summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
authornfenwick <nfenwick@pglaf.org>2025-01-22 10:58:36 -0800
committernfenwick <nfenwick@pglaf.org>2025-01-22 10:58:36 -0800
commitd11c199281a2dbc426b07bcd8a96d87a4174863a (patch)
treea67c067aaaf98ec1514abb9b584e0cb44d19b783
parent49e889d1675eab9b1eaa0703aeded97e4692e60d (diff)
NormalizeHEADmain
-rw-r--r--.gitattributes4
-rw-r--r--LICENSE.txt11
-rw-r--r--README.md2
-rw-r--r--old/66795-0.txt5157
-rw-r--r--old/66795-0.zipbin67515 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/66795-h.zipbin112612 -> 0 bytes
-rw-r--r--old/66795-h/66795-h.htm5904
-rw-r--r--old/66795-h/images/cover.jpgbin37431 -> 0 bytes
8 files changed, 17 insertions, 11061 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
new file mode 100644
index 0000000..d7b82bc
--- /dev/null
+++ b/.gitattributes
@@ -0,0 +1,4 @@
+*.txt text eol=lf
+*.htm text eol=lf
+*.html text eol=lf
+*.md text eol=lf
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
new file mode 100644
index 0000000..6312041
--- /dev/null
+++ b/LICENSE.txt
@@ -0,0 +1,11 @@
+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
new file mode 100644
index 0000000..73a8bb9
--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #66795 (https://www.gutenberg.org/ebooks/66795)
diff --git a/old/66795-0.txt b/old/66795-0.txt
deleted file mode 100644
index 8cc253b..0000000
--- a/old/66795-0.txt
+++ /dev/null
@@ -1,5157 +0,0 @@
-The Project Gutenberg eBook of L'Ile et le voyage, by Daniel Thaly
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you
-will have to check the laws of the country where you are located before
-using this eBook.
-
-Title: L'Ile et le voyage
-
-Author: Daniel Thaly
-
-Release Date: November 22, 2021 [eBook #66795]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-Produced by: Laurent Vogel and the Online Distributed Proofreading Team at
- https://www.pgdp.net (This file was produced from images
- generously made available by the Bibliothèque nationale de
- France (BnF/Gallica))
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILE ET LE VOYAGE ***
-
-
-
-
- DANIEL THALY
-
- L’ILE ET LE VOYAGE
-
- Petite Odyssée d’un Poète lointain
-
-
- PARIS
- LE DIVAN
- 37, Rue Bonaparte, 37
-
- MCMXXIII
-
-
-
-
-DU MÊME AUTEUR:
-
-
-_Lucioles et Cantharides_ (Paris, Ollendorf, 1900) (épuisé).
-
-_La Clarté du Sud_ (Toulouse, Société Provinciale d’Éditions, 1905).
-
-_Le Jardin des Tropiques_ (Paris, Éditions du Beffroi, 1911).
-
-_Chansons de mer et d’outre-mer_ (Paris, Éditions de la Phalange, 1911).
-
-_Nostalgies Françaises_ (Paris, Éditions de la Phalange, 1913).
-
-
-
-
-Il a été tiré de cet ouvrage
-
-20 exemplaires sur papier de Hollande Van Gelder
-
-
-
-
- Some day I shall rise and leave my friends
- And seek you again through the world’s far ends,
- You whom I found so fair,
- (Touch of your hands and smell of your hair!),
- My only god in the days that were.
- My eager feet shall find you again,
- Though the sullen years and the mark of pain
- Have changed you wholly; for I shall know
- (How could I forget having loved you so?),
- In the sad half-light of evening,
- The face that was all my sunrising.
-
- RUPERT BROOKE.
-
-
-
-
-PREMIER CHANT
-
-D’UNE ILE PIERREUSE ET BOISÉE
-
-
- Toute fraîche et feuillue sous la molle chaleur
- D’un grand ciel d’un bleu fou.
-
- JOHN-ANTOINE NAU.
-
-
- J’écris ces vers d’une île où sont les perroquets,
- Où les arbres fleuris sont d’énormes bouquets
- Odorants et joyeux aux beaux mois des corolles.
- J’écris ces vers au chant des fontaines créoles.
- Sur un piton lointain ondule un palmier vert.
- Par ma fenêtre bleue entre l’air de la mer.
- Les frégates sans fin sollicitent le rêve;
- Avec elles l’espoir plane loin de la grève.
- Tout près de ma maison où bourdonne un rucher
- Chantent trois fois par jour les cloches d’un clocher.
- Ma demeure est toujours tranquille et solitaire;
- C’est là que je conserve un grand amour sincère;
- Et le charme est si pur d’y chérir deux beaux yeux
- Lointains, que mon bonheur illumine les cieux.
- J’écris ces vers au chant de la mer des Antilles
- A l’heure où sur les monts, lune verte, tu brilles.
-
-
-LE VENT DU SUD
-
- A vous troupe légère
- Qui d’aile passagère
- Par le monde volez.
-
- JOACHIM DU BELLAY.
-
- Le doux vent que l’on respire,
- Par ce beau jour d’odeurs,
- Apporte l’âme en délire
- Des flots et des fleurs.
-
- Non, ce n’est pas de ces plages
- Que vient le vent frais,
- Il a fait de beaux voyages.
- (O Mers, ô Forêts!)
-
- Il a charmé l’Atlantique
- De son rêve fol,
- L’odeur de la Martinique
- Flotte dans son vol.
-
- Il a frôlé la grenade
- Aux divins vergers
- Et la limpide Barbade
- Aux arbres légers.
-
- N’est-ce pas, pur et tonique,
- Sur les ajoupas,
- L’air de la brune Amérique
- Où sont les pampas?...
-
- * * * * *
-
- Il traîne par le tropique,
- Tenace témoin,
- Quelque chose d’exotique
- Qui vient de plus loin.
-
- Il a bu le sel des îles
- Désertes où les bois
- Ont des notes plus subtiles
- Que tous les hautbois.
-
- Il a chanté sur cent grèves
- Avec les oiseaux,
- Il a bercé mille rêves
- Et mille roseaux.
-
- Il a gonflé mille voiles
- Sur les chaudes mers
- Et frémi sous mille étoiles
- Aux cieux pleins d’éclairs.
-
- Il donne la nostalgie
- De pays lointains.
- Mon âme s’est élargie
- D’espoirs incertains.
-
- Ah! ce n’est pas de nos plages
- Que vient le vent frais.
- Il a fait de grands voyages.
- (O Mers, ô Forêts!)
-
- * * * * *
-
- Vent qui pousses les nuages
- Vers le nord frileux
- Et te complais aux ombrages
- Hantés de paons bleus.
-
- Toi qui sèmes à nos portes
- L’or des orangers,
- Prends avec les feuilles mortes
- Mes rêves légers.
-
- Prends mes chants et sème-les
- Sur toutes les mers
- Et que toutes les forêts
- Respirent mes vers.
-
- Emporte au loin par le monde
- --Divin troubadour--
- L’ivresse pure et profonde
- De mon cœur trop lourd!
-
-
-AU BEAU LYS DE FRANCE
-
- Dans l’île montagneuse et pleine de forêts,
- Voilà bientôt six ans que je chante aux étoiles
- Et que je songe à vous, tandis que mille voiles,
- Mille oiseaux migrateurs voyagent aux vents frais.
-
-
-AURORE AUSTRALE
-
- La nuit ferme son aile et parmi les roseaux
- On entend pépier d’innombrables oiseaux.
- A pas comptés, l’aube s’approche.
- De la savane la plus proche
- On entend les clairons des coqs.
- Argo ne vogue plus dans la vaste nuit bleue.
- Le long Scorpion d’or rentre sa longue queue
- Par delà l’île aux sombres rocs.
- Les torrents de l’aurore en blanchissant l’azur
- Ont emporté le sable éclatant des étoiles
- Et la mer voit soudain, à son orient pur,
- Le clair vaisseau du jour dresser ses roses voiles.
-
-
-INCANTATION
-
- Ah! vivre ici, bercé de secrètes musiques
- Et le regard toujours tourné vers la beauté;
- Les meilleurs de nos vers n’étant que des reliques
- Où l’on veut des beaux jours conserver la clarté!
- Poèmes de tendresse écrits à la nuit close,
- Brillez comme l’étoile en un feuillage noir;
- Gardez le souvenir de la dernière rose
- Et l’écho langoureux des colombes du soir.
-
-
-LE RÊVE
-
- Bien que je vive aux lointains bords
- De l’exotisme,
- Mon rêve, oiseau fier, sans efforts,
- Sait franchir l’isthme.
-
- Il revient se poser souvent
- Sur la ruine
- D’un temple grec où l’on entend
- Chanter la mer de Salamine.
-
-
-INVITATION AU CLAIR DE LUNE
-
- Clair de lune, je vais faire éteindre les lampes,
- Pour que vous rentriez ce soir dans ma maison;
- Vous avez des pitons illuminé les rampes
- Et vous baignez déjà le subtil horizon.
-
- Beau feu blanc de la lune, entrez par mes fenêtres
- Et faites pour mes yeux danser vos froids rayons;
- Je reverrai l’étang qui brille sous les hêtres,
- J’entendrai Philomèle et le chant des grillons.
-
-
-LE SEUL REGRET
-
- Si vous étiez près de mon cœur
- Que la nuit serait belle!
- Il n’est pas une autre île en fleur
- A mes yeux valant celle
-
- Où de ma fenêtre je vois,
- Dans la campagne amie,
- Bambous penchés et palmiers droits
- Et la mer endormie.
-
-
-LA LETTRE
-
- Qui eust pensé que l’on peust concepvoir
- Tant de plaisir pour lettres recepvoir?
-
- CLÉMENT MAROT.
-
- Ecrivez-moi sans cesse, ô mon beau Lys lointain,
- Bientôt luira le jour radieux que j’espère;
- En attendant, les mots tracés par votre main
- Sont des ruisseaux où mon amour se désaltère.
-
-
-LES ILES
-
-_A Marius-Ary Leblond._
-
- Océan, garde-nous les Iles.
-
- FERNAND THALY.
-
- Qui dira le charme des îles,
- Oasis que borde d’azur
- Le désert des ondes mobiles?
- Qui chantera leur soleil pur?
-
- Berceau de légendes splendides
- Depuis le temps d’Aphrodite,
- Ne sont-elles ces Atlantides
- Les paradis de la beauté?
-
- C’est dans un îlot qu’Ariane
- Fut abandonnée aux tourments.
- En Sicile, au chant du platane,
- Théocrite eut des jeux charmants.
-
- Chio te vit grandir, Homère!
- Rhodes charma les Chevaliers;
- Et Cœur-de-Lion, âme fière,
- Aima Chypre aux pourpres halliers,
-
- Sur les mers de la solitude
- C’est par l’une des Bahamas
- Que Colomb commença l’étude
- Des merveilleux panoramas.
-
- C’est aux Mascareignes, dans l’île
- Des filaos plantés en rangs
- Que naquit Leconte de Lisle,
- Poète grand parmi les grands.
-
- Les plus beaux yeux de l’Odyssée
- D’une île ont admiré la mer,
- Et Nausicaa fut bercée
- Par le lyrisme du flot clair.
-
- Iles du Sud hospitalières
- Aux Bougainville, aux Carteret;
- Elles gazouillent, vos lisières;
- Mais pas d’oiseaux dans la forêt!
-
- Et c’est vous, charmantes Antilles,
- Les plus admirables joyaux
- Des îles riches en coquilles
- Sous l’or des tropiques royaux.
-
- Terres d’amour, chères aux rêves
- Et propices aux Robinsons,
- Les vents alizés de vos grèves
- M’ont donné de belles leçons!...
-
- Vous parfumez vos claires rades
- Du souffle des matins rosés
- Et dans vos golfes les dorades
- Dansent sous les flots irisés.
-
- C’est à vos cieux que je dérobe
- Le murmure des filaos,
- Lorsque la mer change de robe
- A l’aurore, au parfum des flots.
-
- Je vois rentrer le paille-en-queue
- Pareil à mon blanc rêve pur,
- Lorsque blonde en sa prison bleue
- La lune contemple l’azur.
-
- Ile ardente du Pacifique
- Stevenson ne t’aime pas mieux
- Que je n’aime ma Dominique,
- Ma belle île aux oiseaux heureux.
-
- Douce Antille aux bois admirables,
- Sera-ce sous ton azur clair,
- Que j’entendrai, du fond des sables,
- Les grandes lyres de la mer?
-
-
-L’ANSE AUX TORTUES
-
- Sur la plage où le flot a des lueurs d’agates
- Ne glisse plus le vol émouvant des frégates.
- Les lézards ne vont plus parmi les mangliers
- Happer les fourmis d’or qui rôdent aux halliers.
- Du croissant safrané vois les cornes pointues.
- C’est juillet, mois torride où pondent les tortues.
- Veux-tu que nous allions vers le sable luisant
- De la plage où le flot blanchit le noir brisant?
- Là, muets, nous pourrons peut-être, sous la lune,
- Voir l’immense tortue aborder la lagune,
- Se traîner sur le sable et longtemps épier
- Les ombres du rivage et celles du hallier
- Puis enfouir, afin que l’île les protège,
- Ses œufs dont la couleur est celle de la neige.
-
-
-LE NAGEUR
-
- «Dans l’onde transparente où luisent les coraux,
- J’ai vu les grands requins poursuivre les bécunes;
- Va plutôt te baigner dans les eaux des lagunes,
- Derrière la savane où beuglent les taureaux.»
-
- Mais tu me répondis: «Tes paroles sont vaines:
- Tu ne sauras jamais le plaisir merveilleux
- Qu’on éprouve à franchir les grands espaces bleus
- De l’Atlantique, au chant des Antilles sereines.»
-
- Depuis, je te vois fendre au loin les vastes eaux,
- Et traîner sur la mer un lumineux sillage;
- Et moi qui suis épris d’un autre beau voyage
- Je te regarde, assis à l’ombre des roseaux.
-
- Là-bas, c’est le récif que hantent les grands squales
- Et voici l’horizon houleux des cachalots.
- Nage, souple nageur, jusqu’au soir plein d’étoiles,
- Ainsi qu’un grand poisson de nacre dans les flots.
-
- Nage sous les ciels d’ambre et sous les nuits funèbres,
- Dans le flot rose ou vert, noir ou phosphorescent,
- Jusqu’au jour où soudain brisera tes vertèbres
- Quelque monstre marin aux yeux ivres de sang.
-
- En attendant, jouis de la vague éternelle,
- Respire la douceur du soir occidental;
- L’océan te caresse en ses flots de cristal,
- Tes bras sont vigoureux et ta jeunesse est belle.
-
-
-LA NUIT DANS LES GRANDS BOIS
-
-_A M. H.-M.-S. Laidlaw._
-
- Les perroquets criards, les perroquets têtus,
- Les perroquets dans l’arbre aux fruits noirs se sont tus.
- C’est l’heure où le soleil, parcourant d’autres lieues,
- Quitte la Dominique et ses montagnes bleues.
- Le crabier sur la branche a rejoint ses petits.
- Le sentier ne voit plus rôder les agoutis.
- Une dernière fois, la brise sur son aile
- Porte à l’écho lointain un chant de tourterelle.
- Un grand concert soudain s’élève des bosquets;
- Grenouilles et lézards répondent aux criquets.
- Avant de sombrer dans le rêve...
- La forêt mêle les couleurs
- Harmonieuses de ses fleurs.
- Sur les bois la lune se lève...
- Les odeurs de la nuit chassent celles du jour.
- Mille bruits que le vent emporte avec amour
- Exaltent l’air plus vif des solitudes vierges.
- L’astre blanc sème ici des lumières de cierges
- Et là-bas, sur une eau, des feux de diamants.
- Il s’élève admirable entre les fûts dormants
- De deux minces palmiers et c’est comme une aurore
- Où le chat-huant gris jette son cri sonore.
- La nuit claire à présent est reine de l’azur.
- L’air est plus lumineux et le parfum plus pur.
- Il semble que soudain mille corolles blanches
- Parfument les rameaux des immobiles branches.
- Les sphinx ont remplacé l’essaim des papillons.
- Des lucioles d’or voltigent les feux blonds.
- Un lampyre embrasé semble un lent météore.
- Un palmier nain d’un feu verdâtre se colore
- Tandis que le taupin se pose sur son fût.
- Un chien aboie, un chien caraïbe à l’affût;
- Et, vers un grand figuier dont mûrissent les figues,
- Je vois bondir soudain deux petites sarigues.
-
-
-PETITS PAYSAGES
-
-LE FLAMBOYANT
-
- Sous l’étincelle d’or des oiseaux-mouches braves,
- Le rouge flamboyant semble un volcan de fleurs;
- Une averse un instant a noyé ses splendeurs,
- Mais le soleil couchant va raviver ses laves.
-
-L’ARBRE INCONNU
-
- Au bord de la savane où broutent les cabris,
- L’arbre en fleurs dont les fruits sont aimés des perruches
- Semble un grand arc-en-ciel ivre d’un bruit de ruches,
- Tant il est éventé de vols de colibris.
-
-L’ARBRE ROUGE
-
- Quand l’aube blanche et rose inonde la prairie,
- Il est comme un récif de corail aux cieux clairs;
- Sur lui des papillons voltige la féerie,
- Les oiseaux-mouches bleus le traversent d’éclairs.
-
-L’EUCALYPTUS
-
- Le bel eucalyptus balancé par le vent
- Semble d’un vaisseau fou la grande voile verte;
- Qu’il est doux à ses pieds de s’endormir, rêvant
- Qu’on est parti tous deux vers une île déserte.
-
-LES POISSONS
-
- Vous qui jouez aux eaux des anses découvertes,
- Du doux chant des oiseaux vous ignorez le miel;
- Mais vous savez l’îlot cher aux Sirènes vertes,
- Poissons mystérieux, frères de l’arc-en-ciel.
-
-LA TOURTERELLE
-
- La vérandah laissait rentrer l’heure laiteuse
- Et la lune dorait l’île de sa clarté;
- Toute la claire nuit, nous avons écouté
- Ton frais roucoulement, tourterelle amoureuse.
-
-LES LUCIOLES
-
- J’aime les clairs de lune où miroitent les anses,
- Mais préfère les nuits où voltigent vos feux,
- Lucioles, berçant à l’heure du silence,
- Vos douces lampes d’or dans les grands arbres bleus.
-
-
-LE RÊVE
-
- Qu’elle est douce la voix de la mer des Antilles
- Quand elle chante au pied des verts tamariniers,
- Que les femmes des bourgs passent sous leurs paniers
- Pleins de citrons ambrés ou de vertes vanilles!
- Qu’il est tendre ce chant autour de l’île en fleur,
- Tandis que chaque flot écume sur le sable.
- Ah! vous mener un jour vers l’immense douceur,
- Ma charmante, des flots de la mer adorable!
-
-
-STANCE
-
- Amour, voici le mois des plus belles étoiles.
- Les grands arbres seront couronnés de lueurs.
- La mer balancera de radieuses voiles
- Et mon cœur loin de vous sera plein de langueurs.
-
-
-D’UNE VÉRANDAH FLEURIE
-
-(_Conversation avec Arthur-Harry Law_)
-
-I
-
- Roseau dans mon enfance était plein de cabris
- Qui des pavés disjoints broutaient les touffes d’herbe.
- Des lanternes passaient dans les beaux soirs fleuris.
- Sur les monts violets la lune était superbe.
-
-II
-
- Ivre du chant constant des bois et de la mer
- La Dominique est une Antille langoureuse.
- Sous la mélancolie âpre de son soir vert,
- Je suis comme un chartreux de la Grande-Chartreuse.
-
-III
-
- Je garde en ma mémoire un beau souvenir clair.
- C’était dans le mois triste où l’eau du fleuve est grise.
- Dans les yeux d’une enfant des bords de la Tamise
- J’ai vu la mer et les étoiles de la mer.
-
-IV
-
- Ah! qu’ils sont loin les soirs de la pâle Angleterre
- Où nous étions de beaux éphèbes amoureux.
- Poètes décadents, amis de la chimère,
- Que vos vers me plaisaient sous les blancs ciels brumeux!
-
-V
-
- Oxford, en revenant d’une fête nautique,
- La tête pleine encor des courses de Henley,
- Je compris en lisant une ode de Shelley
- La divine splendeur de l’âme romantique.
-
-VI
-
- Comme on aime les yeux du rêve et de l’amour
- Paris que je connus à vingt ans, je les aime
- Tes vieux quartiers vibrants où quelque vieille tour
- Me fait songer à Marguerite d’Angoulême.
-
-VII
-
- «Cesse d’écrire en vers, c’est un jeu hasardeux»,
- Me disais-tu, penchant vers moi ta tête blonde.
- Et j’embrassais tes mains, ma petite Esclarmonde,
- Mangeuse de sorbets, toi dont les yeux sont bleus.
-
-VIII
-
- Billy Milner d’un match éclatant fut vainqueur
- Et le soir il reçut des billets pleins de flammes.
- Chaque lettre disait: «Donne-moi donc ton cœur.»
- Billy aimait le sport et n’aimait pas les femmes.
-
-IX
-
- Pendant que les marchands comptent les escalins,
- Parlons de Rupert Brooke et de ses purs poèmes,
- Puis nous irons rendre visite aux orphelins,
- Aux petits orphelins dont les fronts sont si blêmes.
-
-X
-
- C’est devant un coucher de soleil sans pareil
- Que j’écris ces quatrains. Je donnerais la gloire
- De la mer embrasant un quatre-mâts vermeil,
- Pour un soir sans éclat reflété par la Loire.
-
-XI
-
- Près du flot sans reflet du fleuve glorieux,
- Vous seriez près de moi, ma vivante statue;
- La voix des mariniers dans la nuit s’étant tue,
- Je reverrais les soirs de la mer dans vos yeux.
-
-
-CLAIR DE LUNE A MINUIT
-
- Roseau la nuit semble une ville
- Des mille et une nuits
- Aux parfums des jardins de l’Ile
- Se mêlent ceux des fruits.
-
- Au port désert un chien aboie,
- Un grillon dit son chant.
- Et la mer plus douce que soie
- S’étend comme un grand champ.
-
- On dirait la ville enchantée
- Aux fontaines sans bruits,
- Où la pleine lune argentée
- Miroite au fond des puits.
-
-
-L’OISEAU LOINTAIN
-
- Par ce soir de mélancolie,
- Quel est l’oiseau qui chante au loin,
- Qui chante si bien
- Au cœur de la forêt fleurie?
- Charme étrange et mystérieux,
- Quel est l’oiseau délicieux
- Dont la flûte grave module
- Des notes d’or au crépuscule?...
- Que t’importe;
- Ecoute le chant
- Qui vient mourir devant ta porte,
- A l’heure du soleil couchant.
- C’est peut-être la flûte de Pan,
- C’est peut-être la voix du printemps.
-
-
-
-
-DEUXIÈME CHANT
-
-(_TROIS ANS APRÈS_)
-
-AU BEAU LYS DE FRANCE
-
-
- Dors! Je n’ai pas tenté de retours inutiles.
- Mais comme un beau coucher de cors au fond des bois
- Appelle, à la nuit close, une étoile immobile,
- J’ai voulu t’appeler une dernière fois.
-
- LÉON DEUBEL.
-
-
-A LA BEAUTÉ
-
- A thing of beauty is a joy forever.
-
- J. KEATS.
-
- Pour avoir tant chéri votre forme parfaite,
- Je connais aujourd’hui l’amour et la beauté.
- Vous avez entr’ouvert la porte de clarté,
- Qui fermait le jardin de la pure conquête.
-
- Par vos divins regards où rayonne la fête
- De l’or et de l’azur des plus célèbres yeux,
- Mon cœur s’est à jamais épris des vastes cieux
- Et j’ai pour l’idéal une ferveur secrète.
-
- Vous m’avez révélé mieux que tout autrefois,
- Le rythme de la mer, le mystère des bois
- Et le charme éternel de la nature immense!
-
- Et le beau feu sacré qui consume mon cœur,
- Je ne le dois qu’à vous, plus douce qu’une sœur,
- Vous qui fîtes chanter les harpes du silence!
-
-
-STANCE
-
- S’ils sont beaux, sur les monts, les pieds du voyageur
- Qui porte de bonnes nouvelles;
- Il est encor plus beau, sur la mer, le vapeur
- Messager des amours fidèles!
-
-
-AU BEAU LYS DE FRANCE
-
- La lune verte luit au front d’un cocotier;
- Et tout en admirant son beau reflet sur l’arbre,
- Je songe à ce vieux parc de France, aux bancs de marbre
- Où je vous vis sourire au détour d’un sentier.
-
- Ainsi passe ma vie aux belles Iles bleues.
- Que ce soit dans le jour, dans l’aurore ou la nuit,
- Chaque fois qu’un instant de beauté me séduit,
- Mon rêve refranchit plus de trois mille lieues.
-
- Je pense à vous devant la mer et les torrents,
- Devant l’écoulement rapide des rivières,
- Au chant des alizés sous les planètes claires,
- Au souffle des palmiers plantés en libres rangs.
-
- Votre nom que jamais je ne dis à personne,
- Comme un beau vers je vais le chantant sur les monts;
- C’est d’un charme infini sous nos grands cieux profonds;
- Ainsi qu’un grave écho longuement il résonne.
-
- Dans le brasier des soirs éblouissants de feux
- Je crois voir d’un vaisseau les lumineuses voiles
- Et jusqu’à l’heure tendre où naissent les étoiles
- Je contemple la mer en songeant à vos yeux.
-
- Par les nuits qu’une lune énorme idéalise,
- Votre fantôme passe et repasse sans fin;
- De votre jeune corps tous mes désirs ont faim
- Et ce sont vos odeurs qui parfument la brise.
-
- Lorsque je sors la nuit, pour apaiser le mal
- D’un pauvre être agité qui souffle et qui délire,
- Votre cher souvenir m’accompagne et m’inspire;
- Ah! que de fleurs alors sur le chemin banal!
-
- Voilà bientôt dix ans que les printemps de France
- Ont fleuri vaporeux et verts loin de mes yeux;
- Et pourtant, je redis le nom délicieux,
- Je pense encor à vous, malgré l’horrible absence.
-
- Mais hélas, je vieillis et les rêves sont fous.
- Je vois toujours leurs feux du haut de mes fenêtres,
- Mais les grands paquebots ne portent plus vos lettres,
- Je n’ai nul confident à qui parler de vous.
-
- Je songe bien souvent aux paroles sincères
- Dont vous avez bercé l’espoir de mon retour;
- Quand vos yeux aux lacs purs de leurs prunelles claires
- Miraient encor le ciel profond de mon amour...
-
- Je demande parfois au vent quand il voyage:
- «N’as-tu pas vu la Fleur splendide du printemps?
- Puis-je espérer encor, exquis et repentant,
- Retrouver le divin, le merveilleux visage?»
-
- Et le vent me répond: «Reste au bord des grands bois
- Et garde dans tes yeux l’image qui t’est chère.
- Ne va pas soulever le voile du mystère.
- Il ne faut plus songer aux beaux yeux d’autrefois.»
-
- Alors, je crie au loin, sous la lune émouvante:
- «Beaux yeux, beaux yeux charmants, qu’êtes-vous devenus?»
- Rien ne répond; l’Océan bat les récifs nus
- Et son sanglot jeté dans la nuit m’épouvante.
-
-
-LE FANTOME
-
- L’absence a su flatter mon amour et l’accroître
- Et changer mon ivresse en culte harmonieux,
- Telle la solitude émouvante du cloître
- Exalte et purifie un cœur religieux.
-
- Beau rêve illuminant une existence morne,
- Vous avez éclairé chacun de mes instants;
- Votre image me suit parmi les fleurs du morne
- Et flotte sur l’azur vaporeux des étangs.
-
- Je vous vois, près de moi, traverser les prairies
- Où la liane pend en lumineux hamacs;
- Et vous m’accompagnez jusqu’aux cimes fleuries
- D’où descendent les eaux murmurantes des lacs.
-
- C’est pour avoir chéri votre seule pensée
- Et pour n’avoir aimé que votre souvenir,
- Que j’ai porté dix ans une ivresse insensée
- Et que je n’attends rien du puissant avenir.
-
- J’ai dédaigné pour vous, ô fantôme suprême,
- De faire de ma vie un champ harmonieux
- Et j’ai passé dix ans à chanter, en moi-même,
- Des chants purs à la gloire exquise de vos yeux!
-
- O mon charmant amour, lumière de ma vie,
- Rose de mon jardin, lampe de mon espoir,
- Je ne vous verrai plus, vous dont j’ai tant envie
- Et vous ne serez pas l’étoile de mon soir.
-
- Pourtant ce sera vous, vous que je chercherai
- A travers tous les yeux et toutes les amantes
- Et malgré le désir des lèvres inconstantes
- Vous serez dans mon cœur et je vous chérirai.
-
- Encor quelques beaux jours à passer sur la terre
- Et puis la grande nuit envahira les cieux.
- Ah! laissez-moi songer encor à la lumière
- Exquise et merveilleuse et pure de vos yeux!
-
-
-STANCE
-
- Beaux voyageurs des mers, sous la nue embaumée,
- Des steamers aux feux d’or arrivent dans le soir;
- Mais ils ne portent plus à mon cœur nul espoir;
- Pour mon cœur sans espoir, ils ne sont que fumée!
-
-
-
-
-TROISIÈME CHANT
-
-L’HORIZON ET LA MER
-
-
- Le secret douloureux qui me faisait languir.
-
- BAUDELAIRE.
-
-
-LE JOUR
-
- Le jour trop beau blesse mon cœur d’un glaive d’or.
- Pourquoi, pourquoi, toujours cette étrange tristesse
- Devant cet horizon rayonnant d’allégresse
- Où la vague infinie et muette s’endort?
-
- Qu’il fut divin le bain dans la mer sous le fort!
- Chaque lame traînait une tiède caresse,
- Mais un vague tourment me poursuit et m’oppresse;
- Devant le ciel trop beau l’esprit songe à la mort.
-
- Ah! que vienne bientôt l’instant où les Centaures
- Luiront sur le haut cap battu des flots sonores;
- Alors je sentirai le calme m’envahir;
-
- La lune nagera dans des vapeurs rosées
- Et très fraîche sera la voix du souvenir
- Mêlée aux longs soupirs des brises apaisées.
-
-
-CRÉPUSCULE EN DÉCEMBRE
-
- Que j’aime la clarté grave de ce couchant!
- Un insecte attardé traîne un trait de lumière;
- Un chien aboie au seuil lointain d’une chaumière,
- Sur les lèvres du jour s’éteint le dernier chant.
-
- Le beau soir frôle ainsi qu’une robe de fée
- L’eau de la pleine mer plus paisible qu’un lac,
- Le vent dans l’arbre noir balance le hamac,
- L’heure qui va venir est de lune coiffée.
-
- Un feu de luciole a lui dans le bambou
- Et la savane où flotte une odeur de vesou
- Verra trembler bientôt les premières étoiles.
-
- Admire la splendeur de l’instant solennel.
- Regarde par delà l’Océan et les voiles
- Le soleil peindre en or le grand mur bleu du ciel.
-
-
-LE SOIR
-
- Le vent dans les palmiers chante des odes pures
- Et la vague blanchit le golfe lumineux;
- L’horizon est de pourpre et les pitons sont bleus
- Dans les grands cocotiers les noix blondes sont mûres.
-
- Les algues dans l’air frais sèchent leurs chevelures.
- Les sables un à un éteignent leurs doux feux.
- Le jour meurt. Des pluviers reviennent deux à deux
- Vers l’îlot où la lame a de rauques murmures,
-
- Un nuage a noyé le profil pur des monts;
- Les canots sont rentrés parmi les goémons,
- A l’ouest rougit encor la dernière des voiles.
-
- Viens voir pour enchanter ton cœur toujours amer,
- Sous l’azur éternel, où naissent les étoiles,
- Miroiter les déserts immenses de la mer!
-
-
-LE POÈME A LA NUIT
-
- La mer phosphorescente étincelle et reluit.
- Un nuage a l’aspect d’un mont couvert de glace,
- Une pâle clarté déchire au loin l’espace,
- La lune brillera sur la crête à minuit.
-
- C’est l’heure où frôlant l’air de ses ailes, sans bruit,
- Vole aux sapotilliers le chat-huant vorace;
- Poète, négligeant l’Hymette et le Parnasse,
- Il te faut composer un poème à la nuit;
-
- A la nuit tropicale, immense, sans pareille,
- Portant l’étoile verte et l’étoile vermeille,
- Dont le voile est de feu, d’ombre et de diamant.
-
- Chante, la voix des mers immenses t’accompagne
- Et l’encens sept fois pur des fleurs de la montagne,
- Charmera ton silence et ton recueillement.
-
-
-VOLS D’OISEAUX EN SEPTEMBRE
-
- Le vent tumultueux blanchit les flots mobiles
- Et l’espace est rempli de vols d’oiseaux de mer
- Qui s’en vont, radieux de la vigueur de l’air,
- Chercher d’autres climats et frôler d’autres îles.
-
- Par delà les vols blancs des mouettes agiles,
- Plus haut qu’aucun oiseau de passage au vol fier,
- Les frégates, au cœur lumineux de l’éther,
- Planent, le col tendu, les ailes immobiles.
-
- Longtemps, je suis des yeux le départ émouvant
- Des oiseaux migrateurs emportés par le vent
- Vers le nord éclairé des lumières plus frêles.
-
- Déjà le dernier vol s’efface à l’horizon!
- Je vous envie, oiseaux qui changez de saison
- En une nuit, par la puissance de vos ailes!
-
-
-LE SOUVENIR
-
- Le soir est plus profond qu’un soir sur les Balkans,
- Plus bleu qu’un soir de France ou qu’un soir d’Italie,
- Un voile de mystère et de mélancolie
- Plane sur les sommets qu’éclairent des boucans.
-
- Sur la mer passe un vol grave de pélicans,
- De sauvages parfums montent des forêts sombres;
- Et par delà les pics qu’enveloppent des ombres
- La lune monte au front dentelé des volcans.
-
- Ah! je donnerais bien toute la solitude
- Des grands monts violets, toute ma quiétude
- Pour le divin bonheur de revoir deux yeux bleus.
-
- Mais pourquoi rappeler cette grande infortune?
- Respirons la douceur du ciel harmonieux,
- Les palmes des palmiers sont luisantes de lune.
-
-
-LE VOILIER
-
- Au siècle des vapeurs et de l’aéroplane,
- Un blanc voilier qui passe à l’horizon du soir,
- Alors que l’Océan brille comme un miroir,
- N’est en réalité qu’une lourde tartane.
-
- Mais quelque chose évoque, en l’heure diaphane,
- Où les yeux de la nuit vont percer l’azur noir,
- L’âme des temps passés et le rêve croit voir
- Des feux de Caraïbe au fond de la savane.
-
- Le blanc voilier, glissant sous l’éther tropical,
- Revient de Montserrat et loin de l’air natal
- Porte un maigre troupeau de chèvres au col grêle.
-
- Mais telle est la splendeur du ciel et du décor,
- Qu’il semble qu’en la nuit d’azur, ta Caravelle,
- O Cristobal Colon vogue sur les flots d’or.
-
-
-CIEL DES INDES OCCIDENTALES
-
- Nul ne peut se vanter de voir un ciel nocturne
- Plus beau, plus étoilé que celui qui s’étend
- Sur la mer Caraïbe, à l’heure taciturne
- Où le golfe endormi brille comme un étang.
-
- Dans la sérénité des voûtes tropicales,
- Tous les astres connus luisent splendidement:
- Les étoiles du sud aux feux de diamant,
- Les étoiles du nord plus fines et plus pâles.
-
- Et par les lourds étés, aux mois où les palmiers
- Bercent la tourterelle et le chant des ramiers,
- On voit le Chariot en face des Centaures,
-
- Le Cygne bleu voler vers l’azur boréal,
- Tandis qu’au front des caps, blancs de lames sonores,
- Surgit le Scorpion, gloire du ciel austral...
-
-
-NUIT DU ONZE AVRIL 191.
-
- Arcturus sur le mont semble un feu de berger.
- Sirius à pas lents suit Orion qui chasse.
- L’Ourse erre autour du pôle étincelant de glace.
- Aldébaran bientôt dans la mer va plonger.
-
- Les Centaures ont lui, la Croix bénit l’espace;
- Et le charme est si pur sous le grand oranger,
- Que vingt fois je reviens sur la haute terrasse,
- Voir du fond de la nuit les astres émerger.
-
- Miracle étincelant d’une voûte étoilée!
- Vains désespoirs, sombrez au fond de la vallée,
- Toi, rêve aérien, monte comme Altaïr!
-
- Pour aimer dignement vos splendeurs magnifiques,
- Que ne suis-je au sommet d’un piton de saphir,
- O constellations mouvantes des tropiques!
-
-
-MATIN DEVANT LA MER
-
- Au soleil du matin, sous l’azur émouvant,
- Les flots sont couronnés de hautes crêtes blanches,
- Le vent jusqu’à la mer porte l’odeur des branches;
- On voudrait de tels jours d’ivresse plus souvent.
-
- Ainsi que la frégate, ivre, au soleil levant,
- De l’horizon qui flambe et de la mer qui chante,
- L’esprit prend son essor et d’une aile vibrante,
- Monte vers l’idéal et les cieux en rêvant.
-
- Rien ne vaut ce voyage enivrant et sonore,
- Au pays du soleil, au pays de l’aurore,
- Quand chante aux mille bords de ses îles la mer.
-
- Rien ne vaut ce départ vers les sphères sublimes
- Où le rêveur revoit planer son rêve fier
- Entre le double azur du ciel et des abîmes.
-
-
-A L’IDÉAL
-
- Combien de cris encor me feras-tu pousser
- Avant que le vaisseau de la mort ne m’emporte?
- Que les chiens du malheur hurlent devant ma porte,
- Idéal, dans mon cœur, rien ne peut t’émousser!
-
- Le vent rit. Les steamers rapides vont hisser
- Les pavillons joyeux à leur mâture forte;
- Comme les goélands, nous leur ferons escorte,
- Nos rêves sur les grands océans vont danser.
-
- O vols sacrés fuyant loin de l’heure présente!
- L’imagination ouvre une aube enivrante,
- Les beaux cieux de l’esprit s’entr’ouvrent, éclatants.
-
- Et nous contemplerons, superbes ou tragiques,
- Sur les Bleus Saharas des mouvants Atlantiques
- Les lointains fabuleux de l’espace et du temps.
-
-
-STANCE
-
- La mer autour de moi dresse sa prison bleue.
- Je ne sais quel désir me vient d’un autre ciel.
- Qu’il est beau sur la mer ce lointain paille-en-queue
- Qui monte vers l’azur comme un rêve éternel!
-
-
-
-
-QUATRIÈME CHANT
-
-LA MAISON AUX ABEILLES
-
-
- Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches.
-
- VERLAINE.
-
-
-A L’EXEMPLE DES ABEILLES
-
- J’ai dans ma cour, au pied de beaux arbres fleuris,
- Un rucher bigarré fait de vibrantes ruches;
- On dirait un hameau sous les verts tamaris,
- Un hameau de couleur au pays des perruches.
-
- Les bruits frais des torrents, des ruisseaux, de la mer,
- Autour de ma fenêtre enroulent leurs murmures;
- Sans quitter ma maison, je puis, par un jour clair,
- Me croire au cœur profond de la verte nature.
-
- En proie au dur travail qui bourdonne en son flanc,
- Le rucher au soleil ronfle comme une usine.
- Ah! pourquoi tout à coup, ivre et tourbillonnant,
- S’en échappe un essaim qui va vers la colline?
-
- Abeilles au vol sûr, je vous vois tour à tour
- Porter le pollen blond et le nectar qui grise;
- Chaque instant le rayon de miel se fait plus lourd.
- Vous remplissez l’azur d’une belle surprise.
-
- Je perçois grâce à vous les puissantes odeurs
- Des grands arbres mirant leur ombrage aux fontaines,
- Vous portez jusqu’à moi l’enivrement des fleurs
- Et l’âme des beaux jours chante en vos ruches pleines.
-
- Séduits par votre exemple, ô peuple merveilleux,
- Mes espoirs sont partis dans le vent qui les berce,
- Mais rapporteront-ils à mon cœur anxieux
- Le pollen du bonheur et le miel de l’ivresse?
-
- Quand un de vos essaims tournoie, ardent et nu,
- Ayant abandonné le trésor des cellules,
- Avant de se poser dans quelque arbre inconnu
- De la grande forêt pleine de crépuscule,
-
- Je rêve de quitter la paisible maison
- Où j’ai mené des jours d’une existence sûre,
- Pour aller je ne sais vers quel autre horizon
- Affronter les périls d’une belle aventure.
-
-
-A UNE LIANE
-
- O liane étoilée et de fleurs et de fruits,
- Tu parfumes mes jours et parfumes mes nuits!
- Tu suspends aux bras frais d’un tamarinier grêle
- Les mille serpents verts de ta verte tonnelle.
- Pour cueillir sur ta tige un rose charançon,
- Un jaune oiseau des bois t’apporte sa chanson,
- Tu vois voler vers toi dans les aubes vermeilles
- Soixante colibris et plus de mille abeilles.
- Les bougainvilias et les longs _quisqualis_
- Ont moins que toi l’odeur adorable des lys.
- Quand un orage court, te heurte et te chavire,
- Le vent du sud te fait chanter comme une lyre.
- Lorsque le croissant brille et que la ville dort,
- La luciole en toi pose un confetti d’or;
- Et c’est l’heure indolente où vibre en ton feuillage
- Le chant de l’andolite[1] et du grillon sauvage.
- O compagne odorante, ô fille des forêts,
- Grâce à toi, je peux voir la nature de près,
- Sans cesse je retrouve en ton jeune feuillage
- Le charme et les odeurs d’un lointain paysage;
- Et toujours étoilée et de fleurs et de fruits
- Tu parfumes mes jours et parfumes mes nuits.
-
- [1] Andolite (anolis): Petit lézard fort commun aux Antilles.
- Certaines espèces chantent par les belles nuits.
-
-
-LA MAISON AUX ABEILLES
-
- Modeste est ma maison, mais fort je la chéris
- Au doux feu des heures vermeilles!
- Car elle communique avec les bois fleuris
- Par le fil d’or de ses abeilles.
-
- Tel parfum qui flotta sur le morne embaumé
- Et qui subit le sort des roses
- Vit encor, souvenir adorable de mai,
- Dans l’étui des cellules closes.
-
- Tel nectar, diamant liquide dans la nuit
- Ou rosée à perle tremblante
- Dort maintenant, plus blond que le suc d’un beau fruit,
- Au cœur chaud de la ruche ardente.
-
- De l’aube au soir l’essaim ardent et régulier
- Apporte à ma cour des messages.
- Je sais quand «l’épineux» porte des fleurs d’argent
- Et quand c’est le mois des orages.
-
- Je sais que les poix doux sont pleins de «sucriers»
- Et les flamboyants d’oiseaux-mouches
- Et que les agoutis gambadent par milliers
- Dans le sentier des vieilles souches.
-
- Je sais que l’ortolan roucoule à la fraîcheur
- Du courbaril près de la source
- Et que l’étang où vient s’abreuver le chasseur
- Mire les feux de la Grande Ourse.
-
- Je sais que la campagne est un vaste bouquet
- De fleurs, d’odeurs et de musiques
- Où le maigre coucou, de bosquet en bosquet,
- Chasse les guêpes métalliques.
-
- Ce soir, on est au mois où l’amour met le nid
- Comme un trophée au cœur des branches;
- Et mes vers accouplés volent vers l’infini
- Comme des vols d’aigrettes blanches!
-
-
-L’ÉGLISE CLAIRE
-
- Non loin de la maison aux abeilles, l’église
- Où chante le dimanche un petit chœur d’enfants.
- Je me complais alors à suivre les doux chants
- De ces petits dont l’âme est encore indécise.
-
- L’encens embaume l’air et par les jours de mai
- Il arrive parfois qu’on voit voler en elle
- D’une fenêtre à l’autre un vol de tourterelle
- Qui se sent bienheureux en ce lieu parfumé.
-
-
-VOL D’ABEILLES
-
- Mille quittent la ruche en projectiles d’or.
- Mille rentrent soudain en cascades vermeilles.
- Tout le jour la maison entend vibrer l’effort
- Vibrant et radieux des divines abeilles.
-
- C’est d’une reine unique en la paix du rucher
- Que sont nés les feux d’or de tant de travailleuses.
- Et le cœur du poète est un divin archer
- Qui lance sans compter les flèches merveilleuses.
-
-
-LE RÉVEIL DES RUCHES
-
- L’aube à peine a teinté les collines vermeilles,
- Qu’un gai bourdonnement s’élève du rucher.
- Quel est l’arbuste en fleur au parfum de pêcher
- Qui donne tant de joie au peuple des abeilles?
-
- Tout le jour, vibrera le généreux travail,
- De la ruche à la fleur, de la fleur à la ruche;
- Jusqu’à l’heure où le soir plus vert qu’une perruche
- Dorera de ses feux une mer de corail.
-
- Désirs, désirs plus beaux que les mouches fidèles,
- Vous n’avez de repos ni l’hiver ni l’été;
- Grisés par les parfums de l’arbre de Beauté,
- Nuit et jour vous volez aux fleurs surnaturelles.
-
-
-LE BEAU VERS
-
- Lorsque sur le papier traçant le noir sillon,
- Ma plume écrit un vers d’une beauté parfaite,
- Il me semble en la nuit voir un beau papillon;
- Complaisant et joyeux, j’admire ma conquête.
-
- Mais dès que sur les lacs le soleil s’est levé,
- Le vers prend la couleur morte des chrysalides;
- Il a perdu l’éclat du sphinx vert des Florides,
- Je n’écrirai jamais le vers que j’ai rêvé.
-
-
-LE RAYON
-
- Garde-toi d’enlever de la ruche qui dort
- Le rayon non scellé par les abeilles d’or,
- Le miel operculé seul est un vrai trésor.
-
- Il faut que ta pensée, ô poète, soit mûre,
- Pour que dans un beau vers, son moule et sa parure,
- Elle dure longtemps et se conserve pure.
-
-
-AU COLIBRI
-
- Colibri, tous les bois fleuris sont en liesse;
- Et pourtant, tu reviens au jardin de Roseau
- Apporter à mes fleurs ta frôleuse caresse,
- Ah! de quel paradis sors-tu, charmant oiseau?
-
-
-LE MIEL
-
- De même que le vin évoque un coteau bleu,
- L’odeur de ce beau miel fait revivre ta flore,
- Campêche blond qu’on vit l’an dernier, à l’aurore,
- Lourd de guêpes de cuivre et d’abeilles de feu.
-
-
-LA MONTAGNE
-
- Montagne couronnée et de lune et de rêve,
- C’est vers vous cette nuit que voyagent mes vœux;
- Non point pour vos splendeurs qu’on voit de cette grève
- Mais parce que vos lacs me rappellent ses yeux.
-
-
-LE POÈTE
-
- O poète, tu n’as qu’un moment de beauté,
- Pour ciseler le vers sauveur de ta mémoire,
- Le vers vaisseau de fer et vaisseau de clarté
- Qui portera ton nom sur les mers de la gloire.
-
-
-BEAUX JOURS
-
- Mille parfums de fleurs annoncent que le miel
- Sera bientôt porté vers les ruches ardentes;
- Et plus de cent essaims d’abeilles bourdonnantes
- De leurs voyages d’or éblouissent le ciel.
-
- Mon esprit, travaillez loin des sombres demeures,
- Devant le beau visage étincelant des jours;
- Pour qu’en vers lumineux comme les rayons lourds,
- Vous condensiez l’essence impalpable des heures.
-
-
-LA FENÊTRE
-
- Je veux chanter la chambre ouverte à l’alizé;
- Par sa large fenêtre on peut voir la montagne,
- Des bois et des vallons, la lointaine campagne,
- Où chaque arbuste en fleur forme un îlot rosé.
-
- On voit aussi la mer, flot calme ou flot brisé,
- De larges vols d’oiseaux que le vent accompagne,
- Un horizon plus bleu que celui de l’Espagne,
- Et les mille splendeurs du couchant embrasé.
-
- Dans le ciel exigu qu’encadre la croisée,
- La nuit sombre et la nuit brillante de rosée
- Se révèlent soudain dans toute leur fraîcheur.
-
- Et dans le rose azur d’une naissante aurore,
- Je regarde rougir la voile d’un pêcheur,
- Pâlir la Croix du Sud et mourir les Centaures.
-
-
-LA TOMBE FLEURIE
-
- Je hais le cimetière où l’on dort à l’étroit.
- Ah! qu’on ne couvre pas ma dépouille de marbre;
- Mais qu’on m’enterre, à l’ombre verte d’un grand arbre,
- Et que la mer, la mer chante près de l’endroit.
- Je voudrais que ma fosse ainsi qu’une tonnelle
- Fût en tout temps fleurie afin que le passant
- Séduit par la splendeur de l’arbre ravissant
- S’arrêtât pour rêver, quelques instants, près d’elle.
- Mais, je voudrais surtout, lorsque le renouveau
- Enivre les chemins, que passent de beaux couples
- De jeunes amoureux aux corps minces et souples
- Et qui ne sauraient pas que là gît un tombeau.
- Mon âme, au jardin bleu des ténèbres enclose,
- Tressaillirait du fond de l’éternel exil
- Lorsque l’adolescent divin, le frêle avril,
- Viendrait avec l’Aurore y respirer les roses.
- Et par les grands étés de l’immense avenir,
- Dans les sèves de l’arbre éclaterait encore,
- Pour le parer soudain d’une éclatante flore,
- Mon rêve radieux qui ne veut pas mourir!
-
-
-STANCE AUX ABEILLES
-
- Lorsque je partirai, mes petites amies,
- N’allez pas quitter le rucher?
- N’allez pas essaimer par delà le clocher?
- Restez, vous charmerez les roses endormies.
-
-
-
-
-CINQUIÈME CHANT
-
-CHANSONS LOINTAINES
-
-
- C’est à quoi je fus destiné
- Dès le premier jour de ma vie,
- Et la Muse m’auroit traisné,
- Si je ne l’eusse pas suivie.
-
- FRANÇOIS MAYNARD.
-
- Shall I reject the green and rose
- Of opals with their shifting flame,
- Because the classic diamond glows
- With lustre that is still the same.
-
- EDMUND GOSSE.
-
-
-LA MORT DU PETIT FOL
-
- Au loin, au loin, dans la vallée,
- Pleurait la tendre voix voilée
- D’un rossignol.
- Aux pleurs de la nuit étoilée
- Mourait d’amour dans une allée
- Le petit Fol.
-
- Tu ne sus que trop tard, Princesse,
- Pourquoi s’emplissaient de détresse
- Les yeux charmants;
- Et tu baisas, dans ta tristesse,
- Ton doux Fol mort pour toi d’ivresse
- Sans sacrements.
-
-
-VACANCES
-
- Qu’elle est légère la brise
- Dans le haut tamarinier;
- Qui traduira l’ode exquise
- Qu’elle dit au latanier?
-
- Avril sur la branche élue
- Ramène les deux ramiers.
- Une histoire est vite lue
- Au bercement des palmiers.
-
- Verte montagne et vous, colline,
- Vous charmerez ses doux yeux,
- Pendant cette heure divine
- Où la mer se mêle aux cieux.
-
- Quand, sous les brises plus molles,
- Les sentiers seront plus frais,
- Rondes d’or des lucioles,
- Illuminez les forêts!
-
-
-CHANSON DU CLAIR DE LUNE
-
- La palme rit dans le ciel bleu.
- La mer roule mille étincelles.
- Ivresse des saisons nouvelles.
- Le jour s’éteint à petit feu.
-
- Lentement la lune se lève.
- Sous les arbres luit le chemin.
- Je revois toujours dans mon rêve
- Son front pur, couleur de jasmin.
-
- La nuit est profonde et sans voile.
- La brise embaume à vous griser.
- Quelle est cette lointaine étoile
- Qui sur l’eau semble reposer?
-
-
-CHANSON DE RÊVE
-
- Je te prendrai par tes deux
- Petites mains, chère,
- Et j’aimerai dans tes yeux
- La bonne lumière.
-
- Ce sera par un soir vert,
- Au bord de la grève.
- Mon cœur sera parti vers
- Son plus joli rêve.
-
- Nous reviendrons aux temps doux
- Des vieilles tendresses.
- Je reverrai les ciels fous
- Des mortes ivresses.
-
- Bonheur si grand que les mots
- Seront inutiles.
- Le clair de lune à longs flots
- Baignera les îles...
-
- De cet espoir, sans raison,
- J’ai l’âme embaumée;
- D’un vapeur à l’horizon,
- Monte la fumée.
-
-
-AUTRE CHANSON DE RÊVE
-
- Je voudrais donner ce mois
- A la poésie
- Et le passer dans les bois
- A ma fantaisie.
-
- Qu’il serait bon d’oublier
- Les pauvres misères;
- Respirer l’air du hallier,
- Aimer les chimères;
-
- Revoir voler l’oiseau bleu
- Au fil des savanes
- Et la luciole en feu
- Percer les lianes;
-
- Retrouver la saine odeur
- Des fleurs de montagne
- Et te parler cœur à cœur,
- O Muse, ô Compagne!
-
-
-CHANSON DE L’OISEAU MORT
-
- J’avais sept oiseaux dans la cage d’or:
- Six couleur de pourpre, aux becs de turquoise;
- Le dernier plus sombre et couleur d’ardoise.
- Et ce pauvre oiseau de tristesse est mort.
-
- Depuis qu’il est mort dans la claire cage,
- Mon cœur aime moins les autres oiseaux.
- Il manque au concert la flûte sauvage,
- L’esprit des grands bois et des grands roseaux.
-
- Ceux qui sont restés chantent les prairies,
- La colline en fleur et le verger bleu;
- Mais l’oiseau défunt chantait, comme un dieu,
- L’air inviolé des forêts fleuries.
-
- Toujours son beau chant montait gravement,
- Puis s’éparpillait en roulades hautes;
- Il pleurait l’azur en poignantes notes
- Où je retrouvais mon propre tourment.
-
- Au soleil couchant il battit de l’aile.
- Je n’entendrai plus la divine voix.
- Ah! te voilà morte, ô lyre fidèle,
- Morte en ta prison, loin de tes grands bois!
-
-
-CHANSON D’UN SOIR ÉTOILÉ
-
- Veux-tu que nous sortions ce soir?
- Les étoiles sont merveilleuses;
- Les Pléiades dans le noir
- Allument leurs douces veilleuses.
-
- La grande Ourse, ainsi qu’un beau char,
- Nous invite à de grands voyages.
- Une fleur s’ouvre quelque part;
- Le vent balance les feuillages.
-
- Sortons, nous marcherons sans bruit;
- Et nos âmes iront en songe
- Vers les îles d’or de la nuit
- Oublier que le temps nous ronge.
-
- Bientôt, par ordre de la mort,
- Nous serons froids et sans envie.
- Respirons, respirons encor
- La bonne haleine de la vie.
-
-
-CHANSON DE LA GRIVE
-
- Sur la palme du cocotier,
- La grive chante
- Un petit air primesautier;
- L’heure est charmante.
-
- Doucement, l’alizé balance
- L’arbre qui dort;
- Et l’oiseau vers le ciel bleu lance
- Ses trilles d’or.
-
-
-CHANSON DU FILAO
-
- Le grand filao, nuit et jour,
- Au vent de mer, au vent d’orage,
- Module dans l’air tour à tour
- Une chanson douce ou sauvage.
-
- Petite fille aux grands yeux frais,
- Si tu souffres de quelque peine,
- Va t’asseoir au bord des forêts,
- Par un soir de lune sereine.
-
- Le grand filao chantera
- Et bien mieux que celui qui t’aime;
- Pour te bercer il te dira
- Un tendre, un suave poème.
-
-
-CHANSON DE LA BRISE
-
- Aux violons frais de la brise,
- Les bals bleus du soir sont légers;
- Chers pétales des orangers,
- Tombez parmi la valse exquise.
-
- Elle tourne plus douce encore
- Que les pétales sur le sol.
- Entendrai-je en la nuit sonore
- Chanter la voix du rossignol?
-
-
-CHANSON DE LA FEUILLE MORTE
-
- Feuille morte, volez en rond!
- Vole vers elle, ma chanson!
-
- (Ah! qu’elle est loin la douce brise
- D’été qu’enivrait le cytise!)
-
- Dans l’air vous vous rencontrerez
- Et parlerez à votre gré.
-
- «L’hiver noir me suit à la piste»,
- Dit la feuille couleur d’or blond.
- «Je m’en vais d’un cœur qui s’attriste»,
- A dit la petite chanson.
-
- Tournez en rond, tournez en rond,
- Feuille morte et triste chanson!
-
-
-CHANSON DES OISEAUX
-
- Regarde voleter aux haies
- Les oiseaux vifs, mangeurs de baies,
- Les oiselets aux notes gaies.
-
- Il convient à mon rêve fier
- De voir planer au ciel désert
- Les oiseaux sombres de la mer.
-
-
-TROIS PETITES CHANSONS
-
-I
-
- Oiseau de nuit vient d’engloutir
- Luciole au feu de saphir.
- C’est de même qu’agit la vie
- Quand un rêve lui fait envie.
-
-II
-
- Tout le printemps tient dans la rose,
- Tout l’hiver dans un ciel morose.
- Un petit poème très court
- Peut contenir peine et amour.
-
-III
-
- Du clair soleil, rubis vainqueur,
- Il ne reste rien qu’améthystes.
- S’il n’était pas blessé, le cœur
- Chanterait-il ces chansons tristes?
-
-
-CHANSON D’UN JOUR DE PLUIE
-
- Le ciel est gris perle, c’est l’heure,
- L’heure de la chauve-souris;
- Sur l’étang le filao pleure,
- Au bois sanglote la perdrix.
-
- Le grand brouillard blanc de la pluie
- A voilé la montagne verte,
- De plus en plus mon cœur s’ennuie
- De vivre en une île déserte.
-
- Ce fut toute cette journée,
- Sur mon toit les pleurs de l’averse,
- Je me sens une âme fanée
- Que l’amour des poèmes berce.
-
- Ma maison sera malheureuse
- Jusqu’à l’heure du crépuscule.
- Que l’on allume la veilleuse
- Et qu’on arrête la pendule!
-
-
-CHANSON TRISTE
-
- La «Solitude» et la «Tristesse»,
- Voilà le nom des deux hiboux
- Qui viennent ululer sans cesse
- Dans l’arbre noir des ravins fous;
-
- Dans l’arbre noir tordant ses branches
- Au vent sinistre de la mer;
- Et sur qui les colombes blanches
- Ne posent jamais leur vol clair.
-
-
-LA CHANSON DU CŒUR MALADE
-
- Au lieu de durcir, mon cœur d’homme,
- Vous vous attendrissez,
- Non, vous n’avez rien du surhomme
- Sans cesse, vous baissez!
-
- Il suffit d’un vapeur en rade,
- D’un souvenir, d’un rien.
- Il faut, comme un enfant malade
- Que l’on vous mène au loin.
-
-
-
-
-SIXIÈME CHANT
-
-LE PETIT VOYAGE AUX ILES BLEUES
-
-
-L’APPEL DE L’ATLANTIQUE
-
- Rose, la mer baignait les promontoires bleus.
- De grands oiseaux planaient, sollicitant le rêve.
- Une voix murmura: «Quitte donc cette grève!
- Va voir d’autres pays aux visages heureux!
-
- «Il faut te dépêcher de vivre, l’heure approche
- Où tes yeux n’auront plus la clarté des étangs.
- Quelque jour, l’avenir te fera le reproche
- De n’avoir pas assez savouré les printemps.
-
- «Il faut d’un bel amour la flamme généreuse
- Pour guérir l’autre amour en ton cœur insensé.
- Ce n’est pas dans ton île, oasis merveilleuse,
- Qu’on trouve le Lotus et qu’on trouve Circé.
-
- Non loin d’ici rayonne une Antille enchantée
- Où tu pourras cueillir un rapide bonheur.
- N’en demande pas plus et sous la voie lactée
- Débarque, en pleine nuit, dans la belle île en fleur.
-
- «Pars et va-t’en chercher le suprême antidote.
- D’autres yeux te feront oublier son œil clair.
- Qu’il est doux dans le bois le cri de la hulotte!
- Ah! que le clair de lune est divin sur la mer!»
-
-
-STANCE AU NAVIRE
-
- O navire, bercé par ton beau mouvement,
- Je vois décroître au loin les pitons noirs de l’île.
- Qu’il est poignant l’adieu de la petite ville!
- Ah! que ce cocotier sur la mer est charmant!
-
-
-AU LARGE DU MONT PELÉ
-
-_A St-Pierre._
-
- Quand par la belle nuit sereine du tropique
- Où le blanc bouclier ne brillait pas au ciel,
- Le vapeur traversant les eaux de l’archipel,
- Nous vîmes, sur la mer en feu, la Martinique,
-
- Les passagers, à bord du noir transatlantique,
- Cherchèrent dans la nuit le piton de malheur;
- Et quelqu’un redisant le récit plein d’horreur,
- La mer sembla jeter un long sanglot tragique.
-
- Et nous deux qui savons tout ce que nous a pris
- Le vieux mont sommeillant sous le nuage gris,
- Nous redîmes ton nom, ô ville malheureuse.
-
- Et tandis que le vent soufflait rapide et fort,
- Les astres palpitants de la nuit merveilleuse
- Semblaient du grand volcan les étincelles d’or.
-
-
-A UNE CRÉOLE BLONDE
-
- O toi qu’admire Fort-de-France
- D’où te vient ce beau teint si frais?
- --Du Morne Rouge les forêts
- Ont bercé ma petite enfance.
-
- Et ce port, ces gestes fleuris,
- Cette élégance sans seconde?
- --Vers la liane pourpre ou blonde
- J’ai vu voler les colibris.
-
- Née au pays des Sapotilles
- D’où te viennent ces yeux si bleus?
- --Ils ont illuminé mes yeux
- Les flots de la mer des Antilles.
-
- Le fruit de ta bouche est vermeil
- Et ta chevelure te dore.
- --Ah! je me baigne dans l’aurore;
- Je suis la fille du soleil!
-
- Je suis blonde et je suis créole.
- Mon parler est un chant d’oiseau.
- J’ai la souplesse du roseau
- Et l’éclat de la luciole.
-
-
-LA MARTINIQUAISE
-
- Est-ce une femme, est-ce une fleur
- Cette forme au fond de l’allée?
- O belles filles de couleur!
- Taille élégante et grâce ailée!
-
- Sous la mantille et le mouchoir,
- Qu’ils soient d’azur, d’ombre ou de braise,
- Les plus beaux yeux qu’on puisse voir
- Sont ceux de la Martiniquaise.
-
-
-DANS LA HAUTE CAMPAGNE
-
- Les grands criquets du soir vibrent dans les manguiers.
- Un croissant encor faible éclaire la savane
- Et dans l’air, qu’alourdit l’odeur d’une liane,
- Un large oiseau de nuit frôle les bleus halliers.
-
- Les constellations scintillent par milliers.
- Un rayon jaune allume au loin un champ de cannes
- Et les sentiers déserts sous l’heure diaphane
- Montent vers la fraîcheur des grands bois familiers.
-
- Un chien aboie au loin au fond de la campagne;
- L’aboi d’un autre chien plus proche l’accompagne,
- Le vent s’est apaisé dans les feuillages mous.
-
- Les brises des forêts enivrent les prairies;
- Et, comme un serpent d’or, glisse sous les bambous
- Un ruisseau que la lune orne de pierreries.
-
-
-LOUANGE DE LA BARBADE
-
- Antille que l’on dit financière et bourgeoise,
- Ile chère aux vaisseaux, propice aux étrangers,
- Qu’il fut doux de te voir surgir des flots légers,
- Ceinte de tes palmiers sur la mer de turquoise.
-
- Sous ton ciel ne rit pas la complainte patoise,
- Point de monts tropicaux ni de blonds orangers.
- Mais bien que tu sois plane et veuve de vergers,
- La beauté de la mer t’enivre et te pavoise.
-
- Que tes sables sont doux aux pieds nus des baigneurs!
- Que tes jardins sont frais, que vives sont tes fleurs,
- Oasis par l’odeur des sucres parfumée!
-
- Barbade, sur tes bords j’ai vécu trois beaux jours;
- Dans le rapide éclair de leurs instants trop courts,
- Je t’ai trouvée exquise et digne d’être aimée.
-
-
-LE POÈME TROUVÉ SUR UNE PLAGE
-
- They cried: «La Belle Dame sans Merci
- Have thee in thrall.»
-
- J. KEATS.
-
- _Nous trouvâmes un soir sur le sable d’une île
- Déserte où ne vivait que le crabe inutile,
- Couvert d’algue marine, un cadavre encor frais.
- Le beau, l’énigmatique et mince jeune Anglais
- Que nous avions connu dans Londres merveilleuse
- Avait trouvé la mort près de l’onde rêveuse.
- Près de son pâle front gisait un noir coffret
- Où dormait ce poème ardent et sans apprêt_:
-
-I
-
- «O mon Amour, ma vie est la rose qui ploie
- Et ton cœur est un grand papillon plein de joie.
-
-II
-
- «Ta chair était pareille à celle des lys blancs.
- Ta bouche avait l’éclat des grenades ouvertes.
- J’admirai de trop près tes deux prunelles vertes
- Et depuis je suis plein de remords sanglotants.
-
-III
-
- «O charme merveilleux de cette tête ovale,
- De ce visage pur, délicat et charmant,
- De ces yeux dont l’azur, le saphir et l’opale
- Evoquaient pour mon cœur l’Ange du sentiment!
-
-IV
-
- «De ta divine bouche, incomparable rose,
- Sortaient de tendres mots, des chants purs et joyeux.
- Je n’ai su que plus tard que ce n’était que pose
- Et que tout était faux, ta douceur et tes yeux.
-
-V
-
- «Je porte le fardeau d’un grand amour avide,
- D’un amour sans remède et qui sent le malheur.
- Dieu n’a pas mis de cœur dans ta poitrine vide
- Mais ta bouche, ironie, a la forme d’un cœur.
-
-VI
-
- «Etre fait de caprice étrange, idole infâme,
- Je devrais loin de toi partir à tout jamais;
- Mais que ferais-je hélas, hélas si je perdais
- Tes yeux bleus peints d’azur où j’ai noyé mon âme!
-
-VII
-
- «Ta couronne tressait une aurore à mon front,
- Amour, je te portais jadis comme un trophée;
- Je te porte aujourd’hui ainsi qu’un sombre affront,
- Un mauvais sort jeté par une vieille fée.
-
-VIII
-
- «Ah! c’est ma faute hélas, à moi toujours épris
- De ce qui passera: chair, sourire, caresse,
- Et qui n’ai dans le cœur qu’indifférent mépris
- Pour l’âme, les vertus et la pure sagesse.
-
-IX
-
- «Je te hais quelquefois au point de désirer
- Ta mort... un grand frisson me parcourt les moelles.
- Tes yeux sur les chemins maudits vont m’égarer.
- Je ne gravirai plus le sentier des étoiles.
-
-X
-
- «Si je retrouve un jour la paix, la paix du cœur;
- Seigneur, si je guéris de cette maladie,
- Je serai calme et pur comme un héros vainqueur,
- Après la guerre et le carnage et l’incendie.
-
-XI
-
- «Comme on porte une torche ardente dans la nuit,
- Je porte ma douleur merveilleuse et cruelle;
- Je ne veux pas l’éteindre; elle est tragique et belle.
- Elle brûle mon cœur et le ronge sans bruit.
-
-XII
-
- «Vers d’angoisse où gémit une intime épopée,
- Je vous trempe au creuset rouge de ma douleur
- Et vous polis avec les larmes de mon cœur
- Afin que vous ayez la splendeur de l’épée.
-
-XIII
-
- «J’ai trop souffert par vous, mauvais Ange, c’est trop,
- Et par quelque terrible soir
- Je jetterai mon cœur aux requins noirs du haut
- Des falaises du désespoir!»
-
-. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
- Jeune homme, je revois tes yeux de clématite,
- Je respire tes vers ainsi qu’un grave encens.
- Qui donc te fit verser pour sa beauté maudite
- Les belles larmes d’or d’un Keats adolescent?
-
-
-L’ILE DU BONHEUR
-
- Le vent traînait l’odeur d’une rose fanée
- Quand surgit de la mer l’Antille aux arbres bleus,
- La belle Ile fleurie où vous fut amenée
- Héliotrope, aux jours d’un amour merveilleux!
-
-
-
-
-SEPTIÈME CHANT
-
-DANS L’ILE ENCHANTEE
-
-
- Raise the light, my page, that I may see her.
- Thou art come at last then, haughty Queen!
- Long I’ve waited, long I’ve fought my fever;
- Late thou comest, cruel thou hast been.
-
-(Tristan and Iseult)
-
- MATTHEW ARNOLD.
-
- Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant...
-
- VERLAINE.
-
-
-DANS L’ILE ENCHANTÉE
-
- Je ne décrirai pas l’Antille merveilleuse
- Car où trouver les mots dignes de sa beauté?
- Elle avait malgré l’heure une douce clarté;
- Ses grands palmiers dormaient sous la voûte rêveuse.
- Je débarquai suivant ce qu’avait dit la voix
- En pleine nuit sur ses galets et mon beau rêve
- Chanta comme un oiseau des bois quand sur la grève
- O miracle! je vis le beau Lys d’autrefois.
- C’était elle, ô bonheur, c’était son élégance,
- Ses yeux divins, son front parfait, son frêle corps.
- Comme un avare fou retrouvant son trésor
- Je me sentis soudain beau d’une joie immense!
- Je lui criai: «Je vous revois, doux yeux chéris!»
- Elle me dit: «Je suis le Songe qui console.»
- --Autrefois n’est-ce toi que j’aimais dans Paris?
- Elle avoua: «Je suis l’Image de l’idole.
- Je vis seule, parmi les fleurs de mon palais
- Attendant un amant que le sort me destine.
- Mais je le sens, rêveur, c’est toi, toi qui me plais,
- C’est toi que j’attendais près de la mer divine.
- Tu vivras près de moi dans l’île de beauté
- Quelques suaves jours sous un bleu ciel qui grise
- Puis tu me quitteras par un grand soir de brise
- Ayant connu l’amour dans toute sa clarté.
- Un canot nous attend au pied de cette grotte...
- Sur le cap aux oiseaux brille mon palais clair.»
- Tout à coup dans le bois ulula la hulotte
- Et la lune de juin se leva sur la mer.
- Elle avait des yeux purs aux prunelles très grandes
- Et je dis: «O Circé, nymphe aux yeux éclatants,
- Comme Ulysse avec vous je resterais longtemps
- Si nous étions encore aux beaux jours des légendes.
- Merveille incomparable, Ange au regard divin,
- Es-tu réalité, n’es-tu pas le mensonge?
- Quel échanson m’a fait boire ce puissant vin?
- Quel philtre m’a conduit vers cette île de songe?»
- Elle pencha vers moi son beau regard voilé
- Et prononça des mots chargés de tant de charmes
- Que je sentis mes yeux pleins de divines larmes
- Et mon bonheur chanta vers l’azur étoilé.
-
-
-VERS LE CAP-AUX-OISEAUX
-
-I
-
- Faisons chanter les vers comme de verts roseaux
- Et faisons-les bondir comme de blanches lames;
- Le canot caraïbe au rythme gai des rames,
- O charme, nous conduit vers le Cap-aux-Oiseaux.
-
-II
-
- Sous le ciel merveilleux qui sans fin se déploie,
- Nous aurons, je le sens, d’incomparables jours;
- Ah! dans le grand désert sauvage de l’amour
- Il est des oasis adorables de joie.
-
-III
-
- Que le grand vent qui souffle, aux quatre coins des cieux
- Emporte aux portes d’or des étoiles mes rêves;
- Je veux les voir monter à l’horizon des grèves,
- Vers les hauts archipels des astres radieux.
-
-IV
-
- Les oiseaux de l’aurore annoncent la lumière;
- La clef d’or du soleil brille au portail du jour.
- Le feuillage est heurté d’une brise légère.
- Je m’éveille et je vois tes yeux, mon jeune amour!
-
-V
-
- Quand nous irons tous deux écouter sur la grève
- Les complaintes du flot et les lyres du vent,
- Mon cœur sera chargé d’un bonheur émouvant;
- Les îles de tes yeux sont douces à mon rêve.
-
-
-PROMENADE DANS L’ILE ENCHANTÉE
-
- Then, Heaven! there will be
- A warmer June for me.
-
- KEATS.
-
-DANS LES JARDINS DE ROSES
-
- Est-il lieu plus propice au bonheur de l’amour?
- Est-il sous d’autres cieux de tels jardins de roses?
- Dis-moi, n’entends-tu pas au pied des sables roses,
- N’entends-tu pas la mer acclamer le beau jour?
-
-LE LAC
-
- S’il est encore une eau sympathique aux naïades
- Et propice à vos jeux, chèvre-pieds des forêts,
- C’est ce beau lac mirant en ses flots le ciel frais
- Et dont les roseaux verts bercent nos promenades.
-
-L’ÉTANG DU VIEUX CRATÈRE
-
- Œil de saphir au creux d’une grosse émeraude,
- L’étang aux iris noirs, sous les palmiers tremblants,
- Forme une mer étroite où l’écrevisse rôde,
- Un petit lac d’azur hanté des hérons blancs.
-
-ARBRES FLEURIS
-
- Il tombe de chaque arbre une neige de fleurs,
- Ici blanche, là rose et plus loin opaline;
- Et le vent mélangeant à l’aube les couleurs
- Aux quatre coins des mers porte une odeur divine.
-
-LE BAIN
-
- Qu’il est frais, à travers l’agate d’une eau pure,
- Le marbre de ton corps sous les bambous rosés;
- L’onde frôle ta chair avec un doux murmure
- Et les lèvres de l’eau te couvrent de baisers.
-
-LE SOIR
-
- Soir tropical, ô coupe ardente, renversée,
- Où le feu de la lune a l’éclat d’un trésor,
- Quelle est cette langueur adorable, insensée,
- Qui prend mon cœur, le quitte et le reprend encor.
-
-PAYSAGE
-
- C’est juin et les fraisiers fleurissent dans les bois.
- Le couchant sur la mer sème des violettes.
- A l’horizon lointain passent des goélettes...
- N’entends-tu d’un ramier lointain la sourde voix?
-
-AUX NUAGES
-
- Nuages descendus au bord de l’horizon,
- Vous imitez ce soir une danse macabre;
- Mais le bel alezan d’or du soleil se cabre
- Et c’est un feu de joie aux pointes du gazon.
-
-LE LAMPYRE
-
- Le soir au front du ciel met la couronne rose
- D’un crépuscule frais plein de chauves-souris.
- Soudain un large feu monte, tourne et se pose,
- Un feu vert de lampyre au fond des bois fleuris.
-
-LE JASMIN
-
- Le tambour d’un criquet bat dans les hautes branches
- D’un manguier que la nuit berce sur le chemin;
- Et la tonnelle ronde où fleurit un jasmin
- Semble un petit ciel noir criblé d’étoiles blanches.
-
- * * * * *
-
- Que cette île est heureuse à la fin d’un beau jour?
- Est-il ciel plus propice au rêve de l’amour
- Que celui dont l’azur exalte notre vie?
- Le soir voluptueux étreint des mornes bleus
- Et sous les grands palmiers de la route suivie,
- Le reflet de Vénus plonge au fond de tes yeux.
-
- * * * * *
-
- Les voix des beaux oiseaux diurnes se sont tues.
- C’est l’heure où la caresse attend les bien-aimés.
- Ton corps est plus parfait que le corps des statues,
- Tes cheveux ont frôlé les jasmins embaumés.
-
-
-LA NUIT ENCHANTÉE
-
-LE SOUVENIR
-
- Dans une île admirable et pareille à cette île,
- J’ai bien longtemps souffert pour tes beaux yeux lointains.
- Les nuits n’ont plus d’odeurs quand naissent les matins,
- Ton amour va guérir la douleur inutile.
-
-LA RESSEMBLANCE
-
- C’est la même beauté, le même front de neige,
- C’est le même regard, ce sont les mêmes yeux:
- Tu lui ressembles trop, j’ai peur d’un sacrilège,
- Qu’importe! Accomplissons le rêve radieux.
-
-LE CONTRASTE
-
- Je t’aimais à travers l’immensité des mers
- Et la nuit j’étais seul dans mon étroite couche;
- Mais ce soir l’amour ivre envahit tes yeux clos
- Je cueille les baisers qui sortent de ta bouche.
-
-L’HEURE DIVINE
-
- Il est temps que bercés par les souffles marins
- Nous écoutions nos cœurs bénir leurs espérances.
- Jamais le vent n’a mieux bercé les tamarins!
- Les flots n’ont jamais eu de si belles cadences!
-
-LE BONHEUR
-
- Ah! c’est donc toi, petite étoile désirée,
- C’est toi dont le parfum m’enivre follement!
- J’ai peur en contemplant ton visage charmant
- D’une joie éphémère et vite évaporée.
-
-LE CHANT DE LA MER
-
- De la haute forêt surgit la lune ronde,
- Laisse-moi t’admirer sous son mirage vert!
- N’entends-tu pas, caresse éternelle du monde,
- N’entends-tu pas du fond des nuits chanter la mer?
-
-DANS LES YEUX
-
- Je veux encor parler d’amour à tes beaux yeux.
- Il ne faut pas que tu répondes.
- Je vois en eux de noirs vaisseaux coupant les ondes
- Je vois en eux de noirs adieux.
-
-L’AURORE
-
- Sur l’océan pourpré glisse un grand voilier d’or;
- La pâle lune est morte au ciel de la montagne:
- O splendeur de la nuit où tu fus ma compagne
- Où j’ai pris dans mes bras la tiédeur de ton corps!
-
-LE RÉVEIL
-
- Lorsque je m’éveillai, désirant ton sourire,
- L’océan déchaîné balançait le navire!
- Ah! ce n’était qu’un songe «étrange et pénétrant»;
- Et l’aurore me vit plus pâle et plus souffrant!
-
-
-
-
-HUITIÈME CHANT
-
-D’UN BORD A L’AUTRE DE L’ATLANTIQUE
-
-
- Dis-moi, quels songes d’or nos chants vont-ils bercer?
-
- ALFRED DE MUSSET.
-
-
-L’EMBARQUEMENT
-
- Ce soir les sept couleurs du prisme
- Coupent l’azur de leurs splendeurs.
- Un arc-en-ciel de son bel isthme
- Joint le steamer à l’île en fleurs...
- Pour voir d’autres pays, d’autres mers, d’autres villes,
- Bel Archipel, je vais te quitter pour un temps.
- Je veux aller revoir l’Europe aux nuits subtiles;
- L’Europe de la neige et celle du printemps.
- Pour consoler mon cœur d’avoir vieilli, je rêve
- De marcher dans l’hiver des bois.
- Ici tout est splendeur du piton à la grève
- Sous le ciel pareil, douze fois.
- Je veux aller revoir les villes populeuses,
- Les boulevards emplis par les fleuves humains;
- J’ai trop longtemps vécu dans les îles rêveuses,
- La mer va m’ouvrir ses chemins.
- On ne peut de nos jours rencontrer l’aventure
- Merveilleuse en un îlot clair.
- Nausicaa n’est plus l’enfant de la nature
- Et ne vit plus près de la mer...
- On garde encor sous les cyprès de l’Italie
- De la beauté des dieux le culte pur et fier
- Et dans Londres le soir, pleins de mélancolie
- Il est des yeux profonds et beaux comme la mer.
- Paris, cité divine est l’oasis lointaine,
- Le dernier paradis terrestre où loin du sot
- On peut sans trépasser écouter la Sirène
- Et retrouver les yeux pâles de Calypso.
- Enivrés par l’azur où chantent les vents calmes,
- Exaltez-moi, vastes flots bleus,
- Et vous, palmiers lointains, faites avec vos palmes
- De tendres, d’émouvants adieux!
-
-
-LE VOYAGE A TRAVERS L’ARCHIPEL
-
-_A Jean Royère._
-
- Le grand steamer coupa les flots de l’Archipel.
- Les nuages dans l’air semblaient de belles voiles;
- Et chaque île, dressant son profil sur le ciel,
- Parut dans un décor de soleil ou d’étoiles.
-
- Aux cadres des midis, des aubes et des soirs,
- Nous avons admiré leur lumière diverse:
- Les unes dans l’azur dressaient leurs pitons noirs;
- D’autres étaient encor luisantes d’une averse.
-
- L’une ouvrait une rade où les flots violets
- Balançaient des trois-mâts, des bricks et des gabares;
- Une autre avec sa ville aux toits bariolés
- Imitait un château de carte aux couleurs rares.
-
- Que la Barbade est belle au miroir des flots bleus
- Baignant ses sables nus de leur écume claire;
- Les vents venus d’Europe aiment le ciel heureux
- De cette minuscule et grouillante Angleterre.
-
- Plus au nord, se dressait, au gouffre de l’éther,
- Sainte-Lucie avec ses montagnes jumelles;
- La rade de Castrie est comme un étang vert
- Reflétant les villas du golfe et leurs tonnelles.
-
- Une angoisse nous prit à regarder tes monts
- Frères du noir Pelé, superbe Martinique;
- Ton volcan, dans les feux des crépuscules blonds,
- Perce d’un glaive noir ton ciel mélancolique.
-
- La Dominique est l’île vierge où le ciel frais
- Respire encor l’odeur des floraisons premières,
- De musicales eaux courent dans ses forêts
- Où volent des oiseaux sous des lumières vertes.
-
- La belle Guadeloupe offrit le couchant d’or
- Splendide d’un ciel rouge illuminant la vitre
- Flambante de la mer. Des feux brillaient au port.
- Au loin les flamboyants saignaient sur Pointe-à-Pitre.
-
- Puis ce fut Montserrat, Nevis, Saint-Kitts en fleurs,
- Christianstad où la mer a l’éclat des turquoises,
- Charlotte-Amalia riche de sept couleurs;
- Charmantes toutes deux et toutes deux danoises.
-
- Dans l’île de Sabah il est des enfants blonds
- Dont les yeux font songer aux beaux lacs de Norvège;
- De souples négrillons aux yeux gris, aux bras ronds,
- Peuplent Fredericstad aux murs couleur de neige.
-
- * * * * *
-
- Les marchés étaient pleins d’oiseaux et de beaux fruits:
- Perroquets et ramiers, mangues et barbadines.
- Des guitares jouaient dans la fraîcheur des nuits
- Des tangos langoureux et des valses divines.
-
- De suaves parfums voyageaient dans les airs,
- Venus des chauds jardins où croissent les épices,
- Et de souples cabris, aux rivages déserts,
- Sautaient de roc en roc au bord des précipices.
-
- Nous devinions au loin de sombres marigots
- Sur qui tournaient des vols rapides et farouches,
- Tandis que fleurissait parmi l’or des mangos
- Un arbre illuminé de flammes d’oiseaux-mouches.
-
- Des éclairs de poissons zigzaguaient dans les flots
- Au large de l’îlot où pondent les tortues;
- On voyait les jets d’eaux souples des cachalots,
- La nuit, quand les clameurs des marins s’étaient tues.
-
- Un soir que nous disions des vers d’Heredia,
- Les planètes soudain se levèrent plus belles
- Et sur l’orient d’or la lune incendia
- Un passage émouvant de lentes caravelles.
-
- Devant nous se dressaient les sommets de saphir
- Des beaux pays où sont les hautaines créoles,
- Des îles évoquant les richesses d’Ophir
- Et le fier souvenir des gloires espagnoles.
-
- Mais au lieu d’affronter les chatoyantes eaux
- Du golfe mexicain où dansent les flots rudes,
- Le grand vaisseau suivi d’immenses vols d’oiseaux
- Cingla vers les brouillards irisés des Bermudes.
-
- Qui dira la clarté de ces terres d’amour
- Où Colomb aborda lors du premier voyage,
- Où poissons et coraux allument, tour à tour,
- Les transparentes eaux qui reflètent la plage?
-
- Et tandis que le ciel sur les jardins fleuris
- Déroulait tour à tour les aurores sanglantes,
- Les crépuscules verts pleins de chauve-souris
- Et les vagues de feu des nuits phosphorescentes,
-
- Je redisais vos noms vivants, défunts amis:
- Lafcadio[2], conteur aux rêves nostalgiques;
- Et vous, Nau, goéland dont l’âme ivre est parmi
- Les vols d’oiseaux planant sur la mer des tropiques!
-
- [2] _Lafcadio Hearn._
-
-
-LE DÉPART POUR L’EUROPE
-
-_A Paul Labrousse._
-
- Tournant sa proue en feu vers le Nord-Est brumeux,
- Le vapeur nous emporte au chant de sa machine;
- Les îles du couchant nous font de beaux adieux
- Et les vents jusqu’à nous portent leur voix divine.
-
- Nous entendons grandir ton immense rumeur,
- Formidable Atlantique illuminé d’écume
- Dont chantent les longs flots comme un immense chœur
- Et qui fais du vapeur sonore ton enclume.
-
- Nous frôlons des trésors que nous ne verrons pas,
- Des peuples inconnus de poissons et de plantes,
- Des joyaux inouïs, des carènes, des mâts,
- Des crabes monstrueux, des méduses géantes.
-
- Tandis que les dauphins s’ébattent à fleur d’eau,
- Les bécunes des fonds poursuivent les orphies.
- Une tortue au loin flotte comme un radeau
- Sur les flots lourds hantés de carangues bouffies.
-
- Tiédis par les baisers du Gulf-Stream, les courants
- Traînent sur l’océan des routes lumineuses,
- Dans leurs flots tempérés nagent les thons errants
- Ivres de réchauffer leurs écailles frileuses.
-
- Partis des ciels lointains dont se voile l’azur
- Des oiseaux migrateurs voyagent par nuées;
- C’est ainsi que s’en vont vers le rivage pur
- De la beauté le vol des ivresses sacrées.
-
- Je t’évoque, aux lueurs du beau soleil couchant,
- Océan et te fais tout haut cette prière:
- De ton immense lyre accompagne mon chant
- Et que notre vapeur ignore ta colère.
-
-
-STANCE
-
- Homme voici la mer que tu ne peux dompter.
- Comme elle est belle et comme en l’azur elle chante!...
- --Je songe à deux beaux yeux que je n’ai su capter
- Et qui vous ressemblaient, ô mer indifférente!
-
-
-CHANT DE VOYAGE
-
- O poètes de l’autre bord,
- O rêveurs de l’autre rive,
- Quand vous apprendrez que j’arrive,
- Venez me rencontrer au port.
- Venez Royère et vous Paul Fort,
- Foulon de Vaux, Pilon, Montfort
- Et vous tous dont la voix m’est chère.
- Venez Guy Lavaud, Duhamel;
- Venez sous l’hiver blanc du ciel
- Accueillir un poète, un frère...
- Solitaire je suis resté
- Loin de vous pendant mon été;
- Ah! maudissons les tours d’ivoire!
- Je n’aime plus que la bonté,
- La tendresse et la volupté.
- Tout le reste est chiffre et grimoire.
- Si j’ai chanté près des forêts
- Au lieu d’écrire dans les villes,
- (Le déplorer est inutile)
- C’est que Dieu, Dieu l’a fait exprès.
- Vos belles voix se sont mêlées
- Et de vibrantes assemblées
- Ont entendu vos cris touchants.
- Mais moi sous les soleils couchants
- Je suis l’oiseau de la vallée
- Qui chante loin de la mêlée
- Et dont on ignore les chants.
- Bien que je vienne des Tropiques
- Au grand vent des deux Amériques,
- Je ne suis pas un étranger.
- Si j’ai rêvé sous l’oranger
- Au lieu de rêver sous le chêne,
- J’ai lu Keats et j’ai lu Verlaine.
- Mon navire est plein de rayons!
- Il a connu les nuits mauvaises
- Entendu le bruit des canons
- Et ce sont les couleurs françaises,
- Qui décorent ses pavillons!
-
-
-EN RENCONTRANT DES VAISSEAUX
-
- Les pays que l’on a traversés ne sont pas,
- Même en songe--aussi beaux que ceux que l’on ignore.
- O charme de penser qu’il est d’autres climats,
- D’autres ciels inconnus qui m’attendent encore.
-
-
-NORVÈGE
-
- Par les jours où le ciel haletait de chaleurs,
- Je rêvais d’un pays du nord, ô sortilège;
- Et tandis que le vent buvait le sang des fleurs,
- Je redisais ton nom de tristesse, Norvège.
-
-
-PROJET
-
- N’allons pas vers New-York, ville belle entre toutes,
- Mais qui ne convient pas à l’esprit du rêveur,
- Des plaines de la mer suivons les autres routes
- Allant vers l’Italie et la France, sa sœur.
-
-
-A SHELLEY
-
- O toi que l’on trouva noyé dans la mer vive!
- Shelley, je me sens plein d’une immense douceur,
- Quand je t’évoque mort, portant à la dérive,
- Les beaux «écrits sur l’eau» de John Keats sur ton cœur.
-
-
-L’ILE NATALE
-
- O mon pays natal, dès que je t’ai quitté
- Je songe à tes palmiers, à tes buissons d’icaque;
- Et sous les ciels d’hiver et sous les nuits d’été
- Je suis comme un Ulysse évoquant son Ithaque.
-
-
-EN FACE DES FLORIDES
-
- Ces effluves légers qui parfument la mer
- Dites-nous, n’est-ce pas un appel des Florides?
- La nue est embrasée et le flot est sans rides
- Et des astres nouveaux montent dans le ciel vert.
-
-
-VOL D’OISEAUX
-
- Où vont les blancs oiseaux dont les ailes trop calmes
- Font songer à l’hiver, sous ce beau ciel si pur?
- Sont-ils des goélands, ne sont-ils pas les âmes
- Des matelots sombrés aux gouffres de l’azur?
-
-
-CLAIR DE LUNE
-
- Le couchant sur la mer dessine des rivages
- Chimériques; la mer semble un Sahara d’or.
- Il n’est pas de pays réel dont le décor
- Vous vaille, beaux pays, créés par les nuages.
-
-
-ON MIAMI SHORE
-
- Ah! jouez-nous encor, orchestre, sur la mer
- Cette belle valse divine!
- Océan, la musique est ta sœur enfantine.
- Je vois trois goélands dans l’air!
-
-
-KEATS ET SHELLEY
-
- Les violettes sont le sourire des morts.
-
- J.-P. TOULET.
-
- Quand nous serons à Rome à la fin de ce mois,
- Nous irons respirer l’odeur des violettes
- Au bord de vos tombeaux perdus, divins poètes
- Et nous dirons vos plus beaux vers à douce voix.
-
-
-AUX BERMUDES
-
- Bermudes, beaux jardins suspendus sur la mer
- Où brillent les coraux dans les palais de l’onde,
- Vos ciels et vos climats sont les plus doux du monde,
- Pourtant vous n’avez su guérir mon cœur amer.
-
-
-LE FROID
-
- Sur l’océan et dans le ciel c’est le grand froid.
- Déjà les alizés ont fait place au zéphire.
- Vers le Baudrier d’or Sirius monte droit.
- Je respire l’odeur de l’Europe... délire!
-
-
-CHANT DANS LA TEMPÊTE
-
- Ecoutons la chanson du mât,
- La chanson du mât de misaine,
- Qui fut, sous un autre climat,
- Un grand arbre bleu dans la plaine.
-
- Lui qui charmait l’air du vallon,
- Il est nu sur la mer sauvage.
- Il a pour fleur le pavillon!
- Il a les agrès pour feuillage!
-
- Se souvient-il des grands étangs
- Où se miraient les pâles Ourses?
- Se souvient-il des courts printemps
- Où riaient les nymphes des sources?
-
- Ecoutons le large soupir
- Du mât de misaine en détresse.
- O mon cœur, que va devenir
- L’arbre vert de notre jeunesse?
-
-
-DEVANT LES AÇORES
-
- Entre deux continents, Açores, îles pâles,
- Grâce à vous, je revois la brume, sur les bois.
- Je voudrais, sous vos cieux, vivre quelques beaux mois
- Quand vos soirs automnaux sont couronnés d’opales.
-
-
-L’HYMNE DES VENTS
-
-HOMMAGE A LA FRANCE
-
-_A Madame Segond-Weber._
-
- La France est chère à toute âme qui aime l’humanité.
-
- RUDYARD KIPLING.
-
- Le grand steamer tanguait loin de la paix des monts,
- Sur le tumulte bleu des bondissantes vagues;
- Autour de lui flottaient l’algue et les goémons,
- Les regrets du départ sombraient dans nos cœurs vagues.
-
- Les vents heureux qui sont de purs esprits dans l’air
- Chantent aux voyageurs comme au temps des Sirènes,
- Quand la lune rosée enivre le cœur fier
- Des jeunes matelots et des vieux capitaines.
-
- Comme aux jours où leur souffle emportait les vaisseaux
- Les vents nous invitaient à parcourir la terre;
- Leurs chants étaient plus frais que celui des oiseaux
- Lorsque l’arbre fleuri neige sur la rivière:--
-
- «Quels sont les grands pays que vos yeux veulent voir?
- Terre des mimosas, est-ce l’ample Australie;
- L’Ile rouge du Sud où fume un volcan noir?
- Préférez-vous les ciels de la mélancolie?
-
- Nous avons escorté sur les saphirs de l’eau
- Le beau dreadnought blanc où voyageait un Prince,
- S’en allant visiter, soldat et matelot,
- La Nouvelle-Zélande, une de ses provinces.
-
- Les routes de la mer sont libres, sans dangers.
- Les récifs sont lointains et la vague est sereine.
- Voulez-vous voir New-York, propice aux étrangers,
- Ou Paris, la Circé fabuleuse et lointaine?
-
- Aimez-vous mieux les lacs étincelants du Nord,
- Le Canada, patrie immense des étables,
- Le beau Mississipi mirant des couchants d’or
- Quand les vols des flamands éblouissent ses sables?
-
- Connaissez-vous l’Islande, île des brouillards frais?
- Ah! qu’une Rose anglaise est suave en Septembre!
- Le chardon écossais et le trèfle irlandais,
- Voulez-vous les cueillir sous un Octobre d’ambre?
-
- Qu’ils sont beaux les pays dont le grand rêve est pur:
- La Hollande endormie aux miroirs verts des ondes,
- La Suède brumeuse avec ses yeux d’azur,
- La Belgique, rempart inespéré des mondes!
-
- Voguerez-vous vers l’Inde où sont les lotus bleus,
- Ou l’île de Chio qui vit grandir Homère?
- Voulez-vous un pays pour le cœur et les yeux?
- Plus que tous les pays, France vous sera chère.
-
- Nous aimons écouter s’éteindre les clameurs
- De ses clairons, aux cieux des grands automnes pâles,
- Quand par les soirs profonds, décorés de lueurs,
- Chantent les angelus aux vieilles cathédrales!»
-
- «Ah! vous m’exaltez, vents des mers!
- Il est des pays bien plus verts
- Et bien plus riches que la France,
- Mais il n’en est pas de plus chers!
- Pas un, comme elle, dans l’absence
- Ne fait regretter la distance;
- Pour les peuples aux cœurs amers
- Elle est la terre d’espérance.
-
- Vents des cieux et des bois fleuris,
- C’est surtout pour elle et Paris
- Que nous avons fait ce voyage.
- Il nous fallait lui rendre hommage.
- Ayant chassé le Hun puissant,
- Elle fut fière et triomphale;
- Mais nous la trouverons très pâle
- Car elle a perdu trop de sang!
-
- On a tué dans les batailles
- Ses soldats aux petites tailles,
- Ses officiers aux fronts rêveurs;
- Elle a souffert mille douleurs...
- Plus d’une fois on la crut morte;
- Plus d’une fois elle tomba;
- Tant était rude le combat
- Et tant la poussée était forte!
-
- Parce qu’elle a des yeux charmeurs,
- Qu’elle aime les chants et les fleurs,
- On l’appelait: «France frivole»
- Ah! comme elle a changé de rôle!
- Quand, contre le fer meurtrier,
- Elle a dressé son bouclier,
- Elle a fait haleter la terre,
- La France, la France guerrière!
-
- Elle ne veut pas de sanglots
- Sur les tombes de ses héros;
- Les grands deuils sont aux yeux des mères;
- Nous les verrons, femmes sincères,
- Portant plus haut leur beau front clair,
- Maîtriser leur cœur qui soupire;
- Car la France est le pays fier
- Où les douleurs savent sourire!
-
- Chantez autour de nous, bons vents,
- Sous l’azur des ciels émouvants,
- Mêlez vos chœurs aux chœurs des lames!
- Les couchants ont de belles flammes,
- Les matins ont des feux tremblants;
- Et bientôt, coupant le silence,
- Viendront vers nous, beaux oiseaux blancs,
- Les aéroplanes de France!»
-
-
-STANCE
-
- Dans les miroirs du flot mobile
- Je vois Paris aux toits gris-bleu
- Je vois aussi ma petite île
- Qui me fait de beaux adieux.
-
-
-
-
-NEUVIÈME CHANT
-
-AU SOUFFLE DE LA MÉDITERRANÉE
-
-
- Je veux être un de tes disciples azur de la mer Tyrrhénienne.
-
- CHARLES MAURRAS.
-
-
-LE CHANT DE LA MÉDITERRANÉE
-
- Ionienne, Adriatique,
- Chantez avec moi, douces sœurs,
- J’ai plus de gloire et de douceur
- Que tes flots mouvants, Atlantique!
-
- Beau miroir de trois continents,
- Je suis la mer civilisée;
- Mon horizon est plus prenant
- Que le ciel vu du Colisée.
-
- Suivant le moment de l’été,
- Je suis de saphir ou d’opale.
- C’est sur mon lac qu’a palpité
- Le vol fier du fils de Dédale.
-
- J’ai bercé les vaisseaux lascifs;
- Je suis le chemin bleu des rêves.
- Qu’ils sont beaux et qu’ils sont pensifs
- Les promontoires de mes grèves.
-
- C’est dans mes coquillages d’or
- Qu’on entend les mers anciennes.
- C’est sous mon ciel que Pan est mort
- Et que chantèrent les Sirènes.
-
-
-LE CHANT BLEU DU RUISSEAU
-
-_A Georges Duhamel._
-
- L’eau d’un ruisseau vert
- Courant vers la mer
- Disait ce chant dans la lumière.
-
- Plus pure qu’une voix automnale d’oiseau,
- Plus fraîche qu’un soupir des flûtes de roseau
- M’a semblé la chanson rapide de cette eau
- Qui voyageait vivante et claire:
-
- «Je suis lasse d’avoir changé plus de cent fois,
- Vapeur ou rosée, averse ou nuage,
- D’être le miroir flou du paysage,
- De bondir, de heurter les racines des bois.
- Je suis lasse, parmi les forêts monotones
- D’être toujours en plein exil;
- Je fus aux nuits d’hiver le givre au pâle fil
- Et la pluie aux soirs de l’automne.
- Serpent vert des prés lumineux,
- Blanche crinière des cascades,
- Je descends vers les golfes bleus
- Où sont les thons et les dorades.
- J’ai jailli d’une source en face du matin,
- J’ai coulé sous de noirs ombrages,
- J’ai traversé mille villages,
- Je suis au bout de mon destin.
- Encor un effort vers les beaux rivages,
- Encor quelques heurts, encor quelques bonds
- Et ce sera la plaine unie,
- La grande plaine infinie.
- Par un matin vibrant et léger, loin des monts,
- Où j’ai gémi durant d’inexorables lieues,
- Je verrai tout à coup mon grand pays: la mer;
- Et joyeuse, mirant ta coupole, ciel clair,
- Vague je danserai parmi les vagues bleues!»
-
-
-LE CHANT DE LA SIRÈNE
-
-_A André Foulon de Vaulx._
-
- Le pêcheur d’or s’en va chaque nuit sur la mer,
- Les flots ont des lueurs dansantes de phosphore.
- La lune verte luit au cœur du ciel désert.
- Le beau pêcheur s’en va pêcher jusqu’à l’aurore.
-
- --Pêcheur, ne jette pas tes filets dans les flots.
- Les trésors que tu vois ne sont que vains fantômes.
- Le vent froid de la nuit pleure sur les îlots.
- Pourquoi veiller à l’heure où reposent les hommes?
-
- Ces récifs sont hantés par un esprit méchant:
- Sous ce vaste rocher habite une sirène;
- Garde-toi d’écouter la douceur de son chant
- Nul, nul n’est revenu de sa grotte lointaine.
-
- Mais les yeux du pêcheur ont lui;
- Car la folie est dans ses voiles.
- La mer est d’or autour de lui;
- La mer est d’or sous les étoiles.
-
- Des reflets fauves de métaux
- S’élèvent jusqu’aux Pléiades,
- C’est l’heure où brillent dans les eaux
- Le congre vert et les dorades.
-
- Au cœur du flot diamanté
- Le filet scintillant replonge
- Et le canot est emporté
- Au loin vers les Iles du Songe.
-
- L’incomparable voix plus douce que la nuit
- Emplit soudain l’azur d’une beauté sereine,
- Et les larmes voilant son pur regard qui luit,
- Le bienheureux pêcheur écoute la Sirène.
-
- De ses tremblantes mains il touche aux mille feux
- D’ors couleur de soleil et d’ors couleur de lune;
- Dans son cœur rajeuni bondit un sang joyeux;
- Chaque coup de filet ramène une fortune.
-
- Ah! pouvoir de cet or tuer la pauvreté,
- Abolir la misère et protéger l’enfance.
- Beau rêve généreux d’amour et de bonté,
- Bel impossible espoir, frère de la démence!
-
- Et les marins du port ont un rire cruel
- Quand le pêcheur revient au jour, sa barque vide,
- Mais aucun d’eux ne voit ce qu’il voit sous le ciel
- Quand le trésor des mers s’offre à son œil lucide.
-
- Aucun d’eux n’a surpris la Sirène aux bras blancs
- Alors que toute nue elle chante aux étoiles,
- Aucun d’eux n’a senti le vertige troublant
- D’un frénétique espoir gonflant les folles voiles.
-
- Et c’est pourquoi, rivés à leur rêve lointain,
- Les beaux yeux du pêcheur regardent sans colère;
- Il sait qu’il est de ceux dont le grave destin
- Est de mourir du baiser fou de la chimère.
-
- En attendant, son ombre au bord du grand chemin
- Fait trembler les enfants qui chantent à la brune;
- Et la mer, chaque nuit, berce le rêve humain
- Du beau pêcheur hagard qui pêche sous la lune.
-
-
-LA CHANSON DE LA LUNE
-
-(Episode Pyrénéen.)
-
- Voici la chanson de la Lune
- Qu’une pauvre folle d’amour
- S’en allait dire au carrefour
- Des chemins estompés de brune:
-
- Frêle croissant
- Phosphorescent,
- Qui viens argenter les collines
- Et te mirer dans les ravines,
- J’aime l’amant
- Aux lèvres fines.
-
- Croissant d’amour
- Du troubadour,
- O nacelle des nuits dorées,
- Toi qui vogues dans les nuées,
- Au haut des tours
- Des bien-aimées.
-
- Svelte croissant
- Adolescent,
- Qui seras la lune argentée,
- Illumine la nuit lactée
- Pour mon amant
- Et son aimée.
-
- Je t’implore, Croissant du beau soir infini,
- Toi qui viens éblouir l’oiselle sur le nid,
- Toi que le mendiant aux longues mains tendues
- Invoque, par delà les libres étendues,
- Afin que ta vertu fasse de l’indigent
- Plus nombreuses encor les piécettes d’argent.
- Fais grandir en mon cœur, au seul gré de tes phases,
- Un amour merveilleux, un désir fort et fier,
- Sois le cadran de joie où du haut de l’éther
- S’annonceront pour nous les heures des extases.
- Ce soir, nous irons voir ton fuseau de métal
- Traverser d’un fil d’or le nuage en dentelle
- Et nous serons alors sous notre ciel natal
- Les tendres amoureux que l’amour ivre appelle.
- C’est l’éveil des espoirs et des rêves muets.
- Les feuilles aux buissons chantent nos fiançailles.
- Un troupeau sur la route agite ses sonnailles
- Et le vent parfumé berce les serpolets.
- Puis, dès demain, au fond des bois et des collines,
- Ta faucille d’argent, gloire du ciel vermeil,
- Nous guidera tous deux vers un nid de sommeil,
- Où nous serons bercés par l’écho des ravines.
- Tandis que mon amant, couché dans les roseaux,
- Ecoutera frémir le luth des brises d’eaux,
- Je boirai des baisers entre ses lèvres minces;
- Il sera, pour mon cœur, le plus charmant des princes
- Et sur les ongles purs de ses doigts de clarté,
- J’admirerai les fins croissants couleur d’aurore,
- Qu’en signe de tendresse et de félicité,
- Aux doigts des bienheureux ton astre fait éclore.
- Quand tu viendras, pareille au beau rayon de miel,
- Eblouir l’essaim blond des abeilles du ciel,
- Nous viderons la coupe où le désir s’étanche,
- Sans épuiser pourtant sa suprême douceur.
- Notre amour va grandir au gré de ta splendeur,
- Et, quand par un grand soir ta face pleine et blanche
- Mettra sur les sommets une aube de dimanche,
- Nous irons sur les monts t’élever un autel.
-
- Ah! quelle ivresse souveraine,
- Croissant d’argent
- Du soir changeant,
- Quand tu seras la lune pleine!
-
- Il est sur la montagne où luit le romarin,
- Une grotte sacrée et propice aux ivresses.
- Des herbes de senteur y balancent leurs tresses.
- Là, le coq de bruyère annonce le matin.
- Nous dormirons le jour, mais lorsque ta lumière
- O Lune, incendiera les palais du ciel bleu,
- Mon amant t’offrira sur un lit de fougère,
- Mon corps brûlant encor de ses baisers de feu.
-
- O Lune pâle,
- Limpide opale,
- Tu redeviendras croissant d’or
- Et le bel amour sera mort!
-
- Quand tu te flétriras comme une pauvre fleur,
- Nous ne médirons pas de nos gloires passées,
- Mais je serai très douce aux aubes de douceur
- Où ton arc agonise en teintes effacées.
- O Lune, je ne veux qu’un tendre mois d’amour
- Où nous épuiserons la gamme des ivresses,
- Où du bonheur humain nous aurons le cœur lourd
- Et qui ne laissera ni regrets, ni tristesses.
- Quand j’aurai bien chéri le tendre bien-aimé,
- Tu me feras mourir, Lune couleur d’opale,
- Il s’en reviendra seul au seuil accoutumé
- Mais moi, je veux monter vers ta planète pâle...
- Si mon vœu s’accomplit au gré de ton décor,
- Quand ton feu s’éteindra dans la nuit améthyste,
- Je vêtirai pour mon cercueil ma robe triste
- Où mon aiguille bleue a mis des croissants d’or...
-
- Voici la chanson de la Lune
- Qu’une pauvre folle d’amour
- S’en allait dire au carrefour
- Des chemins estompés de brune.
-
-
-LES CORBEAUX FOUS
-
-(Légende vénitienne.)
-
- Il était un jeune seigneur
- Qui mourut en terre lointaine,
- Quand il sut que sa châtelaine
- Trahissait son nom et son cœur...
-
- Les corbeaux vinrent qui mangèrent
- Le corps empoisonné d’amour
- Et pris d’amour sombre à leur tour,
- Dans le ciel sombre ils s’envolèrent.
-
- Le grand essaim noir tournoya,
- Franchissant plaines et frontières;
- Vers le château de l’adultère
- Pendant trente jours il vola.
-
- Or, tout à l’autre bout du monde,
- Ayant parjuré son serment
- Et pris son page pour amant
- Vivait la jeune épouse blonde.
-
- * * * * *
-
- «Beau page, à l’horizon du soir,
- Que vois-tu?» dit la châtelaine.
- «Je vois s’élever de la plaine
- Tout au loin un nuage noir.
-
- «Mon bel ami, que tu me navres!
- C’est le retour des Chevaliers!»
- «Non, reine, ce sont par milliers,
- Noirs corbeaux mangeurs de cadavres...»
-
- Fou d’amour, poussant des clameurs,
- Le large essaim d’oiseaux sans nombre
- S’abattit au ras du ciel sombre,
- Voilant la lumière et les fleurs.
-
- Et quand à leurs grands cris acerbes
- Le village fut accouru,
- Le manoir avait disparu
- Sous l’aile des oiseaux funèbres.
-
- Sous l’étreinte des corbeaux fous
- Mourut la blonde châtelaine.
- L’amour avait chargé la haine
- De venger la mort de l’époux.
-
-
-ÉTOILES DE NOEL
-
-(Chanson provençale.)
-
- Le ciel est un livre aux belles images
- Petite bergère, aimes-tu le ciel?
- T’en vas-tu, la nuit, quand revient Noël
- Voir les trois Valets et les trois Rois Mages?
-
- Au haut du tilleul et du coudrier
- Je vois Orion et son baudrier.
-
- Les petits enfants rêvent aux étoiles.
- On dirait les fruits d’un vaste verger
- L’étoile des monts sourit au berger,
- L’étoile polaire éclaire les voiles.
-
- Au haut du tilleul et du coudrier
- Je vois Orion et son baudrier.
-
- Qu’ils sont doux les feux de la Poussinière
- Lorsque de l’église on sort à minuit,
- Les petits sabots font un joyeux bruit,
- Et Jésus sourit dans la crèche claire.
-
- Au haut du tilleul et du coudrier
- Je vois Orion et son baudrier.
-
- Regarde ces feux d’étoiles filantes
- Les astres la nuit font la charité;
- Et les prés auront des fleurs de clarté
- Quand tu sortiras tes brebis bêlantes.
-
- Au haut du tilleul et du coudrier
- Je vois Orion et son baudrier.
-
- Il est tard, rentrons, petite bergère,
- Un soir, aux chansons de ton amoureux,
- L’étoile d’amour luira dans tes yeux.
- Il est tard, rentrons, voici ta chaumière.
-
- Au haut du tilleul et du coudrier
- Je vois Orion et son baudrier.
-
-
-LES PÈLERINS DE LA MORT
-
-_A Gratien Candace._
-
-Un rhéteur parle:
-
- Sous le soleil du soir, au couchant de la vie,
- Les hommes, pèlerins en marche vers la mort,
- Après des jours d’orgueil, de peine ou de remords,
- Passaient tumultueux sur la route infinie.
-
- Ils s’en allaient, troublant le silence des monts,
- Comme un vaste troupeau marchant dans la poussière;
- Des souffles haletants soulevaient les poumons
- Et de vastes clameurs faisaient trembler la terre.
-
- Dans l’ombre qui tombait des arbres embaumés,
- Les hommes confondaient leur croyance et leur doute;
- Les peuples de l’orgueil cheminaient sur la route
- Mêlés au noir bétail des peuples opprimés.
-
- Les riches, les heureux, les satisfaits du monde
- S’avançaient les premiers en groupes clairsemés;
- C’étaient ceux dont les blés doraient la plaine blonde
- Et qui vivaient de luxe au cœur des jours charmés.
-
- Ils allaient à pas lents, chantant la destinée
- Qui les avait placés sous les bonnes étoiles,
- La grange où s’entassait le bon grain de l’année
- Et le bon vent menant au port les bonnes voiles.
-
- Ils disaient la douceur des rêves accomplis.
- De beaux soldats chantaient la guerre et la victoire,
- Les expéditions vers les pays conquis;
- On entendait les mots de patrie et de gloire.
-
- Mais tandis qu’ils chantaient l’ample sérénité,
- De larges hurlements troublaient leur harmonie,
- Plus vaste le troupeau des vains déshérités
- Proclamait la géhenne ardente de la vie.
-
- Des malades affreux, d’horribles amputés,
- De grands vieillards usés, des nains courbant la taille,
- Des hommes nus traînant la femme et la marmaille
- Déroulaient vers le ciel le chant des révoltés.
-
- L’espoir pourtant, l’espoir était pur et vivace
- Au cœur cent fois blessé de ces êtres maudits:
- Mille fois dans les feux des matins attiédis,
- Ils avaient entrevu les aurores de grâce.
-
- * * * * *
-
- L’apaisement tombait des voûtes étoilées,
- Quand la horde brutale atteignit l’horizon;
- Calmes et douloureux, sans cri, sans oraison,
- Les derniers Pèlerins passaient dans les vallées.
-
- C’étaient les grands Vaincus et les grands Obstinés,
- Les Penseurs méconnus par les foules abjectes,
- Les Socrates honnis, les Colombs enchaînés,
- Frères de Galilée et frères des prophètes.
-
- C’étaient ceux qui voulaient grandir le cœur humain
- Et dont la bonne auberge était à tous ouverte,
- Ceux qui n’eurent d’amis qu’au banquet du matin
- Et dont la maison pauvre au soir dur fut déserte.
-
- Plusieurs avaient subi l’exil et la prison
- Dans les bagnes de fer aux murs sentant le vice,
- Pour avoir élevé ta lampe d’or, Raison,
- Et pour avoir crié vers tes astres, Justice!
-
- Ils songeaient, ce soir-là, que des flambeaux brisés
- Ne jaillirait jamais la flamme salutaire
- Et gardaient des jours morts et des orgueils usés
- Le souvenir affreux d’une grande misère.
-
- Leurs yeux étaient levés et regardaient le ciel;
- Dans l’ombre gémissait la voix des cathédrales;
- Et les vaincus voyaient, dans le soir solennel,
- De grands crucifiés sur les croix des étoiles.
-
- Et la lune pleurait au fond du ciel en deuil,
- Sur la route où passait la tristesse des hommes.
- Des nuages sanglants imitaient des fantômes
- Et la lugubre nuit semblait un grand linceul...
-
- Et pourtant, c’est de vous que nous tenons les rêves,
- L’idée au vol hardi, l’idéal tout puissant;
- Et sans vous, nous serions des Bêtes sur les grèves,
- De sombres carnassiers toujours ivres de sang.
-
- Vous êtes nos maisons, nos navires, nos plaines,
- Nos arches, nos clochers, nos lumières, nos ports;
- O phares dans la nuit des détresses humaines,
- Soleils de vérité que n’éteint pas la mort!
-
-
-LE SOLEIL ET LA MORT
-
- O Soleil, tu dorais la paisible maison
- Où je naquis, les yeux éblouis de lumière.
- O Mort, j’étais encor un être sans raison
- Quand je te vis debout au chevet de ma mère.
-
- Depuis, pur idéal tu fis naître à l’amour
- Mon cœur d’enfant épris d’une forme adorable.
- O vanité, depuis, tu redis chaque jour
- A mon cœur tourmenté que tout est périssable.
-
- Nos désirs sont chargés d’ombre et d’éternité.
- La plus divine joie est d’une essence amère.
- Toute douleur recèle un peu de volupté.
- Tout se mêle et s’unit aux jardins de la terre.
-
- Les climats les plus beaux sont les plus meurtriers.
- Tu préfères, ô Mort, les Tropiques aux Pôles
- Et toi, joyeux Soleil, ami des ateliers,
- Que riche est ta splendeur aux murs des nécropoles!
-
- * * * * *
-
- Qu’êtes-vous devenus beaux siècles enchantés
- Où le grand Sphinx ouvrit son rêve sur le monde,
- Près du fleuve indolent de l’Egypte féconde
- Roulant dans la splendeur torride des étés,
-
- Nuits pures où marchaient les pâtres de Chaldée
- Sous les feux solennels des constellations,
- Grands prophètes menant les grandes nations,
- Premier orgueil, premier culte, première idée,
-
- Rois mitrés conduisant de longs troupeaux plaintifs
- Vers le suprême éclat des Villes opulentes,
- Portes d’or où passait le fleuve des captifs
- Et les gémissements des races indolentes?
-
- Le silence a grandi sur votre vanité
- Orgueilleuse grandeur des Thèbes aux cent portes.
- Le marbre de Memnon d’où montaient des voix fortes
- Est mort du long sommeil de l’immobilité.
-
- Et toi divine Hellas, immortelle patrie,
- Qui dressas vers le ciel le svelte Parthénon,
- Nous ne reverrons plus de lumière fleurie
- Renaître la beauté parfaite d’Apollon!
-
- * * * * *
-
- Le néant a repris les grandes Babylones
- Sous la sécurité des constellations.
- Mais par l’orgueil plus grand des générations
- D’autres Babels naîtront des siècles monotones.
-
- Soleil qui nous versez l’espérance et l’amour,
- Rayons, future vie et futures pensées,
- Sur un fleuve rapide emportés sans retour
- Nous subissons la loi cruelle des années.
-
- O Forces, notre esprit après le grand départ
- Verra-t-il l’infini de la lumière pure?
- O Mort, sous quelle lune, autour de quel rempart
- Irons-nous féconder l’herbe de la nature?
-
- Notre âme est-elle un peu de toi, beau firmament?
- Nos corps sont-ils pétris de ton limon, ô sable?
- Est-ce enfin vous qui vous mêlez confusément
- Dans notre être à la fois divin et misérable?
-
-
-
-
-DIXIÈME CHANT
-
-LA VILLE MERVEILLEUSE
-
-
- Il faut en ce bas monde aimer beaucoup de choses.
-
- ALFRED DE MUSSET.
-
-
-SANTANDER
-
- A Santander, en plein hiver,
- Les mouettes volaient dans l’air;
- Et nos prunelles étonnées
- Vous revirent, ô Pyrénées!
-
- Ville espagnole au noir couvent,
- Je trouvai ton décor vivant,
- Malgré la juste impatience
- De revoir le doux ciel de France.
-
-
-LA COMPLAINTE DES SOUVENIRS
-
-I
-
- Ah! vos parfums sur la pelouse
- O violettes de Toulouse!
-
-II
-
- Au cœur des fraîches Pyrénées
- J’ai connu des jours souriants.
- Chers beaux jours des mortes années,
- Espagne, peupliers tremblants!
-
- Se cache-t-elle encor la caille
- Dans le blé noir et le sainfoin?
- L’étable a-t-elle assez de paille
- Pour le troupeau qui vient de loin?
-
-III
-
- Londres, cité la plus splendide,
- Je vins à vous par un soir blond
- Je n’étais que la chrysalide,
- Vite je devins papillon.
-
-IV
-
- Petit cottage anglais aux roses,
- Que j’aimais tes heures moroses
- Bexil chantait près de la mer
- Un nostalgique petit air.
-
-V
-
- Europe, Europe, Europe exquise!
- Vieille terre de mes parents,
- Dans la brise de mer qui grise
- Que de beaux effluves errants!
-
-VI
-
- Un doux air me vient en mémoire:
- «Sous le grand chapeau _green-away_»
- Il est mort l’espoir de la gloire
- AND THE BLUE BIRD HAS GONE AWAY.
-
-VII
-
- Le temps passe et la neige lasse.
- J’ai trop peur de mes souvenirs.
- Oublions, pour mieux voir en face
- Les jours nouveaux qui vont venir.
-
-VIII
-
- Emporte-moi, vieux train sonore,
- A travers prés et champs.
- Je verrai Paris à l’aurore!
- Espoir chante tes chants!
-
-IX
-
- Rouges lueurs au ciel gris-bleu...
- Paris! le sang vibre à mes tempes!
- Paris! les papillons du feu
- Palpitent dans les lampes!
-
-X
-
- Quand soudain du vapeur retentit la sirène,
- O France, je te vis surgir des grandes eaux;
- Bien que l’hiver eût pris tes fleurs et tes oiseaux
- Ton beau ciel n’eut jamais de douceur plus sereine.
-
-
-A LA FRANCE
-
-_A Madame Geneviève Henry Bérenger._
-
- Jours d’autrefois, jours purs, jours d’idéal, jours ivres,
- Où sous le vaste ciel du tropique irisé,
- Je sentais chaque soir, en refermant tes livres,
- Mon jeune cœur pour toi d’amour fier embrasé.
-
- France, j’aimais de loin ta grande âme qui vibre
- Comme un clairon à l’aube où flambent tes drapeaux;
- Et je rêvais de vivre enfin sur ton sol libre
- Sur ton sol où la gloire éclaire les tombeaux.
-
- Et tandis qu’aux plateaux sanglants du crépuscule,
- Le bataillon vaincu du jour ardent recule,
- Sur les monts flamboyaient les pavillons du soir;
-
- Et d’une île perdue au bord des mers profondes,
- Par delà les déserts de l’Atlantique noir,
- Je t’invoquais, ô France, ô noblesse du monde!
-
-
-A PARIS
-
- O ville de François Villon et de Verlaine,
- Me voilà donc foulant encor tes beaux pavés!
- Oublieux des torpeurs de la maison lointaine,
- Les soleils du plaisir dans la nuit sont levés!
-
- Je pourrai me mêler à la foule inconnue,
- N’être qu’un flot parmi ton océan humain,
- Monter le boulevard, descendre l’avenue
- Et voir mille beaux yeux passer sur mon chemin.
-
- O Paris, sous tes feux d’électricité blonde,
- De toutes tes splendeurs me voilà le témoin;
- Ce soir, j’entends encor battre le cœur du monde!
- O solitaires jours que vous me semblez loin!
-
-
-EXTRAITS DU CARNET DE NOTES
-
-_Nec mergitur._
-
-I
-
- N’allons pas, dès les premiers soirs,
- Vers les quartiers des nouveaux riches,
- Tenons promesse aux vieux espoirs,
- Laissons tranquilles les affiches.
-
- Qu’ils sont charmants, les premiers pas
- De ce tendre pèlerinage.
- Ils ont trop de feux les repas
- Que préside un jazz-band sauvage.
-
- A loisir, revenons à pied
- Respirer l’odeur des ruelles;
- Je connais un vieux cabaret
- Au boulevard Bonne-Nouvelle.
-
- La douce église est à côté,
- Toute vieillotte et toute brune,
- J’aime ce coin d’obscurité
- Près des «Brioches de la Lune».
-
- Aux beaux quartiers de l’avenir
- Nous donnerons d’autres soirées;
- Menons, menons le souvenir
- Vers les heures décolorées.
-
-II
-
- Je connus un jardin en mai
- Où j’ai cueilli souvent les roses,
- Les roses des amours moroses,
- Ce doux jardin est-il fermé?
-
- A l’église de la Sorbonne
- Dort le tombeau de Richelieu;
- A Cluny, lorsque l’air est bleu,
- Nous allions revoir la Licorne.
-
- Est-ce bien moi, par ce soir-ci,
- Est-ce bien moi qui me promène
- De la Concorde au pont Sully,
- En regardant couler la Seine.
-
- Est-ce bien moi qui suis ici,
- A l’heure où la lune se lève,
- Villon ne venait-il aussi
- Refléter en ces eaux son rêve.
-
- Mieux que les Montmartrois fleuris,
- Que l’Etoile, immense poème,
- Pour te bien comprendre, Paris,
- C’est le vieux quai Conti que j’aime.
-
- Ils ont tant dit et tant écrit
- Qu’ils feraient mentir ta devise,
- Que la revoir, sans contredit,
- Est une chose bien exquise.
-
- Qu’ils sont beaux sous les claires nuits
- Les mille feux de la Concorde!
- Ah! beau Paris, chante et reluis,
- O toi qui de gloire débordes.
-
-III
-
-_A Pierre Lièvre._
-
- Contrastes merveilleux de l’immense Paris.
- Quartiers vibrants, tout près de mornes quartiers gris.
- Charme tout un matin de suivre les dédales
- De ces réseaux obscurs qui conduisent aux halles,
- D’errer dans des faubourgs grouillants où des palais
- S’élevèrent au temps du joyeux Rabelais,
- De méditer, songeur, sur la place des Vosges,
- D’entrevoir les portiers des plus sordides loges,
- Auprès d’un carrefour où l’âme du truand
- Revit dans un couplet d’Aristide Bruand;
- D’évoquer en lisant le nom de vieilles rues
- Une époque où la Seine eut ses premières crues;
- O charme, ayant quitté les murs d’un hôpital
- Qu’à peine a réchauffé le soleil matinal,
- De songer que du Vieux-Colombier le théâtre
- Donne «la Nuit des Rois» adorable et folâtre;
- Qu’en attendant la fin du bel après-midi,
- On s’en ira s’asseoir sous le ciel attiédi
- Du Luxembourg, ou bien sur la claire terrasse
- De «la Paix» d’où l’on voit la foule ivre qui passe.
-
-IV
-
- Au pied du Panthéon, nous vous aimons, ruelles
- Où l’on se croit la nuit au doux temps des chandelles.
- Que de fois, en hiver, pour vous suivre au hasard,
- Nous avons déserté le vivant boulevard,
- A l’heure où les échos lointains d’une musette
- Pleuraient les bals défunts où dansa la grisette.
-
-V
-
- Tout change. Le quartier a des aspects nouveaux.
- Il est mort l’omnibus avec ses lents chevaux.
- Pourtant le vieux Paris chante un dernier poème
- Au cœur des noirs faubourgs qu’il baptisa lui-même.
- Chaque plaque de rue au nom moyen-âgeux
- Est comme un souvenir laissé par les aïeux.
- Qu’ils sont frais et chantants tous ces noms populaires
- Qui pour les citadins évoquent les lumières
- Ici, de la province où bleuit le coteau,
- Là, du fleuve houleux où tangue le bateau...
- Mais pour les gouvernants vous semblez trop naïves,
- Paroles d’autrefois, joyeuses ou pensives,
- Et vos beaux noms fleuris, les aurez-vous tantôt,
- Rue Grange-Batelière et rue des Blancs-Manteaux,
- Des Francs-Bourgeois, des Quatre-Vents, du Chat-qui-pêche;
- N’aurez-vous pas bientôt le nom morne ou revêche
- D’un commerçant ou d’un ministre ou d’un athlète,
- Ruelles de Montmartre où croît la violette?
-
-VI
-
- Paris danse: on n’entend que sons et que musiques;
- Un grand peuple joyeux emplit les carrefours.
- Mais quel est ce beau chant plein de douleurs épiques
- Qui monte vers l’azur morne des soirs trop lourds?
-
- Ce sont les chants des morts de la grande hécatombe,
- Ce sont tous les tués, tous les crucifiés
- Qui chantent chaque nuit du tréfonds de leur tombe
- Sous le ciel des pays encor terrifiés.
-
- C’est un chant de fierté, de douleur et de gloire,
- Si morne et si poignant qu’on ne peut l’écouter
- Sans sentir que, malgré la paix et la victoire,
- Une douleur en nous est prête à sangloter.
-
- Et c’est pour étouffer cette plainte cruelle,
- Cet hymne du devoir, si terrible et si beau,
- Que Paris, fils aîné de la France immortelle,
- Danse de tout son cœur, danse au bord des tombeaux.
-
-VII
-
- Quand je suis pris soudain par le fleuve des foules,
- Quand je suis emporté par leurs torrents joyeux,
- Je fais parfois ce rêve, au rythme de leurs houles,
- Ce rêve sans raison, ce rêve merveilleux:
- Il me semble revoir parmi de beaux visages,
- Les visages de ceux que la mort a glacés;
- La foule étant aveugle au soir des grands orages,
- Parmi ces chants joyeux passent des trépassés.
- Et j’imagine alors que quittant leurs ténèbres,
- Tous les jeunes soldats qui n’avaient pas vingt ans
- Quand la mort les coucha dans les plaines funèbres,
- Reviennent rire encor au milieu des vivants.
- C’est pourquoi, sous l’éclat des lampes électriques,
- Je marche regardant les yeux des promeneurs,
- Et, pris d’un grand amour pour les rêves mystiques,
- Je sens mon cœur s’emplir d’ineffables douceurs.
- Je veux porter en moi cette chimère heureuse
- Qui berce mes chagrins et calme mes remords,
- En attendant la nuit terrible ou merveilleuse
- Où je serai parmi vos phalanges, ô morts!
-
-
-THE END OF A PERFECT DAY
-
- Rien qu’à ton maintien
- Qu’à ta pure ligne,
- D’Albion insigne
- Je sens que tu viens.
-
- Ta taille parfaite
- Ton teint merveilleux,
- Tes limpides yeux
- Me sont une fête!
-
- Dans les yeux anglais
- Luit la mer immense;
- J’aime ton silence
- Et ton regard frais.
-
- La ville s’est tue.
- Je suis plein d’émoi;
- Marche près de moi
- Ma belle statue!
-
-
-LES VAUTOURS
-
- J’ai vu dans les couloirs d’hôpital et d’hospice
- Passer la caravane innombrable des maux;
- Et parmi les cités en deuil tous les fléaux
- Qui dans la chair de l’homme allument le supplice.
-
- Un avorton, victime innocente du vice,
- Souffrait dans les draps blancs de son étroit berceau,
- Et ses yeux agrandis par le mal et très beaux
- Semblaient chercher le ciel et demander justice.
-
- Et je songeais alors à votre mission,
- Prophètes pleins d’amour et de compassion,
- Savants brûlés aux feux de vos laboratoires;
-
- Vous qui rêvez, dans le silence et la clarté,
- D’arracher à jamais toutes les ailes noires,
- Des grands vautours planant sur notre humanité.
-
-
-HÉRÉDITÉ
-
- Quand un noble idéal gonfle l’âme sereine,
- Nous rêvons la lumière en elle et non la nuit;
- Et nous nous efforçons d’y taire tout vain bruit
- D’orgueil et d’en chasser l’injustice et la haine.
-
- Mais, ravivant le flux des passions lointaines,
- Invisible et présente, au gré du temps qui fuit,
- Toujours l’Hérédité fatale nous poursuit,
- Vieux revenant sorti des ténèbres humaines.
-
- L’héritage des morts est en ses doigts cruels
- Et nous sentons en nous, ainsi qu’en des Babels,
- Gronder l’écho confus des vices séculaires.
-
- Car du legs ancestral rien ne s’est effacé,
- Le sang des vieux péchés coule dans nos artères;
- Sur l’avenir s’allonge l’ombre du passé.
-
-
-SOUVENIRS ET REGRETS
-
-I
-
-BOIS DE BOULOGNE
-
- Madame, il ne faut pas écraser les manants
- Qui traversent pour voir vos yeux impertinents,
- Car vous risqueriez fort, par une après dinée,
- De tuer le plus grand amour de cette année.
-
- DE PORTO-RICHE.
-
- Je redisais ces vers charmants quand vous passiez
- Jadis, au Bois, au trot de vos jeunes coursiers.
- Hélas! j’ai dû rester bien longtemps dans mon île,
- Hélène à présent vieille en votre automobile!
-
-II
-
-QUARTIER LATIN
-
- Où sont les gracieux galants
- Que nous suivons au temps jadis.
-
- FRANÇOIS VILLON.
-
- De-ci, de-là, dans le quartier,
- Je rencontre un visage
- Que portait un beau corps altier
- Quand j’avais mon jeune âge.
-
- Quoi, c’est donc vous, frais céladon,
- Adorable Marie;
- Ce gras, cet énorme bedon,
- Cette dame flétrie?
-
- Déjà le «gracieux galant»
- Est devenu notaire
- Et Rose au front étincelant
- Est morte à Saint-Nazaire.
-
-III
-
-AUTEUIL
-
- But where is bounty guy?
-
- WALTER SCOTT.
-
- Rien n’a changé, verte pelouse,
- Pas même le starter,
- Quant aux jockeys, j’en revois douze;
- Mais où donc est Carter?
-
- Où donc est-il, ô «La Valeuse»,
- Celui qui te montait
- Au mois où La Morlais heureuse
- Voit poindre le muguet?
-
- Alec Carter est mort en guerre
- Ainsi qu’un preux de roi:
- Au ciel il porte la bannière
- Sur un grand palefroi.
-
-IV
-
-BAR DE LA PAIX
-
-_A Henri Martineau._
-
- Comment entrer dans ce bar triste
- Sans songer à Toulet?
- C’est là que fut bel ironiste
- Ce poète complet.
-
- La nuit est couleur de poussière
- Dites-nous donc, garçon,
- Ne pourrait-on avoir un verre
- De vin de Jurançon?
-
-ENVOI
-
- Aux Aliscamps, Muses fidèles,
- Qu’ils sont purs vos sanglots!
- Maurice! sous tes filaos
- Pleurent les tourterelles!
-
-
-EN SORTANT DE PELLÉAS
-
- Mélisande aux yeux bleus que vous êtes touchante!
- Qu’ils sont poignants les cris que vous jetez! Hélas!
- Que n’avez-vous d’abord rencontré Pelléas,
- Mélisande aux cheveux d’aurore murmurante?
-
-
-A PARIS
-
- Paris si plus que tous ton nom fleuri rayonne,
- Si de revoir tes tours l’œil n’est jamais lassé,
- C’est qu’autour de l’éclat que le présent te donne,
- Se perçoit le halo splendide du passé.
-
-
-LE JARDIN DU VERT-GALANT
-
- Lorsque sur le Pont-Neuf toute rumeur s’est tue,
- L’âme du Béarnais revient rêver parmi
- Les arbres familiers qui gardent sa statue,
- Au chant berceur, au chant du doux fleuve endormi.
- J’aime ce coin perdu près du Louvre de gloire
- Où par les jours d’azur, où par les jours de froid,
- De beaux arbres pensifs veillent sur le grand roi
- Qui fut un chêne vert aux forêts de l’histoire.
-
-
-RUE CAUMARTIN
-
- Je dirais au roi Henri:
- Reprenez votre Paris,
- J’aime mieux ma mie, o gué!
-
- Cette rue est toujours en fête
- Et c’est une Babel,
- Allons-nous-en, douce Muguette,
- Muguette aux yeux de ciel.
-
- Quittons ces ors, ces améthystes,
- Rentrons à notre hôtel.
- J’aime le son de tes eaux tristes,
- Fontaine Saint-Michel.
-
-
-LA POÉSIE ET LA DANSE
-
-_A un danseur russe._
-
- En te voyant danser, danseur éblouissant,
- Je me disais: Voici le Rêve!
- Ah! je voudrais que le poème que j’achève
- Eût ce beau rythme caressant.
-
- Je regardais tes pieds légers et tes bras souples,
- Tes cheveux libres et flottants,
- Et mes vers se donnant la main dansaient par couples
- Dans l’allégresse du printemps!
-
-
-CIMETIÈRE MONTPARNASSE
-
-_In memoriam. L. T._
-
- On laisse périr de misère
- Plus d’un bel écrivain
- Et plus tard on érige en vain
- Une statue altière.
-
- C’est pour vous, Amour, et pour moi
- Que j’écris le poème;
- A côté de vous, bel émoi,
- Ah! que la gloire est blême!
-
-
-ENTRE CHIEN ET LOUP
-
- Ainsi que celle à Trianon
- De Marie-Antoinette,
- A Saint-Sulpice, de Manon
- J’ai vu la silhouette.
-
- Aux Halles, c’est Mimi-Pinson
- A côté de Musette;
- Au Luxembourg près d’un buisson
- La douce Addy s’arrête.
-
- Sapho passe sur le trottoir
- Lugubre à voir et triste.
- O souvenir du livre noir
- Toujours toi qui persistes!
-
-
-IN MEMORIAM
-
- _A peste, a fame, a bello
- Libera nos, Domine._
-
- Que vas-tu faire à Chantilly?
- Au ciel d’hiver luisent les Ourses.
- Le givre argente les taillis,
- Ce n’est pas le beau mois des courses.
-
- --Ah! ce n’est pas pour les châteaux,
- Pour le lac, ni pour les chevaux;
- C’est pour voir sous le soir qui tombe
- Une noire, une froide tombe!
-
- Pour un soldat mort jeune et beau
- Je veux dire un mot de prière;
- Et te maudire encor, ô guerre,
- O toi qui le mis au tombeau!
-
-
-L’ADOLESCENT AUX YEUX BLEUS ET VERTS
-
- J’aurai seize ans au mois des roses purpurines
- Mais la beauté déjà m’ouvre un chemin de feu,
- Les hommes sont surpris de mon beau regard bleu,
- Les femmes veulent mordre à mes lèvres divines.
-
- Le soir, je marche seul aux feux du boulevard,
- Parmi les mille cris de la foule vulgaire;
- Comme un souple serpent passant une rivière,
- Je porte haut mon front que ne souille aucun fard.
-
- Mille cœurs pour mon cœur brûlent d’un amour sombre,
- Mille caprices fous me provoquent sans fin,
- Moi qui ne suis vêtu que de grâce et de lin
- Des yeux voluptueux me poursuivent dans l’ombre.
-
- Je suis comme un jeune arbre exquis et plein de sève
- Dont on voudrait cueillir les fruits à peine mûrs,
- Ma voix est musicale et mes genoux sont purs,
- Parmi tant de laideurs je suis le divin rêve.
-
- J’ai le corps d’Adonis et le regard d’Eros.
- Je fais songer aux chants des nuits vénitiennes.
- Aux miroirs de mes yeux sont les mers anciennes.
- Le marbre de ma chair est digne de Paros.
-
- Je suis droit, je suis pur comme le feu du cierge.
- Je marche devant moi sans crainte de l’affront,
- J’aperçois aux miroirs la pâleur de mon front
- Et je suis à la fois et l’éphèbe et la vierge.
-
- L’aurore rêve encore en mes yeux éclatants.
- J’étais de sept enfants celui qu’aimait ma mère
- Et sachant que mon charme est un don éphémère,
- J’imagine, ce soir, que je suis le printemps.
-
- Paris danse et je suis emporté par ses houles.
- Mon cœur plein de désirs n’a pas encore aimé,
- Comme un vaisseau fleuri sur un fleuve embaumé
- Je monte et je descends le beau fleuve des foules;
-
- Et je jouis ce soir du trouble radieux
- De sentir que je traîne un sillage de gloire,
- Et que je porte, au cœur d’une humanité noire,
- La beauté lumineuse et parfaite des dieux!
-
-
-LE BEAU DANSEUR
-
-_A Léon Bocquet._
-
- Je suis le beau danseur aux cheveux de clarté;
- Et je ferai danser ce soir la fille laide;
- De celle dont le front rayonne de bonté
- Je prendrai dans mes bras la taille infirme et raide.
-
- Je veux voir s’animer, au contact de mon corps,
- La pauvrette qu’au bal ont toujours délaissée
- Le fat, le vaniteux, le sot et le retors;
- Je suis le beau danseur à la taille élancée!
-
- Je suis le beau danseur, harmonieux et blond,
- Qui levant le loup vert qui mimait l’allégresse,
- Montre aux regards surpris un secourable front
- Et deux yeux attendris, étoilés de tristesse.
-
- Toute la poésie est dans mes mouvements;
- Quand la danse me prend, emporté par mon rêve
- Je glisse sous des nuits pleines de diamants,
- Vers les horizons bleus où la lune se lève.
-
- Nous nous enlacerons, au rythme du tango,
- Puis l’orchestre divin jouera la valse illustre;
- Au chant des violons, sur les mers indigo,
- Nous partirons en songe aux mille feux des lustres.
-
- Soulevant dans mes bras le fardeau précieux,
- --Qu’elle sera légère avec sa robe mince!--
- Je mettrai du soleil aux puits noirs de ses yeux,
- Je lui dirai mon nom de seigneur et de prince.
-
- Je la ferai ployer comme le vent joyeux
- Fait ployer au rosier une rose trop frêle;
- Je la ferai tourner dans des tourbillons bleus,
- Je lui dirai cent fois qu’elle est la toute belle.
-
- Dédaignant les beautés dont le cœur est brutal,
- Je vais, toute la nuit, chérir la délaissée,
- Pour qu’elle emporte à l’aube, au sortir de ce bal,
- L’orgueil d’avoir été divinement bercée.
-
- Il suffit bien souvent, pour embellir demain,
- Dans ce monde où l’amour est plus fort que la haine,
- Qu’un instant le bonheur nous ait pris par la main
- Et que deux yeux se soient penchés sur notre peine.
-
-
-O TOI
-
-_A Renée M._
-
- O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!
-
- BAUDELAIRE.
-
- Je ne sais rien de toi, mais je te vis de près
- Par une folle nuit et j’aimai ton teint frais,
- Ton jeune corps, tes yeux, ton sourire, tes lèvres,
- Depuis, je suis brûlé de nostalgiques fièvres.
- Je te cherche partout et ne te trouve pas.
- Parfois, je me retourne en entendant des pas,
- Mais ce sont d’autres yeux qui passent dans la rue.
- Je te cherche sans fin dans l’ardente cohue
- Des sombres boulevards où je te rencontrai,
- Par ce beau soir plus tendre encor qu’un soir de mai.
- Je ne sais rien de toi, j’ignore la province
- Qui te fit le front droit et la lèvre si mince,
- Mais dans mon cœur pour toi brûle un limpide feu.
- Les autres yeux n’ont pas ton triste regard bleu.
- Chaque soir, je reviens toujours à la même heure.
- Ah! te trouver et te mener dans ma demeure.
- Mais, c’est en vain, hélas, que je fais le chemin,
- Où je te rencontrais, ma Rose, mon Jasmin.
- Ah, qui sait, il se peut qu’ayant quitté la ville,
- Tu sois dans la douceur d’un village tranquille;
- Il se peut bien aussi que vous soyez, beaux yeux,
- A bord d’un noir steamer parti vers d’autres cieux.
- En songeant à cela, mon rêve se désole.
- Reverrai-je jamais tes yeux, petite idole?
-
-
-LES PHALÈNES
-
-(PETITS POÈMES AUX YEUX QUI PASSENT)
-
-I
-
- Les jardins sont veufs de feuillages
- Et c’est l’hiver sous le ciel noir;
- Mais, ville, du matin au soir,
- Que de beaux yeux, de beaux visages!
-
-II
-
- O toi qui passes simplement,
- Offrant à mes yeux tes prunelles;
- C’est la nuit; mais je vois en elles
- Les jours bleus de l’espoir charmant.
-
-III
-
- D’autres portèrent des présents,
- Dirent les paroles amies;
- D’autres promirent pour des ans
- L’amour ivre et sans accalmies.
- Toi qui viens tard, presque trop tard,
- Tu ne dis rien, ô tête blonde,
- Mais d’un regard, d’un seul regard
- Tu promets la beauté du monde.
-
-IV
-
- Nos deux regards se sont croisés, comme vaisseaux
- Allant d’une île à l’autre, ivres d’un beau voyage;
- Mes yeux voient dans tes yeux l’aube et le paysage,
- Tes yeux voient dans mes yeux la mer et ses oiseaux.
-
-V
-
- Lorsque nous nous croisons dans la banale rue,
- Ton beau regard en moi plonge un si frais bonheur,
- Que je voudrais chanter un poème à la nue,
- J’entends le galop fou des chevaux de mon cœur.
-
-VI
-
- Sans mots, nous nous faisons de troublantes promesses,
- Chaque fois que nos yeux s’attirent dans le soir.
- Partirons-nous bientôt sur la mer des ivresses?
- Resterons-nous plutôt aux rives de l’espoir?
-
-VII
-
- Je préfère ce soir m’abstenir de théâtre
- Et, par ce mardi-gras où Paris est houleux,
- M’enfermer dans ma chambre et rêver devant l’âtre
- Aux promesses qu’ont fait à mes rêves tes yeux.
-
-
-LA RESSEMBLANCE DIVINE
-
- Un soir que je passais, froid rêveur sous la nue,
- Songeant toujours à l’amour mort,
- Deux yeux miraculeux, deux yeux d’azur et d’or
- Etincelèrent à ma vue.
- Et soudain je crus voir le «beau Lys d’autrefois»
- Comme si les cruelles lois
- N’avaient pas existé pour Elle.
- Celle qui vint avait sa voix
- Sa voix légère
- Sa voix sincère
- Sa jeune voix au frisson d’eau...
- Elle dit: «Que l’Amour est beau!
- De ton désir j’ai le visage.
- Je suis le but de ton voyage.
- A l’arbre de la volupté
- Je suis la fleur dernière éclose.
- Je serai ta félicité,
- Ton Lotus, ton Jasmin, ta Rose.
- Chaque jour renaît virginale
- La forme ivre de la beauté.
- Je viens du pays d’Euryale
- Et j’ai les yeux d’Aphrodité.
- Je ne te dirai pas ma vie
- Et tu ne sauras pas mon nom.
- Je suis l’Image poursuivie,
- Par le rêveur au triste front.
- Quand tu m’auras baisé les lèvres
- Ton cœur n’aura plus de regret
- Je vais guérir toutes tes fièvres
- Par ma caresse sans apprêt.»...
- Hymen! Hymen! O Hyménée!
- La nuit est tendre et surannée.
- Paris soudain s’est transformé!...
- Et voici les hamadryades,
- Dansant sous les fines Pléiades,
- Au bord d’un beau fleuve embaumé!
-
-
-LE POÈTE ET LA BEAUTÉ
-
- «Beauté, criai-je, après dix ans
- Je te trouve pareille!
- --Rêveur, tes songes exaltants
- Ont fait cette merveille.
-
- --J’avais de ton beau souvenir
- Fait ma lampe fidèle.
- --Dans un cœur fervent l’avenir
- Rend l’image plus belle!
-
- --J’ai retrouvé le lys si beau
- Qui manquait à la grève.
- --L’amour a sauvé du tombeau
- La forme de ton rêve.
-
- --Je croyais ta fragilité
- Déjà prise par l’âge.
- --Rien ne peut ternir la beauté
- Que protège un mirage.
-
- --O matin qui n’a pas de soir!
- Lumière enchanteresse!
- Mon beau Lys, je crois te revoir
- Dans toute ta jeunesse!»
-
-
-A LA JEUNE ITALIENNE
-
- Rien qu’à te voir mon cœur se sent jeune et joyeux.
- Le soleil du bonheur éclaire toutes choses.
- Ton regard est plus bleu que le ciel le plus bleu
- Et tes lèvres n’ont rien à désirer des roses.
-
- Dans une île amoureuse et vibrante d’oiseaux,
- Tu semblerais, au bord d’une aurore élargie,
- Une naïade allant chanter au bord des eaux,
- Tu fais songer au ciel de la mythologie.
-
- Tu fais aussi songer à ce beau paradis
- Dont les élus verront les splendeurs éternelles,
- Tu n’as jamais marché dans les chemins maudits;
- Il ne te manque rien, mon ange, que les ailes!
-
-
-CHANSON D’HIVER
-
- Que veux-tu que cela me fasse
- Qu’il soit mort le printemps?
- Mon bel ange aux yeux éclatants,
- N’as-tu pas pris sa place?
-
- Grâce à toi tout me semble Avril
- Bien que ce soit Décembre,
- Qu’ils sont souples, tes cheveux d’ambre,
- Qu’il est fin, ton profil.
-
- Ton souffle est une source pure.
- Ton cœur est un ruisseau;
- Et comme un ardent arbrisseau
- Tu fleures la verdure.
-
- Ton corps fut moulé par les dieux
- Qui sculptent la jeunesse.
- Qu’elle est suave, ta caresse!
- Qu’ils sont profonds, tes yeux!
-
- Tes odeurs sont plus ingénues
- Que celles du jasmin.
- De plus belles fleurs sous la main
- Je n’en ai jamais eues.
-
- Jamais les roses les plus belles
- N’enivrent le jardin
- Comme enivrent mon cœur soudain
- Les lys de tes bras frêles.
-
- Quand tu parles, je me tais,
- Et j’écoute, lointaines,
- Chanter les voix des fontaines
- Qui sont dans les forêts.
-
- Je n’ai plus que quelques semaines
- A chérir tes doux yeux.
- (Soyez longs, ô jours bienheureux,
- Où je bois son haleine!)
-
- Quand nous nous ferons nos adieux,
- Ce sera l’heure amère,
- Alors, ce sera sur la terre
- Avril délicieux.
-
-
-TROIS STANCES
-
-I
-
- Jeunesse, il ne faut pas me déserter, jeunesse;
- Fais encor de mon corps ta joyeuse maison;
- Que deviendrai-je aux soirs où je perdrai l’ivresse,
- Où je verrai l’Amour s’enfuir à l’horizon.
-
-II
-
- Le chat voluptueux se change vite en tigre,
- Mon cœur, il ne faut plus jouer avec l’amour.
- Admire la beauté, mais reste toujours libre;
- Le félin aux yeux verts t’a joué plus d’un tour.
-
-III
-
- Paris, si je pouvais rester toute une année
- Dans tes murs, il serait bien moindre, le plaisir;
- Mais hélas, la saison est presque terminée.
- Je t’aime d’autant plus qu’il faut bientôt partir.
- C’est demain que je dois te quitter, bon hôtel,
- Et quand je m’en irai, ton aspect sera tel
- Qu’il fut au jour joyeux de ma bonne arrivée.
- La chambre où j’ai vécu sera vite occupée.
- Nul ne regrettera mon départ sur la mer;
- Et le nouveau venu (quelque sage au front fier)
- Ignorera toujours qu’une âme fut bercée
- Dans le lit noir au chant des vers de l’_Odyssée_.
- Les rideaux laisseront pénétrer le soleil.
- Le clair retour d’avril sera doux et vermeil
- Et la bonne servante aux paupières jaunies
- Oubliera le «petit monsieur» des colonies.
-
-
-
-
-ONZIÈME CHANT
-
-LE RETOUR
-
-
-LE DÉPART
-
- Quand nous quittâmes Saint-Nazaire
- Sur un vapeur plein d’étrangers,
- Des cris d’adieu dans la lumière
- Montèrent vers les passagers.
-
- Et ce fut comme un vent d’automne
- Sur un paysage en émoi;
- Les adieux n’étaient pas pour moi,
- Car je ne connaissais personne.
-
- Mais cependant comme un enfant
- Je sentis à mes yeux des larmes;
- O France, le cœur se fend
- De quitter ton ciel plein de charmes!
-
-
-LE CŒUR DU POÈTE
-
-_A Jean-Louis Vaudoyer._
-
- Cœur de poète, ainsi que le cœur de la mer,
- Vous gardez en secret d’incroyables merveilles,
- De splendides beautés invisibles, pareilles
- Aux trésors inconnus de son grand gouffre amer.
-
- Quelquefois l’océan fait rouler sur le sable
- Arraché des palais de jaspe un joyau vert;
- Et parfois de toi monte un admirable vers,
- Faible écho de ton grand cantique inépuisable.
-
- Mais les plus beaux trésors dorment sous les flots bleus,
- Cachant aux yeux humains leur lumineuse fête;
- Et ton chant le plus pur dort dans ton cœur, poète,
- Dans ton cœur malheureux, dans ton cœur merveilleux.
-
-
-STANCE
-
- Ainsi de vous qui me plaisez
- Le vapeur m’éloigne sans trêve.
- Ah! qu’il est court, le temps du rêve!
- Qu’ils sont rapides, les baisers!
-
-
-LES HUBLOTS
-
- Les hublots, bleus pendant la nuit,
- A l’aurore ont des couleurs vives;
- Bientôt nous serons près des rives
- Où la mer indigo reluit.
-
- Les hublots sont devenus jaunes,
- Puis verts, puis d’un rose tremblant;
- Le jour nouveau monte tout blanc
- Salué d’oiseaux monotones...
-
- * * * * *
-
- Grands hublots noirs, aux larges yeux,
- Fenêtres rondes du navire,
- Grâce à vous, j’admire les cieux
- Et je vois la mer en délire.
-
- Bientôt au lieu d’oiseaux marins
- Qui dansent devant vous sans cesse,
- Nous verrons sous les tamarins
- La robe rouge des négresses.
-
-
-LES COULEURS DE LA MER
-
- Suivant l’heure de la journée,
- La mer a changé de couleur;
- Parfois plus rose qu’une fleur,
- Parfois de teinte surannée.
-
- Reflétant l’enfance du jour,
- A l’aurore elle est verte et claire,
- Comme eau d’une source légère,
- Dorée et verte tour à tour.
-
- Elle est tachée en mille places
- De grandes taches jaune-marron,
- Quand elle ourle le goémon
- Venu de la mer des Sargasses.
-
- La brise soulevant ses eaux
- Blanchit le courant qui voyage;
- Et sur elle à l’infini nage
- Une écume de blancs oiseaux.
-
- Plus tard elle s’orne de moires
- Couleur de plumes de paons bleus,
- Elle étale des lacs ombreux
- Et des déserts brûlés de gloires.
-
- Sous le grain vif, l’air est de miel,
- Les gouttes au soleil sont blondes;
- La mer revêt quelques secondes
- Sa robe couleur d’arc-en-ciel.
-
- Des marsouins noirs, comme en débauche,
- Dansent autour du steamer gris;
- Et le poisson volant surpris
- Comme un caillou d’argent ricoche.
-
- Puis le soir sème çà et là
- De grenats sa robe de gaze,
- Et de la lune la topaze
- Dore sa robe de gala.
-
- Ceux que le roulis bouleverse
- Sur le pont marchent de travers,
- Et moi je compose des vers
- Au beau chant de la mer diverse.
-
- Car j’écris ce poème clair
- Loin de la ville et de la foule,
- A bord d’un grand vapeur qui roule
- Sur l’Atlantique découvert.
-
- Derrière sont les grandes villes,
- Londres, Paris aux yeux de feu;
- Devant nous, c’est le chemin bleu
- De la mer et les vertes îles.
-
-
-LE REGRET DES FOULES
-
-(_Déclamation sur la mer_)
-
- Autrefois, j’aimais peu les foules formidables.
- J’étais jeune, c’était par ces jours délectables
- Où je vivais au cœur grouillant d’une cité.
- Je préférais alors la lointaine beauté
- Des lacs et des forêts, la mer sous les étoiles.
- Les aubes où cinglaient de lumineuses voiles,
- Aux noirs torrents humains débordant les trottoirs.
- Ah! que ne donnerais-je à présent, par ces soirs
- Où seul sur l’océan je vois bondir des troupes
- De dauphins noirs dansant et frôlant nos chaloupes;
- Où la lune, au réseau d’un nimbe violet,
- Semble un beau poisson d’or pris dans un grand filet,
- Pour me sentir encor dans une grande foule,
- Pour n’être qu’un atome éphémère qui roule,
- Un flot vibrant parmi des millions de flots,
- Un cœur qui bat parmi le rêve et les complots,
- Une âme qui bercée au chant des avenues
- Se mire en vos beaux lacs changeants, prunelles nues,
- Cependant que sans fin marchent auprès de nous
- Les héros, les penseurs, les malades, les fous.
- Tous les vices sont là, muets, attendant l’ombre,
- Et toutes les vertus, sous leur tunique sombre.
- Ah! se sentir grandi par les souffles d’espoir
- Du rêve humain plus pur lorsque tombe le soir
- Et que, dans les remous de la foule anonyme,
- On est comme un vaisseau qui danse sur l’abîme.
- Ah! rendez-moi le fleuve ardent du boulevard
- Où soudain la beauté dresse son étendard,
- Rendez-moi, rendez-moi le beau soir électrique
- Où passe dans les flots d’une foule magique
- Porté par un beau corps un visage divin
- Qui grise la pensée ainsi qu’un jeune vin...
- Ah! rendez-moi la foule émouvante des rues;
- Ses chansons, ses appels, ses clameurs, ses cohues.
- Ah! faites que toujours luise sur mon chemin
- L’interminable ciel du beau regard humain.
- Oui, tout pour une vie intense et variée
- Débordante d’efforts sans cesse extasiée.
- Donnez-moi les quartiers vibrants, les quartiers noirs,
- Les théâtres qui font l’émotion des soirs.
- Donnez-moi chaque jour des compagnes nouvelles,
- Des compagnons nouveaux, des amitiés fidèles.
- Ah! rendez-moi la vie émouvante de l’art...
- Ce soir j’ai trop rêvé sur la mer, il est tard!
-
-
-L’APPEL DE PARIS
-
-(_Hallucination sur la mer_)
-
- D’ici cinq ou six jours, au chant calme des flots,
- J’aborderai dans l’Ile où sont les filaos;
- Et je verrai, parmi les lianes vermeilles,
- La maison où je vis seul avec mes abeilles.
- O Paris, toujours jeune et toujours accueillant,
- Pourquoi t’ai-je trouvé si beau, si bienveillant?
- Et pourquoi de beaux yeux pleins de neuves chimères
- Ont-ils comblé mes yeux de leurs belles lumières?
- Paris de la victoire et Paris de la paix,
- Plus grand que le Pans d’autrefois que j’aimais,
- O Ville, me voilà plein de ton bruit encore,
- Jusqu’à moi retentit ton grand appel sonore...
- Dans les nuages noirs se dessinent tes tours...
- Je vois tes boulevards, je vois tes carrefours...
- Tes feux d’or et des feux sanglants coupant la Seine...
- Ce jeune homme à vingt ans est déjà capitaine...
- Cet autre fut parmi les lions à Verdun.
- Qu’ils sont profonds les yeux de cet ouvrier brun!...
- Déjà le clair de lune éclaire Notre-Dame...
- Ah! je te reconnais, divine jeune femme...
- Grand cœur d’un grand pays si noble en ses malheurs,
- Jamais ville à son front n’eut de telles lueurs;
- Paris vertigineux, Paris incomparable,
- Profond comme la mer, mouvant comme le sable...
- Mais pourquoi m’appeler, lumineuse cité,
- Ville de l’allégresse et de la vanité!
- Pourquoi me rappeler les nuits enchanteresses?
- Pourquoi me promets-tu de nouvelles ivresses?
- Que serai-je parmi ton océan humain?
- Folle barque aujourd’hui, folle épave demain.
- Ton cœur est-il pareil au cœur de la Sirène?
- Qu’ils sont tristes, les yeux des noyés de la Seine.
- Ah! laisse-moi, je sens, venus des grands ciels bleus,
- Les alizés porteurs de messages heureux.
- Ils me disent: «Là-bas, ton île est merveilleuse,
- La tourterelle chante en sa nuit langoureuse.
- D’ici cinq jours ses monts surgiront du flot vert
- Et toutes ses forêts parfumeront la mer!...»
- Mais cependant ta voix se fait impérative.
- Elle couvre la mer de l’une à l’autre rive.
- Elle éveille en mon cœur mille échos endormis,
- Elle jette les noms de mes plus chers amis.
- Plus belle que la lune éclairant Notre-Dame,
- L’hallucination illumine mon âme.
- Un cri monte soudain de mon rêve blessé;
- Un grand cri douloureux vers le bonheur passé,
- Un long cri désolé plein d’angoisse cruelle
- Et que le vent du nord emporte sur son aile;
- C’est le cri de mon cœur qui se sentant repris
- Répond à ton appel formidable, Paris!
-
-
-STROPHES AU TRANSATLANTIQUE
-
- Entre deux continents, grand steamer, tu voyages.
- Ta passerelle érige un sublime balcon.
- L’Amérique est là-bas et le vaste flocon
- D’un nuage lointain ourle des paysages.
-
- Mille oiseaux inconnus, mille oiseaux émouvants
- Parsèment le ciel frais des blancheurs de leurs ailes;
- Beaux adieux dispersés aux quatre coins des vents
- Et venus des pays où les femmes sont belles...
-
- Entre deux continents, ô splendide vapeur,
- De ta proue acérée ouvre l’onde plus verte,
- Le dernier des oiseaux a fui, l’heure est déserte.
- Du salon ébloui monte un chant de langueur.
-
- C’est une femme aux yeux de turquoise qui chante
- Un hymne humain, plaintif et grave et désolé.
- De beaux astres pensifs l’azur est étoilé.
- La mer prolonge au loin la gamme frémissante.
-
- Dans la vibrante voix pleurent de beaux oiseaux,
- Rossignols éperdus troublant l’air de leur peine,
- Et je crois voir soudain le front d’une Sirène
- Emerger mollement de l’abîme des eaux.
-
- Nous sommes, ô vapeur, dans ton île flottante,
- Dans ton île de fer pour de courts lendemains,
- Nous avons de la mer parcouru les chemins
- Et je vais te quitter pour une île vivante.
-
- Bientôt resplendira la ville aux clairs couchants
- Où je vais débarquer; mais souvent de sa plage,
- Souvent, j’évoquerai le splendide voyage
- Qu’une belle inconnue ennoblit de ses chants.
-
- Et je regretterai cette voix pénétrante
- Qui dominant soudain le tumulte des flots,
- Par un chant plein d’amour et gonflé de sanglots
- Me parut émouvoir la mer indifférente.
-
- Et quand je revivrai ces instants de douceur
- Par les soirs trop nombreux d’une existence triste,
- Je me croirai bercé par ton roulis berceur,
- Grand vapeur aux feux d’or sur la mer d’améthyste!
-
-
-A LA MER
-
-_A M. Albert Thibaudet._
-
- Femme et Sirène, ô mer, mystérieuse mer,
- C’est de toi que je tiens le rêve et les poèmes.
- Sous l’adieu solennel des crépuscules blêmes,
- Je me suis imprégné de ton grand souffle amer!
-
- C’est toi qui balançais dans le soir pourpre et vert
- Le paquebot, à l’heure où dans les aquarelles
- Que le couchant dessine à l’horizon désert,
- Les nuages semblaient d’ardentes caravelles!
-
- O mer, c’est sur tes bords que je voudrais dormir.
- Pendant l’éternité, j’écouterais frémir
- Tes chants comme les miens fidèles et sauvages.
-
- Les vents feraient danser l’écume de clarté;
- Et tu me redirais la chanson des voyages,
- Pour consoler mon cœur de l’immobilité!
-
-
-LE CHANT DU RETOUR
-
- A la recherche du bonheur
- Nous avons fait bien des escales.
- Au petit jour les mers sont pâles.
- Que rapportez-vous, ô mon cœur?
-
- Avez-vous trouvé cette coupe
- Où se boit le vin de l’oubli?
- Le beau voyage est accompli;
- Déjà pointe la Guadeloupe.
-
- Croyez-vous regretter vraiment
- La grande ville enchanteresse?
- Vous pleurez le passé charmant
- Et regrettez votre jeunesse.
-
- Quand le vapeur s’est arrêté
- Il ne reste rien du voyage.
- La vie humaine est un sillage
- Sur la mer de l’éternité.
-
-_A bord de «La Navarre», Avril 1921._
-
-
-
-
-DOUZIÈME CHANT
-
-EPILOGUE
-
-
- Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage.
-
- JOACHIM DU BELLAY.
-
-
-I
-
- Me voilà revenu sous ton ciel, ô mon île,
- L’eau qui chante en la cour évoque tes roseaux;
- J’entends les premiers bruits du rucher, de la ville,
- Et je m’éveille au chant joyeux de tes oiseaux.
- Qu’ils sont beaux, dans la nuit tropicale, les astres!
- Qu’ils sont purs, les matins qui parfument la mer!
- Pays, j’ai pu guérir enfin mon cœur amer.
- Gardez-moi près de vous loin du vent des désastres.
- Qu’ils sont beaux, dans la nuit tropicale, les astres!
-
-
-II
-
- Que la vie est chose changeante!
- Hier, c’était le vibrant Paris;
- Et ce soir, belle île indolente,
- Je suis sous tes manguiers fleuris!
-
- Hier nous étions des enfants sages,
- Demain nos cheveux seront gris;
- Ah! qu’ils sont courts les beaux voyages,
- Où de tout le cœur est épris.
-
-
-III
-
-SAGESSE
-
-_A M. Gabisto._
-
- Je cueille suivant l’heure et suivant la saison,
- Les fruits de mon verger, les fleurs de la savane;
- Sans cesse de mon cœur un vers limpide émane
- Devant la mer, les bois, le lac ou l’horizon.
-
- Qu’on soit vêtu de pourpre ou couvert de haillons,
- La vie est une feuille ivre que le temps fane;
- Comme l’astre tombé d’une nuit diaphane
- Le poète en vain trace un lumineux sillon.
-
- Je ne convoite pas une gloire éternelle,
- Trop heureux, par les mois où la lune est trop belle,
- De sentir tout à coup mon être s’émouvoir
-
- En songeant que peut-être il est sur cette terre
- Un écolier pensif et toujours solitaire
- Qu’enivre un de mes vers dans la beauté du soir.
-
-
-IV
-
-PAIX DU SOIR
-
- Dans le beau flamboyant chantent les anolis;
- Le soir pourpre et doré rayonne sur les îles;
- Les rivières d’argent aux écumes mobiles
- Rêvent en caressant les cailloux de leurs lits.
- C’est la belle heure rose aux lumières païennes
- Où le cœur se recueille au départ du beau jour,
- Où les eucalyptus, harpes éoliennes,
- Chantent dans l’air léger leurs cantiques d’amour.
-
-
-V
-
-INNOCENCE
-
- Une petite fille aux yeux larges et bruns,
- Une frêle fillette aux innocents parfums,
- M’apporte une corbeille où sont les fruits de l’île:
- La mangue, l’acajou, la figue et la vanille.
- Chère enfant dont le père est parti loin de nous,
- J’aime la pureté de ton regard si doux,
- Si tu veux bien, enfant qui n’as pas de famille,
- Par la loi de mon cœur tu deviendras ma fille!
-
-
-VI
-
- Puisqu’avril nous revient, ramenant le beau temps,
- Nous irons, par delà les montagnes désertes,
- Revoir Pointe-Mulâtre où sont les mangoustans
- Et les cerfs roux broutant sur les savanes vertes.
- La maison de l’ami sera, par les jours frais,
- A l’ombre des manguiers et claire et pacifique;
- Et tout en écoutant les rires des forêts,
- Nous verrons écumer tes longs flots, Atlantique!
-
-
-VII
-
- Ils me disent: «Combien de dollars ou de livres
- Vous rapportent vos chants, ces nostalgiques fleurs?»
- «--Un petit vers tracé dans la plaine des livres
- Plus que tous vos sillons peut durer, ô planteurs.»
-
-
-VIII
-
- Parques, bientôt pour moi grinceront vos ciseaux
- Quand le vaisseau fatal abordera la grève.
- Pourtant grâce à l’espoir qui brille dans mon rêve,
- A chaque aube en mon cœur rechantent les oiseaux.
-
-
-IX
-
- Bien qu’il soit loin du ciel, des grives, des corbeaux,
- L’oiseau captif à l’aube exulte dans sa cage.
- J’ai chanté, loin des chœurs, dans une île sauvage,
- Les solitaires chants, Muse, sont-ils moins beaux?
-
-
-X
-
- Les fenêtres sont d’or à chaque crépuscule.
- Un volcan de splendeurs éclate au couchant vert.
- Malheureux est l’esprit qui se sent incrédule
- Devant l’immensité du ciel et de la mer.
-
-
-XI
-
-L’ILE BLEUE
-
- Dominique, où le sort a voulu que je vive,
- Il n’est nul voyageur que n’enchante ta rive.
- Le front du Diablotin plus haut que le Pelé
- Est souvent de vapeurs et de brouillards voilé.
- Dans tes vallons fleuris courent trois cents rivières.
- Mille arbres merveilleux parfument tes lisières.
- Tu protèges encor au bord de tes forêts
- Dans deux hameaux lointains et bercés des vents frais
- Le Caraïbe habile à monter sa pirogue...
- Dans les eaux de ta plage où le goémon vogue
- De lumineux poissons brillent les cent couleurs.
- Tes coquillages ont l’éclat riche des fleurs.
- Sur tes sables d’argent que hantent les tortues,
- Lorsque les grandes voix des lames se sont tues,
- Des crabes aux yeux droits courent en bataillons...
- A l’heure où de tes bois partent les papillons
- Qui forgent à tes fleurs de mobiles couronnes,
- On voit planer dans l’air les ailes monotones
- Des frégates glissant dans l’immobile azur
- Sur la sérénité de ton beau golfe pur.
- Il n’est pas de serpents dans tes savanes claires,
- Les lianes en fleurs sont tes seules vipères.
- Tes derniers «diablotins» à jamais sont partis
- Mais ta vierge forêt regorge d’agoutis,
- De perroquets plus verts que les plus verts feuillages,
- De lézards aux yeux d’or, de sarrigues sauvages
- Et de beaux ramiers bleus dont le roucoulement
- Chante la solitude et le recueillement.
- O mon île boisée, enchantement des mers,
- Les flots autour de toi dansent des ballets verts
- Et comme un petit monde où le bonheur réside
- Tu chantes au soleil sous l’alizé rapide.
- Vierge et libre à jamais, Eldorado charmé,
- Dont les vents aux vaisseaux portent l’air embaumé,
- Tu ne seras jamais la conquête de l’homme.
- Tu lui donnes tes fruits, ton miel au pur arome,
- Mais tu seras toujours, ô reine des forêts,
- Le sauvage oasis, l’Hespéride au ciel frais.
- Et quand d’autres pays auront perdu leurs palmes,
- Que leurs cieux seront veufs des oiseaux aux vols calmes,
- Tu garderas encor comme aux jours de jadis
- Le charme inviolé des anciens paradis.
- Permets qu’en te louant, pays, je me souhaite
- D’être inspiré longtemps par ta beauté parfaite
- Et de pouvoir, au chant de tes arbres épais,
- Vivre encor de beaux jours de soleil et de paix.
-
-
-XII
-
-LE SOUVENIR
-
- Je veux encor aller revoir la mer changer
- De couleur, rire
- Comme en délire,
- Et mourir, vague molle au pied de l’oranger.
- Je veux aller revoir la maison blanche
- Au bord des flots,
- Où jadis le chant bleu des mers et leurs sanglots
- Se mêlaient au cantique admirable des branches.
- Je serai seul sur le rivage harmonieux
- Et dans la brise
- Sur la mer grise
- Des vols d’oiseaux seront comme de noirs adieux.
- Ah! ce n’est plus le temps fleuri de la jeunesse!
- Vous m’étiez chers
- Soirs bleus, soirs verts,
- Pleins de tendresse,
- Vous étiez beaux
- Soirs si nouveaux
- Où chaque flot chantait un hymne d’allégresse.
-
-
-XIII
-
- «_La petite Odyssée_», ami, est incomplète,
- M’a dit mon compagnon, le pur et doux poète.
- Ce n’est pas tout d’avoir tendrement encensé
- Le pâle Lys de France et la jeune Circé.
- Ce n’est pas tout d’aller dans les cités lointaines
- Ecouter sans mourir les voix d’or des Sirènes
- Et d’entrevoir aux feux d’un beau soir obsesseur
- Le Bel Adolescent et le Divin Danseur.
- Tu ne dois plus revoir la tendre Italienne
- Qui chassa de ton cœur la chimère ancienne.
- Elle fut le Lotus qui guérit tout chagrin.
- La tempête est passée et l’azur est serein.
- Il te faut ajouter un chapitre à l’ouvrage
- Et le remplir des chants d’un amour noble et grave.
- Crois-moi, ne reste pas si seul sous le ciel bleu!
- Les maisons sans enfants ne plaisent pas à Dieu.
- Qu’elle soit Antillaise ou qu’elle soit d’Europe,
- Il faut, dans la maison aux ruches, Pénélope.
-
-
-FIN
-
-
-
-
- LE DIVAN
- REVUE DE LITTÉRATURE ET D’ART
- PARAIT DIX FOIS PAR AN
- et
- A PUBLIÉ DES ŒUVRES INÉDITES
- de
-
- Roger ALLARD, Pierre BENOIT, J.-M. BERNARD, Charles DU BOS, Jacques
- BOULENGER, Marcel BOULENGER, Francis CARCO, Georges LE CARDONNEL,
- Philippe CHABANEIX, Gilbert CHARLES, Henri CLOUARD, Tristan DERÈME,
- Charles DERENNES, Roland DORGELÈS, Paul DROUOT, Lucien DUBECH, Francis
- ÉON, Albert ERLANDE, Lucien FABRE, François FOSCA, André DU FRESNOIS,
- André GIDE, François LE GRIX, Daniel HALÉVY, Emile HENRIOT, Edmond
- JALOUX, Francis JAMMES, André LAFONT, Léo LARGUIER, Guy LAVAUD, JEAN
- LEBRAU, Pierre LIÈVRE, Jean LONGNON, Pierre MAC’ORLAN, Eugène MARSAN,
- Camille MAUCLAIR, François MAURIAC, Alphonse MÉTÉRIÉ, Francis DE
- MIOMANDRE, Eugène MONTFORT, Comtesse DE NOAILLES, Jean PELLERIN,
- Edmond PILON, Henri DE RÉGNIER, Étienne REY, Daniel THALY, Louis
- THOMAS, P.-J. TOULET, Robert DE TRAZ, Paul VALÉRY, Jean-Louis
- VAUDOYER, Francis VIÉLÉ-GRIFFIN, Gilbert DE VOISINS, Emile ZAVIE, etc.
-
- DIRECTEUR: HENRI MARTINEAU
-
- Abonnement d’un an:
- Edition sur alfa: 20 FRANCS
- Edition sur pur fil Lafuma: 40 FRANCS.
-
-
-*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILE ET LE VOYAGE ***
-
-Updated editions will replace the previous one--the old editions will
-be renamed.
-
-Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
-law means that no one owns a United States copyright in these works,
-so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the
-United States without permission and without paying copyright
-royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part
-of this license, apply to copying and distributing Project
-Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm
-concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark,
-and may not be used if you charge for an eBook, except by following
-the terms of the trademark license, including paying royalties for use
-of the Project Gutenberg trademark. If you do not charge anything for
-copies of this eBook, complying with the trademark license is very
-easy. You may use this eBook for nearly any purpose such as creation
-of derivative works, reports, performances and research. Project
-Gutenberg eBooks may be modified and printed and given away--you may
-do practically ANYTHING in the United States with eBooks not protected
-by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the trademark
-license, especially commercial redistribution.
-
-START: FULL LICENSE
-
-THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
-PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
-
-To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
-distribution of electronic works, by using or distributing this work
-(or any other work associated in any way with the phrase "Project
-Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full
-Project Gutenberg-tm License available with this file or online at
-www.gutenberg.org/license.
-
-Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project
-Gutenberg-tm electronic works
-
-1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
-electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
-and accept all the terms of this license and intellectual property
-(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
-the terms of this agreement, you must cease using and return or
-destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your
-possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
-Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound
-by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the
-person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph
-1.E.8.
-
-1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this
-agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm
-electronic works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the
-Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
-of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual
-works in the collection are in the public domain in the United
-States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
-United States and you are located in the United States, we do not
-claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
-displaying or creating derivative works based on the work as long as
-all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
-that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting
-free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm
-works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
-Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily
-comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
-same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when
-you share it without charge with others.
-
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
-in a constant state of change. If you are outside the United States,
-check the laws of your country in addition to the terms of this
-agreement before downloading, copying, displaying, performing,
-distributing or creating derivative works based on this work or any
-other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no
-representations concerning the copyright status of any work in any
-country other than the United States.
-
-1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
-
-1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
-immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear
-prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work
-on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the
-phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed,
-performed, viewed, copied or distributed:
-
- This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
- most other parts of the world at no cost and with almost no
- restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it
- under the terms of the Project Gutenberg License included with this
- eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the
- United States, you will have to check the laws of the country where
- you are located before using this eBook.
-
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is
-derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
-contain a notice indicating that it is posted with permission of the
-copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
-the United States without paying any fees or charges. If you are
-redistributing or providing access to a work with the phrase "Project
-Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply
-either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
-obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm
-trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
-additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
-will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works
-posted with the permission of the copyright holder found at the
-beginning of this work.
-
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
-License terms from this work, or any files containing a part of this
-work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
-
-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
-prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg-tm License.
-
-1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
-compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
-any word processing or hypertext form. However, if you provide access
-to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format
-other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official
-version posted on the official Project Gutenberg-tm website
-(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
-to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
-of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain
-Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the
-full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1.
-
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
-unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
-access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works
-provided that:
-
-* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
- the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
- you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
- to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has
- agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
- within 60 days following each date on which you prepare (or are
- legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
- payments should be clearly marked as such and sent to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
- Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg
- Literary Archive Foundation."
-
-* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
- you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
- does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
- License. You must require such a user to return or destroy all
- copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
- all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm
- works.
-
-* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
- any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
- electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
- receipt of the work.
-
-* You comply with all other terms of this agreement for free
- distribution of Project Gutenberg-tm works.
-
-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
-Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than
-are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
-from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of
-the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the Foundation as set
-forth in Section 3 below.
-
-1.F.
-
-1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
-Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm
-electronic works, and the medium on which they may be stored, may
-contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
-or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
-intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
-other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
-cannot be read by your equipment.
-
-1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
-of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
-Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
-Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
-liability to you for damages, costs and expenses, including legal
-fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
-LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
-PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
-TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
-DAMAGE.
-
-1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
-defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
-receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
-written explanation to the person you received the work from. If you
-received the work on a physical medium, you must return the medium
-with your written explanation. The person or entity that provided you
-with the defective work may elect to provide a replacement copy in
-lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
-or entity providing it to you may choose to give you a second
-opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
-the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
-without further opportunities to fix the problem.
-
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO
-OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
-LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
-
-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of
-damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
-violates the law of the state applicable to this agreement, the
-agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
-limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
-unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
-remaining provisions.
-
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in
-accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
-production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm
-electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
-including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
-the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
-or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
-Defect you cause.
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation's website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without
-widespread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
-state visit www.gutenberg.org/donate
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-
-Most people start at our website which has the main PG search
-facility: www.gutenberg.org
-
-This website includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
diff --git a/old/66795-0.zip b/old/66795-0.zip
deleted file mode 100644
index 5947309..0000000
--- a/old/66795-0.zip
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/66795-h.zip b/old/66795-h.zip
deleted file mode 100644
index 9f6ffdc..0000000
--- a/old/66795-h.zip
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/66795-h/66795-h.htm b/old/66795-h/66795-h.htm
deleted file mode 100644
index a5a7405..0000000
--- a/old/66795-h/66795-h.htm
+++ /dev/null
@@ -1,5904 +0,0 @@
-<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN"
- "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd">
-
-<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="fr" xml:lang="fr">
-<head>
-<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=UTF-8" />
-<title>
- The Project Gutenberg eBook of L’Ile et le voyage, by Daniel Thaly.
-</title>
-<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" />
-<style type="text/css">
-
-p { text-align: justify; line-height: 1.2em; text-indent: 1.5em;
- margin: .3em 0;}
-p.noindent { text-indent: 0; }
-
-h1 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 1em 0; }
-h2 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 4em 0 2em 0; }
-h3 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 3em 0 1.5em 0;
- font-weight: normal; font-size: 130%; }
-
-div.c, p.c { text-align: center; line-height: 1.5em; text-indent: 0;
- margin: 1em 0; }
-
-
-.large { font-size: 130%; }
-.xlarge {font-size: 180%; }
-.small { font-size: 90%; }
-.xsmall, small { font-size: 80%; }
-
-.b { font-weight: bold; }
-.i { font-style: italic; }
-.i i, .i em { font-style: normal; }
-
-.sc { font-variant: small-caps; }
-
-.poetry { text-align: left; margin: 1em 0 1em 5%; }
-.stanza { margin-top: 1em; }
-.verse { padding-left: 20%; text-indent: -20%; margin: .1em 0; }
-.i1 { text-indent: -15%; }
-.i2 { text-indent: -10%; }
-.i3 { text-indent: -5%; }
-.i4 { text-indent: 0; }
-.i5 { text-indent: 5%; }
-.i6 { text-indent: 10%; }
-
-
-blockquote.epi { margin: 1em 0 1em 40%; font-size: 90%; }
-
-
-span.blk { display: inline-block; text-align: left; text-indent: 0; }
-
-.ind { margin: 1em 0 1em 10%; }
-p.drap { padding-left: 1.5em; text-indent: -1.5em; }
-p.r { margin: 1em 5% 1em 20%; text-align: right; }
-.dedic { margin: 1em 5% 1em 20%; text-align: right; font-size: 90%; }
-.sign { margin: 1em 20% 1em 20%; text-align: right; }
-
-hr { width: 20%; margin: 1em 40%; }
-div.dots { margin: .5em 0; text-align: center; }
-div.dots b { display: inline-block; width: 4.8%; }
-
-
-sup { font-size: smaller; vertical-align: 20%; }
-
-li { list-style: none; }
-
-a { text-decoration: none; }
-
-.fnanchor { font-size: 80%; vertical-align: 0.35em; padding: 0 .15em;
- text-decoration: none;
-}
-.footnote { margin: 1em 0 1em 30%; font-size: 90%; }
-.footnote .label { }
-.footnote + .footnote { margin-top: -.5em; }
-
-div.gap, p.gap { margin-top: 2.5em; }
-.break, .chapter { margin-top: 4em; }
-
-img { max-width: 100%; }
-
-@media screen {
- body { max-width: 40em; width: 80%; margin: 0 auto; }
-}
-
-@media handheld {
- .break, .chapter { page-break-before: always; }
- .top4em { padding-top: 4em; }
- .top6em { padding-top: 6em; }
- .nobreak { page-break-before: avoid; }
-}
-
-</style>
-</head>
-<body>
-
-<div style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of L'Ile et le voyage, by Daniel Thaly</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
-at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you
-are not located in the United States, you will have to check the laws of the
-country where you are located before using this eBook.
-</div>
-
-<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: L'Ile et le voyage</p>
-
-<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Daniel Thaly</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Release Date: November 22, 2021 [eBook #66795]</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Language: French</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Character set encoding: UTF-8</div>
-
-<div style='display:block; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Produced by: Laurent Vogel and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica))</div>
-
-<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILE ET LE VOYAGE ***</div>
-<p class="c large">DANIEL THALY</p>
-
-<h1>L’ILE ET LE VOYAGE</h1>
-
-<p class="c b large">Petite Odyssée d’un Poète lointain</p>
-
-
-<p class="c gap">PARIS<br />
-<i class="large">LE DIVAN</i><br />
-37, Rue Bonaparte, 37</p>
-
-<p class="c small">MCMXXIII</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c top6em"><span class="small">DU MÊME AUTEUR</span> :</p>
-
-
-<p class="drap"><i>Lucioles et Cantharides</i> (Paris, Ollendorf, 1900)
-(épuisé).</p>
-
-<p class="drap"><i>La Clarté du Sud</i> (Toulouse, Société Provinciale
-d’Éditions, 1905).</p>
-
-<p class="drap"><i>Le Jardin des Tropiques</i> (Paris, Éditions du Beffroi,
-1911).</p>
-
-<p class="drap"><i>Chansons de mer et d’outre-mer</i> (Paris, Éditions de
-la Phalange, 1911).</p>
-
-<p class="drap"><i>Nostalgies Françaises</i> (Paris, Éditions de la Phalange,
-1913).</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c top6em">Il a été tiré de cet ouvrage<br />
-20 exemplaires sur papier de Hollande Van Gelder</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-<div class="top4em"></div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i" lang="en" xml:lang="en">Some day I shall rise and leave my friends</div>
-<div class="verse i" lang="en" xml:lang="en">And seek you again through the world’s far ends,</div>
-<div class="verse i" lang="en" xml:lang="en">You whom I found so fair,</div>
-<div class="verse i" lang="en" xml:lang="en">(Touch of your hands and smell of your hair !),</div>
-<div class="verse i" lang="en" xml:lang="en">My only god in the days that were.</div>
-<div class="verse i" lang="en" xml:lang="en">My eager feet shall find you again,</div>
-<div class="verse i" lang="en" xml:lang="en">Though the sullen years and the mark of pain</div>
-<div class="verse i" lang="en" xml:lang="en">Have changed you wholly ; for I shall know</div>
-<div class="verse i" lang="en" xml:lang="en">(How could I forget having loved you so ?),</div>
-<div class="verse i" lang="en" xml:lang="en">In the sad half-light of evening,</div>
-<div class="verse i" lang="en" xml:lang="en">The face that was all my sunrising.</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Rupert Brooke.</span></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2><span class="xsmall">PREMIER CHANT</span><br />
-D’UNE ILE PIERREUSE ET BOISÉE</h2>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Toute fraîche et feuillue sous la molle chaleur</div>
-<div class="verse">D’un grand ciel d’un bleu fou.</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">John-Antoine Nau.</span></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">J’écris ces vers d’une île où sont les perroquets,</div>
-<div class="verse">Où les arbres fleuris sont d’énormes bouquets</div>
-<div class="verse">Odorants et joyeux aux beaux mois des corolles.</div>
-<div class="verse">J’écris ces vers au chant des fontaines créoles.</div>
-<div class="verse">Sur un piton lointain ondule un palmier vert.</div>
-<div class="verse">Par ma fenêtre bleue entre l’air de la mer.</div>
-<div class="verse">Les frégates sans fin sollicitent le rêve ;</div>
-<div class="verse">Avec elles l’espoir plane loin de la grève.</div>
-<div class="verse">Tout près de ma maison où bourdonne un rucher</div>
-<div class="verse">Chantent trois fois par jour les cloches d’un clocher.</div>
-<div class="verse">Ma demeure est toujours tranquille et solitaire ;</div>
-<div class="verse">C’est là que je conserve un grand amour sincère ;</div>
-<div class="verse">Et le charme est si pur d’y chérir deux beaux yeux</div>
-<div class="verse">Lointains, que mon bonheur illumine les cieux.</div>
-<div class="verse">J’écris ces vers au chant de la mer des Antilles</div>
-<div class="verse">A l’heure où sur les monts, lune verte, tu brilles.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE VENT DU SUD</h3>
-
-<blockquote class="epi">
-<div class="poetry">
-<div class="verse">A vous troupe légère</div>
-<div class="verse">Qui d’aile passagère</div>
-<div class="verse">Par le monde volez.</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Joachim du Bellay.</span></p>
-
-</blockquote>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Le doux vent que l’on respire,</div>
-<div class="verse i3">Par ce beau jour d’odeurs,</div>
-<div class="verse i2">Apporte l’âme en délire</div>
-<div class="verse i4">Des flots et des fleurs.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Non, ce n’est pas de ces plages</div>
-<div class="verse i4">Que vient le vent frais,</div>
-<div class="verse i2">Il a fait de beaux voyages.</div>
-<div class="verse i4">(O Mers, ô Forêts !)</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Il a charmé l’Atlantique</div>
-<div class="verse i4">De son rêve fol,</div>
-<div class="verse i2">L’odeur de la Martinique</div>
-<div class="verse i4">Flotte dans son vol.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Il a frôlé la grenade</div>
-<div class="verse i4">Aux divins vergers</div>
-<div class="verse i2">Et la limpide Barbade</div>
-<div class="verse i4">Aux arbres légers.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">N’est-ce pas, pur et tonique,</div>
-<div class="verse i4">Sur les ajoupas,</div>
-<div class="verse i2">L’air de la brune Amérique</div>
-<div class="verse i4">Où sont les pampas ?…</div>
-</div>
-
-<hr />
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Il traîne par le tropique,</div>
-<div class="verse i4">Tenace témoin,</div>
-<div class="verse i2">Quelque chose d’exotique</div>
-<div class="verse i4">Qui vient de plus loin.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Il a bu le sel des îles</div>
-<div class="verse i4">Désertes où les bois</div>
-<div class="verse i2">Ont des notes plus subtiles</div>
-<div class="verse i4">Que tous les hautbois.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Il a chanté sur cent grèves</div>
-<div class="verse i4">Avec les oiseaux,</div>
-<div class="verse i2">Il a bercé mille rêves</div>
-<div class="verse i4">Et mille roseaux.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Il a gonflé mille voiles</div>
-<div class="verse i4">Sur les chaudes mers</div>
-<div class="verse i2">Et frémi sous mille étoiles</div>
-<div class="verse i4">Aux cieux pleins d’éclairs.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Il donne la nostalgie</div>
-<div class="verse i4">De pays lointains.</div>
-<div class="verse i2">Mon âme s’est élargie</div>
-<div class="verse i4">D’espoirs incertains.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ah ! ce n’est pas de nos plages</div>
-<div class="verse i4">Que vient le vent frais.</div>
-<div class="verse i2">Il a fait de grands voyages.</div>
-<div class="verse i4">(O Mers, ô Forêts !)</div>
-</div>
-
-<hr />
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Vent qui pousses les nuages</div>
-<div class="verse i4">Vers le nord frileux</div>
-<div class="verse i2">Et te complais aux ombrages</div>
-<div class="verse i4">Hantés de paons bleus.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Toi qui sèmes à nos portes</div>
-<div class="verse i4">L’or des orangers,</div>
-<div class="verse i2">Prends avec les feuilles mortes</div>
-<div class="verse i4">Mes rêves légers.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Prends mes chants et sème-les</div>
-<div class="verse i4">Sur toutes les mers</div>
-<div class="verse i2">Et que toutes les forêts</div>
-<div class="verse i4">Respirent mes vers.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Emporte au loin par le monde</div>
-<div class="verse i4">— Divin troubadour —</div>
-<div class="verse i2">L’ivresse pure et profonde</div>
-<div class="verse i4">De mon cœur trop lourd !</div>
-</div>
-
-
-<h3>AU BEAU LYS DE FRANCE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Dans l’île montagneuse et pleine de forêts,</div>
-<div class="verse">Voilà bientôt six ans que je chante aux étoiles</div>
-<div class="verse">Et que je songe à vous, tandis que mille voiles,</div>
-<div class="verse">Mille oiseaux migrateurs voyagent aux vents frais.</div>
-</div>
-
-
-<h3>AURORE AUSTRALE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La nuit ferme son aile et parmi les roseaux</div>
-<div class="verse">On entend pépier d’innombrables oiseaux.</div>
-<div class="verse i2">A pas comptés, l’aube s’approche.</div>
-<div class="verse i2">De la savane la plus proche</div>
-<div class="verse i2">On entend les clairons des coqs.</div>
-<div class="verse">Argo ne vogue plus dans la vaste nuit bleue.</div>
-<div class="verse">Le long Scorpion d’or rentre sa longue queue</div>
-<div class="verse i2">Par delà l’île aux sombres rocs.</div>
-<div class="verse">Les torrents de l’aurore en blanchissant l’azur</div>
-<div class="verse">Ont emporté le sable éclatant des étoiles</div>
-<div class="verse">Et la mer voit soudain, à son orient pur,</div>
-<div class="verse">Le clair vaisseau du jour dresser ses roses voiles.</div>
-</div>
-
-
-<h3>INCANTATION</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ah ! vivre ici, bercé de secrètes musiques</div>
-<div class="verse">Et le regard toujours tourné vers la beauté ;</div>
-<div class="verse">Les meilleurs de nos vers n’étant que des reliques</div>
-<div class="verse">Où l’on veut des beaux jours conserver la clarté !</div>
-<div class="verse">Poèmes de tendresse écrits à la nuit close,</div>
-<div class="verse">Brillez comme l’étoile en un feuillage noir ;</div>
-<div class="verse">Gardez le souvenir de la dernière rose</div>
-<div class="verse">Et l’écho langoureux des colombes du soir.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE RÊVE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Bien que je vive aux lointains bords</div>
-<div class="verse i4">De l’exotisme,</div>
-<div class="verse i2">Mon rêve, oiseau fier, sans efforts,</div>
-<div class="verse i4">Sait franchir l’isthme.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Il revient se poser souvent</div>
-<div class="verse i4">Sur la ruine</div>
-<div class="verse i2">D’un temple grec où l’on entend</div>
-<div class="verse i2">Chanter la mer de Salamine.</div>
-</div>
-
-
-<h3>INVITATION AU CLAIR DE LUNE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Clair de lune, je vais faire éteindre les lampes,</div>
-<div class="verse">Pour que vous rentriez ce soir dans ma maison ;</div>
-<div class="verse">Vous avez des pitons illuminé les rampes</div>
-<div class="verse">Et vous baignez déjà le subtil horizon.</div>
-
-<div class="verse stanza">Beau feu blanc de la lune, entrez par mes fenêtres</div>
-<div class="verse">Et faites pour mes yeux danser vos froids rayons ;</div>
-<div class="verse">Je reverrai l’étang qui brille sous les hêtres,</div>
-<div class="verse">J’entendrai Philomèle et le chant des grillons.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE SEUL REGRET</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Si vous étiez près de mon cœur</div>
-<div class="verse i4">Que la nuit serait belle !</div>
-<div class="verse i2">Il n’est pas une autre île en fleur</div>
-<div class="verse i4">A mes yeux valant celle</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Où de ma fenêtre je vois,</div>
-<div class="verse i4">Dans la campagne amie,</div>
-<div class="verse i2">Bambous penchés et palmiers droits</div>
-<div class="verse i4">Et la mer endormie.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LA LETTRE</h3>
-
-<blockquote class="epi">
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qui eust pensé que l’on peust concepvoir</div>
-<div class="verse">Tant de plaisir pour lettres recepvoir ?</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Clément Marot.</span></p>
-
-</blockquote>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ecrivez-moi sans cesse, ô mon beau Lys lointain,</div>
-<div class="verse">Bientôt luira le jour radieux que j’espère ;</div>
-<div class="verse">En attendant, les mots tracés par votre main</div>
-<div class="verse">Sont des ruisseaux où mon amour se désaltère.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LES ILES</h3>
-
-<p class="dedic"><i>A Marius-Ary Leblond.</i></p>
-
-<blockquote class="epi">
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Océan, garde-nous les Iles.</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Fernand Thaly.</span></p>
-
-</blockquote>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Qui dira le charme des îles,</div>
-<div class="verse i2">Oasis que borde d’azur</div>
-<div class="verse i2">Le désert des ondes mobiles ?</div>
-<div class="verse i2">Qui chantera leur soleil pur ?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Berceau de légendes splendides</div>
-<div class="verse i2">Depuis le temps d’Aphrodite,</div>
-<div class="verse i2">Ne sont-elles ces Atlantides</div>
-<div class="verse i2">Les paradis de la beauté ?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">C’est dans un îlot qu’Ariane</div>
-<div class="verse i2">Fut abandonnée aux tourments.</div>
-<div class="verse i2">En Sicile, au chant du platane,</div>
-<div class="verse i2">Théocrite eut des jeux charmants.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Chio te vit grandir, Homère !</div>
-<div class="verse i2">Rhodes charma les Chevaliers ;</div>
-<div class="verse i2">Et Cœur-de-Lion, âme fière,</div>
-<div class="verse i2">Aima Chypre aux pourpres halliers,</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Sur les mers de la solitude</div>
-<div class="verse i2">C’est par l’une des Bahamas</div>
-<div class="verse i2">Que Colomb commença l’étude</div>
-<div class="verse i2">Des merveilleux panoramas.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">C’est aux Mascareignes, dans l’île</div>
-<div class="verse i2">Des filaos plantés en rangs</div>
-<div class="verse i2">Que naquit Leconte de Lisle,</div>
-<div class="verse i2">Poète grand parmi les grands.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Les plus beaux yeux de l’Odyssée</div>
-<div class="verse i2">D’une île ont admiré la mer,</div>
-<div class="verse i2">Et Nausicaa fut bercée</div>
-<div class="verse i2">Par le lyrisme du flot clair.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Iles du Sud hospitalières</div>
-<div class="verse i2">Aux Bougainville, aux Carteret ;</div>
-<div class="verse i2">Elles gazouillent, vos lisières ;</div>
-<div class="verse i2">Mais pas d’oiseaux dans la forêt !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et c’est vous, charmantes Antilles,</div>
-<div class="verse i2">Les plus admirables joyaux</div>
-<div class="verse i2">Des îles riches en coquilles</div>
-<div class="verse i2">Sous l’or des tropiques royaux.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Terres d’amour, chères aux rêves</div>
-<div class="verse i2">Et propices aux Robinsons,</div>
-<div class="verse i2">Les vents alizés de vos grèves</div>
-<div class="verse i2">M’ont donné de belles leçons !…</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Vous parfumez vos claires rades</div>
-<div class="verse i2">Du souffle des matins rosés</div>
-<div class="verse i2">Et dans vos golfes les dorades</div>
-<div class="verse i2">Dansent sous les flots irisés.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">C’est à vos cieux que je dérobe</div>
-<div class="verse i2">Le murmure des filaos,</div>
-<div class="verse i2">Lorsque la mer change de robe</div>
-<div class="verse i2">A l’aurore, au parfum des flots.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Je vois rentrer le paille-en-queue</div>
-<div class="verse i2">Pareil à mon blanc rêve pur,</div>
-<div class="verse i2">Lorsque blonde en sa prison bleue</div>
-<div class="verse i2">La lune contemple l’azur.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ile ardente du Pacifique</div>
-<div class="verse i2">Stevenson ne t’aime pas mieux</div>
-<div class="verse i2">Que je n’aime ma Dominique,</div>
-<div class="verse i2">Ma belle île aux oiseaux heureux.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Douce Antille aux bois admirables,</div>
-<div class="verse i2">Sera-ce sous ton azur clair,</div>
-<div class="verse i2">Que j’entendrai, du fond des sables,</div>
-<div class="verse i2">Les grandes lyres de la mer ?</div>
-</div>
-
-
-<h3>L’ANSE AUX TORTUES</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sur la plage où le flot a des lueurs d’agates</div>
-<div class="verse">Ne glisse plus le vol émouvant des frégates.</div>
-<div class="verse">Les lézards ne vont plus parmi les mangliers</div>
-<div class="verse">Happer les fourmis d’or qui rôdent aux halliers.</div>
-<div class="verse">Du croissant safrané vois les cornes pointues.</div>
-<div class="verse">C’est juillet, mois torride où pondent les tortues.</div>
-<div class="verse">Veux-tu que nous allions vers le sable luisant</div>
-<div class="verse">De la plage où le flot blanchit le noir brisant ?</div>
-<div class="verse">Là, muets, nous pourrons peut-être, sous la lune,</div>
-<div class="verse">Voir l’immense tortue aborder la lagune,</div>
-<div class="verse">Se traîner sur le sable et longtemps épier</div>
-<div class="verse">Les ombres du rivage et celles du hallier</div>
-<div class="verse">Puis enfouir, afin que l’île les protège,</div>
-<div class="verse">Ses œufs dont la couleur est celle de la neige.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE NAGEUR</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">« Dans l’onde transparente où luisent les coraux,</div>
-<div class="verse">J’ai vu les grands requins poursuivre les bécunes ;</div>
-<div class="verse">Va plutôt te baigner dans les eaux des lagunes,</div>
-<div class="verse">Derrière la savane où beuglent les taureaux. »</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais tu me répondis : « Tes paroles sont vaines :</div>
-<div class="verse">Tu ne sauras jamais le plaisir merveilleux</div>
-<div class="verse">Qu’on éprouve à franchir les grands espaces bleus</div>
-<div class="verse">De l’Atlantique, au chant des Antilles sereines. »</div>
-
-<div class="verse stanza">Depuis, je te vois fendre au loin les vastes eaux,</div>
-<div class="verse">Et traîner sur la mer un lumineux sillage ;</div>
-<div class="verse">Et moi qui suis épris d’un autre beau voyage</div>
-<div class="verse">Je te regarde, assis à l’ombre des roseaux.</div>
-
-<div class="verse stanza">Là-bas, c’est le récif que hantent les grands squales</div>
-<div class="verse">Et voici l’horizon houleux des cachalots.</div>
-<div class="verse">Nage, souple nageur, jusqu’au soir plein d’étoiles,</div>
-<div class="verse">Ainsi qu’un grand poisson de nacre dans les flots.</div>
-
-<div class="verse stanza">Nage sous les ciels d’ambre et sous les nuits funèbres,</div>
-<div class="verse">Dans le flot rose ou vert, noir ou phosphorescent,</div>
-<div class="verse">Jusqu’au jour où soudain brisera tes vertèbres</div>
-<div class="verse">Quelque monstre marin aux yeux ivres de sang.</div>
-
-<div class="verse stanza">En attendant, jouis de la vague éternelle,</div>
-<div class="verse">Respire la douceur du soir occidental ;</div>
-<div class="verse">L’océan te caresse en ses flots de cristal,</div>
-<div class="verse">Tes bras sont vigoureux et ta jeunesse est belle.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LA NUIT DANS LES GRANDS BOIS</h3>
-
-<p class="dedic"><i>A M. H.-M.-S. Laidlaw.</i></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les perroquets criards, les perroquets têtus,</div>
-<div class="verse">Les perroquets dans l’arbre aux fruits noirs se sont tus.</div>
-<div class="verse">C’est l’heure où le soleil, parcourant d’autres lieues,</div>
-<div class="verse">Quitte la Dominique et ses montagnes bleues.</div>
-<div class="verse">Le crabier sur la branche a rejoint ses petits.</div>
-<div class="verse">Le sentier ne voit plus rôder les agoutis.</div>
-<div class="verse">Une dernière fois, la brise sur son aile</div>
-<div class="verse">Porte à l’écho lointain un chant de tourterelle.</div>
-<div class="verse">Un grand concert soudain s’élève des bosquets ;</div>
-<div class="verse">Grenouilles et lézards répondent aux criquets.</div>
-<div class="verse i2">Avant de sombrer dans le rêve…</div>
-<div class="verse i2">La forêt mêle les couleurs</div>
-<div class="verse i2">Harmonieuses de ses fleurs.</div>
-<div class="verse i2">Sur les bois la lune se lève…</div>
-<div class="verse">Les odeurs de la nuit chassent celles du jour.</div>
-<div class="verse">Mille bruits que le vent emporte avec amour</div>
-<div class="verse">Exaltent l’air plus vif des solitudes vierges.</div>
-<div class="verse">L’astre blanc sème ici des lumières de cierges</div>
-<div class="verse">Et là-bas, sur une eau, des feux de diamants.</div>
-<div class="verse">Il s’élève admirable entre les fûts dormants</div>
-<div class="verse">De deux minces palmiers et c’est comme une aurore</div>
-<div class="verse">Où le chat-huant gris jette son cri sonore.</div>
-<div class="verse">La nuit claire à présent est reine de l’azur.</div>
-<div class="verse">L’air est plus lumineux et le parfum plus pur.</div>
-<div class="verse">Il semble que soudain mille corolles blanches</div>
-<div class="verse">Parfument les rameaux des immobiles branches.</div>
-<div class="verse">Les sphinx ont remplacé l’essaim des papillons.</div>
-<div class="verse">Des lucioles d’or voltigent les feux blonds.</div>
-<div class="verse">Un lampyre embrasé semble un lent météore.</div>
-<div class="verse">Un palmier nain d’un feu verdâtre se colore</div>
-<div class="verse">Tandis que le taupin se pose sur son fût.</div>
-<div class="verse">Un chien aboie, un chien caraïbe à l’affût ;</div>
-<div class="verse">Et, vers un grand figuier dont mûrissent les figues,</div>
-<div class="verse">Je vois bondir soudain deux petites sarigues.</div>
-</div>
-
-
-<h3>PETITS PAYSAGES</h3>
-
-<p class="c small">LE FLAMBOYANT</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sous l’étincelle d’or des oiseaux-mouches braves,</div>
-<div class="verse">Le rouge flamboyant semble un volcan de fleurs ;</div>
-<div class="verse">Une averse un instant a noyé ses splendeurs,</div>
-<div class="verse">Mais le soleil couchant va raviver ses laves.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">L’ARBRE INCONNU</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Au bord de la savane où broutent les cabris,</div>
-<div class="verse">L’arbre en fleurs dont les fruits sont aimés des perruches</div>
-<div class="verse">Semble un grand arc-en-ciel ivre d’un bruit de ruches,</div>
-<div class="verse">Tant il est éventé de vols de colibris.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">L’ARBRE ROUGE</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand l’aube blanche et rose inonde la prairie,</div>
-<div class="verse">Il est comme un récif de corail aux cieux clairs ;</div>
-<div class="verse">Sur lui des papillons voltige la féerie,</div>
-<div class="verse">Les oiseaux-mouches bleus le traversent d’éclairs.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">L’EUCALYPTUS</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le bel eucalyptus balancé par le vent</div>
-<div class="verse">Semble d’un vaisseau fou la grande voile verte ;</div>
-<div class="verse">Qu’il est doux à ses pieds de s’endormir, rêvant</div>
-<div class="verse">Qu’on est parti tous deux vers une île déserte.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">LES POISSONS</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Vous qui jouez aux eaux des anses découvertes,</div>
-<div class="verse">Du doux chant des oiseaux vous ignorez le miel ;</div>
-<div class="verse">Mais vous savez l’îlot cher aux Sirènes vertes,</div>
-<div class="verse">Poissons mystérieux, frères de l’arc-en-ciel.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">LA TOURTERELLE</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La vérandah laissait rentrer l’heure laiteuse</div>
-<div class="verse">Et la lune dorait l’île de sa clarté ;</div>
-<div class="verse">Toute la claire nuit, nous avons écouté</div>
-<div class="verse">Ton frais roucoulement, tourterelle amoureuse.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">LES LUCIOLES</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">J’aime les clairs de lune où miroitent les anses,</div>
-<div class="verse">Mais préfère les nuits où voltigent vos feux,</div>
-<div class="verse">Lucioles, berçant à l’heure du silence,</div>
-<div class="verse">Vos douces lampes d’or dans les grands arbres bleus.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE RÊVE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qu’elle est douce la voix de la mer des Antilles</div>
-<div class="verse">Quand elle chante au pied des verts tamariniers,</div>
-<div class="verse">Que les femmes des bourgs passent sous leurs paniers</div>
-<div class="verse">Pleins de citrons ambrés ou de vertes vanilles !</div>
-<div class="verse">Qu’il est tendre ce chant autour de l’île en fleur,</div>
-<div class="verse">Tandis que chaque flot écume sur le sable.</div>
-<div class="verse">Ah ! vous mener un jour vers l’immense douceur,</div>
-<div class="verse">Ma charmante, des flots de la mer adorable !</div>
-</div>
-
-
-<h3>STANCE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Amour, voici le mois des plus belles étoiles.</div>
-<div class="verse">Les grands arbres seront couronnés de lueurs.</div>
-<div class="verse">La mer balancera de radieuses voiles</div>
-<div class="verse">Et mon cœur loin de vous sera plein de langueurs.</div>
-</div>
-
-
-<h3>D’UNE VÉRANDAH FLEURIE</h3>
-
-<p class="c large">(<i>Conversation avec Arthur-Harry Law</i>)</p>
-
-<p class="c">I</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Roseau dans mon enfance était plein de cabris</div>
-<div class="verse">Qui des pavés disjoints broutaient les touffes d’herbe.</div>
-<div class="verse">Des lanternes passaient dans les beaux soirs fleuris.</div>
-<div class="verse">Sur les monts violets la lune était superbe.</div>
-</div>
-
-<p class="c">II</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ivre du chant constant des bois et de la mer</div>
-<div class="verse">La Dominique est une Antille langoureuse.</div>
-<div class="verse">Sous la mélancolie âpre de son soir vert,</div>
-<div class="verse">Je suis comme un chartreux de la Grande-Chartreuse.</div>
-</div>
-
-<p class="c">III</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je garde en ma mémoire un beau souvenir clair.</div>
-<div class="verse">C’était dans le mois triste où l’eau du fleuve est grise.</div>
-<div class="verse">Dans les yeux d’une enfant des bords de la Tamise</div>
-<div class="verse">J’ai vu la mer et les étoiles de la mer.</div>
-</div>
-
-<p class="c">IV</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ah ! qu’ils sont loin les soirs de la pâle Angleterre</div>
-<div class="verse">Où nous étions de beaux éphèbes amoureux.</div>
-<div class="verse">Poètes décadents, amis de la chimère,</div>
-<div class="verse">Que vos vers me plaisaient sous les blancs ciels brumeux !</div>
-</div>
-
-<p class="c">V</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Oxford, en revenant d’une fête nautique,</div>
-<div class="verse">La tête pleine encor des courses de Henley,</div>
-<div class="verse">Je compris en lisant une ode de Shelley</div>
-<div class="verse">La divine splendeur de l’âme romantique.</div>
-</div>
-
-<p class="c">VI</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Comme on aime les yeux du rêve et de l’amour</div>
-<div class="verse">Paris que je connus à vingt ans, je les aime</div>
-<div class="verse">Tes vieux quartiers vibrants où quelque vieille tour</div>
-<div class="verse">Me fait songer à Marguerite d’Angoulême.</div>
-</div>
-
-<p class="c">VII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">« Cesse d’écrire en vers, c’est un jeu hasardeux »,</div>
-<div class="verse">Me disais-tu, penchant vers moi ta tête blonde.</div>
-<div class="verse">Et j’embrassais tes mains, ma petite Esclarmonde,</div>
-<div class="verse">Mangeuse de sorbets, toi dont les yeux sont bleus.</div>
-</div>
-
-<p class="c">VIII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Billy Milner d’un match éclatant fut vainqueur</div>
-<div class="verse">Et le soir il reçut des billets pleins de flammes.</div>
-<div class="verse">Chaque lettre disait : « Donne-moi donc ton cœur. »</div>
-<div class="verse">Billy aimait le sport et n’aimait pas les femmes.</div>
-</div>
-
-<p class="c">IX</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Pendant que les marchands comptent les escalins,</div>
-<div class="verse">Parlons de Rupert Brooke et de ses purs poèmes,</div>
-<div class="verse">Puis nous irons rendre visite aux orphelins,</div>
-<div class="verse">Aux petits orphelins dont les fronts sont si blêmes.</div>
-</div>
-
-<p class="c">X</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">C’est devant un coucher de soleil sans pareil</div>
-<div class="verse">Que j’écris ces quatrains. Je donnerais la gloire</div>
-<div class="verse">De la mer embrasant un quatre-mâts vermeil,</div>
-<div class="verse">Pour un soir sans éclat reflété par la Loire.</div>
-</div>
-
-<p class="c">XI</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Près du flot sans reflet du fleuve glorieux,</div>
-<div class="verse">Vous seriez près de moi, ma vivante statue ;</div>
-<div class="verse">La voix des mariniers dans la nuit s’étant tue,</div>
-<div class="verse">Je reverrais les soirs de la mer dans vos yeux.</div>
-</div>
-
-
-<h3>CLAIR DE LUNE A MINUIT</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Roseau la nuit semble une ville</div>
-<div class="verse i4">Des mille et une nuits</div>
-<div class="verse i2">Aux parfums des jardins de l’Ile</div>
-<div class="verse i4">Se mêlent ceux des fruits.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Au port désert un chien aboie,</div>
-<div class="verse i4">Un grillon dit son chant.</div>
-<div class="verse i2">Et la mer plus douce que soie</div>
-<div class="verse i4">S’étend comme un grand champ.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">On dirait la ville enchantée</div>
-<div class="verse i4">Aux fontaines sans bruits,</div>
-<div class="verse i2">Où la pleine lune argentée</div>
-<div class="verse i4">Miroite au fond des puits.</div>
-</div>
-
-
-<h3>L’OISEAU LOINTAIN</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Par ce soir de mélancolie,</div>
-<div class="verse i2">Quel est l’oiseau qui chante au loin,</div>
-<div class="verse i5">Qui chante si bien</div>
-<div class="verse i2">Au cœur de la forêt fleurie ?</div>
-<div class="verse i2">Charme étrange et mystérieux,</div>
-<div class="verse i2">Quel est l’oiseau délicieux</div>
-<div class="verse i2">Dont la flûte grave module</div>
-<div class="verse i2">Des notes d’or au crépuscule ?…</div>
-<div class="verse i6">Que t’importe ;</div>
-<div class="verse i5">Ecoute le chant</div>
-<div class="verse i2">Qui vient mourir devant ta porte,</div>
-<div class="verse i2">A l’heure du soleil couchant.</div>
-<div class="verse i2">C’est peut-être la flûte de Pan,</div>
-<div class="verse i2">C’est peut-être la voix du printemps.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak"><span class="xsmall">DEUXIÈME CHANT<br />
-(<i>TROIS ANS APRÈS</i>)</span><br />
-AU BEAU LYS DE FRANCE</h2>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Dors ! Je n’ai pas tenté de retours inutiles.</div>
-<div class="verse">Mais comme un beau coucher de cors au fond des bois</div>
-<div class="verse">Appelle, à la nuit close, une étoile immobile,</div>
-<div class="verse">J’ai voulu t’appeler une dernière fois.</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Léon Deubel.</span></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3>A LA BEAUTÉ</h3>
-
-<blockquote class="epi">
-<p lang="en" xml:lang="en">A thing of beauty is a joy forever.</p>
-
-<p class="sign"><span class="sc">J. Keats.</span></p>
-
-</blockquote>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Pour avoir tant chéri votre forme parfaite,</div>
-<div class="verse">Je connais aujourd’hui l’amour et la beauté.</div>
-<div class="verse">Vous avez entr’ouvert la porte de clarté,</div>
-<div class="verse">Qui fermait le jardin de la pure conquête.</div>
-
-<div class="verse stanza">Par vos divins regards où rayonne la fête</div>
-<div class="verse">De l’or et de l’azur des plus célèbres yeux,</div>
-<div class="verse">Mon cœur s’est à jamais épris des vastes cieux</div>
-<div class="verse">Et j’ai pour l’idéal une ferveur secrète.</div>
-
-<div class="verse stanza">Vous m’avez révélé mieux que tout autrefois,</div>
-<div class="verse">Le rythme de la mer, le mystère des bois</div>
-<div class="verse">Et le charme éternel de la nature immense !</div>
-
-<div class="verse stanza">Et le beau feu sacré qui consume mon cœur,</div>
-<div class="verse">Je ne le dois qu’à vous, plus douce qu’une sœur,</div>
-<div class="verse">Vous qui fîtes chanter les harpes du silence !</div>
-</div>
-
-
-<h3>STANCE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">S’ils sont beaux, sur les monts, les pieds du voyageur</div>
-<div class="verse i2">Qui porte de bonnes nouvelles ;</div>
-<div class="verse">Il est encor plus beau, sur la mer, le vapeur</div>
-<div class="verse i2">Messager des amours fidèles !</div>
-</div>
-
-
-<h3>AU BEAU LYS DE FRANCE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La lune verte luit au front d’un cocotier ;</div>
-<div class="verse">Et tout en admirant son beau reflet sur l’arbre,</div>
-<div class="verse">Je songe à ce vieux parc de France, aux bancs de marbre</div>
-<div class="verse">Où je vous vis sourire au détour d’un sentier.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ainsi passe ma vie aux belles Iles bleues.</div>
-<div class="verse">Que ce soit dans le jour, dans l’aurore ou la nuit,</div>
-<div class="verse">Chaque fois qu’un instant de beauté me séduit,</div>
-<div class="verse">Mon rêve refranchit plus de trois mille lieues.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je pense à vous devant la mer et les torrents,</div>
-<div class="verse">Devant l’écoulement rapide des rivières,</div>
-<div class="verse">Au chant des alizés sous les planètes claires,</div>
-<div class="verse">Au souffle des palmiers plantés en libres rangs.</div>
-
-<div class="verse stanza">Votre nom que jamais je ne dis à personne,</div>
-<div class="verse">Comme un beau vers je vais le chantant sur les monts ;</div>
-<div class="verse">C’est d’un charme infini sous nos grands cieux profonds ;</div>
-<div class="verse">Ainsi qu’un grave écho longuement il résonne.</div>
-
-<div class="verse stanza">Dans le brasier des soirs éblouissants de feux</div>
-<div class="verse">Je crois voir d’un vaisseau les lumineuses voiles</div>
-<div class="verse">Et jusqu’à l’heure tendre où naissent les étoiles</div>
-<div class="verse">Je contemple la mer en songeant à vos yeux.</div>
-
-<div class="verse stanza">Par les nuits qu’une lune énorme idéalise,</div>
-<div class="verse">Votre fantôme passe et repasse sans fin ;</div>
-<div class="verse">De votre jeune corps tous mes désirs ont faim</div>
-<div class="verse">Et ce sont vos odeurs qui parfument la brise.</div>
-
-<div class="verse stanza">Lorsque je sors la nuit, pour apaiser le mal</div>
-<div class="verse">D’un pauvre être agité qui souffle et qui délire,</div>
-<div class="verse">Votre cher souvenir m’accompagne et m’inspire ;</div>
-<div class="verse">Ah ! que de fleurs alors sur le chemin banal !</div>
-
-<div class="verse stanza">Voilà bientôt dix ans que les printemps de France</div>
-<div class="verse">Ont fleuri vaporeux et verts loin de mes yeux ;</div>
-<div class="verse">Et pourtant, je redis le nom délicieux,</div>
-<div class="verse">Je pense encor à vous, malgré l’horrible absence.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais hélas, je vieillis et les rêves sont fous.</div>
-<div class="verse">Je vois toujours leurs feux du haut de mes fenêtres,</div>
-<div class="verse">Mais les grands paquebots ne portent plus vos lettres,</div>
-<div class="verse">Je n’ai nul confident à qui parler de vous.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je songe bien souvent aux paroles sincères</div>
-<div class="verse">Dont vous avez bercé l’espoir de mon retour ;</div>
-<div class="verse">Quand vos yeux aux lacs purs de leurs prunelles claires</div>
-<div class="verse">Miraient encor le ciel profond de mon amour…</div>
-
-<div class="verse stanza">Je demande parfois au vent quand il voyage :</div>
-<div class="verse">« N’as-tu pas vu la Fleur splendide du printemps ?</div>
-<div class="verse">Puis-je espérer encor, exquis et repentant,</div>
-<div class="verse">Retrouver le divin, le merveilleux visage ? »</div>
-
-<div class="verse stanza">Et le vent me répond : « Reste au bord des grands bois</div>
-<div class="verse">Et garde dans tes yeux l’image qui t’est chère.</div>
-<div class="verse">Ne va pas soulever le voile du mystère.</div>
-<div class="verse">Il ne faut plus songer aux beaux yeux d’autrefois. »</div>
-
-<div class="verse stanza">Alors, je crie au loin, sous la lune émouvante :</div>
-<div class="verse">« Beaux yeux, beaux yeux charmants, qu’êtes-vous devenus ? »</div>
-<div class="verse">Rien ne répond ; l’Océan bat les récifs nus</div>
-<div class="verse">Et son sanglot jeté dans la nuit m’épouvante.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE FANTOME</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L’absence a su flatter mon amour et l’accroître</div>
-<div class="verse">Et changer mon ivresse en culte harmonieux,</div>
-<div class="verse">Telle la solitude émouvante du cloître</div>
-<div class="verse">Exalte et purifie un cœur religieux.</div>
-
-<div class="verse stanza">Beau rêve illuminant une existence morne,</div>
-<div class="verse">Vous avez éclairé chacun de mes instants ;</div>
-<div class="verse">Votre image me suit parmi les fleurs du morne</div>
-<div class="verse">Et flotte sur l’azur vaporeux des étangs.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je vous vois, près de moi, traverser les prairies</div>
-<div class="verse">Où la liane pend en lumineux hamacs ;</div>
-<div class="verse">Et vous m’accompagnez jusqu’aux cimes fleuries</div>
-<div class="verse">D’où descendent les eaux murmurantes des lacs.</div>
-
-<div class="verse stanza">C’est pour avoir chéri votre seule pensée</div>
-<div class="verse">Et pour n’avoir aimé que votre souvenir,</div>
-<div class="verse">Que j’ai porté dix ans une ivresse insensée</div>
-<div class="verse">Et que je n’attends rien du puissant avenir.</div>
-
-<div class="verse stanza">J’ai dédaigné pour vous, ô fantôme suprême,</div>
-<div class="verse">De faire de ma vie un champ harmonieux</div>
-<div class="verse">Et j’ai passé dix ans à chanter, en moi-même,</div>
-<div class="verse">Des chants purs à la gloire exquise de vos yeux !</div>
-
-<div class="verse stanza">O mon charmant amour, lumière de ma vie,</div>
-<div class="verse">Rose de mon jardin, lampe de mon espoir,</div>
-<div class="verse">Je ne vous verrai plus, vous dont j’ai tant envie</div>
-<div class="verse">Et vous ne serez pas l’étoile de mon soir.</div>
-
-<div class="verse stanza">Pourtant ce sera vous, vous que je chercherai</div>
-<div class="verse">A travers tous les yeux et toutes les amantes</div>
-<div class="verse">Et malgré le désir des lèvres inconstantes</div>
-<div class="verse">Vous serez dans mon cœur et je vous chérirai.</div>
-
-<div class="verse stanza">Encor quelques beaux jours à passer sur la terre</div>
-<div class="verse">Et puis la grande nuit envahira les cieux.</div>
-<div class="verse">Ah ! laissez-moi songer encor à la lumière</div>
-<div class="verse">Exquise et merveilleuse et pure de vos yeux !</div>
-</div>
-
-
-<h3>STANCE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Beaux voyageurs des mers, sous la nue embaumée,</div>
-<div class="verse">Des steamers aux feux d’or arrivent dans le soir ;</div>
-<div class="verse">Mais ils ne portent plus à mon cœur nul espoir ;</div>
-<div class="verse">Pour mon cœur sans espoir, ils ne sont que fumée !</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak"><span class="xsmall">TROISIÈME CHANT</span><br />
-L’HORIZON ET LA MER</h2>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le secret douloureux qui me faisait languir.</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Baudelaire.</span></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3>LE JOUR</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le jour trop beau blesse mon cœur d’un glaive d’or.</div>
-<div class="verse">Pourquoi, pourquoi, toujours cette étrange tristesse</div>
-<div class="verse">Devant cet horizon rayonnant d’allégresse</div>
-<div class="verse">Où la vague infinie et muette s’endort ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Qu’il fut divin le bain dans la mer sous le fort !</div>
-<div class="verse">Chaque lame traînait une tiède caresse,</div>
-<div class="verse">Mais un vague tourment me poursuit et m’oppresse ;</div>
-<div class="verse">Devant le ciel trop beau l’esprit songe à la mort.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ah ! que vienne bientôt l’instant où les Centaures</div>
-<div class="verse">Luiront sur le haut cap battu des flots sonores ;</div>
-<div class="verse">Alors je sentirai le calme m’envahir ;</div>
-
-<div class="verse stanza">La lune nagera dans des vapeurs rosées</div>
-<div class="verse">Et très fraîche sera la voix du souvenir</div>
-<div class="verse">Mêlée aux longs soupirs des brises apaisées.</div>
-</div>
-
-
-<h3>CRÉPUSCULE EN DÉCEMBRE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Que j’aime la clarté grave de ce couchant !</div>
-<div class="verse">Un insecte attardé traîne un trait de lumière ;</div>
-<div class="verse">Un chien aboie au seuil lointain d’une chaumière,</div>
-<div class="verse">Sur les lèvres du jour s’éteint le dernier chant.</div>
-
-<div class="verse stanza">Le beau soir frôle ainsi qu’une robe de fée</div>
-<div class="verse">L’eau de la pleine mer plus paisible qu’un lac,</div>
-<div class="verse">Le vent dans l’arbre noir balance le hamac,</div>
-<div class="verse">L’heure qui va venir est de lune coiffée.</div>
-
-<div class="verse stanza">Un feu de luciole a lui dans le bambou</div>
-<div class="verse">Et la savane où flotte une odeur de vesou</div>
-<div class="verse">Verra trembler bientôt les premières étoiles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Admire la splendeur de l’instant solennel.</div>
-<div class="verse">Regarde par delà l’Océan et les voiles</div>
-<div class="verse">Le soleil peindre en or le grand mur bleu du ciel.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE SOIR</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le vent dans les palmiers chante des odes pures</div>
-<div class="verse">Et la vague blanchit le golfe lumineux ;</div>
-<div class="verse">L’horizon est de pourpre et les pitons sont bleus</div>
-<div class="verse">Dans les grands cocotiers les noix blondes sont mûres.</div>
-
-<div class="verse stanza">Les algues dans l’air frais sèchent leurs chevelures.</div>
-<div class="verse">Les sables un à un éteignent leurs doux feux.</div>
-<div class="verse">Le jour meurt. Des pluviers reviennent deux à deux</div>
-<div class="verse">Vers l’îlot où la lame a de rauques murmures,</div>
-
-<div class="verse stanza">Un nuage a noyé le profil pur des monts ;</div>
-<div class="verse">Les canots sont rentrés parmi les goémons,</div>
-<div class="verse">A l’ouest rougit encor la dernière des voiles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Viens voir pour enchanter ton cœur toujours amer,</div>
-<div class="verse">Sous l’azur éternel, où naissent les étoiles,</div>
-<div class="verse">Miroiter les déserts immenses de la mer !</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE POÈME A LA NUIT</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La mer phosphorescente étincelle et reluit.</div>
-<div class="verse">Un nuage a l’aspect d’un mont couvert de glace,</div>
-<div class="verse">Une pâle clarté déchire au loin l’espace,</div>
-<div class="verse">La lune brillera sur la crête à minuit.</div>
-
-<div class="verse stanza">C’est l’heure où frôlant l’air de ses ailes, sans bruit,</div>
-<div class="verse">Vole aux sapotilliers le chat-huant vorace ;</div>
-<div class="verse">Poète, négligeant l’Hymette et le Parnasse,</div>
-<div class="verse">Il te faut composer un poème à la nuit ;</div>
-
-<div class="verse stanza">A la nuit tropicale, immense, sans pareille,</div>
-<div class="verse">Portant l’étoile verte et l’étoile vermeille,</div>
-<div class="verse">Dont le voile est de feu, d’ombre et de diamant.</div>
-
-<div class="verse stanza">Chante, la voix des mers immenses t’accompagne</div>
-<div class="verse">Et l’encens sept fois pur des fleurs de la montagne,</div>
-<div class="verse">Charmera ton silence et ton recueillement.</div>
-</div>
-
-
-<h3>VOLS D’OISEAUX EN SEPTEMBRE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le vent tumultueux blanchit les flots mobiles</div>
-<div class="verse">Et l’espace est rempli de vols d’oiseaux de mer</div>
-<div class="verse">Qui s’en vont, radieux de la vigueur de l’air,</div>
-<div class="verse">Chercher d’autres climats et frôler d’autres îles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Par delà les vols blancs des mouettes agiles,</div>
-<div class="verse">Plus haut qu’aucun oiseau de passage au vol fier,</div>
-<div class="verse">Les frégates, au cœur lumineux de l’éther,</div>
-<div class="verse">Planent, le col tendu, les ailes immobiles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Longtemps, je suis des yeux le départ émouvant</div>
-<div class="verse">Des oiseaux migrateurs emportés par le vent</div>
-<div class="verse">Vers le nord éclairé des lumières plus frêles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Déjà le dernier vol s’efface à l’horizon !</div>
-<div class="verse">Je vous envie, oiseaux qui changez de saison</div>
-<div class="verse">En une nuit, par la puissance de vos ailes !</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE SOUVENIR</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le soir est plus profond qu’un soir sur les Balkans,</div>
-<div class="verse">Plus bleu qu’un soir de France ou qu’un soir d’Italie,</div>
-<div class="verse">Un voile de mystère et de mélancolie</div>
-<div class="verse">Plane sur les sommets qu’éclairent des boucans.</div>
-
-<div class="verse stanza">Sur la mer passe un vol grave de pélicans,</div>
-<div class="verse">De sauvages parfums montent des forêts sombres ;</div>
-<div class="verse">Et par delà les pics qu’enveloppent des ombres</div>
-<div class="verse">La lune monte au front dentelé des volcans.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ah ! je donnerais bien toute la solitude</div>
-<div class="verse">Des grands monts violets, toute ma quiétude</div>
-<div class="verse">Pour le divin bonheur de revoir deux yeux bleus.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais pourquoi rappeler cette grande infortune ?</div>
-<div class="verse">Respirons la douceur du ciel harmonieux,</div>
-<div class="verse">Les palmes des palmiers sont luisantes de lune.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE VOILIER</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Au siècle des vapeurs et de l’aéroplane,</div>
-<div class="verse">Un blanc voilier qui passe à l’horizon du soir,</div>
-<div class="verse">Alors que l’Océan brille comme un miroir,</div>
-<div class="verse">N’est en réalité qu’une lourde tartane.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais quelque chose évoque, en l’heure diaphane,</div>
-<div class="verse">Où les yeux de la nuit vont percer l’azur noir,</div>
-<div class="verse">L’âme des temps passés et le rêve croit voir</div>
-<div class="verse">Des feux de Caraïbe au fond de la savane.</div>
-
-<div class="verse stanza">Le blanc voilier, glissant sous l’éther tropical,</div>
-<div class="verse">Revient de Montserrat et loin de l’air natal</div>
-<div class="verse">Porte un maigre troupeau de chèvres au col grêle.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais telle est la splendeur du ciel et du décor,</div>
-<div class="verse">Qu’il semble qu’en la nuit d’azur, ta Caravelle,</div>
-<div class="verse">O Cristobal Colon vogue sur les flots d’or.</div>
-</div>
-
-
-<h3>CIEL DES INDES OCCIDENTALES</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Nul ne peut se vanter de voir un ciel nocturne</div>
-<div class="verse">Plus beau, plus étoilé que celui qui s’étend</div>
-<div class="verse">Sur la mer Caraïbe, à l’heure taciturne</div>
-<div class="verse">Où le golfe endormi brille comme un étang.</div>
-
-<div class="verse stanza">Dans la sérénité des voûtes tropicales,</div>
-<div class="verse">Tous les astres connus luisent splendidement :</div>
-<div class="verse">Les étoiles du sud aux feux de diamant,</div>
-<div class="verse">Les étoiles du nord plus fines et plus pâles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et par les lourds étés, aux mois où les palmiers</div>
-<div class="verse">Bercent la tourterelle et le chant des ramiers,</div>
-<div class="verse">On voit le Chariot en face des Centaures,</div>
-
-<div class="verse stanza">Le Cygne bleu voler vers l’azur boréal,</div>
-<div class="verse">Tandis qu’au front des caps, blancs de lames sonores,</div>
-<div class="verse">Surgit le Scorpion, gloire du ciel austral…</div>
-</div>
-
-
-<h3>NUIT DU ONZE AVRIL 191.</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Arcturus sur le mont semble un feu de berger.</div>
-<div class="verse">Sirius à pas lents suit Orion qui chasse.</div>
-<div class="verse">L’Ourse erre autour du pôle étincelant de glace.</div>
-<div class="verse">Aldébaran bientôt dans la mer va plonger.</div>
-
-<div class="verse stanza">Les Centaures ont lui, la Croix bénit l’espace ;</div>
-<div class="verse">Et le charme est si pur sous le grand oranger,</div>
-<div class="verse">Que vingt fois je reviens sur la haute terrasse,</div>
-<div class="verse">Voir du fond de la nuit les astres émerger.</div>
-
-<div class="verse stanza">Miracle étincelant d’une voûte étoilée !</div>
-<div class="verse">Vains désespoirs, sombrez au fond de la vallée,</div>
-<div class="verse">Toi, rêve aérien, monte comme Altaïr !</div>
-
-<div class="verse stanza">Pour aimer dignement vos splendeurs magnifiques,</div>
-<div class="verse">Que ne suis-je au sommet d’un piton de saphir,</div>
-<div class="verse">O constellations mouvantes des tropiques !</div>
-</div>
-
-
-<h3>MATIN DEVANT LA MER</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Au soleil du matin, sous l’azur émouvant,</div>
-<div class="verse">Les flots sont couronnés de hautes crêtes blanches,</div>
-<div class="verse">Le vent jusqu’à la mer porte l’odeur des branches ;</div>
-<div class="verse">On voudrait de tels jours d’ivresse plus souvent.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ainsi que la frégate, ivre, au soleil levant,</div>
-<div class="verse">De l’horizon qui flambe et de la mer qui chante,</div>
-<div class="verse">L’esprit prend son essor et d’une aile vibrante,</div>
-<div class="verse">Monte vers l’idéal et les cieux en rêvant.</div>
-
-<div class="verse stanza">Rien ne vaut ce voyage enivrant et sonore,</div>
-<div class="verse">Au pays du soleil, au pays de l’aurore,</div>
-<div class="verse">Quand chante aux mille bords de ses îles la mer.</div>
-
-<div class="verse stanza">Rien ne vaut ce départ vers les sphères sublimes</div>
-<div class="verse">Où le rêveur revoit planer son rêve fier</div>
-<div class="verse">Entre le double azur du ciel et des abîmes.</div>
-</div>
-
-
-<h3>A L’IDÉAL</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Combien de cris encor me feras-tu pousser</div>
-<div class="verse">Avant que le vaisseau de la mort ne m’emporte ?</div>
-<div class="verse">Que les chiens du malheur hurlent devant ma porte,</div>
-<div class="verse">Idéal, dans mon cœur, rien ne peut t’émousser !</div>
-
-<div class="verse stanza">Le vent rit. Les steamers rapides vont hisser</div>
-<div class="verse">Les pavillons joyeux à leur mâture forte ;</div>
-<div class="verse">Comme les goélands, nous leur ferons escorte,</div>
-<div class="verse">Nos rêves sur les grands océans vont danser.</div>
-
-<div class="verse stanza">O vols sacrés fuyant loin de l’heure présente !</div>
-<div class="verse">L’imagination ouvre une aube enivrante,</div>
-<div class="verse">Les beaux cieux de l’esprit s’entr’ouvrent, éclatants.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et nous contemplerons, superbes ou tragiques,</div>
-<div class="verse">Sur les Bleus Saharas des mouvants Atlantiques</div>
-<div class="verse">Les lointains fabuleux de l’espace et du temps.</div>
-</div>
-
-
-<h3>STANCE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">La mer autour de moi dresse sa prison bleue.</div>
-<div class="verse">Je ne sais quel désir me vient d’un autre ciel.</div>
-<div class="verse">Qu’il est beau sur la mer ce lointain paille-en-queue</div>
-<div class="verse">Qui monte vers l’azur comme un rêve éternel !</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak"><span class="xsmall">QUATRIÈME CHANT</span><br />
-LA MAISON AUX ABEILLES</h2>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches.</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Verlaine.</span></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3>A L’EXEMPLE DES ABEILLES</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">J’ai dans ma cour, au pied de beaux arbres fleuris,</div>
-<div class="verse">Un rucher bigarré fait de vibrantes ruches ;</div>
-<div class="verse">On dirait un hameau sous les verts tamaris,</div>
-<div class="verse">Un hameau de couleur au pays des perruches.</div>
-
-<div class="verse stanza">Les bruits frais des torrents, des ruisseaux, de la mer,</div>
-<div class="verse">Autour de ma fenêtre enroulent leurs murmures ;</div>
-<div class="verse">Sans quitter ma maison, je puis, par un jour clair,</div>
-<div class="verse">Me croire au cœur profond de la verte nature.</div>
-
-<div class="verse stanza">En proie au dur travail qui bourdonne en son flanc,</div>
-<div class="verse">Le rucher au soleil ronfle comme une usine.</div>
-<div class="verse">Ah ! pourquoi tout à coup, ivre et tourbillonnant,</div>
-<div class="verse">S’en échappe un essaim qui va vers la colline ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Abeilles au vol sûr, je vous vois tour à tour</div>
-<div class="verse">Porter le pollen blond et le nectar qui grise ;</div>
-<div class="verse">Chaque instant le rayon de miel se fait plus lourd.</div>
-<div class="verse">Vous remplissez l’azur d’une belle surprise.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je perçois grâce à vous les puissantes odeurs</div>
-<div class="verse">Des grands arbres mirant leur ombrage aux fontaines,</div>
-<div class="verse">Vous portez jusqu’à moi l’enivrement des fleurs</div>
-<div class="verse">Et l’âme des beaux jours chante en vos ruches pleines.</div>
-
-<div class="verse stanza">Séduits par votre exemple, ô peuple merveilleux,</div>
-<div class="verse">Mes espoirs sont partis dans le vent qui les berce,</div>
-<div class="verse">Mais rapporteront-ils à mon cœur anxieux</div>
-<div class="verse">Le pollen du bonheur et le miel de l’ivresse ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Quand un de vos essaims tournoie, ardent et nu,</div>
-<div class="verse">Ayant abandonné le trésor des cellules,</div>
-<div class="verse">Avant de se poser dans quelque arbre inconnu</div>
-<div class="verse">De la grande forêt pleine de crépuscule,</div>
-
-<div class="verse stanza">Je rêve de quitter la paisible maison</div>
-<div class="verse">Où j’ai mené des jours d’une existence sûre,</div>
-<div class="verse">Pour aller je ne sais vers quel autre horizon</div>
-<div class="verse">Affronter les périls d’une belle aventure.</div>
-</div>
-
-
-<h3>A UNE LIANE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O liane étoilée et de fleurs et de fruits,</div>
-<div class="verse">Tu parfumes mes jours et parfumes mes nuits !</div>
-<div class="verse">Tu suspends aux bras frais d’un tamarinier grêle</div>
-<div class="verse">Les mille serpents verts de ta verte tonnelle.</div>
-<div class="verse">Pour cueillir sur ta tige un rose charançon,</div>
-<div class="verse">Un jaune oiseau des bois t’apporte sa chanson,</div>
-<div class="verse">Tu vois voler vers toi dans les aubes vermeilles</div>
-<div class="verse">Soixante colibris et plus de mille abeilles.</div>
-<div class="verse">Les bougainvilias et les longs <i lang="la" xml:lang="la">quisqualis</i></div>
-<div class="verse">Ont moins que toi l’odeur adorable des lys.</div>
-<div class="verse">Quand un orage court, te heurte et te chavire,</div>
-<div class="verse">Le vent du sud te fait chanter comme une lyre.</div>
-<div class="verse">Lorsque le croissant brille et que la ville dort,</div>
-<div class="verse">La luciole en toi pose un confetti d’or ;</div>
-<div class="verse">Et c’est l’heure indolente où vibre en ton feuillage</div>
-<div class="verse">Le chant de l’andolite<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a> et du grillon sauvage.</div>
-<div class="verse">O compagne odorante, ô fille des forêts,</div>
-<div class="verse">Grâce à toi, je peux voir la nature de près,</div>
-<div class="verse">Sans cesse je retrouve en ton jeune feuillage</div>
-<div class="verse">Le charme et les odeurs d’un lointain paysage ;</div>
-<div class="verse">Et toujours étoilée et de fleurs et de fruits</div>
-<div class="verse">Tu parfumes mes jours et parfumes mes nuits.</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> Andolite (anolis) : Petit lézard fort commun aux Antilles. Certaines
-espèces chantent par les belles nuits.</p>
-</div>
-
-<h3>LA MAISON AUX ABEILLES</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Modeste est ma maison, mais fort je la chéris</div>
-<div class="verse i2">Au doux feu des heures vermeilles !</div>
-<div class="verse">Car elle communique avec les bois fleuris</div>
-<div class="verse i2">Par le fil d’or de ses abeilles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Tel parfum qui flotta sur le morne embaumé</div>
-<div class="verse i2">Et qui subit le sort des roses</div>
-<div class="verse">Vit encor, souvenir adorable de mai,</div>
-<div class="verse i2">Dans l’étui des cellules closes.</div>
-
-<div class="verse stanza">Tel nectar, diamant liquide dans la nuit</div>
-<div class="verse i2">Ou rosée à perle tremblante</div>
-<div class="verse">Dort maintenant, plus blond que le suc d’un beau fruit,</div>
-<div class="verse i2">Au cœur chaud de la ruche ardente.</div>
-
-<div class="verse stanza">De l’aube au soir l’essaim ardent et régulier</div>
-<div class="verse i2">Apporte à ma cour des messages.</div>
-<div class="verse">Je sais quand « l’épineux » porte des fleurs d’argent</div>
-<div class="verse i2">Et quand c’est le mois des orages.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je sais que les poix doux sont pleins de « sucriers »</div>
-<div class="verse i2">Et les flamboyants d’oiseaux-mouches</div>
-<div class="verse">Et que les agoutis gambadent par milliers</div>
-<div class="verse i2">Dans le sentier des vieilles souches.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je sais que l’ortolan roucoule à la fraîcheur</div>
-<div class="verse i2">Du courbaril près de la source</div>
-<div class="verse">Et que l’étang où vient s’abreuver le chasseur</div>
-<div class="verse i2">Mire les feux de la Grande Ourse.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je sais que la campagne est un vaste bouquet</div>
-<div class="verse i2">De fleurs, d’odeurs et de musiques</div>
-<div class="verse">Où le maigre coucou, de bosquet en bosquet,</div>
-<div class="verse i2">Chasse les guêpes métalliques.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ce soir, on est au mois où l’amour met le nid</div>
-<div class="verse i2">Comme un trophée au cœur des branches ;</div>
-<div class="verse">Et mes vers accouplés volent vers l’infini</div>
-<div class="verse i2">Comme des vols d’aigrettes blanches !</div>
-</div>
-
-
-<h3>L’ÉGLISE CLAIRE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Non loin de la maison aux abeilles, l’église</div>
-<div class="verse">Où chante le dimanche un petit chœur d’enfants.</div>
-<div class="verse">Je me complais alors à suivre les doux chants</div>
-<div class="verse">De ces petits dont l’âme est encore indécise.</div>
-
-<div class="verse stanza">L’encens embaume l’air et par les jours de mai</div>
-<div class="verse">Il arrive parfois qu’on voit voler en elle</div>
-<div class="verse">D’une fenêtre à l’autre un vol de tourterelle</div>
-<div class="verse">Qui se sent bienheureux en ce lieu parfumé.</div>
-</div>
-
-
-<h3>VOL D’ABEILLES</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mille quittent la ruche en projectiles d’or.</div>
-<div class="verse">Mille rentrent soudain en cascades vermeilles.</div>
-<div class="verse">Tout le jour la maison entend vibrer l’effort</div>
-<div class="verse">Vibrant et radieux des divines abeilles.</div>
-
-<div class="verse stanza">C’est d’une reine unique en la paix du rucher</div>
-<div class="verse">Que sont nés les feux d’or de tant de travailleuses.</div>
-<div class="verse">Et le cœur du poète est un divin archer</div>
-<div class="verse">Qui lance sans compter les flèches merveilleuses.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE RÉVEIL DES RUCHES</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L’aube à peine a teinté les collines vermeilles,</div>
-<div class="verse">Qu’un gai bourdonnement s’élève du rucher.</div>
-<div class="verse">Quel est l’arbuste en fleur au parfum de pêcher</div>
-<div class="verse">Qui donne tant de joie au peuple des abeilles ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Tout le jour, vibrera le généreux travail,</div>
-<div class="verse">De la ruche à la fleur, de la fleur à la ruche ;</div>
-<div class="verse">Jusqu’à l’heure où le soir plus vert qu’une perruche</div>
-<div class="verse">Dorera de ses feux une mer de corail.</div>
-
-<div class="verse stanza">Désirs, désirs plus beaux que les mouches fidèles,</div>
-<div class="verse">Vous n’avez de repos ni l’hiver ni l’été ;</div>
-<div class="verse">Grisés par les parfums de l’arbre de Beauté,</div>
-<div class="verse">Nuit et jour vous volez aux fleurs surnaturelles.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE BEAU VERS</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Lorsque sur le papier traçant le noir sillon,</div>
-<div class="verse">Ma plume écrit un vers d’une beauté parfaite,</div>
-<div class="verse">Il me semble en la nuit voir un beau papillon ;</div>
-<div class="verse">Complaisant et joyeux, j’admire ma conquête.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais dès que sur les lacs le soleil s’est levé,</div>
-<div class="verse">Le vers prend la couleur morte des chrysalides ;</div>
-<div class="verse">Il a perdu l’éclat du sphinx vert des Florides,</div>
-<div class="verse">Je n’écrirai jamais le vers que j’ai rêvé.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE RAYON</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Garde-toi d’enlever de la ruche qui dort</div>
-<div class="verse">Le rayon non scellé par les abeilles d’or,</div>
-<div class="verse">Le miel operculé seul est un vrai trésor.</div>
-
-<div class="verse stanza">Il faut que ta pensée, ô poète, soit mûre,</div>
-<div class="verse">Pour que dans un beau vers, son moule et sa parure,</div>
-<div class="verse">Elle dure longtemps et se conserve pure.</div>
-</div>
-
-
-<h3>AU COLIBRI</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Colibri, tous les bois fleuris sont en liesse ;</div>
-<div class="verse">Et pourtant, tu reviens au jardin de Roseau</div>
-<div class="verse">Apporter à mes fleurs ta frôleuse caresse,</div>
-<div class="verse">Ah ! de quel paradis sors-tu, charmant oiseau ?</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE MIEL</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">De même que le vin évoque un coteau bleu,</div>
-<div class="verse">L’odeur de ce beau miel fait revivre ta flore,</div>
-<div class="verse">Campêche blond qu’on vit l’an dernier, à l’aurore,</div>
-<div class="verse">Lourd de guêpes de cuivre et d’abeilles de feu.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LA MONTAGNE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Montagne couronnée et de lune et de rêve,</div>
-<div class="verse">C’est vers vous cette nuit que voyagent mes vœux ;</div>
-<div class="verse">Non point pour vos splendeurs qu’on voit de cette grève</div>
-<div class="verse">Mais parce que vos lacs me rappellent ses yeux.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE POÈTE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O poète, tu n’as qu’un moment de beauté,</div>
-<div class="verse">Pour ciseler le vers sauveur de ta mémoire,</div>
-<div class="verse">Le vers vaisseau de fer et vaisseau de clarté</div>
-<div class="verse">Qui portera ton nom sur les mers de la gloire.</div>
-</div>
-
-
-<h3>BEAUX JOURS</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mille parfums de fleurs annoncent que le miel</div>
-<div class="verse">Sera bientôt porté vers les ruches ardentes ;</div>
-<div class="verse">Et plus de cent essaims d’abeilles bourdonnantes</div>
-<div class="verse">De leurs voyages d’or éblouissent le ciel.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mon esprit, travaillez loin des sombres demeures,</div>
-<div class="verse">Devant le beau visage étincelant des jours ;</div>
-<div class="verse">Pour qu’en vers lumineux comme les rayons lourds,</div>
-<div class="verse">Vous condensiez l’essence impalpable des heures.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LA FENÊTRE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je veux chanter la chambre ouverte à l’alizé ;</div>
-<div class="verse">Par sa large fenêtre on peut voir la montagne,</div>
-<div class="verse">Des bois et des vallons, la lointaine campagne,</div>
-<div class="verse">Où chaque arbuste en fleur forme un îlot rosé.</div>
-
-<div class="verse stanza">On voit aussi la mer, flot calme ou flot brisé,</div>
-<div class="verse">De larges vols d’oiseaux que le vent accompagne,</div>
-<div class="verse">Un horizon plus bleu que celui de l’Espagne,</div>
-<div class="verse">Et les mille splendeurs du couchant embrasé.</div>
-
-<div class="verse stanza">Dans le ciel exigu qu’encadre la croisée,</div>
-<div class="verse">La nuit sombre et la nuit brillante de rosée</div>
-<div class="verse">Se révèlent soudain dans toute leur fraîcheur.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et dans le rose azur d’une naissante aurore,</div>
-<div class="verse">Je regarde rougir la voile d’un pêcheur,</div>
-<div class="verse">Pâlir la Croix du Sud et mourir les Centaures.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LA TOMBE FLEURIE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je hais le cimetière où l’on dort à l’étroit.</div>
-<div class="verse">Ah ! qu’on ne couvre pas ma dépouille de marbre ;</div>
-<div class="verse">Mais qu’on m’enterre, à l’ombre verte d’un grand arbre,</div>
-<div class="verse">Et que la mer, la mer chante près de l’endroit.</div>
-<div class="verse">Je voudrais que ma fosse ainsi qu’une tonnelle</div>
-<div class="verse">Fût en tout temps fleurie afin que le passant</div>
-<div class="verse">Séduit par la splendeur de l’arbre ravissant</div>
-<div class="verse">S’arrêtât pour rêver, quelques instants, près d’elle.</div>
-<div class="verse">Mais, je voudrais surtout, lorsque le renouveau</div>
-<div class="verse">Enivre les chemins, que passent de beaux couples</div>
-<div class="verse">De jeunes amoureux aux corps minces et souples</div>
-<div class="verse">Et qui ne sauraient pas que là gît un tombeau.</div>
-<div class="verse">Mon âme, au jardin bleu des ténèbres enclose,</div>
-<div class="verse">Tressaillirait du fond de l’éternel exil</div>
-<div class="verse">Lorsque l’adolescent divin, le frêle avril,</div>
-<div class="verse">Viendrait avec l’Aurore y respirer les roses.</div>
-<div class="verse">Et par les grands étés de l’immense avenir,</div>
-<div class="verse">Dans les sèves de l’arbre éclaterait encore,</div>
-<div class="verse">Pour le parer soudain d’une éclatante flore,</div>
-<div class="verse">Mon rêve radieux qui ne veut pas mourir !</div>
-</div>
-
-
-<h3>STANCE AUX ABEILLES</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Lorsque je partirai, mes petites amies,</div>
-<div class="verse i2">N’allez pas quitter le rucher ?</div>
-<div class="verse">N’allez pas essaimer par delà le clocher ?</div>
-<div class="verse">Restez, vous charmerez les roses endormies.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak"><span class="xsmall">CINQUIÈME CHANT</span><br />
-CHANSONS LOINTAINES</h2>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">C’est à quoi je fus destiné</div>
-<div class="verse">Dès le premier jour de ma vie,</div>
-<div class="verse">Et la Muse m’auroit traisné,</div>
-<div class="verse">Si je ne l’eusse pas suivie.</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">François Maynard.</span></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Shall I reject the green and rose</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Of opals with their shifting flame,</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Because the classic diamond glows</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">With lustre that is still the same.</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Edmund Gosse.</span></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3>LA MORT DU PETIT FOL</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Au loin, au loin, dans la vallée,</div>
-<div class="verse i2">Pleurait la tendre voix voilée</div>
-<div class="verse i4">D’un rossignol.</div>
-<div class="verse i2">Aux pleurs de la nuit étoilée</div>
-<div class="verse i2">Mourait d’amour dans une allée</div>
-<div class="verse i4">Le petit Fol.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Tu ne sus que trop tard, Princesse,</div>
-<div class="verse i2">Pourquoi s’emplissaient de détresse</div>
-<div class="verse i4">Les yeux charmants ;</div>
-<div class="verse i2">Et tu baisas, dans ta tristesse,</div>
-<div class="verse i2">Ton doux Fol mort pour toi d’ivresse</div>
-<div class="verse i4">Sans sacrements.</div>
-</div>
-
-
-<h3>VACANCES</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Qu’elle est légère la brise</div>
-<div class="verse i2">Dans le haut tamarinier ;</div>
-<div class="verse i2">Qui traduira l’ode exquise</div>
-<div class="verse i2">Qu’elle dit au latanier ?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Avril sur la branche élue</div>
-<div class="verse i2">Ramène les deux ramiers.</div>
-<div class="verse i2">Une histoire est vite lue</div>
-<div class="verse i2">Au bercement des palmiers.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Verte montagne et vous, colline,</div>
-<div class="verse i2">Vous charmerez ses doux yeux,</div>
-<div class="verse i2">Pendant cette heure divine</div>
-<div class="verse i2">Où la mer se mêle aux cieux.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Quand, sous les brises plus molles,</div>
-<div class="verse i2">Les sentiers seront plus frais,</div>
-<div class="verse i2">Rondes d’or des lucioles,</div>
-<div class="verse i2">Illuminez les forêts !</div>
-</div>
-
-
-<h3>CHANSON DU CLAIR DE LUNE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">La palme rit dans le ciel bleu.</div>
-<div class="verse i2">La mer roule mille étincelles.</div>
-<div class="verse i2">Ivresse des saisons nouvelles.</div>
-<div class="verse i2">Le jour s’éteint à petit feu.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Lentement la lune se lève.</div>
-<div class="verse i2">Sous les arbres luit le chemin.</div>
-<div class="verse i2">Je revois toujours dans mon rêve</div>
-<div class="verse i2">Son front pur, couleur de jasmin.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La nuit est profonde et sans voile.</div>
-<div class="verse i2">La brise embaume à vous griser.</div>
-<div class="verse i2">Quelle est cette lointaine étoile</div>
-<div class="verse i2">Qui sur l’eau semble reposer ?</div>
-</div>
-
-
-<h3>CHANSON DE RÊVE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Je te prendrai par tes deux</div>
-<div class="verse i3">Petites mains, chère,</div>
-<div class="verse i2">Et j’aimerai dans tes yeux</div>
-<div class="verse i3">La bonne lumière.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ce sera par un soir vert,</div>
-<div class="verse i3">Au bord de la grève.</div>
-<div class="verse i2">Mon cœur sera parti vers</div>
-<div class="verse i3">Son plus joli rêve.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Nous reviendrons aux temps doux</div>
-<div class="verse i3">Des vieilles tendresses.</div>
-<div class="verse i2">Je reverrai les ciels fous</div>
-<div class="verse i3">Des mortes ivresses.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Bonheur si grand que les mots</div>
-<div class="verse i3">Seront inutiles.</div>
-<div class="verse i2">Le clair de lune à longs flots</div>
-<div class="verse i3">Baignera les îles…</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">De cet espoir, sans raison,</div>
-<div class="verse i3">J’ai l’âme embaumée ;</div>
-<div class="verse i2">D’un vapeur à l’horizon,</div>
-<div class="verse i3">Monte la fumée.</div>
-</div>
-
-
-<h3>AUTRE CHANSON DE RÊVE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Je voudrais donner ce mois</div>
-<div class="verse i3">A la poésie</div>
-<div class="verse i2">Et le passer dans les bois</div>
-<div class="verse i3">A ma fantaisie.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Qu’il serait bon d’oublier</div>
-<div class="verse i3">Les pauvres misères ;</div>
-<div class="verse i2">Respirer l’air du hallier,</div>
-<div class="verse i3">Aimer les chimères ;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Revoir voler l’oiseau bleu</div>
-<div class="verse i3">Au fil des savanes</div>
-<div class="verse i2">Et la luciole en feu</div>
-<div class="verse i3">Percer les lianes ;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Retrouver la saine odeur</div>
-<div class="verse i3">Des fleurs de montagne</div>
-<div class="verse i2">Et te parler cœur à cœur,</div>
-<div class="verse i3">O Muse, ô Compagne !</div>
-</div>
-
-
-<h3>CHANSON DE L’OISEAU MORT</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">J’avais sept oiseaux dans la cage d’or :</div>
-<div class="verse">Six couleur de pourpre, aux becs de turquoise ;</div>
-<div class="verse">Le dernier plus sombre et couleur d’ardoise.</div>
-<div class="verse">Et ce pauvre oiseau de tristesse est mort.</div>
-
-<div class="verse stanza">Depuis qu’il est mort dans la claire cage,</div>
-<div class="verse">Mon cœur aime moins les autres oiseaux.</div>
-<div class="verse">Il manque au concert la flûte sauvage,</div>
-<div class="verse">L’esprit des grands bois et des grands roseaux.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ceux qui sont restés chantent les prairies,</div>
-<div class="verse">La colline en fleur et le verger bleu ;</div>
-<div class="verse">Mais l’oiseau défunt chantait, comme un dieu,</div>
-<div class="verse">L’air inviolé des forêts fleuries.</div>
-
-<div class="verse stanza">Toujours son beau chant montait gravement,</div>
-<div class="verse">Puis s’éparpillait en roulades hautes ;</div>
-<div class="verse">Il pleurait l’azur en poignantes notes</div>
-<div class="verse">Où je retrouvais mon propre tourment.</div>
-
-<div class="verse stanza">Au soleil couchant il battit de l’aile.</div>
-<div class="verse">Je n’entendrai plus la divine voix.</div>
-<div class="verse">Ah ! te voilà morte, ô lyre fidèle,</div>
-<div class="verse">Morte en ta prison, loin de tes grands bois !</div>
-</div>
-
-
-<h3>CHANSON D’UN SOIR ÉTOILÉ</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Veux-tu que nous sortions ce soir ?</div>
-<div class="verse i2">Les étoiles sont merveilleuses ;</div>
-<div class="verse i2">Les Pléiades dans le noir</div>
-<div class="verse i2">Allument leurs douces veilleuses.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La grande Ourse, ainsi qu’un beau char,</div>
-<div class="verse i2">Nous invite à de grands voyages.</div>
-<div class="verse i2">Une fleur s’ouvre quelque part ;</div>
-<div class="verse i2">Le vent balance les feuillages.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Sortons, nous marcherons sans bruit ;</div>
-<div class="verse i2">Et nos âmes iront en songe</div>
-<div class="verse i2">Vers les îles d’or de la nuit</div>
-<div class="verse i2">Oublier que le temps nous ronge.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Bientôt, par ordre de la mort,</div>
-<div class="verse i2">Nous serons froids et sans envie.</div>
-<div class="verse i2">Respirons, respirons encor</div>
-<div class="verse i2">La bonne haleine de la vie.</div>
-</div>
-
-
-<h3>CHANSON DE LA GRIVE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Sur la palme du cocotier,</div>
-<div class="verse i4">La grive chante</div>
-<div class="verse i2">Un petit air primesautier ;</div>
-<div class="verse i4">L’heure est charmante.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Doucement, l’alizé balance</div>
-<div class="verse i4">L’arbre qui dort ;</div>
-<div class="verse i2">Et l’oiseau vers le ciel bleu lance</div>
-<div class="verse i4">Ses trilles d’or.</div>
-</div>
-
-
-<h3>CHANSON DU FILAO</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Le grand filao, nuit et jour,</div>
-<div class="verse i2">Au vent de mer, au vent d’orage,</div>
-<div class="verse i2">Module dans l’air tour à tour</div>
-<div class="verse i2">Une chanson douce ou sauvage.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Petite fille aux grands yeux frais,</div>
-<div class="verse i2">Si tu souffres de quelque peine,</div>
-<div class="verse i2">Va t’asseoir au bord des forêts,</div>
-<div class="verse i2">Par un soir de lune sereine.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Le grand filao chantera</div>
-<div class="verse i2">Et bien mieux que celui qui t’aime ;</div>
-<div class="verse i2">Pour te bercer il te dira</div>
-<div class="verse i2">Un tendre, un suave poème.</div>
-</div>
-
-
-<h3>CHANSON DE LA BRISE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Aux violons frais de la brise,</div>
-<div class="verse i2">Les bals bleus du soir sont légers ;</div>
-<div class="verse i2">Chers pétales des orangers,</div>
-<div class="verse i2">Tombez parmi la valse exquise.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Elle tourne plus douce encore</div>
-<div class="verse i2">Que les pétales sur le sol.</div>
-<div class="verse i2">Entendrai-je en la nuit sonore</div>
-<div class="verse i2">Chanter la voix du rossignol ?</div>
-</div>
-
-
-<h3>CHANSON DE LA FEUILLE MORTE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Feuille morte, volez en rond !</div>
-<div class="verse i2">Vole vers elle, ma chanson !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">(Ah ! qu’elle est loin la douce brise</div>
-<div class="verse i2">D’été qu’enivrait le cytise !)</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Dans l’air vous vous rencontrerez</div>
-<div class="verse i2">Et parlerez à votre gré.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">« L’hiver noir me suit à la piste »,</div>
-<div class="verse i2">Dit la feuille couleur d’or blond.</div>
-<div class="verse i2">« Je m’en vais d’un cœur qui s’attriste »,</div>
-<div class="verse i2">A dit la petite chanson.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Tournez en rond, tournez en rond,</div>
-<div class="verse i2">Feuille morte et triste chanson !</div>
-</div>
-
-
-<h3>CHANSON DES OISEAUX</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Regarde voleter aux haies</div>
-<div class="verse i2">Les oiseaux vifs, mangeurs de baies,</div>
-<div class="verse i2">Les oiselets aux notes gaies.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Il convient à mon rêve fier</div>
-<div class="verse i2">De voir planer au ciel désert</div>
-<div class="verse i2">Les oiseaux sombres de la mer.</div>
-</div>
-
-
-<h3>TROIS PETITES CHANSONS</h3>
-
-<p class="c">I</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Oiseau de nuit vient d’engloutir</div>
-<div class="verse i2">Luciole au feu de saphir.</div>
-<div class="verse i2">C’est de même qu’agit la vie</div>
-<div class="verse i2">Quand un rêve lui fait envie.</div>
-</div>
-
-<p class="c">II</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Tout le printemps tient dans la rose,</div>
-<div class="verse i2">Tout l’hiver dans un ciel morose.</div>
-<div class="verse i2">Un petit poème très court</div>
-<div class="verse i2">Peut contenir peine et amour.</div>
-</div>
-
-<p class="c">III</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Du clair soleil, rubis vainqueur,</div>
-<div class="verse i2">Il ne reste rien qu’améthystes.</div>
-<div class="verse i2">S’il n’était pas blessé, le cœur</div>
-<div class="verse i2">Chanterait-il ces chansons tristes ?</div>
-</div>
-
-
-<h3>CHANSON D’UN JOUR DE PLUIE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Le ciel est gris perle, c’est l’heure,</div>
-<div class="verse i2">L’heure de la chauve-souris ;</div>
-<div class="verse i2">Sur l’étang le filao pleure,</div>
-<div class="verse i2">Au bois sanglote la perdrix.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Le grand brouillard blanc de la pluie</div>
-<div class="verse i2">A voilé la montagne verte,</div>
-<div class="verse i2">De plus en plus mon cœur s’ennuie</div>
-<div class="verse i2">De vivre en une île déserte.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ce fut toute cette journée,</div>
-<div class="verse i2">Sur mon toit les pleurs de l’averse,</div>
-<div class="verse i2">Je me sens une âme fanée</div>
-<div class="verse i2">Que l’amour des poèmes berce.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ma maison sera malheureuse</div>
-<div class="verse i2">Jusqu’à l’heure du crépuscule.</div>
-<div class="verse i2">Que l’on allume la veilleuse</div>
-<div class="verse i2">Et qu’on arrête la pendule !</div>
-</div>
-
-
-<h3>CHANSON TRISTE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">La « Solitude » et la « Tristesse »,</div>
-<div class="verse i2">Voilà le nom des deux hiboux</div>
-<div class="verse i2">Qui viennent ululer sans cesse</div>
-<div class="verse i2">Dans l’arbre noir des ravins fous ;</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Dans l’arbre noir tordant ses branches</div>
-<div class="verse i2">Au vent sinistre de la mer ;</div>
-<div class="verse i2">Et sur qui les colombes blanches</div>
-<div class="verse i2">Ne posent jamais leur vol clair.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LA CHANSON DU CŒUR MALADE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Au lieu de durcir, mon cœur d’homme,</div>
-<div class="verse i3">Vous vous attendrissez,</div>
-<div class="verse i2">Non, vous n’avez rien du surhomme</div>
-<div class="verse i3">Sans cesse, vous baissez !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Il suffit d’un vapeur en rade,</div>
-<div class="verse i3">D’un souvenir, d’un rien.</div>
-<div class="verse i2">Il faut, comme un enfant malade</div>
-<div class="verse i3">Que l’on vous mène au loin.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak"><span class="xsmall">SIXIÈME CHANT</span><br />
-LE PETIT VOYAGE AUX ILES BLEUES</h2>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3>L’APPEL DE L’ATLANTIQUE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Rose, la mer baignait les promontoires bleus.</div>
-<div class="verse">De grands oiseaux planaient, sollicitant le rêve.</div>
-<div class="verse">Une voix murmura : « Quitte donc cette grève !</div>
-<div class="verse">Va voir d’autres pays aux visages heureux !</div>
-
-<div class="verse stanza">« Il faut te dépêcher de vivre, l’heure approche</div>
-<div class="verse">Où tes yeux n’auront plus la clarté des étangs.</div>
-<div class="verse">Quelque jour, l’avenir te fera le reproche</div>
-<div class="verse">De n’avoir pas assez savouré les printemps.</div>
-
-<div class="verse stanza">« Il faut d’un bel amour la flamme généreuse</div>
-<div class="verse">Pour guérir l’autre amour en ton cœur insensé.</div>
-<div class="verse">Ce n’est pas dans ton île, oasis merveilleuse,</div>
-<div class="verse">Qu’on trouve le Lotus et qu’on trouve Circé.</div>
-
-<div class="verse stanza">Non loin d’ici rayonne une Antille enchantée</div>
-<div class="verse">Où tu pourras cueillir un rapide bonheur.</div>
-<div class="verse">N’en demande pas plus et sous la voie lactée</div>
-<div class="verse">Débarque, en pleine nuit, dans la belle île en fleur.</div>
-
-<div class="verse stanza">« Pars et va-t’en chercher le suprême antidote.</div>
-<div class="verse">D’autres yeux te feront oublier son œil clair.</div>
-<div class="verse">Qu’il est doux dans le bois le cri de la hulotte !</div>
-<div class="verse">Ah ! que le clair de lune est divin sur la mer ! »</div>
-</div>
-
-
-<h3>STANCE AU NAVIRE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O navire, bercé par ton beau mouvement,</div>
-<div class="verse">Je vois décroître au loin les pitons noirs de l’île.</div>
-<div class="verse">Qu’il est poignant l’adieu de la petite ville !</div>
-<div class="verse">Ah ! que ce cocotier sur la mer est charmant !</div>
-</div>
-
-
-<h3>AU LARGE DU MONT PELÉ</h3>
-
-<p class="dedic"><i>A S<sup>t</sup>-Pierre.</i></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand par la belle nuit sereine du tropique</div>
-<div class="verse">Où le blanc bouclier ne brillait pas au ciel,</div>
-<div class="verse">Le vapeur traversant les eaux de l’archipel,</div>
-<div class="verse">Nous vîmes, sur la mer en feu, la Martinique,</div>
-
-<div class="verse stanza">Les passagers, à bord du noir transatlantique,</div>
-<div class="verse">Cherchèrent dans la nuit le piton de malheur ;</div>
-<div class="verse">Et quelqu’un redisant le récit plein d’horreur,</div>
-<div class="verse">La mer sembla jeter un long sanglot tragique.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et nous deux qui savons tout ce que nous a pris</div>
-<div class="verse">Le vieux mont sommeillant sous le nuage gris,</div>
-<div class="verse">Nous redîmes ton nom, ô ville malheureuse.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et tandis que le vent soufflait rapide et fort,</div>
-<div class="verse">Les astres palpitants de la nuit merveilleuse</div>
-<div class="verse">Semblaient du grand volcan les étincelles d’or.</div>
-</div>
-
-
-<h3>A UNE CRÉOLE BLONDE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">O toi qu’admire Fort-de-France</div>
-<div class="verse i2">D’où te vient ce beau teint si frais ?</div>
-<div class="verse i2">— Du Morne Rouge les forêts</div>
-<div class="verse i2">Ont bercé ma petite enfance.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et ce port, ces gestes fleuris,</div>
-<div class="verse i2">Cette élégance sans seconde ?</div>
-<div class="verse i2">— Vers la liane pourpre ou blonde</div>
-<div class="verse i2">J’ai vu voler les colibris.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Née au pays des Sapotilles</div>
-<div class="verse i2">D’où te viennent ces yeux si bleus ?</div>
-<div class="verse i2">— Ils ont illuminé mes yeux</div>
-<div class="verse i2">Les flots de la mer des Antilles.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Le fruit de ta bouche est vermeil</div>
-<div class="verse i2">Et ta chevelure te dore.</div>
-<div class="verse i2">— Ah ! je me baigne dans l’aurore ;</div>
-<div class="verse i2">Je suis la fille du soleil !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Je suis blonde et je suis créole.</div>
-<div class="verse i2">Mon parler est un chant d’oiseau.</div>
-<div class="verse i2">J’ai la souplesse du roseau</div>
-<div class="verse i2">Et l’éclat de la luciole.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LA MARTINIQUAISE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Est-ce une femme, est-ce une fleur</div>
-<div class="verse i2">Cette forme au fond de l’allée ?</div>
-<div class="verse i2">O belles filles de couleur !</div>
-<div class="verse i2">Taille élégante et grâce ailée !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Sous la mantille et le mouchoir,</div>
-<div class="verse i2">Qu’ils soient d’azur, d’ombre ou de braise,</div>
-<div class="verse i2">Les plus beaux yeux qu’on puisse voir</div>
-<div class="verse i2">Sont ceux de la Martiniquaise.</div>
-</div>
-
-
-<h3>DANS LA HAUTE CAMPAGNE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les grands criquets du soir vibrent dans les manguiers.</div>
-<div class="verse">Un croissant encor faible éclaire la savane</div>
-<div class="verse">Et dans l’air, qu’alourdit l’odeur d’une liane,</div>
-<div class="verse">Un large oiseau de nuit frôle les bleus halliers.</div>
-
-<div class="verse stanza">Les constellations scintillent par milliers.</div>
-<div class="verse">Un rayon jaune allume au loin un champ de cannes</div>
-<div class="verse">Et les sentiers déserts sous l’heure diaphane</div>
-<div class="verse">Montent vers la fraîcheur des grands bois familiers.</div>
-
-<div class="verse stanza">Un chien aboie au loin au fond de la campagne ;</div>
-<div class="verse">L’aboi d’un autre chien plus proche l’accompagne,</div>
-<div class="verse">Le vent s’est apaisé dans les feuillages mous.</div>
-
-<div class="verse stanza">Les brises des forêts enivrent les prairies ;</div>
-<div class="verse">Et, comme un serpent d’or, glisse sous les bambous</div>
-<div class="verse">Un ruisseau que la lune orne de pierreries.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LOUANGE DE LA BARBADE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Antille que l’on dit financière et bourgeoise,</div>
-<div class="verse">Ile chère aux vaisseaux, propice aux étrangers,</div>
-<div class="verse">Qu’il fut doux de te voir surgir des flots légers,</div>
-<div class="verse">Ceinte de tes palmiers sur la mer de turquoise.</div>
-
-<div class="verse stanza">Sous ton ciel ne rit pas la complainte patoise,</div>
-<div class="verse">Point de monts tropicaux ni de blonds orangers.</div>
-<div class="verse">Mais bien que tu sois plane et veuve de vergers,</div>
-<div class="verse">La beauté de la mer t’enivre et te pavoise.</div>
-
-<div class="verse stanza">Que tes sables sont doux aux pieds nus des baigneurs !</div>
-<div class="verse">Que tes jardins sont frais, que vives sont tes fleurs,</div>
-<div class="verse">Oasis par l’odeur des sucres parfumée !</div>
-
-<div class="verse stanza">Barbade, sur tes bords j’ai vécu trois beaux jours ;</div>
-<div class="verse">Dans le rapide éclair de leurs instants trop courts,</div>
-<div class="verse">Je t’ai trouvée exquise et digne d’être aimée.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE POÈME TROUVÉ SUR UNE PLAGE</h3>
-
-<blockquote class="epi">
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><span lang="en" xml:lang="en">They cried</span> : « La Belle Dame sans Merci</div>
-<div class="verse i3" lang="en" xml:lang="en">Have thee in thrall. »</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">J. Keats.</span></p>
-
-</blockquote>
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i>Nous trouvâmes un soir sur le sable d’une île</i></div>
-<div class="verse"><i>Déserte où ne vivait que le crabe inutile,</i></div>
-<div class="verse"><i>Couvert d’algue marine, un cadavre encor frais.</i></div>
-<div class="verse"><i>Le beau, l’énigmatique et mince jeune Anglais</i></div>
-<div class="verse"><i>Que nous avions connu dans Londres merveilleuse</i></div>
-<div class="verse"><i>Avait trouvé la mort près de l’onde rêveuse.</i></div>
-<div class="verse"><i>Près de son pâle front gisait un noir coffret</i></div>
-<div class="verse"><i>Où dormait ce poème ardent et sans apprêt</i> :</div>
-</div>
-
-<p class="c">I</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">« O mon Amour, ma vie est la rose qui ploie</div>
-<div class="verse">Et ton cœur est un grand papillon plein de joie.</div>
-</div>
-
-<p class="c">II</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">« Ta chair était pareille à celle des lys blancs.</div>
-<div class="verse">Ta bouche avait l’éclat des grenades ouvertes.</div>
-<div class="verse">J’admirai de trop près tes deux prunelles vertes</div>
-<div class="verse">Et depuis je suis plein de remords sanglotants.</div>
-</div>
-
-<p class="c">III</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">« O charme merveilleux de cette tête ovale,</div>
-<div class="verse">De ce visage pur, délicat et charmant,</div>
-<div class="verse">De ces yeux dont l’azur, le saphir et l’opale</div>
-<div class="verse">Evoquaient pour mon cœur l’Ange du sentiment !</div>
-</div>
-
-<p class="c">IV</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">« De ta divine bouche, incomparable rose,</div>
-<div class="verse">Sortaient de tendres mots, des chants purs et joyeux.</div>
-<div class="verse">Je n’ai su que plus tard que ce n’était que pose</div>
-<div class="verse">Et que tout était faux, ta douceur et tes yeux.</div>
-</div>
-
-<p class="c">V</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">« Je porte le fardeau d’un grand amour avide,</div>
-<div class="verse">D’un amour sans remède et qui sent le malheur.</div>
-<div class="verse">Dieu n’a pas mis de cœur dans ta poitrine vide</div>
-<div class="verse">Mais ta bouche, ironie, a la forme d’un cœur.</div>
-</div>
-
-<p class="c">VI</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">« Etre fait de caprice étrange, idole infâme,</div>
-<div class="verse">Je devrais loin de toi partir à tout jamais ;</div>
-<div class="verse">Mais que ferais-je hélas, hélas si je perdais</div>
-<div class="verse">Tes yeux bleus peints d’azur où j’ai noyé mon âme !</div>
-</div>
-
-<p class="c">VII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">« Ta couronne tressait une aurore à mon front,</div>
-<div class="verse">Amour, je te portais jadis comme un trophée ;</div>
-<div class="verse">Je te porte aujourd’hui ainsi qu’un sombre affront,</div>
-<div class="verse">Un mauvais sort jeté par une vieille fée.</div>
-</div>
-
-<p class="c">VIII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">« Ah ! c’est ma faute hélas, à moi toujours épris</div>
-<div class="verse">De ce qui passera : chair, sourire, caresse,</div>
-<div class="verse">Et qui n’ai dans le cœur qu’indifférent mépris</div>
-<div class="verse">Pour l’âme, les vertus et la pure sagesse.</div>
-</div>
-
-<p class="c">IX</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">« Je te hais quelquefois au point de désirer</div>
-<div class="verse">Ta mort… un grand frisson me parcourt les moelles.</div>
-<div class="verse">Tes yeux sur les chemins maudits vont m’égarer.</div>
-<div class="verse">Je ne gravirai plus le sentier des étoiles.</div>
-</div>
-
-<p class="c">X</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">« Si je retrouve un jour la paix, la paix du cœur ;</div>
-<div class="verse">Seigneur, si je guéris de cette maladie,</div>
-<div class="verse">Je serai calme et pur comme un héros vainqueur,</div>
-<div class="verse">Après la guerre et le carnage et l’incendie.</div>
-</div>
-
-<p class="c">XI</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">« Comme on porte une torche ardente dans la nuit,</div>
-<div class="verse">Je porte ma douleur merveilleuse et cruelle ;</div>
-<div class="verse">Je ne veux pas l’éteindre ; elle est tragique et belle.</div>
-<div class="verse">Elle brûle mon cœur et le ronge sans bruit.</div>
-</div>
-
-<p class="c">XII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">« Vers d’angoisse où gémit une intime épopée,</div>
-<div class="verse">Je vous trempe au creuset rouge de ma douleur</div>
-<div class="verse">Et vous polis avec les larmes de mon cœur</div>
-<div class="verse">Afin que vous ayez la splendeur de l’épée.</div>
-</div>
-
-<p class="c">XIII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">« J’ai trop souffert par vous, mauvais Ange, c’est trop,</div>
-<div class="verse i2">Et par quelque terrible soir</div>
-<div class="verse">Je jetterai mon cœur aux requins noirs du haut</div>
-<div class="verse i2">Des falaises du désespoir ! »</div>
-</div>
-
-<div class="dots"><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b><b>.
-</b><b>.</b><b>.</b><b>.</b></div>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Jeune homme, je revois tes yeux de clématite,</div>
-<div class="verse">Je respire tes vers ainsi qu’un grave encens.</div>
-<div class="verse">Qui donc te fit verser pour sa beauté maudite</div>
-<div class="verse">Les belles larmes d’or d’un Keats adolescent ?</div>
-</div>
-
-
-<h3>L’ILE DU BONHEUR</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le vent traînait l’odeur d’une rose fanée</div>
-<div class="verse">Quand surgit de la mer l’Antille aux arbres bleus,</div>
-<div class="verse">La belle Ile fleurie où vous fut amenée</div>
-<div class="verse">Héliotrope, aux jours d’un amour merveilleux !</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak"><span class="xsmall">SEPTIÈME CHANT</span><br />
-DANS L’ILE ENCHANTEE</h2>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Raise the light, my page, that I may see her.</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Thou art come at last then, haughty Queen !</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Long I’ve waited, long I’ve fought my fever ;</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Late thou comest, cruel thou hast been.</div>
-</div>
-
-<p class="r" lang="en" xml:lang="en">(Tristan and Iseult)</p>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Matthew Arnold.</span></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant…</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Verlaine.</span></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3>DANS L’ILE ENCHANTÉE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je ne décrirai pas l’Antille merveilleuse</div>
-<div class="verse">Car où trouver les mots dignes de sa beauté ?</div>
-<div class="verse">Elle avait malgré l’heure une douce clarté ;</div>
-<div class="verse">Ses grands palmiers dormaient sous la voûte rêveuse.</div>
-<div class="verse">Je débarquai suivant ce qu’avait dit la voix</div>
-<div class="verse">En pleine nuit sur ses galets et mon beau rêve</div>
-<div class="verse">Chanta comme un oiseau des bois quand sur la grève</div>
-<div class="verse">O miracle ! je vis le beau Lys d’autrefois.</div>
-<div class="verse">C’était elle, ô bonheur, c’était son élégance,</div>
-<div class="verse">Ses yeux divins, son front parfait, son frêle corps.</div>
-<div class="verse">Comme un avare fou retrouvant son trésor</div>
-<div class="verse">Je me sentis soudain beau d’une joie immense !</div>
-<div class="verse">Je lui criai : « Je vous revois, doux yeux chéris ! »</div>
-<div class="verse">Elle me dit : « Je suis le Songe qui console. »</div>
-<div class="verse">— Autrefois n’est-ce toi que j’aimais dans Paris ?</div>
-<div class="verse">Elle avoua : « Je suis l’Image de l’idole.</div>
-<div class="verse">Je vis seule, parmi les fleurs de mon palais</div>
-<div class="verse">Attendant un amant que le sort me destine.</div>
-<div class="verse">Mais je le sens, rêveur, c’est toi, toi qui me plais,</div>
-<div class="verse">C’est toi que j’attendais près de la mer divine.</div>
-<div class="verse">Tu vivras près de moi dans l’île de beauté</div>
-<div class="verse">Quelques suaves jours sous un bleu ciel qui grise</div>
-<div class="verse">Puis tu me quitteras par un grand soir de brise</div>
-<div class="verse">Ayant connu l’amour dans toute sa clarté.</div>
-<div class="verse">Un canot nous attend au pied de cette grotte…</div>
-<div class="verse">Sur le cap aux oiseaux brille mon palais clair. »</div>
-<div class="verse">Tout à coup dans le bois ulula la hulotte</div>
-<div class="verse">Et la lune de juin se leva sur la mer.</div>
-<div class="verse">Elle avait des yeux purs aux prunelles très grandes</div>
-<div class="verse">Et je dis : « O Circé, nymphe aux yeux éclatants,</div>
-<div class="verse">Comme Ulysse avec vous je resterais longtemps</div>
-<div class="verse">Si nous étions encore aux beaux jours des légendes.</div>
-<div class="verse">Merveille incomparable, Ange au regard divin,</div>
-<div class="verse">Es-tu réalité, n’es-tu pas le mensonge ?</div>
-<div class="verse">Quel échanson m’a fait boire ce puissant vin ?</div>
-<div class="verse">Quel philtre m’a conduit vers cette île de songe ? »</div>
-<div class="verse">Elle pencha vers moi son beau regard voilé</div>
-<div class="verse">Et prononça des mots chargés de tant de charmes</div>
-<div class="verse">Que je sentis mes yeux pleins de divines larmes</div>
-<div class="verse">Et mon bonheur chanta vers l’azur étoilé.</div>
-</div>
-
-
-<h3>VERS LE CAP-AUX-OISEAUX</h3>
-
-<p class="c">I</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Faisons chanter les vers comme de verts roseaux</div>
-<div class="verse">Et faisons-les bondir comme de blanches lames ;</div>
-<div class="verse">Le canot caraïbe au rythme gai des rames,</div>
-<div class="verse">O charme, nous conduit vers le Cap-aux-Oiseaux.</div>
-</div>
-
-<p class="c">II</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sous le ciel merveilleux qui sans fin se déploie,</div>
-<div class="verse">Nous aurons, je le sens, d’incomparables jours ;</div>
-<div class="verse">Ah ! dans le grand désert sauvage de l’amour</div>
-<div class="verse">Il est des oasis adorables de joie.</div>
-</div>
-
-<p class="c">III</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Que le grand vent qui souffle, aux quatre coins des cieux</div>
-<div class="verse">Emporte aux portes d’or des étoiles mes rêves ;</div>
-<div class="verse">Je veux les voir monter à l’horizon des grèves,</div>
-<div class="verse">Vers les hauts archipels des astres radieux.</div>
-</div>
-
-<p class="c">IV</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les oiseaux de l’aurore annoncent la lumière ;</div>
-<div class="verse">La clef d’or du soleil brille au portail du jour.</div>
-<div class="verse">Le feuillage est heurté d’une brise légère.</div>
-<div class="verse">Je m’éveille et je vois tes yeux, mon jeune amour !</div>
-</div>
-
-<p class="c">V</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand nous irons tous deux écouter sur la grève</div>
-<div class="verse">Les complaintes du flot et les lyres du vent,</div>
-<div class="verse">Mon cœur sera chargé d’un bonheur émouvant ;</div>
-<div class="verse">Les îles de tes yeux sont douces à mon rêve.</div>
-</div>
-
-
-<h3>PROMENADE DANS L’ILE ENCHANTÉE</h3>
-
-<blockquote class="epi">
-<div class="poetry">
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">Then, Heaven ! there will be</div>
-<div class="verse" lang="en" xml:lang="en">A warmer June for me.</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Keats.</span></p>
-
-</blockquote>
-<p class="c small">DANS LES JARDINS DE ROSES</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Est-il lieu plus propice au bonheur de l’amour ?</div>
-<div class="verse">Est-il sous d’autres cieux de tels jardins de roses ?</div>
-<div class="verse">Dis-moi, n’entends-tu pas au pied des sables roses,</div>
-<div class="verse">N’entends-tu pas la mer acclamer le beau jour ?</div>
-</div>
-
-<p class="c small">LE LAC</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">S’il est encore une eau sympathique aux naïades</div>
-<div class="verse">Et propice à vos jeux, chèvre-pieds des forêts,</div>
-<div class="verse">C’est ce beau lac mirant en ses flots le ciel frais</div>
-<div class="verse">Et dont les roseaux verts bercent nos promenades.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">L’ÉTANG DU VIEUX CRATÈRE</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Œil de saphir au creux d’une grosse émeraude,</div>
-<div class="verse">L’étang aux iris noirs, sous les palmiers tremblants,</div>
-<div class="verse">Forme une mer étroite où l’écrevisse rôde,</div>
-<div class="verse">Un petit lac d’azur hanté des hérons blancs.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">ARBRES FLEURIS</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il tombe de chaque arbre une neige de fleurs,</div>
-<div class="verse">Ici blanche, là rose et plus loin opaline ;</div>
-<div class="verse">Et le vent mélangeant à l’aube les couleurs</div>
-<div class="verse">Aux quatre coins des mers porte une odeur divine.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">LE BAIN</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qu’il est frais, à travers l’agate d’une eau pure,</div>
-<div class="verse">Le marbre de ton corps sous les bambous rosés ;</div>
-<div class="verse">L’onde frôle ta chair avec un doux murmure</div>
-<div class="verse">Et les lèvres de l’eau te couvrent de baisers.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">LE SOIR</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Soir tropical, ô coupe ardente, renversée,</div>
-<div class="verse">Où le feu de la lune a l’éclat d’un trésor,</div>
-<div class="verse">Quelle est cette langueur adorable, insensée,</div>
-<div class="verse">Qui prend mon cœur, le quitte et le reprend encor.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">PAYSAGE</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">C’est juin et les fraisiers fleurissent dans les bois.</div>
-<div class="verse">Le couchant sur la mer sème des violettes.</div>
-<div class="verse">A l’horizon lointain passent des goélettes…</div>
-<div class="verse">N’entends-tu d’un ramier lointain la sourde voix ?</div>
-</div>
-
-<p class="c small">AUX NUAGES</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Nuages descendus au bord de l’horizon,</div>
-<div class="verse">Vous imitez ce soir une danse macabre ;</div>
-<div class="verse">Mais le bel alezan d’or du soleil se cabre</div>
-<div class="verse">Et c’est un feu de joie aux pointes du gazon.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">LE LAMPYRE</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le soir au front du ciel met la couronne rose</div>
-<div class="verse">D’un crépuscule frais plein de chauves-souris.</div>
-<div class="verse">Soudain un large feu monte, tourne et se pose,</div>
-<div class="verse">Un feu vert de lampyre au fond des bois fleuris.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">LE JASMIN</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le tambour d’un criquet bat dans les hautes branches</div>
-<div class="verse">D’un manguier que la nuit berce sur le chemin ;</div>
-<div class="verse">Et la tonnelle ronde où fleurit un jasmin</div>
-<div class="verse">Semble un petit ciel noir criblé d’étoiles blanches.</div>
-</div>
-
-<hr />
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Que cette île est heureuse à la fin d’un beau jour ?</div>
-<div class="verse">Est-il ciel plus propice au rêve de l’amour</div>
-<div class="verse">Que celui dont l’azur exalte notre vie ?</div>
-<div class="verse">Le soir voluptueux étreint des mornes bleus</div>
-<div class="verse">Et sous les grands palmiers de la route suivie,</div>
-<div class="verse">Le reflet de Vénus plonge au fond de tes yeux.</div>
-</div>
-
-<hr />
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les voix des beaux oiseaux diurnes se sont tues.</div>
-<div class="verse">C’est l’heure où la caresse attend les bien-aimés.</div>
-<div class="verse">Ton corps est plus parfait que le corps des statues,</div>
-<div class="verse">Tes cheveux ont frôlé les jasmins embaumés.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LA NUIT ENCHANTÉE</h3>
-
-<p class="c small">LE SOUVENIR</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Dans une île admirable et pareille à cette île,</div>
-<div class="verse">J’ai bien longtemps souffert pour tes beaux yeux lointains.</div>
-<div class="verse">Les nuits n’ont plus d’odeurs quand naissent les matins,</div>
-<div class="verse">Ton amour va guérir la douleur inutile.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">LA RESSEMBLANCE</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">C’est la même beauté, le même front de neige,</div>
-<div class="verse">C’est le même regard, ce sont les mêmes yeux :</div>
-<div class="verse">Tu lui ressembles trop, j’ai peur d’un sacrilège,</div>
-<div class="verse">Qu’importe ! Accomplissons le rêve radieux.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">LE CONTRASTE</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je t’aimais à travers l’immensité des mers</div>
-<div class="verse">Et la nuit j’étais seul dans mon étroite couche ;</div>
-<div class="verse">Mais ce soir l’amour ivre envahit tes yeux clos</div>
-<div class="verse">Je cueille les baisers qui sortent de ta bouche.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">L’HEURE DIVINE</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il est temps que bercés par les souffles marins</div>
-<div class="verse">Nous écoutions nos cœurs bénir leurs espérances.</div>
-<div class="verse">Jamais le vent n’a mieux bercé les tamarins !</div>
-<div class="verse">Les flots n’ont jamais eu de si belles cadences !</div>
-</div>
-
-<p class="c small">LE BONHEUR</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ah ! c’est donc toi, petite étoile désirée,</div>
-<div class="verse">C’est toi dont le parfum m’enivre follement !</div>
-<div class="verse">J’ai peur en contemplant ton visage charmant</div>
-<div class="verse">D’une joie éphémère et vite évaporée.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">LE CHANT DE LA MER</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">De la haute forêt surgit la lune ronde,</div>
-<div class="verse">Laisse-moi t’admirer sous son mirage vert !</div>
-<div class="verse">N’entends-tu pas, caresse éternelle du monde,</div>
-<div class="verse">N’entends-tu pas du fond des nuits chanter la mer ?</div>
-</div>
-
-<p class="c small">DANS LES YEUX</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je veux encor parler d’amour à tes beaux yeux.</div>
-<div class="verse i2">Il ne faut pas que tu répondes.</div>
-<div class="verse">Je vois en eux de noirs vaisseaux coupant les ondes</div>
-<div class="verse i2">Je vois en eux de noirs adieux.</div>
-</div>
-
-<p class="c small">L’AURORE</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sur l’océan pourpré glisse un grand voilier d’or ;</div>
-<div class="verse">La pâle lune est morte au ciel de la montagne :</div>
-<div class="verse">O splendeur de la nuit où tu fus ma compagne</div>
-<div class="verse">Où j’ai pris dans mes bras la tiédeur de ton corps !</div>
-</div>
-
-<p class="c small">LE RÉVEIL</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Lorsque je m’éveillai, désirant ton sourire,</div>
-<div class="verse">L’océan déchaîné balançait le navire !</div>
-<div class="verse">Ah ! ce n’était qu’un songe « étrange et pénétrant » ;</div>
-<div class="verse">Et l’aurore me vit plus pâle et plus souffrant !</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak"><span class="xsmall">HUITIÈME CHANT</span><br />
-D’UN BORD A L’AUTRE DE L’ATLANTIQUE</h2>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Dis-moi, quels songes d’or nos chants vont-ils bercer ?</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Alfred de Musset.</span></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3>L’EMBARQUEMENT</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ce soir les sept couleurs du prisme</div>
-<div class="verse">Coupent l’azur de leurs splendeurs.</div>
-<div class="verse">Un arc-en-ciel de son bel isthme</div>
-<div class="verse">Joint le steamer à l’île en fleurs…</div>
-<div class="verse">Pour voir d’autres pays, d’autres mers, d’autres villes,</div>
-<div class="verse">Bel Archipel, je vais te quitter pour un temps.</div>
-<div class="verse">Je veux aller revoir l’Europe aux nuits subtiles ;</div>
-<div class="verse">L’Europe de la neige et celle du printemps.</div>
-<div class="verse">Pour consoler mon cœur d’avoir vieilli, je rêve</div>
-<div class="verse">De marcher dans l’hiver des bois.</div>
-<div class="verse">Ici tout est splendeur du piton à la grève</div>
-<div class="verse">Sous le ciel pareil, douze fois.</div>
-<div class="verse">Je veux aller revoir les villes populeuses,</div>
-<div class="verse">Les boulevards emplis par les fleuves humains ;</div>
-<div class="verse">J’ai trop longtemps vécu dans les îles rêveuses,</div>
-<div class="verse">La mer va m’ouvrir ses chemins.</div>
-<div class="verse">On ne peut de nos jours rencontrer l’aventure</div>
-<div class="verse">Merveilleuse en un îlot clair.</div>
-<div class="verse">Nausicaa n’est plus l’enfant de la nature</div>
-<div class="verse">Et ne vit plus près de la mer…</div>
-<div class="verse">On garde encor sous les cyprès de l’Italie</div>
-<div class="verse">De la beauté des dieux le culte pur et fier</div>
-<div class="verse">Et dans Londres le soir, pleins de mélancolie</div>
-<div class="verse">Il est des yeux profonds et beaux comme la mer.</div>
-<div class="verse">Paris, cité divine est l’oasis lointaine,</div>
-<div class="verse">Le dernier paradis terrestre où loin du sot</div>
-<div class="verse">On peut sans trépasser écouter la Sirène</div>
-<div class="verse">Et retrouver les yeux pâles de Calypso.</div>
-<div class="verse">Enivrés par l’azur où chantent les vents calmes,</div>
-<div class="verse">Exaltez-moi, vastes flots bleus,</div>
-<div class="verse">Et vous, palmiers lointains, faites avec vos palmes</div>
-<div class="verse">De tendres, d’émouvants adieux !</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE VOYAGE A TRAVERS L’ARCHIPEL</h3>
-
-<p class="dedic"><i>A Jean Royère.</i></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le grand steamer coupa les flots de l’Archipel.</div>
-<div class="verse">Les nuages dans l’air semblaient de belles voiles ;</div>
-<div class="verse">Et chaque île, dressant son profil sur le ciel,</div>
-<div class="verse">Parut dans un décor de soleil ou d’étoiles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Aux cadres des midis, des aubes et des soirs,</div>
-<div class="verse">Nous avons admiré leur lumière diverse :</div>
-<div class="verse">Les unes dans l’azur dressaient leurs pitons noirs ;</div>
-<div class="verse">D’autres étaient encor luisantes d’une averse.</div>
-
-<div class="verse stanza">L’une ouvrait une rade où les flots violets</div>
-<div class="verse">Balançaient des trois-mâts, des bricks et des gabares ;</div>
-<div class="verse">Une autre avec sa ville aux toits bariolés</div>
-<div class="verse">Imitait un château de carte aux couleurs rares.</div>
-
-<div class="verse stanza">Que la Barbade est belle au miroir des flots bleus</div>
-<div class="verse">Baignant ses sables nus de leur écume claire ;</div>
-<div class="verse">Les vents venus d’Europe aiment le ciel heureux</div>
-<div class="verse">De cette minuscule et grouillante Angleterre.</div>
-
-<div class="verse stanza">Plus au nord, se dressait, au gouffre de l’éther,</div>
-<div class="verse">Sainte-Lucie avec ses montagnes jumelles ;</div>
-<div class="verse">La rade de Castrie est comme un étang vert</div>
-<div class="verse">Reflétant les villas du golfe et leurs tonnelles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Une angoisse nous prit à regarder tes monts</div>
-<div class="verse">Frères du noir Pelé, superbe Martinique ;</div>
-<div class="verse">Ton volcan, dans les feux des crépuscules blonds,</div>
-<div class="verse">Perce d’un glaive noir ton ciel mélancolique.</div>
-
-<div class="verse stanza">La Dominique est l’île vierge où le ciel frais</div>
-<div class="verse">Respire encor l’odeur des floraisons premières,</div>
-<div class="verse">De musicales eaux courent dans ses forêts</div>
-<div class="verse">Où volent des oiseaux sous des lumières vertes.</div>
-
-<div class="verse stanza">La belle Guadeloupe offrit le couchant d’or</div>
-<div class="verse">Splendide d’un ciel rouge illuminant la vitre</div>
-<div class="verse">Flambante de la mer. Des feux brillaient au port.</div>
-<div class="verse">Au loin les flamboyants saignaient sur Pointe-à-Pitre.</div>
-
-<div class="verse stanza">Puis ce fut Montserrat, Nevis, Saint-Kitts en fleurs,</div>
-<div class="verse">Christianstad où la mer a l’éclat des turquoises,</div>
-<div class="verse">Charlotte-Amalia riche de sept couleurs ;</div>
-<div class="verse">Charmantes toutes deux et toutes deux danoises.</div>
-
-<div class="verse stanza">Dans l’île de Sabah il est des enfants blonds</div>
-<div class="verse">Dont les yeux font songer aux beaux lacs de Norvège ;</div>
-<div class="verse">De souples négrillons aux yeux gris, aux bras ronds,</div>
-<div class="verse">Peuplent Fredericstad aux murs couleur de neige.</div>
-</div>
-
-<hr />
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les marchés étaient pleins d’oiseaux et de beaux fruits :</div>
-<div class="verse">Perroquets et ramiers, mangues et barbadines.</div>
-<div class="verse">Des guitares jouaient dans la fraîcheur des nuits</div>
-<div class="verse">Des tangos langoureux et des valses divines.</div>
-
-<div class="verse stanza">De suaves parfums voyageaient dans les airs,</div>
-<div class="verse">Venus des chauds jardins où croissent les épices,</div>
-<div class="verse">Et de souples cabris, aux rivages déserts,</div>
-<div class="verse">Sautaient de roc en roc au bord des précipices.</div>
-
-<div class="verse stanza">Nous devinions au loin de sombres marigots</div>
-<div class="verse">Sur qui tournaient des vols rapides et farouches,</div>
-<div class="verse">Tandis que fleurissait parmi l’or des mangos</div>
-<div class="verse">Un arbre illuminé de flammes d’oiseaux-mouches.</div>
-
-<div class="verse stanza">Des éclairs de poissons zigzaguaient dans les flots</div>
-<div class="verse">Au large de l’îlot où pondent les tortues ;</div>
-<div class="verse">On voyait les jets d’eaux souples des cachalots,</div>
-<div class="verse">La nuit, quand les clameurs des marins s’étaient tues.</div>
-
-<div class="verse stanza">Un soir que nous disions des vers d’Heredia,</div>
-<div class="verse">Les planètes soudain se levèrent plus belles</div>
-<div class="verse">Et sur l’orient d’or la lune incendia</div>
-<div class="verse">Un passage émouvant de lentes caravelles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Devant nous se dressaient les sommets de saphir</div>
-<div class="verse">Des beaux pays où sont les hautaines créoles,</div>
-<div class="verse">Des îles évoquant les richesses d’Ophir</div>
-<div class="verse">Et le fier souvenir des gloires espagnoles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais au lieu d’affronter les chatoyantes eaux</div>
-<div class="verse">Du golfe mexicain où dansent les flots rudes,</div>
-<div class="verse">Le grand vaisseau suivi d’immenses vols d’oiseaux</div>
-<div class="verse">Cingla vers les brouillards irisés des Bermudes.</div>
-
-<div class="verse stanza">Qui dira la clarté de ces terres d’amour</div>
-<div class="verse">Où Colomb aborda lors du premier voyage,</div>
-<div class="verse">Où poissons et coraux allument, tour à tour,</div>
-<div class="verse">Les transparentes eaux qui reflètent la plage ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Et tandis que le ciel sur les jardins fleuris</div>
-<div class="verse">Déroulait tour à tour les aurores sanglantes,</div>
-<div class="verse">Les crépuscules verts pleins de chauve-souris</div>
-<div class="verse">Et les vagues de feu des nuits phosphorescentes,</div>
-
-<div class="verse stanza">Je redisais vos noms vivants, défunts amis :</div>
-<div class="verse">Lafcadio<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>, conteur aux rêves nostalgiques ;</div>
-<div class="verse">Et vous, Nau, goéland dont l’âme ivre est parmi</div>
-<div class="verse">Les vols d’oiseaux planant sur la mer des tropiques !</div>
-</div>
-
-<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> <i>Lafcadio Hearn.</i></p>
-</div>
-
-<h3>LE DÉPART POUR L’EUROPE</h3>
-
-<p class="dedic"><i>A Paul Labrousse.</i></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tournant sa proue en feu vers le Nord-Est brumeux,</div>
-<div class="verse">Le vapeur nous emporte au chant de sa machine ;</div>
-<div class="verse">Les îles du couchant nous font de beaux adieux</div>
-<div class="verse">Et les vents jusqu’à nous portent leur voix divine.</div>
-
-<div class="verse stanza">Nous entendons grandir ton immense rumeur,</div>
-<div class="verse">Formidable Atlantique illuminé d’écume</div>
-<div class="verse">Dont chantent les longs flots comme un immense chœur</div>
-<div class="verse">Et qui fais du vapeur sonore ton enclume.</div>
-
-<div class="verse stanza">Nous frôlons des trésors que nous ne verrons pas,</div>
-<div class="verse">Des peuples inconnus de poissons et de plantes,</div>
-<div class="verse">Des joyaux inouïs, des carènes, des mâts,</div>
-<div class="verse">Des crabes monstrueux, des méduses géantes.</div>
-
-<div class="verse stanza">Tandis que les dauphins s’ébattent à fleur d’eau,</div>
-<div class="verse">Les bécunes des fonds poursuivent les orphies.</div>
-<div class="verse">Une tortue au loin flotte comme un radeau</div>
-<div class="verse">Sur les flots lourds hantés de carangues bouffies.</div>
-
-<div class="verse stanza">Tiédis par les baisers du <span lang="en" xml:lang="en">Gulf-Stream</span>, les courants</div>
-<div class="verse">Traînent sur l’océan des routes lumineuses,</div>
-<div class="verse">Dans leurs flots tempérés nagent les thons errants</div>
-<div class="verse">Ivres de réchauffer leurs écailles frileuses.</div>
-
-<div class="verse stanza">Partis des ciels lointains dont se voile l’azur</div>
-<div class="verse">Des oiseaux migrateurs voyagent par nuées ;</div>
-<div class="verse">C’est ainsi que s’en vont vers le rivage pur</div>
-<div class="verse">De la beauté le vol des ivresses sacrées.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je t’évoque, aux lueurs du beau soleil couchant,</div>
-<div class="verse">Océan et te fais tout haut cette prière :</div>
-<div class="verse">De ton immense lyre accompagne mon chant</div>
-<div class="verse">Et que notre vapeur ignore ta colère.</div>
-</div>
-
-
-<h3>STANCE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Homme voici la mer que tu ne peux dompter.</div>
-<div class="verse">Comme elle est belle et comme en l’azur elle chante !…</div>
-<div class="verse">— Je songe à deux beaux yeux que je n’ai su capter</div>
-<div class="verse">Et qui vous ressemblaient, ô mer indifférente !</div>
-</div>
-
-
-<h3>CHANT DE VOYAGE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">O poètes de l’autre bord,</div>
-<div class="verse i2">O rêveurs de l’autre rive,</div>
-<div class="verse i2">Quand vous apprendrez que j’arrive,</div>
-<div class="verse i2">Venez me rencontrer au port.</div>
-<div class="verse i2">Venez Royère et vous Paul Fort,</div>
-<div class="verse i2">Foulon de Vaux, Pilon, Montfort</div>
-<div class="verse i2">Et vous tous dont la voix m’est chère.</div>
-<div class="verse i2">Venez Guy Lavaud, Duhamel ;</div>
-<div class="verse i2">Venez sous l’hiver blanc du ciel</div>
-<div class="verse i2">Accueillir un poète, un frère…</div>
-<div class="verse i2">Solitaire je suis resté</div>
-<div class="verse i2">Loin de vous pendant mon été ;</div>
-<div class="verse i2">Ah ! maudissons les tours d’ivoire !</div>
-<div class="verse i2">Je n’aime plus que la bonté,</div>
-<div class="verse i2">La tendresse et la volupté.</div>
-<div class="verse i2">Tout le reste est chiffre et grimoire.</div>
-<div class="verse i2">Si j’ai chanté près des forêts</div>
-<div class="verse i2">Au lieu d’écrire dans les villes,</div>
-<div class="verse i2">(Le déplorer est inutile)</div>
-<div class="verse i2">C’est que Dieu, Dieu l’a fait exprès.</div>
-<div class="verse i2">Vos belles voix se sont mêlées</div>
-<div class="verse i2">Et de vibrantes assemblées</div>
-<div class="verse i2">Ont entendu vos cris touchants.</div>
-<div class="verse i2">Mais moi sous les soleils couchants</div>
-<div class="verse i2">Je suis l’oiseau de la vallée</div>
-<div class="verse i2">Qui chante loin de la mêlée</div>
-<div class="verse i2">Et dont on ignore les chants.</div>
-<div class="verse i2">Bien que je vienne des Tropiques</div>
-<div class="verse i2">Au grand vent des deux Amériques,</div>
-<div class="verse i2">Je ne suis pas un étranger.</div>
-<div class="verse i2">Si j’ai rêvé sous l’oranger</div>
-<div class="verse i2">Au lieu de rêver sous le chêne,</div>
-<div class="verse i2">J’ai lu Keats et j’ai lu Verlaine.</div>
-<div class="verse i2">Mon navire est plein de rayons !</div>
-<div class="verse i2">Il a connu les nuits mauvaises</div>
-<div class="verse i2">Entendu le bruit des canons</div>
-<div class="verse i2">Et ce sont les couleurs françaises,</div>
-<div class="verse i2">Qui décorent ses pavillons !</div>
-</div>
-
-
-<h3>EN RENCONTRANT DES VAISSEAUX</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les pays que l’on a traversés ne sont pas,</div>
-<div class="verse">Même en songe — aussi beaux que ceux que l’on ignore.</div>
-<div class="verse">O charme de penser qu’il est d’autres climats,</div>
-<div class="verse">D’autres ciels inconnus qui m’attendent encore.</div>
-</div>
-
-
-<h3>NORVÈGE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Par les jours où le ciel haletait de chaleurs,</div>
-<div class="verse">Je rêvais d’un pays du nord, ô sortilège ;</div>
-<div class="verse">Et tandis que le vent buvait le sang des fleurs,</div>
-<div class="verse">Je redisais ton nom de tristesse, Norvège.</div>
-</div>
-
-
-<h3>PROJET</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">N’allons pas vers New-York, ville belle entre toutes,</div>
-<div class="verse">Mais qui ne convient pas à l’esprit du rêveur,</div>
-<div class="verse">Des plaines de la mer suivons les autres routes</div>
-<div class="verse">Allant vers l’Italie et la France, sa sœur.</div>
-</div>
-
-
-<h3>A SHELLEY</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O toi que l’on trouva noyé dans la mer vive !</div>
-<div class="verse">Shelley, je me sens plein d’une immense douceur,</div>
-<div class="verse">Quand je t’évoque mort, portant à la dérive,</div>
-<div class="verse">Les beaux « écrits sur l’eau » de John Keats sur ton cœur.</div>
-</div>
-
-
-<h3>L’ILE NATALE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O mon pays natal, dès que je t’ai quitté</div>
-<div class="verse">Je songe à tes palmiers, à tes buissons d’icaque ;</div>
-<div class="verse">Et sous les ciels d’hiver et sous les nuits d’été</div>
-<div class="verse">Je suis comme un Ulysse évoquant son Ithaque.</div>
-</div>
-
-
-<h3>EN FACE DES FLORIDES</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ces effluves légers qui parfument la mer</div>
-<div class="verse">Dites-nous, n’est-ce pas un appel des Florides ?</div>
-<div class="verse">La nue est embrasée et le flot est sans rides</div>
-<div class="verse">Et des astres nouveaux montent dans le ciel vert.</div>
-</div>
-
-
-<h3>VOL D’OISEAUX</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Où vont les blancs oiseaux dont les ailes trop calmes</div>
-<div class="verse">Font songer à l’hiver, sous ce beau ciel si pur ?</div>
-<div class="verse">Sont-ils des goélands, ne sont-ils pas les âmes</div>
-<div class="verse">Des matelots sombrés aux gouffres de l’azur ?</div>
-</div>
-
-
-<h3>CLAIR DE LUNE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le couchant sur la mer dessine des rivages</div>
-<div class="verse">Chimériques ; la mer semble un Sahara d’or.</div>
-<div class="verse">Il n’est pas de pays réel dont le décor</div>
-<div class="verse">Vous vaille, beaux pays, créés par les nuages.</div>
-</div>
-
-
-<h3 lang="en" xml:lang="en">ON MIAMI SHORE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ah ! jouez-nous encor, orchestre, sur la mer</div>
-<div class="verse i2">Cette belle valse divine !</div>
-<div class="verse">Océan, la musique est ta sœur enfantine.</div>
-<div class="verse i2">Je vois trois goélands dans l’air !</div>
-</div>
-
-
-<h3>KEATS ET SHELLEY</h3>
-
-<blockquote class="epi">
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les violettes sont le sourire des morts.</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">J.-P. Toulet.</span></p>
-
-</blockquote>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand nous serons à Rome à la fin de ce mois,</div>
-<div class="verse">Nous irons respirer l’odeur des violettes</div>
-<div class="verse">Au bord de vos tombeaux perdus, divins poètes</div>
-<div class="verse">Et nous dirons vos plus beaux vers à douce voix.</div>
-</div>
-
-
-<h3>AUX BERMUDES</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Bermudes, beaux jardins suspendus sur la mer</div>
-<div class="verse">Où brillent les coraux dans les palais de l’onde,</div>
-<div class="verse">Vos ciels et vos climats sont les plus doux du monde,</div>
-<div class="verse">Pourtant vous n’avez su guérir mon cœur amer.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE FROID</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sur l’océan et dans le ciel c’est le grand froid.</div>
-<div class="verse">Déjà les alizés ont fait place au zéphire.</div>
-<div class="verse">Vers le Baudrier d’or Sirius monte droit.</div>
-<div class="verse">Je respire l’odeur de l’Europe… délire !</div>
-</div>
-
-
-<h3>CHANT DANS LA TEMPÊTE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Ecoutons la chanson du mât,</div>
-<div class="verse i2">La chanson du mât de misaine,</div>
-<div class="verse i2">Qui fut, sous un autre climat,</div>
-<div class="verse i2">Un grand arbre bleu dans la plaine.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Lui qui charmait l’air du vallon,</div>
-<div class="verse i2">Il est nu sur la mer sauvage.</div>
-<div class="verse i2">Il a pour fleur le pavillon !</div>
-<div class="verse i2">Il a les agrès pour feuillage !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Se souvient-il des grands étangs</div>
-<div class="verse i2">Où se miraient les pâles Ourses ?</div>
-<div class="verse i2">Se souvient-il des courts printemps</div>
-<div class="verse i2">Où riaient les nymphes des sources ?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ecoutons le large soupir</div>
-<div class="verse i2">Du mât de misaine en détresse.</div>
-<div class="verse i2">O mon cœur, que va devenir</div>
-<div class="verse i2">L’arbre vert de notre jeunesse ?</div>
-</div>
-
-
-<h3>DEVANT LES AÇORES</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Entre deux continents, Açores, îles pâles,</div>
-<div class="verse">Grâce à vous, je revois la brume, sur les bois.</div>
-<div class="verse">Je voudrais, sous vos cieux, vivre quelques beaux mois</div>
-<div class="verse">Quand vos soirs automnaux sont couronnés d’opales.</div>
-</div>
-
-
-<h3>L’HYMNE DES VENTS</h3>
-
-<p class="c small">HOMMAGE A LA FRANCE</p>
-
-<p class="dedic"><i>A Madame Segond-Weber.</i></p>
-
-<blockquote class="epi">
-<p>La France est chère à toute âme qui aime l’humanité.</p>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Rudyard Kipling.</span></p>
-
-</blockquote>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le grand steamer tanguait loin de la paix des monts,</div>
-<div class="verse">Sur le tumulte bleu des bondissantes vagues ;</div>
-<div class="verse">Autour de lui flottaient l’algue et les goémons,</div>
-<div class="verse">Les regrets du départ sombraient dans nos cœurs vagues.</div>
-
-<div class="verse stanza">Les vents heureux qui sont de purs esprits dans l’air</div>
-<div class="verse">Chantent aux voyageurs comme au temps des Sirènes,</div>
-<div class="verse">Quand la lune rosée enivre le cœur fier</div>
-<div class="verse">Des jeunes matelots et des vieux capitaines.</div>
-
-<div class="verse stanza">Comme aux jours où leur souffle emportait les vaisseaux</div>
-<div class="verse">Les vents nous invitaient à parcourir la terre ;</div>
-<div class="verse">Leurs chants étaient plus frais que celui des oiseaux</div>
-<div class="verse">Lorsque l’arbre fleuri neige sur la rivière : —</div>
-
-<div class="verse stanza">« Quels sont les grands pays que vos yeux veulent voir ?</div>
-<div class="verse">Terre des mimosas, est-ce l’ample Australie ;</div>
-<div class="verse">L’Ile rouge du Sud où fume un volcan noir ?</div>
-<div class="verse">Préférez-vous les ciels de la mélancolie ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Nous avons escorté sur les saphirs de l’eau</div>
-<div class="verse">Le beau dreadnought blanc où voyageait un Prince,</div>
-<div class="verse">S’en allant visiter, soldat et matelot,</div>
-<div class="verse">La Nouvelle-Zélande, une de ses provinces.</div>
-
-<div class="verse stanza">Les routes de la mer sont libres, sans dangers.</div>
-<div class="verse">Les récifs sont lointains et la vague est sereine.</div>
-<div class="verse">Voulez-vous voir New-York, propice aux étrangers,</div>
-<div class="verse">Ou Paris, la Circé fabuleuse et lointaine ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Aimez-vous mieux les lacs étincelants du Nord,</div>
-<div class="verse">Le Canada, patrie immense des étables,</div>
-<div class="verse">Le beau Mississipi mirant des couchants d’or</div>
-<div class="verse">Quand les vols des flamands éblouissent ses sables ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Connaissez-vous l’Islande, île des brouillards frais ?</div>
-<div class="verse">Ah ! qu’une Rose anglaise est suave en Septembre !</div>
-<div class="verse">Le chardon écossais et le trèfle irlandais,</div>
-<div class="verse">Voulez-vous les cueillir sous un Octobre d’ambre ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Qu’ils sont beaux les pays dont le grand rêve est pur :</div>
-<div class="verse">La Hollande endormie aux miroirs verts des ondes,</div>
-<div class="verse">La Suède brumeuse avec ses yeux d’azur,</div>
-<div class="verse">La Belgique, rempart inespéré des mondes !</div>
-
-<div class="verse stanza">Voguerez-vous vers l’Inde où sont les lotus bleus,</div>
-<div class="verse">Ou l’île de Chio qui vit grandir Homère ?</div>
-<div class="verse">Voulez-vous un pays pour le cœur et les yeux ?</div>
-<div class="verse">Plus que tous les pays, France vous sera chère.</div>
-
-<div class="verse stanza">Nous aimons écouter s’éteindre les clameurs</div>
-<div class="verse">De ses clairons, aux cieux des grands automnes pâles,</div>
-<div class="verse">Quand par les soirs profonds, décorés de lueurs,</div>
-<div class="verse">Chantent les <span lang="la" xml:lang="la">angelus</span> aux vieilles cathédrales ! »</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">« Ah ! vous m’exaltez, vents des mers !</div>
-<div class="verse i2">Il est des pays bien plus verts</div>
-<div class="verse i2">Et bien plus riches que la France,</div>
-<div class="verse i2">Mais il n’en est pas de plus chers !</div>
-<div class="verse i2">Pas un, comme elle, dans l’absence</div>
-<div class="verse i2">Ne fait regretter la distance ;</div>
-<div class="verse i2">Pour les peuples aux cœurs amers</div>
-<div class="verse i2">Elle est la terre d’espérance.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Vents des cieux et des bois fleuris,</div>
-<div class="verse i2">C’est surtout pour elle et Paris</div>
-<div class="verse i2">Que nous avons fait ce voyage.</div>
-<div class="verse i2">Il nous fallait lui rendre hommage.</div>
-<div class="verse i2">Ayant chassé le Hun puissant,</div>
-<div class="verse i2">Elle fut fière et triomphale ;</div>
-<div class="verse i2">Mais nous la trouverons très pâle</div>
-<div class="verse i2">Car elle a perdu trop de sang !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">On a tué dans les batailles</div>
-<div class="verse i2">Ses soldats aux petites tailles,</div>
-<div class="verse i2">Ses officiers aux fronts rêveurs ;</div>
-<div class="verse i2">Elle a souffert mille douleurs…</div>
-<div class="verse i2">Plus d’une fois on la crut morte ;</div>
-<div class="verse i2">Plus d’une fois elle tomba ;</div>
-<div class="verse i2">Tant était rude le combat</div>
-<div class="verse i2">Et tant la poussée était forte !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Parce qu’elle a des yeux charmeurs,</div>
-<div class="verse i2">Qu’elle aime les chants et les fleurs,</div>
-<div class="verse i2">On l’appelait : « France frivole »</div>
-<div class="verse i2">Ah ! comme elle a changé de rôle !</div>
-<div class="verse i2">Quand, contre le fer meurtrier,</div>
-<div class="verse i2">Elle a dressé son bouclier,</div>
-<div class="verse i2">Elle a fait haleter la terre,</div>
-<div class="verse i2">La France, la France guerrière !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Elle ne veut pas de sanglots</div>
-<div class="verse i2">Sur les tombes de ses héros ;</div>
-<div class="verse i2">Les grands deuils sont aux yeux des mères ;</div>
-<div class="verse i2">Nous les verrons, femmes sincères,</div>
-<div class="verse i2">Portant plus haut leur beau front clair,</div>
-<div class="verse i2">Maîtriser leur cœur qui soupire ;</div>
-<div class="verse i2">Car la France est le pays fier</div>
-<div class="verse i2">Où les douleurs savent sourire !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Chantez autour de nous, bons vents,</div>
-<div class="verse i2">Sous l’azur des ciels émouvants,</div>
-<div class="verse i2">Mêlez vos chœurs aux chœurs des lames !</div>
-<div class="verse i2">Les couchants ont de belles flammes,</div>
-<div class="verse i2">Les matins ont des feux tremblants ;</div>
-<div class="verse i2">Et bientôt, coupant le silence,</div>
-<div class="verse i2">Viendront vers nous, beaux oiseaux blancs,</div>
-<div class="verse i2">Les aéroplanes de France ! »</div>
-</div>
-
-
-<h3>STANCE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Dans les miroirs du flot mobile</div>
-<div class="verse i2">Je vois Paris aux toits gris-bleu</div>
-<div class="verse i2">Je vois aussi ma petite île</div>
-<div class="verse i2">Qui me fait de beaux adieux.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak"><span class="xsmall">NEUVIÈME CHANT</span><br />
-AU SOUFFLE DE LA MÉDITERRANÉE</h2>
-
-
-<blockquote>
-<p>Je veux être un de tes disciples azur
-de la mer Tyrrhénienne.</p>
-</blockquote>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Charles Maurras.</span></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3>LE CHANT DE LA MÉDITERRANÉE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Ionienne, Adriatique,</div>
-<div class="verse i2">Chantez avec moi, douces sœurs,</div>
-<div class="verse i2">J’ai plus de gloire et de douceur</div>
-<div class="verse i2">Que tes flots mouvants, Atlantique !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Beau miroir de trois continents,</div>
-<div class="verse i2">Je suis la mer civilisée ;</div>
-<div class="verse i2">Mon horizon est plus prenant</div>
-<div class="verse i2">Que le ciel vu du Colisée.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Suivant le moment de l’été,</div>
-<div class="verse i2">Je suis de saphir ou d’opale.</div>
-<div class="verse i2">C’est sur mon lac qu’a palpité</div>
-<div class="verse i2">Le vol fier du fils de Dédale.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">J’ai bercé les vaisseaux lascifs ;</div>
-<div class="verse i2">Je suis le chemin bleu des rêves.</div>
-<div class="verse i2">Qu’ils sont beaux et qu’ils sont pensifs</div>
-<div class="verse i2">Les promontoires de mes grèves.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">C’est dans mes coquillages d’or</div>
-<div class="verse i2">Qu’on entend les mers anciennes.</div>
-<div class="verse i2">C’est sous mon ciel que Pan est mort</div>
-<div class="verse i2">Et que chantèrent les Sirènes.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE CHANT BLEU DU RUISSEAU</h3>
-
-<p class="dedic"><i>A Georges Duhamel.</i></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L’eau d’un ruisseau vert</div>
-<div class="verse">Courant vers la mer</div>
-<div class="verse">Disait ce chant dans la lumière.</div>
-
-<div class="verse stanza">Plus pure qu’une voix automnale d’oiseau,</div>
-<div class="verse">Plus fraîche qu’un soupir des flûtes de roseau</div>
-<div class="verse">M’a semblé la chanson rapide de cette eau</div>
-<div class="verse">Qui voyageait vivante et claire :</div>
-
-<div class="verse stanza">« Je suis lasse d’avoir changé plus de cent fois,</div>
-<div class="verse">Vapeur ou rosée, averse ou nuage,</div>
-<div class="verse">D’être le miroir flou du paysage,</div>
-<div class="verse">De bondir, de heurter les racines des bois.</div>
-<div class="verse">Je suis lasse, parmi les forêts monotones</div>
-<div class="verse">D’être toujours en plein exil ;</div>
-<div class="verse">Je fus aux nuits d’hiver le givre au pâle fil</div>
-<div class="verse">Et la pluie aux soirs de l’automne.</div>
-<div class="verse">Serpent vert des prés lumineux,</div>
-<div class="verse">Blanche crinière des cascades,</div>
-<div class="verse">Je descends vers les golfes bleus</div>
-<div class="verse">Où sont les thons et les dorades.</div>
-<div class="verse">J’ai jailli d’une source en face du matin,</div>
-<div class="verse">J’ai coulé sous de noirs ombrages,</div>
-<div class="verse">J’ai traversé mille villages,</div>
-<div class="verse">Je suis au bout de mon destin.</div>
-<div class="verse">Encor un effort vers les beaux rivages,</div>
-<div class="verse">Encor quelques heurts, encor quelques bonds</div>
-<div class="verse">Et ce sera la plaine unie,</div>
-<div class="verse">La grande plaine infinie.</div>
-<div class="verse">Par un matin vibrant et léger, loin des monts,</div>
-<div class="verse">Où j’ai gémi durant d’inexorables lieues,</div>
-<div class="verse">Je verrai tout à coup mon grand pays : la mer ;</div>
-<div class="verse">Et joyeuse, mirant ta coupole, ciel clair,</div>
-<div class="verse">Vague je danserai parmi les vagues bleues ! »</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE CHANT DE LA SIRÈNE</h3>
-
-<p class="dedic"><i>A André Foulon de Vaulx.</i></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le pêcheur d’or s’en va chaque nuit sur la mer,</div>
-<div class="verse">Les flots ont des lueurs dansantes de phosphore.</div>
-<div class="verse">La lune verte luit au cœur du ciel désert.</div>
-<div class="verse">Le beau pêcheur s’en va pêcher jusqu’à l’aurore.</div>
-
-<div class="verse stanza">— Pêcheur, ne jette pas tes filets dans les flots.</div>
-<div class="verse">Les trésors que tu vois ne sont que vains fantômes.</div>
-<div class="verse">Le vent froid de la nuit pleure sur les îlots.</div>
-<div class="verse">Pourquoi veiller à l’heure où reposent les hommes ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Ces récifs sont hantés par un esprit méchant :</div>
-<div class="verse">Sous ce vaste rocher habite une sirène ;</div>
-<div class="verse">Garde-toi d’écouter la douceur de son chant</div>
-<div class="verse">Nul, nul n’est revenu de sa grotte lointaine.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Mais les yeux du pêcheur ont lui ;</div>
-<div class="verse i2">Car la folie est dans ses voiles.</div>
-<div class="verse i2">La mer est d’or autour de lui ;</div>
-<div class="verse i2">La mer est d’or sous les étoiles.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Des reflets fauves de métaux</div>
-<div class="verse i2">S’élèvent jusqu’aux Pléiades,</div>
-<div class="verse i2">C’est l’heure où brillent dans les eaux</div>
-<div class="verse i2">Le congre vert et les dorades.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Au cœur du flot diamanté</div>
-<div class="verse i2">Le filet scintillant replonge</div>
-<div class="verse i2">Et le canot est emporté</div>
-<div class="verse i2">Au loin vers les Iles du Songe.</div>
-
-<div class="verse stanza">L’incomparable voix plus douce que la nuit</div>
-<div class="verse">Emplit soudain l’azur d’une beauté sereine,</div>
-<div class="verse">Et les larmes voilant son pur regard qui luit,</div>
-<div class="verse">Le bienheureux pêcheur écoute la Sirène.</div>
-
-<div class="verse stanza">De ses tremblantes mains il touche aux mille feux</div>
-<div class="verse">D’ors couleur de soleil et d’ors couleur de lune ;</div>
-<div class="verse">Dans son cœur rajeuni bondit un sang joyeux ;</div>
-<div class="verse">Chaque coup de filet ramène une fortune.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ah ! pouvoir de cet or tuer la pauvreté,</div>
-<div class="verse">Abolir la misère et protéger l’enfance.</div>
-<div class="verse">Beau rêve généreux d’amour et de bonté,</div>
-<div class="verse">Bel impossible espoir, frère de la démence !</div>
-
-<div class="verse stanza">Et les marins du port ont un rire cruel</div>
-<div class="verse">Quand le pêcheur revient au jour, sa barque vide,</div>
-<div class="verse">Mais aucun d’eux ne voit ce qu’il voit sous le ciel</div>
-<div class="verse">Quand le trésor des mers s’offre à son œil lucide.</div>
-
-<div class="verse stanza">Aucun d’eux n’a surpris la Sirène aux bras blancs</div>
-<div class="verse">Alors que toute nue elle chante aux étoiles,</div>
-<div class="verse">Aucun d’eux n’a senti le vertige troublant</div>
-<div class="verse">D’un frénétique espoir gonflant les folles voiles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et c’est pourquoi, rivés à leur rêve lointain,</div>
-<div class="verse">Les beaux yeux du pêcheur regardent sans colère ;</div>
-<div class="verse">Il sait qu’il est de ceux dont le grave destin</div>
-<div class="verse">Est de mourir du baiser fou de la chimère.</div>
-
-<div class="verse stanza">En attendant, son ombre au bord du grand chemin</div>
-<div class="verse">Fait trembler les enfants qui chantent à la brune ;</div>
-<div class="verse">Et la mer, chaque nuit, berce le rêve humain</div>
-<div class="verse">Du beau pêcheur hagard qui pêche sous la lune.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LA CHANSON DE LA LUNE</h3>
-
-<p class="dedic">(Episode Pyrénéen.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Voici la chanson de la Lune</div>
-<div class="verse i2">Qu’une pauvre folle d’amour</div>
-<div class="verse i2">S’en allait dire au carrefour</div>
-<div class="verse i2">Des chemins estompés de brune :</div>
-
-<div class="verse i4 stanza">Frêle croissant</div>
-<div class="verse i4">Phosphorescent,</div>
-<div class="verse i2">Qui viens argenter les collines</div>
-<div class="verse i2">Et te mirer dans les ravines,</div>
-<div class="verse i4">J’aime l’amant</div>
-<div class="verse i4">Aux lèvres fines.</div>
-
-<div class="verse i4 stanza">Croissant d’amour</div>
-<div class="verse i4">Du troubadour,</div>
-<div class="verse i2">O nacelle des nuits dorées,</div>
-<div class="verse i2">Toi qui vogues dans les nuées,</div>
-<div class="verse i4">Au haut des tours</div>
-<div class="verse i4">Des bien-aimées.</div>
-
-<div class="verse i4 stanza">Svelte croissant</div>
-<div class="verse i4">Adolescent,</div>
-<div class="verse i2">Qui seras la lune argentée,</div>
-<div class="verse i2">Illumine la nuit lactée</div>
-<div class="verse i4">Pour mon amant</div>
-<div class="verse i4">Et son aimée.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je t’implore, Croissant du beau soir infini,</div>
-<div class="verse">Toi qui viens éblouir l’oiselle sur le nid,</div>
-<div class="verse">Toi que le mendiant aux longues mains tendues</div>
-<div class="verse">Invoque, par delà les libres étendues,</div>
-<div class="verse">Afin que ta vertu fasse de l’indigent</div>
-<div class="verse">Plus nombreuses encor les piécettes d’argent.</div>
-<div class="verse">Fais grandir en mon cœur, au seul gré de tes phases,</div>
-<div class="verse">Un amour merveilleux, un désir fort et fier,</div>
-<div class="verse">Sois le cadran de joie où du haut de l’éther</div>
-<div class="verse">S’annonceront pour nous les heures des extases.</div>
-<div class="verse">Ce soir, nous irons voir ton fuseau de métal</div>
-<div class="verse">Traverser d’un fil d’or le nuage en dentelle</div>
-<div class="verse">Et nous serons alors sous notre ciel natal</div>
-<div class="verse">Les tendres amoureux que l’amour ivre appelle.</div>
-<div class="verse">C’est l’éveil des espoirs et des rêves muets.</div>
-<div class="verse">Les feuilles aux buissons chantent nos fiançailles.</div>
-<div class="verse">Un troupeau sur la route agite ses sonnailles</div>
-<div class="verse">Et le vent parfumé berce les serpolets.</div>
-<div class="verse">Puis, dès demain, au fond des bois et des collines,</div>
-<div class="verse">Ta faucille d’argent, gloire du ciel vermeil,</div>
-<div class="verse">Nous guidera tous deux vers un nid de sommeil,</div>
-<div class="verse">Où nous serons bercés par l’écho des ravines.</div>
-<div class="verse">Tandis que mon amant, couché dans les roseaux,</div>
-<div class="verse">Ecoutera frémir le luth des brises d’eaux,</div>
-<div class="verse">Je boirai des baisers entre ses lèvres minces ;</div>
-<div class="verse">Il sera, pour mon cœur, le plus charmant des princes</div>
-<div class="verse">Et sur les ongles purs de ses doigts de clarté,</div>
-<div class="verse">J’admirerai les fins croissants couleur d’aurore,</div>
-<div class="verse">Qu’en signe de tendresse et de félicité,</div>
-<div class="verse">Aux doigts des bienheureux ton astre fait éclore.</div>
-<div class="verse">Quand tu viendras, pareille au beau rayon de miel,</div>
-<div class="verse">Eblouir l’essaim blond des abeilles du ciel,</div>
-<div class="verse">Nous viderons la coupe où le désir s’étanche,</div>
-<div class="verse">Sans épuiser pourtant sa suprême douceur.</div>
-<div class="verse">Notre amour va grandir au gré de ta splendeur,</div>
-<div class="verse">Et, quand par un grand soir ta face pleine et blanche</div>
-<div class="verse">Mettra sur les sommets une aube de dimanche,</div>
-<div class="verse">Nous irons sur les monts t’élever un autel.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ah ! quelle ivresse souveraine,</div>
-<div class="verse i4">Croissant d’argent</div>
-<div class="verse i4">Du soir changeant,</div>
-<div class="verse i2">Quand tu seras la lune pleine !</div>
-
-<div class="verse stanza">Il est sur la montagne où luit le romarin,</div>
-<div class="verse">Une grotte sacrée et propice aux ivresses.</div>
-<div class="verse">Des herbes de senteur y balancent leurs tresses.</div>
-<div class="verse">Là, le coq de bruyère annonce le matin.</div>
-<div class="verse">Nous dormirons le jour, mais lorsque ta lumière</div>
-<div class="verse">O Lune, incendiera les palais du ciel bleu,</div>
-<div class="verse">Mon amant t’offrira sur un lit de fougère,</div>
-<div class="verse">Mon corps brûlant encor de ses baisers de feu.</div>
-
-<div class="verse i4 stanza">O Lune pâle,</div>
-<div class="verse i4">Limpide opale,</div>
-<div class="verse i2">Tu redeviendras croissant d’or</div>
-<div class="verse i2">Et le bel amour sera mort !</div>
-
-<div class="verse stanza">Quand tu te flétriras comme une pauvre fleur,</div>
-<div class="verse">Nous ne médirons pas de nos gloires passées,</div>
-<div class="verse">Mais je serai très douce aux aubes de douceur</div>
-<div class="verse">Où ton arc agonise en teintes effacées.</div>
-<div class="verse">O Lune, je ne veux qu’un tendre mois d’amour</div>
-<div class="verse">Où nous épuiserons la gamme des ivresses,</div>
-<div class="verse">Où du bonheur humain nous aurons le cœur lourd</div>
-<div class="verse">Et qui ne laissera ni regrets, ni tristesses.</div>
-<div class="verse">Quand j’aurai bien chéri le tendre bien-aimé,</div>
-<div class="verse">Tu me feras mourir, Lune couleur d’opale,</div>
-<div class="verse">Il s’en reviendra seul au seuil accoutumé</div>
-<div class="verse">Mais moi, je veux monter vers ta planète pâle…</div>
-<div class="verse">Si mon vœu s’accomplit au gré de ton décor,</div>
-<div class="verse">Quand ton feu s’éteindra dans la nuit améthyste,</div>
-<div class="verse">Je vêtirai pour mon cercueil ma robe triste</div>
-<div class="verse">Où mon aiguille bleue a mis des croissants d’or…</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Voici la chanson de la Lune</div>
-<div class="verse i2">Qu’une pauvre folle d’amour</div>
-<div class="verse i2">S’en allait dire au carrefour</div>
-<div class="verse i2">Des chemins estompés de brune.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LES CORBEAUX FOUS</h3>
-
-<p class="dedic">(Légende vénitienne.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Il était un jeune seigneur</div>
-<div class="verse i2">Qui mourut en terre lointaine,</div>
-<div class="verse i2">Quand il sut que sa châtelaine</div>
-<div class="verse i2">Trahissait son nom et son cœur…</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Les corbeaux vinrent qui mangèrent</div>
-<div class="verse i2">Le corps empoisonné d’amour</div>
-<div class="verse i2">Et pris d’amour sombre à leur tour,</div>
-<div class="verse i2">Dans le ciel sombre ils s’envolèrent.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Le grand essaim noir tournoya,</div>
-<div class="verse i2">Franchissant plaines et frontières ;</div>
-<div class="verse i2">Vers le château de l’adultère</div>
-<div class="verse i2">Pendant trente jours il vola.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Or, tout à l’autre bout du monde,</div>
-<div class="verse i2">Ayant parjuré son serment</div>
-<div class="verse i2">Et pris son page pour amant</div>
-<div class="verse i2">Vivait la jeune épouse blonde.</div>
-</div>
-
-<hr />
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">« Beau page, à l’horizon du soir,</div>
-<div class="verse i2">Que vois-tu ? » dit la châtelaine.</div>
-<div class="verse i2">« Je vois s’élever de la plaine</div>
-<div class="verse i2">Tout au loin un nuage noir.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">« Mon bel ami, que tu me navres !</div>
-<div class="verse i2">C’est le retour des Chevaliers ! »</div>
-<div class="verse i2">« Non, reine, ce sont par milliers,</div>
-<div class="verse i2">Noirs corbeaux mangeurs de cadavres… »</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Fou d’amour, poussant des clameurs,</div>
-<div class="verse i2">Le large essaim d’oiseaux sans nombre</div>
-<div class="verse i2">S’abattit au ras du ciel sombre,</div>
-<div class="verse i2">Voilant la lumière et les fleurs.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et quand à leurs grands cris acerbes</div>
-<div class="verse i2">Le village fut accouru,</div>
-<div class="verse i2">Le manoir avait disparu</div>
-<div class="verse i2">Sous l’aile des oiseaux funèbres.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Sous l’étreinte des corbeaux fous</div>
-<div class="verse i2">Mourut la blonde châtelaine.</div>
-<div class="verse i2">L’amour avait chargé la haine</div>
-<div class="verse i2">De venger la mort de l’époux.</div>
-</div>
-
-
-<h3>ÉTOILES DE NOEL</h3>
-
-<p class="dedic">(Chanson provençale.)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i1">Le ciel est un livre aux belles images</div>
-<div class="verse i1">Petite bergère, aimes-tu le ciel ?</div>
-<div class="verse i1">T’en vas-tu, la nuit, quand revient Noël</div>
-<div class="verse i1">Voir les trois Valets et les trois Rois Mages ?</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Au haut du tilleul et du coudrier</div>
-<div class="verse i1">Je vois Orion et son baudrier.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Les petits enfants rêvent aux étoiles.</div>
-<div class="verse i1">On dirait les fruits d’un vaste verger</div>
-<div class="verse i1">L’étoile des monts sourit au berger,</div>
-<div class="verse i1">L’étoile polaire éclaire les voiles.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Au haut du tilleul et du coudrier</div>
-<div class="verse i1">Je vois Orion et son baudrier.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Qu’ils sont doux les feux de la Poussinière</div>
-<div class="verse i1">Lorsque de l’église on sort à minuit,</div>
-<div class="verse i1">Les petits sabots font un joyeux bruit,</div>
-<div class="verse i1">Et Jésus sourit dans la crèche claire.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Au haut du tilleul et du coudrier</div>
-<div class="verse i1">Je vois Orion et son baudrier.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Regarde ces feux d’étoiles filantes</div>
-<div class="verse i1">Les astres la nuit font la charité ;</div>
-<div class="verse i1">Et les prés auront des fleurs de clarté</div>
-<div class="verse i1">Quand tu sortiras tes brebis bêlantes.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Au haut du tilleul et du coudrier</div>
-<div class="verse i1">Je vois Orion et son baudrier.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Il est tard, rentrons, petite bergère,</div>
-<div class="verse i1">Un soir, aux chansons de ton amoureux,</div>
-<div class="verse i1">L’étoile d’amour luira dans tes yeux.</div>
-<div class="verse i1">Il est tard, rentrons, voici ta chaumière.</div>
-
-<div class="verse i1 stanza">Au haut du tilleul et du coudrier</div>
-<div class="verse i1">Je vois Orion et son baudrier.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LES PÈLERINS DE LA MORT</h3>
-
-<p class="dedic"><i>A Gratien Candace.</i></p>
-
-<p class="ind small">Un rhéteur parle :</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sous le soleil du soir, au couchant de la vie,</div>
-<div class="verse">Les hommes, pèlerins en marche vers la mort,</div>
-<div class="verse">Après des jours d’orgueil, de peine ou de remords,</div>
-<div class="verse">Passaient tumultueux sur la route infinie.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ils s’en allaient, troublant le silence des monts,</div>
-<div class="verse">Comme un vaste troupeau marchant dans la poussière ;</div>
-<div class="verse">Des souffles haletants soulevaient les poumons</div>
-<div class="verse">Et de vastes clameurs faisaient trembler la terre.</div>
-
-<div class="verse stanza">Dans l’ombre qui tombait des arbres embaumés,</div>
-<div class="verse">Les hommes confondaient leur croyance et leur doute ;</div>
-<div class="verse">Les peuples de l’orgueil cheminaient sur la route</div>
-<div class="verse">Mêlés au noir bétail des peuples opprimés.</div>
-
-<div class="verse stanza">Les riches, les heureux, les satisfaits du monde</div>
-<div class="verse">S’avançaient les premiers en groupes clairsemés ;</div>
-<div class="verse">C’étaient ceux dont les blés doraient la plaine blonde</div>
-<div class="verse">Et qui vivaient de luxe au cœur des jours charmés.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ils allaient à pas lents, chantant la destinée</div>
-<div class="verse">Qui les avait placés sous les bonnes étoiles,</div>
-<div class="verse">La grange où s’entassait le bon grain de l’année</div>
-<div class="verse">Et le bon vent menant au port les bonnes voiles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Ils disaient la douceur des rêves accomplis.</div>
-<div class="verse">De beaux soldats chantaient la guerre et la victoire,</div>
-<div class="verse">Les expéditions vers les pays conquis ;</div>
-<div class="verse">On entendait les mots de patrie et de gloire.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais tandis qu’ils chantaient l’ample sérénité,</div>
-<div class="verse">De larges hurlements troublaient leur harmonie,</div>
-<div class="verse">Plus vaste le troupeau des vains déshérités</div>
-<div class="verse">Proclamait la géhenne ardente de la vie.</div>
-
-<div class="verse stanza">Des malades affreux, d’horribles amputés,</div>
-<div class="verse">De grands vieillards usés, des nains courbant la taille,</div>
-<div class="verse">Des hommes nus traînant la femme et la marmaille</div>
-<div class="verse">Déroulaient vers le ciel le chant des révoltés.</div>
-
-<div class="verse stanza">L’espoir pourtant, l’espoir était pur et vivace</div>
-<div class="verse">Au cœur cent fois blessé de ces êtres maudits :</div>
-<div class="verse">Mille fois dans les feux des matins attiédis,</div>
-<div class="verse">Ils avaient entrevu les aurores de grâce.</div>
-</div>
-
-<hr />
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">L’apaisement tombait des voûtes étoilées,</div>
-<div class="verse">Quand la horde brutale atteignit l’horizon ;</div>
-<div class="verse">Calmes et douloureux, sans cri, sans oraison,</div>
-<div class="verse">Les derniers Pèlerins passaient dans les vallées.</div>
-
-<div class="verse stanza">C’étaient les grands Vaincus et les grands Obstinés,</div>
-<div class="verse">Les Penseurs méconnus par les foules abjectes,</div>
-<div class="verse">Les Socrates honnis, les Colombs enchaînés,</div>
-<div class="verse">Frères de Galilée et frères des prophètes.</div>
-
-<div class="verse stanza">C’étaient ceux qui voulaient grandir le cœur humain</div>
-<div class="verse">Et dont la bonne auberge était à tous ouverte,</div>
-<div class="verse">Ceux qui n’eurent d’amis qu’au banquet du matin</div>
-<div class="verse">Et dont la maison pauvre au soir dur fut déserte.</div>
-
-<div class="verse stanza">Plusieurs avaient subi l’exil et la prison</div>
-<div class="verse">Dans les bagnes de fer aux murs sentant le vice,</div>
-<div class="verse">Pour avoir élevé ta lampe d’or, Raison,</div>
-<div class="verse">Et pour avoir crié vers tes astres, Justice !</div>
-
-<div class="verse stanza">Ils songeaient, ce soir-là, que des flambeaux brisés</div>
-<div class="verse">Ne jaillirait jamais la flamme salutaire</div>
-<div class="verse">Et gardaient des jours morts et des orgueils usés</div>
-<div class="verse">Le souvenir affreux d’une grande misère.</div>
-
-<div class="verse stanza">Leurs yeux étaient levés et regardaient le ciel ;</div>
-<div class="verse">Dans l’ombre gémissait la voix des cathédrales ;</div>
-<div class="verse">Et les vaincus voyaient, dans le soir solennel,</div>
-<div class="verse">De grands crucifiés sur les croix des étoiles.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et la lune pleurait au fond du ciel en deuil,</div>
-<div class="verse">Sur la route où passait la tristesse des hommes.</div>
-<div class="verse">Des nuages sanglants imitaient des fantômes</div>
-<div class="verse">Et la lugubre nuit semblait un grand linceul…</div>
-
-<div class="verse stanza">Et pourtant, c’est de vous que nous tenons les rêves,</div>
-<div class="verse">L’idée au vol hardi, l’idéal tout puissant ;</div>
-<div class="verse">Et sans vous, nous serions des Bêtes sur les grèves,</div>
-<div class="verse">De sombres carnassiers toujours ivres de sang.</div>
-
-<div class="verse stanza">Vous êtes nos maisons, nos navires, nos plaines,</div>
-<div class="verse">Nos arches, nos clochers, nos lumières, nos ports ;</div>
-<div class="verse">O phares dans la nuit des détresses humaines,</div>
-<div class="verse">Soleils de vérité que n’éteint pas la mort !</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE SOLEIL ET LA MORT</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O Soleil, tu dorais la paisible maison</div>
-<div class="verse">Où je naquis, les yeux éblouis de lumière.</div>
-<div class="verse">O Mort, j’étais encor un être sans raison</div>
-<div class="verse">Quand je te vis debout au chevet de ma mère.</div>
-
-<div class="verse stanza">Depuis, pur idéal tu fis naître à l’amour</div>
-<div class="verse">Mon cœur d’enfant épris d’une forme adorable.</div>
-<div class="verse">O vanité, depuis, tu redis chaque jour</div>
-<div class="verse">A mon cœur tourmenté que tout est périssable.</div>
-
-<div class="verse stanza">Nos désirs sont chargés d’ombre et d’éternité.</div>
-<div class="verse">La plus divine joie est d’une essence amère.</div>
-<div class="verse">Toute douleur recèle un peu de volupté.</div>
-<div class="verse">Tout se mêle et s’unit aux jardins de la terre.</div>
-
-<div class="verse stanza">Les climats les plus beaux sont les plus meurtriers.</div>
-<div class="verse">Tu préfères, ô Mort, les Tropiques aux Pôles</div>
-<div class="verse">Et toi, joyeux Soleil, ami des ateliers,</div>
-<div class="verse">Que riche est ta splendeur aux murs des nécropoles !</div>
-</div>
-
-<hr />
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Qu’êtes-vous devenus beaux siècles enchantés</div>
-<div class="verse">Où le grand Sphinx ouvrit son rêve sur le monde,</div>
-<div class="verse">Près du fleuve indolent de l’Egypte féconde</div>
-<div class="verse">Roulant dans la splendeur torride des étés,</div>
-
-<div class="verse stanza">Nuits pures où marchaient les pâtres de Chaldée</div>
-<div class="verse">Sous les feux solennels des constellations,</div>
-<div class="verse">Grands prophètes menant les grandes nations,</div>
-<div class="verse">Premier orgueil, premier culte, première idée,</div>
-
-<div class="verse stanza">Rois mitrés conduisant de longs troupeaux plaintifs</div>
-<div class="verse">Vers le suprême éclat des Villes opulentes,</div>
-<div class="verse">Portes d’or où passait le fleuve des captifs</div>
-<div class="verse">Et les gémissements des races indolentes ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Le silence a grandi sur votre vanité</div>
-<div class="verse">Orgueilleuse grandeur des Thèbes aux cent portes.</div>
-<div class="verse">Le marbre de Memnon d’où montaient des voix fortes</div>
-<div class="verse">Est mort du long sommeil de l’immobilité.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et toi divine Hellas, immortelle patrie,</div>
-<div class="verse">Qui dressas vers le ciel le svelte Parthénon,</div>
-<div class="verse">Nous ne reverrons plus de lumière fleurie</div>
-<div class="verse">Renaître la beauté parfaite d’Apollon !</div>
-
-<hr />
-
-
-<div class="verse stanza">Le néant a repris les grandes Babylones</div>
-<div class="verse">Sous la sécurité des constellations.</div>
-<div class="verse">Mais par l’orgueil plus grand des générations</div>
-<div class="verse">D’autres Babels naîtront des siècles monotones.</div>
-
-<div class="verse stanza">Soleil qui nous versez l’espérance et l’amour,</div>
-<div class="verse">Rayons, future vie et futures pensées,</div>
-<div class="verse">Sur un fleuve rapide emportés sans retour</div>
-<div class="verse">Nous subissons la loi cruelle des années.</div>
-
-<div class="verse stanza">O Forces, notre esprit après le grand départ</div>
-<div class="verse">Verra-t-il l’infini de la lumière pure ?</div>
-<div class="verse">O Mort, sous quelle lune, autour de quel rempart</div>
-<div class="verse">Irons-nous féconder l’herbe de la nature ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Notre âme est-elle un peu de toi, beau firmament ?</div>
-<div class="verse">Nos corps sont-ils pétris de ton limon, ô sable ?</div>
-<div class="verse">Est-ce enfin vous qui vous mêlez confusément</div>
-<div class="verse">Dans notre être à la fois divin et misérable ?</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak"><span class="xsmall">DIXIÈME CHANT</span><br />
-LA VILLE MERVEILLEUSE</h2>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Il faut en ce bas monde aimer beaucoup de choses.</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Alfred de Musset.</span></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3>SANTANDER</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">A Santander, en plein hiver,</div>
-<div class="verse i2">Les mouettes volaient dans l’air ;</div>
-<div class="verse i2">Et nos prunelles étonnées</div>
-<div class="verse i2">Vous revirent, ô Pyrénées !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ville espagnole au noir couvent,</div>
-<div class="verse i2">Je trouvai ton décor vivant,</div>
-<div class="verse i2">Malgré la juste impatience</div>
-<div class="verse i2">De revoir le doux ciel de France.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LA COMPLAINTE DES SOUVENIRS</h3>
-
-<p class="c">I</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Ah ! vos parfums sur la pelouse</div>
-<div class="verse i2">O violettes de Toulouse !</div>
-</div>
-
-<p class="c">II</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Au cœur des fraîches Pyrénées</div>
-<div class="verse i2">J’ai connu des jours souriants.</div>
-<div class="verse i2">Chers beaux jours des mortes années,</div>
-<div class="verse i2">Espagne, peupliers tremblants !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Se cache-t-elle encor la caille</div>
-<div class="verse i2">Dans le blé noir et le sainfoin ?</div>
-<div class="verse i2">L’étable a-t-elle assez de paille</div>
-<div class="verse i2">Pour le troupeau qui vient de loin ?</div>
-</div>
-
-<p class="c">III</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Londres, cité la plus splendide,</div>
-<div class="verse i2">Je vins à vous par un soir blond</div>
-<div class="verse i2">Je n’étais que la chrysalide,</div>
-<div class="verse i2">Vite je devins papillon.</div>
-</div>
-
-<p class="c">IV</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Petit cottage anglais aux roses,</div>
-<div class="verse i2">Que j’aimais tes heures moroses</div>
-<div class="verse i2">Bexil chantait près de la mer</div>
-<div class="verse i2">Un nostalgique petit air.</div>
-</div>
-
-<p class="c">V</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Europe, Europe, Europe exquise !</div>
-<div class="verse i2">Vieille terre de mes parents,</div>
-<div class="verse i2">Dans la brise de mer qui grise</div>
-<div class="verse i2">Que de beaux effluves errants !</div>
-</div>
-
-<p class="c">VI</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Un doux air me vient en mémoire :</div>
-<div class="verse i2">« Sous le grand chapeau <i lang="en" xml:lang="en">green-away</i> »</div>
-<div class="verse i2">Il est mort l’espoir de la gloire</div>
-<div class="verse i2" lang="en" xml:lang="en"><span class="sc">And the blue bird has gone away</span>.</div>
-</div>
-
-<p class="c">VII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Le temps passe et la neige lasse.</div>
-<div class="verse i2">J’ai trop peur de mes souvenirs.</div>
-<div class="verse i2">Oublions, pour mieux voir en face</div>
-<div class="verse i2">Les jours nouveaux qui vont venir.</div>
-</div>
-
-<p class="c">VIII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Emporte-moi, vieux train sonore,</div>
-<div class="verse i3">A travers prés et champs.</div>
-<div class="verse i2">Je verrai Paris à l’aurore !</div>
-<div class="verse i3">Espoir chante tes chants !</div>
-</div>
-
-<p class="c">IX</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Rouges lueurs au ciel gris-bleu…</div>
-<div class="verse i2">Paris ! le sang vibre à mes tempes !</div>
-<div class="verse i2">Paris ! les papillons du feu</div>
-<div class="verse i2">Palpitent dans les lampes !</div>
-</div>
-
-<p class="c">X</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand soudain du vapeur retentit la sirène,</div>
-<div class="verse">O France, je te vis surgir des grandes eaux ;</div>
-<div class="verse">Bien que l’hiver eût pris tes fleurs et tes oiseaux</div>
-<div class="verse">Ton beau ciel n’eut jamais de douceur plus sereine.</div>
-</div>
-
-
-<h3>A LA FRANCE</h3>
-
-<p class="dedic"><i>A Madame Geneviève Henry Bérenger.</i></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Jours d’autrefois, jours purs, jours d’idéal, jours ivres,</div>
-<div class="verse">Où sous le vaste ciel du tropique irisé,</div>
-<div class="verse">Je sentais chaque soir, en refermant tes livres,</div>
-<div class="verse">Mon jeune cœur pour toi d’amour fier embrasé.</div>
-
-<div class="verse stanza">France, j’aimais de loin ta grande âme qui vibre</div>
-<div class="verse">Comme un clairon à l’aube où flambent tes drapeaux ;</div>
-<div class="verse">Et je rêvais de vivre enfin sur ton sol libre</div>
-<div class="verse">Sur ton sol où la gloire éclaire les tombeaux.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et tandis qu’aux plateaux sanglants du crépuscule,</div>
-<div class="verse">Le bataillon vaincu du jour ardent recule,</div>
-<div class="verse">Sur les monts flamboyaient les pavillons du soir ;</div>
-
-<div class="verse stanza">Et d’une île perdue au bord des mers profondes,</div>
-<div class="verse">Par delà les déserts de l’Atlantique noir,</div>
-<div class="verse">Je t’invoquais, ô France, ô noblesse du monde !</div>
-</div>
-
-
-<h3>A PARIS</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O ville de François Villon et de Verlaine,</div>
-<div class="verse">Me voilà donc foulant encor tes beaux pavés !</div>
-<div class="verse">Oublieux des torpeurs de la maison lointaine,</div>
-<div class="verse">Les soleils du plaisir dans la nuit sont levés !</div>
-
-<div class="verse stanza">Je pourrai me mêler à la foule inconnue,</div>
-<div class="verse">N’être qu’un flot parmi ton océan humain,</div>
-<div class="verse">Monter le boulevard, descendre l’avenue</div>
-<div class="verse">Et voir mille beaux yeux passer sur mon chemin.</div>
-
-<div class="verse stanza">O Paris, sous tes feux d’électricité blonde,</div>
-<div class="verse">De toutes tes splendeurs me voilà le témoin ;</div>
-<div class="verse">Ce soir, j’entends encor battre le cœur du monde !</div>
-<div class="verse">O solitaires jours que vous me semblez loin !</div>
-</div>
-
-
-<h3>EXTRAITS DU CARNET DE NOTES</h3>
-
-<p class="dedic"><i lang="la" xml:lang="la">Nec mergitur.</i></p>
-
-<p class="c">I</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">N’allons pas, dès les premiers soirs,</div>
-<div class="verse i2">Vers les quartiers des nouveaux riches,</div>
-<div class="verse i2">Tenons promesse aux vieux espoirs,</div>
-<div class="verse i2">Laissons tranquilles les affiches.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Qu’ils sont charmants, les premiers pas</div>
-<div class="verse i2">De ce tendre pèlerinage.</div>
-<div class="verse i2">Ils ont trop de feux les repas</div>
-<div class="verse i2">Que préside un <span lang="en" xml:lang="en">jazz-band</span> sauvage.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">A loisir, revenons à pied</div>
-<div class="verse i2">Respirer l’odeur des ruelles ;</div>
-<div class="verse i2">Je connais un vieux cabaret</div>
-<div class="verse i2">Au boulevard Bonne-Nouvelle.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La douce église est à côté,</div>
-<div class="verse i2">Toute vieillotte et toute brune,</div>
-<div class="verse i2">J’aime ce coin d’obscurité</div>
-<div class="verse i2">Près des « Brioches de la Lune ».</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Aux beaux quartiers de l’avenir</div>
-<div class="verse i2">Nous donnerons d’autres soirées ;</div>
-<div class="verse i2">Menons, menons le souvenir</div>
-<div class="verse i2">Vers les heures décolorées.</div>
-</div>
-
-<p class="c">II</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Je connus un jardin en mai</div>
-<div class="verse i2">Où j’ai cueilli souvent les roses,</div>
-<div class="verse i2">Les roses des amours moroses,</div>
-<div class="verse i2">Ce doux jardin est-il fermé ?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">A l’église de la Sorbonne</div>
-<div class="verse i2">Dort le tombeau de Richelieu ;</div>
-<div class="verse i2">A Cluny, lorsque l’air est bleu,</div>
-<div class="verse i2">Nous allions revoir la Licorne.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Est-ce bien moi, par ce soir-ci,</div>
-<div class="verse i2">Est-ce bien moi qui me promène</div>
-<div class="verse i2">De la Concorde au pont Sully,</div>
-<div class="verse i2">En regardant couler la Seine.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Est-ce bien moi qui suis ici,</div>
-<div class="verse i2">A l’heure où la lune se lève,</div>
-<div class="verse i2">Villon ne venait-il aussi</div>
-<div class="verse i2">Refléter en ces eaux son rêve.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Mieux que les Montmartrois fleuris,</div>
-<div class="verse i2">Que l’Etoile, immense poème,</div>
-<div class="verse i2">Pour te bien comprendre, Paris,</div>
-<div class="verse i2">C’est le vieux quai Conti que j’aime.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ils ont tant dit et tant écrit</div>
-<div class="verse i2">Qu’ils feraient mentir ta devise,</div>
-<div class="verse i2">Que la revoir, sans contredit,</div>
-<div class="verse i2">Est une chose bien exquise.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Qu’ils sont beaux sous les claires nuits</div>
-<div class="verse i2">Les mille feux de la Concorde !</div>
-<div class="verse i2">Ah ! beau Paris, chante et reluis,</div>
-<div class="verse i2">O toi qui de gloire débordes.</div>
-</div>
-
-<p class="c">III</p>
-
-<p class="dedic"><i>A Pierre Lièvre.</i></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Contrastes merveilleux de l’immense Paris.</div>
-<div class="verse">Quartiers vibrants, tout près de mornes quartiers gris.</div>
-<div class="verse">Charme tout un matin de suivre les dédales</div>
-<div class="verse">De ces réseaux obscurs qui conduisent aux halles,</div>
-<div class="verse">D’errer dans des faubourgs grouillants où des palais</div>
-<div class="verse">S’élevèrent au temps du joyeux Rabelais,</div>
-<div class="verse">De méditer, songeur, sur la place des Vosges,</div>
-<div class="verse">D’entrevoir les portiers des plus sordides loges,</div>
-<div class="verse">Auprès d’un carrefour où l’âme du truand</div>
-<div class="verse">Revit dans un couplet d’Aristide Bruand ;</div>
-<div class="verse">D’évoquer en lisant le nom de vieilles rues</div>
-<div class="verse">Une époque où la Seine eut ses premières crues ;</div>
-<div class="verse">O charme, ayant quitté les murs d’un hôpital</div>
-<div class="verse">Qu’à peine a réchauffé le soleil matinal,</div>
-<div class="verse">De songer que du Vieux-Colombier le théâtre</div>
-<div class="verse">Donne « la Nuit des Rois » adorable et folâtre ;</div>
-<div class="verse">Qu’en attendant la fin du bel après-midi,</div>
-<div class="verse">On s’en ira s’asseoir sous le ciel attiédi</div>
-<div class="verse">Du Luxembourg, ou bien sur la claire terrasse</div>
-<div class="verse">De « la Paix » d’où l’on voit la foule ivre qui passe.</div>
-</div>
-
-<p class="c">IV</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Au pied du Panthéon, nous vous aimons, ruelles</div>
-<div class="verse">Où l’on se croit la nuit au doux temps des chandelles.</div>
-<div class="verse">Que de fois, en hiver, pour vous suivre au hasard,</div>
-<div class="verse">Nous avons déserté le vivant boulevard,</div>
-<div class="verse">A l’heure où les échos lointains d’une musette</div>
-<div class="verse">Pleuraient les bals défunts où dansa la grisette.</div>
-</div>
-
-<p class="c">V</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Tout change. Le quartier a des aspects nouveaux.</div>
-<div class="verse">Il est mort l’omnibus avec ses lents chevaux.</div>
-<div class="verse">Pourtant le vieux Paris chante un dernier poème</div>
-<div class="verse">Au cœur des noirs faubourgs qu’il baptisa lui-même.</div>
-<div class="verse">Chaque plaque de rue au nom moyen-âgeux</div>
-<div class="verse">Est comme un souvenir laissé par les aïeux.</div>
-<div class="verse">Qu’ils sont frais et chantants tous ces noms populaires</div>
-<div class="verse">Qui pour les citadins évoquent les lumières</div>
-<div class="verse">Ici, de la province où bleuit le coteau,</div>
-<div class="verse">Là, du fleuve houleux où tangue le bateau…</div>
-<div class="verse">Mais pour les gouvernants vous semblez trop naïves,</div>
-<div class="verse">Paroles d’autrefois, joyeuses ou pensives,</div>
-<div class="verse">Et vos beaux noms fleuris, les aurez-vous tantôt,</div>
-<div class="verse">Rue Grange-Batelière et rue des Blancs-Manteaux,</div>
-<div class="verse">Des Francs-Bourgeois, des Quatre-Vents, du Chat-qui-pêche ;</div>
-<div class="verse">N’aurez-vous pas bientôt le nom morne ou revêche</div>
-<div class="verse">D’un commerçant ou d’un ministre ou d’un athlète,</div>
-<div class="verse">Ruelles de Montmartre où croît la violette ?</div>
-</div>
-
-<p class="c">VI</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Paris danse : on n’entend que sons et que musiques ;</div>
-<div class="verse">Un grand peuple joyeux emplit les carrefours.</div>
-<div class="verse">Mais quel est ce beau chant plein de douleurs épiques</div>
-<div class="verse">Qui monte vers l’azur morne des soirs trop lourds ?</div>
-
-<div class="verse stanza">Ce sont les chants des morts de la grande hécatombe,</div>
-<div class="verse">Ce sont tous les tués, tous les crucifiés</div>
-<div class="verse">Qui chantent chaque nuit du tréfonds de leur tombe</div>
-<div class="verse">Sous le ciel des pays encor terrifiés.</div>
-
-<div class="verse stanza">C’est un chant de fierté, de douleur et de gloire,</div>
-<div class="verse">Si morne et si poignant qu’on ne peut l’écouter</div>
-<div class="verse">Sans sentir que, malgré la paix et la victoire,</div>
-<div class="verse">Une douleur en nous est prête à sangloter.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et c’est pour étouffer cette plainte cruelle,</div>
-<div class="verse">Cet hymne du devoir, si terrible et si beau,</div>
-<div class="verse">Que Paris, fils aîné de la France immortelle,</div>
-<div class="verse">Danse de tout son cœur, danse au bord des tombeaux.</div>
-</div>
-
-<p class="c">VII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand je suis pris soudain par le fleuve des foules,</div>
-<div class="verse">Quand je suis emporté par leurs torrents joyeux,</div>
-<div class="verse">Je fais parfois ce rêve, au rythme de leurs houles,</div>
-<div class="verse">Ce rêve sans raison, ce rêve merveilleux :</div>
-<div class="verse">Il me semble revoir parmi de beaux visages,</div>
-<div class="verse">Les visages de ceux que la mort a glacés ;</div>
-<div class="verse">La foule étant aveugle au soir des grands orages,</div>
-<div class="verse">Parmi ces chants joyeux passent des trépassés.</div>
-<div class="verse">Et j’imagine alors que quittant leurs ténèbres,</div>
-<div class="verse">Tous les jeunes soldats qui n’avaient pas vingt ans</div>
-<div class="verse">Quand la mort les coucha dans les plaines funèbres,</div>
-<div class="verse">Reviennent rire encor au milieu des vivants.</div>
-<div class="verse">C’est pourquoi, sous l’éclat des lampes électriques,</div>
-<div class="verse">Je marche regardant les yeux des promeneurs,</div>
-<div class="verse">Et, pris d’un grand amour pour les rêves mystiques,</div>
-<div class="verse">Je sens mon cœur s’emplir d’ineffables douceurs.</div>
-<div class="verse">Je veux porter en moi cette chimère heureuse</div>
-<div class="verse">Qui berce mes chagrins et calme mes remords,</div>
-<div class="verse">En attendant la nuit terrible ou merveilleuse</div>
-<div class="verse">Où je serai parmi vos phalanges, ô morts !</div>
-</div>
-
-
-<h3 lang="en" xml:lang="en">THE END OF A PERFECT DAY</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i3">Rien qu’à ton maintien</div>
-<div class="verse i3">Qu’à ta pure ligne,</div>
-<div class="verse i3">D’Albion insigne</div>
-<div class="verse i3">Je sens que tu viens.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Ta taille parfaite</div>
-<div class="verse i3">Ton teint merveilleux,</div>
-<div class="verse i3">Tes limpides yeux</div>
-<div class="verse i3">Me sont une fête !</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">Dans les yeux anglais</div>
-<div class="verse i3">Luit la mer immense ;</div>
-<div class="verse i3">J’aime ton silence</div>
-<div class="verse i3">Et ton regard frais.</div>
-
-<div class="verse i3 stanza">La ville s’est tue.</div>
-<div class="verse i3">Je suis plein d’émoi ;</div>
-<div class="verse i3">Marche près de moi</div>
-<div class="verse i3">Ma belle statue !</div>
-</div>
-
-
-<h3>LES VAUTOURS</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">J’ai vu dans les couloirs d’hôpital et d’hospice</div>
-<div class="verse">Passer la caravane innombrable des maux ;</div>
-<div class="verse">Et parmi les cités en deuil tous les fléaux</div>
-<div class="verse">Qui dans la chair de l’homme allument le supplice.</div>
-
-<div class="verse stanza">Un avorton, victime innocente du vice,</div>
-<div class="verse">Souffrait dans les draps blancs de son étroit berceau,</div>
-<div class="verse">Et ses yeux agrandis par le mal et très beaux</div>
-<div class="verse">Semblaient chercher le ciel et demander justice.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et je songeais alors à votre mission,</div>
-<div class="verse">Prophètes pleins d’amour et de compassion,</div>
-<div class="verse">Savants brûlés aux feux de vos laboratoires ;</div>
-
-<div class="verse stanza">Vous qui rêvez, dans le silence et la clarté,</div>
-<div class="verse">D’arracher à jamais toutes les ailes noires,</div>
-<div class="verse">Des grands vautours planant sur notre humanité.</div>
-</div>
-
-
-<h3>HÉRÉDITÉ</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Quand un noble idéal gonfle l’âme sereine,</div>
-<div class="verse">Nous rêvons la lumière en elle et non la nuit ;</div>
-<div class="verse">Et nous nous efforçons d’y taire tout vain bruit</div>
-<div class="verse">D’orgueil et d’en chasser l’injustice et la haine.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais, ravivant le flux des passions lointaines,</div>
-<div class="verse">Invisible et présente, au gré du temps qui fuit,</div>
-<div class="verse">Toujours l’Hérédité fatale nous poursuit,</div>
-<div class="verse">Vieux revenant sorti des ténèbres humaines.</div>
-
-<div class="verse stanza">L’héritage des morts est en ses doigts cruels</div>
-<div class="verse">Et nous sentons en nous, ainsi qu’en des Babels,</div>
-<div class="verse">Gronder l’écho confus des vices séculaires.</div>
-
-<div class="verse stanza">Car du legs ancestral rien ne s’est effacé,</div>
-<div class="verse">Le sang des vieux péchés coule dans nos artères ;</div>
-<div class="verse">Sur l’avenir s’allonge l’ombre du passé.</div>
-</div>
-
-
-<h3>SOUVENIRS ET REGRETS</h3>
-
-<p class="c">I<br />
-<span class="small">BOIS DE BOULOGNE</span></p>
-
-<blockquote class="epi">
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Madame, il ne faut pas écraser les manants</div>
-<div class="verse">Qui traversent pour voir vos yeux impertinents,</div>
-<div class="verse">Car vous risqueriez fort, par une après dinée,</div>
-<div class="verse">De tuer le plus grand amour de cette année.</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">De Porto-Riche.</span></p>
-
-</blockquote>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je redisais ces vers charmants quand vous passiez</div>
-<div class="verse">Jadis, au Bois, au trot de vos jeunes coursiers.</div>
-<div class="verse">Hélas ! j’ai dû rester bien longtemps dans mon île,</div>
-<div class="verse">Hélène à présent vieille en votre automobile !</div>
-</div>
-
-<p class="c">II<br />
-<span class="small">QUARTIER LATIN</span></p>
-
-<blockquote class="epi">
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Où sont les gracieux galants</div>
-<div class="verse">Que nous suivons au temps jadis.</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">François Villon.</span></p>
-
-</blockquote>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">De-ci, de-là, dans le quartier,</div>
-<div class="verse i3">Je rencontre un visage</div>
-<div class="verse i2">Que portait un beau corps altier</div>
-<div class="verse i3">Quand j’avais mon jeune âge.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Quoi, c’est donc vous, frais céladon,</div>
-<div class="verse i3">Adorable Marie ;</div>
-<div class="verse i2">Ce gras, cet énorme bedon,</div>
-<div class="verse i3">Cette dame flétrie ?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Déjà le « gracieux galant »</div>
-<div class="verse i3">Est devenu notaire</div>
-<div class="verse i2">Et Rose au front étincelant</div>
-<div class="verse i3">Est morte à Saint-Nazaire.</div>
-</div>
-
-<p class="c">III<br />
-<span class="small">AUTEUIL</span></p>
-
-<blockquote class="epi">
-<p lang="en" xml:lang="en">But where is bounty guy ?</p>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Walter Scott.</span></p>
-
-</blockquote>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Rien n’a changé, verte pelouse,</div>
-<div class="verse i3">Pas même le starter,</div>
-<div class="verse i2">Quant aux jockeys, j’en revois douze ;</div>
-<div class="verse i3">Mais où donc est Carter ?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Où donc est-il, ô « La Valeuse »,</div>
-<div class="verse i3">Celui qui te montait</div>
-<div class="verse i2">Au mois où La Morlais heureuse</div>
-<div class="verse i3">Voit poindre le muguet ?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Alec Carter est mort en guerre</div>
-<div class="verse i3">Ainsi qu’un preux de roi :</div>
-<div class="verse i2">Au ciel il porte la bannière</div>
-<div class="verse i3">Sur un grand palefroi.</div>
-</div>
-
-<p class="c">IV<br />
-<span class="small">BAR DE LA PAIX</span></p>
-
-<p class="dedic"><i>A Henri Martineau.</i></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Comment entrer dans ce bar triste</div>
-<div class="verse i3">Sans songer à Toulet ?</div>
-<div class="verse i2">C’est là que fut bel ironiste</div>
-<div class="verse i3">Ce poète complet.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La nuit est couleur de poussière</div>
-<div class="verse i3">Dites-nous donc, garçon,</div>
-<div class="verse i2">Ne pourrait-on avoir un verre</div>
-<div class="verse i3">De vin de Jurançon ?</div>
-</div>
-
-<p class="c small">ENVOI</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Aux Aliscamps, Muses fidèles,</div>
-<div class="verse i3">Qu’ils sont purs vos sanglots !</div>
-<div class="verse i2">Maurice ! sous tes filaos</div>
-<div class="verse i3">Pleurent les tourterelles !</div>
-</div>
-
-
-<h3>EN SORTANT DE PELLÉAS</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Mélisande aux yeux bleus que vous êtes touchante !</div>
-<div class="verse">Qu’ils sont poignants les cris que vous jetez ! Hélas !</div>
-<div class="verse">Que n’avez-vous d’abord rencontré Pelléas,</div>
-<div class="verse">Mélisande aux cheveux d’aurore murmurante ?</div>
-</div>
-
-
-<h3>A PARIS</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Paris si plus que tous ton nom fleuri rayonne,</div>
-<div class="verse">Si de revoir tes tours l’œil n’est jamais lassé,</div>
-<div class="verse">C’est qu’autour de l’éclat que le présent te donne,</div>
-<div class="verse">Se perçoit le halo splendide du passé.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE JARDIN DU VERT-GALANT</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Lorsque sur le Pont-Neuf toute rumeur s’est tue,</div>
-<div class="verse">L’âme du Béarnais revient rêver parmi</div>
-<div class="verse">Les arbres familiers qui gardent sa statue,</div>
-<div class="verse">Au chant berceur, au chant du doux fleuve endormi.</div>
-<div class="verse">J’aime ce coin perdu près du Louvre de gloire</div>
-<div class="verse">Où par les jours d’azur, où par les jours de froid,</div>
-<div class="verse">De beaux arbres pensifs veillent sur le grand roi</div>
-<div class="verse">Qui fut un chêne vert aux forêts de l’histoire.</div>
-</div>
-
-
-<h3>RUE CAUMARTIN</h3>
-
-<blockquote class="epi">
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je dirais au roi Henri :</div>
-<div class="verse">Reprenez votre Paris,</div>
-<div class="verse">J’aime mieux ma mie, o gué !</div>
-</div>
-
-</blockquote>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Cette rue est toujours en fête</div>
-<div class="verse i3">Et c’est une Babel,</div>
-<div class="verse i2">Allons-nous-en, douce Muguette,</div>
-<div class="verse i3">Muguette aux yeux de ciel.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Quittons ces ors, ces améthystes,</div>
-<div class="verse i3">Rentrons à notre hôtel.</div>
-<div class="verse i2">J’aime le son de tes eaux tristes,</div>
-<div class="verse i3">Fontaine Saint-Michel.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LA POÉSIE ET LA DANSE</h3>
-
-<p class="dedic"><i>A un danseur russe.</i></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">En te voyant danser, danseur éblouissant,</div>
-<div class="verse i2">Je me disais : Voici le Rêve !</div>
-<div class="verse">Ah ! je voudrais que le poème que j’achève</div>
-<div class="verse i2">Eût ce beau rythme caressant.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je regardais tes pieds légers et tes bras souples,</div>
-<div class="verse i2">Tes cheveux libres et flottants,</div>
-<div class="verse">Et mes vers se donnant la main dansaient par couples</div>
-<div class="verse i2">Dans l’allégresse du printemps !</div>
-</div>
-
-
-<h3>CIMETIÈRE MONTPARNASSE</h3>
-
-<p class="dedic"><i lang="la" xml:lang="la">In memoriam. L. T.</i></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">On laisse périr de misère</div>
-<div class="verse i3">Plus d’un bel écrivain</div>
-<div class="verse i2">Et plus tard on érige en vain</div>
-<div class="verse i3">Une statue altière.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">C’est pour vous, Amour, et pour moi</div>
-<div class="verse i3">Que j’écris le poème ;</div>
-<div class="verse i2">A côté de vous, bel émoi,</div>
-<div class="verse i3">Ah ! que la gloire est blême !</div>
-</div>
-
-
-<h3>ENTRE CHIEN ET LOUP</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Ainsi que celle à Trianon</div>
-<div class="verse i3">De Marie-Antoinette,</div>
-<div class="verse i2">A Saint-Sulpice, de Manon</div>
-<div class="verse i3">J’ai vu la silhouette.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Aux Halles, c’est Mimi-Pinson</div>
-<div class="verse i3">A côté de Musette ;</div>
-<div class="verse i2">Au Luxembourg près d’un buisson</div>
-<div class="verse i3">La douce Addy s’arrête.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Sapho passe sur le trottoir</div>
-<div class="verse i3">Lugubre à voir et triste.</div>
-<div class="verse i2">O souvenir du livre noir</div>
-<div class="verse i3">Toujours toi qui persistes !</div>
-</div>
-
-
-<h3 lang="la" xml:lang="la">IN MEMORIAM</h3>
-
-<blockquote class="epi">
-<div class="poetry">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">A peste, a fame, a bello</i></div>
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Libera nos, Domine.</i></div>
-</div>
-
-</blockquote>
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Que vas-tu faire à Chantilly ?</div>
-<div class="verse i2">Au ciel d’hiver luisent les Ourses.</div>
-<div class="verse i2">Le givre argente les taillis,</div>
-<div class="verse i2">Ce n’est pas le beau mois des courses.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">— Ah ! ce n’est pas pour les châteaux,</div>
-<div class="verse i2">Pour le lac, ni pour les chevaux ;</div>
-<div class="verse i2">C’est pour voir sous le soir qui tombe</div>
-<div class="verse i2">Une noire, une froide tombe !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Pour un soldat mort jeune et beau</div>
-<div class="verse i2">Je veux dire un mot de prière ;</div>
-<div class="verse i2">Et te maudire encor, ô guerre,</div>
-<div class="verse i2">O toi qui le mis au tombeau !</div>
-</div>
-
-
-<h3>L’ADOLESCENT AUX YEUX BLEUS ET VERTS</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">J’aurai seize ans au mois des roses purpurines</div>
-<div class="verse">Mais la beauté déjà m’ouvre un chemin de feu,</div>
-<div class="verse">Les hommes sont surpris de mon beau regard bleu,</div>
-<div class="verse">Les femmes veulent mordre à mes lèvres divines.</div>
-
-<div class="verse stanza">Le soir, je marche seul aux feux du boulevard,</div>
-<div class="verse">Parmi les mille cris de la foule vulgaire ;</div>
-<div class="verse">Comme un souple serpent passant une rivière,</div>
-<div class="verse">Je porte haut mon front que ne souille aucun fard.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mille cœurs pour mon cœur brûlent d’un amour sombre,</div>
-<div class="verse">Mille caprices fous me provoquent sans fin,</div>
-<div class="verse">Moi qui ne suis vêtu que de grâce et de lin</div>
-<div class="verse">Des yeux voluptueux me poursuivent dans l’ombre.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je suis comme un jeune arbre exquis et plein de sève</div>
-<div class="verse">Dont on voudrait cueillir les fruits à peine mûrs,</div>
-<div class="verse">Ma voix est musicale et mes genoux sont purs,</div>
-<div class="verse">Parmi tant de laideurs je suis le divin rêve.</div>
-
-<div class="verse stanza">J’ai le corps d’Adonis et le regard d’Eros.</div>
-<div class="verse">Je fais songer aux chants des nuits vénitiennes.</div>
-<div class="verse">Aux miroirs de mes yeux sont les mers anciennes.</div>
-<div class="verse">Le marbre de ma chair est digne de Paros.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je suis droit, je suis pur comme le feu du cierge.</div>
-<div class="verse">Je marche devant moi sans crainte de l’affront,</div>
-<div class="verse">J’aperçois aux miroirs la pâleur de mon front</div>
-<div class="verse">Et je suis à la fois et l’éphèbe et la vierge.</div>
-
-<div class="verse stanza">L’aurore rêve encore en mes yeux éclatants.</div>
-<div class="verse">J’étais de sept enfants celui qu’aimait ma mère</div>
-<div class="verse">Et sachant que mon charme est un don éphémère,</div>
-<div class="verse">J’imagine, ce soir, que je suis le printemps.</div>
-
-<div class="verse stanza">Paris danse et je suis emporté par ses houles.</div>
-<div class="verse">Mon cœur plein de désirs n’a pas encore aimé,</div>
-<div class="verse">Comme un vaisseau fleuri sur un fleuve embaumé</div>
-<div class="verse">Je monte et je descends le beau fleuve des foules ;</div>
-
-<div class="verse stanza">Et je jouis ce soir du trouble radieux</div>
-<div class="verse">De sentir que je traîne un sillage de gloire,</div>
-<div class="verse">Et que je porte, au cœur d’une humanité noire,</div>
-<div class="verse">La beauté lumineuse et parfaite des dieux !</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE BEAU DANSEUR</h3>
-
-<p class="dedic"><i>A Léon Bocquet.</i></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je suis le beau danseur aux cheveux de clarté ;</div>
-<div class="verse">Et je ferai danser ce soir la fille laide ;</div>
-<div class="verse">De celle dont le front rayonne de bonté</div>
-<div class="verse">Je prendrai dans mes bras la taille infirme et raide.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je veux voir s’animer, au contact de mon corps,</div>
-<div class="verse">La pauvrette qu’au bal ont toujours délaissée</div>
-<div class="verse">Le fat, le vaniteux, le sot et le retors ;</div>
-<div class="verse">Je suis le beau danseur à la taille élancée !</div>
-
-<div class="verse stanza">Je suis le beau danseur, harmonieux et blond,</div>
-<div class="verse">Qui levant le loup vert qui mimait l’allégresse,</div>
-<div class="verse">Montre aux regards surpris un secourable front</div>
-<div class="verse">Et deux yeux attendris, étoilés de tristesse.</div>
-
-<div class="verse stanza">Toute la poésie est dans mes mouvements ;</div>
-<div class="verse">Quand la danse me prend, emporté par mon rêve</div>
-<div class="verse">Je glisse sous des nuits pleines de diamants,</div>
-<div class="verse">Vers les horizons bleus où la lune se lève.</div>
-
-<div class="verse stanza">Nous nous enlacerons, au rythme du tango,</div>
-<div class="verse">Puis l’orchestre divin jouera la valse illustre ;</div>
-<div class="verse">Au chant des violons, sur les mers indigo,</div>
-<div class="verse">Nous partirons en songe aux mille feux des lustres.</div>
-
-<div class="verse stanza">Soulevant dans mes bras le fardeau précieux,</div>
-<div class="verse">— Qu’elle sera légère avec sa robe mince ! —</div>
-<div class="verse">Je mettrai du soleil aux puits noirs de ses yeux,</div>
-<div class="verse">Je lui dirai mon nom de seigneur et de prince.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je la ferai ployer comme le vent joyeux</div>
-<div class="verse">Fait ployer au rosier une rose trop frêle ;</div>
-<div class="verse">Je la ferai tourner dans des tourbillons bleus,</div>
-<div class="verse">Je lui dirai cent fois qu’elle est la toute belle.</div>
-
-<div class="verse stanza">Dédaignant les beautés dont le cœur est brutal,</div>
-<div class="verse">Je vais, toute la nuit, chérir la délaissée,</div>
-<div class="verse">Pour qu’elle emporte à l’aube, au sortir de ce bal,</div>
-<div class="verse">L’orgueil d’avoir été divinement bercée.</div>
-
-<div class="verse stanza">Il suffit bien souvent, pour embellir demain,</div>
-<div class="verse">Dans ce monde où l’amour est plus fort que la haine,</div>
-<div class="verse">Qu’un instant le bonheur nous ait pris par la main</div>
-<div class="verse">Et que deux yeux se soient penchés sur notre peine.</div>
-</div>
-
-
-<h3>O TOI</h3>
-
-<p class="dedic"><i>A Renée M.</i></p>
-
-<blockquote class="epi">
-<div class="poetry">
-<div class="verse">O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Baudelaire.</span></p>
-
-</blockquote>
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je ne sais rien de toi, mais je te vis de près</div>
-<div class="verse">Par une folle nuit et j’aimai ton teint frais,</div>
-<div class="verse">Ton jeune corps, tes yeux, ton sourire, tes lèvres,</div>
-<div class="verse">Depuis, je suis brûlé de nostalgiques fièvres.</div>
-<div class="verse">Je te cherche partout et ne te trouve pas.</div>
-<div class="verse">Parfois, je me retourne en entendant des pas,</div>
-<div class="verse">Mais ce sont d’autres yeux qui passent dans la rue.</div>
-<div class="verse">Je te cherche sans fin dans l’ardente cohue</div>
-<div class="verse">Des sombres boulevards où je te rencontrai,</div>
-<div class="verse">Par ce beau soir plus tendre encor qu’un soir de mai.</div>
-<div class="verse">Je ne sais rien de toi, j’ignore la province</div>
-<div class="verse">Qui te fit le front droit et la lèvre si mince,</div>
-<div class="verse">Mais dans mon cœur pour toi brûle un limpide feu.</div>
-<div class="verse">Les autres yeux n’ont pas ton triste regard bleu.</div>
-<div class="verse">Chaque soir, je reviens toujours à la même heure.</div>
-<div class="verse">Ah ! te trouver et te mener dans ma demeure.</div>
-<div class="verse">Mais, c’est en vain, hélas, que je fais le chemin,</div>
-<div class="verse">Où je te rencontrais, ma Rose, mon Jasmin.</div>
-<div class="verse">Ah, qui sait, il se peut qu’ayant quitté la ville,</div>
-<div class="verse">Tu sois dans la douceur d’un village tranquille ;</div>
-<div class="verse">Il se peut bien aussi que vous soyez, beaux yeux,</div>
-<div class="verse">A bord d’un noir steamer parti vers d’autres cieux.</div>
-<div class="verse">En songeant à cela, mon rêve se désole.</div>
-<div class="verse">Reverrai-je jamais tes yeux, petite idole ?</div>
-</div>
-
-
-<h3>LES PHALÈNES</h3>
-
-<p class="c small">(PETITS POÈMES AUX YEUX QUI PASSENT)</p>
-
-<p class="c">I</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Les jardins sont veufs de feuillages</div>
-<div class="verse i2">Et c’est l’hiver sous le ciel noir ;</div>
-<div class="verse i2">Mais, ville, du matin au soir,</div>
-<div class="verse i2">Que de beaux yeux, de beaux visages !</div>
-</div>
-
-<p class="c">II</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">O toi qui passes simplement,</div>
-<div class="verse i2">Offrant à mes yeux tes prunelles ;</div>
-<div class="verse i2">C’est la nuit ; mais je vois en elles</div>
-<div class="verse i2">Les jours bleus de l’espoir charmant.</div>
-</div>
-
-<p class="c">III</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">D’autres portèrent des présents,</div>
-<div class="verse i2">Dirent les paroles amies ;</div>
-<div class="verse i2">D’autres promirent pour des ans</div>
-<div class="verse i2">L’amour ivre et sans accalmies.</div>
-<div class="verse i2">Toi qui viens tard, presque trop tard,</div>
-<div class="verse i2">Tu ne dis rien, ô tête blonde,</div>
-<div class="verse i2">Mais d’un regard, d’un seul regard</div>
-<div class="verse i2">Tu promets la beauté du monde.</div>
-</div>
-
-<p class="c">IV</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Nos deux regards se sont croisés, comme vaisseaux</div>
-<div class="verse">Allant d’une île à l’autre, ivres d’un beau voyage ;</div>
-<div class="verse">Mes yeux voient dans tes yeux l’aube et le paysage,</div>
-<div class="verse">Tes yeux voient dans mes yeux la mer et ses oiseaux.</div>
-</div>
-
-<p class="c">V</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Lorsque nous nous croisons dans la banale rue,</div>
-<div class="verse">Ton beau regard en moi plonge un si frais bonheur,</div>
-<div class="verse">Que je voudrais chanter un poème à la nue,</div>
-<div class="verse">J’entends le galop fou des chevaux de mon cœur.</div>
-</div>
-
-<p class="c">VI</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Sans mots, nous nous faisons de troublantes promesses,</div>
-<div class="verse">Chaque fois que nos yeux s’attirent dans le soir.</div>
-<div class="verse">Partirons-nous bientôt sur la mer des ivresses ?</div>
-<div class="verse">Resterons-nous plutôt aux rives de l’espoir ?</div>
-</div>
-
-<p class="c">VII</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je préfère ce soir m’abstenir de théâtre</div>
-<div class="verse">Et, par ce mardi-gras où Paris est houleux,</div>
-<div class="verse">M’enfermer dans ma chambre et rêver devant l’âtre</div>
-<div class="verse">Aux promesses qu’ont fait à mes rêves tes yeux.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LA RESSEMBLANCE DIVINE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Un soir que je passais, froid rêveur sous la nue,</div>
-<div class="verse i2">Songeant toujours à l’amour mort,</div>
-<div class="verse">Deux yeux miraculeux, deux yeux d’azur et d’or</div>
-<div class="verse i2">Etincelèrent à ma vue.</div>
-<div class="verse">Et soudain je crus voir le « beau Lys d’autrefois »</div>
-<div class="verse i2">Comme si les cruelles lois</div>
-<div class="verse i2">N’avaient pas existé pour Elle.</div>
-<div class="verse i2">Celle qui vint avait sa voix</div>
-<div class="verse i4">Sa voix légère</div>
-<div class="verse i4">Sa voix sincère</div>
-<div class="verse i2">Sa jeune voix au frisson d’eau…</div>
-<div class="verse i2">Elle dit : « Que l’Amour est beau !</div>
-<div class="verse i2">De ton désir j’ai le visage.</div>
-<div class="verse i2">Je suis le but de ton voyage.</div>
-<div class="verse i2">A l’arbre de la volupté</div>
-<div class="verse i2">Je suis la fleur dernière éclose.</div>
-<div class="verse i2">Je serai ta félicité,</div>
-<div class="verse i2">Ton Lotus, ton Jasmin, ta Rose.</div>
-<div class="verse i2">Chaque jour renaît virginale</div>
-<div class="verse i2">La forme ivre de la beauté.</div>
-<div class="verse i2">Je viens du pays d’Euryale</div>
-<div class="verse i2">Et j’ai les yeux d’Aphrodité.</div>
-<div class="verse i2">Je ne te dirai pas ma vie</div>
-<div class="verse i2">Et tu ne sauras pas mon nom.</div>
-<div class="verse i2">Je suis l’Image poursuivie,</div>
-<div class="verse i2">Par le rêveur au triste front.</div>
-<div class="verse i2">Quand tu m’auras baisé les lèvres</div>
-<div class="verse i2">Ton cœur n’aura plus de regret</div>
-<div class="verse i2">Je vais guérir toutes tes fièvres</div>
-<div class="verse i2">Par ma caresse sans apprêt. »…</div>
-<div class="verse i2">Hymen ! Hymen ! O Hyménée !</div>
-<div class="verse i2">La nuit est tendre et surannée.</div>
-<div class="verse i2">Paris soudain s’est transformé !…</div>
-<div class="verse i2">Et voici les hamadryades,</div>
-<div class="verse i2">Dansant sous les fines Pléiades,</div>
-<div class="verse i2">Au bord d’un beau fleuve embaumé !</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE POÈTE ET LA BEAUTÉ</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">« Beauté, criai-je, après dix ans</div>
-<div class="verse i3">Je te trouve pareille !</div>
-<div class="verse i2">— Rêveur, tes songes exaltants</div>
-<div class="verse i3">Ont fait cette merveille.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">— J’avais de ton beau souvenir</div>
-<div class="verse i3">Fait ma lampe fidèle.</div>
-<div class="verse i2">— Dans un cœur fervent l’avenir</div>
-<div class="verse i3">Rend l’image plus belle !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">— J’ai retrouvé le lys si beau</div>
-<div class="verse i3">Qui manquait à la grève.</div>
-<div class="verse i2">— L’amour a sauvé du tombeau</div>
-<div class="verse i3">La forme de ton rêve.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">— Je croyais ta fragilité</div>
-<div class="verse i3">Déjà prise par l’âge.</div>
-<div class="verse i2">— Rien ne peut ternir la beauté</div>
-<div class="verse i3">Que protège un mirage.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">— O matin qui n’a pas de soir !</div>
-<div class="verse i3">Lumière enchanteresse !</div>
-<div class="verse i2">Mon beau Lys, je crois te revoir</div>
-<div class="verse i3">Dans toute ta jeunesse ! »</div>
-</div>
-
-
-<h3>A LA JEUNE ITALIENNE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Rien qu’à te voir mon cœur se sent jeune et joyeux.</div>
-<div class="verse">Le soleil du bonheur éclaire toutes choses.</div>
-<div class="verse">Ton regard est plus bleu que le ciel le plus bleu</div>
-<div class="verse">Et tes lèvres n’ont rien à désirer des roses.</div>
-
-<div class="verse stanza">Dans une île amoureuse et vibrante d’oiseaux,</div>
-<div class="verse">Tu semblerais, au bord d’une aurore élargie,</div>
-<div class="verse">Une naïade allant chanter au bord des eaux,</div>
-<div class="verse">Tu fais songer au ciel de la mythologie.</div>
-
-<div class="verse stanza">Tu fais aussi songer à ce beau paradis</div>
-<div class="verse">Dont les élus verront les splendeurs éternelles,</div>
-<div class="verse">Tu n’as jamais marché dans les chemins maudits ;</div>
-<div class="verse">Il ne te manque rien, mon ange, que les ailes !</div>
-</div>
-
-
-<h3>CHANSON D’HIVER</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Que veux-tu que cela me fasse</div>
-<div class="verse i3">Qu’il soit mort le printemps ?</div>
-<div class="verse i2">Mon bel ange aux yeux éclatants,</div>
-<div class="verse i3">N’as-tu pas pris sa place ?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Grâce à toi tout me semble Avril</div>
-<div class="verse i3">Bien que ce soit Décembre,</div>
-<div class="verse i2">Qu’ils sont souples, tes cheveux d’ambre,</div>
-<div class="verse i3">Qu’il est fin, ton profil.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ton souffle est une source pure.</div>
-<div class="verse i3">Ton cœur est un ruisseau ;</div>
-<div class="verse i2">Et comme un ardent arbrisseau</div>
-<div class="verse i3">Tu fleures la verdure.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ton corps fut moulé par les dieux</div>
-<div class="verse i3">Qui sculptent la jeunesse.</div>
-<div class="verse i2">Qu’elle est suave, ta caresse !</div>
-<div class="verse i3">Qu’ils sont profonds, tes yeux !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Tes odeurs sont plus ingénues</div>
-<div class="verse i3">Que celles du jasmin.</div>
-<div class="verse i2">De plus belles fleurs sous la main</div>
-<div class="verse i3">Je n’en ai jamais eues.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Jamais les roses les plus belles</div>
-<div class="verse i3">N’enivrent le jardin</div>
-<div class="verse i2">Comme enivrent mon cœur soudain</div>
-<div class="verse i3">Les lys de tes bras frêles.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Quand tu parles, je me tais,</div>
-<div class="verse i3">Et j’écoute, lointaines,</div>
-<div class="verse i2">Chanter les voix des fontaines</div>
-<div class="verse i3">Qui sont dans les forêts.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Je n’ai plus que quelques semaines</div>
-<div class="verse i3">A chérir tes doux yeux.</div>
-<div class="verse i2">(Soyez longs, ô jours bienheureux,</div>
-<div class="verse i3">Où je bois son haleine !)</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Quand nous nous ferons nos adieux,</div>
-<div class="verse i3">Ce sera l’heure amère,</div>
-<div class="verse i2">Alors, ce sera sur la terre</div>
-<div class="verse i3">Avril délicieux.</div>
-</div>
-
-
-<h3>TROIS STANCES</h3>
-
-<p class="c">I</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Jeunesse, il ne faut pas me déserter, jeunesse ;</div>
-<div class="verse">Fais encor de mon corps ta joyeuse maison ;</div>
-<div class="verse">Que deviendrai-je aux soirs où je perdrai l’ivresse,</div>
-<div class="verse">Où je verrai l’Amour s’enfuir à l’horizon.</div>
-</div>
-
-<p class="c">II</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Le chat voluptueux se change vite en tigre,</div>
-<div class="verse">Mon cœur, il ne faut plus jouer avec l’amour.</div>
-<div class="verse">Admire la beauté, mais reste toujours libre ;</div>
-<div class="verse">Le félin aux yeux verts t’a joué plus d’un tour.</div>
-</div>
-
-<p class="c">III</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Paris, si je pouvais rester toute une année</div>
-<div class="verse">Dans tes murs, il serait bien moindre, le plaisir ;</div>
-<div class="verse">Mais hélas, la saison est presque terminée.</div>
-<div class="verse">Je t’aime d’autant plus qu’il faut bientôt partir.</div>
-<div class="verse">C’est demain que je dois te quitter, bon hôtel,</div>
-<div class="verse">Et quand je m’en irai, ton aspect sera tel</div>
-<div class="verse">Qu’il fut au jour joyeux de ma bonne arrivée.</div>
-<div class="verse">La chambre où j’ai vécu sera vite occupée.</div>
-<div class="verse">Nul ne regrettera mon départ sur la mer ;</div>
-<div class="verse">Et le nouveau venu (quelque sage au front fier)</div>
-<div class="verse">Ignorera toujours qu’une âme fut bercée</div>
-<div class="verse">Dans le lit noir au chant des vers de l’<i>Odyssée</i>.</div>
-<div class="verse">Les rideaux laisseront pénétrer le soleil.</div>
-<div class="verse">Le clair retour d’avril sera doux et vermeil</div>
-<div class="verse">Et la bonne servante aux paupières jaunies</div>
-<div class="verse">Oubliera le « petit monsieur » des colonies.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak"><span class="xsmall">ONZIÈME CHANT</span><br />
-LE RETOUR</h2>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3>LE DÉPART</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Quand nous quittâmes Saint-Nazaire</div>
-<div class="verse i2">Sur un vapeur plein d’étrangers,</div>
-<div class="verse i2">Des cris d’adieu dans la lumière</div>
-<div class="verse i2">Montèrent vers les passagers.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Et ce fut comme un vent d’automne</div>
-<div class="verse i2">Sur un paysage en émoi ;</div>
-<div class="verse i2">Les adieux n’étaient pas pour moi,</div>
-<div class="verse i2">Car je ne connaissais personne.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Mais cependant comme un enfant</div>
-<div class="verse i2">Je sentis à mes yeux des larmes ;</div>
-<div class="verse i2">O France, le cœur se fend</div>
-<div class="verse i2">De quitter ton ciel plein de charmes !</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE CŒUR DU POÈTE</h3>
-
-<p class="dedic"><i>A Jean-Louis Vaudoyer.</i></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Cœur de poète, ainsi que le cœur de la mer,</div>
-<div class="verse">Vous gardez en secret d’incroyables merveilles,</div>
-<div class="verse">De splendides beautés invisibles, pareilles</div>
-<div class="verse">Aux trésors inconnus de son grand gouffre amer.</div>
-
-<div class="verse stanza">Quelquefois l’océan fait rouler sur le sable</div>
-<div class="verse">Arraché des palais de jaspe un joyau vert ;</div>
-<div class="verse">Et parfois de toi monte un admirable vers,</div>
-<div class="verse">Faible écho de ton grand cantique inépuisable.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mais les plus beaux trésors dorment sous les flots bleus,</div>
-<div class="verse">Cachant aux yeux humains leur lumineuse fête ;</div>
-<div class="verse">Et ton chant le plus pur dort dans ton cœur, poète,</div>
-<div class="verse">Dans ton cœur malheureux, dans ton cœur merveilleux.</div>
-</div>
-
-
-<h3>STANCE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Ainsi de vous qui me plaisez</div>
-<div class="verse i2">Le vapeur m’éloigne sans trêve.</div>
-<div class="verse i2">Ah ! qu’il est court, le temps du rêve !</div>
-<div class="verse i2">Qu’ils sont rapides, les baisers !</div>
-</div>
-
-
-<h3>LES HUBLOTS</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Les hublots, bleus pendant la nuit,</div>
-<div class="verse i2">A l’aurore ont des couleurs vives ;</div>
-<div class="verse i2">Bientôt nous serons près des rives</div>
-<div class="verse i2">Où la mer indigo reluit.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Les hublots sont devenus jaunes,</div>
-<div class="verse i2">Puis verts, puis d’un rose tremblant ;</div>
-<div class="verse i2">Le jour nouveau monte tout blanc</div>
-<div class="verse i2">Salué d’oiseaux monotones…</div>
-</div>
-
-<hr />
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Grands hublots noirs, aux larges yeux,</div>
-<div class="verse i2">Fenêtres rondes du navire,</div>
-<div class="verse i2">Grâce à vous, j’admire les cieux</div>
-<div class="verse i2">Et je vois la mer en délire.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Bientôt au lieu d’oiseaux marins</div>
-<div class="verse i2">Qui dansent devant vous sans cesse,</div>
-<div class="verse i2">Nous verrons sous les tamarins</div>
-<div class="verse i2">La robe rouge des négresses.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LES COULEURS DE LA MER</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Suivant l’heure de la journée,</div>
-<div class="verse i2">La mer a changé de couleur ;</div>
-<div class="verse i2">Parfois plus rose qu’une fleur,</div>
-<div class="verse i2">Parfois de teinte surannée.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Reflétant l’enfance du jour,</div>
-<div class="verse i2">A l’aurore elle est verte et claire,</div>
-<div class="verse i2">Comme eau d’une source légère,</div>
-<div class="verse i2">Dorée et verte tour à tour.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Elle est tachée en mille places</div>
-<div class="verse i2">De grandes taches jaune-marron,</div>
-<div class="verse i2">Quand elle ourle le goémon</div>
-<div class="verse i2">Venu de la mer des Sargasses.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">La brise soulevant ses eaux</div>
-<div class="verse i2">Blanchit le courant qui voyage ;</div>
-<div class="verse i2">Et sur elle à l’infini nage</div>
-<div class="verse i2">Une écume de blancs oiseaux.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Plus tard elle s’orne de moires</div>
-<div class="verse i2">Couleur de plumes de paons bleus,</div>
-<div class="verse i2">Elle étale des lacs ombreux</div>
-<div class="verse i2">Et des déserts brûlés de gloires.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Sous le grain vif, l’air est de miel,</div>
-<div class="verse i2">Les gouttes au soleil sont blondes ;</div>
-<div class="verse i2">La mer revêt quelques secondes</div>
-<div class="verse i2">Sa robe couleur d’arc-en-ciel.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Des marsouins noirs, comme en débauche,</div>
-<div class="verse i2">Dansent autour du steamer gris ;</div>
-<div class="verse i2">Et le poisson volant surpris</div>
-<div class="verse i2">Comme un caillou d’argent ricoche.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Puis le soir sème çà et là</div>
-<div class="verse i2">De grenats sa robe de gaze,</div>
-<div class="verse i2">Et de la lune la topaze</div>
-<div class="verse i2">Dore sa robe de gala.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Ceux que le roulis bouleverse</div>
-<div class="verse i2">Sur le pont marchent de travers,</div>
-<div class="verse i2">Et moi je compose des vers</div>
-<div class="verse i2">Au beau chant de la mer diverse.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Car j’écris ce poème clair</div>
-<div class="verse i2">Loin de la ville et de la foule,</div>
-<div class="verse i2">A bord d’un grand vapeur qui roule</div>
-<div class="verse i2">Sur l’Atlantique découvert.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Derrière sont les grandes villes,</div>
-<div class="verse i2">Londres, Paris aux yeux de feu ;</div>
-<div class="verse i2">Devant nous, c’est le chemin bleu</div>
-<div class="verse i2">De la mer et les vertes îles.</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE REGRET DES FOULES</h3>
-
-<p class="c">(<i>Déclamation sur la mer</i>)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Autrefois, j’aimais peu les foules formidables.</div>
-<div class="verse">J’étais jeune, c’était par ces jours délectables</div>
-<div class="verse">Où je vivais au cœur grouillant d’une cité.</div>
-<div class="verse">Je préférais alors la lointaine beauté</div>
-<div class="verse">Des lacs et des forêts, la mer sous les étoiles.</div>
-<div class="verse">Les aubes où cinglaient de lumineuses voiles,</div>
-<div class="verse">Aux noirs torrents humains débordant les trottoirs.</div>
-<div class="verse">Ah ! que ne donnerais-je à présent, par ces soirs</div>
-<div class="verse">Où seul sur l’océan je vois bondir des troupes</div>
-<div class="verse">De dauphins noirs dansant et frôlant nos chaloupes ;</div>
-<div class="verse">Où la lune, au réseau d’un nimbe violet,</div>
-<div class="verse">Semble un beau poisson d’or pris dans un grand filet,</div>
-<div class="verse">Pour me sentir encor dans une grande foule,</div>
-<div class="verse">Pour n’être qu’un atome éphémère qui roule,</div>
-<div class="verse">Un flot vibrant parmi des millions de flots,</div>
-<div class="verse">Un cœur qui bat parmi le rêve et les complots,</div>
-<div class="verse">Une âme qui bercée au chant des avenues</div>
-<div class="verse">Se mire en vos beaux lacs changeants, prunelles nues,</div>
-<div class="verse">Cependant que sans fin marchent auprès de nous</div>
-<div class="verse">Les héros, les penseurs, les malades, les fous.</div>
-<div class="verse">Tous les vices sont là, muets, attendant l’ombre,</div>
-<div class="verse">Et toutes les vertus, sous leur tunique sombre.</div>
-<div class="verse">Ah ! se sentir grandi par les souffles d’espoir</div>
-<div class="verse">Du rêve humain plus pur lorsque tombe le soir</div>
-<div class="verse">Et que, dans les remous de la foule anonyme,</div>
-<div class="verse">On est comme un vaisseau qui danse sur l’abîme.</div>
-<div class="verse">Ah ! rendez-moi le fleuve ardent du boulevard</div>
-<div class="verse">Où soudain la beauté dresse son étendard,</div>
-<div class="verse">Rendez-moi, rendez-moi le beau soir électrique</div>
-<div class="verse">Où passe dans les flots d’une foule magique</div>
-<div class="verse">Porté par un beau corps un visage divin</div>
-<div class="verse">Qui grise la pensée ainsi qu’un jeune vin…</div>
-<div class="verse">Ah ! rendez-moi la foule émouvante des rues ;</div>
-<div class="verse">Ses chansons, ses appels, ses clameurs, ses cohues.</div>
-<div class="verse">Ah ! faites que toujours luise sur mon chemin</div>
-<div class="verse">L’interminable ciel du beau regard humain.</div>
-<div class="verse">Oui, tout pour une vie intense et variée</div>
-<div class="verse">Débordante d’efforts sans cesse extasiée.</div>
-<div class="verse">Donnez-moi les quartiers vibrants, les quartiers noirs,</div>
-<div class="verse">Les théâtres qui font l’émotion des soirs.</div>
-<div class="verse">Donnez-moi chaque jour des compagnes nouvelles,</div>
-<div class="verse">Des compagnons nouveaux, des amitiés fidèles.</div>
-<div class="verse">Ah ! rendez-moi la vie émouvante de l’art…</div>
-<div class="verse">Ce soir j’ai trop rêvé sur la mer, il est tard !</div>
-</div>
-
-
-<h3>L’APPEL DE PARIS</h3>
-
-<p class="c">(<i>Hallucination sur la mer</i>)</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">D’ici cinq ou six jours, au chant calme des flots,</div>
-<div class="verse">J’aborderai dans l’Ile où sont les filaos ;</div>
-<div class="verse">Et je verrai, parmi les lianes vermeilles,</div>
-<div class="verse">La maison où je vis seul avec mes abeilles.</div>
-<div class="verse">O Paris, toujours jeune et toujours accueillant,</div>
-<div class="verse">Pourquoi t’ai-je trouvé si beau, si bienveillant ?</div>
-<div class="verse">Et pourquoi de beaux yeux pleins de neuves chimères</div>
-<div class="verse">Ont-ils comblé mes yeux de leurs belles lumières ?</div>
-<div class="verse">Paris de la victoire et Paris de la paix,</div>
-<div class="verse">Plus grand que le Pans d’autrefois que j’aimais,</div>
-<div class="verse">O Ville, me voilà plein de ton bruit encore,</div>
-<div class="verse">Jusqu’à moi retentit ton grand appel sonore…</div>
-<div class="verse">Dans les nuages noirs se dessinent tes tours…</div>
-<div class="verse">Je vois tes boulevards, je vois tes carrefours…</div>
-<div class="verse">Tes feux d’or et des feux sanglants coupant la Seine…</div>
-<div class="verse">Ce jeune homme à vingt ans est déjà capitaine…</div>
-<div class="verse">Cet autre fut parmi les lions à Verdun.</div>
-<div class="verse">Qu’ils sont profonds les yeux de cet ouvrier brun !…</div>
-<div class="verse">Déjà le clair de lune éclaire Notre-Dame…</div>
-<div class="verse">Ah ! je te reconnais, divine jeune femme…</div>
-<div class="verse">Grand cœur d’un grand pays si noble en ses malheurs,</div>
-<div class="verse">Jamais ville à son front n’eut de telles lueurs ;</div>
-<div class="verse">Paris vertigineux, Paris incomparable,</div>
-<div class="verse">Profond comme la mer, mouvant comme le sable…</div>
-<div class="verse">Mais pourquoi m’appeler, lumineuse cité,</div>
-<div class="verse">Ville de l’allégresse et de la vanité !</div>
-<div class="verse">Pourquoi me rappeler les nuits enchanteresses ?</div>
-<div class="verse">Pourquoi me promets-tu de nouvelles ivresses ?</div>
-<div class="verse">Que serai-je parmi ton océan humain ?</div>
-<div class="verse">Folle barque aujourd’hui, folle épave demain.</div>
-<div class="verse">Ton cœur est-il pareil au cœur de la Sirène ?</div>
-<div class="verse">Qu’ils sont tristes, les yeux des noyés de la Seine.</div>
-<div class="verse">Ah ! laisse-moi, je sens, venus des grands ciels bleus,</div>
-<div class="verse">Les alizés porteurs de messages heureux.</div>
-<div class="verse">Ils me disent : « Là-bas, ton île est merveilleuse,</div>
-<div class="verse">La tourterelle chante en sa nuit langoureuse.</div>
-<div class="verse">D’ici cinq jours ses monts surgiront du flot vert</div>
-<div class="verse">Et toutes ses forêts parfumeront la mer !… »</div>
-<div class="verse">Mais cependant ta voix se fait impérative.</div>
-<div class="verse">Elle couvre la mer de l’une à l’autre rive.</div>
-<div class="verse">Elle éveille en mon cœur mille échos endormis,</div>
-<div class="verse">Elle jette les noms de mes plus chers amis.</div>
-<div class="verse">Plus belle que la lune éclairant Notre-Dame,</div>
-<div class="verse">L’hallucination illumine mon âme.</div>
-<div class="verse">Un cri monte soudain de mon rêve blessé ;</div>
-<div class="verse">Un grand cri douloureux vers le bonheur passé,</div>
-<div class="verse">Un long cri désolé plein d’angoisse cruelle</div>
-<div class="verse">Et que le vent du nord emporte sur son aile ;</div>
-<div class="verse">C’est le cri de mon cœur qui se sentant repris</div>
-<div class="verse">Répond à ton appel formidable, Paris !</div>
-</div>
-
-
-<h3>STROPHES AU TRANSATLANTIQUE</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Entre deux continents, grand steamer, tu voyages.</div>
-<div class="verse">Ta passerelle érige un sublime balcon.</div>
-<div class="verse">L’Amérique est là-bas et le vaste flocon</div>
-<div class="verse">D’un nuage lointain ourle des paysages.</div>
-
-<div class="verse stanza">Mille oiseaux inconnus, mille oiseaux émouvants</div>
-<div class="verse">Parsèment le ciel frais des blancheurs de leurs ailes ;</div>
-<div class="verse">Beaux adieux dispersés aux quatre coins des vents</div>
-<div class="verse">Et venus des pays où les femmes sont belles…</div>
-
-<div class="verse stanza">Entre deux continents, ô splendide vapeur,</div>
-<div class="verse">De ta proue acérée ouvre l’onde plus verte,</div>
-<div class="verse">Le dernier des oiseaux a fui, l’heure est déserte.</div>
-<div class="verse">Du salon ébloui monte un chant de langueur.</div>
-
-<div class="verse stanza">C’est une femme aux yeux de turquoise qui chante</div>
-<div class="verse">Un hymne humain, plaintif et grave et désolé.</div>
-<div class="verse">De beaux astres pensifs l’azur est étoilé.</div>
-<div class="verse">La mer prolonge au loin la gamme frémissante.</div>
-
-<div class="verse stanza">Dans la vibrante voix pleurent de beaux oiseaux,</div>
-<div class="verse">Rossignols éperdus troublant l’air de leur peine,</div>
-<div class="verse">Et je crois voir soudain le front d’une Sirène</div>
-<div class="verse">Emerger mollement de l’abîme des eaux.</div>
-
-<div class="verse stanza">Nous sommes, ô vapeur, dans ton île flottante,</div>
-<div class="verse">Dans ton île de fer pour de courts lendemains,</div>
-<div class="verse">Nous avons de la mer parcouru les chemins</div>
-<div class="verse">Et je vais te quitter pour une île vivante.</div>
-
-<div class="verse stanza">Bientôt resplendira la ville aux clairs couchants</div>
-<div class="verse">Où je vais débarquer ; mais souvent de sa plage,</div>
-<div class="verse">Souvent, j’évoquerai le splendide voyage</div>
-<div class="verse">Qu’une belle inconnue ennoblit de ses chants.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et je regretterai cette voix pénétrante</div>
-<div class="verse">Qui dominant soudain le tumulte des flots,</div>
-<div class="verse">Par un chant plein d’amour et gonflé de sanglots</div>
-<div class="verse">Me parut émouvoir la mer indifférente.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et quand je revivrai ces instants de douceur</div>
-<div class="verse">Par les soirs trop nombreux d’une existence triste,</div>
-<div class="verse">Je me croirai bercé par ton roulis berceur,</div>
-<div class="verse">Grand vapeur aux feux d’or sur la mer d’améthyste !</div>
-</div>
-
-
-<h3>A LA MER</h3>
-
-<p class="dedic"><i>A M. Albert Thibaudet.</i></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Femme et Sirène, ô mer, mystérieuse mer,</div>
-<div class="verse">C’est de toi que je tiens le rêve et les poèmes.</div>
-<div class="verse">Sous l’adieu solennel des crépuscules blêmes,</div>
-<div class="verse">Je me suis imprégné de ton grand souffle amer !</div>
-
-<div class="verse stanza">C’est toi qui balançais dans le soir pourpre et vert</div>
-<div class="verse">Le paquebot, à l’heure où dans les aquarelles</div>
-<div class="verse">Que le couchant dessine à l’horizon désert,</div>
-<div class="verse">Les nuages semblaient d’ardentes caravelles !</div>
-
-<div class="verse stanza">O mer, c’est sur tes bords que je voudrais dormir.</div>
-<div class="verse">Pendant l’éternité, j’écouterais frémir</div>
-<div class="verse">Tes chants comme les miens fidèles et sauvages.</div>
-
-<div class="verse stanza">Les vents feraient danser l’écume de clarté ;</div>
-<div class="verse">Et tu me redirais la chanson des voyages,</div>
-<div class="verse">Pour consoler mon cœur de l’immobilité !</div>
-</div>
-
-
-<h3>LE CHANT DU RETOUR</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">A la recherche du bonheur</div>
-<div class="verse i2">Nous avons fait bien des escales.</div>
-<div class="verse i2">Au petit jour les mers sont pâles.</div>
-<div class="verse i2">Que rapportez-vous, ô mon cœur ?</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Avez-vous trouvé cette coupe</div>
-<div class="verse i2">Où se boit le vin de l’oubli ?</div>
-<div class="verse i2">Le beau voyage est accompli ;</div>
-<div class="verse i2">Déjà pointe la Guadeloupe.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Croyez-vous regretter vraiment</div>
-<div class="verse i2">La grande ville enchanteresse ?</div>
-<div class="verse i2">Vous pleurez le passé charmant</div>
-<div class="verse i2">Et regrettez votre jeunesse.</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Quand le vapeur s’est arrêté</div>
-<div class="verse i2">Il ne reste rien du voyage.</div>
-<div class="verse i2">La vie humaine est un sillage</div>
-<div class="verse i2">Sur la mer de l’éternité.</div>
-</div>
-
-<p class="noindent small"><i>A bord de « La Navarre », Avril 1921.</i></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak"><span class="xsmall">DOUZIÈME CHANT</span><br />
-EPILOGUE</h2>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage.</div>
-</div>
-
-<p class="sign"><span class="sc">Joachim du Bellay.</span></p>
-
-<div class="chapter"></div>
-<h3>I</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Me voilà revenu sous ton ciel, ô mon île,</div>
-<div class="verse">L’eau qui chante en la cour évoque tes roseaux ;</div>
-<div class="verse">J’entends les premiers bruits du rucher, de la ville,</div>
-<div class="verse">Et je m’éveille au chant joyeux de tes oiseaux.</div>
-<div class="verse">Qu’ils sont beaux, dans la nuit tropicale, les astres !</div>
-<div class="verse">Qu’ils sont purs, les matins qui parfument la mer !</div>
-<div class="verse">Pays, j’ai pu guérir enfin mon cœur amer.</div>
-<div class="verse">Gardez-moi près de vous loin du vent des désastres.</div>
-<div class="verse">Qu’ils sont beaux, dans la nuit tropicale, les astres !</div>
-</div>
-
-
-<h3>II</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse i2">Que la vie est chose changeante !</div>
-<div class="verse i2">Hier, c’était le vibrant Paris ;</div>
-<div class="verse i2">Et ce soir, belle île indolente,</div>
-<div class="verse i2">Je suis sous tes manguiers fleuris !</div>
-
-<div class="verse i2 stanza">Hier nous étions des enfants sages,</div>
-<div class="verse i2">Demain nos cheveux seront gris ;</div>
-<div class="verse i2">Ah ! qu’ils sont courts les beaux voyages,</div>
-<div class="verse i2">Où de tout le cœur est épris.</div>
-</div>
-
-
-<h3>III<br />
-<span class="small">SAGESSE</span></h3>
-
-<p class="dedic"><i>A M. Gabisto.</i></p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je cueille suivant l’heure et suivant la saison,</div>
-<div class="verse">Les fruits de mon verger, les fleurs de la savane ;</div>
-<div class="verse">Sans cesse de mon cœur un vers limpide émane</div>
-<div class="verse">Devant la mer, les bois, le lac ou l’horizon.</div>
-
-<div class="verse stanza">Qu’on soit vêtu de pourpre ou couvert de haillons,</div>
-<div class="verse">La vie est une feuille ivre que le temps fane ;</div>
-<div class="verse">Comme l’astre tombé d’une nuit diaphane</div>
-<div class="verse">Le poète en vain trace un lumineux sillon.</div>
-
-<div class="verse stanza">Je ne convoite pas une gloire éternelle,</div>
-<div class="verse">Trop heureux, par les mois où la lune est trop belle,</div>
-<div class="verse">De sentir tout à coup mon être s’émouvoir</div>
-
-<div class="verse stanza">En songeant que peut-être il est sur cette terre</div>
-<div class="verse">Un écolier pensif et toujours solitaire</div>
-<div class="verse">Qu’enivre un de mes vers dans la beauté du soir.</div>
-</div>
-
-
-<h3>IV<br />
-<span class="small">PAIX DU SOIR</span></h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Dans le beau flamboyant chantent les anolis ;</div>
-<div class="verse">Le soir pourpre et doré rayonne sur les îles ;</div>
-<div class="verse">Les rivières d’argent aux écumes mobiles</div>
-<div class="verse">Rêvent en caressant les cailloux de leurs lits.</div>
-<div class="verse">C’est la belle heure rose aux lumières païennes</div>
-<div class="verse">Où le cœur se recueille au départ du beau jour,</div>
-<div class="verse">Où les eucalyptus, harpes éoliennes,</div>
-<div class="verse">Chantent dans l’air léger leurs cantiques d’amour.</div>
-</div>
-
-
-<h3>V<br />
-<span class="small">INNOCENCE</span></h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Une petite fille aux yeux larges et bruns,</div>
-<div class="verse">Une frêle fillette aux innocents parfums,</div>
-<div class="verse">M’apporte une corbeille où sont les fruits de l’île :</div>
-<div class="verse">La mangue, l’acajou, la figue et la vanille.</div>
-<div class="verse">Chère enfant dont le père est parti loin de nous,</div>
-<div class="verse">J’aime la pureté de ton regard si doux,</div>
-<div class="verse">Si tu veux bien, enfant qui n’as pas de famille,</div>
-<div class="verse">Par la loi de mon cœur tu deviendras ma fille !</div>
-</div>
-
-
-<h3>VI</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Puisqu’avril nous revient, ramenant le beau temps,</div>
-<div class="verse">Nous irons, par delà les montagnes désertes,</div>
-<div class="verse">Revoir Pointe-Mulâtre où sont les mangoustans</div>
-<div class="verse">Et les cerfs roux broutant sur les savanes vertes.</div>
-<div class="verse">La maison de l’ami sera, par les jours frais,</div>
-<div class="verse">A l’ombre des manguiers et claire et pacifique ;</div>
-<div class="verse">Et tout en écoutant les rires des forêts,</div>
-<div class="verse">Nous verrons écumer tes longs flots, Atlantique !</div>
-</div>
-
-
-<h3>VII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Ils me disent : « Combien de dollars ou de livres</div>
-<div class="verse">Vous rapportent vos chants, ces nostalgiques fleurs ? »</div>
-<div class="verse">«  — Un petit vers tracé dans la plaine des livres</div>
-<div class="verse">Plus que tous vos sillons peut durer, ô planteurs. »</div>
-</div>
-
-
-<h3>VIII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Parques, bientôt pour moi grinceront vos ciseaux</div>
-<div class="verse">Quand le vaisseau fatal abordera la grève.</div>
-<div class="verse">Pourtant grâce à l’espoir qui brille dans mon rêve,</div>
-<div class="verse">A chaque aube en mon cœur rechantent les oiseaux.</div>
-</div>
-
-
-<h3>IX</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Bien qu’il soit loin du ciel, des grives, des corbeaux,</div>
-<div class="verse">L’oiseau captif à l’aube exulte dans sa cage.</div>
-<div class="verse">J’ai chanté, loin des chœurs, dans une île sauvage,</div>
-<div class="verse">Les solitaires chants, Muse, sont-ils moins beaux ?</div>
-</div>
-
-
-<h3>X</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Les fenêtres sont d’or à chaque crépuscule.</div>
-<div class="verse">Un volcan de splendeurs éclate au couchant vert.</div>
-<div class="verse">Malheureux est l’esprit qui se sent incrédule</div>
-<div class="verse">Devant l’immensité du ciel et de la mer.</div>
-</div>
-
-
-<h3>XI<br />
-<span class="small">L’ILE BLEUE</span></h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Dominique, où le sort a voulu que je vive,</div>
-<div class="verse">Il n’est nul voyageur que n’enchante ta rive.</div>
-<div class="verse">Le front du Diablotin plus haut que le Pelé</div>
-<div class="verse">Est souvent de vapeurs et de brouillards voilé.</div>
-<div class="verse">Dans tes vallons fleuris courent trois cents rivières.</div>
-<div class="verse">Mille arbres merveilleux parfument tes lisières.</div>
-<div class="verse">Tu protèges encor au bord de tes forêts</div>
-<div class="verse">Dans deux hameaux lointains et bercés des vents frais</div>
-<div class="verse">Le Caraïbe habile à monter sa pirogue…</div>
-<div class="verse">Dans les eaux de ta plage où le goémon vogue</div>
-<div class="verse">De lumineux poissons brillent les cent couleurs.</div>
-<div class="verse">Tes coquillages ont l’éclat riche des fleurs.</div>
-<div class="verse">Sur tes sables d’argent que hantent les tortues,</div>
-<div class="verse">Lorsque les grandes voix des lames se sont tues,</div>
-<div class="verse">Des crabes aux yeux droits courent en bataillons…</div>
-<div class="verse">A l’heure où de tes bois partent les papillons</div>
-<div class="verse">Qui forgent à tes fleurs de mobiles couronnes,</div>
-<div class="verse">On voit planer dans l’air les ailes monotones</div>
-<div class="verse">Des frégates glissant dans l’immobile azur</div>
-<div class="verse">Sur la sérénité de ton beau golfe pur.</div>
-<div class="verse">Il n’est pas de serpents dans tes savanes claires,</div>
-<div class="verse">Les lianes en fleurs sont tes seules vipères.</div>
-<div class="verse">Tes derniers « diablotins » à jamais sont partis</div>
-<div class="verse">Mais ta vierge forêt regorge d’agoutis,</div>
-<div class="verse">De perroquets plus verts que les plus verts feuillages,</div>
-<div class="verse">De lézards aux yeux d’or, de sarrigues sauvages</div>
-<div class="verse">Et de beaux ramiers bleus dont le roucoulement</div>
-<div class="verse">Chante la solitude et le recueillement.</div>
-<div class="verse">O mon île boisée, enchantement des mers,</div>
-<div class="verse">Les flots autour de toi dansent des ballets verts</div>
-<div class="verse">Et comme un petit monde où le bonheur réside</div>
-<div class="verse">Tu chantes au soleil sous l’alizé rapide.</div>
-<div class="verse">Vierge et libre à jamais, Eldorado charmé,</div>
-<div class="verse">Dont les vents aux vaisseaux portent l’air embaumé,</div>
-<div class="verse">Tu ne seras jamais la conquête de l’homme.</div>
-<div class="verse">Tu lui donnes tes fruits, ton miel au pur arome,</div>
-<div class="verse">Mais tu seras toujours, ô reine des forêts,</div>
-<div class="verse">Le sauvage oasis, l’Hespéride au ciel frais.</div>
-<div class="verse">Et quand d’autres pays auront perdu leurs palmes,</div>
-<div class="verse">Que leurs cieux seront veufs des oiseaux aux vols calmes,</div>
-<div class="verse">Tu garderas encor comme aux jours de jadis</div>
-<div class="verse">Le charme inviolé des anciens paradis.</div>
-<div class="verse">Permets qu’en te louant, pays, je me souhaite</div>
-<div class="verse">D’être inspiré longtemps par ta beauté parfaite</div>
-<div class="verse">Et de pouvoir, au chant de tes arbres épais,</div>
-<div class="verse">Vivre encor de beaux jours de soleil et de paix.</div>
-</div>
-
-
-<h3>XII<br />
-<span class="small">LE SOUVENIR</span></h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Je veux encor aller revoir la mer changer</div>
-<div class="verse i5">De couleur, rire</div>
-<div class="verse i5">Comme en délire,</div>
-<div class="verse">Et mourir, vague molle au pied de l’oranger.</div>
-<div class="verse">Je veux aller revoir la maison blanche</div>
-<div class="verse i5">Au bord des flots,</div>
-<div class="verse">Où jadis le chant bleu des mers et leurs sanglots</div>
-<div class="verse">Se mêlaient au cantique admirable des branches.</div>
-<div class="verse">Je serai seul sur le rivage harmonieux</div>
-<div class="verse i5">Et dans la brise</div>
-<div class="verse i5">Sur la mer grise</div>
-<div class="verse">Des vols d’oiseaux seront comme de noirs adieux.</div>
-<div class="verse">Ah ! ce n’est plus le temps fleuri de la jeunesse !</div>
-<div class="verse i5">Vous m’étiez chers</div>
-<div class="verse i5">Soirs bleus, soirs verts,</div>
-<div class="verse i5">Pleins de tendresse,</div>
-<div class="verse i5">Vous étiez beaux</div>
-<div class="verse i5">Soirs si nouveaux</div>
-<div class="verse">Où chaque flot chantait un hymne d’allégresse.</div>
-</div>
-
-
-<h3>XIII</h3>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">« <i>La petite Odyssée</i> », ami, est incomplète,</div>
-<div class="verse">M’a dit mon compagnon, le pur et doux poète.</div>
-<div class="verse">Ce n’est pas tout d’avoir tendrement encensé</div>
-<div class="verse">Le pâle Lys de France et la jeune Circé.</div>
-<div class="verse">Ce n’est pas tout d’aller dans les cités lointaines</div>
-<div class="verse">Ecouter sans mourir les voix d’or des Sirènes</div>
-<div class="verse">Et d’entrevoir aux feux d’un beau soir obsesseur</div>
-<div class="verse">Le Bel Adolescent et le Divin Danseur.</div>
-<div class="verse">Tu ne dois plus revoir la tendre Italienne</div>
-<div class="verse">Qui chassa de ton cœur la chimère ancienne.</div>
-<div class="verse">Elle fut le Lotus qui guérit tout chagrin.</div>
-<div class="verse">La tempête est passée et l’azur est serein.</div>
-<div class="verse">Il te faut ajouter un chapitre à l’ouvrage</div>
-<div class="verse">Et le remplir des chants d’un amour noble et grave.</div>
-<div class="verse">Crois-moi, ne reste pas si seul sous le ciel bleu !</div>
-<div class="verse">Les maisons sans enfants ne plaisent pas à Dieu.</div>
-<div class="verse">Qu’elle soit Antillaise ou qu’elle soit d’Europe,</div>
-<div class="verse">Il faut, dans la maison aux ruches, Pénélope.</div>
-</div>
-
-
-<p class="c gap">FIN</p>
-
-<div class="break"></div>
-
-<p class="c top4em"><span class="xlarge">LE DIVAN</span><br />
-<i class="large">REVUE DE LITTÉRATURE ET D’ART</i><br />
-PARAIT DIX FOIS PAR AN<br />
-<span class="xsmall">et</span><br />
-A PUBLIÉ DES ŒUVRES INÉDITES<br />
-<span class="xsmall">de</span></p>
-
-
-<p class="noindent"><span class="sc">Roger ALLARD, Pierre BENOIT, J.-M. BERNARD,
-Charles DU BOS, Jacques BOULENGER, Marcel
-BOULENGER, Francis CARCO, Georges LE
-CARDONNEL, Philippe CHABANEIX, Gilbert
-CHARLES, Henri CLOUARD, Tristan DERÈME,
-Charles DERENNES, Roland DORGELÈS, Paul
-DROUOT, Lucien DUBECH, Francis ÉON,
-Albert ERLANDE, Lucien FABRE, François
-FOSCA, André DU FRESNOIS, André GIDE,
-François LE GRIX, Daniel HALÉVY, Emile HENRIOT,
-Edmond JALOUX, Francis JAMMES,
-André LAFONT, Léo LARGUIER, Guy LAVAUD,
-JEAN LEBRAU, Pierre LIÈVRE, Jean LONGNON,
-Pierre MAC’ORLAN, Eugène MARSAN, Camille
-MAUCLAIR, François MAURIAC, Alphonse
-MÉTÉRIÉ, Francis DE MIOMANDRE, Eugène
-MONTFORT, Comtesse DE NOAILLES, Jean
-PELLERIN, Edmond PILON, Henri DE RÉGNIER,
-Étienne REY, Daniel THALY, Louis THOMAS,
-P.-J. TOULET, Robert DE TRAZ, Paul VALÉRY,
-Jean-Louis VAUDOYER, Francis VIÉLÉ-GRIFFIN,
-Gilbert DE VOISINS, Emile ZAVIE</span>, etc.</p>
-
-<p class="c small">DIRECTEUR : HENRI MARTINEAU</p>
-
-<p class="c"><b>Abonnement d’un an :</b><br />
-<span class="blk xsmall">Edition sur alfa : 20 FRANCS<br />
-Edition sur pur fil Lafuma : 40 FRANCS.</span></p>
-
-
-<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILE ET LE VOYAGE ***</div>
-<div style='text-align:left'>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Updated editions will replace the previous one&#8212;the old editions will
-be renamed.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
-law means that no one owns a United States copyright in these works,
-so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United
-States without permission and without paying copyright
-royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part
-of this license, apply to copying and distributing Project
-Gutenberg&#8482; electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG&#8482;
-concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark,
-and may not be used if you charge for an eBook, except by following
-the terms of the trademark license, including paying royalties for use
-of the Project Gutenberg trademark. If you do not charge anything for
-copies of this eBook, complying with the trademark license is very
-easy. You may use this eBook for nearly any purpose such as creation
-of derivative works, reports, performances and research. Project
-Gutenberg eBooks may be modified and printed and given away--you may
-do practically ANYTHING in the United States with eBooks not protected
-by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the trademark
-license, especially commercial redistribution.
-</div>
-
-<div style='margin:0.83em 0; font-size:1.1em; text-align:center'>START: FULL LICENSE<br />
-<span style='font-size:smaller'>THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE<br />
-PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK</span>
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-To protect the Project Gutenberg&#8482; mission of promoting the free
-distribution of electronic works, by using or distributing this work
-(or any other work associated in any way with the phrase &#8220;Project
-Gutenberg&#8221;), you agree to comply with all the terms of the Full
-Project Gutenberg&#8482; License available with this file or online at
-www.gutenberg.org/license.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg&#8482; electronic works
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg&#8482;
-electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
-and accept all the terms of this license and intellectual property
-(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
-the terms of this agreement, you must cease using and return or
-destroy all copies of Project Gutenberg&#8482; electronic works in your
-possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
-Project Gutenberg&#8482; electronic work and you do not agree to be bound
-by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the person
-or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.B. &#8220;Project Gutenberg&#8221; is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg&#8482; electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg&#8482; electronic works if you follow the terms of this
-agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg&#8482;
-electronic works. See paragraph 1.E below.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation (&#8220;the
-Foundation&#8221; or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
-of Project Gutenberg&#8482; electronic works. Nearly all the individual
-works in the collection are in the public domain in the United
-States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
-United States and you are located in the United States, we do not
-claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
-displaying or creating derivative works based on the work as long as
-all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
-that you will support the Project Gutenberg&#8482; mission of promoting
-free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg&#8482;
-works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
-Project Gutenberg&#8482; name associated with the work. You can easily
-comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
-same format with its attached full Project Gutenberg&#8482; License when
-you share it without charge with others.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
-in a constant state of change. If you are outside the United States,
-check the laws of your country in addition to the terms of this
-agreement before downloading, copying, displaying, performing,
-distributing or creating derivative works based on this work or any
-other Project Gutenberg&#8482; work. The Foundation makes no
-representations concerning the copyright status of any work in any
-country other than the United States.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
-immediate access to, the full Project Gutenberg&#8482; License must appear
-prominently whenever any copy of a Project Gutenberg&#8482; work (any work
-on which the phrase &#8220;Project Gutenberg&#8221; appears, or with which the
-phrase &#8220;Project Gutenberg&#8221; is associated) is accessed, displayed,
-performed, viewed, copied or distributed:
-</div>
-
-<blockquote>
- <div style='display:block; margin:1em 0'>
- This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
- other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
- whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
- of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
- at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you
- are not located in the United States, you will have to check the laws
- of the country where you are located before using this eBook.
- </div>
-</blockquote>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg&#8482; electronic work is
-derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
-contain a notice indicating that it is posted with permission of the
-copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
-the United States without paying any fees or charges. If you are
-redistributing or providing access to a work with the phrase &#8220;Project
-Gutenberg&#8221; associated with or appearing on the work, you must comply
-either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
-obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg&#8482;
-trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg&#8482; electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
-additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
-will be linked to the Project Gutenberg&#8482; License for all works
-posted with the permission of the copyright holder found at the
-beginning of this work.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg&#8482;
-License terms from this work, or any files containing a part of this
-work or any other work associated with Project Gutenberg&#8482;.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
-prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg&#8482; License.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
-compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
-any word processing or hypertext form. However, if you provide access
-to or distribute copies of a Project Gutenberg&#8482; work in a format
-other than &#8220;Plain Vanilla ASCII&#8221; or other format used in the official
-version posted on the official Project Gutenberg&#8482; website
-(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
-to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
-of obtaining a copy upon request, of the work in its original &#8220;Plain
-Vanilla ASCII&#8221; or other form. Any alternate format must include the
-full Project Gutenberg&#8482; License as specified in paragraph 1.E.1.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg&#8482; works
-unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
-access to or distributing Project Gutenberg&#8482; electronic works
-provided that:
-</div>
-
-<div style='margin-left:0.7em;'>
- <div style='text-indent:-0.7em'>
- &#8226; You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
- the use of Project Gutenberg&#8482; works calculated using the method
- you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
- to the owner of the Project Gutenberg&#8482; trademark, but he has
- agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
- within 60 days following each date on which you prepare (or are
- legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
- payments should be clearly marked as such and sent to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
- Section 4, &#8220;Information about donations to the Project Gutenberg
- Literary Archive Foundation.&#8221;
- </div>
-
- <div style='text-indent:-0.7em'>
- &#8226; You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
- you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
- does not agree to the terms of the full Project Gutenberg&#8482;
- License. You must require such a user to return or destroy all
- copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
- all use of and all access to other copies of Project Gutenberg&#8482;
- works.
- </div>
-
- <div style='text-indent:-0.7em'>
- &#8226; You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
- any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
- electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
- receipt of the work.
- </div>
-
- <div style='text-indent:-0.7em'>
- &#8226; You comply with all other terms of this agreement for free
- distribution of Project Gutenberg&#8482; works.
- </div>
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
-Gutenberg&#8482; electronic work or group of works on different terms than
-are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
-from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of
-the Project Gutenberg&#8482; trademark. Contact the Foundation as set
-forth in Section 3 below.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.F.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
-Gutenberg&#8482; collection. Despite these efforts, Project Gutenberg&#8482;
-electronic works, and the medium on which they may be stored, may
-contain &#8220;Defects,&#8221; such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
-or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
-intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
-other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
-cannot be read by your equipment.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the &#8220;Right
-of Replacement or Refund&#8221; described in paragraph 1.F.3, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
-Gutenberg&#8482; trademark, and any other party distributing a Project
-Gutenberg&#8482; electronic work under this agreement, disclaim all
-liability to you for damages, costs and expenses, including legal
-fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
-LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
-PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
-TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
-DAMAGE.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
-defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
-receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
-written explanation to the person you received the work from. If you
-received the work on a physical medium, you must return the medium
-with your written explanation. The person or entity that provided you
-with the defective work may elect to provide a replacement copy in
-lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
-or entity providing it to you may choose to give you a second
-opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
-the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
-without further opportunities to fix the problem.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you &#8216;AS-IS&#8217;, WITH NO
-OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
-LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of
-damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
-violates the law of the state applicable to this agreement, the
-agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
-limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
-unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
-remaining provisions.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg&#8482; electronic works in
-accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
-production, promotion and distribution of Project Gutenberg&#8482;
-electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
-including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
-the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
-or any Project Gutenberg&#8482; work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg&#8482; work, and (c) any
-Defect you cause.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg&#8482;
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg&#8482;&#8217;s
-goals and ensuring that the Project Gutenberg&#8482; collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg&#8482; and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation&#8217;s EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state&#8217;s laws.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation&#8217;s business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation&#8217;s website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; depends upon and cannot survive without widespread
-public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
-visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 5. General Information About Project Gutenberg&#8482; electronic works
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg&#8482; concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg&#8482; eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Most people start at our website which has the main PG search
-facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This website includes information about Project Gutenberg&#8482;,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-</div>
-
-</div>
diff --git a/old/66795-h/images/cover.jpg b/old/66795-h/images/cover.jpg
deleted file mode 100644
index 4bf1ccc..0000000
--- a/old/66795-h/images/cover.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ