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If you are not located in the United States, you -will have to check the laws of the country where you are located before -using this eBook. - -Title: L'Architecture romane - -Author: Édouard Corroyer - -Release Date: February 03, 2021 [eBook #64453] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -Produced by: Chuck Greif and the Online Distributed Proofreading Team at - http://www.pgdp.net (This file was produced from images - available at The Internet Archive) - -*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ARCHITECTURE ROMANE *** - - - - - [Illustration: BIBLIOTHÈQUE DE L’ENSEIGNEMENT DES BEAUX-ARTS - - L’ARCHITECTURE ROMANE - - PAR - - ÉDOUARD CORROYER - - PARIS A. QUANTIN ÉDITEUR - - Marius Michel, del.] - - - - - COLLECTION PLACÉE SOUS LE HAUT PATRONAGE - - DE - - L’ADMINISTRATION DES BEAUX-ARTS - - COURONNÉE PAR L’ACADÉMIE FRANÇAISE - (Prix Montyon) - - ET - - PAR L’ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS - (Prix Bordin) - - - Droits de traduction et de reproduction réservés. - - Cet ouvrage a été déposé au Ministère de l’Intérieur - en février 1888. - - - BIBLIOTHÈQUE DE L’ENSEIGNEMENT DES BEAUX-ARTS - PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE M. JULES COMTE - - - L’ARCHITECTURE - ROMANE - - PAR - - ÉDOUARD CORROYER - - ARCHITECTE DU GOUVERNEMENT - INSPECTEUR GÉNÉRAL DES ÉDIFICES DIOCÉSAINS - - [Illustration] - - PARIS - MAISON QUANTIN - COMPAGNIE GÉNÉRALE D’IMPRESSION ET D’ÉDITION - 7, RUE SAINT-BENOIT - - - - -PRÉFACE - - -En commençant cette étude, je dois d’abord acquitter une dette de -reconnaissance et rendre hommage à ceux qui, par leurs patientes -recherches, ont tracé la voie que j’essayerai de parcourir. - -L’édification du monument que leur science et leur érudition ont établi -sur des bases solides n’est pas encore achevée et, suivant l’exemple -donné par d’illustres devanciers, je voudrais apporter ma modeste pierre -à l’œuvre commune en réunissant les éléments épars afin d’en former un -ensemble synthétique qui pût être un enseignement utile. - -Dès le commencement de notre siècle, après l’apaisement général qui -suivit les terribles convulsions des révolutions et des guerres, l’étude -de l’archéologie, que Victor Hugo avait esquissée à grands traits, fut -mise en honneur par les travaux des savants dont il faut garder la -mémoire. - -Parmi les plus anciens et les plus connus, il est juste de citer: de -Gerville, un des fondateurs de la Société des antiquaires de Normandie, -qui eut l’honneur d’être, en 1825, l’auteur d’une proposition qui avait -pour objet de désigner, heureusement et justement, une des périodes les -plus intéressantes de l’histoire de l’Architecture;--de Caumont, qui -publia, dès 1825, un _Essai sur l’architecture religieuse du moyen âge_ -et ensuite un grand nombre d’ouvrages parmi lesquels l’_Abécédaire -archéologique_ se distingue par un rare esprit de méthode de -classification chronologique;--Mérimée et Vitet, deux des membres les -plus éminents du _Comité historique des arts et monuments_, institué en -1837 par M. de Salvandy, et qui avait pour but de rechercher et de -publier tous les documents inédits relatifs à l’histoire des arts chez -les Français;--Didron aîné, fondateur des _Annales archéologiques_, qui, -par ses écrits et par ses exemples, a exercé sur son temps une influence -si considérable;--Lassus, architecte-archéologue, qui fut un des plus -savants parmi les restaurateurs des édifices du moyen âge et qui se fit -connaître par les grands travaux qu’il exécuta à la Sainte-Chapelle du -Palais, et surtout à Notre-Dame de Paris, en collaboration avec son -illustre confrère: Viollet-le-Duc, un de nos principaux initiateurs dans -la connaissance des œuvres du moyen âge, qui a résumé sur cette époque -de l’art des notions aussi ingénieuses que neuves dans son précieux -_Dictionnaire raisonné de l’Architecture française_, popularisé dans -toute l’Europe par ses incomparables dessins;--et enfin Jules Quicherat, -un esprit d’élite qui, pendant un demi-siècle, a consacré son -intelligence à mettre en vue nos gloires nationales et dont le nom -restera associé aux pages les plus émouvantes de notre histoire et aux -conquêtes les plus importantes de l’archéologie française. - -Viollet-le-Duc et Quicherat ont été les personnifications de l’art et de -l’archéologie modernes. Ils resteront, par leur réunion, une des plus -hautes expressions de la science contemporaine qui ne se contente plus -des à peu près ni des formules toutes faites, parce qu’elle est tout à -la fois plus virile et plus active; elle veut voir, toucher et aller à -la source même des choses avec une puissance d’investigation qui n’est -pas un des signes les moins caractéristiques de notre époque. - -Si Viollet-le-Duc fut, comme architecte, un admirable éducateur par la -séduction de son inimitable crayon, donnant à tout ce qu’il touchait un -charme irrésistible; s’il eut le rare mérite, grâce à la magie de -l’expression, de montrer, dans toute leur beauté, les œuvres de nos -pères; s’il eut le grand talent de découvrir et de révéler -l’architecture du moyen âge, en faisant avec une clarté incomparable -l’étude physiologique, pour ainsi dire, des divers systèmes de -construction par lesquels ce grand art s’est si glorieusement manifesté -dans toute l’Europe occidentale et si particulièrement en France, -Quicherat eut, comme archéologue, le suprême honneur de porter la -lumière sur les origines de cet art en mettant sa grande science, sa -profonde érudition et son admirable bon sens au service de la vérité qui -fut toujours le but vers lequel tendaient ses généreux efforts. - -Quicherat aimait l’architecture et surtout l’architecture du moyen âge, -cet art merveilleux, suivant Victor Hugo, «inconnu des uns et, ce qui -est pis encore, méconnu des autres»; cet art qu’on pourrait appeler -national, puisque c’est en France qu’il a pris ce magnifique -développement dont le rayonnement s’est étendu sur toute l’Europe, mais -qui, s’il a pris rang dans l’histoire, n’a pas encore sa place dans -l’enseignement de l’État, selon l’expression fort juste d’un grand -artiste, professeur au Collège de France: M. Eugène Guillaume. «Fait -illogique dans un pays qui assure la conservation de ses monuments -historiques par un important service administratif, sorte d’ingratitude -chez une nation qui, au moyen âge, a tenu le flambeau des arts.» - -Indépendamment de ses nombreux ouvrages, parmi lesquels l’_Histoire du -costume en France_ est un des plus connus et des plus estimés, Quicherat -professa pendant trente ans, à l’École des chartes, le seul cours public -d’archéologie nationale qui se fasse en France. Ce cours n’a pas été -imprimé par son auteur; mais ses mémoires, ses manuscrits et ses notes, -accompagnés de croquis, ont été recueillis avec un soin pieux, presque -filial, par plusieurs de ses élèves et notamment par M. le comte Robert -de Lasteyrie, qui les publia sous ce titre: _Mélanges d’histoire et -d’archéologie_. - -Les ouvrages de ces savants forment un corps de doctrine archéologique -dans lequel j’ai trouvé un puissant appui et dont les éléments m’ont -guidé prudemment vers le but que je désire atteindre. - -8 septembre 1887. - - - - -INTRODUCTION - - -Par respect pour les travaux des savants, il faut conserver la -dénomination: _Architecture romane_, adoptée et consacrée par l’usage -depuis plus de soixante ans; mais, pour l’amour de la vérité, il faut -dire que la qualification: _romane_, appliquée à l’architecture, n’est -pas contemporaine de la construction des monuments que nous allons -étudier. - -S’il est vrai que l’origine du grand art de l’architecture remonte à la -plus haute antiquité, il est non moins certain que le mot _roman_, -désignant la période historique qui fait l’objet de ce volume, est tout -à fait moderne puisqu’il n’existe que depuis 1825. - -C’est à cette époque seulement, nous apprend Jules Quicherat, que M. de -Caumont l’a fait prévaloir; lui-même le tenait de M. de Gerville qui -avait proposé aux antiquaires de Normandie d’appeler ainsi -l’architecture postérieure à la domination romaine et antérieure au XIIᵉ -siècle. - -Cette architecture, que chacun baptisait à son gré de lombarde, de -saxonne, de byzantine, parut à M. de Gerville devoir être appelée d’un -nom qui ne fût pas celui d’un peuple, attendu qu’elle avait été -pratiquée dans toute l’Europe occidentale et sans intervention prouvée -des Lombards, ni des Saxons, ni des Grecs. Comme le terme de _roman_ -était dès lors appliqué à nos anciens idiomes; comme l’emploi d’éléments -romains était, de l’aveu général, aussi sensible dans l’architecture -qu’il s’agissait de qualifier, que la présence des radicaux latins dans -les langues dites romanes; comme enfin on pouvait dire que l’une était -de l’architecture romaine abâtardie, de même que les autres étaient du -latin dégénéré, M. de Gerville conclut à ce qu’il y eût une architecture -romane au même titre qu’il y avait des langues romanes. - -L’idée est juste, mais les conséquences qu’on en tira et les -applications qu’on en fit le furent beaucoup moins; car on voulut -délimiter étroitement la période pendant laquelle les monuments devaient -être appelés du nom de _roman_, si heureusement trouvé; on fit des -classifications absolument arbitraires, qui n’ont existé que dans -l’imagination de leurs auteurs excités par des découvertes prises par -eux pour des inventions personnelles qu’il leur était permis de -qualifier à leur guise. Ces classifications étaient trop précises, trop -absolues, car il est bien évident qu’aux premiers siècles de l’ère -chrétienne--époque à laquelle il est prudent de faire remonter l’origine -de la période architecturale et architectonique, que nous désignerons -dorénavant sous son nom de baptême archéologique, c’est-à-dire -l’_architecture romane_--les artistes-constructeurs, les architectes, en -un mot, suivirent les traditions des Romains et des Grecs, comme ceux-ci -avaient suivi, en les perfectionnant, les traditions que leur avaient -laissées leurs illustres ancêtres. Ils construisaient leurs monuments -selon l’usage de leur temps, ou bien ils les modifiaient selon les -transformations des idées religieuses. - -On n’invente rien de toutes pièces, surtout en architecture; on -découvre, on ajuste certaines formes selon les idées du moment; on les -modifie en se les appropriant, mais une architecture nouvelle ne naît -pas immédiatement d’un état social nouveau. - -Ce fait est visible dès les premiers temps de l’Église. Les basiliques -civiles, admirablement disposées pour contenir un grand nombre d’hommes, -devinrent le lieu de réunion des adeptes de la nouvelle religion, sans -autres modifications que la suppression des emblèmes du paganisme -expirant et leur remplacement par les images du christianisme naissant. - -Les églises élevées en grand nombre dès les premiers siècles sont bâties -sur le plan des basiliques romaines avec les adjonctions nécessitées par -les rites sacramentels et si, plus tard, elles se transforment sous -l’influence orientale, on retrouve au même temps en Occident, jusqu’au -XIᵉ siècle, les traces indélébiles de la tradition romaine manifestée -par les dispositions particulières aux temples profanes modifiés ou -construits dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, comme si le -plan basilical avait été la forme hiératique imposée par la religion du -Christ. - -Avant d’être _romane_, en vertu de conventions archéologiques modernes, -l’architecture était _chrétienne_, ainsi que le prouvent ses origines -historiques. - -Il fallut plusieurs siècles pour fonder un art nouveau; car la religion -chrétienne, née sous Tibère, au plus beau temps de la civilisation -romaine, produisit une grande réaction morale, mais souleva de -violentes résistances et, par suite, de sanglantes persécutions. Les -premiers chrétiens durent se cacher et la vie publique resta païenne -dans toutes ses manifestations extérieures jusqu’au jour où Constantin, -par le célèbre édit rendu à Milan en 313, proclama le christianisme -religion d’État. - -Dès lors les chrétiens se réunirent au grand jour; mais, dénués de tout -et craintifs après tant d’épreuves, ils se contentèrent d’abord des -asiles païens en s’établissant dans les tribunaux, bourses ou marchés, -dans les basiliques civiles, en un mot, après les avoir ornées suivant -les dogmes de la religion nouvelle. - -L’art chrétien ne put s’élever que lorsqu’il eut acquis officiellement -le droit d’ouvrir ses temples au culte mis en honneur publiquement. Les -premiers architectes chrétiens conservèrent longtemps encore les -dispositions générales des édifices païens transformés en églises -chrétiennes, en imitant les formes auxquelles ils étaient habitués, en -employant les matériaux qu’ils avaient sous la main et avec lesquels ils -étaient familiarisés par des habitudes traditionnelles. - -C’est ainsi qu’ils sauvèrent l’art antique de la ruine et de l’oubli, en -gardant ce qui leur était utile, en ajoutant ce qui répondait à des -besoins nouveaux et en maintenant les principes de construction -consacrés par un usage séculaire. - -Ce fut la véritable mission de l’art chrétien primitif. Il ne -constituait pas un art proprement dit, car il n’était encore que la -transition entre le déclin de l’art antique et l’aurore de l’art -nouveau; ses commencements se confondent dans les derniers reflets du -génie romain. Tandis que le feu de l’art antique s’éteignait, celui de -l’art nouveau s’allumait et grandit jusqu’au Xᵉ siècle à mesure que ses -relations constantes avec les nations voisines et l’Europe occidentale -s’étendirent en transmettant aux peuples, comme des germes féconds, les -grandes traditions monumentales de l’antiquité. - -Si l’on veut trouver l’origine de l’_architecture romane_, il faut -chercher bien au delà de la fin de la domination romaine et étudier à -Rome les basiliques civiles transformées en temples chrétiens dès les -premiers siècles du christianisme. - -Il faut faire en Orient, et particulièrement dans la Syrie centrale, une -excursion qui est singulièrement facilitée par le très curieux ouvrage -de M. le comte Melchior de Vogüé, résumant les savantes et précieuses -découvertes qu’il a faites si heureusement pour l’histoire de l’art. - -Dès les premières années du IIᵉ siècle après Jésus-Christ, la Syrie -devint une province romaine et fut le centre d’un mouvement -architectural extraordinaire dont les effets ne firent que s’accroître -jusqu’à la fin du VIIᵉ siècle. Des maisons, des palais, des villes -entières se bâtirent comme par enchantement et, de même qu’à Rome, on -transforma d’abord les sanctuaires païens, on éleva ensuite, et dès les -premiers temps de la colonisation romaine, des églises appropriées au -culte nouveau. - -Ces découvertes ouvrent des vues nouvelles sur l’architecture chrétienne -primitive du IVᵉ au VIIᵉ siècle, inconnue jusqu’à présent; elles sont -de la plus haute importance parce que cette période de l’art a eu une -action considérable sur le développement de l’art en Occident. On est -transporté au milieu de la société chrétienne; on surprend sa vie, non -pas la vie cachée des Catacombes, ni l’existence humiliée, timide et -souffrante qu’on se représente généralement, mais une vie large et -opulente, dans de grandes maisons en pierre, parfaitement aménagées et -entourées de beaux jardins plantés de vignes; ses magnifiques églises à -colonnes flanquées de tours existent encore presque complètement et, -sans les tremblements de terre, il ne manquerait rien que les charpentes -et les planchers des édifices. - -Les églises reproduisent les dispositions et les formes des basiliques -de Rome; le style de ces constructions est romain, modifié par les -influences locales, tout en gardant le souvenir très marqué des arts -antérieurs, et surtout par la nature des matériaux que les architectes -avaient à leur disposition et qui ont imprimé à leurs œuvres un -caractère particulièrement original. Dans les pays situés à proximité -des forêts, les temples sont couverts en charpente; mais dans les -contrées où la pierre seule est abondante, la couverture des édifices -est formée par des arcs reliant les faces latérales aux travées de la -nef et destinés à supporter des dalles de pierre formant à la fois le -plafond et la toiture. Dans tous les cas, les moyens employés sont des -plus simples et leurs dispositions rationnelles indiquent une science -profonde et une habileté consommée, alliées à un sentiment d’art des -plus délicats. - -On voit même sur plus d’un point des églises du Vᵉ et du VIᵉ siècle -entièrement voûtées et surmontées au centre d’une coupole de forme -ellipsoïde, imitée des Perses et dont les essais, timides encore, -marquent cependant les étapes d’un mode de construction qui devait -prendre un peu plus tard, à Constantinople, un si grandiose -développement. - -Il faut analyser Sainte-Sophie pour constater la solution du problème et -l’exemple complet d’un édifice rompant avec toutes les traditions de -l’art grec et inaugurant un système dont la voûte est l’élément -principal. - -La cathédrale de Justinien n’est pas appareillée comme les monuments -syriens; elle est formée de massifs de pierre et de maçonneries de -blocages, disposés en arcs, en voûtes et en coupoles dont les poussées, -réparties sur des points éloignés reliés par des arcs, sont solidement -contrebutées et dont la surface intérieure est revêtue de mosaïques et -de marbres. - -Les architectes grecs: Anthémius de Tralles et Isidore de Milet, -bâtirent Sainte-Sophie selon les principes romains, rappelant, par le -parti architectural, les larges dispositions des immenses édifices -romains du IIIᵉ siècle après Jésus-Christ, notamment les Thermes de -Caracalla; les grands arcs sont subdivisés par des arcatures supportant -une architrave ou une galerie au-dessus de laquelle s’ouvrent des -fenêtres ou un réseau ajouré éclairant le vaisseau central. - -L’influence exercée par les écoles orientales sur le développement des -arts en Occident n’est plus contestable; les travaux de Vitet, de J. -Labarte, de Waddington et de Melchior de Vogüé l’ont admirablement et -surabondamment prouvé. Jules Labarte a démontré que Constantinople a été -un grand foyer d’art, du Vᵉ au XIᵉ siècle. - -Les arts du dessin y étaient en grand honneur; non seulement l’habileté -de la main, mais le sentiment de la forme et de la couleur s’y étaient -conservés. La tradition antique s’y continuait, bien qu’en se -transformant par l’effet de l’esprit nouveau; les artistes produisaient -des œuvres considérables pour les besoins d’une société riche, lettrée, -raffinée et sous l’impulsion d’une cour dont le goût du faste et les -habitudes de magnificence n’ont pas été dépassés. - -A la même époque, l’Occident se débattait sous les rudes étreintes des -Barbares et songeait à se défendre bien plus qu’à cultiver -l’architecture, l’art de la paix par excellence. Aussi la force des -choses le rendait tributaire de l’Orient au point de vue de l’art. C’est -d’Orient qu’il tirait les étoffes, les bijoux, les ivoires sculptés et -tous les objets de luxe dont il sentait le besoin, mais qu’il ne savait -pas produire; c’est à l’Orient enfin qu’il demanda des maîtres et chacun -des grands efforts de l’art, mentionné par l’histoire entre le VIIIᵉ et -le XIᵉ siècle, aussi bien en France qu’en Allemagne et en Italie, a été -marqué par une émigration d’artistes orientaux. - -Les calamités qui fondirent sur l’Europe avant et après Charlemagne -contribuèrent encore à augmenter l’influence que l’Orient exerça sur -l’Occident dès les premiers siècles du christianisme. - -L’an 1000 est une date célèbre dans l’histoire des terreurs -superstitieuses du moyen âge. C’était une croyance universelle au Xᵉ -siècle que le monde devait finir l’an 1000 de l’Incarnation. L’Église -fortifia, dit-on, cette croyance de tout son pouvoir qui était alors -immense. Le Clergé la propagea par calcul, suivant les chroniqueurs du -temps, ou par conviction, selon quelques historiens; il y trouva -d’ailleurs de grands avantages, car des dons considérables furent faits -aux églises, aux monastères, et les pécheurs qui voulaient expier leurs -fautes abandonnèrent leurs biens en attendant la fin du monde. - -Cet effroyable espoir du Jugement dernier, nous dit Michelet, s’accrut -dans les calamités qui précédèrent l’an 1000 ou suivirent de près. Il -semblait que l’ordre des saisons fût interverti, que les éléments -suivissent des lois nouvelles. Une peste terrible désola l’Aquitaine; la -chair des malades semblait frappée par le feu, se détachait de leurs os -et tombait en pourriture. Ces misérables couvraient les routes des lieux -de pèlerinage, assiégeaient les églises, particulièrement Saint-Martin à -Limoges; ils s’étouffaient aux portes et s’y entassaient. Ce fut encore -pis quelques années après. - -Mais lorsque la date fatale eut passé sans tenir ses sombres promesses, -l’humanité se sentit renaître et revivre. Son premier sentiment fut un -mouvement d’amour et de reconnaissance pour Dieu qui ne l’avait pas -anéantie. - -Alors d’innombrables pèlerinages, précurseurs des croisades, -commencèrent aux Lieux Saints, au tombeau du Christ, et de magnifiques -édifices sont nés en Europe de ce grand mouvement de foi religieuse, -retrempée en Orient aux sources mêmes de l’art chrétien. - -Après avoir constaté les origines de l’architecture chrétienne à Rome et -en Orient, étudié ses développements à Constantinople et ses -transformations en Occident, il convient de s’arrêter à la période -historique que les savants ont appelée si justement la renaissance de -Charlemagne et qui a marqué l’avènement de l’architecture romane se -dégageant alors des lisières romaines et byzantines qui avaient soutenu -ses premiers pas. C’est le désir de voûter les églises, qui, vers l’an -1000, a obligé les constructeurs à abandonner les anciennes proportions -des basiliques latines. - -Il est nécessaire d’étudier les monuments de cette époque, parce qu’ils -ont été, au moment des hésitations et des tâtonnements des architectes -romans, cherchant à bâtir plus solidement leurs églises si souvent -détruites par le feu, la manifestation d’un mode de construction dans -lequel la voûte avait une fonction caractéristique. - -C’est à partir de la fin du Xᵉ siècle que l’_architecture romane_ -s’affranchit peu à peu des traditions latines pour créer des proportions -nouvelles résultant de l’adoption d’un système nouveau dès les premières -années du XIᵉ siècle, sinon dans le détail de ses formes, tout au moins -dans l’ensemble de ses dispositions. - -Cette période de l’histoire de l’architecture est des plus intéressantes -et des plus curieusement instructives, parce qu’elle montre les -constructeurs aux prises avec les difficultés qu’ils ne surmonteront -qu’après de longs efforts. Il faut suivre leurs essais timides par les -modifications qu’ils apportèrent aux dispositions traditionnelles des -basiliques romaines, en conservant à la nef centrale sa toiture en bois -et en ne couvrant que les bas côtés par des voûtes d’arête; leurs -tentatives plus hardies, caractérisées d’abord par des voûtes en -berceau, réminiscences des constructions romaines du Iᵉʳ siècle qui -existent encore à l’amphithéâtre et au nymphée de Nîmes et qui semblent -avoir inspiré les architectes romans; puis par des voûtes en berceau -continu, couvrant la nef centrale et dont la poussée est maintenue par -les demi-berceaux en quart de cercle des nefs latérales, principe de -l’arc-boutant. - -Il est surtout nécessaire d’analyser les édifices à coupoles du -commencement du XIᵉ siècle, exemple d’un art achevé, importé d’Orient, -mais modifié en France, ou plutôt en Aquitaine à cette époque, qui -devait avoir une si grande influence sur les progrès de notre -architecture, et enfin les combinaisons d’arcs-doubleaux, d’arcs -diagonaux ou _croisées d’ogives_, reportant les charges des voûtes comme -les pendentifs des coupoles, mais sous une autre forme, sur des points -d’appui solidement contrebutés, aurore d’un système de construction qui -devait avoir de si étonnantes applications. - -L’étude de ce système nouveau, qui coïncide avec l’Institution des -communes et les origines du Tiers État, fera l’objet d’un deuxième -volume: _l’Architecture gothique_, commençant à l’apogée de -l’_architecture romane_, c’est-à-dire vers le milieu du XIIᵉ siècle, -pour finir avec le XVᵉ siècle. - -Le cadre de l’ouvrage ne permettant pas de donner à l’_architecture -romane_ tous les développements que nécessiterait l’étude de toutes ses -manifestations, nous avons étudié principalement les édifices religieux -ou l’architecture religieuse. C’est l’expression la plus élevée de -l’art chez tous les peuples, celle qui donne le plus justement l’idée de -leur civilisation, de la puissance créatrice de leur génie et surtout -parce que c’est dans les édifices religieux que l’architecture romane a -le plus particulièrement marqué les caractères de ses transformations et -de ses progrès. Les monuments monastiques, civils et militaires de la -période romane ont d’ailleurs suivi les traditions romaines jusqu’au XIᵉ -siècle; ils feront l’objet d’études spéciales dans le volume suivant: -l’_Architecture gothique_. - -Pour le même motif, il n’était pas possible de faire la monographie des -édifices les plus importants ni même de citer tous les monuments -intéressants. Nous avons voulu exposer simplement des principes -généraux, chercher les origines de l’_architecture romane_, étudier sa -filiation et suivre sa progression constante depuis le Iᵉʳ siècle de -notre ère jusqu’au milieu du XIIᵉ siècle. Les plans, les coupes, les -croquis et les dessins indiquent sommairement, mais exactement, le -caractère des types principaux et ils forment une suite de -renseignements nécessaires pour faciliter et appuyer les démonstrations. - -Il est donc nécessaire de connaître tout d’abord les _basiliques -civiles_, les _basiliques_ ou _églises latines_ et les _églises -byzantines_ qui feront l’objet de la _première partie_ de ce volume, -pour arriver ensuite à étudier utilement, dans la _deuxième partie_, les -monuments les plus caractéristiques de l’_architecture romane_. - - - - -L’ARCHITECTURE ROMANE - - - - -PREMIÈRE PARTIE - -ORIGINES DE L’ARCHITECTURE ROMANE - -BASILIQUES CIVILES -BASILIQUES OU ÉGLISES LATINES -ÉGLISES BYZANTINES - - - - -CHAPITRE PREMIER - -BASILIQUE CIVILE.--DÉFINITION. - - -Suivant Vitruve, la basilique était une salle dans laquelle les -souverains rendaient la justice ou la faisaient rendre en leur nom. - -Il dit, en parlant des palais destinés aux personnages importants: il -doit s’y trouver des bibliothèques et des _basiliques_ qui aient la -magnificence qu’on voit aux édifices publics parce que, dans ces palais, -il se tient des assemblées pour les affaires de l’État et pour les -jugements et arbitrages par lesquels se terminent les différends des -particuliers. Les Gordiens, dans leur magnifique villa bâtie sur la voie -Prænestine, avaient trois basiliques de trente-trois mètres de longueur: -le sénateur Lateranus, contemporain de Néron, en fit construire une -qui, transformée par Constantin, devint la primitive basilique de -Saint-Jean de Latran. - -A Rome, la basilique était l’édifice renfermant le tribunal où -siégeaient des juges. Du temps de Publius Victor, elles étaient au -nombre de dix-neuf parce qu’on avait adjoint à chaque forum, ou place -publique, une basilique dans laquelle les magistrats tenaient leurs -audiences pendant la mauvaise saison. - -Plus tard, les basiliques devinrent des marchés, des bourses où le -peuple et les commerçants se réunissaient pour traiter leurs affaires de -commerce. Vitruve dit encore que l’édifice, joint au forum, doit être -situé sur l’exposition la plus chaude afin que les négociants qui les -fréquentaient pendant la saison d’hiver ne soient pas incommodés par la -rigueur du froid. - -Sous le règne des rhéteurs, on s’y rendait pour entendre déclamer des -vers et des harangues. C’est dans les basiliques que les jurisconsultes -donnaient leurs consultations et que les jeunes orateurs s’exerçaient à -la déclamation. Pline le Jeune nous apprend de quelle manière les juges -et les assistants étaient placés dans ces édifices. Les juges, dont le -nombre s’élevait parfois à 180, se partageaient en quatre compagnies ou -tribunaux; autour d’eux se plaçaient les jurisconsultes et les avocats -dont le nombre était considérable. Les portiques et les galeries -supérieures étaient remplis d’hommes et de femmes qui, s’ils étaient -trop éloignés pour entendre les plaidoiries et les jugements, pouvaient -au moins jouir du spectacle. - -La basilique s’élevait ordinairement sur un plan rectangulaire dont la -largeur était égale au tiers de la longueur totale, les façades -extérieures étaient très simples, toute la richesse architecturale étant -réservée pour la décoration intérieure qui était souvent traitée avec -une grande magnificence, ainsi que l’ont prouvé les découvertes faites -sur l’emplacement du forum de Trajan pendant les fouilles opérées en -1812 par les soins du gouvernement français. En avant de la façade -principale s’étendait, sur toute sa largeur, un portique sous lequel des -portes s’ouvraient sur les divisions longitudinales de l’édifice. - -[Illustration: FIG. 2. - -BASILIQUE CIVILE. - -(Plan.)] - -Vitruve parle des _chalcidiques_ élevés aux extrémités de la basilique -et qui étaient à son sens de vastes portiques; selon quelques auteurs -anciens, le mot _chalcidique_ désignait une salle haute et spacieuse, -formant, en avant de l’hémicycle, une nef transversale à l’extrémité des -avenues ou des nefs longitudinales et donnant au plan intérieur du -monument la figure d’un T. Suivant Quatremère de Quincy, on pourrait -voir, dans le sens donné aux _chalcidiques_, le rudiment du transsept -qui a pris une place si importante dans les églises du moyen âge. - -L’intérieur était généralement divisé en trois parties par deux rangées -de colonnes ou d’arcades; celle du milieu plus large et plus haute que -les deux autres. - -Ces trois avenues parallèles aboutissaient à une enceinte -transversale--_trans septum_--protégée par un mur bas ou par une -balustrade; cette place était réservée aux jurisconsultes, aux avocats -et aux greffiers. En face de l’avenue centrale et au delà du transsept, -un hémicycle s’ouvrait dans le mur du fond; il était couvert - -[Illustration: FIG. 3.--BASILIQUE CIVILE. (Coupe transversale.)] - -par une voûte en quart de sphère. L’arcade qui en formait l’entrée -s’appelait _absis_; d’où est venu _abside_, que nous retrouverons plus -tard. - -C’est dans l’hémicycle, ou abside, qu’étaient placés le siège du -juge--_tribuna_--et ceux de ses assesseurs. A droite et à gauche, -s’élevaient souvent deux absides secondaires, ou de petites salles, -destinées à contenir les archives ou divers services accessoires. - -La coupe transversale d’une basilique profane nous montre l’économie de -sa construction. - -Le vaisseau central, formé par les murs latéraux, était supporté par des -colonnes, ou des arcades, le séparant des galeries basses. Au-dessus de -ces galeries étaient ménagées les tribunes réservées, d’un côté aux -hommes, et de l’autre aux femmes et aux vierges admises dans ces -basiliques sous la condition d’être séparées des hommes. - -La nef principale et les galeries latérales superposées étaient -couvertes d’une charpente apparente, souvent en bois de cèdre, richement -ornée de dorures, suivant les auteurs anciens; cette charpente formait -en même temps le plafond et la toiture de l’édifice, et elle était -couverte extérieurement de plaques de plomb ou même de bronze. - - - - -CHAPITRE II - -BASILIQUES CIVILES A ROME ET EN ORIENT. - - -Parmi les _basiliques civiles_, dont il est souvent parlé dans les -ouvrages des auteurs anciens, il faut citer: - -La _basilique Porcia_, construite par les consuls Porcius et Claudius, -l’an 566 de Rome; elle touchait à la curie et souffrit de l’incendie qui -détruisit ce dernier monument lorsqu’on brûla le corps de Claudius sur -le forum; cette basilique dut être l’une des premières bâties par les -Romains, car, selon Tite-Live, ce genre d’édifice n’apparut qu’après la -première guerre de Macédoine, c’est-à-dire environ 200 ans avant -Jésus-Christ. - -[Illustration: FIG. 4. - -BASILIQUE ULPIENNE, A ROME. (Plan.)] - -La _basilique Fulvia_, construite par le censeur Fulvius, 180 ans avant -Jésus-Christ. - -La _basilique Simpronia_, bâtie par le tribun Simpronius en l’an 583 de -Rome; cet édifice présente cette particularité qu’il fut construit sur -l’emplacement de la maison de Scipion l’Africain, à l’ouest du forum et -dans le quartier des ouvriers et négociants en laine. - -La _basilique Æmilia_, élevée sur le forum par Æmilius Paulus, 33 ans -avant Jésus-Christ; elle coûta 1,500 talents, envoyés des Gaules par -César; ses dispositions sont en partie connues par le plan antique de -Rome conservé au Capitole. Elle avait quatre rangées de colonnes et l’on -croit que ses murs étaient ouverts de toutes parts, comme dans le -monument de Pæstum. - -Et enfin la _basilique Ulpia_, élevée par Trajan sur le forum auquel il -avait donné son nom. - -L’architecte Apollodore, de Damas, construisit, vers la fin du Iᵉʳ ou au -commencement du IIᵉ siècle de l’ère chrétienne, au milieu du forum de -Trajan, la - -[Illustration: FIG. 5.--BASILIQUE ULPIENNE, A ROME. (Coupe -transversale.)] - -_basilique Ulpienne_, à quatre rangées de colonnes et, par conséquent, à -cinq nefs; elle dépassait tous les édifices similaires par la grandeur -de ses dispositions et la magnificence de sa décoration intérieure. - -Vers le même temps ou à peu près,--160 à 169 de l’ère chrétienne,--sous -les empereurs Marc-Aurèle et Lucius Verus, le légat de Syrie, célèbre -par sa révolte, construisit le prétoire de Mousmieh (Syrie centrale), -qui rappelle, par ses formes et sa destination, les basiliques romaines -et dont l’origine est établie par de curieuses inscriptions gravées sur -les pierres de l’édifice[1]. - -[Illustration: FIG. 6. - -PRÉTOIRE DE MOUSMIEH (SYRIE CENTRALE). - -(Plan.)] - -Ce prétoire, bâti sous la direction d’Egnatius Fuscus, centurion de la -3ᵉ légion gallique, se compose de trois nefs, formées par huit arcs -accouplés deux à deux, portés sur quatre groupes de quatre colonnes -chacun; le carré central était couvert par une coupole d’arête -construite en blocage. Les galeries qui l’entourent étaient fermées par -des dalles portant sur l’extrados des arcs accouplés et formant une -voûte en berceau. - -Les consoles encastrées dans les murs latéraux portent des inscriptions -qui démontrent qu’elles ont été destinées à recevoir les portraits des -centurions des légions 3ᵉ gallique et 6ᵉ flavienne qui ont tenu -garnison - -[Illustration: FIG. 7.--PRÉTOIRE DE MOUSMIEH (SYRIE CENTRALE). - -(Vue perspective intérieure.)] - -dans la ville de Phæna, sous les empereurs Marc-Aurèle et Commode; cette -circonstance fixe la date de la construction des murs, de l’hémicycle du -fond avec sa large conque décorant la voûte et des niches latérales. - - - - -CHAPITRE III - -LES THERMES D’ANTONIN CARACALLA A ROME. - - -Bien qu’ils paraissent s’éloigner des basiliques par leur destination, -les Thermes antiques et surtout les Thermes d’Antonin Caracalla, bâtis -au commencement du IIIᵉ siècle, s’y rattachent intimement, non seulement -par les particularités de leur construction, mais encore par le parti -architectural. - -Les Thermes de Caracalla étaient le dernier mot de l’art romain arrivé à -son plus haut développement; et si leurs ruines gigantesques sont encore -l’objet d’un légitime étonnement, on peut se figurer l’admiration que -durent exciter ces immenses monuments lorsqu’ils étaient complets, -imposants par leurs proportions colossales autant que séduisants par la -richesse de leur décoration. - -Aussi ont-ils frappé l’esprit des architectes contemporains et de ceux -qui recueillirent leur succession. Cette influence s’exerça dès les -premières années du IVᵉ siècle; nous verrons d’abord les constructeurs -chrétiens s’inspirer directement de cette œuvre admirable et donner à -l’une de leurs premières basiliques les dispositions - -[Illustration: FIG. 8.--THERMES D’ANTONIN CARACALLA, A ROME. (Plan.)] - -presque identiques de l’une des plus belles salles des Thermes de -Caracalla. - -Nous verrons ensuite, deux siècles plus tard, les architectes de -Sainte-Sophie se souvenir des Thermes et suivre encore les traditions -romaines, perfectionnées ou modifiées au contact de la civilisation -orientale. - -A l’exception des temples ronds, la plupart des temples et des -basiliques de Rome, grecs par le plan et la structure, étaient couverts -par des charpentes. - -Les nefs des basiliques n’étaient pas voûtées, mais fermées par des -combles lambrissés. Ce ne fut qu’après l’incendie de Rome, sous Néron, -que les Romains abandonnèrent presque partout les couvertures en -charpente pour y substituer les voûtes en maçonnerie. - -Les Thermes d’Antonin Caracalla furent construits par cet empereur et -achevés en 217, la sixième année de son règne, sauf les portiques de -l’enceinte qui y furent ajoutés par Héliogabale et Alexandre Sévère. - -Les Romains construisirent ces édifices, réunis dans un immense -ensemble, de la manière la plus simple et la plus économique en raison -de leur état social. Les Romains n’employèrent presque exclusivement que -la brique et le blocage. Les parements sont composés de briques -triangulaires posées à plat, leur grand côté vers l’extérieur; au milieu -des murs et des massifs, un béton, composé de gros cailloux et d’un -excellent mortier, garnissait l’espace vide entre les briques. Afin de -régler les assises et pour s’assurer des niveaux, des chaînes de grandes -briques sont arasées à certaines hauteurs régulières; des arcs de -décharge en briques, noyés dans la construction, répartissent les -charges sur les points - -[Illustration: FIG. 9.--THERMES D’ANTONIN CARACALLA, A ROME.--LE -FRIGIDARIUM. - -(D’après la restauration de Viollet-le-Duc.)] - -d’appui principaux. Quant aux voûtes, les arcs de tête sont en grandes -briques sur deux rangs ordinairement et les remplissages en béton -composé de mortier et de pierre ponce. - -Après cette construction si simple, si économique et d’une exécution si -rapide, les architectes ont élevé leurs portiques formés de colonnes et -d’entablements en marbre. Les murs, les piles et les voûtes sont partout -à l’intérieur revêtus de marbre, de stuc ou de mosaïque et cette masse -grossière a été revêtue d’un splendide manteau embelli du plus somptueux -ornement. - -La grande salle circulaire, le _Caldarium_ des Thermes de Caracalla, -avait plus d’un point de ressemblance avec la rotonde d’Agrippa dans sa -forme ainsi que dans son mode de construction; mais si les détails sont -moins purs, elle n’en reste pas moins un sujet d’étude des plus -intéressants au point de vue de la construction des temples ronds. - -Les Thermes d’Antonin Caracalla, un des plus beaux exemples du génie -romain, de la science des architectes du IIIᵉ siècle et l’un de ceux qui -marquent le mieux la puissance de ce grand peuple bâtisseur, inspirèrent -les architectes de Rome et de la Syrie dès le IVᵉ siècle, plus tard les -constructeurs de Sainte-Sophie et plus près de nous ceux de Saint-Marc à -Venise. - -L’influence est visible, car on retrouve dans les grands édifices élevés -à Rome, en Orient et en Italie du IVᵉ au XIᵉ siècle, non seulement les -détails des profils et de la décoration, mais encore la tradition -monumentale adoptée et suivie par les Romains, surtout en ce qui -concerne le parti architectural des grands arcs, - -[Illustration: FIG. 10.--THERMES D’ANTONIN CARACALLA, A ROME.--LE -TEPIDARIUM. - -(D’après la restauration de Viollet-le-Duc.)] - -subdivisés par des colonnes ou des arcades. Il en est de même pour les -moyens de bâtir, consistant dans la construction des points d’appui et -des murs en matériaux grossiers, revêtus ensuite de matériaux purement -décoratifs. - - - - -CHAPITRE IV - -LE PANTHÉON DE ROME ET LE PALAIS DE SARVISTAN (PERSE). - - -Avant de reprendre l’ordre chronologique, qui facilite si bien l’étude -des grandes époques de l’histoire de l’architecture, il est utile de -retourner en arrière afin d’analyser une des plus belles œuvres des -architectes romains: _le Panthéon de Rome_, qui doit être considéré -comme le plus parfait des _temples ronds_. - -Cette analyse éclairera la recherche des imitations qu’en ont faites, -dans la suite des siècles, les constructeurs d’Orient et d’Occident. -Elle permettra de comprendre les transformations qu’ils ont fait subir à -ce type admirable pour arriver, après bien des tâtonnements, à la -coupole parfaite, point de départ d’un système de voûtement dont -l’application a produit au moyen âge de si grands et de si beaux -ouvrages d’art. - -Il faut même remonter beaucoup plus haut, au IVᵉ siècle avant -Jésus-Christ, pour trouver, chez les Perses, sinon l’origine, tout au -moins une des plus anciennes applications de la coupole circulaire -élevée sur plan carré. - -Dès le temps de la république, les Romains avaient élevé quelques petits -monuments sur plan circulaire, couverts par des voûtes hémisphériques en -béton. C’est ainsi qu’est construite la _cella_ du temple de Vesta, à -Tivoli; mais dès le commencement de l’empire, ce genre de construction -prit des développements inconnus jusqu’alors. - -[Illustration: FIG. 11. - -LE PANTHÉON DE ROME. - -(Plan.)] - -Agrippa fit bâtir le premier des thermes magnifiques, à Rome, dans la -neuvième région. Fit-il en même temps élever la vaste salle sur plan -circulaire, connue sous le nom de _Panthéon_, qui touchait à ces thermes -sans être toutefois en communication directe avec eux[2]? Quoi qu’il en -soit, Dion affirme qu’Agrippa acheva le Panthéon l’an 729 de Rome, soit -l’an 24 avant l’ère chrétienne; mais cet achèvement concerne le portique -élevé après coup devant la porte de la rotonde, ainsi que le constate -l’inscription qu’on lit encore sur la frise de ce portique. Qu’Agrippa -ait élevé le Panthéon, ou qu’il l’ait seulement décoré: à l’intérieur -d’une splendide ordonnance de marbre et à l’extérieur d’un portique en -granit gris et en marbre blanc, ce qu’il est facile de voir et ce qui -nous importe, c’est de constater combien la construction de cette salle -et sa décoration forment deux parties distinctes. - -Ainsi enrichie par les soins d’Agrippa, la Rotonde fut dédiée à Jupiter -vengeur. Le diamètre de la salle est, à l’intérieur, de 43ᵐ,40 et le mur -circulaire, qui porte la voûte, a 5ᵐ,40 d’épaisseur, soit environ le -septième du diamètre du cercle intérieur. Du pavé au sommet de la voûte -on compte 44ᵐ,40; le diamètre est ainsi égal, à peu de chose près, à la -hauteur intérieure de tout l’édifice. Le mur circulaire n’est pas plein; -outre la porte d’entrée, il est évidé à l’intérieur par sept grandes -niches: quatre rectangulaires et trois semi-circulaires. - -Entre ces allégissements sont disposées au rez-de-chaussée huit niches -en demi-cercle et, à la hauteur de la naissance de la voûte, seize vides -qui s’ouvriraient sur le dehors s’ils n’étaient fermés par un mur de -remplissage peu épais. - -Il n’est pas de construction mieux raisonnée au point de vue de la durée -et de la solidité; elle est entièrement parementée en grandes briques -avec remplissage en blocage dans les massifs, suivant la méthode -romaine, avec bandeaux en marbre[3]. - -La voûte prend naissance à 22ᵐ,50 au-dessus du sol intérieur, -c’est-à-dire à peu près à la moitié totale de - -[Illustration: FIG. 12.--LE PANTHÉON DE ROME. (Coupe longitudinale.)] - -la hauteur sous-œuvre. Nous ne donnons pas ces dimensions sans raison; -elles font voir que les Romains possédaient certaines formules -applicables aux vides des édifices, qu’ils établissaient des rapports -exacts entre les hauteurs et les largeurs de ces vides et qu’ils -soumettaient l’apparence extérieure de leurs monuments aux dispositions -prises dans les intérieurs. - -[Illustration: FIG. 13.--COUPOLE DU PANTHÉON DE ROME. - -(Détails de construction de la voûte.)] - -La voûte semi-sphérique qui couronne le mur évidé formant la muraille -circulaire de l’édifice est bâtie en briques et en blocages; les -briques, noyées dans l’épaisseur, tiennent lieu de nervures à la voûte, -allégée par cinq rangs de caissons évidés dans la concavité intérieure. - -Le mur circulaire, grâce aux vides ménagés dans son épaisseur, n’est -qu’un composé d’arcs de décharge reportant toutes ses pesanteurs sur -seize massifs principaux. - -C’est tout un système de construction qui impose des lois à -l’architecture, avant que l’architecte ne songe à la décoration du -monument[4]. - -Il est facile de reconnaître d’abord que la partie purement décorative -ne fait pas corps avec la structure, car cette décoration, faite après -coup, ne se compose que d’un placage qui ne contribue pas à la solidité -de l’édifice; puisqu’il n’existe plus, comme dans les constructions -grecques, une alliance intime, absolue, entre la construction et le -vêtement décoratif qu’elle reçoit. - -En étudiant la construction de cette immense rotonde, on voit avec quel -soin l’architecte a évité les masses inutiles et avec quelle science il -a combiné les pleins et les vides, ceux-ci contribuant à assurer la -rigidité du mur circulaire en reportant les charges sur des points -déterminés et en multipliant les surfaces résistantes; à la naissance de -la voûte, une série de contreforts, coupant les voûtes en quart de -sphère et des berceaux bandés parallèlement au mur circulaire, maintient -puissamment la grande coupole hémisphérique (fig. 13). - -Le Panthéon compte, très justement, parmi les chefs-d’œuvre de -l’architecture romaine. Il fut construit en l’an 26 avant Jésus-Christ, -par l’architecte Valerius d’Ostie. Nous avons vu précédemment les -dimensions colossales de cette vaste salle et la décoration qui y fut -appliquée après sa construction; l’attique, orné de pilastres, qui, à -l’origine, surmontait les colonnes a été remplacé par les cariatides de -Diogène. Une petite corniche sépare cet attique de la coupole qui -s’élève d’un jet jusqu’à l’ouverture circulaire, large de sept mètres, -d’où tombe un flot de lumière. Cet éclairage unique, glissant sur les -caissons de la coupole et laissant les grandes niches dans une ombre -mystérieuse, la régularité grandiose de l’ordonnance et la beauté de la -matière donnent au solennel édifice un aspect extraordinairement -majestueux. - - * * * * * - -Le palais de Sarvistan, construit au IVᵉ siècle avant Jésus-Christ[5], -s’élève à l’extrémité d’une plaine déserte traversée par la vieille -route des caravanes, conduisant de Chiraz à Darab-Guerd et à -Bender-Abbas. - -[Illustration: FIG. 14. - -PALAIS DE SARVISTAN (PERSE). - -(Plan.) - -(D’après les dessins de M. Dieulafoy.)] - -Les murs du monument sont construits en moellons bruts posés à bains de -mortier; à l’intérieur, ils étaient recouverts d’un enduit en plâtre. -Les coupoles et les voûtes en berceau--bâties en briques carrées de 8 -centimètres d’épaisseur et de 27 centimètres de côté, très grossièrement -fabriquées, mais très solides, grâce à la qualité de la terre qui a -pris, par la cuisson, une extrême dureté--sont encore en grande partie -debout, ainsi que les murs, malgré la fréquence des tremblements de -terre. - -[Illustration: FIG. 15.--PALAIS DE SARVISTAN (PERSE). (Coupole.) - -(D’après les dessins de M. Dieulafoy.)] - -La construction tout entière se développe autour d’une salle ornée dont -le rôle prépondérant est accusé: au dehors par une haute coupole, et au -dedans par les vastes proportions du vaisseau et la largeur des baies -percées au milieu des faces. Deux des entrées s’ouvrent sur les galeries -extérieures: la première, située dans l’axe général de la construction, -est précédée d’un porche composé de trois travées dissemblables; la -seconde vient à la suite d’un vestibule communiquant avec le porche et -une pièce voûtée. - -«La partie la plus intéressante de l’édifice, celle qui mérite par cela -même d’être étudiée avec le plus grand soin, est sans contredit la -grande salle et l’ensemble des voûtes qui les surmontent. - -«Le dôme, construit entièrement en briques, est de forme ovoïde. Il -repose sur quatre trompes bandées entre les angles et sur quatre -pendentifs qui raccordent la base de la coupole avec les trompes et les -faces verticales des murs. Tout cet ensemble est soutenu par quatre -grands arceaux elliptiques au milieu et au fond desquels s’ouvrent les -portes... - -«Le monument de Sarvistan est bien simple d’aspect; cependant il est du -plus haut intérêt, car son étude éclaire d’un jour tout nouveau -l’histoire de la coupole sur pendentifs dont Sainte-Sophie nous offre un -des exemples les plus célèbres[6]....» - - - - -CHAPITRE V[7] - -TRANSFORMATION DES BASILIQUES CIVILES.--ORIENTATION DES BASILIQUES ET -DES ÉGLISES CHRÉTIENNES. - - -Dès les premières années du IVᵉ siècle, après la promulgation du célèbre -édit rendu à Milan en 313, et par lequel Constantin proclama le -christianisme religion de l’Empire, les architectes chrétiens comprirent -le parti qu’ils pouvaient tirer des basiliques civiles admirablement -disposées pour recevoir un grand nombre d’hommes et, avant de construire -de toutes pièces les temples de la religion nouvelle, ils approprièrent -pour l’exercice du culte nouveau les diverses parties des édifices -anciens qu’ils avaient à leur disposition. - -De par les _Constitutions apostoliques_ l’église devant représenter la -barque de saint Pierre, l’avenue centrale de la basilique devint la nef. - -Des balustrades ou des murs d’appui la divisaient en deux parties. - -Au bas de la nef était le _pronaos_, emplacement destiné aux -catéchumènes et à une certaine classe de pénitents; en un mot, à tous -les membres de la communauté chrétienne qui, ne pouvant entendre qu’une -partie des offices, étaient tenus de sortir de l’église avant la -consécration. - -Plus haut, vers le transsept, se trouvait le chœur--_chorus_,--espace -entouré d’une cloison basse dans laquelle étaient disposés des _ambons_, -ou pupitres, pour la lecture, par les diacres, des Saintes Écritures; à -cette place se tenaient les chantres, les instrumentistes, les -exorcistes et de nombreux acolytes qui composaient avec eux le bas -clergé des basiliques. - -A l’extrémité de la nef, au centre du chalcidique, ou transsept, donnant -au plan basilical la forme d’un T ou d’un _tau_, figure pour laquelle -les chrétiens eurent une prédilection particulière parce que le tau -était l’image de la croix, se trouvait l’emplacement de l’autel, le -sanctuaire, l’_altarium_ ou _sacrarium_, la place des diacres et des -sous-diacres. - -L’autel était placé au milieu, entre l’hémicycle ou _abside_ ménagée -dans le mur du fond et l’arc triomphal s’ouvrant dans la nef. - -L’hémicycle ou _abside_, qui avait été jadis le tribunal, devint -l’emplacement des prêtres ordonnés; c’est pourquoi on le trouve désigné -sous le nom de _presbyterium_. Un banc circulaire, interrompu au milieu -par un siège plus élevé, _consistorium_, contournait le mur du fond. La -place éminente, _suggestus_, était celle de l’évêque ou du dignitaire -qui en tenait lieu. - -Les galeries latérales ou bas côtés recevaient l’assistance. Les -dénominations de _plaga_ ou de _porticus_ étaient communes à l’une et à -l’autre; on les distinguait par l’épithète de _dextera_ et _læva_, -droite ou gauche; ou par le déterminatif _virorum_, _mulierum_, parce -que les sexes étaient séparés dans l’église et que les hommes devaient -occuper la droite et les femmes la gauche; mais la détermination de la -droite et de la gauche des églises a été de bonne heure une cause de -confusion parce que l’orientation des églises a changé et que les -liturgistes du moyen âge s’attachèrent à la lettre des anciens textes -sans tenir compte de ce changement. - -On n’eut pas d’abord d’idée arrêtée sur l’_orientation des basiliques_, -car les plus anciennes de Rome ont leurs façades tantôt au nord, et -tantôt au sud, à l’est ou à l’ouest. - -Une des constitutions de la fin du Iᵉʳ siècle, attribuées à saint -Clément, veut que le prêtre regarde l’orient pour accomplir la -consécration. Cette prescription paraît avoir déterminé la situation de -l’église telle qu’on la voit encore à Saint-Pierre du Vatican et à -Saint-Jean-de-Latran, c’est-à-dire la façade tournée à l’est. Le prêtre -célébrait derrière l’autel, _regardant l’assistance_, les hommes à sa -droite, c’est-à-dire au midi, les femmes à sa gauche, c’est-à-dire au -nord; aussi les bas côtés, droit et gauche, furent-ils déterminés par -les épithètes _australis_ et _septentrionalis_. - -Au Vᵉ siècle, l’orientation contraire fut préférée. Les basiliques -présentent leur façade à l’ouest pour se conformer à la règle qui -voulait que le prêtre _tournât le dos à l’assistance_. Cela fit que la -droite de l’église devint celle du prêtre, c’est-à-dire au midi. Mais, -chose singulière, la droite et la gauche de l’autel restèrent comme -auparavant, la droite au nord, la gauche au midi; car il a toujours été -entendu que l’évangile se lisait à droite de l’autel et l’épître à -gauche,--c’est-à-dire l’évangile paraissant à gauche pour l’assistant -tourné vers l’autel. - -De là s’est produite une confusion dans l’esprit de quelques auteurs -qui, ne comprenant pas que l’attitude de l’église pût différer de celle -de l’autel, ont mis la droite de l’église au nord. La même interversion -eut lieu pour le placement des fidèles. La basilique de -Saint-Apollinaire-le-Neuf, à Ravenne, édifice du VIᵉ siècle qui a sa -façade à l’ouest, en fournit la preuve. - -La décoration principale de ce bel édifice consiste en une frise immense -où sont représentées en mosaïque les figures des saints et des saintes. -Or les saintes, qui devaient être vues par les femmes, occupent le mur -septentrional de l’église, tandis que le mur méridional est occupé par -les saints. Donc les hommes étaient dans le bas côté nord, c’est-à-dire -du côté de l’évangile, et les femmes dans le bas côté sud, c’est-à-dire -du côté de l’épître. C’est par l’effet de la fausse interprétation, -signalée dans le paragraphe précédent, que cet ordre fut changé dans les -siècles suivants. - - - - -CHAPITRE VI - -ABSIDE.--BASILIQUE A TROIS MEMBRES.--NEF ET BAS -COTÉS.--FAÇADE.--BAPTISTÈRE.--TOUR-LANTERNE.--CLOCHER.--DÉPENDANCES -EXTÉRIEURES DES BASILIQUES. - - -Dans les premiers temps de l’Église chrétienne, l’abside changea de -destination; elle cessa d’être le _presbyterium_ pour devenir le -_martyrium_, c’est-à-dire le lieu où reposait le corps du saint patron -de la basilique, ou la relique à qui s’adressait particulièrement la -dévotion du lieu. Il en était ainsi, avant l’an 500, dans l’église -primitive de saint Martin à Tours, et cet usage se répandit dans les -siècles suivants. - -L’abside primitive n’avait pas d’autre jour que celui qu’elle recevait -de la nef ou du transsept. Transformée en _martyrium_, elle fut non -seulement percée de fenêtres, mais encore, selon certains auteurs, elles -auraient été entièrement ajourées, ou même ouvertes à leur base, afin -d’être mises en communication avec une galerie basse qui les entourait, -de telle sorte que la disposition si caractéristique du chevet des -églises modernes remonterait à cette antiquité, c’est-à-dire au Vᵉ -siècle. - - * * * * * - -Au commencement du VIᵉ siècle, on construisit des basiliques selon le -mode du temps, mais que l’on disait établies en trois membres, parce que -leurs trois galeries longitudinales--nef et bas côtés--étaient -considérées comme des églises ayant chacune son patron particulier. On -peut croire que l’ancien temple de Jupiter capitolin de Rome, qui avait -contenu dans sa triple _cella_ trois sanctuaires à la fois: au milieu -Jupiter, à gauche Junon et à droite Minerve, ait suggéré l’idée de ces -temples chrétiens. - -Les bas côtés, tout comme la nef, eurent leur autel et leur abside -toujours plus petite que celle du milieu. En archéologie, on les appelle -_absidioles_. - -Le plan de San-Pietro-in-Vincoli, à Rome, bâtie vers les premières -années du Vᵉ siècle (fig. 24), donne l’image de cette disposition -caractéristique, qui fut si souvent imitée par les constructeurs du -moyen âge. - -Les dépendances du sanctuaire étaient formées de constructions basses, -appuyées contre les murs du chevet de la basilique et mises en -communication avec celle-ci par des portes qui remplissaient le même -office que les _sacristies_ modernes. Le nom de ces dépendances a changé -selon les temps et les lieux; on a dit: _pastophorium_, _diaconicum_, -_gazophylacium_, _secretarium_, _vestiarium_, _thesaurus_. Ces trois -derniers termes sont ceux dont l’usage a été le plus répandu; leur place -était ordinairement contre le mur de fond, à côté de l’abside ou contre -l’abside. - -La nef et les bas côtés, formant le corps de basilique, furent les -parties qui changèrent le moins; cependant les convenances -d’appropriation, par suite des nécessités liturgiques ou bien encore, et -le plus souvent, le manque de ressources, ont fait introduire dans ces -nefs et dans ces bas côtés des dispositions qui paraissent avoir eu une -certaine généralité. Un des changements les plus marqués fut le -remplacement des colonnes par des piles, changement plus général à -mesure qu’on s’éloigna de l’antiquité, par la raison que les ruines des -anciens monuments, exploitées depuis des siècles, ne fournissaient plus -de colonnes. - -Dans les contrées septentrionales de l’Europe, les colonnes, en pierre -ou en marbre, n’avaient point été prodiguées comme en Italie, et il -fallait les faire venir à grands frais; lorsque Charlemagne éleva la -basilique d’Aix-la-Chapelle, il fut obligé d’envoyer prendre à Ravenne -les colonnes et les marbres nécessaires pour décorer sa nouvelle église. - -En Italie, les bas côtés des basiliques sont aveugles; mais il n’en -était pas de même dans les autres pays, car ils étaient ajourés lorsque -la disposition des lieux le permettait. Ordinairement les bas côtés -étaient flanqués de bâtiments étroits, divisés en pièces appelées -chambres,--_cubicula_,--qui communiquaient avec l’église par des portes -monumentales, ou bien ces chambres étaient l’équivalent de ce qu’on a -appelé aussi oratoires ou exèdres, parce que ces réduits contenaient une -abside. Les dévots s’y livraient à la dévotion et à la prière; les -privilégiés y recevaient la sépulture, ou bien elles servaient de -logement à des personnages d’un certain ordre. - -Toutes les églises construites dès les premiers siècles de l’ère -chrétienne n’étaient pas pourvues de bas côtés, car il est certain qu’on -éleva alors un grand nombre de basiliques composées d’une seule nef, -comme la plupart des paroisses rurales bâties à l’époque barbare. - -C’est l’édifice que les textes du temps de Charlemagne et de ses -successeurs désignent sous le nom de _capella_, chapelle, et ce nom de -chapelle a été pendant longtemps celui de toute église de campagne, même -paroissiale. Presque tout ce qui nous reste des anciennes constructions -religieuses de la Gaule appartient à des chapelles de ce genre. - - * * * * * - -La façade des basiliques indiquait généralement la coupe de l’édifice, -marquant à la base la largeur du vaisseau central et des bas côtés, -profilés par deux remparts, entre lesquels montait la nef couronnée par -un fronton. - -Les portes étaient au nombre de trois et quelquefois de cinq, -correspondant aux trois ou aux cinq divisions de la nef; celle du milieu -était plus haute que les autres, et à toutes s’appliquait l’épithète de -_regiæ_, royales. Elles étaient fermées par des vantaux de bois -richement travaillé, ou de bronze, et munies, à l’intérieur, de -portières en étoffes précieuses. - -Au-dessus des portes, la façade était percée de fenêtres et, dans le -tympan du fronton, s’ouvrait un œil-de-bœuf, dans lequel on pouvait voir -l’origine des roses éclairant la nef des cathédrales. Le tympan et le -pourtour des fenêtres étaient souvent ornés de mosaïques. - -Devant les portes régnait un large portique, fermé aux deux extrémités, -qui ne paraît pas avoir eu de nom particulier dans l’église latine. Les -Grecs l’appelaient _narthex_, dont _ferula_ est l’équivalent; mais la -dénomination qui fut la plus employée dans l’Europe occidentale est -_porticus_, d’où est venu _porche_. - -C’est sous ce portique que stationnaient ceux qui ne pouvaient assister -à tous les offices, en attendant le moment où ils pouvaient entrer dans -l’église. - -A l’intérieur de l’église, au revers de la façade, se trouvait le -_pronaos_, délimité le plus souvent par une simple balustrade; mais, -dans certaines basiliques, il prenait un aspect monumental, parce qu’il -était formé par une colonnade traversant le bas de la nef et surmonté -d’une tribune, comme à Sainte-Agnès-hors-les-Murs (fig. 57). Cette -disposition n’était guère usitée que dans les basiliques étagées, la -tribune établissait alors une communication entre les galeries -supérieures des deux côtés. - - * * * * * - -Pendant les premiers siècles du triomphe de la religion chrétienne, dont -le baptême est une des cérémonies les plus importantes, il était de -règle que ce sacrement fût administré, par immersion, dans un édifice -séparé de la basilique. - -Saint Sylvestre fit construire, au IVᵉ siècle, près de la basilique de -Saint-Jean-de-Latran, qu’il avait reçue de Constantin, un baptistère -octogone, magnifiquement orné, et le consacra à saint Jean-Baptiste, qui -était le saint auquel étaient dédiés presque tous les édifices du même -genre. - -On construisit des baptistères sous diverses formes: ronds ou octogones -et souvent sur un plan carré, cantonné sur chaque face, ou seulement sur -trois, d’une absidiole et affectant la figure d’un trèfle ou d’un -quatrefeuille; le carré central couronné d’une voûte d’arête ou d’une -petite coupole et les absidioles voûtées en quart de sphère. - -Au milieu des baptistères était établi un bassin--_labrum_ ou -_lavacrum_, qu’on emplissait d’eau ou qui était alimenté par une source. -On se servit souvent de cuves en marbre, en granit ou en porphyre -enlevées aux thermes romains; mais le plus souvent la cuve baptismale, -qui devait contenir plusieurs personnes, était formée de dalles de -pierre ou de marbre, scellées dans une aire en ciment qui formait le -fond. - -Les absidioles étaient destinées à recevoir des autels sur lesquels on -disait la messe afin de donner la communion aux néophytes après le -baptême. - -Dès le VIIIᵉ siècle, les usages relatifs à la cérémonie du baptême se -modifièrent. Il fut permis de baptiser dans l’intérieur, et dès lors on -plaça les piscines ou les cuves baptismales dans le bas côté gauche--du -côté de l’évangile--des basiliques chrétiennes. - - * * * * * - -Depuis la fin du Vᵉ siècle, un grand nombre d’églises présentèrent une -disposition qu’on ne trouve pas dans les basiliques d’Italie, mais qui -rappelait celle de plusieurs églises de la Syrie centrale, de -Constantinople et de la Grèce. - -Une coupole ou une tour s’éleva au-dessus du transsept et fut appelée -par les écrivains de l’époque mérovingienne: la tour par -excellence,--_turris_. - -Le transsept était partagé en trois parties par deux murs de refend -percés chacun d’une grande arcade en prolongement des colonnades ou -arcades de la nef; l’_altarium_ était transformé par là en un -emplacement carré contenu entre l’ouverture de l’abside, l’arc triomphal -de la nef et les deux arcs latéraux. Grâce à l’appui des quatre murs, -il fut possible de surélever la construction au-dessus des combles de la -nef et des bras du transsept. Percée de fenêtres de tous les côtés, elle -prit l’apparence d’une lanterne carrée, polygone ou ronde, au sommet de -laquelle était la toiture couvrant l’autel. - -La tour-lanterne versait sur le sanctuaire une lumière abondante et -annonçait de loin cette partie capitale de l’église et, pour lui donner -plus d’effet, on la couronna d’un campanile en bois doré--_machina_, -_arx_--ouvrage élégant qui se composait de plusieurs retraites d’arcades -à trois étages ordinairement; d’où l’épithète de _tristega_ appliquée au -campanile. - - * * * * * - -Sans vouloir disserter sur l’origine des cloches, on peut dire que leur -emploi dans le culte chrétien n’est pas mentionné avant le VIᵉ siècle et -que les cloches usitées à l’époque mérovingienne devaient ressembler, -comme dimensions, à celles dont on se sert encore dans les collèges ou -dans les marchés. C’est dans la seconde moitié du VIIIᵉ siècle que les -cloches acquirent un volume assez considérable pour qu’il devînt -nécessaire de construire des édifices pour les suspendre. - -Le premier clocher dont il soit fait mention est celui de Saint-Pierre -du Vatican. - -Cloche s’est dit _campana_ et _clocca_, d’où les termes de -_campanarium_, _turris campanaria_, _clocarium_, pour dire un clocher. -On s’est servi aussi, au IXᵉ siècle, des mots: _turricula_, turris -_claxendix_, le premier par opposition à la _turris_, coupole dôme ou -tour-lanterne de l’église, le second quand il y avait un escalier en vis -pour monter au sommet de la tour. - -Les premiers clochers furent de forme ronde et toujours d’un petit -diamètre, à l’exemple des coupoles byzantines ou grecques, ce qui prouve -que les cloches qu’ils contenaient étaient de très petite dimension. Les -cloches étaient suspendues au sommet de la tour, dans une partie évidée -d’arcades, recouverte par un comble; le reste de la construction était -parementé sans autres ouvertures que des meurtrières éclairant -l’escalier. - -Les clochers étaient très souvent séparés du corps de l’église. En -Italie, un grand nombre d’églises, de tous les temps du moyen âge, ont -leur clocher séparé d’elles par une distance souvent considérable. - -Le plan de Saint-Gall indique deux tours rondes placées symétriquement -sur le devant de l’église et communiquant avec le portique; la légende -qui accompagne ce plan indique que ces tours, qui n’étaient pas -destinées à recevoir des cloches, sont des observatoires ou oratoires -dédiés aux anges; l’un à saint Michel et l’autre à saint Gabriel. - -A une époque plus ancienne il existait déjà, en avant de certaines -basiliques, de ces tours sous l’invocation de saint Michel et qui ne -furent certainement pas des clochers. Il en existait une au VIIᵉ siècle -à l’entrée du monastère de Saint-Maur qui reproduisait en plan la forme -d’une croix. - -La force de l’habitude fit appliquer la forme ronde à des clochers -construits même au XIIᵉ siècle, comme celui de Saint-Théodore d’Uzès, -qui date de cette époque; mais ces exemples sont rares et il paraît -certain que, dès le Xᵉ siècle, le plan carré fut préféré (fig. 87 et -88). - -Outre les grosses cloches qui annonçaient au loin les offices, on -continuait, pour régler les exercices religieux du clergé, d’employer -des clochettes. Elles sont appelées dans les textes: _signum_, -_schilla_, _nola_--en français: sin, esquielle, eschelette.--Elles -prirent place au IXᵉ siècle dans les campaniles qui couronnaient les -dômes. - - * * * * * - -Les dépendances extérieures des basiliques latines eurent, dès -l’origine, une importance qui ne fit que s’accroître. Il convient de -remarquer que si la basilique civile ou profane était ouverte de toutes -parts sur des places les plus fréquentées de la ville, la basilique -sacrée au contraire fut éloignée, autant qu’il était possible, de la -voie publique et il y eut au moins une cour établie devant la basilique, -sur toute la largeur de la façade. Cette cour, environnée de portiques -qui se raccordaient avec le _narthex_, ou porche d’entrée, constituait -l’_aitre_ de l’église--_atrium_--et, comme on y enterra, dès les -premiers siècles, les fidèles qui s’étaient recommandés par leurs -mérites, elle fut appelée aussi _paradisus_, d’où est venu parvis. - -L’aitre, ou atrium, était environné de portiques qui se raccordaient -avec le porche d’entrée. L’ensemble des galeries s’appelait -_triporticus_ ou _quadriporticus_, selon qu’elles étaient au nombre de -trois ou de quatre. - -Les basiliques somptueuses des temps les plus anciens eurent un premier -enclos, triportique ou quadriportique, qui précédait l’atrium. Ainsi se -présentait, la façade tournée du côté de la Saône, une basilique édifiée -à Lyon vers 460 par l’évêque Patient. C’était le temps où l’on ne -ménageait pas les colonnes. Les deux enceintes extérieures de la -basilique de Lyon formaient chacune un triportique et tous les supports -étaient des colonnes en marbre des Pyrénées. Plus tard on réserva le -marbre pour les intérieurs, et les auteurs, depuis le VIIᵉ siècle, ne -parlent plus de la magnificence des portiques extérieurs, ce qui -tendrait à prouver qu’ils étaient dès lors établis d’une manière -beaucoup plus simple. - -Sous les portiques latéraux de l’aitre s’ouvraient parfois des cellules -qui servaient de logement aux moines habitués de la basilique ou aux -plus recommandés parmi les malades qui venaient y chercher leur -guérison. - -Au milieu de l’aitre se trouvait ordinairement une vasque d’où sortait -un jet d’eau, ou bien encore une citerne, ou un puits; cet accessoire a -été désigné sous les noms de _phiala_, _cantharus_, _puteus_. C’est là -que les fidèles, avant de pénétrer dans la basilique, faisaient les -ablutions, dont la prise d’eau bénite à l’entrée des églises est une -réminiscence. - -De très bonne heure, l’aitre perdit son importance et son aspect -monumental; ce ne fut plus qu’une petite cour sans portique, entourée de -bâtiments ou seulement de murs. Ce changement tient à deux -circonstances: la société tout entière étant devenue chrétienne, la -classe des catéchumènes disparut; la discipline s’adoucit à l’égard des -pêcheurs et comme les grands coupables furent seuls exclus des -sacrements, on cessa de voir ces troupes de pénitents qui assiégeaient -auparavant les abords de la basilique en attendant le jour de la -réconciliation. - -Enfin l’extension que prit l’institution monastique obligea d’augmenter -les dépendances de l’église en vue de ceux qui la desservaient. - -A partir du VIᵉ siècle la plupart des basiliques chrétiennes furent -affectées à des communautés de religieux, souvent si considérables -qu’elles comptaient plusieurs centaines de personnes. Plus tard, sous la -seconde race, une règle imitée de celle des monastères, la règle des -chanoines fut imposée par les conciles nationaux aux clergés des -cathédrales et de toutes les grandes basiliques séculières. Les -bâtiments nécessaires aux actes de la vie commune de ces pieuses -congrégations furent établis sur l’un des bas côtés de l’église et l’on -trouva commode de les disposer autour d’une cour carrée. C’est là que -fut transporté sous le nom de cloître--_claustrum_--le quadriportique -devenu inutile sur la façade. Il s’est maintenu à cette place pendant -toute la durée du moyen âge. - - - - -CHAPITRE VII - -BASILIQUES DE CONSTANTIN, DE SAINT-PAUL-HORS-LES-MURS, DE -SAINTE-MARIE-MAJEURE, DE SAINT-PIERRE-A-VINCOLI, A ROME.--BAPTISTÈRE, A -NOVARE (ITALIE). - - -La Basilique dite de Constantin est l’une des plus anciennes parmi les -basiliques judiciaires qui devinrent les premiers sanctuaires du -christianisme. - -Commencée sous Maxence, elle fut achevée dans les premières années du -IVᵉ siècle, sous le règne de Constantin. Elle peut être considérée comme -l’un des derniers monuments de l’art antique. Le plan est simple et -digne encore d’être comparé aux œuvres du beau temps de l’architecture -romaine. Les proportions de la salle sont fort belles et la construction -en est très soignée. - -[Illustration: FIG. 16.--BASILIQUE DE CONSTANTIN, A ROME. - -(Plan.)] - -La nef de la basilique de Constantin présente cette particularité de -ressembler absolument au _Tepidarium_ des Thermes d’Antonin Caracalla -(fig. 10). Il est naturel, d’ailleurs, que les architectes du temps de -l’empereur Maxence aient subi l’influence des superbes monuments qu’ils -avaient sous les yeux et qui devaient être alors dans tout l’éclat de -leur splendeur. - -Le parti architectural est le même. Le vaisseau principal se compose, -comme aux Thermes, de trois grandes travées marquées par de grands arcs -longitudinaux et il est couvert par une voûte d’arête plein cintre, -construite en briques et en blocage; la poussée de cette belle voûte, -dont les retombées étaient soutenues par des colonnes hors œuvre, -couronnées d’une corniche avec architrave, était maintenue par des murs -transversaux, percés d’arcades faisant communiquer - -[Illustration: FIG. 17.--BASILIQUE DE CONSTANTIN, A ROME. (Coupe -transversale.)] - -entre eux les bas côtés; ces murs transversaux étaient eux-mêmes réunis, -solidarisés, par des arcs plein cintre en berceau, construits comme la -grande voûte et ornés à l’intérieur de caissons décoratifs. - -La basilique se terminait au chevet central par un hémicycle, ou abside, -voûté en quart de sphère; et un portique, enrichi de colonnes sous -lequel s’ouvraient les portes, s’étendait en avant de la façade et sur -toute la largeur de l’édifice. - -[Illustration: FIG. 18.--BASILIQUE DE SAINT-PAUL-HORS-LES-MURS, A ROME. -(Plan.)] - -Après les monuments de Constantin vinrent ceux de ses successeurs qui -donnèrent encore plus d’extension à la construction des basiliques. - -Parmi celles qui furent bâties en grand nombre jusqu’à la fin du Vᵉ -siècle, il faut citer la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, sur la -route d’Ostie, construite sur l’emplacement d’une petite église de -Constantin. - -Commencée en 386 et terminée dans les premières années du Vᵉ siècle, -sous le règne d’Honorius, elle était, avec l’église Saint-Pierre, une -des plus grandes basiliques de Rome. - -[Illustration: FIG. 19.--BASILIQUE DE SAINT-PAUL-HORS-LES-MURS, A ROME. - -(Vue perspective de l’altarium.) - -(D’après _la Messe_ de Rohault de Fleury.)] - -Elle possédait un vaste transsept, appartenant à la disposition -théodosienne[8]. - -Le plan de la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs donne le transsept -de l’église chrétienne bien marqué. La nef principale et les quatre nefs -latérales sont séparées du transsept par un mur, percé d’un arc -triomphal et de quatre arcs secondaires. L’autel majeur - -[Illustration: FIG. 20.--BASILIQUE DE SAINT-PAUL-HORS-LES-MURS, A ROME. -(Coupe transversale.)] - -avec sa clôture,--l’_altarium_--sur la confession, séparait le chœur -réservé aux prêtres, des fidèles placés dans la nef. - -Les bras du transsept étaient occupés par les clercs et les personnes -revêtues d’un caractère religieux. - -Les proportions de la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs étaient -colossales; sa longueur était de 143 mètres, y compris l’abside qui -avait 25 mètres de diamètre; la nef et les bas côtés avaient 65 mètres -de largeur et les transepts 72. La nef centrale, large de 25 mètres -environ, était formée de deux rangées de vingt colonnes corinthiennes -reliées par des arcades plein cintre sans archivoltes; au-dessus de ces -arcades une grande frise était ornée de peintures à fresques, le - -[Illustration: FIG. 21.--BASILIQUE DE SAINTE-MARIE-MAJEURE, A ROME. - -(Coupe transversale.)] - -dessous des poutres des fermes était à 30 mètres au-dessus du sol. De -somptueuses mosaïques décoraient l’abside, les parois du transsept et de -l’arc triomphal. - -La basilique de Sainte-Marie-Majeure, à Rome (plan, fig. 22), fut élevée -au commencement du Vᵉ siècle par Sixte III sur l’emplacement d’un autre -édifice de même genre, bâti par le pape Liberius et consacré en 353. Le -pape Eugène III, vers le milieu du XIIᵉ siècle, y ajouta un portique qui -fut démoli en 1572 par Grégoire XIII et remplacé, sous Benoît XIV, en -1743, par le portique actuel, à huit colonnes, exécuté d’après les plans -de Ferdinand Fuga. De ce portique on pénètre par cinq portes dans les -trois nefs de la basilique - -[Illustration: FIG. 22. - -BASILIQUE DE SAINTE-MARIE-MAJEURE, A ROME. (Plan.)] - -[Illustration: FIG. 23. - -BASILIQUE DE SAINT-PIERRE-A-VINCOLI (ROME). (Plan.)] - -qui a près de cent mètres de longueur en y comprenant l’hémicycle et -trente-deux mètres de largeur. - -La nef est formée par deux rangées de colonnes d’ordre ionique, dont les -fûts sont lisses; elles sont couronnées par un entablement horizontal -dont la frise est décorée de rinceaux et la corniche enrichie de -modillons[9] au-dessus et dans la hauteur des toitures des bas côtés -une grande frise ornée, au-dessus de laquelle s’ouvrent les fenêtres à -plein cintre éclairant la grande nef. - -Le plafond de cette nef est du temps de Célestin III vers la fin du XIIᵉ -siècle; il est décoré de sculptures - -[Illustration: FIG. 24.--BASILIQUE DE SAINTE-MARIE-MAJEURE, A ROME. - -(Coupe longitudinale.--Détail.)] - -dorées exécutées à la fin du XVᵉ siècle, sous le pontificat d’Alexandre -VI, par Julien de Sangallo. - -Santo-Pietro-in-Vinculis, fondé, en 425, par Eudoxie, femme de -Valentinien III, est une basilique à _trois membres_, c’est-à-dire, -suivant les auteurs anciens, que les trois galeries longitudinales, la -nef principale et les deux bas côtés étaient considérés comme des -églises ayant chacune leur patron particulier; au milieu l’autel -principal placé au centre de l’abside et les deux autres, - -[Illustration: FIG. 25.--BASILIQUE DE SAINT-PIERRE-A-VINCOLI (ROME). - -(Coupe transversale et longitudinale.--Fragment.)] - -moins importants, dans des absidioles ménagées à l’extrémité des bas -côtés et s’ouvrant, toutes les trois, sur le transept. - -La basilique est précédée d’un portique à colonnes sur lequel s’ouvre la -porte qui donne accès à la nef, - -[Illustration: FIG. 26.--BAPTISTÈRE DE NOVARE (ITALIE). - -(Coupe transversale.)] - -formée par deux rangées d’arcades retombant sur des colonnes rappelant -le dorique romain. - - * * * * * - -Parmi les baptistères élevés en grand nombre au Vᵉ siècle, celui de -Novare est à citer parce qu’il rappelle les dispositions d’un édifice -plus ancien destiné au même usage, élevé à Rome au IVᵉ siècle par saint -Sylvestre, près de Saint-Jean-de-Latran. - -Suivant l’usage adopté par les premiers chrétiens, le baptistère était -séparé de la basilique; celui de Novare se compose d’une enceinte de -forme octogonale couverte par une voûte en arc de cloître surmontée -d’une lanterne ajourée. - -[Illustration: FIG. 27. - -BAPTISTÈRE DE NOVARE. (Plan.)] - -Au milieu était la piscine dans laquelle on baptisait par immersion; le -mur était évidé par quatre niches semi-circulaires et par quatre -enfoncements rectangulaires; dans celui du fond était placé l’autel, -dont l’usage était prescrit par les cérémonies liturgiques du baptême. -L’édifice était éclairé par des fenêtres, percées, sur chaque pan de -l’octogone, au-dessus de la toiture en appentis couvrant les niches -formant la base de l’édifice. - - - - -CHAPITRE VIII - -SYRIE CENTRALE.--BASILIQUE DE TAFKHA.--BAPTISTÈRE DE -MOUDJELEIA.--ÉGLISES DE BEHIO ET DE BABOUDA. - - -L’architecture chrétienne qui avait pris à Rome, dès les premières -années du IVᵉ siècle, un essor si puissant, se répandait et se -développait au même temps en Orient et particulièrement dans la Syrie -centrale. L’influence romaine s’était d’ailleurs manifestée dans ce pays -dès le IIᵉ siècle et il fut pendant plusieurs siècles un foyer d’art -dont le rayonnement s’étendit jusqu’en Europe[10]. - -[Illustration: FIG. 28. - -BASILIQUE DE TAFKHA (SYRIE CENTRALE). - -(Plan.)] - -La basilique de Tafkha (Syrie centrale) est un édifice chrétien bâti du -IVᵉ au Vᵉ siècle sur le modèle des basiliques antiques. - -On saisit ici sur le fait la transition de la basilique civile romaine à -l’église chrétienne[11]. - -Le système de construction est des plus simples: la nef était formée par -des rangées d’arcs parallèles, un grand arc pour le vaisseau central et -deux plus petits, superposés, pour les bas côtés (fig. 29). Ceux-ci -avaient deux étages; le plancher de la galerie haute était en pierre, -comme l’édifice tout entier, et il se composait de dalles portées sur -des corbeaux engagés dans les murs transversaux. - -Ces murs étaient espacés à environ trois mètres l’un - -[Illustration: FIG. 29.--BASILIQUE DE TAFKHA (SYRIE CENTRALE). - -(Coupe transversale sur A-B du plan.)] - -de l’autre et le plafond était fait par de larges dalles posées sur leur -sommet, la portée des dalles du plafond étant diminuée par la saillie -d’une corniche courant sur toute la largeur de la nef. Sur ces dalles, -une aire en béton ou en ciment assurait, par des pentes, l’écoulement -des eaux pluviales. - -Les coupes transversale et longitudinale (fig. 29 et 30) montrent -clairement ces curieuses dispositions en même temps que l’habileté des -constructeurs qui, n’ayant que la pierre à leur disposition, ont su en -tirer parti de la manière la plus pratique pour la construction -proprement dite; ils ont même remplacé le bois, qui, sans doute, était -rare dans la région, par la pierre, car la fenêtre, percée dans le mur -du fond, à gauche de l’abside, est fermée par une dalle mobile faisant -office - -[Illustration: FIG. 30.--BASILIQUE DE TAFKHA (SYRIE CENTRALE). - -(Coupe longitudinale sur C-D du plan.)] - -de volet; une des fenêtres de la tour a également conservé son volet de -pierre. - -Cette tour, à trois étages, est accolée au flanc gauche de la façade. Ce -genre de construction est fréquent dans la Syrie centrale. Les grandes -maisons antiques sont accompagnées de tours, et les monuments funèbres -affectent cette forme[12]. - -Le monument de Moudjeleia (Syrie centrale) présente tous les caractères -d’un baptistère du Vᵉ siècle; il n’existe pas, d’ailleurs, dans toute la -région, d’église de forme polygonale. - -[Illustration: FIG. 31.--BAPTISTÈRE DE MOUDJELEIA (SYRIE CENTRALE). - -(Plan.)] - -Le centre de l’édifice était sans doute hypèthre; on ne voit, -d’ailleurs, aucune trace des dispositions primitives de la couverture -sur la partie centrale, tandis que la charpente des bas côtés a laissé -des encastrements qui déterminent son ancienne disposition. Une toiture -à simple pente recouvrait l’abside et ses annexes. - -[Illustration: FIG. 32.--BAPTISTÈRE DE MOUDJELEIA (SYRIE CENTRALE). - -(Coupe transversale.)] - -Ce petit édifice est disposé selon les traditions chrétiennes suivies -pour l’établissement des baptistères; l’absidiole ménagée en face de la -partie octogonale devait recevoir un autel afin qu’on pût dire la messe -et donner la communion aux néophytes. - -La basilique de Behio (Syrie centrale), bâtie vers le - -[Illustration: FIG. 33.--BAPTISTÈRE DE MOUDJELEIA (SYRIE CENTRALE). - -(Coupe longitudinale.)] - -commencement du VIᵉ siècle, diffère des édifices élevés dans le même -temps par la forme de l’abside, carrée au lieu d’être hémisphérique, et -par la galerie ou portique s’étendant sur le flanc de l’édifice. - -[Illustration: FIG. 34.--ÉGLISE DE BEHIO (SYRIE CENTRALE). - -(Plan.)] - -Le pignon au-dessus de l’arc de l’abside montre très nettement les -dispositions de la toiture qui couvrait la basilique, et l’on voit avec -quels soins les constructeurs ménageaient dans la maçonnerie la place -que devaient occuper les diverses parties de la charpente apparente -indiquées dans tous leurs détails par la figure 45. - -La petite église de Babouda (Syrie centrale) est un - -[Illustration: FIG. 35.--ÉGLISE DE BEHIO (SYRIE CENTRALE). (Coupe -transversale.)] - -exemple, admirablement conservé, d’une église rurale - -[Illustration: FIG. 36.--ÉGLISE DE BABOUDA (SYRIE CENTRALE). (Façade.)] - -[Illustration: FIG. 37.--ÉGLISE DE BABOUDA (SYRIE CENTRALE). (Plan.)] - -élevée dans les premiers siècles de l’ère chrétienne--Vᵉ siècle. - -Elle se compose d’une seule nef, couverte en charpente apparente et à -l’extrémité de laquelle a été établi l’hémicycle, ou plutôt l’abside -voûtée en quart de sphère. - -La nef est précédée d’un portique à trois arcades sur lequel s’ouvrent -les trois portes donnant accès dans la salle; au-dessus du porche, une -loge à jour éclairant la nef et une tribune à laquelle on devait accéder -par un escalier intérieur. - - - - -CHAPITRE IX - -SYRIE CENTRALE.--BAPTISTÈRE DE SAINT-GEORGES D’EZRA, ÉGLISES DE BAQOUZA -ET DE QALB-LOUZEH. - - -Le baptistère de Saint-Georges d’Ezra est un des monuments les plus -précieux de la Syrie centrale. Dans la primitive Église, les baptistères -étaient rares, car il n’y en avait qu’un par ville épiscopale, l’usage -étant de réserver à l’évêque l’administration du sacrement du baptême. - -Saint-Georges d’Ezra est parvenu jusqu’à nous sans autre modification -que celle d’avoir été transformé en église, toujours consacré au culte -catholique pour lequel il a été construit et qui se célèbre encore sous -ses voûtes vénérables[13]. - -Le plan est très simple; il se compose de deux octogones concentriques -inscrits dans un carré; l’octogone central est couronné par une coupole. -Sur le pan oriental s’ouvre l’abside précédée d’une étroite travée; de -chaque côté sont établis des réduits carrés, et dans chacun des angles -du carré une niche ou exèdre dont la face forme un des pans coupés de -l’octogone; trois portes s’ouvrent sur la façade occidentale et une sur -chacune des faces latérales. - -[Illustration: FIG. 38. BAPTISTÈRE DE SAINT-GEORGES D’EZRA (SYRIE -CENTRALE). (Plan.)] - -La coupole, de dix mètres environ de diamètre, est soutenue par huit -piliers de cinq mètres de hauteur; les deux assises hautes de la rotonde -octogone sont: la première à 16 côtés, la seconde à 32, de manière à -passer graduellement de la forme polygonale au plan circulaire de la -base de la coupole, de forme ovoïde, en élévation et rappelant les -monuments de l’Asie centrale. - -A l’exception de la coupole faite en blocage, toute la maçonnerie est en -pierres appareillées, posées sans mortier. - -A la base de la coupole s’ouvrent de petites fenêtres semi-circulaires, -une dans chaque pan de l’octogone; c’est le plus ancien exemple existant -d’un système d’éclairage qui reçut à Sainte-Sophie, de Constantinople, -son plein développement[14]. Le bas côté et le sanctuaire sont couverts -en dalles posées sur les murs ou sur les arcs, et dont la portée est -diminuée par une corniche courante (fig. 40). - -Au fond de l’abside règnent trois rangs de gradins en hémicycle destinés -aux sièges du clergé; l’autel est placé dans la première travée du -sanctuaire qui communique par une porte avec la sacristie réservée; la - -[Illustration: FIG. 39.--BAPTISTÈRE DE SAINT-GEORGES D’EZRA (SYRIE -CENTRALE). (Coupe longitudinale.)] - -seconde sacristie est, au contraire, accessible au public par une porte -s’ouvrant sur l’exèdre de l’angle sud-est. - -Un rideau tendu entre les pilastres d’entrée du sanctuaire voilait les -saints mystères, selon la liturgie orientale. - -La porte principale se compose d’une baie rectangulaire surmontée d’un -linteau déchargé par un arc; sur le linteau décoré à ses deux -extrémités de croix et de pampres se trouve une inscription grecque -datée de la neuvième indiction en l’année 410, c’est-à-dire de la fin de -515 ou du commencement de 516, date de l’achèvement de l’édifice. - -[Illustration: FIG. 40. ÉGLISE DE SAQOUZA (SYRIE CENTRALE). (Plan.)] - -L’église de Baqouza (Syrie centrale), élevée au commencement du VIᵉ -siècle, est un beau monument bien planté sur la pente d’une colline; un -large soubassement rachète la déclivité du terrain et donne à l’église -une assiette remarquable[15]. - -[Illustration: FIG. 41.--ÉGLISE DE BAQOUZA (SYRIE CENTRALE). (Coupe -longitudinale.)] - -Le chevet, avec ses plans fermement accusés et son magnifique appareil, -est d’un sentiment tout antique. - -Les dessins (fig. 41 et 42) supposent l’édifice reconstitué avec la plus -scrupuleuse exactitude d’après les débris existant tout entiers. - -La nef est formée par deux rangées de colonnes, de - -[Illustration: FIG. 42.--ÉGLISE DE BAQOUZA (SYRIE CENTRALE). (Abside.)] - -proportions antiques, portant des arcs plein cintre, non extradossés et -sans aucun ornement mouluré; au-dessus des arcs, une rangée de fenêtres, -dont les trumeaux sont faits d’une assise et dont la partie cintrée est -évidée dans un monolithe, éclaire l’intérieur de la basilique. Une -charpente apparente, comprise entre les deux pignons, couvre la nef -ainsi que les bas côtés. - -Devant les portes latérales sont disposés des porches formés d’une -petite voûte en pierre dont les sommiers sont supportés par des colonnes -isolées et des corbeaux ou demi-colonnes engagés dans les murs de -l’édifice. L’abside, voûtée en quart de sphère appareillée et couverte -en pierre, s’ouvre dans le mur du fond à un niveau supérieur au sol de -la nef. - -La façade occidentale est précédée d’un portique qui n’a pas été indiqué -dans la coupe (fig. 41), en raison de l’incertitude que l’état des -ruines laisse sur son élévation. - -[Illustration: FIG. 43. ÉGLISE DE QALB-LOUZEH (SYRIE CENTRALE). (Plan.)] - -L’église de Qalb-Louzeh (Syrie centrale), dans sa forme basilicale, est -un monument d’une remarquable conservation; il ne manque que le mur -extérieur du bas côté rond et une partie de la façade occidentale. (Il -suffit de prolonger les lignes interrompues pour reconstruire, par la -pensée, jusque dans ses plus petits détails le monument tel qu’il -existait au VIᵉ siècle de notre ère[16].) - -L’église a environ 38 mètres de longueur sur 18 de largeur. Elle -comprend un pronaos ou narthex flanqué de tours, puis une nef avec deux -bas côtés. - -La nef est formée de piliers massifs reliés par des arcs trapus; -au-dessus, une rangée de petites fenêtres, alternant avec un ordre de -colonnettes, décore l’étage supérieur. Chacun de ces couples de -colonnettes formait corbeau portant chaque forme de la charpente -apparente comprise entre les deux pignons extrêmes. - -Les bas côtés sont couverts en dalles de pierre dont les points sont à -recouvrement et dont le bord extérieur mouluré constitue la corniche du -bas côté. - -[Illustration: FIG. 44.--ÉGLISE DE QALB-LOUZEH (SYRIE CENTRALE). (Coupe -longitudinale.)] - -Le comble, indiqué dans la figure 45, a disparu; mais la place des -colonnettes, la hauteur de l’encastrement qui les surmonte, déterminent -la place et les dimensions des entraits, de même que l’inclinaison des -pignons, les trous carrés destinés à recevoir les pannes rapprochées, -portées sur les arbalétriers, permettent de retrouver tous les détails -de ses dispositions. - -L’ornementation de la basilique de Qalb-Louzeh est plus riche que dans -les autres édifices du même - -[Illustration: FIG. 45.--ÉGLISE DE QALB-LOUZEH (SYRIE CENTRALE). - -(Vue perspective intérieure vers l’abside.)] - -genre et du même temps; elle affecte des formes qui tendent vers les -pratiques byzantines. - -Les éléments empruntés à la décoration antique sont mêlés à des croix et -à des symboles chrétiens. On sait combien les représentations de la -nature vivante sont rares dans la sculpture ecclésiastique des églises -orientales. L’église de Qalb-Louzeh possède, à ce point de vue, un -détail curieux. Sur le linteau de la première porte latérale se trouvent -deux bustes d’hommes, au-dessus desquels sont gravés en caractères -grecs: Michel, Gabriel. Ces deux bustes étaient donc la figure des deux -archanges qui, placés au-dessus de l’entrée, semblaient veiller à la -garde du sanctuaire. - -Les portes latérales étaient précédées de porches, les uns en bois -couverts d’un toit à double pente et les autres en pierre et formés -d’une voûte en berceau. - - - - -CHAPITRE X - -SYRIE CENTRALE.--ÉGLISE DE ROUEIHA ET DE TOURMANIN.--PALESTINE.--LE -TEMPLE A JÉRUSALEM.--PORTE DOUBLE. - - -Le village de Roueiha (Syrie centrale), appartenant à la région de -Djebel-Riha, bien que situé sur le versant oriental de la montagne et -déjà dans la plaine, renferme un monument qui rappelle ceux de la région -situés plus au nord. - -L’église diffère essentiellement de celles qui précèdent. Les colonnes, -nombreuses et serrées, à l’imitation de la basilique romaine, ont fait -place à de larges et rares piliers, reliés par de grands arcs. - -A chacun de ces piliers correspond un arc-doubleau - -[Illustration: FIG. 46.--ÉGLISE DE ROUEIHA (SYRIE CENTRALE). - -(Coupe longitudinale.)] - -porté par des pilastres cannelés et qui, coupant - -[Illustration: FIG. 47.--ÉGLISE DE ROUEIHA (SYRIE CENTRALE). - -(Coupe transversale.--Vers l’entrée.)] - -transversalement la nef, en modifient absolument la physionomie. Ces -doubleaux, surmontés d’un pignon, divisent la nef en trois travées -ainsi que le comble en charpente dont les formes apparentes étaient -supportées par des consoles placées au-dessus de la rangée des petites -fenêtres hautes. - -[Illustration: FIG. 48.--ÉGLISE DE ROUEIHA (SYRIE CENTRALE). - -(Plan.)] - -L’église est entourée d’une enceinte rectangulaire formée par un mur en -pierre. Une seule porte, placée à côté d’un petit bâtiment qui devait -être le logement du gardien de la porte, donne accès dans cet enclos. -Il paraît avoir été la propriété particulière d’une famille qui y avait -sa sépulture; deux tombeaux fort bien conservés et très intéressants s’y -voient encore; l’un d’eux porte l’épitaphe d’un certain Bizzos, fils de -Pardos; le même nom se trouve gravé au-dessus de la porte principale de -l’église, ce qui permet de penser que ce personnage, qui vivait au VIᵉ -siècle de notre ère, est le fondateur du monument. - -[Illustration: FIG. 49.--ÉGLISE DE TOURMANIN (SYRIE CENTRALE). (Plan.)] - -L’église de Tourmanin (Syrie centrale) tient à la fois de celles de -Baqouza et de Qalb-Louzeh; la nef et le chœur appartiennent à la -première de ces deux églises, le narthex à la seconde. Sa longueur -totale est de 40 mètres et sa largeur de 15. L’intérieur de la nef -ressemble à celui de Baqouza et un ordre de colonnettes, comme à -Qalb-Louzeh, supportait les poutres de la charpente apparente. - -Le monument est assis sur un soubassement qui lui donne une large base; -la façade a un grand caractère et en même temps un agencement de lignes -d’un effet pittoresque. Comme celle de Qalb-Louzeh, elle se compose -d’une large arcade surmontée d’une terrasse et flanquée de deux tours -carrées; mais ces tours sont plus dégagées et la terrasse est recouverte -d’une loggia d’une disposition ingénieuse et élégante[17]. - -On ne saurait rien imaginer de plus logique et de plus raisonné que -cette composition où chaque élément a sa fonction nettement accusée, où -l’équilibre résulte des conditions de stabilité des matériaux posés sans -ciment et où la décoration n’est qu’une conséquence de la construction. -L’effet produit est très saisissant. - -[Illustration: FIG. 50.--ÉGLISE DE TOURMANIN (SYRIE CENTRALE). - -(Coupe transversale.)] - -Le chevet a aussi un grand caractère; orné de deux ordres superposés, -comme à Baqouza et à Qalb-Louzeh, il est remarquable par l’harmonie et -la vigueur de ses lignes; l’abside est à pans coupés dont l’arête est -ornée de colonnettes, elle forme un demi-dodécagone régulier. Les bases -ont un profil qui accuse le VIᵉ siècle et la sculpture des chapiteaux de -l’abside, plate et comme découpée, paraît être du même temps. - -De même qu’à Qalb-Louzeh, le narthex qui précède la porte principale est -d’un grand effet et la large arcade qui lui donne accès, entre les deux -tours, est d’un vigoureux caractère. - -Cette disposition est fort originale et il est facile d’y reconnaître, -en germe, la disposition des façades du moyen âge occidental. - -C’est à l’abside surtout qu’apparaît, de la manière la plus évidente, ce -lien de parenté qui unit les églises de la Syrie centrale à celles de -l’Occident. - -Extérieurement, cette abside est décorée, comme à Qalb-Louzeh, de deux -ordres de colonnettes directement superposées; la donnée est encore -antique, bien que l’application en soit absolument nouvelle. -L’architecte, doué d’un grand sens pratique, a supprimé, les jugeant -inutiles, la corniche, la frise et l’architrave qu’un constructeur -romain n’eût pas manqué d’intercaler dans sa composition. Néanmoins la -colonne est restée antique dans ses proportions et dans le rapport des -deux ordres[18]; mais que le temps et la réflexion fassent litière de -ces derniers scrupules, que ce chapiteau et cette base intermédiaires, -inutiles, disparaissent ou soient remplacés par une bague, que la longue -colonnette ainsi obtenue se rapproche de sa voisine, que les corbeaux de -la corniche se serrent en se découpant, l’abside romane de France ou des -bords du Rhin apparaît et sa filiation s’établit. - - * * * * * - -Le temple de Jérusalem, célèbre à plus d’un titre, - -[Illustration: FIG. 51--ÉGLISE DE TOURMANIN (SYRIE CENTRALE). (Vue -perspective de la façade.)] - -est ici particulièrement intéressant parce qu’il est un exemple, fort -rare au VIᵉ siècle, de coupoles en pierre, appareillées normalement. - -A cette époque on construisit, dans la Syrie centrale - -[Illustration: FIG. 52.--LE TEMPLE A JÉRUSALEM. (Porte double.)] - -aussi bien que dans la Palestine, des édifices à coupoles et nous -donnons un spécimen curieux de ce genre de construction par le -baptistère de Saint-Georges d’Ezra (fig. 39); mais ces monuments furent -élevés à l’imitation des Perses, non seulement dans la forme générale, -mais aussi dans les détails de la construction. Ce mode consistait à -bâtir, en rudes maçonneries de briques ou de blocage liées ou -recouvertes par d’excellents mortiers et par des procédés rudimentaires, -des arcs et des coupoles, non sur des cintres en bois ou en briques -habilement coupés ou bâtis suivant les épures d’un appareil savamment -tracé, mais sur des formes en terre ou en sable grossièrement établies -par des moyens empiriques. - -Les coupoles de la porte double du temple de Jérusalem marquent un -progrès très sensible et qu’il est utile de remarquer. Elles furent -élevées à peu près au même temps que Sainte-Sophie suivant la méthode -syrienne, laissant à la pierre apparente son aspect naturel dans son -appareil de construction, sans adjonction de matériaux décoratifs. - -[Illustration: FIG. 53.--LE TEMPLE DE JÉRUSALEM (Porte double.--Plan.)] - -«A Jérusalem, la terrasse du Haram (la mosquée d’Omar) domine, au sud, -un terrain désert; les anciennes portes (du Temple) se voient donc mieux -de ce côté. Il y en a trois, que l’on nomme, d’après le nombre de leurs -baies, la _Porte simple_, la _Porte triple_ et la _Porte double_. - -«Elles donnent bien une idée de ce qu’étaient, au temps de Jésus-Christ, -ces portes du temple où Jésus et ses disciples se sont si souvent assis -à l’ombre, pendant les heures chaudes du jour. - -«La porte se compose de deux baies qui s’ouvrent dans un grand vestibule -dont les voûtes s’appuient sur une grosse colonne centrale. De ce -vestibule partent deux rampes parallèles, séparées par un rang de -piliers, qui conduisent à la plate-forme supérieure[19].» - -La porte double a été reconstruite vers le VIᵉ siècle. On a ravalé les -murs anciens; quatre arcs-doubleaux ont été bandés sur la colonne -centrale et on couvrit les quatre compartiments au moyen de quatre -coupoles appareillées retombant sur quatre pendentifs sphériques. - - - - -CHAPITRE XI - -ÉGLISE LATINE DE SAINT-FRONT, A PÉRIGUEUX.--BASILIQUE DE -SAINTE-AGNÈS-HORS-LES-MURS ET BASILIQUE DE SAINT-CLÉMENT, A -ROME.--MOSQUÉE DE CORDOUE. - - -La vénérable basilique de Saint-Front, à Périgueux, a remplacé une -église latine à trois nefs, élevée vers le VIᵉ siècle; on reconnaît -cette disposition à l’intérieur de la basilique sur la muraille -occidentale. On a retrouvé vers l’ouest la façade de l’église latine, le -porche qui la précédait, ainsi que deux cryptes, ou confessions placées -à droite et à gauche du chevet et qui flanquent aujourd’hui le bras -occidental de la croix grecque (fig. 55). - -«La première église de Saint-Front offrait trois nefs; sa façade, dont -la partie centrale, couronnée par un - -[Illustration: FIG. 54.--ÉGLISE LATINE ET CLOCHER DE SAINT-FRONT. -(Façade nord montrant 2 travées de la nef latine.)] - -pignon, s’élève au-dessus des ailes, en serait seule une preuve» (de -Verneilh). - -La façade, qui existe encore, cachée par des constructions modernes, est -décorée d’un appareil réticulé, donnant, par ses dispositions, l’aspect -grossièrement imité d’une mosaïque romaine, réminiscences antiques dont -on trouve encore des traces dans les parements extérieurs de quelques -églises d’Auvergne. - -[Illustration: FIG. 55.--ÉGLISE LATINE DE SAINT-FRONT, A PÉRIGUEUX. -(Plan.)] - -La nef principale de l’église latine était couverte par une charpente -lambrissée; il n’existe, du reste, aucune trace de la voûte de la nef -sur le parement intérieur de la façade dont nous venons de parler. - -Les bas côtés étaient voûtés; chaque travée était couverte d’un berceau -perpendiculaire à la nef, disposition curieuse à cette époque autant que -rare, mais qu’on retrouve plus tard (notamment à Saint-Savin). - -Suivant certains auteurs, le clocher serait contemporain de la grande -basilique et, selon d’autres, sa construction serait antérieure au XIᵉ -siècle; mais ce qui paraît certain, c’est qu’il aurait été élevé par -l’évêque Frotaire sur deux travées de l’église latine et au-dessus de la -sépulture de Saint-Front. - -Le porche antérieur, dont on voit les traces en avant de la façade -occidentale, est peut-être un des plus anciens; une large arcade plein -cintre en formait l’entrée. Il reste encore quelques fragments de sa -décoration primitive qui attestent leur origine romaine. - -[Illustration: FIG. 56.--BASILIQUE DE SAINTE-AGNÈS-HORS-LES-MURS, A -ROME. (Plan.)] - -Le dessin de la figure 54 est tiré du projet de restauration de l’église -latine et montre deux des cinq travées de la nef. Ce dessin fait partie -des belles et savantes études faites sur Saint-Front par feu Bruyerre, -architecte de grand talent, mort en février, 1887, avant d’avoir achevé -la restauration du clocher, qu’il a préparée par des recherches -archéologiques des plus intéressantes pour l’histoire de ce superbe -monument. - - * * * * * - -La basilique de Sainte-Agnès-hors-les-Murs, bâtie dans les premières -années du VIIᵉ siècle, présente un caractère particulier par les détails -de sa construction et par la disposition des bas côtés, qui sont -pourvus de galeries superposées ouvrant sur la nef principale par deux -étages d’arcades; la galerie haute formant tribune règne au-dessus du -porche de la façade - -[Illustration: FIG. 57.--BASILIQUE DE SAINTE-AGNÈS-HORS-LES-MURS. - -(Vue perspective intérieure.)] - -et met en communication les deux côtés de la nef. - -La basilique se compose d’un porche sur toute la largeur de l’édifice et -sur lequel s’ouvrent les portes du vaisseau central et des bas côtés. La -nef est formée par deux rangées de colonnes reliées par des arcades - -[Illustration: FIG. 58.--BASILIQUE DE SAINT-CLÉMENT, A ROME. (Plan.)] - -à deux étages et surmontées de fenêtres à plein cintre, la nef et les -bas côtés étaient couverts par une charpente lambrissée; on remarque -au-dessus des chapiteaux un rudiment d’entablement qui n’est pas d’un -heureux effet. Une partie des colonnes de cette basilique proviendrait, -selon quelques auteurs, des temples antiques, dépouillés notamment par -Constantin, qui aurait fait transporter à Byzance une grande quantité de -statues, de colonnes et de marbres précieux enlevés aux édifices de -Rome et des autres villes de l’empire. - - * * * * * - -Élevée dans la première moitié du IXᵉ siècle, la basilique chrétienne de -Saint-Clément, à Rome, a conservé presque tout entières les formes -traditionnelles des basiliques civiles des premiers siècles du -christianisme. - -[Illustration: FIG. 59.--BASILIQUE DE SAINT-CLÉMENT, A ROME. (Coupe -longitudinale.)] - -Elle fut érigée, suivant les auteurs anciens, sur l’emplacement de la -maison de saint Clément, l’un des successeurs immédiats de saint Pierre. -Elle existait déjà au commencement du Vᵉ siècle puisque, en 417, le -pontife Zozyme y condamna l’hérétique Célestius, disciple de Pélage. - -Le plan de la basilique est un parallélogramme divisé en trois nefs par -deux lignes de colonnes d’ordre ionique, dont les fûts sont lisses, et -reliées entre elles par des arcades ornées d’archivoltes; au-dessus -s’ouvrent les fenêtres éclairant l’édifice dont - -[Illustration: FIG. 60.--BASILIQUE DE SAINT-CLÉMENT, A ROME. - -(Vue perspective intérieure.)] - -la nef était couverte par une charpente apparente. - -Au fond, à l’est, s’ouvre l’hémicycle ou abside couronnée d’une voûte en -quart de sphère: un banc contourne l’abside et au milieu, derrière -l’autel, s’élève le siège de l’évêque ou de l’officiant. En avant se -trouve l’autel érigé sur une crypte--_martyrium_--contenant les reliques -de saint Clément, patron de l’église, et de saint Ignace, évêque -d’Antioche. - -A l’extrémité des bas côtés deux absidioles avaient été ménagées--avant -la construction des chapelles--et formaient avec l’autel majeur une -basilique à trois membres (chapitre V, première partie). - -En avant de la basilique s’étend, sur toute sa largeur, un portique sur -lequel s’ouvre la porte; ce portique est précédé d’un _atrium_ entouré -de portiques au milieu duquel se trouvait un puits ou une fontaine. - - * * * * * - -La mosquée de Cordoue, commencée vers la fin du VIIIᵉ siècle, a plus -d’un point de comparaison avec les monuments élevés à Rome et en Syrie à -peu près vers le même temps. - -Pour bien se rendre compte du plan et des dispositions de la mosquée de -Cordoue, il faut se rappeler que, lorsque l’Espagne, après la conquête -arabe, commençait à jouir d’un gouvernement régulier et protecteur, on -vit accourir dans cette ville, de Syrie et d’Égypte, les partisans -nombreux et puissants de cette ancienne famille des Ommiades qui vinrent -s’y établir. «Les rapports multipliés de l’Orient avec l’Occident -donnent l’explication assez naturelle d’un goût d’architecture qui dut -vraisemblablement s’introduire alors à Cordoue et dont les parties de -la grande mosquée d’Abdérame présentent un exemple extrêmement -remarquable[20].» - -Ce monument, empruntant aux ruines romaines leurs marbres, leurs -colonnes et quelques ornements, - -[Illustration: FIG. 61.--MOSQUÉE DE CORDOUE (ESPAGNE). (Plan.)] - -dut suivre les dispositions généralement adoptées déjà et qui devinrent -le type de l’architecture des temples de l’Islam. - -Le plan de la mosquée de Cordoue semble avoir été inspiré par les -monuments chrétiens des premiers temps du moyen âge. On peut y retrouver -le plan d’une basilique latine avec son atrium, son sanctuaire ou abside -et sa nef principale à laquelle les constructeurs arabes auraient -ajouté, à droite et à gauche, cette grande quantité de collatéraux -parallèles, ou bas côtés, ce qui constitue la principale modification -qu’ils ont apportée à ce genre d’édifice pour l’approprier à leurs -besoins. - -La mosquée primitive comprenait onze grandes nefs allant du nord au sud; -ces nefs aboutissaient sur la cour qui précédait le temple et en était -une partie nécessaire. Trente-trois nefs plus petites, courant de l’est -à l’ouest, coupaient les onze plus grandes à angle droit, formant ainsi -un vaste quinconce de colonnes. - -Son plan actuel a la forme d’un rectangle d’environ 162 mètres de -longueur, du nord au sud, sur 123 mètres de l’est à l’ouest: au nord, -une grande cour, entourée de portiques sur trois côtés adossés à de -hautes murailles, précède les entrées de la mosquée. Celle-ci est -divisée en 19 nefs parallèles, ayant environ 100 mètres de longueur, -venant aboutir sur la cour de la mosquée et communiquant avec elle par -de grandes portes dont quelques-unes existent encore. - -La nef principale du nord au sud qui a 7 mètres de largeur, et les 18 -autres nefs ou bas côtés, sont subdivisées par 35 galeries beaucoup plus -étroites de l’est à l’ouest, coupant les nefs à angle droit. Cet immense -quinconce couvre une surface bâtie de près de vingt mille mètres carrés. - -La construction est fort simple et en même temps très soignée; les -galeries, larges en moyenne de 6 mètres, sauf la principale qui a 7 -mètres, sont hautes de 9 mètres. Elles sont formées par des alignements -de colonnes de 3 mètres de haut, reliées au-dessus des chapiteaux -généralement d’ordre composite - -[Illustration: FIG. 62.--MOSQUÉE DE CORDOUE (ESPAGNE). - -(Coupes longitudinale et transversale des nefs.)] - -et corinthien ou imités par les Arabes, par des arcs en fer à cheval, -composés de claveaux alternés en pierre blanche et en briques rouges. -Ces premiers arcs sont surhaussés par d’autres arcs bandés sur les -piliers surmontant le sommier placé sur chaque colonne. Les -constructeurs évitèrent ainsi les traverses en bois qui constituent -très souvent la solidité des arcades arabes. - -Ces deux étages d’arcs produisent par leur répétition, jointe à -l’alternance de couleurs claires des claveaux, un très grand effet, -malgré la simplicité des moyens employés par les architectes. Les -charpentes sont apparentes et rappellent encore, par leurs formes, les -dispositions de la toiture des basiliques latines. - -La décoration est également fort simple, elle tire son effet principal -des matériaux mêmes de la construction et particulièrement de la -richesse extraordinaire des colonnes; celles-ci sont d’une variété -étonnante, aussi bien par la matière même que par le travail qui les a -ornées. La plupart de ces fûts sont antiques, enlevés à l’Espagne, à la -Gaule et à l’Afrique romaine. - -A gauche de la septième nef--en comptant par le bas ou la droite du -plan,--se trouve une petite chapelle désignée par les auteurs sous le -nom de _villa viciosa_; elle est couverte par un dôme étincelant de -mosaïques. Derrière cette chapelle et au fond de la nef majeure, s’élève -le _Kiblah_, à huit pans, couronné d’une coupole creusée dans un seul -bloc de marbre. - -Ces deux sanctuaires sont du Xᵉ siècle; mais leurs détails et leur -ornementation sont les preuves certaines des influences romaines et -orientales qui ont donné à l’ensemble de ce vaste édifice son principal -caractère. - - - - -CHAPITRE XII - -L’ART BYZANTIN. - - -Si la fondation d’un nouvel empire à Byzance, par Constantin, en 330 de -l’ère chrétienne, est un des grands événements de l’histoire du monde, -elle marque en même temps, dans l’histoire de l’architecture, la -naissance d’un art nouveau ou, plus exactement, le départ d’une -évolution de l’art antique, modifié par les influences orientales. - -L’art byzantin n’est pas sorti spontanément du fait de la translation du -siège de l’empire, de Rome a Byzance, car les traditions romaines se -sont longtemps continuées et elles sont visibles encore au VIᵉ siècle, -dans les plans des édifices construits par Justinien aussi bien que dans -les détails de la construction de ces monuments. D’ailleurs, Constantin -s’était préoccupé d’imiter Rome et les édifices qu’il éleva en grand -nombre dans sa nouvelle capitale sont romains. - -Depuis la chute de l’empire latin, Byzance avait vaillamment résisté aux -Barbares; aussi le Vᵉ siècle qui vit toutes ces luttes ne fut-il pas -favorable au développement des arts dans le nouvel empire d’Orient. - -«La période qui s’étend de Constantin à Justinien fut, pour l’art -byzantin, un âge de formation[21].» - -Mais, dès le commencement du VIᵉ siècle, l’art byzantin se dégage des -traditions latines; il marque l’essor d’un développement original qui -s’est manifesté par une architecture hardie, laquelle témoigne de la -grande science et de l’habileté des architectes byzantins. - -Le caractère dominant de l’architecture byzantine réside dans l’emploi -de la coupole comme partie architectonique, avec toutes les conséquences -résultant de ce mode de construction. - -La coupole n’était pas une forme nouvelle. Les Romains la connaissaient -de longue date puisqu’ils avaient sous les yeux, à Rome, le temple rond -du Panthéon et le Caldarium des Thermes d’Antonin Caracalla, modèles -achevés d’architecture, aussi admirables par les savantes combinaisons -de leur structure que par la magnificence de leur décoration. Les -anciens Romains ou les nouveaux Byzantins connaissaient également, par -leurs relations suivies avec les peuples de l’Orient et de la Perse, -alors dans tout l’éclat de leur prospérité et de leur civilisation, la -coupole asiatique sur pendentif; mais on ne l’avait appliquée jusque-là -qu’à des édifices de petites dimensions comme des chapelles ou des -baptistères. - -Cependant des essais avaient été faits sur de plus grandes dimensions et -la coupole de Saint-Georges à Ezra, dans la Syrie centrale, est un des -exemples les plus intéressants de ce genre de construction. La coupole -d’Ezra, bâtie dans les premières années du VIᵉ siècle, a environ dix -mètres de diamètre; il faut noter que le plan de Saint-Georges d’Ezra -étant octogone, il était plus facile de passer de l’octogone à la -coupole circulaire que d’élever celle-ci sur un plan carré, racheté par -des pendentifs. Toutefois, l’exemple n’en est pas moins des plus -instructifs. - -Mais, lorsque la coupole devint le principe même de la construction, les -difficultés s’accrurent en raison de la dimension agrandie des édifices. -L’une de ces difficultés fut de concilier la nouvelle architecture avec -les formes rectangulaires nécessitées par les services du culte -chrétien. On commença par supprimer les colonnades de la basilique -latine ou des anciens édifices à coupoles de l’antiquité païenne et -chrétienne; on les remplaça par de puissants piliers au-dessus desquels -on banda de grands arcs dont les vastes ouvertures sont les quatre côtés -d’une croix dont la coupole est le centre. Dans ces grands arcs formant -l’ossature de l’édifice, comme dans les thermes romains, les colonnes ne -sont plus que des subdivisions; elles ne servent plus qu’à soutenir les -arcades des tribunes ou à séparer les galeries secondaires. - -La coupole repose ainsi directement sur le sommet des quatre arcs élevés -sur plan carré, reliés par des pendentifs sphériques appareillés -normalement à la courbe, rachetant le carré--c’est-à-dire passant du -plan carré de la naissance des arcs au plan circulaire couronnant leurs -clefs--et reportant les charges de la coupole hémisphérique sur les -quatre piliers. - -Afin de contrebuter ces grands arcs sur lesquels agissent d’énergiques -poussées verticales, on appuya contre eux des voûtes en quart de sphère -ou en berceau, et la coupole centrale se trouva ainsi soutenue et -maintenue de tous côtés. Elle devient le centre autour duquel sont -disposés les demi-coupoles et les berceaux nécessaires pour assurer la -stabilité de l’ouvrage; en même temps cette disposition donne à -l’édifice de grands espaces qui sont utilisés pour la célébration des -offices prescrits par la liturgie chrétienne. - -Au point de vue technique, ce nouveau mode de bâtir fit une grande -impression sur l’esprit des architectes; il excita leur émulation, il -provoqua leurs études sur cette nouvelle forme dont ils pouvaient tirer -un si grand parti et surtout sur les règles architectoniques qu’il -fallait suivre dans ses applications. - -«Dès lors, les basiliques de type latin devinrent l’exception en Orient. -La coupole fut comme le thème autour duquel on exécuta des variations -nombreuses[22].» - -Sous Justinien on éleva à Constantinople, mais sur des plans différents, -un grand nombre d’églises à coupoles présentant de grandes variétés dans -leurs dispositions, notamment un édifice célèbre à cette époque: -l’église des Saints-Apôtres, décrite par Procope[23]. - -L’historien grec, si utile à consulter pour ceux qui cherchent la vérité -des faits plutôt que l’expression plus ou moins exacte d’une opinion -personnelle, nous donne des détails d’un haut intérêt qui prouvent -l’origine orientale de deux célèbres monuments élevés en Occident, -reproduisant au XIᵉ siècle les dispositions d’un édifice bâti à -Constantinople au temps de Justinien[24]. - - - - -CHAPITRE XIII - -ÉGLISE DES SS. SERGE ET BACCHUS, A CONSTANTINOPLE.--ÉGLISE DE -SAINT-VITAL, A RAVENNE. - - -L’église des SS. Serge et Bacchus fut élevée à Constantinople dans les -premières années du VIᵉ siècle, sous le règne de Justinien. - -Elle est, parmi les rotondes byzantines bâties en Orient, une des plus -remarquables. - -«La coupole octogonale est flanquée de quatre niches dont les axes sont -à 45 degrés sur ceux de l’édifice. Les renflements ainsi produits font -la transition entre l’octogone central et le carré de l’enceinte -extérieure; des niches placées aux coins de celle-ci achèvent de -compléter cette disposition[25].» - -La coupole, d’un type fort original, présente, au-dessus des huit -pendentifs, seize arêtes saillantes, séparant les uns des autres des -fuseaux concaves et formant des pénétrations dans lesquelles de petites -fenêtres alternées éclairent et décorent la base de la coupole. - -[Illustration: FIG. 63.--ÉGLISE DES SS. SERGE ET BACCHUS, A -CONSTANTINOPLE. - -(Coupe longitudinale, de l’abside au narthex.)] - -Malgré la forme carrée de son mur d’enceinte, l’église des SS. Serge et -Bacchus peut être considérée comme une rotonde parce que toutes ses -parties sont groupées symétriquement autour d’une coupole à base -octogonale. - -Le problème d’appliquer cette rotonde aux besoins d’une église -chrétienne a été habilement résolu; les niches n’existant que sur les -côtés diagonaux de l’octogone intérieur, l’espace central se rapproche -du carré et prend une plus grande surface, augmentée par les galeries -entourant l’octogone central. C’est un compromis entre le rectangle des -églises latines et la rotonde. - -L’élévation des travées rappelle encore - -[Illustration: FIG. 64.--ÉGLISE DES SS. SERGE ET BACCHUS, A -CONSTANTINOPLE. (Plan.)] - -les dispositions romaines; les colonnes de l’ordre inférieur, formant -comme le soubassement de l’ordonnance générale, sont relevées par un -entablement; les arcades de l’étage supérieur forment les pans de -l’octogone à l’angle desquels s’élève un pendentif, et elles sont -subdivisées chacune par trois arcatures reposant sur des colonnes sans -architrave. - -L’église de Saint-Vital, à Ravenne, fut fondée en l’année 526 de notre -ère, par saint Ecclesius, après un voyage qu’il fit à Constantinople -avec le pape Jean Iᵉʳ. Elle paraît avoir été élevée suivant le plan de -l’église octogone construite à Antioche par Constantin. Les travaux -commencés furent continués d’après les ordres de Justinien, dont les -armées venaient de reconquérir une partie de l’Italie, et sous la -direction d’un personnage du nom de Julien--_Julianus_--qui exerçait les -fonctions de trésorier--_argentarius_. - -L’édifice achevé, orné de superbes mosaïques, aurait été consacré vers -547 par Maximianus, archevêque de Ravenne--546 à 556--en présence de -l’empereur d’Orient Justinien et de l’impératrice Théodora. - -La disposition générale de l’église, les détails de sa décoration -intérieure donnent à cet édifice un caractère particulièrement -intéressant, car nous trouvons pour la première fois un monument -franchement byzantin, construit en Occident au commencement du VIᵉ -siècle et portant les signes certains qui ont marqué les œuvres des -architectes de cette époque. - -Les analogies frappantes qui existent entre le plan de Saint-Vital et -celui de l’église des SS. Serge et Bacchus, appelée par ses -contemporains la petite Sainte-Sophie--et qui a précédé la grande,--ont -fait supposer avec raison que le célèbre monument de Ravenne a été -construit par des architectes de Constantinople. - -Le plan de l’église de Saint-Vital est un octogone ayant 34 mètres de -diamètre intérieur, cantonné à l’extérieur de plusieurs tours rondes et -terminé à l’est par une grande abside. - -L’église est orientée suivant la règle prescrite par le clergé dès le Vᵉ -siècle. (_Orientation des basiliques chrétiennes_, Iᵉʳ partie, chap. V.) - -La nef intérieure, de 15 mètres de diamètre, reproduit dans son plan la -même forme que le périmètre extérieur; mais chaque pan est agrandi par -un exèdre, - -[Illustration: FIG. 65.--ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A RAVENNE. (Plan.)] - -formé par deux colonnes disposées symétriquement sur un arc de cercle -communiquant par les entre-colonnements avec la galerie intermédiaire. - -Les bas côtés, enveloppant la nef intérieure, sont à deux étages -recouverts par des voûtes d’arête; ils établissent la circulation depuis -la tribune à l’ouest jusqu’à la travée de l’octogone contenant le -sanctuaire à l’est, sur lequel s’ouvrent deux tribunes dans la galerie -haute. Le chœur et le sanctuaire sont accessibles, dans la galerie -basse et latéralement, par des entre-colonnements qui établissent une -communication facile avec - -[Illustration: FIG. 66.--ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A RAVENNE. (Coupe -longitudinale du narthex (ouest) à l’abside (est).)] - -les sacristies placées dans les tours vers l’abside. - -Ces tribunes étaient, suivant l’usage, réservées aux femmes. - -Le porche moderne, qui précède l’édifice, a changé les dispositions -anciennes. Le narthex à deux étages, ou porche primitif, n’occupait sur -la surface ouest qu’un des côtés de l’octogone; deux tours s’élevaient à -chaque extrémité de cet avant-corps; elles contenaient - -[Illustration: FIG. 67.--ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A RAVENNE. - -(Détails d’une arcade de la galerie haute.)] - -des escaliers s’ouvrant dans le vestibule du temple et desservant les -galeries hautes, éclairées par des fenêtres percées dans le mur -extérieur. - -L’extérieur de Saint-Vital n’offre plus grand intérêt parce qu’il a été -dénaturé par de nombreuses réparations et par l’adjonction du porche -moderne placé maladroitement en biais. - -A l’intérieur, le principe des églises à coupole est développé avec une -puissance de moyens, aussi originaux par la composition et les détails -de l’architecture que par la somptuosité de sa décoration appliquée. - -Chacune des faces de l’octogone central, soutenu par huit piliers -robustes qui portent sur leurs reins la grande coupole, est percée d’une -grande arcade. Ces arcades forment sur sept de leurs pans des niches qui -viennent se fermer en quart de sphère derrière les grands arcs et qui -sont ajourées par deux étages d’arcatures éclairant les galeries hautes -et basses. Le huitième pan de l’octogone à l’est s’ouvre dans toute la -hauteur de l’arcade afin de laisser voir l’abside et l’autel. - -Au-dessus de ces grandes arcades s’élève la coupole hémisphérique, dont -la base circulaire se lie à l’octogone par une série de petits -pendentifs.--Cette disposition rappelle les moyens employés en 515 par -les constructeurs du baptistère de Saint-Georges d’Ezra, dans la Syrie -centrale (fig. 39). A la base de la coupole, huit grandes baies -géminées, à la manière byzantine, éclairent la partie haute de la nef -centrale. - -Les détails de la construction attestent la continuité de l’influence -romaine; la coupole est construite en poteries noyées dans un mortier -très solide, à l’exemple du temple de _Minerva medica_ et du cirque de -Maxence. A Saint-Vital, la base de la coupole est bâtie en poteries -ayant la forme des amphores antiques, emboîtées les unes dans les autres -et posées verticalement; la calotte est faite de même, mais avec des -amphores plus petites reliées par du mortier; ces poteries forment une -spirale continue, d’une grande légèreté et d’une solidité à toute -épreuve. - -Les détails de l’architecture et de la sculpture sont également romains, -mais interprétés avec une grande rudesse, appréciable surtout dans la -sculpture des chapiteaux de forme orientale supportant les arcatures des -grandes niches. Cette sculpture est grossière, et le rudiment -d’entablement romain qui surmonte ces chapiteaux alourdit inutilement la -retombée des arcatures. - -[Illustration: FIG. 68.--ÉGLISE DE SAINT-VITAL, A RAVENNE. - -(Vue perspective d’un des exèdres de la galerie basse.)] - -Mais ce qui distingue surtout l’église de Saint-Vital parmi les édifices -byzantins, c’est la somptueuse décoration en mosaïque dont elle fut -revêtue du temps de Justinien. - -«C’est à Ravenne qu’il faut chercher les plus belles mosaïques -byzantines. Rien en ce genre n’égale la décoration de l’abside de -Saint-Vital. D’un côté, Justinien entouré de dignitaires et de gardes; -de l’autre, Théodora, suivie des femmes de sa cour, offrent des présents -à l’église. L’impératrice franchit l’atrium, où se trouve la fontaine -sacrée, tandis qu’un serviteur soulève devant elle les voiles suspendus -à la porte du temple; son costume est splendide: une large broderie, qui -représente l’adoration des mages, orne le bas de sa robe; des joyaux -couvrent sa poitrine; de la chevelure pendent sur les épaules des -torsades de perles, et un haut diadème couronne la tête ceinte du -nimbe[26].» - - - - -CHAPITRE XIV - -ÉGLISE DE SAINTE-SOPHIE, A CONSTANTINOPLE. - - -Le premier temple de la _Sagesse-Divine de Sainte-Sophie_ fut élevé à -Constantinople, en 325, par Constantin. Constantius son fils l’agrandit -en 338. Sous le règne d’Arcadius, en 404, un incendie consuma l’édifice, -qui fut reconstruit par Théodose en 415 et détruit en 532 par un nouvel -incendie. - -Justinien, dans la cinquième année de son règne, commença la -reconstruction de Sainte-Sophie en donnant au nouvel édifice des -proportions beaucoup plus vastes et une magnificence infiniment plus -grande. L’église fut réédifiée, sept années après, sur les plans - -[Illustration: FIG. 69.--ÉGLISE DE SAINTE-SOPHIE, A CONSTANTINOPLE. - -(Coupe longitudinale, de l’abside à l’atrium.)] - -d’Anthémius de Tralles, mort en 534 avant d’avoir achevé son œuvre, et -d’Isidore de Milet, son collaborateur ou sûrement son successeur, tous -deux originaires des provinces d’Asie, où l’architecture s’était -développée avec le plus d’originalité du IVᵉ au Vᵉ siècle. - -Au mois de décembre 538, on célébra l’achèvement de l’édifice. La moitié -orientale de la grande coupole, ébranlée par plusieurs tremblements de -terre--l’un en 553 qui dura quarante jours et l’autre en 557, qui -détruisit une partie de la ville--s’écroula le 7 mai 558. - -Justinien fit reconstruire la coupole et il chargea de ce travail le -neveu d’Isidore qui augmenta l’élévation de la coupole afin de diminuer -les poussées et donna en même temps plus de solidité aux grands arcs. - -L’église fut enfin terminée, somptueusement décorée et inaugurée de -nouveau le jour de Noël de l’année 568. - -Les historiens signalent encore un écroulement partiel de la voûte en -987, accident qui fut promptement réparé. - -Sainte-Sophie de Constantinople doit être considérée comme le type par -excellence de l’art byzantin; elle présente le double avantage de -marquer l’avènement d’un style nouveau et d’atteindre du même coup à des -proportions telles qu’elles n’ont jamais été surpassées ni en Orient ni -en Occident. - -«Justinien voulut que la nouvelle église dépassât en splendeur tout ce -qu’on racontait des anciens édifices les plus célèbres et, en -particulier, du temple de Salomon[27].... - -«Vue de l’extérieur, Sainte-Sophie ne produit qu’une impression médiocre -et la coupole même, si hardie qu’en soit la construction, paraît -déprimée. C’est à l’intérieur de l’église qu’il faut pénétrer pour en -bien comprendre l’originalité et les splendeurs.» - -Le plan de Sainte-Sophie semble procéder de celui de Saint-Serge -agrandi, en rappelant surtout les vastes proportions des grandes salles -voûtées des Thermes romains; ces deux influences sont visibles, car on -voit l’intention bien marquée de combiner la forme allongée de la -basilique--comme celle de Constantin (fig. 16 et 17) avec le système -concentrique des édifices à coupole--comme celle des SS. Serge et -Bacchus (fig. 63 et 64). Les - -[Illustration: FIG. 70. - -ÉGLISE DE SAINTE-SOPHIE A CONSTANTINOPLE. - -(Plan.)] - -grands hémicycles transforment le carré central en un ovale et leurs -niches secondaires font de cet ovale un rectangle. La nef est -accompagnée de galeries étroites de bas côtés qui n’ont pas le caractère -de leur fonction. Coupés par les gros piliers en compartiments inégaux -et voûtés inégalement, ils ne sont plus que des services sacrifiés. -Au-dessus s’étendent les galeries, ou gynécées, réservées aux femmes. - -Cet immense ensemble, construit tout en pierres et en marbre, à -l’exception des voûtes qui sont faites en matériaux plus légers--en -tuiles blanches de Rhodes,--est très pittoresque, mais un peu confus, en -raison des dimensions et des formes très variées; il s’étend sur une -surface à peu près carrée, mesurant, pour l’église seule, 76 mètres de -longueur sur 68 de largeur. - -En avant du temple s’étend l’atrium, et du côté de l’église se trouve un -double narthex qui communique avec elle par neuf portes. - -L’édifice est couvert par des voûtes; une vaste coupole--32 mètres de -diamètre--portée sur des pendentifs sphériques reportant la charge sur -les piliers, s’élève au centre. - -La nef principale, de forme carrée, est allongée par deux hémicycles -cantonnés par quatre grandes niches, et dont les voûtes en quart de -sphère contrebutent la base de la coupole à l’est et à l’ouest; les deux -autres côtés, au nord et au sud, sont maintenus par de puissants -contreforts dans l’épaisseur desquels de larges ouvertures forment -galerie que des colonnes achèvent de séparer de la grande nef. Les -portes et l’abside occupent le fond des hémicycles. - -Ce grand vaisseau est éclairé latéralement par un réseau de jours -perçant les murs des grands arcs au nord et au midi et, dans la partie -supérieure, par quarante fenêtres ménagées à la base de la coupole. - -La construction de Sainte-Sophie est une merveille, car nulle part on -n’a appliqué avec plus de hardiesse et - -[Illustration: FIG. 71.--ÉGLISE DE SAINTE-SOPHIE, A CONSTANTINOPLE. (Vue -perspective intérieure.)] - -de franchise les principes de construction d’une architecture -rationnelle. - -Sainte-Sophie est le chef-d’œuvre de l’art byzantin; elle est restée un -modèle pour tout l’Orient. On s’est efforcé de l’imiter, tout en le -simplifiant, non seulement en Orient, mais encore dans toute l’Europe -occidentale, en Italie, en Allemagne et surtout en France où l’art -antique et l’art byzantin semèrent les germes d’une architecture qui -devait avoir un si grand éclat quelques siècles plus tard. - - - - -CHAPITRE XV - -ÉGLISE DE THÉOTOCOS, A CONSTANTINOPLE.--ÉGLISE DE SANTA-FOSCA, A -TORCELLO (ITALIE).--ÉGLISE DE SAINT-NICODÈME, A ATHÈNES.--ÉGLISE DU -MONASTÈRE DE DAPHNI, PRÈS D’ATHÈNES. - - -L’église de la _Mère-de-Dieu_--_Agia Theotocos_--édifice byzantin bâti à -Constantinople dans les dernières années du IXᵉ siècle, rappelle des -dispositions presque identiques à celles du prétoire de Mousmieh, bâti -par les Romains, dans la Syrie centrale, vers le IIᵉ siècle de notre ère -(fig. 6 et 7). Suivant l’usage adopté par les chrétiens grecs, le plan -figure une croix grecque composée d’une nef carrée, formant la croisée -des quatre bras au-dessus desquels s’élève la coupole principale. La nef -centrale est cantonnée de quatre bras: celui de l’est, prolongé pour -continuer le chœur et se terminant par une abside majeure accompagnée -latéralement de deux galeries terminées chacune par une absidiole; -celui de l’ouest, augmenté ou, plus exactement, précédé d’un narthex -plus ou moins important, communiquant avec les galeries latérales. La -croisée de celle-ci, près du chœur et du narthex, est souvent couronnée -par une petite coupole. - -[Illustration: FIG. 72.--ÉGLISE DE THÉOTOCOS, A CONSTANTINOPLE. (Plan.)] - -Cette disposition--s’accusant par une coupole centrale flanquée de -quatre coupoles plus petites aux angles du carré, au-dessus duquel elle -s’élève--est très fréquente dans l’architecture byzantine. On sent -encore l’influence de Sainte-Sophie que les architectes byzantins ont -imitée, tout en simplifiant la construction dans son ensemble et dans -ses détails pour des raisons majeures, parmi lesquelles il est permis de -supposer que la question des dépenses devait avoir une importance -réelle. - -On remarque également des modifications apportées par les constructeurs, -ayant pour objet d’augmenter la solidité des arcs formant le carré et de -diminuer sinon l’importance de la coupole, tout au moins, et peut-être -surtout, d’en assurer parfaitement la stabilité. - -[Illustration: FIG. 73.--ÉGLISE DE THÉOTOCOS A CONSTANTINOPLE. - -(Coupe longitudinale, de l’abside au narthex.)] - -On voit aussi que la coupole s’élève davantage audessus des grands arcs -et les fenêtres disposées à la base de cette coupole--qui semble -annoncer déjà les tours-lanternes romanes--prennent une plus grande -importance en décorant et en éclairant même la partie centrale de -l’édifice. - -La coupole de l’église de Théotocos présente ces caractères -particulièrement intéressants. Elle repose sur des pendentifs très -accusés, rachetant le carré, au-dessus desquels une couronne de fenêtres -sur plan circulaire est fermée par une calotte hémisphérique. - -[Illustration: FIG. 74.--ÉGLISE DE SANTA-FOSCA, A TORCELLO. - -(Plan.)] - -L’appareil de la construction est déjà plus soigné; à l’extérieur, les -murs sont bâtis en briques ou, le plus souvent, en assises alternées de -briques et de pierres de taille. Ils sont même souvent divisés en -grandes bandes horizontales diversement colorées qu’on généralisa en -encadrant les fenêtres ou en enveloppant les archivoltes. A l’intérieur, -les mosaïques à fond d’or sont remplacées par des marbres ou des -mosaïques fort simples ou très souvent par des fresques appliquées sur -des enduits préparés avec soin. - - * * * * * - -L’église ou la rotonde de Santa-Fosca, dans l’île de Torcello, près de -Venise, présente également une grande analogie, comme plan et comme -parti architectonique, avec les dispositions syriennes du prétoire de -Mousmieh (fig. 6 et 7). - -Elle ressemble surtout à l’église de Théotocos, bâtie à peu près en même -temps à Constantinople, vers la fin du IXᵉ siècle (fig. 72 et 73). - -L’église de Santa-Fosca se compose d’un carré central de dix mètres de -côté environ, surmonté d’une coupole circulaire, entourée sur ses côtés -de larges arcs-doubleaux--un - -[Illustration: FIG. 75.--ÉGLISE DE SANTA-FOSCA, A TORCELLO. - -(Coupe transversale.)] - -grand et deux plus petits--retombant sur des colonnes isolées et des -pilastres engagés. Ces arcs-doubleaux sur plan carré soutiennent -fortement la base circulaire de la coupole. - -Les angles rentrants extérieurs du carré sont renforcés par des niches -en quart de cercle, qui maintiennent solidement les poussées des trompes -intérieures. La coupe (fig. 76) faite sur la diagonale du carré central -indique cette ingénieuse disposition. - -Dans le quatrième côté se trouve l’abside, précédée d’un chœur ayant la -largeur du grand arc et accompagnée de deux galeries latérales de même -largeur que les petits arcs et terminées par des absidioles. - -Au XIᵉ siècle, l’église a été agrandie par la construction - -[Illustration: FIG. 76. - -ÉGLISE DE SANTA-FOSCA, A TORCELLO. (Coupe diagonale.)] - -[Illustration: FIG. 77. - -ÉGLISE DE SAINT-NICODÈME, A ATHÈNES. (Plan.)] - -d’une galerie ouverte enveloppant les trois côtés de l’édifice. - -La coupole est remarquable par les détails de sa construction; elle ne -repose pas sur des pendentifs franchement accusés comme à l’église de -Théotocos à Constantinople. Pour racheter le carré, les architectes de -Torcello ont construit, dans les angles du carré central, des trompes -superposées, transformant le carré en octogone, de sorte que les -pendentifs--entre les pans de l’octogone--ont peu d’importance et se -trouvent - -[Illustration: FIG. 78.--ÉGLISE DE SAINT-NICODÈME, A ATHÈNES. - -(Coupe longitudinale, du narthex à l’abside.)] - -noyés dans le blocage formant la calotte de la coupole hémisphérique. -Celle-ci n’est pas accusée extérieurement; elle est couverte par une -charpente comme à Saint-Vital, à Ravenne (fig. 66). - -A Athènes, l’une des plus grandes églises est celle de Saint-Nicodème, -bâtie vers le Xᵉ siècle suivant les - -[Illustration: FIG. 79.--ÉGLISE DU MONASTÈRE DE DAPHNI, PRÈS -D’ATHÈNES[28]. (Plan.)] - -principes de l’art byzantin modifié par les constructeurs grecs. - -L’édifice est couronné dans la nef centrale carrée par une seule coupole -circulaire dont la base, décorée de fenêtres, rappelle celle de -Théotocos à Constantinople; mais le parti pris pour racheter le carré -est différent. L’architecte, n’ayant pas osé construire sa coupole sur -quatre pendentifs ou cherchant un effet nouveau, l’a établie sur quatre -grandes niches ou, plus exactement, sur quatre trompes, faisant passer -le plan du carré à l’octogone et de l’octogone au plan circulaire par -huit tympans gauches, élevés sur l’extrados des huit arcs (coupe -longitudinale, fig. 80). - -[Illustration: FIG. 80.--ÉGLISE DU MONASTÈRE DE DAPHNI, PRÈS D’ATHÈNES. -(Coupe longitudinale.)] - -L’abside et deux absidioles s’ouvrent sur le côté oriental du côté -central. Celui-ci est entouré de bas côtés voûtés supportant une -galerie, également voûtée, destinée aux femmes. - -L’édifice présente cette particularité qu’il est couvert par une -terrasse au-dessus de laquelle s’élève la coupole percée à sa base d’une -couronne de fenêtres s’ouvrant au-dessus de la toiture. - -A l’intérieur, des mosaïques décorent les murs et la coupole, des plus -curieuses pour l’étude de l’iconographie chrétienne grecque. - -L’église du monastère de Daphni, élevée vers le IXᵉ siècle, à 10 -kilomètres d’Athènes, est, parmi les édifices religieux bâtis par les -Grecs, celui qui rappelle le - -[Illustration: FIG. 81.--ÉGLISE DU MONASTÈRE DE DAPHNI, PRÈS D’ATHÈNES. - -(Détail des trompes et pendentifs de la coupole.)] - -plus les traditions byzantines, si complètement caractérisées à -Sainte-Sophie de Constantinople. - -Comme l’église de Saint-Nicodème, elle consiste en une nef centrale -carrée, surmontée d’une coupole qui repose sur des trompes dont la -figure 81 donne les curieuses dispositions. Sur le côté oriental de la -nef s’ouvrent l’abside principale et deux absidioles couvertes par des -voûtes d’arête; le fond de ces absides et absidioles, à pans à -l’extérieur, est semi-circulaire à l’intérieur et couvert par des voûtes -en quart de sphère. - -[Illustration: FIG. 82.--ÉGLISE DU MONASTÈRE DE DAPHNI, PRÈS D’ATHÈNES. -(Façade latérale.)] - -A l’extérieur, les murs sont construits en pierre, dont les assises et -les joints sont marqués par des rangées de briques; à l’intérieur, les -voûtes sont en briques et elles étaient décorées de brillantes -mosaïques. - - - - -CHAPITRE XVI - -CHAPELLE DU PALAIS DE CHARLEMAGNE, A AIX (ALLEMAGNE).--ÉGLISE DE -GERMINY-DES-PRÉS (FRANCE).--ÉGLISE DE LA MARTORANA, A PALERME (SICILE). - - -La chapelle palatine d’Aix fut élevée par Charlemagne à la fin du VIIIᵉ -siècle: un moine de Fontanelles (saint Wandrille) en dirigea les travaux -et le pape Léon III en fit la consécration le jour des Rois de l’année -804. - -«Aucun des édifices chrétiens, élevés depuis l’achèvement de -Sainte-Sophie de Constantinople jusqu’au IXᵉ siècle, ne fut l’objet, de -la part de son fondateur, d’autant de sollicitude que Notre-Dame -d’Aix-la-Chapelle. Imitant ce qu’avait fait Justinien pour -Sainte-Sophie, Charlemagne fit venir de Trèves, de Rome, de Ravenne, les -matériaux précieux destinés à son palais et à la chapelle attenante. -Dans l’église, les portes et les balustrades encore existantes sont en -bronze; la coupole était revêtue de mosaïques[29].» - -La rotonde carolingienne d’Aix procède évidemment de la rotonde -byzantine de Ravenne. Comme celle-ci, Notre-Dame d’Aix-la-Chapelle se -compose d’une salle centrale octogone de 14ᵐ,50 de diamètre, voûtée en -coupole et entourée de bas côtes de 6ᵐ,30 de largeur, ou galeries à -deux étages largement ouvertes sur le vaisseau central (fig. 84). - -Le porche, à deux étages, est identique à celui de Ravenne; deux tours -placées de chaque côté contiennent les escaliers conduisant à une -tribune qui communique avec les galeries hautes contournant la nef. - -[Illustration: FIG. 83. - -CHAPELLE DU PALAIS DE CHARLEMAGNE A AIX-LA-CHAPELLE. (Plan.)] - -La différence existant entre les deux rotondes tient à la forme des -voûtes et aux dispositions de celles qui les enveloppent. A Ravenne, la -coupole sphérique se raccorde par une série de pendentifs avec les -parois octogones du tambour. Dans la chapelle d’Aix, la rotonde est -octogone comme son appui. Mais la diversité des formes et du système de -construction apparaît surtout dans les galeries du pourtour, qui sont -dans la chapelle palatine mieux liées aux supports de la coupole et, par -elles-mêmes, beaucoup mieux disposées qu’elles ne le sont à Saint-Vital. - -Dans la chapelle palatine d’Aix, les supports de la coupole sont -relativement frêles et la masse des maçonneries est reportée jusqu’à -l’enceinte; celle-ci forme un polygone de seize côtés, se combinant avec -l’octogone par une série de voûtes alternativement carrées ou -triangulaires. Des arcs-doubleaux, retombant sur des dosserets engagés -dans les piliers ou le mur d’enceinte, forment - -[Illustration: FIG. 84.--CHAPELLE DU PALAIS DE CHARLEMAGNE, A -AIX-LA-CHAPELLE (ALLEMAGNE). (Coupe longitudinale.)] - -seize arcs-boutants et répartissent sur celui-ci la poussée de la -coupole (fig. 85). - -Les galeries basses sont voûtées d’arêtes, sur lesquelles est établi le -sol des galeries hautes; celles-ci sont couvertes par des voûtes légères -en berceau rampant, sur lesquelles est posée directement la toiture -composée de dalles, de pierre ou de terre cuite, ou peut-être même de -feuilles de plomb ou de bronze. - -Si les monuments à date certaine méritent de fixer l’attention des -archéologues, ceux qui ont été élevés par Charlemagne ou de son temps, -et dont les origines sont connues, doivent être particulièrement étudiés -en raison de l’influence considérable qu’ils ont eue, certainement et -directement, sur l’_architecture romane_. - -Nous avons vu la chapelle palatine d’Aix, en Allemagne, le plus -important des édifices construits par Charlemagne; nous devons citer une -église bâtie en France, à la même époque que l’église d’Aix-la-Chapelle, -c’est-à-dire dans les premières années du IXᵉ siècle: l’église de -Germiny-des-Prés. Elle est des plus curieuses, parce qu’elle a tous les -caractères des églises byzantines bâties, avant le IXᵉ siècle, à -Constantinople, ou au commencement de ce siècle à Athènes; elle présente -en même temps une grande analogie avec un édifice antique: le prétoire -de Mousmieh (fig. 6 et 7), dans la Syrie centrale, construit par les -Romains au IIᵉ siècle de notre ère. - -[Illustration: FIG. 85.--CHAPELLE DU PALAIS DE CHARLEMAGNE, A -AIX-LA-CHAPELLE (ALLEMAGNE). (Coupe transversale.)] - -Suivant les écrits du moine Létolde, qui vivait au Xᵉ siècle, -Théodulphe, évêque d’Orléans, après avoir été abbé de l’abbaye de -Saint-Benoit-sur-Loire, fit construire, en 806, l’église -Germigny-des-Prés ou Germiny-des-Prés. (Plutôt _Germiny_, car d’après -d’anciens auteurs cette église est dite des saints _Ginevra_ et -_Germinus_.) - -Elle se compose, comme les édifices que nous connaissons - -[Illustration: FIG. 86.--ÉGLISE DE GERMINY-DES-PRÉS (FRANCE). (Plan.)] - -déjà dans la Syrie centrale et en Orient, d’une nef centrale sur plan -carré, couronnée par une voûte annulaire très légère, maintenue par les -murs s’élevant au-dessus pour assurer sa stabilité et recevoir la -toiture en charpente. - -Autour de la nef quatre bas côtés égaux forment un carré cantonné par -trois--et peut-être quatre--absides, la principale à l’est et les deux -ou trois secondaires aux trois autres points cardinaux. Les bas côtés, -montant au-dessus des absides, sont couverts par des voûtes - -[Illustration: FIG. 87.--ÉGLISE DE GERMINY-DES-PRÉS (FRANCE). (Coupe -transversale.)] - -(fig. 87) au-dessus desquelles s’élève encore la nef centrale, percée -sur chacune de ses faces d’une petite fenêtre éclairant la partie -supérieure qui conserve sa forme carrée. - -Les trois--ou quatre--absides sont voûtées en quart de sphère; l’abside -principale, à l’est, est ornée d’arcatures et la voûte de l’hémicycle -est décorée de mosaïques à fond d’or. La partie haute de la nef centrale -est couverte de stuc et tout l’édifice est bâti avec soin en pierres de -petit appareil. - -[Illustration: FIG. 88.--ÉGLISE DE LA MARTORANA A PALERME (SICILE). -(Plan.)] - -La disposition de la nef centrale s’élevant en s’étageant au-dessus des -bas côtés égaux et des absides est intéressante à retenir, pour -plusieurs raisons. D’abord, parce qu’elle est une réminiscence évidente -des coupoles latines, byzantines ou grecques, comme celles du prétoire -de Mousmieh et de Saint-Georges d’Ezra dans la Syrie centrale (fig. 6, -7, 39, 40); du baptistère de Novare (fig. 26, 27); de Saint-Vital de -Ravenne (fig. 67, 68, 69); des églises des saints Serge et Bacchus, de -Sainte-Sophie et de Théotocos à Constantinople (fig. 64, 65, 70, 71, -72, 73, 74); de l’église de Santa-Fosca à Torcello (fig. 75, 76 et 77); -de Saint-Nicodème et de Daphni à Athènes (fig. 78 à 83); et de l’église -d’Aix-la-Chapelle en Allemagne (fig. 84 à 86). Puis, parce - -[Illustration: FIG. 89.--ÉGLISE DE LA MARTORANA, A PALERME (SICILE). -(Coupe longitudinale.)] - -qu’elle est une innovation et que le mode de construction rationnelle -est beaucoup plus simple et moins coûteux que celui des coupoles. - -Et enfin, parce qu’elle est une des premières applications en France de -la tour-lanterne[30] s’élevant au-dessus de l’autel principal sur la -croisée formée par la nef, les - -[Illustration: FIG. 90.--ÉGLISE DE LA MARTORANA A PALERME (SICILE). (Vue -perspective intérieure.)] - -deux bras du transsept et le chœur, suivant un système de construction -dont nous avons établi la filiation et qui, à partir du Xᵉ siècle, -devait prendre, en se perfectionnant, un développement extraordinaire. - - * * * * * - -L’église de _Sainte-Marie de l’Amiral_ à Palerme, fondée par l’amiral -Roger, fils de Tancrède de Hauteville, fut cédée par Alphonse d’Aragon à -un couvent de femmes, au XVᵉ siècle, et prit à cette époque le nom de -_la Martorana_. - -Bien qu’il ait été construit par les Normands dans les premières années -du XIIᵉ siècle, cet édifice présente tous les caractères des églises -byzantines bâties par des architectes grecs, au IXᵉ siècle, à Torcello, -à Constantinople et à Athènes. - -Il rappelle particulièrement les dispositions de l’église de Théotocos à -Constantinople (fig. 72, 73). La principale différence existant entre -cette église et celle de la Martorana réside dans la forme des arcs, -brisés dans celle-ci, tandis qu’ils sont plein cintre en Italie, à -Constantinople et en Grèce. - -La décoration de la Martorana empruntant aux Byzantins, aux Arabes et -aux Normands des détails caractéristiques, semble résumer l’histoire de -la Sicile au moyen âge. - - - - -CHAPITRE XVII - -INFLUENCE DE L’ART BYZANTIN SUR L’ARCHITECTURE EN ORIENT ET EN -OCCIDENT.--L’ARCHITECTURE DU VIIᵉ AU XIᵉ SIÈCLE. - - -L’art byzantin, qui s’était si grandement manifesté par les superbes -ouvrages de Justinien, exerça, dès son origine, une influence -considérable qui s’étendit plus tard sur tout l’Occident, mais qui fut -générale en Orient surtout pendant la prospérité de l’empire grec, -expirant avec le VIIᵉ siècle, épuisé par ses victoires autant que par -les attaques des Perses. - -On peut suivre la tradition byzantine dès les premiers temps de l’empire -arabe. Depuis le commencement de l’hégire, en 622, jusqu’au moment où -ils purent donner à leur art un caractère particulier, les musulmans, -les adversaires les plus acharnés du christianisme et de l’empire grec -ont fait à l’art de leurs ennemis, à l’art byzantin, des emprunts qu’il -est facile de constater. - -Quand les Arabes étendirent par leurs conquêtes la domination musulmane -depuis l’Asie-Mineure jusqu’aux Pyrénées, l’art n’existait chez eux que -sous les formes les plus rudimentaires. - -De même que les chrétiens établirent leurs premiers autels dans les -basiliques civiles de Rome, les musulmans conservèrent, dans les pays -conquis, les monuments religieux: ils les modifièrent, puis ils -construisirent des édifices nouveaux, disposés selon leurs -prescriptions religieuses; mais leur architecture a conservé les traits -particuliers de son caractère originel, à l’influence duquel ils ne -pouvaient se soustraire. - -«En Syrie, les Arabes ne se préoccupent pas tout d’abord de construire -des mosquées; ils enlèvent au Christ ses églises et les consacrent à -Allah. Parfois, pendant quelques années, les deux cultes vivent côte à -côte dans un même édifice[31].» Il en fut de même en Espagne, et les -historiens de l’art arabe y distinguent dans ce pays une première -période byzantine qui s’étend jusque vers la fin du Xᵉ siècle. Entre les -califes de Cordoue et les empereurs de Constantinople les relations -étaient continues; les savants, les artistes grecs accoururent en -Espagne. Aussi les anciens édifices de Cordoue portent-ils la marque de -cette influence étrangère si nettement accusée dans la célèbre mosquée -de Cordoue élevée par Abdérame vers la fin du VIIᵉ siècle. - -Au moyen âge, sous les rois de la première race et, par conséquent, bien -avant Charlemagne et les pèlerinages de l’an 1000[32], des relations -existaient entre l’Occident et l’Orient où Byzance exerçait une -attraction si puissante que les princes de France, de Germanie et -d’Italie y envoyaient sans cesse des ambassades. - -Un grand nombre de pèlerins de tous les pays occidentaux visitaient les -Lieux Saints et, allant ou revenant par Constantinople, propageaient en -Europe, par le récit des splendeurs de la civilisation byzantine et la -description de ses admirables monuments, l’enthousiaste désir d’égaler -les peuples d’Orient; des moines grecs, qui étaient venus s’établir dans -le sud de l’Italie, à Rome, en France et en Allemagne, contribuèrent -puissamment à entretenir ces idées et à les développer. - -A l’époque mérovingienne, des colonies syriennes existaient déjà dans le -centre de la France et il n’est pas douteux qu’elles apportèrent avec -elles les traditions monumentales de la Syrie centrale, qui germèrent si -bien et que l’on trouve si nettement marquées dans l’ancienne province -d’Aquitaine. - -Le commerce maritime entre l’Occident et l’Orient contribua également à -étendre les relations qui s’étaient établies entre ces pays, non -seulement par l’échange de leurs marchandises, mais encore par -l’acquisition des étoffes, des bijoux, des ivoires sculptés, en un mot, -des objets d’art, créés en Orient avec une si habile facilité, dont -l’Occident commençait à sentir le besoin, mais qu’il ne savait pas -encore produire. - -L’influence byzantine s’est exercée certainement en Italie; elle est -moins sensible dans le nord de ce pays en raison de sa division en un -grand nombre d’États ou de villes, aussi différents les uns des autres -par leurs conditions respectives au point de vue politique qu’à celui -des arts. - -Sous le pontificat de Grégoire le Grand, pape malgré lui, en 590, on -éleva beaucoup moins d’édifices qu’avant ou après cette époque. Saint -Grégoire, sans négliger la puissance temporelle du Saint-Siège, se -servit de son pouvoir pour fortifier la papauté, propager le -christianisme, améliorer la discipline et l’organisation de l’Église. -Affermi par lui-même, il propagea le christianisme, l’orthodoxie et -convertit les païens en Sicile, en Sardaigne, à Terracine, aux portes de -Rome, et même dans la Grande-Bretagne qui était encore livrée tout -entière à l’idolâtrie. - -Les instructions que saint Grégoire le Grand donnait à ses représentants -leur recommandaient de conserver les monuments existants, quels qu’ils -fussent. Il écrivait, en 596, au moine Augustin--plus tard archevêque de -Cantorbéry--qu’il avait envoyé dans la Grande-Bretagne à la tête de -quarante missionnaires romains: «Il faut se garder de détruire les -temples des païens, il ne faut détruire que leurs idoles, puis faire de -l’eau bénite, en arroser l’édifice, y construire des autels et y placer -des reliques. Si ces temples sont bien bâtis, c’est une chose bonne et -utile qu’ils passent du culte des démons au culte du vrai Dieu; car, -tant que la nation verra subsister ses anciens lieux de dévotion, elle -sera plus disposée à s’y rendre, par un penchant d’habitude, pour adorer -le vrai Dieu[33].» - -«Dans le sud de l’Italie, le rôle de Byzance est évident. Pendant -plusieurs siècles, toute une partie de cette contrée se rattacha à -l’empire de Constantinople par la religion, par l’administration, par la -langue même: l’antique Grande-Grèce méritait toujours ce nom. Même la -querelle des Iconoclastes qui détacha de l’Orient le reste de l’Italie, -dans le sud fortifia l’hellénisme; les partisans des images s’y -réfugièrent en grand nombre et les empereurs grecs ne les inquiétèrent -pas. - -«En Sicile, où la domination musulmane, succédant à celle des empereurs -d’Orient, a précédé de plus de deux siècles l’établissement des -Normands, l’art byzantin et l’art arabe se mêlent en même temps qu’y -pénètrent des influences occidentales[34].» Les formes de l’église -grecque s’y combinent avec celles de la basilique latine et parfois -apparaît la coupole sur pendentifs, comme à Sainte-Marie de l’Amiral à -Palerme--plus tard nommée la Martorana par Alphonse d’Aragon (fig. 88 à -90). - -«A l’autre extrémité de l’Italie, Venise est une ville grecque. Sa -prospérité s’est accrue à mesure que déclinait celle de Ravenne[35].» -Venise sut maintenir son indépendance entre les Lombards et les Francs, -et la suzeraineté nominale des empereurs grecs qu’elle affecta de -reconnaître fut la condition même de sa fortune. Aussi les monuments -vénitiens, entre autres, Santa-Fosca à Torcello et Saint-Marc à Venise, -rappellent-ils ceux de Constantinople. - -Les églises bâties en Grèce, du IXᵉ au Xᵉ siècle, portent, dans leurs -dispositions générales, aussi bien que dans les détails de leur -construction, les marques de l’architecture byzantine. - -Les églises de Saint-Nicodème et celle du monastère de Daphni, élevées à -Athènes, ou près de cette ville, au Xᵉ siècle, ressemblent par leur plan -et leur architecture à l’église de la Mère de Dieu--Agia -Théotocos,--bâtie vers le IXᵉ siècle à Constantinople et à celle des SS. -Serge et Bacchus qui remonte au VIᵉ siècle. - -En Russie, l’action de l’art byzantin a commencé avec le christianisme -grec. Jusqu’au Xᵉ siècle les Russes ne connaissaient guère que les -constructions en bois. Ce furent des architectes byzantins qui élevèrent -les premières églises en pierre et des peintres byzantins qui les -décorèrent. Mais l’art russe prit rapidement un caractère particulier et -les éléments grecs se mêlèrent à d’autres, d’origine orientale, -occidentale et asiatique; la coupole ne repose plus sur des pendentifs -sphériques, mais sur une série d’arcs ou de trompes superposés passant -du carré au cercle; sa forme extérieure devient bulbeuse et -l’architecture, tout en montrant encore des réminiscences perses ou -indiennes, prend bientôt le caractère original qu’elle a heureusement -conservé. - -L’influence byzantine s’est manifestée en Allemagne dès le VIIIᵉ siècle -et il est permis de croire que Charlemagne y contribua puissamment. «Les -Carolingiens étaient en relations continues avec les empereurs de -Constantinople[36]». On sait que des objets d’art parvenaient de Byzance -en Occident; un évêque de Cambrai, Halitcharius, envoyé comme -ambassadeur à Constantinople, en rapportait des ivoires sculptés; les -tissus orientaux étaient fort recherchés, laïques et clercs aimaient à -s’en parer, et des fragments s’en rencontrent encore dans les tombes et -les châsses du temps. - -On sait également que la chapelle du palais de Charlemagne, à Aix, -commencée à la fin du VIIIᵉ siècle et terminée dans les premières années -du IXᵉ, a été inspirée de l’église de Saint-Vita à Ravenne, construite -au commencement du VIᵉ siècle, à l’imitation du _Temple d’or_, bâti à -Antioche par Constantin, et qui passe avec raison pour être un exemple -parfait de l’art byzantin. (Voir à ce sujet les figures 66 et 67 -concernant Saint-Vital de Ravenne, qu’il est intéressant de comparer -avec les figures 83, 84 et 85, relatives à l’église d’Aix-la-Chapelle.) - -Un grand nombre d’églises s’élevèrent dans la vallée du Rhin; on y peut -suivre, sinon par la reproduction exacte des plans et des formes, du -moins par le mode de construction, la tradition byzantine des -architectes d’Aix-la-Chapelle. - -«En 972, le fils d’Otton Iᵉʳ, le futur Otton II, épousait une princesse -grecque, Théophano[37].» Avec elle des artistes byzantins arrivèrent, -dit-on, en Germanie et initièrent les Allemands à la connaissance de -leur art et de leur mode de construire. - -En France, l’art byzantin a laissé moins longtemps qu’en Italie ses -traces originelles; mais son influence est visible dans les deux pays et -les grandes églises de Venise et de Périgueux, à peu près -contemporaines, attestent toutes les deux leur filiation orientale. -Seulement la même idée s’est traduite différemment dans les deux pays; -en Italie, Saint-Marc est la copie d’une œuvre byzantine[38] construite -selon les méthodes romaines; il est resté une importation, une œuvre -unique ou à peu près, qui n’a eu que fort peu de rayonnement autour -d’elle. - -Tandis qu’en France, Saint-Front reproduit bien les dispositions de son -modèle oriental[39], sa construction est toute différente et manifeste -une plus grande science dans l’art de bâtir. - -Les architectes aquitains, qui possédaient de longue date les traditions -syriennes, s’assimilèrent les procédés de l’art byzantin, comme ils -s’étaient déjà familiarisés avec ceux de l’antiquité romaine. Ces divers -éléments, perfectionnés par eux et appropriés à leur mode de -construction dans lequel la pierre se montre dans toute la simple beauté -de ses combinaisons savamment appareillées, formèrent bientôt un art de -bâtir, nouveau en Europe après l’an 1000. - -Cet art nouveau, ayant un caractère personnel, original, exerça à son -tour une influence très considérable sur l’_architecture romane_ et il -fut certainement une des causes principales du développement -extraordinaire qu’elle prit dès la première moitié du XIᵉ siècle. - - - - - -[Illustration: L’ARCHITECTVRE ROMANE - -IIᵉ PARTIE - -HISTOIRE ET CARACTÈRES DE L’ARCHITECTURE ROMANE - -BAPTISTÈRES OU CHAPELLES RURALES ET FUNÉRAIRES - -ÉGLISES DE FORME BASILICALE - -ÉGLISES RONDES OU POLYGONES - -ÉGLISES VOUTÉES] - - - - -CHAPITRE PREMIER - -DÉFINITION ET CARACTÈRES DU _ROMAN_. - - -L’_architecture romane_ procède de l’art romain et de l’art byzantin, -certainement et directement. Suivant Quicherat, «l’_architecture romane_ -est celle qui a cessé d’être romaine, quoiqu’elle tienne beaucoup du -romain, et qui n’est pas encore gothique, quoiqu’elle ait déjà quelque -chose de _gothique_[40]». Selon Viollet-le-Duc: «Dans l’_architecture -romane_ occidentale, à côté des traditions latines persistantes, on -trouve presque toujours une influence byzantine évidente par -l’introduction de la coupole» et, autre part, il dit encore: «Jusqu’au -XIᵉ siècle les établissements religieux, grands centres d’art, ne -faisaient que suivre les traditions romaines[41].» Donc il était -nécessaire de connaître d’abord l’art romain, ou tout au moins l’époque -qui doit être marquée comme au point de départ; puis l’art byzantin qui -fut une si brillante transformation. - -En résumé, pour définir l’_architecture romane_, il était indispensable -d’étudier l’art romain et l’art byzantin qui l’ont engendrée; on peut -suivre alors sa filiation qui s’établit jusqu’à l’évidence même; c’était -ce qu’il fallait démontrer et ce qui donne une grande importance à la -première partie de ce volume. - -Il ne faut pas oublier, d’ailleurs, que c’est seulement en 1825 qu’un -baptême archéologique donna à l’une des périodes de l’histoire de l’art -le nom sous lequel elle est désignée depuis cette époque: -l’_architecture romane_[42]. - -Cette période n’en existait pas moins avant ce nouvel état civil, pour -ainsi dire; elle est même considérée avec raison comme l’une des -évolutions les plus importantes de l’art, mais dont les commencements se -confondent avec les manifestations d’évolutions antérieures. - -Il était donc indispensable de bien connaître l’art romain et l’art -byzantin puisqu’ils sont les antécédents certains de l’art roman, ou -plutôt de l’_architecture romane_. - - * * * * * - -Les constructeurs _romans_ ont imité les Romains et les Byzantins, comme -ceux-ci avaient suivi plus ou moins fidèlement les traditions -monumentales que leurs prédécesseurs leur avaient transmises. - -Il n’y a pas de démarcation aussi nettement tranchée, ni de -classification aussi étroitement radicale que celles qui ont été -inventées par certains archéologues, s’efforçant de prouver que le -caractère des constructions romanes est déterminé définitivement par -l’appareil et l’ornementation. - -Ils mesurent minutieusement les monuments en s’arrêtant surtout aux -détails d’où ils tirent des conclusions erronées en décrivant la taille -des pierres ou en analysant les mortiers qui les relient. Ils -dissèquent, pour ainsi dire, les moulures des corniches et des corbeaux, -les sculptures des bandeaux, des frises et des chapiteaux; mais tous ces -détails si péniblement étudiés et si laborieusement réunis ne donnent -pas la physionomie exacte de l’ensemble. - -En effet, les constructions romanes, qu’elles aient été faites avec -toute la perfection possible ou qu’elles aient été grossièrement -traitées, portent toutes la marque visible de l’appareil romain, preuve -certaine de la puissance des traditions, si fortes qu’elles entraînaient -les constructeurs romans à imiter les pratiques romaines, même dans ce -qu’elles avaient de plus naïvement pittoresque, car on exécute encore au -XIᵉ siècle des revêtements réticulés ou en arêtes de poisson, ainsi que -des chaînes en poteries ou en galets dans les maçonneries faites à la -romaine. - -L’ornementation romane est également imitée de l’antique; les moulures -et les sculptures accusent ou décorent les membres d’architecture aux -mêmes points où les Romains avaient coutume d’appliquer ces ornements -ou, plus exactement, ces accents caractéristiques. - -La différence n’existe souvent que dans l’exécution des ouvrages, -grossièrement ou maladroitement imités dans les pays du nord ou traités, -dans les régions du midi de l’Europe, avec une si grande perfection -qu’ils arrivent à ressembler complètement aux édifices bâtis par les -Romains. - -Il faut remarquer que l’appareil est souvent peu apparent parce qu’il -est recouvert d’un enduit ou d’un badigeon épais et que la décoration -sculpturale fait complètement défaut, soit par suite de la simplicité de -l’édifice, soit parce que des peintures murales ont remplacé, dès -l’origine, les ornements plastiques. Dans tous les cas, ces détails -n’ont qu’une valeur relative, car ils ont été employés aussi bien par -les architectes romains que par les constructeurs romans qui les ont -imités. - -«Tout cela ne constitue pas l’_architecture romane_ qui n’est qu’une -manière d’être particulière de la construction et dont le caractère ne -peut tenir qu’aux dispositions fondamentales des édifices et aux lois -d’après lesquelles les pleins et les vides s’y montrent combinés[43].» - -_Le principal caractère de l’architecture romane, c’est la voûte._ - -Les Romains connaissaient la voûte, et trois des formes qu’ils avaient -employées furent appliquées par les romans: la voûte en berceau, la -voûte d’arête et la coupole. - -Les basiliques romaines étaient lambrissées, couvertes par une charpente -apparente formant tout à la fois le plafond et la toiture de l’édifice. - -Les premières basiliques chrétiennes, bâties à la romaine, furent une -imitation de cette disposition; mais le contraste entre les deux -architectures et le point de départ de toutes les différences qui les -séparent se manifestent par l’application de la voûte. - -«Les églises romanes sont voûtées, couvertes sous leur toiture par des -constructions de formes diverses où les pierres sont tenues enchaînées -dans le vide[44].» - -La voûte exerçant un effort énergique et continu sur les murs latéraux -ou pieds-droits, qu’elle tend à renverser, il fallait élever des murs -assez épais pour neutraliser les poussées, diminuer la largeur et la -hauteur pour résister aux efforts de la progression des forces et, par -conséquent, alourdir l’architecture, raréfier les jours et obscurcir le -vaisseau. Au contraire, la basilique romaine, dont la charpente, -couvrant la grande nef et les bas côtés, n’avait aucune action de -déversement sur les pieds-droits, était largement ouverte et éclairée. -Les murs latéraux, formés de colonnades et d’arcades, n’ayant à -supporter verticalement que la partie supérieure elle-même très ajourée, -pouvaient être construits avec plus de légèreté et d’élégance. - -Il fallut choisir entre ces deux nécessités: conserver la forme -basilicale complète ou la modifier, sinon dans son plan, tout au moins -dans ses détails de construction par l’adoption du voûtement -systématique de l’édifice. - -Si les Romains avaient reculé devant une solution aussi radicale, les -architectes romans eurent moins de scrupules, en raison de l’urgence -pour eux de préserver l’autel chrétien et les saintes reliques des -désastres sans cesse occasionnés par l’incendie des toitures. - -«Pour le besoin de la voûte, ils sacrifièrent toutes les proportions -classiques, épaississant les murailles, resserrant les écartements, -réduisant les baies; en un mot, faisant envahir de toutes les façons le -vide par le plein[45].» - -Mais dans cette voie où le goût dont ils manquaient ne pouvait modérer -les constructeurs romans, il y eut cependant un moment où le sens commun -les avertit de s’arrêter: ce fut lorsque l’envahissement du vide par le -plein devint tel que la sonorité de l’édifice était détruite, que la -lumière n’y pénétrait plus et que la circulation y était presque -impossible. Ils remédièrent à ces inconvénients par des dispositions -nouvelles s’appliquant à la construction des voûtes et aux percements -des massifs ou pieds-droits. - -L’art byzantin exerça également une grande influence sur la construction -des édifices religieux, qui se fit sentir dans presque toute l’Europe -(Iᵉʳ partie, chapitre XVII); du temps de Charlemagne, la chapelle -palatine d’Aix en Allemagne et Germiny-des-Prés, en France, en sont les -preuves certaines, mais ses effets ne se manifestèrent généralement qu’à -partir du XIᵉ siècle par le voûtement des églises et particulièrement à -Saint-Front de Périgueux et à Saint-Marc de Venise. - -Jusqu’à cette époque, même pendant la belle période carolingienne, les -églises, à l’exception de quelques chapelles ou baptistères voûtés ou -des églises dont nous venons de parler, presque toutes les églises sur -les bords du Rhin, en Aquitaine, en Bourgogne, en France, étaient en -pierre et couvertes en bois. - -L’histoire nous en fournit la preuve. «C’est l’universel feu de joie -que les Normands firent des temples élevés à si grands frais par les -empereurs francs; c’est en même temps la ruine totale qui fut la suite -de ces incendies. Si les Normands avaient eu affaire à des édifices -voûtés, ils auraient eu beau mettre le feu dedans et dessus, la -construction n’aurait éprouvé que des dégâts partiels et, à moins de -s’arrêter à démolir, ce qu’ils ne faisaient guère, ils n’auraient pas vu -tomber les massifs, tandis qu’au contraire, s’attaquant à des vaisseaux -plafonnés, il leur suffisait de mettre le feu à la menuiserie de -l’intérieur pour que la flamme gagnât la toiture. Celle-ci s’effondrait, -les colonnes ne tardaient pas à éclater et à entraîner les murs dans -leur ruine[46].» - -La leçon donnée par les Normands ne porta pas ses fruits immédiatement, -car on voit encore un grand nombre d’édifices rebâtis, après l’invasion -normande, sur le plan basilical. Les chroniques du temps, remplies de -récits relatifs aux incendies causés par la foudre, ayant pour -conséquence la destruction des églises, prouvent que ces édifices -étaient encore couverts en bois. - -L’historien Raoul Glaber, moine bénédictin qui vivait à Cluny dans la -première moitié du XIᵉ siècle, nous dit: comme la troisième année de -l’an 1000 était sur le point de commencer, on se mit par toute la terre, -particulièrement en Italie et dans les Gaules, à renouveler les -vaisseaux des églises, quoique la plupart fussent assez somptueusement -établis pour se passer d’une telle opération. Mais chaque nation -chrétienne rivalisait à qui aurait le temple le plus remarquable. On eût -dit que le monde se secouait pour dépouiller sa vieillesse et revêtir -une robe blanche d’églises. Enfin presque tous les édifices religieux, -cathédrales, moûtiers des saints, chapelles de villages, furent -convertis par les fidèles en quelque chose de mieux. - -«De ce fait si remarquable qu’il a pu frapper un écrivain indifférent, -autant qu’on peut l’être, au mouvement des arts, on a saisi depuis -longtemps la partie morale. On y a vu une démonstration du sentiment -d’espérance qui s’était produit après l’an 1000 dans la chrétienté -rassurée sur la durée du monde; on a interprété cette ardeur à refaire -partout des édifices religieux comme la preuve de l’empressement que -mettaient les hommes à renouveler en quelque sorte l’alliance avec le -Créateur, la crainte d’un cataclysme universel s’étant dissipée. C’est -quelque chose que de savoir qu’à un certain moment un pareil élan s’est -produit; mais le texte de Raoul Glaber dit plus que cela. En effet, -quand il explique que des monuments déjà dignes d’approbation étaient -jetés par terre pour faire place à d’autres monuments plus louables, il -donne à entendre que la génération de l’an 1000 posséda le moyen de -faire mieux ou, pour le moins, autrement que les générations -précédentes. Il constate donc un progrès de l’art[47].» - -Ce progrès consiste évidemment dans le voûtement des églises, et ce -système fut adopté avec enthousiasme par des peuples amoureux de la -nouveauté et qui voyaient là une image de la durée à laquelle ils -s’apercevaient que le monde était voué derechef. - -L’avènement de l’architecture romane est donc constaté par le passage de -Raoul Glaber, c’est-à-dire au commencement du XIᵉ siècle. - -Cependant le nouveau système de construction ne fut pas appliqué partout -dès l’an 1000, car en 1008, d’après le récit de Raoul Glaber, un légat -fut envoyé de Rome pour consacrer l’église de Beaulieu, près de Loches, -qui venait d’être bâtie par la libéralité de Foulque Nerra, comte -d’Anjou; le jour même de la cérémonie, un ouragan s’engouffra dans -l’église et dispersa les lambris du comble qui, avec la couverture -entière, furent précipités sur le sol par-dessus le pignon occidental. -Ce qui prouve bien que l’église de Beaulieu était couverte en bois à la -manière des anciennes basiliques. - -D’ailleurs, le nouveau système ne s’est pas appliqué immédiatement dans -toute son amplitude; ses effets commencèrent par des essais timides que -l’on peut constater en divers pays, notamment en Bretagne et en -Normandie, dans les édifices bâtis dans la première moitié du XIᵉ -siècle. Les églises de Loctudy, de Fouesnant, de Saint-Melaine, de -Lochmaria; les églises abbatiales de Caen (avant les voûtes du XIIᵉ -siècle), de Cerisy-la-Forêt, du Mont Saint-Michel, dont les plans -rappellent les dispositions basilicales, n’ont de voûtes d’arête que -dans les bas côtés; leurs grandes nefs étaient couvertes en bois. La -très somptueuse église de Jumièges, qui fut commencée en 1040 et dont -les ruines sont une des merveilles de la Normandie, n’a jamais porté, -dans sa partie romane, que des lambris sur sa grande nef. - -Il faut aussi tenir compte du climat. Dans le même temps ou, dans les -pays septentrionaux, on en était encore aux essais timides du nouveau -système, les contrées méridionales étaient plus avancées et couvraient -déjà complètement leurs édifices par des voûtes. On voit s’élever à -Périgueux, dans la première moitié du XIᵉ siècle, une vaste église à -cinq coupoles, construite à l’imitation de l’église des Saints-Apôtres -de Constantinople, exemple complet d’un art admirable dans lequel on -voit les influences byzantines et syriennes réunies comme à souhait, -pour imprimer une impulsion nouvelle à l’architecture en apportant à -l’art roman un vivifiant concours dont les effets ont été si -manifestement féconds dans les siècles suivants. - -Afin de faciliter l’étude de l’_architecture romane_, nous croyons utile -d’établir l’ordre suivant pour les édifices présentant un grand intérêt -au double point de vue de la construction et de l’archéologie: -baptistères ou chapelles rurales et funéraires; églises de forme -basilicale; églises rondes ou polygones; églises voûtées, en nous -attachant seulement aux grandes divisions et aux caractères principaux -de l’architecture. D’ailleurs, les détails concernant les profils, les -appareils, la sculpture ont été si bien étudiés par de Caumont, si -parfaitement décrits par Quicherat et si admirablement dessinés par -Viollet-le-Duc qu’il n’est pas possible de faire plus ni mieux. Les -_Essais sur l’architecture religieuse du moyen âge_, les _Fragments d’un -cours d’archéologie_ et le _Dictionnaire raisonné de l’architecture -française_ sont, du reste, dans toutes les mains; nos lecteurs y -pourront trouver, avec les plus utiles enseignements, tous les détails -particuliers que nous croyons inutile de reprendre après les travaux des -auteurs que nous venons de citer. - - - - -CHAPITRE II - -BAPTISTÈRES OU CHAPELLES RURALES ET FUNÉRAIRES.--BAPTISTÈRE DE BIELLA -(ITALIE).--CHAPELLES RURALES DE SAINTE-CROIX, A MUNSTER (GRISONS), DE LA -TRINITÉ (ILE SAINT-HONORAT DE LÉRINS) ET DE QUERQUEVILLE (PRÈS DE -CHERBOURG).--BAPTISTÈRE OU CHAPELLE FUNÉRAIRE DE SAINTE-CROIX DE -MONTMAJOUR (FRANCE). - - -Il existe encore en divers pays de petits édifices anciens fort -intéressants: baptistères ou chapelles. - -Ces dernières sont sans doute des exemples des petites églises rurales -bâties en grand nombre dans les premiers siècles de notre ère et que les -textes du temps de Charlemagne désignent sous le nom de _Capella_[48]; -ou bien des oratoires élevés ordinairement dans le _charnier_ des villes -ou des grands établissements religieux. - -[Illustration: FIG. 92.--BAPTISTÈRE DE BIELLA (ITALIE). (Plan.)] - -Si l’on s’en rapportait seulement à la forme de ces petits édifices, on -pourrait dire que ce sont des baptistères. On sait que, dans les -premiers temps du christianisme, les baptistères étaient séparés des -églises[49]; ils avaient diverses formes: ils étaient carrés, octogones -ou ils présentaient en plan un trèfle ou un quatre-feuilles; la cuve -baptismale était au centre et les absidioles recevaient - -[Illustration: FIG. 93.--BAPTISTÈRE DE BIELLA (ITALIE). (Coupe -transversale.)] - -des autels sur lesquels on disait la messe, afin de donner la communion -aux néophytes après le baptême. - -Le baptistère de Novare est octogone (fig. 26 et 27), bâti vers le Vᵉ -siècle à l’exemple de celui que saint Sylvestre fit élever au siècle -précédent près de Saint-Jean-de-Latran. Celui de Biella (fig. 92 et 93), -qui date du IXᵉ siècle, donne en plan un quatre-feuilles et il rappelle -en élévation les dispositions de Novare. - -Suivant certains auteurs, le petit édifice de Sainte-Croix de -Montmajour, près d’Arles, qui date des premières années du XIᵉ siècle, -serait une chapelle funéraire, sans doute parce qu’elle est entourée de -tombes creusées dans le rocher; cependant il faut remarquer que -Sainte-Croix présente, aussi bien en plan qu’en élévation, des formes -presque identiques à celles du baptistère de Biella, qui est bien -désigné par des auteurs anciens comme un édifice ayant eu cette -destination dès son origine. - -[Illustration: FIG. 94. CHAPELLE SAINTE-CROIX, A MUNSTER, DANS LES -GRISONS (SUISSE).] - -«L’édifice de Biella consiste dans un étage limité par quatre absides ou -grandes niches ouvertes sur les côtés d’un carré central et dans une -espèce de tour qui surmonte ce carré et repose sur des arcs-doubleaux -construits en tête de niches... La tour attire l’attention par la -singularité de ses formes[50].» Des pendentifs furent établis à sa base -pour racheter le carré; mais, construits avec timidité ou inexpérience, -ils n’ont fait qu’arrondir les angles pour obtenir par une déformation -graduelle à peu près la forme hémisphérique de la coupole, surmontée -d’un petit campanile de beaucoup postérieur à la construction -primitive. - -La chapelle de Sainte-Croix à Munster (Grisons) est citée par des -auteurs anciens comme un édifice funéraire élevé à l’exemple des -chapelles des catacombes: _cellæ memoriæ_ qui servaient aux cérémonies -funèbres et commémoratives; cependant ce petit monument, qui date du -VIIᵉ siècle, dit-on, et qui présente en plan la réduction d’une grande -église, pourrait être un des exemples des petites églises rurales, -_capella_, bâties avant Charlemagne. Elle est formée d’une nef terminée -par une abside et accompagnée de deux absidioles donnant à la chapelle -la figure d’une croix latine. - -[Illustration: FIG. 95. CHAPELLE DE LA TRINITÉ (ILE SAINT-HONORAT DE -LÉRINS) (Plan.)] - -Il en pourrait être de même pour la chapelle de la Trinité, dans l’île -Saint-Honorat de Lérins et celle de Saint-Germain à Querqueville, près -de Cherbourg. - -La chapelle dédiée à la Sainte-Trinité s’élève à l’extrémité orientale -de l’île Saint-Honorat de Lérins, sur les côtes de la Méditerranée. - -«Au premier aspect, ce singulier édicule laisse une très grande -incertitude sur l’époque de sa construction; mais, après un examen plus -attentif, on reconnaît qu’elle doit être de beaucoup antérieure au XIᵉ -siècle. Composée d’appareils réguliers posés négligemment, dépourvue de -profils, sans la moindre décoration, cette chapelle a paru à tous les -archéologues et à tous les architectes qui l’ont visitée jusqu’à -présent, pouvoir être - -[Illustration: FIG. 96.--CHAPELLE DE LA TRINITÉ (ILE SAINT-HONORAT DE -LÉRINS.) (Coupe longitudinale.)] - -citée comme l’une des premières qui furent élevées dans la Gaule -chrétienne... Ce petit sanctuaire se compose d’une nef recouverte d’une -voûte plein cintre, terminée par une abside...; une petite coupole à -base circulaire et de forme conique surmonte l’espace compris entre la -nef, l’abside et les absidioles[51]...» - -Suivant Viollet-le-Duc il n’existerait pas en Occident une coupole plus -ancienne que celle de la chapelle de la Trinité, qui paraît remonter au -VIIᵉ siècle ou au VIIIᵉ siècle. «Et cet exemple, qui probablement -n’était pas le seul, indiquerait que les architectes de ce temps -étaient préoccupés de l’idée d’élever des coupoles sur pendentifs; car, -à coup sûr, il était vingt procédés plus simples pour voûter la travée -principale de cette chapelle, sans qu’il y eût nécessité de recourir à -ce moyen. Il y avait là évidemment l’idée d’imiter ces constructions -byzantines qui alors passaient pour les chefs-d’œuvre de l’art de -l’architecture[52].» - -[Illustration: FIG. 97. CHAPELLE DE SAINT-GERMAIN A QUERQUEVILLE (PRÈS -DE CHERBOURG). (Plan.)] - -La chapelle de Saint-Germain à Querqueville, près de Cherbourg, qui -aurait été construite vers la fin du XIᵉ siècle, pourrait bien avoir été -également une église rurale; sa forme actuelle rappelle celles de -Sainte-Croix de Munster et même de la Trinité; cependant la nef est -moderne et les amorces existant encore à sa jonction avec la -construction ancienne sembleraient indiquer que le quatrième côté était -semi-circulaire comme les trois autres et que la chapelle présentait -originellement la forme d’un quatre-feuilles. - -Le nom du pays, qui par son orthographe rappelle une origine -septentrionale, s’écrivait autrefois Kerkeville ou Kerkenville et -semblerait indiquer que ce petit édifice était une église rurale. - -[Illustration: FIG. 98.--CHAPELLE DE SAINT-GERMAIN, A QUERQUEVILLE (PRÈS -DE CHERBOURG). (Coupe transversale.)] - -[Illustration: FIG. 99. CHAPELLE SAINTE-CROIX DE MONTMAJOUR (PRÈS -D’ARLES). (Coupe longitudinale.)] - -Le plan de la chapelle Sainte-Croix de Montmajour est absolument -semblable à celui du baptistère de Biella (fig. 92). La seule différence -entre ces deux édifices réside dans le narthex ou porche qui précède -l’une des absides de la chapelle, laquelle donne en plan un -quatre-feuilles.--Au milieu, au-dessus du carré formé par l’intersection -des quatre absides semi-circulaires et voûtées en quart de sphère, -s’élève une coupole carrée en forme d’arc brisé que surmonte un -campanile ouvert sur ses quatre côtés et surmonté lui-même d’une petite -coupole carrée (coupe transversale, fig. 99). - -Suivant des auteurs modernes, Sainte-Croix devrait être considérée comme -une chapelle funéraire; ils s’appuient sur ce fait que les seules -fenêtres éclairant la chapelle s’ouvrent sur l’enclos servant de champ -de repos. «La nuit, une lampe brûlait au centre du monument et, -conformément à l’usage admis dans les premiers siècles du moyen âge, ces -trois fenêtres projetaient la lueur de la lampe dans le charnier[53].» - -[Illustration: FIG. 100. CHAPELLE SAINTE-CROIX DE MONTMAJOUR (PRÈS -D’ARLES). (Plan.)] - -Nous ferons remarquer à ce sujet que les tombes creusées dans le rocher, -en admettant qu’elles soient du temps de la chapelle, existent en avant -de l’édifice en bien plus grand nombre que partout ailleurs et que par -conséquent la lampe intérieure ne pouvait éclairer le cimetière. Puis, -nous insisterons sur l’identité du plan et de la coupe, que l’on peut -constater entre le baptistère de Biella et la chapelle funéraire, -présumée, de Sainte-Croix de Montmajour, - -[Illustration: FIG. 101.--CHAPELLE SAINTE-CROIX DE MONTMAJOUR (PRÈS -D’ARLES). (Vue perspective extérieure.)] - -ce qui permettrait de dire, sinon d’affirmer, que ce dernier monument -était, primitivement, un baptistère qui aurait été affecté plus tard à -un autre usage. - -Cette chapelle, ou ce baptistère, ressemble par son plan aux églises -byzantines; la construction, très savante et très soignée ainsi que les -profils, rappelle les monuments antiques si nombreux dans la région. - -Il faut noter que cet ouvrage, ainsi que l’église du monastère de -Montmajour, ont été bâtis dans les premières années du XIᵉ siècle et -qu’à cette époque on peut déjà constater la construction de voûtes en -forme d’_arcs brisés_ (vulgairement appelés _ogives_). - - - - -CHAPITRE III - -ÉGLISE DE FORME BASILICALE.--ÉGLISE DE VIGNORY.--ÉGLISE DE -SAINT-GENOU.--ÉGLISE DE CERISY-LA-FORÊT (FRANCE). - - -Les premières églises romanes n’eurent qu’une durée éphémère, soit par -les vices de leur construction, soit par la précipitation avec laquelle -elles avaient été bâties, ou soit encore par l’inexpérience des -constructeurs. - -Après plus ou moins d’années de service, ces édifices s’écroulèrent ou -durent être démolis. Quicherat nous apprend qu’on en sauva ce qu’on put: -des pans de murs, une abside, quelques arcades de nef, les cryptes dont -la construction s’était effectuée sans sortir des pratiques connues. Les -tours étaient dans le même cas, n’ayant que des étages étroits, enfermés -entre quatre murs; aussi sont-elles ce qui s’est le mieux conservé des -ouvrages de l’an 1000. Il y en a peu, parmi celles qui adhèrent aux -anciennes églises, dont la base ne remonte à cette antiquité. - -L’étude des monuments démontre l’existence précaire de ces édifices -primitifs. Ces faits sont très particulièrement prouvés par les -chroniques des cathédrales et des monastères mentionnant, dans le -courant du XIᵉ siècle, les mêmes faits d’écroulements partiels ou -complets, aussi fréquents, après l’an 1000, que l’avaient été avant -cette époque les relations d’incendies. - -«Ce fâcheux résultat du travail de la première heure paraît avoir -suggéré un compromis, auquel nous devons les monuments du XIᵉ siècle qui -se sont le mieux conservés[54].» - -Telles sont les églises dont certaines parties seulement sont voûtées, -tandis que le reste de l’édifice est couvert en bois. - -[Illustration: FIG. 102.--ÉGLISE DE VIGNORY, HAUTE MARNE (FRANCE). -(Plan.)] - -Quelques-uns de ces édifices sont parvenus jusqu’à nous dans leurs -dispositions primitives; telles sont les nefs de Jumièges, de -Montiérender et l’église de Vignory. - -La nef de cette dernière église, réminiscence des basiliques latines, -est formée de deux rangées d’arcades en plein cintre, au-dessus -desquelles s’élèvent d’autres arcades subdivisées, qui ne sont plus -qu’un simulacre traditionnel. A Vignory, ces arcatures supérieures -n’éclairent - -[Illustration: FIG. 103.--ÉGLISE DE VIGNORY, HAUTE-MARNE (FRANCE). -(Coupe transversale de la nef.)] - -pas une galerie haute, selon les dispositions des basiliques romaines, -et ces arcades superposées s’ouvrent sur les bas côtés, qui n’ont plus -qu’un étage. - -La nef et ces bas côtés sont couverts par une charpente apparente dont -la coupe (fig. 103) indique les dispositions. - -A l’extrémité orientale de la nef commence la partie - -[Illustration: FIG. 104.--ÉGLISE DE VIGNORY, HAUTE-MARNE (FRANCE). (Vue -perspective intérieure.)] - -voûtée; d’abord par un arc triomphal accompagné de deux autres plus -petits, puis par des voûtes latérales en berceau, renforcées par des -arcs-doubleaux, et enfin - -[Illustration: FIG. 105.--ÉGLISE DE SAINT-GENOU, INDRE (FRANCE). (Vue -perspective de la nef.)] - -par un berceau entourant le chœur semi-circulaire, voûté en quart de -sphère, de même que les trois chapelles cantonnant le pourtour de -l’abside. Il est bon de noter que le plan du chœur de l’église de -Vignory est semblable à celui de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem -(fig. 119 et 120). - -«Dès la fin du Xᵉ siècle, on voit quelquefois les bas côtés conduits -tout autour du chœur et du sanctuaire, et communiquer avec lui par des -arcades portées sur des colonnes; ces bas côtés durent, dès cette -époque, donner asile à quelques chapelles. Au XIᵉ siècle, l’allongement -du chœur et ces dispositions devinrent d’un usage général dans les -grandes églises. Les bas côtés font le tour du sanctuaire... à l’église -_de Vignory_ et dans les grandes églises de Saint-Savin, de -Saint-Hilaire de Poitiers[55], etc.» - -L’église de Saint-Genou (Indre) a conservé à l’intérieur l’aspect d’une -basilique antique, dont elle rappelle en plan les dispositions -caractéristiques (fig. 105). - -La nef de l’ancienne église du monastère de l’ordre de Saint-Benoît est -formée de deux rangs de colonnes, dont les fûts sont composés d’assises -régulières, reliées par des arcs étroits. Entre ces arcs et les fenêtres -hautes, à plein cintre, éclairant le vaisseau, une rangée d’arcatures -est composée de colonnettes trapues supportant de petits arcs très -solidement appareillés. - -Il y a évidemment, à Saint-Genou comme à Vignory, une réminiscence très -marquée des dispositions adoptées par les architectes romains pour les -galeries hautes des basiliques. A Saint-Genou, l’arcature aveugle n’est -plus qu’un ornement traditionnel décorant la partie occupée par le -comble en appentis du bas côté. - -[Illustration: FIG. 106. ÉGLISE ABBATIALE DE CERISY-LA-FORÊT, MANCHE -(FRANCE). (Plan.)] - -La sculpture des grands et des petits chapiteaux supportant les arcs et -les arcatures est curieuse, parce qu’elle montre, sous une traduction -plastique très grossière, ou plutôt très naïve, les influences antiques -et byzantines. Elles sont très nettement accusées par les détails de -l’ornementation, rappelant à l’état rudimentaire les volutes ioniques, -les feuilles d’acanthe corinthiennes, les ornements plats découpés des -Arabes, en même temps que des têtes affrontées, expression d’un art plus -ancien dont l’origine orientale n’est pas douteuse. - -Un grand nombre d’églises construites vers la première moitié du XIᵉ -siècle conservèrent longtemps, surtout dans les pays du nord de -l’Europe, aussi bien en Allemagne qu’en France, les traditions -basilicales, tout en adoptant les lois de la construction nouvelle; -cependant ces premiers ouvrages témoignent encore de la grande timidité -des constructeurs, principalement en ce qui touche au voûtement des -grandes nefs. La voûte d’arête, celle en quart de sphère et même les -petites coupoles leur étaient déjà familières et l’emploi fréquent; mais -on voit qu’ils hésitèrent longtemps, en raison des accidents nombreux -qui avaient marqué les premiers essais, et qu’ils cherchèrent longtemps -la formule du système de construction qu’ils devaient si bien appliquer -dès le siècle suivant. - -Aussi les architectes du XIᵉ siècle adoptèrent-ils divers modes de -construction pour les églises. Les unes avaient leurs nefs et leurs bas -côtés couverts en bois, comme à Vignory (fig. 103 et 104); les autres -conservaient seulement une charpente apparente sur la nef centrale et -couvraient les bas côtés par des voûtes d’arête et les absides et -absidioles par des voûtes en berceau et en quart de sphère. - -Au centre des édifices bâtis vers cette époque s’élevait généralement -une _tour-lanterne_[56], portée sur les arcs triomphaux de la nef, de -l’abside et sur les arcs latéraux du transsept; si elle n’indique plus -extérieurement, comme dans les premiers temps du christianisme, -l’emplacement de l’autel majeur, elle éclaire largement le centre de -l’église, en répandant la lumière sur le chœur et le sanctuaire. - -Nous avons indiqué les origines des tours-lanternes; elles sont fort -anciennes, car nous en voyons un des premiers exemples à Saint-Georges -d’Ezra, dans la Syrie centrale[57], construit à la date certaine de 516 -de notre ère; puis à diverses églises byzantines, notamment à l’église -de Théotocos, bâtie à Constantinople au IXᵉ siècle[58], à l’église -palatine d’Aix-la-Chapelle et à celle de Germiny-des-Prés[59]. - -[Illustration: FIG. 107.--ÉGLISE ABBATIALE DE CERISY-LA-FORÊT, MANCHE -(FRANCE). (Coupe transversale de la nef.)] - -Afin de diminuer la propagation des incendies, la nef était -généralement, dans le haut des combles, séparée du reste de l’édifice -par un pignon s’élevant au-dessus de l’arc triomphal à l’entrée du -transsept et formant une des faces de la tour centrale; c’est une -imitation lointaine de l’architecture syrienne que nous avons vue dans -la première partie. L’église de Roueiha, dans la Syrie centrale (fig. 47 -et 48), a été construite au VIᵉ siècle; elle présente cette ingénieuse -disposition qui, non seulement sépare la nef du transsept et du chœur, -mais divise, à l’aide des pignons élevés sur les arcs-doubleaux de la -nef, le vaisseau en plusieurs compartiments, afin d’atténuer les effets -de l’incendie des charpentes. (Voir Saint-Sernin de Toulouse.) - -L’église abbatiale de Cerisy-la-Forêt fut élevée vers 1020 par -l’arrière-petit-fils de Rollon, Richard II, duc de Normandie. Elle -rappelle les dispositions des basiliques antiques, et surtout celles de -la Syrie centrale, par le plan des nefs et des transsepts, et celles des -églises byzantines par le prolongement de l’abside et des absidioles -adjacentes[60]. Par sa coupe transversale (fig. 107), elle ressemble aux -églises syriennes, et particulièrement à celles de Roueiha et de -Tourmanin[61]. La seule différence consiste dans l’importance plus -grande qui a été donnée au transsept par l’adjonction de travées -débordant le vaisseau antérieur; chacune de ces travées est terminée par -une absidiole voûtée en quart de sphère. - -L’église abbatiale de Cerisy-la-Forêt présente un exemple des édifices -bâtis au commencement du XIᵉ siècle par des constructeurs hésitants. - -Le chœur, l’abside et les absidioles adjacentes sont voûtés en berceau -et en quart de sphère; les bas côtés, couverts par des voûtes d’arête, -sont très savamment construits comme les autres ouvrages voûtés; mais la -nef seule est couverte en charpente. Chaque travée est marquée par une -colonne engagée montant d’un trait du sol à la corniche supérieure, pour -recevoir une des maîtresses-fermes de la charpente apparente. - -[Illustration: FIG. 108.--ÉGLISE ABBATIALE DE CERISY-LA-FORÊT, MANCHE -(FRANCE). (Coupe longitudinale, fragment.)] - -La nef est formée par deux rangs d’arcades superposées, retombant sur un -faisceau de colonnes engagées et de pilastres composant chaque pilier. -La galerie basse est voûtée d’arête et la galerie haute est couverte -par une charpente en appentis. Au-dessus de ces arcades, une rangée -d’arcatures décore la partie supérieure de la nef et forme avec le mur -extérieur un passage étroit établissant une circulation autour de -l’édifice, coupes (fig. 107 et 108). - - - - -CHAPITRE IV - -ÉGLISE ABBATIALE DU MONT SAINT-MICHEL (FRANCE).--ÉGLISE DE WALTHAM-ABBEY -(ANGLETERRE).--ÉGLISE DE PETERBOROUGH (ANGLETERRE).--CLOÎTRE DE MOISSAC -(FRANCE). - - -L’église abbatiale du Mont Saint-Michel présente en plan des -dispositions analogues à celle de Cerisy-la-Forêt et rappelle les mêmes -influences latines et byzantines. Si l’on en croit les traditions, elle -aurait été élevée sur les vestiges d’un oratoire érigé par saint Aubert -au VIIIᵉ siècle et sur les ruines d’une église construite au Xᵉ siècle -par Richard Iᵉʳ, petit-fils de Rollon. Il ne subsiste aucune trace des -édifices des VIIIᵉ et Xᵉ siècles; mais de l’église fondée en 1020 par -Richard II, duc de Normandie, il reste encore le transsept et la plus -grande partie de la nef. - -L’église fut commencée en 1020 par Hildebert II, quatrième abbé du Mont -Saint-Michel (de 1017 à 1023), et que Richard II chargea du détail des -travaux. C’est à Hildebert qu’il faut attribuer les vastes substructions -de l’édifice roman qui, principalement du côté occidental, ont des -proportions gigantesques. Au lieu de saper la crête de la montagne, et -surtout pour ne rien enlever - -[Illustration: FIG. 109.--ÉGLISE ABBATIALE DU MONT SAINT-MICHEL -(FRANCE). (Plan.)] - -à la majesté du piédestal, l’architecte construisit un vaste plateau -dont le centre affleure l’extrémité du rocher, dont les côtés reposent -sur des murs et des piles reliés par des voûtes, et forment un -soubassement d’une solidité parfaite[62]. - -Cette immense construction, dont le sol est à 80 mètres au-dessus du -niveau moyen de la mer, est admirable en tous points; d’abord par la -grandeur de la conception et par les efforts qu’il a fallu faire pour la -réaliser au milieu d’obstacles de toute nature résultant de la situation -même, de la difficulté d’approvisionnement des matériaux et des moyens -restreints de les mettre en œuvre. - -[Illustration: FIG. 110. ÉGLISE ABBATIALE DU MONT SAINT-MICHEL (FRANCE). -(Coupe transversale de la nef.)] - -La figure 109 donne le plan de l’église après son achèvement; la -silhouette ponctuée à l’est est celle du chœur reconstruit au XVᵉ -siècle; les lignes ponctuées à l’ouest indiquent les constructions -ajoutées par Robert de Torigni, de 1154 à 1186. - -[Illustration: FIG. 111. ÉGLISE ABBATIALE DU MONT SAINT-MICHEL (FRANCE). -(Coupe longitudinale, fragment.)] - -Ce vaste édifice, élevé sur le plateau artificiel construit par -Hildebert, avait alors la forme d’une croix latine figurée par le chœur, -par le transsept et par la nef composée de sept travées.--Il en reste -quatre; les trois premières ont été détruites en 1776.--Au centre, les -arcs triomphaux de la nef et du chœur, ainsi que les arcs latéraux du -transsept, supportaient la tour-lanterne que Bernard du Bec, treizième -abbé du Mont, de 1131 à 1149, construisit en 1135, et dont les vestiges -sont encore visibles sur les quatre faces de la tour-lanterne, -au-dessous de la massive pyramide construite en 1602. - -Ainsi que la plupart des églises romanes construites dans le nord de -l’Europe et notamment en Normandie, la nef centrale était couverte par -une charpente apparente. Le chœur et l’abside étaient couverts par des -voûtes en berceau ou en quart de sphère; les absidioles du transsept -sont voûtées de même, c’est-à-dire en quart de sphère. - -Les bas côtés sont couverts par des voûtes, composées d’arcs-doubleaux -dont les intervalles sont remplis par des voûtes d’arête. - -Les piles carrées sont cantonnées par quatre colonnes engagées (fig. -109). Les colonnes, placées du côté de la nef, s’élèvent jusqu’à la -corniche supérieure et supportaient les fermes de la charpente apparente -(fig. 110 et 111); les trois autres colonnes, surmontées de chapiteaux, -reçoivent les arcs-doubleaux du mur latéral et ceux des bas côtés. - -Le transsept et les absidioles ont conservé leurs dispositions -anciennes, sauf la charpente supérieure apparente; la façade du côté -nord du transsept a été modifiée au XIIIᵉ siècle par la construction du -cloître. - -Le chœur roman s’est écroulé en 1421; il avait les mêmes dispositions -qu’à Cerisy-la-Forêt. - - * * * * * - -L’architecture romane a exercé sur l’architecture de l’Angleterre une -influence certaine, qui s’est manifestée dès les premiers temps de la -conquête normande; cette influence s’est établie naturellement, car les -édifices élevés vers la fin du XIᵉ siècle de chaque côté du détroit -furent bâtis par des architectes normands ou par des constructeurs -instruits en Normandie, où l’architecture romane avait fait déjà à cette -époque de si grands progrès. Lorsque les Normands envahirent -l’Angleterre après la conquête, ils y trouvèrent une civilisation -chrétienne consacrée déjà par une longue suite de siècles. -L’architecture nationale, autant qu’on en peut juger par les rares -documents qui sont parvenus jusqu’à nous, suivait, pour la construction -des édifices religieux, la tradition basilicale, traduite grossièrement -par les Saxons qui, ne connaissant pas la voûte ou n’osant pas encore -l’employer, couvraient leurs églises en bois. - -[Illustration: FIG. 112.--ÉGLISE DE WALTHAM-ABBEY (ANGLETERRE). (Plan.)] - -«Ce système de couverture était tellement ancré dans la pratique des -constructeurs indigènes qu’on ne pourrait citer, dans toute -l’architecture anglaise de l’époque, un seul exemple de nef voûtée. Même -après la conquête normande, on voit s’élancer des piliers de hautes -colonnes, qui vont jusqu’au haut des nefs chercher des arcs imaginaires, -à défaut desquels elles s’arrêtent brusquement sous des charpentes -plates, peintes et dorées. - -«Comme en Normandie, cependant, toute la construction semble attendre -une couverture voûtée. Les piliers sont, ou bien de lourdes piles -cylindriques dressées en petit appareil, ou bien des massifs formés de -demi-colonnes et d’autres moulures rondes; leurs bases se composent d’un -simple tore et d’une plinthe chanfreinée; leurs chapiteaux constituent -une variante rudimentaire du chapiteau cubique[63].» - -[Illustration: FIG. 113.--ÉGLISE DE WALTHAM-ABBEY (ANGLETERRE). (Coupe -transversale de la nef.)] - -L’église abbatiale de Waltham a été construite selon ce programme, à la -fin du XIᵉ siècle ou au commencement du siècle suivant; la nef se -compose de deux rangs d’arcades superposées, s’élevant du sol à la -corniche supportant la charpente sans aucune liaison avec les murs -latéraux; l’arcade supérieure n’est qu’une décoration traditionnelle, -car elle n’éclaire, comme l’arcade inférieure, que le bas côté d’un -seul étage couvert par une charpente apparente. Le mur intérieur de la -nef est d’une grande épaisseur et semble avoir été préparé pour résister -facilement à la poussée des voûtes de la nef. - -Les dispositions générales et les détails de la construction rappellent -les églises de la Normandie, mais plus particulièrement celle de -Cerisy-la-Forêt, dont l’église de Waltham-Abbey semble être une copie -servile, sauf par les petits détails de l’arrangement des arcatures -supérieures de la nef. Il est intéressant de comparer la coupe figure -114 avec celle de Cerisy-la-Forêt, figure 108. - -[Illustration: FIG. 114.--ÉGLISE DE WALTHAM-ABBEY (ANGLETERRE). (Coupe -longitudinale, fragment.)] - -L’église ou la cathédrale de Peterborough, construite ou commencée dans -les premières années du XIIᵉ siècle, présente une ressemblance plus -complète encore avec l’église abbatiale de Cerisy-la-Forêt. - -La nef centrale est couverte en charpente et les bas côtés sont -voûtés,--avec cette particularité que les voûtes ne sont pas d’arête, -mais reposent sur des _croisées d’ogives_. - -Ces bas côtés sont surmontés de galeries, couvertes par une charpente -apparente en appentis et ouvrant par des arcades géminées sur le -vaisseau central (fig. 117). Une étroite galerie ménagée dans -l’épaisseur des murs - -[Illustration: FIG. 115.--ÉGLISE DE PETERBOROUGH (ANGLETERRE). (Plan.)] - -de la nef, comme à Cerisy-la-Forêt, et de même qu’à Waltham-Abbey, -établit une circulation autour de l’édifice à la hauteur des fenêtres -hautes de la nef. - -Au centre de l’édifice s’élève une tour-lanterne portée sur quatre -grosses piles formant la croisée du transsept et de la nef, à l’exemple -des églises romanes du continent. Dans les églises anglaises comme dans -les églises normandes, les archivoltes des arcades, les encadrements des -galeries et surtout les portails reproduisent à profusion les ornements -linéaires particuliers à l’école normande, billettes, pointes de -diamants, - -[Illustration: FIG. 116.--ÉGLISE DE PETERBOROUGH (ANGLETERRE). - -(Coupe transversale.)] - -étoiles, dessins imbriqués ou à bâtons rompus, etc. - -La façade de l’église-cathédrale de Peterborough s’ouvre entre deux -clochers placés en avant et à côté des collatéraux, et terminés -horizontalement par une forte corniche à créneaux. Les portails sont en -plein cintre, sans linteau ni tympan, la porte s’ouvrant dans toute la -hauteur de l’ouverture. - -La plupart des églises et des cathédrales d’Angleterre remontent à -l’époque normande; mais comme elles ont été agrandies et transformées à -différentes époques, on ne retrouve des traces de leur origine romane -que dans les cryptes ou confessions sur - -[Illustration: FIG. 117.--ÉGLISE DE PETERBOROUGH (ANGLETERRE). - -(Coupe longitudinale, fragment.)] - -lesquelles elles ont été élevées. - -La cathédrale de Winchester, qui date de la fin du XIᵉ siècle, possède -encore un transsept et une grande crypte primitifs; d’autres cryptes -importantes existent à Worcester et à Canterbury, ainsi qu’à l’église de -Gloucester, dont le chœur est également de la fin du XIᵉ siècle. - -La cathédrale de Norwick, fondée en 1096, est un spécimen des formes -très allongées données au chœur et qui sont très particulières aux -églises romanes de l’Angleterre. - -La cathédrale de Peterborough, achevée vers la fin du XIᵉ siècle, - -[Illustration: FIG. 118.--CLOÎTRE DE MOISSAC (FRANCE). (Vue perspective -des galeries.)] - -présente tous les caractères des édifices bâtis du XIᵉ au XIIᵉ siècle, -sous l’influence directe de l’architecture romane continentale, à -laquelle elle ressemble absolument par la grandeur des dimensions, par -la proportion des arcades et même par les détails de son ornementation. -Ces divers éléments primitifs se sont transformés et constituent le fond -de l’architecture anglaise, ou plutôt anglo-normande, dans laquelle on -retrouve toujours les traces de son origine romane. - - * * * * * - -Les cloîtres des abbayes sont une réminiscence de l’_atrium_ qui -précédait les basiliques chrétiennes primitives. A partir du VIᵉ siècle, -ainsi que nous l’avons vu[64], la plupart des basiliques furent -affectées à des communautés religieuses, et les bâtiments réguliers -nécessaires furent établis sur l’un des côtés de l’église, autour d’une -cour _carrée_. C’est sur ce point que fut transporté, sous le nom de -cloître--_claustrum_--le _quadri-portique_, devenu inutile sur la -façade. - -Le cloître de Moissac, s’il ne peut pas être classé parmi les édifices -de forme basilicale, doit être compté au nombre de ceux qui s’en -rapprochent le plus par le système de leur construction. La forme est -rectangulaire; les galeries, couvertes par une charpente apparente, sont -construites en briques, unies ou moulurées; elles sont formées d’une -série d’arcatures en arcs brisés, retombant alternativement sur une -colonnette ou deux colonnettes jumellées et sur des piliers carrés -assurant la stabilité des fragiles arcatures; les colonnettes portent -des chapiteaux trop lourds par rapport à leur diamètre. - -Ces chapiteaux, très richement, mais très naïvement sculptés, en -rappelant les traditions byzantines, ainsi que les grandes figures -décorant les piliers carrés, proviennent d’un édifice du XIᵉ siècle, -dont les fragments ont servi à reconstruire les bâtiments claustraux -dans les premières années du XIIᵉ siècle. - -La reconstruction du cloître, si amplement orné de sculptures, -antérieurement à la soumission des moines de Moissac aux règles de -Cîteaux, explique la contradiction qui existe entre la réforme imposée -par saint Bernard relativement à la somptuosité des constructions -monastiques et la richesse ornementale du cloître. - - - - -CHAPITRE V - -ÉGLISES RONDES ET POLYGONES.--ÉGLISE DU SAINT-SÉPULCRE A JÉRUSALEM. - - -Sans vouloir faire l’historique des temples ronds, il est juste de -rappeler tout d’abord l’un des plus anciens des édifices de ce genre: le -Panthéon d’Agrippa, à Rome, que nous avons étudié avec l’attention que -mérite l’un des chefs-d’œuvre du génie romain[65]. - -«Le vaste répertoire de l’architecture romane offre un certain nombre -d’églises et de chapelles singulières par leur forme, qui est ronde ou -approchant du rond. Elles dérivent d’édifices dont l’idée première -remontait à l’antiquité chrétienne, quoique plusieurs d’entre elles -aient été prises plus d’une fois pour des monuments païens... Le -Saint-Sépulcre, dont la conquête fut le but de la première croisade, -n’était plus l’éminente et magnifique basilique que Constantin avait -fait bâtir sur l’emplacement assigné par la tradition au tombeau du -Sauveur. Deux fois reconstruit, après deux destructions, l’une par les -Perses, l’autre par les Arabes, il avait reçu, dès le VIIᵉ siècle, la -forme qu’on lui voit encore aujourd’hui: celle d’une rotonde avec bas -côté étagé; seulement cette rotonde, que les modernes ont coiffée d’une -coupole en maçonnerie, reçut d’abord et garda pendant toute la durée du -moyen âge un chapeau de charpente en forme de cône tronqué et ouvert à -son sommet. Par là, le Saint-Sépulcre ressemblait aux temples hypèthres -de l’antiquité. Son plan, d’ailleurs, n’était pas une nouveauté. Des -rotondes avaient été construites pour l’exercice du culte chrétien avant -le sac de Jérusalem par les Perses: témoin Sainte-Constance[66] et -Saint-Étienne-le-Rond, à Rome, et notre Saint-Germain-l’Auxerrois de -Paris, qui commença par être une église ronde, et bien d’autres encore. -On ne peut donc pas dire que le Saint-Sépulcre renouvelé ait été la -première église bâtie en rond; mais il est certain que, sous cette -forme, elle devint un type qu’on imita dans toute la chrétienté. -L’histoire nous apprend qu’on en fit en France, au XIᵉ et encore au XIIᵉ -siècle[67], beaucoup de copies sur une grande échelle. Elles ne durèrent -pas, car nous voyons à leur place des églises dans la forme ordinaire, -par conséquent reconstruites. La disparition de ces églises, construites -par les architectes romans à l’instar du Saint-Sépulcre, résulte des -vices de construction de leur couverture. Tantôt, en effet, on voulut -les coiffer de coupoles qui s’écroulèrent, tantôt on chercha à éluder la -difficulté de construire une coupole en les recouvrant, comme le -Saint-Sépulcre de Jérusalem, d’ouvrages en charpente; mais ces ouvrages -furent la proie des flammes et entraînèrent dans leur ruine le bâtiment -lui-même. Pourtant deux de ces essais, Saint-Bénigne de Dijon et -l’église de Charroux, ont subsisté jusque dans les premières années de -ce siècle, grâce à ce que la plus grande partie de leur diamètre avait -été donnée au bas côté, tandis que la rotonde centrale y était -extrêmement exiguë et, par conséquent, plus facile à couvrir; encore -celle de Saint-Bénigne fut-elle hypèthre. Les imitations en petit, qui -se sont conservées, permettent de conjecturer ce que furent la plupart -de ces grands édifices[68].» - -Parmi les églises rondes les plus intéressantes, il faut citer: le -Saint-Sépulcre de Neuvy (Cher), commencé en 1045, abandonné à la hauteur -du premier étage et achevé un siècle plus tard; Saint-Bonnet-la-Rivière -(Corrèze), dont la rotonde intérieure, de 10 mètres environ de -diamètre, portée sur dix colonnes, est couverte en charpente ainsi que -le bas côté; le temple de Lanleff (Côtes-du-Nord), ou prétendu tel, -ruiné depuis des siècles et dont la rotonde intérieure, de 10 mètres, -est portée sur douze arcades romanes; et enfin l’église Sainte-Croix, à -Quimperlé, bâtie en 1081, qui s’écroula en 1862 et qui a été -reconstruite sur ses vestiges dans ces dernières années. - -Le prototype des églises polygones construites en Occident paraît avoir -été l’église à huit pans, appelée le _Temple d’or_, que Constantin fit -élever à Antioche, au IVᵉ siècle de notre ère. - -Le plus ancien monument de ce genre en Europe est la chapelle palatine -d’Aix, bâtie sous Charlemagne, dans les dernières années du VIIIᵉ -siècle. - -On connaît deux copies à peu près fidèles de l’église d’Aix-la-Chapelle: -l’une du XIᵉ siècle, à Nimègue (Pays-Bas), et l’autre du XIIᵉ, à -Ottmarsheim (Alsace) (fig. 122 et 123). On connaît également des dérivés -de ce type: l’église de Rieux-Mérinville, en France, et l’église du -Saint-Sépulcre, à Cambridge, en Angleterre. - -Les templiers affectionnèrent la forme octogone, sans doute parce -qu’elle se rapprochait de celle de leur église mère, à Jérusalem, qui -avait été élevée elle-même sur le plan du Saint-Sépulcre. - - * * * * * - -Les premières constructions de l’église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, -furent faites d’après les ordres de Constantin. - -«Commencées en 326, elles furent achevées en 335, année de leur -dédicace. Elles comprenaient une grande basilique, des cours et des -colonnades (fig. 119). Ces magnifiques édifices furent totalement rasés, -en 614, par Chosroës II, roi des Perses. A ses bandes victorieuses -s’étaient joints des milliers de Juifs, qui furent les plus acharnés à -l’œuvre de massacre et de destruction... La restauration fut entreprise -par un moine nommé Modeste, supérieur du couvent de Théodose, et depuis -patriarche de Jérusalem. Avec l’aide de saint Jean l’Aumônier, -patriarche d’Alexandrie, elle fut achevée dans l’espace de quinze -années. Modeste ne put pas, comme Constantin, recouvrir d’une seule et -immense basilique l’ensemble des Saints Lieux; il se borna à construire -sur chaque emplacement vénéré une petite église selon le goût du -temps... Ce fut dans cette nouvelle église de la Résurrection que, le 14 -septembre 629, l’empereur Héraclius II, vainqueur à son tour de -Chosroës, rapporta sur ses épaules le bois de la vraie croix, précieux -trophée de ses triomphes. Mais le règne des chrétiens ne devait pas être -de longue durée. Huit ans après l’exaltation de la croix, les disciples -de Mahomet, vainqueurs d’Héraclius et de Jezdegerd, maîtres de la Syrie -et de la Perse, assiégeaient Jérusalem... Le patriarche Sophronius se -mit à la tête des habitants et, par sa vigoureuse résistance, obtint au -moins une capitulation. Le premier article stipulait que le calife -recevrait lui-même la soumission des vaincus. Omar vint donc de -Médine... Il conclut devant la porte de la ville sainte un traité qui -garantissait aux chrétiens la possession de leurs églises et la liberté -de leur culte... Puis il entra dans Jérusalem, alla prier sur les -marches de la porte orientale de l’église du Saint-Sépulcre et jeta les -fondements d’une mosquée sur les ruines du temple, après avoir indiqué -l’emplacement de la grande coupole qui porte vulgairement son nom (637). -Depuis ce temps jusqu’au commencement du XIᵉ siècle, l’église de -Jérusalem traversa diverses alternatives de repos et de persécution. Le -règne le plus heureux fut celui du célèbre Haroun-al-Raschid (786 à -809). Les chrétiens durent à la modération du calife et à ses relations -amicales avec Charlemagne quelques années de tranquillité. On sait que -le nouvel empereur d’Occident inaugura cette protection, dont l’exercice -séculaire devint le droit et l’honneur du souverain de la France; vers -l’an 800, il envoya d’abondantes aumônes en Terre-Sainte pour la -réparation des églises... L’époque la plus triste de toute cette période -fut celle qui suivit la mort d’Haroun-al-Raschid; à la faveur de -l’anarchie qui désola l’empire arabe, la persécution s’étendit sur la -communauté chrétienne... Le nouveau souverain, - -[Illustration: FIG. 119.--ÉGLISE DU SAINT-SÉPULCRE (JÉRUSALEM). - -(Plan de la basilique de Constantin restaurée.)] - -Hakem-Biamr-Illah, en 996, ordonna la destruction complète des églises -de Jérusalem, poussé, dit Raoul Glaber, par les Juifs d’Occident... Les -ordres du calife furent sévèrement exécutés; les églises de la -Résurrection, du Calvaire, de Sainte-Marie, de Sainte-Hélène tombèrent -sous le marteau et la torche des démolisseurs; le saint tombeau échappa -seul à l’action du fer et du feu... On attribue à l’intervention de -Marie, mère de Hakem et sœur des deux patriarches de Jérusalem et -d’Alexandrie, le brusque changement qui se fit dans les dispositions du -vainqueur. L’année même de la destruction des églises saintes (1010), il -permit de les restaurer. Alors, dit Raoul Glaber, accourut de tout -l’univers une foule immense de pèlerins apportant de l’argent pour la -reconstruction de la maison de Dieu. Mais les - -[Illustration: FIG. 120.--ÉGLISE DU SAINT-SÉPULCRE (JÉRUSALEM). - -(Plan depuis le VIᵉ siècle.)] - -ressources n’étant pas suffisantes, on se contenta d’une restauration -partielle... La reconstruction fut reprise sous la direction -d’architectes grecs et achevée en 1048. - -«Depuis cette époque jusqu’aux croisades, ces édifices ne semblent pas -avoir subi de changements. - -[Illustration: FIG. 121.--ÉGLISE DU SAINT-SÉPULCRE (JÉRUSALEM). - -(Coupe longitudinale, fragment.)] - -Pendant les premières années de l’occupation franque, les vainqueurs, -occupés à consolider leur conquête, n’eurent pas assez de loisirs pour -travailler à l’agrandissement des églises... Quelques années plus tard, -dans les premières années du XIIᵉ siècle, les croisés se mirent à -l’œuvre et réunirent dans un seul monument tous les sanctuaires isolés -jusque-là. Leurs constructions subsistent encore[69] (fig. 124 et 125).» - - - - -CHAPITRE VI - -ÉGLISE D’OTTMARSHEIM (ALSACE).--ÉGLISE DE RIEUX-MÉRINVILLE -(FRANCE).--ÉGLISE DE CAMBRIDGE (ANGLETERRE). - - -La chapelle du palais de Charlemagne, construite à Aix, à l’exemple de -Saint-Vital de Ravenne, qui avait été lui-même élevé sur le modèle du -_Temple d’or_ que Constantin fit construire à Antioche en l’honneur de -la Vierge, eut une grande influence sur les progrès de l’art dans les -pays voisins. Cette forme nouvelle, importée d’Orient et adoptée par le -plus puissant souverain de son temps, ne pouvait manquer d’être imitée -surtout par les architectes francs, qui reçurent plus directement les -rayons de l’art carolingien. - -[Illustration: FIG. 122.--ÉGLISE D’OTTMARSHEIM (ALSACE). (Plan.)] - -L’église octogone d’Ottmarsheim, dans la haute Alsace, fut bâtie, selon -les chroniqueurs romans, par le frère de Vernher, évêque de Strasbourg, -fondateur d’une abbaye de l’ordre de Saint-Benoît: Rodolphe de Souabe, -anti-empereur en 1077 et célèbre par le rôle qu’il joua à cette époque -dans la querelle des _Investitures_. - -L’imitation de l’église carolingienne d’Aix-la-Chapelle est presque -complète. La nef centrale d’Ottmarsheim est un octogone couronné par une -coupole ovoïde - -[Illustration: FIG. 123.--ÉGLISE D’OTTMARSHEIM (ALSACE). - -(Coupe longitudinale.)] - -dont les dispositions, réduites dans leurs dimensions, sont identiques à -celle d’Aix-la-Chapelle. Cette coupole s’élève également sur des piles -reliées par des arcades superposées; les unes, inférieures, -correspondant aux bas côtés du pourtour; les autres à la galerie -supérieure surmontant ce bas côté. Mais la différence s’établit par la -forme du mur extérieur; il n’est plus à seize pans comme il l’est à Aix; -il reste octogone, et les voûtes superposées du bas côté forment des -compartiments alternativement carrés ou triangulaires. - -A Aix-la-Chapelle, l’architecture romane s’annonçait; elle s’affirme à -Ottmarsheim par l’emploi systématique des arcs-doubleaux dans les -voûtes; cependant l’influence de l’art byzantin est encore très -caractérisée par l’absence de contreforts et par les détails de la -construction. - - * * * * * - -Le monument de Rieux-Mérinville, près de Carcassonne, dont la -construction remonte à la fin du XIᵉ siècle, est évidemment une des -nombreuses imitations de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem. - -[Illustration: FIG. 124.--ÉGLISE DE RIEUX-MÉRINVILLE (FRANCE). (Plan.)] - -Les églises circulaires ou celles qui se rapprochent de cette forme, par -le nombre plus ou moins grand des côtés inscrits dans le cercle, sont -fort rares en France et même dans le reste de l’Europe. - -Le plan de l’église de Rieux-Mérinville est un polygone de quatorze -côtés, enveloppant un heptagone qui forme le centre de l’édifice; -au-dessus des sept arcades, supportées par des colonnes ou des faisceaux -de colonnettes, s’élève une coupole sur le plan du polygone intérieur, -dont les pans se perdent en moulant vers le sommet ovoïde. - -Le mur extérieur se compose de quatorze pans, dont chaque angle est -renforcé à l’intérieur et à l’extérieur par des colonnes engagées qui -maintiennent la poussée des arêtiers de la voûte intérieure. Cette -voûte, couvrant le bas côté enveloppant toute la nef centrale, est en -quart de cercle, et elle est très judicieusement construite en -demi-berceau contrebutant la coupole centrale, - -[Illustration: FIG. 125.--ÉGLISE DE RIEUX-MÉRINVILLE (FRANCE). - -(Coupe.)] - -dont chaque pan est maintenu par deux de ces demi-berceaux. Chaque pan -du mur d’enveloppe est décoré à l’intérieur d’une arcade plein cintre -retombant sur des colonnettes correspondant dans l’angle intérieur aux -colonnes engagées renforçant chacun des angles extérieurs; au-dessus de -ces arcades, de petites fenêtres largement ébrasées à l’extérieur -éclairent, insuffisamment d’ailleurs, l’intérieur de l’église. La porte -principale est à l’ouest, et une petite porte, beaucoup plus richement -décorée, s’ouvre au sud. - -Le parti architectonique de ce curieux monument indique très nettement -l’influence byzantine, de même que les détails et surtout la sculpture -conservent des traces accusées des traditions latines mêlées aux -premières manifestations de l’art roman nouveau. Les chapiteaux, très -finement sculptés, imitent les feuilles d’acanthe corinthiennes -confondues avec l’ingénieuse ornementation du XIIᵉ siècle, très marquée -par la fine ciselure des tailloirs, aussi bien que par la somptuosité -toute méridionale de sa sculpture décorative. - - * * * * * - -[Illustration: FIG. 126. - -ÉGLISE DU SAINT-SÉPULCRE, A CAMBRIDGE (ANGLETERRE). - -(Plan.)] - -L’église du Saint-Sépulcre de Cambridge paraît avoir été construite à -l’imitation de la chapelle palatine de Charlemagne plutôt qu’à l’exemple -de la célèbre église élevée à Jérusalem sur le tombeau du Christ. - -Suivant les auteurs anglais, elle serait la plus ancienne des églises -rondes de l’Angleterre et elle remonterait à Henri Beauclerc qui mourut -en 1135 ou, tout au moins, à la première moitié du XIIᵉ siècle. - -Elle a beaucoup d’analogie, comme parti architectonique, avec l’église -de Peterborough qui est certainement une imitation des églises normandes -du XIᵉ siècle (fig. 116 et 117). Dans tous les cas, l’influence de - -[Illustration: FIG. 127.--ÉGLISE DU SAINT-SÉPULCRE, A CAMBRIDGE -(ANGLETERRE). (Coupe.)] - -l’architecture romano-normande, lourdement traduite par les -constructeurs saxons, est très accusée par la disposition des arcs -superposés retombant sur les chapiteaux grossiers de massifs piliers -ronds et trapus, par la construction des voûtes du bas côté formées -d’arcsdoubleaux et de croisées d’ogives, très solides, mais très -gauchement ajustés par des constructeurs timides, peu familiarisés avec -une architecture qu’ils essayaient de traduire. - -Les essais des architectes anglo-normands de ce temps sont pourtant fort -intéressants à étudier, parce qu’on voit les efforts qu’ils ont faits -pour bâtir des monuments qui ont résisté plutôt par la rude solidité de -leurs masses que par les savantes combinaisons des constructeurs. La -rotonde de Cambridge présente cette particularité que, contrairement aux -édifices anciens qui lui ont servi de modèle, les étages inférieurs sont -circulaires et la coupole octogone. - -L’église du Saint-Sépulcre de Cambridge est composée d’un vaisseau -central, circulaire, à deux étages, entouré d’un bas côté semblable sans -étage; à chaque étage les huit lourdes colonnes, sur un plan également -circulaire, sont reliées par des arcades formées d’arcs-doubleaux -superposés. La galerie supérieure, dont les arcades sont géminées, -s’ouvrent sur la nef centrale qui est surmontée d’une coupole octogone; -les angles intérieurs sont renforcés par des colonnes engagées dans les -parties verticales et par des arcs-doubleaux carrés dans la partie -cintrée de la coupole, dont la poussée est amortie par des redans sur -l’épaisseur considérable du mur. Des fenêtres plein cintre, ménagées -dans les pans, éclairent le vaisseau central. Le bas côté est éclairé -par des fenêtres ébrasées à l’intérieur et la galerie haute, au-dessus -du bas côté voûté, est couverte par une charpente en appentis. - - - - -CHAPITRE VII - -ÉGLISES VOÛTÉES. - - -Les Romains avaient élevé tant d’édifices, et ils les avaient construits -dans toute l’Europe occidentale avec tant de science et d’art, que les -traditions romaines ne s’étaient pas perdues, même pendant la période -barbare. - -La voûte romaine, d’arête ou en berceau, était connue des constructeurs -bien longtemps après la chute de Rome; ils employaient fréquemment ces -deux formes de voûte, et leur usage était constant, surtout pour la -construction des édifices souterrains ou _cryptes_ qui, vers le VIIIᵉ -siècle, remplacèrent les _confessions_ des basiliques. - -Il est intéressant de remarquer à ce sujet qu’il existait une grande -différence entre ces deux ouvrages. La _confession_ était une cellule -construite moitié au-dessus du sol et moitié au-dessous; elle servait -d’estrade à l’autel et en même temps de tombeau renfermant un corps -saint qui, selon les lois liturgiques du temps, devait être -obligatoirement placé sous l’autel. Cet édicule était de très petite -dimension, car il était, le plus souvent, facilement couvert par une -seule dalle de pierre ou de marbre. La _crypte_ était complètement ou -partiellement souterraine, soit par le creusement total de son -emplacement, soit par la disposition des lieux et du sol dont certaines -parties pouvaient être dégagées, ce qui permettait alors d’éclairer -l’intérieur de la crypte qui formait un ensemble de compartiments -compris entre les substructions de l’église haute s’étendant sous le -sanctuaire supérieur et souvent même dans les parties adjacentes. Ces -compartiments étaient couverts par des voûtes formées soit de berceaux -pleins, soit de berceaux entre-croisés, soit par des arcs-doubleaux dont -les intervalles étaient remplis par des voûtes d’arête; tous ces arcs ou -voûtes retombant sur des colonnes ou des piles trouvant un solide -contrebutement dans les soubassements des points d’appui supérieurs. - -[Illustration: FIG. 128.--ARÈNES D’ARLES. - -(Couvertures en pierre.)] - -Mais ces édifices ne sont pas _romans_ par cela seul qu’ils ont été -voûtés; ils ont été construits selon le mode romain et ils ressemblent -aux monuments antiques que les architectes du VIIIᵉ siècle ont copiés -grossièrement ou tout au moins très naïvement. - -Les ouvrages romains ne manquent pas d’ailleurs et les contrées -méridionales de l’Europe en présentent de nombreux exemples, celles -surtout qui n’eurent pas à subir les ravages des invasions barbares -venues successivement de l’Est et du Nord. - -Les monuments antiques du Iᵉʳ et du IIᵉ siècle de notre ère pouvaient -servir d’exemples excellents, qui durent avoir une réelle influence sur -les constructeurs romans suivant tout naturellement les traditions -romaines. - -On voit aux arènes d’Arles, qui remontent au Iᵉʳ siècle, des couvertures -construites très simplement; elles sont formées d’arcs-doubleaux sur -lesquels sont posées des dalles de pierres (fig. 128). Ce moyen était - -[Illustration: FIG. 129 ET 130.--NYMPHÉE DE NÎMES. - -(Coupes de la voûte en berceau.)] - -connu des Syriens qui l’employèrent fort judicieusement en raison des -matériaux qu’ils avaient à leur disposition; nous avons vu ce mode de -construction dans la Syrie centrale, à l’église de Tafkha, bâtie du IVᵉ -au Vᵉ siècle sur le modèle des basiliques antiques[70]. - -Suivant Quicherat, l’amphithéâtre de Nîmes offre un exemple bien -conservé d’arcs-doubleaux de l’époque romaine. Le corridor qui forme la -dernière précinction du second étage est couvert d’une voûte en berceau -soutenue par des doubleaux qui retombent sur des consoles. - -On peut voir également à Nîmes, au Nymphée, ou Bain de Diane, ouvrage -romain du IIᵉ siècle, une voûte en berceau d’une assez grande largeur -dont les éléments se composent d’arcs-doubleaux très ingénieusement -combinés et dont l’appareil est particulièrement soigné. Les arcs -forment, pour ainsi dire, des cintres permanents en pierre entre -lesquels sont ajustées des dalles taillées en claveaux et reposant dans -des feuillures ménagées sur les faces latérales des arcs-doubleaux (fig. -130 et 131). - -[Illustration: FIG. 131. - -NYMPHÉE DE NÎMES. - -(Perspective des arcs-doubleaux.)] - -On sait, du reste, que les architectes construisaient au VIIIᵉ et au IXᵉ -siècle, non seulement des cryptes, mais encore des monuments voûtés, de -petites dimensions, il est vrai, et ne présentant pas les difficultés -qui résultent de la largeur et de la hauteur des nefs. - -Suivant Quicherat, l’évêque Toldus, prince mérovingien qui occupa le -siège de Vienne--_Vienna Allobrogum_--fit bâtir, en 708, dans -l’intérieur de la ville un petit édicule voûté pour y placer les -reliques de saint Maurice et de ses compagnons. Le palais de -Chasseneuil--manse royale du temps des Carolingiens--avait au IXᵉ -siècle, sur les côtés d’une grande basilique, une petite église voûtée -en briques qui excitait l’admiration des contemporains. Selon le même -auteur, si digne de foi à tous égards, le palais de Chasseneuil aurait -été construit par des architectes de l’Aquitaine. - -Il est permis de croire que ces architectes aquitains ne faisaient que -pratiquer les traditions propagées par les colonies syriennes qui -existaient déjà sous les Mérovingiens[71], dans le centre de la Gaule -celtique, voisine de l’Aquitaine. - -Vers le même temps, c’est-à-dire dans les premières années du IXᵉ -siècle, Théodulphe, évêque d’Orléans, faisait élever près de sa ville -épiscopale, à Germiny-des-Prés, une église voûtée dont les dispositions -générales, autant que les détails, indiquent l’origine byzantine[72]. - -Les grandes églises latines, couvertes par des charpentes lambrissées, -avaient souvent quelques-unes de leurs parties voûtées. On cite d’abord -la somptueuse basilique de Reims, construite, pendant le règne de Louis -le Débonnaire, par un architecte nommé Rumald, avec les pierres -provenant des murailles de la ville; d’après les chroniques du temps -connues par Quicherat, cette basilique eut jusqu’à la fin du Xᵉ siècle -une tribune portant sur une voûte adossée à la façade; puis la -cathédrale d’Auxerre, rebâtie au Xᵉ siècle et couverte en bois, avait -deux chapelles voûtées donnant à l’église la forme d’une croix latine. -Il est possible que de grandes églises construites antérieurement à l’an -1000 aient eu des bas côtés voûtés à l’exemple de l’ancien Saint-Pierre -de Rome, église romaine à cinq nefs inégales dont les bas côtés -extérieurs étaient couverts par des voûtes en arc de cloître. - -Il est même permis de croire que la plupart des absides des basiliques -antiques étaient construites en matériaux appareillés. Ces absides, ou -hémicycles, étaient voûtées en quart de sphère ou en demi-coupole dont -la construction facile ne présente aucune des difficultés qui surgirent -lorsque les architectes du IXᵉ siècle, voulant couvrir les grandes nefs -des églises, employèrent le berceau romain et même la coupole byzantine. - -La coupole, du reste, a joué un rôle considérable dans l’histoire de -l’architecture et nous l’avons vu déjà dans la première partie. Au VIᵉ -siècle après Jésus-Christ, les chrétiens d’Orient adoptèrent ce mode de -construction qui révolutionna l’architecture à cette époque, par -l’emploi systématique de la coupole, de même que les chrétiens -d’Occident, plus tard, causèrent à leur tour une révolution dans l’art -de bâtir par l’application sur les églises de voûtes prolongées, -maintenues par des contreforts ou des arcs-boutants. - -Selon Quicherat, le résultat fut différent dans les deux régions parce -que le point de départ ne fut pas le même. Il suffit de dire, pour -caractériser cette différence, que les Orientaux ou, comme on les -appelle dans l’histoire de l’art, les Byzantins, renoncèrent tout -d’abord au plan consacré de la basilique; qu’ils transformèrent l’église -en un assemblage de salles polygones ou carrées, fournissant à la fois, -par des jambages épais et par des clôtures non moins puissantes, -l’assiette nécessaire aux coupoles; qu’à cela près, ils restèrent -fidèles pendant plus de quatre siècles aux modes d’ajustement et aux -proportions de l’architecture antique. - -Nous avons démontré, dans la première partie, l’analogie, la similitude -même, qui existe entre les monuments byzantins du VIᵉ siècle et les -grands édifices romains des premiers siècles de l’ère chrétienne[73]. - -Nous avons vu également que, bien avant l’an 1000, on bâtissait des -églises rondes ou polygones[74], entre autres la chapelle palatine -d’Aix, édifice à coupole élevé par Charlemagne et copié sur l’église -byzantine de Ravenne. - -On cite encore des coupoles élevées après coup sur le transsept des -basiliques couvertes en charpente, ce qui est assez rare cependant, car -elles avaient plutôt à la même place une tour-lanterne, selon l’usage -gallican. - -En résumé, on peut dire que si les Latins essayèrent, durant la période -barbare, de construire des coupoles et que si les Gallo-Francs, du VIIIᵉ -au IXᵉ siècle, ont construit dans les conditions les plus simples des -voûtes ou des coupoles, ils ne firent, les uns et les autres, que suivre -les traditions romaines et byzantines, mais qu’ils n’avaient pas encore -trouvé la formule romane que nous voyons naître tout à la fin du Xᵉ -siècle, s’affirmer dès les premières années du XIᵉ siècle, et grandir -avec une étonnante rapidité dans le courant du même siècle. - - - - -CHAPITRE VIII - -ÉGLISE DE SAINT-SAVIN (VIENNE).--ÉGLISE DE SAINT-BENOIT-SUR-LOIRE -(LOIRET). - - -La voûte est le principal caractère de l’_architecture romane_[75] -proprement dite, et les églises _romanes_ sont couvertes sous leurs -toitures par des voûtes de formes diverses. - -Nous avons étudié, dans le chapitre III de la seconde partie, les moyens -employés par les premiers constructeurs de la période romane, moyens -mixtes consistant dans l’emploi des voûtes pour les bas côtés et le -sanctuaire, laissant à la nef sa forme basilicale avec sa couverture en -charpente, réminiscences de la tradition romaine. - -Les premiers édifices romans portent encore la marque de l’hésitation et -des craintes des architectes, mais aussi l’expression de leur volonté de -résoudre le problème, difficile et complexe, du voûtement général. La -première partie de ce problème, la plus facile, était résolue déjà par -l’emploi de la voûte d’arête pour la couverture des bas côtés; il -restait à couvrir le vaisseau principal et, pour augmenter les -probabilités de durée, les architectes romans ne donnèrent à la nef -qu’une largeur à peu près égale à celle des bas côtés; ils couvrirent -cette nef par une voûte en berceau et, pour neutraliser l’action de la -poussée sur les murs latéraux, ils élevèrent les arcs des bas côtés -jusqu’à la naissance du berceau central, de manière que les voûtes -d’arête qui couvraient ceux-là vinssent contrebuter solidement celui-ci. - -[Illustration: FIG. 132. - -ÉGLISE DE SAINT-SAVIN (FRANCE). (Plan.)] - -L’église abbatiale de Saint-Savin a été construite, vers la fin du XIᵉ -siècle, d’après cet ingénieux système. La nef est formée par deux -rangées de hautes colonnes composées d’assises cylindriques et -couronnées par des chapiteaux naïvement sculptés; elles portent des -archivoltes formées par la pénétration du berceau des bas côtés croisés -transversalement et longitudinalement; sur ces arcs ou archivoltes -reliant les colonnes retombe le berceau en plein cintre sur-haussé de la -nef. Le plan et la coupe, fig. 132 et 133, indiquent ces dispositions. - -[Illustration: FIG. 133.--ÉGLISE DE SAINT-SAVIN. - -(Coupe transversale.)] - -Les murs s’élèvent longitudinalement au-dessus des reins du berceau -central qu’ils chargent pour neutraliser les effets de la poussée -latérale, et supportent la charpente du comble de l’édifice. - -Par suite de ce parti architectonique, si le plan rappelle encore la -basilique latine, l’élévation s’en écarte par la suppression des -galeries hautes et celle des fenêtres ménagées dans la partie supérieure -de la nef. Celle-ci n’est plus éclairée alors que par les jours ménagés -dans les murs extérieurs des collatéraux, et insuffisants, surtout dans -les pays du nord, pour répandre la lumière nécessaire au centre de -l’édifice; mais nous verrons plus tard les constructeurs romans -résoudre encore cette difficulté et trouver les moyens d’ajourer la -partie haute des églises. - -Le plan de la nef de Saint-Savin, ainsi que du transsept avec ses -absidioles, rappelle la forme basilicale des églises normandes; mais le -chœur a des dispositions particulières; le sanctuaire, en forme -d’hémicycle ou d’abside marquée par des colonnes, est entouré d’un -collatéral, voûté comme les bas côtés de la nef et cantonné de cinq -absidioles voûtées en quart de sphère, celle du milieu plus grande que -les autres. - -[Illustration: FIG. 134.--NARTHEX DE L’ÉGLISE DE SAINT-BENOIT-SUR-LOIRE. - -(Plan.)] - -Ces absidioles sont décorées à l’intérieur et à l’extérieur de colonnes -engagées; ce sont de véritables contreforts ornés dont nous avons vu les -premières applications--qui sont des réminiscences antiques--aux églises -de la Syrie centrale: à Qalb-Louzeh et à Tourmanin (fig. 44 et 50), -bâties au VIᵉ siècle de notre ère. - -Nous avons indiqué[76] l’origine de cette disposition du chœur, qui -remonterait, d’après Quicherat, au Vᵉ siècle, époque à laquelle l’abside -des basiliques, ou _presbyterium_, devint le _martyrium_, c’est-à-dire -le lieu - -[Illustration: FIG. 135.--NARTHEX DE L’ÉGLISE DE SAINT-BENOIT-SUR-LOIRE. - -(Vue perspective.)] - -où reposait le corps du saint patron de l’église, autour duquel on -établit des galeries basses pour faciliter la circulation des fidèles. - -[Illustration: FIG. 136.--NARTHEX DE L’ÉGLISE DE SAINT-BENOIT-SUR-LOIRE. -(Coupe.)] - -La forme du chœur de Saint-Savin peut d’ailleurs être rapprochée de -celle de Vignory[77], car elle présente cette particularité, des plus -curieuses, de ressembler à l’abside de la basilique du Saint-Sépulcre de -Jérusalem, élevée sous le règne de Constantin, de 325 à 336 de notre -ère[78]. On sait l’immense intérêt qui s’attacha aux Lieux Saints dès -les premiers temps du christianisme, et il est tout simple de penser que -la forme donnée à l’église primitive élevée sur le tombeau du Christ dût -exercer sur toute la chrétienté une influence considérable. Elle s’est -traduite par un grand nombre d’imitations monumentales, non seulement à -l’état d’édifices isolés, mais encore par la forme donnée aux -sanctuaires des grandes églises romanes. - - * * * * * - -Le narthex ou, suivant Viollet-le-Duc, le grand porche, élevé sur la -façade occidentale de l’église de Saint-Benoît-sur-Loire, date du XIᵉ -siècle. - -Il se compose d’un quinconce de fortes piles ouvert sur trois de ses -faces, tandis que les porches romans sont généralement clos de murs et -n’ont d’issues que par les portes principales ou secondaires; il est -couvert par des voûtes d’arête. Il occupe une grande surface, et -au-dessus s’élève une salle haute construite comme la salle basse et -voûtée de même, mais beaucoup plus élevée (fig. 136). - -Le porche ou plutôt le magnifique narthex de Saint-Benoît-sur-Loire qui -fut élevé avant 1030, suivant certains auteurs, présente un superbe -exemple de voûtement général, remarquable par sa vigoureuse construction -dont la puissante ossature fait voir encore la préoccupation des -architectes romans. S’exagérant l’importance de la poussée des voûtes -d’arête, ils ont multiplié les points d’appui en leur donnant des -dimensions exagérées qui ne sont plus en rapport proportionnel avec les -voûtes remplissant les compartiments sur plan carré, laissés dans le -réseau des arcs-doubleaux. - -Selon de Caumont, des vestibules ou porches à peu près semblables -existent à Airvault (dans le département des Deux-Sèvres), à Tournus -(Saône-et-Loire), ainsi que dans les grandes abbayes de Cluny et de -Vézelay: mais le narthex de Saint-Benoît-sur-Loire est l’un des plus -beaux spécimens des ouvrages de ce genre et l’un de ceux qui donnent une -haute idée de la science des constructeurs romans du XIᵉ siècle. - - - - -CHAPITRE IX - -ÉGLISE DE SAINT-PAUL, A ISSOIRE.--ÉGLISE DE NOTRE-DAME LA GRANDE, A -POITIERS.--ÉGLISE DE SAINT-HILAIRE, A POITIERS.--ÉGLISE DE SAINT-SERNIN, -A TOULOUSE. - - -Les églises d’Auvergne et particulièrement celles d’Orcival, de -Notre-Dame-du-Port, à Clermont, et de Saint-Paul, à Issoire, élevées -vers la fin du XIᵉ siècle ou dans les premières années du XIIᵉ, semblent -être l’œuvre d’un seul architecte poursuivant la même idée dans des -édifices différents; on pourrait même dire qu’ils ont été bâtis par les -mêmes ouvriers, puisque les signes gravés sur la pierre--les marques des -tâcherons--sont également les mêmes. - -L’église de Saint-Paul, à Issoire, est peut-être la moins ancienne des -églises que nous venons de citer; mais elle présente bien tous les -caractères réunis de l’architecture romane de l’Auvergne; elle marque -les grands progrès réalisés par les constructeurs romans dans leur -système de voûtes. - -La nef est formée de deux rangées d’arcades et de deux bas côtés, -traversés de deux en deux--ou en trois--travées, par de puissants -arcs-doubleaux; la voûte en berceau, qui couvre la nef centrale, est -solidement contrebutée par des demi-berceaux. La coupe transversale, -figure 138, indique cette ingénieuse et très rationnelle disposition, -qui assure à l’ensemble du voûtement une stabilité parfaite. - -[Illustration: FIG. 137. ÉGLISE DE SAINT-PAUL, A ISSOIRE. (Plan.)] - -Les bas côtés sont à deux étages; la galerie basse est couverte par des -voûtes d’arête comprises entre les arcs-doubleaux, latéraux et -transversaux, et la galerie haute, ouvrant sur la nef par de petites -arcatures reposant sur des colonnettes et éclairées par des jours -ménagés dans les murs extérieurs, est couverte par les demi-berceaux -latéraux. - -Le chœur présente des dispositions analogues à - -[Illustration: FIG. 138.--ÉGLISE DE SAINT-PAUL, A ISSOIRE. (Coupe -transversale.)] - -celles de Vignory et de Saint-Savin, avec cette différence que les -absidioles sont percées de fenêtres et que, dans le mur circulaire -extérieur de l’abside, entre les absidioles, on a ménagé également des -fenêtres pour éclairer largement le pourtour du sanctuaire. - -Les absidioles sont ornées à l’intérieur de contreforts sous forme de -colonnes, que nous avons vus déjà à Saint-Savin et dont nous avons -indiqué l’origine orientale ou syrienne. - -[Illustration: FIG. 139.--ÉGLISE DE SAINT-PAUL, A ISSOIRE. - -(Vue perspective de l’abside.)] - -Au-dessous du chœur, une crypte, desservie par deux degrés, a été -construite dans les soubassements de l’église haute, dont le sol du -chœur est relevé de quelques marches au-dessus de celui du transsept. - -Au centre de ce transsept, à l’extrémité de la nef et en avant du chœur, -s’élève une tour octogone; sur les quatre piles de la croisée, quatre -arcs-doubleaux portant dans les angles des trompillons, passant du carré -à l’octogone; au-dessus, une voûte en coupole, contre-butée latéralement -par des demi-berceaux, est surmontée d’une tour octogone, dont l’étage -supérieur est un clocher terminé par une pyramide en pierre. - -La construction très soignée de l’église d’Issoire a été faite en grès à -gros grains pour les massifs et en grès calcaire pour les membres ornés -de sculptures. Certaines parties sont ornées de mosaïques ou, plus -exactement, d’une marqueterie polychrome, qui donne à l’édifice un -caractère oriental très originalement élégant, dont nous avons signalé -l’origine en étudiant l’église latine de Saint-Front[79]. - -L’architecture romane de l’Auvergne eut un grand succès, qui s’explique -par l’originalité de ses dispositions et de sa décoration orientale ou -byzantine, et dont les effets se manifestèrent rapidement dans les -provinces du Nivernais, du Limousin, du Poitou et même du Languedoc. - -Dès la fin du XIᵉ siècle ou le commencement du XIIᵉ, on voit se -généraliser la forme des absides circulaires agrandies par des chapelles -rayonnantes. - -Poitiers, Nevers en conservent encore des exemples, et nous verrons un -des plus beaux de ce genre à Toulouse. - -Le transsept de l’église abbatiale de Saint-Hilaire à Poitiers est très -vaste, car une nef centrale et 4 bas côtés y aboutissaient; le -sanctuaire, en forme d’hémicycle, est enveloppé d’un vaste collatéral -sur lequel s’ouvrent des chapelles, ou des absidioles, comme celles de -Saint-Savin, de Notre-Dame-du-Port à Clermont et de Saint-Paul à -Issoire. - -[Illustration: FIG. 140.--ÉGLISE DE SAINT-HILAIRE, A POITIERS. - -(Vue perspective de l’abside.)] - -L’église de Notre-Dame-la-Grande est une des plus curieuses de Poitiers, -si riche en monuments romans. A l’intérieur, elle présente trois nefs -voûtées en berceau de hauteur à peu près égale. - -Ce système de construction montre encore les hésitations et les -tentatives constantes des constructeurs romans à la fin du XIᵉ siècle. - -Une grande tour carrée, se terminant par un étage circulaire couronné -d’une pyramide, s’élève sur la croisée du transsept; sa façade, couverte -de sculptures, montre l’arc plein cintre associé à l’arc brisé, employé -depuis longtemps déjà et que nous avons vu à la chapelle de Sainte-Croix -à Montmajour, construite dans les premières années du XIᵉ siècle; deux -tourelles, couronnées comme la partie haute de la tour centrale et -supportées par des faisceaux de lourdes colonnes, ornent les angles de -la façade occidentale (fig. 141). - -Cette façade dans laquelle les réminiscences orientales abondent est -surtout remarquable par la décoration sculpturale dont elle est -entièrement couverte; elle semble être le volet central d’un immense -triptyque, chef-d’œuvre de l’imagerie romane, représentant la chute de -l’homme et sa rédemption[80]. - -Ces sculptures ont un intérêt iconographique considérable, comme idée et -comme expression. L’une d’elles, placée au-dessus et à droite--pour le -spectateur--de l’arcade latérale représente le _Bain de l’Enfant Jésus_, -sujet très rare et dont il n’existe, croyons-nous, qu’un exemple -appartenant à la châsse en orfèvrerie du XIIIᵉ siècle, dite des _Grandes -reliques_ conservée au trésor d’Aix-la-Chapelle. - - * * * * * - -L’église de Saint-Sernin, pour lui conserver sa dénomination -vulgaire--ou plus exactement de Saint-Saturnin--à Toulouse, fut -commencée en 1060 par Raymond, chanoine de la cathédrale de Toulouse, -achevée en 1096 et consacrée par le pape Urbain II, - -[Illustration: FIG. 141.--ÉGLISE DE NOTRE-DAME LA GRANDE, A POITIERS. -(Vue perspective des façades ouest et sud.)] - -après le concile de Clermont où sa parole détermina la première -croisade, et peu de temps avant sa mort survenue en 1099; mais la date -de cette construction - -[Illustration: FIG. 142.--ÉGLISE DE SAINT-SERNIN, A TOULOUSE. - -(Vue perspective de l’abside.)] - -doit concerner la première église de Saint-Sernin, car, d’après -Viollet-le-Duc, celle qui existe aujourd’hui, et qui a été complétée à -diverses époques, est du XIIᵉ siècle. C’est un des plus vastes édifices -élevés dans le Midi de l’Europe par les constructeurs romans. - -L’influence de l’architecture romane d’Auvergne est manifeste aussi bien -dans le plan et la coupe que dans - -[Illustration: FIG. 143.--ÉGLISE DE SAINT-SERNIN, A TOULOUSE. - -(Vue perspective des façades ouest et sud.)] - -les détails de sa construction; c’est une imitation, agrandie, des -églises de Clermont et d’Issoire. - -La nef dont la façade est inachevée a été rebâtie au XVᵉ siècle, mais -sur les données primitives. Le vaisseau central est voûté par un berceau -contrebuté par les demi-berceaux latéraux couvrant les galeries hautes -des collatéraux; celles-ci sont simples, tandis que les galeries basses -des bas côtés, voûtées d’arête, sont doubles et se retournent dans le -transsept, très vaste et dont la face orientale est percée d’absidioles -voûtées en quart de sphère. - -Le chœur est enveloppé par un collatéral, voûté d’arête, sur lequel -s’ouvrent cinq absidioles ou chapelles rayonnantes voûtées comme celles -du transsept. - -Sur la croisée du transsept, et soutenue par quatre énormes piliers, -s’élève une haute tour construite au XIIIᵉ ou au XIVᵉ siècle, en pierre -et en briques dont l’appareil est très ingénieusement étudié pour -l’étagement des arcatures et leur construction, dans laquelle l’emploi -des matériaux est des plus judicieusement combinés. - - - - -CHAPITRE X - -ÉGLISE ET CLOÎTRE DE SAINT-TROPHIME, A ARLES.--PORTAILS DE SAINT-GILLES -EN LANGUEDOC, DE SAINTE-MARTHE, A TARASCON ET DE MOISSAC.--CLOÎTRES DE -MONTMAJOUR, PRÈS D’ARLES ET DE SAINT-PAUL-DU-MAUSOLÉE, PRÈS DE -SAINT-RÉMI (BOUCHES-DU-RHÔNE). - - -Dans les contrées méridionales de l’Europe et principalement dans le -Midi de la France, l’architecture romane a pris, dès son avènement, un -caractère particulier de finesse et d’élégance qui s’explique -facilement. - -Les architectes méridionaux, nés au milieu des chefs-d’œuvre de l’art -romain que leurs ancêtres s’étaient non seulement assimilés, mais encore -qu’ils avaient rapidement amenés à un plus haut degré de -perfectionnement, nous en donnent la preuve. - -[Illustration: FIG. 144. - -ÉGLISE DE SAINT-TROPHIME A ARLES. (Plan.)] - -Ce fait a été parfaitement dégagé par le savant épigraphiste Léon -Rénier, dans ses cours du Collège de France. «Il est remarquable que les -changements, les enrichissements, les modifications de l’architecture -importée par Rome dans tous les pays soumis à sa domination se -produisent dans les provinces bien avant de se produire en Italie. Rome -ne donnait plus, mais recevait des provinces un goût plus affiné, et il -s’est opéré alors comme une transfusion d’un sang nouveau plus vif et -plus riche[81].» - -Les architectes romans de la province ont suivi les traditions non -interrompues de l’antiquité et, tout en sacrifiant à l’art nouveau qui -se manifeste par l’adoption d’un parti architectonique pour la -construction des édifices élevés au XIᵉ et au XIIᵉ siècle dans les -provinces méridionales, ils conservent les caractères de l’art ancien -par le goût raffiné de l’ornementation et de la statuaire dans -l’expression desquelles on retrouve aisément les influences syriennes et -byzantines. - -L’église de Saint-Trophime, à Arles, présente un des exemples, nombreux -en Provence, des édifices bâtis au commencement du XIIᵉ siècle selon les -nouveaux principes de la construction romane. Elle se compose d’une nef -et de deux bas côtés étroits (fig. 144), divisés en cinq travées et -séparés par un transsept du sanctuaire formé d’une grande abside et de -deux absidioles voûtées en quart de sphère. - -Le plan de Saint-Trophime rappelle la basilique antique par les -dispositions de la nef, du transsept et de l’hémicycle accompagné de -deux absidioles; mais l’édifice est roman par son système de voûtes. - -Le berceau de la nef est en forme d’arc brisé et les arcs-doubleaux des -bas côtés sont en plein cintre. L’arc brisé de la nef n’est pas la -caractéristique d’un style d’architecture; ce n’est qu’un moyen, employé -souvent par les architectes romans dans le Centre et le Midi de la -France, parce que le berceau en forme d’arc brisé exerce, sur les murs -latéraux, une action beaucoup moins énergique que le berceau en plein -cintre. On voit, du reste, à Saint-Trophime, comme en d’autres églises, -l’arc brisé et l’arc plein cintre employés simultanément dans le même -édifice selon les exigences de la construction pour assurer sa parfaite -solidité. - -[Illustration: FIG. 145.--PORTAIL DE SAINT-TROPHIME, A ARLES.] - -Le portail de Saint-Trophime d’Arles est un des plus beaux de la -Provence, aussi remarquable par la perfection de sa construction que par -la richesse de sa décoration. - -Selon Viollet-le-Duc, l’ornementation de ce portail est toute -romano-grecque syriaque, et la statuaire est gallo-romaine avec une -influence byzantine prononcée. - - * * * * * - -Le cloître roman de Saint-Trophime est certainement un des plus curieux -du Midi de la France, qui en possède cependant plusieurs de cette -époque, notamment à Montmajour et à Saint-Rémi. «Deux des galeries de ce -cloître datent du commencement du XIIᵉ siècle; chacune d’elles se -compose de trois travées principales, divisées en quatre arcades portées -sur des colonnettes jumelles. Les piles d’angles sont très puissantes -ainsi que celles qui séparent les travées. Les galeries étant voûtées en -berceau continu, les piles d’angles reçoivent deux arcs-doubleaux et un -arc diagonal qui masque la pénétration des deux berceaux. Chaque pile de -travée reçoit un arc-doubleau[82].» Le berceau est un arc rampant qui -recevait primitivement la couverture du cloître, en dalles posées sur -l’extrados du berceau, selon le mode provençal. - -Ce cloître est d’une grande richesse comme sculpture; les colonnettes, -les chapiteaux, les revêtements des piles sont en marbre gris, et on -sent, aussi bien dans la sculpture que dans les profils, l’influence des -arts de l’antiquité romaine. - -L’église abbatiale de Saint-Gilles, en Languedoc, - -[Illustration: FIG. 146.--ÉGLISE DE SAINT-TROPHIME, A ARLES. (Vue -perspective de l’aitre du cloître.)] - -de même que celle de Saint-Trophime, reproduit dans les détails de sa -décoration des fragments romains qui - -[Illustration: FIG. 147.--PORTAIL DE SAINT-GILLES, EN LANGUEDOC. (Vue -perspective des trois portes.)] - -couvrent encore le sol de la Provence. L’édifice est très - -[Illustration: FIG. 148.--PORTAIL DE SAINTE-MARTHE, A TARASCON -(BOUCHES-DU-RHONE).] - -intéressant et son magnifique portail est un des plus somptueux exemples -de l’ornementation romano-byzantine; suivant Mérimée, elle se présente -comme - -[Illustration: FIG. 149.--PORTAIL DU MOUSTIER A MOISSAC -(TARN-ET-GARONNE).] - -un immense bas-relief de marbre et de pierre où le fond disparaît sous -la multiplicité des détails. D’après Viollet-le-Duc, l’école de Toulouse -avait su concilier - -[Illustration: FIG. 150.--CLOÎTRE DE L’ABBAYE DE MONTMAJOUR (FRANCE). -(Vue perspective des galeries.)] - -les traditions de l’architecture gallo-romaine--et auvergnate--avec les -données byzantines recueillies en Orient. Une autre école voisine, celle -de la Provence, s’était initiée plus intimement encore aux derniers -vestiges de l’art gréco-romain réfugié en Syrie. En examinant les portes -de Saint-Gilles, qui datent du - -[Illustration: FIG. 151.--ABBAYE DE MONTMAJOUR (FRANCE). - -(Vue perspective de l’aitre du cloître.)] - -XIIᵉ siècle, on croirait voir les restes de ces monuments semés en si -grand nombre sur la route d’Antioche à Alep. - -C’est dans cette église que se trouve la _Vis de Saint-Gilles_, -chef-d’œuvre de stéréotomie qui a donné son nom aux voûtes rampantes en -spirale; elle était autrefois le but des pèlerinages des compagnons -tailleurs de pierre. - -Le portail de Sainte-Marthe à Tarascon est beaucoup - -[Illustration: FIG. 152.--ÉGLISE SAINT-PAUL-DU-MAUSOLÉE, A SAINT-RÉMI -(FRANCE). (Vue perspective des galeries.)] - -moins riche que ceux de Saint-Trophime et de Saint-Gilles, mais les -caractères de l’architecture romane du XIIᵉ siècle sont peut-être plus -franchement accusés. Il faut constater, toutefois, les réminiscences -antiques très marquées par le galbe des colonnes, les profils, la -sculpture et plus encore par l’attique qui surmonte le portail. - -Cet attique est composé de pilastres alternant avec des colonnettes, les -uns et les autres cannelés et compris entre deux corniches minces; celle -du bas est soutenue par des modillons ou plutôt des corbeaux sculptés -dont l’espacement est rempli par une frise en forme de métopes gravées. -Ces membres d’architecture ont conservé l’aspect des mêmes motifs qu’on -retrouve fréquemment sur les édifices romains bâtis en Provence vers les -premiers siècles de notre ère. - -Parmi les portes d’églises du XIIᵉ siècle les plus remarquables, il faut -citer, d’après Viollet-le-Duc, celle de Moissac. - -Cette porte s’ouvre latéralement sur le grand porche; elle est élevée -sous un large berceau--presque en plein cintre--qui forme lui-même -l’avant-porche et qui est richement décoré de sculptures en marbre gris. -Son trumeau est formé de lions entrelacés, formant une ornementation -dont le caractère asiatique est très fortement accusé; la sculpture est -d’ailleurs d’une finesse et d’une netteté extraordinaires; le temps l’a -ornée d’une admirable patine qui donne à cette singulière composition, -si originale et si décorative, l’aspect d’un bronze antique. - -Les pieds-droits se découpent en croissants sur le vide des baies et le -linteau est décoré de belles rosaces admirablement fouillées. Dans le -tympan est assise une grande figure couronnée représentant le Christ -bénissant; de chaque côté sont les quatre symboles des évangélistes, -accompagnés de deux anges de dimension colossale et des vingt-quatre -vieillards de l’Apocalypse. Les voussures sont décorées d’ornements -finement sculptés. Sur les pieds-droits du berceau et dans des arcatures -latérales, des bas-reliefs en marbre, d’un style byzantin très marqué, -représentent, à la droite du Christ, les vices punis, et à gauche: -l’Annonciation, la Visitation, l’Adoration des mages et la Fuite en -Égypte. - - * * * * * - -Les cloîtres des abbayes de Montmajour, près d’Arles, et de -Saint-Paul-du-Mausolée, près de Saint-Rémi, sont moins ornés que le -cloître de Saint-Trophime d’Arles; mais ils présentent avec celui-ci de -grandes analogies par le mode de construction adopté par les architectes -de ces édifices romans. - -Les galeries des cloîtres de Montmajour et de Saint-Paul-du-Mausolée -sont également couvertes par des voûtes en berceau, nervées par des -arcs-doubleaux et retombant sur les murs latéraux; celui du côté de -l’aitre du cloître est fort épais, et il est encore renforcé -extérieurement par des contreforts au droit des arcs-doubleaux -intérieurs. Ces contreforts sont reliés, extérieurement, par des arcs en -segment dont le vide ou plus exactement la claire-voie est décorée -d’arcatures reposant sur des colonnettes jumelles. - -Le cloître de Montmajour est plus ancien que celui de Saint-Paul, qui -paraît remonter aux premières années du XIIᵉ siècle; il a été construit -avec plus d’art que celui-ci, les profils sont plus nets, les sculptures -mieux composées et l’ensemble de la construction n’a pas la rusticité de -Saint-Paul, qui semble avoir été une imitation grossière de Montmajour, -comme ce dernier est une traduction simplifiée de Saint-Trophime. - - - - -CHAPITRE XI - -ÉGLISE DE SAINT-MARC A VENISE (ITALIE). - - -La construction des églises à coupoles a été une des phases les plus -intéressantes de la révolution dans l’art de bâtir, qui a pris naissance -en Orient au VIᵉ siècle et qui s’est manifestée, à peu près -simultanément, dès le commencement du XIᵉ siècle, en Italie et en France -par deux admirables monuments, chefs-d’œuvre d’architecture de la -période romane. - -Les églises élevées à la fin du Xᵉ siècle et surtout dès le commencement -du XIᵉ siècle sont voûtées, partiellement ou entièrement, selon les -principes, nouveaux alors, de l’architecture romane, et nous avons vu -les efforts des constructeurs pour arriver à ce résultat. Cependant les -dispositions générales étaient restées à peu près les mêmes que celles -de la basilique antique, à l’exception des églises rondes ou polygones, -et les édifices dans lesquels on peut constater les combinaisons les -plus ingénieuses et les plus savantes de la formule romane ne s’écartent -pas de la forme basilicale, forme consacrée pour ainsi dire. C’est -toujours la même nef centrale, accompagnée d’un ou de plusieurs bas -côtés, aboutissant à un transsept sur lequel s’ouvrent, au delà, un -hémicycle principal, ou grande abside et deux ou plusieurs absidioles. -Ces diverses parties de l’édifice sont couvertes en bois ou en pierre, -par des charpentes apparentes ou par des voûtes, en berceau plein cintre -ou brisé, d’arête ou en quart de sphère; c’est le plan latin augmenté -d’un plus ou moins grand nombre de détails accessoires qui ne changent -pas la forme générale. - -[Illustration: FIG. 153.--ÉGLISE DE SAINT-MARC, A VENISE. (Plan.)] - -Mais par l’adoption du système nouveau dont la coupole est l’élément -capital, les églises se transforment et, si elles gardent encore -quelques détails latins, elles deviennent byzantines par l’économie -même de leur construction. Le plan des édifices ne rappelle plus les -basiliques romaines; il devient semblable à celui de l’église des -Saints-Apôtres, bâtie sous le règne de - -[Illustration: FIG. 154.--ÉGLISE DE SAINT-MARC, A VENISE. - -(Coupe longitudinale.)] - -Justinien à Constantinople et décrit par l’historien grec Procope.--_De -ædificiis Justiniani_, d’après Quicherat. - -L’église des Saints-Apôtres figurait une croix grecque composée de deux -nefs égales, de trois travées chacune, se coupant à angle droit et -formant par conséquent cinq travées semblables, couronnées chacune par -une coupole hémisphérique soutenue par quatre pendentifs - -[Illustration: FIG. 155.--ÉGLISE DE SAINT-MARC, A VENISE. (Vue -perspective intérieure.)] - -rachetant le carré. C’est absolument la description de l’église de -Saint-Marc et de celle de Saint-Front que nous étudierons dans le -chapitre suivant. - -Saint-Marc ne fut donc pas construit sur le plan de Sainte-Sophie de -Constantinople, à moins qu’il ne s’agisse de l’église primitive[83], -détruite par un incendie en 976--ce qui indiquerait qu’elle était -couverte par une charpente comme les basiliques antiques. - -L’église de Saint-Marc, qui existe encore aujourd’hui, a été commencée, -selon les historiens et les archéologues dignes de foi, en 1043 et -couverte, en 1071, sinon achevée, car on continua pendant des siècles à -l’agrandir et à la décorer. Elle a la forme exacte de l’église des -Saints-Apôtres, si bien décrite par Procope. - -L’origine orientale de Saint-Marc est donc absolument démontrée; elle -s’explique aisément d’ailleurs par les relations incessantes qui -existaient entre Constantinople, le Levant et Venise qui monopolisa, -jusqu’au Xᵉ siècle, le commerce de l’Orient et celui d’une partie de -l’Occident. - -La construction de Saint-Marc indique un art avancé. Les nefs croisées -sont formées par des arcs-doubleaux réunis au sommet par des pendentifs -formant une assise solide aux coupoles hémisphériques. Les piles -recevant les retombées des arcs-doubleaux sont évidées par des arcades -étagées et forment des bas côtés qui établissent les communications -faciles latéralement aux nefs croisées[84]. - -Mais si le plan et le parti architectural en élévation sont franchement -byzantins, le mode de construction est resté romain; l’ossature de -l’édifice a été revêtue après coup d’une décoration qui dissimule les -détails de sa construction. - -Les détails d’architecture sont également romains; - -[Illustration: FIG. 156.--ÉGLISE DE SAINT-MARC, A VENISE. - -(Détails de sculpture.)] - -les bases, les profils ont tous les caractères antiques, et les fûts des -colonnes ainsi que leurs chapiteaux semblent avoir été enlevés à des -monuments grecs. - -A l’est, un hémicyle, ou abside, cantonné d’absidioles,--comme à -l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem--est accompagné de deux absides -plus petites, disposées de même manière. Cette abside et ces deux -absidioles forment un sanctuaire qui rappelle celui des églises -chrétiennes de Constantinople ou de la Grèce, surtout celles de -Théotocos et de Saint-Nicodème. - -A l’ouest, un porche à coupoles, moins ancien que l’église, s’étend sur -la façade percée de cinq portes et se prolonge sur les faces latérales -jusqu’aux bras de croix nord et sud. - -Les dômes actuels ont remplacé les couronnements primitifs des coupoles. -Les façades ont été restaurées au XIVᵉ siècle et les clochetons, les -arcs en accolade et les ornements de mauvais goût qui déshonorent le -vénérable édifice paraissent être de cette époque. - - - - -CHAPITRE XII - -ÉGLISE DE SAINT-FRONT A PÉRIGUEUX (FRANCE). - - -La première église à coupoles qui ait été élevée en France paraît être -celle de Saint-Front, à Périgueux. - -D’après Quicherat, elle fut certainement construite à l’imitation d’une -église orientale; sa ressemblance, comme conformation, avec Saint-Marc -de Venise est telle qu’on n’a pas craint d’affirmer que Saint-Front en -était une copie[85]. - -Ce fait n’a été nullement prouvé et toutes les conjectures qu’on a -faites pour expliquer l’importation d’un modèle vénitien en Aquitaine -n’ont aucune consistance. - -[Illustration: FIG. 157.--ÉGLISE DE SAINT-FRONT, A PÉRIGUEUX. -(Plan[86].)] - -«Il est plus naturel de considérer les deux églises comme des sœurs -engendrées par la même mère et d’aller chercher celle-ci à -Constantinople. Là, effectivement, existait une célèbre église, celle -des Saints-Apôtres, bâtie par Justinien[87].» La description, qui nous -en a été laissée par Procope, supplique également à Saint-Marc et à -Saint-Front. - -Ces deux églises n’ont de ressemblance que par leurs dispositions -générales qui résultent de leur origine commune. Le plan et la coupe -sont semblables à l’église des Saints-Apôtres de Constantinople, mais -leur construction est absolument différente. - -D’ailleurs, Saint-Front serait plus ancien que Saint-Marc si l’on en -croyait certains historiens. Ils affirment que le commencement de -l’église à coupoles de Saint-Front coïncide avec le retour, en 1010, -d’un voyage fait en Terre Sainte par l’évêque de Périgueux--voyage qu’on -peut supposer avoir été un des innombrables pèlerinages qui furent un -des effets de la vive réaction qui se produisit après l’apaisement des -terreurs de l’an 1000,--et que son église aurait été consacrée en 1047. - -Il importe peu que Saint-Front et Saint-Marc aient été bâtis en même -temps--il est certain du reste que le premier n’est pas la copie du -second;--le point intéressant, c’est de comparer et d’étudier leurs -constructions afin d’en tirer l’enseignement utile qui s’attache aux -progrès réalisés dans l’église périgourdine. - -Nous avons vu dans le chapitre précédent les particularités de la -structure, tout antique, de Saint-Marc; il a été bâti suivant les -traditions romaines, avec des matériaux grossiers, solidement réunis par -d’excellents mortiers, et revêtu ensuite d’une décoration somptueuse, -composée de marbres les plus rares et les plus brillamment colorés et de -mosaïques à fond d’or, tandis que - -[Illustration: FIG. 158.--ÉGLISE DE SAINT-FRONT, A PÉRIGUEUX. - -(Coupe transversale du nord au sud.)] - -Saint-Front a été construit selon les principes de la construction -syrienne, que les architectes de l’Aquitaine s’étaient assimilés et que -leurs successeurs ont portés à un si haut degré de perfection, en -procédant à l’édification du grandiose monument par assises réglées, en -appareillant les arcs, les voûtes, les pendentifs, les coupoles, et en -laissant partout la pierre apparente dans toute la beauté de sa mâle -simplicité. - -Ce n’est plus une agglomération de matériaux noyés dans des mortiers, -très habilement disposés, cependant, pour la répartition des charges et -des résistances, mais formant une sorte de concrétion moulée sur des -cintres, puis décorée après coup comme l’église vénitienne. - -L’église périgourdine est au contraire, une savante composition dont -chaque partie a sa place marquée d’avance par un appareil normal à -chaque membre d’architecture et dans laquelle les arcs, conservant leur -force élastique, forment, par leur jonction combinée sur des points -déterminés, un ensemble d’une solidité et d’une stabilité parfaites. - -Saint-Front est un vaste champ qu’on ne saurait trop explorer au point -de vue de l’étude de l’art de bâtir en Occident et particulièrement en -France. C’est le berceau de l’architecture nationale, car, dans sa forme -symbolique, la coupole de Saint-Front est l’œuf d’où est sorti un -système architectonique qui a causé une révolution des plus fécondes -dans le domaine de l’art. - -Nous trouvons, en effet, à Saint-Front une des premières applications -d’un système nouveau, né en Orient, mais perfectionné savamment en -Occident; c’est un des principes des transformations nécessaires de -l’architecture romane et l’une des causes les plus décisives des rapides -progrès qu’elle fit dans toute l’Europe occidentale du XIᵉ au XIIᵉ -siècle. - -Les pendentifs des coupoles de Saint-Front, appareillés normalement à la -courbe en passant du plan carré de la naissance des arcs au plan -circulaire couronnant leurs clefs, sont les embryons de l’_arc ogif_ ou -_croisée d’ogives_, selon l’expression fort ancienne et qui était encore -employée du temps de Philibert Delorme pour désigner les _arcs -diagonaux_ supportant les voûtes avec le concours des arcs-doubleaux. - -[Illustration: FIG. 159.--ÉGLISE DE SAINT-FRONT. A PÉRIGUEUX. - -(Coupe d’un pendentif sur la diagonale A B.)] - -On trouve, à notre avis, dans la disposition des pendentifs le principe -même de la _croisée d’ogives_, ainsi que l’indique la coupe diagonale -sur A B d’une des coupoles de Saint-Front (fig. 159). - -Mais il faut d’abord dire un mot de la structure des coupoles; elle -consiste en une succession d’assises formant des lignes circulaires de -claveaux concaves. «Il résulte de cette disposition des assises que -leurs éléments usent à s’entretenir la plus grande partie de la force -qui les sollicite à tomber; par conséquent, il n’y a qu’une médiocre -poussée des rangs supérieurs sur les rangs inférieurs et, en définitive, -la coupole ne chasse guère au vide les supports sur lesquels elle est -assise[88].» Ce mode de construction a cet avantage, mais il nécessite -des massifs énormes pour supporter les coupoles et il ne peut servir -qu’à couvrir des édifices ronds ou octogones. Le perfectionnement -apporté par les constructeurs du XIᵉ siècle a été d’élever des coupoles -sur des espaces carrés à l’aide de pendentifs rachetant le carré et -reportant, avec les arcs-doubleaux, la charge des voûtes sur les piles. - -Dans ces conditions, les fonctions de pendentifs, appareillés -normalement, et celles des croisées d’ogives, appareillées de même, sont -identiques, puisque dans tous les cas elles reportent, avec les -arcs-doubleaux, leurs poussées et les charges des remplissages des -voûtes sur les piles. - -Les architectes romans, rompus à toutes les pratiques professionnelles, -étaient trop habiles constructeurs - -[Illustration: FIG. 160.--ÉGLISE DE SAINT-FRONT, A PÉRIGUEUX. - -(Vue perspective intérieure.)] - -pour ne pas utiliser ces principes en cherchant à les perfectionner par -des combinaisons moins coûteuses. Deux raisons surtout devaient stimuler -leurs recherches; tout d’abord la question d’argent, grave question qui -a eu une grande importance dans tous les temps; le mode de construction -des coupoles nécessitait des piles et des arcs-doubleaux très puissants -et, par conséquent, de grandes dépenses. Puis le besoin d’agrandir les -églises qui, étant donnée la sévérité des lois liturgiques si puissantes -au moyen âge, ne pouvaient être bâties ou réédifiées que sur le lieu -consacré. D’où résultait la nécessité de modifier les voûtes afin de -diminuer leur poids en les répartissant sur des points d’appui plus -nombreux, mais d’une section moindre et permettant, comme conséquence, -d’agrandir l’espace intérieur des églises. - -Nous examinerons d’ailleurs cette transformation économique, après avoir -étudié les églises à coupoles bâties en grand nombre, à l’exemple de -Saint-Front ou suivant ses principes de construction. - -Saint-Front présente les mêmes dispositions que l’église des -Saints-Apôtres, dispositions que nous avons décrites dans le chapitre -précédent. - -Les nefs croisées figurant une croix grecque et couronnées de cinq -coupoles sont formées par de puissants arcs-doubleaux qui, bandés sur -les piles et réunis par des pendentifs appareillés normalement à la -courbe (fig. 159), composent une assise inébranlable aux coupoles -ovoïdes, sur plan circulaire, dont les poussées verticales se -répartissent également sur les arcs mutuellement contrebutés. Les piles, -percées de hautes et étroites arcades, établissent une circulation -latérale; les murs de clôture, d’une mince épaisseur et formant le -parement extérieur, sont percés de fenêtres en plein cintre. - -Il est intéressant de remarquer l’analogie qui existe entre les -dispositions de Saint-Front et de Saint-Marc et celles de Sainte-Sophie -et des Saints-Apôtres à Constantinople qui rappellent le parti -architectural adopté par les Romains dans les Thermes d’Antonin -Caracalla; il est utile de revoir à ce sujet dans la première partie les -chapitres III, XII et XIV. - -A l’est, l’hémicycle primitif a été remplacé plus tard par une abside -plus importante, et deux absidioles ont été ménagées dans le côté -oriental des bras de la croix nord et sud. - -A l’ouest, l’église à coupoles communique avec l’ancienne église latine -dont nous avons parlé au chapitre XI de la première partie et sur deux -travées de laquelle le grand clocher, marquant la sépulture de -Saint-Front, aurait été élevé par Frotaire, évêque de Périgueux sur la -fin du Xᵉ siècle. - -Les grands doubleaux de l’église à coupoles présentent cette -particularité d’être des arcs brisés. Ainsi que nous l’avons déjà dit au -chapitre X de la deuxième partie, cette forme est un moyen de -construction, plutôt qu’un caractère d’architecture, employé pour -diminuer l’action des poussées de l’arc plein cintre, beaucoup plus -énergique que celles de l’arc brisé. - -Du reste, l’arc brisé était connu bien avant la construction de -Saint-Front; les savants dont nous parle Quicherat signalent sa -présence: au Caire, dans des monuments arabes du IXᵉ siècle de notre -ère; au centre de l’Arménie, à Diarbekir, dans un portique de l’époque -romaine et dont les colonnes sont reliées par des arcs brisés; enfin, -remontant encore plus haut dans l’histoire, en Perse où les -constructeurs n’ont pas employé d’autres cintres depuis les derniers -Sassanides. - -Une forme qui eut autant de succès chez le peuple le plus artiste de -l’Orient dut certainement être transportée de très bonne heure dans la -Syrie et se rencontrer sur le passage des pèlerins si nombreux qui -fréquentaient alors les Lieux Saints; pour que cette forme eût attiré -l’attention des Latins, il faut nécessairement qu’ils l’aient vue, non -pas dans les mosquées où ils n’avaient garde d’entrer, mais dans des -édifices consacrés au culte chrétien. - - - - -CHAPITRE XIII - -ÉGLISE DE CAHORS (LOT).--ÉGLISE DE SAINT-AVIT-SÉNIEUR (DORDOGNE). - - -Les premières églises bâties à l’exemple de Saint-Front, celles de la -première génération pour ainsi dire comme celles de la cité ou de -Saint-Étienne à Périgueux et de Cahors, conservent le même mode de -construction, mais présentent quelques différences dans le plan; les -bras latéraux de la croix grecque sont supprimés et il ne reste plus -qu’un rectangle formé de deux ou de plusieurs travées couronnées par -des coupoles et terminé par un sanctuaire demi-circulaire cantonné -d’absidioles comme à Cahors, ou même simplement par le mur de clôture -d’un des côtés de la travée terminale comme à Saint-Avit, soit parce -qu’on s’est contenté de cet arrangement ou bien parce que l’édifice n’a -pas été achevé. - -[Illustration: FIG. 161.--ÉGLISE DE CAHORS. - -(Plan.)] - -L’église de Saint-Étienne, à Cahors, bien qu’elle ait été consacrée dans -les premières années du XIIᵉ siècle, remonte cependant au milieu du -siècle précédent, et elle doit être contemporaine de l’achèvement de la -célèbre église de Périgueux; c’est d’ailleurs une des plus importantes -et surtout des plus fidèles imitations de Saint-Front. - -La construction de l’église de Cahors est semblable à celle de -Saint-Étienne de Périgueux--du moins dans la partie antérieure de -celle-ci--qui a suivi de très près celle de Saint-Front. - -On peut remarquer déjà dans ces deux églises et surtout à Cahors un -perfectionnement sensible dans l’économie de la construction. Les -arcs-doubleaux sont beaucoup moins larges, et l’on sent que les -architectes, - -[Illustration: FIG. 162.--ÉGLISE DE CAHORS. - -(Coupe longitudinale, fragment.)] - -familiarisés avec la coupole et calculant mieux les poussées des arcs et -des voûtes ainsi que la résistance des points d’appui, avaient réalisé -un progrès sensible qui est comme le témoignage de leurs connaissances -techniques. - -A l’intérieur de l’église le parti architectonique est le même qu’à -Saint-Front; mais les proportions générales des grands arcs sont moins -heureuses, plus trapues - -[Illustration: FIG. 163.--ÉGLISE DE CAHORS (FRANCE). (Vue perspective -intérieure.)] - -et plus lourdes. La nef se compose de deux travées égales sans galeries -latérales; les piles formant un contrefort saillant à l’intérieur sont -pleines, sauf un étroit passage à hauteur de la galerie latérale, et -elles n’ont plus qu’une arcade simplement décorative. Les deux travées -sont couronnées par des coupoles hémisphériques sur pendentifs -appareillés comme à Saint-Front et éclairées à leur base par de petites -fenêtres ouvertes aux quatre points cardinaux. A l’extrémité orientale, -un vaste hémicycle ayant la largeur de la nef est couvert par une voûte -en quart de sphère; il est cantonné par trois absidioles et il rappelle, -sauf l’absence de la colonnade du sanctuaire intérieur, les dispositions -du chœur de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, réminiscence que -nous avons déjà signalée en étudiant l’église de Vignory et celles de -l’Auvergne. - -Cette partie de l’église paraît, du reste, postérieure à la construction -de la nef; mais elle a cependant tous les caractères particuliers de -l’architecture romane. - -L’extérieur de l’église présente des dispositions des plus intéressantes -parce que les coupoles sont très franchement accusées (fig. 164). Elles -émergent au-dessus du comble dont la corniche est soutenue par des -corbeaux; elles montrent leurs tambours appareillés formant la base de -la coupole et couronnés par une corniche ornée de corbeaux. Aujourd’hui -la calotte est couverte par une charpente, mais il est probable que la -couverture primitive devait être en pierre ou bien celle-ci était -revêtue de lames de métal suivant la courbe hémisphérique de la -coupole. - -L’église de Saint-Avit-Sénieur procède évidemment - -[Illustration: FIG. 164.--ÉGLISE DE CAHORS (FRANCE). (Vue perspective -extérieure, prise du cloître.)] - -des églises à coupoles de Saint-Étienne, de la Cité à Périgueux, de -Cahors et de Saint-Jean à Cole, qui sont des filles de Saint-Front. - -Le plan de Saint-Avit ainsi que sa coupe sont les mêmes que ceux de -Saint-Étienne, de la Cité et de Cahors et les détails de la construction -sont identiques. Mais ce qui rend cet édifice digne d’un examen -particulièrement attentif, c’est la disposition des voûtes et ces voûtes -elles-mêmes qui diffèrent des églises à coupole sur le modèle duquel -l’église de Saint-Avit a été bâtie, sinon achevée. - -[Illustration: FIG. 165.--ÉGLISE DE SAINT-AVIT-SÉNIEUR. - -(Plan.)] - -Il n’est pas démontré, comme on l’a écrit, que les coupoles aient été -construites, puis détruites pour être remplacées par les voûtes qui -existent encore aujourd’hui. - -Si l’église commencée sur le plan de Saint-Front ou de ses dérivés avait -dû être couronnée par des coupoles sur pendentifs, les claveaux des -arcs-doubleaux devaient être taillés, selon les lois et l’appareil, -suivant la douelle des pendentifs sphériques. La suppression de ceux-ci, -en admettant qu’on les ait remplacés après coup par des voûtes dont les -arêtes sont marquées par des arcs diagonaux, aurait nécessité un -travail de sapement et de relancement beaucoup plus considérable que la -construction, ou la reconstruction, toute simple, qui restait à faire de -la calotte hémisphérique. - -Il était beaucoup plus facile, alors que les piles étaient arrivées à -hauteur de la naissance des arcs-doubleaux, de prévoir dans l’appareil -des sommiers la retombée des arcs diagonaux. C’est évidemment ce qui a -dû se passer, et c’est très probablement vers la fin du XIᵉ siècle que -les arcs-doubleaux ont été construits, époque à laquelle on voit -apparaître, timidement du reste, les arcs diagonaux ou croisées -d’ogives. - -[Illustration: FIG. 166. - -ÉGLISE DE SAINT-AVIT-SÉNIEUR. - -(Coupe longitudinale.)] - -D’ailleurs, les voûtes de Saint-Avit qu’on suppose avoir été refaites à -la fin du XIIIᵉ siècle ne sont pas appareillées comme elles le furent -dès la fin du XIIᵉ siècle et surtout dans les siècles suivants, -c’est-à-dire en voûtes d’arête dont les pénétrations sont accusées et -surtout soutenues par des arcs diagonaux. Les voûtes indiquées par la -figure 166 n’ont plus la forme d’une coupole proprement dite; c’est une -voûte annulaire appareillée horizontalement ou à peu près, soutenue -comme elle le serait par des cintres permanents, à l’aide de croisées -d’ogives et de nervures transversales, accusant et surmontant les clefs -des arcs-doubleaux. - -Il semble qu’on peut voir dans cette disposition ingénieuse des voûtes -de Saint-Avit, beaucoup plus légères que les coupoles et par conséquent -ayant moins d’action sur les murs latéraux, le passage de la coupole à -la voûte d’arête portée sur des arcs diagonaux. Nous l’avons indiqué -dans le chapitre XII en étudiant le pendentif de Saint-Front, comparé à -la _croisée d’ogives_ et en constatant l’identité de leurs fonctions -statiques. - -Ces tentatives, si bien caractérisées à Saint-Avit, se renouvelèrent -plus fréquemment, et on peut suivre leurs développements, dans la -première moitié du XIIᵉ siècle en Allemagne, en Italie et en France[89]. - - - - -CHAPITRE XIV - -CATHÉDRALE D’ANGOULÊME (FRANCE).--ÉGLISE DE RIPEN (DANEMARK).--ÉGLISE DE -SOLIGNAC (FRANCE). - - -Les églises bâties à l’exemple de Saint-Front se modifient encore à la -seconde génération; le plan revient à la forme de croix latine par -l’addition au transsept de deux bras voûtés en berceau. - -Les dispositions intérieures se perfectionnent et marquent davantage -encore les progrès que nous avons indiqués dans l’église de Cahors. On -sent la préoccupation constante des constructeurs romans, cherchant à -diminuer les énormes masses des églises à coupoles primitives, par une -répartition plus pondérée et mieux entendue des poussées et des -résistances, et en accusant ces points principaux par des contreforts -qui commencent à saillir sur les faces extérieures de l’édifice. On voit -même l’art des architectes s’exercer dans la décoration des points -d’appui et l’allégement des arcs-doubleaux à l’intérieur. Mais la forme -extérieure perd à cette époque son caractère si particulièrement -original parce que les coupoles ne s’accusent plus au dehors; elles sont -alors couvertes par le comble banal à deux - -[Illustration: FIG. 167. - -CATHÉDRALE D’ANGOULÊME. (Plan.)] - -rampants, et rien ne les distingue plus extérieurement des autres -églises romanes à nef unique. Les églises de Brassac (Dordogne), de -Sablonceaux (Charente-Inférieure) ont été élevées, ou reconstruites dans -ces conditions, - -[Illustration: FIG. 168.--CATHÉDRALE D’ANGOULÊME. - -(Coupe longitudinale, fragment.)] - -de même que celles d’Angoulême et de Fontevrault. - -L’église d’Angoulême, bâtie au commencement du XIIᵉ siècle, sur les -vestiges d’un édifice plus ancien, se compose d’une nef unique voûtée -par trois coupoles et couverte d’un comble à deux rampants; à -l’extrémité orientale de la nef s’élève une tour-lanterne -octogone,--qu’on a recouverte vers 1860 d’une coupole qui n’avait très -probablement pas existé avant cette époque;--le sanctuaire primitif, -sans bas côté, est en forme d’hémicycle cantonné, comme à Cahors, -d’absidioles rappelant le Saint-Sépulcre; cet hémicycle ou abside -principale - -[Illustration: FIG. 169.--CATHÉDRALE D’ANGOULÊME. - -(Vue perspective extérieure.)] - -est accompagné de deux absides plus petites, voûtées, comme le -sanctuaire, en quart de sphère. Les deux bras du transsept, couverts -dans sa largeur par une voûte en berceau, donnent à l’édifice la forme -d’une croix latine, plus accusée encore par la construction de deux -tours--vers le milieu du XIIᵉ siècle--dont une seule a été achevée un -peu plus tard et l’autre élevée jusqu’à la hauteur des combles. - -L’école angoumoise, selon Anthyme Saint-Paul[90], sert de trait d’union -entre les écoles périgourdine et poitevine, empruntant à la première ses -nefs uniques, ses coupoles et à la seconde ses riches façades, son luxe -d’arcades et sa décoration sculpturale. - -La façade de l’église d’Angoulême, qui rappelle celle de -Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers, est tout entière - -[Illustration: FIG. 170.--ÉGLISE DE RIPEN, JUTLAND (DANEMARK). - -(Coupe transversale du transsept.)] - -couverte d’arcatures et de sculptures consacrées à la représentation du -Jugement dernier. - - * * * * * - -L’influence de Saint-Front s’est étendue bien au delà des rives de la -Loire que des archéologues modernes--peut-être un peu trop jaloux de la -gloire de leur clocher--considéraient comme la limite extrême de son -rayonnement. - -[Illustration: FIG. 171.--ÉGLISE DE SOLIGNAC. (Vue perspective -intérieure.)] - -Une église bâtie vers le XIIᵉ siècle dans une des provinces reculées du -Danemark, nous montre la force d’expansion des idées qui avaient causé -en Aquitaine une féconde révolution dans l’art de bâtir au XIᵉ siècle; -ses effets se sont fait sentir dès la fin du même siècle et surtout -pendant le XIIᵉ dans toute l’Europe occidentale, non seulement par la -reproduction pure et simple des coupoles, mais encore par les -transformations successives et rapides qui sont nées de ce mode de -construction. - -[Illustration: FIG. 172. - -ÉGLISE DE SOLIGNAC. - -(Plan.)] - -L’église de Ribé ou de Ripen, dans le Jutland, est une des nombreuses -églises fondées par Canut II, dit le Grand, après que ce roi eut -converti son peuple au christianisme dans les premières années du XIᵉ -siècle. Elle fut reconstruite après un incendie, au commencement du XIIᵉ -siècle, sur le modèle de Saint-Front ou de ses dérivés; la coupole -centrale, sur pendentifs, ressemble absolument, aussi bien par sa forme -que par les particularités de sa structure, à l’église mère, avec cette -seule différence que les arcs-doubleaux sont en plein cintre. Les bras -du transsept sont couverts par des voûtes annulaires sur croisées -d’ogives comme celles de la nef de Saint-Avit-Sénieur. - -[Illustration: FIG. 173.--ÉGLISE DE SOLIGNAC. (Vue perspective de -l’abside.)] - -L’église de Solignac, dans le département de la Haute-Vienne, est un -exemple d’un édifice à coupoles, rares dans le Limousin. - -Elle ressemble à celle de Cahors, sauf en ce qui concerne le nombre des -travées et la disposition du sanctuaire, - -[Illustration: FIG. 174.--ÉGLISE DE SOLIGNAC. (Coupe sur le transsept, -fragment.)] - -couvert par une voûte, tout à la fois construite en quart de sphère du -côté de l’hémicycle et sur pendentifs du côté de l’arc triomphal formant -l’entrée du chœur. - -Les ailes du transsept semblent avoir été modifiées après la -construction primitive; celle du sud-est, voûtée en berceau et celle du -nord-est, couronnée par une coupole hémisphérique, ovale en plan. - -La nef est composée de quatre travées couronnées par des coupoles sur -pendentifs, la dernière couvrant, avec les particularités que nous avons -indiquées, le sanctuaire, cantonné, comme à Cahors, de trois absidioles -voûtées en quart de sphère. Celles-ci, circulaires à l’intérieur, sont -polygones à l’extérieur et chacun des angles est muni d’un contrefort -sous forme de colonne engagée. - -Les coupoles de Solignac sont couvertes, comme celles d’Angoulême et -d’autres que nous avons signalées, par un comble à deux rampants. - -A l’extérieur, les proportions sont moins heureuses encore que celles de -Cahors. - -A l’intérieur, les absides et les absidioles, bien que polygones, -rappellent les églises du Poitou et surtout celles de l’Auvergne par ce -détail caractéristique des arcatures ornant la partie haute de l’abside -et du transsept, et qui encadrent quelques fenêtres ménagées à la base -de la coupole du sanctuaire. - -L’église du monastère de Solignac a été élevée dans les premières années -du XIIᵉ siècle, car la dédicace en fut faite en 1143. - - - - -CHAPITRE XV - -ÉGLISE DE FONTEVRAULT.--ÉGLISE DE SAUMUR.--ÉGLISE DU PUY-EN-VELAY -(FRANCE). - - -L’église abbatiale de Fontevrault a été bâtie à peu près en même temps -que la cathédrale d’Angoulême, de 1101 à 1120, et consacrée pour la -première fois en 1119 par le pape Calixte II. - -Le plan de ces deux églises est le même, sauf le chœur; les coupoles -sont semblables et sont certainement des dérivés de Saint-Front en ce -qui concerne le parti architectural et le mode de construction; -cependant les progrès que nous avons constatés à Cahors et à Angoulême -s’affirment plus encore et ces perfectionnements s’expliquent par -l’habileté toujours croissante des architectes romans; les piles, les -arcs-doubleaux et les pendentifs n’ont plus que les dimensions -nécessaires; les poussées et les résistances sont calculées savamment et -les contreforts, placés aux points utiles, s’accusent davantage, afin de -ne plus donner aux murs de clôture que des épaisseurs utilement -réduites. - -Les détails de la construction, les ornements sculptés sont plus affinés -et ils annoncent un art en pleine possession de ses moyens, arrivant à -son apogée qui fut bientôt le point de départ d’une transformation -nouvelle. - -Le chœur de Fontevrault est moins ancien que la nef; c’est une -expression différente de l’architecture romane dans laquelle on -reconnaît aisément les dispositions des églises d’Auvergne; car cette -partie de l’église abbatiale présente une très grande analogie avec le -chœur de l’église de Saint-Paul, à Issoire. (Voir la figure 137.) - -[Illustration: FIG. 175. - -ÉGLISE DE FONTEVRAULT. - -(Plan.)] - -Mais la manière, nouvelle alors, dont la croisée de transsept a été -voûtée est particulièrement remarquable. Ce n’est plus une coupole -proprement dite; c’est une voûte sphérique coupée par les quatre -doubleaux des arcs de la croisée; c’est, en un mot, une voûte annulaire -dont les poussées sont moins énergiques que la coupole, en raison de sa -moins grande pesanteur. La construction en est très simple, car chaque -ligne d’assise formant claveau concave, les cintres peuvent être -réduits à leur plus simple expression. Les retombées et cette voûte -annulaire sont accusées par des chapiteaux placés un peu plus haut que -ceux qui reçoivent les arcs-doubleaux de cette croisée. - -[Illustration: FIG. 176.--ÉGLISE DE FONTEVRAULT. - -(Coupe de la voûte de la croisée du transsept.)] - -Nous avons vu déjà ce mode de construction de voûtes[91]; il se montre -quelques années après Fontevrault, à l’église Saint-Pierre, à Saumur, -avec un perfectionnement plus accusé qui marque, mieux encore qu’à -Saint-Avit-Sénieur, le passage de la voûte en coupole à la voûte -d’arête, soutenue par des _croisées d’ogives_. - -[Illustration: FIG. 177.--ÉGLISE DE SAUMUR. - -(Coupe de la voûte.)] - -Ce dernier système qui donne une plus grande légèreté aux voûtes et -nécessite des arcs-doubleaux et des - -[Illustration: FIG. 178.--ÉGLISE DU PUY-EN-VELAY. (Façade.)] - -points d’appui beaucoup moins importants, se développa rapidement; nous -en verrons les premières applications dans les chapitres XVI et XVII. - - * * * * * - -En dehors des églises à coupoles, que nous avons étudiées ou signalées, -il faut citer l’église de Notre-Dame au Puy-en-Velay, issue des mêmes -types, mais qui présente un caractère particulier. - -La nef, se terminant par une abside sans collatéral, consiste en une -suite de travées voûtées, comme le carré du transsept l’est -ordinairement dans les églises romanes, c’est-à-dire que chacune de ces -travées est surmontée d’un tambour octogone, sur plan carré, racheté par -des trompes très ingénieusement disposées, et d’une coupole également -octogone, qui rappelle celles de Saint-Vital, de Ravenne ou de l’église -palatine d’Aix-la-Chapelle; la coupole surmontant la croisée du -transsept est disposée de même, mais plus élevée au-dessus du comble à -deux pentes qui couvre celles de la nef; les ailes du transsept sont -voûtées en berceau. - -Suivant Viollet-le-Duc, Notre-Dame du Puy est unique dans sa -disposition. «En passant par un porche très relevé, comme une loge -immense, on pénètre sous le parvis de l’église et on débouche par un -escalier devant le maître-autel. Ce degré se prolonge au loin, dans la -rue percée en face le portail. Cette disposition si étrange avait été -prise pour permettre aux nombreux pèlerins qui visitaient Notre-Dame du -Puy d’arriver processionnellement jusqu’à l’image vénérée. La cathédrale -du Puy présente des traces d’un édifice du XIᵉ siècle. Les trois travées -orientales sont en plein cintre et les autres - -[Illustration: FIG. 179.--ÉGLISE DU PUY-EN-VELAY. (Clocher.)] - -en _arcs brisés_,--achevées vers le milieu du XIIᵉ siècle et couronnées -par des coupoles octogones... Les parements extérieurs sont composés -d’assises de grès blanc et de lave noire, de façon à former de grandes -mosaïques[92].» - -Le clocher rappelle les clochers limousins et périgourdins, surtout ceux -de Saint-Léonard et de Brantôme. Il se compose, à la base, d’une -muraille carrée, reliée à quatre piles isolées par des arcs portant des -berceaux perpendiculaires aux quatre côtés de ce mur; sur ces berceaux -reposent les étages supérieurs se rétrécissant à chaque étage jusqu’à -l’aplomb des piles intérieures. - -Le cloître, dont la construction primitive remonterait, en partie, au Xᵉ -siècle (?), a été reconstruit sur trois côtés au XIIᵉ siècle. Les -galeries sont couvertes par des voûtes d’arête romaines, portant d’un -côté sur les murs extérieurs et, du côté de l’aitre du cloître, sur de -grosses piles composées d’assises et cantonnées de colonnes monolithes -dégagées. Ces piles sont reliées par deux rangs d’archivoltes en plein -cintre, formées de claveaux alternativement noirs et blancs et dont -l’extrados est orné de mosaïques de lave et de briques en losange, qui -décorent également les écoinçons et la frise au-dessus de la corniche. -Le cloître du Puy a un caractère byzantin très accusé par la -construction même, indiquant nettement l’influence orientale et par tous -les détails de la décoration bâtie ou sculptée. - -[Illustration: FIG. 180.--ÉGLISE DU PUY-EN-VELAY. (Cloître.)] - - - - -CHAPITRE XVI - -ÉGLISE DE WORMS (HESSE-DARMSTADT).--ÉGLISE DE SPIRE (BAVIÈRE) ALLEMAGNE. - - -La première moitié du XIIᵉ siècle doit être considérée comme une époque -de transition. - -Nous entendons donner à ce mot transition une signification plus étendue -que celle donnée généralement par les archéologues modernes à cette -époque de l’histoire de l’architecture, car nous ne croyons pas que les -perfectionnements progressifs qui ont marqué le milieu du XIIᵉ siècle se -soient manifestés seulement par les changements apportés dans les formes -des arcs. - -Les arcs en plein cintre ou les arcs brisés ont une origine très -ancienne, et si l’on en croit les savants, les Perses auraient employé -l’arc brisé bien avant l’époque romaine. D’ailleurs, l’arc brisé était -en usage, non comme une forme consacrée ou encore moins comme un -système, mais bien comme un moyen, un expédient de construction dans des -édifices construits en Provence dans les premières années du XIᵉ siècle. -Les exemples de berceaux et d’arcades en forme d’arcs brisés abondent -dans les plus anciens édifices romans du Limousin et du Poitou; on voit -même souvent cette forme et le plein cintre employés simultanément dans -le même édifice. - -La transition doit être entendue dans un sens plus large et plus -général, car il nous semble que cette époque est caractérisée par la -transformation du système de voûtement des églises, fait bien autrement -important que la forme des arcs, qui n’est plus qu’un mince détail dans -un vaste ensemble. - -Ce grand mouvement d’art est né de l’application générale du mode de -construction des églises à coupoles, qui avait si profondément modifié, -dès les premières années du XIᵉ siècle, l’art de bâtir en Occident, dont -Saint-Front est resté l’admirable exemple, le type par excellence. - -[Illustration: FIG. 181.--ÉGLISE DE WORMS, HEISSE-DARMSTADT (ALLEMAGNE). -(Plan.)] - -Nous connaissons les étapes parcourues depuis l’église des -Saints-Apôtres, à Constantinople, jusqu’à l’église de Saint-Front, en -France. Nous savons avec quelle merveilleuse adresse les architectes -aquitains se sont assimilé les traditions byzantines pour les appliquer -selon leurs ressources et par l’emploi, judicieusement combiné, des -matériaux dont ils disposaient; nous avons suivi les progrès réalisés -par leurs successeurs romans, depuis l’église de Périgueux jusqu’à celle -de Fontevrault, et enfin nous avons constaté les modifications -apportées, avec une science pleine d’ingénieuses ressources, dans la -construction des voûtes, depuis la coupole de Saint-Front jusqu’à la -croisée d’ogives si nettement accusée à Saint-Avit et à Saumur. - -Ce nouveau système de construction, ayant pour but d’alléger les voûtes, -amena tout naturellement des changements considérables. Ils consistèrent -dans la diminution des masses portantes, plus faibles, mais plus -nombreuses. Entre les piles principales, on éleva des piliers plus -faibles; ceux-ci reliés entre eux par des arcades superposées et -celles-là par un formeret rejoignant la voûte et solidarisant les piles -principales. - -Les voûtes d’arête, munies ou non d’arcs-doubleaux, avec ou sans croisée -d’ogives, très bombées et rappelant la forme des coupoles ou des voûtes -annulaires, reportent les charges sur les piles principales, solidement -contrebutées par les voûtes latérales; elles sont disposées sur un plan -carré, réminiscence, ou plutôt imitation traditionnelle des églises à -coupoles élevées sur un plan semblable. - -Les églises bâties au milieu du XIIᵉ siècle, ou à peu près, de Worms et -de Spire en Allemagne, de Saint-Ambroise de Milan en Italie et de la -Trinité de Caen en France, nous fournissent les exemples les plus -intéressants de cette époque de transition qui prépara la révolution -monumentale du XIIIᵉ siècle. - -Dans la nef de la cathédrale de Worms, nous dit Viollet-le-Duc, nef qui -date de la moitié du XIIᵉ siècle, une grande voûte d’arête sans -arc-doubleau la couvre et s’élève sur plan carré. Les piles -intermédiaires forment des compartiments dans les bas côtés qui sont -également couverts par des voûtes d’arête qui dérivent de la tradition -romano-byzantine. - -[Illustration: FIG. 182. - -ÉGLISE DE WORMS (ALLEMAGNE). - -(Détail de la coupole.)] - -La cathédrale de Worms est à trois nefs, rappelant les dispositions -basilicales, et qui aboutissent à un transsept, donnant à l’édifice la -forme d’une croix latine: l’église a deux chœurs, l’un à l’orient qui se -termine par un hémicycle à l’intérieur et dont la face extérieure est -carrée; l’autre à l’occident et formé par une abside polygone. - -La coupole qui couronne la croisée du transsept est construite suivant -les données byzantines-grecques; elle rappelle particulièrement les -coupoles de Daphni près d’Athènes et plus encore celle de -Saint-Nicodème (fig. 78) par la disposition des niches voûtées en quart -de sphère qui font passer la coupole du plan carré à l’octogone. - - * * * * * - -L’église de Spire est du même temps ou à peu près que la cathédrale de -Worms. Les dispositions de son plan rappellent celles des églises -normandes du XIᵉ siècle. - -[Illustration: FIG. 183. - -ÉGLISE DE SPIRE, BAVIÈRE (ALLEMAGNE). (Plan.)] - -C’est une basilique composée de trois nefs, d’un transsept dont la -croisée est couronnée par une coupole octogone et d’un chœur en -hémicycle couvert par une voûte en quart de sphère. A l’extérieur et à -l’intérieur, il est décoré de colonnes ornées de chapiteaux qui -supportent des arcatures en plein cintre, couronnées d’un cordon -au-dessus duquel s’élève une galerie à jour formée de petites -colonnettes reliées par des arcades, disposition qui ressemble au -couronnement de l’abside des églises d’Auvergne[93]. - -[Illustration: FIG. 184.--ÉGLISE DE SPIRE, BAVIÈRE (ALLEMAGNE). - -(Vue perspective intérieure.)] - -La nef à six travées est formée de deux rangées de formerets s’élevant -jusqu’à la voûte et reliant les points d’appui principaux; les travées -sont subdivisées par des piliers intermédiaires réunis par des arcades -superposées suivant les dispositions indiquées par la figure 185, qui -fait voir en même temps les détails particuliers des colonnes supportant -les grands arcs-doubleaux de la nef qui se divisent en six parties. - -[Illustration: FIG. 185. - -ÉGLISE DE SPIRE (ALLEMAGNE). - -(Coupe longitudinale.)] - -Les bas côtés subdivisés sont couverts par des voûtes d’arête. - -La nef principale est couverte par une voûte d’arête sans nervure, bâtie -sur plan carré entre les arcs-doubleaux. Les arêtes diagonales de la -voûte forment un plein cintre; cette disposition, qui se rencontre dans -un grand nombre d’églises allemandes, donne à la voûte l’aspect d’une -partie de coupole, construite à l’imitation des églises qui dérivent de -Saint-Front. - - - - -CHAPITRE XVII - -ÉGLISE DE SAINT-AMBROISE A MILAN (ITALIE).--ÉGLISE DE LA TRINITÉ A CAEN -(FRANCE). - - -La forme générale de l’église de Saint-Ambroise, à Milan, est celle -d’une basilique latine; elle ressemble à Saint-Pierre-a-Vincoli, élevée -à Rome au Vᵉ siècle; plus encore aux églises chrétiennes bâties en Syrie -sur le plan des basiliques romaines, notamment celles de Qalb-Louzeh et -de Tourmanin qui datent du VIᵉ siècle, et enfin à celle de Saint-Clément -(sauf les dispositions intérieures), construite à Rome au IXᵉ -siècle[94]. Comme cette dernière basilique, Saint-Ambroise de Milan est -précédée, sur la largeur de la façade, d’un narthex qui forme un des -côtés du quadriportique disposé en avant de l’église. Le plan de -celle-ci est un parallélogramme divisé en trois galeries; une grande au -milieu et deux latérales; la nef principale se termine par un hémicycle -et les deux bas côtés par des absidioles, toutes les trois voûtées en -quart de sphère. - -Le vaisseau central est composé de quatre travées carrées--celle vers le -chœur surmontée d’une coupole octogone dont les quatre faces d’angle -sont soutenues par des encorbellements;--ces quatre travées sont -marquées par des arcs transversaux s’étendant sur toute la largeur de -l’édifice, et composées d’un grand arc et de deux autres superposés par -les galeries étagées. - -Les bas côtés sont divisés en compartiments, voûtés d’arête sans -nervures, formés par la subdivision des grands arcs latéraux. - -La construction des voûtes de Saint-Ambroise est particulièrement digne -d’attention, parce qu’elle nous fournit un exemple des constructions -faites à l’époque de la transition--comme nous l’entendons, et que nous -avons étudiée au chapitre XVI. - -[Illustration: FIG. 186. - -ÉGLISE DE SAINT-AMBROISE A MILAN (ITALIE). (Plan.)] - -La voûte de la nef est composée des arcs-doubleaux transversaux, des -formerets latéraux et des arcs diagonaux, ou _croisées d’ogives_ dont la -section est rectangulaire; ils retombent fermement sur les sommiers -communs aux faisceaux des six arcs réunis qui s’élèvent au-dessus des -chapiteaux. Sur cette ossature solidement établie d’abord et sans -liaison avec elle, sont posés les remplissages des quatre segments -appareillés normalement à leurs - -[Illustration: FIG. 187. - -ÉGLISE DE SAINT-AMBROISE, A MILAN (ITALIE). (Coupe transversale.)] - -courbes. La forme sphérique est donnée par le relèvement des croisées -d’ogives et par la courbure des segments de la voûte conservant la forme -traditionnelle de la coupole. - -Les arcs-doubleaux et les voûtes d’arête des bas côtés contrebutent -solidement les poussées des arcs-doubleaux et des croisées d’ogives; ils -font fonction d’arcs-boutants couverts par un comble à deux rampants. - -La voûte rappelle donc la forme des coupoles ou celle des voûtes -annulaires. Soutenues par des croisées d’ogives qui font l’office de -cintres permanents, les dispositions de cette voûte marquent encore plus -explicitement que par les exemples précédents, le passage, la -transition, entre la voûte en coupole et la voûte d’arête. - -L’église de la Trinité, ou ancienne abbaye aux Dames, à Caen, qui date -de 1046, était peut-être couverte primitivement par une charpente -apparente; mais elle a dû être achevée autrement qu’elle n’a été -commencée, ou bien, ce qui est plus probable, la nef a été reprise après -un incendie, ou démolie à partir du cordon tangent aux arcades latérales -et terminée, avec les voûtes qui existent actuellement, vers le milieu -du XIIᵉ siècle. - -[Illustration: FIG. 188. - -ÉGLISE DE SAINT-AMBROISE, A MILAN (ITALIE). (Coupe longitudinale.)] - -La preuve nous est fournie par les dispositions mêmes des parties hautes -et la nef. Dans les églises normandes romanes, les travées sont égales -et les piles ont la même section puisqu’elles n’avaient à soutenir -qu’une charpente dont les fermes reposaient sur une des colonnes -continuant la pile et montant de fond jusqu’à la couverture en bois. Les -églises de Cerisy-la-Forêt et du Mont Saint-Michel[95], avec lesquelles -l’abbaye aux Dames de Caen présente beaucoup d’analogie en plan, sont, -entre un grand nombre d’autres églises, des exemples authentiques de la -disposition régulière et égale des piles. - -A l’église de la Trinité, les piles sont égales jusqu’à la hauteur du -premier cordon; mais au-dessus les sections des piles sont plus fortes -de deux en deux sur les points qui recevaient les retombées des -arcs-doubleaux et des arcs diagonaux, ou _croisées d’ogives_. La pile -intermédiaire est plus faible parce qu’elle ne reçoit qu’un - -[Illustration: FIG. 189.--ÉGLISE DE LA TRINITÉ, A CAEN (FRANCE). -(Plan.)] - -arc, arc-doubleau de secours, pour soulager seulement la grande portée -des voûtes d’arête (fig. 191). - -Les voûtes de la nef sont sur plan carré, comme les églises allemandes -et italiennes que nous avons citées, avec l’adjonction d’un arc -intermédiaire dont nous parlons plus haut. Les bas côtés sont couverts -par des voûtes d’arête, entre des arcs-doubleaux qui paraissent être les -voûtes du XIᵉ siècle, avant la modification de la partie haute de la nef -ou sa reconstruction au milieu du XIIᵉ siècle. - -[Illustration: FIG. 190. - -ÉGLISE DE LA TRINITÉ, A CAEN (FRANCE). - -(Coupe transversale.)] - -Sauf les absidioles du transsept, le plan est à peu près le même que -celui de Cerisy-la-Forêt, mais plus simplement combiné. - -Au centre de la croisée du transsept s’élève une haute tour-lanterne, à -l’exemple de celles qui avaient pris dans les églises monastiques et -surtout en Normandie une grande extension. - -[Illustration: FIG. 191.--ÉGLISE DE LA TRINITÉ, A CAEN (FRANCE). (Coupe -longitudinale.)] - -Les églises de la Trinité et de Saint-Étienne--abbaye aux dames et -abbaye aux hommes de Caen--possèdent des tours centrales qui font ainsi -partie du vaisseau intérieur et ne sont pas des clochers, mais des -coupoles ou plus exactement des lanternes[96] donnant de la lumière au -centre de l’édifice. Les clochers[97] élevés sur les façades des églises -romanes en Normandie prennent également de l’importance; mais ils sont -étroits et terminés par des pyramides très aiguës. - -La coupe transversale de la nef de la Trinité (fig. 190) montre le -rudiment d’un arc-boutant qui est encore caché sous le comble en -appentis des bas côtés; il contrebute effectivement les poussées des -voûtes des bas côtés, mais il ne s’accuse pas encore au dehors, comme -nous le verrons un peu plus tard. - -Les voûtes de la Trinité marquent encore un pas en avant, un progrès -réalisé par les constructeurs au moment où la période romane prend fin, -après avoir préparé une nouvelle révolution dans l’art de bâtir par un -système de construction nouveau qui s’annonce dès la première moitié du -XIIᵉ siècle, qui grandit jusqu’à la fin du même siècle, pour arriver au -XIIIᵉ siècle à son complet développement. - - * * * * * - -Nous avons cherché et trouvé les origines de l’_architecture romane_. - -Nous avons montré la naissance, les transformations et les superbes -développements de cette belle et grande architecture, absolument -rationnelle dans ses principes aussi bien que dans ses applications. - -Nous verrons dans le volume suivant: l’_Architecture gothique_, des -monuments qui sont des merveilles par leurs ingénieuses combinaisons, et -des miracles d’équilibre par la hardiesse de leur construction; mais -nous devons rendre hommage à la mère de tous ces chefs-d’œuvre, à -l’architecture romane qui a produit des monuments qu’il faudrait imiter -parce qu’ils sont des modèles achevés, autant par leur simple beauté que -par la sagesse de leur structure, disposant prudemment à l’intérieur -leurs points d’appui et protégeant leurs organes essentiels en les -mettant à l’abri des intempéries destructives. - -Il faut admirer ces grands édifices qui sont la gloire de notre pays et -donnent une si haute idée du génie de nos architectes. Si l’on ne peut -pas ou, plutôt, si l’on ne veut pas les imiter, on doit les connaître et -surtout les étudier sérieusement, sincèrement, afin d’en tirer les plus -sérieux enseignements. - - * * * * * - -Le gouvernement de la République française a bien mérité des savants et -des artistes en fondant, dans un des musées de l’État, un cours -d’architecture du moyen âge. Le ministre qui l’a institué dernièrement -pour répondre aux vœux légitimes exprimés en même temps par la -commission des monuments historiques et par le directeur des cultes, sur -l’avis des inspecteurs généraux des édifices diocésains, a rendu un -grand service public en comblant une lacune regrettable; car -l’architecture du moyen âge, l’un des chapitres les plus intéressants de -notre art si intimement lié à l’archéologie nationale, n’était enseignée -nulle part, sauf à l’École des chartes, dont les cours ne sont pas -publics. - -C’est un grand progrès qu’il faut s’empresser de constater, en -souhaitant plus encore. - -Si pour des raisons spéciales le cours nouveau d’architecture est -professé au musée du Trocadéro, dans un milieu excellent d’ailleurs, -puisqu’il comprend une partie des chefs-d’œuvre de l’art français du XIᵉ -au XVIᵉ siècle, il est permis d’espérer que, dans un avenir très -prochain, l’architecture française du moyen âge aura enfin sa place -marquée au rang qu’elle doit occuper dans l’enseignement des arts donnée -par l’État à l’École nationale des beaux-arts. - - - - -TABLE DES GRAVURES - - - Pages. - -FIGURE 1.--Frontispice 1 - - -PREMIÈRE PARTIE. - --- 2.--Basilique civile.--Plan 23 - --- 3.-- -- --Coupe transversale 24 - --- 4.--Basilique ulpienne à Rome.--Plan 26 - --- 5.-- -- -- --Coupe transversale. 27 - --- 6.--Prétoire de Mousmieh (Syrie centrale).--Plan 28 - --- 7.-- -- -- --Vue perspective intérieure 29 - --- 8.--Thermes d’Antonin Caracalla (Rome).--Plan 31 - --- 9.-- -- -- --Le Frigidarium. 33 - --- 10.-- -- -- --Le Tepidarium. 35 - --- 11.--Le Panthéon de Rome.--Plan 37 - --- 12.-- -- --Coupe longitudinale 39 - --- 13.-- -- --Coupole, détails de construction de la voûte 40 - --- 14.--Palais de Sarvistan (Perse).--Plan 42 - --- 15.-- -- -- --Coupole 43 - --- 16.--Basilique de Constantin (Rome).--Plan 60 - --- 17.-- -- -- --Coupe transversale 61 - --- 18.--Basilique de Saint-Paul-hors-les-murs (Rome).--Plan 62 - --- 19.-- -- -- --Vue perspective 63 - --- 20.--Basilique de Saint-Paul-hors-les-murs (Rome).--Coupe -transversale 64 - --- 21.--Basilique de Sainte-Marie-Majeure (Rome).--Coupe -transversale 65 - --- 22.--Basilique de Sainte-Marie-Majeure (Rome).--Plan. 66 - --- 23.--Basilique de Saint-Pierre-a-Vincoli (Rome).--Plan. 66 - --- 24.--Basilique de Sainte-Marie-Majeure (Rome).--Coupe longitudinale 67 - --- 25.--Basilique de Saint-Pierre-a-Vincoli (Rome).--Coupes 68 - --- 26.--Baptistère de Novare (Italie)--Coupe 69 - --- 27.-- -- -- --Plan 70 - --- 28.--Basilique de Tafkha (Syrie centrale).--Plan 71 - --- 29.--Basilique de Tafkha (Syrie centrale).--Coupe transversale 72 - --- 30.--Basilique de Tafkha (Syrie centrale).--Coupe longitudinale. 73 - --- 31.--Baptistère de Moudjeleia (Syrie centrale).--Plan 74 - --- 32.-- -- -- -- Coupe transversale 74 - --- 33.--Baptistère de Moudjeleia (Syrie centrale).--Coupe -longitudinale 75 - --- 34.--Église de Behio (Syrie centrale).--Plan 75 - --- 35.-- -- -- -- Coupe 76 - --- 36.--Église de Babouda (Syrie centrale).--Façade 76 - --- 37.-- -- -- -- Plan 76 - --- 38.--Baptistère de Saint-Georges d’Ezra (Syrie centrale).--Plan 78 - --- 39.--Baptistère de Saint-Georges d’Ezra (Syrie centrale).--Coupe -longitudinale 79 - --- 40.--Église de Baqouza (Syrie centrale).--Plan 80 - --- 41.-- -- -- -- Coupe 80 - --- 42.-- -- -- -- Abside 81 - --- 43.--Église de Qalb-Louzeh (Syrie centrale).--Plan 82 - --- 44.-- -- -- -- Coupe 83 - --- 45.-- -- -- -- Vue perspective. 84 - --- 46.--Église de Roueiha (Syrie centrale).--Coupe longitudinale 86 - --- 47.--Église de Roueiha (Syrie centrale).--Coupe transversale 86 - --- 48.--Église de Roueiha (Syrie centrale).--Plan 87 - --- 49.--Église de Tourmanin (Syrie centrale).--Plan 88 - --- 50.--Église de Tourmanin (Syrie centrale).--Coupe 89 - --- 51.-- -- -- -- Vue perspective, façade 91 - --- 52.--Le Temple à Jérusalem, porte double (Palestine).--Vue -perspective 92 - --- 53.--Le Temple à Jérusalem, porte double (Palestine).--Plan 93 - --- 54.--Église latine de Saint-Front, à Périgueux.--Clocher et -façade nord 95 - --- 55.--Église latine de Saint-Front, à Périgueux.--Plan. 96 - --- 56.--Basilique de Sainte-Agnès-hors-les-murs (Rome).--Plan 97 - --- 57.--Basilique de Sainte-Agnès-hors-les-murs (Rome).--Vue perspective -intérieure 98 - --- 58.--Basilique de Saint-Clément, à Rome.--Plan 99 - -FIGURE 59.--Basilique de Saint-Clément, à Rome.--Coupe -longitudinale 100 - --- 60.--Basilique de Saint-Clément, à Rome.--Vue perspective -intérieure 101 - --- 61.--Mosquée de Cordoue (Espagne).--Plan 103 - --- 62.-- -- -- -- Coupes 105 - --- 63.--Église des SS. Serge et Bacchus (Constantinople).--Coupe -longitudinale 112 - --- 64.--Église des SS. Serge et Bacchus (Constantinople).--Plan 113 - --- 65.--Église de Saint-Vital, à Ravenne.--Plan 115 - --- 66.-- -- -- -- Coupe longitudinale 116 - --- 67.--Église de Saint-Vital, à Ravenne.--Détail d’une -arcade de la galerie haute 117 - --- 68.--Église de Saint-Vital, à Ravenne.--Vue perspective -d’un exèdre de la galerie basse 119 - --- 69.--Église de Sainte-Sophie, à Constantinople.--Coupe -longitudinale 121 - --- 70.--Église de Sainte-Sophie, à Constantinople.--Plan. 123 - --- 71.--Église de Sainte-Sophie, à Constantinople.--Vue -perspective intérieure 125 - --- 72.--Église de Théotocos, à Constantinople.--Plan 127 - --- 73.-- -- -- -- Coupe longitudinale 128 - --- 74.--Église de Santa-Fosca, à Torcello.--Plan 129 - --- 75.--Église de Santa-Fosca, à Torcello.--Coupe transversale 130 - --- 76.--Église de Santa-Fosca, à Torcello.--Coupe diagonale 131 - --- 77.--Église de Saint-Nicodème, à Athènes.--Plan 131 - --- 78.-- -- -- -- Coupe 132 - --- 79.--Église du monastère de Daphni près d’Athènes.--Plan 133 - --- 80.--Église du monastère de Daphni près d’Athènes.--Coupe -longitudinale 134 - --- 81.--Église du monastère de Daphni près d’Athènes.--Détails -des trompes et pendentifs de la coupole 135 - --- 82.--Église du monastère de Daphni près d’Athènes.--Façade -latérale 136 - --- 83.--Chapelle du Palais de Charlemagne, à Aix-la-Chapelle -(Allemagne).--Plan 138 - --- 84.--Chapelle du Palais de Charlemagne, à Aix-la-Chapelle -(Allemagne).--Coupe longitudinale 139 - -FIGURE 85.--Chapelle du Palais de Charlemagne, à Aix-la-Chapelle -(Allemagne).--Coupe transversale 140 - --- 86.--Église de Germiny-des-Prés (France).--Plan 141 - --- 87.-- -- -- --Coupe transversale 142 - --- 88.--Église de la Martorana (Sicile).--Plan 143 - --- 89.-- -- -- -- Coupe longitudinale 144 - --- 90.-- -- -- -- Vue perspective intérieure 145 - - -DEUXIÈME PARTIE. - --- 91.--Frontispice de la deuxième partie 155 - --- 92.--Baptistère de Biella (Italie).--Plan 166 - --- 93.-- -- -- -- Coupe transversale. 167 - --- 94.--Chapelle Sainte-Croix (Suisse).--Plan 168 - --- 95.--Chapelle de la Trinité (île Saint-Honorat).--Plan 169 - --- 96.-- -- -- -- Coupe -longitudinale 170 - --- 97.--Chapelle de Saint-Germain (France).--Plan 171 - --- 98.--Chapelle de Saint-Germain (France).--Coupe -transversale 172 - --- 99.--Chapelle Sainte-Croix, à Montmajour (France).--Coupe -longitudinale 172 - --- 100.--Chapelle Sainte-Croix, à Montmajour (France).--Plan 173 - --- 101.--Chapelle Sainte-Croix, à Montmajour (France).--Vue -perspective extérieure 174 - --- 102.--Église de Vignory (France).--Plan 176 - --- 103.-- -- -- -- Coupe transversale 177 - --- 104.-- -- -- -- Vue perspective intérieure 178 - --- 105.--Église de Saint-Genou (France).--Vue perspective -de la nef 179 - --- 106.--Église de Cerisy-la-Forêt (France).--Plan 181 - --- 107.-- -- -- -- Coupe transversale 183 - --- 108.--Église de Cerisy-la-Forêt (France).--Coupe longitudinale 185 - --- 109.--Église du Mont Saint-Michel (France).--Plan 187 - --- 110.-- -- -- -- Coupe transversale 188 - --- 111.--Église du Mont Saint-Michel (France).--Coupe longitudinale 189 - -FIGURE 112.--Église de Waltham-Abbey (Angleterre).--Plan 191 - --- 113.-- -- -- -- -- Coupe -transversale 192 - --- 114.--Église de Waltham-Abbey (Angleterre).--Coupe -longitudinale 193 - --- 115.--Église de Peterborough (Angleterre).--Plan 194 - --- 116.-- -- -- -- -- Coupe -transversale 195 - --- 117.--Église de Peterborough (Angleterre).--Coupe -longitudinale 196 - --- 118.--Cloître de Moissac (France).--Vue perspective 197 - --- 119.--Église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem.--Plan 204 - --- 120.-- -- -- -- Plan 205 - --- 121.-- -- -- -- Coupe 206 - --- 122.--Église d’Ottmarsheim (Alsace).--Plan 207 - --- 123.-- -- -- -- -- Coupe 208 - --- 124.--Église de Rieux-Mérinville (France).--Plan 209 - --- 125.-- -- -- -- -- Coupe 210 - --- 126.--Église de Cambridge (Angleterre).--Plan 211 - --- 127.-- -- -- -- -- Coupe 212 - --- 128.--Arènes d’Arles.--Couverture en pierre 215 - --- 129 et 130.--Nymphée de Nîmes.--Coupes de la voûte -en berceau 216 - --- 131.--Nymphée de Nîmes.--Perspective des arcs-doubleaux 217 - --- 132.--Église de Saint-Savin (France).--Plan 222 - --- 133.-- -- -- -- -- Coupe transversale. 223 - --- 134.--Narthex de l’église de Saint-Benoît-sur-Loire.--Plan. 224 - --- 135.--Narthex de l’église de Saint-Benoît-sur-Loire.--Perspective 225 - --- 136.--Narthex de l’église de Saint-Benoît-sur-Loire.--Coupe 226 - --- 137.--Église de Saint-Paul à Issoire.--Plan 229 - --- 138.-- -- -- -- Coupe transversale. 230 - --- 139.-- -- -- -- Vue perspective de -l’abside 231 - --- 140.--Église de Saint-Hilaire, à Poitiers.--Vue perspective -de l’abside 233 - --- 141.--Église de Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers.--Vue -perspective des façades ouest et sud 235 - --- 142.--Église de Saint-Sernin, à Toulouse.--Vue perspective -de l’abside 236 - --- 143.--Église de Saint-Sernin, à Toulouse.--Vue perspective -des façades ouest et sud 237 - -FIGURE 144.--Église de Saint-Trophime, à Arles.--Plan 239 - --- 145.-- -- -- -- Portail 241 - --- 146.-- -- -- -- Cloître 243 - --- 147.--Église de Saint-Gilles en Languedoc.--Portail 244 - --- 148.-- -- de Sainte-Marthe, à Tarascon.--Portail 245 - --- 149.-- -- de Moissac.--Portail du Moustier 246 - --- 150.--Cloître de Montmajour.--Vue perspective 247 - --- 151.-- -- -- -- -- de l’aître. 248 - --- 152.-- -- de Saint-Paul-du-Mausolée, à Saint-Rémi 249 - --- 153.--Église de Saint-Marc, à Venise (Italie).--Plan 253 - --- 154.--Église de Saint-Marc, à Venise (Italie).--Coupe 254 - --- 155.-- -- -- -- -- Vue perspective intérieure 255 - --- 156.--Église de Saint-Marc, à Venise (Italie).--Détails de -sculpture 257 - --- 157.--Église de Saint-Front, à Périgueux (France).--Plan 259 - --- 158.-- -- -- -- -- Coupe. 261 - --- 159.-- -- -- -- -- Coupe d’un pendentif 263 - --- 160.--Église de Saint-Front, à Périgueux (France).--Vue -perspective intérieure 265 - --- 161.--Église de Cahors, Lot (France).--Plan 269 - --- 162.-- -- -- -- -- --Coupe 270 - --- 163.-- -- -- -- -- --Vue perspective -intérieure 271 - --- 164.--Église de Cahors, Lot (France).--Vue perspective -extérieure 273 - --- 165.--Église de Saint-Avit-Senieur (France).--Plan 274 - --- 166.-- -- -- -- Coupe. 275 - --- 167.--Cathédrale d’Angoulême (France).--Plan 277 - --- 168.-- -- -- -- --Coupe longitudinale 278 - --- 169.--Cathédrale d’Angoulême (France).--Vue perspective -extérieure 279 - --- 170.--Église de Ripen (Danemark).--Coupe 280 - --- 171.--Église de Solignac (France).--Vue perspective intérieure 281 - --- 172.--Église de Solignac (France).--Plan 282 - --- 173.-- -- -- -- --Vue perspective -de l’abside 283 - --- 174.--Église de Solignac (France).--Coupe 284 - --- 175.--Église de Fontevrault (France).--Plan 287 - --- 176.-- -- -- -- --Coupe 288 - --- 177.--Église de Saumur -- -- -- 288 - -FIGURE 178.--Église du Puy-en-Velay (France).--Façade 289 - --- 179.-- -- -- -- --Clocher 291 - --- 180.-- -- -- -- --Cloître 293 - --- 181.--Église de Worms (Allemagne).--Plan 295 - --- 182.-- -- -- -- --Détails de la -coupole 297 - --- 183.--Église de Spire (Allemagne).--Plan 298 - --- 184.-- -- -- -- --Vue perspective intérieure 299 - --- 185.-- -- -- -- --Coupe 300 - --- 186.--Église de Saint-Ambroise, à Milan (Italie).--Plan 302 - --- 187.-- -- -- -- --Coupe 303 - --- 188.-- -- -- -- --Coupe -longitudinale 304 - --- 189.--Église de la Trinité, à Caen (France).--Plan 305 - --- 190.-- -- -- -- -- --Coupe -transversale 306 - --- 191.--Église de la Trinité, à Caen (France).--Coupe -longitudinale 307 - - - - -TABLE DES MATIÈRES - - -PREMIÈRE PARTIE - -ORIGINES DE L’ARCHITECTURE ROMANE - -BASILIQUES CIVILES.--BASILIQUES ET ÉGLISES LATINES.--ÉGLISES -BYZANTINES. - - Pages. - -PRÉFACE 5 - -INTRODUCTION 9 - -CHAPITRE Iᵉʳ.--Basilique civile.--Définition 21 - --- II.--Basiliques civiles à Rome et en Orient 25 - --- III.--Les Thermes d’Antonin Caracalla 35 - --- IV.--Le Panthéon de Rome et le Palais de Sarvistan -(Perse) 36 - --- V.--Transformation des basiliques civiles.--Orientation -des basiliques et des églises chrétiennes 40 - --- VI.--Abside.--Basilique à trois membres.--Nef -et bas côtés.--Façades.--Baptistère.--Tour-lanterne.--Clocher.--Dépendances -extérieures des basiliques 46 - --- VII.--Basiliques de Constantin, de Saint-Paul-hors-les-murs, -de Sainte-Marie-Majeure, de Saint-Pierre-a-Vincoli, -à Rome.--Baptistère -de Novare 59 - --- VIII.--Syrie centrale.--Basilique de Tafkha.--Baptistère -de Moudjeleia.--Églises de -Behio et de Babouda 71 - --- IX.--Syrie centrale.--Baptistère de Saint-Georges -d’Ezra.--Églises de Baqouza et de -Qalb-Louzeh 77 - --- X.--Syrie centrale.--Église de Roueiha et de Tourmanin.--Palestine.--Le -temple à Jérusalem, -porte double 85 - -CHAPITRE XI.--Église latine de Saint-Front à Périgueux.--Basilique -de Sainte-Agnès-hors-les-murs.--Basilique -de Saint-Clément à Rome.--Mosquée -de Cordoue 94 - --- XII.--L’Art byzantin 107 - --- XIII.--Église des SS. Serge et Bacchus à Constantinople.--Église -de Saint-Vital à Ravenne 111 - --- XIV.--Église de Sainte-Sophie à Constantinople 120 - --- XV.--Église de Théotocos à Constantinople.--Église -de Santa-Fosca à Torcello (Italie).--Église -de Saint-Nicodème à Athènes.--Église -du monastère de Daphni, près d’Athènes 126 - --- XVI.--Chapelle du palais de Charlemagne à Aix (Allemagne).--Église -de Germiny-des-Prés -(France). Église de la Martorana à -Palerme (Sicile) 137 - --- XVII.--Influence de l’art byzantin sur l’architecture en -Orient et en Occident.--L’architecture -du VIIᵉ au XIᵉ siècle 147 - - -DEUXIÈME PARTIE - -HISTOIRE -ET CARACTÈRES DE L’ARCHITECTURE ROMANE - -BAPTISTÈRES OU CHAPELLES RURALES ET FUNÉRAIRES.--ÉGLISES -DE FORME BASILICALE.--ÉGLISES RONDES -OU POLYGONES.--ÉGLISES VOÛTÉES. - -CHAPITRE Iᵉʳ.--Définition et caractères du Roman 156 - --- II.--BAPTISTÈRES OU CHAPELLES RURALES ET FUNÉRAIRES.--Baptistère -de Biella (Italie).--Chapelles -rurales de Sainte-Croix à Munster -(Grisons), de la Trinité (île Saint-Honorat -de Lérins) et de Querqueville (près de Cherbourg).--Baptistère -ou chapelle funéraire -de Sainte-Croix de Montmajour (France) 166 - --- III.--ÉGLISE DE FORME BASILICALE.--Église de -Vignory.--Église de Saint-Genou.--Église -de Cerisy-la-Forêt (France) 175 - --- IV.--Église abbatiale du Mont Saint-Michel (France).--Église -de Waltham-Abbey (Angleterre).--Église -de Peterborough (Angleterre).--Cloître -de Moissac (France) 186 - --- V.--Églises rondes et polygones.--Église du Saint-Sépulcre -à Jérusalem 199 - --- VI.--Église d’Ottmarsheim (Alsace).--Église de -Rieux-Mérinville (France).--Église de -Cambridge (Angleterre) 207 - --- VII.--Églises voûtées 214 - --- VIII.--Église de Saint-Savin (Vienne).--Église de -Saint-Benoît-sur-Loire (Loiret) 221 - --- IX.--Église de Saint-Paul à Issoire (Puy-de-Dôme).--Église -de Notre-Dame-la-Grande à -Poitiers.--Église de Saint-Hilaire à Poitiers.--Église -de Saint-Sernin à Toulouse 228 - --- X.--Église et cloître de Saint-Trophime à Arles.--Portails -de Saint-Gilles en Languedoc, de -Sainte-Marthe à Tarascon et de Moissac.--Cloîtres -de Montmajour près d’Arles et -de Saint-Paul-du-Mausolée à Saint-Rémi -(Bouches-du-Rhône) 238 - --- XI.--Église de Saint-Marc à Venise (Italie) 252 - --- XII.--Église de Saint-Front à Périgueux (France) 258 - --- XIII.--Église de Cahors (Lot).--Église de Saint-Avit-Sénieur -(Dordogne) 268 - --- XIV.--Cathédrale d’Angoulême (France).--Église de -Ripen, Jutland (Danemark).--Église de -Solignac (France) 276 - --- XV.--Église de Fontevrault.--Église de Saumur.--Église -du Puy-en-Velay (France) 286 - --- XVI.--Église de Worms (Hesse-Darmstadt).--Église -de Spire, Bavière (Allemagne) 294 - --- XVII.--Église de Saint-Ambroise à Milan (Italie).--Église -de la Trinité à Caen (France) 301 - - -FIN DE LA TABLE. - - -Paris.--Maison Quantin, 7, rue Saint-Benoît. - - -NOTES: - -[1] Melchior de Vogüé, _la Syrie centrale_. - -[2] Viollet-le-Duc, _Entretiens sur l’architecture_. - -[3] Viollet-le-Duc, _Entretiens sur l’architecture_. - -[4] Viollet-le-Duc, _Entretiens sur l’architecture_. - -[5] _L’Art antique de la Perse_, Marcel Dieulafoy. - -[6] _L’Art antique de la Perse_, Marcel Dieulafoy. - -[7] Afin d’éviter la répétition des notes et des renvois multipliés -dans les chapitres V et VI, nous -dirons une fois pour toutes que nous avons trouvé dans les travaux -de Jules Quicherat, publiés par R. de Lasteyrie, les renseignements -archéologiques et historiques qui ont un si grand intérêt pour l’étude -des origines de l’_architecture romane_. - -[8] Viollet-le-Duc, _Dictionnaire raisonné de l’architecture -française_, etc. - -[9] Daniel Ramée. - -[10] Voir l’Introduction. - -[11] Melchior de Vogüé, _la Syrie centrale_. - -[12] Melchior de Vogüé, _la Syrie centrale_. - -[13] Melchior de Vogüé, _la Syrie centrale._ - -[14] Melchior de Vogüé, _la Syrie centrale._ - -[15] Melchior de Vogüé, _la Syrie centrale._ - -[16] Melchior de Vogüé, _la Syrie centrale._ - -[17] Melchior de Vogüé, _la Syrie centrale_. - -[18] Melchior de Vogüé, _la Syrie centrale_. - -[19] Perrot et Chipiez, _Histoire de l’art dans l’antiquité_. - -[20] Gailhabaud. _Monuments anciens et modernes._ - -[21] Ch. Bayet, _l’Art byzantin_. (BIBLIOTHÈQUE DE L’ENSEIGNEMENT DES -BEAUX-ARTS.--Maison Quantin.) - -[22] Ch. Bayet, _l’Art byzantin_. - -[23] Jules Quicherat, _Procope, De œdificiis Justiniani_. - -[24] IIᵉ partie, chapitres XI et XII. -(Saint-Marc à Venise et Saint-Front à Périgueux.) - -[25] De Dartein. - -[26] Ch. Bayet, _l’Art byzantin._ - -[27] Ch. Bayet, _l’Art byzantin._ - -[28] Les dessins de l’église de Daphni nous ont été communiqués par M. -Benouville, architecte du gouvernement. - -[29] De Dartein. - -[30] Voir 1ᵉʳ partie, chap. V. - -[31] Ch. Bayet, _l’Art byzantin._ - -[32] Introduction. - -[33] Victor Duruy, _Histoire du moyen âge_, etc. - -[34] Ch. Bayet, _l’Art byzantin_. - -[35] _Idem._ - -[36] Ch. Bayet, _l’Art byzantin_. - -[37] Ch. Bayet, _l’Art byzantin_. - -[38] L’église des Saints-Apôtres, construite par Justinien à -Constantinople. - -[39] L’église des Saints-Apôtres, construite par Justinien à -Constantinople. - -[40] _Mélanges d’archéologie et d’histoire_, publiés par Robert de -Lasteyrie. - -[41] _Dictionnaire raisonné de l’architecture française du_ -XIᵉ _au_ XVIᵉ _siècle_. - -[42] Introduction de l’_Architecture romane_, p. 9. - -[43] Jules Quicherat, _Mélanges d’archéologie et d’histoire_, etc. - -[44] Jules Quicherat, _Mélanges d’archéologie_, etc. - -[45] Jules Quicherat, _Mélanges d’archéologie_, etc. - -[46] Jules Quicherat, _Mélanges d’archéologie_. - -[47] Jules Quicherat, _Mélanges d’archéologie_. - -[48] Iᵉʳ partie, chap. V. - -[49] Iᵉʳ partie, chap. V. - -[50] De Dartein. - -[51] Henry Révoil, _Architecture romane du midi de la France_. - -[52] _Dictionnaire raisonné de l’architecture française du_ -XIᵉ _au_ XVIᵉ _siècle_. - -[53] Viollet-le-Duc, _Dictionnaire raisonné_, etc.; Henry Révoil, -_Architecture romane du midi de la France._ - -[54] Jules Quicherat, _Mélanges d’archéologie_, etc. - -[55] De Caumont. - -[56] Iᵉʳ partie, chap. V. - -[57] Iᵉʳ partie, chap. VIII. - -[58] Iᵉʳ partie, chap. XV. - -[59] Iᵉʳ partie, chap. XVI. - -[60] Iᵉʳ partie, chap. VII, X et -XV. - -[61] Iᵉʳ partie, chap. IX. - -[62] Éd. Corroyer, _Description de l’abbaye du Mont Saint-Michel_, etc. - -[63] W. Lubke. Traduction de Ch. Koëlla. - -[64] Chap. VI, _Dépendances extérieures des basiliques_. - -[65] Chap. IV, fig. 11, 12 et 13. - -[66] Le plan de Sainte-Constance ressemble à celui du Panthéon -d’Agrippa, avec l’adjonction à l’intérieur d’une double colonnade. - -[67] Et en Angleterre. Église de Cambridge. - -[68] Jules Quicherat, _Mélanges d’archéologie_, etc. - -[69] Melchior de Vogüé, _les Églises de la Terre-Sainte_. - -[70] Iᵉʳ partie, chap. VIII, fig. 28, 29 et 30. - -[71] Iᵉʳ partie, chap. XVII. - -[72] Iᵉʳ partie, chap. XVI, fig. 86 et 87. - -[73] Iᵉʳ partie, chap. XIV. _Église de Sainte-Sophie, à -Constantinople._ - -[74] Iᵉʳ partie, chap. V. - -[75] IIᵉ partie, chap. 1ᵉʳ. - -[76] Iᵉʳ partie, chap. VI. - -[77] IIᵉ partie, chap. II. - -[78] IIᵉ partie, chap. V, fig. 120. - -[79] Iᵉʳ partie, fig. 54. - -[80] Éd. Corroyer, _Étude sur l’architecture au Salon de 1882_. - -[81] Éd. Corroyer, _Notes sur l’architecture_. _Salon de 1877._ - -[82] Viollet-le-Duc, _Dictionnaire raisonné_, etc. - -[83] Félix de Verneilh, _Architecture byzantine_, Iᵉʳ partie. - -[84] _L’Art byzantin._ Iᵉʳ partie, chap. XII. - -[85] Félix de Verneilh, _Saint-Front de Périgueux et les églises à -coupoles de l’Aquitaine_. - -[86] Plan de l’église latine de Saint-Front (voir Iᵉʳ partie, fig. 54 -et 55). - -[87] Jules Quicherat, _Procope. De ædificiis Justiniani._ - -[88] Jules Quicherat, _Mélanges d’archéologie et d’histoire_. - -[89] IIᵉ partie, chap. XVI et XVII. - -[90] _Histoire monumentale de la France._ - -[91] A l’église de Saint-Avit-Sénieur. IIᵉ partie, chap. -XIII. - -[92] _Dictionnaire raisonné de l’architecture_, etc. - -[93] Voir aussi l’église de Tourmanin, dans la _Syrie centrale_. Iᵉʳ -partie, chap. X. - -[94] Iᵉʳ partie, chap. VII, IX, -X et XI. - -[95] IIᵉ partie, chap. III et IV. - -[96] IIᵉ partie, chap. III. - -[97] Iᵉʳ partie, chap. V et X. - - - - -*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ARCHITECTURE ROMANE *** - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the -United States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, -and may not be used if you charge for an eBook, except by following -the terms of the trademark license, including paying royalties for use -of the Project Gutenberg trademark. If you do not charge anything for -copies of this eBook, complying with the trademark license is very -easy. 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