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If you are not located in the United States, you -will have to check the laws of the country where you are located before -using this eBook. - -Title: Le Maréchal de Richelieu - -Author: Paul d'Estrée - -Release Date: January 07, 2021 [eBook #64232] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -Produced by: Clarity, Hans Pieterse, HathiTrust Digital Library and the - Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net - (This file was produced from images generously made available - by The Internet Archive/American Libraries.) - -*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MARÉCHAL DE RICHELIEU *** - - - - - Au lecteur. - - L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée, - mais quelques erreurs clairement introduites par le typographe ou - à l'impression ont été corrigées. La liste de ces corrections se - trouve à la fin du texte. - - La ponctuation a été tacitement corrigée à plusieurs endroits. - - Le texte marqué =ainsi= est en imprimé en gras dans l'original. - Vous pourrez rencontrer des abréviations telles que M{al} - (Maréchal), C{l} (Colonel), M{is} (Marquis) etc. Les signes entre - accolades sont en exposant dans l'original. - - Les notes de bas de page ont été renumérotées consécutivement - et déplacées pour apparaître après le ou les paragraphes - correspondants. - - Dans l'Index les notes sont indiquées par le numéro de la page - précédé d'un astérisque. Pour faciliter les recherches, nous y avons - ajouté le numéro de la note entre crochets comme ceci: *159[243]. - Certaines de ces références manquent, lorsque nous n'avons pas trouvé - la note correspondante. - - - - -LE MARÉCHAL DE RICHELIEU - - - - -OUVRAGES DE PAUL D’ESTRÉE - - - =Œuvres inédites de Motin= (avec notice et notes). Paris, librairie - des bibliophiles, 1883. - - =Mémoires de Voltaire, écrits par lui-même= (avec notes et - commentaires). Paris, Kolb, 1891. - - =Les Hohenzollern= (en collaboration avec E. Neukomm). Paris, Perrin - et Cie, 1892. - - =Un policier homme de lettres. L’Inspecteur Meusnier= (1748-1757). - Paris, aux bureaux de la Nouvelle Revue rétrospective, 1892. - - =Les Explosifs au XVIIIe siècle.= Paris, aux bureaux de la Nouvelle - Revue rétrospective, 1894. - - =Journal inédit du lieutenant de police Feydeau de Marville= (1744). - Paris, aux bureaux de la Nouvelle Revue rétrospective, 1897. - - =Les théâtres libertins du XVIIIe siècle= (en collaboration avec - Henri d’Alméras). Paris, Daragon, 1905. _Épuisé._ - - =Les Organes de l’Opinion publique dans l’Ancienne France= (en - collaboration avec Fr. Funck-Brentano). Paris, Hachette et Cie. - - I. =Les Nouvellistes=, 2e édition, 1905. - II. =Figaro et ses devanciers=, 1909. - III. =La Presse clandestine= (en préparation). - - =Le Père Duchesne. Hébert et la Commune de Paris= (1792-1794) - (Couronné par l’Académie française.) Paris, Ambert et Cie, 1909. - - =La Duchesse d’Aiguillon= (en collaboration avec A. Callet). Paris, - Émile-Paul, 1912. - - =Un Rebouteur du Val d’Ajol et la Légende de Valdajou.= (Bulletin de - la Société française de l’Histoire de la Médecine.) 1912. - - =Le théâtre sous la Terreur= (=Théâtre de la Peur, 1792-1794=). - Paris, Émile-Paul, 1913. - - -_EN PRÉPARATION:_ - - =La Vieillesse de Richelieu (1758-1788).= - - - - -[Illustration: Le Maréchal Duc de RICHELIEU - -(_d’après une gravure du temps_)] - - - - - PAUL D’ESTRÉE - - - LE - MARÉCHAL DE RICHELIEU - - (1696-1788) - - D’APRÈS - =Les Mémoires Contemporains et des Documents Inédits= - - - CINQUIÈME ÉDITION - - - PARIS - ÉMILE-PAUL FRÈRES, ÉDITEURS - 100, RUE DU FAUBOURG SAINT-HONORÉ, 100 - - - - -_Ce livre, commencé en 1912 et terminé en 1914, avait été remis à -l’imprimeur quelques jours avant la Guerre. Il dut attendre, pour -paraître, une heure plus propice._ - -_Par une coïncidence alors impossible à prévoir, il signalait, chez un -peuple né à la vie internationale, dès le début du XVIIIe siècle[1], -l’essor et les manifestations d’une politique, ne laissant que trop -pressentir, même à cent-soixante ans de distance, l’agression inique et -féroce qui devait mettre, de nos jours, la France à deux doigts de sa -perte._ - - [1] Dans les siècles précédents, comme le démontrent les - historiens allemands et les Archives de Berlin, les Marquis - de Brandebourg, et notamment le Grand Électeur, s’étaient - efforcés d’affirmer l’existence de la Prusse, soit par - des démonstrations militaires, soit par des négociations - diplomatiques ou commerciales. Mais ce ne fut qu’à la fin du - XVIIe siècle et au commencement du XVIIIe que la Prusse entra - réellement dans le concert européen. - -_Or, au_ XVIIIe _siècle, conformément à des traditions qu’une -diplomatie avisée voudrait faire aujourd’hui revivre en les adaptant -aux nécessités présentes, la monarchie bourbonienne s’étudiait à -maintenir, par un système d’alliances utile à ses intérêts et à sa -sécurité, les conditions d’existence qui réglaient les rapports des -principautés allemandes entre elles. Et lorsque, à partir de 1740, -l’avidité inquiétante de la Prusse, exploitée par son Souverain, tendit -à rompre, à son profit, ce salutaire équilibre, un homme--celui qui -fait l’objet de cette étude--servi par une manœuvre militaire des -plus heureuses, aurait pu étouffer, dans l’œuf, l’entreprise néfaste, -dont nous voyons le développement progressif menacer actuellement -l’indépendance des Nations!_ - -_Le Maréchal de Richelieu n’eut pas cette intuition. Napoléon l’eut -peut-être[2]. Mais s’il réduisit de plus de moitié le royaume de -Prusse, il n’en soupçonna pas la réorganisation, armée et combative, -qui devait avoir raison, dans un avenir prochain, du tout-puissant -Empereur._ - - [2] «Mon plus grand tort, disait-il à Sainte-Hélène, a - peut-être été de n’avoir pas détrôné le roi de Prusse, lorsque - je pouvais aisément le faire.» (O’MEARA, _Napoléon en exil_, - tome I, p. 114.)--C’était la dislocation de la Prusse, la - répartition de ce royaume entre divers États de l’Allemagne et - la reconstitution possible de la Pologne, qu’aujourd’hui la - Révolution russe, aboutissant à la Monarchie constitutionnelle - ou à la République, devra réaliser dans sa pleine indépendance, - en échange de Constantinople. - -_Aujourd’hui, la France ne la voit et ne la connaît que trop, cette -formidable machine de guerre dressée pour la conquête du globe! Mais -elle la brisera par sa volonté de vaincre, et grâce au concours de -cette noble alliée qui, pendant le_ XVIIIe _siècle, fut son adversaire -implacable et la vigilante auxiliaire de la Prusse_. - -_Si l’Histoire, méprisant les complaisants euphémismes, qui permettent -de dissimuler la réalité des faits, doit déterminer avec impartialité -le rôle joué par l’Angleterre au cours de la Guerre de Sept ans, -elle dira, par contre, qu’au commencement du_ XXe _siècle, cette -même Angleterre s’associa vaillamment et loyalement à la France et à -ses alliés, pour délivrer le monde du fléau qui voulait en bannir la -Liberté, le Droit et l’Honneur._ - - Paul d’ESTRÉE, - 1912-1914-1917. - - - - -AVANT-PROPOS - - -I - -Je ne sais quel _essayiste_, soucieux de caractériser à sa manière -chacune des deux périodes de cent années qui vit successivement naître -et grandir, fléchir et succomber, la monarchie absolue des Bourbons, -nommait le XVIIe siècle le _siècle du Cardinal_ et le XVIIIe le _siècle -du Maréchal_. - -Cette appréciation, pour sembler paradoxale, peut cependant se défendre. - -Ce fut, en effet, le Cardinal de Richelieu, qui, reprenant en ses -fortes mains les destinées de la France compromises à l’intérieur et à -l’extérieur par les compétitions impies des principaux feudataires -de la Couronne, fut le véritable artisan de la toute-puissance de -Louis XIV et en prépara l’apogée. - -La vie du Cardinal ne remplit même pas la première moitié du XVIIe -siècle; par contre, celle du Maréchal de Richelieu occupa presque -entièrement le XVIIIe et ne finit qu’une année à peine avant -l’avènement de la Révolution. - -L’homme qui porta, avec tant de désinvolture, mais non sans fierté, le -nom, si lourd, de Richelieu, fut l’image vivante de son siècle. Il en -eut l’esprit raffiné, le charme élégant, l’instinct de la tolérance et -l’intuition de la liberté, le goût des arts, l’amour des lettres et la -curiosité de toutes les connaissances pouvant contribuer au progrès -de l’humanité. Mais il eut aussi le scepticisme railleur, l’égoïsme -outré, la soif du plaisir, l’absence de scrupules et de sens moral, la -corruption et la perversité, particuliers au XVIIIe siècle. S’il ne -fut pas complètement l’initiateur du mouvement de réaction qu’appelait -l’austérité des dernières années du grand règne, il devint bientôt, et -pour longtemps, l’inspirateur, mondain et social, du nouveau. On ne -jura plus, à la Cour comme à la Ville, que par Richelieu; et, malgré -bien des erreurs et des fautes, malgré les intrigues et les cabales les -plus redoutables, ce prestige séculaire n’était pas encore si affaibli, -à la veille de 1789, que la jeune génération n’invoquât, à l’occasion, -l’autorité du Maréchal de Richelieu. - -Mais, sans insister davantage sur une double désignation qui rapproche -l’oncle et le neveu, notons néanmoins entre eux, pour n’y plus -revenir, certains points de ressemblance que peuvent justifier, -toutes proportions gardées, les lois de l’atavisme. Le Cardinal de -Richelieu était de galante humeur, mais trop souvent d’une brutalité -méconnaissant la conscience et l’honneur des femmes; il protégeait -les lettres et les arts, mais il prétendait les asservir; il était, -de sa nature, despote dur et inflexible et ne reculait devant aucune -mesure arbitraire pour faire prévaloir sa volonté; par contre, il avait -le respect des traditions, le culte du pouvoir royal, la religion -de la grandeur de l’État. Son arrière-petit-neveu eut ces qualités -maîtresses; mais il fut, lui aussi, un tyran fantasque et capricieux; -s’il entra dans la mêlée littéraire et artistique, ce fut bien souvent -pour harceler à coups d’épingle philosophes, auteurs dramatiques, -comédiens, ou pour leur imposer ses exigences. Enfin, il fut l’amant, -le séducteur par excellence, et c’est à ce titre surtout qu’il est -connu du grand public; il eut même cette supériorité sur le Cardinal, -qu’à de rares exceptions près, il caressait les femmes, alors qu’il les -trahissait ou qu’il les abandonnait, avec une fleur de courtoisie, dont -le parfum enivrait encore ses victimes. - - -II - -Il n’est pas de Correspondances ni de Mémoires contemporains qui -n’aient consacré quelques lignes ou quelques pages au Maréchal de -Richelieu. Mais il n’en est guère qui l’aient jugé avec impartialité. -Les uns se sont érigés en accusateurs implacables jusqu’à l’injustice, -par exemple la duchesse d’Orléans, mère du Régent, Duclos, le Marquis -d’Argenson, Papillon de la Ferté, les rédacteurs des _Mémoires de -Bachaumont_ et de la _Correspondance de Métra_. Les autres se sont -montrés d’une indulgence parfois excessive, presque des apologistes, -Voltaire, Sénac de Meilhan, Rulhière, le duc de Lévis, le duc Emm. -de Croÿ, etc. Seuls l’annaliste Dangeau et son successeur, le duc de -Luynes, se sont contentés d’enregistrer les faits sans les accompagner -de grands commentaires. Une partie de ces témoignages prendra place -dans notre étude sur le Maréchal de Richelieu. - -Il est, en outre, d’autres sources de documentation qui en ont -constitué, presque uniquement jusqu’à nos jours, la biographie et sur -lesquelles on ne saurait trop retenir l’attention du lecteur. Le vrai -et le faux y sont si intimement amalgamés qu’il est parfois difficile, -pour ne pas dire impossible, de séparer ces deux éléments, et de -savoir où finit l’histoire et où commence le roman. Mais, quelque -suspectes que doivent paraître la plupart des pièces entrant dans -leur composition, il importe d’indiquer l’origine et de préciser les -tendances, très sommairement bien entendu, de ces ouvrages, parus -au lendemain de la mort du Maréchal, avec la prétention de fixer -définitivement les traits du défunt pour la postérité: - -_Les Mémoires du Maréchal de Richelieu_, par SOULAVIE; - -_La Vie privée du Maréchal de Richelieu_, par FAUR. - - -III - -En avril 1783, à l’époque où Richelieu sortait d’une maladie qui -avait mis ses jours en danger, les rédacteurs de la _Correspondance -secrète_ de Métra informaient leurs abonnés que le Maréchal «laisserait -vingt-huit volumes de sa main sur son temps»; ils ajoutaient, par -manière de plaisanterie: «il aura écrit en billets doux plus que son -contemporain Voltaire[3].» - - [3] _Correspondance secrète_, dite de _Métra_, t. XIV, 23 avril - 1783. - -Il était, au reste, de notoriété publique, que, depuis quelques années, -Richelieu, assisté de plusieurs secrétaires, préparait, avec les -pièces officielles dont étaient bourrés ses portefeuilles, une histoire -de sa vie, si féconde en événements de toutes sortes. - -Aussi les curieux, friands d’anecdotes scandaleuses, ne furent-ils -pas autrement surpris, lorsque, en 1790, dix-huit mois après la mort -du Maréchal, furent annoncés et parurent les premiers volumes de -_Mémoires_[4] qui étaient une autobiographie de Richelieu. - - [4] _Mémoires du Maréchal de Richelieu_, 1790, 9 vol. in-8º. - Cette publication se continua jusqu’en 1792. - -Le protagoniste de ce spectacle aguichant expliquait, en effet, au -commencement de la publication, le but qu’elle devait atteindre: «J’ai -ouvert mes portefeuilles à un historien et j’ai désiré qu’il exposât -au grand jour mes fautes et mes erreurs.» Et «l’historien» donnait -la parole au Maréchal qui la prenait, à la première personne, pour -dauber sur «la rapide succession des maîtresses et des ministres, les -dilapidations scandaleuses des finances, etc.». C’était, en un mot, le -procès du règne de Louis XV. Un tel langage était bien extraordinaire -dans la bouche d’un homme, qui, de son vivant, n’avait pas l’habitude -du _Confiteor_. On sut bientôt que l’éditeur de cette autobiographie -était un ancien prêtre du nom de Soulavie, qui préludait ainsi au -lancement d’une vaste spéculation de librairie mettant au jour toute -une série de Mémoires, sur les règnes de Louis XIV et de Louis XV, -Mémoires authentiques ou apocryphes, dont le plus important fut une -partie de l’œuvre immortelle de Saint-Simon[5]. - - [5] Quelques années auparavant avaient paru plusieurs livres - des _Mémoires de Saint-Simon_ en partie connus ou consultés par - Mme de Pompadour, Richelieu lui-même, Marmontel, Duclos, etc. - -Au début du quatrième volume de ces aventures de Richelieu, racontées -par lui-même, Soulavie, qui voyait sa publication sérieusement -discutée, crut devoir apprendre à ses lecteurs, comment il avait -été amené à l’entreprendre. Soulavie, voulant écrire une histoire de -Louis XV, avait déjà réuni à cet effet, prétendait-il, deux cents -volumes, quand il fut présenté à Richelieu qui lui dit très nettement: - ---«On ne peut connaître ce règne sans «avoir compulsé mes -portefeuilles.» - -Et il donna l’ordre qu’on les communiquât à l’abbé. Celui-ci s’aida, -dans son travail, «de l’intelligence et du zèle» de M. Plocques, -à qui le Maréchal confiait, depuis vingt-cinq ans, le soin de ses -manuscrits et de sa bibliothèque. Richelieu suivait Soulavie dans ses -recherches; il lui «montrait la liaison des faits», lui fournissait un -supplément d’anecdotes, lui traçait un certain nombre de portraits; -et, finalement, il voulut que l’ouvrage de Soulavie portât ce titre -de _Mémoires de Richelieu_. Mais leur rédacteur avait la conviction -qu’on les déclarerait apocryphes, tant ces révélations sur l’indignité -du régime contrastaient «avec ce que l’on pensait des principes -du Maréchal». Néanmoins les raisonnements de Richelieu sur cette -corruption gouvernementale lui parurent «si beaux», qu’il abonda dans -le sens de son interlocuteur et qu’il se décida enfin à publier ces -_Mémoires_, terminés en 1785. - -Soulavie répondait ainsi à l’objection très juste qui lui était faite, -que son histoire de Richelieu disparaissait dans celle du règne de -Louis XV. Mais ce qu’il ne pouvait contester, c’est qu’il prêtait ses -propres idées au Maréchal et qu’il le faisait parler, quand il ne -prenait pas lui-même la parole. Car, complètement acquis au nouveau -régime, il ne laissait jamais passer l’occasion de confesser, en ces -_Mémoires_, sa foi révolutionnaire, d’abord par prudence, puis dans -l’intérêt de son œuvre. Et ces accès d’enthousiasme civique jurent -singulièrement, il faut bien le reconnaître, avec le ton général du -livre. - -Aussi, à la fin du neuvième et dernier volume, Soulavie éprouve-t-il -le besoin de plaider _pro domo_; et cette soi-disant justification -est assurément la meilleure critique de son indigeste fatras. Des -académiciens, écrit-il, diront: «Voilà un bien étrange ouvrage que -ces _Mémoires de Richelieu_: on fait tenir au Maréchal un langage -républicain et on le fait parler après sa mort.» Il aurait fallu, -sans doute, pour plaire à ces académiciens, «faire des éloges et -mériter d’être avoué par les familles des Richelieu, des Choiseul, des -Maurepas, dont ils accueillent les ridicules réclamations... Je consens -qu’on déchire le frontispice de mon livre et qu’on ôte le titre de -_Mémoires de Richelieu_; il restera, malgré eux, celui de _Mémoires -d’un honnête homme_.» - -Est-ce bien sûr? Un «honnête homme» ne travestit jamais le caractère -des personnages qu’il met en scène, ni surtout des faits qu’il expose; -encore moins les invente-t-il pour allécher le lecteur par ce que nous -appelons aujourd’hui des «informations sensationnelles». - -Sans doute, il se peut que le Maréchal, très fier du rôle qu’il avait -joué successivement comme amoureux professionnel, diplomate, général, -politicien, premier gentilhomme de la Chambre du roi, ait accordé -quelques audiences, raconté des anecdotes, montré des documents au -futur historien de Louis XV. Il causait volontiers et n’était pas -ennemi d’une certaine publicité. Mais ce respect du grand nom de -Richelieu qu’il garda jusqu’à sa dernière heure, cette vanité excessive -qu’il tenait de son propre fonds, lui eussent-ils jamais permis de -renier, dans la plus piteuse des amendes honorables, les principes -d’autorité qui avaient été la règle de toute sa vie? - -Si un certain nombre d’anecdotes et de faits rapportés par Soulavie -sont exacts et confirmés par d’irréfutables témoignages, d’autres -demandent à être soumis à un rigoureux contrôle ou sont radicalement -faux[6]. Il ne faut donc consulter qu’avec une extrême circonspection -cette interminable et fastidieuse biographie. - - [6] Deux exemples entre mille. - - 1º: Soulavie fait dire à Richelieu qu’il a reçu, comme - présent, des mains de Mme de Pompadour (et l’on sait s’ils se - détestaient réciproquement), les _Mémoires_ de Saint-Simon, - «aussi curieux que dangereux à la tranquillité des familles», - et confisqués par ordre de Louis XIV.--Or, Saint-Simon y - travailla jusqu’à sa dernière heure et ne mourut que sous le - règne de Louis XV. A vrai dire (et il importe de lire à cet - égard le bel ouvrage de M. A. Baschet: _Le duc de Saint-Simon; - son Cabinet_, 1874) les scellés furent apposés, au lendemain de - la mort du mémorialiste, sur ses papiers, le 2 mars 1755. Et, - bientôt, ceux-ci (les portefeuilles historiques et politiques - s’entend) furent transportés aux Archives des Affaires - étrangères qu’ils suivirent dans leurs divers déménagements. Le - 28 juillet 1755, Laudier, le secrétaire de Saint-Simon, vint - exprès de la Ferté-Vidame, attester, devant un Commissaire du - Châtelet, entre autres déclarations, que «QUELQUES cahiers - avaient été prêtés au Maréchal de Richelieu», que Laudier avait - remis depuis à l’évêque de Metz, sur l’ordre du feu duc. - - Richelieu n’avait donc pas reçu les _Mémoires_ de Saint-Simon - des mains de Mme de Pompadour. - - 2º: En 1719, toujours d’après Soulavie, Richelieu, curieux - de connaître l’énigme du Masque de fer, avait décidé une - princesse, dont il était l’amant, à se laisser séduire par le - Régent qui l’adorait et qu’elle exécrait (Mlle de Valois), - afin de lui arracher, dans les transports de l’amour, toute la - vérité sur ce secret d’État. Elle avait réussi et révélé le - mystère à Richelieu dans un billet chiffré. Par extraordinaire, - le duc garda toujours le silence sur une détention qui ne - faisait pas grand honneur à son oncle, affirme Soulavie; et - quand ce même Soulavie l’interrogeait à cet égard, Richelieu - le renvoyait à la version de Voltaire qui concluait à - l’accouchement gémellaire d’Anne d’Autriche. Et le Maréchal - n’avait révélé ce secret d’État à Voltaire que sur son serment - de n’en parler à qui que ce fût, pour ne pas déshonorer le - grand nom du Cardinal. Soulavie, qui rappelle ce roman au - commencement de son VIe livre des _Mémoires_, dut l’inventer à - plaisir, à moins qu’il n’ait été victime d’une mystification - du Maréchal qui ne détestait pas ce genre de mauvaises farces. - Déjà, au tome III, Soulavie affirmait que Mlle de Valois avait - remis à Richelieu, après sa complaisance incestueuse pour le - Régent (encore une légende), la «Relation de la naissance et - de l’éducation du prince-enfant soustrait par les Cardinaux de - Richelieu et de Mazarin à la société et renfermé par ordre de - Louis XIV, composée par le Gouverneur (Saint-Mars) de ce prince - à son lit de mort». - - M. Funck-Brentano a, du reste, péremptoirement démontré que - ce masque mystérieux n’était autre que l’envoyé de Mantoue - Mattioli. - - -IV - -En 1791, paraissait un autre ouvrage du même genre, moins prolixe, -puisqu’il ne comprenait que trois volumes, et qui était dû à la plume -de Faur, secrétaire de Fronsac[7]. Il était intitulé _Vie privée du -Maréchal de Richelieu_; et bien qu’il ne passât point sous silence la -vie publique du personnage, il en narrait surtout les intrigues et les -aventures galantes. Faur promettait, il le dit dans sa préface, de -présenter «le héros en déshabillé»; et il tient scrupuleusement parole. -Ses récits sont parfois amusants, mais aussi dépourvus d’authenticité -que ceux de Soulavie; il rappelle souvent les mêmes épisodes de la -vie amoureuse de Richelieu, mais il en révèle d’autres qui sont le -comble de l’invraisemblance; et cette multiplicité même d’anecdotes -libertines, moins spirituellement écrites que celles, restées -classiques, de Rulhière, finit par lasser jusqu’à l’écœurement. - - [7] Le duc de Fronsac, fils du Maréchal de Richelieu. - -Cependant le troisième et dernier volume contient, dans sa seconde -partie, toute une série de lettres d’amis et d’amies du Maréchal, dont -plusieurs historiens, et non des moindres, ont fait volontiers état -dans leurs livres, garantissant ainsi l’exactitude et la sincérité de -cette correspondance intime, tour à tour politique et galante. - -Faur qui, à l’exemple de Soulavie, n’entend pas que le lecteur puisse -mettre en doute sa véracité, affirme qu’il tient sa documentation -d’un familier de Richelieu, à qui le Maréchal aurait confié ses notes -manuscrites et son recueil de lettres en lui disant: «Vous verrez -toutes mes folies et vous serez seul instruit de la vérité.» - -Avant de publier la _Vie privée_, Faur avait demandé à la succession -de Richelieu et en avait obtenu l’autorisation de la faire imprimer. -Son point de départ paraît, en tout cas, plus acceptable que celui -de Soulavie. D’ailleurs, il avait assez justement critiqué, dans -l’Avant-Propos de son premier volume, le procédé de l’auteur des -_Mémoires_. Son livre, dit-il, est «plutôt l’histoire de la fin du -règne de Louis XIV, de la Régence et du règne de Louis XV, que celle du -Nestor de la galanterie». Se proclamant, ensuite, seul dépositaire de -la pensée du Maréchal, il espérait sans doute étouffer ainsi dans l’œuf -le reste de la publication de Soulavie[8]. - - [8] Moins exclusif que Soulavie, Faur, ou son éditeur, - confessait toutefois dans la _Vie privée_ (t. III, p. 261) que - «M. de Richelieu avait confié des matériaux, pour faire son - histoire, à plusieurs personnes. MM. de Meilhan, Soulavie, - de Serres et autres en possédaient.» Faur parle également - d’une _Vie secrète_ du Maréchal qui avait paru un peu avant - sa _Vie privée_ et qui était «très ordurière». Nous l’avons - vu annoncer, sur des catalogues de librairie, à la date, - évidemment apocryphe, de 1809. - - Soulavie signale, lui aussi (t. III, p. 305), des anecdotes - scandaleuses, ultra-libertines, sur la Régence, parues sous - le nom de Richelieu et qu’il attribue à Mme de Tencin. - D’autre part, comme il s’entendait à tirer plusieurs moutures - du même sac, il publia, en 1809, chez Collin, deux volumes - qu’il intitulait _Pièces inédites sur les règnes de Louis - XIV et Louis XV_, dont le second tome était une «_Chronique - scandaleuse de la Cour de Philippe, duc d’Orléans, régent de - France_, etc... composée, en 1722, par le duc de Richelieu, à - sa sortie pour la troisième fois de la Bastille». - - Il avait déjà parlé de ce prétendu document, en 1790, dans - le Tome III (pp. 350 et suiv.) de ses _Mémoires du Maréchal - de Richelieu_. Celui-ci, à l’entendre, lui aurait révélé, en - 1785, l’existence de cette _Chronique scandaleuse_, à laquelle - avait collaboré Voltaire et dont Louis XV avait possédé un - exemplaire. Les faits qu’elle contenait étaient «exacts», - affirmait Richelieu; mais Soulavie ajoutait que «l’opinion - du Maréchal, moins passionné en 1785, était préférable à - celle du Duc, irrité en 1725 contre le duc d’Orléans». - - Cette _Chronique scandaleuse_ n’était, en réalité, qu’une - réédition, plus ou moins remaniée, d’un certain nombre de - chapitres des _Mémoires_, où le vrai et le faux étaient - indistinctement confondus. Elle était suivie d’une - «Correspondance du Cardinal de Polignac, du Marquis de Silly, - du Marquis de Fénelon, etc... avec M. le Duc de Richelieu, - alors ambassadeur du roi près la Cour de Vienne, sur les - intrigues de la Cour de France, etc... en 1725, 1726, 1727, - copiée sur les pièces originales conservées, en 1787, dans le - cabinet de M. le Maréchal de Richelieu.» Cette correspondance, - qui est accompagnée de lettres de Vauréal, évêque de Rennes, - du Cardinal de Tencin, de Mme de Tencin, de Mme de Châteauroux - et même de Richelieu, nous semble plus digne de créance, - si toutefois Soulavie ne lui a pas fait subir, suivant son - habitude, ce que notre argot moderne appelle un tripatouillage. - -Celui-ci, de son côté, avait regimbé contre une concurrence qu’il -croyait le fait de Sénac de Meilhan et que lui opposait le libraire -Buisson dont il s’était séparé. Il déclarait que, ne voulant pas -s’occuper de la vie galante de Richelieu, il avait chargé de ce soin -son ami «M. de la B***» (De La Borde, le principal commanditaire et -collaborateur de Soulavie) qui avait si longtemps vécu à la Cour de -Louis XV. D’ailleurs, à propos des lettres d’amour et des billets doux -que Richelieu jetait dans des cassettes sans les ouvrir, Soulavie -ajoutait que seuls avaient pu en rompre le cachet «les historiens du -temps du Maréchal qui avaient eu la communication de ses papiers»[9]. - - [9] Dans une note des _Mémoires_ de Mme Campan _sur la Vie - de Marie-Antoinette_ (édition Barrière, 1849) p. 42, nous - lisons: «J’ai entendu M. le Maréchal de Richelieu dire à M. - Campan, bibliothécaire de la Reine, de ne point acheter les - _Mémoires_ que, sans doute, on lui attribuerait après sa mort, - que d’avance il les lui déclarait faux, qu’il ne savait pas - l’orthographe et ne s’était jamais amusé à écrire. Peu de - temps après la mort du Maréchal, M. Soulavie fit paraître les - _Mémoires_ du Maréchal de Richelieu.»--Voilà encore une preuve - nouvelle des contradictions que nous relèverons, au cours de - notre étude, chez cet esprit ondoyant et railleur jusqu’à la - mystification qu’était le duc de Richelieu. Il _n’écrivait_ - pas, dans le sens propre du mot, mais il _inspirait_, il - _dictait_, sinon des _mémoires_, du moins des _notes_, - celles-là qu’ont reproduites, en les... maquillant,--c’est - fort possible--des soi-disant historiographes qui avaient - été plus ou moins ses secrétaires. Mais la Correspondance de - Voltaire dit assez combien de fois le solitaire de Ferney eut - recours à la documentation historique du Maréchal, sans doute - reprise et remaniée par ses soins, avant d’être expédiée à son - thuriféraire. - - -V - -Au XIXe siècle, quand Barrière, entreprenant une réédition partielle -des _Mémoires_ relatifs à la Révolution française publiés par les -Baudouin, voulut la corser de documents inédits ou à peu près oubliés, -il y donna place à des _Mémoires de Richelieu_, où il «intercalait», -dans la pâte lourde de Soulavie, «les faits intéressants et neufs» de -la _Vie privée_. Il les termina par un «Morceau original» de l’œuvre -de Faur, le commencement du troisième volume, récit de Richelieu -octogénaire à Mme de Monconseil, que l’éditeur trouvait «remarquable -par sa perversité de bon ton». - -Quelque temps après, M. de Lescure, un érudit de la bonne école, à -qui l’Histoire doit d’excellentes publications, et qui eut à cœur de -continuer celle de Barrière[10], faisait paraître en quatre volumes, -représentant près de 2000 pages, une autobiographie de Richelieu[11], -où il avait amalgamé, avec les ouvrages de Soulavie et de Faur, -plus ou moins expurgés, des documents empruntés à divers Mémoires -contemporains, négligés par Barrière. Le très grave reproche qu’on -pouvait adresser à cette énorme compilation était celui que Faur -infligeait aux neuf volumes de Soulavie, c’était que l’histoire de -Richelieu s’y trouvait perdue dans celle du XVIIIe siècle. - - [10] A. MARQUISET: _Table alphabétique des Mémoires relatifs à - l’histoire de France pendant le XVIIIe siècle_, publiés de 1857 - à 1881, par MM. Barrière et de Lescure (Paris, 1913). - - [11] DE LESCURE: _Nouveaux Mémoires du Maréchal de Richelieu_. - (Paris, 1871). - -Enfin, pour citer la seule, uniquement consacrée à cet illustre -personnage, qui ne soit pas en même temps et en grande partie un tissu -de fables ou de contes trop souvent graveleux, nous rappellerons que -l’honnête Capefigue, auteur de plusieurs monographies sur divers -originaux du XVIIIe siècle, en écrivit une[12], de proportions -autrement modestes, sur Richelieu. Certes, tous les documents qu’il -met en œuvre et qui étaient déjà connus sont d’une scrupuleuse -authenticité; mais s’il rend justice à la valeur intellectuelle du -Maréchal, à ses talents diplomatiques et militaires, il se montre -d’une indulgence inexcusable pour les faiblesses et les fautes, pour -les travers et les vices de son héros. Il en fait volontiers un petit -saint, comme il exalte parfois un peu plus que de raison les heureux -accidents de sa vie publique, comme il passe souvent sous silence les -inconséquences, les variations ou les maladresses de l’homme politique. - - [12] CAPEFIGUE: _Le Maréchal de Richelieu_, Paris, 1857. - -N’importe; quelque blâmables ou simplement discutables qu’aient -jamais été ses actes, si coupable et si condamnable qu’ait pu être -sa conduite, Richelieu a laissé une impression ineffaçable dans -l’esprit de ses contemporains. Mais ce qui frappa surtout l’opinion -dans les facettes chatoyantes d’une mentalité mobile et complexe, si -déconcertante par ses contradictions imprévues, ce fut l’aspect de -cette figure fine et spirituelle, câline et caressante, prometteuse -d’éternel amour et prodigue de traîtrises, séduisante et trompeuse -image d’un continuateur de Don Juan. La littérature d’alors, fidèle -expression de l’âme du siècle, fixa les traits de ce roué aimable, -insinuant et perfide, sans pudeur, sans scrupule et sans cœur, dans la -création de types qui vivront éternellement. - -Nous n’oserions affirmer que le Lovelace de _Clarisse Harlowe_ lui -dût quelques-unes de ses noirceurs. Cependant, Richardson publiait, -en 1748, son immortel roman, à l’heure où Richelieu, dont la -réputation avait passé la Manche, était considéré comme un conquérant -irrésistible, oublieux de tous les serments et capable de toutes les -trahisons. - -Mais il est, sans conteste, le Sélim des _Bijoux indiscrets_ de -Diderot; puis, dans la dernière moitié du XVIIIe siècle, nous le -voyons, nous le reconnaissons sous l’ajustement féminin du _Faublas_ de -Louvet. Le _Chérubin_ de Beaumarchais rappelle assez bien «la poupée» -de la duchesse de Bourgogne... sa marraine; et Choderlos de Laclos -pensait assurément au Maréchal de Richelieu, quand il peignait sous le -plus odieux aspect l’infâme séducteur de ses _Liaisons dangereuses_. - -Dans le roman licencieux, intitulé _Les Sonnettes_, d’un auteur bien -oublié aujourd’hui, Guiard de Servigné[13], le Maréchal était visé -plus directement. L’écrivain avait imaginé un Richelieu épuisé par -l’abus des plaisirs et s’efforçant de stimuler ses sens lamentablement -engourdis par des artifices dignes d’un tel libertin. Il attirait dans -son château des couples jeunes et ardents et leur donnait, avec une -hospitalité princière, des chambres magnifiques, dont les lits étaient -secrètement pourvus de ressorts et de fils qui faisaient mouvoir des -sonnettes disposées autour de l’appartement de Richelieu. Celui-ci -était si bien désigné dans le roman et se trouva tellement mortifié, -paraît-il, du rôle muet que lui faisait jouer, en cette symphonie -carillonnante, Guiard de Servigné, qu’il demanda l’embastillement du -conteur. - - [13] GUIARD DE SERVIGNÉ: _Les Sonnettes_. A Berg-op-Zoom, chez - F. de Richebourg, 1751. - -Cent ans après la naissance de Richelieu, en 1796, (et la coïncidence -ne laisse pas que d’être curieuse) un drame en cinq actes, _Le -Lovelace français_[14] ou _La Jeunesse de Richelieu_, joué sur la -scène du Théâtre de la République, représentait encore, comme un -monstre de perversité amoureuse, l’homme que Voltaire s’était plu à -nommer «l’Alcibiade moderne». Le tableau était d’Alexandre Duval, -un auteur plutôt contre-révolutionnaire, mais portait la signature -de Monvel, comédien français, qui avait été jadis justiciable, comme -tel, du premier gentilhomme de la Chambre et avait voué à l’ancien -régime la plus effroyable des haines. Le titre seul, vraisemblablement -de son invention, _Le Lovelace français_, disait assez de quelles -sombres couleurs Monvel avait chargé la _Jeunesse de Richelieu_, en -exploitant le douloureux épisode des amours de Mme Michelin, d’après la -publication de Faur. Cette diatribe, où perçait la rancune du comédien -contre l’aristocratie française, sous le couvert d’un des personnages -de la pièce, le secrétaire, vertueux et diffus, du séducteur, cette -diatribe rappelait le cri de joie féroce de Chamfort à la lecture -des «Mémoires du Don Juan français mine de scandales». L’Académicien -exhalait toute son indignation, devant la touchante et malheureuse Mme -Michelin, se mourant de douleur et de remords, tandis «qu’à l’exemple -de Mercure, qui, après avoir pris la figure de Sosie, allait se -nettoyer dans l’Olympe avec de l’ambroisie», Fronsac, le futur maréchal -de Richelieu, «allait, lui aussi, se décrasser de cette liaison -roturière, auprès d’une céleste princesse». - - [14] Déjà, d’après l’_Histoire de l’Odéon_, par Porel et Monval - (1876, t. I, p. 91) Richelieu avait été représenté «comme un - scélérat» dans _Lovelace_ ou _Clarisse Harlowe_, tragédie de - Lemercier, jouée, le 20 avril 1792, sur la scène du Théâtre de - la Nation. - -Vers le milieu du XIXe siècle, nous retrouvons dans le vaudeville -de Bayard et Dumanoir, les _Premières Armes de Richelieu_[15], un -tout autre Fronsac, non moins léger, non moins charmant, non moins -délicieux, quoique également frivole, présomptueux et coureur, mais -combien différent du petit-maître dont l’Histoire nous a tracé le -portrait. Les auteurs ont mis à la scène son premier mariage; et -leur dénouement ne ressemble guère à celui que n’avait pu pressentir -Louis XIV, quand il envoya cet époux irréductible à la Bastille. - - [15] BAYARD et DUMANOIR: _Les premières armes de Richelieu_, 3 - décembre 1839. - ---«Je vous présente Madame de Richelieu, dit le duc à sa belle-mère par -manière de conclusion.» - -La femme délaissée n’était pas encore et ne fut sans doute jamais Mme -de Fronsac. - -Les premières armes de Richelieu en appelaient inévitablement les -dernières[16]; et ce fut sous ce titre que parut, non plus une pièce, -mais un livre, où Mary-Lafon racontait la romanesque histoire du -Maréchal avec la Marquise de Saint-Vincent. Le vieux renard, pris -au piège par une poulette, rusée et coquine, ne devait en sortir -qu’en y laissant des dépouilles opimes. Notons enfin, que _Mlle de -Belle-Isle_[17], la fameuse comédie dramatique d’Alexandre Dumas, met -également en scène un Richelieu dupé, pour avoir voulu jouer le rôle -de dupeur. Il est vrai que celui-ci est jeune et tout auréolé de son -prestige d’amoureux irrésistible, puisque l’action se passe sous le -principat du duc de Bourbon. - - [16] MARY-LAFON: _Les dernières armes de Richelieu_, 1862. - - [17] ALEXANDRE DUMAS: _Mademoiselle de Belle-Isle_, 2 avril - 1839. - - -VI - -Richelieu, au dire de ses contemporains, écrivit beaucoup. Nous -savons déjà quel bagage littéraire lui attribuait la _Correspondance -secrète_ de Métra. Malheureusement, il ne nous en reste presque rien, -si toutefois ces documents ont jamais existé; et les commérages de -Soulavie et de Faur autoriseraient à croire cette hypothèse très -vraisemblable. Il est certain qu’il était en commerce épistolaire -avec l’auteur de la _Pucelle_. Voltaire lui répond fort souvent, et -dut traiter avec lui des questions les plus variées; ses lettres le -prouvent surabondamment, mais celles de Richelieu n’ont jamais été -retrouvées. - -En dehors de ses correspondances diplomatiques, administratives ou -militaires, conservées aux Archives des Affaires étrangères et de la -Guerre, ou dans les Archives municipales d’Agen[18], il ne subsiste -donc que fort peu de documents originaux émanant de Richelieu. On tient -cependant pour véritable une correspondance entre les Tencin et le duc -en 1744, correspondance qui fut imprimée en 1790. Une autre, datant -de la campagne de Hanovre (1757), et qu’édita le général de Grimoard, -contient un certain nombre de lettres du Maréchal, presque entièrement -consacrées aux exigences du service. - - [18] Le distingué secrétaire général de la _Société - archéologique du Gers_, M. Philippe Lauzun, a bien voulu nous - signaler, en même temps que diverses particularités sur le - séjour de Richelieu en Guyenne, l’existence d’une nombreuse - correspondance administrative du Maréchal dans les _Archives - municipales d’Agen_. - -Des détracteurs de Richelieu se sont égayés sur la pauvreté de son -style et de ses idées; ils en ont inféré l’insuffisance de l’épistolier -au point de vue littéraire et même intellectuel. - -Sans doute, la langue de l’Académicien-Duc est incorrecte, de même que -son écriture est peu lisible et son orthographe mal ordonnée. Mais -l’esprit n’y manque pas; et telle lettre, inédite, que nous signalerons -ou transcrirons en temps voulu, démontrera que l’enjouement et la grâce -du Maréchal, si vantés par les Mémoires du temps, n’étaient pas un vain -mot. - - -C’est, à l’aide de tous les documents, déjà publiés, ou demeurés -inédits, dont nous avons cité la provenance, mais soumis l’authenticité -à un sévère contrôle, que nous avons écrit notre étude sur le _Maréchal -de Richelieu_. Elle ne saurait être, ni un panégyrique, ni une satire. -Elle visera surtout à rester impartiale. Si elle ne peut ignorer la -vie privée d’un homme qui dut à la galanterie tant de succès de sa vie -publique, elle s’efforcera de déterminer pour celle-ci le rôle joué -sur le théâtre de l’Histoire par le grand seigneur que Voltaire nomma -si souvent, et même trop souvent, «son héros». Peut-être la postérité, -retenant cet hommage, l’eût-elle sanctionné en comptant le Maréchal -de Richelieu parmi les personnalités dont l’existence fut un bienfait -pour le pays, si l’amour des intrigues et les intrigues de l’amour n’en -avaient faussé les plus puissants ressorts. - - -VII - -Au moment où nous terminions notre travail, une de ces bonnes fortunes, -dont le hasard ou d’heureuses interventions font profiter l’Histoire, -nous permettait de consulter une suite de relations, d’une authenticité -indiscutable, sur divers épisodes de la vie diplomatique, politique et -militaire du Maréchal de Richelieu. - -En effet, feu M. de Boislisle, le savant dont le monde de l’érudition -regrettera toujours la perte, avait découvert, dans les Archives du -Marquis de Chabrillan--sources précieuses de vérité historique--les -pages manuscrites qu’avait déjà signalées, d’après son indication, le -livre du duc de Broglie sur _Frédéric II et Louis XV_. - -M. de Boislisle obtint de prendre une copie de ces _Mémoires_. - -Dictée par le Maréchal de Richelieu à l’un de ses secrétaires, cette -autobiographie est marquée au coin de cet esprit vif et léger, souple -et fin, évoluant avec une merveilleuse prestesse au milieu d’intrigues -de Cour qui sont souvent son ouvrage, pour en sortir le plus aisément -du monde et avec tous les honneurs de la guerre. Cette apologie de -ses actes officiels est le développement, aussi simple qu’agréable, -du _Mémoire_ justificatif présenté par le Maréchal au roi Louis XVI, -en 1783, alors que sa santé subissait la crise si grave qui faillit -l’emporter. - -Grâce à l’intermédiaire obligeant de M. Lecestre, des Archives -Nationales, M. Jean de Boislisle a bien voulu nous communiquer ces -_Mémoires authentiques du Maréchal de Richelieu_ qu’il doit publier -très prochainement. Nous le prions de recevoir ici l’expression de tous -nos remerciements. - -Par un sentiment de discrétion, facile à comprendre, nous ne donnerons -que des extraits, peu nombreux et fort courts, de _Mémoires_ encore -inédits. Mais, comme nous aurons maintes fois l’occasion de citer, à -titre de référence, cette série de documents, nous la désignerons, dans -notre texte ou dans nos notes, sous le nom de _Mémoires authentiques du -Maréchal de Richelieu_. - - - - -CHAPITRE I - - _La naissance de Richelieu-Fronsac.--Un ressuscité qui devient - nonagénaire.--Première enfance.--Une éducation négligée.--Succès de - Fronsac à la Cour.--L’habit de belle-mère.--Esprit d’à-propos d’un - danseur.--Mariage d’enfants.--Un ancêtre de Chérubin.--Imprudences de - la duchesse de Bourgogne; effronterie de Fronsac.--Premier séjour à - la Bastille._ - - -Louis-François-Armand de Vignerot du Plessis naquit à Paris, le 13 mars -1696. Il était fils d’Armand Jean II de Vignerot du Plessis, duc de -Richelieu, lequel était petit-neveu du Grand Cardinal et «substitué aux -noms et armes de Richelieu». - -Louis-François trouva dans son berceau le duché de Fronsac et le -titre de pair de France; car, le 12 février 1711, du vivant même -d’Armand-Jean, il se dénommait et signait ainsi sur l’acte de son -premier mariage[19]. - - [19] _Registres de Saint-Sulpice._--Toutefois il ne devait - siéger au Parlement, comme duc de Richelieu, que le 2 mars 1721 - et, comme pair de France, en qualité de duc de Fronsac, que le - 15 avril 1723 (_Dictionnaire de La Chesnaye des Bois._) - -La date de sa naissance, donnée par le P. Anselme, est restée en blanc, -comme celle de son ondoiement, sur son acte de baptême, qu’Eudore -Soulié a découvert dans le registre de Notre-Dame de Versailles[20]. -Cette pièce, authentique, porte la double signature de _Louis_ et de -_Marie-Adélaïde_. Louis-François, baptisé le 15 février 1699, «par -permission de Mgr l’Archevêque de Paris», avait été, en effet, tenu -sur les fonts par Louis XIV et par la duchesse de Bourgogne[21]. - - [20] _Dictionnaire de Jal_, 1872, p. 1062. - - [21] _La Gazette_ du 20 février 1699 annonce le baptême donné - le 15 par l’abbé de Pomponne, aumônier de Sa Majesté, à l’issue - de la messe. Elle dit, en outre et à tort, que l’enfant est âgé - de 2 ans et 10 mois. - -Pendant sa première enfance, son état de santé fut des plus précaires. -Venu avant terme (à sept mois), il fut élevé dans du coton. Peu de -temps après, il fut assailli par de violentes convulsions. Les médecins -en désespéraient. A la suite d’une de ces crises, on le croyait perdu, -quand une servante, qui était fort jolie--détail relevé par ses -biographes--s’aperçut qu’il avait encore un souffle de vie et parvint à -le ranimer. - -A quatre-vingt-dix ans de là, un des commis qui dressaient l’état -des prisonniers de la Bastille, écrivait, au bas d’une des fiches -consacrées au Maréchal duc de Richelieu: - -«Le 25 août 1786, il est venu voir le Château de la Bastille. Il est -monté sur les tours, âgé de 90 ans, 5 mois, 12 jours[22].» - - [22] Chiffres qui concordent exactement avec la date indiquée - par le P. Anselme. Cette note se trouve reproduite dans les - _Mémoires historiques et authentiques sur la Bastille_ (1789, - 3 vol.), t. II, p. 102. - -Cette sorte d’escalade, inouïe chez un nonagénaire, dépeint à souhait -la crânerie, la belle humeur, la coquetterie, la volonté de rester -jeune, qui furent toujours le fond du caractère de Richelieu[23]. - - [23] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_. - Carton 10598, p. 58. - -Quelles pensées, quels spectacles durent surgir et revivre en son -cerveau, quand il pénétra dans la fameuse prison d’État, symbole, -indestructible en apparence, d’un pouvoir absolu qui lui était si cher, -cette Bastille, dont il avait été, par trois fois, le pensionnaire -malgré lui et d’où il aurait bien pu ne plus sortir, la dernière, que -pour expier sur un échafaud, comme un autre chevalier de Rohan, le -crime de haute trahison! - -Mais, grâce à cette mobilité d’esprit qui ne l’abandonna pas, même -aux dernières heures de son existence, qu’il dut vite se rasséréner, -lorsqu’il fut parvenu au terme de son ascension! De cette plateforme -massive semblant menacer Paris, il contemplait le panorama mouvant de -la Grande Ville, de la cité toujours grondante et tumultueuse, mais -aussi toujours charmante et toujours adorée, témoin plus ou moins -discret des fêtes somptueuses, des duels retentissants, des aventures -galantes de Fronsac et de Richelieu. Et peut-être croyait-il revoir, -de l’autre côté des fossés, ces théories de belles dames, qui, jadis, -au cours d’une de ses captivités, et pendant une de ses promenades -sur cette même terrasse, agitaient leurs mouchoirs de dentelles pour -se faire reconnaître du prisonnier et lui envoyaient «sur l’aile des -zéphyrs»--le langage du temps--leurs plus tendres baisers. - - -Fronsac (il faut bien désigner Richelieu par le nom qu’il porta -jusqu’en 1715), Fronsac fut fort mal élevé en sa prime jeunesse, -ou plutôt ne fut pas élevé du tout. Sa mère, née Anne-Marguerite -d’Acigné, était morte le 19 août 1698, alors qu’il n’avait pas encore -atteint sa troisième année; et son père, une manière de vert-galant, -bizarre et désordonné, épousait, en troisièmes noces, le 20 mars -1702, Marguerite-Thérèse de Rouillé, veuve du marquis de Noailles. La -nouvelle duchesse de Richelieu ne s’occupa guère de son beau-fils, que -pour en prévoir et même arrêter l’union éventuelle avec l’aînée des -filles qu’elle avait eues de son premier mariage. - -L’instruction de Fronsac fut des plus négligées, soit que, volontaire, -étourdi et turbulent, il préférât--ce qui était tout naturel--le jeu -à l’étude, soit que le soin de son éducation eût été remis, au dire -de ses biographes, entre les mains d’un gouverneur plus inepte encore -qu’insouciant. - -Ce fut l’atmosphère des salons de Versailles et de Marly, «l’air de la -Cour», comme on disait alors, qui fit de ce médiocre écolier un parfait -gentilhomme. L’étoffe, il est vrai, se prêtait singulièrement à cette -transformation. Petit, mais de taille bien proportionnée, d’agréable -figure, souriant, gracieux, spirituel, adroit cavalier et merveilleux -danseur, Fronsac fut remarqué dès le premier jour de sa présentation. -Il n’avait pas encore quinze ans: «Il a été trouvé fort joli à la -Cour», écrit, le 28 janvier 1711, la marquise d’Uxelles; et, dans -le même mois, Dangeau, en consciencieux annaliste, note les succès, -chaque jour plus marqués, du nouveau venu. Fronsac avait dansé à la -Cour; et bientôt Louis XIV daignait abaisser son majestueux regard sur -l’adolescent: «Le Roi parla, à sa promenade, au petit duc de Fronsac, -qui est fort à la mode, ce voyage-ci et qui a beaucoup d’esprit[24].» - - [24] Marquis DE DANGEAU: _Mémoires_ ou _Journal_ (Paris, 1854 - et suiv.), t. XIII, pp. 316-317. - -Bien qu’assez mal renseigné sur l’âge exact de ce courtisan précoce, -Saint-Simon décrit plus longuement, mais avec sa précision coutumière, -une entrée qui serait qualifiée aujourd’hui de sensationnelle. - - «Ce petit duc de Fronsac, qui n’avait guère alors que seize ans, - était la plus jolie créature de corps et d’esprit qu’on pût voir. Son - père l’avait présenté à la Cour, où Mme de Maintenon, ancienne amie - de M. de Richelieu, en fit comme son fils[25]; et, par conséquent, - Mme la duchesse de Bourgogne, et tout le monde lui fit merveille, - jusqu’au Roi. Il y sut répondre avec tant de grâce et se démêler avec - tant d’esprit, de finesse, de liberté, de politesse, qu’il devint - bientôt la coqueluche de la Cour. Sa figure enchante les dames[26].» - - [25] Duc DE SAINT-SIMON: _Mémoires_ (édit. Chéruel, 1873), t. - VIII, p. 301.--_Mémoires_ (édit. de Boislisle continuée par MM. - J. Lecestre et J. de Boislisle), Hachette 1879 et suiv. t. XX, - p. 303-305. - - [26] Mme de Maintenon écrivait, en 1710, au duc de Richelieu: - «M. le duc de Fronsac réussit très bien à Marly.» - -Ce n’était pas que, sur un terrain si glissant, partant si périlleux -pour un novice, il n’eût à vaincre de sérieux obstacles. La parcimonie -de sa belle-mère le réduisait à un train des plus modestes; et si, par -aventure, il protestait: - ---«Allons, allons, lui disait en riant la bonne dame, les grâces de -votre personne suppléent à l’insuffisance dont vous vous plaignez.» - -Mais Fronsac avait sa vengeance toute prête; et certain jour que les -courtisans s’étonnaient de le voir mesquinement vêtu, il leur répondit -fort sérieusement qu’il portait «un habit de belle-mère». - -Ce pauvre équipage semblait n’en rehausser que mieux le charme -séducteur et surtout l’esprit d’à-propos de Fronsac, au milieu des -plaisirs frivoles qui passaient pour les plus graves occupations de -la Cour. Ce fut ainsi que Brissac, un ami du jeune duc, ayant commis -l’impardonnable faute, au «retour d’un menuet», de ne pas «prendre» la -duchesse de Bourgogne, sa danseuse, Fronsac lâcha aussitôt la sienne, -pour réparer l’erreur du coupable. De ce jour, l’aimable et parfois -trop impulsive princesse voulut que son cavalier... occasionnel fût de -toutes les fêtes de la Cour. Elle lui fit même l’insigne honneur de -l’appeler sa «jolie poupée». - -Cependant d’austères devoirs attendaient ce gentil fantoche. Lorsque, -ruiné par le jeu, son père avait épousé la veuve du marquis de -Noailles, les deux conjoints avaient signé au contrat de mariage de -leur belle-fille et fille, âgée de onze ans, avec le duc de Fronsac, -qui en avait à peine six. Louis XIV «y signait» également, «pour lui -donner plus de force»; et une clause formelle de ce même contrat -stipulait expressément que, si «l’aînée venait à manquer», Fronsac -épouserait la seconde[27]. Il fallait absolument sanctionner l’alliance -des deux familles, d’autant que la protection de Mme de Maintenon était -toute acquise aux Noailles. - - [27] DANGEAU: _Journal_, t. VIII, p. 349. - -La prévoyance de ces parents, si préoccupés des avantages d’une telle -faveur, devait se trouver bientôt justifiée. La fiancée de Fronsac -mourut en juillet 1703[28]; et le fiancé dut épouser, aux termes du -contrat, la seconde fille de la duchesse, Mlle de Sansac, qui était, -comme sa sœur, plus âgée que lui[29]. Le mariage fut célébré, en -février 1711, à Paris, dans la chapelle du Cardinal de Noailles, oncle -de la jeune fille[30]. - - [28] _Ibid._, t. IX, p. 243. - - [29] Une note des _Mémoires de Sourches_ (édition de Cosnac, - t. XIII, p. 22) porte qu’un courtisan, à la vue de ce couple - enfantin qui entrait dans le cabinet du roi pour y signer le - contrat, «dit qu’il ne savait si c’était un mariage ou un - baptême».--Et Mme de Maintenon écrivait (_Recueil Geffroy_, - t. II, p. 270) «qu’elle avait été sur le point de prendre le - menton à Fronsac». _Mém. de Saint-Simon_, éd. Boislisle, t. XX, - p. 203. - - [30] DANGEAU: _Journal_, t. XIII, p. 317. - -Ce fut la plus déplorable des unions. Fronsac ne pouvait souffrir -sa femme, qu’il prétendait d’un caractère aussi _acariâtre_[31] que -celui de la duchesse de Richelieu, doublement sa belle-mère. Puis -une passion folle avait envahi ce jeune et bouillant cerveau. Déjà -choyé et caressé par des grandes dames qui n’avaient plus rien à lui -refuser, Fronsac avait osé lever les yeux sur cette princesse[32] qui -le trouvait «un enfant fort aimable» et l’admettait assez étourdiment -dans son intimité. S’il pouvait chanter, comme plus tard le Chérubin de -Beaumarchais, «J’avais une marraine», il n’avait plus l’ingénuité du -page. Il ne se blottissait pas au fond d’un fauteuil, dans la chambre -«bleue» de la duchesse de Bourgogne, mais derrière un rideau, d’où son -ami Brissac dut le tirer par la jambe[33], pour le déloger. - - [31] Dans une des notes autographes du Maréchal qui - accompagnent la fin de ses _Mémoires authentiques_, Richelieu - se sert de ce terme pour qualifier le caractère de Mlle de - Sansac. Il ajoute qu’elle n’était «pas jolie». «Elle est - parfaitement laide», écrivait Mme de Maintenon. - - [32] Cependant, malgré son insolente fatuité, Richelieu se - défendit toujours d’avoir été l’amant heureux de la duchesse - de Bourgogne, en dépit même de Louis XV, assez pervers pour - provoquer cet aveu. - - [33] «Derrière un écran», dit Rulhière, dans ses jolies et - croustillantes _Anecdotes sur le Maréchal de Richelieu_. Cet - effronté Fronsac lève la tête. Cri général. On recommanda le - silence aux femmes de chambre qui étaient autour de la toilette - de la petite Dauphine. Mais on parla. - ---«On excuse tout, hors la peur que vous nous avez faite, dit la -petite-fille du roi à Fronsac qui vint se mettre à genoux devant elle -et lui baiser la main.» - -Il poussa plus loin la témérité. On le vit embrasser un jour la -duchesse. On prétendit même qu’il avait été surpris en tête-à-tête -avec elle, dans une attitude qui ne témoignait que trop de son peu de -respect pour le sang royal; il s’était aussitôt caché sous le lit[34] -de la princesse, et, dans sa fuite, avait laissé tomber une miniature -de la duchesse de Bourgogne. - - [34] Le grave Ravaisson dit «dans le lit,» (_Archives de - la Bastille_, t. XII, p. 77). _Les Mémoires historiques et - authentiques sur la Bastille_ (de Carra) prétendent que - Fronsac, surpris dans le lit de la duchesse par Cavoie, qui - devait en aviser Mme de Maintenon, se cacha «tout nu» sous - le lit: ce fut, disent ces _Mémoires_, la vraie cause de sa - détention. - -Ces racontars eussent été de pures calomnies, que Fronsac aurait eu à -se défendre contre d’autres imputations, assurément moins graves, mais -qui ne laissaient pas que de provoquer le mécontentement du roi et -les inquiétudes de son Égérie. Ce jeune seigneur, disait-on, n’était -pas seulement léger, inconséquent et coureur de ruelles; il jouait et -perdait des sommes considérables. Mme de Maintenon le fit surveiller -par Cavoie; et ce gentilhomme lui apprit, un jour, que Fronsac venait -d’être délesté de mille louis. Sans doute sa femme était fort riche; -mais c’était payer un peu cher l’honneur d’avoir épousé un homme qui la -dédaignait. Le duc de Richelieu, bien qu’il ne prêchât pas d’exemple, -était exaspéré; et, pour l’apaiser, Mme de Maintenon lui écrivit, -après avoir sermonné Fronsac qui avait vraisemblablement fait amende -honorable: «Je lui ai dit que je dirais au roi que j’ai sa parole et -que s’il ne la tient pas, il achèverait de se noyer.» - -Il «se noya». Continua-t-il à jouer à _la bassette_--ce jeu qui avait -déjà dévoré tant de fortunes à la Cour? Lui fallut-il contracter -des emprunts usuraires pour éteindre ses dettes? Ou bien, avait-il -fait, comme le dit assez mystérieusement Dangeau, «quelque nouvelle -imprudence»[35]? Toujours est-il que son père et sa famille, de concert -avec Mme de Maintenon, demandèrent une lettre de cachet au roi pour -envoyer Fronsac à la Bastille et l’y garder le plus longtemps possible. -Nous avons sous les yeux la fiche qui se rapporte à sa détention[36]. -Elle est ainsi libellée: - - _Tabul. Nº 3 - 20 mai 1711 - M. le duc de Fronsac - pour correction. - Il a été mis trois fois à la Bastille, - le 4 mars 1716 et le 28 mars 1719. - Sorti le 19 juin 1712._ - - [35] DANGEAU: Journal, t. XIII, p. 394. C’est le 5 avril, dit - l’Annaliste, que fut demandée la lettre de cachet.--«Livré - au monde avec tout ce qu’il fallait pour plaire, écrit - Saint-Simon, il fit force sottises.» - - [36] BIBL. ARSENAL: _Papiers de la Bastille_, 10598. - - - - -CHAPITRE II - - _Quatorze mois de Bastille.--Sollicitude du Gouverneur Bernaville - pour son prisonnier.--Visite de la petite duchesse de Fronsac à son - époux: les suites d’un mariage blanc.--Études et «amusements» du - détenu.--Attaque de petite vérole: traitement du malade.--Isolement - et terreurs de Fronsac.--Sa guérison; sa convalescence.--Bulletins de - Bernaville.--Repentir, en apparence sincère, de Fronsac.--Sa mise en - liberté._ - - -Contrairement à l’indication (c’était peut-être une date d’inscription) -donnée par la fiche précédente, Fronsac était déjà embastillé le 8 mai -1711, car, ce jour-là, Bernaville, le gouverneur de la forteresse, -écrivait au Ministre d’État Pontchartrain[37]: - - [37] RAVAISSON: _Archives de la Bastille_, t. XII, p. 77 - (d’après les manuscrits de la Bibliothèque Nationale). - - «Je suis convenu avec M. le Cardinal de Noailles, M. le duc de - Richelieu et Mme la Duchesse, que M. le duc de Fronsac viendrait - dîner avec moi et y resterait jusqu’à 5 heures que ses maîtres de - langues et de mathématiques se rendent chez lui. Il ne m’a pas - paru possible qu’il passât seul ses journées dans sa chambre sans - intéresser sa santé. Ils sont persuadés que je ne vois personne qui - lui donne de mauvais exemples; et j’ose me flatter que vous avez - assez bonne opinion de moi pour croire qu’il ne se passe rien en ma - présence et celle de M. de Launay, soit dans ma chambre ou à nos - promenades dans la cour et sur le bastion, qui soit contre les bonnes - mœurs. - - «Mme la Marquise du Chastelet[38] qui nous a fait l’honneur de dîner - avec nous, vous peut dire comme nous vivons ensemble. Elle y est - assez intéressée par son fils pour y avoir pris garde. Il est vrai - aussi que ces éducations-là me contraignent beaucoup. Je m’en fais - un devoir à l’égard de M. de Fronsac, que j’ai reçu par vos ordres - et à l’égard de M. le Chevalier du Chastelet[39], que j’aime et dont - j’honore infiniment le père et la mère.» - - [38] C’était la femme du gouverneur de Vincennes. - - [39] Il épousa, en 1714, Catherine de Richelieu, la sœur de - Fronsac. - -Louis XIV avait ordonné, en effet, qu’on envoyât, comme précepteur, -au prisonnier, l’abbé de Saint-Rémy. Chargé de l’ingrate besogne de -recommencer sur de nouveaux frais une éducation restée incomplète, cet -ecclésiastique avait consenti (ainsi le voulait la règle) à se laisser -enfermer avec son élève. Il lui fit d’abord traduire Virgile. - -Bernaville est très content du maître, «un fort honnête homme, fort -sage et fort capable, qui se gouverne fort bien avec» le duc de -Fronsac. Il n’est pas moins enchanté de l’élève: «Je n’ai à mon égard, -écrit-il, que des louanges à dire de sa conduite avec moi et les -officiers: il n’y a personne plus civil et plus poli que lui; il va au -devant de tout ce qui peut nous faire plaisir; nous ne lui avons rien -entendu dire contre les bonnes mœurs[40].» - - [40] RAVAISSON: _Archives de la Bastille_, t. XII. «Tous ces - rapports étaient lus du Roi», écrit en apostille Pontchartrain. - -Assurément, l’effréné viveur qu’était déjà Fronsac rongeait son frein: -il fallait bien se soumettre; mais il s’ennuyait mortellement. Aussi, -malgré les distractions de toute nature que s’efforçait de lui offrir -le personnel de la Bastille, le prisonnier en cherchait-il de moins -monotones et surtout de plus originales. Il se souvint alors qu’il -avait une femme. Et malgré que tous les mémorialistes aient affirmé que -la jeune duchesse de Fronsac avait en quelque sorte forcé les portes -du cachot de son époux, ce fut, au contraire, celui-ci qui sollicita à -plusieurs reprises la visite de sa femme. - -Bernaville le déclare formellement. - -Dans l’agréable roman qu’il a brodé sur le canevas des _Mémoires de -Richelieu_, M. de Lescure a complaisamment décrit les fêtes fastueuses -du premier mariage de Fronsac, sans oublier aucun détail sur la nuit de -noces qui servit de clôture à cette magnifique cérémonie. Les mariés -restèrent couchés un quart d’heure dans leur lit, les lampes à peine -baissées, pendant que les invités circulaient bruyamment autour d’eux, -aux sons joyeux des violons et des flûtes qui faisaient rage. - -Et ce fut tout. - -Fronsac avait, aussitôt, oublié Mlle de Sansac. La jeune vierge en -fut dépitée et désolée. La belle famille protesta. Et ses plaintes, -assurent certains biographes, ne furent pas étrangères à la détention -de ce mari indifférent[41]. - - [41] «La famille voulait que la duchesse de Fronsac fût - grosse», dit Richelieu dans les notes autographes qui terminent - les _Mémoires authentiques_, et dont l’une se rapporte à sa - première détention. - -Nous croyons peu à cette version. Quoi qu’il en soit, la petite -duchesse, avisée du désir de son époux, ne le fit pas languir. Au -dire de l’anecdotier de la Vie privée, elle accourut, se présenta au -prisonnier, avec tous les artifices de la coquetterie la plus raffinée -et sous le plus galant des costumes, multiplia les sourires mouillés de -larmes, les baisers, les caresses, les témoignages les moins équivoques -d’une passion qui ne demandait qu’à être payée de retour. Mais ce fut -encore en pure perte. Fronsac se montra charmant, gracieux, empressé, -ainsi qu’il l’était avec toutes les femmes; il reçut la sienne comme -«l’envoyée du plus grand roi du monde»; et même, sevré qu’il était de -ses plaisirs coutumiers, il ressentit, à la voir et à l’entendre, un -certain trouble, mais bientôt il se ressaisit; et la petite duchesse -partit comme elle était venue. Au reste, l’honnête Bernaville ne -souffle mot de l’entrevue: il se contente de signaler au ministre les -effusions de gratitude que lui prodigua Fronsac, pour le zèle obligeant -qu’avait apporté le Gouverneur à lui donner satisfaction. - -Cependant, le pensionnaire de Bernaville recevait nombre de visites, -entr’autres celles des princes de Conti et d’Espinoy, «la conversation -roulant sur les occupations et amusements (!!!) de Fronsac»[42]. -C’étaient encore M. et Mme de Cavoie qui venaient le «préparer, par -de sages instructions, à recevoir la première visite de M. le duc de -Richelieu... Elle s’est passée avec beaucoup de tendresse de part -et d’autre.» En comédien consommé, Fronsac dit à son père «qu’il -reconnaissait toutes ses fautes, qu’il n’oublierait jamais la grâce -que le roi lui avait faite de l’envoyer ici pour en faire pénitence et -les réparer, qu’il était trop heureux d’y être, qu’il ne négligerait -rien de tout ce qui pouvait dépendre de lui pour les réparer, et pour -se rendre digne des bontés de Sa Majesté. Il lui a encore dit ce qu’il -nous dit tous les jours, qu’il n’a nulle impatience d’en sortir et -_qu’il regarderait comme un grand malheur une prompte liberté_[43].» - - [42] RAVAISSON: _Archives de la Bastille_, t. XII, (lettre du - 1er juillet.)--Voltaire venait aussi, disait-il, «lui rendre - ses devoirs». - - [43] RAVAISSON: _Archives de la Bastille_, t. XII, (lettre du 8 - juillet). - -Soudain, un coup de théâtre. - -Le 27 septembre, Fronsac tombe malade: il a une fièvre intense. La -Carlière, le médecin en titre de la prison d’État, vient le saigner le -lendemain. La petite duchesse, qui n’avait pas abjuré toute tendresse -pour l’ingrat, amène avec elle Barère, chirurgien des mousquetaires, -que le duc, accouru au chevet de son fils, voudrait également -substituer à La Carlière. Toutefois il s’entend avec le médecin -officiel; et Fronsac est saigné au pied. - -Le prisonnier, qui se sent plus malade, s’inquiète et demande un -confesseur. On lui envoie un prêtre de Saint-Paul, M. Dolé, en qui le -Cardinal de Noailles a pleine confiance. Cependant, Barère, qui est -revenu, croit que cette fièvre persistante n’aura pas de suite. Or, le -30 septembre, la petite vérole se déclare. Et cette famille, jadis si -empressée autour du malade, tous, jusqu’à l’amoureuse Mme de Fronsac, -se défilent avec rapidité. Seuls restent dans la chambre du délaissé -l’abbé de Saint-Rémy[44] et un valet de chambre. - - [44] Richelieu en fut toujours reconnaissant à Saint-Rémy; et - bien que Voltaire appelât cet abbé «un bœuf», Richelieu fit de - son ancien précepteur son premier secrétaire à l’ambassade de - Vienne. - -Au surplus, Bernaville, qui a le sentiment de sa responsabilité, a -mis Fronsac en quarantaine. Il doit préserver son personnel d’un mal -contagieux. Il ne s’en inquiète guère pour lui-même: sa figure est -toute couturée de petite vérole. - -Cependant La Carlière, qui, en raison des visites de son confrère, -s’était d’abord défendu de continuer les siennes, a consenti à suivre -la marche de la maladie. Le 3 octobre, il se déclare satisfait de -l’état général. Mais Fronsac est loin d’être rassuré. Il communie le -matin et demande même l’Extrême-Onction. Toutefois, le 6, (le huitième -jour de la maladie) le mieux s’accentue: La Carlière et Barère, enfin -d’accord, sont satisfaits de l’évolution normale de la petite vérole. -Et pourtant le vaillant Bernaville a suivi l’exemple de la famille, il -ne voit plus son pensionnaire: c’est aussi qu’il «reçoit ici beaucoup -de monde». Fronsac, pour qui jadis la dévotion était le dernier des -soucis, en réclame toutes les pratiques: il demande la permission -d’envoyer un valet de chambre à la châsse de Sainte-Geneviève, pour y -faire «toucher un mouchoir et lui apporter des pains». - -Enfin, le 17 octobre, Bernaville, rentré dans la chambre de Fronsac, -envoie à Pontchartrain ce triomphant billet: - - «Je m’assure que M. le duc de Fronsac est parfaitement guéri et qu’il - n’est _point marqué_. Il se leva hier; et on ouvrit les fenêtres - après avoir brûlé dans sa chambre de la poudre à canon et toutes - sortes de choses. Il mange tous les jours des bouillons et plusieurs - potages avec deux ailes d’un gros poulet et le corps, ce qui ne - lui suffit pas à ce qu’il dit, et, je le crois bien, car il a bon - appétit.» - -Le Maréchal de Richelieu devait être un jour un gastronome aussi -émérite qu’il était un amoureux hors pair. - -Fronsac fit sa convalescence à la Bastille. Le Roi ne désarmait pas -encore. Le 24 octobre, le père se décidait à rendre visite au fils: -«Il m’a dit, écrit le Gouverneur, qu’il était content de l’état de sa -santé et de la situation de son esprit.» La Carlière avait donné au -malade son _exeat_ (si l’on peut ainsi s’exprimer) et dicté à Barère le -traitement qu’exigeait la convalescence. Quant au confesseur, M. Dolé, -il continuait ses visites sur la demande expresse de son pénitent. -Celui-ci voulait aller, le plus tôt possible, à la messe; mais -Bernaville, qui connaissait le paroissien, tardait à le satisfaire, -«car, disait-il, il n’aura pas sorti de sa chambre qu’on ne pourra -plus l’y faire rentrer». Néanmoins, le 1er novembre, il lui permit -d’entendre la messe. Le prompt rétablissement de Fronsac incitait -ce bienveillant geôlier aux plus consolants pronostics: «La petite -vérole, disait-il, ne lui a fait que du bien: elle l’a fait croître -considérablement et il ne sera pas marqué: il y a lieu d’espérer qu’il -y aura du changement en tout.» - - «Il se promena hier pour la première fois dans le jardin que nous - avons sur le bastion de la Bastille, où il est encore aujourd’hui. - Il a prié M. le duc de Richelieu de me demander la permission de se - promener dans le jardin de l’Arsenal. J’ai répondu que cette liberté - était contre nos usages et que je ne croyais pas que le Roi voulût - l’ôter au public et nous la donner pour promener nos prisonniers, et - même qu’il conviendrait moins à M. le duc de Fronsac qu’à plusieurs - autres, puisque la principale raison qu’on a eue en l’envoyant a été - de le séparer de ses amis particuliers, ce qu’on ne pourrait pas - faire dans un jardin public qui est le rendez-vous de tout Paris[45].» - - [45] RAVAISSON: _Archives de la Bastille_, (lettre du 5 - novembre). - -Pontchartrain, naturellement grincheux, tance vertement Bernaville -d’avoir laissé la conversation dévier sur ce terrain; et Fronsac qui -prend connaissance de la semonce ministérielle, exprime tous ses -regrets au pauvre gouverneur de lui avoir attiré cette mercuriale. -D’ailleurs, il retourne maintenant chez Bernaville, où la jeune -duchesse, ainsi que M. et Mme de Richelieu, viennent de nouveau lui -rendre visite. Et le digne fonctionnaire constate, une fois de plus, -que «les marques de la petite vérole, quoique nombreuses, ne le -défigurent point[46].» - - [46] _Ibid._, (lettre du 17 novembre). - -A quoi tiennent pourtant les destinées d’un empire... dans le monde -galant! Supposez Fronsac «picoté»--c’était le terme--de petite vérole, -comme l’était Bernaville. Richelieu, séducteur professionnel du XVIIIe -siècle, n’existait pas. - -Il resta sept mois encore à la Bastille. Enfin, quand Louis XIV -eût jugé l’expiation suffisante, le prisonnier adressa, le 16 juin -1712, ce placet à Pontchartrain: «Mon père, qui est ici, a la bonté -de vouloir bien consentir à mon élargissement, et m’ordonne de vous -supplier de vouloir bien le demander au roi. Je tâcherai de mériter -toutes les grâces qu’il m’a bien voulu faire et de montrer qu’une telle -retraite m’a bien changé par les solides réflexions que j’ai faites. -Permettez-moi de vous remercier de toutes les obligations, etc.» - -Le père avait écrit, en apostille, qu’il était «convaincu des bonnes -dispositions de son fils».--Ah! le bon billet!... - -Trois jours après, Fronsac sortait de la Bastille. Dangeau, qui assigne -la même date à la mise en liberté du coupable repentant, ajoute: -«Richelieu, son père, a fait payer toutes ses petites dettes et pris du -temps pour les plus considérables[47].» - - [47] DANGEAU: _Journal_, t. XIV, p. 177. - -Était-ce donc la véritable cause d’une détention qui dura quatorze -mois? Nous en doutons; et nous constaterons simplement, pour mémoire, -que la duchesse de Bourgogne était morte le 12 février précédent. - - - - -CHAPITRE III - - _Fronsac, en Flandre, sous le commandement de Villars.--Le siège - de Marchiennes.--Fronsac est blessé à Fribourg.--Comment il est - accueilli, à Marly, par le roi.--Il revoit la duchesse aux yeux bleus - qui avait reçu ses adieux avant son départ pour l’armée.--L’amitié - succède à l’amour.--Le roman de Mme Michelin: perfidie et cruautés - de Fronsac.--Mort du duc de Richelieu: un beau geste de son - héritier.--Les dernières heures de Mme Michelin._ - - -De nos jours (quoique le fait soit devenu assez rare) un père -de famille, mécontent de la conduite d’un fils trop étourdi ou -trop indépendant, finit par le décider, de gré ou de force, à -devancer l’appel réglementaire et à contracter un engagement dans -l’armée--excellente école pour les têtes un peu chaudes. - -Jadis, ces exemples étaient plus fréquents; et, sous l’ancien régime, -ils se généralisaient. D’abord, pour un gentilhomme, l’armée était la -véritable carrière; en eût-il décliné l’obligation, que son père l’eût -rappelé à l’observation de son devoir, surtout quand le réfractaire -n’avait pas encore atteint sa majorité; et l’on sait qu’à cette époque -un Français n’était majeur qu’à sa vingt-cinquième année. - -Mais cette jeune noblesse volait plus qu’elle ne marchait à l’appel de -ses chefs. - -Aussi Fronsac, qui était ardent et courageux, répondit-il, comme il -convenait, à l’ordre que lui donna son père, ordre vraisemblablement -suggéré par Louis XIV, d’aller «servir en Flandre, dans les -mousquetaires», et sous les ordres du Maréchal de Villars. Ce fut en -août qu’il partit et Dangeau trace, d’un trait, le piquant croquis -des adieux du jeune volontaire à la Cour: «Il a pris congé du roi qui -lui a fort recommandé d’être plus sage et lui a d’ailleurs parlé avec -beaucoup de bonté et de considération pour le duc, son père[48].» - - [48] DANGEAU: _Journal_, t. XIV, p. 197. - -Il ne semble pas qu’avant son départ, Fronsac, qui fut, «comme -César, le mari de toutes les femmes, excepté de la sienne», ait -honoré celle-ci de la moindre attention. Par contre, s’il faut en -croire l’auteur de la _Vie privée_, il allait retrouver et consoler -à l’auberge du _Chasseur_, aux portes de Paris, cette belle duchesse -aux yeux bleus qu’il avait connue avant son mariage et qui, prête à -se rendre, lui murmurait si tendrement: «Ah! Fronsac, que vous êtes -dangereux!» Ils se rappelèrent une dernière fois les heures délicieuses -de leur amour, alors que l’époux était envoyé en mission dans le -Languedoc; les amusements de la vie de château, près de Mantes, et -les brimades qu’avait dû subir Fronsac, du fait des jeunes et jolies -femmes reçues par la duchesse et furieuses des indiscrétions ou des -infidélités de ce roué trop séduisant; les fuites éperdues de l’amant -pour ne point compromettre sa maîtresse, et la récompense exquise qu’il -en obtenait. - -Mais il fallut partir. - -Il fit bravement son devoir. Le Maréchal de Villars, qui l’avait pris -pour aide de camp, rend pleine justice, dans ses _Mémoires_, à la -vaillance de ce soldat de seize ans[49]. Il en allait de même pour ses -compagnons d’armes. Mais, chez cette brillante jeunesse, la galanterie -était inséparable de la bravoure. On assiégeait Marchiennes, où se -trouvaient réunis le dépôt de munitions et... la maîtresse du Prince -Eugène. Notre illustre ennemi commençait à être aussi malheureux à la -guerre qu’il l’était depuis longtemps en amour. - - [49] _Mémoires du Maréchal de Villars_ (Édition du Marquis de - Vogüé), 6 vol., t. III, p. 197. - -«Ma foi, messieurs, dit le maréchal, je vous abandonne cette dame, si -vous emportez la place. - ---D’accord, répondit le chœur des officiers; le premier qui s’emparera -de la belle sera réputé le plus brave.» - -On allait donner l’assaut, quand Marchiennes capitula. La maîtresse du -Prince Eugène n’était plus de bonne prise. - -La discorde régnait parfois entre ces jeunes seigneurs, dont certains -étaient de sang royal: tel le prince de Conti qui avait le caractère -difficile et la main lourde. Il ne la fit que trop sentir à Fronsac -et au prince d’Espinoy, alors qu’ils jouaient ensemble. Ils étaient -cependant les meilleurs amis du monde, au temps où Fronsac était -enfermé à la Bastille. Ce fut une brouille assez sérieuse; mais -Dangeau, l’historiographe, hausse les épaules: «On regarde cela, -dit-il, comme jeux d’enfant[50].» - - [50] DANGEAU: _Journal_, t. XIV, p. 463 (15 août 1713). - -Fronsac ne quitta pas Villars de la campagne. Il fut blessé à Fribourg -d’un coup de pierre dont il garda la marque, assurent ses biographes, -jusqu’à la fin de ses jours. Après la reddition de la ville, chargé -par le Maréchal d’en apporter la nouvelle au roi, il fut encore, ce -jour-là, le héros de Marly. Habile metteur en scène, il sut se faire -valoir, exhiba sa blessure, raconta toutes les péripéties de la -campagne avec une verve incomparable. Louis XIV le complimenta, il lui -laissa entendre que le sang de sa blessure avait lavé la honte de sa -lettre de cachet; puis «il le logea et le retint; l’armée devant se -séparer, il lui donna 4000 écus pour son voyage[51]». (1712-1713). - - [51] DANGEAU: _Journal_, t. XV, p. 30 (novembre 1713). - -Grâce à sa belle conduite devant l’ennemi, Fronsac avait reconquis -le droit de reparaître, le front haut, à Paris et à Versailles. Il -en profita pour revenir à ses errements d’autrefois, mais avec plus -de réserve, voulant ainsi justifier la confiance qu’avait maintenant -le roi dans son avenir. Ainsi, en octobre 1714, il avait parié -contre le duc d’Aumont une forte somme pour une course de chevaux. -On lui conseilla de «rompre»; il ne se fit pas répéter deux fois -l’invitation[52]. - - [52] _Ibid._, (19 octobre 1714). - -Toujours aussi amoureux et aussi entreprenant que par le passé, Fronsac -ne se risqua plus cependant dans les alcôves royales; il est vrai -qu’elles étaient alors si dépeuplées. Il se rabattit, par curiosité, -sur de simples bourgeoises; et ce fut le commencement de son aventure -avec Mme Michelin, dont le dénouement tragique lui arracha des larmes: -il le prétendit du moins. Toutefois ce qui est peut-être encore plus -lamentable, dans cette triste et touchante histoire, c’est le rôle -qu’y joua, dès le début, la duchesse aux yeux bleus qui avait offert -à Fronsac une si tendre hospitalité dans son château, près de Mantes. -Les deux amants s’étaient écrit pendant la campagne de Flandre; mais -la duchesse avait longuement réfléchi au cours de ces deux années; -quelques fils blancs argentaient ses tempes: elle eut le bon esprit -d’offrir à Fronsac, qui accepta, la sûreté d’une amitié à toute -épreuve. Mais la véritable affection, pure et sincère, consiste-t-elle -à méconnaître, au profit d’un des intéressés, le sentiment du devoir et -les lois de la morale? Et la grande dame, qui voulut bien collaborer -à la cruelle comédie (à vrai dire elle le regrettera plus tard) -où Fronsac fit sombrer la vertu de la pauvre petite Mme Michelin, -n’était-elle pas aussi coupable que l’auteur de cette machination si -perfidement ourdie? - -Le roman et le théâtre se sont emparés d’une intrigue trop connue pour -que nous en rappelions tous les détails. Quelques lignes suffiront à la -résumer[53]. - - [53] Le t. III de la _Vie privée_ consacre près de 150 pages - à ce récit, qui prend ainsi les proportions d’un livre. Faur - intitule le volume _Relation écrite par le duc de Richelieu - en Languedoc pour la Marquise de M***_ (Monconseil) _de ses - premières aventures_... - -Fronsac avait remarqué la femme d’un miroitier de la rue Saint-Antoine, -nommé Michelin. Il l’avait suivie, abordée, et tenté, sans faire -connaître sa personnalité, le siège d’une vertu devant laquelle avaient -échoué son astuce, son adresse et ses protestations de tendresse -éternelle. Cette blonde délicieuse, âgée de 18 ans, était dévote et -sage, autant qu’elle était jolie. Fronsac, qui se lassait de lui -présenter, chaque jour, de l’eau bénite, à l’église Saint-Paul, n’en -était pas, disait-il, autrement amoureux; mais cette résistance d’une -petite bourgeoise piquait au vif sa vanité. - -Avec l’argent que lui avait prêté la duchesse, il avait loué, dans -le quartier, un appartement pour y recevoir la jeune femme, pendant -que la grande dame éloignait le mari, en l’envoyant à son château -de Mantes y commencer toute une série de travaux. Elle prétendit -l’avoir fait innocemment; mais, par la suite, après avoir sermonné, -pour la forme, son ancien amant, elle servit, en pleine connaissance -de cause, le caprice de Fronsac et se prit même d’amitié pour la -victime. En effet, Mme Michelin avait succombé aux assauts répétés -du galant, qui avait fini par se nommer, et que, chaque jour, elle -adorait davantage. Dans l’intervalle était revenu le mari. Le petit -duc lui avait rendu visite et réservé sa clientèle. Le bonhomme ne se -doutait de rien, se confondait en révérences devant le grand seigneur -et s’estimait fort honoré qu’il daignât s’asseoir quelquefois à la -table familiale. Lui, Fronsac, ne se contentait plus de recevoir sa -maîtresse dans l’appartement de la rue Saint-Antoine: c’était chez -elle qu’il continuait ses amoureux ébats; bien mieux, dans la même -maison et le même soir, il allait courtiser une amie de Mme Michelin, -une brune fringante, très fière de cet hommage rendu à sa beauté par -l’irrésistible Fronsac. Mme Michelin apprit cette trahison; elle pleura -en silence, et son infidèle amant eut l’inconscience de lui imposer le -partage de ses nuits avec son indigne rivale. - -Puis il disparut. - -Le duc de Richelieu venait de mourir (1715); et la succession du -défunt ne laissait pas que d’être embarrassée. Le père et le grand-père -de Fronsac avaient singulièrement amoindri par leurs dépenses exagérées -l’énorme fortune du Cardinal; la substitution--héroïque remède--en -avait sauvegardé le reste. «Ce fut mon unique héritage», dit le nouveau -duc de Richelieu à qui nous donnerons désormais le nom sous lequel il -est connu dans l’Histoire. Et son geste, à ce moment, ne manqua pas de -grandeur. Le feu duc de Richelieu avait payé les dettes de son fils. -Le fils paya les dettes de son père, trois millions, paraît-il. Et -fut-ce l’importance ou la noblesse du sacrifice auquel il n’était pas -obligé, qui émut le roi? Mais Louis XIV, comme s’il eût conscience -de sa mort prochaine et qu’il voulût faire oublier à Richelieu ses -récentes disgrâces, lui multiplia ses faveurs. Le 14 mars, il lui -accordait l’appartement du vieux duc à Versailles[54]; et, dans les -premiers jours de septembre, il lui donnait son agrément pour l’achat -du Régiment du Roi à Nangis[55], qui, lui aussi, avait fait battre le -cœur de la duchesse de Bourgogne. - - [54] DANGEAU: _Journal_, t. XV, p. 418. - - [55] _Ibid._, t. XVI, p. 196.--Louis XIV étant mort quelques - jours après, ce fut le duc d’Orléans, Régent, qui signa pour le - nouveau roi. - -Les tracas de son héritage, le soin de son crédit, la mobilité -naturelle de son esprit, n’avaient guère laissé le temps à Richelieu -de penser à Mme Michelin. Il revint cependant, de loin en loin, lui -apporter la consolation de sa chère présence. Mais comme il la trouvait -changée! Elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. La douleur, la -jalousie, le remords la minaient lentement. Richelieu avait cessé -depuis quelque temps ses visites, quand il voit un jour M. Michelin en -grand deuil. Il le fait monter dans sa voiture; et le brave homme tombe -dans ses bras en sanglotant. L’avant-veille, il avait conduit sa femme -au cimetière. Il ne pouvait s’expliquer le mal qui l’avait enlevée. -Elle était devenue mélancolique. Elle s’affaiblissait de jour en jour -et ne se nourrissait plus: il lui fut bientôt impossible de se lever; -elle avait enfin succombé à cet état de langueur. - - - - -CHAPITRE IV - - _Richelieu sous la Régence.--Mort de sa femme qui le laisse tout - consolé.--Premier conflit de Richelieu avec le duc d’Orléans: duel - manqué.--Duel autrement sérieux avec Gacé.--Les deux adversaires à la - Bastille: cinq mois de détention.--Amours princières de Richelieu: - les escapades d’une arrière-petite-fille du Grand Condé.--Colère du - duc de Bourbon.--Richelieu chansonné._ - - -La mort de Louis XIV affranchit en quelque sorte Richelieu de la -contrainte qu’il s’était imposée depuis plus de trois ans. La régence -de ce duc d’Orléans, qui était un si bon prince, lui ouvrait la riante -perspective d’une liberté sans limites. Puis, un an après, le 11 -novembre 1716--un bonheur n’arrive jamais seul--la nouvelle duchesse -de Richelieu partait pour un monde meilleur. Le duc avait continué -d’ailleurs à l’ignorer; mais, elle avait si bien pris son parti de -cette indifférence, qu’elle s’en était consolée avec l’écuyer de son -mari. Des lettres anonymes prévinrent charitablement Richelieu de -l’incident. Il en fut tout d’abord mortifié. Être sganarellisé par qui? -Par l’homme qui surveillait son écurie et ses chevaux! Pouah! Puis il -trouva plus sage d’en rire: «Je m’étonnais aussi, murmura-t-il, que la -femme d’un Richelieu pût lui rester fidèle!» Au reste, il n’en douta -plus, le jour, où, sans prévenir qui que ce fût, il pénétrait à pas -de loup dans la chambre à coucher de la duchesse. La jeune femme et -l’écuyer étaient assis sur une chaise longue dans une attitude qui -autorisait les pires suppositions. Or, Richelieu n’avait été, ni vu, -ni entendu. Il se rejeta vivement en arrière; et, pour laisser au -couple le temps de se remettre, il cria très fort de l’antichambre: - ---«Il n’y a donc pas un valet ici pour m’annoncer.» - -Puis il entra posément, et plus posément encore: - ---«Je vous conseille, ma chère, de chasser tous vos gens; car, en -vérité, ils font bien mal leur service.» - -Enfin, avant de quitter la place, se tournant vers l’écuyer: - ---«Madame la duchesse aime la solitude. Vous m’obligerez, tant que cela -ne la gênera pas, en la partageant avec elle.» - -L’anecdote est-elle vraie[56]? Et n’a-t-elle pas été attribuée déjà à -d’autres grands seigneurs? En tout cas, elle est bien XVIIIe siècle. -Et si nous l’avons rapportée, c’est qu’elle nous semble avoir inspiré -nombre de nouvelles, de contes et même de comédies qui ont fait fortune. - - [56] Cependant, Richelieu se plaisait à la conter, sur ses - vieux jours, avec des variantes, comme nous l’apprend le duc - de Lévis dans ses _Souvenirs et Portraits_ (1815, pp. 21 - et suiv.). «Songez, Madame, lui dit-il plus tard, à votre - embarras, si tout autre que moi fût entré chez vous.» - -Peut-être admettra-t-on difficilement cette mansuétude toute -philosophique chez un homme, qui, pour se piquer de n’avoir point de -préjugés, n’en était pas moins susceptible à l’excès, très fier et -intraitable sur le chapitre de ses prérogatives. Aussi, sans être -friand de la lame, dégaînait-il volontiers, s’il se jugeait tant soit -peu offensé. - -En décembre 1715, à Chantilly, chez le duc de Bourbon qui l’invite à -ses tirés, il se prend de querelle avec le chevalier de Bavière et tous -deux décident d’aller vider leur différend au bois de Boulogne. Or le -Régent y donnait précisément une chasse en l’honneur des dames de la -Cour. Aussitôt, il fait arrêter les deux duellistes par des officiers -de garde qui les mettent en lieu sûr, puis, les conduisent, sur son -ordre, au Palais Royal. Là, le duc d’Orléans les réprimande et leur -déclare que si, d’ici dix ans, ils ont ensemble le moindre démêlé, il -regardera cette nouvelle affaire comme une suite de celle-ci. Il leur -demande leur parole et les congédie sur cette menace mi-sérieuse et -mi-plaisante: - ---«Ne m’y _manquez_ pas; car si vous me _manquiez_, je ne vous -_manquerais_ pas[57].» - - [57] DANGEAU: _Journal_, t. XVI, pp. 252-253.--DUCLOS: - _Mémoires_, 1864, t. I, p. 216. - -A deux mois de là, le duc d’Orléans ne _manquait_ pas le duc de -Richelieu pour un autre duel, qui ne fut pas _manqué_ celui-là et qui -faillit entraîner les conséquences les plus graves. - -Des propos ignominieux avaient couru sur le compte de Mme de Gacé, -qui aurait joué, disait-on, un rôle des plus actifs dans des fêtes -nocturnes rappelant les orgies d’Héliogabale. Ces infamies, faussement -attribuées à Richelieu[58], étaient parvenues jusqu’aux oreilles du -mari, qui, pour se venger, était allé, à moitié ivre, fredonner sous -le nez du prétendu calomniateur, au bal de l’Opéra[59], un couplet -satirique lancé contre lui par le poète Roy. Le duc, furieux, provoque -Gacé en duel et tous deux vont se battre rue Saint-Thomas-du-Louvre. -Richelieu reçoit un coup d’épée qui lui traverse le corps. Gacé, -légèrement blessé, rentre tranquillement au bal. - - [58] D’après les _Mémoires historiques et authentiques sur la - Bastille_ (de Carra), Richelieu aurait révélé les détails d’une - orgie nocturne, où Mme de Gacé (plus tard Mme de Matignon) - serait devenue le jouet de tous les convives et même des - laquais. - - [59] Si Richelieu ne fut pas le fondateur des bals de l’Opéra, - il contribua, de tout son pouvoir, à leur organisation et à - leur prospérité. - -Le lendemain, 18 février 1716, le procureur général prescrit une -information; et le Parlement ordonne aux deux duellistes d’aller se -constituer prisonniers, «pour quinze jours», à la Conciergerie[60]. -Par esprit de solidarité, et surtout par un sentiment d’orgueil qu’on -retrouve de tout temps dans les paroles et dans les actes de ce corps -privilégié, les ducs et pairs protestent contre une procédure qui -vise un des leurs, bien qu’il ne soit pas encore reçu au Parlement. -Richelieu et Gacé n’en sont pas moins incarcérés, le 5 mars, à la -Bastille, sur une lettre de cachet signée par le duc d’Orléans. - - [60] DANGEAU: _Journal_, t. XVI, pp. 328 et suiv. - -Rien de tel qu’une prison commune pour réconcilier des adversaires. -Richelieu et Gacé s’y «font de grandes amitiés» et reçoivent ensemble -les nombreux visiteurs qui viennent leur apporter leurs compliments -de condoléances. Entre temps, le Parlement délègue auprès du Régent, -des conseillers chargés de connaître son opinion; et le duc d’Orléans -leur déclare très nettement qu’il entend se montrer plus rigide sur -le chapitre des duels que n’était le feu roi. Nous verrons plus tard -pourquoi ce prince, d’habitude si débonnaire, témoignait d’une telle -sévérité contre les détenus. - -Richelieu se défendait vigoureusement. Il avait récriminé, dès son -entrée à la Bastille, parce qu’on avait voulu lui enlever son épée, -arme qui restait toujours «en possession des pairs», même prisonniers -d’État. Bernaville le certifiait. Puis Richelieu avait présenté requête -au Régent pour ne pas être jugé au Parlement, d’autant que celui-ci -était en procès avec les pairs. - -Le conseiller Ferrand, qu’on donna pour commissaire aux inculpés, les -interrogea le 17 mars. Comme les témoins faisaient défaut, Richelieu -et Gacé affirmèrent énergiquement qu’ils n’étaient pas allés sur le -terrain. Aussitôt on commit des chirurgiens pour les visiter. Le jeune -duc, de qui la grave blessure s’était rapidement cicatrisée, l’avait -cependant recouverte d’un taffetas auquel l’ingéniosité d’un peintre -(c’est du moins la version de Soulavie) avait donné la couleur de la -chair. Le subterfuge n’en fut pas moins découvert. - -Mais le Régent avait à cœur que l’affaire suivît son cours. Aussi, le -13 juin, le roi enjoignait-il par écrit aux pairs et aux princes du -sang d’assister au jugement. Ceux-ci s’abstinrent d’y paraître, sous -prétexte que la suscription de leur lettre de convocation constituait -un manquement des plus graves aux lois sacrées de l’étiquette. Le 19, -le jugement concluait à «un plus ample informé» et les intéressés -durent rester encore deux mois à la Bastille. Le 21 août, nouveau -jugement et même sentence: seulement les prisonniers furent mis en -liberté. Enfin le 1er décembre, «ils furent renvoyés absous de leur -prétendu combat. M. le comte de Toulouse (bâtard légitimé de Louis XIV) -était à ce jugement: il était le seul de prince[61]». - - [61] DANGEAU: _Journal_, t. XVI, _passim_.--_La Gazette de la - Régence_ (édition de Barthélemy, 1887) vitupère le Parlement - «qui s’introduit à la Bastille pour des affaires où il ne - mettait pas autrefois le nez». - -Richelieu et Gacé n’en avaient pas moins passé cinq mois à la Bastille. - -A vrai dire, l’imprudence et l’impudence du petit duc avaient soulevé -contre lui bien des colères. Recherché par les plus grandes dames de la -Cour, cet adolescent, qui n’avait pas vingt ans, était encore parvenu -à faire tourner la tête à des princesses du sang, dont les attaches -familiales auraient dû cependant lui donner à réfléchir. - -La première qui s’éprit follement de Richelieu, Mlle de Charolais, -était sœur d’un arrière-petit-fils du grand Condé, le duc de Bourbon. -Ce prince, qu’avait éborgné à la chasse le duc de Berry, petit-fils -de Louis XIV, était un assez pauvre homme; et sa laideur morale ne -déparait pas sa laideur physique: il était dur, violent, brutal, -sans honneur et sans scrupules. La liaison de sa sœur avec Richelieu -n’avait pu lui échapper. La duchesse douairière de Bourbon qui l’avait -surprise, ne parvenait pas, bien qu’elle surveillât et même maltraitât -sa fille, à l’empêcher de recevoir chez elle son amant[62]. Richelieu -entrait par les fenêtres. C’étaient alors de secrets entretiens dans -la chambre d’une femme de service, ou dans les jardins de l’hôtel de -Condé, les nuits où la lune n’en trahissait pas les mystères. C’étaient -encore des escapades à travers les rues de Paris: rendez-vous était -pris devant l’église des Cordeliers; et le couple amoureux vagabondait -par la Ville, sous des habits d’artisan, exposé parfois aux pires -rencontres, et venant s’échouer, après quelles péripéties, dans le -bureau d’un commissaire, où Richelieu devait se nommer et se répandre -en menaces pour éviter à sa compagne le plus humiliant des scandales. - - [62] «D’autant plus sévère qu’elle était coquette et jalouse de - sa fille.» (_Anecdotes de Rulhière_, édition E. Asse, p. 2.) - -Après une nuit si tourmentée, qui rappelle quelque peu celle du _Domino -noir_, Mlle de Charolais avait bien juré de ne plus courir pareille -aventure. Et son amant abondait très volontiers dans son sens; car il -se voyait ainsi débarrassé de l’inquiète surveillance d’une maîtresse -ombrageuse, très hautaine et très fière, même au milieu des plus -tendres épanchements. Il est vrai que l’indifférence de Richelieu avait -fini par avoir raison des fureurs jalouses de la princesse. - -Par contre, le galant se montrait moins rassuré quand il se trouvait en -présence du frère. Cependant, peu de jours avant son duel avec Gacé, -au cours d’une «débauche» chez le duc de Bourbon, il avait osé chanter -le couplet lancé par la duchesse douairière[63] contre feu son mari -«Gendre d’une Samaritaine, etc...» Les roués se pâmaient devant ces -cyniques impertinences. Mais celle-ci ne fut pas du goût du petit-fils -de Condé. Aussi, le lendemain, quand Richelieu revint lui faire sa -cour, le duc de Bourbon lui rendit-il «très froidement des honneurs -extraordinaires». Et, comme son hôte s’étonnait d’un tel contraste: - ---«On traite ainsi, lui dit le prince du sang, ceux qu’on ne veut plus -jamais voir[64].» - - [63] Louise-Françoise de Bourbon, veuve de Louis de Bourbon, - était fille légitimée de Louis XIV et de Mme de Montespan. - - [64] _Gazette de la Régence_ (édition de Barthélemy, 1887), p. - 72. - -Richelieu ne se fit pas répéter deux fois cette invitation à -promptement déguerpir. Le juste ressentiment du prince s’aggravait -encore de la rancune tenace qu’avait amassée en ce cœur orgueilleux -l’indignité de la liaison notoire d’un petit gentilhomme avec Mlle de -Charolais. - -C’est vraisemblablement à cet incident... désagréable qu’il faut -attribuer ce couplet contre Richelieu--car lui aussi était chansonné: - - Chanson (1716). Sur l’air: _Marotte fait bien la fière_. - - Richelieu fait bien le fier - Pour les deux pages qu’il a; - Il s’imagine - Qu’avec sa mine - Tous ses affronts on oubliera. - Richelieu fait bien le fier - Pour les deux pages qu’il a[65]. - - [65] Chansonnier MAUREPAS (édit. Gay, 6 vol.), t. III, p. 185. - - Parmi les jeux d’esprit qui couraient, chaque année, soit - à Paris, soit à Versailles, sur les courtisans, tels que - _Logement des Seigneurs et Dames de la Cour_, nous trouvons, - dans ceux de février 1716, cet article se recommandant de - la même allusion «Le duc de Richelieu au Page du roi, rue - Saint-Bon». - - Et dans les _Diversités et les qualités des Vins de la Cour_ - (1718): «du duc de Richelieu: _Vin du Commun_ (est-ce une - allusion à Mme Michelin?). _Mélanges historiques, politiques et - satiriques_ (de Boisjourdain), 1807, 3 v. in-8º, t. I, pp. 281 - et 297. - -Mais l’amour aveugle de Mlle de Charolais, résistant déjà aux -objurgations et aux menaces familiales, dédaignait les sarcasmes -de l’opinion publique qui enveloppait dans la même réprobation la -maîtresse et l’amant. - -Une autre chanson, pareillement datée de 1716, était plus explicite -encore: - - Que dira-t-on de Charolois - Et de son humeur sombre? - Qu’elle est entêtée d’un minois - Haï de tout le monde, - Aussi fier qu’il est poltron, - La faridondaine, la faridondon. - Aussi chacun le traite ici - A la façon de barbari - Mon ami[66]. - - [66] Chansonnier MAUREPAS (édit. Gay, 6 vol.), t. III, p. 184. - -L’incarcération de Richelieu avait, en effet, exaspéré les ardeurs -passionnées de la princesse et développé chez elle des sentiments -qui, si la légende dit vrai, n’auraient pas manqué d’une certaine -grandeur. Bravant le courroux maternel, dont le moindre effet eût été -de la reléguer au fond d’un couvent, Mlle de Charolais, accompagnée de -sa sœur, la princesse de Conti, n’aurait pas craint de pénétrer dans -l’intérieur de la Bastille, pour aller consoler Richelieu. Mais le -récit de cette visite se corse de détails tellement romanesques que -l’Histoire hésite à le tenir pour vrai. - - - - -CHAPITRE V - - _Visées amoureuses de Richelieu.--Mlle de Valois, fille du Régent.--A - la table de jeu.--Travestissements de Richelieu pour pénétrer chez - Mlle de Valois.--La porte secrète et l’armoire aux confitures.--Ce - que pense la grand-mère, duchesse douairière d’Orléans, de la - «coqueluche» de la Cour.--Une aventure galante de Richelieu.--Le - «petit crapaud»._ - - -Les ambitions amoureuses de Richelieu visaient plus haut encore que -la maison de Condé: elles aspiraient à la conquête d’une petite-nièce -du feu roi. Mais l’entreprise devait coûter autrement cher à ce génie -aventureux que la possession de Mlle de Charolais. - -Richelieu avait, de longue date, jeté ses vues sur le cœur de Mlle de -Valois, une des filles du Régent. Il en avait commencé le siège, alors -qu’il était dans les meilleurs termes avec la sœur du duc de Bourbon. -Et il semble que, depuis, il ait pris à tâche de mettre en concurrence -les deux rivales et trouvé un malin plaisir à surexciter leur haine -réciproque. - -Mlle de Charolais, un peu plus âgée que son amant, était une des -merveilles de la Cour. Ses yeux étaient si beaux, dit un contemporain, -qu’ils perçaient sous le masque[67]. Elle était d’humeur galante et -d’esprit caustique. Richelieu n’était pas son premier vainqueur. - - [67] _Mémoires de Besenval_ (1805, t. I, p. 105), d’après Mme - de Ségur, amie et contemporaine des deux princesses. - -Mlle de Valois, au moment où celui-ci l’entoura d’attentions -discrètes, quoique continues, avait six ans de moins que Mlle de -Charolais, mais elle n’en avait ni l’éclat, ni la verve. A cette -époque, la duchesse douairière d’Orléans, veuve de Monsieur, frère de -Louis XIV, traçait de Mlle de Valois, sa petite-fille, un portrait -assez piquant, dans une de ces lettres, dont la lourdeur et la -grossièreté, le parti-pris et le dénigrement systématiques gâtent trop -souvent les tableaux pittoresques et la curieuse documentation: - - «Lorsqu’elle était encore toute jeune, écrit de sa petite-fille - la Palatine (on donne encore ce nom à cette princesse d’origine - bavaroise), j’avais l’espoir qu’elle serait fort belle; mais j’ai été - bien déçue: il lui est venu un grand nez aquilin qui a tout gâté: - elle avait auparavant le plus joli petit nez du monde[68].» - - [68] _Correspondance de la duchesse d’Orléans_ (édition - Brunet), t. I, p. 173. Mardi 18 juillet 1715.--Trois ans après - (lettre du 6 octobre 1718), ce même portrait tourne à la - caricature: - - «Mlle de Valois est brune, elle a de fort beaux yeux, mais son - nez est vilain et trop gros... Selon moi, elle n’est pas belle; - il y a pourtant des jours où elle n’est pas laide, car elle - a de belles couleurs et une belle peau; lorsqu’elle rit, une - grande dent qu’elle a à la mâchoire d’en haut fait un vilain - effet. Sa taille est courte et laide; sa tête enfoncée dans les - épaules; et ce qu’elle a de pire, à mon avis, c’est la mauvaise - grâce qu’elle met en tout ce qu’elle fait; elle va comme une - femme de 80 ans.» - - Peu indulgente, cette grand’mère qui, elle, était un miracle - de laideur!--Il est vrai que, le 17 mars 1717, elle écrivait: - «Mlle de Valois ne se soucie pas de moi et ne peut me - souffrir», et le 31 mars 1718: «Elle est fausse, menteuse et - horriblement coquette.» - -Des physiologistes, que nous croyons surtout des fantaisistes, ont -prétendu que les gens affligés d’un développement nasal excessif -étaient de complexion amoureuse non moins prononcée. - -L’exemple de Mlle de Valois semblerait cependant justifier cette -assertion. La liaison de la fille du Régent avec Richelieu, liaison qui -devait être encore plus mouvementée que celle de Mlle de Charolais, -débuta par un de ces jeux entre voisins, dont le dessous d’une table -dissimule d’ordinaire les pratiques innocentes. Pendant des parties -de _bassette_ ou de _hocca_, les pieds de Richelieu cherchaient et -interrogeaient ceux de Mlle de Valois qui leur répondaient par une -pression des plus douces. Mais, un beau soir, les pieds de Mlle de -Charolais intervinrent à leur tour dans cette muette conversation. Et -ce fut le commencement des hostilités qui éclatèrent bientôt entre les -deux princesses, jalouses l’une de l’autre et convaincues, chacune, de -la trahison de leur adorateur. - -Si Mlle de Charolais, malgré son humeur indépendante, était tenue de -près par une mère que sa coquetterie rendait dure et méfiante, Mlle -de Valois était plutôt abandonnée à elle-même par la sienne, fille -légitimée, elle aussi, du Grand Roi. La duchesse d’Orléans (et sa -belle-mère le lui reproche assez dans sa Correspondance) était une -nature essentiellement indolente; elle ne s’occupa jamais de ses six -filles; la pleine satisfaction de son incommensurable orgueil était son -unique souci. Mlle de Valois avait pour gouvernante, une demoiselle -Desroches, que Besenval appelle un «Argus suranné», et qui, en effet, -n’y voyait plus clair. Richelieu profita d’une surveillance aussi -défectueuse pour entretenir des intelligences dans la place et pour y -pénétrer sous les travestissements les plus divers. Faublas n’a jamais -été qu’un très pâle copiste de ce Protée de l’amour. En attendant -l’heure du berger, Richelieu faisait sa cour, déguisé tantôt en -«esclave», tantôt en «courtaud de boutique», tantôt encore en «galérien -demandant son pain». Guettant la princesse sur l’escalier du Palais -Royal, il s’approchait d’elle, quand elle sortait pour la promenade, et -lui remettait un placet qui n’était qu’une déclaration d’amour. Elle -avoua, depuis, qu’elle ressentit alors une «agitation extraordinaire», -malgré «l’insolence» du procédé[69]. - - [69] RULHIÈRE: _Anecdotes sur le Maréchal de Richelieu_ - (édition Asse), 1890.--BESENVAL: _Mémoires_ (édition Baudouin, - 1821, 2 vol.), t. I, pp. 106 et suiv. - -Ce fut ainsi que Richelieu, travesti, paraît-il, en soubrette, finit -par arriver jusqu’à la chambre de Mlle de Valois, qui le reconnut sous -son costume d’emprunt. La Desroches fut complètement dupe de manœuvres -que Richelieu devait pousser à la dernière perfection. Il usa, en -effet, d’un stratagème qu’il renouvellera, trente ans plus tard, dans -des conjonctures semblables, mais moins discutables que celles-ci. Il -loua une maison, dont le mur était contigu à l’appartement de Mlle -de Valois, et fut secrètement percé, pour établir une communication -entre les deux immeubles, par une porte que masquait une «armoire à -confitures». Mlle de Charolais pressentait l’infidélité de son amant; -mais celui-ci alla au-devant de ses reproches; il lui conta franchement -l’histoire de la cachette, espérant, disait-il, se concilier les -bonnes grâces du père par l’intermédiaire de la fille; et c’était en -tout bien tout honneur; car il ne pouvait profiter des faveurs de la -princesse, étant, hélas! «un blessé de l’amour». Mlle de Charolais -crut ou feignit de croire à l’infortune de Richelieu; mais elle voulut -s’assurer, par ses propres yeux, de la complicité de sa rivale: elle -alla se poster dans une maison dont les fenêtres faisaient face à celle -qu’avait louée Richelieu; et, de là, elle put voir jouer la porte et -l’armoire aux confitures[70]. - - [70] Besenval affirme dans ses _Mémoires_ (édition Baudouin, - t. I, p. 107), que Mme de Ségur, mère du ministre, lui a - communiqué tous ces détails, comme les tenant des princesses - elles-mêmes. - -Mais, ou le duc était bien naïf--ce qui n’est guère vraisemblable--ou -il en donnait à garder à sa maîtresse, quand il prétendait ne faire la -cour à Mlle de Valois que pour conquérir les faveurs du Régent; car -il ne devait pas ignorer de quelle animosité le poursuivait le duc -d’Orléans. Celui-ci avisant, à un bal de l’Opéra, en conversation très -animée avec sa fille, un masque, sous un domino qui ressemblait, à s’y -méprendre, à celui de Richelieu: - ---«Masque, lui dit-il, d’une voix irritée, veillez sur vous, si vous ne -voulez aller une troisième fois à la Bastille.» - -Le domino enlève son loup; et le Régent reconnaît... Monconseil, un ami -de Richelieu et de Mlle de Valois. - ---«N’importe, fait le duc d’Orléans, répétez à M. de Richelieu ce que -je viens de vous dire.» - -La liaison, d’abord _platonique_[71], puis très réelle, de sa -fille avec cet infatigable coureur de ruelles, était devenue la -fable publique, bien que la Palatine n’en soufflât mot dans cette -Correspondance où elle n’a garde, cependant, d’oublier les cancans de -Cour. L’ignorait-elle? Ou bien ne voulut-elle la connaître, ou plutôt -la reconnaître, qu’au lendemain de la conspiration de Cellamare? En -tout cas, jusqu’à la découverte du complot, si elle parle de Richelieu, -elle n’en dit aucun mal. Et même elle semble plutôt s’amuser des -prouesses amoureuses de celui qu’elle traînera un jour dans la boue. -Lisez plutôt ce récit, lestement troussé, d’une aventure galante, -qu’elle date du 11 juin 1717: - - «Deux jeunes duchesses ne pouvaient voir d’assez près leurs amants; - et elles se sont avisées d’un tour original. Ce sont deux sœurs; et - elles ont été élevées dans un couvent à quelques lieues de Paris. - Une religieuse vint à mourir dans ce couvent; les dames prétendirent - qu’elles étaient très affligées et qu’elles avaient eu beaucoup - d’attachement pour la défunte; elles demandèrent la permission de lui - rendre les derniers honneurs et d’assister à ses funérailles, ce qui - leur fut accordé avec de grands éloges pour leur bon naturel. - - «Lorsqu’elles vinrent au couvent, il se trouva pour la cérémonie - funèbre deux prêtres étrangers que personne ne connaissait. On - leur demanda qui ils étaient; ils répondirent qu’ils étaient de - pauvres ecclésiastiques qui avaient besoin de protection; et - comme ils savaient que deux duchesses devaient venir à l’occasion - de l’enterrement, ils s’étaient rendus afin de solliciter leur - patronage. Les duchesses dirent qu’elles voulaient les interroger et - qu’ils pouvaient, après la cérémonie, venir les trouver dans leur - chambre. Les jeunes prêtres s’y rendirent et ils restèrent avec les - dames jusqu’au soir. L’Abbesse trouva l’audience trop longue, et - fit dire aux jeunes prêtres de s’en aller; l’un résista et se mit - en colère, l’autre ne fit qu’en rire. Ce dernier était le duc de - Richelieu, l’autre le chevalier de Guéménée, fils cadet du duc de ce - nom. Ce sont les cavaliers qui ont eux-mêmes raconté l’aventure[72].» - - [71] La mosaïque, publiée par M. de Lescure, sous le titre - de _Nouveaux Mémoires de Richelieu_, donne ce caractère à la - liaison de Mlle de Valois; mais M. E. de Barthélemy déclare - dans les _Filles du Régent_ (1874, t. II, p. 396) qu’il lui - est passé sous les yeux une lettre témoignant de la passion, - satisfaite, de Mlle de Valois pour Richelieu. Ici, c’est la - duchesse de Modène qui trahit la fille du Régent. Dans une - correspondance, dont Richelieu était destinataire et qui porte, - de sa main, cette désignation: _Lettres de Mme la duchesse de - Modène pendant son séjour à Paris_, l’une d’elles est déjà très - significative. La princesse écrivait à Richelieu, en sortant - d’un bal, où il s’était entretenu avec elle, pendant que sa - femme ne le quittait pas des yeux: «Qu’elle est heureuse de - pouvoir vous aimer sans crime!» L’autre lettre, dont la lecture - ne laissait aucun doute à M. de Barthélemy sur la nature des - relations de Mlle de Valois avec Richelieu, appartenait, comme - la précédente, à une collection d’autographes mis en vente - par la maison Charavay; et l’auteur des _Filles du Régent_ - «regrettait de n’avoir pas le droit de reproduire» cette preuve - de l’amour, très peu innocent, de la princesse pour Richelieu. - - [72] _Correspondance complète de Madame, duchesse d’Orléans_ - (édition Brunet), t. I, page 300. - -Ce dernier trait caractérise à souhait l’_adolescent_ vaniteux et fat -qui ne se faisait aucun scrupule de révéler ses bonnes fortunes, ni -d’en nommer les dispensatrices. L’_homme_, d’ailleurs, ne sera pas plus -discret. - -C’est seulement deux ans après cette équipée--la genèse peut-être des -_Mousquetaires au Couvent_--que la Palatine commence à s’inquiéter et -même à s’irriter des allures de Richelieu. Il est vrai que le Régent -vient de découvrir, parmi les complices de Cellamare, ce jeune seigneur -qu’on avait cru jusqu’alors uniquement occupé de conquêtes de boudoir. -Il est arrêté et, pour la troisième fois, enfermé à la Bastille. Il -semble que la Palatine ait vent du scandale qui va éclater; mais, pour -le moment, dans ses virulentes récriminations contre Richelieu, elle ne -fait allusion qu’à la folle passion de Mlle de Charolais: - -«Ce duc fera verser beaucoup de larmes à Paris, car toutes les dames -sont amoureuses de lui; je ne comprends pas pourquoi, car c’est un -petit crapaud en qui je ne trouve rien d’agréable; il a encore moins -de courage; il est impertinent, infidèle, indiscret; il dit du mal -de toutes ses maîtresses; et cependant une princesse du sang royal -est tellement éprise de lui, que, lorsqu’il devint veuf, elle voulait -absolument l’épouser; sa grand-mère et son frère s’y sont formellement -opposés, et avec beaucoup de raison; car, indépendamment de la -mésalliance, elle aurait été toute sa vie très malheureuse[73].» - - [73] _Correspondance de la duchesse d’Orléans_ (éd. Brunet), t. - II, p. 83. Lettre du 30 mars 1719. - -La colère de la «grand’mère» (et cette fois, c’était la duchesse -douairière d’Orléans) allait prendre de tout autres proportions, le -jour où il devint impossible de dissimuler que Mlle de Valois menaçait -de suivre l’exemple de Mlle de Charolais. - - - - -CHAPITRE VI - - _La Conspiration de Cellamare.--Malgré ses dénégations, - Richelieu avait pactisé avec l’Espagne.--Son arrestation tardive - et mouvementée.--Il est enfermé pour la troisième fois à la - Bastille.--Rigueur, dans le début, de son incarcération.--Animosité - de la Palatine contre «le gnome».--Intervention des deux princesses - en faveur de Richelieu qui obtient de notables adoucissements.--Le - duo d’Iphigénie.--Véhémente indignation de la Palatine contre sa - petite-fille.--A quel prix celle-ci obtient la grâce et la liberté de - Richelieu.--La duchesse de Modène._ - - -La haine de la duchesse du Maine contre le Régent qui avait fait -casser, au détriment de son mari, le testament de Louis XIV; la rancune -de grands seigneurs éloignés du pouvoir; le calcul d’ambitieux, -s’efforçant d’y parvenir, avaient singulièrement servi les desseins, -dont le cardinal Alberoni, premier ministre du roi d’Espagne, avait -confié l’exécution au prince de Cellamare, ambassadeur de Philippe V en -France. - -Ce diplomate, s’aidant de ces diverses complicités, devait faire -arrêter le duc d’Orléans, au milieu d’une fête, l’envoyer dans une -forteresse, et lui substituer, comme Régent, le roi d’Espagne, -grand-oncle du jeune Louis XV. - -Plusieurs causes contribuèrent à l’avortement de ce complot: les -révélations du copiste Buvat, chargé par Cellamare de transcrire des -documents dont la teneur lui avait paru suspecte; la curiosité d’une -proxénète qui avait surpris certaines confidences échangées dans les -salons de sa maison close et les avait communiquées à l’abbé Dubois, -ministre du Régent; l’échec d’un coup de main dirigé contre le duc -d’Orléans; enfin l’arrestation du courrier porteur des dépêches de -l’ambassadeur d’Espagne et la saisie de lettres d’Alberoni qui ne -laissaient aucun doute sur les projets du Cardinal, ni sur l’identité -des conspirateurs. - -Ce fut en décembre 1718 que la conjuration fut découverte, et tout -aussitôt le prince de Cellamare, le duc et la duchesse du Maine, et -avec eux nombre de complices[74] de divers états, étaient arrêtés et -incarcérés. - - [74] On avait dressé une liste de 150 suspects (Général - PIÉPAPE: _La Duchesse du Maine_, 1910, p. 237). - -Le duc de Richelieu ne fut pas inquiété, pour le moment du moins. -Il avait participé, cependant, au complot; et nous ne serions pas -autrement surpris que sa culpabilité fût déjà connue. La Fillon, cette -entremetteuse, qui avait si bien renseigné Dubois, comptait, dans -sa clientèle, plusieurs roués de la Cour, et parmi eux, le duc de -Richelieu[75], à qui sa vantardise et sa réputation de brillant conteur -faisaient oublier maintes fois les notions de la plus élémentaire -prudence. - - [75] Soulavie, dans ses _Mémoires de Richelieu_, dit que son - héros avait conservé des anecdotes singulières de la maison - en question, «Anecdotes que les auteurs de sa _Vie privée_ ne - copieront point aussi impunément que celles des quatre premiers - volumes de la 1re édition de ces _Mémoires_».--Ces anecdotes - «singulières» ne paraissent pas avoir été jamais publiées. - -Le malin singe qu’était Dubois (et qui sait si, avant Buvat et avant la -Fillon, il ne tenait pas en main tous les fils de l’intrigue?) voulut -attendre sans doute que Richelieu, s’endormant dans une trompeuse -sécurité, lui livrât, en se livrant lui-même par d’imprudentes paroles, -des secrets jusqu’alors ignorés. - -Mais, pour être aussi étroitement surveillé, le jeune duc n’en avait -pas moins des intelligences dans le camp ennemi. Il commençait déjà à -mettre en pratique le système d’influences qui devait lui assurer par -la suite de si précieux avantages. Il faisait de la femme, qu’elle -fût sa maîtresse ou son amie, une alliée et une associée. Or, il s’en -trouvait une qui, vivant dans les meilleurs termes avec le Régent, -tenait Richelieu au courant des faits et gestes du prince. Ce fut ainsi -que l’ancien aide de camp de Villars put apprendre au Maréchal, dans -les derniers jours de 1718, qu’on devait l’arrêter le 31 décembre (dans -l’affolement de la première heure on voyait des conspirateurs partout). -Et Richelieu n’avait nullement tenté de se prévaloir de cet avis -confidentiel auprès du Maréchal; car Villars reconnaît qu’il reçut le -même avertissement d’un certain Pinsonneau, «homme de mérite, attaché, -pendant 30 ans, au secrétariat du ministère de la Guerre[76]». Le héros -de Denain en fut malade de saisissement. - - [76] _Mémoires du Maréchal de Villars_ (édit. Vogüé), t. IV, p. - 123. - -S’il avait été soupçonné à tort d’avoir voulu pactiser avec l’Espagne, -Richelieu, au contraire, allait être bientôt convaincu d’avoir devancé -les offres de trahison. - -«Vous serez le bienfaiteur de votre patrie, lui écrivait Alberoni.» - -Des lettres de ce même prélat à l’adresse de Richelieu avaient été -interceptées et remises à Dubois. Celui-ci en avait pris connaissance; -et le garde des sceaux d’Argenson les avait fait tenir, bien et dûment -recachetées, au destinataire, par un agent provocateur qui lui aurait -promis monts et merveilles au nom de Philippe V. - -Est-ce absolument exact[77]? En tout cas, Richelieu avait entamé des -pourparlers avec l’Espagne et consenti à soutenir ses revendications -contre le Régent, même au détriment de la France[78]. - - [77] Le marquis d’Argenson laisse entendre (_Mémoires_, t. - I, p. 23) que son père, le terrible garde des sceaux, avait, - suivant l’habitude constante de son administration, un agent, - peut-être un serviteur de Richelieu, en contact permanent - avec le duc.--Le mémorialiste ajoute que le garde des sceaux, - l’auteur de l’arrestation de Richelieu, avait les preuves - certaines de la culpabilité de son justiciable. - - «M. le duc d’Orléans, note Dangeau (_Journal_, t. XVIII, - 23-24), dit qu’il a quatre lettres de sa main, écrites au - Cardinal Alberoni, dont il y en a trois de signées. Il - demandait, pour récompense de ses services, qu’on lui promît de - le faire colonel du régiment des gardes.» - - [78] D’après LEMONTEY (_Histoire de la Régence_, t. I, pp - 232-233), on trouva la lettre d’Alberoni qui accréditait un de - ses agents, Marini, auprès de Richelieu; et on représenta à - celui-ci deux billets écrits de sa main à deux émissaires du - ministre espagnol, ainsi qu’une lettre adressée par Richelieu - au Maréchal de Berwick pour lui demander de laisser quelque - temps encore son régiment à Bayonne. «Vous aurez été sans doute - surpris d’apprendre, écrivait Dubois à Berwick le 1er avril, - par le courrier que M. Le Blanc a dû vous dépêcher hier, que - M. le duc de Richelieu devait livrer Bayonne aux Espagnols, et - qu’il a été mis à la Bastille où il n’a pu disconvenir de son - intelligence avec le cardinal Alberoni.» - -Pour quelle raison et dans quel but? La question n’a jamais été -suffisamment éclaircie. - -Il semble néanmoins qu’en cette occurrence, Richelieu ait obéi tout à -la fois aux suggestions d’un amour-propre profondément ulcéré et à des -considérations, autrement blâmables, d’intérêt personnel. - -Un manuscrit du temps[79] que nous avons découvert à la Bibliothèque -de la Ville de Paris, et dont l’auteur nous est inconnu, nous paraît -fournir une explication vraisemblable des motifs qui déterminèrent -Richelieu, étant donnée la mentalité, un peu trouble et complexe, de -ce héros de boudoir. Ce qui ne laisse pas d’être piquant, c’est que la -même version se retrouve, en partie, dans les _Anecdotes_ de Rulhière, -ce joli roman d’amour pervers, écrit longtemps après l’historiette -suivante, sous l’inspiration, sinon sous la dictée du principal -intéressé: - - «Les défenses menaçantes que le duc de Bourbon avait faites à Mlle - de Charolais, sa sœur, de voir le duc de Richelieu, non plus que les - affronts sanglants qu’il avait fait faire à Richelieu, même pour le - détourner de son amour pour sa sœur, bien loin de désunir ces deux - tendres cœurs, n’avaient fait que resserrer les doux liens qui les - enchaînaient. - - «On employa des moyens plus efficaces; on prit des mesures pour leur - ôter les occasions de se voir. La Princesse, ne pouvant renfermer - en soi la tristesse que lui causait la privation de son amant, - cherchait à se soulager par ses larmes. Le Duc, son frère, l’ayant - trouvée un jour fondant en pleurs, crut, non sans raison sans - doute, qu’elle était grosse et lui dit qu’on aurait soin d’envoyer - chercher une sage-femme pour l’accoucher[80]. Ces discours, joints - aux autres duretés qu’on lui témoignait, la portèrent à consentir à - la proposition que lui fit son amant de la faire enlever, pour la - conduire en Espagne où il méditait de se retirer. - - [79] Manuscrit 6691, _Mémoires pour servir à l’Histoire de - France_ ou _Recueil contenant plusieurs anecdotes de la Cour, - par le Marquis de ***_. - - [80] D’après le _Journal_, les _Mémoires_ et _Correspondance_ - de MARAIS (1863), t. I, pp. 340 et suiv., un dialogue du même - genre se serait établi, mais quinze mois après, entre Mlle de - Charolais et la Princesse, sa grand’mère; Mlle de Charolais: - Je suis grosse.--La Princesse: Eh bien, ma fille, il faut - accoucher. - - «Les choses ainsi arrangées du côté de l’amour, le duc de Richelieu - s’adressa au Cardinal Alberoni qui, pour lors, comme on sait, - régentait la Monarchie et la famille royale d’Espagne. Il lui offrit - de faire passer son régiment qui était sur les frontières, au service - du roi d’Espagne, et l’assura que Saillant, son ami, en ferait de - même, moyennant que son Éminence voulût envoyer de l’argent à ce - dernier, pour redresser ses affaires qui étaient fort dérangées.» - -En effet, Mlle de Charolais avait fait l’impossible, comme le racontait -la Palatine, pour épouser Richelieu; et celui-ci, indigné, suivant -Rulhière, des propos tenus sur «la disproportion» d’un tel mariage, -aurait offert à Cellamare de donner à l’Espagne Perpignan et le -régiment qu’il y commandait, si Philippe V le dotait d’une souveraineté -dans son royaume qui lui permît d’épouser... Mlle de Valois. - -Dans la pensée de Richelieu, la préférence qu’il accordait à la fille -du Régent sur la sœur du duc de Bourbon, devait mortifier cruellement -le duc d’Orléans que détestait Philippe V. Cellamare, enchanté, avait -accepté la proposition, mais le courrier qui avait emporté le projet -de traité, avait été arrêté et fouillé en cours de route. - -L’auteur des _Mémoires pour servir à l’Histoire de France_ attribue -la découverte de la correspondance secrète de Richelieu à des causes -autrement romanesques. - -Pendant que le duc, pour assurer le succès de l’enlèvement de Mlle -de Charolais, négociait avec l’Espagne, «il eut occasion de sentir -que Mme de Berry[81], fille du Régent, était plus aimable que Mlle -de Charolais. Il abandonna celle-ci pour se donner tout entier à la -première, qui reçut sa déclaration d’amour d’une manière à lui faire -comprendre qu’on n’en resterait pas aux paroles et qu’on ne désirait -que de la réalité. Mlle de Charolais, touchée au vif de la désertion -de son amant, publia le dessein qu’il avait formé à son occasion de -se jeter dans le parti espagnol. Le Régent en fut informé, et, soit -par tendresse pour sa fille qui aurait perdu en Richelieu un de ses -amusements, soit qu’il ne trouvât pas à propos de le laisser passer -au service de Philippe V, qu’il regardait peut-être comme le seul -capable de lui fermer le chemin du trône, il fit observer la conduite -de Richelieu. On intercepta des lettres d’Espagne[82] par lesquelles on -fut convaincu de ses projets qui furent bornés par la Bastille.» - - [81] L’auteur ou le copiste a commis évidemment un _lapsus_. - C’est Mlle de Valois qu’il faut lire; non pas que Richelieu - n’ait bénéficié des faveurs de la duchesse de Berry, cette - autre fille du Régent; mais ce dut être plus tard. _La Gazette - de la Régence_, d’E. de Barthélemy, dit cependant (p. 328) que - Richelieu «devra sans doute sa liberté à la Duchesse de Berry». - - [82] _Correspondance de Madame_ (édit. Jœglé, 1880), t. II, 30 - mars 1719, 7 heures du matin. - -La Bastille! - -Superstitieux comme beaucoup de libres-penseurs (et nous constaterons -qu’il fut toute sa vie l’un et l’autre), Richelieu était hanté de -cette idée qu’une troisième détention dans la prison d’État lui serait -fatale. Il l’avait dit à «la jeune duchesse d’Estrées[83]» et «à bien -d’autres». Aussi, quelle ne dut pas être sa terreur, quand, après -avoir été oublié près de trois mois, en son hôtel de la Place Royale, -il vit, autour de son lit, dans la matinée du 29 mars (il s’était -couché à 5 heures) toute une bande d’archers[84], que dirigeait M. de -Sourches, grand-prévôt de la maison du roi, chargé de le conduire à la -Bastille! Mais, grâce à sa présence d’esprit, Richelieu se ressaisit -aussitôt. Il avait sous son chevet, au dire du familier vendu à -d’Argenson, une lettre d’Alberoni qui eût suffi à le faire décapiter. -Il invoqua, en se levant, les exigences d’un besoin naturel, et, sous -prétexte d’y satisfaire pudiquement, il enleva avec prestesse le billet -compromettant, et l’avala avec non moins de subtilité[85]. - - [83] _Les correspondants de la Marquise de Balleroy_ (édit. E. - de Barthélemy, 1883), t. II, p. 43. - - [84] BUVAT: _Journal de la Régence_ (1865, 2 vol.), t. I, - p. 269.--_Les Mémoires du Marquis d’Argenson_, t. I, p. 23, - disent que les archers étaient au nombre de 20, commandés par - Duchevron, lieutenant de la prévôté.--DANGEAU, de même (XVIII, - 23). - - [85] _Mémoires du Marquis d’Argenson_, t. I, p. 23. - -L’opération policière avait été si vivement menée, qu’il était -incarcéré à la Bastille à dix heures du matin[86], pendant que son ami, -le marquis de Saillant, colonel de l’autre régiment de Bayonne, qu’il -entraînait dans sa disgrâce, était, à son tour, arrêté et conduit -pareillement à la Bastille. - - [86] BUVAT: _Journal de la Régence_ (édition Campardon), _loco - citato_. - -Richelieu fut, tout d’abord, «resserré dans un endroit où l’on met ceux -dont l’affaire est mauvaise», écrit un contemporain[87]: «la Calotte», -un cachot octogone, ne recevant le jour que par une étroite ouverture, -sentant le moisi, avec une chandelle fichée dans le mur, sans table, -ni chaises, une méchante paillasse pour lit, sous prétexte que la -forteresse regorgeait déjà de prisonniers; c’est du moins Soulavie qui -l’affirme de l’aveu du principal intéressé. - - [87] DE BARTHÉLEMY: _Gazette de la Régence_, p. 325. - -Villars, qui avait pris à cœur (cherchez la femme!) le sort de son -ancien aide de camp, note, en termes moins mélodramatiques, que -Richelieu avait été enfermé «dans une espèce de cachot[88]». - - [88] M{al} DE VILLARS: _Mémoires_, t. III, p. 133.--DANGEAU - dit: «Dans une petite chambre qui est au-dessus des cachots et - qui n’a de jour que par en haut (XVIII, 24).» - -Mais le détenu, à qui sa vanité coutumière avait rendu une certaine -assurance, affectait de se détacher de toutes ces contingences. -N’avait-il pas demandé, le premier jour, qu’on «lui envoyât les -violons[89]»? - - [89] DE BARTHÉLEMY: _Gazette de la Régence_, p. 327. - -Au reste, avisé, le 10 mars, par un billet de Mlle de Valois, de la -mauvaise tournure que prenait pour lui l’information judiciaire, il -avait brûlé, à son hôtel de la Place Royale, toutes les pièces qui -pouvaient trahir son entente avec l’Espagne[90]. - - [90] Général PIÉPAPE: _La duchesse du Maine_, 1910, p. 237. - -Mais il avait affaire à forte partie. D’Argenson, d’accord avec ses -deux compères Dubois et Le Blanc, secrétaire d’État au département de -la Guerre, avait avidement examiné les papiers saisis chez Richelieu, -toute une cassette de billets doux, paraît-il; et, le 4 avril, leur -destinataire se voyait obligé à comparaître pour la seconde fois, -devant le garde des sceaux, bien décidé à ne reculer devant aucune -manœuvre pour arracher des aveux au prévenu. On prétendit qu’au -troisième interrogatoire, il avait, de ses yeux effroyables, et de sa -voix, non moins atroce, désigné au jeune duc la place où Biron avait -été décapité. «M. de Richelieu avoue tout», écrit un correspondant de -la marquise de Balleroy, Caumartin de Boissy, que ses rapports d’amitié -et de famille avec les d’Argenson pouvaient autoriser à de telles -confidences[91]. - - [91] _Les Correspondants de Mme de Balleroy_, t. II, p. 43. - -Nous trouvons une version bien différente dans les _Mémoires_ de Mlle -de Launay, la femme de chambre de la duchesse du Maine, enfermée -elle-même à la Bastille comme un des agents les plus actifs de cette -conspiration qui était beaucoup plus celle de sa maîtresse que celle de -Cellamare: - - «Malgré les traitements les plus durs, rapportent ces _Mémoires_, - malgré les interrogatoires longs et fréquents que subit M. de - Richelieu et toutes les adresses qu’on employa pour le surprendre, - jusqu’à des lettres contrefaites d’une princesse qui s’intéressait à - lui, on ne put se rendre maître de son secret[92].» - - [92] _Mémoires de Mme de Staal_ (_Mlle de Launay_) édition - Lescure, t. I, p. 227. - -Du reste, la nouvelle de son arrestation, le récit, plus ou moins -exact, de son séjour à la Bastille, avaient singulièrement ému -l’opinion publique, satisfait sans doute de nombreuses rancunes, mais -aussi attristé bien des cœurs et fait pleurer bien des beaux yeux. - -Villars en éprouva une profonde affliction; et, quoique, dans ses -_Mémoires_, il ne ménage pas les critiques au roué impénitent, on sent -qu’il ne peut se défendre d’une vive sympathie pour l’adolescent qui -avait fait ses premières armes sous ses ordres. - - «Fort coquet, peu fidèle, on n’a pas vu de jeunes hommes faire plus - de conquêtes et de plus distinguées...» - -Il remarque que Richelieu «jouait très gros jeu»; et il se demande, -avec une pointe de malice, comment, au milieu d’occupations si variées -et si encombrantes, ce parfait courtisan avait trouvé le temps de -conspirer. Il constate, lui aussi, la présence d’esprit du prisonnier -qui ne se laisse pas embarrasser par les questions du garde des -sceaux[93]. - - [93] _Mémoires de Villars_, t. III, p. 133. - -En revanche, la Palatine éclate en reproches, en invectives, en -malédictions contre l’homme qu’elle hait le plus au monde. Il semble -que la défection de Richelieu l’ait stupéfiée. Comment, dit-elle, ce -fourbe est encore venu, le 28 mars, chez le marquis de Biron, grand -ami du Régent, protester de son dévouement pour mon fils et de son -ardent désir de regagner son régiment, pendant qu’il échangeait avec -Alberoni les lettres les plus abominables[94]. Ce n’est qu’un «cerveau -brûlé». Il n’est pas, d’ailleurs, de termes injurieux dont elle ne -l’accable. Et même elle en imagine un absolument inattendu et qu’elle -répète fréquemment: elle l’appelle «le gnome», car «il ressemble à un -lutin». De tout temps, et surtout chez les femmes, le cerveau allemand, -si épais qu’il soit, se montra volontiers accessible au romantisme -nébuleux du monde fantastique. - - [94] _Correspondance de Madame, duchesse d’Orléans_ (édition - Jœglé, 1880), t. II, 30 mars 1719. - -Une lettre de la Palatine du 31 mars concilie assez bien les opinions -contradictoires émises par des témoignages contemporains sur l’attitude -du prisonnier devant les magistrats enquêteurs: «Aussitôt qu’on a -montré au duc de Richelieu sa lettre à Alberoni, il a _avoué_ tout ce -qui le regarde personnellement, mais il _n’a rien dit_ au sujet de ses -complices[95].» - - [95] _Correspondance de Madame_ (édit. Brunet), 1863, t. II, - p. 83. - -La lettre du 17 avril expose l’ensemble des griefs, justifiés ou non, -de cette ennemie implacable. - - «Le duc de Richelieu est un archi-débauché et un poltron. Il ne croit - ni en Dieu, ni en sa parole; de sa vie il n’a rien fait et ne fera - jamais rien qui vaille; il est ambitieux et faux comme le diable... - Je ne le trouve pas aussi bien que toutes les dames qui sont folles - de lui. Il a une fort jolie taille et de beaux cheveux, le visage - ovale et des yeux très brillants; mais tout, dans sa figure, indique - le drôle; il est gracieux et ne manque pas d’esprit, mais il est - d’une insolence rare, c’est le pire des enfants gâtés. La première - fois qu’il fut mis à la Bastille, ce fut pour avoir dit qu’il avait - été au mieux avec Mme la Dauphine[96], et avec toutes ses jeunes - dames, ce qui était le plus horrible des mensonges; la seconde fois, - ce fut parce qu’il fit lui-même savoir que le chevalier de Bavière - voulait se battre avec lui[97].» - - [96] _Ibid._, (édit. Jœglé), 1863, t. II, 27 avril 1719. - - [97] Voir page 29.--C’est vraisemblablement sur cet incident, - vrai ou faux, mais diversement conté par Dangeau, que se - greffa, à cette époque, la légende de la poltronnerie de - Richelieu. - -Mais Madame avait beau vitupérer la «folie» des nobles amies du détenu: -elles ne s’en montraient pas moins ardentes à défendre la cause de -Richelieu, et, faute de mieux, à lui adoucir les rigueurs de sa -captivité. Bien que le prisonnier affectât, par fanfaronnade, de ne -pas prendre au sérieux les menaces du Régent, de cet «ogre» qui, sous -le «masque de Barbe-Bleue», prétendait avoir entre les mains de quoi -faire couper quatre fois le cou au conspirateur, Mlles de Valois et -de Charolais, oubliant leurs griefs réciproques, se concertaient pour -sauver «une tête si chère». - -La légende veut que ces deux princesses[98] aient pu se faire ouvrir, -de nuit, les portes de la Bastille et pénétrer jusqu’à leur amant. -Elles apportaient avec elles des briquets et des bougies, de l’argent -et des bonbons; et tous trois, dans l’horreur de ce noir cachot, -préparaient les réponses que devait faire l’accusé aux interrogatoires -de Le Blanc et de d’Argenson. - - [98] _Les Mémoires de Maurepas_--une autre publication de - Soulavie--disent (t. II, p. 154) que Mlle de Valois était - enceinte des œuvres de Richelieu; n’ont-ils pas confondu avec - Mlle de Charolais? - -Cependant, au bout de quelques jours, sur l’insistance des princesses, -le garde des sceaux consentait à se relâcher de sa sévérité. Richelieu -fut transféré de sa tour, comme l’écrit Mlle de Launay, dans une -chambre moins incommode. - -Mais, «la proximité d’un homme si alerte obligea de prendre les plus -grandes précautions. Le lieutenant du roi (il était amoureux de la -mémorialiste) crut devoir mieux serrer les clefs qu’il avait accoutumé -de laisser à ma porte, devant laquelle les habitants du quartier -passaient pour aller à leur promenade. Quoiqu’ils fussent toujours -bien accompagnés, on ne voulait pas laisser sous les yeux cet objet de -scandale[99].» - - [99] _Mémoires de Mlle de Launay_, p. 227. - -Dès lors, Richelieu put se faire servir par un de ses valets de chambre -et se procurer des livres, un tric-trac et même une basse de viole (un -violoncelle)[100]; il était, nous l’avons vu, grand amateur de musique. - - [100] Journal de DANGEAU (t. XVIII, pp. 23-24), 3 avril. - -Il obtint, en outre, par l’intermédiaire de Le Blanc, la faveur d’aller -dîner avec certains de ses compagnons de captivité chez le gouverneur. -Mlle de Launay nous dit quelles étaient les autres distractions de cet -amoureux en cage: - - «En sortant de table, comme il faisait extrêmement chaud, nous nous - mîmes à la fenêtre. Le lieutenant me proposa de chanter: je commençai - une scène de l’opéra d’_Iphigénie_[101]; et le duc de Richelieu, - aussi à sa fenêtre, chanta ce qu’Oreste répond dans cette scène - convenable à notre situation. Maisonrouge (le lieutenant du roi) qui - pensa que cela m’amusait et qui peut-être voulait faire diversion, - me laissa achever toute la scène.» - - [101] _Iphigénie en Tauride_, opéra-tragédie, par Dupré et - Danchet, musique de Deschamps et Campra (1704). - -La surveillance, qui avait jusqu’alors étreint Richelieu, se relâchait -sensiblement. - -Le Régent lui-même fermait les yeux; et l’intéressant prisonnier se -promenait fréquemment sur le bastion «la perruque frisée, en habit -brodé ou en robe de chambre de soie rose floquetée de rubans blancs». -Et ce fut bientôt, par la rue Saint-Antoine jusqu’à la Bastille, la -promenade de la Cour, pour admirer ce joli petit seigneur, envoyant -sourires et baisers aux charmantes dames, qui se pressaient aux -fenêtres des maisons voisines ou à la portière de leurs carrosses, -«pour voir cette belle image», grogne la Palatine. - -Car si son fils commençait à désarmer, elle ne dérageait pas, tout en -écrivant l’histoire à sa façon. Elle ne voulait pas que le «gnome» -fût primitivement de la conspiration de Cellamare: «Il avait ourdi -une intrigue de son côté; il s’était mis dans la tête de se rendre un -personnage tellement considérable, qu’on ne pourrait lui refuser un -mariage très au-dessus de tout ce qu’il pouvait prétendre; lorsqu’il -a vu que cet espoir s’évanouissait, il s’est, par dépit, jeté dans un -complot[102].» - - [102] _Correspondance de Madame_ (édit. Brunet), t. II, p. 103, - 30 avril. - -Madame s’était faite ainsi l’écho d’un bruit de Cour, auquel Mlle de -Charolais s’efforçait de donner consistance, mais en innocentant à fond -Richelieu: «L’affaire de Bayonne ne saurait être vraie, disait-elle, -car le duc, qui n’a rien de caché pour moi, m’en eût parlé.» - -Cette Amazone qui eût, de grand cœur, dégaîné pour son chevalier, se -refusait à voir le Régent; et celui-ci, d’autre part, était querellé, -chaque jour, par sa fille, Mlle de Valois, impatiente de savoir -Richelieu en liberté. - -Jusqu’alors, Madame n’avait parlé de cette princesse qui lui tenait par -les liens du sang. Mais le scandale devenait maintenant trop public -pour qu’elle en dissimulât l’énormité à ses correspondants. C’est, le -12 mai, à Saint-Cloud qu’elle leur signale «l’horrible coquetterie» -de sa petite-fille avec cet «endiablé» duc de Richelieu, assez fat -pour laisser traîner les lettres que lui écrivit Mlle de Valois. Les -jeunes gens de la Cour les ont vues: on y lisait que la princesse «lui -donnait rendez-vous ici». La grand-mère n’a pas voulu se charger de sa -petite-fille, malgré le désir qu’en témoignait sa bru, «parce qu’on -ne la trompe qu’une fois». (Elle avait donc été déjà la dupe de Mlle -de Valois). Elle a «horreur de cette évaporée». Puis elle se retourne -contre son fils: «Ce duc impertinent et hardi se moque de tout. Il -fait le fier à cause de la bonté du Régent pour lui. Châtié comme il -le mérite, il mourrait sous les verges... Je ne suis pas cruelle de -ma nature; mais ce polisson-là, je le verrais pendre sans verser une -larme[103]!» Voilà bien la sensibilité allemande! - - [103] _Correspondance de Madame_ (édition Jœglé), t. II, 12 mai. - -Il semblait, en effet, qu’à mesure que les récriminations devenaient -plus vives de part et d’autre, le duc d’Orléans penchât davantage pour -l’indulgence. Dès les premiers jours, il avait laissé pressentir cette -volte-face: - ---«On en apprend plus qu’on n’en veut savoir», disait-il à Villars, -qui l’interrogeait sur la culpabilité de son protégé[104]. - - [104] _Mémoires de_ VILLARS, t. III, p. 133. - -Et Dubois, l’âme damnée du Régent, lui reprochait une clémence, qui -n’était, au fond, qu’un adroit marchandage. - -Ce père de famille, d’une insouciance notoire, trouvait cependant que -Mlle de Valois était d’un placement difficile. Il avait récemment -choisi pour gendre le prince de Piémont. Mais Madame «avait eu la -bêtise» de jouer à l’épistolière avec l’histoire de cette porte de -communication ouverte entre l’appartement de sa petite-fille et -la maison de Richelieu. Comme de juste, on en avait jasé et... le -mariage s’était rompu[105]. Mais voici qu’au lendemain de cet échec, -la découverte de la conspiration de Cellamare offrait au Régent une -occasion inespérée de se débarrasser enfin de sa fille. C’était cette -fois, au duc de Modène, peu ou prou renseigné, qu’il destinait ce -trésor. Et, sans plus tarder, il signifiait à Mlle de Valois qu’elle -eût à prendre cet époux, en échange de la grâce pleine et entière de -Richelieu[106]. Ce ne fut pas sans avoir protesté, pleuré, sangloté, -que cette «malheureuse amante», comme on disait alors, «sacrifia -l’Amour sur l’autel de l’Hyménée». Et Rulhière termine l’anecdote par -de menus faits d’observation, qui fixent, comme en un décor d’opéra, -les attitudes respectives des trois protagonistes de cette comédie -dramatique. - - [105] _Mémoires de_ BESENVAL, t. I, p. 111. - - [106] _Anecdotes sur le duc de Richelieu_, par RULHIÈRE - (édition Asse), p. 12. - -Le jour de la cérémonie officielle, affirme-t-il avec une désinvolture -qui n’a cure de la chronologie, Richelieu était libre[107]: ce fut -une double joie pour Mlle de Charolais, qui était là, triomphant du -désespoir de sa rivale; quant au duc, il avait voulu assister, lui -aussi, dans la chapelle des Tuileries, à cette solennité matrimoniale; -et il «lorgnait» impudemment Mlle de Charolais, comme s’il eût -voulu se consoler par avance «de la perte d’une conquête aussi -brillante[108]». - - [107] Nous avons retrouvé, à la Bibliothèque de l’Arsenal, dans - les _Archives de la Bastille_, l’ordre d’élargissement qui - rendait à Richelieu sa liberté (Dossier 10672): - - Monsieur de Launay, ayant bien voulu, de l’avis de mon oncle, - le duc d’Orléans, régent, permettre que mon cousin le duc - de Richelieu, lequel, en conséquence de mes ordres, est - actuellement détenu en mon château de la Bastille, en soit - élargy. Je vous envoie cette lettre pour vous dire que vous - ayiez à le laisser pour cet effet sortir de mondit château sans - délay ni difficulté. Et la présente n’étant pour autre fin, - je prie Dieu qu’il vous ayt, Monsieur de Launay, en sa sainte - garde. Écrit à Paris, le 30e d’août 1719. - - Louis, - - Le duc de Richelieu, - - Le Blanc. - - La vérité, telle qu’elle apparaît dans le récit de - l’historiographe Dangeau, est autant impressionnante, en sa - simplicité, que la scène théâtrale composée par Rulhière. - Les pourparlers officiels pour le mariage de Mlle de Valois - datent de la fin d’octobre 1719 et la bénédiction nuptiale ne - fut donnée aux Tuileries que le 12 février 1720; mais, dans - l’intervalle, le 6 novembre 1719, au cours d’une promenade à - cheval au Bois de Boulogne, Mlle de Valois, en sortant par la - porte Maillot, fut victime d’un accident mystérieux qui resta - inexpliqué. En ne se baissant pas assez sur l’encolure de son - cheval, elle se heurta si violemment à la tête qu’elle en fut - blessée; elle fut saignée le soir et on lui «rasa» une partie - des cheveux pour constater et panser la plaie qui n’offrait - d’ailleurs aucune gravité. Au lendemain du mariage, elle tomba - malade et ne se décida que tardivement à partir pour Modène: - encore le voyage fut-il très long, en raison de cet état de - santé: elle n’arrivait à destination que le 20 juin 1720 - (DANGEAU: _Journal_, t. XVIII, _passim_). - - En tout cas, si l’anecdote de Rulhière est exacte, elle ne doit - prendre date que du 12 février 1720. - - [108] _Anecdotes_ de RULHIÈRE (édit. Asse).--_Les Mémoires_ - de BESENVAL (t. I, p. 113) soulignent plus énergiquement le - cynisme de Richelieu, qui «révolta tout le monde, en joignant à - l’inconséquence d’assister à la cérémonie du mariage l’audace - de parler à l’oreille de Mlle de Charolais, en regardant Mlle - de Valois. Et toutes deux en conçurent contre lui une haine - qu’elles gardèrent jusqu’à leur mort.» Dans cette dernière - phrase, l’opinion de Besenval est complètement erronée, du - moins en ce qui concerne Mlle de Valois. - -Il reçut cependant de la nouvelle duchesse de Modène une autre -consolation, d’un prix inestimable, s’il faut en croire les -informations recueillies par Rulhière. Avant de partir pour l’Italie, -la jeune épousée disposa, en faveur de Richelieu, d’un bien qui aurait -dû appartenir uniquement à son mari. Et comme il faut qu’en notre pays -tout finisse par des chansons, deux couplets de _Momus fabuliste_, une -pièce du Théâtre Français, firent une allusion, à peine voilée, à cette -disgrâce conjugale[109]. - - [109] _Anecdotes_ de RULHIÈRE (édit. Asse).--MAUREPAS - (_Mémoires_, I, 152) affirme qu’elle «apporta à son mari - une étrange maladie qu’elle tenait de son amant».--_Momus - fabuliste_ ou les _Noces de Vulcain_, par _Fuzelier_, jouée en - 1719. - -De leur côté, les satiriques de Cour n’avaient pas attendu pour -railler, dans un facile jeu de mots, le médiocre mariage de Mlle de -Valois. Ils faisaient dire à la victime: - - J’épouse un des plus petits princes, - Maître de très petits États, - Quatre desquels ne vaudraient pas - Une de nos moindres provinces. - . . . . . . . . . . . . . . . . - . . . . . . . . . . . . . . . . - Nul jeu; finance très petite. - Quelle différence, grand Dieu, - Entre ce pauvre et triste lieu, - Et le _riche lieu_ que je quitte[110]! - - [110] _Mélanges historiques, politiques et satiriques_ (De - Boisjourdain), 1807. 3 vol. in-8º, t. I, p. 379.--_Mémoires_ - de MAUREPAS (1792, 4 vol.), t. IV, p. 77. Et cet ennemi - irréconciliable de Richelieu ajoutait que, par la suite, la - duchesse de Modène avait été «l’instrument de l’ambition du - Maréchal en faisant déclarer son mari pour la France contre - l’Autriche» qui d’ailleurs lui avait confisqué ses États. - -Une autre anecdote voulait que Madame, l’implacable ennemie de -Richelieu, «qui avait retiré chez elle Mlle de Valois», se fût -offusquée de l’impertinence avec laquelle il affichait sa bonne -fortune, depuis sa mise en liberté due aux instances amoureuses de la -fille du Régent. Aussi lui avait-elle «fait dire que s’il tenait à la -vie, il eût à s’éloigner des lieux où elle était[111]». - - [111] _Mélanges de Boisjourdain_ et autres pièces satiriques - sur la duchesse de Modène, t. I, pp. 379-391. - -Rien n’est plus faux que ce racontar. La Palatine, bien qu’elle eût -souhaité voir Richelieu accroché à la potence, n’eût pas été femme à -l’y envoyer. Et d’abord elle se défendait de prendre sa petite-fille -sous sa garde; puis, si elle avait adressé au «gnome», d’aussi -terribles menaces, on en trouverait trace dans sa correspondance. Or, à -consulter celle-ci, depuis que Richelieu est sorti de la Bastille, il -semble que sa liaison avec Mlle de Valois n’ait jamais existé. C’est -Mlle de Charolais seule qui porte toutes les responsabilités. - -«Le Régent est trop bon[112], écrit la Palatine, pour ce petit duc de -Richelieu, qu’il a remis en liberté, parce qu’il le persuada qu’il a -tout voulu lui révéler. - - [112] Le Régent avait fini par répondre aux ministres qui - blâmaient la mise en liberté de Richelieu: «J’ai fait grâce à - ce jeune homme, parce que j’ai vu dans sa conduite la folie - de son âge plutôt qu’un crime réfléchi.»--«Richelieu a tout - avoué sans se faire prier, écrit, le 2 avril 1719, Caumartin de - Boissy à la marquise de Balleroy. La seule excuse est que le - Régent qui est naturellement bon, le regarde comme un fol et - aime mieux donner un exemple de clémence que de justice.» - -«Sa maîtresse, Mlle de Charolais, n’a eu de cesse que le Régent lui -accordât sa liberté: quelle horreur qu’une princesse du sang aille se -déclarer devant l’univers entier amoureuse comme une chatte et d’un -individu inférieur comme rang, infidèle, car il a une demi-douzaine de -maîtresses! Quand on le lui dit: Bah! répond-elle, c’est pour me les -sacrifier; et il me raconte tout ce qui se passe entre eux.» - -Madame ne peut comprendre une telle inconscience. Si elle était -superstitieuse, elle croirait que Richelieu «a des secrets». Toutes -les femmes courent après lui; et cependant il est indiscret et bavard: -n’a-t-il pas eu l’effronterie de déclarer que, si une impératrice, -belle comme un ange, lui accordait ses faveurs, à condition qu’il -n’en dise rien, il préférerait les refuser? Il est poltron, vain, -impertinent: «C’est là l’oriflamme de la plupart des femmes. Elles lui -sacrifient tout leur honneur, tout leur bonheur[113].» - - [113] _Correspondance de Madame_ (édition Jœglé), 1er octobre - 1719. - -Cette dernière phrase, après tant d’injures ou de puérilités, est -encore le jugement le plus sûr, le plus vrai, le plus profondément -douloureux qu’ait jamais porté la Palatine sur le sort néfaste réservé -par le duc de Richelieu aux femmes assez malheureuses pour l’aimer en -toute sincérité. - - - - -CHAPITRE VII - - _Exil de Richelieu dans son château du Poitou.--Son séjour passager - à Conflans et à Saint-Germain: diversions parisiennes.--Sa - retraite à Richelieu lui permettra de rétablir ses affaires.--Il - y donne l’hospitalité à Voltaire.--Il obtient la grâce de revenir - à Paris, puis à la Cour.--Faux bruit de son mariage avec Mlle - de Charolais.--Son prétendu voyage, en colporteur, à la Cour de - Modène.--Galerie monastique de Richelieu.--Il succède, comme - académicien, au marquis de Dangeau; son discours; incidents de sa - réception._ - - -Richelieu venait de recevoir une rude leçon; mais on a vu qu’elle -n’avait guère servi à le rendre plus circonspect. Cependant, il ne -sortait pas tout à fait indemne de l’aventure. - -Un ordre du roi, contre-signé par le Régent, l’exilait, à bref délai, -dans son domaine de Richelieu. C’était une application du système de -«la relégation» à l’intérieur (on lui donnait d’ailleurs ce nom), -système commun à la plupart des détenus, quand ils étaient mis en -liberté. - -Avant de partir pour «le lieu de son exil» (encore un terme du temps), -le duc avait suivi son oncle par alliance, le cardinal de Noailles, à -Conflans, dans la somptueuse demeure des archevêques de Paris. C’était -l’indication qu’avait donnée le Régent à Mlle de Charolais, qui lui -avait fait demander «en secret» l’autorisation de se rencontrer avec -son amant, avant qu’il ne quittât définitivement Paris. Elle avait -su depuis qu’il était à Saint-Germain: elle s’était empressée d’y -courir[114]. - - [114] _Correspondance_ de MADAME (édition Brunet), t. II, p. - 151, 2 septembre 1719. - -En effet, Conflans était trop voisin de la grande ville, pour que -Richelieu ne fût pas tenté, dès que le vénérable prélat était endormi, -de lui fausser compagnie et d’aller rejoindre ses belles amies, qui -l’attendaient impatiemment sous les lambris parfumés de leurs boudoirs -parisiens. Aussi le Régent avait-il transféré le lieu d’internement -provisoire de ce pécheur endurci, de Conflans à Saint-Germain[115], -d’où Richelieu ne pouvait s’évader la nuit, surveillé qu’il était... ou -qu’il devait l’être, par l’agent Dulibois. Mais l’interné grisait son -gardien et prenait aussitôt la clef des champs. - - [115] Dangeau atténue la rigueur de la mesure par cette note - qui annoncerait plutôt une diminution de la peine: «Il n’ira - pas à Richelieu, mais à Saint-Germain, où il a une maison» - (_Journal_, 11 septembre). - -Il était temps néanmoins qu’il mît un terme à ses escapades nocturnes; -l’ordre était formel et le Régent avait de trop bonnes raisons pour en -laisser différer plus longtemps l’exécution. Richelieu parut donc se -résigner et fit ouvertement ses préparatifs de départ[116]. - - [116] L’avant-veille de sa mise en liberté, Richelieu, avisé de - son ordre de relégation, avait déjà commencé ses préparatifs - pour son voyage en Touraine: «Il y avait envoyé des gens pour - le meubler» (son château) (_Journal_ de DANGEAU, t. XVIII, 28 - août); mais ses frasques à Saint-Germain durent faire changer - d’avis le Régent, car Buvat, qui avait noté (_Journal_, p. - 426) la commutation de peine, annonce en octobre (p. 430) que - Richelieu ira définitivement en Poitou; (sous l’ancien régime - la ville de Richelieu dépendait de la province de Poitou: elle - appartient aujourd’hui au département d’Indre-et-Loire, elle - est donc en Touraine.) - -Aussi bien cette retraite s’imposait. Il était urgent que le duc, -entraîné dans des dépenses excessives par ses goûts fastueux et par -les folies de sa vie de plaisir, apportât un peu d’ordre à la gestion -de ses affaires, dans l’atmosphère, moins agitée, d’une résidence -provinciale. - -Assurément, il avait eu un geste plein de noblesse, quand il avait -signé la reconnaissance des dettes paternelles. Mais, lui-même, par -ostentation ou par intérêt, était un magnifique, qui dépensait trop -souvent sans calculer. La levée des scellés, apposés, lors de sa -récente arrestation, par le lieutenant de police Machault d’Arnouville, -avait permis de constater ces prodigalités intempestives. Richelieu, -en vue de la campagne qu’il méditait pour le roi d’Espagne, avait -commandé l’achat de «quatre-vingts chevaux de main» avec housses et -couvertures de luxe, cent mulets et nombre de chariots. Ses revenus -personnels, évalués à trois cent mille livres de rente, ne pouvaient -suffire à de si lourdes dépenses: d’abord, il en avait abandonné deux -cent soixante mille aux créanciers de la succession; puis sa fâcheuse -équipée l’avait obligé à céder momentanément son régiment à Du Rys, qui -en était le lieutenant. Aussi, pour s’assurer des ressources avait-il -dû se défaire de sa terre de Ruel[117]. Il l’avait cédée, moyennant -42.000 écus, à la maison royale de Saint-Cyr, en se réservant la coupe -et l’exploitation des arbres à haute futaie, estimés 150.000 livres. -Enfin, d’après Dangeau, «la grande duchesse» (de Toscane), avait -«acheté à vie» au duc de Richelieu, son hôtel de la Place Royale[118]: -elle lui en avait donné 80.000 livres et lui avait laissé, en outre, -la jouissance, pendant deux ans, de la maison qu’elle avait louée -également Place Royale. - - [117] BUVAT: _Journal de la Régence_, t. I, p. 430.--_Arch. - Nation._, Y{48} fº 133 et suiv. _Contrat de vente des - fiefs et bâtiments du Val de Ruel_, par Sandré, avocat au - Parlement, comme «tuteur» et «à la charge de l’avis des - Seigneurs parents dudit duc de Richelieu», avec «promesse de - ratification de celui-ci dès qu’il sera majeur». Cette vente - était au profit des créanciers du Cardinal, probablement - parce que son arrière-petit-neveu ne pouvait plus en payer - les rentes. La vente était faite devant lui «demeurant - d’ordinaire à la Place Royale», mais «alors dans son hôtel - de Saint-Germain-en-Laye».--Ce domaine du Val Ruel était - considérable; mais il ne faut pas le confondre avec la - «Seigneurie» de Ruel, son château, demeure favorite du - Cardinal, et ses fameux jardins, le tout appartenant à la - branche Du Plessis Vignerot d’Aiguillon qui en était encore - possesseur sous le Directoire. - - [118] Ce dut être une vente simulée ou à réméré; car nous - retrouvons, treize ans après, Richelieu propriétaire de l’hôtel - de la Place Royale. - -Le séjour de Richelieu était donc devenu pour le gentilhomme endetté -une nécessité budgétaire--nécessité au surplus fort agréable; car le -château était une pure merveille; et le Cardinal, qui l’avait relevé de -ses ruines, dans une ville créée par lui, comme pour être le satellite -de cet astre grandiose, l’avait doté d’un domaine considérable. - -Voltaire, qui voyageait alors de château en château, venait précisément -de s’arrêter à Richelieu, trop heureux d’y commencer auprès du -propriétaire ce service d’adulation qu’il devait continuer jusqu’à la -fin de ses jours. Il ne tarissait pas en éloges sur l’œuvre du ministre -de Louis XIII: «Je suis actuellement, écrit-il à Thieriot, dans le -plus beau château de France. Il n’y a point de prince en Europe qui -ait de si belles statues antiques et en si grand nombre. Tout se -ressent ici de la grandeur du cardinal de Richelieu. La ville est bâtie -comme la Place Royale. Le château est immense; mais ce qui m’en plaît -davantage, c’est M. le duc de Richelieu que j’aime avec une tendresse -infinie[119].» - - [119] VOLTAIRE: _Correspondance générale._ Lettre du 25..... - 1720. - -Que les destins sont changeants! Ce château que La Fontaine, lui -aussi, avait tant célébré dans ses lettres à sa femme, n’existe plus -aujourd’hui qu’à l’état de souvenir; et la ville, que le bonhomme avait -condamnée à une fin prochaine, est encore debout, tout en ayant à peu -près conservé le caractère architectural que lui avait imposé son -fondateur[120]. - - [120] Cependant les Jumilhac, qui ont pu, en raison de - leur parenté, être substitués aux noms, titres et biens de - Richelieu, se sont donné pour mission de réédifier le château - avec ses dépendances: cette noble tâche se poursuit à l’heure - présente (1914). Dans un livre de belle allure (_En flânant_, - 1913), M. André Hallays a publié une intéressante monographie - sur la ville et le château de Richelieu. - -Mais il ne semble pas que Richelieu ait été fort pressé d’aller se -confiner dans «le plus beau château de France». Souple, gracieux, -insinuant, il fit jouer toutes ses influences pour obtenir de nouveaux -délais. Le Régent, chez qui la rancune n’était pas tenace, se laissait -facilement attendrir. Au commencement de décembre, le solliciteur -eut la permission de venir à Paris, mais avec l’interdiction de se -présenter devant le duc d’Orléans et le roi[121]. Cette double faveur -lui était rendue quelques jours après; il avait ainsi recouvré sa -pleine et entière liberté[122]. - - [121] _Journal_ de DANGEAU, p. 178 (9 décembre). - - [122] _Ibid._, p. 184 (15 décembre). - -Il put donc assister, comme le raconte Rulhière, au mariage de Mlle de -Valois; et il dut également profiter de son retour définitif à Paris, -pour remédier au délabrement de sa fortune, mais autrement qu’il ne -l’eût fait en son château du Poitou. Le «système» de Law bouleversait -alors l’économie financière de la France, et l’agiotage qu’il -favorisait déséquilibrait les cerveaux les mieux organisés. Richelieu -qui, nous le savons, était un joueur effréné, vit dans ces alternances -de hausse et de baisse une occasion inespérée de se remettre à flot. Il -spécula sans relâche et réussit, à l’exemple d’ailleurs d’autres grands -seigneurs et même de princes de la maison de Bourbon[123]. L’un d’eux, -qui suivait de près ces opérations, rencontre, un jour, Richelieu au -foyer de la Comédie et l’interpelle: - - [123] CAPEFIGUE: _Le Maréchal de Richelieu_ (1857, p. 47): «les - pamphlets du temps le placent dans l’armée des agioteurs.» - ---«Gagnez-vous beaucoup à tous ces papiers? - -RICHELIEU: «Pas encore; mais il y a apparence que nous y gagnerons par -la suite. - -LE PRINCE: «Voilà bien le discours d’un homme qui a été trois fois à la -Bastille. - -RICHELIEU: «Et vous, Monseigneur, qui n’y avez pas été encore, qu’en -pensez-vous[124]?» - - [124] _Journal_, _Mémoires_, etc., de MARAIS (1863), t. I, p. - 269. - -Ce dialogue prouve, de reste, l’extrême prudence d’un «homme» qui -tenait à ne pas divulguer ses bénéfices de joueur et surtout à ne pas -retourner une quatrième fois à la Bastille. Mais, ce qui paraîtra -incroyable, c’est que ce même «homme» si fat, si indiscret, si... -indélicat--pour atténuer un terme d’argot moderne--avec les femmes, -évitait maintenant de trop afficher ses bonnes fortunes. - -Ce sont les nouvellistes, toujours à l’affût des échos mondains ou des -petits scandales du jour, qui colportent, quand ils ne les inventent -pas, les anecdotes galantes de Richelieu. - -«On prétend, dit le _Journal_ de Marais, en juillet, que Mlle de -Charolais a épousé le duc dans la chapelle de Vincennes, après avoir -adressé les sommations d’usage à Mme la Princesse, sa grand-mère.» -Quelques jours après, le mariage est confirmé. Et, dans un salon, un -fils de Saint-Simon ne va-t-il pas s’écrier étourdiment: «La voilà -bien malheureuse d’avoir épousé un duc et un pair! Mlle de Valois ne -vient-elle pas d’épouser un gentilhomme de campagne?» - -Le manuscrit[125], que nous avons déjà cité, de la Bibliothèque de la -Ville de Paris, affirme, lui aussi, la consécration du mariage, en -l’enjolivant de détails non moins suspects--pour ne pas dire absolument -faux--que les faits qui l’ont précédée. Le duc de Bourbon, persistant -dans ses intentions premières, aurait menacé Richelieu de volées de -bois vert et de coups d’épée, s’il continuait à fréquenter sa sœur. -Le destinataire n’en avait pris nul souci. Il avait même recueilli -Mlle de Charolais, grosse de trois mois et l’aurait épousée dans un -village à une demi-lieue de Paris, sans autre témoin qu’une vieille -femme de chambre. Le duc de Bourbon eut beau jeter feu et flammes: sa -colère était impuissante, Mlle de Charolais ayant dépassé vingt-cinq -ans, l’âge de la majorité légale. Il se vit donc forcé de reconnaître -Richelieu pour beau-frère. Il y consentit, mais à la condition que sa -sœur continuerait à porter son nom de fille et que son mariage ne -serait déclaré qu’après sa mort[126]. - - [125] _Bibliothèque de la Ville de Paris._ Manuscrit 6691. - - [126] MARAIS (_Journal_, 1863, t. I, p. 326) prête ce mot au - duc de Bourbon morigénant sa sœur: «Encore, si vous épousiez - un gentilhomme!»--Et Marais part de là pour établir en deux - longues pages que, si des princesses de la maison de Bourbon - (et il les cite) épousèrent des gens de qualité, «la noblesse - des Vignerot est équivoque». - -Est-il plus absurde roman? Quel prêtre aurait osé bénir, quatorze ans -plus tard, l’union d’un bigame avec Mlle de Guise, Mlle de Charolais -étant toujours vivante? - -Au reste, si celle-ci eût été réellement la femme légitime de -Richelieu, lui eût-elle écrit, à cette même date (juillet-août 1720), -la lettre suivante, dont M. de Lescure garantit l’authenticité? Elle -répugne à l’idée que Richelieu va se marier (sans doute quelque projet -en l’air) et elle ajoute: - - ... «Je vous prie de me mander si vos cheveux sont assez longs pour - faire un bracelet, et de les faire croître s’ils ne le sont pas. Je - me jette dans la galanterie. Je vais faire faire des chiffres de - diamant pour orner ce bracelet. Je voudrais que ce fût le vôtre et - le mien; mais des _R_ et des _C_ seraient trop clairs. On me les - ferait brûler au bras par la main du bourreau; et je ne me sens pas - encore le goût du martyre, ni la fermeté de saint Laurent. Ainsi, - cherchez-moi dans vos noms de baptême quelque lettre qui soit à - couvert de l’insulte.» - -Cet échange de jolis cadeaux qui rappelle le temps et les coutumes -de la chevalerie, est plus admissible que l’extraordinaire voyage -de Richelieu en Italie, sur le désir de Mlle de Valois, devenue -duchesse de Modène. Faur raconte, avec quel luxe de détails, cette -randonnée ultramontaine, où l’on voit l’amoureux seigneur, travesti -en porte-balle, pénétrer dans le palais ducal pour tomber aux pieds -de sa belle maîtresse et lui offrir tout à la fois ses livres et son -cœur[127]. - - [127] Les _Mémoires secrets_ de DUCLOS, publiés pour la - première fois, en 1791, disent (tome II, p. 383) que Richelieu, - lors de son voyage en Italie, n’osa pas approcher de Modène. - -Certes, ces déguisements, auxquels excellait Richelieu, sont bien dans -la note du temps; mais d’autres «galanteries»--pour nous servir de -l’expression louis-quatorzième de Mlle de Charolais--amusaient alors le -raffiné libertin qu’était Richelieu. Et ces «galanteries» ne sont pas -les rêves d’un cerveau romanesque: elles appartiennent à l’histoire de -l’art et des mœurs au XVIIIe siècle. - -La Palatine, quand elle rend compte, le 31 mars 1719, de l’arrestation -du «gnome», dit qu’il a fait peindre toutes ses maîtresses revêtues des -costumes des divers ordres religieux, Mlle de Charolais en récollette -et «parfaitement ressemblante», les Maréchales de Villars et d’Estrées -en habit de capucines. - -De son côté, M. Sensier, dans ses notes et commentaires sur le journal -de Rosalba Carriera, l’illustre peintre du commencement du XVIIIe -siècle[128], ajoute que Mme de Parabère en carmélite, Mme de Villeroy -en récollette et Mlle de Charolais en capucine, figuraient dans cette -galerie monastique, qu’avait imaginée Richelieu pour commémorer, par un -voluptueux sacrilège, les charmes voilés de ses nobles maîtresses. - - [128] _Journal de Rosalba Carriera_, 1865, pp. 348-349. - -Or, à cette époque, s’il faut en croire la chronique scandaleuse, -des grands seigneurs organisèrent des fêtes orgiaques, où, déguisés -en moines de différents ordres, ils menaient le bal avec des filles -d’opéra, travesties en nonnes de toutes communautés. L’archevêque de -Paris, averti d’un tel scandale, porta plainte au lieutenant de police, -qui menaça ces religieuses de contrebande de les jeter à l’Hôpital, -tondues et en «robe de pénitence» pour tout de bon, le jour où elles -recommenceraient leur mascarade. Et l’on peut se demander si celle-ci -ne donna pas l’idée de sa galerie monastique à Richelieu, ou ne fut, au -contraire, qu’une mise en scène, très élargie, de l’idée libertine du -jeune duc. - -En tout cas, qu’est devenue cette collection qui serait aujourd’hui -d’un prix inestimable? Vainement nous en avons cherché la trace dans le -catalogue de la vente Richelieu qui fut publié trois mois après la mort -du Maréchal. La description des tableaux, dessins, estampes, etc... -est, dans certaines parties, donnée en termes si vagues, qu’il serait -bien difficile d’en déduire telle ou telle identification. - -Peut-être cette collection avait-elle été saisie, détruite ou -dispersée, lorsque Richelieu avait été conduit pour la troisième fois -à la Bastille. Ce qui paraît hors de doute, c’est que le seul portrait -qu’on en connaisse est celui de Mlle de Charolais en récollette, -actuellement au Musée de Versailles. La princesse est représentée -portant une besace, et dans une attitude mélancolique, près d’un -monument offrant une lointaine ressemblance avec la Bastille. Voltaire -avait accompagné ce portrait du quatrain célèbre: - - Frère Ange de Charolois - Dis nous par quelle aventure - Le cordon de Saint-François - Sert à Vénus de ceinture. - -Cette œuvre n’est certainement pas de la Rosalba; car si l’artiste vint -en France dans le courant de l’année 1719--date probable du portrait -dont l’auteur anonyme est resté inconnu--elle ne travailla qu’en -1720-1721 pour Mlle de Charolais. Son journal, d’ailleurs, en fait foi. -Capefigue, dans sa Biographie-Panégyrique de Richelieu, prétend que le -tableau de Versailles est de Rigaud, ce qui n’est guère admissible. - -Ces questions de date, dont se préoccupaient fort peu nos pères, ne -laissent pas cependant que de devenir irritantes pour l’historien -soucieux de fixer exactement le jour ou l’année des événements qui -constituent la trame de son sujet. Ainsi le portrait de «Récollette» -ou «Cordelière», signalé par Madame dans sa lettre du 31 mars 1719 (la -Palatine, elle au moins, ne les oublie pas les dates), peut très bien -avoir été exécuté en 1718, et même en 1717, époque à laquelle commença -la liaison de Richelieu avec Mlle de Charolais. - -On n’est pas mieux renseigné sur le séjour dans le château du Poitou, -signalé par la lettre de Voltaire à Thieriot. La date qu’en donne le -poète (le samedi 25..... 1720) est tellement imprécise qu’elle laisse -le champ ouvert à toutes les hypothèses. Risquons la nôtre. Il est -vraisemblable qu’en raison d’habitudes seigneuriales ayant aujourd’hui -encore force de loi, le duc reprit la vie de château dans les -premiers jours de l’automne de 1720[129]. Or, le marquis de Dangeau, -l’historiographe, doyen de l’Académie française, mourut le 9 septembre -de cette même année[130]. Nul autre qu’un courtisan qualifié ne pouvait -le remplacer dignement et lequel était mieux désigné pour un tel office -que ce grand seigneur, arrière-petit-neveu du fondateur de l’Académie, -si poli, si aimable, si séduisant, type accompli de l’honnête homme? -Richelieu dut vraisemblablement être pressenti à cet égard par -quelques-uns de ses futurs collègues; et il n’est pas improbable que -son hôte, Voltaire, alors fort occupé à terminer son ennuyeux poème de -la Henriade, ait été consulté par le châtelain sur l’opportunité de -son entrée à l’Académie et du langage qu’il y pourrait tenir. Toujours -est-il que Richelieu s’y présenta et qu’il y fut élu à l’unanimité, le -14 novembre, avec l’abbé de Roquette de burlesque mémoire[131]. - - [129] Marais dit, dans son _Journal_, que Richelieu alla - rejoindre, au mois d’août, son régiment dans la ville d’Oloron - en Béarn. - - [130] _Mercure de France_, de septembre 1720. - - [131] _Ibid._, de novembre 1720. - -Le récipiendaire avait confié la composition du discours traditionnel -à trois de ses confrères, Fontenelle, Destouches et Campistron, qui, -de ce fait, devinrent ses «teinturiers», ainsi qu’on appelait et qu’on -appelle encore les fabricants de littérature à l’usage des gens trop -occupés ou trop empêchés pour rédiger eux-mêmes leurs futurs ouvrages. -Fontenelle, Destouches et Campistron écrivirent donc, chacun, -séparément, une harangue académique, où Richelieu n’eut que la peine -de cueillir les passages qu’il jugeait les plus topiques et de les -assembler en mosaïque pour sa réception solennelle du 12 décembre[132]. - - [132] _Journal_ de MARAIS, t. II, p. 17. - -Le «compliment» dont l’abbé Gédoyn, directeur de l’Académie, salua le -récipiendaire, amusa fort l’assistance. Il le félicita de n’avoir pas -oublié son rang pour réaliser «des gains sordides». Et quand un autre -Immortel, le duc de la Force, qui venait, par spéculation, d’accaparer -les épices et la chandelle, s’empressa de son mieux auprès du nouvel -élu, celui-ci lui répondit que tout l’honneur de la séance devait -revenir à M. Gédoyn «qui avait merveilleusement caractérisé tout le -monde». La Force en fit une laide grimace[133]. - - [133] _Journal_ de BARBIER (1857, 8 vol.), t. I., p. 90. - -S’il en fut ainsi, le bon abbé perdit là une excellente occasion de se -taire: ignorait-il donc les coups de bourse qui avaient tiré d’affaire -le duc de Richelieu? - -Le discours du nouvel académicien fut trouvé très beau: «quoique fort -court, il plut par la dignité, la liberté, la grâce avec laquelle -il fut récité[134].» Richelieu y faisait l’éloge de Villars et le -panégyrique de Louis XIV. Il fut chaleureusement applaudi, surtout -par les dames qui assistaient en nombre à cette solennité. Et les -chroniqueurs ajoutent qu’il reçut, le même jour, «trois billets de -rendez-vous» de Mlle de Charolais et des duchesses de Duras et de -Villeroy. - - [134] _Mercure de France_, de décembre 1720.--On s’est beaucoup - amusé de l’orthographe de Richelieu; et Ludovic Lalanne qui - eut entre les mains le manuscrit autographe de son discours - académique, y relève (_Curiosités littéraires_, 1857, p. 280), - des fautes telles que _reigne_ pour règne; _seint_ pour sein; - _flambau_ pour flambeau; _dérangassent_ pour dérangeassent; - _court_ pour cour; _rendus_ pour rendu; _accez_ pour accès; - _pront_ pour prompt; _pris_ pour prix; _crétien_ pour chrétien; - _antier_ pour entier. Et il ajoute «Au moins il avait composé - lui-même ce discours.» Nous savons maintenant ce qu’il en faut - croire; quant à l’orthographe, dont les règles échappaient - quelquefois à Voltaire lui-même, il est certain que Richelieu - ne l’observait guère, mais nous avons vu de ses autographes - beaucoup moins incorrects que son discours académique. - -Son entrée à l’Académie, bien qu’il n’eût pas encore atteint la -majorité légale, lui conférait en quelque sorte la robe virile: hélas! -il s’en fallait de tout qu’il fût assagi. - - - - -CHAPITRE VIII - - _Nouvelles aventures de Richelieu.--Mme de Villeroy et Mme - d’Alincourt.--Comment Richelieu se venge du Régent.--Duel avec - le duc de Bourbon.--Une légende dorée.--Mlle de Maupin n’a pu - être la maîtresse de Richelieu.--Le duel de Mmes de Nesle et de - Polignac.--Amitié de Richelieu pour le duc de Melun._ - - -Dans la vie galante de Richelieu, la période de cinq ans, qui suivit sa -majorité, fut assurément la plus féconde en aventures de toutes sortes, -en conquêtes brillantes, en rapts scandaleux, en noires trahisons. Cet -amoureux perpétuel avait des grâces d’état: il menait six intrigues -de front. Si, en vertu de ce dicton, qu’on ne prête qu’aux riches, -des spéculations de librairie ont attribué à Richelieu plus de bonnes -fortunes, chaque jour, que ses capacités physiologiques, si grandes -fussent-elles, ne lui permettaient d’en prétendre, les témoignages -contemporains sont trop nombreux et trop précis pour qu’il soit -possible de mettre en doute les fréquentes prouesses de celui que la -Palatine appelait rageusement la «coqueluche de toutes les femmes». - -A Dieu ne plaise que nous nous attardions à énumérer ses victimes; -le terme est exact, car il est bien peu de ces femmes qui n’eurent -pas à souffrir de l’indifférence, de la vanité, de l’indiscrétion, -de la perfidie de ce bourreau des cœurs. Nous n’en nommerons que -quelques-unes dont l’Histoire doit connaître, ne fût-ce que pour mieux -fixer une figure aux aspects parfois si fuyants. - -Quoique ait pu en écrire Charles Giraud[135], indigné des insinuations -malveillantes du Président Hénault[136] contre la Maréchale de Villars, -Richelieu respecta fort peu les lauriers de l’illustre soldat qui -l’avait mené au baptême du feu. Mais, si les courtisans parlèrent à -mots couverts de cette erreur de la charmante duchesse, ils firent -grand bruit autour de l’attentat commis contre la marquise d’Alincourt. -Mme de Villeroy, la belle-sœur de cette dame, s’était si fort -amourachée de Richelieu, qu’oubliant toute pudeur, elle avait consenti -à souper, _in naturalibus_, avec lui et avec les amis de son amant. - - [135] Charles GIRAUD: _La Maréchale de Villars et son temps_, - 1881. - - [136] _Mémoires_ du Président HÉNAULT (1855).--Il était des - amis de la Maréchale et «y vivait beaucoup». Voici le passage - incriminé par Giraud: «Sa maison (celle de la duchesse) fut - toujours remplie de la meilleure compagnie. C’était une - attention qu’elle avait toujours eue toute sa vie et qui la - garantit de la dégradation de ses galanteries.» - -Richelieu, suivant sa tactique familière, délaissa bientôt Mme de -Villeroy. Mais cette amoureuse passionnée n’eut de cesse que l’infidèle -lui revînt. Il daigna y consentir, à la condition toutefois qu’elle -lui livrerait la marquise d’Alincourt, dont la réputation de sagesse -avait singulièrement stimulé l’audace du libertin. Mme de Villeroy s’y -engagea; et certain jour que, se promenant avec sa belle-sœur dans les -jardins de Versailles, elle vit fondre sur la proie offerte le comte -de Riom et Richelieu, elle saisit les mains de Mme d’Alincourt; mais -celle-ci se débattit si énergiquement, en appelant à l’aide, qu’on -accourut à ses cris[137]. L’anecdote a été rapportée par plusieurs -mémorialistes; mais Rulhière, bien qu’il raconte l’histoire d’un -souper où Mme de Villeroy avait imposé la présence de Richelieu à sa -belle-sœur, Rulhière nie qu’elle ait tenu les mains de Mme d’Alincourt: -il imagine, par contre, un joli roman dans lequel la marquise, restée -subitement seule avec Richelieu, finit par céder à l’irrésistible -séducteur et «sortit pleine de trouble, de jalousie et de remords, -pour aller chanter pouilles à Mme de Villeroy». Depuis, elle ne voulut -revoir de sa vie son vainqueur. Mais l’aventure avait fait du bruit; et -Richelieu ne demandait pas autre chose[138]. - - [137] _Correspondance_ de MADAME (édit. Jœglé), t. II, p. - 359, 6 août 1722.--La Palatine appelle Riom, cet amant de - la duchesse de Berry, «un ondin»--toujours l’imagination - romantique de l’allemande. - - [138] _Anecdotes_ de RULHIÈRE, p. 24. - -Il avait, en outre, un compte à régler avec le duc d’Orléans. Il ne -pouvait lui pardonner le mariage de Mlle de Valois et résolut de se -venger du prince sur un terrain où il ne doutait pas qu’il n’eût -toujours l’avantage. Il entreprit donc la conquête des maîtresses du -Régent. Celui-ci, bien qu’il se plaignît volontiers de rencontrer -sans cesse Richelieu sur ses pas, était de trop bonne composition en -matière d’amour, pour chercher à se débarrasser, par la violence, -d’un rival qui avait prudemment renoncé à s’occuper des affaires de -l’État. Richelieu, sachant toutefois qu’il agacerait au possible son -ennemi sans en éprouver le ressentiment, usa des mille ressources de -son esprit inventif et astucieux, pour parvenir à ses fins. Un jour, -il faisait donner, dans la maison d’Auteuil du chanteur Thévenard, -une fête villageoise, en l’honneur de la Souris, une fille d’Opéra -chère au duc d’Orléans; et, la nuit même, au milieu du bal, après le -feu d’artifice, il enlevait la sémillante comédienne sur un phaéton -qui filait à toutes brides sur Paris. Une autre fois, c’était Mme -d’Averne[139], la maîtresse en titre du Régent, qui, sous prétexte -de migraine, déclinait une invitation du prince, pour condamner sa -porte et souper avec Richelieu. Actrices, bourgeoises et femmes -de qualité, amies du chef de l’État, ne suffirent bientôt plus au -grand seigneur vindicatif pour satisfaire sa rancune. Il s’attaqua, -de nouveau, à la famille même du Régent, s’il faut ajouter foi aux -chroniques contemporaines. Reçu dans l’intimité de la duchesse de -Berry, aux soupers licencieux du Luxembourg, il aurait eu une passade -avec cette fille du duc d’Orléans, qui n’en était plus, à vrai dire, -à compter ses caprices: «Nous nous aimâmes vingt-quatre heures, -par curiosité», disait-il[140]. Sa liaison avec une autre fille du -Régent, cette névrosée qui fut abbesse de Chelles, n’aurait pas été, -paraît-il, de plus longue durée. Mais en admettant que sa vantardise -et son indiscrétion coutumières fussent d’accord avec la vérité, il -n’aggravait que trop leur jactance par des propos qui étaient autant -d’infâmes calomnies: «Le duc d’Orléans, prétendait-il, fermait les yeux -sur les faiblesses de ses filles, content de les partager.» - - [139] _Anecdotes_ de RULHIÈRE, p. 26.--MARAIS (_Journal_, t. - II, p. 368) écrit à cette même date (1722) que Mme D’Averne - ne craint pas de se montrer tous les jours à l’Opéra avec - Richelieu. - - [140] La duchesse de Berry «aima Richelieu pour son plaisir», - disent les _Mémoires_ de MAUREPAS (t. II, p. 154). - -Le duc de Bourbon était moins accommodant: il avait toujours -l’appréhension de voir Richelieu entrer dans sa maison et n’épargnait -pas au gentilhomme, plus ambitieux encore qu’amoureux, des algarades -significatives. Le _Journal_ de Buvat en cite une dans ces termes: - - 6 mai 1721. - - «M. le duc de Bourbon étant à Chantilly à la chasse avec plusieurs - seigneurs, s’écarta d’eux avec M. le duc de Richelieu, qu’il obligea - de mettre l’épée à la main en lui disant: - - --«Richelieu, il y a longtemps que je t’en veux; c’est à cette heure - qu’il faut m’en faire raison.» - - «Le duc, étonné, lui dit: - - --«Monseigneur, je sais le respect que je vous dois; ainsi je ne suis - pas homme à me battre contre vous.» - - «Mais, se voyant pressé du prince, il se mit en défense, de sorte - qu’il le blessa de trois coups; puis, ayant crié au secours du - prince, on le porta dans son lit où il fut pansé de ses blessures; et - le lendemain, il avoua qu’il avait prié le duc de Richelieu de mettre - l’épée à la main[141].» - - [141] BUVAT: _Journal de la Régence_, t. II, p. 244. - -La version du _Journal_ de Barbier est sensiblement la même. Le duc de -Bourbon manifestait hautement son intention de tuer son adversaire. -Richelieu se laissa piquer la main, estimant que ces quelques -gouttelettes du sang suffiraient à l’animosité du prince. Mais celui-ci -persistant dans ses intentions homicides, Richelieu, pour ne pas -être le mauvais marchand de sa modération, blessa le duc de Bourbon -au ventre. Et le bruit se répandit que le maître de Chantilly, déjà -malade, venait de subir une rechute. - -«Tout le monde dit aussi, ajoute le narrateur, que l’esprit de M. le -Duc est un peu dérangé depuis quelques jours. Le changement n’est pas -grand; car il en avait très peu auparavant et du mauvais[142].» - - [142] BARBIER: _Journal_ (1857, 8 vol.), t. I, p. 128, mai 1721. - -Et c’était cet homme-là qui, trois ans plus tard, après la mort du -Régent, devait gouverner la France, autrement dit la pressurer, la -piller, l’affamer avec la complicité de sa maîtresse, la marquise de -Prie et d’autres flibustiers de même appétit! - -Quant à Mlle de Charolais, elle avait déjà pris son parti d’une -situation sans issue, d’autant que les infidélités, toujours -renaissantes, de Richelieu l’autorisaient à lui rendre la pareille. -Et elle ne s’en priva certes pas. C’était, nous le savons, une -femme d’esprit: aussi aimait-elle à répéter qu’elle avait «voyagé -de Richelieu à Melun et de Melun en Bavière» désignant ainsi, par -des noms de ville ou de principauté, ceux des amants qu’elle s’était -successivement donnés[143]. - - [143] MARAIS: _Journal_, t. II, p. 301. - -Pour en finir avec la _Légende dorée_ qui s’est créée autour du _Don -Juan_ du XVIIIe siècle, nous répéterons une fois de plus qu’il ne faut -accepter qu’avec une extrême circonspection certaines anecdotes dont -elle amuse la crédulité de ses admirateurs. Au souffle du raisonnement, -ces jolies historiettes s’évanouissent comme les bulles de savon, aux -reflets irisés, que la moindre brise réduit en impalpable poussière. - -Prenons un exemple. Il s’agit des prétendues amours de Richelieu avec -Mlle de Maupin, cette actrice-cavalière de l’Opéra, de si belle force -à l’épée qu’elle mettait en fuite trois spadassins croisant le fer -contre elle. Des nouvellistes contemporains ont raconté, et l’érudit -M. Boysse après eux[144], que Richelieu avait quinze ans à peine quand -il s’éprit de cette amazone. Or, pour en obtenir les faveurs, il lui -manquait la forte somme. Mais, comme il était déjà décoré de l’Ordre -du Saint-Esprit et qu’il en possédait l’insigne tout constellé de -brillants, il s’empressa de le porter chez un prêteur sur gages; d’où -ce couplet qui courut la Cour et la Ville: - - [144] BOYSSE: _Les abonnés de l’Opéra_, 1881. - - Judas vendit Jésus-Christ - Et s’en pendit de rage. - Richelieu, plus fin que lui, - N’a mis que le Saint-Esprit - En gage, en gage, en gage. - -L’anecdote est piquante; malheureusement elle est invraisemblable. La -Maupin (ses biographes sont là pour le dire[145]) entrait en religion -dans le courant de l’année 1705 et mourait en 1707. Or, à ces deux -époques, Richelieu-Fronsac avait neuf et onze ans. Et, si précoce qu’il -fût, il n’est guère admissible qu’à cet âge il eût conquis tout à la -fois l’ordre du Saint-Esprit et le cœur de Mlle de Maupin. - - [145] LE TAINTURIER-FRADIN: _La Maupin_, 1904, pp. 283-287. - -Et la meilleure preuve qu’il n’avait pas alors le «Cordon bleu», c’est -qu’il n’en fut décoré que le 1er janvier 1728, «avec dispense», note -le Maréchal de Villars. Autrement dit, quoiqu’il ne fût pas encore -officiellement reçu, Richelieu était autorisé à porter les insignes -de l’Ordre du Saint-Esprit: c’était la récompense, justement méritée, -des services qu’il avait rendus à l’État, en qualité d’ambassadeur -extraordinaire de France à la Cour de Vienne[146]. - - [146] VILLARS: _Mémoires_ (édit. de Vogüé), t. V, p. 114. - -Bien mieux; en présence de certaines affirmations contradictoires, -on pourrait lui contester un de ses plus beaux titres de gloire, si -tant est qu’on doive donner ce nom au duel, resté classique, de Mmes -de Nesle et de Polignac, courant, au bois de Boulogne, se disputer, -le pistolet au poing, les faveurs de Richelieu. Toutes deux tirent -à la fois. Mme de Nesle tombe sans connaissance. Et Mme de Polignac -d’insulter sa rivale abattue. Celle-ci, par bonheur, n’était que très -légèrement blessée. Quand elle sortit de son évanouissement, elle était -toute fière d’avoir versé son sang pour Richelieu, «fils aîné de Vénus -et de Mars». - -Eh bien! un mémorialiste dépossède ce demi-dieu de son auréole au -profit d’un Soubise. - ---«C’est pour le marquis d’Alincourt, dit un autre chroniqueur, que -Mmes de Nesle et de Polignac se mesurèrent en champ clos.» - -Mais l’amour n’occupait pas toujours à lui seul le cœur de Richelieu. -L’amitié y trouvait encore place; et nous notons d’autant plus -volontiers le fait, que ce grand seigneur ne passa jamais pour une -âme tendre et sensible. Égoïste et sec, comme tous les orgueilleux, -il ne pensait qu’à lui, qu’à ses plaisirs, qu’à ses satisfactions -d’amour-propre. De cette époque, cependant, date l’attention qu’il -voulut bien accorder à Voltaire, attention dont une longue habitude -fit une sorte d’affection. Mais, en même temps, il avait voué au duc -de Melun une profonde amitié qu’attendait une cruelle épreuve. En -effet, dans le courant de juillet 1724, pendant qu’il séjournait, avec -Voltaire, à Forges, la station balnéaire à la mode, il apprit la mort -tragique de M. de Melun, porté à terre d’un coup d’andouiller par un -cerf furieux. Voltaire écrit que Richelieu s’en montra désespéré et dut -interrompre sa saison d’eaux[147]. - - [147] VOLTAIRE: _Correspondance_. Lettres, en août 1724, à la - Présidente de Bernières et à Thieriot. - - Richelieu semble avoir suivi pendant quelques années la saison - de Forges, bien que ce fût pour lui un «triste lieu». Dans une - publication du baron Jérôme Pichon: _Vie de Charles Henry, - Comte de Hoym, ambassadeur de Saxe-Pologne en France_ (Paris, - 1880, 2 vol.) nous trouvons, au t. II, une lettre de Richelieu - à ce diplomate, lettre datée de Paris, 6 août 1723, et rédigée - en termes assez crus, où le duc, qui s’est rencontré, avec - son correspondant, _à la Cardinale_, une des trois sources de - Forges, lui annonce son départ, le lendemain 7 août, pour son - château de Richelieu. Il lui donne en même temps des nouvelles, - politiques et mondaines, de Paris. - - - - -CHAPITRE IX - - _Le duc de Richelieu prend séance, comme pair, au Parlement.--Le - duc de Bourbon l’envoie en ambassade à Vienne.--Fanfarinet: - couplets satiriques.--Instructions du gouvernement français au - nouveau diplomate.--Richelieu doit miner l’influence espagnole à - Vienne.--Prompt départ de l’aventurier Ripperda.--Embarras financiers - de Richelieu: son «entrée» à Vienne.--Son activité: ses succès plus - ou moins discutés en matière de diplomatie galante._ - - -Le 6 mars 1721, quatre mois après son élection à l’Académie Française, -Richelieu siégeait, comme pair, au Parlement. Il éblouit l’Assemblée -par son faste: il portait des vêtements de drap d’or dont l’aune -revenait à 260 livres. «Il ressemblait à l’Amour[148]»; ce fut encore -un jour de fête pour les dames. Mais, déjà, il ne lui suffisait plus -d’en être l’oracle et l’idole; il aspirait à jouer, parmi les hommes, -un des premiers rôles sur la scène politique: ambition que légitimaient -son nom et son rang. Malheureusement, la prévention du Régent contre -cet ancien conspirateur, si repenti qu’il fût, lui barrait la route. -Néanmoins, il fut nommé gouverneur de Cognac en 1722; mais son esprit -satirique, ayant commenté un peu trop vivement des «nouvelles de Cour», -indisposa de nouveau contre lui le duc d’Orléans, qui lui fit défendre -de paraître au sacre de Louis XV[149]. - - [148] MARAIS: _Journal_, t. II, 6 mars 1721. - - [149] _Biographie universelle de_ MICHAUD. (Article Maréchal de - Richelieu, par DUROZOIR.)--En effet, nous n’avons pas trouvé - son nom parmi ceux des personnages que signalent les relations - officielles. - -Lorsque, après la mort du Régent, le duc de Bourbon fut appelé à le -remplacer auprès du roi, on put croire un instant que sa rancune -personnelle allait servir, avec usure, les «injures du duc d’Orléans». -Il n’en fut rien: une femme avait passé. La marquise de Prie, qui -s’était laissée prendre au charme de Richelieu, fit obtenir l’ambassade -de Vienne, en mai 1724, à cet amant de passage. Celui-ci inaugurait -ainsi sa nouvelle manière: à ses yeux, la femme doublait maintenant -de valeur: elle n’était plus seulement une source de plaisir; elle -devenait un instrument de crédit et de faveur. - -Le choix de ce courtisan pour le plus élevé des postes diplomatiques, -choix que ne justifiaient, chez son bénéficiaire, ni la science, -ni l’expérience des affaires, causa bien des déceptions, partant -bien des colères. Et, comme toujours, l’opinion publique se -vengea par des épigrammes: elle appela Richelieu l’ambassadeur -_Fanfarinet_[150]--sobriquet emprunté aux contes de fées et visant un -homme «plus propre à l’amour qu’à la politique». - - [150] MARAIS: _Journal_, t. II, mai 1724. - -La malignité de ses contemporains devait le poursuivre jusqu’à l’heure -de son départ pour Vienne. Soucieux de donner au duc de Bourbon et -surtout à Mme de Prie une preuve de sa reconnaissance, il était allé, -en personne, avec MM. de Brancas et de La Feuillade au Parlement, où -se jugeait, pour la plus grande joie de la favorite, le procès du -secrétaire d’État Le Blanc, injustement accusé de péculat. Mais, devant -la réprobation générale, ces gentilshommes cessèrent d’assister aux -séances[151]: ce qui n’empêcha pas Richelieu de recevoir ce nouveau -brocard: - - [151] Maréchal de VILLARS: _Mémoires_ (édit. Marquis de Vogüé), - t. IV, p. 304.--LEMONTEY: _Histoire de la Régence_, t. II, p. - 208. - - Vignerot, le grand-père, - Était ménétrier. - Celui-ci dégénère, - Étant de tout métier, - Étourdi politique, - Galant ambassadeur, - D’Arouet protecteur[152]. - - [152] MAUREPAS: _Mémoires_ (4 vol., 1792), t. II, p. 44. Ces - _Mémoires_ sortent de l’officine de Soulavie; mais il est - établi qu’ils ont été composés presque uniquement avec des - pièces officielles. - -En effet, Richelieu avait proposé à Voltaire (Arouet) de l’accompagner -à Vienne, sans doute comme secrétaire intime; mais le poète avait eu la -sagesse de décliner cet honneur. - -L’événement devait donner tort au couplet satirique. L’apprenti -diplomate fut assurément «galant ambassadeur», mais il ne fut pas -«étourdi politique». Il accomplit sa mission avec beaucoup de tact, de -souplesse et de dignité. Il fit grande figure; et la France lui dut de -notables avantages. Il réparait ainsi les fautes du complice d’Alberoni. - -Les instructions qu’avait reçues Richelieu avant son départ et que -le duc de Bourbon avait dictées au marquis de Chavigny comportaient -entr’autres recommandations: - - «L’ambassadeur de Sa Majesté devra traiter le baron de Ripperda - (ambassadeur extraordinaire d’Espagne) avec toutes sortes de - politesses et d’égards, de manière qu’il puisse paraître qu’on n’a - aucun mécontentement de ce qui se passe aujourd’hui... Il devra - employer toutes sortes de moyens pour savoir s’il n’a pas été signé - de traité secret entre l’Autriche et l’Espagne... Il devra s’entendre - en toutes ses démarches avec l’ambassadeur de Sa Majesté Britannique - et agir en toutes choses de concert avec lui.» - -Quoique petit-fils de Louis XIV, le roi d’Espagne, Philippe V, avait -répudié complètement sa première patrie, la France. L’avortement de -la conspiration de Cellamare, le retour à Madrid de l’Infante que -son père considérait déjà comme la femme de Louis XV, avaient mis -le comble à l’exaspération d’un monarque, dont le cerveau, depuis -longtemps débilité, avait subi les atteintes de la folie. Aussi, par -esprit de rancune, Philippe V envoyait-il à Vienne, pour y conclure -un traité, plutôt hostile à la France, un diplomate de fortune, le -baron de Ripperda, jadis colonel au service de la Hollande et naguère -créature du cardinal Alberoni. A peine débarqué, ce bravache avait -promis à l’empereur Charles VI la «restitution» de l’Alsace, des -Trois Evêchés, de la Bourgogne et de la Flandre. Le pacte signé, le -30 avril 1725, entre l’Autriche et l’Espagne, témoignait de visées -moins ambitieuses, qui suffisaient à mettre en repos l’âme inquiète -de l’empereur Charles VI[153]. Car ce prince était, lui aussi, un -mélancolique, d’humeur chagrine et de nature dévote, qui n’avait -qu’une préoccupation, assurer à ses filles et surtout à Marie-Thérèse, -la succession impériale. Or Philippe V reconnaissait ce droit conféré à -l’archiduchesse par la _Pragmatique Sanction_. Au mépris des intérêts -maritimes de l’Angleterre, de la France et de la Hollande, il ouvrait -à l’Autriche les ports des Pays-Bas et ratifiait la concession faite -par l’Empereur, le 19 octobre 1722, à une Compagnie commerciale d’un -établissement à Ostende. Il ne recevait, à titre de réciprocité, que -d’assez maigres compensations. Charles VI lui laissait espérer la -reprise de Minorque et de Gibraltar. - - [153] Charles VI, ancien compétiteur de Philippe V à la - Couronne d’Espagne, pendant la _Guerre de Succession_, était - empereur d’Autriche et d’Allemagne depuis 1711. - -Nous savons quelle était en cette occurrence la mission de Richelieu. -Certes, le représentant de Louis XV était le plus courtois et le plus -poli des gentilshommes; mais il avait une fierté naturelle qu’avivait -encore le souci de ses prérogatives officielles; et le sentiment, -qu’il conserva, jusqu’à la fin de ses jours, du prestige de l’autorité -royale, était devenu le régulateur de sa conduite. - -Il quittait Paris sous le coup de graves embarras financiers. Les -bénéfices, que ses spéculations lui avaient permis de réaliser pendant -les grands jours du «Système» de Law, s’étaient depuis longtemps -volatilisés. Son train de maison et ses folles dépenses l’obligèrent à -contracter des emprunts onéreux; et, pour ne pas être harcelé, à son -départ, par la meute de ses créanciers, il dut obtenir «des lettres de -répit», c’est-à-dire le droit de faire suspendre, jusqu’à son retour -définitif, toute action judiciaire qui lui serait intentée. - -Arrivé à Vienne, le 8 juillet 1725, il ne tarda pas à reconnaître -ce qu’était ce baron de Ripperda qu’on lui recommandait si fort de -ménager. Il n’eut pas l’air tout d’abord de se préoccuper des menues -faveurs que la Cour réservait à cet aventurier; mais, d’après certaine -légende[154], un jour que celui-ci s’avisait de vouloir prendre le pas -sur l’ambassadeur de France, Richelieu le repoussait d’un coup de coude -si vigoureux que Ripperda en perdait l’équilibre. - - [154] Légende que contredisent absolument les _Mémoires - authentiques_ de Richelieu. Conformément à ses instructions, le - duc montra toujours beaucoup d’égards vis-à-vis de Ripperda; il - ne lui laissait jamais prendre le pas, mais, d’un trottoir à - l’autre, échangeait avec lui de grands coups de chapeau. - -L’entrée officielle d’un ambassadeur dans la Capitale de l’État où il -devait représenter son souverain, en affirmait trop, à cette époque, -l’auguste et solennel caractère, pour que Richelieu n’entourât pas -la sienne de tout l’éclat qu’elle comportait. La Cour de Vienne la -retarda autant qu’elle put; mais l’orgueil donnait à cet esprit léger -qu’était Richelieu une sorte de ténacité capable de triompher de tous -les obstacles. Et l’Empereur ne trouva bientôt plus le moindre prétexte -pour ajourner l’entrée de l’ambassadeur extraordinaire de France, fixée -au 7 novembre. - -Elle fut magnifique. En tête, des coureurs habillés de velours galonné -d’argent; puis cinquante valets de pied, en riches costumes et l’épée -d’argent au côté; douze heiduques, portant des masses d’argent, douze -pages, etc. L’ambassadeur, dans la tenue des pairs au Parlement, -occupait un superbe carrosse orné de figures symboliques; des ordres -avaient été donnés pour que les fers d’argent des chevaux pussent se -détacher facilement. Et la foule se ruait sur cette aubaine inespérée, -comme elle le fit plus tard sur des tables chargées de victuailles, -dans le palais de l’ambassade, où tous les appartements étaient restés -ouverts. - -Ripperda se le tint pour dit et regagnait quinze jours après l’Espagne. -La disgrâce[155] du duc de Bourbon, accueillie avec joie à Vienne, -ne modifia pas la politique du Cabinet de Versailles. L’évêque de -Fréjus, Fleury, le nouveau ministre, fit confirmer à Richelieu les -instructions de son prédécesseur par Morville, secrétaire d’État aux -affaires étrangères. Notre ambassadeur devait continuer à surveiller -de près les menées de l’Espagne et s’entendre, dans ce but, non plus -seulement avec son collègue de la Grande-Bretagne, mais encore avec le -Nonce. Ardent comme un homme de son âge (on lui reprochait assez sa -jeunesse!), conscient des haines qui guettaient le porte-paroles de la -France (et le Prince Eugène, malgré son affectation de politesse, en -était le plus irréductible ennemi!), Richelieu eût voulu qu’on parlât -haut à l’Autriche, pour la désabuser de l’idée qu’elle se faisait de -la faiblesse du Gouvernement français. Mais Fleury, toujours timoré, -prêchait au diplomate la patience et surtout la prudence. - - [155] Une coïncidence des plus piquantes veut que Ripperda, - retourné en Espagne pour y continuer, avec l’assentiment de - la Reine, son métier de brouillon, nommé depuis duc et Grand - d’Espagne, fut chassé de la Cour, le jour même où le duc de - Bourbon tombait en disgrâce. Il était devenu aussi impopulaire - que ce prince. - -En attendant, il ne lui envoyait pas les subsides qu’il lui avait -promis; car si l’argent est le nerf de la guerre, il est aussi le -nerf de la paix; et bien que l’Empereur d’Autriche fût beaucoup -moins belliqueux que la reine d’Espagne, il était sage de prévoir -et d’encourager, dans certains cercles politiques de Vienne, les -défaillances, possibles, de convictions trop éloignées d’une solution -pacifique. - -Or, Richelieu était à bout de ressources; il ne lui restait plus que -ses diamants: il dut les mettre en gage. C’était un peu son habitude; -et ces prêts se terminaient infailliblement par des conflits, soit -que le créancier exigeât, à l’heure du remboursement, des intérêts -usuraires, soit que le débiteur se refusât à tout accommodement -raisonnable. Déjà, en 1721, il insistait auprès du lieutenant de police -Taschereau de Baudry, pour que ce magistrat «parlât fortement» à un -certain Rapally qui détenait les «boucles de diamant» de Richelieu et -se refusait à les rendre à leur légitime propriétaire. Il fallut, pour -obtenir cette restitution, que Baudry fît incarcérer Rapally[156]. - - [156] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_, - 10730 (dossier Dagenois). - -Maintenant c’est un autre prêteur sur gages que l’ambassadeur signale -à la vindicte du nouveau lieutenant de police, Hérault; et la lettre -mérite d’être citée, car elle appelle l’attention sur le commerce -interlope, si fréquent au XVIIIe siècle, de ces brocanteurs qui, même -largement désintéressés, imaginaient mille subterfuges pour ne pas se -dessaisir des gages dont ils étaient nantis. - - «A Vienne, le 2e novembre 1726. - - «J’ai appris, Monsieur, avec bien de la reconnaissance, la bonté que - vous avez bien voulu avoir d’écouter le Sr De Vienne, capitaine - de mon régiment et de parler au Sr Krom, comme il fallait, pour - l’empêcher de me voler mes diamants. Je vous supplie de vouloir bien - me continuer vos mêmes bontés, sans quoi cette affaire ne finira - jamais, le Sr Krom étant assurément un fripon. On m’a mandé qu’il - se flattait d’avoir la protection d’un de vos secrétaires, ce qui - je sais bien qu’avec vous ne sera d’aucune utilité, connaissant vos - lumières et sachant bien que vous faites tout par vous-même. C’est ce - qui fait que je vous en avertis librement, cet avis pouvant même vous - être utile dans l’accablement d’affaires où vous êtes et où il vous - est impossible de prendre garde à tout. Mais à la façon dont vous - avez parlé au Sr Krom, il devrait bien voir que, quand il aurait fait - cette petite intrigue, cela ne lui servirait pas de grand’chose avec - un magistrat aussi intègre et aussi éclairé que vous. - - «Je vous supplie d’être persuadé qu’on ne peut être, avec un - attachement plus sincère, Monsieur, votre très humble et très - obéissant serviteur[157]. - - Le duc de Richelieu.» - - [157] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_, - 10927, pp. 290-291. - -Vraisemblablement, Richelieu, ayant enfin reçu les soixante mille -livres que Fleury lui annonçait depuis si longtemps, avait remboursé -ses emprunts et n’avait encore rien vu revenir. - -Ce fut à cette époque que commencèrent effectivement les négociations -entre Richelieu et le comte de Zinzendorff, chancelier de l’Empire. -Leur but apparent, c’était la médiation de Charles VI, dont, à vrai -dire, ce prince ne se souciait guère, entre la France et l’Espagne; -mais leur but réel, du moins aux yeux de l’ambassadeur français, -c’était la conclusion, par ses soins, d’un traité, barrant une alliance -trop étroite de Charles VI avec Philippe V, alliance qui pouvait -favoriser la reconstitution de cette formidable puissance de la maison -d’Autriche, jadis si inquiétante pour la France. - -Au cours de ces pourparlers, Richelieu dépensa une somme de travail -considérable: son activité infatigable ne connaissait plus de repos. -Sa correspondance diplomatique en témoigne. Mais il ne négligeait pas -non plus d’autres moyens d’action qui lui étaient depuis longtemps -familiers et dont il entendait tirer le meilleur parti. Déjà (du moins -les _Mémoires_ de Soulavie l’assurent), avant le départ de Ripperda, -grâce à la comtesse Bathiany, qui n’avait rien su refuser à Richelieu -et que courtisait vainement le Prince Eugène, le galant diplomate -avait pu pénétrer les secrets de cet illustre guerrier et même de -l’Empire. Mais, ici, les _Souvenirs_ du prince de Ligne lui opposent un -démenti formel, par la plume même du Prince Eugène, qui écrit dans son -autobiographie[158]: - - [158] _Mémoires du Prince de Ligne_ (_Vie du Prince Eugène_), - t. V, pp. 179-180 (5 vol., 1827). - -Le duc de Richelieu «était aimable, bien fait, séduisant et d’une jolie -fatuité. Par une double finesse de sa part, de politique et d’amour, il -voulut, il crut avoir Mme de Bathiany... Cela nous amusait beaucoup. -Le désir d’une aventure d’éclat nous le rendait tous les jours -plus agréable. Il n’eut ni la femme, ni le secret; mais nous étions -enchantés de son redoublement de soins pour nous plaire.» - -Il dut, sans nul doute, subir, de ce côté, une double déception; car il -dit, dans les _Mémoires_ de Soulavie, avoir quitté la comtesse Bathiany -pour la princesse de Lichtenstein, fort jolie femme, liée avec tous les -ministres de Charles VI, qu’il avait éblouie, par sa magnificence, dans -une course de traîneaux. Mais, cette fois, pour ne pas la compromettre, -il se rendait chez elle, la nuit, à pied, en rasant les murailles. Il -entrait mystérieusement, par une porte dérobée, et recueillait, dans un -délicieux boudoir où l’amour et la politique n’avaient plus de secrets -pour lui, les plus utiles renseignements. Si l’Empereur, disait la -Princesse, réunit autant de troupes, ce n’est pas qu’il ait l’intention -de partir en guerre: il veut simplement intimider la France; et -celle-ci ferait bien d’armer, elle aussi, pour prouver qu’elle ne -redoute aucun acte d’hostilité. - -Avec Villars, nous serrons de plus près la réalité. Le Maréchal, qui -devait à ses glorieux faits d’armes d’occuper une place éminente dans -le Conseil, avait en communication les dépêches[159] (et elles étaient -nombreuses) que l’ambassadeur de France adressait au Gouvernement, -pendant l’année 1726. Richelieu se vantait d’avoir acheté d’un commis -aux affaires étrangères le chiffre de Zinzendorff, par conséquent de -connaître la teneur des lettres du Ministre. Villars, sans vouloir -prétendre que Richelieu fût un naïf, fait observer à ses collègues, que -le commis a bien pu «agir, du consentement de son maître, pour tromper, -par de fausses apparences» le diplomate français. Au reste les dépêches -de l’ambassade reflètent exactement l’état d’âme de ce monarque sombre, -inquiet, incertain, qui, un jour, (15 février), est «déterminé à la -guerre» et plus tard (7 novembre) en est absolument «éloigné». Puis, -Richelieu, qui, pour être un homme charmant, spirituel, aimable, n’en -est pas moins, à l’occasion, autoritaire, hautain, voire agressif, se -trouve souvent en conflit avec ses collègues du corps diplomatique. -Le premier ministre autrichien lui reproche, à tort il est vrai, -de pousser les Turcs à guerroyer contre l’Empereur. D’autre part, -Saint-Saphorin, l’ambassadeur d’Angleterre et Richelieu, qui devaient -marcher de conserve, ne pratiquèrent pas toujours entre eux l’entente -cordiale. - - [159] Bien à tort, Lemontey écrit, dans son _Histoire de la - Régence_, que ces dépêches sont «insipides». L’ambassadeur - d’Angleterre, qui se croyait le plus fin des hommes, daignait - reconnaître la valeur diplomatique de Richelieu. - -Villars note avec soin, et d’après les dépêches apportées par le -courrier de France, tous les incidents de cette vie diplomatique -si occupée, si agitée[160], et cependant sur le point d’aboutir à -d’heureux résultats, honorables pour le pays et pour son représentant, -quand, soudain, éclate cette nouvelle inouïe: - - [160] _Mémoires_ de VILLARS (édit. de Vogüé), t. V, _passim_. - -La nuit, aux portes de Vienne, dans une carrière abandonnée, s’aidant -de la complicité de deux seigneurs autrichiens, Richelieu a immolé, au -cours d’une conjuration magique, deux victimes humaines. - - - - -CHAPITRE X - - _Prédilection de Richelieu pour la cabale et les opérations - magiques.--Affaire de satanisme à Vienne: ses différentes - versions.--Richelieu obtient le chapeau de Cardinal pour - Fleury.--Succès de sa mission diplomatique.--Son retour en - France.--Nouvelles imprudences sur le terrain de la galanterie.--Il - est plus circonspect en politique: la conjuration des - Marmouzets.--Richelieu conquiert de nouveaux grades dans l’armée et - «commande pour le roi» en Languedoc._ - - -Richelieu, on ne saurait trop le répéter, est bien l’homme de son -siècle. S’il affiche, comme tant d’autres de ses contemporains, les -pratiques extérieures du Culte, parce que la démonstration contraire -serait nuisible aux intérêts de l’État et d’un mauvais exemple aux -yeux des gens de bonne compagnie, il est foncièrement athée, impie, -libertin dans le sens que ce terme comportait au XVIIe siècle. Mais -s’il ne croyait pas à Dieu, il croyait au Diable, différent en cela de -son ami Voltaire, qui ne croyait, ni à l’un, ni à l’autre, bien qu’il -pratiquât, lui aussi, dans le temple «élevé à Dieu par Voltaire», -comme il l’avait si modestement écrit sur le fronton de sa chapelle -seigneuriale. - -Richelieu était de l’école du Régent. Il adorait la chimie, cherchait -la pierre philosophale, se plaisait aux calculs de l’astrologie -judiciaire et ne dédaignait pas les conjurations magiques. Il n’y -voyait, disait-il, qu’un simple amusement, et parfois même les taxait -de pures folies. Mais il les avait toujours suivies avec le plus vif -intérêt, quand Mlle de Valois les interrogeait sur l’avenir réservé -à ses amours, ou quand Mlle de Séry, maîtresse du Régent, prétendait -avoir vu dans un verre d’eau la tête de son amant ceinte de la couronne -royale. - -Ces diverses particularités étaient connues de tous: aussi personne ne -parut-il autrement surpris, quand la _Quintessence_ et le _Journal de -Leyde_, deux feuilles des Provinces-Unies, révélèrent, avec les détails -qu’exige un fait-divers d’une telle envergure, le crime effroyable -imputé au duc de Richelieu[161]. - - [161] Richelieu s’en montra très affecté. Il écrivait, en - février 1727, à Chavigny, un de ses collègues: «Je suis - extrêmement peiné de la calomnie qu’on fait imprimer contre moi - et de la façon dont on l’a débitée: je donnerais tout au monde - pour connaître l’auteur qui a donné aux gazettes l’occasion de - cette impertinence.» (SOULAVIE: _Mémoires de Richelieu_, t. V, - p. 232.) - - La sienne, à lui, Richelieu devait lui attirer, à ce propos, - une réplique assez désobligeante de Chirac, médecin du roi, - qui s’était rencontré avec lui chez le duc de Sully, alors - gravement malade. Richelieu proposait pour la guérison un - remède d’empirique, tandis que Chirac insistait pour la - saignée, «le seul parti à prendre»; autrement «M. le duc n’en - pourrait réchapper sans un miracle». - - --Raison de plus pour employer mon remède, fit alors Richelieu, - non sans appuyer sa proposition d’une sortie virulente contre - les médecins, si bien que Chirac, exaspéré, lui cria: - - --Parbleu, je sais bien que vous croyez aux esprits follets et - non pas aux miracles. - - «Dont M. de Richelieu, dit le chroniqueur qui conte l’anecdote - (BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_, 10159, - 16 février 1729), se tint insulté, avec raison, suivant tout - Paris, l’allusion à ses folies de la Cour de Vienne étant trop - bien marquée et caractérisée.» - -Nous avouons que ce récit nous a trouvé tout à fait incrédule, même -quand il est rapporté par Duclos qui semble absolument convaincu. Il -est vrai qu’il exécrait Richelieu. Mais nous ne saurions passer sous -silence sa version, non plus que celle de Barbier qui, pour être plus -romanesque, se termine sur un moins tragique dénouement. La voici: - -En compagnie de l’abbé de Zinzendorff, fils du Chancelier, et de -Westerloo, capitaine des hallebardiers de l’Empereur, Richelieu s’était -rendu au fond d’une carrière pour y voir le diable. Deux cordeliers, -qu’ils avaient emmenés, célébrèrent une messe et donnèrent l’hostie -consacrée à deux boucs, l’un blanc et l’autre noir. En fait de diable, -les curieux ne virent que le nonce qui les surprit en pleine cérémonie -et fit expédier les moines à l’Inquisition, pendant que l’Empereur -écrivait au roi de France[162]. - - [162] _Journal_ de Barbier, t. II, page 8.--L’inspecteur de - la librairie, d’Hemery, dit dans ses _Anecdotes_ (Biblioth. - Nationale, Mss. fonds français 22158, p. 100) que Richelieu, - après avoir donné à un bouc une hostie consacrée, l’avait fait - égorger par un prêtre. - -D’après Duclos, un magicien avait persuadé aux jeunes seigneurs qu’il -leur montrerait le diable, au fond de cette mystérieuse carrière où -les avait conduits leur crédulité. Cet homme était un Arménien qui fut -trouvé, le lendemain, grièvement blessé et rendit presque aussitôt -le dernier soupir: «C’était apparemment, écrit Duclos, le prétendu -magicien que ces messieurs, aussi barbares que dupes, et honteux -de l’avoir été, venaient d’immoler à leur dépit. Les ouvriers (qui -l’avaient relevé) craignant d’être pris pour complices, s’enfuirent -aussitôt et allèrent faire la déclaration de ce qu’ils avaient vu.» - -L’affaire fut étouffée, affirme notre historien. Le chancelier avait -tout intérêt à cette solution: il attendait pour son fils la promotion -au cardinalat. Il écrivit, en outre, à Fleury, pour qu’il traitât -d’infâmes calomnies les imputations dirigées contre son ambassadeur. -Et Fleury de s’y prêter le plus complaisamment du monde. Seul, -Westerloo[163] paya pour tous: il fut privé de son emploi et mourut -dans l’obscurité. - - [163] DUCLOS: _Mémoires_ (1864), t. II, pp. 242 et suiv. - -Les Mémoires du prince de Ligne disculpent Richelieu de l’accusation -portée contre lui; mais ils affirment à tort, que «le cardinal de -Fleury le fit rappeler ridiculement pour de prétendues conjurations du -diable dans un jardin de Leopoldstadt[164]». - - [164] _Mémoires du Prince de Ligne_ (1827), t. V, p. 179 - (autobiographie du Prince Eugène). Dans ses _Souvenirs et - Portraits_ (1815), pp. 21 et suiv., le duc de Lévis donne cette - version, qu’il estime la véritable, que Richelieu sacrifia - un cheval blanc à la lune. Il constate, d’ailleurs, l’esprit - superstitieux du Maréchal, qui refusa d’aller faire sa cour au - fils aîné de Louis XVI, qu’il savait condamné par Maloet à une - mort prochaine: il croyait fermement aux esprits. - -Si le premier ministre de France avait enfin obtenu le chapeau, il -n’ignorait pas qu’il en devait presque tout l’honneur aux pressantes -sollicitations de Richelieu; et celui-ci pouvait, à juste raison, s’en -féliciter dans ce billet du 2 septembre 1726: - -«Je n’ai le temps que de vous écrire ces mots, ne pouvant retarder un -moment la bonne nouvelle que j’envoie au Roi du consentement que j’ai -enfin arraché à l’Empereur à la promotion de M. de Fréjus. Je l’ai -envoyée hier à Rome, par un courrier extraordinaire, au cardinal de -Polignac (son ami)... Je suis au comble de la joie de cette affaire, -car je puis vous dire, sans me vanter, que je l’ai conduite adroitement -et que je crois que l’on m’en aura quelque obligation[165].» - - [165] _Bulletin du bibliophile_, année 1882, p. 421. On croit - que ce billet était adressé à Voltaire.--Fleury n’oublia jamais - le service rendu; mais, déjà, un an auparavant, le 29 août - 1725, s’en référant à Morville, il complimentait Richelieu sur - ses succès diplomatiques qui, disait-il, avaient établi sa - réputation en deux mois. Fleury le comparait même à... Tacite. - -D’ailleurs, Richelieu arrivant, non sans succès, au terme de sa -mission, il eût été injuste et cruel de lui en retirer la gloire, -d’autant que son prétendu crime était loin d’être prouvé. - -Déjà, au début de son ambassade, il avait préparé les éléments de ce -traité de Hanovre (3 septembre 1725)[166] qui réunissait, dans une -alliance défensive contre l’Autriche et l’Espagne, l’Angleterre, la -France et la Prusse, soucieuses surtout d’empêcher la reconstitution -de l’empire de Charles-Quint, autrement dit de maintenir l’équilibre -européen. Il est vrai que, le 6 août 1726, la Russie, et qu’en -mars 1727, la Prusse, à qui l’Empereur a promis certains avantages -territoriaux, font cause commune avec l’Autriche et l’Espagne. Par -contre, la Hollande, la Suède et le Danemark se rangent du côté de -l’Angleterre et de la France[167]. - - [166] Le traité de Hanovre, écrit M. Jean Dureng (_Mission de - Théodore de Chavignard de Chavigny en Allemagne_ (septembre - 1726, octobre 1731) _d’après ses Mémoires inédits_, 1912, p. - 8), le traité de Hanovre eut, comme suite, «la reconstitution» - par Chavigny «d’un parti hostile à l’Empereur, dépendant de - la France»; et l’éditeur ajoute: «L’affaiblissement et même - la rupture des liens qui attachaient l’Empire à l’Empereur» - sont les principes qui ne cessèrent d’inspirer la diplomatie - française jusques et y compris la Révolution et Napoléon Ier.» - - [167] H. CARRÉ: _Histoire de France au XVIIIe siècle_ (édition - Lavisse).--JOBEZ: _La France sous Louis XV_ (1864-1873, 6 vol.) - tome II. - -Un commencement d’hostilités, l’attaque de Gibraltar par l’Espagne, -peut, un instant, faire appréhender une conflagration générale. Mais le -traité de Vienne du 13 mai 1727 débarrasse l’horizon politique de ses -nuages. Tout danger de guerre est momentanément écarté: l’alliance de -l’Espagne et de l’Autriche, que devait fortifier le mariage, projeté, -de don Carlos, le second fils de Philippe V, avec Marie-Thérèse, est -désavouée par l’Empereur; et le privilège de la compagnie commerciale -d’Ostende est révoqué. Cette œuvre de pacification avait été savamment -conduite, il est vrai, par Fleury; mais Richelieu ne l’en avait pas -moins adroitement amorcée; et la réconciliation était complète, en août -1727, comme le dit l’historien Henri Martin, entre les deux branches de -la maison de Bourbon[168]. - - [168] _Mémoires_ de VILLARS, t. V.--A maintes reprises, le - Maréchal ne se fit pas faute d’interroger Richelieu sur divers - incidents de sa campagne diplomatique; et les _Mémoires_ - du vainqueur de Denain, en 1730, enregistrent certaines - déclarations de l’ambassadeur, auxquelles la véracité de - Villars donne un cachet d’authenticité. Richelieu ne lui - avait-il pas affirmé le fait, d’ailleurs certifié par - Fonseca, ambassadeur d’Autriche à Versailles, que l’Empereur - aurait rétrocédé Luxembourg et d’autres places fortes à - Louis XV, comme gage d’alliance avec la France, si le roi - Très-Chrétien lui avait garanti le bénéfice de la _Pragmatique - Sanction_, c’est-à-dire de la succession à l’Empire pour - les archiduchesses d’Autriche? Or, le cardinal Fleury avait - déclaré, en plein Conseil, que, si le chancelier Zinzendorff - avait consenti ces propositions à la France, il avait été - désavoué depuis par l’Empereur. Bien mieux, en 1732, le Garde - des Sceaux avait soutenu à Villars que Richelieu n’avait - jamais signalé au premier ministre le dessein formé par - Charles VI de marier l’aînée des archiduchesses à Don Carlos. - Et précisément l’ancien ambassadeur avait présenté à Villars - la copie de ses dépêches témoignant du désir de l’Empereur de - conclure cette union; aussi, le Maréchal estimait-il comme - «la pire des fautes, aussi honteuse que dangereuse», de - n’avoir pas assuré «l’Empire et tous les biens de la maison - d’Autriche à la troisième branche de la maison de Bourbon». - Une note de l’éditeur des _Mémoires_ de Villars ajoute: «En - effet il est question dans la Correspondance de Richelieu, - en 1725, de négociations secrètes entre l’Autriche et - l’Espagne pour le mariage du deuxième fils de Philippe V avec - l’archiduchesse Marie-Thérèse. Si elles ont réellement existé, - elles étaient inspirées par une pensée hostile à la France - et la secrète espérance de reconstituer contre elle l’empire - de Charles-Quint, mais avec un Bourbon. Villars fut toujours - convaincu que l’offre était sérieuse et que l’affaire avait - manqué par la faute de Fleury.» - -Aussi le jeune négociateur reçut-il l’accueil le plus flatteur du roi, -quand, le 3 juillet 1728, au retour de son ambassade[169], il vint -«faire sa révérence» à Louis XV, comme le dit Villars; mais, ajoute -le Maréchal, «on le trouva fort changé[170]». L’ardeur qu’il avait -apportée à remplir les devoirs de sa mission explique, de reste, cet -état physiologique; au moins eût-il dû demander au repos prolongé, la -réparation de ses forces; malheureusement, il retrouvait, à Paris et à -Versailles, cette vie de plaisir à outrance dont il avait en quelque -sorte perdu l’habitude à la Cour de Vienne, où l’austérité des mœurs et -la pratique intense de la dévotion lui donnaient presque des nausées, -ainsi qu’il l’écrivait au cardinal de Polignac. Mais sa légèreté et son -inconstance, qui l’entraînaient sans relâche vers de nouvelles amours, -lui suscitèrent de vives inimitiés chez des femmes dont il avait -éprouvé, dans le charme d’un adorable commerce intellectuel, la tendre -et sincère affection. C’est ainsi qu’il avait froissé, à son grand -dam, cette exquise Mme de Gontaut, avec qui il avait échangé une si -piquante correspondance[171] pendant son séjour à Vienne. Mais Mme de -Gontaut avait l’épigramme facile et sanglante, d’autant que la pointe -en était préalablement aiguisée par Roy, le poète satirique. Quand elle -vit Fanfarinet (c’était elle qui l’avait ainsi baptisé) s’éloigner -d’elle en esquissant une de ses pirouettes ordinaires, elle lui décocha -ce couplet à l’emporte-pièce: - - [169] Six mois auparavant, les nouvellistes parisiens - annonçaient déjà sa prochaine arrivée, «l’Empereur s’inquiétant - de ses assiduités auprès de l’Impératrice. Il devrait pourtant - se laisser donner un successeur par lui.» BIBLIOTHÈQUE DE - L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_, 10158. Nouvelles de café - (café Joseph), 20 janvier 1728. - - [170] Sa santé fut même très compromise l’année suivante, - s’il faut en croire la lettre dans laquelle Mlle Aïssé - (_Lettres_, édition E. Asse, 1873) écrivait, en novembre 1729, - de Pont-de-Veyle, que Richelieu, disait-on, se mourait de la - rougeole. - - D’ailleurs, il eut, dans le cours de sa vie, d’assez fréquentes - secousses.--Dangeau notait, le 15 novembre 1717: «Le duc de - Richelieu est assez considérablement malade, on l’a saigné et - on ne lui a tiré que du pus. Sa grande jeunesse pourra le tirer - de là.» Et, en effet, le 23, il était hors de danger.» Il est - donc évident que sa longévité fut, comme celle de Voltaire, - assez fréquemment contrariée par des accidents plus ou moins - graves, quoique en aient dit bon nombre de mémorialistes. - - [171] On ne trouve aucune trace de ces lettres dans les _Pièces - inédites sur les règnes de Louis XIV et Louis XV_ signalées - par notre _Avant-Propos_, publication où Soulavie avait - réuni, au Tome II, la correspondance des amis de Richelieu - sur «les intrigues de la Cour de France», avec l’«ambassadeur - extraordinaire», pendant son séjour à Vienne. - - Ton amour n’est que badinage; - Tes serments sont un persiflage, - Que tu prodigues, à chaque instant, - A tout objet qui se présente, - Sans choix, sans goût, ni sentiment. - Il te suffit d’en tromper trente. - -Ce trait final rappelle le mot du Président Hénault sur Richelieu: -«L’homme à bonnes fortunes du siècle; il a été le _dompteur de toutes -les femmes_, au point que l’on a remarqué celles qui lui avaient -résisté[172].» C’était comme un point d’honneur pour lui de ne point -rencontrer de cruelles; mais il n’avait pas le sens de l’éclectisme, et -Mme de Gontaut le lui dit nettement. - - [172] _Mémoires_ du Président Hénault (édition Fr. Rousseau, - 1911), p. 124. - -Cette confiance en soi, cette infatuation de son mérite n’ont rien qui -doive surprendre chez Richelieu. Jamais homme ne fut mieux servi par -les circonstances, ni plus heureusement doué par la nature. Sa vanité, -toujours en éveil, formulait à peine un désir qu’elle recevait pleine -et entière satisfaction. Il mettait, en effet, une sorte de coquetterie -à rechercher les distinctions honorifiques, sur lesquelles il semblait -que le grand nom de Richelieu lui donnât comme un droit de préemption. -En novembre 1732, il se faisait recevoir membre honoraire de l’Académie -des Sciences. Et nous verrons, par la suite, quel intérêt il prenait à -toutes les questions de théâtre et d’art, d’histoire et de littérature, -comment, en dépit de son humeur caustique, autoritaire, parfois même -brouillonne et tracassière sous les dehors d’une excessive politesse, -il jugeait sainement de matières qui paraissaient devoir échapper à sa -compétence. - -Il mettait déjà plus de circonspection dans ses agissements politiques -et, prudemment, se tenait à l’écart de manœuvres que des impatients -dirigeaient contre le gouvernement du cardinal Fleury. Parmi eux, le -duc de Gesvres, premier gentilhomme de la Chambre et le duc d’Épernon, -fils d’un premier mariage de la comtesse de Toulouse, avaient projeté -de renverser à bref délai le vieux prélat. Admis dans l’intimité -du roi qu’amusaient leurs boutades contre le ministre, et, croyant -l’heure propice, ils s’en ouvrirent à Richelieu. Celui-ci leur promit -le secret; mais, peu séduit par la perspective de reprendre une -quatrième fois le chemin de la Bastille, il préféra se retirer pour -quelques semaines dans son château du Poitou. Entre temps, de Gesvres -et d’Épernon présentaient au roi un mémoire qui était presque un -acte d’accusation contre Fleury et concluait à sa déchéance. Louis XV -chargea son premier ministre de la réponse; et les deux chefs de ce -complot à l’eau de rose, qu’on dénomma ironiquement la _Conjuration des -Marmouzets_, furent exilés dans leurs terres[173]. - - [173] JOBEZ: _La France sous Louis XV_, t. III, p. 56. - -Cette manifestation anti-ministérielle se produisit en octobre 1730. -Elle ne fut pas d’ailleurs la seule; mais toutes furent également -inoffensives. Elles se traduisaient, suivant la mode du temps, en -épigrammes, en couplets, en parodies tirées des classiques, en -pamphlets, en «lettres de l’autre monde». L’une d’elles, qui date du 25 -juillet 1732, offre cette particularité qu’elle est adressée au duc de -Richelieu par son grand-oncle, l’illustre Cardinal, en raison du projet -qu’on prêtait à Fleury de se faire ériger un mausolée dans l’église de -la Sorbonne, dont les caveaux devaient être exclusivement réservés à la -sépulture de Richelieu et de sa famille. Cette missive anonyme, écrite -«des Champs-Élysées», était tout à la fois un libelle contre Fleury -«ce petit-fils de laquais», et un panégyrique du neveu par l’oncle. Le -Cardinal qualifie--délicieux euphémisme!--«d’audacieuses entreprises -de jeunesse» les folies que l’on sait. «Le jeune duc, dit-il, prodigue -pour l’honneur de la nation une grande partie des biens qu’il lui a -laissés. Pénétrant pour ainsi dire dans les plus secrets replis de ce -fameux conseil aulique, il sert aussi bien son maître à entretenir -la paix avec cette fière maison d’Autriche, que lui, le Cardinal, a -servi le sien en abaissant la puissance énorme de cette maison.» Aussi -l’oncle s’en croit-il autorisé à «déduire ce que le neveu pourra faire -dans la guerre après ce qu’il lui voit faire dans la paix[174]». - - [174] BOISJOURDAIN: _Mélanges historiques, politiques et - satiriques_, 1807, 3 vol., t. II, p. 125. - -L’événement allait justifier le pronostic. - -Le succès de son ambassade avait développé, en effet, chez Richelieu le -germe d’une noble ambition, celle de «servir le roi» comme le disait -la «lettre du Cardinal», le roi représentant, sous l’ancien régime, -et l’État, et la France. Or, Richelieu se rappelait qu’il avait fait -ses premières armes sous Villars, à l’heure où le pays luttait contre -l’invasion étrangère; et quand la vacance du trône de Pologne, en -1733, autorisa les revendications de Stanislas Lesczinski, suggérées -d’ailleurs par son gendre, Louis XV, Richelieu fut le premier à -conseiller de leur prêter l’appui d’une politique ferme et vigoureuse. -Aussi fut-il désigné pour prendre part à la démonstration militaire -qu’allait tenter l’armée du Rhin, commandée par le Maréchal de Berwick. -Il partit avec le régiment d’infanterie, dont il était colonel par -commission du 15 mars 1718. - -Il avait apporté à ses préparatifs le faste et l’ostentation qui, -chez lui, étaient presque une seconde nature. Il emmenait, avec le -personnel que nécessitaient de tels équipages, 30 chevaux pour lui, 72 -mulets transportant ses bagages, et des tentes semblables à celles du -roi[175]. Villars s’amusa beaucoup de ce déploiement de luxe. - - [175] BARBIER: _Journal_, t. II, p. 428. - -Richelieu n’en fit pas moins bravement son devoir au siège de Kehl. - -Un brevet du 20 février 1734 lui accordait le grade de brigadier -d’infanterie à cette même armée du Rhin. - -Richelieu continua d’y servir en 1735, jusqu’à la paix, époque à -laquelle il se démit de son régiment. - -Puis, en 1738, il était pourvu de la lieutenance-générale du Languedoc, -au département du Vivarais et du Velay, sur la démission du marquis de -la Fare; et, le même jour, il recevait sa commission pour «commander, -au nom du Roi, dans la province». - -Avant d’atteindre sa quarantième année, il était donc parvenu au but -que se proposaient tous les grands seigneurs, ses contemporains; il -occupait un poste officiel dans le monde administratif, après avoir -conquis une place honorable dans les rangs de l’armée. - - - - -CHAPITRE XI - - _Le second mariage de Richelieu.--Voltaire l’a mené comme une - «comédie».--Richelieu retourne à l’armée: son duel avec le prince - de Lixin.--Sa femme, la princesse de Guise, est une nature - d’élite.--Comme elle seconde son mari aux États de Languedoc.--Une - anecdote du marquis de Valfons.--Richelieu fidèle pendant six - mois.--L’intrigue avec Mme de la Martellière.--Les cabinets - particuliers de la Galerie des Tuileries.--Amour passionné de la - duchesse pour son mari.--Ses derniers moments._ - - -Entre deux campagnes, Richelieu avait pris le temps de se remarier. - -Ce n’était pas la première fois qu’il envisageait cette éventualité. -Et même, Mlle de Noailles n’était pas morte de six mois, qu’il jetait -ses vues sur Mlle de Monaco, sœur de la duchesse de Valentinois. -«Mais, note le _Journal_ de Dangeau, cela n’a pu s’ajuster, tout est -rompu[176].» - - [176] DANGEAU: _Journal_, t. XVI, 16 mars 1717.--De nos jours, - un prince de Monaco épousa la veuve d’un duc de Richelieu. - -Il est probable que ce parti ne dût pas être le seul qui s’offrît à -Richelieu pendant les dix-huit années que dura son veuvage; mais les -annalistes contemporains n’en ont soufflé mot. Nous n’avons trouvé que -cette indication dans une gazette de café, datée du 20 janvier 1728: - -«M. de Senozan (un riche parvenu) veut faire épouser le duc de -Richelieu à sa fille et promet 20.000 écus à l’intermédiaire qui y -parviendra[177].» - - [177] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_, - 10158 (manuscrits). - -Mais Voltaire avait juré le bonheur de celui qui était déjà son idole, -avant qu’il devînt «son héros». Il parla, écrivit, s’agita, s’entremit -avec cette activité qu’il dépensait en toutes choses; et, le 14 -avril 1734, Richelieu se mariait, dans la chapelle de Montjeu, avec -«Élisabeth-Sophie de Lorraine, fille d’Anne-Marie-Joseph de Lorraine, -prince de Guise, comte d’Harcourt, marquis de Neufbourg et Montjeu et -Maria-Louise-Chrétienne de Nasville, princesse de Guise[178]». - - [178] _Dictionnaire_ de JAL, p. 1062 (Registres du Temple). - -Et, tout fier d’un tel dénouement, l’homme de théâtre qu’était Voltaire -écrivait à son ami Cideville qu’il avait conduit l’affaire comme une -intrigue de comédie. - -En réalité, la vanité, cette puissante directrice de toutes les actions -de Richelieu, avait singulièrement contribué à cette union. Si le -petit-fils des Vignerot, comme ses ennemis se plaisaient encore à -l’appeler, n’avait pu s’allier, jadis, par Mlle de Valois ou par Mlle -de Charolais, aux Bourbons, il entrait aujourd’hui dans une maison -princière, peut-être plus illustre, celle des Guise, puisqu’elle -prétendait descendre de Charlemagne. - -Il faut dire cependant, à l’éloge de Richelieu, que l’orgueil n’avait -pas, seul, déterminé son choix. Impulsif, ainsi qu’il le fut toute sa -vie, il s’était pris d’une soudaine passion pour Mlle de Guise, une -belle personne, un peu fière et presque farouche, jusque-là délaissée, -car elle n’avait pas de dot. Et très noblement, très galamment, il -l’avait épousée. - -Voltaire n’avait pas eu tort, quand il avait vu dans ce mariage le côté -théâtre. Huit jours après le «saint nœud», que le poète avait célébré -dans une épître restée célèbre[179], Richelieu avait dû quitter sa -femme, rappelé par la reprise des hostilités sur les bords du Rhin. Il -était de nouveau sous les ordres de Berwick et, parmi ses compagnons -d’armes, se trouvait un cousin de la duchesse, le prince de Lixin, qui, -avec son frère, le prince de Pons, avait refusé de signer au contrat de -sa parente. Le prince de Guise les avait «déshonorés», disaient-ils, -en donnant sa fille à ce Vignerot qui n’était pas gentilhomme. Or, -pendant le siège de Philisbourg, un soir que Richelieu, prié à souper -chez le prince de Conti, s’y rendait, au sortir de la tranchée, sans -avoir eu le temps de faire disparaître la sueur et la poussière dont il -était couvert, le prince de Lixin, qui était invité, lui aussi, parut -s’étonner que le duc ne fût pas encore décrassé, depuis son alliance -avec les Guise. Cette insolence fut cruellement châtiée. Richelieu -appela en duel le prince de Lixin et le tua net[180]. Il avait été -lui-même assez grièvement blessé et le bruit de sa mort avait couru -avec une telle persistance, que Voltaire, n’écoutant que son amitié, -était parti pour Philisbourg, acte de pieuse déférence qui lui avait -été imputé à crime[181]. - - [179] VOLTAIRE: _Épître à la Duchesse de Guise_ (avril 1734). - - [180] BARBIER: _Journal_ (Paris, 8 vol.), t. III, p. - 464.--NARBONNE: _Journal des règnes de Louis XIV et Louis XV_ - (Paris, 1860), pp. 316-317. - - [181] _Lettres de Mme du Châtelet_ (édit. E. Asse, 1878).--Et - cependant son arrivée au camp, dit DESNOIRESTERRES (_Vie de - Voltaire_, t. II, p. 45) avait été fêtée par les princes du - sang, MM. de Conti, de Charolais, de Clermont. - -Pour s’être si tardivement remarié, Richelieu avait eu la main -heureuse. - -Mlle de Guise était, en effet, une nature d’élite, qu’exaltait fort -Voltaire, quoiqu’elle pût porter ombrage à la docte Émilie. C’était, -comme on disait alors, une «salonnière». Elle avait fait un cours de -physique dans la salle des machines à la cour de Lorraine; et, certain -jour, elle avait confondu un prédicateur jésuite qui était un éloquent -bavard[182]. - - [182] VOLTAIRE: _Lettre à Fromont_, 25 juin 1735. - -Nous avouons que cette virtuosité de conférencière et ces exercices -de femme savante, si communs au XVIIIe siècle, nous trouvent assez -froid. Mais ce qui ne saurait nous laisser indifférent, c’est le rôle -d’associée et de collaboratrice, que la jeune duchesse tint auprès de -son mari, pendant le peu d’années qu’elle vécut. - -Richelieu, ainsi que nous l’avons vu maintes fois, était alors dans -un état voisin de la gêne; et si la lieutenance-générale du Languedoc -(il avait tablé sur le commandement de Bretagne) n’était pas une -compensation suffisante donnée à son amour-propre, elle comportait -du moins un revenu très appréciable. Pendant son absence, sa femme, -bien que déjà touchée par le mal qui allait l’emporter, s’employa fort -activement, de tous côtés, à réaliser les économies nécessaires. Elle -supprima, à Paris, un train de maison ruineux, loua l’hôtel de la place -Royale à l’ambassadeur de Naples[183] et vint se fixer à Montpellier, -siège du gouvernement de son mari[184]. - - [183] FAUR (_Vie privée_, t. I, p. 330) prétend que ce - diplomate, avant d’habiter l’hôtel, y fit parquer un troupeau - de moutons, pendant quelques jours, pour en chasser l’odeur - de musc, chère à Richelieu.--Même anecdote a été contée pour - l’Hôtel du Gouvernement à Bordeaux, que le Maréchal occupa - pendant près de 30 ans. - - [184] COMTESSE D’ARMAILLÉ: _La comtesse d’Egmont_ (Paris, - 1890), p. 3.--Le prince de Dombes était le gouverneur officiel; - et Richelieu commandait pour le roi, mais il était, de fait, le - gouverneur de la province; nous lui en conserverons le titre. - -Richelieu y prenait une succession difficile. Les catholiques, les -protestants, les juifs même étaient toujours en état de conflit. Et, -pour faire tomber le bouillonnement de ces cerveaux surchauffés, le -représentant du roi dut mettre en jeu toutes les ressources d’une -diplomatie que lui rendait familière l’adroite et aimable souplesse -de son esprit insinuant. Les débuts de Richelieu en Languedoc furent -un coup de maître; et le témoignage précieux d’un contemporain vient -corroborer une impression qui fut générale. Le marquis de Valfons -raconte la scène en ces termes: - -... «Je menais une vie très retirée, jusqu’au passage du duc de -Richelieu qui venait commander pour la première fois en Languedoc -(1739). Il soupa à l’évêché. Je ne voulus pas me mettre à table pour -être plus à portée de lui faire ma cour. Je l’avais vu à l’armée. Il ne -cherchait qu’à plaire et y réussissait à coup sûr. Au premier mot que -je lui dis, son accueil fut charmant; la joie qu’on avait de le voir -se peignait dans tous les yeux. Il voulut l’augmenter encore par ses -caresses et sa coquetterie naturelle. - ---«Vous êtes bien jeune pour ne pas souper, me dit-il. - ---«Monsieur le duc, lui répondis-je, on soupe tous les jours et les -instants de se rapprocher de vos bontés sont trop courts.» - -«Alors éloignant sa chaise et me faisant placer près de lui: - ---«Mettez-vous là, je le veux.» - -«Et tout de suite, il me fit mille questions. A la fin de souper, il me -dit: «Vous viendrez à Montpellier m’aider à faire les honneurs d’un bal -que j’y donne lundi prochain. Mme de Richelieu sera arrivée. Je vous -présenterai: elle vous recevra bien, car vous ressemblez parfaitement -au duc de la Trémoïlle qui est son parent et qu’elle aime beaucoup; du -reste vous ne deviez pas l’ignorer: on a dû vous le dire souvent.» - -«Je fus à Montpellier où il me reçut avec bonté et me mena aussitôt à -la toilette de Mme de Richelieu, qui, de la meilleure foi du monde, -me prenant pour son cousin, me dit: «Voilà une belle plaisanterie de -changer de nom et d’uniforme. Eh pourquoi ne m’avez-vous pas dit à -Paris la galanterie que vous me faites de venir aux États?» - -«M. de Richelieu m’accabla de bontés et m’ordonna de n’avoir pas -d’autre maison que la sienne[185].» - - [185] _Souvenirs_ du marquis DE VALFONS, 2me édition, 1906. - Émile-Paul, pp. 29-30. - -Avec une vaillance faisant honneur à sa ténacité, la jeune femme -supportait les fatigues de cette vie qui la minait; elle puisait -sa force de résistance dans son amour pour son mari; mais lui, qui -semblait l’adorer, était-il sincère? - -Lorsque Voltaire avait suivi d’un œil attendri la lune de miel d’un -couple aussi bien assorti--si tant est que son malicieux regard ait -jamais laissé percer la moindre lueur de sensibilité--il avait fort -sagement conseillé aux deux époux de ne pas tarir trop vite la coupe -qui s’offrait à leurs lèvres: - - Ne vous aimez pas trop, c’est moi qui vous en prie; - C’est le plus sûr moyen de vous aimer toujours. - Il vaut mieux être amis tout le temps de sa vie - Que d’être amants pour quelques jours. - -C’était, comme bien on pense, pour Richelieu que Voltaire parlait, -Richelieu qui avait juré - - D’être toujours fidèle et sage. - -Il le fut à peine six mois. - -En mars 1735, il eut une aventure qu’il nous paraît intéressant de -rappeler, non qu’elle soit une des plus brillantes conquêtes de ce -«dompteur de femmes», mais parce qu’elle montre, sous l’aspect peu -flatteur d’un professionnel de la défection amoureuse dans ce qu’elle -a de plus humiliant pour sa victime, l’homme qui se piquait volontiers -d’être le parangon de la politesse délicate et raffinée en matière de -galanterie. - -Cette anecdote figure dans divers _Souvenirs_ contemporains. Mais -nous l’empruntons, très modifiée, à une autre source beaucoup moins -suspecte, la correspondance d’un commissaire de police parisien. - -Le duc de Durfort se croit l’unique amant, et, bien entendu, adoré -d’une femme à la mode, Mme de la Martellière. Mais cette dame s’est -donnée toute à Richelieu, sans que «le cœur de celui-ci y mette -rien». Elle promet de souper avec lui, après avoir refusé cette -faveur à Durfort. Ces deux seigneurs se rencontrent, le lendemain du -rendez-vous, dans une maison amie. Durfort a la mine toute défaite. - ---«Qu’as-tu? demande Richelieu. - ---«Un contre-temps fâcheux n’a pas permis à Mme de la Martellière de me -recevoir cette nuit. - ---«Allons donc! - ---«Pourquoi pas? Vas-tu dire que je fais le petit-maître et qu’elle ne -m’aime pas? - ---«Que sais-je? Mais la nuit qu’elle t’a refusée, elle me l’a donnée à -moi. - ---«C’est trop fort! - ---«En veux-tu la preuve? Viens, tel jour, à tel endroit; nous y avons -pris rendez-vous. On t’ouvrira et tu me trouveras avec elle entre deux -draps.» - -Ce qui fut dit fut fait. Durfort est annoncé; il entre avant que Mme -de la Martellière ait pu s’évader. Elle se tapit sous la couverture, -mais Richelieu a la scélératesse de sauter à bas du lit, entraînant -après lui les draps. Et Durfort a la bassesse de gifler Mme de la -Martellière[186]. - - [186] Le Commissaire DUBUISSON: _Lettres au marquis de - Caumont_ (édition Rouxel, 1882), 31 mars 1735.--_Mélanges_ - de BOISJOURDAIN, t. II, p. 448.--Cette anecdote change de - face, suivant le narrateur qui en fait le récit. Dans les - _Nouvelles de Paris_, éditées en 1879, par M. de Barthélemy, - c’est Mme de la Martellière qui tient tête à ses deux amants: - «C’est la beauté à la mode; ces jours passés, elle avait donné - rendez-vous au duc de Richelieu; et le duc de Durfort, l’ayant - su par une mouche, voulut être aussi de la partie. Mme de la - Martellière, qui vit l’embarras des deux jeunes seigneurs, leur - dit: Messieurs, je vois bien que vous êtes embarrassés de me - voir ici l’un et l’autre; mais que cela ne vous inquiète pas, - je vous ferai à tous les deux la chouette.» - - Faur qui, dans la _Vie privée_, ne mentionne pas l’historiette, - consacre cependant plusieurs pages à Mme de la Martellière, - qu’il représente comme une des maîtresses les plus dévouées de - Richelieu (t. I, pp. 292-316). Faur va même jusqu’à dire que - le duc, pour la débarrasser de l’autrichien Penterrieder qui - l’«excédait», le provoqua en duel et le tua, non sans avoir été - lui-même assez grièvement blessé. - -Mais comment qualifier la conduite de Richelieu? - -C’est le même homme qui disait à Mme de Goesbriand, une de ses -maîtresses, le priant de lui envoyer sa voiture au Palais-Royal dans -la cour des Cuisines: «Je vous conseille, Madame, de rester dans cette -cour, pour y charmer les marmitons pour qui vous êtes faite. Adieu, ma -belle enfant.» - -Que de contrastes et de contradictions chez ce courtisan exquis, -devenu, en un tour de main, le pire des goujats! - -En 1737, une de ces nouvelles à la main que la lieutenance de police -commandait ou collectionnait pour son édification particulière, nous -apprend comment Richelieu mettait à profit les secrètes transformations -opérées par un des premiers valets de chambre du roi dans les -dépendances du Palais des Tuileries dont il était le gouverneur. - - 7 juin, - - «On a inventé un nouveau rendez-vous d’amour, tant pour la commodité - que pour la discrétion. Plusieurs personnes ont la clef de la galerie - que M. Bontemps s’est pratiquée, aux Tuileries, sous les voûtes de - la terrasse et qu’il a fait meubler. On y entre à la nuit fermée et - l’on y reste jusqu’à dix heures et plus, sans que personne puisse en - rien imaginer: car on n’y met point de lumières et l’on ne voit que - la clarté de la lune. M. le prince de Conti et M. le duc de Richelieu - y vont souvent[187].» - - [187] _Bibliothèque de la Ville de Paris_. Manuscrit 26700; à - la date. - -A cette date, d’après le nouvelliste, c’était Mme de Vernouillet, une -piquante beauté, que le duc daignait honorer de ses plus particulières -attentions et qui lui valut de malicieux couplets[188]. - - [188] Les _Nouvelles à la main_, éditées en 1879 par M. E. de - Barthélemy, attribuent même à Richelieu ce couplet sur Mme de - Vernouillet: - - Pour bien peindre en miniature - De Vernouillet la figure, - Il faudrait que la peinture - Exprimât tout à la fois - D’une Nymphe le corsage, - D’une Grâce le visage, - D’une Muse le langage, - D’une Sirène la voix. - -Ses infidélités ne durent pas être ignorées de sa femme. Il semble que -Voltaire en ait eu le pressentiment, quand, dans sa fameuse épître, il -s’écriait assez impertinemment, comme s’il eût prévu le châtiment du -coupable[189]: - - [189] DUC DE LÉVIS: _Souvenirs et Portraits_, 1815, pp. 21 et - suiv. - - Est-il dit qu’il ne sera pas - Ce qu’il a tant mérité d’être? - -Mais Richelieu veillait. Aussi, quand, de son propre aveu, au lendemain -de son mariage, il vit reparaître cet écuyer qui avait si bien consolé -sa première femme, le pria-t-il d’aller porter ailleurs ses services. - -Mais il n’avait rien à craindre avec Mlle de Guise, trop aimante pour -ne pas demeurer toujours fidèle. Lorsqu’elle fut irrémédiablement -perdue, le duc, par décence, resta plus souvent auprès d’elle, à -l’hôtel de Guise qu’elle habitait, depuis son retour de Montpellier. - -Un jour qu’il s’était rencontré dans la chambre de la mourante avec -son confesseur, le P. Segaud, il dit à sa femme, quand le jésuite l’eut -quittée: - ---«Au moins, en êtes-vous contente? - ---«Oh! oui, bien contente, il ne me défend pas de vous aimer[190].» - - [190] VOLTAIRE: _Correspondance_. _Lettre à Formont_ du 25 juin - 1735.--DUC DE LUYNES: _Mémoires_ ou _Journal_, t. III, p. 224. - -A l’heure de l’agonie, elle ne voulut pas qu’on appelât son mari, pour -lui éviter le déchirement de la séparation suprême; mais il avait donné -des ordres contraires; et elle eut la consolation de mourir entre ses -bras, dans l’étreinte d’un dernier baiser (2 août 1740). - -Elle laissait deux enfants: - -Louis-Antoine-Sophie Du Plessis-Richelieu, titré duc de Fronsac, né le -4 février 1736[191]; Jeanne-Sophie Élisabeth-Louise-Armande-Septimanie, -née le 1er mars 1740. C’étaient les États de Languedoc qui l’avaient -tenue sur les fonts baptismaux et lui avaient donné le nom de -Septimanie. Sa naissance, à Montpellier, avait hâté la fin de sa mère, -qui avait succombé à une nouvelle poussée de phtisie galopante, au -Temple, chez son père. - - [191] Le Commissaire Dubuisson écrit à M. de Caumont, en 1736, - que la duchesse de Richelieu vient d’accoucher d’un garçon, - que, sans cela, le roi eût envoyé le duc à la Bastille, parce - que celui-ci s’était permis d’aller chasser, avant lui, sur ses - propriétés, dans la plaine de Saint-Denis, où il avait tué 7 à - 800 pièces de gibier. - - - - -CHAPITRE XII - - _Le deuil de Richelieu.--Son séjour dans le Languedoc en - 1741.--Petite malice d’un vieux chanoine.--Esprit de tolérance de - Richelieu.--Son autorité en matière d’étiquette.--Il est processif, - autant par nécessité que par amour de la chicane.--Ses revendications - contre les propriétaires du Palais Royal.--L’histoire d’un - pamphlet.--Richelieu perd son procès._ - - -Il faut reconnaître, à la louange de Richelieu, qu’il manifesta les -regrets les plus vifs d’une perte douloureuse à tant d’égards. Nous -voulons croire qu’il fut sincère. De fait, Mme d’Armaillé, l’auteur -d’un beau livre sur la comtesse d’Egmont, fille de Richelieu, Mme -d’Armaillé, qui n’est certes pas suspecte de tendresse, ni d’admiration -exagérées pour le père, affirme qu’il «s’imposa un deuil sévère[192]», -dont il partagea la durée entre son château de Richelieu et son -gouvernement du Languedoc. - - [192] Comtesse D’ARMAILLÉ: _La Comtesse d’Egmont_, p. 11. - -Et, précisément, de son séjour dans cette province en 1741, nous avons -sous les yeux une relation, qui, par son contraste avec le récit du -marquis de Valfons, dit assez l’influence pondératrice que devait -exercer la duchesse sur l’esprit hautain et présomptueux de son mari. - -Le poète Piron (et nous concédons volontiers que son humeur satirique -aura bien pu pousser au noir le tableau) Piron écrit au comte de Livry: - -«On dit qu’il (le duc) y exige tous les honneurs dont se fût avisée -l’ambition du Cardinal de son nom. Canon, visites, harangues, _Te -Deum_, il ne vit plus que de cela. - -«Un vieux chanoine, à la tête d’un chapitre condamné à venir le -haranguer, lui a demandé comment se portait le roi. - -«Le duc, surpris de cette question familière, est resté muet et -interdit. - -«Le prêtre recommença: Monsieur le duc, je vous demande comment se -porte le roi. - ---«Fort bien, a dit brusquement Monsieur de Richelieu.» - -«Le chanoine se retournant alors vers le chapitre: - ---«Vous entendez, Messieurs, les nouvelles que Monsieur nous donne de -la santé du roi. Allons en rendre grâce à Dieu par un _Te Deum_, où M. -le Gouverneur nous fera sans doute la grâce d’assister.» - -«Ainsi fit-il, quoiqu’il eût demandé ce _Te Deum_ pour lui-même[193].» - - [193] _Œuvres inédites_ de PIRON (édition H. Bonhomme), 1859, - p. 248. - -Peut-être le malicieux chanoine soulignait-il ainsi la rancune que -le clergé languedocien gardait à Richelieu de son intervention -pacificatrice dans les querelles religieuses, toujours si ardentes en -cette région[194]. - - [194] Est-ce pour cette raison que Durozoir (art. _Richelieu_ - dans la _Biographie Michaud_) dit qu’il n’avait pas l’opinion - publique pour lui, bien qu’il exerçât une certaine influence - aux États de Languedoc? - -S’autorisant des instructions de Louis XIV, reprises par le -gouvernement de Louis XV et surtout par le ministre Saint-Florentin, -le prosélytisme catholique prétendait convertir par une persécution -intensive, beaucoup plus que par la persuasion, les membres de la -religion réformée, alors très nombreux dans les provinces méridionales. -Il leur enlevait leurs enfants, pour les enfermer dans des collèges ou -dans des couvents, dont les supérieurs avaient mission de les préparer -à l’abjuration du protestantisme. Or, Richelieu, pour ses débuts, avait -voulu renoncer à la manière forte; et sa tolérance avait été fort -appréciée des huguenots. - -Par contre, il n’eût pas souffert qu’on mît en discussion son -omnipotence politique; et, quand il revint en Languedoc, ce ne fut que -pour accentuer plus énergiquement son rôle de représentant du pouvoir -royal. Il entendait qu’on lui rendît tous les honneurs dûs à ses -fonctions; et il se montrait si fidèlement attaché aux anciens usages -et si scrupuleux observateur des lois de l’étiquette, qu’il faisait -fouiller la poudre des greffes, pour en extraire les chartes autorisant -ses prétentions ou condamnant celles de ses adversaires. Ce fut ainsi -qu’il entra maintes fois en conflit avec l’archevêque de Narbonne et -le Parlement de Montpellier, s’efforçant toutefois de les amener à -résipiscence par la grâce de ses manières et par la caresse de ses -paroles. - -C’est là, en effet, un aspect intéressant de cet homme de cour. - -Richelieu n’a qu’un médiocre souci de la religion, de la morale et -de la vertu; mais il a un profond respect de l’étiquette. Bien qu’on -lui conteste sa noblesse, il en défend, sans faiblir, toutes les -prérogatives; et sur ce terrain, il se rencontre, dans une même action -de solidarité (un mot qui trouve là sa pleine justification) avec ses -associés, les ducs et les pairs, souvent discutés comme lui. Ce n’est -pas seulement l’intérêt personnel, c’est aussi un devoir plus haut qui -lui dicte une telle attitude. Ces fonctions, ces privilèges sont autant -d’émanations du pouvoir royal; et le pouvoir royal est le principe -d’autorité qui doit rester pour tous intangible et incontesté, malgré -ses défaillances, ses erreurs ou ses crimes. - -Telle était la conception que Richelieu gardait immuable de ce «fait du -prince»; et nous verrons bientôt quelles conséquences il tira, par la -suite, d’un dogme d’infaillibilité, dont ses croyants pouvaient, sans -craindre d’être jamais démentis, proclamer la perpétuité[195]. - - [195] Pendant son séjour à Montpellier, Richelieu était en - correspondance suivie avec Barjac, le premier valet de chambre - de Fleury, influent comme les Bontemps, les Bachelier et les - Le Bel, auquel il prodiguait ses cajoleries et qui le tenait - au courant des nouvelles de la Cour. (Voir les _Mémoires_ de - MAUREPAS, t. III, p. 41.) - -Le duc de Luynes, qui avait remplacé officieusement Dangeau comme -historiographe de la cour de Louis XV, consultait volontiers Richelieu -sur toutes les questions d’étiquette ou de préséance, et ne manquait -pas d’enregistrer dans son _Journal_ les oracles que rendait un tel -augure. Il en est d’assez plaisants. «Le droit que les ducs ont -d’avoir des carreaux, non pas devant le roi, mais en arrière, n’est -pas nouveau, déclarait Richelieu à son interlocuteur, le 20 août 1738; -il est constant depuis de longues années.» Et il certifiait, à l’appui -de son assertion, qu’à Marly, «à la paroisse, il avait été cinq ou -six fois au salut avec le feu roi, dans une octave du Saint-Sacrement -(c’était en 1714) et qu’il avait toujours eu un carreau[196]». Il -citait encore une autre prérogative des Ducs et pairs, prérogative -«dont ils usent fort peu», mais que lui n’a jamais abdiquée. C’est au -Grand Conseil: quand il s’y présente comme client, il a un fauteuil, et -son avocat plaide derrière lui. «Lorsqu’il y prend séance, il passe, -en allant et revenant de la buvette, devant le premier président, et -coupe le parquet... Le premier président lui ôte le bonnet en prenant -sa voix[197].» - - [196] DUC DE LUYNES: _Journal_, t. II, p. 219. - - [197] _Ibid._, p. 224. - -Richelieu n’avouait pas cependant que le code de l’étiquette ne lui -donnait pas toujours raison. «Un jour, raconte Luynes, ayant reçu «une -lettre de compliments» du Parlement de Toulouse, «il lui fit réponse, à -ce que j’ai appris, dans ces termes» qu’il était, avec un attachement -inviolable, etc... Le Parlement lui renvoya la lettre; et M. de -Richelieu fut obligé d’en écrire une deuxième où il se servait du terme -de respect[198].» - - [198] _Ibid._, octobre 1738. - -D’ordinaire, les gens, à la fois aussi méticuleux sur le maintien -de leurs prérogatives et aussi peu soucieux des égards dûs à celles -d’autrui, sont essentiellement processifs; et Richelieu le fut toute -sa vie. C’était moins cependant pour des vices de forme que pour des -questions d’intérêt. La manie de paraître creusa souvent, nous l’avons -vu, des brèches énormes dans la fortune de Richelieu; et le besoin -d’argent, autant que l’esprit de taquinerie et que l’amour de la -chicane, jeta ce téméraire plaideur dans nombre de procès, dont il fut, -à maintes reprises, le mauvais marchand. - -Il n’avait pas vingt ans qu’il attaquait, en justice réglée, un -testament de Mlle d’Acigné, une sœur de sa mère, qui avait laissé -tout son bien à son cousin, l’abbé de Laval, dont avait hérité Mme de -Roquelaure, sa sœur. Richelieu perdit ce procès[199]. - - [199] _Journal_ de DANGEAU, t. XVI, p. 458. - -Il succomba de même dans une autre affaire litigieuse, qui traîna -plus de dix-huit années, et dont les diverses phases, non moins que -l’origine, furent marquées de curieux incidents. - -Richelieu avait revendiqué, en 1736, sur le duc d’Orléans et sur -différents propriétaires de maisons du Palais Royal, la possession -légitime des terrains occupés par les constructions, en sa qualité -d’héritier du Cardinal. Il avait pour avocat le célèbre Cochin; mais, -comme il affectait un certain dilettantisme littéraire, il allait -goûter au tribunal l’éloquence, très remarquée, du défenseur de ses -adversaires, un jeune maître d’un indéniable talent[200]. - - [200] DUBUISSON: _Lettres à M. le Marquis de Caumont_ (édit. - Rouxel), p. 335, 25 février 1737. - -Entre temps, courait, chez les libraires du Palais Royal, qui -le vendaient fort cher, après l’avoir reçu à titre gracieux, un -libelle anonyme très virulent, dont Richelieu, exaspéré, voulut -connaître l’auteur. Les propriétaires du Palais Royal le désavouèrent -énergiquement; et même leurs avocats le dénoncèrent au Parlement qui -en ordonna la suppression[201]. Il fut attribué successivement au -critique Desfontaines, au poète Roy et même à l’abbé de Boismorand, -un écrivain famélique. Celui-ci, sur qui se portaient plutôt les -soupçons, sut se justifier auprès du lieutenant de police Hérault et -finit par convaincre Richelieu. Alors le duc lui proposa de répondre -au pamphlétaire. L’abbé ne s’y refusa pas, mais fit observer à son -interlocuteur que cette riposte aurait peut-être l’inconvénient -de «donner plus de vogue et plus de poids au libelle». Richelieu -goûta ce raisonnement; mais il n’en avait pas moins écrit au -lieutenant de police pour lui communiquer des indications pouvant -le mettre sur la piste de l’auteur anonyme. Il lui signalait comme -l’inspirateur probable de ce factum satirique, le président de -Tugny, fils du financier Crozat. Sans trop s’arrêter à Boismorand, -il parlait, en outre, d’une distributrice arrêtée au Palais Royal -et d’autres colporteurs du Palais, trouvés nantis de ce pamphlet, -dont l’interrogatoire révélerait le ou les auteurs de la pièce -incriminée[202]. - - [201] _Bibliothèque de la Ville de Paris_, mss. 26700, année - 1737. - - [202] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_, - mss. 10016. Lettre autographe (inédite) du duc de Richelieu - au lieutenant de police (9 juillet au soir). Ce libelle ne - serait-il pas le même que cette _Histoire des rats_, dont - parle une nouvelle à la main du 14 août 1737 (mss. 26700)? - Cette histoire, dit-elle, «se vend assez librement, quoique - sans approbation, ni privilège: il y a plusieurs portraits - très applicables à des personnes en place; on a remarqué qu’il - y a une espèce d’estampe dans le livre qui attrape fort la - ressemblance de M. le duc de Richelieu.» Un exemplaire de - l’_Histoire des Rats_, illustré de l’estampe en question, - appartient à la Section des Imprimés de la Bibliothèque - Nationale. - -Nous ne voyons pas quelle suite fut donnée à la plainte de Richelieu; -mais nous constatons que son procès en revendication contre les -propriétaires du Palais Royal se plaidait encore en 1755; et c’est par -une note, très explicite, du _Journal_ de Luynes que nous en apprenons -la fin. - -«Il y a huit jours que M. de Richelieu a perdu son procès tout d’une -voix. Il n’y a eu qu’un ou deux conseillers qui ont ouvert un autre -avis et qui, sur-le-champ, se sont réunis à la pluralité. - -«M. le Maréchal de Richelieu prétendait que les terrains sur -lesquels on a bâti plusieurs maisons (au Palais Royal) faisaient -partie des biens substitués par M. le cardinal de Richelieu, vendus -postérieurement à la substitution. Les acquéreurs ou propriétaires -prouvaient que les prix des ventes des terrains ou maisons avaient -été employés à payer des dettes antérieures à la substitution. M. de -Richelieu prétendait au contraire que les effets mobiliers étaient plus -que suffisants pour payer les dettes. Les propriétaires persistaient -dans leur calcul. Si M. le Maréchal de Richelieu avait gagné, cela -aurait causé la ruine de plusieurs bons bourgeois; et l’on prétend que -cela lui aurait fait un avantage de cinq millions. - -«On compte que les frais que M. de Richelieu est condamné à payer iront -à 150.000 livres; mais M. de Richelieu se flatte de retirer cette somme -des poursuites qu’il est autorisé à faire contre les particuliers -qui ne se sont pas mis en règle pour justifier de l’emploi de leur -argent[203].» - - [203] Duc DE LUYNES: _Journal_, t. XIV, 1er septembre 1755. - - - - -CHAPITRE XIII - - _La galanterie sert la politique de Richelieu.--L’amitié qui la - favorise.--Mme du Châtelet lui assure le concours de Voltaire.--Une - autre amie, Mme de Tencin, donne à Richelieu la clef des intrigues - ministérielles.--Rupture de Louis XV et de la Reine exploitée par - les partis.--Richelieu ne fut pas, à l’origine, le «corrupteur» du - roi.--Sa perversité fut devancée par celle de Bachelier, un des - premiers valets de chambre._ - - -Il semble qu’après la mort de sa seconde femme, Richelieu ait renoncé -pour toujours à courir les chances d’une troisième union, comme s’il -eût désespéré d’y retrouver une collaboratrice aussi intelligente, -aussi dévouée, aussi aimante que celle dont une fin prématurée venait -de le séparer à jamais. - -Il n’en suivit qu’avec plus de ténacité une ligne de conduite, qu’avait -enrayée momentanément son affection pour la princesse de Guise. S’il -n’eut garde de se désintéresser (loin de là) des jeux variés et -compliqués de la galanterie, il entendit en tirer, comme par le passé, -pour sa fortune politique, des profits moins aléatoires que ceux -auxquels s’était laissé prendre jadis son orgueil, trop facilement -satisfait. - -Ce fut l’amitié, volontiers oublieuse des ingratitudes de l’amour, qui -s’employa, par les moyens les plus ingénieux et les plus subtils, à -servir une ambition sans préjugés, ni scrupules. - -Deux femmes, qui n’étaient plus ses maîtresses, furent, pour -Richelieu, non pas des Égéries (il n’était pas l’homme des -consultations académiques), mais des correspondantes avisées, dont -l’initiative pouvait se prêter à toutes les démarches et à toutes les -manœuvres que leur ami eût réclamées de leur zèle. - -C’était la marquise du Châtelet, qui, par son mérite personnel, par -son influence sur Voltaire, jouait un si grand rôle dans le monde des -lettres et des sciences; c’était Mme de Tencin, bas-bleu, elle aussi, -et d’un azur très prononcé, que son génie d’intrigue et la haute -situation de son frère le Cardinal faisaient faufiler dans tous les -salons mondains et politiques et jusque dans les Cabinets ministériels. - -Mme du Châtelet, «la docte Émilie», écrivait fréquemment à Richelieu, -depuis qu’elle était toute à Voltaire; et ses lettres[204] sont des -modèles de franche et loyale sincérité: «Vous connaissez mon cœur, lui -disait-elle en mai 1735, et vous savez combien il est vraiment occupé. -Je m’applaudis d’aimer en vous l’ami de mon amant.» - - [204] M. Eugène Asse a publié, en 1878, ces lettres de Mme - du Châtelet: presque toutes sont tirées de la _Vie privée de - Richelieu_, par Faur: l’autorité d’un tel érudit, qui les - accepte comme authentiques, permet donc d’en faire état. - -C’est aussi que cet amant, chez qui le cerveau était toujours en état -d’effervescence, avait parfois des emportements de passion amicale pour -un homme, auquel il prétendait ressembler et dont il laissait entendre, -par manière de plaisanterie, que lui, le fils du notaire, pouvait bien -être le frère naturel du fils du grand Seigneur. - -Sénac de Meilhan a nettement défini les affinités physiques qui -rapprochaient les deux amis: - -«Il y avait, dit-il, dans les gestes et le ton de la voix, les plus -grands rapports entre Voltaire et le Maréchal de Richelieu; et ils -étaient si frappants qu’on ne peut se refuser à croire qu’ils s’étaient -réciproquement imités. Le poète avait sans doute copié les manières de -l’homme qui avait le plus d’éclat et le plus de succès dans le monde; -et l’homme de la Cour avait saisi quelques gestes expressifs d’un -auteur célèbre qui réunissait les grâces de l’esprit et le ton du monde -aux plus grands talents[205].» - - [205] SÉNAC DE MEILHAN: _Le Gouvernement, les mœurs et les - conditions de la France avant la Révolution_ (édition de - Lescure), pp. 92-93. - -Ajoutez que la ressemblance morale n’était pas moindre. Tous deux -étaient également autoritaires, susceptibles et vaniteux; ils avaient -l’humeur changeante et le cœur sec; chez eux la colère était prompte -et la rancune de longue durée; mais leur esprit, très vif, s’ouvrait -aux belles choses; ils avaient le sens droit et parfois des élans de -générosité. - -On comprend alors le mot si profond de Mme du Châtelet: «Je m’applaudis -d’aimer en vous l’ami de mon amant.» - -Elle lui écrivait encore à la même époque: - -«Voilà comme vous êtes, vous aimez les gens huit jours; vous m’avez -fait des coquetteries d’amitié, mais moi qui prends l’amitié comme la -chose la plus sérieuse du monde et qui vous aime véritablement, je -m’inquiétais de votre silence et je m’en affligeais. Je me disais à -moi-même il faut aimer ses amis avec leurs défauts. M. de Richelieu -est léger, inégal; il faut l’aimer tel qu’il est... Voilà les idées -qui m’occupaient, pendant que vous étiez, à ce que vous prétendez, -obstrué... Vous me faites une description si comique de l’état où vous -étiez, que, si je n’étais en peine de votre santé, je vous dirais que -je n’ai vu que vos lettres, qui soient à la fois tendres et plaisantes, -deux choses qui ne vont point ordinairement ensemble.» - -Là encore, la Marquise a trouvé le mot juste. Les lettres de Richelieu -(et elles sont rares) ont des côtés drôlatiques inattendus; puis, -soudain, la grâce séductrice de l’homme reparaît. Et Mme du Châtelet -y fait appel, quand elle écrit de Bruxelles, le 24 septembre 1740, à -Richelieu, après une brouille passagère avec l’amant[206]: - - [206] _Lettres de M. de Voltaire et de sa célèbre amie_, 1782. - -... «Votre amitié est la seule consolation qui me reste; mais il -faudrait en jouir de cette amitié; et je suis à cent lieues de vous... -Mon cœur n’est à son aise qu’avec vous; vous seul l’entendez.» - -Richelieu pouvait donc avoir toute confiance dans une telle auxiliaire: -et cette amitié fut aussi efficace qu’elle était vive. Voltaire, déjà -entraîné, en subit la douce contrainte, bien qu’il maugréât, de temps -à autre, contre les caprices tyranniques du grand Seigneur. Et, par la -suite, le clan philosophique, qui supportait difficilement les dédains, -les sarcasmes et l’intransigeance de Richelieu, ne lui déclara pas -ouvertement la guerre, par respect pour le «solitaire de Ferney». - -Voltaire, qui avait encore ce trait commun de ressemblance avec -Richelieu, d’être, à l’occasion, un homme d’affaires adroit et subtil, -Voltaire sut profiter de la bienveillance de son noble ami, pour lui -placer en viager, à gros intérêts, 40.000 livres. Il lui joua, ce -jour-là, une comédie dans le genre du _Légataire Universel_: Voyez, lui -disait-il, ma pauvre santé! C’est pour vous une affaire d’or. - -Et Richelieu paya, pendant quarante-cinq ans, cette pension -viagère[207]! - - [207] Richelieu était souvent en retard et Voltaire le lui - rappelle humblement. - -Mais, en retour, Voltaire lui conférait un brevet de bienfaiteur de -l’humanité, de «marchand de bonheur», qui rehaussait singulièrement -le prestige de l’homme de cour. Il écrivait, en 1741, à M. Claris, -conseiller à la Cour des Comptes: - - Qui vit auprès d’Émilie, - Ou bien auprès de Richelieu, - Est un élu dans cette vie. - -Il accordait encore au gentilhomme un diplôme de lettré. Il lui -reconnaissait un goût très marqué pour les «anecdotes de l’histoire» et -l’attendait à Cirey pour «disputer contre Mme du Châtelet», mais sous -cette réserve, voilée d’une délicate allusion: - - Et s’il vous peut rester encore - Quelque pitié pour le prochain, - Épargnez, dans votre chemin, - La beauté que mon cœur adore[208]. - - [208] _Correspondance de Voltaire_, années 1735 et suivantes. - -Par réciprocité, Richelieu, bien que Voltaire se plaignît de la rareté -ou de la brièveté de ses réponses, prenait en main les intérêts -académiques de son correspondant. L’abbé d’Olivet écrivait, en 1736, au -Président Bouhier: «M. le duc de Richelieu et M. le duc de Villars me -dirent qu’ils travaillaient pour Voltaire auprès de M. le Cardinal et -de M. le Garde des Sceaux et qu’ils comptent que moi, de mon côté, je -travaillerai au dedans de l’Académie.»[209] - - [209] DESNOIRESTERRES: _Vie de Voltaire_, t. II, p. 96. - -Avec une tendresse moins pénétrante, mais avec une plus remuante -activité, Mme de Tencin allait, pareillement, officier pour le Dieu. - -Celui-ci, bien qu’il parût aussi préoccupé de ses devoirs militaires -que de ses prouesses galantes, n’en suivait pas d’un œil moins -attentif, en courtisan délié qu’il était, le réseau d’intrigues -qu’ourdissaient à Versailles tous les partis. Ce qui semblait en -autoriser les espoirs, c’était l’âge avancé du premier ministre, -c’était l’inexpérience et l’insouciance apparente du jeune roi. Une -crise conjugale, survenue dans l’auguste ménage, encourageait plus -encore les rêves d’ambitieux à l’affût de toutes ces défaillances. Par -lassitude, ou par scrupule religieux, la reine Marie Lesczinska, qui -avait déjà largement payé sa dette aux exigences de la maternité, se -refusait souvent aux ardeurs d’un mari plus jeune qu’elle. Or, Louis XV -avait les appétits violents des Bourbons. Il se défendit désormais -d’attendre les convenances de la reine. Ce fut comme une révolution à -la Cour. - -On a écrit de Richelieu qu’il avait été le corrupteur de Louis XV[210]. -Le mot est bien gros et n’est pas tout à fait exact. Avant «l’Alcibiade -moderne», les entours du roi, et surtout ses premiers valets de chambre -avaient pris à cœur de consoler leur maître des rigueurs de la reine. -Les historiens, qui ont attribué ce rôle à Richelieu, se sont -déterminés d’après les Mémoires du temps, rédigés, pour la plupart, sur -les notes d’ennemis d’un courtisan trop heureux. L’un d’eux, Maurepas, -ministre de la maison du Roi, exécrait Richelieu, qui le lui rendait -bien, comme il détestait toutes les favorites de Louis XV. Obéissant -ainsi aux suggestions de sa femme, aussi intelligente qu’elle était -laide et contrefaite, Maurepas ne voyait en Richelieu qu’un agent de -perversité, associé aux beautés faciles de la Cour, pour hâter la chute -du ministre, en attisant les passions du roi. - - [210] De même le Duc de Broglie, qui a plus d’aversion encore - pour Voltaire que pour Richelieu, a dit dans _Frédéric II et - Louis XV_ (1895, t. 1, p. 196) que le poète avait perverti - l’homme de cour. C’est bien invraisemblable. Nous connaissons - les débuts de Richelieu: il n’avait certes pas attendu que - Voltaire lui servît d’éducateur; celui-ci subit, au contraire, - toute sa vie, l’ascendant de Richelieu, qui fit, en quelque - sorte, de ce railleur perpétuel son souffre-douleur. - -Les Mémoires[211] de cet homme d’État citent un exemple de ce procédé -d’intoxication. - - [211] MAUREPAS: _Mémoires_, t. II, p. 267. - -«Le duc de Richelieu a donné au roi la liste de toutes les dames -qui ont voulu avoir le géant qui arriva de Suède, il y a deux ans. -Il nous a montré les vers suivants qu’il a sortis de sa cassette et -nous a nommé la dame favorisée. Ils sont fort singuliers, ces vers et -caractérisent très bien l’esprit et le cœur du duc de Richelieu et -nous apprennent ce qu’il inculque dans l’esprit du roi qui n’a que -vingt-huit ans: - - Dame qui donnait dans le grand - Croyant faire chose admirable, - Jeta les yeux sur ce géant. - Mais, loin de le trouver sortable, - Elle dit, voyant le vilain: - --Pauvre géant, tu n’es qu’un nain! - -L’anecdote se place en 1738; et le roi, à cette époque, n’avait pas -attendu après les vers de la cassette, d’ailleurs de mauvais goût, pour -devenir aussi rapidement la proie de la corruption. - -Il est certain que Richelieu, comme tant de ses contemporains et -Maurepas lui-même, collectionneur émérite, se plaisait à rassembler -toutes les pièces de musées secrets. Déjà, en 1717, il exhibait -complaisamment des médaillons de Klingstett, le plus fin et le plus -obscène des miniaturistes[212], médaillons où il se mettait en scène -dans des attitudes dignes des figures de l’Arétin. En 1740, un soir -qu’il donnait un grand souper dans sa petite maison de la barrière de -Vaugirard, il signalait à ses convives, sur les lambris de la salle à -manger, et au milieu de chaque panneau, des figures indécentes en plein -relief. La vieille duchesse de Brancas, pour les mieux voir, arbora ses -lunettes et les «considéra d’un air pincé», tandis que Richelieu, une -bougie à la main, en expliquait, avec force détails, les poses les plus -intéressantes[213]. - - [212] E. DE BARTHÉLEMY: _Les Correspondants de la Marquise de - Balleroy_, t. I, p. 204. - - [213] Marquis D’ARGENSON: _Mémoires_, t. III, p. 235, - novembre 1740.--_Les Petites Maisons_, de M. G. CAPON (1902) - ne mentionnent pas ce domicile de Richelieu que nous avons - vainement cherché à identifier. - -Assurément, ce fanfaron du vice eût été ravi que le roi lui dût sa -première maîtresse, mais il n’eut pas ce triste honneur. Le valet -de chambre Bachelier--un personnage--fut l’initiateur. Louis XV, -rebuté par la reine, voulait, à tout prix, avoir une femme, dit -assez brutalement d’Argenson; mais il était d’une extrême timidité. -Vers la fin de 1736, Bachelier négocia une transaction, qui fut -d’ailleurs laborieuse, avec Mme de Mailly, l’aînée des cinq filles du -marquis de Nesle[214]; et le cardinal Fleury s’y résigna sans trop de -répugnance[215]. De son côté, Mlle de Charolais, l’ancienne maîtresse -de Richelieu, avait prêté l’appui de son inépuisable complaisance à -cette œuvre malsaine, dont elle avait déjà favorisé le développement -par son propre exemple. - - [214] Marquis d’ARGENSON, _Mémoires_, t. I, p. 220. - - [215] D’après les _Mémoires_ de la Duchesse DE BRANCAS - (édition L. Lacour), Richelieu disait que le Cardinal «avait - très bien fait de mettre la Mailly dans le lit du roi». Mais, - s’il faut en croire un manuscrit, inédit, de la Marquise - de la Ferté-Imbault (P. DE SÉGUR: _le Royaume de la rue - Saint-Honoré_, 1896, p. 409) ce furent Chicoyneau, le premier - médecin de Louis XV et La Peyronie, premier chirurgien, qui - se concertèrent, à l’insu du Cardinal Fleury, pour donner - une maîtresse au roi, menacé de jaunisse, du fait même de sa - continence. - -Ce n’est pas que l’opération eût autrement choqué la Cour. Beaucoup de -gens de qualité, qui eussent rougi de faire un tel métier, estimaient -cependant très licite la liaison d’une femme titrée avec le roi. -C’était encore _le fait du prince_, doctrine d’ordre essentiellement -arbitraire, qu’il appartint à Richelieu d’exploiter avec une si -triomphante effronterie. Car, non seulement il n’éprouva aucune gêne à -prendre pour modèles les premiers valets de chambre de Louis XV; mais -ce rôle de Mercure royal lui donna comme l’impression d’une charge -nouvelle et les services qu’il rendait ainsi au maître lui semblèrent -comme autant d’étapes qui le rapprochaient du pouvoir: «En secondant -les plaisirs du roi, dit un de ses panégyristes, il ne parut jamais -s’avilir.» - -Ses _Mémoires authentiques_ s’abstiennent, il est vrai, d’aborder la -question. - - - - -CHAPITRE XIV - - _Richelieu devient le grand favori du roi.--Ses impressions sur la - mentalité de Louis XV.--Les demoiselles de Nesle.--Richelieu intrigue - pour la Marquise de la Tournelle.--Ses intelligences avec Mme de - Tencin, pendant qu’il est à l’armée de Flandre.--Loin de Versailles, - il travaille à la «quitterie» de Mme de Mailly.--Il reparaît à la - Cour.--Le précepteur du roi et le professeur «di piazza».--Fin d’une - longue résistance.--La «dormeuse» de M. de Richelieu._ - - -Richelieu était maréchal de camp depuis 1738, quand éclata, en 1741, -la _Guerre de la succession d’Autriche_[216]. Il devait servir, sous -les ordres du Maréchal de Noailles, à l’armée de Flandre, pendant la -campagne de 1742. - - [216] L’Empereur Charles VI était mort le 20 octobre 1740; et - sa fille aînée, Marie-Thérèse, en vertu de la _Pragmatique_, - reconnue par les principaux États de l’Europe, avait réclamé - le bénéfice de la succession paternelle, que lui déniait - maintenant la France, alliée à l’Espagne, à la Prusse et - à diverses principautés de l’Allemagne, coalisées pour - revendiquer une partie des possessions autrichiennes. Au mois - d’octobre 1741, conformément au plan du Comte de Belle-Isle, - l’armée combinée de France et de Bavière était entrée en - campagne sous les ordres du Maréchal de Broglie, qui remplaçait - provisoirement le Comte de Belle-Isle, resté, en qualité de - plénipotentiaire, à Francfort, où l’électeur de Bavière, - le candidat de la France, devait être proclamé empereur - d’Allemagne en janvier 1742. - -Lorsque, avant son départ, il revint du Languedoc pour s’arrêter à la -Cour, il apportait au roi un magnifique présent: il avait déterminé les -États à donner à Louis XV, aux frais de la province, un régiment de -dragons, dit de Septimanie. - -Déjà, il était agréable au prince; il en devint le grand favori; et, -dans une heure d’expansion, peut-être imprudente (car Richelieu était -un brillant, mais intarissable causeur) il communiquait au marquis -d’Argenson, frère de l’homme politique bientôt appelé au secrétariat -de la Guerre, ses impressions sur l’état d’âme du jeune roi. Richelieu -avait le sens de l’observation; et l’on voit qu’il avait étudié de -près le caractère d’un souverain, que l’opinion publique s’accordait -à représenter comme facilement malléable, au gré de ministres ou de -favoris possédant un certain doigté. - -Naturellement Richelieu vantait à son interlocuteur la mentalité du -roi, «gâtée» cependant par une éducation faussée ou incomplète: il est -certain que le Régent, le duc de Bourbon et même le cardinal Fleury -n’étaient pas des éducateurs de premier ordre. Richelieu déplorait la -tristesse continuelle d’un prince, intelligent et doux, mais d’esprit -méfiant: «Il ne lui manquait, disait-il, que de paraître sensible[217].» - - [217] _Mémoires_ du marquis d’ARGENSON, t. III, novembre 1741. - -On devine la signification que ce mot, déjà fort à la mode, devait -prendre dans la bouche de Richelieu. Peut-être avait-il trouvé que -les petits soupers chez Mme de Mailly, auxquels il avait eu l’honneur -d’être admis, n’avaient pas la gaieté des siens et se proposait-il, si -jamais le roi lui confiait l’ordonnance de sa vie galante, de lui en -faire goûter de plus savoureux. - -Toutefois, cet avisé calculateur ne laissait pas que d’être -singulièrement perplexe. Seules, les demoiselles de Nesle semblaient -accaparer les faveurs de Louis XV. Mlle de Montcavrel, appelée à -devenir plus tard duchesse de Lauraguais[218], partageait, disait-on, -avec Mme de Mailly la tendresse royale. Quant à leur sœur, récemment -mariée au comte de Vintimille, le doute n’était pas possible; cette -union n’avait eu d’autre but que de légitimer une grossesse dont le -fruit avait été malicieusement baptisé le _Demi-Louis_. Un instant, -Richelieu avait jeté ses vues sur la comtesse, pour en faire la -_maîtresse en titre_; car le roi, malgré son indolence et sa froideur, -aimait réellement Mme de Vintimille; mais elle avait succombé aux -suites de l’accouchement et son amant l’avait pleurée: ce jour-là, il -avait «paru sensible» à Richelieu[219]. - - [218] La «grosse réjouie», comme on l’appelait encore, quand on - ne lui donnait pas de plus fâcheux surnoms. - - [219] _Mémoires_ du marquis d’ARGENSON, t. III, novembre 1741. - -Il restait encore deux demoiselles de Nesle: l’une, la femme du marquis -de Flavacourt, était une des beautés de Versailles, mais elle haïssait -le roi presque autant que son mari; et, d’après le Marquis d’Argenson, -elle était, depuis 1740, la maîtresse de Richelieu, lequel s’efforçait -à lui inculquer un peu d’esprit, la nature ayant négligé d’y pourvoir. - -Par contre, l’autre sœur, veuve du marquis de la Tournelle, était la -seule de la famille qui pût donner quelque espoir à Richelieu. Elle -était d’une superbe prestance, d’une figure éblouissante de blancheur, -aux traits réguliers, quoique un peu forts, mais très expressifs, -illuminés par de grands yeux d’un bleu admirable. Elle était -volontaire, énergique, ambitieuse. - -Son cœur appartenait déjà au Duc d’Agénois, mais son orgueil exultait -de voir l’amour qu’elle venait d’inspirer à Louis XV, et Richelieu -avait surpris la flamme de cette impérieuse passion dans les yeux du -roi, toujours timide, toujours hésitant! Néanmoins, la place refusait -de se rendre; Richelieu entendit l’emporter pour le compte du maître. -Ses intérêts personnels ne pouvaient que gagner à la manœuvre; et -bientôt il commençait secrètement les travaux d’approche[220]. - - [220] Les GONCOURT: _La Duchesse de Châteauroux_, - 1879.--_Mémoires authentiques_ (inédits) du Maréchal DE - RICHELIEU. Ces _Mémoires_ donnent une place considérable au - règne de la future duchesse de Châteauroux. Le lecteur y verra, - quand ils seront publiés, avec quelle merveilleuse aisance le - duc évolue au milieu du réseau d’intrigues nouées par lui ou - par ses adversaires, mais surtout avec quel art infini, cet - homme, qui protestait de son zèle «pour le bien de l’État», - s’efforce de réduire son rôle, dans cette tragi-comédie, à - celui de simple confident, alors que ses contemporains en ont - démontré l’importance capitale et flétri l’indigne attitude. - -Entre temps, en avril 1742, pendant un de ses voyages de Paris à -Saint-Léger, près de Rambouillet, il apprend, de divers côtés et par -ses amis de Cour, que Fleury veut l’envoyer, toute affaire cessante, en -Languedoc, sous le spécieux prétexte de rassemblements séditieux des -protestants dans cette province. Richelieu flaire là un subterfuge; il -sollicite aussitôt une audience du Cardinal. Il l’obtient et presse -de questions le prélat. Celui-ci finit par lui reprocher, d’après des -informations qu’il tient de la reine, d’avoir blâmé son administration. -Richelieu en convient: «J’ai dit, affirme-t-il, qu’il est dangereux -d’avoir, au milieu d’une guerre avec toute l’Europe, un Conseil comme -le nôtre, où il n’y a pas de militaire»; il avait ajouté cependant que -le Cardinal, après mûre réflexion, saurait y remédier. - ---«Mais, à votre avis, comment dois-je composer mon Conseil?» fait le -premier ministre. - ---«Si le roi me questionnait à cet égard, réplique le Duc, je lui -dirais qu’il n’y a qu’un homme pour lui répondre, le cardinal de -Fleury.» - -Cette adroite flatterie désarma l’Éminence. - -Mais qui sait si le véritable motif, resté inavoué, de l’envoi immédiat -de Richelieu en Languedoc, n’était pas l’appréhension de l’influence -que le favori prenait déjà sur l’esprit du roi, ou peut-être quelque -révélation indiscrète parvenue aux oreilles du Cardinal et lui -dénonçant le plan de campagne du courtisan? Car le jour n’est pas -éloigné, où, pressentant les desseins de Richelieu, bien que celui-ci -n’eût fait de confidences à personne, Fleury, inquiet, demande, en -toute sincérité, à la duchesse de Brancas, dont il connaît l’intimité -avec le Duc, s’il est vrai que son ami «veut donner Mme de la Tournelle -au roi». La duchesse répond qu’elle n’en sait rien: elle ne croit même -pas que Richelieu en ait jamais parlé au prince. - ---«Et surtout, recommande Fleury, ne lui en soufflez mot; «ne le tentez -pas de me punir de mes soupçons et de les changer en réalités[221].» - - [221] _Mémoires de la duchesse_ DE BRANCAS (édition L. Lacour, - 1865), p. 50.--Le titre de la 1re édition porte: _Lettres de - L.-B. Lauraguais à Madame... Fragments des Mémoires de la - duchesse de Brancas_, etc... (Paris, Buisson, an II). - -Un événement imprévu allait, en précipitant la stratégie, jusqu’alors -un peu lente, de Richelieu, justifier les craintes du Cardinal. Le Duc, -à son retour des États du Languedoc, dans le courant de septembre, -apprend, au débotté, la mort de la duchesse de Mazarin, survenue le 10 -de ce même mois. Cette dame était la belle grand’mère des demoiselles -de Nesle; et sa maison, «un foyer d’intrigues», était ouverte aux -partis les plus opposés. Le comte et la comtesse de Maurepas, héritiers -de la duchesse, étaient les familiers de son hôtel; le ministre de la -maison du roi, qui simulait alors une passion violente pour Mme de -la Tournelle, avait conseillé à la jeune veuve, vu la modicité de sa -fortune, de se retirer dans un couvent[222]: elle se concilierait ainsi -les bonnes grâces du Cardinal et pourrait, de ce fait, obtenir la place -qu’elle sollicitait, et qui lui était d’ailleurs promise, de «dame du -palais de la reine». - - [222] _Mémoires de la duchesse_ DE BRANCAS (édit. L. Lacour), - p. 55. - -Le tour n’était pas mal imaginé pour débarrasser Mme de Mailly de la -présence de cette fière beauté, remarquée déjà par le roi, du vivant -même de la duchesse de Mazarin. Mme de la Tournelle ne devait jamais -pardonner à Maurepas une invitation, qui rappelle quelque peu celle -d’Hamlet à Ophélie, et fit partager sa haine[223] à Richelieu, que -Maurepas payait, du reste, de retour: l’abbé de Broglie ne lui avait-il -pas dit en quelle médiocre estime le gouverneur du Languedoc tenait les -ministres de Son Éminence? - - [223] «Ce fut, disent les _Mémoires authentiques_, le - commencement le plus vrai et le plus ridicule» de cette - animosité réciproque, très apparente déjà, deux mois plus tard, - surtout de la part de Richelieu et de Mme de la Tournelle, - comme le signale le _Journal de Luynes_ (t. IV, p. 260). - -Mais Mme de la Tournelle, voulant être, sans conditions, dame du -Palais, avait prié Richelieu d’intervenir auprès de Mme de Mailly, -qui «se piquait d’une grande amitié pour lui», afin qu’elle appuyât la -requête de sa sœur. Elle s’y refusa nettement, assurent les _Mémoires -authentiques_; les Goncourt prétendent le contraire, et même ajoutent -que Mme de Mailly devint, par sa générosité, le propre artisan de son -malheur. Quoi qu’il en soit, Mme de la Tournelle, et Mme de Flavacourt, -avec elle, obtinrent, toutes deux, la place que chacune d’elles -ambitionnait. - -Évidemment, Richelieu n’avait pas été étranger à l’événement; mais -d’autre part, il avait eu l’idée d’une correspondance--qu’il rédigeait -lui-même--pour mieux enchaîner Louis XV à Mme de la Tournelle: le roi, -ayant envoyé à la marquise une lettre de condoléances pour la mort de -la duchesse de Mazarin, avait reçu une «réponse surprenante en style», -qui l’avait charmé: c’était Richelieu qui l’avait dictée[224]. - - [224] _Mémoires du Marquis_ D’ARGENSON, t. IV, p. 38. - -Désormais, il avait partie liée avec Mme de la Tournelle; mais, quoique -les menées souterraines de ses ennemis lui fissent appréhender la perte -de son gouvernement du Languedoc, il fallait partir pour cette campagne -de Flandre, qui allait ajouter à la réputation militaire du jeune -officier général. - -Heureusement pour sa fortune politique, Richelieu laissait des alliés -dans la place et, en première ligne, une singulière femme que nous -avons déjà nommée, Mme de Tencin. - -Cette religieuse défroquée, belle, ardente, tumultueuse, qui fut la -mère, sans cœur, du correct et glacial d’Alembert, avait, pendant -la Régence, prodigué ses charmes à tous venants, dans l’espoir -d’acquérir le crédit, la situation et le rang qu’entrevoyaient ses -rêves de mégalomane. Elle ne connut que des déceptions. De guerre -lasse, elle ouvrit un salon littéraire; et quand elle eut constaté que -sa _ménagerie_ (elle désignait ainsi son cénacle d’écrivains) avait -développé le sens de pénétration qu’elle tenait de la nature, elle -s’avisa qu’elle pourrait, quoique âgée, trafiquer de cette nouvelle -ressource. Elle avait déjà, dans son jeu, un atout considérable, la -situation de son frère, cet abbé de Tencin, qui s’était si bien poussé, -qu’il avait enlevé le chapeau en 1739, obtenu le siège archiépiscopal -de Lyon en 1741 et qu’il allait être nommé ministre d’État en 1742. -Aussi peu scrupuleux que sa sœur, et, plus méprisé qu’elle, il était -cependant moins audacieux. Il est vrai qu’il ne lui restait plus guère -d’autres degrés à gravir que celui de premier ministre. Mais Mme de -Tencin, impatiente de briller, elle aussi, stimulait une nonchalance -qui se fût volontiers assoupie sous les somptueux lambris de son palais -de Lyon. - -Mais, par contre, elle trouvait une intelligence d’accord avec la -sienne dans cet élégant Richelieu, qu’elle avait eu pour amant et -dont elle avait su garder l’amitié, aujourd’hui qu’elle approchait -de la soixantaine. Tous deux comprirent quel ressort leur alliance -imprimerait à leur esprit d’intrigue et comment ils réussiraient à -diriger le roi par l’intermédiaire de la maîtresse qu’ils lui auraient -choisie. Aussi, pendant que Richelieu était à l’armée de Flandre, Mme -de Tencin le tenait-elle au courant, grâce à une correspondance qui a -pu être conservée, non seulement de toutes les nouvelles de la Cour, -mais encore des manœuvres combinées ou tentées par leurs adversaires -pour tenir en échec leurs propres projets[225]. - - [225] Les _Mémoires authentiques_ ne parlent, ni de cet - échange de lettres, ni même de Mme de Tencin, mais de M. - de Choiseul-Meuse, comme le confident épistolaire et le - porte-parole de l’absent. Ami, très écouté, de Mme de Mailly, - familier de Louis XV, bien en cour et volontiers serviable, - M. de Choiseul-Meuse jouissait d’une certaine autorité que ne - pouvait avoir Mme de Tencin, ce qui explique la défaillance de - mémoire du Maréchal. Les Goncourt disent très nettement (_Mme - de Châteauroux_, p. 189) que «Richelieu s’unissait à Mme de - Tencin pour remplacer et renvoyer Mme de Mailly». - -Dans leur correspondance, les Tencin et Richelieu avaient imaginé, -afin de dépister les indiscrétions du cabinet noir, des manières de -«grimoires[226]», dont la clef changeait tous les huit jours. Il est -même assez difficile aujourd’hui d’en identifier les véritables noms. - - [226] DE COYNART: _Les Guérin de Tencin_, 1910, p. 347.--P. - MASSON: _Mme de Tencin_, 1909. L’auteur de ce livre - remarquable, professeur à l’Université de Fribourg, est tombé - glorieusement au champ d’honneur, en 1915. - -Mlle _Sauveur_, c’était FLEURY; le _général_, ou _Boufflers_, Mme de -la TOURNELLE; M. de _Mairan_, Mme de MAILLY; _Helvétius_, RICHELIEU; -encore celui-ci partageait-il, avec VOLTAIRE, le surnom de _géomètre_; -LOUIS XV était tantôt le _Gentilhomme_, tantôt la _Guimbarde_. - -«Si vous revenez bientôt, lui écrivait Mme de Tencin, le 5 novembre -1742, je vous conseille d’attendre votre retour; nous concerterons ce -qu’il conviendra de faire. Il est certain qu’il ne faudra pas que vous -vous brouilliez avec le Cardinal (Fleury); il peut nous faire mille -petits chagrins surtout étant continuellement poussé et animé par ses -ministres. - -M. de Maurepas, qui se flatte aisément, croyait bien que la Mailly se -raccommoderait et vous perdrait. On voulait donner aussi une petite -fille[227] et que la Mailly restât avec les honneurs et l’apparence -de la faveur. Je sais positivement qu’on avait cherché cette fille; -on avait même jeté les yeux sur la Gaussin (la comédienne), mais on a -craint pour sa santé... Votre présence n’a jamais été plus nécessaire -pour vous et pour vos amis[228]...» - - [227] Mme de Pompadour devait, un jour, mettre en pratique cet - expédient. - - [228] _Correspondance du Cardinal de Tencin et de Mme de - Tencin, sa sœur, avec le Duc de Richelieu._ Bibliothèque - nationale. Imprimés Lb{38} 56. - -Deux jours avant l’envoi de cette missive--le 3 novembre--Mme de -Mailly s’était retirée à Paris, d’où elle ne devait plus revenir. Les -_Mémoires_ de Mme de Brancas, dont la lecture est des plus attrayantes, -mais qui ne brillent pas toujours par une scrupuleuse exactitude, -racontent que Richelieu alla trouver Mme de Mailly, pour la décider à -ce départ exigé par Mme de la Tournelle et par le roi: ç’eût été un -véritable tour de force, puisque le duc était encore à l’armée. Mais, -en virtuose, il avait dirigé, de loin, l’opération. Il avait prié -son obligeant ami, M. de Choiseul-Meuse, de préparer Mme de Mailly à -sa disgrâce. Cette pénible mission répugnait à M. de Choiseul-Meuse, -qui avait toujours vécu dans les meilleurs termes avec la favorite -délaissée. Il eut l’adresse de passer la main au comte d’Argenson, -ministre d’État depuis le mois d’août 1742. Celui-ci sut ou crut -persuader Mme de Mailly, en lui donnant l’assurance qu’une jolie femme -comme elle aurait bien vite ramené l’infidèle en le quittant pendant -quinze jours. - -Ainsi «s’arrangea la _quitterie_ de Mme de Mailly», pour rappeler le -mot, resté célèbre, du marquis d’Argenson, le mémorialiste, frère aîné -du ministre[229]. - - [229] _Mémoires de la duchesse_ DE BRANCAS, p. 53.--=Mémoires - du marquis= D’ARGENSON, t. IV, p. 42.--_Mémoires authentiques - du Maréchal_ DE RICHELIEU. - -Mais, depuis quelque temps, la malheureuse femme ne conservait plus -la moindre illusion. Elle avait vu clair dans le jeu de sa sœur. Et, -cependant, jusqu’au dernier moment, elle repoussa désespérément l’idée -de la séparation qui lui était imposée. Les Goncourt ont décrit, avec -leur sûreté d’analyse, cet état d’âme, au cours des heures cruelles qui -précédèrent, à Versailles et à Choisy, celle du départ, puis les crises -de larmes et de sanglots, les supplications navrantes, entrecoupées -de suffocations et d’évanouissements auxquelles son amant opposait -pour toute réponse: «Tu m’ennuies, j’aime ta sœur[230]», que Luynes -convertit en cette phrase moins inhumaine: «Je suis amoureux fou de -Mme de la Tournelle, je ne l’ai pas encore, mais je l’aurai[231].» -En réalité, la beauté rayonnante de la Marquise avait affolé Louis XV, -d’autant qu’il la comparait à la mine piteuse de cette vieille -maîtresse, de tenue négligée, dont les pleurs éternels aggravaient -encore la laideur. Mais Mme de Mailly était une bonne créature qui, -pendant sept années, avait fidèlement aimé le roi et n’avait fait de -mal à personne. On la plaignit; et Marie Lesczinska, la première, -qu’elle avait respectueusement servie, lui fut compatissante. Le -Cardinal, à qui l’attitude superbe, le ton hautain, l’esprit dominateur -de la nouvelle favorite inspiraient de vives inquiétudes, voulut -adresser au roi de sévères remontrances: le prince le renvoya sèchement -à son portefeuille. - - [230] _Mémoires d_’ARGENSON, t. IV, p. 40. - - [231] _Journal de_ LUYNES, t. IV, p. 267. - -Cependant Louis XV n’était pas autrement satisfait de l’issue des -négociations menées par Richelieu. Mme de la Tournelle n’avait pas -encore cédé; elle posait ses conditions, et qui n’étaient pas des -moindres. D’autre part, le roi, avec sa timidité ordinaire, ne savait -comment s’y prendre pour triompher d’une résistance que rendait plus -irritante l’adroit manège d’une savante coquetterie. Aussi fit-il -revenir Richelieu de l’armée, plus tôt que de raison[232]. - - [232] _Mémoires d_’ARGENSON, t. IV, p. 42. - -Le duc reparaissait donc à Versailles, le 16 novembre, prêt à la -double tâche qu’il avait d’ailleurs si adroitement amorcée, d’achever -l’éducation galante du maître et de préparer par ses conseils -l’avènement de la «maîtresse reconnue»: n’était-ce pas, pour lui, le -plus sûr moyen de s’ouvrir les avenues du pouvoir? - -Ce fut, comme bien on pense, un événement considérable et un sujet de -conversations sans fin, dans ce monde, chamarré et doré, de brillants -seigneurs, habitués, tantôt de Versailles, tantôt de Choisy, et -toujours à l’affût de ces petites nouvelles, qu’ils tenaient pour -des informations de la plus haute importance. Le _Journal_ de Luynes -enregistre, avec un soin méticuleux, mais en termes pleins de réserve, -ces anecdotes et ces impressions de salon ou de boudoir. Richelieu est -reçu à souper chez Mme de la Tournelle; et les courtisans remarquent -qu’il eut avec elle un long entretien «avant et après le repas[233]». -Ils notent encore que, depuis, le roi s’est fait servir à souper chez -Mme de la Tournelle et ne doutent pas un seul instant que Richelieu -n’ait été invité à ce repas[234]. - - [233-234] _Journal du Duc_ DE LUYNES, t. IV, p. 278. - -Naturellement les plus curieux, ou ceux qui se prétendent les mieux -renseignés, entourent le favori et l’interrogent, ou lui racontent «ce -que le roi a déjà fait». Richelieu ne s’en étonne pas; c’est lui qui -l’a conseillé ou qui l’a improuvé; il sait tout, il reste imperturbable -et impénétrable. Le marquis d’Argenson ne l’appelle plus que «l’avocat -consultant», le professeur «di piazza»[235]. C’est ainsi que, -pressentant sans doute le regret, presque le remords, qui s’éveillera -bientôt dans le cœur du roi, d’avoir renvoyé son ancienne maîtresse -«plus durement qu’une fille de l’Opéra[236]», Richelieu conseillera au -prince (il se chargera, au besoin, de la besogne) d’écrire tous les -jours, puis une fois par semaine, un billet à Mme de Mailly[237]. Cette -éventualité devait être prévue par le programme de la _quitterie_. - - [235] _Mémoires_ de D’ARGENSON, t. IV, p. 42. - - [236] _Ibid._, p. 45. - - [237] _Ibid._, p. 42. - -En attendant, Louis XV se montrait toujours aussi indécis. Ce n’était -pas que le duc ne fît le nécessaire pour le stimuler. Il se vantait -à «sa tante» (la duchesse de Brancas) de «donner des leçons» au roi; -et «les miennes, ajoutait-il, valent mieux que celles du Cardinal, -n’est-ce pas[238]»? Il sembla cependant que, pendant plus d’un mois, -l’écolier voulût répondre aux efforts du maître et même les prévenir. -Ce furent, de son fait, de fréquentes expéditions, la nuit, par les -corridors du palais, jusqu’à la porte de l’appartement de la marquise, -Louis XV travesti en médecin, Richelieu armé d’une lanterne sourde -et menaçant de son épée Maurepas qui s’était avisé d’espionner les -noctambules. La duchesse de Brancas les représente encore masqués, -affublés de grandes perruques, enveloppés de manteaux noirs, et s’en -allant ainsi «gratter» à la porte de Mme de la Tournelle[239]. - - [238] _Mémoires de la duchesse_ DE BRANCAS, p. 65: «Il faut lui - plaire, prescrivait-il au roi, et commencer par lui dire que - vous en êtes épris.» - - [239] _Mémoires_ de la duchesse DE BRANCAS, p. 75.--_Les - Mémoires authentiques_ du Maréchal DE RICHELIEU signalent - pareillement cette mascarade, mais l’attribuent à l’imagination - inquiète du roi, qui n’en prévint son compagnon qu’au dernier - moment; et la meilleure preuve qu’elle était de l’invention - de Louis XV, c’est que le _Journal_ de LUYNES (t. IV, p. 268) - en parle, dès le 5 novembre 1742; or, à cette date, Richelieu - n’était pas encore revenu de l’armée. Quant à l’épisode de - Maurepas, il est sorti tout entier du cerveau de Soulavie. - -Mais, presque toujours, la marquise faisait la sourde oreille; et -le «professeur di piazza», déjà fort empêché dans son vilain métier -d’entraîneur du roi, reprochait à son autre élève de le lui rendre plus -difficile encore, en exaspérant à plaisir et sans résultat les sens -violemment surexcités de Louis XV. - -Après avoir tenté de justifier sa téméraire manœuvre, Mme de la -Tournelle finit par se rendre aux arguments décisifs du professeur; -et, le 9 décembre, une tabatière, dont le roi ne se séparait pas, qui -«se trouva sous le chevet de Mme de la Tournelle», et que celle-ci -«montra, le matin, à M. de Choiseul-Meuse», fut, pour cet ami de -Richelieu, l’indice révélateur d’une défaite depuis si longtemps -attendue. Le grave duc de Luynes ne pouvait la mentionner de façon plus -décente dans son _Journal_[240]. - - [240] _Journal_ de LUYNES, 12 décembre 1742, t. IV, p. 296. - -Mais Mme de la Tournelle devait bientôt se ressaisir et tenir -de nouveau rigueur au roi, en raison de... réalisations qui lui -paraissaient beaucoup trop lointaines. - -Sa chute fut saluée par tout un bouquet de chansons, d’épigrammes, -de satires, de nouvelles à la main, qui se dispersèrent également -sur les demoiselles de Nesle, sur Richelieu, sur Fleury et même sur -Maurepas. Et pourtant, c’était le ministre de la maison du roi, qui -était l’inspirateur, sinon l’auteur, de ces malicieux brocards, dont -le recueil parvenait, par les soins du lieutenant-général de police, -jusqu’à Louis XV, très friand de ce genre de littérature. Pouvait-on, -en conscience, soupçonner Maurepas de tels méfaits, puisqu’il en était -la première victime? - -Une de ces pièces, entre autres, parodiant le quatrième acte -d’_Iphigénie_, dramatisait la scène douloureuse qui, en réalité, avait -mis aux prises les deux sœurs. - -_Accusez Richelieu_, _plaignez-vous à l’Amour_, disait Mme de la -Tournelle à Mme de Mailly, avec cette inflexible dureté qui la -caractérisait. - -Le duc n’en avait cure; il pouvait, au contraire, être fier de son -ouvrage[241]. Il avait triomphé en vingt jours. Son gouvernement -du Languedoc réclamant sa présence, il partait donc l’esprit plus -tranquille et le cœur plus léger. Et, comme pour mieux en témoigner, -il daignait admettre les dames de la Cour à son petit coucher dans sa -«dormeuse», cette voiture, établie sur ses indications, qui devait le -conduire à destination. Le duc de Luynes nous a laissé la description -de ce véhicule et le récit du départ désinvolte de son propriétaire: - - 17 Décembre 1742 - - «Le jeudi, à 5 heures du soir, M. de Richelieu partit de Choisy - pour aller tenir les États du Languedoc. Il a fait faire une chaise - de poste, où l’on porte, dans un coffre, derrière, à manger pour - plusieurs jours; et sur le devant il y a de quoi mettre trois entrées - toutes prêtes pour mettre au feu; de sorte que son cuisinier, qui - le suit, s’avançant un peu avant lui, avec le panier où sont les - entrées, lui tient son dîner ou son souper prêts également partout. - Outre cela, il a fait mettre dans cette chaise un lit où il est - couché entre deux draps. Il se déshabilla donc à Choisy, et, après - que l’on eut bassiné le lit de sa chaise, il y monta, se coucha - en présence de trente personnes qui étaient là et dit qu’on le - réveillerait à Lyon. Mme de la Tournelle parut assez fâchée de son - départ. La veille, M. de Richelieu s’était trouvé assez mal en jouant - à l’hombre avec le roi[242].» - - [241] Il nous paraît curieux d’insérer ici, après ces preuves - irréfutables du rôle honteux joué par Richelieu auprès de - Louis XV, une lettre où il se défend d’avoir procuré Mme de - la Tournelle au roi. Elle lui était déjà attribuée par Faur; - et Jobez, qui la publie dans sa _France sous Louis XV_ (t. - III, p. 289), ne semble pas douter de son authenticité. Nous - serons beaucoup moins affirmatif: le style en est d’abord trop - moderne. En tout cas, cette missive, adressée à deux bonnes - amies de Richelieu, la marquise de Monconseil et la duchesse de - Luxembourg, est une merveille de cynisme: - - «Vous croyez, Mesdames, ainsi que le public qui juge souvent - fort mal, parce qu’il le fait sans savoir ni connaître les - personnes dont il parle, que c’est moi qui ai procuré Mme de - Châteauroux au roi. Vous êtes dans l’erreur comme tout le - monde. Je ne me ferais pas un grand scrupule d’avoir été utile - à mon maître dans ses amours: on donne un joli tableau, un beau - vase, un bijou quelconque; et je ne vois pas qu’on doive rougir - de mettre à même son souverain de jouir de tout ce qu’il y a de - plus aimable au monde, d’une femme... On doit ses soins en tout - genre au maître qui nous donne des ordres; et on peut bien lui - donner une femme comme autre chose. Je ne vois d’exclusion que - pour la sienne. Ce n’est donc point par scrupule que je n’ai - point été le premier agent de la liaison du roi avec Mme de - Châteauroux; c’est que l’occasion ne s’est pas rencontrée.» - - [242] _Journal_ du DUC DE LUYNES, t. IV, p. 299.--_Journal_ de - BARBIER, t. VIII, p. 208. Gazetin de police du Chevalier de - Mouhy. - - - - -CHAPITRE XV - - _Année 1743: nouvelle correspondance chiffrée de Mme de Tencin, - pendant le séjour de Richelieu en Languedoc.--Campagne contre - Maurepas.--Le désastre de Dettingen; belle conduite et mot... - malheureux de Richelieu.--Mme de la Tournelle est nommée duchesse de - Châteauroux et Richelieu, premier gentilhomme de la Chambre._ - - _Année 1744: projet, avorté, d’une descente sur les côtes - anglaises.--Dépit et récriminations de Richelieu.--Son activité comme - premier gentilhomme de la Chambre.--Projets de fêtes pour le premier - mariage du Dauphin.--La_ Princesse de Navarre: _patience de Voltaire - et méchante humeur de Rameau.--Diplomatie mystérieuse de Frédéric - II.--Conseil de nuit à Choisy.--Départ de Louis XV pour l’armée._ - - -Le mécontentement que Mme de la Tournelle n’était pas parvenu à -dissimuler, en voyant s’éloigner «son cher oncle», n’était que trop -fondé. Bien que maîtresse en titre, elle sentait tant de jalousies -et tant de haines coalisées contre elle, qu’elle pouvait craindre un -retour offensif de l’ennemi. Aussi, dans une lettre où s’affirme toute -la sécheresse de son cœur, laissait-elle entendre à ce «cher oncle», -avec quelle âpreté elle avait dû défendre sa victoire: «Meuse vous aura -mandé la peine que j’ai eue à faire déguerpir Mme de Mailly.» - -Mais Mme de Tencin veillait. - -Toutefois, son empressement inquiétait et fatiguait Mme de la -Tournelle, à qui Richelieu n’avait pas révélé l’action commune du frère -et de la sœur. Et, de son côté, Mme de Tencin s’étonnait de la froideur -avec laquelle la favorite répondait à l’ardeur de son zèle. Il fallut -que le gouverneur du Languedoc intervînt pour modifier l’attitude de -Mme de la Tournelle et lui permettre d’être plus accueillante, sans -aliéner sa liberté d’allures. - -Précisément, le cardinal Fleury mourait, au moment où des amis -communs lui suggéraient l’idée d’une réconciliation entre Richelieu -et Maurepas. Et Mme de Tencin confiait à son ami toutes ses craintes -de savoir encore en place un homme, qui pouvait nuire, par «ses coups -fourrés», à l’aide de ces lettres, de ces «petites nouvelles», de -ces épigrammes, de ces chansons, dont Maurepas s’entendait si bien à -faire usage. Mais ce qui n’était pas banal, c’est qu’au cours de cet -accommodement, dont des tiers eussent volontiers chargé Mme de Tencin, -celle-ci et ses entours étaient filés par des «mouches» (la lieutenance -générale de police était du département de Maurepas), pendant que Mme -de Tencin avait aussi ses espions, chargés d’observer l’ennemi. Elle -ne s’en tourmentait pas moins: «Je suis tranquille quand vous êtes là, -écrivait-elle à son correspondant. Vous avez plus d’esprit qu’ils n’en -ont tous eu en dix ans.» - -Et Mme de Tencin comprenait dans une même réprobation, assurément fort -injuste, Meuse que ne pouvait souffrir Mme de la Tournelle et qu’on -disait l’espion de Maurepas; Voltaire[243] envoyé en mission secrète, -sous prétexte d’exil, auprès de Frédéric II, par les ministres Amelot -et Maurepas... «S’il réussit, ces messieurs seraient bien attrapés, si -le roi de Prusse déclarait qu’il ne veut point passer par leurs mains», -préférant placer toute sa confiance dans Mme de la Tournelle[244]. - - [243] Mme de Tencin n’aimait pas Voltaire, sans doute par - jalousie: «Vous aviez la réputation, écrit-elle à Richelieu, - le 18 décembre 1742, de parler toujours de la religion, comme - il convient. Si vous faisiez recevoir Voltaire à l’Académie, - on dirait qu’il vous a perverti.» Ses variations sur le poète - philosophe sont infinies. Peu de temps après cette première - lettre, elle s’efforce de gagner Voltaire par Mme du Châtelet, - dont elle n’ignore pas les anciennes relations avec Richelieu; - et presque aussitôt, elle se plaint que les deux amants, - devenus amis, «sont livrés au Maurepas et ne savent qu’être - esclaves». - - [244] Cette lettre se trouve également dans la _Vie privée_ de - Faur (t. II, p. 405). - -On ne saurait imaginer quelle astuce et quelle rouerie met en œuvre -cette politicienne pour faire tomber les ministres qui lui barrent le -chemin. M. Pierre Masson en cite un exemple topique: - -«Il s’agit de faire comprendre au roi et à sa maîtresse qu’Amelot est -incapable, Maurepas vendu à l’Angleterre et que les Cours étrangères -les méprisent tous deux. On fera saisir au Cabinet noir, pour qu’elle -soit montrée au roi, une lettre qu’on aura fait écrire à Wernek, envoyé -du prince des Deux-Ponts, par une main inconnue et où il y aura des -phrases allemandes. Il faudrait, continue Mme de Tencin, l’écrire sur -du papier de Francfort et la faire mettre à la poste de Francfort. -Voici à peu près comme j’imagine qu’il faudrait l’écrire: - -..... «On croirait à voir, comme on se gouverne en France, que -les ministres agissent par l’impulsion de la reine de Hongrie -(l’impératrice Marie-Thérèse). On dit tout haut ici qu’Amelot n’entend -rien à sa mission et qu’un autre ministre reçoit de belles et bonnes -guinées d’Angleterre pour laisser les Anglais en repos[245]...» - - [245] Pierre MASSON: Mme _de Tencin_, 1909, p. 106. - -En cette année 1743, Richelieu «est plus favori que jamais; on le -regarde comme l’auteur de tout,... se frayant un chemin au premier -ministère...[246]». Il n’en domine que mieux Mme de la Tournelle. Et -cette autorité lui est nécessaire, s’il veut mener à bonne fin son -œuvre. En effet, sa protégée, depuis longtemps éprise du beau duc -d’Agénois, lutte pour ne pas sacrifier son amour à la jalousie du roi. -Mais Richelieu a compris le danger; et nous avons dit ailleurs, par -quelles subtiles et romanesques manœuvres, il détermina une rupture qui -ne fut jamais sans arrière-pensée[247]. - - [246] Marquis D’ARGENSON: _Mémoires_, t. IV, p. 101. - - [247] _La Duchesse d’Aiguillon_ (Émile-Paul, 1912), p. 17. - -En revanche, le maître courtisan insistait auprès du roi, pour qu’il -tînt des engagements pris au plus fort de la passion. Lui, Richelieu, -en avait fatigué alors les échos de Versailles et de Choisy. Il -disait, en propres termes, «qu’il voulait que celui qui entrerait dans -l’antichambre de Mme de la Tournelle eût plus de considération que -celui qui, auparavant, était tête-à-tête avec Mme de Mailly[248].» - - [248] _Journal_ du duc DE LUYNES, t. IV, p. 469, avril 1743. - -D’abord était-il juste que la condition de la favorite fût inférieure à -celle de sa sœur Montcavrel, duchesse de Lauraguais depuis le mois de -décembre 1742? - -Mais le roi était parcimonieux. Il s’invitait volontiers chez sa -maîtresse, simplement pour y faire admirer son appétit bourbonien. -Stylée par Richelieu, Mme de la Tournelle finit par dire à son royal -amant qu’elle serait heureuse de lui offrir à dîner, s’il la mettait à -même d’en faire la dépense, «s’il lui donnait une maison». - -Richelieu ne pouvait tenir que de loin tous les fils de l’intrigue, -soit qu’il eût à remplir les devoirs de sa charge aux États de -Languedoc, soit qu’il fût employé à l’armée du Rhin. Et là, le 27 -juin, dans cette désastreuse affaire de Dettingen, dont l’invasion de -l’Alsace et de la Lorraine aurait pu être la conséquence, Richelieu -s’était conduit en héros. Il vit son régiment presque détruit au cours -de la retraite; il la soutint à peu près seul à l’arrière-garde; et, -le dernier, il passa le Mein. Il eut un cheval tué sous lui, mais -sortit indemne de ce massacre--un nouvel Azincourt pour la noblesse -française. Aussi, quand il fut chargé par le Maréchal de Noailles[249] -de relever sur le champ de bataille plus de six cents blessés et, parmi -eux, des ennemis qu’y laissait le roi d’Angleterre[250], Richelieu -ne put-il retenir un mouvement de surprise indignée, à la vue de -tant de jeunes et brillants seigneurs couchés par la mort à côté des -plus obscurs plébéiens. Comme si l’inflexible Camarde, ce professeur -d’égalité absolue, eût dû établir des distinctions, des séparations, -voulons-nous dire, entre justiciables de si diverses qualités! Et le -haineux Chamfort de se réjouir, à ce propos, de la publication des -«_Mémoires du Don Juan français_», mine précieuse de révélations et -de scandales, d’où il extrait, avec quelles délices! le «sentiment -d’horreur de Dettingen» comme un des traits les plus caractéristiques -de l’«arrogance et de la fatuité» de Richelieu. - - [249] L’imprudente attaque de Gramont non seulement contrecarra - le plan de Noailles, lequel tenait déjà la victoire entre ses - mains, mais obligea le Maréchal à se retirer derrière le Rhin - (_Journal_ de BARBIER, t. III, pp. 457 et suiv.). - - [250] Comme électeur de Hanovre, le roi d’Angleterre, Georges - II, avait pris parti pour Marie-Thérèse. - -Mais, hélas! c’était aussi cet orgueil, barbare, protestant contre -l’oubli des égards dûs au privilège nobiliaire, qui valait à son -représentant le plus autoritaire et le plus turbulent, la sympathie, -l’approbation et l’appui d’un parti puissant à la Cour, soucieux d’y -défendre les intérêts de l’absent. - -Mme de Tencin en signale les protagonistes dans sa correspondance; -mais, presque aussitôt, sa méfiance, trop souvent brouillonne, reprend -le dessus; ceux dont elle a vanté le zèle, deviennent des traîtres -ou des indifférents; et, réciproquement, les douteux ou les suspects -rendent des services. C’est ainsi que le ministre de la Guerre, -d’Argenson, bien qu’il «ne vaille rien», s’entend, avec Mme de la -Tournelle, pour «tromper» Maurepas, qui veut empêcher la favorite -de voir le roi, mais plus encore pour déjouer les intrigues de «la -Maurepas», furieuse de savoir Mme de la Tournelle en passe d’être -nommée duchesse. C’est encore le frère de Mme de Tencin, le Cardinal, -d’accord avec le Maréchal de Noailles, pour travailler «au bien de la -chose publique», qui ne semblent, le second surtout, se lasser et se -refroidir: «J’agirai par moi-même, écrit-elle à Richelieu, auprès de -votre Mme du Châtelet; elle a confiance en moi. Je lui ferai sentir les -avantages que Voltaire trouvera à dire la vérité au roi ou du moins -à Mme de la Tournelle.» Mais elle craint l’asservissement de Mme de -Lauraguais à Maurepas: il n’est pas jusqu’à Mme de Flavacourt, «votre -_Poule_ (toujours la manie des surnoms!)», qui ne soit l’espionne de -l’exécrable Maurepas. - -Et, dans certaines de ces lettres, au verbe hardi, aux termes -pittoresques, la femme d’État, si le mot n’est pas excessif, prime la -femme d’affaires: «Ici, écrit-elle, on n’est pas occupé de l’armée, ni -du mouvement des ennemis, mais de frivolités...» Plus loin, elle rêve -d’une alliance de la France avec la Russie, la Turquie et la Suède. - -C’est encore contre Louis XV qu’elle manifeste le plus d’animosité: -«Le roi sera toujours mené, et plus souvent mal que bien: on dirait -qu’il a été élevé à croire que, quand il a nommé un ministre, toute sa -besogne de roi est faite et qu’il ne doit plus se mêler de rien.» Aussi -est-elle écœurée et va-t-elle «le planter là». - -Cependant, ce monarque fainéant, tout en conservant Maurepas, allait -combler de largesses sa maîtresse et son favori. - -En octobre, la marquise de la Tournelle recevait, dans une magnifique -cassette, avec 86.000 livres de rente, des lettres-patentes de la -duché-pairie de Châteauroux, rendant hommage à la «vertu» et au «mérite -personnel» de la bénéficiaire. Ainsi, grâce à la dextérité de son jeu -de grande coquette, Mme de la Tournelle était enfin parvenue au but que -s’était proposé son ambition, froidement et résolument calculatrice: -exigences insatiables, refus systématiques et répétés de sa personne, -menaces fréquentes de rupture, elle n’avait rien négligé pour rançonner -et pour s’asservir un amant dont l’impatiente passion s’irritait de -tant d’obstacles. - -Quant à Richelieu, les «grâces» se succédaient pour lui avec une -continuité qui marquait bien la progression de son crédit. Le jeune -Fronsac, son fils, avait été promu colonel du régiment de Septimanie, -sans que le prince de Dombes, le véritable gouverneur du Languedoc, eût -même été consulté[251]. Déjà Bernage, l’intendant de la province, avait -été nommé prévôt des marchands à Paris, uniquement pour que Richelieu -en fût débarrassé; et Louis XV ajoutait, non sans malice, «qu’il ne -serait pas aisé de trouver un intendant de Languedoc dont le duc pût -s’accommoder, M. de Richelieu étant aussi jaloux qu’il l’est de tout ce -qui peut diminuer son pouvoir et son autorité[252]». - - [251] _Journal_ du duc DE LUYNES, t. V, p. 338. - - [252] _Ibid._, p. 81. - -Enfin, le 26 décembre, le roi lui donnait la charge de premier -gentilhomme de la Chambre, mais il entendait être seul à l’en aviser: -aussi un courrier était-il parti en porter la nouvelle à Montpellier, -où le duc tenait les États du Languedoc[253]. - - [253] _Ibid._, p. 225. - -Duclos, malveillant d’instinct pour Richelieu, le présente comme «un -homme assez singulier, qui a toujours cherché à faire du bruit et n’a -pu parvenir à être illustre, qui, employé dans les négociations et à la -tête des armées, n’a jamais été regardé comme un homme d’État, mais le -chef des gens à la mode dont il est resté le doyen[254]». Ce que Duclos -aurait pu, aurait dû dire, c’est que si cette réputation de mondanité -excessive a diminué le rôle de Richelieu devant l’Histoire, celle-ci, -en équitable dispensatrice du blâme ou de l’éloge, n’en a pas moins -reconnu les incontestables succès remportés sur les champs de bataille -ou dans les milieux diplomatiques par ce «chef des gens à la mode». - - [254] DUCLOS: _Mémoires_, 1864, t. II, p. 38. - -Richelieu s’y fit remarquer, en tout cas, pendant l’année 1744, par -une activité, peut-être un peu trop débordante, mais témoignant d’une -somme de travail considérable. Il visait à la fois le poste de premier -ministre et le bâton de maréchal. Pour cette dernière distinction, -il crut l’obtenir sans trop de peine, en acceptant le titre et les -fonctions de généralissime de l’expédition, qui s’organisait, dès les -premiers mois de l’année, contre la Grande-Bretagne. - -La France, soutenant alors la cause du prétendant Charles-Édouard, -devait le débarquer sur les côtes anglaises, avec un corps d’armée -de 11.000 hommes, de l’artillerie et des chevaux de trait, sous le -commandement de Richelieu. Celui-ci, porteur d’une proclamation -en deux langues--_Manifeste du roi de France en faveur du Prince -Charles-Édouard_--rédigée par Voltaire[255], l’eût lancée par le pays, -dès que la flotte eût abordé. Mais l’impétueux généralissime n’était -pas plus discret dans le dispositif de ses préparatifs militaires -que dans la mise au point de ses campagnes galantes. Il se commanda, -suivant son habitude, de magnifiques équipages et s’entoura d’un -superbe état-major. D’autre part, on réquisitionna tous les navires -marchands de Picardie et de Normandie, opération qui se poursuivit, -sinon dans le silence, du moins avec lenteur[256]. - -Et, quand Richelieu arriva dans le port de Boulogne, il trouva en face -de lui une escadre de trente-cinq vaisseaux ennemis qui gardaient à -vue le détroit. Irrité d’une surprise qui étouffait l’entreprise dans -l’œuf, il le prit sur le ton du persiflage avec les ministres: «Je -crois que ceux qui auraient de grands talents militaires ne sont pas -plus à l’abri du ridicule que ceux qui en ont moins... Aussi, si je -connaissais quelque guerrier intrépide de ce genre, je vous prierais -de me l’adresser.» Cependant, il ne se découragea pas complètement. Il -proposa de changer le port d’embarquement. Mais, voyant que la Cour -semblait se désintéresser de l’affaire, il se fâcha: «Ce n’est pas -moi qui ai formé le projet de porter des secours en Angleterre; mais, -ayant été choisi pour y conduire celui qu’on aurait pu y passer, j’ai -cru devoir présenter les moyens que je croyais qui pourraient le faire -réussir[257].» - - [255] _Œuvres_ de VOLTAIRE (édition Garnier, t. XV, c. XXV). - - [256] _Mémoires_ D’ARGENSON, t. IV, mars 1744, p. 318.--DUC - DE BROGLIE: _Maurice de Saxe et le marquis d’Argenson_ (2 v., - 1893), t. I, p. 14. - - [257] Duc DE BROGLIE: _Maurice de Saxe et le marquis - d’Argenson_, t. I, p. 22. - -De guerre lasse, vers la mi-février, il se dit malade et revint, -jurant et tempêtant contre les ministres de la Guerre et de la -Marine, tournant en ridicule le duc d’York (le futur cardinal) et les -catholiques anglais, dévots maladroits, qui ne savaient pas cacher -leurs pratiques bigotes aux yeux des protestants partisans de Charles -Édouard[258]. - - [258] _Mémoires_ D’ARGENSON, t. IV, pp. 319-321, mars 1744. - -Il comptait prendre sa revanche, à la Cour, du rôle ingrat qu’on lui -avait imposé, perfidement peut-être. Aussi bien, il prêtait serment, le -12 février 1744, comme premier gentilhomme de la Chambre, et «servait -le roi à son coucher, puis, le lendemain, à son lever[259]». Là, -encore, la malignité publique trouva prétexte à s’exercer aux dépens du -nouveau dignitaire. La banqueroute d’un notaire parisien, Laideguive -jeune, préoccupait alors tous les esprits. On s’empressa de l’attribuer -à Richelieu, parce qu’il avait exigé, prétendait-on, du failli, qu’il -«se dessaisît de ses dépôts, pour lui avancer les 400.000 livres dûs -pour le brevet de retenue de la charge de premier gentilhomme[260]». - - [259] _Journal_ du duc DE LUYNES, t. V, p. 331, 14 février. - - [260] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL. Mss. 6113. _Journal inédit du - Chevalier de Mouhy_, 7 mars 1744. - -En tout cas, il eut à cœur de remplir ces fonctions, jusqu’à l’heure -de sa mort, c’est-à-dire pendant plus de quarante-quatre ans, avec une -régularité ponctuelle et un sentiment du devoir, qui, malheureusement, -n’étaient pas exempts d’une minutie tracassière, d’un souci exagéré de -l’étiquette et d’une hauteur souvent intolérable. - -L’ordonnance des spectacles, la pompe des fêtes, le règlement des -cérémonies officielles étaient surtout de son ressort. Et, précisément, -cette année-là, celles du futur mariage du Dauphin comportaient un -programme que nul n’était plus apte à composer que le duc de Richelieu. -Celui-ci n’en voulut laisser le soin à personne. Il fit tout d’abord -de son féal Voltaire le poète de la Cour; et, pour répondre à sa -confiance, l’auteur écrivit cette _Princesse de Navarre_, assurément -la plus médiocre de ses œuvres dramatiques et qui lui valut d’être -aux prises, pendant plus de six mois, avec son protecteur et avec le -compositeur Rameau. - -Ce musicien, naturellement grincheux, était peu sympathique à Voltaire, -qui, cependant, pour l’amadouer, lui prodiguait ses épithètes les plus -flatteuses et ses phrases les plus caressantes. Mais, Rameau, ainsi -que l’avait déclaré le Président Hénault, dans une lettre au comte -d’Argenson, était «devenu bel esprit et critique» et «s’était mis à -corriger les vers de Voltaire... Ce fou-là, continuait le Président, -a pour conseil toute la racaille des poètes: il leur montrera -l’ouvrage... L’ouvrage sera mis en pièces, déchiré... et il finira par -nous donner de mauvaise musique, d’autant plus qu’il ne travaillera pas -dans son genre. Il n’y avait que les petits violons qui convinssent et -M. de Richelieu ne veut pas en entendre parler...» - -Mais celui dont un ironiste du temps avait dit: «Enfin le roi a fait -gentilhomme M. de Richelieu», voyait toujours grand. «Le prince de -Sagan du XVIIIe siècle, comme l’appelle M. Bapst, avait fait élever un -théâtre de cinquante-six pieds de profondeur dans la Salle du Manège, -avec des loges superposées et soutenues les unes au-dessus des autres -au moyen de supports multiples et contournés. Le tout était exécuté -avec une magnificence qui nous paraît bien invraisemblable pour une -représentation éphémère, mais dont le souvenir heureusement n’est pas -perdu pour nous, puisque Cochin[261] nous en a laissé une admirable -gravure.» - - [261] BAPST: _Essai sur l’histoire du théâtre_ (1893), p. - 454.--Voltaire ajoute (_Œuvres_, édit. Garnier, t. IV, p. - 273), à propos de cette salle, que «les décorations et les - embellissements sont tellement ménagés que tout ce qui sert au - spectacle doit s’enlever en une nuit et laisser la salle ornée - pour un bal paré qui doit former la fête du lendemain.»--Cochin - établit pour la _Princesse de Navarre_ une quantité de dessins - originaux et en couleur, dont Richelieu présenta les tableaux à - Louis XV. - -Richelieu avait pris tellement à cœur cette première manifestation -de son entrée en fonctions, que, même au plus fort de la campagne -de Flandre, il entretenait une correspondance des plus actives avec -Voltaire, Rameau, le lieutenant de police, le président Hénault, et -_tutti quanti_, afin que ce spectacle imaginé, commandé, surveillé par -lui, atteignît les limites de la perfection. Il voulait beaucoup de -divertissements, révisait le poème de Voltaire, exigeait la suppression -de telles ou telles scènes, en proposait de nouvelles. - -Voltaire, alors à Cirey, était sur les dents. Il répond à Richelieu, -en lui envoyant son troisième acte, qu’il lui est bien difficile de -condenser, en deux mois, tout ce que le duc «voudrait voir» dans la -pièce; et il est «un homme perdu», si l’acte, les divertissements, les -couplets de la France et de l’Espagne ne plaisent pas à Richelieu[262]. - - [262] Lettre du 28 mai. - -Et le mois précédent, Voltaire, avec sa souplesse d’échine, s’était -prosterné devant son correspondant pour lui décerner un brevet -d’arbitre du goût! Il lui écrivait: - - 24 avril 1744. - - «Colletet envoie encore ce brimborion au Cardinal-duc. Cette rapsodie - le trouvera probablement dans un camp entouré d’officiers et - vis-à-vis de vilains Allemands qui se soucient fort peu des amours du - duc de Foix et de la princesse de Navarre. Mais votre esprit agile, - qui se plie à tout, trouvera du temps pour songer à votre fête. - Vous serez comme Paul-Émile, qui, après avoir vaincu Persée, donna - une fête charmante et dit à ceux qui s’étonnaient de la fête et du - souper: Messieurs, c’est le même esprit qui a conduit la guerre et - ordonné la fête.» - -Mais le malin singe, qui connaissait bien son Rameau, suppliait -l’«ordonnateur» de faire tenir lui-même le livret au compositeur, avec -invitation de «le lire» et d’écrire une «musique convenable aux paroles -et aux situations». - -Cependant, à mesure que son travail avance, ses plaintes redoublent. -«Vous êtes un grand critique... et je vous admire, Monseigneur, de -raisonner si bien sur mon barbouillage, quand on ouvre des tranchées. -Il est vrai que vous écrivez comme un chat; mais aussi je me flatte que -vous commandez les armées comme le Maréchal de Villars; car, en vérité, -votre écriture ressemble à la sienne; et cela va tous les jours en -embellissant[263].» - - [263] Lettre du 5 juin. - -Puis, il se plaint que Richelieu montre des brouillons dont il ne -«subsistera peut-être pas cent vers[264]...» Et quelle «terrible -besogne»! «J’aurais mieux aimé faire une tragédie qu’un ouvrage dans le -goût de celui-ci[265].» - - [264] _Ibid._ - - [265] Lettre du 18 juin. - -Les choses se passaient moins bien encore avec Rameau. Richelieu écrit -de Dunkerque, le 18 juillet, qu’il a entre les mains une lettre, où -le compositeur «fait part de la ridicule critique qu’il a imaginé de -faire, ou, pour mieux dire, de faire faire, par ses petits poétereaux -d’amis, de l’ouvrage» dont il est chargé d’écrire la musique. Et -Richelieu prie, d’autre part, son correspondant d’expédier à Rameau -deux lettres qu’il joint à la sienne «pour tâcher de prévenir les -démangeaisons qui pourraient prendre dorénavant au compositeur de faire -agir cet esprit d’examen qui paraît l’avoir possédé et en même temps de -communiquer les divertissements qui lui sont confiés[266]». - - [266] Cette lettre de Richelieu a été publiée par - Desnoiresterres dans sa _Vie de Voltaire_, mais sans qu’il - en indiquât les références. Nous l’avons retrouvée dans les - _Archives de la Bastille_ (carton 10299). - -Il est certain que le premier gentilhomme de la Chambre devait trouver -singulièrement désobligeante la critique d’un spectacle dont il était -l’inspirateur; mais cet esprit amer qu’était Rameau n’avait pas tout à -fait tort; car la _Princesse de Navarre_ était du bien mauvais théâtre; -et ce fut plus tard l’avis de la Cour. - -Des préoccupations d’un ordre autrement grave hantaient alors le -cerveau de l’homme politique qui visait à la succession du cardinal -Fleury. Car ce n’était un mystère pour personne que Richelieu -songeait à devenir premier ministre. Il était déjà désigné, dit le -duc de Luynes, comme secrétaire d’État aux affaires étrangères[267]. -L’auteur anonyme des _Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la -Perse_, qui l’a si adroitement dessiné sous le pseudonyme d’_Azamuth_, -«extrêmement galant... gai, amusant, très riche, mais mauvais ménager, -tenant un grand rang à la Cour...», ajoute qu’il «était ambitieux -et qu’après la mort d’Ismaël-Beg (le cardinal Fleury) il fut taxé -d’aspirer au ministère, poste auquel, malgré tous ses talents, on peut -dire que son penchant pour le plaisir, son esprit inappliqué et son air -un peu dissipé ne le rendaient pas propre[268].» - - [267] _Journal_ de LUYNES, t. V, p. 413. - - [268] Ce curieux et spirituel pamphlet (Amsterdam, 1746) fut - attribué un peu à tout le monde, au Chevalier de Rességuier, - à Mme de Vieux-Maisons, etc. Mais il a plus vraisemblablement - pour auteur Pecquet, un premier commis aux Affaires étrangères, - qui, de ce fait, avait une certaine autorité pour en imposer à - ses lecteurs; car, s’il était bien renseigné, il ne se faisait - aucun scrupule d’enjoliver ses informations. - -Ce n’était pas seulement la faveur du maître, ni la reconnaissance -de la duchesse de Châteauroux, ni même les intrigues des Tencin -qui autorisaient les espérances de Richelieu; c’était surtout une -négociation de la dernière importance pour laquelle il avait été choisi -comme premier intermédiaire et dont la réussite pouvait lui assurer une -place considérable parmi les hommes d’État. - -Avant qu’il ne partît pour l’armée, un envoyé du roi de Prusse Frédéric -II, le comte de Rottembourg, lui avait fait demander, au nom de son -maître, un entretien secret[269]. Ce personnage, ancien ambassadeur -de Prusse en Espagne, gendre de Mme de Parabère, avait dû disparaître -de l’horizon politique, après s’être ruiné au jeu. Aujourd’hui il -rentrait incognito en scène, comme agent du roi Frédéric. Richelieu -le fit introduire, avec tout le mystère possible (nous connaissons sa -passion du romanesque) dans son hôtel de la place Royale. Rottembourg, -après lui avoir communiqué la lettre de créance qui l’accréditait -auprès de Richelieu, lui exposa le but de sa visite. Il s’était -d’abord efforcé de justifier la défection de la Prusse[270], alliée de -la France, au commencement de la guerre de la succession d’Autriche, -par l’incorrection du ministre des affaires étrangères, Amelot, -qui, sur la défense du cardinal Fleury, n’avait jamais répondu aux -lettres de Frédéric. Mais, aujourd’hui, le roi de Prusse, reprenant -la conversation, faisait savoir à Louis XV que les armées de la reine -de Hongrie entreraient en Alsace, pendant que celles de la France -envahiraient les Flandres. Frédéric proposait alors à Louis XV, pour -parer le coup, de faire une diversion en Bohême, si le roi de France -voulait traiter avec lui. Il y mettait toutefois cette condition que le -cabinet de Versailles ignorât l’acte diplomatique, qui n’aurait pour -contractants que les deux souverains avec Richelieu comme témoin. - - [269] FRÉDÉRIC II: _Mémoires_ (édit. Boutaric et Campardon), - t. I, p. 220.--Frédéric dit que Richelieu, Mme de Châteauroux, - le cardinal de Tencin et le comte d’Argenson, ministre de la - guerre, étaient dans ses vues. - - [270] Le nouveau roi de Prusse, Frédéric, après s’être emparé - de la Silésie autrichienne, avait conclu un traité de paix - séparée avec Marie-Thérèse et prétendait excuser cette... - légèreté diplomatique, dont l’exemple ne devait pas être perdu - pour ses successeurs, en affirmant qu’il avait voulu prévenir - ainsi une défection de la France. Or, le duc de Broglie déclare - (_Frédéric II et Marie-Thérèse_, 1884, II, pp. 384 et suiv.) - qu’il n’a trouvé, dans les archives du Ministère des Affaires - étrangères, ni ailleurs, «aucune trace» de documents pouvant - justifier les imputations du roi de Prusse. - -Celui-ci courut à Choisy, où se trouvait le roi, chez Mme de -Châteauroux. Il pénètre, toujours s’entourant de mystère, dans la -place. Le prince, surpris, l’accueille assez fraîchement. Richelieu -s’explique et donne au roi une lettre de Frédéric. - -On tient conseil. Favori et favorite sont d’avis que Louis XV doit -accepter. - ---«Travaillez sur ce plan», dit le monarque au duc. - -Mais Richelieu s’en défend. Il n’est pas assez au courant des -affaires. Toutefois il engage le roi, puisque Frédéric ne veut pas -entendre parler des ministres, à confier la négociation au Maréchal de -Noailles, chef de l’armée et au cardinal de Tencin, qui a sa place au -Conseil. - ---«Soit, dit Louis XV, allez leur parler et voyez si on voudra d’eux en -Prusse.» - -Frédéric y consentit[271]. Une des premières conséquences des -pourparlers fut le renvoi d’Amelot, ce ministre bègue qui était la -risée de l’Europe. Mais, malgré les objurgations quotidiennes de Mme de -Tencin, Maurepas se maintint au pouvoir. - - [271] BESENVAL: _Mémoires_ (édit. Baudouin), t. I, - p. 32.--JOBEZ: _La France sous Louis XV_, t. III, p. - 357.--FRÉDÉRIC II: _Histoire de mon temps_, t. III, c. - IV.--FLASSAN: Histoire de la diplomatie française, t. V.--DUC - DE BROGLIE: _Frédéric II et Louis XV_, t. II, pp. 178-187, - 203-205.--_Les Mémoires authentiques_ du Maréchal DE RICHELIEU - consacrent un chapitre à ces négociations secrètes avec la - Prusse, chapitre que reproduit presque textuellement le - _Mémoire_ présenté à Louis XVI. Dans ce _Mémoire_, le récit des - négociations avec la Prusse suit la relation de l’ambassade de - Vienne: comme bien on pense, Richelieu avait jugé inopportun - de faire connaître au nouveau roi tous les dessous d’intrigues - politiques et galantes, auxquelles, dans l’intervalle, il avait - pris une si large part. - -Pendant que Richelieu guerroyait dans les Flandres, les _tractations_ -(c’est le mot à la mode) se poursuivaient régulièrement; et il semble -qu’elles aient réussi à secouer la torpeur, peut-être simulée, que Mme -de Tencin reprochait si volontiers à son frère. - -Le Cardinal écrivait, de Versailles, le 2 mai, à Richelieu: «Le projet -de traité avec le roi de Prusse a été fait dans un comité, chez moi, de -la manière que j’en étais convenu avec Rottembourg[272].» Celui-ci, au -dire de Mme de Tencin, «exigeait toujours le plus grand secret»; et le -traité devait être signé à Paris[273]. - - [272] _Correspondance du cardinal de Tencin, ministre d’État - et de Mme de Tencin sa sœur avec M. le duc de Richelieu_, 1790, - 2 mai 1744. - - [273] _Correspondance du cardinal de Tencin, ministre d’État et - de Mme de Tencin sa sœur avec M. le duc de Richelieu_, 1790, - 2 mai 1744, p. 315.--Ce recueil de lettres (_Bibliothèque - Nationale Impr._ Lb{38} 56), imprimé sur des originaux confiés - par Richelieu à de La Borde, recueil auquel les biographes - de Mme de Châteauroux et des Tencin, les Goncourt, MM. P. - Masson, de Coynart, etc. attribuent, à juste raison, une - certaine importance, ne leur inspire pas cependant une absolue - confiance; et l’un d’eux, croyant à des interpolations ou à - des maquillages du fait des éditeurs, exprimait le vœu qu’on - pût retrouver un jour les originaux de cette correspondance. - Or, dans le _Bulletin du Bibliophile_, de 1876 (p. 20), nous - avons découvert, à l’article _Choix de lettres inédites avec - éclaircissements historiques et littéraires_, par Edouard de - BARTHÉLEMY, la publication d’un autographe du cardinal de - Tencin, du 22 mai 1744, absolument identique à une lettre - portant la même date, imprimée dans le recueil Lb{38} 56 de - 1790. - - D’autre part, M. P. Masson remarque que le recueil fut édité - par les soins de Soulavie, qu’on y retrouve plusieurs lettres - publiées par celui-ci dans les _Mémoires de Richelieu_, - et que certaines de ces lettres figurent également dans - la _Vie privée_ de Faur.--Et M. P. Masson en conclut fort - judicieusement que toute cette correspondance, si dispersée, - n’est pas dépourvue d’authenticité, réserve faite de - l’inexactitude de ses différentes dates. - -Évidemment, ce jour-là, le fait d’avoir été pris tout d’abord pour -intermédiaire entre les deux princes, ne pouvait qu’ajouter à la gloire -de Richelieu et le désigner à l’attention de son souverain comme le -plus éminent de ses conseillers. - -Fût-ce l’ambition d’en obtenir le titre, ou l’exemple de ce roi de -Prusse toujours à la tête de ses régiments, ou mieux encore, nous -voulons le croire, fût-ce un sentiment plus noble et plus élevé, -le désir de voir un roi de France reprendre les traditions de ses -aïeux, se souvenir qu’il était du sang des Bourbons, et qu’Henri IV, -Louis XIII, Louis XIV avaient reçu, sur le champ de bataille, le -baptême du feu? Toujours est-il que, Richelieu faisant partager à Mme -de Châteauroux ses vues sur le devoir qui s’imposait à Louis XV, la -nouvelle Agnès Sorel (on lui donna ce nom à Versailles) décida son -royal amant à rejoindre l’armée. - - - - -CHAPITRE XVI - - _Mme de Tencin continue sa correspondance.--Richelieu lui préfère - encore la présence de Mme de Châteauroux auprès du roi.--Dangers - de cette manœuvre.--La maladie de Louis XV à Metz.--Les médecins - perdent la tête.--Richelieu et les duchesses chambrent le roi.--Les - terreurs de Louis XV.--Disgrâce de Mme de Châteauroux.--Épigrammes et - satires.--Le roi guérit et charge Richelieu de négocier le retour de - la favorite.--Un rendez-vous et une liste de proscription.--Maurepas - échappe à la vengeance de la duchesse, mais doit s’humilier devant - elle.--Mort foudroyante de Mme de Châteauroux.--Douleur du roi._ - - -Par lettres du 1er avril 1744, Richelieu avait été envoyé à l’armée -de Flandre; nommé aide de camp du roi par brevet du 1er mai, et, le -2, lieutenant général, il prenait part, sous ce titre, aux sièges de -Menin, d’Ypres et de Furnes. Mais, bien qu’éloigné de Versailles, il -était tenu au courant des complots qui s’y tramaient chaque jour et -des perfidies qui s’y débitaient à toute heure, par une correspondance -presque quotidienne avec les Tencin et avec la duchesse de Châteauroux. - -Celle-ci avait une idée fixe: se défaire de _Faquinet_, surnom qu’elle -donnait à Maurepas, qui, d’ailleurs, pour répondre du tac au tac, -appelait Richelieu _Foutriquet_[274]: - ---«Que l’on me donne des faits», demande-t-elle à son «cher oncle»; et -«je serai bien forte[275].» - - [274] _Mémoires_ de MAUREPAS, t. IV, p. 112. - - [275] _Lettres de la duchesse de Châteauroux au duc de - Richelieu_ (Collection Leber, Bibliothèque de Rouen). - -Interprète de Richelieu, Mme de Tencin affirme à la duchesse qu’elle a -mis plusieurs personnes en mouvement pour «dégoter» Maurepas, malgré -qu’il se vante d’être au mieux avec le roi. Le grand argument de Mme de -Tencin, c’est l’état déplorable du département de la marine confié à -ce ministre incapable et malfaisant. Au surplus, on s’en débarrassera -momentanément: on l’enverra inspecter les ports de guerre, le 18 -juin[276]. - - [276] _Journal_ de BARBIER, t. IV, pp. 522-523. Le chroniqueur - y signale cette «tournée» de Maurepas. - -Et notre politicienne continue, à bâtons rompus, son système -d’informations sur les sujets les plus variés: elle expose ses projets -de gouvernement et ses vues diplomatiques; mais, toujours ombrageuse, -âpre et caustique, elle récrimine contre des ennemis réels et même -imaginaires. D’Argenson est «superficiel et badin». Mme de Boufflers -est «la plus méchante et la plus tracassière des femmes». Maurepas, -«le plus méchant de tous..., connaît mieux la Cour que les autres». Il -faut se méfier de la Poule (Mme de Flavacourt) qui écrit au roi sous le -couvert du premier valet de chambre Le Bel. - -Et ce flux de nouvelles se grossit de conseils affectueux, de tendres -protestations d’amitié qui tournent parfois au marivaudage, de doux -reproches pour une indifférence qu’on ne dissimule pas assez. En 1743, -elle témoignait surtout de sa sollicitude pour les enfants de Richelieu -qu’elle comblait de petits soins; en 1744, c’est leur père qui la -préoccupe: «Demandez-moi pardon, lui écrit-elle, et dites-moi que c’est -de bon cœur que vous m’aimez, et, ce qui m’est plus important, que -vous êtes assuré que je vous aime et que ma confiance n’a et ne peut -jamais souffrir la moindre atteinte.» Mme de Tencin est désolée de la -bouderie de la princesse de Rohan, une ancienne maîtresse de Richelieu, -qui ne pardonne pas à son amant de ne l’avoir pas mise dans le lit du -roi. Quelle précieuse amitié que celle des Rohan! Et cette bonne Mme -de Tencin s’offre à faire cesser la brouille. Elle ne s’oublie pas -cependant, mais elle tremble qu’on ne l’oublie, et ne paraît croire que -médiocrement à la reconnaissance de Mme de Châteauroux: «Rappelez-vous, -dit-elle à Richelieu, tout ce que nous avons fait et toute la peine que -nous avons eue à la faire duchesse.» - -Une nouvelle imprévue vient donner un autre cours à cette -correspondance. - -Il avait été convenu (et Louis XV s’y était résigné, non sans peine) -que, pour éviter les mauvais propos, Mme de Châteauroux ne suivrait pas -le roi en Flandre. Mais, Richelieu, ayant eu des difficultés avec le -duc d’Ayen, fils du Maréchal de Noailles, et craignant que son crédit -n’en subît quelque atteinte, jugea nécessaire de faire venir à l’armée -la duchesse de Châteauroux. Les _Mémoires authentiques_ prétendent, au -contraire, qu’elle prit, seule, l’initiative d’un voyage qui sembla -rappeler, par sa mise en scène, les pompeux défilés des carrosses -de Louis XIV au siège des villes flamandes. Seulement la reine n’y -était pas. Mais la princesse de Conti, la duchesse de Chartres -et--particularité piquante!--cette duchesse de Modène, qui, jadis, -s’était si bruyamment compromise pour Richelieu, allèrent rejoindre le -roi à Lille, en compagnie de Mme de Châteauroux et de sa sœur Mme de -Lauraguais. Ce fut un scandale public qui eut sa répercussion jusque -dans l’armée. On chansonna «Madame Enroux»; mais, suivant le mot d’un -contemporain, «la paix de Mme Enroux fut bientôt faite avec le roi». - -Mme de Tencin et son frère ne purent cependant cacher à Richelieu -que cette arrivée triomphale avait rencontré «nombre d’improbateurs» -et «produit le plus mauvais effet», ainsi que l’avait mentionné le -Maréchal de Saxe à l’une de ses maîtresses. Les moins malveillants -disaient: «Pourvu que le roi ne se dérange pas de la guerre, on lui -passera ses plaisirs.» Tous ces menus détails, les Tencin les devaient -aux indiscrétions du Cabinet noir. Et cependant l’amie de Richelieu -avait fait prier «l’Homme»--sans doute Jannel, commis préposé à -cet office--de supprimer toutes les lettres venant de l’armée «qui -parlaient mal de Mme de Châteauroux». Mais «l’Homme» avait répondu -«qu’il n’était pas maître de tout supprimer, attendu qu’il n’était pas -seul à faire des extraits». C’était, en effet, avec cette opération à -coups de ciseaux qu’on alimentait de nouvelles la curiosité publique. -Et, tout en constatant que le Maréchal de Noailles n’était pas étranger -à ce débordement de malignité, Mme de Tencin concluait une fois de -plus à la nécessité d’en finir avec Maurepas: car le lieutenant de -police Marville tremblait devant lui, son supérieur hiérarchique. Et -le renvoi de cette créature d’un ministre, tombé lui-même en disgrâce, -permettrait de lui donner pour successeur un certain Chaban, premier -commis de la police, tout dévoué au parti des Tencin[277]. - - [277] _Correspondance du C{l} de Tencin, de Mme de Tencin_, - 1790, _passim_. - -Pendant que ces maîtres intrigants discutaient les moyens de s’assurer -sans conteste le pouvoir, les événements se précipitaient sur le -théâtre de la guerre. Le 1er juillet, le prince Charles, justifiant -les prévisions de Frédéric II, franchissait le Rhin, sans que le -Maréchal de Coigny lui opposât la moindre résistance, et pénétrait -en Alsace qu’il saccageait à la manière allemande. En conséquence, -le roi partait, le 19, pour Metz[278]; et Richelieu recevait l’ordre -de l’y rejoindre. Il s’arrêta quelques heures à Paris, où le marquis -d’Argenson, l’auteur des _Mémoires_, put causer avec lui, d’autant plus -que, par un de ces jeux de bascule politique alors si fréquents, son -frère le ministre était devenu l’ennemi juré de Noailles, partant le -grand ami de Richelieu. Le duc, «avec sa vivacité ordinaire» (le mot de -_volubilité_ n’appartenait pas encore à la langue française) débita au -marquis tout un système de politique extérieure reposant sur l’alliance -espagnole, alors franchement offerte par Philippe V et par sa femme -Élisabeth Farnèse, alliance que devait sanctionner le prochain mariage -de la seconde fille du roi d’Espagne avec le Dauphin. On ne pouvait -compter, malgré les succès du prince de Conti, sur un traité avec le -roi de Sardaigne que soutenait l’Angleterre; et d’Argenson disant à -son interlocuteur, pour le flatter, qu’il ramènerait d’Espagne, avec -la princesse, une paix glorieuse, Richelieu estimait que la paix en -question dépendrait d’autres causes. Toutefois les victoires de la -France autorisaient les prétentions de l’Espagne en Italie; et, d’autre -part, le prince Charles courait au devant d’un désastre. - - [278] Le Maréchal de Schmettau était venu lui annoncer l’entrée - prochaine de Frédéric II en Bohême, conformément au traité - secret du 5 avril, notent les _Mémoires authentiques_ qui - ajoutent: «M. de Richelieu entendit un grand seigneur, plus - grand sot encore, (le duc de La Rochefoucauld) dire avec - confiance: Il faudrait couper le cou à celui qui a fait et - signé un pareil traité avec le roi de Prusse, parce que cela - rendra la paix infaisable.» - -Ces graves déclarations s’accompagnaient de l’aveu, plus ou moins -discret, «d’aventures galantes tenant une grande place» dans les -nombreuses affaires que le duc devait mettre à jour avant son -départ[279]. Et d’Argenson, ce terrible misanthrope, profite de la -pose que vient de lui donner, à son insu, un homme «possédé du désir -d’entrer au conseil... et de parvenir au commandement des armées...», -pour tracer le croquis de «sa légèreté, de sa précipitation et de son -étourderie...». Richelieu «croit plus à la puissance de la séduction -qu’à celle de la vertu». Il a «assez d’expérience et de sagacité -pour bien démêler les hommes; mais il en veut plus à leurs faibles -qu’à leurs bonnes qualités. Il méprise les ministres, mais se garde -de les blesser; son humeur satirique perce quand même, il est craint -et détesté... Son amour des voluptés aspire plus à l’ostentation -qu’aux véritables délices.» Il est «prodigue sans magnificence et -sans générosité... il a de l’habileté et du désordre... Il n’est pas -assez heureux pour posséder un ami..., il est franc par étourderie, -méfiant par mépris des hommes, désobligeant par insensibilité... Vieux -papillon, enfariné de politique[280]...» - - [279] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. IV, p. 104. - - [280] _Ibid._, p. 211 et suiv. - -Il est vrai que Richelieu touchait alors à la cinquantaine. - -Quand il retrouva le roi à Metz, le prince, la favorite, les grandes -dames et les seigneurs qui composaient sa suite, étaient--qu’on nous -passe le mot--fourbus de plaisirs. Mme de Châteauroux avait eu, chemin -faisant, une indisposition fort sérieuse. Louis XV, au milieu des fêtes -et des festins qui marquaient chacune de ses étapes, commençait à se -plaindre d’une lassitude intolérable. - -Le 6 août, il fut pris d’un frisson de fièvre. - -Il s’alitait le 7. On n’a jamais pu définir exactement la nature -de son mal. Fut-ce simplement une fièvre muqueuse, ou plutôt une -typhoïde? Richelieu opinait pour un embarras gastrique, à la suite -d’une indigestion et d’un «coup de soleil». Cette hypothèse était fort -admissible, Louis XV étant un gros mangeur et sujet, comme d’ailleurs -tous les princes de sa race, à de fréquentes et copieuses indigestions. - -Chicoyneau et La Peyronie[281], l’un médecin, l’autre chirurgien du -roi et particulièrement dévoué à Mme de Châteauroux, ne crurent pas -d’abord à un danger immédiat. Mais bientôt l’aggravation du mal les -trouva hésitants, inquiets, troublés, soit qu’ils fussent impuissants à -fixer leur diagnostic, soit que le sentiment de leur responsabilité les -privât de leur sang-froid. - - [281] Les _Mémoires authentiques_ disent pourtant de lui: - «La Peyronie était livré depuis longtemps à MM.... il avait - pour porteur de paroles L(a) R(ochefoucauld) qui était fort - sot, mais insolent... Il n’y avait pas moyen de l’éviter.» La - Rochefoucauld était grand-maître de la garde-robe. - -Par contre, Richelieu et les deux duchesses avaient gardé toute -leur présence d’esprit. Ils s’étaient enfermés avec le roi, et, du 8 -au 13 août, le soignèrent, aidés de valets de chambre et de divers -subalternes. De ce fait, les sacro-saintes lois de l’étiquette étaient -gravement lésées. Les grands dignitaires ne pouvaient plus remplir -leurs charges. Et, d’autre part, la fièvre redoublant, Louis XV, qui, -toute sa vie, eut la terreur de la mort et de... l’enfer, s’effrayait -de ne pas recevoir les secours de la religion. - -Richelieu prétendit depuis que les prêtres avaient exagéré l’état du -royal patient pour devenir plus vite les maîtres de la situation. Il -n’ignorait pas que s’ils y parvenaient, c’était la disgrâce immédiate -pour Mme de Châteauroux--et pour lui, par contre-coup. Aussi se -confondait-il en politesses, en attentions délicates, en cajoleries -même auprès du Père Pérusseau, le confesseur du roi, afin de l’amener -à une neutralité bienveillante. Mais le jésuite restait inflexiblement -muet, quand Mme de Châteauroux lui demandait: «Serai-je renvoyée?» - -Malgré l’opposition de La Peyronie, l’évêque de Soissons, l’intolérant -et fougueux Fitz-James, sollicitait instamment Louis XV de faire -appeler le P. Pérusseau; et bien que la visite épiscopale eût fort -agité le roi, le duc de Bouillon, grand-chambellan, estimait que le -prélat avait rempli son devoir. Richelieu eut l’intuition du danger -qui le menaçait. Il vint annoncer aux princes du sang, aux premiers -dignitaires de la couronne et à leurs partisans, que «le roi ne voulait -plus leur donner l’ordre». Le duc de Bouillon lui répondit que, du -moment «qu’il fallait prendre l’ordre de Vignerot», il se retirait. Et, -le comte de Clermont, enfonçant du pied un battant de la porte, cria -brutalement à Richelieu: - ---«Quoi! un valet tel que toi refusera l’entrée au plus proche parent -de ton maître[282]!» - - [282] MOUFLE D’ANGERVILLE: _Vie privée de Louis XV_ (1783, 6 - vol.), t. II, p. 220, d’après _Les Amours de Zéokinisul_, de - Crébillon fils. - -Cependant La Peyronie déclarait, le 13 août, que Louis XV n’avait plus -que deux jours à vivre. - -Avisé de l’impatience manifestée par les principaux intéressés de ne -pouvoir s’acquitter de leurs fonctions, le roi avait consenti à leur -donner audience. Mais le duc de Bouillon, qui voulait décidément la -conversion du pécheur, lui ayant rappelé les devoirs de sa charge: - ---«Il n’est pas encore temps,» lui dit sèchement le prince. - -Richelieu, paraît-il, l’avait charitablement prévenu, que si les -officiers de la couronne s’étaient déterminés à cette démonstration, -c’était afin «de faire parade de leurs fonctions pour l’administration -des sacrements». - -Mais survint une syncope. Épouvanté, le roi manda en toute hâte le -P. Pérusseau. Dès lors, la favorite était sacrifiée. Aussitôt, pour -édifier le populaire, Fitz-James fit abattre la galerie de bois qui -reliait l’appartement de la maîtresse à celui de l’amant. Vainement -Richelieu voulut s’opposer au départ de la duchesse; mais l’évêque -ordonna la fermeture des tabernacles. Et, sous l’anathème épiscopal, -Mme de Châteauroux dut s’éloigner avec sa sœur. - -On sait comment se termina cette maladie, dont les phases successives -firent passer un tel frisson d’angoisse par toute la France et qui -valut à Louis XV le nom de _Bien-Aimé_. - -Dès que le roi eut reçu les sacrements, ses médecins consentirent -à le laisser traiter par un de leurs confrères, nommé Mollin ou Du -Moulin, peut-être aussi par un empirique de Metz, le juif Castéra, -«que j’ai introduit dans la chambre du roi», écrivait Richelieu à Mme -de Châteauroux. Toujours est-il qu’un violent émétique, ordonné par -Moncerveaux, un chirurgien d’Alsace, débarrassa le malade, qui entra, -peu de temps après, en convalescence[283]. - - [283] _Journal de ce qui s’est passé_, etc... _à Metz_, - 1744, in-fº (récit officiel).--Dr DELAUNAY: _Le Monde - médical parisien au XVIIIe siècle_ (2e édition, 1906), - p. 120.--_Intermédiaire des chercheurs et des curieux_, - 1912, pp. 457 et 605.--CHICOYNEAU: _Journal de la maladie - du roi_, 1745.--Les GONCOURT: _Mme de Châteauroux_, 1877, - pp. 357-364.--_Mémoires_ de MAUREPAS, t. IV, p. 115. - _Journal du voyage, de la campagne et de la maladie du - roi à Metz_.--SOULAVIE: _Mémoires de Richelieu_, t. VI, - pp. 17-39.--_Journal_ de BARBIER (édition in-8º) t. III, - 533-571.--_Journal_ de LUYNES.--_Mémoires authentiques_ du M{l} - de RICHELIEU (inédits). - - Cette maladie du Roi paralysa les opérations du Maréchal de - Noailles qui marchait sur le prince Charles et sauva celui-ci - du désastre auquel l’aurait infailliblement conduit son - imprudente invasion de l’Alsace. Les Parisiens se moquèrent - de l’inaction de Noailles, en attachant une épée de bois à la - porte de son hôtel. Frédéric II, qui, après avoir violé la - neutralité saxonne, était entré en Bohême, le 23 août, dut - l’évacuer. Il était exaspéré: le prince Charles avait repassé - tranquillement le Rhin et pouvait dès lors inquiéter le roi de - Prusse. - -Et comme, suivant un mot tant de fois répété, tout finit en France -par des chansons, ou par des épigrammes, ou par des parodies, des -beaux esprits mirent encore Racine à contribution, pour se gausser de -l’arrivée imprévue de Mme de Châteauroux à Lille et de la disgrâce de -la favorite à Metz, disgrâce qu’on espérait voir retomber sur Richelieu. - -La parodie des scènes de _Bérénice_ visait plus spécialement Mme de -Châteauroux: celle du troisième acte de _Bajazet_ était surtout à -l’adresse de Richelieu (Acomat, _chef des eunuques blancs_) que la -duchesse (Roxane) plaignait en ces termes: - - Malheureux Acomat, triste jouet du sort, - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Toi qui me vis cent fois dans les bras de ton maître, - Toi-même poursuivi. . . . . . . . . . . . . . . . . . - Exilé du sérail, privé de ton emploi. . . . . . . . . - Voilà. . . . . . . . . . . . le prix de tes services - De tes soins obligeants à lui voiler ses vices - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - . . . . . . . . . . . . . Aujourd’hui le barbare, - Après tant de bontés contre moi se déclare[284]. - - [284] BOISJOURDAIN: _Mélanges_, t. II, pp. 241-249. - -En effet, on put croire, un instant, à la Cour, que Richelieu avait -définitivement cessé de plaire. On lui avait même laissé entendre -qu’il serait plus sage à lui de déguerpir promptement de Metz. Barbier -prétend, dans son _Journal_, que Richelieu fut renvoyé à l’armée du -Rhin; d’après Soulavie, il se retira provisoirement à Bâle[285]. Son -absence, en tout cas, ne pouvait être que de courte durée: le duc était -trop habile manœuvrier sur le terrain de l’intrigue pour abandonner -aussi vite la partie. Il se sentait l’homme indispensable, qui, tôt -ou tard, saurait ramener au maître, avec l’ami qu’il devait déjà -regretter, la femme qu’il adorait toujours. - - [285] SOULAVIE: _Mémoires de Richelieu_, t. VII, p. 34. - -De fait, dès le 15 septembre, et de l’aveu même de Maurepas[286], -Louis XV «disait du bien de Richelieu» au Maréchal de Noailles. -C’était, en quelque sorte, un ordre de retour. Et bientôt revenu -auprès du roi, l’exilé volontaire le décidait à renvoyer la reine à -Versailles, quoiqu’elle fût arrivée à Metz sous ses plus beaux atours, -en robe de nuances claires, avec tout un escadron de douairières non -moins galamment équipées. - - [286] MAUREPAS: _Mémoires_, t. IV, p. 117.--Richelieu avait - fait pressentir le roi par Noailles et par Tencin. - -Dans l’intervalle, Richelieu avait reçu de nombreuses lettres de la -duchesse de Châteauroux, qui lui racontait, par le menu, tous les -épisodes de son retour précipité sur Paris, se dissimulant, stores -baissés, au fond de sa chaise de poste, appréhendant un peu partout les -manifestations du populaire, irritée des affronts qu’elle avait subis, -se relevant très vite de ces accès de découragement, pressentant même -les revanches futures: - ---«Tranquillisez-vous, mon cher oncle, écrivait-elle, une fois rentrée -à Paris, il se prépare de beaux coups pour nous[287].» - - [287] _Lettres de la duchesse de Châteauroux_ (Bibliothèque de - Rouen, Collection Leber). - -L’attitude du roi, constatée et commentée par Richelieu, ne pouvait -qu’autoriser de telles espérances. Le prince, plus épris que jamais, -au souvenir des charmes de l’absente, était impatient de revoir la -duchesse. Il pressait Richelieu d’aller annoncer à Mme de Châteauroux -la prompte arrivée de l’amant le plus tendre et le plus soumis: - ---«Jamais, répondait Richelieu; je vous servirais trop mal; d’ailleurs, -pourrait-elle nous pardonner? - ---«Que faire? - ---«Aller à Fribourg; elle voulait y suivre Votre Majesté[288].» - - [288] _Mémoires_ de la duchesse DE BRANCAS (fragments - historiques sur Louis XV et Mme de Châteauroux) (édition - Lacour, 1865), p. 103. - -Richelieu avait précédé le roi au siège de Fribourg. Là, le prince lui -fit redemander par Le Bel les lettres de la Duchesse, que le premier -valet de chambre avait remises à Richelieu, pendant la maladie de son -maître et sur l’ordre de celui-ci. Quand le duc quitta Fribourg pour -aller tenir les États du Languedoc, le roi lui défendit expressément de -passer par Paris, où Richelieu comptait s’arrêter pour s’entendre de -nouveau avec sa fidèle alliée[289]. - - [289] _Mémoires authentiques_ du Maréchal de RICHELIEU - (inédits). - -Mais bien que Mme de Châteauroux reprochât, sur le mode plaisant, à son -«cher oncle» de ne pas connaître Louis XV, le fin courtisan qu’était le -duc avait adroitement préparé son maître à subir toutes les exigences -qu’entendait lui imposer la favorite, par manière de réparation. Déjà, -en septembre, il avait fait tenir au roi, avant de le rejoindre, un -mémoire, où il lui retraçait l’historique de la maladie de Metz, et lui -démontrait à quel point des ambitions inavouables, escomptant peut-être -une fin qu’elles espéraient prochaine, avaient abusé des remords et -de la faiblesse du monarque. Quand il avait revu le convalescent, il -était revenu sur les divers épisodes de ce que les disgrâciés d’alors -appelaient la «cabale de Metz», souvenir humiliant pour un prince, très -jaloux de son autorité sous son éternelle indifférence. Et Richelieu, -qui, sans attaquer, comme Voltaire, l’Église, la détestait peut-être -davantage, rappelait à Louis XV l’importance que s’étaient insolemment -arrogée des prêtres, au chevet d’un roi qu’on pensait à l’agonie[290]. - - [290] Louis XV avait dû demander publiquement pardon à «ses - peuples» du scandale qu’il leur avait donné pendant sa vie. - -Mme de Châteauroux fixa le jour d’un rendez-vous si impatiemment -désiré. Ce fut, le 16 octobre, à l’issue des fêtes magnifiques que -la ville de Paris donna en l’honneur du Bien-Aimé et auxquelles la -Duchesse prétendait avoir assisté, perdue dans la foule, sous le -travestissement sans doute d’une humble grisette. Elle demeurait, -avec sa sœur Lauraguais, rue du Bac, dans un hôtel dépendant des -Jacobins de la rue Saint-Dominique. Le roi s’y présenta, accompagné de -Richelieu[291]. Mme de Châteauroux s’évanouit, après avoir murmuré: - - [291] _Mémoires_ de la duchesse DE BRANCAS, p. 105. Ces - Mémoires sont en contradiction avec les _Mémoires authentiques_ - de Richelieu, quand ils font accompagner Louis XV par le - Duc, dans cette romanesque et invraisemblable entrevue de la - rue Saint-Dominique. En effet, les _Mémoires authentiques_ - établissent très nettement que Richelieu «ne devait plus - revoir» la favorite disgraciée, lorsqu’elle s’enfuit de Metz, - après lui avoir fait ses adieux. - ---«Comme ILS nous ont traités!» - -Cet ILS, évoquant le souvenir de toutes les hontes et de toutes les -rancunes accumulées dans une âme fière et hautaine, laissait assez -prévoir les vengeances qu’elle méditait. Car, bien qu’elle eût assuré -à Richelieu «qu’elle aimait le roi à la folie et plus qu’elle ne le -faisait paraître», Mme de Châteauroux avait, comme la plupart des -grandes amoureuses du XVIIIe siècle, le cœur trop sec pour qu’il y -germât une passion plus ardente que la haine. - -Louis XV la pressait de revenir à Versailles. - ---«Je n’irai qu’incognito, dit la Duchesse. - ---«En ce cas, proposa Richelieu, je ne vois guère qu’un pot-de-chambre -(voiture de louage) où l’on ne s’avisera pas de vous reconnaître, y -fussiez-vous aperçue.» - -«Ce qui fut résolu», affirment les _Mémoires_ de la duchesse de Brancas. - -Ce fut vraisemblablement dans cette seconde entrevue que furent -dressées les «listes de proscription», dont les contemporains ont -parlé. Mme de Châteauroux dut cependant, sur les observations du roi, -en consentir la très sensible atténuation. Mais la même disgrâce -enveloppa les ducs de Bouillon, de La Rochefoucauld, de Fleury, le -comte de Balleroy, l’évêque Fitz-James, M. le duc de Châtillon, -gouverneur du Dauphin et sa femme... «ces Messieurs» comme les appelait -Louis XV[292]. - - [292] Un terme qu’affectionnait Louis XV. Plus tard, quand - il parlait de Damiens, il l’appelait «ce _Monsieur_».--Dans - ses _Mémoires authentiques_, Richelieu plaint ce «pauvre - Châtillon qui avait suivi les impressions dictées par Maurepas, - et prononcées par l’insolent imbécile La Rochefoucauld», en - amenant le Dauphin à Metz, «contrairement à la volonté du roi». - -Toutefois, le roi se défendit de sacrifier Maurepas, qui avait trouvé -le secret d’amuser au Conseil cet homme perpétuellement ennuyé. Mais le -ministre dut subir l’humiliation d’aller porter à son ennemie le billet -du souverain qui la priait de venir, avec sa sœur, reprendre sa place à -la Cour. - -«J’ai toujours été persuadée, Monsieur, répondit Mme de Châteauroux, -que le roi n’avait aucune part à tout ce qui s’est passé à mon sujet. -Aussi, je n’ai jamais cessé d’avoir pour Sa Majesté le même respect -et le même attachement. Je suis fâchée de n’être pas en état d’aller -dès demain remercier le roi, mais j’irai samedi prochain, car je serai -guérie.» - -Maurepas balbutia quelques protestations contre des préventions dont -il se prétendait victime. La duchesse l’écoutait avec une froideur -dédaigneuse; elle lui laissa baiser sa main: - ---«Cela ne coûte pas cher», lui dit-elle en le congédiant. - -Mais elle avait trop présumé de ses forces. Dans la nuit qui suivit une -visite désagréable pour les deux intéressés, la fièvre augmenta; puis -des douleurs de tête insupportables, le délire, des cris furieux allant -troubler à l’étage supérieur Mme de Lauraguais, alors en couches. Dans -un des rares intervalles où reparut sa lucidité, Mme de Châteauroux se -réconcilia avec Mme de Flavacourt, si injustement soupçonnée par elle -et reçut les sacrements. - -Le roi, tenu au courant, heure par heure, des progrès du mal, se -désespérait. Il s’enfermait pour ne recevoir personne. Et, le 7 -décembre, quand sa maîtresse entra en agonie, il ne put rester au -Conseil qu’il présidait; il sortit en disant: - ---«Messieurs, finissez le reste sans moi[293].» - - [293] SOULAVIE: _Mémoires de Richelieu_, t. VI, p. 79. - -Mme de Châteauroux mourut le 8, et fut enterrée à Saint-Sulpice. On -avait dû mettre, sur le chemin du convoi, le régiment du guet pour -contenir la foule; car, si les courtisans qui avaient insulté la -duchesse à Metz, avaient eu la bassesse d’aller s’inscrire à son -hôtel pendant sa maladie, le peuple n’avait pas désarmé; et sa colère -grondait encore contre «Madame Enroux». - -Cette mort, presque foudroyante et comme mystérieuse, d’une femme âgée -à peine de vingt-sept ans, donna naissance à de nombreux commentaires -et souleva même des discussions passionnées. Les symptômes qui -l’avaient précédée, semblent être ceux de la méningite. Mais l’opinion -publique ne voulut y voir que les indices d’un poison subtil. Depuis -les crimes des Brinvilliers et des Voisin, on n’expliquait jamais -autrement une fin prématurée. Les soupçons se portèrent sur Maurepas: -Mme de Châteauroux, insinuait-on, avait à peine dit au ministre: -«Donnez-moi la lettre (celle du roi) et allez vous-en», qu’elle avait -senti, en lisant le billet, des douleurs atroces aux yeux et à la -tête[294]. - -Lauraguais, l’éditeur, sinon l’auteur, des _Mémoires_ de Mme de -Brancas, crut devoir interroger à cet égard l’ami et collaborateur de -Maurepas, le comte de Caylus. - -«Lui, un empoisonneur! fit l’auteur des _Étrennes de la Saint-Jean_; il -est encore plus incapable de crimes que de vertus[295]!» - - [294-295] _Mémoires_ de la duchesse DE BRANCAS, pp. 103-106. - -Et l’Histoire est de cet avis. - - - - -CHAPITRE XVII - - _Richelieu ne se laisse pas abattre par la mort de Mme de - Châteauroux.--Comment il organise les fêtes du premier - mariage du Dauphin.--Futilités de l’étiquette.--L’abbesse - du Trésor.--Préparatifs de départ pour l’armée: l’incident - Champenois.--D’après plusieurs historiens, Richelieu serait - le véritable vainqueur de Fontenoy: une pièce aux Archives - de la Guerre.--Conflit avec la Reine: toujours la question - d’étiquette.--Disgrâce du Théâtre de la Foire.--Échange de mauvais - procédés entre Richelieu et le Maréchal de Saxe pour la Comédie en - Flandre._ - - -Richelieu présidait les États à Montpellier, quand lui parvint la -nouvelle d’une mort qui ruinait ses plus secrètes espérances. Il -en fut atterré. Lui aussi crut au crime et l’attribua au comte -d’Argenson[296], dont l’attitude équivoque, à Metz, l’avait quelque peu -inquiété. - - [296] Biographie MICHAUD: _Article Durozoir_ qui emprunte - l’anecdote aux _Souvenirs de deux anciens militaires_, - par FORTIA DE PILES et GUYS DE SAINT-CHARLES (1813), p. - 63.--D’après la _Vie privée_ de FAUR (tome II), Mme de - Monconseil, de qui se méfiait Mme de Tencin, parce qu’au dire - de celle-ci elle était la maîtresse du comte d’Argenson, Mme - de Monconseil avait entendu Richelieu affirmer que Mme de - Châteauroux «était morte victime de la cabale des prêtres»: - le propos n’était pas invraisemblable dans la bouche de cet - ennemi, masqué, du clergé. - ---«C’est moi qu’on empoisonne, s’écria-t-il, j’étais sûr de la -généralité des galères!...» - -Il avait rêvé, en effet, cette charge éminente, rappelant celle de -«grand-maître de la navigation», dont le Cardinal avait été revêtu; -bien mieux, il en convoitait une autre, que le roi rétablirait, -disait-il, pour lui, par manière de récompense, celle de connétable. -Du même coup, Mme de Tencin voyait s’évanouir ses dernières illusions; -son activité débordante n’avait que trop trahi l’âpreté de son -ambition. Mise d’abord à l’écart, elle tenta bien, plus tard, de -reprendre, auprès de Mme de Pompadour, le double rôle de confidente -et de conseillère; mais «Madame la Marquise», déjà mal disposée pour -Richelieu, la tint résolument à distance. - -Le cardinal de Tencin fut moins éprouvé, d’autant qu’avec sa méfiance -coutumière, il avait joué un jeu plus serré; il se retira à son heure, -répétant ce qu’il écrivait à sa sœur, «qu’il serait bien fâché de -laisser ses os à la Cour». - -Cependant, la mort de Mme de Châteauroux donnait à Richelieu des tracas -autrement graves que ceux d’un calcul déçu. Il tremblait que le roi, -procédant pour sa dernière maîtresse, comme il l’avait fait pour Mme -de Vintimille, n’ordonnât qu’on lui apportât les portefeuilles de la -défunte: mesure politique en usage, le lendemain d’un décès de ministre -ou d’ambassadeur, mais que Louis XV pouvait appliquer, par manière -de curiosité jalouse, aux papiers de ses favorites. Plus d’une fois, -Richelieu avait indiqué, par écrit, à Mme de Châteauroux, la marche à -suivre, pour gouverner un roi dont il connaissait et dépeignait si bien -toutes les faiblesses. Ignorait-il donc que Maurepas avait déjà fait -saisir par le Cabinet noir, pour les montrer au prince, des lettres -où se dévoilaient les artifices de l’intrigue amoureuse nouée par un -trop complaisant serviteur? Louis XV ne s’en était pas offusqué. -D’ailleurs, Richelieu ne tarda pas à être rassuré: le roi s’était -abstenu de toute indiscrétion[297]. - - [297] Soulavie a dramatisé, de façon grotesque, la terreur - de Richelieu: «Il se mit à genoux, dit-il, dans son cabinet, - devant l’ÊTRE SUPRÊME, pour lui demander la conservation de - ces portefeuilles.» Ce n’est plus Richelieu, c’est le prêtre - défroqué, le partisan de Robespierre qui parle (_Mém. de - Richelieu_, t. VI, p. 81). Et Mme Gacon-Dufour, qui avait - certainement lu le fatras de Soulavie, ajoute dans une - note de sa publication des _Lettres_ (apocryphes) _de Mme - de Châteauroux_ (t. II, 240): «M. de Richelieu assistait - aux messes qu’il faisait dire pour obtenir de Dieu que le - portefeuille de Mme de Châteauroux ne tombât pas dans les mains - du roi.» - - D’autre part, la gazette anonyme, qui termine le _Journal_ de - BARBIER (édit. in-8º, t. VIII) et que nous avions identifiée en - 1897, comme rapports du Chevalier de Mouhy, espion aux gages de - la police, dit (18 décembre 1742) qu’on a intercepté une lettre - où Richelieu donne des conseils à Mme de la Tournelle, pour - qu’elle se maintienne en faveur, et frappe en même temps les - meilleurs serviteurs du roi (ceci à l’adresse de Maurepas qui - avait partie liée avec Marville, le lieutenant de police). - -Mais on put croire, un instant, à la Cour, que le grand favori était -définitivement disgrâcié. Lauraguais l’avait remplacé pour aller -chercher l’Infante destinée au Dauphin. Et des gens, se disant bien -informés, prétendaient que le duc d’Ayen, ayant pris de l’ascendant -sur l’esprit du roi, le crédit de Richelieu n’était plus qu’un vain -fantôme[298]. - - [298] _Journal inédit_ du duc DE CROŸ (édit. de Grouchy et - Cottin, 1906-1907, 4 vol.), t. I, p. 52 (note), décembre 1744. - -En effet, comme le remarque Valfons, qui avait à cœur de témoigner -à son protecteur toute sa reconnaissance de l’avoir fait nommer -aide-major par le Maréchal de Noailles, Richelieu était alors «fort -délaissé». Mais Valfons lui restait fidèle; et le duc lui disait, -en manière de remerciement: «Votre amitié, toujours honnête, sera -récompensée par une confidence ignorée de tous, et dont je vous -demande le secret le plus exact. On me croit noyé et je n’ai pas l’eau -jusqu’à la cheville[299].» - - [299] _Souvenirs_ du Marquis DE VALFONS, 2e édition - (Émile-Paul), p. 118. - -L’événement le prouva bien. - -Quand le premier gentilhomme de la Chambre revint à Versailles, pour -s’acquitter des fonctions afférentes à sa charge, il fut accueilli par -le maître avec autant d’émotion que d’affabilité[300]; et ce grand ami -de Mme de Châteauroux, qui avait montré une si vive affliction de sa -perte, s’efforça, paraît-il, de consoler le prince avec l’éclatante -beauté de Mme de Flavacourt, mais sans succès! Ce fut la seule fille du -marquis de Nesle qui déclina l’honneur de suivre l’exemple donné par -ses quatre sœurs. - - [300] Le roi lui relisait en pleurant les lettres de la - duchesse (FAUR, _Vie privée_, t. II, pp. 34-37). - -En présidant aux fêtes du mariage du Dauphin, Richelieu se trouvait -dans son véritable élément. Il ordonnait avec autorité, solennité et -conviction; mais il était toujours aussi formaliste, aussi vétilleux, -aussi agaçant, principalement sur la question protocolaire; et le -_Journal_ de Luynes dit assez combien Richelieu eut de mal à régler des -conflits, où tant d’amours-propres, non moins chatouilleux que le sien, -trouvaient si souvent l’occasion de se heurter et de se combattre[301]. - - [301] _Journal_ du Duc DE LUYNES, t. VI, pp. 266-268. - -C’étaient les Slodtz qui avaient tracé le plan et les dessins de toute -l’ornementation architecturale[302]. - - [302] _Journal_ du Duc DE CROŸ, t. I, p. 52. - -Le 23 février 1745, fut jouée la _Princesse de Navarre_, la médiocre -comédie lyrique de Voltaire et de Rameau; le 26, le ballet des -_Éléments_ de Roy qu’avait préféré Richelieu[303] et qui fut très -applaudi; le 1er mars, l’opéra de _Thésée_ de Quinault et de Lulli. Le -«ballet-comique» de _Platée_, exécuté le 3 avril, eut peu de succès. -La musique de Rameau fut jugée «singulière»; et, malgré des «morceaux -agréables», le divertissement parut «trop long et trop uniforme[304]». - - [303] _Journal_ du duc DE LUYNES, t. VI, p. 318.--Une épigramme - du temps dénommait _la Princesse de Navarre_ «une farce - foraine»: c’était d’ailleurs l’avis de Voltaire. - -Le bal de la Cour amena un échange de mots aigres-doux entre Richelieu -et le duc d’Ayen: c’était évidemment une des conséquences de la -rivalité qui divisait ces deux seigneurs. «Il s’agissait de savoir qui -devait placer, ou du capitaine des gardes, ou du premier gentilhomme de -la Chambre.» - -Le roi s’amusait beaucoup de ces querelles, sans jamais prendre -parti[305]. Ce fut toutefois à Richelieu que revint l’insigne honneur -de faire distribuer les billets d’invitation, imprimés, adressés aux -dames. Luynes a consigné, dans son _Journal_, le libellé de celui qui -fut envoyé à sa femme, et dont voici la teneur: - - [304-305] _Journal_ du duc DE LUYNES, t. VI, pp. 325-381. - - Madame, - - «M. le duc de Richelieu a reçu ordre du roi de vous avertir, de sa - part, qu’il y aura bal à Versailles, mercredi 24 février 1745, à 5 - heures du soir. - - «Sa Majesté compte que vous voudrez bien vous y trouver. Les dames - qui dansent seront coiffées en grandes boucles[306].» - - [306] _Journal_ de LUYNES, t. VI, p. 302, 18 février. - -D’autres missions de non moindre importance étaient confiées à cet -arbitre des élégances officielles; et il semblait qu’il fût tout -désigné pour les mener à bonne fin, quand elles visaient cette famille -royale d’Espagne, dont il avait si activement facilité le rapprochement -avec la maison de France. N’était-il pas allé, en 1742, recevoir -l’Infant Don Philippe à l’entrée du Languedoc, pour le conduire jusqu’à -Tarascon-sur-Ariège? En revenant à Choisy, «faire sa révérence» au -roi, il avait dit à Louis XV «beaucoup de bien» du prince espagnol, -«fort aimable et même d’une figure assez agréable, quoiqu’il ne -fût pas parfaitement bien fait, ayant une épaule plus grosse que -l’autre...[307]». - - [307] _Ibid._, t. IV, p. 121. - -Il dut remplir un office d’ordre tout différent auprès de l’Infante -Marie-Thérèse-Raphaele, qui arrivait en France pour épouser le Dauphin. -Ainsi que la reine Marie Lesczinska, qui n’avait jamais mis de rouge -avant son mariage, la princesse espagnole ignorait l’usage de ce -fard dont les dames françaises avaient fini par abuser. L’Infante -n’entendait même pas en user; elle s’y résignerait cependant sur -l’ordre de Leurs Majestés. On en délibéra dans le Cabinet du roi. Et -Richelieu, en sa qualité de premier gentilhomme de la Chambre, vint, -de la part de Leurs Majestés, apporter solennellement à la jeune -femme, «la permission de mettre du rouge», ce qu’elle s’empressa de -faire[308]. Et le Dauphin avait horreur de ce maquillage! - - [308] QUICHERAT: _Histoire du Costume en France_, 1875, p. 557. - -A cette époque, et malgré sa très grande faveur, Richelieu n’avait -pas toujours des joies sans mélange. Il avait sollicité l’Abbaye au -Bois pour sa sœur, abbesse déjà du Trésor. Boyer, l’ancien évêque de -Mirepoix, qui tenait la feuille des bénéfices, avait enquêté sur la -postulante, très chaudement appuyée par la duchesse de Brancas. Mlle -de Richelieu, sans se répandre autant que son frère, avait l’humeur -tant soit peu fringante. Boyer, fort sévère sur le chapitre des -mœurs, et plutôt d’humeur revêche, transmit au roi le résultat de -ses informations; et quand Louis XV eut signé la nomination que lui -proposait l’évêque: - ---«M. de Richelieu ne sera pas content,» fit le prélat. - ---«Il pouvait s’y attendre, répliqua le roi; car, avant que vous -n’entriez, il m’avait recommandé sa sœur; je lui ai dit qu’il était -trop vif et qu’il n’aurait pas l’abbaye[309].» - - [309] _Journal_ de LUYNES, t. VI, p. 430 (note), 22 avril - 1745.--Les _Lettres_ de MARVILLE au comte de MAUREPAS (édit. - de Boislisle, 3 v., 1896-1905), t. II, p. 74 racontent--à la - rubrique _Nouvelles des Cafés_--cet épisode, en le précédant de - cette observation: «Les Actions de M. le duc de Richelieu ont - considérablement baissé.» - -Comment ce courtisan, à l’échine si souple, avait-il pu «être trop -vif»? Peut-être Louis XV, souverain calme et tranquille jusqu’à -la mollesse, avait-il été énervé par l’activité, bourdonnante et -brouillonne, de ce «touche-à-tout», activité qui, cette année encore, -allait se disperser sur les terrains les plus divers. - -La guerre venait de se réveiller en Flandre. Et le roi, accompagné -du Dauphin, rejoignait l’armée, le 6 avril. L’adroite et jolie Mme -d’Etioles, déjà remarquée par le prince, en 1743, à la chasse, et, en -février 1745, au bal masqué de l’Hôtel-de-Ville, avait su remplacer, -six semaines plus tard, Mme de Châteauroux dans le cœur de l’oublieux -monarque, et, comme elle, montré à son royal amant la gloire qui -l’attendait sur les champs de bataille. - -Maurice de Saxe, devant qui s’était effacé le Maréchal de Noailles, -commandait en chef l’armée à laquelle s’opposaient les troupes -anglo-hanovriennes[310], soutenues par 8.000 Autrichiens. Et Richelieu -était encore à Paris! Un singulier contre-temps l’y retenait, ainsi -qu’il résulte de la lettre suivante, que nous avons trouvée dans les -_Archives de la Bastille_[311], lettre adressée au lieutenant de police: - - «Paris, le 23 avril 1745. - - «Mon équipage est parti hier matin, Monsieur. Un chef d’office que - j’avais qui le suivait, est revenu à toutes jambes sur le cheval - qu’il montait. Il l’a renvoyé à mon hôtel presque crevé et est allé - courir dans Paris, sans qu’aucun de mes gens ait pu le joindre - encore. Vous voyez, Monsieur, dans quel embarras cela me doit jeter - à la veille de partir moi-même pour joindre l’armée; et vous savez - la règle des domestiques qui doivent y servir. Aussi, Monsieur, je - vous demande avec instance la juste punition d’une insolence aussi - intolérable et de vouloir bien faire mettre à Bicêtre le dit officier - qui s’appelle Champenois, et dont la femme et l’établissement sont - chez un limonadier à la porte de Paris, rue Pierre-au-lait. La - crainte de ne vous pas trouver m’a fait prendre le parti de vous - écrire en vous renouvelant l’assurance, etc... - - Le duc de Richelieu. - - [310] L’armée ennemie comprenait également un contingent - hollandais, les Provinces-Unies s’étant prononcées, après bien - des tergiversations, en faveur de l’Autriche. - - [311] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_, - 11565, p. 138, dossier Champenois. - -Suivait immédiatement une lettre, autographe celle-ci, du -plaignant[312]: - - [312] Même dossier CHAMPENOIS. - -«Je suis très sensible, Monsieur, à votre attention et à la bonté avec -laquelle vous voulez bien m’en donner preuve. Le sieur Champenois est -ici; il a appris hier apparemment par le secrétaire qui écrivit hier -ma lettre, les prières que je vous faisais. Il est venu, ce matin, -pour me faire demander grâce, mais je ne l’ai pas voulu écouter, comme -vous croyez bien; car cet exemple serait trop dangereux et vous prie, -au contraire, de me continuer votre bonté à cet égard. Cet homme doit -être recommandé (_illisible_) sur les registres de la police pour un -(_illisible_). Il a même tué un homme, m’a-t-on dit. Il a suivi en -Espagne le duc d’Antin et est d’ailleurs assez bon officier, mais -extravagant. Si je sais quelque particularité de ses démarches, j’aurai -l’honneur de vous en informer...» - -Une apostille du lieutenant de police, à la date du 14 mai, annonçait -que Champenois était arrêté et que le comte d’Argenson venait d’en être -«instruit». - -La rancune de Richelieu, s’étayant d’un règlement de police qui -interdisait aux domestiques de «déserter» leurs maîtres, sans préavis, -était singulièrement tenace; car Champenois n’obtint sa mise en liberté -que le 8 août, sur le consentement de Richelieu[313]. - - [313] Dossier CHAMPENOIS. Lettre datée de Gand, le 3 août 1745. - -Aussi bien les événements se précipitaient à la frontière. - -Après l’investissement de Tournai, le Maréchal de Saxe, quoique dans -une position désavantageuse, acceptait la bataille, le 11 mai, devant -Fontenoy. Cette action militaire, qui fit tant d’honneur aux armes -françaises, a été si souvent et si remarquablement décrite, que nous -n’avons garde d’en reprendre le récit sur de nouveaux frais. Nous n’en -voulons retenir que la part de victoire attribuée au duc de Richelieu, -diminuée à dessein par ses détracteurs[314], exagérée peut-être par ses -panégyristes. - - [314] LINGUET entr’autres, dans ses _Annales politiques_, en - 1788. - -La courtoisie inopportune d’Anterroche, à l’adresse des Anglais, nous -avait déjà coûté nombre de soldats; notre cavalerie pliait, et la -formidable colonne, compacte et serrée, des Anglo-Hanovriens, forte de -14.000 combattants, s’avançait, portant le désordre et la mort dans les -rangs des Français. Le Maréchal de Saxe considérait la bataille comme -perdue et suppliait Louis XV de se résigner à la retraite. Mais le roi -et son fils y répugnaient. Ce fut alors qu’au milieu d’un Conseil tenu -à cheval, survint Richelieu, mis ainsi en scène par Voltaire: - -«Il se précipite, hors d’haleine, l’épée à la main et couvert de -poussière. - ---«Quelle nouvelle apportez-vous, dit le Maréchal de Noailles; et quel -est votre avis? - ---«Ma nouvelle, dit le duc de Richelieu, est que la bataille est -gagnée, si on le veut; et mon avis est qu’on fasse avancer dans -l’instant quatre canons contre le front de la colonne. Pendant que -cette artillerie l’ébranlera, la maison du roi et les autres troupes -l’entoureront. Il faut tomber sur elle comme des fourrageurs.» - -«Le roi se rendit le premier à cette idée[315].» - - [315] VOLTAIRE: _Précis du siècle de Louis XV_, c. XV. - -Aussitôt les canons de tonner. La colonne s’arrête, un instant -indécise. Elle hésite, elle se trouble. Et soudain, la cavalerie -française, prenant sa revanche de Dettingen, s’élance, comme une trombe -de fer et de feu sur la masse ennemie, la pénètre, la coupe, la hache -en tronçons[316] et dans dix minutes à peine[317] l’anéantit. - - [316] «Souvent, la victoire, a dit Napoléon, dépend d’un seul - bataillon.» - - [317] «Ce fut l’affaire de dix minutes de gagner la bataille - avec cette botte secrète...» (Lettre du marquis d’Argenson à - Voltaire.)--_Mémoires authentiques du Maréchal de Richelieu_ - (inédits).--Dans sa _Journée de Fontenoy_ (1897), si - pittoresquement illustrée par les Lalauze, le duc de Broglie, - notant l’invention de la «botte secrète que Richelieu n’a pas - manqué de s’attribuer à lui seul», ne paraît que médiocrement - édifié sur le bien-fondé de cette revendication. - ---«Je n’oublierai jamais le service important que vous m’avez rendu, -avait dit Louis XV à Richelieu après la victoire.» - -Le marquis d’Argenson, l’auteur des _Mémoires_, qui était alors -ministre des affaires étrangères et qui «n’avait point quitté le -roi pendant la bataille», comme le note Voltaire dans son poème de -Fontenoy, le marquis d’Argenson écrivit à l’auteur: - -«Votre ami, M. de Richelieu, est un vrai Bayard. C’est lui qui a -donné le conseil, et qui l’a exécuté, de marcher à l’infanterie comme -des chasseurs ou des fourrageurs, pêle-mêle, mains baissées, le bras -raccourci, maîtres, valets, officiers, cavaliers, infanterie, tous -ensemble...» Le Dauphin lui-même, qui pourtant n’aimait pas Richelieu, -en fit le plus grand éloge dans ses lettres à la Dauphine. Donc, autant -il serait injuste de contester le rôle magistral joué par Maurice de -Saxe, presque mourant, à Fontenoy, autant on aurait mauvaise grâce -à nier l’heureuse initiative de Richelieu, en présence de l’ennemi -chassant devant lui les bataillons français disloqués. Par malheur, -Voltaire, en maladroit ami, enfla tellement le panégyrique de son -«héros», au détriment du Maréchal de Saxe, que l’opinion publique -protesta; et, la jalousie s’en mêlant, on refusa bientôt à Richelieu -le bénéfice de sa géniale inspiration. Certains prétendirent que la -manœuvre du canon lui avait été indiquée par Lally[318]; Linguet en -fait honneur à Saisseval. - - [318] _Biographie_ MICHAUD (article Durozoir). - - Le rapport officiel du comte de Saxe avait amoindri le rôle - de Richelieu, en passant sous silence la manœuvre du canon. - Or, le duc, justement offensé, fit insérer la rectification - suivante aux Archives historiques du dépôt de la guerre, où l’a - retrouvée M. Bittard des Portes: - - «On sait avec certitude qu’au moment où l’affaire était si - désespérée, que l’on sollicitait le Roi de se retirer et - de passer l’Escaut, M. de Richelieu, voyant avec plus de - sang-froid et ne jugeant pas que l’affaire fût sans ressources, - courut aux pieds du roi et conjura Sa Majesté non seulement - de ne pas abandonner le champ de bataille, mais aussi de - lui promettre de faire, de concert avec quelques officiers - généraux, aussi illustres par leur naissance que recommandables - par leur zèle et par leur valeur, un dernier effort. Le Roi - ne céda qu’après des instances réitérées de sa part et avec - feu. Ce fut alors que la maison du roi, la gendarmerie et les - carabiniers conduits par lui, ainsi qu’il est rapporté dans - les relations, firent une charge si vigoureuse que les ennemis - furent enfoncés et entièrement renversés, et, par leur fuite, - la journée devint aussi glorieuse qu’elle eût été funeste aux - armes du roi, si M. de Richelieu n’eût rétabli par sa manœuvre, - son audace et son exemple, une bataille qu’on regardait comme - perdue.» - -Le roi cependant ne s’y trompait pas. Jamais il n’avait été aussi -familier, ni aussi affectueux avec son aide de camp. «La chambre de -celui-ci, mentionne le _Journal_ de Luynes, est près de celle du roi. -Dès que le roi est levé, il y entre, M. de Richelieu étant encore dans -son lit et à peine éveillé; il y demeure trois quarts d’heure ou une -heure... Ordinairement, dès que le roi est hors de table, il entre -encore chez M. de Richelieu pour voir la compagnie qui y dîne. Il -s’asseoit quelquefois auprès de la table et fait la conversation. M. -d’Argenson (de la guerre) parle sur M. de Richelieu dans des termes, et -M. de Richelieu, de son côté, sur M. d’Argenson, à pouvoir faire juger -qu’il y a entre eux une grande liaison[319].» - - [319] _Journal_ de LUYNES, t. VI, p. 485, juin 1745.--Il faut - rapprocher de ce récit l’anecdote que les _Souvenirs de deux - anciens militaires_, par Fortia de Piles (pp. 65 et suiv.), - mettent dans la bouche de Richelieu, alors que le succès - inespéré de Fontenoy avait redoublé l’amitié du roi pour le - duc. La charge de colonel des gardes était vacante. Mme de - Pompadour la demandait pour le Maréchal de Biron, Louis XV - voulait la donner à son favori: «J’étais sûr, disait celui-ci, - de déplaire au roi, si je refusais et de me brouiller avec sa - maîtresse, si j’acceptais... Je mis toute mon adresse à ce que - le roi ne me l’offrît pas... _Il était assis sur mon lit, dans - ma tente... il me regardait d’un air embarrassé, remuait les - lèvres, les mordait._ Je ne le mis pas sur la voie et Biron eut - le régiment.» - -Est-ce malice? Est-ce naïveté de la part de Luynes? Toujours est-il, -comme il le note d’ailleurs, que Richelieu «tenait un grand état». -Récemment encore, il avait traité, avec un faste inouï, le Parlement -de Paris, qui était venu féliciter le roi de ses victoires. - -Son service auprès de Louis XV ne l’absorbait pas tellement qu’il -en négligeât ses fonctions de premier gentilhomme de la Chambre à -Versailles. Il les prenait au contraire tellement à cœur qu’il faillit, -à propos d’un manquement à l’étiquette, provoquer un conflit entre le -roi et la reine. - -La reine Marie Lesczinska, après la prise de Tournai, avait donné -l’ordre à l’abbé Blanchard de chanter immédiatement un _Te Deum_[320], -sans préjudice de celui que le surintendant de la musique devait faire -exécuter plus tard, «en grande cérémonie», dans la chapelle du château. - - [320] Destouches reconnut qu’il lui eût été impossible de faire - exécuter «sur-le-champ» son _Te Deum_ (_Journal_ de LUYNES). - -Richelieu, «extrêmement piqué», en écrivit à l’abbé, au surintendant -Destouches et même à la duchesse de Luynes, dame de la reine, qui -s’empressa de montrer la lettre à Marie Lesczinska. Le poulet vaut -d’être cité pour son impertinence: - - «Au camp sous Tournay, le 23 mai 1745, - - «Je n’ai pu me dispenser, Madame, de rendre compte au roi que, - nonobstant ses décisions en faveur des maîtres de musique de la - Chambre, l’abbé Blanchard avait su trouver des protections auprès de - la reine qui lui avaient fait exécuter le _Te Deum_, chanté pour la - bataille de Fontenoy, ce que Sa Majesté a fort désapprouvé; et je ne - vous dissimulerai point, Madame, que, sans les bontés dont je sais - que vous honorez l’abbé Blanchard, j’aurais proposé au roi de le - punir de sa témérité, d’avoir osé réveiller un procès perdu et jugé - il y a longtemps. Ainsi, Madame, si pareille dispute se réveillait - pour le _Te Deum_ de la prise de Tournay, je vous supplierais, - Madame, de vouloir bien rendre compte à la reine des ordres du roi. - - «Je vous prie d’être persuadée du respect, etc. - - Le duc de Richelieu.» - -La reine, qui, de longue date, ne pouvait souffrir Richelieu, voulait -que Mme de Luynes lui répliquât vertement; mais la duchesse, par -prudence, adoucit les termes de sa réponse qui n’en était pas moins -très ferme et très digne: - - Versailles, 25 mai 1745, - - «J’ai rendu compte à la reine, Monsieur, des ordres du roi. Elle - m’a dit simplement qu’elle les avait prévenus, en demandant un _Te - Deum_ jeudi par les musiciens de la Chambre pour la victoire que le - roi a remportée. Pour moi, Monsieur, je ne donne ni protection, ni - prédilection à ces Messieurs et vous pourrez punir ou récompenser à - votre choix. Je n’ai vu que du zèle de part et d’autre, et je doute - que cela puisse déplaire au roi, si vous voulez bien leur rendre - justice[321].» - - [321] _Journal_ de LUYNES, t. VI, pp. 460-461. - -Un mois après, c’était encore un échange de lettres entre le duc -de Richelieu et Mme de Luynes, à propos de dames «qui avaient fait -demander à la reine d’avoir l’honneur de manger avec elle». Le roi, -consulté par son premier gentilhomme, lui avait répondu «qu’au milieu -des sièges et des batailles il n’avait pas le temps de songer à de -pareilles affaires». Mais ces dames revenant à la charge, une troisième -lettre de Richelieu leur apprit que «le roi trouvait bon qu’elles -mangeassent avec la reine et montassent dans les carrosses[322]». - - [322] _Journal_ de LUYNES, t. VI, p. 492. - -Les carrosses de la reine! Quel souci devaient-ils donner, trois -mois plus tard, à ce défenseur-né du protocole! Certain jour, Mme du -Châtelet osa monter, contrairement aux lois de l’étiquette, dans le -deuxième carrosse après celui de la reine. Les dames de la Cour la -foudroyèrent de leurs regards, et aucune d’elles ne voulut prendre -place à côté de Mme du Châtelet. Il fallut que Richelieu fît agréer à -Marie Lesczinska les excuses de l’amie de Voltaire et... la sienne[323]. - - [323] _Ibid._, t. VII, p. 79. - -Un moment--et il importe de lire entre les lignes le _Journal_ de -Luynes--le crédit de l’ami du roi parut fléchir. L’antipathie, plutôt -timide, mais réelle, de la reine; l’aversion, nettement marquée, du -Dauphin et peut-être aussi la méfiance (sur laquelle nous reviendrons -bientôt) de Mme d’Etioles, qui pressentait dans le courtisan un -adversaire acharné, durent donner à penser au roi; car ce fut à cet -instant critique qu’il parut désirer que Richelieu devînt colonel de -ses gardes et se démît, au profit du duc de Luxembourg, de sa charge -de premier gentilhomme. Mais Richelieu refusa de se prêter à la -combinaison. «Évidemment, disait-il, c’est une porte ouverte très -honorable, si le roi veut m’éloigner de lui; seulement je regarderais -ce changement comme une disgrâce[324]. - - [324] _Journal_ de LUYNES, t. VI, pp. 489-490.--Voir page 207 - cette anecdote dans les _Souvenirs de deux anciens militaires_. - -Il n’en fut plus question. - -D’ailleurs, Richelieu aimait trop la Cour, ses plaisirs et ses -cabales; il était trop jaloux de l’influence et de la prépondérance -qu’il s’était acquises dans le monde des théâtres et des arts, dont -nous le savons déjà si entiché, pour renoncer à ses fonctions de -premier gentilhomme de la Chambre, qui lui assuraient des avantages si -conformes à ses goûts de faste, à son besoin de domination, et même à -son esprit de taquinerie et de persiflage. - -Comme plus tard un grand capitaine, il ne dédaignait pas de s’occuper -de la Comédie au milieu de la vie des camps; et le bruit même se -répandit que Richelieu s’était rapproché de Maurepas sur ce terrain, -qui ne déplaisait pas non plus au ministre[325] bel-esprit. - - [325] _Journal_ de LUYNES, t. VI, p. 490. - -En 1744, Berger, directeur de l’Opéra, qui avait également le privilège -«d’établir l’Opéra-Comique dans toutes les foires de Paris», en avait -confié l’exploitation à l’acteur-auteur Favart, déjà célèbre. L’habile -gestion de l’artiste avait ouvert à ces spectacles--surtout aux foires -Saint-Germain et Saint-Laurent--une ère de prospérité si florissante, -que les Comédiens français et italiens, moins heureux, s’en étaient -émus et avaient réclamé la suppression d’une concurrence désastreuse -pour leur industrie. - -Maurepas avait chargé son subordonné Marville, le lieutenant de police, -d’étudier la question, et, après enquête, avait conclu à la fermeture -des spectacles forains. Les gens de Cour pouvaient avoir entre eux -des inimitiés féroces; mais, par tradition, ils observaient, les -uns vis-à-vis des autres, les lois d’une correction poussée jusqu’à -la courtoisie. En conséquence, Maurepas écrivait, le 6 juin 1745, à -Richelieu, qu’il serait «protecteur» des Comédiens, en qualité de -premier gentilhomme[326]: - - [326] _Lettres_ de MARVILLE, t. II, p. 90. - -«J’ai rapporté hier, Monsieur, l’affaire des Comédiens. Les titres -de l’Opéra paraissent balancer avec avantage ceux de la Comédie; -mais on crut devoir s’arrêter particulièrement au fond de la -question et avoir égard au tort que les Comédiens prétendent que -leur fait l’Opéra-Comique, et c’est ce qui a engagé à décider que -les représentations de ce spectacle seraient sursises pendant 3 ans, -afin d’examiner si, en effet, les recettes des Comédiens seront plus -considérables. Il me semble qu’il dépendra beaucoup des soins qu’ils se -donneront, pendant ce temps-là, de fixer en leur faveur, une décision -qui leur est déjà si avantageuse, et je ne crois pas que vous veuilliez -faire plus longtemps mystère au sieur Berger de la gratification que -vous lui avez obtenue; il doit avoir besoin de consolation. J’ai -l’honneur, etc.» - -Par réciprocité, Richelieu entendit qu’on fît passer par le ministre -«tous les ordres pour la Comédie et pour l’Opéra». - -Il était moins heureux, sur le théâtre de la guerre, avec Maurice de -Saxe, s’il faut en croire les nouvellistes de café[327], dont Marville -enregistrait fidèlement les échos pour l’édification de Maurepas. -Le Maréchal avait permis à une «petite troupe» d’acteurs nomades de -donner à Gand des spectacles d’opéra-comique, alors que Richelieu avait -autorisé une «grande troupe» à jouer, dans la même ville, de «grandes -pièces». Or le conflit qui avait mis aux prises à Paris les directeurs -des théâtres forains et les Comédiens, se produisit, à Gand, entre -la «petite» et la «grande» troupe. Celle-ci se plaignit à Richelieu -du tort que lui faisait celle-là: aussi le protecteur, accordant à -ses protégés un privilège exclusif, ordonna-t-il à l’Opéra-comique de -cesser toutes représentations. Les forains se retournant alors vers -le Maréchal pour lui présenter leurs doléances, l’illustre guerrier -envoya demander à Richelieu, avec la rudesse qui le caractérisait, de -quel droit il défendait un spectacle que lui, Maurice de Saxe, avait -autorisé. - - [327] _Lettres_ de MARVILLE, t. II, p. 143, 20 août 1745. - ---«Du droit qui appartient au premier gentilhomme de la Chambre du roi, -répondit Richelieu. - ---«A la Cour peut-être, fit le Maréchal, mais pas à l’Armée. Moi seul, -qui la commande, ai qualité pour y donner toutes permissions.» - -Puis il ordonna aux forains de rouvrir leurs loges et défendit aux -Comédiens d’«afficher». - -Le duc était barré; mais, concluaient les nouvellistes, «il a pris -l’affaire à cœur et n’oubliera rien pour se venger en suscitant -quelques brigues contre le Maréchal». - -Quelques jours auparavant, contrairement à l’adage _De minimis -non curat prætor_, il avait témoigné de son intérêt même pour les -bagatelles de la porte, en remerciant le lieutenant de police, dans la -lettre où il signait l’exeat de Champenois, de son exacte surveillance -«sur la conduite de l’exempt de la Comédie italienne et sur celle des -danseurs de corde!!![328]» - - [328] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_, - 11565. - -Grâce à ses fournisseurs, Marville communique fréquemment à Maurepas -nombre d’anecdotes démontrant encore avec quelle ardeur Richelieu -s’occupe, en fin d’année, des choses de théâtre et «prépare», suivant -le mot de Luynes, «les spectacles d’hiver». - -Il «maîtrise beaucoup à l’Opéra»; et certains artistes, entr’autres -le danseur Malter, ayant traité le directeur de fripon, Richelieu les -gronde pour «l’avoir dit trop haut». - -Il est en concurrence avec d’Argenson, à propos de la «surintendance -des ballets». Le roi, «pour les mettre d’accord», la donne au nouveau -contrôleur général. - -Mesure que ne regrette pas autrement l’informateur du lieutenant de -police; car le fougueux dilettante qu’est Richelieu, tant qu’il a eu la -direction de ce service, n’a pas peu contribué au désordre qui règne à -l’Opéra; mais Maurepas a fermé les yeux, pour ne pas rompre la trêve -tacite consentie par son adversaire[329]. - - [329] _Lettres_ de MARVILLE, t. II, pp. 174, 199, 207. - - - - -CHAPITRE XVIII - - _Ce que pensait Richelieu de Mme de Pompadour et ce que lui - demandait Voltaire.--L’expédition de Dunkerque; nouveaux déboires et - nouvelles chansons.--Richelieu ne répond pas aux avances de Mme de - Pompadour.--Il est nommé ambassadeur matrimonial auprès du roi de - Pologne.--Cette mission inquiète la Cour de Saxe.--Désappointement - de Frédéric II.--Le Maréchal de Saxe est le véritable - négociateur.--Succès personnel de Richelieu.--Ses attentions - délicates pour la future Dauphine.--Le mariage.--La négociation - secrète avec Vienne n’aboutit pas.--Une «rêverie» de Maurice de Saxe._ - - -L’irruption, romanesque, de Mme Le Normant d’Etioles dans la vie du -roi, n’avait pas autrement surpris, ni inquiété le duc de Richelieu. -Dans sa pensée, le caprice de Louis XV pour cette petite bourgeoise ne -devait tirer à conséquence, bien que la femme fût délicieuse sous les -futaies ensoleillées de la forêt de Sénart, ou sous le scintillement -des lustres de l’Hôtel-de-Ville: il restait entendu que Sa Majesté ne -pouvait avoir, comme maîtresse reconnue, qu’une grande dame. Aussi, -quelques jours avant son départ pour l’armée, l’indulgent Richelieu -avait-il très volontiers soupé chez le roi, avec Mme d’Etioles, en -compagnie des ducs d’Ayen et de Boufflers, de la marquise de Bellefonds -et de la duchesse de Lauraguais[330]. - - [330] CAMPARDON: _Mme de Pompadour et la Cour de Louis XV_ - (1867), p. 13. - -Mais, après Fontenoy, la fantaisie royale était devenue de la passion -et menaçait de tourner au véritable amour, grâce à l’habileté de la -jeune femme, qui n’avait pas eu besoin, comme Mme de Châteauroux, de -l’intervention du favori pour passer au rang de favorite. - -Cependant, le 9 septembre 1745, Richelieu, de retour de Gand, avait -cru politique de lui témoigner des égards, lorsque, au souper donné -à l’Hôtel-de-Ville, pour la réception du roi, souper où elle n’avait -pu assister, puisqu’elle n’était pas encore «présentée», elle avait -dû être servie, avec d’autres convives, dans un des salons de l’étage -supérieur. Le duc n’avait pas été un des moins assidus à «monter» la -complimenter et lui rendre compte de la fête[331]. - - [331] CAMPARDON: _Mme de Pompadour et la Cour de Louis XV_ - (1867), p. 64.--_Journal_ de LUYNES, t. VII, p. 55. - -Quelques jours après, elle était «nommée» marquise de Pompadour et -«présentée» sous ce titre. Aussitôt Voltaire, l’adorateur de tous les -astres naissants, avait paru ébloui par l’éclat de celui-ci. N’avait-il -pas déjà écrit à son «héros»--un nom qu’il répète à satiété--pour lui -demander sa protection active et continue auprès de Mme de Pompadour, -en raison de la bienveillance dont elle avait honoré le poète de -Cour? Or, Richelieu, en malicieux critique, lui avait simplement dit -d’une pièce de Voltaire: «Je ne suis pas trop content de son acte.» -«J’aimerais bien mieux, ajoutait l’auteur de _Fontenoy_, qu’elle sût -par vous combien ses bontés me pénètrent de reconnaissance et à quel -point je vous fais son éloge.» Trois mois après (septembre 1745), -il commence une antienne dont il fatiguera désormais les oreilles -du premier gentilhomme de la Chambre: il le priera d’inscrire son -répertoire sur le programme des spectacles de la Cour à Fontainebleau: -«Je ne veux paraître, disait-il, que sous vos auspices.» - -Avec une exagération plus marquée encore, il félicitait, en octobre, -Richelieu désigné pour le commandement en chef du corps d’armée, qui -devait s’embarquer à Dunkerque et descendre sur la côte d’Écosse, -où il trouverait le Prétendant dont il appuierait, de son épée, les -revendications: - -«Je vous verrai faisant un roi et rendant le vôtre l’arbitre de -l’Europe. Ma destinée sera d’être, si je le peux, l’Homère de cet -Achille qui a quitté Briséïs pour aller renverser un trône.» - -En effet, sans perdre de vue la prodigieuse fortune de la Marquise, -Richelieu avait de plus instantes préoccupations, c’est-à-dire son -expédition contre l’Angleterre, qu’il entreprenait, à l’entendre, dans -le but le plus désintéressé; il disait hautement qu’il ne voulait pas -être Maréchal de France[332]. Mais l’opinion publique n’était pas -la dupe du bon apôtre; et les gazettes étrangères représentaient à -l’envi le généralissime comme un barbet, à qui l’on fait passer l’eau -pour rapporter un bâton[333]. Les préparatifs accusaient cependant un -effort de réelle importance. Maurepas en parlait sérieusement dans sa -correspondance avec l’archevêque de Bourges; il fixait à douze mille le -nombre des soldats qui devaient accompagner Richelieu[334]. - - [332] _Journal_ de LUYNES, t. VII, p. 127. - - [333] _Journal_ de BARBIER, t. IV, p. 114. - - [334] _Lettres_ de MARVILLE, t. II, p. 211. - -Celui-ci partit, le 23 décembre, pour Dunkerque. Il passa par Gand où -il eut une conférence avec le Maréchal de Saxe: la brouille n’avait pas -duré, d’autant que Maurice était charmant... à ses heures. Mais quand -Richelieu fut arrivé à destination, les mêmes difficultés qui, deux -années auparavant, l’avaient immobilisé à Boulogne[335], vinrent de -nouveau paralyser à Dunkerque sa bouillante ardeur. Il dut constater -qu’il n’avait pas la moitié de son effectif, ni les munitions, ni les -vivres nécessaires à son corps d’armée. Si Maurepas avait donné des -ordres précis, le comte d’Argenson n’avait pas suivi son exemple[336]. - - [335] Voir page 166. - - [336] _Lettres_ de MARVILLE, t. II, p. 237. _Nouvelles des - Cafés._ - -Richelieu se répandit en plaintes amères et dépêcha un courrier à -Versailles, pour protester contre une telle insouciance et pour -réclamer l’ordre de «mettre au plus tôt à la voile[337]». - - [337] _Journal_ de LUYNES, t. VII, 6 janvier 1746, p. 194. - -En attendant, les épigrammes pleuvaient, à la Cour et à la Ville, -sur cet Achille obligé de rester sous sa tente. Un sixain, des -plus acerbes, avait trouvé cette solution... inélégante, bien que -légendaire, d’un problème qui fut toujours vainement posé: - - S’il fallait faire un sacrifice, - Pour vous rendre la mer propice, - Quand vous voguerez sur les eaux, - Jetez-y, pour première offrande, - Le plus fameux des m..... - Son élément le redemande[338]. - - [338] _Journal_ de BARBIER, t. IV, p. 115. - -L’incurie des services administratifs persistait encore en février -1746. Las d’une telle inaction, dépité, découragé, Richelieu revint à -ses errements de Boulogne: il se dit malade et demanda son rappel. - -L’avortement de l’expédition qui n’était pourtant pas imputable au chef -de l’armée, provoqua contre lui une recrudescence d’épigrammes et de -chansons satiriques, dont voici une des moins mauvaises: - -Vers sur l’air des _Pèlerins_. - - 13 février 1746. - - Quand je vis partir l’Excellence - De Richelieu, - Je prédis sa mauvaise chance, - Hélas! mon Dieu! - Ce pilote ignore les vents - De l’Angleterre; - Il ne sait qu’embarquer les gens - Pour l’île de Cythère. - - Il faut pourtant payer la peine - De ce marin! - Il n’est pas juste qu’il revienne - Et qu’il n’ait rien. (On devait prononcer _rin_.) - Nous lui donnerons pour pension - Le soin des filles. - Un bourdon sera son bâton, - Ses lauriers des coquilles. - - Si vous comptiez sur la prudence - De ce cerveau, - Vous en auriez trop d’espérance, - Prince héros. - N’employez cet esprit follet - Et son _Voltaire_ - Qu’à vous amuser au ballet - Du _Temple de la Gloire_. - - (On prononçait _glouère_, à moins qu’on n’écrivît... _Voltoire_.) - -Qui sait si une traversée heureuse, empêchant la désastreuse défaite -du Prince Édouard à Culloden, n’eût pas précipité cette révolution que -vaticinait Voltaire, en mal d’une nouvelle Iliade. - -Richelieu était revenu à la Cour de fort méchante humeur[339]; et -Mme de Pompadour ne tarda pas à s’en apercevoir. «Il tint sur elle -des propos légers», regardant l’amour du roi «comme une galanterie -de passage»; et «ce qu’il y a de plus admirable», c’est que cette -opinion... «fut longtemps celle de la Cour[340]». - - [339] D’après des _Nouvelles de café_ (_Lettres_ de MARVILLE, - t. II, 27 février), Richelieu dit confidentiellement à un ami - «qu’il avait été joué et que les ministres avaient d’autres - vues», en l’envoyant à Dunkerque. Cette perfidie, destinée - à le perdre, n’est pas invraisemblable, étant donné le jeu - d’intrigues, qui caractérisait ce triste régime. - - [340] DUCLOS: _Mémoires_, 1864, t. II, p. 283. - -Cette «beauté blonde et blanche, _sans traits_ (d’Argenson entendait -peut-être par là des traits trop réguliers) mais douée de grâce et -de talents[341]», eût voulu retenir, par l’emprise de sa séduction, -l’être fuyant qu’était Richelieu, le désarmer par son charme, mettre -en communauté, pour ainsi dire, leurs intérêts politiques. Mais -l’impertinence de bon ton, la taquinerie galante, le dédain courtois -qu’apportait le grand seigneur dans ses rapports avec la maîtresse -du roi, avaient creusé un abîme entre ces deux puissances. Elles -s’observèrent d’abord avant d’ouvrir les hostilités. - - [341] _Mémoires_ du marquis D’ARGENSON, t. IV, p. 179. - -Au reste, l’homme de Cour était tiraillé entre tant de menues besognes, -qu’il lui fallait ajourner à une date, plutôt lointaine, la campagne -d’éviction qu’il ménageait à la favorite. C’étaient toujours les -questions d’étiquette qui venaient solliciter le plus instamment son -attention, entre l’ordonnance des fêtes royales et le service militaire -en Flandre, à Rocoux, par exemple, au cours de cette journée glorieuse -pour les armes françaises, où Richelieu se distingua encore par son -impétueuse valeur. - -Il venait d’apprendre que Louis XV se proposait d’accorder des -privilèges aux fils des princes légitimés, et il réclamait des -compensations pour les ducs et pairs. - ---«Parlez-en à Maurepas», lui répondit le roi, qui avait parfois le mot -pour rire. - -Richelieu se rendit cependant chez son ennemi avec le duc de Gesvres. -Le ministre désira des précisions. Richelieu dépêcha aussitôt un -courrier au château de la Ferté, chez Saint-Simon, ce misanthrope -d’abord difficile, mais fort au courant des usages protocolaires. -Gesvres alla trouver Mme de Pompadour; mais il était trop tard, -Louis XV promit une solution pour l’année 1747[342]. - - [342] _Journal_ du duc DE LUYNES, t. VII, p. 273.--SOULAVIE - (t. VIII, p. 49) parle, en termes presque identiques, de - l’incident; il ajoute: «Richelieu et Maurepas disputèrent - longuement sur les prérogatives et sur le cérémonial (la Cène - et l’adoration de la Croix), en présence du duc de Gesvres.» - -Entre temps, Richelieu «se donnait de grands mouvements», comme on -disait alors, en faveur de ses amis. Il faisait nommer au diocèse de -Paris l’archevêque de Vienne; et, à six semaines de là, il enlevait -l’élection de Voltaire à l’Académie, en remplacement du Président -Bouhier, après avoir vivement engagé le roi à notifier ses intentions -aux Quarante. C’était sa manière à lui de pratiquer le système des -compensations. - -Vers la fin de 1746, il était envoyé à Dresde, comme ambassadeur -extraordinaire auprès de l’électeur de Saxe, roi de Pologne. C’était -aussi une... compensation à sa déception de Dunkerque, compensation -qu’il devait, disent les _Mémoires Authentiques_, à Mme de Pompadour. - -La première Dauphine était morte en juillet 1746; et Louis XV -demandait pour son fils la main de la princesse Marie-Josèphe -de Saxe. Officieusement, Auguste III l’avait accordée; mais son -premier ministre, le comte de Brühl, avait écrit de Varsovie, le 7 -novembre[343], à M. de Loss, ambassadeur du roi à Versailles, afin -qu’il empêchât, le plus honnêtement du monde, le départ de Richelieu -pour Dresde. - - [343] Comte VITZTHUM D’ECKSTAEDT: _Maurice comte de Saxe - et Marie Josèphe de Saxe, dauphine de France_, d’après les - _Archives de Dresde_ (1867), pp. 82 et suiv.--Duc de BROGLIE: - _Maurice de Saxe et le Marquis d’Argenson_, 2 vol., 1893. - -La réception de ce grand seigneur, réputé pour son train fastueux, -n’était pas sans inquiéter Sa Majesté polonaise qui était plutôt -économe. Puis, pourquoi ne pas laisser cette mission au seul marquis -des Issarts, l’ambassadeur ordinaire de France, _persona grata_, «qui -en serait si flatté»? D’ailleurs, concluait M. de Brühl, à quoi bon -«mêler de la politique dans le contrat de mariage? Par tendresse pour -la Dauphine sa fille, Sa Majesté fera, sans cela, tout ce qu’elle -pourra pour complaire au roi de France.» - -Les 20 et 25 novembre, Loss rassurait son collègue. Si le départ -de Richelieu était inévitable--«sa nomination avait fait trop -d’éclat»--le marquis des Issarts était plénipotentiaire au même titre -que l’envoyé de France. Et Brühl «peut être persuadé qu’on n’exigera -rien du roi qui puisse être contraire à ses intérêts. Le duc de -Richelieu sera peut-être chargé de faire quelque démarche tendant à -moyenner une meilleure intelligence entre notre Cour et Berlin; mais je -crois qu’il se contentera... que nous fassions des politesses au roi de -Prusse, en faisant sentir à ce prince qu’il en est redevable aux bons -offices de la France.» - -Nous verrons que le baron de Loss se trompait de Souverain. Sans doute -l’ambassadeur d’Auguste III à Versailles et Maurice de Saxe, le frère -naturel du roi de Pologne, qui était, en réalité, le négociateur -du mariage de sa nièce, s’étaient efforcés de faire obstacle à la -mission de Richelieu. Mais ils s’y étaient pris trop tard. Louis XV -avait arrêté son choix. D’ailleurs l’ambassadeur extraordinaire ne se -rendrait pas à Berlin[344]. Brühl félicite Loss d’avoir su dissuader -Richelieu de cette visite, malgré que Voltaire et Mme du Châtelet -eussent incité l’ancien intermédiaire de Rottembourg à solliciter une -mission auprès de Frédéric, en vue «d’une entente plus particulière -avec la France». - - [344] Auguste III ne pouvait oublier que la défaite des - Autrichiens et des Saxons à Kesseldorff, le 15 décembre 1745, - avait ouvert les portes de Dresde au roi de Prusse et que la - neutralité, consentie, dix jours après, par le vainqueur, lui - avait coûté une rançon d’un million d’écus. - -De son côté, le comte de Saxe écrit à Brühl, le 10 décembre, que -Richelieu est en route de la veille, et que sa dernière visite fut -pour lui; il lui fait part de l’entrevue. Le duc lui dit que s’il -s’est chargé de la mission, c’est dans l’espoir «qu’elle serait -agréable»; autrement il aimerait mieux être enlevé par les hussards, -avant d’arriver à Dresde (ce qui serait fort possible, remarque, en -aparté, le Maréchal). Toutefois, celui-ci affirme à son interlocuteur -qu’on «n’a rien personnellement contre lui, mais on craint les -prétentions de l’ambassade», depuis de fâcheuses expériences qui -ont rendu la Cour de Sa Majesté polonaise «très farouche».--«Hélas! -réplique Richelieu, je ne prétends rien; je désire plaire au roi, à -M. le comte de Brühl, à toute la Cour et voilà tout... Je ne resterai -que le temps qu’il faudra pour amener cette princesse tant désirée, -avec la dignité et les respects que je dois à Leurs Majestés et au -roi mon maître.» Maurice promet donc à M. de Brühl que l’ambassadeur -extraordinaire «ne le tourmentera pas sur le cérémonial» et n’ira pas -voir le roi Frédéric, malgré le désir de ce prince, «pour ne pas sentir -le Prussien (déjà!) en vous arrivant». Et le Maréchal termine sur ce -précieux renseignement: «Les d’Argenson branlent au manche, comme l’on -dit. Celui des affaires étrangères est si _bête_ (on le distinguait -couramment de son frère par ce qualificatif) que le roi en est honteux. -Celui de la Guerre veut faire le généralissime et n’y entend rien...» -Maurice avait également rassuré son frère: «Richelieu ne serait pas -pointilleux sur le cérémonial» et son séjour à Dresde serait «très -court». - -Le roi de Prusse avait été avisé de l’ordre qu’avait reçu Richelieu de -ne point passer par Berlin; et il s’en expliquait avec Voltaire sur ce -ton dégagé qui dissimulait si bien chez lui son dépit et ses rancunes: - -«... Il (Richelieu) a la réputation de réunir mieux qu’homme de -France les talents de l’esprit et de l’érudition aux charmes et à -l’illusion de la politique. C’est le modèle le plus avantageux à la -nation française que son maître ait pu choisir à cette ambassade: un -homme de tout pays, citoyen de tous les lieux et qui aura dans tous -les siècles les mêmes suffrages que lui accorde la France et l’Europe -toute entière. Je suis accoutumé à me passer de bien des agréments -dans la vie: j’en supporterai plus facilement la privation de la bonne -compagnie dont les gazettes nous avaient annoncé la venue[345].» (18 -décembre 1746.) - - [345] Duc DE BROGLIE: _Maurice de Saxe et le marquis - d’Argenson_, t. II, p. 46. - -Comme fiche de consolation, et puisque la montagne ne venait pas à -lui, Frédéric y fit _aller_ le marquis d’Argens, un de ses commensaux, -pour féliciter Auguste du mariage de sa fille. L’envoyé était bien -choisi: c’était un ami de Voltaire, qui, sous prétexte de présenter ses -hommages à l’ambassadeur de Louis XV, devait très vraisemblablement le -surveiller, en compagnie du conseiller Klingreef, ministre de Prusse à -Dresde: «Je crains fort les algarades françaises», écrivait Frédéric -à d’Argens, en lui recommandant, ainsi qu’il en avait l’habitude avec -ses agents officiels ou secrets, de lui adresser des rapports bien -circonstanciés[346]. - - [346] Duc DE BROGLIE: _Maurice de Saxe et le Marquis - d’Argenson_ (t. II, pp. 47 et suiv.)--Le livre de Flammermont - (_Correspondance des agents diplomatiques étrangers_, 1896) - dit assez comment Frédéric, donnant ainsi l’exemple à ses - successeurs, exigeait de ses ministres les plus minutieux - renseignements, à l’aide de tous documents, même de rapports de - police ou de gazettes manuscrites. - -Arrivé, le 25 décembre, à Dresde, Richelieu entretint Brühl de sa -mission secrète, car il en avait une[347], mais qui ne concernait -nullement la Prusse. Désireux de finir la guerre, Louis XV s’en -rapportait à la sagesse et à l’esprit d’équité du roi Auguste, pour -amener un rapprochement entre les Cabinets de Versailles et de Vienne. -D’accord, répondit Brühl, mais Sa Majesté polonaise veut «connaître le -dernier mot de Sa Majesté Très Chrétienne» (le roi de France); alors -elle ferait sien ce plan d’accommodement, aucun des adversaires ne -«voulant parler le premier». - - [347] Elle n’était pas cependant secrète pour tout le monde; et - Richelieu, que nous savons peu discret, avait dû s’en ouvrir - à Voltaire, puisque le poète lui adressait cette épître, au - moment du départ pour Dresde: - - De votre petite maison, - A tant de belles destinée, - Vous allez chez le roi saxon - Rendre hommage au dieu d’Hyménée, - Vous, cet aimable Richelieu, - Qui, né pour un autre mystère, - Avez souvent battu ce Dieu - Avec les armes de son frère. - Revenez cher à tous les deux, - _Ramenez la paix avec eux_, - Ainsi que vous eûtes la gloire, - Aux campagnes de Fontenoy, - De ramener aux pieds du roi - Les étendards de la Victoire. - -Richelieu, enchanté, abonde en ce sens. Il écrit à Versailles le 27 -et rend compte en même temps à Loss de ses impressions personnelles, -impressions qu’il a communiquées au roi et qui, «sûrement lui feront -grand plaisir». Il ne tarit pas en éloges sur la grâce et sur la figure -aimable de la Dauphine. Puis, «il a été reçu avec une magnificence et -une distinction si grandes qu’il ne peut assez dire combien le roi doit -être sensible à ces distinctions singulières que Sa Majesté polonaise -veut bien faire à son ambassadeur». - -Avec le Maréchal de Saxe il est plus explicite encore; et, là, nous -retrouvons notre Richelieu des grands jours, vif, gai, spirituel, -amusant, un tantinet badin, qui doit regretter la patrie absente, -car il parle de théâtre, mais il sait que Maurice a des raisons -personnelles pour ne pas détester ce genre de conversation; et il -croque en trois coups de crayon, le modèle, qui sans le savoir, vient -de poser devant lui. Il a vu Madame la Dauphine, «telle que M. le comte -de Friesen l’avait dépeinte et non pas telle que le portrait que le -roi en avait reçu en pouvait faire juger». Cette copie devait être -abominable. Mais Richelieu rétablit la vérité: «Le roi et la reine de -Pologne ont exigé que je n’en dise pas trop; mais j’ai beaucoup de -peine à leur obéir et je crois devoir vous dire que je l’ai trouvée -réellement charmante. Ce n’est point du tout cependant une beauté, mais -c’est toutes les grâces imaginables, un gros nez, de grosses lèvres -fraîches, les yeux du monde les plus vifs et les plus spirituels; et -enfin je vous assure que, s’il y avait de pareilles à l’Opéra, il y -aurait presse à y mettre l’enchère. Je ne vous dis rien de trop, mais -je n’en dis pas autant aux autres...» - -En réalité, après avoir fait le nécessaire pour que les négociations -consenties par les deux souverains, puis menées par Sa Majesté -polonaise, ne fussent point retardées, dans leur marche pacificatrice, -par le mauvais vouloir de la Cour de Vienne, Richelieu laissa dormir -la haute politique pendant son séjour à Dresde, pour ne plus remplir -que son mandat ostensible d’ambassadeur matrimonial. Grâce à sa belle -humeur, à sa courtoisie, à son aménité, il devint l’idole de tous, -il sut conquérir le roi, la reine et les seigneurs de la Cour. Il ne -dédaignait pas de descendre aux plus minces détails et jusqu’aux plus -minutieuses enquêtes pour connaître les habitudes et les goûts de la -future Dauphine. - -Il demandait à l’_aya_ (la gouvernante) quels étaient les livres et les -divertissements préférés de la princesse; et sa sollicitude s’étendait -jusqu’au dénombrement et à la nature des maladies de l’enfant et de la -jeune fille. - -Par l’intermédiaire de Mme de Lauraguais, maîtresse dévouée, amie -fidèle et intelligente, il avait fait venir, à la Cour de Saxe, un -tailleur parisien, pour prendre les mesures de la fiancée. Cet homme -était rentré en France, ravi de la figure, de la grâce et de la... -taille de son auguste cliente. Il rapportait avec lui une boucle des -cheveux de la princesse qui fit l’admiration de Versailles. - -Richelieu n’exerçait pas une moindre séduction sur le populaire. - -Le jour de son entrée solennelle, qui devait être reproduite plus tard -par une estampe, ce fut une fête somptueuse rappelant le cérémonial de -celle de Vienne en 1726. Des valets jetaient à pleines poignées des -pièces d’argent à la foule. Sur les places publiques, les fontaines -qu’il avait fait édifier, versaient à flots le vin blanc et le vin -rouge. - -Cependant, de mauvaises nouvelles arrivaient de Versailles. Le -marquis d’Argenson improuvait la médiation que le roi avait proposée -à l’électeur de Saxe par l’intermédiaire de Richelieu; à vrai dire, -c’était le commencement de cette fameuse diplomatie secrète que -devait diriger Louis XV par dessus la tête de ses ministres. Or, le 24 -janvier 1747, Maurice de Saxe écrivait à Brühl que «le pétard avait -sauté»; mais lui, le Maréchal, avait certainement mis le feu à la -mèche; ce pétard, c’était la lettre de démission envoyée par Louis XV -à son ministre des affaires étrangères. Comme l’a fort bien démontré -le duc de Broglie dans son livre sur _Maurice de Saxe et le Marquis -d’Argenson_, celui-ci, pour être un... prévoyant de l’avenir, souvent -averti, mais parfois chimérique et toujours morose, n’en était pas -moins un déplorable ministre des affaires étrangères: «Le jour même, -écrit M. de Broglie, où Frédéric II, mécontent de d’Argenson, disait -qu’il ne voulait pas être le Don Quichotte de la France, d’Argenson -faisait cette déclaration au ministre de Frédéric, Le Chambrier: -«L’alliance de la Prusse et de la France est un système dont les bases -doivent être inaltérables (t. II, p. 47).» Les bévues de ce philosophe, -improvisé ministre, ne laissaient pas que d’être nombreuses: «A tort ou -à raison, remarque M. de Broglie, par ses qualités et par ses défauts, -il en était arrivé à déplaire à tout le monde et à n’être défendu par -personne (t. II, p. 73, note).» - -Quand il tomba, le 10 janvier 1747, Le Chambrier dit: «Je savais que -son renvoi était décidé.» - -Les négociations pour la paix n’en continuèrent pas moins à Dresde, -pendant les fêtes du mariage, célébré le 10 janvier, par procuration -et béni par le nonce. Le «Maréchal Général» (c’était le nouveau titre -de Maurice) travaillait à l’instrument diplomatique avec Loss et -Richelieu. Le cabinet de Vienne répondait vaguement et récriminait -toujours. En février, une réplique, sous forme de dépêche secrète, -adressée à Brühl et rédigée par Richelieu, formulait les conditions -de la France. Les pourparlers n’avançaient pas: l’Autriche opposait -toujours des mesures dilatoires. On lui fit entendre que la France -était prête pour la guerre; et le Maréchal de Saxe se remit en -campagne. Néanmoins Puysieulx, qui avait remplacé le marquis d’Argenson -aux affaires étrangères, reprit secrètement les négociations: on en -retrouve les traces dans les archives de Vienne et de Dresde[348]. - - [348] Comte VITZTHUM D’ECKSTAEDT: _Maurice comte de Saxe_, - 1867, p. 173. - -Maurice de Saxe, qui avait conseillé cette entente diplomatique, ne -voulait pas cependant de la paix à tout prix: il comprenait fort bien -que Louis XV, fidèle à ses engagements avec l’Espagne, dût assurer le -sort de son gendre et de sa fille, Madame Infante. Et, tenant compte de -toutes nécessités diplomatiques ou familiales, le «Maréchal-Général», -dont tant de _Rêveries_ amusèrent les loisirs, édifiait un rêve qui -devait être, soixante-dix ans plus tard, une réalité: la constitution -d’un royaume des Pays-Bas, indépendant de l’Autriche, avec la Hollande -et la Belgique. Qui sait, comme le fait très justement observer le -Comte Vitzthum d’Eckstaedt, si «cette solution, alors adoptée», n’eût -pas «changé la face de l’histoire de l’Europe? La guerre de Sept ans -n’eût pas probablement éclaté... C’était la clef de voûte du système -politique de Kaunitz, qui aurait voulu débarrasser l’Autriche des -Pays-Bas, pour l’arrondir en Italie et en Allemagne[349].» - - [349] VITZTHUM D’ECKSTAEDT: _Maurice comte de Saxe_, p. 169. - - - - -CHAPITRE XIX - - _Richelieu va prendre à Gênes la succession du Maréchal de - Boufflers.--Pronostics du Marquis D’Argenson.--Succès de Richelieu: - il est nommé Maréchal de France; honneurs exceptionnels que - lui décerne la République de Gênes.--Son retour triomphal à - Versailles.--Sa campagne contre la Marquise.--Comment il traite - le duc de la Vallière, favori de la favorite.--Formation du - triumvirat.--Les inquiétudes de Mme de Pompadour: un mot de Louis XV._ - - -Cette interminable guerre, dite de la _Succession d’Autriche_, reprit -au printemps de 1747[350]. - - [350] Dans l’intervalle, après la mort de l’empereur - d’Allemagne, Charles VII, cet électeur de Bavière, allié de - la France, que ses défaites avaient mis à la discrétion de - l’Autriche, le Grand-Duc François, époux de Marie-Thérèse, - avait été élu, le 15 septembre 1746, empereur d’Allemagne. - -Toujours «employé» à l’armée de Flandre, comme aide de camp du roi, -Richelieu combattait, le 2 juillet, à Lawfeld et poursuivait la -campagne, quand, sur les conseils de Noailles et du Comte d’Argenson, -un ordre de Louis XV lui enjoignit de se rendre, sans délai, en Italie. - -Gênes, qui se recommandait de la protection de la France, avait été -bloquée par les Piémontais et les Autrichiens. Mais le Maréchal de -Boufflers, qui occupait la ville avec 7 à 8.000 hommes, manœuvra si -bien qu’il la délivra le 6 juillet. Malheureusement, au milieu de son -triomphe, il mourait de la petite vérole. Et c’était Richelieu que le -roi désignait, le 1er août, pour le remplacer. - -Bientôt le nouveau généralissime passait par Paris, où le marquis -d’Argenson, rendu à ses chères études, le rencontrait, «volant avec -joie et fierté», à son poste d’honneur, et profitait de la circonstance -pour adoucir de retouches, cette fois un peu moins sombres, le portrait -âpre et dur qu’il avait tracé du «vieux papillon». Après en avoir -montré «le rire agréable, l’éloquence et la vigueur, la richesse et la -prodigalité, l’extrême franchise et cependant «les coups en finesse» -qui rappelaient la manière de son grand’oncle le Cardinal» (!!!), -d’Argenson concluait: «Le total fait un homme fort distingué dans -le siècle où nous sommes, où l’élévation est rare. Ses talents, sa -physionomie, sa hardiesse à parler, le brillant de ses desseins ont -ébloui ses contemporains; et je conviens avec plaisir qu’il mérite de -la réputation et une grande distinction[351].» - - [351] D’ARGENSON: _Mémoires_, t. V, pp. 87-88. - -Cette fois, la fortune devait sourire, sans réserves, à Richelieu[352]. -Il fut aussi heureux dans ses opérations militaires que son -prédécesseur. Ses biographes, pour n’en pas perdre l’habitude, ont -encore, dans le récit de ses exploits, entrelacé de myrte ses couronnes -de laurier. Ce qui est moins discutable, c’est qu’à la suite de -plusieurs combats, il délogea l’ennemi de toutes ses positions et resta -maître de la situation et du pays jusqu’à la ratification du traité -d’Aix-la-Chapelle, qui mettait fin à la guerre en 1748. Aussi était-il -nommé Maréchal de France, le 11 octobre; et cette dignité suprême, -qu’il avait si longtemps recherchée, se rehaussa encore d’honneurs -exceptionnels, que lui décerna, le 17 du même mois, la République de -Gênes. Elle le déclarait, lui et ses descendants, nobles Gênois avec -leurs titres inscrits sur le _Livre d’Or_. Une statue de Richelieu, due -au ciseau de Scafini[353], fut érigée dans le grand salon du Palais -du Gouvernement: des Anglais, qui la virent en 1756, affirmèrent -à Voltaire qu’elle était «belle et ressemblante[354]». Nati[355] -déclare qu’elle fut exécutée sur le portrait en marbre commandé par -Richelieu à Schoffer, portrait dont il s’était montré satisfait. On -reprochait à cette statue ses défauts de proportion et la petitesse -de la tête. Elle périt dans l’incendie qui consuma la salle du Grand -Conseil quelques années avant la Révolution de 1789[356]. La statue de -Richelieu au Louvre serait, d’après M. de Montaiglon, une réduction de -l’œuvre de Scafini et «devrait passer de l’école française dans l’école -italienne[357]». - - [352] Il n’eut que des succès dans cette campagne, que les - _Mémoires authentiques_ qualifient de «guerre défensive». - - [353] LALANDE: _Voyage d’Italie_, 1786, t. IX, p. 322.--L’hôtel - d’Egmont, à Paris, en possédait une copie. - - [354] VOLTAIRE: _Lettre de Richelieu_, 28 mars 1756.--Voltaire - avait adressé à Richelieu une épître sur cette statue. _La - Correspondance de Grimm_ (édit. M. Tourneux, t. I) publie la - réponse en vers de Richelieu, qui n’est évidemment pas du - Maréchal, dans une lettre de Raynal. - - [355] NATI: _Vie d’artistes génois_. - - [356] ALIZER: _Guide artistique_, 1846, p. 94. - - [357] _Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux_, t. I, p. - 24. - -Le nouveau Maréchal de France quitta Gênes le 10 novembre. - -Il revenait, fort de l’autorité que lui donnait son heureuse campagne, -et comptait bien, d’accord avec d’Argenson, le ministre de la Guerre, -Machault, le contrôleur général et même Maurepas, offrir au roi une -maîtresse digne de lui[358]. Il s’étonnait, de bonne foi, de n’être -pas encore du Conseil. Le 2 janvier 1749, il était affectueusement -reçu par Louis XV, qui, le soir, à l’issue du souper, s’enfermait avec -lui jusqu’à deux heures après minuit. Et le marquis d’Argenson--la -Bête!--de tirer d’étonnants pronostics d’une telle faveur: «Ce sera, -avec la Cour, le fameux duc d’Épernon et avec le roi le cardinal de -Richelieu: certes le cardinal de Richelieu n’avait pas le courage de -cœur qu’a son neveu; aussi n’était-il qu’un prêtre[359]!» - - [358] «Richelieu, vainqueur à Gênes, écrit le Marquis - d’Argenson, était considéré comme le Messie qui devait donner - de bons coups de collier pour la gloire et la sûreté du - royaume, et chasser la maîtresse roturière et tyrannique du - royaume, pour en donner une autre.» - - [359] D’ARGENSON: _Mémoires_, t. V, p. 87. - -Le Maréchal avait encore dans son jeu un atout d’importance. Premier -gentilhomme de la Chambre, en exercice, avec l’année qui commençait, il -ne perdait pas un seul instant le contact de la Cour. Il surveillait -les intrigues de ses adversaires, pouvait en ourdir de nouvelles et -avait la haute main sur les spectacles et les fêtes dont on s’était -efforcé, pendant son absence, de lui subtiliser la direction. - -En effet, il avait appris, à Gênes, que M. de Cury (ou Curys) se -proposait d’acheter de Bonneval la charge d’Intendant des Menus, sur -le désir de Mme de Pompadour, conseillée par son grand ami, le duc -de la Vallière. Déjà celui-ci, entrant dans les vues de la favorite, -soucieuse de distraire un monarque toujours ennuyé, avait ordonné et -dirigé la construction du _Théâtre des Cabinets_ sur le grand escalier -des Ambassadeurs à Versailles; mais Richelieu, perpétuellement féru de -ses prérogatives, avait adressé au roi «une lettre très respectueuse, -et très forte[360]», à propos de cet empiètement sur les fonctions -des premiers gentilshommes de la Chambre. En ce qui concernait Cury, -il écrivit, le plus courtoisement du monde, à la Marquise, que son -protégé étant depuis longtemps de ses amis, à lui Richelieu, il serait -ravi de faire plaisir à Mme de Pompadour; mais il se garda bien de lui -engager sa parole. D’un autre côté, il écrivait à son collègue, le duc -de Gesvres, pour désapprouver la candidature de Cury; et ce malheureux -de Gesvres, ne sachant que répondre aux sollicitations de la Marquise, -prétendait n’avoir reçu aucune lettre de Richelieu. Celui-ci, de retour -à Paris, avisant Cury chez Mme de Pompadour, «l’avait, durant trois -heures, embrassé», complimenté, accablé d’amitiés, mais sans prendre de -décision ferme[361]. - - [360] _Journal_ DE LUYNES, t. IX, p. 245. - - [361] _Ibid._, t. X, pp. 79 et suiv. - -D’ailleurs, pendant son séjour à Gênes, il avait conservé, vis-à-vis -de la Marquise, son attitude, aimable et gracieuse; et la favorite, -croyant peu ou prou à la sincérité de ces démonstrations, avait payé de -la même monnaie son correspondant; encore la sienne paraissait-elle de -meilleur aloi: - -... «Vous connaîtrez avec le temps, disait-elle, ma façon de penser -pour vous et peut-être serez-vous persuadé que je mérite des amis. Je -ne demande l’amitié des gens que j’aime, que quand ils me connaîtront -bien; vous voyez mon équité. Vous voulez, dit-on, aller à Rome: cela -retardera votre retour que je verrai arriver avec plaisir...[362]» - - [362] DE NOLHAC: _Louis XV et Mme de Pompadour_ (1904), p. 195. - -Elle ne devait pourtant y gagner que beaucoup de désagréments. - -Déjà, de Gênes, Richelieu avait signifié, par lettre, à M. de Bury, -surintendant de la musique en survivance de Blamont, qu’il défendait -aux musiciens de la Chambre «d’aller nulle part, sans ses ordres[363]». -Et, depuis son retour à Versailles, il avouait à Luynes «n’avoir aucune -idée arrêtée sur des divertissements qu’il regardait comme personnels à -Mme de Pompadour», cette dame ignorant sans doute les droits afférents -à la charge de premier gentilhomme[364]. - - [363-364] _Journal_ de LUYNES, t. X, pp. 84-85. - -Mais avant de «crosser» définitivement «la petite Pompadour et de la -traiter comme une fille de l’Opéra, ayant grande expérience de cette -sorte d’espèce de femme et de toute femme[365]», Richelieu se donna le -malin plaisir d’en brimer férocement le favori. - -D’abord, il «rendit une ordonnance portant défense à tous ouvriers, -musiciens, danseurs, d’obéir à d’autres qu’à lui pour le fait des Menus -Plaisirs[366]». En même temps il félicitait «Rebel, maître de musique -de la Chambre, qui battait la mesure», d’avoir résisté au duc de la -Vallière, quand celui-ci s’efforçait à lui démontrer l’inutilité de -prendre les ordres de Richelieu, du moment qu’il s’agissait du service -du roi[367]. - - [365-366] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. V, p. 350, janvier 1749. - - [367] _Journal_ de LUYNES, t. X, p. 89. - -Enfin, il attaqua de front l’homme-lige de la Marquise. - -Il lui demanda, un jour, «s’il avait une charge de cinquième -gentilhomme de la Chambre, ce qu’il avait donné pour cela, etc... - -... «Ceci était bon au duc de Gesvres qui avait reçu 35.000 livres pour -se départir des droits de sa charge, mais, que, pour lui, Richelieu, il -n’en avait pas reçu un écu et n’en recevrait pas un million, pour en -laisser aller un pouce de terrain... - -«M. de la Vallière ne savait plus que dire et soufflait. M. de -Richelieu lui a dit: «Vous êtes une bête» et lui a fait les cornes... -ce qui n’est pas trop honnête», mais ce qui ne laissait pas d’être -exact; et d’Argenson l’établissait, d’après la formule moliéresque. - -Toutefois, une question, autrement sérieuse que la -plantation--incorrecte, voire illégale--de «l’Opéra sur le grand -escalier», excitait Richelieu contre cette maîtresse du roi, qu’il se -jurait bien de «tourmenter et d’excéder, toute dominante qu’elle fût à -la Cour[368]». - -Un nouvel ami de la Marquise, M. de Saint-Séverin, «italien... né sujet -de la reine de Hongrie», venait d’être «introduit» furtivement dans -ce «Conseil», où «l’on avait prédit plusieurs fois à Richelieu qu’il -serait premier ministre, comme son grand oncle[369]». - - [368-369] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. V, pp. 350 et suiv.--Richelieu - reconnaît, dans ses _Mémoires authentiques_ «qu’il fut assez - sot pour se laisser entraîner dans la _Querelle des Cabinets_», - à cause des charges et prétentions des «commensaux de Mme de - Pompadour, qui indisposaient cette dame contre lui»; comme s’il - n’avait pas été le premier à leur déclarer la guerre! - -Aussi le triomphateur de Gênes résolut-il de justifier ce pronostic en -se débarrassant de tous les obstacles qu’une main adroite accumulait -sur sa route. Il poursuivit l’exécution du plan qu’il avait médité en -revenant d’Italie. - -«Il commença par s’attacher tous les ministres à département, qui sont -ceux de la Guerre, de la Marine et des Finances, même M. le Chancelier. -Ils le regardent tous comme leur vengeur, de même que les quatre -premiers gentilshommes de la Chambre l’ont regardé comme leur bretteur, -pour chasser M. de la Vallière de leurs fonctions où il s’était -immiscé. On espère donc qu’il délivrera les ministres du joug de MM. -Pâris (les banquiers de la Cour), de la favorite, de MM. de Puysieulx -et de Saint-Séverin; chacun s’accole à lui[370]...» - - [370] _Mémoires_ du Marquis d’ARGENSON, t. V, pp. 354 et suiv. - -D’Argenson ajoute que, pour fortifier encore son action, Richelieu -avait formé un triumvirat avec le Maréchal de Belle-Isle et le cardinal -de Tencin. - -Mais, quoique toujours en faveur auprès du roi, Richelieu avait à faire -à forte partie. - -Mme de Pompadour, ne pouvant plus douter d’une hostilité qu’étaient -impuissants à dissimuler les dehors d’une politesse exquise, cherchait -et recueillait partout des armes contre un ennemi qui, suivant le -mot très juste de d’Argenson, ne cherchait qu’à la tourmenter et à -l’excéder jusque chez elle. - -En effet, un jour que le roi devait aller passer quarante-huit heures -au petit château de la Celle, propriété de sa maîtresse, celle-ci -l’avait supplié de ne pas se faire accompagner du Maréchal, malgré -que sa charge lui en donnât le droit.--«Y pensez-vous, Madame?» avait -répliqué Louis XV; «et que vous connaissez mal M. de Richelieu! Si -vous le chassez par la porte, il rentrera par la _cheminée_[371].» - - [371] _Mémoires_ du Marquis d’ARGENSON, t. V, pp. 354 et suiv. - -Cette allusion piquante au scandale tout récent où le Maréchal se -trouvait impliqué, ne fut pas perdue pour la Marquise. L’aventure -rappelait une antique prouesse de l’adolescent et jetait comme un -soupçon de ridicule sur le quinquagénaire. Évidemment c’était une -bagatelle, mais nous verrons comme Mme de Pompadour sut l’exploiter, en -attendant mieux. - - - - -CHAPITRE XX - - _L’aventure de Richelieu et de Mme de la Pouplinière.--Le fermier - général et sa femme rue Richelieu et à Passy.--Le Maréchal est - un familier de la maison; il y rencontre J.-J. Rousseau qu’il - traite de compositeur génial.--La «calote» de Roy.--Lettres - anonymes.--La Pouplinière fait surveiller sa femme et la brutalise - indignement.--Correspondance amoureuse.--Comment La Pouplinière - découvre, avec Vaucanson, la plaque tournante d’une cheminée servant - de communication aux deux amants.--Chassée par son mari, Mme de la - Pouplinière meurt d’un cancer.--Le jouet du jour.--Une malice de Mme - de Pompadour._ - - -La liaison de Richelieu avec Mme de La Pouplinière durait depuis -plusieurs années, que le mari, donnant ainsi raison à un dicton -célèbre, était encore à s’en apercevoir. - -Soit dans son hôtel de la rue de Richelieu[372] qui faisait face à -la Bibliothèque du roi, soit dans la belle maison de Passy que lui -avaient louée les héritiers du financier Samuel Bernard, le fermier -général Le Riche de La Pouplinière, amateur éclairé des lettres et -des arts, Mécène fastueux et magnifique, s’estimait très honoré des -témoignages d’amitié que lui prodiguait un des plus grands seigneurs de -la Cour[373]. Sa maîtresse, qu’il avait épousée, et qui était fille de -la comédienne Mimi Dancourt, n’était pas moins fière de se voir adulée -et courtisée par un homme, encore la coqueluche des marquises et des -duchesses, un Richelieu qu’avaient su conquérir ses yeux noirs, si -brillants, où le pinceau de La Tour a saisi et fixé comme un nuage de -langueur. C’était une brune, à la fois impétueuse et romanesque, qui se -plaisait à courir par les halliers, les cheveux au vent, habillée en -Diane chasseresse. - - [372] Actuellement le nº 59 de la rue (CUCUEL: _La - Pouplinière_, 1913). - - [373] D’après MONTBAREY (_Mémoires_, t. I, p. 107) c’était - l’ardent désir qu’avait La Pouplinière de faire représenter - ses œuvres, qui l’avait incité à solliciter l’intimité de - Richelieu, «plus dangereux par sa réputation que par ses - qualités personnelles». - -Les fréquentes apparitions du premier gentilhomme de la Chambre chez -le fermier général, avant le départ pour l’armée ou après le retour du -Languedoc, pouvaient s’expliquer par le soin minutieux qu’apportait le -courtisan, soucieux de remplir les devoirs de sa charge, à se tenir au -courant des hommes et des choses de théâtre, auxquels La Pouplinière, -tout le premier, prenait un si vif intérêt. - -C’est ainsi que Richelieu avait assisté aux concerts et aux -représentations de Passy, qu’il en avait connu les fournisseurs et -les interprètes. Le musicien Rameau était l’oracle de la maison: il -«y faisait la pluie et le beau temps». Mais Richelieu supportait -difficilement les sautes d’humeur de ce compositeur fantasque, -qui lui avait déjà donné tant de tablature avec la _Princesse de -Navarre_. Il témoignait, au contraire, d’une sympathie très marquée -pour Jean-Jacques Rousseau, dont il avait voulu entendre, à Passy, -les _Muses rivales_, un «opéra» qui l’avait enthousiasmé[374]. -Aussi, malgré que le Génevois déplût fort à la capricieuse Mme de -La Pouplinière, Richelieu, confiant dans le «génie» de son nouveau -protégé, lui avait-il proposé de remanier le livret et la partition de -la _Princesse de Navarre_, devenue les _Fêtes de Ramire_, à défaut des -deux auteurs occupés au _Temple de la Gloire_. Rousseau avait demandé -son consentement à Voltaire[375] qui le lui avait accordé dans les -termes les plus flatteurs: il s’était dispensé de la même démarche -auprès de Rameau, hostile et jaloux. Il toucha fort peu au poème, mais -écrivit, entr’autres morceaux de musique, une ouverture et un récitatif -«bien accentué, plein d’énergie et surtout excellemment modulé»[376]. -Lorsqu’il fit entendre la nouvelle partition chez le fermier général, -la dame du logis, toujours prévenue contre le compositeur qui, -d’ailleurs, manquait absolument de technique, se plaignit avec aigreur -de cette «musique d’enterrement». A quoi Rousseau répliqua en montrant -le premier vers du poème: - - [374] Jean-Jacques ROUSSEAU: _Confessions_ (édition Didot, - 1844), partie II, livre 7, pp. 313 et suiv.; DESNOIRESTERRES: - _Vie de Voltaire_, t. III, p. 41: «M. Rousseau, avait dit - Richelieu à Jean-Jacques, voilà de l’harmonie qui transporte; - je n’ai jamais rien entendu de plus beau, je veux faire donner - cet ouvrage à Versailles.» Il est vrai que, le lendemain, - Richelieu avait oublié ses promesses de la veille; c’était du - moins Mme de la Pouplinière qui l’avait déclaré à Jean-Jacques, - alors que celui-ci prétend absolument le contraire: «M. le duc - arriva peu après et me tint un tout autre langage». - - [375] Cette lettre (en original ou en copie) se trouve, - datée du 11 décembre 1745, dans le t. VI (p. 54) des pièces - manuscrites de ou sur Voltaire que possède la _Bibliothèque de - la Ville de Paris_. - - [376] MM. TIERSOT (_J.-J. Rousseau Musicien_, pp. 83-95) et - CUCUEL (_La Pouplinière_, pp. 120 et suiv.) ont élucidé ces - diverses questions que les _Confessions_ ont traitées de façon - inexacte et peu intelligible. - - _O mort, viens terminer les malheurs de ma vie!_ - -Et Richelieu, qui ne laissait jamais échapper une occasion de railler -Voltaire, fit remarquer à Mme de la Pouplinière que l’inspiration du -compositeur répondait à l’indication du manuscrit. Sur ces entrefaites, -il partait pour Dunkerque. Aussi, lorsque Jean-Jacques, qui l’ignorait, -se rendit à l’hôtel du grand seigneur, trouva-t-il visage de bois, -«perdant ainsi honneur et honoraires», d’autant que Rameau venait -de retoucher la partition, sans y laisser subsister le nom de -Rousseau: seul, celui de Voltaire parut sur le livret, le jour de la -représentation. - -Mais, aux yeux des médisants et des envieux, le dilettantisme ne -suffisait pas à justifier l’intimité, chaque jour plus étroite, -entre Richelieu et ses hôtes. En admettant même que le duc, toujours -enclin à se vanter de ses bonnes fortunes, fût resté absolument muet -sur celle-ci, les deux amants avaient trop d’ennemis, déclarés ou -secrets, pour que leur liaison ne devînt pas rapidement la fable de -la Cour et de la Ville. Mme de La Pouplinière[377], persuadée que la -passion de Richelieu la pousserait dans le monde, commettait de graves -imprudences, surtout celle d’indisposer ses entours par sa hauteur et -ses frasques. Richelieu n’était pas plus sage. Cassant, autoritaire, -entêté, il était aussi désagréable avec certaines gens, qu’il était -charmant avec d’autres. C’est ainsi qu’en 1746, à l’occasion du second -mariage du Dauphin, il s’était systématiquement opposé à l’exécution -de ballets composés à cette intention par le poète Roy[378]. Or, cet -auteur, qui ne manquait pas de talent, était foncièrement vindicatif; -et sa bile se déversait volontiers en _calotes_, sortes d’épîtres -versifiées, satiriques et burlesques, qui, depuis nombre d’années, -avaient le privilège d’amuser à souhait la malignité parisienne. - - [377] Mme de la Pouplinière, dit M. Cucuel (_La Pouplinière_, - p. 154) avait résisté plus d’un an aux obsessions galantes de - Richelieu. - - [378] _Journal_ de LUYNES, t. VII, p. 256.--Naturellement - Richelieu lui avait préféré Voltaire. - -Le poète, qui «donnait une calote» à sa victime, la lui offrait sous -forme de brevet. A ce titre, Roy terminait ainsi le mauvais compliment -qu’il adressait à La Pouplinière, car il avait trop peur du bâton pour -s’attaquer directement à Richelieu: - - «Lui permettons, sous les auspices - D’un duc, autrefois ses délices, - Et le favori de l’Amour, - Si méchants que soient ses ouvrages, - De leur faire avoir les suffrages, - Et de la Ville et de la Cour[379]. - - [379] _Mémoires pour servir à l’histoire de la Calote_ (1754), - sixième partie, pp. 139 et suiv.--_Mélanges_ de BOISJOURDAIN, - t. III, p. 121 (1746). - -La Pouplinière se piquait, en effet, d’écrire, il avait des ambitions -littéraires; et Richelieu était un académicien, très influent et très -remuant, alors que Roy n’avait aucune chance de figurer jamais au -nombre des Immortels. - -Voltaire s’était indigné de cette «infâme calote»,--le «prix des fêtes» -données par les La Pouplinière--dont les traits acérés ricochaient sur -son «héros», retenu à Dresde par son ambassade: - -«Ne faudrait-il pas pendre, lui écrivait-il, le 24 décembre 1746, les -coquins qui infectent le public de ces poisons? Mais le poète Roy aura -quelque pension, s’il ne meurt pas de la lèpre dont son âme est plus -attaquée que son corps.» - -Or, ce «coquin» de Roy, quand il parlait de ce duc, «autrefois -les délices» du financier «et le favori de l’Amour», rappelait, à -mots couverts, (toujours la peur du bâton!) le scandale qui venait -d’éclater, six mois plus tôt, chez le fermier général, dans son hôtel -de la rue de Richelieu. - -Depuis longtemps, des lettres anonymes, prévenant charitablement le -mari de son infortune conjugale, pleuvaient à la maison de Paris et à -la villa de Passy. Mais La Pouplinière haussait les épaules: il avait -une telle confiance dans sa femme et dans son ami! Cependant, les -informations devenant chaque jour plus précises, il avait fini par -prêter l’oreille à la dénonciation verbale d’un familier, peut-être -d’une femme dont la jalousie avait éveillé la vigilance[380]. - - [380] Nous avons emprunté tous les détails de la scène violente - qui va suivre à une lettre inédite que nous avons découverte - dans un manuscrit de la Bibliothèque Nationale (fonds français - 13703, p. 95). Cette lettre était adressée, le 6 mai 1746, à - Mme de Souscarrière, au château de Breuilpont, par Bachaumont, - qui l’appelle «sa chère gouvernante». - -Il fallait que sa quiétude ordinaire fût singulièrement ébranlée, car, -dans un premier mouvement de dépit, il commença par défendre à sa femme -de recevoir et même de voir Richelieu. Puis il la fit surveiller en -secret; et, le 22 avril 1746, il apprenait qu’elle était allée rendre -visite au galant «en petite maison». Elle rentra pour le souper: elle -avait du monde ce soir-là. Son mari se montra d’assez méchante humeur; -mais il était coutumier du fait; et personne ne parut s’en apercevoir. - -Mais quand le dernier convive fut parti, La Pouplinière s’élança sur sa -femme; et, la jetant d’un soufflet à terre, il la trépigna si rudement -sur le corps, et plus encore à la tête, qu’il fallut «la saigner trois -fois le lendemain et deux autres fois vingt-quatre heures après[381]». -Il fut même «question de la trépaner». - - [381] M. Campardon établit, dans _La Cheminée de Mme de la - Pouplinière_, d’après des documents d’Archives, qu’en avril - 1746, la jeune femme avait mandé à son hôtel un Commissaire du - Châtelet, pour lui faire constater sur elle des contusions et - des blessures, suites des voies de fait qu’elle attribuait à la - brutalité maritale; mais elle ne donnait pas le motif de tels - sévices. - -Chez La Pouplinière, la vanité de l’homme était plus atteinte encore -que l’honneur du mari. Lui qui tirait argument de la tenue, plutôt -«négligée» de la femme, pour conclure à la fidélité de l’épouse et qui -brocardait volontiers les maris malheureux, artisans de leur propre -infortune, parce qu’ils ne «savaient pas être les maîtres chez eux», il -allait donc prendre place, à son tour, dans cette légendaire confrérie. - -Avant de rouer de coups Mme de La Pouplinière, il avait giflé une «amie -et confidente» de sa femme, qui l’avait ramenée de son expédition -amoureuse et qui «n’avait pas demandé son reste», pour aller prévenir -de ce fâcheux dénouement Richelieu; et celui-ci avait tout aussitôt -dépêché au jaloux la duchesse de Boufflers, afin «de l’adoucir et de -lui faire en même temps des remontrances!!» La démarche était quelque -peu osée. Et La Pouplinière déclara à la grande dame, comme il l’avait -déjà «dit et redit» à ses entours, que «dans quarante jours, lorsque sa -femme serait guérie, il lui en ferait tout autant.» - -Entre temps Richelieu avait dû partir pour l’armée. Il avait quitté -Paris dans «un état» voisin du «désespoir». Ses amis disaient que -sa passion pour «la pauvre battue» était la seule «sérieuse» qu’il -avait jamais eue de sa vie; et Mme de La Pouplinière l’aimait de -même, «malgré les rides qui couvrent le visage de Richelieu et le -dessèchement de tout son corps qui lui fait paraître soixante-dix ans». - -Néanmoins, cet intrépide amoureux n’entendit pas renoncer à sa -brillante conquête, mais il jugea prudent de s’assurer un asile -discret, inconnu de tous, qui abriterait ses amours, loin des regards -curieux et des méchants propos. Se rappelant un bon tour de sa -jeunesse, qui lui avait permis de voir Mlle de Valois, à l’insu même de -la gouvernante de cette princesse, le duc fit louer, moyennant 2.400 -livres, une maison contiguë à l’hôtel que La Pouplinière occupait rue -Richelieu; et bientôt une communication s’établissait entre les deux -immeubles, par la plaque d’une cheminée, qui s’ouvrait, comme une -porte, d’une chambre de Mme de la Pouplinière sur l’appartement voisin. -Collé indique dans son _Journal_[382] la disposition du mécanisme: -du côté Richelieu, «la plaque était couverte par une glace posée sur -la cheminée plus basse de quatre pieds que la cheminée»; côté La -Pouplinière «cette glace s’ouvrait à secret». - - [382] COLLÉ: _Journal_ (1868, 3 vol.), t. I, pp. 25 et suiv. - novembre 1748.--C’était un certain Berger (le directeur de - l’Opéra?), qui avait loué nominativement la maison.--Voir dans - l’opuscule de Campardon, les détails sur le percement du mur, - le procès avec les propriétaires, etc... - -Les visites de l’amant étaient fatalement intermittentes: la nécessité -de sa présence à Versailles ou à Choisy, ses obligations comme soldat, -comme gouverneur de province, comme ambassadeur et, faut-il le dire, -le souci d’autres intrigues amoureuses éloignaient cet homme si occupé, -et cependant toujours infatigable, d’une maîtresse qui l’adorait. -Mme de La Pouplinière, impatiente de tant d’obstacles, cherchait à -tromper les ennuis de l’attente, ou les tristesses de l’absence, par -de longues lettres à l’adresse du bien-aimé, lettres où la passion la -plus vive et, apparemment la plus sincère, éclate en ces menus et jolis -détails, en ces tendres et délicats aveux, en cet exquis déshabillé du -style qu’on rencontre parfois chez les épistolières du XVIIIe siècle. -La correspondance de Mme de La Pouplinière--un modèle du genre--est -quelque peu éparpillée, mais elle est presque toujours intéressante, -comme tranche (qu’on nous passe le réalisme de l’expression) de cœur -féminin. Les lettres dont nous publions ici quelques passages, furent -écrites pendant que Richelieu était retenu en Italie par le siège de -Gênes: - - ... «Je crains que mes lettres volumineuses ne vous aient ennuyé; - vous me dites qu’elles font votre bonheur, mais cela est si faible, - si peu répété, détaillé; vous ne répondez qu’à des articles dont je - ne me soucie guère, et que je vous ai plutôt mandés pour avoir une - coupure à faire. C’est mon seul plaisir de vous écrire, de penser que - vous me lirez, que je suis dans vos mains, que je vous occupe de moi - forcément pendant une heure, sauf les distractions, mais aussi vous - me lisez; cela seul me ferait copier des gazettes, si je ne pouvais - vous écrire autre chose; et l’extrême confiance que j’ai en vous me - fait vous écrire jusqu’à des bêtises... Ainsi, mon cœur, que mes - nouvelles, mes projets, même mes craintes ne vous fassent aucune - impression que comme des rêveries de mon imagination... - - ... «Je vous aime, mon cœur, à la folie: il n’y a rien que je - n’entreprisse pour vous le prouver et en mériter autant de vous... - Et je vous désire avec une violence, que, si je devais vous voir ce - soir, cela me paraîtrait un siècle, fussiez-vous de l’autre côté de - la bergère... - - ... «De tous les gens que j’ai vus depuis que vous êtes parti, - aucun ne m’a fait autant de plaisir que Guimont... Il m’intéresse - beaucoup: il va vous revoir, vous parler, vivre avec vous dans cette - familiarité que je désirerais tant, être au chevet de votre lit, à - votre toilette, à l’Opéra, à dîner, à la guerre, à des fêtes, seule - avec vous[383].» - - [383] _Bulletin du Bibliophile_, année 1882, pp. 419 et suiv. - -On voit, dès les premières notes de cet hosanna d’amour, que Richelieu -en usait avec Mme de la Pouplinière, ainsi qu’il en avait l’habitude -avec ses autres maîtresses. Le commencement de ses lettres est comme -une caresse, mais qui dure si peu! L’amant cède bientôt la place au -courtisan, avide des nouvelles d’un pays vers lequel tendent toutes ses -ambitions, ou tous ses regrets. - -La fin de ces fragments signale l’entrée en scène d’un nouveau -personnage qui ne mérite guère un tel honneur. Guimont était un cousin -germain de Mme de Pompadour, à qui le crédit de la favorite avait -valu d’être envoyé à Gênes, comme représentant de la France, et que -son incapacité en fit rappeler. Il y fut en conflit avec Richelieu. -Avait-il reçu pour mission secrète de le surveiller? Toujours est-il -qu’après avoir accepté un rôle, comme chanteur, dans un «bel opéra», -monté par Richelieu à Gênes, opéra qui devait coûter 50.000 livres, -Guimont se retira sous sa tente, prenant parti pour une cabale -féminine, dont le moindre grief contre le général en chef était -d’entretenir un sérail de Gênoises[384]. - - [384] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. V, pp. 281 et suiv. (nov. 1748). - -Pendant qu’il faisait ainsi «la guerre en dentelles», Richelieu ne se -doutait guère de l’orage qui éclatait sur la tête de son amie. - -La Pouplinière, toujours jaloux, toujours sur le qui-vive, épiant les -moindres démarches de sa femme, avait conscience qu’il était trompé et -ne pouvait prendre les coupables sur le fait. En vain la trahison d’une -camériste de Mme de la Pouplinière, à qui Richelieu avait négligé de -régler la pension viagère qu’il lui avait promise[385], avait révélé -au mari les apparitions soudaines de l’amant chez sa maîtresse. Et le -fermier général, exaspéré, se demandait comment le bourreau de son -honneur parvenait à pénétrer dans son hôtel, sans que personne s’en -aperçût. Enfin, un jour (le 28 novembre 1748), pendant que Mme de la -Pouplinière assistait à une revue des uhlans du Maréchal de Saxe, -passée dans la plaine des Sablons par leur commandant, le financier -se décida à fouiller minutieusement l’appartement de sa femme, en -compagnie de son avocat Balot et du fameux physicien Vaucanson[386]. -Les deux maisons étant contiguës, il fallait, de toute nécessité, que -Richelieu traversât, en quelque sorte, le mur mitoyen pour accéder à la -chambre de sa maîtresse. Mais par quel passage? - - [385] _Journal_ de BARBIER, IV, 327. - - [386] MARMONTEL: _Mémoires_ (édition M. Tourneux), t. I, p. - 237.--Marmontel était un familier du fermier général. - -Les investigateurs procédèrent par déduction (la méthode, comme on -voit, n’est pas nouvelle), et leurs perquisitions les amenèrent devant -la plaque de cheminée, qui, sous la canne de Vaucanson, sonna le -creux. Le physicien, s’approchant pour mieux examiner, put constater -que «la plaque était à charnière et que la jointure en était presque -imperceptible». - ---«Ah! le bel ouvrage! s’écria-t-il avec admiration[387].» - - [387] MARMONTEL: _Mémoires_, t. I, p. 237. - -Avisée aussitôt, Mme de la Pouplinière était retournée, en toute hâte, -à l’hôtel, accompagnée des Maréchaux de Saxe et de Löwendahl[388]. Mais -elle eut beau supplier, vainement ses deux amis intercédèrent pour -elle, le financier resta inflexible; il refusa de recevoir sa femme; -il s’engageait simplement à lui servir une pension de 8.000 livres. -Alors Mme de la Pouplinière voulut donner l’explication de la plaque... -tournante: - - [388] La plainte de Mme de la Pouplinière (nov. et déc. 1748) - ne signale, comme témoin des outrages qu’elle subit de son - mari, que le Maréchal de Saxe. - ---«C’était pour me sauver de vos fureurs! - ---«Allons donc! la glace s’ouvrait du côté de l’autre maison! Et puis -vous ai-je jamais donné une chiquenaude? - ---«Voyons! Monsieur, il faut en finir; embrassons-nous; aussi bien je -suis exténuée de fatigue et de faim. - ---«Pas du tout, je ne veux plus vivre, ni manger avec vous. - ---«Où irai-je? - ---«Eh! chez M. le Maréchal, si bon vous semble et s’il le veut[389].» - - [389] COLLÉ: _Journal_, t. I, pp. 25-26. - -On sait le dénouement de cette scène de ménage. - -Les 28 novembre et 12 décembre, Mme de la Pouplinière déposait deux -nouvelles plaintes contre son mari qui «la calomniait, l’expulsait de -sa maison et la laissait dans un dénuement absolu[390]». - - [390] CAMPARDON: _La Cheminée de Mme de la Pouplinière_ - (Charavay), p. 120. - -Elle avait pris un appartement rue Ventadour; et ce fut, sur la menace -d’être dépossédé de son privilège de fermier général[391], que son mari -se décida, en novembre 1749, à lui assurer sa pension de 8.000 livres. -Elle avait déjà un viager de 4.000, et Richelieu lui avait servi une -rente mensuelle de 1.200 livres[392], en attendant que La Pouplinière -tînt ses engagements. - - [391] _Revue de Paris_ (15 mars 1912), article - CUCUEL.--_Mémoires_ D’ARGENSON, t. VI, p. 73.--Collection Leber - à Rouen. - - [392] _Mémoires_ D’ARGENSON, t. VI, p. 73.--Tant qu’elle vécut, - elle fut soignée par le chirurgien de Richelieu, «lequel n’a - cessé de la voir jusqu’à son dernier moment». - -Elle mourut, en 1752, des suites d’un cancer au sein. Elle l’attribuait -aux mauvais traitements de son mari. Déjà, en janvier 1748, dans une -lettre à Richelieu, elle s’inquiétait de glandes devenant chaque -jour plus volumineuses et plus douloureuses. On a prêté ce propos -à son amant (et Casanova le répète) qu’elle avait imaginé une -affection cancéreuse, pour apitoyer sur son sort le fermier général -et le pousser à une réconciliation, dont il eut grand’peine à se -défendre[393]. Supposition qui nous paraît toute gratuite; car comment -admettre, si ce cancer n’avait pas existé réellement, que Richelieu eût -continué, jusqu’à la mort de la malheureuse, la comédie de l’envoyer -panser par son chirurgien? - -Mme de Pompadour avait été, la première, à encourager des commérages -et des médisances qui jetaient un fâcheux vernis sur le duc de -Richelieu[394]. Quand ces bavardages devinrent un bel et bon scandale, -confirmé par des constatations indéniables, elle applaudit à toutes les -manifestations satiriques destinées à lui donner un plus rapide et plus -large essor. On fit circuler cet _Avis au public_ qui ne semble pas -avoir été poursuivi bien sévèrement par la police: - - [393-394] Article CUCUEL dans _La Revue de Paris_.--BIBLIOTHÈQUE DE - L’ARSENAL. _Archives de la Bastille_ 11774. (Gazette inédite de - Bousquet de Colomiers, 21 septembre 1752): «Il n’a tenu à rien - que M. le Maréchal de Richelieu n’ait réuni M. et Mme de la - Pouplinière.» - - Messieurs, vous êtes avertis - Qu’on fait fabriquer dans Paris, - En perçant la maison voisine, - Fond de cheminée à ressorts, - Où l’amant peut passer le corps, - Sans que personne le devine. - On pourra voir cette machine - Chez certain fermier général, - Chez Madame La Pouplinière, - Qui s’en est servi la première. - -Puis, le 31 décembre, les camelots parisiens proposaient, comme une -actualité d’étrennes, le jouet du jour, «des petites cheminées en -carton, avec une plaque qui s’ouvrait, derrière laquelle on voyait un -homme et une femme qui se guettaient[395]». - - [395] _Journal_ de BARBIER, t. IV, p. 336. - -Enfin, s’inspirant de cette nouveauté qui fit fureur, la Marquise avait -commandé, pour mieux ridiculiser son ennemi[396] par une création moins -éphémère, «un modèle de cheminée tournante en bois d’acajou, d’environ -deux pieds, avec la plaque en cuivre», appelée à figurer un jour dans -le _Catalogue des objets d’art du marquis de Marigny_, frère de la -favorite. - - [396] Une raison qui, paraît-il, avait motivé plus que toute - autre, l’intervention, aussi haineuse que persistante de la - Marquise, c’était, d’après la Correspondance de Grimm, que - Richelieu avait eu l’intention de donner sa maîtresse à Louis - XV. Aussi, prétend toujours le gazetier, Mme de Pompadour - avait-elle écrit à Mme de la Pouplinière, pour la menacer de sa - vengeance, si elle continuait à vouloir plaire au roi. D’après - une autre version, ce fut la seconde femme de La Pouplinière - qui eut cette prétention et s’attira ainsi les foudres de la - favorite. - - - - -CHAPITRE XXI - - _Richelieu a trop l’amour du théâtre et la servitude de l’étiquette - pour ne pas entrer en conflit avec Mme de Pompadour.--Disgrâce de - Maurepas; son quatrain; l’attitude de Richelieu.--De dépit de n’être - pas premier ministre, Richelieu part pour le Languedoc.--Spectacles - de la Cour pendant son absence.--Correspondance de Voltaire, autre - mécontent, avec Richelieu.--Retour du Maréchal, plus aigri que - jamais, à Versailles: ses propos de frondeur._ - - -D’Argenson, qui suit si minutieusement l’agitation incessante de la -Cour, qu’il semble avoir l’œil armé d’une loupe pour ne pas perdre -un seul des mouvements de ces infiniment petits, D’Argenson s’égare -parfois dans le dédale de leurs manœuvres et finit même par y fourvoyer -sa psychologie. Cependant, sa perspicacité n’est pas en défaut, quand -elle note que «Richelieu est trop attaché à la bagatelle du théâtre et -des ballets». Et, de fait, si, sur ce terrain, le Maréchal a souvent -pour lui le droit, la justice et la raison, il n’a pas toujours le sens -de l’opportunité. En multipliant des spectacles dont elle revendique -l’initiative, la Marquise poursuit une politique personnelle. Atteinte -d’un mal qui la mine sourdement, la fait maigrir à vue d’œil et «venir -à rien», Mme de Pompadour s’est rendu compte qu’elle ne peut répondre -qu’insuffisamment aux exigences sensuelles du roi; aussi s’est-elle -efforcée à le retenir auprès d’elle par la piquante nouveauté de -divertissements inédits. Et voici qu’un homme lui contrecarre son plan -de campagne, au nom des lois de l’étiquette, quand il lui eût été si -facile de ne pas assister à des représentations qui offusquent son -amour-propre. - -C’est alors que le roi pose à ce gêneur la fameuse question, si fort -commentée par ses entours: - ---«Combien de fois êtes-vous allé à la Bastille, Monsieur le Maréchal? - ---«Trois fois, Sire.» - -Peu de jours après, le cœur gros de rancune, Richelieu dansait, -trépignait, faisait vacarme, à la Muette, dans sa chambre au-dessus -de l’appartement de la Marquise. Mais il est trop fin pour ne pas se -rendre compte qu’il «n’a rien à gagner à se buter contre la maîtresse -du roi». Louis XV peut l’appeler «son cher Richelieu», l’emmener -pendant des heures dans son carrosse, prendre son avis sur toutes -choses, ce favori, que hante le rêve de la première place dans l’État, -doit se résigner, s’il veut l’atteindre, à ne plus rester en guerre -ouverte avec la favorite[397]. Sans doute, pour le principe (car il -faut sauvegarder les droits du protocole; et Richelieu, hier encore, -avait à lutter contre les prétentions subversives du prince de Conti), -ce sera toujours lui qui disposera des musiciens et autres gagistes -de la Chambre, qui leur donnera des ordres ainsi libellés: «Un tel se -rendra à telle heure pour jouer à l’Opéra de Madame de Pompadour.» Mais -les deux théâtres, montés par le duc de la Vallière, n’en subsisteront -pas moins: pendant les représentations, l’ami de la Marquise se tiendra -derrière le fauteuil du roi pour recevoir les ordres du maître; et -la blessure faite à son amour-propre par l’algarade du premier -gentilhomme se cicatrisera sous le Cordon bleu. - - [397] D’ARGENSON: _Mémoires_, t. V, pp. 357 et suiv. - -Ce qui influa peut-être encore le plus sur les résolutions de -Richelieu, ce fut la disgrâce foudroyante de Maurepas; non pas, -comme a pu le croire un instant le duc de Luynes[398], que ces -deux mortels ennemis se fussent enfin réconciliés; mais tous deux -suivaient des voies parallèles pour parvenir à débusquer l’adversaire -commun; seulement, Richelieu apportait à ses attaques «tant d’art, -tant d’esprit, tant de politesse et même de galanterie pour Mme de -Pompadour[399]», que celle-ci hésitait encore, pour s’en débarrasser, -sur le choix des moyens. Mais, Maurepas, cependant si courtois -d’ordinaire, se montrait plutôt sec et dur avec la Marquise. Il avait -le génie de l’épigramme, et comme on l’a si souvent répété à propos de -gens d’esprit, il eût sacrifié son meilleur ami à un bon mot. Aussi -bien, pour n’en pas perdre l’habitude, il se sacrifia lui-même. Il -décocha donc, un jour, ce quatrain contre la maîtresse du roi qui, en -offrant une touffe de roses blanches au Bien-Aimé, les avait laissé -s’éparpiller à terre: - - [398] _Journal_ de LUYNES, t. X, p. 117. - - [399] _Ibid._, p. 118. - - Par vos façons nobles et franches, - Iris, vous enchantez nos cœurs. - Sur nos pas vous semez des fleurs, - Mais ce ne sont que des fleurs blanches[400]. - - [400] Maurepas qui cite le quatrain dans ses _Mémoires_ (t. - IV, p. 265) se défend de l’avoir composé; il l’attribue même - à Richelieu et l’accuse tout au moins de l’avoir répandu à la - Cour et à la Ville, après l’avoir... oublié sur la cheminée du - roi. - -Maurepas ne pouvait pas offenser plus cruellement sa victime. Il lui -rappelait une infirmité qui l’éloignait souvent du roi et dont la -continuité l’obligeait à chercher des distractions toujours nouvelles -pour cet amant toujours blasé. - -L’ordre d’exil qui, vers la fin d’avril, envoyait à Bourges le ministre -disgrâcié, frappa la Cour de stupeur; et Richelieu ne put échapper à -cette impression, comme le note le _Journal_ de Luynes, à la date du 25: - -«A cette même heure de huit heures du matin, M. de Richelieu était au -Parlement pour la réception de M. de Belle-Isle. Il arrivait du petit -château où il avait couché. Un homme d’esprit que je connais beaucoup -et de qui je tiens ceci, trouva au Parlement un de ses amis qui lui -dit: Regardez bien M. de Richelieu: il a l’air d’un homme qui n’est pas -à lui-même; je ne serais point étonné qu’il y eût quelque chose sur M. -de Maurepas. L’homme qui m’a conté ce fait, est très véridique et sans -ostentation...» - -Assurément le Maréchal ne fut pas autrement attristé de la catastrophe; -mais elle lui donna à réfléchir[401]. Et d’Argenson signale le -résultat de cette méditation d’un courtisan sur les vicissitudes de la -bienveillance royale: «La réconciliation du favori avec la favorite -est entière, cordiale, édifiante.» Mais celle-ci suspectait encore la -sincérité de celui-là. Elle prétendait que Richelieu avait colporté -l’épigramme incriminée. Et lui, quelques jours après, de s’écrier, -devant l’insistance que Mme de Pompadour mettait à présenter le -malencontreux quatrain comme la cause réelle de la chute de Maurepas: -«Eh quoi! Madame, voulez-vous dire que le roi n’a chassé un ministre -qu’à cause de ce qui vous était personnel et non à cause de sa mauvaise -administration[402]?» - - [401] _Journal_ de LUYNES, t. X, p. 117.--_Les Mémoires - authentiques_ de Richelieu qui consacrent tout un chapitre à la - disgrâce du Comte d’Argenson, gardent le silence sur celle de - Maurepas. - - [402] D’ARGENSON: _Mémoires_, t. V, p. 457. - -Il est certain que le secrétaire d’État au département de la marine -avait assez mal rempli ses fonctions: sa légèreté n’avait d’égal que -son scepticisme; et l’abandon, dans lequel il laissa les intérêts qui -lui étaient confiés, ne fut pas étranger aux catastrophes navales -qu’allait entraîner pour la France la guerre de Sept ans. - -Et Richelieu connaissait si bien son Maurepas qu’il avait rédigé à -l’adresse du roi un mémoire où il dénonçait l’indignité de son ennemi. -Pour être plus sûr de l’atteindre, il avait confié son factum à la -Marquise, en la priant de le remettre au prince. Or, Louis XV n’aimait -pas à voir des figures nouvelles dans ses conseils de Cabinet, et -Maurepas raconte que le roi lui donna ce réquisitoire en le qualifiant -de «libelle[403]». - - [403] Le «libelle» est inséré tout au long dans les _Mémoires_ - de MAUREPAS, t. IV, pp. 213-221. - -Mais, lui aussi, Richelieu, est «taxé de grande étourderie[404]»; et, -malgré toutes les concessions qu’il a pu faire, il n’est pas encore -parvenu au but de ses désirs, à ce poste de premier ministre dont «il -se croit la capacité». L’année touche à sa fin; et dans l’espoir d’une -nomination imminente, il retarde de jour en jour, d’heure en heure, son -départ pour les États[405]. Enfin, il se décide, le 20 janvier 1750, -à quitter Versailles. La stérilité de ses efforts l’a rendu maussade; -et cependant il a hâte de regagner la Cour; il ne veut rester en -Languedoc, afin d’y recevoir l’infante Antoinette, dont le passage est -annoncé pour le mois de mars ou d’avril, que si on lui promet la Toison -d’Or. En attendant, il est entré en conflit avec les États qui refusent -l’impôt du vingtième, Richelieu n’ayant su leur donner l’assurance que -la province conserverait ses privilèges; et on blâme sa conduite à la -Cour parce qu’il a souffert les remontrances des États. Mais bientôt il -a rompu avec eux: il l’écrit à Versailles et demande qu’on le rappelle; -or les États lui donnent pleins pouvoirs pour terminer l’affaire du -vingtième et des privilèges; car il est «aimé et adoré de toute la -province»; et quand, de retour à Versailles, en avril, il reparaît, le -lendemain, à Choisy, il se présente «tête haute» et fort bien accueilli -par le roi[406]. - - [404] D’ARGENSON: _Mémoires_, t. VI, p. 86. - - [405-406] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VI, _passim_. - -Pendant son absence, ses adversaires n’étaient pas restés inactifs. -Huit jours après son départ, le théâtre de Mme de Pompadour avait -représenté le _Préjugé à la mode_, qui datait de 1735 et dans laquelle -l’auteur La Chaussée montrait «un mari amoureux de sa femme, mais qui -n’osait faire paraître ces sentiments, parce que l’amour conjugal est -devenu un ridicule dans le monde[407]...». - - [407] _Journal_ de LUYNES, t. X, p. 403. - -«M. de Richelieu d’aujourd’hui, qui était le héros de son temps pour -la galanterie, est, en quelque manière, ajoute le _Journal_ de Luynes, -le premier qui ait donné occasion à cette comédie. Sa première femme -(Mlle de Sansac) n’était rien moins que jolie. Elle l’aimait, mais il -ne pouvait la souffrir; et de là il s’est établi parmi la jeunesse -brillante que c’était un ridicule d’aimer sa femme. - -«M. de Melun pensait différemment... Nous avons vu depuis M. de la -Trémoïlle se conduire de même avec sa femme (une Bouillon) qu’il aimait -passionnément. - -«Tous ces caractères différents ont été vraisemblablement le modèle de -ceux que La Chaussée a peints dans cette comédie. Le ridicule que l’on -y voit donner à l’amour conjugal a fait naître quelques réflexions sur -la présence de la reine à un spectacle, où Mme de Pompadour joue avec -toutes les grâces et toute l’expression qu’on peut désirer.» - -C’était, en effet, une énorme bévue que d’avoir produit devant la -reine le _Préjugé à la mode_; et la responsabilité pouvait en retomber -sur Richelieu qui, même absent, était censé l’ordonnateur de ces -représentations, en réalité dirigées par La Vallière. - -L’Histoire ne dit pas comment le Maréchal prit la chose. On remarqua -seulement, à son retour, son étonnement peu dissimulé, lorsqu’il fut -informé de la grande faveur dont jouissait le contrôleur général, -Machault, un protégé de la Marquise. Mais on nota en même temps qu’il -était plus poli et moins hautain: à peine «osait-il parler au roi en -particulier»; encore le prince semblait-il se dérober à ces entretiens. -Décidément (et c’est toujours d’Argenson qui enregistre ces échos de -la Cour) «on ne trouvait plus rien au Maréchal de ce qui peut faire un -ministre» (juillet 1750). Et Richelieu, de dépit, s’en allait bouder, -au mois d’octobre, dans son château de Touraine. - -Il était alors en correspondance avec un autre mécontent, Voltaire, -qui lui avait écrit, dans le courant d’août, une lettre fort longue -et fort importante pour sa biographie, lettre datée de Berlin, où il -était l’hôte, choyé, de Frédéric dont il faisait le plus pompeux éloge. -Louis XV et Mme de Pompadour lui reprochaient vivement cette -«désertion». Richelieu l’en avait avisé. Mais Voltaire estimait que -l’indifférence du roi et de la Marquise à son égard justifiait «la clef -d’or, la croix et la pension de 20.000 francs» qu’il avait acceptés -de Frédéric, à la grande indignation de son «héros». Il rappelait à -celui-ci toutes les persécutions qui l’avaient accueilli en France -et qui l’avaient réduit à son exil volontaire, alors qu’il aurait -voulu passer le reste de sa vie à Richelieu, auprès du maître de ce -beau domaine. En 1736, le théatin Boyer l’avait forcé à se réfugier -en Hollande, à cause de l’inoffensive plaisanterie du _Mondain_, -badinage poétique que le garde des sceaux poursuivit avec le dernier -acharnement, à l’instigation de cette «vieille mie» qu’on appelait le -cardinal Fleury. Voltaire pouvait déjà se retirer en Prusse; mais il -avait juré de ne jamais quitter Mme du Châtelet, dont la mort seule -l’avait séparé. - -Pendant qu’il était à Lunéville, le roi Stanislas avait composé le -_Philosophe Chrétien_, et fait tenir le manuscrit à sa fille. La reine -le lui retourna, en lui disant que c’était l’œuvre d’un athée, que -Voltaire en était sans nul doute l’auteur et qu’il «pervertissait», de -concert avec Mme du Châtelet, le roi Stanislas, pour l’ «étourdir» sur -sa liaison avec Mme de Boufflers. Le Dauphin avait été fâcheusement -impressionné, lui aussi, sur le compte de Voltaire; et les gens de -lettres ne cessaient d’être hostiles au philosophe. - -Évidemment, dans cette interminable épître, le commensal du roi de -Prusse semble atteint du délire de la persécution; c’est, d’ailleurs, -une note que cet esprit, cependant si solide, fait volontiers entendre; -mais, peut-être aussi, exagère-t-il, avec intention, son état de -nervosité, pour prier Richelieu, et avec quelle insistance, de plaider -sa cause auprès de Mme de Pompadour. Lui qui a fait nommer Voltaire -gentilhomme ordinaire et historiographe du roi, saurait représenter -à la Marquise que les ennemis de son protégé sont les ennemis de la -favorite; il lui dirait «tout l’attachement» de l’absent pour elle, et -«qu’elle seule pourrait lui faire quitter le roi de Prusse». - -Comme on voit, Richelieu s’était bien gardé d’apprendre à Voltaire -ses déceptions et ses rancœurs; lui répondit-il de ce château, que -son correspondant eût si allègrement adopté pour Thébaïde, combien -son intervention auprès de Mme de Pompadour aurait peu de chances de -succès? Mais un courtisan convient-il jamais de la baisse de son crédit? - -L’éloignement et la solitude ne parvinrent pas à cicatriser les plaies -de cet orgueil ulcéré. Richelieu revint à Versailles, en janvier 1751, -aussi aigri, aussi amer qu’il en était parti, et prit bientôt une -attitude de frondeur. Le marin Mahé de la Bourdonnais, embastillé, -comme prévaricateur, sur la dénonciation, inexacte, de Dupleix, venait -de publier un Mémoire pour se disculper des accusations portées contre -lui. Richelieu, chez qui la sensibilité n’avait pas perdu tous ses -droits, s’émut d’une telle injustice et s’emporta jusqu’à dire, devant -Louis XV et devant la Marquise, qu’un de ces jours «cet accusé innocent -commanderait une des escadres du roi». Mme de Pompadour se montra fort -irritée du propos; car elle était liée d’amitié avec les Dupleix et les -Bacquencourt. - -A deux mois de là, Richelieu, dans un cercle d’environ quinze -personnes, passait au crible de la critique le dernier traité -d’Aix-la-Chapelle: c’était, prétendait-il, «un chef-d’œuvre de -stupidité, s’il ne l’était de corruption[408]». - - [408] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VI, 30 mars 1751.--Tout - le monde désirait la paix; et personne ne fut autrement - satisfait de ce traité, devenu définitif le 18 octobre 1748, - sauf peut-être la Hollande, qui râlait déjà sous l’étreinte - implacable de Maurice de Saxe. Cette guerre avait mis en - feu presque toute l’Europe; elle fut plus particulièrement - sanglante et ruineuse pour la France qui n’en devait tirer - aucun avantage. - -Enfin, dans la nuit du 25 au 26 avril, en sortant de souper, il était -venu, flanqué de Cury, l’intendant des Menus, faire abattre les six -«petites loges à quatre places», récemment construites par les soins -des Comédiens français «dans l’enfoncement de la première coulisse de -chaque côté du théâtre». Le duc de Chartres les avait retenues, pour -son usage personnel, à La Vallière. Mais Richelieu, toujours prévenu -contre cet ami de la Marquise, qu’il accusait d’empiéter sans cesse sur -ses fonctions, répliqua par le... coup de théâtre qui lui valut les -brocards et les huées du public parisien. On l’affubla du sobriquet -de Jacques Desloges; et le lendemain, dans le foyer de la Comédie, -Saint-Foix, cet auteur qui maniait l’épée aussi bien que la plume, -déclarait le Maréchal de Richelieu plus diligent que le Maréchal de -Löwendahl, car celui-ci n’avait enlevé Berg-op-Zoom qu’entre 4 et 5 -heures du matin[409]. - - [409] COLLÉ: _Journal_, t. I, pp. 309 et suiv. - -Collé, qui relate l’anecdote, en profite pour se plaindre, avec raison, -mais dans la note acrimonieuse dont il est coutumier, de la tyrannie -des premiers gentilshommes de la Chambre, dont la mission devrait -uniquement se borner au service du roi et de la Cour. - -Louis XV lui-même eut à souffrir de la mauvaise humeur de son ami. -La Dauphine venait de lui donner un petit-fils, le duc de Bourgogne. -Richelieu s’abstint, non sans affectation, d’«en venir faire sa cour au -roi[410]». - - [410] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VII, p. 3, 4 octobre 1751. - - - - -CHAPITRE XXII - - _Voltaire entretient une correspondance plus suivie avec - Richelieu: comment il félicite son «héros» de son esprit de - tolérance.--Préoccupations de Richelieu en matière de théâtre.--Mme - Favart, le Maréchal de Saxe et le Maréchal de Richelieu.--Conflit - avec l’archevêque de Paris.--Richelieu fréquente volontiers à - l’Académie.--Un incident de séance.--Brouille passagère du Maréchal - avec Voltaire.--Élections académiques: nomination du Maréchal - de Belle-Isle.--Réforme des statuts académiques.--Intervention - de Louis XV contre Piron.--Difficultés de Richelieu avec l’abbé - d’Olivet.--Roueries électorales._ - - -Par une coïncidence digne d’être notée, la correspondance, jusqu’alors -très espacée, de Voltaire avec Richelieu, devient plus fréquente et -plus suivie, depuis l’heure où le Maréchal, en froid avec la Cour, ne -fait plus mystère à son adulateur de ses griefs contre elle. Mais, si -nous avons les lettres que Voltaire adressait à son «héros», celles -qu’il en recevait (et elles étaient encore assez nombreuses) ont -disparu, comme tant d’autres documents précieux, des papiers du «Vieux -Malade de Ferney». La perte est regrettable; car, bien qu’incorrecte et -négligée, le peu de prose--non officielle--qu’on possède de Richelieu, -n’est pas dépourvue d’intérêt, d’originalité, ni même d’esprit. - -Le Maréchal avait un fonds sérieux d’affection pour Voltaire, qui lui -ressemblait (celui-ci l’a souvent écrit), «si fort en laid»; mais -cette tendresse était agressive, à la façon de l’amitié de ces hommes -illustres qui caressaient leurs familiers en leur pinçant l’oreille -jusqu’au sang. Voltaire se plaignait d’ordinaire doucement; mais -parfois aussi la griffe léonine emportait le morceau; et la colère du -blessé, s’exhalant dans le sein d’amis discrets, traitait le bourreau -de «vieille poupée», sans préjudice d’autres aménités du même goût. - -Donc, à partir de 1751, et pendant vingt-cinq années consécutives, -cette correspondance ne chômera pas, au moins du côté de Voltaire, -correspondance trop souvent monotone, car le poète réclame -perpétuellement de son grand ami qu’il fasse jouer un peu partout -son répertoire tragique, ou bien se répand en lamentations, comme un -autre Jean-Jacques, sur les persécutions dont il est accablé. Mais, -en revanche, il apporte une contribution importante à la biographie -de Richelieu, nous renseigne sur la vie provinciale du gouverneur du -Languedoc et de la Guyenne, sur ses goûts littéraires et artistiques, -sur sa famille et ses amis. - -La lettre du 31 août 1751 est démesurément longue comme celle de 1750. -«Vous avez, dit-elle, les mêmes bontés pour mes musulmans que pour vos -calvinistes des Cévennes. Dieu vous bénira d’avoir protégé la liberté -de conscience. Faire jouer le prophète Mahomet à Paris et laisser prier -Dieu en français chez vos montagnards du Languedoc, sont des choses qui -m’édifient merveilleusement!» - -C’était à peu près la réponse prêtée à Richelieu, quand on s’étonnait -à Montpellier qu’il n’adoptât pas les mesures mesquines et vexatoires -prescrites par le ministre Saint-Florentin contre les protestants: -«Je m’embarrasse fort peu que les hommes prient Dieu à leur manière, -pourvu qu’ils ne troublent pas l’ordre public.» - -A cette époque où la tolérance n’avait pas encore pris racine dans les -sphères gouvernementales, le mot pouvait paraître hardi; et l’on se -demande s’il n’était pas un écho des causeries voltairiennes. - -La lettre du 31 août rappelle encore les prétendues persécutions (il -en était cependant de réelles) exercées contre le philosophe et sur -lesquelles il revient toujours si complaisamment; mais il donne une -place autrement considérable à son futur _Siècle de Louis XIV_ où, -dit-il, aucun contemporain «vivant» n’est nommé, sauf Richelieu et -Belle-Isle. C’est une de ses formes de flatterie indirecte à l’adresse -du Maréchal: il sait cependant lui plaire bien plus encore, quand il -lui écrit: «Vous me dites que vous devenez vieux, vous ne le serez -jamais... Vous êtes aussi respectable dans l’amitié que vous avez -été charmant dans l’amour.» Mais Richelieu, toujours taquin, avait -renouvelé sa question: «Pourquoi êtes-vous en Prusse?» Et Voltaire -de reprendre son antienne sur la clef de chambellan, la croix, la -pension et surtout «la vie délicieuse» à Berlin, chez Frédéric. Puis -aussitôt la contre-partie dont il est facile de saisir le sous-entendu: -«Qu’importe à un roi de France un atome de plus ou de moins comme moi?» -Et, cette fois, il n’est plus question de ces salamalecs qu’il priait -Richelieu de mettre aux pieds de Mme de Pompadour. Il a dû deviner ou -apprendre que le «héros» et la favorite étaient en délicatesse. - -Mais, pour le courtisan qu’était le Maréchal, l’éloignement, qu’il -s’était imposé, d’un foyer d’intrigues--hier encore son véritable -élément--lui semblait le plus cruel des maux. Aussi, pour tromper son -ennui et donner libre carrière à ce besoin d’activité, qui était pour -lui une seconde nature, se dépensait-il en besognes de toutes sortes, -avec plus de fougue que d’esprit de suite, au gré de cette humeur -tatillonne, dont les boutades déconcertaient ses plus zélés partisans. -Il avait le goût des lettres et des arts: le théâtre surtout avait -ses préférences et Voltaire le savait bien, quand il l’entretenait -jusqu’à satiété de ses pièces, qu’il lui en soumettait le plan, les -scènes et les actes, qu’il lui demandait ses conseils ou sa critique -et qu’il finissait par les lui faire jouer à Paris, à Versailles, ou à -Fontainebleau. Bien mieux, il en obtenait l’interdiction des parodies -de ses tragédies, comme, par exemple, celle de _Sémiramis_, qui devait -être représentée sur le théâtre de la Cour[411]. - - [411] _Lettres de Mme du Châtelet_ (édition Asse, 1875). Lettre - de Cirey, du 13 janvier 1749. - -Depuis que Mme de Pompadour s’était improvisée ordonnatrice des -spectacles des Petits Appartements, Richelieu s’était rejeté sur les -scènes parisiennes qui étaient sous la surveillance des premiers -gentilshommes de la Chambre. C’est ainsi qu’il avait eu à connaître -des désordres survenus à la Comédie Italienne, après la détention de -Mme Favart, victime des persécutions et des violences du Maréchal de -Saxe. Ce glorieux soudard n’avait pu pardonner à la sémillante actrice -de lui résister. Il l’avait fait suivre, traquer et finalement enlever -par l’inspecteur de police Meusnier qui l’avait internée dans un -couvent[412]. Les habitués de la Comédie Italienne, dont Mme Favart -était pensionnaire, sur la recommandation de Richelieu, avaient -attribué l’infortune de l’étoile à la jalousie d’une de ses compagnes, -Coraline, et, pour punir celle-ci, avaient monté contre elle une -formidable cabale. Dans une lettre qu’il écrivait à Mme Favart, Maurice -de Saxe lui représentait Richelieu exaspéré contre elle, le lieutenant -de police lui ayant affirmé qu’elle était l’auteur de tout ce tumulte; -mais ce bon apôtre de Maurice de Saxe en avait pris, disait-il, la -défense et raconté au Maréchal que Mme Favart avait cherché, au -contraire, à calmer les spectateurs de l’amphithéâtre par ce «fort bon -propos»: - - [412] MEUSNIER: Manuscrit trouvé à la Bastille, 1789. - ---«Messieurs, je vous suis obligée, mais vous me faites plus de mal que -de bien.» - -Et Richelieu, persuadé par Maurice de Saxe, avait mis l’émeute sur -le compte de Coraline, mais plutôt encore sur celui du comédien -Rochard qu’il se proposait d’envoyer au For Levêque, dès son retour de -Fontainebleau[413]. - - [413] _Mémoires et correspondance_ de FAVART, édités par son - petit-fils et par Dumolard (1808), t. I, préface, pp. LV et - suiv. - -Il faut reconnaître toutefois que si les exigences de son humeur -capricieuse et de son esprit pointilleux rendaient souvent difficiles -ses rapports avec ses justiciables du théâtre, il savait défendre, à -l’occasion, non moins obstinément, leurs intérêts professionnels. En -février 1751, l’archevêque de Paris vint supplier le roi d’accorder, -comme droit des pauvres, à l’Hôpital Général, le quart des recettes -de l’Opéra et des Comédies, soit cent mille écus. Richelieu, alors -premier gentilhomme en exercice, s’y refusa: il voulait que cette somme -fût mise en réserve pour les embellissements des trois théâtres et les -gratifications du personnel. Louis XV, afin de trancher le conflit, -abandonna les cent mille écus au prélat, mais prit sur d’autres fonds -la restitution réclamée par Richelieu[414]. - - [414] _Journal_ de LUYNES, t. XI, p. 37.--Favart raconte, dans - une de ses lettres au comte de Durazzo (25 décembre 1761), - une scène à peu près semblable qui se passa au «Conseil des - dépêches, où se discutait la grande affaire de l’Opéra-Comique». - - L’Archevêque de Paris était intervenu en faveur du spectacle - forain, appuyé par le Procureur général et les administrateurs - des hôpitaux. Et comme le roi s’étonnait, sur le mode badin, - qu’un prince de l’Église devînt l’avocat d’histrions qu’il - avait l’habitude d’excommunier, Richelieu dit à son tour: Ne - trouvez pas mauvais, Monsieur l’Archevêque, que les Comédiens - italiens et l’Opéra-Comique vous fassent assigner pour déduire - vos raisons. Un instant déconcerté, le prélat finit par avouer - qu’un spectacle de plus était un supplément de bénéfices pour - les pauvres, au profit desquels on prélevait le quart des - recettes. Choiseul, qui assistait à l’entretien, s’y montrait - aussi indifférent que le roi. «J’ai fait mon incorporation - militaire, dit-il; qu’on fasse, si l’on veut, l’incorporation - comique.» (Il s’agissait de la fusion de l’Opéra-Comique avec - le Théâtre Italien, réalisée en 1762.) Et Favart conclut que - «le sublime projet» a dû échouer. - -Chez cet homme, qui s’estimait l’héritier de la pensée du Cardinal, -s’était ancrée, comme le sentiment du véritable devoir, la -préoccupation d’assurer la conservation des idées et des œuvres de -l’illustre ancêtre. Il savait de quelle protection le premier ministre -de Louis XIII avait encouragé le développement des lettres et des -arts, et combien il aimait les jeux du théâtre. Son petit-neveu -leur fut propice. Par la même raison, il se crut indispensable aux -destinées et à la gloire de l’Académie Française. Il en suivait aussi -assidûment que possible les travaux, se mêlait aux discussions de -ses collègues, partageait et même provoquait leurs querelles. Il -recherchait l’honneur d’être leur interprète, quand il s’agissait de -présenter au roi les compliments de l’Académie; mais il ne remplissait -pas toujours brillamment cet office. Chargé, en 1749, de féliciter -le Souverain à l’occasion de la paix, il avait prié Voltaire de lui -rédiger une harangue appropriée à la circonstance; et, par réciprocité, -il lui avait promis de remettre au prince le _Panégyrique de Louis XV_, -flatterie délicate du poète qui lui vaudrait peut-être de rentrer en -grâce. Au jour dit, le 21 février, Richelieu commence, d’une voix -assurée, son compliment: il parle des «bouches de la Renommée qui -publient les victoires du roi[415]», mais, soudain, il pâlit, balbutie -et reste court[416]; il entend murmurer, à côté de lui, et avant même -qu’il ne les prononce, les phrases de son propre discours; il voit la -figure de Maurepas s’éclairer d’un sourire narquois[417]. Mais cette -défaillance ne dure que quelques secondes; il improvise une autre -harangue, soufflé par son confrère l’abbé d’Olivet; et d’Argenson -reconnaît qu’il se tire adroitement de ce mauvais pas: «Ce grand -courtisan témoigne par là qu’on ne s’avance auprès du roi qu’en lui -montrant beaucoup d’amour[418].» - - [415] _Journal_ de LUYNES, t. IX, p. 338. - - [416-418] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. V, p. 396, 22 février. - - [417] DESNOIRESTERRES: _Vie de Voltaire_, t. III, p. 254. - -Toutefois il se garde bien de présenter au roi le _Panégyrique de -Louis XV_, qu’il retourne à l’auteur avec un mot acerbe. Voltaire, -furieux, arrache de son cabinet une apothéose de Richelieu, exécutée -par Baudouin, la piétine et la livre aux flammes. Une explication -devenait nécessaire: le Maréchal apprend que Mme de Boufflers avait -eu l’indiscrétion de prendre copie du discours chez la belle Émilie -et d’en communiquer étourdiment le texte. Et bientôt, réunis dans une -maison tierce, les deux compères s’embrassaient le plus cordialement du -monde[419]. - - [419] DESNOIRESTERRES: _Vie de Voltaire_, t. III, p. 254. - -Richelieu se donnait corps et âme aux élections académiques; son esprit -d’intrigue y trouvait un aliment nouveau. Dans le mois de juin de cette -même année 1749, il avait proposé à l’Académie de choisir son ami le -Maréchal de Belle-Isle pour succéder à feu Amelot: et Belle-Isle, -sans se déranger autrement, avait écrit au Directeur qu’il était très -flatté du grand honneur, etc., etc... Mais, déjà, en ce temps-là, les -Immortels aimaient qu’un candidat se dérangeât pour solliciter leurs -suffrages: démarche qu’avaient consentie deux concurrents, Poncet de -la Rivière, évêque de Troyes et Montazet, évêque d’Autun. La Cour -les avait départagés en fixant son choix sur Belle-Isle. Duclos, le -secrétaire perpétuel, souvent bourru jusqu’au cynisme, prétendit que -personne «ne connaissait» le Maréchal, attendu que celui-ci n’avait -écrit, pour poser sa candidature, qu’au seul Directeur. Belle-Isle n’en -fut pas moins élu à l’unanimité[420]. - - [420] _Journal_ de LUYNES, t. X, p. 158. - -Deux mois après, autre élection à laquelle Richelieu prend une -part encore plus active. L’évêque Poncet s’était représenté contre -l’abbé Leblanc, protégé par Mme de Pompadour. Mais, sur le désir de -l’Académie, la Marquise abandonnait son candidat; et celui-ci cédait -la place à Vauréal, évêque de Rennes, qui était _persona grata_ à ce -Boyer, ancien prélat et détenteur de la feuille des bénéfices, auquel -Richelieu n’avait pas encore pardonné l’injure faite à sa sœur[421]. -Aussi déclara-t-il, avec une singulière énergie, démentie, hélas! -par ses propres errements, que la liberté des suffrages n’était plus -exactement observée, que «certains se laissaient aller, non seulement -à faire espérer leur suffrage, mais même à solliciter des sujets à se -présenter, à aller solliciter avec eux les voix et à briguer en leur -faveur...» Esclave de la tradition et fidèle au principe d’autorité, il -estimait que l’Académie dépendait du roi et que le monarque avait seul -qualité pour déterminer un choix. Richelieu demandait en conséquence -une nouvelle loi pour réformer de tels abus. Il fallait que chacun -déclarât s’il avait promis ou non sa voix, et que les délinquants -fussent réprimandés en pleine Académie et suspendus, pendant six mois, -de leurs fonctions. - - [421] _Journal_ de LUYNES, t. X, p. 158. - -Le cardinal de Luynes répliqua qu’il suffisait de commenter et -d’améliorer la loi existante, d’affirmer surtout qu’un échec n’avait -rien de déshonorant: autrement personne ne voudrait plus se présenter. -L’Assemblée pencha pour ces mesures d’indulgence; et d’Olivet, qu’avait -vivement apostrophé Richelieu, fut désigné pour faire partie d’une -commission chargée de légiférer en ce sens. Boyer s’apprêtait à sortir, -quand le Maréchal, le prenant par le bras, le ramena dans la salle des -séances, pour lui recommander, au nom de l’Assemblée, d’inscrire sur -la feuille des bénéfices l’ecclésiastique qui avait prêché, le jour de -la Saint-Louis, dans la chapelle du Louvre, en présence de l’Académie. - ---«Mais il est trop jeune, fit l’ancien évêque de Mirepoix.» - -C’était la même réponse qu’en avait reçue jadis l’abbé de Bernis, alors -solliciteur de bénéfices. - -La séance avait été si orageuse, que Fontenelle, le directeur (il avait -92 ans), avait dû agiter à maintes reprises sa sonnette[422]. - - [422] _Journal_ de LUYNES, t. X, pp. 157-159. - -Néanmoins le coup était porté; et, le 2 mars 1752, «l’Académie -souhaitait que ce fût M. le Maréchal de Richelieu qui se chargeât de -présenter les nouveaux statuts au roi, pour être par lui approuvés et -devenir désormais la loi de l’Académie[423].» - - [423] _Ibid._, t. XI, pp. 457-458. - -En juillet 1753, une intervention directe de Louis XV dans une -élection, donnait amplement raison à la thèse de Richelieu, mais était -suivie de nouveaux conflits. Piron, soutenu par Mme de Pompadour, avait -posé sa candidature. Boyer apporta au roi, qui vraisemblablement la -connaissait déjà, l’_Ode à Priape_; et le prince manda aussitôt le -président de Montesquieu, directeur de l’Académie, pour qu’il signifiât -à ses collègues le veto royal dont était frappée la candidature de -Piron. En réponse à cette communication, Richelieu proposa (et son -avis rallia la majorité) de remettre l’élection à dix jours: on aurait -ainsi tout le temps de choisir un sujet digne de la Compagnie. Mais -d’Olivet, son contradicteur habituel, protesta contre une procédure -qu’il qualifiait «d’insolite et d’indécente». Le jour de l’élection -(ce fut Buffon qui fut nommé), Richelieu rappela les mots _insolite_ -et _indécent_ et demanda si, dans les règlements académiques, il -n’existait pas de pénalités contre des termes aussi offensants: - ---«Corrigé et pardonné», dit Duclos, «voilà la loi». - -Et l’Assemblée conclut que d’Olivet n’avait pas eu conscience de la -valeur des adjectifs incriminés[424]. - - [424] _Correspondance_ de GRIMM (édition M. Tourneux), t. II, - p. 261. - -Six mois plus tard, quand il fallut choisir un successeur à de Boze, -ce fut une autre comédie, où le Maréchal joua le rôle de Scapin. -Bougainville avait toutes les chances d’être élu. Or, Richelieu, assis -à côté du Président Hénault, lui demande à quel candidat il donne sa -voix: - ---«A Bougainville. - ---«Je parie que non. - ---«Vous vous moquez de moi, fait Hénault.» - -La discussion continue jusqu’à ce que Mirabaud soit appelé à formuler -son vote. Et notre homme sort de sa poche une lettre qu’il lit aux -académiciens et par laquelle le comte de Clermont, prince du sang, -remercie les Immortels de lui avoir offert la place vacante. C’était -la carte ou plutôt le vote forcé. Et Richelieu qui réclamait en 1749 -la liberté des suffrages! N’importe, il avait gagné la gageure; car -le comte de Clermont l’emportait sur Bougainville qui aurait eu la -majorité[425]. - - [425] _Ibid._, p. 311. - - - - -CHAPITRE XXIII - - _Richelieu à la fois avare et prodigue.--Les affaires Girard et La - Rivière.--Le canal Richelieu.--La Comédie à la Place Royale.--Comment - le Maréchal fait connaissance de Casanova.--Courroucé, en apparence, - contre les Réformés du Languedoc, il ferme les yeux sur leurs - agissements.--Il est nommé gouverneur de la Guyenne.--Dernier retour - agressif contre Mme de Pompadour; la jolie Mlle Hélie et la petite - Murphy.--Un projet matrimonial de la Marquise._ - - -Des préoccupations d’ordre plus personnel et d’intérêt moins élevé -prenaient place dans la vie, toujours agitée, de Richelieu. - -Qu’il ait réalisé d’énormes bénéfices dans les fluctuations -quotidiennes de la banque de Law, comme tant d’autres grands seigneurs -du temps, ou qu’il ait dédaigné de puiser à cette source de profits -scandaleux--nous avons signalé les deux versions--il n’en reste pas -moins constant que, par la suite, Richelieu ne se fit aucun scrupule -de demander à l’agiotage les ressources qui lui étaient nécessaires, -pour conserver son train de maison, ou réparer les erreurs de ses -prodigalités. Il «vendait, achetait, spéculait, soutenait ses intérêts -avec férocité[426]», afin de déployer à l’occasion un faste inouï, tout -en se montrant parfois économe jusqu’à la lésinerie. D’Argenson, qui le -raille volontiers de ses accès d’avarice, affirme qu’il renvoya un jour -rudement le précepteur de son fils, pour n’avoir pas à lui payer ses -émoluments. - - [426] THIRION: _Vie privée des financiers au XVIIIe siècle_, - 1895, p. 200. - -Sans parler de ses contestations avec Mme de Marsan pour la succession -de la maison de Guise[427], ni rappeler son interminable procès avec -les propriétaires du Palais-Royal[428], nous voyons figurer son nom -dans des affaires louches et même criminelles, qui comporteraient une -autre solution que le silence où elles semblent s’évanouir. - - [427] _Journal_ de LUYNES. T. XII, pp. 69-71. - - [428] BARBIER: _Journal_, t. V, p. 171 et t. VI, p. 197, - septembre 1755. - -Au mois d’août 1746, Richelieu écrit au lieutenant de police qu’un -«sieur Chapotin», qu’il «ne connaît pas», a présenté «à son homme -d’affaires un billet de 24.000 livres, signé de son nom et qui n’est -pas de son écriture». Cette valeur avait été donnée en paiement à -Chapotin; et Richelieu demande que «l’autorité» du magistrat «soit -employée avec célérité pour trouver le coupable[429]». - - [429] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_ - 11594. Dossier _J. Girard_. - -Celui-ci était un nommé Girard, «commis dans les cuivres», qui, pour -spéculer sur cette matière première, avait emprunté 22.000 livres à -Chapotin, «contrôleur à la volaille» et lui avait laissé le billet -de 24.000 livres entre les mains, comme nantissement. Naturellement, -Girard fut arrêté et mis sous les verrous. Il était perdu de dettes -et les réclamations plurent de tous côtés au For Levêque où il était -enfermé. Pour expliquer son prétendu faux, il déclara simplement que -c’était «un billet d’honneur», dont le détenteur actuel s’était engagé -à ne pas faire usage. En tout état de cause, convaincu d’escroquerie -et de faux, Girard aurait dû être, suivant la justice du temps, -conduit, à bref délai, à la potence; et nous le retrouvons encore, -deux ans après, au For Levêque, où il nargue, le plus impertinemment -du monde, inspecteurs et commissaires de police! Et rien, dans son -dossier, n’indique, ni même ne laisse pressentir le dénouement de -l’affaire. - -Nous connaissons mieux celui du vol La Rivière, signalé par les -contemporains. - -L’abbé de la Rivière, qui avait accompagné, comme aumônier, Richelieu -dans son ambassade de Dresde, avait soustrait «de l’argent et des -effets» chez le roi de Pologne. Son dossier de la Bastille[430] ne -permet aucun doute sur sa culpabilité. Richelieu remerciait, le 25 -février 1747, le lieutenant de police Berryer, d’avoir eu égard au -Mémoire que son intendant lui avait présenté contre le fripon. Il -reconnaissait que la conduite de l’abbé «méritait correction» et que le -magistrat «ferait une très bonne œuvre», en ordonnant l’arrestation de -La Rivière; mais il estimait qu’il serait «convenable» de le conduire -à Saint-Lazare, prison ordinaire des ecclésiastiques; toutefois si -l’on ne trouvait pas dans ses effets «qui ne seraient pas de ceux -volés», l’argent nécessaire pour le prix de sa pension, il n’entendait -nullement, lui Richelieu, «rien prendre sur son compte». - - [430] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_ - 11680. Dossier _de La Rivière_. - -Pressé de questions et dans l’espoir sans doute d’un moindre châtiment, -La Rivière fit l’aveu de sa bassesse. Heureusement pour lui, le duc -obtint qu’il fût seulement relégué dans la ville d’Alençon. Et l’abbé, -aussitôt sorti de Saint-Lazare, allait raconter partout que son maître -l’avait fait mettre en liberté, parce qu’il avait reconnu son innocence! - -Était-ce par bonté d’âme?... Soit... Mais comment expliquer l’affaire -Jean Girard?... Richelieu n’était pas cependant l’indulgence même. Et -l’injustice ne lui coûtait guère, quand l’opération, tentée sous ses -auspices, avortait. - -En 1743, une société s’était fondée pour la construction et -l’exploitation, sous la direction du concessionnaire, «l’architecte -hydraulique» Floquet, d’un canal destiné à conduire les eaux de -la Durance à Aix, Marseille, Tarascon, etc... Richelieu patronna -l’entreprise, mais en profita pour trafiquer et «grappiller beaucoup -d’argent» sur les actions offertes au public[431]. Après nombre -d’avatars, l’affaire échoua[432]; et l’on serait tenté d’attribuer au -dépit, éprouvé par Richelieu, d’un tel insuccès, la longue détention -qu’au dire des contemporains, le Maréchal fit subir à Floquet[433], -qui, lui, s’était plaint un peu trop vivement d’avoir été la dupe du -grand seigneur. - - [431-432] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VII, pp. 320-321, octobre 1752. - - [433] Floquet, dit JOBEZ dans la _France sous Louis XV_ (t. - V, p. 230), Floquet, qui avait reçu les encouragements et les - promesses du Maréchal, mourut à la Bastille, en 1771, pour - s’être plaint de Richelieu. Nous n’avons vu dans les Archives - de la prison d’État aucun dossier sur Floquet. En outre le - Manuscrit 20279 de la Bibliothèque Nationale (Nouvelles - acquisitions françaises), qui donne l’historique du _Canal - de Provence_, dit _Canal de Richelieu_, de 1736 à 1770, des - transformations de la première Société et des conflits entre - «propriétaires et fournisseurs», ne cite qu’incidemment le - nom du Maréchal et plutôt avec éloge. Au surplus, nous ne - connaissons qu’un mémoire de Floquet, en 1770, sur son «Canal - de Richelieu», mémoire dans lequel il incrimine surtout un de - ses successeurs, Bombarde de Beaulieu. - -En mars 1752, Richelieu s’était enfin décidé à revenir et à séjourner à -la Cour, admis dans le cercle de la Marquise, s’alliant cette fois aux -Noailles et à Machault pour perdre le comte d’Argenson, toutefois se -prodiguant peu dans l’intimité du roi, et plein d’un dédaigneux mépris -pour les ministres en exercice[434]. - - [434] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VII, p. 159, mars 1752. - -Il n’en était pas moins le modèle de la ponctualité dans son service -de premier gentilhomme; et le duc de Luynes, qui s’instruit à son -école, continue à noter les leçons d’étiquette qu’il reçoit de ce -maître ès-protocole. Il assiste un jour, sur ce terrain trop souvent -hasardeux, «à un combat de politesse entre M. de Richelieu et Mme de -Brancas, l’ancienne dame d’honneur». Il s’agissait d’offrir au Dauphin -ou à la Dauphine, «un verre d’eau et une serviette»; vraisemblablement -le cas n’avait jamais été prévu; dès lors, ce ne pouvait plus être -qu’un assaut de courtoisie: enfin, après de «grands compliments de -part et d’autre, ce fut M. de Richelieu qui donna» le verre et la -serviette[435]. - - [435] _Journal_ de LUYNES, t. XII, p. 105, août 1752. - -Le théâtre était toujours son passe-temps favori: il devait même -avoir dans son hôtel de la Place Royale une scène portative; car -nous apprenons, par des nouvelles manuscrites de mai 1752, qu’en ce -même mois, «les principaux Comédiens français vinrent jouer chez lui -une comédie en vers et en cinq actes, de Mme Denis, ayant pour titre -la _Coquette punie_», laquelle était franchement «mauvaise[436]». -Voltaire, qui était toujours en Prusse, fut-il informé de cette -représentation? Aucune allusion dans sa correspondance n’autorise à le -croire. - - [436] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_ - 11846. Dossier _Bousquet de Colomiers_. - -Ce fut à l’Opéra, en 1752, que Richelieu rencontra, pour la première -fois, le fameux aventurier Casanova, qui avait trouvé, ce jour-là, le -moyen de pénétrer dans la loge de Mme de Pompadour et qui raconte assez -plaisamment les incidents de cette entrevue: - -«Comme j’étais enrhumé, je me mouchais souvent. Un cordon bleu me -dit qu’apparemment les fenêtres de ma chambre n’étaient pas bien -fermées. Ce monsieur que je ne connaissais pas était le Maréchal de -Richelieu. Je lui répondis qu’il se trompait, car mes fenêtres étaient -_calfoutrées_. Aussitôt toute la loge part d’un éclat de rire, et je -demeurai confondu, parce que je sentis mon tort: j’aurais dû prononcer: -_calfeutrées_.» - -Casanova, en effet, parlait le français à l’italienne; et presque -aussitôt, sur une question de Richelieu, il répondait par une nouvelle -énormité, qui eut les succès de la première et lui valut son entrée -chez le Maréchal. «Celui-ci, continue Casanova, ayant su qui j’étais -de M. Morosini, ambassadeur de Venise, le pria de me dire que je lui -ferais plaisir de lui faire ma cour[437].» - - [437] CASANOVA: _Mémoires_ (édit. de Bruxelles, 1863), t. II, - p. 199. - -Mais, bien que désintéressé, en apparence, de toute intrigue politique, -Richelieu «agisse, remarque d’Argenson, sans paraître agir[438]», -il semble, néanmoins que, pendant trois années, il s’occupe plus -particulièrement de son gouvernement du Languedoc. La querelle -religieuse y sévissait avec la dernière intensité. Plutôt que de -se soumettre, les protestants préféraient s’expatrier. Aussi, pour -prévenir un exode dont la continuité eût amené la dépopulation et -l’appauvrissement du pays, Richelieu s’efforçait-il de recommander -au grand chancelier et aux évêques du Languedoc l’établissement -d’un «honnête tolérantisme», susceptible de retenir les intéressés -dans la province[439]. Le gouvernement, pour en finir, voulait -recourir au suprême argument, toujours invoqué par les ministres -depuis la révocation de l’Édit de Nantes: envoyer des troupes qui -feraient rentrer dans l’ordre les prétendus rebelles. Richelieu -s’en ouvrit au marquis d’Argenson; et celui-ci, volontiers prodigue -de ces consultations où se complaisait son mépris de l’humanité, -lui conseilla d’être moins expansif avec les évêques du Languedoc. -Malheureusement, le Maréchal ne pouvait guère compter sur le roi: -Louis XV, «d’une dévotion angélique», se défendrait de jamais agir -contre l’épiscopat[440]. - - [438] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VII, p. 192, mars 1752. - - [439] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VII, p. 383, 13 janvier 1753. - - [440] _Ibid._, t. VIII, p. 118, septembre 1753. - -L’intransigeance du haut clergé n’était pas un des moindres soucis -de Richelieu; et déjà, le gouverneur du Languedoc, pour parer à -l’obstruction des évêques, avait tenté d’entrer en pourparlers avec -les représentants autorisés des religionnaires cévenols. Une lettre -bien curieuse, empruntée aux _Archives wallonnes_ et datée du 5 -décembre 1752, témoigne de la diplomatie, en matière religieuse, du -Maréchal, que soufflait très vraisemblablement dans la coulisse, son -correspondant perpétuel, Voltaire[441]: - - [441] _Archives Wallonnes_ (1734-1797). - -«M. de Richelieu, allant aux États et passant par Nîmes, dit à un -gentilhomme catholique de cette ville-là, que la Cour avait de bonnes -intentions à l’égard des protestants, mais qu’elle était embarrassée -sur les moyens qu’il y avait à prendre pour les tranquilliser. Il -ajouta: _les Évêques sont des diables_, et en même temps il chargea -ce gentilhomme de réfléchir là-dessus et de conférer avec quelques -protestants. En conséquence, quelques jours après, le même gentilhomme -fut trouver un des membres du Consistoire de Nîmes, et, après lui -avoir fait part de ce que dessus, il le chargea d’en conférer avec M. -Paul (Rabaud[442]) et d’examiner avec lui ce qu’il conviendrait de -faire, de dresser même un Mémoire à ce sujet, qu’il se chargerait, lui, -gentilhomme, de remettre en personne à M. le duc de Richelieu, mais de -_demander dans ce Mémoire le moins qu’il se pourrait_.» - - [442] Paul Rabaud, né en 1718, se distinguait par un ardent - prosélytisme. C’était le père du futur Conventionnel, Rabaud - Saint-Étienne, lequel fut ministre, très populaire, de la - religion réformée. - -C’était encore trop, paraît-il, puisque la politique d’apaisement, -préconisée par le gouverneur, n’avait pas trouvé d’écho, sinon à la -Cour, du moins dans l’épiscopat. Et les ministres ne s’en étaient pas -autrement préoccupés, car ils comptaient bien qu’attelé à cette tâche -ingrate, leur adversaire s’éterniserait loin, bien loin, de Versailles. - -Richelieu partit donc, en janvier 1754, chargé d’instructions -très sévères contre les protestants: «Il donnait dans le panneau -des évêques[443]», écrit d’Argenson; et de nouvelles persécutions -s’annonçaient imminentes contre les réformés des Cévennes. Notre -mémorialiste, abusé par les apparences, ne se doutait guère de la -campagne qu’allait mener Richelieu, cet homme déconcertant, dont toute -la vie fut un tissu de contradictions. - - [443] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VIII, p. 181. - -Dès son arrivée, il annonçait, avec fracas, qu’il se montrerait aussi -sévère qu’il avait été jusqu’alors indulgent. Et, comme, en raison de -sa réputation de cupidité, on laissait entendre qu’il avait reçu des -religionnaires de copieux pots-de-vin pour fermer les yeux sur leurs -manœuvres, il fit afficher qu’on devait «dissoudre toute assemblée de -Huguenots, ne fût-elle que de quatre personnes... que tous les mariages -faits au _Désert_... eussent à se faire réhabiliter devant les prêtres -catholiques[444]...» - - [444] JOBEZ: _La France sous Louis XV_, t. IV, pp. 374 et - suivantes.--Après la révocation de l’Édit de Nantes, de 1685 - à 1787, alors que les protestants ne jouissaient pas de la - liberté de conscience, que leurs assemblées étaient dispersées - par la force et leurs églises rasées, les ministres du - Languedoc et du Vivarais, des Cévennes et du Dauphiné, les - réunissaient pour le prêche, loin de toute habitation, dans des - solitudes auxquelles on donnait le nom général de _Désert_. - -Des deux côtés, on prit au sérieux ce langage de croque-mitaine. Les -amis du clergé voyaient dans le Maréchal, le digne continuateur de -la politique du grand Cardinal, le défenseur de la foi qui allait -exterminer l’hérésie... Et déjà cinq mille habitants de Nîmes prenaient -le chemin de l’exil[445]. Mais, soudain, sans attendre le résultat -de ses proclamations et après avoir mis en liberté des protestants -qui étaient restés sous les verrous, au-delà du terme fixé par leur -condamnation, Richelieu décampait et allait s’enfermer dans son château -de Touraine. - - [445] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VIII, p. 241, 5 mars 1754. - -Saint-Florentin, qui, précédemment, lui avait adressé des observations -pour une longanimité qu’il taxait de faiblesse, releva cette nouvelle -négligence dans l’accomplissement de la tâche prescrite: «Un règlement -arrêté par le feu roi, écrivait-il à Richelieu, défend de rendre -la liberté à toutes personnes condamnées aux galères pour fait de -religion. Sa Majesté n’a jamais révoqué ce règlement.» - -Saint-Florentin était un petit esprit, de nature servile, mais de -tempérament rageur; et Richelieu ne l’aimait guère, d’autant qu’il -était cousin-germain de Maurepas. Nous ignorons ce qu’il répondit et -si même il répondit à ce rappel à l’ordre. Mais il est probable que -la fréquence de tels conflits, jointe au désir de... l’avancement, -commun à tous les fonctionnaires, si grands soient-ils, dut déterminer -le gouverneur du Languedoc à solliciter du roi un autre poste, plus -digne de son nom et de son mérite. Toujours est-il qu’en octobre -1755, Richelieu obtenait le gouvernement de la Guyenne et remettait -au Maréchal de Mirepoix le commandement du Languedoc, en lui vendant -200.000 livres la lieutenance générale de la province[446]. - - [446] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. IX, p. 114.--Babeau, dans son - livre _La Province sous l’ancien régime_ (t. I, p. 332), dit - que Richelieu touchait annuellement, comme gouverneur de la - Guyenne, 99708 livres sans compter le logement, l’éclairage, - le chauffage, etc... Mais, d’après le _Journal_ de Luynes, le - gouvernement du Languedoc donnait un revenu supérieur. - -Son prestige gagnait à cette situation nouvelle; et ses pouvoirs -devenaient considérables. Il commandait toute la côte de la -Méditerranée et Mirepoix était sous ses ordres[447]. Son importance et -sa hauteur n’en semblaient que plus redoutables; ses envieux voyaient -en lui un autre duc d’Épernon. Il ne gardait plus de mesure et ne -craignait pas de dénigrer ouvertement le roi. Mme de Pompadour, «qui le -craignait à l’égal du tonnerre», s’était «acquis» cet ancien adversaire -«comme ami à pendre et à dépendre[448]». - - [447] Il prenait ainsi sa revanche d’une de ces «tracasseries» - (_Mémoires authentiques_) que lui avait jadis suscitées la - rancune tenace de Mlle de Charolais. Désigné en 1738 pour - la lieutenance-générale de Bretagne et déjà félicité dans - les Galeries de Versailles (_Journal_ de LUYNES, t. II, pp. - 83-84), il avait dû se contenter du poste du Languedoc devant - l’opposition irréductible de son ancienne maîtresse. - - [448] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. IX, p. 173. - -A vrai dire, Richelieu avait fini par se rendre compte qu’il ne -pourrait avoir raison de la Marquise, même sur le terrain où il -la croyait si vulnérable. Une double expérience avait achevé de -le convaincre. Ayant constaté, depuis l’avènement et la faveur de -Mme de Pompadour, que les grandes dames avaient cessé de plaire -au roi et que le prince s’accommodait beaucoup mieux de petites -bourgeoises, Richelieu s’était tout d’abord inquiété d’opposer à la -maîtresse en titre des rivales de son rang. Dans les premiers jours -de 1747, avait subitement apparu, à Paris, une jeune fille d’une rare -beauté, Mlle Hélie, dont le père était un négociant rouennais. Elle -faisait sensation dans les promenades publiques et ne pouvait sortir -qu’escortée d’une foule de badauds. Les nouvellistes, chargés de -renseigner leurs abonnés ou... le lieutenant de police, racontaient, -par le menu, dans leurs feuilles, les divers épisodes de cette aventure -parisienne qui serait restée à jamais ignorée, sans l’indiscrétion de -ces _reporters_ de l’ancien régime[449]. Le père de Mlle Hélie--un -homme exempt de préjugés--eût voulu produire sa fille à la Cour. Dans -ce but, il avait invité Richelieu à dîner; et la jeune personne avait -fait admirer à Versailles son éblouissante beauté. Mme de Pompadour -en avait pris ombrage; et Richelieu avait dû insinuer à l’ambitieux -négociant le conseil de laisser désormais sa fille à Paris. C’était, -en réalité, une manœuvre des plus habiles. Mlle Hélie, que de riches -financiers demandaient en mariage, était un morceau de roi, et -Richelieu tenait à l’offrir lui-même à son maître. Aussi avait-il fait -du père son commensal, et lui donnait-il chaque jour de plantureux -festins, auxquels était conviée l’élite de la Cour. Mais Mlle Hélie, -aussi sage qu’elle était belle, déjoua tous ces calculs en allant -s’enfermer dans un couvent. - - [449] Lettres du lieutenant de police Marville au comte de - Maurepas (édition de Boislisle), t. III, février et mars 1747. - _Nouvelles de café._ - -Quelque temps après, le règne de la Marquise était autrement menacé par -la petite Murphy, une délicieuse créature, âgée de seize ans à peine, -jolie comme les amours, intelligente et spirituelle au possible, qui -tint en échec la Sultane favorite pendant plus de deux ans. C’était -Le Bel qui avait cueilli pour le roi ce fruit déjà taché, mais qui -semblait chaque jour plus savoureux à son nouveau propriétaire. -Richelieu et le duc d’Ayen, dit d’Argenson, furent «dans la confidence -de la Murphy». Peut-être le Maréchal trouva-t-il piquant que Louis XV, -après avoir dédaigné les plus nobles dames de la Cour, s’amourachât -de la fille d’un savetier, ramassée par son valet de chambre dans les -pires taudis. Il est vrai que cette gamine avait des gestes d’une -câlinerie adorable. Le jour de la disgrâce du Parlement, elle avait -sauté au cou du roi en lui disant: «Je ne crains que pour vous, je ne -vous aime que pour vous; arrivera ce qu’il voudra à votre royaume, mais -renvoyez votre vieille marquise.» - -Louis XV ne pouvait déjà plus se passer de cette «vieille marquise», -qui lui épargnait le souci de gouverner, recevait les ambassadeurs à sa -toilette et «resta toujours le premier ministre», jusqu’à sa dernière -heure. - -La petite Murphy continua donc, mais sans succès, à réclamer -l’expulsion de la maîtresse en titre; et quand elle eut donné un fils à -ce roi qu’elle amusait par ses saillies et charmait par sa science de -volupté, son amant la maria, pour revenir à la «Grande Marquise». - -Richelieu s’était résigné depuis longtemps à ce fatal retour: son -flair de courtisan l’avait éloigné d’une piste qui l’avait un instant -égaré. Toutefois, bien qu’ayant déposé les armes, il ne se rendait pas -complètement à discrétion. Mais Mme de Pompadour voulait, comme aux -premiers temps de sa faveur, convertir cette neutralité bienveillante -en alliance formelle. Aussi demanda-t-elle, un jour, résolument à -Richelieu le duc de Fronsac pour la fille qu’elle avait eue de M. -d’Etioles et qui devait mourir, dans sa dixième année, en juin 1754. -Le Maréchal répondit à la Marquise que, s’il n’avait tenu qu’à lui, il -eût accepté avec empressement une proposition aussi flatteuse, mais -que le consentement à cette union dépendait uniquement de la maison de -Lorraine. Mme de Pompadour n’insista pas[450]. - - [450] SOULAVIE: _Mémoires du Maréchal de Richelieu_, t. IX, p. - 166.--_Mémoires_ de Mme DU HAUSSET.--GONCOURT (Les): _Mme de - Pompadour_, 1878.--M{is} d’ARGENSON: _Mémoires_, t. VII, VIII, - IX _passim_. - - - - -CHAPITRE XXIV - - _L’alliance de l’Autriche et de la France.--Débuts de la Guerre de - Sept ans; la Prusse alliée de l’Angleterre.--Mariage de Septimanie, - fille de Richelieu, avec le comte d’Egmont.--Départ du Maréchal pour - Minorque: prise de Citadella; travaux de siège; vaillance du soldat - français.--Prise de Port-Mahon.--Enthousiasme de Mme de Pompadour - pour «le Minorquin».--Vaine intervention de Voltaire et de Richelieu - pour l’amiral Byng.--Malveillance du comte d’Argenson.--Le retour, - acclamé, de Richelieu.--Les figues de Minorque._ - - -Le 10 octobre 1756, Voltaire écrivait, des Délices, au Maréchal de -Richelieu: - -«Souvenez-vous, mon héros, que, dans votre ambassade à Vienne, vous -fûtes le premier qui assurâtes que l’union des maisons d’Autriche et -de France était nécessaire et que c’était un moyen infaillible de -renfermer les Anglais dans leur île, les Hollandais dans leurs canaux, -le duc de Savoie dans ses montagnes et de tenir enfin la balance de -l’Europe.» - -Richelieu fut-il jamais, et de bonne foi, partisan d’un système -d’alliance[451] si fort en contradiction avec la politique -avunculaire[452], qui, d’ailleurs, était celle d’Henri IV et dont la -tradition s’était continuée sous le règne de Louis XIV? C’est assez peu -vraisemblable, surtout en 1725, à l’époque où il avait pour mission de -soustraire l’Espagne à l’influence autrichienne--moyen détourné, mais -sûr, de contribuer à la pacification de l’Europe. A vrai dire, un fait -nouveau venait de s’imposer à la méditation des diplomates. Depuis -environ trente ans, une puissance, jusqu’alors sans prestige, presque -une quantité négligeable au lendemain du traité d’Utrecht, s’était -peu à peu formée, constituée, organisée, affirmée en un mot, devant -l’Europe, où elle prétendait prendre place au Conseil des Nations, en -attendant qu’elle fît, comme elle l’a, depuis, si souvent répété, «sa -trouée dans le monde». - - [451] Dans ses _Mémoires authentiques_, Richelieu dit, au - contraire, que le traité de Vienne, œuvre de Bernis «engagea la - France dans une guerre où les généraux et les ministres firent - tant de sottises que l’on fut obligé de faire la paix et de - perdre comme à l’ordinaire». - - [452] Alors que, fidèle à la sage politique du chef de la - dynastie bourbonienne, le Cardinal de Richelieu poursuivait, - en s’assurant le concours de divers princes allemands, - l’abaissement de la maison d’Autriche, si dangereuse pour - la sécurité et pour l’unité de la France, la puissance de - la Prusse n’existait qu’à l’état embryonnaire. Mais depuis - longtemps, la rapacité des Hohenzollern, ses souverains, - en avait agrandi peu à peu le misérable domaine par - l’annexion, inique et féroce, de provinces voisines. Car la - Prusse, quoiqu’elle ait toujours protesté de son dévouement - désintéressé à la cause de la nationalité allemande, «n’a - jamais vécu, suivant la forte expression de M. Lavisse, - (_Études sur l’histoire de Prusse_) que de l’Allemagne et non - pour l’Allemagne». Avec Frédéric II, elle devenait l’autre - danger. Mme de Pompadour l’avait découvert... sans le savoir. - -La Prusse, reconnue, par grâce, comme royaume, en 1701 et 1713, d’abord -faible et incertaine dans ses alliances en 1725, avait dû, à la science -politique, au génie militaire et surtout à la fourberie impudente du -monarque qui dirigeait ses destinées depuis 1740, de faire apprécier -son importance et redouter son ambition par les peuples voisins. -Car c’était une nation de proie, dont Frédéric II flattait, par ses -conquêtes, des appétits qu’il partageait. Il avait profité de la lutte -qui s’était engagée entre la France et l’Autriche, pour arracher à -celle-ci une de ses provinces et attendait impatiemment l’heure de -l’affaiblir, elle ou l’Allemagne, par de nouvelles spoliations. Puis -c’était (la France ne le savait que trop) un allié d’une fidélité -douteuse, d’ailleurs peu scrupuleux sur le choix des moyens et très -inquiétant même pour ses amis. Aussi ses agissements avaient-ils -provoqué une coalition d’États intéressés à repousser des prétentions -que rien ne justifiait. Se targuant de principes philosophiques qui -n’étaient bien souvent que des poussées de cynisme, le roi de Prusse -avait cruellement offensé Mme de Pompadour par des propos d’une -grossièreté inexcusable, pendant que l’impératrice Marie-Thérèse -prodiguait à la Marquise ses plus flatteuses attentions. Le résultat -d’une politique si contrastée ne se fit pas attendre. Louis XV laissait -plus que jamais sa maîtresse tenir les rênes du gouvernement; et Mme de -Pompadour eut vite décidé son amant à signer un traité d’alliance avec -l’Impératrice-reine contre Frédéric II. - -Ainsi débuta cette campagne, si désastreuse pour la France, qui porte, -dans l’Histoire, le nom de _Guerre de Sept ans_. - -Le roi de Prusse fut seul, d’abord, avec la Grande-Bretagne, à soutenir -la lutte. Celle-ci avait commencé, à la fin de 1755, par la capture de -bateaux français dont se saisirent les Anglais, dans la mer du Nord, -avant même que la guerre fût déclarée. - -On décida de répondre à cette félonie en s’emparant de l’île de -Minorque occupée alors par l’Angleterre. Et Richelieu qui commandait -les côtes de la Méditerranée fut désigné comme chef de l’expédition -projetée. - -Il venait de marier, en février 1756, sa fille Septimanie avec le -comte d’Egmont-Pignatelli. La nouvelle épousée, dit le duc de Luynes, -était «grande et bien faite»; elle avait «le visage agréable et un très -bon maintien[453]». Mais, comme elle l’écrivait elle-même, elle «avait -le cœur triste[454]». Elle avait échangé les plus tendres serments, -sous les yeux indulgents de sa tante l’abbesse du Trésor, avec le comte -de Gisors, l’aimable et noble fils du Maréchal de Belle-Isle[455]. Mais -en ces temps où l’orgueil nobiliaire entendait ignorer les questions -de sentiment, la duchesse d’Aiguillon, née Crussol, qui avait élevé -Septimanie comme sa propre fille, avait arrêté en conseil familial -(et on la nommait la Sœur du Pot des philosophes!) que les maisons de -Richelieu et de Lorraine devaient s’opposer à tout projet d’union avec -l’arrière-petit-fils de Fouquet, le ministre prévaricateur. - - [453] _Journal_ de LUYNES, t. XIV, p. 429, février 1756. - - [454] Comtesse d’ARMAILLÉ: _La comtesse d’Egmont_, p. 23. - - [455] _Ibid._, p. 39. - -Richelieu, dont la sécheresse de cœur nous est connue, ne s’embarrassa -pas autrement de la douleur qu’allait laisser dans cette âme de vierge -l’abandon de son beau rêve: l’amour chaste et pur était un mythe -pour un tel libertin! Ce père égoïste et vaniteux[456] ne vit dans -l’alliance princière qu’il imposait à sa fille qu’une illustration -nouvelle pour la maison de Richelieu. Et il témoigna, en cette -occurrence, de son esprit de gloriole, par une manifestation des -plus mesquines, mais qu’approuve énergiquement le duc de Luynes, en -admiration perpétuelle devant ce premier gentilhomme, qui faisait, -chaque jour, du moindre manquement à l’étiquette, une affaire d’État. - - [456] Il ne savait même pas respecter sa fille, s’il faut - en croire Dugas de Bois-Saint-Just, dans son livre _Paris, - Versailles et les provinces_. A l’Opéra, un masque s’acharne - après la comtesse d’Egmont. Il la pousse à bout et ne craint - pas de lui dire qu’elle a une fraise sur la cuisse gauche: - «Arrêtez cet homme», ordonne la comtesse indignée au garde de - service. Le masque se découvre: c’est le Maréchal. - -«M. de Richelieu n’a pas voulu donner part du mariage de sa fille -par des billets imprimés que l’on envoie à toutes les portes, mais -seulement par des billets à la main envoyés aux parents; c’est, en -effet, la règle. - -«C’est un véritable abus que d’envoyer des billets imprimés partout; -on en reçoit tous les jours sur toutes sortes de mariages et auxquels -on n’a aucune raison de prendre part. Lempereur, fameux joaillier, a -marié sa fille depuis peu et a envoyé des billets imprimés à toutes les -portes[457].» - - [457] _Journal_ de LUYNES, février 1756, t. XIV, p. 429. - -Une mode, qui, par extraordinaire, dure depuis deux siècles! - -Richelieu partit, en mars, avec son gendre et son fils, le duc de -Fronsac, dont le régiment venait d’être supprimé, un beau régiment, -hélas! en son «habit blanc à revers jonquilles, avec tricorne orné d’un -pompon rose et d’une cocarde à ganse blanche sur le côté gauche[458]». - - [458] Comtesse d’ARMAILLÉ: _La comtesse d’Egmont_, p. 12.--Ce - régiment de Septimanie avait été formé par Richelieu. Le roi - en avait nommé Fronsac colonel, malgré l’opposition du prince - de Dombes, opposition dont le Maréchal niait la légitimité - (_Journal_ DE LUYNES, t. V, p. 339). - -C’était sur les instances de l’abbé de Bernis[459], à qui le Maréchal -devait en grande partie, sa nomination, que celui-ci se rendait à -Marseille, pour presser les préparatifs de l’expédition, fort retardés -à Toulon, du fait de la Marquise, prétend Soulavie. - - [459] Frédéric MASSON: _Mémoires et Correspondance du cardinal - de Bernis_ (Paris, 1878, 2 vol.), t. I, p. 253.--Aussi - Richelieu écrivait-il à Bernis, le 5 mai 1756, une lettre en - partie autographe sur son expédition à Minorque (Appendice du - t. I, p. 450. _Archives des affaires étrangères_, France, Série - brune. T. DCXI). - -Sans doute, quand Richelieu avait parlé à la Cour de prendre d’assaut -Port-Mahon, ses ennemis l’avaient traité «d’étourdi et de présomptueux -qui voulait la fin sans les moyens[460]». - - [460] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. IX, p. 235.--D’après CAMPARDON: - _Mme de Pompadour et la Cour de Louis XV_, p. 207, la marquise - aurait dit, en parlant de Richelieu: «Il lui faudrait quelque - bonne disgrâce pour lui apprendre à ne douter de rien.» - -Mais Mme de Pompadour tenait trop au succès d’une guerre, qui -était la sienne, pour chercher à le compromettre, dans le seul -but de ridiculiser le général chargé de diriger les opérations. -Jusqu’alors, par une fatalité constante, Richelieu avait vu chacune -de ses expéditions navales entravée, ou arrêtée, à l’heure même de -son embarquement. Dans la circonstance présente, «il avait jeté feu -et flammes, car il craignait, avec raison, d’être prévenu par les -Anglais[461]». D’Argenson, et peut-être Belle-Isle, devaient être -tenus pour responsables d’une telle négligence. Mais, heureusement, -l’activité des Marseillais avait su rattraper le temps perdu; et, le -9 avril, Richelieu prenait la mer pour débarquer le 18, à Citadella, -capitale de l’île[462]. Les grenadiers lui avaient réclamé l’honneur, -suivant leur droit, de descendre les premiers à terre[463]. Et pendant -que, au grand étonnement du gouverneur, Sir Blackney, demandant le -motif d’une telle agression, les troupes françaises débarquaient sur -la plage, «les députés, les magistrats et tous les corps de la ville» -s’entassaient dans des chaloupes, «pour venir faire leur soumission» au -Maréchal, qui avait envoyé M. d’Albaret, avec un tambour et quelques -grenadiers, sommer Citadella de se rendre. Le matin, à la vue de la -flotte, trois cents soldats anglais avaient quitté la ville[464], pour -se renfermer dans le fort Saint-Philippe qui commandait la position de -Port-Mahon, «place imprenable, s’il pouvait y en avoir», écrivait plus -tard Richelieu. - - [461] _Mémoires et lettres_ de BERNIS, t. I, p. 255. - - [462] _Journal_ de LUYNES, t. XV, p. 39.--RAOUL DE CISTERNES: - _La Campagne de Minorque_, d’après le _Journal_ du Commandeur - DE GLANDEVEZ (1899). - - [463] DUGAS DE BOIS-SAINT-JUST: _Paris, Versailles et les - Provinces_ (3 vol., 1817), t. II, p. 82. - - [464] _Journal_ de LUYNES, t. XV, pp. 39-40. - -Les épisodes du siège sont restés célèbres. La Cour en recevait un -«journal» et des «relations» fréquentes, auxquels Luynes a fait de -notables emprunts. C’étaient souvent des actes d’héroïsme tout à la -gloire du soldat français, témoin ce canonnier, ancien déserteur, qui -se réhabilita par son adresse et sa vaillance devant l’ennemi[465]; -puis l’ingénieuse idée, suggérée à Richelieu par Beauvau[466], pour -combattre l’ivrognerie qui déshonorait l’armée. Le généralissime arrêta -que tout soldat, convaincu de s’être enivré, serait déclaré indigne -de monter à l’assaut: ce fut le salut du corps expéditionnaire[467]. -Beauvau rend encore au Maréchal cette justice qu’il avait su -s’entourer d’un état-major, aussi remarquable par son intelligente -bravoure que par sa parfaite distinction. Lui-même, Richelieu donnait -l’exemple du sang-froid et de l’intrépidité. - - [465] RAOUL DE CISTERNES: _La Campagne de Minorque_, p. 360. - Lettre de Richelieu au comte d’Argenson, 19 juin 1756. - - [466] _Souvenirs de la Maréchale de Beauvau et du Maréchal_ - (1872), p. 55. Appendice, p. 68. - - [467] On a toujours mauvaise grâce à se citer; nous ne - voudrions pas cependant laisser ignorer que, pendant - l’occupation de Minorque, on joua la Comédie au Camp français, - avec cette belle humeur qui caractérise si bien nos soldats. - Voir, à cet égard, dans le _Moliériste_ de 1888, notre étude - sur le répertoire et les acteurs de ce théâtre improvisé. - -La Galissonnière, le chef d’escadre qui avait transporté les troupes à -Citadella, contribua singulièrement à l’issue heureuse de la campagne. -Le hasard avait fait tomber entre ses mains le tableau des signaux de -l’escadre ennemie. En conséquence, le 19 mai, à la hauteur de l’île -d’Aire, il attaquait, avec ses douze vaisseaux, les quatorze de la -flotte anglaise; et bientôt, pour éviter un désastre, les amiraux Byng -et Vouel, déjà fortement éprouvés, étaient obligés de se réfugier -sous les canons de Gibraltar. Mais, quoique cette victoire eût permis -au Maréchal de resserrer plus étroitement Saint-Philippe, il n’en -réclamait pas moins, lui qui avait cru l’enlever en un tour de main, de -nouveaux envois de troupes, de munitions et de vivres. Il reconnaissait -d’ailleurs que d’Argenson les lui expédiait très exactement. Mais ses -ennemis de Cour ne s’en montraient que plus âpres à critiquer les -opérations et à s’en gausser librement. Puis, la plaisanterie tournait -au tragique; on allait jusqu’à prétendre que Richelieu cherchait la -mort, pour ne pas survivre à son déshonneur. Tout le monde n’était pas -de cet avis, puisque Mme de Pompadour, elle-même, adressait, le 28 mai, -à Richelieu, ce billet dans le style familier qui lui était personnel: - -«On nous a mandé de Toulon les plus jolies choses du monde: je les -aimerais mieux de vos pattes de chat... Bonsoir, Monsieur le Minorquin, -j’espère bien fort que vous êtes actuellement en pleine possession. Je -rouvre ma lettre pour vous complimenter sur la bonne opération de M. de -la Galissonnière... Nous attendons la nouvelle d’un second combat[468].» - - [468] _Correspondance de Mme de Pompadour_ (édition - Poulet-Malassis, 1878). _Lettres à Richelieu._ - -Ce fut seulement un mois après, le 28 juin, que Richelieu emporta -d’assaut Saint-Philippe: «Cette entreprise téméraire, écrit Bernis, -lui réussit par la valeur extraordinaire des troupes, par la mollesse -des assiégés et surtout par l’inexpérience de M. de Blackney, à qui -cependant la nation anglaise éleva une statue pour consacrer sa belle -défense[469].» - - [469] _Mémoires et Lettres du Cardinal de Bernis_ (édit. Fr. - Masson, 1878), t. I, p. 253.--_Mémoires authentiques du M{l} de - Richelieu_ (inédits). - -Richelieu dépêcha aussitôt son gendre à Versailles avec les articles -de la capitulation. En même temps, un laquais, parti en chaise de -poste, apportait à Mme d’Egmont la nouvelle que son mari venait de -débarquer à Marseille. Septimanie se trouvait à la Comédie italienne -quand le courrier lui remit la dépêche. Elle faillit s’évanouir; et dès -que le bruit de la victoire se répandit dans la salle, ce furent des -«batteries de mains» et des acclamations sans nombre[470]. Aussitôt les -acteurs, qui évidemment avaient pris leurs précautions, entonnèrent des -chansons en l’honneur de la maison de Richelieu. - - [470] _Journal_ de BARBIER, t. VI, p. 335. - -Fronsac gagna au triomphe de son père la croix de Saint-Louis et la -survivance à la charge de premier gentilhomme de la Chambre. - -L’allégresse fut générale dans tout le royaume, et Mme de Pompadour -manifesta, la première, sa joie très vive de ce beau fait d’armes[471]. - - [471] _Mémoires_ de Mme DU HAUSSET (édition Barrière), p. 60. - -Voltaire en délira presque. Il avait entretenu avec Richelieu, -pendant la durée du siège, une correspondance suivie, dans laquelle -il n’imaginait jamais de formules assez élogieuses, pour célébrer la -gloire future de son héros. Mais, en homme pratique qui n’entend pas -laisser au hasard le soin de régler ses affaires, en historien soucieux -de sa documentation, il demandait au Maréchal, comme il l’avait déjà -fait, en 1752, pour «ses Siècles[472]», un «petit journal de son -expédition, qu’il «enchâsserait dans son _Histoire générale_ qui va -de Charlemagne jusqu’à nos jours[473]». Il avait une foi absolue -dans le succès de l’entreprise. Il avait parié vingt guinées contre -un Anglais qui voyait déjà Richelieu prisonnier de guerre[474]... -Aussi Voltaire avait-il adressé au Maréchal un compliment en vers -qui disait précisément le contraire[475], «prophétie» en train de -courir tout Paris, du fait peut-être d’un «secrétaire bel esprit» de -Richelieu[476]. Depuis la victoire du général en chef, il a déjà reçu -des poèmes pour lui: «Je suis, s’écrie-t-il, le bureau d’adresse de vos -triomphes[477].» - - [472-473-474-475-476-477] _Correspondance de Voltaire_, - 28 mars, 16 avril, 3 mai, 14 juin, 16 juillet 1756. - -Mais ce qui fait encore le plus d’honneur à Voltaire, dans ce -débordement de panégyrisme à outrance, c’est le noble empressement -qu’il apporte à solliciter l’intervention de Richelieu en faveur du -malheureux amiral Byng, traduit devant la Cour martiale qui l’enverra -au supplice le 14 mars 1757. Voltaire écrit, dit-il, au nom d’un -Anglais (c’était peut-être bien lui) qui réclame pour le vaincu le -témoignage du vainqueur: «Un seul mot de vous pourra le justifier... -Vous avez contribué à faire Blackney pair d’Angleterre; vous sauverez -l’honneur et la vie de l’amiral Byng.» Richelieu ne se déroba pas -à cette généreuse mission. Mais ce fut en vain[478]. L’Angleterre -traitait ses amiraux battus, comme plus tard la Convention ses généraux -en déroute. Le pacte avec la victoire ou la mort! - - [478] _Correspondance de Voltaire_, 20 décembre 1756. - -Si Voltaire avait écrit, le 16 août, au triomphateur, pour lui -rappeler, à propos de «l’envie et de l’ignorance» qui avaient criblé -d’épigrammes l’expédition, les injures dont Villars avait été accablé -avant Denain, il ne prévoyait guère l’accueil réservé par la Cour à -Richelieu, après la prise de Port-Mahon. Quelques jours auparavant, le -Maréchal, usant d’un expédient qui lui avait déjà tant de fois servi, -écrivait à d’Argenson le ministre, pour lui demander son rappel, sous -prétexte que sa «santé était mauvaise[479]». En réalité, Richelieu -savait, à n’en pas douter, que sa conduite et ses opérations à Minorque -étaient durement critiquées. Sa maîtresse, la duchesse de Lauraguais, -lui continuant, mais avec plus de clairvoyance, les bons offices de Mme -de Tencin, le tenait au courant des intrigues nouées contre lui. - - [479] _Journal_ de LUYNES, t. XV, p. 193, 16 août. - -Sa dernière lettre est très explicite: - - «17 août 1756, - - ... «Ce monstre de d’Argenson, tout en prônant votre victoire, a - grand soin d’ajouter que, sans M. de la Galissonnière, tout aurait - échoué. Il fait entendre qu’il a fait plus que vous, comme si le - concours des forces de terre et de mer n’avait pas été nécessaire - pour cette expédition! Il prétend que vous avez agi en soldat plus - qu’en général, et que vous devez vos succès, plus au hasard et à - des circonstances heureuses qu’à vos talents. Jugez de ma colère - quand on m’a rapporté ces propos. J’ai été chez le garde des sceaux - qui pense toujours comme je vous l’ai mandé. Il m’a assuré que le - roi lui paraissait déjà moins satisfait qu’il l’avait été: il va se - laisser gagner et vous perdrez peut-être tout le mérite d’une superbe - expédition. - - «Mme de Pompadour qui paraît être maintenant exaltée sur votre - compte, peut changer demain. Je sais que d’Argenson a passé hier - quelque temps chez elle; et je crains qu’il ne jette son venin sur - tout ce qu’il approche. Vous savez par expérience qu’elle vous aime - selon l’occasion, et qu’aujourd’hui votre amie, elle sera demain - contre vous. Il se présente une foule d’aspirants pour commander; et - sûrement Soubise ne sera pas oublié. - - ... «Je vois qu’en général on est fâché de vous voir victorieux: une - bonne défaite les aurait tous rendus contents... Venez promptement: - on doit toujours profiter du premier moment... Soyez ici au plus tôt - pour dissiper cet essaim de reptiles qui s’assemblent contre vous - dans cette pétaudière. - - «Brûlez cette lettre[480].» - - [480] M. de Lescure, dans ses _Mémoires_ autobiographiques - de Richelieu, donne cette lettre comme inédite et absolument - authentique. Elle est, au surplus, tout à fait dans le - caractère de l’intelligente créature qui l’écrivit; et l’avenir - en démontra suffisamment la sagacité. - -Richelieu ne tint pas compte de cette dernière recommandation: -peut-être ne lui parvint-elle pas en temps utile, car il était de -retour à Paris, dans la nuit du 30 au 31 août, au milieu d’un énorme -concours de peuple qui l’acclamait bruyamment. - -Quand il vint à la Cour, remarque Luynes, «on le trouva maigri, mais -d’ailleurs en bonne santé». Le roi l’accueillit assez froidement: il se -contenta de lui demander s’il avait mangé des figues de Minorque: «On -les dit excellentes», ajoutait Louis XV, qui, à l’exemple de tous les -Bourbons, prisait fort les plaisirs de la table. - -Quant à d’Argenson, il «chercha querelle» à Richelieu pour son retour, -et «rejeta la chose sur Madame, qui en était enthousiasmée et ne -l’appelait que le Minorquin[481]». Il donna encore au Maréchal d’autres -preuves de sa malveillance, en écourtant «la liste de grâces» que lui -avait proposée le vainqueur de Port-Mahon. Celui-ci, prudemment, «se -tint alors derrière le rideau pour frapper contre les deux partis», -aussi bien d’Argenson que la Marquise et Bernis[482]. - - [481] Mme DU HAUSSET: _Mémoires_ (édition Baudouin, 1824), p. - 75. - - [482] _Mémoires_ de d’ARGENSON, t. IX, p. 348, novembre 1756. - -L’attentat de Damiens précipita la crise. - - - - -CHAPITRE XXV - - _Une déconvenue de Richelieu.--L’attentat de Damiens: c’est le - Maréchal qui fait arrêter l’assassin.--Démarche adroite de Richelieu - auprès de Mme de Pompadour.--Son intervention, inutile, mais désirée - par le roi, auprès de l’archevêque de Paris.--Réconciliation publique - de la Marquise avec Richelieu.--Elle vaut au Maréchal de remplacer, à - l’armée de Westphalie, le comte d’Estrées, le vainqueur d’Hastembeck._ - - -L’année 1757 s’était ouverte pour le Maréchal sur une pénible -impression. Quoique légèrement estomaqué par une réception répondant -mal à son espoir d’une rentrée triomphale, l’adroit et ambitieux -courtisan n’avait point abdiqué ses prétentions au poste de premier -ministre, prétentions qu’il croyait plus justifiées que jamais, sans -toutefois les avouer trop hautement. Aussi, quelle ne dut pas être -sa déception, quand il vit ses espérances, sinon anéanties, du moins -ajournées par une nomination imprévue! Les _Mémoires_ de Bernis nous -tracent, le 2 janvier, un amusant croquis de la scène: - -«Le Maréchal de Richelieu qui remplissait cette année la charge de -premier gentilhomme de la Chambre, me dit, un quart d’heure avant que -le roi lui ordonnât de m’appeler pour me faire asseoir au Conseil: - ---«Mais, pourquoi, ayant tant d’affaires à traiter avec le roi et ses -ministres, ne demandez-vous pas les entrées de la Chambre? Si vous -voulez, je me chargerais d’en faire la proposition au roi. Je lui -répondis, en riant, que j’acceptais volontiers ses offices. Il fut -fort étonné, un instant après, d’entendre le roi me dire: - ---«L’abbé de Bernis, prenez place au Conseil[483].» - - [483] _Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis_ (édition - Frédéric Masson), 2 vol., 1878, t. I, p. 312. Bernis ne fut - secrétaire d’État aux affaires étrangères que le 27 juin - 1757.--Richelieu, dans ses _Mémoires authentiques_, consacre - une notice des plus curieuses à Bernis, qu’il appelle une - «comète qui avait bien une queue très longue, mais à qui il - manquait une tête» capable de tenir dignement sa place dans - le Conseil. Richelieu signale les origines du ministre, ses - liaisons féminines, surtout avec Mme de Pompadour, dont il - était, à l’occasion, le _teinturier_. - -Le protégé de Mme de Pompadour, que Louis XV voulait déjà nommer -ministre d’État, dans les derniers jours de décembre 1756, aurait pu -écrire _stupéfié_, pour ne pas dire _indigné_. Eh quoi! ce prestolet -d’abbé, parce qu’il avait su plaire à la favorite, entrait tout droit -au Conseil, alors que lui, duc de Richelieu, Maréchal de France, -illustre par sa naissance et par ses victoires, restait une fois de -plus dans l’antichambre ministérielle! - -Trois jours après, un coup de théâtre, autrement inattendu, devait -surprendre et bouleverser la Cour de Versailles. Le 5 janvier, à la -tombée du crépuscule, Louis XV allait quitter le palais pour se rendre -à Trianon. Son carrosse l’attendait sous la voûte; et le prince, assez -mal éclairé par la lueur incertaine de deux flambeaux, atteignait déjà -la dernière marche, quand il s’écria: - ---«Duc d’Ayen, on vient de me donner un coup de poing.» Grand émoi. Le -Maréchal de Richelieu, qui était derrière le roi, s’écrie à son tour: - ---Qu’est-ce que c’est que cet homme avec son chapeau? Le roi tourne la -tête, il porte la main à son côté, la retire pleine de sang et dit: - ---Je suis blessé: qu’on l’arrête et qu’on ne le tue pas.» - -Damiens, qui avait frappé Louis XV, «était rentré si vivement par la -trouée qu’il avait faite que personne n’avait vu le coup[484]». - - [484] _Journal_ du duc DE CROŸ (édit. de Grouchy et Cottin, - 1906), t. I, p. 365. Les relations de l’attentat de Damiens - sont fort nombreuses, et, sauf quelques variantes sans intérêt, - concordent assez bien dans tous leurs détails. Nous avons - choisi de préférence celle de Croÿ qui met plus directement en - scène Richelieu.--Le Maréchal ne put témoigner au procès; il - était parti pour l’armée. - -Mais lui seul était resté couvert; et ce fut la remarque de Richelieu -qui le fit arrêter aussitôt par un valet de pied et par un garde du -corps. - -Avec une présence d’esprit qui ne l’abandonnait pas dans les -circonstances les plus critiques, le Maréchal, malgré son dépit et ses -rancœurs, comprit tout le parti qu’il pouvait tirer de la situation; -et, comme s’il eût été, par destination, le conseil et l’appui des -favorites dans l’embarras, il s’échappa du chevet du roi pour aller -trouver Mme de Pompadour qu’on avait éloignée et lui offrir, avec ses -consolations, le réconfort d’un absolu dévouement[485]. - - [485] FAUR: _Vie privée_, t. II, p. 173.--D’après SOULAVIE - (_Mémoires de Richelieu_, t. IX, p. 159), Mme de Pompadour se - serait plainte, au contraire, que, dans cette période critique, - le Maréchal n’avait pas eu pour elle «tous les égards qui lui - étaient dûs». - -La blessure du roi était insignifiante. Et l’amant revint à sa -maîtresse, comme il était déjà revenu à Mme de Châteauroux. - -La Marquise, plus que jamais en crédit, obtint l’exil de -d’Argenson[486] aux Ormes et de Machault, qui l’avait trahie, dans sa -terre d’Arnouville. - - [486] _Les Mémoires authentiques_ contiennent de très piquants - détails sur la disgrâce de ce ministre, qui «se croyait sûr de - faire chasser Mme de Pompadour, parce que, pensait-il, le roi - ne le renverrait jamais»; tel ce dialogue entre Richelieu et - Maillebois, neveu de d’Argenson: _Maillebois_, d’un ton joyeux: - «Le Machault vient de partir.--_Richelieu_: Et votre oncle - aussi.» - -Mais le plus difficile restait à faire. - -La situation intérieure de la France était singulièrement troublée -depuis cinq ans. Les querelles religieuses l’emportaient, par moments, -sur les conflits politiques, quand elles ne les déterminaient pas. -Le jansénisme, en majorité au Parlement, luttait contre le haut -clergé, qui, depuis les premières années du XVIIIe siècle, entendait -imposer à tous les fidèles, d’accord avec le Gouvernement, une -adhésion sans réserves à la _Constitution Unigenitus_, œuvre de la -diplomatie Vaticane. La résistance s’était surtout accentuée en -1752. Pour la vaincre, les évêques avaient interdit aux curés de -donner les sacrements aux jansénistes. Versailles avait pris parti -pour l’épiscopat. Et cependant nombre de courtisans--Richelieu tout -le premier--étaient plutôt imbus de l’esprit philosophique, en -opposition avec l’intolérance cléricale. Mais il fallait sauvegarder -quand même le principe d’autorité, partant la religion officielle, -puisque le Gouvernement approuvait la campagne des évêques. Or, le -Parlement la combattit et bientôt, devant le refus du roi d’accueillir -ses remontrances, cessa de rendre la justice (5 mars 1753). Les -conseillers, exilés à Pontoise, ne furent rappelés qu’en 1754, mais -ils n’avaient pas désarmé; et quand la guerre éclata en 1756, ils -se défendirent d’enregistrer les nouveaux impôts réclamés par le -ministère. Il fallut recourir à de nombreux expédients pour trouver les -ressources qu’exigeaient les circonstances. Mais, après l’attentat de -Damiens, le Gouvernement dut passer par de nouvelles épreuves. - -Beaumont, l’archevêque de Paris, voulait alors faire d’une pierre -deux coups. Devant l’effroi du monarque qui s’était cru, sur l’heure, -mortellement frappé, il s’était demandé s’il ne pouvait recommencer -l’éviction de Metz; et d’autre part il n’avait pas craint de dire que -«le crime avait été commis par trahison et de dessein prémédité dans le -Palais». Le Parlement n’aurait su être mieux visé[487]. - - [487] _Mémoires historiques et anecdotes de la Cour de France_, - par SOULAVIE, 1802, p. 335. - -Mme de Pompadour, qui se sentait atteinte, obtint du roi l’exil de -l’archevêque. Mais Louis XV, avant de le faire signifier au prélat, -avait envoyé auprès de lui Richelieu en négociateur. C’était déjà, -en cette qualité, qu’il avait été accrédité par le roi auprès du -premier président, lors de l’exil des parlementaires à Pontoise. Et -cette mission, qui réussit, n’avait pas laissé que d’être laborieuse. -Les procureurs généraux, que le Maréchal avait choisis comme -intermédiaires, répétaient à l’envi que le roi s’était compromis par -son coup d’autorité. - -Richelieu fut moins heureux avec Beaumont. Il le pria, au nom du -prince, de se montrer plus conciliant, de donner la paix à l’Église et -de ne plus insister sur la production des billets de confession qu’on -exigeait des agonisants; il lui promit, en échange, de réprimer les -écarts du Parlement. - ---«Qu’on dresse un échafaud au milieu de ma cour, répliqua fièrement le -prélat, et j’y monterai pour soutenir mes droits... car ma conscience -ne me permet aucun accommodement.» - -Richelieu riposta à l’archevêque que sa conscience était une lanterne -sourde qui n’éclairait que lui.--Et Louis XV «abandonna Beaumont à son -conseil[488]». - - [488] _Mémoires historiques et anecdotes de la Cour de France_, - par SOULAVIE, 1802, p. 335.--SOULAVIE: _Mémoires de Richelieu_, - t. VIII, pp. 306 et suiv. - -La Marquise eût donc été mal venue à maintenir d’anciens griefs contre -un galant homme qui paraissait avoir oublié tous les siens[489], -puisqu’il venait de servir avec un tel désintéressement la cause et les -intérêts de Mme de Pompadour si violemment attaquée par de puissants -ennemis. Ne devait-elle pas, au contraire, le payer de retour? Et -l’occasion s’en présentait, personne n’ignorant que Richelieu brûlait -d’aller conquérir de nouveaux lauriers au-delà du Rhin. On prétendait -que la duchesse de Lauraguais cabalait, sans relâche, en faveur de -son amant, furieux[490] de la nomination du Maréchal comte d’Estrées, -comme généralissime des troupes françaises en Allemagne; mais une -influence, autrement prépondérante, était acquise à Richelieu[491], -celle du fournisseur des armées, Pâris-Duverney. Ce «général des -farines», ainsi que l’avait appelé le Maréchal de Noailles, était très -écouté dans les Conseils du roi, d’autant qu’il était grand ami de -Mme de Pompadour[492]. Il se piquait de connaissances militaires que -faisait valoir une éloquence ardente et persuasive; c’était son plan -dans l’expédition de Minorque qui, paraît-il, avait été adopté; et, -naturellement, il en proposait un autre pour la guerre contre la Prusse -et ses alliés, auquel Richelieu accordait ses préférences, et qu’il -suivrait, sans nul doute, s’il remplaçait d’Estrées. - - [489] Le seul reproche qu’il lui faisait, c’était «d’avoir - été trop faible pour ce monstre de d’Argenson.» (SOULAVIE: - _Mémoires de Richelieu_, t. IX, p. 162.) - - [490] _Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis_ (édit. - Frédéric Masson), t. I, p. 391. - - [491] _Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis_ (édit. - Frédéric Masson), t. I, p. 392. «Pâris-Duverney, depuis la mort - des Maréchaux de Saxe et de Löwendahl, et la prise de Minorque, - s’était mis en tête que le Maréchal de Richelieu était aussi - homme de guerre qu’homme de cour et d’intrigue.» - - [492] «L’homme de confiance», dit Mme DU HAUSSET (_Mémoires_, - p. 126). - -Mais, pour que le projet aboutît, il fallait, de toute nécessité, une -réconciliation publique, partant éclatante, entre la Marquise et son -ancien adversaire. - -Le... cérémonial en fut réglé, de manière à ménager l’amour-propre des -deux parties: - -«Il fut convenu qu’à Choisy le moment où le roi serait debout, -environné de sa Cour, pendant le café, serait celui du raccommodement. -Le Maréchal de Richelieu, debout et dans le cercle, se présenterait -alors vis-à-vis de Mme de Pompadour. Stainville (le futur duc de -Choiseul) irait causer une minute avec elle et viendrait prendre par la -main M. le Maréchal de Richelieu. - -«Ce qui fut fait avec toute l’authenticité convenable[493]...» Soulavie -ajoute que la Marquise montra «beaucoup d’embarras...», le Maréchal -ayant désiré la publicité de cette réconciliation, «pour qu’il ne fût -pas douteux que c’était Mme de Pompadour elle-même qui avait demandé le -raccommodement». - - [493] _Mémoires de Richelieu_ (édition Soulavie), t. IX, pp. - 162-163. - -Nous nous en tenons à notre version première: tous deux avaient trop -d’intérêt à ce rapprochement, pour en avoir subordonné la sanction aux -exigences de l’étiquette ou aux satisfactions d’une vanité puérile. - -D’autre part, s’il faut en croire Faur, Mme de Pompadour avait de -profondes rancunes contre le Maréchal d’Estrées[494] qui aurait -fait pendre un «vivrier» protégé de la Marquise, convaincu de -prévarication[495]. Mais, elle-même, n’était-elle pas accusée, depuis -longtemps[496], par l’opinion publique, de s’être effrontément enrichie -par des gains illicites sur les fournitures de l’armée et par la vente -de tous emplois au plus offrant et dernier enchérisseur? Et, par la -nomination de Richelieu, ne s’assurait-elle pas, pour de futures -opérations du même genre, la complicité du silence, chez un homme si -peu scrupuleux, lui aussi, en pareille matière[497]? - - [494] D’Estrées aurait eu de graves démêlés avec le prince de - Soubise, favori de la Marquise (_Journal_ de BARBIER, t. VI, p. - 551). - - [495] FAUR: _Vie privée_, t. II, p. 175. - - [496] A la fin de 1751, la voix publique s’était élevée, si - menaçante, contre de tels agissements, que la police reçut - l’ordre de rechercher l’origine et la source de ces imputations - scandaleuses. L’enquête fut confiée à cet intelligent et - adroit inspecteur que nous avons déjà signalé, Meusnier; et - son rapport conclut, comme bien on pense, au mal fondé de - toutes ces récriminations, mais il faut savoir lire entre les - lignes de ce document, chef-d’œuvre de diplomatie policière, - qui débute ainsi: «Il serait assez difficile de dissuader tout - Paris que la plupart des grâces, qui s’obtiennent, soit à la - Cour, soit dans la finance, par le crédit de Mme la Marquise, - ne soient _conditionnelles_, c’est-à-dire que tel qui n’a pas - d’offres à faire pour exprimer sa reconnaissance, est sûr - d’échouer.» (_Nouvelle Revue rétrospective_ de M. Paul Cottin - du 10 oct. 1892.)--BIBL. DE L’ARSENAL, mss. 10251. - - [497] Le duc de Richelieu récompensa le service que lui rendit - Mme de Pompadour «en fermant ses yeux sur l’irrégularité du - trafic qu’elle faisait de toutes les places dans la partie des - fourrages. Elle nommait intendants, commis, etc., ceux qui - avaient donné le plus». (Mlle DE FAUQUES: _Histoire de Mme la - Marquise_, p. 110.) - -Quelle que fût la cause qui détermina le rappel du comte d’Estrées, -celui-ci ignorait sa disgrâce, alors qu’il battait à plate couture, -près d’Hastembeck[498], le duc de Cumberland, fils du roi d’Angleterre, -commandant en chef des alliés de Frédéric. La nomination de Richelieu, -qu’il apprit presque aussitôt, était tenue encore secrète, que les -équipages du Maréchal étaient en route pour Strasbourg. Mais cette -désignation était, en quelque sorte, pressentie par Voltaire, qui, dans -sa correspondance avec son héros, l’appelait de tous ses vœux: - - [498] Grâce au concours de Bréhan et de Chevert, et sur les - instances de Belle-Isle, ami du Maréchal d’Estrées, «qui avait - pénétré les intrigues secrètes de Pâris-Duverney, Richelieu et - Mme de Pompadour», écrit Duclos (_Mémoires_, t. II, p. 285), - heureux de trouver cette nouvelle occasion de déverser sa bile - sur Richelieu, sa bête noire.--«La plate bataille soit dit - entre nous», (lettre de Bernis à Stainville, du 1er août 1757). - -«Vous n’aviez pas déplu à la mère (ce fut un des romans de son -ambassade à Vienne), vous serez le vengeur de la fille (8 décembre -1756)...[499]» - - [499] Faut-il rappeler que, dans la campagne d’ineptes et - abominables calomnies, poursuivie contre Marie-Antoinette, - on racontait, en 1784, qu’elle était la fille du Maréchal de - Richelieu... ou du roi de Prusse? (_Bibliothèque Nationale_, - mss. 10364, de LEFEBVRE DE BEAUVRAY). - -Si Voltaire ne craignait «une balle vandale pour l’estomac de -Richelieu», il voudrait voir «la _furia francese_ des soldats» du -Maréchal, «contre le pas de mesure et la grave discipline» des -Prussiens, (3 janvier 1757)...» «Je vous attends toujours dans le -Conseil, dit-il, ou à la tête d’une armée (19 février)...» - -Et lorsque, enfin, Richelieu est parvenu à son but, Voltaire, après -lui avoir rappelé la fameuse machine de guerre, combinée par Florian, -le père du fabuliste et par Montigny de l’Académie des Sciences, ces -«chars romains», ou «assyriens», qui, avec 600 hommes et 600 chevaux, -doivent faucher en plaine une armée de 10.000 combattants, Voltaire -s’écrie, le 19 juillet: «Je souhaite que vous preniez prisonnier -Frédéric.» - -Le 25 août, il affirme encore plus énergiquement son espoir: - -«Vous ne traiterez pas mollement cette affaire-là; et, soit que vous -ayiez en tête le duc de Cumberland, soit que vous vous adressiez au roi -de Prusse, il est certain que vous agirez avec la plus grande vigueur.» - -Le 5 août, Richelieu, à la tête de troupes fraîches, avait rejoint -l’armée de Westphalie, à Oldenbourg, où Valfons signale, avec -enthousiasme, son arrivée et son aménité «caressante pour tout le -monde». Son dialogue avec le jeune officier qu’il a reconnu, donne la -note de cette entrée en scène: - ---«C’est moi qui le premier vous ai mis dans le chemin de la gloire... -A présent nous vivrons souvent ensemble. - ---«Je le désire, Monsieur le Maréchal, mais à la façon dont je fais mon -métier, on n’est pas toujours sûr de la durée de ce bonheur-là[500].» - - [500] Marquis DE VALFONS: _Souvenirs_ (2me édition Émile-Paul), - p. 282. - - D’après les _Souvenirs_ de Mme de Beauvau (p. 60), Richelieu - avait consulté son ancien compagnon d’armes à Minorque sur - la conduite à tenir en Allemagne, pour faire observer la - discipline dans les rangs de l’armée. Il présenta au roi - des Mémoires de Beauvau qui concluaient au ravitaillement - régulier et complet des troupes privées de vivres et de ce fait - indisciplinées. Le Maréchal de Belle-Isle, bientôt ministre de - la guerre, ordonna aussitôt d’augmenter la ration des troupes. - - - - -CHAPITRE XXVI - - _Campagne de Hanovre.--Instructions données au Maréchal - de Richelieu.--Sa marche foudroyante.--La Convention de - Closter-Seven.--L’imprudence du vainqueur.--Appréhensions de Frédéric - II.--Désaccord de Bernis avec Richelieu: tergiversations de la Cour - de Versailles et mauvaise foi du Cabinet de Saint-James.--Sommations - tardives et impuissantes du Maréchal aux chefs de l’armée - vaincue.--Conséquences du désastre de Rosbach.--Entrée en campagne de - Ferdinand de Brunswick.--Comment Richelieu le contient.--Il demande - son rappel: le comte de Clermont le remplace._ - - -Nous sommes arrivé au point culminant de la vie politique et militaire -du Maréchal de Richelieu, à ce moment critique, où la Fortune, qui -semblait l’avoir pris par la main, pour le conduire, en pleine lumière, -aux plus hautes destinées, se déroba tout-à-coup, le laissant, au -milieu des ténèbres, dans le plus complet désarroi. Il volait au -triomphe et se vit soudain entravé. Il était le maître à Closter-Seven -et ne sut empêcher Rosbach. - -Un de ses panégyristes à outrance, qui se pose trop volontiers en -profond psychologue, résume assez bien cette étrange situation de -Richelieu, réserve faite du rôle tendancieux attribué par l’historien à -la coterie philosophique: - -«L’auteur a trouvé les véritables causes de la perte de la bataille de -Rosbach dans le manque de foi des signataires de la capitulation de -Closter-Seven, révélation immense pour notre gloire nationale, trahie, -vendue par les écrivains philosophes dévoués au roi de Prusse. - -«Voici les faits: - -«Le Maréchal de Richelieu marche en avant, occupe Hanovre le 14 août, -Brunswick le 18, Bremen le 22. Il accule le duc de Cumberland entre -l’Elbe et la mer, et alors est signée la Convention de Closter-Seven, -puis l’acte supplémentaire (28 septembre). Les troupes allemandes -au service de l’Angleterre doivent être renvoyées et les Anglais -demeurer dans le Holstein sous la garantie du roi de Danemark (1757). -La première partie des instructions données au Maréchal de Richelieu -est ainsi accomplie. L’armée anglaise est dissoute: il va marcher sur -le roi de Prusse pour l’acculer sur le corps du prince de Soubise, -lorsqu’il est tout d’un coup arrêté par le refus que fait l’Angleterre -de ratifier la convention; les soldats allemands au service du duc de -Cumberland vont rejoindre le corps prussien du prince Ferdinand (et -pourtant ils avaient promis de ne plus servir contre la France) et -c’est alors que Frédéric tombe sur le prince de Soubise à Rosbach[501].» - - [501] CAPEFIGUE: _Le Maréchal de Richelieu_, 1857 (p. 8). - -Ce que ne dit pas cet apologiste de la stratégie de Richelieu, c’est -que le Maréchal commit une faute qui lui fit perdre tous les bénéfices -de sa glorieuse campagne; mais si son erreur comporte, dans une -certaine mesure, des circonstances atténuantes, la mauvaise foi de -l’Angleterre n’admet aucune excuse. - -Le 17 juillet 1757, avant son départ, le nouveau généralissime -recevait du roi des instructions[502] corroborant celles dont le comte -d’Estrées avait été précédemment muni: - - [502] _Bibliothèque de l’Arsenal_, Manuscrit 4518: Portefeuille - d’Argenson, Papiers Montboissier fº 145.--La pièce est - reproduite dans la Correspondance (imprimée) de Richelieu - avec Pâris-Duverney en 1756, 1757, 1758, pendant la campagne - d’Allemagne. - -«Lorsque Sa Majesté, déclarait ce document, a pris la résolution, au -mois de juin dernier, d’assembler deux nouvelles armées en Alsace, sous -les ordres du Maréchal de Richelieu et du prince de Soubise, elle avait -principalement en vue de faire une diversion puissante en Allemagne, -capable d’arrêter les progrès du roi de Prusse, d’intimider les princes -de l’Empire, qui paraissent disposés à se prêter aux projets dangereux -de ce prince...» - -Ces instructions laissaient «à la capacité, à l’expérience, aux -lumières» du Maréchal, le soin de «prendre le parti le meilleur et le -plus convenable», pour opérer avec succès contre le duc de Cumberland. - -Ce document visait le siège éventuel de Magdebourg; mais «on ne saurait -se flatter d’en exécuter le plan qu’en rejetant l’ennemi, dès cette -année, au-delà de l’Elbe.» - -Il fallait, en outre, «disposer du pays entre l’Elbe et le Weser pour -assurer les subsistances de l’armée..., s’occuper de l’état et de -l’entretien des chemins pour le ravitaillement et autres opérations -de guerre...» Enfin le général en chef devait rester en communication -ininterrompue avec le prince de Soubise et même avec le duc de -Saxe-Hilderburghausen qui commandait l’armée des Cercles, destinée à -se fondre dans le corps dirigé par le prince de Soubise. - -Il fallait encore tenir la main à «la rigide observation de la -discipline» et surtout «punir la maraude...» - -La correspondance, échangée entre le Maréchal de Richelieu et -Pâris-Duverney[503], note la marche rapide du généralissime et -l’_embouteillage_--si le mot avait été d’usage à cette époque--de -l’armée de Cumberland dans le camp de Stade. Elle précise nettement -l’attitude adoptée par le Conseiller d’État au cours de la campagne -et son impérieux désir de faire prévaloir ses idées personnelles dans -les services d’intendance. Son mémoire «sur les raisons spéciales -qui doivent engager le Maréchal de Richelieu à prendre ses quartiers -d’hiver à Halberstadt;» ses «réflexions sur la situation de l’armée -du roi entre le Weser et l’Elbe,» à la date du 13 août, disent assez -l’autorité que lui donnaient, à la Cour, son crédit, ses relations, ses -attributions officielles et surtout son indiscutable compétence. - - [503] Cette Correspondance, parue en 1789, par les soins du - Général de Grimoard, sort évidemment de l’officine de Soulavie. - C’est, dans cette même maison de librairie, que se débitèrent - plus tard, en partie, les _Mémoires_ de Saint-Simon, annoncés - d’ailleurs sur une feuille de garde et déjà connus par une - édition antérieure. - -En réalité, ce grand pourvoyeur des armées royales ne prévoyait, dans -les opérations futures de Richelieu, qu’une démonstration militaire, -assurément heureuse, mais semblable à celle des campagnes précédentes; -aussi le blocus, foudroyant, pour ainsi dire, du corps de Cumberland, -semble-t-il, en dépassant toutes les espérances, déranger tous les -plans. Bernis, qui ne laisse jamais échapper l’occasion de critiquer -Richelieu (il savait plaire ainsi à la favorite), Bernis estime que le -Maréchal fut le plus imprudent des hommes, en allant «forcer l’armée -hanovrienne dans un camp marécageux[504]». - - [504] BERNIS: _Mémoires et Lettres_ (édités et authentiqués - par M. Frédéric Masson), t. I, p. 406.--Dictés quelques - années plus tard, dans le silence du Cabinet, les _Mémoires_ - concluent presque toujours, et parfois fort injustement, à la - condamnation de Richelieu. La _Correspondance_, écrite au jour - le jour, est, au contraire, moins suspecte de partialité. - -C’était cependant un coup de maître; car, le 8 septembre, le fils du -roi d’Angleterre se résignait à la capitulation connue dans l’Histoire -sous le nom de _Convention de Closter-Seven_. Les stipulations, dictées -par Richelieu, étaient bien telles qu’il ne cessa, en toute occasion, -de les rappeler. Les troupes allemandes mercenaires, réunies sous -les ordres de Cumberland, devaient, comme celles de Hanovre, être -internées dans des campements déterminés, ou renvoyées dans leur pays -et s’engager à ne plus servir contre la France, pendant la durée de la -guerre[505]. - - [505] Dans son _Traité des grandes opérations militaires_ (3e - édition), t. I, p. 318, Jomini dit qu’il fallait «détruire ou - prendre l’armée»; c’était un coup mortel pour Georges II et - la France eût été l’arbitre de la paix.--De même, Napoléon, - à Sainte-Hélène (_Mémoires_ publiés par Montholon, t. V, p. - 213) estime la Convention de Closter-Seven «inexplicable». - Le duc de Cumberland, disait-il, était perdu; il était - obligé de mettre bas les armes et de se rendre prisonnier; - il n’était donc possible d’admettre d’autres termes de - capitulation que ceux-là.--Le geste, chevaleresque comme celui - de Fontenoy, lequel coûta si cher à l’armée française, est la - seule explication qu’on puisse donner de cette capitulation - imparfaite, «un traité véritable», affirme M. F. Masson. - -Mais, pour ménager l’amour-propre des vaincus, et, sans doute, par un -de ces sentiments chevaleresques dont la tradition fut bien oubliée -depuis, Richelieu avait laissé aux soldats leurs armes[506]. Il avait -foi dans la parole de leurs chefs. Ce fut une généreuse imprudence dont -la France allait bientôt payer les frais. - - [506] Marquis DE VALFONS: _Souvenirs_, (2me édition Émile-Paul) - p. 290. Pour témoigner son estime à cette armée vaincue, - Richelieu n’avait pas voulu introduire dans la capitulation la - clause du désarmement, mais d’après les confidences faites à - Valfons, il «avait toujours compté la faire exécuter». Bernis - écrira plus tard que le Maréchal l’exigea brutalement. - -Deux jours avant, le 6 septembre, le roi de Prusse avait écrit au -vainqueur une lettre restée célèbre, lettre presque suppliante sous sa -forme désinvolte, où Frédéric, aux abois, pressentait le petit-neveu -d’un homme d’État, illustre entre tous, sur l’éventualité de son -intervention--qui serait un bienfait--auprès de Louis XV: «Un Richelieu -ne pouvait rien faire de plus glorieux, que de travailler à rendre -la paix à l’Europe[507].» Le Maréchal lui répondit, en termes d’une -exquise politesse, qu’il n’avait aucune instruction dans ce sens, -mais qu’il allait envoyer immédiatement un courrier à Versailles, -pour rendre compte au roi des ouvertures de Frédéric. On sait quelle -suite fut donnée à cette pressante démarche. Louis XV fit aviser son -ennemi--l’ennemi de Mme de Pompadour--qu’il emploierait jusqu’à son -dernier soldat pour réduire le roi de Prusse[508]. - - [507] Frédéric était, d’ordinaire, moins obséquieux avec - nos officiers supérieurs. Au dire de Voltaire, il traitait - les généraux français de «généraux de comédie». Sa lettre à - Richelieu, telle que la publient les _Souvenirs_ de VALFONS, - diffère, dans ses termes, de celle qui est restée classique. Il - s’y trouve (p. 312) notamment cette phrase que ne contient pas - le document historique: «Il est impossible que le roi de France - désire ma perte entière; c’est trop contre ses intérêts et je - ne puis le croire véritablement mon ennemi.» - - [508] Marquis DE VALFONS: _Souvenirs_, p. 313. «L’abbé de - Bernis, ministre des affaires étrangères, obsédé par le comte - de Stahremberg, ambassadeur de Vienne, qui lui représentait - toujours le roi de Prusse sans nulle ressource, défendit, de la - part du roi, à M. de Richelieu, d’entrer avec lui dans nulle - négociation, déclarant que le roi emploierait jusqu’à son - dernier soldat pour le réduire.» Déjà, au moment où Richelieu - entrait en campagne, le duc de Cumberland avait écrit au - Maréchal pour négocier la paix; et celui-ci lui avait répondu, - en termes très fermes, quoique très mesurés, que le roi l’avait - envoyé uniquement pour combattre. Richelieu n’en avait pas - moins communiqué au gouvernement la requête de l’ennemi; et - Bernis lui déclara que le roi consentirait volontiers à la - paix, le jour où ses alliés auraient reçu les réparations qui - leur étaient dues. - -Voltaire, qui avait fini par se réconcilier avec son ami le -prince-philosophe, sans oublier toutefois les avanies dont celui-ci -l’avait abreuvé quatre années auparavant, Voltaire cherchait, de -son côté, à émouvoir le Maréchal sur le sort de Frédéric. Il le -représentait résolu au suicide, s’il se voyait à bout de ressources; et -«sa sœur, la margrave de Bayreuth, ne lui survivrait pas». Voltaire en -parlait savamment, puisqu’il était en correspondance suivie avec l’un -et l’autre. - -Ce n’était pas, comme on l’a trop souvent répété, qu’il sollicitât -quelque lâche complaisance de son héros pour le roi de Prusse; il était -convaincu, au contraire, que Richelieu terminerait cette campagne -comme il avait déjà terminé «celle du Hanovre et de la Hesse...». -«Oui, disait-il, vous jouirez de la gloire d’avoir fait la guerre -et la paix.»--Une paix à jamais mémorable, c’était bien le rêve que -poursuivait le général victorieux. - -Aussi avait-il accepté, pour la négociation qui devait y conduire, -la médiation du roi de Danemark, suggérée par l’ambassadeur de -France Ogier. Le ministre Lynar, représentant du prince, Lynar, dont -l’Angleterre payait, suivant Bernis, les bons offices, donnait au -Maréchal l’illusion qu’il était l’homme nécessaire en de telles -conjonctures; et, pour flatter une vanité accessible à toutes les -idolâtries, il avait fait exécuter le buste en marbre du vainqueur, la -tête ceinte d’une couronne de lauriers[509]. - - [509] _Mémoires et Lettres de Bernis_, t. II, p. 19.--Soulavie - affirme également la traîtrise de Lynar. - -Richelieu, dès l’entrée en pourparlers, avait expédié à Louis XV un -courrier pour lui annoncer le projet de capitulation. Bernis crut que -cette dépêche «exposait une simple idée»; et l’homme qui, précédemment, -tenait pour la dernière des imprudences la manœuvre militaire de -Richelieu, lui signifia aussitôt «qu’il n’y avait point d’autre -négociation à faire avec les Hanovriens qu’en forçant leur camp et -qu’en les culbutant dans l’Elbe, que le Maréchal ne devait pas oublier -comment ils avaient violé, en 1744, la convention de neutralité que le -roi avait stipulée avec eux». - -Louis XV approuva la réponse de son ministre, mais non sans une pointe -de scepticisme: - ---«Vous ne connaissez pas le Maréchal: ce qu’il annonce comme un projet -est peut-être déjà exécuté; dépêchez un second courrier et annoncez, -de ma part, à M. de Richelieu de n’entamer aucune négociation et de -renvoyer à Fontainebleau (où la Cour était alors) toutes celles qui -pourraient être entamées[510].» - - [510] _Mémoires et Lettres de Bernis_, t. II, p. 20. - -Le roi ne s’était point trompé. Deux jours après son entretien avec -Bernis, le duc de Duras arrivait à la Cour, porteur des articles de la -capitulation signée par Richelieu et Cumberland. - -«Jamais surprise ne fut égale à la mienne, écrit le ministre; elle -augmenta en voyant la manière dont cet acte était dressé; j’y vis à -l’instant tous les malheurs qui devaient naître d’une si dangereuse -imprudence[511]. Le Maréchal de Richelieu avait déjà instruit toute -la Cour et Paris de son triomphe par ses lettres. On disait hautement -qu’il avait fait mettre bas les armes à une armée entière, que la paix -était faite. Dans la même matinée, arriva la nouvelle de la victoire -des Russes, remportée bien malgré lui par le général Apraxin sur les -Prussiens, en sorte que le public ne douta pas que ces deux événements -ne terminassent la guerre. Presque tous les ministres applaudissaient -à la gloire du Maréchal; et les femmes qui comptaient bientôt revoir -leurs maris et leurs amants étaient enchantées.» - - [511] Ce qui n’empêche pas Bernis, dont les variations furent - si nombreuses en cette affaire, de joindre tout d’abord ses - plus chaudes félicitations à celles du roi, de la Marquise et - de toute la Cour.--JOBEZ (_La France sous Louis XV_, t. V, p. - 41) signale, lui aussi, l’enthousiasme de Bernis et reproche au - ministre de n’avoir pas immédiatement ratifié la capitulation. - -Duras gagna même à l’enthousiasme général la charge de premier -gentilhomme de la Chambre. - -Or, d’après Bernis, Richelieu n’avait d’autre pouvoir, comme «général -d’armée», que de «faire une capitulation» qui devenait un traité après -sa «ratification». Les articles pour lesquels le duc de Cumberland -avait engagé sa parole d’honneur et qui devaient être exécutés dans -le plus bref délai, n’étaient, toujours au dire de Bernis, qu’un -trompe-l’œil: l’ennemi avait voulu gagner du temps, pour réduire à -néant les avantages de Richelieu; le Maréchal aurait dû imposer une -date ferme et prendre des otages. - -Le raisonnement ne laissait pas que d’être subtil: peut-être était-il -juste au point de vue diplomatique; mais il dissimulait mal le dépit -de ministres jaloux d’un succès qu’ils n’avaient pas prévu, et surtout -l’appréhension de Mme de Pompadour que le triomphe, si largement -escompté, du prince de Soubise n’en fût amoindri. - -Cependant, on n’envoie pas la ratification instamment réclamée par -Richelieu. Et Bernis en revient toujours à l’irrégularité, pour ne pas -dire l’inanité, de la Convention de Closter-Seven. Le Maréchal, dit-il, -a craint de s’enfoncer dans les boues du pays et de compromettre sa -réputation militaire par l’attaque du camp de Stade qu’il jugeait -périlleuse. S’il l’eût enlevé de force, l’armée du prince de Cumberland -était perdue sans ressources, adossée qu’elle était à l’Elbe, un bras -de mer à cet endroit. Elle eût mis bas les armes: c’était alors une -véritable capitulation[512]. - - [512] Pouvait-on reprocher à Richelieu d’avoir épargné le - sang de ses soldats, puisqu’il avait la «parole d’honneur» - de Cumberland; et, en réduisant l’armée ennemie au désespoir - par un coup de force, n’exposait-il pas la sienne aux hasards - d’une action que la chance des batailles pouvait retourner - contre elle? Bernis, lui-même, ne le laisse-t-il pas entendre - (t. I, p. 406)? D’ailleurs, dans le chapitre, si intéressant - que les _Mémoires authentiques_ consacrent à Bernis, Richelieu - s’exprime, en termes des plus amers, sur la conduite du - ministre à son égard. Alors qu’il pensait avoir laissé à la - Cour un de ses meilleurs amis dans la personne de Bernis, - celui-ci, prétendant à tort, sur de fausses apparences, que le - Maréchal avait voulu le faire exclure du Conseil, lui «jouait - un tour plus cruel encore pour l’État», car ce fut lui, affirme - Richelieu, qui «fit rompre la Capitulation». Les _Mémoires - authentiques_ passent très rapidement sur la Convention de - Closter-Seven; le _Mémoire_ de 1783, remis à Louis XVI, la - défend, au contraire, longuement et non sans chaleur. - -Ici, Bernis fait trop voir qu’il est le porte-parole de la -Marquise; il ajoute que, si Richelieu a bâclé cet «acte» avec autant -d’irréflexion, c’est qu’il n’a pas voulu laisser au prince de Soubise -la gloire de conquérir la Saxe et d’en chasser le roi de Prusse. - -Bernis n’était pourtant pas si rassuré sur le sort du protégé de la -Marquise, car il écrivait, le 27 septembre, au comte de Stainville, -ambassadeur de France à Vienne: - -«Pourvu que M. de Soubise ait le temps d’être secondé par M. de -Richelieu, le roi de Prusse aura de la peine à se sauver de l’équipée -qu’il a faite[513]...» - - [513] _Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis_ (édit. F. - Masson). _Lettre à Stainville_, t. II, p. 121. - -Déjà, trois jours auparavant, dans cette même _Correspondance_, -dont les impressions contredisent si souvent les appréciations des -_Mémoires_, Bernis confiait à Stainville les embarras que donnaient à -Soubise les troupes des Cercles, où chacun des principicules qui les -avaient fournies prétendait commander. Mais la Convention de Richelieu -le rassurait: il l’estimait «très bonne dans un sens[514]». - - [514] _Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis_ (édit. F. - Masson). _Lettre à Stainville_, 24 septembre, t. II, p. 118. - -C’était un leurre. Las d’attendre, le Maréchal était parti, -conformément à ses instructions, avec presque toute son armée, pour -le campement d’Halberstadt. Il devait y rester du 28 septembre au 5 -novembre. Il commettait là une double faute: il se condamnait d’abord à -l’inaction; puis il ne laissait devant Stade qu’un rideau de troupes, -trop faible pour exercer un rigoureux contrôle sur la stricte -exécution des clauses de la capitulation par les armées hessoise et -hanovrienne[515]. - - [515] _Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis_ (édit F. - Masson), t. II, p. 25.--_Lettre à Stainville_, t. II, p. 131. - -Dans ses _Mémoires_, Bernis, ratiocinant sur un fait de guerre, qu’il -juge aujourd’hui désastreux, dit que «s’il avait été le maître, il -aurait rejeté cette monstrueuse capitulation et rappelé le général qui -avait eu l’imprudence ou la malice de la conclure[516]». - - [516] Soulavie est plus explicite encore que Bernis: celui-ci, - en parlant de _malice_, laisse entendre que Richelieu a voulu - jouer un bon tour à Soubise et à sa protectrice: «Soulavie va - plus loin, dit M. F. Masson, il affirme (_Mémoires_, t. IX, p. - 198) que Richelieu correspondait avec Frédéric au moyen d’une - machine à chiffrer, que lui, Soulavie, remit à Lebrun, le - ministre, le 10 octobre 1792, et il tire de cette complicité - entre les deux amis de Voltaire des conclusions auxquelles - je renvoie le lecteur et qui sont de nature à édifier sur le - patriotisme des diplomates révolutionnaires.» - -Et, comme pour justifier des retards, auxquels participait d’ailleurs -le Cabinet de Saint-James, on épiloguait à Versailles, avec -Bernis[517], sur «ce singulier traité conclu entre trois personnes, qui -n’avaient aucun pouvoir des Cours au nom desquels ils traitaient... -M. de Lynar est parti de Francfort apparemment par les ordres du roi -(de Danemark) son maître, mais sans aucun pouvoir par écrit; M. de -Cumberland n’en avait point du roi son père et M. de Richelieu n’en -avait aucun du roi.» - - [517] Luynes (t. XVI, p. 248), toujours l’écho des bruits de - la Cour, en consigne les acerbes critiques: «Il n’y a rien - d’écrit, tout était verbal. Il n’a rien été stipulé par rapport - aux troupes de Hesse et de Brunswick, ni pour qu’elles fussent - désarmées, ni pour qu’elles ne servissent point pendant un - certain temps contre les troupes françaises et autrichiennes - et leurs alliés. Il a été dit seulement qu’elles seraient - réparties et dispersées suivant la volonté de leurs Souverains. - _Il est vrai qu’avant la Convention dont il vient d’être parlé, - le ministre de Brunswick à Vienne y avait conclu un traité, - par lequel il était porté que les_ TROUPES SERAIENT DÉSARMÉES, - CE QUI N’A POINT ÉTÉ EXÉCUTÉ.» Le traité était le fait de - Stainville (BERNIS, t. II, p. 9). - -Le Maréchal tenait, au contraire, sa Convention pour bonne; et, -flairant déjà la mauvaise foi de ses co-contractants, il entendait que -les termes de la capitulation fussent immédiatement exécutoires. - -Cependant, Bernis s’était ravisé; pensant qu’après tout cette -Convention, régulièrement observée, pouvait être avantageuse et -glorieuse pour le roi, il avait décidé Louis XV à l’accepter. Celui-ci -écrivit donc à Richelieu qu’il la ratifierait, aussitôt que le roi -d’Angleterre l’aurait sanctionnée de sa signature. En même temps, -Bernis retournait au Maréchal son acte modifié et stipulant le -désarmement des troupes hessoises: «M. de Richelieu, écrivait-il à -Stainville, voudra bien dorénavant, dans ce qui touchera au politique, -attendre que je lui fasse passer les ordres du roi[518].» - - [518] _Mémoires et Lettres de Bernis_, t. II, p. 127. Lettre à - Stainville du 8 octobre 1757. - -Les Hessois et les Brunswickois, écrit Valfons, commençaient à sortir -des marécages de Stade, quand Richelieu en arrêta le mouvement. La Cour -n’envoyait pas de ratifications, et réclamait le désarmement préalable. -Le Maréchal chargea son fidèle Valfons de le négocier; mais celui-ci -se heurta au refus formel du général Donep: «Les fusils de nos soldats -ne sont pas des quenouilles», riposta l’officier allemand. Il laissa -cependant entendre qu’il céderait à la violence[519]. - - [519] Marquis DE VALFONS: _Souvenirs_, (2me édition Émile-Paul) - p. 290. - -D’autre part, Richelieu engageait, dans les premiers jours de novembre, -une correspondance des plus suivies et des plus animées avec le -landgrave de Hesse et le duc de Brunswick, avec Zastrow «général en -chef de l’armée de S. M. Britannique, depuis le départ de S. A. R. Mgr -le duc de Cumberland», avec Bernis, avec le ministre de Brunswick et -Lynar, le plénipotentiaire danois[520]. - -Ces documents, qu’il serait trop long de publier et même d’analyser, -sont cependant des plus instructifs. Ils reflètent à souhait l’état -d’âme des divers personnages qui les ont signés: quelques lignes -suffiront à définir leurs mentalités respectives. - -Craignant, dans son amour-propre de soldat et de gentilhomme, d’avoir -été pris pour dupe, Richelieu réclame instamment l’exécution des -articles de la Convention. S’il ne reçoit pas une satisfaction -immédiate, il menace les ministres de Hanovre et de Hesse de «brûler -leurs maisons et même les maisons royales», de dévaster et de saccager -le pays. Quand «la parole d’honneur est faussée, écrit-il, ce procédé -est légitime et nécessaire, quelque répugnance qu’il ait naturellement -de ces sortes de violence et de faire souffrir les innocents[521]». - - [520-521] _Bibliothèque de l’Arsenal_, manuscrit 4518. Papiers - Montboissier. - -La réponse du landgrave de Hesse est marquée au coin de la mauvaise -foi la plus insigne: le prince gémit sur les exactions dont souffre -son pays depuis la guerre; et, ruiné comme ses sujets, il ne saurait -se passer des subsides que lui consent la Grande-Bretagne, en échange -de ses troupes. Or, l’Angleterre ne reconnaissant pas une Convention -conclue sans sa participation, il est bien obligé d’en décliner les -obligations. Il n’est pas inutile de remarquer que le landgrave avait -longtemps amusé le Maréchal avec l’idée de louer ses mercenaires au roi -de France[522]. - -Le Général de Zastrow se distingue, dans ses lettres, par une -raideur voisine de l’insolence. Il reprend tout simplement la thèse -du landgrave sur les exactions commises par l’armée française; et -il prétend qu’«elles fournissent les titres les plus légitimes et -autorisent le roi d’Angleterre à s’estimer dégagé de toutes les -obligations» ressortissant à la capitulation de Closter-Seven[523]. - -Seul, le duc de Brunswick (et encore Bernis le traite-t-il de -faux bonhomme) avait protesté dans un «rescrit aux ministres de -Hanovre» contre une rupture à laquelle ils voulaient le forcer: il -leur reprochait durement de manquer à leurs engagements et il «ne -connaissait puissance au monde», qui fût en droit de disposer de sa -parole de prince et de ses promesses[524]. - - [522-523-524] _Bibliothèque de l’Arsenal_, manuscrit 4518, - Papiers Montboissier. - -Dans le recueil de documents que nous venons de signaler, se trouve -une lettre de Richelieu à Bernis, où s’affirme, avec l’intention très -nette du Maréchal d’en finir avec ces atermoiements, son irritation -persistante contre le ministre des affaires étrangères, irritation -dont celui-ci s’amusait à lire les traces «sur le visage de Mme de -Lauraguais». - - «Vous croyez un peu trop, dit Richelieu à Bernis, que 50 ou 60.000 - hommes peuvent avec facilité en jeter dans l’eau 40.000, d’ailleurs - bien postés[525]...» - - [525] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL, ms. 4518.--Dans une très - longue note que Soulavie (t. IX, pp. 188 et suivantes) prétend - émaner de Richelieu et qui est une justification personnelle - de la conduite du Maréchal pendant son expédition du Hanovre, - nous retrouvons cette phrase si caractéristique. (Dépêche de - Richelieu à Bernis du 16 Novembre.) - -Après cette réplique à des récriminations incessantes sur «la -malheureuse capitulation», le Maréchal reconnaît cependant que la -Convention est bien menacée, mais que les hommes d’État, responsables -de cette prochaine rupture, voudraient en esquiver les risques jusqu’à -l’arrivée d’une armée de secours d’Angleterre, et même de Prusse. Aussi -s’efforcent-ils d’obtenir de lui une audience par l’intermédiaire de -Lynar: «Mais je n’écrirai plus, dit-il, et je marcherai toujours[526].» - - [526] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL, mss. 4518. - -Il n’en était pas moins victime d’une trahison dont le roi de Prusse -avait dû encourager et peut-être provoquer l’initiative; et quoiqu’il -eût maintenant, trop tard à son gré, ratification et pleins pouvoirs, -il se heurtait à une fin de non-recevoir, qui se traduisait bientôt -par la reprise des hostilités: les troupes hanovriennes et hessoises -s’opposaient, les armes à la main, au mouvement de retraite dessiné par -le contingent du duché de Brunswick. - -Le désastre de Rosbach commençait à porter ses fruits. En effet, -pendant que Richelieu se débattait énergiquement contre la fourberie -anglo-allemande, Frédéric avait si bien manœuvré que, le 5 novembre, -attaqué à Rosbach par les forces réunies de l’imprudent[527] Soubise et -du prince de Saxe-Hilderburghausen, il les avait mises complètement en -déroute; au milieu de l’action, l’armée des Cercles s’était lestement -esquivée--... expédient militaire, qui devait, par la suite, passer à -l’état d’habitude chez les Saxons. - - [527] Belle-Isle avait expressément recommandé à Soubise - d’éviter tout engagement avec Frédéric; et Richelieu avait - écrit à ce même Soubise de se méfier du roi de Prusse. - -«M. de Soubise, écrit le marquis de Valfons, avait toujours demandé à -M. de Richelieu de faire deux marches en avant qui auraient sûrement -empêché le roi de Prusse de venir sur lui; mais M. de Richelieu avait -un ordre si précis de ne pas dépasser Halberstadt, que défense expresse -était faite aux munitionnaires de le fournir de pain, s’il voulait -aller plus loin[528].» - - [528] Marquis DE VALFONS: _Souvenirs_, (2me édition - Émile-Paul), pp. 313 et suiv. - -Il avait perdu ainsi près de deux mois et retrouvé devant lui, -fortement reconstituée, cette armée de 40.000 hommes qu’il avait tenue -sous le joug à Closter-Seven. C’était le prince Ferdinand de Brunswick, -désigné pour remplacer le duc de Cumberland retiré à Londres, qui la -commandait et commençait déjà à menacer le duc d’Ayen. - -Bernis, toujours disposé à blâmer quand même Richelieu, prétend que -le désastre de Rosbach n’eût pas tiré à conséquence, si le Maréchal -s’était porté sur la Saxe avec toutes ses forces: il disposait de -70.000 hommes, alors que le roi de Prusse n’en comptait que 30.000. -Bernis lui reproche d’avoir, en «séparant» son armée, perdu l’occasion -d’en finir avec l’ennemi. Richelieu avait assurément trop attendu et -trop hésité, lui l’homme des coups de main. Mais quelles n’étaient pas -ses responsabilités! - -Depuis que Soubise opérait en Allemagne, Mme de Pompadour, qui -rêvait pour lui des splendeurs d’apothéose, ne trouvait jamais que -son favori eût une armée assez puissante pour écraser définitivement -l’homme dont elle avait encore sur le cœur les humiliants sarcasmes. -Estimant que Richelieu ne se pressait guère d’envoyer des renforts à -Soubise, elle n’avait cessé de soutenir que l’indifférence du Maréchal -livrait le prince, pieds et poings liés, au roi de Prusse. Richelieu, -excédé, s’était enfin décidé à diriger une partie de ses troupes--et -plus qu’il n’en fallait--sur l’armée de Soubise. Il ne lui restait -plus que quarante bataillons, le jour où Ferdinand de Brunswick, -entrant résolument en campagne, au lendemain de Rosbach, déchirait -non seulement d’un coup d’épée la capitulation de Closter-Seven, -mais allait bientôt mettre en péril le soldat qui l’avait imposée. -Et Bernis, à cette heure, loin de blâmer l’attitude de Richelieu, -la louangeait dans la dépêche qu’il adressait, le 14 novembre, à -Stainville: - -«M. de Richelieu s’est conduit en homme de courage et de tête. Il a -marché à la rencontre de notre armée et paraît avoir prévu tout ce -que le roi de Prusse pouvait entreprendre contre lui... Ainsi il faut -attendre les événements, mais notre amie est bien à plaindre.» - -Mme de Pompadour ne l’avait, hélas! que trop voulu. - -Ce fut, dès lors, entre Ferdinand de Brunswick et Richelieu, une -sorte de duel, où celui-ci eut la sagesse de rompre toujours. Mais, -de marches en contre-marches, il recula de Lunebourg jusqu’à Zell. -Cependant, à un moment donné, les deux armées se trouvèrent en -présence. Le Maréchal venait de recevoir des troupes fraîches; il -voulut franchir la rivière qui le séparait des Hanovriens: ce fut alors -Ferdinand qui se déroba[529]. - - [529] Frédéric II (_Mémoires_, édit. Boutaric et Campardon, - 1866, t. I, p. 529) avoue l’échec de Ferdinand. - -Richelieu prit alors ses quartiers d’hiver «dans des citadelles -inexpugnables», écrivait-il au roi; mais, fidèle à une politique que -fortifiaient ses accès périodiques de mauvaise humeur et la mobilité -habituelle de son esprit, quand il était parti depuis quelque temps en -expédition, il n’eut de cesse que Louis XV ne le rappelât. De guerre -lasse, le roi lui donna pour successeur un prince du sang, le comte de -Clermont, qui se distingua surtout par son incapacité. - - - - -CHAPITRE XXVII - - _Préventions de Bernis contre le Maréchal.--Encouragements de - Stainville à Richelieu.--Mme de Pompadour reprend la lutte.--Le - petit père_ La Maraude.--_Retour de Richelieu à la Cour.--Ses - entrevues avec le Maréchal de Belle-Isle et Bernis.--Richelieu fut - coupable d’exactions, mais il ne fut jamais un traître.--Romans - prussiens.--Richelieu renonce à la vie militaire et part pour son - gouvernement de Guyenne.--Son entrée triomphale à Bordeaux._ - - -Le 19 janvier 1758, Bernis expliquait ainsi à Stainville le rappel du -Maréchal: - -«Je suis fâché que M. de Richelieu, par son obstination à revenir ici, -et le peu d’ordre et de volonté qu’il a su mettre dans ses opérations -et dans son armée, ait fait décider son retour. Vous savez que le roi -ne se souciait pas de l’envoyer. Il a de bonnes choses, mais il faut -avouer que la tête lui tourne aisément, qu’il ne veut rien faire que -ce qu’il a imaginé et qu’il a plus songé, cette campagne, à faire la -paix qu’à pousser la guerre avec vigueur. M. de Clermont vaudra-t-il -mieux?... M. de Richelieu va bien fronder ici et cabaler. Je lui -conseillerais le contraire. Il devrait aller à Richelieu quelque -temps[530].» - - [530] _Mémoires et Lettres de Bernis_ (édit. Frédéric Masson), - t. II, p. 168. - -Évidemment, pour Bernis, c’était la meilleure des solutions: car il -se doutait bien que Richelieu rentrait en France, le cœur ulcéré et -méditant de retentissantes vengeances. Cependant Stainville, si les -lettres qu’en publie Soulavie dans les _Mémoires de Richelieu_ sont -authentiques, avait cherché à calmer le dépit et le ressentiment -du Maréchal, en flattant sa vanité et en l’assurant des plus -augustes sympathies; du même coup, à vrai dire, il désavouait, mais -discrètement, son ministre et ami[531]: - - [531] Au dire de SOULAVIE (_Mémoires de Richelieu_. T. IX, p. - 239) Stainville représentait à Marie-Thérèse l’abbé de Bernis - comme un homme dangereux ou découragé, qu’il fallait chasser - par conséquent de sa place... - -«Votre position, qui vous affecte, est la plus brillante de l’Europe... -_on clabaudera toujours à Versailles_ contre ceux qui font quelque -chose[532].» - - [532] SOULAVIE: _Mémoires du Maréchal de Richelieu_, t. IX, pp. - 202 et suiv. Déjà Stainville, à la nouvelle de la Capitulation - de Closter-Seven, avait envoyé à Richelieu ses félicitations - et celles de la Cour de Vienne. Et même il ajoutait: «Il faut - profiter du mois d’octobre pour faire évacuer l’Elbe au roi de - Prusse; vous serez, de tous côtés, Monsieur le Maréchal, le - vainqueur de ce fleuve.» - -Stainville était plus explicite encore dans sa lettre du 3 décembre: -«J’ai déjà eu l’honneur de vous mander, Monsieur le Maréchal, que -vous êtes à merveille ici; et je dois ajouter que l’Impératrice et -M. de Kaunitz ont été les premiers à me dire qu’il était de toute -nécessité que vous _restassiez seul commandant des forces du roi en -Allemagne_[533]...» - - [533] SOULAVIE: _Mémoires du Maréchal de Richelieu_, t. IX, p. - 213. - -D’un autre côté, en homme qui voulait ménager la puissante protectrice, -dont l’influence allait bientôt l’appeler au ministère des affaires -étrangères, Stainville entendait excepter Mme de Pompadour de la cabale -de Versailles «clabaudant» contre un général trahi par la Fortune: - -«Je suis certain, lui écrivait-il, que Mme de Pompadour n’est pas du -nombre... Il est vrai qu’elle aurait peut-être désiré dans le temps que -M. de Soubise fût renforcé plus tôt... Je suis sûr, croyez-moi, qu’elle -ne l’a dit à personne[534]...» - - [534] SOULAVIE: _Mémoires de Richelieu_, t. IX, pp. 202 et suiv. - -A Vienne, peut-être; mais à Versailles, à Choisy, à Paris, ainsi -que dans toutes ses villégiatures, la Marquise se répandait, comme -nous l’avons vu, en lamentations indignées sur l’abandon dans lequel -Richelieu laissait Soubise. - -Son antipathie, difficilement contenue, contre le Maréchal s’était -donné de nouveau libre carrière, au lendemain des surprises de -Closter-Seven. La malignité publique lui attribuait même, à la veille -de la capitulation, une estampe satirique représentant le comte -d’Estrées, en train de fouetter le duc de Cumberland avec une branche -de laurier, dont Richelieu ramassait les feuilles pour s’en tresser une -couronne[535]. - - [535] CAMPARDON: _Mme de Pompadour et la Cour de Louis XV_, p. - 212.--_Journal_ de BARBIER (édit. in-8º), t. VI, p. 552. - -Il n’est guère vraisemblable que Mme de Pompadour fût l’auteur d’une -telle épigramme: car, à cette date, la trêve, consentie entre les deux -parties par leur réconciliation, jouait encore; puis la Marquise ne -cultivait pas la caricature; elle gravait pour la plus grande gloire -de son seigneur et maître. Mais elle regagna le temps perdu dans sa -nouvelle campagne contre l’éternel ennemi. - -Déjà Pâris-Duverney avait formellement renié le Maréchal après la -rupture de la Convention de Closter-Seven. Celui-ci s’était permis de -négliger les avis du financier! Dès lors Pâris-Duverney «cessa de le -croire utile à l’armée[536]». - - [536] _Correspondance historique et particulière du Maréchal de - Richelieu en 1756, 1757, avec M. Pâris-Duverney_ (édit. par le - Général de Grimoard), 1789, préface p. XXI. - -D’autres griefs, beaucoup plus graves, et malheureusement trop -justifiés, étaient depuis longtemps formulés contre le Maréchal: -«Le pillage de notre armée, disait Bernis à Stainville, a été -poussé à l’extrême; et, sur cet article, M. de Richelieu n’est pas -excusable[537].» - - [537] _Mémoires et Lettres de Bernis_ (édit. F. Masson), t. II, - p. 178. Lettre du 30 janvier 1758.--D’après DUCLOS (_Mémoires_, - t. II, p. 286) Bernis avait proposé à Richelieu, avant qu’il - ne partît, d’augmenter ses appointements; mais le Maréchal, - «colorant son avarice d’un air de dignité, refusa, disant qu’il - ne devait renoncer à aucun de ses droits de général». - -Ce «pillage», Richelieu l’avait instauré, et comme méthodiquement -organisé, dès son entrée en terre allemande; et l’abus de ces exactions -était devenu si criant que nos soldats--toujours friands de ces surnoms -pittoresques--avaient baptisé leur général en chef «le petit père La -Maraude». - -Il va sans dire qu’ils suivaient ce déplorable exemple et que l’armée -était en proie au plus effroyable désordre, comme à la plus avilissante -gabegie. Quelle nouvelle contradiction chez un homme qui nous en a -déjà offert de si nombreuses et de si déconcertantes! Alors qu’au -moment où sa fortune militaire lui permettant d’anéantir toute une -armée, il avait eu un geste à la fois humain et généreux, il livrait -tout un pays, malgré les instructions précises de son gouvernement, -aux horreurs d’un pillage en règle, qu’allait aggraver encore le -châtiment d’une infraction aux lois de l’honneur. Les protestations -du landgrave ne reposaient donc pas sur des faits imaginaires; et le -duc de Cumberland, retiré à Londres, avait pu dire, en parlant de la -conquête du Hanovre par les Français, que les «alliés de l’Angleterre -étaient quarante mille poltrons fuyant devant cent mille bandits[538]». -Frédéric lui-même, Frédéric qui avait tant de méfaits de ce genre -sur la conscience, oubliant la lettre pateline qu’il avait adressée -deux mois auparavant à Richelieu, lui fit écrire par son frère, -le prince Henri, que des représailles seraient exercées sur les -officiers français prisonniers, si le pays continuait à être aussi -impitoyablement dévasté[539]. - - [538] _Galerie des aristocrates et Mémoires secrets_ (attribués - à Dumouriez), 1790.--L’auteur va même jusqu’à dire (tant - les opinions en matière d’honneur sont variables!): «Il est - impossible à tout brave homme aimant sa patrie de désapprouver - l’infraction du traité de Closter-Seven; notre façon de jouir - de nos conquêtes a légitimé la rébellion: elle était juste et - forcée.» - - [539] SOULAVIE: _Mémoires du Maréchal de Richelieu_, t. IX, p. - 194.--FAUR: _Vie privée_, t. II, p. 184. - -Plus tard, quand il fut question des déprédations et des contributions -excessives infligées à ces «victimes innocentes», comme il les appelait -lui-même, le Maréchal invoquait, pour légitimer ses exactions, les -droits de la guerre et ceux des généraux en chef. Les précédents, -hélas! ne manquaient pas. C’était, entre autres, les rapines du grand -Villars, sous lequel Richelieu avait servi et plus récemment, celles -de Maurice de Saxe et de Löwendahl, d’illustres guerriers, et... -d’abominables pillards, mais qui n’étaient pas Français[540]. - - [540] Si l’Histoire doit juger sévèrement un tel abus de la - force et un tel mépris du droit des gens, quelle ne sera pas la - rigueur de sa sentence contre les arrières-petits-fils de ces - «innocentes victimes», contre leurs chefs et leurs souverains, - dont les exécutions militaires, à l’aurore du XXe siècle et - dans une guerre sans précédents, ont dépassé en horreur tout - ce que l’imagination peut concevoir de plus inique, de plus - atroce, de plus barbare? Ces modernes Vandales nient, contre - l’évidence, quand ils ne s’en glorifient pas, leurs attentats - à la justice et à la propriété, à la liberté et à la vie des - peuples--ce patrimoine éternel de l’humanité. Quel contraste - avec la mentalité française, même sous le règne du pouvoir - absolu! L’opinion publique se prononça énergiquement, dans - notre pays, contre le système de défense de Richelieu. - -Le Maréchal rentra donc dans Paris, comme le dit Moufle -d’Angerville[541] avec son âpreté coutumière, «chargé de dépouilles -glorieuses sans doute, s’il les eût acquises en combattant, mais -honteuses, puisqu’elles étaient moins le fruit de ses victoires que de -sa cruauté et de son avarice». - - [541] MOUFLE D’ANGERVILLE: _Vie de Louis XV_, t. VI, p. 54. - -Bernis annonçait, le 4 février, à Stainville, l’arrivée imminente de -Richelieu: «Il paraît assez philosophe. Dieu veuille qu’il soit sage -quand il sera ici!» - -On le vit surtout aigri, mécontent et soucieux de dégager sa -responsabilité de l’issue désastreuse d’une campagne, que ses débuts -laissaient pressentir si belle et si fructueuse pour la France. - -Luynes et Bernis ont présenté, chacun à leur manière, ce retour d’un -vainqueur dont l’effort était resté stérile. - -Dans son _Journal_ de janvier 1758, Luynes ne se fait pas faute -d’admirer les dispositions prises par Richelieu au terme de ses -opérations militaires. Le mois suivant, il montre le courtisan au -coucher du roi, accueilli par le prince avec une rare bonté. Le 8 mars, -Richelieu, accompagné de son cousin d’Aiguillon, va rendre visite, «par -devoir», au Maréchal de Belle-Isle. Il est vrai qu’avant de partir -pour l’armée, il avait déclaré ouvertement qu’il ne voulait «dépendre -en aucune manière de lui, ni prendre ses conseils[542]». De fait, de -toute la campagne, il n’avait daigné correspondre avec Belle-Isle[543]; -mais, celui-ci, depuis le 29 février, remplaçait Paulmy, secrétaire -d’État à la Guerre pendant treize mois. Richelieu était donc tenu à -plus de circonspection. - - [542] LUYNES: _Journal_, t. XVI, 3 mars 1758, p. 387. - - [543] _Ibid._, 18 mars 1758, p. 389. - -De même, il ménageait Bernis qu’il voyait chaque jour; si parfois -il s’en plaignait, c’était secrètement; car, en public, il ne lui -prêtait, ni méchants propos, ni manœuvres malveillantes à son égard: -il savait trop bien, affirmait l’abbé, que «je l’avais traité comme un -ami, tandis que, comme ministre des affaires étrangères, je pouvais -demander qu’il fût puni[544]». Bernis, dans un entretien avec Luynes, -attribuait, en effet, à Richelieu seul, l’avortement de la Convention -de Closter-Seven. Mais le Maréchal avait informé Belle-Isle qu’il -comptait remettre au roi un mémoire explicatif, où il lui exposerait -sa conduite au cours de l’expédition et dans quelle situation il avait -laissé l’armée. - - [544] BERNIS: _Mémoires et Lettres_, t. II, p. 34. - -Quelques jours après, il portait le double de ce travail au ministre; -et, dans cette seconde visite qui dura trois quarts d’heure, Richelieu -fit preuve de la plus aimable courtoisie: c’était, disait-il, «à -la personne et non à la place qu’il entendait rendre ainsi ses -devoirs[545]». C’était aussi afin de remercier une fois de plus -Belle-Isle de l’emploi qu’il avait trouvé pour Fronsac, nommé tout -récemment brigadier. - - [545] LUYNES: _Journal_, t. XVI, 18 mars, p. 390. - -D’autre part le ministre avait fait tenir de sages conseils à Richelieu -par l’intermédiaire de M. de Beauvau. Il l’exhortait à modérer la -vivacité de ses récriminations, car les plaintes arrivaient chaque -jour, plus nombreuses et plus pressantes, du pays de Hanovre[546]; -et Richelieu devait avoir à cœur, dans l’intérêt de son honneur, de -chercher une «justification» éclatante et publique, nécessaire pour -la gloire du roi et du nom français, justification qui serait insérée -«dans les gazettes». - - [546] LUYNES: _Journal_, t. XVI, pp. 340-343.--_Mémoires_ et - _Lettres_ de Bernis, t. II, p. 133. - -A Paris, également, l’opinion publique se montrait implacable. Elle -accusait Richelieu de trahison--mot dont on abuse en France, pour -flétrir des généraux ou des diplomates malheureux; idée qui devait se -cristalliser, par la suite, dans le vocable, resté ineffaçable depuis -plus de cent cinquante ans, de _Pavillon du Hanovre_[547]. - - [547] MOUFLE D’ANGERVILLE: _Vie de Louis XV_, t. VI, p. 54: «Il - porta l’impudence au point de s’en (de ses exactions) ériger, - en quelque sorte, un trophée par un pavillon superbe, qu’il fit - construire aux yeux de la Capitale, et que les persifleurs, par - une dérision amère, appelèrent le _Pavillon du Hanovre_.» - -Aux yeux des adversaires irréductibles du Maréchal, ce magnifique -palais représentait moins le bénéfice inavouable de la campagne, que le -prix d’une honteuse forfaiture. Dieudonné Thiébault, le père du général -et l’un des familiers de Frédéric, formule de graves accusations -contre l’honneur militaire de Richelieu, pour les avoir entendues -dans la bouche de «plus de cent Prussiens». Après la capitulation -de Closter-Seven, Dunkelmann, le gardien du trésor de Frédéric, -transporté à Magdebourg, aurait offert une somme considérable au -Maréchal, qui l’accepta, pour qu’il n’allât pas plus loin. Car, avec -ses «trois bataillons ruinés» et ses 1.500 déserteurs, la défense de -Magdebourg était impossible. Et, «depuis, ajoute Thiébault, Dunkelmann -a constamment joui de la confiance du roi et d’une considération -particulière dans le public[548]». - - [548] THIÉBAULT: _Mémoires_ (édition Barrière), t. II, p. - 199.--Soulavie reconnaît également que Magdebourg n’aurait pu - résister et déduit de l’inaction de Richelieu qu’il devait être - «de connivence» avec le roi de Prusse. Depuis, Sainte-Beuve, - toujours très dur pour le Maréchal, cite cette phrase perfide - (_Premiers lundis_, t. XI) de Frédéric, faisant allusion aux - contributions de guerre perçues par Richelieu: «Il n’est - pas douteux que les sommes qui passèrent entre les mains - du Maréchal, ne ralentirent considérablement dans la suite - son ardeur militaire.» Mais Sainte-Beuve ajoute prudemment - «je me méfie de Frédéric». Par contre, Faur affirme que - Richelieu resta toujours «fidèle» à ses devoirs. Ce qui est - certain, c’est que l’échec d’une capitulation qu’il estimait - inattaquable, semble l’avoir hypnotisé au point de lui enlever - tout esprit de direction et de décision. - -Mais, autant la rapacité du vainqueur, en pays conquis, est indéniable, -autant sa vénalité sur le champ de bataille n’est guère vraisemblable. -Elle eût été plus inepte encore qu’odieuse. La prise de Magdebourg (et -les instructions données au généralissime la prévoyaient) assurant le -succès définitif de la campagne, Frédéric était perdu; et le Maréchal -dictait, comme il y comptait bien, la paix à l’Europe. - -Peut-être Richelieu avait-il trop sacrifié aux exigences de son esprit -vaniteux et léger, en continuant sa correspondance avec Frédéric. -Déjà Bernis, à propos de la première lettre qui en avait marqué les -débuts, l’avait doucereusement persiflé, dans sa dépêche du 3 octobre à -Stainville: «M. de Richelieu est un peu embarrassé d’une lettre pleine -de louanges que le roi de Prusse lui a écrite en lui proposant de faire -la paix. Le Maréchal ne serait pas fâché de la faire en effet et le -Danemark aussi.» - -Dans d’autres dépêches, ou dans ses _Mémoires_, Bernis constate, -non moins malicieusement, et à plusieurs reprises, que Frédéric -amuse Richelieu, ou lui tend des pièges, soit directement, soit par -l’intermédiaire de la margrave de Bayreuth. Mais c’est encore cette -même lettre du 3 octobre, adressée à Stainville, qui trahit, par une -insinuation adroitement voilée, le peu de bienveillance de Bernis pour -le Maréchal, bien qu’il se défende toujours de lui vouloir aucun mal. - -Le ministre écrit donc à Stainville qu’il a fait mettre à la Bastille -un «émissaire» du comte de Newied, «le plus intrigant des comtes de -l’Empire», dont la correspondance avec le roi de Prusse vient d’être -découverte à Vienne. A vrai dire, «on n’a rien trouvé dans les papiers -de cet émissaire»; il a simplement déclaré qu’un secrétaire du Maréchal -de Richelieu «avait proposé de donner Neuchâtel à notre amie pour -l’attacher au roi de Prusse». - -Le détenu n’était pas un inconnu pour Bernis: c’était un chambellan -du margrave d’Anspach, nommé Barbut de Maussac, qui était venu une -première fois à Paris, en février 1757, et déjà, sans doute, comme -agent secret du comte de Newied[549]. - - [549] M. Frédéric Masson qui a consulté les Archives des - Affaires étrangères pour avoir le mot de cette mystérieuse - énigme, n’a rien trouvé de plus que les faits signalés par - Bernis. Il croit que le comte de Newied était un espion à la - solde, et de l’Autriche, et de la Prusse. (Note des _Mémoires_ - et _Lettres_ de Bernis, t. II, pp. 122-124.) Mais, dans un - article du _Correspondant_, du 25 avril 1914, les _Ancêtres du - nouveau roi d’Albanie, les princes de Wied-Newied au XVIIIe - siècle_, l’auteur, le _comte Palluat de Besset_, a repris la - question et présente «l’intrigant» désigné par Bernis, comme - un pacifiste désintéressé, soucieux de rétablir les bonnes - relations entre la France et la Prusse. - -Or, le 7 juillet de cette même année, Frédéric écrivait à sa sœur, la -margrave de Bayreuth: - -«Puisque, ma chère sœur, vous voulez vous charger du grand ouvrage de -la paix, je vous supplie de vouloir envoyer M. de Mirabeau[550] en -France. Je me chargerai volontiers de sa dépense: il pourra offrir -jusqu’à cinq cent mille écus à la favorite pour la paix; et il pourrait -pousser ses offres beaucoup au-delà, si, en même temps, on pouvait -l’engager à nous procurer quelques avantages. Vous sentez tous les -ménagements dont j’ai besoin dans cette affaire et combien peu j’y dois -paraître; le moindre vent qu’on en aurait en Angleterre pourrait tout -perdre.» - - [550] Le chevalier, puis bailli de Mirabeau, frère puîné du - Marquis. - -Frédéric avait le goût de la correspondance, et plus encore celui des -promesses, quitte à ne pas les tenir: c’est, on le sait, dans les -traditions de la diplomatie prussienne. - -Mirabeau remplit sa mission, mais sans succès. Parallèlement, -l’«espion» du comte de Newied s’efforça de s’acquitter de la sienne. -Le 6 août, il portait une lettre de son maître au Maréchal de -Belle-Isle, lequel lui remettait sa réponse. Le 22, de retour à Newied, -il rendait compte à un envoyé du roi de Prusse de sa négociation; -et le 23, Frédéric recevait une lettre signée Van der Hayn, qui -l’engageait à céder à Mme de Pompadour, «cette femme insatiable», les -deux principautés de Neuchâtel et de Valengin, «dont il ne faisait -rien[551]». Dans ce but, le roi de Prusse devrait envoyer à la Cour de -Versailles Barbut de Maussac qui «promet la plus heureuse issue». - - [551] De fait, Frédéric n’attachait aucune importance à la - possession de deux provinces, «à 300 lieues de Berlin», - disait-il. On sait du reste que Neuchâtel fut réuni - solennellement à la Confédération Helvétique en 1858. - -Ce fut, en effet, une belle ambassade: le chambellan du margrave -d’Anspach et son digne auxiliaire, le colonel Balbi, munis de faux -passe-ports, arrivaient à peine à Paris, qu’ils étaient arrêtés tous -deux comme espions de Frédéric, et menés à la Bastille, d’où Maussac ne -put sortir qu’un an après[552]. - - [552] Dans son article du _Correspondant_, M. Palluat de Besset - cite, d’après la _Politische Correspondenz B 15 Prusse C.D. - supplément X_, une lettre datée du 25 septembre 1757, dans - laquelle Frédéric autorise «ses amis» à promettre de sa part la - cession VIAGÈRE de Neuchâtel et de Valengin à la favorite, «se - flattant que Mme de Pompadour emploiera tout son crédit, afin - que les articles de paix lui soient avantageux». - -Déjà, Bernis, lorsqu’il avait raconté à Stainville comment il avait -éconduit Mirabeau, s’était plaint de l’insistance apportée par -Richelieu à contrecarrer «l’affermissement du crédit» de la Marquise. - -Le Maréchal n’était cependant pour rien dans l’intrigue de -Balbi-Maussac. Il ne le fut pas davantage dans celle du Suisse -Gampert, où il devait néanmoins jouer un rôle, plutôt désagréable -pour Frédéric, qui était bien le metteur en scène, dans la coulisse, -de ces misérables imbroglios. Mais Bernis avait trouvé le moyen de -les enchevêtrer encore, en les confondant; et ce n’était certes pas -dans l’intention de rendre service au Maréchal, car il écrivait, le -8 novembre, à Stainville: «M. de Richelieu a vu un émissaire du roi -de Prusse, qui est impliqué dans l’affaire de Newied: il ne l’a pas -fait arrêter, quoiqu’il soit venu à son armée sous un faux passe-port: -tout cela donne matière à des soupçons faux, à ce que je crois, mais -vraisemblables. Il me faudra écrire des mémoires pour détruire toutes -ces chimères. M. de Richelieu a trouvé l’homme qu’on croyait son -secrétaire et qui avait proposé la principauté de Neuchâtel pour Mme de -Pompadour. Nous lui mandons de nous l’envoyer à la Bastille.» - -Il fait bon de consulter les _Archives de la Bastille_, quand il -s’agit de ces aventuriers, ou tout au moins d’«hommes à projets», dont -regorgea le XVIIIe siècle, et qui peuplèrent, à cette époque, la prison -d’État. - -Nous découvrons, en effet, dans cette mine de documents, à côté du -dossier Balbi-Maussac[553], signalé par le comte Palluat de Besset, -celui de Gampert, l’intrigant[554], qui (le Gouvernement dut le -reconnaître) n’était l’associé, ni de Balbi, ni de Maussac. - - [553] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_ - 11969. Dossier de BARBUT DE MAUSSAC indiqué par M. Palluat de - Besset. - - [554] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_ - 11998. Dossier de GAMPERT. - -La fiche qui le concerne et les documents qui l’accompagnent -rétablissent la vérité des faits. - -Ce Gampert, qui s’était présenté au camp de Richelieu, pourvu ou non -d’un faux passe-port, comme les Balbi et les Maussac, n’en avait pas -moins été arrêté, en _octobre_, dans la ville de Hanovre, par les -soins du Maréchal, puis dirigé sur Strasbourg, et enfin conduit à la -Bastille, le 24 juillet 1758[555]. - - [555] GAMPERT sortit de la Bastille le 24 janvier 1759, et fut - immédiatement reconduit à la frontière avec «un ordre d’exil». - -Il avait mis, comme on voit, plus de neuf mois pour arriver à sa -destination. - -Il se disait autorisé à faire des propositions de paix, en offrant, de -la part de Frédéric, à _une princesse française_, et à son défaut, _à -Mme de Pompadour_, les principautés de Neuchâtel et de Valengin. - -Très vraisemblablement, cet intermédiaire était un nouvel envoyé du -roi de Prusse. Certes, Frédéric ne pouvait s’illusionner sur le sort -réservé à ses tentatives de négociations. Il savait trop la haine que -lui avait vouée la Marquise, pour espérer qu’elle cédât à l’amour du -lucre ou à la gloriole des titres. Mais il suffisait au machiavélisme -de l’astucieux monarque, que ses propositions d’accommodement fussent -adressées de toutes parts à la maîtresse de Louis XV. A son compte, de -ces démarches, si souvent renouvelées, devraient rejaillir des soupçons -sur la probité politique de sa mortelle ennemie. Et les étendre jusqu’à -Richelieu, c’était le comble de la fourberie diplomatique, bien que -Frédéric n’eût aucune raison d’animosité contre le Maréchal. - -Mieux encore, la sympathie de celui-ci pour celui-là, conforme aux -traditions ancestrales hostiles à la maison d’Autriche, pouvait être -exploitée comme une des causes de l’inaction «voulue» du vainqueur -de Closter-Seven, qui avait sauvé miraculeusement la Prusse de -l’effondrement définitif[556]. - - [556] C’est la thèse... philosophique de Soulavie, contre - laquelle s’élève, à si juste titre, M. Frédéric Masson; - et c’est peut-être par allusion aux déclarations du futur - diplomate révolutionnaire, que Capefigue attribue le désastre - de Rosbach à la secte des philosophes (voir p. 315). - -Pour le parti qui aspirait à la perte du Maréchal, le mot _inaction_ -était synonyme du terme _trahison_; et c’était sous cette accusation, -injuste autant que perfide, qu’on prétendait écraser le favori de -Louis XV. - -On comprend, de reste, l’état d’âme de Richelieu, quand il se sentit la -fable de la Cour et de la Ville. Son orgueil démesuré, qui lui rendait -plus sensibles les erreurs et les fautes du gouvernement[557], ne -pouvait cependant lui dissimuler les siennes; et le duc de Croÿ a très -bien défini une mentalité qui ne s’ignorait pas, quand il dit, dans -son _Journal_: «M. de Richelieu fut reçu froidement... Il n’était pas -plus content des autres qu’on ne l’était de lui... Il avait perdu la -discipline et fait une étonnante campagne[558].» - - [557] Il ne pouvait entendre parler de sang-froid de la - capitulation de Closter-Seven, affirment les _Souvenirs de deux - anciens militaires_ (1813), pp. 65 et suiv. «C’est, disait-il, - de toutes les intrigues de Cour, la plus atroce; on voulait - continuer la guerre, on voulait me perdre; jamais je ne me suis - conduit avec plus de prudence et plus de bonheur.» C’était - troubler sa digestion que d’aborder un tel sujet. - - [558] DUC DE CROŸ: _Journal_ (édit. de Grouchy et Cottin), t. - I, p. 418. - -Rompu aux intrigues de Cour, il sut enfin se persuader que, pour le -moment, son rôle était fini. Mme de Pompadour, malgré tous les assauts -qu’avait eu à subir son crédit, était encore la souveraine maîtresse du -royaume et du roi. Dès lors, Richelieu pouvait-il espérer (et d’abord -l’eût-il voulu?) qu’on lui confiât le commandement d’une nouvelle -armée? Encore moins devait-il compter sur une place au Conseil. La -Marquise et ses amis en occupaient toutes les avenues. Et le roi -lui-même, malgré son extrême indulgence et son amitié, restée immuable, -pour le Maréchal, s’enracinait plus encore, avec son entêtement -ordinaire, dans cette idée, que Richelieu était trop léger et trop -prompt pour devenir jamais un bon ministre. - -Aussi, par dégoût et peut-être encore par philosophie, le Maréchal -se dit-il qu’il serait plus sage de renoncer momentanément à la vie -militaire et politique qui lui donnait actuellement tant de déboires. -Il lui restait assez d’agréables et brillantes compensations, pour -ne pas trop regretter le rêve qu’avait fait miroiter à ses yeux le -souvenir des gloires familiales. Il pouvait partager désormais son -temps entre l’administration de son gouvernement de Guyenne et les -devoirs de sa charge de premier gentilhomme qui lui assurait encore une -influence considérable. A Paris et à Versailles, il pontifiait toujours -au nom de l’étiquette; il était le doyen de l’Académie, il régentait -les théâtres et les comédiens, commandait à la mode, éblouissait par -son faste; il était, par définition, le protecteur des Lettres et -des Arts. A Bordeaux, il se sentait plus puissant encore; et il se -promettait d’y jouer le rôle de despote et de sultan, car il n’avait -rien abdiqué de son autoritarisme, ni de son goût passionné pour les -femmes. - -Sa vieille amie, «la grosse duchesse» d’Aiguillon, qui était en même -temps sa cousine, était partie lui préparer le terrain. La tâche était -délicate. La belle expédition de Minorque avait naguère enthousiasmé -les Bordelais, mais la déconvenue de Closter-Seven avait transformé -les dithyrambes en satires. Heureusement, la duchesse ne manquait -pas d’entregent; elle avait des intelligences dans la place et sut -retourner l’opinion publique[559]. - - [559] GRELLET-DUMAZEAU: _La société bordelaise au XVIIIe - siècle_, pp. 201 et suiv.--En 1756, D’Argenson écrivait (t. - IX, p. 303), d’après des bruits de Cour, que Richelieu allait - épouser la Dlle d’Aiguillon, «intrigante qui s’ennuie de n’être - rien à la Cour»; n’était-ce pas plutôt la duchesse douairière - qui était veuve? - -Le Maréchal en profita pour faire une entrée solennelle dans la -capitale de sa riche Satrapie. Des barques, magnifiquement décorées -et pavoisées, l’attendaient à Blaye, lui et sa suite. Les navires qui -stationnaient le long du fleuve, et le Château-Trompette le saluèrent -de salves d’artillerie pendant qu’il remontait jusqu’à Bordeaux. -Lorsqu’il descendit à terre et qu’il passa sous l’arc de triomphe -dressé sur la Place Royale, le Parlement vint l’y haranguer. Puis -Richelieu monta à cheval et se rendit, accompagné de toute la noblesse -de la province, à la Cathédrale, où fut chantée une messe d’action de -grâces. - - * * * * * - -Ainsi devait se terminer, dans une opulente sinécure, la vie politique -et militaire d’un homme qui avait joué, sur les deux théâtres les plus -en vue, à la Cour comme à l’Armée, un rôle de la première importance. -Ce n’est pas qu’il l’eût abandonné sans espoir de retour: il comptait, -au contraire, le reprendre, pour l’échanger, à l’heure propice, -contre celui qui n’avait cessé d’être le but de toutes ses ambitions, -le personnage de premier ministre; mais il avait été inconsciemment -victime d’un de ces accès de bouderie dont il était coutumier. Il était -parti de son plein gré; on oublia de le rappeler. - -Aussi bien la place n’était guère enviable, quoique enviée par tant de -compétiteurs, qui s’y croyaient appelés par leur compétence et leurs -talents, alors que ces affamés de pouvoir n’avaient d’autre capacité -que celle de leurs appétits. Au reste, jamais la Cour n’avait été le -foyer de plus misérables, ni de plus basses intrigues. En présence -d’un roi fainéant, indifférent et impénétrable, asservi désormais à -ses passions, les partis se livraient des combats, acharnés dans leur -perfidie sournoise, où les amis de la veille devenaient les ennemis du -lendemain, facilement réconciliables pour des luttes nouvelles. - -Le pays n’était pas moins profondément divisé sur tous les terrains, -politiques, militaires, religieux, financiers. - -Les temps étaient proches, où les visions d’un prophète, que nous -avons si souvent consulté, le marquis d’Argenson, allaient devenir de -saisissantes réalités: «L’anarchie marche à grands pas..., écrit-il... -On entend murmurer ces mots de liberté, de républicanisme; déjà les -esprits en sont pénétrés et l’on sait à quel point l’opinion gouverne -le monde. Le temps de l’adoration est passé: ce nom de maître, si doux -à nos yeux, sonne mal à nos oreilles. Il se peut qu’une nouvelle forme -de gouvernement soit déjà conçue en de certaines têtes, pour en sortir, -à la première occasion, armée de toutes pièces. Peut-être la Révolution -s’opérera-t-elle avec moins de contestation que l’on ne pense: il n’y -faudra, ni princes du sang, ni seigneurs, ni fanatisme religieux, tout -se fera par acclamation... - -«Aujourd’hui tous les ordres sont à la fois mécontents: le militaire -congédié depuis la paix; le clergé offensé dans ses privilèges; les -parlements, les corporations, les pays d’État avilis; le bas peuple -accablé d’impôts, rongé de misère; les financiers seuls triomphants... -Partout des matières combustibles... D’une émeute on peut passer à la -révolte, de la révolte à une totale révolution; élire de vrais tribuns -du peuple, des Consuls[560]....» - - [560] _Mémoires et Journal_ du marquis D’ARGENSON (édition - elzévirienne 1858) t. V, pp. 346-347. - - -FIN - - - - -TABLE DES MATIÈRES - - - AVANT-PROPOS V - - CHAPITRE PREMIER - - La naissance de Richelieu-Fronsac.--Un ressuscité qui - devient nonagénaire.--Première enfance.--Une éducation - négligée.--Succès de Fronsac à la Cour.--L’habit de - belle-mère.--Esprit d’à-propos d’un danseur.--Mariage - d’enfants.--Un ancêtre de Chérubin.--Imprudences de la - duchesse de Bourgogne; effronterie de Fronsac.--Premier séjour - à la Bastille. 1 - - CHAPITRE II - - Quatorze mois de Bastille.--Sollicitude du Gouverneur - Bernaville pour son prisonnier.--Visite de la petite - duchesse de Fronsac à son époux: les suites d’un mariage - blanc.--Études et «amusements» du détenu.--Attaque de - petite vérole: traitement du malade.--Isolement et terreurs - de Fronsac.--Sa guérison; sa convalescence.--Bulletins de - Bernaville.--Repentir, en apparence, sincère, de Fronsac.--Sa - mise en liberté. 10 - - CHAPITRE III - - Fronsac, en Flandre, sous le commandement de Villars.--Le - siège de Marchiennes.--Fronsac est blessé à Fribourg.--Comment - il est accueilli, à Marly, par le roi.--Il revoit la duchesse - aux yeux bleus qui avait reçu ses adieux avant son départ - pour l’armée.--L’amitié succède à l’amour.--Le roman de Mme - Michelin: perfidie et cruautés de Fronsac.--Mort du duc de - Richelieu: un beau geste de son héritier.--Les dernières - heures de Mme Michelin. 19 - - CHAPITRE IV - - Richelieu sous la Régence.--Mort de sa femme qui le laisse - tout consolé.--Premier conflit de Richelieu avec le duc - d’Orléans: duel manqué.--Duel autrement sérieux avec - Gacé.--Les deux adversaires à la Bastille: cinq mois de - détention.--Amours princières de Richelieu: les escapades - d’une arrière-petite-fille du Grand Condé.--Colère du duc de - Bourbon.--Richelieu chansonné. 27 - - CHAPITRE V - - Visées amoureuses de Richelieu.--Mlle de Valois, fille du - Régent.--A la table de jeu.--Travestissements de Richelieu - pour pénétrer chez Mlle de Valois.--La porte secrète et - l’armoire aux confitures.--Ce que pense la grand-mère, - duchesse douairière d’Orléans, de la «coqueluche» de la - Cour.--Une aventure galante de Richelieu.--Le «petit crapaud». 36 - - CHAPITRE VI - - La Conspiration de Cellamare.--Malgré ses dénégations, - Richelieu avait pactisé avec l’Espagne.--Son arrestation - tardive et mouvementée.--Il est enfermé pour la troisième - fois à la Bastille.--Rigueur, dans le début, de son - incarcération.--Animosité de la Palatine contre «le - gnome».--Intervention des deux princesses en faveur de - Richelieu qui obtient de notables adoucissements.--Le duo - d’_Iphigénie_.--Véhémente indignation de la Palatine contre - sa petite-fille.--A quel prix celle-ci obtient la grâce et la - liberté de Richelieu.--La duchesse de Modène. 44 - - CHAPITRE VII - - Exil de Richelieu dans son château du Poitou.--Son séjour - passager à Conflans et à Saint-Germain: diversions - parisiennes.--Sa retraite à Richelieu lui permettra - de rétablir ses affaires.--Il y donne l’hospitalité à - Voltaire.--Il obtient la grâce de revenir à Paris, puis à la - Cour.--Faux bruit de son mariage avec Mlle de Charolais.--Son - prétendu voyage, en colporteur, à la Cour de Modène.--Galerie - monastique de Richelieu.--Il succède, comme académicien, au - marquis de Dangeau; son discours; incidents de sa réception. 65 - - CHAPITRE VIII - - Nouvelles aventures de Richelieu.--Mme de Villeroy et Mme - d’Alincourt.--Comment Richelieu se venge du Régent.--Duel avec - le duc de Bourbon.--Une légende dorée.--Mlle de Maupin n’a pu - être la maîtresse de Richelieu.--Le duel de Mmes de Nesle et - de Polignac.--Amitié de Richelieu pour le duc de Melun. 79 - - CHAPITRE IX - - Le duc de Richelieu prend séance, comme pair, au - Parlement.--Le duc de Bourbon l’envoie en ambassade à - Vienne.--Fanfarinet: couplets satiriques.--Instructions du - gouvernement français au nouveau diplomate.--Richelieu doit - miner l’influence espagnole à Vienne.--Prompt départ de - l’aventurier Ripperda.--Embarras financiers de Richelieu: son - «entrée» à Vienne.--Son activité: ses succès plus ou moins - discutés en matière de diplomatie galante. 88 - - CHAPITRE X - - Prédilection de Richelieu pour la cabale et les opérations - magiques.--Affaire de satanisme à Vienne: ses différentes - versions.--Richelieu obtient le chapeau de Cardinal pour - Fleury.--Succès de sa mission diplomatique.--Son retour - en France.--Nouvelles imprudences sur le terrain de la - galanterie.--Il est plus circonspect en politique: la - conjuration des Marmousets.--Richelieu conquiert de nouveaux - grades dans l’armée et «commande pour le roi» en Languedoc. 100 - - CHAPITRE XI - - Le second mariage de Richelieu.--Voltaire l’a mené comme une - «comédie».--Richelieu retourne à l’armée: son duel avec le - prince de Lixin.--Sa femme, la princesse de Guise, est une - nature d’élite.--Comme elle seconde son mari aux États de - Languedoc.--Une anecdote du marquis de Valfons.--Richelieu - fidèle pendant six mois.--L’intrigue avec Mme de la - Martellière.--Les cabinets particuliers de la Galerie des - Tuileries.--Amour passionné de la duchesse pour son mari.--Ses - derniers moments. 112 - - CHAPITRE XII - - Le deuil de Richelieu.--Son séjour dans le Languedoc en - 1741.--Petite malice d’un vieux chanoine.--Esprit de tolérance - de Richelieu.--Son autorité en matière d’étiquette.--Il - est processif, autant par nécessité que par amour de la - chicane.--Ses revendications contre les propriétaires du - Palais Royal.--L’histoire d’un pamphlet.--Richelieu perd son - procès. 123 - - CHAPITRE XIII - - La galanterie sert la politique de Richelieu.--L’amitié qui - la favorise.--Mme du Châtelet lui assure le concours de - Voltaire.--Une autre amie, Mme de Tencin, donne à Richelieu la - clef des intrigues ministérielles.--Rupture de Louis XV et de - la Reine exploitée par les partis.--Richelieu ne fut pas, à - l’origine, le «corrupteur» du roi.--Sa perversité fut devancée - par celle de Bachelier, un des premiers valets de chambre. 131 - - CHAPITRE XIV - - Richelieu devient le grand favori du roi.--Ses impressions - sur la mentalité de Louis XV.--Les demoiselles de - Nesle.--Richelieu intrigue pour la Marquise de la - Tournelle.--Ses intelligences avec Mme de Tencin, pendant - qu’il est à l’armée de Flandre.--Loin de Versailles, il - travaille à la «quitterie» de Mme de Mailly.--Il reparaît à la - Cour.--Le précepteur du roi et le professeur «di piazza».--Fin - d’une longue résistance.--La «dormeuse» de M. de Richelieu. 141 - - CHAPITRE XV - - Année 1743: nouvelle correspondance chiffrée de Mme de Tencin, - pendant le séjour de Richelieu en Languedoc.--Campagne contre - Maurepas.--Le désastre de Dettingen; belle conduite et mot... - malheureux de Richelieu.--Mme de la Tournelle est nommée - duchesse de Châteauroux et Richelieu, premier gentilhomme de - la Chambre. - - Année 1744: projet, avorté, d’une descente sur les côtes - anglaises.--Dépit et récriminations de Richelieu.--Son - activité comme premier gentilhomme de la Chambre.--Projets - de fêtes pour le premier mariage du Dauphin.--La _Princesse - de Navarre_: patience de Voltaire et méchante humeur de - Rameau.--Diplomatie mystérieuse de Frédéric II.--Conseil de - nuit à Choisy.--Départ de Louis XV pour l’armée. 158 - - CHAPITRE XVI - - Mme de Tencin continue sa correspondance.--Richelieu lui - préfère encore la présence de Mme de Châteauroux auprès - du roi.--Dangers de cette manœuvre.--La maladie de Louis - XV à Metz.--Les médecins perdent la tête.--Richelieu et - les duchesses chambrent le roi.--Les terreurs de Louis - XV.--Disgrâce de Mme de Châteauroux.--Épigrammes et - satires.--Le roi guérit et charge Richelieu de négocier - le retour de la favorite.--Un rendez-vous et une liste de - proscription.--Maurepas échappe à la vengeance de la duchesse, - mais doit s’humilier devant elle.--Mort foudroyante de Mme de - Châteauroux.--Douleur du roi. 178 - - CHAPITRE XVII - - Richelieu ne se laisse pas abattre par la mort de Mme de - Châteauroux.--Comment il organise les fêtes du premier - mariage du Dauphin.--Futilités de l’étiquette.--L’abbesse - du Trésor.--Préparatifs de départ pour l’armée: l’incident - Champenois.--D’après plusieurs historiens, Richelieu serait - le véritable vainqueur de Fontenoy: une pièce aux Archives - de la Guerre.--Conflit avec la Reine: toujours la question - d’étiquette.--Disgrâce du Théâtre de la Foire.--Échange de - mauvais procédés entre Richelieu et le Maréchal de Saxe pour - la Comédie en Flandre. 195 - - CHAPITRE XVIII - - Ce que pensait Richelieu de Mme de Pompadour et ce que lui - demandait Voltaire.--L’expédition de Dunkerque; nouveaux - déboires et nouvelles chansons.--Richelieu ne répond pas - aux avances de Mme de Pompadour.--Il est nommé ambassadeur - matrimonial auprès du roi de Pologne.--Cette mission inquiète - la Cour de Saxe.--Désappointement de Frédéric II.--Le Maréchal - de Saxe est le véritable négociateur.--Succès personnel - de Richelieu.--Ses attentions délicates pour la future - Dauphine.--Le mariage.--La négociation secrète avec Vienne - n’aboutit pas.--Une «rêverie» de Maurice de Saxe. 215 - - CHAPITRE XIX - - Richelieu va prendre à Gênes la succession du Maréchal - de Boufflers.--Pronostics du Marquis D’Argenson.--Succès - de Richelieu: il est nommé Maréchal de France; honneurs - exceptionnels que lui décerne la République de Gênes.--Son - retour triomphal à Versailles.--Sa campagne contre la - Marquise.--Comment il traite le duc de la Vallière, favori de - la favorite.--Formation du triumvirat.--Les inquiétudes de Mme - de Pompadour: un mot de Louis XV. 231 - - CHAPITRE XX - - L’aventure de Richelieu et de Mme de la Pouplinière.--Le - fermier général et sa femme rue Richelieu et à Passy.--Le - Maréchal est un familier de la maison; il y rencontre J.-J. - Rousseau qu’il traite de compositeur génial.--La «calote» - de Roy.--Lettres anonymes.--La Pouplinière fait surveiller - sa femme et la brutalise indignement.--Correspondance - amoureuse.--Comment La Pouplinière découvre, avec Vaucanson, - la plaque tournante d’une cheminée servant de communication - aux deux amants.--Chassée par son mari, Mme de la Pouplinière - meurt d’un cancer.--Le jouet du jour.--Une malice de Mme de - Pompadour. 240 - - CHAPITRE XXI - - Richelieu a trop l’amour du théâtre et la servitude de - l’étiquette pour ne pas entrer en conflit avec Mme de - Pompadour.--Disgrâce de Maurepas; son quatrain; l’attitude de - Richelieu.--De dépit de n’être pas premier ministre, Richelieu - part pour le Languedoc.--Spectacles de la Cour pendant son - absence.--Correspondance de Voltaire, autre mécontent, avec - Richelieu.--Retour du Maréchal, plus aigri que jamais, à - Versailles: ses propos de frondeur. 255 - - CHAPITRE XXII - - Voltaire entretient une correspondance plus suivie - avec Richelieu: comment il félicite son «héros» de son - esprit de tolérance.--Préoccupations de Richelieu en - matière de théâtre.--Mme Favart, le Maréchal de Saxe et - le Maréchal de Richelieu.--Conflit avec l’archevêque de - Paris.--Richelieu fréquente volontiers à l’Académie.--Un - incident de séance.--Brouille passagère du Maréchal avec - Voltaire.--Élections académiques: nomination du Maréchal de - Belle-Isle.--Réforme des statuts académiques. Intervention de - Louis XV contre Piron.--Difficultés de Richelieu avec l’abbé - d’Olivet.--Roueries électorales. 266 - - CHAPITRE XXIII - - Richelieu à la fois avare et prodigue.--Les affaires - Girard et La Rivière.--Le canal Richelieu.--La Comédie à - la Place Royale.--Comment le Maréchal fait connaissance de - Casanova.--Courroucé, en apparence, contre les Réformés du - Languedoc, il ferme les yeux sur leurs agissements.--Il est - nommé gouverneur de la Guyenne.--Dernier retour agressif - contre Mme de Pompadour; la jolie Mlle Hélie et la petite - Murphy.--Un projet matrimonial de la Marquise. 277 - - CHAPITRE XXIV - - L’alliance de l’Autriche et de la France.--Débuts de la Guerre - de Sept ans; la Prusse alliée de l’Angleterre.--Mariage - de Septimanie, fille de Richelieu, avec le comte - d’Egmont.--Départ du Maréchal pour Minorque: prise - de Citadella; travaux de siège; vaillance du soldat - français.--Prise de Port-Mahon.--Enthousiasme de Mme de - Pompadour pour «le Minorquin».--Vaine intervention de Voltaire - et de Richelieu pour l’amiral Byng.--Malveillance du comte - d’Argenson.--Le retour, acclamé, de Richelieu.--Les figues de - Minorque. 291 - - CHAPITRE XXV - - Une déconvenue de Richelieu.--L’attentat de Damiens: c’est - le Maréchal qui fait arrêter l’assassin.--Démarche adroite - de Richelieu auprès de Mme de Pompadour.--Son intervention, - inutile, mais désirée par le roi, auprès de l’archevêque - de Paris.--Réconciliation publique de la Marquise avec - Richelieu.--Elle vaut au Maréchal de remplacer, à l’armée de - Westphalie, le comte d’Estrées, le vainqueur d’Hastembeck. 304 - - CHAPITRE XXVI - - Campagne de Hanovre.--Instructions données au Maréchal - de Richelieu.--Sa marche foudroyante.--La Convention de - Closter-Seven.--L’imprudence du vainqueur.--Appréhensions - de Frédéric II.--Désaccord de Bernis avec Richelieu: - tergiversations de la Cour de Versailles et mauvaise foi du - Cabinet de Saint-James.--Sommations tardives et impuissantes - du Maréchal aux chefs de l’armée vaincue.--Conséquences du - désastre de Rosbach.--Entrée en campagne de Ferdinand de - Brunswick.--Comment Richelieu le contient.--Il demande son - rappel: le comte de Clermont le remplace. 314 - - CHAPITRE XXVII - - Préventions de Bernis contre le Maréchal.--Encouragements - de Stainville à Richelieu.--Mme de Pompadour reprend la - lutte.--Le petit père _La Maraude_.--Retour de Richelieu à - la Cour.--Ses entrevues avec le Maréchal de Belle-Isle et - Bernis.--Richelieu fut coupable d’exactions, mais il ne fut - jamais un traître.--Romans prussiens.--Richelieu renonce à la - vie militaire et part pour son gouvernement de Guyenne.--Son - entrée triomphale à Bordeaux. 333 - - - - -INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOMS CITÉS - - - Les chiffres indiquent les pages; ceux précédés d’un astérisque - indiquent les notes. Les noms en italiques désignent les noms de - lieux et d’ouvrages. - - Le nom du Maréchal, comme duc de Fronsac ou duc de Richelieu, - revenant presque à chaque page, nous n’avons pas cru devoir l’insérer - dans cet Index. De même, pour ne pas surcharger une Table, déjà très - longue, nous en avons écarté des noms tels que Paris, France, Europe, - etc. - - A - - - _Abbaye au Bois_ (L’), 201. - - _Abonnés de l’Opéra_ (Les), par BOYSSE, 85. - - _Académie des Sciences_ (L’), 108. - - _Académie française_ (L’), 76-78, 88, 136, *159[243], 221, 266, - 271-276, 348. - - ACHILLE, 217, 218. - - ACIGNÉ (Mlle d’), tante de Richelieu, 127. - - AGÉNOIS (Armand VIGNEROT DU PLESSIS RICHELIEU, Duc d’), puis Duc - d’AIGUILLON, 144, 161, 339. - - AGUESSEAU (Henri d’), Chancelier de France, Garde des sceaux, 238. - - AIGUILLON (Duchesse douairière d’), née CRUSSOL, 294, 348. - - AIGUILLON (Famille DU PLESSIS VIGNEROT d’), *68[117]. - - _Aire_ (Ile d’), 298. - - _Aix_ (Ville d’), 280. - - _Aix-la-Chapelle_ (Traité d’), 232, 264, *264[408]. - - ALBARET (Comte d’), 297. - - ALBERONI (Le Cardinal Jules), 44-47, *47[77], 49, 51, 54, 55, 90, - 91. - - ALEMBERT (Jean LE ROND d’), de l’Académie française, 147. - - _Alençon_ (Ville d’), 280. - - ALINCOURT (François-Camille de NEUVILLE, Marquis, puis Duc d’), 86. - - ALINCOURT (Marquise d’), née de BOUFFLERS, 79-81. - - _Allemagne_ (L’) et _Allemands_ (Les), *141[216], 170, 230, - *292[452], 293, 309, *313[500], 316, 330, 334. - - _Allemagne_ (Campagne d’), *316[502]. - - _Alsace_ (Province d’), 95, 163, 174, 182, *187[283], 316. - - AMELOT DE CHAILLOU (Jean-Joseph), Secrétaire d’État aux Affaires - étrangères, 160, 174, 175, 273. - - _Amours de Zéokinisul_ (Les), roman, par CRÉBILLON fils, *186[282]. - - _Ancêtres du nouveau roi d’Albanie_ (Les), par PALLUAT DE BESSET, - *343[549], *344[552]. - - _Anecdotes_ d’HEMERY, *102[162]. - - _Anecdotes sur le Maréchal de Richelieu_, par RULHIÈRE (édition - ASSE), *8[33], *32[62], *39[69], 48, *60[106], *62[108], *81[138], - *82[139]. - - _Angleterre_ (Royaume d’) et _Anglais_ (Les), 92, 104, 160, 166, - 167, 182, 204, 217, 219, 291, 293, 296, 301, 314, 320, 327-329, - 337, 343. - - _Annales politiques_ (Les), par LINGUET, *204[314]. - - ANNE D’AUTRICHE, Reine de France, *XIV[6]. - - ANTERROCHE ou AUTEROCHE (Comte d’), Lieutenant de grenadiers, 204. - - ANTIN (Louis-Antoine de PARDAILLAN de GONDRIN, Duc d’), 203. - - ANSELME (Le père), généalogiste, 1, *2[22]. - - ANSPACH (Charles-Frédéric, Margrave d’), neveu de Frédéric II, 342, - 344. - - Antoinette d’ESPAGNE (L’Infante), 260. - - APRAXIN (Le Général Comte Fœdorovitch), 322. - - _Archives de la Guerre_, XXV, 195, *206[318]. - - _Archives des Affaires étrangères_, XIV, XXV, *174[270], *296[459], - *342[549]. - - _Archives municipales d’Agen_, XXV, *XXV[18]. - - _Archives Nationales_, *67[117]. - - _Archives ou Papiers de la Bastille_ (Bibliothèque de l’Arsenal), - *2[23], *9[36], *10[37], *11[40], *13[42], *14[43], *17[45], - *61[107], *95[156], *96[157], *101[161], *106[169], *113[177], - *129[202], *172[266], *202[311], *214[328], *253[393], *278[429], - *279[430], *280[433], *282[436], *311[496]. - - _Archives Wallonnes_, 283, *284[441]. - - ARÉTIN (L’), 138. - - ARGENS (Jean-Baptiste BOYER, Marquis d’), 225. - - ARGENSON (Marc-René VOYER d’), Lieutenant-général de police, puis - Garde des Sceaux, 47, *47[77], 51, 52, 56. - - ARGENSON (Marc-Pierre, Comte d’), Lieutenant-général de police, - puis Ministre de la Guerre, 53, 142, 150, 163, 169, *173[269], 179, - 195, *195[296], 203, 207, 214, 218, 224, 231, 233, 238, *258[401], - 281, 291, 296, 298, 301-303, 306, *307[486], *309[489]. - - ARGENSON (René-Louis, Marquis d’), Ministre des Affaires - étrangères, VIII, *47[77], 53, 139, 142, 143, 151, 153, 182, 183, - 205, *205[317], 206, 220, *220[341], 224, 228-232, *232[351], - 234, 237, 238, 255, *256[397], 258, 261, 272, 277, 282, 283, 288, - *349[559], 350. - - ARMAILLÉ (Comtesse d’), 123. - - _Arnouville_ (Village d’), 306. - - _Arsenal_ (Bibliothèque de l’), *316[502]. - - _Arsenal_ (Jardin de l’), 16. - - AUGUSTE III, Électeur de Saxe et Roi de Pologne, 215, 222-224, 227, - 228, 279. - - AUMONT (Louis, Marquis de VILLEQUIER, puis Duc d’), 22. - - _Auteuil_ (Village d’), 81. - - _Autriche_ (Empire d’), *63[110], 91, 92, 94, 104, 105, *105[168], - *202[310], 230, 291, *343[549], 346. - - AVERNE (Mme d’), née de BRÉGY, 82, *82[139]. - - AYEN (Louis de NOAILLES, Duc d’), capitaine des Gardes, 180, 197, - 199, 215, 288, 305, 330. - - _Azamuth_, pseudonyme de Richelieu, 172. - - - B - - - BACHAUMONT (LOUIS PETIT de), littérateur, *245[380]. - - BACHELIER, premier valet de chambre de Louis XV, *126[195], 131, - 139. - - BACQUENCOURT (DUPLEIX de), directeur de la Compagnie des Indes, 264. - - _Bajazet_, tragédie de Racine, 188. - - BALBI (Colonel), 344, 345, *345[553]. - - _Bâle_ (Ville de), 188. - - BALLEROY (Jacques-Claude-Augustin, Marquis de LA COUR), 192. - - BALLEROY (Marquise de LA COUR), 53, *64[112]. - - BALOT, Avocat au Parlement, 250. - - BARBUT DE MAUSSAT, chambellan du Margrave d’Anspach, 342, 344, 345. - - BARÈRE, chirurgien, 14-16. - - BARJAC, valet de chambre du Cardinal Fleury, *126[195]. - - BARRIÈRE, littérateur, *XVIII[9], XIX, *XIX[10]. - - _Bastille_ (Château de la), 1-3, 9, 10, 16-18, 21, 27, 30-32, - *32[61], 35, 40, 43, 50-56, 58, *61[107], 63, 70, 74, 108, 122, - 256, 279, *280[433], 342, 344, 345, *345[553], 346, *346[555]. - - BATHIANY (Comtesse), 97, 98. - - BAUDOUIN, peintre, 272. - - BAVIÈRE (Chevalier de), 29, 56. - - BAVIÈRE (Électeur de), Empereur d’Allemagne, *143[216]. - - BAYARD, auteur dramatique, XXIV, *XXIV[15]. - - _Bayonne_ (Ville de), *47[78], 51, 58. - - BAYREUTH (La Margrave de), sœur de Frédéric II, 320, 342, 343. - - BEAULIEU (Bombarde de), Conseiller au grand Conseil, *280[433]. - - BEAUMARCHAIS (Caron de), auteur dramatique, XXI, 7. - - BEAUMONT (Christophe de), archevêque de Vienne, puis de Paris, 221, - 266, 270, *271[414], 305, 308, 309. - - BEAUVAU (Charles-Just, Maréchal de France, Prince de), 297, - *313[500], 340. - - _Belgique_ (Province de), 230. - - BELLEFONDS (Marquise de), 215. - - BELLE-ISLE (Charles FOUQUET, Maréchal de France, Comte, puis Duc - de), *141[216], 238, 258, 266, 268, 273, 296, *312[498], *313[500], - *329[527], 333, 339, 343. - - _Bérénice_, tragédie de Racine, 188. - - BERGER, *247[382]. - - BERGER, directeur de l’Opéra, 211, 212. - - _Berg-op-Zoom_ (Siège de), 265. - - _Berlin_ (Ville de), 261, *344[551]. - - BERNAGE DE SAINT-MAURICE, intendant du Languedoc, puis prévôt des - marchands à Paris, 165. - - BERNARD (Samuel), banquier, 240. - - BERNAVILLE (de), Gouverneur de la Bastille, 10-17, 31. - - BERNIÈRES (Présidente de), née de FAULCON DE RIS, *87[147]. - - BERNIS (Abbé, puis Cardinal de), 275, *291[451], 295, *296[459], - 299, 303-305, *305[483], *312[498], *314, *318[*$1[504], *319[506], - *320[508], 321, 322, *322[511], 323, *323[512], 324, 325, - *325[515], 326-328, *329[525], 330, 331, 333, *334[531], 336, - *336[537], 338-342, *342[549], *343[549], 344. - - BERRY (Charles, Duc de), petit-fils de Louis XIV, 32. - - BERRY (Marie-Louise-Élisabeth d’ORLÉANS, Duchesse de), 50, *50[81], - *80[137], 82, *82[140]. - - BERRYER, lieutenant-général de police, 279. - - BERWICK (Jacques FITZ-JAMES, Maréchal de France, Duc de), *47[78], - 110, 114. - - BESENVAL (Baron de), 38, *62[108]. - - _Bibliothèque de la Ville de Paris_, *120[187], *128[201], 242. - - _Bibliothèque Nationale_ (Département des Manuscrits), *245[380], - *280[433]. - - _Bijoux indiscrets_ (Les), roman de DIDEROT, XXI. - - _Biographie Universelle de_ MICHAUD, *89[149], *124[194], - *195[296], *206[318]. - - BIRON (Charles de GONTAUT, Maréchal de France, Duc de), 53. - - BIRON (Marquis de), premier écuyer du Régent, 54. - - BIRON (Louis-Antoine de GONTAUT, Maréchal de France, Duc de), - *207[319]. - - BITTARD DES PORTES, historien, *206[318]. - - BLACKNEY (Sir), Gouverneur de Minorque, 297, 299, 301. - - BLAMONT (de), Surintendant de la Musique, 236. - - BLANCHARD (Abbé), 208, 209. - - BOISLISLE (A. de), Membre de l’Institut, XXVII, XXVIII, 7. - - BOISLISLE (Jean de), XXVIII, *5[25]. - - _Bohême_ (Royaume de), 174, *182[278], *187[283]. - - BOISMORAND (Abbé de), 129. - - BONNEVAL (De), Intendant des Menus, 234. - - BONTEMPS, Gouverneur des Tuileries, 120, 126. - - _Bordeaux_ (Ville de), *111[183], 333, 348, 349. - - BOUFFLERS (Marie-Françoise de BEAUVAU-CRAON, Marquise de), 263, 273. - - BOUFFLERS (Joseph-Marie, Maréchal de France, Duc de), 215, 231. - - BOUGAINVILLE (Jean-Pierre de), littérateur, 276. - - BOUHIER (Le Président), de l’Académie française, 136, 221. - - _Boulogne_ (Bois de), 29, *61[107]. - - _Boulogne_ (Expédition de), 167, 218, 219. - - BOURBON (Louis-Henri, Duc de), dit Monsieur le Duc, principal - Ministre, XXV, 27, 29, 32, 33, 36, 43, 48, 49, 71, *72[126], 79, - 82-84, 89, 90, 94, *94[155], 142. - - BOURBON (Duchesse douairière de), dite Madame la Duchesse, 32, 33, - *33[63]. - - BOURBON (Anne de BAVIÈRE, première douairière de), dite Madame la - Princesse, 43, *49[80], 71. - - _Bourbon_ (Maison de), 70, *72[126], 105, *105[168], 113, 136, 176, - *291[452], 303. - - _Bourges_ (Ville de), 258. - - BOURGOGNE (Louis, Duc de), petit-fils de Louis XV et frère aîné de - Louis XVI, *265[410]. - - BOURGOGNE (Adélaïde de SAVOIE, Duchesse de), XXI, 1, 2, 5-7, - *7[32], 18, 25, 55. - - _Bourgogne_ (Province de), 91. - - BOYER, ancien évêque de Mirepoix, 201, 262, 264, 275. - - BOYSSE, littérateur, 85. - - BOZE (Claude GROS de), antiquaire, de l’Académie française, 276. - - BRANCAS (Louis-Antoine, Duc de), 89. - - BRANCAS (Duchesse de), 138. - - BRANCAS (Marie-Angélique FRÉMYN DE MORAS, Duchesse de), 145, 153, - 154, 201, 281. - - BRÉHAN (Comte de), *312[498]. - - _Bremen_ (Brême), 315. - - _Bretagne_ (Commandement et lieutenance-générale de), 115, - *287[447]. - - _Breuilpont_ (Château de), *245[380]. - - BRINVILLIERS (Marquise de), 194. - - BRISÉIS, 217. - - BRISSAC (Charles-Timoléon-Louis, Duc de COSSÉ-), 6, 7. - - BROGLIE (Charles-Maurice, Abbé de), 146. - - BROGLIE (Albert, Duc de), XXVIII, 229. - - BROGLIE (François-Marie, Maréchal de France, Duc de), *141[216]. - - BRUHL (Comte Henri de), premier Ministre d’AUGUSTE III, Électeur de - Saxe, 222-224, 226, 229, 230. - - _Brunswick_ (Armée du Duché de), 325, 326, 329. - - _Brunswick_ (Capitale du Duché de), 315. - - BRUNSWICK-BEVERN (Ferdinand, Duc de), 314, 315, 330-332, *332[529]. - - BUFFON (LE CLERC, Comte de), naturaliste, 276. - - BUISSON, libraire, XVII, *145[221]. - - _Bulletin du bibliophile_, *103[165]. - - BURY (de), surintendant de la musique, 236. - - BUVAT, copiste, 44, 45. - - BYNG (Georges), Amiral anglais, 295, 298, 301. - - - C - - - _Campagne de Minorque_ (La), par Raoul de CISTERNES, *296[462], - *297[465]. - - CAMPAN (Mme), *XVIII[9]. - - CAMPARDON, historien, *247[382]. - - CAMPISTRON (Jean GALBERT de), auteur dramatique, 76. - - CAMPRA, compositeur, *57[101]. - - _Canal de Provence_, dit _Canal de Richelieu_, 277, 279, *279[431], - 280, *280[433]. - - CAPEFIGUE, historien, XX, *XX[12], *70[123], 314, 315, *347[556]. - - CARLOS (Don), fils du roi d’Espagne PHILIPPE V, 105, *105[168]. - - CARRA (Jean-Louis), conventionnel et publiciste, *8[34], *29[58]. - - CASANOVA de SEINGALT, 255, 277, 282. - - CASTÉRA, empirique de Metz, 187. - - _Catalogue des objets d’art du Marquis de_ MARIGNY, 254. - - CAUMARTIN de BOISSY, 53, *64[112]. - - CAUMONT (Marquis de), archéologue, *112[186]. - - CAVOIE (Louis d’OGER, Marquis de), *8[34], 13. - - CAVOIE (Marquise de), née de COETLOGON, 13. - - CAYLUS (Comte Philippe de), archéologue, 194. - - CELLAMARE (Prince de), Ambassadeur d’Espagne à la Cour de France, - 41, 42, 44, 49, 53, 58, 60, 91. - - _Celle_ (Château de la), 238. - - _Cercles_ (Armée des), 316, 324, 330. - - CÉSAR, 20. - - _Cévennes_ (Les), 267, 285, *285[444]. - - CHABAN (De), premier secrétaire du lieutenant de police, 182. - - CHABRILLAN (Marquis de), XXVII. - - CHAMFORT (Nicolas de), littérateur, XXIII, 162. - - CHAMPENOIS, 195, *202[311], 203, *203[312], 204, *204[313], 214. - - _Chansonnier_ MAUREPAS (Édition GAY), *34[65]. - - _Chantilly_ (Château de), 29, 83. - - CHAPOTIN, contrôleur à la Volaille, 278. - - CHARAVAY, libraire-éditeur, *41[71]. - - CHARLEMAGNE, 113, 300. - - CHARLES VI, Empereur d’Autriche et d’Allemagne, 91, *91[153], 93, - 94, 97-99, 102-104, *104[166], 105, *105[168], *106[169], *141[216]. - - CHARLES VII, Électeur de Bavière et Empereur d’Allemagne, *231[350]. - - CHARLES-QUINT, 104, *105[168]. - - CHARTRES (Louis-Philippe, Duc de), puis Duc d’ORLÉANS, 264. - - CHARTRES (Henriette de BOURBON-CONTI, Duchesse de), 180. - - CHAROLAIS (Charles de BOURBON, Comte de), Prince du sang, 114. - - CHAROLAIS (Louise-Anne de), Princesse du sang, 32-40, 43, 48, 49, - *49[80], 50, 56, *56[98], 58, *62[108], 63-66, 71-75, 78, 84, 113, - 139, *287[447]. - - CHASTELET (Chevalier du), 11. - - CHASTELET (Marquise du), femme du gouverneur de Vincennes, 11. - - CHATEAUROUX (Marie-Anne de Mailly, Marquise de la Tournelle, - puis Duchesse de), *XVIII[8], 141, 143, 144, *144[220], 145, 146, - *146[223], 147, 149-155, *156[241], 157-159, 161, 163, 164, - *173[269], *176[273], 196, *197[297], 198, *198[300], 202, 216, 306. - - _Château-Trompette_ (Fort du), 349. - - CHATELET (Gabrielle-Émilie LE TONNELIER de BRETEUIL, Marquise du), - 115, 131-134, *159[243], 163, 210, 223, 262, 273. - - CHATILLON (Duc de), 192, *192[292]. - - CHAUVELIN (Germain-Louis de), Garde des Sceaux et Secrétaire d’État - aux Affaires étrangères, 136. - - CHAVIGNY (Marquis Théodore de CHAVIGNARD de), Diplomate, 90, - *101[161], *104[166]. - - _Cheminée de Mme de la Pouplinière_ (La), par CAMPARDON, *246[381], - *252[390]. - - CHEVERT (François de), Lieutenant-général, 312. - - CHICOYNEAU (François), premier médecin de Louis XV, *139[215], 184. - - CHIRAC (Pierre), premier médecin du Régent et de Louis XV, 101. - - CHODERLOS de LACLOS, littérateur, XXI. - - CHOISEUL (Comte de STAINVILLE, puis Duc de), Ambassadeur de France - à Vienne, XIII, *271[414], 310, *312[498], 324, *325[517], 326, - 331, 333, 334, *334[531], 338, 342, 344, 345. - - _Choisy-le-Roi_ (Château de), 151, 152, 156-158, 161, 175, 200, - 247, 260, 310, 335. - - _Choix de lettres inédites_, par E. de BARTHÉLEMY, *176[273]. - - CIDEVILLE (de), Conseiller au Parlement de Rouen, 113. - - _Cirey_ (Château de), 135. - - _Citadella_, capitale de l’île de Minorque, 291, 296-298. - - CLARIS (de), Conseiller à la Cour des Comptes, 135. - - _Clarisse Harlowe_, roman de RICHARDSON, XXI. - - CLERMONT (Louis de BOURBON, Comte de), Prince du sang, *114[181], - 185, 276, 314, 332, 333, 335. - - _Closter-Seven_ (Convention de), 314, 318, *318[505], 323, - *323[512], 324, 328-331, *334[532], *337[538], 339, 341, 346, - *347[557], 348. - - COCHIN (Henri), avocat au Parlement de Paris, 128. - - COCHIN (Charles-Nicolas), dessinateur-graveur, 169, *169[261]. - - _Cognac_ (Ville de), 88. - - COIGNY (François de FRANQUETOT, Maréchal de France, Duc de), 182. - - COLLÉ (Charles), auteur dramatique, 247, 265. - - _Collection_ LEBER, *252[391]. - - COLLETET (Guillaume), poète sous le règne de Louis XIII, 170. - - COLOMIERS (BOUSQUET de), nouvelliste, *253[393], *282[436]. - - _Comédie française_, 62, 70, 211, 212, 264, 265, 270. - - _Comédie italienne_, 211, 212, 214, 269, 270, 271, 299. - - _Comtesse d’Egmont_ (La), par la Comtesse d’ARMAILLÉ, *116[184], - *123[192], *294[454], *295[458]. - - _Conciergerie_ (Prison de la), 30. - - CONDÉ (Le Grand), 26, 32, 33. - - _Confessions_ de J.-J. ROUSSEAU (Les), 241, *242[376]. - - _Conflans_ (Château de), 65, 66. - - _Constitution Unigenitus_ (La), 307. - - CONTI (Louis-Armand de BOURBON, Prince de), Prince du sang, 13, 21. - - CONTI (Louis-François de BOURBON, Prince de), Prince du sang, 114, - *114[181], 120, 156. - - CONTI (Louise Élisabeth de BOURBON-CONDÉ, Princesse de), 35. - - CONTI (Louise-Diane d’ORLÉANS, Princesse de), 180. - - _Coquette fixée_ (La), comédie de Mme DENIS, 281. - - CORALINE, actrice de la Comédie italienne, 270. - - _Cordeliers_ (Église des), 133. - - _Correspondance complète de_ MADAME, _Duchesse d’Orléans_ (édition - BRUNET), *37[68], 38, 41, *43[73], *55[95], *58[102], *66[114], 75. - - _Correspondance de_ MADAME, _Duchesse d’Orléans_ (édition JŒGLÉ), - *50[82], *54[94], *55[95], *59[103], *64[113]. - - _Correspondance de Mme de Pompadour_ (édition POULET-MALASSIS), - *299[468]. - - _Correspondance des agents diplomatiques étrangers_, par - FLAMMERMONT, *225[346]. - - _Correspondance_ du Baron de GRIMM (édition Maurice TOURNEUX), - *233[354], *254[396], *276[424]. - - _Correspondance du Cardinal de_ TENCIN _et de_ Mme _de_ TENCIN, _sa - sœur, avec le Duc de_ RICHELIEU, *150[228], *175[272], *176[273], - *182[277]. - - _Correspondance générale de_ VOLTAIRE, *69[119], *87[147], - *122[190], *135[208], *170[262], *171[263], *300[472], *301[478], - *312[499], *313[500]. - - _Correspondance historique et particulière du Maréchal de_ - RICHELIEU _en 1756-1757, avec M._ PARIS-DUVERNEY (éditée par le - Général de GRIMOARD), *316[502], 317, *317[503]. - - _Correspondance secrète_, dite de MÉTRA, VIII, IX, *IX[3], XXV. - - _Correspondants de la Marquise de_ BALLEROY (Les), par Edouard de - BARTHÉLEMY, *51[83], *53[91], *138[212]. - - COYNART (De), historien, *176[273]. - - CRILLON (Jean-Louis de BERTONS de), Archevêque de Narbonne, 125. - - CROŸ (Duc Emmanuel de), VIII. - - _Culloden_ (Bataille de), 220. - - CUMBERLAND (Duc de), fils de Georges II, roi d’Angleterre, 312, - 313, 315, 317, 318, *318[505], *320[508], 322, 323, 326, 327, 330, - 335, 337. - - _Curiosités littéraires_, par Ludovic LALANNE, *77[134]. - - CURY ou CURYS (De), Intendant des Menus, 234, 235, 264. - - - D - - - DAMIENS, *192[292], 303, 304, 306, *306[484], 307. - - DANCHET (Antoine), auteur dramatique, *57[101]. - - _Danemark_ (Royaume de), 104, 342. - - DANGEAU (Philippe de COURCILLON, Marquis de), VIII, 4, 9, *9[35], - 18, *18[47], 20, *20[48], 21, *21[50], *57[100], *61[107], 65, 68, - 76, *106[170], 126, *128[199]. - - DAUPHIN (Le), fils de Louis XV, 158, 168, 182, 192, 197, 198, 200, - 201, 204, 206, 210, 243, 263, 281. - - DAUPHINE (La première), Infante d’Espagne, 197, 206, 222. - - DAUPHINE (La seconde), Marie-Josèphe de SAXE, 215, 222, 226-228, - 265, 281. - - _Dauphiné_ (Province du), *285[444]. - - _Denain_ (Victoire de), 301. - - DESCHAMPS, compositeur, *57[101]. - - _Désert_ (Le), 285, *285[444]. - - DESFONTAINES (Abbé Pierre-François GUYOT-), critique littéraire, - 128. - - DESLOGES (Jacques), sobriquet donné à RICHELIEU, 264. - - DESROCHES (Mlle), gouvernante de Mlle de VALOIS, 38, 39. - - DESTOUCHES (Philippe NÉRICAULT), auteur dramatique, 76. - - DESTOUCHES (André-Cardinal), Surintendant de la Musique du roi, - 208, *208[320]. - - _Dettingen_ (Bataille de), 158, 162, 205. - - _Dictionnaire_ de JAL, 1, *113[178]. - - _Dictionnaire de la Noblesse_ par LA CHESNAYE DES BOIS, 1. - - DIDEROT (Denis), XXI. - - DOLÉ (Abbé), 14, 16. - - DOMBES (Louis-Auguste, Prince de), Prince du sang, *116[184], 165, - *295[458]. - - _Domino noir_ (Le), opéra-comique, 35. - - DONEP (Général), 326. - - _Dresde_, capitale de la Saxe, 222, *223[334], 224-226, *226[347], - 227, 244, 279. - - DUBOIS (Abbé, puis Cardinal), premier Ministre, 45, 47, *47[77], - 53, 60. - - DUBUISSON, commissaire de police, *122[191]. - - _Duc de Saint-Simon_ (Le), par A. Baschet, *XIV[6]. - - _Duchesse d’Aiguillon_ (La), *161[247]. - - _Duchesse de Chateauroux_ (La), par les GONCOURT, *144[220], - *149[225], *187[283]. - - _Duchesse du Maine_ (La), par le Général PIÉPAPE, *45[74], *52[90]. - - DUCHEVRON, lieutenant de la prévôté, *51[84]. - - DUCLOS (Charles PINEAU), historien, VIII, *xi, *29[57], 101, 102, - *103[163], 165, 273, 276. - - DULIBOIS, exempt de police, 66. - - DUMANOIR, auteur dramatique, XXIV, *XXIV[15]. - - DUMAS (Alexandre), père, auteur dramatique, XXIV, *XXIV[17]. - - DUNKELMANN, trésorier de Frédéric II, 341. - - _Dunkerque_ (Expédition de), 215, 217, 218, *220[339], 222, 243. - - DUPLEIX (Joseph-François, Marquis), gouverneur de Pondichéry, 263, - 264. - - DUPRÉ, auteur dramatique, *57[101]. - - _Durance_ (Rivière de la), 280. - - DURAS (Jean-Baptiste de DURFORT, Maréchal de France, Duc de), 118, - 119, *119[186]. - - DURAS (Emmanuel-Félicité de DURFORT, Maréchal de France, Duc de), - 321-322. - - DURAS (Angélique-Victoire de BOURNONVILLE, Duchesse de), 78. - - DURAZZO (Comte de), *271[414]. - - DURENG, historien, *104[166]. - - DU RYS, lieutenant du régiment de Richelieu, 7. - - DUVAL (Alexandre), auteur dramatique, XXIII. - - - E - - - _Édit de Nantes_ (L’), 283, *285[444]. - - EGMONT-PIGNATELLI (Comte d’), gendre de Richelieu, 294, 295, 299. - - EGMONT-PIGNATELLI (Jeanne-Sophie Septimanie DU PLESSIS, Comtesse - d’), fille du Maréchal, 122, 291, 294, *294[454], 299. - - _Elbe_ (L’), fleuve, 315-317, 321, 323, *334[532]. - - _Éléments_ (Les), opéra-ballet de ROY, musique de LALANDE et - DESTOUCHES, 199. - - _En flânant_, par André HALLAYS, *69[120]. - - ÉPERNON (Jean-Louis de NOGARET de la VALETTE, Duc d’), 234, 287. - - ÉPERNON (Duc d’), fils du Duc d’ANTIN, 108, 109. - - _Espagne_ (Royaume d’), 44, 46, 47, 49, 50, 52, 91, 94, 97, 104, - 105, *105[168], *141[216], 170, 183, 203, 230, 292. - - _Essai sur l’histoire du Théâtre_, par G. BAPST, *169[261]. - - ESTRÉES (Duchesse d’), 51. - - ESTRÉES (Louis-Charles-César LE TELLIER, Marquis de COURTANVAUX, - Maréchal de France, Comte, puis Duc d’), 305, 309-311, *311[494], - 312, *312[498], 316, 335. - - ESTRÉES (Louise-Félicité de NOAILLES, Maréchale d’), 73. - - ETIOLES (Alexandrine LE NORMANT d’), fille de Mme de Pompadour, - 289. - - _Étrennes de la Saint-Jean_ (Les), 194. - - _Études sur l’histoire de Prusse_, par LAVISSE, *292[452]. - - EUGÈNE (François-Eugène de SAVOIE-CARIGNAN, dit le Prince), 21, 94, - 97, *97[158], *103[164]. - - - F - - - FARNÈSE (Élisabeth), Reine d’Espagne, femme de Philippe V, 82, 95. - - _Faublas_, roman de LOUVET de COUVRAY, XXI, 38. - - FAUR, secrétaire du Duc de FRONSAC, XV, XVI, *XVII[8], XIX, XXIII, - XXV, *23[53], 72, *156[241], 311, 341. - - FAVART (Charles-Simon), auteur-acteur, 211, *271[414]. - - FAVART (Justine du RONCERAY, dame), 266, 269, 270. - - FÉNELON (Marquis de), Ambassadeur à La Haye, *XVIII[8]. - - FERRAND, Conseiller au Parlement de Paris, 31. - - _Fêtes de Ramire_ (Les), antérieurement _La Princesse de Navarre_, - 242. - - FEYDEAU DE MARVILLE, Lieutenant-général de police, 170, 181, - *197[297], 212-214. - - _Filles du Régent_ (Les), par E. de BARTHÉLEMY, *40[71], *41[71]. - - FILLON (La), 45. - - FITZ-JAMES (François, Duc de), Évêque de Soissons, 185, 186, 192. - - _Flandre_ (Armée et campagnes de), 19, 20, 23, 141, 147, 148, 170, - 175, 178, 180, 195, 201, 221, 231. - - _Flandre_ (Province de), 91. - - FLAVACOURT (Hortense-Félicité de MAILLY, Marquise de), 143, 147, - 163, 179, 193, 198. - - FLEURY (Antoine-Hercule de), Évêque de Fréjus, puis Cardinal et - premier Ministre, 94, 96, 100, 102, 103, *103[165], *104[165], 105, - *105[168], 108, 109, 136, 139, *139[215], 142, 144-146, 149, 152, - 154, 155, 159, 172, 174, 232. - - FLEURY (André-Hercule de ROSSET, Duc de), neveu du Cardinal, - premier Gentilhomme de la Chambre, 192. - - FLOQUET, ingénieur, 280, *280[433]. - - FLORIAN (Philippe-Antoine de CLARIS, Marquis de), oncle du - fabuliste, 312. - - _Foire Saint-Germain_ (La), 211. - - _Foire Saint-Laurent_ (La), 211. - - FOIX (Gaston de), Duc de Navarre, 170. - - FONSECA (Baron de), Ambassadeur d’Autriche à la Cour d’Espagne, - *105[168]. - - _Fontainebleau_ (Palais de), 321. - - _Fontainebleau_ (Spectacles de), 217, 269, 270. - - FONTENELLE (LE BOUVIER de), de l’Académie française, 76, 275. - - _Fontenoy_ (Bataille de), 195, 206, *207[319], 208, 215, *226[347], - *318[505]. - - _Fontenoy_, poème de VOLTAIRE, 206. - - _Forges_ (Eaux de), 87, *87[147]. - - _For-Levêque_ (Prison du), 270, 278, 279. - - FOUQUET, Surintendant des Finances, 294. - - _France sous Louis XV_ (La), par JOBEZ, *104[167], *109[173], - *156[241], *175[271], *280[433], *285[444], *322[511]. - - _Francfort_ (Ville de), *141[216], 160, 325. - - FRANÇOIS Ier (Étienne), Empereur d’Allemagne, d’abord Duc de - Lorraine, puis Grand-Duc de Toscane, époux de Marie-Thérèse, - *231[350]. - - FRÉDÉRIC II, Roi de Prusse, 158, 160, 173, *173[269], 175, 176, - 182, *182[278], *187[283], 215, *223[344], 224, 225, *225[346], - 229, 262, 263, 268, 292, *292[452], 293, 312, *312[499], 313-316, - 319, *319[507], 320, *320[508], 324, 328, *328[527], 330, 331, - *334[532], 337, 340, 341, *341[548], 342-344, *344[551], 345, 346. - - _Frédéric II et Louis XV_, par le Duc de BROGLIE, XXVIII, - *136[210], *175[271]. - - _Frédéric II et Marie-Thérèse_, par le Duc de BROGLIE, *174[270]. - - FRÉDÉRIC V, Roi de Danemark, 315, 320, 325, 342. - - _Fribourg-en-Brisgau_, 19, 21, 190. - - FRIESEN (Comte de), Neveu du Maréchal de SAXE, 227. - - FRONSAC (Duc de), puis Duc de RICHELIEU, fils du Maréchal, XV, *XV[7], - 122, 164, 289, 295, *295[458], 340. - - FRONSAC (Duchesse de), puis de RICHELIEU, née de NOAILLES, première - femme du Maréchal, *7[29], 10, 12, *12[41], 13, 14, 27, 112, 261, - 299. - - FUNCK-BRENTANO (Frantz), historien, *XV[7]. - - _Furnes_ (Siège de), 178. - - FUZELIER (Louis), auteur dramatique, *62[109]. - - - G - - - GACÉ (Comte de), puis Comte de MATIGNON, 27, 30-33. - - GACÉ (Comtesse de), née de CHATEAU-REGNAULT, 29, *29[58]. - - _Galerie des Aristocrates et Mémoires Secrets_ (attribués à - DUMOURIEZ), *337[538]. - - GAMPERT, 344, 345, *345[554], *346[555]. - - _Gand_ (Ville de), 213, 216, 218. - - GAUSSIN (Mlle), actrice de la Comédie française, 150. - - _Gazette_ (La), 2. - - _Gazette de la Régence_ (édition E. de BARTHÉLEMY), *32[61], - *34[64], *50[81], *52[87]. - - GÉDOYN (Abbé Nicolas), de l’Académie française, 77. - - _Gênes_ (République et Ville de), 231, 233-236, 248, 250. - - GEORGES II, Électeur de Hanovre et Roi d’Angleterre, 162, - *162[250], 318, *318[505], 326. - - GESVRES (François-Joachim POTIER, Duc de), 108, 221, *221[342], - 235, 237. - - _Gibraltar_ (Ville de), 92, 104, 298. - - GIRARD, commis dans les cuivres, 277, 278, *278[429], 279, 280. - - GIRAUD (Charles), historien et jurisconsulte, 80, *80[135]. - - GISORS (Louis-Marie FOUQUET, Comte de), 294. - - GOESBRIAND ou GUESBRIAND (Marquise de), 120. - - GONCOURT (Les Frères HUOT de), polygraphes, 147, *149[225], 151, - *176[273]. - - _Gouvernement, les Mœurs_, etc. (Le), par SÉNAC de MEILHAN (édition - de LESCURE), *133[205]. - - GRAMONT (Louis, Comte, puis Duc), colonel des Gardes françaises, - *162[249]. - - GRIMOARD (Général Philippe Henri, Comte de), XXVI. - - _Grimoires des_ TENCIN (Les), 149. - - GUÉMÉNÉE (Chevalier de), fils cadet du Duc de Guéménée, 42. - - _Guérin de Tencin_ (Les), par de COYNART, *149[226]. - - _Guerre de Sept Ans_ (La), 259, 291, 293. - - _Guide artistique_ (Le), par ALIZER, *233[356]. - - GUIMONT, Envoyé de France à Gênes, 249, 250. - - _Guise_ (Maison de), 278. - - GUISE (Anne-Marie-Joseph de LORRAINE, Prince de), 114. - - _Guyenne_ ou _Guienne_ (Province de), XXVI, 267, 277, 286, - *286[446], 333, 348. - - - H - - - _Halberstadt_, ville de Prusse (Province de Saxe), 317, 330. - - HAMLET, 146. - - _Hanovre_ (Armée du), 318, 329, 332. - - _Hanovre_ (Campagne de), XXVI, 314, 320, 321, 337. - - _Hanovre_ (Capitale de l’Électorat de), 315, 345. - - _Hanovre_ (Électorat et gouvernement de), 327, 328, 340. - - _Hanovre_ (Traité de), 104, *104[166]. - - _Hastembeck_ (Victoire d’), 305, 312. - - HÉLIE (Mlle), 277, 287, 288. - - HÉLIE, négociant de Rouen, 288. - - HÉLIOGABALE, 29. - - HÉNAULT (Le Président Charles-Jean-François), 70, 169, 170, 276. - - HENRI IV, 176, 292. - - _Henriade_ (La), poème de VOLTAIRE, 76. - - HÉRAULT (René), Lieutenant-général de police, 95, 129. - - _Hesse_ (Armée de), *325[517], 326, 329. - - _Hesse_ (Campagne de), 320. - - _Hesse_ (Gouvernement de), 327. - - HESSE-CASSEL (Landgrave Guillaume de), 327, 328-337. - - _Histoire de France au XVIIIe siècle_ (collection LAVISSE), par H. - CARRÉ, *104[167]. - - _Histoire de la diplomatie française_, par de FLASSAN, *175[271]. - - _Histoire de la Régence_ par LEMONTEY, *47[78], *90[151], *98[159]. - - _Histoire de Madame la Marquise_ (de Pompadour), par Mlle de - FAUQUES, *311[497]. - - _Histoire de mon temps_, par FRÉDÉRIC II, *175[271]. - - _Histoire des Rats_ (L’), *129[202]. - - _Histoire du costume en France_, par QUICHERAT, *200[308]. - - _Histoire générale_, par VOLTAIRE, 300. - - HOHENZOLLERN (Les), *292[452]. - - _Hollande_ (La), 262, *264[408], 291. - - _Hollande_ (Les États de), 91, 92, 104, *202[310], 230. - - _Holstein_ (Duché de), 315. - - _Hôpital Général_ (L’), 270. - - _Hôtel-de-Ville_ de Paris (L’), 202, 215, 216. - - - I - - - _Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux_ (L’), *187[283], - *233[357]. - - _Iphigénie_, Tragédie de RACINE, 155. - - _Iphigénie en Tauride_, opéra-tragédie, 44, 57, *57[101]. - - ISMAËL-BEG, pseudonyme du Cardinal FLEURY, 172. - - ISSARTS (Marquis des), Ambassadeur de France à la Cour de Dresde, - 222, 223. - - _Italie_ (L’), 183, 230, 231. - - - J - - - JANNEL, chef du _Cabinet Noir_, 181. - - _Jean-Jacques Rousseau musicien_, par TIERSOT, *242[376]. - - JÉSUS-CHRIST, 85. - - JOLY DE FLEURY (Louis-François), procureur général au Parlement de - Paris, *271[414]. - - _Journal de_ BARBIER (édition CHARPENTIER), *77[133], 83, *84[142], - 102, *102[162], *110[175], *114[180], *157[242], *161, *162, - *179[276], *187[283], *188[283], *197[297], *217[333], *218[338], - *250[385], *278[428], *299[470], *311[494], *335[535]. - - _Journal de ce qui s’est passé à Metz_, etc., *187[283]. - - _Journal de_ COLLÉ, 247, *247[382], *252[389], *265[409]. - - _Journal de la maladie du Roi_, par CHICOYNEAU, *187[283]. - - _Journal de la Régence_, par BUVAT, *51[84], *66[115], 83, *83[141]. - - _Journal de Leyde_, 101. - - _Journal de_ ROSALBA CARRIERA, 73, *73[128]. - - _Journal des règnes de Louis XIV et Louis XV_, par NARBONNE, - *114[180]. - - _Journal du Commandeur_ de GLANDEVEZ, *296[462]. - - _Journal du Duc de_ CROŸ (édition de GROUCHY et COTTIN), *197[298], - *198[302], *306[484], 347, *347[558]. - - _Journal_ (inédit) _du Chevalier de Mouhy_, *168[260]. - - _Journal, Mémoires et Correspondance de_ MARAIS (édition de - LESCURE), 49, *70[124], 71, *72[126], *77[132], *82[139], *84[143], - *88[148], *89[150]. - - _Journée de Fontenoy_ (La), par le Duc de BROGLIE, *205[317]. - - JUDAS, 85. - - JUMILHAC (Famille de), *69[120]. - - - K - - - KAUNITZ (Wenceslas-Antoine, Prince de), Diplomate, Chancelier - d’État, 230, 244. - - _Kehl_ (Siège de), 111. - - _Kesseldorff_ (Bataille de), *223[344]. - - KLINGREEF, Envoyé de Prusse à Dresde, 225. - - KLINGSTETT, miniaturiste, 138. - - KROM, prêteur sur gages, 96. - - - L - - - LA BORDE (De), XVII, *176[273]. - - LA CARLIÈRE (De), médecin, 14, 15. - - LA CHAUSSÉE (Pierre-Claude NIVELLE de), auteur dramatique, 260, 261. - - LA FARE (Philippe-Charles, Marquis de), Maréchal de France, 111. - - LA FERTÉ-IMBAULT (Marie-Thérèse GEOFFRIN, Marquise de), *139[215]. - - LA FEUILLADE-ROUANNEZ (Louis, Comte, puis Duc de), Maréchal de - France, 89. - - LA FONTAINE (Jean de), 69. - - LA FORCE (Henri-Jacques-Nompar de CAUMONT, Duc de), 77. - - LA GALISSONNIÈRE (Roland-Michel BARRIN, Marquis de), - Lieutenant-général des armées navales, 298, 299, 302. - - LAIDEGUIVE jeune, notaire à Paris, 167. - - LALAUZE (Les), dessinateurs, *205[317]. - - LALLY (Thomas-Arthur, Comte de), gouverneur de l’Inde française, - 206. - - LA MARAUDE (Le petit Père), sobriquet donné à Richelieu par ses - soldats, 333, 336. - - LA MARTELLIÈRE (Madame de), 112, 118, 119, *119[186]. - - _Languedoc_ (États du), 112, 117, *124[194], 141, 145, 156, 190, - 195, 260. - - _Languedoc_ (Province et gouvernement du), 20, 110, 111, 115, 116, - 123, 125, 144-147, 158, 162, 165, 200, 241, 255, 260, 267, 277, - 283, *285[444], 286, *286[446], *287[447]. - - LA PEYRONIE (François GIGOT de), premier chirurgien de Louis XV, - 139, 184, *184[281], 185, 186. - - _La Pouplinière_, par CUCUEL, 240, *242[376], *243[377]. - - LA POUPLINIÈRE (LE RICHE de), fermier général, 240, *240[373], - 244-247, 250-252, *253[393]. - - LA POUPLINIÈRE (Mme de), 240, 242, 243, 244-251, *251[388], 252, - *252[390], *253[393], *254[396]. - - LA RIVIÈRE (Abbé de), 277, 279, 280. - - LA ROCHEFOUCAULD (Frédéric-Jérôme de ROYE de), Archevêque de - Bourges, 217. - - LA ROCHEFOUCAULD (Alexandre, Duc de), grand-maître de la - garde-robe, *182[278], *184[281], 192, *192[292]. - - LA TOUR (Maurice-Quentin de), peintre, 241. - - LA TRÉMOÏLLE (Charles-Armand-René, Duc de), 117, 261. - - LA TRÉMOÏLLE (Marie-Hortense de la TOUR de BOUILLON, Duchesse de), - 261. - - LAUDIER, secrétaire du Duc de SAINT-SIMON, *XIV[6]. - - LAUNAY (Marguerite-Jeanne CORDIER de), Baronne de STAAL, femme de - chambre de la Duchesse du Maine, 57. - - LAUNAY (De), successeur de BERNAVILLE, comme gouverneur de la - Bastille, 10, *61[107]. - - LAURAGUAIS (Louis-Léon-Félicité de BRANCAS, Comte de), 194. - - LAURAGUAIS (Louis II de BRANCAS, Duc de), 197. - - LAUZUN (Philippe), littérateur, XXV. - - LAVAL (Abbé de), 128. - - LA VALLIÈRE (Louis-César LA BAUME LE BLANC, Duc de), 231, 234, 236, - 237, 256, 261. - - LAW (Jean de LAURISTON), financier, Contrôleur général, 70, 92, 277. - - _Lawfeld_ (Bataille de), 231. - - LE BEL, premier valet de chambre de Louis XV, *126[195], 179, 190, - 288. - - LE BLANC (Claude), secrétaire d’État à la Guerre, *47[78], 53, 56, - 57, *61[107], 90. - - LEBLANC (Abbé Jean-Bernard), 273. - - LEBRUN (Pierre-Henri-Hélène-Marie), Ministre des Affaires - étrangères, *325[516]. - - LECESTRE, archiviste-paléographe, XXVIII, *5[25]. - - LE CHAMBRIER (Baron Jean), Ministre de Prusse à la Cour de France, - 229. - - LEFEBVRE de BEAUVRAY, littérateur, 312. - - _Légataire universel_ (Le), comédie de REGNARD, 135. - - LEMERCIER (Népomucène), auteur dramatique, *XXII[14]. - - LEMPEREUR, joaillier, 295. - - LESCURE (de), littérateur, XIX, 12, 72, *303[480]. - - LESCZINSKI (Stanislas), Roi de Pologne et Duc de Lorraine, 110, - 262, 263. - - _Lettres au Marquis de Caumont par le Commissaire_ DUBUISSON, - *119[186], *128[200]. - - _Lettres de la Duchesse de Châteauroux au Duc de Richelieu_, - *179[275], *189[287]. - - _Lettres de Mme de Châteauroux_ (apocryphes), éditées par Mme - GACON-DUFOUR, *197[297]. - - _Lettres de Mme Du Châtelet_ (édition E. ASSE), *114[181], 132, - *132[204], *269[411]. - - _Lettres de Mlle Aïssé_ (édition E. ASSE), *106[170]. - - _Lettres de M. de Marville au Comte de Maurepas_ (édition de - BOISLISLE), *201[309], *212[326], *213[327], *214[329], *217[334], - *220[339], *288[449]. - - _Lettres de M. de Voltaire et de sa célèbre amie_, *134[206]. - - LÉVIS (Pierre-Marc-Gaston, Duc de), VIII, *28[56]. - - _Liaisons dangereuses_ (Les), roman par CHODERLOS DE LACLOS, XXI. - - LICHTENSTEIN (Princesse de), 98. - - _Lille_ (Ville de), 181. - - LINGUET (Simon-Nicolas-Henri), avocat et publiciste, 206. - - LIVRY (Comte de), 123. - - LIXIN (Henri-Jacques de LORRAINE, Prince de), brigadier de - cavalerie, 112, 114. - - _Lorraine_ (Cour de), 115. - - _Lorraine_ (Maison de), 289, 294. - - LORRAINE (Prince Charles de), 182, 183, *187[283]. - - _Lorraine_ (Province de), 162. - - LOSS (Baron de), Ambassadeur de Saxe à la Cour de France, 222, 223, - 226. - - LOUIS XIII, 176. - - LOUIS XIV, V, XI, *XIV[6], *XV[6], XVI, XXIV, 2, 4, 6, 11, *11[40], 16, - 17, 20, 22, 25, *25[55], 26, 32, *33[63], 36-38, 44, 77, 91, 129, - 176, 180, 286, 292. - - LOUIS XV, X, XI, XII, XIV, XVI, *XVII[8], 44, *61[107], 65, 89, 92, - 103, *105[168], 106, 109-111, *122[191], 124-126, 131, 136, 137, - 139-145, 147-149, *149[225], 151-154, *154[239], 155, *155[241], - 157, 158, 160, 161, 164, 165, *169[261], 174-182, 184-187, 189-191, - *191[290], 192, *192[292], 196, 197, *197[297], 198, *198[300], - 199-205, *206[318], 207, *207[319], 208-211, 215, 217, 220-224, - 226, 228-231, 234, 236, 238, *254[396], 255-257, 259, 262, 264-266, - 271, *271[414], 272, 283, 286-289, 293, 302-307, *307[486], - 308-310, 319, *320[508], 321, *322[511], 326, 332, 334, 335, 344, - 347, 348. - - _Louis XV et Mme de Pompadour_, par de NOLHAC, *236[362]. - - LOUIS XVI, XXVIII, *103[164], *175[271], *323[512]. - - LOUVET de COUVRAY, romancier et publiciste, XXI. - - _Louvre_ (Chapelle du), 275. - - _Lovelace_, drame, *XXII[14]. - - _Lovelace français_ (Le), drame, XXII. - - LÖWENDAHL (Ulrich-Frédéric-Woldemar, Maréchal de France, Comte de), - 251, 265, *309[491], 337. - - _Lunebourg_ (Ville de), ville de Prusse et province de _Hanovre_, - 331. - - _Lunéville_ (Ville de), 262. - - LUXEMBOURG (Charles-François-Frédéric de MONTMORENCY, Maréchal de - France, Duc de), 210. - - LUXEMBOURG (Madeleine-Angélique de NEUVILLE-VILLEROY, Duchesse de - BOUFFLERS, puis de), *156[241], 179, 246. - - _Luxembourg_ (Palais du), 82. - - _Luxembourg_ (Ville de), *105[168]. - - LUYNES (Paul d’ALBERT, Cardinal de), 274. - - LUYNES (Charles-Philippe d’ALBERT, Duc de), Mestre-de-Camp, VIII, - 126, 127, 151, 155, 156, 172, 207, 236, 257, 281, 294, 295, 297, - 303, 338, 339. - - LUYNES (Marie BRULART, Marquise de CHAROST, puis Duchesse de), 208, - 299. - - LYNAR (Roch-Frédéric, Comte de), diplomate danois, 320, *321[509], - 325, 327, 329. - - _Lyon_ (Archevêché et ville de), 148, 157. - - - M - - - MACHAULT d’ARNOUVILLE (Louis-Charles), Conseiller d’État, - lieutenant-général de police, 67. - - MACHAULT d’ARNOUVILLE, Contrôleur général, Garde des Sceaux, 214, - 233, 261, 306. - - _Madame de Pompadour_, par les GONCOURT, *290[450]. - - _Madame de Pompadour et la Cour de Louis XV_, par CAMPARDON, 215, - 216, *296[460], *335[535]. - - _Madame de Tencin_, par Pierre-Maurice MASSON, *149[226], *160[245]. - - MADAME INFANTE (Élisabeth de FRANCE, Duchesse de Parme, dite), - fille de Louis XV, 230. - - _Mademoiselle de Belle-Isle_, comédie d’Alexandre DUMAS père, XXVI. - - _Magdebourg_ (Ville de), 316, 341, *341[548]. - - MAHÉ DE LA BOURDONNAIS (François), gouverneur des îles Bourbon et - Maurice, 263. - - MAHOMET, 267. - - MAILLEBOIS (Jean-Baptiste-François DESMARETS, Maréchal de France, - Marquis de), *307[486]. - - MAILLY (Louise-Julie de NESLE, Comtesse de), 139, *139[215], - 141-143, 146, 147, 149-151, 153, 155, 158, 161. - - MAINE (Louis-Auguste de BOURBON, Duc du), légitimé de France, 45. - - MAINE (Anne-Louise-Bénédicte de BOURBON, Duchesse du), 44, 45, 53. - - MAINTENON (Françoise d’AUBIGNÉ, Marquise de), 5, *5[26], 6, *8[34], - 9. - - MAISONROUGE (De), lieutenant du Roi à la Bastille, 57. - - MALOET (Pierre-Louis), médecin de Mesdames de France, *103[164]. - - MALTER, danseur de l’Opéra, 214. - - _Mantes_ (Ville de), 19, 20, 23. - - _Mantoue_ (Duché de), *XV[6]. - - _Marchiennes_ (Siège de), 19, 21. - - _Maréchal de Richelieu_ (Le), par CAPEFIGUE, *XX[12], *315[501]. - - _Maréchale de Villars et son temps_ (La), par Charles GIRAUD, - *80[135]. - - MARIE-ANTOINETTE, Archiduchesse d’Autriche, puis Reine de France, - *312[499]. - - MARIE LESCZINSKA (La Reine), femme de Louis XV, 131, 136, 137, 151, - 189, 195, 200, 206, 209, 210, 261, 262. - - MARIE-THÉRÈSE, Archiduchesse, puis Impératrice d’Autriche, 92, 105, - *105[168], *141[216], 160, *162[250], 174, *174[270], *231[350], - 237, 293, 312, 334, *334[531]. - - MARLY (Château de), 4, *5[26], 19, 22, 127. - - MARMONTEL (Jean-François), littérateur, *XI[5], 250, 251. - - _Marmouzets_ (Conspiration des), 109. - - MARQUISET, _Table alphabétique de Mémoires_, etc., *XIX[10]. - - MARS (Le Dieu), 86. - - MARSAN (Comtesse de), née SOUBISE, 278. - - _Marseille_ (Ville de), 280, 299. - - MARTIN (Henri), historien, 105. - - MARY-LAFON, littérateur, XXIV, *XXIV[16]. - - _Masque de Fer_ (Le), *XIV[6]. - - MASSON (Frédéric), de l’Académie française, historien, *318[504], - *325[516], *342[549], *346[556]. - - MASSON (Pierre-Maurice), littérateur, 159, *176[273]. - - MATTIOLI (Comte), agent du Duc de MANTOUE, *XV[6]. - - _Maupin_ (La), par LE TAINTURIER-FRADIN, *85[145]. - - MAUPIN (Mlle de), actrice de l’Opéra, 79, 84, 85. - - MAUREPAS (Jean-Frédéric PHÉLYPEAUX, Comte de), Secrétaire d’État - et Ministre à divers départements, XIII, 137, 138, 146, 150, 154, - *154[239], 155, 158, 159, *159[243], 160, 163, 164, 175, 178, 179, - *179[276], 181, 189, 192, *192[292], 193, 194, 196, *197[297], - 211-214, 217, 218, 221, *221[342], 255, 257, 258, *258[401], 259, - 272, 286. - - MAUREPAS (Marie-Jeanne PHÉLYPEAUX DE LA VRILLIÈRE, Comtesse de), - 137, 146, 163. - - _Maurice, Comte de Saxe et Marie-Josèphe de Saxe_, par le Comte - VITZTHUM d’ECKSTAEDT, *222[343], *230[348]. - - _Maurice de Saxe et le Marquis d’Argenson_, par le Duc de BROGLIE, - *166[256], *167[257], *222[343], *225[345], *229[348]. - - MAZARIN (Le Cardinal), *XV[6]. - - MAZARIN (Françoise de MAILLY, Duchesse de), 146, 147. - - _Méditerranée_ (Côtes de la), 287, 293. - - MELUN (Duc de), Prince d’ESPINOY ou d’ÉPINOY, 13, 21, 79, 87, 261. - - _Mélanges historiques, politiques et satiriques de_ BOISJOURDAIN, - *34[65], *63[110], *110[174], *119[186], *188[284], *244[379]. - - _Mémoires authentiques du Maréchal de Richelieu_ (inédits), - XXVIII, *7[31], *12[41], *93[154], 140, *144[220], *146[223], - 147, *149[225], *151[229], *155[239], *175[271], 180, *182[278], - *184[281], *187[283], *190[289], *191[291], *192[292], *205[317], - 222, *232[352], *237[368], *258[401], *287[447], *291[451], - *299[469], *301[479], *306[486], *323[512]. - - _Mémoires de Besenval_, *36[67], *39[69], *40[70], *60[105], - *62[108], *175[271]. - - _Mémoires de Casanova de Seingalt_, 282. - - _Mémoires de Frédéric II_ (édition BOUTARIC et CAMPARDON), - *178[274], *332[529]. - - _Mémoires de la Duchesse de Brancas_ (édition L. LACOUR), - *139[215], *145[221], *146[222], 150, *151[229], *154[238], - *190[288]. - - _Mémoires de Madame du Hausset_ (édition BARRIÈRE), *290[450], - *300[471]. - - _Mémoires de Madame du Hausset_ (édition BAUDOUIN), *303[481], - *310[492]. - - _Mémoires de Mlle de Launay, Baronne de Staal_ (édition de - LESCURE), 53, *53[92], *57[99]. - - _Mémoires de Marmontel_ (édition M. TOURNEUX), *250[386]. - - _Mémoires de Napoléon à Sainte-Hélène_ (édition de MONTHOLON), - *318[505]. - - _Mémoires de Thiébault_ (édition BARRIÈRE), *341[548]. - - _Mémoires du Comte de Maurepas_, *56[98], *63[110], *82[140], - *90[152], *126[195], *137[211], *178[274], *187[283], *189[286], - *257[400], *259[403]. - - _Mémoires du Duc de Saint-Simon_ (édition de BOISLISLE et - LECESTRE), *XI[5], *XIV[6], 5, 7, *317[503]. - - _Mémoires du Maréchal de Richelieu_ (édition BARRIÈRE), XIX. - - _Mémoires du Maréchal de Richelieu_, par SOULAVIE, IX, *X[4], XIII, - *XVII[8], *XVIII[9], *46[75], 97, 98, *101[161], *176[273], 187, - *193[293], *197[297], *221[342], *290[450], *306[485], *309[488], - *310[493], *325[516], *328[525], *334[531], *335[534], *337[539]. - - _Mémoires du Maréchal de Villars_ (édition Marquis de VOGUÉ), 20, - *21[49], *46[76], *52[88], *54[93], *60[104], *86[146], *90[151], - *99[160], *105[168]. - - _Mémoires du Marquis d’Argenson_ (édition RATHERY), *52[84], - *138[213], *139[214], *142[217], *143[219], *147[223], *151[230], - *152[232], *153[235], *161[246], 166, *167[258], *183[279], - *234[359], *236[365], *237[368], 238, *238[370], *239[371], - *250[384], *252[392], *259[402], *260[405], *264[408], *265[410], - *272[416], *280[431], *281[434], *282[438], *283[439], *285[443], - *286[446], *287[448], *290[450], *296[460], *303[482]. - - _Mémoires du Marquis de Sourches_, *7[29]. - - _Mémoires du Président Hénault_ (édition ROUSSEAU), 80, *80[136], - 107, *107[172]. - - _Mémoires du Prince de Ligne_, 97, *97[158], 103, *103[164]. - - _Mémoires du Prince de Montbarey_, *240[373]. - - _Mémoires et Correspondance de Favart_ (édition FAVART et - DUMOLARD), *270[413]. - - _Mémoires et Journal du Marquis d’Argenson_ (édition elzévirienne), - *351[560]. - - _Mémoires et lettres du Cardinal de Bernis_ (édition FRÉDÉRIC - MASSON), *295[459], *296[461], *299[469], *305[483], *309[490], - *318[504], *321[509], *323[512], *324[513], 325, *325[515], - *326[518], *333[530], *336[537], *339[544], *340[546], *343[549]. - - _Mémoires historiques et anecdotes_, etc., par SOULAVIE, *308[487], - *309[488]. - - _Mémoires historiques et authentiques sur la Bastille_, par CARRA, - *8[34], *29[58]. - - _Mémoires_ ou _Journal du Duc de Luynes_ (édition DUSSIEUX et - E. SOULIÉ), *122[190], *127[196], 130, *130[203], *146[223], - *151[231], *152[232], *153[233], *154[239], *155[240], *157[242], - *168[259], *172[267], *187[283], *198[301], 199, *199[303], - *200[306], *201[309], 207, *207[319], *208[320], *209[321], 210, - *210[322], *211[324], *215[330], *217[332], *218[337], *221[342], - *235[360], *236[363], *243[378], *257[398], 258, *258[401], 260, - *260[407], *271[414], *272[415], *273[420], *274[421], *275[422], - *278[427], *281[435], *286[446], *287[447], *294[453], *295[457], - *296[462], *297[464], *301[479], *325[517], 338, *339[542], - *340[546]. - - _Mémoires_ ou _Journal du Marquis de Dangeau_ (édition DUSSIEUX - et E. SOULIÉ), *4[24], *6[27], *7[30], *22[51], *25[54], *29[57], - *30[60], *32[61], *47[77], *51[84], *52[88], *57[100], *61[107], - *66[115], *69[121], 112, *112[176]. - - _Mémoires pour servir à l’histoire de France_, *48[79], 50, 71, - *71[125]. - - _Mémoires pour servir à l’histoire de la Calote_, *244[379]. - - _Mémoires secrets de Duclos_, *29[57], *73[127], *165[254], - *220[340], *312[498], *336[537]. - - _Mémoires secrets_, dits de _Bachaumont_, VIII. - - _Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la Perse_, 172. - - _Mémoires sur la vie de Marie-Antoinette_, par Mme CAMPAN, née - GENET, *XVIII[9]. - - _Menin_ (Ville de), 178. - - _Mercure de France_ (Le), périodique du XVIIIe siècle, *76[130], - *77[134]. - - _Metz_ (Ville de), 178, 182, 184, 187-190, *191[291], *192[292], - 193, 195, 308. - - MEUSE (Henri de CHOISEUL, Marquis de), *149[225], 150, 151, 158, - 159. - - MEUSNIER, inspecteur de police, *270[412], *311[496]. - - MICHELIN, miroitier, 23, 26. - - MICHELIN (Mme), XXIII, 19, 22, 24, 25, *34[65]. - - MIMI DANCOURT, actrice, fille de l’auteur-acteur, 241. - - _Minorque_ (Ile de), 92, 291, 293, 296, *297[465], 301, *309[491], - 310, *313[500], 348. - - _Minorquin_ (Le), surnom donné à Richelieu, par Mme de Pompadour, - 291, 299, 303. - - MIRABAUD (Jean-Baptiste de), de l’Académie française, 276. - - MIRABEAU (Chevalier, puis Bailli de), 343, *343[550], 344. - - MIREPOIX (Charles-Pierre-Gaston-François de LÉVIS, Maréchal de - France, Marquis, puis Duc de), 286, 287. - - MODÈNE (Renaud, Duc de), 60. - - _Modène_ (Ville de), *61[107], 65, *73[127]. - - _Moliériste_ (Le), revue, 298. - - _Momus fabuliste_, comédie, 62, *62[109]. - - MONACO (Mademoiselle de), 112. - - MONACO (Prince de), *112[176]. - - MONCERVEAUX, chirurgien d’Alsace, *187[283]. - - MONCONSEIL (Louis-Étienne-Antoine GUINOT, Marquis de), 40. - - MONCONSEIL (Cécile-Thérèse RIOULT de CURSAY, Marquise de), XIX, - *23[53], *156[241], *195[296]. - - _Mondain_ (Le), satire de VOLTAIRE, 262. - - _Monde médical au_ XVIIIe _siècle_ (Le), par le docteur DELAUNAY, - *187[283]. - - MONTAIGLON (Anatole de COURDE de), archiviste-paléographe, 233. - - MONTAZET (Antoine de MALVIN de), évêque d’Autun, puis archevêque de - Lyon, 273. - - MONTBOISSIER (Papiers), *316[502], *327[520], *328[522], *329[525]. - - MONTCAVREL (Diane Adélaïde de MAILLY, Demoiselle de), puis Duchesse - de LAURAGUAIS, 143, 161, 163, 181, 191, 215, 228, 301, 328. - - MONTESPAN (Françoise-Athénaïs de ROCHECHOUART, Marquise de), 33. - - MONTESQUIEU (Le Président Charles de SECONDAT, Baron de la BRÈDE et - de), 275. - - MONTIGNY (Étienne-Mignol de), trésorier de France, de l’Académie - des Sciences, 312. - - _Montjeu_ (Chapelle de), 113. - - _Montpellier_ (Ville de), 115, 117, 121, 125, *126[195], 165, 195, - 267. - - MONVAL, littérateur, XXII. - - MONVEL (J. BOUTET de), auteur-acteur, XXIII. - - MOROSINI (De), Ambassadeur de Venise, 282. - - MORVILLE (Charles-Jean-Baptiste FLEURIAU, Comte de), Secrétaire - d’État aux Affaires étrangères, 94, *104[165]. - - MOUFLE D’ANGERVILLE, littérateur, 338. - - MOUHY (Charles de FIEUX, Chevalier de), romancier, nouvelliste et - policier, *157[242], *197[297]. - - MOULIN (Du), médecin, 187. - - _Mousquetaires au couvent_ (Les), comédie et opéra-comique, 42. - - _Muette_ (Château de la), 256. - - MURPHY (Marie-Louise), dite la petite Morfi, 277, 288, 289. - - _Muses rivales_ (Les), opéra de J.-J. ROUSSEAU, 241. - - - N - - - NANGIS (Louis-Armand de BRICHANTEAU, Marquis de), Maréchal de - France, 25. - - NAPOLÉON Ier, *104[166] *205[316]. - - NATI, critique d’art, 233. - - NAVARRE (La Princesse de), 170. - - NESLE (Les demoiselles de), 141-143, 146, 155. - - NESLE (Louis III, Marquis de), 139, 198. - - NESLE (Félicité-Armande LA PORTE-MAZARIN, Marquise de), 79, 86. - - _Neuchâtel-en-Suisse_ (Principauté de), 342, 344, *344[551], 345, 346. - - NEWIED (Comte de), 342, 343, *343[549], 345. - - _Nîmes_ (Consistoire de), 284. - - _Nîmes_ (Ville de), 284, 285. - - NOAILLES (Le Cardinal Louis-Antoine de), Archevêque de Paris, 7, - 10, 14, 65, 66, 74. - - NOAILLES (Adrien-Maurice, Duc de), Maréchal de France, 141, 162, - *162[249], 163, 175, 180-182, *187[283], 189, *189[286], 197, 202, 205, 231, 281, - 309. - - NOAILLES (Marquis de), 4, 6. - - _Normandie_ (Province de), 166. - - _Notre-Dame de Versailles_ (Église de), 1. - - _Nouveaux Mémoires du Maréchal de Richelieu_, par de LESCURE, *XIX[10], - *40[71]. - - _Nouvelle Revue rétrospective_ (édition Paul COTTIN), *311[496]. - - _Nouvelles de Paris_ (édition E. de BARTHÉLEMY), *119[186], *121[188]. - - - O - - - _Ode à Priape_ (L’), par PIRON, 275. - - _Odéon_ (Théâtre de l’), *XXII[14]. - - _Œuvres de_ VOLTAIRE, *166[255], *169[261]. - - _Œuvres inédites de_ PIRON, (édition H. BONHOMME), *124[193]. - - OGIER (Jean-François), Ambassadeur de France à la Cour de Danemark, - 320. - - _Oldenbourg_, capitale du duché du même nom, 313. - - OLIVET (Joseph THOULIER, Abbé d’), de l’Académie française, 136, - 266, 272, 274-276. - - _Oloron-en-Béarn_ (Ville d’), *76[129]. - - _Opéra_ (Bals et Théâtre de l’), 30, *30[59], 40, 153, 212, 214, 227, - 236, 237, 249, 270, 282, *294[456]. - - _Opéra-Comique_ (L’) du théâtre forain, 211, 212, *271[414]. - - OPHÉLIE, 146. - - _Ordre du Saint-Esprit_ (L’), 85, 86. - - ORLÉANS (Marguerite-Louise d’), Grande-Duchesse de TOSCANE, nièce - de Louis XIII, 68. - - ORLÉANS (Philippe, Duc d’), Régent de France, *XIV[6], *XV[6], *XVII[8], - *25[55], 26, 29-31, 40, 42, 44-46, *47[77], 49, 50, 54, 57-60, *61[107], 63, - *63[112], 64, *64[112], 65, 66, *66[116], 69, 79, 81, 82, 84, 88, 89, 100, 101, - 128, 142. - - ORLÉANS (Françoise de BOURBON, Duchesse d’), femme du Régent, 38, - 39. - - ORLÉANS (Élisabeth-Charlotte de BAVIÈRE, Duchesse d’), mère du - Régent, VIII, 36-38, 41, 42, *42[72], 43, 44, 49, 54-59, 63, 64, 73, 79. - - ORLÉANS (Mademoiselle d’), Abbesse de Chelles, fille du Régent, 82. - - _Ormes_ (Les), château du Comte d’Argenson, 306. - - _Ostende_ (Ville d’), 92, 105. - - - P - - - _Palais de Justice_ (Le), 129, 308. - - _Palais-Royal_ (Le), 29, 39, 120, 123, 128, 129, 278. - - PALLUAT DU BESSET, littérateur, 345, *345[553]. - - _Panégyrique de Louis XV_ (Le), par VOLTAIRE, 272. - - PAPILLON DE LA FERTÉ (Denis-Pierre-Jean), Intendant des Menus, VIII. - - PARABÈRE (Marie-Madeleine de la VIEUVILLE, Comtesse de), 73, 173. - - _Paris, Versailles et les provinces_, par DUGAS de BOIS-SAINT-JUST, - *294[456], *297[463]. - - PARIS (Les frères), financiers et banquiers de la Cour, 238. - - PARIS-DUVERNEY, Conseiller d’État, fournisseur des Armées, 309, - *309[491], 310, *310[492], 312, 335, 336. - - _Parlement de Bordeaux_ (Le), 349. - - _Parlement de Paris_ (Le), 1, 30, 31, *32[61], 88, 89, 93, 208, 289, - 307, 308. - - _Parlement de Toulouse_ (Le), 127. - - _Passy_ (Village de), 240, 241, 245. - - PAUL-ÉMILE, 171. - - PAULMY (Antoine-René d’ARGENSON, Marquis de), Secrétaire d’État au - Ministère de la Guerre, 339. - - _Pavillon du Hanovre_ (Le), 340, *340[547]. - - _Pays-Bas_ (Royaume des), 230. - - PECQUET, premier Commis aux Affaires étrangères, *173[268]. - - PENTERRIEDER (Baron de), Envoyé d’Autriche à la Cour de France, - *119[186]. - - _Petites maisons_ (Les), par G. CAPON, 138. - - _Perpignan_ (Ville de), 49. - - PERSÉE, 171. - - PÉRUSSEAU (Le Père), Jésuite, 185, 186. - - PHILIPPE (L’Infant Don), 200. - - PHILIPPE V, Roi d’Espagne, 44, 49, 50, 67, 91, 92, 97, 182. - - _Philisbourg_ (Siège de), 114. - - _Philosophe chrétien_ (Le), par le Roi Stanislas LESCZINSKI, 262. - - _Picardie_ (Province de), 166. - - _Pièces inédites sur les règnes de Louis XIV et de Louis XV_ - (éditées par SOULAVIE), *XVII[8], *107[171]. - - _Pièces manuscrites de_ ou _sur_ VOLTAIRE, *242[375]. - - _Piémont_ (Le) et _Piémontais_ (Les), 231. - - PIÉMONT (Charles-Emmanuel III, Prince de) puis Roi de Sardaigne, - 60, 182, 191. - - PINSONNEAU, employé au Ministère de la Guerre, 46. - - PIRON (Alexis), poète et auteur dramatique, 123, 266, 275. - - _Place-Royale_ (La), 51, 52, 68, *68[117], 69, 115, 173, 277, 281. - - _Platée_, ballet-comique de RAMEAU, 199. - - PLOCQUES, bibliothécaire du Maréchal de RICHELIEU, XI. - - _Poitou_ (Province du), 65, *66[116], 70, 75. - - POLIGNAC (Le Cardinal Melchior de), diplomate, *XVIII[8], 103, 106. - - POLIGNAC (Marquise de), 79, 86. - - _Pologne_ (Royaume de), 110. - - POMPADOUR (Antoinette POISSON, dame d’ETIOLES, Marquise de), *XI[5], - *XIV[6], *150[227], 196, 202, *207[319], 210, 215, 216, 220-222, 231, 234-237, - *237[368], 238-240, 249, 253, 254, *254[396], 255-259, 260-265, 268, 273-275, - 277, 281, 282, 287-291, *292[452], 293, 296, 298, 300, 302-305, *305[483], - 306, *306[485], 307, 308-311, *311[496], 312, *312[498], 319, *322[511], 323, 324, 331, - 333-335, 342-347, *344[552]. - - POMPONNE (Abbé de), Conseiller d’État d’Église, 2. - - PONCET DE LA RIVIÈRE (Matthias), Évêque de Troyes, 273. - - PONS (Charles-Louis de LORRAINE, Prince de), 114. - - PONTCHARTRAIN (Jérôme PHÉLYPEAUX, Comte de), Ministre de la Maison - du Roi, 10, *11[40], 15, 17. - - _Pontoise_ (Ville de), 307, 308. - - POREL, acteur, directeur de théâtre, *XXII[14]. - - _Port-Mahon_ et _Fort-Mahon_ (île de Minorque), 291, 296, 301. - - _Pragmatique-Sanction_ (La), 92, *105[168], *141[216]. - - _Précis du siècle de Louis XV_, par VOLTAIRE, *205[315]. - - _Préjugé à la mode_ (Le), comédie par LA CHAUSSÉE, 260, 261. - - _Premières armes de Richelieu_ (Les), comédie, XXIV, *XXIV[15]. - - _Premiers lundis_, par SAINTE-BEUVE, *341[548]. - - PRIE (Jeanne-Agnès de BERTHELOT, Marquise de), 84, 89. - - _Princesse de Navarre_ (La), comédie-lyrique de VOLTAIRE et de - RAMEAU, 158, 168, *169[261], 170, 172, 198, *199[303], 241. - - _Province sous l’ancien régime_ (La), par BABEAU, *286[446]. - - PRUSSE (Le Prince Henri de), frère de Frédéric II, 337. - - _Prusse_ (Royaume de) et _Prussiens_ (Les), 104, *141[216], 173-175, - *175[271], 229, 268, 282, 291, 292, *292[452], 310, 312, 322, 329, *343[549], 346. - - PUYSIEULX (Louis-Philoxène BRULART, Marquis de), Ministre des - Affaires étrangères, 230, 238. - - - Q - - - _Quintessence_ (La), gazette de la Haye, 101. - - - R - - - RABAUD (Paul), Ministre protestant, 284, *284[442]. - - RABAUD-SAINT-ÉTIENNE (Jean-Paul), fils du précédent, conventionnel, - *284[442]. - - RACINE, *187[283]. - - RAMEAU (Jean-Philippe), compositeur, 158, 168, 169, 171, 172, 199, - 241-243. - - RAPALLY, prêteur sur gages, 95. - - RAVAISSON (François), conservateur à la bibliothèque de l’Arsenal, - *8[34], *10[37], *11[40], *13[42], *14[43], *17[45]. - - RAYNAL (Abbé Guillaume-Thomas-François,), historien, 233. - - REBEL, maître de musique de la Chambre du roi, 236. - - _Recueil Geffroy_, *7[29]. - - _Registres de Saint-Sulpice_, *1[19]. - - _Registres du Temple_, *112[176]. - - RESSÉGUIER (Chevalier Clément-Ignace de), littérateur, *173[268]. - - _Revue de Paris_ (article CUCUEL), *252[391], *253[393]. - - _Rhin_ (Armée du), 110, 111, 114, 162, 188. - - RICHARDSON, romancier anglais, XXI. - - RICHELIEU (Armand-Jean DU PLESSIS, Cardinal-Duc de), V, VII, *XV[6], - 1, 25, *67[117], 68, 109, 110, 124, 128, 170, 195, 232, 234, 237, 271, - 285, 291. - - RICHELIEU (Armand-Jean, Duc de), père du Maréchal, 1, 3, 5, 9, 10, - 13, 16-20, 24, 25. - - RICHELIEU (Anne-Marguerite d’ACIGNÉ, Duchesse de), deuxième femme - d’Armand-Jean et mère du Maréchal, 3. - - RICHELIEU (Marguerite de ROUILLÉ, Duchesse de), troisième femme - d’Armand-Jean, 4, 10, 17. - - RICHELIEU (Catherine de), fille d’Armand-Jean et sœur du Maréchal, - *11[39]. - - RICHELIEU (Marie-Gabrielle DU PLESSIS), Abbesse du Trésor, fille - d’Armand-Jean et sœur du Maréchal, 195, 294. - - RICHELIEU (Élisabeth-Sophie de LORRAINE, princesse de GUISE, - Duchesse de), deuxième femme du Maréchal, 72, 112-115, 117, 121, - 122, *122[190], 131. - - _Richelieu_ (Château, domaine et ville de), 65, *66[116], 67-69, *69[120], - 108, 123, 262, 286, 333. - - _Richelieu_ (Maison de), 294, 299. - - RIGAUD (Hyacinthe), artiste peintre, 75. - - RIOM (Comte de), 80, *80[137]. - - RIPPERDA (Baron de), Ambassadeur d’Espagne à la Cour de Vienne, 88, - 91-94, *94[155], 97. - - ROBESPIERRE (Maximilien), *197[297]. - - ROCHARD, acteur de la Comédie italienne, 270. - - _Rocoux_ (Bataille de), 221. - - ROHAN (Louis, Chevalier de), grand-veneur de France, 3. - - ROHAN (Marie-Sophie de COURCILLON, Princesse de), 180. - - _Rome_ (Ville de), 103, 236. - - ROQUELAURE (Marie-Louise de LAVAL, Duchesse de), 128. - - ROQUETTE (Abbé Henri-Emmanuel de), 76. - - ROSALBA CARRIERA, femme-peintre, 75. - - _Rosbach_ (Défaite de), 314, 329-331, *347[556]. - - ROTTEMBOURG (Comte de), Envoyé de Prusse en France, 173, 175, 223. - - ROUSSEAU (Jean-Jacques), 240, 241, *241[374], 242, *242[376], 243. - - ROY (Pierre-Charles), poète et auteur dramatique, 30, 107, 129, - 199, 240, 242-245. - - _Royaume de la rue Saint-Honoré_ (Le), par le Comte Pierre de - SÉGUR, *139[215]. - - _Ruel_ (Maison et domaine du Val de), 67, *67[117], *68[117]. - - _Ruel_ (Seigneurie de), *68[117]. - - RULHIÈRE (Claude-Carloman de), historien, VIII, XVI, *7[33], 49, 60, - *61[107], 62, 69, 81. - - _Russie_ (Empire de) et _Russes_ (Les), 104, 322. - - - S - - - _Sablons_ (Plaine des), 250. - - SAILLANT (Le Colonel, Marquis de), 49, 51. - - _Saint-Antoine_ (Rue), 23, 24, 58. - - _Saint-Cloud_ (Village de), 59. - - _Saint-Cyr_ (Maison royale de), 68. - - _Saint-Denis_ (Plaine de), *122[191]. - - _Sainte-Geneviève_ (Église de), 15. - - SAINT-FLORENTIN (Louis PHÉLYPEAUX, Comte de), puis Duc de la - VRILLIÈRE, Ministre d’État, 125, 267, 286. - - SAINT-FOIX (Germain-François POULLAIN de), littérateur et auteur - dramatique, 265. - - _Saint-Germain-en-Laye_ (Ville de), 65, 66, *66[115], *68[117]. - - _Saint-James_ (Cabinet de), 314, 325. - - _Saint-Lazare_ (Prison de), 279, 280. - - _Saint-Léger_ (Rendez-vous de chasse de), 144. - - SAINT-MARS (Le Gouverneur), *XV[6]. - - _Saint-Paul_ (Église), 14, 24. - - _Saint-Philippe_ (Fort de), 297, 299. - - SAINT-RÉMY (Abbé de), précepteur de Richelieu, 11, 14, *14[44]. - - SAINT-SAPHORIN, Ambassadeur d’Angleterre à la Cour de Vienne, 98, - 99. - - SAINT-SÉVERIN d’ARAGON (Comte de), diplomate, 237, 238. - - SAINT-SIMON (Louis de ROUVROY, Duc de), historien, XIII, *XIV[6]. - - SAINT-SIMON (Claude de ROUVROY de), évêque de Metz, *XIV[6]. - - _Saint-Thomas-du-Louvre_ (Rue), 30. - - SAINT-VINCENT (Julie de VENCE-VILLENEUVE, Marquise de FAURIS de), - XXIV. - - SAISSEVAL (de), 206. - - SANDRÉ, avocat au Parlement, *67[117]. - - _Saxe_ (Armée de), 330. - - _Saxe_ (Cour de), 215, 223, 224, 228. - - _Saxe_ (Électorat de), 324, 330. - - SAXE (Hermann-Maurice, Comte de), Maréchal-Général de France, 181, - 195, 202, 204, 206, *206[318], 213, 215, 218, 223, 224, 227-230, 250, - 251, *251[388], *264[408], 266, 269, 270, 337. - - SAXE-HILDERBURGHAUSEN (Duc de), 316, 329. - - SCAFINI, sculpteur italien, 233. - - SCHMETTAU (Le Maréchal Samuel, Comte de), 182. - - SCHOFFER, sculpteur, 233. - - SEGAUD (Le Père Guillaume de), Jésuite, confesseur du Dauphin, 122. - - SÉGUR (Angélique de CROISSY, Comtesse de), *36[67], *40[70]. - - _Sémiramis_, tragédie de VOLTAIRE, 269. - - SÉNAC DE MEILHAN (Gabriel), intendant de province, littérateur, - VIII, XVII, *XVII[8], 132. - - SENOZAN (Olivier de), 112. - - SENSIER, critique d’art, 73. - - SERRES (de), *XVII[8]. - - SERVIGNÉ (GUIARD de), littérateur, XVII, *XVII[8]. - - SÉRY (Mlle de), Comtesse d’ARGENTON, 101. - - _Siècle de Louis XIV_ (Le), par VOLTAIRE, 268. - - _Silésie_ (La), *174[270]. - - SILLY (Jacques-Joseph VIPART, Marquis de), Lieutenant-général, - *XVIII[8]. - - _Société Archéologique du Gers_, *XXV[18]. - - _Société bordelaise au XVIIIe siècle_ (La), par GRELLET-DUMAZEAU, - *349[559]. - - _Sonnettes_ (Les), roman, XXII, *XXII[13]. - - _Sorbonne_ (Église de la), 109. - - SOUBISE (Louis-François-Jules de ROHAN, Prince de), 86. - - SOUBISE (Charles de ROHAN, Prince de), Maréchal de France, 303, - *311[494], 315, 317, 323, 324, 329, *329[527], 330, 331, 335. - - SOULAVIE (Jean-Louis GIRAUD), publiciste et compilateur, *XI[5], XII, - XIV, *XIV[6], *XV[6], XVI, XVII, *XVII[8], XVIII, *XVIII[9], XIX, XXV, 31, *45[75], - 52, *56[98], *90[152], *154[239], *197[297], 296, 310, *317[503], *321[509], *325[516], 334, *335[534], - *341[548], *346[556]. - - SOULIÉ (Eudore), 1. - - SOURCHES (Marquis de), Grand-Prévôt de France, 51. - - SOURIS (La), actrice de l’Opéra, 81. - - SOUSCARRIÈRE (Madame de), *245[380]. - - _Souvenirs de deux anciens militaires_, par FORTIA de PILES et GUYS - de SAINT-CHARLES, *195[296], *207[319], *211[324], *347[557]. - - _Souvenirs de la Maréchale de_ BEAUVAU _et du Maréchal_, *297[466], *313[500]. - - _Souvenirs du Marquis_ de VALFONS (Édition ÉMILE-PAUL), 198, *313[500], - *319[506], *326[519], *330[528]. - - _Souvenirs et portraits par le Duc de_ LÉVIS, *29[56], *103[164], *121[189]. - - _Stade_ (Camp de), 317, 323, 324. - - STAHREMBERG (Comte de), Ambassadeur de Vienne à la Cour de France, - *320[508], 326. - - _Strasbourg_ (Ville de), 312, 345. - - STUART (Le Prince Charles-Édouard), dit le _Prétendant_, 166, 167, - 217, 220. - - _Succession d’Autriche_ (Guerre de la), *141[216], 174, 231. - - _Succession d’Espagne_ (Guerre de la), *91[153]. - - _Suède_ (Royaume de), 104, 137, 164. - - SULLY (Maximilien-Henri de BÉTHUNE, Duc de), 101. - - - T - - - TACITE, *104[165]. - - _Tarascon_ (Ville de), _Ariège_, 200. - - _Tarascon_ (Ville de), _Bouches-du-Rhône_, 280. - - TASCHEREAU de BAUDRY, Lieutenant-général de police, 95. - - _Temple_ (Le), 121, 122. - - _Temple de la Gloire_ (Le), de VOLTAIRE et de RAMEAU, opéra-féerie, - 219, 242. - - TENCIN (Le Cardinal Pierre GUÉRIN de), Archevêque de Lyon, *XVIII[8], - XXV, 132, 148, 149, 163, *173[269], 175, *176[273], 178, 181, 182, *187[283], 196, - 238. - - TENCIN (Claudine-Alexandrine GUÉRIN de), sœur du Cardinal, *XVII[8], - *XVIII[8], XXV, 131, 132, 136, 141, 147-149, *149[225], 158, 159, *159[243], - 160, 163, 164, 175, 176, *176[273], 178-182, *195[296], 196, 301. - - _Théâtre de la Foire_, 195. - - _Théâtre de la Nation_, XXII. - - _Théâtre de la République_, XXII. - - _Théâtre des Cabinets ou des petits Appartements_, 234, 237, 260, - 269. - - _Thésée_, opéra de QUINAULT et LULLI, 199. - - THÉVENARD, acteur de l’Opéra, 81. - - THIÉBAULT (Dieudonné), littérateur, 340, 341. - - THIERIOT, correspondant de Voltaire, 68, 75, *87[147]. - - _Toison d’or_ (Ordre de la), 260. - - TORELA (Prince de LA), Ambassadeur de Naples, 115, *115[183]. - - _Toulon_ (Port et ville de), 296, 299. - - TOULOUSE (Louis-Alexandre de BOURBON, Comte de), légitimé de Louis - XIV, grand Amiral de France, 32. - - TOULOUSE (Sophie de NOAILLES, Comtesse de), 108. - - _Touraine_ (Province de), 64. - - _Tournai_ (Ville de), 204, 208, 209. - - _Traité des grandes opérations militaires_, par JOMINI, *318[505]. - - _Trianon_, 305. - - _Trois évêchés_ (Les), 91. - - _Tuileries_ (Palais des), 61, *61[107], 112, 120. - - TUGNY (Joseph-Antoine de CROZAT, Marquis de), 129. - - _Turquie_ (La), 99, 164. - - - U - - - _Utrecht_ (Traité d’), 192. - - UXELLES ou HUXELLES (Marie de BAILLEUL, Marquise de NANGIS, puis - d’), 4. - - - V - - - _Valengin-en-Suisse_ (Principauté de), 344, *344[107], 346. - - VALENTINOIS (Duchesse de), 112. - - VALFONS (Charles de MATHÉI, Marquis de), Lieutenant-général, 112, - 116, 117, *117[185], 123, 197, 313, *313[500], 326, 330. - - VALOIS (Charlotte-Aglaë d’ORLÉANS, dite Mademoiselle de), *XIV[6], 36, - 37, *37[68], 39, 40, *40[71], 43, 44, 49, *50[81], 52, 56, *56[98], 59, 60, *61[107], - 62, *62[108], 63, *63[111], 69, 71, 72, 81, 101, 113, 181, 247. - - VAN DER HAYN, 344. - - VAUCANSON (Jacques de), mécanicien, 240, 250, 251. - - _Vaugirard_ (Barrière de), 138. - - VAURÉAL (Louis-Guy GUÉRAPIN de), Évêque de Rennes, Diplomate, - *XVII[8], 274. - - _Vélay et Vivarais_ (Province ou département du), 111, *285[444]. - - VÉNUS, 75, 86. - - VERNOUILLET (Anne-Charlotte de SALABERRY, Marquise ROMÉ de), 121, - *121[188]. - - _Versailles_ (Cabinet de), 94, *105[168], 174, 226. - - _Versailles_ (Cour et Ville de), 4, 22, 25, 80, 106, 136, 141, 143, - 151, 152, 161, 175, 177, 191, 198, 199, 208, 218, 228, 231, 235, - 236, *242[374], 247, 255, 260, 263, 269, 284, *287[447], 288, 299, 305, 307, - 314, 319, 325, 334, 335, 344, 348. - - _Versailles_ (Musée de), 74, 75. - - _Vie d’Artistes Gênois_, par NATI, *233[355]. - - _Vie de Charles Henry, Comte de Hoym_, par le Baron Jérôme PICHON, - *87[147]. - - _Vie de Voltaire_, par DESNOIRESTERRES, *114[181], *136[209], *172[266], *241[374], - *272[417], *273[419]. - - VIENNE (De), Capitaine au régiment de Richelieu, 96. - - _Vienne_ (Cour de), 86, 88-90, 93, 94, *101[161], 106, 107, *107[171], *215[330], - 226, 227, 230, *334[532], 335, 342. - - _Vienne_ (Ambassade de), *175[271], 291, 312. - - _Vienne_ (Premier traité de), 104. - - _Vienne_ (Second traité de), 291. - - _Vie privée de Louis XV_, par MOUFLE d’ANGERVILLE, *186[282], *338[541], *340[547]. - - _Vie privée des financiers au XVIIIe siècle_, par THIRION, *277[426]. - - _Vie privée du Maréchal de Richelieu_, par FAUR, IX, XV, XVI, - *XVII[8], 12, 20, *23[53], *45[75], *115[183], *119[186], *132[204], *160[244], *176[273], *195[296], *198[300], - *306[485], *311[495], *337[539]. - - VIEUX-MAISONS (Mme de), *173[268]. - - VIGNEROT (Famille des), *72[126], 90, 113, 114, 185. - - VILLARS (Louis-Hector, Maréchal de France, Duc de), 19-21, 46, 52, - 54, 60, 75, 85, 98, 99, *105[168], 106, 110, 171, 301, 337. - - VILLARS (Honoré-Armand, Prince de MARTIGUES, Duc de), 136. - - VILLARS (Jeanne-Angélique de la ROCQUE de VARENGEVILLE, Maréchale - de), 73, 80, *80[135]. - - VILLEROY (Marie-Reine de MONTMORENCY-LUXEMBOURG, Marquise puis - Duchesse de), 73, 78-81. - - _Vincennes_ (Chapelle de), 71. - - VINTIMILLE (Pauline-Félicité de NESLE, Comtesse de), 143, 196. - - VIRGILE, 11. - - VITZTHUM D’ECKSTAEDT (Comte de), 230. - - VOISIN (La), 194. - - VOGUÉ (Marquis de), *105[168]. - - VOLTAIRE, VIII, IX, *XIV[6], *XVII[8], *XVIII[9], XXII, XXV, XXVII, *14[44], 65, - 68, 75, 76, *78[134], 86, 87, 90, 100, *103[165], *106[170], 112-115, *115[182], 118, - 121, 131-135, *135[207], 136, *136[209], *137[210], 149, 158, *159[243], 163, 166, 168, - 169, *169[261], 170, 190, 198, *199[303], 204, *205[315], 206, 210, 215, 216, - 219-225, *226[347], 233, *233[354], 242, *242[375], *243[378], 255, 262, 263, 266-269, - 272, 273, 282, 283, 291, 300, 301, 312, 313, *319[507], 320, *325[516]. - - VOUEL (Amiral), 298. - - _Voyage en Italie_, par LALANDE, *233[353]. - - - W - - - WERNEK, Envoyé du Prince des Deux-Ponts, 160. - - _Weser_ (Fleuve du), 316, 317. - - WESTERLOO (Capitaine de), 102, 103. - - _Westphalie_ (Armée de), 305, 313. - - - Y - - - YORK (Henri-Benoît-Marie-Clément STUART, Cardinal d’), 167. - - _Ypres_ (Siège d’), 178. - - - Z - - - ZASTROW (Von), Général allemand, commandant l’armée anglaise, 327, - 328. - - _Zell_ (Ville de), province du Rhin, 331. - - ZINZENDORFF (Philippe-Louis, Comte de), Chancelier de l’Empire - d’Autriche, 96, 98, 99, *105[168]. - - ZINZENDORFF (Le Cardinal Philippe-Louis, Comte de), fils du - précédent, 102. - - - - -Imprimerie de Montligeon (Orne).--7002-5-17. - - - - -EN VENTE A LA MÊME LIBRAIRIE - - -PAUL D’ESTRÉE et ALBERT CALLET - - LA - DUCHESSE D’AIGUILLON - (1726-1796) - d’après des documents inédits - - Un volume in-8º. Prix =5= francs - - -CASIMIR STRYIENSKI - - MESDAMES DE FRANCE - filles de Louis XV - Documents Inédits - - Un volume in-8º avec une héliogravure. Prix =5= francs - - -DAUPHIN MEUNIER - - LOUISE DE MIRABEAU - Marquise de Cabris - (1752-1807) - - Un volume in-8º. Prix =5= francs - - -JACQUES DE LA FAYE - - AMITIÉS DE REINE - avec préface du Marquis de Ségur, - _de l’Académie Française_ - - Un volume in-8º avec une héliogravure. Prix =5= francs - - - * * * * * - - - Corrections. - - Page VI: «fiint» remplacé par «finit» (et ne finit qu’une année à - peine). - - Page XIV: «Riche-chelieu» remplacé par «Richelieu» (son histoire de - Richelieu disparaissait). - - Page XVI: «du» remplacé par «de» (la fin du règne de Louis XIV). - - Page 1: inséré le mot «CHAPITRE» (CHAPITRE I). - - Page 12: «Sanzac» remplacé par «Sansac» (Fronsac avait, aussitôt, - oublié Mlle de Sansac). - - Page 30: renvoi [60] ajouté («pour quinze jours», à la - Conciergerie[60]). - - Page 55: (note 94): «ce ce» remplacé par «ce» (tout ce qui le regarde - personnellement). - - Page 107: «prodigue» remplacé par «prodigues» (Que tu prodigues, à - chaque instant). - - Page 119: (note 186): «erai» remplacé par «ferai» (je vous ferai à - tous les deux la chouette). - - Page 187: (note 283): «rot» remplacé par «roi» (et de la maladie du - roi à Metz). - - Page 212: renvoi [326] ajouté (en qualité de premier - gentilhomme[326]). - - Page 224: «a parté» remplacé par «aparté» (remarque, en aparté, le - Maréchal). - - Page 235: «gentilhommes» remplacé par «gentilshommes» (les fonctions - des premiers gentilshommes de la Chambre). - - Page 266: «Élec-lections» remplacé par «Élections» (--Élections - académiques: nomination du Maréchal). - - Page 280: «patrona» remplacé par «patronna» (Richelieu patronna - l’entreprise). - - Page 280: «grapiller» remplacé par «grappiller» (pour trafiquer et - «grappiller beaucoup d’argent). - - Page 287 (note [447]): «pp.» ajouté (_Journal_ de LUYNES, t. II, pp. - 83-84). - - Page 328: renvoi [1] supprimé (Seul, le duc de Brunswick[1]). - - Page 356 (note [556]): renvoi à la page 325 remplacé par page 315. - - Page 366 (_Bordeaux_): au lieu de *111 il faut sans doute lire *115[183]. - - Page 375: «Hastembeek» remplacé par «Hastembeck» dans _Hastembeck_ - (Victoire d’), 305, 312. - - Page 378: «XXII» remplacé par «XXIV» (LEMERCIER (Népomucène), auteur - dramatique, *XXIV[14]). - - Page 382: «Boilisle» remplacé par «Boislisle» dans _Mémoires du Duc - de Saint-Simon_ (édition de BOISLISLE et LECESTRE). - - Page 387: «*299» remplacé par «*199» (_Princesse de Navarre_ (La), - comédie-lyrique de VOLTAIRE et de RAMEAU, 158, 168, - *169[261], 170, 172, 198, *199[303], 241). - - Page 389: «XI» remplacé par «XIII» et «XIV» par «XVI» dans - SAINT-SIMON (Louis de ROUVROY, Duc de), historien, XIII, - *XIV[6]). - - Page 390: «XVII» remplacé par «XXII» dans SERVIGNÉ (GUIARD de), - littérateur, XXII, *XXII[13]. - - Page 390: «*74» remplacé par «*174» dans _Silésie_ (La), *174[270]. - - Page 391: «Appariements» remplacé par «Appartements» (_Théâtre des - Cabinets ou des petits Appartements_). - - Page 391: «Tuilerie» remplacé par «Tuileries» dans _Tuileries_ - (Palais des), 61, *61[107], 112, 120. - - - - -*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MARÉCHAL DE RICHELIEU *** - -***** This file should be named 64232-0.txt or 64232-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - https://www.gutenberg.org/6/4/2/3/64232/ - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the -United States without permission and without paying copyright -royalties. 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Hart was the originator of the Project -Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of -volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. 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font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of Le Maréchal de Richelieu, by Paul d'Estrée</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and -most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms -of the Project Gutenberg License included with this eBook or online -at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you -are not located in the United States, you will have to check the laws of the -country where you are located before using this eBook. -</div> - -<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: Le Maréchal de Richelieu</div> - -<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Paul d'Estrée</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'>Release Date: January 07, 2021 [eBook #64232]</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'>Language: French</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'>Character set encoding: UTF-8</div> - -<div style='display:block; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Produced by: Clarity, Hans Pieterse, HathiTrust Digital Library and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by The Internet Archive/American Libraries.)</div> - -<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MARÉCHAL DE RICHELIEU ***</div> - -<hr class="full" /> - -<p class="ssrf nobreak"><a href="#note">Au lecteur</a></p> - -<p class="ssrf"><a href="#toc">Table des matières</a></p> - -<p class="ssrf"><a href="#ndx">Index alphabétique</a></p> - -<div class="chptr box screenonly"> - -<p class="ssrf">Note.</p> - -<p>Dans l'original imprimé toutes les références de l'Index aux pages <em>VI-XXX</em> -sont erronées, avec un décalage systématique de deux unités entre l'index et -la numérotation des pages. Pour remédier à cette anomalie avec un minimum -de modifications les pages <em>VI-XXX</em> ont été renumérotées de <em>IV</em> à <em>XXVIII</em>.</p> - -</div> - -<div class="figcenter screenonly" style="margin: 3em auto;"> - <img src="images/couverture.jpg" alt="" title="" /> - <p class="cent cs6 ssrf">L’image de couverture a été réalisée pour cette édition - électronique.<br />Elle appartient au domaine public.</p> -</div> - -<div class="chptr"> - -<h1>LE MARÉCHAL DE RICHELIEU</h1> - -</div> - -<div class="chptr"> - -<p class="cent cs12 sepb1">OUVRAGES DE PAUL D’ESTRÉE</p> - -<p class="hang"><b>Œuvres inédites de Motin</b> (avec notice et notes). Paris, -librairie des bibliophiles, 1883.</p> - -<p class="hang"><b>Mémoires de Voltaire, écrits par lui-même</b> (avec notes et -commentaires). Paris, Kolb, 1891.</p> - -<p class="hang"><b>Les Hohenzollern</b> (en collaboration avec E. Neukomm). -Paris, Perrin et C<sup>ie</sup>, 1892.</p> - -<p class="hang"><b>Un policier homme de lettres. L’Inspecteur Meusnier</b> (1748-1757). -Paris, aux bureaux de la Nouvelle Revue rétrospective, -1892.</p> - -<p class="hang"><b>Les Explosifs au XVIII<sup>e</sup> siècle.</b> Paris, aux bureaux de la -Nouvelle Revue rétrospective, 1894.</p> - -<p class="hang"><b>Journal inédit du lieutenant de police Feydeau de Marville</b> -(1744). Paris, aux bureaux de la Nouvelle Revue rétrospective, -1897.</p> - -<p class="hang"><b>Les théâtres libertins du XVIII<sup>e</sup> siècle</b> (en collaboration avec -Henri d’Alméras). Paris, Daragon, 1905. <i>Épuisé.</i></p> - -<p class="hang"><b>Les Organes de l’Opinion publique dans l’Ancienne France</b> -(en collaboration avec Fr. Funck-Brentano). Paris, -Hachette et C<sup>ie</sup>.</p> - -<table summary="Volumes dans Les Organes de l'Opinion publique"> -<tr> - <td class="tdr">I.</td> - <td class="tdl"><b>Les Nouvellistes</b>, 2<sup>e</sup> édition, 1905.</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdr">II.</td> - <td class="tdl"><b>Figaro et ses devanciers</b>, 1909.</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdr">III.</td> - <td class="tdl"><b>La Presse clandestine</b> (en préparation).</td> -</tr> -</table> - -<p class="hang"><b>Le Père Duchesne. Hébert et la Commune de Paris</b> (1792-1794) -(Couronné par l’Académie française.) Paris, Ambert -et C<sup>ie</sup>, 1909.</p> - -<p class="hang"><b>La Duchesse d’Aiguillon</b> (en collaboration avec A. Callet). -Paris, Émile-Paul, 1912.</p> - -<p class="hang"><b>Un Rebouteur du Val d’Ajol et la Légende de Valdajou.</b> -(Bulletin de la Société française de l’Histoire de la Médecine.) -1912.</p> - -<p class="hang"><b>Le théâtre sous la Terreur</b> (<b>Théâtre de la Peur, 1792-1794</b>). -Paris, Émile-Paul, 1913.</p> - -<p class="addr"><i>EN PRÉPARATION:</i></p> - -<p class="hang"><b>La Vieillesse de Richelieu (1758-1788).</b></p> - -</div> - -<div class="chptr"> - -<div class="figcenter"> - <img class="pwidth" src="images/richelieu.jpg" alt="Richelieu" /> - <p class="sep2 cent">Le Maréchal Duc de RICHELIEU</p> - <p class="rsign cs8">(<i>d’après une gravure du temps</i>)</p> -</div> - -</div> - -<div class="chptr" style="padding: 2em; border: solid 2px #666; background-color: #eee;"> - -<p class="cent cs12 esp sepb1">PAUL D’ESTRÉE</p> - -<hr class="hr30" /> - -<p class="cent wesp lh30 red"><span class="cs12">LE</span><br /> -<span class="cs30">MARÉCHAL DE RICHELIEU</span></p> - -<p class="cent cs12">(1696-1788)</p> - -<p class="sep2 cent lh20"><span class="cs8">D’APRÈS</span><br /> -<span class="cs16 helv"><b>Les Mémoires Contemporains et des Documents Inédits</b></span></p> - -<hr class="hr31" /> - -<p class="cent cs8 esp">CINQUIÈME ÉDITION</p> - -<hr class="hr32" /> - -<p class="cent lh20 wesp">PARIS<br /> -<span class="cs12 esp red">ÉMILE-PAUL FRÈRES, ÉDITEURS</span><br /> -<span class="cs8">100, RUE DU FAUBOURG SAINT-HONORÉ, 100</span></p> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_III"> - -<p><i>Ce livre, commencé en 1912 et terminé en 1914, avait -été remis à l’imprimeur quelques jours avant la Guerre. -Il dut attendre, pour paraître, une heure plus propice.</i></p> - -<p><i>Par une coïncidence alors impossible à prévoir, il signalait, -chez un peuple né à la vie internationale, dès le début du -<em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle<a name="FNanchor_1" id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>, l’essor et les manifestations d’une politique, ne -laissant que trop pressentir, même à cent-soixante ans de distance, -l’agression inique et féroce qui devait mettre, de nos jours, -la France à deux doigts de sa perte.</i></p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> -Dans les siècles précédents, comme le démontrent les historiens -allemands et les Archives de Berlin, les Marquis de Brandebourg, -et notamment le Grand Électeur, s’étaient efforcés d’affirmer l’existence -de la Prusse, soit par des démonstrations militaires, soit par -des négociations diplomatiques ou commerciales. Mais ce ne fut qu’à -la fin du <em>XVII<sup>e</sup></em> siècle et au commencement du <em>XVIII<sup>e</sup></em> que la Prusse -entra réellement dans le concert européen.</p> -</div> - -<p><i>Or, au</i> <em>XVIII<sup>e</sup></em> <i>siècle, conformément à des traditions qu’une -diplomatie avisée voudrait faire aujourd’hui revivre en les -adaptant aux nécessités présentes, la monarchie bourbonienne -s’étudiait à maintenir, par un système d’alliances -utile à ses intérêts et à sa sécurité, les conditions d’existence -qui réglaient les rapports des principautés allemandes -entre elles. Et lorsque, à partir de 1740, l’avidité inquiétante -de la Prusse, exploitée par son Souverain, tendit à rompre, à -son profit, ce salutaire équilibre, un homme—celui qui fait -l’objet de cette étude—servi par une manœuvre militaire -des plus heureuses, aurait pu étouffer, dans l’œuf, l’entreprise -néfaste, dont nous voyons le développement progressif -menacer actuellement l’indépendance des Nations!</i></p> - -<p><i>Le Maréchal de Richelieu n’eut pas cette intuition. Napoléon -l’eut peut-être<a name="FNanchor_2" id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>. Mais s’il réduisit de plus de moitié -<span class="pagenum" id="Page_IV">[p. <em>IV</em>]</span> -le royaume de Prusse, il n’en soupçonna pas la réorganisation, -armée et combative, qui devait avoir raison, dans un -avenir prochain, du tout-puissant Empereur.</i></p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_2" id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> -«Mon plus grand tort, disait-il à Sainte-Hélène, a peut-être -été de n’avoir pas détrôné le roi de Prusse, lorsque je pouvais -aisément le faire.» (<span class="smcap">O’Meara</span>, <i>Napoléon en exil</i>, tome I, p. 114.)—C’était -la dislocation de la Prusse, la répartition de ce royaume entre -divers États de l’Allemagne et la reconstitution possible de la Pologne, -qu’aujourd’hui la Révolution russe, aboutissant à la Monarchie -constitutionnelle ou à la République, devra réaliser dans sa -pleine indépendance, en échange de Constantinople.</p> -</div> - -<p><i>Aujourd’hui, la France ne la voit et ne la connaît que -trop, cette formidable machine de guerre dressée pour la -conquête du globe! Mais elle la brisera par sa volonté de -vaincre, et grâce au concours de cette noble alliée qui, pendant -le</i> <em>XVIII<sup>e</sup></em> <i>siècle, fut son adversaire implacable et la vigilante -auxiliaire de la Prusse</i>.</p> - -<p><i>Si l’Histoire, méprisant les complaisants euphémismes, -qui permettent de dissimuler la réalité des faits, doit déterminer -avec impartialité le rôle joué par l’Angleterre au -cours de la Guerre de Sept ans, elle dira, par contre, qu’au -commencement du</i> <em>XX<sup>e</sup></em> <i>siècle, cette même Angleterre s’associa -vaillamment et loyalement à la France et à ses alliés, -pour délivrer le monde du fléau qui voulait en bannir la -Liberté, le Droit et l’Honneur.</i></p> - -<p class="rsign"><span class="rpad">Paul d’<span class="smcap">Estrée</span>,</span><br /> -1912-1914-1917.</p> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_V"> - -<h2>AVANT-PROPOS</h2> - -<hr class="hr20" /> - -<h3>I</h3> - -<p>Je ne sais quel <i>essayiste</i>, soucieux de caractériser -à sa manière chacune des deux périodes de -cent années qui vit successivement naître et -grandir, fléchir et succomber, la monarchie absolue -des Bourbons, nommait le <em>XVII<sup>e</sup></em> siècle le <i>siècle -du Cardinal</i> et le <em>XVIII<sup>e</sup></em> le <i>siècle du Maréchal</i>.</p> - -<p>Cette appréciation, pour sembler paradoxale, -peut cependant se défendre.</p> - -<p>Ce fut, en effet, le Cardinal de Richelieu, qui, -reprenant en ses fortes mains les destinées de -la France compromises à l’intérieur et à l’extérieur -par les compétitions impies des principaux -feudataires de la Couronne, fut le véritable -artisan de la toute-puissance de Louis XIV et -en prépara l’apogée.</p> - -<p>La vie du Cardinal ne remplit même pas la -première moitié du <em>XVII<sup>e</sup></em> siècle; par contre, celle -du Maréchal de Richelieu occupa presque entièrement -<span class="pagenum" id="Page_VI">[p. <em>VI</em>]</span> -le <em>XVIII<sup>e</sup></em> et ne <ins id="cor_1" title="fiint">finit</ins> qu’une année à peine -avant l’avènement de la Révolution.</p> - -<p>L’homme qui porta, avec tant de désinvolture, -mais non sans fierté, le nom, si lourd, de -Richelieu, fut l’image vivante de son siècle. Il -en eut l’esprit raffiné, le charme élégant, l’instinct -de la tolérance et l’intuition de la liberté, -le goût des arts, l’amour des lettres et la curiosité -de toutes les connaissances pouvant contribuer -au progrès de l’humanité. Mais il eut aussi -le scepticisme railleur, l’égoïsme outré, la soif -du plaisir, l’absence de scrupules et de sens -moral, la corruption et la perversité, particuliers -au <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle. S’il ne fut pas complètement -l’initiateur du mouvement de réaction qu’appelait -l’austérité des dernières années du grand -règne, il devint bientôt, et pour longtemps, l’inspirateur, -mondain et social, du nouveau. On -ne jura plus, à la Cour comme à la Ville, que par -Richelieu; et, malgré bien des erreurs et des -fautes, malgré les intrigues et les cabales les -plus redoutables, ce prestige séculaire n’était -pas encore si affaibli, à la veille de 1789, que la -jeune génération n’invoquât, à l’occasion, l’autorité -du Maréchal de Richelieu.</p> - -<p>Mais, sans insister davantage sur une double -désignation qui rapproche l’oncle et le neveu, -notons néanmoins entre eux, pour n’y plus -revenir, certains points de ressemblance que -<span class="pagenum" id="Page_VII">[p. <em>VII</em>]</span> -peuvent justifier, toutes proportions gardées, -les lois de l’atavisme. Le Cardinal de Richelieu -était de galante humeur, mais trop souvent d’une -brutalité méconnaissant la conscience et l’honneur -des femmes; il protégeait les lettres et les -arts, mais il prétendait les asservir; il était, de sa -nature, despote dur et inflexible et ne reculait devant -aucune mesure arbitraire pour faire prévaloir -sa volonté; par contre, il avait le respect des traditions, -le culte du pouvoir royal, la religion de la -grandeur de l’État. Son arrière-petit-neveu eut -ces qualités maîtresses; mais il fut, lui aussi, un -tyran fantasque et capricieux; s’il entra dans la -mêlée littéraire et artistique, ce fut bien souvent -pour harceler à coups d’épingle philosophes, -auteurs dramatiques, comédiens, ou pour leur -imposer ses exigences. Enfin, il fut l’amant, le -séducteur par excellence, et c’est à ce titre surtout -qu’il est connu du grand public; il eut même -cette supériorité sur le Cardinal, qu’à de rares -exceptions près, il caressait les femmes, alors -qu’il les trahissait ou qu’il les abandonnait, avec -une fleur de courtoisie, dont le parfum enivrait -encore ses victimes.</p> - -<div class="pagenum" id="Page_VIII">[p. <em>VIII</em>]</div> - -<h3>II</h3> - -<p>Il n’est pas de Correspondances ni de Mémoires -contemporains qui n’aient consacré quelques lignes -ou quelques pages au Maréchal de Richelieu. -Mais il n’en est guère qui l’aient jugé avec -impartialité. Les uns se sont érigés en accusateurs -implacables jusqu’à l’injustice, par exemple -la duchesse d’Orléans, mère du Régent, Duclos, -le Marquis d’Argenson, Papillon de la Ferté, -les rédacteurs des <i>Mémoires de Bachaumont</i> et -de la <i>Correspondance de Métra</i>. Les autres se -sont montrés d’une indulgence parfois excessive, -presque des apologistes, Voltaire, Sénac de -Meilhan, Rulhière, le duc de Lévis, le duc Emm. -de Croÿ, etc. Seuls l’annaliste Dangeau et son -successeur, le duc de Luynes, se sont contentés -d’enregistrer les faits sans les accompagner de -grands commentaires. Une partie de ces témoignages -prendra place dans notre étude sur le -Maréchal de Richelieu.</p> - -<p>Il est, en outre, d’autres sources de documentation -qui en ont constitué, presque uniquement -jusqu’à nos jours, la biographie et sur lesquelles -on ne saurait trop retenir l’attention du lecteur. -Le vrai et le faux y sont si intimement amalgamés -qu’il est parfois difficile, pour ne pas dire -<span class="pagenum" id="Page_IX">[p. <em>IX</em>]</span> -impossible, de séparer ces deux éléments, et de -savoir où finit l’histoire et où commence le roman. -Mais, quelque suspectes que doivent paraître la -plupart des pièces entrant dans leur composition, -il importe d’indiquer l’origine et de préciser les -tendances, très sommairement bien entendu, de -ces ouvrages, parus au lendemain de la mort -du Maréchal, avec la prétention de fixer définitivement -les traits du défunt pour la postérité:</p> - -<p><i>Les Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>, par -<span class="smcap">Soulavie</span>;</p> - -<p><i>La Vie privée du Maréchal de Richelieu</i>, par -<span class="smcap">Faur</span>.</p> - -<h3>III</h3> - -<p>En avril 1783, à l’époque où Richelieu sortait -d’une maladie qui avait mis ses jours en danger, -les rédacteurs de la <i>Correspondance secrète</i> -de Métra informaient leurs abonnés que le Maréchal -«laisserait vingt-huit volumes de sa main -sur son temps»; ils ajoutaient, par manière de -plaisanterie: «il aura écrit en billets doux plus -que son contemporain Voltaire<a name="FNanchor_3" id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> -<i>Correspondance secrète</i>, dite de <i>Métra</i>, t. XIV, 23 avril 1783.</p> -</div> - -<p>Il était, au reste, de notoriété publique, que, -depuis quelques années, Richelieu, assisté de -<span class="pagenum" id="Page_X">[p. <em>X</em>]</span> -plusieurs secrétaires, préparait, avec les pièces -officielles dont étaient bourrés ses portefeuilles, -une histoire de sa vie, si féconde en événements -de toutes sortes.</p> - -<p>Aussi les curieux, friands d’anecdotes scandaleuses, -ne furent-ils pas autrement surpris, lorsque, -en 1790, dix-huit mois après la mort du Maréchal, -furent annoncés et parurent les premiers volumes -de <i>Mémoires</i><a name="FNanchor_4" id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a> qui étaient une autobiographie -de Richelieu.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_4" id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> -<i>Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>, 1790, 9 vol. in-8<sup>o</sup>. Cette -publication se continua jusqu’en 1792.</p> -</div> - -<p>Le protagoniste de ce spectacle aguichant -expliquait, en effet, au commencement de la -publication, le but qu’elle devait atteindre: -«J’ai ouvert mes portefeuilles à un historien et -j’ai désiré qu’il exposât au grand jour mes fautes -et mes erreurs.» Et «l’historien» donnait -la parole au Maréchal qui la prenait, à la première -personne, pour dauber sur «la rapide -succession des maîtresses et des ministres, les dilapidations -scandaleuses des finances, etc.». C’était, -en un mot, le procès du règne de Louis XV. Un -tel langage était bien extraordinaire dans la -bouche d’un homme, qui, de son vivant, n’avait -pas l’habitude du <i>Confiteor</i>. On sut bientôt que -l’éditeur de cette autobiographie était un ancien -prêtre du nom de Soulavie, qui préludait ainsi -<span class="pagenum" id="Page_XI">[p. <em>XI</em>]</span> -au lancement d’une vaste spéculation de librairie -mettant au jour toute une série de Mémoires, -sur les règnes de Louis XIV et de Louis XV, -Mémoires authentiques ou apocryphes, dont le -plus important fut une partie de l’œuvre immortelle -de Saint-Simon<a name="FNanchor_5" id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_5" id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> -Quelques années auparavant avaient paru plusieurs livres des -<i>Mémoires de Saint-Simon</i> en partie connus ou consultés par M<sup>me</sup> de -Pompadour, Richelieu lui-même, Marmontel, Duclos, etc.</p> -</div> - -<p>Au début du quatrième volume de ces aventures -de Richelieu, racontées par lui-même, Soulavie, -qui voyait sa publication sérieusement -discutée, crut devoir apprendre à ses lecteurs, -comment il avait été amené à l’entreprendre. -Soulavie, voulant écrire une histoire de -Louis XV, avait déjà réuni à cet effet, prétendait-il, -deux cents volumes, quand il fut présenté -à Richelieu qui lui dit très nettement:</p> - -<p>—«On ne peut connaître ce règne sans «avoir -compulsé mes portefeuilles.»</p> - -<p>Et il donna l’ordre qu’on les communiquât à -l’abbé. Celui-ci s’aida, dans son travail, «de l’intelligence -et du zèle» de M. Plocques, à qui le -Maréchal confiait, depuis vingt-cinq ans, le soin -de ses manuscrits et de sa bibliothèque. Richelieu -suivait Soulavie dans ses recherches; il lui -«montrait la liaison des faits», lui fournissait -un supplément d’anecdotes, lui traçait un certain -nombre de portraits; et, finalement, il voulut -<span class="pagenum" id="Page_XII">[p. <em>XII</em>]</span> -que l’ouvrage de Soulavie portât ce titre de -<i>Mémoires de Richelieu</i>. Mais leur rédacteur avait -la conviction qu’on les déclarerait apocryphes, -tant ces révélations sur l’indignité du régime -contrastaient «avec ce que l’on pensait des -principes du Maréchal». Néanmoins les raisonnements -de Richelieu sur cette corruption gouvernementale -lui parurent «si beaux», qu’il -abonda dans le sens de son interlocuteur et -qu’il se décida enfin à publier ces <i>Mémoires</i>, -terminés en 1785.</p> - -<p>Soulavie répondait ainsi à l’objection très -juste qui lui était faite, que son histoire de <ins title="Riche-chelieu">Richelieu</ins> -disparaissait dans celle du règne de -Louis XV. Mais ce qu’il ne pouvait contester, -c’est qu’il prêtait ses propres idées au Maréchal -et qu’il le faisait parler, quand il ne prenait -pas lui-même la parole. Car, complètement acquis -au nouveau régime, il ne laissait jamais passer -l’occasion de confesser, en ces <i>Mémoires</i>, sa -foi révolutionnaire, d’abord par prudence, puis -dans l’intérêt de son œuvre. Et ces accès d’enthousiasme -civique jurent singulièrement, il faut -bien le reconnaître, avec le ton général du livre.</p> - -<p>Aussi, à la fin du neuvième et dernier volume, -Soulavie éprouve-t-il le besoin de plaider <i>pro domo</i>; -et cette soi-disant justification est assurément -la meilleure critique de son indigeste fatras. -Des académiciens, écrit-il, diront: «Voilà un -<span class="pagenum" id="Page_XIII">[p. <em>XIII</em>]</span> -bien étrange ouvrage que ces <i>Mémoires de Richelieu</i>: -on fait tenir au Maréchal un langage républicain -et on le fait parler après sa mort.» Il -aurait fallu, sans doute, pour plaire à ces académiciens, -«faire des éloges et mériter d’être -avoué par les familles des Richelieu, des Choiseul, -des Maurepas, dont ils accueillent les ridicules -réclamations... Je consens qu’on déchire -le frontispice de mon livre et qu’on ôte le titre -de <i>Mémoires de Richelieu</i>; il restera, malgré -eux, celui de <i>Mémoires d’un honnête homme</i>.»</p> - -<p>Est-ce bien sûr? Un «honnête homme» ne -travestit jamais le caractère des personnages qu’il -met en scène, ni surtout des faits qu’il expose; -encore moins les invente-t-il pour allécher le -lecteur par ce que nous appelons aujourd’hui des -«informations sensationnelles».</p> - -<p>Sans doute, il se peut que le Maréchal, très -fier du rôle qu’il avait joué successivement comme -amoureux professionnel, diplomate, général, politicien, -premier gentilhomme de la Chambre du -roi, ait accordé quelques audiences, raconté -des anecdotes, montré des documents au futur -historien de Louis XV. Il causait volontiers et -n’était pas ennemi d’une certaine publicité. Mais -ce respect du grand nom de Richelieu qu’il garda -jusqu’à sa dernière heure, cette vanité excessive -qu’il tenait de son propre fonds, lui eussent-ils -jamais permis de renier, dans la plus piteuse -<span class="pagenum" id="Page_XIV">[p. <em>XIV</em>]</span> -des amendes honorables, les principes d’autorité -qui avaient été la règle de toute sa vie?</p> - -<p>Si un certain nombre d’anecdotes et de faits -rapportés par Soulavie sont exacts et confirmés -par d’irréfutables témoignages, d’autres demandent -à être soumis à un rigoureux contrôle ou -sont radicalement faux<a name="FNanchor_6" id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>. Il ne faut donc -<span class="pagenum" id="Page_XV">[p. <em>XV</em>]</span> -consulter qu’avec une extrême circonspection cette -interminable et fastidieuse biographie.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_6" id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> -Deux exemples entre mille.</p> - -<p>1<sup>o</sup>: Soulavie fait dire à Richelieu qu’il a reçu, comme présent, des -mains de M<sup>me</sup> de Pompadour (et l’on sait s’ils se détestaient réciproquement), -les <i>Mémoires</i> de Saint-Simon, «aussi curieux que -dangereux à la tranquillité des familles», et confisqués par ordre -de Louis XIV.—Or, Saint-Simon y travailla jusqu’à sa dernière -heure et ne mourut que sous le règne de Louis XV. A vrai dire (et -il importe de lire à cet égard le bel ouvrage de M. A. Baschet: <i>Le -duc de Saint-Simon; son Cabinet</i>, 1874) les scellés furent apposés, -au lendemain de la mort du mémorialiste, sur ses papiers, le 2 mars -1755. Et, bientôt, ceux-ci (les portefeuilles historiques et politiques -s’entend) furent transportés aux Archives des Affaires étrangères -qu’ils suivirent dans leurs divers déménagements. Le 28 juillet 1755, -Laudier, le secrétaire de Saint-Simon, vint exprès de la Ferté-Vidame, -attester, devant un Commissaire du Châtelet, entre autres -déclarations, que «<em>QUELQUES</em> cahiers avaient été prêtés au Maréchal -de Richelieu», que Laudier avait remis depuis à l’évêque de -Metz, sur l’ordre du feu duc.</p> - -<p>Richelieu n’avait donc pas reçu les <i>Mémoires</i> de Saint-Simon des -mains de M<sup>me</sup> de Pompadour.</p> - -<p>2<sup>o</sup>: En 1719, toujours d’après Soulavie, Richelieu, curieux de connaître -l’énigme du Masque de fer, avait décidé une princesse, dont -il était l’amant, à se laisser séduire par le Régent qui l’adorait et -qu’elle exécrait (M<sup>lle</sup> de Valois), afin de lui arracher, dans les transports -de l’amour, toute la vérité sur ce secret d’État. Elle avait -réussi et révélé le mystère à Richelieu dans un billet chiffré. Par -extraordinaire, le duc garda toujours le silence sur une détention -qui ne faisait pas grand honneur à son oncle, affirme Soulavie; et -quand ce même Soulavie l’interrogeait à cet égard, Richelieu le renvoyait -à la version de Voltaire qui concluait à l’accouchement gémellaire -d’Anne d’Autriche. Et le Maréchal n’avait révélé ce secret -d’État à Voltaire que sur son serment de n’en parler à qui que -ce fût, pour ne pas déshonorer le grand nom du Cardinal. Soulavie, -qui rappelle ce roman au commencement de son VI<sup>e</sup> livre des <i>Mémoires</i>, -dut l’inventer à plaisir, à moins qu’il n’ait été victime d’une -mystification du Maréchal qui ne détestait pas ce genre de mauvaises -farces. Déjà, au tome III, Soulavie affirmait que M<sup>lle</sup> de Valois -avait remis à Richelieu, après sa complaisance incestueuse pour -le Régent (encore une légende), la «Relation de la naissance et de -l’éducation du prince-enfant soustrait par les Cardinaux de Richelieu -et de Mazarin à la société et renfermé par ordre de Louis XIV, -composée par le Gouverneur (Saint-Mars) de ce prince à son lit de -mort».</p> - -<p>M. Funck-Brentano a, du reste, péremptoirement démontré que ce -masque mystérieux n’était autre que l’envoyé de Mantoue Mattioli.</p> -</div> - -<h3>IV</h3> - -<p>En 1791, paraissait un autre ouvrage du même -genre, moins prolixe, puisqu’il ne comprenait -que trois volumes, et qui était dû à la plume de -Faur, secrétaire de Fronsac<a name="FNanchor_7" id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>. Il était intitulé -<i>Vie privée du Maréchal de Richelieu</i>; et bien -qu’il ne passât point sous silence la vie publique -du personnage, il en narrait surtout les intrigues -et les aventures galantes. Faur promettait, il le -dit dans sa préface, de présenter «le héros en -déshabillé»; et il tient scrupuleusement parole. -Ses récits sont parfois amusants, mais aussi -dépourvus d’authenticité que ceux de Soulavie; -il rappelle souvent les mêmes épisodes de la vie -amoureuse de Richelieu, mais il en révèle d’autres -qui sont le comble de l’invraisemblance; et cette -multiplicité même d’anecdotes libertines, moins -<span class="pagenum" id="Page_XVI">[p. <em>XVI</em>]</span> -spirituellement écrites que celles, restées classiques, -de Rulhière, finit par lasser jusqu’à -l’écœurement.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_7" id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> -Le duc de Fronsac, fils du Maréchal de Richelieu.</p> -</div> - -<p>Cependant le troisième et dernier volume contient, -dans sa seconde partie, toute une série -de lettres d’amis et d’amies du Maréchal, dont -plusieurs historiens, et non des moindres, ont -fait volontiers état dans leurs livres, garantissant -ainsi l’exactitude et la sincérité de cette -correspondance intime, tour à tour politique et -galante.</p> - -<p>Faur qui, à l’exemple de Soulavie, n’entend pas -que le lecteur puisse mettre en doute sa véracité, -affirme qu’il tient sa documentation d’un familier -de Richelieu, à qui le Maréchal aurait confié -ses notes manuscrites et son recueil de lettres -en lui disant: «Vous verrez toutes mes folies -et vous serez seul instruit de la vérité.»</p> - -<p>Avant de publier la <i>Vie privée</i>, Faur avait -demandé à la succession de Richelieu et en avait -obtenu l’autorisation de la faire imprimer. Son -point de départ paraît, en tout cas, plus acceptable -que celui de Soulavie. D’ailleurs, il avait assez -justement critiqué, dans l’Avant-Propos de son -premier volume, le procédé de l’auteur des <i>Mémoires</i>. -Son livre, dit-il, est «plutôt l’histoire de la -fin du règne <ins id="cor_2" title="du">de</ins> Louis XIV, de la Régence et du -règne de Louis XV, que celle du Nestor de la -galanterie». Se proclamant, ensuite, seul dépositaire -<span class="pagenum" id="Page_XVII">[p. <em>XVII</em>]</span> -de la pensée du Maréchal, il espérait -sans doute étouffer ainsi dans l’œuf le reste de -la publication de Soulavie<a name="FNanchor_8" id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_8" id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> -Moins exclusif que Soulavie, Faur, ou son éditeur, confessait -toutefois dans la <i>Vie privée</i> (t. III, p. 261) que «M. de Richelieu -avait confié des matériaux, pour faire son histoire, à plusieurs personnes. -MM. de Meilhan, Soulavie, de Serres et autres en possédaient.» -Faur parle également d’une <i>Vie secrète</i> du Maréchal qui -avait paru un peu avant sa <i>Vie privée</i> et qui était «très ordurière». -Nous l’avons vu annoncer, sur des catalogues de librairie, à la date, -évidemment apocryphe, de 1809.</p> - -<p>Soulavie signale, lui aussi (t. III, p. 305), des anecdotes scandaleuses, -ultra-libertines, sur la Régence, parues sous le nom de Richelieu -et qu’il attribue à Mme de Tencin. D’autre part, comme il -s’entendait à tirer plusieurs moutures du même sac, il publia, en -1809, chez Collin, deux volumes qu’il intitulait <i>Pièces inédites sur -les règnes de Louis XIV et Louis XV</i>, dont le second tome était une -«<i>Chronique scandaleuse de la Cour de Philippe, duc d’Orléans, -régent de France</i>, etc... composée, en 1722, par le duc de Richelieu, -à sa sortie pour la troisième fois de la Bastille».</p> - -<p>Il avait déjà parlé de ce prétendu document, en 1790, dans le -Tome III (pp. 350 et suiv.) de ses <i>Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>. -Celui-ci, à l’entendre, lui aurait révélé, en 1785, l’existence de -cette <i>Chronique scandaleuse</i>, à laquelle avait collaboré Voltaire et -dont Louis XV avait possédé un exemplaire. Les faits qu’elle contenait -étaient «exacts», affirmait Richelieu; mais Soulavie ajoutait -que «l’opinion du Maréchal, moins passionné en 1785, était préférable -à celle du Duc, irrité en 1725 contre le duc d’Orléans».</p> - -<p>Cette <i>Chronique scandaleuse</i> n’était, en réalité, qu’une réédition, -plus ou moins remaniée, d’un certain nombre de chapitres des <i>Mémoires</i>, -où le vrai et le faux étaient indistinctement confondus. -Elle était suivie d’une «Correspondance du Cardinal de Polignac, du -Marquis de Silly, du Marquis de Fénelon, etc... avec M. le Duc de -Richelieu, alors ambassadeur du roi près la Cour de Vienne, sur les -intrigues de la Cour de France, etc... en 1725, 1726, 1727, copiée sur -les pièces originales conservées, en 1787, dans le cabinet de M. le -Maréchal de Richelieu.» Cette correspondance, qui est accompagnée -de lettres de Vauréal, évêque de Rennes, du Cardinal de Tencin, -de M<sup>me</sup> de Tencin, de Mme de Châteauroux et même de Richelieu, -nous semble plus digne de créance, si toutefois Soulavie ne lui a pas -fait subir, suivant son habitude, ce que notre argot moderne appelle -un tripatouillage.</p> -</div> - -<p>Celui-ci, de son côté, avait regimbé contre -une concurrence qu’il croyait le fait de Sénac de -Meilhan et que lui opposait le libraire Buisson -dont il s’était séparé. Il déclarait que, ne voulant -pas s’occuper de la vie galante de Richelieu, -il avait chargé de ce soin son ami «M. de la B***» -(De La Borde, le principal commanditaire et collaborateur -de Soulavie) qui avait si longtemps -vécu à la Cour de Louis XV. D’ailleurs, à propos -des lettres d’amour et des billets doux que Richelieu -<span class="pagenum" id="Page_XVIII">[p. <em>XVIII</em>]</span> -jetait dans des cassettes sans les ouvrir, -Soulavie ajoutait que seuls avaient pu en rompre -le cachet «les historiens du temps du Maréchal -qui avaient eu la communication de ses papiers»<a name="FNanchor_9" id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_9" id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> -Dans une note des <i>Mémoires</i> de M<sup>me</sup> Campan <i>sur la Vie de -Marie-Antoinette</i> (édition Barrière, 1849) p. 42, nous lisons: «J’ai -entendu M. le Maréchal de Richelieu dire à M. Campan, bibliothécaire -de la Reine, de ne point acheter les <i>Mémoires</i> que, sans doute, -on lui attribuerait après sa mort, que d’avance il les lui déclarait -faux, qu’il ne savait pas l’orthographe et ne s’était jamais amusé à -écrire. Peu de temps après la mort du Maréchal, M. Soulavie -fit paraître les <i>Mémoires</i> du Maréchal de Richelieu.»—Voilà -encore une preuve nouvelle des contradictions que nous relèverons, -au cours de notre étude, chez cet esprit ondoyant et railleur -jusqu’à la mystification qu’était le duc de Richelieu. Il <i>n’écrivait</i> -pas, dans le sens propre du mot, mais il <i>inspirait</i>, il <i>dictait</i>, sinon -des <i>mémoires</i>, du moins des <i>notes</i>, celles-là qu’ont reproduites, en -les... maquillant,—c’est fort possible—des soi-disant historiographes -qui avaient été plus ou moins ses secrétaires. Mais la Correspondance -de Voltaire dit assez combien de fois le solitaire de -Ferney eut recours à la documentation historique du Maréchal, -sans doute reprise et remaniée par ses soins, avant d’être expédiée -à son thuriféraire.</p> -</div> - -<h3>V</h3> - -<p>Au <em>XIX<sup>e</sup></em> siècle, quand Barrière, entreprenant une -réédition partielle des <i>Mémoires</i> relatifs à la -<span class="pagenum" id="Page_XIX">[p. <em>XIX</em>]</span> -Révolution française publiés par les Baudouin, voulut -la corser de documents inédits ou à peu près oubliés, -il y donna place à des <i>Mémoires de Richelieu</i>, -où il «intercalait», dans la pâte lourde de Soulavie, -«les faits intéressants et neufs» de la <i>Vie privée</i>. -Il les termina par un «Morceau original» de l’œuvre -de Faur, le commencement du troisième -volume, récit de Richelieu octogénaire à M<sup>me</sup> de -Monconseil, que l’éditeur trouvait «remarquable -par sa perversité de bon ton».</p> - -<p>Quelque temps après, M. de Lescure, un érudit -de la bonne école, à qui l’Histoire doit d’excellentes -publications, et qui eut à cœur de continuer -celle de Barrière<a name="FNanchor_10" id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>, faisait paraître en quatre -volumes, représentant près de 2000 pages, une -autobiographie de Richelieu<a name="FNanchor_11" id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>, où il avait amalgamé, -avec les ouvrages de Soulavie et de Faur, -plus ou moins expurgés, des documents empruntés -à divers Mémoires contemporains, négligés -par Barrière. Le très grave reproche qu’on pouvait -adresser à cette énorme compilation était -celui que Faur infligeait aux neuf volumes de -Soulavie, c’était que l’histoire de Richelieu s’y -trouvait perdue dans celle du <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_10" id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> -A. <span class="smcap">Marquiset</span>: <i>Table alphabétique des Mémoires relatifs à l’histoire -de France pendant le XVIII<sup>e</sup> siècle</i>, publiés de 1857 à 1881, par -MM. Barrière et de Lescure (Paris, 1913).</p> - -<p><a name="Footnote_11" id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> -<span class="smcap">De Lescure</span>: <i>Nouveaux Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>. -(Paris, 1871).</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_XX">[p. <em>XX</em>]</span> -Enfin, pour citer la seule, uniquement consacrée -à cet illustre personnage, qui ne soit pas -en même temps et en grande partie un tissu de -fables ou de contes trop souvent graveleux, nous -rappellerons que l’honnête Capefigue, auteur -de plusieurs monographies sur divers originaux -du <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, en écrivit une<a name="FNanchor_12" id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a>, de proportions -autrement modestes, sur Richelieu. Certes, tous -les documents qu’il met en œuvre et qui étaient -déjà connus sont d’une scrupuleuse authenticité; -mais s’il rend justice à la valeur intellectuelle -du Maréchal, à ses talents diplomatiques et -militaires, il se montre d’une indulgence inexcusable -pour les faiblesses et les fautes, pour les -travers et les vices de son héros. Il en fait volontiers -un petit saint, comme il exalte parfois un -peu plus que de raison les heureux accidents -de sa vie publique, comme il passe souvent -sous silence les inconséquences, les variations ou -les maladresses de l’homme politique.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_12" id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> -<span class="smcap">Capefigue</span>: <i>Le Maréchal de Richelieu</i>, Paris, 1857.</p> -</div> - -<p>N’importe; quelque blâmables ou simplement -discutables qu’aient jamais été ses actes, si coupable -et si condamnable qu’ait pu être sa conduite, -Richelieu a laissé une impression ineffaçable -dans l’esprit de ses contemporains. Mais -ce qui frappa surtout l’opinion dans les facettes -chatoyantes d’une mentalité mobile et complexe, -<span class="pagenum" id="Page_XXI">[p. <em>XXI</em>]</span> -si déconcertante par ses contradictions imprévues, -ce fut l’aspect de cette figure fine et spirituelle, -câline et caressante, prometteuse d’éternel -amour et prodigue de traîtrises, séduisante et -trompeuse image d’un continuateur de Don Juan. -La littérature d’alors, fidèle expression de l’âme -du siècle, fixa les traits de ce roué aimable, insinuant -et perfide, sans pudeur, sans scrupule et -sans cœur, dans la création de types qui vivront -éternellement.</p> - -<p>Nous n’oserions affirmer que le Lovelace de -<i>Clarisse Harlowe</i> lui dût quelques-unes de ses -noirceurs. Cependant, Richardson publiait, en -1748, son immortel roman, à l’heure où Richelieu, -dont la réputation avait passé la Manche, -était considéré comme un conquérant irrésistible, -oublieux de tous les serments et capable -de toutes les trahisons.</p> - -<p>Mais il est, sans conteste, le Sélim des <i>Bijoux -indiscrets</i> de Diderot; puis, dans la dernière moitié -du <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, nous le voyons, nous le reconnaissons -sous l’ajustement féminin du <i>Faublas</i> -de Louvet. Le <i>Chérubin</i> de Beaumarchais -rappelle assez bien «la poupée» de la duchesse -de Bourgogne... sa marraine; et Choderlos de -Laclos pensait assurément au Maréchal de Richelieu, -quand il peignait sous le plus odieux aspect -l’infâme séducteur de ses <i>Liaisons dangereuses</i>.</p> - -<p>Dans le roman licencieux, intitulé <i>Les -<span class="pagenum" id="Page_XXII">[p. <em>XXII</em>]</span> -Sonnettes</i>, d’un auteur bien oublié aujourd’hui, Guiard -de Servigné<a name="FNanchor_13" id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>, le Maréchal était visé plus directement. -L’écrivain avait imaginé un Richelieu -épuisé par l’abus des plaisirs et s’efforçant de stimuler -ses sens lamentablement engourdis par des -artifices dignes d’un tel libertin. Il attirait dans -son château des couples jeunes et ardents et leur -donnait, avec une hospitalité princière, des chambres -magnifiques, dont les lits étaient secrètement -pourvus de ressorts et de fils qui faisaient mouvoir -des sonnettes disposées autour de l’appartement -de Richelieu. Celui-ci était si bien désigné dans -le roman et se trouva tellement mortifié, paraît-il, -du rôle muet que lui faisait jouer, en cette symphonie -carillonnante, Guiard de Servigné, qu’il -demanda l’embastillement du conteur.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_13" id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> -<span class="smcap">Guiard de Servigné</span>: <i>Les Sonnettes</i>. A Berg-op-Zoom, chez -F. de Richebourg, 1751.</p> -</div> - -<p>Cent ans après la naissance de Richelieu, en -1796, (et la coïncidence ne laisse pas que d’être -curieuse) un drame en cinq actes, <i>Le Lovelace -français</i><a name="FNanchor_14" id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a> ou <i>La Jeunesse de Richelieu</i>, joué sur la -scène du Théâtre de la République, représentait -encore, comme un monstre de perversité amoureuse, -l’homme que Voltaire s’était plu à nommer -«l’Alcibiade moderne». Le tableau était -<span class="pagenum" id="Page_XXIII">[p. <em>XXIII</em>]</span> -d’Alexandre Duval, un auteur plutôt contre-révolutionnaire, -mais portait la signature de -Monvel, comédien français, qui avait été jadis -justiciable, comme tel, du premier gentilhomme -de la Chambre et avait voué à l’ancien régime -la plus effroyable des haines. Le titre seul, vraisemblablement -de son invention, <i>Le Lovelace -français</i>, disait assez de quelles sombres couleurs -Monvel avait chargé la <i>Jeunesse de Richelieu</i>, -en exploitant le douloureux épisode des amours -de M<sup>me</sup> Michelin, d’après la publication de -Faur. Cette diatribe, où perçait la rancune du -comédien contre l’aristocratie française, sous le -couvert d’un des personnages de la pièce, le -secrétaire, vertueux et diffus, du séducteur, -cette diatribe rappelait le cri de joie féroce de -Chamfort à la lecture des «Mémoires du Don -Juan français mine de scandales». L’Académicien -exhalait toute son indignation, devant -la touchante et malheureuse M<sup>me</sup> Michelin, se -mourant de douleur et de remords, tandis «qu’à -l’exemple de Mercure, qui, après avoir pris la -figure de Sosie, allait se nettoyer dans l’Olympe -avec de l’ambroisie», Fronsac, le futur maréchal -de Richelieu, «allait, lui aussi, se décrasser de -cette liaison roturière, auprès d’une céleste princesse».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_14" id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> -Déjà, d’après l’<i>Histoire de l’Odéon</i>, par Porel et Monval (1876, -t. I, p. 91) Richelieu avait été représenté «comme un scélérat» -dans <i>Lovelace</i> ou <i>Clarisse Harlowe</i>, tragédie de Lemercier, jouée, -le 20 avril 1792, sur la scène du Théâtre de la Nation.</p> -</div> - -<p>Vers le milieu du <em>XIX<sup>e</sup></em> siècle, nous retrouvons -dans le vaudeville de Bayard et Dumanoir, les -<span class="pagenum" id="Page_XXIV">[p. <em>XXIV</em>]</span> -<i>Premières Armes de Richelieu</i><a name="FNanchor_15" id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>, un tout autre -Fronsac, non moins léger, non moins charmant, -non moins délicieux, quoique également frivole, -présomptueux et coureur, mais combien différent -du petit-maître dont l’Histoire nous a tracé le -portrait. Les auteurs ont mis à la scène son premier -mariage; et leur dénouement ne ressemble -guère à celui que n’avait pu pressentir Louis XIV, -quand il envoya cet époux irréductible à la Bastille.</p> - -<p>—«Je vous présente Madame de Richelieu, dit -le duc à sa belle-mère par manière de conclusion.»</p> - -<p>La femme délaissée n’était pas encore et ne fut -sans doute jamais M<sup>me</sup> de Fronsac.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_15" id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> -<span class="smcap">Bayard</span> et <span class="smcap">Dumanoir</span>: <i>Les premières armes de Richelieu</i>, -3 décembre 1839.</p> -</div> - -<p>Les premières armes de Richelieu en appelaient -inévitablement les dernières<a name="FNanchor_16" id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>; et ce fut sous ce -titre que parut, non plus une pièce, mais un livre, -où Mary-Lafon racontait la romanesque histoire -du Maréchal avec la Marquise de Saint-Vincent. -Le vieux renard, pris au piège par une poulette, -rusée et coquine, ne devait en sortir qu’en -y laissant des dépouilles opimes. Notons enfin, -que <i>M<sup>lle</sup> de Belle-Isle</i><a name="FNanchor_17" id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>, la fameuse comédie dramatique -d’Alexandre Dumas, met également en -scène un Richelieu dupé, pour avoir voulu jouer -<span class="pagenum" id="Page_XXV">[p. <em>XXV</em>]</span> -le rôle de dupeur. Il est vrai que celui-ci est jeune -et tout auréolé de son prestige d’amoureux irrésistible, -puisque l’action se passe sous le principat -du duc de Bourbon.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_16" id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> -<span class="smcap">Mary-Lafon</span>: <i>Les dernières armes de Richelieu</i>, 1862.</p> - -<p><a name="Footnote_17" id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> -<span class="smcap">Alexandre Dumas</span>: <i>Mademoiselle de Belle-Isle</i>, 2 avril 1839.</p> -</div> - -<h3>VI</h3> - -<p>Richelieu, au dire de ses contemporains, écrivit -beaucoup. Nous savons déjà quel bagage littéraire -lui attribuait la <i>Correspondance secrète</i> de -Métra. Malheureusement, il ne nous en reste -presque rien, si toutefois ces documents ont -jamais existé; et les commérages de Soulavie -et de Faur autoriseraient à croire cette hypothèse -très vraisemblable. Il est certain qu’il était en -commerce épistolaire avec l’auteur de la <i>Pucelle</i>. -Voltaire lui répond fort souvent, et dut traiter -avec lui des questions les plus variées; ses lettres -le prouvent surabondamment, mais celles de -Richelieu n’ont jamais été retrouvées.</p> - -<p>En dehors de ses correspondances diplomatiques, -administratives ou militaires, conservées aux -Archives des Affaires étrangères et de la Guerre, -ou dans les Archives municipales d’Agen<a name="FNanchor_18" id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>, il ne -<span class="pagenum" id="Page_XXVI">[p. <em>XXVI</em>]</span> -subsiste donc que fort peu de documents originaux -émanant de Richelieu. On tient cependant -pour véritable une correspondance entre les -Tencin et le duc en 1744, correspondance qui fut -imprimée en 1790. Une autre, datant de la campagne -de Hanovre (1757), et qu’édita le général -de Grimoard, contient un certain nombre de -lettres du Maréchal, presque entièrement consacrées -aux exigences du service.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_18" id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> -Le distingué secrétaire général de la <i>Société archéologique du -Gers</i>, M. Philippe Lauzun, a bien voulu nous signaler, en même temps -que diverses particularités sur le séjour de Richelieu en Guyenne, -l’existence d’une nombreuse correspondance administrative du Maréchal -dans les <i>Archives municipales d’Agen</i>.</p> -</div> - -<p>Des détracteurs de Richelieu se sont égayés -sur la pauvreté de son style et de ses idées; ils -en ont inféré l’insuffisance de l’épistolier au point -de vue littéraire et même intellectuel.</p> - -<p>Sans doute, la langue de l’Académicien-Duc -est incorrecte, de même que son écriture est -peu lisible et son orthographe mal ordonnée. -Mais l’esprit n’y manque pas; et telle lettre, inédite, -que nous signalerons ou transcrirons en -temps voulu, démontrera que l’enjouement et la -grâce du Maréchal, si vantés par les Mémoires -du temps, n’étaient pas un vain mot.</p> - -<p class="sep2">C’est, à l’aide de tous les documents, déjà -publiés, ou demeurés inédits, dont nous avons -cité la provenance, mais soumis l’authenticité à -un sévère contrôle, que nous avons écrit notre -étude sur le <i>Maréchal de Richelieu</i>. Elle ne saurait -être, ni un panégyrique, ni une satire. Elle visera -<span class="pagenum" id="Page_XXVII">[p. <em>XXVII</em>]</span> -surtout à rester impartiale. Si elle ne peut ignorer -la vie privée d’un homme qui dut à la galanterie -tant de succès de sa vie publique, elle s’efforcera -de déterminer pour celle-ci le rôle joué sur le théâtre -de l’Histoire par le grand seigneur que Voltaire -nomma si souvent, et même trop souvent, «son -héros». Peut-être la postérité, retenant cet hommage, -l’eût-elle sanctionné en comptant le -Maréchal de Richelieu parmi les personnalités -dont l’existence fut un bienfait pour le pays, si -l’amour des intrigues et les intrigues de l’amour -n’en avaient faussé les plus puissants ressorts.</p> - -<h3>VII</h3> - -<p>Au moment où nous terminions notre travail, -une de ces bonnes fortunes, dont le hasard ou -d’heureuses interventions font profiter l’Histoire, -nous permettait de consulter une suite de relations, -d’une authenticité indiscutable, sur divers -épisodes de la vie diplomatique, politique et militaire -du Maréchal de Richelieu.</p> - -<p>En effet, feu M. de Boislisle, le savant dont le -monde de l’érudition regrettera toujours la perte, -avait découvert, dans les Archives du Marquis -de Chabrillan—sources précieuses de vérité -historique—les pages manuscrites qu’avait -déjà signalées, d’après son indication, le livre -<span class="pagenum" id="Page_XXVIII">[p. <em>XXVIII</em>]</span> -du duc de Broglie sur <i>Frédéric II et Louis XV</i>.</p> - -<p>M. de Boislisle obtint de prendre une copie de -ces <i>Mémoires</i>.</p> - -<p>Dictée par le Maréchal de Richelieu à l’un de ses -secrétaires, cette autobiographie est marquée -au coin de cet esprit vif et léger, souple et fin, -évoluant avec une merveilleuse prestesse au -milieu d’intrigues de Cour qui sont souvent -son ouvrage, pour en sortir le plus aisément du -monde et avec tous les honneurs de la guerre. -Cette apologie de ses actes officiels est le développement, -aussi simple qu’agréable, du <i>Mémoire</i> -justificatif présenté par le Maréchal au roi -Louis XVI, en 1783, alors que sa santé subissait -la crise si grave qui faillit l’emporter.</p> - -<p>Grâce à l’intermédiaire obligeant de M. Lecestre, -des Archives Nationales, M. Jean de Boislisle -a bien voulu nous communiquer ces <i>Mémoires -authentiques du Maréchal de Richelieu</i> qu’il doit -publier très prochainement. Nous le prions de recevoir -ici l’expression de tous nos remerciements.</p> - -<p>Par un sentiment de discrétion, facile à comprendre, -nous ne donnerons que des extraits, peu -nombreux et fort courts, de <i>Mémoires</i> encore -inédits. Mais, comme nous aurons maintes fois -l’occasion de citer, à titre de référence, cette série -de documents, nous la désignerons, dans notre -texte ou dans nos notes, sous le nom de <i>Mémoires -authentiques du Maréchal de Richelieu</i>.</p> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_1"> - -<h2><ins id="cor_3" title="le mot «CHAPITRE» ajouté">CHAPITRE</ins> I</h2> - -<p class="smm"><i>La naissance de Richelieu-Fronsac. — Un ressuscité qui -devient nonagénaire. — Première enfance. — Une éducation -négligée. — Succès de Fronsac à la Cour. — L’habit de -belle-mère. — Esprit d’à-propos d’un danseur. — Mariage -d’enfants. — Un ancêtre de Chérubin. — Imprudences de -la duchesse de Bourgogne; effronterie de Fronsac. — Premier -séjour à la Bastille.</i></p> - -<p>Louis-François-Armand de Vignerot du Plessis naquit -à Paris, le 13 mars 1696. Il était fils d’Armand -Jean II de Vignerot du Plessis, duc de Richelieu, -lequel était petit-neveu du Grand Cardinal et -«substitué aux noms et armes de Richelieu».</p> - -<p>Louis-François trouva dans son berceau le duché -de Fronsac et le titre de pair de France; car, le -12 février 1711, du vivant même d’Armand-Jean, -il se dénommait et signait ainsi sur l’acte de son -premier mariage<a name="FNanchor_19" id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_19" id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> -<i>Registres de Saint-Sulpice.</i>—Toutefois il ne devait siéger au -Parlement, comme duc de Richelieu, que le 2 mars 1721 et, comme -pair de France, en qualité de duc de Fronsac, que le 15 avril 1723 -(<i>Dictionnaire de La Chesnaye des Bois.</i>)</p> -</div> - -<p>La date de sa naissance, donnée par le P. Anselme, -est restée en blanc, comme celle de son ondoiement, -sur son acte de baptême, qu’Eudore -Soulié a découvert dans le registre de Notre-Dame -de Versailles<a name="FNanchor_20" id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a>. Cette pièce, authentique, porte la -double signature de <i>Louis</i> et de <i>Marie-Adélaïde</i>. -Louis-François, baptisé le 15 février 1699, «par -<span class="pagenum" id="Page_2">[p. 2]</span> -permission de Mgr l’Archevêque de Paris», avait été, -en effet, tenu sur les fonts par Louis XIV et par la -duchesse de Bourgogne<a name="FNanchor_21" id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_20" id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> -<i>Dictionnaire de Jal</i>, 1872, p. 1062.</p> - -<p><a name="Footnote_21" id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> -<i>La Gazette</i> du 20 février 1699 annonce le baptême donné le 15 -par l’abbé de Pomponne, aumônier de Sa Majesté, à l’issue de la -messe. Elle dit, en outre et à tort, que l’enfant est âgé de 2 ans et -10 mois.</p> -</div> - -<p>Pendant sa première enfance, son état de santé -fut des plus précaires. Venu avant terme (à sept -mois), il fut élevé dans du coton. Peu de temps -après, il fut assailli par de violentes convulsions. -Les médecins en désespéraient. A la suite d’une de -ces crises, on le croyait perdu, quand une servante, -qui était fort jolie—détail relevé par ses biographes—s’aperçut -qu’il avait encore un souffle de -vie et parvint à le ranimer.</p> - -<p>A quatre-vingt-dix ans de là, un des commis qui -dressaient l’état des prisonniers de la Bastille, écrivait, -au bas d’une des fiches consacrées au Maréchal -duc de Richelieu:</p> - -<p>«Le 25 août 1786, il est venu voir le Château de -la Bastille. Il est monté sur les tours, âgé de 90 ans, -5 mois, 12 jours<a name="FNanchor_22" id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_22" id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> -Chiffres qui concordent exactement avec la date indiquée par le -P. Anselme. Cette note se trouve reproduite dans les <i>Mémoires historiques -et authentiques sur la Bastille</i> (1789, 3 vol.), t. II, p. 102.</p> -</div> - -<p>Cette sorte d’escalade, inouïe chez un nonagénaire, -dépeint à souhait la crânerie, la belle humeur, -la coquetterie, la volonté de rester jeune, qui furent -toujours le fond du caractère de Richelieu<a name="FNanchor_23" id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_23" id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> -<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i>. Carton -10598, p. 58.</p> -</div> - -<p>Quelles pensées, quels spectacles durent surgir et -revivre en son cerveau, quand il pénétra dans la -<span class="pagenum" id="Page_3">[p. 3]</span> -fameuse prison d’État, symbole, indestructible en apparence, -d’un pouvoir absolu qui lui était si cher, -cette Bastille, dont il avait été, par trois fois, le pensionnaire -malgré lui et d’où il aurait bien pu ne plus -sortir, la dernière, que pour expier sur un échafaud, -comme un autre chevalier de Rohan, le crime de -haute trahison!</p> - -<p>Mais, grâce à cette mobilité d’esprit qui ne l’abandonna -pas, même aux dernières heures de son existence, -qu’il dut vite se rasséréner, lorsqu’il fut parvenu -au terme de son ascension! De cette plateforme -massive semblant menacer Paris, il contemplait -le panorama mouvant de la Grande Ville, de -la cité toujours grondante et tumultueuse, mais -aussi toujours charmante et toujours adorée, témoin -plus ou moins discret des fêtes somptueuses, des -duels retentissants, des aventures galantes de Fronsac -et de Richelieu. Et peut-être croyait-il revoir, -de l’autre côté des fossés, ces théories de belles -dames, qui, jadis, au cours d’une de ses captivités, -et pendant une de ses promenades sur cette même -terrasse, agitaient leurs mouchoirs de dentelles pour -se faire reconnaître du prisonnier et lui envoyaient -«sur l’aile des zéphyrs»—le langage du temps—leurs -plus tendres baisers.</p> - -<p class="sep2">Fronsac (il faut bien désigner Richelieu par le -nom qu’il porta jusqu’en 1715), Fronsac fut fort mal -élevé en sa prime jeunesse, ou plutôt ne fut pas -élevé du tout. Sa mère, née Anne-Marguerite d’Acigné, -était morte le 19 août 1698, alors qu’il n’avait -pas encore atteint sa troisième année; et son père, -une manière de vert-galant, bizarre et désordonné, -<span class="pagenum" id="Page_4">[p. 4]</span> -épousait, en troisièmes noces, le 20 mars 1702, Marguerite-Thérèse -de Rouillé, veuve du marquis de -Noailles. La nouvelle duchesse de Richelieu ne -s’occupa guère de son beau-fils, que pour en prévoir -et même arrêter l’union éventuelle avec l’aînée -des filles qu’elle avait eues de son premier mariage.</p> - -<p>L’instruction de Fronsac fut des plus négligées, -soit que, volontaire, étourdi et turbulent, il préférât—ce -qui était tout naturel—le jeu à l’étude, -soit que le soin de son éducation eût été remis, au -dire de ses biographes, entre les mains d’un gouverneur -plus inepte encore qu’insouciant.</p> - -<p>Ce fut l’atmosphère des salons de Versailles et de -Marly, «l’air de la Cour», comme on disait alors, -qui fit de ce médiocre écolier un parfait gentilhomme. -L’étoffe, il est vrai, se prêtait singulièrement -à cette transformation. Petit, mais de taille -bien proportionnée, d’agréable figure, souriant, gracieux, -spirituel, adroit cavalier et merveilleux danseur, -Fronsac fut remarqué dès le premier jour de -sa présentation. Il n’avait pas encore quinze ans: -«Il a été trouvé fort joli à la Cour», écrit, le 28 janvier -1711, la marquise d’Uxelles; et, dans le même -mois, Dangeau, en consciencieux annaliste, note -les succès, chaque jour plus marqués, du nouveau -venu. Fronsac avait dansé à la Cour; et bientôt -Louis XIV daignait abaisser son majestueux regard -sur l’adolescent: «Le Roi parla, à sa promenade, -au petit duc de Fronsac, qui est fort à la mode, ce -voyage-ci et qui a beaucoup d’esprit<a name="FNanchor_24" id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_24" id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> -Marquis <span class="smcap">de Dangeau</span>: <i>Mémoires</i> ou <i>Journal</i> (Paris, 1854 et -suiv.), t. XIII, pp. 316-317.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_5">[p. 5]</span> -Bien qu’assez mal renseigné sur l’âge exact de ce -courtisan précoce, Saint-Simon décrit plus longuement, -mais avec sa précision coutumière, une entrée -qui serait qualifiée aujourd’hui de sensationnelle.</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Ce petit duc de Fronsac, qui n’avait guère alors -que seize ans, était la plus jolie créature de corps et -d’esprit qu’on pût voir. Son père l’avait présenté à la -Cour, où M<sup>me</sup> de Maintenon, ancienne amie de M. de -Richelieu, en fit comme son fils<a name="FNanchor_25" id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>; et, par conséquent, -M<sup>me</sup> la duchesse de Bourgogne, et tout le -monde lui fit merveille, jusqu’au Roi. Il y sut répondre -avec tant de grâce et se démêler avec tant -d’esprit, de finesse, de liberté, de politesse, qu’il -devint bientôt la coqueluche de la Cour. Sa figure -enchante les dames<a name="FNanchor_26" id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_25" id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> -Duc <span class="smcap">de Saint-Simon</span>: <i>Mémoires</i> (édit. Chéruel, 1873), t. VIII, -p. 301.—<i>Mémoires</i> (édit. de Boislisle continuée par MM. J. Lecestre -et J. de Boislisle), Hachette 1879 et suiv. t. XX, p. 303-305.</p> - -<p><a name="Footnote_26" id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> -M<sup>me</sup> de Maintenon écrivait, en 1710, au duc de Richelieu: -«M. le duc de Fronsac réussit très bien à Marly.»</p> -</div> - -<p>Ce n’était pas que, sur un terrain si glissant, partant -si périlleux pour un novice, il n’eût à vaincre -de sérieux obstacles. La parcimonie de sa belle-mère -le réduisait à un train des plus modestes; et si, par -aventure, il protestait:</p> - -<p>—«Allons, allons, lui disait en riant la bonne dame, -les grâces de votre personne suppléent à l’insuffisance -dont vous vous plaignez.»</p> - -<p>Mais Fronsac avait sa vengeance toute prête; et -certain jour que les courtisans s’étonnaient de le -voir mesquinement vêtu, il leur répondit fort sérieusement -qu’il portait «un habit de belle-mère».</p> - -<p>Ce pauvre équipage semblait n’en rehausser que -<span class="pagenum" id="Page_6">[p. 6]</span> -mieux le charme séducteur et surtout l’esprit d’à-propos -de Fronsac, au milieu des plaisirs frivoles -qui passaient pour les plus graves occupations de -la Cour. Ce fut ainsi que Brissac, un ami du jeune -duc, ayant commis l’impardonnable faute, au «retour -d’un menuet», de ne pas «prendre» la duchesse -de Bourgogne, sa danseuse, Fronsac lâcha aussitôt -la sienne, pour réparer l’erreur du coupable. De -ce jour, l’aimable et parfois trop impulsive princesse -voulut que son cavalier... occasionnel fût de -toutes les fêtes de la Cour. Elle lui fit même l’insigne -honneur de l’appeler sa «jolie poupée».</p> - -<p>Cependant d’austères devoirs attendaient ce gentil -fantoche. Lorsque, ruiné par le jeu, son père avait -épousé la veuve du marquis de Noailles, les deux -conjoints avaient signé au contrat de mariage de -leur belle-fille et fille, âgée de onze ans, avec le duc -de Fronsac, qui en avait à peine six. Louis XIV -«y signait» également, «pour lui donner plus de -force»; et une clause formelle de ce même contrat -stipulait expressément que, si «l’aînée venait à -manquer», Fronsac épouserait la seconde<a name="FNanchor_27" id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a>. Il fallait -absolument sanctionner l’alliance des deux familles, -d’autant que la protection de M<sup>me</sup> de Maintenon -était toute acquise aux Noailles.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_27" id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> -<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t. VIII, p. 349.</p> -</div> - -<p>La prévoyance de ces parents, si préoccupés des -avantages d’une telle faveur, devait se trouver -bientôt justifiée. La fiancée de Fronsac mourut en -juillet 1703<a name="FNanchor_28" id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a>; et le fiancé dut épouser, aux termes -du contrat, la seconde fille de la duchesse, M<sup>lle</sup> de -<span class="pagenum" id="Page_7">[p. 7]</span> -Sansac, qui était, comme sa sœur, plus âgée que lui<a name="FNanchor_29" id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>. -Le mariage fut célébré, en février 1711, à Paris, -dans la chapelle du Cardinal de Noailles, oncle de -la jeune fille<a name="FNanchor_30" id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_28" id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> -<i>Ibid.</i>, t. IX, p. 243.</p> - -<p><a name="Footnote_29" id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> -Une note des <i>Mémoires de Sourches</i> (édition de Cosnac, t. XIII, -p. 22) porte qu’un courtisan, à la vue de ce couple enfantin qui entrait -dans le cabinet du roi pour y signer le contrat, «dit qu’il ne -savait si c’était un mariage ou un baptême».—Et M<sup>me</sup> de Maintenon -écrivait (<i>Recueil Geffroy</i>, t. II, p. 270) «qu’elle avait été sur -le point de prendre le menton à Fronsac». <i>Mém. de Saint-Simon</i>, -éd. Boislisle, t. XX, p. 203.</p> - -<p><a name="Footnote_30" id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> -<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t. XIII, p. 317.</p> -</div> - -<p>Ce fut la plus déplorable des unions. Fronsac ne -pouvait souffrir sa femme, qu’il prétendait d’un -caractère aussi <i>acariâtre</i><a name="FNanchor_31" id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a> que celui de la duchesse -de Richelieu, doublement sa belle-mère. Puis une -passion folle avait envahi ce jeune et bouillant cerveau. -Déjà choyé et caressé par des grandes dames -qui n’avaient plus rien à lui refuser, Fronsac avait -osé lever les yeux sur cette princesse<a name="FNanchor_32" id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a> qui le trouvait -«un enfant fort aimable» et l’admettait assez -étourdiment dans son intimité. S’il pouvait chanter, -comme plus tard le Chérubin de Beaumarchais, -«J’avais une marraine», il n’avait plus l’ingénuité -du page. Il ne se blottissait pas au fond d’un fauteuil, -dans la chambre «bleue» de la duchesse de -Bourgogne, mais derrière un rideau, d’où son ami -Brissac dut le tirer par la jambe<a name="FNanchor_33" id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a>, pour le déloger.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_31" id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> -Dans une des notes autographes du Maréchal qui accompagnent -la fin de ses <i>Mémoires authentiques</i>, Richelieu se sert de ce terme -pour qualifier le caractère de M<sup>lle</sup> de Sansac. Il ajoute qu’elle n’était -«pas jolie». «Elle est parfaitement laide», écrivait M<sup>me</sup> de Maintenon.</p> - -<p><a name="Footnote_32" id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> -Cependant, malgré son insolente fatuité, Richelieu se défendit -toujours d’avoir été l’amant heureux de la duchesse de Bourgogne, -en dépit même de Louis XV, assez pervers pour provoquer cet aveu.</p> - -<p><a name="Footnote_33" id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> -«Derrière un écran», dit Rulhière, dans ses jolies et -croustillantes <i>Anecdotes sur le Maréchal de Richelieu</i>. Cet effronté Fronsac -lève la tête. Cri général. On recommanda le silence aux femmes de -chambre qui étaient autour de la toilette de la petite Dauphine. -Mais on parla.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_8">[p. 8]</span> -—«On excuse tout, hors la peur que vous nous -avez faite, dit la petite-fille du roi à Fronsac qui -vint se mettre à genoux devant elle et lui baiser la -main.»</p> - -<p>Il poussa plus loin la témérité. On le vit embrasser -un jour la duchesse. On prétendit même qu’il -avait été surpris en tête-à-tête avec elle, dans une -attitude qui ne témoignait que trop de son peu de -respect pour le sang royal; il s’était aussitôt caché -sous le lit<a name="FNanchor_34" id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a> de la princesse, et, dans sa fuite, avait -laissé tomber une miniature de la duchesse de Bourgogne.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_34" id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> -Le grave Ravaisson dit «dans le lit,» (<i>Archives de la Bastille</i>, -t. XII, p. 77). <i>Les Mémoires historiques et authentiques sur la -Bastille</i> (de Carra) prétendent que Fronsac, surpris dans le lit de -la duchesse par Cavoie, qui devait en aviser M<sup>me</sup> de Maintenon, se -cacha «tout nu» sous le lit: ce fut, disent ces <i>Mémoires</i>, la vraie -cause de sa détention.</p> -</div> - -<p>Ces racontars eussent été de pures calomnies, que -Fronsac aurait eu à se défendre contre d’autres imputations, -assurément moins graves, mais qui ne -laissaient pas que de provoquer le mécontentement -du roi et les inquiétudes de son Égérie. Ce jeune seigneur, -disait-on, n’était pas seulement léger, inconséquent -et coureur de ruelles; il jouait et perdait -des sommes considérables. M<sup>me</sup> de Maintenon le -fit surveiller par Cavoie; et ce gentilhomme lui apprit, -un jour, que Fronsac venait d’être délesté de -mille louis. Sans doute sa femme était fort riche; -mais c’était payer un peu cher l’honneur d’avoir -épousé un homme qui la dédaignait. Le duc de -<span class="pagenum" id="Page_9">[p. 9]</span> -Richelieu, bien qu’il ne prêchât pas d’exemple, était -exaspéré; et, pour l’apaiser, M<sup>me</sup> de Maintenon -lui écrivit, après avoir sermonné Fronsac qui avait -vraisemblablement fait amende honorable: «Je lui -ai dit que je dirais au roi que j’ai sa parole et que -s’il ne la tient pas, il achèverait de se noyer.»</p> - -<p>Il «se noya». Continua-t-il à jouer à <i>la bassette</i>—ce -jeu qui avait déjà dévoré tant de fortunes à -la Cour? Lui fallut-il contracter des emprunts usuraires -pour éteindre ses dettes? Ou bien, avait-il -fait, comme le dit assez mystérieusement Dangeau, -«quelque nouvelle imprudence»<a name="FNanchor_35" id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>? Toujours est-il -que son père et sa famille, de concert avec M<sup>me</sup> de -Maintenon, demandèrent une lettre de cachet au -roi pour envoyer Fronsac à la Bastille et l’y garder -le plus longtemps possible. Nous avons sous les -yeux la fiche qui se rapporte à sa détention<a name="FNanchor_36" id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>. Elle -est ainsi libellée:</p> - -<p class="sep2 cent sepb2"><i>Tabul. N<sup>o</sup> 3<br /> -20 mai 1711<br /> -M. le duc de Fronsac<br /> -pour correction.<br /> -Il a été mis trois fois à la Bastille,<br /> -le 4 mars 1716 et le 28 mars 1719.<br /> -Sorti le 19 juin 1712.</i></p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_35" id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> -<span class="smcap">Dangeau</span>: Journal, t. XIII, p. 394. C’est le 5 avril, dit l’Annaliste, -que fut demandée la lettre de cachet.—«Livré au monde -avec tout ce qu’il fallait pour plaire, écrit Saint-Simon, il fit force -sottises.»</p> - -<p><a name="Footnote_36" id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> -<span class="smcap">Bibl. Arsenal</span>: <i>Papiers de la Bastille</i>, 10598.</p> -</div> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_10"> - -<h2>CHAPITRE II</h2> - -<p class="smm"><i>Quatorze mois de Bastille. — Sollicitude du Gouverneur -Bernaville pour son prisonnier. — Visite de la petite -duchesse de Fronsac à son époux: les suites d’un mariage -blanc. — Études et «amusements» du détenu. — Attaque -de petite vérole: traitement du malade. — Isolement et -terreurs de Fronsac. — Sa guérison; sa convalescence. — Bulletins -de Bernaville. — Repentir, en apparence sincère, -de Fronsac. — Sa mise en liberté.</i></p> - -<p>Contrairement à l’indication (c’était peut-être -une date d’inscription) donnée par la fiche précédente, -Fronsac était déjà embastillé le 8 mai 1711, -car, ce jour-là, Bernaville, le gouverneur de la forteresse, -écrivait au Ministre d’État Pontchartrain<a name="FNanchor_37" id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a>:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Je suis convenu avec M. le Cardinal de Noailles, -M. le duc de Richelieu et M<sup>me</sup> la Duchesse, que M. le -duc de Fronsac viendrait dîner avec moi et y resterait -jusqu’à 5 heures que ses maîtres de langues -et de mathématiques se rendent chez lui. Il ne m’a -pas paru possible qu’il passât seul ses journées dans -sa chambre sans intéresser sa santé. Ils sont persuadés -que je ne vois personne qui lui donne de -mauvais exemples; et j’ose me flatter que vous -avez assez bonne opinion de moi pour croire qu’il -ne se passe rien en ma présence et celle de M. de -Launay, soit dans ma chambre ou à nos promenades -dans la cour et sur le bastion, qui soit contre les -bonnes mœurs.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_11">[p. 11]</span> -«M<sup>me</sup> la Marquise du Chastelet<a name="FNanchor_38" id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a> qui nous a fait -l’honneur de dîner avec nous, vous peut dire comme -nous vivons ensemble. Elle y est assez intéressée -par son fils pour y avoir pris garde. Il est vrai aussi -que ces éducations-là me contraignent beaucoup. -Je m’en fais un devoir à l’égard de M. de Fronsac, -que j’ai reçu par vos ordres et à l’égard de M. le Chevalier -du Chastelet<a name="FNanchor_39" id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>, que j’aime et dont j’honore -infiniment le père et la mère.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_37" id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> -<span class="smcap">Ravaisson</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, t. XII, p. 77 (d’après les -manuscrits de la Bibliothèque Nationale).</p> - -<p><a name="Footnote_38" id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> -C’était la femme du gouverneur de Vincennes.</p> - -<p><a name="Footnote_39" id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> -Il épousa, en 1714, Catherine de Richelieu, la sœur de Fronsac.</p> -</div> - -<p>Louis XIV avait ordonné, en effet, qu’on envoyât, -comme précepteur, au prisonnier, l’abbé de Saint-Rémy. -Chargé de l’ingrate besogne de recommencer -sur de nouveaux frais une éducation restée incomplète, -cet ecclésiastique avait consenti (ainsi le -voulait la règle) à se laisser enfermer avec son élève. -Il lui fit d’abord traduire Virgile.</p> - -<p>Bernaville est très content du maître, «un fort -honnête homme, fort sage et fort capable, qui se -gouverne fort bien avec» le duc de Fronsac. Il n’est -pas moins enchanté de l’élève: «Je n’ai à mon égard, -écrit-il, que des louanges à dire de sa conduite avec -moi et les officiers: il n’y a personne plus civil et -plus poli que lui; il va au devant de tout ce qui peut -nous faire plaisir; nous ne lui avons rien entendu -dire contre les bonnes mœurs<a name="FNanchor_40" id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_40" id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> -<span class="smcap">Ravaisson</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, t. XII. «Tous ces rapports -étaient lus du Roi», écrit en apostille Pontchartrain.</p> -</div> - -<p>Assurément, l’effréné viveur qu’était déjà Fronsac -rongeait son frein: il fallait bien se soumettre; mais -il s’ennuyait mortellement. Aussi, malgré les distractions -de toute nature que s’efforçait de lui -<span class="pagenum" id="Page_12">[p. 12]</span> -offrir le personnel de la Bastille, le prisonnier en -cherchait-il de moins monotones et surtout de plus -originales. Il se souvint alors qu’il avait une femme. -Et malgré que tous les mémorialistes aient affirmé -que la jeune duchesse de Fronsac avait en quelque -sorte forcé les portes du cachot de son époux, ce fut, -au contraire, celui-ci qui sollicita à plusieurs reprises -la visite de sa femme.</p> - -<p>Bernaville le déclare formellement.</p> - -<p>Dans l’agréable roman qu’il a brodé sur le canevas -des <i>Mémoires de Richelieu</i>, M. de Lescure a -complaisamment décrit les fêtes fastueuses du premier -mariage de Fronsac, sans oublier aucun détail -sur la nuit de noces qui servit de clôture à cette -magnifique cérémonie. Les mariés restèrent couchés -un quart d’heure dans leur lit, les lampes à peine -baissées, pendant que les invités circulaient bruyamment -autour d’eux, aux sons joyeux des violons et -des flûtes qui faisaient rage.</p> - -<p>Et ce fut tout.</p> - -<p>Fronsac avait, aussitôt, oublié M<sup>lle</sup> de <ins id="cor_4" title="Sanzac">Sansac</ins>. -La jeune vierge en fut dépitée et désolée. La belle -famille protesta. Et ses plaintes, assurent certains -biographes, ne furent pas étrangères à la détention -de ce mari indifférent<a name="FNanchor_41" id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_41" id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> -«La famille voulait que la duchesse de Fronsac fût grosse», -dit Richelieu dans les notes autographes qui terminent les -<i>Mémoires authentiques</i>, et dont l’une se rapporte à sa première -détention.</p> -</div> - -<p>Nous croyons peu à cette version. Quoi qu’il en -soit, la petite duchesse, avisée du désir de son époux, -ne le fit pas languir. Au dire de l’anecdotier de la -Vie privée, elle accourut, se présenta au prisonnier, -<span class="pagenum" id="Page_13">[p. 13]</span> -avec tous les artifices de la coquetterie la plus raffinée -et sous le plus galant des costumes, multiplia -les sourires mouillés de larmes, les baisers, les caresses, -les témoignages les moins équivoques d’une -passion qui ne demandait qu’à être payée de retour. -Mais ce fut encore en pure perte. Fronsac se montra -charmant, gracieux, empressé, ainsi qu’il l’était -avec toutes les femmes; il reçut la sienne comme -«l’envoyée du plus grand roi du monde»; et même, -sevré qu’il était de ses plaisirs coutumiers, il ressentit, -à la voir et à l’entendre, un certain trouble, -mais bientôt il se ressaisit; et la petite duchesse -partit comme elle était venue. Au reste, l’honnête -Bernaville ne souffle mot de l’entrevue: il se contente -de signaler au ministre les effusions de gratitude -que lui prodigua Fronsac, pour le zèle obligeant -qu’avait apporté le Gouverneur à lui donner -satisfaction.</p> - -<p>Cependant, le pensionnaire de Bernaville recevait -nombre de visites, entr’autres celles des princes -de Conti et d’Espinoy, «la conversation roulant sur -les occupations et amusements (!!!) de Fronsac»<a name="FNanchor_42" id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a>. -C’étaient encore M. et M<sup>me</sup> de Cavoie qui venaient -le «préparer, par de sages instructions, à recevoir -la première visite de M. le duc de Richelieu... Elle -s’est passée avec beaucoup de tendresse de part et -d’autre.» En comédien consommé, Fronsac dit à -son père «qu’il reconnaissait toutes ses fautes, qu’il -n’oublierait jamais la grâce que le roi lui avait faite -de l’envoyer ici pour en faire pénitence et les -<span class="pagenum" id="Page_14">[p. 14]</span> -réparer, qu’il était trop heureux d’y être, qu’il ne négligerait -rien de tout ce qui pouvait dépendre de -lui pour les réparer, et pour se rendre digne des -bontés de Sa Majesté. Il lui a encore dit ce qu’il -nous dit tous les jours, qu’il n’a nulle impatience -d’en sortir et <i>qu’il regarderait comme un grand malheur -une prompte liberté</i><a name="FNanchor_43" id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_42" id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> -<span class="smcap">Ravaisson</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, t. XII, (lettre du 1<sup>er</sup> juillet.)—Voltaire -venait aussi, disait-il, «lui rendre ses devoirs».</p> - -<p><a name="Footnote_43" id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> -<span class="smcap">Ravaisson</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, t. XII, (lettre du 8 juillet).</p> -</div> - -<p>Soudain, un coup de théâtre.</p> - -<p>Le 27 septembre, Fronsac tombe malade: il a -une fièvre intense. La Carlière, le médecin en titre -de la prison d’État, vient le saigner le lendemain. -La petite duchesse, qui n’avait pas abjuré toute -tendresse pour l’ingrat, amène avec elle Barère, -chirurgien des mousquetaires, que le duc, accouru -au chevet de son fils, voudrait également substituer -à La Carlière. Toutefois il s’entend avec le médecin -officiel; et Fronsac est saigné au pied.</p> - -<p>Le prisonnier, qui se sent plus malade, s’inquiète -et demande un confesseur. On lui envoie un prêtre -de Saint-Paul, M. Dolé, en qui le Cardinal de Noailles -a pleine confiance. Cependant, Barère, qui est revenu, -croit que cette fièvre persistante n’aura pas -de suite. Or, le 30 septembre, la petite vérole se -déclare. Et cette famille, jadis si empressée autour -du malade, tous, jusqu’à l’amoureuse M<sup>me</sup> de Fronsac, -se défilent avec rapidité. Seuls restent dans la -chambre du délaissé l’abbé de Saint-Rémy<a name="FNanchor_44" id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a> et un -valet de chambre.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_44" id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> -Richelieu en fut toujours reconnaissant à Saint-Rémy; et bien -que Voltaire appelât cet abbé «un bœuf», Richelieu fit de son ancien -précepteur son premier secrétaire à l’ambassade de Vienne.</p> -</div> - -<p>Au surplus, Bernaville, qui a le sentiment de sa -<span class="pagenum" id="Page_15">[p. 15]</span> -responsabilité, a mis Fronsac en quarantaine. Il -doit préserver son personnel d’un mal contagieux. -Il ne s’en inquiète guère pour lui-même: sa figure -est toute couturée de petite vérole.</p> - -<p>Cependant La Carlière, qui, en raison des visites -de son confrère, s’était d’abord défendu de continuer -les siennes, a consenti à suivre la marche de la -maladie. Le 3 octobre, il se déclare satisfait de l’état -général. Mais Fronsac est loin d’être rassuré. Il -communie le matin et demande même l’Extrême-Onction. -Toutefois, le 6, (le huitième jour de la maladie) -le mieux s’accentue: La Carlière et Barère, -enfin d’accord, sont satisfaits de l’évolution normale -de la petite vérole. Et pourtant le vaillant Bernaville -a suivi l’exemple de la famille, il ne voit plus -son pensionnaire: c’est aussi qu’il «reçoit ici beaucoup -de monde». Fronsac, pour qui jadis la dévotion -était le dernier des soucis, en réclame toutes les pratiques: -il demande la permission d’envoyer un -valet de chambre à la châsse de Sainte-Geneviève, -pour y faire «toucher un mouchoir et lui apporter -des pains».</p> - -<p>Enfin, le 17 octobre, Bernaville, rentré dans la -chambre de Fronsac, envoie à Pontchartrain ce -triomphant billet:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Je m’assure que M. le duc de Fronsac est parfaitement -guéri et qu’il n’est <i>point marqué</i>. Il se -leva hier; et on ouvrit les fenêtres après avoir brûlé -dans sa chambre de la poudre à canon et toutes sortes -de choses. Il mange tous les jours des bouillons et -plusieurs potages avec deux ailes d’un gros poulet -et le corps, ce qui ne lui suffit pas à ce qu’il dit, et, -je le crois bien, car il a bon appétit.»</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_16">[p. 16]</span> -Le Maréchal de Richelieu devait être un jour -un gastronome aussi émérite qu’il était un amoureux -hors pair.</p> - -<p>Fronsac fit sa convalescence à la Bastille. Le Roi -ne désarmait pas encore. Le 24 octobre, le père se -décidait à rendre visite au fils: «Il m’a dit, écrit le -Gouverneur, qu’il était content de l’état de sa santé -et de la situation de son esprit.» La Carlière avait -donné au malade son <i lang="la" xml:lang="la">exeat</i> (si l’on peut ainsi s’exprimer) -et dicté à Barère le traitement qu’exigeait -la convalescence. Quant au confesseur, M. Dolé, -il continuait ses visites sur la demande expresse -de son pénitent. Celui-ci voulait aller, le plus tôt -possible, à la messe; mais Bernaville, qui connaissait -le paroissien, tardait à le satisfaire, «car, disait-il, -il n’aura pas sorti de sa chambre qu’on ne -pourra plus l’y faire rentrer». Néanmoins, le 1<sup>er</sup> novembre, -il lui permit d’entendre la messe. Le prompt -rétablissement de Fronsac incitait ce bienveillant -geôlier aux plus consolants pronostics: «La petite -vérole, disait-il, ne lui a fait que du bien: elle l’a -fait croître considérablement et il ne sera pas marqué: -il y a lieu d’espérer qu’il y aura du changement -en tout.»</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Il se promena hier pour la première fois dans -le jardin que nous avons sur le bastion de la Bastille, -où il est encore aujourd’hui. Il a prié M. le duc de -Richelieu de me demander la permission de se promener -dans le jardin de l’Arsenal. J’ai répondu que -cette liberté était contre nos usages et que je ne -croyais pas que le Roi voulût l’ôter au public et -nous la donner pour promener nos prisonniers, et -même qu’il conviendrait moins à M. le duc de Fronsac -<span class="pagenum" id="Page_17">[p. 17]</span> -qu’à plusieurs autres, puisque la principale raison -qu’on a eue en l’envoyant a été de le séparer de -ses amis particuliers, ce qu’on ne pourrait pas faire -dans un jardin public qui est le rendez-vous de tout -Paris<a name="FNanchor_45" id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_45" id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> -<span class="smcap">Ravaisson</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, (lettre du 5 novembre).</p> -</div> - -<p>Pontchartrain, naturellement grincheux, tance -vertement Bernaville d’avoir laissé la conversation -dévier sur ce terrain; et Fronsac qui prend connaissance -de la semonce ministérielle, exprime tous ses -regrets au pauvre gouverneur de lui avoir attiré -cette mercuriale. D’ailleurs, il retourne maintenant -chez Bernaville, où la jeune duchesse, ainsi que -M. et M<sup>me</sup> de Richelieu, viennent de nouveau lui -rendre visite. Et le digne fonctionnaire constate, -une fois de plus, que «les marques de la petite vérole, -quoique nombreuses, ne le défigurent point<a name="FNanchor_46" id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_46" id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> -<i>Ibid.</i>, (lettre du 17 novembre).</p> -</div> - -<p>A quoi tiennent pourtant les destinées d’un empire... -dans le monde galant! Supposez Fronsac -«picoté»—c’était le terme—de petite vérole, -comme l’était Bernaville. Richelieu, séducteur professionnel -du <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, n’existait pas.</p> - -<p>Il resta sept mois encore à la Bastille. Enfin, -quand Louis XIV eût jugé l’expiation suffisante, -le prisonnier adressa, le 16 juin 1712, ce placet à -Pontchartrain: «Mon père, qui est ici, a la bonté -de vouloir bien consentir à mon élargissement, -et m’ordonne de vous supplier de vouloir bien le -demander au roi. Je tâcherai de mériter toutes les -grâces qu’il m’a bien voulu faire et de montrer -qu’une telle retraite m’a bien changé par les solides -<span class="pagenum" id="Page_18">[p. 18]</span> -réflexions que j’ai faites. Permettez-moi de vous -remercier de toutes les obligations, etc.»</p> - -<p>Le père avait écrit, en apostille, qu’il était «convaincu -des bonnes dispositions de son fils».—Ah! -le bon billet!...</p> - -<p>Trois jours après, Fronsac sortait de la Bastille. -Dangeau, qui assigne la même date à la mise en -liberté du coupable repentant, ajoute: «Richelieu, -son père, a fait payer toutes ses petites dettes et -pris du temps pour les plus considérables<a name="FNanchor_47" id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>.»</p> - -<p>Était-ce donc la véritable cause d’une détention -qui dura quatorze mois? Nous en doutons; et nous -constaterons simplement, pour mémoire, que la -duchesse de Bourgogne était morte le 12 février -précédent.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_47" id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> -<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t. XIV, p. 177.</p> -</div> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_19"> - -<h2>CHAPITRE III</h2> - -<p class="smm"><i>Fronsac, en Flandre, sous le commandement de Villars. — Le -siège de Marchiennes. — Fronsac est blessé à Fribourg. — Comment -il est accueilli, à Marly, par le roi. — Il -revoit la duchesse aux yeux bleus qui avait reçu ses adieux -avant son départ pour l’armée. — L’amitié succède à -l’amour. — Le roman de M<sup>me</sup> Michelin: perfidie et -cruautés de Fronsac. — Mort du duc de Richelieu: un -beau geste de son héritier. — Les dernières heures de -M<sup>me</sup> Michelin.</i></p> - -<p>De nos jours (quoique le fait soit devenu assez -rare) un père de famille, mécontent de la conduite -d’un fils trop étourdi ou trop indépendant, finit -par le décider, de gré ou de force, à devancer l’appel -réglementaire et à contracter un engagement dans -l’armée—excellente école pour les têtes un peu -chaudes.</p> - -<p>Jadis, ces exemples étaient plus fréquents; et, -sous l’ancien régime, ils se généralisaient. D’abord, -pour un gentilhomme, l’armée était la véritable -carrière; en eût-il décliné l’obligation, que son père -l’eût rappelé à l’observation de son devoir, surtout -quand le réfractaire n’avait pas encore atteint sa -majorité; et l’on sait qu’à cette époque un Français -n’était majeur qu’à sa vingt-cinquième année.</p> - -<p>Mais cette jeune noblesse volait plus qu’elle ne -marchait à l’appel de ses chefs.</p> - -<p>Aussi Fronsac, qui était ardent et courageux, -répondit-il, comme il convenait, à l’ordre que lui -donna son père, ordre vraisemblablement suggéré -<span class="pagenum" id="Page_20">[p. 20]</span> -par Louis XIV, d’aller «servir en Flandre, dans les -mousquetaires», et sous les ordres du Maréchal de -Villars. Ce fut en août qu’il partit et Dangeau trace, -d’un trait, le piquant croquis des adieux du jeune -volontaire à la Cour: «Il a pris congé du roi qui lui -a fort recommandé d’être plus sage et lui a d’ailleurs -parlé avec beaucoup de bonté et de considération -pour le duc, son père<a name="FNanchor_48" id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_48" id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> -<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t. XIV, p. 197.</p> -</div> - -<p>Il ne semble pas qu’avant son départ, Fronsac, -qui fut, «comme César, le mari de toutes les femmes, -excepté de la sienne», ait honoré celle-ci de la -moindre attention. Par contre, s’il faut en croire -l’auteur de la <i>Vie privée</i>, il allait retrouver et consoler -à l’auberge du <i>Chasseur</i>, aux portes de Paris, -cette belle duchesse aux yeux bleus qu’il avait -connue avant son mariage et qui, prête à se rendre, -lui murmurait si tendrement: «Ah! Fronsac, que -vous êtes dangereux!» Ils se rappelèrent une dernière -fois les heures délicieuses de leur amour, alors -que l’époux était envoyé en mission dans le Languedoc; -les amusements de la vie de château, près -de Mantes, et les brimades qu’avait dû subir Fronsac, -du fait des jeunes et jolies femmes reçues par -la duchesse et furieuses des indiscrétions ou des infidélités -de ce roué trop séduisant; les fuites éperdues -de l’amant pour ne point compromettre sa maîtresse, -et la récompense exquise qu’il en obtenait.</p> - -<p>Mais il fallut partir.</p> - -<p>Il fit bravement son devoir. Le Maréchal de Villars, -qui l’avait pris pour aide de camp, rend pleine -justice, dans ses <i>Mémoires</i>, à la vaillance de ce soldat -<span class="pagenum" id="Page_21">[p. 21]</span> -de seize ans<a name="FNanchor_49" id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a>. Il en allait de même pour ses -compagnons d’armes. Mais, chez cette brillante -jeunesse, la galanterie était inséparable de la bravoure. -On assiégeait Marchiennes, où se trouvaient -réunis le dépôt de munitions et... la maîtresse du -Prince Eugène. Notre illustre ennemi commençait -à être aussi malheureux à la guerre qu’il l’était depuis -longtemps en amour.</p> - -<p>«Ma foi, messieurs, dit le maréchal, je vous -abandonne cette dame, si vous emportez la place.</p> - -<p>—D’accord, répondit le chœur des officiers; le -premier qui s’emparera de la belle sera réputé le -plus brave.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_49" id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> -<i>Mémoires du Maréchal de Villars</i> (Édition du Marquis de Vogüé), -6 vol., t. III, p. 197.</p> -</div> - -<p>On allait donner l’assaut, quand Marchiennes -capitula. La maîtresse du Prince Eugène n’était -plus de bonne prise.</p> - -<p>La discorde régnait parfois entre ces jeunes seigneurs, -dont certains étaient de sang royal: tel -le prince de Conti qui avait le caractère difficile et -la main lourde. Il ne la fit que trop sentir à Fronsac -et au prince d’Espinoy, alors qu’ils jouaient ensemble. -Ils étaient cependant les meilleurs amis du -monde, au temps où Fronsac était enfermé à la -Bastille. Ce fut une brouille assez sérieuse; mais -Dangeau, l’historiographe, hausse les épaules: -«On regarde cela, dit-il, comme jeux d’enfant<a name="FNanchor_50" id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_50" id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> -<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t. XIV, p. 463 (15 août 1713).</p> -</div> - -<p>Fronsac ne quitta pas Villars de la campagne. -Il fut blessé à Fribourg d’un coup de pierre dont il -garda la marque, assurent ses biographes, jusqu’à -<span class="pagenum" id="Page_22">[p. 22]</span> -la fin de ses jours. Après la reddition de la ville, -chargé par le Maréchal d’en apporter la nouvelle -au roi, il fut encore, ce jour-là, le héros de Marly. -Habile metteur en scène, il sut se faire valoir, exhiba -sa blessure, raconta toutes les péripéties de la campagne -avec une verve incomparable. Louis XIV -le complimenta, il lui laissa entendre que le sang -de sa blessure avait lavé la honte de sa lettre de cachet; -puis «il le logea et le retint; l’armée devant se -séparer, il lui donna 4000 écus pour son voyage<a name="FNanchor_51" id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>». -(1712-1713).</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_51" id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> -<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t. XV, p. 30 (novembre 1713).</p> -</div> - -<p>Grâce à sa belle conduite devant l’ennemi, Fronsac -avait reconquis le droit de reparaître, le front haut, -à Paris et à Versailles. Il en profita pour revenir à -ses errements d’autrefois, mais avec plus de réserve, -voulant ainsi justifier la confiance qu’avait maintenant -le roi dans son avenir. Ainsi, en octobre 1714, -il avait parié contre le duc d’Aumont une forte -somme pour une course de chevaux. On lui conseilla -de «rompre»; il ne se fit pas répéter deux fois l’invitation<a name="FNanchor_52" id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_52" id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> -<i>Ibid.</i>, (19 octobre 1714).</p> -</div> - -<p>Toujours aussi amoureux et aussi entreprenant -que par le passé, Fronsac ne se risqua plus cependant -dans les alcôves royales; il est vrai qu’elles -étaient alors si dépeuplées. Il se rabattit, par curiosité, -sur de simples bourgeoises; et ce fut le commencement -de son aventure avec M<sup>me</sup> Michelin, -dont le dénouement tragique lui arracha des larmes: -il le prétendit du moins. Toutefois ce qui est peut-être -encore plus lamentable, dans cette triste et -<span class="pagenum" id="Page_23">[p. 23]</span> -touchante histoire, c’est le rôle qu’y joua, dès le -début, la duchesse aux yeux bleus qui avait offert -à Fronsac une si tendre hospitalité dans son château, -près de Mantes. Les deux amants s’étaient écrit -pendant la campagne de Flandre; mais la duchesse -avait longuement réfléchi au cours de ces deux -années; quelques fils blancs argentaient ses tempes: -elle eut le bon esprit d’offrir à Fronsac, qui accepta, -la sûreté d’une amitié à toute épreuve. Mais la -véritable affection, pure et sincère, consiste-t-elle -à méconnaître, au profit d’un des intéressés, le sentiment -du devoir et les lois de la morale? Et la -grande dame, qui voulut bien collaborer à la cruelle -comédie (à vrai dire elle le regrettera plus tard) -où Fronsac fit sombrer la vertu de la pauvre petite -M<sup>me</sup> Michelin, n’était-elle pas aussi coupable que -l’auteur de cette machination si perfidement ourdie?</p> - -<p>Le roman et le théâtre se sont emparés d’une intrigue -trop connue pour que nous en rappelions tous -les détails. Quelques lignes suffiront à la résumer<a name="FNanchor_53" id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_53" id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> -Le t. III de la <i>Vie privée</i> consacre près de 150 pages à ce récit, -qui prend ainsi les proportions d’un livre. Faur intitule le volume -<i>Relation écrite par le duc de Richelieu en Languedoc pour la Marquise -de M***</i> (Monconseil) <i>de ses premières aventures</i>...</p> -</div> - -<p>Fronsac avait remarqué la femme d’un miroitier -de la rue Saint-Antoine, nommé Michelin. Il l’avait -suivie, abordée, et tenté, sans faire connaître sa -personnalité, le siège d’une vertu devant laquelle -avaient échoué son astuce, son adresse et ses protestations -de tendresse éternelle. Cette blonde délicieuse, -âgée de 18 ans, était dévote et sage, autant -qu’elle était jolie. Fronsac, qui se lassait de lui présenter, -chaque jour, de l’eau bénite, à l’église Saint-Paul, -<span class="pagenum" id="Page_24">[p. 24]</span> -n’en était pas, disait-il, autrement amoureux; -mais cette résistance d’une petite bourgeoise piquait -au vif sa vanité.</p> - -<p>Avec l’argent que lui avait prêté la duchesse, il -avait loué, dans le quartier, un appartement pour -y recevoir la jeune femme, pendant que la grande -dame éloignait le mari, en l’envoyant à son château -de Mantes y commencer toute une série de travaux. -Elle prétendit l’avoir fait innocemment; mais, par -la suite, après avoir sermonné, pour la forme, son -ancien amant, elle servit, en pleine connaissance de -cause, le caprice de Fronsac et se prit même d’amitié -pour la victime. En effet, M<sup>me</sup> Michelin avait succombé -aux assauts répétés du galant, qui avait -fini par se nommer, et que, chaque jour, elle adorait -davantage. Dans l’intervalle était revenu le -mari. Le petit duc lui avait rendu visite et réservé -sa clientèle. Le bonhomme ne se doutait de rien, se -confondait en révérences devant le grand seigneur -et s’estimait fort honoré qu’il daignât s’asseoir quelquefois -à la table familiale. Lui, Fronsac, ne se contentait -plus de recevoir sa maîtresse dans l’appartement -de la rue Saint-Antoine: c’était chez elle qu’il -continuait ses amoureux ébats; bien mieux, dans -la même maison et le même soir, il allait courtiser -une amie de M<sup>me</sup> Michelin, une brune fringante, -très fière de cet hommage rendu à sa beauté par -l’irrésistible Fronsac. M<sup>me</sup> Michelin apprit cette -trahison; elle pleura en silence, et son infidèle amant -eut l’inconscience de lui imposer le partage de ses -nuits avec son indigne rivale.</p> - -<p>Puis il disparut.</p> - -<p>Le duc de Richelieu venait de mourir (1715); -<span class="pagenum" id="Page_25">[p. 25]</span> -et la succession du défunt ne laissait pas que d’être -embarrassée. Le père et le grand-père de Fronsac -avaient singulièrement amoindri par leurs dépenses -exagérées l’énorme fortune du Cardinal; la substitution—héroïque -remède—en avait sauvegardé -le reste. «Ce fut mon unique héritage», dit le nouveau -duc de Richelieu à qui nous donnerons désormais -le nom sous lequel il est connu dans l’Histoire. -Et son geste, à ce moment, ne manqua pas de grandeur. -Le feu duc de Richelieu avait payé les dettes -de son fils. Le fils paya les dettes de son père, trois -millions, paraît-il. Et fut-ce l’importance ou la noblesse -du sacrifice auquel il n’était pas obligé, -qui émut le roi? Mais Louis XIV, comme s’il eût -conscience de sa mort prochaine et qu’il voulût -faire oublier à Richelieu ses récentes disgrâces, lui -multiplia ses faveurs. Le 14 mars, il lui accordait -l’appartement du vieux duc à Versailles<a name="FNanchor_54" id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>; et, dans -les premiers jours de septembre, il lui donnait son -agrément pour l’achat du Régiment du Roi à Nangis<a name="FNanchor_55" id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a>, -qui, lui aussi, avait fait battre le cœur de la -duchesse de Bourgogne.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_54" id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> -<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t. XV, p. 418.</p> - -<p><a name="Footnote_55" id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> -<i>Ibid.</i>, t. XVI, p. 196.—Louis XIV étant mort quelques jours -après, ce fut le duc d’Orléans, Régent, qui signa pour le nouveau -roi.</p> -</div> - -<p>Les tracas de son héritage, le soin de son crédit, -la mobilité naturelle de son esprit, n’avaient guère -laissé le temps à Richelieu de penser à M<sup>me</sup> Michelin. -Il revint cependant, de loin en loin, lui apporter -la consolation de sa chère présence. Mais -comme il la trouvait changée! Elle n’était plus -que l’ombre d’elle-même. La douleur, la jalousie, -<span class="pagenum" id="Page_26">[p. 26]</span> -le remords la minaient lentement. Richelieu avait -cessé depuis quelque temps ses visites, quand il -voit un jour M. Michelin en grand deuil. Il le fait -monter dans sa voiture; et le brave homme tombe -dans ses bras en sanglotant. L’avant-veille, il avait -conduit sa femme au cimetière. Il ne pouvait s’expliquer -le mal qui l’avait enlevée. Elle était devenue -mélancolique. Elle s’affaiblissait de jour en jour et -ne se nourrissait plus: il lui fut bientôt impossible -de se lever; elle avait enfin succombé à cet état de -langueur.</p> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_27"> - -<h2>CHAPITRE IV</h2> - -<p class="smm"><i>Richelieu sous la Régence. — Mort de sa femme qui le laisse -tout consolé. — Premier conflit de Richelieu avec le duc -d’Orléans: duel manqué. — Duel autrement sérieux avec -Gacé. — Les deux adversaires à la Bastille: cinq mois de -détention. — Amours princières de Richelieu: les escapades -d’une arrière-petite-fille du Grand Condé. — Colère du duc de -Bourbon. — Richelieu chansonné.</i></p> - -<p>La mort de Louis XIV affranchit en quelque -sorte Richelieu de la contrainte qu’il s’était imposée -depuis plus de trois ans. La régence de ce duc d’Orléans, -qui était un si bon prince, lui ouvrait la riante -perspective d’une liberté sans limites. Puis, un an -après, le 11 novembre 1716—un bonheur n’arrive -jamais seul—la nouvelle duchesse de Richelieu -partait pour un monde meilleur. Le duc avait continué -d’ailleurs à l’ignorer; mais, elle avait si bien -pris son parti de cette indifférence, qu’elle s’en -était consolée avec l’écuyer de son mari. Des lettres -anonymes prévinrent charitablement Richelieu de -l’incident. Il en fut tout d’abord mortifié. Être -sganarellisé par qui? Par l’homme qui surveillait -son écurie et ses chevaux! Pouah! Puis il trouva -plus sage d’en rire: «Je m’étonnais aussi, murmura-t-il, -que la femme d’un Richelieu pût lui rester -fidèle!» Au reste, il n’en douta plus, le jour, où, -sans prévenir qui que ce fût, il pénétrait à pas de loup -dans la chambre à coucher de la duchesse. La jeune -femme et l’écuyer étaient assis sur une chaise longue -dans une attitude qui autorisait les pires suppositions. -<span class="pagenum" id="Page_28">[p. 28]</span> -Or, Richelieu n’avait été, ni vu, ni entendu. -Il se rejeta vivement en arrière; et, pour laisser -au couple le temps de se remettre, il cria très fort -de l’antichambre:</p> - -<p>—«Il n’y a donc pas un valet ici pour m’annoncer.»</p> - -<p>Puis il entra posément, et plus posément encore:</p> - -<p>—«Je vous conseille, ma chère, de chasser tous -vos gens; car, en vérité, ils font bien mal leur service.»</p> - -<p>Enfin, avant de quitter la place, se tournant vers -l’écuyer:</p> - -<p>—«Madame la duchesse aime la solitude. Vous -m’obligerez, tant que cela ne la gênera pas, en la -partageant avec elle.»</p> - -<p>L’anecdote est-elle vraie<a name="FNanchor_56" id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>? Et n’a-t-elle pas été -attribuée déjà à d’autres grands seigneurs? En -tout cas, elle est bien <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle. Et si nous l’avons -rapportée, c’est qu’elle nous semble avoir inspiré -nombre de nouvelles, de contes et même de -comédies qui ont fait fortune.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_56" id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> -Cependant, Richelieu se plaisait à la conter, sur ses vieux -jours, avec des variantes, comme nous l’apprend le duc de Lévis -dans ses <i>Souvenirs et Portraits</i> (1815, pp. 21 et suiv.). «Songez, Madame, -lui dit-il plus tard, à votre embarras, si tout autre que moi -fût entré chez vous.»</p> -</div> - -<p>Peut-être admettra-t-on difficilement cette mansuétude -toute philosophique chez un homme, qui, -pour se piquer de n’avoir point de préjugés, n’en -était pas moins susceptible à l’excès, très fier et -intraitable sur le chapitre de ses prérogatives. Aussi, -sans être friand de la lame, dégaînait-il volontiers, -s’il se jugeait tant soit peu offensé.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_29">[p. 29]</span> -En décembre 1715, à Chantilly, chez le duc de -Bourbon qui l’invite à ses tirés, il se prend de querelle -avec le chevalier de Bavière et tous deux décident -d’aller vider leur différend au bois de Boulogne. -Or le Régent y donnait précisément une chasse en -l’honneur des dames de la Cour. Aussitôt, il fait -arrêter les deux duellistes par des officiers de garde -qui les mettent en lieu sûr, puis, les conduisent, -sur son ordre, au Palais Royal. Là, le duc d’Orléans -les réprimande et leur déclare que si, d’ici dix ans, -ils ont ensemble le moindre démêlé, il regardera -cette nouvelle affaire comme une suite de celle-ci. -Il leur demande leur parole et les congédie sur cette -menace mi-sérieuse et mi-plaisante:</p> - -<p>—«Ne m’y <i>manquez</i> pas; car si vous me <i>manquiez</i>, -je ne vous <i>manquerais</i> pas<a name="FNanchor_57" id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_57" id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> -<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t. XVI, pp. 252-253.—<span class="smcap">Duclos</span>: <i>Mémoires</i>, -1864, t. I, p. 216.</p> -</div> - -<p>A deux mois de là, le duc d’Orléans ne <i>manquait</i> -pas le duc de Richelieu pour un autre duel, qui ne -fut pas <i>manqué</i> celui-là et qui faillit entraîner les -conséquences les plus graves.</p> - -<p>Des propos ignominieux avaient couru sur le -compte de M<sup>me</sup> de Gacé, qui aurait joué, disait-on, -un rôle des plus actifs dans des fêtes nocturnes rappelant -les orgies d’Héliogabale. Ces infamies, faussement -attribuées à Richelieu<a name="FNanchor_58" id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a>, étaient parvenues jusqu’aux -oreilles du mari, qui, pour se venger, était -allé, à moitié ivre, fredonner sous le nez du prétendu -<span class="pagenum" id="Page_30">[p. 30]</span> -calomniateur, au bal de l’Opéra<a name="FNanchor_59" id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>, un couplet satirique -lancé contre lui par le poète Roy. Le duc, -furieux, provoque Gacé en duel et tous deux -vont se battre rue Saint-Thomas-du-Louvre. Richelieu -reçoit un coup d’épée qui lui traverse le -corps. Gacé, légèrement blessé, rentre tranquillement -au bal.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_58" id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> -D’après les <i>Mémoires historiques et authentiques sur la Bastille</i> (de -Carra), Richelieu aurait révélé les détails d’une orgie nocturne, où -M<sup>me</sup> de Gacé (plus tard M<sup>me</sup> de Matignon) serait devenue le jouet -de tous les convives et même des laquais.</p> - -<p><a name="Footnote_59" id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> -Si Richelieu ne fut pas le fondateur des bals de l’Opéra, il contribua, -de tout son pouvoir, à leur organisation et à leur prospérité.</p> -</div> - -<p>Le lendemain, 18 février 1716, le procureur général -prescrit une information; et le Parlement ordonne -aux deux duellistes d’aller se constituer prisonniers, -«pour quinze jours», à la <ins id="cor_5" title="Renvoi 60 ajouté">Conciergerie</ins><a name="FNanchor_60" id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a>. -Par esprit de solidarité, et surtout par un sentiment -d’orgueil qu’on retrouve de tout temps dans les -paroles et dans les actes de ce corps privilégié, les -ducs et pairs protestent contre une procédure qui -vise un des leurs, bien qu’il ne soit pas encore reçu -au Parlement. Richelieu et Gacé n’en sont pas -moins incarcérés, le 5 mars, à la Bastille, sur une -lettre de cachet signée par le duc d’Orléans.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_60" id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> -<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t. XVI, pp. 328 et suiv.</p> -</div> - -<p>Rien de tel qu’une prison commune pour réconcilier -des adversaires. Richelieu et Gacé s’y «font -de grandes amitiés» et reçoivent ensemble les nombreux -visiteurs qui viennent leur apporter leurs -compliments de condoléances. Entre temps, le Parlement -délègue auprès du Régent, des conseillers -chargés de connaître son opinion; et le duc d’Orléans -leur déclare très nettement qu’il entend se -montrer plus rigide sur le chapitre des duels que -n’était le feu roi. Nous verrons plus tard pourquoi -<span class="pagenum" id="Page_31">[p. 31]</span> -ce prince, d’habitude si débonnaire, témoignait -d’une telle sévérité contre les détenus.</p> - -<p>Richelieu se défendait vigoureusement. Il avait -récriminé, dès son entrée à la Bastille, parce qu’on -avait voulu lui enlever son épée, arme qui restait -toujours «en possession des pairs», même prisonniers -d’État. Bernaville le certifiait. Puis Richelieu -avait présenté requête au Régent pour ne pas être -jugé au Parlement, d’autant que celui-ci était en -procès avec les pairs.</p> - -<p>Le conseiller Ferrand, qu’on donna pour commissaire -aux inculpés, les interrogea le 17 mars. Comme -les témoins faisaient défaut, Richelieu et Gacé -affirmèrent énergiquement qu’ils n’étaient pas allés -sur le terrain. Aussitôt on commit des chirurgiens -pour les visiter. Le jeune duc, de qui la grave blessure -s’était rapidement cicatrisée, l’avait cependant -recouverte d’un taffetas auquel l’ingéniosité -d’un peintre (c’est du moins la version de Soulavie) -avait donné la couleur de la chair. Le subterfuge -n’en fut pas moins découvert.</p> - -<p>Mais le Régent avait à cœur que l’affaire suivît -son cours. Aussi, le 13 juin, le roi enjoignait-il par -écrit aux pairs et aux princes du sang d’assister au -jugement. Ceux-ci s’abstinrent d’y paraître, sous -prétexte que la suscription de leur lettre de convocation -constituait un manquement des plus graves -aux lois sacrées de l’étiquette. Le 19, le jugement -concluait à «un plus ample informé» et les intéressés -durent rester encore deux mois à la Bastille. -Le 21 août, nouveau jugement et même sentence: -seulement les prisonniers furent mis en liberté. -Enfin le 1<sup>er</sup> décembre, «ils furent renvoyés absous -<span class="pagenum" id="Page_32">[p. 32]</span> -de leur prétendu combat. M. le comte de Toulouse -(bâtard légitimé de Louis XIV) était à ce jugement: -il était le seul de prince<a name="FNanchor_61" id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a>».</p> - -<p>Richelieu et Gacé n’en avaient pas moins passé -cinq mois à la Bastille.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_61" id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a> -<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t. XVI, <i>passim</i>.—<i>La Gazette de la Régence</i> -(édition de Barthélemy, 1887) vitupère le Parlement «qui -s’introduit à la Bastille pour des affaires où il ne mettait pas autrefois -le nez».</p> -</div> - -<p>A vrai dire, l’imprudence et l’impudence du petit -duc avaient soulevé contre lui bien des colères. -Recherché par les plus grandes dames de la Cour, -cet adolescent, qui n’avait pas vingt ans, était encore -parvenu à faire tourner la tête à des princesses du -sang, dont les attaches familiales auraient dû cependant -lui donner à réfléchir.</p> - -<p>La première qui s’éprit follement de Richelieu, -M<sup>lle</sup> de Charolais, était sœur d’un arrière-petit-fils du -grand Condé, le duc de Bourbon. Ce prince, qu’avait -éborgné à la chasse le duc de Berry, petit-fils de -Louis XIV, était un assez pauvre homme; et sa laideur -morale ne déparait pas sa laideur physique: il était -dur, violent, brutal, sans honneur et sans scrupules. -La liaison de sa sœur avec Richelieu n’avait pu lui -échapper. La duchesse douairière de Bourbon qui -l’avait surprise, ne parvenait pas, bien qu’elle surveillât -et même maltraitât sa fille, à l’empêcher de -recevoir chez elle son amant<a name="FNanchor_62" id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a>. Richelieu entrait par -les fenêtres. C’étaient alors de secrets entretiens dans -la chambre d’une femme de service, ou dans les -jardins de l’hôtel de Condé, les nuits où la lune -n’en trahissait pas les mystères. C’étaient encore -des escapades à travers les rues de Paris: -<span class="pagenum" id="Page_33">[p. 33]</span> -rendez-vous était pris devant l’église des Cordeliers; -et le couple amoureux vagabondait par la Ville, -sous des habits d’artisan, exposé parfois aux pires -rencontres, et venant s’échouer, après quelles péripéties, -dans le bureau d’un commissaire, où -Richelieu devait se nommer et se répandre en -menaces pour éviter à sa compagne le plus humiliant -des scandales.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_62" id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> -«D’autant plus sévère qu’elle était coquette et jalouse de sa -fille.» (<i>Anecdotes de Rulhière</i>, édition E. Asse, p. 2.)</p> -</div> - -<p>Après une nuit si tourmentée, qui rappelle quelque -peu celle du <i>Domino noir</i>, M<sup>lle</sup> de Charolais avait -bien juré de ne plus courir pareille aventure. Et son -amant abondait très volontiers dans son sens; car -il se voyait ainsi débarrassé de l’inquiète surveillance -d’une maîtresse ombrageuse, très hautaine et -très fière, même au milieu des plus tendres épanchements. -Il est vrai que l’indifférence de Richelieu -avait fini par avoir raison des fureurs jalouses de -la princesse.</p> - -<p>Par contre, le galant se montrait moins rassuré -quand il se trouvait en présence du frère. Cependant, -peu de jours avant son duel avec Gacé, au cours -d’une «débauche» chez le duc de Bourbon, il avait -osé chanter le couplet lancé par la duchesse douairière<a name="FNanchor_63" id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a> -contre feu son mari «Gendre d’une Samaritaine, -etc...» Les roués se pâmaient devant ces cyniques -impertinences. Mais celle-ci ne fut pas du goût -du petit-fils de Condé. Aussi, le lendemain, quand -Richelieu revint lui faire sa cour, le duc de Bourbon -lui rendit-il «très froidement des honneurs extraordinaires». -Et, comme son hôte s’étonnait d’un tel -contraste:</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_34">[p. 34]</span> -—«On traite ainsi, lui dit le prince du sang, ceux -qu’on ne veut plus jamais voir<a name="FNanchor_64" id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_63" id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> -Louise-Françoise de Bourbon, veuve de Louis de Bourbon, -était fille légitimée de Louis XIV et de M<sup>me</sup> de Montespan.</p> - -<p><a name="Footnote_64" id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> -<i>Gazette de la Régence</i> (édition de Barthélemy, 1887), p. 72.</p> -</div> - -<p>Richelieu ne se fit pas répéter deux fois cette invitation -à promptement déguerpir. Le juste ressentiment -du prince s’aggravait encore de la rancune -tenace qu’avait amassée en ce cœur orgueilleux -l’indignité de la liaison notoire d’un petit gentilhomme -avec M<sup>lle</sup> de Charolais.</p> - -<p>C’est vraisemblablement à cet incident... désagréable -qu’il faut attribuer ce couplet contre Richelieu—car -lui aussi était chansonné:</p> - -<p class="ttr">Chanson (1716).<br /> -Sur l’air: <i>Marotte fait bien la fière</i>.</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers7">Richelieu fait bien le fier</div> - <div class="vers7">Pour les deux pages qu’il a;</div> - <div class="vers4">Il s’imagine</div> - <div class="vers5">Qu’avec sa mine</div> - <div class="vers7">Tous ses affronts on oubliera.</div> - <div class="vers7">Richelieu fait bien le fier</div> - <div class="vers7">Pour les deux pages qu’il a<a name="FNanchor_65" id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a>.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_65" id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a> -Chansonnier <span class="smcap">Maurepas</span> (édit. Gay, 6 vol.), t. III, p. 185.</p> - -<p>Parmi les jeux d’esprit qui couraient, chaque année, soit à Paris, -soit à Versailles, sur les courtisans, tels que <i>Logement des Seigneurs -et Dames de la Cour</i>, nous trouvons, dans ceux de février 1716, cet -article se recommandant de la même allusion «Le duc de Richelieu -au Page du roi, rue Saint-Bon».</p> - -<p>Et dans les <i>Diversités et les qualités des Vins de la Cour</i> (1718): -«du duc de Richelieu: <i>Vin du Commun</i> (est-ce une allusion à M<sup>me</sup> Michelin?). -<i>Mélanges historiques, politiques et satiriques</i> (de Boisjourdain), -1807, 3 v. in-8<sup>o</sup>, t. I, pp. 281 et 297.</p> -</div> - -<p>Mais l’amour aveugle de M<sup>lle</sup> de Charolais, résistant -déjà aux objurgations et aux menaces familiales, -dédaignait les sarcasmes de l’opinion -<span class="pagenum" id="Page_35">[p. 35]</span> -publique qui enveloppait dans la même réprobation -la maîtresse et l’amant.</p> - -<p>Une autre chanson, pareillement datée de 1716, -était plus explicite encore:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">Que dira-t-on de Charolois</div> -<div class="vers6">Et de son humeur sombre?</div> -<div class="vers8">Qu’elle est entêtée d’un minois</div> -<div class="vers6">Haï de tout le monde,</div> -<div class="vers8">Aussi fier qu’il est poltron,</div> -<div class="vers6">La faridondaine, la faridondon.</div> -<div class="vers8">Aussi chacun le traite ici</div> -<div class="vers6">A la façon de barbari</div> -<div class="vers3">Mon ami<a name="FNanchor_66" id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_66" id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> -Chansonnier <span class="smcap">Maurepas</span> (édit. Gay, 6 vol.), t. III, p. 184.</p> -</div> - -<p>L’incarcération de Richelieu avait, en effet, exaspéré -les ardeurs passionnées de la princesse et développé -chez elle des sentiments qui, si la légende dit -vrai, n’auraient pas manqué d’une certaine grandeur. -Bravant le courroux maternel, dont le moindre -effet eût été de la reléguer au fond d’un couvent, -M<sup>lle</sup> de Charolais, accompagnée de sa sœur, la princesse -de Conti, n’aurait pas craint de pénétrer dans -l’intérieur de la Bastille, pour aller consoler Richelieu. -Mais le récit de cette visite se corse de détails -tellement romanesques que l’Histoire hésite à le -tenir pour vrai.</p> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_36"> - -<h2>CHAPITRE V</h2> - -<p class="smm"><i>Visées amoureuses de Richelieu. — M<sup>lle</sup> de Valois, fille du -Régent. — A la table de jeu. — Travestissements de Richelieu -pour pénétrer chez M<sup>lle</sup> de Valois. — La porte secrète -et l’armoire aux confitures. — Ce que pense la grand-mère, -duchesse douairière d’Orléans, de la «coqueluche» de la -Cour. — Une aventure galante de Richelieu. — Le «petit -crapaud».</i></p> - -<p>Les ambitions amoureuses de Richelieu visaient -plus haut encore que la maison de Condé: elles -aspiraient à la conquête d’une petite-nièce du feu -roi. Mais l’entreprise devait coûter autrement cher -à ce génie aventureux que la possession de M<sup>lle</sup> de -Charolais.</p> - -<p>Richelieu avait, de longue date, jeté ses vues sur -le cœur de M<sup>lle</sup> de Valois, une des filles du Régent. -Il en avait commencé le siège, alors qu’il était dans -les meilleurs termes avec la sœur du duc de Bourbon. -Et il semble que, depuis, il ait pris à tâche -de mettre en concurrence les deux rivales et trouvé -un malin plaisir à surexciter leur haine réciproque.</p> - -<p>M<sup>lle</sup> de Charolais, un peu plus âgée que son amant, -était une des merveilles de la Cour. Ses yeux étaient -si beaux, dit un contemporain, qu’ils perçaient -sous le masque<a name="FNanchor_67" id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a>. Elle était d’humeur galante et -d’esprit caustique. Richelieu n’était pas son premier -vainqueur.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_67" id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> -<i>Mémoires de Besenval</i> (1805, t. I, p. 105), d’après M<sup>me</sup> de Ségur, -amie et contemporaine des deux princesses.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_37">[p. 37]</span> -M<sup>lle</sup> de Valois, au moment où celui-ci l’entoura -d’attentions discrètes, quoique continues, avait -six ans de moins que M<sup>lle</sup> de Charolais, mais elle -n’en avait ni l’éclat, ni la verve. A cette époque, -la duchesse douairière d’Orléans, veuve de Monsieur, -frère de Louis XIV, traçait de M<sup>lle</sup> de Valois, sa -petite-fille, un portrait assez piquant, dans une de -ces lettres, dont la lourdeur et la grossièreté, le parti-pris -et le dénigrement systématiques gâtent trop -souvent les tableaux pittoresques et la curieuse -documentation:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Lorsqu’elle était encore toute jeune, écrit de sa -petite-fille la Palatine (on donne encore ce nom à -cette princesse d’origine bavaroise), j’avais l’espoir -qu’elle serait fort belle; mais j’ai été bien déçue: -il lui est venu un grand nez aquilin qui a tout gâté: -elle avait auparavant le plus joli petit nez du -monde<a name="FNanchor_68" id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_68" id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> -<i>Correspondance de la duchesse d’Orléans</i> (édition Brunet), t. I, -p. 173. Mardi 18 juillet 1715.—Trois ans après (lettre du 6 octobre -1718), ce même portrait tourne à la caricature:</p> - -<p>«M<sup>lle</sup> de Valois est brune, elle a de fort beaux yeux, mais son nez -est vilain et trop gros... Selon moi, elle n’est pas belle; il y a pourtant -des jours où elle n’est pas laide, car elle a de belles couleurs -et une belle peau; lorsqu’elle rit, une grande dent qu’elle a à la -mâchoire d’en haut fait un vilain effet. Sa taille est courte et laide; -sa tête enfoncée dans les épaules; et ce qu’elle a de pire, à mon avis, -c’est la mauvaise grâce qu’elle met en tout ce qu’elle fait; elle va -comme une femme de 80 ans.»</p> - -<p>Peu indulgente, cette grand’mère qui, elle, était un miracle de -laideur!—Il est vrai que, le 17 mars 1717, elle écrivait: «M<sup>lle</sup> de -Valois ne se soucie pas de moi et ne peut me souffrir», et le 31 mars -1718: «Elle est fausse, menteuse et horriblement coquette.»</p> -</div> - -<p>Des physiologistes, que nous croyons surtout des -fantaisistes, ont prétendu que les gens affligés d’un -développement nasal excessif étaient de complexion -amoureuse non moins prononcée.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_38">[p. 38]</span> -L’exemple de M<sup>lle</sup> de Valois semblerait cependant -justifier cette assertion. La liaison de la fille du Régent -avec Richelieu, liaison qui devait être encore -plus mouvementée que celle de M<sup>lle</sup> de Charolais, -débuta par un de ces jeux entre voisins, dont le dessous -d’une table dissimule d’ordinaire les pratiques -innocentes. Pendant des parties de <i>bassette</i> ou de -<i>hocca</i>, les pieds de Richelieu cherchaient et interrogeaient -ceux de M<sup>lle</sup> de Valois qui leur répondaient -par une pression des plus douces. Mais, un beau soir, -les pieds de M<sup>lle</sup> de Charolais intervinrent à leur -tour dans cette muette conversation. Et ce fut le -commencement des hostilités qui éclatèrent bientôt -entre les deux princesses, jalouses l’une de l’autre -et convaincues, chacune, de la trahison de leur adorateur.</p> - -<p>Si M<sup>lle</sup> de Charolais, malgré son humeur indépendante, -était tenue de près par une mère que sa coquetterie -rendait dure et méfiante, M<sup>lle</sup> de Valois -était plutôt abandonnée à elle-même par la sienne, -fille légitimée, elle aussi, du Grand Roi. La duchesse -d’Orléans (et sa belle-mère le lui reproche assez dans -sa Correspondance) était une nature essentiellement -indolente; elle ne s’occupa jamais de ses six -filles; la pleine satisfaction de son incommensurable -orgueil était son unique souci. M<sup>lle</sup> de Valois avait -pour gouvernante, une demoiselle Desroches, que -Besenval appelle un «Argus suranné», et qui, en -effet, n’y voyait plus clair. Richelieu profita d’une -surveillance aussi défectueuse pour entretenir des -intelligences dans la place et pour y pénétrer sous -les travestissements les plus divers. Faublas n’a -jamais été qu’un très pâle copiste de ce Protée de -<span class="pagenum" id="Page_39">[p. 39]</span> -l’amour. En attendant l’heure du berger, Richelieu -faisait sa cour, déguisé tantôt en «esclave», tantôt -en «courtaud de boutique», tantôt encore en «galérien -demandant son pain». Guettant la princesse -sur l’escalier du Palais Royal, il s’approchait d’elle, -quand elle sortait pour la promenade, et lui remettait -un placet qui n’était qu’une déclaration d’amour. -Elle avoua, depuis, qu’elle ressentit alors une «agitation -extraordinaire», malgré «l’insolence» du -procédé<a name="FNanchor_69" id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_69" id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a> -<span class="smcap">Rulhière</span>: <i>Anecdotes sur le Maréchal de Richelieu</i> (édition -Asse), 1890.—<span class="smcap">Besenval</span>: <i>Mémoires</i> (édition Baudouin, 1821, 2 vol.), -t. I, pp. 106 et suiv.</p> -</div> - -<p>Ce fut ainsi que Richelieu, travesti, paraît-il, en -soubrette, finit par arriver jusqu’à la chambre de -M<sup>lle</sup> de Valois, qui le reconnut sous son costume -d’emprunt. La Desroches fut complètement dupe -de manœuvres que Richelieu devait pousser à la dernière -perfection. Il usa, en effet, d’un stratagème -qu’il renouvellera, trente ans plus tard, dans des -conjonctures semblables, mais moins discutables -que celles-ci. Il loua une maison, dont le mur était -contigu à l’appartement de M<sup>lle</sup> de Valois, et fut -secrètement percé, pour établir une communication -entre les deux immeubles, par une porte que masquait -une «armoire à confitures». M<sup>lle</sup> de Charolais -pressentait l’infidélité de son amant; mais celui-ci -alla au-devant de ses reproches; il lui conta franchement -l’histoire de la cachette, espérant, disait-il, -se concilier les bonnes grâces du père par l’intermédiaire -de la fille; et c’était en tout bien tout honneur; -car il ne pouvait profiter des faveurs de la princesse, -étant, hélas! «un blessé de l’amour». M<sup>lle</sup> de -<span class="pagenum" id="Page_40">[p. 40]</span> -Charolais crut ou feignit de croire à l’infortune de -Richelieu; mais elle voulut s’assurer, par ses propres -yeux, de la complicité de sa rivale: elle alla se -poster dans une maison dont les fenêtres faisaient -face à celle qu’avait louée Richelieu; et, de là, -elle put voir jouer la porte et l’armoire aux confitures<a name="FNanchor_70" id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_70" id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a> -Besenval affirme dans ses <i>Mémoires</i> (édition Baudouin, t. I, -p. 107), que M<sup>me</sup> de Ségur, mère du ministre, lui a communiqué -tous ces détails, comme les tenant des princesses elles-mêmes.</p> -</div> - -<p>Mais, ou le duc était bien naïf—ce qui n’est guère -vraisemblable—ou il en donnait à garder à sa maîtresse, -quand il prétendait ne faire la cour à M<sup>lle</sup> de -Valois que pour conquérir les faveurs du Régent; -car il ne devait pas ignorer de quelle animosité le -poursuivait le duc d’Orléans. Celui-ci avisant, à un -bal de l’Opéra, en conversation très animée avec sa -fille, un masque, sous un domino qui ressemblait, -à s’y méprendre, à celui de Richelieu:</p> - -<p>—«Masque, lui dit-il, d’une voix irritée, veillez -sur vous, si vous ne voulez aller une troisième fois -à la Bastille.»</p> - -<p>Le domino enlève son loup; et le Régent reconnaît... -Monconseil, un ami de Richelieu et de M<sup>lle</sup> de -Valois.</p> - -<p>—«N’importe, fait le duc d’Orléans, répétez à -M. de Richelieu ce que je viens de vous dire.»</p> - -<p>La liaison, d’abord <i>platonique</i><a name="FNanchor_71" id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>, puis très réelle, -<span class="pagenum" id="Page_41">[p. 41]</span> -de sa fille avec cet infatigable coureur de ruelles, -était devenue la fable publique, bien que la Palatine -n’en soufflât mot dans cette Correspondance où elle -n’a garde, cependant, d’oublier les cancans de Cour. -L’ignorait-elle? Ou bien ne voulut-elle la connaître, -ou plutôt la reconnaître, qu’au lendemain de la -conspiration de Cellamare? En tout cas, jusqu’à la -découverte du complot, si elle parle de Richelieu, -elle n’en dit aucun mal. Et même elle semble plutôt -s’amuser des prouesses amoureuses de celui qu’elle -traînera un jour dans la boue. Lisez plutôt ce récit, -lestement troussé, d’une aventure galante, qu’elle -date du 11 juin 1717:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Deux jeunes duchesses ne pouvaient voir d’assez -près leurs amants; et elles se sont avisées d’un tour -original. Ce sont deux sœurs; et elles ont été élevées -dans un couvent à quelques lieues de Paris. Une -religieuse vint à mourir dans ce couvent; les dames -prétendirent qu’elles étaient très affligées et qu’elles -avaient eu beaucoup d’attachement pour la défunte; -elles demandèrent la permission de lui rendre les -derniers honneurs et d’assister à ses funérailles, -ce qui leur fut accordé avec de grands éloges pour -leur bon naturel.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_42">[p. 42]</span> -«Lorsqu’elles vinrent au couvent, il se trouva -pour la cérémonie funèbre deux prêtres étrangers -que personne ne connaissait. On leur demanda qui -ils étaient; ils répondirent qu’ils étaient de pauvres -ecclésiastiques qui avaient besoin de protection; -et comme ils savaient que deux duchesses devaient -venir à l’occasion de l’enterrement, ils s’étaient -rendus afin de solliciter leur patronage. Les duchesses -dirent qu’elles voulaient les interroger et -qu’ils pouvaient, après la cérémonie, venir les trouver -dans leur chambre. Les jeunes prêtres s’y rendirent -et ils restèrent avec les dames jusqu’au soir. -L’Abbesse trouva l’audience trop longue, et fit dire -aux jeunes prêtres de s’en aller; l’un résista et se mit -en colère, l’autre ne fit qu’en rire. Ce dernier était -le duc de Richelieu, l’autre le chevalier de Guéménée, -fils cadet du duc de ce nom. Ce sont les cavaliers -qui ont eux-mêmes raconté l’aventure<a name="FNanchor_72" id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_71" id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a> -La mosaïque, publiée par M. de Lescure, sous le titre de <i>Nouveaux -Mémoires de Richelieu</i>, donne ce caractère à la liaison de -M<sup>lle</sup> de Valois; mais M. E. de Barthélemy déclare dans les <i>Filles -du Régent</i> (1874, t. II, p. 396) qu’il lui est passé sous les yeux une -lettre témoignant de la passion, satisfaite, de M<sup>lle</sup> de Valois pour -Richelieu. Ici, c’est la duchesse de Modène qui trahit la fille du Régent. -Dans une correspondance, dont Richelieu était destinataire -et qui porte, de sa main, cette désignation: <i>Lettres de M<sup>me</sup> la duchesse -de Modène pendant son séjour à Paris</i>, l’une d’elles est déjà -très significative. La princesse écrivait à Richelieu, en sortant d’un -bal, où il s’était entretenu avec elle, pendant que sa femme ne le -quittait pas des yeux: «Qu’elle est heureuse de pouvoir vous aimer -sans crime!» L’autre lettre, dont la lecture ne laissait aucun doute -à M. de Barthélemy sur la nature des relations de M<sup>lle</sup> de Valois -avec Richelieu, appartenait, comme la précédente, à une collection -d’autographes mis en vente par la maison Charavay; et l’auteur -des <i>Filles du Régent</i> «regrettait de n’avoir pas le droit de reproduire» -cette preuve de l’amour, très peu innocent, de la princesse -pour Richelieu.</p> - -<p><a name="Footnote_72" id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a> -<i>Correspondance complète de Madame, duchesse d’Orléans</i> (édition -Brunet), t. I, page 300.</p> -</div> - -<p>Ce dernier trait caractérise à souhait l’<i>adolescent</i> -vaniteux et fat qui ne se faisait aucun scrupule de -révéler ses bonnes fortunes, ni d’en nommer les dispensatrices. -L’<i>homme</i>, d’ailleurs, ne sera pas plus -discret.</p> - -<p>C’est seulement deux ans après cette équipée—la -genèse peut-être des <i>Mousquetaires au Couvent</i>—que -la Palatine commence à s’inquiéter et même -à s’irriter des allures de Richelieu. Il est vrai que le -Régent vient de découvrir, parmi les complices de -Cellamare, ce jeune seigneur qu’on avait cru jusqu’alors -uniquement occupé de conquêtes de boudoir. -<span class="pagenum" id="Page_43">[p. 43]</span> -Il est arrêté et, pour la troisième fois, enfermé -à la Bastille. Il semble que la Palatine ait -vent du scandale qui va éclater; mais, pour le moment, -dans ses virulentes récriminations contre Richelieu, -elle ne fait allusion qu’à la folle passion de -M<sup>lle</sup> de Charolais:</p> - -<p>«Ce duc fera verser beaucoup de larmes à Paris, -car toutes les dames sont amoureuses de lui; je ne -comprends pas pourquoi, car c’est un petit crapaud -en qui je ne trouve rien d’agréable; il a encore moins -de courage; il est impertinent, infidèle, indiscret; -il dit du mal de toutes ses maîtresses; et cependant -une princesse du sang royal est tellement éprise de -lui, que, lorsqu’il devint veuf, elle voulait absolument -l’épouser; sa grand-mère et son frère s’y sont -formellement opposés, et avec beaucoup de raison; -car, indépendamment de la mésalliance, elle aurait -été toute sa vie très malheureuse<a name="FNanchor_73" id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_73" id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a> -<i>Correspondance de la duchesse d’Orléans</i> (éd. Brunet), t. II, -p. 83. Lettre du 30 mars 1719.</p> -</div> - -<p>La colère de la «grand’mère» (et cette fois, c’était -la duchesse douairière d’Orléans) allait prendre de -tout autres proportions, le jour où il devint impossible -de dissimuler que M<sup>lle</sup> de Valois menaçait -de suivre l’exemple de M<sup>lle</sup> de Charolais.</p> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_44"> - -<h2>CHAPITRE VI</h2> - -<p class="smm"><i>La Conspiration de Cellamare. — Malgré ses dénégations, -Richelieu avait pactisé avec l’Espagne. — Son arrestation -tardive et mouvementée. — Il est enfermé pour la troisième -fois à la Bastille. — Rigueur, dans le début, de son -incarcération. — Animosité de la Palatine contre «le -gnome». — Intervention des deux princesses en faveur de -Richelieu qui obtient de notables adoucissements. — Le duo -d’Iphigénie. — Véhémente indignation de la Palatine contre -sa petite-fille. — A quel prix celle-ci obtient la grâce et -la liberté de Richelieu. — La duchesse de Modène.</i></p> - -<p>La haine de la duchesse du Maine contre le Régent -qui avait fait casser, au détriment de son mari, le -testament de Louis XIV; la rancune de grands seigneurs -éloignés du pouvoir; le calcul d’ambitieux, -s’efforçant d’y parvenir, avaient singulièrement servi -les desseins, dont le cardinal Alberoni, premier -ministre du roi d’Espagne, avait confié l’exécution -au prince de Cellamare, ambassadeur de Philippe V -en France.</p> - -<p>Ce diplomate, s’aidant de ces diverses complicités, -devait faire arrêter le duc d’Orléans, au milieu -d’une fête, l’envoyer dans une forteresse, et lui -substituer, comme Régent, le roi d’Espagne, grand-oncle -du jeune Louis XV.</p> - -<p>Plusieurs causes contribuèrent à l’avortement de -ce complot: les révélations du copiste Buvat, chargé -par Cellamare de transcrire des documents dont la -teneur lui avait paru suspecte; la curiosité d’une -proxénète qui avait surpris certaines confidences -<span class="pagenum" id="Page_45">[p. 45]</span> -échangées dans les salons de sa maison close et les -avait communiquées à l’abbé Dubois, ministre du -Régent; l’échec d’un coup de main dirigé contre le -duc d’Orléans; enfin l’arrestation du courrier porteur -des dépêches de l’ambassadeur d’Espagne et la -saisie de lettres d’Alberoni qui ne laissaient aucun -doute sur les projets du Cardinal, ni sur l’identité -des conspirateurs.</p> - -<p>Ce fut en décembre 1718 que la conjuration fut -découverte, et tout aussitôt le prince de Cellamare, -le duc et la duchesse du Maine, et avec eux nombre -de complices<a name="FNanchor_74" id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a> de divers états, étaient arrêtés et -incarcérés.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_74" id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a> -On avait dressé une liste de 150 suspects (Général <span class="smcap">Piépape</span>: -<i>La Duchesse du Maine</i>, 1910, p. 237).</p> -</div> - -<p>Le duc de Richelieu ne fut pas inquiété, pour le -moment du moins. Il avait participé, cependant, -au complot; et nous ne serions pas autrement surpris -que sa culpabilité fût déjà connue. La Fillon, -cette entremetteuse, qui avait si bien renseigné -Dubois, comptait, dans sa clientèle, plusieurs roués -de la Cour, et parmi eux, le duc de Richelieu<a name="FNanchor_75" id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a>, à -qui sa vantardise et sa réputation de brillant conteur -faisaient oublier maintes fois les notions de la plus -élémentaire prudence.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_75" id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a> -Soulavie, dans ses <i>Mémoires de Richelieu</i>, dit que son héros -avait conservé des anecdotes singulières de la maison en question, -«Anecdotes que les auteurs de sa <i>Vie privée</i> ne copieront point aussi -impunément que celles des quatre premiers volumes de la 1<sup>re</sup> édition -de ces <i>Mémoires</i>».—Ces anecdotes «singulières» ne paraissent -pas avoir été jamais publiées.</p> -</div> - -<p>Le malin singe qu’était Dubois (et qui sait si, -avant Buvat et avant la Fillon, il ne tenait pas en -main tous les fils de l’intrigue?) voulut attendre -<span class="pagenum" id="Page_46">[p. 46]</span> -sans doute que Richelieu, s’endormant dans une -trompeuse sécurité, lui livrât, en se livrant lui-même -par d’imprudentes paroles, des secrets jusqu’alors -ignorés.</p> - -<p>Mais, pour être aussi étroitement surveillé, le -jeune duc n’en avait pas moins des intelligences -dans le camp ennemi. Il commençait déjà à mettre -en pratique le système d’influences qui devait lui -assurer par la suite de si précieux avantages. Il -faisait de la femme, qu’elle fût sa maîtresse ou son -amie, une alliée et une associée. Or, il s’en trouvait -une qui, vivant dans les meilleurs termes avec le -Régent, tenait Richelieu au courant des faits et -gestes du prince. Ce fut ainsi que l’ancien aide de -camp de Villars put apprendre au Maréchal, dans -les derniers jours de 1718, qu’on devait l’arrêter -le 31 décembre (dans l’affolement de la première -heure on voyait des conspirateurs partout). Et Richelieu -n’avait nullement tenté de se prévaloir de -cet avis confidentiel auprès du Maréchal; car Villars -reconnaît qu’il reçut le même avertissement d’un -certain Pinsonneau, «homme de mérite, attaché, -pendant 30 ans, au secrétariat du ministère de la -Guerre<a name="FNanchor_76" id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a>». Le héros de Denain en fut malade de saisissement.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_76" id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a> -<i>Mémoires du Maréchal de Villars</i> (édit. Vogüé), t. IV, p. 123.</p> -</div> - -<p>S’il avait été soupçonné à tort d’avoir voulu pactiser -avec l’Espagne, Richelieu, au contraire, allait -être bientôt convaincu d’avoir devancé les offres de -trahison.</p> - -<p>«Vous serez le bienfaiteur de votre patrie, lui écrivait -Alberoni.»</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_47">[p. 47]</span> -Des lettres de ce même prélat à l’adresse de Richelieu -avaient été interceptées et remises à Dubois. -Celui-ci en avait pris connaissance; et le garde des -sceaux d’Argenson les avait fait tenir, bien et dûment -recachetées, au destinataire, par un agent provocateur -qui lui aurait promis monts et merveilles -au nom de Philippe V.</p> - -<p>Est-ce absolument exact<a name="FNanchor_77" id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a>? En tout cas, Richelieu -avait entamé des pourparlers avec l’Espagne et consenti -à soutenir ses revendications contre le Régent, -même au détriment de la France<a name="FNanchor_78" id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_77" id="Footnote_77" href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a> -Le marquis d’Argenson laisse entendre (<i>Mémoires</i>, t. I, p. 23) -que son père, le terrible garde des sceaux, avait, suivant l’habitude -constante de son administration, un agent, peut-être un serviteur -de Richelieu, en contact permanent avec le duc.—Le mémorialiste -ajoute que le garde des sceaux, l’auteur de l’arrestation de -Richelieu, avait les preuves certaines de la culpabilité de son justiciable.</p> - -<p>«M. le duc d’Orléans, note Dangeau (<i>Journal</i>, t. XVIII, 23-24), -dit qu’il a quatre lettres de sa main, écrites au Cardinal Alberoni, -dont il y en a trois de signées. Il demandait, pour récompense de -ses services, qu’on lui promît de le faire colonel du régiment des -gardes.»</p> - -<p><a name="Footnote_78" id="Footnote_78" href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a> -D’après <span class="smcap">Lemontey</span> (<i>Histoire de la Régence</i>, t. I, pp 232-233), -on trouva la lettre d’Alberoni qui accréditait un de ses agents, Marini, -auprès de Richelieu; et on représenta à celui-ci deux billets -écrits de sa main à deux émissaires du ministre espagnol, ainsi qu’une -lettre adressée par Richelieu au Maréchal de Berwick pour lui demander -de laisser quelque temps encore son régiment à Bayonne. -«Vous aurez été sans doute surpris d’apprendre, écrivait Dubois à -Berwick le 1<sup>er</sup> avril, par le courrier que M. Le Blanc a dû vous dépêcher -hier, que M. le duc de Richelieu devait livrer Bayonne aux -Espagnols, et qu’il a été mis à la Bastille où il n’a pu disconvenir -de son intelligence avec le cardinal Alberoni.»</p> -</div> - -<p>Pour quelle raison et dans quel but? La question -n’a jamais été suffisamment éclaircie.</p> - -<p>Il semble néanmoins qu’en cette occurrence, Richelieu -ait obéi tout à la fois aux suggestions d’un -amour-propre profondément ulcéré et à des considérations, -<span class="pagenum" id="Page_48">[p. 48]</span> -autrement blâmables, d’intérêt personnel.</p> - -<p>Un manuscrit du temps<a name="FNanchor_79" id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a> que nous avons découvert -à la Bibliothèque de la Ville de Paris, et dont -l’auteur nous est inconnu, nous paraît fournir une -explication vraisemblable des motifs qui déterminèrent -Richelieu, étant donnée la mentalité, un -peu trouble et complexe, de ce héros de boudoir. -Ce qui ne laisse pas d’être piquant, c’est que la -même version se retrouve, en partie, dans les <i>Anecdotes</i> -de Rulhière, ce joli roman d’amour pervers, -écrit longtemps après l’historiette suivante, sous -l’inspiration, sinon sous la dictée du principal intéressé:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Les défenses menaçantes que le duc de Bourbon -avait faites à M<sup>lle</sup> de Charolais, sa sœur, de voir -le duc de Richelieu, non plus que les affronts sanglants -qu’il avait fait faire à Richelieu, même pour -le détourner de son amour pour sa sœur, bien loin -de désunir ces deux tendres cœurs, n’avaient -fait que resserrer les doux liens qui les enchaînaient.</p> - -<p>«On employa des moyens plus efficaces; on prit -des mesures pour leur ôter les occasions de se voir. -La Princesse, ne pouvant renfermer en soi la tristesse -que lui causait la privation de son amant, -cherchait à se soulager par ses larmes. Le Duc, son -frère, l’ayant trouvée un jour fondant en pleurs, -crut, non sans raison sans doute, qu’elle était grosse -et lui dit qu’on aurait soin d’envoyer chercher une -<span class="pagenum" id="Page_49">[p. 49]</span> -sage-femme pour l’accoucher<a name="FNanchor_80" id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a>. Ces discours, joints -aux autres duretés qu’on lui témoignait, la portèrent -à consentir à la proposition que lui fit son amant -de la faire enlever, pour la conduire en Espagne où -il méditait de se retirer.</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_79" id="Footnote_79" href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a> -Manuscrit 6691, <i>Mémoires pour servir à l’Histoire de France</i> -ou <i>Recueil contenant plusieurs anecdotes de la Cour, par le Marquis -de ***</i>.</p> - -<p><a name="Footnote_80" id="Footnote_80" href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a> -D’après le <i>Journal</i>, les <i>Mémoires</i> et <i>Correspondance</i> de <span class="smcap">Marais</span> -(1863), t. I, pp. 340 et suiv., un dialogue du même genre se serait -établi, mais quinze mois après, entre M<sup>lle</sup> de Charolais et la Princesse, -sa grand’mère; M<sup>lle</sup> de Charolais: Je suis grosse.—La Princesse: -Eh bien, ma fille, il faut accoucher.</p> -</div> - -<div class="manuscr"> -<p>«Les choses ainsi arrangées du côté de l’amour, -le duc de Richelieu s’adressa au Cardinal Alberoni -qui, pour lors, comme on sait, régentait la Monarchie -et la famille royale d’Espagne. Il lui offrit de -faire passer son régiment qui était sur les frontières, -au service du roi d’Espagne, et l’assura que Saillant, -son ami, en ferait de même, moyennant que son -Éminence voulût envoyer de l’argent à ce dernier, -pour redresser ses affaires qui étaient fort dérangées.»</p> -</div> - -<p>En effet, M<sup>lle</sup> de Charolais avait fait l’impossible, -comme le racontait la Palatine, pour épouser Richelieu; -et celui-ci, indigné, suivant Rulhière, des -propos tenus sur «la disproportion» d’un tel mariage, -aurait offert à Cellamare de donner à l’Espagne -Perpignan et le régiment qu’il y commandait, si -Philippe V le dotait d’une souveraineté dans son -royaume qui lui permît d’épouser... M<sup>lle</sup> de Valois.</p> - -<p>Dans la pensée de Richelieu, la préférence qu’il -accordait à la fille du Régent sur la sœur du duc de -Bourbon, devait mortifier cruellement le duc d’Orléans -que détestait Philippe V. Cellamare, enchanté, -avait accepté la proposition, mais le courrier qui -<span class="pagenum" id="Page_50">[p. 50]</span> -avait emporté le projet de traité, avait été arrêté -et fouillé en cours de route.</p> - -<p>L’auteur des <i>Mémoires pour servir à l’Histoire de -France</i> attribue la découverte de la correspondance -secrète de Richelieu à des causes autrement romanesques.</p> - -<p>Pendant que le duc, pour assurer le succès de -l’enlèvement de M<sup>lle</sup> de Charolais, négociait avec -l’Espagne, «il eut occasion de sentir que M<sup>me</sup> de -Berry<a name="FNanchor_81" id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">[81]</a>, fille du Régent, était plus aimable que -M<sup>lle</sup> de Charolais. Il abandonna celle-ci pour se -donner tout entier à la première, qui reçut sa déclaration -d’amour d’une manière à lui faire comprendre -qu’on n’en resterait pas aux paroles et qu’on ne désirait -que de la réalité. M<sup>lle</sup> de Charolais, touchée -au vif de la désertion de son amant, publia le dessein -qu’il avait formé à son occasion de se jeter dans le -parti espagnol. Le Régent en fut informé, et, soit -par tendresse pour sa fille qui aurait perdu en Richelieu -un de ses amusements, soit qu’il ne trouvât -pas à propos de le laisser passer au service de Philippe -V, qu’il regardait peut-être comme le seul -capable de lui fermer le chemin du trône, il fit observer -la conduite de Richelieu. On intercepta des -lettres d’Espagne<a name="FNanchor_82" id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">[82]</a> par lesquelles on fut convaincu -de ses projets qui furent bornés par la Bastille.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_81" id="Footnote_81" href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a> -L’auteur ou le copiste a commis évidemment un <i>lapsus</i>. C’est -M<sup>lle</sup> de Valois qu’il faut lire; non pas que Richelieu n’ait bénéficié -des faveurs de la duchesse de Berry, cette autre fille du Régent; -mais ce dut être plus tard. <i>La Gazette de la Régence</i>, d’E. de Barthélemy, -dit cependant (p. 328) que Richelieu «devra sans doute -sa liberté à la Duchesse de Berry».</p> - -<p><a name="Footnote_82" id="Footnote_82" href="#FNanchor_82"><span class="label">[82]</span></a> -<i>Correspondance de Madame</i> (édit. Jœglé, 1880), t. II, 30 mars -1719, 7 heures du matin.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_51">[p. 51]</span> -La Bastille!</p> - -<p>Superstitieux comme beaucoup de libres-penseurs -(et nous constaterons qu’il fut toute sa vie l’un et -l’autre), Richelieu était hanté de cette idée qu’une -troisième détention dans la prison d’État lui serait -fatale. Il l’avait dit à «la jeune duchesse d’Estrées<a name="FNanchor_83" id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">[83]</a>» -et «à bien d’autres». Aussi, quelle ne dut pas être -sa terreur, quand, après avoir été oublié près de trois -mois, en son hôtel de la Place Royale, il vit, autour -de son lit, dans la matinée du 29 mars (il s’était couché -à 5 heures) toute une bande d’archers<a name="FNanchor_84" id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">[84]</a>, que -dirigeait M. de Sourches, grand-prévôt de la maison -du roi, chargé de le conduire à la Bastille! Mais, -grâce à sa présence d’esprit, Richelieu se ressaisit -aussitôt. Il avait sous son chevet, au dire du familier -vendu à d’Argenson, une lettre d’Alberoni qui eût -suffi à le faire décapiter. Il invoqua, en se levant, -les exigences d’un besoin naturel, et, sous prétexte -d’y satisfaire pudiquement, il enleva avec prestesse -le billet compromettant, et l’avala avec non moins -de subtilité<a name="FNanchor_85" id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">[85]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_83" id="Footnote_83" href="#FNanchor_83"><span class="label">[83]</span></a> -<i>Les correspondants de la Marquise de Balleroy</i> (édit. E. de Barthélemy, -1883), t. II, p. 43.</p> - -<p><a name="Footnote_84" id="Footnote_84" href="#FNanchor_84"><span class="label">[84]</span></a> -<span class="smcap">Buvat</span>: <i>Journal de la Régence</i> (1865, 2 vol.), t. I, p. 269.—<i>Les -Mémoires du Marquis d’Argenson</i>, t. I, p. 23, disent que les archers -étaient au nombre de 20, commandés par Duchevron, lieutenant -de la prévôté.—<span class="smcap">Dangeau</span>, de même (XVIII, 23).</p> - -<p><a name="Footnote_85" id="Footnote_85" href="#FNanchor_85"><span class="label">[85]</span></a> -<i>Mémoires du Marquis d’Argenson</i>, t. I, p. 23.</p> -</div> - -<p>L’opération policière avait été si vivement menée, -qu’il était incarcéré à la Bastille à dix heures du -matin<a name="FNanchor_86" id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">[86]</a>, pendant que son ami, le marquis de Saillant, -colonel de l’autre régiment de Bayonne, qu’il -<span class="pagenum" id="Page_52">[p. 52]</span> -entraînait dans sa disgrâce, était, à son tour, arrêté -et conduit pareillement à la Bastille.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_86" id="Footnote_86" href="#FNanchor_86"><span class="label">[86]</span></a> -<span class="smcap">Buvat</span>: <i>Journal de la Régence</i> (édition Campardon), <i lang="la" xml:lang="la">loco -citato</i>.</p> -</div> - -<p>Richelieu fut, tout d’abord, «resserré dans un endroit -où l’on met ceux dont l’affaire est mauvaise», -écrit un contemporain<a name="FNanchor_87" id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">[87]</a>: «la Calotte», un cachot -octogone, ne recevant le jour que par une étroite -ouverture, sentant le moisi, avec une chandelle -fichée dans le mur, sans table, ni chaises, une méchante -paillasse pour lit, sous prétexte que la forteresse -regorgeait déjà de prisonniers; c’est du moins -Soulavie qui l’affirme de l’aveu du principal intéressé.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_87" id="Footnote_87" href="#FNanchor_87"><span class="label">[87]</span></a> -<span class="smcap">De Barthélemy</span>: <i>Gazette de la Régence</i>, p. 325.</p> -</div> - -<p>Villars, qui avait pris à cœur (cherchez la femme!) -le sort de son ancien aide de camp, note, en termes -moins mélodramatiques, que Richelieu avait été -enfermé «dans une espèce de cachot<a name="FNanchor_88" id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">[88]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_88" id="Footnote_88" href="#FNanchor_88"><span class="label">[88]</span></a> -M<sup>al</sup> <span class="smcap">de Villars</span>: <i>Mémoires</i>, t. III, p. 133.—<span class="smcap">Dangeau</span> dit: -«Dans une petite chambre qui est au-dessus des cachots et qui n’a -de jour que par en haut (XVIII, 24).»</p> -</div> - -<p>Mais le détenu, à qui sa vanité coutumière avait -rendu une certaine assurance, affectait de se détacher -de toutes ces contingences. N’avait-il pas demandé, -le premier jour, qu’on «lui envoyât les violons<a name="FNanchor_89" id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a>»?</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_89" id="Footnote_89" href="#FNanchor_89"><span class="label">[89]</span></a> -<span class="smcap">De Barthélemy</span>: <i>Gazette de la Régence</i>, p. 327.</p> -</div> - -<p>Au reste, avisé, le 10 mars, par un billet de -M<sup>lle</sup> de Valois, de la mauvaise tournure que prenait -pour lui l’information judiciaire, il avait brûlé, à -son hôtel de la Place Royale, toutes les pièces qui -pouvaient trahir son entente avec l’Espagne<a name="FNanchor_90" id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">[90]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_90" id="Footnote_90" href="#FNanchor_90"><span class="label">[90]</span></a> -Général <span class="smcap">Piépape</span>: <i>La duchesse du Maine</i>, 1910, p. 237.</p> -</div> - -<p>Mais il avait affaire à forte partie. D’Argenson, -<span class="pagenum" id="Page_53">[p. 53]</span> -d’accord avec ses deux compères Dubois et Le Blanc, -secrétaire d’État au département de la Guerre, -avait avidement examiné les papiers saisis chez -Richelieu, toute une cassette de billets doux, -paraît-il; et, le 4 avril, leur destinataire se voyait -obligé à comparaître pour la seconde fois, devant le -garde des sceaux, bien décidé à ne reculer devant -aucune manœuvre pour arracher des aveux au -prévenu. On prétendit qu’au troisième interrogatoire, -il avait, de ses yeux effroyables, et de sa -voix, non moins atroce, désigné au jeune duc la -place où Biron avait été décapité. «M. de Richelieu -avoue tout», écrit un correspondant de la marquise -de Balleroy, Caumartin de Boissy, que ses rapports -d’amitié et de famille avec les d’Argenson pouvaient -autoriser à de telles confidences<a name="FNanchor_91" id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">[91]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_91" id="Footnote_91" href="#FNanchor_91"><span class="label">[91]</span></a> -<i>Les Correspondants de M<sup>me</sup> de Balleroy</i>, t. II, p. 43.</p> -</div> - -<p>Nous trouvons une version bien différente dans -les <i>Mémoires</i> de M<sup>lle</sup> de Launay, la femme de -chambre de la duchesse du Maine, enfermée elle-même -à la Bastille comme un des agents les plus -actifs de cette conspiration qui était beaucoup plus -celle de sa maîtresse que celle de Cellamare:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Malgré les traitements les plus durs, rapportent -ces <i>Mémoires</i>, malgré les interrogatoires longs et fréquents -que subit M. de Richelieu et toutes les -adresses qu’on employa pour le surprendre, jusqu’à -des lettres contrefaites d’une princesse qui s’intéressait -à lui, on ne put se rendre maître de son secret<a name="FNanchor_92" id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">[92]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_92" id="Footnote_92" href="#FNanchor_92"><span class="label">[92]</span></a> -<i>Mémoires de M<sup>me</sup> de Staal</i> (<i>M<sup>lle</sup> de Launay</i>) édition Lescure, -t. I, p. 227.</p> -</div> - -<p>Du reste, la nouvelle de son arrestation, le récit, -<span class="pagenum" id="Page_54">[p. 54]</span> -plus ou moins exact, de son séjour à la Bastille, -avaient singulièrement ému l’opinion publique, satisfait -sans doute de nombreuses rancunes, mais aussi -attristé bien des cœurs et fait pleurer bien des beaux -yeux.</p> - -<p>Villars en éprouva une profonde affliction; et, -quoique, dans ses <i>Mémoires</i>, il ne ménage pas les -critiques au roué impénitent, on sent qu’il ne peut -se défendre d’une vive sympathie pour l’adolescent -qui avait fait ses premières armes sous ses ordres.</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Fort coquet, peu fidèle, on n’a pas vu de jeunes -hommes faire plus de conquêtes et de plus distinguées...»</p> -</div> - -<p>Il remarque que Richelieu «jouait très gros jeu»; -et il se demande, avec une pointe de malice, comment, -au milieu d’occupations si variées et si encombrantes, -ce parfait courtisan avait trouvé le -temps de conspirer. Il constate, lui aussi, la présence -d’esprit du prisonnier qui ne se laisse pas -embarrasser par les questions du garde des sceaux<a name="FNanchor_93" id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">[93]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_93" id="Footnote_93" href="#FNanchor_93"><span class="label">[93]</span></a> -<i>Mémoires de Villars</i>, t. III, p. 133.</p> -</div> - -<p>En revanche, la Palatine éclate en reproches, -en invectives, en malédictions contre l’homme qu’elle -hait le plus au monde. Il semble que la défection de -Richelieu l’ait stupéfiée. Comment, dit-elle, ce fourbe -est encore venu, le 28 mars, chez le marquis de Biron, -grand ami du Régent, protester de son dévouement -pour mon fils et de son ardent désir de regagner -son régiment, pendant qu’il échangeait avec -Alberoni les lettres les plus abominables<a name="FNanchor_94" id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">[94]</a>. Ce n’est -qu’un «cerveau brûlé». Il n’est pas, d’ailleurs, de -<span class="pagenum" id="Page_55">[p. 55]</span> -termes injurieux dont elle ne l’accable. Et même elle -en imagine un absolument inattendu et qu’elle répète -fréquemment: elle l’appelle «le gnome», car -«il ressemble à un lutin». De tout temps, et surtout -chez les femmes, le cerveau allemand, si épais qu’il -soit, se montra volontiers accessible au romantisme -nébuleux du monde fantastique.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_94" id="Footnote_94" href="#FNanchor_94"><span class="label">[94]</span></a> -<i>Correspondance de Madame, duchesse d’Orléans</i> (édition Jœglé, -1880), t. II, 30 mars 1719.</p> -</div> - -<p>Une lettre de la Palatine du 31 mars concilie assez -bien les opinions contradictoires émises par des -témoignages contemporains sur l’attitude du prisonnier -devant les magistrats enquêteurs: «Aussitôt -qu’on a montré au duc de Richelieu sa lettre à -Alberoni, il a <i>avoué</i> tout <ins id="cor_6" title="ce ce">ce</ins> qui le regarde personnellement, -mais il <i>n’a rien dit</i> au sujet de ses complices<a name="FNanchor_95" id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">[95]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_95" id="Footnote_95" href="#FNanchor_95"><span class="label">[95]</span></a> -<i>Correspondance de Madame</i> (édit. Brunet), 1863, t. II, p. 83.</p> -</div> - -<p>La lettre du 17 avril expose l’ensemble des griefs, -justifiés ou non, de cette ennemie implacable.</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Le duc de Richelieu est un archi-débauché et -un poltron. Il ne croit ni en Dieu, ni en sa parole; -de sa vie il n’a rien fait et ne fera jamais rien qui -vaille; il est ambitieux et faux comme le diable... -Je ne le trouve pas aussi bien que toutes les dames -qui sont folles de lui. Il a une fort jolie taille et de -beaux cheveux, le visage ovale et des yeux très brillants; -mais tout, dans sa figure, indique le drôle; -il est gracieux et ne manque pas d’esprit, mais il -est d’une insolence rare, c’est le pire des enfants -gâtés. La première fois qu’il fut mis à la Bastille, -ce fut pour avoir dit qu’il avait été au mieux avec -M<sup>me</sup> la Dauphine<a name="FNanchor_96" id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">[96]</a>, et avec toutes ses jeunes dames, -<span class="pagenum" id="Page_56">[p. 56]</span> -ce qui était le plus horrible des mensonges; la seconde -fois, ce fut parce qu’il fit lui-même savoir -que le chevalier de Bavière voulait se battre avec -lui<a name="FNanchor_97" id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">[97]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_96" id="Footnote_96" href="#FNanchor_96"><span class="label">[96]</span></a> -<i>Ibid.</i>, (édit. Jœglé), 1863, t. II, 27 avril 1719.</p> - -<p><a name="Footnote_97" id="Footnote_97" href="#FNanchor_97"><span class="label">[97]</span></a> -Voir <a href="#Page_29">page 29</a>.—C’est vraisemblablement sur cet incident, -vrai ou faux, mais diversement conté par Dangeau, que se greffa, -à cette époque, la légende de la poltronnerie de Richelieu.</p> -</div> - -<p>Mais Madame avait beau vitupérer la «folie» -des nobles amies du détenu: elles ne s’en montraient -pas moins ardentes à défendre la cause de Richelieu, -et, faute de mieux, à lui adoucir les rigueurs de sa captivité. -Bien que le prisonnier affectât, par fanfaronnade, -de ne pas prendre au sérieux les menaces du -Régent, de cet «ogre» qui, sous le «masque de -Barbe-Bleue», prétendait avoir entre les mains de -quoi faire couper quatre fois le cou au conspirateur, -MM<sup>lles</sup> de Valois et de Charolais, oubliant leurs -griefs réciproques, se concertaient pour sauver «une -tête si chère».</p> - -<p>La légende veut que ces deux princesses<a name="FNanchor_98" id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">[98]</a> aient -pu se faire ouvrir, de nuit, les portes de la Bastille -et pénétrer jusqu’à leur amant. Elles apportaient -avec elles des briquets et des bougies, de l’argent et -des bonbons; et tous trois, dans l’horreur de ce noir -cachot, préparaient les réponses que devait faire -l’accusé aux interrogatoires de Le Blanc et de d’Argenson.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_98" id="Footnote_98" href="#FNanchor_98"><span class="label">[98]</span></a> -<i>Les Mémoires de Maurepas</i>—une autre publication de Soulavie—disent -(t. II, p. 154) que M<sup>lle</sup> de Valois était enceinte -des œuvres de Richelieu; n’ont-ils pas confondu avec M<sup>lle</sup> de Charolais?</p> -</div> - -<p>Cependant, au bout de quelques jours, sur l’insistance -des princesses, le garde des sceaux consentait -à se relâcher de sa sévérité. Richelieu fut -<span class="pagenum" id="Page_57">[p. 57]</span> -transféré de sa tour, comme l’écrit M<sup>lle</sup> de Launay, dans -une chambre moins incommode.</p> - -<p>Mais, «la proximité d’un homme si alerte obligea -de prendre les plus grandes précautions. Le lieutenant -du roi (il était amoureux de la mémorialiste) -crut devoir mieux serrer les clefs qu’il avait accoutumé -de laisser à ma porte, devant laquelle les -habitants du quartier passaient pour aller à leur promenade. -Quoiqu’ils fussent toujours bien accompagnés, -on ne voulait pas laisser sous les yeux cet objet -de scandale<a name="FNanchor_99" id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">[99]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_99" id="Footnote_99" href="#FNanchor_99"><span class="label">[99]</span></a> -<i>Mémoires de M<sup>lle</sup> de Launay</i>, p. 227.</p> -</div> - -<p>Dès lors, Richelieu put se faire servir par un de -ses valets de chambre et se procurer des livres, un -tric-trac et même une basse de viole (un violoncelle)<a name="FNanchor_100" id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">[100]</a>; -il était, nous l’avons vu, grand amateur de -musique.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_100" id="Footnote_100" href="#FNanchor_100"><span class="label">[100]</span></a> -Journal de <span class="smcap">Dangeau</span> (t. XVIII, pp. 23-24), 3 avril.</p> -</div> - -<p>Il obtint, en outre, par l’intermédiaire de Le Blanc, -la faveur d’aller dîner avec certains de ses compagnons -de captivité chez le gouverneur. M<sup>lle</sup> de -Launay nous dit quelles étaient les autres distractions -de cet amoureux en cage:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«En sortant de table, comme il faisait extrêmement -chaud, nous nous mîmes à la fenêtre. Le lieutenant -me proposa de chanter: je commençai une -scène de l’opéra d’<i>Iphigénie</i><a name="FNanchor_101" id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">[101]</a>; et le duc de Richelieu, -aussi à sa fenêtre, chanta ce qu’Oreste répond -dans cette scène convenable à notre situation. Maisonrouge -(le lieutenant du roi) qui pensa que cela -<span class="pagenum" id="Page_58">[p. 58]</span> -m’amusait et qui peut-être voulait faire diversion, -me laissa achever toute la scène.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_101" id="Footnote_101" href="#FNanchor_101"><span class="label">[101]</span></a> -<i>Iphigénie en Tauride</i>, opéra-tragédie, par Dupré et Danchet, -musique de Deschamps et Campra (1704).</p> -</div> - -<p>La surveillance, qui avait jusqu’alors étreint Richelieu, -se relâchait sensiblement.</p> - -<p>Le Régent lui-même fermait les yeux; et l’intéressant -prisonnier se promenait fréquemment sur -le bastion «la perruque frisée, en habit brodé ou en -robe de chambre de soie rose floquetée de rubans -blancs». Et ce fut bientôt, par la rue Saint-Antoine -jusqu’à la Bastille, la promenade de la Cour, pour -admirer ce joli petit seigneur, envoyant sourires et -baisers aux charmantes dames, qui se pressaient -aux fenêtres des maisons voisines ou à la portière -de leurs carrosses, «pour voir cette belle image», -grogne la Palatine.</p> - -<p>Car si son fils commençait à désarmer, elle ne -dérageait pas, tout en écrivant l’histoire à sa façon. -Elle ne voulait pas que le «gnome» fût primitivement -de la conspiration de Cellamare: «Il avait -ourdi une intrigue de son côté; il s’était mis dans la -tête de se rendre un personnage tellement considérable, -qu’on ne pourrait lui refuser un mariage très -au-dessus de tout ce qu’il pouvait prétendre; lorsqu’il -a vu que cet espoir s’évanouissait, il s’est, -par dépit, jeté dans un complot<a name="FNanchor_102" id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">[102]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_102" id="Footnote_102" href="#FNanchor_102"><span class="label">[102]</span></a> -<i>Correspondance de Madame</i> (édit. Brunet), t. II, p. 103, 30 avril.</p> -</div> - -<p>Madame s’était faite ainsi l’écho d’un bruit de -Cour, auquel M<sup>lle</sup> de Charolais s’efforçait de donner -consistance, mais en innocentant à fond Richelieu: -«L’affaire de Bayonne ne saurait être vraie, disait-elle, -car le duc, qui n’a rien de caché pour moi, m’en -eût parlé.»</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_59">[p. 59]</span> -Cette Amazone qui eût, de grand cœur, dégaîné -pour son chevalier, se refusait à voir le Régent; -et celui-ci, d’autre part, était querellé, chaque jour, -par sa fille, M<sup>lle</sup> de Valois, impatiente de savoir -Richelieu en liberté.</p> - -<p>Jusqu’alors, Madame n’avait parlé de cette princesse -qui lui tenait par les liens du sang. Mais le -scandale devenait maintenant trop public pour -qu’elle en dissimulât l’énormité à ses correspondants. -C’est, le 12 mai, à Saint-Cloud qu’elle leur -signale «l’horrible coquetterie» de sa petite-fille -avec cet «endiablé» duc de Richelieu, assez fat pour -laisser traîner les lettres que lui écrivit M<sup>lle</sup> de Valois. -Les jeunes gens de la Cour les ont vues: on y -lisait que la princesse «lui donnait rendez-vous ici». -La grand-mère n’a pas voulu se charger de sa petite-fille, -malgré le désir qu’en témoignait sa bru, «parce -qu’on ne la trompe qu’une fois». (Elle avait donc -été déjà la dupe de M<sup>lle</sup> de Valois). Elle a «horreur -de cette évaporée». Puis elle se retourne contre son -fils: «Ce duc impertinent et hardi se moque de tout. -Il fait le fier à cause de la bonté du Régent pour lui. -Châtié comme il le mérite, il mourrait sous les verges... -Je ne suis pas cruelle de ma nature; mais ce -polisson-là, je le verrais pendre sans verser une -larme<a name="FNanchor_103" id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">[103]</a>!» Voilà bien la sensibilité allemande!</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_103" id="Footnote_103" href="#FNanchor_103"><span class="label">[103]</span></a> -<i>Correspondance de Madame</i> (édition Jœglé), t. II, 12 mai.</p> -</div> - -<p>Il semblait, en effet, qu’à mesure que les récriminations -devenaient plus vives de part et d’autre, -le duc d’Orléans penchât davantage pour l’indulgence. -Dès les premiers jours, il avait laissé pressentir -cette volte-face:</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_60">[p. 60]</span> -—«On en apprend plus qu’on n’en veut savoir», -disait-il à Villars, qui l’interrogeait sur la culpabilité -de son protégé<a name="FNanchor_104" id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">[104]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_104" id="Footnote_104" href="#FNanchor_104"><span class="label">[104]</span></a> -<i>Mémoires de</i> <span class="smcap">Villars</span>, t. III, p. 133.</p> -</div> - -<p>Et Dubois, l’âme damnée du Régent, lui reprochait -une clémence, qui n’était, au fond, qu’un -adroit marchandage.</p> - -<p>Ce père de famille, d’une insouciance notoire, -trouvait cependant que M<sup>lle</sup> de Valois était d’un -placement difficile. Il avait récemment choisi pour -gendre le prince de Piémont. Mais Madame «avait -eu la bêtise» de jouer à l’épistolière avec l’histoire -de cette porte de communication ouverte entre -l’appartement de sa petite-fille et la maison de Richelieu. -Comme de juste, on en avait jasé et... le -mariage s’était rompu<a name="FNanchor_105" id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">[105]</a>. Mais voici qu’au lendemain -de cet échec, la découverte de la conspiration de Cellamare -offrait au Régent une occasion inespérée de -se débarrasser enfin de sa fille. C’était cette fois, au -duc de Modène, peu ou prou renseigné, qu’il destinait -ce trésor. Et, sans plus tarder, il signifiait à -M<sup>lle</sup> de Valois qu’elle eût à prendre cet époux, en -échange de la grâce pleine et entière de Richelieu<a name="FNanchor_106" id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">[106]</a>. -Ce ne fut pas sans avoir protesté, pleuré, sangloté, -que cette «malheureuse amante», comme on disait -alors, «sacrifia l’Amour sur l’autel de l’Hyménée». -Et Rulhière termine l’anecdote par de menus faits -d’observation, qui fixent, comme en un décor d’opéra, -les attitudes respectives des trois protagonistes de -cette comédie dramatique.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_105" id="Footnote_105" href="#FNanchor_105"><span class="label">[105]</span></a> -<i>Mémoires de</i> <span class="smcap">Besenval</span>, t. I, p. 111.</p> - -<p><a name="Footnote_106" id="Footnote_106" href="#FNanchor_106"><span class="label">[106]</span></a> -<i>Anecdotes sur le duc de Richelieu</i>, par <span class="smcap">Rulhière</span> (édition Asse), -p. 12.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_61">[p. 61]</span> -Le jour de la cérémonie officielle, affirme-t-il avec -une désinvolture qui n’a cure de la chronologie, -Richelieu était libre<a name="FNanchor_107" id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">[107]</a>: ce fut une double joie pour -M<sup>lle</sup> de Charolais, qui était là, triomphant du désespoir -de sa rivale; quant au duc, il avait voulu -assister, lui aussi, dans la chapelle des Tuileries, à -cette solennité matrimoniale; et il «lorgnait» -impudemment M<sup>lle</sup> de Charolais, comme s’il eût -<span class="pagenum" id="Page_62">[p. 62]</span> -voulu se consoler par avance «de la perte d’une -conquête aussi brillante<a name="FNanchor_108" id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">[108]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_107" id="Footnote_107" href="#FNanchor_107"><span class="label">[107]</span></a> -Nous avons retrouvé, à la Bibliothèque de l’Arsenal, dans les -<i>Archives de la Bastille</i>, l’ordre d’élargissement qui rendait à Richelieu -sa liberté (Dossier 10672):</p> - -<p class="sep2">Monsieur de Launay, ayant bien voulu, de l’avis de mon oncle, -le duc d’Orléans, régent, permettre que mon cousin le duc de Richelieu, -lequel, en conséquence de mes ordres, est actuellement -détenu en mon château de la Bastille, en soit élargy. Je vous envoie -cette lettre pour vous dire que vous ayiez à le laisser pour cet effet -sortir de mondit château sans délay ni difficulté. Et la présente -n’étant pour autre fin, je prie Dieu qu’il vous ayt, Monsieur de Launay, -en sa sainte garde. Écrit à Paris, le 30<sup>e</sup> d’août 1719.</p> - -<p class="cent">Louis,</p> - -<p class="rsign"><span class="rpad">Le duc de Richelieu,</span><br /> -Le Blanc.</p> - -<p class="sep2">La vérité, telle qu’elle apparaît dans le récit de l’historiographe -Dangeau, est autant impressionnante, en sa simplicité, que la scène -théâtrale composée par Rulhière. Les pourparlers officiels pour le -mariage de M<sup>lle</sup> de Valois datent de la fin d’octobre 1719 et la bénédiction -nuptiale ne fut donnée aux Tuileries que le 12 février 1720; -mais, dans l’intervalle, le 6 novembre 1719, au cours d’une promenade à -cheval au Bois de Boulogne, M<sup>lle</sup> de Valois, en sortant par la porte -Maillot, fut victime d’un accident mystérieux qui resta inexpliqué. -En ne se baissant pas assez sur l’encolure de son cheval, elle se heurta -si violemment à la tête qu’elle en fut blessée; elle fut saignée le soir -et on lui «rasa» une partie des cheveux pour constater et panser -la plaie qui n’offrait d’ailleurs aucune gravité. Au lendemain du -mariage, elle tomba malade et ne se décida que tardivement à partir -pour Modène: encore le voyage fut-il très long, en raison de cet état -de santé: elle n’arrivait à destination que le 20 juin 1720 (<span class="smcap">Dangeau</span>: -<i>Journal</i>, t. XVIII, <i>passim</i>).</p> - -<p>En tout cas, si l’anecdote de Rulhière est exacte, elle ne doit -prendre date que du 12 février 1720.</p> - -<p><a name="Footnote_108" id="Footnote_108" href="#FNanchor_108"><span class="label">[108]</span></a> -<i>Anecdotes</i> de <span class="smcap">Rulhière</span> (édit. Asse).—<i>Les Mémoires</i> de <span class="smcap">Besenval</span> -(t. I, p. 113) soulignent plus énergiquement le cynisme de -Richelieu, qui «révolta tout le monde, en joignant à l’inconséquence -d’assister à la cérémonie du mariage l’audace de parler à l’oreille de -M<sup>lle</sup> de Charolais, en regardant M<sup>lle</sup> de Valois. Et toutes deux en conçurent -contre lui une haine qu’elles gardèrent jusqu’à leur mort.» -Dans cette dernière phrase, l’opinion de Besenval est complètement -erronée, du moins en ce qui concerne M<sup>lle</sup> de Valois.</p> -</div> - -<p>Il reçut cependant de la nouvelle duchesse de Modène -une autre consolation, d’un prix inestimable, -s’il faut en croire les informations recueillies par -Rulhière. Avant de partir pour l’Italie, la jeune -épousée disposa, en faveur de Richelieu, d’un bien -qui aurait dû appartenir uniquement à son mari. Et -comme il faut qu’en notre pays tout finisse par des -chansons, deux couplets de <i>Momus fabuliste</i>, une -pièce du Théâtre Français, firent une allusion, à -peine voilée, à cette disgrâce conjugale<a name="FNanchor_109" id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">[109]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_109" id="Footnote_109" href="#FNanchor_109"><span class="label">[109]</span></a> -<i>Anecdotes</i> de <span class="smcap">Rulhière</span> (édit. Asse).—<span class="smcap">Maurepas</span> (<i>Mémoires</i>, I, -152) affirme qu’elle «apporta à son mari une étrange maladie qu’elle -tenait de son amant».—<i>Momus fabuliste</i> ou les <i>Noces de Vulcain</i>, -par <i>Fuzelier</i>, jouée en 1719.</p> -</div> - -<p>De leur côté, les satiriques de Cour n’avaient pas -attendu pour railler, dans un facile jeu de mots, -le médiocre mariage de M<sup>lle</sup> de Valois. Ils faisaient -dire à la victime:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">J’épouse un des plus petits princes,</div> - <div class="vers8">Maître de très petits États,</div> - <div class="vers8">Quatre desquels ne vaudraient pas</div> - <div class="vers8">Une de nos moindres provinces.</div> - <div class="vers8"><img class="vwidth" src="images/vdots.jpg" alt="" /></div> - <div class="vers8"><img class="vwidth" src="images/vdots.jpg" alt="" /></div> - <div class="vers8">Nul jeu; finance très petite.</div> - <div class="vers8">Quelle différence, grand Dieu,</div> -<span class="pagenum" id="Page_63">[p. 63]</span> - <div class="vers8">Entre ce pauvre et triste lieu,</div> - <div class="vers8">Et le <i>riche lieu</i> que je quitte<a name="FNanchor_110" id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">[110]</a>!</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_110" id="Footnote_110" href="#FNanchor_110"><span class="label">[110]</span></a> -<i>Mélanges historiques, politiques et satiriques</i> (De Boisjourdain), -1807. 3 vol. in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 379.—<i>Mémoires</i> de <span class="smcap">Maurepas</span> (1792, -4 vol.), t. IV, p. 77. Et cet ennemi irréconciliable de Richelieu -ajoutait que, par la suite, la duchesse de Modène avait été «l’instrument -de l’ambition du Maréchal en faisant déclarer son mari -pour la France contre l’Autriche» qui d’ailleurs lui avait confisqué -ses États.</p> -</div> - -<p>Une autre anecdote voulait que Madame, l’implacable -ennemie de Richelieu, «qui avait retiré -chez elle M<sup>lle</sup> de Valois», se fût offusquée de l’impertinence -avec laquelle il affichait sa bonne fortune, -depuis sa mise en liberté due aux instances -amoureuses de la fille du Régent. Aussi lui avait-elle -«fait dire que s’il tenait à la vie, il eût à s’éloigner -des lieux où elle était<a name="FNanchor_111" id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">[111]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_111" id="Footnote_111" href="#FNanchor_111"><span class="label">[111]</span></a> -<i>Mélanges de Boisjourdain</i> et autres pièces satiriques sur la duchesse -de Modène, t. I, pp. 379-391.</p> -</div> - -<p>Rien n’est plus faux que ce racontar. La Palatine, -bien qu’elle eût souhaité voir Richelieu accroché -à la potence, n’eût pas été femme à l’y envoyer. -Et d’abord elle se défendait de prendre sa petite-fille -sous sa garde; puis, si elle avait adressé au -«gnome», d’aussi terribles menaces, on en trouverait -trace dans sa correspondance. Or, à consulter -celle-ci, depuis que Richelieu est sorti de la Bastille, -il semble que sa liaison avec M<sup>lle</sup> de Valois -n’ait jamais existé. C’est M<sup>lle</sup> de Charolais seule qui -porte toutes les responsabilités.</p> - -<p>«Le Régent est trop bon<a name="FNanchor_112" id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">[112]</a>, écrit la Palatine, pour -<span class="pagenum" id="Page_64">[p. 64]</span> -ce petit duc de Richelieu, qu’il a remis en liberté, -parce qu’il le persuada qu’il a tout voulu lui révéler.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_112" id="Footnote_112" href="#FNanchor_112"><span class="label">[112]</span></a> -Le Régent avait fini par répondre aux ministres qui blâmaient -la mise en liberté de Richelieu: «J’ai fait grâce à ce jeune homme, -parce que j’ai vu dans sa conduite la folie de son âge plutôt qu’un -crime réfléchi.»—«Richelieu a tout avoué sans se faire prier, écrit, -le 2 avril 1719, Caumartin de Boissy à la marquise de Balleroy. La -seule excuse est que le Régent qui est naturellement bon, le regarde -comme un fol et aime mieux donner un exemple de clémence que -de justice.»</p> -</div> - -<p>«Sa maîtresse, M<sup>lle</sup> de Charolais, n’a eu de cesse -que le Régent lui accordât sa liberté: quelle horreur -qu’une princesse du sang aille se déclarer devant -l’univers entier amoureuse comme une chatte -et d’un individu inférieur comme rang, infidèle, -car il a une demi-douzaine de maîtresses! Quand -on le lui dit: Bah! répond-elle, c’est pour me les -sacrifier; et il me raconte tout ce qui se passe entre -eux.»</p> - -<p>Madame ne peut comprendre une telle inconscience. -Si elle était superstitieuse, elle croirait que -Richelieu «a des secrets». Toutes les femmes courent -après lui; et cependant il est indiscret et bavard: -n’a-t-il pas eu l’effronterie de déclarer que, si une -impératrice, belle comme un ange, lui accordait -ses faveurs, à condition qu’il n’en dise rien, il préférerait -les refuser? Il est poltron, vain, impertinent: -«C’est là l’oriflamme de la plupart des femmes. -Elles lui sacrifient tout leur honneur, tout leur bonheur<a name="FNanchor_113" id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">[113]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_113" id="Footnote_113" href="#FNanchor_113"><span class="label">[113]</span></a> -<i>Correspondance de Madame</i> (édition Jœglé), 1<sup>er</sup> octobre 1719.</p> -</div> - -<p>Cette dernière phrase, après tant d’injures ou de -puérilités, est encore le jugement le plus sûr, le plus -vrai, le plus profondément douloureux qu’ait jamais -porté la Palatine sur le sort néfaste réservé par -le duc de Richelieu aux femmes assez malheureuses -pour l’aimer en toute sincérité.</p> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_65"> - -<h2>CHAPITRE VII</h2> - -<p class="smm"><i>Exil de Richelieu dans son château du Poitou. — Son séjour -passager à Conflans et à Saint-Germain: diversions parisiennes. — Sa -retraite à Richelieu lui permettra de rétablir -ses affaires. — Il y donne l’hospitalité à Voltaire. — Il -obtient la grâce de revenir à Paris, puis à la Cour. — Faux -bruit de son mariage avec M<sup>lle</sup> de Charolais. — Son -prétendu voyage, en colporteur, à la Cour de Modène. — Galerie -monastique de Richelieu. — Il succède, comme -académicien, au marquis de Dangeau; son discours; incidents -de sa réception.</i></p> - -<p>Richelieu venait de recevoir une rude leçon; -mais on a vu qu’elle n’avait guère servi à le rendre -plus circonspect. Cependant, il ne sortait pas tout -à fait indemne de l’aventure.</p> - -<p>Un ordre du roi, contre-signé par le Régent, l’exilait, -à bref délai, dans son domaine de Richelieu. -C’était une application du système de «la relégation» -à l’intérieur (on lui donnait d’ailleurs ce nom), -système commun à la plupart des détenus, quand ils -étaient mis en liberté.</p> - -<p>Avant de partir pour «le lieu de son exil» (encore -un terme du temps), le duc avait suivi son oncle -par alliance, le cardinal de Noailles, à Conflans, dans -la somptueuse demeure des archevêques de Paris. -C’était l’indication qu’avait donnée le Régent à -M<sup>lle</sup> de Charolais, qui lui avait fait demander «en -secret» l’autorisation de se rencontrer avec son -amant, avant qu’il ne quittât définitivement Paris. -<span class="pagenum" id="Page_66">[p. 66]</span> -Elle avait su depuis qu’il était à Saint-Germain: -elle s’était empressée d’y courir<a name="FNanchor_114" id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">[114]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_114" id="Footnote_114" href="#FNanchor_114"><span class="label">[114]</span></a> -<i>Correspondance</i> de <span class="smcap">Madame</span> (édition Brunet), t. II, p. 151, -2 septembre 1719.</p> -</div> - -<p>En effet, Conflans était trop voisin de la grande -ville, pour que Richelieu ne fût pas tenté, dès que -le vénérable prélat était endormi, de lui fausser -compagnie et d’aller rejoindre ses belles amies, qui -l’attendaient impatiemment sous les lambris parfumés -de leurs boudoirs parisiens. Aussi le Régent -avait-il transféré le lieu d’internement provisoire de ce -pécheur endurci, de Conflans à Saint-Germain<a name="FNanchor_115" id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">[115]</a>, -d’où Richelieu ne pouvait s’évader la nuit, surveillé -qu’il était... ou qu’il devait l’être, par l’agent -Dulibois. Mais l’interné grisait son gardien et prenait -aussitôt la clef des champs.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_115" id="Footnote_115" href="#FNanchor_115"><span class="label">[115]</span></a> -Dangeau atténue la rigueur de la mesure par cette note qui -annoncerait plutôt une diminution de la peine: «Il n’ira pas à Richelieu, -mais à Saint-Germain, où il a une maison» (<i>Journal</i>, 11 septembre).</p> -</div> - -<p>Il était temps néanmoins qu’il mît un terme à -ses escapades nocturnes; l’ordre était formel et le -Régent avait de trop bonnes raisons pour en laisser -différer plus longtemps l’exécution. Richelieu parut -donc se résigner et fit ouvertement ses préparatifs -de départ<a name="FNanchor_116" id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">[116]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_116" id="Footnote_116" href="#FNanchor_116"><span class="label">[116]</span></a> -L’avant-veille de sa mise en liberté, Richelieu, avisé de son -ordre de relégation, avait déjà commencé ses préparatifs pour son -voyage en Touraine: «Il y avait envoyé des gens pour le meubler» -(son château) (<i>Journal</i> de <span class="smcap">Dangeau</span>, t. XVIII, 28 août); mais ses -frasques à Saint-Germain durent faire changer d’avis le Régent, -car Buvat, qui avait noté (<i>Journal</i>, p. 426) la commutation de peine, -annonce en octobre (p. 430) que Richelieu ira définitivement en Poitou; -(sous l’ancien régime la ville de Richelieu dépendait de la -province de Poitou: elle appartient aujourd’hui au département -d’Indre-et-Loire, elle est donc en Touraine.)</p> -</div> - -<p>Aussi bien cette retraite s’imposait. Il était -<span class="pagenum" id="Page_67">[p. 67]</span> -urgent que le duc, entraîné dans des dépenses excessives -par ses goûts fastueux et par les folies de sa -vie de plaisir, apportât un peu d’ordre à la gestion -de ses affaires, dans l’atmosphère, moins agitée, -d’une résidence provinciale.</p> - -<p>Assurément, il avait eu un geste plein de noblesse, -quand il avait signé la reconnaissance des -dettes paternelles. Mais, lui-même, par ostentation -ou par intérêt, était un magnifique, qui dépensait -trop souvent sans calculer. La levée des scellés, -apposés, lors de sa récente arrestation, par le lieutenant -de police Machault d’Arnouville, avait permis -de constater ces prodigalités intempestives. -Richelieu, en vue de la campagne qu’il méditait -pour le roi d’Espagne, avait commandé l’achat de -«quatre-vingts chevaux de main» avec housses et -couvertures de luxe, cent mulets et nombre de chariots. -Ses revenus personnels, évalués à trois cent -mille livres de rente, ne pouvaient suffire à de si -lourdes dépenses: d’abord, il en avait abandonné -deux cent soixante mille aux créanciers de la succession; -puis sa fâcheuse équipée l’avait obligé à -céder momentanément son régiment à Du Rys, qui -en était le lieutenant. Aussi, pour s’assurer des -ressources avait-il dû se défaire de sa terre de -Ruel<a name="FNanchor_117" id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">[117]</a>. Il l’avait cédée, moyennant 42.000 écus, à -<span class="pagenum" id="Page_68">[p. 68]</span> -la maison royale de Saint-Cyr, en se réservant la -coupe et l’exploitation des arbres à haute futaie, -estimés 150.000 livres. Enfin, d’après Dangeau, «la -grande duchesse» (de Toscane), avait «acheté à vie» -au duc de Richelieu, son hôtel de la Place Royale<a name="FNanchor_118" id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">[118]</a>: -elle lui en avait donné 80.000 livres et lui avait -laissé, en outre, la jouissance, pendant deux ans, -de la maison qu’elle avait louée également Place -Royale.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_117" id="Footnote_117" href="#FNanchor_117"><span class="label">[117]</span></a> -<span class="smcap">Buvat</span>: <i>Journal de la Régence</i>, t. I, p. 430.—<i>Arch. Nation.</i>, -Y<sup>48</sup> f<sup>o</sup> 133 et suiv. <i>Contrat de vente des fiefs et bâtiments du Val -de Ruel</i>, par Sandré, avocat au Parlement, comme «tuteur» et «à -la charge de l’avis des Seigneurs parents dudit duc de Richelieu», -avec «promesse de ratification de celui-ci dès qu’il sera majeur». -Cette vente était au profit des créanciers du Cardinal, probablement -parce que son arrière-petit-neveu ne pouvait plus en payer -les rentes. La vente était faite devant lui «demeurant d’ordinaire -à la Place Royale», mais «alors dans son hôtel de Saint-Germain-en-Laye».—Ce -domaine du Val Ruel était considérable; mais il ne -faut pas le confondre avec la «Seigneurie» de Ruel, son château, -demeure favorite du Cardinal, et ses fameux jardins, le tout appartenant -à la branche Du Plessis Vignerot d’Aiguillon qui en était -encore possesseur sous le Directoire.</p> - -<p><a name="Footnote_118" id="Footnote_118" href="#FNanchor_118"><span class="label">[118]</span></a> -Ce dut être une vente simulée ou à réméré; car nous retrouvons, -treize ans après, Richelieu propriétaire de l’hôtel de la Place -Royale.</p> -</div> - -<p>Le séjour de Richelieu était donc devenu pour le -gentilhomme endetté une nécessité budgétaire—nécessité -au surplus fort agréable; car le château -était une pure merveille; et le Cardinal, qui l’avait -relevé de ses ruines, dans une ville créée par lui, -comme pour être le satellite de cet astre grandiose, -l’avait doté d’un domaine considérable.</p> - -<p>Voltaire, qui voyageait alors de château en château, -venait précisément de s’arrêter à Richelieu, trop -heureux d’y commencer auprès du propriétaire ce service -d’adulation qu’il devait continuer jusqu’à la -fin de ses jours. Il ne tarissait pas en éloges sur -l’œuvre du ministre de Louis XIII: «Je suis actuellement, -écrit-il à Thieriot, dans le plus beau château -de France. Il n’y a point de prince en Europe qui -ait de si belles statues antiques et en si grand nombre. -<span class="pagenum" id="Page_69">[p. 69]</span> -Tout se ressent ici de la grandeur du cardinal de Richelieu. -La ville est bâtie comme la Place Royale. -Le château est immense; mais ce qui m’en plaît -davantage, c’est M. le duc de Richelieu que j’aime -avec une tendresse infinie<a name="FNanchor_119" id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">[119]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_119" id="Footnote_119" href="#FNanchor_119"><span class="label">[119]</span></a> -<span class="smcap">Voltaire</span>: <i>Correspondance générale.</i> Lettre du 25..... 1720.</p> -</div> - -<p>Que les destins sont changeants! Ce château que -La Fontaine, lui aussi, avait tant célébré dans ses -lettres à sa femme, n’existe plus aujourd’hui qu’à -l’état de souvenir; et la ville, que le bonhomme avait -condamnée à une fin prochaine, est encore debout, -tout en ayant à peu près conservé le caractère architectural -que lui avait imposé son fondateur<a name="FNanchor_120" id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">[120]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_120" id="Footnote_120" href="#FNanchor_120"><span class="label">[120]</span></a> -Cependant les Jumilhac, qui ont pu, en raison de leur parenté, -être substitués aux noms, titres et biens de Richelieu, se sont donné -pour mission de réédifier le château avec ses dépendances: cette -noble tâche se poursuit à l’heure présente (1914). Dans un livre de -belle allure (<i>En flânant</i>, 1913), M. André Hallays a publié une intéressante -monographie sur la ville et le château de Richelieu.</p> -</div> - -<p>Mais il ne semble pas que Richelieu ait été fort -pressé d’aller se confiner dans «le plus beau château -de France». Souple, gracieux, insinuant, il fit jouer -toutes ses influences pour obtenir de nouveaux délais. -Le Régent, chez qui la rancune n’était pas tenace, -se laissait facilement attendrir. Au commencement -de décembre, le solliciteur eut la permission de -venir à Paris, mais avec l’interdiction de se présenter -devant le duc d’Orléans et le roi<a name="FNanchor_121" id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">[121]</a>. Cette double -faveur lui était rendue quelques jours après; il avait -ainsi recouvré sa pleine et entière liberté<a name="FNanchor_122" id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">[122]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_121" id="Footnote_121" href="#FNanchor_121"><span class="label">[121]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Dangeau</span>, p. 178 (9 décembre).</p> - -<p><a name="Footnote_122" id="Footnote_122" href="#FNanchor_122"><span class="label">[122]</span></a> -<i>Ibid.</i>, p. 184 (15 décembre).</p> -</div> - -<p>Il put donc assister, comme le raconte Rulhière, -au mariage de M<sup>lle</sup> de Valois; et il dut également -<span class="pagenum" id="Page_70">[p. 70]</span> -profiter de son retour définitif à Paris, pour remédier -au délabrement de sa fortune, mais autrement -qu’il ne l’eût fait en son château du Poitou. Le «système» -de Law bouleversait alors l’économie financière -de la France, et l’agiotage qu’il favorisait -déséquilibrait les cerveaux les mieux organisés. -Richelieu qui, nous le savons, était un joueur effréné, -vit dans ces alternances de hausse et de baisse une -occasion inespérée de se remettre à flot. Il spécula -sans relâche et réussit, à l’exemple d’ailleurs d’autres -grands seigneurs et même de princes de la maison -de Bourbon<a name="FNanchor_123" id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">[123]</a>. L’un d’eux, qui suivait de près ces -opérations, rencontre, un jour, Richelieu au foyer -de la Comédie et l’interpelle:</p> - -<p>—«Gagnez-vous beaucoup à tous ces papiers?</p> - -<p><span class="smcap">Richelieu</span>: «Pas encore; mais il y a apparence -que nous y gagnerons par la suite.</p> - -<p><span class="smcap">Le Prince</span>: «Voilà bien le discours d’un homme -qui a été trois fois à la Bastille.</p> - -<p><span class="smcap">Richelieu</span>: «Et vous, Monseigneur, qui n’y -avez pas été encore, qu’en pensez-vous<a name="FNanchor_124" id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">[124]</a>?»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_123" id="Footnote_123" href="#FNanchor_123"><span class="label">[123]</span></a> -<span class="smcap">Capefigue</span>: <i>Le Maréchal de Richelieu</i> (1857, p. 47): «les pamphlets -du temps le placent dans l’armée des agioteurs.»</p> - -<p><a name="Footnote_124" id="Footnote_124" href="#FNanchor_124"><span class="label">[124]</span></a> -<i>Journal</i>, <i>Mémoires</i>, etc., de <span class="smcap">Marais</span> (1863), t. I, p. 269.</p> -</div> - -<p>Ce dialogue prouve, de reste, l’extrême prudence -d’un «homme» qui tenait à ne pas divulguer ses -bénéfices de joueur et surtout à ne pas retourner -une quatrième fois à la Bastille. Mais, ce qui paraîtra -incroyable, c’est que ce même «homme» -si fat, si indiscret, si... indélicat—pour atténuer -un terme d’argot moderne—avec les femmes, évitait -maintenant de trop afficher ses bonnes fortunes.</p> - -<p>Ce sont les nouvellistes, toujours à l’affût des -<span class="pagenum" id="Page_71">[p. 71]</span> -échos mondains ou des petits scandales du jour, -qui colportent, quand ils ne les inventent pas, les -anecdotes galantes de Richelieu.</p> - -<p>«On prétend, dit le <i>Journal</i> de Marais, en juillet, -que M<sup>lle</sup> de Charolais a épousé le duc dans la chapelle -de Vincennes, après avoir adressé les sommations -d’usage à M<sup>me</sup> la Princesse, sa grand-mère.» -Quelques jours après, le mariage est confirmé. Et, -dans un salon, un fils de Saint-Simon ne va-t-il pas -s’écrier étourdiment: «La voilà bien malheureuse -d’avoir épousé un duc et un pair! M<sup>lle</sup> de Valois -ne vient-elle pas d’épouser un gentilhomme de -campagne?»</p> - -<p>Le manuscrit<a name="FNanchor_125" id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">[125]</a>, que nous avons déjà cité, de la -Bibliothèque de la Ville de Paris, affirme, lui aussi, -la consécration du mariage, en l’enjolivant de détails -non moins suspects—pour ne pas dire absolument -faux—que les faits qui l’ont précédée. Le duc de -Bourbon, persistant dans ses intentions premières, -aurait menacé Richelieu de volées de bois vert et de -coups d’épée, s’il continuait à fréquenter sa sœur. -Le destinataire n’en avait pris nul souci. Il avait -même recueilli M<sup>lle</sup> de Charolais, grosse de trois -mois et l’aurait épousée dans un village à une demi-lieue -de Paris, sans autre témoin qu’une vieille -femme de chambre. Le duc de Bourbon eut beau -jeter feu et flammes: sa colère était impuissante, -M<sup>lle</sup> de Charolais ayant dépassé vingt-cinq ans, l’âge -de la majorité légale. Il se vit donc forcé de reconnaître -Richelieu pour beau-frère. Il y consentit, mais -à la condition que sa sœur continuerait à porter son -<span class="pagenum" id="Page_72">[p. 72]</span> -nom de fille et que son mariage ne serait déclaré -qu’après sa mort<a name="FNanchor_126" id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">[126]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_125" id="Footnote_125" href="#FNanchor_125"><span class="label">[125]</span></a> -<i>Bibliothèque de la Ville de Paris.</i> Manuscrit 6691.</p> - -<p><a name="Footnote_126" id="Footnote_126" href="#FNanchor_126"><span class="label">[126]</span></a> -<span class="smcap">Marais</span> (<i>Journal</i>, 1863, t. I, p. 326) prête ce mot au duc de Bourbon -morigénant sa sœur: «Encore, si vous épousiez un gentilhomme!»—Et -Marais part de là pour établir en deux longues pages que, si des -princesses de la maison de Bourbon (et il les cite) épousèrent des -gens de qualité, «la noblesse des Vignerot est équivoque».</p> -</div> - -<p>Est-il plus absurde roman? Quel prêtre aurait -osé bénir, quatorze ans plus tard, l’union d’un bigame -avec M<sup>lle</sup> de Guise, M<sup>lle</sup> de Charolais étant -toujours vivante?</p> - -<p>Au reste, si celle-ci eût été réellement la femme -légitime de Richelieu, lui eût-elle écrit, à cette même -date (juillet-août 1720), la lettre suivante, dont -M. de Lescure garantit l’authenticité? Elle répugne -à l’idée que Richelieu va se marier (sans doute quelque -projet en l’air) et elle ajoute:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>... «Je vous prie de me mander si vos cheveux -sont assez longs pour faire un bracelet, et de les -faire croître s’ils ne le sont pas. Je me jette dans la -galanterie. Je vais faire faire des chiffres de diamant -pour orner ce bracelet. Je voudrais que ce -fût le vôtre et le mien; mais des <i>R</i> et des <i>C</i> seraient -trop clairs. On me les ferait brûler au bras par la -main du bourreau; et je ne me sens pas encore le -goût du martyre, ni la fermeté de saint Laurent. -Ainsi, cherchez-moi dans vos noms de baptême -quelque lettre qui soit à couvert de l’insulte.»</p> -</div> - -<p>Cet échange de jolis cadeaux qui rappelle le temps -et les coutumes de la chevalerie, est plus admissible -que l’extraordinaire voyage de Richelieu en Italie, -sur le désir de M<sup>lle</sup> de Valois, devenue duchesse de -Modène. Faur raconte, avec quel luxe de détails, -<span class="pagenum" id="Page_73">[p. 73]</span> -cette randonnée ultramontaine, où l’on voit l’amoureux -seigneur, travesti en porte-balle, pénétrer dans -le palais ducal pour tomber aux pieds de sa belle -maîtresse et lui offrir tout à la fois ses livres et son -cœur<a name="FNanchor_127" id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">[127]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_127" id="Footnote_127" href="#FNanchor_127"><span class="label">[127]</span></a> -Les <i>Mémoires secrets</i> de <span class="smcap">Duclos</span>, publiés pour la première fois, -en 1791, disent (tome II, p. 383) que Richelieu, lors de son voyage -en Italie, n’osa pas approcher de Modène.</p> -</div> - -<p>Certes, ces déguisements, auxquels excellait Richelieu, -sont bien dans la note du temps; mais d’autres -«galanteries»—pour nous servir de l’expression -louis-quatorzième de M<sup>lle</sup> de Charolais—amusaient -alors le raffiné libertin qu’était Richelieu. -Et ces «galanteries» ne sont pas les rêves d’un -cerveau romanesque: elles appartiennent à l’histoire -de l’art et des mœurs au <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle.</p> - -<p>La Palatine, quand elle rend compte, le 31 mars -1719, de l’arrestation du «gnome», dit qu’il a fait -peindre toutes ses maîtresses revêtues des costumes -des divers ordres religieux, M<sup>lle</sup> de Charolais en -récollette et «parfaitement ressemblante», les Maréchales -de Villars et d’Estrées en habit de capucines.</p> - -<p>De son côté, M. Sensier, dans ses notes et commentaires -sur le journal de Rosalba Carriera, l’illustre -peintre du commencement du <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle<a name="FNanchor_128" id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">[128]</a>, ajoute -que M<sup>me</sup> de Parabère en carmélite, M<sup>me</sup> de Villeroy -en récollette et M<sup>lle</sup> de Charolais en capucine, -figuraient dans cette galerie monastique, qu’avait -imaginée Richelieu pour commémorer, par un voluptueux -sacrilège, les charmes voilés de ses nobles -maîtresses.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_128" id="Footnote_128" href="#FNanchor_128"><span class="label">[128]</span></a> -<i>Journal de Rosalba Carriera</i>, 1865, pp. 348-349.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_74">[p. 74]</span> -Or, à cette époque, s’il faut en croire la chronique -scandaleuse, des grands seigneurs organisèrent -des fêtes orgiaques, où, déguisés en moines -de différents ordres, ils menaient le bal avec des -filles d’opéra, travesties en nonnes de toutes communautés. -L’archevêque de Paris, averti d’un tel -scandale, porta plainte au lieutenant de police, qui -menaça ces religieuses de contrebande de les jeter -à l’Hôpital, tondues et en «robe de pénitence» pour -tout de bon, le jour où elles recommenceraient leur -mascarade. Et l’on peut se demander si celle-ci ne -donna pas l’idée de sa galerie monastique à Richelieu, -ou ne fut, au contraire, qu’une mise en scène, -très élargie, de l’idée libertine du jeune duc.</p> - -<p>En tout cas, qu’est devenue cette collection qui -serait aujourd’hui d’un prix inestimable? Vainement -nous en avons cherché la trace dans le catalogue -de la vente Richelieu qui fut publié trois mois -après la mort du Maréchal. La description des tableaux, -dessins, estampes, etc... est, dans certaines -parties, donnée en termes si vagues, qu’il serait -bien difficile d’en déduire telle ou telle identification.</p> - -<p>Peut-être cette collection avait-elle été saisie, -détruite ou dispersée, lorsque Richelieu avait été -conduit pour la troisième fois à la Bastille. Ce qui -paraît hors de doute, c’est que le seul portrait qu’on -en connaisse est celui de M<sup>lle</sup> de Charolais en récollette, -actuellement au Musée de Versailles. La princesse -est représentée portant une besace, et dans -une attitude mélancolique, près d’un monument -offrant une lointaine ressemblance avec la Bastille. -<span class="pagenum" id="Page_75">[p. 75]</span> -Voltaire avait accompagné ce portrait du quatrain -célèbre:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers7">Frère Ange de Charolois</div> - <div class="vers7">Dis nous par quelle aventure</div> - <div class="vers7">Le cordon de Saint-François</div> - <div class="vers7">Sert à Vénus de ceinture.</div> -</div> - -<p>Cette œuvre n’est certainement pas de la Rosalba; -car si l’artiste vint en France dans le courant de -l’année 1719—date probable du portrait dont -l’auteur anonyme est resté inconnu—elle ne travailla -qu’en 1720-1721 pour M<sup>lle</sup> de Charolais. Son -journal, d’ailleurs, en fait foi. Capefigue, dans sa -Biographie-Panégyrique de Richelieu, prétend que -le tableau de Versailles est de Rigaud, ce qui n’est -guère admissible.</p> - -<p>Ces questions de date, dont se préoccupaient fort -peu nos pères, ne laissent pas cependant que de -devenir irritantes pour l’historien soucieux de fixer -exactement le jour ou l’année des événements qui -constituent la trame de son sujet. Ainsi le portrait -de «Récollette» ou «Cordelière», signalé par Madame -dans sa lettre du 31 mars 1719 (la Palatine, -elle au moins, ne les oublie pas les dates), peut très -bien avoir été exécuté en 1718, et même en 1717, -époque à laquelle commença la liaison de Richelieu -avec M<sup>lle</sup> de Charolais.</p> - -<p>On n’est pas mieux renseigné sur le séjour dans le -château du Poitou, signalé par la lettre de Voltaire -à Thieriot. La date qu’en donne le poète (le samedi -25..... 1720) est tellement imprécise qu’elle laisse le -champ ouvert à toutes les hypothèses. Risquons la -<span class="pagenum" id="Page_76">[p. 76]</span> -nôtre. Il est vraisemblable qu’en raison d’habitudes -seigneuriales ayant aujourd’hui encore force de loi, le -duc reprit la vie de château dans les premiers jours -de l’automne de 1720<a name="FNanchor_129" id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">[129]</a>. Or, le marquis de Dangeau, -l’historiographe, doyen de l’Académie française, -mourut le 9 septembre de cette même année<a name="FNanchor_130" id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">[130]</a>. Nul -autre qu’un courtisan qualifié ne pouvait le remplacer -dignement et lequel était mieux désigné pour un -tel office que ce grand seigneur, arrière-petit-neveu -du fondateur de l’Académie, si poli, si aimable, -si séduisant, type accompli de l’honnête homme? -Richelieu dut vraisemblablement être pressenti à -cet égard par quelques-uns de ses futurs collègues; -et il n’est pas improbable que son hôte, Voltaire, -alors fort occupé à terminer son ennuyeux poème -de la Henriade, ait été consulté par le châtelain sur -l’opportunité de son entrée à l’Académie et du langage -qu’il y pourrait tenir. Toujours est-il que Richelieu -s’y présenta et qu’il y fut élu à l’unanimité, -le 14 novembre, avec l’abbé de Roquette de burlesque -mémoire<a name="FNanchor_131" id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">[131]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_129" id="Footnote_129" href="#FNanchor_129"><span class="label">[129]</span></a> -Marais dit, dans son <i>Journal</i>, que Richelieu alla rejoindre, au -mois d’août, son régiment dans la ville d’Oloron en Béarn.</p> - -<p><a name="Footnote_130" id="Footnote_130" href="#FNanchor_130"><span class="label">[130]</span></a> -<i>Mercure de France</i>, de septembre 1720.</p> - -<p><a name="Footnote_131" id="Footnote_131" href="#FNanchor_131"><span class="label">[131]</span></a> -<i>Ibid.</i>, de novembre 1720.</p> -</div> - -<p>Le récipiendaire avait confié la composition du -discours traditionnel à trois de ses confrères, Fontenelle, -Destouches et Campistron, qui, de ce fait, -devinrent ses «teinturiers», ainsi qu’on appelait -et qu’on appelle encore les fabricants de littérature -à l’usage des gens trop occupés ou trop empêchés -pour rédiger eux-mêmes leurs futurs ouvrages. -Fontenelle, Destouches et Campistron écrivirent -<span class="pagenum" id="Page_77">[p. 77]</span> -donc, chacun, séparément, une harangue académique, -où Richelieu n’eut que la peine de cueillir -les passages qu’il jugeait les plus topiques et de les -assembler en mosaïque pour sa réception solennelle -du 12 décembre<a name="FNanchor_132" id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">[132]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_132" id="Footnote_132" href="#FNanchor_132"><span class="label">[132]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Marais</span>, t. II, p. 17.</p> -</div> - -<p>Le «compliment» dont l’abbé Gédoyn, directeur -de l’Académie, salua le récipiendaire, amusa fort -l’assistance. Il le félicita de n’avoir pas oublié son -rang pour réaliser «des gains sordides». Et quand -un autre Immortel, le duc de la Force, qui venait, -par spéculation, d’accaparer les épices et la chandelle, -s’empressa de son mieux auprès du nouvel -élu, celui-ci lui répondit que tout l’honneur de la -séance devait revenir à M. Gédoyn «qui avait merveilleusement -caractérisé tout le monde». La Force -en fit une laide grimace<a name="FNanchor_133" id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">[133]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_133" id="Footnote_133" href="#FNanchor_133"><span class="label">[133]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span> (1857, 8 vol.), t. I., p. 90.</p> -</div> - -<p>S’il en fut ainsi, le bon abbé perdit là une excellente -occasion de se taire: ignorait-il donc les coups -de bourse qui avaient tiré d’affaire le duc de Richelieu?</p> - -<p>Le discours du nouvel académicien fut trouvé -très beau: «quoique fort court, il plut par la dignité, -la liberté, la grâce avec laquelle il fut récité<a name="FNanchor_134" id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">[134]</a>.» Richelieu -y faisait l’éloge de Villars et le panégyrique -de Louis XIV. Il fut chaleureusement applaudi, -surtout par les dames qui assistaient en nombre à -cette solennité. Et les chroniqueurs ajoutent qu’il -<span class="pagenum" id="Page_78">[p. 78]</span> -reçut, le même jour, «trois billets de rendez-vous» -de M<sup>lle</sup> de Charolais et des duchesses de Duras et -de Villeroy.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_134" id="Footnote_134" href="#FNanchor_134"><span class="label">[134]</span></a> -<i>Mercure de France</i>, de décembre 1720.—On s’est beaucoup -amusé de l’orthographe de Richelieu; et Ludovic Lalanne qui eut -entre les mains le manuscrit autographe de son discours académique, -y relève (<i>Curiosités littéraires</i>, 1857, p. 280), des fautes telles -que <i>reigne</i> pour règne; <i>seint</i> pour sein; <i>flambau</i> pour flambeau; -<i>dérangassent</i> pour dérangeassent; <i>court</i> pour cour; <i>rendus</i> pour -rendu; <i>accez</i> pour accès; <i>pront</i> pour prompt; <i>pris</i> pour prix; <i>crétien</i> -pour chrétien; <i>antier</i> pour entier. Et il ajoute «Au moins il -avait composé lui-même ce discours.» Nous savons maintenant -ce qu’il en faut croire; quant à l’orthographe, dont les règles échappaient -quelquefois à Voltaire lui-même, il est certain que Richelieu -ne l’observait guère, mais nous avons vu de ses autographes -beaucoup moins incorrects que son discours académique.</p> -</div> - -<p>Son entrée à l’Académie, bien qu’il n’eût pas -encore atteint la majorité légale, lui conférait en -quelque sorte la robe virile: hélas! il s’en fallait -de tout qu’il fût assagi.</p> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_79"> - -<h2>CHAPITRE VIII</h2> - -<p class="smm"><i>Nouvelles aventures de Richelieu. — M<sup>me</sup> de Villeroy et -M<sup>me</sup> d’Alincourt. — Comment Richelieu se venge du -Régent. — Duel avec le duc de Bourbon. — Une légende -dorée. — M<sup>lle</sup> de Maupin n’a pu être la maîtresse de Richelieu. — Le -duel de MM<sup>mes</sup> de Nesle et de Polignac. — Amitié -de Richelieu pour le duc de Melun.</i></p> - -<p>Dans la vie galante de Richelieu, la période de -cinq ans, qui suivit sa majorité, fut assurément la -plus féconde en aventures de toutes sortes, en conquêtes -brillantes, en rapts scandaleux, en noires -trahisons. Cet amoureux perpétuel avait des grâces -d’état: il menait six intrigues de front. Si, en vertu -de ce dicton, qu’on ne prête qu’aux riches, des spéculations -de librairie ont attribué à Richelieu plus -de bonnes fortunes, chaque jour, que ses capacités -physiologiques, si grandes fussent-elles, ne lui permettaient -d’en prétendre, les témoignages contemporains -sont trop nombreux et trop précis pour qu’il -soit possible de mettre en doute les fréquentes -prouesses de celui que la Palatine appelait rageusement -la «coqueluche de toutes les femmes».</p> - -<p>A Dieu ne plaise que nous nous attardions à énumérer -ses victimes; le terme est exact, car il est bien -peu de ces femmes qui n’eurent pas à souffrir de -l’indifférence, de la vanité, de l’indiscrétion, de la -perfidie de ce bourreau des cœurs. Nous n’en nommerons -que quelques-unes dont l’Histoire doit connaître, -ne fût-ce que pour mieux fixer une figure -aux aspects parfois si fuyants.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_80">[p. 80]</span> -Quoique ait pu en écrire Charles Giraud<a name="FNanchor_135" id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">[135]</a>, indigné -des insinuations malveillantes du Président Hénault<a name="FNanchor_136" id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">[136]</a> -contre la Maréchale de Villars, Richelieu -respecta fort peu les lauriers de l’illustre soldat -qui l’avait mené au baptême du feu. Mais, si les -courtisans parlèrent à mots couverts de cette erreur -de la charmante duchesse, ils firent grand bruit autour -de l’attentat commis contre la marquise d’Alincourt. -M<sup>me</sup> de Villeroy, la belle-sœur de cette dame, -s’était si fort amourachée de Richelieu, qu’oubliant -toute pudeur, elle avait consenti à souper, <i>in naturalibus</i>, -avec lui et avec les amis de son amant.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_135" id="Footnote_135" href="#FNanchor_135"><span class="label">[135]</span></a> -Charles <span class="smcap">Giraud</span>: <i>La Maréchale de Villars et son temps</i>, 1881.</p> - -<p><a name="Footnote_136" id="Footnote_136" href="#FNanchor_136"><span class="label">[136]</span></a> -<i>Mémoires</i> du Président <span class="smcap">Hénault</span> (1855).—Il était des amis -de la Maréchale et «y vivait beaucoup». Voici le passage incriminé -par Giraud: «Sa maison (celle de la duchesse) fut toujours remplie -de la meilleure compagnie. C’était une attention qu’elle avait -toujours eue toute sa vie et qui la garantit de la dégradation de -ses galanteries.»</p> -</div> - -<p>Richelieu, suivant sa tactique familière, délaissa -bientôt M<sup>me</sup> de Villeroy. Mais cette amoureuse passionnée -n’eut de cesse que l’infidèle lui revînt. Il -daigna y consentir, à la condition toutefois qu’elle -lui livrerait la marquise d’Alincourt, dont la réputation -de sagesse avait singulièrement stimulé l’audace -du libertin. M<sup>me</sup> de Villeroy s’y engagea; et certain -jour que, se promenant avec sa belle-sœur dans les -jardins de Versailles, elle vit fondre sur la proie -offerte le comte de Riom et Richelieu, elle saisit les -mains de M<sup>me</sup> d’Alincourt; mais celle-ci se débattit si -énergiquement, en appelant à l’aide, qu’on accourut -à ses cris<a name="FNanchor_137" id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">[137]</a>. L’anecdote a été rapportée par plusieurs -<span class="pagenum" id="Page_81">[p. 81]</span> -mémorialistes; mais Rulhière, bien qu’il raconte -l’histoire d’un souper où M<sup>me</sup> de Villeroy avait imposé -la présence de Richelieu à sa belle-sœur, Rulhière -nie qu’elle ait tenu les mains de M<sup>me</sup> d’Alincourt: -il imagine, par contre, un joli roman dans -lequel la marquise, restée subitement seule avec -Richelieu, finit par céder à l’irrésistible séducteur -et «sortit pleine de trouble, de jalousie et de remords, -pour aller chanter pouilles à M<sup>me</sup> de Villeroy». -Depuis, elle ne voulut revoir de sa vie son -vainqueur. Mais l’aventure avait fait du bruit; et -Richelieu ne demandait pas autre chose<a name="FNanchor_138" id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">[138]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_137" id="Footnote_137" href="#FNanchor_137"><span class="label">[137]</span></a> -<i>Correspondance</i> de <span class="smcap">Madame</span> (édit. Jœglé), t. II, p. 359, 6 août -1722.—La Palatine appelle Riom, cet amant de la duchesse de -Berry, «un ondin»—toujours l’imagination romantique de l’allemande.</p> - -<p><a name="Footnote_138" id="Footnote_138" href="#FNanchor_138"><span class="label">[138]</span></a> -<i>Anecdotes</i> de <span class="smcap">Rulhière</span>, p. 24.</p> -</div> - -<p>Il avait, en outre, un compte à régler avec le -duc d’Orléans. Il ne pouvait lui pardonner le mariage -de M<sup>lle</sup> de Valois et résolut de se venger du -prince sur un terrain où il ne doutait pas qu’il n’eût -toujours l’avantage. Il entreprit donc la conquête -des maîtresses du Régent. Celui-ci, bien qu’il se plaignît -volontiers de rencontrer sans cesse Richelieu -sur ses pas, était de trop bonne composition en matière -d’amour, pour chercher à se débarrasser, par -la violence, d’un rival qui avait prudemment renoncé -à s’occuper des affaires de l’État. Richelieu, -sachant toutefois qu’il agacerait au possible son -ennemi sans en éprouver le ressentiment, usa des -mille ressources de son esprit inventif et astucieux, -pour parvenir à ses fins. Un jour, il faisait donner, -dans la maison d’Auteuil du chanteur Thévenard, -une fête villageoise, en l’honneur de la Souris, une -fille d’Opéra chère au duc d’Orléans; et, la nuit -même, au milieu du bal, après le feu d’artifice, il -enlevait la sémillante comédienne sur un phaéton -<span class="pagenum" id="Page_82">[p. 82]</span> -qui filait à toutes brides sur Paris. Une autre fois, -c’était M<sup>me</sup> d’Averne<a name="FNanchor_139" id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">[139]</a>, la maîtresse en titre du Régent, -qui, sous prétexte de migraine, déclinait une -invitation du prince, pour condamner sa porte et -souper avec Richelieu. Actrices, bourgeoises et -femmes de qualité, amies du chef de l’État, ne suffirent -bientôt plus au grand seigneur vindicatif pour -satisfaire sa rancune. Il s’attaqua, de nouveau, à -la famille même du Régent, s’il faut ajouter foi aux -chroniques contemporaines. Reçu dans l’intimité -de la duchesse de Berry, aux soupers licencieux du -Luxembourg, il aurait eu une passade avec cette -fille du duc d’Orléans, qui n’en était plus, à vrai -dire, à compter ses caprices: «Nous nous aimâmes -vingt-quatre heures, par curiosité», disait-il<a name="FNanchor_140" id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">[140]</a>. Sa -liaison avec une autre fille du Régent, cette névrosée -qui fut abbesse de Chelles, n’aurait pas été, paraît-il, -de plus longue durée. Mais en admettant que sa -vantardise et son indiscrétion coutumières fussent -d’accord avec la vérité, il n’aggravait que trop leur -jactance par des propos qui étaient autant d’infâmes -calomnies: «Le duc d’Orléans, prétendait-il, fermait -les yeux sur les faiblesses de ses filles, content -de les partager.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_139" id="Footnote_139" href="#FNanchor_139"><span class="label">[139]</span></a> -<i>Anecdotes</i> de <span class="smcap">Rulhière</span>, p. 26.—<span class="smcap">Marais</span> (<i>Journal</i>, t. II, -p. 368) écrit à cette même date (1722) que M<sup>me</sup> D’Averne ne craint -pas de se montrer tous les jours à l’Opéra avec Richelieu.</p> - -<p><a name="Footnote_140" id="Footnote_140" href="#FNanchor_140"><span class="label">[140]</span></a> -La duchesse de Berry «aima Richelieu pour son plaisir», disent -les <i>Mémoires</i> de <span class="smcap">Maurepas</span> (t. II, p. 154).</p> -</div> - -<p>Le duc de Bourbon était moins accommodant: -il avait toujours l’appréhension de voir Richelieu -entrer dans sa maison et n’épargnait pas au gentilhomme, -plus ambitieux encore qu’amoureux, des -<span class="pagenum" id="Page_83">[p. 83]</span> -algarades significatives. Le <i>Journal</i> de Buvat en cite -une dans ces termes:</p> - -<div class="manuscr"> -<p class="rdate">6 mai 1721.</p> - -<p>«M. le duc de Bourbon étant à Chantilly à la -chasse avec plusieurs seigneurs, s’écarta d’eux avec -M. le duc de Richelieu, qu’il obligea de mettre l’épée -à la main en lui disant:</p> - -<p>—«Richelieu, il y a longtemps que je t’en veux; -c’est à cette heure qu’il faut m’en faire raison.»</p> - -<p>«Le duc, étonné, lui dit:</p> - -<p>—«Monseigneur, je sais le respect que je vous -dois; ainsi je ne suis pas homme à me battre contre -vous.»</p> - -<p>«Mais, se voyant pressé du prince, il se mit en -défense, de sorte qu’il le blessa de trois coups; puis, -ayant crié au secours du prince, on le porta dans son -lit où il fut pansé de ses blessures; et le lendemain, -il avoua qu’il avait prié le duc de Richelieu de mettre -l’épée à la main<a name="FNanchor_141" id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">[141]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_141" id="Footnote_141" href="#FNanchor_141"><span class="label">[141]</span></a> -<span class="smcap">Buvat</span>: <i>Journal de la Régence</i>, t. II, p. 244.</p> -</div> - -<p>La version du <i>Journal</i> de Barbier est sensiblement -la même. Le duc de Bourbon manifestait hautement -son intention de tuer son adversaire. Richelieu -se laissa piquer la main, estimant que ces quelques -gouttelettes du sang suffiraient à l’animosité -du prince. Mais celui-ci persistant dans ses intentions -homicides, Richelieu, pour ne pas être le mauvais -marchand de sa modération, blessa le duc de -Bourbon au ventre. Et le bruit se répandit que le -maître de Chantilly, déjà malade, venait de subir -une rechute.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_84">[p. 84]</span> -«Tout le monde dit aussi, ajoute le narrateur, que -l’esprit de M. le Duc est un peu dérangé depuis quelques -jours. Le changement n’est pas grand; car il -en avait très peu auparavant et du mauvais<a name="FNanchor_142" id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">[142]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_142" id="Footnote_142" href="#FNanchor_142"><span class="label">[142]</span></a> -<span class="smcap">Barbier</span>: <i>Journal</i> (1857, 8 vol.), t. I, p. 128, mai 1721.</p> -</div> - -<p>Et c’était cet homme-là qui, trois ans plus tard, -après la mort du Régent, devait gouverner la France, -autrement dit la pressurer, la piller, l’affamer avec -la complicité de sa maîtresse, la marquise de Prie -et d’autres flibustiers de même appétit!</p> - -<p>Quant à M<sup>lle</sup> de Charolais, elle avait déjà pris son -parti d’une situation sans issue, d’autant que les -infidélités, toujours renaissantes, de Richelieu l’autorisaient -à lui rendre la pareille. Et elle ne s’en -priva certes pas. C’était, nous le savons, une femme -d’esprit: aussi aimait-elle à répéter qu’elle avait -«voyagé de Richelieu à Melun et de Melun en Bavière» -désignant ainsi, par des noms de ville ou de -principauté, ceux des amants qu’elle s’était successivement -donnés<a name="FNanchor_143" id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">[143]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_143" id="Footnote_143" href="#FNanchor_143"><span class="label">[143]</span></a> -<span class="smcap">Marais</span>: <i>Journal</i>, t. II, p. 301.</p> -</div> - -<p>Pour en finir avec la <i>Légende dorée</i> qui s’est -créée autour du <i>Don Juan</i> du <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, nous répéterons -une fois de plus qu’il ne faut accepter -qu’avec une extrême circonspection certaines anecdotes -dont elle amuse la crédulité de ses admirateurs. -Au souffle du raisonnement, ces jolies historiettes -s’évanouissent comme les bulles de savon, -aux reflets irisés, que la moindre brise réduit en impalpable -poussière.</p> - -<p>Prenons un exemple. Il s’agit des prétendues -amours de Richelieu avec M<sup>lle</sup> de Maupin, cette -<span class="pagenum" id="Page_85">[p. 85]</span> -actrice-cavalière de l’Opéra, de si belle force à l’épée -qu’elle mettait en fuite trois spadassins croisant le -fer contre elle. Des nouvellistes contemporains ont -raconté, et l’érudit M. Boysse après eux<a name="FNanchor_144" id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">[144]</a>, que Richelieu -avait quinze ans à peine quand il s’éprit de -cette amazone. Or, pour en obtenir les faveurs, il -lui manquait la forte somme. Mais, comme il était -déjà décoré de l’Ordre du Saint-Esprit et qu’il en -possédait l’insigne tout constellé de brillants, il -s’empressa de le porter chez un prêteur sur gages; -d’où ce couplet qui courut la Cour et la Ville:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers7">Judas vendit Jésus-Christ</div> - <div class="vers7">Et s’en pendit de rage.</div> - <div class="vers7">Richelieu, plus fin que lui,</div> - <div class="vers7">N’a mis que le Saint-Esprit</div> - <div class="vers7">En gage, en gage, en gage.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_144" id="Footnote_144" href="#FNanchor_144"><span class="label">[144]</span></a> -<span class="smcap">Boysse</span>: <i>Les abonnés de l’Opéra</i>, 1881.</p> -</div> - -<p>L’anecdote est piquante; malheureusement elle -est invraisemblable. La Maupin (ses biographes sont -là pour le dire<a name="FNanchor_145" id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">[145]</a>) entrait en religion dans le courant -de l’année 1705 et mourait en 1707. Or, à ces deux -époques, Richelieu-Fronsac avait neuf et onze ans. -Et, si précoce qu’il fût, il n’est guère admissible qu’à -cet âge il eût conquis tout à la fois l’ordre du Saint-Esprit -et le cœur de M<sup>lle</sup> de Maupin.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_145" id="Footnote_145" href="#FNanchor_145"><span class="label">[145]</span></a> -<span class="smcap">Le Tainturier-Fradin</span>: <i>La Maupin</i>, 1904, pp. 283-287.</p> -</div> - -<p>Et la meilleure preuve qu’il n’avait pas alors le -«Cordon bleu», c’est qu’il n’en fut décoré que le -1<sup>er</sup> janvier 1728, «avec dispense», note le Maréchal -de Villars. Autrement dit, quoiqu’il ne fût pas encore -officiellement reçu, Richelieu était autorisé à -<span class="pagenum" id="Page_86">[p. 86]</span> -porter les insignes de l’Ordre du Saint-Esprit: c’était -la récompense, justement méritée, des services qu’il -avait rendus à l’État, en qualité d’ambassadeur -extraordinaire de France à la Cour de Vienne<a name="FNanchor_146" id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">[146]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_146" id="Footnote_146" href="#FNanchor_146"><span class="label">[146]</span></a> -<span class="smcap">Villars</span>: <i>Mémoires</i> (édit. de Vogüé), t. V, p. 114.</p> -</div> - -<p>Bien mieux; en présence de certaines affirmations -contradictoires, on pourrait lui contester un de ses -plus beaux titres de gloire, si tant est qu’on doive -donner ce nom au duel, resté classique, de MM<sup>mes</sup> de -Nesle et de Polignac, courant, au bois de Boulogne, -se disputer, le pistolet au poing, les faveurs de Richelieu. -Toutes deux tirent à la fois. M<sup>me</sup> de Nesle -tombe sans connaissance. Et M<sup>me</sup> de Polignac d’insulter -sa rivale abattue. Celle-ci, par bonheur, n’était -que très légèrement blessée. Quand elle sortit de son -évanouissement, elle était toute fière d’avoir versé -son sang pour Richelieu, «fils aîné de Vénus et de -Mars».</p> - -<p>Eh bien! un mémorialiste dépossède ce demi-dieu -de son auréole au profit d’un Soubise.</p> - -<p>—«C’est pour le marquis d’Alincourt, dit un -autre chroniqueur, que MM<sup>mes</sup> de Nesle et de Polignac -se mesurèrent en champ clos.»</p> - -<p>Mais l’amour n’occupait pas toujours à lui seul -le cœur de Richelieu. L’amitié y trouvait encore -place; et nous notons d’autant plus volontiers le -fait, que ce grand seigneur ne passa jamais pour -une âme tendre et sensible. Égoïste et sec, comme -tous les orgueilleux, il ne pensait qu’à lui, qu’à ses -plaisirs, qu’à ses satisfactions d’amour-propre. De -cette époque, cependant, date l’attention qu’il voulut -bien accorder à Voltaire, attention dont une longue -<span class="pagenum" id="Page_87">[p. 87]</span> -habitude fit une sorte d’affection. Mais, en même -temps, il avait voué au duc de Melun une profonde -amitié qu’attendait une cruelle épreuve. En effet, -dans le courant de juillet 1724, pendant qu’il séjournait, -avec Voltaire, à Forges, la station balnéaire -à la mode, il apprit la mort tragique de M. de Melun, -porté à terre d’un coup d’andouiller par un cerf -furieux. Voltaire écrit que Richelieu s’en montra -désespéré et dut interrompre sa saison d’eaux<a name="FNanchor_147" id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">[147]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_147" id="Footnote_147" href="#FNanchor_147"><span class="label">[147]</span></a> -<span class="smcap">Voltaire</span>: <i>Correspondance</i>. Lettres, en août 1724, à la Présidente -de Bernières et à Thieriot.</p> - -<p>Richelieu semble avoir suivi pendant quelques années la saison -de Forges, bien que ce fût pour lui un «triste lieu». Dans une publication -du baron Jérôme Pichon: <i>Vie de Charles Henry, Comte de -Hoym, ambassadeur de Saxe-Pologne en France</i> (Paris, 1880, 2 vol.) -nous trouvons, au t. II, une lettre de Richelieu à ce diplomate, -lettre datée de Paris, 6 août 1723, et rédigée en termes assez crus, -où le duc, qui s’est rencontré, avec son correspondant, <i>à la Cardinale</i>, -une des trois sources de Forges, lui annonce son départ, le lendemain -7 août, pour son château de Richelieu. Il lui donne en même -temps des nouvelles, politiques et mondaines, de Paris.</p> -</div> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_88"> - -<h2>CHAPITRE IX</h2> - -<p class="smm"><i>Le duc de Richelieu prend séance, comme pair, au Parlement. — Le -duc de Bourbon l’envoie en ambassade à Vienne. — Fanfarinet: -couplets satiriques. — Instructions du gouvernement -français au nouveau diplomate. — Richelieu -doit miner l’influence espagnole à Vienne. — Prompt départ -de l’aventurier Ripperda. — Embarras financiers de -Richelieu: son «entrée» à Vienne. — Son activité: ses -succès plus ou moins discutés en matière de diplomatie -galante.</i></p> - -<p>Le 6 mars 1721, quatre mois après son élection -à l’Académie Française, Richelieu siégeait, comme -pair, au Parlement. Il éblouit l’Assemblée par son -faste: il portait des vêtements de drap d’or dont -l’aune revenait à 260 livres. «Il ressemblait à -l’Amour<a name="FNanchor_148" id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">[148]</a>»; ce fut encore un jour de fête pour les -dames. Mais, déjà, il ne lui suffisait plus d’en être -l’oracle et l’idole; il aspirait à jouer, parmi les -hommes, un des premiers rôles sur la scène politique: -ambition que légitimaient son nom et son -rang. Malheureusement, la prévention du Régent -contre cet ancien conspirateur, si repenti qu’il fût, -lui barrait la route. Néanmoins, il fut nommé gouverneur -de Cognac en 1722; mais son esprit satirique, -ayant commenté un peu trop vivement des -«nouvelles de Cour», indisposa de nouveau contre -<span class="pagenum" id="Page_89">[p. 89]</span> -lui le duc d’Orléans, qui lui fit défendre de paraître -au sacre de Louis XV<a name="FNanchor_149" id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">[149]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_148" id="Footnote_148" href="#FNanchor_148"><span class="label">[148]</span></a> -<span class="smcap">Marais</span>: <i>Journal</i>, t. II, 6 mars 1721.</p> - -<p><a name="Footnote_149" id="Footnote_149" href="#FNanchor_149"><span class="label">[149]</span></a> -<i>Biographie universelle de</i> <span class="smcap">Michaud</span>. (Article Maréchal de Richelieu, -par <span class="smcap">Durozoir</span>.)—En effet, nous n’avons pas trouvé son nom -parmi ceux des personnages que signalent les relations officielles.</p> -</div> - -<p>Lorsque, après la mort du Régent, le duc de Bourbon -fut appelé à le remplacer auprès du roi, on put -croire un instant que sa rancune personnelle allait -servir, avec usure, les «injures du duc d’Orléans». -Il n’en fut rien: une femme avait passé. La marquise -de Prie, qui s’était laissée prendre au charme -de Richelieu, fit obtenir l’ambassade de Vienne, en -mai 1724, à cet amant de passage. Celui-ci inaugurait -ainsi sa nouvelle manière: à ses yeux, la femme -doublait maintenant de valeur: elle n’était plus -seulement une source de plaisir; elle devenait un -instrument de crédit et de faveur.</p> - -<p>Le choix de ce courtisan pour le plus élevé des -postes diplomatiques, choix que ne justifiaient, chez -son bénéficiaire, ni la science, ni l’expérience des -affaires, causa bien des déceptions, partant bien des -colères. Et, comme toujours, l’opinion publique se -vengea par des épigrammes: elle appela Richelieu -l’ambassadeur <i>Fanfarinet</i><a name="FNanchor_150" id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">[150]</a>—sobriquet emprunté -aux contes de fées et visant un homme «plus propre -à l’amour qu’à la politique».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_150" id="Footnote_150" href="#FNanchor_150"><span class="label">[150]</span></a> -<span class="smcap">Marais</span>: <i>Journal</i>, t. II, mai 1724.</p> -</div> - -<p>La malignité de ses contemporains devait le poursuivre -jusqu’à l’heure de son départ pour Vienne. -Soucieux de donner au duc de Bourbon et surtout -à M<sup>me</sup> de Prie une preuve de sa reconnaissance, il -était allé, en personne, avec MM. de Brancas et de -La Feuillade au Parlement, où se jugeait, pour la -<span class="pagenum" id="Page_90">[p. 90]</span> -plus grande joie de la favorite, le procès du secrétaire -d’État Le Blanc, injustement accusé de péculat. -Mais, devant la réprobation générale, ces gentilshommes -cessèrent d’assister aux séances<a name="FNanchor_151" id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">[151]</a>: ce qui -n’empêcha pas Richelieu de recevoir ce nouveau -brocard:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers6">Vignerot, le grand-père,</div> - <div class="vers6">Était ménétrier.</div> - <div class="vers6">Celui-ci dégénère,</div> - <div class="vers6">Étant de tout métier,</div> - <div class="vers6">Étourdi politique,</div> - <div class="vers6">Galant ambassadeur,</div> - <div class="vers6">D’Arouet protecteur<a name="FNanchor_152" id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">[152]</a>.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_151" id="Footnote_151" href="#FNanchor_151"><span class="label">[151]</span></a> -Maréchal de <span class="smcap">Villars</span>: <i>Mémoires</i> (édit. Marquis de Vogüé), -t. IV, p. 304.—<span class="smcap">Lemontey</span>: <i>Histoire de la Régence</i>, t. II, p. 208.</p> - -<p><a name="Footnote_152" id="Footnote_152" href="#FNanchor_152"><span class="label">[152]</span></a> -<span class="smcap">Maurepas</span>: <i>Mémoires</i> (4 vol., 1792), t. II, p. 44. Ces <i>Mémoires</i> -sortent de l’officine de Soulavie; mais il est établi qu’ils ont été composés -presque uniquement avec des pièces officielles.</p> -</div> - -<p>En effet, Richelieu avait proposé à Voltaire (Arouet) -de l’accompagner à Vienne, sans doute comme secrétaire -intime; mais le poète avait eu la sagesse de -décliner cet honneur.</p> - -<p>L’événement devait donner tort au couplet satirique. -L’apprenti diplomate fut assurément «galant -ambassadeur», mais il ne fut pas «étourdi politique». -Il accomplit sa mission avec beaucoup de -tact, de souplesse et de dignité. Il fit grande figure; -et la France lui dut de notables avantages. Il réparait -ainsi les fautes du complice d’Alberoni.</p> - -<p>Les instructions qu’avait reçues Richelieu avant son -départ et que le duc de Bourbon avait dictées au -marquis de Chavigny comportaient entr’autres recommandations:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«L’ambassadeur de Sa Majesté devra traiter le -<span class="pagenum" id="Page_91">[p. 91]</span> -baron de Ripperda (ambassadeur extraordinaire -d’Espagne) avec toutes sortes de politesses et -d’égards, de manière qu’il puisse paraître qu’on -n’a aucun mécontentement de ce qui se passe aujourd’hui... -Il devra employer toutes sortes de -moyens pour savoir s’il n’a pas été signé de traité -secret entre l’Autriche et l’Espagne... Il devra s’entendre -en toutes ses démarches avec l’ambassadeur -de Sa Majesté Britannique et agir en toutes choses -de concert avec lui.»</p> -</div> - -<p>Quoique petit-fils de Louis XIV, le roi d’Espagne, -Philippe V, avait répudié complètement sa première -patrie, la France. L’avortement de la conspiration de -Cellamare, le retour à Madrid de l’Infante que son -père considérait déjà comme la femme de Louis XV, -avaient mis le comble à l’exaspération d’un monarque, -dont le cerveau, depuis longtemps débilité, -avait subi les atteintes de la folie. Aussi, par esprit -de rancune, Philippe V envoyait-il à Vienne, pour -y conclure un traité, plutôt hostile à la France, un -diplomate de fortune, le baron de Ripperda, jadis -colonel au service de la Hollande et naguère créature -du cardinal Alberoni. A peine débarqué, ce -bravache avait promis à l’empereur Charles VI la -«restitution» de l’Alsace, des Trois Evêchés, de la -Bourgogne et de la Flandre. Le pacte signé, le -30 avril 1725, entre l’Autriche et l’Espagne, témoignait -de visées moins ambitieuses, qui suffisaient -à mettre en repos l’âme inquiète de l’empereur -Charles VI<a name="FNanchor_153" id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">[153]</a>. Car ce prince était, lui aussi, un -mélancolique, d’humeur chagrine et de nature -<span class="pagenum" id="Page_92">[p. 92]</span> -dévote, qui n’avait qu’une préoccupation, assurer -à ses filles et surtout à Marie-Thérèse, la succession -impériale. Or Philippe V reconnaissait ce droit conféré -à l’archiduchesse par la <i>Pragmatique Sanction</i>. Au -mépris des intérêts maritimes de l’Angleterre, de la -France et de la Hollande, il ouvrait à l’Autriche -les ports des Pays-Bas et ratifiait la concession -faite par l’Empereur, le 19 octobre 1722, à une -Compagnie commerciale d’un établissement à Ostende. -Il ne recevait, à titre de réciprocité, que d’assez -maigres compensations. Charles VI lui laissait espérer -la reprise de Minorque et de Gibraltar.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_153" id="Footnote_153" href="#FNanchor_153"><span class="label">[153]</span></a> -Charles VI, ancien compétiteur de Philippe V à la Couronne -d’Espagne, pendant la <i>Guerre de Succession</i>, était empereur d’Autriche -et d’Allemagne depuis 1711.</p> -</div> - -<p>Nous savons quelle était en cette occurrence la -mission de Richelieu. Certes, le représentant de -Louis XV était le plus courtois et le plus poli des -gentilshommes; mais il avait une fierté naturelle -qu’avivait encore le souci de ses prérogatives officielles; -et le sentiment, qu’il conserva, jusqu’à la fin -de ses jours, du prestige de l’autorité royale, était -devenu le régulateur de sa conduite.</p> - -<p>Il quittait Paris sous le coup de graves embarras -financiers. Les bénéfices, que ses spéculations lui -avaient permis de réaliser pendant les grands jours -du «Système» de Law, s’étaient depuis longtemps -volatilisés. Son train de maison et ses folles dépenses -l’obligèrent à contracter des emprunts onéreux; -et, pour ne pas être harcelé, à son départ, par la -meute de ses créanciers, il dut obtenir «des lettres -de répit», c’est-à-dire le droit de faire suspendre, -jusqu’à son retour définitif, toute action judiciaire -qui lui serait intentée.</p> - -<p>Arrivé à Vienne, le 8 juillet 1725, il ne tarda pas -à reconnaître ce qu’était ce baron de Ripperda qu’on -<span class="pagenum" id="Page_93">[p. 93]</span> -lui recommandait si fort de ménager. Il n’eut pas -l’air tout d’abord de se préoccuper des menues faveurs -que la Cour réservait à cet aventurier; mais, -d’après certaine légende<a name="FNanchor_154" id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">[154]</a>, un jour que celui-ci s’avisait -de vouloir prendre le pas sur l’ambassadeur de -France, Richelieu le repoussait d’un coup de coude -si vigoureux que Ripperda en perdait l’équilibre.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_154" id="Footnote_154" href="#FNanchor_154"><span class="label">[154]</span></a> -Légende que contredisent absolument les <i>Mémoires authentiques</i> -de Richelieu. Conformément à ses instructions, le duc montra toujours -beaucoup d’égards vis-à-vis de Ripperda; il ne lui laissait -jamais prendre le pas, mais, d’un trottoir à l’autre, échangeait avec -lui de grands coups de chapeau.</p> -</div> - -<p>L’entrée officielle d’un ambassadeur dans la Capitale -de l’État où il devait représenter son souverain, -en affirmait trop, à cette époque, l’auguste et -solennel caractère, pour que Richelieu n’entourât pas -la sienne de tout l’éclat qu’elle comportait. La Cour -de Vienne la retarda autant qu’elle put; mais l’orgueil -donnait à cet esprit léger qu’était Richelieu -une sorte de ténacité capable de triompher de tous -les obstacles. Et l’Empereur ne trouva bientôt plus -le moindre prétexte pour ajourner l’entrée de l’ambassadeur -extraordinaire de France, fixée au 7 novembre.</p> - -<p>Elle fut magnifique. En tête, des coureurs habillés -de velours galonné d’argent; puis cinquante valets -de pied, en riches costumes et l’épée d’argent au -côté; douze heiduques, portant des masses d’argent, -douze pages, etc. L’ambassadeur, dans la tenue des -pairs au Parlement, occupait un superbe carrosse -orné de figures symboliques; des ordres avaient été -donnés pour que les fers d’argent des chevaux pussent -se détacher facilement. Et la foule se ruait sur -<span class="pagenum" id="Page_94">[p. 94]</span> -cette aubaine inespérée, comme elle le fit plus tard -sur des tables chargées de victuailles, dans le palais -de l’ambassade, où tous les appartements étaient -restés ouverts.</p> - -<p>Ripperda se le tint pour dit et regagnait quinze jours -après l’Espagne. La disgrâce<a name="FNanchor_155" id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">[155]</a> du duc de Bourbon, -accueillie avec joie à Vienne, ne modifia pas la politique -du Cabinet de Versailles. L’évêque de Fréjus, -Fleury, le nouveau ministre, fit confirmer à Richelieu -les instructions de son prédécesseur par Morville, -secrétaire d’État aux affaires étrangères. -Notre ambassadeur devait continuer à surveiller -de près les menées de l’Espagne et s’entendre, dans -ce but, non plus seulement avec son collègue de -la Grande-Bretagne, mais encore avec le Nonce. -Ardent comme un homme de son âge (on lui reprochait -assez sa jeunesse!), conscient des haines qui -guettaient le porte-paroles de la France (et le Prince -Eugène, malgré son affectation de politesse, en était -le plus irréductible ennemi!), Richelieu eût voulu -qu’on parlât haut à l’Autriche, pour la désabuser de -l’idée qu’elle se faisait de la faiblesse du Gouvernement -français. Mais Fleury, toujours timoré, prêchait -au diplomate la patience et surtout la prudence.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_155" id="Footnote_155" href="#FNanchor_155"><span class="label">[155]</span></a> -Une coïncidence des plus piquantes veut que Ripperda, retourné -en Espagne pour y continuer, avec l’assentiment de la Reine, son -métier de brouillon, nommé depuis duc et Grand d’Espagne, fut -chassé de la Cour, le jour même où le duc de Bourbon tombait en -disgrâce. Il était devenu aussi impopulaire que ce prince.</p> -</div> - -<p>En attendant, il ne lui envoyait pas les subsides -qu’il lui avait promis; car si l’argent est le nerf de -la guerre, il est aussi le nerf de la paix; et bien que -l’Empereur d’Autriche fût beaucoup moins belliqueux -<span class="pagenum" id="Page_95">[p. 95]</span> -que la reine d’Espagne, il était sage de prévoir et -d’encourager, dans certains cercles politiques de -Vienne, les défaillances, possibles, de convictions -trop éloignées d’une solution pacifique.</p> - -<p>Or, Richelieu était à bout de ressources; il ne lui -restait plus que ses diamants: il dut les mettre en -gage. C’était un peu son habitude; et ces prêts se -terminaient infailliblement par des conflits, soit -que le créancier exigeât, à l’heure du remboursement, -des intérêts usuraires, soit que le débiteur -se refusât à tout accommodement raisonnable. Déjà, -en 1721, il insistait auprès du lieutenant de police -Taschereau de Baudry, pour que ce magistrat «parlât -fortement» à un certain Rapally qui détenait -les «boucles de diamant» de Richelieu et se refusait -à les rendre à leur légitime propriétaire. Il fallut, -pour obtenir cette restitution, que Baudry fît incarcérer -Rapally<a name="FNanchor_156" id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">[156]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_156" id="Footnote_156" href="#FNanchor_156"><span class="label">[156]</span></a> -<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, 10730 -(dossier Dagenois).</p> -</div> - -<p>Maintenant c’est un autre prêteur sur gages que -l’ambassadeur signale à la vindicte du nouveau -lieutenant de police, Hérault; et la lettre mérite -d’être citée, car elle appelle l’attention sur le commerce -interlope, si fréquent au <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, de ces -brocanteurs qui, même largement désintéressés, imaginaient -mille subterfuges pour ne pas se dessaisir -des gages dont ils étaient nantis.</p> - -<div class="manuscr"> -<p class="rdate">«A Vienne, le 2<sup>e</sup> novembre 1726.</p> - -<p>«J’ai appris, Monsieur, avec bien de la reconnaissance, -la bonté que vous avez bien voulu avoir -<span class="pagenum" id="Page_96">[p. 96]</span> -d’écouter le S<sup>r</sup> De Vienne, capitaine de mon régiment -et de parler au S<sup>r</sup> Krom, comme il fallait, pour -l’empêcher de me voler mes diamants. Je vous supplie -de vouloir bien me continuer vos mêmes bontés, -sans quoi cette affaire ne finira jamais, le -S<sup>r</sup> Krom étant assurément un fripon. On m’a mandé -qu’il se flattait d’avoir la protection d’un de vos -secrétaires, ce qui je sais bien qu’avec vous ne sera -d’aucune utilité, connaissant vos lumières et sachant -bien que vous faites tout par vous-même. C’est ce -qui fait que je vous en avertis librement, cet avis -pouvant même vous être utile dans l’accablement -d’affaires où vous êtes et où il vous est impossible -de prendre garde à tout. Mais à la façon dont vous -avez parlé au S<sup>r</sup> Krom, il devrait bien voir que, -quand il aurait fait cette petite intrigue, cela ne lui -servirait pas de grand’chose avec un magistrat aussi -intègre et aussi éclairé que vous.</p> - -<p>«Je vous supplie d’être persuadé qu’on ne peut -être, avec un attachement plus sincère, Monsieur, -votre très humble et très obéissant serviteur<a name="FNanchor_157" id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor">[157]</a>.»</p> - -<p class="rsign">Le duc de Richelieu.</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_157" id="Footnote_157" href="#FNanchor_157"><span class="label">[157]</span></a> -<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, 10927, -pp. 290-291.</p> -</div> - -<p>Vraisemblablement, Richelieu, ayant enfin reçu -les soixante mille livres que Fleury lui annonçait -depuis si longtemps, avait remboursé ses emprunts -et n’avait encore rien vu revenir.</p> - -<p>Ce fut à cette époque que commencèrent effectivement -les négociations entre Richelieu et le comte -de Zinzendorff, chancelier de l’Empire. Leur but -<span class="pagenum" id="Page_97">[p. 97]</span> -apparent, c’était la médiation de Charles VI, dont, -à vrai dire, ce prince ne se souciait guère, entre la -France et l’Espagne; mais leur but réel, du moins -aux yeux de l’ambassadeur français, c’était la conclusion, -par ses soins, d’un traité, barrant une alliance -trop étroite de Charles VI avec Philippe V, -alliance qui pouvait favoriser la reconstitution de -cette formidable puissance de la maison d’Autriche, -jadis si inquiétante pour la France.</p> - -<p>Au cours de ces pourparlers, Richelieu dépensa -une somme de travail considérable: son activité -infatigable ne connaissait plus de repos. Sa correspondance -diplomatique en témoigne. Mais il ne -négligeait pas non plus d’autres moyens d’action qui -lui étaient depuis longtemps familiers et dont il -entendait tirer le meilleur parti. Déjà (du moins les -<i>Mémoires</i> de Soulavie l’assurent), avant le départ de -Ripperda, grâce à la comtesse Bathiany, qui n’avait -rien su refuser à Richelieu et que courtisait vainement -le Prince Eugène, le galant diplomate avait -pu pénétrer les secrets de cet illustre guerrier et -même de l’Empire. Mais, ici, les <i>Souvenirs</i> du prince -de Ligne lui opposent un démenti formel, par la -plume même du Prince Eugène, qui écrit dans son -autobiographie<a name="FNanchor_158" id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor">[158]</a>:</p> - -<p>Le duc de Richelieu «était aimable, bien fait, -séduisant et d’une jolie fatuité. Par une double -finesse de sa part, de politique et d’amour, il voulut, -il crut avoir M<sup>me</sup> de Bathiany... Cela nous amusait -beaucoup. Le désir d’une aventure d’éclat nous -<span class="pagenum" id="Page_98">[p. 98]</span> -le rendait tous les jours plus agréable. Il n’eut ni -la femme, ni le secret; mais nous étions enchantés -de son redoublement de soins pour nous plaire.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_158" id="Footnote_158" href="#FNanchor_158"><span class="label">[158]</span></a> -<i>Mémoires du Prince de Ligne</i> (<i>Vie du Prince Eugène</i>), t. V, -pp. 179-180 (5 vol., 1827).</p> -</div> - -<p>Il dut, sans nul doute, subir, de ce côté, une -double déception; car il dit, dans les <i>Mémoires</i> de -Soulavie, avoir quitté la comtesse Bathiany pour -la princesse de Lichtenstein, fort jolie femme, liée -avec tous les ministres de Charles VI, qu’il avait -éblouie, par sa magnificence, dans une course de -traîneaux. Mais, cette fois, pour ne pas la compromettre, -il se rendait chez elle, la nuit, à pied, en rasant -les murailles. Il entrait mystérieusement, par -une porte dérobée, et recueillait, dans un délicieux -boudoir où l’amour et la politique n’avaient plus -de secrets pour lui, les plus utiles renseignements. -Si l’Empereur, disait la Princesse, réunit autant de -troupes, ce n’est pas qu’il ait l’intention de partir -en guerre: il veut simplement intimider la France; -et celle-ci ferait bien d’armer, elle aussi, pour prouver -qu’elle ne redoute aucun acte d’hostilité.</p> - -<p>Avec Villars, nous serrons de plus près la réalité. -Le Maréchal, qui devait à ses glorieux faits d’armes -d’occuper une place éminente dans le Conseil, avait -en communication les dépêches<a name="FNanchor_159" id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">[159]</a> (et elles étaient nombreuses) -que l’ambassadeur de France adressait au -Gouvernement, pendant l’année 1726. Richelieu -se vantait d’avoir acheté d’un commis aux affaires -étrangères le chiffre de Zinzendorff, par conséquent -de connaître la teneur des lettres du Ministre. -<span class="pagenum" id="Page_99">[p. 99]</span> -Villars, sans vouloir prétendre que Richelieu fût un -naïf, fait observer à ses collègues, que le commis a -bien pu «agir, du consentement de son maître, -pour tromper, par de fausses apparences» le diplomate -français. Au reste les dépêches de l’ambassade -reflètent exactement l’état d’âme de ce monarque -sombre, inquiet, incertain, qui, un jour, (15 février), -est «déterminé à la guerre» et plus tard (7 novembre) -en est absolument «éloigné». Puis, Richelieu, qui, -pour être un homme charmant, spirituel, aimable, -n’en est pas moins, à l’occasion, autoritaire, hautain, -voire agressif, se trouve souvent en conflit avec ses -collègues du corps diplomatique. Le premier ministre -autrichien lui reproche, à tort il est vrai, de pousser -les Turcs à guerroyer contre l’Empereur. D’autre -part, Saint-Saphorin, l’ambassadeur d’Angleterre -et Richelieu, qui devaient marcher de conserve, ne -pratiquèrent pas toujours entre eux l’entente cordiale.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_159" id="Footnote_159" href="#FNanchor_159"><span class="label">[159]</span></a> -Bien à tort, Lemontey écrit, dans son <i>Histoire de la Régence</i>, -que ces dépêches sont «insipides». L’ambassadeur d’Angleterre, qui -se croyait le plus fin des hommes, daignait reconnaître la valeur -diplomatique de Richelieu.</p> -</div> - -<p>Villars note avec soin, et d’après les dépêches -apportées par le courrier de France, tous les incidents -de cette vie diplomatique si occupée, si agitée<a name="FNanchor_160" id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">[160]</a>, -et cependant sur le point d’aboutir à d’heureux -résultats, honorables pour le pays et pour son -représentant, quand, soudain, éclate cette nouvelle -inouïe:</p> - -<p>La nuit, aux portes de Vienne, dans une carrière -abandonnée, s’aidant de la complicité de deux seigneurs -autrichiens, Richelieu a immolé, au cours -d’une conjuration magique, deux victimes humaines.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_160" id="Footnote_160" href="#FNanchor_160"><span class="label">[160]</span></a> -<i>Mémoires</i> de <span class="smcap">Villars</span> (édit. de Vogüé), t. V, <i>passim</i>.</p> -</div> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_100"> - -<h2>CHAPITRE X</h2> - -<p class="smm"><i>Prédilection de Richelieu pour la cabale et les opérations -magiques. — Affaire de satanisme à Vienne: ses différentes -versions. — Richelieu obtient le chapeau de Cardinal -pour Fleury. — Succès de sa mission diplomatique. — Son -retour en France. — Nouvelles imprudences sur -le terrain de la galanterie. — Il est plus circonspect -en politique: la conjuration des Marmouzets. — Richelieu -conquiert de nouveaux grades dans l’armée et «commande -pour le roi» en Languedoc.</i></p> - -<p>Richelieu, on ne saurait trop le répéter, est bien -l’homme de son siècle. S’il affiche, comme tant d’autres -de ses contemporains, les pratiques extérieures -du Culte, parce que la démonstration contraire -serait nuisible aux intérêts de l’État et d’un mauvais -exemple aux yeux des gens de bonne compagnie, -il est foncièrement athée, impie, libertin dans le -sens que ce terme comportait au <span class="smcap">XVII<sup>e</sup></span> siècle. Mais -s’il ne croyait pas à Dieu, il croyait au Diable, différent -en cela de son ami Voltaire, qui ne croyait, -ni à l’un, ni à l’autre, bien qu’il pratiquât, lui aussi, -dans le temple «élevé à Dieu par Voltaire», comme -il l’avait si modestement écrit sur le fronton de sa -chapelle seigneuriale.</p> - -<p>Richelieu était de l’école du Régent. Il adorait la -chimie, cherchait la pierre philosophale, se plaisait -aux calculs de l’astrologie judiciaire et ne dédaignait -pas les conjurations magiques. Il n’y voyait, disait-il, -qu’un simple amusement, et parfois même les taxait -de pures folies. Mais il les avait toujours suivies avec -<span class="pagenum" id="Page_101">[p. 101]</span> -le plus vif intérêt, quand M<sup>lle</sup> de Valois les interrogeait -sur l’avenir réservé à ses amours, ou quand -M<sup>lle</sup> de Séry, maîtresse du Régent, prétendait avoir -vu dans un verre d’eau la tête de son amant ceinte -de la couronne royale.</p> - -<p>Ces diverses particularités étaient connues de -tous: aussi personne ne parut-il autrement surpris, -quand la <i>Quintessence</i> et le <i>Journal de Leyde</i>, deux -feuilles des Provinces-Unies, révélèrent, avec les -détails qu’exige un fait-divers d’une telle envergure, -le crime effroyable imputé au duc de Richelieu<a name="FNanchor_161" id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">[161]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_161" id="Footnote_161" href="#FNanchor_161"><span class="label">[161]</span></a> -Richelieu s’en montra très affecté. Il écrivait, en février 1727, -à Chavigny, un de ses collègues: «Je suis extrêmement peiné de la -calomnie qu’on fait imprimer contre moi et de la façon dont on l’a -débitée: je donnerais tout au monde pour connaître l’auteur qui a -donné aux gazettes l’occasion de cette impertinence.» (<span class="smcap">Soulavie</span>: -<i>Mémoires de Richelieu</i>, t. V, p. 232.)</p> - -<p>La sienne, à lui, Richelieu devait lui attirer, à ce propos, une -réplique assez désobligeante de Chirac, médecin du roi, qui s’était -rencontré avec lui chez le duc de Sully, alors gravement malade. -Richelieu proposait pour la guérison un remède d’empirique, tandis -que Chirac insistait pour la saignée, «le seul parti à prendre»; autrement -«M. le duc n’en pourrait réchapper sans un miracle».</p> - -<p>—Raison de plus pour employer mon remède, fit alors Richelieu, -non sans appuyer sa proposition d’une sortie virulente contre -les médecins, si bien que Chirac, exaspéré, lui cria:</p> - -<p>—Parbleu, je sais bien que vous croyez aux esprits follets et non -pas aux miracles.</p> - -<p>«Dont M. de Richelieu, dit le chroniqueur qui conte l’anecdote -(<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, 10159, -16 février 1729), se tint insulté, avec raison, suivant tout Paris, -l’allusion à ses folies de la Cour de Vienne étant trop bien marquée -et caractérisée.»</p> -</div> - -<p>Nous avouons que ce récit nous a trouvé tout à -fait incrédule, même quand il est rapporté par Duclos -qui semble absolument convaincu. Il est vrai -qu’il exécrait Richelieu. Mais nous ne saurions passer -sous silence sa version, non plus que celle de -<span class="pagenum" id="Page_102">[p. 102]</span> -Barbier qui, pour être plus romanesque, se termine sur -un moins tragique dénouement. La voici:</p> - -<p>En compagnie de l’abbé de Zinzendorff, fils du -Chancelier, et de Westerloo, capitaine des hallebardiers -de l’Empereur, Richelieu s’était rendu au -fond d’une carrière pour y voir le diable. Deux cordeliers, -qu’ils avaient emmenés, célébrèrent une -messe et donnèrent l’hostie consacrée à deux boucs, -l’un blanc et l’autre noir. En fait de diable, les curieux -ne virent que le nonce qui les surprit en pleine -cérémonie et fit expédier les moines à l’Inquisition, -pendant que l’Empereur écrivait au roi de France<a name="FNanchor_162" id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">[162]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_162" id="Footnote_162" href="#FNanchor_162"><span class="label">[162]</span></a> -<i>Journal</i> de Barbier, t. II, page 8.—L’inspecteur de la librairie, -d’Hemery, dit dans ses <i>Anecdotes</i> (Biblioth. Nationale, Mss. fonds -français 22158, p. 100) que Richelieu, après avoir donné à un bouc -une hostie consacrée, l’avait fait égorger par un prêtre.</p> -</div> - -<p>D’après Duclos, un magicien avait persuadé aux -jeunes seigneurs qu’il leur montrerait le diable, -au fond de cette mystérieuse carrière où les avait -conduits leur crédulité. Cet homme était un Arménien -qui fut trouvé, le lendemain, grièvement blessé -et rendit presque aussitôt le dernier soupir: «C’était -apparemment, écrit Duclos, le prétendu magicien -que ces messieurs, aussi barbares que dupes, et -honteux de l’avoir été, venaient d’immoler à leur -dépit. Les ouvriers (qui l’avaient relevé) craignant -d’être pris pour complices, s’enfuirent aussitôt et -allèrent faire la déclaration de ce qu’ils avaient vu.»</p> - -<p>L’affaire fut étouffée, affirme notre historien. Le -chancelier avait tout intérêt à cette solution: il -attendait pour son fils la promotion au cardinalat. -Il écrivit, en outre, à Fleury, pour qu’il traitât d’infâmes -calomnies les imputations dirigées contre son -<span class="pagenum" id="Page_103">[p. 103]</span> -ambassadeur. Et Fleury de s’y prêter le plus complaisamment -du monde. Seul, Westerloo<a name="FNanchor_163" id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">[163]</a> paya -pour tous: il fut privé de son emploi et mourut dans -l’obscurité.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_163" id="Footnote_163" href="#FNanchor_163"><span class="label">[163]</span></a> -<span class="smcap">Duclos</span>: <i>Mémoires</i> (1864), t. II, pp. 242 et suiv.</p> -</div> - -<p>Les Mémoires du prince de Ligne disculpent Richelieu -de l’accusation portée contre lui; mais ils -affirment à tort, que «le cardinal de Fleury le fit -rappeler ridiculement pour de prétendues conjurations -du diable dans un jardin de Leopoldstadt<a name="FNanchor_164" id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor">[164]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_164" id="Footnote_164" href="#FNanchor_164"><span class="label">[164]</span></a> -<i>Mémoires du Prince de Ligne</i> (1827), t. V, p. 179 (autobiographie -du Prince Eugène). Dans ses <i>Souvenirs et Portraits</i> (1815), -pp. 21 et suiv., le duc de Lévis donne cette version, qu’il estime -la véritable, que Richelieu sacrifia un cheval blanc à la lune. Il -constate, d’ailleurs, l’esprit superstitieux du Maréchal, qui refusa -d’aller faire sa cour au fils aîné de Louis XVI, qu’il savait condamné -par Maloet à une mort prochaine: il croyait fermement aux esprits.</p> -</div> - -<p>Si le premier ministre de France avait enfin obtenu -le chapeau, il n’ignorait pas qu’il en devait presque -tout l’honneur aux pressantes sollicitations de Richelieu; -et celui-ci pouvait, à juste raison, s’en féliciter -dans ce billet du 2 septembre 1726:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Je n’ai le temps que de vous écrire ces mots, -ne pouvant retarder un moment la bonne nouvelle -que j’envoie au Roi du consentement que j’ai enfin -arraché à l’Empereur à la promotion de M. de Fréjus. -Je l’ai envoyée hier à Rome, par un courrier -extraordinaire, au cardinal de Polignac (son ami)... -Je suis au comble de la joie de cette affaire, car je -puis vous dire, sans me vanter, que je l’ai conduite -adroitement et que je crois que l’on m’en aura quelque -obligation<a name="FNanchor_165" id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor">[165]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_165" id="Footnote_165" href="#FNanchor_165"><span class="label">[165]</span></a> -<i>Bulletin du bibliophile</i>, année 1882, p. 421. On croit que ce -billet était adressé à Voltaire.—Fleury n’oublia jamais le service -rendu; mais, déjà, un an auparavant, le 29 août 1725, s’en référant à -Morville, il complimentait Richelieu sur ses succès diplomatiques -qui, disait-il, avaient établi sa réputation en deux mois. Fleury le -comparait même à... Tacite.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_104">[p. 104]</span> -D’ailleurs, Richelieu arrivant, non sans succès, -au terme de sa mission, il eût été injuste et cruel -de lui en retirer la gloire, d’autant que son prétendu -crime était loin d’être prouvé.</p> - -<p>Déjà, au début de son ambassade, il avait préparé -les éléments de ce traité de Hanovre (3 septembre -1725)<a name="FNanchor_166" id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor">[166]</a> qui réunissait, dans une alliance -défensive contre l’Autriche et l’Espagne, l’Angleterre, -la France et la Prusse, soucieuses surtout -d’empêcher la reconstitution de l’empire de Charles-Quint, -autrement dit de maintenir l’équilibre européen. -Il est vrai que, le 6 août 1726, la Russie, et -qu’en mars 1727, la Prusse, à qui l’Empereur a promis -certains avantages territoriaux, font cause -commune avec l’Autriche et l’Espagne. Par contre, -la Hollande, la Suède et le Danemark se rangent du -côté de l’Angleterre et de la France<a name="FNanchor_167" id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor">[167]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_166" id="Footnote_166" href="#FNanchor_166"><span class="label">[166]</span></a> -Le traité de Hanovre, écrit M. Jean Dureng (<i>Mission de Théodore -de Chavignard de Chavigny en Allemagne</i> (septembre 1726, -octobre 1731) <i>d’après ses Mémoires inédits</i>, 1912, p. 8), le traité de -Hanovre eut, comme suite, «la reconstitution» par Chavigny «d’un -parti hostile à l’Empereur, dépendant de la France»; et l’éditeur -ajoute: «L’affaiblissement et même la rupture des liens qui attachaient -l’Empire à l’Empereur» sont les principes qui ne cessèrent -d’inspirer la diplomatie française jusques et y compris la Révolution -et Napoléon I<sup>er</sup>.»</p> - -<p><a name="Footnote_167" id="Footnote_167" href="#FNanchor_167"><span class="label">[167]</span></a> -<span class="smcap">H. Carré</span>: <i>Histoire de France au XVIII<sup>e</sup> siècle</i> (édition -Lavisse).—<span class="smcap">Jobez</span>: <i>La France sous Louis XV</i> (1864-1873, 6 vol.) tome II.</p> -</div> - -<p>Un commencement d’hostilités, l’attaque de Gibraltar -par l’Espagne, peut, un instant, faire appréhender -une conflagration générale. Mais le traité -de Vienne du 13 mai 1727 débarrasse l’horizon -politique de ses nuages. Tout danger de guerre -<span class="pagenum" id="Page_105">[p. 105]</span> -est momentanément écarté: l’alliance de l’Espagne -et de l’Autriche, que devait fortifier le mariage, -projeté, de don Carlos, le second fils de Philippe V, -avec Marie-Thérèse, est désavouée par l’Empereur; -et le privilège de la compagnie commerciale d’Ostende -est révoqué. Cette œuvre de pacification avait -été savamment conduite, il est vrai, par Fleury; -mais Richelieu ne l’en avait pas moins adroitement -amorcée; et la réconciliation était complète, en -août 1727, comme le dit l’historien Henri Martin, -entre les deux branches de la maison de Bourbon<a name="FNanchor_168" id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">[168]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_168" id="Footnote_168" href="#FNanchor_168"><span class="label">[168]</span></a> -<i>Mémoires</i> de <span class="smcap">Villars</span>, t. V.—A maintes reprises, le Maréchal -ne se fit pas faute d’interroger Richelieu sur divers incidents de sa -campagne diplomatique; et les <i>Mémoires</i> du vainqueur de Denain, -en 1730, enregistrent certaines déclarations de l’ambassadeur, auxquelles -la véracité de Villars donne un cachet d’authenticité. Richelieu -ne lui avait-il pas affirmé le fait, d’ailleurs certifié par Fonseca, -ambassadeur d’Autriche à Versailles, que l’Empereur aurait rétrocédé -Luxembourg et d’autres places fortes à Louis XV, comme -gage d’alliance avec la France, si le roi Très-Chrétien lui avait garanti -le bénéfice de la <i>Pragmatique Sanction</i>, c’est-à-dire de la succession -à l’Empire pour les archiduchesses d’Autriche? Or, le cardinal -Fleury avait déclaré, en plein Conseil, que, si le chancelier -Zinzendorff avait consenti ces propositions à la France, il avait -été désavoué depuis par l’Empereur. Bien mieux, en 1732, le Garde -des Sceaux avait soutenu à Villars que Richelieu n’avait jamais -signalé au premier ministre le dessein formé par Charles VI de marier -l’aînée des archiduchesses à Don Carlos. Et précisément l’ancien -ambassadeur avait présenté à Villars la copie de ses dépêches -témoignant du désir de l’Empereur de conclure cette union; aussi, le -Maréchal estimait-il comme «la pire des fautes, aussi honteuse que -dangereuse», de n’avoir pas assuré «l’Empire et tous les biens de -la maison d’Autriche à la troisième branche de la maison de Bourbon». -Une note de l’éditeur des <i>Mémoires</i> de Villars ajoute: «En effet -il est question dans la Correspondance de Richelieu, en 1725, de négociations -secrètes entre l’Autriche et l’Espagne pour le mariage du -deuxième fils de Philippe V avec l’archiduchesse Marie-Thérèse. -Si elles ont réellement existé, elles étaient inspirées par une pensée -hostile à la France et la secrète espérance de reconstituer contre -elle l’empire de Charles-Quint, mais avec un Bourbon. Villars fut -toujours convaincu que l’offre était sérieuse et que l’affaire avait -manqué par la faute de Fleury.»</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_106">[p. 106]</span> -Aussi le jeune négociateur reçut-il l’accueil le plus -flatteur du roi, quand, le 3 juillet 1728, au retour -de son ambassade<a name="FNanchor_169" id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">[169]</a>, il vint «faire sa révérence» -à Louis XV, comme le dit Villars; mais, ajoute le -Maréchal, «on le trouva fort changé<a name="FNanchor_170" id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor">[170]</a>». L’ardeur -qu’il avait apportée à remplir les devoirs de sa -mission explique, de reste, cet état physiologique; -au moins eût-il dû demander au repos prolongé, -la réparation de ses forces; malheureusement, il -retrouvait, à Paris et à Versailles, cette vie de plaisir -à outrance dont il avait en quelque sorte perdu -l’habitude à la Cour de Vienne, où l’austérité des -mœurs et la pratique intense de la dévotion lui -donnaient presque des nausées, ainsi qu’il l’écrivait -au cardinal de Polignac. Mais sa légèreté et -son inconstance, qui l’entraînaient sans relâche vers -de nouvelles amours, lui suscitèrent de vives inimitiés -chez des femmes dont il avait éprouvé, dans -le charme d’un adorable commerce intellectuel, la -tendre et sincère affection. C’est ainsi qu’il avait -<span class="pagenum" id="Page_107">[p. 107]</span> -froissé, à son grand dam, cette exquise M<sup>me</sup> de Gontaut, -avec qui il avait échangé une si piquante correspondance<a name="FNanchor_171" id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">[171]</a> -pendant son séjour à Vienne. Mais -M<sup>me</sup> de Gontaut avait l’épigramme facile et sanglante, -d’autant que la pointe en était préalablement -aiguisée par Roy, le poète satirique. Quand -elle vit Fanfarinet (c’était elle qui l’avait ainsi baptisé) -s’éloigner d’elle en esquissant une de ses pirouettes -ordinaires, elle lui décocha ce couplet à -l’emporte-pièce:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">Ton amour n’est que badinage;</div> - <div class="vers8">Tes serments sont un persiflage,</div> - <div class="vers8">Que tu <ins id="cor_7" title="prodigue">prodigues</ins>, à chaque instant,</div> - <div class="vers8">A tout objet qui se présente,</div> - <div class="vers8">Sans choix, sans goût, ni sentiment.</div> - <div class="vers8">Il te suffit d’en tromper trente.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_169" id="Footnote_169" href="#FNanchor_169"><span class="label">[169]</span></a> -Six mois auparavant, les nouvellistes parisiens annonçaient -déjà sa prochaine arrivée, «l’Empereur s’inquiétant de ses assiduités -auprès de l’Impératrice. Il devrait pourtant se laisser donner -un successeur par lui.» <span class="smcap">Bibliothèque de L’arsenal</span>: <i>Archives de -la Bastille</i>, 10158. Nouvelles de café (café Joseph), 20 janvier 1728.</p> - -<p><a name="Footnote_170" id="Footnote_170" href="#FNanchor_170"><span class="label">[170]</span></a> -Sa santé fut même très compromise l’année suivante, s’il faut -en croire la lettre dans laquelle M<sup>lle</sup> Aïssé (<i>Lettres</i>, édition E. Asse, -1873) écrivait, en novembre 1729, de Pont-de-Veyle, que Richelieu, -disait-on, se mourait de la rougeole.</p> - -<p>D’ailleurs, il eut, dans le cours de sa vie, d’assez fréquentes secousses.—Dangeau -notait, le 15 novembre 1717: «Le duc de Richelieu -est assez considérablement malade, on l’a saigné et on ne -lui a tiré que du pus. Sa grande jeunesse pourra le tirer de là.» Et, -en effet, le 23, il était hors de danger.» Il est donc évident que sa -longévité fut, comme celle de Voltaire, assez fréquemment contrariée -par des accidents plus ou moins graves, quoique en aient dit -bon nombre de mémorialistes.</p> - -<p><a name="Footnote_171" id="Footnote_171" href="#FNanchor_171"><span class="label">[171]</span></a> -On ne trouve aucune trace de ces lettres dans les <i>Pièces inédites -sur les règnes de Louis XIV et Louis XV</i> signalées par notre <i>Avant-Propos</i>, -publication où Soulavie avait réuni, au Tome II, la correspondance -des amis de Richelieu sur «les intrigues de la Cour de -France», avec l’«ambassadeur extraordinaire», pendant son -séjour à Vienne.</p> -</div> - -<p>Ce trait final rappelle le mot du Président Hénault -sur Richelieu: «L’homme à bonnes fortunes du -siècle; il a été le <i>dompteur de toutes les femmes</i>, au -point que l’on a remarqué celles qui lui avaient résisté<a name="FNanchor_172" id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor">[172]</a>.» -C’était comme un point d’honneur pour lui -de ne point rencontrer de cruelles; mais il n’avait -pas le sens de l’éclectisme, et M<sup>me</sup> de Gontaut le lui -dit nettement.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_172" id="Footnote_172" href="#FNanchor_172"><span class="label">[172]</span></a> -<i>Mémoires</i> du Président Hénault (édition Fr. Rousseau, 1911), -p. 124.</p> -</div> - -<p>Cette confiance en soi, cette infatuation de son -<span class="pagenum" id="Page_108">[p. 108]</span> -mérite n’ont rien qui doive surprendre chez Richelieu. -Jamais homme ne fut mieux servi par les circonstances, -ni plus heureusement doué par la nature. -Sa vanité, toujours en éveil, formulait à peine -un désir qu’elle recevait pleine et entière satisfaction. -Il mettait, en effet, une sorte de coquetterie à -rechercher les distinctions honorifiques, sur lesquelles -il semblait que le grand nom de Richelieu -lui donnât comme un droit de préemption. En novembre -1732, il se faisait recevoir membre honoraire -de l’Académie des Sciences. Et nous verrons, par la -suite, quel intérêt il prenait à toutes les questions -de théâtre et d’art, d’histoire et de littérature, comment, -en dépit de son humeur caustique, autoritaire, -parfois même brouillonne et tracassière sous -les dehors d’une excessive politesse, il jugeait sainement -de matières qui paraissaient devoir échapper -à sa compétence.</p> - -<p>Il mettait déjà plus de circonspection dans ses -agissements politiques et, prudemment, se tenait -à l’écart de manœuvres que des impatients dirigeaient -contre le gouvernement du cardinal Fleury. -Parmi eux, le duc de Gesvres, premier gentilhomme -de la Chambre et le duc d’Épernon, fils d’un premier -mariage de la comtesse de Toulouse, avaient -projeté de renverser à bref délai le vieux prélat. -Admis dans l’intimité du roi qu’amusaient leurs -boutades contre le ministre, et, croyant l’heure propice, -ils s’en ouvrirent à Richelieu. Celui-ci leur promit -le secret; mais, peu séduit par la perspective de -reprendre une quatrième fois le chemin de la Bastille, -il préféra se retirer pour quelques semaines -dans son château du Poitou. Entre temps, de Gesvres -<span class="pagenum" id="Page_109">[p. 109]</span> -et d’Épernon présentaient au roi un mémoire qui -était presque un acte d’accusation contre Fleury et -concluait à sa déchéance. Louis XV chargea son premier -ministre de la réponse; et les deux chefs de ce -complot à l’eau de rose, qu’on dénomma ironiquement -la <i>Conjuration des Marmouzets</i>, furent exilés -dans leurs terres<a name="FNanchor_173" id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">[173]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_173" id="Footnote_173" href="#FNanchor_173"><span class="label">[173]</span></a> -<span class="smcap">Jobez</span>: <i>La France sous Louis XV</i>, t. III, p. 56.</p> -</div> - -<p>Cette manifestation anti-ministérielle se produisit -en octobre 1730. Elle ne fut pas d’ailleurs la seule; -mais toutes furent également inoffensives. Elles se -traduisaient, suivant la mode du temps, en épigrammes, -en couplets, en parodies tirées des classiques, -en pamphlets, en «lettres de l’autre monde». -L’une d’elles, qui date du 25 juillet 1732, offre cette -particularité qu’elle est adressée au duc de Richelieu -par son grand-oncle, l’illustre Cardinal, en -raison du projet qu’on prêtait à Fleury de se faire -ériger un mausolée dans l’église de la Sorbonne, -dont les caveaux devaient être exclusivement réservés -à la sépulture de Richelieu et de sa famille. -Cette missive anonyme, écrite «des Champs-Élysées», -était tout à la fois un libelle contre Fleury -«ce petit-fils de laquais», et un panégyrique du neveu -par l’oncle. Le Cardinal qualifie—délicieux euphémisme!—«d’audacieuses -entreprises de jeunesse» -les folies que l’on sait. «Le jeune duc, dit-il, prodigue -pour l’honneur de la nation une grande partie -des biens qu’il lui a laissés. Pénétrant pour ainsi -dire dans les plus secrets replis de ce fameux conseil -aulique, il sert aussi bien son maître à entretenir -la paix avec cette fière maison d’Autriche, que lui, -<span class="pagenum" id="Page_110">[p. 110]</span> -le Cardinal, a servi le sien en abaissant la puissance -énorme de cette maison.» Aussi l’oncle s’en croit-il -autorisé à «déduire ce que le neveu pourra faire dans -la guerre après ce qu’il lui voit faire dans la paix<a name="FNanchor_174" id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor">[174]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_174" id="Footnote_174" href="#FNanchor_174"><span class="label">[174]</span></a> -<span class="smcap">Boisjourdain</span>: <i>Mélanges historiques, politiques et satiriques</i>, -1807, 3 vol., t. II, p. 125.</p> -</div> - -<p>L’événement allait justifier le pronostic.</p> - -<p>Le succès de son ambassade avait développé, en -effet, chez Richelieu le germe d’une noble ambition, -celle de «servir le roi» comme le disait la «lettre du -Cardinal», le roi représentant, sous l’ancien régime, -et l’État, et la France. Or, Richelieu se rappelait -qu’il avait fait ses premières armes sous Villars, -à l’heure où le pays luttait contre l’invasion étrangère; -et quand la vacance du trône de Pologne, -en 1733, autorisa les revendications de Stanislas -Lesczinski, suggérées d’ailleurs par son gendre, -Louis XV, Richelieu fut le premier à conseiller de -leur prêter l’appui d’une politique ferme et vigoureuse. -Aussi fut-il désigné pour prendre part à la -démonstration militaire qu’allait tenter l’armée du -Rhin, commandée par le Maréchal de Berwick. Il -partit avec le régiment d’infanterie, dont il était -colonel par commission du 15 mars 1718.</p> - -<p>Il avait apporté à ses préparatifs le faste et l’ostentation -qui, chez lui, étaient presque une seconde -nature. Il emmenait, avec le personnel que nécessitaient -de tels équipages, 30 chevaux pour lui, 72 mulets -transportant ses bagages, et des tentes semblables -à celles du roi<a name="FNanchor_175" id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor">[175]</a>. Villars s’amusa beaucoup de ce déploiement -de luxe.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_175" id="Footnote_175" href="#FNanchor_175"><span class="label">[175]</span></a> -<span class="smcap">Barbier</span>: <i>Journal</i>, t. II, p. 428.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_111">[p. 111]</span> -Richelieu n’en fit pas moins bravement son devoir -au siège de Kehl.</p> - -<p>Un brevet du 20 février 1734 lui accordait le grade -de brigadier d’infanterie à cette même armée du -Rhin.</p> - -<p>Richelieu continua d’y servir en 1735, jusqu’à -la paix, époque à laquelle il se démit de son régiment.</p> - -<p>Puis, en 1738, il était pourvu de la lieutenance-générale -du Languedoc, au département du Vivarais -et du Velay, sur la démission du marquis de la Fare; -et, le même jour, il recevait sa commission pour -«commander, au nom du Roi, dans la province».</p> - -<p>Avant d’atteindre sa quarantième année, il était -donc parvenu au but que se proposaient tous les -grands seigneurs, ses contemporains; il occupait -un poste officiel dans le monde administratif, après -avoir conquis une place honorable dans les rangs de -l’armée.</p> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_112"> - -<h2>CHAPITRE XI</h2> - -<p class="smm"><i>Le second mariage de Richelieu. — Voltaire l’a mené comme -une «comédie». — Richelieu retourne à l’armée: son -duel avec le prince de Lixin. — Sa femme, la princesse -de Guise, est une nature d’élite. — Comme elle seconde -son mari aux États de Languedoc. — Une anecdote du -marquis de Valfons. — Richelieu fidèle pendant six mois. — L’intrigue -avec M<sup>me</sup> de la Martellière. — Les cabinets -particuliers de la Galerie des Tuileries. — Amour passionné -de la duchesse pour son mari. — Ses derniers moments.</i></p> - -<p>Entre deux campagnes, Richelieu avait pris le -temps de se remarier.</p> - -<p>Ce n’était pas la première fois qu’il envisageait -cette éventualité. Et même, M<sup>lle</sup> de Noailles n’était -pas morte de six mois, qu’il jetait ses vues sur -M<sup>lle</sup> de Monaco, sœur de la duchesse de Valentinois. -«Mais, note le <i>Journal</i> de Dangeau, cela n’a -pu s’ajuster, tout est rompu<a name="FNanchor_176" id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">[176]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_176" id="Footnote_176" href="#FNanchor_176"><span class="label">[176]</span></a> -<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t. XVI, 16 mars 1717.—De nos jours, -un prince de Monaco épousa la veuve d’un duc de Richelieu.</p> -</div> - -<p>Il est probable que ce parti ne dût pas être le seul -qui s’offrît à Richelieu pendant les dix-huit années que -dura son veuvage; mais les annalistes contemporains -n’en ont soufflé mot. Nous n’avons trouvé que -cette indication dans une gazette de café, datée du -20 janvier 1728:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«M. de Senozan (un riche parvenu) veut faire -épouser le duc de Richelieu à sa fille et promet -<span class="pagenum" id="Page_113">[p. 113]</span> -20.000 écus à l’intermédiaire qui y parviendra<a name="FNanchor_177" id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">[177]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_177" id="Footnote_177" href="#FNanchor_177"><span class="label">[177]</span></a> -<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, 10158 -(manuscrits).</p> -</div> - -<p>Mais Voltaire avait juré le bonheur de celui qui -était déjà son idole, avant qu’il devînt «son héros». -Il parla, écrivit, s’agita, s’entremit avec cette activité -qu’il dépensait en toutes choses; et, le 14 avril -1734, Richelieu se mariait, dans la chapelle de Montjeu, -avec «Élisabeth-Sophie de Lorraine, fille d’Anne-Marie-Joseph -de Lorraine, prince de Guise, comte -d’Harcourt, marquis de Neufbourg et Montjeu et -Maria-Louise-Chrétienne de Nasville, princesse de -Guise<a name="FNanchor_178" id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">[178]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_178" id="Footnote_178" href="#FNanchor_178"><span class="label">[178]</span></a> -<i>Dictionnaire</i> de <span class="smcap">Jal</span>, p. 1062 (Registres du Temple).</p> -</div> - -<p>Et, tout fier d’un tel dénouement, l’homme de -théâtre qu’était Voltaire écrivait à son ami Cideville -qu’il avait conduit l’affaire comme une intrigue -de comédie.</p> - -<p>En réalité, la vanité, cette puissante directrice de -toutes les actions de Richelieu, avait singulièrement -contribué à cette union. Si le petit-fils des Vignerot, -comme ses ennemis se plaisaient encore à l’appeler, -n’avait pu s’allier, jadis, par M<sup>lle</sup> de Valois ou par -M<sup>lle</sup> de Charolais, aux Bourbons, il entrait aujourd’hui -dans une maison princière, peut-être plus illustre, -celle des Guise, puisqu’elle prétendait descendre -de Charlemagne.</p> - -<p>Il faut dire cependant, à l’éloge de Richelieu, que -l’orgueil n’avait pas, seul, déterminé son choix. -Impulsif, ainsi qu’il le fut toute sa vie, il s’était pris -d’une soudaine passion pour M<sup>lle</sup> de Guise, une -belle personne, un peu fière et presque farouche, -jusque-là délaissée, car elle n’avait pas de dot. Et -<span class="pagenum" id="Page_114">[p. 114]</span> -très noblement, très galamment, il l’avait épousée.</p> - -<p>Voltaire n’avait pas eu tort, quand il avait vu -dans ce mariage le côté théâtre. Huit jours après le -«saint nœud», que le poète avait célébré dans une -épître restée célèbre<a name="FNanchor_179" id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">[179]</a>, Richelieu avait dû quitter -sa femme, rappelé par la reprise des hostilités sur -les bords du Rhin. Il était de nouveau sous les ordres -de Berwick et, parmi ses compagnons d’armes, -se trouvait un cousin de la duchesse, le prince de -Lixin, qui, avec son frère, le prince de Pons, avait -refusé de signer au contrat de sa parente. Le prince -de Guise les avait «déshonorés», disaient-ils, en -donnant sa fille à ce Vignerot qui n’était pas gentilhomme. -Or, pendant le siège de Philisbourg, un -soir que Richelieu, prié à souper chez le prince de -Conti, s’y rendait, au sortir de la tranchée, sans -avoir eu le temps de faire disparaître la sueur et -la poussière dont il était couvert, le prince de Lixin, -qui était invité, lui aussi, parut s’étonner que le duc -ne fût pas encore décrassé, depuis son alliance avec -les Guise. Cette insolence fut cruellement châtiée. -Richelieu appela en duel le prince de Lixin et le tua -net<a name="FNanchor_180" id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">[180]</a>. Il avait été lui-même assez grièvement blessé -et le bruit de sa mort avait couru avec une telle persistance, -que Voltaire, n’écoutant que son amitié, -était parti pour Philisbourg, acte de pieuse déférence -qui lui avait été imputé à crime<a name="FNanchor_181" id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">[181]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_179" id="Footnote_179" href="#FNanchor_179"><span class="label">[179]</span></a> -<span class="smcap">Voltaire</span>: <i>Épître à la Duchesse de Guise</i> (avril 1734).</p> - -<p><a name="Footnote_180" id="Footnote_180" href="#FNanchor_180"><span class="label">[180]</span></a> -<span class="smcap">Barbier</span>: <i>Journal</i> (Paris, 8 vol.), t. III, p. 464.—<span class="smcap">Narbonne</span>: -<i>Journal des règnes de Louis XIV et Louis XV</i> (Paris, 1860), -pp. 316-317.</p> - -<p><a name="Footnote_181" id="Footnote_181" href="#FNanchor_181"><span class="label">[181]</span></a> -<i>Lettres de M<sup>me</sup> du Châtelet</i> (édit. E. Asse, 1878).—Et cependant -son arrivée au camp, dit <span class="smcap">Desnoiresterres</span> (<i>Vie de Voltaire</i>, -t. II, p. 45) avait été fêtée par les princes du sang, MM. de Conti, -de Charolais, de Clermont.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_115">[p. 115]</span> -Pour s’être si tardivement remarié, Richelieu -avait eu la main heureuse.</p> - -<p>M<sup>lle</sup> de Guise était, en effet, une nature d’élite, -qu’exaltait fort Voltaire, quoiqu’elle pût porter ombrage -à la docte Émilie. C’était, comme on disait -alors, une «salonnière». Elle avait fait un cours de -physique dans la salle des machines à la cour de Lorraine; -et, certain jour, elle avait confondu un prédicateur -jésuite qui était un éloquent bavard<a name="FNanchor_182" id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">[182]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_182" id="Footnote_182" href="#FNanchor_182"><span class="label">[182]</span></a> -<span class="smcap">Voltaire</span>: <i>Lettre à Fromont</i>, 25 juin 1735.</p> -</div> - -<p>Nous avouons que cette virtuosité de conférencière -et ces exercices de femme savante, si communs -au <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, nous trouvent assez froid. Mais -ce qui ne saurait nous laisser indifférent, c’est le -rôle d’associée et de collaboratrice, que la jeune duchesse -tint auprès de son mari, pendant le peu d’années -qu’elle vécut.</p> - -<p>Richelieu, ainsi que nous l’avons vu maintes fois, -était alors dans un état voisin de la gêne; et si la lieutenance-générale -du Languedoc (il avait tablé sur -le commandement de Bretagne) n’était pas une compensation -suffisante donnée à son amour-propre, elle -comportait du moins un revenu très appréciable. -Pendant son absence, sa femme, bien que déjà touchée -par le mal qui allait l’emporter, s’employa fort -activement, de tous côtés, à réaliser les économies -nécessaires. Elle supprima, à Paris, un train de -maison ruineux, loua l’hôtel de la place Royale à -l’ambassadeur de Naples<a name="FNanchor_183" id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor">[183]</a> et vint se fixer à -<span class="pagenum" id="Page_116">[p. 116]</span> -Montpellier, siège du gouvernement de son mari<a name="FNanchor_184" id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor">[184]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_183" id="Footnote_183" href="#FNanchor_183"><span class="label">[183]</span></a> -<span class="smcap">Faur</span> (<i>Vie privée</i>, t. I, p. 330) prétend que ce diplomate, avant -d’habiter l’hôtel, y fit parquer un troupeau de moutons, pendant -quelques jours, pour en chasser l’odeur de musc, chère à Richelieu.—Même -anecdote a été contée pour l’Hôtel du Gouvernement à -Bordeaux, que le Maréchal occupa pendant près de 30 ans.</p> - -<p><a name="Footnote_184" id="Footnote_184" href="#FNanchor_184"><span class="label">[184]</span></a> -<span class="smcap">Comtesse d’Armaillé</span>: <i>La comtesse d’Egmont</i> (Paris, 1890), -p. 3.—Le prince de Dombes était le gouverneur officiel; et Richelieu -commandait pour le roi, mais il était, de fait, le gouverneur de -la province; nous lui en conserverons le titre.</p> -</div> - -<p>Richelieu y prenait une succession difficile. Les -catholiques, les protestants, les juifs même étaient -toujours en état de conflit. Et, pour faire tomber le -bouillonnement de ces cerveaux surchauffés, le représentant -du roi dut mettre en jeu toutes les ressources -d’une diplomatie que lui rendait familière -l’adroite et aimable souplesse de son esprit insinuant. -Les débuts de Richelieu en Languedoc furent -un coup de maître; et le témoignage précieux -d’un contemporain vient corroborer une impression -qui fut générale. Le marquis de Valfons raconte la -scène en ces termes:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>... «Je menais une vie très retirée, jusqu’au passage -du duc de Richelieu qui venait commander -pour la première fois en Languedoc (1739). Il soupa -à l’évêché. Je ne voulus pas me mettre à table pour -être plus à portée de lui faire ma cour. Je l’avais -vu à l’armée. Il ne cherchait qu’à plaire et y réussissait -à coup sûr. Au premier mot que je lui dis, -son accueil fut charmant; la joie qu’on avait de le -voir se peignait dans tous les yeux. Il voulut l’augmenter -encore par ses caresses et sa coquetterie -naturelle.</p> - -<p>—«Vous êtes bien jeune pour ne pas souper, -me dit-il.</p> - -<p>—«Monsieur le duc, lui répondis-je, on soupe -tous les jours et les instants de se rapprocher de -vos bontés sont trop courts.»</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_117">[p. 117]</span> -«Alors éloignant sa chaise et me faisant placer -près de lui:</p> - -<p>—«Mettez-vous là, je le veux.»</p> - -<p>«Et tout de suite, il me fit mille questions. A la -fin de souper, il me dit: «Vous viendrez à Montpellier -m’aider à faire les honneurs d’un bal que -j’y donne lundi prochain. M<sup>me</sup> de Richelieu sera -arrivée. Je vous présenterai: elle vous recevra -bien, car vous ressemblez parfaitement au duc de -la Trémoïlle qui est son parent et qu’elle aime -beaucoup; du reste vous ne deviez pas l’ignorer: -on a dû vous le dire souvent.»</p> - -<p>«Je fus à Montpellier où il me reçut avec bonté -et me mena aussitôt à la toilette de M<sup>me</sup> de Richelieu, -qui, de la meilleure foi du monde, me prenant -pour son cousin, me dit: «Voilà une belle plaisanterie -de changer de nom et d’uniforme. Eh pourquoi -ne m’avez-vous pas dit à Paris la galanterie -que vous me faites de venir aux États?»</p> - -<p>«M. de Richelieu m’accabla de bontés et m’ordonna -de n’avoir pas d’autre maison que la sienne<a name="FNanchor_185" id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">[185]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_185" id="Footnote_185" href="#FNanchor_185"><span class="label">[185]</span></a> -<i>Souvenirs</i> du marquis <span class="smcap">de Valfons</span>, 2<sup>me</sup> édition, 1906. Émile-Paul, -pp. 29-30.</p> -</div> - -<p>Avec une vaillance faisant honneur à sa ténacité, -la jeune femme supportait les fatigues de cette vie -qui la minait; elle puisait sa force de résistance -dans son amour pour son mari; mais lui, qui semblait -l’adorer, était-il sincère?</p> - -<p>Lorsque Voltaire avait suivi d’un œil attendri la -lune de miel d’un couple aussi bien assorti—si tant -est que son malicieux regard ait jamais laissé percer -la moindre lueur de sensibilité—il avait fort -<span class="pagenum" id="Page_118">[p. 118]</span> -sagement conseillé aux deux époux de ne pas tarir trop -vite la coupe qui s’offrait à leurs lèvres:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Ne vous aimez pas trop, c’est moi qui vous en prie;</div> - <div class="vers">C’est le plus sûr moyen de vous aimer toujours.</div> - <div class="vers">Il vaut mieux être amis tout le temps de sa vie</div> - <div class="vers8">Que d’être amants pour quelques jours.</div> -</div> - -<p>C’était, comme bien on pense, pour Richelieu -que Voltaire parlait, Richelieu qui avait juré</p> - -<p class="verseul">D’être toujours fidèle et sage.</p> - -<p>Il le fut à peine six mois.</p> - -<p>En mars 1735, il eut une aventure qu’il nous paraît -intéressant de rappeler, non qu’elle soit une des -plus brillantes conquêtes de ce «dompteur de -femmes», mais parce qu’elle montre, sous l’aspect -peu flatteur d’un professionnel de la défection amoureuse -dans ce qu’elle a de plus humiliant pour sa -victime, l’homme qui se piquait volontiers d’être -le parangon de la politesse délicate et raffinée en -matière de galanterie.</p> - -<p>Cette anecdote figure dans divers <i>Souvenirs</i> contemporains. -Mais nous l’empruntons, très modifiée, -à une autre source beaucoup moins suspecte, la correspondance -d’un commissaire de police parisien.</p> - -<p>Le duc de Durfort se croit l’unique amant, et, bien -entendu, adoré d’une femme à la mode, M<sup>me</sup> de la -Martellière. Mais cette dame s’est donnée toute à -Richelieu, sans que «le cœur de celui-ci y mette -rien». Elle promet de souper avec lui, après avoir -refusé cette faveur à Durfort. Ces deux seigneurs -se rencontrent, le lendemain du rendez-vous, dans -<span class="pagenum" id="Page_119">[p. 119]</span> -une maison amie. Durfort a la mine toute défaite.</p> - -<p>—«Qu’as-tu? demande Richelieu.</p> - -<p>—«Un contre-temps fâcheux n’a pas permis à -M<sup>me</sup> de la Martellière de me recevoir cette nuit.</p> - -<p>—«Allons donc!</p> - -<p>—«Pourquoi pas? Vas-tu dire que je fais le petit-maître -et qu’elle ne m’aime pas?</p> - -<p>—«Que sais-je? Mais la nuit qu’elle t’a refusée, -elle me l’a donnée à moi.</p> - -<p>—«C’est trop fort!</p> - -<p>—«En veux-tu la preuve? Viens, tel jour, à tel endroit; -nous y avons pris rendez-vous. On t’ouvrira -et tu me trouveras avec elle entre deux draps.»</p> - -<p>Ce qui fut dit fut fait. Durfort est annoncé; il -entre avant que M<sup>me</sup> de la Martellière ait pu s’évader. -Elle se tapit sous la couverture, mais Richelieu -a la scélératesse de sauter à bas du lit, entraînant -après lui les draps. Et Durfort a la bassesse de -gifler M<sup>me</sup> de la Martellière<a name="FNanchor_186" id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor">[186]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_186" id="Footnote_186" href="#FNanchor_186"><span class="label">[186]</span></a> -Le Commissaire <span class="smcap">Dubuisson</span>: <i>Lettres au marquis de Caumont</i> -(édition Rouxel, 1882), 31 mars 1735.—<i>Mélanges</i> de <span class="smcap">Boisjourdain</span>, -t. II, p. 448.—Cette anecdote change de face, suivant le -narrateur qui en fait le récit. Dans les <i>Nouvelles de Paris</i>, éditées -en 1879, par M. de Barthélemy, c’est M<sup>me</sup> de la Martellière qui tient -tête à ses deux amants: «C’est la beauté à la mode; ces jours passés, -elle avait donné rendez-vous au duc de Richelieu; et le duc de Durfort, -l’ayant su par une mouche, voulut être aussi de la partie. -M<sup>me</sup> de la Martellière, qui vit l’embarras des deux jeunes seigneurs, -leur dit: Messieurs, je vois bien que vous êtes embarrassés de me -voir ici l’un et l’autre; mais que cela ne vous inquiète pas, je vous -<ins id="cor_8" title="erai">ferai</ins> à tous les deux la chouette.»</p> - -<p>Faur qui, dans la <i>Vie privée</i>, ne mentionne pas l’historiette, consacre -cependant plusieurs pages à M<sup>me</sup> de la Martellière, qu’il représente -comme une des maîtresses les plus dévouées de Richelieu -(t. I, pp. 292-316). Faur va même jusqu’à dire que le duc, pour la -débarrasser de l’autrichien Penterrieder qui l’«excédait», le provoqua -en duel et le tua, non sans avoir été lui-même assez grièvement -blessé.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_120">[p. 120]</span> -Mais comment qualifier la conduite de Richelieu?</p> - -<p>C’est le même homme qui disait à M<sup>me</sup> de Goesbriand, -une de ses maîtresses, le priant de lui envoyer -sa voiture au Palais-Royal dans la cour des -Cuisines: «Je vous conseille, Madame, de rester dans -cette cour, pour y charmer les marmitons pour qui -vous êtes faite. Adieu, ma belle enfant.»</p> - -<p>Que de contrastes et de contradictions chez ce -courtisan exquis, devenu, en un tour de main, le -pire des goujats!</p> - -<p>En 1737, une de ces nouvelles à la main que la -lieutenance de police commandait ou collectionnait -pour son édification particulière, nous apprend comment -Richelieu mettait à profit les secrètes transformations -opérées par un des premiers valets de -chambre du roi dans les dépendances du Palais des -Tuileries dont il était le gouverneur.</p> - -<div class="manuscr"> -<p class="rdate">7 juin,</p> - -<p>«On a inventé un nouveau rendez-vous d’amour, -tant pour la commodité que pour la discrétion. -Plusieurs personnes ont la clef de la galerie que -M. Bontemps s’est pratiquée, aux Tuileries, sous les -voûtes de la terrasse et qu’il a fait meubler. On y -entre à la nuit fermée et l’on y reste jusqu’à dix -heures et plus, sans que personne puisse en rien imaginer: -car on n’y met point de lumières et l’on ne -voit que la clarté de la lune. M. le prince de Conti -et M. le duc de Richelieu y vont souvent<a name="FNanchor_187" id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor">[187]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_187" id="Footnote_187" href="#FNanchor_187"><span class="label">[187]</span></a> -<i>Bibliothèque de la Ville de Paris</i>. Manuscrit 26700; à la date.</p> -</div> - -<p>A cette date, d’après le nouvelliste, c’était -<span class="pagenum" id="Page_121">[p. 121]</span> -M<sup>me</sup> de Vernouillet, une piquante beauté, que le -duc daignait honorer de ses plus particulières -attentions et qui lui valut de malicieux couplets<a name="FNanchor_188" id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor">[188]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_188" id="Footnote_188" href="#FNanchor_188"><span class="label">[188]</span></a> -Les <i>Nouvelles à la main</i>, éditées en 1879 par M. E. de Barthélemy, -attribuent même à Richelieu ce couplet sur M<sup>me</sup> de Vernouillet:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers7">Pour bien peindre en miniature</div> - <div class="vers7">De Vernouillet la figure,</div> - <div class="vers7">Il faudrait que la peinture</div> - <div class="vers7">Exprimât tout à la fois</div> - <div class="vers7">D’une Nymphe le corsage,</div> - <div class="vers7">D’une Grâce le visage,</div> - <div class="vers7">D’une Muse le langage,</div> - <div class="vers7">D’une Sirène la voix.</div> -</div> - -</div> - -<p>Ses infidélités ne durent pas être ignorées de sa -femme. Il semble que Voltaire en ait eu le pressentiment, -quand, dans sa fameuse épître, il s’écriait -assez impertinemment, comme s’il eût prévu le -châtiment du coupable<a name="FNanchor_189" id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor">[189]</a>:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">Est-il dit qu’il ne sera pas</div> - <div class="vers8">Ce qu’il a tant mérité d’être?</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_189" id="Footnote_189" href="#FNanchor_189"><span class="label">[189]</span></a> -<span class="smcap">Duc de Lévis</span>: <i>Souvenirs et Portraits</i>, 1815, pp. 21 et suiv.</p> -</div> - -<p>Mais Richelieu veillait. Aussi, quand, de son -propre aveu, au lendemain de son mariage, il vit -reparaître cet écuyer qui avait si bien consolé sa -première femme, le pria-t-il d’aller porter ailleurs -ses services.</p> - -<p>Mais il n’avait rien à craindre avec M<sup>lle</sup> de Guise, -trop aimante pour ne pas demeurer toujours fidèle. -Lorsqu’elle fut irrémédiablement perdue, le duc, -par décence, resta plus souvent auprès d’elle, à l’hôtel -de Guise qu’elle habitait, depuis son retour de -Montpellier.</p> - -<p>Un jour qu’il s’était rencontré dans la chambre -<span class="pagenum" id="Page_122">[p. 122]</span> -de la mourante avec son confesseur, le P. Segaud, -il dit à sa femme, quand le jésuite l’eut quittée:</p> - -<p>—«Au moins, en êtes-vous contente?</p> - -<p>—«Oh! oui, bien contente, il ne me défend pas -de vous aimer<a name="FNanchor_190" id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor">[190]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_190" id="Footnote_190" href="#FNanchor_190"><span class="label">[190]</span></a> -<span class="smcap">Voltaire</span>: <i>Correspondance</i>. <i>Lettre à Formont</i> du 25 juin 1735.—<span class="smcap">Duc -de Luynes</span>: <i>Mémoires</i> ou <i>Journal</i>, t. III, p. 224.</p> -</div> - -<p>A l’heure de l’agonie, elle ne voulut pas qu’on appelât -son mari, pour lui éviter le déchirement de la séparation -suprême; mais il avait donné des ordres contraires; -et elle eut la consolation de mourir entre -ses bras, dans l’étreinte d’un dernier baiser (2 août -1740).</p> - -<p>Elle laissait deux enfants:</p> - -<p>Louis-Antoine-Sophie Du Plessis-Richelieu, titré -duc de Fronsac, né le 4 février 1736<a name="FNanchor_191" id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor">[191]</a>; Jeanne-Sophie -Élisabeth-Louise-Armande-Septimanie, née le 1<sup>er</sup> -mars 1740. C’étaient les États de Languedoc qui -l’avaient tenue sur les fonts baptismaux et lui -avaient donné le nom de Septimanie. Sa naissance, -à Montpellier, avait hâté la fin de sa mère, qui avait -succombé à une nouvelle poussée de phtisie galopante, -au Temple, chez son père.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_191" id="Footnote_191" href="#FNanchor_191"><span class="label">[191]</span></a> -Le Commissaire Dubuisson écrit à M. de Caumont, en 1736, -que la duchesse de Richelieu vient d’accoucher d’un garçon, que, -sans cela, le roi eût envoyé le duc à la Bastille, parce que celui-ci -s’était permis d’aller chasser, avant lui, sur ses propriétés, dans la -plaine de Saint-Denis, où il avait tué 7 à 800 pièces de gibier.</p> -</div> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_123"> - -<h2>CHAPITRE XII</h2> - -<p class="smm"><i>Le deuil de Richelieu. — Son séjour dans le Languedoc en -1741. — Petite malice d’un vieux chanoine. — Esprit -de tolérance de Richelieu. — Son autorité en matière d’étiquette. — Il -est processif, autant par nécessité que par -amour de la chicane. — Ses revendications contre les propriétaires -du Palais Royal. — L’histoire d’un pamphlet. — Richelieu -perd son procès.</i></p> - -<p>Il faut reconnaître, à la louange de Richelieu, -qu’il manifesta les regrets les plus vifs d’une perte -douloureuse à tant d’égards. Nous voulons croire -qu’il fut sincère. De fait, M<sup>me</sup> d’Armaillé, l’auteur -d’un beau livre sur la comtesse d’Egmont, fille de -Richelieu, M<sup>me</sup> d’Armaillé, qui n’est certes pas suspecte -de tendresse, ni d’admiration exagérées pour -le père, affirme qu’il «s’imposa un deuil sévère<a name="FNanchor_192" id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor">[192]</a>», -dont il partagea la durée entre son château de Richelieu -et son gouvernement du Languedoc.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_192" id="Footnote_192" href="#FNanchor_192"><span class="label">[192]</span></a> -Comtesse <span class="smcap">d’Armaillé</span>: <i>La Comtesse d’Egmont</i>, p. 11.</p> -</div> - -<p>Et, précisément, de son séjour dans cette province -en 1741, nous avons sous les yeux une relation, -qui, par son contraste avec le récit du marquis -de Valfons, dit assez l’influence pondératrice que -devait exercer la duchesse sur l’esprit hautain et -présomptueux de son mari.</p> - -<p>Le poète Piron (et nous concédons volontiers -que son humeur satirique aura bien pu pousser au -noir le tableau) Piron écrit au comte de Livry:</p> - -<div class="manuscr"><span class="pagenum" id="Page_124">[p. 124]</span> -<p>«On dit qu’il (le duc) y exige tous les honneurs -dont se fût avisée l’ambition du Cardinal de son nom. -Canon, visites, harangues, <i>Te Deum</i>, il ne vit plus -que de cela.</p> - -<p>«Un vieux chanoine, à la tête d’un chapitre condamné -à venir le haranguer, lui a demandé comment -se portait le roi.</p> - -<p>«Le duc, surpris de cette question familière, est -resté muet et interdit.</p> - -<p>«Le prêtre recommença: Monsieur le duc, je vous -demande comment se porte le roi.</p> - -<p>—«Fort bien, a dit brusquement Monsieur de -Richelieu.»</p> - -<p>«Le chanoine se retournant alors vers le chapitre:</p> - -<p>—«Vous entendez, Messieurs, les nouvelles que -Monsieur nous donne de la santé du roi. Allons -en rendre grâce à Dieu par un <i>Te Deum</i>, où M. le -Gouverneur nous fera sans doute la grâce d’assister.»</p> - -<p>«Ainsi fit-il, quoiqu’il eût demandé ce <i>Te Deum</i> -pour lui-même<a name="FNanchor_193" id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor">[193]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_193" id="Footnote_193" href="#FNanchor_193"><span class="label">[193]</span></a> -<i>Œuvres inédites</i> de <span class="smcap">Piron</span> (édition H. Bonhomme), 1859, p. 248.</p> -</div> - -<p>Peut-être le malicieux chanoine soulignait-il ainsi -la rancune que le clergé languedocien gardait à Richelieu -de son intervention pacificatrice dans les -querelles religieuses, toujours si ardentes en cette -région<a name="FNanchor_194" id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">[194]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_194" id="Footnote_194" href="#FNanchor_194"><span class="label">[194]</span></a> -Est-ce pour cette raison que Durozoir (art. <i>Richelieu</i> dans -la <i>Biographie Michaud</i>) dit qu’il n’avait pas l’opinion publique pour -lui, bien qu’il exerçât une certaine influence aux États de Languedoc?</p> -</div> - -<p>S’autorisant des instructions de Louis XIV, -<span class="pagenum" id="Page_125">[p. 125]</span> -reprises par le gouvernement de Louis XV et surtout -par le ministre Saint-Florentin, le prosélytisme catholique -prétendait convertir par une persécution -intensive, beaucoup plus que par la persuasion, -les membres de la religion réformée, alors très nombreux -dans les provinces méridionales. Il leur enlevait -leurs enfants, pour les enfermer dans des collèges -ou dans des couvents, dont les supérieurs -avaient mission de les préparer à l’abjuration du -protestantisme. Or, Richelieu, pour ses débuts, -avait voulu renoncer à la manière forte; et sa tolérance -avait été fort appréciée des huguenots.</p> - -<p>Par contre, il n’eût pas souffert qu’on mît en discussion -son omnipotence politique; et, quand il -revint en Languedoc, ce ne fut que pour accentuer -plus énergiquement son rôle de représentant du -pouvoir royal. Il entendait qu’on lui rendît tous les -honneurs dûs à ses fonctions; et il se montrait si -fidèlement attaché aux anciens usages et si scrupuleux -observateur des lois de l’étiquette, qu’il faisait -fouiller la poudre des greffes, pour en extraire les -chartes autorisant ses prétentions ou condamnant -celles de ses adversaires. Ce fut ainsi qu’il entra -maintes fois en conflit avec l’archevêque de Narbonne -et le Parlement de Montpellier, s’efforçant -toutefois de les amener à résipiscence par la grâce -de ses manières et par la caresse de ses paroles.</p> - -<p>C’est là, en effet, un aspect intéressant de cet -homme de cour.</p> - -<p>Richelieu n’a qu’un médiocre souci de la religion, -de la morale et de la vertu; mais il a un profond respect -de l’étiquette. Bien qu’on lui conteste sa noblesse, -il en défend, sans faiblir, toutes les prérogatives; -<span class="pagenum" id="Page_126">[p. 126]</span> -et sur ce terrain, il se rencontre, dans une -même action de solidarité (un mot qui trouve là -sa pleine justification) avec ses associés, les ducs -et les pairs, souvent discutés comme lui. Ce n’est -pas seulement l’intérêt personnel, c’est aussi un -devoir plus haut qui lui dicte une telle attitude. -Ces fonctions, ces privilèges sont autant d’émanations -du pouvoir royal; et le pouvoir royal est le -principe d’autorité qui doit rester pour tous intangible -et incontesté, malgré ses défaillances, ses erreurs -ou ses crimes.</p> - -<p>Telle était la conception que Richelieu gardait -immuable de ce «fait du prince»; et nous verrons -bientôt quelles conséquences il tira, par la suite, -d’un dogme d’infaillibilité, dont ses croyants pouvaient, -sans craindre d’être jamais démentis, proclamer -la perpétuité<a name="FNanchor_195" id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">[195]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_195" id="Footnote_195" href="#FNanchor_195"><span class="label">[195]</span></a> -Pendant son séjour à Montpellier, Richelieu était en correspondance -suivie avec Barjac, le premier valet de chambre de Fleury, -influent comme les Bontemps, les Bachelier et les Le Bel, auquel -il prodiguait ses cajoleries et qui le tenait au courant des nouvelles -de la Cour. (Voir les <i>Mémoires</i> de <span class="smcap">Maurepas</span>, t. III, p. 41.)</p> -</div> - -<p>Le duc de Luynes, qui avait remplacé officieusement -Dangeau comme historiographe de la cour -de Louis XV, consultait volontiers Richelieu sur -toutes les questions d’étiquette ou de préséance, et -ne manquait pas d’enregistrer dans son <i>Journal</i> -les oracles que rendait un tel augure. Il en est d’assez -plaisants. «Le droit que les ducs ont d’avoir des -carreaux, non pas devant le roi, mais en arrière, -n’est pas nouveau, déclarait Richelieu à son interlocuteur, -le 20 août 1738; il est constant depuis de -longues années.» Et il certifiait, à l’appui de son -<span class="pagenum" id="Page_127">[p. 127]</span> -assertion, qu’à Marly, «à la paroisse, il avait été -cinq ou six fois au salut avec le feu roi, dans une -octave du Saint-Sacrement (c’était en 1714) et qu’il -avait toujours eu un carreau<a name="FNanchor_196" id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">[196]</a>». Il citait encore une -autre prérogative des Ducs et pairs, prérogative -«dont ils usent fort peu», mais que lui n’a jamais -abdiquée. C’est au Grand Conseil: quand il s’y présente -comme client, il a un fauteuil, et son avocat -plaide derrière lui. «Lorsqu’il y prend séance, il -passe, en allant et revenant de la buvette, devant -le premier président, et coupe le parquet... Le premier -président lui ôte le bonnet en prenant sa voix<a name="FNanchor_197" id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">[197]</a>.»</p> - -<p>Richelieu n’avouait pas cependant que le code de -l’étiquette ne lui donnait pas toujours raison. «Un -jour, raconte Luynes, ayant reçu «une lettre de -compliments» du Parlement de Toulouse, «il lui fit -réponse, à ce que j’ai appris, dans ces termes» qu’il -était, avec un attachement inviolable, etc... Le -Parlement lui renvoya la lettre; et M. de Richelieu -fut obligé d’en écrire une deuxième où il se servait -du terme de respect<a name="FNanchor_198" id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">[198]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_196" id="Footnote_196" href="#FNanchor_196"><span class="label">[196]</span></a> -<span class="smcap">Duc de Luynes</span>: <i>Journal</i>, t. II, p. 219.</p> - -<p><a name="Footnote_197" id="Footnote_197" href="#FNanchor_197"><span class="label">[197]</span></a> -<i>Ibid.</i>, p. 224.</p> - -<p><a name="Footnote_198" id="Footnote_198" href="#FNanchor_198"><span class="label">[198]</span></a> -<i>Ibid.</i>, octobre 1738.</p> -</div> - -<p>D’ordinaire, les gens, à la fois aussi méticuleux sur -le maintien de leurs prérogatives et aussi peu soucieux -des égards dûs à celles d’autrui, sont essentiellement -processifs; et Richelieu le fut toute sa vie. -C’était moins cependant pour des vices de forme -que pour des questions d’intérêt. La manie de paraître -creusa souvent, nous l’avons vu, des brèches -énormes dans la fortune de Richelieu; et le besoin -d’argent, autant que l’esprit de taquinerie et que -<span class="pagenum" id="Page_128">[p. 128]</span> -l’amour de la chicane, jeta ce téméraire plaideur dans -nombre de procès, dont il fut, à maintes reprises, le -mauvais marchand.</p> - -<p>Il n’avait pas vingt ans qu’il attaquait, en justice -réglée, un testament de M<sup>lle</sup> d’Acigné, une sœur -de sa mère, qui avait laissé tout son bien à son -cousin, l’abbé de Laval, dont avait hérité M<sup>me</sup> de -Roquelaure, sa sœur. Richelieu perdit ce procès<a name="FNanchor_199" id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">[199]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_199" id="Footnote_199" href="#FNanchor_199"><span class="label">[199]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Dangeau</span>, t. XVI, p. 458.</p> -</div> - -<p>Il succomba de même dans une autre affaire litigieuse, -qui traîna plus de dix-huit années, et dont -les diverses phases, non moins que l’origine, furent -marquées de curieux incidents.</p> - -<p>Richelieu avait revendiqué, en 1736, sur le duc -d’Orléans et sur différents propriétaires de maisons -du Palais Royal, la possession légitime des terrains -occupés par les constructions, en sa qualité d’héritier -du Cardinal. Il avait pour avocat le célèbre -Cochin; mais, comme il affectait un certain dilettantisme -littéraire, il allait goûter au tribunal l’éloquence, -très remarquée, du défenseur de ses adversaires, -un jeune maître d’un indéniable talent<a name="FNanchor_200" id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">[200]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_200" id="Footnote_200" href="#FNanchor_200"><span class="label">[200]</span></a> -<span class="smcap">Dubuisson</span>: <i>Lettres à M. le Marquis de Caumont</i> (édit. -Rouxel), p. 335, 25 février 1737.</p> -</div> - -<p>Entre temps, courait, chez les libraires du Palais -Royal, qui le vendaient fort cher, après l’avoir reçu -à titre gracieux, un libelle anonyme très virulent, -dont Richelieu, exaspéré, voulut connaître l’auteur. -Les propriétaires du Palais Royal le désavouèrent -énergiquement; et même leurs avocats le dénoncèrent -au Parlement qui en ordonna la suppression<a name="FNanchor_201" id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">[201]</a>. Il fut -attribué successivement au critique Desfontaines, au -<span class="pagenum" id="Page_129">[p. 129]</span> -poète Roy et même à l’abbé de Boismorand, un écrivain -famélique. Celui-ci, sur qui se portaient plutôt les -soupçons, sut se justifier auprès du lieutenant de -police Hérault et finit par convaincre Richelieu. -Alors le duc lui proposa de répondre au pamphlétaire. -L’abbé ne s’y refusa pas, mais fit observer à -son interlocuteur que cette riposte aurait peut-être -l’inconvénient de «donner plus de vogue et plus de -poids au libelle». Richelieu goûta ce raisonnement; -mais il n’en avait pas moins écrit au lieutenant de -police pour lui communiquer des indications pouvant -le mettre sur la piste de l’auteur anonyme. Il -lui signalait comme l’inspirateur probable de ce -factum satirique, le président de Tugny, fils du -financier Crozat. Sans trop s’arrêter à Boismorand, -il parlait, en outre, d’une distributrice arrêtée au -Palais Royal et d’autres colporteurs du Palais, -trouvés nantis de ce pamphlet, dont l’interrogatoire -révélerait le ou les auteurs de la pièce incriminée<a name="FNanchor_202" id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">[202]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_201" id="Footnote_201" href="#FNanchor_201"><span class="label">[201]</span></a> -<i>Bibliothèque de la Ville de Paris</i>, mss. 26700, année 1737.</p> - -<p><a name="Footnote_202" id="Footnote_202" href="#FNanchor_202"><span class="label">[202]</span></a> -<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, mss. -10016. Lettre autographe (inédite) du duc de Richelieu au lieutenant -de police (9 juillet au soir). Ce libelle ne serait-il pas le même -que cette <i>Histoire des rats</i>, dont parle une nouvelle à la main du -14 août 1737 (mss. 26700)? Cette histoire, dit-elle, «se vend assez -librement, quoique sans approbation, ni privilège: il y a plusieurs -portraits très applicables à des personnes en place; on a remarqué -qu’il y a une espèce d’estampe dans le livre qui attrape fort la ressemblance -de M. le duc de Richelieu.» Un exemplaire de l’<i>Histoire -des Rats</i>, illustré de l’estampe en question, appartient à la Section -des Imprimés de la Bibliothèque Nationale.</p> -</div> - -<p>Nous ne voyons pas quelle suite fut donnée à la -plainte de Richelieu; mais nous constatons que son -procès en revendication contre les propriétaires -du Palais Royal se plaidait encore en 1755; et c’est -<span class="pagenum" id="Page_130">[p. 130]</span> -par une note, très explicite, du <i>Journal</i> de Luynes -que nous en apprenons la fin.</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Il y a huit jours que M. de Richelieu a perdu son -procès tout d’une voix. Il n’y a eu qu’un ou deux -conseillers qui ont ouvert un autre avis et qui, sur-le-champ, -se sont réunis à la pluralité.</p> - -<p>«M. le Maréchal de Richelieu prétendait que les -terrains sur lesquels on a bâti plusieurs maisons -(au Palais Royal) faisaient partie des biens substitués -par M. le cardinal de Richelieu, vendus postérieurement -à la substitution. Les acquéreurs ou propriétaires -prouvaient que les prix des ventes des -terrains ou maisons avaient été employés à payer -des dettes antérieures à la substitution. M. de Richelieu -prétendait au contraire que les effets mobiliers -étaient plus que suffisants pour payer les dettes. -Les propriétaires persistaient dans leur calcul. Si -M. le Maréchal de Richelieu avait gagné, cela aurait -causé la ruine de plusieurs bons bourgeois; et l’on -prétend que cela lui aurait fait un avantage de cinq -millions.</p> - -<p>«On compte que les frais que M. de Richelieu est -condamné à payer iront à 150.000 livres; mais -M. de Richelieu se flatte de retirer cette somme -des poursuites qu’il est autorisé à faire contre les -particuliers qui ne se sont pas mis en règle pour -justifier de l’emploi de leur argent<a name="FNanchor_203" id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">[203]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_203" id="Footnote_203" href="#FNanchor_203"><span class="label">[203]</span></a> -Duc <span class="smcap">de Luynes</span>: <i>Journal</i>, t. XIV, 1<sup>er</sup> septembre 1755.</p> -</div> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_131"> - -<h2>CHAPITRE XIII</h2> - -<p class="smm"><i>La galanterie sert la politique de Richelieu. — L’amitié -qui la favorise. — M<sup>me</sup> du Châtelet lui assure le concours -de Voltaire. — Une autre amie, M<sup>me</sup> de Tencin, donne -à Richelieu la clef des intrigues ministérielles. — Rupture -de Louis XV et de la Reine exploitée par les partis. — Richelieu -ne fut pas, à l’origine, le «corrupteur» du roi. — Sa -perversité fut devancée par celle de Bachelier, un des -premiers valets de chambre.</i></p> - -<p>Il semble qu’après la mort de sa seconde femme, -Richelieu ait renoncé pour toujours à courir les -chances d’une troisième union, comme s’il eût désespéré -d’y retrouver une collaboratrice aussi intelligente, -aussi dévouée, aussi aimante que celle -dont une fin prématurée venait de le séparer à jamais.</p> - -<p>Il n’en suivit qu’avec plus de ténacité une ligne -de conduite, qu’avait enrayée momentanément son -affection pour la princesse de Guise. S’il n’eut garde -de se désintéresser (loin de là) des jeux variés et -compliqués de la galanterie, il entendit en tirer, -comme par le passé, pour sa fortune politique, des -profits moins aléatoires que ceux auxquels s’était -laissé prendre jadis son orgueil, trop facilement satisfait.</p> - -<p>Ce fut l’amitié, volontiers oublieuse des ingratitudes -de l’amour, qui s’employa, par les moyens les -plus ingénieux et les plus subtils, à servir une ambition -sans préjugés, ni scrupules.</p> - -<p>Deux femmes, qui n’étaient plus ses maîtresses, -<span class="pagenum" id="Page_132">[p. 132]</span> -furent, pour Richelieu, non pas des Égéries (il n’était -pas l’homme des consultations académiques), mais -des correspondantes avisées, dont l’initiative pouvait -se prêter à toutes les démarches et à toutes les -manœuvres que leur ami eût réclamées de leur zèle.</p> - -<p>C’était la marquise du Châtelet, qui, par son mérite -personnel, par son influence sur Voltaire, jouait -un si grand rôle dans le monde des lettres et des -sciences; c’était M<sup>me</sup> de Tencin, bas-bleu, elle aussi, -et d’un azur très prononcé, que son génie d’intrigue -et la haute situation de son frère le Cardinal faisaient -faufiler dans tous les salons mondains et politiques -et jusque dans les Cabinets ministériels.</p> - -<p>M<sup>me</sup> du Châtelet, «la docte Émilie», écrivait -fréquemment à Richelieu, depuis qu’elle était toute -à Voltaire; et ses lettres<a name="FNanchor_204" id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">[204]</a> sont des modèles de -franche et loyale sincérité: «Vous connaissez mon -cœur, lui disait-elle en mai 1735, et vous savez -combien il est vraiment occupé. Je m’applaudis -d’aimer en vous l’ami de mon amant.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_204" id="Footnote_204" href="#FNanchor_204"><span class="label">[204]</span></a> -M. Eugène Asse a publié, en 1878, ces lettres de M<sup>me</sup> du Châtelet: -presque toutes sont tirées de la <i>Vie privée de Richelieu</i>, par -Faur: l’autorité d’un tel érudit, qui les accepte comme authentiques, -permet donc d’en faire état.</p> -</div> - -<p>C’est aussi que cet amant, chez qui le cerveau -était toujours en état d’effervescence, avait parfois des -emportements de passion amicale pour un homme, -auquel il prétendait ressembler et dont il laissait -entendre, par manière de plaisanterie, que lui, le -fils du notaire, pouvait bien être le frère naturel -du fils du grand Seigneur.</p> - -<p>Sénac de Meilhan a nettement défini les affinités -physiques qui rapprochaient les deux amis:</p> - -<div class="manuscr"><span class="pagenum" id="Page_133">[p. 133]</span> -<p>«Il y avait, dit-il, dans les gestes et le ton de la -voix, les plus grands rapports entre Voltaire et le -Maréchal de Richelieu; et ils étaient si frappants -qu’on ne peut se refuser à croire qu’ils s’étaient -réciproquement imités. Le poète avait sans doute -copié les manières de l’homme qui avait le plus -d’éclat et le plus de succès dans le monde; et -l’homme de la Cour avait saisi quelques gestes expressifs -d’un auteur célèbre qui réunissait les grâces -de l’esprit et le ton du monde aux plus grands talents<a name="FNanchor_205" id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">[205]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_205" id="Footnote_205" href="#FNanchor_205"><span class="label">[205]</span></a> -<span class="smcap">Sénac de Meilhan</span>: <i>Le Gouvernement, les mœurs et les conditions -de la France avant la Révolution</i> (édition de Lescure), pp. 92-93.</p> -</div> - -<p>Ajoutez que la ressemblance morale n’était pas -moindre. Tous deux étaient également autoritaires, -susceptibles et vaniteux; ils avaient l’humeur changeante -et le cœur sec; chez eux la colère était prompte -et la rancune de longue durée; mais leur esprit, très -vif, s’ouvrait aux belles choses; ils avaient le sens -droit et parfois des élans de générosité.</p> - -<p>On comprend alors le mot si profond de M<sup>me</sup> du -Châtelet: «Je m’applaudis d’aimer en vous l’ami -de mon amant.»</p> - -<p>Elle lui écrivait encore à la même époque:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Voilà comme vous êtes, vous aimez les gens -huit jours; vous m’avez fait des coquetteries d’amitié, -mais moi qui prends l’amitié comme la chose la -plus sérieuse du monde et qui vous aime véritablement, -je m’inquiétais de votre silence et je m’en -affligeais. Je me disais à moi-même il faut aimer -ses amis avec leurs défauts. M. de Richelieu est -léger, inégal; il faut l’aimer tel qu’il est... Voilà les -<span class="pagenum" id="Page_134">[p. 134]</span> -idées qui m’occupaient, pendant que vous étiez, -à ce que vous prétendez, obstrué... Vous me faites -une description si comique de l’état où vous étiez, -que, si je n’étais en peine de votre santé, je vous dirais -que je n’ai vu que vos lettres, qui soient à la fois -tendres et plaisantes, deux choses qui ne vont point -ordinairement ensemble.»</p> -</div> - -<p>Là encore, la Marquise a trouvé le mot juste. Les -lettres de Richelieu (et elles sont rares) ont des côtés -drôlatiques inattendus; puis, soudain, la grâce séductrice -de l’homme reparaît. Et M<sup>me</sup> du Châtelet -y fait appel, quand elle écrit de Bruxelles, le 24 septembre -1740, à Richelieu, après une brouille passagère -avec l’amant<a name="FNanchor_206" id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">[206]</a>:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>... «Votre amitié est la seule consolation qui me -reste; mais il faudrait en jouir de cette amitié; et -je suis à cent lieues de vous... Mon cœur n’est à son -aise qu’avec vous; vous seul l’entendez.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_206" id="Footnote_206" href="#FNanchor_206"><span class="label">[206]</span></a> -<i>Lettres de M. de Voltaire et de sa célèbre amie</i>, 1782.</p> -</div> - -<p>Richelieu pouvait donc avoir toute confiance -dans une telle auxiliaire: et cette amitié fut aussi -efficace qu’elle était vive. Voltaire, déjà entraîné, -en subit la douce contrainte, bien qu’il maugréât, -de temps à autre, contre les caprices tyranniques -du grand Seigneur. Et, par la suite, le clan philosophique, -qui supportait difficilement les dédains, -les sarcasmes et l’intransigeance de Richelieu, ne -lui déclara pas ouvertement la guerre, par respect -pour le «solitaire de Ferney».</p> - -<p>Voltaire, qui avait encore ce trait commun de ressemblance -avec Richelieu, d’être, à l’occasion, un -homme d’affaires adroit et subtil, Voltaire sut -<span class="pagenum" id="Page_135">[p. 135]</span> -profiter de la bienveillance de son noble ami, pour lui -placer en viager, à gros intérêts, 40.000 livres. Il -lui joua, ce jour-là, une comédie dans le genre du -<i>Légataire Universel</i>: Voyez, lui disait-il, ma pauvre -santé! C’est pour vous une affaire d’or.</p> - -<p>Et Richelieu paya, pendant quarante-cinq ans, -cette pension viagère<a name="FNanchor_207" id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">[207]</a>!</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_207" id="Footnote_207" href="#FNanchor_207"><span class="label">[207]</span></a> -Richelieu était souvent en retard et Voltaire le lui rappelle -humblement.</p> -</div> - -<p>Mais, en retour, Voltaire lui conférait un brevet -de bienfaiteur de l’humanité, de «marchand de -bonheur», qui rehaussait singulièrement le prestige -de l’homme de cour. Il écrivait, en 1741, à M. Claris, -conseiller à la Cour des Comptes:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">Qui vit auprès d’Émilie,</div> - <div class="vers8">Ou bien auprès de Richelieu,</div> - <div class="vers8">Est un élu dans cette vie.</div> -</div> - -<p>Il accordait encore au gentilhomme un diplôme -de lettré. Il lui reconnaissait un goût très marqué -pour les «anecdotes de l’histoire» et l’attendait à -Cirey pour «disputer contre M<sup>me</sup> du Châtelet», -mais sous cette réserve, voilée d’une délicate allusion:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">Et s’il vous peut rester encore</div> - <div class="vers8">Quelque pitié pour le prochain,</div> - <div class="vers8">Épargnez, dans votre chemin,</div> - <div class="vers8">La beauté que mon cœur adore<a name="FNanchor_208" id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">[208]</a>.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_208" id="Footnote_208" href="#FNanchor_208"><span class="label">[208]</span></a> -<i>Correspondance de Voltaire</i>, années 1735 et suivantes.</p> -</div> - -<p>Par réciprocité, Richelieu, bien que Voltaire se -plaignît de la rareté ou de la brièveté de ses réponses, -<span class="pagenum" id="Page_136">[p. 136]</span> -prenait en main les intérêts académiques de son -correspondant. L’abbé d’Olivet écrivait, en 1736, -au Président Bouhier: «M. le duc de Richelieu et -M. le duc de Villars me dirent qu’ils travaillaient -pour Voltaire auprès de M. le Cardinal et de M. le -Garde des Sceaux et qu’ils comptent que moi, de -mon côté, je travaillerai au dedans de l’Académie.»<a name="FNanchor_209" id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">[209]</a></p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_209" id="Footnote_209" href="#FNanchor_209"><span class="label">[209]</span></a> -<span class="smcap">Desnoiresterres</span>: <i>Vie de Voltaire</i>, t. II, p. 96.</p> -</div> - -<p>Avec une tendresse moins pénétrante, mais avec -une plus remuante activité, M<sup>me</sup> de Tencin allait, -pareillement, officier pour le Dieu.</p> - -<p>Celui-ci, bien qu’il parût aussi préoccupé de ses -devoirs militaires que de ses prouesses galantes, -n’en suivait pas d’un œil moins attentif, en courtisan -délié qu’il était, le réseau d’intrigues qu’ourdissaient -à Versailles tous les partis. Ce qui semblait -en autoriser les espoirs, c’était l’âge avancé du -premier ministre, c’était l’inexpérience et l’insouciance -apparente du jeune roi. Une crise conjugale, -survenue dans l’auguste ménage, encourageait plus -encore les rêves d’ambitieux à l’affût de toutes ces -défaillances. Par lassitude, ou par scrupule religieux, -la reine Marie Lesczinska, qui avait déjà largement -payé sa dette aux exigences de la maternité, -se refusait souvent aux ardeurs d’un mari plus jeune -qu’elle. Or, Louis XV avait les appétits violents des -Bourbons. Il se défendit désormais d’attendre les -convenances de la reine. Ce fut comme une révolution -à la Cour.</p> - -<p>On a écrit de Richelieu qu’il avait été le corrupteur -de Louis XV<a name="FNanchor_210" id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">[210]</a>. Le mot est bien gros et n’est pas -<span class="pagenum" id="Page_137">[p. 137]</span> -tout à fait exact. Avant «l’Alcibiade moderne», -les entours du roi, et surtout ses premiers valets de -chambre avaient pris à cœur de consoler leur maître -des rigueurs de la reine. Les historiens, qui ont attribué -ce rôle à Richelieu, se sont déterminés d’après -les Mémoires du temps, rédigés, pour la plupart, -sur les notes d’ennemis d’un courtisan trop heureux. -L’un d’eux, Maurepas, ministre de la maison du -Roi, exécrait Richelieu, qui le lui rendait bien, -comme il détestait toutes les favorites de Louis XV. -Obéissant ainsi aux suggestions de sa femme, aussi -intelligente qu’elle était laide et contrefaite, Maurepas -ne voyait en Richelieu qu’un agent de perversité, -associé aux beautés faciles de la Cour, pour -hâter la chute du ministre, en attisant les passions -du roi.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_210" id="Footnote_210" href="#FNanchor_210"><span class="label">[210]</span></a> -De même le Duc de Broglie, qui a plus d’aversion encore pour -Voltaire que pour Richelieu, a dit dans <i>Frédéric II et Louis XV</i> (1895, -t. 1, p. 196) que le poète avait perverti l’homme de cour. C’est bien invraisemblable. -Nous connaissons les débuts de Richelieu: il n’avait -certes pas attendu que Voltaire lui servît d’éducateur; celui-ci -subit, au contraire, toute sa vie, l’ascendant de Richelieu, qui fit, -en quelque sorte, de ce railleur perpétuel son souffre-douleur.</p> -</div> - -<p>Les Mémoires<a name="FNanchor_211" id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">[211]</a> de cet homme d’État citent un -exemple de ce procédé d’intoxication.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_211" id="Footnote_211" href="#FNanchor_211"><span class="label">[211]</span></a> -<span class="smcap">Maurepas</span>: <i>Mémoires</i>, t. II, p. 267.</p> -</div> - -<div class="manuscr"> -<p>«Le duc de Richelieu a donné au roi la liste de -toutes les dames qui ont voulu avoir le géant qui -arriva de Suède, il y a deux ans. Il nous a montré -les vers suivants qu’il a sortis de sa cassette et nous -a nommé la dame favorisée. Ils sont fort singuliers, -ces vers et caractérisent très bien l’esprit et le cœur -du duc de Richelieu et nous apprennent ce qu’il -inculque dans l’esprit du roi qui n’a que vingt-huit -ans:</p> - -<div class="poem"> - <span class="pagenum" id="Page_138">[p. 138]</span> - <div class="vers8">Dame qui donnait dans le grand</div> - <div class="vers8">Croyant faire chose admirable,</div> - <div class="vers8">Jeta les yeux sur ce géant.</div> - <div class="vers8">Mais, loin de le trouver sortable,</div> - <div class="vers8">Elle dit, voyant le vilain:</div> - <div class="vers8">—Pauvre géant, tu n’es qu’un nain!»</div> -</div> - -<p>L’anecdote se place en 1738; et le roi, à cette -époque, n’avait pas attendu après les vers de la cassette, -d’ailleurs de mauvais goût, pour devenir aussi -rapidement la proie de la corruption.</p> - -<p>Il est certain que Richelieu, comme tant de ses -contemporains et Maurepas lui-même, collectionneur -émérite, se plaisait à rassembler toutes les pièces -de musées secrets. Déjà, en 1717, il exhibait complaisamment -des médaillons de Klingstett, le plus fin -et le plus obscène des miniaturistes<a name="FNanchor_212" id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor">[212]</a>, médaillons -où il se mettait en scène dans des attitudes dignes -des figures de l’Arétin. En 1740, un soir qu’il donnait -un grand souper dans sa petite maison de la -barrière de Vaugirard, il signalait à ses convives, -sur les lambris de la salle à manger, et au milieu de -chaque panneau, des figures indécentes en plein -relief. La vieille duchesse de Brancas, pour les -mieux voir, arbora ses lunettes et les «considéra -d’un air pincé», tandis que Richelieu, une bougie -à la main, en expliquait, avec force détails, les poses -les plus intéressantes<a name="FNanchor_213" id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor">[213]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_212" id="Footnote_212" href="#FNanchor_212"><span class="label">[212]</span></a> -<span class="smcap">E. de Barthélemy</span>: <i>Les Correspondants de la Marquise de -Balleroy</i>, t. I, p. 204.</p> - -<p><a name="Footnote_213" id="Footnote_213" href="#FNanchor_213"><span class="label">[213]</span></a> -Marquis <span class="smcap">d’Argenson</span>: <i>Mémoires</i>, t. III, p. 235, novembre 1740.—<i>Les -Petites Maisons</i>, de <span class="smcap">M. G. Capon</span> (1902) ne mentionnent pas -ce domicile de Richelieu que nous avons vainement cherché à identifier.</p> -</div> - -<p>Assurément, ce fanfaron du vice eût été ravi que le -<span class="pagenum" id="Page_139">[p. 139]</span> -roi lui dût sa première maîtresse, mais il n’eut pas ce -triste honneur. Le valet de chambre Bachelier—un -personnage—fut l’initiateur. Louis XV, rebuté -par la reine, voulait, à tout prix, avoir une femme, -dit assez brutalement d’Argenson; mais il était d’une -extrême timidité. Vers la fin de 1736, Bachelier -négocia une transaction, qui fut d’ailleurs laborieuse, -avec M<sup>me</sup> de Mailly, l’aînée des cinq filles du marquis -de Nesle<a name="FNanchor_214" id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">[214]</a>; et le cardinal Fleury s’y résigna sans -trop de répugnance<a name="FNanchor_215" id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor">[215]</a>. De son côté, M<sup>lle</sup> de Charolais, -l’ancienne maîtresse de Richelieu, avait prêté l’appui -de son inépuisable complaisance à cette œuvre -malsaine, dont elle avait déjà favorisé le développement -par son propre exemple.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_214" id="Footnote_214" href="#FNanchor_214"><span class="label">[214]</span></a> -Marquis d’<span class="smcap">Argenson</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 220.</p> - -<p><a name="Footnote_215" id="Footnote_215" href="#FNanchor_215"><span class="label">[215]</span></a> -D’après les <i>Mémoires</i> de la Duchesse <span class="smcap">de Brancas</span> (édition L. -Lacour), Richelieu disait que le Cardinal «avait très bien fait de -mettre la Mailly dans le lit du roi». Mais, s’il faut en croire un manuscrit, -inédit, de la Marquise de la Ferté-Imbault (<span class="smcap">P. de Ségur</span>: <i>le -Royaume de la rue Saint-Honoré</i>, 1896, p. 409) ce furent Chicoyneau, -le premier médecin de Louis XV et La Peyronie, premier chirurgien, -qui se concertèrent, à l’insu du Cardinal Fleury, pour donner une -maîtresse au roi, menacé de jaunisse, du fait même de sa continence.</p> -</div> - -<p>Ce n’est pas que l’opération eût autrement choqué -la Cour. Beaucoup de gens de qualité, qui eussent -rougi de faire un tel métier, estimaient cependant -très licite la liaison d’une femme titrée avec le -roi. C’était encore <i>le fait du prince</i>, doctrine d’ordre -essentiellement arbitraire, qu’il appartint à Richelieu -d’exploiter avec une si triomphante effronterie. -Car, non seulement il n’éprouva aucune gêne -à prendre pour modèles les premiers valets de chambre -de Louis XV; mais ce rôle de Mercure royal -lui donna comme l’impression d’une charge -<span class="pagenum" id="Page_140">[p. 140]</span> -nouvelle et les services qu’il rendait ainsi au maître lui -semblèrent comme autant d’étapes qui le rapprochaient -du pouvoir: «En secondant les plaisirs du -roi, dit un de ses panégyristes, il ne parut jamais -s’avilir.»</p> - -<p>Ses <i>Mémoires authentiques</i> s’abstiennent, il est -vrai, d’aborder la question.</p> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_141"> - -<h2>CHAPITRE XIV</h2> - -<p class="smm"><i>Richelieu devient le grand favori du roi. — Ses impressions -sur la mentalité de Louis XV. — Les demoiselles de Nesle. — Richelieu -intrigue pour la Marquise de la Tournelle. — Ses -intelligences avec M<sup>me</sup> de Tencin, pendant qu’il est à -l’armée de Flandre. — Loin de Versailles, il travaille -à la «quitterie» de M<sup>me</sup> de Mailly. — Il reparaît à la Cour. — Le -précepteur du roi et le professeur «di piazza». — Fin -d’une longue résistance. — La «dormeuse» de -M. de Richelieu.</i></p> - -<p>Richelieu était maréchal de camp depuis 1738, -quand éclata, en 1741, la <i>Guerre de la succession -d’Autriche</i><a name="FNanchor_216" id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor">[216]</a>. Il devait servir, sous les ordres du -Maréchal de Noailles, à l’armée de Flandre, pendant -la campagne de 1742.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_216" id="Footnote_216" href="#FNanchor_216"><span class="label">[216]</span></a> -L’Empereur Charles VI était mort le 20 octobre 1740; et sa -fille aînée, Marie-Thérèse, en vertu de la <i>Pragmatique</i>, reconnue -par les principaux États de l’Europe, avait réclamé le bénéfice de -la succession paternelle, que lui déniait maintenant la France, alliée -à l’Espagne, à la Prusse et à diverses principautés de l’Allemagne, -coalisées pour revendiquer une partie des possessions autrichiennes. -Au mois d’octobre 1741, conformément au plan du Comte de Belle-Isle, -l’armée combinée de France et de Bavière était entrée en campagne -sous les ordres du Maréchal de Broglie, qui remplaçait provisoirement -le Comte de Belle-Isle, resté, en qualité de plénipotentiaire, -à Francfort, où l’électeur de Bavière, le candidat de la France, devait -être proclamé empereur d’Allemagne en janvier 1742.</p> -</div> - -<p>Lorsque, avant son départ, il revint du Languedoc -pour s’arrêter à la Cour, il apportait au roi un -magnifique présent: il avait déterminé les États à -donner à Louis XV, aux frais de la province, un régiment -de dragons, dit de Septimanie.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_142">[p. 142]</span> -Déjà, il était agréable au prince; il en devint le -grand favori; et, dans une heure d’expansion, peut-être -imprudente (car Richelieu était un brillant, -mais intarissable causeur) il communiquait au marquis -d’Argenson, frère de l’homme politique bientôt -appelé au secrétariat de la Guerre, ses impressions -sur l’état d’âme du jeune roi. Richelieu avait le sens -de l’observation; et l’on voit qu’il avait étudié de -près le caractère d’un souverain, que l’opinion publique -s’accordait à représenter comme facilement -malléable, au gré de ministres ou de favoris possédant -un certain doigté.</p> - -<p>Naturellement Richelieu vantait à son interlocuteur -la mentalité du roi, «gâtée» cependant par -une éducation faussée ou incomplète: il est certain -que le Régent, le duc de Bourbon et même le cardinal -Fleury n’étaient pas des éducateurs de premier -ordre. Richelieu déplorait la tristesse continuelle -d’un prince, intelligent et doux, mais d’esprit méfiant: -«Il ne lui manquait, disait-il, que de -paraître sensible<a name="FNanchor_217" id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor">[217]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_217" id="Footnote_217" href="#FNanchor_217"><span class="label">[217]</span></a> -<i>Mémoires</i> du marquis d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. III, novembre 1741.</p> -</div> - -<p>On devine la signification que ce mot, déjà fort à la -mode, devait prendre dans la bouche de Richelieu. -Peut-être avait-il trouvé que les petits soupers chez -M<sup>me</sup> de Mailly, auxquels il avait eu l’honneur d’être -admis, n’avaient pas la gaieté des siens et se proposait-il, -si jamais le roi lui confiait l’ordonnance de -sa vie galante, de lui en faire goûter de plus savoureux.</p> - -<p>Toutefois, cet avisé calculateur ne laissait pas -que d’être singulièrement perplexe. Seules, les -<span class="pagenum" id="Page_143">[p. 143]</span> -demoiselles de Nesle semblaient accaparer les faveurs -de Louis XV. M<sup>lle</sup> de Montcavrel, appelée à -devenir plus tard duchesse de Lauraguais<a name="FNanchor_218" id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor">[218]</a>, partageait, -disait-on, avec M<sup>me</sup> de Mailly la tendresse -royale. Quant à leur sœur, récemment mariée au -comte de Vintimille, le doute n’était pas possible; -cette union n’avait eu d’autre but que de légitimer -une grossesse dont le fruit avait été malicieusement -baptisé le <i>Demi-Louis</i>. Un instant, Richelieu avait -jeté ses vues sur la comtesse, pour en faire la -<i>maîtresse en titre</i>; car le roi, malgré son indolence -et sa froideur, aimait réellement M<sup>me</sup> de Vintimille; -mais elle avait succombé aux suites de l’accouchement -et son amant l’avait pleurée: ce jour-là, -il avait «paru sensible» à Richelieu<a name="FNanchor_219" id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor">[219]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_218" id="Footnote_218" href="#FNanchor_218"><span class="label">[218]</span></a> -La «grosse réjouie», comme on l’appelait encore, quand on ne -lui donnait pas de plus fâcheux surnoms.</p> - -<p><a name="Footnote_219" id="Footnote_219" href="#FNanchor_219"><span class="label">[219]</span></a> -<i>Mémoires</i> du marquis d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. III, novembre 1741.</p> -</div> - -<p>Il restait encore deux demoiselles de Nesle: l’une, -la femme du marquis de Flavacourt, était une des -beautés de Versailles, mais elle haïssait le roi presque -autant que son mari; et, d’après le Marquis d’Argenson, -elle était, depuis 1740, la maîtresse de Richelieu, -lequel s’efforçait à lui inculquer un peu -d’esprit, la nature ayant négligé d’y pourvoir.</p> - -<p>Par contre, l’autre sœur, veuve du marquis de la -Tournelle, était la seule de la famille qui pût donner -quelque espoir à Richelieu. Elle était d’une superbe -prestance, d’une figure éblouissante de blancheur, -aux traits réguliers, quoique un peu forts, -mais très expressifs, illuminés par de grands yeux -d’un bleu admirable. Elle était volontaire, énergique, -ambitieuse.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_144">[p. 144]</span> -Son cœur appartenait déjà au Duc d’Agénois, -mais son orgueil exultait de voir l’amour qu’elle -venait d’inspirer à Louis XV, et Richelieu avait -surpris la flamme de cette impérieuse passion dans -les yeux du roi, toujours timide, toujours hésitant! -Néanmoins, la place refusait de se rendre; Richelieu -entendit l’emporter pour le compte du maître. -Ses intérêts personnels ne pouvaient que gagner -à la manœuvre; et bientôt il commençait secrètement -les travaux d’approche<a name="FNanchor_220" id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor">[220]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_220" id="Footnote_220" href="#FNanchor_220"><span class="label">[220]</span></a> -Les <span class="smcap">Goncourt</span>: <i>La Duchesse de Châteauroux</i>, 1879.—<i>Mémoires -authentiques</i> (inédits) du Maréchal <span class="smcap">de Richelieu</span>. Ces <i>Mémoires</i> -donnent une place considérable au règne de la future duchesse de -Châteauroux. Le lecteur y verra, quand ils seront publiés, avec quelle -merveilleuse aisance le duc évolue au milieu du réseau d’intrigues -nouées par lui ou par ses adversaires, mais surtout avec quel art -infini, cet homme, qui protestait de son zèle «pour le bien de l’État», -s’efforce de réduire son rôle, dans cette tragi-comédie, à celui de -simple confident, alors que ses contemporains en ont démontré -l’importance capitale et flétri l’indigne attitude.</p> -</div> - -<p>Entre temps, en avril 1742, pendant un de ses -voyages de Paris à Saint-Léger, près de Rambouillet, -il apprend, de divers côtés et par ses amis de Cour, -que Fleury veut l’envoyer, toute affaire cessante, -en Languedoc, sous le spécieux prétexte de rassemblements -séditieux des protestants dans cette province. -Richelieu flaire là un subterfuge; il sollicite -aussitôt une audience du Cardinal. Il l’obtient et -presse de questions le prélat. Celui-ci finit par lui -reprocher, d’après des informations qu’il tient de -la reine, d’avoir blâmé son administration. Richelieu -en convient: «J’ai dit, affirme-t-il, qu’il est -dangereux d’avoir, au milieu d’une guerre avec toute -l’Europe, un Conseil comme le nôtre, où il n’y a pas -de militaire»; il avait ajouté cependant que le -<span class="pagenum" id="Page_145">[p. 145]</span> -Cardinal, après mûre réflexion, saurait y remédier.</p> - -<p>—«Mais, à votre avis, comment dois-je composer -mon Conseil?» fait le premier ministre.</p> - -<p>—«Si le roi me questionnait à cet égard, réplique -le Duc, je lui dirais qu’il n’y a qu’un homme pour -lui répondre, le cardinal de Fleury.»</p> - -<p>Cette adroite flatterie désarma l’Éminence.</p> - -<p>Mais qui sait si le véritable motif, resté inavoué, de -l’envoi immédiat de Richelieu en Languedoc, n’était -pas l’appréhension de l’influence que le favori prenait -déjà sur l’esprit du roi, ou peut-être quelque -révélation indiscrète parvenue aux oreilles du Cardinal -et lui dénonçant le plan de campagne du courtisan? -Car le jour n’est pas éloigné, où, pressentant -les desseins de Richelieu, bien que celui-ci n’eût fait de -confidences à personne, Fleury, inquiet, demande, -en toute sincérité, à la duchesse de Brancas, dont -il connaît l’intimité avec le Duc, s’il est vrai que -son ami «veut donner M<sup>me</sup> de la Tournelle au roi». -La duchesse répond qu’elle n’en sait rien: elle ne -croit même pas que Richelieu en ait jamais parlé -au prince.</p> - -<p>—«Et surtout, recommande Fleury, ne lui en -soufflez mot; «ne le tentez pas de me punir de mes -soupçons et de les changer en réalités<a name="FNanchor_221" id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor">[221]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_221" id="Footnote_221" href="#FNanchor_221"><span class="label">[221]</span></a> -<i>Mémoires de la duchesse</i> <span class="smcap">de Brancas</span> (édition L. Lacour, 1865), -p. 50.—Le titre de la 1<sup>re</sup> édition porte: <i>Lettres de L.-B. Lauraguais -à Madame... Fragments des Mémoires de la duchesse de Brancas</i>, -etc... (Paris, Buisson, an II).</p> -</div> - -<p>Un événement imprévu allait, en précipitant la -stratégie, jusqu’alors un peu lente, de Richelieu, -justifier les craintes du Cardinal. Le Duc, à son retour -des États du Languedoc, dans le courant de septembre, -<span class="pagenum" id="Page_146">[p. 146]</span> -apprend, au débotté, la mort de la duchesse -de Mazarin, survenue le 10 de ce même mois. Cette -dame était la belle grand’mère des demoiselles de -Nesle; et sa maison, «un foyer d’intrigues», était -ouverte aux partis les plus opposés. Le comte et la -comtesse de Maurepas, héritiers de la duchesse, étaient -les familiers de son hôtel; le ministre de la maison -du roi, qui simulait alors une passion violente pour -M<sup>me</sup> de la Tournelle, avait conseillé à la jeune veuve, -vu la modicité de sa fortune, de se retirer dans un -couvent<a name="FNanchor_222" id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor">[222]</a>: elle se concilierait ainsi les bonnes grâces -du Cardinal et pourrait, de ce fait, obtenir la place -qu’elle sollicitait, et qui lui était d’ailleurs promise, -de «dame du palais de la reine».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_222" id="Footnote_222" href="#FNanchor_222"><span class="label">[222]</span></a> -<i>Mémoires de la duchesse</i> <span class="smcap">de Brancas</span> (édit. L. Lacour), p. 55.</p> -</div> - -<p>Le tour n’était pas mal imaginé pour débarrasser -M<sup>me</sup> de Mailly de la présence de cette fière beauté, -remarquée déjà par le roi, du vivant même de la -duchesse de Mazarin. M<sup>me</sup> de la Tournelle ne devait -jamais pardonner à Maurepas une invitation, qui -rappelle quelque peu celle d’Hamlet à Ophélie, et -fit partager sa haine<a name="FNanchor_223" id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor">[223]</a> à Richelieu, que Maurepas -payait, du reste, de retour: l’abbé de Broglie ne -lui avait-il pas dit en quelle médiocre estime le gouverneur -du Languedoc tenait les ministres de Son -Éminence?</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_223" id="Footnote_223" href="#FNanchor_223"><span class="label">[223]</span></a> -«Ce fut, disent les <i>Mémoires authentiques</i>, le commencement -le plus vrai et le plus ridicule» de cette animosité réciproque, très -apparente déjà, deux mois plus tard, surtout de la part de Richelieu -et de M<sup>me</sup> de la Tournelle, comme le signale le <i>Journal de Luynes</i> -(t. IV, p. 260).</p> -</div> - -<p>Mais M<sup>me</sup> de la Tournelle, voulant être, sans conditions, -dame du Palais, avait prié Richelieu d’intervenir -<span class="pagenum" id="Page_147">[p. 147]</span> -auprès de M<sup>me</sup> de Mailly, qui «se piquait d’une -grande amitié pour lui», afin qu’elle appuyât la -requête de sa sœur. Elle s’y refusa nettement, assurent -les <i>Mémoires authentiques</i>; les Goncourt prétendent -le contraire, et même ajoutent que M<sup>me</sup> -de Mailly devint, par sa générosité, le propre artisan -de son malheur. Quoi qu’il en soit, M<sup>me</sup> de la Tournelle, -et M<sup>me</sup> de Flavacourt, avec elle, obtinrent, -toutes deux, la place que chacune d’elles ambitionnait.</p> - -<p>Évidemment, Richelieu n’avait pas été étranger -à l’événement; mais d’autre part, il avait eu l’idée -d’une correspondance—qu’il rédigeait lui-même—pour -mieux enchaîner Louis XV à M<sup>me</sup> de la Tournelle: -le roi, ayant envoyé à la marquise une lettre -de condoléances pour la mort de la duchesse de -Mazarin, avait reçu une «réponse surprenante en -style», qui l’avait charmé: c’était Richelieu qui l’avait -dictée<a name="FNanchor_224" id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor">[224]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_224" id="Footnote_224" href="#FNanchor_224"><span class="label">[224]</span></a> -<i>Mémoires du Marquis</i> <span class="smcap">d’Argenson</span>, t. IV, p. 38.</p> -</div> - -<p>Désormais, il avait partie liée avec M<sup>me</sup> de la -Tournelle; mais, quoique les menées souterraines de -ses ennemis lui fissent appréhender la perte de son -gouvernement du Languedoc, il fallait partir pour -cette campagne de Flandre, qui allait ajouter à la -réputation militaire du jeune officier général.</p> - -<p>Heureusement pour sa fortune politique, Richelieu -laissait des alliés dans la place et, en première -ligne, une singulière femme que nous avons déjà -nommée, M<sup>me</sup> de Tencin.</p> - -<p>Cette religieuse défroquée, belle, ardente, tumultueuse, -qui fut la mère, sans cœur, du correct et -glacial d’Alembert, avait, pendant la Régence, -<span class="pagenum" id="Page_148">[p. 148]</span> -prodigué ses charmes à tous venants, dans l’espoir -d’acquérir le crédit, la situation et le rang qu’entrevoyaient -ses rêves de mégalomane. Elle ne connut -que des déceptions. De guerre lasse, elle ouvrit un -salon littéraire; et quand elle eut constaté que sa -<i>ménagerie</i> (elle désignait ainsi son cénacle d’écrivains) -avait développé le sens de pénétration qu’elle -tenait de la nature, elle s’avisa qu’elle pourrait, -quoique âgée, trafiquer de cette nouvelle ressource. -Elle avait déjà, dans son jeu, un atout considérable, -la situation de son frère, cet abbé de Tencin, qui -s’était si bien poussé, qu’il avait enlevé le chapeau -en 1739, obtenu le siège archiépiscopal de Lyon en -1741 et qu’il allait être nommé ministre d’État en -1742. Aussi peu scrupuleux que sa sœur, et, plus -méprisé qu’elle, il était cependant moins audacieux. -Il est vrai qu’il ne lui restait plus guère d’autres -degrés à gravir que celui de premier ministre. Mais -M<sup>me</sup> de Tencin, impatiente de briller, elle aussi, -stimulait une nonchalance qui se fût volontiers -assoupie sous les somptueux lambris de son palais de -Lyon.</p> - -<p>Mais, par contre, elle trouvait une intelligence -d’accord avec la sienne dans cet élégant Richelieu, -qu’elle avait eu pour amant et dont elle avait su -garder l’amitié, aujourd’hui qu’elle approchait de la -soixantaine. Tous deux comprirent quel ressort leur -alliance imprimerait à leur esprit d’intrigue et comment -ils réussiraient à diriger le roi par l’intermédiaire -de la maîtresse qu’ils lui auraient choisie. -Aussi, pendant que Richelieu était à l’armée de -Flandre, M<sup>me</sup> de Tencin le tenait-elle au courant, -grâce à une correspondance qui a pu être conservée, -<span class="pagenum" id="Page_149">[p. 149]</span> -non seulement de toutes les nouvelles de la Cour, -mais encore des manœuvres combinées ou tentées -par leurs adversaires pour tenir en échec leurs propres -projets<a name="FNanchor_225" id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor">[225]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_225" id="Footnote_225" href="#FNanchor_225"><span class="label">[225]</span></a> -Les <i>Mémoires authentiques</i> ne parlent, ni de cet échange de lettres, -ni même de Mme de Tencin, mais de M. de Choiseul-Meuse, -comme le confident épistolaire et le porte-parole de l’absent. Ami, -très écouté, de Mme de Mailly, familier de Louis XV, bien en cour -et volontiers serviable, M. de Choiseul-Meuse jouissait d’une certaine -autorité que ne pouvait avoir Mme de Tencin, ce qui explique -la défaillance de mémoire du Maréchal. Les Goncourt disent très nettement -(<i>M<sup>me</sup> de Châteauroux</i>, p. 189) que «Richelieu s’unissait à Mme -de Tencin pour remplacer et renvoyer Mme de Mailly».</p> -</div> - -<p>Dans leur correspondance, les Tencin et Richelieu -avaient imaginé, afin de dépister les indiscrétions -du cabinet noir, des manières de «grimoires<a name="FNanchor_226" id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor">[226]</a>», -dont la clef changeait tous les huit jours. Il est même -assez difficile aujourd’hui d’en identifier les véritables -noms.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_226" id="Footnote_226" href="#FNanchor_226"><span class="label">[226]</span></a> -<span class="smcap">De Coynart</span>: <i>Les Guérin de Tencin</i>, 1910, p. 347.—<span class="smcap">P. Masson</span>: -<i>M<sup>me</sup> de Tencin</i>, 1909. L’auteur de ce livre remarquable, professeur -à l’Université de Fribourg, est tombé glorieusement au -champ d’honneur, en 1915.</p> -</div> - -<p>M<sup>lle</sup> <i>Sauveur</i>, c’était <span class="smcap">Fleury</span>; le <i>général</i>, ou <i>Boufflers</i>, -M<sup>me</sup> de la <span class="smcap">Tournelle</span>; M. de <i>Mairan</i>, M<sup>me</sup> de -<span class="smcap">Mailly</span>; <i>Helvétius</i>, <span class="smcap">Richelieu</span>; encore celui-ci partageait-il, -avec <span class="smcap">Voltaire</span>, le surnom de <i>géomètre</i>; -<span class="smcap">Louis XV</span> était tantôt le <i>Gentilhomme</i>, tantôt la -<i>Guimbarde</i>.</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Si vous revenez bientôt, lui écrivait M<sup>me</sup> de -Tencin, le 5 novembre 1742, je vous conseille d’attendre -votre retour; nous concerterons ce qu’il conviendra -de faire. Il est certain qu’il ne faudra pas -que vous vous brouilliez avec le Cardinal (Fleury); -il peut nous faire mille petits chagrins surtout étant -continuellement poussé et animé par ses ministres. -<span class="pagenum" id="Page_150">[p. 150]</span> -M. de Maurepas, qui se flatte aisément, croyait bien -que la Mailly se raccommoderait et vous perdrait. -On voulait donner aussi une petite fille<a name="FNanchor_227" id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor">[227]</a> et que la -Mailly restât avec les honneurs et l’apparence de -la faveur. Je sais positivement qu’on avait cherché -cette fille; on avait même jeté les yeux sur la Gaussin -(la comédienne), mais on a craint pour sa santé... -Votre présence n’a jamais été plus nécessaire pour -vous et pour vos amis<a name="FNanchor_228" id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor">[228]</a>...»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_227" id="Footnote_227" href="#FNanchor_227"><span class="label">[227]</span></a> -M<sup>me</sup> de Pompadour devait, un jour, mettre en pratique cet -expédient.</p> - -<p><a name="Footnote_228" id="Footnote_228" href="#FNanchor_228"><span class="label">[228]</span></a> -<i>Correspondance du Cardinal de Tencin et de M<sup>me</sup> de Tencin, -sa sœur, avec le Duc de Richelieu.</i> Bibliothèque nationale. Imprimés -Lb<sup>38</sup> 56.</p> -</div> - -<p>Deux jours avant l’envoi de cette missive—le -3 novembre—M<sup>me</sup> de Mailly s’était retirée à Paris, -d’où elle ne devait plus revenir. Les <i>Mémoires</i> de -M<sup>me</sup> de Brancas, dont la lecture est des plus attrayantes, -mais qui ne brillent pas toujours par une scrupuleuse -exactitude, racontent que Richelieu alla -trouver M<sup>me</sup> de Mailly, pour la décider à ce départ -exigé par M<sup>me</sup> de la Tournelle et par le roi: ç’eût -été un véritable tour de force, puisque le duc était -encore à l’armée. Mais, en virtuose, il avait dirigé, -de loin, l’opération. Il avait prié son obligeant ami, -M. de Choiseul-Meuse, de préparer M<sup>me</sup> de Mailly -à sa disgrâce. Cette pénible mission répugnait à -M. de Choiseul-Meuse, qui avait toujours vécu dans -les meilleurs termes avec la favorite délaissée. Il -eut l’adresse de passer la main au comte d’Argenson, -ministre d’État depuis le mois d’août 1742. Celui-ci -sut ou crut persuader M<sup>me</sup> de Mailly, en lui donnant -l’assurance qu’une jolie femme comme elle -<span class="pagenum" id="Page_151">[p. 151]</span> -aurait bien vite ramené l’infidèle en le quittant -pendant quinze jours.</p> - -<p>Ainsi «s’arrangea la <i>quitterie</i> de M<sup>me</sup> de Mailly», -pour rappeler le mot, resté célèbre, du marquis -d’Argenson, le mémorialiste, frère aîné du ministre<a name="FNanchor_229" id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor">[229]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_229" id="Footnote_229" href="#FNanchor_229"><span class="label">[229]</span></a> -<i>Mémoires de la duchesse</i> <span class="smcap">de Brancas</span>, p. 53.—<b>Mémoires du -marquis</b> <span class="smcap">d’Argenson</span>, t. IV, p. 42.—<i>Mémoires authentiques du Maréchal</i> -<span class="smcap">de Richelieu</span>.</p> -</div> - -<p>Mais, depuis quelque temps, la malheureuse -femme ne conservait plus la moindre illusion. Elle -avait vu clair dans le jeu de sa sœur. Et, cependant, -jusqu’au dernier moment, elle repoussa désespérément -l’idée de la séparation qui lui était imposée. -Les Goncourt ont décrit, avec leur sûreté d’analyse, -cet état d’âme, au cours des heures cruelles qui -précédèrent, à Versailles et à Choisy, celle du départ, -puis les crises de larmes et de sanglots, les supplications -navrantes, entrecoupées de suffocations et -d’évanouissements auxquelles son amant opposait -pour toute réponse: «Tu m’ennuies, j’aime ta sœur<a name="FNanchor_230" id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor">[230]</a>», -que Luynes convertit en cette phrase moins inhumaine: -«Je suis amoureux fou de M<sup>me</sup> de la Tournelle, -je ne l’ai pas encore, mais je l’aurai<a name="FNanchor_231" id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor">[231]</a>.» En -réalité, la beauté rayonnante de la Marquise avait -affolé Louis XV, d’autant qu’il la comparait à la -mine piteuse de cette vieille maîtresse, de tenue -négligée, dont les pleurs éternels aggravaient encore -la laideur. Mais M<sup>me</sup> de Mailly était une bonne -créature qui, pendant sept années, avait fidèlement -aimé le roi et n’avait fait de mal à personne. On -la plaignit; et Marie Lesczinska, la première, qu’elle -<span class="pagenum" id="Page_152">[p. 152]</span> -avait respectueusement servie, lui fut compatissante. -Le Cardinal, à qui l’attitude superbe, le ton -hautain, l’esprit dominateur de la nouvelle favorite -inspiraient de vives inquiétudes, voulut adresser au -roi de sévères remontrances: le prince le renvoya -sèchement à son portefeuille.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_230" id="Footnote_230" href="#FNanchor_230"><span class="label">[230]</span></a> -<i>Mémoires d</i>’<span class="smcap">Argenson</span>, t. IV, p. 40.</p> - -<p><a name="Footnote_231" id="Footnote_231" href="#FNanchor_231"><span class="label">[231]</span></a> -<i>Journal de</i> <span class="smcap">Luynes</span>, t. IV, p. 267.</p> -</div> - -<p>Cependant Louis XV n’était pas autrement satisfait -de l’issue des négociations menées par Richelieu. -M<sup>me</sup> de la Tournelle n’avait pas encore cédé; elle -posait ses conditions, et qui n’étaient pas des moindres. -D’autre part, le roi, avec sa timidité ordinaire, -ne savait comment s’y prendre pour triompher d’une -résistance que rendait plus irritante l’adroit manège -d’une savante coquetterie. Aussi fit-il revenir Richelieu -de l’armée, plus tôt que de raison<a name="FNanchor_232" id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor">[232]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_232" id="Footnote_232" href="#FNanchor_232"><span class="label">[232]</span></a> -<i>Mémoires d</i>’<span class="smcap">Argenson</span>, t. IV, p. 42.</p> -</div> - -<p>Le duc reparaissait donc à Versailles, le 16 novembre, -prêt à la double tâche qu’il avait d’ailleurs si -adroitement amorcée, d’achever l’éducation galante -du maître et de préparer par ses conseils l’avènement -de la «maîtresse reconnue»: n’était-ce pas, -pour lui, le plus sûr moyen de s’ouvrir les avenues -du pouvoir?</p> - -<p>Ce fut, comme bien on pense, un événement -considérable et un sujet de conversations sans fin, -dans ce monde, chamarré et doré, de brillants seigneurs, -habitués, tantôt de Versailles, tantôt de -Choisy, et toujours à l’affût de ces petites nouvelles, -qu’ils tenaient pour des informations de la plus haute -importance. Le <i>Journal</i> de Luynes enregistre, avec -un soin méticuleux, mais en termes pleins de réserve, -ces anecdotes et ces impressions de salon ou de -<span class="pagenum" id="Page_153">[p. 153]</span> -boudoir. Richelieu est reçu à souper chez M<sup>me</sup> de la -Tournelle; et les courtisans remarquent qu’il eut avec -elle un long entretien «avant et après le repas<a name="FNanchor_233" id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor">[233]</a>». -Ils notent encore que, depuis, le roi s’est fait servir -à souper chez M<sup>me</sup> de la Tournelle et ne doutent pas -un seul instant que Richelieu n’ait été invité à ce -repas<a name="FNanchor_234" id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor">[234]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_233" id="Footnote_233" href="#FNanchor_233"><span class="label">[233]</span></a> -<a name="Footnote_234" id="Footnote_234" href="#FNanchor_234"><span class="label">[234]</span></a> -<i>Journal du Duc</i> <span class="smcap">de Luynes</span>, t. IV, p. 278.</p> -</div> - -<p>Naturellement les plus curieux, ou ceux qui se -prétendent les mieux renseignés, entourent le favori -et l’interrogent, ou lui racontent «ce que le roi a -déjà fait». Richelieu ne s’en étonne pas; c’est lui -qui l’a conseillé ou qui l’a improuvé; il sait tout, il -reste imperturbable et impénétrable. Le marquis -d’Argenson ne l’appelle plus que «l’avocat consultant», -le professeur «di piazza»<a name="FNanchor_235" id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor">[235]</a>. C’est ainsi que, -pressentant sans doute le regret, presque le remords, -qui s’éveillera bientôt dans le cœur du roi, d’avoir -renvoyé son ancienne maîtresse «plus durement -qu’une fille de l’Opéra<a name="FNanchor_236" id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor">[236]</a>», Richelieu conseillera au -prince (il se chargera, au besoin, de la besogne) -d’écrire tous les jours, puis une fois par semaine, -un billet à M<sup>me</sup> de Mailly<a name="FNanchor_237" id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor">[237]</a>. Cette éventualité devait -être prévue par le programme de la <i>quitterie</i>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_235" id="Footnote_235" href="#FNanchor_235"><span class="label">[235]</span></a> -<i>Mémoires</i> de <span class="smcap">d’Argenson</span>, t. IV, p. 42.</p> - -<p><a name="Footnote_236" id="Footnote_236" href="#FNanchor_236"><span class="label">[236]</span></a> -<i>Ibid.</i>, p. 45.</p> - -<p><a name="Footnote_237" id="Footnote_237" href="#FNanchor_237"><span class="label">[237]</span></a> -<i>Ibid.</i>, p. 42.</p> -</div> - -<p>En attendant, Louis XV se montrait toujours aussi -indécis. Ce n’était pas que le duc ne fît le nécessaire -pour le stimuler. Il se vantait à «sa tante» (la -duchesse de Brancas) de «donner des leçons» au roi; -et «les miennes, ajoutait-il, valent mieux que celles -<span class="pagenum" id="Page_154">[p. 154]</span> -du Cardinal, n’est-ce pas<a name="FNanchor_238" id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor">[238]</a>»? Il sembla cependant -que, pendant plus d’un mois, l’écolier voulût répondre -aux efforts du maître et même les prévenir. Ce -furent, de son fait, de fréquentes expéditions, la -nuit, par les corridors du palais, jusqu’à la porte de -l’appartement de la marquise, Louis XV travesti -en médecin, Richelieu armé d’une lanterne sourde -et menaçant de son épée Maurepas qui s’était avisé -d’espionner les noctambules. La duchesse de Brancas -les représente encore masqués, affublés de grandes -perruques, enveloppés de manteaux noirs, et s’en -allant ainsi «gratter» à la porte de M<sup>me</sup> de la -Tournelle<a name="FNanchor_239" id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor">[239]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_238" id="Footnote_238" href="#FNanchor_238"><span class="label">[238]</span></a> -<i>Mémoires de la duchesse</i> <span class="smcap">de Brancas</span>, p. 65: «Il faut lui plaire, -prescrivait-il au roi, et commencer par lui dire que vous en êtes -épris.»</p> - -<p><a name="Footnote_239" id="Footnote_239" href="#FNanchor_239"><span class="label">[239]</span></a> -<i>Mémoires</i> de la duchesse <span class="smcap">de Brancas</span>, p. 75.—<i>Les Mémoires -authentiques</i> du Maréchal <span class="smcap">de Richelieu</span> signalent pareillement -cette mascarade, mais l’attribuent à l’imagination inquiète du roi, -qui n’en prévint son compagnon qu’au dernier moment; et la meilleure -preuve qu’elle était de l’invention de Louis XV, c’est que le -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span> (t. IV, p. 268) en parle, dès le 5 novembre 1742; -or, à cette date, Richelieu n’était pas encore revenu de l’armée. Quant -à l’épisode de Maurepas, il est sorti tout entier du cerveau de Soulavie.</p> -</div> - -<p>Mais, presque toujours, la marquise faisait la sourde -oreille; et le «professeur di piazza», déjà fort empêché -dans son vilain métier d’entraîneur du roi, reprochait -à son autre élève de le lui rendre plus difficile -encore, en exaspérant à plaisir et sans résultat -les sens violemment surexcités de Louis XV.</p> - -<p>Après avoir tenté de justifier sa téméraire manœuvre, -M<sup>me</sup> de la Tournelle finit par se rendre aux -arguments décisifs du professeur; et, le 9 décembre, -une tabatière, dont le roi ne se séparait pas, qui «se -trouva sous le chevet de M<sup>me</sup> de la Tournelle», -<span class="pagenum" id="Page_155">[p. 155]</span> -et que celle-ci «montra, le matin, à M. de Choiseul-Meuse», -fut, pour cet ami de Richelieu, l’indice -révélateur d’une défaite depuis si longtemps attendue. -Le grave duc de Luynes ne pouvait la mentionner -de façon plus décente dans son <i>Journal</i><a name="FNanchor_240" id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor">[240]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_240" id="Footnote_240" href="#FNanchor_240"><span class="label">[240]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, 12 décembre 1742, t. IV, p. 296.</p> -</div> - -<p>Mais M<sup>me</sup> de la Tournelle devait bientôt se ressaisir -et tenir de nouveau rigueur au roi, en raison -de... réalisations qui lui paraissaient beaucoup trop -lointaines.</p> - -<p>Sa chute fut saluée par tout un bouquet de chansons, -d’épigrammes, de satires, de nouvelles à la -main, qui se dispersèrent également sur les demoiselles -de Nesle, sur Richelieu, sur Fleury et même -sur Maurepas. Et pourtant, c’était le ministre de -la maison du roi, qui était l’inspirateur, sinon l’auteur, -de ces malicieux brocards, dont le recueil parvenait, -par les soins du lieutenant-général de police, -jusqu’à Louis XV, très friand de ce genre de littérature. -Pouvait-on, en conscience, soupçonner Maurepas -de tels méfaits, puisqu’il en était la première -victime?</p> - -<p>Une de ces pièces, entre autres, parodiant le -quatrième acte d’<i>Iphigénie</i>, dramatisait la scène -douloureuse qui, en réalité, avait mis aux prises -les deux sœurs.</p> - -<p><i>Accusez Richelieu</i>, <i>plaignez-vous à l’Amour</i>, disait -M<sup>me</sup> de la Tournelle à M<sup>me</sup> de Mailly, avec cette -inflexible dureté qui la caractérisait.</p> - -<p>Le duc n’en avait cure; il pouvait, au contraire, -être fier de son ouvrage<a name="FNanchor_241" id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor">[241]</a>. Il avait triomphé en vingt -<span class="pagenum" id="Page_156">[p. 156]</span> -jours. Son gouvernement du Languedoc réclamant -sa présence, il partait donc l’esprit plus tranquille -et le cœur plus léger. Et, comme pour mieux en -témoigner, il daignait admettre les dames de la -Cour à son petit coucher dans sa «dormeuse», cette -voiture, établie sur ses indications, qui devait le -conduire à destination. Le duc de Luynes nous a -laissé la description de ce véhicule et le récit du -départ désinvolte de son propriétaire:</p> - -<div class="manuscr"> -<p class="rdate">17 Décembre 1742</p> - -<p>«Le jeudi, à 5 heures du soir, M. de Richelieu partit -de Choisy pour aller tenir les États du Languedoc. -Il a fait faire une chaise de poste, où l’on porte, dans -un coffre, derrière, à manger pour plusieurs jours; -et sur le devant il y a de quoi mettre trois entrées -toutes prêtes pour mettre au feu; de sorte que son -<span class="pagenum" id="Page_157">[p. 157]</span> -cuisinier, qui le suit, s’avançant un peu avant lui, -avec le panier où sont les entrées, lui tient son dîner -ou son souper prêts également partout. Outre cela, -il a fait mettre dans cette chaise un lit où il est couché -entre deux draps. Il se déshabilla donc à Choisy, -et, après que l’on eut bassiné le lit de sa chaise, il -y monta, se coucha en présence de trente personnes -qui étaient là et dit qu’on le réveillerait à Lyon. -M<sup>me</sup> de la Tournelle parut assez fâchée de son départ. -La veille, M. de Richelieu s’était trouvé assez -mal en jouant à l’hombre avec le roi<a name="FNanchor_242" id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor">[242]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_241" id="Footnote_241" href="#FNanchor_241"><span class="label">[241]</span></a> -Il nous paraît curieux d’insérer ici, après ces preuves irréfutables -du rôle honteux joué par Richelieu auprès de Louis XV, -une lettre où il se défend d’avoir procuré M<sup>me</sup> de la Tournelle au -roi. Elle lui était déjà attribuée par Faur; et Jobez, qui la publie -dans sa <i>France sous Louis XV</i> (t. III, p. 289), ne semble pas -douter de son authenticité. Nous serons beaucoup moins affirmatif: -le style en est d’abord trop moderne. En tout cas, cette missive, -adressée à deux bonnes amies de Richelieu, la marquise de Monconseil -et la duchesse de Luxembourg, est une merveille de cynisme:</p> - -<p>«Vous croyez, Mesdames, ainsi que le public qui juge souvent fort -mal, parce qu’il le fait sans savoir ni connaître les personnes dont il -parle, que c’est moi qui ai procuré M<sup>me</sup> de Châteauroux au roi. -Vous êtes dans l’erreur comme tout le monde. Je ne me ferais pas -un grand scrupule d’avoir été utile à mon maître dans ses amours: -on donne un joli tableau, un beau vase, un bijou quelconque; et je -ne vois pas qu’on doive rougir de mettre à même son souverain de -jouir de tout ce qu’il y a de plus aimable au monde, d’une femme... -On doit ses soins en tout genre au maître qui nous donne des ordres; -et on peut bien lui donner une femme comme autre chose. -Je ne vois d’exclusion que pour la sienne. Ce n’est donc point par -scrupule que je n’ai point été le premier agent de la liaison du roi -avec M<sup>me</sup> de Châteauroux; c’est que l’occasion ne s’est pas -rencontrée.»</p> - -<p><a name="Footnote_242" id="Footnote_242" href="#FNanchor_242"><span class="label">[242]</span></a> -<i>Journal</i> du <span class="smcap">duc de Luynes</span>, t. IV, p. 299.—<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span>, -t. VIII, p. 208. Gazetin de police du Chevalier de Mouhy.</p> -</div> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_158"> - -<h2>CHAPITRE XV</h2> - -<p class="smm" style="margin-bottom: 1em;"><i>Année 1743: nouvelle correspondance chiffrée de M<sup>me</sup> de -Tencin, pendant le séjour de Richelieu en Languedoc. — Campagne -contre Maurepas. — Le désastre de Dettingen; -belle conduite et mot... malheureux de Richelieu. — M<sup>me</sup> de -la Tournelle est nommée duchesse de Châteauroux et Richelieu, -premier gentilhomme de la Chambre.</i></p> - -<p class="smm" style="margin-top: 1em;"><i>Année 1744: projet, avorté, d’une descente sur les côtes anglaises.—Dépit -et récriminations de Richelieu.—Son activité comme -premier gentilhomme de la Chambre.—Projets de fêtes -pour le premier mariage du Dauphin.—La</i> Princesse de -Navarre: <i>patience de Voltaire et méchante humeur de -Rameau.—Diplomatie mystérieuse de Frédéric II.—Conseil -de nuit à Choisy.—Départ de Louis XV pour -l’armée.</i></p> - -<p>Le mécontentement que M<sup>me</sup> de la Tournelle -n’était pas parvenu à dissimuler, en voyant s’éloigner -«son cher oncle», n’était que trop fondé. Bien -que maîtresse en titre, elle sentait tant de jalousies -et tant de haines coalisées contre elle, qu’elle pouvait -craindre un retour offensif de l’ennemi. Aussi, -dans une lettre où s’affirme toute la sécheresse de -son cœur, laissait-elle entendre à ce «cher oncle», -avec quelle âpreté elle avait dû défendre sa victoire: -«Meuse vous aura mandé la peine que j’ai eue à -faire déguerpir M<sup>me</sup> de Mailly.»</p> - -<p>Mais M<sup>me</sup> de Tencin veillait.</p> - -<p>Toutefois, son empressement inquiétait et fatiguait -M<sup>me</sup> de la Tournelle, à qui Richelieu n’avait pas -révélé l’action commune du frère et de la sœur. Et, -de son côté, M<sup>me</sup> de Tencin s’étonnait de la froideur -<span class="pagenum" id="Page_159">[p. 159]</span> -avec laquelle la favorite répondait à l’ardeur de son -zèle. Il fallut que le gouverneur du Languedoc intervînt -pour modifier l’attitude de M<sup>me</sup> de la Tournelle -et lui permettre d’être plus accueillante, sans aliéner -sa liberté d’allures.</p> - -<p>Précisément, le cardinal Fleury mourait, au moment -où des amis communs lui suggéraient l’idée -d’une réconciliation entre Richelieu et Maurepas. -Et M<sup>me</sup> de Tencin confiait à son ami toutes ses -craintes de savoir encore en place un homme, qui -pouvait nuire, par «ses coups fourrés», à l’aide de ces -lettres, de ces «petites nouvelles», de ces épigrammes, -de ces chansons, dont Maurepas s’entendait si bien -à faire usage. Mais ce qui n’était pas banal, c’est qu’au -cours de cet accommodement, dont des tiers eussent -volontiers chargé M<sup>me</sup> de Tencin, celle-ci et ses entours -étaient filés par des «mouches» (la lieutenance -générale de police était du département de -Maurepas), pendant que M<sup>me</sup> de Tencin avait aussi -ses espions, chargés d’observer l’ennemi. Elle ne s’en -tourmentait pas moins: «Je suis tranquille quand -vous êtes là, écrivait-elle à son correspondant. Vous -avez plus d’esprit qu’ils n’en ont tous eu en dix ans.»</p> - -<p>Et M<sup>me</sup> de Tencin comprenait dans une même -réprobation, assurément fort injuste, Meuse que ne pouvait -souffrir M<sup>me</sup> de la Tournelle et qu’on disait -l’espion de Maurepas; Voltaire<a name="FNanchor_243" id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor">[243]</a> envoyé en mission -<span class="pagenum" id="Page_160">[p. 160]</span> -secrète, sous prétexte d’exil, auprès de Frédéric II, par -les ministres Amelot et Maurepas... «S’il réussit, -ces messieurs seraient bien attrapés, si le roi de -Prusse déclarait qu’il ne veut point passer par leurs -mains», préférant placer toute sa confiance dans -M<sup>me</sup> de la Tournelle<a name="FNanchor_244" id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor">[244]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_243" id="Footnote_243" href="#FNanchor_243"><span class="label">[243]</span></a> -M<sup>me</sup> de Tencin n’aimait pas Voltaire, sans doute par jalousie: -«Vous aviez la réputation, écrit-elle à Richelieu, le 18 décembre 1742, -de parler toujours de la religion, comme il convient. Si vous faisiez -recevoir Voltaire à l’Académie, on dirait qu’il vous a perverti.» -Ses variations sur le poète philosophe sont infinies. Peu de temps -après cette première lettre, elle s’efforce de gagner Voltaire par -M<sup>me</sup> du Châtelet, dont elle n’ignore pas les anciennes relations avec -Richelieu; et presque aussitôt, elle se plaint que les deux amants, -devenus amis, «sont livrés au Maurepas et ne savent qu’être esclaves».</p> - -<p><a name="Footnote_244" id="Footnote_244" href="#FNanchor_244"><span class="label">[244]</span></a> -Cette lettre se trouve également dans la <i>Vie privée</i> de Faur -(t. II, p. 405).</p> -</div> - -<p>On ne saurait imaginer quelle astuce et quelle rouerie -met en œuvre cette politicienne pour faire tomber -les ministres qui lui barrent le chemin. M. Pierre -Masson en cite un exemple topique:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Il s’agit de faire comprendre au roi et à sa maîtresse -qu’Amelot est incapable, Maurepas vendu à -l’Angleterre et que les Cours étrangères les méprisent -tous deux. On fera saisir au Cabinet noir, -pour qu’elle soit montrée au roi, une lettre qu’on -aura fait écrire à Wernek, envoyé du prince des -Deux-Ponts, par une main inconnue et où il y aura -des phrases allemandes. Il faudrait, continue M<sup>me</sup> de -Tencin, l’écrire sur du papier de Francfort et la faire -mettre à la poste de Francfort. Voici à peu près -comme j’imagine qu’il faudrait l’écrire:</p> - -<p>..... «On croirait à voir, comme on se gouverne en -France, que les ministres agissent par l’impulsion -de la reine de Hongrie (l’impératrice Marie-Thérèse). -On dit tout haut ici qu’Amelot n’entend rien -à sa mission et qu’un autre ministre reçoit de belles -et bonnes guinées d’Angleterre pour laisser les Anglais -en repos<a name="FNanchor_245" id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor">[245]</a>...»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_245" id="Footnote_245" href="#FNanchor_245"><span class="label">[245]</span></a> -Pierre <span class="smcap">Masson</span>: M<sup>me</sup> <i>de Tencin</i>, 1909, p. 106.</p> -</div> - -<p>En cette année 1743, Richelieu «est plus favori que -jamais; on le regarde comme l’auteur de tout,... se -<span class="pagenum" id="Page_161">[p. 161]</span> -frayant un chemin au premier ministère...<a name="FNanchor_246" id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor">[246]</a>». Il n’en -domine que mieux M<sup>me</sup> de la Tournelle. Et cette -autorité lui est nécessaire, s’il veut mener à bonne -fin son œuvre. En effet, sa protégée, depuis longtemps -éprise du beau duc d’Agénois, lutte pour ne pas -sacrifier son amour à la jalousie du roi. Mais Richelieu -a compris le danger; et nous avons dit ailleurs, -par quelles subtiles et romanesques manœuvres, -il détermina une rupture qui ne fut jamais sans -arrière-pensée<a name="FNanchor_247" id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor">[247]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_246" id="Footnote_246" href="#FNanchor_246"><span class="label">[246]</span></a> -Marquis <span class="smcap">d’Argenson</span>: <i>Mémoires</i>, t. IV, p. 101.</p> - -<p><a name="Footnote_247" id="Footnote_247" href="#FNanchor_247"><span class="label">[247]</span></a> -<i>La Duchesse d’Aiguillon</i> (Émile-Paul, 1912), p. 17.</p> -</div> - -<p>En revanche, le maître courtisan insistait auprès -du roi, pour qu’il tînt des engagements pris au plus -fort de la passion. Lui, Richelieu, en avait fatigué -alors les échos de Versailles et de Choisy. Il disait, -en propres termes, «qu’il voulait que celui qui entrerait -dans l’antichambre de M<sup>me</sup> de la Tournelle -eût plus de considération que celui qui, auparavant, -était tête-à-tête avec M<sup>me</sup> de Mailly<a name="FNanchor_248" id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor">[248]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_248" id="Footnote_248" href="#FNanchor_248"><span class="label">[248]</span></a> -<i>Journal</i> du duc <span class="smcap">de Luynes</span>, t. IV, p. 469, avril 1743.</p> -</div> - -<p>D’abord était-il juste que la condition de la favorite -fût inférieure à celle de sa sœur Montcavrel, -duchesse de Lauraguais depuis le mois de décembre -1742?</p> - -<p>Mais le roi était parcimonieux. Il s’invitait volontiers -chez sa maîtresse, simplement pour y faire admirer -son appétit bourbonien. Stylée par Richelieu, -M<sup>me</sup> de la Tournelle finit par dire à son royal amant -qu’elle serait heureuse de lui offrir à dîner, s’il la -mettait à même d’en faire la dépense, «s’il lui donnait -une maison».</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_162">[p. 162]</span> -Richelieu ne pouvait tenir que de loin tous les fils -de l’intrigue, soit qu’il eût à remplir les devoirs de -sa charge aux États de Languedoc, soit qu’il fût -employé à l’armée du Rhin. Et là, le 27 juin, dans -cette désastreuse affaire de Dettingen, dont l’invasion -de l’Alsace et de la Lorraine aurait pu être la -conséquence, Richelieu s’était conduit en héros. Il -vit son régiment presque détruit au cours de la retraite; -il la soutint à peu près seul à l’arrière-garde; -et, le dernier, il passa le Mein. Il eut un cheval tué -sous lui, mais sortit indemne de ce massacre—un -nouvel Azincourt pour la noblesse française. Aussi, -quand il fut chargé par le Maréchal de Noailles<a name="FNanchor_249" id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor">[249]</a> de -relever sur le champ de bataille plus de six cents blessés -et, parmi eux, des ennemis qu’y laissait le roi -d’Angleterre<a name="FNanchor_250" id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor">[250]</a>, Richelieu ne put-il retenir un mouvement -de surprise indignée, à la vue de tant de -jeunes et brillants seigneurs couchés par la mort à -côté des plus obscurs plébéiens. Comme si l’inflexible -Camarde, ce professeur d’égalité absolue, eût dû -établir des distinctions, des séparations, voulons-nous -dire, entre justiciables de si diverses qualités! -Et le haineux Chamfort de se réjouir, à ce propos, de -la publication des «<i>Mémoires du Don Juan français</i>», -mine précieuse de révélations et de scandales, -d’où il extrait, avec quelles délices! le «sentiment -d’horreur de Dettingen» comme un des traits les -<span class="pagenum" id="Page_163">[p. 163]</span> -plus caractéristiques de l’«arrogance et de la fatuité» -de Richelieu.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_249" id="Footnote_249" href="#FNanchor_249"><span class="label">[249]</span></a> -L’imprudente attaque de Gramont non seulement contrecarra -le plan de Noailles, lequel tenait déjà la victoire entre ses mains, -mais obligea le Maréchal à se retirer derrière le Rhin (<i>Journal</i> de -<span class="smcap">Barbier</span>, t. III, pp. 457 et suiv.).</p> - -<p><a name="Footnote_250" id="Footnote_250" href="#FNanchor_250"><span class="label">[250]</span></a> -Comme électeur de Hanovre, le roi d’Angleterre, Georges II, -avait pris parti pour Marie-Thérèse.</p> -</div> - -<p>Mais, hélas! c’était aussi cet orgueil, barbare, protestant -contre l’oubli des égards dûs au privilège -nobiliaire, qui valait à son représentant le plus autoritaire -et le plus turbulent, la sympathie, l’approbation -et l’appui d’un parti puissant à la Cour, soucieux -d’y défendre les intérêts de l’absent.</p> - -<p>M<sup>me</sup> de Tencin en signale les protagonistes dans sa -correspondance; mais, presque aussitôt, sa méfiance, -trop souvent brouillonne, reprend le dessus; ceux dont -elle a vanté le zèle, deviennent des traîtres ou des -indifférents; et, réciproquement, les douteux ou les -suspects rendent des services. C’est ainsi que le -ministre de la Guerre, d’Argenson, bien qu’il «ne -vaille rien», s’entend, avec M<sup>me</sup> de la Tournelle, -pour «tromper» Maurepas, qui veut empêcher -la favorite de voir le roi, mais plus encore pour -déjouer les intrigues de «la Maurepas», furieuse -de savoir M<sup>me</sup> de la Tournelle en passe d’être -nommée duchesse. C’est encore le frère de M<sup>me</sup> de -Tencin, le Cardinal, d’accord avec le Maréchal de -Noailles, pour travailler «au bien de la chose publique», -qui ne semblent, le second surtout, se lasser -et se refroidir: «J’agirai par moi-même, écrit-elle -à Richelieu, auprès de votre M<sup>me</sup> du Châtelet; elle -a confiance en moi. Je lui ferai sentir les avantages -que Voltaire trouvera à dire la vérité au roi ou du -moins à M<sup>me</sup> de la Tournelle.» Mais elle craint l’asservissement -de M<sup>me</sup> de Lauraguais à Maurepas: -il n’est pas jusqu’à M<sup>me</sup> de Flavacourt, «votre -<i>Poule</i> (toujours la manie des surnoms!)», qui ne -soit l’espionne de l’exécrable Maurepas.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_164">[p. 164]</span> -Et, dans certaines de ces lettres, au verbe hardi, -aux termes pittoresques, la femme d’État, si le mot -n’est pas excessif, prime la femme d’affaires: «Ici, -écrit-elle, on n’est pas occupé de l’armée, ni du -mouvement des ennemis, mais de frivolités...» -Plus loin, elle rêve d’une alliance de la France avec -la Russie, la Turquie et la Suède.</p> - -<p>C’est encore contre Louis XV qu’elle manifeste -le plus d’animosité: «Le roi sera toujours mené, -et plus souvent mal que bien: on dirait qu’il a été -élevé à croire que, quand il a nommé un ministre, -toute sa besogne de roi est faite et qu’il ne doit -plus se mêler de rien.» Aussi est-elle écœurée et va-t-elle -«le planter là».</p> - -<p>Cependant, ce monarque fainéant, tout en conservant -Maurepas, allait combler de largesses sa maîtresse -et son favori.</p> - -<p>En octobre, la marquise de la Tournelle recevait, -dans une magnifique cassette, avec 86.000 livres -de rente, des lettres-patentes de la duché-pairie -de Châteauroux, rendant hommage à la «vertu» -et au «mérite personnel» de la bénéficiaire. Ainsi, -grâce à la dextérité de son jeu de grande coquette, -M<sup>me</sup> de la Tournelle était enfin parvenue au but que -s’était proposé son ambition, froidement et résolument -calculatrice: exigences insatiables, refus systématiques -et répétés de sa personne, menaces -fréquentes de rupture, elle n’avait rien négligé pour -rançonner et pour s’asservir un amant dont l’impatiente -passion s’irritait de tant d’obstacles.</p> - -<p>Quant à Richelieu, les «grâces» se succédaient -pour lui avec une continuité qui marquait bien -la progression de son crédit. Le jeune Fronsac, -<span class="pagenum" id="Page_165">[p. 165]</span> -son fils, avait été promu colonel du régiment de -Septimanie, sans que le prince de Dombes, le véritable -gouverneur du Languedoc, eût même été consulté<a name="FNanchor_251" id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor">[251]</a>. -Déjà Bernage, l’intendant de la province, -avait été nommé prévôt des marchands à Paris, -uniquement pour que Richelieu en fût débarrassé; -et Louis XV ajoutait, non sans malice, «qu’il ne serait -pas aisé de trouver un intendant de Languedoc -dont le duc pût s’accommoder, M. de Richelieu -étant aussi jaloux qu’il l’est de tout ce qui peut diminuer -son pouvoir et son autorité<a name="FNanchor_252" id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor">[252]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_251" id="Footnote_251" href="#FNanchor_251"><span class="label">[251]</span></a> -<i>Journal</i> du duc <span class="smcap">de Luynes</span>, t. V, p. 338.</p> - -<p><a name="Footnote_252" id="Footnote_252" href="#FNanchor_252"><span class="label">[252]</span></a> -<i>Ibid.</i>, p. 81.</p> -</div> - -<p>Enfin, le 26 décembre, le roi lui donnait la charge -de premier gentilhomme de la Chambre, mais il entendait -être seul à l’en aviser: aussi un courrier -était-il parti en porter la nouvelle à Montpellier, où -le duc tenait les États du Languedoc<a name="FNanchor_253" id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor">[253]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_253" id="Footnote_253" href="#FNanchor_253"><span class="label">[253]</span></a> -<i>Ibid.</i>, p. 225.</p> -</div> - -<p>Duclos, malveillant d’instinct pour Richelieu, le -présente comme «un homme assez singulier, qui -a toujours cherché à faire du bruit et n’a pu parvenir -à être illustre, qui, employé dans les négociations et -à la tête des armées, n’a jamais été regardé comme -un homme d’État, mais le chef des gens à la mode -dont il est resté le doyen<a name="FNanchor_254" id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor">[254]</a>». Ce que Duclos aurait -pu, aurait dû dire, c’est que si cette réputation de -mondanité excessive a diminué le rôle de Richelieu -devant l’Histoire, celle-ci, en équitable dispensatrice du -blâme ou de l’éloge, n’en a pas moins reconnu les incontestables -succès remportés sur les champs de bataille -<span class="pagenum" id="Page_166">[p. 166]</span> -ou dans les milieux diplomatiques par ce «chef des -gens à la mode».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_254" id="Footnote_254" href="#FNanchor_254"><span class="label">[254]</span></a> -<span class="smcap">Duclos</span>: <i>Mémoires</i>, 1864, t. II, p. 38.</p> -</div> - -<p>Richelieu s’y fit remarquer, en tout cas, pendant -l’année 1744, par une activité, peut-être un peu trop -débordante, mais témoignant d’une somme de travail -considérable. Il visait à la fois le poste de premier -ministre et le bâton de maréchal. Pour cette -dernière distinction, il crut l’obtenir sans trop de -peine, en acceptant le titre et les fonctions de généralissime -de l’expédition, qui s’organisait, dès les -premiers mois de l’année, contre la Grande-Bretagne.</p> - -<p>La France, soutenant alors la cause du prétendant -Charles-Édouard, devait le débarquer sur les -côtes anglaises, avec un corps d’armée de 11.000 -hommes, de l’artillerie et des chevaux de trait, sous -le commandement de Richelieu. Celui-ci, porteur -d’une proclamation en deux langues—<i>Manifeste -du roi de France en faveur du Prince Charles-Édouard</i>—rédigée -par Voltaire<a name="FNanchor_255" id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor">[255]</a>, l’eût lancée par le pays, dès -que la flotte eût abordé. Mais l’impétueux généralissime -n’était pas plus discret dans le dispositif -de ses préparatifs militaires que dans la mise au -point de ses campagnes galantes. Il se commanda, -suivant son habitude, de magnifiques équipages et -s’entoura d’un superbe état-major. D’autre part, -on réquisitionna tous les navires marchands de Picardie -et de Normandie, opération qui se poursuivit, -sinon dans le silence, du moins avec lenteur<a name="FNanchor_256" id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor">[256]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_167">[p. 167]</span> -Et, quand Richelieu arriva dans le port de Boulogne, -il trouva en face de lui une escadre de trente-cinq -vaisseaux ennemis qui gardaient à vue le détroit. -Irrité d’une surprise qui étouffait l’entreprise -dans l’œuf, il le prit sur le ton du persiflage avec les -ministres: «Je crois que ceux qui auraient de grands -talents militaires ne sont pas plus à l’abri du ridicule -que ceux qui en ont moins... Aussi, si je connaissais -quelque guerrier intrépide de ce genre, je vous prierais -de me l’adresser.» Cependant, il ne se découragea -pas complètement. Il proposa de changer le -port d’embarquement. Mais, voyant que la Cour -semblait se désintéresser de l’affaire, il se fâcha: -«Ce n’est pas moi qui ai formé le projet de porter -des secours en Angleterre; mais, ayant été choisi -pour y conduire celui qu’on aurait pu y passer, j’ai -cru devoir présenter les moyens que je croyais qui -pourraient le faire réussir<a name="FNanchor_257" id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor">[257]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_255" id="Footnote_255" href="#FNanchor_255"><span class="label">[255]</span></a> -<i>Œuvres</i> de <span class="smcap">Voltaire</span> (édition Garnier, t. XV, c. <em>XXV</em>).</p> - -<p><a name="Footnote_256" id="Footnote_256" href="#FNanchor_256"><span class="label">[256]</span></a> -<i>Mémoires</i> <span class="smcap">d’Argenson</span>, t. IV, mars 1744, p. 318.—<span class="smcap">Duc de -Broglie</span>: <i>Maurice de Saxe et le marquis d’Argenson</i> (2 v., 1893), -t. I, p. 14.</p> - -<p><a name="Footnote_257" id="Footnote_257" href="#FNanchor_257"><span class="label">[257]</span></a> -Duc <span class="smcap">de Broglie</span>: <i>Maurice de Saxe et le marquis d’Argenson</i>, -t. I, p. 22.</p> -</div> - -<p>De guerre lasse, vers la mi-février, il se dit malade -et revint, jurant et tempêtant contre les ministres -de la Guerre et de la Marine, tournant en -ridicule le duc d’York (le futur cardinal) et les catholiques -anglais, dévots maladroits, qui ne savaient -pas cacher leurs pratiques bigotes aux yeux des protestants -partisans de Charles Édouard<a name="FNanchor_258" id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor">[258]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_258" id="Footnote_258" href="#FNanchor_258"><span class="label">[258]</span></a> -<i>Mémoires</i> <span class="smcap">d’Argenson</span>, t. IV, pp. 319-321, mars 1744.</p> -</div> - -<p>Il comptait prendre sa revanche, à la Cour, du -rôle ingrat qu’on lui avait imposé, perfidement -peut-être. Aussi bien, il prêtait serment, le 12 février -1744, comme premier gentilhomme de la -Chambre, et «servait le roi à son coucher, puis, le -<span class="pagenum" id="Page_168">[p. 168]</span> -lendemain, à son lever<a name="FNanchor_259" id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor">[259]</a>». Là, encore, la malignité -publique trouva prétexte à s’exercer aux dépens du -nouveau dignitaire. La banqueroute d’un notaire -parisien, Laideguive jeune, préoccupait alors tous -les esprits. On s’empressa de l’attribuer à Richelieu, -parce qu’il avait exigé, prétendait-on, du failli, -qu’il «se dessaisît de ses dépôts, pour lui avancer -les 400.000 livres dûs pour le brevet de retenue de -la charge de premier gentilhomme<a name="FNanchor_260" id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor">[260]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_259" id="Footnote_259" href="#FNanchor_259"><span class="label">[259]</span></a> -<i>Journal</i> du duc <span class="smcap">de Luynes</span>, t. V, p. 331, 14 février.</p> - -<p><a name="Footnote_260" id="Footnote_260" href="#FNanchor_260"><span class="label">[260]</span></a> -<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal.</span> Mss. 6113. <i>Journal inédit du -Chevalier de Mouhy</i>, 7 mars 1744.</p> -</div> - -<p>En tout cas, il eut à cœur de remplir ces fonctions, -jusqu’à l’heure de sa mort, c’est-à-dire pendant plus -de quarante-quatre ans, avec une régularité ponctuelle -et un sentiment du devoir, qui, malheureusement, -n’étaient pas exempts d’une minutie tracassière, -d’un souci exagéré de l’étiquette et d’une -hauteur souvent intolérable.</p> - -<p>L’ordonnance des spectacles, la pompe des fêtes, -le règlement des cérémonies officielles étaient surtout -de son ressort. Et, précisément, cette année-là, -celles du futur mariage du Dauphin comportaient -un programme que nul n’était plus apte à composer -que le duc de Richelieu. Celui-ci n’en voulut laisser -le soin à personne. Il fit tout d’abord de son féal -Voltaire le poète de la Cour; et, pour répondre à sa -confiance, l’auteur écrivit cette <i>Princesse de Navarre</i>, -assurément la plus médiocre de ses œuvres dramatiques -et qui lui valut d’être aux prises, pendant -plus de six mois, avec son protecteur et avec le -compositeur Rameau.</p> - -<p>Ce musicien, naturellement grincheux, était peu -sympathique à Voltaire, qui, cependant, pour l’amadouer, -<span class="pagenum" id="Page_169">[p. 169]</span> -lui prodiguait ses épithètes les plus flatteuses -et ses phrases les plus caressantes. Mais, Rameau, -ainsi que l’avait déclaré le Président Hénault, -dans une lettre au comte d’Argenson, était «devenu -bel esprit et critique» et «s’était mis à corriger les -vers de Voltaire... Ce fou-là, continuait le Président, -a pour conseil toute la racaille des poètes: il leur -montrera l’ouvrage... L’ouvrage sera mis en pièces, -déchiré... et il finira par nous donner de mauvaise -musique, d’autant plus qu’il ne travaillera pas dans -son genre. Il n’y avait que les petits violons qui -convinssent et M. de Richelieu ne veut pas en entendre -parler...»</p> - -<p>Mais celui dont un ironiste du temps avait dit: -«Enfin le roi a fait gentilhomme M. de Richelieu», -voyait toujours grand. «Le prince de Sagan du -<em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, comme l’appelle M. Bapst, avait fait -élever un théâtre de cinquante-six pieds de profondeur -dans la Salle du Manège, avec des loges superposées -et soutenues les unes au-dessus des autres -au moyen de supports multiples et contournés. Le -tout était exécuté avec une magnificence qui nous -paraît bien invraisemblable pour une représentation -éphémère, mais dont le souvenir heureusement -n’est pas perdu pour nous, puisque Cochin<a name="FNanchor_261" id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor">[261]</a> nous en -a laissé une admirable gravure.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_261" id="Footnote_261" href="#FNanchor_261"><span class="label">[261]</span></a> -<span class="smcap">Bapst</span>: <i>Essai sur l’histoire du théâtre</i> (1893), p. 454.—Voltaire -ajoute (<i>Œuvres</i>, édit. Garnier, t. IV, p. 273), à propos de cette -salle, que «les décorations et les embellissements sont tellement -ménagés que tout ce qui sert au spectacle doit s’enlever en une nuit -et laisser la salle ornée pour un bal paré qui doit former la fête du -lendemain.»—Cochin établit pour la <i>Princesse de Navarre</i> une quantité -de dessins originaux et en couleur, dont Richelieu présenta -les tableaux à Louis XV.</p> -</div> - -<p>Richelieu avait pris tellement à cœur cette -<span class="pagenum" id="Page_170">[p. 170]</span> -première manifestation de son entrée en fonctions, que, -même au plus fort de la campagne de Flandre, il -entretenait une correspondance des plus actives avec -Voltaire, Rameau, le lieutenant de police, le président -Hénault, et <i lang="it" xml:lang="it">tutti quanti</i>, afin que ce spectacle -imaginé, commandé, surveillé par lui, atteignît les -limites de la perfection. Il voulait beaucoup de divertissements, -révisait le poème de Voltaire, exigeait -la suppression de telles ou telles scènes, en proposait -de nouvelles.</p> - -<p>Voltaire, alors à Cirey, était sur les dents. Il répond -à Richelieu, en lui envoyant son troisième acte, -qu’il lui est bien difficile de condenser, en deux mois, -tout ce que le duc «voudrait voir» dans la pièce; -et il est «un homme perdu», si l’acte, les divertissements, -les couplets de la France et de l’Espagne ne -plaisent pas à Richelieu<a name="FNanchor_262" id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor">[262]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_262" id="Footnote_262" href="#FNanchor_262"><span class="label">[262]</span></a> -Lettre du 28 mai.</p> -</div> - -<p>Et le mois précédent, Voltaire, avec sa souplesse -d’échine, s’était prosterné devant son correspondant -pour lui décerner un brevet d’arbitre du goût! Il lui -écrivait:</p> - -<div class="manuscr"> -<p class="rdate">24 avril 1744.</p> - -<p>«Colletet envoie encore ce brimborion au Cardinal-duc. -Cette rapsodie le trouvera probablement dans -un camp entouré d’officiers et vis-à-vis de vilains -Allemands qui se soucient fort peu des amours du -duc de Foix et de la princesse de Navarre. Mais -votre esprit agile, qui se plie à tout, trouvera du -temps pour songer à votre fête. Vous serez comme -<span class="pagenum" id="Page_171">[p. 171]</span> -Paul-Émile, qui, après avoir vaincu Persée, donna -une fête charmante et dit à ceux qui s’étonnaient -de la fête et du souper: Messieurs, c’est le même esprit -qui a conduit la guerre et ordonné la fête.»</p> -</div> - -<p>Mais le malin singe, qui connaissait bien son Rameau, -suppliait l’«ordonnateur» de faire tenir lui-même -le livret au compositeur, avec invitation de -«le lire» et d’écrire une «musique convenable aux -paroles et aux situations».</p> - -<p>Cependant, à mesure que son travail avance, ses -plaintes redoublent. «Vous êtes un grand critique... -et je vous admire, Monseigneur, de raisonner si bien -sur mon barbouillage, quand on ouvre des tranchées. -Il est vrai que vous écrivez comme un chat; mais -aussi je me flatte que vous commandez les armées -comme le Maréchal de Villars; car, en vérité, votre -écriture ressemble à la sienne; et cela va tous les -jours en embellissant<a name="FNanchor_263" id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor">[263]</a>.»</p> - -<p>Puis, il se plaint que Richelieu montre des brouillons -dont il ne «subsistera peut-être pas cent -vers<a name="FNanchor_264" id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor">[264]</a>...» Et quelle «terrible besogne»! «J’aurais -mieux aimé faire une tragédie qu’un ouvrage dans -le goût de celui-ci<a name="FNanchor_265" id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor">[265]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_263" id="Footnote_263" href="#FNanchor_263"><span class="label">[263]</span></a> -Lettre du 5 juin.</p> - -<p><a name="Footnote_264" id="Footnote_264" href="#FNanchor_264"><span class="label">[264]</span></a> -<i>Ibid.</i></p> - -<p><a name="Footnote_265" id="Footnote_265" href="#FNanchor_265"><span class="label">[265]</span></a> -Lettre du 18 juin.</p> -</div> - -<p>Les choses se passaient moins bien encore avec Rameau. -Richelieu écrit de Dunkerque, le 18 juillet, -qu’il a entre les mains une lettre, où le compositeur -«fait part de la ridicule critique qu’il a imaginé de -faire, ou, pour mieux dire, de faire faire, par ses -petits poétereaux d’amis, de l’ouvrage» dont il est -<span class="pagenum" id="Page_172">[p. 172]</span> -chargé d’écrire la musique. Et Richelieu prie, d’autre -part, son correspondant d’expédier à Rameau deux -lettres qu’il joint à la sienne «pour tâcher de prévenir -les démangeaisons qui pourraient prendre -dorénavant au compositeur de faire agir cet esprit -d’examen qui paraît l’avoir possédé et en même -temps de communiquer les divertissements qui lui -sont confiés<a name="FNanchor_266" id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor">[266]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_266" id="Footnote_266" href="#FNanchor_266"><span class="label">[266]</span></a> -Cette lettre de Richelieu a été publiée par Desnoiresterres dans -sa <i>Vie de Voltaire</i>, mais sans qu’il en indiquât les références. -Nous l’avons retrouvée dans les <i>Archives de la Bastille</i> (carton 10299).</p> -</div> - -<p>Il est certain que le premier gentilhomme de la -Chambre devait trouver singulièrement désobligeante -la critique d’un spectacle dont il était l’inspirateur; -mais cet esprit amer qu’était Rameau n’avait -pas tout à fait tort; car la <i>Princesse de Navarre</i> était -du bien mauvais théâtre; et ce fut plus tard l’avis -de la Cour.</p> - -<p>Des préoccupations d’un ordre autrement grave -hantaient alors le cerveau de l’homme politique qui -visait à la succession du cardinal Fleury. Car ce -n’était un mystère pour personne que Richelieu songeait -à devenir premier ministre. Il était déjà désigné, -dit le duc de Luynes, comme secrétaire d’État -aux affaires étrangères<a name="FNanchor_267" id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor">[267]</a>. L’auteur anonyme des -<i>Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la Perse</i>, -qui l’a si adroitement dessiné sous le pseudonyme -d’<i>Azamuth</i>, «extrêmement galant... gai, amusant, -très riche, mais mauvais ménager, tenant un grand -rang à la Cour...», ajoute qu’il «était ambitieux et -qu’après la mort d’Ismaël-Beg (le cardinal Fleury) -il fut taxé d’aspirer au ministère, poste auquel, -<span class="pagenum" id="Page_173">[p. 173]</span> -malgré tous ses talents, on peut dire que son -penchant pour le plaisir, son esprit inappliqué et -son air un peu dissipé ne le rendaient pas propre<a name="FNanchor_268" id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor">[268]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_267" id="Footnote_267" href="#FNanchor_267"><span class="label">[267]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. V, p. 413.</p> - -<p><a name="Footnote_268" id="Footnote_268" href="#FNanchor_268"><span class="label">[268]</span></a> -Ce curieux et spirituel pamphlet (Amsterdam, 1746) fut attribué -un peu à tout le monde, au Chevalier de Rességuier, à M<sup>me</sup> de Vieux-Maisons, -etc. Mais il a plus vraisemblablement pour auteur Pecquet, -un premier commis aux Affaires étrangères, qui, de ce fait, avait -une certaine autorité pour en imposer à ses lecteurs; car, s’il était -bien renseigné, il ne se faisait aucun scrupule d’enjoliver ses informations.</p> -</div> - -<p>Ce n’était pas seulement la faveur du maître, ni la -reconnaissance de la duchesse de Châteauroux, ni -même les intrigues des Tencin qui autorisaient les -espérances de Richelieu; c’était surtout une négociation -de la dernière importance pour laquelle il -avait été choisi comme premier intermédiaire et dont -la réussite pouvait lui assurer une place considérable -parmi les hommes d’État.</p> - -<p>Avant qu’il ne partît pour l’armée, un envoyé -du roi de Prusse Frédéric II, le comte de Rottembourg, -lui avait fait demander, au nom de son maître, -un entretien secret<a name="FNanchor_269" id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor">[269]</a>. Ce personnage, ancien -ambassadeur de Prusse en Espagne, gendre de -M<sup>me</sup> de Parabère, avait dû disparaître de l’horizon -politique, après s’être ruiné au jeu. Aujourd’hui il -rentrait incognito en scène, comme agent du roi Frédéric. -Richelieu le fit introduire, avec tout le mystère -possible (nous connaissons sa passion du romanesque) -dans son hôtel de la place Royale. Rottembourg, -après lui avoir communiqué la lettre de -créance qui l’accréditait auprès de Richelieu, lui -<span class="pagenum" id="Page_174">[p. 174]</span> -exposa le but de sa visite. Il s’était d’abord efforcé -de justifier la défection de la Prusse<a name="FNanchor_270" id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor">[270]</a>, alliée de la -France, au commencement de la guerre de la succession -d’Autriche, par l’incorrection du ministre -des affaires étrangères, Amelot, qui, sur la défense du -cardinal Fleury, n’avait jamais répondu aux lettres de -Frédéric. Mais, aujourd’hui, le roi de Prusse, reprenant -la conversation, faisait savoir à Louis XV que les -armées de la reine de Hongrie entreraient en Alsace, -pendant que celles de la France envahiraient les -Flandres. Frédéric proposait alors à Louis XV, pour -parer le coup, de faire une diversion en Bohême, -si le roi de France voulait traiter avec lui. Il y -mettait toutefois cette condition que le cabinet de -Versailles ignorât l’acte diplomatique, qui n’aurait -pour contractants que les deux souverains avec -Richelieu comme témoin.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_269" id="Footnote_269" href="#FNanchor_269"><span class="label">[269]</span></a> -<span class="smcap">Frédéric II</span>: <i>Mémoires</i> (édit. Boutaric et Campardon), t. I, -p. 220.—Frédéric dit que Richelieu, M<sup>me</sup> de Châteauroux, le cardinal -de Tencin et le comte d’Argenson, ministre de la guerre, -étaient dans ses vues.</p> - -<p><a name="Footnote_270" id="Footnote_270" href="#FNanchor_270"><span class="label">[270]</span></a> -Le nouveau roi de Prusse, Frédéric, après s’être emparé de la -Silésie autrichienne, avait conclu un traité de paix séparée avec -Marie-Thérèse et prétendait excuser cette... légèreté diplomatique, -dont l’exemple ne devait pas être perdu pour ses successeurs, en -affirmant qu’il avait voulu prévenir ainsi une défection de la France. -Or, le duc de Broglie déclare (<i>Frédéric II et Marie-Thérèse</i>, 1884, -II, pp. 384 et suiv.) qu’il n’a trouvé, dans les archives du Ministère -des Affaires étrangères, ni ailleurs, «aucune trace» de documents -pouvant justifier les imputations du roi de Prusse.</p> -</div> - -<p>Celui-ci courut à Choisy, où se trouvait le roi, chez -M<sup>me</sup> de Châteauroux. Il pénètre, toujours s’entourant -de mystère, dans la place. Le prince, surpris, -l’accueille assez fraîchement. Richelieu s’explique -et donne au roi une lettre de Frédéric.</p> - -<p>On tient conseil. Favori et favorite sont d’avis -que Louis XV doit accepter.</p> - -<p>—«Travaillez sur ce plan», dit le monarque au -duc.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_175">[p. 175]</span> -Mais Richelieu s’en défend. Il n’est pas assez au -courant des affaires. Toutefois il engage le roi, -puisque Frédéric ne veut pas entendre parler des -ministres, à confier la négociation au Maréchal de -Noailles, chef de l’armée et au cardinal de Tencin, -qui a sa place au Conseil.</p> - -<p>—«Soit, dit Louis XV, allez leur parler et voyez -si on voudra d’eux en Prusse.»</p> - -<p>Frédéric y consentit<a name="FNanchor_271" id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor">[271]</a>. Une des premières conséquences -des pourparlers fut le renvoi d’Amelot, ce -ministre bègue qui était la risée de l’Europe. Mais, -malgré les objurgations quotidiennes de M<sup>me</sup> de -Tencin, Maurepas se maintint au pouvoir.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_271" id="Footnote_271" href="#FNanchor_271"><span class="label">[271]</span></a> -<span class="smcap">Besenval</span>: <i>Mémoires</i> (édit. Baudouin), t. I, p. 32.—<span class="smcap">Jobez</span>: -<i>La France sous Louis XV</i>, t. III, p. 357.—<span class="smcap">Frédéric II</span>: <i>Histoire de -mon temps</i>, t. III, c. <em>IV</em>.—<span class="smcap">Flassan</span>: Histoire de la diplomatie française, -t. V.—<span class="smcap">Duc de Broglie</span>: <i>Frédéric II et Louis XV</i>, t. II, -pp. 178-187, 203-205.—<i>Les Mémoires authentiques</i> du Maréchal -<span class="smcap">de Richelieu</span> consacrent un chapitre à ces négociations secrètes -avec la Prusse, chapitre que reproduit presque textuellement le -<i>Mémoire</i> présenté à Louis XVI. Dans ce <i>Mémoire</i>, le récit des négociations -avec la Prusse suit la relation de l’ambassade de Vienne: -comme bien on pense, Richelieu avait jugé inopportun de faire -connaître au nouveau roi tous les dessous d’intrigues politiques et -galantes, auxquelles, dans l’intervalle, il avait pris une si large -part.</p> -</div> - -<p>Pendant que Richelieu guerroyait dans les Flandres, -les <i>tractations</i> (c’est le mot à la mode) se poursuivaient -régulièrement; et il semble qu’elles aient -réussi à secouer la torpeur, peut-être simulée, que -M<sup>me</sup> de Tencin reprochait si volontiers à son frère.</p> - -<p>Le Cardinal écrivait, de Versailles, le 2 mai, à -Richelieu: «Le projet de traité avec le roi de Prusse -a été fait dans un comité, chez moi, de la manière -que j’en étais convenu avec Rottembourg<a name="FNanchor_272" id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor">[272]</a>.» Celui-ci, -<span class="pagenum" id="Page_176">[p. 176]</span> -au dire de M<sup>me</sup> de Tencin, «exigeait toujours le plus -grand secret»; et le traité devait être signé à Paris<a name="FNanchor_273" id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor">[273]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_272" id="Footnote_272" href="#FNanchor_272"><span class="label">[272]</span></a> -<i>Correspondance du cardinal de Tencin, ministre d’État et de -M<sup>me</sup> de Tencin sa sœur avec M. le duc de Richelieu</i>, 1790, 2 mai 1744.</p> - -<p><a name="Footnote_273" id="Footnote_273" href="#FNanchor_273"><span class="label">[273]</span></a> -<i>Correspondance du cardinal de Tencin, ministre d’État et de -M<sup>me</sup> de Tencin sa sœur avec M. le duc de Richelieu</i>, 1790, 2 mai 1744, -p. 315.—Ce recueil de lettres (<i>Bibliothèque Nationale Impr.</i> Lb<sup>38</sup> 56), -imprimé sur des originaux confiés par Richelieu à de La Borde, recueil -auquel les biographes de M<sup>me</sup> de Châteauroux et des Tencin, -les Goncourt, MM. P. Masson, de Coynart, etc. attribuent, à juste -raison, une certaine importance, ne leur inspire pas cependant une -absolue confiance; et l’un d’eux, croyant à des interpolations ou à -des maquillages du fait des éditeurs, exprimait le vœu qu’on pût -retrouver un jour les originaux de cette correspondance. Or, dans le -<i>Bulletin du Bibliophile</i>, de 1876 (p. 20), nous avons découvert, à -l’article <i>Choix de lettres inédites avec éclaircissements historiques et -littéraires</i>, par Edouard de <span class="smcap">Barthélemy</span>, la publication d’un autographe -du cardinal de Tencin, du 22 mai 1744, absolument identique -à une lettre portant la même date, imprimée dans le recueil -Lb<sup>38</sup> 56 de 1790.</p> - -<p>D’autre part, M. P. Masson remarque que le recueil fut édité par -les soins de Soulavie, qu’on y retrouve plusieurs lettres publiées par -celui-ci dans les <i>Mémoires de Richelieu</i>, et que certaines de ces -lettres figurent également dans la <i>Vie privée</i> de Faur.—Et -M. P. Masson en conclut fort judicieusement que toute cette -correspondance, si dispersée, n’est pas dépourvue d’authenticité, -réserve faite de l’inexactitude de ses différentes dates.</p> -</div> - -<p>Évidemment, ce jour-là, le fait d’avoir été pris -tout d’abord pour intermédiaire entre les deux -princes, ne pouvait qu’ajouter à la gloire de Richelieu -et le désigner à l’attention de son souverain -comme le plus éminent de ses conseillers.</p> - -<p>Fût-ce l’ambition d’en obtenir le titre, ou l’exemple -de ce roi de Prusse toujours à la tête de ses régiments, -ou mieux encore, nous voulons le croire, fût-ce -un sentiment plus noble et plus élevé, le désir de voir -un roi de France reprendre les traditions de ses -aïeux, se souvenir qu’il était du sang des Bourbons, -et qu’Henri IV, Louis XIII, Louis XIV avaient reçu, -sur le champ de bataille, le baptême du feu? -<span class="pagenum" id="Page_177">[p. 177]</span> -Toujours est-il que, Richelieu faisant partager à M<sup>me</sup> de -Châteauroux ses vues sur le devoir qui s’imposait -à Louis XV, la nouvelle Agnès Sorel (on lui donna -ce nom à Versailles) décida son royal amant à rejoindre -l’armée.</p> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_178"> - -<h2>CHAPITRE XVI</h2> - -<p class="smm"><i>M<sup>me</sup> de Tencin continue sa correspondance. — Richelieu -lui préfère encore la présence de M<sup>me</sup> de Châteauroux -auprès du roi. — Dangers de cette manœuvre. — La maladie -de Louis XV à Metz. — Les médecins perdent la tête. — Richelieu -et les duchesses chambrent le roi. — Les terreurs -de Louis XV. — Disgrâce de M<sup>me</sup> de Châteauroux. — Épigrammes -et satires. — Le roi guérit et charge Richelieu -de négocier le retour de la favorite. — Un rendez-vous -et une liste de proscription. — Maurepas échappe à la -vengeance de la duchesse, mais doit s’humilier devant elle. — Mort -foudroyante de M<sup>me</sup> de Châteauroux. — Douleur -du roi.</i></p> - -<p>Par lettres du 1<sup>er</sup> avril 1744, Richelieu avait été -envoyé à l’armée de Flandre; nommé aide de camp -du roi par brevet du 1<sup>er</sup> mai, et, le 2, lieutenant général, -il prenait part, sous ce titre, aux sièges de Menin, -d’Ypres et de Furnes. Mais, bien qu’éloigné de -Versailles, il était tenu au courant des complots qui -s’y tramaient chaque jour et des perfidies qui s’y -débitaient à toute heure, par une correspondance -presque quotidienne avec les Tencin et avec la duchesse -de Châteauroux.</p> - -<p>Celle-ci avait une idée fixe: se défaire de <i>Faquinet</i>, -surnom qu’elle donnait à Maurepas, qui, d’ailleurs, -pour répondre du tac au tac, appelait Richelieu -<i>Foutriquet</i><a name="FNanchor_274" id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor">[274]</a>:</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_179">[p. 179]</span> -—«Que l’on me donne des faits», demande-t-elle -à son «cher oncle»; et «je serai bien forte<a name="FNanchor_275" id="FNanchor_275" href="#Footnote_275" class="fnanchor">[275]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_274" id="Footnote_274" href="#FNanchor_274"><span class="label">[274]</span></a> -<i>Mémoires</i> de <span class="smcap">Maurepas</span>, t. IV, p. 112.</p> - -<p><a name="Footnote_275" id="Footnote_275" href="#FNanchor_275"><span class="label">[275]</span></a> -<i>Lettres de la duchesse de Châteauroux au duc de Richelieu</i> (Collection -Leber, Bibliothèque de Rouen).</p> -</div> - -<p>Interprète de Richelieu, M<sup>me</sup> de Tencin affirme -à la duchesse qu’elle a mis plusieurs personnes en -mouvement pour «dégoter» Maurepas, malgré qu’il -se vante d’être au mieux avec le roi. Le grand argument -de M<sup>me</sup> de Tencin, c’est l’état déplorable -du département de la marine confié à ce ministre -incapable et malfaisant. Au surplus, on s’en débarrassera -momentanément: on l’enverra inspecter les -ports de guerre, le 18 juin<a name="FNanchor_276" id="FNanchor_276" href="#Footnote_276" class="fnanchor">[276]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_276" id="Footnote_276" href="#FNanchor_276"><span class="label">[276]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span>, t. IV, pp. 522-523. Le chroniqueur y signale -cette «tournée» de Maurepas.</p> -</div> - -<p>Et notre politicienne continue, à bâtons rompus, -son système d’informations sur les sujets les plus -variés: elle expose ses projets de gouvernement et -ses vues diplomatiques; mais, toujours ombrageuse, -âpre et caustique, elle récrimine contre des ennemis -réels et même imaginaires. D’Argenson est «superficiel -et badin». M<sup>me</sup> de Boufflers est «la plus méchante -et la plus tracassière des femmes». Maurepas, -«le plus méchant de tous..., connaît mieux la Cour -que les autres». Il faut se méfier de la Poule (M<sup>me</sup> de -Flavacourt) qui écrit au roi sous le couvert du premier -valet de chambre Le Bel.</p> - -<p>Et ce flux de nouvelles se grossit de conseils affectueux, -de tendres protestations d’amitié qui tournent -parfois au marivaudage, de doux reproches -pour une indifférence qu’on ne dissimule pas assez. -En 1743, elle témoignait surtout de sa sollicitude -pour les enfants de Richelieu qu’elle comblait de -<span class="pagenum" id="Page_180">[p. 180]</span> -petits soins; en 1744, c’est leur père qui la préoccupe: -«Demandez-moi pardon, lui écrit-elle, et dites-moi -que c’est de bon cœur que vous m’aimez, -et, ce qui m’est plus important, que vous êtes assuré -que je vous aime et que ma confiance n’a et ne peut -jamais souffrir la moindre atteinte.» M<sup>me</sup> de Tencin -est désolée de la bouderie de la princesse de Rohan, -une ancienne maîtresse de Richelieu, qui ne pardonne -pas à son amant de ne l’avoir pas mise dans -le lit du roi. Quelle précieuse amitié que celle des Rohan! -Et cette bonne M<sup>me</sup> de Tencin s’offre à faire -cesser la brouille. Elle ne s’oublie pas cependant, -mais elle tremble qu’on ne l’oublie, et ne paraît -croire que médiocrement à la reconnaissance de -M<sup>me</sup> de Châteauroux: «Rappelez-vous, dit-elle à -Richelieu, tout ce que nous avons fait et toute la -peine que nous avons eue à la faire duchesse.»</p> - -<p>Une nouvelle imprévue vient donner un autre cours -à cette correspondance.</p> - -<p>Il avait été convenu (et Louis XV s’y était résigné, -non sans peine) que, pour éviter les mauvais -propos, M<sup>me</sup> de Châteauroux ne suivrait pas le -roi en Flandre. Mais, Richelieu, ayant eu des difficultés -avec le duc d’Ayen, fils du Maréchal de Noailles, -et craignant que son crédit n’en subît quelque atteinte, -jugea nécessaire de faire venir à l’armée la -duchesse de Châteauroux. Les <i>Mémoires authentiques</i> -prétendent, au contraire, qu’elle prit, seule, l’initiative -d’un voyage qui sembla rappeler, par sa mise en -scène, les pompeux défilés des carrosses de Louis XIV -au siège des villes flamandes. Seulement la reine -n’y était pas. Mais la princesse de Conti, la duchesse -de Chartres et—particularité piquante!* -<span class="pagenum" id="Page_181">[p. 181]</span> -*—cette duchesse de Modène, qui, jadis, s’était si -bruyamment compromise pour Richelieu, allèrent -rejoindre le roi à Lille, en compagnie de M<sup>me</sup> de -Châteauroux et de sa sœur M<sup>me</sup> de Lauraguais. Ce -fut un scandale public qui eut sa répercussion jusque -dans l’armée. On chansonna «Madame Enroux»; -mais, suivant le mot d’un contemporain, «la paix -de M<sup>me</sup> Enroux fut bientôt faite avec le roi».</p> - -<p>M<sup>me</sup> de Tencin et son frère ne purent cependant -cacher à Richelieu que cette arrivée triomphale -avait rencontré «nombre d’improbateurs» et «produit -le plus mauvais effet», ainsi que l’avait mentionné -le Maréchal de Saxe à l’une de ses maîtresses. -Les moins malveillants disaient: «Pourvu que le -roi ne se dérange pas de la guerre, on lui passera ses -plaisirs.» Tous ces menus détails, les Tencin les devaient -aux indiscrétions du Cabinet noir. Et cependant -l’amie de Richelieu avait fait prier «l’Homme»—sans -doute Jannel, commis préposé à cet office—de -supprimer toutes les lettres venant de l’armée -«qui parlaient mal de M<sup>me</sup> de Châteauroux». Mais -«l’Homme» avait répondu «qu’il n’était pas maître -de tout supprimer, attendu qu’il n’était pas seul à -faire des extraits». C’était, en effet, avec cette opération -à coups de ciseaux qu’on alimentait de nouvelles la -curiosité publique. Et, tout en constatant que le -Maréchal de Noailles n’était pas étranger à ce débordement -de malignité, M<sup>me</sup> de Tencin concluait -une fois de plus à la nécessité d’en finir avec Maurepas: -car le lieutenant de police Marville tremblait -devant lui, son supérieur hiérarchique. Et le renvoi -de cette créature d’un ministre, tombé lui-même -en disgrâce, permettrait de lui donner pour successeur -<span class="pagenum" id="Page_182">[p. 182]</span> -un certain Chaban, premier commis de la police, -tout dévoué au parti des Tencin<a name="FNanchor_277" id="FNanchor_277" href="#Footnote_277" class="fnanchor">[277]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_277" id="Footnote_277" href="#FNanchor_277"><span class="label">[277]</span></a> -<i>Correspondance du C<sup>l</sup> de Tencin, de M<sup>me</sup> de Tencin</i>, 1790, <i>passim</i>.</p> -</div> - -<p>Pendant que ces maîtres intrigants discutaient les -moyens de s’assurer sans conteste le pouvoir, les -événements se précipitaient sur le théâtre de la -guerre. Le 1<sup>er</sup> juillet, le prince Charles, justifiant les -prévisions de Frédéric II, franchissait le Rhin, sans -que le Maréchal de Coigny lui opposât la moindre -résistance, et pénétrait en Alsace qu’il saccageait à -la manière allemande. En conséquence, le roi partait, -le 19, pour Metz<a name="FNanchor_278" id="FNanchor_278" href="#Footnote_278" class="fnanchor">[278]</a>; et Richelieu recevait l’ordre -de l’y rejoindre. Il s’arrêta quelques heures à Paris, -où le marquis d’Argenson, l’auteur des <i>Mémoires</i>, -put causer avec lui, d’autant plus que, par un de ces -jeux de bascule politique alors si fréquents, son frère -le ministre était devenu l’ennemi juré de Noailles, -partant le grand ami de Richelieu. Le duc, «avec sa -vivacité ordinaire» (le mot de <i>volubilité</i> n’appartenait -pas encore à la langue française) débita au marquis -tout un système de politique extérieure reposant -sur l’alliance espagnole, alors franchement -offerte par Philippe V et par sa femme Élisabeth -Farnèse, alliance que devait sanctionner le prochain -mariage de la seconde fille du roi d’Espagne avec le -Dauphin. On ne pouvait compter, malgré les succès -du prince de Conti, sur un traité avec le roi de Sardaigne -que soutenait l’Angleterre; et d’Argenson -<span class="pagenum" id="Page_183">[p. 183]</span> -disant à son interlocuteur, pour le flatter, qu’il -ramènerait d’Espagne, avec la princesse, une paix -glorieuse, Richelieu estimait que la paix en question -dépendrait d’autres causes. Toutefois les victoires -de la France autorisaient les prétentions de l’Espagne -en Italie; et, d’autre part, le prince Charles -courait au devant d’un désastre.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_278" id="Footnote_278" href="#FNanchor_278"><span class="label">[278]</span></a> -Le Maréchal de Schmettau était venu lui annoncer l’entrée -prochaine de Frédéric II en Bohême, conformément au traité secret -du 5 avril, notent les <i>Mémoires authentiques</i> qui ajoutent: «M. de -Richelieu entendit un grand seigneur, plus grand sot encore, (le duc -de La Rochefoucauld) dire avec confiance: Il faudrait couper le -cou à celui qui a fait et signé un pareil traité avec le roi de Prusse, -parce que cela rendra la paix infaisable.»</p> -</div> - -<p>Ces graves déclarations s’accompagnaient de l’aveu, -plus ou moins discret, «d’aventures galantes tenant -une grande place» dans les nombreuses affaires que -le duc devait mettre à jour avant son départ<a name="FNanchor_279" id="FNanchor_279" href="#Footnote_279" class="fnanchor">[279]</a>. Et -d’Argenson, ce terrible misanthrope, profite de la -pose que vient de lui donner, à son insu, un homme -«possédé du désir d’entrer au conseil... et de parvenir -au commandement des armées...», pour tracer -le croquis de «sa légèreté, de sa précipitation et de -son étourderie...». Richelieu «croit plus à la puissance -de la séduction qu’à celle de la vertu». Il a -«assez d’expérience et de sagacité pour bien démêler -les hommes; mais il en veut plus à leurs faibles -qu’à leurs bonnes qualités. Il méprise les ministres, -mais se garde de les blesser; son humeur -satirique perce quand même, il est craint et détesté... -Son amour des voluptés aspire plus à l’ostentation -qu’aux véritables délices.» Il est «prodigue sans -magnificence et sans générosité... il a de l’habileté -et du désordre... Il n’est pas assez heureux pour -posséder un ami..., il est franc par étourderie, -méfiant par mépris des hommes, désobligeant par -insensibilité... Vieux papillon, enfariné de politique<a name="FNanchor_280" id="FNanchor_280" href="#Footnote_280" class="fnanchor">[280]</a>...»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_279" id="Footnote_279" href="#FNanchor_279"><span class="label">[279]</span></a> -<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. IV, p. 104.</p> - -<p><a name="Footnote_280" id="Footnote_280" href="#FNanchor_280"><span class="label">[280]</span></a> -<i>Ibid.</i>, p. 211 et suiv.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_184">[p. 184]</span> -Il est vrai que Richelieu touchait alors à la cinquantaine.</p> - -<p>Quand il retrouva le roi à Metz, le prince, la favorite, -les grandes dames et les seigneurs qui composaient -sa suite, étaient—qu’on nous passe le mot—fourbus -de plaisirs. M<sup>me</sup> de Châteauroux avait eu, -chemin faisant, une indisposition fort sérieuse. -Louis XV, au milieu des fêtes et des festins qui marquaient -chacune de ses étapes, commençait à se -plaindre d’une lassitude intolérable.</p> - -<p>Le 6 août, il fut pris d’un frisson de fièvre.</p> - -<p>Il s’alitait le 7. On n’a jamais pu définir exactement -la nature de son mal. Fut-ce simplement une -fièvre muqueuse, ou plutôt une typhoïde? Richelieu -opinait pour un embarras gastrique, à la suite d’une -indigestion et d’un «coup de soleil». Cette hypothèse -était fort admissible, Louis XV étant un gros -mangeur et sujet, comme d’ailleurs tous les princes -de sa race, à de fréquentes et copieuses indigestions.</p> - -<p>Chicoyneau et La Peyronie<a name="FNanchor_281" id="FNanchor_281" href="#Footnote_281" class="fnanchor">[281]</a>, l’un médecin, l’autre -chirurgien du roi et particulièrement dévoué à -M<sup>me</sup> de Châteauroux, ne crurent pas d’abord à un -danger immédiat. Mais bientôt l’aggravation du -mal les trouva hésitants, inquiets, troublés, soit -qu’ils fussent impuissants à fixer leur diagnostic, -soit que le sentiment de leur responsabilité les privât -de leur sang-froid.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_281" id="Footnote_281" href="#FNanchor_281"><span class="label">[281]</span></a> -Les <i>Mémoires authentiques</i> disent pourtant de lui: «La Peyronie -était livré depuis longtemps à MM.... il avait pour porteur de -paroles L(a) R(ochefoucauld) qui était fort sot, mais insolent... Il -n’y avait pas moyen de l’éviter.» La Rochefoucauld était grand-maître -de la garde-robe.</p> -</div> - -<p>Par contre, Richelieu et les deux duchesses avaient -<span class="pagenum" id="Page_185">[p. 185]</span> -gardé toute leur présence d’esprit. Ils s’étaient enfermés -avec le roi, et, du 8 au 13 août, le soignèrent, -aidés de valets de chambre et de divers subalternes. -De ce fait, les sacro-saintes lois de l’étiquette -étaient gravement lésées. Les grands dignitaires ne -pouvaient plus remplir leurs charges. Et, d’autre -part, la fièvre redoublant, Louis XV, qui, toute sa -vie, eut la terreur de la mort et de... l’enfer, s’effrayait -de ne pas recevoir les secours de la religion.</p> - -<p>Richelieu prétendit depuis que les prêtres avaient -exagéré l’état du royal patient pour devenir plus -vite les maîtres de la situation. Il n’ignorait pas que -s’ils y parvenaient, c’était la disgrâce immédiate -pour M<sup>me</sup> de Châteauroux—et pour lui, par contre-coup. -Aussi se confondait-il en politesses, en attentions -délicates, en cajoleries même auprès du Père Pérusseau, -le confesseur du roi, afin de l’amener à une -neutralité bienveillante. Mais le jésuite restait inflexiblement -muet, quand M<sup>me</sup> de Châteauroux lui -demandait: «Serai-je renvoyée?»</p> - -<p>Malgré l’opposition de La Peyronie, l’évêque de -Soissons, l’intolérant et fougueux Fitz-James, sollicitait -instamment Louis XV de faire appeler le -P. Pérusseau; et bien que la visite épiscopale eût -fort agité le roi, le duc de Bouillon, grand-chambellan, -estimait que le prélat avait rempli son devoir. -Richelieu eut l’intuition du danger qui le menaçait. -Il vint annoncer aux princes du sang, aux premiers -dignitaires de la couronne et à leurs partisans, -que «le roi ne voulait plus leur donner l’ordre». -Le duc de Bouillon lui répondit que, du moment -«qu’il fallait prendre l’ordre de Vignerot», il se retirait. -Et, le comte de Clermont, enfonçant du pied -<span class="pagenum" id="Page_186">[p. 186]</span> -un battant de la porte, cria brutalement à Richelieu:</p> - -<p>—«Quoi! un valet tel que toi refusera l’entrée -au plus proche parent de ton maître<a name="FNanchor_282" id="FNanchor_282" href="#Footnote_282" class="fnanchor">[282]</a>!»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_282" id="Footnote_282" href="#FNanchor_282"><span class="label">[282]</span></a> -<span class="smcap">Moufle d’Angerville</span>: <i>Vie privée de Louis XV</i> (1783, 6 vol.), -t. II, p. 220, d’après <i>Les Amours de Zéokinisul</i>, de Crébillon fils.</p> -</div> - -<p>Cependant La Peyronie déclarait, le 13 août, -que Louis XV n’avait plus que deux jours à vivre.</p> - -<p>Avisé de l’impatience manifestée par les principaux -intéressés de ne pouvoir s’acquitter de leurs fonctions, -le roi avait consenti à leur donner audience. -Mais le duc de Bouillon, qui voulait décidément la -conversion du pécheur, lui ayant rappelé les devoirs -de sa charge:</p> - -<p>—«Il n’est pas encore temps,» lui dit sèchement -le prince.</p> - -<p>Richelieu, paraît-il, l’avait charitablement prévenu, -que si les officiers de la couronne s’étaient déterminés -à cette démonstration, c’était afin «de -faire parade de leurs fonctions pour l’administration -des sacrements».</p> - -<p>Mais survint une syncope. Épouvanté, le roi -manda en toute hâte le P. Pérusseau. Dès lors, la -favorite était sacrifiée. Aussitôt, pour édifier le populaire, -Fitz-James fit abattre la galerie de bois qui -reliait l’appartement de la maîtresse à celui de -l’amant. Vainement Richelieu voulut s’opposer au -départ de la duchesse; mais l’évêque ordonna la -fermeture des tabernacles. Et, sous l’anathème épiscopal, -M<sup>me</sup> de Châteauroux dut s’éloigner avec sa -sœur.</p> - -<p>On sait comment se termina cette maladie, dont -<span class="pagenum" id="Page_187">[p. 187]</span> -les phases successives firent passer un tel frisson -d’angoisse par toute la France et qui valut à -Louis XV le nom de <i>Bien-Aimé</i>.</p> - -<p>Dès que le roi eut reçu les sacrements, ses médecins -consentirent à le laisser traiter par un de -leurs confrères, nommé Mollin ou Du Moulin, peut-être -aussi par un empirique de Metz, le juif Castéra, -«que j’ai introduit dans la chambre du roi», écrivait -Richelieu à M<sup>me</sup> de Châteauroux. Toujours -est-il qu’un violent émétique, ordonné par Moncerveaux, -un chirurgien d’Alsace, débarrassa le malade, -qui entra, peu de temps après, en convalescence<a name="FNanchor_283" id="FNanchor_283" href="#Footnote_283" class="fnanchor">[283]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_283" id="Footnote_283" href="#FNanchor_283"><span class="label">[283]</span></a> -<i>Journal de ce qui s’est passé</i>, etc... <i>à Metz</i>, 1744, in-f<sup>o</sup> (récit -officiel).—<span class="smcap">D<sup>r</sup> Delaunay</span>: <i>Le Monde médical parisien au XVIII<sup>e</sup> -siècle</i> (2<sup>e</sup> édition, 1906), p. 120.—<i>Intermédiaire des chercheurs et -des curieux</i>, 1912, pp. 457 et 605.—<span class="smcap">Chicoyneau</span>: <i>Journal de la maladie -du roi</i>, 1745.—Les <span class="smcap">Goncourt</span>: <i>M<sup>me</sup> de Châteauroux</i>, 1877, -pp. 357-364.—<i>Mémoires</i> de <span class="smcap">Maurepas</span>, t. IV, p. 115. <i>Journal du -voyage, de la campagne et de la maladie du <ins id="cor_9" title="rot">roi</ins> à Metz</i>.—<span class="smcap">Soulavie</span>: -<i>Mémoires de Richelieu</i>, t. VI, pp. 17-39.—<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span> (édition -in-8<sup>o</sup>) t. III, 533-571.—<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>.—<i>Mémoires authentiques</i> -du M<sup>l</sup> de <span class="smcap">Richelieu</span> (inédits).</p> - -<p>Cette maladie du Roi paralysa les opérations du Maréchal de -Noailles qui marchait sur le prince Charles et sauva celui-ci du désastre -auquel l’aurait infailliblement conduit son imprudente invasion -de l’Alsace. Les Parisiens se moquèrent de l’inaction de Noailles, -en attachant une épée de bois à la porte de son hôtel. Frédéric II, -qui, après avoir violé la neutralité saxonne, était entré en Bohême, -le 23 août, dut l’évacuer. Il était exaspéré: le prince Charles avait -repassé tranquillement le Rhin et pouvait dès lors inquiéter le roi -de Prusse.</p> -</div> - -<p>Et comme, suivant un mot tant de fois répété, -tout finit en France par des chansons, ou par des -épigrammes, ou par des parodies, des beaux esprits -mirent encore Racine à contribution, pour se gausser -de l’arrivée imprévue de M<sup>me</sup> de Châteauroux à -Lille et de la disgrâce de la favorite à Metz, disgrâce -qu’on espérait voir retomber sur Richelieu.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_188">[p. 188]</span> -La parodie des scènes de <i>Bérénice</i> visait plus spécialement -M<sup>me</sup> de Châteauroux: celle du troisième -acte de <i>Bajazet</i> était surtout à l’adresse de Richelieu -(Acomat, <i>chef des eunuques blancs</i>) que la duchesse -(Roxane) plaignait en ces termes:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers">Malheureux Acomat, triste jouet du sort,</div> - <img class="v12width" src="images/vdots.jpg" alt="" /> - <div class="vers">Toi qui me vis cent fois dans les bras de ton maître,</div> - <div class="vers">Toi-même poursuivi. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</div> - <div class="vers">Exilé du sérail, privé de ton emploi. . . . . . . . . . . .</div> - <div class="vers">Voilà. . . . . . . . . . . . . . . . . . le prix de tes services</div> - <div class="vers">De tes soins obligeants à lui voiler ses vices</div> - <img class="v12width" src="images/vdots.jpg" alt="" /> - <div class="vers">. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Aujourd’hui le barbare,</div> - <div class="vers">Après tant de bontés contre moi se déclare<a name="FNanchor_284" id="FNanchor_284" href="#Footnote_284" class="fnanchor">[284]</a>.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_284" id="Footnote_284" href="#FNanchor_284"><span class="label">[284]</span></a> -<span class="smcap">Boisjourdain</span>: <i>Mélanges</i>, t. II, pp. 241-249.</p> -</div> - -<p>En effet, on put croire, un instant, à la Cour, que -Richelieu avait définitivement cessé de plaire. On -lui avait même laissé entendre qu’il serait plus sage -à lui de déguerpir promptement de Metz. Barbier -prétend, dans son <i>Journal</i>, que Richelieu fut renvoyé -à l’armée du Rhin; d’après Soulavie, il se -retira provisoirement à Bâle<a name="FNanchor_285" id="FNanchor_285" href="#Footnote_285" class="fnanchor">[285]</a>. Son absence, en tout -cas, ne pouvait être que de courte durée: le duc -était trop habile manœuvrier sur le terrain de l’intrigue -pour abandonner aussi vite la partie. Il se -sentait l’homme indispensable, qui, tôt ou tard, -saurait ramener au maître, avec l’ami qu’il devait -déjà regretter, la femme qu’il adorait toujours.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_285" id="Footnote_285" href="#FNanchor_285"><span class="label">[285]</span></a> -<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires de Richelieu</i>, t. VII, p. 34.</p> -</div> - -<p>De fait, dès le 15 septembre, et de l’aveu même de -<span class="pagenum" id="Page_189">[p. 189]</span> -Maurepas<a name="FNanchor_286" id="FNanchor_286" href="#Footnote_286" class="fnanchor">[286]</a>, Louis XV «disait du bien de Richelieu» -au Maréchal de Noailles. C’était, en quelque sorte, -un ordre de retour. Et bientôt revenu auprès du roi, -l’exilé volontaire le décidait à renvoyer la reine à -Versailles, quoiqu’elle fût arrivée à Metz sous ses -plus beaux atours, en robe de nuances claires, avec -tout un escadron de douairières non moins galamment -équipées.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_286" id="Footnote_286" href="#FNanchor_286"><span class="label">[286]</span></a> -<span class="smcap">Maurepas</span>: <i>Mémoires</i>, t. IV, p. 117.—Richelieu avait fait -pressentir le roi par Noailles et par Tencin.</p> -</div> - -<p>Dans l’intervalle, Richelieu avait reçu de nombreuses -lettres de la duchesse de Châteauroux, qui -lui racontait, par le menu, tous les épisodes de son -retour précipité sur Paris, se dissimulant, stores -baissés, au fond de sa chaise de poste, appréhendant -un peu partout les manifestations du populaire, -irritée des affronts qu’elle avait subis, se relevant -très vite de ces accès de découragement, pressentant -même les revanches futures:</p> - -<p>—«Tranquillisez-vous, mon cher oncle, écrivait-elle, -une fois rentrée à Paris, il se prépare de -beaux coups pour nous<a name="FNanchor_287" id="FNanchor_287" href="#Footnote_287" class="fnanchor">[287]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_287" id="Footnote_287" href="#FNanchor_287"><span class="label">[287]</span></a> -<i>Lettres de la duchesse de Châteauroux</i> (Bibliothèque de Rouen, -Collection Leber).</p> -</div> - -<p>L’attitude du roi, constatée et commentée par -Richelieu, ne pouvait qu’autoriser de telles espérances. -Le prince, plus épris que jamais, au souvenir -des charmes de l’absente, était impatient de revoir -la duchesse. Il pressait Richelieu d’aller annoncer -à M<sup>me</sup> de Châteauroux la prompte arrivée de l’amant -le plus tendre et le plus soumis:</p> - -<p>—«Jamais, répondait Richelieu; je vous servirais -trop mal; d’ailleurs, pourrait-elle nous pardonner?</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_190">[p. 190]</span> -—«Que faire?</p> - -<p>—«Aller à Fribourg; elle voulait y suivre Votre -Majesté<a name="FNanchor_288" id="FNanchor_288" href="#Footnote_288" class="fnanchor">[288]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_288" id="Footnote_288" href="#FNanchor_288"><span class="label">[288]</span></a> -<i>Mémoires</i> de la duchesse <span class="smcap">de Brancas</span> (fragments historiques -sur Louis XV et M<sup>me</sup> de Châteauroux) (édition Lacour, 1865), p. 103.</p> -</div> - -<p>Richelieu avait précédé le roi au siège de Fribourg. -Là, le prince lui fit redemander par Le Bel -les lettres de la Duchesse, que le premier valet de -chambre avait remises à Richelieu, pendant la maladie -de son maître et sur l’ordre de celui-ci. Quand -le duc quitta Fribourg pour aller tenir les États du -Languedoc, le roi lui défendit expressément de passer -par Paris, où Richelieu comptait s’arrêter pour s’entendre -de nouveau avec sa fidèle alliée<a name="FNanchor_289" id="FNanchor_289" href="#Footnote_289" class="fnanchor">[289]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_289" id="Footnote_289" href="#FNanchor_289"><span class="label">[289]</span></a> -<i>Mémoires authentiques</i> du Maréchal de <span class="smcap">Richelieu</span> (inédits).</p> -</div> - -<p>Mais bien que M<sup>me</sup> de Châteauroux reprochât, sur -le mode plaisant, à son «cher oncle» de ne pas connaître -Louis XV, le fin courtisan qu’était le duc avait -adroitement préparé son maître à subir toutes les -exigences qu’entendait lui imposer la favorite, par -manière de réparation. Déjà, en septembre, il avait -fait tenir au roi, avant de le rejoindre, un mémoire, -où il lui retraçait l’historique de la maladie de Metz, -et lui démontrait à quel point des ambitions inavouables, -escomptant peut-être une fin qu’elles -espéraient prochaine, avaient abusé des remords et -de la faiblesse du monarque. Quand il avait revu le -convalescent, il était revenu sur les divers épisodes -de ce que les disgrâciés d’alors appelaient la «cabale -de Metz», souvenir humiliant pour un prince, -très jaloux de son autorité sous son éternelle indifférence. -Et Richelieu, qui, sans attaquer, comme -Voltaire, l’Église, la détestait peut-être davantage, -<span class="pagenum" id="Page_191">[p. 191]</span> -rappelait à Louis XV l’importance que s’étaient -insolemment arrogée des prêtres, au chevet d’un roi -qu’on pensait à l’agonie<a name="FNanchor_290" id="FNanchor_290" href="#Footnote_290" class="fnanchor">[290]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_290" id="Footnote_290" href="#FNanchor_290"><span class="label">[290]</span></a> -Louis XV avait dû demander publiquement pardon à «ses -peuples» du scandale qu’il leur avait donné pendant sa vie.</p> -</div> - -<p>M<sup>me</sup> de Châteauroux fixa le jour d’un rendez-vous -si impatiemment désiré. Ce fut, le 16 octobre, à l’issue -des fêtes magnifiques que la ville de Paris donna -en l’honneur du Bien-Aimé et auxquelles la Duchesse -prétendait avoir assisté, perdue dans la foule, sous -le travestissement sans doute d’une humble grisette. -Elle demeurait, avec sa sœur Lauraguais, rue du -Bac, dans un hôtel dépendant des Jacobins de la rue -Saint-Dominique. Le roi s’y présenta, accompagné -de Richelieu<a name="FNanchor_291" id="FNanchor_291" href="#Footnote_291" class="fnanchor">[291]</a>. M<sup>me</sup> de Châteauroux s’évanouit, après -avoir murmuré:</p> - -<p>—«Comme <em>ILS</em> nous ont traités!»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_291" id="Footnote_291" href="#FNanchor_291"><span class="label">[291]</span></a> -<i>Mémoires</i> de la duchesse <span class="smcap">de Brancas</span>, p. 105. Ces Mémoires sont -en contradiction avec les <i>Mémoires authentiques</i> de Richelieu, quand -ils font accompagner Louis XV par le Duc, dans cette romanesque -et invraisemblable entrevue de la rue Saint-Dominique. En effet, les -<i>Mémoires authentiques</i> établissent très nettement que Richelieu «ne -devait plus revoir» la favorite disgraciée, lorsqu’elle s’enfuit de -Metz, après lui avoir fait ses adieux.</p> -</div> - -<p>Cet <em>ILS</em>, évoquant le souvenir de toutes les hontes -et de toutes les rancunes accumulées dans une âme -fière et hautaine, laissait assez prévoir les vengeances -qu’elle méditait. Car, bien qu’elle eût assuré à Richelieu -«qu’elle aimait le roi à la folie et plus qu’elle -ne le faisait paraître», M<sup>me</sup> de Châteauroux avait, -comme la plupart des grandes amoureuses du -<em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, le cœur trop sec pour qu’il y germât -une passion plus ardente que la haine.</p> - -<p>Louis XV la pressait de revenir à Versailles.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_192">[p. 192]</span> -—«Je n’irai qu’incognito, dit la Duchesse.</p> - -<p>—«En ce cas, proposa Richelieu, je ne vois guère -qu’un pot-de-chambre (voiture de louage) où l’on -ne s’avisera pas de vous reconnaître, y fussiez-vous -aperçue.»</p> - -<p>«Ce qui fut résolu», affirment les <i>Mémoires</i> de la -duchesse de Brancas.</p> - -<p>Ce fut vraisemblablement dans cette seconde entrevue -que furent dressées les «listes de proscription», -dont les contemporains ont parlé. M<sup>me</sup> de -Châteauroux dut cependant, sur les observations -du roi, en consentir la très sensible atténuation. -Mais la même disgrâce enveloppa les ducs de Bouillon, -de La Rochefoucauld, de Fleury, le comte de -Balleroy, l’évêque Fitz-James, M. le duc de Châtillon, -gouverneur du Dauphin et sa femme... «ces -Messieurs» comme les appelait Louis XV<a name="FNanchor_292" id="FNanchor_292" href="#Footnote_292" class="fnanchor">[292]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_292" id="Footnote_292" href="#FNanchor_292"><span class="label">[292]</span></a> -Un terme qu’affectionnait Louis XV. Plus tard, quand il parlait -de Damiens, il l’appelait «ce <i>Monsieur</i>».—Dans ses <i>Mémoires -authentiques</i>, Richelieu plaint ce «pauvre Châtillon qui avait suivi -les impressions dictées par Maurepas, et prononcées par l’insolent -imbécile La Rochefoucauld», en amenant le Dauphin à Metz, «contrairement -à la volonté du roi».</p> -</div> - -<p>Toutefois, le roi se défendit de sacrifier Maurepas, -qui avait trouvé le secret d’amuser au Conseil cet -homme perpétuellement ennuyé. Mais le ministre -dut subir l’humiliation d’aller porter à son ennemie -le billet du souverain qui la priait de venir, avec sa -sœur, reprendre sa place à la Cour.</p> - -<p>«J’ai toujours été persuadée, Monsieur, répondit -M<sup>me</sup> de Châteauroux, que le roi n’avait aucune part -à tout ce qui s’est passé à mon sujet. Aussi, je n’ai -jamais cessé d’avoir pour Sa Majesté le même respect -et le même attachement. Je suis fâchée de -<span class="pagenum" id="Page_193">[p. 193]</span> -n’être pas en état d’aller dès demain remercier le -roi, mais j’irai samedi prochain, car je serai guérie.»</p> - -<p>Maurepas balbutia quelques protestations contre -des préventions dont il se prétendait victime. La duchesse -l’écoutait avec une froideur dédaigneuse; elle -lui laissa baiser sa main:</p> - -<p>—«Cela ne coûte pas cher», lui dit-elle en le congédiant.</p> - -<p>Mais elle avait trop présumé de ses forces. Dans la -nuit qui suivit une visite désagréable pour les deux -intéressés, la fièvre augmenta; puis des douleurs de -tête insupportables, le délire, des cris furieux allant -troubler à l’étage supérieur M<sup>me</sup> de Lauraguais, -alors en couches. Dans un des rares intervalles où -reparut sa lucidité, M<sup>me</sup> de Châteauroux se réconcilia -avec M<sup>me</sup> de Flavacourt, si injustement soupçonnée -par elle et reçut les sacrements.</p> - -<p>Le roi, tenu au courant, heure par heure, des progrès -du mal, se désespérait. Il s’enfermait pour ne -recevoir personne. Et, le 7 décembre, quand sa maîtresse -entra en agonie, il ne put rester au Conseil -qu’il présidait; il sortit en disant:</p> - -<p>—«Messieurs, finissez le reste sans moi<a name="FNanchor_293" id="FNanchor_293" href="#Footnote_293" class="fnanchor">[293]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_293" id="Footnote_293" href="#FNanchor_293"><span class="label">[293]</span></a> -<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires de Richelieu</i>, t. VI, p. 79.</p> -</div> - -<p>M<sup>me</sup> de Châteauroux mourut le 8, et fut enterrée -à Saint-Sulpice. On avait dû mettre, sur le chemin -du convoi, le régiment du guet pour contenir la -foule; car, si les courtisans qui avaient insulté la -duchesse à Metz, avaient eu la bassesse d’aller s’inscrire -à son hôtel pendant sa maladie, le peuple n’avait -pas désarmé; et sa colère grondait encore contre -«Madame Enroux».</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_194">[p. 194]</span> -Cette mort, presque foudroyante et comme mystérieuse, -d’une femme âgée à peine de vingt-sept ans, -donna naissance à de nombreux commentaires et -souleva même des discussions passionnées. Les -symptômes qui l’avaient précédée, semblent être -ceux de la méningite. Mais l’opinion publique ne -voulut y voir que les indices d’un poison subtil. -Depuis les crimes des Brinvilliers et des Voisin, on -n’expliquait jamais autrement une fin prématurée. -Les soupçons se portèrent sur Maurepas: M<sup>me</sup> de -Châteauroux, insinuait-on, avait à peine dit au -ministre: «Donnez-moi la lettre (celle du roi) et -allez vous-en», qu’elle avait senti, en lisant le -billet, des douleurs atroces aux yeux et à la tête<a name="FNanchor_294" id="FNanchor_294" href="#Footnote_294" class="fnanchor">[294]</a>.</p> - -<p>Lauraguais, l’éditeur, sinon l’auteur, des <i>Mémoires</i> -de M<sup>me</sup> de Brancas, crut devoir interroger à cet -égard l’ami et collaborateur de Maurepas, le comte -de Caylus.</p> - -<p>«Lui, un empoisonneur! fit l’auteur des <i>Étrennes -de la Saint-Jean</i>; il est encore plus incapable de crimes -que de vertus<a name="FNanchor_295" id="FNanchor_295" href="#Footnote_295" class="fnanchor">[295]</a>!»</p> - -<p>Et l’Histoire est de cet avis.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_294" id="Footnote_294" href="#FNanchor_294"><span class="label">[294]</span></a> -<a name="Footnote_295" id="Footnote_295" href="#FNanchor_295"><span class="label">[295]</span></a> -<i>Mémoires</i> de la duchesse <span class="smcap">de Brancas</span>, pp. 103-106.</p> -</div> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_195"> - -<h2>CHAPITRE XVII</h2> - -<p class="smm"><i>Richelieu ne se laisse pas abattre par la mort de M<sup>me</sup> de -Châteauroux. — Comment il organise les fêtes du premier -mariage du Dauphin. — Futilités de l’étiquette. — L’abbesse -du Trésor. — Préparatifs de départ pour l’armée: -l’incident Champenois. — D’après plusieurs historiens, -Richelieu serait le véritable vainqueur de Fontenoy: une -pièce aux Archives de la Guerre. — Conflit avec la Reine: -toujours la question d’étiquette. — Disgrâce du Théâtre -de la Foire. — Échange de mauvais procédés entre Richelieu -et le Maréchal de Saxe pour la Comédie en Flandre.</i></p> - -<p>Richelieu présidait les États à Montpellier, quand -lui parvint la nouvelle d’une mort qui ruinait ses -plus secrètes espérances. Il en fut atterré. Lui aussi -crut au crime et l’attribua au comte d’Argenson<a name="FNanchor_296" id="FNanchor_296" href="#Footnote_296" class="fnanchor">[296]</a>, -dont l’attitude équivoque, à Metz, l’avait quelque -peu inquiété.</p> - -<p>—«C’est moi qu’on empoisonne, s’écria-t-il, -j’étais sûr de la généralité des galères!...»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_296" id="Footnote_296" href="#FNanchor_296"><span class="label">[296]</span></a> -Biographie <span class="smcap">Michaud</span>: <i>Article Durozoir</i> qui emprunte l’anecdote -aux <i>Souvenirs de deux anciens militaires</i>, par <span class="smcap">Fortia de Piles</span> -et <span class="smcap">Guys de Saint-Charles</span> (1813), p. 63.—D’après la <i>Vie privée</i> -de <span class="smcap">Faur</span> (tome II), M<sup>me</sup> de Monconseil, de qui se méfiait M<sup>me</sup> de -Tencin, parce qu’au dire de celle-ci elle était la maîtresse du comte -d’Argenson, M<sup>me</sup> de Monconseil avait entendu Richelieu affirmer -que M<sup>me</sup> de Châteauroux «était morte victime de la cabale des -prêtres»: le propos n’était pas invraisemblable dans la bouche de -cet ennemi, masqué, du clergé.</p> -</div> - -<p>Il avait rêvé, en effet, cette charge éminente, rappelant -celle de «grand-maître de la navigation», -dont le Cardinal avait été revêtu; bien mieux, il en -<span class="pagenum" id="Page_196">[p. 196]</span> -convoitait une autre, que le roi rétablirait, disait-il, -pour lui, par manière de récompense, celle de connétable. -Du même coup, M<sup>me</sup> de Tencin voyait -s’évanouir ses dernières illusions; son activité débordante -n’avait que trop trahi l’âpreté de son ambition. -Mise d’abord à l’écart, elle tenta bien, plus -tard, de reprendre, auprès de M<sup>me</sup> de Pompadour, -le double rôle de confidente et de conseillère; mais -«Madame la Marquise», déjà mal disposée pour -Richelieu, la tint résolument à distance.</p> - -<p>Le cardinal de Tencin fut moins éprouvé, d’autant -qu’avec sa méfiance coutumière, il avait joué un jeu -plus serré; il se retira à son heure, répétant ce qu’il -écrivait à sa sœur, «qu’il serait bien fâché de laisser -ses os à la Cour».</p> - -<p>Cependant, la mort de M<sup>me</sup> de Châteauroux donnait -à Richelieu des tracas autrement graves que -ceux d’un calcul déçu. Il tremblait que le roi, procédant -pour sa dernière maîtresse, comme il l’avait -fait pour M<sup>me</sup> de Vintimille, n’ordonnât qu’on lui -apportât les portefeuilles de la défunte: mesure politique -en usage, le lendemain d’un décès de ministre -ou d’ambassadeur, mais que Louis XV pouvait appliquer, -par manière de curiosité jalouse, aux papiers -de ses favorites. Plus d’une fois, Richelieu -avait indiqué, par écrit, à M<sup>me</sup> de Châteauroux, -la marche à suivre, pour gouverner un roi dont -il connaissait et dépeignait si bien toutes les -faiblesses. Ignorait-il donc que Maurepas avait -déjà fait saisir par le Cabinet noir, pour les -montrer au prince, des lettres où se dévoilaient -les artifices de l’intrigue amoureuse nouée par -un trop complaisant serviteur? Louis XV ne -<span class="pagenum" id="Page_197">[p. 197]</span> -s’en était pas offusqué. D’ailleurs, Richelieu ne -tarda pas à être rassuré: le roi s’était abstenu de -toute indiscrétion<a name="FNanchor_297" id="FNanchor_297" href="#Footnote_297" class="fnanchor">[297]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_297" id="Footnote_297" href="#FNanchor_297"><span class="label">[297]</span></a> -Soulavie a dramatisé, de façon grotesque, la terreur de Richelieu: -«Il se mit à genoux, dit-il, dans son cabinet, devant l’<span class="smcap">Être Suprême</span>, -pour lui demander la conservation de ces portefeuilles.» -Ce n’est plus Richelieu, c’est le prêtre défroqué, le partisan de Robespierre -qui parle (<i>Mém. de Richelieu</i>, t. VI, p. 81). Et M<sup>me</sup> Gacon-Dufour, -qui avait certainement lu le fatras de Soulavie, ajoute -dans une note de sa publication des <i>Lettres</i> (apocryphes) <i>de M<sup>me</sup> de -Châteauroux</i> (t. II, 240): «M. de Richelieu assistait aux messes qu’il -faisait dire pour obtenir de Dieu que le portefeuille de M<sup>me</sup> de Châteauroux -ne tombât pas dans les mains du roi.»</p> - -<p>D’autre part, la gazette anonyme, qui termine le <i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span> -(édit. in-8<sup>o</sup>, t. VIII) et que nous avions identifiée en 1897, -comme rapports du Chevalier de Mouhy, espion aux gages de la -police, dit (18 décembre 1742) qu’on a intercepté une lettre où -Richelieu donne des conseils à M<sup>me</sup> de la Tournelle, pour qu’elle -se maintienne en faveur, et frappe en même temps les meilleurs -serviteurs du roi (ceci à l’adresse de Maurepas qui avait partie liée -avec Marville, le lieutenant de police).</p> -</div> - -<p>Mais on put croire, un instant, à la Cour, que le -grand favori était définitivement disgrâcié. Lauraguais -l’avait remplacé pour aller chercher l’Infante -destinée au Dauphin. Et des gens, se disant bien -informés, prétendaient que le duc d’Ayen, ayant pris -de l’ascendant sur l’esprit du roi, le crédit de Richelieu -n’était plus qu’un vain fantôme<a name="FNanchor_298" id="FNanchor_298" href="#Footnote_298" class="fnanchor">[298]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_298" id="Footnote_298" href="#FNanchor_298"><span class="label">[298]</span></a> -<i>Journal inédit</i> du duc <span class="smcap">de Croÿ</span> (édit. de Grouchy et Cottin, -1906-1907, 4 vol.), t. I, p. 52 (note), décembre 1744.</p> -</div> - -<p>En effet, comme le remarque Valfons, qui avait à -cœur de témoigner à son protecteur toute sa reconnaissance -de l’avoir fait nommer aide-major par le -Maréchal de Noailles, Richelieu était alors «fort -délaissé». Mais Valfons lui restait fidèle; et le duc -lui disait, en manière de remerciement: «Votre -amitié, toujours honnête, sera récompensée par une -confidence ignorée de tous, et dont je vous demande -<span class="pagenum" id="Page_198">[p. 198]</span> -le secret le plus exact. On me croit noyé et je n’ai -pas l’eau jusqu’à la cheville<a name="FNanchor_299" id="FNanchor_299" href="#Footnote_299" class="fnanchor">[299]</a>.»</p> - -<p>L’événement le prouva bien.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_299" id="Footnote_299" href="#FNanchor_299"><span class="label">[299]</span></a> -<i>Souvenirs</i> du Marquis <span class="smcap">de Valfons</span>, 2<sup>e</sup> édition (Émile-Paul), -p. 118.</p> -</div> - -<p>Quand le premier gentilhomme de la Chambre -revint à Versailles, pour s’acquitter des fonctions -afférentes à sa charge, il fut accueilli par le maître -avec autant d’émotion que d’affabilité<a name="FNanchor_300" id="FNanchor_300" href="#Footnote_300" class="fnanchor">[300]</a>; et ce -grand ami de M<sup>me</sup> de Châteauroux, qui avait montré -une si vive affliction de sa perte, s’efforça, paraît-il, -de consoler le prince avec l’éclatante beauté de -M<sup>me</sup> de Flavacourt, mais sans succès! Ce fut la seule -fille du marquis de Nesle qui déclina l’honneur de -suivre l’exemple donné par ses quatre sœurs.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_300" id="Footnote_300" href="#FNanchor_300"><span class="label">[300]</span></a> -Le roi lui relisait en pleurant les lettres de la duchesse (<span class="smcap">Faur</span>, -<i>Vie privée</i>, t. II, pp. 34-37).</p> -</div> - -<p>En présidant aux fêtes du mariage du Dauphin, -Richelieu se trouvait dans son véritable élément. -Il ordonnait avec autorité, solennité et conviction; -mais il était toujours aussi formaliste, aussi vétilleux, -aussi agaçant, principalement sur la question -protocolaire; et le <i>Journal</i> de Luynes dit assez -combien Richelieu eut de mal à régler des conflits, -où tant d’amours-propres, non moins chatouilleux -que le sien, trouvaient si souvent l’occasion de se -heurter et de se combattre<a name="FNanchor_301" id="FNanchor_301" href="#Footnote_301" class="fnanchor">[301]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_301" id="Footnote_301" href="#FNanchor_301"><span class="label">[301]</span></a> -<i>Journal</i> du Duc <span class="smcap">de Luynes</span>, t. VI, pp. 266-268.</p> -</div> - -<p>C’étaient les Slodtz qui avaient tracé le plan et -les dessins de toute l’ornementation architecturale<a name="FNanchor_302" id="FNanchor_302" href="#Footnote_302" class="fnanchor">[302]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_302" id="Footnote_302" href="#FNanchor_302"><span class="label">[302]</span></a> -<i>Journal</i> du Duc <span class="smcap">de Croÿ</span>, t. I, p. 52.</p> -</div> - -<p>Le 23 février 1745, fut jouée la <i>Princesse de Navarre</i>, -la médiocre comédie lyrique de Voltaire et de -<span class="pagenum" id="Page_199">[p. 199]</span> -Rameau; le 26, le ballet des <i>Éléments</i> de Roy -qu’avait préféré Richelieu<a name="FNanchor_303" id="FNanchor_303" href="#Footnote_303" class="fnanchor">[303]</a> et qui fut très applaudi; -le 1<sup>er</sup> mars, l’opéra de <i>Thésée</i> de Quinault et de Lulli. -Le «ballet-comique» de <i>Platée</i>, exécuté le 3 avril, -eut peu de succès. La musique de Rameau fut jugée -«singulière»; et, malgré des «morceaux agréables», -le divertissement parut «trop long et trop -uniforme<a name="FNanchor_304" id="FNanchor_304" href="#Footnote_304" class="fnanchor">[304]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_303" id="Footnote_303" href="#FNanchor_303"><span class="label">[303]</span></a> -<i>Journal</i> du duc <span class="smcap">de Luynes</span>, t. VI, p. 318.—Une épigramme -du temps dénommait <i>la Princesse de Navarre</i> «une farce foraine»: -c’était d’ailleurs l’avis de Voltaire.</p> -</div> - -<p>Le bal de la Cour amena un échange de mots aigres-doux -entre Richelieu et le duc d’Ayen: c’était -évidemment une des conséquences de la rivalité -qui divisait ces deux seigneurs. «Il s’agissait de -savoir qui devait placer, ou du capitaine des gardes, -ou du premier gentilhomme de la Chambre.»</p> - -<p>Le roi s’amusait beaucoup de ces querelles, sans -jamais prendre parti<a name="FNanchor_305" id="FNanchor_305" href="#Footnote_305" class="fnanchor">[305]</a>. Ce fut toutefois à Richelieu -que revint l’insigne honneur de faire distribuer les -billets d’invitation, imprimés, adressés aux dames. -Luynes a consigné, dans son <i>Journal</i>, le libellé de -celui qui fut envoyé à sa femme, et dont voici la teneur:</p> - -<div class="manuscr"> - -<p class="addr">Madame,</p> - -<p>«M. le duc de Richelieu a reçu ordre du roi de vous -avertir, de sa part, qu’il y aura bal à Versailles, mercredi -24 février 1745, à 5 heures du soir.</p> - -<p>«Sa Majesté compte que vous voudrez bien vous -<span class="pagenum" id="Page_200">[p. 200]</span> -y trouver. Les dames qui dansent seront coiffées -en grandes boucles<a name="FNanchor_306" id="FNanchor_306" href="#Footnote_306" class="fnanchor">[306]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_304" id="Footnote_304" href="#FNanchor_304"><span class="label">[304]</span></a> -<a name="Footnote_305" id="Footnote_305" href="#FNanchor_305"><span class="label">[305]</span></a> -<i>Journal</i> du duc <span class="smcap">de Luynes</span>, t. VI, pp. 325-381.</p> - -<p><a name="Footnote_306" id="Footnote_306" href="#FNanchor_306"><span class="label">[306]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. VI, p. 302, 18 février.</p> -</div> - -<p>D’autres missions de non moindre importance -étaient confiées à cet arbitre des élégances officielles; -et il semblait qu’il fût tout désigné pour les -mener à bonne fin, quand elles visaient cette famille -royale d’Espagne, dont il avait si activement facilité -le rapprochement avec la maison de France. N’était-il -pas allé, en 1742, recevoir l’Infant Don Philippe à -l’entrée du Languedoc, pour le conduire jusqu’à -Tarascon-sur-Ariège? En revenant à Choisy, «faire sa -révérence» au roi, il avait dit à Louis XV «beaucoup -de bien» du prince espagnol, «fort aimable et même -d’une figure assez agréable, quoiqu’il ne fût pas parfaitement -bien fait, ayant une épaule plus grosse -que l’autre...<a name="FNanchor_307" id="FNanchor_307" href="#Footnote_307" class="fnanchor">[307]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_307" id="Footnote_307" href="#FNanchor_307"><span class="label">[307]</span></a> -<i>Ibid.</i>, t. IV, p. 121.</p> -</div> - -<p>Il dut remplir un office d’ordre tout différent auprès -de l’Infante Marie-Thérèse-Raphaele, qui arrivait -en France pour épouser le Dauphin. Ainsi -que la reine Marie Lesczinska, qui n’avait jamais -mis de rouge avant son mariage, la princesse espagnole -ignorait l’usage de ce fard dont les dames françaises -avaient fini par abuser. L’Infante n’entendait -même pas en user; elle s’y résignerait cependant -sur l’ordre de Leurs Majestés. On en délibéra dans -le Cabinet du roi. Et Richelieu, en sa qualité de premier -gentilhomme de la Chambre, vint, de la part de -Leurs Majestés, apporter solennellement à la jeune -femme, «la permission de mettre du rouge», ce -qu’elle s’empressa de faire<a name="FNanchor_308" id="FNanchor_308" href="#Footnote_308" class="fnanchor">[308]</a>. Et le Dauphin avait -horreur de ce maquillage!</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_308" id="Footnote_308" href="#FNanchor_308"><span class="label">[308]</span></a> -<span class="smcap">Quicherat</span>: <i>Histoire du Costume en France</i>, 1875, p. 557.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_201">[p. 201]</span> -A cette époque, et malgré sa très grande faveur, -Richelieu n’avait pas toujours des joies sans -mélange. Il avait sollicité l’Abbaye au Bois pour -sa sœur, abbesse déjà du Trésor. Boyer, l’ancien -évêque de Mirepoix, qui tenait la feuille des bénéfices, -avait enquêté sur la postulante, très chaudement -appuyée par la duchesse de Brancas. M<sup>lle</sup> de -Richelieu, sans se répandre autant que son frère, -avait l’humeur tant soit peu fringante. Boyer, fort -sévère sur le chapitre des mœurs, et plutôt d’humeur -revêche, transmit au roi le résultat de ses -informations; et quand Louis XV eut signé la nomination -que lui proposait l’évêque:</p> - -<p>—«M. de Richelieu ne sera pas content,» fit le -prélat.</p> - -<p>—«Il pouvait s’y attendre, répliqua le roi; car, -avant que vous n’entriez, il m’avait recommandé -sa sœur; je lui ai dit qu’il était trop vif et qu’il -n’aurait pas l’abbaye<a name="FNanchor_309" id="FNanchor_309" href="#Footnote_309" class="fnanchor">[309]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_309" id="Footnote_309" href="#FNanchor_309"><span class="label">[309]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. VI, p. 430 (note), 22 avril 1745.—Les -<i>Lettres</i> de <span class="smcap">Marville</span> au comte de <span class="smcap">Maurepas</span> (édit. de Boislisle, -3 v., 1896-1905), t. II, p. 74 racontent—à la rubrique <i>Nouvelles des -Cafés</i>—cet épisode, en le précédant de cette observation: -«Les Actions de M. le duc de Richelieu ont considérablement -baissé.»</p> -</div> - -<p>Comment ce courtisan, à l’échine si souple, avait-il -pu «être trop vif»? Peut-être Louis XV, souverain -calme et tranquille jusqu’à la mollesse, avait-il été -énervé par l’activité, bourdonnante et brouillonne, -de ce «touche-à-tout», activité qui, cette année -encore, allait se disperser sur les terrains les plus -divers.</p> - -<p>La guerre venait de se réveiller en Flandre. Et le -roi, accompagné du Dauphin, rejoignait l’armée, -<span class="pagenum" id="Page_202">[p. 202]</span> -le 6 avril. L’adroite et jolie M<sup>me</sup> d’Etioles, déjà remarquée -par le prince, en 1743, à la chasse, et, en février -1745, au bal masqué de l’Hôtel-de-Ville, -avait su remplacer, six semaines plus tard, M<sup>me</sup> -de Châteauroux dans le cœur de l’oublieux monarque, -et, comme elle, montré à son royal amant -la gloire qui l’attendait sur les champs de bataille.</p> - -<p>Maurice de Saxe, devant qui s’était effacé le Maréchal -de Noailles, commandait en chef l’armée à -laquelle s’opposaient les troupes anglo-hanovriennes<a name="FNanchor_310" id="FNanchor_310" href="#Footnote_310" class="fnanchor">[310]</a>, -soutenues par 8.000 Autrichiens. Et Richelieu était -encore à Paris! Un singulier contre-temps l’y retenait, -ainsi qu’il résulte de la lettre suivante, que -nous avons trouvée dans les <i>Archives de la Bastille</i><a name="FNanchor_311" id="FNanchor_311" href="#Footnote_311" class="fnanchor">[311]</a>, -lettre adressée au lieutenant de police:</p> - -<div class="manuscr"> - -<p class="rdate">«Paris, le 23 avril 1745.</p> - -<p>«Mon équipage est parti hier matin, Monsieur. Un -chef d’office que j’avais qui le suivait, est revenu à -toutes jambes sur le cheval qu’il montait. Il l’a -renvoyé à mon hôtel presque crevé et est allé courir -dans Paris, sans qu’aucun de mes gens ait pu le -joindre encore. Vous voyez, Monsieur, dans quel -embarras cela me doit jeter à la veille de partir -moi-même pour joindre l’armée; et vous savez la -règle des domestiques qui doivent y servir. Aussi, -Monsieur, je vous demande avec instance la juste -<span class="pagenum" id="Page_203">[p. 203]</span> -punition d’une insolence aussi intolérable et de vouloir -bien faire mettre à Bicêtre le dit officier qui -s’appelle Champenois, et dont la femme et l’établissement -sont chez un limonadier à la porte de -Paris, rue Pierre-au-lait. La crainte de ne vous pas -trouver m’a fait prendre le parti de vous écrire en -vous renouvelant l’assurance, etc...</p> - -<p class="rsign">Le duc de Richelieu.</p> - -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_310" id="Footnote_310" href="#FNanchor_310"><span class="label">[310]</span></a> -L’armée ennemie comprenait également un contingent hollandais, -les Provinces-Unies s’étant prononcées, après bien des tergiversations, -en faveur de l’Autriche.</p> - -<p><a name="Footnote_311" id="Footnote_311" href="#FNanchor_311"><span class="label">[311]</span></a> -<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, 11565, -p. 138, dossier Champenois.</p> -</div> - -<p>Suivait immédiatement une lettre, autographe -celle-ci, du plaignant<a name="FNanchor_312" id="FNanchor_312" href="#Footnote_312" class="fnanchor">[312]</a>:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Je suis très sensible, Monsieur, à votre attention -et à la bonté avec laquelle vous voulez bien m’en -donner preuve. Le sieur Champenois est ici; il a -appris hier apparemment par le secrétaire qui écrivit -hier ma lettre, les prières que je vous faisais. -Il est venu, ce matin, pour me faire demander grâce, -mais je ne l’ai pas voulu écouter, comme vous croyez -bien; car cet exemple serait trop dangereux et vous -prie, au contraire, de me continuer votre bonté -à cet égard. Cet homme doit être recommandé (<i>illisible</i>) -sur les registres de la police pour un (<i>illisible</i>). -Il a même tué un homme, m’a-t-on dit. Il a suivi -en Espagne le duc d’Antin et est d’ailleurs assez -bon officier, mais extravagant. Si je sais quelque particularité -de ses démarches, j’aurai l’honneur de vous -en informer...»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_312" id="Footnote_312" href="#FNanchor_312"><span class="label">[312]</span></a> -Même dossier <span class="smcap">Champenois</span>.</p> -</div> - -<p>Une apostille du lieutenant de police, à la date -du 14 mai, annonçait que Champenois était arrêté -et que le comte d’Argenson venait d’en être «instruit».</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_204">[p. 204]</span> -La rancune de Richelieu, s’étayant d’un règlement -de police qui interdisait aux domestiques de -«déserter» leurs maîtres, sans préavis, était singulièrement -tenace; car Champenois n’obtint sa mise -en liberté que le 8 août, sur le consentement de Richelieu<a name="FNanchor_313" id="FNanchor_313" href="#Footnote_313" class="fnanchor">[313]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_313" id="Footnote_313" href="#FNanchor_313"><span class="label">[313]</span></a> -Dossier <span class="smcap">Champenois</span>. Lettre datée de Gand, le 3 août 1745.</p> -</div> - -<p>Aussi bien les événements se précipitaient à la -frontière.</p> - -<p>Après l’investissement de Tournai, le Maréchal de -Saxe, quoique dans une position désavantageuse, acceptait -la bataille, le 11 mai, devant Fontenoy. -Cette action militaire, qui fit tant d’honneur aux -armes françaises, a été si souvent et si remarquablement -décrite, que nous n’avons garde d’en reprendre -le récit sur de nouveaux frais. Nous n’en voulons -retenir que la part de victoire attribuée au duc de -Richelieu, diminuée à dessein par ses détracteurs<a name="FNanchor_314" id="FNanchor_314" href="#Footnote_314" class="fnanchor">[314]</a>, -exagérée peut-être par ses panégyristes.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_314" id="Footnote_314" href="#FNanchor_314"><span class="label">[314]</span></a> -<span class="smcap">Linguet</span> entr’autres, dans ses <i>Annales politiques</i>, en 1788.</p> -</div> - -<p>La courtoisie inopportune d’Anterroche, à l’adresse -des Anglais, nous avait déjà coûté nombre de -soldats; notre cavalerie pliait, et la formidable colonne, -compacte et serrée, des Anglo-Hanovriens, -forte de 14.000 combattants, s’avançait, portant -le désordre et la mort dans les rangs des Français. -Le Maréchal de Saxe considérait la bataille -comme perdue et suppliait Louis XV de se résigner -à la retraite. Mais le roi et son fils y répugnaient. -Ce fut alors qu’au milieu d’un Conseil tenu à cheval, -survint Richelieu, mis ainsi en scène par Voltaire:</p> - -<div class="manuscr"> -<p><span class="pagenum" id="Page_205">[p. 205]</span> -«Il se précipite, hors d’haleine, l’épée à la main et -couvert de poussière.</p> - -<p>—«Quelle nouvelle apportez-vous, dit le Maréchal -de Noailles; et quel est votre avis?</p> - -<p>—«Ma nouvelle, dit le duc de Richelieu, est que -la bataille est gagnée, si on le veut; et mon avis -est qu’on fasse avancer dans l’instant quatre canons -contre le front de la colonne. Pendant que cette -artillerie l’ébranlera, la maison du roi et les autres -troupes l’entoureront. Il faut tomber sur elle comme -des fourrageurs.»</p> - -<p>«Le roi se rendit le premier à cette idée<a name="FNanchor_315" id="FNanchor_315" href="#Footnote_315" class="fnanchor">[315]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_315" id="Footnote_315" href="#FNanchor_315"><span class="label">[315]</span></a> -<span class="smcap">Voltaire</span>: <i>Précis du siècle de Louis XV</i>, c. <em>XV</em>.</p> -</div> - -<p>Aussitôt les canons de tonner. La colonne s’arrête, -un instant indécise. Elle hésite, elle se trouble. -Et soudain, la cavalerie française, prenant sa revanche -de Dettingen, s’élance, comme une trombe -de fer et de feu sur la masse ennemie, la pénètre, la -coupe, la hache en tronçons<a name="FNanchor_316" id="FNanchor_316" href="#Footnote_316" class="fnanchor">[316]</a> et dans dix minutes -à peine<a name="FNanchor_317" id="FNanchor_317" href="#Footnote_317" class="fnanchor">[317]</a> l’anéantit.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_316" id="Footnote_316" href="#FNanchor_316"><span class="label">[316]</span></a> -«Souvent, la victoire, a dit Napoléon, dépend d’un seul bataillon.»</p> - -<p><a name="Footnote_317" id="Footnote_317" href="#FNanchor_317"><span class="label">[317]</span></a> -«Ce fut l’affaire de dix minutes de gagner la bataille avec cette -botte secrète...» (Lettre du marquis d’Argenson à Voltaire.)—<i>Mémoires -authentiques du Maréchal de Richelieu</i> (inédits).—Dans sa -<i>Journée de Fontenoy</i> (1897), si pittoresquement illustrée par les Lalauze, -le duc de Broglie, notant l’invention de la «botte secrète que Richelieu -n’a pas manqué de s’attribuer à lui seul», ne paraît que médiocrement -édifié sur le bien-fondé de cette revendication.</p> -</div> - -<div class="manuscr"> -<p>—«Je n’oublierai jamais le service important -que vous m’avez rendu, avait dit Louis XV à Richelieu -après la victoire.»</p> -</div> - -<p>Le marquis d’Argenson, l’auteur des <i>Mémoires</i>, -qui était alors ministre des affaires étrangères et -qui «n’avait point quitté le roi pendant la bataille», -<span class="pagenum" id="Page_206">[p. 206]</span> -comme le note Voltaire dans son poème de Fontenoy, -le marquis d’Argenson écrivit à l’auteur:</p> - -<p>«Votre ami, M. de Richelieu, est un vrai Bayard. -C’est lui qui a donné le conseil, et qui l’a exécuté, -de marcher à l’infanterie comme des chasseurs ou -des fourrageurs, pêle-mêle, mains baissées, le bras -raccourci, maîtres, valets, officiers, cavaliers, infanterie, -tous ensemble...» Le Dauphin lui-même, qui -pourtant n’aimait pas Richelieu, en fit le plus grand -éloge dans ses lettres à la Dauphine. Donc, autant il -serait injuste de contester le rôle magistral joué par -Maurice de Saxe, presque mourant, à Fontenoy, autant -on aurait mauvaise grâce à nier l’heureuse initiative -de Richelieu, en présence de l’ennemi chassant devant -lui les bataillons français disloqués. Par malheur, -Voltaire, en maladroit ami, enfla tellement le -panégyrique de son «héros», au détriment du Maréchal -de Saxe, que l’opinion publique protesta; -et, la jalousie s’en mêlant, on refusa bientôt à -Richelieu le bénéfice de sa géniale inspiration. Certains -prétendirent que la manœuvre du canon lui -avait été indiquée par Lally<a name="FNanchor_318" id="FNanchor_318" href="#Footnote_318" class="fnanchor">[318]</a>; Linguet en fait -honneur à Saisseval.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_318" id="Footnote_318" href="#FNanchor_318"><span class="label">[318]</span></a> -<i>Biographie</i> <span class="smcap">Michaud</span> (article Durozoir).</p> - -<p>Le rapport officiel du comte de Saxe avait amoindri le rôle de Richelieu, -en passant sous silence la manœuvre du canon. Or, le duc, -justement offensé, fit insérer la rectification suivante aux Archives -historiques du dépôt de la guerre, où l’a retrouvée M. Bittard des -Portes:</p> - -<p>«On sait avec certitude qu’au moment où l’affaire était si désespérée, -que l’on sollicitait le Roi de se retirer et de passer l’Escaut, -M. de Richelieu, voyant avec plus de sang-froid et ne jugeant pas -que l’affaire fût sans ressources, courut aux pieds du roi et conjura -Sa Majesté non seulement de ne pas abandonner le champ de bataille, -mais aussi de lui promettre de faire, de concert avec quelques -officiers généraux, aussi illustres par leur naissance que recommandables -par leur zèle et par leur valeur, un dernier effort. Le Roi ne -céda qu’après des instances réitérées de sa part et avec feu. Ce fut -alors que la maison du roi, la gendarmerie et les carabiniers conduits -par lui, ainsi qu’il est rapporté dans les relations, firent une charge -si vigoureuse que les ennemis furent enfoncés et entièrement renversés, -et, par leur fuite, la journée devint aussi glorieuse qu’elle -eût été funeste aux armes du roi, si M. de Richelieu n’eût rétabli -par sa manœuvre, son audace et son exemple, une bataille qu’on -regardait comme perdue.»</p> - -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_207">[p. 207]</span> -Le roi cependant ne s’y trompait pas. Jamais il -n’avait été aussi familier, ni aussi affectueux avec -son aide de camp. «La chambre de celui-ci, mentionne -le <i>Journal</i> de Luynes, est près de celle du roi. -Dès que le roi est levé, il y entre, M. de Richelieu -étant encore dans son lit et à peine éveillé; il y demeure -trois quarts d’heure ou une heure... Ordinairement, -dès que le roi est hors de table, il entre encore -chez M. de Richelieu pour voir la compagnie -qui y dîne. Il s’asseoit quelquefois auprès de la table -et fait la conversation. M. d’Argenson (de la guerre) -parle sur M. de Richelieu dans des termes, et M. de -Richelieu, de son côté, sur M. d’Argenson, à pouvoir -faire juger qu’il y a entre eux une grande liaison<a name="FNanchor_319" id="FNanchor_319" href="#Footnote_319" class="fnanchor">[319]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_319" id="Footnote_319" href="#FNanchor_319"><span class="label">[319]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. VI, p. 485, juin 1745.—Il faut rapprocher -de ce récit l’anecdote que les <i>Souvenirs de deux anciens militaires</i>, -par Fortia de Piles (pp. 65 et suiv.), mettent dans la -bouche de Richelieu, alors que le succès inespéré de Fontenoy avait -redoublé l’amitié du roi pour le duc. La charge de colonel des gardes -était vacante. M<sup>me</sup> de Pompadour la demandait pour le Maréchal -de Biron, Louis XV voulait la donner à son favori: «J’étais sûr, disait -celui-ci, de déplaire au roi, si je refusais et de me brouiller avec -sa maîtresse, si j’acceptais... Je mis toute mon adresse à ce que le -roi ne me l’offrît pas... <i>Il était assis sur mon lit, dans ma tente... il -me regardait d’un air embarrassé, remuait les lèvres, les mordait.</i> Je -ne le mis pas sur la voie et Biron eut le régiment.»</p> -</div> - -<p>Est-ce malice? Est-ce naïveté de la part de -Luynes? Toujours est-il, comme il le note d’ailleurs, -que Richelieu «tenait un grand état». -<span class="pagenum" id="Page_208">[p. 208]</span> -Récemment encore, il avait traité, avec un faste inouï, le -Parlement de Paris, qui était venu féliciter le roi de -ses victoires.</p> - -<p>Son service auprès de Louis XV ne l’absorbait -pas tellement qu’il en négligeât ses fonctions de premier -gentilhomme de la Chambre à Versailles. Il -les prenait au contraire tellement à cœur qu’il faillit, -à propos d’un manquement à l’étiquette, provoquer -un conflit entre le roi et la reine.</p> - -<p>La reine Marie Lesczinska, après la prise de Tournai, -avait donné l’ordre à l’abbé Blanchard de chanter immédiatement -un <i>Te Deum</i><a name="FNanchor_320" id="FNanchor_320" href="#Footnote_320" class="fnanchor">[320]</a>, sans préjudice de celui que -le surintendant de la musique devait faire exécuter -plus tard, «en grande cérémonie», dans la chapelle -du château.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_320" id="Footnote_320" href="#FNanchor_320"><span class="label">[320]</span></a> -Destouches reconnut qu’il lui eût été impossible de faire exécuter -«sur-le-champ» son <i>Te Deum</i> (<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>).</p> -</div> - -<p>Richelieu, «extrêmement piqué», en écrivit à -l’abbé, au surintendant Destouches et même à la -duchesse de Luynes, dame de la reine, qui s’empressa -de montrer la lettre à Marie Lesczinska. Le -poulet vaut d’être cité pour son impertinence:</p> - -<div class="manuscr"> -<p class="rdate">«Au camp sous Tournay, le 23 mai 1745,</p> - -<p>«Je n’ai pu me dispenser, Madame, de rendre -compte au roi que, nonobstant ses décisions en faveur -des maîtres de musique de la Chambre, l’abbé -Blanchard avait su trouver des protections auprès -de la reine qui lui avaient fait exécuter le <i>Te Deum</i>, -chanté pour la bataille de Fontenoy, ce que Sa Majesté -a fort désapprouvé; et je ne vous dissimulerai -point, Madame, que, sans les bontés dont je sais -<span class="pagenum" id="Page_209">[p. 209]</span> -que vous honorez l’abbé Blanchard, j’aurais proposé -au roi de le punir de sa témérité, d’avoir osé -réveiller un procès perdu et jugé il y a longtemps. -Ainsi, Madame, si pareille dispute se réveillait pour -le <i>Te Deum</i> de la prise de Tournay, je vous supplierais, -Madame, de vouloir bien rendre compte à la -reine des ordres du roi.</p> - -<p>«Je vous prie d’être persuadée du respect, etc.</p> - -<p class="rsign">Le duc de Richelieu.»</p> -</div> - -<p>La reine, qui, de longue date, ne pouvait souffrir -Richelieu, voulait que M<sup>me</sup> de Luynes lui répliquât -vertement; mais la duchesse, par prudence, adoucit -les termes de sa réponse qui n’en était pas moins -très ferme et très digne:</p> - -<div class="manuscr"> -<p class="rdate">Versailles, 25 mai 1745,</p> - -<p>«J’ai rendu compte à la reine, Monsieur, des ordres -du roi. Elle m’a dit simplement qu’elle les avait -prévenus, en demandant un <i>Te Deum</i> jeudi par les -musiciens de la Chambre pour la victoire que le roi -a remportée. Pour moi, Monsieur, je ne donne ni -protection, ni prédilection à ces Messieurs et vous -pourrez punir ou récompenser à votre choix. Je -n’ai vu que du zèle de part et d’autre, et je doute que -cela puisse déplaire au roi, si vous voulez bien leur -rendre justice<a name="FNanchor_321" id="FNanchor_321" href="#Footnote_321" class="fnanchor">[321]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_321" id="Footnote_321" href="#FNanchor_321"><span class="label">[321]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. VI, pp. 460-461.</p> -</div> - -<p>Un mois après, c’était encore un échange de lettres -entre le duc de Richelieu et M<sup>me</sup> de Luynes, à propos -de dames «qui avaient fait demander à la reine -<span class="pagenum" id="Page_210">[p. 210]</span> -d’avoir l’honneur de manger avec elle». Le roi, -consulté par son premier gentilhomme, lui avait répondu -«qu’au milieu des sièges et des batailles il -n’avait pas le temps de songer à de pareilles affaires». -Mais ces dames revenant à la charge, une troisième -lettre de Richelieu leur apprit que «le roi trouvait -bon qu’elles mangeassent avec la reine et montassent -dans les carrosses<a name="FNanchor_322" id="FNanchor_322" href="#Footnote_322" class="fnanchor">[322]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_322" id="Footnote_322" href="#FNanchor_322"><span class="label">[322]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. VI, p. 492.</p> -</div> - -<p>Les carrosses de la reine! Quel souci devaient-ils -donner, trois mois plus tard, à ce défenseur-né du -protocole! Certain jour, M<sup>me</sup> du Châtelet osa monter, -contrairement aux lois de l’étiquette, dans le -deuxième carrosse après celui de la reine. Les dames -de la Cour la foudroyèrent de leurs regards, et aucune -d’elles ne voulut prendre place à côté de -M<sup>me</sup> du Châtelet. Il fallut que Richelieu fît agréer -à Marie Lesczinska les excuses de l’amie de Voltaire -et... la sienne<a name="FNanchor_323" id="FNanchor_323" href="#Footnote_323" class="fnanchor">[323]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_323" id="Footnote_323" href="#FNanchor_323"><span class="label">[323]</span></a> -<i>Ibid.</i>, t. VII, p. 79.</p> -</div> - -<p>Un moment—et il importe de lire entre les lignes -le <i>Journal</i> de Luynes—le crédit de l’ami du roi parut -fléchir. L’antipathie, plutôt timide, mais réelle, de -la reine; l’aversion, nettement marquée, du Dauphin -et peut-être aussi la méfiance (sur laquelle -nous reviendrons bientôt) de M<sup>me</sup> d’Etioles, qui pressentait -dans le courtisan un adversaire acharné, -durent donner à penser au roi; car ce fut à cet instant -critique qu’il parut désirer que Richelieu devînt -colonel de ses gardes et se démît, au profit du -duc de Luxembourg, de sa charge de premier gentilhomme. -Mais Richelieu refusa de se prêter à la -<span class="pagenum" id="Page_211">[p. 211]</span> -combinaison. «Évidemment, disait-il, c’est une porte -ouverte très honorable, si le roi veut m’éloigner de -lui; seulement je regarderais ce changement comme -une disgrâce<a name="FNanchor_324" id="FNanchor_324" href="#Footnote_324" class="fnanchor">[324]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_324" id="Footnote_324" href="#FNanchor_324"><span class="label">[324]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. VI, pp. 489-490.—Voir page 207 cette -anecdote dans les <i>Souvenirs de deux anciens militaires</i>.</p> -</div> - -<p>Il n’en fut plus question.</p> - -<p>D’ailleurs, Richelieu aimait trop la Cour, ses plaisirs -et ses cabales; il était trop jaloux de l’influence -et de la prépondérance qu’il s’était acquises dans le -monde des théâtres et des arts, dont nous le savons -déjà si entiché, pour renoncer à ses fonctions de -premier gentilhomme de la Chambre, qui lui assuraient -des avantages si conformes à ses goûts de -faste, à son besoin de domination, et même à son -esprit de taquinerie et de persiflage.</p> - -<p>Comme plus tard un grand capitaine, il ne dédaignait -pas de s’occuper de la Comédie au milieu de -la vie des camps; et le bruit même se répandit que -Richelieu s’était rapproché de Maurepas sur ce terrain, -qui ne déplaisait pas non plus au ministre<a name="FNanchor_325" id="FNanchor_325" href="#Footnote_325" class="fnanchor">[325]</a> -bel-esprit.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_325" id="Footnote_325" href="#FNanchor_325"><span class="label">[325]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. VI, p. 490.</p> -</div> - -<p>En 1744, Berger, directeur de l’Opéra, qui avait -également le privilège «d’établir l’Opéra-Comique -dans toutes les foires de Paris», en avait confié -l’exploitation à l’acteur-auteur Favart, déjà célèbre. -L’habile gestion de l’artiste avait ouvert à -ces spectacles—surtout aux foires Saint-Germain -et Saint-Laurent—une ère de prospérité si florissante, -que les Comédiens français et italiens, moins -heureux, s’en étaient émus et avaient réclamé la -<span class="pagenum" id="Page_212">[p. 212]</span> -suppression d’une concurrence désastreuse pour leur -industrie.</p> - -<p>Maurepas avait chargé son subordonné Marville, -le lieutenant de police, d’étudier la question, et, -après enquête, avait conclu à la fermeture des spectacles -forains. Les gens de Cour pouvaient avoir -entre eux des inimitiés féroces; mais, par tradition, -ils observaient, les uns vis-à-vis des autres, les lois -d’une correction poussée jusqu’à la courtoisie. En -conséquence, Maurepas écrivait, le 6 juin 1745, à -Richelieu, qu’il serait «protecteur» des Comédiens, -en qualité de premier <ins id="cor_10" title="Renvoi 326 ajouté">gentilhomme</ins><a name="FNanchor_326" id="FNanchor_326" href="#Footnote_326" class="fnanchor">[326]</a>:</p> - -<p>«J’ai rapporté hier, Monsieur, l’affaire des Comédiens. -Les titres de l’Opéra paraissent balancer avec -avantage ceux de la Comédie; mais on crut devoir -s’arrêter particulièrement au fond de la question -et avoir égard au tort que les Comédiens prétendent -que leur fait l’Opéra-Comique, et c’est ce qui a engagé -à décider que les représentations de ce spectacle -seraient sursises pendant 3 ans, afin d’examiner -si, en effet, les recettes des Comédiens seront plus -considérables. Il me semble qu’il dépendra beaucoup -des soins qu’ils se donneront, pendant ce -temps-là, de fixer en leur faveur, une décision qui -leur est déjà si avantageuse, et je ne crois pas que -vous veuilliez faire plus longtemps mystère au sieur -Berger de la gratification que vous lui avez obtenue; -il doit avoir besoin de consolation. J’ai l’honneur, -etc.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_326" id="Footnote_326" href="#FNanchor_326"><span class="label">[326]</span></a> -<i>Lettres</i> de <span class="smcap">Marville</span>, t. II, p. 90.</p> -</div> - -<p>Par réciprocité, Richelieu entendit qu’on fît passer -par le ministre «tous les ordres pour la Comédie -et pour l’Opéra».</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_213">[p. 213]</span> -Il était moins heureux, sur le théâtre de la guerre, -avec Maurice de Saxe, s’il faut en croire les nouvellistes -de café<a name="FNanchor_327" id="FNanchor_327" href="#Footnote_327" class="fnanchor">[327]</a>, dont Marville enregistrait fidèlement -les échos pour l’édification de Maurepas. Le Maréchal -avait permis à une «petite troupe» d’acteurs -nomades de donner à Gand des spectacles d’opéra-comique, -alors que Richelieu avait autorisé une -«grande troupe» à jouer, dans la même ville, de -«grandes pièces». Or le conflit qui avait mis aux -prises à Paris les directeurs des théâtres forains et -les Comédiens, se produisit, à Gand, entre la «petite» -et la «grande» troupe. Celle-ci se plaignit -à Richelieu du tort que lui faisait celle-là: aussi le -protecteur, accordant à ses protégés un privilège -exclusif, ordonna-t-il à l’Opéra-comique de cesser -toutes représentations. Les forains se retournant -alors vers le Maréchal pour lui présenter leurs doléances, -l’illustre guerrier envoya demander à Richelieu, -avec la rudesse qui le caractérisait, de -quel droit il défendait un spectacle que lui, Maurice -de Saxe, avait autorisé.</p> - -<p>—«Du droit qui appartient au premier gentilhomme -de la Chambre du roi, répondit Richelieu.</p> - -<p>—«A la Cour peut-être, fit le Maréchal, mais pas -à l’Armée. Moi seul, qui la commande, ai qualité -pour y donner toutes permissions.»</p> - -<p>Puis il ordonna aux forains de rouvrir leurs loges -et défendit aux Comédiens d’«afficher».</p> - -<p>Le duc était barré; mais, concluaient les nouvellistes, -«il a pris l’affaire à cœur et n’oubliera rien -pour se venger en suscitant quelques brigues contre -le Maréchal».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_327" id="Footnote_327" href="#FNanchor_327"><span class="label">[327]</span></a> -<i>Lettres</i> de <span class="smcap">Marville</span>, t. II, p. 143, 20 août 1745.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_214">[p. 214]</span> -Quelques jours auparavant, contrairement à -l’adage <i lang="la" xml:lang="la">De minimis non curat prætor</i>, il avait témoigné -de son intérêt même pour les bagatelles de la porte, en -remerciant le lieutenant de police, dans la lettre -où il signait l’exeat de Champenois, de son exacte -surveillance «sur la conduite de l’exempt de la -Comédie italienne et sur celle des danseurs de -corde!!!<a name="FNanchor_328" id="FNanchor_328" href="#Footnote_328" class="fnanchor">[328]</a>»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_328" id="Footnote_328" href="#FNanchor_328"><span class="label">[328]</span></a> -<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, 11565.</p> -</div> - -<p>Grâce à ses fournisseurs, Marville communique -fréquemment à Maurepas nombre d’anecdotes démontrant -encore avec quelle ardeur Richelieu s’occupe, -en fin d’année, des choses de théâtre et «prépare», -suivant le mot de Luynes, «les spectacles -d’hiver».</p> - -<p>Il «maîtrise beaucoup à l’Opéra»; et certains artistes, -entr’autres le danseur Malter, ayant traité -le directeur de fripon, Richelieu les gronde pour -«l’avoir dit trop haut».</p> - -<p>Il est en concurrence avec d’Argenson, à propos -de la «surintendance des ballets». Le roi, «pour les -mettre d’accord», la donne au nouveau contrôleur -général.</p> - -<p>Mesure que ne regrette pas autrement l’informateur -du lieutenant de police; car le fougueux dilettante -qu’est Richelieu, tant qu’il a eu la direction -de ce service, n’a pas peu contribué au désordre qui -règne à l’Opéra; mais Maurepas a fermé les yeux, -pour ne pas rompre la trêve tacite consentie par -son adversaire<a name="FNanchor_329" id="FNanchor_329" href="#Footnote_329" class="fnanchor">[329]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_329" id="Footnote_329" href="#FNanchor_329"><span class="label">[329]</span></a> -<i>Lettres</i> de <span class="smcap">Marville</span>, t. II, pp. 174, 199, 207.</p> -</div> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_215"> - -<h2>CHAPITRE XVIII</h2> - -<p class="smm"><i>Ce que pensait Richelieu de M<sup>me</sup> de Pompadour et ce que -lui demandait Voltaire. — L’expédition de Dunkerque; -nouveaux déboires et nouvelles chansons. — Richelieu -ne répond pas aux avances de M<sup>me</sup> de Pompadour. — Il -est nommé ambassadeur matrimonial auprès du roi -de Pologne. — Cette mission inquiète la Cour de Saxe. — Désappointement -de Frédéric II. — Le Maréchal de Saxe -est le véritable négociateur. — Succès personnel de Richelieu. — Ses -attentions délicates pour la future Dauphine. — Le -mariage. — La négociation secrète avec Vienne n’aboutit -pas. — Une «rêverie» de Maurice de Saxe.</i></p> - -<p>L’irruption, romanesque, de M<sup>me</sup> Le Normant -d’Etioles dans la vie du roi, n’avait pas autrement -surpris, ni inquiété le duc de Richelieu. Dans sa -pensée, le caprice de Louis XV pour cette petite -bourgeoise ne devait tirer à conséquence, bien que -la femme fût délicieuse sous les futaies ensoleillées -de la forêt de Sénart, ou sous le scintillement des -lustres de l’Hôtel-de-Ville: il restait entendu que -Sa Majesté ne pouvait avoir, comme maîtresse reconnue, -qu’une grande dame. Aussi, quelques jours -avant son départ pour l’armée, l’indulgent Richelieu -avait-il très volontiers soupé chez le roi, avec -M<sup>me</sup> d’Etioles, en compagnie des ducs d’Ayen et de -Boufflers, de la marquise de Bellefonds et de la duchesse -de Lauraguais<a name="FNanchor_330" id="FNanchor_330" href="#Footnote_330" class="fnanchor">[330]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_330" id="Footnote_330" href="#FNanchor_330"><span class="label">[330]</span></a> -<span class="smcap">Campardon</span>: <i>M<sup>me</sup> de Pompadour et la Cour de Louis XV</i> (1867), -p. 13.</p> -</div> - -<p>Mais, après Fontenoy, la fantaisie royale était -<span class="pagenum" id="Page_216">[p. 216]</span> -devenue de la passion et menaçait de tourner au véritable -amour, grâce à l’habileté de la jeune femme, -qui n’avait pas eu besoin, comme M<sup>me</sup> de Châteauroux, -de l’intervention du favori pour passer au -rang de favorite.</p> - -<p>Cependant, le 9 septembre 1745, Richelieu, de -retour de Gand, avait cru politique de lui témoigner -des égards, lorsque, au souper donné à l’Hôtel-de-Ville, -pour la réception du roi, souper où elle -n’avait pu assister, puisqu’elle n’était pas encore -«présentée», elle avait dû être servie, avec d’autres -convives, dans un des salons de l’étage supérieur. -Le duc n’avait pas été un des moins assidus à «monter» -la complimenter et lui rendre compte de la -fête<a name="FNanchor_331" id="FNanchor_331" href="#Footnote_331" class="fnanchor">[331]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_331" id="Footnote_331" href="#FNanchor_331"><span class="label">[331]</span></a> -<span class="smcap">Campardon</span>: <i>M<sup>me</sup> de Pompadour et la Cour de Louis XV</i> (1867), -p. 64.—<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. VII, p. 55.</p> -</div> - -<p>Quelques jours après, elle était «nommée» marquise -de Pompadour et «présentée» sous ce titre. -Aussitôt Voltaire, l’adorateur de tous les astres naissants, -avait paru ébloui par l’éclat de celui-ci. N’avait-il -pas déjà écrit à son «héros»—un nom qu’il répète -à satiété—pour lui demander sa protection active -et continue auprès de M<sup>me</sup> de Pompadour, en raison -de la bienveillance dont elle avait honoré le poète -de Cour? Or, Richelieu, en malicieux critique, lui -avait simplement dit d’une pièce de Voltaire: «Je ne -suis pas trop content de son acte.» «J’aimerais bien -mieux, ajoutait l’auteur de <i>Fontenoy</i>, qu’elle sût -par vous combien ses bontés me pénètrent de reconnaissance -et à quel point je vous fais son éloge.» -Trois mois après (septembre 1745), il commence une -<span class="pagenum" id="Page_217">[p. 217]</span> -antienne dont il fatiguera désormais les oreilles du -premier gentilhomme de la Chambre: il le priera -d’inscrire son répertoire sur le programme des spectacles -de la Cour à Fontainebleau: «Je ne veux paraître, -disait-il, que sous vos auspices.»</p> - -<p>Avec une exagération plus marquée encore, il -félicitait, en octobre, Richelieu désigné pour le commandement -en chef du corps d’armée, qui devait -s’embarquer à Dunkerque et descendre sur la côte -d’Écosse, où il trouverait le Prétendant dont il -appuierait, de son épée, les revendications:</p> - -<p>«Je vous verrai faisant un roi et rendant le vôtre -l’arbitre de l’Europe. Ma destinée sera d’être, si je -le peux, l’Homère de cet Achille qui a quitté Briséïs -pour aller renverser un trône.»</p> - -<p>En effet, sans perdre de vue la prodigieuse fortune -de la Marquise, Richelieu avait de plus instantes -préoccupations, c’est-à-dire son expédition contre -l’Angleterre, qu’il entreprenait, à l’entendre, dans -le but le plus désintéressé; il disait hautement qu’il -ne voulait pas être Maréchal de France<a name="FNanchor_332" id="FNanchor_332" href="#Footnote_332" class="fnanchor">[332]</a>. Mais l’opinion -publique n’était pas la dupe du bon apôtre; -et les gazettes étrangères représentaient à l’envi le -généralissime comme un barbet, à qui l’on fait passer -l’eau pour rapporter un bâton<a name="FNanchor_333" id="FNanchor_333" href="#Footnote_333" class="fnanchor">[333]</a>. Les préparatifs -accusaient cependant un effort de réelle importance. -Maurepas en parlait sérieusement dans sa correspondance -avec l’archevêque de Bourges; il fixait -à douze mille le nombre des soldats qui devaient accompagner -Richelieu<a name="FNanchor_334" id="FNanchor_334" href="#Footnote_334" class="fnanchor">[334]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_332" id="Footnote_332" href="#FNanchor_332"><span class="label">[332]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. VII, p. 127.</p> - -<p><a name="Footnote_333" id="Footnote_333" href="#FNanchor_333"><span class="label">[333]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span>, t. IV, p. 114.</p> - -<p><a name="Footnote_334" id="Footnote_334" href="#FNanchor_334"><span class="label">[334]</span></a> -<i>Lettres</i> de <span class="smcap">Marville</span>, t. II, p. 211.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_218">[p. 218]</span> -Celui-ci partit, le 23 décembre, pour Dunkerque. -Il passa par Gand où il eut une conférence avec le -Maréchal de Saxe: la brouille n’avait pas duré, -d’autant que Maurice était charmant... à ses heures. -Mais quand Richelieu fut arrivé à destination, les mêmes -difficultés qui, deux années auparavant, l’avaient immobilisé -à Boulogne<a name="FNanchor_335" id="FNanchor_335" href="#Footnote_335" class="fnanchor">[335]</a>, vinrent de nouveau paralyser -à Dunkerque sa bouillante ardeur. Il dut -constater qu’il n’avait pas la moitié de son effectif, -ni les munitions, ni les vivres nécessaires à son corps -d’armée. Si Maurepas avait donné des ordres précis, -le comte d’Argenson n’avait pas suivi son exemple<a name="FNanchor_336" id="FNanchor_336" href="#Footnote_336" class="fnanchor">[336]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_335" id="Footnote_335" href="#FNanchor_335"><span class="label">[335]</span></a> -Voir page 166.</p> - -<p><a name="Footnote_336" id="Footnote_336" href="#FNanchor_336"><span class="label">[336]</span></a> -<i>Lettres</i> de <span class="smcap">Marville</span>, t. II, p. 237. <i>Nouvelles des Cafés.</i></p> -</div> - -<p>Richelieu se répandit en plaintes amères et dépêcha -un courrier à Versailles, pour protester contre -une telle insouciance et pour réclamer l’ordre de -«mettre au plus tôt à la voile<a name="FNanchor_337" id="FNanchor_337" href="#Footnote_337" class="fnanchor">[337]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_337" id="Footnote_337" href="#FNanchor_337"><span class="label">[337]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. VII, 6 janvier 1746, p. 194.</p> -</div> - -<p>En attendant, les épigrammes pleuvaient, à la -Cour et à la Ville, sur cet Achille obligé de rester -sous sa tente. Un sixain, des plus acerbes, avait -trouvé cette solution... inélégante, bien que légendaire, -d’un problème qui fut toujours vainement posé:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">S’il fallait faire un sacrifice,</div> - <div class="vers8">Pour vous rendre la mer propice,</div> - <div class="vers8">Quand vous voguerez sur les eaux,</div> - <div class="vers8">Jetez-y, pour première offrande,</div> - <div class="vers8">Le plus fameux des m.....</div> - <div class="vers8">Son élément le redemande<a name="FNanchor_338" id="FNanchor_338" href="#Footnote_338" class="fnanchor">[338]</a>.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_338" id="Footnote_338" href="#FNanchor_338"><span class="label">[338]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span>, t. IV, p. 115.</p> -</div> - -<p>L’incurie des services administratifs persistait -<span class="pagenum" id="Page_219">[p. 219]</span> -encore en février 1746. Las d’une telle inaction, -dépité, découragé, Richelieu revint à ses errements -de Boulogne: il se dit malade et demanda son rappel.</p> - -<p>L’avortement de l’expédition qui n’était pourtant -pas imputable au chef de l’armée, provoqua -contre lui une recrudescence d’épigrammes et de -chansons satiriques, dont voici une des moins mauvaises:</p> - -<p class="ttr">Vers sur l’air des <i>Pèlerins</i>.</p> - -<p class="vdate">13 février 1746.</p> - -<div class="poem"> -<div class="stanza"> - <div class="vers8">Quand je vis partir l’Excellence</div> - <div class="vers4">De Richelieu,</div> - <div class="vers8">Je prédis sa mauvaise chance,</div> - <div class="vers4">Hélas! mon Dieu!</div> - <div class="vers8">Ce pilote ignore les vents</div> - <div class="vers4">De l’Angleterre;</div> - <div class="vers8">Il ne sait qu’embarquer les gens</div> - <div class="vers6">Pour l’île de Cythère.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers8">Il faut pourtant payer la peine</div> - <div class="vers4">De ce marin!</div> - <div class="vers8">Il n’est pas juste qu’il revienne</div> - <div class="vers4">Et qu’il n’ait rien. (On devait prononcer <i>rin</i>.)</div> - <div class="vers8">Nous lui donnerons pour pension</div> - <div class="vers4">Le soin des filles.</div> - <div class="vers8">Un bourdon sera son bâton,</div> - <div class="vers6">Ses lauriers des coquilles.</div> -</div> -<div class="stanza"> - <div class="vers8">Si vous comptiez sur la prudence</div> - <div class="vers4">De ce cerveau,</div> - <div class="vers8">Vous en auriez trop d’espérance,</div> - <div class="vers4">Prince héros.</div> - <div class="vers8">N’employez cet esprit follet</div> - <div class="vers4">Et son <i>Voltaire</i></div> - <div class="vers8">Qu’à vous amuser au ballet</div> - <div class="vers6">Du <i>Temple de la Gloire</i>.</div> -</div> -</div> - -<p class="cent csm">(On prononçait <i>glouère</i>, à moins qu’on n’écrivît... <i>Voltoire</i>.)</p> - -<p class="sep2"><span class="pagenum" id="Page_220">[p. 220]</span> -Qui sait si une traversée heureuse, empêchant -la désastreuse défaite du Prince Édouard à Culloden, -n’eût pas précipité cette révolution que vaticinait -Voltaire, en mal d’une nouvelle Iliade.</p> - -<p>Richelieu était revenu à la Cour de fort méchante -humeur<a name="FNanchor_339" id="FNanchor_339" href="#Footnote_339" class="fnanchor">[339]</a>; et M<sup>me</sup> de Pompadour ne tarda pas à s’en -apercevoir. «Il tint sur elle des propos légers», regardant -l’amour du roi «comme une galanterie de -passage»; et «ce qu’il y a de plus admirable», c’est -que cette opinion... «fut longtemps celle de la -Cour<a name="FNanchor_340" id="FNanchor_340" href="#Footnote_340" class="fnanchor">[340]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_339" id="Footnote_339" href="#FNanchor_339"><span class="label">[339]</span></a> -D’après des <i>Nouvelles de café</i> (<i>Lettres</i> de <span class="smcap">Marville</span>, t. II, 27 février), -Richelieu dit confidentiellement à un ami «qu’il avait été -joué et que les ministres avaient d’autres vues», en l’envoyant à -Dunkerque. Cette perfidie, destinée à le perdre, n’est pas invraisemblable, -étant donné le jeu d’intrigues, qui caractérisait ce triste -régime.</p> - -<p><a name="Footnote_340" id="Footnote_340" href="#FNanchor_340"><span class="label">[340]</span></a> -<span class="smcap">Duclos</span>: <i>Mémoires</i>, 1864, t. II, p. 283.</p> -</div> - -<p>Cette «beauté blonde et blanche, <i>sans traits</i> (d’Argenson -entendait peut-être par là des traits trop réguliers) -mais douée de grâce et de talents<a name="FNanchor_341" id="FNanchor_341" href="#Footnote_341" class="fnanchor">[341]</a>», eût -voulu retenir, par l’emprise de sa séduction, l’être -fuyant qu’était Richelieu, le désarmer par son -charme, mettre en communauté, pour ainsi dire, -leurs intérêts politiques. Mais l’impertinence de bon -ton, la taquinerie galante, le dédain courtois qu’apportait -le grand seigneur dans ses rapports avec la -maîtresse du roi, avaient creusé un abîme entre ces -deux puissances. Elles s’observèrent d’abord avant -d’ouvrir les hostilités.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_341" id="Footnote_341" href="#FNanchor_341"><span class="label">[341]</span></a> -<i>Mémoires</i> du marquis <span class="smcap">d’Argenson</span>, t. IV, p. 179.</p> -</div> - -<p>Au reste, l’homme de Cour était tiraillé entre tant -de menues besognes, qu’il lui fallait ajourner à une -date, plutôt lointaine, la campagne d’éviction qu’il -<span class="pagenum" id="Page_221">[p. 221]</span> -ménageait à la favorite. C’étaient toujours les questions -d’étiquette qui venaient solliciter le plus instamment -son attention, entre l’ordonnance des fêtes -royales et le service militaire en Flandre, à Rocoux, -par exemple, au cours de cette journée glorieuse -pour les armes françaises, où Richelieu se distingua -encore par son impétueuse valeur.</p> - -<p>Il venait d’apprendre que Louis XV se proposait -d’accorder des privilèges aux fils des princes légitimés, -et il réclamait des compensations pour les ducs -et pairs.</p> - -<p>—«Parlez-en à Maurepas», lui répondit le roi, qui -avait parfois le mot pour rire.</p> - -<p>Richelieu se rendit cependant chez son ennemi -avec le duc de Gesvres. Le ministre désira des précisions. -Richelieu dépêcha aussitôt un courrier au -château de la Ferté, chez Saint-Simon, ce misanthrope -d’abord difficile, mais fort au courant des -usages protocolaires. Gesvres alla trouver M<sup>me</sup> de -Pompadour; mais il était trop tard, Louis XV promit -une solution pour l’année 1747<a name="FNanchor_342" id="FNanchor_342" href="#Footnote_342" class="fnanchor">[342]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_342" id="Footnote_342" href="#FNanchor_342"><span class="label">[342]</span></a> -<i>Journal</i> du duc <span class="smcap">de Luynes</span>, t. VII, p. 273.—<span class="smcap">Soulavie</span> (t. VIII, -p. 49) parle, en termes presque identiques, de l’incident; il ajoute: -«Richelieu et Maurepas disputèrent longuement sur les prérogatives -et sur le cérémonial (la Cène et l’adoration de la Croix), en présence -du duc de Gesvres.»</p> -</div> - -<p>Entre temps, Richelieu «se donnait de grands -mouvements», comme on disait alors, en faveur de -ses amis. Il faisait nommer au diocèse de Paris l’archevêque -de Vienne; et, à six semaines de là, il enlevait -l’élection de Voltaire à l’Académie, en remplacement -du Président Bouhier, après avoir vivement -engagé le roi à notifier ses intentions aux Quarante. -<span class="pagenum" id="Page_222">[p. 222]</span> -C’était sa manière à lui de pratiquer le système des -compensations.</p> - -<p>Vers la fin de 1746, il était envoyé à Dresde, comme -ambassadeur extraordinaire auprès de l’électeur de -Saxe, roi de Pologne. C’était aussi une... compensation -à sa déception de Dunkerque, compensation -qu’il devait, disent les <i>Mémoires Authentiques</i>, à -M<sup>me</sup> de Pompadour.</p> - -<p>La première Dauphine était morte en juillet 1746; -et Louis XV demandait pour son fils la main de la -princesse Marie-Josèphe de Saxe. Officieusement, -Auguste III l’avait accordée; mais son premier ministre, -le comte de Brühl, avait écrit de Varsovie, -le 7 novembre<a name="FNanchor_343" id="FNanchor_343" href="#Footnote_343" class="fnanchor">[343]</a>, à M. de Loss, ambassadeur du roi -à Versailles, afin qu’il empêchât, le plus honnêtement -du monde, le départ de Richelieu pour Dresde.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_343" id="Footnote_343" href="#FNanchor_343"><span class="label">[343]</span></a> -Comte <span class="smcap">Vitzthum d’Eckstaedt</span>: <i>Maurice comte de Saxe et Marie -Josèphe de Saxe, dauphine de France</i>, d’après les <i>Archives de Dresde</i> -(1867), pp. 82 et suiv.—Duc de <span class="smcap">Broglie</span>: <i>Maurice de Saxe et le -Marquis d’Argenson</i>, 2 vol., 1893.</p> -</div> - -<p>La réception de ce grand seigneur, réputé pour -son train fastueux, n’était pas sans inquiéter -Sa Majesté polonaise qui était plutôt économe. Puis, -pourquoi ne pas laisser cette mission au seul marquis -des Issarts, l’ambassadeur ordinaire de France, -<i lang="la" xml:lang="la">persona grata</i>, «qui en serait si flatté»? D’ailleurs, -concluait M. de Brühl, à quoi bon «mêler de la -politique dans le contrat de mariage? Par tendresse -pour la Dauphine sa fille, Sa Majesté fera, -sans cela, tout ce qu’elle pourra pour complaire au -roi de France.»</p> - -<p>Les 20 et 25 novembre, Loss rassurait son collègue. -Si le départ de Richelieu était inévitable—«sa -<span class="pagenum" id="Page_223">[p. 223]</span> -nomination avait fait trop d’éclat»—le marquis -des Issarts était plénipotentiaire au même titre -que l’envoyé de France. Et Brühl «peut être persuadé -qu’on n’exigera rien du roi qui puisse être -contraire à ses intérêts. Le duc de Richelieu sera -peut-être chargé de faire quelque démarche tendant -à moyenner une meilleure intelligence entre notre -Cour et Berlin; mais je crois qu’il se contentera... -que nous fassions des politesses au roi de Prusse, -en faisant sentir à ce prince qu’il en est redevable -aux bons offices de la France.»</p> - -<p>Nous verrons que le baron de Loss se trompait -de Souverain. Sans doute l’ambassadeur d’Auguste -III à Versailles et Maurice de Saxe, le frère naturel -du roi de Pologne, qui était, en réalité, le négociateur -du mariage de sa nièce, s’étaient efforcés -de faire obstacle à la mission de Richelieu. Mais ils -s’y étaient pris trop tard. Louis XV avait arrêté -son choix. D’ailleurs l’ambassadeur extraordinaire ne -se rendrait pas à Berlin<a name="FNanchor_344" id="FNanchor_344" href="#Footnote_344" class="fnanchor">[344]</a>. Brühl félicite Loss d’avoir -su dissuader Richelieu de cette visite, malgré que -Voltaire et M<sup>me</sup> du Châtelet eussent incité l’ancien -intermédiaire de Rottembourg à solliciter une mission -auprès de Frédéric, en vue «d’une entente plus -particulière avec la France».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_344" id="Footnote_344" href="#FNanchor_344"><span class="label">[344]</span></a> -Auguste III ne pouvait oublier que la défaite des Autrichiens -et des Saxons à Kesseldorff, le 15 décembre 1745, avait ouvert les -portes de Dresde au roi de Prusse et que la neutralité, consentie, -dix jours après, par le vainqueur, lui avait coûté une rançon d’un -million d’écus.</p> -</div> - -<p>De son côté, le comte de Saxe écrit à Brühl, le -10 décembre, que Richelieu est en route de la veille, -et que sa dernière visite fut pour lui; il lui fait part -<span class="pagenum" id="Page_224">[p. 224]</span> -de l’entrevue. Le duc lui dit que s’il s’est chargé de -la mission, c’est dans l’espoir «qu’elle serait agréable»; -autrement il aimerait mieux être enlevé par les hussards, -avant d’arriver à Dresde (ce qui serait fort possible, -remarque, en <ins id="cor_11" title="a parté">aparté</ins>, le Maréchal). Toutefois, -celui-ci affirme à son interlocuteur qu’on «n’a rien -personnellement contre lui, mais on craint les prétentions -de l’ambassade», depuis de fâcheuses expériences -qui ont rendu la Cour de Sa Majesté polonaise -«très farouche».—«Hélas! réplique Richelieu, je -ne prétends rien; je désire plaire au roi, à M. le comte -de Brühl, à toute la Cour et voilà tout... Je ne resterai -que le temps qu’il faudra pour amener cette princesse -tant désirée, avec la dignité et les respects que je -dois à Leurs Majestés et au roi mon maître.» Maurice -promet donc à M. de Brühl que l’ambassadeur extraordinaire -«ne le tourmentera pas sur le cérémonial» -et n’ira pas voir le roi Frédéric, malgré le désir de -ce prince, «pour ne pas sentir le Prussien (déjà!) en -vous arrivant». Et le Maréchal termine sur ce précieux -renseignement: «Les d’Argenson branlent au manche, -comme l’on dit. Celui des affaires étrangères est si <i>bête</i> -(on le distinguait couramment de son frère par ce qualificatif) -que le roi en est honteux. Celui de la Guerre -veut faire le généralissime et n’y entend rien...» -Maurice avait également rassuré son frère: «Richelieu -ne serait pas pointilleux sur le cérémonial» et -son séjour à Dresde serait «très court».</p> - -<p>Le roi de Prusse avait été avisé de l’ordre qu’avait -reçu Richelieu de ne point passer par Berlin; et il -s’en expliquait avec Voltaire sur ce ton dégagé qui -dissimulait si bien chez lui son dépit et ses rancunes:</p> - -<div class="manuscr"><span class="pagenum" id="Page_225">[p. 225]</span> -<p>«... Il (Richelieu) a la réputation de réunir mieux -qu’homme de France les talents de l’esprit et de -l’érudition aux charmes et à l’illusion de la politique. -C’est le modèle le plus avantageux à la nation -française que son maître ait pu choisir à cette ambassade: -un homme de tout pays, citoyen de tous -les lieux et qui aura dans tous les siècles les mêmes -suffrages que lui accorde la France et l’Europe toute -entière. Je suis accoutumé à me passer de bien des -agréments dans la vie: j’en supporterai plus facilement -la privation de la bonne compagnie dont les -gazettes nous avaient annoncé la venue<a name="FNanchor_345" id="FNanchor_345" href="#Footnote_345" class="fnanchor">[345]</a>.» (18 décembre -1746.)</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_345" id="Footnote_345" href="#FNanchor_345"><span class="label">[345]</span></a> -Duc <span class="smcap">de Broglie</span>: <i>Maurice de Saxe et le marquis d’Argenson</i>, -t. II, p. 46.</p> -</div> - -<p>Comme fiche de consolation, et puisque la montagne -ne venait pas à lui, Frédéric y fit <i>aller</i> le marquis -d’Argens, un de ses commensaux, pour féliciter -Auguste du mariage de sa fille. L’envoyé était bien -choisi: c’était un ami de Voltaire, qui, sous prétexte -de présenter ses hommages à l’ambassadeur de -Louis XV, devait très vraisemblablement le surveiller, -en compagnie du conseiller Klingreef, ministre de -Prusse à Dresde: «Je crains fort les algarades françaises», -écrivait Frédéric à d’Argens, en lui recommandant, -ainsi qu’il en avait l’habitude avec ses -agents officiels ou secrets, de lui adresser des rapports -bien circonstanciés<a name="FNanchor_346" id="FNanchor_346" href="#Footnote_346" class="fnanchor">[346]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_346" id="Footnote_346" href="#FNanchor_346"><span class="label">[346]</span></a> -Duc <span class="smcap">de Broglie</span>: <i>Maurice de Saxe et le Marquis d’Argenson</i> -(t. II, pp. 47 et suiv.)—Le livre de Flammermont (<i>Correspondance -des agents diplomatiques étrangers</i>, 1896) dit assez comment Frédéric, -donnant ainsi l’exemple à ses successeurs, exigeait de ses ministres -les plus minutieux renseignements, à l’aide de tous documents, -même de rapports de police ou de gazettes manuscrites.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_226">[p. 226]</span> -Arrivé, le 25 décembre, à Dresde, Richelieu entretint -Brühl de sa mission secrète, car il en avait -une<a name="FNanchor_347" id="FNanchor_347" href="#Footnote_347" class="fnanchor">[347]</a>, mais qui ne concernait nullement la Prusse. -Désireux de finir la guerre, Louis XV s’en rapportait -à la sagesse et à l’esprit d’équité du roi Auguste, -pour amener un rapprochement entre les Cabinets -de Versailles et de Vienne. D’accord, répondit Brühl, -mais Sa Majesté polonaise veut «connaître le dernier -mot de Sa Majesté Très Chrétienne» (le roi de France); -alors elle ferait sien ce plan d’accommodement, aucun -des adversaires ne «voulant parler le premier».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_347" id="Footnote_347" href="#FNanchor_347"><span class="label">[347]</span></a> -Elle n’était pas cependant secrète pour tout le monde; et Richelieu, -que nous savons peu discret, avait dû s’en ouvrir à Voltaire, -puisque le poète lui adressait cette épître, au moment du départ -pour Dresde:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">De votre petite maison,</div> - <div class="vers8">A tant de belles destinée,</div> - <div class="vers8">Vous allez chez le roi saxon</div> - <div class="vers8">Rendre hommage au dieu d’Hyménée,</div> - <div class="vers8">Vous, cet aimable Richelieu,</div> - <div class="vers8">Qui, né pour un autre mystère,</div> - <div class="vers8">Avez souvent battu ce Dieu</div> - <div class="vers8">Avec les armes de son frère.</div> - <div class="vers8">Revenez cher à tous les deux,</div> - <div class="vers8"><i>Ramenez la paix avec eux</i>,</div> - <div class="vers8">Ainsi que vous eûtes la gloire,</div> - <div class="vers8">Aux campagnes de Fontenoy,</div> - <div class="vers8">De ramener aux pieds du roi</div> - <div class="vers8">Les étendards de la Victoire.</div> -</div> - -</div> - -<p>Richelieu, enchanté, abonde en ce sens. Il écrit à -Versailles le 27 et rend compte en même temps à -Loss de ses impressions personnelles, impressions -qu’il a communiquées au roi et qui, «sûrement lui -feront grand plaisir». Il ne tarit pas en éloges sur -la grâce et sur la figure aimable de la Dauphine. -Puis, «il a été reçu avec une magnificence et une -distinction si grandes qu’il ne peut assez dire combien -le roi doit être sensible à ces distinctions -<span class="pagenum" id="Page_227">[p. 227]</span> -singulières que Sa Majesté polonaise veut bien faire à -son ambassadeur».</p> - -<p>Avec le Maréchal de Saxe il est plus explicite -encore; et, là, nous retrouvons notre Richelieu des -grands jours, vif, gai, spirituel, amusant, un tantinet -badin, qui doit regretter la patrie absente, car il -parle de théâtre, mais il sait que Maurice a des -raisons personnelles pour ne pas détester ce genre -de conversation; et il croque en trois coups de crayon, -le modèle, qui sans le savoir, vient de poser devant -lui. Il a vu Madame la Dauphine, «telle que M. le -comte de Friesen l’avait dépeinte et non pas telle -que le portrait que le roi en avait reçu en pouvait -faire juger». Cette copie devait être abominable. -Mais Richelieu rétablit la vérité: «Le roi et la -reine de Pologne ont exigé que je n’en dise pas -trop; mais j’ai beaucoup de peine à leur obéir -et je crois devoir vous dire que je l’ai trouvée -réellement charmante. Ce n’est point du tout cependant -une beauté, mais c’est toutes les grâces imaginables, -un gros nez, de grosses lèvres fraîches, les -yeux du monde les plus vifs et les plus spirituels; -et enfin je vous assure que, s’il y avait de pareilles -à l’Opéra, il y aurait presse à y mettre l’enchère. -Je ne vous dis rien de trop, mais je n’en dis pas autant -aux autres...»</p> - -<p>En réalité, après avoir fait le nécessaire pour que -les négociations consenties par les deux souverains, -puis menées par Sa Majesté polonaise, ne fussent -point retardées, dans leur marche pacificatrice, par -le mauvais vouloir de la Cour de Vienne, Richelieu -laissa dormir la haute politique pendant son séjour -à Dresde, pour ne plus remplir que son mandat -<span class="pagenum" id="Page_228">[p. 228]</span> -ostensible d’ambassadeur matrimonial. Grâce à sa -belle humeur, à sa courtoisie, à son aménité, il devint -l’idole de tous, il sut conquérir le roi, la reine et -les seigneurs de la Cour. Il ne dédaignait pas de descendre -aux plus minces détails et jusqu’aux plus -minutieuses enquêtes pour connaître les habitudes -et les goûts de la future Dauphine.</p> - -<p>Il demandait à l’<i lang="es" xml:lang="es">aya</i> (la gouvernante) quels étaient -les livres et les divertissements préférés de la princesse; -et sa sollicitude s’étendait jusqu’au dénombrement -et à la nature des maladies de l’enfant et -de la jeune fille.</p> - -<p>Par l’intermédiaire de M<sup>me</sup> de Lauraguais, maîtresse -dévouée, amie fidèle et intelligente, il avait -fait venir, à la Cour de Saxe, un tailleur parisien, -pour prendre les mesures de la fiancée. Cet homme -était rentré en France, ravi de la figure, de la grâce -et de la... taille de son auguste cliente. Il rapportait -avec lui une boucle des cheveux de la princesse qui -fit l’admiration de Versailles.</p> - -<p>Richelieu n’exerçait pas une moindre séduction -sur le populaire.</p> - -<p>Le jour de son entrée solennelle, qui devait être -reproduite plus tard par une estampe, ce fut une -fête somptueuse rappelant le cérémonial de celle -de Vienne en 1726. Des valets jetaient à pleines poignées -des pièces d’argent à la foule. Sur les places -publiques, les fontaines qu’il avait fait édifier, versaient -à flots le vin blanc et le vin rouge.</p> - -<p>Cependant, de mauvaises nouvelles arrivaient de -Versailles. Le marquis d’Argenson improuvait la -médiation que le roi avait proposée à l’électeur de -Saxe par l’intermédiaire de Richelieu; à vrai dire, -<span class="pagenum" id="Page_229">[p. 229]</span> -c’était le commencement de cette fameuse diplomatie -secrète que devait diriger Louis XV par dessus -la tête de ses ministres. Or, le 24 janvier 1747, Maurice -de Saxe écrivait à Brühl que «le pétard avait -sauté»; mais lui, le Maréchal, avait certainement -mis le feu à la mèche; ce pétard, c’était la lettre de -démission envoyée par Louis XV à son ministre des -affaires étrangères. Comme l’a fort bien démontré -le duc de Broglie dans son livre sur <i>Maurice de Saxe -et le Marquis d’Argenson</i>, celui-ci, pour être un... -prévoyant de l’avenir, souvent averti, mais parfois -chimérique et toujours morose, n’en était pas moins -un déplorable ministre des affaires étrangères: «Le -jour même, écrit M. de Broglie, où Frédéric II, -mécontent de d’Argenson, disait qu’il ne voulait pas -être le Don Quichotte de la France, d’Argenson -faisait cette déclaration au ministre de Frédéric, Le -Chambrier: «L’alliance de la Prusse et de la France -est un système dont les bases doivent être inaltérables -(t. II, p. 47).» Les bévues de ce philosophe, improvisé -ministre, ne laissaient pas que d’être nombreuses: -«A tort ou à raison, remarque M. de Broglie, par ses -qualités et par ses défauts, il en était arrivé à déplaire -à tout le monde et à n’être défendu par personne -(t. II, p. 73, note).»</p> - -<p>Quand il tomba, le 10 janvier 1747, Le Chambrier -dit: «Je savais que son renvoi était décidé.»</p> - -<p>Les négociations pour la paix n’en continuèrent -pas moins à Dresde, pendant les fêtes du mariage, -célébré le 10 janvier, par procuration et béni par -le nonce. Le «Maréchal Général» (c’était le nouveau -titre de Maurice) travaillait à l’instrument diplomatique -avec Loss et Richelieu. Le cabinet de -<span class="pagenum" id="Page_230">[p. 230]</span> -Vienne répondait vaguement et récriminait toujours. -En février, une réplique, sous forme de dépêche secrète, -adressée à Brühl et rédigée par Richelieu, formulait -les conditions de la France. Les pourparlers -n’avançaient pas: l’Autriche opposait toujours des -mesures dilatoires. On lui fit entendre que la France -était prête pour la guerre; et le Maréchal de Saxe se -remit en campagne. Néanmoins Puysieulx, qui avait -remplacé le marquis d’Argenson aux affaires étrangères, -reprit secrètement les négociations: on en -retrouve les traces dans les archives de Vienne et -de Dresde<a name="FNanchor_348" id="FNanchor_348" href="#Footnote_348" class="fnanchor">[348]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_348" id="Footnote_348" href="#FNanchor_348"><span class="label">[348]</span></a> -Comte <span class="smcap">Vitzthum d’Eckstaedt</span>: <i>Maurice comte de Saxe</i>, 1867, -p. 173.</p> -</div> - -<p>Maurice de Saxe, qui avait conseillé cette entente -diplomatique, ne voulait pas cependant de la paix -à tout prix: il comprenait fort bien que Louis XV, -fidèle à ses engagements avec l’Espagne, dût assurer -le sort de son gendre et de sa fille, Madame Infante. -Et, tenant compte de toutes nécessités diplomatiques -ou familiales, le «Maréchal-Général», dont tant de -<i>Rêveries</i> amusèrent les loisirs, édifiait un rêve qui -devait être, soixante-dix ans plus tard, une réalité: -la constitution d’un royaume des Pays-Bas, indépendant -de l’Autriche, avec la Hollande et la -Belgique. Qui sait, comme le fait très justement -observer le Comte Vitzthum d’Eckstaedt, si «cette -solution, alors adoptée», n’eût pas «changé la face -de l’histoire de l’Europe? La guerre de Sept ans -n’eût pas probablement éclaté... C’était la clef de -voûte du système politique de Kaunitz, qui aurait -voulu débarrasser l’Autriche des Pays-Bas, pour -l’arrondir en Italie et en Allemagne<a name="FNanchor_349" id="FNanchor_349" href="#Footnote_349" class="fnanchor">[349]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_349" id="Footnote_349" href="#FNanchor_349"><span class="label">[349]</span></a> -<span class="smcap">Vitzthum d’Eckstaedt</span>: <i>Maurice comte de Saxe</i>, p. 169.</p> -</div> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_231"> - -<h2>CHAPITRE XIX</h2> - -<p class="smm"><i>Richelieu va prendre à Gênes la succession du Maréchal -de Boufflers. — Pronostics du Marquis D’Argenson. — Succès -de Richelieu: il est nommé Maréchal de France; -honneurs exceptionnels que lui décerne la République de -Gênes. — Son retour triomphal à Versailles. — Sa campagne -contre la Marquise. — Comment il traite le duc -de la Vallière, favori de la favorite. — Formation du triumvirat. — Les -inquiétudes de M<sup>me</sup> de Pompadour: un mot -de Louis XV.</i></p> - -<p>Cette interminable guerre, dite de la <i>Succession -d’Autriche</i>, reprit au printemps de 1747<a name="FNanchor_350" id="FNanchor_350" href="#Footnote_350" class="fnanchor">[350]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_350" id="Footnote_350" href="#FNanchor_350"><span class="label">[350]</span></a> -Dans l’intervalle, après la mort de l’empereur d’Allemagne, -Charles VII, cet électeur de Bavière, allié de la France, que ses -défaites avaient mis à la discrétion de l’Autriche, le Grand-Duc -François, époux de Marie-Thérèse, avait été élu, le 15 septembre -1746, empereur d’Allemagne.</p> -</div> - -<p>Toujours «employé» à l’armée de Flandre, comme -aide de camp du roi, Richelieu combattait, le 2 juillet, -à Lawfeld et poursuivait la campagne, quand, sur -les conseils de Noailles et du Comte d’Argenson, un -ordre de Louis XV lui enjoignit de se rendre, sans -délai, en Italie.</p> - -<p>Gênes, qui se recommandait de la protection de la -France, avait été bloquée par les Piémontais et les -Autrichiens. Mais le Maréchal de Boufflers, qui occupait -la ville avec 7 à 8.000 hommes, manœuvra -si bien qu’il la délivra le 6 juillet. Malheureusement, -au milieu de son triomphe, il mourait de la petite -vérole. Et c’était Richelieu que le roi désignait, -le 1<sup>er</sup> août, pour le remplacer.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_232">[p. 232]</span> -Bientôt le nouveau généralissime passait par Paris, -où le marquis d’Argenson, rendu à ses chères -études, le rencontrait, «volant avec joie et fierté», -à son poste d’honneur, et profitait de la circonstance -pour adoucir de retouches, cette fois un peu moins -sombres, le portrait âpre et dur qu’il avait tracé du -«vieux papillon». Après en avoir montré «le rire -agréable, l’éloquence et la vigueur, la richesse et la -prodigalité, l’extrême franchise et cependant «les -coups en finesse» qui rappelaient la manière de -son grand’oncle le Cardinal» (!!!), d’Argenson concluait: -«Le total fait un homme fort distingué dans -le siècle où nous sommes, où l’élévation est rare. Ses -talents, sa physionomie, sa hardiesse à parler, le -brillant de ses desseins ont ébloui ses contemporains; -et je conviens avec plaisir qu’il mérite de la -réputation et une grande distinction<a name="FNanchor_351" id="FNanchor_351" href="#Footnote_351" class="fnanchor">[351]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_351" id="Footnote_351" href="#FNanchor_351"><span class="label">[351]</span></a> -<span class="smcap">D’Argenson</span>: <i>Mémoires</i>, t. V, pp. 87-88.</p> -</div> - -<p>Cette fois, la fortune devait sourire, sans réserves, -à Richelieu<a name="FNanchor_352" id="FNanchor_352" href="#Footnote_352" class="fnanchor">[352]</a>. Il fut aussi heureux dans ses opérations -militaires que son prédécesseur. Ses biographes, -pour n’en pas perdre l’habitude, ont encore, dans le -récit de ses exploits, entrelacé de myrte ses couronnes -de laurier. Ce qui est moins discutable, c’est qu’à la -suite de plusieurs combats, il délogea l’ennemi de -toutes ses positions et resta maître de la situation -et du pays jusqu’à la ratification du traité d’Aix-la-Chapelle, -qui mettait fin à la guerre en 1748. -Aussi était-il nommé Maréchal de France, le 11 octobre; -et cette dignité suprême, qu’il avait si longtemps -<span class="pagenum" id="Page_233">[p. 233]</span> -recherchée, se rehaussa encore d’honneurs exceptionnels, -que lui décerna, le 17 du même mois, la -République de Gênes. Elle le déclarait, lui et ses -descendants, nobles Gênois avec leurs titres inscrits -sur le <i>Livre d’Or</i>. Une statue de Richelieu, due au -ciseau de Scafini<a name="FNanchor_353" id="FNanchor_353" href="#Footnote_353" class="fnanchor">[353]</a>, fut érigée dans le grand salon du -Palais du Gouvernement: des Anglais, qui la virent -en 1756, affirmèrent à Voltaire qu’elle était «belle -et ressemblante<a name="FNanchor_354" id="FNanchor_354" href="#Footnote_354" class="fnanchor">[354]</a>». Nati<a name="FNanchor_355" id="FNanchor_355" href="#Footnote_355" class="fnanchor">[355]</a> déclare qu’elle fut exécutée -sur le portrait en marbre commandé par Richelieu -à Schoffer, portrait dont il s’était montré satisfait. -On reprochait à cette statue ses défauts de proportion -et la petitesse de la tête. Elle périt dans l’incendie -qui consuma la salle du Grand Conseil quelques -années avant la Révolution de 1789<a name="FNanchor_356" id="FNanchor_356" href="#Footnote_356" class="fnanchor">[356]</a>. La statue -de Richelieu au Louvre serait, d’après M. de Montaiglon, -une réduction de l’œuvre de Scafini et «devrait -passer de l’école française dans l’école italienne<a name="FNanchor_357" id="FNanchor_357" href="#Footnote_357" class="fnanchor">[357]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_352" id="Footnote_352" href="#FNanchor_352"><span class="label">[352]</span></a> -Il n’eut que des succès dans cette campagne, que les <i>Mémoires -authentiques</i> qualifient de «guerre défensive».</p> - -<p><a name="Footnote_353" id="Footnote_353" href="#FNanchor_353"><span class="label">[353]</span></a> -<span class="smcap">Lalande</span>: <i>Voyage d’Italie</i>, 1786, t. IX, p. 322.—L’hôtel -d’Egmont, à Paris, en possédait une copie.</p> - -<p><a name="Footnote_354" id="Footnote_354" href="#FNanchor_354"><span class="label">[354]</span></a> -<span class="smcap">Voltaire</span>: <i>Lettre de Richelieu</i>, 28 mars 1756.—Voltaire avait -adressé à Richelieu une épître sur cette statue. <i>La Correspondance -de Grimm</i> (édit. M. Tourneux, t. I) publie la réponse en vers de -Richelieu, qui n’est évidemment pas du Maréchal, dans une lettre -de Raynal.</p> - -<p><a name="Footnote_355" id="Footnote_355" href="#FNanchor_355"><span class="label">[355]</span></a> -<span class="smcap">Nati</span>: <i>Vie d’artistes génois</i>.</p> - -<p><a name="Footnote_356" id="Footnote_356" href="#FNanchor_356"><span class="label">[356]</span></a> -<span class="smcap">Alizer</span>: <i>Guide artistique</i>, 1846, p. 94.</p> - -<p><a name="Footnote_357" id="Footnote_357" href="#FNanchor_357"><span class="label">[357]</span></a> -<i>Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux</i>, t. I, p. 24.</p> -</div> - -<p>Le nouveau Maréchal de France quitta Gênes le -10 novembre.</p> - -<p>Il revenait, fort de l’autorité que lui donnait son -heureuse campagne, et comptait bien, d’accord avec -d’Argenson, le ministre de la Guerre, Machault, le -<span class="pagenum" id="Page_234">[p. 234]</span> -contrôleur général et même Maurepas, offrir au roi -une maîtresse digne de lui<a name="FNanchor_358" id="FNanchor_358" href="#Footnote_358" class="fnanchor">[358]</a>. Il s’étonnait, de bonne foi, -de n’être pas encore du Conseil. Le 2 janvier 1749, -il était affectueusement reçu par Louis XV, qui, le -soir, à l’issue du souper, s’enfermait avec lui jusqu’à -deux heures après minuit. Et le marquis d’Argenson—la -Bête!—de tirer d’étonnants pronostics d’une -telle faveur: «Ce sera, avec la Cour, le fameux duc -d’Épernon et avec le roi le cardinal de Richelieu: -certes le cardinal de Richelieu n’avait pas le courage -de cœur qu’a son neveu; aussi n’était-il qu’un -prêtre<a name="FNanchor_359" id="FNanchor_359" href="#Footnote_359" class="fnanchor">[359]</a>!»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_358" id="Footnote_358" href="#FNanchor_358"><span class="label">[358]</span></a> -«Richelieu, vainqueur à Gênes, écrit le Marquis d’Argenson, -était considéré comme le Messie qui devait donner de bons coups -de collier pour la gloire et la sûreté du royaume, et chasser la maîtresse -roturière et tyrannique du royaume, pour en donner une autre.»</p> - -<p><a name="Footnote_359" id="Footnote_359" href="#FNanchor_359"><span class="label">[359]</span></a> -<span class="smcap">D’Argenson</span>: <i>Mémoires</i>, t. V, p. 87.</p> -</div> - -<p>Le Maréchal avait encore dans son jeu un atout -d’importance. Premier gentilhomme de la Chambre, -en exercice, avec l’année qui commençait, il ne perdait -pas un seul instant le contact de la Cour. Il -surveillait les intrigues de ses adversaires, pouvait -en ourdir de nouvelles et avait la haute main sur -les spectacles et les fêtes dont on s’était efforcé, -pendant son absence, de lui subtiliser la direction.</p> - -<p>En effet, il avait appris, à Gênes, que M. de Cury -(ou Curys) se proposait d’acheter de Bonneval -la charge d’Intendant des Menus, sur le désir -de M<sup>me</sup> de Pompadour, conseillée par son grand -ami, le duc de la Vallière. Déjà celui-ci, entrant dans -les vues de la favorite, soucieuse de distraire un monarque -toujours ennuyé, avait ordonné et dirigé -la construction du <i>Théâtre des Cabinets</i> sur le grand -<span class="pagenum" id="Page_235">[p. 235]</span> -escalier des Ambassadeurs à Versailles; mais Richelieu, -perpétuellement féru de ses prérogatives, avait -adressé au roi «une lettre très respectueuse, et très -forte<a name="FNanchor_360" id="FNanchor_360" href="#Footnote_360" class="fnanchor">[360]</a>», à propos de cet empiètement sur les fonctions -des premiers <ins id="cor_12" title="gentilhommes">gentilshommes</ins> de la Chambre. En ce qui -concernait Cury, il écrivit, le plus courtoisement du -monde, à la Marquise, que son protégé étant depuis -longtemps de ses amis, à lui Richelieu, il serait ravi -de faire plaisir à M<sup>me</sup> de Pompadour; mais il se -garda bien de lui engager sa parole. D’un autre côté, -il écrivait à son collègue, le duc de Gesvres, pour désapprouver -la candidature de Cury; et ce malheureux -de Gesvres, ne sachant que répondre aux sollicitations -de la Marquise, prétendait n’avoir reçu aucune -lettre de Richelieu. Celui-ci, de retour à Paris, -avisant Cury chez M<sup>me</sup> de Pompadour, «l’avait, -durant trois heures, embrassé», complimenté, accablé -d’amitiés, mais sans prendre de décision -ferme<a name="FNanchor_361" id="FNanchor_361" href="#Footnote_361" class="fnanchor">[361]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_360" id="Footnote_360" href="#FNanchor_360"><span class="label">[360]</span></a> -<i>Journal</i> <span class="smcap">de Luynes</span>, t. IX, p. 245.</p> - -<p><a name="Footnote_361" id="Footnote_361" href="#FNanchor_361"><span class="label">[361]</span></a> -<i>Ibid.</i>, t. X, pp. 79 et suiv.</p> -</div> - -<p>D’ailleurs, pendant son séjour à Gênes, il avait -conservé, vis-à-vis de la Marquise, son attitude, aimable -et gracieuse; et la favorite, croyant peu ou -prou à la sincérité de ces démonstrations, avait payé -de la même monnaie son correspondant; encore -la sienne paraissait-elle de meilleur aloi:</p> - -<p>... «Vous connaîtrez avec le temps, disait-elle, ma -façon de penser pour vous et peut-être serez-vous -persuadé que je mérite des amis. Je ne demande -l’amitié des gens que j’aime, que quand ils me connaîtront -bien; vous voyez mon équité. Vous voulez, -<span class="pagenum" id="Page_236">[p. 236]</span> -dit-on, aller à Rome: cela retardera votre retour -que je verrai arriver avec plaisir...<a name="FNanchor_362" id="FNanchor_362" href="#Footnote_362" class="fnanchor">[362]</a>»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_362" id="Footnote_362" href="#FNanchor_362"><span class="label">[362]</span></a> -<span class="smcap">De Nolhac</span>: <i>Louis XV et M<sup>me</sup> de Pompadour</i> (1904), p. 195.</p> -</div> - -<p>Elle ne devait pourtant y gagner que beaucoup -de désagréments.</p> - -<p>Déjà, de Gênes, Richelieu avait signifié, par lettre, -à M. de Bury, surintendant de la musique en survivance -de Blamont, qu’il défendait aux musiciens de la -Chambre «d’aller nulle part, sans ses ordres<a name="FNanchor_363" id="FNanchor_363" href="#Footnote_363" class="fnanchor">[363]</a>». Et, -depuis son retour à Versailles, il avouait à Luynes -«n’avoir aucune idée arrêtée sur des divertissements -qu’il regardait comme personnels à M<sup>me</sup> de Pompadour», -cette dame ignorant sans doute les droits -afférents à la charge de premier gentilhomme<a name="FNanchor_364" id="FNanchor_364" href="#Footnote_364" class="fnanchor">[364]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_363" id="Footnote_363" href="#FNanchor_363"><span class="label">[363]</span></a> -<a name="Footnote_364" id="Footnote_364" href="#FNanchor_364"><span class="label">[364]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. X, pp. 84-85.</p> -</div> - -<p>Mais avant de «crosser» définitivement «la petite -Pompadour et de la traiter comme une fille de -l’Opéra, ayant grande expérience de cette sorte d’espèce -de femme et de toute femme<a name="FNanchor_365" id="FNanchor_365" href="#Footnote_365" class="fnanchor">[365]</a>», Richelieu se -donna le malin plaisir d’en brimer férocement le favori.</p> - -<p>D’abord, il «rendit une ordonnance portant défense -à tous ouvriers, musiciens, danseurs, d’obéir -à d’autres qu’à lui pour le fait des Menus Plaisirs<a name="FNanchor_366" id="FNanchor_366" href="#Footnote_366" class="fnanchor">[366]</a>». -En même temps il félicitait «Rebel, maître de -musique de la Chambre, qui battait la mesure», -d’avoir résisté au duc de la Vallière, quand celui-ci -s’efforçait à lui démontrer l’inutilité de prendre les -ordres de Richelieu, du moment qu’il s’agissait du -service du roi<a name="FNanchor_367" id="FNanchor_367" href="#Footnote_367" class="fnanchor">[367]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_365" id="Footnote_365" href="#FNanchor_365"><span class="label">[365]</span></a> -<a name="Footnote_366" id="Footnote_366" href="#FNanchor_366"><span class="label">[366]</span></a> -<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. V, p. 350, janvier 1749.</p> - -<p><a name="Footnote_367" id="Footnote_367" href="#FNanchor_367"><span class="label">[367]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. X, p. 89.</p> -</div> - -<p>Enfin, il attaqua de front l’homme-lige de la Marquise.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_237">[p. 237]</span> -Il lui demanda, un jour, «s’il avait une charge -de cinquième gentilhomme de la Chambre, ce qu’il -avait donné pour cela, etc...</p> - -<p>... «Ceci était bon au duc de Gesvres qui avait -reçu 35.000 livres pour se départir des droits de sa -charge, mais, que, pour lui, Richelieu, il n’en avait -pas reçu un écu et n’en recevrait pas un million, -pour en laisser aller un pouce de terrain...</p> - -<p>«M. de la Vallière ne savait plus que dire et soufflait. -M. de Richelieu lui a dit: «Vous êtes une -bête» et lui a fait les cornes... ce qui n’est pas trop -honnête», mais ce qui ne laissait pas d’être exact; -et d’Argenson l’établissait, d’après la formule moliéresque.</p> - -<p>Toutefois, une question, autrement sérieuse que -la plantation—incorrecte, voire illégale—de -«l’Opéra sur le grand escalier», excitait Richelieu -contre cette maîtresse du roi, qu’il se jurait bien de -«tourmenter et d’excéder, toute dominante qu’elle -fût à la Cour<a name="FNanchor_368" id="FNanchor_368" href="#Footnote_368" class="fnanchor">[368]</a>».</p> - -<p>Un nouvel ami de la Marquise, M. de Saint-Séverin, -«italien... né sujet de la reine de Hongrie», -venait d’être «introduit» furtivement dans ce «Conseil», -où «l’on avait prédit plusieurs fois à Richelieu -qu’il serait premier ministre, comme son grand -oncle<a name="FNanchor_369" id="FNanchor_369" href="#Footnote_369" class="fnanchor">[369]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_368" id="Footnote_368" href="#FNanchor_368"><span class="label">[368]</span></a> -<a name="Footnote_369" id="Footnote_369" href="#FNanchor_369"><span class="label">[369]</span></a> -<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. V, pp. 350 et suiv.—Richelieu -reconnaît, dans ses <i>Mémoires authentiques</i> «qu’il fut assez sot pour -se laisser entraîner dans la <i>Querelle des Cabinets</i>», à cause des charges -et prétentions des «commensaux de M<sup>me</sup> de Pompadour, qui -indisposaient cette dame contre lui»; comme s’il n’avait pas été le -premier à leur déclarer la guerre!</p> -</div> - -<p>Aussi le triomphateur de Gênes résolut-il de justifier -ce pronostic en se débarrassant de tous les -<span class="pagenum" id="Page_238">[p. 238]</span> -obstacles qu’une main adroite accumulait sur sa -route. Il poursuivit l’exécution du plan qu’il avait -médité en revenant d’Italie.</p> - -<p>«Il commença par s’attacher tous les ministres à -département, qui sont ceux de la Guerre, de la Marine -et des Finances, même M. le Chancelier. Ils -le regardent tous comme leur vengeur, de même -que les quatre premiers gentilshommes de la Chambre -l’ont regardé comme leur bretteur, pour chasser -M. de la Vallière de leurs fonctions où il s’était immiscé. -On espère donc qu’il délivrera les ministres -du joug de MM. Pâris (les banquiers de la Cour), -de la favorite, de MM. de Puysieulx et de Saint-Séverin; -chacun s’accole à lui<a name="FNanchor_370" id="FNanchor_370" href="#Footnote_370" class="fnanchor">[370]</a>...»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_370" id="Footnote_370" href="#FNanchor_370"><span class="label">[370]</span></a> -<i>Mémoires</i> du Marquis d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. V, pp. 354 et suiv.</p> -</div> - -<p>D’Argenson ajoute que, pour fortifier encore son -action, Richelieu avait formé un triumvirat avec -le Maréchal de Belle-Isle et le cardinal de Tencin.</p> - -<p>Mais, quoique toujours en faveur auprès du roi, -Richelieu avait à faire à forte partie.</p> - -<p>M<sup>me</sup> de Pompadour, ne pouvant plus douter d’une -hostilité qu’étaient impuissants à dissimuler les -dehors d’une politesse exquise, cherchait et recueillait -partout des armes contre un ennemi qui, suivant -le mot très juste de d’Argenson, ne cherchait -qu’à la tourmenter et à l’excéder jusque chez elle.</p> - -<p>En effet, un jour que le roi devait aller passer quarante-huit -heures au petit château de la Celle, propriété -de sa maîtresse, celle-ci l’avait supplié de ne -pas se faire accompagner du Maréchal, malgré que -sa charge lui en donnât le droit.—«Y pensez-vous, -Madame?» avait répliqué Louis XV; «et que vous -<span class="pagenum" id="Page_239">[p. 239]</span> -connaissez mal M. de Richelieu! Si vous le chassez -par la porte, il rentrera par la <i>cheminée</i><a name="FNanchor_371" id="FNanchor_371" href="#Footnote_371" class="fnanchor">[371]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_371" id="Footnote_371" href="#FNanchor_371"><span class="label">[371]</span></a> -<i>Mémoires</i> du Marquis d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. V, pp. 354 et suiv.</p> -</div> - -<p>Cette allusion piquante au scandale tout récent -où le Maréchal se trouvait impliqué, ne fut pas perdue -pour la Marquise. L’aventure rappelait une antique -prouesse de l’adolescent et jetait comme un -soupçon de ridicule sur le quinquagénaire. Évidemment -c’était une bagatelle, mais nous verrons -comme M<sup>me</sup> de Pompadour sut l’exploiter, en attendant -mieux.</p> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_240"> - -<h2>CHAPITRE XX</h2> - -<p class="smm"><i>L’aventure de Richelieu et de M<sup>me</sup> de la Pouplinière. — Le -fermier général et sa femme rue Richelieu et à Passy. — Le -Maréchal est un familier de la maison; il y rencontre -J.-J. Rousseau qu’il traite de compositeur génial. — La -«calote» de Roy. — Lettres anonymes. — La -Pouplinière fait surveiller sa femme et la brutalise indignement. — Correspondance -amoureuse. — Comment La -Pouplinière découvre, avec Vaucanson, la plaque tournante -d’une cheminée servant de communication aux deux amants. — Chassée -par son mari, M<sup>me</sup> de la Pouplinière meurt -d’un cancer. — Le jouet du jour. — Une malice de M<sup>me</sup> de -Pompadour.</i></p> - -<p>La liaison de Richelieu avec M<sup>me</sup> de La Pouplinière -durait depuis plusieurs années, que le mari, -donnant ainsi raison à un dicton célèbre, était encore -à s’en apercevoir.</p> - -<p>Soit dans son hôtel de la rue de Richelieu<a name="FNanchor_372" id="FNanchor_372" href="#Footnote_372" class="fnanchor">[372]</a> qui -faisait face à la Bibliothèque du roi, soit dans la -belle maison de Passy que lui avaient louée les héritiers -du financier Samuel Bernard, le fermier général -Le Riche de La Pouplinière, amateur éclairé des -lettres et des arts, Mécène fastueux et magnifique, -s’estimait très honoré des témoignages d’amitié que -lui prodiguait un des plus grands seigneurs de la -Cour<a name="FNanchor_373" id="FNanchor_373" href="#Footnote_373" class="fnanchor">[373]</a>. Sa maîtresse, qu’il avait épousée, et qui était -<span class="pagenum" id="Page_241">[p. 241]</span> -fille de la comédienne Mimi Dancourt, n’était pas -moins fière de se voir adulée et courtisée par un -homme, encore la coqueluche des marquises et des -duchesses, un Richelieu qu’avaient su conquérir -ses yeux noirs, si brillants, où le pinceau de La Tour -a saisi et fixé comme un nuage de langueur. C’était une -brune, à la fois impétueuse et romanesque, qui se -plaisait à courir par les halliers, les cheveux au vent, -habillée en Diane chasseresse.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_372" id="Footnote_372" href="#FNanchor_372"><span class="label">[372]</span></a> -Actuellement le n<sup>o</sup> 59 de la rue (<span class="smcap">Cucuel</span>: <i>La Pouplinière</i>, 1913).</p> - -<p><a name="Footnote_373" id="Footnote_373" href="#FNanchor_373"><span class="label">[373]</span></a> -D’après <span class="smcap">Montbarey</span> (<i>Mémoires</i>, t. I, p. 107) c’était l’ardent -désir qu’avait La Pouplinière de faire représenter ses œuvres, qui -l’avait incité à solliciter l’intimité de Richelieu, «plus dangereux -par sa réputation que par ses qualités personnelles».</p> -</div> - -<p>Les fréquentes apparitions du premier gentilhomme -de la Chambre chez le fermier général, avant -le départ pour l’armée ou après le retour du Languedoc, -pouvaient s’expliquer par le soin minutieux -qu’apportait le courtisan, soucieux de remplir -les devoirs de sa charge, à se tenir au courant -des hommes et des choses de théâtre, auxquels La -Pouplinière, tout le premier, prenait un si vif intérêt.</p> - -<p>C’est ainsi que Richelieu avait assisté aux concerts -et aux représentations de Passy, qu’il en avait -connu les fournisseurs et les interprètes. Le musicien -Rameau était l’oracle de la maison: il «y faisait la -pluie et le beau temps». Mais Richelieu supportait -difficilement les sautes d’humeur de ce compositeur -fantasque, qui lui avait déjà donné tant de -tablature avec la <i>Princesse de Navarre</i>. Il témoignait, -au contraire, d’une sympathie très marquée -pour Jean-Jacques Rousseau, dont il avait voulu -entendre, à Passy, les <i>Muses rivales</i>, un «opéra» -qui l’avait enthousiasmé<a name="FNanchor_374" id="FNanchor_374" href="#Footnote_374" class="fnanchor">[374]</a>. Aussi, malgré que le -<span class="pagenum" id="Page_242">[p. 242]</span> -Génevois déplût fort à la capricieuse M<sup>me</sup> de La Pouplinière, -Richelieu, confiant dans le «génie» de son -nouveau protégé, lui avait-il proposé de remanier -le livret et la partition de la <i>Princesse de Navarre</i>, -devenue les <i>Fêtes de Ramire</i>, à défaut des deux auteurs -occupés au <i>Temple de la Gloire</i>. Rousseau -avait demandé son consentement à Voltaire<a name="FNanchor_375" id="FNanchor_375" href="#Footnote_375" class="fnanchor">[375]</a> qui -le lui avait accordé dans les termes les plus flatteurs: -il s’était dispensé de la même démarche auprès -de Rameau, hostile et jaloux. Il toucha fort peu au -poème, mais écrivit, entr’autres morceaux de musique, -une ouverture et un récitatif «bien accentué, -plein d’énergie et surtout excellemment modulé»<a name="FNanchor_376" id="FNanchor_376" href="#Footnote_376" class="fnanchor">[376]</a>. -Lorsqu’il fit entendre la nouvelle partition chez -le fermier général, la dame du logis, toujours prévenue -contre le compositeur qui, d’ailleurs, manquait -absolument de technique, se plaignit avec aigreur -de cette «musique d’enterrement». A quoi -Rousseau répliqua en montrant le premier vers du -poème:</p> - -<p class="verseul"><i>O mort, viens terminer les malheurs de ma vie!</i></p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_374" id="Footnote_374" href="#FNanchor_374"><span class="label">[374]</span></a> -Jean-Jacques <span class="smcap">Rousseau</span>: <i>Confessions</i> (édition Didot, 1844), -partie II, livre 7, pp. 313 et suiv.; <span class="smcap">Desnoiresterres</span>: <i>Vie de Voltaire</i>, -t. III, p. 41: «M. Rousseau, avait dit Richelieu à Jean-Jacques, -voilà de l’harmonie qui transporte; je n’ai jamais rien entendu -de plus beau, je veux faire donner cet ouvrage à Versailles.» Il est -vrai que, le lendemain, Richelieu avait oublié ses promesses de la -veille; c’était du moins M<sup>me</sup> de la Pouplinière qui l’avait déclaré à -Jean-Jacques, alors que celui-ci prétend absolument le contraire: -«M. le duc arriva peu après et me tint un tout autre langage».</p> - -<p><a name="Footnote_375" id="Footnote_375" href="#FNanchor_375"><span class="label">[375]</span></a> -Cette lettre (en original ou en copie) se trouve, datée du 11 décembre -1745, dans le t. VI (p. 54) des pièces manuscrites de ou sur -Voltaire que possède la <i>Bibliothèque de la Ville de Paris</i>.</p> - -<p><a name="Footnote_376" id="Footnote_376" href="#FNanchor_376"><span class="label">[376]</span></a> -<span class="smcap">MM. Tiersot</span> (<i>J.-J. Rousseau Musicien</i>, pp. 83-95) et <span class="smcap">Cucuel</span> -(<i>La Pouplinière</i>, pp. 120 et suiv.) ont élucidé ces diverses questions -que les <i>Confessions</i> ont traitées de façon inexacte et peu intelligible.</p> -</div> - -<p>Et Richelieu, qui ne laissait jamais échapper une -<span class="pagenum" id="Page_243">[p. 243]</span> -occasion de railler Voltaire, fit remarquer à M<sup>me</sup> de la -Pouplinière que l’inspiration du compositeur répondait -à l’indication du manuscrit. Sur ces entrefaites, il partait -pour Dunkerque. Aussi, lorsque Jean-Jacques, -qui l’ignorait, se rendit à l’hôtel du grand seigneur, -trouva-t-il visage de bois, «perdant ainsi honneur -et honoraires», d’autant que Rameau venait de retoucher -la partition, sans y laisser subsister le nom -de Rousseau: seul, celui de Voltaire parut sur le -livret, le jour de la représentation.</p> - -<p>Mais, aux yeux des médisants et des envieux, le -dilettantisme ne suffisait pas à justifier l’intimité, -chaque jour plus étroite, entre Richelieu et ses -hôtes. En admettant même que le duc, toujours -enclin à se vanter de ses bonnes fortunes, fût resté -absolument muet sur celle-ci, les deux amants avaient -trop d’ennemis, déclarés ou secrets, pour que leur -liaison ne devînt pas rapidement la fable de la Cour -et de la Ville. M<sup>me</sup> de La Pouplinière<a name="FNanchor_377" id="FNanchor_377" href="#Footnote_377" class="fnanchor">[377]</a>, persuadée que -la passion de Richelieu la pousserait dans le monde, -commettait de graves imprudences, surtout celle -d’indisposer ses entours par sa hauteur et ses frasques. -Richelieu n’était pas plus sage. Cassant, autoritaire, -entêté, il était aussi désagréable avec certaines -gens, qu’il était charmant avec d’autres. -C’est ainsi qu’en 1746, à l’occasion du second mariage -du Dauphin, il s’était systématiquement opposé -à l’exécution de ballets composés à cette intention -par le poète Roy<a name="FNanchor_378" id="FNanchor_378" href="#Footnote_378" class="fnanchor">[378]</a>. Or, cet auteur, qui ne -<span class="pagenum" id="Page_244">[p. 244]</span> -manquait pas de talent, était foncièrement vindicatif; -et sa bile se déversait volontiers en <i>calotes</i>, -sortes d’épîtres versifiées, satiriques et burlesques, -qui, depuis nombre d’années, avaient le privilège -d’amuser à souhait la malignité parisienne.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_377" id="Footnote_377" href="#FNanchor_377"><span class="label">[377]</span></a> -M<sup>me</sup> de la Pouplinière, dit M. Cucuel (<i>La Pouplinière</i>, p. 154) -avait résisté plus d’un an aux obsessions galantes de Richelieu.</p> - -<p><a name="Footnote_378" id="Footnote_378" href="#FNanchor_378"><span class="label">[378]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. VII, p. 256.—Naturellement Richelieu -lui avait préféré Voltaire.</p> -</div> - -<p>Le poète, qui «donnait une calote» à sa victime, -la lui offrait sous forme de brevet. A ce titre, Roy -terminait ainsi le mauvais compliment qu’il adressait -à La Pouplinière, car il avait trop peur du -bâton pour s’attaquer directement à Richelieu:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">«Lui permettons, sous les auspices</div> - <div class="vers8">D’un duc, autrefois ses délices,</div> - <div class="vers8">Et le favori de l’Amour,</div> - <div class="vers8">Si méchants que soient ses ouvrages,</div> - <div class="vers8">De leur faire avoir les suffrages,</div> - <div class="vers8">Et de la Ville et de la Cour<a name="FNanchor_379" id="FNanchor_379" href="#Footnote_379" class="fnanchor">[379]</a>.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_379" id="Footnote_379" href="#FNanchor_379"><span class="label">[379]</span></a> -<i>Mémoires pour servir à l’histoire de la Calote</i> (1754), sixième partie, -pp. 139 et suiv.—<i>Mélanges</i> de <span class="smcap">Boisjourdain</span>, t. III, p. 121 (1746).</p> -</div> - -<p>La Pouplinière se piquait, en effet, d’écrire, il -avait des ambitions littéraires; et Richelieu était -un académicien, très influent et très remuant, alors -que Roy n’avait aucune chance de figurer jamais -au nombre des Immortels.</p> - -<p>Voltaire s’était indigné de cette «infâme calote»,—le -«prix des fêtes» données par les La Pouplinière—dont -les traits acérés ricochaient sur son -«héros», retenu à Dresde par son ambassade:</p> - -<p>«Ne faudrait-il pas pendre, lui écrivait-il, le -24 décembre 1746, les coquins qui infectent le public -de ces poisons? Mais le poète Roy aura quelque -pension, s’il ne meurt pas de la lèpre dont son âme -est plus attaquée que son corps.»</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_245">[p. 245]</span> -Or, ce «coquin» de Roy, quand il parlait de ce -duc, «autrefois les délices» du financier «et le favori -de l’Amour», rappelait, à mots couverts, (toujours -la peur du bâton!) le scandale qui venait -d’éclater, six mois plus tôt, chez le fermier général, -dans son hôtel de la rue de Richelieu.</p> - -<p>Depuis longtemps, des lettres anonymes, prévenant -charitablement le mari de son infortune conjugale, -pleuvaient à la maison de Paris et à la villa -de Passy. Mais La Pouplinière haussait les épaules: -il avait une telle confiance dans sa femme et dans son -ami! Cependant, les informations devenant chaque -jour plus précises, il avait fini par prêter l’oreille à la -dénonciation verbale d’un familier, peut-être d’une -femme dont la jalousie avait éveillé la vigilance<a name="FNanchor_380" id="FNanchor_380" href="#Footnote_380" class="fnanchor">[380]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_380" id="Footnote_380" href="#FNanchor_380"><span class="label">[380]</span></a> -Nous avons emprunté tous les détails de la scène violente qui -va suivre à une lettre inédite que nous avons découverte dans un -manuscrit de la Bibliothèque Nationale (fonds français 13703, p. 95). -Cette lettre était adressée, le 6 mai 1746, à M<sup>me</sup> de Souscarrière, au -château de Breuilpont, par Bachaumont, qui l’appelle «sa chère -gouvernante».</p> -</div> - -<p>Il fallait que sa quiétude ordinaire fût singulièrement -ébranlée, car, dans un premier mouvement de dépit, -il commença par défendre à sa femme de recevoir et -même de voir Richelieu. Puis il la fit surveiller en -secret; et, le 22 avril 1746, il apprenait qu’elle -était allée rendre visite au galant «en petite maison». -Elle rentra pour le souper: elle avait du monde -ce soir-là. Son mari se montra d’assez méchante -humeur; mais il était coutumier du fait; et personne -ne parut s’en apercevoir.</p> - -<p>Mais quand le dernier convive fut parti, La Pouplinière -s’élança sur sa femme; et, la jetant d’un -soufflet à terre, il la trépigna si rudement sur le -<span class="pagenum" id="Page_246">[p. 246]</span> -corps, et plus encore à la tête, qu’il fallut «la saigner -trois fois le lendemain et deux autres fois -vingt-quatre heures après<a name="FNanchor_381" id="FNanchor_381" href="#Footnote_381" class="fnanchor">[381]</a>». Il fut même «question -de la trépaner».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_381" id="Footnote_381" href="#FNanchor_381"><span class="label">[381]</span></a> -M. Campardon établit, dans <i>La Cheminée de M<sup>me</sup> de la Pouplinière</i>, -d’après des documents d’Archives, qu’en avril 1746, la -jeune femme avait mandé à son hôtel un Commissaire du Châtelet, -pour lui faire constater sur elle des contusions et des blessures, suites -des voies de fait qu’elle attribuait à la brutalité maritale; mais elle -ne donnait pas le motif de tels sévices.</p> -</div> - -<p>Chez La Pouplinière, la vanité de l’homme était -plus atteinte encore que l’honneur du mari. Lui qui -tirait argument de la tenue, plutôt «négligée» de la -femme, pour conclure à la fidélité de l’épouse et qui -brocardait volontiers les maris malheureux, artisans -de leur propre infortune, parce qu’ils ne «savaient -pas être les maîtres chez eux», il allait donc -prendre place, à son tour, dans cette légendaire confrérie.</p> - -<p>Avant de rouer de coups M<sup>me</sup> de La Pouplinière, il -avait giflé une «amie et confidente» de sa femme, qui -l’avait ramenée de son expédition amoureuse et qui -«n’avait pas demandé son reste», pour aller prévenir -de ce fâcheux dénouement Richelieu; et celui-ci -avait tout aussitôt dépêché au jaloux la duchesse -de Boufflers, afin «de l’adoucir et de lui faire en -même temps des remontrances!!» La démarche était -quelque peu osée. Et La Pouplinière déclara à la -grande dame, comme il l’avait déjà «dit et redit» -à ses entours, que «dans quarante jours, lorsque sa -femme serait guérie, il lui en ferait tout autant.»</p> - -<p>Entre temps Richelieu avait dû partir pour l’armée. -Il avait quitté Paris dans «un état» voisin du -«désespoir». Ses amis disaient que sa passion pour -<span class="pagenum" id="Page_247">[p. 247]</span> -«la pauvre battue» était la seule «sérieuse» qu’il -avait jamais eue de sa vie; et M<sup>me</sup> de La Pouplinière -l’aimait de même, «malgré les rides qui couvrent -le visage de Richelieu et le dessèchement de -tout son corps qui lui fait paraître soixante-dix -ans».</p> - -<p>Néanmoins, cet intrépide amoureux n’entendit pas -renoncer à sa brillante conquête, mais il jugea prudent -de s’assurer un asile discret, inconnu de tous, -qui abriterait ses amours, loin des regards curieux -et des méchants propos. Se rappelant un bon tour -de sa jeunesse, qui lui avait permis de voir M<sup>lle</sup> de -Valois, à l’insu même de la gouvernante de cette -princesse, le duc fit louer, moyennant 2.400 livres, -une maison contiguë à l’hôtel que La Pouplinière -occupait rue Richelieu; et bientôt une communication -s’établissait entre les deux immeubles, par la -plaque d’une cheminée, qui s’ouvrait, comme une -porte, d’une chambre de M<sup>me</sup> de la Pouplinière sur -l’appartement voisin. Collé indique dans son <i>Journal</i><a name="FNanchor_382" id="FNanchor_382" href="#Footnote_382" class="fnanchor">[382]</a> -la disposition du mécanisme: du côté Richelieu, -«la plaque était couverte par une glace posée sur la -cheminée plus basse de quatre pieds que la cheminée»; -côté La Pouplinière «cette glace s’ouvrait -à secret».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_382" id="Footnote_382" href="#FNanchor_382"><span class="label">[382]</span></a> -<span class="smcap">Collé</span>: <i>Journal</i> (1868, 3 vol.), t. I, pp. 25 et suiv. novembre -1748.—C’était un certain Berger (le directeur de l’Opéra?), -qui avait loué nominativement la maison.—Voir dans l’opuscule -de Campardon, les détails sur le percement du mur, le procès avec -les propriétaires, etc...</p> -</div> - -<p>Les visites de l’amant étaient fatalement intermittentes: -la nécessité de sa présence à Versailles -ou à Choisy, ses obligations comme soldat, comme -<span class="pagenum" id="Page_248">[p. 248]</span> -gouverneur de province, comme ambassadeur et, -faut-il le dire, le souci d’autres intrigues amoureuses -éloignaient cet homme si occupé, et cependant -toujours infatigable, d’une maîtresse qui l’adorait. -M<sup>me</sup> de La Pouplinière, impatiente de tant -d’obstacles, cherchait à tromper les ennuis de l’attente, -ou les tristesses de l’absence, par de longues -lettres à l’adresse du bien-aimé, lettres où la passion -la plus vive et, apparemment la plus sincère, -éclate en ces menus et jolis détails, en ces tendres -et délicats aveux, en cet exquis déshabillé du style -qu’on rencontre parfois chez les épistolières du -<span class="smcap">XVIII<sup>e</sup></span> siècle. La correspondance de M<sup>me</sup> de La Pouplinière—un -modèle du genre—est quelque peu -éparpillée, mais elle est presque toujours intéressante, -comme tranche (qu’on nous passe le réalisme -de l’expression) de cœur féminin. Les lettres dont -nous publions ici quelques passages, furent écrites -pendant que Richelieu était retenu en Italie par le -siège de Gênes:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>... «Je crains que mes lettres volumineuses ne vous -aient ennuyé; vous me dites qu’elles font votre bonheur, -mais cela est si faible, si peu répété, détaillé; -vous ne répondez qu’à des articles dont je ne me -soucie guère, et que je vous ai plutôt mandés pour -avoir une coupure à faire. C’est mon seul plaisir de -vous écrire, de penser que vous me lirez, que je suis -dans vos mains, que je vous occupe de moi forcément -pendant une heure, sauf les distractions, mais -aussi vous me lisez; cela seul me ferait copier des -gazettes, si je ne pouvais vous écrire autre chose; -et l’extrême confiance que j’ai en vous me fait vous -écrire jusqu’à des bêtises... Ainsi, mon cœur, que -<span class="pagenum" id="Page_249">[p. 249]</span> -mes nouvelles, mes projets, même mes craintes ne -vous fassent aucune impression que comme des -rêveries de mon imagination...</p> - -<p>... «Je vous aime, mon cœur, à la folie: il n’y a -rien que je n’entreprisse pour vous le prouver et en -mériter autant de vous... Et je vous désire avec une -violence, que, si je devais vous voir ce soir, cela me -paraîtrait un siècle, fussiez-vous de l’autre côté de -la bergère...</p> - -<p>... «De tous les gens que j’ai vus depuis que vous -êtes parti, aucun ne m’a fait autant de plaisir que -Guimont... Il m’intéresse beaucoup: il va vous revoir, -vous parler, vivre avec vous dans cette familiarité -que je désirerais tant, être au chevet de votre -lit, à votre toilette, à l’Opéra, à dîner, à la guerre, -à des fêtes, seule avec vous<a name="FNanchor_383" id="FNanchor_383" href="#Footnote_383" class="fnanchor">[383]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_383" id="Footnote_383" href="#FNanchor_383"><span class="label">[383]</span></a> -<i>Bulletin du Bibliophile</i>, année 1882, pp. 419 et suiv.</p> -</div> - -<p>On voit, dès les premières notes de cet hosanna -d’amour, que Richelieu en usait avec M<sup>me</sup> de la Pouplinière, -ainsi qu’il en avait l’habitude avec ses -autres maîtresses. Le commencement de ses lettres -est comme une caresse, mais qui dure si peu! L’amant -cède bientôt la place au courtisan, avide des nouvelles -d’un pays vers lequel tendent toutes ses ambitions, -ou tous ses regrets.</p> - -<p>La fin de ces fragments signale l’entrée en scène d’un -nouveau personnage qui ne mérite guère un tel honneur. -Guimont était un cousin germain de M<sup>me</sup> de Pompadour, -à qui le crédit de la favorite avait valu d’être -envoyé à Gênes, comme représentant de la France, -et que son incapacité en fit rappeler. Il y fut en conflit -avec Richelieu. Avait-il reçu pour mission -<span class="pagenum" id="Page_250">[p. 250]</span> -secrète de le surveiller? Toujours est-il qu’après avoir -accepté un rôle, comme chanteur, dans un «bel -opéra», monté par Richelieu à Gênes, opéra qui devait -coûter 50.000 livres, Guimont se retira sous sa -tente, prenant parti pour une cabale féminine, dont -le moindre grief contre le général en chef était d’entretenir -un sérail de Gênoises<a name="FNanchor_384" id="FNanchor_384" href="#Footnote_384" class="fnanchor">[384]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_384" id="Footnote_384" href="#FNanchor_384"><span class="label">[384]</span></a> -<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. V, pp. 281 et suiv. (nov. 1748).</p> -</div> - -<p>Pendant qu’il faisait ainsi «la guerre en dentelles», -Richelieu ne se doutait guère de l’orage -qui éclatait sur la tête de son amie.</p> - -<p>La Pouplinière, toujours jaloux, toujours sur le -qui-vive, épiant les moindres démarches de sa -femme, avait conscience qu’il était trompé et ne -pouvait prendre les coupables sur le fait. En vain la -trahison d’une camériste de M<sup>me</sup> de la Pouplinière, -à qui Richelieu avait négligé de régler la pension -viagère qu’il lui avait promise<a name="FNanchor_385" id="FNanchor_385" href="#Footnote_385" class="fnanchor">[385]</a>, avait révélé au -mari les apparitions soudaines de l’amant chez sa -maîtresse. Et le fermier général, exaspéré, se demandait -comment le bourreau de son honneur parvenait -à pénétrer dans son hôtel, sans que personne s’en -aperçût. Enfin, un jour (le 28 novembre 1748), pendant -que M<sup>me</sup> de la Pouplinière assistait à une revue -des uhlans du Maréchal de Saxe, passée dans la -plaine des Sablons par leur commandant, le financier -se décida à fouiller minutieusement l’appartement -de sa femme, en compagnie de son avocat Balot -et du fameux physicien Vaucanson<a name="FNanchor_386" id="FNanchor_386" href="#Footnote_386" class="fnanchor">[386]</a>. Les deux -maisons étant contiguës, il fallait, de toute nécessité, -<span class="pagenum" id="Page_251">[p. 251]</span> -que Richelieu traversât, en quelque sorte, le -mur mitoyen pour accéder à la chambre de sa maîtresse. -Mais par quel passage?</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_385" id="Footnote_385" href="#FNanchor_385"><span class="label">[385]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span>, IV, 327.</p> - -<p><a name="Footnote_386" id="Footnote_386" href="#FNanchor_386"><span class="label">[386]</span></a> -<span class="smcap">Marmontel</span>: <i>Mémoires</i> (édition M. Tourneux), t. I, p. 237.—Marmontel -était un familier du fermier général.</p> -</div> - -<p>Les investigateurs procédèrent par déduction (la -méthode, comme on voit, n’est pas nouvelle), et -leurs perquisitions les amenèrent devant la plaque -de cheminée, qui, sous la canne de Vaucanson, -sonna le creux. Le physicien, s’approchant pour -mieux examiner, put constater que «la plaque était -à charnière et que la jointure en était presque imperceptible».</p> - -<p>—«Ah! le bel ouvrage! s’écria-t-il avec admiration<a name="FNanchor_387" id="FNanchor_387" href="#Footnote_387" class="fnanchor">[387]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_387" id="Footnote_387" href="#FNanchor_387"><span class="label">[387]</span></a> -<span class="smcap">Marmontel</span>: <i>Mémoires</i>, t. I, p. 237.</p> -</div> - -<p>Avisée aussitôt, M<sup>me</sup> de la Pouplinière était retournée, -en toute hâte, à l’hôtel, accompagnée des -Maréchaux de Saxe et de Löwendahl<a name="FNanchor_388" id="FNanchor_388" href="#Footnote_388" class="fnanchor">[388]</a>. Mais elle -eut beau supplier, vainement ses deux amis intercédèrent -pour elle, le financier resta inflexible; il -refusa de recevoir sa femme; il s’engageait simplement -à lui servir une pension de 8.000 livres. -Alors M<sup>me</sup> de la Pouplinière voulut donner l’explication -de la plaque... tournante:</p> - -<p>—«C’était pour me sauver de vos fureurs!</p> - -<p>—«Allons donc! la glace s’ouvrait du côté de -l’autre maison! Et puis vous ai-je jamais donné -une chiquenaude?</p> - -<p>—«Voyons! Monsieur, il faut en finir; embrassons-nous; -aussi bien je suis exténuée de fatigue -et de faim.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_252">[p. 252]</span> -—«Pas du tout, je ne veux plus vivre, ni manger -avec vous.</p> - -<p>—«Où irai-je?</p> - -<p>—«Eh! chez M. le Maréchal, si bon vous semble -et s’il le veut<a name="FNanchor_389" id="FNanchor_389" href="#Footnote_389" class="fnanchor">[389]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_388" id="Footnote_388" href="#FNanchor_388"><span class="label">[388]</span></a> -La plainte de M<sup>me</sup> de la Pouplinière (nov. et déc. 1748) ne signale, -comme témoin des outrages qu’elle subit de son mari, que le -Maréchal de Saxe.</p> - -<p><a name="Footnote_389" id="Footnote_389" href="#FNanchor_389"><span class="label">[389]</span></a> -<span class="smcap">Collé</span>: <i>Journal</i>, t. I, pp. 25-26.</p> -</div> - -<p>On sait le dénouement de cette scène de ménage.</p> - -<p>Les 28 novembre et 12 décembre, M<sup>me</sup> de la Pouplinière -déposait deux nouvelles plaintes contre son -mari qui «la calomniait, l’expulsait de sa maison -et la laissait dans un dénuement absolu<a name="FNanchor_390" id="FNanchor_390" href="#Footnote_390" class="fnanchor">[390]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_390" id="Footnote_390" href="#FNanchor_390"><span class="label">[390]</span></a> -<span class="smcap">Campardon</span>: <i>La Cheminée de M<sup>me</sup> de la Pouplinière</i> (Charavay), -p. 120.</p> -</div> - -<p>Elle avait pris un appartement rue Ventadour; -et ce fut, sur la menace d’être dépossédé de son privilège -de fermier général<a name="FNanchor_391" id="FNanchor_391" href="#Footnote_391" class="fnanchor">[391]</a>, que son mari se décida, -en novembre 1749, à lui assurer sa pension de -8.000 livres. Elle avait déjà un viager de 4.000, et -Richelieu lui avait servi une rente mensuelle de -1.200 livres<a name="FNanchor_392" id="FNanchor_392" href="#Footnote_392" class="fnanchor">[392]</a>, en attendant que La Pouplinière tînt -ses engagements.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_391" id="Footnote_391" href="#FNanchor_391"><span class="label">[391]</span></a> -<i>Revue de Paris</i> (15 mars 1912), article <span class="smcap">Cucuel</span>.—<i>Mémoires</i> -<span class="smcap">d’Argenson</span>, t. VI, p. 73.—Collection Leber à Rouen.</p> - -<p><a name="Footnote_392" id="Footnote_392" href="#FNanchor_392"><span class="label">[392]</span></a> -<i>Mémoires</i> <span class="smcap">d’Argenson</span>, t. VI, p. 73.—Tant qu’elle vécut, -elle fut soignée par le chirurgien de Richelieu, «lequel n’a cessé de -la voir jusqu’à son dernier moment».</p> -</div> - -<p>Elle mourut, en 1752, des suites d’un cancer au -sein. Elle l’attribuait aux mauvais traitements de -son mari. Déjà, en janvier 1748, dans une lettre à -Richelieu, elle s’inquiétait de glandes devenant -chaque jour plus volumineuses et plus douloureuses. -On a prêté ce propos à son amant (et Casanova le -répète) qu’elle avait imaginé une affection cancéreuse, -pour apitoyer sur son sort le fermier général -<span class="pagenum" id="Page_253">[p. 253]</span> -et le pousser à une réconciliation, dont il eut grand’peine -à se défendre<a name="FNanchor_393" id="FNanchor_393" href="#Footnote_393" class="fnanchor">[393]</a>. Supposition qui nous paraît -toute gratuite; car comment admettre, si ce cancer -n’avait pas existé réellement, que Richelieu eût -continué, jusqu’à la mort de la malheureuse, la comédie -de l’envoyer panser par son chirurgien?</p> - -<p>M<sup>me</sup> de Pompadour avait été, la première, à encourager -des commérages et des médisances qui jetaient -un fâcheux vernis sur le duc de Richelieu<a name="FNanchor_394" id="FNanchor_394" href="#Footnote_394" class="fnanchor">[394]</a>. -Quand ces bavardages devinrent un bel et bon scandale, -confirmé par des constatations indéniables, -elle applaudit à toutes les manifestations satiriques -destinées à lui donner un plus rapide et plus large -essor. On fit circuler cet <i>Avis au public</i> qui ne semble -pas avoir été poursuivi bien sévèrement par la police:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">Messieurs, vous êtes avertis</div> - <div class="vers8">Qu’on fait fabriquer dans Paris,</div> - <div class="vers8">En perçant la maison voisine,</div> - <div class="vers8">Fond de cheminée à ressorts,</div> - <div class="vers8">Où l’amant peut passer le corps,</div> - <div class="vers8">Sans que personne le devine.</div> - <div class="vers8">On pourra voir cette machine</div> - <div class="vers8">Chez certain fermier général,</div> - <div class="vers8">Chez Madame La Pouplinière,</div> - <div class="vers8">Qui s’en est servi la première.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_393" id="Footnote_393" href="#FNanchor_393"><span class="label">[393]</span></a> -<a name="Footnote_394" id="Footnote_394" href="#FNanchor_394"><span class="label">[394]</span></a> -Article <span class="smcap">Cucuel</span> dans <i>La Revue de Paris</i>.—<span class="smcap">Bibliothèque -de l’Arsenal</span>. <i>Archives de la Bastille</i> 11774. (Gazette inédite de -Bousquet de Colomiers, 21 septembre 1752): «Il n’a tenu à rien que -M. le Maréchal de Richelieu n’ait réuni M. et M<sup>me</sup> de la Pouplinière.»</p> -</div> - -<p>Puis, le 31 décembre, les camelots parisiens proposaient, -comme une actualité d’étrennes, le jouet -du jour, «des petites cheminées en carton, avec une -<span class="pagenum" id="Page_254">[p. 254]</span> -plaque qui s’ouvrait, derrière laquelle on voyait un -homme et une femme qui se guettaient<a name="FNanchor_395" id="FNanchor_395" href="#Footnote_395" class="fnanchor">[395]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_395" id="Footnote_395" href="#FNanchor_395"><span class="label">[395]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span>, t. IV, p. 336.</p> -</div> - -<p>Enfin, s’inspirant de cette nouveauté qui fit fureur, -la Marquise avait commandé, pour mieux -ridiculiser son ennemi<a name="FNanchor_396" id="FNanchor_396" href="#Footnote_396" class="fnanchor">[396]</a> par une création moins -éphémère, «un modèle de cheminée tournante en -bois d’acajou, d’environ deux pieds, avec la plaque -en cuivre», appelée à figurer un jour dans le <i>Catalogue -des objets d’art du marquis de Marigny</i>, frère -de la favorite.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_396" id="Footnote_396" href="#FNanchor_396"><span class="label">[396]</span></a> -Une raison qui, paraît-il, avait motivé plus que toute autre, -l’intervention, aussi haineuse que persistante de la Marquise, c’était, -d’après la Correspondance de Grimm, que Richelieu avait eu l’intention -de donner sa maîtresse à Louis XV. Aussi, prétend toujours -le gazetier, M<sup>me</sup> de Pompadour avait-elle écrit à M<sup>me</sup> de la Pouplinière, -pour la menacer de sa vengeance, si elle continuait à vouloir -plaire au roi. D’après une autre version, ce fut la seconde femme -de La Pouplinière qui eut cette prétention et s’attira ainsi les -foudres de la favorite.</p> -</div> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_255"> - -<h2>CHAPITRE XXI</h2> - -<p class="smm"><i>Richelieu a trop l’amour du théâtre et la servitude de l’étiquette -pour ne pas entrer en conflit avec M<sup>me</sup> de Pompadour. — Disgrâce -de Maurepas; son quatrain; l’attitude -de Richelieu. — De dépit de n’être pas premier ministre, -Richelieu part pour le Languedoc. — Spectacles de -la Cour pendant son absence. — Correspondance de Voltaire, -autre mécontent, avec Richelieu. — Retour du Maréchal, -plus aigri que jamais, à Versailles: ses propos de -frondeur.</i></p> - -<p>D’Argenson, qui suit si minutieusement l’agitation -incessante de la Cour, qu’il semble avoir l’œil -armé d’une loupe pour ne pas perdre un seul des -mouvements de ces infiniment petits, D’Argenson -s’égare parfois dans le dédale de leurs manœuvres et -finit même par y fourvoyer sa psychologie. Cependant, -sa perspicacité n’est pas en défaut, quand elle -note que «Richelieu est trop attaché à la bagatelle du -théâtre et des ballets». Et, de fait, si, sur ce terrain, -le Maréchal a souvent pour lui le droit, la justice et -la raison, il n’a pas toujours le sens de l’opportunité. -En multipliant des spectacles dont elle revendique -l’initiative, la Marquise poursuit une politique personnelle. -Atteinte d’un mal qui la mine sourdement, -la fait maigrir à vue d’œil et «venir à rien», M<sup>me</sup> de -Pompadour s’est rendu compte qu’elle ne peut répondre -qu’insuffisamment aux exigences sensuelles -du roi; aussi s’est-elle efforcée à le retenir auprès d’elle -par la piquante nouveauté de divertissements inédits. -Et voici qu’un homme lui contrecarre son plan -<span class="pagenum" id="Page_256">[p. 256]</span> -de campagne, au nom des lois de l’étiquette, quand -il lui eût été si facile de ne pas assister à des représentations -qui offusquent son amour-propre.</p> - -<p>C’est alors que le roi pose à ce gêneur la fameuse -question, si fort commentée par ses entours:</p> - -<p>—«Combien de fois êtes-vous allé à la Bastille, -Monsieur le Maréchal?</p> - -<p>—«Trois fois, Sire.»</p> - -<p>Peu de jours après, le cœur gros de rancune, Richelieu -dansait, trépignait, faisait vacarme, à la -Muette, dans sa chambre au-dessus de l’appartement -de la Marquise. Mais il est trop fin pour ne pas -se rendre compte qu’il «n’a rien à gagner à se buter -contre la maîtresse du roi». Louis XV peut l’appeler -«son cher Richelieu», l’emmener pendant des -heures dans son carrosse, prendre son avis sur toutes -choses, ce favori, que hante le rêve de la première -place dans l’État, doit se résigner, s’il veut l’atteindre, à -ne plus rester en guerre ouverte avec la favorite<a name="FNanchor_397" id="FNanchor_397" href="#Footnote_397" class="fnanchor">[397]</a>. -Sans doute, pour le principe (car il faut sauvegarder -les droits du protocole; et Richelieu, hier encore, -avait à lutter contre les prétentions subversives du -prince de Conti), ce sera toujours lui qui disposera -des musiciens et autres gagistes de la Chambre, qui -leur donnera des ordres ainsi libellés: «Un tel se -rendra à telle heure pour jouer à l’Opéra de Madame -de Pompadour.» Mais les deux théâtres, montés -par le duc de la Vallière, n’en subsisteront pas -moins: pendant les représentations, l’ami de la Marquise -se tiendra derrière le fauteuil du roi pour recevoir -les ordres du maître; et la blessure faite à -<span class="pagenum" id="Page_257">[p. 257]</span> -son amour-propre par l’algarade du premier gentilhomme -se cicatrisera sous le Cordon bleu.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_397" id="Footnote_397" href="#FNanchor_397"><span class="label">[397]</span></a> -<span class="smcap">D’Argenson</span>: <i>Mémoires</i>, t. V, pp. 357 et suiv.</p> -</div> - -<p>Ce qui influa peut-être encore le plus sur les résolutions -de Richelieu, ce fut la disgrâce foudroyante -de Maurepas; non pas, comme a pu le croire un instant -le duc de Luynes<a name="FNanchor_398" id="FNanchor_398" href="#Footnote_398" class="fnanchor">[398]</a>, que ces deux mortels ennemis -se fussent enfin réconciliés; mais tous deux -suivaient des voies parallèles pour parvenir à -débusquer l’adversaire commun; seulement, Richelieu -apportait à ses attaques «tant d’art, tant d’esprit, -tant de politesse et même de galanterie pour M<sup>me</sup> de -Pompadour<a name="FNanchor_399" id="FNanchor_399" href="#Footnote_399" class="fnanchor">[399]</a>», que celle-ci hésitait encore, pour s’en -débarrasser, sur le choix des moyens. Mais, Maurepas, -cependant si courtois d’ordinaire, se montrait plutôt -sec et dur avec la Marquise. Il avait le génie de l’épigramme, -et comme on l’a si souvent répété à propos -de gens d’esprit, il eût sacrifié son meilleur ami à un bon -mot. Aussi bien, pour n’en pas perdre l’habitude, il se -sacrifia lui-même. Il décocha donc, un jour, ce quatrain -contre la maîtresse du roi qui, en offrant une touffe -de roses blanches au Bien-Aimé, les avait laissé -s’éparpiller à terre:</p> - -<div class="poem"> - <div class="vers8">Par vos façons nobles et franches,</div> - <div class="vers8">Iris, vous enchantez nos cœurs.</div> - <div class="vers8">Sur nos pas vous semez des fleurs,</div> - <div class="vers8">Mais ce ne sont que des fleurs blanches<a name="FNanchor_400" id="FNanchor_400" href="#Footnote_400" class="fnanchor">[400]</a>.</div> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_398" id="Footnote_398" href="#FNanchor_398"><span class="label">[398]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. X, p. 117.</p> - -<p><a name="Footnote_399" id="Footnote_399" href="#FNanchor_399"><span class="label">[399]</span></a> -<i>Ibid.</i>, p. 118.</p> - -<p><a name="Footnote_400" id="Footnote_400" href="#FNanchor_400"><span class="label">[400]</span></a> -Maurepas qui cite le quatrain dans ses <i>Mémoires</i> (t. IV, p. 265) -se défend de l’avoir composé; il l’attribue même à Richelieu et -l’accuse tout au moins de l’avoir répandu à la Cour et à la Ville, après -l’avoir... oublié sur la cheminée du roi.</p> -</div> - -<p>Maurepas ne pouvait pas offenser plus cruellement -<span class="pagenum" id="Page_258">[p. 258]</span> -sa victime. Il lui rappelait une infirmité qui -l’éloignait souvent du roi et dont la continuité l’obligeait -à chercher des distractions toujours nouvelles -pour cet amant toujours blasé.</p> - -<p>L’ordre d’exil qui, vers la fin d’avril, envoyait à -Bourges le ministre disgrâcié, frappa la Cour de stupeur; -et Richelieu ne put échapper à cette impression, -comme le note le <i>Journal</i> de Luynes, à la date -du 25:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«A cette même heure de huit heures du matin, -M. de Richelieu était au Parlement pour la réception -de M. de Belle-Isle. Il arrivait du petit château -où il avait couché. Un homme d’esprit que je connais -beaucoup et de qui je tiens ceci, trouva au Parlement -un de ses amis qui lui dit: Regardez bien -M. de Richelieu: il a l’air d’un homme qui n’est pas -à lui-même; je ne serais point étonné qu’il y eût -quelque chose sur M. de Maurepas. L’homme qui -m’a conté ce fait, est très véridique et sans ostentation...»</p> -</div> - -<p>Assurément le Maréchal ne fut pas autrement -attristé de la catastrophe; mais elle lui donna à -réfléchir<a name="FNanchor_401" id="FNanchor_401" href="#Footnote_401" class="fnanchor">[401]</a>. Et d’Argenson signale le résultat de cette -méditation d’un courtisan sur les vicissitudes de la -bienveillance royale: «La réconciliation du favori -avec la favorite est entière, cordiale, édifiante.» -Mais celle-ci suspectait encore la sincérité de celui-là. -Elle prétendait que Richelieu avait colporté -l’épigramme incriminée. Et lui, quelques jours après, -de s’écrier, devant l’insistance que M<sup>me</sup> de Pompadour -<span class="pagenum" id="Page_259">[p. 259]</span> -mettait à présenter le malencontreux quatrain -comme la cause réelle de la chute de Maurepas: -«Eh quoi! Madame, voulez-vous dire que le -roi n’a chassé un ministre qu’à cause de ce qui vous -était personnel et non à cause de sa mauvaise administration<a name="FNanchor_402" id="FNanchor_402" href="#Footnote_402" class="fnanchor">[402]</a>?»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_401" id="Footnote_401" href="#FNanchor_401"><span class="label">[401]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. X, p. 117.—<i>Les Mémoires authentiques</i> -de Richelieu qui consacrent tout un chapitre à la disgrâce du Comte -d’Argenson, gardent le silence sur celle de Maurepas.</p> - -<p><a name="Footnote_402" id="Footnote_402" href="#FNanchor_402"><span class="label">[402]</span></a> -<span class="smcap">D’Argenson</span>: <i>Mémoires</i>, t. V, p. 457.</p> -</div> - -<p>Il est certain que le secrétaire d’État au département -de la marine avait assez mal rempli ses -fonctions: sa légèreté n’avait d’égal que son scepticisme; -et l’abandon, dans lequel il laissa les intérêts -qui lui étaient confiés, ne fut pas étranger aux -catastrophes navales qu’allait entraîner pour la -France la guerre de Sept ans.</p> - -<p>Et Richelieu connaissait si bien son Maurepas -qu’il avait rédigé à l’adresse du roi un mémoire où -il dénonçait l’indignité de son ennemi. Pour être -plus sûr de l’atteindre, il avait confié son factum à -la Marquise, en la priant de le remettre au prince. -Or, Louis XV n’aimait pas à voir des figures nouvelles -dans ses conseils de Cabinet, et Maurepas -raconte que le roi lui donna ce réquisitoire en le qualifiant -de «libelle<a name="FNanchor_403" id="FNanchor_403" href="#Footnote_403" class="fnanchor">[403]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_403" id="Footnote_403" href="#FNanchor_403"><span class="label">[403]</span></a> -Le «libelle» est inséré tout au long dans les <i>Mémoires</i> de <span class="smcap">Maurepas</span>, -t. IV, pp. 213-221.</p> -</div> - -<p>Mais, lui aussi, Richelieu, est «taxé de grande -étourderie<a name="FNanchor_404" id="FNanchor_404" href="#Footnote_404" class="fnanchor">[404]</a>»; et, malgré toutes les concessions qu’il -a pu faire, il n’est pas encore parvenu au but de ses -désirs, à ce poste de premier ministre dont «il se -croit la capacité». L’année touche à sa fin; et dans -l’espoir d’une nomination imminente, il retarde de -jour en jour, d’heure en heure, son départ pour les -<span class="pagenum" id="Page_260">[p. 260]</span> -États<a name="FNanchor_405" id="FNanchor_405" href="#Footnote_405" class="fnanchor">[405]</a>. Enfin, il se décide, le 20 janvier 1750, à -quitter Versailles. La stérilité de ses efforts l’a rendu -maussade; et cependant il a hâte de regagner la -Cour; il ne veut rester en Languedoc, afin d’y recevoir -l’infante Antoinette, dont le passage est -annoncé pour le mois de mars ou d’avril, que si on -lui promet la Toison d’Or. En attendant, il est entré -en conflit avec les États qui refusent l’impôt du -vingtième, Richelieu n’ayant su leur donner l’assurance -que la province conserverait ses privilèges; -et on blâme sa conduite à la Cour parce qu’il a souffert -les remontrances des États. Mais bientôt il a -rompu avec eux: il l’écrit à Versailles et demande -qu’on le rappelle; or les États lui donnent pleins pouvoirs -pour terminer l’affaire du vingtième et des privilèges; -car il est «aimé et adoré de toute la province»; -et quand, de retour à Versailles, en avril, -il reparaît, le lendemain, à Choisy, il se présente -«tête haute» et fort bien accueilli par le roi<a name="FNanchor_406" id="FNanchor_406" href="#Footnote_406" class="fnanchor">[406]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_404" id="Footnote_404" href="#FNanchor_404"><span class="label">[404]</span></a> -<span class="smcap">D’Argenson</span>: <i>Mémoires</i>, t. VI, p. 86.</p> - -<p><a name="Footnote_405" id="Footnote_405" href="#FNanchor_405"><span class="label">[405]</span></a> -<a name="Footnote_406" id="Footnote_406" href="#FNanchor_406"><span class="label">[406]</span></a> -<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. VI, <i>passim</i>.</p> -</div> - -<p>Pendant son absence, ses adversaires n’étaient -pas restés inactifs. Huit jours après son départ, le -théâtre de M<sup>me</sup> de Pompadour avait représenté le -<i>Préjugé à la mode</i>, qui datait de 1735 et dans laquelle -l’auteur La Chaussée montrait «un mari amoureux -de sa femme, mais qui n’osait faire paraître ces sentiments, -parce que l’amour conjugal est devenu un -ridicule dans le monde<a name="FNanchor_407" id="FNanchor_407" href="#Footnote_407" class="fnanchor">[407]</a>...».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_407" id="Footnote_407" href="#FNanchor_407"><span class="label">[407]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. X, p. 403.</p> -</div> - -<p>«M. de Richelieu d’aujourd’hui, qui était le héros -de son temps pour la galanterie, est, en quelque manière, -ajoute le <i>Journal</i> de Luynes, le premier qui -<span class="pagenum" id="Page_261">[p. 261]</span> -ait donné occasion à cette comédie. Sa première -femme (M<sup>lle</sup> de Sansac) n’était rien moins que jolie. -Elle l’aimait, mais il ne pouvait la souffrir; et de là -il s’est établi parmi la jeunesse brillante que c’était -un ridicule d’aimer sa femme.</p> - -<p>«M. de Melun pensait différemment... Nous avons -vu depuis M. de la Trémoïlle se conduire de même -avec sa femme (une Bouillon) qu’il aimait passionnément.</p> - -<p>«Tous ces caractères différents ont été vraisemblablement -le modèle de ceux que La Chaussée a peints -dans cette comédie. Le ridicule que l’on y voit donner -à l’amour conjugal a fait naître quelques réflexions -sur la présence de la reine à un spectacle, où M<sup>me</sup> de -Pompadour joue avec toutes les grâces et toute -l’expression qu’on peut désirer.»</p> - -<p>C’était, en effet, une énorme bévue que d’avoir -produit devant la reine le <i>Préjugé à la mode</i>; et la -responsabilité pouvait en retomber sur Richelieu -qui, même absent, était censé l’ordonnateur de ces -représentations, en réalité dirigées par La Vallière.</p> - -<p>L’Histoire ne dit pas comment le Maréchal prit -la chose. On remarqua seulement, à son retour, son -étonnement peu dissimulé, lorsqu’il fut informé de -la grande faveur dont jouissait le contrôleur général, -Machault, un protégé de la Marquise. Mais on nota -en même temps qu’il était plus poli et moins hautain: -à peine «osait-il parler au roi en particulier»; -encore le prince semblait-il se dérober à ces entretiens. -Décidément (et c’est toujours d’Argenson -qui enregistre ces échos de la Cour) «on ne trouvait -plus rien au Maréchal de ce qui peut faire un ministre» -(juillet 1750). Et Richelieu, de dépit, s’en -<span class="pagenum" id="Page_262">[p. 262]</span> -allait bouder, au mois d’octobre, dans son château -de Touraine.</p> - -<p>Il était alors en correspondance avec un autre -mécontent, Voltaire, qui lui avait écrit, dans le courant -d’août, une lettre fort longue et fort importante -pour sa biographie, lettre datée de Berlin, où -il était l’hôte, choyé, de Frédéric dont il faisait le -plus pompeux éloge. Louis XV et M<sup>me</sup> de Pompadour -lui reprochaient vivement cette «désertion». -Richelieu l’en avait avisé. Mais Voltaire estimait -que l’indifférence du roi et de la Marquise à son -égard justifiait «la clef d’or, la croix et la pension -de 20.000 francs» qu’il avait acceptés de Frédéric, -à la grande indignation de son «héros». -Il rappelait à celui-ci toutes les persécutions qui -l’avaient accueilli en France et qui l’avaient réduit -à son exil volontaire, alors qu’il aurait voulu passer -le reste de sa vie à Richelieu, auprès du maître de -ce beau domaine. En 1736, le théatin Boyer l’avait -forcé à se réfugier en Hollande, à cause de l’inoffensive -plaisanterie du <i>Mondain</i>, badinage poétique que -le garde des sceaux poursuivit avec le dernier acharnement, -à l’instigation de cette «vieille mie» qu’on -appelait le cardinal Fleury. Voltaire pouvait déjà -se retirer en Prusse; mais il avait juré de ne jamais -quitter M<sup>me</sup> du Châtelet, dont la mort seule l’avait -séparé.</p> - -<p>Pendant qu’il était à Lunéville, le roi Stanislas -avait composé le <i>Philosophe Chrétien</i>, et fait tenir -le manuscrit à sa fille. La reine le lui retourna, en -lui disant que c’était l’œuvre d’un athée, que Voltaire -en était sans nul doute l’auteur et qu’il «pervertissait», -de concert avec M<sup>me</sup> du Châtelet, le -<span class="pagenum" id="Page_263">[p. 263]</span> -roi Stanislas, pour l’ «étourdir» sur sa liaison avec -M<sup>me</sup> de Boufflers. Le Dauphin avait été fâcheusement -impressionné, lui aussi, sur le compte de Voltaire; -et les gens de lettres ne cessaient d’être hostiles -au philosophe.</p> - -<p>Évidemment, dans cette interminable épître, le -commensal du roi de Prusse semble atteint du délire -de la persécution; c’est, d’ailleurs, une note que cet -esprit, cependant si solide, fait volontiers entendre; -mais, peut-être aussi, exagère-t-il, avec intention, -son état de nervosité, pour prier Richelieu, et avec -quelle insistance, de plaider sa cause auprès de -M<sup>me</sup> de Pompadour. Lui qui a fait nommer Voltaire -gentilhomme ordinaire et historiographe du roi, -saurait représenter à la Marquise que les ennemis de -son protégé sont les ennemis de la favorite; il lui -dirait «tout l’attachement» de l’absent pour elle, -et «qu’elle seule pourrait lui faire quitter le roi de -Prusse».</p> - -<p>Comme on voit, Richelieu s’était bien gardé d’apprendre -à Voltaire ses déceptions et ses rancœurs; -lui répondit-il de ce château, que son correspondant -eût si allègrement adopté pour Thébaïde, -combien son intervention auprès de M<sup>me</sup> de Pompadour -aurait peu de chances de succès? Mais un courtisan -convient-il jamais de la baisse de son crédit?</p> - -<p>L’éloignement et la solitude ne parvinrent pas à -cicatriser les plaies de cet orgueil ulcéré. Richelieu -revint à Versailles, en janvier 1751, aussi aigri, aussi -amer qu’il en était parti, et prit bientôt une attitude -de frondeur. Le marin Mahé de la Bourdonnais, -embastillé, comme prévaricateur, sur la dénonciation, -inexacte, de Dupleix, venait de publier un Mémoire -<span class="pagenum" id="Page_264">[p. 264]</span> -pour se disculper des accusations portées contre -lui. Richelieu, chez qui la sensibilité n’avait pas -perdu tous ses droits, s’émut d’une telle injustice -et s’emporta jusqu’à dire, devant Louis XV et devant -la Marquise, qu’un de ces jours «cet accusé -innocent commanderait une des escadres du roi». -M<sup>me</sup> de Pompadour se montra fort irritée du propos; -car elle était liée d’amitié avec les Dupleix et les -Bacquencourt.</p> - -<p>A deux mois de là, Richelieu, dans un cercle d’environ -quinze personnes, passait au crible de la critique -le dernier traité d’Aix-la-Chapelle: c’était, -prétendait-il, «un chef-d’œuvre de stupidité, s’il -ne l’était de corruption<a name="FNanchor_408" id="FNanchor_408" href="#Footnote_408" class="fnanchor">[408]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_408" id="Footnote_408" href="#FNanchor_408"><span class="label">[408]</span></a> -<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. VI, 30 mars 1751.—Tout le monde -désirait la paix; et personne ne fut autrement satisfait de ce traité, -devenu définitif le 18 octobre 1748, sauf peut-être la Hollande, -qui râlait déjà sous l’étreinte implacable de Maurice de Saxe. Cette -guerre avait mis en feu presque toute l’Europe; elle fut plus particulièrement -sanglante et ruineuse pour la France qui n’en devait tirer -aucun avantage.</p> -</div> - -<p>Enfin, dans la nuit du 25 au 26 avril, en sortant -de souper, il était venu, flanqué de Cury, l’intendant -des Menus, faire abattre les six «petites loges -à quatre places», récemment construites par les -soins des Comédiens français «dans l’enfoncement de -la première coulisse de chaque côté du théâtre». -Le duc de Chartres les avait retenues, pour son -usage personnel, à La Vallière. Mais Richelieu, toujours -prévenu contre cet ami de la Marquise, qu’il -accusait d’empiéter sans cesse sur ses fonctions, -répliqua par le... coup de théâtre qui lui valut les -brocards et les huées du public parisien. On l’affubla -du sobriquet de Jacques Desloges; et le lendemain, -<span class="pagenum" id="Page_265">[p. 265]</span> -dans le foyer de la Comédie, Saint-Foix, -cet auteur qui maniait l’épée aussi bien que la -plume, déclarait le Maréchal de Richelieu plus diligent -que le Maréchal de Löwendahl, car celui-ci -n’avait enlevé Berg-op-Zoom qu’entre 4 et 5 heures -du matin<a name="FNanchor_409" id="FNanchor_409" href="#Footnote_409" class="fnanchor">[409]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_409" id="Footnote_409" href="#FNanchor_409"><span class="label">[409]</span></a> -<span class="smcap">Collé</span>: <i>Journal</i>, t. I, pp. 309 et suiv.</p> -</div> - -<p>Collé, qui relate l’anecdote, en profite pour se -plaindre, avec raison, mais dans la note acrimonieuse -dont il est coutumier, de la tyrannie des premiers -gentilshommes de la Chambre, dont la mission -devrait uniquement se borner au service du roi -et de la Cour.</p> - -<p>Louis XV lui-même eut à souffrir de la mauvaise -humeur de son ami. La Dauphine venait de lui donner -un petit-fils, le duc de Bourgogne. Richelieu -s’abstint, non sans affectation, d’«en venir faire -sa cour au roi<a name="FNanchor_410" id="FNanchor_410" href="#Footnote_410" class="fnanchor">[410]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_410" id="Footnote_410" href="#FNanchor_410"><span class="label">[410]</span></a> -<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. VII, p. 3, 4 octobre 1751.</p> -</div> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_266"> - -<h2>CHAPITRE XXII</h2> - -<p class="smm"><i>Voltaire entretient une correspondance plus suivie avec Richelieu: -comment il félicite son «héros» de son esprit de tolérance. — Préoccupations -de Richelieu en matière de théâtre. — M<sup>me</sup> Favart, -le Maréchal de Saxe et le Maréchal de Richelieu. — Conflit -avec l’archevêque de Paris. — Richelieu fréquente -volontiers à l’Académie. — Un incident de séance. — Brouille -passagère du Maréchal avec Voltaire. — <ins id="cor_13" title="Élec-lections">Élections</ins> -académiques: nomination du Maréchal de Belle-Isle. — Réforme -des statuts académiques. — Intervention -de Louis XV contre Piron. — Difficultés de Richelieu -avec l’abbé d’Olivet. — Roueries électorales.</i></p> - -<p>Par une coïncidence digne d’être notée, la correspondance, -jusqu’alors très espacée, de Voltaire avec -Richelieu, devient plus fréquente et plus suivie, -depuis l’heure où le Maréchal, en froid avec la Cour, -ne fait plus mystère à son adulateur de ses griefs -contre elle. Mais, si nous avons les lettres que Voltaire -adressait à son «héros», celles qu’il en recevait -(et elles étaient encore assez nombreuses) ont disparu, -comme tant d’autres documents précieux, -des papiers du «Vieux Malade de Ferney». La perte -est regrettable; car, bien qu’incorrecte et négligée, -le peu de prose—non officielle—qu’on possède -de Richelieu, n’est pas dépourvue d’intérêt, d’originalité, -ni même d’esprit.</p> - -<p>Le Maréchal avait un fonds sérieux d’affection -pour Voltaire, qui lui ressemblait (celui-ci l’a souvent -écrit), «si fort en laid»; mais cette tendresse -était agressive, à la façon de l’amitié de ces hommes -<span class="pagenum" id="Page_267">[p. 267]</span> -illustres qui caressaient leurs familiers en leur pinçant -l’oreille jusqu’au sang. Voltaire se plaignait -d’ordinaire doucement; mais parfois aussi la griffe -léonine emportait le morceau; et la colère du blessé, -s’exhalant dans le sein d’amis discrets, traitait le -bourreau de «vieille poupée», sans préjudice d’autres -aménités du même goût.</p> - -<p>Donc, à partir de 1751, et pendant vingt-cinq années -consécutives, cette correspondance ne chômera -pas, au moins du côté de Voltaire, correspondance -trop souvent monotone, car le poète réclame -perpétuellement de son grand ami qu’il fasse -jouer un peu partout son répertoire tragique, ou bien -se répand en lamentations, comme un autre Jean-Jacques, -sur les persécutions dont il est accablé. -Mais, en revanche, il apporte une contribution importante -à la biographie de Richelieu, nous renseigne -sur la vie provinciale du gouverneur du Languedoc -et de la Guyenne, sur ses goûts littéraires -et artistiques, sur sa famille et ses amis.</p> - -<p>La lettre du 31 août 1751 est démesurément -longue comme celle de 1750. «Vous avez, dit-elle, -les mêmes bontés pour mes musulmans que pour -vos calvinistes des Cévennes. Dieu vous bénira -d’avoir protégé la liberté de conscience. Faire jouer -le prophète Mahomet à Paris et laisser prier Dieu -en français chez vos montagnards du Languedoc, -sont des choses qui m’édifient merveilleusement!»</p> - -<p>C’était à peu près la réponse prêtée à Richelieu, -quand on s’étonnait à Montpellier qu’il n’adoptât -pas les mesures mesquines et vexatoires prescrites -par le ministre Saint-Florentin contre les protestants: -«Je m’embarrasse fort peu que les hommes -<span class="pagenum" id="Page_268">[p. 268]</span> -prient Dieu à leur manière, pourvu qu’ils ne troublent -pas l’ordre public.»</p> - -<p>A cette époque où la tolérance n’avait pas encore -pris racine dans les sphères gouvernementales, le -mot pouvait paraître hardi; et l’on se demande s’il -n’était pas un écho des causeries voltairiennes.</p> - -<p>La lettre du 31 août rappelle encore les prétendues -persécutions (il en était cependant de réelles) -exercées contre le philosophe et sur lesquelles il -revient toujours si complaisamment; mais il donne -une place autrement considérable à son futur <i>Siècle -de Louis XIV</i> où, dit-il, aucun contemporain «vivant» -n’est nommé, sauf Richelieu et Belle-Isle. -C’est une de ses formes de flatterie indirecte à -l’adresse du Maréchal: il sait cependant lui plaire -bien plus encore, quand il lui écrit: «Vous me dites -que vous devenez vieux, vous ne le serez jamais... -Vous êtes aussi respectable dans l’amitié que vous -avez été charmant dans l’amour.» Mais Richelieu, -toujours taquin, avait renouvelé sa question: -«Pourquoi êtes-vous en Prusse?» Et Voltaire de reprendre -son antienne sur la clef de chambellan, la -croix, la pension et surtout «la vie délicieuse» à -Berlin, chez Frédéric. Puis aussitôt la contre-partie -dont il est facile de saisir le sous-entendu: «Qu’importe -à un roi de France un atome de plus ou de -moins comme moi?» Et, cette fois, il n’est plus question -de ces salamalecs qu’il priait Richelieu de -mettre aux pieds de M<sup>me</sup> de Pompadour. Il a dû -deviner ou apprendre que le «héros» et la favorite -étaient en délicatesse.</p> - -<p>Mais, pour le courtisan qu’était le Maréchal, l’éloignement, -qu’il s’était imposé, d’un foyer d’intrigues -<span class="pagenum" id="Page_269">[p. 269]</span> -*—hier encore son véritable élément—lui semblait -le plus cruel des maux. Aussi, pour tromper son ennui -et donner libre carrière à ce besoin d’activité, qui -était pour lui une seconde nature, se dépensait-il -en besognes de toutes sortes, avec plus de fougue -que d’esprit de suite, au gré de cette humeur tatillonne, -dont les boutades déconcertaient ses plus zélés -partisans. Il avait le goût des lettres et des arts: -le théâtre surtout avait ses préférences et Voltaire -le savait bien, quand il l’entretenait jusqu’à satiété -de ses pièces, qu’il lui en soumettait le plan, les -scènes et les actes, qu’il lui demandait ses conseils -ou sa critique et qu’il finissait par les lui faire jouer -à Paris, à Versailles, ou à Fontainebleau. Bien -mieux, il en obtenait l’interdiction des parodies de -ses tragédies, comme, par exemple, celle de <i>Sémiramis</i>, -qui devait être représentée sur le théâtre de -la Cour<a name="FNanchor_411" id="FNanchor_411" href="#Footnote_411" class="fnanchor">[411]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_411" id="Footnote_411" href="#FNanchor_411"><span class="label">[411]</span></a> -<i>Lettres de M<sup>me</sup> du Châtelet</i> (édition Asse, 1875). Lettre de Cirey, -du 13 janvier 1749.</p> -</div> - -<p>Depuis que M<sup>me</sup> de Pompadour s’était improvisée -ordonnatrice des spectacles des Petits Appartements, -Richelieu s’était rejeté sur les scènes parisiennes -qui étaient sous la surveillance des premiers -gentilshommes de la Chambre. C’est ainsi qu’il avait -eu à connaître des désordres survenus à la Comédie -Italienne, après la détention de M<sup>me</sup> Favart, victime -des persécutions et des violences du Maréchal -de Saxe. Ce glorieux soudard n’avait pu pardonner -à la sémillante actrice de lui résister. Il l’avait fait -suivre, traquer et finalement enlever par l’inspecteur -de police Meusnier qui l’avait internée dans un -<span class="pagenum" id="Page_270">[p. 270]</span> -couvent<a name="FNanchor_412" id="FNanchor_412" href="#Footnote_412" class="fnanchor">[412]</a>. Les habitués de la Comédie Italienne, -dont M<sup>me</sup> Favart était pensionnaire, sur la recommandation -de Richelieu, avaient attribué l’infortune -de l’étoile à la jalousie d’une de ses compagnes, -Coraline, et, pour punir celle-ci, avaient monté -contre elle une formidable cabale. Dans une lettre -qu’il écrivait à M<sup>me</sup> Favart, Maurice de Saxe lui représentait -Richelieu exaspéré contre elle, le lieutenant -de police lui ayant affirmé qu’elle était l’auteur -de tout ce tumulte; mais ce bon apôtre de Maurice -de Saxe en avait pris, disait-il, la défense et raconté -au Maréchal que M<sup>me</sup> Favart avait cherché, au contraire, -à calmer les spectateurs de l’amphithéâtre -par ce «fort bon propos»:</p> - -<p>—«Messieurs, je vous suis obligée, mais vous me -faites plus de mal que de bien.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_412" id="Footnote_412" href="#FNanchor_412"><span class="label">[412]</span></a> -<span class="smcap">Meusnier</span>: Manuscrit trouvé à la Bastille, 1789.</p> -</div> - -<p>Et Richelieu, persuadé par Maurice de Saxe, avait -mis l’émeute sur le compte de Coraline, mais plutôt -encore sur celui du comédien Rochard qu’il se proposait -d’envoyer au For Levêque, dès son retour -de Fontainebleau<a name="FNanchor_413" id="FNanchor_413" href="#Footnote_413" class="fnanchor">[413]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_413" id="Footnote_413" href="#FNanchor_413"><span class="label">[413]</span></a> -<i>Mémoires et correspondance</i> de <span class="smcap">Favart</span>, édités par son petit-fils -et par Dumolard (1808), t. I, préface, pp. LV et suiv.</p> -</div> - -<p>Il faut reconnaître toutefois que si les exigences -de son humeur capricieuse et de son esprit pointilleux -rendaient souvent difficiles ses rapports avec -ses justiciables du théâtre, il savait défendre, à l’occasion, -non moins obstinément, leurs intérêts professionnels. -En février 1751, l’archevêque de Paris -vint supplier le roi d’accorder, comme droit des pauvres, -à l’Hôpital Général, le quart des recettes de -l’Opéra et des Comédies, soit cent mille écus. Richelieu, -<span class="pagenum" id="Page_271">[p. 271]</span> -alors premier gentilhomme en exercice, -s’y refusa: il voulait que cette somme fût mise en -réserve pour les embellissements des trois théâtres -et les gratifications du personnel. Louis XV, afin de -trancher le conflit, abandonna les cent mille écus -au prélat, mais prit sur d’autres fonds la restitution -réclamée par Richelieu<a name="FNanchor_414" id="FNanchor_414" href="#Footnote_414" class="fnanchor">[414]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_414" id="Footnote_414" href="#FNanchor_414"><span class="label">[414]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. XI, p. 37.—Favart raconte, dans une -de ses lettres au comte de Durazzo (25 décembre 1761), une scène -à peu près semblable qui se passa au «Conseil des dépêches, où se -discutait la grande affaire de l’Opéra-Comique».</p> - -<p>L’Archevêque de Paris était intervenu en faveur du spectacle -forain, appuyé par le Procureur général et les administrateurs des -hôpitaux. Et comme le roi s’étonnait, sur le mode badin, qu’un -prince de l’Église devînt l’avocat d’histrions qu’il avait l’habitude -d’excommunier, Richelieu dit à son tour: Ne trouvez pas mauvais, -Monsieur l’Archevêque, que les Comédiens italiens et l’Opéra-Comique -vous fassent assigner pour déduire vos raisons. Un instant -déconcerté, le prélat finit par avouer qu’un spectacle de plus était -un supplément de bénéfices pour les pauvres, au profit desquels on -prélevait le quart des recettes. Choiseul, qui assistait à l’entretien, -s’y montrait aussi indifférent que le roi. «J’ai fait mon incorporation -militaire, dit-il; qu’on fasse, si l’on veut, l’incorporation comique.» -(Il s’agissait de la fusion de l’Opéra-Comique avec le Théâtre Italien, -réalisée en 1762.) Et Favart conclut que «le sublime projet» a dû -échouer.</p> -</div> - -<p>Chez cet homme, qui s’estimait l’héritier de la -pensée du Cardinal, s’était ancrée, comme le sentiment -du véritable devoir, la préoccupation d’assurer -la conservation des idées et des œuvres de l’illustre -ancêtre. Il savait de quelle protection le premier -ministre de Louis XIII avait encouragé le -développement des lettres et des arts, et combien il -aimait les jeux du théâtre. Son petit-neveu leur fut -propice. Par la même raison, il se crut indispensable -aux destinées et à la gloire de l’Académie Française. -Il en suivait aussi assidûment que possible les -travaux, se mêlait aux discussions de ses collègues, -<span class="pagenum" id="Page_272">[p. 272]</span> -partageait et même provoquait leurs querelles. Il -recherchait l’honneur d’être leur interprète, quand -il s’agissait de présenter au roi les compliments de -l’Académie; mais il ne remplissait pas toujours brillamment -cet office. Chargé, en 1749, de féliciter le -Souverain à l’occasion de la paix, il avait prié Voltaire -de lui rédiger une harangue appropriée à la circonstance; -et, par réciprocité, il lui avait promis de remettre -au prince le <i>Panégyrique de Louis XV</i>, flatterie -délicate du poète qui lui vaudrait peut-être de rentrer -en grâce. Au jour dit, le 21 février, Richelieu commence, -d’une voix assurée, son compliment: il -parle des «bouches de la Renommée qui publient -les victoires du roi<a name="FNanchor_415" id="FNanchor_415" href="#Footnote_415" class="fnanchor">[415]</a>», mais, soudain, il pâlit, balbutie -et reste court<a name="FNanchor_416" id="FNanchor_416" href="#Footnote_416" class="fnanchor">[416]</a>; il entend murmurer, à côté -de lui, et avant même qu’il ne les prononce, les -phrases de son propre discours; il voit la figure de -Maurepas s’éclairer d’un sourire narquois<a name="FNanchor_417" id="FNanchor_417" href="#Footnote_417" class="fnanchor">[417]</a>. Mais -cette défaillance ne dure que quelques secondes; il -improvise une autre harangue, soufflé par son confrère -l’abbé d’Olivet; et d’Argenson reconnaît qu’il -se tire adroitement de ce mauvais pas: «Ce grand -courtisan témoigne par là qu’on ne s’avance auprès -du roi qu’en lui montrant beaucoup d’amour<a name="FNanchor_418" id="FNanchor_418" href="#Footnote_418" class="fnanchor">[418]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_415" id="Footnote_415" href="#FNanchor_415"><span class="label">[415]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. IX, p. 338.</p> - -<p><a name="Footnote_416" id="Footnote_416" href="#FNanchor_416"><span class="label">[416]</span></a> -<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. V, p. 396, 22 février.</p> - -<p><a name="Footnote_417" id="Footnote_417" href="#FNanchor_417"><span class="label">[417]</span></a> -<a name="Footnote_418" id="Footnote_418" href="#FNanchor_418"><span class="label">[418]</span></a> -<span class="smcap">Desnoiresterres</span>: <i>Vie de Voltaire</i>, t. III, p. 254.</p> -</div> - -<p>Toutefois il se garde bien de présenter au roi le -<i>Panégyrique de Louis XV</i>, qu’il retourne à l’auteur -avec un mot acerbe. Voltaire, furieux, arrache de -son cabinet une apothéose de Richelieu, exécutée -par Baudouin, la piétine et la livre aux flammes. -<span class="pagenum" id="Page_273">[p. 273]</span> -Une explication devenait nécessaire: le Maréchal -apprend que M<sup>me</sup> de Boufflers avait eu l’indiscrétion -de prendre copie du discours chez la belle Émilie -et d’en communiquer étourdiment le texte. Et -bientôt, réunis dans une maison tierce, les deux -compères s’embrassaient le plus cordialement du -monde<a name="FNanchor_419" id="FNanchor_419" href="#Footnote_419" class="fnanchor">[419]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_419" id="Footnote_419" href="#FNanchor_419"><span class="label">[419]</span></a> -<span class="smcap">Desnoiresterres</span>: <i>Vie de Voltaire</i>, t. III, p. 254.</p> -</div> - -<p>Richelieu se donnait corps et âme aux élections -académiques; son esprit d’intrigue y trouvait un -aliment nouveau. Dans le mois de juin de cette même -année 1749, il avait proposé à l’Académie de choisir -son ami le Maréchal de Belle-Isle pour succéder à -feu Amelot: et Belle-Isle, sans se déranger autrement, -avait écrit au Directeur qu’il était très flatté -du grand honneur, etc., etc... Mais, déjà, en ce -temps-là, les Immortels aimaient qu’un candidat -se dérangeât pour solliciter leurs suffrages: démarche -qu’avaient consentie deux concurrents, Poncet -de la Rivière, évêque de Troyes et Montazet, évêque -d’Autun. La Cour les avait départagés en fixant son -choix sur Belle-Isle. Duclos, le secrétaire perpétuel, -souvent bourru jusqu’au cynisme, prétendit que -personne «ne connaissait» le Maréchal, attendu que -celui-ci n’avait écrit, pour poser sa candidature, -qu’au seul Directeur. Belle-Isle n’en fut pas moins -élu à l’unanimité<a name="FNanchor_420" id="FNanchor_420" href="#Footnote_420" class="fnanchor">[420]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_420" id="Footnote_420" href="#FNanchor_420"><span class="label">[420]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. X, p. 158.</p> -</div> - -<p>Deux mois après, autre élection à laquelle Richelieu -prend une part encore plus active. L’évêque -Poncet s’était représenté contre l’abbé Leblanc, -protégé par M<sup>me</sup> de Pompadour. Mais, sur le désir -<span class="pagenum" id="Page_274">[p. 274]</span> -de l’Académie, la Marquise abandonnait son candidat; -et celui-ci cédait la place à Vauréal, évêque -de Rennes, qui était <i lang="la" xml:lang="la">persona grata</i> à ce Boyer, ancien -prélat et détenteur de la feuille des bénéfices, auquel -Richelieu n’avait pas encore pardonné l’injure faite -à sa sœur<a name="FNanchor_421" id="FNanchor_421" href="#Footnote_421" class="fnanchor">[421]</a>. Aussi déclara-t-il, avec une singulière -énergie, démentie, hélas! par ses propres errements, -que la liberté des suffrages n’était plus exactement -observée, que «certains se laissaient aller, non seulement -à faire espérer leur suffrage, mais même à -solliciter des sujets à se présenter, à aller solliciter -avec eux les voix et à briguer en leur faveur...» -Esclave de la tradition et fidèle au principe d’autorité, -il estimait que l’Académie dépendait du roi et -que le monarque avait seul qualité pour déterminer -un choix. Richelieu demandait en conséquence une -nouvelle loi pour réformer de tels abus. Il fallait que -chacun déclarât s’il avait promis ou non sa voix, -et que les délinquants fussent réprimandés en pleine -Académie et suspendus, pendant six mois, de leurs -fonctions.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_421" id="Footnote_421" href="#FNanchor_421"><span class="label">[421]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. X, p. 158.</p> -</div> - -<p>Le cardinal de Luynes répliqua qu’il suffisait -de commenter et d’améliorer la loi existante, d’affirmer -surtout qu’un échec n’avait rien de déshonorant: -autrement personne ne voudrait plus se présenter. -L’Assemblée pencha pour ces mesures d’indulgence; -et d’Olivet, qu’avait vivement apostrophé -Richelieu, fut désigné pour faire partie d’une commission -chargée de légiférer en ce sens. Boyer s’apprêtait -à sortir, quand le Maréchal, le prenant par -le bras, le ramena dans la salle des séances, pour -<span class="pagenum" id="Page_275">[p. 275]</span> -lui recommander, au nom de l’Assemblée, d’inscrire -sur la feuille des bénéfices l’ecclésiastique qui avait -prêché, le jour de la Saint-Louis, dans la chapelle -du Louvre, en présence de l’Académie.</p> - -<p>—«Mais il est trop jeune, fit l’ancien évêque de -Mirepoix.»</p> - -<p>C’était la même réponse qu’en avait reçue jadis -l’abbé de Bernis, alors solliciteur de bénéfices.</p> - -<p>La séance avait été si orageuse, que Fontenelle, -le directeur (il avait 92 ans), avait dû agiter à maintes -reprises sa sonnette<a name="FNanchor_422" id="FNanchor_422" href="#Footnote_422" class="fnanchor">[422]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_422" id="Footnote_422" href="#FNanchor_422"><span class="label">[422]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. X, pp. 157-159.</p> -</div> - -<p>Néanmoins le coup était porté; et, le 2 mars 1752, -«l’Académie souhaitait que ce fût M. le Maréchal -de Richelieu qui se chargeât de présenter les nouveaux -statuts au roi, pour être par lui approuvés -et devenir désormais la loi de l’Académie<a name="FNanchor_423" id="FNanchor_423" href="#Footnote_423" class="fnanchor">[423]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_423" id="Footnote_423" href="#FNanchor_423"><span class="label">[423]</span></a> -<i>Ibid.</i>, t. XI, pp. 457-458.</p> -</div> - -<p>En juillet 1753, une intervention directe de -Louis XV dans une élection, donnait amplement -raison à la thèse de Richelieu, mais était suivie de -nouveaux conflits. Piron, soutenu par M<sup>me</sup> de Pompadour, -avait posé sa candidature. Boyer apporta -au roi, qui vraisemblablement la connaissait déjà, -l’<i>Ode à Priape</i>; et le prince manda aussitôt le président -de Montesquieu, directeur de l’Académie, -pour qu’il signifiât à ses collègues le veto royal dont -était frappée la candidature de Piron. En réponse à cette -communication, Richelieu proposa (et son avis rallia -la majorité) de remettre l’élection à dix jours: -on aurait ainsi tout le temps de choisir un sujet digne -de la Compagnie. Mais d’Olivet, son contradicteur -<span class="pagenum" id="Page_276">[p. 276]</span> -habituel, protesta contre une procédure qu’il qualifiait -«d’insolite et d’indécente». Le jour de l’élection -(ce fut Buffon qui fut nommé), Richelieu rappela -les mots <i>insolite</i> et <i>indécent</i> et demanda si, -dans les règlements académiques, il n’existait pas -de pénalités contre des termes aussi offensants:</p> - -<p>—«Corrigé et pardonné», dit Duclos, «voilà la -loi».</p> - -<p>Et l’Assemblée conclut que d’Olivet n’avait pas -eu conscience de la valeur des adjectifs incriminés<a name="FNanchor_424" id="FNanchor_424" href="#Footnote_424" class="fnanchor">[424]</a>.</p> - -<p>Six mois plus tard, quand il fallut choisir un successeur -à de Boze, ce fut une autre comédie, où le -Maréchal joua le rôle de Scapin. Bougainville avait -toutes les chances d’être élu. Or, Richelieu, assis à -côté du Président Hénault, lui demande à quel candidat -il donne sa voix:</p> - -<p>—«A Bougainville.</p> - -<p>—«Je parie que non.</p> - -<p>—«Vous vous moquez de moi, fait Hénault.»</p> - -<p>La discussion continue jusqu’à ce que Mirabaud -soit appelé à formuler son vote. Et notre homme sort -de sa poche une lettre qu’il lit aux académiciens et -par laquelle le comte de Clermont, prince du sang, -remercie les Immortels de lui avoir offert la place -vacante. C’était la carte ou plutôt le vote forcé. Et -Richelieu qui réclamait en 1749 la liberté des suffrages! -N’importe, il avait gagné la gageure; car le -comte de Clermont l’emportait sur Bougainville qui -aurait eu la majorité<a name="FNanchor_425" id="FNanchor_425" href="#Footnote_425" class="fnanchor">[425]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_424" id="Footnote_424" href="#FNanchor_424"><span class="label">[424]</span></a> -<i>Correspondance</i> de <span class="smcap">Grimm</span> (édition M. Tourneux), t. II, p. 261.</p> - -<p><a name="Footnote_425" id="Footnote_425" href="#FNanchor_425"><span class="label">[425]</span></a> -<i>Ibid.</i>, p. 311.</p> -</div> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_277"> - -<h2>CHAPITRE XXIII</h2> - -<p class="smm"><i>Richelieu à la fois avare et prodigue. — Les affaires Girard -et La Rivière. — Le canal Richelieu. — La Comédie à la -Place Royale. — Comment le Maréchal fait connaissance de -Casanova. — Courroucé, en apparence, contre les Réformés -du Languedoc, il ferme les yeux sur leurs agissements. — Il -est nommé gouverneur de la Guyenne. — Dernier -retour agressif contre M<sup>me</sup> de Pompadour; la jolie -M<sup>lle</sup> Hélie et la petite Murphy. — Un projet matrimonial -de la Marquise.</i></p> - -<p>Des préoccupations d’ordre plus personnel et d’intérêt -moins élevé prenaient place dans la vie, toujours -agitée, de Richelieu.</p> - -<p>Qu’il ait réalisé d’énormes bénéfices dans les -fluctuations quotidiennes de la banque de Law, -comme tant d’autres grands seigneurs du temps, -ou qu’il ait dédaigné de puiser à cette source de -profits scandaleux—nous avons signalé les deux -versions—il n’en reste pas moins constant que, -par la suite, Richelieu ne se fit aucun scrupule de -demander à l’agiotage les ressources qui lui étaient -nécessaires, pour conserver son train de maison, -ou réparer les erreurs de ses prodigalités. Il «vendait, -achetait, spéculait, soutenait ses intérêts avec -férocité<a name="FNanchor_426" id="FNanchor_426" href="#Footnote_426" class="fnanchor">[426]</a>», afin de déployer à l’occasion un faste -inouï, tout en se montrant parfois économe jusqu’à -la lésinerie. D’Argenson, qui le raille volontiers de -ses accès d’avarice, affirme qu’il renvoya un jour -<span class="pagenum" id="Page_278">[p. 278]</span> -rudement le précepteur de son fils, pour n’avoir pas -à lui payer ses émoluments.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_426" id="Footnote_426" href="#FNanchor_426"><span class="label">[426]</span></a> -<span class="smcap">Thirion</span>: <i>Vie privée des financiers au XVIII<sup>e</sup> siècle</i>, 1895, p. 200.</p> -</div> - -<p>Sans parler de ses contestations avec M<sup>me</sup> de -Marsan pour la succession de la maison de Guise<a name="FNanchor_427" id="FNanchor_427" href="#Footnote_427" class="fnanchor">[427]</a>, -ni rappeler son interminable procès avec les propriétaires -du Palais-Royal<a name="FNanchor_428" id="FNanchor_428" href="#Footnote_428" class="fnanchor">[428]</a>, nous voyons figurer son -nom dans des affaires louches et même criminelles, -qui comporteraient une autre solution que le silence -où elles semblent s’évanouir.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_427" id="Footnote_427" href="#FNanchor_427"><span class="label">[427]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>. T. XII, pp. 69-71.</p> - -<p><a name="Footnote_428" id="Footnote_428" href="#FNanchor_428"><span class="label">[428]</span></a> -<span class="smcap">Barbier</span>: <i>Journal</i>, t. V, p. 171 et t. VI, p. 197, septembre 1755.</p> -</div> - -<p>Au mois d’août 1746, Richelieu écrit au lieutenant -de police qu’un «sieur Chapotin», qu’il «ne -connaît pas», a présenté «à son homme d’affaires -un billet de 24.000 livres, signé de son nom et qui -n’est pas de son écriture». Cette valeur avait été -donnée en paiement à Chapotin; et Richelieu demande -que «l’autorité» du magistrat «soit employée -avec célérité pour trouver le coupable<a name="FNanchor_429" id="FNanchor_429" href="#Footnote_429" class="fnanchor">[429]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_429" id="Footnote_429" href="#FNanchor_429"><span class="label">[429]</span></a> -<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i> 11594. -Dossier <i>J. Girard</i>.</p> -</div> - -<p>Celui-ci était un nommé Girard, «commis dans les -cuivres», qui, pour spéculer sur cette matière première, -avait emprunté 22.000 livres à Chapotin, -«contrôleur à la volaille» et lui avait laissé le billet -de 24.000 livres entre les mains, comme nantissement. -Naturellement, Girard fut arrêté et mis sous -les verrous. Il était perdu de dettes et les réclamations -plurent de tous côtés au For Levêque où il -était enfermé. Pour expliquer son prétendu faux, il -déclara simplement que c’était «un billet d’honneur», -dont le détenteur actuel s’était engagé à ne -pas faire usage. En tout état de cause, convaincu -<span class="pagenum" id="Page_279">[p. 279]</span> -d’escroquerie et de faux, Girard aurait dû être, -suivant la justice du temps, conduit, à bref délai, -à la potence; et nous le retrouvons encore, deux -ans après, au For Levêque, où il nargue, le plus impertinemment -du monde, inspecteurs et commissaires -de police! Et rien, dans son dossier, n’indique, ni -même ne laisse pressentir le dénouement de l’affaire.</p> - -<p>Nous connaissons mieux celui du vol La Rivière, -signalé par les contemporains.</p> - -<p>L’abbé de la Rivière, qui avait accompagné, -comme aumônier, Richelieu dans son ambassade de -Dresde, avait soustrait «de l’argent et des effets» -chez le roi de Pologne. Son dossier de la Bastille<a name="FNanchor_430" id="FNanchor_430" href="#Footnote_430" class="fnanchor">[430]</a> -ne permet aucun doute sur sa culpabilité. Richelieu -remerciait, le 25 février 1747, le lieutenant de police -Berryer, d’avoir eu égard au Mémoire que son -intendant lui avait présenté contre le fripon. Il reconnaissait -que la conduite de l’abbé «méritait -correction» et que le magistrat «ferait une très -bonne œuvre», en ordonnant l’arrestation de La Rivière; -mais il estimait qu’il serait «convenable» -de le conduire à Saint-Lazare, prison ordinaire des -ecclésiastiques; toutefois si l’on ne trouvait pas dans -ses effets «qui ne seraient pas de ceux volés», l’argent -nécessaire pour le prix de sa pension, il n’entendait -nullement, lui Richelieu, «rien prendre sur son -compte».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_430" id="Footnote_430" href="#FNanchor_430"><span class="label">[430]</span></a> -<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i> 11680. -Dossier <i>de La Rivière</i>.</p> -</div> - -<p>Pressé de questions et dans l’espoir sans doute -d’un moindre châtiment, La Rivière fit l’aveu de -<span class="pagenum" id="Page_280">[p. 280]</span> -sa bassesse. Heureusement pour lui, le duc obtint -qu’il fût seulement relégué dans la ville d’Alençon. -Et l’abbé, aussitôt sorti de Saint-Lazare, allait -raconter partout que son maître l’avait fait mettre -en liberté, parce qu’il avait reconnu son innocence!</p> - -<p>Était-ce par bonté d’âme?... Soit... Mais comment -expliquer l’affaire Jean Girard?... Richelieu -n’était pas cependant l’indulgence même. Et l’injustice -ne lui coûtait guère, quand l’opération, -tentée sous ses auspices, avortait.</p> - -<p>En 1743, une société s’était fondée pour la construction -et l’exploitation, sous la direction du concessionnaire, -«l’architecte hydraulique» Floquet, d’un -canal destiné à conduire les eaux de la Durance à -Aix, Marseille, Tarascon, etc... Richelieu <ins id="cor_14" title="patrona">patronna</ins> -l’entreprise, mais en profita pour trafiquer et «<ins id="cor_15" title="grapiller">grappiller</ins> -beaucoup d’argent» sur les actions offertes au public<a name="FNanchor_431" id="FNanchor_431" href="#Footnote_431" class="fnanchor">[431]</a>. -Après nombre d’avatars, l’affaire échoua<a name="FNanchor_432" id="FNanchor_432" href="#Footnote_432" class="fnanchor">[432]</a>; et l’on -serait tenté d’attribuer au dépit, éprouvé par -Richelieu, d’un tel insuccès, la longue détention -qu’au dire des contemporains, le Maréchal fit subir -à Floquet<a name="FNanchor_433" id="FNanchor_433" href="#Footnote_433" class="fnanchor">[433]</a>, qui, lui, s’était plaint un peu trop -<span class="pagenum" id="Page_281">[p. 281]</span> -vivement d’avoir été la dupe du grand seigneur.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_431" id="Footnote_431" href="#FNanchor_431"><span class="label">[431]</span></a> -<a name="Footnote_432" id="Footnote_432" href="#FNanchor_432"><span class="label">[432]</span></a> -<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. VII, pp. 320-321, octobre 1752.</p> - -<p><a name="Footnote_433" id="Footnote_433" href="#FNanchor_433"><span class="label">[433]</span></a> -Floquet, dit <span class="smcap">Jobez</span> dans la <i>France sous Louis XV</i> (t. V, p. 230), -Floquet, qui avait reçu les encouragements et les promesses du -Maréchal, mourut à la Bastille, en 1771, pour s’être plaint de Richelieu. -Nous n’avons vu dans les Archives de la prison d’État aucun dossier -sur Floquet. En outre le Manuscrit 20279 de la Bibliothèque Nationale -(Nouvelles acquisitions françaises), qui donne l’historique du <i>Canal -de Provence</i>, dit <i>Canal de Richelieu</i>, de 1736 à 1770, des transformations -de la première Société et des conflits entre «propriétaires -et fournisseurs», ne cite qu’incidemment le nom du Maréchal et -plutôt avec éloge. Au surplus, nous ne connaissons qu’un mémoire -de Floquet, en 1770, sur son «Canal de Richelieu», mémoire dans -lequel il incrimine surtout un de ses successeurs, Bombarde de Beaulieu.</p> -</div> - -<p>En mars 1752, Richelieu s’était enfin décidé à -revenir et à séjourner à la Cour, admis dans le cercle -de la Marquise, s’alliant cette fois aux Noailles et -à Machault pour perdre le comte d’Argenson, toutefois -se prodiguant peu dans l’intimité du roi, et plein -d’un dédaigneux mépris pour les ministres en exercice<a name="FNanchor_434" id="FNanchor_434" href="#Footnote_434" class="fnanchor">[434]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_434" id="Footnote_434" href="#FNanchor_434"><span class="label">[434]</span></a> -<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. VII, p. 159, mars 1752.</p> -</div> - -<p>Il n’en était pas moins le modèle de la ponctualité -dans son service de premier gentilhomme; et -le duc de Luynes, qui s’instruit à son école, continue -à noter les leçons d’étiquette qu’il reçoit de ce maître -ès-protocole. Il assiste un jour, sur ce terrain trop -souvent hasardeux, «à un combat de politesse entre -M. de Richelieu et M<sup>me</sup> de Brancas, l’ancienne dame -d’honneur». Il s’agissait d’offrir au Dauphin ou à -la Dauphine, «un verre d’eau et une serviette»; vraisemblablement -le cas n’avait jamais été prévu; dès -lors, ce ne pouvait plus être qu’un assaut de courtoisie: -enfin, après de «grands compliments de part -et d’autre, ce fut M. de Richelieu qui donna» le -verre et la serviette<a name="FNanchor_435" id="FNanchor_435" href="#Footnote_435" class="fnanchor">[435]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_435" id="Footnote_435" href="#FNanchor_435"><span class="label">[435]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. XII, p. 105, août 1752.</p> -</div> - -<p>Le théâtre était toujours son passe-temps favori: -il devait même avoir dans son hôtel de la Place -Royale une scène portative; car nous apprenons, -par des nouvelles manuscrites de mai 1752, qu’en -ce même mois, «les principaux Comédiens français -vinrent jouer chez lui une comédie en vers et en -cinq actes, de M<sup>me</sup> Denis, ayant pour titre la <i>Coquette -punie</i>», laquelle était franchement -<span class="pagenum" id="Page_282">[p. 282]</span> -«mauvaise<a name="FNanchor_436" id="FNanchor_436" href="#Footnote_436" class="fnanchor">[436]</a>». Voltaire, qui était toujours en Prusse, fut-il -informé de cette représentation? Aucune allusion -dans sa correspondance n’autorise à le croire.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_436" id="Footnote_436" href="#FNanchor_436"><span class="label">[436]</span></a> -<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i> 11846. -Dossier <i>Bousquet de Colomiers</i>.</p> -</div> - -<p>Ce fut à l’Opéra, en 1752, que Richelieu rencontra, -pour la première fois, le fameux aventurier Casanova, -qui avait trouvé, ce jour-là, le moyen de -pénétrer dans la loge de M<sup>me</sup> de Pompadour et qui -raconte assez plaisamment les incidents de cette -entrevue:</p> - -<p>«Comme j’étais enrhumé, je me mouchais souvent. -Un cordon bleu me dit qu’apparemment les fenêtres -de ma chambre n’étaient pas bien fermées. Ce monsieur -que je ne connaissais pas était le Maréchal de -Richelieu. Je lui répondis qu’il se trompait, car mes -fenêtres étaient <i>calfoutrées</i>. Aussitôt toute la loge -part d’un éclat de rire, et je demeurai confondu, -parce que je sentis mon tort: j’aurais dû prononcer: -<i>calfeutrées</i>.»</p> - -<p>Casanova, en effet, parlait le français à l’italienne; -et presque aussitôt, sur une question de Richelieu, -il répondait par une nouvelle énormité, qui eut les -succès de la première et lui valut son entrée chez le -Maréchal. «Celui-ci, continue Casanova, ayant su -qui j’étais de M. Morosini, ambassadeur de Venise, -le pria de me dire que je lui ferais plaisir de lui faire -ma cour<a name="FNanchor_437" id="FNanchor_437" href="#Footnote_437" class="fnanchor">[437]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_437" id="Footnote_437" href="#FNanchor_437"><span class="label">[437]</span></a> -<span class="smcap">Casanova</span>: <i>Mémoires</i> (édit. de Bruxelles, 1863), t. II, p. 199.</p> -</div> - -<p>Mais, bien que désintéressé, en apparence, de -toute intrigue politique, Richelieu «agisse, remarque -d’Argenson, sans paraître agir<a name="FNanchor_438" id="FNanchor_438" href="#Footnote_438" class="fnanchor">[438]</a>», il semble, -<span class="pagenum" id="Page_283">[p. 283]</span> -néanmoins que, pendant trois années, il s’occupe plus -particulièrement de son gouvernement du Languedoc. -La querelle religieuse y sévissait avec la dernière -intensité. Plutôt que de se soumettre, les -protestants préféraient s’expatrier. Aussi, pour prévenir -un exode dont la continuité eût amené la dépopulation -et l’appauvrissement du pays, Richelieu -s’efforçait-il de recommander au grand chancelier -et aux évêques du Languedoc l’établissement d’un -«honnête tolérantisme», susceptible de retenir les -intéressés dans la province<a name="FNanchor_439" id="FNanchor_439" href="#Footnote_439" class="fnanchor">[439]</a>. Le gouvernement, pour -en finir, voulait recourir au suprême argument, toujours -invoqué par les ministres depuis la révocation -de l’Édit de Nantes: envoyer des troupes qui feraient -rentrer dans l’ordre les prétendus rebelles. Richelieu -s’en ouvrit au marquis d’Argenson; et celui-ci, -volontiers prodigue de ces consultations où se complaisait -son mépris de l’humanité, lui conseilla d’être -moins expansif avec les évêques du Languedoc. -Malheureusement, le Maréchal ne pouvait guère -compter sur le roi: Louis XV, «d’une dévotion angélique», -se défendrait de jamais agir contre l’épiscopat<a name="FNanchor_440" id="FNanchor_440" href="#Footnote_440" class="fnanchor">[440]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_438" id="Footnote_438" href="#FNanchor_438"><span class="label">[438]</span></a> -<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. VII, p. 192, mars 1752.</p> - -<p><a name="Footnote_439" id="Footnote_439" href="#FNanchor_439"><span class="label">[439]</span></a> -<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. VII, p. 383, 13 janvier 1753.</p> - -<p><a name="Footnote_440" id="Footnote_440" href="#FNanchor_440"><span class="label">[440]</span></a> -<i>Ibid.</i>, t. VIII, p. 118, septembre 1753.</p> -</div> - -<p>L’intransigeance du haut clergé n’était pas un -des moindres soucis de Richelieu; et déjà, le gouverneur -du Languedoc, pour parer à l’obstruction des -évêques, avait tenté d’entrer en pourparlers avec les -représentants autorisés des religionnaires cévenols. -Une lettre bien curieuse, empruntée aux <i>Archives -wallonnes</i> et datée du 5 décembre 1752, témoigne -<span class="pagenum" id="Page_284">[p. 284]</span> -de la diplomatie, en matière religieuse, du Maréchal, -que soufflait très vraisemblablement dans la coulisse, -son correspondant perpétuel, Voltaire<a name="FNanchor_441" id="FNanchor_441" href="#Footnote_441" class="fnanchor">[441]</a>:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«M. de Richelieu, allant aux États et passant par -Nîmes, dit à un gentilhomme catholique de cette -ville-là, que la Cour avait de bonnes intentions à -l’égard des protestants, mais qu’elle était embarrassée -sur les moyens qu’il y avait à prendre pour -les tranquilliser. Il ajouta: <i>les Évêques sont des diables</i>, -et en même temps il chargea ce gentilhomme -de réfléchir là-dessus et de conférer avec quelques -protestants. En conséquence, quelques jours après, -le même gentilhomme fut trouver un des membres -du Consistoire de Nîmes, et, après lui avoir fait part -de ce que dessus, il le chargea d’en conférer avec -M. Paul (Rabaud<a name="FNanchor_442" id="FNanchor_442" href="#Footnote_442" class="fnanchor">[442]</a>) et d’examiner avec lui ce qu’il -conviendrait de faire, de dresser même un Mémoire -à ce sujet, qu’il se chargerait, lui, gentilhomme, de -remettre en personne à M. le duc de Richelieu, mais -de <i>demander dans ce Mémoire le moins qu’il se pourrait</i>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_441" id="Footnote_441" href="#FNanchor_441"><span class="label">[441]</span></a> -<i>Archives Wallonnes</i> (1734-1797).</p> - -<p><a name="Footnote_442" id="Footnote_442" href="#FNanchor_442"><span class="label">[442]</span></a> -Paul Rabaud, né en 1718, se distinguait par un ardent prosélytisme. -C’était le père du futur Conventionnel, Rabaud Saint-Étienne, -lequel fut ministre, très populaire, de la religion réformée.</p> -</div> - -<p>C’était encore trop, paraît-il, puisque la politique -d’apaisement, préconisée par le gouverneur, n’avait -pas trouvé d’écho, sinon à la Cour, du moins dans -l’épiscopat. Et les ministres ne s’en étaient pas autrement -préoccupés, car ils comptaient bien qu’attelé -à cette tâche ingrate, leur adversaire s’éterniserait -loin, bien loin, de Versailles.</p> - -<p>Richelieu partit donc, en janvier 1754, chargé -<span class="pagenum" id="Page_285">[p. 285]</span> -d’instructions très sévères contre les protestants: -«Il donnait dans le panneau des évêques<a name="FNanchor_443" id="FNanchor_443" href="#Footnote_443" class="fnanchor">[443]</a>», écrit -d’Argenson; et de nouvelles persécutions s’annonçaient -imminentes contre les réformés des Cévennes. -Notre mémorialiste, abusé par les apparences, ne -se doutait guère de la campagne qu’allait mener -Richelieu, cet homme déconcertant, dont toute la -vie fut un tissu de contradictions.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_443" id="Footnote_443" href="#FNanchor_443"><span class="label">[443]</span></a> -<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. VIII, p. 181.</p> -</div> - -<p>Dès son arrivée, il annonçait, avec fracas, qu’il se -montrerait aussi sévère qu’il avait été jusqu’alors -indulgent. Et, comme, en raison de sa réputation -de cupidité, on laissait entendre qu’il avait -reçu des religionnaires de copieux pots-de-vin pour -fermer les yeux sur leurs manœuvres, il fit afficher -qu’on devait «dissoudre toute assemblée de Huguenots, -ne fût-elle que de quatre personnes... que -tous les mariages faits au <i>Désert</i>... eussent à se faire -réhabiliter devant les prêtres catholiques<a name="FNanchor_444" id="FNanchor_444" href="#Footnote_444" class="fnanchor">[444]</a>...»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_444" id="Footnote_444" href="#FNanchor_444"><span class="label">[444]</span></a> -<span class="smcap">Jobez</span>: <i>La France sous Louis XV</i>, t. IV, pp. 374 et suivantes.—Après -la révocation de l’Édit de Nantes, de 1685 à 1787, alors que -les protestants ne jouissaient pas de la liberté de conscience, que -leurs assemblées étaient dispersées par la force et leurs églises rasées, -les ministres du Languedoc et du Vivarais, des Cévennes et -du Dauphiné, les réunissaient pour le prêche, loin de toute habitation, -dans des solitudes auxquelles on donnait le nom général de -<i>Désert</i>.</p> -</div> - -<p>Des deux côtés, on prit au sérieux ce langage de -croque-mitaine. Les amis du clergé voyaient dans -le Maréchal, le digne continuateur de la politique du -grand Cardinal, le défenseur de la foi qui allait exterminer -l’hérésie... Et déjà cinq mille habitants de -Nîmes prenaient le chemin de l’exil<a name="FNanchor_445" id="FNanchor_445" href="#Footnote_445" class="fnanchor">[445]</a>. Mais, soudain, -sans attendre le résultat de ses proclamations -<span class="pagenum" id="Page_286">[p. 286]</span> -et après avoir mis en liberté des protestants qui -étaient restés sous les verrous, au-delà du terme -fixé par leur condamnation, Richelieu décampait -et allait s’enfermer dans son château de Touraine.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_445" id="Footnote_445" href="#FNanchor_445"><span class="label">[445]</span></a> -<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. VIII, p. 241, 5 mars 1754.</p> -</div> - -<p>Saint-Florentin, qui, précédemment, lui avait -adressé des observations pour une longanimité qu’il -taxait de faiblesse, releva cette nouvelle négligence -dans l’accomplissement de la tâche prescrite: «Un -règlement arrêté par le feu roi, écrivait-il à Richelieu, -défend de rendre la liberté à toutes personnes -condamnées aux galères pour fait de religion. Sa -Majesté n’a jamais révoqué ce règlement.»</p> - -<p>Saint-Florentin était un petit esprit, de nature -servile, mais de tempérament rageur; et Richelieu -ne l’aimait guère, d’autant qu’il était cousin-germain -de Maurepas. Nous ignorons ce qu’il répondit -et si même il répondit à ce rappel à l’ordre. Mais il -est probable que la fréquence de tels conflits, jointe -au désir de... l’avancement, commun à tous les fonctionnaires, -si grands soient-ils, dut déterminer le -gouverneur du Languedoc à solliciter du roi un autre -poste, plus digne de son nom et de son mérite. Toujours -est-il qu’en octobre 1755, Richelieu obtenait le gouvernement -de la Guyenne et remettait au Maréchal -de Mirepoix le commandement du Languedoc, en -lui vendant 200.000 livres la lieutenance générale -de la province<a name="FNanchor_446" id="FNanchor_446" href="#Footnote_446" class="fnanchor">[446]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_446" id="Footnote_446" href="#FNanchor_446"><span class="label">[446]</span></a> -<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. IX, p. 114.—Babeau, dans son livre -<i>La Province sous l’ancien régime</i> (t. I, p. 332), dit que Richelieu touchait -annuellement, comme gouverneur de la Guyenne, 99708 livres -sans compter le logement, l’éclairage, le chauffage, etc... Mais, d’après -le <i>Journal</i> de Luynes, le gouvernement du Languedoc donnait -un revenu supérieur.</p> -</div> - -<p>Son prestige gagnait à cette situation nouvelle; -<span class="pagenum" id="Page_287">[p. 287]</span> -et ses pouvoirs devenaient considérables. Il commandait -toute la côte de la Méditerranée et Mirepoix -était sous ses ordres<a name="FNanchor_447" id="FNanchor_447" href="#Footnote_447" class="fnanchor">[447]</a>. Son importance et sa hauteur -n’en semblaient que plus redoutables; ses envieux -voyaient en lui un autre duc d’Épernon. Il -ne gardait plus de mesure et ne craignait pas de -dénigrer ouvertement le roi. M<sup>me</sup> de Pompadour, -«qui le craignait à l’égal du tonnerre», s’était «acquis» -cet ancien adversaire «comme ami à pendre -et à dépendre<a name="FNanchor_448" id="FNanchor_448" href="#Footnote_448" class="fnanchor">[448]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_447" id="Footnote_447" href="#FNanchor_447"><span class="label">[447]</span></a> -Il prenait ainsi sa revanche d’une de ces «tracasseries» (<i>Mémoires -authentiques</i>) que lui avait jadis suscitées la rancune tenace de M<sup>lle</sup> de -Charolais. Désigné en 1738 pour la lieutenance-générale de Bretagne -et déjà félicité dans les Galeries de Versailles (<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, -t. II, <ins id="cor_16" title="«pp.» ajouté">pp.</ins> 83-84), il avait dû se contenter du poste du Languedoc devant -l’opposition irréductible de son ancienne maîtresse.</p> - -<p><a name="Footnote_448" id="Footnote_448" href="#FNanchor_448"><span class="label">[448]</span></a> -<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. IX, p. 173.</p> -</div> - -<p>A vrai dire, Richelieu avait fini par se rendre -compte qu’il ne pourrait avoir raison de la Marquise, -même sur le terrain où il la croyait si vulnérable. -Une double expérience avait achevé de le -convaincre. Ayant constaté, depuis l’avènement et -la faveur de M<sup>me</sup> de Pompadour, que les grandes -dames avaient cessé de plaire au roi et que le prince -s’accommodait beaucoup mieux de petites bourgeoises, -Richelieu s’était tout d’abord inquiété d’opposer -à la maîtresse en titre des rivales de son rang. -Dans les premiers jours de 1747, avait subitement -apparu, à Paris, une jeune fille d’une rare beauté, -M<sup>lle</sup> Hélie, dont le père était un négociant rouennais. -Elle faisait sensation dans les promenades publiques -et ne pouvait sortir qu’escortée d’une foule -de badauds. Les nouvellistes, chargés de renseigner -leurs abonnés ou... le lieutenant de police, racontaient, -<span class="pagenum" id="Page_288">[p. 288]</span> -par le menu, dans leurs feuilles, les divers épisodes -de cette aventure parisienne qui serait restée à jamais -ignorée, sans l’indiscrétion de ces <i>reporters</i> de -l’ancien régime<a name="FNanchor_449" id="FNanchor_449" href="#Footnote_449" class="fnanchor">[449]</a>. Le père de M<sup>lle</sup> Hélie—un homme -exempt de préjugés—eût voulu produire sa fille -à la Cour. Dans ce but, il avait invité Richelieu à -dîner; et la jeune personne avait fait admirer à -Versailles son éblouissante beauté. M<sup>me</sup> de Pompadour -en avait pris ombrage; et Richelieu avait dû -insinuer à l’ambitieux négociant le conseil de laisser -désormais sa fille à Paris. C’était, en réalité, une -manœuvre des plus habiles. M<sup>lle</sup> Hélie, que de riches -financiers demandaient en mariage, était un morceau -de roi, et Richelieu tenait à l’offrir lui-même -à son maître. Aussi avait-il fait du père son commensal, -et lui donnait-il chaque jour de plantureux -festins, auxquels était conviée l’élite de la Cour. Mais -M<sup>lle</sup> Hélie, aussi sage qu’elle était belle, déjoua tous -ces calculs en allant s’enfermer dans un couvent.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_449" id="Footnote_449" href="#FNanchor_449"><span class="label">[449]</span></a> -Lettres du lieutenant de police Marville au comte de Maurepas -(édition de Boislisle), t. III, février et mars 1747. <i>Nouvelles -de café.</i></p> -</div> - -<p>Quelque temps après, le règne de la Marquise était -autrement menacé par la petite Murphy, une délicieuse -créature, âgée de seize ans à peine, jolie -comme les amours, intelligente et spirituelle au possible, -qui tint en échec la Sultane favorite pendant -plus de deux ans. C’était Le Bel qui avait cueilli -pour le roi ce fruit déjà taché, mais qui semblait -chaque jour plus savoureux à son nouveau propriétaire. -Richelieu et le duc d’Ayen, dit d’Argenson, -furent «dans la confidence de la Murphy». Peut-être -le Maréchal trouva-t-il piquant que Louis XV, -<span class="pagenum" id="Page_289">[p. 289]</span> -après avoir dédaigné les plus nobles dames de la -Cour, s’amourachât de la fille d’un savetier, ramassée -par son valet de chambre dans les pires taudis. -Il est vrai que cette gamine avait des gestes d’une -câlinerie adorable. Le jour de la disgrâce du Parlement, -elle avait sauté au cou du roi en lui disant: -«Je ne crains que pour vous, je ne vous aime que -pour vous; arrivera ce qu’il voudra à votre royaume, -mais renvoyez votre vieille marquise.»</p> - -<p>Louis XV ne pouvait déjà plus se passer de cette -«vieille marquise», qui lui épargnait le souci de gouverner, -recevait les ambassadeurs à sa toilette et -«resta toujours le premier ministre», jusqu’à sa -dernière heure.</p> - -<p>La petite Murphy continua donc, mais sans succès, -à réclamer l’expulsion de la maîtresse en titre; -et quand elle eut donné un fils à ce roi qu’elle amusait -par ses saillies et charmait par sa science de volupté, -son amant la maria, pour revenir à la «Grande -Marquise».</p> - -<p>Richelieu s’était résigné depuis longtemps à ce -fatal retour: son flair de courtisan l’avait éloigné -d’une piste qui l’avait un instant égaré. Toutefois, -bien qu’ayant déposé les armes, il ne se rendait pas -complètement à discrétion. Mais M<sup>me</sup> de Pompadour -voulait, comme aux premiers temps de sa faveur, -convertir cette neutralité bienveillante en alliance -formelle. Aussi demanda-t-elle, un jour, résolument -à Richelieu le duc de Fronsac pour la fille qu’elle -avait eue de M. d’Etioles et qui devait mourir, -dans sa dixième année, en juin 1754. Le Maréchal -répondit à la Marquise que, s’il n’avait tenu qu’à -lui, il eût accepté avec empressement une proposition -<span class="pagenum" id="Page_290">[p. 290]</span> -aussi flatteuse, mais que le consentement -à cette union dépendait uniquement de la maison -de Lorraine. M<sup>me</sup> de Pompadour n’insista pas<a name="FNanchor_450" id="FNanchor_450" href="#Footnote_450" class="fnanchor">[450]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_450" id="Footnote_450" href="#FNanchor_450"><span class="label">[450]</span></a> -<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>, t. IX, p. 166.—<i>Mémoires</i> -de M<sup>me</sup> <span class="smcap">du Hausset</span>.—<span class="smcap">Goncourt</span> (Les): <i>M<sup>me</sup> de Pompadour</i>, -1878.—M<sup>is</sup> d’<span class="smcap">Argenson</span>: <i>Mémoires</i>, t. VII, VIII, IX <i>passim</i>.</p> -</div> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_291"> - -<h2>CHAPITRE XXIV</h2> - -<p class="smm"><i>L’alliance de l’Autriche et de la France. — Débuts de la -Guerre de Sept ans; la Prusse alliée de l’Angleterre. — Mariage -de Septimanie, fille de Richelieu, avec le comte -d’Egmont. — Départ du Maréchal pour Minorque: prise -de Citadella; travaux de siège; vaillance du soldat français. — Prise -de Port-Mahon. — Enthousiasme de M<sup>me</sup> de -Pompadour pour «le Minorquin». — Vaine intervention -de Voltaire et de Richelieu pour l’amiral Byng. — Malveillance -du comte d’Argenson. — Le retour, acclamé, -de Richelieu. — Les figues de Minorque.</i></p> - -<p>Le 10 octobre 1756, Voltaire écrivait, des Délices, -au Maréchal de Richelieu:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Souvenez-vous, mon héros, que, dans votre ambassade -à Vienne, vous fûtes le premier qui assurâtes -que l’union des maisons d’Autriche et de -France était nécessaire et que c’était un moyen -infaillible de renfermer les Anglais dans leur île, -les Hollandais dans leurs canaux, le duc de Savoie -dans ses montagnes et de tenir enfin la balance de -l’Europe.»</p> -</div> - -<p>Richelieu fut-il jamais, et de bonne foi, partisan -d’un système d’alliance<a name="FNanchor_451" id="FNanchor_451" href="#Footnote_451" class="fnanchor">[451]</a> si fort en contradiction avec -la politique avunculaire<a name="FNanchor_452" id="FNanchor_452" href="#Footnote_452" class="fnanchor">[452]</a>, qui, d’ailleurs, était celle -<span class="pagenum" id="Page_292">[p. 292]</span> -d’Henri IV et dont la tradition s’était continuée -sous le règne de Louis XIV? C’est assez peu vraisemblable, -surtout en 1725, à l’époque où il avait -pour mission de soustraire l’Espagne à l’influence -autrichienne—moyen détourné, mais sûr, de contribuer -à la pacification de l’Europe. A vrai dire, -un fait nouveau venait de s’imposer à la méditation -des diplomates. Depuis environ trente ans, -une puissance, jusqu’alors sans prestige, presque -une quantité négligeable au lendemain du traité -d’Utrecht, s’était peu à peu formée, constituée, organisée, -affirmée en un mot, devant l’Europe, où -elle prétendait prendre place au Conseil des Nations, -en attendant qu’elle fît, comme elle l’a, depuis, -si souvent répété, «sa trouée dans le monde».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_451" id="Footnote_451" href="#FNanchor_451"><span class="label">[451]</span></a> -Dans ses <i>Mémoires authentiques</i>, Richelieu dit, au contraire, -que le traité de Vienne, œuvre de Bernis «engagea la France dans -une guerre où les généraux et les ministres firent tant de sottises -que l’on fut obligé de faire la paix et de perdre comme à l’ordinaire».</p> - -<p><a name="Footnote_452" id="Footnote_452" href="#FNanchor_452"><span class="label">[452]</span></a> -Alors que, fidèle à la sage politique du chef de la dynastie -bourbonienne, le Cardinal de Richelieu poursuivait, en s’assurant -le concours de divers princes allemands, l’abaissement de la maison -d’Autriche, si dangereuse pour la sécurité et pour l’unité de la France, -la puissance de la Prusse n’existait qu’à l’état embryonnaire. Mais -depuis longtemps, la rapacité des Hohenzollern, ses souverains, -en avait agrandi peu à peu le misérable domaine par l’annexion, -inique et féroce, de provinces voisines. Car la Prusse, quoiqu’elle -ait toujours protesté de son dévouement désintéressé à la cause -de la nationalité allemande, «n’a jamais vécu, suivant la forte expression -de M. Lavisse, (<i>Études sur l’histoire de Prusse</i>) que de l’Allemagne -et non pour l’Allemagne». Avec Frédéric II, elle devenait l’autre -danger. M<sup>me</sup> de Pompadour l’avait découvert... sans le savoir.</p> -</div> - -<p>La Prusse, reconnue, par grâce, comme royaume, -en 1701 et 1713, d’abord faible et incertaine dans -ses alliances en 1725, avait dû, à la science politique, -au génie militaire et surtout à la fourberie -impudente du monarque qui dirigeait ses -destinées depuis 1740, de faire apprécier son importance -et redouter son ambition par les peuples -voisins. Car c’était une nation de proie, dont Frédéric -II flattait, par ses conquêtes, des appétits -qu’il partageait. Il avait profité de la lutte qui -s’était engagée entre la France et l’Autriche, -<span class="pagenum" id="Page_293">[p. 293]</span> -pour arracher à celle-ci une de ses provinces et attendait -impatiemment l’heure de l’affaiblir, elle -ou l’Allemagne, par de nouvelles spoliations. Puis -c’était (la France ne le savait que trop) un allié -d’une fidélité douteuse, d’ailleurs peu scrupuleux -sur le choix des moyens et très inquiétant même pour -ses amis. Aussi ses agissements avaient-ils provoqué -une coalition d’États intéressés à repousser des prétentions -que rien ne justifiait. Se targuant de principes -philosophiques qui n’étaient bien souvent que -des poussées de cynisme, le roi de Prusse avait -cruellement offensé M<sup>me</sup> de Pompadour par des propos -d’une grossièreté inexcusable, pendant que l’impératrice -Marie-Thérèse prodiguait à la Marquise -ses plus flatteuses attentions. Le résultat d’une politique -si contrastée ne se fit pas attendre. Louis XV -laissait plus que jamais sa maîtresse tenir les rênes -du gouvernement; et M<sup>me</sup> de Pompadour eut vite -décidé son amant à signer un traité d’alliance avec -l’Impératrice-reine contre Frédéric II.</p> - -<p>Ainsi débuta cette campagne, si désastreuse pour -la France, qui porte, dans l’Histoire, le nom de -<i>Guerre de Sept ans</i>.</p> - -<p>Le roi de Prusse fut seul, d’abord, avec la Grande-Bretagne, -à soutenir la lutte. Celle-ci avait commencé, -à la fin de 1755, par la capture de bateaux -français dont se saisirent les Anglais, dans la mer -du Nord, avant même que la guerre fût déclarée.</p> - -<p>On décida de répondre à cette félonie en s’emparant -de l’île de Minorque occupée alors par l’Angleterre. -Et Richelieu qui commandait les côtes de -la Méditerranée fut désigné comme chef de l’expédition -projetée.</p> - -<p>Il venait de marier, en février 1756, sa fille -<span class="pagenum" id="Page_294">[p. 294]</span> -Septimanie avec le comte d’Egmont-Pignatelli. La nouvelle -épousée, dit le duc de Luynes, était «grande et -bien faite»; elle avait «le visage agréable et un très -bon maintien<a name="FNanchor_453" id="FNanchor_453" href="#Footnote_453" class="fnanchor">[453]</a>». Mais, comme elle l’écrivait elle-même, -elle «avait le cœur triste<a name="FNanchor_454" id="FNanchor_454" href="#Footnote_454" class="fnanchor">[454]</a>». Elle avait -échangé les plus tendres serments, sous les yeux indulgents -de sa tante l’abbesse du Trésor, avec le -comte de Gisors, l’aimable et noble fils du Maréchal -de Belle-Isle<a name="FNanchor_455" id="FNanchor_455" href="#Footnote_455" class="fnanchor">[455]</a>. Mais en ces temps où l’orgueil nobiliaire -entendait ignorer les questions de sentiment, -la duchesse d’Aiguillon, née Crussol, qui avait élevé -Septimanie comme sa propre fille, avait arrêté en -conseil familial (et on la nommait la Sœur du Pot -des philosophes!) que les maisons de Richelieu et -de Lorraine devaient s’opposer à tout projet d’union -avec l’arrière-petit-fils de Fouquet, le ministre prévaricateur.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_453" id="Footnote_453" href="#FNanchor_453"><span class="label">[453]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. XIV, p. 429, février 1756.</p> - -<p><a name="Footnote_454" id="Footnote_454" href="#FNanchor_454"><span class="label">[454]</span></a> -Comtesse d’<span class="smcap">Armaillé</span>: <i>La comtesse d’Egmont</i>, p. 23.</p> - -<p><a name="Footnote_455" id="Footnote_455" href="#FNanchor_455"><span class="label">[455]</span></a> -<i>Ibid.</i>, p. 39.</p> -</div> - -<p>Richelieu, dont la sécheresse de cœur nous est -connue, ne s’embarrassa pas autrement de la douleur -qu’allait laisser dans cette âme de vierge l’abandon -de son beau rêve: l’amour chaste et pur était -un mythe pour un tel libertin! Ce père égoïste et -vaniteux<a name="FNanchor_456" id="FNanchor_456" href="#Footnote_456" class="fnanchor">[456]</a> ne vit dans l’alliance princière qu’il -imposait à sa fille qu’une illustration nouvelle pour -la maison de Richelieu. Et il témoigna, en cette -<span class="pagenum" id="Page_295">[p. 295]</span> -occurrence, de son esprit de gloriole, par une manifestation -des plus mesquines, mais qu’approuve énergiquement -le duc de Luynes, en admiration perpétuelle -devant ce premier gentilhomme, qui faisait, -chaque jour, du moindre manquement à l’étiquette, -une affaire d’État.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_456" id="Footnote_456" href="#FNanchor_456"><span class="label">[456]</span></a> -Il ne savait même pas respecter sa fille, s’il faut en croire Dugas -de Bois-Saint-Just, dans son livre <i>Paris, Versailles et les provinces</i>. -A l’Opéra, un masque s’acharne après la comtesse d’Egmont. Il -la pousse à bout et ne craint pas de lui dire qu’elle a une fraise -sur la cuisse gauche: «Arrêtez cet homme», ordonne la comtesse -indignée au garde de service. Le masque se découvre: c’est le -Maréchal.</p> -</div> - -<p>«M. de Richelieu n’a pas voulu donner part du -mariage de sa fille par des billets imprimés que l’on -envoie à toutes les portes, mais seulement par des -billets à la main envoyés aux parents; c’est, en effet, -la règle.</p> - -<p>«C’est un véritable abus que d’envoyer des billets -imprimés partout; on en reçoit tous les jours sur -toutes sortes de mariages et auxquels on n’a aucune -raison de prendre part. Lempereur, fameux joaillier, -a marié sa fille depuis peu et a envoyé des billets -imprimés à toutes les portes<a name="FNanchor_457" id="FNanchor_457" href="#Footnote_457" class="fnanchor">[457]</a>.»</p> - -<p>Une mode, qui, par extraordinaire, dure depuis -deux siècles!</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_457" id="Footnote_457" href="#FNanchor_457"><span class="label">[457]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, février 1756, t. XIV, p. 429.</p> -</div> - -<p>Richelieu partit, en mars, avec son gendre et son -fils, le duc de Fronsac, dont le régiment venait d’être -supprimé, un beau régiment, hélas! en son «habit -blanc à revers jonquilles, avec tricorne orné d’un -pompon rose et d’une cocarde à ganse blanche sur -le côté gauche<a name="FNanchor_458" id="FNanchor_458" href="#Footnote_458" class="fnanchor">[458]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_458" id="Footnote_458" href="#FNanchor_458"><span class="label">[458]</span></a> -Comtesse d’<span class="smcap">Armaillé</span>: <i>La comtesse d’Egmont</i>, p. 12.—Ce -régiment de Septimanie avait été formé par Richelieu. Le roi en -avait nommé Fronsac colonel, malgré l’opposition du prince de -Dombes, opposition dont le Maréchal niait la légitimité (<i>Journal</i> -<span class="smcap">de Luynes</span>, t. V, p. 339).</p> -</div> - -<p>C’était sur les instances de l’abbé de Bernis<a name="FNanchor_459" id="FNanchor_459" href="#Footnote_459" class="fnanchor">[459]</a>, à qui -<span class="pagenum" id="Page_296">[p. 296]</span> -le Maréchal devait en grande partie, sa nomination, -que celui-ci se rendait à Marseille, pour presser les -préparatifs de l’expédition, fort retardés à Toulon, -du fait de la Marquise, prétend Soulavie.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_459" id="Footnote_459" href="#FNanchor_459"><span class="label">[459]</span></a> -Frédéric <span class="smcap">Masson</span>: <i>Mémoires et Correspondance du cardinal -de Bernis</i> (Paris, 1878, 2 vol.), t. I, p. 253.—Aussi Richelieu -écrivait-il à Bernis, le 5 mai 1756, une lettre en partie autographe sur -son expédition à Minorque (Appendice du t. I, p. 450. <i>Archives -des affaires étrangères</i>, France, Série brune. T. DCXI).</p> -</div> - -<p>Sans doute, quand Richelieu avait parlé à la Cour -de prendre d’assaut Port-Mahon, ses ennemis -l’avaient traité «d’étourdi et de présomptueux qui -voulait la fin sans les moyens<a name="FNanchor_460" id="FNanchor_460" href="#Footnote_460" class="fnanchor">[460]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_460" id="Footnote_460" href="#FNanchor_460"><span class="label">[460]</span></a> -<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. IX, p. 235.—D’après <span class="smcap">Campardon</span>: -<i>M<sup>me</sup> de Pompadour et la Cour de Louis XV</i>, p. 207, la marquise -aurait dit, en parlant de Richelieu: «Il lui faudrait quelque -bonne disgrâce pour lui apprendre à ne douter de rien.»</p> -</div> - -<p>Mais M<sup>me</sup> de Pompadour tenait trop au succès -d’une guerre, qui était la sienne, pour chercher à -le compromettre, dans le seul but de ridiculiser le -général chargé de diriger les opérations. Jusqu’alors, -par une fatalité constante, Richelieu avait vu -chacune de ses expéditions navales entravée, ou arrêtée, -à l’heure même de son embarquement. Dans -la circonstance présente, «il avait jeté feu et flammes, -car il craignait, avec raison, d’être prévenu par les -Anglais<a name="FNanchor_461" id="FNanchor_461" href="#Footnote_461" class="fnanchor">[461]</a>». D’Argenson, et peut-être Belle-Isle, -devaient être tenus pour responsables d’une telle -négligence. Mais, heureusement, l’activité des Marseillais -avait su rattraper le temps perdu; et, le -9 avril, Richelieu prenait la mer pour débarquer -le 18, à Citadella, capitale de l’île<a name="FNanchor_462" id="FNanchor_462" href="#Footnote_462" class="fnanchor">[462]</a>. Les grenadiers -lui avaient réclamé l’honneur, suivant leur droit, -<span class="pagenum" id="Page_297">[p. 297]</span> -de descendre les premiers à terre<a name="FNanchor_463" id="FNanchor_463" href="#Footnote_463" class="fnanchor">[463]</a>. Et pendant que, -au grand étonnement du gouverneur, Sir Blackney, -demandant le motif d’une telle agression, les troupes -françaises débarquaient sur la plage, «les députés, -les magistrats et tous les corps de la ville» s’entassaient -dans des chaloupes, «pour venir faire leur -soumission» au Maréchal, qui avait envoyé M. d’Albaret, -avec un tambour et quelques grenadiers, -sommer Citadella de se rendre. Le matin, à la vue de -la flotte, trois cents soldats anglais avaient quitté -la ville<a name="FNanchor_464" id="FNanchor_464" href="#Footnote_464" class="fnanchor">[464]</a>, pour se renfermer dans le fort Saint-Philippe -qui commandait la position de Port-Mahon, -«place imprenable, s’il pouvait y en avoir», écrivait -plus tard Richelieu.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_461" id="Footnote_461" href="#FNanchor_461"><span class="label">[461]</span></a> -<i>Mémoires et lettres</i> de <span class="smcap">Bernis</span>, t. I, p. 255.</p> - -<p><a name="Footnote_462" id="Footnote_462" href="#FNanchor_462"><span class="label">[462]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. XV, p. 39.—<span class="smcap">Raoul de Cisternes</span>: -<i>La Campagne de Minorque</i>, d’après le <i>Journal</i> du Commandeur <span class="smcap">de -Glandevez</span> (1899).</p> - -<p><a name="Footnote_463" id="Footnote_463" href="#FNanchor_463"><span class="label">[463]</span></a> -<span class="smcap">Dugas de Bois-Saint-Just</span>: <i>Paris, Versailles et les Provinces</i> -(3 vol., 1817), t. II, p. 82.</p> - -<p><a name="Footnote_464" id="Footnote_464" href="#FNanchor_464"><span class="label">[464]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. XV, pp. 39-40.</p> -</div> - -<p>Les épisodes du siège sont restés célèbres. La -Cour en recevait un «journal» et des «relations» -fréquentes, auxquels Luynes a fait de notables emprunts. -C’étaient souvent des actes d’héroïsme tout -à la gloire du soldat français, témoin ce canonnier, -ancien déserteur, qui se réhabilita par son adresse -et sa vaillance devant l’ennemi<a name="FNanchor_465" id="FNanchor_465" href="#Footnote_465" class="fnanchor">[465]</a>; puis l’ingénieuse -idée, suggérée à Richelieu par Beauvau<a name="FNanchor_466" id="FNanchor_466" href="#Footnote_466" class="fnanchor">[466]</a>, pour combattre -l’ivrognerie qui déshonorait l’armée. Le généralissime -arrêta que tout soldat, convaincu de -s’être enivré, serait déclaré indigne de monter à -l’assaut: ce fut le salut du corps expéditionnaire<a name="FNanchor_467" id="FNanchor_467" href="#Footnote_467" class="fnanchor">[467]</a>. -<span class="pagenum" id="Page_298">[p. 298]</span> -Beauvau rend encore au Maréchal cette justice qu’il -avait su s’entourer d’un état-major, aussi remarquable -par son intelligente bravoure que par sa parfaite -distinction. Lui-même, Richelieu donnait l’exemple -du sang-froid et de l’intrépidité.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_465" id="Footnote_465" href="#FNanchor_465"><span class="label">[465]</span></a> -<span class="smcap">Raoul de Cisternes</span>: <i>La Campagne de Minorque</i>, p. 360. Lettre -de Richelieu au comte d’Argenson, 19 juin 1756.</p> - -<p><a name="Footnote_466" id="Footnote_466" href="#FNanchor_466"><span class="label">[466]</span></a> -<i>Souvenirs de la Maréchale de Beauvau et du Maréchal</i> (1872), -p. 55. Appendice, p. 68.</p> - -<p><a name="Footnote_467" id="Footnote_467" href="#FNanchor_467"><span class="label">[467]</span></a> -On a toujours mauvaise grâce à se citer; nous ne voudrions -pas cependant laisser ignorer que, pendant l’occupation de Minorque, -on joua la Comédie au Camp français, avec cette belle humeur qui -caractérise si bien nos soldats. Voir, à cet égard, dans le <i>Moliériste</i> -de 1888, notre étude sur le répertoire et les acteurs de ce théâtre -improvisé.</p> -</div> - -<p>La Galissonnière, le chef d’escadre qui avait transporté -les troupes à Citadella, contribua singulièrement -à l’issue heureuse de la campagne. Le hasard -avait fait tomber entre ses mains le tableau des -signaux de l’escadre ennemie. En conséquence, le -19 mai, à la hauteur de l’île d’Aire, il attaquait, -avec ses douze vaisseaux, les quatorze de la flotte -anglaise; et bientôt, pour éviter un désastre, les -amiraux Byng et Vouel, déjà fortement éprouvés, -étaient obligés de se réfugier sous les canons de -Gibraltar. Mais, quoique cette victoire eût permis -au Maréchal de resserrer plus étroitement Saint-Philippe, -il n’en réclamait pas moins, lui qui avait -cru l’enlever en un tour de main, de nouveaux -envois de troupes, de munitions et de vivres. Il -reconnaissait d’ailleurs que d’Argenson les lui expédiait -très exactement. Mais ses ennemis de Cour ne -s’en montraient que plus âpres à critiquer les opérations -et à s’en gausser librement. Puis, la plaisanterie -tournait au tragique; on allait jusqu’à prétendre -que Richelieu cherchait la mort, pour ne pas -survivre à son déshonneur. Tout le monde n’était -pas de cet avis, puisque M<sup>me</sup> de Pompadour, elle-même, -adressait, le 28 mai, à Richelieu, ce billet -dans le style familier qui lui était personnel:</p> - -<div class="manuscr"><span class="pagenum" id="Page_299">[p. 299]</span> -<p>«On nous a mandé de Toulon les plus jolies choses -du monde: je les aimerais mieux de vos pattes de -chat... Bonsoir, Monsieur le Minorquin, j’espère -bien fort que vous êtes actuellement en pleine possession. -Je rouvre ma lettre pour vous complimenter -sur la bonne opération de M. de la Galissonnière... -Nous attendons la nouvelle d’un second combat<a name="FNanchor_468" id="FNanchor_468" href="#Footnote_468" class="fnanchor">[468]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_468" id="Footnote_468" href="#FNanchor_468"><span class="label">[468]</span></a> -<i>Correspondance de M<sup>me</sup> de Pompadour</i> (édition Poulet-Malassis, -1878). <i>Lettres à Richelieu.</i></p> -</div> - -<p>Ce fut seulement un mois après, le 28 juin, que -Richelieu emporta d’assaut Saint-Philippe: «Cette -entreprise téméraire, écrit Bernis, lui réussit par la -valeur extraordinaire des troupes, par la mollesse -des assiégés et surtout par l’inexpérience de M. de -Blackney, à qui cependant la nation anglaise éleva -une statue pour consacrer sa belle défense<a name="FNanchor_469" id="FNanchor_469" href="#Footnote_469" class="fnanchor">[469]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_469" id="Footnote_469" href="#FNanchor_469"><span class="label">[469]</span></a> -<i>Mémoires et Lettres du Cardinal de Bernis</i> (édit. Fr. Masson, -1878), t. I, p. 253.—<i>Mémoires authentiques du M<sup>l</sup> de Richelieu</i> -(inédits).</p> -</div> - -<p>Richelieu dépêcha aussitôt son gendre à Versailles -avec les articles de la capitulation. En même temps, -un laquais, parti en chaise de poste, apportait à -M<sup>me</sup> d’Egmont la nouvelle que son mari venait de -débarquer à Marseille. Septimanie se trouvait à la -Comédie italienne quand le courrier lui remit la -dépêche. Elle faillit s’évanouir; et dès que le bruit -de la victoire se répandit dans la salle, ce furent -des «batteries de mains» et des acclamations sans -nombre<a name="FNanchor_470" id="FNanchor_470" href="#Footnote_470" class="fnanchor">[470]</a>. Aussitôt les acteurs, qui évidemment -avaient pris leurs précautions, entonnèrent des chansons -en l’honneur de la maison de Richelieu.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_470" id="Footnote_470" href="#FNanchor_470"><span class="label">[470]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span>, t. VI, p. 335.</p> -</div> - -<p>Fronsac gagna au triomphe de son père la croix -<span class="pagenum" id="Page_300">[p. 300]</span> -de Saint-Louis et la survivance à la charge de premier -gentilhomme de la Chambre.</p> - -<p>L’allégresse fut générale dans tout le royaume, et -M<sup>me</sup> de Pompadour manifesta, la première, sa joie -très vive de ce beau fait d’armes<a name="FNanchor_471" id="FNanchor_471" href="#Footnote_471" class="fnanchor">[471]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_471" id="Footnote_471" href="#FNanchor_471"><span class="label">[471]</span></a> -<i>Mémoires</i> de M<sup>me</sup> <span class="smcap">du Hausset</span> (édition Barrière), p. 60.</p> -</div> - -<p>Voltaire en délira presque. Il avait entretenu avec -Richelieu, pendant la durée du siège, une correspondance -suivie, dans laquelle il n’imaginait jamais de -formules assez élogieuses, pour célébrer la gloire -future de son héros. Mais, en homme pratique qui -n’entend pas laisser au hasard le soin de régler ses -affaires, en historien soucieux de sa documentation, -il demandait au Maréchal, comme il l’avait -déjà fait, en 1752, pour «ses Siècles<a name="FNanchor_472" id="FNanchor_472" href="#Footnote_472" class="fnanchor">[472]</a>», un «petit -journal de son expédition, qu’il «enchâsserait dans -son <i>Histoire générale</i> qui va de Charlemagne jusqu’à -nos jours<a name="FNanchor_473" id="FNanchor_473" href="#Footnote_473" class="fnanchor">[473]</a>». Il avait une foi absolue dans le -succès de l’entreprise. Il avait parié vingt guinées -contre un Anglais qui voyait déjà Richelieu prisonnier -de guerre<a name="FNanchor_474" id="FNanchor_474" href="#Footnote_474" class="fnanchor">[474]</a>... Aussi Voltaire avait-il adressé au -Maréchal un compliment en vers qui disait précisément -le contraire<a name="FNanchor_475" id="FNanchor_475" href="#Footnote_475" class="fnanchor">[475]</a>, «prophétie» en train de courir -tout Paris, du fait peut-être d’un «secrétaire bel -esprit» de Richelieu<a name="FNanchor_476" id="FNanchor_476" href="#Footnote_476" class="fnanchor">[476]</a>. Depuis la victoire du général -en chef, il a déjà reçu des poèmes pour lui: «Je suis, -s’écrie-t-il, le bureau d’adresse de vos triomphes<a name="FNanchor_477" id="FNanchor_477" href="#Footnote_477" class="fnanchor">[477]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_472" id="Footnote_472" href="#FNanchor_472"><span class="label">[472]</span></a> -<a name="Footnote_473" id="Footnote_473" href="#FNanchor_473"><span class="label">[473]</span></a> -<a name="Footnote_474" id="Footnote_474" href="#FNanchor_474"><span class="label">[474]</span></a> -<a name="Footnote_475" id="Footnote_475" href="#FNanchor_475"><span class="label">[475]</span></a> -<a name="Footnote_476" id="Footnote_476" href="#FNanchor_476"><span class="label">[476]</span></a> -<a name="Footnote_477" id="Footnote_477" href="#FNanchor_477"><span class="label">[477]</span></a> -<i>Correspondance de Voltaire</i>, 28 mars, 16 avril, 3 mai, -14 juin, 16 juillet 1756.</p> -</div> - -<p>Mais ce qui fait encore le plus d’honneur à Voltaire, -dans ce débordement de panégyrisme à outrance, -c’est le noble empressement qu’il apporte à solliciter -l’intervention de Richelieu en faveur du malheureux -<span class="pagenum" id="Page_301">[p. 301]</span> -amiral Byng, traduit devant la Cour martiale -qui l’enverra au supplice le 14 mars 1757. Voltaire -écrit, dit-il, au nom d’un Anglais (c’était peut-être -bien lui) qui réclame pour le vaincu le témoignage -du vainqueur: «Un seul mot de vous pourra -le justifier... Vous avez contribué à faire Blackney -pair d’Angleterre; vous sauverez l’honneur et la -vie de l’amiral Byng.» Richelieu ne se déroba pas à -cette généreuse mission. Mais ce fut en vain<a name="FNanchor_478" id="FNanchor_478" href="#Footnote_478" class="fnanchor">[478]</a>. L’Angleterre -traitait ses amiraux battus, comme plus tard -la Convention ses généraux en déroute. Le pacte -avec la victoire ou la mort!</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_478" id="Footnote_478" href="#FNanchor_478"><span class="label">[478]</span></a> -<i>Correspondance de Voltaire</i>, 20 décembre 1756.</p> -</div> - -<p>Si Voltaire avait écrit, le 16 août, au triomphateur, -pour lui rappeler, à propos de «l’envie et de -l’ignorance» qui avaient criblé d’épigrammes l’expédition, -les injures dont Villars avait été accablé avant -Denain, il ne prévoyait guère l’accueil réservé par la -Cour à Richelieu, après la prise de Port-Mahon. -Quelques jours auparavant, le Maréchal, usant d’un -expédient qui lui avait déjà tant de fois servi, écrivait -à d’Argenson le ministre, pour lui demander son -rappel, sous prétexte que sa «santé était mauvaise<a name="FNanchor_479" id="FNanchor_479" href="#Footnote_479" class="fnanchor">[479]</a>». -En réalité, Richelieu savait, à n’en pas douter, que -sa conduite et ses opérations à Minorque étaient -durement critiquées. Sa maîtresse, la duchesse de -Lauraguais, lui continuant, mais avec plus de clairvoyance, -les bons offices de M<sup>me</sup> de Tencin, le tenait -au courant des intrigues nouées contre lui.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_479" id="Footnote_479" href="#FNanchor_479"><span class="label">[479]</span></a> -<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t. XV, p. 193, 16 août.</p> -</div> - -<p>Sa dernière lettre est très explicite:</p> - -<div class="manuscr"><span class="pagenum" id="Page_302">[p. 302]</span> -<p class="rdate">«17 août 1756,</p> - -<p>... «Ce monstre de d’Argenson, tout en prônant -votre victoire, a grand soin d’ajouter que, sans -M. de la Galissonnière, tout aurait échoué. Il fait -entendre qu’il a fait plus que vous, comme si le concours -des forces de terre et de mer n’avait pas été -nécessaire pour cette expédition! Il prétend que vous -avez agi en soldat plus qu’en général, et que vous -devez vos succès, plus au hasard et à des circonstances -heureuses qu’à vos talents. Jugez de ma colère -quand on m’a rapporté ces propos. J’ai été chez le -garde des sceaux qui pense toujours comme je vous -l’ai mandé. Il m’a assuré que le roi lui paraissait -déjà moins satisfait qu’il l’avait été: il va se laisser -gagner et vous perdrez peut-être tout le mérite -d’une superbe expédition.</p> - -<p>«M<sup>me</sup> de Pompadour qui paraît être maintenant -exaltée sur votre compte, peut changer demain. -Je sais que d’Argenson a passé hier quelque temps -chez elle; et je crains qu’il ne jette son venin sur -tout ce qu’il approche. Vous savez par expérience -qu’elle vous aime selon l’occasion, et qu’aujourd’hui -votre amie, elle sera demain contre vous. Il -se présente une foule d’aspirants pour commander; -et sûrement Soubise ne sera pas oublié.</p> - -<p>... «Je vois qu’en général on est fâché de vous -voir victorieux: une bonne défaite les aurait tous -rendus contents... Venez promptement: on doit -toujours profiter du premier moment... Soyez ici -au plus tôt pour dissiper cet essaim de reptiles qui -s’assemblent contre vous dans cette pétaudière.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_303">[p. 303]</span> -«Brûlez cette lettre<a name="FNanchor_480" id="FNanchor_480" href="#Footnote_480" class="fnanchor">[480]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_480" id="Footnote_480" href="#FNanchor_480"><span class="label">[480]</span></a> -M. de Lescure, dans ses <i>Mémoires</i> autobiographiques de Richelieu, -donne cette lettre comme inédite et absolument authentique. -Elle est, au surplus, tout à fait dans le caractère de l’intelligente -créature qui l’écrivit; et l’avenir en démontra suffisamment -la sagacité.</p> -</div> - -<p>Richelieu ne tint pas compte de cette dernière -recommandation: peut-être ne lui parvint-elle pas -en temps utile, car il était de retour à Paris, dans la -nuit du 30 au 31 août, au milieu d’un énorme concours -de peuple qui l’acclamait bruyamment.</p> - -<p>Quand il vint à la Cour, remarque Luynes, «on -le trouva maigri, mais d’ailleurs en bonne santé». -Le roi l’accueillit assez froidement: il se contenta -de lui demander s’il avait mangé des figues de Minorque: -«On les dit excellentes», ajoutait Louis XV, -qui, à l’exemple de tous les Bourbons, prisait fort -les plaisirs de la table.</p> - -<p>Quant à d’Argenson, il «chercha querelle» à Richelieu -pour son retour, et «rejeta la chose sur Madame, -qui en était enthousiasmée et ne l’appelait -que le Minorquin<a name="FNanchor_481" id="FNanchor_481" href="#Footnote_481" class="fnanchor">[481]</a>». Il donna encore au Maréchal -d’autres preuves de sa malveillance, en écourtant -«la liste de grâces» que lui avait proposée le vainqueur -de Port-Mahon. Celui-ci, prudemment, «se -tint alors derrière le rideau pour frapper contre les -deux partis», aussi bien d’Argenson que la Marquise -et Bernis<a name="FNanchor_482" id="FNanchor_482" href="#Footnote_482" class="fnanchor">[482]</a>.</p> - -<p>L’attentat de Damiens précipita la crise.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_481" id="Footnote_481" href="#FNanchor_481"><span class="label">[481]</span></a> -M<sup>me</sup> <span class="smcap">du Hausset</span>: <i>Mémoires</i> (édition Baudouin, 1824), p. 75.</p> - -<p><a name="Footnote_482" id="Footnote_482" href="#FNanchor_482"><span class="label">[482]</span></a> -<i>Mémoires</i> de d’<span class="smcap">Argenson</span>, t. IX, p. 348, novembre 1756.</p> -</div> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_304"> - -<h2>CHAPITRE XXV</h2> - -<p class="smm"><i>Une déconvenue de Richelieu. — L’attentat de Damiens: -c’est le Maréchal qui fait arrêter l’assassin. — Démarche -adroite de Richelieu auprès de M<sup>me</sup> de Pompadour. — Son -intervention, inutile, mais désirée par le roi, auprès -de l’archevêque de Paris. — Réconciliation publique de -la Marquise avec Richelieu. — Elle vaut au Maréchal -de remplacer, à l’armée de Westphalie, le comte d’Estrées, -le vainqueur d’Hastembeck.</i></p> - -<p>L’année 1757 s’était ouverte pour le Maréchal -sur une pénible impression. Quoique légèrement -estomaqué par une réception répondant mal à son -espoir d’une rentrée triomphale, l’adroit et ambitieux -courtisan n’avait point abdiqué ses prétentions -au poste de premier ministre, prétentions qu’il -croyait plus justifiées que jamais, sans toutefois -les avouer trop hautement. Aussi, quelle ne dut pas -être sa déception, quand il vit ses espérances, sinon -anéanties, du moins ajournées par une nomination -imprévue! Les <i>Mémoires</i> de Bernis nous tracent, -le 2 janvier, un amusant croquis de la scène:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Le Maréchal de Richelieu qui remplissait cette -année la charge de premier gentilhomme de la -Chambre, me dit, un quart d’heure avant que le roi -lui ordonnât de m’appeler pour me faire asseoir au -Conseil:</p> - -<p>—«Mais, pourquoi, ayant tant d’affaires à traiter -avec le roi et ses ministres, ne demandez-vous pas -les entrées de la Chambre? Si vous voulez, je me -chargerais d’en faire la proposition au roi. Je lui -<span class="pagenum" id="Page_305">[p. 305]</span> -répondis, en riant, que j’acceptais volontiers ses offices. -Il fut fort étonné, un instant après, d’entendre -le roi me dire:</p> - -<p>—«L’abbé de Bernis, prenez place au Conseil<a name="FNanchor_483" id="FNanchor_483" href="#Footnote_483" class="fnanchor">[483]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_483" id="Footnote_483" href="#FNanchor_483"><span class="label">[483]</span></a> -<i>Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis</i> (édition Frédéric -Masson), 2 vol., 1878, t. I, p. 312. Bernis ne fut secrétaire d’État -aux affaires étrangères que le 27 juin 1757.—Richelieu, dans ses -<i>Mémoires authentiques</i>, consacre une notice des plus curieuses à -Bernis, qu’il appelle une «comète qui avait bien une queue très longue, -mais à qui il manquait une tête» capable de tenir dignement -sa place dans le Conseil. Richelieu signale les origines du ministre, -ses liaisons féminines, surtout avec M<sup>me</sup> de Pompadour, dont il était, -à l’occasion, le <i>teinturier</i>.</p> -</div> - -<p>Le protégé de M<sup>me</sup> de Pompadour, que Louis XV -voulait déjà nommer ministre d’État, dans les derniers -jours de décembre 1756, aurait pu écrire <i>stupéfié</i>, -pour ne pas dire <i>indigné</i>. Eh quoi! ce prestolet -d’abbé, parce qu’il avait su plaire à la favorite, entrait -tout droit au Conseil, alors que lui, duc de Richelieu, -Maréchal de France, illustre par sa naissance -et par ses victoires, restait une fois de plus -dans l’antichambre ministérielle!</p> - -<p>Trois jours après, un coup de théâtre, autrement -inattendu, devait surprendre et bouleverser la Cour -de Versailles. Le 5 janvier, à la tombée du crépuscule, -Louis XV allait quitter le palais pour se rendre -à Trianon. Son carrosse l’attendait sous la voûte; -et le prince, assez mal éclairé par la lueur incertaine -de deux flambeaux, atteignait déjà la dernière marche, -quand il s’écria:</p> - -<p>—«Duc d’Ayen, on vient de me donner un coup -de poing.» Grand émoi. Le Maréchal de Richelieu, -qui était derrière le roi, s’écrie à son tour:</p> - -<p>—Qu’est-ce que c’est que cet homme avec son -<span class="pagenum" id="Page_306">[p. 306]</span> -chapeau? Le roi tourne la tête, il porte la main à -son côté, la retire pleine de sang et dit:</p> - -<p>—Je suis blessé: qu’on l’arrête et qu’on ne le -tue pas.»</p> - -<p>Damiens, qui avait frappé Louis XV, «était rentré -si vivement par la trouée qu’il avait faite que personne -n’avait vu le coup<a name="FNanchor_484" id="FNanchor_484" href="#Footnote_484" class="fnanchor">[484]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_484" id="Footnote_484" href="#FNanchor_484"><span class="label">[484]</span></a> -<i>Journal</i> du duc <span class="smcap">de Croÿ</span> (édit. de Grouchy et Cottin, 1906), -t. I, p. 365. Les relations de l’attentat de Damiens sont fort nombreuses, -et, sauf quelques variantes sans intérêt, concordent assez -bien dans tous leurs détails. Nous avons choisi de préférence celle -de Croÿ qui met plus directement en scène Richelieu.—Le Maréchal -ne put témoigner au procès; il était parti pour l’armée.</p> -</div> - -<p>Mais lui seul était resté couvert; et ce fut la remarque -de Richelieu qui le fit arrêter aussitôt par -un valet de pied et par un garde du corps.</p> - -<p>Avec une présence d’esprit qui ne l’abandonnait -pas dans les circonstances les plus critiques, le Maréchal, -malgré son dépit et ses rancœurs, comprit -tout le parti qu’il pouvait tirer de la situation; et, -comme s’il eût été, par destination, le conseil et -l’appui des favorites dans l’embarras, il s’échappa -du chevet du roi pour aller trouver M<sup>me</sup> de Pompadour -qu’on avait éloignée et lui offrir, avec ses consolations, -le réconfort d’un absolu dévouement<a name="FNanchor_485" id="FNanchor_485" href="#Footnote_485" class="fnanchor">[485]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_485" id="Footnote_485" href="#FNanchor_485"><span class="label">[485]</span></a> -<span class="smcap">Faur</span>: <i>Vie privée</i>, t. II, p. 173.—D’après <span class="smcap">Soulavie</span> (<i>Mémoires -de Richelieu</i>, t. IX, p. 159), M<sup>me</sup> de Pompadour se serait -plainte, au contraire, que, dans cette période critique, le Maréchal -n’avait pas eu pour elle «tous les égards qui lui étaient dûs».</p> -</div> - -<p>La blessure du roi était insignifiante. Et l’amant -revint à sa maîtresse, comme il était déjà revenu à -M<sup>me</sup> de Châteauroux.</p> - -<p>La Marquise, plus que jamais en crédit, obtint -l’exil de d’Argenson<a name="FNanchor_486" id="FNanchor_486" href="#Footnote_486" class="fnanchor">[486]</a> aux Ormes et de Machault, qui -l’avait trahie, dans sa terre d’Arnouville.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_307">[p. 307]</span> -Mais le plus difficile restait à faire.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_486" id="Footnote_486" href="#FNanchor_486"><span class="label">[486]</span></a> -<i>Les Mémoires authentiques</i> contiennent de très piquants détails -sur la disgrâce de ce ministre, qui «se croyait sûr de faire chasser -M<sup>me</sup> de Pompadour, parce que, pensait-il, le roi ne le renverrait -jamais»; tel ce dialogue entre Richelieu et Maillebois, neveu de d’Argenson: -<i>Maillebois</i>, d’un ton joyeux: «Le Machault vient de partir.—<i>Richelieu</i>: -Et votre oncle aussi.»</p> -</div> - -<p>La situation intérieure de la France était singulièrement -troublée depuis cinq ans. Les querelles -religieuses l’emportaient, par moments, sur les conflits -politiques, quand elles ne les déterminaient pas. Le -jansénisme, en majorité au Parlement, luttait contre -le haut clergé, qui, depuis les premières années du -<em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, entendait imposer à tous les fidèles, -d’accord avec le Gouvernement, une adhésion sans -réserves à la <i>Constitution Unigenitus</i>, œuvre de la -diplomatie Vaticane. La résistance s’était surtout accentuée -en 1752. Pour la vaincre, les évêques avaient -interdit aux curés de donner les sacrements aux -jansénistes. Versailles avait pris parti pour l’épiscopat. -Et cependant nombre de courtisans—Richelieu -tout le premier—étaient plutôt imbus de l’esprit -philosophique, en opposition avec l’intolérance cléricale. -Mais il fallait sauvegarder quand même le principe -d’autorité, partant la religion officielle, puisque -le Gouvernement approuvait la campagne des évêques. -Or, le Parlement la combattit et bientôt, -devant le refus du roi d’accueillir ses remontrances, -cessa de rendre la justice (5 mars 1753). Les conseillers, -exilés à Pontoise, ne furent rappelés qu’en -1754, mais ils n’avaient pas désarmé; et quand la -guerre éclata en 1756, ils se défendirent d’enregistrer -les nouveaux impôts réclamés par le ministère. -Il fallut recourir à de nombreux expédients pour -trouver les ressources qu’exigeaient les circonstances. -Mais, après l’attentat de Damiens, le -<span class="pagenum" id="Page_308">[p. 308]</span> -Gouvernement dut passer par de nouvelles épreuves.</p> - -<p>Beaumont, l’archevêque de Paris, voulait alors -faire d’une pierre deux coups. Devant l’effroi du monarque -qui s’était cru, sur l’heure, mortellement -frappé, il s’était demandé s’il ne pouvait recommencer -l’éviction de Metz; et d’autre part il n’avait -pas craint de dire que «le crime avait été commis -par trahison et de dessein prémédité dans le Palais». -Le Parlement n’aurait su être mieux visé<a name="FNanchor_487" id="FNanchor_487" href="#Footnote_487" class="fnanchor">[487]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_487" id="Footnote_487" href="#FNanchor_487"><span class="label">[487]</span></a> -<i>Mémoires historiques et anecdotes de la Cour de France</i>, par <span class="smcap">Soulavie</span>, -1802, p. 335.</p> -</div> - -<p>M<sup>me</sup> de Pompadour, qui se sentait atteinte, obtint -du roi l’exil de l’archevêque. Mais Louis XV, avant -de le faire signifier au prélat, avait envoyé auprès -de lui Richelieu en négociateur. C’était déjà, en -cette qualité, qu’il avait été accrédité par le roi auprès -du premier président, lors de l’exil des parlementaires -à Pontoise. Et cette mission, qui réussit, -n’avait pas laissé que d’être laborieuse. Les procureurs -généraux, que le Maréchal avait choisis comme -intermédiaires, répétaient à l’envi que le roi s’était -compromis par son coup d’autorité.</p> - -<p>Richelieu fut moins heureux avec Beaumont. Il -le pria, au nom du prince, de se montrer plus conciliant, -de donner la paix à l’Église et de ne plus insister -sur la production des billets de confession -qu’on exigeait des agonisants; il lui promit, en -échange, de réprimer les écarts du Parlement.</p> - -<p>—«Qu’on dresse un échafaud au milieu de ma -cour, répliqua fièrement le prélat, et j’y monterai -pour soutenir mes droits... car ma conscience ne me -permet aucun accommodement.»</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_309">[p. 309]</span> -Richelieu riposta à l’archevêque que sa conscience -était une lanterne sourde qui n’éclairait que lui.—Et -Louis XV «abandonna Beaumont à son -conseil<a name="FNanchor_488" id="FNanchor_488" href="#Footnote_488" class="fnanchor">[488]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_488" id="Footnote_488" href="#FNanchor_488"><span class="label">[488]</span></a> -<i>Mémoires historiques et anecdotes de la Cour de France</i>, par <span class="smcap">Soulavie</span>, -1802, p. 335.—<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires de Richelieu</i>, t. VIII, -pp. 306 et suiv.</p> -</div> - -<p>La Marquise eût donc été mal venue à maintenir -d’anciens griefs contre un galant homme qui paraissait -avoir oublié tous les siens<a name="FNanchor_489" id="FNanchor_489" href="#Footnote_489" class="fnanchor">[489]</a>, puisqu’il venait de servir -avec un tel désintéressement la cause et les intérêts -de M<sup>me</sup> de Pompadour si violemment attaquée -par de puissants ennemis. Ne devait-elle pas, -au contraire, le payer de retour? Et l’occasion s’en -présentait, personne n’ignorant que Richelieu brûlait -d’aller conquérir de nouveaux lauriers au-delà -du Rhin. On prétendait que la duchesse de Lauraguais -cabalait, sans relâche, en faveur de son -amant, furieux<a name="FNanchor_490" id="FNanchor_490" href="#Footnote_490" class="fnanchor">[490]</a> de la nomination du Maréchal -comte d’Estrées, comme généralissime des troupes -françaises en Allemagne; mais une influence, autrement -prépondérante, était acquise à Richelieu<a name="FNanchor_491" id="FNanchor_491" href="#Footnote_491" class="fnanchor">[491]</a>, -celle du fournisseur des armées, Pâris-Duverney. Ce -«général des farines», ainsi que l’avait appelé le -Maréchal de Noailles, était très écouté dans les Conseils -du roi, d’autant qu’il était grand ami de M<sup>me</sup> de -<span class="pagenum" id="Page_310">[p. 310]</span> -Pompadour<a name="FNanchor_492" id="FNanchor_492" href="#Footnote_492" class="fnanchor">[492]</a>. Il se piquait de connaissances militaires -que faisait valoir une éloquence ardente et -persuasive; c’était son plan dans l’expédition de -Minorque qui, paraît-il, avait été adopté; et, naturellement, -il en proposait un autre pour la guerre -contre la Prusse et ses alliés, auquel Richelieu accordait -ses préférences, et qu’il suivrait, sans nul -doute, s’il remplaçait d’Estrées.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_489" id="Footnote_489" href="#FNanchor_489"><span class="label">[489]</span></a> -Le seul reproche qu’il lui faisait, c’était «d’avoir été trop faible -pour ce monstre de d’Argenson.» (<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires de Richelieu</i>, -t. IX, p. 162.)</p> - -<p><a name="Footnote_490" id="Footnote_490" href="#FNanchor_490"><span class="label">[490]</span></a> -<i>Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis</i> (édit. Frédéric -Masson), t. I, p. 391.</p> - -<p><a name="Footnote_491" id="Footnote_491" href="#FNanchor_491"><span class="label">[491]</span></a> -<i>Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis</i> (édit. Frédéric Masson), -t. I, p. 392. «Pâris-Duverney, depuis la mort des Maréchaux -de Saxe et de Löwendahl, et la prise de Minorque, s’était mis en tête -que le Maréchal de Richelieu était aussi homme de guerre qu’homme -de cour et d’intrigue.»</p> - -<p><a name="Footnote_492" id="Footnote_492" href="#FNanchor_492"><span class="label">[492]</span></a> -«L’homme de confiance», dit M<sup>me</sup> <span class="smcap">du Hausset</span> (<i>Mémoires</i>, -p. 126).</p> -</div> - -<p>Mais, pour que le projet aboutît, il fallait, de -toute nécessité, une réconciliation publique, partant -éclatante, entre la Marquise et son ancien adversaire.</p> - -<p>Le... cérémonial en fut réglé, de manière à ménager -l’amour-propre des deux parties:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Il fut convenu qu’à Choisy le moment où le roi -serait debout, environné de sa Cour, pendant le -café, serait celui du raccommodement. Le Maréchal -de Richelieu, debout et dans le cercle, se présenterait -alors vis-à-vis de M<sup>me</sup> de Pompadour. Stainville -(le futur duc de Choiseul) irait causer une minute -avec elle et viendrait prendre par la main M. le -Maréchal de Richelieu.</p> - -<p>«Ce qui fut fait avec toute l’authenticité convenable<a name="FNanchor_493" id="FNanchor_493" href="#Footnote_493" class="fnanchor">[493]</a>...» -Soulavie ajoute que la Marquise montra -«beaucoup d’embarras...», le Maréchal ayant désiré -la publicité de cette réconciliation, «pour qu’il ne -fût pas douteux que c’était M<sup>me</sup> de Pompadour -elle-même qui avait demandé le raccommodement».</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_493" id="Footnote_493" href="#FNanchor_493"><span class="label">[493]</span></a> -<i>Mémoires de Richelieu</i> (édition Soulavie), t. IX, pp. 162-163.</p> -</div> - -<p>Nous nous en tenons à notre version première: -tous deux avaient trop d’intérêt à ce rapprochement, -<span class="pagenum" id="Page_311">[p. 311]</span> -pour en avoir subordonné la sanction aux -exigences de l’étiquette ou aux satisfactions d’une -vanité puérile.</p> - -<p>D’autre part, s’il faut en croire Faur, M<sup>me</sup> de -Pompadour avait de profondes rancunes contre le -Maréchal d’Estrées<a name="FNanchor_494" id="FNanchor_494" href="#Footnote_494" class="fnanchor">[494]</a> qui aurait fait pendre un «vivrier» -protégé de la Marquise, convaincu de prévarication<a name="FNanchor_495" id="FNanchor_495" href="#Footnote_495" class="fnanchor">[495]</a>. -Mais, elle-même, n’était-elle pas accusée, -depuis longtemps<a name="FNanchor_496" id="FNanchor_496" href="#Footnote_496" class="fnanchor">[496]</a>, par l’opinion publique, de s’être -effrontément enrichie par des gains illicites sur les -fournitures de l’armée et par la vente de tous emplois -au plus offrant et dernier enchérisseur? Et, -par la nomination de Richelieu, ne s’assurait-elle -pas, pour de futures opérations du même genre, la -complicité du silence, chez un homme si peu scrupuleux, -lui aussi, en pareille matière<a name="FNanchor_497" id="FNanchor_497" href="#Footnote_497" class="fnanchor">[497]</a>?</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_494" id="Footnote_494" href="#FNanchor_494"><span class="label">[494]</span></a> -D’Estrées aurait eu de graves démêlés avec le prince de Soubise, -favori de la Marquise (<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span>, t. VI, p. 551).</p> - -<p><a name="Footnote_495" id="Footnote_495" href="#FNanchor_495"><span class="label">[495]</span></a> -<span class="smcap">Faur</span>: <i>Vie privée</i>, t. II, p. 175.</p> - -<p><a name="Footnote_496" id="Footnote_496" href="#FNanchor_496"><span class="label">[496]</span></a> -A la fin de 1751, la voix publique s’était élevée, si menaçante, -contre de tels agissements, que la police reçut l’ordre de rechercher -l’origine et la source de ces imputations scandaleuses. L’enquête -fut confiée à cet intelligent et adroit inspecteur que nous avons -déjà signalé, Meusnier; et son rapport conclut, comme bien on -pense, au mal fondé de toutes ces récriminations, mais il faut savoir -lire entre les lignes de ce document, chef-d’œuvre de diplomatie -policière, qui débute ainsi: «Il serait assez difficile de dissuader -tout Paris que la plupart des grâces, qui s’obtiennent, soit à la -Cour, soit dans la finance, par le crédit de M<sup>me</sup> la Marquise, ne -soient <i>conditionnelles</i>, c’est-à-dire que tel qui n’a pas d’offres à -faire pour exprimer sa reconnaissance, est sûr d’échouer.» (<i>Nouvelle -Revue rétrospective</i> de M. Paul Cottin du 10 oct. 1892.)—<span class="smcap">Bibl. -de l’Arsenal</span>, mss. 10251.</p> - -<p><a name="Footnote_497" id="Footnote_497" href="#FNanchor_497"><span class="label">[497]</span></a> -Le duc de Richelieu récompensa le service que lui rendit M<sup>me</sup> de -Pompadour «en fermant ses yeux sur l’irrégularité du trafic qu’elle -faisait de toutes les places dans la partie des fourrages. Elle nommait -intendants, commis, etc., ceux qui avaient donné le plus». -(M<sup>lle</sup> <span class="smcap">de Fauques</span>: <i>Histoire de M<sup>me</sup> la Marquise</i>, p. 110.)</p> -</div> - -<p>Quelle que fût la cause qui détermina le rappel du -<span class="pagenum" id="Page_312">[p. 312]</span> -comte d’Estrées, celui-ci ignorait sa disgrâce, alors -qu’il battait à plate couture, près d’Hastembeck<a name="FNanchor_498" id="FNanchor_498" href="#Footnote_498" class="fnanchor">[498]</a>, -le duc de Cumberland, fils du roi d’Angleterre, commandant -en chef des alliés de Frédéric. La nomination -de Richelieu, qu’il apprit presque aussitôt, -était tenue encore secrète, que les équipages du Maréchal -étaient en route pour Strasbourg. Mais cette -désignation était, en quelque sorte, pressentie par -Voltaire, qui, dans sa correspondance avec son héros, -l’appelait de tous ses vœux:</p> - -<p>«Vous n’aviez pas déplu à la mère (ce fut un des -romans de son ambassade à Vienne), vous serez le -vengeur de la fille (8 décembre 1756)...<a name="FNanchor_499" id="FNanchor_499" href="#Footnote_499" class="fnanchor">[499]</a>»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_498" id="Footnote_498" href="#FNanchor_498"><span class="label">[498]</span></a> -Grâce au concours de Bréhan et de Chevert, et sur les instances -de Belle-Isle, ami du Maréchal d’Estrées, «qui avait pénétré les -intrigues secrètes de Pâris-Duverney, Richelieu et M<sup>me</sup> de Pompadour», -écrit Duclos (<i>Mémoires</i>, t. II, p. 285), heureux de trouver -cette nouvelle occasion de déverser sa bile sur Richelieu, sa bête -noire.—«La plate bataille soit dit entre nous», (lettre de Bernis -à Stainville, du 1<sup>er</sup> août 1757).</p> - -<p><a name="Footnote_499" id="Footnote_499" href="#FNanchor_499"><span class="label">[499]</span></a> -Faut-il rappeler que, dans la campagne d’ineptes et abominables -calomnies, poursuivie contre Marie-Antoinette, on racontait, -en 1784, qu’elle était la fille du Maréchal de Richelieu... ou -du roi de Prusse? (<i>Bibliothèque Nationale</i>, mss. 10364, de <span class="smcap">Lefebvre -de Beauvray</span>).</p> -</div> - -<p>Si Voltaire ne craignait «une balle vandale pour -l’estomac de Richelieu», il voudrait voir «la <i lang="it" xml:lang="it">furia -francese</i> des soldats» du Maréchal, «contre le pas -de mesure et la grave discipline» des Prussiens, -(3 janvier 1757)...» «Je vous attends toujours dans -le Conseil, dit-il, ou à la tête d’une armée (19 février)...»</p> - -<p>Et lorsque, enfin, Richelieu est parvenu à son but, -Voltaire, après lui avoir rappelé la fameuse machine -de guerre, combinée par Florian, le père du fabuliste -et par Montigny de l’Académie des Sciences, ces -<span class="pagenum" id="Page_313">[p. 313]</span> -«chars romains», ou «assyriens», qui, avec 600 hommes -et 600 chevaux, doivent faucher en plaine une armée -de 10.000 combattants, Voltaire s’écrie, le 19 juillet: -«Je souhaite que vous preniez prisonnier Frédéric.»</p> - -<p>Le 25 août, il affirme encore plus énergiquement -son espoir:</p> - -<p>«Vous ne traiterez pas mollement cette affaire-là; -et, soit que vous ayiez en tête le duc de Cumberland, -soit que vous vous adressiez au roi de Prusse, -il est certain que vous agirez avec la plus grande -vigueur.»</p> - -<p>Le 5 août, Richelieu, à la tête de troupes fraîches, -avait rejoint l’armée de Westphalie, à Oldenbourg, -où Valfons signale, avec enthousiasme, son arrivée -et son aménité «caressante pour tout le monde». -Son dialogue avec le jeune officier qu’il a reconnu, -donne la note de cette entrée en scène:</p> - -<p>—«C’est moi qui le premier vous ai mis dans le -chemin de la gloire... A présent nous vivrons souvent -ensemble.</p> - -<p>—«Je le désire, Monsieur le Maréchal, mais à la -façon dont je fais mon métier, on n’est pas toujours -sûr de la durée de ce bonheur-là<a name="FNanchor_500" id="FNanchor_500" href="#Footnote_500" class="fnanchor">[500]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_500" id="Footnote_500" href="#FNanchor_500"><span class="label">[500]</span></a> -Marquis <span class="smcap">de Valfons</span>: <i>Souvenirs</i> (2<sup>me</sup> édition Émile-Paul), -p. 282.</p> -</div> - -<p>D’après les <i>Souvenirs</i> de M<sup>me</sup> de Beauvau (p. 60), Richelieu avait -consulté son ancien compagnon d’armes à Minorque sur la conduite -à tenir en Allemagne, pour faire observer la discipline dans les rangs -de l’armée. Il présenta au roi des Mémoires de Beauvau qui concluaient -au ravitaillement régulier et complet des troupes privées de vivres et -de ce fait indisciplinées. Le Maréchal de Belle-Isle, bientôt ministre -de la guerre, ordonna aussitôt d’augmenter la ration des troupes.</p> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_314"> - -<h2>CHAPITRE XXVI</h2> - -<p class="smm"><i>Campagne de Hanovre. — Instructions données au Maréchal -de Richelieu. — Sa marche foudroyante. — La -Convention de Closter-Seven. — L’imprudence du vainqueur. — Appréhensions -de Frédéric II. — Désaccord -de Bernis avec Richelieu: tergiversations de la Cour de -Versailles et mauvaise foi du Cabinet de Saint-James. — Sommations -tardives et impuissantes du Maréchal -aux chefs de l’armée vaincue. — Conséquences du désastre -de Rosbach. — Entrée en campagne de Ferdinand -de Brunswick. — Comment Richelieu le contient. — Il -demande son rappel: le comte de Clermont le remplace.</i></p> - -<p>Nous sommes arrivé au point culminant de la -vie politique et militaire du Maréchal de Richelieu, -à ce moment critique, où la Fortune, qui semblait -l’avoir pris par la main, pour le conduire, en pleine -lumière, aux plus hautes destinées, se déroba tout-à-coup, -le laissant, au milieu des ténèbres, dans le -plus complet désarroi. Il volait au triomphe et se vit -soudain entravé. Il était le maître à Closter-Seven -et ne sut empêcher Rosbach.</p> - -<p>Un de ses panégyristes à outrance, qui se pose -trop volontiers en profond psychologue, résume -assez bien cette étrange situation de Richelieu, réserve -faite du rôle tendancieux attribué par l’historien -à la coterie philosophique:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«L’auteur a trouvé les véritables causes de la perte -de la bataille de Rosbach dans le manque de foi des -signataires de la capitulation de Closter-Seven, révélation -immense pour notre gloire nationale, trahie, -<span class="pagenum" id="Page_315">[p. 315]</span> -vendue par les écrivains philosophes dévoués au roi -de Prusse.</p> - -<p>«Voici les faits:</p> - -<p>«Le Maréchal de Richelieu marche en avant, occupe -Hanovre le 14 août, Brunswick le 18, Bremen -le 22. Il accule le duc de Cumberland entre -l’Elbe et la mer, et alors est signée la Convention de -Closter-Seven, puis l’acte supplémentaire (28 septembre). -Les troupes allemandes au service de l’Angleterre -doivent être renvoyées et les Anglais demeurer -dans le Holstein sous la garantie du roi de Danemark -(1757). La première partie des instructions -données au Maréchal de Richelieu est ainsi accomplie. -L’armée anglaise est dissoute: il va marcher -sur le roi de Prusse pour l’acculer sur le corps du -prince de Soubise, lorsqu’il est tout d’un coup arrêté -par le refus que fait l’Angleterre de ratifier la -convention; les soldats allemands au service du duc -de Cumberland vont rejoindre le corps prussien du -prince Ferdinand (et pourtant ils avaient promis de -ne plus servir contre la France) et c’est alors que -Frédéric tombe sur le prince de Soubise à Rosbach<a name="FNanchor_501" id="FNanchor_501" href="#Footnote_501" class="fnanchor">[501]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_501" id="Footnote_501" href="#FNanchor_501"><span class="label">[501]</span></a> -<span class="smcap">Capefigue</span>: <i>Le Maréchal de Richelieu</i>, 1857 (p. 8).</p> -</div> - -<p>Ce que ne dit pas cet apologiste de la stratégie de -Richelieu, c’est que le Maréchal commit une faute -qui lui fit perdre tous les bénéfices de sa glorieuse -campagne; mais si son erreur comporte, dans une -certaine mesure, des circonstances atténuantes, -la mauvaise foi de l’Angleterre n’admet aucune -excuse.</p> - -<p>Le 17 juillet 1757, avant son départ, le nouveau -<span class="pagenum" id="Page_316">[p. 316]</span> -généralissime recevait du roi des instructions<a name="FNanchor_502" id="FNanchor_502" href="#Footnote_502" class="fnanchor">[502]</a> corroborant -celles dont le comte d’Estrées avait été -précédemment muni:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Lorsque Sa Majesté, déclarait ce document, -a pris la résolution, au mois de juin dernier, d’assembler -deux nouvelles armées en Alsace, sous les -ordres du Maréchal de Richelieu et du prince de -Soubise, elle avait principalement en vue de faire -une diversion puissante en Allemagne, capable d’arrêter -les progrès du roi de Prusse, d’intimider les -princes de l’Empire, qui paraissent disposés à se -prêter aux projets dangereux de ce prince...»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_502" id="Footnote_502" href="#FNanchor_502"><span class="label">[502]</span></a> -<i>Bibliothèque de l’Arsenal</i>, Manuscrit 4518: Portefeuille d’Argenson, -Papiers Montboissier f<sup>o</sup> 145.—La pièce est reproduite dans la -Correspondance (imprimée) de Richelieu avec Pâris-Duverney en -1756, 1757, 1758, pendant la campagne d’Allemagne.</p> -</div> - -<p>Ces instructions laissaient «à la capacité, à l’expérience, -aux lumières» du Maréchal, le soin de -«prendre le parti le meilleur et le plus convenable», -pour opérer avec succès contre le duc de Cumberland.</p> - -<p>Ce document visait le siège éventuel de Magdebourg; -mais «on ne saurait se flatter d’en exécuter -le plan qu’en rejetant l’ennemi, dès cette année, -au-delà de l’Elbe.»</p> - -<p>Il fallait, en outre, «disposer du pays entre l’Elbe -et le Weser pour assurer les subsistances de l’armée..., -s’occuper de l’état et de l’entretien des chemins -pour le ravitaillement et autres opérations -de guerre...» Enfin le général en chef devait rester -en communication ininterrompue avec le prince de -Soubise et même avec le duc de Saxe-Hilderburghausen -qui commandait l’armée des Cercles, destinée à se -<span class="pagenum" id="Page_317">[p. 317]</span> -fondre dans le corps dirigé par le prince de Soubise.</p> - -<p>Il fallait encore tenir la main à «la rigide observation -de la discipline» et surtout «punir la maraude...»</p> - -<p>La correspondance, échangée entre le Maréchal de -Richelieu et Pâris-Duverney<a name="FNanchor_503" id="FNanchor_503" href="#Footnote_503" class="fnanchor">[503]</a>, note la marche rapide -du généralissime et l’<i>embouteillage</i>—si le mot -avait été d’usage à cette époque—de l’armée de -Cumberland dans le camp de Stade. Elle précise -nettement l’attitude adoptée par le Conseiller d’État -au cours de la campagne et son impérieux désir -de faire prévaloir ses idées personnelles dans les services -d’intendance. Son mémoire «sur les raisons -spéciales qui doivent engager le Maréchal de Richelieu -à prendre ses quartiers d’hiver à Halberstadt;» -ses «réflexions sur la situation de l’armée du roi -entre le Weser et l’Elbe,» à la date du 13 août, disent -assez l’autorité que lui donnaient, à la Cour, son -crédit, ses relations, ses attributions officielles et -surtout son indiscutable compétence.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_503" id="Footnote_503" href="#FNanchor_503"><span class="label">[503]</span></a> -Cette Correspondance, parue en 1789, par les soins du Général -de Grimoard, sort évidemment de l’officine de Soulavie. C’est, dans -cette même maison de librairie, que se débitèrent plus tard, en partie, -les <i>Mémoires</i> de Saint-Simon, annoncés d’ailleurs sur une feuille -de garde et déjà connus par une édition antérieure.</p> -</div> - -<p>En réalité, ce grand pourvoyeur des armées royales -ne prévoyait, dans les opérations futures de Richelieu, -qu’une démonstration militaire, assurément -heureuse, mais semblable à celle des campagnes -précédentes; aussi le blocus, foudroyant, pour ainsi -dire, du corps de Cumberland, semble-t-il, en dépassant -toutes les espérances, déranger tous les -<span class="pagenum" id="Page_318">[p. 318]</span> -plans. Bernis, qui ne laisse jamais échapper l’occasion -de critiquer Richelieu (il savait plaire ainsi à -la favorite), Bernis estime que le Maréchal fut le plus -imprudent des hommes, en allant «forcer l’armée -hanovrienne dans un camp marécageux<a name="FNanchor_504" id="FNanchor_504" href="#Footnote_504" class="fnanchor">[504]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_504" id="Footnote_504" href="#FNanchor_504"><span class="label">[504]</span></a> -<span class="smcap">Bernis</span>: <i>Mémoires et Lettres</i> (édités et authentiqués par M. Frédéric -Masson), t. I, p. 406.—Dictés quelques années plus tard, -dans le silence du Cabinet, les <i>Mémoires</i> concluent presque toujours, -et parfois fort injustement, à la condamnation de Richelieu. La -<i>Correspondance</i>, écrite au jour le jour, est, au contraire, moins suspecte -de partialité.</p> -</div> - -<p>C’était cependant un coup de maître; car, le 8 septembre, -le fils du roi d’Angleterre se résignait à la -capitulation connue dans l’Histoire sous le nom de -<i>Convention de Closter-Seven</i>. Les stipulations, dictées -par Richelieu, étaient bien telles qu’il ne cessa, -en toute occasion, de les rappeler. Les troupes allemandes -mercenaires, réunies sous les ordres de Cumberland, -devaient, comme celles de Hanovre, être -internées dans des campements déterminés, ou renvoyées -dans leur pays et s’engager à ne plus servir -contre la France, pendant la durée de la guerre<a name="FNanchor_505" id="FNanchor_505" href="#Footnote_505" class="fnanchor">[505]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_505" id="Footnote_505" href="#FNanchor_505"><span class="label">[505]</span></a> -Dans son <i>Traité des grandes opérations militaires</i> (3<sup>e</sup> édition), -t. I, p. 318, Jomini dit qu’il fallait «détruire ou prendre l’armée»; -c’était un coup mortel pour Georges II et la France eût été l’arbitre -de la paix.—De même, Napoléon, à Sainte-Hélène (<i>Mémoires</i> -publiés par Montholon, t. V, p. 213) estime la Convention de Closter-Seven -«inexplicable». Le duc de Cumberland, disait-il, était perdu; -il était obligé de mettre bas les armes et de se rendre prisonnier; -il n’était donc possible d’admettre d’autres termes de capitulation -que ceux-là.—Le geste, chevaleresque comme celui de Fontenoy, -lequel coûta si cher à l’armée française, est la seule explication -qu’on puisse donner de cette capitulation imparfaite, «un traité -véritable», affirme M. F. Masson.</p> -</div> - -<p>Mais, pour ménager l’amour-propre des vaincus, -et, sans doute, par un de ces sentiments chevaleresques -dont la tradition fut bien oubliée depuis, -<span class="pagenum" id="Page_319">[p. 319]</span> -Richelieu avait laissé aux soldats leurs armes<a name="FNanchor_506" id="FNanchor_506" href="#Footnote_506" class="fnanchor">[506]</a>. -Il avait foi dans la parole de leurs chefs. Ce fut une -généreuse imprudence dont la France allait bientôt -payer les frais.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_506" id="Footnote_506" href="#FNanchor_506"><span class="label">[506]</span></a> -Marquis <span class="smcap">de Valfons</span>: <i>Souvenirs</i>, (2<sup>me</sup> édition Émile-Paul) p. 290. -Pour témoigner son estime à cette armée vaincue, Richelieu n’avait -pas voulu introduire dans la capitulation la clause du désarmement, -mais d’après les confidences faites à Valfons, il «avait toujours -compté la faire exécuter». Bernis écrira plus tard que le Maréchal -l’exigea brutalement.</p> -</div> - -<p>Deux jours avant, le 6 septembre, le roi de Prusse -avait écrit au vainqueur une lettre restée célèbre, -lettre presque suppliante sous sa forme désinvolte, -où Frédéric, aux abois, pressentait le petit-neveu -d’un homme d’État, illustre entre tous, sur l’éventualité -de son intervention—qui serait un bienfait—auprès -de Louis XV: «Un Richelieu ne pouvait -rien faire de plus glorieux, que de travailler à rendre -la paix à l’Europe<a name="FNanchor_507" id="FNanchor_507" href="#Footnote_507" class="fnanchor">[507]</a>.» Le Maréchal lui répondit, en -termes d’une exquise politesse, qu’il n’avait aucune -instruction dans ce sens, mais qu’il allait envoyer -immédiatement un courrier à Versailles, pour rendre -compte au roi des ouvertures de Frédéric. On sait -quelle suite fut donnée à cette pressante démarche. -Louis XV fit aviser son ennemi—l’ennemi de M<sup>me</sup> -de Pompadour—qu’il emploierait jusqu’à son -dernier soldat pour réduire le roi de Prusse<a name="FNanchor_508" id="FNanchor_508" href="#Footnote_508" class="fnanchor">[508]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_507" id="Footnote_507" href="#FNanchor_507"><span class="label">[507]</span></a> -Frédéric était, d’ordinaire, moins obséquieux avec nos officiers -supérieurs. Au dire de Voltaire, il traitait les généraux français de -«généraux de comédie». Sa lettre à Richelieu, telle que la publient -les <i>Souvenirs</i> de <span class="smcap">Valfons</span>, diffère, dans ses termes, de celle qui est -restée classique. Il s’y trouve (p. 312) notamment cette phrase que ne -contient pas le document historique: «Il est impossible que le roi -de France désire ma perte entière; c’est trop contre ses intérêts et -je ne puis le croire véritablement mon ennemi.»</p> - -<p><a name="Footnote_508" id="Footnote_508" href="#FNanchor_508"><span class="label">[508]</span></a> -Marquis <span class="smcap">de Valfons</span>: <i>Souvenirs</i>, p. 313. «L’abbé de Bernis, -ministre des affaires étrangères, obsédé par le comte de Stahremberg, -ambassadeur de Vienne, qui lui représentait toujours le roi de -Prusse sans nulle ressource, défendit, de la part du roi, à M. de Richelieu, -d’entrer avec lui dans nulle négociation, déclarant que le -roi emploierait jusqu’à son dernier soldat pour le réduire.» Déjà, au -moment où Richelieu entrait en campagne, le duc de Cumberland -avait écrit au Maréchal pour négocier la paix; et celui-ci lui avait -répondu, en termes très fermes, quoique très mesurés, que le roi -l’avait envoyé uniquement pour combattre. Richelieu n’en avait -pas moins communiqué au gouvernement la requête de l’ennemi; -et Bernis lui déclara que le roi consentirait volontiers à la paix, le -jour où ses alliés auraient reçu les réparations qui leur étaient dues.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_320">[p. 320]</span> -Voltaire, qui avait fini par se réconcilier avec son -ami le prince-philosophe, sans oublier toutefois les -avanies dont celui-ci l’avait abreuvé quatre années -auparavant, Voltaire cherchait, de son côté, à émouvoir -le Maréchal sur le sort de Frédéric. Il le représentait -résolu au suicide, s’il se voyait à bout de ressources; -et «sa sœur, la margrave de Bayreuth, -ne lui survivrait pas». Voltaire en parlait savamment, -puisqu’il était en correspondance suivie avec -l’un et l’autre.</p> - -<p>Ce n’était pas, comme on l’a trop souvent répété, -qu’il sollicitât quelque lâche complaisance de son -héros pour le roi de Prusse; il était convaincu, au -contraire, que Richelieu terminerait cette campagne -comme il avait déjà terminé «celle du Hanovre et -de la Hesse...». «Oui, disait-il, vous jouirez de la -gloire d’avoir fait la guerre et la paix.»—Une paix -à jamais mémorable, c’était bien le rêve que poursuivait -le général victorieux.</p> - -<p>Aussi avait-il accepté, pour la négociation qui -devait y conduire, la médiation du roi de Danemark, -suggérée par l’ambassadeur de France Ogier. Le -ministre Lynar, représentant du prince, Lynar, -dont l’Angleterre payait, suivant Bernis, les bons -<span class="pagenum" id="Page_321">[p. 321]</span> -offices, donnait au Maréchal l’illusion qu’il était -l’homme nécessaire en de telles conjonctures; et, -pour flatter une vanité accessible à toutes les idolâtries, -il avait fait exécuter le buste en marbre du -vainqueur, la tête ceinte d’une couronne de lauriers<a name="FNanchor_509" id="FNanchor_509" href="#Footnote_509" class="fnanchor">[509]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_509" id="Footnote_509" href="#FNanchor_509"><span class="label">[509]</span></a> -<i>Mémoires et Lettres de Bernis</i>, t. II, p. 19.—Soulavie affirme -également la traîtrise de Lynar.</p> -</div> - -<p>Richelieu, dès l’entrée en pourparlers, avait expédié -à Louis XV un courrier pour lui annoncer le -projet de capitulation. Bernis crut que cette dépêche -«exposait une simple idée»; et l’homme qui, -précédemment, tenait pour la dernière des imprudences -la manœuvre militaire de Richelieu, lui signifia -aussitôt «qu’il n’y avait point d’autre négociation -à faire avec les Hanovriens qu’en forçant -leur camp et qu’en les culbutant dans l’Elbe, que -le Maréchal ne devait pas oublier comment ils avaient -violé, en 1744, la convention de neutralité que le -roi avait stipulée avec eux».</p> - -<p>Louis XV approuva la réponse de son ministre, -mais non sans une pointe de scepticisme:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>—«Vous ne connaissez pas le Maréchal: ce qu’il -annonce comme un projet est peut-être déjà exécuté; -dépêchez un second courrier et annoncez, de -ma part, à M. de Richelieu de n’entamer aucune -négociation et de renvoyer à Fontainebleau (où la -Cour était alors) toutes celles qui pourraient être -entamées<a name="FNanchor_510" id="FNanchor_510" href="#Footnote_510" class="fnanchor">[510]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_510" id="Footnote_510" href="#FNanchor_510"><span class="label">[510]</span></a> -<i>Mémoires et Lettres de Bernis</i>, t. II, p. 20.</p> -</div> - -<p>Le roi ne s’était point trompé. Deux jours après -son entretien avec Bernis, le duc de Duras arrivait -<span class="pagenum" id="Page_322">[p. 322]</span> -à la Cour, porteur des articles de la capitulation -signée par Richelieu et Cumberland.</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Jamais surprise ne fut égale à la mienne, écrit -le ministre; elle augmenta en voyant la manière -dont cet acte était dressé; j’y vis à l’instant tous les -malheurs qui devaient naître d’une si dangereuse -imprudence<a name="FNanchor_511" id="FNanchor_511" href="#Footnote_511" class="fnanchor">[511]</a>. Le Maréchal de Richelieu avait déjà -instruit toute la Cour et Paris de son triomphe par -ses lettres. On disait hautement qu’il avait fait mettre -bas les armes à une armée entière, que la paix était -faite. Dans la même matinée, arriva la nouvelle de -la victoire des Russes, remportée bien malgré lui -par le général Apraxin sur les Prussiens, en sorte -que le public ne douta pas que ces deux événements -ne terminassent la guerre. Presque tous les ministres -applaudissaient à la gloire du Maréchal; et les -femmes qui comptaient bientôt revoir leurs maris -et leurs amants étaient enchantées.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_511" id="Footnote_511" href="#FNanchor_511"><span class="label">[511]</span></a> -Ce qui n’empêche pas Bernis, dont les variations furent si nombreuses -en cette affaire, de joindre tout d’abord ses plus chaudes félicitations -à celles du roi, de la Marquise et de toute la Cour.—<span class="smcap">Jobez</span> -(<i>La France sous Louis XV</i>, t. V, p. 41) signale, lui aussi, l’enthousiasme -de Bernis et reproche au ministre de n’avoir pas immédiatement -ratifié la capitulation.</p> -</div> - -<p>Duras gagna même à l’enthousiasme général la -charge de premier gentilhomme de la Chambre.</p> - -<p>Or, d’après Bernis, Richelieu n’avait d’autre -pouvoir, comme «général d’armée», que de «faire -une capitulation» qui devenait un traité après sa -«ratification». Les articles pour lesquels le duc de -Cumberland avait engagé sa parole d’honneur et -qui devaient être exécutés dans le plus bref délai, -n’étaient, toujours au dire de Bernis, qu’un trompe-l’œil: -l’ennemi avait voulu gagner du temps, pour -réduire à néant les avantages de Richelieu; le Maréchal -<span class="pagenum" id="Page_323">[p. 323]</span> -aurait dû imposer une date ferme et prendre -des otages.</p> - -<p>Le raisonnement ne laissait pas que d’être subtil: -peut-être était-il juste au point de vue diplomatique; -mais il dissimulait mal le dépit de ministres -jaloux d’un succès qu’ils n’avaient pas prévu, et surtout -l’appréhension de M<sup>me</sup> de Pompadour que le -triomphe, si largement escompté, du prince de Soubise -n’en fût amoindri.</p> - -<p>Cependant, on n’envoie pas la ratification instamment -réclamée par Richelieu. Et Bernis en -revient toujours à l’irrégularité, pour ne pas dire -l’inanité, de la Convention de Closter-Seven. Le Maréchal, -dit-il, a craint de s’enfoncer dans les boues -du pays et de compromettre sa réputation militaire -par l’attaque du camp de Stade qu’il jugeait périlleuse. -S’il l’eût enlevé de force, l’armée du prince -de Cumberland était perdue sans ressources, adossée -qu’elle était à l’Elbe, un bras de mer à cet endroit. -Elle eût mis bas les armes: c’était alors une véritable -capitulation<a name="FNanchor_512" id="FNanchor_512" href="#Footnote_512" class="fnanchor">[512]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_512" id="Footnote_512" href="#FNanchor_512"><span class="label">[512]</span></a> -Pouvait-on reprocher à Richelieu d’avoir épargné le sang de -ses soldats, puisqu’il avait la «parole d’honneur» de Cumberland; -et, en réduisant l’armée ennemie au désespoir par un coup de force, -n’exposait-il pas la sienne aux hasards d’une action que la chance -des batailles pouvait retourner contre elle? Bernis, lui-même, ne le -laisse-t-il pas entendre (t. I, p. 406)? D’ailleurs, dans le chapitre, -si intéressant que les <i>Mémoires authentiques</i> consacrent à Bernis, -Richelieu s’exprime, en termes des plus amers, sur la conduite du -ministre à son égard. Alors qu’il pensait avoir laissé à la Cour un de -ses meilleurs amis dans la personne de Bernis, celui-ci, prétendant -à tort, sur de fausses apparences, que le Maréchal avait voulu le -faire exclure du Conseil, lui «jouait un tour plus cruel encore pour -l’État», car ce fut lui, affirme Richelieu, qui «fit rompre la Capitulation». -Les <i>Mémoires authentiques</i> passent très rapidement sur la -Convention de Closter-Seven; le <i>Mémoire</i> de 1783, remis à Louis XVI, -la défend, au contraire, longuement et non sans chaleur.</p> -</div> - -<p>Ici, Bernis fait trop voir qu’il est le porte-parole -<span class="pagenum" id="Page_324">[p. 324]</span> -de la Marquise; il ajoute que, si Richelieu a bâclé -cet «acte» avec autant d’irréflexion, c’est qu’il n’a -pas voulu laisser au prince de Soubise la gloire -de conquérir la Saxe et d’en chasser le roi de -Prusse.</p> - -<p>Bernis n’était pourtant pas si rassuré sur le sort -du protégé de la Marquise, car il écrivait, le 27 septembre, -au comte de Stainville, ambassadeur de -France à Vienne:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Pourvu que M. de Soubise ait le temps d’être -secondé par M. de Richelieu, le roi de Prusse -aura de la peine à se sauver de l’équipée qu’il a -faite<a name="FNanchor_513" id="FNanchor_513" href="#Footnote_513" class="fnanchor">[513]</a>...»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_513" id="Footnote_513" href="#FNanchor_513"><span class="label">[513]</span></a> -<i>Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis</i> (édit. F. Masson). -<i>Lettre à Stainville</i>, t. II, p. 121.</p> -</div> - -<p>Déjà, trois jours auparavant, dans cette même -<i>Correspondance</i>, dont les impressions contredisent -si souvent les appréciations des <i>Mémoires</i>, Bernis -confiait à Stainville les embarras que donnaient à -Soubise les troupes des Cercles, où chacun des principicules -qui les avaient fournies prétendait commander. -Mais la Convention de Richelieu le rassurait: -il l’estimait «très bonne dans un sens<a name="FNanchor_514" id="FNanchor_514" href="#Footnote_514" class="fnanchor">[514]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_514" id="Footnote_514" href="#FNanchor_514"><span class="label">[514]</span></a> -<i>Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis</i> (édit. F. Masson). -<i>Lettre à Stainville</i>, 24 septembre, t. II, p. 118.</p> -</div> - -<p>C’était un leurre. Las d’attendre, le Maréchal -était parti, conformément à ses instructions, avec -presque toute son armée, pour le campement d’Halberstadt. -Il devait y rester du 28 septembre au 5 novembre. -Il commettait là une double faute: il se -condamnait d’abord à l’inaction; puis il ne laissait -devant Stade qu’un rideau de troupes, trop faible -pour exercer un rigoureux contrôle sur la stricte -<span class="pagenum" id="Page_325">[p. 325]</span> -exécution des clauses de la capitulation par les armées -hessoise et hanovrienne<a name="FNanchor_515" id="FNanchor_515" href="#Footnote_515" class="fnanchor">[515]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_515" id="Footnote_515" href="#FNanchor_515"><span class="label">[515]</span></a> -<i>Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis</i> (édit F. Masson), -t. II, p. 25.—<i>Lettre à Stainville</i>, t. II, p. 131.</p> -</div> - -<p>Dans ses <i>Mémoires</i>, Bernis, ratiocinant sur un fait -de guerre, qu’il juge aujourd’hui désastreux, dit -que «s’il avait été le maître, il aurait rejeté cette -monstrueuse capitulation et rappelé le général qui -avait eu l’imprudence ou la malice de la conclure<a name="FNanchor_516" id="FNanchor_516" href="#Footnote_516" class="fnanchor">[516]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_516" id="Footnote_516" href="#FNanchor_516"><span class="label">[516]</span></a> -Soulavie est plus explicite encore que Bernis: celui-ci, en parlant -de <i>malice</i>, laisse entendre que Richelieu a voulu jouer un bon -tour à Soubise et à sa protectrice: «Soulavie va plus loin, dit M. F. -Masson, il affirme (<i>Mémoires</i>, t. IX, p. 198) que Richelieu correspondait -avec Frédéric au moyen d’une machine à chiffrer, que lui, -Soulavie, remit à Lebrun, le ministre, le 10 octobre 1792, et il tire -de cette complicité entre les deux amis de Voltaire des conclusions -auxquelles je renvoie le lecteur et qui sont de nature à édifier sur le -patriotisme des diplomates révolutionnaires.»</p> -</div> - -<p>Et, comme pour justifier des retards, auxquels -participait d’ailleurs le Cabinet de Saint-James, -on épiloguait à Versailles, avec Bernis<a name="FNanchor_517" id="FNanchor_517" href="#Footnote_517" class="fnanchor">[517]</a>, sur «ce -singulier traité conclu entre trois personnes, qui -n’avaient aucun pouvoir des Cours au nom desquels -ils traitaient... M. de Lynar est parti de Francfort -apparemment par les ordres du roi (de Danemark) -son maître, mais sans aucun pouvoir par écrit; M. de -<span class="pagenum" id="Page_326">[p. 326]</span> -Cumberland n’en avait point du roi son père et M. de -Richelieu n’en avait aucun du roi.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_517" id="Footnote_517" href="#FNanchor_517"><span class="label">[517]</span></a> -Luynes (t. XVI, p. 248), toujours l’écho des bruits de la Cour, -en consigne les acerbes critiques: «Il n’y a rien d’écrit, tout était -verbal. Il n’a rien été stipulé par rapport aux troupes de Hesse et -de Brunswick, ni pour qu’elles fussent désarmées, ni pour qu’elles -ne servissent point pendant un certain temps contre les troupes -françaises et autrichiennes et leurs alliés. Il a été dit seulement -qu’elles seraient réparties et dispersées suivant la volonté de leurs -Souverains. <i>Il est vrai qu’avant la Convention dont il vient d’être -parlé, le ministre de Brunswick à Vienne y avait conclu un traité, par -lequel il était porté que les</i> <em>TROUPES SERAIENT DÉSARMÉES, CE QUI -N’A POINT ÉTÉ EXÉCUTÉ</em>.» Le traité était le fait de Stainville (<span class="smcap">Bernis</span>, -t. II, p. 9).</p> -</div> - -<p>Le Maréchal tenait, au contraire, sa Convention -pour bonne; et, flairant déjà la mauvaise foi de ses -co-contractants, il entendait que les termes de la -capitulation fussent immédiatement exécutoires.</p> - -<p>Cependant, Bernis s’était ravisé; pensant qu’après -tout cette Convention, régulièrement observée, pouvait -être avantageuse et glorieuse pour le roi, il avait -décidé Louis XV à l’accepter. Celui-ci écrivit donc -à Richelieu qu’il la ratifierait, aussitôt que le roi -d’Angleterre l’aurait sanctionnée de sa signature. -En même temps, Bernis retournait au Maréchal son -acte modifié et stipulant le désarmement des troupes -hessoises: «M. de Richelieu, écrivait-il à Stainville, -voudra bien dorénavant, dans ce qui touchera au -politique, attendre que je lui fasse passer les ordres -du roi<a name="FNanchor_518" id="FNanchor_518" href="#Footnote_518" class="fnanchor">[518]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_518" id="Footnote_518" href="#FNanchor_518"><span class="label">[518]</span></a> -<i>Mémoires et Lettres de Bernis</i>, t. II, p. 127. Lettre à Stainville -du 8 octobre 1757.</p> -</div> - -<p>Les Hessois et les Brunswickois, écrit Valfons, -commençaient à sortir des marécages de Stade, -quand Richelieu en arrêta le mouvement. La Cour -n’envoyait pas de ratifications, et réclamait le désarmement -préalable. Le Maréchal chargea son fidèle -Valfons de le négocier; mais celui-ci se heurta au -refus formel du général Donep: «Les fusils de nos -soldats ne sont pas des quenouilles», riposta l’officier -allemand. Il laissa cependant entendre qu’il -céderait à la violence<a name="FNanchor_519" id="FNanchor_519" href="#Footnote_519" class="fnanchor">[519]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_519" id="Footnote_519" href="#FNanchor_519"><span class="label">[519]</span></a> -Marquis <span class="smcap">de Valfons</span>: <i>Souvenirs</i>, (2<sup>me</sup> édition Émile-Paul) p. 290.</p> -</div> - -<p>D’autre part, Richelieu engageait, dans les premiers -jours de novembre, une correspondance des -<span class="pagenum" id="Page_327">[p. 327]</span> -plus suivies et des plus animées avec le landgrave -de Hesse et le duc de Brunswick, avec Zastrow «général -en chef de l’armée de S. M. Britannique, depuis -le départ de S. A. R. Mgr le duc de Cumberland», -avec Bernis, avec le ministre de Brunswick et Lynar, -le plénipotentiaire danois<a name="FNanchor_520" id="FNanchor_520" href="#Footnote_520" class="fnanchor">[520]</a>.</p> - -<p>Ces documents, qu’il serait trop long de publier -et même d’analyser, sont cependant des plus instructifs. -Ils reflètent à souhait l’état d’âme des divers -personnages qui les ont signés: quelques lignes -suffiront à définir leurs mentalités respectives.</p> - -<p>Craignant, dans son amour-propre de soldat et de -gentilhomme, d’avoir été pris pour dupe, Richelieu -réclame instamment l’exécution des articles de la -Convention. S’il ne reçoit pas une satisfaction immédiate, -il menace les ministres de Hanovre et de Hesse -de «brûler leurs maisons et même les maisons -royales», de dévaster et de saccager le pays. Quand -«la parole d’honneur est faussée, écrit-il, ce procédé -est légitime et nécessaire, quelque répugnance qu’il -ait naturellement de ces sortes de violence et de -faire souffrir les innocents<a name="FNanchor_521" id="FNanchor_521" href="#Footnote_521" class="fnanchor">[521]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_520" id="Footnote_520" href="#FNanchor_520"><span class="label">[520]</span></a> -<a name="Footnote_521" id="Footnote_521" href="#FNanchor_521"><span class="label">[521]</span></a> -<i>Bibliothèque de l’Arsenal</i>, manuscrit 4518. Papiers Montboissier.</p> -</div> - -<p>La réponse du landgrave de Hesse est marquée -au coin de la mauvaise foi la plus insigne: le prince -gémit sur les exactions dont souffre son pays depuis -la guerre; et, ruiné comme ses sujets, il ne saurait -se passer des subsides que lui consent la Grande-Bretagne, -en échange de ses troupes. Or, l’Angleterre -ne reconnaissant pas une Convention conclue -sans sa participation, il est bien obligé d’en décliner -<span class="pagenum" id="Page_328">[p. 328]</span> -les obligations. Il n’est pas inutile de remarquer -que le landgrave avait longtemps amusé le Maréchal -avec l’idée de louer ses mercenaires au roi de France<a name="FNanchor_522" id="FNanchor_522" href="#Footnote_522" class="fnanchor">[522]</a>.</p> - -<p>Le Général de Zastrow se distingue, dans ses lettres, -par une raideur voisine de l’insolence. Il reprend -tout simplement la thèse du landgrave sur les exactions -commises par l’armée française; et il prétend -qu’«elles fournissent les titres les plus légitimes -et autorisent le roi d’Angleterre à s’estimer dégagé -de toutes les obligations» ressortissant à la capitulation -de Closter-Seven<a name="FNanchor_523" id="FNanchor_523" href="#Footnote_523" class="fnanchor">[523]</a>.</p> - -<p>Seul, le duc de <ins title="renvoi supprimé">Brunswick</ins> (et encore Bernis le -traite-t-il de faux bonhomme) avait protesté dans un -«rescrit aux ministres de Hanovre» contre une -rupture à laquelle ils voulaient le forcer: il leur reprochait -durement de manquer à leurs engagements -et il «ne connaissait puissance au monde», qui fût -en droit de disposer de sa parole de prince et de ses -promesses<a name="FNanchor_524" id="FNanchor_524" href="#Footnote_524" class="fnanchor">[524]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_522" id="Footnote_522" href="#FNanchor_522"><span class="label">[522]</span></a> -<a name="Footnote_523" id="Footnote_523" href="#FNanchor_523"><span class="label">[523]</span></a> -<a name="Footnote_524" id="Footnote_524" href="#FNanchor_524"><span class="label">[524]</span></a> -<i>Bibliothèque de l’Arsenal</i>, manuscrit 4518, Papiers Montboissier.</p> -</div> - -<p>Dans le recueil de documents que nous venons -de signaler, se trouve une lettre de Richelieu à Bernis, -où s’affirme, avec l’intention très nette du Maréchal -d’en finir avec ces atermoiements, son irritation -persistante contre le ministre des affaires -étrangères, irritation dont celui-ci s’amusait à lire -les traces «sur le visage de M<sup>me</sup> de Lauraguais».</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Vous croyez un peu trop, dit Richelieu à Bernis, -que 50 ou 60.000 hommes peuvent avec facilité en -jeter dans l’eau 40.000, d’ailleurs bien postés<a name="FNanchor_525" id="FNanchor_525" href="#Footnote_525" class="fnanchor">[525]</a>...»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_525" id="Footnote_525" href="#FNanchor_525"><span class="label">[525]</span></a> -<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>, ms. 4518.—Dans une très -longue note que Soulavie (t. IX, pp. 188 et suivantes) prétend -émaner de Richelieu et qui est une justification personnelle de la -conduite du Maréchal pendant son expédition du Hanovre, nous -retrouvons cette phrase si caractéristique. (Dépêche de Richelieu -à Bernis du 16 Novembre.)</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_329">[p. 329]</span> -Après cette réplique à des récriminations incessantes -sur «la malheureuse capitulation», le Maréchal -reconnaît cependant que la Convention est -bien menacée, mais que les hommes d’État, responsables -de cette prochaine rupture, voudraient en -esquiver les risques jusqu’à l’arrivée d’une armée -de secours d’Angleterre, et même de Prusse. Aussi -s’efforcent-ils d’obtenir de lui une audience par -l’intermédiaire de Lynar: «Mais je n’écrirai plus, -dit-il, et je marcherai toujours<a name="FNanchor_526" id="FNanchor_526" href="#Footnote_526" class="fnanchor">[526]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_526" id="Footnote_526" href="#FNanchor_526"><span class="label">[526]</span></a> -<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>, mss. 4518.</p> -</div> - -<p>Il n’en était pas moins victime d’une trahison -dont le roi de Prusse avait dû encourager et peut-être -provoquer l’initiative; et quoiqu’il eût maintenant, -trop tard à son gré, ratification et pleins pouvoirs, -il se heurtait à une fin de non-recevoir, qui se traduisait -bientôt par la reprise des hostilités: les -troupes hanovriennes et hessoises s’opposaient, les -armes à la main, au mouvement de retraite dessiné -par le contingent du duché de Brunswick.</p> - -<p>Le désastre de Rosbach commençait à porter ses -fruits. En effet, pendant que Richelieu se débattait -énergiquement contre la fourberie anglo-allemande, -Frédéric avait si bien manœuvré que, le 5 novembre, -attaqué à Rosbach par les forces réunies de l’imprudent<a name="FNanchor_527" id="FNanchor_527" href="#Footnote_527" class="fnanchor">[527]</a> -Soubise et du prince de Saxe-Hilderburghausen, -il les avait mises complètement en déroute; -<span class="pagenum" id="Page_330">[p. 330]</span> -au milieu de l’action, l’armée des Cercles -s’était lestement esquivée—... expédient militaire, -qui devait, par la suite, passer à l’état d’habitude -chez les Saxons.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_527" id="Footnote_527" href="#FNanchor_527"><span class="label">[527]</span></a> -Belle-Isle avait expressément recommandé à Soubise d’éviter -tout engagement avec Frédéric; et Richelieu avait écrit à ce même -Soubise de se méfier du roi de Prusse.</p> -</div> - -<div class="manuscr"> -<p>«M. de Soubise, écrit le marquis de Valfons, avait -toujours demandé à M. de Richelieu de faire deux -marches en avant qui auraient sûrement empêché -le roi de Prusse de venir sur lui; mais M. de Richelieu -avait un ordre si précis de ne pas dépasser -Halberstadt, que défense expresse était faite aux -munitionnaires de le fournir de pain, s’il voulait aller -plus loin<a name="FNanchor_528" id="FNanchor_528" href="#Footnote_528" class="fnanchor">[528]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_528" id="Footnote_528" href="#FNanchor_528"><span class="label">[528]</span></a> -Marquis <span class="smcap">de Valfons</span>: <i>Souvenirs</i>, (2<sup>me</sup> édition Émile-Paul), -pp. 313 et suiv.</p> -</div> - -<p>Il avait perdu ainsi près de deux mois et retrouvé -devant lui, fortement reconstituée, cette armée de -40.000 hommes qu’il avait tenue sous le joug à -Closter-Seven. C’était le prince Ferdinand de -Brunswick, désigné pour remplacer le duc de Cumberland -retiré à Londres, qui la commandait et -commençait déjà à menacer le duc d’Ayen.</p> - -<p>Bernis, toujours disposé à blâmer quand même -Richelieu, prétend que le désastre de Rosbach n’eût -pas tiré à conséquence, si le Maréchal s’était porté -sur la Saxe avec toutes ses forces: il disposait de -70.000 hommes, alors que le roi de Prusse n’en comptait -que 30.000. Bernis lui reproche d’avoir, en -«séparant» son armée, perdu l’occasion d’en finir -avec l’ennemi. Richelieu avait assurément trop attendu -et trop hésité, lui l’homme des coups de main. -Mais quelles n’étaient pas ses responsabilités!</p> - -<p>Depuis que Soubise opérait en Allemagne, M<sup>me</sup> de -<span class="pagenum" id="Page_331">[p. 331]</span> -Pompadour, qui rêvait pour lui des splendeurs d’apothéose, -ne trouvait jamais que son favori eût une armée -assez puissante pour écraser définitivement -l’homme dont elle avait encore sur le cœur les humiliants -sarcasmes. Estimant que Richelieu ne se -pressait guère d’envoyer des renforts à Soubise, -elle n’avait cessé de soutenir que l’indifférence du -Maréchal livrait le prince, pieds et poings liés, au -roi de Prusse. Richelieu, excédé, s’était enfin décidé -à diriger une partie de ses troupes—et plus qu’il -n’en fallait—sur l’armée de Soubise. Il ne lui restait -plus que quarante bataillons, le jour où Ferdinand -de Brunswick, entrant résolument en campagne, -au lendemain de Rosbach, déchirait non -seulement d’un coup d’épée la capitulation de -Closter-Seven, mais allait bientôt mettre en péril le -soldat qui l’avait imposée. Et Bernis, à cette heure, loin -de blâmer l’attitude de Richelieu, la louangeait dans -la dépêche qu’il adressait, le 14 novembre, à Stainville:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«M. de Richelieu s’est conduit en homme de courage -et de tête. Il a marché à la rencontre de notre -armée et paraît avoir prévu tout ce que le roi de -Prusse pouvait entreprendre contre lui... Ainsi il -faut attendre les événements, mais notre amie est -bien à plaindre.»</p> -</div> - -<p>M<sup>me</sup> de Pompadour ne l’avait, hélas! que trop -voulu.</p> - -<p>Ce fut, dès lors, entre Ferdinand de Brunswick -et Richelieu, une sorte de duel, où celui-ci eut la sagesse -de rompre toujours. Mais, de marches en contre-marches, -il recula de Lunebourg jusqu’à Zell. -Cependant, à un moment donné, les deux armées -<span class="pagenum" id="Page_332">[p. 332]</span> -se trouvèrent en présence. Le Maréchal venait de -recevoir des troupes fraîches; il voulut franchir la -rivière qui le séparait des Hanovriens: ce fut alors -Ferdinand qui se déroba<a name="FNanchor_529" id="FNanchor_529" href="#Footnote_529" class="fnanchor">[529]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_529" id="Footnote_529" href="#FNanchor_529"><span class="label">[529]</span></a> -Frédéric II (<i>Mémoires</i>, édit. Boutaric et Campardon, 1866, t. I, -p. 529) avoue l’échec de Ferdinand.</p> -</div> - -<p>Richelieu prit alors ses quartiers d’hiver «dans -des citadelles inexpugnables», écrivait-il au roi; -mais, fidèle à une politique que fortifiaient ses accès -périodiques de mauvaise humeur et la mobilité habituelle -de son esprit, quand il était parti depuis -quelque temps en expédition, il n’eut de cesse que -Louis XV ne le rappelât. De guerre lasse, le roi lui -donna pour successeur un prince du sang, le comte -de Clermont, qui se distingua surtout par son incapacité.</p> - -<hr class="hr31" /> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_333"> - -<h2>CHAPITRE XXVII</h2> - -<p class="smm"><i>Préventions de Bernis contre le Maréchal. — Encouragements -de Stainville à Richelieu. — M<sup>me</sup> de Pompadour -reprend la lutte. — Le petit père</i> La Maraude. — <i>Retour -de Richelieu à la Cour. — Ses entrevues avec le Maréchal -de Belle-Isle et Bernis. — Richelieu fut coupable -d’exactions, mais il ne fut jamais un traître. — Romans -prussiens. — Richelieu renonce à la vie militaire et part -pour son gouvernement de Guyenne. — Son entrée triomphale -à Bordeaux.</i></p> - -<p>Le 19 janvier 1758, Bernis expliquait ainsi à Stainville -le rappel du Maréchal:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Je suis fâché que M. de Richelieu, par son obstination -à revenir ici, et le peu d’ordre et de volonté -qu’il a su mettre dans ses opérations et dans son armée, -ait fait décider son retour. Vous savez que le -roi ne se souciait pas de l’envoyer. Il a de bonnes -choses, mais il faut avouer que la tête lui tourne aisément, -qu’il ne veut rien faire que ce qu’il a imaginé -et qu’il a plus songé, cette campagne, à faire la -paix qu’à pousser la guerre avec vigueur. M. de -Clermont vaudra-t-il mieux?... M. de Richelieu va -bien fronder ici et cabaler. Je lui conseillerais le contraire. -Il devrait aller à Richelieu quelque temps<a name="FNanchor_530" id="FNanchor_530" href="#Footnote_530" class="fnanchor">[530]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_530" id="Footnote_530" href="#FNanchor_530"><span class="label">[530]</span></a> -<i>Mémoires et Lettres de Bernis</i> (édit. Frédéric Masson), t. II, -p. 168.</p> -</div> - -<p>Évidemment, pour Bernis, c’était la meilleure des -solutions: car il se doutait bien que Richelieu rentrait -en France, le cœur ulcéré et méditant de -<span class="pagenum" id="Page_334">[p. 334]</span> -retentissantes vengeances. Cependant Stainville, si les -lettres qu’en publie Soulavie dans les <i>Mémoires de -Richelieu</i> sont authentiques, avait cherché à calmer -le dépit et le ressentiment du Maréchal, en flattant -sa vanité et en l’assurant des plus augustes sympathies; -du même coup, à vrai dire, il désavouait, -mais discrètement, son ministre et ami<a name="FNanchor_531" id="FNanchor_531" href="#Footnote_531" class="fnanchor">[531]</a>:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Votre position, qui vous affecte, est la plus brillante -de l’Europe... <i>on clabaudera toujours à Versailles</i> -contre ceux qui font quelque chose<a name="FNanchor_532" id="FNanchor_532" href="#Footnote_532" class="fnanchor">[532]</a>.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_531" id="Footnote_531" href="#FNanchor_531"><span class="label">[531]</span></a> -Au dire de <span class="smcap">Soulavie</span> (<i>Mémoires de Richelieu</i>. T. IX, p. 239) -Stainville représentait à Marie-Thérèse l’abbé de Bernis comme un -homme dangereux ou découragé, qu’il fallait chasser par conséquent -de sa place...</p> - -<p><a name="Footnote_532" id="Footnote_532" href="#FNanchor_532"><span class="label">[532]</span></a> -<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>, t. IX, pp. 202 -et suiv. Déjà Stainville, à la nouvelle de la Capitulation de Closter-Seven, -avait envoyé à Richelieu ses félicitations et celles de la Cour -de Vienne. Et même il ajoutait: «Il faut profiter du mois d’octobre -pour faire évacuer l’Elbe au roi de Prusse; vous serez, de tous côtés, -Monsieur le Maréchal, le vainqueur de ce fleuve.»</p> -</div> - -<p>Stainville était plus explicite encore dans sa lettre -du 3 décembre: «J’ai déjà eu l’honneur de vous -mander, Monsieur le Maréchal, que vous êtes à merveille -ici; et je dois ajouter que l’Impératrice et M. de -Kaunitz ont été les premiers à me dire qu’il était -de toute nécessité que vous <i>restassiez seul commandant -des forces du roi en Allemagne</i><a name="FNanchor_533" id="FNanchor_533" href="#Footnote_533" class="fnanchor">[533]</a>...»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_533" id="Footnote_533" href="#FNanchor_533"><span class="label">[533]</span></a> -<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>, t. IX, p. 213.</p> -</div> - -<p>D’un autre côté, en homme qui voulait ménager -la puissante protectrice, dont l’influence allait bientôt -l’appeler au ministère des affaires étrangères, Stainville -entendait excepter M<sup>me</sup> de Pompadour de la -cabale de Versailles «clabaudant» contre un général -trahi par la Fortune:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Je suis certain, lui écrivait-il, que M<sup>me</sup> de -<span class="pagenum" id="Page_335">[p. 335]</span> -Pompadour n’est pas du nombre... Il est vrai qu’elle -aurait peut-être désiré dans le temps que M. de -Soubise fût renforcé plus tôt... Je suis sûr, croyez-moi, -qu’elle ne l’a dit à personne<a name="FNanchor_534" id="FNanchor_534" href="#Footnote_534" class="fnanchor">[534]</a>...»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_534" id="Footnote_534" href="#FNanchor_534"><span class="label">[534]</span></a> -<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires de Richelieu</i>, t. IX, pp. 202 et suiv.</p> -</div> - -<p>A Vienne, peut-être; mais à Versailles, à Choisy, -à Paris, ainsi que dans toutes ses villégiatures, la -Marquise se répandait, comme nous l’avons vu, en -lamentations indignées sur l’abandon dans lequel -Richelieu laissait Soubise.</p> - -<p>Son antipathie, difficilement contenue, contre le -Maréchal s’était donné de nouveau libre carrière, au -lendemain des surprises de Closter-Seven. La malignité -publique lui attribuait même, à la veille de la -capitulation, une estampe satirique représentant le -comte d’Estrées, en train de fouetter le duc de Cumberland -avec une branche de laurier, dont Richelieu -ramassait les feuilles pour s’en tresser une couronne<a name="FNanchor_535" id="FNanchor_535" href="#Footnote_535" class="fnanchor">[535]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_535" id="Footnote_535" href="#FNanchor_535"><span class="label">[535]</span></a> -<span class="smcap">Campardon</span>: <i>M<sup>me</sup> de Pompadour et la Cour de Louis XV</i>, -p. 212.—<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span> (édit. in-8<sup>o</sup>), t. VI, p. 552.</p> -</div> - -<p>Il n’est guère vraisemblable que M<sup>me</sup> de Pompadour -fût l’auteur d’une telle épigramme: car, à cette -date, la trêve, consentie entre les deux parties par -leur réconciliation, jouait encore; puis la Marquise -ne cultivait pas la caricature; elle gravait pour la -plus grande gloire de son seigneur et maître. Mais -elle regagna le temps perdu dans sa nouvelle campagne -contre l’éternel ennemi.</p> - -<p>Déjà Pâris-Duverney avait formellement renié le -Maréchal après la rupture de la Convention de Closter-Seven. -Celui-ci s’était permis de négliger les avis -<span class="pagenum" id="Page_336">[p. 336]</span> -du financier! Dès lors Pâris-Duverney «cessa de le -croire utile à l’armée<a name="FNanchor_536" id="FNanchor_536" href="#Footnote_536" class="fnanchor">[536]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_536" id="Footnote_536" href="#FNanchor_536"><span class="label">[536]</span></a> -<i>Correspondance historique et particulière du Maréchal de Richelieu -en 1756, 1757, avec M. Pâris-Duverney</i> (édit. par le Général -de Grimoard), 1789, préface p. <em>XXI</em>.</p> -</div> - -<p>D’autres griefs, beaucoup plus graves, et malheureusement -trop justifiés, étaient depuis longtemps -formulés contre le Maréchal: «Le pillage de notre -armée, disait Bernis à Stainville, a été poussé à l’extrême; -et, sur cet article, M. de Richelieu n’est pas -excusable<a name="FNanchor_537" id="FNanchor_537" href="#Footnote_537" class="fnanchor">[537]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_537" id="Footnote_537" href="#FNanchor_537"><span class="label">[537]</span></a> -<i>Mémoires et Lettres de Bernis</i> (édit. F. Masson), t. II, p. 178. -Lettre du 30 janvier 1758.—D’après <span class="smcap">Duclos</span> (<i>Mémoires</i>, t. II, -p. 286) Bernis avait proposé à Richelieu, avant qu’il ne partît, d’augmenter -ses appointements; mais le Maréchal, «colorant son avarice -d’un air de dignité, refusa, disant qu’il ne devait renoncer à aucun -de ses droits de général».</p> -</div> - -<p>Ce «pillage», Richelieu l’avait instauré, et comme -méthodiquement organisé, dès son entrée en terre -allemande; et l’abus de ces exactions était devenu -si criant que nos soldats—toujours friands de ces -surnoms pittoresques—avaient baptisé leur général -en chef «le petit père La Maraude».</p> - -<p>Il va sans dire qu’ils suivaient ce déplorable -exemple et que l’armée était en proie au plus effroyable -désordre, comme à la plus avilissante gabegie. -Quelle nouvelle contradiction chez un homme -qui nous en a déjà offert de si nombreuses et de si -déconcertantes! Alors qu’au moment où sa fortune -militaire lui permettant d’anéantir toute une armée, -il avait eu un geste à la fois humain et généreux, -il livrait tout un pays, malgré les instructions -précises de son gouvernement, aux horreurs d’un -pillage en règle, qu’allait aggraver encore le châtiment -d’une infraction aux lois de l’honneur. Les -<span class="pagenum" id="Page_337">[p. 337]</span> -protestations du landgrave ne reposaient donc pas -sur des faits imaginaires; et le duc de Cumberland, -retiré à Londres, avait pu dire, en parlant de la conquête -du Hanovre par les Français, que les «alliés -de l’Angleterre étaient quarante mille poltrons -fuyant devant cent mille bandits<a name="FNanchor_538" id="FNanchor_538" href="#Footnote_538" class="fnanchor">[538]</a>». Frédéric lui-même, -Frédéric qui avait tant de méfaits de ce -genre sur la conscience, oubliant la lettre pateline -qu’il avait adressée deux mois auparavant à Richelieu, -lui fit écrire par son frère, le prince Henri, -que des représailles seraient exercées sur les officiers -français prisonniers, si le pays continuait à -être aussi impitoyablement dévasté<a name="FNanchor_539" id="FNanchor_539" href="#Footnote_539" class="fnanchor">[539]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_538" id="Footnote_538" href="#FNanchor_538"><span class="label">[538]</span></a> -<i>Galerie des aristocrates et Mémoires secrets</i> (attribués à Dumouriez), -1790.—L’auteur va même jusqu’à dire (tant les opinions en -matière d’honneur sont variables!): «Il est impossible à tout brave -homme aimant sa patrie de désapprouver l’infraction du traité de -Closter-Seven; notre façon de jouir de nos conquêtes a légitimé -la rébellion: elle était juste et forcée.»</p> - -<p><a name="Footnote_539" id="Footnote_539" href="#FNanchor_539"><span class="label">[539]</span></a> -<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>, t. IX, p. 194.—<span class="smcap">Faur</span>: -<i>Vie privée</i>, t. II, p. 184.</p> -</div> - -<p>Plus tard, quand il fut question des déprédations -et des contributions excessives infligées à ces «victimes -innocentes», comme il les appelait lui-même, -le Maréchal invoquait, pour légitimer ses exactions, -les droits de la guerre et ceux des généraux en chef. -Les précédents, hélas! ne manquaient pas. C’était, -entre autres, les rapines du grand Villars, sous lequel -Richelieu avait servi et plus récemment, celles de -Maurice de Saxe et de Löwendahl, d’illustres guerriers, -et... d’abominables pillards, mais qui n’étaient -pas Français<a name="FNanchor_540" id="FNanchor_540" href="#Footnote_540" class="fnanchor">[540]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_540" id="Footnote_540" href="#FNanchor_540"><span class="label">[540]</span></a> -Si l’Histoire doit juger sévèrement un tel abus de la force et un -tel mépris du droit des gens, quelle ne sera pas la rigueur de sa sentence -contre les arrières-petits-fils de ces «innocentes victimes», -contre leurs chefs et leurs souverains, dont les exécutions militaires, -à l’aurore du <em>XX<sup>e</sup></em> siècle et dans une guerre sans précédents, ont dépassé -en horreur tout ce que l’imagination peut concevoir de plus inique, -de plus atroce, de plus barbare? Ces modernes Vandales nient, -contre l’évidence, quand ils ne s’en glorifient pas, leurs attentats -à la justice et à la propriété, à la liberté et à la vie des peuples—ce -patrimoine éternel de l’humanité. Quel contraste avec la mentalité -française, même sous le règne du pouvoir absolu! L’opinion publique -se prononça énergiquement, dans notre pays, contre le système -de défense de Richelieu.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_338">[p. 338]</span> -Le Maréchal rentra donc dans Paris, comme le -dit Moufle d’Angerville<a name="FNanchor_541" id="FNanchor_541" href="#Footnote_541" class="fnanchor">[541]</a> avec son âpreté coutumière, -«chargé de dépouilles glorieuses sans doute, -s’il les eût acquises en combattant, mais honteuses, -puisqu’elles étaient moins le fruit de ses victoires -que de sa cruauté et de son avarice».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_541" id="Footnote_541" href="#FNanchor_541"><span class="label">[541]</span></a> -<span class="smcap">Moufle d’Angerville</span>: <i>Vie de Louis XV</i>, t. VI, p. 54.</p> -</div> - -<p>Bernis annonçait, le 4 février, à Stainville, l’arrivée -imminente de Richelieu: «Il paraît assez philosophe. -Dieu veuille qu’il soit sage quand il sera -ici!»</p> - -<p>On le vit surtout aigri, mécontent et soucieux -de dégager sa responsabilité de l’issue désastreuse -d’une campagne, que ses débuts laissaient pressentir -si belle et si fructueuse pour la France.</p> - -<p>Luynes et Bernis ont présenté, chacun à leur manière, -ce retour d’un vainqueur dont l’effort était -resté stérile.</p> - -<p>Dans son <i>Journal</i> de janvier 1758, Luynes ne se -fait pas faute d’admirer les dispositions prises par -Richelieu au terme de ses opérations militaires. Le -mois suivant, il montre le courtisan au coucher du -roi, accueilli par le prince avec une rare bonté. Le -8 mars, Richelieu, accompagné de son cousin d’Aiguillon, -va rendre visite, «par devoir», au Maréchal -<span class="pagenum" id="Page_339">[p. 339]</span> -de Belle-Isle. Il est vrai qu’avant de partir pour -l’armée, il avait déclaré ouvertement qu’il ne voulait -«dépendre en aucune manière de lui, ni prendre -ses conseils<a name="FNanchor_542" id="FNanchor_542" href="#Footnote_542" class="fnanchor">[542]</a>». De fait, de toute la campagne, il -n’avait daigné correspondre avec Belle-Isle<a name="FNanchor_543" id="FNanchor_543" href="#Footnote_543" class="fnanchor">[543]</a>; mais, -celui-ci, depuis le 29 février, remplaçait Paulmy, -secrétaire d’État à la Guerre pendant treize mois. -Richelieu était donc tenu à plus de circonspection.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_542" id="Footnote_542" href="#FNanchor_542"><span class="label">[542]</span></a> -<span class="smcap">Luynes</span>: <i>Journal</i>, t. XVI, 3 mars 1758, p. 387.</p> - -<p><a name="Footnote_543" id="Footnote_543" href="#FNanchor_543"><span class="label">[543]</span></a> -<i>Ibid.</i>, 18 mars 1758, p. 389.</p> -</div> - -<p>De même, il ménageait Bernis qu’il voyait chaque -jour; si parfois il s’en plaignait, c’était secrètement; -car, en public, il ne lui prêtait, ni méchants propos, -ni manœuvres malveillantes à son égard: il savait -trop bien, affirmait l’abbé, que «je l’avais traité -comme un ami, tandis que, comme ministre des -affaires étrangères, je pouvais demander qu’il fût -puni<a name="FNanchor_544" id="FNanchor_544" href="#Footnote_544" class="fnanchor">[544]</a>». Bernis, dans un entretien avec Luynes, attribuait, -en effet, à Richelieu seul, l’avortement de -la Convention de Closter-Seven. Mais le Maréchal -avait informé Belle-Isle qu’il comptait remettre -au roi un mémoire explicatif, où il lui exposerait -sa conduite au cours de l’expédition et dans quelle -situation il avait laissé l’armée.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_544" id="Footnote_544" href="#FNanchor_544"><span class="label">[544]</span></a> -<span class="smcap">Bernis</span>: <i>Mémoires et Lettres</i>, t. II, p. 34.</p> -</div> - -<p>Quelques jours après, il portait le double de ce -travail au ministre; et, dans cette seconde visite -qui dura trois quarts d’heure, Richelieu fit preuve -de la plus aimable courtoisie: c’était, disait-il, «à la -personne et non à la place qu’il entendait rendre -ainsi ses devoirs<a name="FNanchor_545" id="FNanchor_545" href="#Footnote_545" class="fnanchor">[545]</a>». C’était aussi afin de remercier -une fois de plus Belle-Isle de l’emploi qu’il avait -<span class="pagenum" id="Page_340">[p. 340]</span> -trouvé pour Fronsac, nommé tout récemment brigadier.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_545" id="Footnote_545" href="#FNanchor_545"><span class="label">[545]</span></a> -<span class="smcap">Luynes</span>: <i>Journal</i>, t. XVI, 18 mars, p. 390.</p> -</div> - -<p>D’autre part le ministre avait fait tenir de sages -conseils à Richelieu par l’intermédiaire de M. de -Beauvau. Il l’exhortait à modérer la vivacité de ses -récriminations, car les plaintes arrivaient chaque -jour, plus nombreuses et plus pressantes, du pays de -Hanovre<a name="FNanchor_546" id="FNanchor_546" href="#Footnote_546" class="fnanchor">[546]</a>; et Richelieu devait avoir à cœur, dans -l’intérêt de son honneur, de chercher une «justification» -éclatante et publique, nécessaire pour la -gloire du roi et du nom français, justification qui -serait insérée «dans les gazettes».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_546" id="Footnote_546" href="#FNanchor_546"><span class="label">[546]</span></a> -<span class="smcap">Luynes</span>: <i>Journal</i>, t. XVI, pp. 340-343.—<i>Mémoires</i> et <i>Lettres</i> -de Bernis, t. II, p. 133.</p> -</div> - -<p>A Paris, également, l’opinion publique se montrait -implacable. Elle accusait Richelieu de trahison—mot -dont on abuse en France, pour flétrir -des généraux ou des diplomates malheureux; idée -qui devait se cristalliser, par la suite, dans le vocable, -resté ineffaçable depuis plus de cent cinquante -ans, de <i>Pavillon du Hanovre</i><a name="FNanchor_547" id="FNanchor_547" href="#Footnote_547" class="fnanchor">[547]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_547" id="Footnote_547" href="#FNanchor_547"><span class="label">[547]</span></a> -<span class="smcap">Moufle d’Angerville</span>: <i>Vie de Louis XV</i>, t. VI, p. 54: «Il -porta l’impudence au point de s’en (de ses exactions) ériger, en -quelque sorte, un trophée par un pavillon superbe, qu’il fit construire -aux yeux de la Capitale, et que les persifleurs, par une dérision -amère, appelèrent le <i>Pavillon du Hanovre</i>.»</p> -</div> - -<p>Aux yeux des adversaires irréductibles du Maréchal, -ce magnifique palais représentait moins le bénéfice -inavouable de la campagne, que le prix d’une -honteuse forfaiture. Dieudonné Thiébault, le père -du général et l’un des familiers de Frédéric, formule -de graves accusations contre l’honneur militaire de -Richelieu, pour les avoir entendues dans la bouche -de «plus de cent Prussiens». Après la capitulation -<span class="pagenum" id="Page_341">[p. 341]</span> -de Closter-Seven, Dunkelmann, le gardien du trésor -de Frédéric, transporté à Magdebourg, aurait offert -une somme considérable au Maréchal, qui l’accepta, -pour qu’il n’allât pas plus loin. Car, avec ses «trois -bataillons ruinés» et ses 1.500 déserteurs, la défense -de Magdebourg était impossible. Et, «depuis, ajoute -Thiébault, Dunkelmann a constamment joui de la -confiance du roi et d’une considération particulière -dans le public<a name="FNanchor_548" id="FNanchor_548" href="#Footnote_548" class="fnanchor">[548]</a>».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_548" id="Footnote_548" href="#FNanchor_548"><span class="label">[548]</span></a> -<span class="smcap">Thiébault</span>: <i>Mémoires</i> (édition Barrière), t. II, p. 199.—Soulavie -reconnaît également que Magdebourg n’aurait pu résister -et déduit de l’inaction de Richelieu qu’il devait être «de connivence» -avec le roi de Prusse. Depuis, Sainte-Beuve, toujours très -dur pour le Maréchal, cite cette phrase perfide (<i>Premiers lundis</i>, -t. XI) de Frédéric, faisant allusion aux contributions de guerre -perçues par Richelieu: «Il n’est pas douteux que les sommes qui -passèrent entre les mains du Maréchal, ne ralentirent considérablement -dans la suite son ardeur militaire.» Mais Sainte-Beuve -ajoute prudemment «je me méfie de Frédéric». Par contre, Faur -affirme que Richelieu resta toujours «fidèle» à ses devoirs. Ce qui -est certain, c’est que l’échec d’une capitulation qu’il estimait inattaquable, -semble l’avoir hypnotisé au point de lui enlever tout -esprit de direction et de décision.</p> -</div> - -<p>Mais, autant la rapacité du vainqueur, en pays -conquis, est indéniable, autant sa vénalité sur le -champ de bataille n’est guère vraisemblable. Elle -eût été plus inepte encore qu’odieuse. La prise de -Magdebourg (et les instructions données au généralissime -la prévoyaient) assurant le succès définitif -de la campagne, Frédéric était perdu; et le Maréchal -dictait, comme il y comptait bien, la paix à -l’Europe.</p> - -<p>Peut-être Richelieu avait-il trop sacrifié aux exigences -de son esprit vaniteux et léger, en continuant -sa correspondance avec Frédéric. Déjà Bernis, à -propos de la première lettre qui en avait marqué -<span class="pagenum" id="Page_342">[p. 342]</span> -les débuts, l’avait doucereusement persiflé, dans sa -dépêche du 3 octobre à Stainville: «M. de Richelieu -est un peu embarrassé d’une lettre pleine de -louanges que le roi de Prusse lui a écrite en lui proposant -de faire la paix. Le Maréchal ne serait pas -fâché de la faire en effet et le Danemark aussi.»</p> - -<p>Dans d’autres dépêches, ou dans ses <i>Mémoires</i>, -Bernis constate, non moins malicieusement, et à plusieurs -reprises, que Frédéric amuse Richelieu, ou -lui tend des pièges, soit directement, soit par l’intermédiaire -de la margrave de Bayreuth. Mais c’est -encore cette même lettre du 3 octobre, adressée à -Stainville, qui trahit, par une insinuation adroitement -voilée, le peu de bienveillance de Bernis pour -le Maréchal, bien qu’il se défende toujours de lui -vouloir aucun mal.</p> - -<p>Le ministre écrit donc à Stainville qu’il a fait -mettre à la Bastille un «émissaire» du comte de -Newied, «le plus intrigant des comtes de l’Empire», -dont la correspondance avec le roi de Prusse vient -d’être découverte à Vienne. A vrai dire, «on n’a -rien trouvé dans les papiers de cet émissaire»; -il a simplement déclaré qu’un secrétaire du Maréchal -de Richelieu «avait proposé de donner Neuchâtel -à notre amie pour l’attacher au roi de Prusse».</p> - -<p>Le détenu n’était pas un inconnu pour Bernis: -c’était un chambellan du margrave d’Anspach, -nommé Barbut de Maussac, qui était venu une première -fois à Paris, en février 1757, et déjà, sans doute, -comme agent secret du comte de Newied<a name="FNanchor_549" id="FNanchor_549" href="#Footnote_549" class="fnanchor">[549]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_549" id="Footnote_549" href="#FNanchor_549"><span class="label">[549]</span></a> -M. Frédéric Masson qui a consulté les Archives des Affaires -étrangères pour avoir le mot de cette mystérieuse énigme, n’a rien -trouvé de plus que les faits signalés par Bernis. Il croit que le comte -de Newied était un espion à la solde, et de l’Autriche, et de la -Prusse. (Note des <i>Mémoires</i> et <i>Lettres</i> de Bernis, t. II, pp. 122-124.) -Mais, dans un article du <i>Correspondant</i>, du 25 avril 1914, les <i>Ancêtres -du nouveau roi d’Albanie, les princes de Wied-Newied au -XVIII<sup>e</sup> siècle</i>, l’auteur, le <i>comte Palluat de Besset</i>, a repris la -question et présente «l’intrigant» désigné par Bernis, comme un -pacifiste désintéressé, soucieux de rétablir les bonnes relations entre -la France et la Prusse.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_343">[p. 343]</span> -Or, le 7 juillet de cette même année, Frédéric -écrivait à sa sœur, la margrave de Bayreuth:</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Puisque, ma chère sœur, vous voulez vous charger -du grand ouvrage de la paix, je vous supplie -de vouloir envoyer M. de Mirabeau<a name="FNanchor_550" id="FNanchor_550" href="#Footnote_550" class="fnanchor">[550]</a> en France. Je -me chargerai volontiers de sa dépense: il pourra -offrir jusqu’à cinq cent mille écus à la favorite pour -la paix; et il pourrait pousser ses offres beaucoup -au-delà, si, en même temps, on pouvait l’engager -à nous procurer quelques avantages. Vous sentez -tous les ménagements dont j’ai besoin dans cette -affaire et combien peu j’y dois paraître; le moindre -vent qu’on en aurait en Angleterre pourrait tout -perdre.»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_550" id="Footnote_550" href="#FNanchor_550"><span class="label">[550]</span></a> -Le chevalier, puis bailli de Mirabeau, frère puîné du Marquis.</p> -</div> - -<p>Frédéric avait le goût de la correspondance, et -plus encore celui des promesses, quitte à ne pas les -tenir: c’est, on le sait, dans les traditions de la diplomatie -prussienne.</p> - -<p>Mirabeau remplit sa mission, mais sans succès. -Parallèlement, l’«espion» du comte de Newied -s’efforça de s’acquitter de la sienne. Le 6 août, il -portait une lettre de son maître au Maréchal de Belle-Isle, -lequel lui remettait sa réponse. Le 22, de retour -à Newied, il rendait compte à un envoyé du roi de -Prusse de sa négociation; et le 23, Frédéric recevait -<span class="pagenum" id="Page_344">[p. 344]</span> -une lettre signée Van der Hayn, qui l’engageait à -céder à M<sup>me</sup> de Pompadour, «cette femme insatiable», -les deux principautés de Neuchâtel et de Valengin, -«dont il ne faisait rien<a name="FNanchor_551" id="FNanchor_551" href="#Footnote_551" class="fnanchor">[551]</a>». Dans ce but, le roi de -Prusse devrait envoyer à la Cour de Versailles Barbut -de Maussac qui «promet la plus heureuse issue».</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_551" id="Footnote_551" href="#FNanchor_551"><span class="label">[551]</span></a> -De fait, Frédéric n’attachait aucune importance à la possession -de deux provinces, «à 300 lieues de Berlin», disait-il. On sait -du reste que Neuchâtel fut réuni solennellement à la Confédération -Helvétique en 1858.</p> -</div> - -<p>Ce fut, en effet, une belle ambassade: le chambellan -du margrave d’Anspach et son digne auxiliaire, -le colonel Balbi, munis de faux passe-ports, -arrivaient à peine à Paris, qu’ils étaient arrêtés tous -deux comme espions de Frédéric, et menés à la Bastille, -d’où Maussac ne put sortir qu’un an après<a name="FNanchor_552" id="FNanchor_552" href="#Footnote_552" class="fnanchor">[552]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_552" id="Footnote_552" href="#FNanchor_552"><span class="label">[552]</span></a> -Dans son article du <i>Correspondant</i>, M. Palluat de Besset cite, -d’après la <i><span lang="de" xml:lang="de">Politische Correspondenz</span> B 15 Prusse C.D. supplément X</i>, une -lettre datée du 25 septembre 1757, dans laquelle Frédéric autorise -«ses amis» à promettre de sa part la cession <em>VIAGÈRE</em> de Neuchâtel -et de Valengin à la favorite, «se flattant que M<sup>me</sup> de Pompadour -emploiera tout son crédit, afin que les articles de paix lui soient -avantageux».</p> -</div> - -<p>Déjà, Bernis, lorsqu’il avait raconté à Stainville -comment il avait éconduit Mirabeau, s’était plaint -de l’insistance apportée par Richelieu à contrecarrer -«l’affermissement du crédit» de la Marquise.</p> - -<p>Le Maréchal n’était cependant pour rien dans -l’intrigue de Balbi-Maussac. Il ne le fut pas davantage -dans celle du Suisse Gampert, où il devait néanmoins -jouer un rôle, plutôt désagréable pour Frédéric, -qui était bien le metteur en scène, dans la -coulisse, de ces misérables imbroglios. Mais Bernis -avait trouvé le moyen de les enchevêtrer encore, -en les confondant; et ce n’était certes pas dans -<span class="pagenum" id="Page_345">[p. 345]</span> -l’intention de rendre service au Maréchal, car il écrivait, -le 8 novembre, à Stainville: «M. de Richelieu -a vu un émissaire du roi de Prusse, qui est impliqué -dans l’affaire de Newied: il ne l’a pas fait arrêter, -quoiqu’il soit venu à son armée sous un faux passe-port: -tout cela donne matière à des soupçons -faux, à ce que je crois, mais vraisemblables. Il me -faudra écrire des mémoires pour détruire toutes ces -chimères. M. de Richelieu a trouvé l’homme qu’on -croyait son secrétaire et qui avait proposé la principauté -de Neuchâtel pour M<sup>me</sup> de Pompadour. Nous -lui mandons de nous l’envoyer à la Bastille.»</p> - -<p>Il fait bon de consulter les <i>Archives de la Bastille</i>, -quand il s’agit de ces aventuriers, ou tout au moins -d’«hommes à projets», dont regorgea le <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, -et qui peuplèrent, à cette époque, la prison -d’État.</p> - -<p>Nous découvrons, en effet, dans cette mine de documents, -à côté du dossier Balbi-Maussac<a name="FNanchor_553" id="FNanchor_553" href="#Footnote_553" class="fnanchor">[553]</a>, signalé -par le comte Palluat de Besset, celui de Gampert, -l’intrigant<a name="FNanchor_554" id="FNanchor_554" href="#Footnote_554" class="fnanchor">[554]</a>, qui (le Gouvernement dut le reconnaître) -n’était l’associé, ni de Balbi, ni de Maussac.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_553" id="Footnote_553" href="#FNanchor_553"><span class="label">[553]</span></a> -<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i> 11969. -Dossier de <span class="smcap">Barbut de Maussac</span> indiqué par M. Palluat de Besset.</p> - -<p><a name="Footnote_554" id="Footnote_554" href="#FNanchor_554"><span class="label">[554]</span></a> -<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i> 11998. -Dossier de <span class="smcap">Gampert</span>.</p> -</div> - -<p>La fiche qui le concerne et les documents qui l’accompagnent -rétablissent la vérité des faits.</p> - -<p>Ce Gampert, qui s’était présenté au camp de Richelieu, -pourvu ou non d’un faux passe-port, comme -les Balbi et les Maussac, n’en avait pas moins été -arrêté, en <i>octobre</i>, dans la ville de Hanovre, par les -soins du Maréchal, puis dirigé sur Strasbourg, et -<span class="pagenum" id="Page_346">[p. 346]</span> -enfin conduit à la Bastille, le 24 juillet 1758<a name="FNanchor_555" id="FNanchor_555" href="#Footnote_555" class="fnanchor">[555]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_555" id="Footnote_555" href="#FNanchor_555"><span class="label">[555]</span></a> -<span class="smcap">Gampert</span> sortit de la Bastille le 24 janvier 1759, et fut immédiatement -reconduit à la frontière avec «un ordre d’exil».</p> -</div> - -<p>Il avait mis, comme on voit, plus de neuf mois -pour arriver à sa destination.</p> - -<p>Il se disait autorisé à faire des propositions de paix, -en offrant, de la part de Frédéric, à <i>une princesse -française</i>, et à son défaut, <i>à M<sup>me</sup> de Pompadour</i>, -les principautés de Neuchâtel et de Valengin.</p> - -<p>Très vraisemblablement, cet intermédiaire était -un nouvel envoyé du roi de Prusse. Certes, Frédéric -ne pouvait s’illusionner sur le sort réservé à ses -tentatives de négociations. Il savait trop la haine -que lui avait vouée la Marquise, pour espérer qu’elle -cédât à l’amour du lucre ou à la gloriole des titres. -Mais il suffisait au machiavélisme de l’astucieux -monarque, que ses propositions d’accommodement -fussent adressées de toutes parts à la maîtresse de -Louis XV. A son compte, de ces démarches, si souvent -renouvelées, devraient rejaillir des soupçons -sur la probité politique de sa mortelle ennemie. Et -les étendre jusqu’à Richelieu, c’était le comble de la -fourberie diplomatique, bien que Frédéric n’eût -aucune raison d’animosité contre le Maréchal.</p> - -<p>Mieux encore, la sympathie de celui-ci pour celui-là, -conforme aux traditions ancestrales hostiles -à la maison d’Autriche, pouvait être exploitée -comme une des causes de l’inaction «voulue» du -vainqueur de Closter-Seven, qui avait sauvé miraculeusement -la Prusse de l’effondrement définitif<a name="FNanchor_556" id="FNanchor_556" href="#Footnote_556" class="fnanchor">[556]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_556" id="Footnote_556" href="#FNanchor_556"><span class="label">[556]</span></a> -C’est la thèse... philosophique de Soulavie, contre laquelle -s’élève, à si juste titre, M. Frédéric Masson; et c’est peut-être par -allusion aux déclarations du futur diplomate révolutionnaire, que -Capefigue attribue le désastre de Rosbach à la secte des philosophes -(voir <a href="#Page_315">p. <ins title="325">315</ins></a>).</p> -</div> - -<p><span class="pagenum" id="Page_347">[p. 347]</span> -Pour le parti qui aspirait à la perte du Maréchal, -le mot <i>inaction</i> était synonyme du terme <i>trahison</i>; -et c’était sous cette accusation, injuste autant que -perfide, qu’on prétendait écraser le favori de -Louis XV.</p> - -<p>On comprend, de reste, l’état d’âme de Richelieu, -quand il se sentit la fable de la Cour et de la Ville. -Son orgueil démesuré, qui lui rendait plus sensibles -les erreurs et les fautes du gouvernement<a name="FNanchor_557" id="FNanchor_557" href="#Footnote_557" class="fnanchor">[557]</a>, ne pouvait -cependant lui dissimuler les siennes; et le duc -de Croÿ a très bien défini une mentalité qui ne -s’ignorait pas, quand il dit, dans son <i>Journal</i>: -«M. de Richelieu fut reçu froidement... Il n’était -pas plus content des autres qu’on ne l’était de lui... -Il avait perdu la discipline et fait une étonnante -campagne<a name="FNanchor_558" id="FNanchor_558" href="#Footnote_558" class="fnanchor">[558]</a>.»</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_557" id="Footnote_557" href="#FNanchor_557"><span class="label">[557]</span></a> -Il ne pouvait entendre parler de sang-froid de la capitulation -de Closter-Seven, affirment les <i>Souvenirs de deux anciens militaires</i> -(1813), pp. 65 et suiv. «C’est, disait-il, de toutes les intrigues de -Cour, la plus atroce; on voulait continuer la guerre, on voulait me -perdre; jamais je ne me suis conduit avec plus de prudence et plus -de bonheur.» C’était troubler sa digestion que d’aborder un tel -sujet.</p> - -<p><a name="Footnote_558" id="Footnote_558" href="#FNanchor_558"><span class="label">[558]</span></a> -<span class="smcap">Duc de Croÿ</span>: <i>Journal</i> (édit. de Grouchy et Cottin), t. I, p. 418.</p> -</div> - -<p>Rompu aux intrigues de Cour, il sut enfin se persuader -que, pour le moment, son rôle était fini. -M<sup>me</sup> de Pompadour, malgré tous les assauts qu’avait -eu à subir son crédit, était encore la souveraine -maîtresse du royaume et du roi. Dès lors, Richelieu -pouvait-il espérer (et d’abord l’eût-il voulu?) qu’on -lui confiât le commandement d’une nouvelle armée? -Encore moins devait-il compter sur une place -au Conseil. La Marquise et ses amis en occupaient -<span class="pagenum" id="Page_348">[p. 348]</span> -toutes les avenues. Et le roi lui-même, malgré son -extrême indulgence et son amitié, restée immuable, -pour le Maréchal, s’enracinait plus encore, avec son -entêtement ordinaire, dans cette idée, que Richelieu -était trop léger et trop prompt pour devenir jamais -un bon ministre.</p> - -<p>Aussi, par dégoût et peut-être encore par philosophie, -le Maréchal se dit-il qu’il serait plus sage de -renoncer momentanément à la vie militaire et politique -qui lui donnait actuellement tant de déboires. -Il lui restait assez d’agréables et brillantes compensations, -pour ne pas trop regretter le rêve qu’avait -fait miroiter à ses yeux le souvenir des gloires familiales. -Il pouvait partager désormais son temps entre -l’administration de son gouvernement de Guyenne -et les devoirs de sa charge de premier gentilhomme -qui lui assurait encore une influence considérable. -A Paris et à Versailles, il pontifiait toujours au nom -de l’étiquette; il était le doyen de l’Académie, il -régentait les théâtres et les comédiens, commandait -à la mode, éblouissait par son faste; il était, par définition, -le protecteur des Lettres et des Arts. A Bordeaux, -il se sentait plus puissant encore; et il se -promettait d’y jouer le rôle de despote et de sultan, -car il n’avait rien abdiqué de son autoritarisme, ni -de son goût passionné pour les femmes.</p> - -<p>Sa vieille amie, «la grosse duchesse» d’Aiguillon, -qui était en même temps sa cousine, était partie lui -préparer le terrain. La tâche était délicate. La belle -expédition de Minorque avait naguère enthousiasmé -les Bordelais, mais la déconvenue de Closter-Seven -avait transformé les dithyrambes en satires. -Heureusement, la duchesse ne manquait pas -<span class="pagenum" id="Page_349">[p. 349]</span> -d’entregent; elle avait des intelligences dans la place et -sut retourner l’opinion publique<a name="FNanchor_559" id="FNanchor_559" href="#Footnote_559" class="fnanchor">[559]</a>.</p> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_559" id="Footnote_559" href="#FNanchor_559"><span class="label">[559]</span></a> -<span class="smcap">Grellet-Dumazeau</span>: <i>La société bordelaise au XVIII<sup>e</sup> siècle</i>, -pp. 201 et suiv.—En 1756, D’Argenson écrivait (t. IX, p. 303), -d’après des bruits de Cour, que Richelieu allait épouser la D<sup>lle</sup> -d’Aiguillon, «intrigante qui s’ennuie de n’être rien à la Cour»; n’était-ce -pas plutôt la duchesse douairière qui était veuve?</p> -</div> - -<p>Le Maréchal en profita pour faire une entrée solennelle -dans la capitale de sa riche Satrapie. Des -barques, magnifiquement décorées et pavoisées, l’attendaient -à Blaye, lui et sa suite. Les navires qui -stationnaient le long du fleuve, et le Château-Trompette -le saluèrent de salves d’artillerie pendant qu’il -remontait jusqu’à Bordeaux. Lorsqu’il descendit -à terre et qu’il passa sous l’arc de triomphe dressé -sur la Place Royale, le Parlement vint l’y haranguer. -Puis Richelieu monta à cheval et se rendit, -accompagné de toute la noblesse de la province, à -la Cathédrale, où fut chantée une messe d’action -de grâces.</p> - -<img class="pwidth" src="images/pdots.jpg" alt="" /> - -<p>Ainsi devait se terminer, dans une opulente sinécure, -la vie politique et militaire d’un homme qui avait -joué, sur les deux théâtres les plus en vue, à la Cour -comme à l’Armée, un rôle de la première importance. -Ce n’est pas qu’il l’eût abandonné sans espoir de -retour: il comptait, au contraire, le reprendre, pour -l’échanger, à l’heure propice, contre celui qui n’avait -cessé d’être le but de toutes ses ambitions, le personnage -de premier ministre; mais il avait été inconsciemment -victime d’un de ces accès de bouderie dont -il était coutumier. Il était parti de son plein gré; -on oublia de le rappeler.</p> - -<p><span class="pagenum" id="Page_350">[p. 350]</span> -Aussi bien la place n’était guère enviable, quoique -enviée par tant de compétiteurs, qui s’y croyaient -appelés par leur compétence et leurs talents, alors -que ces affamés de pouvoir n’avaient d’autre capacité -que celle de leurs appétits. Au reste, jamais la -Cour n’avait été le foyer de plus misérables, ni de -plus basses intrigues. En présence d’un roi fainéant, -indifférent et impénétrable, asservi désormais à -ses passions, les partis se livraient des combats, acharnés -dans leur perfidie sournoise, où les amis de la -veille devenaient les ennemis du lendemain, facilement -réconciliables pour des luttes nouvelles.</p> - -<p>Le pays n’était pas moins profondément divisé -sur tous les terrains, politiques, militaires, religieux, -financiers.</p> - -<p>Les temps étaient proches, où les visions d’un -prophète, que nous avons si souvent consulté, le -marquis d’Argenson, allaient devenir de saisissantes -réalités: «L’anarchie marche à grands pas..., écrit-il... -On entend murmurer ces mots de liberté, de -républicanisme; déjà les esprits en sont pénétrés -et l’on sait à quel point l’opinion gouverne le monde. -Le temps de l’adoration est passé: ce nom de maître, -si doux à nos yeux, sonne mal à nos oreilles. Il se peut -qu’une nouvelle forme de gouvernement soit déjà -conçue en de certaines têtes, pour en sortir, à la -première occasion, armée de toutes pièces. Peut-être -la Révolution s’opérera-t-elle avec moins de contestation -que l’on ne pense: il n’y faudra, ni princes -du sang, ni seigneurs, ni fanatisme religieux, tout -se fera par acclamation...</p> - -<div class="manuscr"> -<p>«Aujourd’hui tous les ordres sont à la fois mécontents: -le militaire congédié depuis la paix; le clergé -<span class="pagenum" id="Page_351">[p. 351]</span> -offensé dans ses privilèges; les parlements, les corporations, -les pays d’État avilis; le bas peuple -accablé d’impôts, rongé de misère; les financiers -seuls triomphants... Partout des matières combustibles... -D’une émeute on peut passer à la révolte, -de la révolte à une totale révolution; élire de vrais -tribuns du peuple, des Consuls<a name="FNanchor_560" id="FNanchor_560" href="#Footnote_560" class="fnanchor">[560]</a>....»</p> -</div> - -<div class="footnotes"> -<p><a name="Footnote_560" id="Footnote_560" href="#FNanchor_560"><span class="label">[560]</span></a> -<i>Mémoires et Journal</i> du marquis <span class="smcap">d’Argenson</span> (édition elzévirienne -1858) t. V, pp. 346-347.</p> -</div> - -<p class="sep3 cs8 cent">FIN</p> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_353"> - -<h2 id="toc">TABLE DES MATIÈRES</h2> - -<hr class="hr20" /> - -<table summary="Table des matières"> -<tr> - <td class="tdlh"><span class="smcap">Avant-Propos.</span></td> - <td class="tdr"><a href="#Page_V"><em>V</em></a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE PREMIER</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">La naissance de Richelieu-Fronsac. — Un ressuscité -qui devient nonagénaire. — Première enfance. — Une -éducation négligée. — Succès de Fronsac à la -Cour. — L’habit de belle-mère. — Esprit d’à-propos -d’un danseur. — Mariage d’enfants. — Un -ancêtre de Chérubin. — Imprudences de la duchesse -de Bourgogne; effronterie de Fronsac. — Premier -séjour à la Bastille.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_1">1</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE II</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Quatorze mois de Bastille. — Sollicitude du Gouverneur -Bernaville pour son prisonnier. — Visite de -la petite duchesse de Fronsac à son époux: les -suites d’un mariage blanc. — Études et «amusements» -du détenu. — Attaque de petite vérole: -traitement du malade. — Isolement et terreurs -de Fronsac. — Sa guérison; sa convalescence. — Bulletins -de Bernaville. — Repentir, en apparence, -sincère, de Fronsac. — Sa mise en liberté.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_10">10</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE III</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Fronsac, en Flandre, sous le commandement de Villars. — Le -siège de Marchiennes. — Fronsac est -blessé à Fribourg. — Comment il est accueilli, -à Marly, par le roi. — Il revoit la duchesse aux -yeux bleus qui avait reçu ses adieux avant son -départ pour l’armée. — L’amitié succède à -l’amour. — Le roman de M<sup>me</sup> Michelin: perfidie -<span class="pagenum" id="Page_354">[p. 354]</span> -et cruautés de Fronsac. — Mort du duc de Richelieu: -un beau geste de son héritier. — Les dernières -heures de M<sup>me</sup> Michelin.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_19">19</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE IV</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Richelieu sous la Régence. — Mort de sa femme -qui le laisse tout consolé. — Premier conflit de -Richelieu avec le duc d’Orléans: duel manqué. — Duel -autrement sérieux avec Gacé. — Les deux -adversaires à la Bastille: cinq mois de détention. — Amours -princières de Richelieu: les escapades -d’une arrière-petite-fille du Grand Condé. — Colère -du duc de Bourbon. — Richelieu chansonné.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_27">27</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE V</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Visées amoureuses de Richelieu. — M<sup>lle</sup> de Valois, -fille du Régent. — A la table de jeu. — Travestissements -de Richelieu pour pénétrer chez M<sup>lle</sup> de -Valois. — La porte secrète et l’armoire aux confitures. — Ce -que pense la grand-mère, duchesse -douairière d’Orléans, de la «coqueluche» de la -Cour. — Une aventure galante de Richelieu. — Le -«petit crapaud».</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_36">36</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE VI</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">La Conspiration de Cellamare. — Malgré ses dénégations, -Richelieu avait pactisé avec l’Espagne. — Son -arrestation tardive et mouvementée. — Il -est enfermé pour la troisième fois à la Bastille. — Rigueur, -dans le début, de son incarcération. — Animosité -de la Palatine contre «le gnome». — Intervention -des deux princesses en faveur de -Richelieu qui obtient de notables adoucissements. — Le -duo d’<i>Iphigénie</i>. — Véhémente indignation -de la Palatine contre sa petite-fille. — A -quel prix celle-ci obtient la grâce et la liberté de -Richelieu. — La duchesse de Modène.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_44">44</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE VII</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Exil de Richelieu dans son château du Poitou. — Son -séjour passager à Conflans et à Saint-Germain: -<span class="pagenum" id="Page_355">[p. 355]</span> -diversions parisiennes. — Sa retraite à Richelieu -lui permettra de rétablir ses affaires. — Il y donne -l’hospitalité à Voltaire. — Il obtient la grâce de -revenir à Paris, puis à la Cour. — Faux bruit de -son mariage avec M<sup>lle</sup> de Charolais. — Son prétendu -voyage, en colporteur, à la Cour de Modène. — Galerie -monastique de Richelieu. — Il succède, -comme académicien, au marquis de Dangeau; -son discours; incidents de sa réception.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_65">65</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE VIII</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Nouvelles aventures de Richelieu. — M<sup>me</sup> de Villeroy -et M<sup>me</sup> d’Alincourt. — Comment Richelieu -se venge du Régent. — Duel avec le duc de Bourbon. — Une -légende dorée. — M<sup>lle</sup> de Maupin n’a -pu être la maîtresse de Richelieu. — Le duel de -MM<sup>mes</sup> de Nesle et de Polignac. — Amitié de -Richelieu pour le duc de Melun.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_79">79</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE IX</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Le duc de Richelieu prend séance, comme pair, au Parlement. — Le -duc de Bourbon l’envoie en ambassade -à Vienne. — Fanfarinet: couplets satiriques. — Instructions -du gouvernement français au -nouveau diplomate. — Richelieu doit miner -l’influence espagnole à Vienne. — Prompt départ -de l’aventurier Ripperda. — Embarras financiers -de Richelieu: son «entrée» à Vienne. — Son -activité: ses succès plus ou moins discutés en -matière de diplomatie galante.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_88">88</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE X</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Prédilection de Richelieu pour la cabale et les opérations -magiques. — Affaire de satanisme à Vienne: -ses différentes versions. — Richelieu obtient -le chapeau de Cardinal pour Fleury. — Succès de sa -mission diplomatique. — Son retour en France. — Nouvelles -imprudences sur le terrain de la galanterie. — Il -est plus circonspect en politique: -la conjuration des Marmousets. — Richelieu -conquiert de nouveaux grades dans l’armée -et «commande pour le roi» en Languedoc.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_100">100</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2"><span class="pagenum" id="Page_356">[p. 356]</span> - CHAPITRE XI</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Le second mariage de Richelieu. — Voltaire l’a mené -comme une «comédie». — Richelieu retourne à -l’armée: son duel avec le prince de Lixin. — Sa -femme, la princesse de Guise, est une nature -d’élite. — Comme elle seconde son mari aux -États de Languedoc. — Une anecdote du marquis -de Valfons. — Richelieu fidèle pendant six mois. — L’intrigue -avec M<sup>me</sup> de la Martellière. — Les -cabinets particuliers de la Galerie des Tuileries. — Amour -passionné de la duchesse pour son -mari. — Ses derniers moments.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_112">112</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XII</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Le deuil de Richelieu. — Son séjour dans le Languedoc -en 1741. — Petite malice d’un vieux chanoine. — Esprit -de tolérance de Richelieu. — Son autorité -en matière d’étiquette. — Il est processif, -autant par nécessité que par amour de la chicane. — Ses -revendications contre les propriétaires du -Palais Royal. — L’histoire d’un pamphlet. — Richelieu -perd son procès.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_123">123</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XIII</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">La galanterie sert la politique de Richelieu. — L’amitié -qui la favorise. — M<sup>me</sup> du Châtelet lui -assure le concours de Voltaire. — Une autre amie, -M<sup>me</sup> de Tencin, donne à Richelieu la clef des intrigues -ministérielles. — Rupture de Louis XV et -de la Reine exploitée par les partis. — Richelieu -ne fut pas, à l’origine, le «corrupteur» du roi. — Sa -perversité fut devancée par celle de Bachelier, -un des premiers valets de chambre.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_131">131</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XIV</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Richelieu devient le grand favori du roi. — Ses -impressions sur la mentalité de Louis XV. — Les -demoiselles de Nesle. — Richelieu intrigue -pour la Marquise de la Tournelle. — Ses intelligences -<span class="pagenum" id="Page_357">[p. 357]</span> -avec M<sup>me</sup> de Tencin, pendant qu’il est à -l’armée de Flandre. — Loin de Versailles, il -travaille à la «quitterie» de M<sup>me</sup> de Mailly. — Il -reparaît à la Cour. — Le précepteur du roi -et le professeur «di piazza». — Fin d’une longue -résistance. — La «dormeuse» de M. de Richelieu.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_141">141</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XV</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlk"><div class="hang">Année 1743: nouvelle correspondance chiffrée de -M<sup>me</sup> de Tencin, pendant le séjour de Richelieu en -Languedoc. — Campagne contre Maurepas. — Le -désastre de Dettingen; belle conduite et -mot... malheureux de Richelieu. — M<sup>me</sup> de la -Tournelle est nommée duchesse de Châteauroux -et Richelieu, premier gentilhomme de la Chambre.</div> - -<div class="hang" style="margin-top: 0.5em;">Année 1744: projet, avorté, d’une descente sur les -côtes anglaises. — Dépit et récriminations de -Richelieu. — Son activité comme premier gentilhomme -de la Chambre. — Projets de fêtes -pour le premier mariage du Dauphin. — La -<i>Princesse de Navarre</i>: patience de Voltaire et -méchante humeur de Rameau. — Diplomatie -mystérieuse de Frédéric II. — Conseil de nuit -à Choisy. — Départ de Louis XV pour l’armée.</div></td> - <td class="tdr"><a href="#Page_158">158</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XVI</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">M<sup>me</sup> de Tencin continue sa correspondance. — Richelieu -lui préfère encore la présence de M<sup>me</sup> de Châteauroux -auprès du roi. — Dangers de cette -manœuvre. — La maladie de Louis XV à Metz. — Les -médecins perdent la tête. — Richelieu et -les duchesses chambrent le roi. — Les terreurs -de Louis XV. — Disgrâce de M<sup>me</sup> de Châteauroux. — Épigrammes -et satires. — Le roi guérit -et charge Richelieu de négocier le retour de la -favorite. — Un rendez-vous et une liste de proscription. — Maurepas -échappe à la vengeance de -la duchesse, mais doit s’humilier devant elle. — Mort -foudroyante de M<sup>me</sup> de Châteauroux. — Douleur -du roi.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_178">178</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2"><span class="pagenum" id="Page_358">[p. 358]</span> - CHAPITRE XVII</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Richelieu ne se laisse pas abattre par la mort de M<sup>me</sup> -de Châteauroux. — Comment il organise les fêtes -du premier mariage du Dauphin. — Futilités de -l’étiquette. — L’abbesse du Trésor. — Préparatifs -de départ pour l’armée: l’incident Champenois. — D’après -plusieurs historiens, Richelieu serait -le véritable vainqueur de Fontenoy: une pièce -aux Archives de la Guerre. — Conflit avec la -Reine: toujours la question d’étiquette. — Disgrâce -du Théâtre de la Foire. — Échange de -mauvais procédés entre Richelieu et le Maréchal -de Saxe pour la Comédie en Flandre.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_195">195</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XVIII</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Ce que pensait Richelieu de M<sup>me</sup> de Pompadour et -ce que lui demandait Voltaire. — L’expédition de -Dunkerque; nouveaux déboires et nouvelles chansons. — Richelieu -ne répond pas aux avances de -M<sup>me</sup> de Pompadour. — Il est nommé ambassadeur -matrimonial auprès du roi de Pologne. — Cette -mission inquiète la Cour de Saxe. — Désappointement -de Frédéric II. — Le Maréchal de -Saxe est le véritable négociateur. — Succès personnel -de Richelieu. — Ses attentions délicates -pour la future Dauphine. — Le mariage. — La -négociation secrète avec Vienne n’aboutit pas. — Une -«rêverie» de Maurice de Saxe.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_215">215</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XIX</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Richelieu va prendre à Gênes la succession du Maréchal -de Boufflers. — Pronostics du Marquis D’Argenson. — Succès -de Richelieu: il est nommé -Maréchal de France; honneurs exceptionnels que -lui décerne la République de Gênes. — Son retour -triomphal à Versailles. — Sa campagne contre -la Marquise. — Comment il traite le duc de la -Vallière, favori de la favorite. — Formation du -triumvirat. — Les inquiétudes de M<sup>me</sup> de Pompadour: -un mot de Louis XV.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_231">231</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2"><span class="pagenum" id="Page_359">[p. 359]</span> - CHAPITRE XX</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">L’aventure de Richelieu et de M<sup>me</sup> de la Pouplinière. — Le -fermier général et sa femme rue Richelieu -et à Passy. — Le Maréchal est un familier de la -maison; il y rencontre J.-J. Rousseau qu’il traite -de compositeur génial. — La «calote» de Roy. — Lettres -anonymes. — La Pouplinière fait surveiller -sa femme et la brutalise indignement. — Correspondance -amoureuse. — Comment La Pouplinière -découvre, avec Vaucanson, la plaque -tournante d’une cheminée servant de communication -aux deux amants. — Chassée par son -mari, M<sup>me</sup> de la Pouplinière meurt d’un cancer. — Le -jouet du jour. — Une malice de M<sup>me</sup> de Pompadour.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_240">240</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XXI</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Richelieu a trop l’amour du théâtre et la servitude -de l’étiquette pour ne pas entrer en conflit avec -M<sup>me</sup> de Pompadour. — Disgrâce de Maurepas; son -quatrain; l’attitude de Richelieu. — De dépit de -n’être pas premier ministre, Richelieu part pour -le Languedoc. — Spectacles de la Cour pendant -son absence. — Correspondance de Voltaire, -autre mécontent, avec Richelieu. — Retour du -Maréchal, plus aigri que jamais, à Versailles: ses -propos de frondeur.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_255">255</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XXII</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Voltaire entretient une correspondance plus suivie -avec Richelieu: comment il félicite son «héros» -de son esprit de tolérance. — Préoccupations de -Richelieu en matière de théâtre. — M<sup>me</sup> Favart, -le Maréchal de Saxe et le Maréchal de Richelieu. — Conflit -avec l’archevêque de Paris. — Richelieu -fréquente volontiers à l’Académie. — Un incident -de séance. — Brouille passagère du Maréchal avec -Voltaire. — Élections académiques: nomination -du Maréchal de Belle-Isle. — Réforme des statuts -académiques. Intervention de Louis XV contre -<span class="pagenum" id="Page_360">[p. 360]</span> -Piron. — Difficultés de Richelieu avec l’abbé -d’Olivet. — Roueries électorales.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_266">266</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XXIII</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Richelieu à la fois avare et prodigue. — Les affaires -Girard et La Rivière. — Le canal Richelieu. — La -Comédie à la Place Royale. — Comment le Maréchal -fait connaissance de Casanova. — Courroucé, -en apparence, contre les Réformés du Languedoc, -il ferme les yeux sur leurs agissements. — Il est -nommé gouverneur de la Guyenne. — Dernier -retour agressif contre M<sup>me</sup> de Pompadour; la jolie -M<sup>lle</sup> Hélie et la petite Murphy. — Un projet matrimonial -de la Marquise.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_277">277</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XXIV</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">L’alliance de l’Autriche et de la France. — Débuts -de la Guerre de Sept ans; la Prusse alliée de l’Angleterre. — Mariage -de Septimanie, fille de Richelieu, -avec le comte d’Egmont. — Départ du Maréchal -pour Minorque: prise de Citadella; travaux -de siège; vaillance du soldat français. — Prise de -Port-Mahon. — Enthousiasme de M<sup>me</sup> de Pompadour -pour «le Minorquin». — Vaine intervention -de Voltaire et de Richelieu pour l’amiral Byng. — Malveillance -du comte d’Argenson. — Le -retour, acclamé, de Richelieu. — Les figues de -Minorque.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_291">291</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XXV</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Une déconvenue de Richelieu. — L’attentat de -Damiens: c’est le Maréchal qui fait arrêter l’assassin. — Démarche -adroite de Richelieu auprès de -M<sup>me</sup> de Pompadour. — Son intervention, inutile, -mais désirée par le roi, auprès de l’archevêque de -Paris. — Réconciliation publique de la Marquise -avec Richelieu. — Elle vaut au Maréchal de remplacer, -à l’armée de Westphalie, le comte d’Estrées, -le vainqueur d’Hastembeck.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_304">304</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2"><span class="pagenum" id="Page_361">[p. 361]</span> - CHAPITRE XXVI</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Campagne de Hanovre. — Instructions données au -Maréchal de Richelieu. — Sa marche foudroyante. — La -Convention de Closter-Seven. — L’imprudence -du vainqueur. — Appréhensions de Frédéric -II. — Désaccord de Bernis avec Richelieu: -tergiversations de la Cour de Versailles et mauvaise -foi du Cabinet de Saint-James. — Sommations -tardives et impuissantes du Maréchal aux -chefs de l’armée vaincue. — Conséquences du -désastre de Rosbach. — Entrée en campagne de -Ferdinand de Brunswick. — Comment Richelieu -le contient. — Il demande son rappel: le comte -de Clermont le remplace.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_314">314</a></td> -</tr> -<tr> - <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XXVII</td> -</tr> -<tr> - <td class="tdlh">Préventions de Bernis contre le Maréchal. — Encouragements -de Stainville à Richelieu. — M<sup>me</sup> de -Pompadour reprend la lutte. — Le petit père -<i>La Maraude</i>. — Retour de Richelieu à la Cour. — Ses -entrevues avec le Maréchal de Belle-Isle et -Bernis. — Richelieu fut coupable d’exactions, -mais il ne fut jamais un traître. — Romans prussiens. — Richelieu -renonce à la vie militaire et -part pour son gouvernement de Guyenne. — Son -entrée triomphale à Bordeaux.</td> - <td class="tdr"><a href="#Page_333">333</a></td> -</tr> -</table> - -</div> - -<div class="chptr" id="Page_363"> - -<h2 id="ndx">INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOMS CITÉS</h2> - -<p class="csm">Les chiffres indiquent les pages; ceux précédés d’un -astérisque indiquent les notes. Les noms en italiques désignent -les noms de lieux et d’ouvrages.</p> - -<p class="csm">Le nom du Maréchal, comme duc de Fronsac ou duc -de Richelieu, revenant presque à chaque page, nous -n’avons pas cru devoir l’insérer dans cet Index. De même, -pour ne pas surcharger une Table, déjà très longue, nous -en avons écarté des noms tels que Paris, France, Europe, etc.</p> - -<hr /> - -<p class="cent"><a href="#let_a">A</a> <a href="#let_b">B</a> - <a href="#let_c">C</a> <a href="#let_d">D</a> <a href="#let_e">E</a> - <a href="#let_f">F</a> <a href="#let_g">G</a> <a href="#let_h">H</a> - <a href="#let_i">I</a> <a href="#let_j">J</a> <a href="#let_k">K</a> - <a href="#let_l">L</a> <a href="#let_m">M</a> <a href="#let_n">N</a> - <a href="#let_o">O</a> <a href="#let_p">P</a> <a href="#let_q">Q</a> - <a href="#let_r">R</a> <a href="#let_s">S</a> <a href="#let_t">T</a> - <a href="#let_u">U</a> <a href="#let_v">V</a> <a href="#let_w">W</a> - <span style="color: #eee;">X</span> <a href="#let_y">Y</a> <a href="#let_z">Z</a></p> - -<hr /> - -<h3 id="let_a">A</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><i>Abbaye au Bois</i> (L’), <a href="#Page_201">201</a>.</li> - -<li><i>Abonnés de l’Opéra</i> (Les), par <span class="smcap">Boysse</span>, <a href="#Page_85">85</a>.</li> - -<li><i>Académie des Sciences</i> (L’), <a href="#Page_108">108</a>.</li> - -<li><i>Académie française</i> (L’), <a href="#Page_76">76-78</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_136">136</a>, - <a href="#Footnote_243">*159</a>, <a href="#Page_221">221</a>, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_271">271-276</a>, - <a href="#Page_348">348</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Achille</span>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_218">218</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Acigné</span> (M<sup>lle</sup> d’), tante de Richelieu, <a href="#Page_127">127</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Agénois</span> (Armand <span class="smcap">Vignerot Du Plessis Richelieu</span>, Duc d’), - puis Duc d’<span class="smcap">Aiguillon</span>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_339">339</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Aguesseau</span> (Henri d’), Chancelier de France, Garde des sceaux, <a href="#Page_238">238</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Aiguillon</span> (Duchesse douairière d’), née <span class="smcap">Crussol</span>, <a href="#Page_294">294</a>, - <a href="#Page_348">348</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Aiguillon</span> (Famille <span class="smcap">Du Plessis Vignerot</span> d’), <a href="#Footnote_117">*68</a>.</li> - -<li><i>Aire</i> (Ile d’), <a href="#Page_298">298</a>.</li> - -<li><i>Aix</i> (Ville d’), <a href="#Page_280">280</a>.</li> - -<li><i>Aix-la-Chapelle</i> (Traité d’), <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Footnote_408">*264</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Albaret</span> (Comte d’), <a href="#Page_297">297</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Alberoni</span> (Le Cardinal Jules), <a href="#Page_44">44-47</a>, <a href="#Footnote_77">*47</a>, - <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_55">55</a>, <a href="#Page_90">90</a>, - <a href="#Page_91">91</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Alembert</span> (Jean <span class="smcap">Le Rond</span> d’), de l’Académie française, <a href="#Page_147">147</a>.</li> - -<li><i>Alençon</i> (Ville d’), <a href="#Page_280">280</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Alincourt</span> (François-Camille de <span class="smcap">Neuville</span>, Marquis, puis Duc d’), <a href="#Page_86">86</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Alincourt</span> (Marquise d’), née de <span class="smcap">Boufflers</span>, <a href="#Page_79">79-81</a>.</li> - -<li><i>Allemagne</i> (L’) et <i>Allemands</i> (Les), <a href="#Footnote_216">*141</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_230">230</a>, - <a href="#Footnote_452">*292</a>, <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Footnote_500">*313</a>, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_334">334</a>.</li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_364">[p. 364]</span></li> - -<li><i>Allemagne</i> (Campagne d’), <a href="#Footnote_502">*316</a>.</li> - -<li><i>Alsace</i> (Province d’), <a href="#Page_95">95</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_182">182</a>, - <a href="#Footnote_283">*187</a>, <a href="#Page_316">316</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Amelot de Chaillou</span> (Jean-Joseph), Secrétaire d’État aux Affaires étrangères, <a href="#Page_160">160</a>, - <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_273">273</a>.</li> - -<li><i>Amours de Zéokinisul</i> (Les), roman, par <span class="smcap">Crébillon</span> fils, <a href="#Footnote_282">*186</a>.</li> - -<li><i>Ancêtres du nouveau roi d’Albanie</i> (Les), par <span class="smcap">Palluat de Besset</span>, <a href="#Footnote_549">*343</a>, - <a href="#Footnote_552">*344</a>.</li> - -<li><i>Anecdotes</i> d’<span class="smcap">Hemery</span>, <a href="#Footnote_162">*102</a>.</li> - -<li><i>Anecdotes sur le Maréchal de Richelieu</i>, par <span class="smcap">Rulhière</span> (édition <span class="smcap">Asse</span>), - <a href="#Footnote_33">*8</a>, <a href="#Footnote_62">*32</a>, <a href="#Footnote_69">*39</a>, <a href="#Page_48">48</a>, - <a href="#Footnote_106">*60</a>, <a href="#Footnote_108">*62</a>, <a href="#Footnote_138">*81</a>, <a href="#Footnote_139">*82</a>.</li> - -<li><i>Angleterre</i> (Royaume d’) et <i>Anglais</i> (Les), <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_160">160</a>, - <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_167">167</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_204">204</a>, - <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_219">219</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_293">293</a>, - <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_320">320</a>, - <a href="#Page_327">327-329</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_343">343</a>.</li> - -<li><i>Annales politiques</i> (Les), par <span class="smcap">Linguet</span>, <a href="#Footnote_314">*204</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Anne d’Autriche</span>, Reine de France, <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Anterroche</span> ou <span class="smcap">Auteroche</span> (Comte d’), Lieutenant de grenadiers, - <a href="#Page_204">204</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Antin</span> (Louis-Antoine de <span class="smcap">Pardaillan</span> de <span class="smcap">Gondrin</span>, Duc d’), - <a href="#Page_203">203</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Anselme</span> (Le père), généalogiste, <a href="#Page_1">1</a>, <a href="#Footnote_22">*2</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Anspach</span> (Charles-Frédéric, Margrave d’), neveu de Frédéric II, <a href="#Page_342">342</a>, - <a href="#Page_344">344</a>.</li> - -<li>Antoinette d’<span class="smcap">Espagne</span> (L’Infante), <a href="#Page_260">260</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Apraxin</span> (Le Général Comte Fœdorovitch), <a href="#Page_322">322</a>.</li> - -<li><i>Archives de la Guerre</i>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Footnote_318">*206</a>.</li> - -<li><i>Archives des Affaires étrangères</i>, <a href="#Page_XIV"><em>XIV</em></a>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Footnote_270">*174</a>, <a href="#Footnote_459">*296</a>, - <a href="#Footnote_549">*342</a>.</li> - -<li><i>Archives municipales d’Agen</i>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Footnote_18">*<em>XXV</em></a>.</li> - -<li><i>Archives Nationales</i>, <a href="#Footnote_117">*67</a>.</li> - -<li><i>Archives ou Papiers de la Bastille</i> (Bibliothèque de l’Arsenal), <a href="#Footnote_23">*2</a>, - <a href="#Footnote_36">*9</a>, <a href="#Footnote_37">*10</a>, <a href="#Footnote_40">*11</a>, - <a href="#Footnote_42">*13</a>, <a href="#Footnote_43">*14</a>, <a href="#Footnote_45">*17</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>, - <a href="#Footnote_156">*95</a>, <a href="#Footnote_157">*96</a>, <a href="#Footnote_161">*101</a>, <a href="#Footnote_169">*106</a>, - <a href="#Footnote_177">*113</a>, <a href="#Footnote_202">*129</a>, <a href="#Footnote_266">*172</a>, <a href="#Footnote_311">*202</a>, - <a href="#Footnote_328">*214</a>, <a href="#Footnote_393">*253</a>, <a href="#Footnote_429">*278</a>, <a href="#Footnote_430">*279</a>, - <a href="#Footnote_433">*280</a>, <a href="#Footnote_436">*282</a>, <a href="#Footnote_496">*311</a>.</li> - -<li><i>Archives Wallonnes</i>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Footnote_441">*284</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Arétin</span> (L’), <a href="#Page_138">138</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Argens</span> (Jean-Baptiste <span class="smcap">Boyer</span>, Marquis d’), <a href="#Page_225">225</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Argenson</span> (Marc-René <span class="smcap">Voyer</span> d’), Lieutenant-général de police, puis Garde des Sceaux, - <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Footnote_77">*47</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_56">56</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Argenson</span> (Marc-Pierre, Comte d’), Lieutenant-général de police, puis Ministre de la Guerre, - <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_163">163</a>, - <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Footnote_269">*173</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_195">195</a>, - <a href="#Footnote_296">*195</a>, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_214">214</a>, - <a href="#Page_218">218</a>, <a href="#Page_224">224</a>, <a href="#Page_231">231</a>, <a href="#Page_233">233</a>, - <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Footnote_401">*258</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_291">291</a>, - <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_301">301-303</a>, <a href="#Page_306">306</a>, - <a href="#Footnote_486">*307</a>, <a href="#Footnote_489">*309</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Argenson</span> (René-Louis, Marquis d’), Ministre des Affaires étrangères, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, <a href="#Footnote_77">*47</a>, - <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_151">151</a>, - <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_205">205</a>, - <a href="#Footnote_317">*205</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_220">220</a>, <a href="#Footnote_341">*220</a>, - <a href="#Page_224">224</a>, <a href="#Page_228">228-232</a>, <a href="#Footnote_351">*232</a>, <a href="#Page_234">234</a>, - <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Footnote_397">*256</a>, - <a href="#Page_258">258</a>, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_277">277</a>, - <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_288">288</a>, <a href="#Footnote_559">*349</a>, - <a href="#Page_350">350</a>.</li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_365">[p. 365]</span></li> - -<li><span class="smcap">Armaillé</span> (Comtesse d’), <a href="#Page_123">123</a>.</li> - -<li><i>Arnouville</i> (Village d’), <a href="#Page_306">306</a>.</li> - -<li><i>Arsenal</i> (Bibliothèque de l’), <a href="#Footnote_502">*316</a>.</li> - -<li><i>Arsenal</i> (Jardin de l’), <a href="#Page_16">16</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Auguste III</span>, Électeur de Saxe et Roi de Pologne, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_222">222-224</a>, - <a href="#Page_227">227</a>, <a href="#Page_228">228</a>, <a href="#Page_279">279</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Aumont</span> (Louis, Marquis de <span class="smcap">Villequier</span>, puis Duc d’), <a href="#Page_22">22</a>.</li> - -<li><i>Auteuil</i> (Village d’), <a href="#Page_81">81</a>.</li> - -<li><i>Autriche</i> (Empire d’), <a href="#Footnote_110">*63</a>, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_94">94</a>, - <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>, <a href="#Footnote_310">*202</a>, - <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Footnote_549">*343</a>, <a href="#Page_346">346</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Averne</span> (M<sup>me</sup> d’), née de <span class="smcap">Brégy</span>, <a href="#Page_82">82</a>, - <a href="#Footnote_139">*82</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Ayen</span> (Louis de <span class="smcap">Noailles</span>, Duc d’), capitaine des Gardes, <a href="#Page_180">180</a>, - <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_288">288</a>, - <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_330">330</a>.</li> - -<li><i>Azamuth</i>, pseudonyme de Richelieu, <a href="#Page_172">172</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_b">B</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><span class="smcap">Bachaumont</span> (<span class="smcap">Louis Petit</span> de), littérateur, <a href="#Footnote_380">*245</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bachelier</span>, premier valet de chambre de Louis XV, <a href="#Footnote_195">*126</a>, <a href="#Page_131">131</a>, - <a href="#Page_139">139</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bacquencourt</span> (<span class="smcap">Dupleix</span> de), directeur de la Compagnie des Indes, - <a href="#Page_264">264</a>.</li> - -<li><i>Bajazet</i>, tragédie de Racine, <a href="#Page_188">188</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Balbi</span> (Colonel), <a href="#Page_344">344</a>, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Footnote_553">*345</a>.</li> - -<li><i>Bâle</i> (Ville de), <a href="#Page_188">188</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Balleroy</span> (Jacques-Claude-Augustin, Marquis de <span class="smcap">La Cour</span>), <a href="#Page_192">192</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Balleroy</span> (Marquise de <span class="smcap">La Cour</span>), <a href="#Page_53">53</a>, - <a href="#Footnote_112">*64</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Balot</span>, Avocat au Parlement, <a href="#Page_250">250</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Barbut de Maussat</span>, chambellan du Margrave d’Anspach, <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_344">344</a>, - <a href="#Page_345">345</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Barère</span>, chirurgien, <a href="#Page_14">14-16</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Barjac</span>, valet de chambre du Cardinal Fleury, <a href="#Footnote_195">*126</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Barrière</span>, littérateur, <a href="#Footnote_9">*<em>XVIII</em></a>, <a href="#Page_XIX"><em>XIX</em></a>, - <a href="#Footnote_10">*<em>XIX</em></a>.</li> - -<li><i>Bastille</i> (Château de la), <a href="#Page_1">1-3</a>, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_16">16-18</a>, - <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_30">30-32</a>, <a href="#Footnote_61">*32</a>, <a href="#Page_35">35</a>, - <a href="#Page_40">40</a>, <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_50">50-56</a>, <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>, - <a href="#Page_63">63</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_122">122</a>, - <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Footnote_433">*280</a>, <a href="#Page_342">342</a>, - <a href="#Page_344">344</a>, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Footnote_553">*345</a>, <a href="#Page_346">346</a>, - <a href="#Footnote_555">*346</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bathiany</span> (Comtesse), <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Page_98">98</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Baudouin</span>, peintre, <a href="#Page_272">272</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bavière</span> (Chevalier de), <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_56">56</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bavière</span> (Électeur de), Empereur d’Allemagne, <a href="#Footnote_216">*143</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bayard</span>, auteur dramatique, <a href="#Page_XXIV"><em>XXIV</em></a>, <a href="#Footnote_15">*<em>XXIV</em></a>.</li> - -<li><i>Bayonne</i> (Ville de), <a href="#Footnote_78">*47</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_58">58</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bayreuth</span> (La Margrave de), sœur de Frédéric II, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_342">342</a>, - <a href="#Page_343">343</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Beaulieu</span> (Bombarde de), Conseiller au grand Conseil, <a href="#Footnote_433">*280</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Beaumarchais</span> (Caron de), auteur dramatique, <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>, <a href="#Page_7">7</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Beaumont</span> (Christophe de), archevêque de Vienne, puis de Paris, <a href="#Page_221">221</a>, - <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Footnote_414">*271</a>, <a href="#Page_305">305</a>, - <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_309">309</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Beauvau</span> (Charles-Just, Maréchal de France, Prince de), <a href="#Page_297">297</a>, - <a href="#Footnote_500">*313</a>, <a href="#Page_340">340</a>.</li> - -<li><i>Belgique</i> (Province de), <a href="#Page_230">230</a>.</li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_366">[p. 366]</span></li> - -<li><span class="smcap">Bellefonds</span> (Marquise de), <a href="#Page_215">215</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Belle-Isle</span> (Charles <span class="smcap">Fouquet</span>, Maréchal de France, Comte, puis Duc de), - <a href="#Footnote_216">*141</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_258">258</a>, <a href="#Page_266">266</a>, - <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Footnote_498">*312</a>, - <a href="#Footnote_500">*313</a>, <a href="#Footnote_527">*329</a>, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_339">339</a>, - <a href="#Page_343">343</a>.</li> - -<li><i>Bérénice</i>, tragédie de Racine, <a href="#Page_188">188</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Berger</span>, <a href="#Footnote_382">*247</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Berger</span>, directeur de l’Opéra, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Page_212">212</a>.</li> - -<li><i>Berg-op-Zoom</i> (Siège de), <a href="#Page_265">265</a>.</li> - -<li><i>Berlin</i> (Ville de), <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Footnote_551">*344</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bernage de Saint-Maurice</span>, intendant du Languedoc, puis prévôt des marchands à Paris, <a href="#Page_165">165</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bernard</span> (Samuel), banquier, <a href="#Page_240">240</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bernaville</span> (de), Gouverneur de la Bastille, <a href="#Page_10">10-17</a>, <a href="#Page_31">31</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bernières</span> (Présidente de), née de <span class="smcap">Faulcon de Ris</span>, <a href="#Footnote_147">*87</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bernis</span> (Abbé, puis Cardinal de), <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Footnote_451">*291</a>, - <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Footnote_459">*296</a>, <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_303">303-305</a>, - <a href="#Footnote_483">*305</a>, <a href="#Footnote_498">*312</a>, <ins title="Référence douteuse"><a href="#Page_314">*314</a></ins>, - <a href="#Footnote_504">*318</a>, <a href="#Footnote_506">*319</a>, <a href="#Footnote_508">*320</a>, <a href="#Page_321">321</a>, - <a href="#Page_322">322</a>, <a href="#Footnote_511">*322</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Footnote_512">*323</a>, - <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Footnote_515">*325</a>, <a href="#Page_326">326-328</a>, - <a href="#Footnote_525">*329</a>, <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_333">333</a>, - <a href="#Footnote_531">*334</a>, <a href="#Page_336">336</a>, <a href="#Footnote_537">*336</a>, <a href="#Page_338">338-342</a>, - <a href="#Footnote_549">*342</a>, <a href="#Footnote_549">*343</a>, <a href="#Page_344">344</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Berry</span> (Charles, Duc de), petit-fils de Louis XIV, <a href="#Page_32">32</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Berry</span> (Marie-Louise-Élisabeth d’<span class="smcap">Orléans</span>, Duchesse de), <a href="#Page_50">50</a>, - <a href="#Footnote_81">*50</a>, <a href="#Footnote_137">*80</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Footnote_140">*82</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Berryer</span>, lieutenant-général de police, <a href="#Page_279">279</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Berwick</span> (Jacques <span class="smcap">Fitz-James</span>, Maréchal de France, Duc de), <a href="#Footnote_78">*47</a>, - <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_114">114</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Besenval</span> (Baron de), <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Footnote_108">*62</a>.</li> - -<li><i>Bibliothèque de la Ville de Paris</i>, <a href="#Footnote_187">*120</a>, <a href="#Footnote_201">*128</a>, <a href="#Page_242">242</a>.</li> - -<li><i>Bibliothèque Nationale</i> (Département des Manuscrits), <a href="#Footnote_380">*245</a>, <a href="#Footnote_433">*280</a>.</li> - -<li><i>Bijoux indiscrets</i> (Les), roman de <span class="smcap">Diderot</span>, <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>.</li> - -<li><i>Biographie Universelle de</i> <span class="smcap">Michaud</span>, <a href="#Footnote_149">*89</a>, <a href="#Footnote_194">*124</a>, - <a href="#Footnote_296">*195</a>, <a href="#Footnote_318">*206</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Biron</span> (Charles de <span class="smcap">Gontaut</span>, Maréchal de France, Duc de), <a href="#Page_53">53</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Biron</span> (Marquis de), premier écuyer du Régent, <a href="#Page_54">54</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Biron</span> (Louis-Antoine de <span class="smcap">Gontaut</span>, Maréchal de France, Duc de), - <a href="#Footnote_319">*207</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bittard des Portes</span>, historien, <a href="#Footnote_318">*206</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Blackney</span> (Sir), Gouverneur de Minorque, <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_299">299</a>, - <a href="#Page_301">301</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Blamont</span> (de), Surintendant de la Musique, <a href="#Page_236">236</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Blanchard</span> (Abbé), <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_209">209</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Boislisle</span> (A. de), Membre de l’Institut, <a href="#Page_XXVII"><em>XXVII</em></a>, <a href="#Page_XXVIII"><em>XXVIII</em></a>, <a href="#Page_7">7</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Boislisle</span> (Jean de), <a href="#Page_XXVIII"><em>XXVIII</em></a>, <a href="#Footnote_25">*5</a>.</li> - -<li><i>Bohême</i> (Royaume de), <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Footnote_278">*182</a>, <a href="#Footnote_283">*187</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Boismorand</span> (Abbé de), <a href="#Page_129">129</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bonneval</span> (De), Intendant des Menus, <a href="#Page_234">234</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bontemps</span>, Gouverneur des Tuileries, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_126">126</a>.</li> - -<li><i>Bordeaux</i> (Ville de), <ins title="sans doute 115"><a href="#Footnote_183">*111</a></ins>, <a href="#Page_333">333</a>, - <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_349">349</a>.</li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_367">[p. 367]</span></li> - -<li><span class="smcap">Boufflers</span> (Marie-Françoise de <span class="smcap">Beauvau-Craon</span>, Marquise de), <a href="#Page_263">263</a>, - <a href="#Page_273">273</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Boufflers</span> (Joseph-Marie, Maréchal de France, Duc de), <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_231">231</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bougainville</span> (Jean-Pierre de), littérateur, <a href="#Page_276">276</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bouhier</span> (Le Président), de l’Académie française, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_221">221</a>.</li> - -<li><i>Boulogne</i> (Bois de), <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>.</li> - -<li><i>Boulogne</i> (Expédition de), <a href="#Page_167">167</a>, <a href="#Page_218">218</a>, <a href="#Page_219">219</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bourbon</span> (Louis-Henri, Duc de), dit Monsieur le Duc, principal Ministre, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Page_27">27</a>, - <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_43">43</a>, - <a href="#Page_48">48</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Footnote_126">*72</a>, <a href="#Page_79">79</a>, - <a href="#Page_82">82-84</a>, <a href="#Page_89">89</a>, <a href="#Page_90">90</a>, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Footnote_155">*94</a>, - <a href="#Page_142">142</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bourbon</span> (Duchesse douairière de), dite Madame la Duchesse, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_33">33</a>, - <a href="#Footnote_63">*33</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bourbon</span> (Anne de <span class="smcap">Bavière</span>, première douairière de), dite Madame la Princesse, - <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Footnote_80">*49</a>, <a href="#Page_71">71</a>.</li> - -<li><i>Bourbon</i> (Maison de), <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Footnote_126">*72</a>, <a href="#Page_105">105</a>, - <a href="#Footnote_168">*105</a>, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_176">176</a>, - <a href="#Footnote_452">*291</a>, <a href="#Page_303">303</a>.</li> - -<li><i>Bourges</i> (Ville de), <a href="#Page_258">258</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bourgogne</span> (Louis, Duc de), petit-fils de Louis XV et frère aîné de Louis XVI, <a href="#Footnote_410">*265</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bourgogne</span> (Adélaïde de <span class="smcap">Savoie</span>, Duchesse de), <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>, <a href="#Page_1">1</a>, - <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_5">5-7</a>, <a href="#Footnote_32">*7</a>, <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_25">25</a>, - <a href="#Page_55">55</a>.</li> - -<li><i>Bourgogne</i> (Province de), <a href="#Page_91">91</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Boyer</span>, ancien évêque de Mirepoix, <a href="#Page_201">201</a>, <a href="#Page_262">262</a>, - <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_275">275</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Boysse</span>, littérateur, <a href="#Page_85">85</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Boze</span> (Claude <span class="smcap">Gros</span> de), antiquaire, de l’Académie française, <a href="#Page_276">276</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Brancas</span> (Louis-Antoine, Duc de), <a href="#Page_89">89</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Brancas</span> (Duchesse de), <a href="#Page_138">138</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Brancas</span> (Marie-Angélique <span class="smcap">Frémyn de Moras</span>, Duchesse de), <a href="#Page_145">145</a>, - <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_201">201</a>, <a href="#Page_281">281</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bréhan</span> (Comte de), <a href="#Footnote_498">*312</a>.</li> - -<li><i>Bremen</i> (Brême), <a href="#Page_315">315</a>.</li> - -<li><i>Bretagne</i> (Commandement et lieutenance-générale de), <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Footnote_447">*287</a>.</li> - -<li><i>Breuilpont</i> (Château de), <a href="#Footnote_380">*245</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Brinvilliers</span> (Marquise de), <a href="#Page_194">194</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Briséis</span>, <a href="#Page_217">217</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Brissac</span> (Charles-Timoléon-Louis, Duc de <span class="smcap">Cossé</span>-), <a href="#Page_6">6</a>, - <a href="#Page_7">7</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Broglie</span> (Charles-Maurice, Abbé de), <a href="#Page_146">146</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Broglie</span> (Albert, Duc de), <a href="#Page_XXVIII"><em>XXVIII</em></a>, <a href="#Page_229">229</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Broglie</span> (François-Marie, Maréchal de France, Duc de), <a href="#Footnote_216">*141</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bruhl</span> (Comte Henri de), premier Ministre d’<span class="smcap">Auguste III</span>, Électeur de Saxe, - <a href="#Page_222">222-224</a>, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_230">230</a>.</li> - -<li><i>Brunswick</i> (Armée du Duché de), <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_329">329</a>.</li> - -<li><i>Brunswick</i> (Capitale du Duché de), <a href="#Page_315">315</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Brunswick-Bevern</span> (Ferdinand, Duc de), <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_315">315</a>, - <a href="#Page_330">330-332</a>, <a href="#Footnote_529">*332</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Buffon</span> (<span class="smcap">Le Clerc</span>, Comte de), naturaliste, <a href="#Page_276">276</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Buisson</span>, libraire, <a href="#Page_XVII"><em>XVII</em></a>, <a href="#Footnote_221">*145</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_368">[p. 368]</span></li> - -<li><i>Bulletin du bibliophile</i>, <a href="#Footnote_165">*103</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Bury</span> (de), surintendant de la musique, <a href="#Page_236">236</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Buvat</span>, copiste, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_45">45</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Byng</span> (Georges), Amiral anglais, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_298">298</a>, - <a href="#Page_301">301</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_c">C</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><i>Campagne de Minorque</i> (La), par Raoul de <span class="smcap">Cisternes</span>, <a href="#Footnote_462">*296</a>, - <a href="#Footnote_465">*297</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Campan</span> (M<sup>me</sup>), <a href="#Footnote_9">*<em>XVIII</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Campardon</span>, historien, <a href="#Footnote_382">*247</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Campistron</span> (Jean <span class="smcap">Galbert</span> de), auteur dramatique, <a href="#Page_76">76</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Campra</span>, compositeur, <a href="#Footnote_101">*57</a>.</li> - -<li><i>Canal de Provence</i>, dit <i>Canal de Richelieu</i>, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_279">279</a>, - <a href="#Footnote_431">*279</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Footnote_433">*280</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Capefigue</span>, historien, <a href="#Page_XX"><em>XX</em></a>, <a href="#Footnote_12">*<em>XX</em></a>, - <a href="#Footnote_123">*70</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Footnote_556">*347</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Carlos</span> (Don), fils du roi d’Espagne <span class="smcap">Philippe V</span>, <a href="#Page_105">105</a>, - <a href="#Footnote_168">*105</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Carra</span> (Jean-Louis), conventionnel et publiciste, <a href="#Footnote_34">*8</a>, - <a href="#Footnote_58">*29</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Casanova</span> de <span class="smcap">Seingalt</span>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_277">277</a>, - <a href="#Page_282">282</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Castéra</span>, empirique de Metz, <a href="#Page_187">187</a>.</li> - -<li><i>Catalogue des objets d’art du Marquis de</i> <span class="smcap">Marigny</span>, <a href="#Page_254">254</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Caumartin</span> de <span class="smcap">Boissy</span>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Footnote_112">*64</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Caumont</span> (Marquis de), archéologue, <a href="#Footnote_186">*112</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Cavoie</span> (Louis d’<span class="smcap">Oger</span>, Marquis de), <a href="#Footnote_34">*8</a>, - <a href="#Page_13">13</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Cavoie</span> (Marquise de), née de <span class="smcap">Coetlogon</span>, <a href="#Page_13">13</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Caylus</span> (Comte Philippe de), archéologue, <a href="#Page_194">194</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Cellamare</span> (Prince de), Ambassadeur d’Espagne à la Cour de France, <a href="#Page_41">41</a>, - <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_58">58</a>, - <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_91">91</a>.</li> - -<li><i>Celle</i> (Château de la), <a href="#Page_238">238</a>.</li> - -<li><i>Cercles</i> (Armée des), <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_330">330</a>.</li> - -<li><span class="smcap">César</span>, <a href="#Page_20">20</a>.</li> - -<li><i>Cévennes</i> (Les), <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_285">285</a>, <a href="#Footnote_444">*285</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Chaban</span> (De), premier secrétaire du lieutenant de police, <a href="#Page_182">182</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Chabrillan</span> (Marquis de), <a href="#Page_XXVII"><em>XXVII</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Chamfort</span> (Nicolas de), littérateur, <a href="#Page_XXIII"><em>XXIII</em></a>, <a href="#Page_162">162</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Champenois</span>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Footnote_311">*202</a>, <a href="#Page_203">203</a>, - <a href="#Footnote_312">*203</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Footnote_313">*204</a>, <a href="#Page_214">214</a>.</li> - -<li><i>Chansonnier</i> <span class="smcap">Maurepas</span> (Édition <span class="smcap">Gay</span>), <a href="#Footnote_65">*34</a>.</li> - -<li><i>Chantilly</i> (Château de), <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_83">83</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Chapotin</span>, contrôleur à la Volaille, <a href="#Page_278">278</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Charavay</span>, libraire-éditeur, <a href="#Footnote_71">*41</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Charlemagne</span>, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_300">300</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Charles VI</span>, Empereur d’Autriche et d’Allemagne, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Footnote_153">*91</a>, - <a href="#Page_93">93</a>, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_97">97-99</a>, <a href="#Page_102">102-104</a>, - <a href="#Footnote_166">*104</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>, <a href="#Footnote_169">*106</a>, - <a href="#Footnote_216">*141</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Charles VII</span>, Électeur de Bavière et Empereur d’Allemagne, <a href="#Footnote_350">*231</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Charles-Quint</span>, <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Chartres</span> (Louis-Philippe, Duc de), puis Duc d’<span class="smcap">Orléans</span>, - <a href="#Page_264">264</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Chartres</span> (Henriette de <span class="smcap">Bourbon-Conti</span>, Duchesse de), <a href="#Page_180">180</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Charolais</span> (Charles de <span class="smcap">Bourbon</span>, Comte de), Prince du sang, - <a href="#Page_114">114</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_369">[p. 369]</span></li> - -<li><span class="smcap">Charolais</span> (Louise-Anne de), Princesse du sang, <a href="#Page_32">32-40</a>, <a href="#Page_43">43</a>, - <a href="#Page_48">48</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Footnote_80">*49</a>, <a href="#Page_50">50</a>, - <a href="#Page_56">56</a>, <a href="#Footnote_98">*56</a>, <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Footnote_108">*62</a>, - <a href="#Page_63">63-66</a>, <a href="#Page_71">71-75</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_84">84</a>, - <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Footnote_447">*287</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Chastelet</span> (Chevalier du), <a href="#Page_11">11</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Chastelet</span> (Marquise du), femme du gouverneur de Vincennes, <a href="#Page_11">11</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Chateauroux</span> (Marie-Anne de Mailly, Marquise de la Tournelle, puis Duchesse de), - <a href="#Footnote_8">*<em>XVIII</em></a>, <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_144">144</a>, - <a href="#Footnote_220">*144</a>, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Footnote_223">*146</a>, - <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_149">149-155</a>, <a href="#Footnote_241">*156</a>, <a href="#Page_157">157-159</a>, - <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Footnote_269">*173</a>, - <a href="#Footnote_273">*176</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Footnote_297">*197</a>, <a href="#Page_198">198</a>, - <a href="#Footnote_300">*198</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_306">306</a>.</li> - -<li><i>Château-Trompette</i> (Fort du), <a href="#Page_349">349</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Chatelet</span> (Gabrielle-Émilie <span class="smcap">Le Tonnelier</span> de <span class="smcap">Breteuil</span>, - Marquise du), <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_131">131-134</a>, <a href="#Footnote_243">*159</a>, - <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_262">262</a>, - <a href="#Page_273">273</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Chatillon</span> (Duc de), <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Footnote_292">*192</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Chauvelin</span> (Germain-Louis de), Garde des Sceaux et Secrétaire d’État aux Affaires étrangères, - <a href="#Page_136">136</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Chavigny</span> (Marquis Théodore de <span class="smcap">Chavignard</span> de), Diplomate, - <a href="#Page_90">90</a>, <a href="#Footnote_161">*101</a>, <a href="#Footnote_166">*104</a>.</li> - -<li><i>Cheminée de M<sup>me</sup> de la Pouplinière</i> (La), par <span class="smcap">Campardon</span>, <a href="#Footnote_381">*246</a>, - <a href="#Footnote_390">*252</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Chevert</span> (François de), Lieutenant-général, <a href="#Page_312">312</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Chicoyneau</span> (François), premier médecin de Louis XV, <a href="#Footnote_215">*139</a>, - <a href="#Page_184">184</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Chirac</span> (Pierre), premier médecin du Régent et de Louis XV, <a href="#Page_101">101</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Choderlos</span> de <span class="smcap">Laclos</span>, littérateur, <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Choiseul</span> (Comte de <span class="smcap">Stainville</span>, puis Duc de), Ambassadeur de France à - Vienne, <a href="#Page_XIII"><em>XIII</em></a>, <a href="#Footnote_414">*271</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Footnote_498">*312</a>, - <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Footnote_517">*325</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_331">331</a>, - <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Footnote_531">*334</a>, <a href="#Page_338">338</a>, - <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_344">344</a>, <a href="#Page_345">345</a>.</li> - -<li><i>Choisy-le-Roi</i> (Château de), <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_156">156-158</a>, - <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_247">247</a>, - <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Page_335">335</a>.</li> - -<li><i>Choix de lettres inédites</i>, par E. de <span class="smcap">Barthélemy</span>, <a href="#Footnote_273">*176</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Cideville</span> (de), Conseiller au Parlement de Rouen, <a href="#Page_113">113</a>.</li> - -<li><i>Cirey</i> (Château de), <a href="#Page_135">135</a>.</li> - -<li><i>Citadella</i>, capitale de l’île de Minorque, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_296">296-298</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Claris</span> (de), Conseiller à la Cour des Comptes, <a href="#Page_135">135</a>.</li> - -<li><i>Clarisse Harlowe</i>, roman de <span class="smcap">Richardson</span>, <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Clermont</span> (Louis de <span class="smcap">Bourbon</span>, Comte de), Prince du sang, - <a href="#Footnote_181">*114</a>, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_276">276</a>, <a href="#Page_314">314</a>, - <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_335">335</a>.</li> - -<li><i>Closter-Seven</i> (Convention de), <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Footnote_505">*318</a>, - <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Footnote_512">*323</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_328">328-331</a>, - <a href="#Footnote_532">*334</a>, <a href="#Footnote_538">*337</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_341">341</a>, - <a href="#Page_346">346</a>, <a href="#Footnote_557">*347</a>, <a href="#Page_348">348</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Cochin</span> (Henri), avocat au Parlement de Paris, <a href="#Page_128">128</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Cochin</span> (Charles-Nicolas), dessinateur-graveur, <a href="#Page_169">169</a>, - <a href="#Footnote_261">*169</a>.</li> - -<li><i>Cognac</i> (Ville de), <a href="#Page_88">88</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Coigny</span> (François de <span class="smcap">Franquetot</span>, Maréchal de France, Duc de), - <a href="#Page_182">182</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_370">[p. 370]</span></li> - -<li><span class="smcap">Collé</span> (Charles), auteur dramatique, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_265">265</a>.</li> - -<li><i>Collection</i> <span class="smcap">Leber</span>, <a href="#Footnote_391">*252</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Colletet</span> (Guillaume), poète sous le règne de Louis XIII, <a href="#Page_170">170</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Colomiers</span> (<span class="smcap">Bousquet</span> de), nouvelliste, <a href="#Footnote_393">*253</a>, - <a href="#Footnote_436">*282</a>.</li> - -<li><i>Comédie française</i>, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Page_212">212</a>, - <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_270">270</a>.</li> - -<li><i>Comédie italienne</i>, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Page_214">214</a>, - <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_271">271</a>, <a href="#Page_299">299</a>.</li> - -<li><i>Comtesse d’Egmont</i> (La), par la Comtesse d’<span class="smcap">Armaillé</span>, <a href="#Footnote_184">*116</a>, - <a href="#Footnote_192">*123</a>, <a href="#Footnote_454">*294</a>, <a href="#Footnote_458">*295</a>.</li> - -<li><i>Conciergerie</i> (Prison de la), <a href="#Page_30">30</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Condé</span> (Le Grand), <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_33">33</a>.</li> - -<li><i>Confessions</i> de <span class="smcap">J.-J. Rousseau</span> (Les), <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Footnote_376">*242</a>.</li> - -<li><i>Conflans</i> (Château de), <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_66">66</a>.</li> - -<li><i>Constitution Unigenitus</i> (La), <a href="#Page_307">307</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Conti</span> (Louis-Armand de <span class="smcap">Bourbon</span>, Prince de), Prince du sang, - <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_21">21</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Conti</span> (Louis-François de <span class="smcap">Bourbon</span>, Prince de), Prince du sang, - <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Footnote_181">*114</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_156">156</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Conti</span> (Louise Élisabeth de <span class="smcap">Bourbon-Condé</span>, Princesse de), - <a href="#Page_35">35</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Conti</span> (Louise-Diane d’<span class="smcap">Orléans</span>, Princesse de), <a href="#Page_180">180</a>.</li> - -<li><i>Coquette fixée</i> (La), comédie de M<sup>me</sup> <span class="smcap">Denis</span>, <a href="#Page_281">281</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Coraline</span>, actrice de la Comédie italienne, <a href="#Page_270">270</a>.</li> - -<li><i>Cordeliers</i> (Église des), <a href="#Page_133">133</a>.</li> - -<li><i>Correspondance complète de</i> <span class="smcap">Madame</span>, <i>Duchesse d’Orléans</i> (édition <span class="smcap">Brunet</span>), - <a href="#Footnote_68">*37</a>, <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Footnote_73">*43</a>, - <a href="#Footnote_95">*55</a>, <a href="#Footnote_102">*58</a>, <a href="#Footnote_114">*66</a>, <a href="#Page_75">75</a>.</li> - -<li><i>Correspondance de</i> <span class="smcap">Madame</span>, <i>Duchesse d’Orléans</i> (édition <span class="smcap">Jœglé</span>), - <a href="#Footnote_82">*50</a>, <a href="#Footnote_94">*54</a>, <a href="#Footnote_95">*55</a>, <a href="#Footnote_103">*59</a>, - <a href="#Footnote_113">*64</a>.</li> - -<li><i>Correspondance de M<sup>me</sup> de Pompadour</i> (édition <span class="smcap">Poulet-Malassis</span>), <a href="#Footnote_468">*299</a>.</li> - -<li><i>Correspondance des agents diplomatiques étrangers</i>, par <span class="smcap">Flammermont</span>, <a href="#Footnote_346">*225</a>.</li> - -<li><i>Correspondance</i> du Baron de <span class="smcap">Grimm</span> (édition Maurice <span class="smcap">Tourneux</span>), - <a href="#Footnote_354">*233</a>, <a href="#Footnote_396">*254</a>, <a href="#Footnote_424">*276</a>.</li> - -<li><i>Correspondance du Cardinal de</i> <span class="smcap">Tencin</span> <i>et de</i> M<sup>me</sup> <i>de</i> <span class="smcap">Tencin</span>, <i>sa - sœur, avec le Duc de</i> <span class="smcap">Richelieu</span>, <a href="#Footnote_228">*150</a>, <a href="#Footnote_272">*175</a>, - <a href="#Footnote_273">*176</a>, <a href="#Footnote_277">*182</a>.</li> - -<li><i>Correspondance générale de</i> <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Footnote_119">*69</a>, <a href="#Footnote_147">*87</a>, - <a href="#Footnote_190">*122</a>, <a href="#Footnote_208">*135</a>, <a href="#Footnote_262">*170</a>, <a href="#Footnote_263">*171</a>, - <a href="#Footnote_472">*300</a>, <a href="#Footnote_478">*301</a>, <a href="#Footnote_499">*312</a>, <a href="#Footnote_500">*313</a>.</li> - -<li><i>Correspondance historique et particulière du Maréchal de</i> <span class="smcap">Richelieu</span> <i>en 1756-1757, avec M.</i> <span - class="smcap">Paris-Duverney</span> (éditée par le Général de <span class="smcap">Grimoard</span>), <a href="#Footnote_502">*316</a>, - <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Footnote_503">*317</a>.</li> - -<li><i>Correspondance secrète</i>, dite de <span class="smcap">Métra</span>, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, <a href="#Page_IX"><em>IX</em></a>, - <a href="#Footnote_3">*<em>IX</em></a>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>.</li> - -<li><i>Correspondants de la Marquise de</i> <span class="smcap">Balleroy</span> (Les), par Edouard de <span class="smcap">Barthélemy</span>, - <a href="#Footnote_83">*51</a>, <a href="#Footnote_91">*53</a>, <a href="#Footnote_212">*138</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Coynart</span> (De), historien, <a href="#Footnote_273">*176</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Crillon</span> (Jean-Louis de <span class="smcap">Bertons</span> de), Archevêque de Narbonne, - <a href="#Page_125">125</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_371">[p. 371]</span></li> - -<li><span class="smcap">Cro </span> (Duc Emmanuel de), <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>.</li> - -<li><i>Culloden</i> (Bataille de), <a href="#Page_220">220</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Cumberland</span> (Duc de), fils de Georges II, roi d’Angleterre, <a href="#Page_312">312</a>, - <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_318">318</a>, - <a href="#Footnote_505">*318</a>, <a href="#Footnote_508">*320</a>, <a href="#Page_322">322</a>, <a href="#Page_323">323</a>, - <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_335">335</a>, - <a href="#Page_337">337</a>.</li> - -<li><i>Curiosités littéraires</i>, par Ludovic <span class="smcap">Lalanne</span>, <a href="#Footnote_134">*77</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Cury</span> ou <span class="smcap">Curys</span> (De), Intendant des Menus, <a href="#Page_234">234</a>, - <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_264">264</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_d">D</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><span class="smcap">Damiens</span>, <a href="#Footnote_292">*192</a>, <a href="#Page_303">303</a>, <a href="#Page_304">304</a>, - <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Footnote_484">*306</a>, <a href="#Page_307">307</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Danchet</span> (Antoine), auteur dramatique, <a href="#Footnote_101">*57</a>.</li> - -<li><i>Danemark</i> (Royaume de), <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_342">342</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Dangeau</span> (Philippe de <span class="smcap">Courcillon</span>, Marquis de), <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, - <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Footnote_35">*9</a>, <a href="#Page_18">18</a>, - <a href="#Footnote_47">*18</a>, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Footnote_48">*20</a>, <a href="#Page_21">21</a>, - <a href="#Footnote_50">*21</a>, <a href="#Footnote_100">*57</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>, <a href="#Page_65">65</a>, - <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Footnote_170">*106</a>, <a href="#Page_126">126</a>, - <a href="#Footnote_199">*128</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Dauphin</span> (Le), fils de Louis XV, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_168">168</a>, - <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_198">198</a>, - <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_201">201</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_206">206</a>, - <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_281">281</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Dauphine</span> (La première), Infante d’Espagne, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_206">206</a>, - <a href="#Page_222">222</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Dauphine</span> (La seconde), Marie-Josèphe de <span class="smcap">Saxe</span>, <a href="#Page_215">215</a>, - <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_226">226-228</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_281">281</a>.</li> - -<li><i>Dauphiné</i> (Province du), <a href="#Footnote_444">*285</a>.</li> - -<li><i>Denain</i> (Victoire de), <a href="#Page_301">301</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Deschamps</span>, compositeur, <a href="#Footnote_101">*57</a>.</li> - -<li><i>Désert</i> (Le), <a href="#Page_285">285</a>, <a href="#Footnote_444">*285</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Desfontaines</span> (Abbé Pierre-François <span class="smcap">Guyot</span>-), critique littéraire, - <a href="#Page_128">128</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Desloges</span> (Jacques), sobriquet donné à <span class="smcap">Richelieu</span>, <a href="#Page_264">264</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Desroches</span> (M<sup>lle</sup>), gouvernante de M<sup>lle</sup> de <span class="smcap">Valois</span>, - <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_39">39</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Destouches</span> (Philippe <span class="smcap">Néricault</span>), auteur dramatique, <a href="#Page_76">76</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Destouches</span> (André-Cardinal), Surintendant de la Musique du roi, <a href="#Page_208">208</a>, - <a href="#Footnote_320">*208</a>.</li> - -<li><i>Dettingen</i> (Bataille de), <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_205">205</a>.</li> - -<li><i>Dictionnaire</i> de <span class="smcap">Jal</span>, <a href="#Page_1">1</a>, <a href="#Footnote_178">*113</a>.</li> - -<li><i>Dictionnaire de la Noblesse</i> par <span class="smcap">La Chesnaye des Bois</span>, <a href="#Page_1">1</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Diderot</span> (Denis), <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Dolé</span> (Abbé), <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_16">16</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Dombes</span> (Louis-Auguste, Prince de), Prince du sang, <a href="#Footnote_184">*116</a>, - <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Footnote_458">*295</a>.</li> - -<li><i>Domino noir</i> (Le), opéra-comique, <a href="#Page_35">35</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Donep</span> (Général), <a href="#Page_326">326</a>.</li> - -<li><i>Dresde</i>, capitale de la Saxe, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Footnote_334">*223</a>, <a href="#Page_224">224-226</a>, - <a href="#Footnote_347">*226</a>, <a href="#Page_227">227</a>, <a href="#Page_244">244</a>, <a href="#Page_279">279</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Dubois</span> (Abbé, puis Cardinal), premier Ministre, <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_47">47</a>, - <a href="#Footnote_77">*47</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_60">60</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Dubuisson</span>, commissaire de police, <a href="#Footnote_191">*122</a>.</li> - -<li><i>Duc de Saint-Simon</i> (Le), par A. Baschet, <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>.</li> - -<li><i>Duchesse d’Aiguillon</i> (La), <a href="#Footnote_247">*161</a>.</li> - -<li><i>Duchesse de Chateauroux</i> (La), par les <span class="smcap">Goncourt</span>, <a href="#Footnote_220">*144</a>, - <a href="#Footnote_225">*149</a>, <a href="#Footnote_283">*187</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_372">[p. 372]</span></li> - -<li><i>Duchesse du Maine</i> (La), par le Général <span class="smcap">Piépape</span>, <a href="#Footnote_74">*45</a>, - <a href="#Footnote_90">*52</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Duchevron</span>, lieutenant de la prévôté, <a href="#Footnote_84">*51</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Duclos</span> (Charles <span class="smcap">Pineau</span>), historien, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, <a href="#Footnote_5">*<em>XI</em></a>, - <a href="#Footnote_57">*29</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Footnote_163">*103</a>, <a href="#Page_165">165</a>, - <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_276">276</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Dulibois</span>, exempt de police, <a href="#Page_66">66</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Dumanoir</span>, auteur dramatique, <a href="#Page_XXIV"><em>XXIV</em></a>, <a href="#Footnote_15">*<em>XXIV</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Dumas</span> (Alexandre), père, auteur dramatique, <a href="#Page_XXIV"><em>XXIV</em></a>, <a href="#Footnote_17">*<em>XXIV</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Dunkelmann</span>, trésorier de Frédéric II, <a href="#Page_341">341</a>.</li> - -<li><i>Dunkerque</i> (Expédition de), <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_218">218</a>, - <a href="#Footnote_339">*220</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_243">243</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Dupleix</span> (Joseph-François, Marquis), gouverneur de Pondichéry, <a href="#Page_263">263</a>, - <a href="#Page_264">264</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Dupré</span>, auteur dramatique, <a href="#Footnote_101">*57</a>.</li> - -<li><i>Durance</i> (Rivière de la), <a href="#Page_280">280</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Duras</span> (Jean-Baptiste de <span class="smcap">Durfort</span>, Maréchal de France, Duc de), - <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Footnote_186">*119</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Duras</span> (Emmanuel-Félicité de <span class="smcap">Durfort</span>, Maréchal de France, Duc de), - <a href="#Page_321">321-322</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Duras</span> (Angélique-Victoire de <span class="smcap">Bournonville</span>, Duchesse de), - <a href="#Page_78">78</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Durazzo</span> (Comte de), <a href="#Footnote_414">*271</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Dureng</span>, historien, <a href="#Footnote_166">*104</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Du Rys</span>, lieutenant du régiment de Richelieu, <a href="#Page_7">7</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Duval</span> (Alexandre), auteur dramatique, <a href="#Page_XXIII"><em>XXIII</em></a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_e">E</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><i>Édit de Nantes</i> (L’), <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Footnote_444">*285</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Egmont-Pignatelli</span> (Comte d’), gendre de Richelieu, <a href="#Page_294">294</a>, - <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_299">299</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Egmont-Pignatelli</span> (Jeanne-Sophie Septimanie <span class="smcap">Du Plessis</span>, Comtesse d’), fille du - Maréchal, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Footnote_454">*294</a>, - <a href="#Page_299">299</a>.</li> - -<li><i>Elbe</i> (L’), fleuve, <a href="#Page_315">315-317</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_323">323</a>, - <a href="#Footnote_532">*334</a>.</li> - -<li><i>Éléments</i> (Les), opéra-ballet de <span class="smcap">Roy</span>, musique de <span class="smcap">Lalande</span> et <span - class="smcap">Destouches</span>, <a href="#Page_199">199</a>.</li> - -<li><i>En flânant</i>, par André <span class="smcap">Hallays</span>, <a href="#Footnote_120">*69</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Épernon</span> (Jean-Louis de <span class="smcap">Nogaret</span> de la <span class="smcap">Valette</span>, Duc - d’), <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_287">287</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Épernon</span> (Duc d’), fils du Duc d’<span class="smcap">Antin</span>, <a href="#Page_108">108</a>, - <a href="#Page_109">109</a>.</li> - -<li><i>Espagne</i> (Royaume d’), <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_49">49</a>, - <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_97">97</a>, - <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>, <a href="#Footnote_216">*141</a>, - <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_230">230</a>, - <a href="#Page_292">292</a>.</li> - -<li><i>Essai sur l’histoire du Théâtre</i>, par <span class="smcap">G. Bapst</span>, <a href="#Footnote_261">*169</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Estrées</span> (Duchesse d’), <a href="#Page_51">51</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Estrées</span> (Louis-Charles-César <span class="smcap">Le Tellier</span>, Marquis de <span - class="smcap">Courtanvaux</span>, Maréchal de France, Comte, puis Duc d’), <a href="#Page_305">305</a>, - <a href="#Page_309">309-311</a>, <a href="#Footnote_494">*311</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Footnote_498">*312</a>, - <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_335">335</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Estrées</span> (Louise-Félicité de <span class="smcap">Noailles</span>, Maréchale d’), <a href="#Page_73">73</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Etioles</span> (Alexandrine <span class="smcap">Le Normant</span> d’), fille de M<sup>me</sup> de Pompadour, - <a href="#Page_289">289</a>. <span class="pagenum" id="Page_373">[p. 373]</span></li> - -<li><i>Étrennes de la Saint-Jean</i> (Les), <a href="#Page_194">194</a>.</li> - -<li><i>Études sur l’histoire de Prusse</i>, par <span class="smcap">Lavisse</span>, <a href="#Footnote_452">*292</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Eugène</span> (François-Eugène de <span class="smcap">Savoie-Carignan</span>, dit le Prince), - <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Footnote_158">*97</a>, - <a href="#Footnote_164">*103</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_f">F</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><span class="smcap">Farnèse</span> (Élisabeth), Reine d’Espagne, femme de Philippe V, <a href="#Page_82">82</a>, - <a href="#Page_95">95</a>.</li> - -<li><i>Faublas</i>, roman de <span class="smcap">Louvet</span> de <span class="smcap">Couvray</span>, <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>, <a href="#Page_38">38</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Faur</span>, secrétaire du Duc de <span class="smcap">Fronsac</span>, <a href="#Page_XV"><em>XV</em></a>, <a href="#Page_XVI"><em>XVI</em></a>, - <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Page_XIX"><em>XIX</em></a>, <a href="#Page_XXIII"><em>XXIII</em></a>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Footnote_53">*23</a>, - <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Footnote_241">*156</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Favart</span> (Charles-Simon), auteur-acteur, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Footnote_414">*271</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Favart</span> (Justine du <span class="smcap">Ronceray</span>, dame), <a href="#Page_266">266</a>, - <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_270">270</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Fénelon</span> (Marquis de), Ambassadeur à La Haye, <a href="#Footnote_8">*<em>XVIII</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Ferrand</span>, Conseiller au Parlement de Paris, <a href="#Page_31">31</a>.</li> - -<li><i>Fêtes de Ramire</i> (Les), antérieurement <i>La Princesse de Navarre</i>, <a href="#Page_242">242</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Feydeau de Marville</span>, Lieutenant-général de police, <a href="#Page_170">170</a>, - <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Footnote_297">*197</a>, <a href="#Page_212">212-214</a>.</li> - -<li><i>Filles du Régent</i> (Les), par E. de <span class="smcap">Barthélemy</span>, <a href="#Footnote_71">*40</a>, - <a href="#Footnote_71">*41</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Fillon</span> (La), <a href="#Page_45">45</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Fitz-James</span> (François, Duc de), Évêque de Soissons, <a href="#Page_185">185</a>, - <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_192">192</a>.</li> - -<li><i>Flandre</i> (Armée et campagnes de), <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_23">23</a>, - <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_148">148</a>, <a href="#Page_170">170</a>, - <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Page_195">195</a>, - <a href="#Page_201">201</a>, <a href="#Page_221">221</a>, <a href="#Page_231">231</a>.</li> - -<li><i>Flandre</i> (Province de), <a href="#Page_91">91</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Flavacourt</span> (Hortense-Félicité de <span class="smcap">Mailly</span>, Marquise de), - <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_179">179</a>, - <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_198">198</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Fleury</span> (Antoine-Hercule de), Évêque de Fréjus, puis Cardinal et premier Ministre, - <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_100">100</a>, <a href="#Page_102">102</a>, - <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Footnote_165">*103</a>, <a href="#Footnote_165">*104</a>, <a href="#Page_105">105</a>, - <a href="#Footnote_168">*105</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_109">109</a>, <a href="#Page_136">136</a>, - <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Footnote_215">*139</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_144">144-146</a>, - <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_155">155</a>, - <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_232">232</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Fleury</span> (André-Hercule de <span class="smcap">Rosset</span>, Duc de), neveu du Cardinal, premier Gentilhomme - de la Chambre, <a href="#Page_192">192</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Floquet</span>, ingénieur, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Footnote_433">*280</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Florian</span> (Philippe-Antoine de <span class="smcap">Claris</span>, Marquis de), oncle du fabuliste, - <a href="#Page_312">312</a>.</li> - -<li><i>Foire Saint-Germain</i> (La), <a href="#Page_211">211</a>.</li> - -<li><i>Foire Saint-Laurent</i> (La), <a href="#Page_211">211</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Foix</span> (Gaston de), Duc de Navarre, <a href="#Page_170">170</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Fonseca</span> (Baron de), Ambassadeur d’Autriche à la Cour d’Espagne, <a href="#Footnote_168">*105</a>.</li> - -<li><i>Fontainebleau</i> (Palais de), <a href="#Page_321">321</a>.</li> - -<li><i>Fontainebleau</i> (Spectacles de), <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_270">270</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Fontenelle</span> (<span class="smcap">Le Bouvier</span> de), de l’Académie française, <a href="#Page_76">76</a>, - <a href="#Page_275">275</a>.</li> - -<li><i>Fontenoy</i> (Bataille de), <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Footnote_319">*207</a>, - <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Footnote_347">*226</a>, <a href="#Footnote_505">*318</a>.</li> - -<li><i>Fontenoy</i>, poème de <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Page_206">206</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_374">[p. 374]</span></li> - -<li><i>Forges</i> (Eaux de), <a href="#Page_87">87</a>, <a href="#Footnote_147">*87</a>.</li> - -<li><i>For-Levêque</i> (Prison du), <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_279">279</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Fouquet</span>, Surintendant des Finances, <a href="#Page_294">294</a>.</li> - -<li><i>France sous Louis XV</i> (La), par <span class="smcap">Jobez</span>, <a href="#Footnote_167">*104</a>, <a href="#Footnote_173">*109</a>, - <a href="#Footnote_241">*156</a>, <a href="#Footnote_271">*175</a>, <a href="#Footnote_433">*280</a>, - <a href="#Footnote_444">*285</a>, <a href="#Footnote_511">*322</a>.</li> - -<li><i>Francfort</i> (Ville de), <a href="#Footnote_216">*141</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_325">325</a>.</li> - -<li><span class="smcap">François I<sup>er</sup></span> (Étienne), Empereur d’Allemagne, d’abord Duc de Lorraine, puis Grand-Duc de - Toscane, époux de Marie-Thérèse, <a href="#Footnote_350">*231</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Frédéric II</span>, Roi de Prusse, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_160">160</a>, - <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Footnote_269">*173</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_176">176</a>, - <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Footnote_278">*182</a>, <a href="#Footnote_283">*187</a>, <a href="#Page_215">215</a>, - <a href="#Footnote_344">*223</a>, <a href="#Page_224">224</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Footnote_346">*225</a>, - <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_268">268</a>, - <a href="#Page_292">292</a>, <a href="#Footnote_452">*292</a>, <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_312">312</a>, - <a href="#Footnote_499">*312</a>, <a href="#Page_313">313-316</a>, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Footnote_507">*319</a>, - <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Footnote_508">*320</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_328">328</a>, - <a href="#Footnote_527">*328</a>, <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Footnote_532">*334</a>, - <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_340">340</a>, <a href="#Page_341">341</a>, <a href="#Footnote_548">*341</a>, - <a href="#Page_342">342-344</a>, <a href="#Footnote_551">*344</a>, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Page_346">346</a>.</li> - -<li><i>Frédéric II et Louis XV</i>, par le Duc de <span class="smcap">Broglie</span>, <a href="#Page_XXVIII"><em>XXVIII</em></a>, <a href="#Footnote_210">*136</a>, - <a href="#Footnote_271">*175</a>.</li> - -<li><i>Frédéric II et Marie-Thérèse</i>, par le Duc de <span class="smcap">Broglie</span>, <a href="#Footnote_270">*174</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Frédéric V</span>, Roi de Danemark, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_320">320</a>, - <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_342">342</a>.</li> - -<li><i>Fribourg-en-Brisgau</i>, <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_190">190</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Friesen</span> (Comte de), Neveu du Maréchal de <span class="smcap">Saxe</span>, <a href="#Page_227">227</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Fronsac</span> (Duc de), puis Duc de <span class="smcap">Richelieu</span>, fils du Maréchal, <a href="#Page_XV"><em>XV</em></a>, - <a href="#Footnote_7">*<em>XV</em></a>, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_289">289</a>, - <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Footnote_458">*295</a>, <a href="#Page_340">340</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Fronsac</span> (Duchesse de), puis de <span class="smcap">Richelieu</span>, née de <span - class="smcap">Noailles</span>, première femme du Maréchal, <a href="#Footnote_29">*7</a>, <a href="#Page_10">10</a>, - <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Footnote_41">*12</a>, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_14">14</a>, - <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_299">299</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Funck-Brentano</span> (Frantz), historien, <a href="#Footnote_7">*<em>XV</em></a>.</li> - -<li><i>Furnes</i> (Siège de), <a href="#Page_178">178</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Fuzelier</span> (Louis), auteur dramatique, <a href="#Footnote_109">*62</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_g">G</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><span class="smcap">Gacé</span> (Comte de), puis Comte de <span class="smcap">Matignon</span>, <a href="#Page_27">27</a>, - <a href="#Page_30">30-33</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Gacé</span> (Comtesse de), née de <span class="smcap">Chateau-Regnault</span>, <a href="#Page_29">29</a>, - <a href="#Footnote_58">*29</a>.</li> - -<li><i>Galerie des Aristocrates et Mémoires Secrets</i> (attribués à <span class="smcap">Dumouriez</span>), <a href="#Footnote_538">*337</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Gampert</span>, <a href="#Page_344">344</a>, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Footnote_554">*345</a>, - <a href="#Footnote_555">*346</a>.</li> - -<li><i>Gand</i> (Ville de), <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_218">218</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Gaussin</span> (M<sup>lle</sup>), actrice de la Comédie française, <a href="#Page_150">150</a>.</li> - -<li><i>Gazette</i> (La), <a href="#Page_2">2</a>.</li> - -<li><i>Gazette de la Régence</i> (édition E. de <span class="smcap">Barthélemy</span>), <a href="#Footnote_61">*32</a>, - <a href="#Footnote_64">*34</a>, <a href="#Footnote_81">*50</a>, <a href="#Footnote_87">*52</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Gédoyn</span> (Abbé Nicolas), de l’Académie française, <a href="#Page_77">77</a>.</li> - -<li><i>Gênes</i> (République et Ville de), <a href="#Page_231">231</a>, <a href="#Page_233">233-236</a>, <a href="#Page_248">248</a>, - <a href="#Page_250">250</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Georges II</span>, Électeur de Hanovre et Roi d’Angleterre, <a href="#Page_162">162</a>, - <a href="#Footnote_250">*162</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Footnote_505">*318</a>, <a href="#Page_326">326</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Gesvres</span> (François-Joachim <span class="smcap">Potier</span>, Duc de), <a href="#Page_108">108</a>, - <a href="#Page_221">221</a>, <a href="#Footnote_342">*221</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_237">237</a>.</li> - -<li><i>Gibraltar</i> (Ville de), <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_298">298</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Girard</span>, commis dans les <span class="pagenum" id="Page_375">[p. 375]</span> cuivres, - <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Footnote_429">*278</a>, <a href="#Page_279">279</a>, - <a href="#Page_280">280</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Giraud</span> (Charles), historien et jurisconsulte, <a href="#Page_80">80</a>, <a href="#Footnote_135">*80</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Gisors</span> (Louis-Marie <span class="smcap">Fouquet</span>, Comte de), <a href="#Page_294">294</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Goesbriand</span> ou <span class="smcap">Guesbriand</span> (Marquise de), <a href="#Page_120">120</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Goncourt</span> (Les Frères <span class="smcap">Huot</span> de), polygraphes, <a href="#Page_147">147</a>, - <a href="#Footnote_225">*149</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Footnote_273">*176</a>.</li> - -<li><i>Gouvernement, les Mœurs</i>, etc. (Le), par <span class="smcap">Sénac</span> de <span class="smcap">Meilhan</span> (édition de <span - class="smcap">Lescure</span>), <a href="#Footnote_205">*133</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Gramont</span> (Louis, Comte, puis Duc), colonel des Gardes françaises, <a href="#Footnote_249">*162</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Grimoard</span> (Général Philippe Henri, Comte de), <a href="#Page_XXVI"><em>XXVI</em></a>.</li> - -<li><i>Grimoires des</i> <span class="smcap">Tencin</span> (Les), <a href="#Page_149">149</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Guéménée</span> (Chevalier de), fils cadet du Duc de Guéménée, <a href="#Page_42">42</a>.</li> - -<li><i>Guérin de Tencin</i> (Les), par de <span class="smcap">Coynart</span>, <a href="#Footnote_226">*149</a>.</li> - -<li><i>Guerre de Sept Ans</i> (La), <a href="#Page_259">259</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_293">293</a>.</li> - -<li><i>Guide artistique</i> (Le), par <span class="smcap">Alizer</span>, <a href="#Footnote_356">*233</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Guimont</span>, Envoyé de France à Gênes, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_250">250</a>.</li> - -<li><i>Guise</i> (Maison de), <a href="#Page_278">278</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Guise</span> (Anne-Marie-Joseph de <span class="smcap">Lorraine</span>, Prince de), <a href="#Page_114">114</a>.</li> - -<li><i>Guyenne</i> ou <i>Guienne</i> (Province de), <a href="#Page_XXVI"><em>XXVI</em></a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_277">277</a>, - <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Footnote_446">*286</a>, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_348">348</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_h">H</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><i>Halberstadt</i>, ville de Prusse (Province de Saxe), <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_330">330</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Hamlet</span>, <a href="#Page_146">146</a>.</li> - -<li><i>Hanovre</i> (Armée du), <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_329">329</a>, <a href="#Page_332">332</a>.</li> - -<li><i>Hanovre</i> (Campagne de), <a href="#Page_XXVI"><em>XXVI</em></a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_321">321</a>, - <a href="#Page_337">337</a>.</li> - -<li><i>Hanovre</i> (Capitale de l’Électorat de), <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_345">345</a>.</li> - -<li><i>Hanovre</i> (Électorat et gouvernement de), <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_328">328</a>, <a href="#Page_340">340</a>.</li> - -<li><i>Hanovre</i> (Traité de), <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Footnote_166">*104</a>.</li> - -<li><i><ins id="cor_17" title="Hastembeek">Hastembeck</ins></i> (Victoire d’), <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_312">312</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Hélie</span> (M<sup>lle</sup>), <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_287">287</a>, - <a href="#Page_288">288</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Hélie</span>, négociant de Rouen, <a href="#Page_288">288</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Héliogabale</span>, <a href="#Page_29">29</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Hénault</span> (Le Président Charles-Jean-François), <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_169">169</a>, - <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_276">276</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Henri IV</span>, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_292">292</a>.</li> - -<li><i>Henriade</i> (La), poème de <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Page_76">76</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Hérault</span> (René), Lieutenant-général de police, <a href="#Page_95">95</a>, <a href="#Page_129">129</a>.</li> - -<li><i>Hesse</i> (Armée de), <a href="#Footnote_517">*325</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_329">329</a>.</li> - -<li><i>Hesse</i> (Campagne de), <a href="#Page_320">320</a>.</li> - -<li><i>Hesse</i> (Gouvernement de), <a href="#Page_327">327</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Hesse-Cassel</span> (Landgrave Guillaume de), <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_328">328-337</a>.</li> - -<li><i>Histoire de France au XVIII<sup>e</sup> siècle</i> (collection <span class="smcap">Lavisse</span>), par H. <span - class="smcap">Carré</span>, <a href="#Footnote_167">*104</a>.</li> - -<li><i>Histoire de la diplomatie française</i>, par de <span class="smcap">Flassan</span>, <a href="#Footnote_271">*175</a>.</li> - -<li><i>Histoire de la Régence</i> par <span class="smcap">Lemontey</span>, <a href="#Footnote_78">*47</a>, <a href="#Footnote_151">*90</a>, - <a href="#Footnote_159">*98</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_376">[p. 376]</span> <i>Histoire de Madame la Marquise</i> (de Pompadour), par M<sup>lle</sup> de <span - class="smcap">Fauques</span>, <a href="#Footnote_497">*311</a>.</li> - -<li><i>Histoire de mon temps</i>, par <span class="smcap">Frédéric II</span>, <a href="#Footnote_271">*175</a>.</li> - -<li><i>Histoire des Rats</i> (L’), <a href="#Footnote_202">*129</a>.</li> - -<li><i>Histoire du costume en France</i>, par <span class="smcap">Quicherat</span>, <a href="#Footnote_308">*200</a>.</li> - -<li><i>Histoire générale</i>, par <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Page_300">300</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Hohenzollern</span> (Les), <a href="#Footnote_452">*292</a>.</li> - -<li><i>Hollande</i> (La), <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Footnote_408">*264</a>, <a href="#Page_291">291</a>.</li> - -<li><i>Hollande</i> (Les États de), <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_104">104</a>, - <a href="#Footnote_310">*202</a>, <a href="#Page_230">230</a>.</li> - -<li><i>Holstein</i> (Duché de), <a href="#Page_315">315</a>.</li> - -<li><i>Hôpital Général</i> (L’), <a href="#Page_270">270</a>.</li> - -<li><i>Hôtel-de-Ville</i> de Paris (L’), <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_216">216</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_i">I</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><i>Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux</i> (L’), <a href="#Footnote_283">*187</a>, <a href="#Footnote_357">*233</a>.</li> - -<li><i>Iphigénie</i>, Tragédie de <span class="smcap">Racine</span>, <a href="#Page_155">155</a>.</li> - -<li><i>Iphigénie en Tauride</i>, opéra-tragédie, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Footnote_101">*57</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Ismaël-Beg</span>, pseudonyme du Cardinal <span class="smcap">Fleury</span>, <a href="#Page_172">172</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Issarts</span> (Marquis des), Ambassadeur de France à la Cour de Dresde, <a href="#Page_222">222</a>, - <a href="#Page_223">223</a>.</li> - -<li><i>Italie</i> (L’), <a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_231">231</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_j">J</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><span class="smcap">Jannel</span>, chef du <i>Cabinet Noir</i>, <a href="#Page_181">181</a>.</li> - -<li><i>Jean-Jacques Rousseau musicien</i>, par <span class="smcap">Tiersot</span>, <a href="#Footnote_376">*242</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Jésus-Christ</span>, <a href="#Page_85">85</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Joly de Fleury</span> (Louis-François), procureur général au Parlement de Paris, <a href="#Footnote_414">*271</a>.</li> - -<li><i>Journal de</i> <span class="smcap">Barbier</span> (édition <span class="smcap">Charpentier</span>), <a href="#Footnote_133">*77</a>, - <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Footnote_142">*84</a>, <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Footnote_162">*102</a>, - <a href="#Footnote_175">*110</a>, <a href="#Footnote_180">*114</a>, <a href="#Footnote_242">*157</a>, <ins title="référence - introuvable">*161</ins>, <a href="#Footnote_249">*162</a>, <a href="#Footnote_276">*179</a>, <a href="#Footnote_283">*187</a>, - <a href="#Footnote_283">*188</a> <a href="#Footnote_297">*197</a>, <a href="#Footnote_333">*217</a>, <a href="#Footnote_338">*218</a>, - <a href="#Footnote_385">*250</a>, <a href="#Footnote_428">*278</a>, <a href="#Footnote_470">*299</a>, <a href="#Footnote_494">*311</a>, - <a href="#Footnote_535">*335</a>.</li> - -<li><i>Journal de ce qui s’est passé à Metz</i>, etc., <a href="#Footnote_283">*187</a>.</li> - -<li><i>Journal de</i> <span class="smcap">Collé</span>, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Footnote_382">*247</a>, - <a href="#Footnote_389">*252</a>, <a href="#Footnote_409">*265</a>.</li> - -<li><i>Journal de la maladie du Roi</i>, par <span class="smcap">Chicoyneau</span>, <a href="#Footnote_283">*187</a>.</li> - -<li><i>Journal de la Régence</i>, par <span class="smcap">Buvat</span>, <a href="#Footnote_84">*51</a>, <a href="#Footnote_115">*66</a>, - <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Footnote_141">*83</a>.</li> - -<li><i>Journal de Leyde</i>, <a href="#Page_101">101</a>.</li> - -<li><i>Journal de</i> <span class="smcap">Rosalba Carriera</span>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Footnote_128">*73</a>.</li> - -<li><i>Journal des règnes de Louis XIV et Louis XV</i>, par <span class="smcap">Narbonne</span>, <a href="#Footnote_180">*114</a>.</li> - -<li><i>Journal du Commandeur</i> de <span class="smcap">Glandevez</span>, <a href="#Footnote_462">*296</a>.</li> - -<li><i>Journal du Duc de</i> <span class="smcap">Cro </span> (édition de <span class="smcap">Grouchy</span> et <span - class="smcap">Cottin</span>), <a href="#Footnote_298">*197</a>, <a href="#Footnote_302">*198</a>, <a href="#Footnote_484">*306</a>, - <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Footnote_558">*347</a>.</li> - -<li><i>Journal</i> (inédit) <i>du Chevalier de Mouhy</i>, <a href="#Footnote_260">*168</a>.</li> - -<li><i>Journal, Mémoires et Correspondance de</i> <span class="smcap">Marais</span> (édition de <span class="smcap">Lescure</span>), - <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Footnote_124">*70</a>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Footnote_126">*72</a>, - <a href="#Footnote_132">*77</a>, <a href="#Footnote_139">*82</a>, <a href="#Footnote_143">*84</a>, <a href="#Footnote_148">*88</a>, - <a href="#Footnote_150">*89</a>.</li> - -<li><i>Journée de Fontenoy</i> (La), par le Duc de <span class="smcap">Broglie</span>, <a href="#Footnote_317">*205</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Judas</span>, <a href="#Page_85">85</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Jumilhac</span> (Famille de), <a href="#Footnote_120">*69</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_377">[p. 377]</span></li> - -</ul> - -<h3 id="let_k">K</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><span class="smcap">Kaunitz</span> (Wenceslas-Antoine, Prince de), Diplomate, Chancelier d’État, <a href="#Page_230">230</a>, - <a href="#Page_244">244</a>.</li> - -<li><i>Kehl</i> (Siège de), <a href="#Page_111">111</a>.</li> - -<li><i>Kesseldorff</i> (Bataille de), <a href="#Footnote_344">*223</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Klingreef</span>, Envoyé de Prusse à Dresde, <a href="#Page_225">225</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Klingstett</span>, miniaturiste, <a href="#Page_138">138</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Krom</span>, prêteur sur gages, <a href="#Page_96">96</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_l">L</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><span class="smcap">La Borde</span> (De), <a href="#Page_XVII"><em>XVII</em></a>, <a href="#Footnote_273">*176</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Carlière</span> (De), médecin, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_15">15</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Chaussée</span> (Pierre-Claude <span class="smcap">Nivelle</span> de), auteur dramatique, - <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_261">261</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Fare</span> (Philippe-Charles, Marquis de), Maréchal de France, <a href="#Page_111">111</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Ferté-Imbault</span> (Marie-Thérèse <span class="smcap">Geoffrin</span>, Marquise de), - <a href="#Footnote_215">*139</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Feuillade-Rouannez</span> (Louis, Comte, puis Duc de), Maréchal de France, <a href="#Page_89">89</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Fontaine</span> (Jean de), <a href="#Page_69">69</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Force</span> (Henri-Jacques-Nompar de <span class="smcap">Caumont</span>, Duc de), <a href="#Page_77">77</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Galissonnière</span> (Roland-Michel <span class="smcap">Barrin</span>, Marquis de), Lieutenant-général des - armées navales, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_302">302</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Laideguive</span> jeune, notaire à Paris, <a href="#Page_167">167</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Lalauze</span> (Les), dessinateurs, <a href="#Footnote_317">*205</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Lally</span> (Thomas-Arthur, Comte de), gouverneur de l’Inde française, <a href="#Page_206">206</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Maraude</span> (Le petit Père), sobriquet donné à Richelieu par ses soldats, <a href="#Page_333">333</a>, - <a href="#Page_336">336</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Martellière</span> (Madame de), <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_118">118</a>, - <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Footnote_186">*119</a>.</li> - -<li><i>Languedoc</i> (États du), <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Footnote_194">*124</a>, - <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_190">190</a>, - <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_260">260</a>.</li> - -<li><i>Languedoc</i> (Province et gouvernement du), <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_111">111</a>, - <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_116">116</a>, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_125">125</a>, - <a href="#Page_144">144-147</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_165">165</a>, - <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_260">260</a>, - <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Footnote_444">*285</a>, - <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Footnote_446">*286</a>, <a href="#Footnote_447">*287</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Peyronie</span> (François <span class="smcap">Gigot</span> de), premier chirurgien de Louis XV, - <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Footnote_281">*184</a>, <a href="#Page_185">185</a>, - <a href="#Page_186">186</a>.</li> - -<li><i>La Pouplinière</i>, par <span class="smcap">Cucuel</span>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Footnote_376">*242</a>, - <a href="#Footnote_377">*243</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Pouplinière</span> (<span class="smcap">Le Riche</span> de), fermier général, <a href="#Page_240">240</a>, - <a href="#Footnote_373">*240</a>, <a href="#Page_244">244-247</a>, <a href="#Page_250">250-252</a>, <a href="#Footnote_393">*253</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Pouplinière</span> (M<sup>me</sup> de), <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_242">242</a>, - <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_244">244-251</a>, <a href="#Footnote_388">*251</a>, <a href="#Page_252">252</a>, - <a href="#Footnote_390">*252</a>, <a href="#Footnote_393">*253</a>, <a href="#Footnote_396">*254</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Rivière</span> (Abbé de), <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_280">280</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Rochefoucauld</span> (Frédéric-Jérôme de <span class="smcap">Roye</span> de), Archevêque de Bourges, - <a href="#Page_217">217</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Rochefoucauld</span> (Alexandre, Duc de), grand-maître de la garde-robe, <a href="#Footnote_278">*182</a>, - <a href="#Footnote_281">*184</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Footnote_292">*192</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Tour</span> (Maurice-Quentin de), peintre, <a href="#Page_241">241</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_378">[p. 378]</span></li> - -<li><span class="smcap">La Trémoïlle</span> (Charles-Armand-René, Duc de), <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_261">261</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Trémoïlle</span> (Marie-Hortense de la <span class="smcap">Tour</span> de <span class="smcap">Bouillon</span>, - Duchesse de), <a href="#Page_261">261</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Laudier</span>, secrétaire du Duc de <span class="smcap">Saint-Simon</span>, - <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Launay</span> (Marguerite-Jeanne <span class="smcap">Cordier</span> de), Baronne de <span - class="smcap">Staal</span>, femme de chambre de la Duchesse du Maine, <a href="#Page_57">57</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Launay</span> (De), successeur de <span class="smcap">Bernaville</span>, comme gouverneur de la Bastille, - <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Lauraguais</span> (Louis-Léon-Félicité de <span class="smcap">Brancas</span>, Comte de), - <a href="#Page_194">194</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Lauraguais</span> (Louis II de <span class="smcap">Brancas</span>, Duc de), <a href="#Page_197">197</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Lauzun</span> (Philippe), littérateur, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Laval</span> (Abbé de), <a href="#Page_128">128</a>.</li> - -<li><span class="smcap">La Vallière</span> (Louis-César <span class="smcap">La Baume Le Blanc</span>, Duc de), - <a href="#Page_231">231</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_236">236</a>, <a href="#Page_237">237</a>, - <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_261">261</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Law</span> (Jean de <span class="smcap">Lauriston</span>), financier, Contrôleur général, - <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_277">277</a>.</li> - -<li><i>Lawfeld</i> (Bataille de), <a href="#Page_231">231</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Le Bel</span>, premier valet de chambre de Louis XV, <a href="#Footnote_195">*126</a>, - <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_190">190</a>, <a href="#Page_288">288</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Le Blanc</span> (Claude), secrétaire d’État à la Guerre, <a href="#Footnote_78">*47</a>, - <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_56">56</a>, <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>, - <a href="#Page_90">90</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Leblanc</span> (Abbé Jean-Bernard), <a href="#Page_273">273</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Lebrun</span> (Pierre-Henri-Hélène-Marie), Ministre des Affaires étrangères, <a href="#Footnote_516">*325</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Lecestre</span>, archiviste-paléographe, <a href="#Page_XXVIII"><em>XXVIII</em></a>, <a href="#Footnote_25">*5</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Le Chambrier</span> (Baron Jean), Ministre de Prusse à la Cour de France, <a href="#Page_229">229</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Lefebvre</span> de <span class="smcap">Beauvray</span>, littérateur, <a href="#Page_312">312</a>.</li> - -<li><i>Légataire universel</i> (Le), comédie de <span class="smcap">Regnard</span>, <a href="#Page_135">135</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Lemercier</span> (Népomucène), auteur dramatique, <a href="#Footnote_14">*<em>XXII</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Lempereur</span>, joaillier, <a href="#Page_295">295</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Lescure</span> (de), littérateur, <a href="#Page_XIX"><em>XIX</em></a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_72">72</a>, - <a href="#Footnote_480">*303</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Lesczinski</span> (Stanislas), Roi de Pologne et Duc de Lorraine, <a href="#Page_110">110</a>, - <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Page_263">263</a>.</li> - -<li><i>Lettres au Marquis de Caumont par le Commissaire</i> <span class="smcap">Dubuisson</span>, <a href="#Footnote_186">*119</a>, - <a href="#Footnote_200">*128</a>.</li> - -<li><i>Lettres de la Duchesse de Châteauroux au Duc de Richelieu</i>, <a href="#Footnote_275">*179</a>, <a href="#Footnote_287">*189</a>.</li> - -<li><i>Lettres de M<sup>me</sup> de Châteauroux</i> (apocryphes), éditées par M<sup>me</sup> <span class="smcap">Gacon-Dufour</span>, - <a href="#Footnote_297">*197</a>.</li> - -<li><i>Lettres de M<sup>me</sup> Du Châtelet</i> (édition <span class="smcap">E. Asse</span>), <a href="#Footnote_181">*114</a>, - <a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Footnote_204">*132</a>, <a href="#Footnote_411">*269</a>.</li> - -<li><i>Lettres de M<sup>lle</sup> Aïssé</i> (édition <span class="smcap">E. Asse</span>), <a href="#Footnote_170">*106</a>.</li> - -<li><i>Lettres de M. de Marville au Comte de Maurepas</i> (édition de <span class="smcap">Boislisle</span>), <a href="#Footnote_309">*201</a>, - <a href="#Footnote_326">*212</a>, <a href="#Footnote_327">*213</a>, <a href="#Footnote_329">*214</a>, - <a href="#Footnote_334">*217</a>, <a href="#Footnote_339">*220</a>, <a href="#Footnote_449">*288</a>.</li> - -<li><i>Lettres de M. de Voltaire et de sa célèbre amie</i>, <a href="#Footnote_206">*134</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Lévis</span> (Pierre-Marc-Gaston, Duc de), <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, <a href="#Footnote_56">*28</a>.</li> - -<li><i>Liaisons dangereuses</i> (Les), roman par <span class="smcap">Choderlos de Laclos</span>, <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_379">[p. 379]</span> <span class="smcap">Lichtenstein</span> (Princesse de), <a href="#Page_98">98</a>.</li> - -<li><i>Lille</i> (Ville de), <a href="#Page_181">181</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Linguet</span> (Simon-Nicolas-Henri), avocat et publiciste, <a href="#Page_206">206</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Livry</span> (Comte de), <a href="#Page_123">123</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Lixin</span> (Henri-Jacques de <span class="smcap">Lorraine</span>, Prince de), brigadier de cavalerie, - <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_114">114</a>.</li> - -<li><i>Lorraine</i> (Cour de), <a href="#Page_115">115</a>.</li> - -<li><i>Lorraine</i> (Maison de), <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_294">294</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Lorraine</span> (Prince Charles de), <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_183">183</a>, - <a href="#Footnote_283">*187</a>.</li> - -<li><i>Lorraine</i> (Province de), <a href="#Page_162">162</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Loss</span> (Baron de), Ambassadeur de Saxe à la Cour de France, <a href="#Page_222">222</a>, - <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_226">226</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Louis XIII</span>, <a href="#Page_176">176</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Louis XIV</span>, <a href="#Page_V"><em>V</em></a>, <a href="#Page_XI"><em>XI</em></a>, <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>, - <a href="#Footnote_6">*<em>XV</em></a>, <a href="#Page_XVI"><em>XVI</em></a>, <a href="#Page_XXIV"><em>XXIV</em></a>, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_4">4</a>, - <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Footnote_40">*11</a>, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_17">17</a>, - <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Footnote_55">*25</a>, - <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Footnote_63">*33</a>, <a href="#Page_36">36-38</a>, - <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_77">77</a>, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_129">129</a>, - <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Page_292">292</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Louis XV</span>, <a href="#Page_X"><em>X</em></a>, <a href="#Page_XI"><em>XI</em></a>, <a href="#Page_XII"><em>XII</em></a>, <a href="#Page_XIV"><em>XIV</em></a>, <a href="#Page_XVI"><em>XVI</em></a>, - <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>, <a href="#Page_65">65</a>, - <a href="#Page_89">89</a>, <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>, - <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_109">109-111</a>, <a href="#Footnote_191">*122</a>, <a href="#Page_124">124-126</a>, - <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_139">139-145</a>, - <a href="#Page_147">147-149</a>, <a href="#Footnote_225">*149</a>, <a href="#Page_151">151-154</a>, <a href="#Footnote_239">*154</a>, - <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Footnote_241">*155</a>, <a href="#Page_157">157</a>, <a href="#Page_158">158</a>, - <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_165">165</a>, - <a href="#Footnote_261">*169</a>, <a href="#Page_174">174-182</a>, <a href="#Page_184">184-187</a>, <a href="#Page_189">189-191</a>, - <a href="#Footnote_290">*191</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Footnote_292">*192</a>, <a href="#Page_196">196</a>, - <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Footnote_297">*197</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Footnote_300">*198</a>, - <a href="#Page_199">199-205</a>, <a href="#Footnote_318">*206</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Footnote_319">*207</a>, - <a href="#Page_208">208-211</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_220">220-224</a>, - <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_228">228-231</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_236">236</a>, - <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Footnote_396">*254</a>, <a href="#Page_255">255-257</a>, <a href="#Page_259">259</a>, - <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Page_264">264-266</a>, <a href="#Page_271">271</a>, <a href="#Footnote_414">*271</a>, - <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_286">286-289</a>, <a href="#Page_293">293</a>, - <a href="#Page_302">302-307</a>, <a href="#Footnote_486">*307</a>, <a href="#Page_308">308-310</a>, <a href="#Page_319">319</a>, - <a href="#Footnote_508">*320</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Footnote_511">*322</a>, <a href="#Page_326">326</a>, - <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_344">344</a>, - <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_348">348</a>.</li> - -<li><i>Louis XV et M<sup>me</sup> de Pompadour</i>, par de <span class="smcap">Nolhac</span>, <a href="#Footnote_362">*236</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Louis XVI</span>, <a href="#Page_XXVIII"><em>XXVIII</em></a>, <a href="#Footnote_164">*103</a>, <a href="#Footnote_271">*175</a>, - <a href="#Footnote_512">*323</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Louvet</span> de <span class="smcap">Couvray</span>, romancier et publiciste, <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>.</li> - -<li><i>Louvre</i> (Chapelle du), <a href="#Page_275">275</a>.</li> - -<li><i>Lovelace</i>, drame, <a href="#Footnote_14"><em>XXII</em></a>.</li> - -<li><i>Lovelace français</i> (Le), drame, <a href="#Page_XXIII"><em>XXIII</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Löwendahl</span> (Ulrich-Frédéric-Woldemar, Maréchal de France, Comte de), <a href="#Page_251">251</a>, - <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Footnote_491">*309</a>, <a href="#Page_337">337</a>.</li> - -<li><i>Lunebourg</i> (Ville de), ville de Prusse et province de <i>Hanovre</i>, <a href="#Page_331">331</a>.</li> - -<li><i>Lunéville</i> (Ville de), <a href="#Page_262">262</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Luxembourg</span> (Charles-François-Frédéric de <span class="smcap">Montmorency</span>, Maréchal de France, Duc - de), <a href="#Page_210">210</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Luxembourg</span> (Madeleine-Angélique de <span class="smcap">Neuville-Villeroy</span>, Duchesse de <span - class="smcap">Boufflers</span>, puis de), <a href="#Footnote_241">*156</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_246">246</a>.</li> - -<li><i>Luxembourg</i> (Palais du), <a href="#Page_82">82</a>.</li> - -<li><i>Luxembourg</i> (Ville de), <a href="#Footnote_168">*105</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Luynes</span> (Paul d’<span class="smcap">Albert</span>, Cardinal de), <a href="#Page_274">274</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Luynes</span> (Charles-Philippe d’<span class="smcap">Albert</span>, Duc de), Mestre-de-Camp, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, - <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_155">155</a>, - <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_236">236</a>, - <a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Page_295">295</a>, - <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_303">303</a>, <a href="#Page_338">338</a>, <a href="#Page_339">339</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Luynes</span> (Marie <span class="smcap">Brulart</span>, Marquise de <span class="smcap">Charost</span>, puis - Duchesse de), <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_299">299</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_380">[p. 380]</span></li> - -<li><span class="smcap">Lynar</span> (Roch-Frédéric, Comte de), diplomate danois, <a href="#Page_320">320</a>, - <a href="#Footnote_509">*321</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_329">329</a>.</li> - -<li><i>Lyon</i> (Archevêché et ville de), <a href="#Page_148">148</a>, <a href="#Page_157">157</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_m">M</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><span class="smcap">Machault</span> d’<span class="smcap">Arnouville</span> (Louis-Charles), Conseiller d’État, lieutenant-général de - police, <a href="#Page_67">67</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Machault</span> d’<span class="smcap">Arnouville</span>, Contrôleur général, Garde des Sceaux, - <a href="#Page_214">214</a>, <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_306">306</a>.</li> - -<li><i>Madame de Pompadour</i>, par les <span class="smcap">Goncourt</span>, <a href="#Footnote_450">*290</a>.</li> - -<li><i>Madame de Pompadour et la Cour de Louis XV</i>, par <span class="smcap">Campardon</span>, <a href="#Page_215">215</a>, - <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Footnote_460">*296</a>, <a href="#Footnote_535">*335</a>.</li> - -<li><i>Madame de Tencin</i>, par Pierre-Maurice <span class="smcap">Masson</span>, <a href="#Footnote_226">*149</a>, - <a href="#Footnote_245">*160</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Madame Infante</span> (Élisabeth de <span class="smcap">France</span>, Duchesse de Parme, dite), fille de Louis - XV, <a href="#Page_230">230</a>.</li> - -<li><i>Mademoiselle de Belle-Isle</i>, comédie d’Alexandre <span class="smcap">Dumas</span> père, <a href="#Page_XXVI"><em>XXVI</em></a>.</li> - -<li><i>Magdebourg</i> (Ville de), <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_341">341</a>, <a href="#Footnote_548">*341</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Mahé de la Bourdonnais</span> (François), gouverneur des îles Bourbon et Maurice, <a href="#Page_263">263</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Mahomet</span>, <a href="#Page_267">267</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Maillebois</span> (Jean-Baptiste-François <span class="smcap">Desmarets</span>, Maréchal de France, Marquis de), - <a href="#Footnote_486">*307</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Mailly</span> (Louise-Julie de <span class="smcap">Nesle</span>, Comtesse de), <a href="#Page_139">139</a>, - <a href="#Footnote_215">*139</a>, <a href="#Page_141">141-143</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_147">147</a>, - <a href="#Page_149">149-151</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Page_158">158</a>, - <a href="#Page_161">161</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Maine</span> (Louis-Auguste de <span class="smcap">Bourbon</span>, Duc du), légitimé de France, - <a href="#Page_45">45</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Maine</span> (Anne-Louise-Bénédicte de <span class="smcap">Bourbon</span>, Duchesse du), - <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_53">53</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Maintenon</span> (Françoise d’<span class="smcap">Aubigné</span>, Marquise de), <a href="#Page_5">5</a>, - <a href="#Footnote_26">*5</a>, <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Footnote_34">*8</a>, <a href="#Page_9">9</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Maisonrouge</span> (De), lieutenant du Roi à la Bastille, <a href="#Page_57">57</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Maloet</span> (Pierre-Louis), médecin de Mesdames de France, <a href="#Footnote_164">*103</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Malter</span>, danseur de l’Opéra, <a href="#Page_214">214</a>.</li> - -<li><i>Mantes</i> (Ville de), <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_23">23</a>.</li> - -<li><i>Mantoue</i> (Duché de), <a href="#Footnote_6">*<em>XV</em></a>.</li> - -<li><i>Marchiennes</i> (Siège de), <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_21">21</a>.</li> - -<li><i>Maréchal de Richelieu</i> (Le), par <span class="smcap">Capefigue</span>, <a href="#Footnote_12">*<em>XX</em></a>, - <a href="#Footnote_501">*315</a>.</li> - -<li><i>Maréchale de Villars et son temps</i> (La), par Charles <span class="smcap">Giraud</span>, <a href="#Footnote_135">*80</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Marie-Antoinette</span>, Archiduchesse d’Autriche, puis Reine de France, <a href="#Footnote_499">*312</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Marie Lesczinska</span> (La Reine), femme de Louis XV, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_136">136</a>, - <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_195">195</a>, - <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_209">209</a>, <a href="#Page_210">210</a>, - <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_262">262</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Marie-Thérèse</span>, Archiduchesse, puis Impératrice d’Autriche, <a href="#Page_92">92</a>, - <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>, <a href="#Footnote_216">*141</a>, <a href="#Page_160">160</a>, - <a href="#Footnote_250">*162</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Footnote_270">*174</a>, <a href="#Footnote_350">*231</a>, - <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_334">334</a>, - <a href="#Footnote_531">*334</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_381">[p. 381]</span></li> - -<li><span class="smcap">Marly</span> (Château de), <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Footnote_26">*5</a>, <a href="#Page_19">19</a>, - <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_127">127</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Marmontel</span> (Jean-François), littérateur, <a href="#Footnote_5">*<em>XI</em></a>, - <a href="#Page_250">250</a>, <a href="#Page_251">251</a>.</li> - -<li><i>Marmouzets</i> (Conspiration des), <a href="#Page_109">109</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Marquiset</span>, <i>Table alphabétique de Mémoires</i>, etc., <a href="#Footnote_10">*<em>XIX</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Mars</span> (Le Dieu), <a href="#Page_86">86</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Marsan</span> (Comtesse de), née <span class="smcap">Soubise</span>, <a href="#Page_278">278</a>.</li> - -<li><i>Marseille</i> (Ville de), <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_299">299</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Martin</span> (Henri), historien, <a href="#Page_105">105</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Mary-Lafon</span>, littérateur, <a href="#Page_XXIV"><em>XXIV</em></a>, <a href="#Footnote_16">*<em>XXIV</em></a>.</li> - -<li><i>Masque de Fer</i> (Le), <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Masson</span> (Frédéric), de l’Académie française, historien, <a href="#Footnote_504">*318</a>, - <a href="#Footnote_516">*325</a>, <a href="#Footnote_549">*342</a>, <a href="#Footnote_556">*346</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Masson</span> (Pierre-Maurice), littérateur, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Footnote_273">*176</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Mattioli</span> (Comte), agent du Duc de <span class="smcap">Mantoue</span>, - <a href="#Footnote_6">*<em>XV</em></a>.</li> - -<li><i>Maupin</i> (La), par <span class="smcap">Le Tainturier-Fradin</span>, <a href="#Footnote_145">*85</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Maupin</span> (M<sup>lle</sup> de), actrice de l’Opéra, <a href="#Page_79">79</a>, <a href="#Page_84">84</a>, - <a href="#Page_85">85</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Maurepas</span> (Jean-Frédéric <span class="smcap">Phélypeaux</span>, Comte de), Secrétaire d’État et Ministre - à divers départements, <a href="#Page_XIII"><em>XIII</em></a>, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_138">138</a>, <a href="#Page_146">146</a>, - <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Footnote_239">*154</a>, <a href="#Page_155">155</a>, - <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Footnote_243">*159</a>, <a href="#Page_160">160</a>, - <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_178">178</a>, - <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Footnote_276">*179</a>, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_189">189</a>, - <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Footnote_292">*192</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_194">194</a>, - <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Footnote_297">*197</a>, <a href="#Page_211">211-214</a>, <a href="#Page_217">217</a>, - <a href="#Page_218">218</a>, <a href="#Page_221">221</a>, <a href="#Footnote_342">*221</a>, <a href="#Page_255">255</a>, - <a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_258">258</a>, <a href="#Footnote_401">*258</a>, <a href="#Page_259">259</a>, - <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_286">286</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Maurepas</span> (Marie-Jeanne <span class="smcap">Phélypeaux de la Vrillière</span>, Comtesse de), - <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_163">163</a>.</li> - -<li><i>Maurice, Comte de Saxe et Marie-Josèphe de Saxe</i>, par le Comte <span class="smcap">Vitzthum</span> d’<span - class="smcap">Eckstaedt</span>, <a href="#Footnote_343">*222</a>, <a href="#Footnote_348">*230</a>.</li> - -<li><i>Maurice de Saxe et le Marquis d’Argenson</i>, par le Duc de <span class="smcap">Broglie</span>, <a href="#Footnote_256">*166</a>, - <a href="#Footnote_257">*167</a>, <a href="#Footnote_343">*222</a>, <a href="#Footnote_345">*225</a>, <a href="#Footnote_348">*229</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Mazarin</span> (Le Cardinal), <a href="#Footnote_6">*<em>XV</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Mazarin</span> (Françoise de <span class="smcap">Mailly</span>, Duchesse de), <a href="#Page_146">146</a>, - <a href="#Page_147">147</a>.</li> - -<li><i>Méditerranée</i> (Côtes de la), <a href="#Page_287">287</a>, <a href="#Page_293">293</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Melun</span> (Duc de), Prince d’<span class="smcap">Espinoy</span> ou d’<span class="smcap">Épinoy</span>, - <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_79">79</a>, <a href="#Page_87">87</a>, <a href="#Page_261">261</a>.</li> - -<li><i>Mélanges historiques, politiques et satiriques de</i> <span class="smcap">Boisjourdain</span>, <a href="#Footnote_65">*34</a>, - <a href="#Footnote_110">*63</a>, <a href="#Footnote_174">*110</a>, <a href="#Footnote_186">*119</a>, <a href="#Footnote_284">*188</a>, - <a href="#Footnote_379">*244</a>.</li> - -<li><i>Mémoires authentiques du Maréchal de Richelieu</i> (inédits), <a href="#Page_XXVIII"><em>XXVIII</em></a>, <a href="#Footnote_31">*7</a>, - <a href="#Footnote_41">*12</a>, <a href="#Footnote_154">*93</a>, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Footnote_220">*144</a>, - <a href="#Footnote_223">*146</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Footnote_225">*149</a>, <a href="#Footnote_229">*151</a>, - <a href="#Footnote_239">*155</a>, <a href="#Footnote_271">*175</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Footnote_278">*182</a>, - <a href="#Footnote_281">*184</a>, <a href="#Footnote_283">*187</a>, <a href="#Footnote_289">*190</a>, <a href="#Footnote_291">*191</a>, - <a href="#Footnote_292">*192</a>, <a href="#Footnote_317">*205</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Footnote_352">*232</a>, - <a href="#Footnote_368">*237</a>, <a href="#Footnote_401">*258</a>, <a href="#Footnote_447">*287</a>, <a href="#Footnote_451">*291</a>, - <a href="#Footnote_469">*299</a>, <a href="#Footnote_479">*301</a>, <a href="#Footnote_486">*306</a>, - <a href="#Footnote_512">*323</a>.</li> - -<li><i>Mémoires de Besenval</i>, <a href="#Footnote_67">*36</a>, <a href="#Footnote_69">*39</a>, <a href="#Footnote_70">*40</a>, - <a href="#Footnote_105">*60</a>, <a href="#Footnote_108">*62</a>, <a href="#Footnote_271">*175</a>.</li> - -<li><i>Mémoires de Casanova de Seingalt</i>, <a href="#Page_282">282</a>.</li> - -<li><i>Mémoires de Frédéric II</i> (édition <span class="smcap">Boutaric</span> et <span class="smcap">Campardon</span>), - <a href="#Footnote_274">*178</a>, <a href="#Footnote_529">*332</a>.</li> - -<li><i>Mémoires de la Duchesse de Brancas</i> (édition <span class="smcap">L. Lacour</span>), <a href="#Footnote_215">*139</a>, - <a href="#Footnote_221">*145</a>, <a href="#Footnote_222">*146</a>, <a href="#Page_150">150</a>, - <a href="#Footnote_229">*151</a>, <a href="#Footnote_238">*154</a>, <a href="#Footnote_288">*190</a>.</li> - -<li><i>Mémoires de Madame du <span class="pagenum" id="Page_382">[p. 382]</span> Hausset</i> (édition <span class="smcap">Barrière</span>), - <a href="#Footnote_450">*290</a>, <a href="#Footnote_471">*300</a>.</li> - -<li><i>Mémoires de Madame du Hausset</i> (édition <span class="smcap">Baudouin</span>), <a href="#Footnote_481">*303</a>, - <a href="#Footnote_492">*310</a>.</li> - -<li><i>Mémoires de M<sup>lle</sup> de Launay, Baronne de Staal</i> (édition de <span class="smcap">Lescure</span>), <a href="#Page_53">53</a>, - <a href="#Footnote_92">*53</a>, <a href="#Footnote_99">*57</a>.</li> - -<li><i>Mémoires de Marmontel</i> (édition <span class="smcap">M. Tourneux</span>), <a href="#Footnote_386">*250</a>.</li> - -<li><i>Mémoires de Napoléon à Sainte-Hélène</i> (édition de <span class="smcap">Montholon</span>), <a href="#Footnote_505">*318</a>.</li> - -<li><i>Mémoires de Thiébault</i> (édition <span class="smcap">Barrière</span>), <a href="#Footnote_548">*341</a>.</li> - -<li><i>Mémoires du Comte de Maurepas</i>, <a href="#Footnote_98">*56</a>, <a href="#Footnote_110">*63</a>, <a href="#Footnote_140">*82</a>, - <a href="#Footnote_152">*90</a>, <a href="#Footnote_195">*126</a>, <a href="#Footnote_211">*137</a>, <a href="#Footnote_274">*178</a>, - <a href="#Footnote_283">*187</a>, <a href="#Footnote_286">*189</a>, <a href="#Footnote_400">*257</a>, <a href="#Footnote_403">*259</a>.</li> - -<li><i>Mémoires du Duc de Saint-Simon</i> (édition de <span class="smcap"><ins id="cor_19" title="Boilisle">Boislisle</ins></span> et - <span class="smcap">Lecestre</span>), <a href="#Footnote_5">*<em>XI</em></a>, <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>, - <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_7">7</a>, <a href="#Footnote_503">*317</a>.</li> - -<li><i>Mémoires du Maréchal de Richelieu</i> (édition <span class="smcap">Barrière</span>), <a href="#Page_XIX"><em>XIX</em></a>.</li> - -<li><i>Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>, par <span class="smcap">Soulavie</span>, <a href="#Page_IX"><em>IX</em></a>, <a href="#Footnote_4">*<em>X</em></a>, - <a href="#Page_XIII"><em>XIII</em></a>, <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Footnote_9">*<em>XVIII</em></a>, <a href="#Footnote_75">*46</a>, - <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Footnote_161">*101</a>, <a href="#Footnote_273">*176</a>, - <a href="#Page_187">187</a>, <a href="#Footnote_293">*193</a>, <a href="#Footnote_297">*197</a>, <a href="#Footnote_342">*221</a>, - <a href="#Footnote_450">*290</a>, <a href="#Footnote_485">*306</a>, <a href="#Footnote_488">*309</a>, <a href="#Footnote_493">*310</a>, - <a href="#Footnote_516">*325</a>, <a href="#Footnote_525">*328</a>, <a href="#Footnote_531">*334</a>, - <a href="#Footnote_534">*335</a>, <a href="#Footnote_539">*337</a>.</li> - -<li><i>Mémoires du Maréchal de Villars</i> (édition Marquis de <span class="smcap">Vogué</span>), <a href="#Page_20">20</a>, - <a href="#Footnote_49">*21</a>, <a href="#Footnote_76">*46</a>, <a href="#Footnote_88">*52</a>, <a href="#Footnote_93">*54</a>, - <a href="#Footnote_104">*60</a>, <a href="#Footnote_146">*86</a>, <a href="#Footnote_151">*90</a>, <a href="#Footnote_160">*99</a>, - <a href="#Footnote_168">*105</a>.</li> - -<li><i>Mémoires du Marquis d’Argenson</i> (édition <span class="smcap">Rathery</span>), <a href="#Footnote_84">*52</a>, - <a href="#Footnote_213">*138</a>, <a href="#Footnote_214">*139</a>, <a href="#Footnote_217">*142</a>, <a href="#Footnote_219">*143</a>, - <a href="#Footnote_223">*147</a>, <a href="#Footnote_230">*151</a>, <a href="#Footnote_232">*152</a>, - <a href="#Footnote_235">*153</a>, <a href="#Footnote_246">*161</a>, <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Footnote_258">*167</a>, - <a href="#Footnote_279">*183</a>, <a href="#Footnote_359">*234</a>, <a href="#Footnote_365">*236</a>, <a href="#Footnote_368">*237</a>, - <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Footnote_370">*238</a>, <a href="#Footnote_371">*239</a>, <a href="#Footnote_384">*250</a>, - <a href="#Footnote_392">*252</a>, <a href="#Footnote_402">*259</a>, <a href="#Footnote_405">*260</a>, <a href="#Footnote_408">*264</a>, - <a href="#Footnote_410">*265</a>, <a href="#Footnote_416">*272</a>, <a href="#Footnote_431">*280</a>, - <a href="#Footnote_434">*281</a>, <a href="#Footnote_438">*282</a>, <a href="#Footnote_439">*283</a>, <a href="#Footnote_443">*285</a>, - <a href="#Footnote_446">*286</a>, <a href="#Footnote_448">*287</a>, <a href="#Footnote_450">*290</a>, - <a href="#Footnote_460">*296</a>, <a href="#Footnote_482">*303</a>.</li> - -<li><i>Mémoires du Marquis de Sourches</i>, <a href="#Footnote_29">*7</a>.</li> - -<li><i>Mémoires du Président Hénault</i> (édition <span class="smcap">Rousseau</span>), <a href="#Page_80">80</a>, - <a href="#Footnote_136">*80</a>, <a href="#Page_107">107</a>, <a href="#Footnote_172">*107</a>.</li> - -<li><i>Mémoires du Prince de Ligne</i>, <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Footnote_158">*97</a>, <a href="#Page_103">103</a>, - <a href="#Footnote_164">*103</a>.</li> - -<li><i>Mémoires du Prince de Montbarey</i>, <a href="#Footnote_373">*240</a>.</li> - -<li><i>Mémoires et Correspondance de Favart</i> (édition <span class="smcap">Favart</span> et <span class="smcap">Dumolard</span>), - <a href="#Footnote_413">*270</a>.</li> - -<li><i>Mémoires et Journal du Marquis d’Argenson</i> (édition elzévirienne), <a href="#Footnote_560">*351</a>.</li> - -<li><i>Mémoires et lettres du Cardinal de Bernis</i> (édition <span class="smcap">Frédéric Masson</span>), <a href="#Footnote_459">*295</a>, - <a href="#Footnote_461">*296</a>, <a href="#Footnote_469">*299</a>, <a href="#Footnote_483">*305</a>, - <a href="#Footnote_490">*309</a>, <a href="#Footnote_504">*318</a>, <a href="#Footnote_509">*321</a>, <a href="#Footnote_512">*323</a>, - <a href="#Footnote_513">*324</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Footnote_515">*325</a>, <a href="#Footnote_518">*326</a>, - <a href="#Footnote_530">*333</a>, <a href="#Footnote_537">*336</a>, <a href="#Footnote_544">*339</a>, <a href="#Footnote_546">*340</a>, - <a href="#Footnote_549">*343</a>.</li> - -<li><i>Mémoires historiques et anecdotes</i>, etc., par <span class="smcap">Soulavie</span>, <a href="#Footnote_487">*308</a>, - <a href="#Footnote_488">*309</a>.</li> - -<li><i>Mémoires historiques et authentiques sur la Bastille</i>, par <span class="smcap">Carra</span>, <a href="#Footnote_34">*8</a>, - <a href="#Footnote_58">*29</a>.</li> - -<li><i>Mémoires</i> ou <i>Journal du Duc de Luynes</i> (édition <span class="smcap">Dussieux</span> et <span class="smcap">E. Soulié</span>), - <a href="#Footnote_190">*122</a>, <a href="#Footnote_196">*127</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Footnote_203">*130</a>, - <a href="#Footnote_223">*146</a>, <a href="#Footnote_231">*151</a>, <a href="#Footnote_232">*152</a>, <a href="#Footnote_233">*153</a>, - <a href="#Footnote_239">*154</a>, <a href="#Footnote_240">*155</a>, <a href="#Footnote_242">*157</a>, - <a href="#Footnote_259">*168</a>, <a href="#Footnote_267">*172</a>, <a href="#Footnote_283">*187</a>, <a href="#Footnote_301">*198</a>, - <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Footnote_303">*199</a>, <a href="#Footnote_306">*200</a>, <a href="#Footnote_309">*201</a>, - <a href="#Page_207">207</a>, - <span class="pagenum" id="Page_383">[p. 383]</span> <a href="#Footnote_319">*207</a>, <a href="#Footnote_320">*208</a>, <a href="#Footnote_321">*209</a>, - <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Footnote_322">*210</a>, <a href="#Footnote_324">*211</a>, <a href="#Footnote_330">*215</a>, - <a href="#Footnote_332">*217</a>, <a href="#Footnote_337">*218</a>, <a href="#Footnote_342">*221</a>, <a href="#Footnote_360">*235</a>, - <a href="#Footnote_363">*236</a>, <a href="#Footnote_378">*243</a>, <a href="#Footnote_398">*257</a>, <a href="#Page_258">258</a>, - <a href="#Footnote_401">*258</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Footnote_407">*260</a>, <a href="#Footnote_414">*271</a>, - <a href="#Footnote_415">*272</a>, <a href="#Footnote_420">*273</a>, <a href="#Footnote_421">*274</a>, <a href="#Footnote_422">*275</a>, - <a href="#Footnote_427">*278</a>, <a href="#Footnote_435">*281</a>, <a href="#Footnote_446">*286</a>, - <a href="#Footnote_447">*287</a>, <a href="#Footnote_453">*294</a>, <a href="#Footnote_457">*295</a>, <a href="#Footnote_462">*296</a>, - <a href="#Footnote_464">*297</a>, <a href="#Footnote_479">*301</a>, <a href="#Footnote_517">*325</a>, <a href="#Page_338">338</a>, - <a href="#Footnote_542">*339</a>, <a href="#Footnote_546">*340</a>.</li> - -<li><i>Mémoires</i> ou <i>Journal du Marquis de Dangeau</i> (édition <span class="smcap">Dussieux</span> et <span class="smcap">E. Soulié</span>), - <a href="#Footnote_24">*4</a>, <a href="#Footnote_27">*6</a>, <a href="#Footnote_30">*7</a>, <a href="#Footnote_51">*22</a>, - <a href="#Footnote_54">*25</a>, <a href="#Footnote_57">*29</a>, <a href="#Footnote_60">*30</a>, <a href="#Footnote_61">*32</a>, - <a href="#Footnote_77">*47</a>, <a href="#Footnote_84">*51</a>, <a href="#Footnote_88">*52</a>, <a href="#Footnote_100">*57</a>, - <a href="#Footnote_107">*61</a>, <a href="#Footnote_115">*66</a>, <a href="#Footnote_121">*69</a>, <a href="#Page_112">112</a>, - <a href="#Footnote_176">*112</a>.</li> - -<li><i>Mémoires pour servir à l’histoire de France</i>, <a href="#Footnote_79">*48</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_71">71</a>, - <a href="#Footnote_125">*71</a>.</li> - -<li><i>Mémoires pour servir à l’histoire de la Calote</i>, <a href="#Footnote_379">*244</a>.</li> - -<li><i>Mémoires secrets de Duclos</i>, <a href="#Footnote_57">*29</a>, <a href="#Footnote_127">*73</a>, <a href="#Footnote_254">*165</a>, - <a href="#Footnote_340">*220</a>, <a href="#Footnote_498">*312</a>, <a href="#Footnote_537">*336</a>.</li> - -<li><i>Mémoires secrets</i>, dits de <i>Bachaumont</i>, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>.</li> - -<li><i>Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la Perse</i>, <a href="#Page_172">172</a>.</li> - -<li><i>Mémoires sur la vie de Marie-Antoinette</i>, par M<sup>me</sup> <span class="smcap">Campan</span>, née <span class="smcap">Genet</span>, - <a href="#Footnote_9">*<em>XVIII</em></a>.</li> - -<li><i>Menin</i> (Ville de), <a href="#Page_178">178</a>.</li> - -<li><i>Mercure de France</i> (Le), périodique du <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, <a href="#Footnote_130">*76</a>, - <a href="#Footnote_134">*77</a>.</li> - -<li><i>Metz</i> (Ville de), <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_184">184</a>, - <a href="#Page_187">187-190</a>, <a href="#Footnote_291">*191</a>, <a href="#Footnote_292">*192</a>, <a href="#Page_193">193</a>, - <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_308">308</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Meuse</span> (Henri de <span class="smcap">Choiseul</span>, Marquis de), <a href="#Footnote_225">*149</a>, - <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_159">159</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Meusnier</span>, inspecteur de police, <a href="#Footnote_412">*270</a>, <a href="#Footnote_496">*311</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Michelin</span>, miroitier, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_26">26</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Michelin</span> (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_XXIII"><em>XXIII</em></a>, <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_22">22</a>, - <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Footnote_65">*34</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Mimi Dancourt</span>, actrice, fille de l’auteur-acteur, <a href="#Page_241">241</a>.</li> - -<li><i>Minorque</i> (Ile de), <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_296">296</a>, - <a href="#Footnote_465">*297</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Footnote_491">*309</a>, <a href="#Page_310">310</a>, - <a href="#Footnote_500">*313</a>, <a href="#Page_348">348</a>.</li> - -<li><i>Minorquin</i> (Le), surnom donné à Richelieu, par M<sup>me</sup> de Pompadour, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_299">299</a>, - <a href="#Page_303">303</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Mirabaud</span> (Jean-Baptiste de), de l’Académie française, <a href="#Page_276">276</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Mirabeau</span> (Chevalier, puis Bailli de), <a href="#Page_343">343</a>, <a href="#Footnote_550">*343</a>, - <a href="#Page_344">344</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Mirepoix</span> (Charles-Pierre-Gaston-François de <span class="smcap">Lévis</span>, Maréchal de France, Marquis, - puis Duc de), <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Page_287">287</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Modène</span> (Renaud, Duc de), <a href="#Page_60">60</a>.</li> - -<li><i>Modène</i> (Ville de), <a href="#Footnote_107">*61</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Footnote_127">*73</a>.</li> - -<li><i>Moliériste</i> (Le), revue, <a href="#Page_298">298</a>.</li> - -<li><i>Momus fabuliste</i>, comédie, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Footnote_109">*62</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Monaco</span> (Mademoiselle de), <a href="#Page_112">112</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Monaco</span> (Prince de), <a href="#Footnote_176">*112</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Moncerveaux</span>, chirurgien d’Alsace, <a href="#Footnote_283">*187</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Monconseil</span> (Louis-Étienne-Antoine <span class="smcap">Guinot</span>, Marquis de), <a href="#Page_40">40</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Monconseil</span> (Cécile-Thérèse <span class="smcap">Rioult</span> de <span class="smcap">Cursay</span>, Marquise - de), <a href="#Page_XIX"><em>XIX</em></a>, <a href="#Footnote_53">*23</a>, <a href="#Footnote_241">*156</a>, <a href="#Footnote_296">*195</a>.</li> - -<li><i>Mondain</i> (Le), satire de <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Page_262">262</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_384">[p. 384]</span></li> - -<li><i>Monde médical au</i> <em>XVIII<sup>e</sup></em> <i>siècle</i> (Le), par le docteur <span class="smcap">Delaunay</span>, - <a href="#Footnote_283">*187</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Montaiglon</span> (Anatole de <span class="smcap">Courde</span> de), archiviste-paléographe, - <a href="#Page_233">233</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Montazet</span> (Antoine de <span class="smcap">Malvin</span> de), évêque d’Autun, puis archevêque de Lyon, - <a href="#Page_273">273</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Montboissier</span> (Papiers), <a href="#Footnote_502">*316</a>, <a href="#Footnote_520">*327</a>, - <a href="#Footnote_522">*328</a>, <a href="#Footnote_525">*329</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Montcavrel</span> (Diane Adélaïde de <span class="smcap">Mailly</span>, Demoiselle de), puis Duchesse de - <span class="smcap">Lauraguais</span>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_163">163</a>, - <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_228">228</a>, - <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_328">328</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Montespan</span> (Françoise-Athénaïs de <span class="smcap">Rochechouart</span>, Marquise de), - <a href="#Page_33">33</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Montesquieu</span> (Le Président Charles de <span class="smcap">Secondat</span>, Baron de la <span - class="smcap">Brède</span> et de), <a href="#Page_275">275</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Montigny</span> (Étienne-Mignol de), trésorier de France, de l’Académie des Sciences, <a href="#Page_312">312</a>.</li> - -<li><i>Montjeu</i> (Chapelle de), <a href="#Page_113">113</a>.</li> - -<li><i>Montpellier</i> (Ville de), <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_121">121</a>, - <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Footnote_195">*126</a>, <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Page_195">195</a>, - <a href="#Page_267">267</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Monval</span>, littérateur, <a href="#Page_XXII"><em>XXII</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Monvel</span> (J. <span class="smcap">Boutet</span> de), auteur-acteur, <a href="#Page_XXIII"><em>XXIII</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Morosini</span> (De), Ambassadeur de Venise, <a href="#Page_282">282</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Morville</span> (Charles-Jean-Baptiste <span class="smcap">Fleuriau</span>, Comte de), Secrétaire d’État aux - Affaires étrangères, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Footnote_165">*104</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Moufle d’Angerville</span>, littérateur, <a href="#Page_338">338</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Mouhy</span> (Charles de <span class="smcap">Fieux</span>, Chevalier de), romancier, nouvelliste et policier, - <a href="#Footnote_242">*157</a>, <a href="#Footnote_297">*197</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Moulin</span> (Du), médecin, <a href="#Page_187">187</a>.</li> - -<li><i>Mousquetaires au couvent</i> (Les), comédie et opéra-comique, <a href="#Page_42">42</a>.</li> - -<li><i>Muette</i> (Château de la), <a href="#Page_256">256</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Murphy</span> (Marie-Louise), dite la petite Morfi, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_288">288</a>, - <a href="#Page_289">289</a>.</li> - -<li><i>Muses rivales</i> (Les), opéra de <span class="smcap">J.-J. Rousseau</span>, <a href="#Page_241">241</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_n">N</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><span class="smcap">Nangis</span> (Louis-Armand de <span class="smcap">Brichanteau</span>, Marquis de), Maréchal de France, - <a href="#Page_25">25</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Napoléon I<sup>er</sup></span>, <a href="#Footnote_166">*104</a>, <a href="#Footnote_316">*205</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Nati</span>, critique d’art, <a href="#Page_233">233</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Navarre</span> (La Princesse de), <a href="#Page_170">170</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Nesle</span> (Les demoiselles de), <a href="#Page_141">141-143</a>, <a href="#Page_146">146</a>, - <a href="#Page_155">155</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Nesle</span> (Louis III, Marquis de), <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_198">198</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Nesle</span> (Félicité-Armande <span class="smcap">La Porte-Mazarin</span>, Marquise de), - <a href="#Page_79">79</a>, <a href="#Page_86">86</a>.</li> - -<li><i>Neuchâtel-en-Suisse</i> (Principauté de), <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_344">344</a>, <a href="#Footnote_551">*344</a>, - <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Page_346">346</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Newied</span> (Comte de), <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_343">343</a>, - <a href="#Footnote_549">*343</a>, <a href="#Page_345">345</a>.</li> - -<li><i>Nîmes</i> (Consistoire de), <a href="#Page_284">284</a>.</li> - -<li><i>Nîmes</i> (Ville de), <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_285">285</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Noailles</span> (Le Cardinal Louis-Antoine de), Archevêque de Paris, <a href="#Page_7">7</a>, - <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_74">74</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_385">[p. 385]</span></li> - -<li><span class="smcap">Noailles</span> (Adrien-Maurice, Duc de), Maréchal de France, <a href="#Page_141">141</a>, - <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Footnote_249">*162</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_175">175</a>, - <a href="#Page_180">180-182</a>, <a href="#Footnote_283">*187</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Footnote_286">*189</a>, - <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_205">205</a>, <a href="#Page_231">231</a>, - <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_309">309</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Noailles</span> (Marquis de), <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_6">6</a>.</li> - -<li><i>Normandie</i> (Province de), <a href="#Page_166">166</a>.</li> - -<li><i>Notre-Dame de Versailles</i> (Église de), <a href="#Page_1">1</a>.</li> - -<li><i>Nouveaux Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>, par de <span class="smcap">Lescure</span>, <a href="#Footnote_11">*<em>XIX</em></a>, - <a href="#Footnote_71">*40</a>.</li> - -<li><i>Nouvelle Revue rétrospective</i> (édition Paul <span class="smcap">Cottin</span>), <a href="#Footnote_496">*311</a>.</li> - -<li><i>Nouvelles de Paris</i> (édition E. de <span class="smcap">Barthélemy</span>), <a href="#Footnote_186">*119</a>, - <a href="#Footnote_188">*121</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_o">O</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><i>Ode à Priape</i> (L’), par <span class="smcap">Piron</span>, <a href="#Page_275">275</a>.</li> - -<li><i>Odéon</i> (Théâtre de l’), <a href="#Footnote_14">*<em>XXII</em></a>.</li> - -<li><i>Œuvres de</i> <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Footnote_255">*166</a>, <a href="#Footnote_261">*169</a>.</li> - -<li><i>Œuvres inédites de</i> <span class="smcap">Piron</span>, (édition <span class="smcap">H. Bonhomme</span>), - <a href="#Footnote_193">*124</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Ogier</span> (Jean-François), Ambassadeur de France à la Cour de Danemark, <a href="#Page_320">320</a>.</li> - -<li><i>Oldenbourg</i>, capitale du duché du même nom, <a href="#Page_313">313</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Olivet</span> (Joseph <span class="smcap">Thoulier</span>, Abbé d’), de l’Académie française, - <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_274">274-276</a>.</li> - -<li><i>Oloron-en-Béarn</i> (Ville d’), <a href="#Footnote_129">*76</a>.</li> - -<li><i>Opéra</i> (Bals et Théâtre de l’), <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Footnote_59">*30</a>, <a href="#Page_40">40</a>, - <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Page_214">214</a>, <a href="#Page_227">227</a>, - <a href="#Page_236">236</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_270">270</a>, - <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Footnote_456">*294</a>.</li> - -<li><i>Opéra-Comique</i> (L’) du théâtre forain, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Footnote_414">*271</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Ophélie</span>, <a href="#Page_146">146</a>.</li> - -<li><i>Ordre du Saint-Esprit</i> (L’), <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_86">86</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Orléans</span> (Marguerite-Louise d’), Grande-Duchesse de <span class="smcap">Toscane</span>, nièce de Louis XIII, - <a href="#Page_68">68</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Orléans</span> (Philippe, Duc d’), Régent de France, <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>, - <a href="#Footnote_6">*<em>XV</em></a>, <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Footnote_55">*25</a>, - <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_29">29-31</a>, <a href="#Page_40">40</a>, <a href="#Page_42">42</a>, - <a href="#Page_44">44-46</a>, <a href="#Footnote_77">*47</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_50">50</a>, - <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_57">57-60</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>, <a href="#Page_63">63</a>, - <a href="#Footnote_112">*63</a>, <a href="#Page_64">64</a>, <a href="#Footnote_112">*64</a>, <a href="#Page_65">65</a>, - <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Footnote_116">*66</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_79">79</a>, - <a href="#Page_81">81</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_84">84</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_89">89</a>, - <a href="#Page_100">100</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_142">142</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Orléans</span> (Françoise de <span class="smcap">Bourbon</span>, Duchesse d’), femme du Régent, - <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_39">39</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Orléans</span> (Élisabeth-Charlotte de <span class="smcap">Bavière</span>, Duchesse d’), mère du Régent, - <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, <a href="#Page_36">36-38</a>, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Footnote_72">*42</a>, - <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_54">54-59</a>, <a href="#Page_63">63</a>, - <a href="#Page_64">64</a>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_79">79</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Orléans</span> (Mademoiselle d’), Abbesse de Chelles, fille du Régent, <a href="#Page_82">82</a>.</li> - -<li><i>Ormes</i> (Les), château du Comte d’Argenson, <a href="#Page_306">306</a>.</li> - -<li><i>Ostende</i> (Ville d’), <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_105">105</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_p">P</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><i>Palais de Justice</i> (Le), <a href="#Page_129">129</a>, <a href="#Page_308">308</a>.</li> - -<li><i>Palais-Royal</i> (Le), <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_39">39</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_123">123</a>, - <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_129">129</a>, <a href="#Page_278">278</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Palluat du Besset</span>, littérateur, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Footnote_553">*345</a>.</li> - -<li><i>Panégyrique de Louis XV</i> (Le), par <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Page_272">272</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_386">[p. 386]</span></li> - -<li><span class="smcap">Papillon de la Ferté</span> (Denis-Pierre-Jean), Intendant des Menus, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Parabère</span> (Marie-Madeleine de la <span class="smcap">Vieuville</span>, Comtesse de), - <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_173">173</a>.</li> - -<li><i>Paris, Versailles et les provinces</i>, par <span class="smcap">Dugas</span> de <span class="smcap">Bois-Saint-Just</span>, - <a href="#Footnote_456">*294</a>, <a href="#Footnote_463">*297</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Paris</span> (Les frères), financiers et banquiers de la Cour, <a href="#Page_238">238</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Paris-Duverney</span>, Conseiller d’État, fournisseur des Armées, <a href="#Page_309">309</a>, - <a href="#Footnote_491">*309</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Footnote_492">*310</a>, <a href="#Page_312">312</a>, - <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_336">336</a>.</li> - -<li><i>Parlement de Bordeaux</i> (Le), <a href="#Page_349">349</a>.</li> - -<li><i>Parlement de Paris</i> (Le), <a href="#Page_1">1</a>, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_31">31</a>, - <a href="#Footnote_61">*32</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_89">89</a>, <a href="#Page_93">93</a>, - <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_308">308</a>.</li> - -<li><i>Parlement de Toulouse</i> (Le), <a href="#Page_127">127</a>.</li> - -<li><i>Passy</i> (Village de), <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_245">245</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Paul-Émile</span>, <a href="#Page_171">171</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Paulmy</span> (Antoine-René d’<span class="smcap">Argenson</span>, Marquis de), Secrétaire d’État au Ministère de - la Guerre, <a href="#Page_339">339</a>.</li> - -<li><i>Pavillon du Hanovre</i> (Le), <a href="#Page_340">340</a>, <a href="#Footnote_547">*340</a>.</li> - -<li><i>Pays-Bas</i> (Royaume des), <a href="#Page_230">230</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Pecquet</span>, premier Commis aux Affaires étrangères, <a href="#Footnote_268">*173</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Penterrieder</span> (Baron de), Envoyé d’Autriche à la Cour de France, <a href="#Footnote_186">*119</a>.</li> - -<li><i>Petites maisons</i> (Les), par G. <span class="smcap">Capon</span>, <a href="#Page_138">138</a>.</li> - -<li><i>Perpignan</i> (Ville de), <a href="#Page_49">49</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Persée</span>, <a href="#Page_171">171</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Pérusseau</span> (Le Père), Jésuite, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_186">186</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Philippe</span> (L’Infant Don), <a href="#Page_200">200</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Philippe V</span>, Roi d’Espagne, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_50">50</a>, - <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_97">97</a>, - <a href="#Page_182">182</a>.</li> - -<li><i>Philisbourg</i> (Siège de), <a href="#Page_114">114</a>.</li> - -<li><i>Philosophe chrétien</i> (Le), par le Roi Stanislas <span class="smcap">Lesczinski</span>, <a href="#Page_262">262</a>.</li> - -<li><i>Picardie</i> (Province de), <a href="#Page_166">166</a>.</li> - -<li><i>Pièces inédites sur les règnes de Louis XIV et de Louis XV</i> (éditées par <span class="smcap">Soulavie</span>), - <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Footnote_171">*107</a>.</li> - -<li><i>Pièces manuscrites de</i> ou <i>sur</i> <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Footnote_375">*242</a>.</li> - -<li><i>Piémont</i> (Le) et <i>Piémontais</i> (Les), <a href="#Page_231">231</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Piémont</span> (Charles-Emmanuel III, Prince de) puis Roi de Sardaigne, <a href="#Page_60">60</a>, - <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_191">191</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Pinsonneau</span>, employé au Ministère de la Guerre, <a href="#Page_46">46</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Piron</span> (Alexis), poète et auteur dramatique, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_266">266</a>, - <a href="#Page_275">275</a>.</li> - -<li><i>Place-Royale</i> (La), <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Footnote_117">*68</a>, - <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_277">277</a>, - <a href="#Page_281">281</a>.</li> - -<li><i>Platée</i>, ballet-comique de <span class="smcap">Rameau</span>, <a href="#Page_199">199</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Plocques</span>, bibliothécaire du Maréchal de <span class="smcap">Richelieu</span>, <a href="#Page_XI"><em>XI</em></a>.</li> - -<li><i>Poitou</i> (Province du), <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Footnote_116">*66</a>, <a href="#Page_70">70</a>, - <a href="#Page_75">75</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Polignac</span> (Le Cardinal Melchior de), diplomate, <a href="#Footnote_8">*<em>XVIII</em></a>, - <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Page_106">106</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Polignac</span> (Marquise de), <a href="#Page_79">79</a>, <a href="#Page_86">86</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_387">[p. 387]</span></li> - -<li><i>Pologne</i> (Royaume de), <a href="#Page_110">110</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Pompadour</span> (Antoinette <span class="smcap">Poisson</span>, dame d’<span class="smcap">Etioles</span>, - Marquise de), <a href="#Footnote_5">*<em>XI</em></a>, <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>, <a href="#Footnote_227">*150</a>, - <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Footnote_319">*207</a>, <a href="#Page_210">210</a>, - <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_220">220-222</a>, <a href="#Page_231">231</a>, - <a href="#Page_234">234-237</a>, <a href="#Footnote_368">*237</a>, <a href="#Page_238">238-240</a>, <a href="#Page_249">249</a>, - <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Footnote_396">*254</a>, <a href="#Page_255">255-259</a>, - <a href="#Page_260">260-265</a>, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_273">273-275</a>, <a href="#Page_277">277</a>, - <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_287">287-291</a>, <a href="#Footnote_452">*292</a>, - <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_300">300</a>, - <a href="#Page_302">302-305</a>, <a href="#Footnote_483">*305</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Footnote_485">*306</a>, - <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_308">308-311</a>, <a href="#Footnote_496">*311</a>, <a href="#Page_312">312</a>, - <a href="#Footnote_498">*312</a>, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Footnote_511">*322</a>, <a href="#Page_323">323</a>, - <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_333">333-335</a>, <a href="#Page_342">342-347</a>, - <a href="#Footnote_552">*344</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Pomponne</span> (Abbé de), Conseiller d’État d’Église, <a href="#Page_2">2</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Poncet de la Rivière</span> (Matthias), Évêque de Troyes, <a href="#Page_273">273</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Pons</span> (Charles-Louis de <span class="smcap">Lorraine</span>, Prince de), <a href="#Page_114">114</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Pontchartrain</span> (Jérôme <span class="smcap">Phélypeaux</span>, Comte de), Ministre de la Maison du Roi, - <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Footnote_40">*11</a>, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_17">17</a>.</li> - -<li><i>Pontoise</i> (Ville de), <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_308">308</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Porel</span>, acteur, directeur de théâtre, <a href="#Footnote_14">*<em>XXII</em></a>.</li> - -<li><i>Port-Mahon</i> et <i>Fort-Mahon</i> (île de Minorque), <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_301">301</a>.</li> - -<li><i>Pragmatique-Sanction</i> (La), <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>, <a href="#Footnote_216">*141</a>.</li> - -<li><i>Précis du siècle de Louis XV</i>, par <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Footnote_315">*205</a>.</li> - -<li><i>Préjugé à la mode</i> (Le), comédie par <span class="smcap">La Chaussée</span>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_261">261</a>.</li> - -<li><i>Premières armes de Richelieu</i> (Les), comédie, <a href="#Page_XXIV"><em>XXIV</em></a>, <a href="#Footnote_15">*<em>XXIV</em></a>.</li> - -<li><i>Premiers lundis</i>, par <span class="smcap">Sainte-Beuve</span>, <a href="#Footnote_548">*341</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Prie</span> (Jeanne-Agnès de <span class="smcap">Berthelot</span>, Marquise de), <a href="#Page_84">84</a>, - <a href="#Page_89">89</a>.</li> - -<li><i>Princesse de Navarre</i> (La), comédie-lyrique de <span class="smcap">Voltaire</span> et de <span class="smcap">Rameau</span>, - <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_168">168</a>, <a href="#Footnote_261">*169</a>, <a href="#Page_170">170</a>, - <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Footnote_303">*199</a>, <a href="#Page_241">241</a>.</li> - -<li><i>Province sous l’ancien régime</i> (La), par <span class="smcap">Babeau</span>, <a href="#Footnote_446">*286</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Prusse</span> (Le Prince Henri de), frère de Frédéric II, <a href="#Page_337">337</a>.</li> - -<li><i>Prusse</i> (Royaume de) et <i>Prussiens</i> (Les), <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Footnote_216">*141</a>, - <a href="#Page_173">173-175</a>, <a href="#Footnote_271">*175</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_268">268</a>, - <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_292">292</a>, <a href="#Footnote_452">*292</a>, - <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_322">322</a>, <a href="#Page_329">329</a>, - <a href="#Footnote_549">*343</a>, <a href="#Page_346">346</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Puysieulx</span> (Louis-Philoxène <span class="smcap">Brulart</span>, Marquis de), Ministre des Affaires - étrangères, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_238">238</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_q">Q</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><i>Quintessence</i> (La), gazette de la Haye, <a href="#Page_101">101</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_r">R</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><span class="smcap">Rabaud</span> (Paul), Ministre protestant, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Footnote_442">*284</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Rabaud-Saint-Étienne</span> (Jean-Paul), fils du précédent, conventionnel, <a href="#Footnote_442">*284</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Racine</span>, <a href="#Footnote_283">*187</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Rameau</span> (Jean-Philippe), compositeur, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_168">168</a>, - <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_199">199</a>, - <a href="#Page_241">241-243</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Rapally</span>, prêteur sur gages, <a href="#Page_95">95</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Ravaisson</span> (François), conservateur à la bibliothèque de l’Arsenal, <a href="#Footnote_34">*8</a>, - <a href="#Footnote_37">*10</a>, <a href="#Footnote_40">*11</a>, <a href="#Footnote_42">*13</a>, <a href="#Footnote_43">*14</a>, - <a href="#Footnote_45">*17</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_388">[p. 388]</span></li> - -<li><span class="smcap">Raynal</span> (Abbé Guillaume-Thomas-François,), historien, <a href="#Page_233">233</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Rebel</span>, maître de musique de la Chambre du roi, <a href="#Page_236">236</a>.</li> - -<li><i>Recueil Geffroy</i>, <a href="#Footnote_29">*7</a>.</li> - -<li><i>Registres de Saint-Sulpice</i>, <a href="#Footnote_19">*1</a>.</li> - -<li><i>Registres du Temple</i>, <a href="#Footnote_176">*112</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Rességuier</span> (Chevalier Clément-Ignace de), littérateur, <a href="#Footnote_268">*173</a>.</li> - -<li><i>Revue de Paris</i> (article <span class="smcap">Cucuel</span>), <a href="#Footnote_391">*252</a>, <a href="#Footnote_393">*253</a>.</li> - -<li><i>Rhin</i> (Armée du), <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_111">111</a>, <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_162">162</a>, - <a href="#Page_188">188</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Richardson</span>, romancier anglais, <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Richelieu</span> (Armand-Jean <span class="smcap">Du Plessis</span>, Cardinal-Duc de), <a href="#Page_V"><em>V</em></a>, <a href="#Page_VII"><em>VII</em></a>, - <a href="#Footnote_6">*<em>XV</em></a>, <a href="#Page_1">1</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Footnote_117">*67</a>, - <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_109">109</a>, <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_124">124</a>, - <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_232">232</a>, - <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_271">271</a>, <a href="#Page_285">285</a>, - <a href="#Page_291">291</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Richelieu</span> (Armand-Jean, Duc de), père du Maréchal, <a href="#Page_1">1</a>, <a href="#Page_3">3</a>, - <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_16">16-20</a>, - <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_25">25</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Richelieu</span> (Anne-Marguerite d’<span class="smcap">Acigné</span>, Duchesse de), deuxième femme d’Armand-Jean - et mère du Maréchal, <a href="#Page_3">3</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Richelieu</span> (Marguerite de <span class="smcap">Rouillé</span>, Duchesse de), troisième femme d’Armand-Jean, - <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_17">17</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Richelieu</span> (Catherine de), fille d’Armand-Jean et sœur du Maréchal, <a href="#Footnote_39">*11</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Richelieu</span> (Marie-Gabrielle <span class="smcap">Du Plessis</span>), Abbesse du Trésor, fille d’Armand-Jean - et sœur du Maréchal, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_294">294</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Richelieu</span> (Élisabeth-Sophie de <span class="smcap">Lorraine</span>, princesse de <span - class="smcap">Guise</span>, Duchesse de), deuxième femme du Maréchal, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_112">112-115</a>, - <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Footnote_190">*122</a>, - <a href="#Page_131">131</a>.</li> - -<li><i>Richelieu</i> (Château, domaine et ville de), <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Footnote_116">*66</a>, <a href="#Page_67">67-69</a>, - <a href="#Footnote_120">*69</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_262">262</a>, - <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Page_333">333</a>.</li> - -<li><i>Richelieu</i> (Maison de), <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Page_299">299</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Rigaud</span> (Hyacinthe), artiste peintre, <a href="#Page_75">75</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Riom</span> (Comte de), <a href="#Page_80">80</a>, <a href="#Footnote_137">*80</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Ripperda</span> (Baron de), Ambassadeur d’Espagne à la Cour de Vienne, <a href="#Page_88">88</a>, - <a href="#Page_91">91-94</a>, <a href="#Footnote_155">*94</a>, <a href="#Page_97">97</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Robespierre</span> (Maximilien), <a href="#Footnote_297">*197</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Rochard</span>, acteur de la Comédie italienne, <a href="#Page_270">270</a>.</li> - -<li><i>Rocoux</i> (Bataille de), <a href="#Page_221">221</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Rohan</span> (Louis, Chevalier de), grand-veneur de France, <a href="#Page_3">3</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Rohan</span> (Marie-Sophie de <span class="smcap">Courcillon</span>, Princesse de), <a href="#Page_180">180</a>.</li> - -<li><i>Rome</i> (Ville de), <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Page_236">236</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Roquelaure</span> (Marie-Louise de <span class="smcap">Laval</span>, Duchesse de), <a href="#Page_128">128</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Roquette</span> (Abbé Henri-Emmanuel de), <a href="#Page_76">76</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Rosalba Carriera</span>, femme-peintre, <a href="#Page_75">75</a>.</li> - -<li><i>Rosbach</i> (Défaite de), <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_329">329-331</a>, <a href="#Footnote_556">*347</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Rottembourg</span> (Comte de), Envoyé de Prusse en France, <a href="#Page_173">173</a>, - <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_223">223</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Rousseau</span> (Jean-Jacques), <span class="pagenum" id="Page_389">[p. 389]</span> <a href="#Page_240">240</a>, - <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Footnote_374">*241</a>, <a href="#Page_242">242</a>, <a href="#Footnote_376">*242</a>, - <a href="#Page_243">243</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Roy</span> (Pierre-Charles), poète et auteur dramatique, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_107">107</a>, - <a href="#Page_129">129</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_242">242-245</a>.</li> - -<li><i>Royaume de la rue Saint-Honoré</i> (Le), par le Comte Pierre de <span class="smcap">Ségur</span>, <a href="#Footnote_215">*139</a>.</li> - -<li><i>Ruel</i> (Maison et domaine du Val de), <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Footnote_117">*67</a>, <a href="#Footnote_117">*68</a>.</li> - -<li><i>Ruel</i> (Seigneurie de), <a href="#Footnote_117">*68</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Rulhière</span> (Claude-Carloman de), historien, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, <a href="#Page_XVI"><em>XVI</em></a>, <a href="#Footnote_33">*7</a>, - <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>, <a href="#Page_62">62</a>, - <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_81">81</a>.</li> - -<li><i>Russie</i> (Empire de) et <i>Russes</i> (Les), <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_322">322</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_s">S</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><i>Sablons</i> (Plaine des), <a href="#Page_250">250</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Saillant</span> (Le Colonel, Marquis de), <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_51">51</a>.</li> - -<li><i>Saint-Antoine</i> (Rue), <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_58">58</a>.</li> - -<li><i>Saint-Cloud</i> (Village de), <a href="#Page_59">59</a>.</li> - -<li><i>Saint-Cyr</i> (Maison royale de), <a href="#Page_68">68</a>.</li> - -<li><i>Saint-Denis</i> (Plaine de), <a href="#Footnote_191">*122</a>.</li> - -<li><i>Sainte-Geneviève</i> (Église de), <a href="#Page_15">15</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Saint-Florentin</span> (Louis <span class="smcap">Phélypeaux</span>, Comte de), puis Duc de la <span - class="smcap">Vrillière</span>, Ministre d’État, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_286">286</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Saint-Foix</span> (Germain-François <span class="smcap">Poullain</span> de), littérateur et auteur dramatique, - <a href="#Page_265">265</a>.</li> - -<li><i>Saint-Germain-en-Laye</i> (Ville de), <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Footnote_115">*66</a>, - <a href="#Footnote_117">*68</a>.</li> - -<li><i>Saint-James</i> (Cabinet de), <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_325">325</a>.</li> - -<li><i>Saint-Lazare</i> (Prison de), <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_280">280</a>.</li> - -<li><i>Saint-Léger</i> (Rendez-vous de chasse de), <a href="#Page_144">144</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Saint-Mars</span> (Le Gouverneur), <a href="#Footnote_6">*<em>XV</em></a>.</li> - -<li><i>Saint-Paul</i> (Église), <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_24">24</a>.</li> - -<li><i>Saint-Philippe</i> (Fort de), <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_299">299</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Saint-Rémy</span> (Abbé de), précepteur de Richelieu, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_14">14</a>, - <a href="#Footnote_44">*14</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Saint-Saphorin</span>, Ambassadeur d’Angleterre à la Cour de Vienne, <a href="#Page_98">98</a>, - <a href="#Page_99">99</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Saint-Séverin</span> d’<span class="smcap">Aragon</span> (Comte de), diplomate, <a href="#Page_237">237</a>, - <a href="#Page_238">238</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Saint-Simon</span> (Louis de <span class="smcap">Rouvroy</span>, Duc de), historien, <a href="#Page_XI"><em>XI</em></a>, - <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Saint-Simon</span> (Claude de <span class="smcap">Rouvroy</span> de), évêque de Metz, - <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>.</li> - -<li><i>Saint-Thomas-du-Louvre</i> (Rue), <a href="#Page_30">30</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Saint-Vincent</span> (Julie de <span class="smcap">Vence-Villeneuve</span>, Marquise de <span - class="smcap">Fauris</span> de), <a href="#Page_XXIV"><em>XXIV</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Saisseval</span> (de), <a href="#Page_206">206</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Sandré</span>, avocat au Parlement, <a href="#Footnote_117">*67</a>.</li> - -<li><i>Saxe</i> (Armée de), <a href="#Page_330">330</a>.</li> - -<li><i>Saxe</i> (Cour de), <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_224">224</a>, <a href="#Page_228">228</a>.</li> - -<li><i>Saxe</i> (Électorat de), <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_330">330</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Saxe</span> (Hermann-Maurice, Comte de), Maréchal-Général de France, <a href="#Page_181">181</a>, - <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_206">206</a>, - <a href="#Footnote_318">*206</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_218">218</a>, - <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_224">224</a>, <a href="#Page_227">227-230</a>, <a href="#Page_250">250</a>, - <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Footnote_388">*251</a>, <a href="#Footnote_408">*264</a>, <a href="#Page_266">266</a>, - <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_337">337</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_390">[p. 390]</span></li> - -<li><span class="smcap">Saxe-Hilderburghausen</span> (Duc de), <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_329">329</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Scafini</span>, sculpteur italien, <a href="#Page_233">233</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Schmettau</span> (Le Maréchal Samuel, Comte de), <a href="#Page_182">182</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Schoffer</span>, sculpteur, <a href="#Page_233">233</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Segaud</span> (Le Père Guillaume de), Jésuite, confesseur du Dauphin, <a href="#Page_122">122</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Ségur</span> (Angélique de <span class="smcap">Croissy</span>, Comtesse de), <a href="#Footnote_67">*36</a>, - <a href="#Footnote_70">*40</a>.</li> - -<li><i>Sémiramis</i>, tragédie de <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Page_269">269</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Sénac de Meilhan</span> (Gabriel), intendant de province, littérateur, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, <a href="#Page_XVII"><em>XVII</em></a>, - <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Page_132">132</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Senozan</span> (Olivier de), <a href="#Page_112">112</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Sensier</span>, critique d’art, <a href="#Page_73">73</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Serres</span> (de), <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Servigné</span> (<span class="smcap">Guiard</span> de), littérateur, <a href="#Page_XXII"><ins title="XVII"><em>XXII</em></ins></a>, - <ins title="*XVII"><a href="#Footnote_13">*<em>XXII</em></a></ins>.</li> - -<li><span class="smcap">Séry</span> (M<sup>lle</sup> de), Comtesse d’<span class="smcap">Argenton</span>, <a href="#Page_101">101</a>.</li> - -<li><i>Siècle de Louis XIV</i> (Le), par <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Page_268">268</a>.</li> - -<li><i>Silésie</i> (La), <a href="#Footnote_270">*<ins title="74">174</ins></a>.</li> - -<li><span class="smcap">Silly</span> (Jacques-Joseph <span class="smcap">Vipart</span>, Marquis de), Lieutenant-général, - <a href="#Footnote_8">*<em>XVIII</em></a>.</li> - -<li><i>Société Archéologique du Gers</i>, <a href="#Footnote_18">*<em>XXV</em></a>.</li> - -<li><i>Société bordelaise au XVIII<sup>e</sup> siècle</i> (La), par <span class="smcap">Grellet-Dumazeau</span>, - <a href="#Footnote_559">*349</a>.</li> - -<li><i>Sonnettes</i> (Les), roman, <a href="#Page_XXII"><em>XXII</em></a>, <a href="#Footnote_13">*<em>XXII</em></a>.</li> - -<li><i>Sorbonne</i> (Église de la), <a href="#Page_109">109</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Soubise</span> (Louis-François-Jules de <span class="smcap">Rohan</span>, Prince de), <a href="#Page_86">86</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Soubise</span> (Charles de <span class="smcap">Rohan</span>, Prince de), Maréchal de France, - <a href="#Page_303">303</a>, <a href="#Footnote_494">*311</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_317">317</a>, - <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_329">329</a>, <a href="#Footnote_527">*329</a>, - <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_335">335</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Soulavie</span> (Jean-Louis <span class="smcap">Giraud</span>), publiciste et compilateur, - <a href="#Footnote_5">*<em>XI</em></a>, <a href="#Page_XII"><em>XII</em></a>, <a href="#Page_XIV"><em>XIV</em></a>, <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>, - <a href="#Footnote_6">*<em>XV</em></a>, <a href="#Page_XVI"><em>XVI</em></a>, <a href="#Page_XVII"><em>XVII</em></a>, <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Page_XVIII"><em>XVIII</em></a>, - <a href="#Footnote_9">*<em>XVIII</em></a>, <a href="#Page_XIX"><em>XIX</em></a>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Footnote_75">*45</a>, - <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Footnote_98">*56</a>, <a href="#Footnote_152">*90</a>, <a href="#Footnote_239">*154</a>, - <a href="#Footnote_297">*197</a>, <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Footnote_503">*317</a>, - <a href="#Footnote_509">*321</a>, <a href="#Footnote_516">*325</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Footnote_534">*335</a>, - <a href="#Footnote_548">*341</a>, <a href="#Footnote_556">*346</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Soulié</span> (Eudore), <a href="#Page_1">1</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Sourches</span> (Marquis de), Grand-Prévôt de France, <a href="#Page_51">51</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Souris</span> (La), actrice de l’Opéra, <a href="#Page_81">81</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Souscarrière</span> (Madame de), <a href="#Footnote_380">*245</a>.</li> - -<li><i>Souvenirs de deux anciens militaires</i>, par <span class="smcap">Fortia</span> de <span class="smcap">Piles</span> et - <span class="smcap">Guys</span> de <span class="smcap">Saint-Charles</span>, <a href="#Footnote_296">*195</a>, - <a href="#Footnote_319">*207</a>, <a href="#Footnote_324">*211</a>, <a href="#Footnote_557">*347</a>.</li> - -<li><i>Souvenirs de la Maréchale de</i> <span class="smcap">Beauvau</span> <i>et du Maréchal</i>, <a href="#Footnote_466">*297</a>, - <a href="#Footnote_500">*313</a>.</li> - -<li><i>Souvenirs du Marquis</i> de <span class="smcap">Valfons</span> (Édition <span class="smcap">Émile-Paul</span>), - <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Footnote_500">*313</a>, <a href="#Footnote_506">*319</a>, <a href="#Footnote_519">*326</a>, - <a href="#Footnote_528">*330</a>.</li> - -<li><i>Souvenirs et portraits par le Duc de</i> <span class="smcap">Lévis</span>, <a href="#Footnote_56">*29</a>, - <a href="#Footnote_164">*103</a>, <a href="#Footnote_189">*121</a>.</li> - -<li><i>Stade</i> (Camp de), <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_324">324</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Stahremberg</span> (Comte de), Ambassadeur de Vienne à la Cour de France, <a href="#Footnote_508">*320</a>, - <a href="#Page_326">326</a>.</li> - -<li><i>Strasbourg</i> (Ville de), <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_345">345</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Stuart</span> (Le Prince Charles-Édouard), dit le <i>Prétendant</i>, <span class="pagenum" id="Page_391">[p. 391]</span> - <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_167">167</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_220">220</a>.</li> - -<li><i>Succession d’Autriche</i> (Guerre de la), <a href="#Footnote_216">*141</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_231">231</a>.</li> - -<li><i>Succession d’Espagne</i> (Guerre de la), <a href="#Footnote_153">*91</a>.</li> - -<li><i>Suède</i> (Royaume de), <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_164">164</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Sully</span> (Maximilien-Henri de <span class="smcap">Béthune</span>, Duc de), <a href="#Page_101">101</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_t">T</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><span class="smcap">Tacite</span>, <a href="#Footnote_165">*104</a>.</li> - -<li><i>Tarascon</i> (Ville de), <i>Ariège</i>, <a href="#Page_200">200</a>.</li> - -<li><i>Tarascon</i> (Ville de), <i>Bouches-du-Rhône</i>, <a href="#Page_280">280</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Taschereau</span> de <span class="smcap">Baudry</span>, Lieutenant-général de police, <a href="#Page_95">95</a>.</li> - -<li><i>Temple</i> (Le), <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_122">122</a>.</li> - -<li><i>Temple de la Gloire</i> (Le), de <span class="smcap">Voltaire</span> et de <span class="smcap">Rameau</span>, opéra-féerie, - <a href="#Page_219">219</a>, <a href="#Page_242">242</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Tencin</span> (Le Cardinal Pierre <span class="smcap">Guérin</span> de), Archevêque de Lyon, - <a href="#Footnote_8">*<em>XVIII</em></a>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Page_148">148</a>, - <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Footnote_269">*173</a>, <a href="#Page_175">175</a>, - <a href="#Footnote_273">*176</a>, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_182">182</a>, - <a href="#Footnote_283">*187</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_238">238</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Tencin</span> (Claudine-Alexandrine <span class="smcap">Guérin</span> de), sœur du Cardinal, - <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Footnote_8">*<em>XVIII</em></a>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Page_131">131</a>, - <a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_147">147-149</a>, - <a href="#Footnote_225">*149</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Footnote_243">*159</a>, - <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_175">175</a>, - <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Footnote_273">*176</a>, <a href="#Page_178">178-182</a>, <a href="#Footnote_296">*195</a>, - <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_301">301</a>.</li> - -<li><i>Théâtre de la Foire</i>, <a href="#Page_195">195</a>.</li> - -<li><i>Théâtre de la Nation</i>, <a href="#Page_XXII"><em>XXII</em></a>.</li> - -<li><i>Théâtre de la République</i>, <a href="#Page_XXII"><em>XXII</em></a>.</li> - -<li><i>Théâtre des Cabinets ou des petits <ins title="Appariements">Appartements</ins></i>, <a href="#Page_234">234</a>, - <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_269">269</a>.</li> - -<li><i>Thésée</i>, opéra de <span class="smcap">Quinault</span> et <span class="smcap">Lulli</span>, <a href="#Page_199">199</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Thévenard</span>, acteur de l’Opéra, <a href="#Page_81">81</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Thiébault</span> (Dieudonné), littérateur, <a href="#Page_340">340</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Thieriot</span>, correspondant de Voltaire, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_75">75</a>, - <a href="#Footnote_147">*87</a>.</li> - -<li><i>Toison d’or</i> (Ordre de la), <a href="#Page_260">260</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Torela</span> (Prince de <em>LA</em>), Ambassadeur de Naples, <a href="#Page_115">115</a>, - <a href="#Footnote_183">*115</a>.</li> - -<li><i>Toulon</i> (Port et ville de), <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_299">299</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Toulouse</span> (Louis-Alexandre de <span class="smcap">Bourbon</span>, Comte de), légitimé de Louis XIV, grand - Amiral de France, <a href="#Page_32">32</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Toulouse</span> (Sophie de <span class="smcap">Noailles</span>, Comtesse de), <a href="#Page_108">108</a>.</li> - -<li><i>Touraine</i> (Province de), <a href="#Page_64">64</a>.</li> - -<li><i>Tournai</i> (Ville de), <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_209">209</a>.</li> - -<li><i>Traité des grandes opérations militaires</i>, par <span class="smcap">Jomini</span>, <a href="#Footnote_505">*318</a>.</li> - -<li><i>Trianon</i>, <a href="#Page_305">305</a>.</li> - -<li><i>Trois évêchés</i> (Les), <a href="#Page_91">91</a>.</li> - -<li><i><ins id="cor_24" title="Tuilerie">Tuileries</ins></i> (Palais des), <a href="#Page_61">61</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>, - <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_120">120</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Tugny</span> (Joseph-Antoine de <span class="smcap">Crozat</span>, Marquis de), <a href="#Page_129">129</a>.</li> - -<li><i>Turquie</i> (La), <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_164">164</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_u">U</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><i>Utrecht</i> (Traité d’), <a href="#Page_192">192</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Uxelles</span> ou <span class="smcap">Huxelles</span> (Marie de <span class="smcap">Bailleul</span>, Marquise de - <span class="smcap">Nangis</span>, puis d’), <a href="#Page_4">4</a>.</li> - -</ul> - -<div class="pagenum" id="Page_392">[p. 392]</div> - -<h3 id="let_v">V</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><i>Valengin-en-Suisse</i> (Principauté de), <a href="#Page_344">344</a>, <a href="#Footnote_552">*344</a>, <a href="#Page_346">346</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Valentinois</span> (Duchesse de), <a href="#Page_112">112</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Valfons</span> (Charles de <span class="smcap">Mathéi</span>, Marquis de), Lieutenant-général, - <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_116">116</a>, <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Footnote_185">*117</a>, - <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Footnote_500">*313</a>, - <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_330">330</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Valois</span> (Charlotte-Aglaë d’<span class="smcap">Orléans</span>, dite Mademoiselle de), - <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_37">37</a>, <a href="#Footnote_68">*37</a>, - <a href="#Page_39">39</a>, <a href="#Page_40">40</a>, <a href="#Footnote_71">*40</a>, <a href="#Page_43">43</a>, - <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Footnote_81">*50</a>, <a href="#Page_52">52</a>, - <a href="#Page_56">56</a>, <a href="#Footnote_98">*56</a>, <a href="#Page_59">59</a>, <a href="#Page_60">60</a>, - <a href="#Footnote_107">*61</a>, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Footnote_108">*62</a>, <a href="#Page_63">63</a>, - <a href="#Footnote_111">*63</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_72">72</a>, - <a href="#Page_81">81</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_181">181</a>, - <a href="#Page_247">247</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Van der Hayn</span>, <a href="#Page_344">344</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Vaucanson</span> (Jacques de), mécanicien, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_250">250</a>, - <a href="#Page_251">251</a>.</li> - -<li><i>Vaugirard</i> (Barrière de), <a href="#Page_138">138</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Vauréal</span> (Louis-Guy <span class="smcap">Guérapin</span> de), Évêque de Rennes, Diplomate, - <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Page_274">274</a>.</li> - -<li><i>Vélay et Vivarais</i> (Province ou département du), <a href="#Page_111">111</a>, <a href="#Footnote_111">*285</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Vénus</span>, <a href="#Page_75">75</a>, <a href="#Page_86">86</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Vernouillet</span> (Anne-Charlotte de <span class="smcap">Salaberry</span>, Marquise <span - class="smcap">Romé</span> de), <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Footnote_188">*121</a>.</li> - -<li><i>Versailles</i> (Cabinet de), <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>, <a href="#Page_174">174</a>, - <a href="#Page_226">226</a>.</li> - -<li><i>Versailles</i> (Cour et Ville de), <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_25">25</a>, - <a href="#Page_80">80</a>, <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_141">141</a>, - <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_161">161</a>, - <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_198">198</a>, - <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_218">218</a>, <a href="#Page_228">228</a>, - <a href="#Page_231">231</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_236">236</a>, <a href="#Footnote_374">*242</a>, - <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_263">263</a>, - <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Footnote_447">*287</a>, <a href="#Page_288">288</a>, - <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_314">314</a>, - <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_335">335</a>, - <a href="#Page_344">344</a>, <a href="#Page_348">348</a>.</li> - -<li><i>Versailles</i> (Musée de), <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_75">75</a>.</li> - -<li><i>Vie d’Artistes Gênois</i>, par <span class="smcap">Nati</span>, <a href="#Footnote_355">*233</a>.</li> - -<li><i>Vie de Charles Henry, Comte de Hoym</i>, par le Baron Jérôme <span class="smcap">Pichon</span>, <a href="#Footnote_147">*87</a>.</li> - -<li><i>Vie de Voltaire</i>, par <span class="smcap">Desnoiresterres</span>, <a href="#Footnote_181">*114</a>, <a href="#Footnote_209">*136</a>, - <a href="#Footnote_266">*172</a>, <a href="#Footnote_374">*241</a>, <a href="#Footnote_417">*272</a>, <a href="#Footnote_419">*273</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Vienne</span> (De), Capitaine au régiment de Richelieu, <a href="#Page_96">96</a>.</li> - -<li><i>Vienne</i> (Cour de), <a href="#Page_86">86</a>, <a href="#Page_88">88-90</a>, <a href="#Page_93">93</a>, <a href="#Page_94">94</a>, - <a href="#Footnote_161">*101</a>, <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_107">107</a>, <a href="#Footnote_171">*107</a>, - <a href="#Footnote_330">*215</a>, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_227">227</a>, <a href="#Page_230">230</a>, - <a href="#Footnote_532">*334</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_342">342</a>.</li> - -<li><i>Vienne</i> (Ambassade de), <a href="#Footnote_271">*175</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_312">312</a>.</li> - -<li><i>Vienne</i> (Premier traité de), <a href="#Page_104">104</a>.</li> - -<li><i>Vienne</i> (Second traité de), <a href="#Page_291">291</a>.</li> - -<li><i>Vie privée de Louis XV</i>, par <span class="smcap">Moufle</span> d’<span class="smcap">Angerville</span>, - <a href="#Footnote_282">*186</a>, <a href="#Footnote_541">*338</a>, <a href="#Footnote_547">*340</a>.</li> - -<li><i>Vie privée des financiers au XVIII<sup>e</sup> siècle</i>, par <span class="smcap">Thirion</span>, <a href="#Footnote_426">*277</a>.</li> - -<li><i>Vie privée du Maréchal de Richelieu</i>, par <span class="smcap">Faur</span>, <a href="#Page_IX"><em>IX</em></a>, <a href="#Page_XV"><em>XV</em></a>, <a href="#Page_XVI"><em>XVI</em></a>, - <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Footnote_53">*23</a>, - <a href="#Footnote_75">*45</a>, <a href="#Footnote_183">*115</a>, <a href="#Footnote_186">*119</a>, <a href="#Footnote_204">*132</a>, - <a href="#Footnote_244">*160</a>, <a href="#Footnote_273">*176</a>, <a href="#Footnote_296">*195</a>, <a href="#Footnote_300">*198</a>, - <a href="#Footnote_485">*306</a>, <a href="#Footnote_495">*311</a>, <a href="#Footnote_539">*337</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Vieux-Maisons</span> (M<sup>me</sup> de), <a href="#Footnote_268">*173</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Vignerot</span> (Famille des), <a href="#Footnote_126">*72</a>, <a href="#Page_90">90</a>, - <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_185">185</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Villars</span> (Louis-Hector, Maréchal de France, Duc de), <a href="#Page_19">19-21</a>, - <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_75">75</a>, - <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>, - <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_301">301</a>, - <a href="#Page_337">337</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Villars</span> (Honoré-Armand, Prince de <span class="smcap">Martigues</span>, Duc de), - <a href="#Page_136">136</a>. </li> - -<li><span class="pagenum" id="Page_393">[p. 393]</span></li> - -<li><span class="smcap">Villars</span> (Jeanne-Angélique de la <span class="smcap">Rocque</span> de <span - class="smcap">Varengeville</span>, Maréchale de), <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_80">80</a>, - <a href="#Footnote_135">*80</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Villeroy</span> (Marie-Reine de <span class="smcap">Montmorency-Luxembourg</span>, Marquise puis Duchesse de), - <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_78">78-81</a>.</li> - -<li><i>Vincennes</i> (Chapelle de), <a href="#Page_71">71</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Vintimille</span> (Pauline-Félicité de <span class="smcap">Nesle</span>, Comtesse de), - <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_196">196</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Virgile</span>, <a href="#Page_11">11</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Vitzthum d’Eckstaedt</span> (Comte de), <a href="#Page_230">230</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Voisin</span> (La), <a href="#Page_194">194</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Vogué</span> (Marquis de), <a href="#Footnote_168">*105</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, <a href="#Page_IX"><em>IX</em></a>, <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>, - <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Footnote_9">*<em>XVIII</em></a>, <a href="#Page_XXII"><em>XXII</em></a>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Page_XXVII"><em>XXVII</em></a>, - <a href="#Footnote_44">*14</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_75">75</a>, - <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Footnote_134">*78</a>, <a href="#Page_86">86</a>, <a href="#Page_87">87</a>, - <a href="#Page_90">90</a>, <a href="#Page_100">100</a>, <a href="#Footnote_165">*103</a>, <a href="#Footnote_170">*106</a>, - <a href="#Page_112">112-115</a>, <a href="#Footnote_182">*115</a>, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_121">121</a>, - <a href="#Page_131">131-135</a>, <a href="#Footnote_207">*135</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Footnote_209">*136</a>, - <a href="#Footnote_210">*137</a>, <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Footnote_243">*159</a>, - <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_168">168</a>, <a href="#Page_169">169</a>, - <a href="#Footnote_261">*169</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_190">190</a>, <a href="#Page_198">198</a>, - <a href="#Footnote_303">*199</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Footnote_315">*205</a>, <a href="#Page_206">206</a>, - <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_219">219-225</a>, - <a href="#Footnote_347">*226</a>, <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Footnote_354">*233</a>, <a href="#Page_242">242</a>, - <a href="#Footnote_375">*242</a>, <a href="#Footnote_378">*243</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_262">262</a>, - <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_266">266-269</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_273">273</a>, - <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_300">300</a>, - <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Footnote_507">*319</a>, - <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Footnote_516">*325</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Vouel</span> (Amiral), <a href="#Page_298">298</a>.</li> - -<li><i>Voyage en Italie</i>, par <span class="smcap">Lalande</span>, <a href="#Footnote_353">*233</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_w">W</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><span class="smcap">Wernek</span>, Envoyé du Prince des Deux-Ponts, <a href="#Page_160">160</a>.</li> - -<li><i>Weser</i> (Fleuve du), <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_317">317</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Westerloo</span> (Capitaine de), <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Page_103">103</a>.</li> - -<li><i>Westphalie</i> (Armée de), <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_313">313</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_y">Y</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><span class="smcap">York</span> (Henri-Benoît-Marie-Clément <span class="smcap">Stuart</span>, Cardinal d’), - <a href="#Page_167">167</a>.</li> - -<li><i>Ypres</i> (Siège d’), <a href="#Page_178">178</a>.</li> - -</ul> - -<h3 id="let_z">Z</h3> - -<ul class="lsoff"> - -<li><span class="smcap">Zastrow</span> (Von), Général allemand, commandant l’armée anglaise, <a href="#Page_327">327</a>, - <a href="#Page_328">328</a>.</li> - -<li><i>Zell</i> (Ville de), province du Rhin, <a href="#Page_331">331</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Zinzendorff</span> (Philippe-Louis, Comte de), Chancelier de l’Empire d’Autriche, <a href="#Page_96">96</a>, - <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>.</li> - -<li><span class="smcap">Zinzendorff</span> (Le Cardinal Philippe-Louis, Comte de), fils du précédent, <a href="#Page_102">102</a>.</li> - -</ul> - -<hr class="hr30" /> - -<hr class="hr0" /> - -<p class="over cs8 cent">Imprimerie de Montligeon (Orne). — 7002-5-17.</p> - -</div> - -<div class="chptr"> - -<p class="cent cs12">EN VENTE A LA MÊME LIBRAIRIE</p> - -<hr class="hr30" /> - -<p class="cent">PAUL D’ESTRÉE et ALBERT CALLET</p> - -<hr class="hr20" /> - -<p class="cent lh20"><span class="cs12">LA</span><br /> -<span class="cs16 esp">DUCHESSE D’AIGUILLON</span><br /> -<span class="cs12">(1726-1796)<br /> -d’après des documents inédits</span></p> - -<table summary="Prix du livre"> -<tr> - <td class="tdl">Un volume in-8<sup>o</sup>. Prix</td> - <td class="tdr"><b>5</b> francs</td> -</tr> -</table> - -<hr /> - -<p class="cent">CASIMIR STRYIENSKI</p> - -<hr class="hr20" /> - -<p class="cent lh20"><span class="cs16 esp">MESDAMES DE FRANCE</span><br /> -<span class="cs12">filles de Louis XV<br /> -Documents Inédits</span></p> - -<table summary="Prix du livre"> -<tr> - <td class="tdl">Un volume in-8<sup>o</sup> avec une héliogravure. Prix</td> - <td class="tdr"><b>5</b> francs</td> -</tr> -</table> - -<hr /> - -<p class="cent">DAUPHIN MEUNIER</p> - -<hr class="hr20" /> - -<p class="cent lh20"><span class="cs16 esp">LOUISE DE MIRABEAU</span><br /> -<span class="cs12">Marquise de Cabris<br /> -(1752-1807)</span></p> - -<table summary="Prix du livre"> -<tr> - <td class="tdl">Un volume in-8<sup>o</sup>. Prix</td> - <td class="tdr"><b>5</b> francs</td> -</tr> -</table> - -<hr /> - -<p class="cent">JACQUES DE LA FAYE</p> - -<hr class="hr20" /> - -<p class="cent lh20"><span class="cs16 esp">AMITIÉS DE REINE</span><br /> -<span class="cs12">avec préface du Marquis de Ségur,<br /> -<i>de l’Académie Française</i></span></p> - -<table summary="Prix du livre"> -<tr> - <td class="tdl">Un volume in-8<sup>o</sup> avec une héliogravure. Prix</td> - <td class="tdr"><b>5</b> francs</td> -</tr> -</table> - -<hr /> - -</div> - -<div class="chptr box" id="note"> - -<p class="ssrf">Au lecteur.</p> - -<p>L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée, -mais quelques erreurs clairement introduites par le typographe ont été -corrigées. Ces corrections sont soulignées <ins title="comme ceci">en -pointillés</ins> dans le texte. Placez le curseur sur le mot pour voir -l'orthographe originale.</p> - -<p>La ponctuation a été tacitement corrigée à plusieurs endroits.</p> - -<p>Les notes de bas de page ont été renumérotées consécutivement et -déplacées pour apparaître après le ou les paragraphes correspondants.</p> -</div> - -<hr class="full" /> - -</div> - -<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MARÉCHAL DE RICHELIEU ***</div> -<div style='display:block; margin:1em 0'>This file should be named 64232-h.htm or 64232-h.zip</div> -<div style='display:block; margin:1em 0'>This and all associated files of various formats will be found in https://www.gutenberg.org/6/4/2/3/64232/</div> -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Updated editions will replace the previous one—the old editions will -be renamed. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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Redistribution is subject to the trademark -license, especially commercial redistribution. -</div> - -<div style='margin:0.83em 0; font-size:1.1em; text-align:center'>START: FULL LICENSE<br /> -<span style='font-size:smaller'>THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE<br /> -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK</span> -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -To protect the Project Gutenberg™ mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase “Project -Gutenberg”), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg™ License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg™ electronic works -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg™ -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all -the terms of this agreement, you must cease using and return or -destroy all copies of Project Gutenberg™ electronic works in your -possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a -Project Gutenberg™ electronic work and you do not agree to be bound -by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the person -or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.B. “Project Gutenberg” is a registered trademark. It may only be -used on or associated in any way with an electronic work by people who -agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few -things that you can do with most Project Gutenberg™ electronic works -even without complying with the full terms of this agreement. See -paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project -Gutenberg™ electronic works if you follow the terms of this -agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg™ -electronic works. See paragraph 1.E below. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation (“the -Foundation” or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection -of Project Gutenberg™ electronic works. Nearly all the individual -works in the collection are in the public domain in the United -States. 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If any disclaimer or limitation set forth in this agreement -violates the law of the state applicable to this agreement, the -agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or -limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or -unenforceability of any provision of this agreement shall not void the -remaining provisions. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg™ electronic works in -accordance with this agreement, and any volunteers associated with the -production, promotion and distribution of Project Gutenberg™ -electronic works, harmless from all liability, costs and expenses, -including legal fees, that arise directly or indirectly from any of -the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this -or any Project Gutenberg™ work, (b) alteration, modification, or -additions or deletions to any Project Gutenberg™ work, and (c) any -Defect you cause. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg™ -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of -computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg™’s -goals and ensuring that the Project Gutenberg™ collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg™ and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org. -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation’s EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state’s laws. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Foundation’s business office is located at 809 North 1500 West, -Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up -to date contact information can be found at the Foundation’s web site -and official page at www.gutenberg.org/contact -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ depends upon and cannot survive without widespread -public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine-readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state -visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. To -donate, please visit: www.gutenberg.org/donate -</div> - -<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 5. General Information About Project Gutenberg™ electronic works -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project -Gutenberg™ concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg™ eBooks with only a loose network of -volunteer support. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. -</div> - -<div style='display:block; margin:1em 0'> -This Web site includes information about Project Gutenberg™, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. -</div> - -</body> -</html> diff --git a/old/64232-h/images/couverture.jpg b/old/64232-h/images/couverture.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 226df8d..0000000 --- a/old/64232-h/images/couverture.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64232-h/images/cover.jpg b/old/64232-h/images/cover.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index aaa5d95..0000000 --- a/old/64232-h/images/cover.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64232-h/images/pdots.jpg b/old/64232-h/images/pdots.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index de3bdff..0000000 --- a/old/64232-h/images/pdots.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64232-h/images/richelieu.jpg b/old/64232-h/images/richelieu.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 7c52d82..0000000 --- a/old/64232-h/images/richelieu.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/64232-h/images/vdots.jpg b/old/64232-h/images/vdots.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 6aa3383..0000000 --- a/old/64232-h/images/vdots.jpg +++ /dev/null |
