date où ces lignes furent écrites (1822, tome VII) leur donne
-trop de saveur pour que je puisse ne point les citer:
-
-«Nous ne savons à quelle fatalité attribuer le silence des journaux
-quotidiens à son égard; est-ce que par hasard la supériorité d'un
-écrivain aussi jeune que M. Victor Hugo donnerait de l'ombrage et du
-souci à quelques hommes de lettres en crédit? Ce serait là un sentiment
-bien bas, mais au reste bien digne d'un siècle essentiellement jaloux
-et dépréciateur; car, de nos jours dans le compte que l'on rend des
-meilleurs ouvrages, il règne habituellement une certaine réserve
-cauteleuse, assez proche parente de l'envie et de la médiocrité.
-Heureusement pour M. V. Hugo, une édition épuisée sans annonce, les
-éloges et l'amitié si honorables de M. de Chateaubriand et de M. de
-Lamennais sont une fort belle compensation.»
-
-Que l'on veuille se souvenir que le poète et le critique n'avaient pas
-à eux deux, plus de quarante ans.
-
-Adolphe de Saint-Valry fut un des sept fondateurs de la _Muse
-française_, avec Émile Deschamps, Guiraud, Soumet, Victor Hugo,
-Alfred de Vigny et Desjardins. (Ce Desjardins, doit être l'auteur
-d'un drame «en cinq coupes d'amertume», _Semiramis la Grande_, dont
-les lecteurs de l'_Intermédiaire_ n'ignorent pas le titre. Il semble
-avoir été professeur libre et avoir collaboré à la _Tribune_ de Germain
-Sarrut. C'est, parmi les Romantiques de la première heure, un des plus
-inconnus.)
-
-Il prit une part active, en l'absence de Guiraud, à la préparation
-du premier numéro, qui parut le 28 juillet 1823 sous la date du
-15, et, quand, après douze numéros, la _Muse_ disparut, le 15 juin
-1824, survivant à peine huit jours à la disgrâce de Chateaubriand,
-dont le grand public ignora longtemps les causes, ou tout au moins
-l'une d'entre elles, ce fut Saint-Valry, qui, non sans esprit et
-sans courage, traça le portrait d'Auguste, l'ami hier tout puissant,
-aujourd'hui ministre révoqué, «car il est doux de rendre hommage à
-la vertu et au courage d'un homme de bien, et peut-être n'est-il pas
-encore défendu d'accompagner jusqu'aux portes de Rome Cicéron partant
-pour l'exil».
-
-En vérité, Saint-Valry donnait mieux, là, que des espérances, et, en
-dehors de leur amitié, l'on comprend en quelle singulière estime le
-pouvait tenir Hugo qui avait souvent été son hôte à Montfort-l'Amaury,
-dont ils ont, l'un et l'autre, chanté les ruines. (_Odes et Ballades_,
-Odes Livre V, Ode XVII; _Les Annales romantiques_, 1826.)
-
-On doit à Adolphe de Saint-Valry un roman, publié en 1836: _Mme de
-Mably_.
-
-Cf. Ch.-M. Des Granges: _La Presse littéraire sous la
-Restauration._--Léon Séché: _Le Cénacle de la Muse
-française_.--_L'Intermédiaire des Chercheurs et Curieux_, 1893.]
-
-A Adolphe de Saint-Valry.
-
-Blois, 7 mai 1825.
-
- Oui, mon ami, de cette ville historique et pittoresque, je tournerai
- bien souvent mes regards vers Paris et Montfort, et le château de
- Blois ne me fera point oublier Saint-Laurent. J'ai passé là en août
- 1821, des moments bien doux et votre excellente mère m'y a fait
- presque oublier pendant huit jours l'admirable mère que je venais de
- perdre.
-
- Je vous remercie des nouvelles que vous me donnez. Je suis charmé
- que le bon Jules Lefèvre vous doive la vente de son _Clocher de
- Saint-Marc_. C'est un homme d'un vrai talent, et il ne manque à ce
- talent qu'un succès.
-
- Rien de tout cela ne vous manque à vous, mon cher ami, et vous avez
- tort de désespérer de vous-même; il faut que votre poème se vende,
- et il se vendra. Entre le talent et le public, le traité est bientôt
- fait.
-
- On me dit ici que l'on dit là-bas que j'ai fait abjuration de mes
- _hérésies littéraires_, comme notre grand poète Soumet. Démentez le
- fait bien haut partout où vous serez, vous me rendrez service.
-
- J'ai visité hier Chambord. Vous ne pouvez vous figurer comme c'est
- singulièrement beau. Toutes les magies, toutes les poésies, toutes
- les _folies_ mêmes sont représentées dans l'admirable bizarrerie de
- ce palais de fées et de chevaliers. J'ai gravé mon nom sur le faîte
- de la plus haute tourelle[132]; j'ai emporté un peu de pierre et
- de mousse de ce sommet, et un morceau de châssis de la croisée sur
- laquelle François Ier a inscrit les deux vers:
-
-[Note 132: Marie-Caroline, duchesse de Berry, devait suivre ce
-mauvais exemple, le 18 juin 1828, lors de sa visite à Chambord.
-(_Relation du voyage de S.A.R. Madame, Duchesse de Berry, dans la
-Touraine, l'Anjou, la Bretagne, la Vendée, et le Midi de la France en
-1828_; par M. le vicomte Walsh. (Paris, Hiver, 1829, tome I, p. 24.) Il
-faut lire dans les mémoires d'Horace de Viel Castel comment il traite
-ce «Walsh d'Irlande».
-
-Sur Chambord, cf. L. de la Saussaye: _Le château de Chambord_, 8e
-édit. Lyon, Perrin, 1859, in-8º, de VII; 137 pp.]
-
- Souvent femme varie
- Bien fol est qui s'y fie
-
- Ces deux reliques me sont précieuses.
-
- Adieu, mon ami, vous savez que le roi m'invite à son sacre. Je serai
- à Paris vers le 29, et je vous embrasserai.
-
- L'amitié d'un homme comme vous est douce et inappréciable.
-
-Victor[133].
-
-[Note 133: Victor Hugo: _Correspondance_, 1815-1835, pp. 48-49.]
-
-Le lendemain ou le surlendemain, le général emmenait ses hôtes
-passer quelques jours à la Miltière, la propriété qu'il possédait en
-Sologne[134], d'où, après avoir écrit de façon plaisante à son jeune
-beau-frère, Paul Foucher[135], le 9 ou le 10 mai, il adressait, le 12,
-cette lettre plus sérieuse à son beau-père.
-
-[Note 134: Par acte passé devant Me Pardessus, notaire à Blois,
-le 12 décembre 1823, le général Hugo, avait acquis au prix de 31.000
-francs cette petite propriété située communes de Pruniers et de Lassay
-(Loir-et-Cher) avec la locature de Laudinière. «Elle consistait d'après
-l'acte, en: maison de maître, grange, cénacles, un enclos appelé le
-parc de la Miltière, distribué en jardins anglais et entouré de fossés,
-contenant environ 5 hectares de terre, prés et taillis.» (L. B.)]
-
-[Note 135: _Correspondance_, pp. 50-51.
-
-Né en 1818 et mort en 1875, Paul-Henri Foucher devait être en 1828
-le collaborateur de son beau-frère dans le drame d'_Amy Robsart_.
-Drames, opéras, ballets, romans, chroniques, Paul Foucher a un peu
-affronté tous les genres et l'on ne doit pas oublier ses intéressantes
-correspondances parisiennes adressées à l'_Indépendance belge_.
-
-Alfred de Musset semble avoir lié à jamais son nom à celui de Mélanie
-Waldor:
-
- Quand Madame Waldor à Paul Foucher s'accroche,
- Montrant le tartre de ses dents...
-]
-
-Il ne s'agit pas dans celle-ci de baccalauréat ou des jeux du soleil
-à travers le lierre tapissant «une salle de verdure attenante à la
-Miltière».
-
-Le sacre approche, Victor n'a reçu encore ni sa croix de la Légion
-d'honneur, ni les papiers la concernant. Il craint «de ne pouvoir
-porter la décoration au sacre, ce qui serait inconvenant». Il prie son
-beau-père de vouloir bien passer à la chancellerie pour stimuler un peu
-l'apathie des bureaux.
-
-Puis, ce sont les 350 francs demandés à Reims pour une chambre,--la
-province est sans pitié quand elle a occasion d'écorcher quelques
-Parisiens,--et si ce n'est tout à fait le chapitre des chapeaux, c'est
-tout au moins celui du tailleur et du chapelier. Du protocole presque.
-
-La Miltière, 12 mai 1825.
-
-Mon cher papa,
-
- Le messager envoyé par mon père à Blois est de retour. Il nous
- rapporte l'aimable lettre de maman à son Adèle, que nous avons lue
- en famille et une lettre fort cordiale de Victor Foucher[136], qui
- nous fait aussi beaucoup de plaisir. Nous nous attendions également
- à recevoir la croix de la Légion d'honneur et les papiers, etc.,
- que vous nous avez annoncés pour le commencement de cette semaine.
- Notre espérance est frustrée de ce côté, et mon père désirerait que
- vous eussiez la bonté de passer encore une fois à la Légion, pour
- presser cet envoi. Car ma place est retenue pour le 19 au matin, et
- si nous ne recevions pas tout cela au moins le 18, je courrais grand
- risque de ne pouvoir porter la décoration au sacre, ce qui serait
- inconvenant.
-
-[Note 136: Victor-Adrien Foucher, beau-frère de Victor Hugo, né
-comme lui, en 1802, mort en 1866. Magistrat, Victor Foucher a dirigé de
-1833 à 1862 la _Collection des lois civiles et criminelles des États
-modernes_ et a laissé en outre, un certain nombre d'ouvrages et de
-brochures d'un caractère juridique.
-
-Paul Lacroix attribue à Victor Foucher vingt articles, signés F., du
-_Conservateur littéraire_.]
-
- Je sens, mon excellent père, combien je vous donne de peines, et
- je suis pénétré d'une vive reconnaissance de toutes vos bontés. La
- lettre de maman Foucher est bonne comme elle: elle est remplie de
- détails qui nous intéressent. Nous sommes enchantés des progrès de
- Juju[137] autant que de Didine[138]; quand nous serons de retour à
- Paris ces deux enfants seront l'objet de nos curiosités réciproques,
- et nous aurons de longs récits à nous faire.
-
-[Note 137: Julie Foucher, la toute jeune sœur d'Adèle Hugo, mariée
-plus tard au graveur Paul Chenay (1818-1906) auteur d'un volume de
-souvenirs intimes: _Victor Hugo à Guernesey_.
-
-(Paris, Juven, S. D. in-12), de 296 pp.]
-
-[Note 138: Léopoldine Hugo.]
-
- Voudriez-vous encore ajouter à tous vos soins paternels celui de
- payer nos contributions dont le papier a été remis à maman. Nous vous
- rembourserons cette petite somme.
-
- Maman nous apprend que la chambre à Reims est louée 350 francs et
- qu'on cherche une quatrième personne. Est-ce pour la voiture ou
- pour le logement? Vous me disiez dans votre dernière que Beauchêne
- s'occupait de la fabrication de mon habit. Comment a-t-il eu ma
- mesure? Il faudra sans doute les culottes, bas, souliers à boucles,
- épée d'acier, chapeau à galon d'acier et plumes. En quel métal
- doivent être les boucles de la culotte et des souliers? Faudra-t-il
- les jabots et les manchettes?
-
- Parlez de nous à la bonne Mme Deschamps. M. Deschamps[139] m'a
- écrit une charmante lettre. Veuillez l'en remercier en attendant que
- je le fasse moi-même.
-
-[Note 139: Père d'Émile et d'Antoni Deschamps.]
-
- Paul a dû recevoir aujourd'hui une lettre de moi, la première que
- j'ai écrite de la Miltière. Celle-ci est la seconde. Je vais écrire
- la troisième à Charles Nodier.
-
- Adieu, mon cher et bon père; papa et son excellente femme, mon Adèle
- et sa petite Didine aux joues fermes, vous embrassent ainsi que maman
- Foucher, et je me joins à eux de cœur. Vous ne sauriez croire comme
- on parle de vous en Sologne à l'heure qu'il est.
-
-Votre fils tendrement dévoué,
-Victor.
-
- Mon portier a-t-il reçu quelque lettre depuis notre départ? J'en
- reçois une bien paternelle de M. de la Rivière[140].
-
-[Note 140: M. de la Rivière, le vieux maître d'école de Victor rue
-Saint-Jacques. Il en sera, ultérieurement, plus longuement question.]
-
- Écrivez toujours à Blois[141].
-
-[Note 141: _Correspondance_, pp. 223-225.]
-
-Victor Hugo a raconté assez sommairement son séjour à Reims et ses
-impressions au cours de la cérémonie du sacre, à laquelle il fait
-assister Lamartine[142], dont M. Edmond Biré a, depuis, établi
-l'absence à ce gala où le carton peint semble avoir été un trop
-fréquent accessoire[143].
-
-[Note 142: _Victor Hugo raconté par un Témoin de sa Vie_, tome II,
-p. 92.]
-
-[Note 143: _Victor Hugo avant 1830_, p. 377.]
-
-Il convient d'être plus bref encore. Ce fut pour Victor l'occasion, et
-elle était excellente, d'écrire l'_Ode sur le Sacre_[144].
-
-[Note 144: _Odes_, livre III (1824-1828), ode IV.]
-
-Il aimait le sujet. Les Bourbons l'avaient jusqu'ici heureusement
-inspiré. Louis XVIII ne s'était point montré ingrat. Charles X ne le
-fut point davantage.
-
-
-
-
-VII
-
-L'Ode sur _le Sacre_.--Une promotion désirée: le lieutenant-général
-comte Hugo.--Une dette sacrée.--Ce bon M. de la Rivière.--Le _voyage au
-Mont-Blanc et dans la vallée de Chamonix_.--Naissance de Charles-Victor
-Hugo.
-
-
-Ces vers firent plus sans doute pour la nomination du général Hugo au
-grade de lieutenant-général que les démarches répétées de jadis auprès
-de MM. de Chateaubriand et de Clermont-Tonnerre et du duc d'Angoulême
-lui-même.
-
-Le sacre est du 29 mai. Le 5 juin, le _Moniteur Universel_ nº 156,
-publiait cette promotion si ardemment désirée:
-
-«M. le Maréchal-de-camp Hugo, vient d'être nommé lieutenant-général.»
-
-Le fils s'en réjouit autant que le père. Il est de nouveau à Gentilly,
-chez un ami, cette fois, et de cette banlieue, il adresse ses
-félicitations au nouveau lieutenant-général, «M. le Lieutenant-général
-Comte Hugo», et ses excuses à Mme Hugo pour la négligence de
-Ladvocat.
-
-Gentilly, 19 juin.
-
-Mon cher papa,
-
- C'est de ma campagne où je suis allé passer quelques jours chez
- un ami qui demeure à deux lieues de Paris, que je te réponds. Je
- regrette bien que tu y sois toi-même en ce moment. Les chaleurs
- excessives, la solitude et le dénuement de la Miltière me font
- trembler pour ta chère santé. Il me semble que tu aurais dû retarder
- ce voyage quelque important qu'il pût être, et ne pas t'aventurer
- tout seul dans cette saison au milieu des déserts de la Sologne.
- Tu sais comme moi combien les pays humides et sablonneux exhalent
- de miasmes morbifiques dans les grandes chaleurs, et mon Adèle te
- reproche tendrement de nous avoir donné l'inquiétude de te savoir
- là-bas.
-
- Les journaux de Paris ont annoncé ta promotion de la manière la plus
- flatteuse. Que t'importe un oubli qu'ils font si fréquemment? Que
- t'importe la jalousie? Il suffit de ton nom et de ta réputation pour
- mériter l'envie. Résigne-toi, mon noble père, à cet inconvénient de
- toute position élevée.
-
- J'ai rempli ta commission auprès d'Adolphe.
-
- Tu ne m'étonnes pas en m'apprenant que ta femme n'a pas reçu son
- exemplaire. J'avais remis à Ladvocat le paquet à son adresse avec
- beaucoup d'autres, pour qu'il le mît à la poste. Tu connais la
- négligence de ce libraire. Partant pour la campagne j'ai dû me
- reposer sur lui de ce soin, et j'ai déjà reçu plusieurs plaintes
- comme la tienne. Le messager qui va porter cette lettre à la poste
- à Paris, va être chargé en même temps d'un petit mot sévère pour
- Ladvocat et de l'ordre de réparer sur-le-champ cet oubli. Si j'en
- avais ici un seul exemplaire je l'enverrais directement à ta femme,
- mais j'espère que Ladvocat sera soigneux cette fois.
-
- Je suis heureux que mon ode t'ait fait quelque plaisir. Son succès
- ici passe mon espérance. Elle a été réimprimée par sept ou huit
- journaux. Je vais la présenter au Roi.
-
- Adieu, mon excellent père, je n'ai que le temps de fermer cette
- lettre et de t'embrasser bien tendrement. Ma femme et Didine
- embrassent la tienne.
-
- Didine nous a un peu inquiétés ces jours-ci: ses dents la tourmentent.
-
- Je reçois à l'instant une lettre d'Émile Deschamps où je lis: «M. le
- Général Hugo nous a fait bien plaisir en devenant lieutenant-général.
- Y aurait-il quelque moyen de lui faire parvenir nos félicitations et
- l'hommage de mon respect?» Tout le monde applaudit.
-
-Le 24 juin, en effet, l'auteur de l'_Ode sur le Sacre_ avait l'honneur
-de présenter lui-même ses vers au roi.
-
- O Dieu! garde à jamais ce roi qu'un peuple adore!
- Romps de ses ennemis les flèches et les dards,
- Qu'ils viennent du couchant, qu'ils viennent de l'aurore,
- Sur des coursiers ou sur des chars!
- Charles, comme au Sina, t'a pu voir face à face!
- Du moins qu'un long bonheur efface
- Ses bien longues adversités.
- Qu'ici-bas des élus il ait l'habit de fête.
- Prête à son front royal deux rayons de ta tête;
- Mets deux anges à ses côtés!
-
-Ce n'est point assez que sept ou huit journaux les aient déjà
-reproduits. La gloire des caractères des presses royales leur manquait.
-Charles X allait la leur accorder:
-
- Nous avons annoncé que le roi avait accueilli avec bonté M.
- Victor Hugo, auteur d'une _Ode sur le Sacre_. M. le vicomte de la
- Rochefoucauld, chargé du département des Beaux-Arts, vient d'informer
- ce jeune poète que Sa Majesté, voulant témoigner la satisfaction
- que lui a causée la lecture de cette ode, avait ordonné qu'elle
- fût réimprimée avec tout le luxe typographique par les presses de
- l'Imprimerie royale[145].
-
-[Note 145: _Moniteur Universel_, 30 juin 1825.]
-
-Les titres du père sont énoncés désormais en toutes lettres et la
-correspondance est adressée à
-
-Monsieur
-Monsieur le lieutenant général Comte Hugo
-A Blois.
-
-quand ce n'est point à «Madame la Comtesse Hugo».
-
-Précédant le départ pour la Suisse des Hugo et des Nodier, ce voyage
-littéraire dont Urbain Canel fit les frais, un geste qui précéda sa
-faillite, voici une lettre d'un tout autre ton.
-
-Il s'agit bien d'une dette d'honneur; le prix, dû encore à M. de la
-Rivière, le vieil instituteur de la rue Saint-Jacques, des leçons
-données jadis à Victor[146]. Le brave homme, devenu, comme Biscarrat,
-un ami pour l'écolier de naguère, s'était contenté de présenter
-autrefois sa note. Mais au lendemain de la mort de Mme Hugo, la
-vraie, le piteux état de la succession n'avait point permis à sa
-délicatesse d'insister... puis, étaient venues la vieillesse et les
-infirmités.
-
-[Note 146: «Ils n'avaient pas, surtout Victor, l'âge du collège;
-elle (Mme Hugo) les envoya d'abord à une école de la rue
-Saint-Jacques où un brave homme et une brave femme enseignaient aux
-fils d'ouvriers la lecture, l'écriture et un peu d'arithmétique.
-Le père et la mère Larivière, comme les appelaient les écoliers,
-méritaient cette appellation par la paternité et la maternité de leur
-enseignement. Ça se passait en famille. La femme ne se gênait pas, la
-classe commencée, pour apporter au mari sa tasse de café au lait, pour
-lui prendre des mains le devoir qu'il était en train de dicter, et pour
-dicter à sa place pendant qu'il déjeunait.
-
-Ce Larivière, du reste, était un homme instruit et qui eût pu être
-mieux que maître d'école. Il sut très bien, quand il le fallut,
-enseigner aux deux frères le latin et le grec. C'était un ancien prêtre
-de l'Oratoire. La Révolution l'avait épouvanté, et il s'était vu
-guillotiné s'il ne se mariait pas; il avait mieux aimé donner sa main
-que sa tête. Dans sa précipitation, il n'était pas allé chercher sa
-femme bien loin; il avait pris la première qu'il avait trouvée auprès
-de lui, sa servante.»
-
-(_Victor Hugo raconté par un Témoin de sa Vie_, tome I, pp. 51-52.)]
-
-Le fils plaide joliment auprès du général la cause de son ancien
-maître. Il a fait, lui-même, le sacrifice d'une montre en or, dont il
-se proposait l'acquisition, pour éteindre en partie cette dette: le
-général n'aura plus qu'un reliquat de 286 francs et quelques centimes à
-payer... et tardera un peu à le faire.
-
-Paris, 18 juillet 1825.
-
-Mon cher Papa,
-
- C'est avec un véritable regret que je me vois contraint de t'envoyer
- la lettre et la note ci-incluses. Ces deux pièces ont besoin d'une
- petite explication que voici. Ces jours passés, mon vieil et
- respectable maître, M. de la Rivière, se présenta chez moi: j'étais
- sorti. Il dit avoir quelque chose de pressant à me communiquer. Je
- m'empressai de me rendre chez lui, comme je le fais toujours chaque
- fois que je suppose qu'il peut avoir besoin de moi. Cet excellent
- homme m'exposa alors que sa position, que son âge et celui de sa
- femme rendaient plus gênée chaque jour l'obligeaient de me rappeler
- une dette sur laquelle il s'était tu jusqu'à présent, pensant que
- ta fortune ou la nôtre ne nous permettaient pas encore d'y faire
- honneur. Mais la nécessité l'emportant sur son excessive délicatesse,
- il s'est vu enfin forcé à cette démarche. Cette dette est celle
- de 486 fr. 80, qui se trouve expliquée dans la note ci-jointe. Je
- me suis parfaitement rappelé qu'à la mort de ma mère nous avions
- effectivement ce mémoire dans ses papiers, mais je pensais qu'Abel
- s'était chargé du soin de l'envoyer et depuis j'avais totalement
- oublié cette dette que je croyais éteinte avec le petit nombre
- d'autres modiques dettes que ma mère a laissées et dont la majeure
- partie fut dans le temps acquittée sur le produit de son argenterie
- et de ses robes. Je savais aussi que tu avais fait honneur aux autres
- créanciers, et je croyais M. de la Rivière de ce nombre. Comme
- le besoin était pressant, je pris l'avis de ma femme; et de son
- consentement je m'empressai d'envoyer à M. de la Rivière une somme
- de _deux cents_ francs que j'avais disponible et que je réservais
- pour m'acheter une montre, cette somme, mon cher papa, servira à te
- décharger d'autant sur le total de la dette, c'est une fort légère
- privation que je m'impose en renonçant à cette montre, et je puis le
- faire sans me gêner. D'ailleurs, je sais, excellent père, que tu es
- loin d'être riche, et puisque je suis pour une part dans la dépense
- faite par M. de la Rivière, ces 200 francs seront ma cotisation
- personnelle. Ne songe donc plus qu'au reliquat de 286 fr. 80. Il est
- absolument inutile que je te dise, cher papa, combien une créance de
- ce genre est sacrée. Le peu que nous savons, le peu que nous valons,
- nous le devons en grande partie à cet homme vénérable et je ne doute
- pas que tu ne t'empresses de le satisfaire, d'autant plus qu'il en
- a besoin. Il ne subsiste que du produit d'une petite école primaire
- dont le modique revenu diminue de jour en jour, l'affaiblissement
- progressif de ses organes et de ses facultés lui faisant perdre par
- degrés tous ses élèves. Il a attendu dix ans avec une délicatesse
- admirable, et c'est le seul reproche qu'on lui puisse faire, car
- je suis sûr que tu aurais fait cesser l'objet de sa réclamation
- si tu l'avais connu plus tôt. C'est ce que (je) lui ai dit, en
- l'engageant à m'envoyer en hâte son compte pour te le faire parvenir.
- Tu le trouveras ci-inclus avec la lettre qu'il m'a écrite. Je vais
- m'occuper de chercher l'ancien mémoire détaillé et si je le trouve
- dans le peu qui nous reste des papiers de ma mère, je te l'enverrai
- sans perdre de tems. En attendant tu peux considérer sa note comme
- authentique.
-
- Adieu, mon bon cher père, mon Adèle te prie d'embrasser pour elle ses
- deux mères et de leur dire que Juju et Didine se portent à merveille.
- Tout va bien ici, et tout est impatient de revoir maman Foucher.
- Mille hommages à Mmes Br...,[147] Pinlevé, etc., amitiés à tes
- amis.
-
-[Note 147: Femme du colonel Brousse, sous-directeur, puis directeur
-du haras à Blois, l'un des amis et des voisins du général Hugo; née
-Francesca Gazza, Mme Brousse est morte, centenaire, le 26 mars 1879.]
-
- M. de la Rivière, chef d'institution primaire, demeure rue
- Saint-Jacques, vis-à-vis l'église de Saint-Jacques du Haut-Pas.
-
- Je t'embrasse bien tendrement.
-
-Ton fils respectueux et dévoué,
-Victor.
-
- Je m'occupe de toutes tes commissions. Le Roi m'a fait annoncer qu'il
- avait ordonné qu'on ajoutât à toutes les faveurs dont il m'honore un
- envoi de porcelaines. C'est me combler.
-
-Suit le fameux voyage en Suisse, le _Voyage poétique et pittoresque au
-Mont-Blanc et dans la vallée de Chamonix_, dont Charles Nodier devait
-fournir le texte et dont Hugo, seul, a écrit le récit, de Sallences à
-Servoz, et de Servoz à Chamonix[148].
-
-[Note 148: Publiés d'abord dans la _Revue de Paris_ (1829) et dans
-la _Revue des Deux Mondes_ (1831), ces deux fragments ont pris place
-dans _Victor Hugo raconté par un Témoin de sa Vie_, t. II, pp. 108-126.]
-
---Quel beau livre ce sera! avait dit Mme Nodier, à Sallences, où
-l'on déjeunait.
-
---S'il se fait[149], avait répondu la femme du poète, et Adèle Hugo
-avait raison.
-
-[Note 149: _Victor Hugo raconté_, tome II, p. 106.]
-
-Paris, 31 juillet.
-
-Cher Papa,
-
- Nous apprenons pour la première fois avec regret, que tu vas bientôt
- peut-être venir à Paris; c'est que nous en partons; et tu conviendras
- qu'il est dur d'en partir quand tu vas y arriver.
-
- Notre excursion en Suisse s'exécute. Mardi, à 2 heures du matin, nous
- roulerons vers Fontainebleau. J'ai été horriblement souffrant toute
- la semaine d'un torticoli, mais je suis mieux, et le voyage achèvera
- de me remettre.
-
- Les libraires paient notre voyage et au delà. Ils me donnent 2.250
- francs pour quatre méchantes odes. C'est bien payé. Je ne crois
- pas que Lamartine puisse être de la partie, il vient d'être nommé
- secrétaire d'ambassade à Florence. Nodier est des nôtres.
-
- Je te remercie pour M. de la Rivière. Je lui ai écrit tes bonnes
- intentions, j'aurais seulement désiré que tu puisses lui donner
- quelque chose avant le 1er janvier.
-
- Nous avons vu M. Driollet. Il dit que l'affaire Lambert[150] va bien.
- Abel en dit autant.
-
-[Note 150: Lors de sa mort en 1828, le général Hugo figurait parmi
-les administrateurs de la «Banque Lambert».]
-
- Ta femme avait bien raison. Cette Augustine était pire qu'un mauvais
- sujet, c'était un _petit monstre_. Nous l'avons renvoyée. Elle est
- placée chez un herboriste. Je voudrais que tu en fisses prévenir sa
- mère.
-
- Didine se porte à merveille. J'ai commandé des cartes séparées pour
- ta femme et pour toi. Il n'est plus de mode, à ce que m'a dit le
- graveur, d'en donner de collectives.
-
- Adieu, mon excellent père, embrasse ta femme pour moi. Nous
- t'embrassons bien tendrement.
-
-Ton fils respectueux et dévoué,
-Victor.
-
- Adolphe te remettra les cartes.
-
-Le ménage a continué à vagabonder, et, c'est le retour à Paris, où
-il convie quelques amis à déjeuner. Mme Victor Hugo s'enquiert
-auprès de sa belle-mère, d'un beau poisson acheté à bon compte à la
-poissonnerie de Blois, qui pût arriver frais à Paris.
-
- Ma chère maman, il y a bien longtemps que je voulais vous écrire,
- mais les embarras de domestique, joints à ceux du voyage, car nous
- venons encore d'aller passer quelques jours à dix lieues de Paris, ne
- m'ont pas laissé un moment. Joignez à cela l'inquiétude que ma fille
- m'a donnée pour percer les deux dents qu'elle vient de percer; mais
- tout cela ne m'a pas empêché (_sic_) de penser à vous et à mon bon
- père.
-
- Malgré la peine que ma fille m'a donnée et qu'elle a eue pour ses
- dents: elle n'en marche pas moins seule et j'espère que la force
- qu'elle a l'aidera à percer toutes ses autres dents car à peine en
- a-t-elle six.
-
- Mon mari s'est occupé de vous faire tirer des cartes de visites. Nous
- les donnerons à M. de Féraudy.
-
- J'espère, chers bons parents, vous voir à Paris très incessamment.
- Si vous pouviez être à Paris samedi 31 de ce mois vous partageriez
- un déjeuner où nous réunissons quelques amis et où nos bons parents
- complèteraient si bien notre bonheur qui ne peut être entier sans
- eux. Si à Blois vous trouviez chère maman un beau poisson qui pût
- arriver frais à Paris vous seriez bien bonne de me l'envoyer pour ce
- jour, toutefois si le prix ajouté à celui du voyage ne le faisait pas
- monter plus haut que celui qu'on achèterait à Paris.
-
- Écrivez-moi au juste quand vous serez à Paris, c'est le but que vous
- devez vous proposer si vous nous aimez.
-
- Adieu chère maman, ma fille, mon Victor vous embrassent.
-
-Votre respectueuse fille,
-A. Hugo.
-
-Victor, suivant son habitude, tient à conserver vierge pour les siens
-le crédit dont il peut jouir et refuse assez cavalièrement à son père
-sa protection pour un professeur, dont il l'avait prié de s'occuper:
-
-Mon cher papa,
-
- Nous voilà définitivement de retour à Paris. Nous n'avons fait que
- courir à droite et à gauche tout le mois de septembre, et nous avons
- terminé ces jours-ci nos promenades par une excursion à Montfort
- l'Amaury, charmante petite ville à dix lieues de Paris où il y a des
- ruines, des bois, un de mes amis[151] et un des tiens, le colonel
- Derivoire, qui a servi sous toi. J'ai beaucoup parlé de toi avec ce
- brave qui t'aime et te vénère et désire vivement te voir. Il compte
- faire le voyage de Paris la première fois que tu y viendras.
-
-[Note 151: Adolphe de Saint-Valry.]
-
- Nous désespérons presque, cher papa, d'avoir le bonheur de t'y voir
- cette année, puisque la saison s'avance sans t'amener. Cependant M.
- Lambert t'avait presque promis à tous tes amis de Paris.
-
- Il est malheureusement impossible de rien faire pour le professeur
- dont tu m'envoies une lettre. J'ai beaucoup moins de crédit qu'on
- ne m'en suppose et j'ai dû dernièrement employer le peu d'influence
- que je puis avoir sur M. l'évêque d'Hermopolis[152] pour obtenir une
- bourse à l'un de nos cousins Trébuchet. Le succès n'est même pas
- encore décidé. Tu sens que toutes mes forces doivent être dirigées
- vers ce but, si important pour notre malheureux oncle Trébuchet, et
- que je ne pourrais occuper le ministre d'une autre affaire sans nuire
- à la sienne. Qui trop embrasse mal étreint.
-
-[Note 152: Denis, comte de Frayssinous, évêque _in partibus_
-d'Hermopolis, né à Curières (Aveyron) en 1765, mort en 1841. Après
-ses retentissantes conférences à la chapelle des Carmes et en
-l'église Saint-Sulpice, fut le 1er juin 1822 nommé grand maître
-de l'Université, puis, le 26 août 1824, ministre des affaires
-ecclésiastiques, portefeuille, créé pour lui, qu'il conserva, sous le
-ministère Martignac, jusqu'au 3 mars 1828.]
-
- Nous avons trouvé ici à mon retour les 200 cartes commandées pour
- toi: elles me paraissent fort belles. C'est un petit cadeau qu'Adèle
- veut faire à ta femme, indique-moi un moyen de le lui faire parvenir.
-
- Adieu, cher papa, toute la famille Foucher, Abel, Adolphe, tous nos
- cousins embrassent ta femme et toi de tout cœur, et ne font en cela
- que se joindre à nous.
-
-Ton fils tendre et respectueux,
-
-Victor.
-
-C'est, enfin, un an plus tard presque, la naissance d'un second
-fils,--ce sera Charles Hugo[153],--«qui vient remplacer le petit ange»
-dont les _Odes et Ballades_ conservent le souvenir. Le jour même,
-Victor en fait part à son père:
-
-[Note 153: Charles-Victor Hugo, né à Paris le 3 novembre 1829,
-mort à Bordeaux d'une congestion le 13 mars 1871, trois jours après la
-séance de l'Assemblée nationale qui avait amené la démission de Victor
-Hugo. Outre sa collaboration à l'_Événement_ et au _Rappel_, on doit
-au père de Georges et de Jeanne: _Le Cochon de saint Antoine_ (1857),
-_La Bohème dorée_ (1859), _La Chaise de paille_ (1859), _Une Famille
-tragique_ (1862). Il avait écrit une comédie: _Je vous aime_ (1868) et,
-enfin, avait tiré des _Misérables_ un drame souvent représenté.]
-
-Paris, le 3 novembre.
-
-Mon cher papa,
-
- Tu vois que la nouvelle ne se fait pas attendre. Mon Adèle est
- accouchée cette nuit à cinq heures moins vingt minutes du matin d'un
- garçon fort bien portant. Cette pauvre amie a cruellement souffert.
- Je t'écris en ce moment près de son lit; elle se trouve assez bien,
- cependant elle croit avoir quelque fièvre et je lui recommande de ne
- pas parler.
-
- Nos bons parents recevront sans doute avec bien de la joie ce
- nouveau venu qui vient remplacer le petit ange que nous avons si
- douloureusement perdu il y a trois ans. Votre bonheur ajoute au nôtre.
-
- Je ne t'en écris pas davantage aujourd'hui, cher papa, embrasse pour
- nous ta femme; fais part de la naissance de ton petit-fils à tous nos
- amis de Blois, MM. Brousse, de Féraudy, de Béthune, Driollet, etc.,
- Mmes Brousse, etc., ma femme prie la tienne de dire à la jeune
- dame les choses les plus affectueuses en son nom.
-
- Abel et Mélanie, femme de Pierre Foucher, seront les parrains du
- nouveau-né dont nous ignorons encore le nom. Il a déjà fort bien tété.
-
-Ton fils tendre et respectueux,
-
-Victor.
-
- Est-ce que vous n'arriverez pas bientôt à Paris? Nous vous
- attendrions pour le baptême. Ce serait double fête.
-
-
-
-
-VIII
-
-Le général Hugo à Paris.--Sa mort et ses obsèques.--Une succession
-difficile.--Un tailleur qui entend le petit jeu des intérêts.--La vente
-du mobilier, à Blois et à la Miltière.--Les œuvres dédicacées du fils
-au père.--La mort de la veuve d'Almeg.
-
-
-Cette lettre est la dernière en date que possède la Bibliothèque de
-Blois.
-
-D'autres existeraient, m'a-t-on assuré, jointes à quelque dossier, dans
-les cartons d'une étude blaisoise. Elles seraient curieuses également à
-consulter et éclairciraient, sans doute, les mobiles de la résolution
-que n'allait point tarder à prendre le général Hugo.
-
-Six ou sept mois plus tard, en effet, vers juin 1827,--l'ennui de la
-province ou les liens l'unissant à la veuve d'Almeg étaient-ils devenus
-plus lourds à supporter?--il quitta Blois, et, tout en continuant à y
-conserver son domicile réel, venait se fixer à Paris, dans le voisinage
-de ses enfants.
-
-Dans un quartier n'ayant guère à envier à celui du Foix comme
-tranquillité, au 9 de la rue Monsieur, le général loua et meubla, dans
-la même maison que son fils Abel, un petit appartement, composé d'une
-chambre à coucher, d'un cabinet de travail, d'une salle à manger, d'un
-salon, d'un cabinet de toilette et d'une chambre de domestique[154].
-
-[Note 154: La note du tapissier s'élevant à 3.792 fr. 65, n'avait
-pas encore été réglée lors de la mort du général et figure sur les
-comptes de la liquidation.]
-
-Il s'occupa, ces derniers mois, d'affaires financières, et figurait, au
-moment de son décès, parmi les administrateurs de la «Société d'avances
-mutuelles sur garanties» et de la «Banque Lambert». Peut-être, était-ce
-sous deux noms différents, la même société?
-
-Une attaque d'apoplexie l'enleva soudainement dans la nuit du 29 au
-30 janvier 1828. Le _Moniteur Universel_ paru à la date du 30 janvier
-annonçait brièvement sa mort.
-
-On remarquera dans ce «communiqué» une formule aujourd'hui courante.
-Elle devait, alors, être nouvelle:
-
- M. le lieutenant général, comte Hugo, est mort la nuit dernière
- frappé d'une apoplexie foudroyante. Ses obsèques auront lieu demain
- jeudi 31 janvier, en l'église des Missions Étrangères, sa paroisse.
-
- Dans l'impossibilité d'inviter, en tems utile, tous les nombreux
- amis du général à cette triste cérémonie, la famille les prie de
- considérer le présent avis comme une invitation.
-
- On se réunira dans la maison mortuaire, rue de Monsieur, nº 9, à une
- heure et demie.
-
-L'enterrement eut lieu, le surlendemain, non sans éclat; toutes les
-troupes de la garnison y étaient représentées. Il ne semble pas que la
-comtesse Hugo y assistât.
-
- Les obsèques de M. le lieutenant général Hugo ont eu lieu aujourd'hui
- à deux heures, après le service funéraire qui a été célébré dans
- l'église des Missions. Ses dépouilles mortelles ont été portées au
- cimetière du père La Chaise. Ses deux fils, les parens et un grand
- nombre d'amis du défunt accompagnaient le convoi, qui était précédé
- et suivi de détachemens de tous les corps de la garnison[155].
-
-[Note 155: _Moniteur Universel_, 1er février 1828.]
-
-Les fils du défunt firent élever à leur père un monument, dont
-l'_Illustration_ du 30 mai 1885 a donné la reproduction[156].
-
-[Note 156: Vingt-septième division, chemin Monvoisin.]
-
-Entourée d'une grille, ornée de flammes aux quatre coins et de
-palmettes entre les barreaux, une pyramide de marbre blanc veiné se
-dresse sur un socle de même matière. Une inscription rappelle, gravée
-en creux, les états de service du général.
-
-Le tombeau réunissait le «héros au sourire si doux» et sa première
-femme. Eugène, le pauvre dément devait les y rejoindre, et, plus tard,
-vinrent s'ajouter à ces dépouilles celles de deux fils du poète,
-Charles et François-Victor Hugo[157].
-
-[Note 157: François-Victor Hugo, né en 1828, mort le 26 décembre
-1873, après une longue et cruelle maladie. Collabora comme son frère à
-l'_Événement_ et au _Rappel_, mais son nom reste surtout attaché à la
-remarquable et fidèle traduction qu'il a donnée des _Œuvres complètes
-de Shakspeare_ (1860-1864).]
-
-La situation pécuniaire du père n'était pas seulement modeste. Elle
-était embarrassée et donna lieu à une liquidation qui fut pénible et
-dura fort longtemps.
-
-Les arrérages de sa pension militaire, 4.000 fr., ou plus exactement,
-3.800 francs nets, déduction faite du prélèvement de 5 % pour les
-Invalides[158], formaient le principal revenu du général.
-
-[Note 158: Louis Belton: _Victor Hugo et son père, le général Hugo
-à Blois_, p. 16.]
-
-Les créanciers étaient nombreux. Certains se montrèrent pressants ou
-excessifs.
-
-Au bout de douze ans ils n'étaient pas, il est vrai, encore réglés,
-et, du dossier qu'a bien voulu me communiquer M. Louis Belton,
-je détache ce mémoire du tailleur Moreau «fournisseur de Leurs
-Altesses Sérénissimes les Princes de Holstein-Augustenbourg, rue
-Neuve-des-Petits-Champs, à Paris».
-
-
-Vendu à M. le Comte Hugo.
-
-+==========+======================================+====+===+
-| _1827_ | |FR. |C. |
-+----------+---------------------------------+----+---+----|
-|Juill. 12 |Un habit en poil de chèvre |100 | » |
-| |Un pantalon poil de chèvre rayé | 36 | » |
-| |Un gilet poil de chèvre | 23 | » |
-| |Un do poil de chèvre de mode | 23 | » |
-| |Un do poil de chèvre rayé | 23 | » |
-|Déc. 3 |Une redingotte (_sic_) drap bleu |140 | » |
-| |Un pantalon casimir noir | 56 | » |
-| |Un gilet velours rayé | 30 | » |
-| » 11 |Un do velours soie et argent | 36 | » |
-| |Un do piqué blanc anglais | 25 | » |
-| |Payé à Lemaignen, avoué, pour | | |
-| | frais de port de lettres dans | | |
-| | cette affaire | 3 | » |
-| | |----|---|
-| | |495 | » |
-| |Intérêts de ces fournitures après | | |
-| | un an de crédit, à raison de | | |
-| | 6 % par an; un crédit de | | |
-| | douze ans |356 | » |
-| | |----|---|
-| | Total |851 | » |
-+==========+======================================+====+===+
-
-Cet homme entendait trop le petit jeu et le taux des intérêts. La
-liquidation en abaissa le montant à de plus justes proportions.
-
-Comme ils pouvaient s'y attendre, les fils trouvèrent Marie-Catherine
-Thomas y Saëtoni, veuve pour la seconde fois, intéressée et âpre au
-gain.
-
-Ils n'acceptèrent la succession que sous bénéfice d'inventaire[159] et
-à cette femme qui avait l'habitude du «maquis» opposèrent la compétence
-et la grande honnêteté de leur ami le jurisconsulte Duvergier[160].
-
-[Note 159: Acte au greffe du Tribunal civil de Blois, du 29 août
-1829.]
-
-[Note 160: Jean-Baptiste-Marie Duvergier, né à Bordeaux en 1792,
-mort en 1877, président de section au Conseil d'État, garde des Sceaux
-du 17 juillet 1866 au ministère Ollivier (2 janvier 1870). Duvergier
-a publié entre autres ouvrages comme jurisconsulte: _Collection des
-lois, décrets, ordonnances, règlements, et avis du Conseil d'État de
-1788 à 1824_ (1824-1828) et, reprenant et continuant le manuscrit de
-Toullier: _Le Droit civil français suivant l'ordre du Code_, dont les
-sept premiers volumes ont seuls paru.]
-
-Le mobilier de Blois fut vendu aux enchères et produisit 3.255 fr.
-65[161]. Celui de la Miltière, des meubles de rebut, il est à croire,
-atteignit péniblement 681 fr. 04.
-
-[Note 161: D'après l'inventaire dressé les 3, 4, 5 et 6 juin 1828,
-par les soins de Me Pardessus, notaire à Blois, à la suite du décès de
-M. le comte Hugo, la maison de la rue de Foix comprenait intérieurement:
-
-«Au rez-de-chaussée, une cuisine, garnie des ustensiles nécessaires,
-notamment d'un rôtissoir à l'ancienne mode, avec ses cordes et poids.
-
-«Un cabinet servant de chambre de domestique.
-
-«Un salon orné de diverses gravures encadrées de bois doré,
-représentant des faits militaires, des vues des bords de la Néva, les
-portraits des généraux Kléber et Desaix, des portraits de famille, etc.
-
-«Et le cabinet du général, garni de ses livres et papiers. «Au premier
-étage était un autre salon, la chambre à coucher du général éclairée au
-midi, et ornée, comme le salon du rez-de-chaussée, de deux vues de la
-Néva; une autre chambre et un cabinet de bains.
-
-«Au second étage, une chambre à coucher et deux cabinets.
-
-«L'écurie à la mort du général ne contenait que des débarras; un
-cénacle à côté renfermait un tombereau démonté et un équipage de limon.
-Sous la remise étaient une carriole et une charrette. Une calèche, que
-le général avait achetée 1900 francs, avait été cédée par lui à son
-fils Abel.
-
-«Dans la cave il y avait 114 bouteilles de vin rouge.
-
-«Le cabinet de travail du général Hugo, placé au rez-de-chaussée de sa
-maison, renfermait ses livres et ses papiers. Les murs étaient ornés
-d'un télescope, d'une lunette en cuivre et de six tableaux.»
-
-Louis Belton: _Victor Hugo et son père le général Hugo à Blois_, pp.
-8-9.
-
-L'inventaire des 600 volumes composant la bibliothèque du général
-Hugo, ne relève les titres d'aucune des œuvres du fils. Cinq d'entre
-elles avaient, cependant, déjà été publiées avant le départ du général
-pour Paris (_Cromwell_ ne parut que le 7 décembre 1827): _Odes et
-Poésies diverses_, 1822; _Han d'Islande_, 1823; _Nouvelles Odes_, 1824;
-_Bug-Jargal_, 1826; _Odes_, 1827.
-
-N'était-ce pas, me suis-je demandé, l'édition originale des _Odes et
-Poésies diverses_ ce petit livre mal imprimé, en caractères dits à tête
-de clous, sur un papier à chandelles, qu'un admirateur du poète avait
-déniché sur les quais et lui adressait à Hauteville-House, au lendemain
-de l'apparition des _Misérables_?
-
-Cette description ressemble fort au tirage de Pélicier.
-
-Le beau-frère de Victor Hugo donne au «vieux bouquin» la date de 1818,
-ce serait 1822 qu'il faudrait lire. Et combien deviendrait alors claire
-et lumineuse la dédicace qu'il portait:
-
-«A mon très cher Père, le général Hugo, mes premiers vers imprimés.
-
-«Son fils très respectueux,
-
-«Victor Hugo.»
-
-(_Victor Hugo à Guernesey_, p. 86.)
-
-Sans vouloir mettre en doute la fidélité des souvenirs de M. Paul
-Chenay, je sais cependant qu'il se faut méfier des autographes!...
-Puis, l'auteur des _Odes_, s'il écrivait bien mon père, se contentait
-de signer «Victor» ou V. H...
-
-D'ailleurs, si ces dons du fils au père ne figuraient pas à
-l'inventaire de 1828, dont ils avaient été distraits sans doute, par la
-veuve Hugo, ils ne sont pas cependant perdus.
-
-La parfaite obligeance d'un de mes amis, M. Pierre Tardieu, à qui
-je suis heureux de pouvoir exprimer ici ma sincère gratitude, m'a
-permis de retrouver et d'identifier ces volumes, dans la bibliothèque
-familiale où ils sont, depuis plus de quarante ans, soigneusement
-conservés.
-
-Ce sont:
-
-_Han d'Islande_, seconde édition; Paris, Lecointe et Durey, libraires,
-quai des Augustins, nº 49; 1823, 4 in-12, de 244, 285, 268 et 248 pp.
-
-Dédicace:
-
-«A mon Père
-
-Hommage de tendre et respectueux attachement.
-Victor.»
-
-_Bug-Jargal_, par l'auteur d'_Han d'Islande_. Paris, Urbain Canel,
-libraire, rue Saint-Germain-des-Prés, nº 9, 1826, in-12 de 386 pp.
-
-Frontispice de Devéria, représentant la lutte au-dessus du précipice.
-
-Dédicace non signée--mais l'écriture ne laissant aucun doute--et
-massacrée par le relieur qui a odieusement rogné ce volume.
-
-On distingue:
-
-«Hommage et respectueux
-
-A mon noble père»
-
-_Odes_, par Victor Hugo, 3e édition (en deux volumes). A Paris, chez
-Ladvocat, libraire de S. A. S. M. le duc de Chartres, MDCCCXXVII.
-
-1er vol., in-12 de 236 pp. Frontispice de Devéria: «La
-Chauve-Souris».
-
-Dédicace:
-
-«A mon Bon et Noble Père
-
-Hommage respectueux
-
-V. H.»
-
-2e vol., in-12, de 232 pp. Frontispice de Devéria: «Le Sylphe».
-
-A ces volumes doit être ajouté le recueil d'Abel Hugo, contemporain de
-la première édition des _Odes et Poésies diverses_ et publié également
-sous la firme de Pélicier:
-
-_Littérature espagnole.--Romances historiques._--A Paris, chez
-Pélicier, libraire, place du Palais-Royal, nº 243, 1822, in-12, de 302
-pp.
-
-Dédicace:
-
-«A mon Père
-Hommage d'amour et d'attachement
-A. Hugo.»
-
-Quel trésor à signaler aux Hugophiles!]
-
-Le domaine lui-même, après avoir été longtemps en vente fut payé
-20.020 francs et la veuve d'Almeg se fit adjuger pour 1.720 francs la
-petite maison portant le nº 71 de la rue du Foix que le général avait
-annexée à la maison qu'elle possédait elle-même en propre depuis le 10
-février 1816.
-
-Les 50.000 réaux réclamés,--la prétention était plutôt inattendue,--par
-la veuve et les enfants du général Marie de Fréhaut, pour le reliquat
-de l'achat du couvent des Trinitaires déchaussés de Madrid, ne semble
-pas avoir retardé beaucoup la liquidation de la succession. Elle ne se
-termina guère, cependant, avant 1845, et dès 1829, Victor Hugo écrivait
-à Adolphe de Saint-Valry les ennuis qu'elle lui causait et le peu qu'il
-avait à retirer des débris d'une grande fortune:
-
- Mes affaires privées toujours fort embrouillées, l'héritage de mon
- père non liquidé, nos biens en Espagne accrochés par Ferdinand VII,
- nos indemnités de Saint-Domingue retenues par Boyer, nos sables de
- Sologne (la Miltière) à vendre depuis 23 mois, les maisons de Blois
- que notre belle-mère nous dispute... par conséquent rien, ou peu de
- chose, à retirer dans les débris d'une grande fortune, sinon des
- procès et des chagrins...[162].
-
-[Note 162: Victor Hugo: _Correspondance_, 1815-1835. Lettre à
-Adolphe de Saint-Valry du 18 décembre 1829, p. 87.]
-
-La comtesse Hugo avait su, il est vrai, retirer son épingle du jeu:
-L'_Étrangère_ était devenue l'_Adversaire_.
-
-Trente ans, elle survécut au général, habitant la petite maison, dont,
-au loin, aimait à se souvenir l'exilé.
-
-L'on chuchotait sur elle et on la voyait peu. On prête au cœur, même
-vieilli, des faiblesses; puis, une femme seule a besoin, pour le
-règlement de ses affaires de quelques conseils...
-
-Et vinrent les cheveux blancs et l'oubli...
-
-Cependant que Victor Hugo atteignait le zénith de sa gloire, le
-21 avril 1858, Mme Hugo, la seconde, s'éteignait à l'âge de
-soixante-treize ans.
-
-Deux voisins, les sieurs Besson, cordonnier, et Fouquet, jardinier,
-furent, au bureau de l'état civil de Blois, les témoins de son
-décès[163].
-
-[Note 163: Les registres de l'état civil de Blois fournissent,
-ainsi que celui du petit Léopold, l'acte de décès de Marie-Catherine
-Thomas y Saëtoni, Vve Hugo. En voici la teneur:
-
-«L'an mil huit cent cinquante-huit, le vingt-unième jour du mois
-d'avril à trois heures du soir par devant Jean-Claude-Eugène Riffault,
-maire de Blois, chevalier de Légion d'honneur, Officier de l'État civil
-de la commune de Blois, canton de Blois, département de Loir-et-Cher,
-sont comparus Clovis Besson âgé de trente-neuf ans, profession de
-cordonnier, domicilié à Blois et Eugène-Frédéric Fouquet, âgé de
-quarante-huit ans, profession de jardinier domicilié à Blois.
-
-«Lesquels nous ont déclaré que le vingt et un du mois d'avril, à
-dix heures du matin, Marie-Catherine Thomas y Saëtoni, âgée de
-soixante-treize ans, profession de rentière, demeurant à Blois,
-département de Loir-et-Cher, née à Cervione (Corse), veuve en deuxièmes
-noces de Joseph Léopold Sigisbert, comte Hugo, lieutenant général,
-officier de la Légion d'honneur, fille de feu... est décédée en notre
-commune, en sa maison, rue du Foix.
-
-«Le premier témoin a déclaré être voisin et le second témoin être
-voisin de la décédée. Nous nous sommes assurés de l'exactitude de la
-déclaration de ces témoins, qui ont signé avec nous le présent acte,
-après que lecture leur en a été faite.
-
-«Eug. Riffault.
-Fouquet. C. Besson.»
-]
-
-Elle mourait dans l'isolement, ignorée de tous, à commencer par la
-famille à laquelle la faiblesse du général et les circonstances
-l'avaient imposée.
-
-Nul ne se souviendrait de cette veuve d'Almeg, si les actes de l'état
-civil ne venaient parfois suppléer à l'insuffisance de notre mémoire.
-
-Le temps, en confondant, au Père-Lachaise, les dépouilles du général
-Hugo et de Sophie Trébuchet, sa première femme, la mère intelligente
-et exquise, qui, non contente de donner au monde Victor Hugo, avait
-façonné son cœur et son esprit, avait depuis longtemps remis les choses
-au point.
-
-Son souvenir seul reste associé à celui du père et du fils.
-
-Elle avait été la bonté et la grâce.
-
-Première confidente des essais de ses enfants, elle les avait
-encouragés et l'on ne saurait oublier qu'auprès du lit de la malade,
-Victor, non encore hors de page, avait composé quelques-unes de ses
-meilleures odes.
-
-Sa figure fut pour le poète toujours présente. C'était plus que de
-l'amour filial. Il lui avait voué un culte, auquel il ne cessa d'être
-fidèle.
-
-Deux femmes,--elles se valurent par le cœur et par
-l'intelligence,--éclairent, à l'aube de sa vie, la personnalité du
-prodigieux écrivain, dont la renommée, comme «la claire tour» de
-Solness, domine la médiocrité, les obscurs labeurs et les luttes
-fratricides des hommes, Sophie Trébuchet et Adèle Foucher.
-
-Elles furent les inspiratrices, les bons anges, placés auprès du poète
-aux heures des débuts, alors que les mauvais sont, si souvent, les
-ordinaires compagnons de l'artiste et endorment de leur poison sa
-volonté et sa force.
-
-Toutes deux eurent une part égale dans le libre et harmonieux
-développement de son génie, et il est doux, après avoir évoqué un peu
-de l'âme de Victor Hugo à vingt ans, de conjoindre leurs noms, et,
-en cet été de la Saint-Martin, de couronner des dernières fleurs de
-l'automne les tombes sacrées où elles goûtent l'immuable repos.
-
- Blois, 30 octobre 1908.
-
-
-
-
-INDEX ANALYTIQUE ET ALPHABÉTIQUE
-
-
-A
-
-A.-A.-A.: _Traité du Mélodrame_ (1817), par Abel Hugo, André Malitourne
-et Ader: 90 en note.
-
-A.-A. M***. Le général Hugo signe de ce pseudonyme son _Journal du
-siège de Thionville_, 13 en note.
-
-Abayma (Un espagnol nommé): Comment il parle du général Hugo, 38.
-
-_Académie des Jeux Floraux._ Succès de Victor Hugo, 20.
-
- Il est nommé maître ès-jeux floraux, 20.
-
- Pension que de ce chef il toucherait bientôt, 57.
-
- Renseignements à ce sujet, 54-55 en note.
-
- Il ne fut jamais mainteneur, 55 en note.
-
- Eugène Hugo y obtient un souci réservé et une mention, 21.
-
-_Académie des Sciences_ (Victor y remet de la part de son père un
-exemplaire du _Journal de Thionville_, 41).
-
-_Académie française_ (L') accorde deux mentions au jeune Victor Hugo,
-19.
-
-Acte de mariage du général Hugo et de Marie-Catherine Thomas y Saëtoni,
-veuve d'Almeg, 23-26.
-
-Acte de mariage de Victor Hugo et d'Adèle Foucher, 60-61.
-
-Acte de décès de Léopold Hugo, 122.
-
-. . . . . de la veuve Hugo, 200-201 en note.
-
-Ader: _Traité du Mélodrame_ (en collaboration avec Abel Hugo et André
-Malitourne), 90 en note.
-
-_Adieux poétiques_, par le comte Gaspard de Pons, 70-71.
-
-_A Elle_, par Gaspard de Pons, 69 en note.
-
-Agier (M.), Comment il fait dans le _Conservateur_ l'éloge des frères
-Hugo, 18 en note.
-
-_Alfred de Vigny et son temps_, par Léon Séché, 31 en note, 161-162 en
-note.
-
-_Allart de Méritens (Hortense)_, par Léon Séché, 138.
-
-Alluye (L'hôtel d'), à Blois, 153.
-
-Alméras (Le lieutenant général), 59.
-
-Amboise (L'hôtel d'), à Blois, 155.
-
-_Amour_, par Gaspard de Pons, 69 en note.
-
-_Amy Robsart_, Victor Hugo en tire un drame avec Paul Foucher: 170 en
-note.
-
-Anaclet d'Almeg, premier mari de Marie-Catherine Thomas y Saëtoni;
-décédé à La Havane, 24. Sa veuve devient comtesse Hugo, 23.
-
-Ancelot (Jacques-Arsène-François-Polycarpe), ne fut pas témoin du
-mariage de Victor Hugo, 61.
-
- Son _Louis Neuf_, 61 en note.
-
- Sa collaboration à la _Muse française_, aux _Annales de la
-Littérature et des Arts_. Son œuvre dramatique, 61 en note.
-
- Ancelot vaudevilliste, 62 en note.
-
-Ancelot (Mme), 164 en note.
-
-Andujar (L'ordonnance d'), 140.
-
-Angoulême (Le duc d'). Sa rentrée à Paris après la campagne d'Espagne.
-Fêtes données en son honneur, 129, 130.
-
- Aurait lu les _Mémoires du général Hugo_ «avec le plus haut intérêt»
-et aurait regretté qu'il n'eût «pas été employé dans la dernière
-guerre d'Espagne», 135.
-
- Aurait réservé les inspections générales à des officiers ayant fait
-avec lui cette campagne, 136-141.
-
-_Annales (les) de la Littérature et des Arts._
-
- Quelques-uns de leurs collaborateurs:
-
- M. Ancelot, 61 en note.
-
- E. Deschamps, 163 en note.
-
- A. Guiraud, 164 en note.
-
- Abel Hugo, 91 en note.
-
- Adolphe de Saint-Valry, 166 en note.
-
- Le baron d'Eckstein, 165 en note.
-
-_Annales de la Société académique de Nantes_, 69 en note.
-
-_Annales Romantiques_ (Les), 138, 167 en note.
-
-Anne de Bretagne, 153.
-
- Son oratoire, s'y réfugie pendant l'excommunication de Louis XII, 153.
-
-Armes concédées par Joseph, roi d'Espagne, au général Hugo, comte de
-Siguenza, 74 en note.
-
- Victor les fait graver sur un cachet commandé pour son père, dont il
-scelle souvent ses lettres, 74.
-
- Pair de France, il leur substitue les armes des Hugo, de Lorraine. Ce
-sont celles des Hugo de Spitzemberg, 74 en note.
-
-_Armorial général_ de Riestap, 74 en note.
-
-_Armorial du Premier Empire_, par le vicomte A. Révérend, 21 en note.
-
-_Armorial historique de la Noblesse de France_, par Henri J. G. de
-Milleville, 75 en note.
-
-_Artiste_ (Le journal l'), 164 en note.
-
-Arvers (Félix), son secret, 69.
-
-Asséline (M.), M. Foucher son beau-frère lui avait cédé son greffe du
-Conseil de guerre, 30.
-
- Assiste au mariage de sa nièce, Adèle Foucher avec Victor Hugo, 61.
-
-Asseline (Anne-Victoire), Mme Pierre Foucher.
-
-Aubertin (Général): _Mémoires inédits sur la guerre de Vendée_, 11 en
-note.
-
-Augustine (Ce «petit monstre» d'), 184.
-
-Aumale (Le duc) publie l'_Instruction dirigée contre Isabelle de
-Limeuil_, 152 en note.
-
-_Avantages de l'Enseignement mutuel_, sujet de concours traité par
-Victor Hugo, 20 en note.
-
-_Aventure tyrolienne_ (L'), par le général Hugo, 13 en note.
-
-
-B
-
-Baudelaire (Une citation de Charles), 68.
-
- Les premiers enthousiasmes, 8.
-
-Beauchêne, tailleur, 172.
-
-Beauregard (Le château de), près Chabris, 24 en note.
-
-_Beaux-Arts_ (Les), Revue, 152 en note.
-
-Belfort (La conspiration de), 33.
-
-Bellune (Victor, duc de), ministre de la Guerre, 59 en note.
-
-Belton (Louis): _Victor Hugo et son père, le général Hugo, à Blois_,
-7-14 en note, 22 en note, 169-170 en note, 193, 195-196 en note.
-
-Benoist (J.), témoin à l'état civil de Blois du décès du petit Léopold
-Hugo, 119.
-
-Béranger (Le chansonnier), poursuivi, 33.
-
-Berry (duc de), Réaction qui suivit son assassinat, 43 en note.
-
- Ode sur sa mort, 81.
-
-Berry (Duchesse de), Sa recommandation spéciale afin de faire obtenir
-à Victor Hugo une pension sur la cassette royale, 55 en note.
-
- Visite Chambord, le 18 juin 1828, et grave son nom sur le mur de
-l'escalier de la lanterne, 168 en note.
-
-Besson (Le sieur), cordonnier, témoin dans l'acte de décès de la veuve
-Hugo, 200.
-
-Béthune-Sully (Le marquis de), maire de Chabris, procède au mariage du
-général Hugo et de Marie-Catherine Thomas y Saëtoni, 22-26. Figure à
-Blois parmi les amis du général, 189.
-
-_Bibliographie historique et critique de la presse française_, par
-Eugène Hatin, 106 en note.
-
-Bibliothèque de Blois (Les lettres de Victor Hugo à son père conservées
-à la), 7.
-
- _Biographie universelle et portative des Contemporains_, 144 en note.
-
-Biré (Edmond): _Victor Hugo avant 1830_, 20, 23 en note, 26, 55 en
-note, 69 en note 70, 81, 173.
-
- L'absence de Lamartine au sacre de Charles X, 173.
-
-Biscarrat (Jean-Baptiste), ancien maître d'étude à la pension Cordier.
-Témoin de Victor Hugo à son mariage, 61, 62.
-
- Aurait collaboré au _Conservateur littéraire_, 63 en note, 159 en
-note.
-
- Pendant le repas de noces de Victor, s'aperçoit de la folie d'Eugène
-Hugo et l'emmène, 68.
-
-Blois (La venue de Victor Hugo à), 147-169.
-
- Descriptions qu'il en a faites, 78-79, 148-156, 163.
-
-_Bohême dorée (La)_, par Charles-Victor Hugo, 188 en note.
-
-_Bonheur (Le) que procure l'étude dans toutes les situations de la
-vie._ Sujet de concours traité par Victor Hugo, 20 en note.
-
-_Bonnes Lettres_ (La Société des). En note: 61, 62, 91.
-
-Borel (Petrus), le lycanthrope, 8.
-
-Boulay-Paty (Évariste), son _Journal_. Soulié lui raconte la cause de
-la folie d'Eugène Hugo, 69-70 en note.
-
-Bourg (M.), 56.
-
-Bournon (Fernand): _Victor Hugo à Gentilly_, 30.
-
-Brandon (Le duc de), aide Marie d'Angleterre à se consoler de son
-veuvage, 154.
-
-Brousse (M.), ancien lieutenant-colonel, chevalier de Saint-Louis, ami
-du général Hugo, à Blois, 182 en note, 189.
-
-Brousse (Mme), morte centenaire en 1879, 183, 189.
-
-Brunyer, médecin de Gaston d'Orléans, 155 en note.
-
-_Bug-Jargal_, 196 en note. L'exemplaire offert par Victor Hugo à son
-père, 197 en note.
-
-_Bulletin de la Société impériale des Antiquaires de France_, 152 en
-note.
-
-_Bulletin du Musée municipal de Châteauroux_, 23 en note.
-
-Bunbury (Miss Lydia de): Mme Alfred de Vigny, 162 en note.
-
-Bury (Le château de), 153 en note.
-
-_Buttes (Les) et la télégraphie optique_, par A. de Rochas, 149 en note.
-
-
-C
-
-Cachet (Le) du général Hugo, 74, 116, 126, 127.
-
-Caillé (Le Dr Dominique) publie le _Journal d'Évariste Boulay-Paty_,
-69 en note.
-
-Calderon, 91 en note.
-
-_Campagne d'Espagne en 1823_, par Abel Hugo, 91 en note.
-
-Canel (Un geste de l'éditeur Urbain); il fait les frais du _voyage_
-des ménages Hugo et Nodier _au Mont Blanc et dans la vallée de
-Chamonix_, 179, 184.
-
-_Carnaval de Venise_ (Le), par Abel Hugo, 90 en note.
-
-Castellane (Mme Boni de): sa liaison avec Chateaubriand, 138,
-139-140.
-
-_Catalogue de la Bibliothèque romantique de M. J. Noilly_, 15 en note.
-
-Catherine de Médicis, 152 en note.
-
-_Catholique_ (Le journal, _Le_), fondé par le baron d'Eckstein, 166 en
-note.
-
-Cayla (La comtesse de), née Zoé Talon, 47 en note, 137.
-
- Aurait été consolée par le vicomte Sosthènes de la Rochefoucauld de
-la faiblesse de Louis XVIII, 161 en note.
-
-Cédules hypothécaires (Les) du roi Joseph, 34, 56.
-
-_Cénacle de la Muse française (Le)_, par Léon Séché, 62 en note, 165 en
-note, 168 en note.
-
-Chabris (Indre), le général Hugo y épouse, en secondes noces, Marie
-Catherine Thomas y Saëtoni, veuve Anaclet d'Almeg, 22-26.
-
-_Chaise de paille (La)_, par Charles-Victor Hugo, 188 en note.
-
-Chambord (Le château de): Adolphe Trébuchet désire le visiter, 99, 101.
-
- Paul-Louis Courier et son _Simple Discours_; sa condamnation; il rend
-compte de son procès, 99, 100 en note.
-
- La «futaie de tourelles» de Chambord, vue de Blois? 150.
-
- Enthousiasme de Victor Hugo pour Chambord. Il grave son nom au faîte
-de la plus haute tourelle, 168, 169.
-
- La duchesse de Berry devait, en 1828, suivre ce mauvais exemple, 168
-en note.
-
-Chantreau (Maurice), homme d'affaires du marquis de Béthune-Sully, sert
-de témoin au second mariage du général Hugo, 26.
-
-Charenton (L'hospice de), dirigé par le Dr _Royer-Collard_. Eugène
-Hugo y est transporté, 94, 96.
-
-Charles VIII, 153 en note.
-
-Charles X: par ordonnance spéciale, nomme Lamartine et Victor Hugo
-chevaliers de la Légion d'honneur, invite Victor Hugo à son sacre, 157,
-158.
-
- Le sacre, 174.
-
- Fait tirer l'_Ode sur le Sacre_ sur les presses de l'Imprimerie
-royale, 178.
-
- Fait remettre à Victor Hugo des porcelaines (de Sèvres), 183.
-
-Charles d'Orléans, ses poésies, 159 en note.
-
-_Château (Le) de Chambord_, par L. de la Saussaye, 169 en note.
-
-Chateaubriand (M. de), 95, 98, 130, 167 en note.
-
- Sa première disgrâce, 43 en note.
-
- Son ambassade à Londres, 43 en note.
-
- Accompagne M. de Montmorency au Congrès de Vérone, 43 en note.
-
- Accepte le portefeuille des Affaires étrangères, 43 en note.
-
- Nouvel amour, nouvelle disgrâce: la conversion des rentes, les
-finances de Mme Boni de Castellane, 43 en note, 75 en note, 137,
-140, 141.
-
- Hommage que lui rend Adolphe de Saint-Valry, 167 en note.
-
-Chauveau (Dr H.). _Mémoire sur les Buttes dans le département de
-Loir-et-Cher_, 149 en note.
-
-Chemonton (La rue), à Blois, 152.
-
-Chenay (Le graveur Paul), beau-frère de Victor Hugo, par son mariage
-avec Julie Foucher, 172 en note.
-
- Un volume de souvenirs: _Victor Hugo à Guernesey_, 172 en note, 196,
-197 en note.
-
- La première édition des _Odes_? 196, 197 en note.
-
-Cheverny (L'hôtel de), à Blois, 152.
-
-Chuquet (M. Arthur), 138 en note.
-
-Clermont-Tonnerre (M. de), son appui doit être conservé «vierge» pour
-le général Hugo, 75.
-
- Ses bonnes dispositions à son égard, 133.
-
- Victor Hugo déjeune avec lui à plusieurs reprises. Son précieux
-appui, 133, 135.
-
- Engage Victor à remettre au duc d'Angoulême son ode sur _la guerre
-d'Espagne_, 129.
-
-_Clocher de Saint-Marc (Le)_, par Jules Lefèvre-Deumier, 164 en note.
-
- Adolphe de Saint-Valry le lui fait vendre, 168.
-
-Cléry (Loiret), sur la rive gauche de la Loire, 147 en note.
-
-_Clytemnestre_, tragédie de A. Soumet, 62 en note.
-
-_Cochon de saint Antoine (Le)_, par Charles-Victor Hugo, 188 en note.
-
-Coetlosquet (Le général), sa bonne volonté à l'égard du général Hugo,
-141.
-
-Cogolludo: suivant le vicomte A. Révérend, le général Hugo eût été créé
-par le roi Joseph comte de Cogolludo, 21 en note.
-
-_Collection des lois civiles et criminelles des États modernes_, par
-Victor Foucher, 171 en note.
-
-_Collection des lois, décrets, ordonnances, règlements et avis du
-Conseil d'Etat_, par Duvergier, 195 en note.
-
-_Combat de taureaux (Le)_, par Abel Hugo, 90 en note.
-
-_Comte Julien (Le)_, par A. Guiraud, 164 en note.
-
-Condé (Princes de), 153 en note, 155.
-
-_Confidences (Les)_, par Jules Lefèvre-Deumier, 164 en note.
-
-_Conservateur_ (Le Journal _Le_): le marquis de Talaru est un de ses
-premiers bailleurs de fonds, ce à quoi il doit sa fortune politique,
-139 en note.
-
- Fait l'éloge des frères Hugo, 18 en note.
-
- Cesse de paraître, 19 en note.
-
-_Conservateur littéraire (Le)_, 8, 9, 17.
-
- Crainte du général Hugo que cette entreprise littéraire ne fasse
-négliger à ses fils leurs études de droit, 14.
-
- Ses doctrines politiques, 17, 19 en note.
-
- Abel et Victor Hugo à la tête du _Conservateur littéraire_, 21 en
-note.
-
- Eugène n'y publie que son _Ode sur la mort du duc d'Enghien_ et que
-ses _Stances à Thaliarque_, 21 en note.
-
-A. Soumet y rend compte des _Nouvelles Odes_ de Victor Hugo, 62 en note.
-
- Quelques-uns de ses collaborateurs: Gaspard de Pons, 69.
-
- Jules Lefèvre-Deumier, 164 en note.
-
- Adolphe de Saint-Valry, 166 en note.
-
- Ode sur _la mort du duc de Berri_, 81.
-
-_Constant et Discrète_, poème, par Gaspard de Pons, 69 en note.
-
-_Conteur (Le)_, recueil de contes publié par Abel Hugo, 92 en note.
-
-Conti (Prince de), 155.
-
-_Conversion d'un romantique_, par Antoine Jay, 69 en note.
-
-Corbière (M. de), ministre de l'Intérieur, 98.
-
-Corbière (Le poète Tristan), 10.
-
-_Correspondance de Victor Hugo_, 7, 158, 161 en note, 165 en note, 169
-en note, 170 en note, 173 en note, 199 en note.
-
-_Coup d'œil militaire sur la manière d'escorter, d'attaquer et de
-défendre les convois et sur les moyens de diminuer la fréquence des
-convois et d'en assurer la marche; suivi d'un mot sur le pillage_; par
-le général (alors capitaine) Hugo (1796), 13 en note.
-
-Courier (Paul-Louis), son _Simple Discours aux membres du Conseil de
-Véretz, au sujet de l'acquisition de Chambord_, 99.
-
- Traduit devant la Cour d'assises de la Seine, est condamné à deux
-mois de prison, 99.
-
- Rend compte de son procès et on n'ose le poursuivre à nouveau, 100 en
-note.
-
-_Courrier français (Le)_, 144 en note.
-
-Courteline (Un chapitre de): un dossier perdu, 34.
-
-_Cromwell_ (1827), 196 en note.
-
-
-D
-
-Damas (Le comte Roger de), 16, 17 en note, 137 en note.
-
-Dante, 163.
-
-_Débats (Le Journal des)_, 86, 134 en note.
-
-Decazes (Le comte), ministre de la Police générale; de l'Intérieur
-(puis président du Conseil (19 novembre, 29 décembre 1818-20 février
-1820), 129 en note.
-
-Delaveau (Le préfet), organisateur avec Franchet-Desperey, des
-massacres de la rue Saint-Denis (19-20 novembre 1827), 34 en note.
-
-Delorme (Marion): suivant le bibliothécaire Dupré, serait née à Blois,
-151 en note.
-
- La maison que lui prête la tradition, 151 en note.
-
- Un dessin de Victor Hugo, 151 en note.
-
- Deux vers de _Marion Delorme_, 165.
-
-Depeyre (M. G.), secrétaire de l'Académie des Jeux floraux: un petit
-point d'histoire littéraire, 55 en note.
-
-Derivoire (Le colonel), de Montfort-l'Amaury; avait servi sous les
-ordres du général Hugo, 187.
-
-_Derniers bardes (Les)_, poème, par Victor Hugo, 20 en note.
-
- Avaient été, en 1819, l'objet d'une mention de l'Académie des Jeux
-floraux, 20 en note.
-
-Deschamps (M. et Mme), 172.
-
-Deschamps (Emile), 163. Signe au mariage de Victor Hugo, 61.
-
- Fut un des fondateurs de la _Muse française_. Sa collaboration aux
-_Annales de la Littérature et des Arts_, au _Mercure du XIXe siècle_,
-etc. Ses œuvres, 163, 164 en note.
-
- Adresse ses félicitations au lieutenant général, comte Hugo, 177.
-
-_Des grands moyens accessoires de défense et de conservation
-aujourd'hui indispensables aux places fortes, aux armées, aux colonies
-et aux États qui les possèdent._ Ouvrage du général Hugo dont le
-prospectus a seul paru, 14 en note.
-
-Des Granges (Ch.-M.), Un précieux volume souvent mis à contribution:
-_Le Romantisme et la Critique. La Presse Littéraire sous la
-Restauration_, 1815-1830, 18 en note, 19 en note, 63 en note, 69 en
-note, 168 en note.
-
-Desjardins, le plus inconnu des fondateurs de la _Muse française_, 167
-en note.
-
-_Des maladies mentales considérées sous le rapport médical, hygiénique
-et médico-légal_, par Ed. Esquirol, 89-90 en note.
-
-Dessole (Le Cabinet, 29 décembre 1818), 129 en note.
-
-_Deux Ages (Les)_, idylle, par Victor Hugo, 20 en note.
-
-_Deux Archers_ (La ballade des), 148.
-
-Devéria, ses frontispices de _Bug-Jargal_ et des _Odes_ (édition
-Ladvocat), 197, 198 en note.
-
-_Dictionnaire des Généraux français_, 40, 41.
-
-Didine, Léopoldine Hugo, 142, 143, 144, 172, 173, 177, 185.
-
-_Divine Epopée (La)_, poème d'A. Soumet, 62 en note.
-
-Driollet (M.), ami du général Hugo, 184, 189.
-
-_Droit civil français (Le) suivant l'ordre du Code_, par Toullier et
-Duvergier, 195 en note.
-
-Drumont (Edouard), _Mon vieux Paris_. Scipion Sardini et Isabelle de
-Limeuil, 153 en note.
-
-_Duchesse d'Alba (La)_, manuscrit du général Hugo, 14 en note.
-
-Dumas (L'Abbé), vicaire à Saint-Sulpice lors du mariage de Victor Hugo,
-61.
-
-Dupont (L'hôtel Denis), à Blois, 151.
-
-Dupré (Le bibliothécaire A.), 151 en note.
-
-Du Seigneur (Jehan), 8.
-
-Duvergier (Le jurisconsulte), Victor Hugo oppose sa compétence et son
-honnêteté aux appétits de sa belle-mère, 195.
-
-Duvidal, marquis de Montferrier, l'un des signataires de l'acte de
-mariage de Victor Hugo, 61.
-
-
-E
-
-Eckstein (Le baron d') a collaboré aux _Annales de la Littérature et
-des Arts_ et fondé _Le Catholique_, 165 en note.
-
- Victor Hugo lui recommande le _Résumé de l'Histoire de Russie_,
-d'Alphonse Rabbe, 165.
-
-_Élégies savoyardes_, par A. Guiraud, 161 en note.
-
-_Elisabeth d'Angleterre_, par M. Ancelot, 61 en note.
-
-_Elisabeth de France_, tragédie de A. Soumet, 62 en note.
-
-Eloy (M.), 89.
-
-_El viego_, par Abel Hugo, 90 en note.
-
-Empecinado (L'), défaites que lui fit subir le général Hugo, 22.
-
-_Émulation de Cambrai (La Société d')_ couronne Abel Hugo pour son _Ode
-sur la bataille de Denain_, 21.
-
-_Épée de Brennus (L')_, manuscrit du général Hugo, 14 en note.
-
-_Ermite (L') ou le solitaire du lac_, autre manuscrit du général Hugo,
-14 en note.
-
-Esquirol (Le Docteur), 89-90.--Eugène Hugo est placé dans sa maison,
-89, 90.
-
- Victor va l'y visiter; état du malade, 92-93.
-
- Le prix de la pension, 93.
-
- Son règlement, 97, 100.
-
- Le Dr Esquirol, nommé à Charenton, 90 en note.
-
- Un ouvrage classique, 89-90 en note.
-
-_Essai complémentaire sur le commandement des places de guerre et
-autres._ Manuscrit du général Hugo, 14 en note.
-
-_Études d'Histoire romantique. Le Cénacle de la Muse française_, par
-Léon Séché, 62 en note.
-
-_Evénement_ (Le journal _L'_): Charles-Victor et François-Victor Hugo,
-188 en note, 193 en note.
-
-
-F
-
-_Famille tragique (Une)_, par Charles-Victor Hugo, 188 en note.
-
-Féraudy (M. de), ancien major du génie, le meilleur ami du général Hugo
-à Blois, où il fonde avec lui une société littéraire, 86, 189.
-
- Ses _fables_, 77.
-
- Ses _mémoires_, 77.
-
- Est vivement recommandé à Victor, par Eugène, dans un intervalle de
-lucidité, 86.
-
- Présente un acte à l'Odéon, 86.
-
- Ses voyages à Paris mis à profit par Victor et par son père, 127-128.
-
- Candidat à une récompense de l'Académie: démarches de Victor Hugo,
-135, 136.
-
-Ferdinand, roi d'Espagne, 139-140.
-
-Fessart (M.), signe au mariage de Victor Hugo, 61.
-
-_Feuilles d'automne (Les)_: la maison du général Hugo à Blois, 78-79.
-
-_Fiesque_, par M. Ancelot, 61 en note.
-
-_Figaro_ (une citation du), de 1829, 31 en note.
-
-Fleury (Le Docteur), 72, 96.
-
-Foix (La maison de la rue du), à Blois.
-
- Est achetée dès 1816 par la veuve d'Almeg, 24 en note, 77.
-
- Après son mariage avec le général Hugo qui vient de revendre le
-domaine de Saint-Lazare, elle s'y installe avec lui, en 1823, 77.
-
- Le général y joint une petite maison voisine, plus tard achetée par
-la double veuve, 77 en note.
-
- Sa description par Victor Hugo, 78-79, 149.
-
- Le petit Léopold vient y mourir, 112, 122.
-
- L'inventaire et la vente du mobilier après la mort du général Hugo,
-195.
-
- Sa veuve n'y meurt qu'en 1858, 79, 200.
-
- Le centenaire de la naissance d'Hugo: une cérémonie bien inspirée,
-79.
-
-Foucher (Adèle), Mme Victor Hugo. Voir ce nom.
-
-Foucher (Julie), petite sœur d'Adèle, ses progrès, 172.
-
- Epouse le graveur Paul Chenay, 172 en note.
-
-Foucher (Paul), jeune beau-frère de Victor Hugo. Encore élève au lycée
-Henri IV, amène chez ses parents, à Gentilly, un de ses camarades qui
-contrefaisait à merveille l'ivrogne: il se nommait Alfred de Musset, 30.
-
- Son voyage à Blois, 116, 117.
-
- Il en revient avec de bonnes nouvelles et les yeux agrandis à force
-de s'ouvrir, 114, 116, 117.
-
- Une lettre de Victor Hugo à Paul Foucher écrite de la Miltière, 170,
-173.
-
- Leur collaboration: _Amy Robsart_, 170 en note.
-
- Ses correspondances parisiennes à _l'Indépendance belge_, 170 en note.
-
- Son nom lié, par Alfred de Musset, à celui de Mme Mélanie Waldor,
-170 en note.
-
-Foucher (Pierre), beau-père de Victor Hugo, ancien greffier du Conseil
-de guerre; chef de bureau au Ministère de la Guerre, 31.
-
- Sa réponse à la demande de mariage entre sa fille Adèle et Victor,
-faite par le général Hugo, 47.
-
- Son crédit au Ministère mis à profit par son gendre pour les siens,
-76.
-
- A prêté de l'argent au jeune ménage gêné: Victor s'adresse à son père
-pour le lui rembourser, 83, 84.
-
-Foucher (Mme Pierre), Anne-Victoire Asseline, 61.
-
- Passe avec son mari les vacances à Gentilly: le fiancé les y
-accompagne, 29-30.
-
- Perd son père, 121.
-
- A caché à sa fille les lettres annonçant la mort du petit Léopold et
-ne peut les retrouver, 122, 124.
-
-Foucher (Victor), l'aîné des beaux-frères de Victor Hugo, 171.
-
- Est à Alençon bien placé, 131.
-
- Ses œuvres, 171 en note.
-
- Aurait collaboré, sous la signature F..., au _Conservateur
-littéraire_, 171 en note.
-
-_Foudre_ (Le journal _La_) consacre un article aux _Fables_ de M. de
-Féraudy, 77.
-
-Fouquet (Le sieur), jardinier, l'un des témoins, à l'état civil de
-Blois, de la mort de la veuve du général Hugo, 200.
-
-_Français en Espagne (Les)_, à-propos-vaudeville par Abel Hugo et Alph.
-Vulpian, 91 en note.
-
-_France Centrale_ (Le journal _La_) reproduit la belle lettre de Victor
-Hugo à l'aqua-fortiste Queyroy, 157.
-
- M. J. de Pétigny y défend la mémoire de Gaston d'Orléans, 155 en note.
-
-_France historique et monumentale_, par Abel Hugo, 93 en note.
-
-_France militaire_, par Abel Hugo, 92 en note.
-
-_France pittoresque_, par Abel Hugo, 92 en note.
-
-Franchet Desperey (M.), directeur général de la police, 34, 35, 47.
-
-François Ier (Une citation inévitable de), 169.
-
-_Francs régénérés (Les)_, 18 en note.
-
-Frayssinous (Le comte de), évêque d'Hermopolis, ministre des Affaires
-ecclésiastiques; Victor Hugo cherche à obtenir de lui une bourse pour
-un de ses cousins Trébuchet, 187.
-
-Frénilly (Le baron de), ses _Souvenirs_: les causes secrètes d'une
-disgrâce, Chateaubriand et Mme Boni de Castellane, 138-140.
-
-
-G
-
-Gaillard (Michelle), veuve de Florimond Robertet, 153 en note.
-
-_Galerie des Hommes illustres du Vendômois_, 147 en note.
-
-Gaston d'Orléans, 149, 163.
-
- Duplicité de ce «Bourbon coupé de Médicis», 154-155.
-
- M. de Pétigny cherche à prendre la défense de sa mémoire, 155 en note.
-
-Gault (M. Denis), officier de l'état civil de la commune de Blois, 119.
-
-Gautier (Théophile): son _Histoire du Romantisme_, 8.
-
-Gay (Le Docteur) achète du général Hugo la terre de Saint-Lazare, près
-Blois, 77.
-
-_Gazette de France (La)_, 33 en note, 157.
-
-_Gazette des Beaux-Arts: Les Rues et Maisons du vieux Blois._ Une
-lettre de Victor Hugo au dessinateur Queyroy, 157.
-
-Gazza (Francesca), Mme Brousse, 182 en note.
-
-_Génie (Le) du Théâtre espagnol, ou Traduction et analyses des
-meilleures pièces de Lopez de Véga; F. Calderon et autres auteurs
-dramatiques, depuis le milieu du XVIe siècle jusqu'à la fin du
-XVIIIe_; par Abel Hugo (Ouvrage non terminé), 91 en note.
-
-Genoude (M. de), 33 en note.
-
-Gentilly (Victor Hugo à), 29-30, 99, 175, 176.
-
-Genty, l'un des pseudonymes du général Hugo, 13 en note.
-
-Girard (M.), directeur de l'École vétérinaire d'Alfort, 96.
-
-Goncourt (Edmond et Jules de): leur _Journal_, 13 en note.
-
-Greffulhe (Louise-Cornélia-Eucharis de), comtesse Boni de Castellane:
-sa liaison avec Chateaubriand, 138, 139-140.
-
-Grégoire (L'Abbé), évêque constitutionnel de Blois, 60 en note.
-
-Guiraud (P.-M.-T.-Alexandre), l'un des fondateurs de la _Muse
-française_ où il rendit compte des _Mémoires du général Hugo_ et publia
-un véritable manifeste: _Nos Doctrines_, 10, 164.
-
-Guise (Le duc de), 155.
-
- (L'hôtel de), à Blois, 152.
-
-
-H
-
-Hadou (Les époux), propriétaires de la maison achetée, en 1816, par la
-veuve d'Almeg, rue du Foix, à Blois, 77 en note.
-
-_Han d'Islande_ (L'exemplaire de la seconde édition de) que Victor Hugo
-destine à son père, 106.
-
- Description de cet exemplaire, 197 en note.
-
-Hatin (Eugène), omet de citer la _Muse française_ dans sa
-_Bibliographie historique et critique de la Presse périodique
-française_, 106 en note.
-
-Haute (Une maison de la rue), à Blois, 151.
-
-Heim (Le jeune M.) récite des vers de circonstance, en la maison de la
-rue du Foix, à Blois, à l'occasion du centenaire de la naissance de
-Victor Hugo, 79 en note.
-
-Hendicourt (M. d'), 161.
-
-Henri III, 155.
-
-Henri IV, 153.
-
-_Hernani_, 9.
-
-_Heure de la Mort (L')_, par Abel Hugo, 91 en note.
-
-_Histoire de l'empereur Napoléon_, par Abel Hugo, 92 en note.
-
-_Histoire du Romantisme_, par Théophile Gautier, 8.
-
-Hofman (Le critique), du journal des _Débats_.--Réponse de Victor Hugo,
-134 en note.
-
-Holstein-Augustenbourg (Leurs Altesses Sérénissimes les princes de),
-194.
-
-_Hôtel (L') de Scipion Sardini et ses Médaillons en terre cuite_, par
-Anatole de Montaiglon, 152 en note.
-
-Hôtel Toulouse (L'), rue du Cherche-Midi, siège du Conseil de guerre où
-habitait la famille Foucher, 30, 63.
-
-Houssaye (Arsène), 164 en note.
-
-Hugo (Joseph), menuisier, «très excellent républicain», marié à
-Marguerite Michaud, père du général Hugo, 24, 133 en note.
-
-Hugo (Le général Joseph-Léopold-Sigisbert). Lettres que lui adressa
-Victor, conservées à la Bibliothèque de Blois, 7.
-
- Étude à ce sujet de M. Louis Belton: _Victor Hugo et son père, le
-général Hugo, à Blois_, 7.
-
- Ses _mémoires_, 11, 13 en note, 92, 94, 116, 119, 164 en note.
-
- Ces lettres le font mieux connaître, 12.
-
- Son premier mariage, la séparation: l'aventurière, 11.
-
- L'éloignement semble, cependant, plutôt matériel entre les fils et le
-père, qui leur continue une pension mensuelle, 12.
-
- Ses goûts littéraires, 13. Ses œuvres imprimées et manuscrites, 13-14
-en note.
-
- Sa crainte passagère que le _Conservateur littéraire_ ne fasse
-négliger à Eugène et à Victor leurs études de droit: lettre au doyen,
-15.
-
- Sa carrière militaire: le général Hugo en Espagne, la défense de
-Thionville: son bonapartisme pour le moins douteux. Il semble avoir eu
-plus à se louer de Louis XVIII, qui après lui avoir reconnu le grade de
-maréchal de camp, lui avait ensuite accordé la croix de Saint-Louis,
-puis la rosette de la Légion d'honneur, que de Napoléon, 16.
-
- Sa lettre au comte Roger de Damas, 15-17.
-
- La demi-solde, 16.
-
- Créé, par Joseph, comte de Siguenza, ses armes, 21.
-
- Se retire à Blois où il achète le domaine de Saint-Lazare, qu'il ne
-tarde pas à revendre, 22.
-
- Son second mariage (une régularisation), à Chabris, avec
-Marie-Catherine Thomas y Saëtoni, veuve Anaclet d'Almeg, 22.
-
- L'acte de mariage, 23-26.
-
- Comment le général Hugo et la comtesse de Salcano firent part de leur
-union: la religion a parfois bon dos, 26.
-
- Autorise le mariage de Victor avec Mlle Adèle Foucher, 28.
-
- Veut fonder, à Blois, une Société littéraire: les vains efforts de
-Victor pour la faire autoriser. Un biais administratif, 33, 35-36, 40,
-41, 44.
-
- La demande officielle de la main d'Adèle Foucher, 38, 47.
-
- Victor se défend d'avoir des préventions contre son épouse actuelle,
-qu'il n'a pas l'honneur de connaître, 39.
-
- Le service de presse du _Journal de Thionville_, 39, 41.
-
- Un poème du général: la _Révolte des Enfers_, 41, 42, 46.
-
- Acte de naissance et extrait de baptême du fiancé, 45.
-
- Un consentement légalisé et un mois de pension longs à venir, 47.
-
- Le rachat d'un ban, 50.
-
- Le général n'assistera pas à la noce et ne prendra pas part aux
-frais, 49, 51.
-
- Entre frères: lettre du colonel Hugo au général, 56-59.
-
- Le faire-part du mariage de Victor, 65.
-
- La chanson des nouveaux époux, 63-64, 66-67.
-
- La folie d'Eugène: Victor en avise son père et fait appel à sa
-bourse, 71-72.
-
- L'écu et les armes du général: un blason du XVIe et la ferblanterie
-héraldique impériale, 74 en note.
-
- Tous les efforts de Victor tendent à le faire rappeler à l'activité,
-75.
-
- Quitte et revend le château de Saint-Lazare, pour aller habiter la
-petite maison achetée, en 1816, rue du Foix par la veuve d'Almeg, 77.
-
- Va chercher Eugène à Paris et le ramène à Blois, 72-73.
-
- Son compte à la banque Katzenberger: il vient à nouveau au secours du
-jeune ménage, 83-84.
-
- Des nouvelles du pauvre fou, placé chez le Dr Esquirol, puis
-transféré au Val-de-Grâce et à Saint-Maurice, 90, 92-93, 94, 95, 96-97,
-99, 100, 106, 131.
-
- Il reçoit le jeune Adolphe Trébuchet, 99-101.
-
- Le général grand-père: la naissance du petit Léopold, 102-104.
-
- La recherche d'une nourrice. Il en expédie une à ses enfants,
-104-107, 107-108.
-
- Un nuage prêt à crever: la reconnaissance due à la comtesse de
-Salcano, 110-111.
-
- Il va, avec sa femme, chercher à Paris l'enfant malade et le ramène
-à Blois, où, malgré les soins dont il est entouré, il ne tardera pas à
-mourir, 112, 120, 121.
-
- Le cachet du général, 74, 116, 126, 127.
-
- Ses _Mémoires_ s'impriment chez Ladvocat: Adèle Hugo, souffrante,
-demande à les lire en feuilles, 119.
-
- La mort de l'enfant. Consolations du père au grand-père, 122-124.
-
- Les bonnes dispositions du marquis de Clermont-Tonnerre et du duc
-d'Angoulême à l'égard du général, 134, 135-136.
-
- L'espoir, vite envolé, d'une inspection générale, 136, 141.
-
- Nouveau voyage à Paris où il va faire connaissance de sa petite-fille
-Léopoldine, 145.
-
- Victor et Adèle Hugo à Blois: la maison, le jardin et les cheveux
-blancs de son père, 147-173.
-
- Les charmes d'une légende, 157.
-
- Le général emmène ses enfants passer quelques jours à la Miltière, sa
-propriété de Sologne, 169.
-
- La promotion du général au grade de lieutenant général (5 juin 1825),
-175.
-
- Le nouveau lieutenant général parmi ses sables de Sologne, 176.
-
- Le fils lui rappelle d'une façon charmante une dette sacrée, 180-182.
-
- Il tarde un peu à s'exécuter, 184.
-
- Une recommandation dont ne s'enthousiasme pas Victor, 187.
-
- Sa belle-fille lui donne un nouveau petit-fils, 189.
-
- Il quitte Blois et vient s'installer à Paris dans la même maison
-qu'Abel Hugo, 190-191.
-
- Affaires dont il semble s'être occupé, 191.
-
- Sa mort subite: un «avis d'obsèques», dans le _Moniteur_, les débuts
-d'une formule, 191-192.
-
- La cérémonie. La dépouille du général Hugo rejoint au cimetière du
-Père-Lachaise, celle de la mère de ses enfants: leur monument, 192-193.
-
- Une succession difficile: le tailleur Moreau et Marie-Catherine
-Thomas y Saëtoni, 193-200.
-
- Inventaire et vente de mobiliers de Blois et de la Miltière, 195-196.
-
- Quelques livres échappés à la vente: dédicaces de Victor Hugo à son
-père, 196-198.
-
- Ce qu'on peut retirer dans les débris d'une grande fortune, 199.
-
-Hugo (Le colonel Louis-Joseph), commandant le bureau de recrutement de
-Tulle, 37, 114, 144.
-
- Sa croix d'officier de la Légion d'honneur, 16.
-
- Demande à son neveu Victor son appui auprès de M. Foucher, 43, 46.
-
- Une lettre du colonel au général, 56-59.
-
- Les affaires des Hugo en Espagne, 56-57.
-
- Observations qu'il a cru devoir faire à Victor au sujet de son
-mariage. La réponse de celui-ci, 57-58.
-
- Désirerait être rappelé à l'activité et éviter la mise à la retraite.
-Va voir, dans ce but, le lieutenant général Alméras, 58.
-
-Hugo (Léopold), fils du colonel, 37 en note.
-
-Hugo (Marie), fille du colonel, Sœur Marie-Joseph de Jésus, du Carmel
-de Tulle, 37 en note.
-
-Hugo (Le major François-Juste), le plus jeune frère du général, 73,
-114, 119.
-
- A recours également au crédit de Victor, 75.
-
- Sa femme; ses séjours à Paris, 82, 88, 131, 132, 133, 134.
-
-Hugo (Abel): Fait précéder les _Mémoires du général Hugo_ d'un _Précis
-historique des Evénements qui ont conduit Joseph Napoléon sur le trône
-d'Espagne_, 11 en note, 91 en note.
-
- Vient retrouver ses frères à Paris, 19.
-
- Couronné par la _Société d'Emulation de Cambrai_, 21.
-
- Collabore, avec son frère Victor, au _Conservateur littéraire_, 21 en
-note.
-
- Sert d'intermédiaire entre le poète et l'éditeur Pélicier. La 1re
-édition des _Odes et Poésies diverses_, 30 en note.
-
- Galère dans laquelle il a poussé Victor, 90, 94.
-
- Ses _romances historiques traduites de l'espagnol_, 30 en note, 91 en
-note, 198 en note.
-
- Très occupé, n'a guère le temps d'écrire à son père, 32, 48.
-
- Épouse Mlle de Montferrier, 61 en note.
-
- Emmène, avec Biscarrat, de chez M. Foucher, Eugène Hugo, atteint
-d'une crise de folie, pendant le dîner de noces de son frère, 68.
-
- Ses œuvres, 90-93 en note.
-
- La maison qu'il habite, rue Monsieur: son père y prend un appartement
-et y meurt, 191.
-
-Hugo (Eugène): Obtient un souci réservé et une mention à l'_Académie
-des Jeux Floraux_, 21.
-
- Publie dans le _Conservateur littéraire_ son _Ode sur la mort du duc
-d'Enghien_ et sa traduction des _Stances à Thaliarque_, 21 en note.
-
- Toujours bizarre: un roman en partie double, 32, 36.
-
- Sa situation précaire, 36.
-
- «Un peu fou», quand il écrit à son père, 51.
-
- Assiste au mariage de Victor et d'Adèle Foucher et signe l'acte de
-mariage, 61.
-
- Est pris d'un accès de folie durant le repas de noces, 68.
-
- Le douloureux secret: il aimait Adèle, 70.
-
- Son père vient le chercher et l'emmène à Blois, où il le soigne
-quelque temps chez lui, 72.
-
- Un mieux passager: il écrit à Victor et à J.-B. Biscarrat, 80, 85.
-
- Autre lettre à Abel, dans laquelle il lui recommande vivement M. de
-Féraudy. Elle trahit l'état du malade, 86-87.
-
- Est ramené à Paris et placé dans la maison de santé du Dr Esquirol,
-89-90.
-
- Victor va l'y voir: son état, ses phantasmasies, 92-93, 96-97.
-
- Est transféré au Val-de-Grâce, puis à Saint-Maurice, 94.
-
- Il y fait de la mélancolie; peine qu'on a à le faire manger, 99, 100.
-
- Sa malpropreté, 109.
-
- Sa mort, 73 en note.
-
- Est enterré au Père-Lachaise, auprès de sa mère et de son père, 193.
-
-Hugo (Victor): Ses lettres à son père, conservées à la Bibliothèque de
-Blois, 7.
-
- Son affection pour Alfred de Vigny, 9.
-
- Termes respectueux et affectueux dans lesquels il écrit à son père,
-12.
-
- Ses débuts, 15.
-
- Obtient deux mentions à l'_Académie française_, 19.
-
- Ses succès aux _Jeux Floraux_, 20.
-
- Est nommé maître, mais ne fut pas mainteneur, 20.
-
- Pension qu'il prétend devoir toucher comme membre de la seconde
-Académie du Royaume, 54, 57.
-
- Le dénouement d'un roman: Victor vient passer les deux mois, à
-Gentilly, chez les Foucher. Un «nid d'oiseau ou de poète», 29.
-
- Les _Lettres à la Fiancée_, 27, 29.
-
- L'édition originale des _Odes et Poésies diverses_, 8, 20, 30, 193 en
-note.
-
- S'en vendrait-il à Blois? 37, 42.
-
- Les courses de Victor à Paris pour son père: la Société littéraire de
-Blois, 33, 35-36, 40, 41, 44.
-
- L'introuvable général d'Hurbal, 36, 40.
-
- Sollicitude avec laquelle il recommande ses frères à son père, 51, 64.
-
- Il fait appel aux conseils littéraires du général, 37.
-
- La demande en mariage: si le général savait quel ange il va nommer sa
-fille, 39.
-
- La pension de Victor sur la maison du roi, 39, 45, 47, 51, 130, 141.
-
- Le service de presse du _Journal du blocus de Thionville_, 39, 41.
-
- Son crédit auprès de M. de Chateaubriand, 43, 44.
-
- Un mois en retard de la pension paternelle, 48.
-
- Il a diverses raisons pour désirer que son mariage ait lieu le plus
-tôt possible, 50.
-
- Son mariage à Saint-Sulpice, l'acte de mariage, les témoins, 60-63.
-
- La noce à l'hôtel Toulouse, 63, la folie d'Eugène, 68.
-
- Les premières joies du ménage: les oarystis, 63-64.
-
- Un mot aimable pour la femme du général, 66, 67.
-
- Victor se décide à révéler à son père l'état d'Eugène et fait appel à
-sa bourse, 71-72.
-
- Il tient à conserver «vierge» pour le général la recommandation de M.
-de Clermont-Tonnerre, 75.
-
- Espérances de paternité, 76.
-
- Les _Fables_ et les _Mémoires_ de M. de Féraudy, 76-77.
-
- Une lettre au pauvre Eugène, 80.
-
- La gratification de 500 fr. qui lui avait été accordée par Louis
-XVIII, pour son _Ode sur la mort du duc de Berry_, 81.
-
- On lui fait espérer une pension de 3.000 francs sur les fonds du
-ministère de l'Intérieur, 82.
-
- La seconde édition des _Odes_, 81.
-
- Une plaisanterie un peu grasse: le ventre d'Adèle, 87, 88-89.
-
- Il va voir Eugène chez le Dr Esquirol. Son état, 92-93.
-
- Il existe des maisons où le prix de la pension est moins élevé, 93.
-
- Quelques idées sur le traitement de la folie, 97.
-
- L'enfant que porte sa femme sera un nouveau lien entre le père et le
-fils, 97.
-
- Mauvaises nouvelles d'Eugène, 100.
-
- Le voyage à Blois du jeune Adolphe Trébuchet, 99-101.
-
- La naissance du petit Léopold. Il est mis en nourrice, 102-104.
-
- La femme à qui il est confié semble d'un caractère méchant et faux,
-Victor demande au général de lui chercher une nourrice à Blois, ou dans
-les environs, 105-106.
-
- Il adresse à son père le premier numéro de la _Muse française_, 106.
-
- La seconde édition de _Han d'Islande_, 106.
-
- Remerciements au général pour l'envoi d'une nourrice. Son arrivée,
-107-108.
-
- Remerciements au père et à sa femme pour les soins dont le petit
-Léopold, qu'ils ont emmené à Blois, est l'objet de leur part, 113.
-
- Les armes et l'écusson du comte Hugo, 116.
-
- La fin de Léopold: «nous espérons, mais nous sommes résignés», 120.
-
- _A l'Ombre d'un Enfant_, 124-125.
-
- Vente des _Odes_, à Ladvocat, 130.
-
- Démarches de Victor en faveur de son cousin Michaud, 132, 133.
-
- Déjeune à deux reprises avec le marquis de Clermont-Tonnerre, auprès
-de qui il appuie vivement son père, 133, 135.
-
- Intervient à l'Académie en faveur de M. de Féraudy, 135.
-
- Les _Nouvelles Odes_; la négligence de Ladvocat, 135.
-
- Les courses et les besognes d'un auteur, 135.
-
- Impossibilité d'obtenir pour le général une inspection générale:
-c'est peut-être, un mal pour un bien, 141.
-
- La disgrâce de Chateaubriand, 141.
-
- La naissance de Léopoldine, 142.
-
- Le voyage à Blois, 147-173.
-
- Les _Rues et Maisons du vieux Blois_: lettre au dessinateur A.
-Queyroy, 148-156.
-
- Le _Moniteur_ publie la nomination, par ordonnance spéciale, de
-Lamartine et de Victor Hugo au grade de chevaliers de la Légion
-d'honneur, 157-158.
-
- Victor Hugo invité au sacre, 158.
-
- Lettres à J.-B. Soulié, à Alfred de Vigny et à Adolphe de
-Saint-Valry, 159, 162, 167.
-
- Quelques jours à la Miltière, 169-173.
-
- Victor n'a reçu encore ni croix, ni brevet: il craint de ne pouvoir
-porter la croix au sacre, ce qui serait inconvenant, 171.
-
- Le sacre, 174.
-
- L'_Ode sur le Sacre_, 174, 177-178.
-
- Nouveau séjour à Gentilly, 176.
-
- Compliments au Lieutenant général, comte Hugo, 177.
-
- Toujours la négligence de Ladvocat, 176.
-
- Une dette d'honneur: ce qui reste dû à M. de la Rivière, l'ancien
-maître d'Eugène et de Victor, rue Saint-Jacques. Victor fait, pour
-payer sa quote-part, le sacrifice d'une montre qu'il comptait s'acheter
-et plaide joliment auprès de son père la cause du vieil homme, 180-183.
-
- Le _Voyage poétique et pittoresque_, avec le ménage Nodier, _au Mont
-Blanc et dans la vallée de Chamonix_, ce qui en est paru, 183.
-
- Séjour à Montfort-l'Amaury: Victor vient d'user du peu d'influence
-qu'il peut avoir sur M. l'évêque d'Hermopolis, pour obtenir une bourse
-à un de ses cousins Trébuchet, 187.
-
- La naissance de Charles Hugo, 189.
-
- D'autres lettres de Victor Hugo existent, sans doute, dans une étude
-blaisoise, 190.
-
- Une succession difficile; les débris d'une grande fortune:
-«l'Adversaire», 193-199.
-
- Les exemplaires des œuvres de Victor Hugo offerts par lui à son père.
-Leurs dédicaces, 196-198 en note.
-
-Hugo (Mme Victor). Adèle Foucher.
-
- Ecrit sous l'inspiration de son mari: _Victor Hugo raconté par un
-Témoin de sa Vie_, 10.
-
- Ses lettres au général et à Mme Hugo, 65, 67, 87-88, 99, 109,
-114-116, 117-118, 121, 129-131, 132-133, 142-143, 185-186.
-
- Semble à nouveau enceinte, 76.
-
- Se porte aussi bien que sa situation le permet, 82.
-
- Elle appellera son petit garçon Léopold, pour faire la cour à sa
-belle-mère, 88.
-
- Plaisanterie de Victor à laquelle prêtent les rondeurs de sa
-signature, 87, 88-89.
-
- La naissance du petit Léopold; des couches laborieuses, 102-103.
-
- Léopold mourant: les angoisses d'une mère, 121.
-
- Feint de se consoler un peu, dessine et cherche à cacher sa tristesse
-à son mari, 128, 130-131.
-
- Est à nouveau enceinte: les médecins lui interdisent l'usage de la
-voiture, 136.
-
- Sa fille Léopoldine Hugo, en donne des nouvelles au général et à sa
-«bonne mère», 142-143.
-
- Nourrit Léopoldine et accompagne son mari à Blois, 147.
-
- Victor la quitte pour se rendre au sacre de Charles X, 161-162.
-
- Le _voyage poétique et pittoresque au Mont Blanc et dans la vallée
-de Chamonix_: ses doutes sur l'éclosion du livre dont Urbain Canel
-supporte à l'avance les frais, 179, 183.
-
- Une lettre à la femme du général, «ma chère maman», où elle la prie
-de lui envoyer de Blois, si elle en trouve, un beau poisson qui pût
-arriver frais à Paris, 185-186.
-
- Un accouchement difficile: Charles Hugo, 189.
-
-Hugo (Le petit Léopold): Sa naissance, il est mis en nourrice, 102-104.
-
- Le général est chargé de lui trouver une nourrice à Blois, 105-107.
-
- Il en trouve et en envoie une, 107-108.
-
- Est emmené dans la maison du grand-père, 112.
-
- Une lettre charmante, à son sujet, d'Adèle Hugo à sa belle-mère,
-114-115.
-
- Il va de mal en pis, 120.
-
- Le cri de la mère, 121.
-
- Sa mort, son acte de décès, 121-122.
-
- La résignation de Victor Hugo: l'ode qui va suivre, 123-124, 124-125.
-
-Hugo (Léopoldine): Sa naissance, épouse Charles Vacquerie, sa mort
-tragique à Villequier, 142.
-
-Hugo (Charles-Victor): Sa naissance, ses œuvres, 188-189.
-
-Hugo (François-Victor): Sa traduction des _Œuvres complètes de
-Shakespeare_, 193.
-
-Hugo de Lorraine (Les) et les Hugo de Spitzemberg: leurs armes, 74-75
-en note.
-
-Hurault (La famille des), 152 en note.
-
-Hurbal (L'introuvable général), 36, 40.
-
-
-I
-
-_Illustration (L')_, 192.
-
-_Indépendance belge (L')_, 170 en note.
-
-_Indépendant de Loir-et-Cher (L')_, 79 en note.
-
-_Inez de Castro_, drame en trois actes de Victor Hugo, 10 en note.
-
-Innocent XII institue le diocèse de Blois, 60 en note.
-
-_Inspirations poétiques_, par Gaspard de Pons, 69 en note.
-
-_Intermédiaire des Chercheurs et Curieux (L')_, 167 en note, 168 en
-note.
-
-_Intrigue de cour (L')_, comédie. Manuscrit du général Hugo, 14 en note.
-
-Isaétony de Compolor (Lina), mère de la seconde femme du général Hugo,
-24.
-
-
-J
-
-Jardins du château de Blois.
-
- Louis XII, goutteux, s'y fait promener sur son petit mulet, 153.
-
-_Jardins du château de Blois (Les)_, étude architectonique, par Pierre
-Lesueur, 153 en note.
-
-Jaupître (notaire à Chabris), 1821, 25 en note.
-
-Jay (Antoine), sa _Conversion d'un Romantique_, 69 en note.
-
-_Jeanne d'Arc_, par A. Soumet, 62 en note.
-
-_Je vous aime_, comédie de Charles-Victor Hugo, 188 en note.
-
-_Joseph, ou l'Enfant trouvé_, manuscrit du général Hugo, 14 en note.
-
-_Journal d'Evariste Boulay-Paty_, 69-70 en note.
-
-_Journal des Goncourt_, 13 en note.
-
-_Journal historique du blocus de Thionville, en 1814, et de Thionville,
-Sierck et Rodemach en 1815, contenant quelques détails sur le siège de
-Longwy_ (par le général Hugo), 13 en note, 16, 39, 41.
-
-Juju, Julie Foucher, 172.
-
-
-K
-
-Kallenborenne (Nicolas), tailleur d'habits à Chabris, et témoin du
-second mariage du général Hugo, 26.
-
-Katzenberger (La banque), 83, 84, 97.
-
-
-L
-
-La Chaise (Le père) et l'évêché de Blois, 60 en note.
-
- (Le cimetière du Père): le lieutenant général, comte Hugo, y est
-enterré à côté de sa première femme, 192-193.
-
-Lacroix (Paul), 159 en note.
-
-Ladvocat (l'éditeur) imprime les _Mémoires du général Hugo_, 116, 119.
-
- Achète 2.000 francs, pour deux ans, la propriété des _Odes_, 130.
-
- Son édition des _Odes_, 130, 198 en note.
-
- Sa négligence: le général ni sa femme ne reçoivent les exemplaires
-qui leur sont destinés, 134, 135.
-
-Lahorie (le général), sa condamnation, 63.
-
-Lamartine (Alphonse de): Ne fait point partie du cénacle de la _Muse
-française_, 9.
-
- Une ordonnance spéciale de Charles X le nomme ainsi que Victor Hugo,
-chevalier de la Légion d'honneur, 157-158.
-
- N'assiste point au sacre, 173-174.
-
- Nommé secrétaire d'ambassade à Florence, ne prend pas part à
-l'excursion des ménages Nodier et Hugo, 184.
-
-Lambert (M.), 184, 187.
-
- (La banque): le général Hugo s'en occupe et figure au moment de son
-décès parmi ses administrateurs, 184 en note, 191.
-
-Lamennais (M. de), 48, 167 en note.
-
-La Rivière (M. de), ancien maître d'école d'Eugène et de Victor Hugo,
-rue Saint-Jacques, 173.
-
- Sa délicatesse: un vieux compte dont il n'osait réclamer le
-règlement, 179-180.
-
- Une dette sacrée, la montre de Victor, 180-183.
-
- Le général semble se faire tirer l'oreille pour payer, 183.
-
-La Rochefoucauld (Le vicomte Sosthènes de), aide de camp du roi chargé
-du département des Beaux-Arts, 55 en note, 178.
-
- Sa délicatesse vis-à-vis de Lamartine et de Victor Hugo, 160-161.
-
- Jupes longues et feuilles de vigne. Le nu semblait moins l'effrayer
-lorsque c'était celui de Mme du Cayla, 161 en note.
-
-La Rochelle (La conspiration des Quatre sergents de), 33.
-
-La Saussaye (L. de): _Histoire du château de Chambord_, 169 en note.
-
-Laudinière (La locature de), dépendant de la Miltière, propriété, en
-Sologne, du général Hugo, 169 en note.
-
-Lauriston (Le marquis de), ministre de la Maison du roi, 55 en note.
-
-Lebarbier (M.), 82, 89.
-
-Lefèvre-Deumier (Jules), sa collaboration au _Conservateur littéraire_
-et à la _Muse française_, ses œuvres, 164.
-
- Fut avec Arsène Houssaye, copropriétaire de l'_Artiste_, 164 en note.
-
-Adolphe de Saint-Valry lui fait vendre son _Clocher de Saint-Marc_, 168.
-
-Lelarge de Lourdoueix (M.), président de la division des Beaux-Arts,
-sciences et belles-lettres à la direction de la police, 33, 35, 38, 42,
-47.
-
-Lemaignen (Henry), témoin, à l'état civil de Blois, de la mort du petit
-Léopold Hugo, 119.
-
-Lemaire (M.), 127.
-
-Lescale (M. de), 59.
-
-Lesueur (Pierre), _Les jardins du château de Blois_, 153 en note.
-
-_Lettres à la Fiancée_, lettres de Victor Hugo à Adèle Foucher, 27.
-
-_Lettres champenoises (Les)_, 62 en note.
-
-Lettres (Les) de Victor Hugo à son père conservées à la Bibliothèque de
-Blois, 7.
-
- Leur écriture, 31.
-
- La suscription des adresses, 32, 74, 79, 132, 143, 178.
-
- D'autres lettres existeraient dans une étude blaisoise, 190.
-
-Ligny Tomat (Nicolas de), le père de l'Étrangère, 24.
-
-Limeuil (Isabelle de): Une vengeance un peu salée et une délivrance
-plutôt inopportune. Scipion Sardini n'y regarde point de si près:
-«Financier épouserait demoiselle avec tache»,... et il l'épousa, 152,
-153 en note.
-
-_Littérature et Philosophie mêlées_, de Victor Hugo, 20 en note.
-
-Longueville (Prince de), 155.
-
-Lopez de Vega, 91 en note.
-
-_Louis IX_, tragédie d'Ancelot, lui vaut une pension de Louis XVIII, 61
-en note.
-
-Louis XII: Se promène, goutteux, sur un petit mulet dans les jardins du
-château de Blois, 153.
-
- Son côté bonhomme, 153.
-
- Quelques anecdotes, 153-154.
-
- Quatre-vingt-trois nuits mortelles. Cadeau qu'il fit, le 1er
-janvier 1515, à Marie d'Angleterre pour ses étrennes, 154.
-
-Louis XIV, 60 en note.
-
-Louis XVIII: Son attitude vis-à-vis de Chateaubriand, 43 en note.
-
- Accorde une pension à M. Ancelot, pour son _Louis Neuf_, 61 en note.
-
- Sa pension à Victor Hugo, 55 en note.
-
- Lui alloue une gratification de 500 francs pour son _Ode sur la mort
-du duc de Berry_, 81.
-
- Souscrit à vingt-cinq exemplaires de la seconde édition des _Odes_,
-81.
-
- Sa mort, 158.
-
-Lourdoueix (M. de). Voir Lelarge de Lourdoueix.
-
-
-M
-
-_Macchabées (Les)_, par Alexandre Guiraud, 164 en note.
-
-Mac Keat (Augustus): Auguste Maquet, 8.
-
-Madame, duchesse de Berry, (voir Berry, duchesse de).
-
-Maintenon (Mme de), 60 en note.
-
-_Maire du Palais (Le)_, par Ancelot, 61 en note.
-
-Malitourne (André), l'un des auteurs du _Traité du Mélodrame_, 90 en
-note.
-
-Mariage (Le second mariage) du général Hugo à Chabris, 22.
-
-Mariage de Victor Hugo et d'Adèle Foucher, 50.
-
- Le général Hugo n'y assiste pas, 49, 51.
-
- Est célébré, à Saint-Sulpice, le 12 octobre 1822; l'acte de mariage;
-les témoins, 60-63.
-
- Le repas de noces chez M. Foucher, la folie d'Eugène Hugo, 63, 68.
-
- Les lettres de faire-part envoyées par le général et la comtesse A.
-de Salcano, son épouse, 65.
-
-Marie d'Angleterre, seconde femme de Louis XII, son veuvage, 154.
-
-Marie de Frehaut (Les prétentions de la veuve et des enfants du
-général), 198-199.
-
-Marmont, duc de Raguse, sans nommer la dame, fait allusion à la liaison
-de Chateaubriand et de Mme Boni de Castellane. Les dessous d'une...
-disgrâce, 139 en note.
-
-Martignac (M. de), 95, 98.
-
- Son ministère, 33 en note, 34 en note.
-
-_Martyrs d'Arezzo (Les)_, par Jules Lefèvre-Deumier, 164 en note.
-
-_Matin (Le)_ n'est pas seul à tout dire, 70 en note.
-
-_Méditations (Les)_ de Lamartine, 9.
-
-_Mémoires de la Société des Sciences et Lettres de Loir-et-Cher_, 7,
-149 en note.
-
-_Mémoires du comte Horace de Viel Castel sur le règne de Napoléon III
-(1851-1864)_, 161 en note, 169 en note.
-
-_Mémoires du duc de Raguse_, 139 en note.
-
-_Mémoires du général Hugo_, 11, 13 en note, 92, 94, 116, 119, 164 en
-note.
-
-_Mémoires inédits sur la guerre de Vendée_, par le général Aubertin, 11
-en note.
-
-_Mémoire sur les moyens de suppléer à la traite des nègres par des
-individus libres, et d'une manière qui garantisse pour l'avenir la
-sûreté des colons et la dépendance des colonies_; par le général Hugo,
-13 en note.
-
-_Mémoire sur les Buttes dans le département de Loir-et-Cher_, par le
-Dr H. Chauveau, 149 en note.
-
-_Mémorial bordelais (Le)_, 159 en note.
-
-Menars (Le château de), ancienne résidence de Mme de Pompadour, puis
-du marquis de Marigny, 147 en note.
-
-_Mercure de France (Le)._
-
- Série moderne, 62 en note.
-
-_Mercure du XIXe siècle (Le)._
-
- Quelques collaborateurs: A. Soumet, 62 en note. E. Deschamps, 163
-en note. A. Guiraud, 164 en note.
-
-Méricourt (Théroigne de), sa folie, sa déchéance. Navrant tableau qu'en
-fait le Dr Esquirol, 90 en note.
-
-Mérimée (Prosper): Son jugement sur Charles Nodier, 160 en note.
-
-_Mérimée (Prosper), l'homme, l'écrivain, l'artiste_, 160 en note.
-
-Méry: la vente d'un roman du général Hugo, 13 en note.
-
-Michaud (Marguerite), mère du général Hugo, 24, 133 en note.
-
-Michaud, jeune cousin dont s'occupe Victor Hugo, à la recommandation du
-général, 131, 132, 133.
-
-Michel-Ange, 163.
-
-Milleville (Henri J.-G. de): _Armorial historique de la Noblesse de
-France_, 75 en note.
-
-Miltière (La), propriété en Sologne du général Hugo, 169-170, 176, 195.
-
- Difficultés qu'éprouvent ses héritiers à vendre ce domaine, 197, 199.
-
-Minutes (antérieures à 1826) de _la défense des nations, et de leurs
-grands intérêts maritimes et coloniaux_.
-
- Manuscrits du général Hugo, 14 en note.
-
-_Misérables (Les)_: Charles-Victor Hugo en tire un drame souvent
-représenté, 188 en note.
-
-_Mme de Mably_, roman, par Adolphe de Saint-Valry, 168 en note.
-
-_Moïse sur le Nil_, de Victor Hugo, obtient, en 1820, une amarante d'or
-réservée de l'_Académie des Jeux Floraux_, 20 en note.
-
-Molé (Louis-Mathieu, comte) aurait succédé à Chateaubriand auprès de
-Mme Boni de Castellane, 139.
-
- A voté la mort de Ney, 139 en note.
-
-_Moniteur Universel (Le)_: Le major du génie, M. de Féraudy, est nommé
-chevalier de Saint-Louis (7 novembre 1814), 76 en note. Promotion du
-général et du colonel Hugo au grade d'officiers de la Légion d'honneur
-(19 février 1815), 16. Un prix de poésie accordé à Abel Hugo, 21.
-
- Son jugement sur Victor Hugo et sur Alfred de Vigny, 31 en note.
-
- Publie l'_Ode_, de Victor Hugo, _sur la mort de Louis XVII_ (13
-décembre 1822), 81.
-
- Ordonnance spéciale nommant Alphonse de Lamartine et Victor Hugo
-chevaliers de la Légion d'honneur (29 avril 1825), 157-158.
-
- La promotion du général Hugo au grade de lieutenant-général (5 juin
-1825), 175.
-
- Sa mort et ses obsèques (31 janvier et 1er février 1828), 191, 192.
-
-Monnières (pseudonyme d'Abel Hugo).
-
- _Pierre et Thomas Corneille_, en collaboration avec Romieu, 91 en
-note.
-
-Montaiglon (Anatole de): _L'Hôtel de Scipion Sardini et ses médaillons
-en terre cuite_, 152 en note.
-
-Montferrier (Duvidal, marquis de) assiste au mariage de Victor Hugo, 61.
-
- Abel Hugo épouse Mlle de Montferrier, 61, en note.
-
-Montfort-l'Amaury: propriété qu'y possède Adolphe de Saint-Valry, 10.
-
- Séjours qu'y fait Victor Hugo, 167, 187.
-
- _Les ruines de Montfort-l'Amaury_, 167 en note.
-
-Montmorency (M. de) au Congrès de Vérone.--Chateaubriand l'y
-accompagne, 43 en note.
-
-_Mon vieux Paris_, par Edouard Drumont, 153 en note.
-
-Moreau (Le tailleur), «fournisseur de leurs altesses sérénissimes les
-princes de Holstein-Augustenbourg»: comment on engraisse une note,
-193-194.
-
-Morville (M.), adjoint au maire de Nancy (1821), 25.
-
-_Muse française (La)_: 8, 9. Notes bibliographiques, 106 en note.
-
- Ses «dieux inconnus» (_le Figaro_, 1829), 31 en note.
-
- Ses sept fondateurs: E. Deschamps, A. Guiraud, A. Soumet, Victor
-Hugo, Adolphe de Saint-Valry, Alfred de Vigny et Desjardins, 167
-en note. Autres collaborateurs: M. Ancelot, 61 en note. Jules
-Lefèvre-Deumier, 164 en note.
-
- A. Guiraud y rend compte des _Mémoires du général Hugo_, et y publie
-_Nos Doctrines_, 164 en note.
-
- Victor Hugo en envoie le premier numéro à son père, 106.
-
-Musset (Alfred de), est amené, enfant, par Paul Foucher, chez ses
-parents à Gentilly.--Comment il imitait l'ivrogne, 30.
-
- Paul Foucher et Mme Waldor, 170 en note.
-
-
-N
-
-_Naissance (La) de Henri IV_, par Abel Hugo, 90 en note.
-
-Napoléon (Joseph), roi d'Espagne, 11 en note, 16, 21.
-
-Naudin (M.), notaire à Blois, 77 en note.
-
-Ney (Le maréchal), 139 en note.
-
-Nodier (Charles): Doit se rendre avec Victor Hugo au sacre de Charles
-X, 160, 162.
-
- Leurs relations, 160 en note.
-
- «C'était», au dire de Mérimée, «un gaillard très taré», 160 en note.
-
- Le voyage des ménages Hugo et Nodier au Mont-Blanc et dans la vallée
-de Chamonix, 179, 183.
-
-Nodier (Mme Ch.), 183.
-
-Noilly (M. J.) _Catalogue de (sa) bibliothèque romantique_, 15 en note.
-
-_Nouvelles Odes (Les)_, de Victor Hugo. A. Soumet en rend compte dans
-le _Conservateur littéraire_, 62 en note.
-
- L'édition Ladvocat.
-
- Victor Hugo en surveille l'impression, 132, 133.
-
- Le _Journal des Débats_ en annonce l'apparition puis en rend compte,
-134 en note.
-
- Une lettre de Victor Hugo en réponse aux critiques de M. Hofman, 134
-en note.
-
- L'exemplaire offert par Victor Hugo à son père, 198 en note.
-
-
-O
-
-Odes (Les): Leur première édition: _Odes et poésies diverses_, 8, 20,
-196 en note.
-
- Elle s'épuise, 35, 37.
-
- La seconde: Louis XVIII souscrit à vingt-cinq exemplaires, 81.
-
- La troisième, Ladvocat (1827), 130, 134, 135, 198 en note.
-
-_Odes et Ballades_, 81 en note, 125 (en note), 130 en note, 167 en note.
-
-_Ode sur la bataille de Denain_, d'Abel Hugo, 21.
-
-_Ode sur la mort du duc d'Enghien_, (Eugène Hugo), 21.
-
-_Ode sur la mort de S. A. R. Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé_,
-(Eugène Hugo), 21.
-
-_Ode sur la mort de S. A. R. Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry._
-Publiée dans le _Conservateur littéraire_, elle vaut à Victor Hugo une
-gratification de 500 francs de Louis XVIII, 81.
-
-Ode: _Louis XVII_, lue à la Société des _Bonnes lettres_ et publiée
-dans le _Moniteur_, 81.
-
-Ode: _La guerre d'Espagne_: M. de Clermont-Tonnerre engage Victor Hugo
-à la remettre au duc d'Angoulême, 129, 130.
-
-Ode: _A l'ombre d'un enfant_, 124-125.
-
-Ode _sur le Sacre_, 174, 177-178. Déjà reproduite par sept ou huit
-journaux, Charles X la fait tirer sur les presses de l'imprimerie
-royale, 178.
-
-_Ode sur la mort du général Foy_ (Jules Lefèvre-Deumier), 164 en note.
-
-_Olga, ou l'orpheline moscovite_, par M. Ancelot, 61 en note.
-
-O'Neddy (Philothée), 8.
-
-Oratoire (L') de la reine Anne, à Blois, 153.
-
-Orfèvres (Une vieille maison de la rue des), à Blois, 151.
-
-_Oriflamme (L')_, Victor Hugo doit y rendre compte des derniers volumes
-de M. de Féraudy, 77.
-
-
-P
-
-Pardessus (Me), notaire à Blois, frère du jurisconsulte, 22 en note,
-77 en note, 169 en note, 195 en note.
-
-_Parricide (Le)_, par Jules Lefèvre-Deumier, 164 en note.
-
-Pasquier (Le chancelier), son opinion sur le marquis de Talaru, 139 en
-note.
-
-Patrigeon (Le Dr G.): _Le père de Victor Hugo (Général
-Joseph-Léopold-Sigisbert Hugo), à propos de son second mariage à
-Chabris_, 23 en note, 24 en note, 25 en note.
-
- Les causes de la folie d'Eugène Hugo: il aimait Adèle Foucher, 70 en
-note.
-
-Paul (Emile): _Catalogue de la Bibliothèque romantique de M. J.
-Noilly_, 15 en note.
-
-_Pauvre fille (La)_, élégie d'A. Soumet, 62 en note.
-
-Pélicier (Le libraire) édite les _Odes et Poésies diverses_ de Victor
-Hugo, 20 en note, 30 en note.
-
-Pension mensuelle (La), faite par le général Hugo à ses fils, 12, 48,
-51. Victor le supplie de la continuer à ses frères, 51, 64.
-
-_Pensions des veuves de militaires_ (Notes manuscrites du général Hugo
-sur les), 14 en note.
-
-Pensions de Victor Hugo.--Sa pension sur la cassette royale:
-
- Il l'attend pour se marier, 39, 45, 47, 51.
-
- La vérité sur cette première pension, 55 en note.
-
- Il écrit à son oncle, le colonel Hugo, qu'il en attend une nouvelle,
-comme membre de l'Académie des Jeux Floraux, 57.
-
- Une rectification nécessaire, 54-55 en note.
-
- Gratification de 500 francs accordée au poète, par Louis XVIII, pour
-son ode sur _la mort du duc de Berry_, 81
-
- On lui en fait espérer une nouvelle sur les fonds du ministère de
-l'Intérieur, 81, 82-83.
-
-Perceval (M.), 59.
-
-_Père (Le) de Victor Hugo (Général Joseph-Léopold-Sigisbert Hugo), à
-propos de son second mariage à Chabris_, par le Dr G. Patrigeon, 23,
-24, 25; 70 en note.
-
-Périé (M. Raphaël), un universitaire resté fidèle aux lettres, 79.
-
- _Le Roman de Berte aux grands pieds_, 79 en note.
-
- _Victor Hugo poète civique_, 79 en note.
-
-_Permission (La)_, manuscrit du général, 14 en note.
-
-_Perrine ou La Nouvelle Nina_, autre manuscrit du général, 14 en note.
-
-Persan (Le marquis de), devenu libraire, publie la seconde édition des
-_Odes_ de Victor Hugo, 81.
-
-Pétigny (M. J. de), proteste dans une lettre adressée à la _France
-Centrale_ contre la sévérité du jugement de Victor Hugo sur Gaston
-d'Orléans, 155 en note.
-
-Peyronnet (M. Charles-Ignace de), 47.
-
-_Pharamond_, par A. Guiraud et M. Ancelot, 164 en note.
-
-_Philosophie catholique de l'Histoire_, par A. Guiraud, 165 en note.
-
-_Phocéen_ (Le journal _Le_), 144 en note.
-
-Pierre de Blois: la gloire d'un mot, 155.
-
-Pierre de Blois (Vieilles maisons de la rue), à Blois, 151.
-
-_Pierre et Thomas Corneille_, par Abel Hugo (sous le pseudonyme de
-Monnières, en collaboration avec Romieu), 91 en note.
-
-Pinel (Le Dr Esquirol continue et complète ses travaux), 89 en note.
-
-Pinlevé (Mme), amie du général et de Mme Hugo à Blois, 182.
-
-_Poèmes_, par Alfred de Vigny, 31 en note.
-
-_Poèmes et Chants élégiaques_, par A. Guiraud, 164 en note.
-
-_Poèmes dédiés à la jeunesse_, par A. Guiraud, 164-165 en note.
-
-_Poésies de Charles d'Orléans_: édition qu'en donna Augustin Soulié,
-159 en note.
-
-Polignac (Le cabinet), 47 en note.
-
-Pompadour (Mme de), son château de Menars, 147 en note.
-
-Pons (Gaspard de): sa collaboration au _Conservateur littéraire_ et à
-la _Muse française_, 10, 69.
-
- Ses œuvres, 69 en note.
-
- Ses _Adieux poétiques_: lève une partie du voile qui recouvrait le
-secret de la folie d'Eugène Hugo, 70-71.
-
-Pradel (Le chansonnier Eugène de), condamné à trois mois de prison, 33.
-
-_Précis historique des Événements qui ont conduit Joseph Napoléon sur
-le trône d'Espagne_, par Abel Hugo, 11 en note, 91 en note.
-
-_Presse_ (Le journal _La_), 157.
-
-_Presse littéraire sous la Restauration (La)_, par Ch.-M. Des Granges,
-18 en note, 19 en note, 63 en note, 69 en note, 168 en note.
-
-_Procès de Paul-Louis Courier, vigneron de la Chavonnière, condamné
-le 28 août 1821, à l'occasion de son Discours sur la souscription de
-Chambord_, 100 en note.
-
-
-Q
-
-_Quelques Fables, ou Mes Loisirs_, par M. de Féraudy, 77 en note.
-
-Queyroy (Le dessinateur A.): ses _Rues et Maisons du vieux Blois_.
-Lettre que lui adressa, de Guernesey, Victor Hugo pour le remercier de
-l'envoi de ses eaux-fortes, 147, 148-156.
-
-_Quotidienne_ (Le journal _La_), 159, 160 en note.
-
-
-R
-
-Rabbe (Alphonse), 144, sa laideur, ne veut pas se laisser voir par
-Mme Victor Hugo enceinte, 144 en note.
-
- Ses œuvres, 144 en note.
-
- Est recommandé par Victor Hugo au baron d'Eckstein, 165.
-
-Rabelais, sa gaîté comparée à la plaisanterie de Victor Hugo, 88.
-
-_Rappel_ (Le journal _Le_), 188 en note, 193 en note.
-
-_Raymond d'Ascoli_, élégie de Victor Hugo ayant figuré dans les _Odes
-et Poésies diverses_, 20 en note.
-
-Reggio (Mme la maréchale, duchesse de), 55 en note.
-
-_Relation du Voyage de S. A. R. Madame, duchesse de Berry, dans la
-Touraine, l'Anjou, la Bretagne, la Vendée et le midi de la France en
-1828_; par le vicomte Walsh, 168-169 en note.
-
-Renée de Bretagne (La vaillante), 154.
-
-Rességuier (Jules de), les espérances qu'il donnait, 10, 166 en note.
-
-_Résumé de l'Histoire de Russie_, par Alphonse Rabbe, 144 en note, 165.
-
-_Rétablissement de la statue de Henri IV_ (L'ode de Victor Hugo sur
-le), lui vaut le lis d'or de l'_Académie des Jeux Floraux_, 20 en note.
-
-Révérend (Le vicomte A.): son _Armorial du Premier Empire_, 21 en note.
-
-_La Révolte des Enfers (La)_, poème du général Hugo, 41, 42, 46.
-
-_Revue de Paris (La)_, 79 en note, 183 en note.
-
-_Revue des Deux Mondes (La)_, 92 en note, 183 en note.
-
-_Revue du Berry (La)_, 23 en note.
-
-_Revue universelle des Arts (La)_, 153 en note.
-
-Richelieu (Le second ministère), 20 février 1820, 129 en note.
-
-Riestap donne bien, dans son _Armorial général_, au général Hugo, les
-armes qui figurent sur le cachet commandé par Victor pour son père, 74
-en note.
-
-Riffault (M. Eugène), maire de Blois, 200, 201 en note.
-
-Robertet (Florimond), baron d'Alluye: son hôtel à Blois, 153 en note.
-
-Rochas (A. de): _Les Buttes et la Télégraphie optique_ 149 en note.
-
-Roger de Damas (comte), 17 en note, 137 en note.
-
-_Roman de Berte aux grands pieds (Le)_, renouvelé par Raphaël Périé, 79
-en note.
-
-_Romances historiques traduites de l'espagnol_, par Abel Hugo, 30 en
-note, 91 en note.
-
- L'exemplaire qu'il en offrit à son père, 198 en note.
-
-_Romantisme (Le) et la Critique.--La Presse littéraire sous la
-Restauration_, par Ch.-M. Des Granges, 18 en note, 19 en note, 63 en
-note, 69 en note, 168 en note.
-
-Romieu, collaborateur d'Abel Hugo (Monnières), dans _Pierre et Thomas
-Corneille_, 91 en note.
-
-Rousseau (J.-J.), 163.
-
-Rousseau (Jacques), adjoint au maire de Chabris, témoin du second
-mariage du général Hugo, 25.
-
-Royer-Collard (Le Docteur), médecin de l'Asile de Charenton, 94.
-
-_Ruche d'Aquitaine (La)_, 159 en note.
-
-_Ruche politique (La)_, 159 en note.
-
-_Rues et maisons du vieux Blois_, eaux-fortes de A. Queyroy, 147,
-148-156.
-
-
-S
-
-Saint-Dyé (Loir-et-Cher), sur la rive gauche de la Loire, 147 en note.
-
-Sainte-Luce (Les demoiselles de), 34.
-
-Saint-Lubin (La rue), à Blois, 151.
-
-Saint-Laumer (L'ancienne abbaye de), aujourd'hui église Saint-Nicolas,
-à Blois, 150, 153, 163, 165.
-
-Saint-Lazare (Le domaine de), à Blois. Ancien prieuré, est acheté et
-habité par le général Hugo, 22.
-
- Il le revend au Dr Gay, 77.
-
- Aujourd'hui transformé en maison de santé, 22.
-
-Saint-Martin (rue), à Blois, 152 en note.
-
-Saint-Maurice (maison de). Voir: Charenton.
-
-Saint-Valry (Adolphe Souillard de). L'un des amis d'enfance et de
-jeunesse de Victor Hugo, 10.
-
- Sa collaboration au _Conservateur littéraire_ et aux _Annales de
-la Littérature et des Arts_ où il rendit compte des _Odes et Poésies
-diverses_, 166 en note.
-
- Fut un des sept fondateurs de la _Muse française_, 167 en note.
-
- Y rend hommage à Chateaubriand disgracié, 167 en note.
-
- Sa propriété de Montfort-l'Amaury, 167.
-
- Chante, ainsi que Victor Hugo, _les ruines de Montfort_, 167 en note.
-
- _Mme de Mably_ (roman), 168 en note.
-
-Sardini (Scipion), gentilhomme lucquois et petit poisson italien.
-Isabelle de Limeuil lui apporte la fortune et le souvenir de quelques
-aventures que célèbre Brantôme. Ses hôtels à Blois et à Paris, 152, 153
-en note.
-
-Sarrut (Germain), 167 en note.
-
-_Satan (Le)_ d'Alfred de Vigny, 163 en note.
-
-_Saül_, tragédie d'A. Soumet, 62 en note.
-
-Saumur (La conspiration de), 33.
-
-_Sbogar (Jean)_, par Charles Nodier, 160 en note.
-
-Schiésingeyer (Jacob), cocher du marquis de Béthune-Sully et témoin du
-second mariage du général Hugo, 26.
-
-Schiller (M. Ancelot donne une imitation de son _Fiesque_), 61 en note.
-
-Séché (Léon): _Alfred de Vigny et son temps_, 31 en note, 161, 162 en
-note.
-
-Séché (Léon): _Hortense Allart de Meritens_. Une passade de
-Chateaubriand: Mme Boni de Castellane, 138.
-
-Séché (Léon): _Etudes d'histoire romantique.--Le Cénacle de la Muse
-française_, 62 en note, 165 en note, 168 en note.
-
-_Sémiramis la grande_, drame «en cinq coupes d'amertume», de
-Desjardins, 167 en note.
-
-Serre (Le comte de), Ministre de la justice dans les cabinets Dessolle
-et Decazes et sous le second ministère Richelieu (1818-1819-1820), 129.
-
-Serrurerie (La rue de la) à Blois, 152 en note.
-
-Shakespeare (La traduction de), François-Victor Hugo, 193 en note.
-
-Sigisbert, l'un des prénoms du général Hugo, dont il se sert comme
-pseudonyme, 13 en note.
-
-Siguenza (Le général Hugo créé par Joseph Napoléon comte de), 21.
-
-_Simple discours de Paul-Louis, vigneron de la Chavonnière, aux membres
-du Conseil de Véretz, à l'occasion de l'acquisition de Chambord_, 99.
-
-_Sir Lionel d'Arquenay_, par Jules Lefèvre-Deumier, 164 en note.
-
-_Société d'Emulation de Cambrai (La)_, accorde le prix de poésie à Abel
-Hugo, pour son _Ode sur la bataille de Denain_, 21.
-
-_Société des Bonnes Lettres_, 61 en note, 62 en note, 91 en note.
-
-_Société des Sciences et Lettres de Loir-et-Cher._
-
- Le général Hugo avait fondé à Blois une première Société littéraire:
-vains efforts du père et du fils pour la faire autoriser, 33, 35-36,
-40, 41, 44-45, 86.
-
- L'intervention plutôt platonique des députés de Loir-et-Cher, 45.
-
- Un biais administratif: la Société ne comptant pas vingt membres n'a
-pas besoin d'autorisation, 44.
-
-_Solitaire (Le) du lac_, manuscrit du général Hugo, 14 en note.
-
-Souillard (Adolphe)--Voir: Saint-Valry (Adolphe Souillard de).
-
-Soulié (J.-B.): dévoile à Évariste Boulay-Paty la cause de la folie
-d'Eugène Hugo, 69-70 en note.
-
- Une lettre de Victor Hugo au bon Soulié, 159-161.
-
- Fonde et dirige _le Mémorial bordelais, la Ruche d'Aquitaine et la
-Ruche politique_. Sa collaboration à _la Quotidienne_, 159 en note.
-
-Soumet (Alexandre): assiste au mariage de Victor Hugo, mais ne fut pas
-son témoin, 61-62.
-
- Sa collaboration aux _Lettres champenoises_, au _Conservateur
-littéraire_, au _Mercure du XIXe siècle_, 62 en note.
-
- Fait partie de la _Société des Bonnes Lettres_ et y lit sa _Jeanne
-d'Arc_, 62 en note.
-
- Ses œuvres, 62 en note.
-
-_Souvenirs du baron de Frénilly_, 138-140.
-
-_Souvenirs sur Joseph Napoléon, roi d'Espagne_, par Abel Hugo, 92 en
-note.
-
-Stapfer (Extrait d'une lettre de Prosper Mérimée à Albert), 160 en note.
-
-
-T
-
-_Tablettes romantiques (Les)_, 91 en note.
-
-_Tablettes universelles (Les)_, 144 en note.
-
-Talaru (Le marquis de), ambassadeur à Madrid: ses titres à la faveur
-royale, 139 en note.
-
- Chateaubriand le charge d'une mission assez spéciale auprès du roi
-Ferdinand, 139-140.
-
-Talon (Zoé), par son mariage, comtesse du Cayla, 47 en note, 137, 161
-en note.
-
-_Tambour Robin (Le)_, manuscrit du général Hugo, 14 en note.
-
-Tardieu (M. Pierre), 197 en note.
-
-Thionville (La défense de), par le général Hugo, 16.
-
-_Thionville (Journal historique du blocus de)_, par le général Hugo, 13
-en note, 16, 39, 41.
-
-Thomas y Saêtoni (Marie-Catherine), comtesse de Salcano, veuve Anaclet
-d'Almeg, épouse, à Chabris, le 6 septembre 1821, le général Hugo, 23.
-
- Les liens religieux (?) qu'ils régularisaient ainsi, 26.
-
- Etait, depuis 1816, propriétaire, à Blois, de la maison de la rue du
-Foix chantée par Victor Hugo dans les _Feuilles d'automne_, 24 en note,
-77.
-
- Ses beaux-fils l'ignorent, 26.
-
- Fait donner par le général sur les doigts de Victor comment il s'en
-tire, 38, 39.
-
- Ne le gêne point pour son mariage, 66.
-
- La situation semble se détendre, 66.
-
- Une nouvelle explication entre le père et le fils, 110-111.
-
- Son second veuvage, 191.
-
- Son âpreté, 195.
-
- Elle tire son épingle du jeu et survit trente ans au général Hugo,
-199.
-
- Sa mort (21 avril 1858), les témoins de son décès à l'état civil de
-Blois, 79, 200.
-
-_Tombeaux de Saint-Denis (Les)_, par Abel Hugo, 91 en note.
-
-Toulouse (L'Hôtel), rue du Cherche-Midi, siège du Conseil de guerre et
-habitation de la famille Foucher, 30, 63.
-
-Tour d'Argent (La), à Blois, 152.
-
-_Traité du Mélodrame_, par A. A. A. (Abel Hugo, André Malitourne et
-Ader), 90 en note.
-
-Trébuchet (Sophie), première femme du général Hugo et mère de ses
-enfants, 11, 193, 201-202.
-
- Abandonnée par son mari, comment elle les élève, leur amour pour
-elle, sa mort, 11, 12.
-
- Gêne extrême qui suivit, 180, 181.
-
-Trébuchet (le «malheureux oncle»), 188.
-
-Trébuchet (Le cousin Adolphe), vient à Blois et désire visiter
-Chambord, 99, 100, 101.
-
- Semble y revenir, 128.
-
- Victor Hugo cherche à obtenir une bourse pour un de ses frères, 187.
-
-_Tribune_ (Le journal _La_), de Germain Sarrut, 167 en note.
-
-Trois Clefs (La rue des), à Blois, 152.
-
-
-U
-
-_Un Financier du XVIe siècle_ (Edouard Drumont; _Mon vieux Paris_),
-153 en note.
-
-
-V
-
-Vacquerie (Charles), épouse Léopoldine Hugo, avec qui il se noie à
-Villequier, 142.
-
-Val-de-Grâce (Eugène Hugo transféré au). Il n'y fait qu'un court
-séjour, 94, 96.
-
-Variante des _Amants ennemis_, manuscrit du général Hugo, 14 en note.
-
-_Vengeance de la Madone (La)_, par Abel Hugo, 90 en note.
-
-Vérone (Le Congrès de), 43 en note.
-
-Victor, duc de Bellune, 59.
-
-_Victor Hugo à Gentilly_, par Fernand Bournon, 30.
-
-_Victor Hugo à Guernesey_, par Paul Chenay, 172 en note, 196-197 en
-note.
-
-_Victor Hugo avant 1830_, par Edmond Biré, 20, 23 en note, 26, 55 en
-note, 69 en note, 71 en note, 81 en note, 173, 174 en note.
-
-_Victor Hugo et son père, le général Hugo à Blois_, par Louis Belton,
-7, 14 en note, 22 en note, 169 en note, 193 en note, 195-196 en note.
-
-_Victor Hugo poète civique_, par Raphaël Périé, 79 en note.
-
-_Victor Hugo raconté par un témoin de sa Vie_ (par Mme Victor Hugo),
-10, 29, 30, 47, 48, 61, 90 en note, 144 en note, 157, 173 en note, 179
-en note, 183 en note.
-
-_Vie anecdotique de Monsieur, comte d'Artois, aujourd'hui S. M. Charles
-X, roi de France et de Navarre, depuis sa naissance jusqu'à ce jour_,
-par Abel Hugo, 92 en note.
-
-Viel Castel (comte Horace de): Ses _Mémoires_. Mme du Cayla et le
-vicomte de la Rochefoucauld, 161 en note.
-
- Son jugement sur le vicomte Walsh, 169 en note.
-
-_Vierges de Verdun_ (L'ode: _Les_) obtient en 1819, une amarante
-réservée de l'_Académie des Jeux Floraux_, 20 en note.
-
-_Vierge du Monastère (La)_, par le général Hugo, 14 en note.
-
-Vigny (Alfred de): Sa liaison avec Victor Hugo, 9.
-
- Est témoin de son mariage, 61, 63.
-
- Ses _Poèmes_ paraissent la même année et chez le même éditeur
-(Pélicier, 1822), que les _Odes et Poésies diverses_, 31 en note.
-
- Figure parmi les fondateurs--«les dieux inconnus» spécifiera le
-_Figaro_ de 1829,--de la _Muse française_, 9, 31 en note.
-
- «Malgré ses titres de noblesse et les autres», n'est pas invité au
-sacre de Charles X, 161.
-
- Sa répugnance pour les à-propos rémunérateurs: «il n'avait jamais su
-faire ces choses-là», 162 en note.
-
- Sa Lydia, 162.
-
-Villèle (M. de): son ministère, ses démélés avec Chateaubriand, 33 en
-note, 34 en note, 43 en note, 47 en note, 95, 98, 137.
-
-Violettes (La rue des), à Blois, 152.
-
-_Virginie_, par A. Guiraud, 164 en note.
-
-Vosdey (M.), notaire à Blois, 77 en note.
-
-_Voyage de Paris à Saint-Cloud par mer_, 32.
-
-_Voyage poétique et pittoresque au Mont Blanc et dans la Vallée de
-Chamonix._ Ce qui en est paru, 183.
-
-Vulpian (Alphonse): _Les Français en Espagne_, à-propos, vaudeville en
-collaboration avec Abel Hugo, 1 en note.
-
-
-W
-
-Waldor (Mme Mélanie): comment elle s'accrochait à Paul Foucher; le
-tartre de ses dents, 170 en note.
-
-Walsh (Le vicomte): _Relation du voyage de S. A. R. Madame, duchesse de
-Berry, dans la Touraine, l'Anjou, la Bretagne, la Vendée et le midi de
-la France, en 1828_, 168-169 en note.
-
-Woymouth (La maison des musiciens de), 152.
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-
-I
-
-LA JEUNESSE ET LES DÉBUTS.--Mme HUGO.--LE
-GÉNÉRAL HUGO.--PREMIERS SUCCÈS ACADÉMIQUES.--LE
-_Conservateur littéraire_.--LES _Odes et
-Poésies diverses_.--LA SECONDE FEMME DU GÉNÉRAL:
-MARIE-CATHERINE THOMAS Y SAÊTONI,
-VEUVE ANACLET D'ALMEG. 7
-
-
-II
-
-LES FIANÇAILLES ET LE MARIAGE.--LES LETTRES DE
-VICTOR A SON PÈRE.--LA _Société littéraire de
-Blois_.--UNE PENSION LONGUE A TOUCHER.--LE
-COLONEL LOUIS HUGO.--_La Révolte des Enfers._--UN
-BAN A RACHETER.--UN MARIAGE D'AMOUR. 28
-
-
-III
-
-UN ROMAN EN PARTIE DOUBLE.--LA FOLIE D'EUGÈNE
-HUGO.--LES ARMES DU GÉNÉRAL COMTE HUGO.--«LA
-RECOMMANDATION DE M. DE CLERMONT-TONNERRE».--LA
-MAISON DE LA RUE DU FOIX, A
-BLOIS.--LA GROSSESSE D'ADÈLE HUGO.--LE PAUVRE
-EUGÈNE 68
-
-
-IV
-
-LÉOPOLD HUGO.--SA NAISSANCE.--DES ENNUIS DE
-NOURRICE.--_La Muse française._--LE PETIT
-LÉOPOLD A BLOIS.--LE CRI DE LA MÈRE.--SA
-MORT.--_A l'Ombre d'un Enfant_ 102
-
-
-V
-
-LE CACHET DU GÉNÉRAL.--ODE SUR _la guerre d'Espagne_.--LES
-_Nouvelles Odes_.--LA NÉGLIGENCE
-DE LADVOCAT. LES BONNES DISPOSITIONS
-DU DUC D'ANGOULÊME VIS-A-VIS DU GÉNÉRAL.--LES
-DESSOUS D'UNE DISGRACE: CHATEAUBRIAND ET
-Mme BONI DE CASTELLANE 126
-
-
-VI
-
-LE VOYAGE A BLOIS.--UNE LETTRE DE VICTOR HUGO
-AU DESSINATEUR QUEYROY.--DEUX POÈTES NOMMÉS
-CHEVALIERS DE LA LÉGION D'HONNEUR.--LES SABLES
-DE LA MILTIÈRE.--LE SACRE DE CHARLES X 147
-
-
-VII
-
-L'ODE SUR _le Sacre_.--UNE PROMOTION DÉSIRÉE: LE
-LIEUTENANT GÉNÉRAL COMTE HUGO.--UNE DETTE
-SACRÉE.--CE BON M. DE LA RIVIÈRE.--LE _voyage
-au Mont Blanc et dans la Vallée de Chamonix_.--NAISSANCE
-DE CHARLES-VICTOR HUGO 175
-
-
-VIII
-
-LE GÉNÉRAL HUGO A PARIS.--SA MORT ET SES OBSÈQUES.--UNE
-SUCCESSION DIFFICILE.--UN TAILLEUR
-QUI ENTEND LE PETIT JEU DES INTÉRÊTS.--LA
-VENTE DU MOBILIER, A BLOIS ET A LA MILTIÈRE.--LES
-ŒUVRES DÉDICACÉES DU FILS AU PÈRE.--LA
-MORT DE LA VEUVE D'ALMEG 190
-
-
-IX
-
-INDEX ANALYTIQUE ET ALPHABÉTIQUE 203
-
-
-
-
-_ACHEVÉ D'IMPRIMER_
-
-le vingt-trois décembre mil neuf cent huit
-
-PAR
-
-Ch. COLIN
-
-à Mayenne
-
-pour le
-
-MERCVRE
-
-DE
-
-FRANCE
-
-
-*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK VICTOR HUGO À VINGT ANS ***
-
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-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
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-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
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-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
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-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org
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-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation
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-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state's laws.
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-The Foundation's business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation's website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
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-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
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-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without
-widespread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
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-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
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-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
-state visit www.gutenberg.org/donate
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-approach us with offers to donate.
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-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
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-Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
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-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works
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-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
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-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
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-Most people start at our website which has the main PG search
-facility: www.gutenberg.org
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-This website includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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