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-The Project Gutenberg eBook of Le Maréchal de Richelieu, by Paul d'Estrée
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you
-will have to check the laws of the country where you are located before
-using this eBook.
-
-Title: Le Maréchal de Richelieu
-
-Author: Paul d'Estrée
-
-Release Date: January 07, 2021 [eBook #64232]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-Produced by: Clarity, Hans Pieterse, HathiTrust Digital Library and the
- Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net
- (This file was produced from images generously made available
- by The Internet Archive/American Libraries.)
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MARÉCHAL DE RICHELIEU ***
-
-
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-
- Au lecteur.
-
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- Dans l'Index les notes sont indiquées par le numéro de la page
- précédé d'un astérisque. Pour faciliter les recherches, nous y avons
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- la note correspondante.
-
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-
-LE MARÉCHAL DE RICHELIEU
-
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-
-OUVRAGES DE PAUL D’ESTRÉE
-
-
- =Œuvres inédites de Motin= (avec notice et notes). Paris, librairie
- des bibliophiles, 1883.
-
- =Mémoires de Voltaire, écrits par lui-même= (avec notes et
- commentaires). Paris, Kolb, 1891.
-
- =Les Hohenzollern= (en collaboration avec E. Neukomm). Paris, Perrin
- et Cie, 1892.
-
- =Un policier homme de lettres. L’Inspecteur Meusnier= (1748-1757).
- Paris, aux bureaux de la Nouvelle Revue rétrospective, 1892.
-
- =Les Explosifs au XVIIIe siècle.= Paris, aux bureaux de la Nouvelle
- Revue rétrospective, 1894.
-
- =Journal inédit du lieutenant de police Feydeau de Marville= (1744).
- Paris, aux bureaux de la Nouvelle Revue rétrospective, 1897.
-
- =Les théâtres libertins du XVIIIe siècle= (en collaboration avec
- Henri d’Alméras). Paris, Daragon, 1905. _Épuisé._
-
- =Les Organes de l’Opinion publique dans l’Ancienne France= (en
- collaboration avec Fr. Funck-Brentano). Paris, Hachette et Cie.
-
- I. =Les Nouvellistes=, 2e édition, 1905.
- II. =Figaro et ses devanciers=, 1909.
- III. =La Presse clandestine= (en préparation).
-
- =Le Père Duchesne. Hébert et la Commune de Paris= (1792-1794)
- (Couronné par l’Académie française.) Paris, Ambert et Cie, 1909.
-
- =La Duchesse d’Aiguillon= (en collaboration avec A. Callet). Paris,
- Émile-Paul, 1912.
-
- =Un Rebouteur du Val d’Ajol et la Légende de Valdajou.= (Bulletin de
- la Société française de l’Histoire de la Médecine.) 1912.
-
- =Le théâtre sous la Terreur= (=Théâtre de la Peur, 1792-1794=).
- Paris, Émile-Paul, 1913.
-
-
-_EN PRÉPARATION:_
-
- =La Vieillesse de Richelieu (1758-1788).=
-
-
-
-
-[Illustration: Le Maréchal Duc de RICHELIEU
-
-(_d’après une gravure du temps_)]
-
-
-
-
- PAUL D’ESTRÉE
-
-
- LE
- MARÉCHAL DE RICHELIEU
-
- (1696-1788)
-
- D’APRÈS
- =Les Mémoires Contemporains et des Documents Inédits=
-
-
- CINQUIÈME ÉDITION
-
-
- PARIS
- ÉMILE-PAUL FRÈRES, ÉDITEURS
- 100, RUE DU FAUBOURG SAINT-HONORÉ, 100
-
-
-
-
-_Ce livre, commencé en 1912 et terminé en 1914, avait été remis à
-l’imprimeur quelques jours avant la Guerre. Il dut attendre, pour
-paraître, une heure plus propice._
-
-_Par une coïncidence alors impossible à prévoir, il signalait, chez un
-peuple né à la vie internationale, dès le début du XVIIIe siècle[1],
-l’essor et les manifestations d’une politique, ne laissant que trop
-pressentir, même à cent-soixante ans de distance, l’agression inique et
-féroce qui devait mettre, de nos jours, la France à deux doigts de sa
-perte._
-
- [1] Dans les siècles précédents, comme le démontrent les
- historiens allemands et les Archives de Berlin, les Marquis
- de Brandebourg, et notamment le Grand Électeur, s’étaient
- efforcés d’affirmer l’existence de la Prusse, soit par
- des démonstrations militaires, soit par des négociations
- diplomatiques ou commerciales. Mais ce ne fut qu’à la fin du
- XVIIe siècle et au commencement du XVIIIe que la Prusse entra
- réellement dans le concert européen.
-
-_Or, au_ XVIIIe _siècle, conformément à des traditions qu’une
-diplomatie avisée voudrait faire aujourd’hui revivre en les adaptant
-aux nécessités présentes, la monarchie bourbonienne s’étudiait à
-maintenir, par un système d’alliances utile à ses intérêts et à sa
-sécurité, les conditions d’existence qui réglaient les rapports des
-principautés allemandes entre elles. Et lorsque, à partir de 1740,
-l’avidité inquiétante de la Prusse, exploitée par son Souverain, tendit
-à rompre, à son profit, ce salutaire équilibre, un homme--celui qui
-fait l’objet de cette étude--servi par une manœuvre militaire des
-plus heureuses, aurait pu étouffer, dans l’œuf, l’entreprise néfaste,
-dont nous voyons le développement progressif menacer actuellement
-l’indépendance des Nations!_
-
-_Le Maréchal de Richelieu n’eut pas cette intuition. Napoléon l’eut
-peut-être[2]. Mais s’il réduisit de plus de moitié le royaume de
-Prusse, il n’en soupçonna pas la réorganisation, armée et combative,
-qui devait avoir raison, dans un avenir prochain, du tout-puissant
-Empereur._
-
- [2] «Mon plus grand tort, disait-il à Sainte-Hélène, a
- peut-être été de n’avoir pas détrôné le roi de Prusse, lorsque
- je pouvais aisément le faire.» (O’MEARA, _Napoléon en exil_,
- tome I, p. 114.)--C’était la dislocation de la Prusse, la
- répartition de ce royaume entre divers États de l’Allemagne et
- la reconstitution possible de la Pologne, qu’aujourd’hui la
- Révolution russe, aboutissant à la Monarchie constitutionnelle
- ou à la République, devra réaliser dans sa pleine indépendance,
- en échange de Constantinople.
-
-_Aujourd’hui, la France ne la voit et ne la connaît que trop, cette
-formidable machine de guerre dressée pour la conquête du globe! Mais
-elle la brisera par sa volonté de vaincre, et grâce au concours de
-cette noble alliée qui, pendant le_ XVIIIe _siècle, fut son adversaire
-implacable et la vigilante auxiliaire de la Prusse_.
-
-_Si l’Histoire, méprisant les complaisants euphémismes, qui permettent
-de dissimuler la réalité des faits, doit déterminer avec impartialité
-le rôle joué par l’Angleterre au cours de la Guerre de Sept ans,
-elle dira, par contre, qu’au commencement du_ XXe _siècle, cette
-même Angleterre s’associa vaillamment et loyalement à la France et à
-ses alliés, pour délivrer le monde du fléau qui voulait en bannir la
-Liberté, le Droit et l’Honneur._
-
- Paul d’ESTRÉE,
- 1912-1914-1917.
-
-
-
-
-AVANT-PROPOS
-
-
-I
-
-Je ne sais quel _essayiste_, soucieux de caractériser à sa manière
-chacune des deux périodes de cent années qui vit successivement naître
-et grandir, fléchir et succomber, la monarchie absolue des Bourbons,
-nommait le XVIIe siècle le _siècle du Cardinal_ et le XVIIIe le _siècle
-du Maréchal_.
-
-Cette appréciation, pour sembler paradoxale, peut cependant se défendre.
-
-Ce fut, en effet, le Cardinal de Richelieu, qui, reprenant en ses
-fortes mains les destinées de la France compromises à l’intérieur et à
-l’extérieur par les compétitions impies des principaux feudataires
-de la Couronne, fut le véritable artisan de la toute-puissance de
-Louis XIV et en prépara l’apogée.
-
-La vie du Cardinal ne remplit même pas la première moitié du XVIIe
-siècle; par contre, celle du Maréchal de Richelieu occupa presque
-entièrement le XVIIIe et ne finit qu’une année à peine avant
-l’avènement de la Révolution.
-
-L’homme qui porta, avec tant de désinvolture, mais non sans fierté, le
-nom, si lourd, de Richelieu, fut l’image vivante de son siècle. Il en
-eut l’esprit raffiné, le charme élégant, l’instinct de la tolérance et
-l’intuition de la liberté, le goût des arts, l’amour des lettres et la
-curiosité de toutes les connaissances pouvant contribuer au progrès
-de l’humanité. Mais il eut aussi le scepticisme railleur, l’égoïsme
-outré, la soif du plaisir, l’absence de scrupules et de sens moral, la
-corruption et la perversité, particuliers au XVIIIe siècle. S’il ne
-fut pas complètement l’initiateur du mouvement de réaction qu’appelait
-l’austérité des dernières années du grand règne, il devint bientôt, et
-pour longtemps, l’inspirateur, mondain et social, du nouveau. On ne
-jura plus, à la Cour comme à la Ville, que par Richelieu; et, malgré
-bien des erreurs et des fautes, malgré les intrigues et les cabales les
-plus redoutables, ce prestige séculaire n’était pas encore si affaibli,
-à la veille de 1789, que la jeune génération n’invoquât, à l’occasion,
-l’autorité du Maréchal de Richelieu.
-
-Mais, sans insister davantage sur une double désignation qui rapproche
-l’oncle et le neveu, notons néanmoins entre eux, pour n’y plus
-revenir, certains points de ressemblance que peuvent justifier,
-toutes proportions gardées, les lois de l’atavisme. Le Cardinal de
-Richelieu était de galante humeur, mais trop souvent d’une brutalité
-méconnaissant la conscience et l’honneur des femmes; il protégeait
-les lettres et les arts, mais il prétendait les asservir; il était,
-de sa nature, despote dur et inflexible et ne reculait devant aucune
-mesure arbitraire pour faire prévaloir sa volonté; par contre, il avait
-le respect des traditions, le culte du pouvoir royal, la religion
-de la grandeur de l’État. Son arrière-petit-neveu eut ces qualités
-maîtresses; mais il fut, lui aussi, un tyran fantasque et capricieux;
-s’il entra dans la mêlée littéraire et artistique, ce fut bien souvent
-pour harceler à coups d’épingle philosophes, auteurs dramatiques,
-comédiens, ou pour leur imposer ses exigences. Enfin, il fut l’amant,
-le séducteur par excellence, et c’est à ce titre surtout qu’il est
-connu du grand public; il eut même cette supériorité sur le Cardinal,
-qu’à de rares exceptions près, il caressait les femmes, alors qu’il les
-trahissait ou qu’il les abandonnait, avec une fleur de courtoisie, dont
-le parfum enivrait encore ses victimes.
-
-
-II
-
-Il n’est pas de Correspondances ni de Mémoires contemporains qui
-n’aient consacré quelques lignes ou quelques pages au Maréchal de
-Richelieu. Mais il n’en est guère qui l’aient jugé avec impartialité.
-Les uns se sont érigés en accusateurs implacables jusqu’à l’injustice,
-par exemple la duchesse d’Orléans, mère du Régent, Duclos, le Marquis
-d’Argenson, Papillon de la Ferté, les rédacteurs des _Mémoires de
-Bachaumont_ et de la _Correspondance de Métra_. Les autres se sont
-montrés d’une indulgence parfois excessive, presque des apologistes,
-Voltaire, Sénac de Meilhan, Rulhière, le duc de Lévis, le duc Emm.
-de Croÿ, etc. Seuls l’annaliste Dangeau et son successeur, le duc de
-Luynes, se sont contentés d’enregistrer les faits sans les accompagner
-de grands commentaires. Une partie de ces témoignages prendra place
-dans notre étude sur le Maréchal de Richelieu.
-
-Il est, en outre, d’autres sources de documentation qui en ont
-constitué, presque uniquement jusqu’à nos jours, la biographie et sur
-lesquelles on ne saurait trop retenir l’attention du lecteur. Le vrai
-et le faux y sont si intimement amalgamés qu’il est parfois difficile,
-pour ne pas dire impossible, de séparer ces deux éléments, et de
-savoir où finit l’histoire et où commence le roman. Mais, quelque
-suspectes que doivent paraître la plupart des pièces entrant dans
-leur composition, il importe d’indiquer l’origine et de préciser les
-tendances, très sommairement bien entendu, de ces ouvrages, parus
-au lendemain de la mort du Maréchal, avec la prétention de fixer
-définitivement les traits du défunt pour la postérité:
-
-_Les Mémoires du Maréchal de Richelieu_, par SOULAVIE;
-
-_La Vie privée du Maréchal de Richelieu_, par FAUR.
-
-
-III
-
-En avril 1783, à l’époque où Richelieu sortait d’une maladie qui
-avait mis ses jours en danger, les rédacteurs de la _Correspondance
-secrète_ de Métra informaient leurs abonnés que le Maréchal «laisserait
-vingt-huit volumes de sa main sur son temps»; ils ajoutaient, par
-manière de plaisanterie: «il aura écrit en billets doux plus que son
-contemporain Voltaire[3].»
-
- [3] _Correspondance secrète_, dite de _Métra_, t. XIV, 23 avril
- 1783.
-
-Il était, au reste, de notoriété publique, que, depuis quelques années,
-Richelieu, assisté de plusieurs secrétaires, préparait, avec les
-pièces officielles dont étaient bourrés ses portefeuilles, une histoire
-de sa vie, si féconde en événements de toutes sortes.
-
-Aussi les curieux, friands d’anecdotes scandaleuses, ne furent-ils
-pas autrement surpris, lorsque, en 1790, dix-huit mois après la mort
-du Maréchal, furent annoncés et parurent les premiers volumes de
-_Mémoires_[4] qui étaient une autobiographie de Richelieu.
-
- [4] _Mémoires du Maréchal de Richelieu_, 1790, 9 vol. in-8º.
- Cette publication se continua jusqu’en 1792.
-
-Le protagoniste de ce spectacle aguichant expliquait, en effet, au
-commencement de la publication, le but qu’elle devait atteindre: «J’ai
-ouvert mes portefeuilles à un historien et j’ai désiré qu’il exposât
-au grand jour mes fautes et mes erreurs.» Et «l’historien» donnait
-la parole au Maréchal qui la prenait, à la première personne, pour
-dauber sur «la rapide succession des maîtresses et des ministres, les
-dilapidations scandaleuses des finances, etc.». C’était, en un mot, le
-procès du règne de Louis XV. Un tel langage était bien extraordinaire
-dans la bouche d’un homme, qui, de son vivant, n’avait pas l’habitude
-du _Confiteor_. On sut bientôt que l’éditeur de cette autobiographie
-était un ancien prêtre du nom de Soulavie, qui préludait ainsi au
-lancement d’une vaste spéculation de librairie mettant au jour toute
-une série de Mémoires, sur les règnes de Louis XIV et de Louis XV,
-Mémoires authentiques ou apocryphes, dont le plus important fut une
-partie de l’œuvre immortelle de Saint-Simon[5].
-
- [5] Quelques années auparavant avaient paru plusieurs livres
- des _Mémoires de Saint-Simon_ en partie connus ou consultés par
- Mme de Pompadour, Richelieu lui-même, Marmontel, Duclos, etc.
-
-Au début du quatrième volume de ces aventures de Richelieu, racontées
-par lui-même, Soulavie, qui voyait sa publication sérieusement
-discutée, crut devoir apprendre à ses lecteurs, comment il avait
-été amené à l’entreprendre. Soulavie, voulant écrire une histoire de
-Louis XV, avait déjà réuni à cet effet, prétendait-il, deux cents
-volumes, quand il fut présenté à Richelieu qui lui dit très nettement:
-
---«On ne peut connaître ce règne sans «avoir compulsé mes
-portefeuilles.»
-
-Et il donna l’ordre qu’on les communiquât à l’abbé. Celui-ci s’aida,
-dans son travail, «de l’intelligence et du zèle» de M. Plocques,
-à qui le Maréchal confiait, depuis vingt-cinq ans, le soin de ses
-manuscrits et de sa bibliothèque. Richelieu suivait Soulavie dans ses
-recherches; il lui «montrait la liaison des faits», lui fournissait un
-supplément d’anecdotes, lui traçait un certain nombre de portraits;
-et, finalement, il voulut que l’ouvrage de Soulavie portât ce titre
-de _Mémoires de Richelieu_. Mais leur rédacteur avait la conviction
-qu’on les déclarerait apocryphes, tant ces révélations sur l’indignité
-du régime contrastaient «avec ce que l’on pensait des principes
-du Maréchal». Néanmoins les raisonnements de Richelieu sur cette
-corruption gouvernementale lui parurent «si beaux», qu’il abonda dans
-le sens de son interlocuteur et qu’il se décida enfin à publier ces
-_Mémoires_, terminés en 1785.
-
-Soulavie répondait ainsi à l’objection très juste qui lui était faite,
-que son histoire de Richelieu disparaissait dans celle du règne de
-Louis XV. Mais ce qu’il ne pouvait contester, c’est qu’il prêtait ses
-propres idées au Maréchal et qu’il le faisait parler, quand il ne
-prenait pas lui-même la parole. Car, complètement acquis au nouveau
-régime, il ne laissait jamais passer l’occasion de confesser, en ces
-_Mémoires_, sa foi révolutionnaire, d’abord par prudence, puis dans
-l’intérêt de son œuvre. Et ces accès d’enthousiasme civique jurent
-singulièrement, il faut bien le reconnaître, avec le ton général du
-livre.
-
-Aussi, à la fin du neuvième et dernier volume, Soulavie éprouve-t-il
-le besoin de plaider _pro domo_; et cette soi-disant justification
-est assurément la meilleure critique de son indigeste fatras. Des
-académiciens, écrit-il, diront: «Voilà un bien étrange ouvrage que
-ces _Mémoires de Richelieu_: on fait tenir au Maréchal un langage
-républicain et on le fait parler après sa mort.» Il aurait fallu,
-sans doute, pour plaire à ces académiciens, «faire des éloges et
-mériter d’être avoué par les familles des Richelieu, des Choiseul, des
-Maurepas, dont ils accueillent les ridicules réclamations... Je consens
-qu’on déchire le frontispice de mon livre et qu’on ôte le titre de
-_Mémoires de Richelieu_; il restera, malgré eux, celui de _Mémoires
-d’un honnête homme_.»
-
-Est-ce bien sûr? Un «honnête homme» ne travestit jamais le caractère
-des personnages qu’il met en scène, ni surtout des faits qu’il expose;
-encore moins les invente-t-il pour allécher le lecteur par ce que nous
-appelons aujourd’hui des «informations sensationnelles».
-
-Sans doute, il se peut que le Maréchal, très fier du rôle qu’il avait
-joué successivement comme amoureux professionnel, diplomate, général,
-politicien, premier gentilhomme de la Chambre du roi, ait accordé
-quelques audiences, raconté des anecdotes, montré des documents au
-futur historien de Louis XV. Il causait volontiers et n’était pas
-ennemi d’une certaine publicité. Mais ce respect du grand nom de
-Richelieu qu’il garda jusqu’à sa dernière heure, cette vanité excessive
-qu’il tenait de son propre fonds, lui eussent-ils jamais permis de
-renier, dans la plus piteuse des amendes honorables, les principes
-d’autorité qui avaient été la règle de toute sa vie?
-
-Si un certain nombre d’anecdotes et de faits rapportés par Soulavie
-sont exacts et confirmés par d’irréfutables témoignages, d’autres
-demandent à être soumis à un rigoureux contrôle ou sont radicalement
-faux[6]. Il ne faut donc consulter qu’avec une extrême circonspection
-cette interminable et fastidieuse biographie.
-
- [6] Deux exemples entre mille.
-
- 1º: Soulavie fait dire à Richelieu qu’il a reçu, comme
- présent, des mains de Mme de Pompadour (et l’on sait s’ils se
- détestaient réciproquement), les _Mémoires_ de Saint-Simon,
- «aussi curieux que dangereux à la tranquillité des familles»,
- et confisqués par ordre de Louis XIV.--Or, Saint-Simon y
- travailla jusqu’à sa dernière heure et ne mourut que sous le
- règne de Louis XV. A vrai dire (et il importe de lire à cet
- égard le bel ouvrage de M. A. Baschet: _Le duc de Saint-Simon;
- son Cabinet_, 1874) les scellés furent apposés, au lendemain de
- la mort du mémorialiste, sur ses papiers, le 2 mars 1755. Et,
- bientôt, ceux-ci (les portefeuilles historiques et politiques
- s’entend) furent transportés aux Archives des Affaires
- étrangères qu’ils suivirent dans leurs divers déménagements. Le
- 28 juillet 1755, Laudier, le secrétaire de Saint-Simon, vint
- exprès de la Ferté-Vidame, attester, devant un Commissaire du
- Châtelet, entre autres déclarations, que «QUELQUES cahiers
- avaient été prêtés au Maréchal de Richelieu», que Laudier avait
- remis depuis à l’évêque de Metz, sur l’ordre du feu duc.
-
- Richelieu n’avait donc pas reçu les _Mémoires_ de Saint-Simon
- des mains de Mme de Pompadour.
-
- 2º: En 1719, toujours d’après Soulavie, Richelieu, curieux
- de connaître l’énigme du Masque de fer, avait décidé une
- princesse, dont il était l’amant, à se laisser séduire par le
- Régent qui l’adorait et qu’elle exécrait (Mlle de Valois),
- afin de lui arracher, dans les transports de l’amour, toute la
- vérité sur ce secret d’État. Elle avait réussi et révélé le
- mystère à Richelieu dans un billet chiffré. Par extraordinaire,
- le duc garda toujours le silence sur une détention qui ne
- faisait pas grand honneur à son oncle, affirme Soulavie; et
- quand ce même Soulavie l’interrogeait à cet égard, Richelieu
- le renvoyait à la version de Voltaire qui concluait à
- l’accouchement gémellaire d’Anne d’Autriche. Et le Maréchal
- n’avait révélé ce secret d’État à Voltaire que sur son serment
- de n’en parler à qui que ce fût, pour ne pas déshonorer le
- grand nom du Cardinal. Soulavie, qui rappelle ce roman au
- commencement de son VIe livre des _Mémoires_, dut l’inventer à
- plaisir, à moins qu’il n’ait été victime d’une mystification
- du Maréchal qui ne détestait pas ce genre de mauvaises farces.
- Déjà, au tome III, Soulavie affirmait que Mlle de Valois avait
- remis à Richelieu, après sa complaisance incestueuse pour le
- Régent (encore une légende), la «Relation de la naissance et
- de l’éducation du prince-enfant soustrait par les Cardinaux de
- Richelieu et de Mazarin à la société et renfermé par ordre de
- Louis XIV, composée par le Gouverneur (Saint-Mars) de ce prince
- à son lit de mort».
-
- M. Funck-Brentano a, du reste, péremptoirement démontré que
- ce masque mystérieux n’était autre que l’envoyé de Mantoue
- Mattioli.
-
-
-IV
-
-En 1791, paraissait un autre ouvrage du même genre, moins prolixe,
-puisqu’il ne comprenait que trois volumes, et qui était dû à la plume
-de Faur, secrétaire de Fronsac[7]. Il était intitulé _Vie privée du
-Maréchal de Richelieu_; et bien qu’il ne passât point sous silence la
-vie publique du personnage, il en narrait surtout les intrigues et les
-aventures galantes. Faur promettait, il le dit dans sa préface, de
-présenter «le héros en déshabillé»; et il tient scrupuleusement parole.
-Ses récits sont parfois amusants, mais aussi dépourvus d’authenticité
-que ceux de Soulavie; il rappelle souvent les mêmes épisodes de la
-vie amoureuse de Richelieu, mais il en révèle d’autres qui sont le
-comble de l’invraisemblance; et cette multiplicité même d’anecdotes
-libertines, moins spirituellement écrites que celles, restées
-classiques, de Rulhière, finit par lasser jusqu’à l’écœurement.
-
- [7] Le duc de Fronsac, fils du Maréchal de Richelieu.
-
-Cependant le troisième et dernier volume contient, dans sa seconde
-partie, toute une série de lettres d’amis et d’amies du Maréchal, dont
-plusieurs historiens, et non des moindres, ont fait volontiers état
-dans leurs livres, garantissant ainsi l’exactitude et la sincérité de
-cette correspondance intime, tour à tour politique et galante.
-
-Faur qui, à l’exemple de Soulavie, n’entend pas que le lecteur puisse
-mettre en doute sa véracité, affirme qu’il tient sa documentation
-d’un familier de Richelieu, à qui le Maréchal aurait confié ses notes
-manuscrites et son recueil de lettres en lui disant: «Vous verrez
-toutes mes folies et vous serez seul instruit de la vérité.»
-
-Avant de publier la _Vie privée_, Faur avait demandé à la succession
-de Richelieu et en avait obtenu l’autorisation de la faire imprimer.
-Son point de départ paraît, en tout cas, plus acceptable que celui
-de Soulavie. D’ailleurs, il avait assez justement critiqué, dans
-l’Avant-Propos de son premier volume, le procédé de l’auteur des
-_Mémoires_. Son livre, dit-il, est «plutôt l’histoire de la fin du
-règne de Louis XIV, de la Régence et du règne de Louis XV, que celle du
-Nestor de la galanterie». Se proclamant, ensuite, seul dépositaire de
-la pensée du Maréchal, il espérait sans doute étouffer ainsi dans l’œuf
-le reste de la publication de Soulavie[8].
-
- [8] Moins exclusif que Soulavie, Faur, ou son éditeur,
- confessait toutefois dans la _Vie privée_ (t. III, p. 261) que
- «M. de Richelieu avait confié des matériaux, pour faire son
- histoire, à plusieurs personnes. MM. de Meilhan, Soulavie,
- de Serres et autres en possédaient.» Faur parle également
- d’une _Vie secrète_ du Maréchal qui avait paru un peu avant
- sa _Vie privée_ et qui était «très ordurière». Nous l’avons
- vu annoncer, sur des catalogues de librairie, à la date,
- évidemment apocryphe, de 1809.
-
- Soulavie signale, lui aussi (t. III, p. 305), des anecdotes
- scandaleuses, ultra-libertines, sur la Régence, parues sous
- le nom de Richelieu et qu’il attribue à Mme de Tencin.
- D’autre part, comme il s’entendait à tirer plusieurs moutures
- du même sac, il publia, en 1809, chez Collin, deux volumes
- qu’il intitulait _Pièces inédites sur les règnes de Louis
- XIV et Louis XV_, dont le second tome était une «_Chronique
- scandaleuse de la Cour de Philippe, duc d’Orléans, régent de
- France_, etc... composée, en 1722, par le duc de Richelieu, à
- sa sortie pour la troisième fois de la Bastille».
-
- Il avait déjà parlé de ce prétendu document, en 1790, dans
- le Tome III (pp. 350 et suiv.) de ses _Mémoires du Maréchal
- de Richelieu_. Celui-ci, à l’entendre, lui aurait révélé, en
- 1785, l’existence de cette _Chronique scandaleuse_, à laquelle
- avait collaboré Voltaire et dont Louis XV avait possédé un
- exemplaire. Les faits qu’elle contenait étaient «exacts»,
- affirmait Richelieu; mais Soulavie ajoutait que «l’opinion
- du Maréchal, moins passionné en 1785, était préférable à
- celle du Duc, irrité en 1725 contre le duc d’Orléans».
-
- Cette _Chronique scandaleuse_ n’était, en réalité, qu’une
- réédition, plus ou moins remaniée, d’un certain nombre de
- chapitres des _Mémoires_, où le vrai et le faux étaient
- indistinctement confondus. Elle était suivie d’une
- «Correspondance du Cardinal de Polignac, du Marquis de Silly,
- du Marquis de Fénelon, etc... avec M. le Duc de Richelieu,
- alors ambassadeur du roi près la Cour de Vienne, sur les
- intrigues de la Cour de France, etc... en 1725, 1726, 1727,
- copiée sur les pièces originales conservées, en 1787, dans le
- cabinet de M. le Maréchal de Richelieu.» Cette correspondance,
- qui est accompagnée de lettres de Vauréal, évêque de Rennes,
- du Cardinal de Tencin, de Mme de Tencin, de Mme de Châteauroux
- et même de Richelieu, nous semble plus digne de créance,
- si toutefois Soulavie ne lui a pas fait subir, suivant son
- habitude, ce que notre argot moderne appelle un tripatouillage.
-
-Celui-ci, de son côté, avait regimbé contre une concurrence qu’il
-croyait le fait de Sénac de Meilhan et que lui opposait le libraire
-Buisson dont il s’était séparé. Il déclarait que, ne voulant pas
-s’occuper de la vie galante de Richelieu, il avait chargé de ce soin
-son ami «M. de la B***» (De La Borde, le principal commanditaire et
-collaborateur de Soulavie) qui avait si longtemps vécu à la Cour de
-Louis XV. D’ailleurs, à propos des lettres d’amour et des billets doux
-que Richelieu jetait dans des cassettes sans les ouvrir, Soulavie
-ajoutait que seuls avaient pu en rompre le cachet «les historiens du
-temps du Maréchal qui avaient eu la communication de ses papiers»[9].
-
- [9] Dans une note des _Mémoires_ de Mme Campan _sur la Vie
- de Marie-Antoinette_ (édition Barrière, 1849) p. 42, nous
- lisons: «J’ai entendu M. le Maréchal de Richelieu dire à M.
- Campan, bibliothécaire de la Reine, de ne point acheter les
- _Mémoires_ que, sans doute, on lui attribuerait après sa mort,
- que d’avance il les lui déclarait faux, qu’il ne savait pas
- l’orthographe et ne s’était jamais amusé à écrire. Peu de
- temps après la mort du Maréchal, M. Soulavie fit paraître les
- _Mémoires_ du Maréchal de Richelieu.»--Voilà encore une preuve
- nouvelle des contradictions que nous relèverons, au cours de
- notre étude, chez cet esprit ondoyant et railleur jusqu’à la
- mystification qu’était le duc de Richelieu. Il _n’écrivait_
- pas, dans le sens propre du mot, mais il _inspirait_, il
- _dictait_, sinon des _mémoires_, du moins des _notes_,
- celles-là qu’ont reproduites, en les... maquillant,--c’est
- fort possible--des soi-disant historiographes qui avaient
- été plus ou moins ses secrétaires. Mais la Correspondance de
- Voltaire dit assez combien de fois le solitaire de Ferney eut
- recours à la documentation historique du Maréchal, sans doute
- reprise et remaniée par ses soins, avant d’être expédiée à son
- thuriféraire.
-
-
-V
-
-Au XIXe siècle, quand Barrière, entreprenant une réédition partielle
-des _Mémoires_ relatifs à la Révolution française publiés par les
-Baudouin, voulut la corser de documents inédits ou à peu près oubliés,
-il y donna place à des _Mémoires de Richelieu_, où il «intercalait»,
-dans la pâte lourde de Soulavie, «les faits intéressants et neufs» de
-la _Vie privée_. Il les termina par un «Morceau original» de l’œuvre
-de Faur, le commencement du troisième volume, récit de Richelieu
-octogénaire à Mme de Monconseil, que l’éditeur trouvait «remarquable
-par sa perversité de bon ton».
-
-Quelque temps après, M. de Lescure, un érudit de la bonne école, à
-qui l’Histoire doit d’excellentes publications, et qui eut à cœur de
-continuer celle de Barrière[10], faisait paraître en quatre volumes,
-représentant près de 2000 pages, une autobiographie de Richelieu[11],
-où il avait amalgamé, avec les ouvrages de Soulavie et de Faur,
-plus ou moins expurgés, des documents empruntés à divers Mémoires
-contemporains, négligés par Barrière. Le très grave reproche qu’on
-pouvait adresser à cette énorme compilation était celui que Faur
-infligeait aux neuf volumes de Soulavie, c’était que l’histoire de
-Richelieu s’y trouvait perdue dans celle du XVIIIe siècle.
-
- [10] A. MARQUISET: _Table alphabétique des Mémoires relatifs à
- l’histoire de France pendant le XVIIIe siècle_, publiés de 1857
- à 1881, par MM. Barrière et de Lescure (Paris, 1913).
-
- [11] DE LESCURE: _Nouveaux Mémoires du Maréchal de Richelieu_.
- (Paris, 1871).
-
-Enfin, pour citer la seule, uniquement consacrée à cet illustre
-personnage, qui ne soit pas en même temps et en grande partie un tissu
-de fables ou de contes trop souvent graveleux, nous rappellerons que
-l’honnête Capefigue, auteur de plusieurs monographies sur divers
-originaux du XVIIIe siècle, en écrivit une[12], de proportions
-autrement modestes, sur Richelieu. Certes, tous les documents qu’il
-met en œuvre et qui étaient déjà connus sont d’une scrupuleuse
-authenticité; mais s’il rend justice à la valeur intellectuelle du
-Maréchal, à ses talents diplomatiques et militaires, il se montre
-d’une indulgence inexcusable pour les faiblesses et les fautes, pour
-les travers et les vices de son héros. Il en fait volontiers un petit
-saint, comme il exalte parfois un peu plus que de raison les heureux
-accidents de sa vie publique, comme il passe souvent sous silence les
-inconséquences, les variations ou les maladresses de l’homme politique.
-
- [12] CAPEFIGUE: _Le Maréchal de Richelieu_, Paris, 1857.
-
-N’importe; quelque blâmables ou simplement discutables qu’aient
-jamais été ses actes, si coupable et si condamnable qu’ait pu être
-sa conduite, Richelieu a laissé une impression ineffaçable dans
-l’esprit de ses contemporains. Mais ce qui frappa surtout l’opinion
-dans les facettes chatoyantes d’une mentalité mobile et complexe, si
-déconcertante par ses contradictions imprévues, ce fut l’aspect de
-cette figure fine et spirituelle, câline et caressante, prometteuse
-d’éternel amour et prodigue de traîtrises, séduisante et trompeuse
-image d’un continuateur de Don Juan. La littérature d’alors, fidèle
-expression de l’âme du siècle, fixa les traits de ce roué aimable,
-insinuant et perfide, sans pudeur, sans scrupule et sans cœur, dans la
-création de types qui vivront éternellement.
-
-Nous n’oserions affirmer que le Lovelace de _Clarisse Harlowe_ lui
-dût quelques-unes de ses noirceurs. Cependant, Richardson publiait,
-en 1748, son immortel roman, à l’heure où Richelieu, dont la
-réputation avait passé la Manche, était considéré comme un conquérant
-irrésistible, oublieux de tous les serments et capable de toutes les
-trahisons.
-
-Mais il est, sans conteste, le Sélim des _Bijoux indiscrets_ de
-Diderot; puis, dans la dernière moitié du XVIIIe siècle, nous le
-voyons, nous le reconnaissons sous l’ajustement féminin du _Faublas_ de
-Louvet. Le _Chérubin_ de Beaumarchais rappelle assez bien «la poupée»
-de la duchesse de Bourgogne... sa marraine; et Choderlos de Laclos
-pensait assurément au Maréchal de Richelieu, quand il peignait sous le
-plus odieux aspect l’infâme séducteur de ses _Liaisons dangereuses_.
-
-Dans le roman licencieux, intitulé _Les Sonnettes_, d’un auteur bien
-oublié aujourd’hui, Guiard de Servigné[13], le Maréchal était visé
-plus directement. L’écrivain avait imaginé un Richelieu épuisé par
-l’abus des plaisirs et s’efforçant de stimuler ses sens lamentablement
-engourdis par des artifices dignes d’un tel libertin. Il attirait dans
-son château des couples jeunes et ardents et leur donnait, avec une
-hospitalité princière, des chambres magnifiques, dont les lits étaient
-secrètement pourvus de ressorts et de fils qui faisaient mouvoir des
-sonnettes disposées autour de l’appartement de Richelieu. Celui-ci
-était si bien désigné dans le roman et se trouva tellement mortifié,
-paraît-il, du rôle muet que lui faisait jouer, en cette symphonie
-carillonnante, Guiard de Servigné, qu’il demanda l’embastillement du
-conteur.
-
- [13] GUIARD DE SERVIGNÉ: _Les Sonnettes_. A Berg-op-Zoom, chez
- F. de Richebourg, 1751.
-
-Cent ans après la naissance de Richelieu, en 1796, (et la coïncidence
-ne laisse pas que d’être curieuse) un drame en cinq actes, _Le
-Lovelace français_[14] ou _La Jeunesse de Richelieu_, joué sur la
-scène du Théâtre de la République, représentait encore, comme un
-monstre de perversité amoureuse, l’homme que Voltaire s’était plu à
-nommer «l’Alcibiade moderne». Le tableau était d’Alexandre Duval,
-un auteur plutôt contre-révolutionnaire, mais portait la signature
-de Monvel, comédien français, qui avait été jadis justiciable, comme
-tel, du premier gentilhomme de la Chambre et avait voué à l’ancien
-régime la plus effroyable des haines. Le titre seul, vraisemblablement
-de son invention, _Le Lovelace français_, disait assez de quelles
-sombres couleurs Monvel avait chargé la _Jeunesse de Richelieu_, en
-exploitant le douloureux épisode des amours de Mme Michelin, d’après la
-publication de Faur. Cette diatribe, où perçait la rancune du comédien
-contre l’aristocratie française, sous le couvert d’un des personnages
-de la pièce, le secrétaire, vertueux et diffus, du séducteur, cette
-diatribe rappelait le cri de joie féroce de Chamfort à la lecture
-des «Mémoires du Don Juan français mine de scandales». L’Académicien
-exhalait toute son indignation, devant la touchante et malheureuse Mme
-Michelin, se mourant de douleur et de remords, tandis «qu’à l’exemple
-de Mercure, qui, après avoir pris la figure de Sosie, allait se
-nettoyer dans l’Olympe avec de l’ambroisie», Fronsac, le futur maréchal
-de Richelieu, «allait, lui aussi, se décrasser de cette liaison
-roturière, auprès d’une céleste princesse».
-
- [14] Déjà, d’après l’_Histoire de l’Odéon_, par Porel et Monval
- (1876, t. I, p. 91) Richelieu avait été représenté «comme un
- scélérat» dans _Lovelace_ ou _Clarisse Harlowe_, tragédie de
- Lemercier, jouée, le 20 avril 1792, sur la scène du Théâtre de
- la Nation.
-
-Vers le milieu du XIXe siècle, nous retrouvons dans le vaudeville
-de Bayard et Dumanoir, les _Premières Armes de Richelieu_[15], un
-tout autre Fronsac, non moins léger, non moins charmant, non moins
-délicieux, quoique également frivole, présomptueux et coureur, mais
-combien différent du petit-maître dont l’Histoire nous a tracé le
-portrait. Les auteurs ont mis à la scène son premier mariage; et
-leur dénouement ne ressemble guère à celui que n’avait pu pressentir
-Louis XIV, quand il envoya cet époux irréductible à la Bastille.
-
- [15] BAYARD et DUMANOIR: _Les premières armes de Richelieu_, 3
- décembre 1839.
-
---«Je vous présente Madame de Richelieu, dit le duc à sa belle-mère par
-manière de conclusion.»
-
-La femme délaissée n’était pas encore et ne fut sans doute jamais Mme
-de Fronsac.
-
-Les premières armes de Richelieu en appelaient inévitablement les
-dernières[16]; et ce fut sous ce titre que parut, non plus une pièce,
-mais un livre, où Mary-Lafon racontait la romanesque histoire du
-Maréchal avec la Marquise de Saint-Vincent. Le vieux renard, pris
-au piège par une poulette, rusée et coquine, ne devait en sortir
-qu’en y laissant des dépouilles opimes. Notons enfin, que _Mlle de
-Belle-Isle_[17], la fameuse comédie dramatique d’Alexandre Dumas, met
-également en scène un Richelieu dupé, pour avoir voulu jouer le rôle
-de dupeur. Il est vrai que celui-ci est jeune et tout auréolé de son
-prestige d’amoureux irrésistible, puisque l’action se passe sous le
-principat du duc de Bourbon.
-
- [16] MARY-LAFON: _Les dernières armes de Richelieu_, 1862.
-
- [17] ALEXANDRE DUMAS: _Mademoiselle de Belle-Isle_, 2 avril
- 1839.
-
-
-VI
-
-Richelieu, au dire de ses contemporains, écrivit beaucoup. Nous
-savons déjà quel bagage littéraire lui attribuait la _Correspondance
-secrète_ de Métra. Malheureusement, il ne nous en reste presque rien,
-si toutefois ces documents ont jamais existé; et les commérages de
-Soulavie et de Faur autoriseraient à croire cette hypothèse très
-vraisemblable. Il est certain qu’il était en commerce épistolaire
-avec l’auteur de la _Pucelle_. Voltaire lui répond fort souvent, et
-dut traiter avec lui des questions les plus variées; ses lettres le
-prouvent surabondamment, mais celles de Richelieu n’ont jamais été
-retrouvées.
-
-En dehors de ses correspondances diplomatiques, administratives ou
-militaires, conservées aux Archives des Affaires étrangères et de la
-Guerre, ou dans les Archives municipales d’Agen[18], il ne subsiste
-donc que fort peu de documents originaux émanant de Richelieu. On tient
-cependant pour véritable une correspondance entre les Tencin et le duc
-en 1744, correspondance qui fut imprimée en 1790. Une autre, datant
-de la campagne de Hanovre (1757), et qu’édita le général de Grimoard,
-contient un certain nombre de lettres du Maréchal, presque entièrement
-consacrées aux exigences du service.
-
- [18] Le distingué secrétaire général de la _Société
- archéologique du Gers_, M. Philippe Lauzun, a bien voulu nous
- signaler, en même temps que diverses particularités sur le
- séjour de Richelieu en Guyenne, l’existence d’une nombreuse
- correspondance administrative du Maréchal dans les _Archives
- municipales d’Agen_.
-
-Des détracteurs de Richelieu se sont égayés sur la pauvreté de son
-style et de ses idées; ils en ont inféré l’insuffisance de l’épistolier
-au point de vue littéraire et même intellectuel.
-
-Sans doute, la langue de l’Académicien-Duc est incorrecte, de même que
-son écriture est peu lisible et son orthographe mal ordonnée. Mais
-l’esprit n’y manque pas; et telle lettre, inédite, que nous signalerons
-ou transcrirons en temps voulu, démontrera que l’enjouement et la grâce
-du Maréchal, si vantés par les Mémoires du temps, n’étaient pas un vain
-mot.
-
-
-C’est, à l’aide de tous les documents, déjà publiés, ou demeurés
-inédits, dont nous avons cité la provenance, mais soumis l’authenticité
-à un sévère contrôle, que nous avons écrit notre étude sur le _Maréchal
-de Richelieu_. Elle ne saurait être, ni un panégyrique, ni une satire.
-Elle visera surtout à rester impartiale. Si elle ne peut ignorer la
-vie privée d’un homme qui dut à la galanterie tant de succès de sa vie
-publique, elle s’efforcera de déterminer pour celle-ci le rôle joué
-sur le théâtre de l’Histoire par le grand seigneur que Voltaire nomma
-si souvent, et même trop souvent, «son héros». Peut-être la postérité,
-retenant cet hommage, l’eût-elle sanctionné en comptant le Maréchal
-de Richelieu parmi les personnalités dont l’existence fut un bienfait
-pour le pays, si l’amour des intrigues et les intrigues de l’amour n’en
-avaient faussé les plus puissants ressorts.
-
-
-VII
-
-Au moment où nous terminions notre travail, une de ces bonnes fortunes,
-dont le hasard ou d’heureuses interventions font profiter l’Histoire,
-nous permettait de consulter une suite de relations, d’une authenticité
-indiscutable, sur divers épisodes de la vie diplomatique, politique et
-militaire du Maréchal de Richelieu.
-
-En effet, feu M. de Boislisle, le savant dont le monde de l’érudition
-regrettera toujours la perte, avait découvert, dans les Archives du
-Marquis de Chabrillan--sources précieuses de vérité historique--les
-pages manuscrites qu’avait déjà signalées, d’après son indication, le
-livre du duc de Broglie sur _Frédéric II et Louis XV_.
-
-M. de Boislisle obtint de prendre une copie de ces _Mémoires_.
-
-Dictée par le Maréchal de Richelieu à l’un de ses secrétaires, cette
-autobiographie est marquée au coin de cet esprit vif et léger, souple
-et fin, évoluant avec une merveilleuse prestesse au milieu d’intrigues
-de Cour qui sont souvent son ouvrage, pour en sortir le plus aisément
-du monde et avec tous les honneurs de la guerre. Cette apologie de
-ses actes officiels est le développement, aussi simple qu’agréable,
-du _Mémoire_ justificatif présenté par le Maréchal au roi Louis XVI,
-en 1783, alors que sa santé subissait la crise si grave qui faillit
-l’emporter.
-
-Grâce à l’intermédiaire obligeant de M. Lecestre, des Archives
-Nationales, M. Jean de Boislisle a bien voulu nous communiquer ces
-_Mémoires authentiques du Maréchal de Richelieu_ qu’il doit publier
-très prochainement. Nous le prions de recevoir ici l’expression de tous
-nos remerciements.
-
-Par un sentiment de discrétion, facile à comprendre, nous ne donnerons
-que des extraits, peu nombreux et fort courts, de _Mémoires_ encore
-inédits. Mais, comme nous aurons maintes fois l’occasion de citer, à
-titre de référence, cette série de documents, nous la désignerons, dans
-notre texte ou dans nos notes, sous le nom de _Mémoires authentiques du
-Maréchal de Richelieu_.
-
-
-
-
-CHAPITRE I
-
- _La naissance de Richelieu-Fronsac.--Un ressuscité qui devient
- nonagénaire.--Première enfance.--Une éducation négligée.--Succès de
- Fronsac à la Cour.--L’habit de belle-mère.--Esprit d’à-propos d’un
- danseur.--Mariage d’enfants.--Un ancêtre de Chérubin.--Imprudences de
- la duchesse de Bourgogne; effronterie de Fronsac.--Premier séjour à
- la Bastille._
-
-
-Louis-François-Armand de Vignerot du Plessis naquit à Paris, le 13 mars
-1696. Il était fils d’Armand Jean II de Vignerot du Plessis, duc de
-Richelieu, lequel était petit-neveu du Grand Cardinal et «substitué aux
-noms et armes de Richelieu».
-
-Louis-François trouva dans son berceau le duché de Fronsac et le
-titre de pair de France; car, le 12 février 1711, du vivant même
-d’Armand-Jean, il se dénommait et signait ainsi sur l’acte de son
-premier mariage[19].
-
- [19] _Registres de Saint-Sulpice._--Toutefois il ne devait
- siéger au Parlement, comme duc de Richelieu, que le 2 mars 1721
- et, comme pair de France, en qualité de duc de Fronsac, que le
- 15 avril 1723 (_Dictionnaire de La Chesnaye des Bois._)
-
-La date de sa naissance, donnée par le P. Anselme, est restée en blanc,
-comme celle de son ondoiement, sur son acte de baptême, qu’Eudore
-Soulié a découvert dans le registre de Notre-Dame de Versailles[20].
-Cette pièce, authentique, porte la double signature de _Louis_ et de
-_Marie-Adélaïde_. Louis-François, baptisé le 15 février 1699, «par
-permission de Mgr l’Archevêque de Paris», avait été, en effet, tenu
-sur les fonts par Louis XIV et par la duchesse de Bourgogne[21].
-
- [20] _Dictionnaire de Jal_, 1872, p. 1062.
-
- [21] _La Gazette_ du 20 février 1699 annonce le baptême donné
- le 15 par l’abbé de Pomponne, aumônier de Sa Majesté, à l’issue
- de la messe. Elle dit, en outre et à tort, que l’enfant est âgé
- de 2 ans et 10 mois.
-
-Pendant sa première enfance, son état de santé fut des plus précaires.
-Venu avant terme (à sept mois), il fut élevé dans du coton. Peu de
-temps après, il fut assailli par de violentes convulsions. Les médecins
-en désespéraient. A la suite d’une de ces crises, on le croyait perdu,
-quand une servante, qui était fort jolie--détail relevé par ses
-biographes--s’aperçut qu’il avait encore un souffle de vie et parvint à
-le ranimer.
-
-A quatre-vingt-dix ans de là, un des commis qui dressaient l’état
-des prisonniers de la Bastille, écrivait, au bas d’une des fiches
-consacrées au Maréchal duc de Richelieu:
-
-«Le 25 août 1786, il est venu voir le Château de la Bastille. Il est
-monté sur les tours, âgé de 90 ans, 5 mois, 12 jours[22].»
-
- [22] Chiffres qui concordent exactement avec la date indiquée
- par le P. Anselme. Cette note se trouve reproduite dans les
- _Mémoires historiques et authentiques sur la Bastille_ (1789,
- 3 vol.), t. II, p. 102.
-
-Cette sorte d’escalade, inouïe chez un nonagénaire, dépeint à souhait
-la crânerie, la belle humeur, la coquetterie, la volonté de rester
-jeune, qui furent toujours le fond du caractère de Richelieu[23].
-
- [23] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_.
- Carton 10598, p. 58.
-
-Quelles pensées, quels spectacles durent surgir et revivre en son
-cerveau, quand il pénétra dans la fameuse prison d’État, symbole,
-indestructible en apparence, d’un pouvoir absolu qui lui était si cher,
-cette Bastille, dont il avait été, par trois fois, le pensionnaire
-malgré lui et d’où il aurait bien pu ne plus sortir, la dernière, que
-pour expier sur un échafaud, comme un autre chevalier de Rohan, le
-crime de haute trahison!
-
-Mais, grâce à cette mobilité d’esprit qui ne l’abandonna pas, même
-aux dernières heures de son existence, qu’il dut vite se rasséréner,
-lorsqu’il fut parvenu au terme de son ascension! De cette plateforme
-massive semblant menacer Paris, il contemplait le panorama mouvant de
-la Grande Ville, de la cité toujours grondante et tumultueuse, mais
-aussi toujours charmante et toujours adorée, témoin plus ou moins
-discret des fêtes somptueuses, des duels retentissants, des aventures
-galantes de Fronsac et de Richelieu. Et peut-être croyait-il revoir,
-de l’autre côté des fossés, ces théories de belles dames, qui, jadis,
-au cours d’une de ses captivités, et pendant une de ses promenades
-sur cette même terrasse, agitaient leurs mouchoirs de dentelles pour
-se faire reconnaître du prisonnier et lui envoyaient «sur l’aile des
-zéphyrs»--le langage du temps--leurs plus tendres baisers.
-
-
-Fronsac (il faut bien désigner Richelieu par le nom qu’il porta
-jusqu’en 1715), Fronsac fut fort mal élevé en sa prime jeunesse,
-ou plutôt ne fut pas élevé du tout. Sa mère, née Anne-Marguerite
-d’Acigné, était morte le 19 août 1698, alors qu’il n’avait pas encore
-atteint sa troisième année; et son père, une manière de vert-galant,
-bizarre et désordonné, épousait, en troisièmes noces, le 20 mars
-1702, Marguerite-Thérèse de Rouillé, veuve du marquis de Noailles. La
-nouvelle duchesse de Richelieu ne s’occupa guère de son beau-fils, que
-pour en prévoir et même arrêter l’union éventuelle avec l’aînée des
-filles qu’elle avait eues de son premier mariage.
-
-L’instruction de Fronsac fut des plus négligées, soit que, volontaire,
-étourdi et turbulent, il préférât--ce qui était tout naturel--le jeu
-à l’étude, soit que le soin de son éducation eût été remis, au dire
-de ses biographes, entre les mains d’un gouverneur plus inepte encore
-qu’insouciant.
-
-Ce fut l’atmosphère des salons de Versailles et de Marly, «l’air de la
-Cour», comme on disait alors, qui fit de ce médiocre écolier un parfait
-gentilhomme. L’étoffe, il est vrai, se prêtait singulièrement à cette
-transformation. Petit, mais de taille bien proportionnée, d’agréable
-figure, souriant, gracieux, spirituel, adroit cavalier et merveilleux
-danseur, Fronsac fut remarqué dès le premier jour de sa présentation.
-Il n’avait pas encore quinze ans: «Il a été trouvé fort joli à la
-Cour», écrit, le 28 janvier 1711, la marquise d’Uxelles; et, dans
-le même mois, Dangeau, en consciencieux annaliste, note les succès,
-chaque jour plus marqués, du nouveau venu. Fronsac avait dansé à la
-Cour; et bientôt Louis XIV daignait abaisser son majestueux regard sur
-l’adolescent: «Le Roi parla, à sa promenade, au petit duc de Fronsac,
-qui est fort à la mode, ce voyage-ci et qui a beaucoup d’esprit[24].»
-
- [24] Marquis DE DANGEAU: _Mémoires_ ou _Journal_ (Paris, 1854
- et suiv.), t. XIII, pp. 316-317.
-
-Bien qu’assez mal renseigné sur l’âge exact de ce courtisan précoce,
-Saint-Simon décrit plus longuement, mais avec sa précision coutumière,
-une entrée qui serait qualifiée aujourd’hui de sensationnelle.
-
- «Ce petit duc de Fronsac, qui n’avait guère alors que seize ans,
- était la plus jolie créature de corps et d’esprit qu’on pût voir. Son
- père l’avait présenté à la Cour, où Mme de Maintenon, ancienne amie
- de M. de Richelieu, en fit comme son fils[25]; et, par conséquent,
- Mme la duchesse de Bourgogne, et tout le monde lui fit merveille,
- jusqu’au Roi. Il y sut répondre avec tant de grâce et se démêler avec
- tant d’esprit, de finesse, de liberté, de politesse, qu’il devint
- bientôt la coqueluche de la Cour. Sa figure enchante les dames[26].»
-
- [25] Duc DE SAINT-SIMON: _Mémoires_ (édit. Chéruel, 1873), t.
- VIII, p. 301.--_Mémoires_ (édit. de Boislisle continuée par MM.
- J. Lecestre et J. de Boislisle), Hachette 1879 et suiv. t. XX,
- p. 303-305.
-
- [26] Mme de Maintenon écrivait, en 1710, au duc de Richelieu:
- «M. le duc de Fronsac réussit très bien à Marly.»
-
-Ce n’était pas que, sur un terrain si glissant, partant si périlleux
-pour un novice, il n’eût à vaincre de sérieux obstacles. La parcimonie
-de sa belle-mère le réduisait à un train des plus modestes; et si, par
-aventure, il protestait:
-
---«Allons, allons, lui disait en riant la bonne dame, les grâces de
-votre personne suppléent à l’insuffisance dont vous vous plaignez.»
-
-Mais Fronsac avait sa vengeance toute prête; et certain jour que les
-courtisans s’étonnaient de le voir mesquinement vêtu, il leur répondit
-fort sérieusement qu’il portait «un habit de belle-mère».
-
-Ce pauvre équipage semblait n’en rehausser que mieux le charme
-séducteur et surtout l’esprit d’à-propos de Fronsac, au milieu des
-plaisirs frivoles qui passaient pour les plus graves occupations de
-la Cour. Ce fut ainsi que Brissac, un ami du jeune duc, ayant commis
-l’impardonnable faute, au «retour d’un menuet», de ne pas «prendre» la
-duchesse de Bourgogne, sa danseuse, Fronsac lâcha aussitôt la sienne,
-pour réparer l’erreur du coupable. De ce jour, l’aimable et parfois
-trop impulsive princesse voulut que son cavalier... occasionnel fût de
-toutes les fêtes de la Cour. Elle lui fit même l’insigne honneur de
-l’appeler sa «jolie poupée».
-
-Cependant d’austères devoirs attendaient ce gentil fantoche. Lorsque,
-ruiné par le jeu, son père avait épousé la veuve du marquis de
-Noailles, les deux conjoints avaient signé au contrat de mariage de
-leur belle-fille et fille, âgée de onze ans, avec le duc de Fronsac,
-qui en avait à peine six. Louis XIV «y signait» également, «pour lui
-donner plus de force»; et une clause formelle de ce même contrat
-stipulait expressément que, si «l’aînée venait à manquer», Fronsac
-épouserait la seconde[27]. Il fallait absolument sanctionner l’alliance
-des deux familles, d’autant que la protection de Mme de Maintenon était
-toute acquise aux Noailles.
-
- [27] DANGEAU: _Journal_, t. VIII, p. 349.
-
-La prévoyance de ces parents, si préoccupés des avantages d’une telle
-faveur, devait se trouver bientôt justifiée. La fiancée de Fronsac
-mourut en juillet 1703[28]; et le fiancé dut épouser, aux termes du
-contrat, la seconde fille de la duchesse, Mlle de Sansac, qui était,
-comme sa sœur, plus âgée que lui[29]. Le mariage fut célébré, en
-février 1711, à Paris, dans la chapelle du Cardinal de Noailles, oncle
-de la jeune fille[30].
-
- [28] _Ibid._, t. IX, p. 243.
-
- [29] Une note des _Mémoires de Sourches_ (édition de Cosnac,
- t. XIII, p. 22) porte qu’un courtisan, à la vue de ce couple
- enfantin qui entrait dans le cabinet du roi pour y signer le
- contrat, «dit qu’il ne savait si c’était un mariage ou un
- baptême».--Et Mme de Maintenon écrivait (_Recueil Geffroy_,
- t. II, p. 270) «qu’elle avait été sur le point de prendre le
- menton à Fronsac». _Mém. de Saint-Simon_, éd. Boislisle, t. XX,
- p. 203.
-
- [30] DANGEAU: _Journal_, t. XIII, p. 317.
-
-Ce fut la plus déplorable des unions. Fronsac ne pouvait souffrir
-sa femme, qu’il prétendait d’un caractère aussi _acariâtre_[31] que
-celui de la duchesse de Richelieu, doublement sa belle-mère. Puis
-une passion folle avait envahi ce jeune et bouillant cerveau. Déjà
-choyé et caressé par des grandes dames qui n’avaient plus rien à lui
-refuser, Fronsac avait osé lever les yeux sur cette princesse[32] qui
-le trouvait «un enfant fort aimable» et l’admettait assez étourdiment
-dans son intimité. S’il pouvait chanter, comme plus tard le Chérubin de
-Beaumarchais, «J’avais une marraine», il n’avait plus l’ingénuité du
-page. Il ne se blottissait pas au fond d’un fauteuil, dans la chambre
-«bleue» de la duchesse de Bourgogne, mais derrière un rideau, d’où son
-ami Brissac dut le tirer par la jambe[33], pour le déloger.
-
- [31] Dans une des notes autographes du Maréchal qui
- accompagnent la fin de ses _Mémoires authentiques_, Richelieu
- se sert de ce terme pour qualifier le caractère de Mlle de
- Sansac. Il ajoute qu’elle n’était «pas jolie». «Elle est
- parfaitement laide», écrivait Mme de Maintenon.
-
- [32] Cependant, malgré son insolente fatuité, Richelieu se
- défendit toujours d’avoir été l’amant heureux de la duchesse
- de Bourgogne, en dépit même de Louis XV, assez pervers pour
- provoquer cet aveu.
-
- [33] «Derrière un écran», dit Rulhière, dans ses jolies et
- croustillantes _Anecdotes sur le Maréchal de Richelieu_. Cet
- effronté Fronsac lève la tête. Cri général. On recommanda le
- silence aux femmes de chambre qui étaient autour de la toilette
- de la petite Dauphine. Mais on parla.
-
---«On excuse tout, hors la peur que vous nous avez faite, dit la
-petite-fille du roi à Fronsac qui vint se mettre à genoux devant elle
-et lui baiser la main.»
-
-Il poussa plus loin la témérité. On le vit embrasser un jour la
-duchesse. On prétendit même qu’il avait été surpris en tête-à-tête
-avec elle, dans une attitude qui ne témoignait que trop de son peu de
-respect pour le sang royal; il s’était aussitôt caché sous le lit[34]
-de la princesse, et, dans sa fuite, avait laissé tomber une miniature
-de la duchesse de Bourgogne.
-
- [34] Le grave Ravaisson dit «dans le lit,» (_Archives de
- la Bastille_, t. XII, p. 77). _Les Mémoires historiques et
- authentiques sur la Bastille_ (de Carra) prétendent que
- Fronsac, surpris dans le lit de la duchesse par Cavoie, qui
- devait en aviser Mme de Maintenon, se cacha «tout nu» sous
- le lit: ce fut, disent ces _Mémoires_, la vraie cause de sa
- détention.
-
-Ces racontars eussent été de pures calomnies, que Fronsac aurait eu à
-se défendre contre d’autres imputations, assurément moins graves, mais
-qui ne laissaient pas que de provoquer le mécontentement du roi et
-les inquiétudes de son Égérie. Ce jeune seigneur, disait-on, n’était
-pas seulement léger, inconséquent et coureur de ruelles; il jouait et
-perdait des sommes considérables. Mme de Maintenon le fit surveiller
-par Cavoie; et ce gentilhomme lui apprit, un jour, que Fronsac venait
-d’être délesté de mille louis. Sans doute sa femme était fort riche;
-mais c’était payer un peu cher l’honneur d’avoir épousé un homme qui la
-dédaignait. Le duc de Richelieu, bien qu’il ne prêchât pas d’exemple,
-était exaspéré; et, pour l’apaiser, Mme de Maintenon lui écrivit,
-après avoir sermonné Fronsac qui avait vraisemblablement fait amende
-honorable: «Je lui ai dit que je dirais au roi que j’ai sa parole et
-que s’il ne la tient pas, il achèverait de se noyer.»
-
-Il «se noya». Continua-t-il à jouer à _la bassette_--ce jeu qui avait
-déjà dévoré tant de fortunes à la Cour? Lui fallut-il contracter
-des emprunts usuraires pour éteindre ses dettes? Ou bien, avait-il
-fait, comme le dit assez mystérieusement Dangeau, «quelque nouvelle
-imprudence»[35]? Toujours est-il que son père et sa famille, de concert
-avec Mme de Maintenon, demandèrent une lettre de cachet au roi pour
-envoyer Fronsac à la Bastille et l’y garder le plus longtemps possible.
-Nous avons sous les yeux la fiche qui se rapporte à sa détention[36].
-Elle est ainsi libellée:
-
- _Tabul. Nº 3
- 20 mai 1711
- M. le duc de Fronsac
- pour correction.
- Il a été mis trois fois à la Bastille,
- le 4 mars 1716 et le 28 mars 1719.
- Sorti le 19 juin 1712._
-
- [35] DANGEAU: Journal, t. XIII, p. 394. C’est le 5 avril, dit
- l’Annaliste, que fut demandée la lettre de cachet.--«Livré
- au monde avec tout ce qu’il fallait pour plaire, écrit
- Saint-Simon, il fit force sottises.»
-
- [36] BIBL. ARSENAL: _Papiers de la Bastille_, 10598.
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
- _Quatorze mois de Bastille.--Sollicitude du Gouverneur Bernaville
- pour son prisonnier.--Visite de la petite duchesse de Fronsac à son
- époux: les suites d’un mariage blanc.--Études et «amusements» du
- détenu.--Attaque de petite vérole: traitement du malade.--Isolement
- et terreurs de Fronsac.--Sa guérison; sa convalescence.--Bulletins de
- Bernaville.--Repentir, en apparence sincère, de Fronsac.--Sa mise en
- liberté._
-
-
-Contrairement à l’indication (c’était peut-être une date d’inscription)
-donnée par la fiche précédente, Fronsac était déjà embastillé le 8 mai
-1711, car, ce jour-là, Bernaville, le gouverneur de la forteresse,
-écrivait au Ministre d’État Pontchartrain[37]:
-
- [37] RAVAISSON: _Archives de la Bastille_, t. XII, p. 77
- (d’après les manuscrits de la Bibliothèque Nationale).
-
- «Je suis convenu avec M. le Cardinal de Noailles, M. le duc de
- Richelieu et Mme la Duchesse, que M. le duc de Fronsac viendrait
- dîner avec moi et y resterait jusqu’à 5 heures que ses maîtres de
- langues et de mathématiques se rendent chez lui. Il ne m’a pas
- paru possible qu’il passât seul ses journées dans sa chambre sans
- intéresser sa santé. Ils sont persuadés que je ne vois personne qui
- lui donne de mauvais exemples; et j’ose me flatter que vous avez
- assez bonne opinion de moi pour croire qu’il ne se passe rien en ma
- présence et celle de M. de Launay, soit dans ma chambre ou à nos
- promenades dans la cour et sur le bastion, qui soit contre les bonnes
- mœurs.
-
- «Mme la Marquise du Chastelet[38] qui nous a fait l’honneur de dîner
- avec nous, vous peut dire comme nous vivons ensemble. Elle y est
- assez intéressée par son fils pour y avoir pris garde. Il est vrai
- aussi que ces éducations-là me contraignent beaucoup. Je m’en fais
- un devoir à l’égard de M. de Fronsac, que j’ai reçu par vos ordres
- et à l’égard de M. le Chevalier du Chastelet[39], que j’aime et dont
- j’honore infiniment le père et la mère.»
-
- [38] C’était la femme du gouverneur de Vincennes.
-
- [39] Il épousa, en 1714, Catherine de Richelieu, la sœur de
- Fronsac.
-
-Louis XIV avait ordonné, en effet, qu’on envoyât, comme précepteur,
-au prisonnier, l’abbé de Saint-Rémy. Chargé de l’ingrate besogne de
-recommencer sur de nouveaux frais une éducation restée incomplète, cet
-ecclésiastique avait consenti (ainsi le voulait la règle) à se laisser
-enfermer avec son élève. Il lui fit d’abord traduire Virgile.
-
-Bernaville est très content du maître, «un fort honnête homme, fort
-sage et fort capable, qui se gouverne fort bien avec» le duc de
-Fronsac. Il n’est pas moins enchanté de l’élève: «Je n’ai à mon égard,
-écrit-il, que des louanges à dire de sa conduite avec moi et les
-officiers: il n’y a personne plus civil et plus poli que lui; il va au
-devant de tout ce qui peut nous faire plaisir; nous ne lui avons rien
-entendu dire contre les bonnes mœurs[40].»
-
- [40] RAVAISSON: _Archives de la Bastille_, t. XII. «Tous ces
- rapports étaient lus du Roi», écrit en apostille Pontchartrain.
-
-Assurément, l’effréné viveur qu’était déjà Fronsac rongeait son frein:
-il fallait bien se soumettre; mais il s’ennuyait mortellement. Aussi,
-malgré les distractions de toute nature que s’efforçait de lui offrir
-le personnel de la Bastille, le prisonnier en cherchait-il de moins
-monotones et surtout de plus originales. Il se souvint alors qu’il
-avait une femme. Et malgré que tous les mémorialistes aient affirmé que
-la jeune duchesse de Fronsac avait en quelque sorte forcé les portes
-du cachot de son époux, ce fut, au contraire, celui-ci qui sollicita à
-plusieurs reprises la visite de sa femme.
-
-Bernaville le déclare formellement.
-
-Dans l’agréable roman qu’il a brodé sur le canevas des _Mémoires de
-Richelieu_, M. de Lescure a complaisamment décrit les fêtes fastueuses
-du premier mariage de Fronsac, sans oublier aucun détail sur la nuit de
-noces qui servit de clôture à cette magnifique cérémonie. Les mariés
-restèrent couchés un quart d’heure dans leur lit, les lampes à peine
-baissées, pendant que les invités circulaient bruyamment autour d’eux,
-aux sons joyeux des violons et des flûtes qui faisaient rage.
-
-Et ce fut tout.
-
-Fronsac avait, aussitôt, oublié Mlle de Sansac. La jeune vierge en
-fut dépitée et désolée. La belle famille protesta. Et ses plaintes,
-assurent certains biographes, ne furent pas étrangères à la détention
-de ce mari indifférent[41].
-
- [41] «La famille voulait que la duchesse de Fronsac fût
- grosse», dit Richelieu dans les notes autographes qui terminent
- les _Mémoires authentiques_, et dont l’une se rapporte à sa
- première détention.
-
-Nous croyons peu à cette version. Quoi qu’il en soit, la petite
-duchesse, avisée du désir de son époux, ne le fit pas languir. Au
-dire de l’anecdotier de la Vie privée, elle accourut, se présenta au
-prisonnier, avec tous les artifices de la coquetterie la plus raffinée
-et sous le plus galant des costumes, multiplia les sourires mouillés de
-larmes, les baisers, les caresses, les témoignages les moins équivoques
-d’une passion qui ne demandait qu’à être payée de retour. Mais ce fut
-encore en pure perte. Fronsac se montra charmant, gracieux, empressé,
-ainsi qu’il l’était avec toutes les femmes; il reçut la sienne comme
-«l’envoyée du plus grand roi du monde»; et même, sevré qu’il était de
-ses plaisirs coutumiers, il ressentit, à la voir et à l’entendre, un
-certain trouble, mais bientôt il se ressaisit; et la petite duchesse
-partit comme elle était venue. Au reste, l’honnête Bernaville ne
-souffle mot de l’entrevue: il se contente de signaler au ministre les
-effusions de gratitude que lui prodigua Fronsac, pour le zèle obligeant
-qu’avait apporté le Gouverneur à lui donner satisfaction.
-
-Cependant, le pensionnaire de Bernaville recevait nombre de visites,
-entr’autres celles des princes de Conti et d’Espinoy, «la conversation
-roulant sur les occupations et amusements (!!!) de Fronsac»[42].
-C’étaient encore M. et Mme de Cavoie qui venaient le «préparer, par
-de sages instructions, à recevoir la première visite de M. le duc de
-Richelieu... Elle s’est passée avec beaucoup de tendresse de part
-et d’autre.» En comédien consommé, Fronsac dit à son père «qu’il
-reconnaissait toutes ses fautes, qu’il n’oublierait jamais la grâce
-que le roi lui avait faite de l’envoyer ici pour en faire pénitence et
-les réparer, qu’il était trop heureux d’y être, qu’il ne négligerait
-rien de tout ce qui pouvait dépendre de lui pour les réparer, et pour
-se rendre digne des bontés de Sa Majesté. Il lui a encore dit ce qu’il
-nous dit tous les jours, qu’il n’a nulle impatience d’en sortir et
-_qu’il regarderait comme un grand malheur une prompte liberté_[43].»
-
- [42] RAVAISSON: _Archives de la Bastille_, t. XII, (lettre du
- 1er juillet.)--Voltaire venait aussi, disait-il, «lui rendre
- ses devoirs».
-
- [43] RAVAISSON: _Archives de la Bastille_, t. XII, (lettre du 8
- juillet).
-
-Soudain, un coup de théâtre.
-
-Le 27 septembre, Fronsac tombe malade: il a une fièvre intense. La
-Carlière, le médecin en titre de la prison d’État, vient le saigner le
-lendemain. La petite duchesse, qui n’avait pas abjuré toute tendresse
-pour l’ingrat, amène avec elle Barère, chirurgien des mousquetaires,
-que le duc, accouru au chevet de son fils, voudrait également
-substituer à La Carlière. Toutefois il s’entend avec le médecin
-officiel; et Fronsac est saigné au pied.
-
-Le prisonnier, qui se sent plus malade, s’inquiète et demande un
-confesseur. On lui envoie un prêtre de Saint-Paul, M. Dolé, en qui le
-Cardinal de Noailles a pleine confiance. Cependant, Barère, qui est
-revenu, croit que cette fièvre persistante n’aura pas de suite. Or, le
-30 septembre, la petite vérole se déclare. Et cette famille, jadis si
-empressée autour du malade, tous, jusqu’à l’amoureuse Mme de Fronsac,
-se défilent avec rapidité. Seuls restent dans la chambre du délaissé
-l’abbé de Saint-Rémy[44] et un valet de chambre.
-
- [44] Richelieu en fut toujours reconnaissant à Saint-Rémy; et
- bien que Voltaire appelât cet abbé «un bœuf», Richelieu fit de
- son ancien précepteur son premier secrétaire à l’ambassade de
- Vienne.
-
-Au surplus, Bernaville, qui a le sentiment de sa responsabilité, a
-mis Fronsac en quarantaine. Il doit préserver son personnel d’un mal
-contagieux. Il ne s’en inquiète guère pour lui-même: sa figure est
-toute couturée de petite vérole.
-
-Cependant La Carlière, qui, en raison des visites de son confrère,
-s’était d’abord défendu de continuer les siennes, a consenti à suivre
-la marche de la maladie. Le 3 octobre, il se déclare satisfait de
-l’état général. Mais Fronsac est loin d’être rassuré. Il communie le
-matin et demande même l’Extrême-Onction. Toutefois, le 6, (le huitième
-jour de la maladie) le mieux s’accentue: La Carlière et Barère, enfin
-d’accord, sont satisfaits de l’évolution normale de la petite vérole.
-Et pourtant le vaillant Bernaville a suivi l’exemple de la famille, il
-ne voit plus son pensionnaire: c’est aussi qu’il «reçoit ici beaucoup
-de monde». Fronsac, pour qui jadis la dévotion était le dernier des
-soucis, en réclame toutes les pratiques: il demande la permission
-d’envoyer un valet de chambre à la châsse de Sainte-Geneviève, pour y
-faire «toucher un mouchoir et lui apporter des pains».
-
-Enfin, le 17 octobre, Bernaville, rentré dans la chambre de Fronsac,
-envoie à Pontchartrain ce triomphant billet:
-
- «Je m’assure que M. le duc de Fronsac est parfaitement guéri et qu’il
- n’est _point marqué_. Il se leva hier; et on ouvrit les fenêtres
- après avoir brûlé dans sa chambre de la poudre à canon et toutes
- sortes de choses. Il mange tous les jours des bouillons et plusieurs
- potages avec deux ailes d’un gros poulet et le corps, ce qui ne
- lui suffit pas à ce qu’il dit, et, je le crois bien, car il a bon
- appétit.»
-
-Le Maréchal de Richelieu devait être un jour un gastronome aussi
-émérite qu’il était un amoureux hors pair.
-
-Fronsac fit sa convalescence à la Bastille. Le Roi ne désarmait pas
-encore. Le 24 octobre, le père se décidait à rendre visite au fils:
-«Il m’a dit, écrit le Gouverneur, qu’il était content de l’état de sa
-santé et de la situation de son esprit.» La Carlière avait donné au
-malade son _exeat_ (si l’on peut ainsi s’exprimer) et dicté à Barère le
-traitement qu’exigeait la convalescence. Quant au confesseur, M. Dolé,
-il continuait ses visites sur la demande expresse de son pénitent.
-Celui-ci voulait aller, le plus tôt possible, à la messe; mais
-Bernaville, qui connaissait le paroissien, tardait à le satisfaire,
-«car, disait-il, il n’aura pas sorti de sa chambre qu’on ne pourra
-plus l’y faire rentrer». Néanmoins, le 1er novembre, il lui permit
-d’entendre la messe. Le prompt rétablissement de Fronsac incitait
-ce bienveillant geôlier aux plus consolants pronostics: «La petite
-vérole, disait-il, ne lui a fait que du bien: elle l’a fait croître
-considérablement et il ne sera pas marqué: il y a lieu d’espérer qu’il
-y aura du changement en tout.»
-
- «Il se promena hier pour la première fois dans le jardin que nous
- avons sur le bastion de la Bastille, où il est encore aujourd’hui.
- Il a prié M. le duc de Richelieu de me demander la permission de se
- promener dans le jardin de l’Arsenal. J’ai répondu que cette liberté
- était contre nos usages et que je ne croyais pas que le Roi voulût
- l’ôter au public et nous la donner pour promener nos prisonniers, et
- même qu’il conviendrait moins à M. le duc de Fronsac qu’à plusieurs
- autres, puisque la principale raison qu’on a eue en l’envoyant a été
- de le séparer de ses amis particuliers, ce qu’on ne pourrait pas
- faire dans un jardin public qui est le rendez-vous de tout Paris[45].»
-
- [45] RAVAISSON: _Archives de la Bastille_, (lettre du 5
- novembre).
-
-Pontchartrain, naturellement grincheux, tance vertement Bernaville
-d’avoir laissé la conversation dévier sur ce terrain; et Fronsac qui
-prend connaissance de la semonce ministérielle, exprime tous ses
-regrets au pauvre gouverneur de lui avoir attiré cette mercuriale.
-D’ailleurs, il retourne maintenant chez Bernaville, où la jeune
-duchesse, ainsi que M. et Mme de Richelieu, viennent de nouveau lui
-rendre visite. Et le digne fonctionnaire constate, une fois de plus,
-que «les marques de la petite vérole, quoique nombreuses, ne le
-défigurent point[46].»
-
- [46] _Ibid._, (lettre du 17 novembre).
-
-A quoi tiennent pourtant les destinées d’un empire... dans le monde
-galant! Supposez Fronsac «picoté»--c’était le terme--de petite vérole,
-comme l’était Bernaville. Richelieu, séducteur professionnel du XVIIIe
-siècle, n’existait pas.
-
-Il resta sept mois encore à la Bastille. Enfin, quand Louis XIV
-eût jugé l’expiation suffisante, le prisonnier adressa, le 16 juin
-1712, ce placet à Pontchartrain: «Mon père, qui est ici, a la bonté
-de vouloir bien consentir à mon élargissement, et m’ordonne de vous
-supplier de vouloir bien le demander au roi. Je tâcherai de mériter
-toutes les grâces qu’il m’a bien voulu faire et de montrer qu’une telle
-retraite m’a bien changé par les solides réflexions que j’ai faites.
-Permettez-moi de vous remercier de toutes les obligations, etc.»
-
-Le père avait écrit, en apostille, qu’il était «convaincu des bonnes
-dispositions de son fils».--Ah! le bon billet!...
-
-Trois jours après, Fronsac sortait de la Bastille. Dangeau, qui assigne
-la même date à la mise en liberté du coupable repentant, ajoute:
-«Richelieu, son père, a fait payer toutes ses petites dettes et pris du
-temps pour les plus considérables[47].»
-
- [47] DANGEAU: _Journal_, t. XIV, p. 177.
-
-Était-ce donc la véritable cause d’une détention qui dura quatorze
-mois? Nous en doutons; et nous constaterons simplement, pour mémoire,
-que la duchesse de Bourgogne était morte le 12 février précédent.
-
-
-
-
-CHAPITRE III
-
- _Fronsac, en Flandre, sous le commandement de Villars.--Le siège
- de Marchiennes.--Fronsac est blessé à Fribourg.--Comment il est
- accueilli, à Marly, par le roi.--Il revoit la duchesse aux yeux bleus
- qui avait reçu ses adieux avant son départ pour l’armée.--L’amitié
- succède à l’amour.--Le roman de Mme Michelin: perfidie et cruautés
- de Fronsac.--Mort du duc de Richelieu: un beau geste de son
- héritier.--Les dernières heures de Mme Michelin._
-
-
-De nos jours (quoique le fait soit devenu assez rare) un père
-de famille, mécontent de la conduite d’un fils trop étourdi ou
-trop indépendant, finit par le décider, de gré ou de force, à
-devancer l’appel réglementaire et à contracter un engagement dans
-l’armée--excellente école pour les têtes un peu chaudes.
-
-Jadis, ces exemples étaient plus fréquents; et, sous l’ancien régime,
-ils se généralisaient. D’abord, pour un gentilhomme, l’armée était la
-véritable carrière; en eût-il décliné l’obligation, que son père l’eût
-rappelé à l’observation de son devoir, surtout quand le réfractaire
-n’avait pas encore atteint sa majorité; et l’on sait qu’à cette époque
-un Français n’était majeur qu’à sa vingt-cinquième année.
-
-Mais cette jeune noblesse volait plus qu’elle ne marchait à l’appel de
-ses chefs.
-
-Aussi Fronsac, qui était ardent et courageux, répondit-il, comme il
-convenait, à l’ordre que lui donna son père, ordre vraisemblablement
-suggéré par Louis XIV, d’aller «servir en Flandre, dans les
-mousquetaires», et sous les ordres du Maréchal de Villars. Ce fut en
-août qu’il partit et Dangeau trace, d’un trait, le piquant croquis
-des adieux du jeune volontaire à la Cour: «Il a pris congé du roi qui
-lui a fort recommandé d’être plus sage et lui a d’ailleurs parlé avec
-beaucoup de bonté et de considération pour le duc, son père[48].»
-
- [48] DANGEAU: _Journal_, t. XIV, p. 197.
-
-Il ne semble pas qu’avant son départ, Fronsac, qui fut, «comme
-César, le mari de toutes les femmes, excepté de la sienne», ait
-honoré celle-ci de la moindre attention. Par contre, s’il faut en
-croire l’auteur de la _Vie privée_, il allait retrouver et consoler
-à l’auberge du _Chasseur_, aux portes de Paris, cette belle duchesse
-aux yeux bleus qu’il avait connue avant son mariage et qui, prête à
-se rendre, lui murmurait si tendrement: «Ah! Fronsac, que vous êtes
-dangereux!» Ils se rappelèrent une dernière fois les heures délicieuses
-de leur amour, alors que l’époux était envoyé en mission dans le
-Languedoc; les amusements de la vie de château, près de Mantes, et
-les brimades qu’avait dû subir Fronsac, du fait des jeunes et jolies
-femmes reçues par la duchesse et furieuses des indiscrétions ou des
-infidélités de ce roué trop séduisant; les fuites éperdues de l’amant
-pour ne point compromettre sa maîtresse, et la récompense exquise qu’il
-en obtenait.
-
-Mais il fallut partir.
-
-Il fit bravement son devoir. Le Maréchal de Villars, qui l’avait pris
-pour aide de camp, rend pleine justice, dans ses _Mémoires_, à la
-vaillance de ce soldat de seize ans[49]. Il en allait de même pour ses
-compagnons d’armes. Mais, chez cette brillante jeunesse, la galanterie
-était inséparable de la bravoure. On assiégeait Marchiennes, où se
-trouvaient réunis le dépôt de munitions et... la maîtresse du Prince
-Eugène. Notre illustre ennemi commençait à être aussi malheureux à la
-guerre qu’il l’était depuis longtemps en amour.
-
- [49] _Mémoires du Maréchal de Villars_ (Édition du Marquis de
- Vogüé), 6 vol., t. III, p. 197.
-
-«Ma foi, messieurs, dit le maréchal, je vous abandonne cette dame, si
-vous emportez la place.
-
---D’accord, répondit le chœur des officiers; le premier qui s’emparera
-de la belle sera réputé le plus brave.»
-
-On allait donner l’assaut, quand Marchiennes capitula. La maîtresse du
-Prince Eugène n’était plus de bonne prise.
-
-La discorde régnait parfois entre ces jeunes seigneurs, dont certains
-étaient de sang royal: tel le prince de Conti qui avait le caractère
-difficile et la main lourde. Il ne la fit que trop sentir à Fronsac
-et au prince d’Espinoy, alors qu’ils jouaient ensemble. Ils étaient
-cependant les meilleurs amis du monde, au temps où Fronsac était
-enfermé à la Bastille. Ce fut une brouille assez sérieuse; mais
-Dangeau, l’historiographe, hausse les épaules: «On regarde cela,
-dit-il, comme jeux d’enfant[50].»
-
- [50] DANGEAU: _Journal_, t. XIV, p. 463 (15 août 1713).
-
-Fronsac ne quitta pas Villars de la campagne. Il fut blessé à Fribourg
-d’un coup de pierre dont il garda la marque, assurent ses biographes,
-jusqu’à la fin de ses jours. Après la reddition de la ville, chargé
-par le Maréchal d’en apporter la nouvelle au roi, il fut encore, ce
-jour-là, le héros de Marly. Habile metteur en scène, il sut se faire
-valoir, exhiba sa blessure, raconta toutes les péripéties de la
-campagne avec une verve incomparable. Louis XIV le complimenta, il lui
-laissa entendre que le sang de sa blessure avait lavé la honte de sa
-lettre de cachet; puis «il le logea et le retint; l’armée devant se
-séparer, il lui donna 4000 écus pour son voyage[51]». (1712-1713).
-
- [51] DANGEAU: _Journal_, t. XV, p. 30 (novembre 1713).
-
-Grâce à sa belle conduite devant l’ennemi, Fronsac avait reconquis
-le droit de reparaître, le front haut, à Paris et à Versailles. Il
-en profita pour revenir à ses errements d’autrefois, mais avec plus
-de réserve, voulant ainsi justifier la confiance qu’avait maintenant
-le roi dans son avenir. Ainsi, en octobre 1714, il avait parié
-contre le duc d’Aumont une forte somme pour une course de chevaux.
-On lui conseilla de «rompre»; il ne se fit pas répéter deux fois
-l’invitation[52].
-
- [52] _Ibid._, (19 octobre 1714).
-
-Toujours aussi amoureux et aussi entreprenant que par le passé, Fronsac
-ne se risqua plus cependant dans les alcôves royales; il est vrai
-qu’elles étaient alors si dépeuplées. Il se rabattit, par curiosité,
-sur de simples bourgeoises; et ce fut le commencement de son aventure
-avec Mme Michelin, dont le dénouement tragique lui arracha des larmes:
-il le prétendit du moins. Toutefois ce qui est peut-être encore plus
-lamentable, dans cette triste et touchante histoire, c’est le rôle
-qu’y joua, dès le début, la duchesse aux yeux bleus qui avait offert
-à Fronsac une si tendre hospitalité dans son château, près de Mantes.
-Les deux amants s’étaient écrit pendant la campagne de Flandre; mais
-la duchesse avait longuement réfléchi au cours de ces deux années;
-quelques fils blancs argentaient ses tempes: elle eut le bon esprit
-d’offrir à Fronsac, qui accepta, la sûreté d’une amitié à toute
-épreuve. Mais la véritable affection, pure et sincère, consiste-t-elle
-à méconnaître, au profit d’un des intéressés, le sentiment du devoir et
-les lois de la morale? Et la grande dame, qui voulut bien collaborer
-à la cruelle comédie (à vrai dire elle le regrettera plus tard)
-où Fronsac fit sombrer la vertu de la pauvre petite Mme Michelin,
-n’était-elle pas aussi coupable que l’auteur de cette machination si
-perfidement ourdie?
-
-Le roman et le théâtre se sont emparés d’une intrigue trop connue pour
-que nous en rappelions tous les détails. Quelques lignes suffiront à la
-résumer[53].
-
- [53] Le t. III de la _Vie privée_ consacre près de 150 pages
- à ce récit, qui prend ainsi les proportions d’un livre. Faur
- intitule le volume _Relation écrite par le duc de Richelieu
- en Languedoc pour la Marquise de M***_ (Monconseil) _de ses
- premières aventures_...
-
-Fronsac avait remarqué la femme d’un miroitier de la rue Saint-Antoine,
-nommé Michelin. Il l’avait suivie, abordée, et tenté, sans faire
-connaître sa personnalité, le siège d’une vertu devant laquelle avaient
-échoué son astuce, son adresse et ses protestations de tendresse
-éternelle. Cette blonde délicieuse, âgée de 18 ans, était dévote et
-sage, autant qu’elle était jolie. Fronsac, qui se lassait de lui
-présenter, chaque jour, de l’eau bénite, à l’église Saint-Paul, n’en
-était pas, disait-il, autrement amoureux; mais cette résistance d’une
-petite bourgeoise piquait au vif sa vanité.
-
-Avec l’argent que lui avait prêté la duchesse, il avait loué, dans
-le quartier, un appartement pour y recevoir la jeune femme, pendant
-que la grande dame éloignait le mari, en l’envoyant à son château
-de Mantes y commencer toute une série de travaux. Elle prétendit
-l’avoir fait innocemment; mais, par la suite, après avoir sermonné,
-pour la forme, son ancien amant, elle servit, en pleine connaissance
-de cause, le caprice de Fronsac et se prit même d’amitié pour la
-victime. En effet, Mme Michelin avait succombé aux assauts répétés
-du galant, qui avait fini par se nommer, et que, chaque jour, elle
-adorait davantage. Dans l’intervalle était revenu le mari. Le petit
-duc lui avait rendu visite et réservé sa clientèle. Le bonhomme ne se
-doutait de rien, se confondait en révérences devant le grand seigneur
-et s’estimait fort honoré qu’il daignât s’asseoir quelquefois à la
-table familiale. Lui, Fronsac, ne se contentait plus de recevoir sa
-maîtresse dans l’appartement de la rue Saint-Antoine: c’était chez
-elle qu’il continuait ses amoureux ébats; bien mieux, dans la même
-maison et le même soir, il allait courtiser une amie de Mme Michelin,
-une brune fringante, très fière de cet hommage rendu à sa beauté par
-l’irrésistible Fronsac. Mme Michelin apprit cette trahison; elle pleura
-en silence, et son infidèle amant eut l’inconscience de lui imposer le
-partage de ses nuits avec son indigne rivale.
-
-Puis il disparut.
-
-Le duc de Richelieu venait de mourir (1715); et la succession du
-défunt ne laissait pas que d’être embarrassée. Le père et le grand-père
-de Fronsac avaient singulièrement amoindri par leurs dépenses exagérées
-l’énorme fortune du Cardinal; la substitution--héroïque remède--en
-avait sauvegardé le reste. «Ce fut mon unique héritage», dit le nouveau
-duc de Richelieu à qui nous donnerons désormais le nom sous lequel il
-est connu dans l’Histoire. Et son geste, à ce moment, ne manqua pas de
-grandeur. Le feu duc de Richelieu avait payé les dettes de son fils.
-Le fils paya les dettes de son père, trois millions, paraît-il. Et
-fut-ce l’importance ou la noblesse du sacrifice auquel il n’était pas
-obligé, qui émut le roi? Mais Louis XIV, comme s’il eût conscience
-de sa mort prochaine et qu’il voulût faire oublier à Richelieu ses
-récentes disgrâces, lui multiplia ses faveurs. Le 14 mars, il lui
-accordait l’appartement du vieux duc à Versailles[54]; et, dans les
-premiers jours de septembre, il lui donnait son agrément pour l’achat
-du Régiment du Roi à Nangis[55], qui, lui aussi, avait fait battre le
-cœur de la duchesse de Bourgogne.
-
- [54] DANGEAU: _Journal_, t. XV, p. 418.
-
- [55] _Ibid._, t. XVI, p. 196.--Louis XIV étant mort quelques
- jours après, ce fut le duc d’Orléans, Régent, qui signa pour le
- nouveau roi.
-
-Les tracas de son héritage, le soin de son crédit, la mobilité
-naturelle de son esprit, n’avaient guère laissé le temps à Richelieu
-de penser à Mme Michelin. Il revint cependant, de loin en loin, lui
-apporter la consolation de sa chère présence. Mais comme il la trouvait
-changée! Elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. La douleur, la
-jalousie, le remords la minaient lentement. Richelieu avait cessé
-depuis quelque temps ses visites, quand il voit un jour M. Michelin en
-grand deuil. Il le fait monter dans sa voiture; et le brave homme tombe
-dans ses bras en sanglotant. L’avant-veille, il avait conduit sa femme
-au cimetière. Il ne pouvait s’expliquer le mal qui l’avait enlevée.
-Elle était devenue mélancolique. Elle s’affaiblissait de jour en jour
-et ne se nourrissait plus: il lui fut bientôt impossible de se lever;
-elle avait enfin succombé à cet état de langueur.
-
-
-
-
-CHAPITRE IV
-
- _Richelieu sous la Régence.--Mort de sa femme qui le laisse tout
- consolé.--Premier conflit de Richelieu avec le duc d’Orléans: duel
- manqué.--Duel autrement sérieux avec Gacé.--Les deux adversaires à la
- Bastille: cinq mois de détention.--Amours princières de Richelieu:
- les escapades d’une arrière-petite-fille du Grand Condé.--Colère du
- duc de Bourbon.--Richelieu chansonné._
-
-
-La mort de Louis XIV affranchit en quelque sorte Richelieu de la
-contrainte qu’il s’était imposée depuis plus de trois ans. La régence
-de ce duc d’Orléans, qui était un si bon prince, lui ouvrait la riante
-perspective d’une liberté sans limites. Puis, un an après, le 11
-novembre 1716--un bonheur n’arrive jamais seul--la nouvelle duchesse
-de Richelieu partait pour un monde meilleur. Le duc avait continué
-d’ailleurs à l’ignorer; mais, elle avait si bien pris son parti de
-cette indifférence, qu’elle s’en était consolée avec l’écuyer de son
-mari. Des lettres anonymes prévinrent charitablement Richelieu de
-l’incident. Il en fut tout d’abord mortifié. Être sganarellisé par qui?
-Par l’homme qui surveillait son écurie et ses chevaux! Pouah! Puis il
-trouva plus sage d’en rire: «Je m’étonnais aussi, murmura-t-il, que la
-femme d’un Richelieu pût lui rester fidèle!» Au reste, il n’en douta
-plus, le jour, où, sans prévenir qui que ce fût, il pénétrait à pas
-de loup dans la chambre à coucher de la duchesse. La jeune femme et
-l’écuyer étaient assis sur une chaise longue dans une attitude qui
-autorisait les pires suppositions. Or, Richelieu n’avait été, ni vu,
-ni entendu. Il se rejeta vivement en arrière; et, pour laisser au
-couple le temps de se remettre, il cria très fort de l’antichambre:
-
---«Il n’y a donc pas un valet ici pour m’annoncer.»
-
-Puis il entra posément, et plus posément encore:
-
---«Je vous conseille, ma chère, de chasser tous vos gens; car, en
-vérité, ils font bien mal leur service.»
-
-Enfin, avant de quitter la place, se tournant vers l’écuyer:
-
---«Madame la duchesse aime la solitude. Vous m’obligerez, tant que cela
-ne la gênera pas, en la partageant avec elle.»
-
-L’anecdote est-elle vraie[56]? Et n’a-t-elle pas été attribuée déjà à
-d’autres grands seigneurs? En tout cas, elle est bien XVIIIe siècle.
-Et si nous l’avons rapportée, c’est qu’elle nous semble avoir inspiré
-nombre de nouvelles, de contes et même de comédies qui ont fait fortune.
-
- [56] Cependant, Richelieu se plaisait à la conter, sur ses
- vieux jours, avec des variantes, comme nous l’apprend le duc
- de Lévis dans ses _Souvenirs et Portraits_ (1815, pp. 21
- et suiv.). «Songez, Madame, lui dit-il plus tard, à votre
- embarras, si tout autre que moi fût entré chez vous.»
-
-Peut-être admettra-t-on difficilement cette mansuétude toute
-philosophique chez un homme, qui, pour se piquer de n’avoir point de
-préjugés, n’en était pas moins susceptible à l’excès, très fier et
-intraitable sur le chapitre de ses prérogatives. Aussi, sans être
-friand de la lame, dégaînait-il volontiers, s’il se jugeait tant soit
-peu offensé.
-
-En décembre 1715, à Chantilly, chez le duc de Bourbon qui l’invite à
-ses tirés, il se prend de querelle avec le chevalier de Bavière et tous
-deux décident d’aller vider leur différend au bois de Boulogne. Or le
-Régent y donnait précisément une chasse en l’honneur des dames de la
-Cour. Aussitôt, il fait arrêter les deux duellistes par des officiers
-de garde qui les mettent en lieu sûr, puis, les conduisent, sur son
-ordre, au Palais Royal. Là, le duc d’Orléans les réprimande et leur
-déclare que si, d’ici dix ans, ils ont ensemble le moindre démêlé, il
-regardera cette nouvelle affaire comme une suite de celle-ci. Il leur
-demande leur parole et les congédie sur cette menace mi-sérieuse et
-mi-plaisante:
-
---«Ne m’y _manquez_ pas; car si vous me _manquiez_, je ne vous
-_manquerais_ pas[57].»
-
- [57] DANGEAU: _Journal_, t. XVI, pp. 252-253.--DUCLOS:
- _Mémoires_, 1864, t. I, p. 216.
-
-A deux mois de là, le duc d’Orléans ne _manquait_ pas le duc de
-Richelieu pour un autre duel, qui ne fut pas _manqué_ celui-là et qui
-faillit entraîner les conséquences les plus graves.
-
-Des propos ignominieux avaient couru sur le compte de Mme de Gacé,
-qui aurait joué, disait-on, un rôle des plus actifs dans des fêtes
-nocturnes rappelant les orgies d’Héliogabale. Ces infamies, faussement
-attribuées à Richelieu[58], étaient parvenues jusqu’aux oreilles du
-mari, qui, pour se venger, était allé, à moitié ivre, fredonner sous
-le nez du prétendu calomniateur, au bal de l’Opéra[59], un couplet
-satirique lancé contre lui par le poète Roy. Le duc, furieux, provoque
-Gacé en duel et tous deux vont se battre rue Saint-Thomas-du-Louvre.
-Richelieu reçoit un coup d’épée qui lui traverse le corps. Gacé,
-légèrement blessé, rentre tranquillement au bal.
-
- [58] D’après les _Mémoires historiques et authentiques sur la
- Bastille_ (de Carra), Richelieu aurait révélé les détails d’une
- orgie nocturne, où Mme de Gacé (plus tard Mme de Matignon)
- serait devenue le jouet de tous les convives et même des
- laquais.
-
- [59] Si Richelieu ne fut pas le fondateur des bals de l’Opéra,
- il contribua, de tout son pouvoir, à leur organisation et à
- leur prospérité.
-
-Le lendemain, 18 février 1716, le procureur général prescrit une
-information; et le Parlement ordonne aux deux duellistes d’aller se
-constituer prisonniers, «pour quinze jours», à la Conciergerie[60].
-Par esprit de solidarité, et surtout par un sentiment d’orgueil qu’on
-retrouve de tout temps dans les paroles et dans les actes de ce corps
-privilégié, les ducs et pairs protestent contre une procédure qui
-vise un des leurs, bien qu’il ne soit pas encore reçu au Parlement.
-Richelieu et Gacé n’en sont pas moins incarcérés, le 5 mars, à la
-Bastille, sur une lettre de cachet signée par le duc d’Orléans.
-
- [60] DANGEAU: _Journal_, t. XVI, pp. 328 et suiv.
-
-Rien de tel qu’une prison commune pour réconcilier des adversaires.
-Richelieu et Gacé s’y «font de grandes amitiés» et reçoivent ensemble
-les nombreux visiteurs qui viennent leur apporter leurs compliments
-de condoléances. Entre temps, le Parlement délègue auprès du Régent,
-des conseillers chargés de connaître son opinion; et le duc d’Orléans
-leur déclare très nettement qu’il entend se montrer plus rigide sur
-le chapitre des duels que n’était le feu roi. Nous verrons plus tard
-pourquoi ce prince, d’habitude si débonnaire, témoignait d’une telle
-sévérité contre les détenus.
-
-Richelieu se défendait vigoureusement. Il avait récriminé, dès son
-entrée à la Bastille, parce qu’on avait voulu lui enlever son épée,
-arme qui restait toujours «en possession des pairs», même prisonniers
-d’État. Bernaville le certifiait. Puis Richelieu avait présenté requête
-au Régent pour ne pas être jugé au Parlement, d’autant que celui-ci
-était en procès avec les pairs.
-
-Le conseiller Ferrand, qu’on donna pour commissaire aux inculpés, les
-interrogea le 17 mars. Comme les témoins faisaient défaut, Richelieu
-et Gacé affirmèrent énergiquement qu’ils n’étaient pas allés sur le
-terrain. Aussitôt on commit des chirurgiens pour les visiter. Le jeune
-duc, de qui la grave blessure s’était rapidement cicatrisée, l’avait
-cependant recouverte d’un taffetas auquel l’ingéniosité d’un peintre
-(c’est du moins la version de Soulavie) avait donné la couleur de la
-chair. Le subterfuge n’en fut pas moins découvert.
-
-Mais le Régent avait à cœur que l’affaire suivît son cours. Aussi, le
-13 juin, le roi enjoignait-il par écrit aux pairs et aux princes du
-sang d’assister au jugement. Ceux-ci s’abstinrent d’y paraître, sous
-prétexte que la suscription de leur lettre de convocation constituait
-un manquement des plus graves aux lois sacrées de l’étiquette. Le 19,
-le jugement concluait à «un plus ample informé» et les intéressés
-durent rester encore deux mois à la Bastille. Le 21 août, nouveau
-jugement et même sentence: seulement les prisonniers furent mis en
-liberté. Enfin le 1er décembre, «ils furent renvoyés absous de leur
-prétendu combat. M. le comte de Toulouse (bâtard légitimé de Louis XIV)
-était à ce jugement: il était le seul de prince[61]».
-
- [61] DANGEAU: _Journal_, t. XVI, _passim_.--_La Gazette de la
- Régence_ (édition de Barthélemy, 1887) vitupère le Parlement
- «qui s’introduit à la Bastille pour des affaires où il ne
- mettait pas autrefois le nez».
-
-Richelieu et Gacé n’en avaient pas moins passé cinq mois à la Bastille.
-
-A vrai dire, l’imprudence et l’impudence du petit duc avaient soulevé
-contre lui bien des colères. Recherché par les plus grandes dames de la
-Cour, cet adolescent, qui n’avait pas vingt ans, était encore parvenu
-à faire tourner la tête à des princesses du sang, dont les attaches
-familiales auraient dû cependant lui donner à réfléchir.
-
-La première qui s’éprit follement de Richelieu, Mlle de Charolais,
-était sœur d’un arrière-petit-fils du grand Condé, le duc de Bourbon.
-Ce prince, qu’avait éborgné à la chasse le duc de Berry, petit-fils
-de Louis XIV, était un assez pauvre homme; et sa laideur morale ne
-déparait pas sa laideur physique: il était dur, violent, brutal,
-sans honneur et sans scrupules. La liaison de sa sœur avec Richelieu
-n’avait pu lui échapper. La duchesse douairière de Bourbon qui l’avait
-surprise, ne parvenait pas, bien qu’elle surveillât et même maltraitât
-sa fille, à l’empêcher de recevoir chez elle son amant[62]. Richelieu
-entrait par les fenêtres. C’étaient alors de secrets entretiens dans
-la chambre d’une femme de service, ou dans les jardins de l’hôtel de
-Condé, les nuits où la lune n’en trahissait pas les mystères. C’étaient
-encore des escapades à travers les rues de Paris: rendez-vous était
-pris devant l’église des Cordeliers; et le couple amoureux vagabondait
-par la Ville, sous des habits d’artisan, exposé parfois aux pires
-rencontres, et venant s’échouer, après quelles péripéties, dans le
-bureau d’un commissaire, où Richelieu devait se nommer et se répandre
-en menaces pour éviter à sa compagne le plus humiliant des scandales.
-
- [62] «D’autant plus sévère qu’elle était coquette et jalouse de
- sa fille.» (_Anecdotes de Rulhière_, édition E. Asse, p. 2.)
-
-Après une nuit si tourmentée, qui rappelle quelque peu celle du _Domino
-noir_, Mlle de Charolais avait bien juré de ne plus courir pareille
-aventure. Et son amant abondait très volontiers dans son sens; car il
-se voyait ainsi débarrassé de l’inquiète surveillance d’une maîtresse
-ombrageuse, très hautaine et très fière, même au milieu des plus
-tendres épanchements. Il est vrai que l’indifférence de Richelieu avait
-fini par avoir raison des fureurs jalouses de la princesse.
-
-Par contre, le galant se montrait moins rassuré quand il se trouvait en
-présence du frère. Cependant, peu de jours avant son duel avec Gacé,
-au cours d’une «débauche» chez le duc de Bourbon, il avait osé chanter
-le couplet lancé par la duchesse douairière[63] contre feu son mari
-«Gendre d’une Samaritaine, etc...» Les roués se pâmaient devant ces
-cyniques impertinences. Mais celle-ci ne fut pas du goût du petit-fils
-de Condé. Aussi, le lendemain, quand Richelieu revint lui faire sa
-cour, le duc de Bourbon lui rendit-il «très froidement des honneurs
-extraordinaires». Et, comme son hôte s’étonnait d’un tel contraste:
-
---«On traite ainsi, lui dit le prince du sang, ceux qu’on ne veut plus
-jamais voir[64].»
-
- [63] Louise-Françoise de Bourbon, veuve de Louis de Bourbon,
- était fille légitimée de Louis XIV et de Mme de Montespan.
-
- [64] _Gazette de la Régence_ (édition de Barthélemy, 1887), p.
- 72.
-
-Richelieu ne se fit pas répéter deux fois cette invitation à
-promptement déguerpir. Le juste ressentiment du prince s’aggravait
-encore de la rancune tenace qu’avait amassée en ce cœur orgueilleux
-l’indignité de la liaison notoire d’un petit gentilhomme avec Mlle de
-Charolais.
-
-C’est vraisemblablement à cet incident... désagréable qu’il faut
-attribuer ce couplet contre Richelieu--car lui aussi était chansonné:
-
- Chanson (1716). Sur l’air: _Marotte fait bien la fière_.
-
- Richelieu fait bien le fier
- Pour les deux pages qu’il a;
- Il s’imagine
- Qu’avec sa mine
- Tous ses affronts on oubliera.
- Richelieu fait bien le fier
- Pour les deux pages qu’il a[65].
-
- [65] Chansonnier MAUREPAS (édit. Gay, 6 vol.), t. III, p. 185.
-
- Parmi les jeux d’esprit qui couraient, chaque année, soit
- à Paris, soit à Versailles, sur les courtisans, tels que
- _Logement des Seigneurs et Dames de la Cour_, nous trouvons,
- dans ceux de février 1716, cet article se recommandant de
- la même allusion «Le duc de Richelieu au Page du roi, rue
- Saint-Bon».
-
- Et dans les _Diversités et les qualités des Vins de la Cour_
- (1718): «du duc de Richelieu: _Vin du Commun_ (est-ce une
- allusion à Mme Michelin?). _Mélanges historiques, politiques et
- satiriques_ (de Boisjourdain), 1807, 3 v. in-8º, t. I, pp. 281
- et 297.
-
-Mais l’amour aveugle de Mlle de Charolais, résistant déjà aux
-objurgations et aux menaces familiales, dédaignait les sarcasmes
-de l’opinion publique qui enveloppait dans la même réprobation la
-maîtresse et l’amant.
-
-Une autre chanson, pareillement datée de 1716, était plus explicite
-encore:
-
- Que dira-t-on de Charolois
- Et de son humeur sombre?
- Qu’elle est entêtée d’un minois
- Haï de tout le monde,
- Aussi fier qu’il est poltron,
- La faridondaine, la faridondon.
- Aussi chacun le traite ici
- A la façon de barbari
- Mon ami[66].
-
- [66] Chansonnier MAUREPAS (édit. Gay, 6 vol.), t. III, p. 184.
-
-L’incarcération de Richelieu avait, en effet, exaspéré les ardeurs
-passionnées de la princesse et développé chez elle des sentiments
-qui, si la légende dit vrai, n’auraient pas manqué d’une certaine
-grandeur. Bravant le courroux maternel, dont le moindre effet eût été
-de la reléguer au fond d’un couvent, Mlle de Charolais, accompagnée de
-sa sœur, la princesse de Conti, n’aurait pas craint de pénétrer dans
-l’intérieur de la Bastille, pour aller consoler Richelieu. Mais le
-récit de cette visite se corse de détails tellement romanesques que
-l’Histoire hésite à le tenir pour vrai.
-
-
-
-
-CHAPITRE V
-
- _Visées amoureuses de Richelieu.--Mlle de Valois, fille du Régent.--A
- la table de jeu.--Travestissements de Richelieu pour pénétrer chez
- Mlle de Valois.--La porte secrète et l’armoire aux confitures.--Ce
- que pense la grand-mère, duchesse douairière d’Orléans, de la
- «coqueluche» de la Cour.--Une aventure galante de Richelieu.--Le
- «petit crapaud»._
-
-
-Les ambitions amoureuses de Richelieu visaient plus haut encore que
-la maison de Condé: elles aspiraient à la conquête d’une petite-nièce
-du feu roi. Mais l’entreprise devait coûter autrement cher à ce génie
-aventureux que la possession de Mlle de Charolais.
-
-Richelieu avait, de longue date, jeté ses vues sur le cœur de Mlle de
-Valois, une des filles du Régent. Il en avait commencé le siège, alors
-qu’il était dans les meilleurs termes avec la sœur du duc de Bourbon.
-Et il semble que, depuis, il ait pris à tâche de mettre en concurrence
-les deux rivales et trouvé un malin plaisir à surexciter leur haine
-réciproque.
-
-Mlle de Charolais, un peu plus âgée que son amant, était une des
-merveilles de la Cour. Ses yeux étaient si beaux, dit un contemporain,
-qu’ils perçaient sous le masque[67]. Elle était d’humeur galante et
-d’esprit caustique. Richelieu n’était pas son premier vainqueur.
-
- [67] _Mémoires de Besenval_ (1805, t. I, p. 105), d’après Mme
- de Ségur, amie et contemporaine des deux princesses.
-
-Mlle de Valois, au moment où celui-ci l’entoura d’attentions
-discrètes, quoique continues, avait six ans de moins que Mlle de
-Charolais, mais elle n’en avait ni l’éclat, ni la verve. A cette
-époque, la duchesse douairière d’Orléans, veuve de Monsieur, frère de
-Louis XIV, traçait de Mlle de Valois, sa petite-fille, un portrait
-assez piquant, dans une de ces lettres, dont la lourdeur et la
-grossièreté, le parti-pris et le dénigrement systématiques gâtent trop
-souvent les tableaux pittoresques et la curieuse documentation:
-
- «Lorsqu’elle était encore toute jeune, écrit de sa petite-fille
- la Palatine (on donne encore ce nom à cette princesse d’origine
- bavaroise), j’avais l’espoir qu’elle serait fort belle; mais j’ai été
- bien déçue: il lui est venu un grand nez aquilin qui a tout gâté:
- elle avait auparavant le plus joli petit nez du monde[68].»
-
- [68] _Correspondance de la duchesse d’Orléans_ (édition
- Brunet), t. I, p. 173. Mardi 18 juillet 1715.--Trois ans après
- (lettre du 6 octobre 1718), ce même portrait tourne à la
- caricature:
-
- «Mlle de Valois est brune, elle a de fort beaux yeux, mais son
- nez est vilain et trop gros... Selon moi, elle n’est pas belle;
- il y a pourtant des jours où elle n’est pas laide, car elle
- a de belles couleurs et une belle peau; lorsqu’elle rit, une
- grande dent qu’elle a à la mâchoire d’en haut fait un vilain
- effet. Sa taille est courte et laide; sa tête enfoncée dans les
- épaules; et ce qu’elle a de pire, à mon avis, c’est la mauvaise
- grâce qu’elle met en tout ce qu’elle fait; elle va comme une
- femme de 80 ans.»
-
- Peu indulgente, cette grand’mère qui, elle, était un miracle
- de laideur!--Il est vrai que, le 17 mars 1717, elle écrivait:
- «Mlle de Valois ne se soucie pas de moi et ne peut me
- souffrir», et le 31 mars 1718: «Elle est fausse, menteuse et
- horriblement coquette.»
-
-Des physiologistes, que nous croyons surtout des fantaisistes, ont
-prétendu que les gens affligés d’un développement nasal excessif
-étaient de complexion amoureuse non moins prononcée.
-
-L’exemple de Mlle de Valois semblerait cependant justifier cette
-assertion. La liaison de la fille du Régent avec Richelieu, liaison qui
-devait être encore plus mouvementée que celle de Mlle de Charolais,
-débuta par un de ces jeux entre voisins, dont le dessous d’une table
-dissimule d’ordinaire les pratiques innocentes. Pendant des parties
-de _bassette_ ou de _hocca_, les pieds de Richelieu cherchaient et
-interrogeaient ceux de Mlle de Valois qui leur répondaient par une
-pression des plus douces. Mais, un beau soir, les pieds de Mlle de
-Charolais intervinrent à leur tour dans cette muette conversation. Et
-ce fut le commencement des hostilités qui éclatèrent bientôt entre les
-deux princesses, jalouses l’une de l’autre et convaincues, chacune, de
-la trahison de leur adorateur.
-
-Si Mlle de Charolais, malgré son humeur indépendante, était tenue de
-près par une mère que sa coquetterie rendait dure et méfiante, Mlle
-de Valois était plutôt abandonnée à elle-même par la sienne, fille
-légitimée, elle aussi, du Grand Roi. La duchesse d’Orléans (et sa
-belle-mère le lui reproche assez dans sa Correspondance) était une
-nature essentiellement indolente; elle ne s’occupa jamais de ses six
-filles; la pleine satisfaction de son incommensurable orgueil était son
-unique souci. Mlle de Valois avait pour gouvernante, une demoiselle
-Desroches, que Besenval appelle un «Argus suranné», et qui, en effet,
-n’y voyait plus clair. Richelieu profita d’une surveillance aussi
-défectueuse pour entretenir des intelligences dans la place et pour y
-pénétrer sous les travestissements les plus divers. Faublas n’a jamais
-été qu’un très pâle copiste de ce Protée de l’amour. En attendant
-l’heure du berger, Richelieu faisait sa cour, déguisé tantôt en
-«esclave», tantôt en «courtaud de boutique», tantôt encore en «galérien
-demandant son pain». Guettant la princesse sur l’escalier du Palais
-Royal, il s’approchait d’elle, quand elle sortait pour la promenade, et
-lui remettait un placet qui n’était qu’une déclaration d’amour. Elle
-avoua, depuis, qu’elle ressentit alors une «agitation extraordinaire»,
-malgré «l’insolence» du procédé[69].
-
- [69] RULHIÈRE: _Anecdotes sur le Maréchal de Richelieu_
- (édition Asse), 1890.--BESENVAL: _Mémoires_ (édition Baudouin,
- 1821, 2 vol.), t. I, pp. 106 et suiv.
-
-Ce fut ainsi que Richelieu, travesti, paraît-il, en soubrette, finit
-par arriver jusqu’à la chambre de Mlle de Valois, qui le reconnut sous
-son costume d’emprunt. La Desroches fut complètement dupe de manœuvres
-que Richelieu devait pousser à la dernière perfection. Il usa, en
-effet, d’un stratagème qu’il renouvellera, trente ans plus tard, dans
-des conjonctures semblables, mais moins discutables que celles-ci. Il
-loua une maison, dont le mur était contigu à l’appartement de Mlle
-de Valois, et fut secrètement percé, pour établir une communication
-entre les deux immeubles, par une porte que masquait une «armoire à
-confitures». Mlle de Charolais pressentait l’infidélité de son amant;
-mais celui-ci alla au-devant de ses reproches; il lui conta franchement
-l’histoire de la cachette, espérant, disait-il, se concilier les
-bonnes grâces du père par l’intermédiaire de la fille; et c’était en
-tout bien tout honneur; car il ne pouvait profiter des faveurs de la
-princesse, étant, hélas! «un blessé de l’amour». Mlle de Charolais
-crut ou feignit de croire à l’infortune de Richelieu; mais elle voulut
-s’assurer, par ses propres yeux, de la complicité de sa rivale: elle
-alla se poster dans une maison dont les fenêtres faisaient face à celle
-qu’avait louée Richelieu; et, de là, elle put voir jouer la porte et
-l’armoire aux confitures[70].
-
- [70] Besenval affirme dans ses _Mémoires_ (édition Baudouin,
- t. I, p. 107), que Mme de Ségur, mère du ministre, lui a
- communiqué tous ces détails, comme les tenant des princesses
- elles-mêmes.
-
-Mais, ou le duc était bien naïf--ce qui n’est guère vraisemblable--ou
-il en donnait à garder à sa maîtresse, quand il prétendait ne faire la
-cour à Mlle de Valois que pour conquérir les faveurs du Régent; car
-il ne devait pas ignorer de quelle animosité le poursuivait le duc
-d’Orléans. Celui-ci avisant, à un bal de l’Opéra, en conversation très
-animée avec sa fille, un masque, sous un domino qui ressemblait, à s’y
-méprendre, à celui de Richelieu:
-
---«Masque, lui dit-il, d’une voix irritée, veillez sur vous, si vous ne
-voulez aller une troisième fois à la Bastille.»
-
-Le domino enlève son loup; et le Régent reconnaît... Monconseil, un ami
-de Richelieu et de Mlle de Valois.
-
---«N’importe, fait le duc d’Orléans, répétez à M. de Richelieu ce que
-je viens de vous dire.»
-
-La liaison, d’abord _platonique_[71], puis très réelle, de sa
-fille avec cet infatigable coureur de ruelles, était devenue la
-fable publique, bien que la Palatine n’en soufflât mot dans cette
-Correspondance où elle n’a garde, cependant, d’oublier les cancans de
-Cour. L’ignorait-elle? Ou bien ne voulut-elle la connaître, ou plutôt
-la reconnaître, qu’au lendemain de la conspiration de Cellamare? En
-tout cas, jusqu’à la découverte du complot, si elle parle de Richelieu,
-elle n’en dit aucun mal. Et même elle semble plutôt s’amuser des
-prouesses amoureuses de celui qu’elle traînera un jour dans la boue.
-Lisez plutôt ce récit, lestement troussé, d’une aventure galante,
-qu’elle date du 11 juin 1717:
-
- «Deux jeunes duchesses ne pouvaient voir d’assez près leurs amants;
- et elles se sont avisées d’un tour original. Ce sont deux sœurs; et
- elles ont été élevées dans un couvent à quelques lieues de Paris.
- Une religieuse vint à mourir dans ce couvent; les dames prétendirent
- qu’elles étaient très affligées et qu’elles avaient eu beaucoup
- d’attachement pour la défunte; elles demandèrent la permission de lui
- rendre les derniers honneurs et d’assister à ses funérailles, ce qui
- leur fut accordé avec de grands éloges pour leur bon naturel.
-
- «Lorsqu’elles vinrent au couvent, il se trouva pour la cérémonie
- funèbre deux prêtres étrangers que personne ne connaissait. On
- leur demanda qui ils étaient; ils répondirent qu’ils étaient de
- pauvres ecclésiastiques qui avaient besoin de protection; et
- comme ils savaient que deux duchesses devaient venir à l’occasion
- de l’enterrement, ils s’étaient rendus afin de solliciter leur
- patronage. Les duchesses dirent qu’elles voulaient les interroger et
- qu’ils pouvaient, après la cérémonie, venir les trouver dans leur
- chambre. Les jeunes prêtres s’y rendirent et ils restèrent avec les
- dames jusqu’au soir. L’Abbesse trouva l’audience trop longue, et
- fit dire aux jeunes prêtres de s’en aller; l’un résista et se mit
- en colère, l’autre ne fit qu’en rire. Ce dernier était le duc de
- Richelieu, l’autre le chevalier de Guéménée, fils cadet du duc de ce
- nom. Ce sont les cavaliers qui ont eux-mêmes raconté l’aventure[72].»
-
- [71] La mosaïque, publiée par M. de Lescure, sous le titre
- de _Nouveaux Mémoires de Richelieu_, donne ce caractère à la
- liaison de Mlle de Valois; mais M. E. de Barthélemy déclare
- dans les _Filles du Régent_ (1874, t. II, p. 396) qu’il lui
- est passé sous les yeux une lettre témoignant de la passion,
- satisfaite, de Mlle de Valois pour Richelieu. Ici, c’est la
- duchesse de Modène qui trahit la fille du Régent. Dans une
- correspondance, dont Richelieu était destinataire et qui porte,
- de sa main, cette désignation: _Lettres de Mme la duchesse de
- Modène pendant son séjour à Paris_, l’une d’elles est déjà très
- significative. La princesse écrivait à Richelieu, en sortant
- d’un bal, où il s’était entretenu avec elle, pendant que sa
- femme ne le quittait pas des yeux: «Qu’elle est heureuse de
- pouvoir vous aimer sans crime!» L’autre lettre, dont la lecture
- ne laissait aucun doute à M. de Barthélemy sur la nature des
- relations de Mlle de Valois avec Richelieu, appartenait, comme
- la précédente, à une collection d’autographes mis en vente
- par la maison Charavay; et l’auteur des _Filles du Régent_
- «regrettait de n’avoir pas le droit de reproduire» cette preuve
- de l’amour, très peu innocent, de la princesse pour Richelieu.
-
- [72] _Correspondance complète de Madame, duchesse d’Orléans_
- (édition Brunet), t. I, page 300.
-
-Ce dernier trait caractérise à souhait l’_adolescent_ vaniteux et fat
-qui ne se faisait aucun scrupule de révéler ses bonnes fortunes, ni
-d’en nommer les dispensatrices. L’_homme_, d’ailleurs, ne sera pas plus
-discret.
-
-C’est seulement deux ans après cette équipée--la genèse peut-être des
-_Mousquetaires au Couvent_--que la Palatine commence à s’inquiéter et
-même à s’irriter des allures de Richelieu. Il est vrai que le Régent
-vient de découvrir, parmi les complices de Cellamare, ce jeune seigneur
-qu’on avait cru jusqu’alors uniquement occupé de conquêtes de boudoir.
-Il est arrêté et, pour la troisième fois, enfermé à la Bastille. Il
-semble que la Palatine ait vent du scandale qui va éclater; mais, pour
-le moment, dans ses virulentes récriminations contre Richelieu, elle ne
-fait allusion qu’à la folle passion de Mlle de Charolais:
-
-«Ce duc fera verser beaucoup de larmes à Paris, car toutes les dames
-sont amoureuses de lui; je ne comprends pas pourquoi, car c’est un
-petit crapaud en qui je ne trouve rien d’agréable; il a encore moins
-de courage; il est impertinent, infidèle, indiscret; il dit du mal
-de toutes ses maîtresses; et cependant une princesse du sang royal
-est tellement éprise de lui, que, lorsqu’il devint veuf, elle voulait
-absolument l’épouser; sa grand-mère et son frère s’y sont formellement
-opposés, et avec beaucoup de raison; car, indépendamment de la
-mésalliance, elle aurait été toute sa vie très malheureuse[73].»
-
- [73] _Correspondance de la duchesse d’Orléans_ (éd. Brunet), t.
- II, p. 83. Lettre du 30 mars 1719.
-
-La colère de la «grand’mère» (et cette fois, c’était la duchesse
-douairière d’Orléans) allait prendre de tout autres proportions, le
-jour où il devint impossible de dissimuler que Mlle de Valois menaçait
-de suivre l’exemple de Mlle de Charolais.
-
-
-
-
-CHAPITRE VI
-
- _La Conspiration de Cellamare.--Malgré ses dénégations,
- Richelieu avait pactisé avec l’Espagne.--Son arrestation tardive
- et mouvementée.--Il est enfermé pour la troisième fois à la
- Bastille.--Rigueur, dans le début, de son incarcération.--Animosité
- de la Palatine contre «le gnome».--Intervention des deux princesses
- en faveur de Richelieu qui obtient de notables adoucissements.--Le
- duo d’Iphigénie.--Véhémente indignation de la Palatine contre sa
- petite-fille.--A quel prix celle-ci obtient la grâce et la liberté de
- Richelieu.--La duchesse de Modène._
-
-
-La haine de la duchesse du Maine contre le Régent qui avait fait
-casser, au détriment de son mari, le testament de Louis XIV; la rancune
-de grands seigneurs éloignés du pouvoir; le calcul d’ambitieux,
-s’efforçant d’y parvenir, avaient singulièrement servi les desseins,
-dont le cardinal Alberoni, premier ministre du roi d’Espagne, avait
-confié l’exécution au prince de Cellamare, ambassadeur de Philippe V en
-France.
-
-Ce diplomate, s’aidant de ces diverses complicités, devait faire
-arrêter le duc d’Orléans, au milieu d’une fête, l’envoyer dans une
-forteresse, et lui substituer, comme Régent, le roi d’Espagne,
-grand-oncle du jeune Louis XV.
-
-Plusieurs causes contribuèrent à l’avortement de ce complot: les
-révélations du copiste Buvat, chargé par Cellamare de transcrire des
-documents dont la teneur lui avait paru suspecte; la curiosité d’une
-proxénète qui avait surpris certaines confidences échangées dans les
-salons de sa maison close et les avait communiquées à l’abbé Dubois,
-ministre du Régent; l’échec d’un coup de main dirigé contre le duc
-d’Orléans; enfin l’arrestation du courrier porteur des dépêches de
-l’ambassadeur d’Espagne et la saisie de lettres d’Alberoni qui ne
-laissaient aucun doute sur les projets du Cardinal, ni sur l’identité
-des conspirateurs.
-
-Ce fut en décembre 1718 que la conjuration fut découverte, et tout
-aussitôt le prince de Cellamare, le duc et la duchesse du Maine, et
-avec eux nombre de complices[74] de divers états, étaient arrêtés et
-incarcérés.
-
- [74] On avait dressé une liste de 150 suspects (Général
- PIÉPAPE: _La Duchesse du Maine_, 1910, p. 237).
-
-Le duc de Richelieu ne fut pas inquiété, pour le moment du moins.
-Il avait participé, cependant, au complot; et nous ne serions pas
-autrement surpris que sa culpabilité fût déjà connue. La Fillon, cette
-entremetteuse, qui avait si bien renseigné Dubois, comptait, dans
-sa clientèle, plusieurs roués de la Cour, et parmi eux, le duc de
-Richelieu[75], à qui sa vantardise et sa réputation de brillant conteur
-faisaient oublier maintes fois les notions de la plus élémentaire
-prudence.
-
- [75] Soulavie, dans ses _Mémoires de Richelieu_, dit que son
- héros avait conservé des anecdotes singulières de la maison
- en question, «Anecdotes que les auteurs de sa _Vie privée_ ne
- copieront point aussi impunément que celles des quatre premiers
- volumes de la 1re édition de ces _Mémoires_».--Ces anecdotes
- «singulières» ne paraissent pas avoir été jamais publiées.
-
-Le malin singe qu’était Dubois (et qui sait si, avant Buvat et avant la
-Fillon, il ne tenait pas en main tous les fils de l’intrigue?) voulut
-attendre sans doute que Richelieu, s’endormant dans une trompeuse
-sécurité, lui livrât, en se livrant lui-même par d’imprudentes paroles,
-des secrets jusqu’alors ignorés.
-
-Mais, pour être aussi étroitement surveillé, le jeune duc n’en avait
-pas moins des intelligences dans le camp ennemi. Il commençait déjà à
-mettre en pratique le système d’influences qui devait lui assurer par
-la suite de si précieux avantages. Il faisait de la femme, qu’elle
-fût sa maîtresse ou son amie, une alliée et une associée. Or, il s’en
-trouvait une qui, vivant dans les meilleurs termes avec le Régent,
-tenait Richelieu au courant des faits et gestes du prince. Ce fut ainsi
-que l’ancien aide de camp de Villars put apprendre au Maréchal, dans
-les derniers jours de 1718, qu’on devait l’arrêter le 31 décembre (dans
-l’affolement de la première heure on voyait des conspirateurs partout).
-Et Richelieu n’avait nullement tenté de se prévaloir de cet avis
-confidentiel auprès du Maréchal; car Villars reconnaît qu’il reçut le
-même avertissement d’un certain Pinsonneau, «homme de mérite, attaché,
-pendant 30 ans, au secrétariat du ministère de la Guerre[76]». Le héros
-de Denain en fut malade de saisissement.
-
- [76] _Mémoires du Maréchal de Villars_ (édit. Vogüé), t. IV, p.
- 123.
-
-S’il avait été soupçonné à tort d’avoir voulu pactiser avec l’Espagne,
-Richelieu, au contraire, allait être bientôt convaincu d’avoir devancé
-les offres de trahison.
-
-«Vous serez le bienfaiteur de votre patrie, lui écrivait Alberoni.»
-
-Des lettres de ce même prélat à l’adresse de Richelieu avaient été
-interceptées et remises à Dubois. Celui-ci en avait pris connaissance;
-et le garde des sceaux d’Argenson les avait fait tenir, bien et dûment
-recachetées, au destinataire, par un agent provocateur qui lui aurait
-promis monts et merveilles au nom de Philippe V.
-
-Est-ce absolument exact[77]? En tout cas, Richelieu avait entamé des
-pourparlers avec l’Espagne et consenti à soutenir ses revendications
-contre le Régent, même au détriment de la France[78].
-
- [77] Le marquis d’Argenson laisse entendre (_Mémoires_, t.
- I, p. 23) que son père, le terrible garde des sceaux, avait,
- suivant l’habitude constante de son administration, un agent,
- peut-être un serviteur de Richelieu, en contact permanent
- avec le duc.--Le mémorialiste ajoute que le garde des sceaux,
- l’auteur de l’arrestation de Richelieu, avait les preuves
- certaines de la culpabilité de son justiciable.
-
- «M. le duc d’Orléans, note Dangeau (_Journal_, t. XVIII,
- 23-24), dit qu’il a quatre lettres de sa main, écrites au
- Cardinal Alberoni, dont il y en a trois de signées. Il
- demandait, pour récompense de ses services, qu’on lui promît de
- le faire colonel du régiment des gardes.»
-
- [78] D’après LEMONTEY (_Histoire de la Régence_, t. I, pp
- 232-233), on trouva la lettre d’Alberoni qui accréditait un de
- ses agents, Marini, auprès de Richelieu; et on représenta à
- celui-ci deux billets écrits de sa main à deux émissaires du
- ministre espagnol, ainsi qu’une lettre adressée par Richelieu
- au Maréchal de Berwick pour lui demander de laisser quelque
- temps encore son régiment à Bayonne. «Vous aurez été sans doute
- surpris d’apprendre, écrivait Dubois à Berwick le 1er avril,
- par le courrier que M. Le Blanc a dû vous dépêcher hier, que
- M. le duc de Richelieu devait livrer Bayonne aux Espagnols, et
- qu’il a été mis à la Bastille où il n’a pu disconvenir de son
- intelligence avec le cardinal Alberoni.»
-
-Pour quelle raison et dans quel but? La question n’a jamais été
-suffisamment éclaircie.
-
-Il semble néanmoins qu’en cette occurrence, Richelieu ait obéi tout à
-la fois aux suggestions d’un amour-propre profondément ulcéré et à des
-considérations, autrement blâmables, d’intérêt personnel.
-
-Un manuscrit du temps[79] que nous avons découvert à la Bibliothèque
-de la Ville de Paris, et dont l’auteur nous est inconnu, nous paraît
-fournir une explication vraisemblable des motifs qui déterminèrent
-Richelieu, étant donnée la mentalité, un peu trouble et complexe, de
-ce héros de boudoir. Ce qui ne laisse pas d’être piquant, c’est que la
-même version se retrouve, en partie, dans les _Anecdotes_ de Rulhière,
-ce joli roman d’amour pervers, écrit longtemps après l’historiette
-suivante, sous l’inspiration, sinon sous la dictée du principal
-intéressé:
-
- «Les défenses menaçantes que le duc de Bourbon avait faites à Mlle
- de Charolais, sa sœur, de voir le duc de Richelieu, non plus que les
- affronts sanglants qu’il avait fait faire à Richelieu, même pour le
- détourner de son amour pour sa sœur, bien loin de désunir ces deux
- tendres cœurs, n’avaient fait que resserrer les doux liens qui les
- enchaînaient.
-
- «On employa des moyens plus efficaces; on prit des mesures pour leur
- ôter les occasions de se voir. La Princesse, ne pouvant renfermer
- en soi la tristesse que lui causait la privation de son amant,
- cherchait à se soulager par ses larmes. Le Duc, son frère, l’ayant
- trouvée un jour fondant en pleurs, crut, non sans raison sans
- doute, qu’elle était grosse et lui dit qu’on aurait soin d’envoyer
- chercher une sage-femme pour l’accoucher[80]. Ces discours, joints
- aux autres duretés qu’on lui témoignait, la portèrent à consentir à
- la proposition que lui fit son amant de la faire enlever, pour la
- conduire en Espagne où il méditait de se retirer.
-
- [79] Manuscrit 6691, _Mémoires pour servir à l’Histoire de
- France_ ou _Recueil contenant plusieurs anecdotes de la Cour,
- par le Marquis de ***_.
-
- [80] D’après le _Journal_, les _Mémoires_ et _Correspondance_
- de MARAIS (1863), t. I, pp. 340 et suiv., un dialogue du même
- genre se serait établi, mais quinze mois après, entre Mlle de
- Charolais et la Princesse, sa grand’mère; Mlle de Charolais:
- Je suis grosse.--La Princesse: Eh bien, ma fille, il faut
- accoucher.
-
- «Les choses ainsi arrangées du côté de l’amour, le duc de Richelieu
- s’adressa au Cardinal Alberoni qui, pour lors, comme on sait,
- régentait la Monarchie et la famille royale d’Espagne. Il lui offrit
- de faire passer son régiment qui était sur les frontières, au service
- du roi d’Espagne, et l’assura que Saillant, son ami, en ferait de
- même, moyennant que son Éminence voulût envoyer de l’argent à ce
- dernier, pour redresser ses affaires qui étaient fort dérangées.»
-
-En effet, Mlle de Charolais avait fait l’impossible, comme le racontait
-la Palatine, pour épouser Richelieu; et celui-ci, indigné, suivant
-Rulhière, des propos tenus sur «la disproportion» d’un tel mariage,
-aurait offert à Cellamare de donner à l’Espagne Perpignan et le
-régiment qu’il y commandait, si Philippe V le dotait d’une souveraineté
-dans son royaume qui lui permît d’épouser... Mlle de Valois.
-
-Dans la pensée de Richelieu, la préférence qu’il accordait à la fille
-du Régent sur la sœur du duc de Bourbon, devait mortifier cruellement
-le duc d’Orléans que détestait Philippe V. Cellamare, enchanté, avait
-accepté la proposition, mais le courrier qui avait emporté le projet
-de traité, avait été arrêté et fouillé en cours de route.
-
-L’auteur des _Mémoires pour servir à l’Histoire de France_ attribue
-la découverte de la correspondance secrète de Richelieu à des causes
-autrement romanesques.
-
-Pendant que le duc, pour assurer le succès de l’enlèvement de Mlle
-de Charolais, négociait avec l’Espagne, «il eut occasion de sentir
-que Mme de Berry[81], fille du Régent, était plus aimable que Mlle
-de Charolais. Il abandonna celle-ci pour se donner tout entier à la
-première, qui reçut sa déclaration d’amour d’une manière à lui faire
-comprendre qu’on n’en resterait pas aux paroles et qu’on ne désirait
-que de la réalité. Mlle de Charolais, touchée au vif de la désertion
-de son amant, publia le dessein qu’il avait formé à son occasion de
-se jeter dans le parti espagnol. Le Régent en fut informé, et, soit
-par tendresse pour sa fille qui aurait perdu en Richelieu un de ses
-amusements, soit qu’il ne trouvât pas à propos de le laisser passer
-au service de Philippe V, qu’il regardait peut-être comme le seul
-capable de lui fermer le chemin du trône, il fit observer la conduite
-de Richelieu. On intercepta des lettres d’Espagne[82] par lesquelles on
-fut convaincu de ses projets qui furent bornés par la Bastille.»
-
- [81] L’auteur ou le copiste a commis évidemment un _lapsus_.
- C’est Mlle de Valois qu’il faut lire; non pas que Richelieu
- n’ait bénéficié des faveurs de la duchesse de Berry, cette
- autre fille du Régent; mais ce dut être plus tard. _La Gazette
- de la Régence_, d’E. de Barthélemy, dit cependant (p. 328) que
- Richelieu «devra sans doute sa liberté à la Duchesse de Berry».
-
- [82] _Correspondance de Madame_ (édit. Jœglé, 1880), t. II, 30
- mars 1719, 7 heures du matin.
-
-La Bastille!
-
-Superstitieux comme beaucoup de libres-penseurs (et nous constaterons
-qu’il fut toute sa vie l’un et l’autre), Richelieu était hanté de
-cette idée qu’une troisième détention dans la prison d’État lui serait
-fatale. Il l’avait dit à «la jeune duchesse d’Estrées[83]» et «à bien
-d’autres». Aussi, quelle ne dut pas être sa terreur, quand, après
-avoir été oublié près de trois mois, en son hôtel de la Place Royale,
-il vit, autour de son lit, dans la matinée du 29 mars (il s’était
-couché à 5 heures) toute une bande d’archers[84], que dirigeait M. de
-Sourches, grand-prévôt de la maison du roi, chargé de le conduire à la
-Bastille! Mais, grâce à sa présence d’esprit, Richelieu se ressaisit
-aussitôt. Il avait sous son chevet, au dire du familier vendu à
-d’Argenson, une lettre d’Alberoni qui eût suffi à le faire décapiter.
-Il invoqua, en se levant, les exigences d’un besoin naturel, et, sous
-prétexte d’y satisfaire pudiquement, il enleva avec prestesse le billet
-compromettant, et l’avala avec non moins de subtilité[85].
-
- [83] _Les correspondants de la Marquise de Balleroy_ (édit. E.
- de Barthélemy, 1883), t. II, p. 43.
-
- [84] BUVAT: _Journal de la Régence_ (1865, 2 vol.), t. I,
- p. 269.--_Les Mémoires du Marquis d’Argenson_, t. I, p. 23,
- disent que les archers étaient au nombre de 20, commandés par
- Duchevron, lieutenant de la prévôté.--DANGEAU, de même (XVIII,
- 23).
-
- [85] _Mémoires du Marquis d’Argenson_, t. I, p. 23.
-
-L’opération policière avait été si vivement menée, qu’il était
-incarcéré à la Bastille à dix heures du matin[86], pendant que son ami,
-le marquis de Saillant, colonel de l’autre régiment de Bayonne, qu’il
-entraînait dans sa disgrâce, était, à son tour, arrêté et conduit
-pareillement à la Bastille.
-
- [86] BUVAT: _Journal de la Régence_ (édition Campardon), _loco
- citato_.
-
-Richelieu fut, tout d’abord, «resserré dans un endroit où l’on met ceux
-dont l’affaire est mauvaise», écrit un contemporain[87]: «la Calotte»,
-un cachot octogone, ne recevant le jour que par une étroite ouverture,
-sentant le moisi, avec une chandelle fichée dans le mur, sans table,
-ni chaises, une méchante paillasse pour lit, sous prétexte que la
-forteresse regorgeait déjà de prisonniers; c’est du moins Soulavie qui
-l’affirme de l’aveu du principal intéressé.
-
- [87] DE BARTHÉLEMY: _Gazette de la Régence_, p. 325.
-
-Villars, qui avait pris à cœur (cherchez la femme!) le sort de son
-ancien aide de camp, note, en termes moins mélodramatiques, que
-Richelieu avait été enfermé «dans une espèce de cachot[88]».
-
- [88] M{al} DE VILLARS: _Mémoires_, t. III, p. 133.--DANGEAU
- dit: «Dans une petite chambre qui est au-dessus des cachots et
- qui n’a de jour que par en haut (XVIII, 24).»
-
-Mais le détenu, à qui sa vanité coutumière avait rendu une certaine
-assurance, affectait de se détacher de toutes ces contingences.
-N’avait-il pas demandé, le premier jour, qu’on «lui envoyât les
-violons[89]»?
-
- [89] DE BARTHÉLEMY: _Gazette de la Régence_, p. 327.
-
-Au reste, avisé, le 10 mars, par un billet de Mlle de Valois, de la
-mauvaise tournure que prenait pour lui l’information judiciaire, il
-avait brûlé, à son hôtel de la Place Royale, toutes les pièces qui
-pouvaient trahir son entente avec l’Espagne[90].
-
- [90] Général PIÉPAPE: _La duchesse du Maine_, 1910, p. 237.
-
-Mais il avait affaire à forte partie. D’Argenson, d’accord avec ses
-deux compères Dubois et Le Blanc, secrétaire d’État au département de
-la Guerre, avait avidement examiné les papiers saisis chez Richelieu,
-toute une cassette de billets doux, paraît-il; et, le 4 avril, leur
-destinataire se voyait obligé à comparaître pour la seconde fois,
-devant le garde des sceaux, bien décidé à ne reculer devant aucune
-manœuvre pour arracher des aveux au prévenu. On prétendit qu’au
-troisième interrogatoire, il avait, de ses yeux effroyables, et de sa
-voix, non moins atroce, désigné au jeune duc la place où Biron avait
-été décapité. «M. de Richelieu avoue tout», écrit un correspondant de
-la marquise de Balleroy, Caumartin de Boissy, que ses rapports d’amitié
-et de famille avec les d’Argenson pouvaient autoriser à de telles
-confidences[91].
-
- [91] _Les Correspondants de Mme de Balleroy_, t. II, p. 43.
-
-Nous trouvons une version bien différente dans les _Mémoires_ de Mlle
-de Launay, la femme de chambre de la duchesse du Maine, enfermée
-elle-même à la Bastille comme un des agents les plus actifs de cette
-conspiration qui était beaucoup plus celle de sa maîtresse que celle de
-Cellamare:
-
- «Malgré les traitements les plus durs, rapportent ces _Mémoires_,
- malgré les interrogatoires longs et fréquents que subit M. de
- Richelieu et toutes les adresses qu’on employa pour le surprendre,
- jusqu’à des lettres contrefaites d’une princesse qui s’intéressait à
- lui, on ne put se rendre maître de son secret[92].»
-
- [92] _Mémoires de Mme de Staal_ (_Mlle de Launay_) édition
- Lescure, t. I, p. 227.
-
-Du reste, la nouvelle de son arrestation, le récit, plus ou moins
-exact, de son séjour à la Bastille, avaient singulièrement ému
-l’opinion publique, satisfait sans doute de nombreuses rancunes, mais
-aussi attristé bien des cœurs et fait pleurer bien des beaux yeux.
-
-Villars en éprouva une profonde affliction; et, quoique, dans ses
-_Mémoires_, il ne ménage pas les critiques au roué impénitent, on sent
-qu’il ne peut se défendre d’une vive sympathie pour l’adolescent qui
-avait fait ses premières armes sous ses ordres.
-
- «Fort coquet, peu fidèle, on n’a pas vu de jeunes hommes faire plus
- de conquêtes et de plus distinguées...»
-
-Il remarque que Richelieu «jouait très gros jeu»; et il se demande,
-avec une pointe de malice, comment, au milieu d’occupations si variées
-et si encombrantes, ce parfait courtisan avait trouvé le temps de
-conspirer. Il constate, lui aussi, la présence d’esprit du prisonnier
-qui ne se laisse pas embarrasser par les questions du garde des
-sceaux[93].
-
- [93] _Mémoires de Villars_, t. III, p. 133.
-
-En revanche, la Palatine éclate en reproches, en invectives, en
-malédictions contre l’homme qu’elle hait le plus au monde. Il semble
-que la défection de Richelieu l’ait stupéfiée. Comment, dit-elle, ce
-fourbe est encore venu, le 28 mars, chez le marquis de Biron, grand
-ami du Régent, protester de son dévouement pour mon fils et de son
-ardent désir de regagner son régiment, pendant qu’il échangeait avec
-Alberoni les lettres les plus abominables[94]. Ce n’est qu’un «cerveau
-brûlé». Il n’est pas, d’ailleurs, de termes injurieux dont elle ne
-l’accable. Et même elle en imagine un absolument inattendu et qu’elle
-répète fréquemment: elle l’appelle «le gnome», car «il ressemble à un
-lutin». De tout temps, et surtout chez les femmes, le cerveau allemand,
-si épais qu’il soit, se montra volontiers accessible au romantisme
-nébuleux du monde fantastique.
-
- [94] _Correspondance de Madame, duchesse d’Orléans_ (édition
- Jœglé, 1880), t. II, 30 mars 1719.
-
-Une lettre de la Palatine du 31 mars concilie assez bien les opinions
-contradictoires émises par des témoignages contemporains sur l’attitude
-du prisonnier devant les magistrats enquêteurs: «Aussitôt qu’on a
-montré au duc de Richelieu sa lettre à Alberoni, il a _avoué_ tout ce
-qui le regarde personnellement, mais il _n’a rien dit_ au sujet de ses
-complices[95].»
-
- [95] _Correspondance de Madame_ (édit. Brunet), 1863, t. II,
- p. 83.
-
-La lettre du 17 avril expose l’ensemble des griefs, justifiés ou non,
-de cette ennemie implacable.
-
- «Le duc de Richelieu est un archi-débauché et un poltron. Il ne croit
- ni en Dieu, ni en sa parole; de sa vie il n’a rien fait et ne fera
- jamais rien qui vaille; il est ambitieux et faux comme le diable...
- Je ne le trouve pas aussi bien que toutes les dames qui sont folles
- de lui. Il a une fort jolie taille et de beaux cheveux, le visage
- ovale et des yeux très brillants; mais tout, dans sa figure, indique
- le drôle; il est gracieux et ne manque pas d’esprit, mais il est
- d’une insolence rare, c’est le pire des enfants gâtés. La première
- fois qu’il fut mis à la Bastille, ce fut pour avoir dit qu’il avait
- été au mieux avec Mme la Dauphine[96], et avec toutes ses jeunes
- dames, ce qui était le plus horrible des mensonges; la seconde fois,
- ce fut parce qu’il fit lui-même savoir que le chevalier de Bavière
- voulait se battre avec lui[97].»
-
- [96] _Ibid._, (édit. Jœglé), 1863, t. II, 27 avril 1719.
-
- [97] Voir page 29.--C’est vraisemblablement sur cet incident,
- vrai ou faux, mais diversement conté par Dangeau, que se
- greffa, à cette époque, la légende de la poltronnerie de
- Richelieu.
-
-Mais Madame avait beau vitupérer la «folie» des nobles amies du détenu:
-elles ne s’en montraient pas moins ardentes à défendre la cause de
-Richelieu, et, faute de mieux, à lui adoucir les rigueurs de sa
-captivité. Bien que le prisonnier affectât, par fanfaronnade, de ne
-pas prendre au sérieux les menaces du Régent, de cet «ogre» qui, sous
-le «masque de Barbe-Bleue», prétendait avoir entre les mains de quoi
-faire couper quatre fois le cou au conspirateur, Mlles de Valois et
-de Charolais, oubliant leurs griefs réciproques, se concertaient pour
-sauver «une tête si chère».
-
-La légende veut que ces deux princesses[98] aient pu se faire ouvrir,
-de nuit, les portes de la Bastille et pénétrer jusqu’à leur amant.
-Elles apportaient avec elles des briquets et des bougies, de l’argent
-et des bonbons; et tous trois, dans l’horreur de ce noir cachot,
-préparaient les réponses que devait faire l’accusé aux interrogatoires
-de Le Blanc et de d’Argenson.
-
- [98] _Les Mémoires de Maurepas_--une autre publication de
- Soulavie--disent (t. II, p. 154) que Mlle de Valois était
- enceinte des œuvres de Richelieu; n’ont-ils pas confondu avec
- Mlle de Charolais?
-
-Cependant, au bout de quelques jours, sur l’insistance des princesses,
-le garde des sceaux consentait à se relâcher de sa sévérité. Richelieu
-fut transféré de sa tour, comme l’écrit Mlle de Launay, dans une
-chambre moins incommode.
-
-Mais, «la proximité d’un homme si alerte obligea de prendre les plus
-grandes précautions. Le lieutenant du roi (il était amoureux de la
-mémorialiste) crut devoir mieux serrer les clefs qu’il avait accoutumé
-de laisser à ma porte, devant laquelle les habitants du quartier
-passaient pour aller à leur promenade. Quoiqu’ils fussent toujours
-bien accompagnés, on ne voulait pas laisser sous les yeux cet objet de
-scandale[99].»
-
- [99] _Mémoires de Mlle de Launay_, p. 227.
-
-Dès lors, Richelieu put se faire servir par un de ses valets de chambre
-et se procurer des livres, un tric-trac et même une basse de viole (un
-violoncelle)[100]; il était, nous l’avons vu, grand amateur de musique.
-
- [100] Journal de DANGEAU (t. XVIII, pp. 23-24), 3 avril.
-
-Il obtint, en outre, par l’intermédiaire de Le Blanc, la faveur d’aller
-dîner avec certains de ses compagnons de captivité chez le gouverneur.
-Mlle de Launay nous dit quelles étaient les autres distractions de cet
-amoureux en cage:
-
- «En sortant de table, comme il faisait extrêmement chaud, nous nous
- mîmes à la fenêtre. Le lieutenant me proposa de chanter: je commençai
- une scène de l’opéra d’_Iphigénie_[101]; et le duc de Richelieu,
- aussi à sa fenêtre, chanta ce qu’Oreste répond dans cette scène
- convenable à notre situation. Maisonrouge (le lieutenant du roi) qui
- pensa que cela m’amusait et qui peut-être voulait faire diversion,
- me laissa achever toute la scène.»
-
- [101] _Iphigénie en Tauride_, opéra-tragédie, par Dupré et
- Danchet, musique de Deschamps et Campra (1704).
-
-La surveillance, qui avait jusqu’alors étreint Richelieu, se relâchait
-sensiblement.
-
-Le Régent lui-même fermait les yeux; et l’intéressant prisonnier se
-promenait fréquemment sur le bastion «la perruque frisée, en habit
-brodé ou en robe de chambre de soie rose floquetée de rubans blancs».
-Et ce fut bientôt, par la rue Saint-Antoine jusqu’à la Bastille, la
-promenade de la Cour, pour admirer ce joli petit seigneur, envoyant
-sourires et baisers aux charmantes dames, qui se pressaient aux
-fenêtres des maisons voisines ou à la portière de leurs carrosses,
-«pour voir cette belle image», grogne la Palatine.
-
-Car si son fils commençait à désarmer, elle ne dérageait pas, tout en
-écrivant l’histoire à sa façon. Elle ne voulait pas que le «gnome»
-fût primitivement de la conspiration de Cellamare: «Il avait ourdi
-une intrigue de son côté; il s’était mis dans la tête de se rendre un
-personnage tellement considérable, qu’on ne pourrait lui refuser un
-mariage très au-dessus de tout ce qu’il pouvait prétendre; lorsqu’il
-a vu que cet espoir s’évanouissait, il s’est, par dépit, jeté dans un
-complot[102].»
-
- [102] _Correspondance de Madame_ (édit. Brunet), t. II, p. 103,
- 30 avril.
-
-Madame s’était faite ainsi l’écho d’un bruit de Cour, auquel Mlle de
-Charolais s’efforçait de donner consistance, mais en innocentant à fond
-Richelieu: «L’affaire de Bayonne ne saurait être vraie, disait-elle,
-car le duc, qui n’a rien de caché pour moi, m’en eût parlé.»
-
-Cette Amazone qui eût, de grand cœur, dégaîné pour son chevalier, se
-refusait à voir le Régent; et celui-ci, d’autre part, était querellé,
-chaque jour, par sa fille, Mlle de Valois, impatiente de savoir
-Richelieu en liberté.
-
-Jusqu’alors, Madame n’avait parlé de cette princesse qui lui tenait par
-les liens du sang. Mais le scandale devenait maintenant trop public
-pour qu’elle en dissimulât l’énormité à ses correspondants. C’est, le
-12 mai, à Saint-Cloud qu’elle leur signale «l’horrible coquetterie»
-de sa petite-fille avec cet «endiablé» duc de Richelieu, assez fat
-pour laisser traîner les lettres que lui écrivit Mlle de Valois. Les
-jeunes gens de la Cour les ont vues: on y lisait que la princesse «lui
-donnait rendez-vous ici». La grand-mère n’a pas voulu se charger de sa
-petite-fille, malgré le désir qu’en témoignait sa bru, «parce qu’on
-ne la trompe qu’une fois». (Elle avait donc été déjà la dupe de Mlle
-de Valois). Elle a «horreur de cette évaporée». Puis elle se retourne
-contre son fils: «Ce duc impertinent et hardi se moque de tout. Il
-fait le fier à cause de la bonté du Régent pour lui. Châtié comme il
-le mérite, il mourrait sous les verges... Je ne suis pas cruelle de
-ma nature; mais ce polisson-là, je le verrais pendre sans verser une
-larme[103]!» Voilà bien la sensibilité allemande!
-
- [103] _Correspondance de Madame_ (édition Jœglé), t. II, 12 mai.
-
-Il semblait, en effet, qu’à mesure que les récriminations devenaient
-plus vives de part et d’autre, le duc d’Orléans penchât davantage pour
-l’indulgence. Dès les premiers jours, il avait laissé pressentir cette
-volte-face:
-
---«On en apprend plus qu’on n’en veut savoir», disait-il à Villars,
-qui l’interrogeait sur la culpabilité de son protégé[104].
-
- [104] _Mémoires de_ VILLARS, t. III, p. 133.
-
-Et Dubois, l’âme damnée du Régent, lui reprochait une clémence, qui
-n’était, au fond, qu’un adroit marchandage.
-
-Ce père de famille, d’une insouciance notoire, trouvait cependant que
-Mlle de Valois était d’un placement difficile. Il avait récemment
-choisi pour gendre le prince de Piémont. Mais Madame «avait eu la
-bêtise» de jouer à l’épistolière avec l’histoire de cette porte de
-communication ouverte entre l’appartement de sa petite-fille et
-la maison de Richelieu. Comme de juste, on en avait jasé et... le
-mariage s’était rompu[105]. Mais voici qu’au lendemain de cet échec,
-la découverte de la conspiration de Cellamare offrait au Régent une
-occasion inespérée de se débarrasser enfin de sa fille. C’était cette
-fois, au duc de Modène, peu ou prou renseigné, qu’il destinait ce
-trésor. Et, sans plus tarder, il signifiait à Mlle de Valois qu’elle
-eût à prendre cet époux, en échange de la grâce pleine et entière de
-Richelieu[106]. Ce ne fut pas sans avoir protesté, pleuré, sangloté,
-que cette «malheureuse amante», comme on disait alors, «sacrifia
-l’Amour sur l’autel de l’Hyménée». Et Rulhière termine l’anecdote par
-de menus faits d’observation, qui fixent, comme en un décor d’opéra,
-les attitudes respectives des trois protagonistes de cette comédie
-dramatique.
-
- [105] _Mémoires de_ BESENVAL, t. I, p. 111.
-
- [106] _Anecdotes sur le duc de Richelieu_, par RULHIÈRE
- (édition Asse), p. 12.
-
-Le jour de la cérémonie officielle, affirme-t-il avec une désinvolture
-qui n’a cure de la chronologie, Richelieu était libre[107]: ce fut
-une double joie pour Mlle de Charolais, qui était là, triomphant du
-désespoir de sa rivale; quant au duc, il avait voulu assister, lui
-aussi, dans la chapelle des Tuileries, à cette solennité matrimoniale;
-et il «lorgnait» impudemment Mlle de Charolais, comme s’il eût
-voulu se consoler par avance «de la perte d’une conquête aussi
-brillante[108]».
-
- [107] Nous avons retrouvé, à la Bibliothèque de l’Arsenal, dans
- les _Archives de la Bastille_, l’ordre d’élargissement qui
- rendait à Richelieu sa liberté (Dossier 10672):
-
- Monsieur de Launay, ayant bien voulu, de l’avis de mon oncle,
- le duc d’Orléans, régent, permettre que mon cousin le duc
- de Richelieu, lequel, en conséquence de mes ordres, est
- actuellement détenu en mon château de la Bastille, en soit
- élargy. Je vous envoie cette lettre pour vous dire que vous
- ayiez à le laisser pour cet effet sortir de mondit château sans
- délay ni difficulté. Et la présente n’étant pour autre fin,
- je prie Dieu qu’il vous ayt, Monsieur de Launay, en sa sainte
- garde. Écrit à Paris, le 30e d’août 1719.
-
- Louis,
-
- Le duc de Richelieu,
-
- Le Blanc.
-
- La vérité, telle qu’elle apparaît dans le récit de
- l’historiographe Dangeau, est autant impressionnante, en sa
- simplicité, que la scène théâtrale composée par Rulhière.
- Les pourparlers officiels pour le mariage de Mlle de Valois
- datent de la fin d’octobre 1719 et la bénédiction nuptiale ne
- fut donnée aux Tuileries que le 12 février 1720; mais, dans
- l’intervalle, le 6 novembre 1719, au cours d’une promenade à
- cheval au Bois de Boulogne, Mlle de Valois, en sortant par la
- porte Maillot, fut victime d’un accident mystérieux qui resta
- inexpliqué. En ne se baissant pas assez sur l’encolure de son
- cheval, elle se heurta si violemment à la tête qu’elle en fut
- blessée; elle fut saignée le soir et on lui «rasa» une partie
- des cheveux pour constater et panser la plaie qui n’offrait
- d’ailleurs aucune gravité. Au lendemain du mariage, elle tomba
- malade et ne se décida que tardivement à partir pour Modène:
- encore le voyage fut-il très long, en raison de cet état de
- santé: elle n’arrivait à destination que le 20 juin 1720
- (DANGEAU: _Journal_, t. XVIII, _passim_).
-
- En tout cas, si l’anecdote de Rulhière est exacte, elle ne doit
- prendre date que du 12 février 1720.
-
- [108] _Anecdotes_ de RULHIÈRE (édit. Asse).--_Les Mémoires_
- de BESENVAL (t. I, p. 113) soulignent plus énergiquement le
- cynisme de Richelieu, qui «révolta tout le monde, en joignant à
- l’inconséquence d’assister à la cérémonie du mariage l’audace
- de parler à l’oreille de Mlle de Charolais, en regardant Mlle
- de Valois. Et toutes deux en conçurent contre lui une haine
- qu’elles gardèrent jusqu’à leur mort.» Dans cette dernière
- phrase, l’opinion de Besenval est complètement erronée, du
- moins en ce qui concerne Mlle de Valois.
-
-Il reçut cependant de la nouvelle duchesse de Modène une autre
-consolation, d’un prix inestimable, s’il faut en croire les
-informations recueillies par Rulhière. Avant de partir pour l’Italie,
-la jeune épousée disposa, en faveur de Richelieu, d’un bien qui aurait
-dû appartenir uniquement à son mari. Et comme il faut qu’en notre pays
-tout finisse par des chansons, deux couplets de _Momus fabuliste_, une
-pièce du Théâtre Français, firent une allusion, à peine voilée, à cette
-disgrâce conjugale[109].
-
- [109] _Anecdotes_ de RULHIÈRE (édit. Asse).--MAUREPAS
- (_Mémoires_, I, 152) affirme qu’elle «apporta à son mari
- une étrange maladie qu’elle tenait de son amant».--_Momus
- fabuliste_ ou les _Noces de Vulcain_, par _Fuzelier_, jouée en
- 1719.
-
-De leur côté, les satiriques de Cour n’avaient pas attendu pour
-railler, dans un facile jeu de mots, le médiocre mariage de Mlle de
-Valois. Ils faisaient dire à la victime:
-
- J’épouse un des plus petits princes,
- Maître de très petits États,
- Quatre desquels ne vaudraient pas
- Une de nos moindres provinces.
- . . . . . . . . . . . . . . . .
- . . . . . . . . . . . . . . . .
- Nul jeu; finance très petite.
- Quelle différence, grand Dieu,
- Entre ce pauvre et triste lieu,
- Et le _riche lieu_ que je quitte[110]!
-
- [110] _Mélanges historiques, politiques et satiriques_ (De
- Boisjourdain), 1807. 3 vol. in-8º, t. I, p. 379.--_Mémoires_
- de MAUREPAS (1792, 4 vol.), t. IV, p. 77. Et cet ennemi
- irréconciliable de Richelieu ajoutait que, par la suite, la
- duchesse de Modène avait été «l’instrument de l’ambition du
- Maréchal en faisant déclarer son mari pour la France contre
- l’Autriche» qui d’ailleurs lui avait confisqué ses États.
-
-Une autre anecdote voulait que Madame, l’implacable ennemie de
-Richelieu, «qui avait retiré chez elle Mlle de Valois», se fût
-offusquée de l’impertinence avec laquelle il affichait sa bonne
-fortune, depuis sa mise en liberté due aux instances amoureuses de la
-fille du Régent. Aussi lui avait-elle «fait dire que s’il tenait à la
-vie, il eût à s’éloigner des lieux où elle était[111]».
-
- [111] _Mélanges de Boisjourdain_ et autres pièces satiriques
- sur la duchesse de Modène, t. I, pp. 379-391.
-
-Rien n’est plus faux que ce racontar. La Palatine, bien qu’elle eût
-souhaité voir Richelieu accroché à la potence, n’eût pas été femme à
-l’y envoyer. Et d’abord elle se défendait de prendre sa petite-fille
-sous sa garde; puis, si elle avait adressé au «gnome», d’aussi
-terribles menaces, on en trouverait trace dans sa correspondance. Or, à
-consulter celle-ci, depuis que Richelieu est sorti de la Bastille, il
-semble que sa liaison avec Mlle de Valois n’ait jamais existé. C’est
-Mlle de Charolais seule qui porte toutes les responsabilités.
-
-«Le Régent est trop bon[112], écrit la Palatine, pour ce petit duc de
-Richelieu, qu’il a remis en liberté, parce qu’il le persuada qu’il a
-tout voulu lui révéler.
-
- [112] Le Régent avait fini par répondre aux ministres qui
- blâmaient la mise en liberté de Richelieu: «J’ai fait grâce à
- ce jeune homme, parce que j’ai vu dans sa conduite la folie
- de son âge plutôt qu’un crime réfléchi.»--«Richelieu a tout
- avoué sans se faire prier, écrit, le 2 avril 1719, Caumartin de
- Boissy à la marquise de Balleroy. La seule excuse est que le
- Régent qui est naturellement bon, le regarde comme un fol et
- aime mieux donner un exemple de clémence que de justice.»
-
-«Sa maîtresse, Mlle de Charolais, n’a eu de cesse que le Régent lui
-accordât sa liberté: quelle horreur qu’une princesse du sang aille se
-déclarer devant l’univers entier amoureuse comme une chatte et d’un
-individu inférieur comme rang, infidèle, car il a une demi-douzaine de
-maîtresses! Quand on le lui dit: Bah! répond-elle, c’est pour me les
-sacrifier; et il me raconte tout ce qui se passe entre eux.»
-
-Madame ne peut comprendre une telle inconscience. Si elle était
-superstitieuse, elle croirait que Richelieu «a des secrets». Toutes
-les femmes courent après lui; et cependant il est indiscret et bavard:
-n’a-t-il pas eu l’effronterie de déclarer que, si une impératrice,
-belle comme un ange, lui accordait ses faveurs, à condition qu’il
-n’en dise rien, il préférerait les refuser? Il est poltron, vain,
-impertinent: «C’est là l’oriflamme de la plupart des femmes. Elles lui
-sacrifient tout leur honneur, tout leur bonheur[113].»
-
- [113] _Correspondance de Madame_ (édition Jœglé), 1er octobre
- 1719.
-
-Cette dernière phrase, après tant d’injures ou de puérilités, est
-encore le jugement le plus sûr, le plus vrai, le plus profondément
-douloureux qu’ait jamais porté la Palatine sur le sort néfaste réservé
-par le duc de Richelieu aux femmes assez malheureuses pour l’aimer en
-toute sincérité.
-
-
-
-
-CHAPITRE VII
-
- _Exil de Richelieu dans son château du Poitou.--Son séjour passager
- à Conflans et à Saint-Germain: diversions parisiennes.--Sa
- retraite à Richelieu lui permettra de rétablir ses affaires.--Il
- y donne l’hospitalité à Voltaire.--Il obtient la grâce de revenir
- à Paris, puis à la Cour.--Faux bruit de son mariage avec Mlle
- de Charolais.--Son prétendu voyage, en colporteur, à la Cour de
- Modène.--Galerie monastique de Richelieu.--Il succède, comme
- académicien, au marquis de Dangeau; son discours; incidents de sa
- réception._
-
-
-Richelieu venait de recevoir une rude leçon; mais on a vu qu’elle
-n’avait guère servi à le rendre plus circonspect. Cependant, il ne
-sortait pas tout à fait indemne de l’aventure.
-
-Un ordre du roi, contre-signé par le Régent, l’exilait, à bref délai,
-dans son domaine de Richelieu. C’était une application du système de
-«la relégation» à l’intérieur (on lui donnait d’ailleurs ce nom),
-système commun à la plupart des détenus, quand ils étaient mis en
-liberté.
-
-Avant de partir pour «le lieu de son exil» (encore un terme du temps),
-le duc avait suivi son oncle par alliance, le cardinal de Noailles, à
-Conflans, dans la somptueuse demeure des archevêques de Paris. C’était
-l’indication qu’avait donnée le Régent à Mlle de Charolais, qui lui
-avait fait demander «en secret» l’autorisation de se rencontrer avec
-son amant, avant qu’il ne quittât définitivement Paris. Elle avait
-su depuis qu’il était à Saint-Germain: elle s’était empressée d’y
-courir[114].
-
- [114] _Correspondance_ de MADAME (édition Brunet), t. II, p.
- 151, 2 septembre 1719.
-
-En effet, Conflans était trop voisin de la grande ville, pour que
-Richelieu ne fût pas tenté, dès que le vénérable prélat était endormi,
-de lui fausser compagnie et d’aller rejoindre ses belles amies, qui
-l’attendaient impatiemment sous les lambris parfumés de leurs boudoirs
-parisiens. Aussi le Régent avait-il transféré le lieu d’internement
-provisoire de ce pécheur endurci, de Conflans à Saint-Germain[115],
-d’où Richelieu ne pouvait s’évader la nuit, surveillé qu’il était... ou
-qu’il devait l’être, par l’agent Dulibois. Mais l’interné grisait son
-gardien et prenait aussitôt la clef des champs.
-
- [115] Dangeau atténue la rigueur de la mesure par cette note
- qui annoncerait plutôt une diminution de la peine: «Il n’ira
- pas à Richelieu, mais à Saint-Germain, où il a une maison»
- (_Journal_, 11 septembre).
-
-Il était temps néanmoins qu’il mît un terme à ses escapades nocturnes;
-l’ordre était formel et le Régent avait de trop bonnes raisons pour en
-laisser différer plus longtemps l’exécution. Richelieu parut donc se
-résigner et fit ouvertement ses préparatifs de départ[116].
-
- [116] L’avant-veille de sa mise en liberté, Richelieu, avisé de
- son ordre de relégation, avait déjà commencé ses préparatifs
- pour son voyage en Touraine: «Il y avait envoyé des gens pour
- le meubler» (son château) (_Journal_ de DANGEAU, t. XVIII, 28
- août); mais ses frasques à Saint-Germain durent faire changer
- d’avis le Régent, car Buvat, qui avait noté (_Journal_, p.
- 426) la commutation de peine, annonce en octobre (p. 430) que
- Richelieu ira définitivement en Poitou; (sous l’ancien régime
- la ville de Richelieu dépendait de la province de Poitou: elle
- appartient aujourd’hui au département d’Indre-et-Loire, elle
- est donc en Touraine.)
-
-Aussi bien cette retraite s’imposait. Il était urgent que le duc,
-entraîné dans des dépenses excessives par ses goûts fastueux et par
-les folies de sa vie de plaisir, apportât un peu d’ordre à la gestion
-de ses affaires, dans l’atmosphère, moins agitée, d’une résidence
-provinciale.
-
-Assurément, il avait eu un geste plein de noblesse, quand il avait
-signé la reconnaissance des dettes paternelles. Mais, lui-même, par
-ostentation ou par intérêt, était un magnifique, qui dépensait trop
-souvent sans calculer. La levée des scellés, apposés, lors de sa
-récente arrestation, par le lieutenant de police Machault d’Arnouville,
-avait permis de constater ces prodigalités intempestives. Richelieu,
-en vue de la campagne qu’il méditait pour le roi d’Espagne, avait
-commandé l’achat de «quatre-vingts chevaux de main» avec housses et
-couvertures de luxe, cent mulets et nombre de chariots. Ses revenus
-personnels, évalués à trois cent mille livres de rente, ne pouvaient
-suffire à de si lourdes dépenses: d’abord, il en avait abandonné deux
-cent soixante mille aux créanciers de la succession; puis sa fâcheuse
-équipée l’avait obligé à céder momentanément son régiment à Du Rys, qui
-en était le lieutenant. Aussi, pour s’assurer des ressources avait-il
-dû se défaire de sa terre de Ruel[117]. Il l’avait cédée, moyennant
-42.000 écus, à la maison royale de Saint-Cyr, en se réservant la coupe
-et l’exploitation des arbres à haute futaie, estimés 150.000 livres.
-Enfin, d’après Dangeau, «la grande duchesse» (de Toscane), avait
-«acheté à vie» au duc de Richelieu, son hôtel de la Place Royale[118]:
-elle lui en avait donné 80.000 livres et lui avait laissé, en outre,
-la jouissance, pendant deux ans, de la maison qu’elle avait louée
-également Place Royale.
-
- [117] BUVAT: _Journal de la Régence_, t. I, p. 430.--_Arch.
- Nation._, Y{48} fº 133 et suiv. _Contrat de vente des
- fiefs et bâtiments du Val de Ruel_, par Sandré, avocat au
- Parlement, comme «tuteur» et «à la charge de l’avis des
- Seigneurs parents dudit duc de Richelieu», avec «promesse de
- ratification de celui-ci dès qu’il sera majeur». Cette vente
- était au profit des créanciers du Cardinal, probablement
- parce que son arrière-petit-neveu ne pouvait plus en payer
- les rentes. La vente était faite devant lui «demeurant
- d’ordinaire à la Place Royale», mais «alors dans son hôtel
- de Saint-Germain-en-Laye».--Ce domaine du Val Ruel était
- considérable; mais il ne faut pas le confondre avec la
- «Seigneurie» de Ruel, son château, demeure favorite du
- Cardinal, et ses fameux jardins, le tout appartenant à la
- branche Du Plessis Vignerot d’Aiguillon qui en était encore
- possesseur sous le Directoire.
-
- [118] Ce dut être une vente simulée ou à réméré; car nous
- retrouvons, treize ans après, Richelieu propriétaire de l’hôtel
- de la Place Royale.
-
-Le séjour de Richelieu était donc devenu pour le gentilhomme endetté
-une nécessité budgétaire--nécessité au surplus fort agréable; car le
-château était une pure merveille; et le Cardinal, qui l’avait relevé de
-ses ruines, dans une ville créée par lui, comme pour être le satellite
-de cet astre grandiose, l’avait doté d’un domaine considérable.
-
-Voltaire, qui voyageait alors de château en château, venait précisément
-de s’arrêter à Richelieu, trop heureux d’y commencer auprès du
-propriétaire ce service d’adulation qu’il devait continuer jusqu’à la
-fin de ses jours. Il ne tarissait pas en éloges sur l’œuvre du ministre
-de Louis XIII: «Je suis actuellement, écrit-il à Thieriot, dans le
-plus beau château de France. Il n’y a point de prince en Europe qui
-ait de si belles statues antiques et en si grand nombre. Tout se
-ressent ici de la grandeur du cardinal de Richelieu. La ville est bâtie
-comme la Place Royale. Le château est immense; mais ce qui m’en plaît
-davantage, c’est M. le duc de Richelieu que j’aime avec une tendresse
-infinie[119].»
-
- [119] VOLTAIRE: _Correspondance générale._ Lettre du 25.....
- 1720.
-
-Que les destins sont changeants! Ce château que La Fontaine, lui
-aussi, avait tant célébré dans ses lettres à sa femme, n’existe plus
-aujourd’hui qu’à l’état de souvenir; et la ville, que le bonhomme avait
-condamnée à une fin prochaine, est encore debout, tout en ayant à peu
-près conservé le caractère architectural que lui avait imposé son
-fondateur[120].
-
- [120] Cependant les Jumilhac, qui ont pu, en raison de
- leur parenté, être substitués aux noms, titres et biens de
- Richelieu, se sont donné pour mission de réédifier le château
- avec ses dépendances: cette noble tâche se poursuit à l’heure
- présente (1914). Dans un livre de belle allure (_En flânant_,
- 1913), M. André Hallays a publié une intéressante monographie
- sur la ville et le château de Richelieu.
-
-Mais il ne semble pas que Richelieu ait été fort pressé d’aller se
-confiner dans «le plus beau château de France». Souple, gracieux,
-insinuant, il fit jouer toutes ses influences pour obtenir de nouveaux
-délais. Le Régent, chez qui la rancune n’était pas tenace, se laissait
-facilement attendrir. Au commencement de décembre, le solliciteur
-eut la permission de venir à Paris, mais avec l’interdiction de se
-présenter devant le duc d’Orléans et le roi[121]. Cette double faveur
-lui était rendue quelques jours après; il avait ainsi recouvré sa
-pleine et entière liberté[122].
-
- [121] _Journal_ de DANGEAU, p. 178 (9 décembre).
-
- [122] _Ibid._, p. 184 (15 décembre).
-
-Il put donc assister, comme le raconte Rulhière, au mariage de Mlle de
-Valois; et il dut également profiter de son retour définitif à Paris,
-pour remédier au délabrement de sa fortune, mais autrement qu’il ne
-l’eût fait en son château du Poitou. Le «système» de Law bouleversait
-alors l’économie financière de la France, et l’agiotage qu’il
-favorisait déséquilibrait les cerveaux les mieux organisés. Richelieu
-qui, nous le savons, était un joueur effréné, vit dans ces alternances
-de hausse et de baisse une occasion inespérée de se remettre à flot. Il
-spécula sans relâche et réussit, à l’exemple d’ailleurs d’autres grands
-seigneurs et même de princes de la maison de Bourbon[123]. L’un d’eux,
-qui suivait de près ces opérations, rencontre, un jour, Richelieu au
-foyer de la Comédie et l’interpelle:
-
- [123] CAPEFIGUE: _Le Maréchal de Richelieu_ (1857, p. 47): «les
- pamphlets du temps le placent dans l’armée des agioteurs.»
-
---«Gagnez-vous beaucoup à tous ces papiers?
-
-RICHELIEU: «Pas encore; mais il y a apparence que nous y gagnerons par
-la suite.
-
-LE PRINCE: «Voilà bien le discours d’un homme qui a été trois fois à la
-Bastille.
-
-RICHELIEU: «Et vous, Monseigneur, qui n’y avez pas été encore, qu’en
-pensez-vous[124]?»
-
- [124] _Journal_, _Mémoires_, etc., de MARAIS (1863), t. I, p.
- 269.
-
-Ce dialogue prouve, de reste, l’extrême prudence d’un «homme» qui
-tenait à ne pas divulguer ses bénéfices de joueur et surtout à ne pas
-retourner une quatrième fois à la Bastille. Mais, ce qui paraîtra
-incroyable, c’est que ce même «homme» si fat, si indiscret, si...
-indélicat--pour atténuer un terme d’argot moderne--avec les femmes,
-évitait maintenant de trop afficher ses bonnes fortunes.
-
-Ce sont les nouvellistes, toujours à l’affût des échos mondains ou des
-petits scandales du jour, qui colportent, quand ils ne les inventent
-pas, les anecdotes galantes de Richelieu.
-
-«On prétend, dit le _Journal_ de Marais, en juillet, que Mlle de
-Charolais a épousé le duc dans la chapelle de Vincennes, après avoir
-adressé les sommations d’usage à Mme la Princesse, sa grand-mère.»
-Quelques jours après, le mariage est confirmé. Et, dans un salon, un
-fils de Saint-Simon ne va-t-il pas s’écrier étourdiment: «La voilà
-bien malheureuse d’avoir épousé un duc et un pair! Mlle de Valois ne
-vient-elle pas d’épouser un gentilhomme de campagne?»
-
-Le manuscrit[125], que nous avons déjà cité, de la Bibliothèque de la
-Ville de Paris, affirme, lui aussi, la consécration du mariage, en
-l’enjolivant de détails non moins suspects--pour ne pas dire absolument
-faux--que les faits qui l’ont précédée. Le duc de Bourbon, persistant
-dans ses intentions premières, aurait menacé Richelieu de volées de
-bois vert et de coups d’épée, s’il continuait à fréquenter sa sœur.
-Le destinataire n’en avait pris nul souci. Il avait même recueilli
-Mlle de Charolais, grosse de trois mois et l’aurait épousée dans un
-village à une demi-lieue de Paris, sans autre témoin qu’une vieille
-femme de chambre. Le duc de Bourbon eut beau jeter feu et flammes: sa
-colère était impuissante, Mlle de Charolais ayant dépassé vingt-cinq
-ans, l’âge de la majorité légale. Il se vit donc forcé de reconnaître
-Richelieu pour beau-frère. Il y consentit, mais à la condition que sa
-sœur continuerait à porter son nom de fille et que son mariage ne
-serait déclaré qu’après sa mort[126].
-
- [125] _Bibliothèque de la Ville de Paris._ Manuscrit 6691.
-
- [126] MARAIS (_Journal_, 1863, t. I, p. 326) prête ce mot au
- duc de Bourbon morigénant sa sœur: «Encore, si vous épousiez
- un gentilhomme!»--Et Marais part de là pour établir en deux
- longues pages que, si des princesses de la maison de Bourbon
- (et il les cite) épousèrent des gens de qualité, «la noblesse
- des Vignerot est équivoque».
-
-Est-il plus absurde roman? Quel prêtre aurait osé bénir, quatorze ans
-plus tard, l’union d’un bigame avec Mlle de Guise, Mlle de Charolais
-étant toujours vivante?
-
-Au reste, si celle-ci eût été réellement la femme légitime de
-Richelieu, lui eût-elle écrit, à cette même date (juillet-août 1720),
-la lettre suivante, dont M. de Lescure garantit l’authenticité? Elle
-répugne à l’idée que Richelieu va se marier (sans doute quelque projet
-en l’air) et elle ajoute:
-
- ... «Je vous prie de me mander si vos cheveux sont assez longs pour
- faire un bracelet, et de les faire croître s’ils ne le sont pas. Je
- me jette dans la galanterie. Je vais faire faire des chiffres de
- diamant pour orner ce bracelet. Je voudrais que ce fût le vôtre et
- le mien; mais des _R_ et des _C_ seraient trop clairs. On me les
- ferait brûler au bras par la main du bourreau; et je ne me sens pas
- encore le goût du martyre, ni la fermeté de saint Laurent. Ainsi,
- cherchez-moi dans vos noms de baptême quelque lettre qui soit à
- couvert de l’insulte.»
-
-Cet échange de jolis cadeaux qui rappelle le temps et les coutumes
-de la chevalerie, est plus admissible que l’extraordinaire voyage
-de Richelieu en Italie, sur le désir de Mlle de Valois, devenue
-duchesse de Modène. Faur raconte, avec quel luxe de détails, cette
-randonnée ultramontaine, où l’on voit l’amoureux seigneur, travesti
-en porte-balle, pénétrer dans le palais ducal pour tomber aux pieds
-de sa belle maîtresse et lui offrir tout à la fois ses livres et son
-cœur[127].
-
- [127] Les _Mémoires secrets_ de DUCLOS, publiés pour la
- première fois, en 1791, disent (tome II, p. 383) que Richelieu,
- lors de son voyage en Italie, n’osa pas approcher de Modène.
-
-Certes, ces déguisements, auxquels excellait Richelieu, sont bien dans
-la note du temps; mais d’autres «galanteries»--pour nous servir de
-l’expression louis-quatorzième de Mlle de Charolais--amusaient alors le
-raffiné libertin qu’était Richelieu. Et ces «galanteries» ne sont pas
-les rêves d’un cerveau romanesque: elles appartiennent à l’histoire de
-l’art et des mœurs au XVIIIe siècle.
-
-La Palatine, quand elle rend compte, le 31 mars 1719, de l’arrestation
-du «gnome», dit qu’il a fait peindre toutes ses maîtresses revêtues des
-costumes des divers ordres religieux, Mlle de Charolais en récollette
-et «parfaitement ressemblante», les Maréchales de Villars et d’Estrées
-en habit de capucines.
-
-De son côté, M. Sensier, dans ses notes et commentaires sur le journal
-de Rosalba Carriera, l’illustre peintre du commencement du XVIIIe
-siècle[128], ajoute que Mme de Parabère en carmélite, Mme de Villeroy
-en récollette et Mlle de Charolais en capucine, figuraient dans cette
-galerie monastique, qu’avait imaginée Richelieu pour commémorer, par un
-voluptueux sacrilège, les charmes voilés de ses nobles maîtresses.
-
- [128] _Journal de Rosalba Carriera_, 1865, pp. 348-349.
-
-Or, à cette époque, s’il faut en croire la chronique scandaleuse,
-des grands seigneurs organisèrent des fêtes orgiaques, où, déguisés
-en moines de différents ordres, ils menaient le bal avec des filles
-d’opéra, travesties en nonnes de toutes communautés. L’archevêque de
-Paris, averti d’un tel scandale, porta plainte au lieutenant de police,
-qui menaça ces religieuses de contrebande de les jeter à l’Hôpital,
-tondues et en «robe de pénitence» pour tout de bon, le jour où elles
-recommenceraient leur mascarade. Et l’on peut se demander si celle-ci
-ne donna pas l’idée de sa galerie monastique à Richelieu, ou ne fut, au
-contraire, qu’une mise en scène, très élargie, de l’idée libertine du
-jeune duc.
-
-En tout cas, qu’est devenue cette collection qui serait aujourd’hui
-d’un prix inestimable? Vainement nous en avons cherché la trace dans le
-catalogue de la vente Richelieu qui fut publié trois mois après la mort
-du Maréchal. La description des tableaux, dessins, estampes, etc...
-est, dans certaines parties, donnée en termes si vagues, qu’il serait
-bien difficile d’en déduire telle ou telle identification.
-
-Peut-être cette collection avait-elle été saisie, détruite ou
-dispersée, lorsque Richelieu avait été conduit pour la troisième fois
-à la Bastille. Ce qui paraît hors de doute, c’est que le seul portrait
-qu’on en connaisse est celui de Mlle de Charolais en récollette,
-actuellement au Musée de Versailles. La princesse est représentée
-portant une besace, et dans une attitude mélancolique, près d’un
-monument offrant une lointaine ressemblance avec la Bastille. Voltaire
-avait accompagné ce portrait du quatrain célèbre:
-
- Frère Ange de Charolois
- Dis nous par quelle aventure
- Le cordon de Saint-François
- Sert à Vénus de ceinture.
-
-Cette œuvre n’est certainement pas de la Rosalba; car si l’artiste vint
-en France dans le courant de l’année 1719--date probable du portrait
-dont l’auteur anonyme est resté inconnu--elle ne travailla qu’en
-1720-1721 pour Mlle de Charolais. Son journal, d’ailleurs, en fait foi.
-Capefigue, dans sa Biographie-Panégyrique de Richelieu, prétend que le
-tableau de Versailles est de Rigaud, ce qui n’est guère admissible.
-
-Ces questions de date, dont se préoccupaient fort peu nos pères, ne
-laissent pas cependant que de devenir irritantes pour l’historien
-soucieux de fixer exactement le jour ou l’année des événements qui
-constituent la trame de son sujet. Ainsi le portrait de «Récollette»
-ou «Cordelière», signalé par Madame dans sa lettre du 31 mars 1719 (la
-Palatine, elle au moins, ne les oublie pas les dates), peut très bien
-avoir été exécuté en 1718, et même en 1717, époque à laquelle commença
-la liaison de Richelieu avec Mlle de Charolais.
-
-On n’est pas mieux renseigné sur le séjour dans le château du Poitou,
-signalé par la lettre de Voltaire à Thieriot. La date qu’en donne le
-poète (le samedi 25..... 1720) est tellement imprécise qu’elle laisse
-le champ ouvert à toutes les hypothèses. Risquons la nôtre. Il est
-vraisemblable qu’en raison d’habitudes seigneuriales ayant aujourd’hui
-encore force de loi, le duc reprit la vie de château dans les
-premiers jours de l’automne de 1720[129]. Or, le marquis de Dangeau,
-l’historiographe, doyen de l’Académie française, mourut le 9 septembre
-de cette même année[130]. Nul autre qu’un courtisan qualifié ne pouvait
-le remplacer dignement et lequel était mieux désigné pour un tel office
-que ce grand seigneur, arrière-petit-neveu du fondateur de l’Académie,
-si poli, si aimable, si séduisant, type accompli de l’honnête homme?
-Richelieu dut vraisemblablement être pressenti à cet égard par
-quelques-uns de ses futurs collègues; et il n’est pas improbable que
-son hôte, Voltaire, alors fort occupé à terminer son ennuyeux poème de
-la Henriade, ait été consulté par le châtelain sur l’opportunité de
-son entrée à l’Académie et du langage qu’il y pourrait tenir. Toujours
-est-il que Richelieu s’y présenta et qu’il y fut élu à l’unanimité, le
-14 novembre, avec l’abbé de Roquette de burlesque mémoire[131].
-
- [129] Marais dit, dans son _Journal_, que Richelieu alla
- rejoindre, au mois d’août, son régiment dans la ville d’Oloron
- en Béarn.
-
- [130] _Mercure de France_, de septembre 1720.
-
- [131] _Ibid._, de novembre 1720.
-
-Le récipiendaire avait confié la composition du discours traditionnel
-à trois de ses confrères, Fontenelle, Destouches et Campistron, qui,
-de ce fait, devinrent ses «teinturiers», ainsi qu’on appelait et qu’on
-appelle encore les fabricants de littérature à l’usage des gens trop
-occupés ou trop empêchés pour rédiger eux-mêmes leurs futurs ouvrages.
-Fontenelle, Destouches et Campistron écrivirent donc, chacun,
-séparément, une harangue académique, où Richelieu n’eut que la peine
-de cueillir les passages qu’il jugeait les plus topiques et de les
-assembler en mosaïque pour sa réception solennelle du 12 décembre[132].
-
- [132] _Journal_ de MARAIS, t. II, p. 17.
-
-Le «compliment» dont l’abbé Gédoyn, directeur de l’Académie, salua le
-récipiendaire, amusa fort l’assistance. Il le félicita de n’avoir pas
-oublié son rang pour réaliser «des gains sordides». Et quand un autre
-Immortel, le duc de la Force, qui venait, par spéculation, d’accaparer
-les épices et la chandelle, s’empressa de son mieux auprès du nouvel
-élu, celui-ci lui répondit que tout l’honneur de la séance devait
-revenir à M. Gédoyn «qui avait merveilleusement caractérisé tout le
-monde». La Force en fit une laide grimace[133].
-
- [133] _Journal_ de BARBIER (1857, 8 vol.), t. I., p. 90.
-
-S’il en fut ainsi, le bon abbé perdit là une excellente occasion de se
-taire: ignorait-il donc les coups de bourse qui avaient tiré d’affaire
-le duc de Richelieu?
-
-Le discours du nouvel académicien fut trouvé très beau: «quoique fort
-court, il plut par la dignité, la liberté, la grâce avec laquelle
-il fut récité[134].» Richelieu y faisait l’éloge de Villars et le
-panégyrique de Louis XIV. Il fut chaleureusement applaudi, surtout
-par les dames qui assistaient en nombre à cette solennité. Et les
-chroniqueurs ajoutent qu’il reçut, le même jour, «trois billets de
-rendez-vous» de Mlle de Charolais et des duchesses de Duras et de
-Villeroy.
-
- [134] _Mercure de France_, de décembre 1720.--On s’est beaucoup
- amusé de l’orthographe de Richelieu; et Ludovic Lalanne qui
- eut entre les mains le manuscrit autographe de son discours
- académique, y relève (_Curiosités littéraires_, 1857, p. 280),
- des fautes telles que _reigne_ pour règne; _seint_ pour sein;
- _flambau_ pour flambeau; _dérangassent_ pour dérangeassent;
- _court_ pour cour; _rendus_ pour rendu; _accez_ pour accès;
- _pront_ pour prompt; _pris_ pour prix; _crétien_ pour chrétien;
- _antier_ pour entier. Et il ajoute «Au moins il avait composé
- lui-même ce discours.» Nous savons maintenant ce qu’il en faut
- croire; quant à l’orthographe, dont les règles échappaient
- quelquefois à Voltaire lui-même, il est certain que Richelieu
- ne l’observait guère, mais nous avons vu de ses autographes
- beaucoup moins incorrects que son discours académique.
-
-Son entrée à l’Académie, bien qu’il n’eût pas encore atteint la
-majorité légale, lui conférait en quelque sorte la robe virile: hélas!
-il s’en fallait de tout qu’il fût assagi.
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII
-
- _Nouvelles aventures de Richelieu.--Mme de Villeroy et Mme
- d’Alincourt.--Comment Richelieu se venge du Régent.--Duel avec
- le duc de Bourbon.--Une légende dorée.--Mlle de Maupin n’a pu
- être la maîtresse de Richelieu.--Le duel de Mmes de Nesle et de
- Polignac.--Amitié de Richelieu pour le duc de Melun._
-
-
-Dans la vie galante de Richelieu, la période de cinq ans, qui suivit sa
-majorité, fut assurément la plus féconde en aventures de toutes sortes,
-en conquêtes brillantes, en rapts scandaleux, en noires trahisons. Cet
-amoureux perpétuel avait des grâces d’état: il menait six intrigues
-de front. Si, en vertu de ce dicton, qu’on ne prête qu’aux riches,
-des spéculations de librairie ont attribué à Richelieu plus de bonnes
-fortunes, chaque jour, que ses capacités physiologiques, si grandes
-fussent-elles, ne lui permettaient d’en prétendre, les témoignages
-contemporains sont trop nombreux et trop précis pour qu’il soit
-possible de mettre en doute les fréquentes prouesses de celui que la
-Palatine appelait rageusement la «coqueluche de toutes les femmes».
-
-A Dieu ne plaise que nous nous attardions à énumérer ses victimes;
-le terme est exact, car il est bien peu de ces femmes qui n’eurent
-pas à souffrir de l’indifférence, de la vanité, de l’indiscrétion,
-de la perfidie de ce bourreau des cœurs. Nous n’en nommerons que
-quelques-unes dont l’Histoire doit connaître, ne fût-ce que pour mieux
-fixer une figure aux aspects parfois si fuyants.
-
-Quoique ait pu en écrire Charles Giraud[135], indigné des insinuations
-malveillantes du Président Hénault[136] contre la Maréchale de Villars,
-Richelieu respecta fort peu les lauriers de l’illustre soldat qui
-l’avait mené au baptême du feu. Mais, si les courtisans parlèrent à
-mots couverts de cette erreur de la charmante duchesse, ils firent
-grand bruit autour de l’attentat commis contre la marquise d’Alincourt.
-Mme de Villeroy, la belle-sœur de cette dame, s’était si fort
-amourachée de Richelieu, qu’oubliant toute pudeur, elle avait consenti
-à souper, _in naturalibus_, avec lui et avec les amis de son amant.
-
- [135] Charles GIRAUD: _La Maréchale de Villars et son temps_,
- 1881.
-
- [136] _Mémoires_ du Président HÉNAULT (1855).--Il était des
- amis de la Maréchale et «y vivait beaucoup». Voici le passage
- incriminé par Giraud: «Sa maison (celle de la duchesse) fut
- toujours remplie de la meilleure compagnie. C’était une
- attention qu’elle avait toujours eue toute sa vie et qui la
- garantit de la dégradation de ses galanteries.»
-
-Richelieu, suivant sa tactique familière, délaissa bientôt Mme de
-Villeroy. Mais cette amoureuse passionnée n’eut de cesse que l’infidèle
-lui revînt. Il daigna y consentir, à la condition toutefois qu’elle
-lui livrerait la marquise d’Alincourt, dont la réputation de sagesse
-avait singulièrement stimulé l’audace du libertin. Mme de Villeroy s’y
-engagea; et certain jour que, se promenant avec sa belle-sœur dans les
-jardins de Versailles, elle vit fondre sur la proie offerte le comte
-de Riom et Richelieu, elle saisit les mains de Mme d’Alincourt; mais
-celle-ci se débattit si énergiquement, en appelant à l’aide, qu’on
-accourut à ses cris[137]. L’anecdote a été rapportée par plusieurs
-mémorialistes; mais Rulhière, bien qu’il raconte l’histoire d’un
-souper où Mme de Villeroy avait imposé la présence de Richelieu à sa
-belle-sœur, Rulhière nie qu’elle ait tenu les mains de Mme d’Alincourt:
-il imagine, par contre, un joli roman dans lequel la marquise, restée
-subitement seule avec Richelieu, finit par céder à l’irrésistible
-séducteur et «sortit pleine de trouble, de jalousie et de remords,
-pour aller chanter pouilles à Mme de Villeroy». Depuis, elle ne voulut
-revoir de sa vie son vainqueur. Mais l’aventure avait fait du bruit; et
-Richelieu ne demandait pas autre chose[138].
-
- [137] _Correspondance_ de MADAME (édit. Jœglé), t. II, p.
- 359, 6 août 1722.--La Palatine appelle Riom, cet amant de
- la duchesse de Berry, «un ondin»--toujours l’imagination
- romantique de l’allemande.
-
- [138] _Anecdotes_ de RULHIÈRE, p. 24.
-
-Il avait, en outre, un compte à régler avec le duc d’Orléans. Il ne
-pouvait lui pardonner le mariage de Mlle de Valois et résolut de se
-venger du prince sur un terrain où il ne doutait pas qu’il n’eût
-toujours l’avantage. Il entreprit donc la conquête des maîtresses du
-Régent. Celui-ci, bien qu’il se plaignît volontiers de rencontrer
-sans cesse Richelieu sur ses pas, était de trop bonne composition en
-matière d’amour, pour chercher à se débarrasser, par la violence,
-d’un rival qui avait prudemment renoncé à s’occuper des affaires de
-l’État. Richelieu, sachant toutefois qu’il agacerait au possible son
-ennemi sans en éprouver le ressentiment, usa des mille ressources de
-son esprit inventif et astucieux, pour parvenir à ses fins. Un jour,
-il faisait donner, dans la maison d’Auteuil du chanteur Thévenard,
-une fête villageoise, en l’honneur de la Souris, une fille d’Opéra
-chère au duc d’Orléans; et, la nuit même, au milieu du bal, après le
-feu d’artifice, il enlevait la sémillante comédienne sur un phaéton
-qui filait à toutes brides sur Paris. Une autre fois, c’était Mme
-d’Averne[139], la maîtresse en titre du Régent, qui, sous prétexte
-de migraine, déclinait une invitation du prince, pour condamner sa
-porte et souper avec Richelieu. Actrices, bourgeoises et femmes
-de qualité, amies du chef de l’État, ne suffirent bientôt plus au
-grand seigneur vindicatif pour satisfaire sa rancune. Il s’attaqua,
-de nouveau, à la famille même du Régent, s’il faut ajouter foi aux
-chroniques contemporaines. Reçu dans l’intimité de la duchesse de
-Berry, aux soupers licencieux du Luxembourg, il aurait eu une passade
-avec cette fille du duc d’Orléans, qui n’en était plus, à vrai dire,
-à compter ses caprices: «Nous nous aimâmes vingt-quatre heures,
-par curiosité», disait-il[140]. Sa liaison avec une autre fille du
-Régent, cette névrosée qui fut abbesse de Chelles, n’aurait pas été,
-paraît-il, de plus longue durée. Mais en admettant que sa vantardise
-et son indiscrétion coutumières fussent d’accord avec la vérité, il
-n’aggravait que trop leur jactance par des propos qui étaient autant
-d’infâmes calomnies: «Le duc d’Orléans, prétendait-il, fermait les yeux
-sur les faiblesses de ses filles, content de les partager.»
-
- [139] _Anecdotes_ de RULHIÈRE, p. 26.--MARAIS (_Journal_, t.
- II, p. 368) écrit à cette même date (1722) que Mme D’Averne
- ne craint pas de se montrer tous les jours à l’Opéra avec
- Richelieu.
-
- [140] La duchesse de Berry «aima Richelieu pour son plaisir»,
- disent les _Mémoires_ de MAUREPAS (t. II, p. 154).
-
-Le duc de Bourbon était moins accommodant: il avait toujours
-l’appréhension de voir Richelieu entrer dans sa maison et n’épargnait
-pas au gentilhomme, plus ambitieux encore qu’amoureux, des algarades
-significatives. Le _Journal_ de Buvat en cite une dans ces termes:
-
- 6 mai 1721.
-
- «M. le duc de Bourbon étant à Chantilly à la chasse avec plusieurs
- seigneurs, s’écarta d’eux avec M. le duc de Richelieu, qu’il obligea
- de mettre l’épée à la main en lui disant:
-
- --«Richelieu, il y a longtemps que je t’en veux; c’est à cette heure
- qu’il faut m’en faire raison.»
-
- «Le duc, étonné, lui dit:
-
- --«Monseigneur, je sais le respect que je vous dois; ainsi je ne suis
- pas homme à me battre contre vous.»
-
- «Mais, se voyant pressé du prince, il se mit en défense, de sorte
- qu’il le blessa de trois coups; puis, ayant crié au secours du
- prince, on le porta dans son lit où il fut pansé de ses blessures; et
- le lendemain, il avoua qu’il avait prié le duc de Richelieu de mettre
- l’épée à la main[141].»
-
- [141] BUVAT: _Journal de la Régence_, t. II, p. 244.
-
-La version du _Journal_ de Barbier est sensiblement la même. Le duc de
-Bourbon manifestait hautement son intention de tuer son adversaire.
-Richelieu se laissa piquer la main, estimant que ces quelques
-gouttelettes du sang suffiraient à l’animosité du prince. Mais celui-ci
-persistant dans ses intentions homicides, Richelieu, pour ne pas
-être le mauvais marchand de sa modération, blessa le duc de Bourbon
-au ventre. Et le bruit se répandit que le maître de Chantilly, déjà
-malade, venait de subir une rechute.
-
-«Tout le monde dit aussi, ajoute le narrateur, que l’esprit de M. le
-Duc est un peu dérangé depuis quelques jours. Le changement n’est pas
-grand; car il en avait très peu auparavant et du mauvais[142].»
-
- [142] BARBIER: _Journal_ (1857, 8 vol.), t. I, p. 128, mai 1721.
-
-Et c’était cet homme-là qui, trois ans plus tard, après la mort du
-Régent, devait gouverner la France, autrement dit la pressurer, la
-piller, l’affamer avec la complicité de sa maîtresse, la marquise de
-Prie et d’autres flibustiers de même appétit!
-
-Quant à Mlle de Charolais, elle avait déjà pris son parti d’une
-situation sans issue, d’autant que les infidélités, toujours
-renaissantes, de Richelieu l’autorisaient à lui rendre la pareille.
-Et elle ne s’en priva certes pas. C’était, nous le savons, une
-femme d’esprit: aussi aimait-elle à répéter qu’elle avait «voyagé
-de Richelieu à Melun et de Melun en Bavière» désignant ainsi, par
-des noms de ville ou de principauté, ceux des amants qu’elle s’était
-successivement donnés[143].
-
- [143] MARAIS: _Journal_, t. II, p. 301.
-
-Pour en finir avec la _Légende dorée_ qui s’est créée autour du _Don
-Juan_ du XVIIIe siècle, nous répéterons une fois de plus qu’il ne faut
-accepter qu’avec une extrême circonspection certaines anecdotes dont
-elle amuse la crédulité de ses admirateurs. Au souffle du raisonnement,
-ces jolies historiettes s’évanouissent comme les bulles de savon, aux
-reflets irisés, que la moindre brise réduit en impalpable poussière.
-
-Prenons un exemple. Il s’agit des prétendues amours de Richelieu avec
-Mlle de Maupin, cette actrice-cavalière de l’Opéra, de si belle force
-à l’épée qu’elle mettait en fuite trois spadassins croisant le fer
-contre elle. Des nouvellistes contemporains ont raconté, et l’érudit
-M. Boysse après eux[144], que Richelieu avait quinze ans à peine quand
-il s’éprit de cette amazone. Or, pour en obtenir les faveurs, il lui
-manquait la forte somme. Mais, comme il était déjà décoré de l’Ordre
-du Saint-Esprit et qu’il en possédait l’insigne tout constellé de
-brillants, il s’empressa de le porter chez un prêteur sur gages; d’où
-ce couplet qui courut la Cour et la Ville:
-
- [144] BOYSSE: _Les abonnés de l’Opéra_, 1881.
-
- Judas vendit Jésus-Christ
- Et s’en pendit de rage.
- Richelieu, plus fin que lui,
- N’a mis que le Saint-Esprit
- En gage, en gage, en gage.
-
-L’anecdote est piquante; malheureusement elle est invraisemblable. La
-Maupin (ses biographes sont là pour le dire[145]) entrait en religion
-dans le courant de l’année 1705 et mourait en 1707. Or, à ces deux
-époques, Richelieu-Fronsac avait neuf et onze ans. Et, si précoce qu’il
-fût, il n’est guère admissible qu’à cet âge il eût conquis tout à la
-fois l’ordre du Saint-Esprit et le cœur de Mlle de Maupin.
-
- [145] LE TAINTURIER-FRADIN: _La Maupin_, 1904, pp. 283-287.
-
-Et la meilleure preuve qu’il n’avait pas alors le «Cordon bleu», c’est
-qu’il n’en fut décoré que le 1er janvier 1728, «avec dispense», note
-le Maréchal de Villars. Autrement dit, quoiqu’il ne fût pas encore
-officiellement reçu, Richelieu était autorisé à porter les insignes
-de l’Ordre du Saint-Esprit: c’était la récompense, justement méritée,
-des services qu’il avait rendus à l’État, en qualité d’ambassadeur
-extraordinaire de France à la Cour de Vienne[146].
-
- [146] VILLARS: _Mémoires_ (édit. de Vogüé), t. V, p. 114.
-
-Bien mieux; en présence de certaines affirmations contradictoires,
-on pourrait lui contester un de ses plus beaux titres de gloire, si
-tant est qu’on doive donner ce nom au duel, resté classique, de Mmes
-de Nesle et de Polignac, courant, au bois de Boulogne, se disputer,
-le pistolet au poing, les faveurs de Richelieu. Toutes deux tirent
-à la fois. Mme de Nesle tombe sans connaissance. Et Mme de Polignac
-d’insulter sa rivale abattue. Celle-ci, par bonheur, n’était que très
-légèrement blessée. Quand elle sortit de son évanouissement, elle était
-toute fière d’avoir versé son sang pour Richelieu, «fils aîné de Vénus
-et de Mars».
-
-Eh bien! un mémorialiste dépossède ce demi-dieu de son auréole au
-profit d’un Soubise.
-
---«C’est pour le marquis d’Alincourt, dit un autre chroniqueur, que
-Mmes de Nesle et de Polignac se mesurèrent en champ clos.»
-
-Mais l’amour n’occupait pas toujours à lui seul le cœur de Richelieu.
-L’amitié y trouvait encore place; et nous notons d’autant plus
-volontiers le fait, que ce grand seigneur ne passa jamais pour une
-âme tendre et sensible. Égoïste et sec, comme tous les orgueilleux,
-il ne pensait qu’à lui, qu’à ses plaisirs, qu’à ses satisfactions
-d’amour-propre. De cette époque, cependant, date l’attention qu’il
-voulut bien accorder à Voltaire, attention dont une longue habitude
-fit une sorte d’affection. Mais, en même temps, il avait voué au duc
-de Melun une profonde amitié qu’attendait une cruelle épreuve. En
-effet, dans le courant de juillet 1724, pendant qu’il séjournait, avec
-Voltaire, à Forges, la station balnéaire à la mode, il apprit la mort
-tragique de M. de Melun, porté à terre d’un coup d’andouiller par un
-cerf furieux. Voltaire écrit que Richelieu s’en montra désespéré et dut
-interrompre sa saison d’eaux[147].
-
- [147] VOLTAIRE: _Correspondance_. Lettres, en août 1724, à la
- Présidente de Bernières et à Thieriot.
-
- Richelieu semble avoir suivi pendant quelques années la saison
- de Forges, bien que ce fût pour lui un «triste lieu». Dans une
- publication du baron Jérôme Pichon: _Vie de Charles Henry,
- Comte de Hoym, ambassadeur de Saxe-Pologne en France_ (Paris,
- 1880, 2 vol.) nous trouvons, au t. II, une lettre de Richelieu
- à ce diplomate, lettre datée de Paris, 6 août 1723, et rédigée
- en termes assez crus, où le duc, qui s’est rencontré, avec
- son correspondant, _à la Cardinale_, une des trois sources de
- Forges, lui annonce son départ, le lendemain 7 août, pour son
- château de Richelieu. Il lui donne en même temps des nouvelles,
- politiques et mondaines, de Paris.
-
-
-
-
-CHAPITRE IX
-
- _Le duc de Richelieu prend séance, comme pair, au Parlement.--Le
- duc de Bourbon l’envoie en ambassade à Vienne.--Fanfarinet:
- couplets satiriques.--Instructions du gouvernement français au
- nouveau diplomate.--Richelieu doit miner l’influence espagnole à
- Vienne.--Prompt départ de l’aventurier Ripperda.--Embarras financiers
- de Richelieu: son «entrée» à Vienne.--Son activité: ses succès plus
- ou moins discutés en matière de diplomatie galante._
-
-
-Le 6 mars 1721, quatre mois après son élection à l’Académie Française,
-Richelieu siégeait, comme pair, au Parlement. Il éblouit l’Assemblée
-par son faste: il portait des vêtements de drap d’or dont l’aune
-revenait à 260 livres. «Il ressemblait à l’Amour[148]»; ce fut encore
-un jour de fête pour les dames. Mais, déjà, il ne lui suffisait plus
-d’en être l’oracle et l’idole; il aspirait à jouer, parmi les hommes,
-un des premiers rôles sur la scène politique: ambition que légitimaient
-son nom et son rang. Malheureusement, la prévention du Régent contre
-cet ancien conspirateur, si repenti qu’il fût, lui barrait la route.
-Néanmoins, il fut nommé gouverneur de Cognac en 1722; mais son esprit
-satirique, ayant commenté un peu trop vivement des «nouvelles de Cour»,
-indisposa de nouveau contre lui le duc d’Orléans, qui lui fit défendre
-de paraître au sacre de Louis XV[149].
-
- [148] MARAIS: _Journal_, t. II, 6 mars 1721.
-
- [149] _Biographie universelle de_ MICHAUD. (Article Maréchal de
- Richelieu, par DUROZOIR.)--En effet, nous n’avons pas trouvé
- son nom parmi ceux des personnages que signalent les relations
- officielles.
-
-Lorsque, après la mort du Régent, le duc de Bourbon fut appelé à le
-remplacer auprès du roi, on put croire un instant que sa rancune
-personnelle allait servir, avec usure, les «injures du duc d’Orléans».
-Il n’en fut rien: une femme avait passé. La marquise de Prie, qui
-s’était laissée prendre au charme de Richelieu, fit obtenir l’ambassade
-de Vienne, en mai 1724, à cet amant de passage. Celui-ci inaugurait
-ainsi sa nouvelle manière: à ses yeux, la femme doublait maintenant
-de valeur: elle n’était plus seulement une source de plaisir; elle
-devenait un instrument de crédit et de faveur.
-
-Le choix de ce courtisan pour le plus élevé des postes diplomatiques,
-choix que ne justifiaient, chez son bénéficiaire, ni la science,
-ni l’expérience des affaires, causa bien des déceptions, partant
-bien des colères. Et, comme toujours, l’opinion publique se
-vengea par des épigrammes: elle appela Richelieu l’ambassadeur
-_Fanfarinet_[150]--sobriquet emprunté aux contes de fées et visant un
-homme «plus propre à l’amour qu’à la politique».
-
- [150] MARAIS: _Journal_, t. II, mai 1724.
-
-La malignité de ses contemporains devait le poursuivre jusqu’à l’heure
-de son départ pour Vienne. Soucieux de donner au duc de Bourbon et
-surtout à Mme de Prie une preuve de sa reconnaissance, il était allé,
-en personne, avec MM. de Brancas et de La Feuillade au Parlement, où
-se jugeait, pour la plus grande joie de la favorite, le procès du
-secrétaire d’État Le Blanc, injustement accusé de péculat. Mais, devant
-la réprobation générale, ces gentilshommes cessèrent d’assister aux
-séances[151]: ce qui n’empêcha pas Richelieu de recevoir ce nouveau
-brocard:
-
- [151] Maréchal de VILLARS: _Mémoires_ (édit. Marquis de Vogüé),
- t. IV, p. 304.--LEMONTEY: _Histoire de la Régence_, t. II, p.
- 208.
-
- Vignerot, le grand-père,
- Était ménétrier.
- Celui-ci dégénère,
- Étant de tout métier,
- Étourdi politique,
- Galant ambassadeur,
- D’Arouet protecteur[152].
-
- [152] MAUREPAS: _Mémoires_ (4 vol., 1792), t. II, p. 44. Ces
- _Mémoires_ sortent de l’officine de Soulavie; mais il est
- établi qu’ils ont été composés presque uniquement avec des
- pièces officielles.
-
-En effet, Richelieu avait proposé à Voltaire (Arouet) de l’accompagner
-à Vienne, sans doute comme secrétaire intime; mais le poète avait eu la
-sagesse de décliner cet honneur.
-
-L’événement devait donner tort au couplet satirique. L’apprenti
-diplomate fut assurément «galant ambassadeur», mais il ne fut pas
-«étourdi politique». Il accomplit sa mission avec beaucoup de tact, de
-souplesse et de dignité. Il fit grande figure; et la France lui dut de
-notables avantages. Il réparait ainsi les fautes du complice d’Alberoni.
-
-Les instructions qu’avait reçues Richelieu avant son départ et que
-le duc de Bourbon avait dictées au marquis de Chavigny comportaient
-entr’autres recommandations:
-
- «L’ambassadeur de Sa Majesté devra traiter le baron de Ripperda
- (ambassadeur extraordinaire d’Espagne) avec toutes sortes de
- politesses et d’égards, de manière qu’il puisse paraître qu’on n’a
- aucun mécontentement de ce qui se passe aujourd’hui... Il devra
- employer toutes sortes de moyens pour savoir s’il n’a pas été signé
- de traité secret entre l’Autriche et l’Espagne... Il devra s’entendre
- en toutes ses démarches avec l’ambassadeur de Sa Majesté Britannique
- et agir en toutes choses de concert avec lui.»
-
-Quoique petit-fils de Louis XIV, le roi d’Espagne, Philippe V, avait
-répudié complètement sa première patrie, la France. L’avortement de
-la conspiration de Cellamare, le retour à Madrid de l’Infante que
-son père considérait déjà comme la femme de Louis XV, avaient mis
-le comble à l’exaspération d’un monarque, dont le cerveau, depuis
-longtemps débilité, avait subi les atteintes de la folie. Aussi, par
-esprit de rancune, Philippe V envoyait-il à Vienne, pour y conclure
-un traité, plutôt hostile à la France, un diplomate de fortune, le
-baron de Ripperda, jadis colonel au service de la Hollande et naguère
-créature du cardinal Alberoni. A peine débarqué, ce bravache avait
-promis à l’empereur Charles VI la «restitution» de l’Alsace, des
-Trois Evêchés, de la Bourgogne et de la Flandre. Le pacte signé, le
-30 avril 1725, entre l’Autriche et l’Espagne, témoignait de visées
-moins ambitieuses, qui suffisaient à mettre en repos l’âme inquiète
-de l’empereur Charles VI[153]. Car ce prince était, lui aussi, un
-mélancolique, d’humeur chagrine et de nature dévote, qui n’avait
-qu’une préoccupation, assurer à ses filles et surtout à Marie-Thérèse,
-la succession impériale. Or Philippe V reconnaissait ce droit conféré à
-l’archiduchesse par la _Pragmatique Sanction_. Au mépris des intérêts
-maritimes de l’Angleterre, de la France et de la Hollande, il ouvrait
-à l’Autriche les ports des Pays-Bas et ratifiait la concession faite
-par l’Empereur, le 19 octobre 1722, à une Compagnie commerciale d’un
-établissement à Ostende. Il ne recevait, à titre de réciprocité, que
-d’assez maigres compensations. Charles VI lui laissait espérer la
-reprise de Minorque et de Gibraltar.
-
- [153] Charles VI, ancien compétiteur de Philippe V à la
- Couronne d’Espagne, pendant la _Guerre de Succession_, était
- empereur d’Autriche et d’Allemagne depuis 1711.
-
-Nous savons quelle était en cette occurrence la mission de Richelieu.
-Certes, le représentant de Louis XV était le plus courtois et le plus
-poli des gentilshommes; mais il avait une fierté naturelle qu’avivait
-encore le souci de ses prérogatives officielles; et le sentiment,
-qu’il conserva, jusqu’à la fin de ses jours, du prestige de l’autorité
-royale, était devenu le régulateur de sa conduite.
-
-Il quittait Paris sous le coup de graves embarras financiers. Les
-bénéfices, que ses spéculations lui avaient permis de réaliser pendant
-les grands jours du «Système» de Law, s’étaient depuis longtemps
-volatilisés. Son train de maison et ses folles dépenses l’obligèrent à
-contracter des emprunts onéreux; et, pour ne pas être harcelé, à son
-départ, par la meute de ses créanciers, il dut obtenir «des lettres de
-répit», c’est-à-dire le droit de faire suspendre, jusqu’à son retour
-définitif, toute action judiciaire qui lui serait intentée.
-
-Arrivé à Vienne, le 8 juillet 1725, il ne tarda pas à reconnaître
-ce qu’était ce baron de Ripperda qu’on lui recommandait si fort de
-ménager. Il n’eut pas l’air tout d’abord de se préoccuper des menues
-faveurs que la Cour réservait à cet aventurier; mais, d’après certaine
-légende[154], un jour que celui-ci s’avisait de vouloir prendre le pas
-sur l’ambassadeur de France, Richelieu le repoussait d’un coup de coude
-si vigoureux que Ripperda en perdait l’équilibre.
-
- [154] Légende que contredisent absolument les _Mémoires
- authentiques_ de Richelieu. Conformément à ses instructions, le
- duc montra toujours beaucoup d’égards vis-à-vis de Ripperda; il
- ne lui laissait jamais prendre le pas, mais, d’un trottoir à
- l’autre, échangeait avec lui de grands coups de chapeau.
-
-L’entrée officielle d’un ambassadeur dans la Capitale de l’État où il
-devait représenter son souverain, en affirmait trop, à cette époque,
-l’auguste et solennel caractère, pour que Richelieu n’entourât pas
-la sienne de tout l’éclat qu’elle comportait. La Cour de Vienne la
-retarda autant qu’elle put; mais l’orgueil donnait à cet esprit léger
-qu’était Richelieu une sorte de ténacité capable de triompher de tous
-les obstacles. Et l’Empereur ne trouva bientôt plus le moindre prétexte
-pour ajourner l’entrée de l’ambassadeur extraordinaire de France, fixée
-au 7 novembre.
-
-Elle fut magnifique. En tête, des coureurs habillés de velours galonné
-d’argent; puis cinquante valets de pied, en riches costumes et l’épée
-d’argent au côté; douze heiduques, portant des masses d’argent, douze
-pages, etc. L’ambassadeur, dans la tenue des pairs au Parlement,
-occupait un superbe carrosse orné de figures symboliques; des ordres
-avaient été donnés pour que les fers d’argent des chevaux pussent se
-détacher facilement. Et la foule se ruait sur cette aubaine inespérée,
-comme elle le fit plus tard sur des tables chargées de victuailles,
-dans le palais de l’ambassade, où tous les appartements étaient restés
-ouverts.
-
-Ripperda se le tint pour dit et regagnait quinze jours après l’Espagne.
-La disgrâce[155] du duc de Bourbon, accueillie avec joie à Vienne,
-ne modifia pas la politique du Cabinet de Versailles. L’évêque de
-Fréjus, Fleury, le nouveau ministre, fit confirmer à Richelieu les
-instructions de son prédécesseur par Morville, secrétaire d’État aux
-affaires étrangères. Notre ambassadeur devait continuer à surveiller
-de près les menées de l’Espagne et s’entendre, dans ce but, non plus
-seulement avec son collègue de la Grande-Bretagne, mais encore avec le
-Nonce. Ardent comme un homme de son âge (on lui reprochait assez sa
-jeunesse!), conscient des haines qui guettaient le porte-paroles de la
-France (et le Prince Eugène, malgré son affectation de politesse, en
-était le plus irréductible ennemi!), Richelieu eût voulu qu’on parlât
-haut à l’Autriche, pour la désabuser de l’idée qu’elle se faisait de
-la faiblesse du Gouvernement français. Mais Fleury, toujours timoré,
-prêchait au diplomate la patience et surtout la prudence.
-
- [155] Une coïncidence des plus piquantes veut que Ripperda,
- retourné en Espagne pour y continuer, avec l’assentiment de
- la Reine, son métier de brouillon, nommé depuis duc et Grand
- d’Espagne, fut chassé de la Cour, le jour même où le duc de
- Bourbon tombait en disgrâce. Il était devenu aussi impopulaire
- que ce prince.
-
-En attendant, il ne lui envoyait pas les subsides qu’il lui avait
-promis; car si l’argent est le nerf de la guerre, il est aussi le
-nerf de la paix; et bien que l’Empereur d’Autriche fût beaucoup
-moins belliqueux que la reine d’Espagne, il était sage de prévoir
-et d’encourager, dans certains cercles politiques de Vienne, les
-défaillances, possibles, de convictions trop éloignées d’une solution
-pacifique.
-
-Or, Richelieu était à bout de ressources; il ne lui restait plus que
-ses diamants: il dut les mettre en gage. C’était un peu son habitude;
-et ces prêts se terminaient infailliblement par des conflits, soit
-que le créancier exigeât, à l’heure du remboursement, des intérêts
-usuraires, soit que le débiteur se refusât à tout accommodement
-raisonnable. Déjà, en 1721, il insistait auprès du lieutenant de police
-Taschereau de Baudry, pour que ce magistrat «parlât fortement» à un
-certain Rapally qui détenait les «boucles de diamant» de Richelieu et
-se refusait à les rendre à leur légitime propriétaire. Il fallut, pour
-obtenir cette restitution, que Baudry fît incarcérer Rapally[156].
-
- [156] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_,
- 10730 (dossier Dagenois).
-
-Maintenant c’est un autre prêteur sur gages que l’ambassadeur signale
-à la vindicte du nouveau lieutenant de police, Hérault; et la lettre
-mérite d’être citée, car elle appelle l’attention sur le commerce
-interlope, si fréquent au XVIIIe siècle, de ces brocanteurs qui, même
-largement désintéressés, imaginaient mille subterfuges pour ne pas se
-dessaisir des gages dont ils étaient nantis.
-
- «A Vienne, le 2e novembre 1726.
-
- «J’ai appris, Monsieur, avec bien de la reconnaissance, la bonté que
- vous avez bien voulu avoir d’écouter le Sr De Vienne, capitaine
- de mon régiment et de parler au Sr Krom, comme il fallait, pour
- l’empêcher de me voler mes diamants. Je vous supplie de vouloir bien
- me continuer vos mêmes bontés, sans quoi cette affaire ne finira
- jamais, le Sr Krom étant assurément un fripon. On m’a mandé qu’il
- se flattait d’avoir la protection d’un de vos secrétaires, ce qui
- je sais bien qu’avec vous ne sera d’aucune utilité, connaissant vos
- lumières et sachant bien que vous faites tout par vous-même. C’est ce
- qui fait que je vous en avertis librement, cet avis pouvant même vous
- être utile dans l’accablement d’affaires où vous êtes et où il vous
- est impossible de prendre garde à tout. Mais à la façon dont vous
- avez parlé au Sr Krom, il devrait bien voir que, quand il aurait fait
- cette petite intrigue, cela ne lui servirait pas de grand’chose avec
- un magistrat aussi intègre et aussi éclairé que vous.
-
- «Je vous supplie d’être persuadé qu’on ne peut être, avec un
- attachement plus sincère, Monsieur, votre très humble et très
- obéissant serviteur[157].
-
- Le duc de Richelieu.»
-
- [157] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_,
- 10927, pp. 290-291.
-
-Vraisemblablement, Richelieu, ayant enfin reçu les soixante mille
-livres que Fleury lui annonçait depuis si longtemps, avait remboursé
-ses emprunts et n’avait encore rien vu revenir.
-
-Ce fut à cette époque que commencèrent effectivement les négociations
-entre Richelieu et le comte de Zinzendorff, chancelier de l’Empire.
-Leur but apparent, c’était la médiation de Charles VI, dont, à vrai
-dire, ce prince ne se souciait guère, entre la France et l’Espagne;
-mais leur but réel, du moins aux yeux de l’ambassadeur français,
-c’était la conclusion, par ses soins, d’un traité, barrant une alliance
-trop étroite de Charles VI avec Philippe V, alliance qui pouvait
-favoriser la reconstitution de cette formidable puissance de la maison
-d’Autriche, jadis si inquiétante pour la France.
-
-Au cours de ces pourparlers, Richelieu dépensa une somme de travail
-considérable: son activité infatigable ne connaissait plus de repos.
-Sa correspondance diplomatique en témoigne. Mais il ne négligeait pas
-non plus d’autres moyens d’action qui lui étaient depuis longtemps
-familiers et dont il entendait tirer le meilleur parti. Déjà (du moins
-les _Mémoires_ de Soulavie l’assurent), avant le départ de Ripperda,
-grâce à la comtesse Bathiany, qui n’avait rien su refuser à Richelieu
-et que courtisait vainement le Prince Eugène, le galant diplomate
-avait pu pénétrer les secrets de cet illustre guerrier et même de
-l’Empire. Mais, ici, les _Souvenirs_ du prince de Ligne lui opposent un
-démenti formel, par la plume même du Prince Eugène, qui écrit dans son
-autobiographie[158]:
-
- [158] _Mémoires du Prince de Ligne_ (_Vie du Prince Eugène_),
- t. V, pp. 179-180 (5 vol., 1827).
-
-Le duc de Richelieu «était aimable, bien fait, séduisant et d’une jolie
-fatuité. Par une double finesse de sa part, de politique et d’amour, il
-voulut, il crut avoir Mme de Bathiany... Cela nous amusait beaucoup.
-Le désir d’une aventure d’éclat nous le rendait tous les jours
-plus agréable. Il n’eut ni la femme, ni le secret; mais nous étions
-enchantés de son redoublement de soins pour nous plaire.»
-
-Il dut, sans nul doute, subir, de ce côté, une double déception; car il
-dit, dans les _Mémoires_ de Soulavie, avoir quitté la comtesse Bathiany
-pour la princesse de Lichtenstein, fort jolie femme, liée avec tous les
-ministres de Charles VI, qu’il avait éblouie, par sa magnificence, dans
-une course de traîneaux. Mais, cette fois, pour ne pas la compromettre,
-il se rendait chez elle, la nuit, à pied, en rasant les murailles. Il
-entrait mystérieusement, par une porte dérobée, et recueillait, dans un
-délicieux boudoir où l’amour et la politique n’avaient plus de secrets
-pour lui, les plus utiles renseignements. Si l’Empereur, disait la
-Princesse, réunit autant de troupes, ce n’est pas qu’il ait l’intention
-de partir en guerre: il veut simplement intimider la France; et
-celle-ci ferait bien d’armer, elle aussi, pour prouver qu’elle ne
-redoute aucun acte d’hostilité.
-
-Avec Villars, nous serrons de plus près la réalité. Le Maréchal, qui
-devait à ses glorieux faits d’armes d’occuper une place éminente dans
-le Conseil, avait en communication les dépêches[159] (et elles étaient
-nombreuses) que l’ambassadeur de France adressait au Gouvernement,
-pendant l’année 1726. Richelieu se vantait d’avoir acheté d’un commis
-aux affaires étrangères le chiffre de Zinzendorff, par conséquent de
-connaître la teneur des lettres du Ministre. Villars, sans vouloir
-prétendre que Richelieu fût un naïf, fait observer à ses collègues, que
-le commis a bien pu «agir, du consentement de son maître, pour tromper,
-par de fausses apparences» le diplomate français. Au reste les dépêches
-de l’ambassade reflètent exactement l’état d’âme de ce monarque sombre,
-inquiet, incertain, qui, un jour, (15 février), est «déterminé à la
-guerre» et plus tard (7 novembre) en est absolument «éloigné». Puis,
-Richelieu, qui, pour être un homme charmant, spirituel, aimable, n’en
-est pas moins, à l’occasion, autoritaire, hautain, voire agressif, se
-trouve souvent en conflit avec ses collègues du corps diplomatique.
-Le premier ministre autrichien lui reproche, à tort il est vrai,
-de pousser les Turcs à guerroyer contre l’Empereur. D’autre part,
-Saint-Saphorin, l’ambassadeur d’Angleterre et Richelieu, qui devaient
-marcher de conserve, ne pratiquèrent pas toujours entre eux l’entente
-cordiale.
-
- [159] Bien à tort, Lemontey écrit, dans son _Histoire de la
- Régence_, que ces dépêches sont «insipides». L’ambassadeur
- d’Angleterre, qui se croyait le plus fin des hommes, daignait
- reconnaître la valeur diplomatique de Richelieu.
-
-Villars note avec soin, et d’après les dépêches apportées par le
-courrier de France, tous les incidents de cette vie diplomatique
-si occupée, si agitée[160], et cependant sur le point d’aboutir à
-d’heureux résultats, honorables pour le pays et pour son représentant,
-quand, soudain, éclate cette nouvelle inouïe:
-
- [160] _Mémoires_ de VILLARS (édit. de Vogüé), t. V, _passim_.
-
-La nuit, aux portes de Vienne, dans une carrière abandonnée, s’aidant
-de la complicité de deux seigneurs autrichiens, Richelieu a immolé, au
-cours d’une conjuration magique, deux victimes humaines.
-
-
-
-
-CHAPITRE X
-
- _Prédilection de Richelieu pour la cabale et les opérations
- magiques.--Affaire de satanisme à Vienne: ses différentes
- versions.--Richelieu obtient le chapeau de Cardinal pour
- Fleury.--Succès de sa mission diplomatique.--Son retour en
- France.--Nouvelles imprudences sur le terrain de la galanterie.--Il
- est plus circonspect en politique: la conjuration des
- Marmouzets.--Richelieu conquiert de nouveaux grades dans l’armée et
- «commande pour le roi» en Languedoc._
-
-
-Richelieu, on ne saurait trop le répéter, est bien l’homme de son
-siècle. S’il affiche, comme tant d’autres de ses contemporains, les
-pratiques extérieures du Culte, parce que la démonstration contraire
-serait nuisible aux intérêts de l’État et d’un mauvais exemple aux
-yeux des gens de bonne compagnie, il est foncièrement athée, impie,
-libertin dans le sens que ce terme comportait au XVIIe siècle. Mais
-s’il ne croyait pas à Dieu, il croyait au Diable, différent en cela de
-son ami Voltaire, qui ne croyait, ni à l’un, ni à l’autre, bien qu’il
-pratiquât, lui aussi, dans le temple «élevé à Dieu par Voltaire»,
-comme il l’avait si modestement écrit sur le fronton de sa chapelle
-seigneuriale.
-
-Richelieu était de l’école du Régent. Il adorait la chimie, cherchait
-la pierre philosophale, se plaisait aux calculs de l’astrologie
-judiciaire et ne dédaignait pas les conjurations magiques. Il n’y
-voyait, disait-il, qu’un simple amusement, et parfois même les taxait
-de pures folies. Mais il les avait toujours suivies avec le plus vif
-intérêt, quand Mlle de Valois les interrogeait sur l’avenir réservé
-à ses amours, ou quand Mlle de Séry, maîtresse du Régent, prétendait
-avoir vu dans un verre d’eau la tête de son amant ceinte de la couronne
-royale.
-
-Ces diverses particularités étaient connues de tous: aussi personne ne
-parut-il autrement surpris, quand la _Quintessence_ et le _Journal de
-Leyde_, deux feuilles des Provinces-Unies, révélèrent, avec les détails
-qu’exige un fait-divers d’une telle envergure, le crime effroyable
-imputé au duc de Richelieu[161].
-
- [161] Richelieu s’en montra très affecté. Il écrivait, en
- février 1727, à Chavigny, un de ses collègues: «Je suis
- extrêmement peiné de la calomnie qu’on fait imprimer contre moi
- et de la façon dont on l’a débitée: je donnerais tout au monde
- pour connaître l’auteur qui a donné aux gazettes l’occasion de
- cette impertinence.» (SOULAVIE: _Mémoires de Richelieu_, t. V,
- p. 232.)
-
- La sienne, à lui, Richelieu devait lui attirer, à ce propos,
- une réplique assez désobligeante de Chirac, médecin du roi,
- qui s’était rencontré avec lui chez le duc de Sully, alors
- gravement malade. Richelieu proposait pour la guérison un
- remède d’empirique, tandis que Chirac insistait pour la
- saignée, «le seul parti à prendre»; autrement «M. le duc n’en
- pourrait réchapper sans un miracle».
-
- --Raison de plus pour employer mon remède, fit alors Richelieu,
- non sans appuyer sa proposition d’une sortie virulente contre
- les médecins, si bien que Chirac, exaspéré, lui cria:
-
- --Parbleu, je sais bien que vous croyez aux esprits follets et
- non pas aux miracles.
-
- «Dont M. de Richelieu, dit le chroniqueur qui conte l’anecdote
- (BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_, 10159,
- 16 février 1729), se tint insulté, avec raison, suivant tout
- Paris, l’allusion à ses folies de la Cour de Vienne étant trop
- bien marquée et caractérisée.»
-
-Nous avouons que ce récit nous a trouvé tout à fait incrédule, même
-quand il est rapporté par Duclos qui semble absolument convaincu. Il
-est vrai qu’il exécrait Richelieu. Mais nous ne saurions passer sous
-silence sa version, non plus que celle de Barbier qui, pour être plus
-romanesque, se termine sur un moins tragique dénouement. La voici:
-
-En compagnie de l’abbé de Zinzendorff, fils du Chancelier, et de
-Westerloo, capitaine des hallebardiers de l’Empereur, Richelieu s’était
-rendu au fond d’une carrière pour y voir le diable. Deux cordeliers,
-qu’ils avaient emmenés, célébrèrent une messe et donnèrent l’hostie
-consacrée à deux boucs, l’un blanc et l’autre noir. En fait de diable,
-les curieux ne virent que le nonce qui les surprit en pleine cérémonie
-et fit expédier les moines à l’Inquisition, pendant que l’Empereur
-écrivait au roi de France[162].
-
- [162] _Journal_ de Barbier, t. II, page 8.--L’inspecteur de
- la librairie, d’Hemery, dit dans ses _Anecdotes_ (Biblioth.
- Nationale, Mss. fonds français 22158, p. 100) que Richelieu,
- après avoir donné à un bouc une hostie consacrée, l’avait fait
- égorger par un prêtre.
-
-D’après Duclos, un magicien avait persuadé aux jeunes seigneurs qu’il
-leur montrerait le diable, au fond de cette mystérieuse carrière où
-les avait conduits leur crédulité. Cet homme était un Arménien qui fut
-trouvé, le lendemain, grièvement blessé et rendit presque aussitôt
-le dernier soupir: «C’était apparemment, écrit Duclos, le prétendu
-magicien que ces messieurs, aussi barbares que dupes, et honteux
-de l’avoir été, venaient d’immoler à leur dépit. Les ouvriers (qui
-l’avaient relevé) craignant d’être pris pour complices, s’enfuirent
-aussitôt et allèrent faire la déclaration de ce qu’ils avaient vu.»
-
-L’affaire fut étouffée, affirme notre historien. Le chancelier avait
-tout intérêt à cette solution: il attendait pour son fils la promotion
-au cardinalat. Il écrivit, en outre, à Fleury, pour qu’il traitât
-d’infâmes calomnies les imputations dirigées contre son ambassadeur.
-Et Fleury de s’y prêter le plus complaisamment du monde. Seul,
-Westerloo[163] paya pour tous: il fut privé de son emploi et mourut
-dans l’obscurité.
-
- [163] DUCLOS: _Mémoires_ (1864), t. II, pp. 242 et suiv.
-
-Les Mémoires du prince de Ligne disculpent Richelieu de l’accusation
-portée contre lui; mais ils affirment à tort, que «le cardinal de
-Fleury le fit rappeler ridiculement pour de prétendues conjurations du
-diable dans un jardin de Leopoldstadt[164]».
-
- [164] _Mémoires du Prince de Ligne_ (1827), t. V, p. 179
- (autobiographie du Prince Eugène). Dans ses _Souvenirs et
- Portraits_ (1815), pp. 21 et suiv., le duc de Lévis donne cette
- version, qu’il estime la véritable, que Richelieu sacrifia
- un cheval blanc à la lune. Il constate, d’ailleurs, l’esprit
- superstitieux du Maréchal, qui refusa d’aller faire sa cour au
- fils aîné de Louis XVI, qu’il savait condamné par Maloet à une
- mort prochaine: il croyait fermement aux esprits.
-
-Si le premier ministre de France avait enfin obtenu le chapeau, il
-n’ignorait pas qu’il en devait presque tout l’honneur aux pressantes
-sollicitations de Richelieu; et celui-ci pouvait, à juste raison, s’en
-féliciter dans ce billet du 2 septembre 1726:
-
-«Je n’ai le temps que de vous écrire ces mots, ne pouvant retarder un
-moment la bonne nouvelle que j’envoie au Roi du consentement que j’ai
-enfin arraché à l’Empereur à la promotion de M. de Fréjus. Je l’ai
-envoyée hier à Rome, par un courrier extraordinaire, au cardinal de
-Polignac (son ami)... Je suis au comble de la joie de cette affaire,
-car je puis vous dire, sans me vanter, que je l’ai conduite adroitement
-et que je crois que l’on m’en aura quelque obligation[165].»
-
- [165] _Bulletin du bibliophile_, année 1882, p. 421. On croit
- que ce billet était adressé à Voltaire.--Fleury n’oublia jamais
- le service rendu; mais, déjà, un an auparavant, le 29 août
- 1725, s’en référant à Morville, il complimentait Richelieu sur
- ses succès diplomatiques qui, disait-il, avaient établi sa
- réputation en deux mois. Fleury le comparait même à... Tacite.
-
-D’ailleurs, Richelieu arrivant, non sans succès, au terme de sa
-mission, il eût été injuste et cruel de lui en retirer la gloire,
-d’autant que son prétendu crime était loin d’être prouvé.
-
-Déjà, au début de son ambassade, il avait préparé les éléments de ce
-traité de Hanovre (3 septembre 1725)[166] qui réunissait, dans une
-alliance défensive contre l’Autriche et l’Espagne, l’Angleterre, la
-France et la Prusse, soucieuses surtout d’empêcher la reconstitution
-de l’empire de Charles-Quint, autrement dit de maintenir l’équilibre
-européen. Il est vrai que, le 6 août 1726, la Russie, et qu’en
-mars 1727, la Prusse, à qui l’Empereur a promis certains avantages
-territoriaux, font cause commune avec l’Autriche et l’Espagne. Par
-contre, la Hollande, la Suède et le Danemark se rangent du côté de
-l’Angleterre et de la France[167].
-
- [166] Le traité de Hanovre, écrit M. Jean Dureng (_Mission de
- Théodore de Chavignard de Chavigny en Allemagne_ (septembre
- 1726, octobre 1731) _d’après ses Mémoires inédits_, 1912, p.
- 8), le traité de Hanovre eut, comme suite, «la reconstitution»
- par Chavigny «d’un parti hostile à l’Empereur, dépendant de
- la France»; et l’éditeur ajoute: «L’affaiblissement et même
- la rupture des liens qui attachaient l’Empire à l’Empereur»
- sont les principes qui ne cessèrent d’inspirer la diplomatie
- française jusques et y compris la Révolution et Napoléon Ier.»
-
- [167] H. CARRÉ: _Histoire de France au XVIIIe siècle_ (édition
- Lavisse).--JOBEZ: _La France sous Louis XV_ (1864-1873, 6 vol.)
- tome II.
-
-Un commencement d’hostilités, l’attaque de Gibraltar par l’Espagne,
-peut, un instant, faire appréhender une conflagration générale. Mais le
-traité de Vienne du 13 mai 1727 débarrasse l’horizon politique de ses
-nuages. Tout danger de guerre est momentanément écarté: l’alliance de
-l’Espagne et de l’Autriche, que devait fortifier le mariage, projeté,
-de don Carlos, le second fils de Philippe V, avec Marie-Thérèse, est
-désavouée par l’Empereur; et le privilège de la compagnie commerciale
-d’Ostende est révoqué. Cette œuvre de pacification avait été savamment
-conduite, il est vrai, par Fleury; mais Richelieu ne l’en avait pas
-moins adroitement amorcée; et la réconciliation était complète, en août
-1727, comme le dit l’historien Henri Martin, entre les deux branches de
-la maison de Bourbon[168].
-
- [168] _Mémoires_ de VILLARS, t. V.--A maintes reprises, le
- Maréchal ne se fit pas faute d’interroger Richelieu sur divers
- incidents de sa campagne diplomatique; et les _Mémoires_
- du vainqueur de Denain, en 1730, enregistrent certaines
- déclarations de l’ambassadeur, auxquelles la véracité de
- Villars donne un cachet d’authenticité. Richelieu ne lui
- avait-il pas affirmé le fait, d’ailleurs certifié par
- Fonseca, ambassadeur d’Autriche à Versailles, que l’Empereur
- aurait rétrocédé Luxembourg et d’autres places fortes à
- Louis XV, comme gage d’alliance avec la France, si le roi
- Très-Chrétien lui avait garanti le bénéfice de la _Pragmatique
- Sanction_, c’est-à-dire de la succession à l’Empire pour
- les archiduchesses d’Autriche? Or, le cardinal Fleury avait
- déclaré, en plein Conseil, que, si le chancelier Zinzendorff
- avait consenti ces propositions à la France, il avait été
- désavoué depuis par l’Empereur. Bien mieux, en 1732, le Garde
- des Sceaux avait soutenu à Villars que Richelieu n’avait
- jamais signalé au premier ministre le dessein formé par
- Charles VI de marier l’aînée des archiduchesses à Don Carlos.
- Et précisément l’ancien ambassadeur avait présenté à Villars
- la copie de ses dépêches témoignant du désir de l’Empereur de
- conclure cette union; aussi, le Maréchal estimait-il comme
- «la pire des fautes, aussi honteuse que dangereuse», de
- n’avoir pas assuré «l’Empire et tous les biens de la maison
- d’Autriche à la troisième branche de la maison de Bourbon».
- Une note de l’éditeur des _Mémoires_ de Villars ajoute: «En
- effet il est question dans la Correspondance de Richelieu,
- en 1725, de négociations secrètes entre l’Autriche et
- l’Espagne pour le mariage du deuxième fils de Philippe V avec
- l’archiduchesse Marie-Thérèse. Si elles ont réellement existé,
- elles étaient inspirées par une pensée hostile à la France
- et la secrète espérance de reconstituer contre elle l’empire
- de Charles-Quint, mais avec un Bourbon. Villars fut toujours
- convaincu que l’offre était sérieuse et que l’affaire avait
- manqué par la faute de Fleury.»
-
-Aussi le jeune négociateur reçut-il l’accueil le plus flatteur du roi,
-quand, le 3 juillet 1728, au retour de son ambassade[169], il vint
-«faire sa révérence» à Louis XV, comme le dit Villars; mais, ajoute
-le Maréchal, «on le trouva fort changé[170]». L’ardeur qu’il avait
-apportée à remplir les devoirs de sa mission explique, de reste, cet
-état physiologique; au moins eût-il dû demander au repos prolongé, la
-réparation de ses forces; malheureusement, il retrouvait, à Paris et à
-Versailles, cette vie de plaisir à outrance dont il avait en quelque
-sorte perdu l’habitude à la Cour de Vienne, où l’austérité des mœurs et
-la pratique intense de la dévotion lui donnaient presque des nausées,
-ainsi qu’il l’écrivait au cardinal de Polignac. Mais sa légèreté et son
-inconstance, qui l’entraînaient sans relâche vers de nouvelles amours,
-lui suscitèrent de vives inimitiés chez des femmes dont il avait
-éprouvé, dans le charme d’un adorable commerce intellectuel, la tendre
-et sincère affection. C’est ainsi qu’il avait froissé, à son grand
-dam, cette exquise Mme de Gontaut, avec qui il avait échangé une si
-piquante correspondance[171] pendant son séjour à Vienne. Mais Mme de
-Gontaut avait l’épigramme facile et sanglante, d’autant que la pointe
-en était préalablement aiguisée par Roy, le poète satirique. Quand elle
-vit Fanfarinet (c’était elle qui l’avait ainsi baptisé) s’éloigner
-d’elle en esquissant une de ses pirouettes ordinaires, elle lui décocha
-ce couplet à l’emporte-pièce:
-
- [169] Six mois auparavant, les nouvellistes parisiens
- annonçaient déjà sa prochaine arrivée, «l’Empereur s’inquiétant
- de ses assiduités auprès de l’Impératrice. Il devrait pourtant
- se laisser donner un successeur par lui.» BIBLIOTHÈQUE DE
- L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_, 10158. Nouvelles de café
- (café Joseph), 20 janvier 1728.
-
- [170] Sa santé fut même très compromise l’année suivante,
- s’il faut en croire la lettre dans laquelle Mlle Aïssé
- (_Lettres_, édition E. Asse, 1873) écrivait, en novembre 1729,
- de Pont-de-Veyle, que Richelieu, disait-on, se mourait de la
- rougeole.
-
- D’ailleurs, il eut, dans le cours de sa vie, d’assez fréquentes
- secousses.--Dangeau notait, le 15 novembre 1717: «Le duc de
- Richelieu est assez considérablement malade, on l’a saigné et
- on ne lui a tiré que du pus. Sa grande jeunesse pourra le tirer
- de là.» Et, en effet, le 23, il était hors de danger.» Il est
- donc évident que sa longévité fut, comme celle de Voltaire,
- assez fréquemment contrariée par des accidents plus ou moins
- graves, quoique en aient dit bon nombre de mémorialistes.
-
- [171] On ne trouve aucune trace de ces lettres dans les _Pièces
- inédites sur les règnes de Louis XIV et Louis XV_ signalées
- par notre _Avant-Propos_, publication où Soulavie avait
- réuni, au Tome II, la correspondance des amis de Richelieu
- sur «les intrigues de la Cour de France», avec l’«ambassadeur
- extraordinaire», pendant son séjour à Vienne.
-
- Ton amour n’est que badinage;
- Tes serments sont un persiflage,
- Que tu prodigues, à chaque instant,
- A tout objet qui se présente,
- Sans choix, sans goût, ni sentiment.
- Il te suffit d’en tromper trente.
-
-Ce trait final rappelle le mot du Président Hénault sur Richelieu:
-«L’homme à bonnes fortunes du siècle; il a été le _dompteur de toutes
-les femmes_, au point que l’on a remarqué celles qui lui avaient
-résisté[172].» C’était comme un point d’honneur pour lui de ne point
-rencontrer de cruelles; mais il n’avait pas le sens de l’éclectisme, et
-Mme de Gontaut le lui dit nettement.
-
- [172] _Mémoires_ du Président Hénault (édition Fr. Rousseau,
- 1911), p. 124.
-
-Cette confiance en soi, cette infatuation de son mérite n’ont rien qui
-doive surprendre chez Richelieu. Jamais homme ne fut mieux servi par
-les circonstances, ni plus heureusement doué par la nature. Sa vanité,
-toujours en éveil, formulait à peine un désir qu’elle recevait pleine
-et entière satisfaction. Il mettait, en effet, une sorte de coquetterie
-à rechercher les distinctions honorifiques, sur lesquelles il semblait
-que le grand nom de Richelieu lui donnât comme un droit de préemption.
-En novembre 1732, il se faisait recevoir membre honoraire de l’Académie
-des Sciences. Et nous verrons, par la suite, quel intérêt il prenait à
-toutes les questions de théâtre et d’art, d’histoire et de littérature,
-comment, en dépit de son humeur caustique, autoritaire, parfois même
-brouillonne et tracassière sous les dehors d’une excessive politesse,
-il jugeait sainement de matières qui paraissaient devoir échapper à sa
-compétence.
-
-Il mettait déjà plus de circonspection dans ses agissements politiques
-et, prudemment, se tenait à l’écart de manœuvres que des impatients
-dirigeaient contre le gouvernement du cardinal Fleury. Parmi eux, le
-duc de Gesvres, premier gentilhomme de la Chambre et le duc d’Épernon,
-fils d’un premier mariage de la comtesse de Toulouse, avaient projeté
-de renverser à bref délai le vieux prélat. Admis dans l’intimité
-du roi qu’amusaient leurs boutades contre le ministre, et, croyant
-l’heure propice, ils s’en ouvrirent à Richelieu. Celui-ci leur promit
-le secret; mais, peu séduit par la perspective de reprendre une
-quatrième fois le chemin de la Bastille, il préféra se retirer pour
-quelques semaines dans son château du Poitou. Entre temps, de Gesvres
-et d’Épernon présentaient au roi un mémoire qui était presque un
-acte d’accusation contre Fleury et concluait à sa déchéance. Louis XV
-chargea son premier ministre de la réponse; et les deux chefs de ce
-complot à l’eau de rose, qu’on dénomma ironiquement la _Conjuration des
-Marmouzets_, furent exilés dans leurs terres[173].
-
- [173] JOBEZ: _La France sous Louis XV_, t. III, p. 56.
-
-Cette manifestation anti-ministérielle se produisit en octobre 1730.
-Elle ne fut pas d’ailleurs la seule; mais toutes furent également
-inoffensives. Elles se traduisaient, suivant la mode du temps, en
-épigrammes, en couplets, en parodies tirées des classiques, en
-pamphlets, en «lettres de l’autre monde». L’une d’elles, qui date du 25
-juillet 1732, offre cette particularité qu’elle est adressée au duc de
-Richelieu par son grand-oncle, l’illustre Cardinal, en raison du projet
-qu’on prêtait à Fleury de se faire ériger un mausolée dans l’église de
-la Sorbonne, dont les caveaux devaient être exclusivement réservés à la
-sépulture de Richelieu et de sa famille. Cette missive anonyme, écrite
-«des Champs-Élysées», était tout à la fois un libelle contre Fleury
-«ce petit-fils de laquais», et un panégyrique du neveu par l’oncle. Le
-Cardinal qualifie--délicieux euphémisme!--«d’audacieuses entreprises
-de jeunesse» les folies que l’on sait. «Le jeune duc, dit-il, prodigue
-pour l’honneur de la nation une grande partie des biens qu’il lui a
-laissés. Pénétrant pour ainsi dire dans les plus secrets replis de ce
-fameux conseil aulique, il sert aussi bien son maître à entretenir
-la paix avec cette fière maison d’Autriche, que lui, le Cardinal, a
-servi le sien en abaissant la puissance énorme de cette maison.» Aussi
-l’oncle s’en croit-il autorisé à «déduire ce que le neveu pourra faire
-dans la guerre après ce qu’il lui voit faire dans la paix[174]».
-
- [174] BOISJOURDAIN: _Mélanges historiques, politiques et
- satiriques_, 1807, 3 vol., t. II, p. 125.
-
-L’événement allait justifier le pronostic.
-
-Le succès de son ambassade avait développé, en effet, chez Richelieu le
-germe d’une noble ambition, celle de «servir le roi» comme le disait
-la «lettre du Cardinal», le roi représentant, sous l’ancien régime,
-et l’État, et la France. Or, Richelieu se rappelait qu’il avait fait
-ses premières armes sous Villars, à l’heure où le pays luttait contre
-l’invasion étrangère; et quand la vacance du trône de Pologne, en
-1733, autorisa les revendications de Stanislas Lesczinski, suggérées
-d’ailleurs par son gendre, Louis XV, Richelieu fut le premier à
-conseiller de leur prêter l’appui d’une politique ferme et vigoureuse.
-Aussi fut-il désigné pour prendre part à la démonstration militaire
-qu’allait tenter l’armée du Rhin, commandée par le Maréchal de Berwick.
-Il partit avec le régiment d’infanterie, dont il était colonel par
-commission du 15 mars 1718.
-
-Il avait apporté à ses préparatifs le faste et l’ostentation qui,
-chez lui, étaient presque une seconde nature. Il emmenait, avec le
-personnel que nécessitaient de tels équipages, 30 chevaux pour lui, 72
-mulets transportant ses bagages, et des tentes semblables à celles du
-roi[175]. Villars s’amusa beaucoup de ce déploiement de luxe.
-
- [175] BARBIER: _Journal_, t. II, p. 428.
-
-Richelieu n’en fit pas moins bravement son devoir au siège de Kehl.
-
-Un brevet du 20 février 1734 lui accordait le grade de brigadier
-d’infanterie à cette même armée du Rhin.
-
-Richelieu continua d’y servir en 1735, jusqu’à la paix, époque à
-laquelle il se démit de son régiment.
-
-Puis, en 1738, il était pourvu de la lieutenance-générale du Languedoc,
-au département du Vivarais et du Velay, sur la démission du marquis de
-la Fare; et, le même jour, il recevait sa commission pour «commander,
-au nom du Roi, dans la province».
-
-Avant d’atteindre sa quarantième année, il était donc parvenu au but
-que se proposaient tous les grands seigneurs, ses contemporains; il
-occupait un poste officiel dans le monde administratif, après avoir
-conquis une place honorable dans les rangs de l’armée.
-
-
-
-
-CHAPITRE XI
-
- _Le second mariage de Richelieu.--Voltaire l’a mené comme une
- «comédie».--Richelieu retourne à l’armée: son duel avec le prince
- de Lixin.--Sa femme, la princesse de Guise, est une nature
- d’élite.--Comme elle seconde son mari aux États de Languedoc.--Une
- anecdote du marquis de Valfons.--Richelieu fidèle pendant six
- mois.--L’intrigue avec Mme de la Martellière.--Les cabinets
- particuliers de la Galerie des Tuileries.--Amour passionné de la
- duchesse pour son mari.--Ses derniers moments._
-
-
-Entre deux campagnes, Richelieu avait pris le temps de se remarier.
-
-Ce n’était pas la première fois qu’il envisageait cette éventualité.
-Et même, Mlle de Noailles n’était pas morte de six mois, qu’il jetait
-ses vues sur Mlle de Monaco, sœur de la duchesse de Valentinois.
-«Mais, note le _Journal_ de Dangeau, cela n’a pu s’ajuster, tout est
-rompu[176].»
-
- [176] DANGEAU: _Journal_, t. XVI, 16 mars 1717.--De nos jours,
- un prince de Monaco épousa la veuve d’un duc de Richelieu.
-
-Il est probable que ce parti ne dût pas être le seul qui s’offrît à
-Richelieu pendant les dix-huit années que dura son veuvage; mais les
-annalistes contemporains n’en ont soufflé mot. Nous n’avons trouvé que
-cette indication dans une gazette de café, datée du 20 janvier 1728:
-
-«M. de Senozan (un riche parvenu) veut faire épouser le duc de
-Richelieu à sa fille et promet 20.000 écus à l’intermédiaire qui y
-parviendra[177].»
-
- [177] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_,
- 10158 (manuscrits).
-
-Mais Voltaire avait juré le bonheur de celui qui était déjà son idole,
-avant qu’il devînt «son héros». Il parla, écrivit, s’agita, s’entremit
-avec cette activité qu’il dépensait en toutes choses; et, le 14
-avril 1734, Richelieu se mariait, dans la chapelle de Montjeu, avec
-«Élisabeth-Sophie de Lorraine, fille d’Anne-Marie-Joseph de Lorraine,
-prince de Guise, comte d’Harcourt, marquis de Neufbourg et Montjeu et
-Maria-Louise-Chrétienne de Nasville, princesse de Guise[178]».
-
- [178] _Dictionnaire_ de JAL, p. 1062 (Registres du Temple).
-
-Et, tout fier d’un tel dénouement, l’homme de théâtre qu’était Voltaire
-écrivait à son ami Cideville qu’il avait conduit l’affaire comme une
-intrigue de comédie.
-
-En réalité, la vanité, cette puissante directrice de toutes les actions
-de Richelieu, avait singulièrement contribué à cette union. Si le
-petit-fils des Vignerot, comme ses ennemis se plaisaient encore à
-l’appeler, n’avait pu s’allier, jadis, par Mlle de Valois ou par Mlle
-de Charolais, aux Bourbons, il entrait aujourd’hui dans une maison
-princière, peut-être plus illustre, celle des Guise, puisqu’elle
-prétendait descendre de Charlemagne.
-
-Il faut dire cependant, à l’éloge de Richelieu, que l’orgueil n’avait
-pas, seul, déterminé son choix. Impulsif, ainsi qu’il le fut toute sa
-vie, il s’était pris d’une soudaine passion pour Mlle de Guise, une
-belle personne, un peu fière et presque farouche, jusque-là délaissée,
-car elle n’avait pas de dot. Et très noblement, très galamment, il
-l’avait épousée.
-
-Voltaire n’avait pas eu tort, quand il avait vu dans ce mariage le côté
-théâtre. Huit jours après le «saint nœud», que le poète avait célébré
-dans une épître restée célèbre[179], Richelieu avait dû quitter sa
-femme, rappelé par la reprise des hostilités sur les bords du Rhin. Il
-était de nouveau sous les ordres de Berwick et, parmi ses compagnons
-d’armes, se trouvait un cousin de la duchesse, le prince de Lixin, qui,
-avec son frère, le prince de Pons, avait refusé de signer au contrat de
-sa parente. Le prince de Guise les avait «déshonorés», disaient-ils,
-en donnant sa fille à ce Vignerot qui n’était pas gentilhomme. Or,
-pendant le siège de Philisbourg, un soir que Richelieu, prié à souper
-chez le prince de Conti, s’y rendait, au sortir de la tranchée, sans
-avoir eu le temps de faire disparaître la sueur et la poussière dont il
-était couvert, le prince de Lixin, qui était invité, lui aussi, parut
-s’étonner que le duc ne fût pas encore décrassé, depuis son alliance
-avec les Guise. Cette insolence fut cruellement châtiée. Richelieu
-appela en duel le prince de Lixin et le tua net[180]. Il avait été
-lui-même assez grièvement blessé et le bruit de sa mort avait couru
-avec une telle persistance, que Voltaire, n’écoutant que son amitié,
-était parti pour Philisbourg, acte de pieuse déférence qui lui avait
-été imputé à crime[181].
-
- [179] VOLTAIRE: _Épître à la Duchesse de Guise_ (avril 1734).
-
- [180] BARBIER: _Journal_ (Paris, 8 vol.), t. III, p.
- 464.--NARBONNE: _Journal des règnes de Louis XIV et Louis XV_
- (Paris, 1860), pp. 316-317.
-
- [181] _Lettres de Mme du Châtelet_ (édit. E. Asse, 1878).--Et
- cependant son arrivée au camp, dit DESNOIRESTERRES (_Vie de
- Voltaire_, t. II, p. 45) avait été fêtée par les princes du
- sang, MM. de Conti, de Charolais, de Clermont.
-
-Pour s’être si tardivement remarié, Richelieu avait eu la main
-heureuse.
-
-Mlle de Guise était, en effet, une nature d’élite, qu’exaltait fort
-Voltaire, quoiqu’elle pût porter ombrage à la docte Émilie. C’était,
-comme on disait alors, une «salonnière». Elle avait fait un cours de
-physique dans la salle des machines à la cour de Lorraine; et, certain
-jour, elle avait confondu un prédicateur jésuite qui était un éloquent
-bavard[182].
-
- [182] VOLTAIRE: _Lettre à Fromont_, 25 juin 1735.
-
-Nous avouons que cette virtuosité de conférencière et ces exercices
-de femme savante, si communs au XVIIIe siècle, nous trouvent assez
-froid. Mais ce qui ne saurait nous laisser indifférent, c’est le rôle
-d’associée et de collaboratrice, que la jeune duchesse tint auprès de
-son mari, pendant le peu d’années qu’elle vécut.
-
-Richelieu, ainsi que nous l’avons vu maintes fois, était alors dans
-un état voisin de la gêne; et si la lieutenance-générale du Languedoc
-(il avait tablé sur le commandement de Bretagne) n’était pas une
-compensation suffisante donnée à son amour-propre, elle comportait
-du moins un revenu très appréciable. Pendant son absence, sa femme,
-bien que déjà touchée par le mal qui allait l’emporter, s’employa fort
-activement, de tous côtés, à réaliser les économies nécessaires. Elle
-supprima, à Paris, un train de maison ruineux, loua l’hôtel de la place
-Royale à l’ambassadeur de Naples[183] et vint se fixer à Montpellier,
-siège du gouvernement de son mari[184].
-
- [183] FAUR (_Vie privée_, t. I, p. 330) prétend que ce
- diplomate, avant d’habiter l’hôtel, y fit parquer un troupeau
- de moutons, pendant quelques jours, pour en chasser l’odeur
- de musc, chère à Richelieu.--Même anecdote a été contée pour
- l’Hôtel du Gouvernement à Bordeaux, que le Maréchal occupa
- pendant près de 30 ans.
-
- [184] COMTESSE D’ARMAILLÉ: _La comtesse d’Egmont_ (Paris,
- 1890), p. 3.--Le prince de Dombes était le gouverneur officiel;
- et Richelieu commandait pour le roi, mais il était, de fait, le
- gouverneur de la province; nous lui en conserverons le titre.
-
-Richelieu y prenait une succession difficile. Les catholiques, les
-protestants, les juifs même étaient toujours en état de conflit. Et,
-pour faire tomber le bouillonnement de ces cerveaux surchauffés, le
-représentant du roi dut mettre en jeu toutes les ressources d’une
-diplomatie que lui rendait familière l’adroite et aimable souplesse
-de son esprit insinuant. Les débuts de Richelieu en Languedoc furent
-un coup de maître; et le témoignage précieux d’un contemporain vient
-corroborer une impression qui fut générale. Le marquis de Valfons
-raconte la scène en ces termes:
-
-... «Je menais une vie très retirée, jusqu’au passage du duc de
-Richelieu qui venait commander pour la première fois en Languedoc
-(1739). Il soupa à l’évêché. Je ne voulus pas me mettre à table pour
-être plus à portée de lui faire ma cour. Je l’avais vu à l’armée. Il ne
-cherchait qu’à plaire et y réussissait à coup sûr. Au premier mot que
-je lui dis, son accueil fut charmant; la joie qu’on avait de le voir
-se peignait dans tous les yeux. Il voulut l’augmenter encore par ses
-caresses et sa coquetterie naturelle.
-
---«Vous êtes bien jeune pour ne pas souper, me dit-il.
-
---«Monsieur le duc, lui répondis-je, on soupe tous les jours et les
-instants de se rapprocher de vos bontés sont trop courts.»
-
-«Alors éloignant sa chaise et me faisant placer près de lui:
-
---«Mettez-vous là, je le veux.»
-
-«Et tout de suite, il me fit mille questions. A la fin de souper, il me
-dit: «Vous viendrez à Montpellier m’aider à faire les honneurs d’un bal
-que j’y donne lundi prochain. Mme de Richelieu sera arrivée. Je vous
-présenterai: elle vous recevra bien, car vous ressemblez parfaitement
-au duc de la Trémoïlle qui est son parent et qu’elle aime beaucoup; du
-reste vous ne deviez pas l’ignorer: on a dû vous le dire souvent.»
-
-«Je fus à Montpellier où il me reçut avec bonté et me mena aussitôt à
-la toilette de Mme de Richelieu, qui, de la meilleure foi du monde,
-me prenant pour son cousin, me dit: «Voilà une belle plaisanterie de
-changer de nom et d’uniforme. Eh pourquoi ne m’avez-vous pas dit à
-Paris la galanterie que vous me faites de venir aux États?»
-
-«M. de Richelieu m’accabla de bontés et m’ordonna de n’avoir pas
-d’autre maison que la sienne[185].»
-
- [185] _Souvenirs_ du marquis DE VALFONS, 2me édition, 1906.
- Émile-Paul, pp. 29-30.
-
-Avec une vaillance faisant honneur à sa ténacité, la jeune femme
-supportait les fatigues de cette vie qui la minait; elle puisait
-sa force de résistance dans son amour pour son mari; mais lui, qui
-semblait l’adorer, était-il sincère?
-
-Lorsque Voltaire avait suivi d’un œil attendri la lune de miel d’un
-couple aussi bien assorti--si tant est que son malicieux regard ait
-jamais laissé percer la moindre lueur de sensibilité--il avait fort
-sagement conseillé aux deux époux de ne pas tarir trop vite la coupe
-qui s’offrait à leurs lèvres:
-
- Ne vous aimez pas trop, c’est moi qui vous en prie;
- C’est le plus sûr moyen de vous aimer toujours.
- Il vaut mieux être amis tout le temps de sa vie
- Que d’être amants pour quelques jours.
-
-C’était, comme bien on pense, pour Richelieu que Voltaire parlait,
-Richelieu qui avait juré
-
- D’être toujours fidèle et sage.
-
-Il le fut à peine six mois.
-
-En mars 1735, il eut une aventure qu’il nous paraît intéressant de
-rappeler, non qu’elle soit une des plus brillantes conquêtes de ce
-«dompteur de femmes», mais parce qu’elle montre, sous l’aspect peu
-flatteur d’un professionnel de la défection amoureuse dans ce qu’elle
-a de plus humiliant pour sa victime, l’homme qui se piquait volontiers
-d’être le parangon de la politesse délicate et raffinée en matière de
-galanterie.
-
-Cette anecdote figure dans divers _Souvenirs_ contemporains. Mais
-nous l’empruntons, très modifiée, à une autre source beaucoup moins
-suspecte, la correspondance d’un commissaire de police parisien.
-
-Le duc de Durfort se croit l’unique amant, et, bien entendu, adoré
-d’une femme à la mode, Mme de la Martellière. Mais cette dame s’est
-donnée toute à Richelieu, sans que «le cœur de celui-ci y mette
-rien». Elle promet de souper avec lui, après avoir refusé cette
-faveur à Durfort. Ces deux seigneurs se rencontrent, le lendemain du
-rendez-vous, dans une maison amie. Durfort a la mine toute défaite.
-
---«Qu’as-tu? demande Richelieu.
-
---«Un contre-temps fâcheux n’a pas permis à Mme de la Martellière de me
-recevoir cette nuit.
-
---«Allons donc!
-
---«Pourquoi pas? Vas-tu dire que je fais le petit-maître et qu’elle ne
-m’aime pas?
-
---«Que sais-je? Mais la nuit qu’elle t’a refusée, elle me l’a donnée à
-moi.
-
---«C’est trop fort!
-
---«En veux-tu la preuve? Viens, tel jour, à tel endroit; nous y avons
-pris rendez-vous. On t’ouvrira et tu me trouveras avec elle entre deux
-draps.»
-
-Ce qui fut dit fut fait. Durfort est annoncé; il entre avant que Mme
-de la Martellière ait pu s’évader. Elle se tapit sous la couverture,
-mais Richelieu a la scélératesse de sauter à bas du lit, entraînant
-après lui les draps. Et Durfort a la bassesse de gifler Mme de la
-Martellière[186].
-
- [186] Le Commissaire DUBUISSON: _Lettres au marquis de
- Caumont_ (édition Rouxel, 1882), 31 mars 1735.--_Mélanges_
- de BOISJOURDAIN, t. II, p. 448.--Cette anecdote change de
- face, suivant le narrateur qui en fait le récit. Dans les
- _Nouvelles de Paris_, éditées en 1879, par M. de Barthélemy,
- c’est Mme de la Martellière qui tient tête à ses deux amants:
- «C’est la beauté à la mode; ces jours passés, elle avait donné
- rendez-vous au duc de Richelieu; et le duc de Durfort, l’ayant
- su par une mouche, voulut être aussi de la partie. Mme de la
- Martellière, qui vit l’embarras des deux jeunes seigneurs, leur
- dit: Messieurs, je vois bien que vous êtes embarrassés de me
- voir ici l’un et l’autre; mais que cela ne vous inquiète pas,
- je vous ferai à tous les deux la chouette.»
-
- Faur qui, dans la _Vie privée_, ne mentionne pas l’historiette,
- consacre cependant plusieurs pages à Mme de la Martellière,
- qu’il représente comme une des maîtresses les plus dévouées de
- Richelieu (t. I, pp. 292-316). Faur va même jusqu’à dire que
- le duc, pour la débarrasser de l’autrichien Penterrieder qui
- l’«excédait», le provoqua en duel et le tua, non sans avoir été
- lui-même assez grièvement blessé.
-
-Mais comment qualifier la conduite de Richelieu?
-
-C’est le même homme qui disait à Mme de Goesbriand, une de ses
-maîtresses, le priant de lui envoyer sa voiture au Palais-Royal dans
-la cour des Cuisines: «Je vous conseille, Madame, de rester dans cette
-cour, pour y charmer les marmitons pour qui vous êtes faite. Adieu, ma
-belle enfant.»
-
-Que de contrastes et de contradictions chez ce courtisan exquis,
-devenu, en un tour de main, le pire des goujats!
-
-En 1737, une de ces nouvelles à la main que la lieutenance de police
-commandait ou collectionnait pour son édification particulière, nous
-apprend comment Richelieu mettait à profit les secrètes transformations
-opérées par un des premiers valets de chambre du roi dans les
-dépendances du Palais des Tuileries dont il était le gouverneur.
-
- 7 juin,
-
- «On a inventé un nouveau rendez-vous d’amour, tant pour la commodité
- que pour la discrétion. Plusieurs personnes ont la clef de la galerie
- que M. Bontemps s’est pratiquée, aux Tuileries, sous les voûtes de
- la terrasse et qu’il a fait meubler. On y entre à la nuit fermée et
- l’on y reste jusqu’à dix heures et plus, sans que personne puisse en
- rien imaginer: car on n’y met point de lumières et l’on ne voit que
- la clarté de la lune. M. le prince de Conti et M. le duc de Richelieu
- y vont souvent[187].»
-
- [187] _Bibliothèque de la Ville de Paris_. Manuscrit 26700; à
- la date.
-
-A cette date, d’après le nouvelliste, c’était Mme de Vernouillet, une
-piquante beauté, que le duc daignait honorer de ses plus particulières
-attentions et qui lui valut de malicieux couplets[188].
-
- [188] Les _Nouvelles à la main_, éditées en 1879 par M. E. de
- Barthélemy, attribuent même à Richelieu ce couplet sur Mme de
- Vernouillet:
-
- Pour bien peindre en miniature
- De Vernouillet la figure,
- Il faudrait que la peinture
- Exprimât tout à la fois
- D’une Nymphe le corsage,
- D’une Grâce le visage,
- D’une Muse le langage,
- D’une Sirène la voix.
-
-Ses infidélités ne durent pas être ignorées de sa femme. Il semble que
-Voltaire en ait eu le pressentiment, quand, dans sa fameuse épître, il
-s’écriait assez impertinemment, comme s’il eût prévu le châtiment du
-coupable[189]:
-
- [189] DUC DE LÉVIS: _Souvenirs et Portraits_, 1815, pp. 21 et
- suiv.
-
- Est-il dit qu’il ne sera pas
- Ce qu’il a tant mérité d’être?
-
-Mais Richelieu veillait. Aussi, quand, de son propre aveu, au lendemain
-de son mariage, il vit reparaître cet écuyer qui avait si bien consolé
-sa première femme, le pria-t-il d’aller porter ailleurs ses services.
-
-Mais il n’avait rien à craindre avec Mlle de Guise, trop aimante pour
-ne pas demeurer toujours fidèle. Lorsqu’elle fut irrémédiablement
-perdue, le duc, par décence, resta plus souvent auprès d’elle, à
-l’hôtel de Guise qu’elle habitait, depuis son retour de Montpellier.
-
-Un jour qu’il s’était rencontré dans la chambre de la mourante avec
-son confesseur, le P. Segaud, il dit à sa femme, quand le jésuite l’eut
-quittée:
-
---«Au moins, en êtes-vous contente?
-
---«Oh! oui, bien contente, il ne me défend pas de vous aimer[190].»
-
- [190] VOLTAIRE: _Correspondance_. _Lettre à Formont_ du 25 juin
- 1735.--DUC DE LUYNES: _Mémoires_ ou _Journal_, t. III, p. 224.
-
-A l’heure de l’agonie, elle ne voulut pas qu’on appelât son mari, pour
-lui éviter le déchirement de la séparation suprême; mais il avait donné
-des ordres contraires; et elle eut la consolation de mourir entre ses
-bras, dans l’étreinte d’un dernier baiser (2 août 1740).
-
-Elle laissait deux enfants:
-
-Louis-Antoine-Sophie Du Plessis-Richelieu, titré duc de Fronsac, né le
-4 février 1736[191]; Jeanne-Sophie Élisabeth-Louise-Armande-Septimanie,
-née le 1er mars 1740. C’étaient les États de Languedoc qui l’avaient
-tenue sur les fonts baptismaux et lui avaient donné le nom de
-Septimanie. Sa naissance, à Montpellier, avait hâté la fin de sa mère,
-qui avait succombé à une nouvelle poussée de phtisie galopante, au
-Temple, chez son père.
-
- [191] Le Commissaire Dubuisson écrit à M. de Caumont, en 1736,
- que la duchesse de Richelieu vient d’accoucher d’un garçon,
- que, sans cela, le roi eût envoyé le duc à la Bastille, parce
- que celui-ci s’était permis d’aller chasser, avant lui, sur ses
- propriétés, dans la plaine de Saint-Denis, où il avait tué 7 à
- 800 pièces de gibier.
-
-
-
-
-CHAPITRE XII
-
- _Le deuil de Richelieu.--Son séjour dans le Languedoc en
- 1741.--Petite malice d’un vieux chanoine.--Esprit de tolérance de
- Richelieu.--Son autorité en matière d’étiquette.--Il est processif,
- autant par nécessité que par amour de la chicane.--Ses revendications
- contre les propriétaires du Palais Royal.--L’histoire d’un
- pamphlet.--Richelieu perd son procès._
-
-
-Il faut reconnaître, à la louange de Richelieu, qu’il manifesta les
-regrets les plus vifs d’une perte douloureuse à tant d’égards. Nous
-voulons croire qu’il fut sincère. De fait, Mme d’Armaillé, l’auteur
-d’un beau livre sur la comtesse d’Egmont, fille de Richelieu, Mme
-d’Armaillé, qui n’est certes pas suspecte de tendresse, ni d’admiration
-exagérées pour le père, affirme qu’il «s’imposa un deuil sévère[192]»,
-dont il partagea la durée entre son château de Richelieu et son
-gouvernement du Languedoc.
-
- [192] Comtesse D’ARMAILLÉ: _La Comtesse d’Egmont_, p. 11.
-
-Et, précisément, de son séjour dans cette province en 1741, nous avons
-sous les yeux une relation, qui, par son contraste avec le récit du
-marquis de Valfons, dit assez l’influence pondératrice que devait
-exercer la duchesse sur l’esprit hautain et présomptueux de son mari.
-
-Le poète Piron (et nous concédons volontiers que son humeur satirique
-aura bien pu pousser au noir le tableau) Piron écrit au comte de Livry:
-
-«On dit qu’il (le duc) y exige tous les honneurs dont se fût avisée
-l’ambition du Cardinal de son nom. Canon, visites, harangues, _Te
-Deum_, il ne vit plus que de cela.
-
-«Un vieux chanoine, à la tête d’un chapitre condamné à venir le
-haranguer, lui a demandé comment se portait le roi.
-
-«Le duc, surpris de cette question familière, est resté muet et
-interdit.
-
-«Le prêtre recommença: Monsieur le duc, je vous demande comment se
-porte le roi.
-
---«Fort bien, a dit brusquement Monsieur de Richelieu.»
-
-«Le chanoine se retournant alors vers le chapitre:
-
---«Vous entendez, Messieurs, les nouvelles que Monsieur nous donne de
-la santé du roi. Allons en rendre grâce à Dieu par un _Te Deum_, où M.
-le Gouverneur nous fera sans doute la grâce d’assister.»
-
-«Ainsi fit-il, quoiqu’il eût demandé ce _Te Deum_ pour lui-même[193].»
-
- [193] _Œuvres inédites_ de PIRON (édition H. Bonhomme), 1859,
- p. 248.
-
-Peut-être le malicieux chanoine soulignait-il ainsi la rancune que
-le clergé languedocien gardait à Richelieu de son intervention
-pacificatrice dans les querelles religieuses, toujours si ardentes en
-cette région[194].
-
- [194] Est-ce pour cette raison que Durozoir (art. _Richelieu_
- dans la _Biographie Michaud_) dit qu’il n’avait pas l’opinion
- publique pour lui, bien qu’il exerçât une certaine influence
- aux États de Languedoc?
-
-S’autorisant des instructions de Louis XIV, reprises par le
-gouvernement de Louis XV et surtout par le ministre Saint-Florentin,
-le prosélytisme catholique prétendait convertir par une persécution
-intensive, beaucoup plus que par la persuasion, les membres de la
-religion réformée, alors très nombreux dans les provinces méridionales.
-Il leur enlevait leurs enfants, pour les enfermer dans des collèges ou
-dans des couvents, dont les supérieurs avaient mission de les préparer
-à l’abjuration du protestantisme. Or, Richelieu, pour ses débuts, avait
-voulu renoncer à la manière forte; et sa tolérance avait été fort
-appréciée des huguenots.
-
-Par contre, il n’eût pas souffert qu’on mît en discussion son
-omnipotence politique; et, quand il revint en Languedoc, ce ne fut que
-pour accentuer plus énergiquement son rôle de représentant du pouvoir
-royal. Il entendait qu’on lui rendît tous les honneurs dûs à ses
-fonctions; et il se montrait si fidèlement attaché aux anciens usages
-et si scrupuleux observateur des lois de l’étiquette, qu’il faisait
-fouiller la poudre des greffes, pour en extraire les chartes autorisant
-ses prétentions ou condamnant celles de ses adversaires. Ce fut ainsi
-qu’il entra maintes fois en conflit avec l’archevêque de Narbonne et
-le Parlement de Montpellier, s’efforçant toutefois de les amener à
-résipiscence par la grâce de ses manières et par la caresse de ses
-paroles.
-
-C’est là, en effet, un aspect intéressant de cet homme de cour.
-
-Richelieu n’a qu’un médiocre souci de la religion, de la morale et
-de la vertu; mais il a un profond respect de l’étiquette. Bien qu’on
-lui conteste sa noblesse, il en défend, sans faiblir, toutes les
-prérogatives; et sur ce terrain, il se rencontre, dans une même action
-de solidarité (un mot qui trouve là sa pleine justification) avec ses
-associés, les ducs et les pairs, souvent discutés comme lui. Ce n’est
-pas seulement l’intérêt personnel, c’est aussi un devoir plus haut qui
-lui dicte une telle attitude. Ces fonctions, ces privilèges sont autant
-d’émanations du pouvoir royal; et le pouvoir royal est le principe
-d’autorité qui doit rester pour tous intangible et incontesté, malgré
-ses défaillances, ses erreurs ou ses crimes.
-
-Telle était la conception que Richelieu gardait immuable de ce «fait du
-prince»; et nous verrons bientôt quelles conséquences il tira, par la
-suite, d’un dogme d’infaillibilité, dont ses croyants pouvaient, sans
-craindre d’être jamais démentis, proclamer la perpétuité[195].
-
- [195] Pendant son séjour à Montpellier, Richelieu était en
- correspondance suivie avec Barjac, le premier valet de chambre
- de Fleury, influent comme les Bontemps, les Bachelier et les
- Le Bel, auquel il prodiguait ses cajoleries et qui le tenait
- au courant des nouvelles de la Cour. (Voir les _Mémoires_ de
- MAUREPAS, t. III, p. 41.)
-
-Le duc de Luynes, qui avait remplacé officieusement Dangeau comme
-historiographe de la cour de Louis XV, consultait volontiers Richelieu
-sur toutes les questions d’étiquette ou de préséance, et ne manquait
-pas d’enregistrer dans son _Journal_ les oracles que rendait un tel
-augure. Il en est d’assez plaisants. «Le droit que les ducs ont
-d’avoir des carreaux, non pas devant le roi, mais en arrière, n’est
-pas nouveau, déclarait Richelieu à son interlocuteur, le 20 août 1738;
-il est constant depuis de longues années.» Et il certifiait, à l’appui
-de son assertion, qu’à Marly, «à la paroisse, il avait été cinq ou
-six fois au salut avec le feu roi, dans une octave du Saint-Sacrement
-(c’était en 1714) et qu’il avait toujours eu un carreau[196]». Il
-citait encore une autre prérogative des Ducs et pairs, prérogative
-«dont ils usent fort peu», mais que lui n’a jamais abdiquée. C’est au
-Grand Conseil: quand il s’y présente comme client, il a un fauteuil, et
-son avocat plaide derrière lui. «Lorsqu’il y prend séance, il passe,
-en allant et revenant de la buvette, devant le premier président, et
-coupe le parquet... Le premier président lui ôte le bonnet en prenant
-sa voix[197].»
-
- [196] DUC DE LUYNES: _Journal_, t. II, p. 219.
-
- [197] _Ibid._, p. 224.
-
-Richelieu n’avouait pas cependant que le code de l’étiquette ne lui
-donnait pas toujours raison. «Un jour, raconte Luynes, ayant reçu «une
-lettre de compliments» du Parlement de Toulouse, «il lui fit réponse, à
-ce que j’ai appris, dans ces termes» qu’il était, avec un attachement
-inviolable, etc... Le Parlement lui renvoya la lettre; et M. de
-Richelieu fut obligé d’en écrire une deuxième où il se servait du terme
-de respect[198].»
-
- [198] _Ibid._, octobre 1738.
-
-D’ordinaire, les gens, à la fois aussi méticuleux sur le maintien
-de leurs prérogatives et aussi peu soucieux des égards dûs à celles
-d’autrui, sont essentiellement processifs; et Richelieu le fut toute
-sa vie. C’était moins cependant pour des vices de forme que pour des
-questions d’intérêt. La manie de paraître creusa souvent, nous l’avons
-vu, des brèches énormes dans la fortune de Richelieu; et le besoin
-d’argent, autant que l’esprit de taquinerie et que l’amour de la
-chicane, jeta ce téméraire plaideur dans nombre de procès, dont il fut,
-à maintes reprises, le mauvais marchand.
-
-Il n’avait pas vingt ans qu’il attaquait, en justice réglée, un
-testament de Mlle d’Acigné, une sœur de sa mère, qui avait laissé
-tout son bien à son cousin, l’abbé de Laval, dont avait hérité Mme de
-Roquelaure, sa sœur. Richelieu perdit ce procès[199].
-
- [199] _Journal_ de DANGEAU, t. XVI, p. 458.
-
-Il succomba de même dans une autre affaire litigieuse, qui traîna
-plus de dix-huit années, et dont les diverses phases, non moins que
-l’origine, furent marquées de curieux incidents.
-
-Richelieu avait revendiqué, en 1736, sur le duc d’Orléans et sur
-différents propriétaires de maisons du Palais Royal, la possession
-légitime des terrains occupés par les constructions, en sa qualité
-d’héritier du Cardinal. Il avait pour avocat le célèbre Cochin; mais,
-comme il affectait un certain dilettantisme littéraire, il allait
-goûter au tribunal l’éloquence, très remarquée, du défenseur de ses
-adversaires, un jeune maître d’un indéniable talent[200].
-
- [200] DUBUISSON: _Lettres à M. le Marquis de Caumont_ (édit.
- Rouxel), p. 335, 25 février 1737.
-
-Entre temps, courait, chez les libraires du Palais Royal, qui
-le vendaient fort cher, après l’avoir reçu à titre gracieux, un
-libelle anonyme très virulent, dont Richelieu, exaspéré, voulut
-connaître l’auteur. Les propriétaires du Palais Royal le désavouèrent
-énergiquement; et même leurs avocats le dénoncèrent au Parlement qui
-en ordonna la suppression[201]. Il fut attribué successivement au
-critique Desfontaines, au poète Roy et même à l’abbé de Boismorand,
-un écrivain famélique. Celui-ci, sur qui se portaient plutôt les
-soupçons, sut se justifier auprès du lieutenant de police Hérault et
-finit par convaincre Richelieu. Alors le duc lui proposa de répondre
-au pamphlétaire. L’abbé ne s’y refusa pas, mais fit observer à son
-interlocuteur que cette riposte aurait peut-être l’inconvénient
-de «donner plus de vogue et plus de poids au libelle». Richelieu
-goûta ce raisonnement; mais il n’en avait pas moins écrit au
-lieutenant de police pour lui communiquer des indications pouvant
-le mettre sur la piste de l’auteur anonyme. Il lui signalait comme
-l’inspirateur probable de ce factum satirique, le président de
-Tugny, fils du financier Crozat. Sans trop s’arrêter à Boismorand,
-il parlait, en outre, d’une distributrice arrêtée au Palais Royal
-et d’autres colporteurs du Palais, trouvés nantis de ce pamphlet,
-dont l’interrogatoire révélerait le ou les auteurs de la pièce
-incriminée[202].
-
- [201] _Bibliothèque de la Ville de Paris_, mss. 26700, année
- 1737.
-
- [202] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_,
- mss. 10016. Lettre autographe (inédite) du duc de Richelieu
- au lieutenant de police (9 juillet au soir). Ce libelle ne
- serait-il pas le même que cette _Histoire des rats_, dont
- parle une nouvelle à la main du 14 août 1737 (mss. 26700)?
- Cette histoire, dit-elle, «se vend assez librement, quoique
- sans approbation, ni privilège: il y a plusieurs portraits
- très applicables à des personnes en place; on a remarqué qu’il
- y a une espèce d’estampe dans le livre qui attrape fort la
- ressemblance de M. le duc de Richelieu.» Un exemplaire de
- l’_Histoire des Rats_, illustré de l’estampe en question,
- appartient à la Section des Imprimés de la Bibliothèque
- Nationale.
-
-Nous ne voyons pas quelle suite fut donnée à la plainte de Richelieu;
-mais nous constatons que son procès en revendication contre les
-propriétaires du Palais Royal se plaidait encore en 1755; et c’est par
-une note, très explicite, du _Journal_ de Luynes que nous en apprenons
-la fin.
-
-«Il y a huit jours que M. de Richelieu a perdu son procès tout d’une
-voix. Il n’y a eu qu’un ou deux conseillers qui ont ouvert un autre
-avis et qui, sur-le-champ, se sont réunis à la pluralité.
-
-«M. le Maréchal de Richelieu prétendait que les terrains sur
-lesquels on a bâti plusieurs maisons (au Palais Royal) faisaient
-partie des biens substitués par M. le cardinal de Richelieu, vendus
-postérieurement à la substitution. Les acquéreurs ou propriétaires
-prouvaient que les prix des ventes des terrains ou maisons avaient
-été employés à payer des dettes antérieures à la substitution. M. de
-Richelieu prétendait au contraire que les effets mobiliers étaient plus
-que suffisants pour payer les dettes. Les propriétaires persistaient
-dans leur calcul. Si M. le Maréchal de Richelieu avait gagné, cela
-aurait causé la ruine de plusieurs bons bourgeois; et l’on prétend que
-cela lui aurait fait un avantage de cinq millions.
-
-«On compte que les frais que M. de Richelieu est condamné à payer iront
-à 150.000 livres; mais M. de Richelieu se flatte de retirer cette somme
-des poursuites qu’il est autorisé à faire contre les particuliers
-qui ne se sont pas mis en règle pour justifier de l’emploi de leur
-argent[203].»
-
- [203] Duc DE LUYNES: _Journal_, t. XIV, 1er septembre 1755.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIII
-
- _La galanterie sert la politique de Richelieu.--L’amitié qui la
- favorise.--Mme du Châtelet lui assure le concours de Voltaire.--Une
- autre amie, Mme de Tencin, donne à Richelieu la clef des intrigues
- ministérielles.--Rupture de Louis XV et de la Reine exploitée par
- les partis.--Richelieu ne fut pas, à l’origine, le «corrupteur» du
- roi.--Sa perversité fut devancée par celle de Bachelier, un des
- premiers valets de chambre._
-
-
-Il semble qu’après la mort de sa seconde femme, Richelieu ait renoncé
-pour toujours à courir les chances d’une troisième union, comme s’il
-eût désespéré d’y retrouver une collaboratrice aussi intelligente,
-aussi dévouée, aussi aimante que celle dont une fin prématurée venait
-de le séparer à jamais.
-
-Il n’en suivit qu’avec plus de ténacité une ligne de conduite, qu’avait
-enrayée momentanément son affection pour la princesse de Guise. S’il
-n’eut garde de se désintéresser (loin de là) des jeux variés et
-compliqués de la galanterie, il entendit en tirer, comme par le passé,
-pour sa fortune politique, des profits moins aléatoires que ceux
-auxquels s’était laissé prendre jadis son orgueil, trop facilement
-satisfait.
-
-Ce fut l’amitié, volontiers oublieuse des ingratitudes de l’amour, qui
-s’employa, par les moyens les plus ingénieux et les plus subtils, à
-servir une ambition sans préjugés, ni scrupules.
-
-Deux femmes, qui n’étaient plus ses maîtresses, furent, pour
-Richelieu, non pas des Égéries (il n’était pas l’homme des
-consultations académiques), mais des correspondantes avisées, dont
-l’initiative pouvait se prêter à toutes les démarches et à toutes les
-manœuvres que leur ami eût réclamées de leur zèle.
-
-C’était la marquise du Châtelet, qui, par son mérite personnel, par
-son influence sur Voltaire, jouait un si grand rôle dans le monde des
-lettres et des sciences; c’était Mme de Tencin, bas-bleu, elle aussi,
-et d’un azur très prononcé, que son génie d’intrigue et la haute
-situation de son frère le Cardinal faisaient faufiler dans tous les
-salons mondains et politiques et jusque dans les Cabinets ministériels.
-
-Mme du Châtelet, «la docte Émilie», écrivait fréquemment à Richelieu,
-depuis qu’elle était toute à Voltaire; et ses lettres[204] sont des
-modèles de franche et loyale sincérité: «Vous connaissez mon cœur, lui
-disait-elle en mai 1735, et vous savez combien il est vraiment occupé.
-Je m’applaudis d’aimer en vous l’ami de mon amant.»
-
- [204] M. Eugène Asse a publié, en 1878, ces lettres de Mme
- du Châtelet: presque toutes sont tirées de la _Vie privée de
- Richelieu_, par Faur: l’autorité d’un tel érudit, qui les
- accepte comme authentiques, permet donc d’en faire état.
-
-C’est aussi que cet amant, chez qui le cerveau était toujours en état
-d’effervescence, avait parfois des emportements de passion amicale pour
-un homme, auquel il prétendait ressembler et dont il laissait entendre,
-par manière de plaisanterie, que lui, le fils du notaire, pouvait bien
-être le frère naturel du fils du grand Seigneur.
-
-Sénac de Meilhan a nettement défini les affinités physiques qui
-rapprochaient les deux amis:
-
-«Il y avait, dit-il, dans les gestes et le ton de la voix, les plus
-grands rapports entre Voltaire et le Maréchal de Richelieu; et ils
-étaient si frappants qu’on ne peut se refuser à croire qu’ils s’étaient
-réciproquement imités. Le poète avait sans doute copié les manières de
-l’homme qui avait le plus d’éclat et le plus de succès dans le monde;
-et l’homme de la Cour avait saisi quelques gestes expressifs d’un
-auteur célèbre qui réunissait les grâces de l’esprit et le ton du monde
-aux plus grands talents[205].»
-
- [205] SÉNAC DE MEILHAN: _Le Gouvernement, les mœurs et les
- conditions de la France avant la Révolution_ (édition de
- Lescure), pp. 92-93.
-
-Ajoutez que la ressemblance morale n’était pas moindre. Tous deux
-étaient également autoritaires, susceptibles et vaniteux; ils avaient
-l’humeur changeante et le cœur sec; chez eux la colère était prompte
-et la rancune de longue durée; mais leur esprit, très vif, s’ouvrait
-aux belles choses; ils avaient le sens droit et parfois des élans de
-générosité.
-
-On comprend alors le mot si profond de Mme du Châtelet: «Je m’applaudis
-d’aimer en vous l’ami de mon amant.»
-
-Elle lui écrivait encore à la même époque:
-
-«Voilà comme vous êtes, vous aimez les gens huit jours; vous m’avez
-fait des coquetteries d’amitié, mais moi qui prends l’amitié comme la
-chose la plus sérieuse du monde et qui vous aime véritablement, je
-m’inquiétais de votre silence et je m’en affligeais. Je me disais à
-moi-même il faut aimer ses amis avec leurs défauts. M. de Richelieu
-est léger, inégal; il faut l’aimer tel qu’il est... Voilà les idées
-qui m’occupaient, pendant que vous étiez, à ce que vous prétendez,
-obstrué... Vous me faites une description si comique de l’état où vous
-étiez, que, si je n’étais en peine de votre santé, je vous dirais que
-je n’ai vu que vos lettres, qui soient à la fois tendres et plaisantes,
-deux choses qui ne vont point ordinairement ensemble.»
-
-Là encore, la Marquise a trouvé le mot juste. Les lettres de Richelieu
-(et elles sont rares) ont des côtés drôlatiques inattendus; puis,
-soudain, la grâce séductrice de l’homme reparaît. Et Mme du Châtelet
-y fait appel, quand elle écrit de Bruxelles, le 24 septembre 1740, à
-Richelieu, après une brouille passagère avec l’amant[206]:
-
- [206] _Lettres de M. de Voltaire et de sa célèbre amie_, 1782.
-
-... «Votre amitié est la seule consolation qui me reste; mais il
-faudrait en jouir de cette amitié; et je suis à cent lieues de vous...
-Mon cœur n’est à son aise qu’avec vous; vous seul l’entendez.»
-
-Richelieu pouvait donc avoir toute confiance dans une telle auxiliaire:
-et cette amitié fut aussi efficace qu’elle était vive. Voltaire, déjà
-entraîné, en subit la douce contrainte, bien qu’il maugréât, de temps
-à autre, contre les caprices tyranniques du grand Seigneur. Et, par la
-suite, le clan philosophique, qui supportait difficilement les dédains,
-les sarcasmes et l’intransigeance de Richelieu, ne lui déclara pas
-ouvertement la guerre, par respect pour le «solitaire de Ferney».
-
-Voltaire, qui avait encore ce trait commun de ressemblance avec
-Richelieu, d’être, à l’occasion, un homme d’affaires adroit et subtil,
-Voltaire sut profiter de la bienveillance de son noble ami, pour lui
-placer en viager, à gros intérêts, 40.000 livres. Il lui joua, ce
-jour-là, une comédie dans le genre du _Légataire Universel_: Voyez, lui
-disait-il, ma pauvre santé! C’est pour vous une affaire d’or.
-
-Et Richelieu paya, pendant quarante-cinq ans, cette pension
-viagère[207]!
-
- [207] Richelieu était souvent en retard et Voltaire le lui
- rappelle humblement.
-
-Mais, en retour, Voltaire lui conférait un brevet de bienfaiteur de
-l’humanité, de «marchand de bonheur», qui rehaussait singulièrement
-le prestige de l’homme de cour. Il écrivait, en 1741, à M. Claris,
-conseiller à la Cour des Comptes:
-
- Qui vit auprès d’Émilie,
- Ou bien auprès de Richelieu,
- Est un élu dans cette vie.
-
-Il accordait encore au gentilhomme un diplôme de lettré. Il lui
-reconnaissait un goût très marqué pour les «anecdotes de l’histoire» et
-l’attendait à Cirey pour «disputer contre Mme du Châtelet», mais sous
-cette réserve, voilée d’une délicate allusion:
-
- Et s’il vous peut rester encore
- Quelque pitié pour le prochain,
- Épargnez, dans votre chemin,
- La beauté que mon cœur adore[208].
-
- [208] _Correspondance de Voltaire_, années 1735 et suivantes.
-
-Par réciprocité, Richelieu, bien que Voltaire se plaignît de la rareté
-ou de la brièveté de ses réponses, prenait en main les intérêts
-académiques de son correspondant. L’abbé d’Olivet écrivait, en 1736, au
-Président Bouhier: «M. le duc de Richelieu et M. le duc de Villars me
-dirent qu’ils travaillaient pour Voltaire auprès de M. le Cardinal et
-de M. le Garde des Sceaux et qu’ils comptent que moi, de mon côté, je
-travaillerai au dedans de l’Académie.»[209]
-
- [209] DESNOIRESTERRES: _Vie de Voltaire_, t. II, p. 96.
-
-Avec une tendresse moins pénétrante, mais avec une plus remuante
-activité, Mme de Tencin allait, pareillement, officier pour le Dieu.
-
-Celui-ci, bien qu’il parût aussi préoccupé de ses devoirs militaires
-que de ses prouesses galantes, n’en suivait pas d’un œil moins
-attentif, en courtisan délié qu’il était, le réseau d’intrigues
-qu’ourdissaient à Versailles tous les partis. Ce qui semblait en
-autoriser les espoirs, c’était l’âge avancé du premier ministre,
-c’était l’inexpérience et l’insouciance apparente du jeune roi. Une
-crise conjugale, survenue dans l’auguste ménage, encourageait plus
-encore les rêves d’ambitieux à l’affût de toutes ces défaillances. Par
-lassitude, ou par scrupule religieux, la reine Marie Lesczinska, qui
-avait déjà largement payé sa dette aux exigences de la maternité, se
-refusait souvent aux ardeurs d’un mari plus jeune qu’elle. Or, Louis XV
-avait les appétits violents des Bourbons. Il se défendit désormais
-d’attendre les convenances de la reine. Ce fut comme une révolution à
-la Cour.
-
-On a écrit de Richelieu qu’il avait été le corrupteur de Louis XV[210].
-Le mot est bien gros et n’est pas tout à fait exact. Avant «l’Alcibiade
-moderne», les entours du roi, et surtout ses premiers valets de chambre
-avaient pris à cœur de consoler leur maître des rigueurs de la reine.
-Les historiens, qui ont attribué ce rôle à Richelieu, se sont
-déterminés d’après les Mémoires du temps, rédigés, pour la plupart, sur
-les notes d’ennemis d’un courtisan trop heureux. L’un d’eux, Maurepas,
-ministre de la maison du Roi, exécrait Richelieu, qui le lui rendait
-bien, comme il détestait toutes les favorites de Louis XV. Obéissant
-ainsi aux suggestions de sa femme, aussi intelligente qu’elle était
-laide et contrefaite, Maurepas ne voyait en Richelieu qu’un agent de
-perversité, associé aux beautés faciles de la Cour, pour hâter la chute
-du ministre, en attisant les passions du roi.
-
- [210] De même le Duc de Broglie, qui a plus d’aversion encore
- pour Voltaire que pour Richelieu, a dit dans _Frédéric II et
- Louis XV_ (1895, t. 1, p. 196) que le poète avait perverti
- l’homme de cour. C’est bien invraisemblable. Nous connaissons
- les débuts de Richelieu: il n’avait certes pas attendu que
- Voltaire lui servît d’éducateur; celui-ci subit, au contraire,
- toute sa vie, l’ascendant de Richelieu, qui fit, en quelque
- sorte, de ce railleur perpétuel son souffre-douleur.
-
-Les Mémoires[211] de cet homme d’État citent un exemple de ce procédé
-d’intoxication.
-
- [211] MAUREPAS: _Mémoires_, t. II, p. 267.
-
-«Le duc de Richelieu a donné au roi la liste de toutes les dames
-qui ont voulu avoir le géant qui arriva de Suède, il y a deux ans.
-Il nous a montré les vers suivants qu’il a sortis de sa cassette et
-nous a nommé la dame favorisée. Ils sont fort singuliers, ces vers et
-caractérisent très bien l’esprit et le cœur du duc de Richelieu et
-nous apprennent ce qu’il inculque dans l’esprit du roi qui n’a que
-vingt-huit ans:
-
- Dame qui donnait dans le grand
- Croyant faire chose admirable,
- Jeta les yeux sur ce géant.
- Mais, loin de le trouver sortable,
- Elle dit, voyant le vilain:
- --Pauvre géant, tu n’es qu’un nain!
-
-L’anecdote se place en 1738; et le roi, à cette époque, n’avait pas
-attendu après les vers de la cassette, d’ailleurs de mauvais goût, pour
-devenir aussi rapidement la proie de la corruption.
-
-Il est certain que Richelieu, comme tant de ses contemporains et
-Maurepas lui-même, collectionneur émérite, se plaisait à rassembler
-toutes les pièces de musées secrets. Déjà, en 1717, il exhibait
-complaisamment des médaillons de Klingstett, le plus fin et le plus
-obscène des miniaturistes[212], médaillons où il se mettait en scène
-dans des attitudes dignes des figures de l’Arétin. En 1740, un soir
-qu’il donnait un grand souper dans sa petite maison de la barrière de
-Vaugirard, il signalait à ses convives, sur les lambris de la salle à
-manger, et au milieu de chaque panneau, des figures indécentes en plein
-relief. La vieille duchesse de Brancas, pour les mieux voir, arbora ses
-lunettes et les «considéra d’un air pincé», tandis que Richelieu, une
-bougie à la main, en expliquait, avec force détails, les poses les plus
-intéressantes[213].
-
- [212] E. DE BARTHÉLEMY: _Les Correspondants de la Marquise de
- Balleroy_, t. I, p. 204.
-
- [213] Marquis D’ARGENSON: _Mémoires_, t. III, p. 235,
- novembre 1740.--_Les Petites Maisons_, de M. G. CAPON (1902)
- ne mentionnent pas ce domicile de Richelieu que nous avons
- vainement cherché à identifier.
-
-Assurément, ce fanfaron du vice eût été ravi que le roi lui dût sa
-première maîtresse, mais il n’eut pas ce triste honneur. Le valet
-de chambre Bachelier--un personnage--fut l’initiateur. Louis XV,
-rebuté par la reine, voulait, à tout prix, avoir une femme, dit
-assez brutalement d’Argenson; mais il était d’une extrême timidité.
-Vers la fin de 1736, Bachelier négocia une transaction, qui fut
-d’ailleurs laborieuse, avec Mme de Mailly, l’aînée des cinq filles du
-marquis de Nesle[214]; et le cardinal Fleury s’y résigna sans trop de
-répugnance[215]. De son côté, Mlle de Charolais, l’ancienne maîtresse
-de Richelieu, avait prêté l’appui de son inépuisable complaisance à
-cette œuvre malsaine, dont elle avait déjà favorisé le développement
-par son propre exemple.
-
- [214] Marquis d’ARGENSON, _Mémoires_, t. I, p. 220.
-
- [215] D’après les _Mémoires_ de la Duchesse DE BRANCAS
- (édition L. Lacour), Richelieu disait que le Cardinal «avait
- très bien fait de mettre la Mailly dans le lit du roi». Mais,
- s’il faut en croire un manuscrit, inédit, de la Marquise
- de la Ferté-Imbault (P. DE SÉGUR: _le Royaume de la rue
- Saint-Honoré_, 1896, p. 409) ce furent Chicoyneau, le premier
- médecin de Louis XV et La Peyronie, premier chirurgien, qui
- se concertèrent, à l’insu du Cardinal Fleury, pour donner
- une maîtresse au roi, menacé de jaunisse, du fait même de sa
- continence.
-
-Ce n’est pas que l’opération eût autrement choqué la Cour. Beaucoup de
-gens de qualité, qui eussent rougi de faire un tel métier, estimaient
-cependant très licite la liaison d’une femme titrée avec le roi.
-C’était encore _le fait du prince_, doctrine d’ordre essentiellement
-arbitraire, qu’il appartint à Richelieu d’exploiter avec une si
-triomphante effronterie. Car, non seulement il n’éprouva aucune gêne à
-prendre pour modèles les premiers valets de chambre de Louis XV; mais
-ce rôle de Mercure royal lui donna comme l’impression d’une charge
-nouvelle et les services qu’il rendait ainsi au maître lui semblèrent
-comme autant d’étapes qui le rapprochaient du pouvoir: «En secondant
-les plaisirs du roi, dit un de ses panégyristes, il ne parut jamais
-s’avilir.»
-
-Ses _Mémoires authentiques_ s’abstiennent, il est vrai, d’aborder la
-question.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIV
-
- _Richelieu devient le grand favori du roi.--Ses impressions sur la
- mentalité de Louis XV.--Les demoiselles de Nesle.--Richelieu intrigue
- pour la Marquise de la Tournelle.--Ses intelligences avec Mme de
- Tencin, pendant qu’il est à l’armée de Flandre.--Loin de Versailles,
- il travaille à la «quitterie» de Mme de Mailly.--Il reparaît à la
- Cour.--Le précepteur du roi et le professeur «di piazza».--Fin d’une
- longue résistance.--La «dormeuse» de M. de Richelieu._
-
-
-Richelieu était maréchal de camp depuis 1738, quand éclata, en 1741,
-la _Guerre de la succession d’Autriche_[216]. Il devait servir, sous
-les ordres du Maréchal de Noailles, à l’armée de Flandre, pendant la
-campagne de 1742.
-
- [216] L’Empereur Charles VI était mort le 20 octobre 1740; et
- sa fille aînée, Marie-Thérèse, en vertu de la _Pragmatique_,
- reconnue par les principaux États de l’Europe, avait réclamé
- le bénéfice de la succession paternelle, que lui déniait
- maintenant la France, alliée à l’Espagne, à la Prusse et
- à diverses principautés de l’Allemagne, coalisées pour
- revendiquer une partie des possessions autrichiennes. Au mois
- d’octobre 1741, conformément au plan du Comte de Belle-Isle,
- l’armée combinée de France et de Bavière était entrée en
- campagne sous les ordres du Maréchal de Broglie, qui remplaçait
- provisoirement le Comte de Belle-Isle, resté, en qualité de
- plénipotentiaire, à Francfort, où l’électeur de Bavière,
- le candidat de la France, devait être proclamé empereur
- d’Allemagne en janvier 1742.
-
-Lorsque, avant son départ, il revint du Languedoc pour s’arrêter à la
-Cour, il apportait au roi un magnifique présent: il avait déterminé les
-États à donner à Louis XV, aux frais de la province, un régiment de
-dragons, dit de Septimanie.
-
-Déjà, il était agréable au prince; il en devint le grand favori; et,
-dans une heure d’expansion, peut-être imprudente (car Richelieu était
-un brillant, mais intarissable causeur) il communiquait au marquis
-d’Argenson, frère de l’homme politique bientôt appelé au secrétariat
-de la Guerre, ses impressions sur l’état d’âme du jeune roi. Richelieu
-avait le sens de l’observation; et l’on voit qu’il avait étudié de
-près le caractère d’un souverain, que l’opinion publique s’accordait
-à représenter comme facilement malléable, au gré de ministres ou de
-favoris possédant un certain doigté.
-
-Naturellement Richelieu vantait à son interlocuteur la mentalité du
-roi, «gâtée» cependant par une éducation faussée ou incomplète: il est
-certain que le Régent, le duc de Bourbon et même le cardinal Fleury
-n’étaient pas des éducateurs de premier ordre. Richelieu déplorait la
-tristesse continuelle d’un prince, intelligent et doux, mais d’esprit
-méfiant: «Il ne lui manquait, disait-il, que de paraître sensible[217].»
-
- [217] _Mémoires_ du marquis d’ARGENSON, t. III, novembre 1741.
-
-On devine la signification que ce mot, déjà fort à la mode, devait
-prendre dans la bouche de Richelieu. Peut-être avait-il trouvé que
-les petits soupers chez Mme de Mailly, auxquels il avait eu l’honneur
-d’être admis, n’avaient pas la gaieté des siens et se proposait-il, si
-jamais le roi lui confiait l’ordonnance de sa vie galante, de lui en
-faire goûter de plus savoureux.
-
-Toutefois, cet avisé calculateur ne laissait pas que d’être
-singulièrement perplexe. Seules, les demoiselles de Nesle semblaient
-accaparer les faveurs de Louis XV. Mlle de Montcavrel, appelée à
-devenir plus tard duchesse de Lauraguais[218], partageait, disait-on,
-avec Mme de Mailly la tendresse royale. Quant à leur sœur, récemment
-mariée au comte de Vintimille, le doute n’était pas possible; cette
-union n’avait eu d’autre but que de légitimer une grossesse dont le
-fruit avait été malicieusement baptisé le _Demi-Louis_. Un instant,
-Richelieu avait jeté ses vues sur la comtesse, pour en faire la
-_maîtresse en titre_; car le roi, malgré son indolence et sa froideur,
-aimait réellement Mme de Vintimille; mais elle avait succombé aux
-suites de l’accouchement et son amant l’avait pleurée: ce jour-là, il
-avait «paru sensible» à Richelieu[219].
-
- [218] La «grosse réjouie», comme on l’appelait encore, quand on
- ne lui donnait pas de plus fâcheux surnoms.
-
- [219] _Mémoires_ du marquis d’ARGENSON, t. III, novembre 1741.
-
-Il restait encore deux demoiselles de Nesle: l’une, la femme du marquis
-de Flavacourt, était une des beautés de Versailles, mais elle haïssait
-le roi presque autant que son mari; et, d’après le Marquis d’Argenson,
-elle était, depuis 1740, la maîtresse de Richelieu, lequel s’efforçait
-à lui inculquer un peu d’esprit, la nature ayant négligé d’y pourvoir.
-
-Par contre, l’autre sœur, veuve du marquis de la Tournelle, était la
-seule de la famille qui pût donner quelque espoir à Richelieu. Elle
-était d’une superbe prestance, d’une figure éblouissante de blancheur,
-aux traits réguliers, quoique un peu forts, mais très expressifs,
-illuminés par de grands yeux d’un bleu admirable. Elle était
-volontaire, énergique, ambitieuse.
-
-Son cœur appartenait déjà au Duc d’Agénois, mais son orgueil exultait
-de voir l’amour qu’elle venait d’inspirer à Louis XV, et Richelieu
-avait surpris la flamme de cette impérieuse passion dans les yeux du
-roi, toujours timide, toujours hésitant! Néanmoins, la place refusait
-de se rendre; Richelieu entendit l’emporter pour le compte du maître.
-Ses intérêts personnels ne pouvaient que gagner à la manœuvre; et
-bientôt il commençait secrètement les travaux d’approche[220].
-
- [220] Les GONCOURT: _La Duchesse de Châteauroux_,
- 1879.--_Mémoires authentiques_ (inédits) du Maréchal DE
- RICHELIEU. Ces _Mémoires_ donnent une place considérable au
- règne de la future duchesse de Châteauroux. Le lecteur y verra,
- quand ils seront publiés, avec quelle merveilleuse aisance le
- duc évolue au milieu du réseau d’intrigues nouées par lui ou
- par ses adversaires, mais surtout avec quel art infini, cet
- homme, qui protestait de son zèle «pour le bien de l’État»,
- s’efforce de réduire son rôle, dans cette tragi-comédie, à
- celui de simple confident, alors que ses contemporains en ont
- démontré l’importance capitale et flétri l’indigne attitude.
-
-Entre temps, en avril 1742, pendant un de ses voyages de Paris à
-Saint-Léger, près de Rambouillet, il apprend, de divers côtés et par
-ses amis de Cour, que Fleury veut l’envoyer, toute affaire cessante, en
-Languedoc, sous le spécieux prétexte de rassemblements séditieux des
-protestants dans cette province. Richelieu flaire là un subterfuge; il
-sollicite aussitôt une audience du Cardinal. Il l’obtient et presse
-de questions le prélat. Celui-ci finit par lui reprocher, d’après des
-informations qu’il tient de la reine, d’avoir blâmé son administration.
-Richelieu en convient: «J’ai dit, affirme-t-il, qu’il est dangereux
-d’avoir, au milieu d’une guerre avec toute l’Europe, un Conseil comme
-le nôtre, où il n’y a pas de militaire»; il avait ajouté cependant que
-le Cardinal, après mûre réflexion, saurait y remédier.
-
---«Mais, à votre avis, comment dois-je composer mon Conseil?» fait le
-premier ministre.
-
---«Si le roi me questionnait à cet égard, réplique le Duc, je lui
-dirais qu’il n’y a qu’un homme pour lui répondre, le cardinal de
-Fleury.»
-
-Cette adroite flatterie désarma l’Éminence.
-
-Mais qui sait si le véritable motif, resté inavoué, de l’envoi immédiat
-de Richelieu en Languedoc, n’était pas l’appréhension de l’influence
-que le favori prenait déjà sur l’esprit du roi, ou peut-être quelque
-révélation indiscrète parvenue aux oreilles du Cardinal et lui
-dénonçant le plan de campagne du courtisan? Car le jour n’est pas
-éloigné, où, pressentant les desseins de Richelieu, bien que celui-ci
-n’eût fait de confidences à personne, Fleury, inquiet, demande, en
-toute sincérité, à la duchesse de Brancas, dont il connaît l’intimité
-avec le Duc, s’il est vrai que son ami «veut donner Mme de la Tournelle
-au roi». La duchesse répond qu’elle n’en sait rien: elle ne croit même
-pas que Richelieu en ait jamais parlé au prince.
-
---«Et surtout, recommande Fleury, ne lui en soufflez mot; «ne le tentez
-pas de me punir de mes soupçons et de les changer en réalités[221].»
-
- [221] _Mémoires de la duchesse_ DE BRANCAS (édition L. Lacour,
- 1865), p. 50.--Le titre de la 1re édition porte: _Lettres de
- L.-B. Lauraguais à Madame... Fragments des Mémoires de la
- duchesse de Brancas_, etc... (Paris, Buisson, an II).
-
-Un événement imprévu allait, en précipitant la stratégie, jusqu’alors
-un peu lente, de Richelieu, justifier les craintes du Cardinal. Le Duc,
-à son retour des États du Languedoc, dans le courant de septembre,
-apprend, au débotté, la mort de la duchesse de Mazarin, survenue le 10
-de ce même mois. Cette dame était la belle grand’mère des demoiselles
-de Nesle; et sa maison, «un foyer d’intrigues», était ouverte aux
-partis les plus opposés. Le comte et la comtesse de Maurepas, héritiers
-de la duchesse, étaient les familiers de son hôtel; le ministre de la
-maison du roi, qui simulait alors une passion violente pour Mme de
-la Tournelle, avait conseillé à la jeune veuve, vu la modicité de sa
-fortune, de se retirer dans un couvent[222]: elle se concilierait ainsi
-les bonnes grâces du Cardinal et pourrait, de ce fait, obtenir la place
-qu’elle sollicitait, et qui lui était d’ailleurs promise, de «dame du
-palais de la reine».
-
- [222] _Mémoires de la duchesse_ DE BRANCAS (édit. L. Lacour),
- p. 55.
-
-Le tour n’était pas mal imaginé pour débarrasser Mme de Mailly de la
-présence de cette fière beauté, remarquée déjà par le roi, du vivant
-même de la duchesse de Mazarin. Mme de la Tournelle ne devait jamais
-pardonner à Maurepas une invitation, qui rappelle quelque peu celle
-d’Hamlet à Ophélie, et fit partager sa haine[223] à Richelieu, que
-Maurepas payait, du reste, de retour: l’abbé de Broglie ne lui avait-il
-pas dit en quelle médiocre estime le gouverneur du Languedoc tenait les
-ministres de Son Éminence?
-
- [223] «Ce fut, disent les _Mémoires authentiques_, le
- commencement le plus vrai et le plus ridicule» de cette
- animosité réciproque, très apparente déjà, deux mois plus tard,
- surtout de la part de Richelieu et de Mme de la Tournelle,
- comme le signale le _Journal de Luynes_ (t. IV, p. 260).
-
-Mais Mme de la Tournelle, voulant être, sans conditions, dame du
-Palais, avait prié Richelieu d’intervenir auprès de Mme de Mailly,
-qui «se piquait d’une grande amitié pour lui», afin qu’elle appuyât la
-requête de sa sœur. Elle s’y refusa nettement, assurent les _Mémoires
-authentiques_; les Goncourt prétendent le contraire, et même ajoutent
-que Mme de Mailly devint, par sa générosité, le propre artisan de son
-malheur. Quoi qu’il en soit, Mme de la Tournelle, et Mme de Flavacourt,
-avec elle, obtinrent, toutes deux, la place que chacune d’elles
-ambitionnait.
-
-Évidemment, Richelieu n’avait pas été étranger à l’événement; mais
-d’autre part, il avait eu l’idée d’une correspondance--qu’il rédigeait
-lui-même--pour mieux enchaîner Louis XV à Mme de la Tournelle: le roi,
-ayant envoyé à la marquise une lettre de condoléances pour la mort de
-la duchesse de Mazarin, avait reçu une «réponse surprenante en style»,
-qui l’avait charmé: c’était Richelieu qui l’avait dictée[224].
-
- [224] _Mémoires du Marquis_ D’ARGENSON, t. IV, p. 38.
-
-Désormais, il avait partie liée avec Mme de la Tournelle; mais, quoique
-les menées souterraines de ses ennemis lui fissent appréhender la perte
-de son gouvernement du Languedoc, il fallait partir pour cette campagne
-de Flandre, qui allait ajouter à la réputation militaire du jeune
-officier général.
-
-Heureusement pour sa fortune politique, Richelieu laissait des alliés
-dans la place et, en première ligne, une singulière femme que nous
-avons déjà nommée, Mme de Tencin.
-
-Cette religieuse défroquée, belle, ardente, tumultueuse, qui fut la
-mère, sans cœur, du correct et glacial d’Alembert, avait, pendant
-la Régence, prodigué ses charmes à tous venants, dans l’espoir
-d’acquérir le crédit, la situation et le rang qu’entrevoyaient ses
-rêves de mégalomane. Elle ne connut que des déceptions. De guerre
-lasse, elle ouvrit un salon littéraire; et quand elle eut constaté que
-sa _ménagerie_ (elle désignait ainsi son cénacle d’écrivains) avait
-développé le sens de pénétration qu’elle tenait de la nature, elle
-s’avisa qu’elle pourrait, quoique âgée, trafiquer de cette nouvelle
-ressource. Elle avait déjà, dans son jeu, un atout considérable, la
-situation de son frère, cet abbé de Tencin, qui s’était si bien poussé,
-qu’il avait enlevé le chapeau en 1739, obtenu le siège archiépiscopal
-de Lyon en 1741 et qu’il allait être nommé ministre d’État en 1742.
-Aussi peu scrupuleux que sa sœur, et, plus méprisé qu’elle, il était
-cependant moins audacieux. Il est vrai qu’il ne lui restait plus guère
-d’autres degrés à gravir que celui de premier ministre. Mais Mme de
-Tencin, impatiente de briller, elle aussi, stimulait une nonchalance
-qui se fût volontiers assoupie sous les somptueux lambris de son palais
-de Lyon.
-
-Mais, par contre, elle trouvait une intelligence d’accord avec la
-sienne dans cet élégant Richelieu, qu’elle avait eu pour amant et
-dont elle avait su garder l’amitié, aujourd’hui qu’elle approchait
-de la soixantaine. Tous deux comprirent quel ressort leur alliance
-imprimerait à leur esprit d’intrigue et comment ils réussiraient à
-diriger le roi par l’intermédiaire de la maîtresse qu’ils lui auraient
-choisie. Aussi, pendant que Richelieu était à l’armée de Flandre, Mme
-de Tencin le tenait-elle au courant, grâce à une correspondance qui a
-pu être conservée, non seulement de toutes les nouvelles de la Cour,
-mais encore des manœuvres combinées ou tentées par leurs adversaires
-pour tenir en échec leurs propres projets[225].
-
- [225] Les _Mémoires authentiques_ ne parlent, ni de cet
- échange de lettres, ni même de Mme de Tencin, mais de M.
- de Choiseul-Meuse, comme le confident épistolaire et le
- porte-parole de l’absent. Ami, très écouté, de Mme de Mailly,
- familier de Louis XV, bien en cour et volontiers serviable,
- M. de Choiseul-Meuse jouissait d’une certaine autorité que ne
- pouvait avoir Mme de Tencin, ce qui explique la défaillance de
- mémoire du Maréchal. Les Goncourt disent très nettement (_Mme
- de Châteauroux_, p. 189) que «Richelieu s’unissait à Mme de
- Tencin pour remplacer et renvoyer Mme de Mailly».
-
-Dans leur correspondance, les Tencin et Richelieu avaient imaginé,
-afin de dépister les indiscrétions du cabinet noir, des manières de
-«grimoires[226]», dont la clef changeait tous les huit jours. Il est
-même assez difficile aujourd’hui d’en identifier les véritables noms.
-
- [226] DE COYNART: _Les Guérin de Tencin_, 1910, p. 347.--P.
- MASSON: _Mme de Tencin_, 1909. L’auteur de ce livre
- remarquable, professeur à l’Université de Fribourg, est tombé
- glorieusement au champ d’honneur, en 1915.
-
-Mlle _Sauveur_, c’était FLEURY; le _général_, ou _Boufflers_, Mme de
-la TOURNELLE; M. de _Mairan_, Mme de MAILLY; _Helvétius_, RICHELIEU;
-encore celui-ci partageait-il, avec VOLTAIRE, le surnom de _géomètre_;
-LOUIS XV était tantôt le _Gentilhomme_, tantôt la _Guimbarde_.
-
-«Si vous revenez bientôt, lui écrivait Mme de Tencin, le 5 novembre
-1742, je vous conseille d’attendre votre retour; nous concerterons ce
-qu’il conviendra de faire. Il est certain qu’il ne faudra pas que vous
-vous brouilliez avec le Cardinal (Fleury); il peut nous faire mille
-petits chagrins surtout étant continuellement poussé et animé par ses
-ministres.
-
-M. de Maurepas, qui se flatte aisément, croyait bien que la Mailly se
-raccommoderait et vous perdrait. On voulait donner aussi une petite
-fille[227] et que la Mailly restât avec les honneurs et l’apparence
-de la faveur. Je sais positivement qu’on avait cherché cette fille;
-on avait même jeté les yeux sur la Gaussin (la comédienne), mais on a
-craint pour sa santé... Votre présence n’a jamais été plus nécessaire
-pour vous et pour vos amis[228]...»
-
- [227] Mme de Pompadour devait, un jour, mettre en pratique cet
- expédient.
-
- [228] _Correspondance du Cardinal de Tencin et de Mme de
- Tencin, sa sœur, avec le Duc de Richelieu._ Bibliothèque
- nationale. Imprimés Lb{38} 56.
-
-Deux jours avant l’envoi de cette missive--le 3 novembre--Mme de
-Mailly s’était retirée à Paris, d’où elle ne devait plus revenir. Les
-_Mémoires_ de Mme de Brancas, dont la lecture est des plus attrayantes,
-mais qui ne brillent pas toujours par une scrupuleuse exactitude,
-racontent que Richelieu alla trouver Mme de Mailly, pour la décider à
-ce départ exigé par Mme de la Tournelle et par le roi: ç’eût été un
-véritable tour de force, puisque le duc était encore à l’armée. Mais,
-en virtuose, il avait dirigé, de loin, l’opération. Il avait prié
-son obligeant ami, M. de Choiseul-Meuse, de préparer Mme de Mailly à
-sa disgrâce. Cette pénible mission répugnait à M. de Choiseul-Meuse,
-qui avait toujours vécu dans les meilleurs termes avec la favorite
-délaissée. Il eut l’adresse de passer la main au comte d’Argenson,
-ministre d’État depuis le mois d’août 1742. Celui-ci sut ou crut
-persuader Mme de Mailly, en lui donnant l’assurance qu’une jolie femme
-comme elle aurait bien vite ramené l’infidèle en le quittant pendant
-quinze jours.
-
-Ainsi «s’arrangea la _quitterie_ de Mme de Mailly», pour rappeler le
-mot, resté célèbre, du marquis d’Argenson, le mémorialiste, frère aîné
-du ministre[229].
-
- [229] _Mémoires de la duchesse_ DE BRANCAS, p. 53.--=Mémoires
- du marquis= D’ARGENSON, t. IV, p. 42.--_Mémoires authentiques
- du Maréchal_ DE RICHELIEU.
-
-Mais, depuis quelque temps, la malheureuse femme ne conservait plus
-la moindre illusion. Elle avait vu clair dans le jeu de sa sœur. Et,
-cependant, jusqu’au dernier moment, elle repoussa désespérément l’idée
-de la séparation qui lui était imposée. Les Goncourt ont décrit, avec
-leur sûreté d’analyse, cet état d’âme, au cours des heures cruelles qui
-précédèrent, à Versailles et à Choisy, celle du départ, puis les crises
-de larmes et de sanglots, les supplications navrantes, entrecoupées
-de suffocations et d’évanouissements auxquelles son amant opposait
-pour toute réponse: «Tu m’ennuies, j’aime ta sœur[230]», que Luynes
-convertit en cette phrase moins inhumaine: «Je suis amoureux fou de
-Mme de la Tournelle, je ne l’ai pas encore, mais je l’aurai[231].»
-En réalité, la beauté rayonnante de la Marquise avait affolé Louis XV,
-d’autant qu’il la comparait à la mine piteuse de cette vieille
-maîtresse, de tenue négligée, dont les pleurs éternels aggravaient
-encore la laideur. Mais Mme de Mailly était une bonne créature qui,
-pendant sept années, avait fidèlement aimé le roi et n’avait fait de
-mal à personne. On la plaignit; et Marie Lesczinska, la première,
-qu’elle avait respectueusement servie, lui fut compatissante. Le
-Cardinal, à qui l’attitude superbe, le ton hautain, l’esprit dominateur
-de la nouvelle favorite inspiraient de vives inquiétudes, voulut
-adresser au roi de sévères remontrances: le prince le renvoya sèchement
-à son portefeuille.
-
- [230] _Mémoires d_’ARGENSON, t. IV, p. 40.
-
- [231] _Journal de_ LUYNES, t. IV, p. 267.
-
-Cependant Louis XV n’était pas autrement satisfait de l’issue des
-négociations menées par Richelieu. Mme de la Tournelle n’avait pas
-encore cédé; elle posait ses conditions, et qui n’étaient pas des
-moindres. D’autre part, le roi, avec sa timidité ordinaire, ne savait
-comment s’y prendre pour triompher d’une résistance que rendait plus
-irritante l’adroit manège d’une savante coquetterie. Aussi fit-il
-revenir Richelieu de l’armée, plus tôt que de raison[232].
-
- [232] _Mémoires d_’ARGENSON, t. IV, p. 42.
-
-Le duc reparaissait donc à Versailles, le 16 novembre, prêt à la
-double tâche qu’il avait d’ailleurs si adroitement amorcée, d’achever
-l’éducation galante du maître et de préparer par ses conseils
-l’avènement de la «maîtresse reconnue»: n’était-ce pas, pour lui, le
-plus sûr moyen de s’ouvrir les avenues du pouvoir?
-
-Ce fut, comme bien on pense, un événement considérable et un sujet de
-conversations sans fin, dans ce monde, chamarré et doré, de brillants
-seigneurs, habitués, tantôt de Versailles, tantôt de Choisy, et
-toujours à l’affût de ces petites nouvelles, qu’ils tenaient pour
-des informations de la plus haute importance. Le _Journal_ de Luynes
-enregistre, avec un soin méticuleux, mais en termes pleins de réserve,
-ces anecdotes et ces impressions de salon ou de boudoir. Richelieu est
-reçu à souper chez Mme de la Tournelle; et les courtisans remarquent
-qu’il eut avec elle un long entretien «avant et après le repas[233]».
-Ils notent encore que, depuis, le roi s’est fait servir à souper chez
-Mme de la Tournelle et ne doutent pas un seul instant que Richelieu
-n’ait été invité à ce repas[234].
-
- [233-234] _Journal du Duc_ DE LUYNES, t. IV, p. 278.
-
-Naturellement les plus curieux, ou ceux qui se prétendent les mieux
-renseignés, entourent le favori et l’interrogent, ou lui racontent «ce
-que le roi a déjà fait». Richelieu ne s’en étonne pas; c’est lui qui
-l’a conseillé ou qui l’a improuvé; il sait tout, il reste imperturbable
-et impénétrable. Le marquis d’Argenson ne l’appelle plus que «l’avocat
-consultant», le professeur «di piazza»[235]. C’est ainsi que,
-pressentant sans doute le regret, presque le remords, qui s’éveillera
-bientôt dans le cœur du roi, d’avoir renvoyé son ancienne maîtresse
-«plus durement qu’une fille de l’Opéra[236]», Richelieu conseillera au
-prince (il se chargera, au besoin, de la besogne) d’écrire tous les
-jours, puis une fois par semaine, un billet à Mme de Mailly[237]. Cette
-éventualité devait être prévue par le programme de la _quitterie_.
-
- [235] _Mémoires_ de D’ARGENSON, t. IV, p. 42.
-
- [236] _Ibid._, p. 45.
-
- [237] _Ibid._, p. 42.
-
-En attendant, Louis XV se montrait toujours aussi indécis. Ce n’était
-pas que le duc ne fît le nécessaire pour le stimuler. Il se vantait
-à «sa tante» (la duchesse de Brancas) de «donner des leçons» au roi;
-et «les miennes, ajoutait-il, valent mieux que celles du Cardinal,
-n’est-ce pas[238]»? Il sembla cependant que, pendant plus d’un mois,
-l’écolier voulût répondre aux efforts du maître et même les prévenir.
-Ce furent, de son fait, de fréquentes expéditions, la nuit, par les
-corridors du palais, jusqu’à la porte de l’appartement de la marquise,
-Louis XV travesti en médecin, Richelieu armé d’une lanterne sourde
-et menaçant de son épée Maurepas qui s’était avisé d’espionner les
-noctambules. La duchesse de Brancas les représente encore masqués,
-affublés de grandes perruques, enveloppés de manteaux noirs, et s’en
-allant ainsi «gratter» à la porte de Mme de la Tournelle[239].
-
- [238] _Mémoires de la duchesse_ DE BRANCAS, p. 65: «Il faut lui
- plaire, prescrivait-il au roi, et commencer par lui dire que
- vous en êtes épris.»
-
- [239] _Mémoires_ de la duchesse DE BRANCAS, p. 75.--_Les
- Mémoires authentiques_ du Maréchal DE RICHELIEU signalent
- pareillement cette mascarade, mais l’attribuent à l’imagination
- inquiète du roi, qui n’en prévint son compagnon qu’au dernier
- moment; et la meilleure preuve qu’elle était de l’invention
- de Louis XV, c’est que le _Journal_ de LUYNES (t. IV, p. 268)
- en parle, dès le 5 novembre 1742; or, à cette date, Richelieu
- n’était pas encore revenu de l’armée. Quant à l’épisode de
- Maurepas, il est sorti tout entier du cerveau de Soulavie.
-
-Mais, presque toujours, la marquise faisait la sourde oreille; et
-le «professeur di piazza», déjà fort empêché dans son vilain métier
-d’entraîneur du roi, reprochait à son autre élève de le lui rendre plus
-difficile encore, en exaspérant à plaisir et sans résultat les sens
-violemment surexcités de Louis XV.
-
-Après avoir tenté de justifier sa téméraire manœuvre, Mme de la
-Tournelle finit par se rendre aux arguments décisifs du professeur;
-et, le 9 décembre, une tabatière, dont le roi ne se séparait pas, qui
-«se trouva sous le chevet de Mme de la Tournelle», et que celle-ci
-«montra, le matin, à M. de Choiseul-Meuse», fut, pour cet ami de
-Richelieu, l’indice révélateur d’une défaite depuis si longtemps
-attendue. Le grave duc de Luynes ne pouvait la mentionner de façon plus
-décente dans son _Journal_[240].
-
- [240] _Journal_ de LUYNES, 12 décembre 1742, t. IV, p. 296.
-
-Mais Mme de la Tournelle devait bientôt se ressaisir et tenir
-de nouveau rigueur au roi, en raison de... réalisations qui lui
-paraissaient beaucoup trop lointaines.
-
-Sa chute fut saluée par tout un bouquet de chansons, d’épigrammes,
-de satires, de nouvelles à la main, qui se dispersèrent également
-sur les demoiselles de Nesle, sur Richelieu, sur Fleury et même sur
-Maurepas. Et pourtant, c’était le ministre de la maison du roi, qui
-était l’inspirateur, sinon l’auteur, de ces malicieux brocards, dont
-le recueil parvenait, par les soins du lieutenant-général de police,
-jusqu’à Louis XV, très friand de ce genre de littérature. Pouvait-on,
-en conscience, soupçonner Maurepas de tels méfaits, puisqu’il en était
-la première victime?
-
-Une de ces pièces, entre autres, parodiant le quatrième acte
-d’_Iphigénie_, dramatisait la scène douloureuse qui, en réalité, avait
-mis aux prises les deux sœurs.
-
-_Accusez Richelieu_, _plaignez-vous à l’Amour_, disait Mme de la
-Tournelle à Mme de Mailly, avec cette inflexible dureté qui la
-caractérisait.
-
-Le duc n’en avait cure; il pouvait, au contraire, être fier de son
-ouvrage[241]. Il avait triomphé en vingt jours. Son gouvernement
-du Languedoc réclamant sa présence, il partait donc l’esprit plus
-tranquille et le cœur plus léger. Et, comme pour mieux en témoigner,
-il daignait admettre les dames de la Cour à son petit coucher dans sa
-«dormeuse», cette voiture, établie sur ses indications, qui devait le
-conduire à destination. Le duc de Luynes nous a laissé la description
-de ce véhicule et le récit du départ désinvolte de son propriétaire:
-
- 17 Décembre 1742
-
- «Le jeudi, à 5 heures du soir, M. de Richelieu partit de Choisy
- pour aller tenir les États du Languedoc. Il a fait faire une chaise
- de poste, où l’on porte, dans un coffre, derrière, à manger pour
- plusieurs jours; et sur le devant il y a de quoi mettre trois entrées
- toutes prêtes pour mettre au feu; de sorte que son cuisinier, qui
- le suit, s’avançant un peu avant lui, avec le panier où sont les
- entrées, lui tient son dîner ou son souper prêts également partout.
- Outre cela, il a fait mettre dans cette chaise un lit où il est
- couché entre deux draps. Il se déshabilla donc à Choisy, et, après
- que l’on eut bassiné le lit de sa chaise, il y monta, se coucha
- en présence de trente personnes qui étaient là et dit qu’on le
- réveillerait à Lyon. Mme de la Tournelle parut assez fâchée de son
- départ. La veille, M. de Richelieu s’était trouvé assez mal en jouant
- à l’hombre avec le roi[242].»
-
- [241] Il nous paraît curieux d’insérer ici, après ces preuves
- irréfutables du rôle honteux joué par Richelieu auprès de
- Louis XV, une lettre où il se défend d’avoir procuré Mme de
- la Tournelle au roi. Elle lui était déjà attribuée par Faur;
- et Jobez, qui la publie dans sa _France sous Louis XV_ (t.
- III, p. 289), ne semble pas douter de son authenticité. Nous
- serons beaucoup moins affirmatif: le style en est d’abord trop
- moderne. En tout cas, cette missive, adressée à deux bonnes
- amies de Richelieu, la marquise de Monconseil et la duchesse de
- Luxembourg, est une merveille de cynisme:
-
- «Vous croyez, Mesdames, ainsi que le public qui juge souvent
- fort mal, parce qu’il le fait sans savoir ni connaître les
- personnes dont il parle, que c’est moi qui ai procuré Mme de
- Châteauroux au roi. Vous êtes dans l’erreur comme tout le
- monde. Je ne me ferais pas un grand scrupule d’avoir été utile
- à mon maître dans ses amours: on donne un joli tableau, un beau
- vase, un bijou quelconque; et je ne vois pas qu’on doive rougir
- de mettre à même son souverain de jouir de tout ce qu’il y a de
- plus aimable au monde, d’une femme... On doit ses soins en tout
- genre au maître qui nous donne des ordres; et on peut bien lui
- donner une femme comme autre chose. Je ne vois d’exclusion que
- pour la sienne. Ce n’est donc point par scrupule que je n’ai
- point été le premier agent de la liaison du roi avec Mme de
- Châteauroux; c’est que l’occasion ne s’est pas rencontrée.»
-
- [242] _Journal_ du DUC DE LUYNES, t. IV, p. 299.--_Journal_ de
- BARBIER, t. VIII, p. 208. Gazetin de police du Chevalier de
- Mouhy.
-
-
-
-
-CHAPITRE XV
-
- _Année 1743: nouvelle correspondance chiffrée de Mme de Tencin,
- pendant le séjour de Richelieu en Languedoc.--Campagne contre
- Maurepas.--Le désastre de Dettingen; belle conduite et mot...
- malheureux de Richelieu.--Mme de la Tournelle est nommée duchesse de
- Châteauroux et Richelieu, premier gentilhomme de la Chambre._
-
- _Année 1744: projet, avorté, d’une descente sur les côtes
- anglaises.--Dépit et récriminations de Richelieu.--Son activité comme
- premier gentilhomme de la Chambre.--Projets de fêtes pour le premier
- mariage du Dauphin.--La_ Princesse de Navarre: _patience de Voltaire
- et méchante humeur de Rameau.--Diplomatie mystérieuse de Frédéric
- II.--Conseil de nuit à Choisy.--Départ de Louis XV pour l’armée._
-
-
-Le mécontentement que Mme de la Tournelle n’était pas parvenu à
-dissimuler, en voyant s’éloigner «son cher oncle», n’était que trop
-fondé. Bien que maîtresse en titre, elle sentait tant de jalousies
-et tant de haines coalisées contre elle, qu’elle pouvait craindre un
-retour offensif de l’ennemi. Aussi, dans une lettre où s’affirme toute
-la sécheresse de son cœur, laissait-elle entendre à ce «cher oncle»,
-avec quelle âpreté elle avait dû défendre sa victoire: «Meuse vous aura
-mandé la peine que j’ai eue à faire déguerpir Mme de Mailly.»
-
-Mais Mme de Tencin veillait.
-
-Toutefois, son empressement inquiétait et fatiguait Mme de la
-Tournelle, à qui Richelieu n’avait pas révélé l’action commune du frère
-et de la sœur. Et, de son côté, Mme de Tencin s’étonnait de la froideur
-avec laquelle la favorite répondait à l’ardeur de son zèle. Il fallut
-que le gouverneur du Languedoc intervînt pour modifier l’attitude de
-Mme de la Tournelle et lui permettre d’être plus accueillante, sans
-aliéner sa liberté d’allures.
-
-Précisément, le cardinal Fleury mourait, au moment où des amis
-communs lui suggéraient l’idée d’une réconciliation entre Richelieu
-et Maurepas. Et Mme de Tencin confiait à son ami toutes ses craintes
-de savoir encore en place un homme, qui pouvait nuire, par «ses coups
-fourrés», à l’aide de ces lettres, de ces «petites nouvelles», de
-ces épigrammes, de ces chansons, dont Maurepas s’entendait si bien à
-faire usage. Mais ce qui n’était pas banal, c’est qu’au cours de cet
-accommodement, dont des tiers eussent volontiers chargé Mme de Tencin,
-celle-ci et ses entours étaient filés par des «mouches» (la lieutenance
-générale de police était du département de Maurepas), pendant que Mme
-de Tencin avait aussi ses espions, chargés d’observer l’ennemi. Elle
-ne s’en tourmentait pas moins: «Je suis tranquille quand vous êtes là,
-écrivait-elle à son correspondant. Vous avez plus d’esprit qu’ils n’en
-ont tous eu en dix ans.»
-
-Et Mme de Tencin comprenait dans une même réprobation, assurément fort
-injuste, Meuse que ne pouvait souffrir Mme de la Tournelle et qu’on
-disait l’espion de Maurepas; Voltaire[243] envoyé en mission secrète,
-sous prétexte d’exil, auprès de Frédéric II, par les ministres Amelot
-et Maurepas... «S’il réussit, ces messieurs seraient bien attrapés, si
-le roi de Prusse déclarait qu’il ne veut point passer par leurs mains»,
-préférant placer toute sa confiance dans Mme de la Tournelle[244].
-
- [243] Mme de Tencin n’aimait pas Voltaire, sans doute par
- jalousie: «Vous aviez la réputation, écrit-elle à Richelieu,
- le 18 décembre 1742, de parler toujours de la religion, comme
- il convient. Si vous faisiez recevoir Voltaire à l’Académie,
- on dirait qu’il vous a perverti.» Ses variations sur le poète
- philosophe sont infinies. Peu de temps après cette première
- lettre, elle s’efforce de gagner Voltaire par Mme du Châtelet,
- dont elle n’ignore pas les anciennes relations avec Richelieu;
- et presque aussitôt, elle se plaint que les deux amants,
- devenus amis, «sont livrés au Maurepas et ne savent qu’être
- esclaves».
-
- [244] Cette lettre se trouve également dans la _Vie privée_ de
- Faur (t. II, p. 405).
-
-On ne saurait imaginer quelle astuce et quelle rouerie met en œuvre
-cette politicienne pour faire tomber les ministres qui lui barrent le
-chemin. M. Pierre Masson en cite un exemple topique:
-
-«Il s’agit de faire comprendre au roi et à sa maîtresse qu’Amelot est
-incapable, Maurepas vendu à l’Angleterre et que les Cours étrangères
-les méprisent tous deux. On fera saisir au Cabinet noir, pour qu’elle
-soit montrée au roi, une lettre qu’on aura fait écrire à Wernek, envoyé
-du prince des Deux-Ponts, par une main inconnue et où il y aura des
-phrases allemandes. Il faudrait, continue Mme de Tencin, l’écrire sur
-du papier de Francfort et la faire mettre à la poste de Francfort.
-Voici à peu près comme j’imagine qu’il faudrait l’écrire:
-
-..... «On croirait à voir, comme on se gouverne en France, que
-les ministres agissent par l’impulsion de la reine de Hongrie
-(l’impératrice Marie-Thérèse). On dit tout haut ici qu’Amelot n’entend
-rien à sa mission et qu’un autre ministre reçoit de belles et bonnes
-guinées d’Angleterre pour laisser les Anglais en repos[245]...»
-
- [245] Pierre MASSON: Mme _de Tencin_, 1909, p. 106.
-
-En cette année 1743, Richelieu «est plus favori que jamais; on le
-regarde comme l’auteur de tout,... se frayant un chemin au premier
-ministère...[246]». Il n’en domine que mieux Mme de la Tournelle. Et
-cette autorité lui est nécessaire, s’il veut mener à bonne fin son
-œuvre. En effet, sa protégée, depuis longtemps éprise du beau duc
-d’Agénois, lutte pour ne pas sacrifier son amour à la jalousie du roi.
-Mais Richelieu a compris le danger; et nous avons dit ailleurs, par
-quelles subtiles et romanesques manœuvres, il détermina une rupture qui
-ne fut jamais sans arrière-pensée[247].
-
- [246] Marquis D’ARGENSON: _Mémoires_, t. IV, p. 101.
-
- [247] _La Duchesse d’Aiguillon_ (Émile-Paul, 1912), p. 17.
-
-En revanche, le maître courtisan insistait auprès du roi, pour qu’il
-tînt des engagements pris au plus fort de la passion. Lui, Richelieu,
-en avait fatigué alors les échos de Versailles et de Choisy. Il
-disait, en propres termes, «qu’il voulait que celui qui entrerait dans
-l’antichambre de Mme de la Tournelle eût plus de considération que
-celui qui, auparavant, était tête-à-tête avec Mme de Mailly[248].»
-
- [248] _Journal_ du duc DE LUYNES, t. IV, p. 469, avril 1743.
-
-D’abord était-il juste que la condition de la favorite fût inférieure à
-celle de sa sœur Montcavrel, duchesse de Lauraguais depuis le mois de
-décembre 1742?
-
-Mais le roi était parcimonieux. Il s’invitait volontiers chez sa
-maîtresse, simplement pour y faire admirer son appétit bourbonien.
-Stylée par Richelieu, Mme de la Tournelle finit par dire à son royal
-amant qu’elle serait heureuse de lui offrir à dîner, s’il la mettait à
-même d’en faire la dépense, «s’il lui donnait une maison».
-
-Richelieu ne pouvait tenir que de loin tous les fils de l’intrigue,
-soit qu’il eût à remplir les devoirs de sa charge aux États de
-Languedoc, soit qu’il fût employé à l’armée du Rhin. Et là, le 27
-juin, dans cette désastreuse affaire de Dettingen, dont l’invasion de
-l’Alsace et de la Lorraine aurait pu être la conséquence, Richelieu
-s’était conduit en héros. Il vit son régiment presque détruit au cours
-de la retraite; il la soutint à peu près seul à l’arrière-garde; et,
-le dernier, il passa le Mein. Il eut un cheval tué sous lui, mais
-sortit indemne de ce massacre--un nouvel Azincourt pour la noblesse
-française. Aussi, quand il fut chargé par le Maréchal de Noailles[249]
-de relever sur le champ de bataille plus de six cents blessés et, parmi
-eux, des ennemis qu’y laissait le roi d’Angleterre[250], Richelieu
-ne put-il retenir un mouvement de surprise indignée, à la vue de
-tant de jeunes et brillants seigneurs couchés par la mort à côté des
-plus obscurs plébéiens. Comme si l’inflexible Camarde, ce professeur
-d’égalité absolue, eût dû établir des distinctions, des séparations,
-voulons-nous dire, entre justiciables de si diverses qualités! Et le
-haineux Chamfort de se réjouir, à ce propos, de la publication des
-«_Mémoires du Don Juan français_», mine précieuse de révélations et
-de scandales, d’où il extrait, avec quelles délices! le «sentiment
-d’horreur de Dettingen» comme un des traits les plus caractéristiques
-de l’«arrogance et de la fatuité» de Richelieu.
-
- [249] L’imprudente attaque de Gramont non seulement contrecarra
- le plan de Noailles, lequel tenait déjà la victoire entre ses
- mains, mais obligea le Maréchal à se retirer derrière le Rhin
- (_Journal_ de BARBIER, t. III, pp. 457 et suiv.).
-
- [250] Comme électeur de Hanovre, le roi d’Angleterre, Georges
- II, avait pris parti pour Marie-Thérèse.
-
-Mais, hélas! c’était aussi cet orgueil, barbare, protestant contre
-l’oubli des égards dûs au privilège nobiliaire, qui valait à son
-représentant le plus autoritaire et le plus turbulent, la sympathie,
-l’approbation et l’appui d’un parti puissant à la Cour, soucieux d’y
-défendre les intérêts de l’absent.
-
-Mme de Tencin en signale les protagonistes dans sa correspondance;
-mais, presque aussitôt, sa méfiance, trop souvent brouillonne, reprend
-le dessus; ceux dont elle a vanté le zèle, deviennent des traîtres
-ou des indifférents; et, réciproquement, les douteux ou les suspects
-rendent des services. C’est ainsi que le ministre de la Guerre,
-d’Argenson, bien qu’il «ne vaille rien», s’entend, avec Mme de la
-Tournelle, pour «tromper» Maurepas, qui veut empêcher la favorite
-de voir le roi, mais plus encore pour déjouer les intrigues de «la
-Maurepas», furieuse de savoir Mme de la Tournelle en passe d’être
-nommée duchesse. C’est encore le frère de Mme de Tencin, le Cardinal,
-d’accord avec le Maréchal de Noailles, pour travailler «au bien de la
-chose publique», qui ne semblent, le second surtout, se lasser et se
-refroidir: «J’agirai par moi-même, écrit-elle à Richelieu, auprès de
-votre Mme du Châtelet; elle a confiance en moi. Je lui ferai sentir les
-avantages que Voltaire trouvera à dire la vérité au roi ou du moins
-à Mme de la Tournelle.» Mais elle craint l’asservissement de Mme de
-Lauraguais à Maurepas: il n’est pas jusqu’à Mme de Flavacourt, «votre
-_Poule_ (toujours la manie des surnoms!)», qui ne soit l’espionne de
-l’exécrable Maurepas.
-
-Et, dans certaines de ces lettres, au verbe hardi, aux termes
-pittoresques, la femme d’État, si le mot n’est pas excessif, prime la
-femme d’affaires: «Ici, écrit-elle, on n’est pas occupé de l’armée, ni
-du mouvement des ennemis, mais de frivolités...» Plus loin, elle rêve
-d’une alliance de la France avec la Russie, la Turquie et la Suède.
-
-C’est encore contre Louis XV qu’elle manifeste le plus d’animosité:
-«Le roi sera toujours mené, et plus souvent mal que bien: on dirait
-qu’il a été élevé à croire que, quand il a nommé un ministre, toute sa
-besogne de roi est faite et qu’il ne doit plus se mêler de rien.» Aussi
-est-elle écœurée et va-t-elle «le planter là».
-
-Cependant, ce monarque fainéant, tout en conservant Maurepas, allait
-combler de largesses sa maîtresse et son favori.
-
-En octobre, la marquise de la Tournelle recevait, dans une magnifique
-cassette, avec 86.000 livres de rente, des lettres-patentes de la
-duché-pairie de Châteauroux, rendant hommage à la «vertu» et au «mérite
-personnel» de la bénéficiaire. Ainsi, grâce à la dextérité de son jeu
-de grande coquette, Mme de la Tournelle était enfin parvenue au but que
-s’était proposé son ambition, froidement et résolument calculatrice:
-exigences insatiables, refus systématiques et répétés de sa personne,
-menaces fréquentes de rupture, elle n’avait rien négligé pour rançonner
-et pour s’asservir un amant dont l’impatiente passion s’irritait de
-tant d’obstacles.
-
-Quant à Richelieu, les «grâces» se succédaient pour lui avec une
-continuité qui marquait bien la progression de son crédit. Le jeune
-Fronsac, son fils, avait été promu colonel du régiment de Septimanie,
-sans que le prince de Dombes, le véritable gouverneur du Languedoc, eût
-même été consulté[251]. Déjà Bernage, l’intendant de la province, avait
-été nommé prévôt des marchands à Paris, uniquement pour que Richelieu
-en fût débarrassé; et Louis XV ajoutait, non sans malice, «qu’il ne
-serait pas aisé de trouver un intendant de Languedoc dont le duc pût
-s’accommoder, M. de Richelieu étant aussi jaloux qu’il l’est de tout ce
-qui peut diminuer son pouvoir et son autorité[252]».
-
- [251] _Journal_ du duc DE LUYNES, t. V, p. 338.
-
- [252] _Ibid._, p. 81.
-
-Enfin, le 26 décembre, le roi lui donnait la charge de premier
-gentilhomme de la Chambre, mais il entendait être seul à l’en aviser:
-aussi un courrier était-il parti en porter la nouvelle à Montpellier,
-où le duc tenait les États du Languedoc[253].
-
- [253] _Ibid._, p. 225.
-
-Duclos, malveillant d’instinct pour Richelieu, le présente comme «un
-homme assez singulier, qui a toujours cherché à faire du bruit et n’a
-pu parvenir à être illustre, qui, employé dans les négociations et à la
-tête des armées, n’a jamais été regardé comme un homme d’État, mais le
-chef des gens à la mode dont il est resté le doyen[254]». Ce que Duclos
-aurait pu, aurait dû dire, c’est que si cette réputation de mondanité
-excessive a diminué le rôle de Richelieu devant l’Histoire, celle-ci,
-en équitable dispensatrice du blâme ou de l’éloge, n’en a pas moins
-reconnu les incontestables succès remportés sur les champs de bataille
-ou dans les milieux diplomatiques par ce «chef des gens à la mode».
-
- [254] DUCLOS: _Mémoires_, 1864, t. II, p. 38.
-
-Richelieu s’y fit remarquer, en tout cas, pendant l’année 1744, par
-une activité, peut-être un peu trop débordante, mais témoignant d’une
-somme de travail considérable. Il visait à la fois le poste de premier
-ministre et le bâton de maréchal. Pour cette dernière distinction,
-il crut l’obtenir sans trop de peine, en acceptant le titre et les
-fonctions de généralissime de l’expédition, qui s’organisait, dès les
-premiers mois de l’année, contre la Grande-Bretagne.
-
-La France, soutenant alors la cause du prétendant Charles-Édouard,
-devait le débarquer sur les côtes anglaises, avec un corps d’armée
-de 11.000 hommes, de l’artillerie et des chevaux de trait, sous le
-commandement de Richelieu. Celui-ci, porteur d’une proclamation
-en deux langues--_Manifeste du roi de France en faveur du Prince
-Charles-Édouard_--rédigée par Voltaire[255], l’eût lancée par le pays,
-dès que la flotte eût abordé. Mais l’impétueux généralissime n’était
-pas plus discret dans le dispositif de ses préparatifs militaires
-que dans la mise au point de ses campagnes galantes. Il se commanda,
-suivant son habitude, de magnifiques équipages et s’entoura d’un
-superbe état-major. D’autre part, on réquisitionna tous les navires
-marchands de Picardie et de Normandie, opération qui se poursuivit,
-sinon dans le silence, du moins avec lenteur[256].
-
-Et, quand Richelieu arriva dans le port de Boulogne, il trouva en face
-de lui une escadre de trente-cinq vaisseaux ennemis qui gardaient à
-vue le détroit. Irrité d’une surprise qui étouffait l’entreprise dans
-l’œuf, il le prit sur le ton du persiflage avec les ministres: «Je
-crois que ceux qui auraient de grands talents militaires ne sont pas
-plus à l’abri du ridicule que ceux qui en ont moins... Aussi, si je
-connaissais quelque guerrier intrépide de ce genre, je vous prierais
-de me l’adresser.» Cependant, il ne se découragea pas complètement. Il
-proposa de changer le port d’embarquement. Mais, voyant que la Cour
-semblait se désintéresser de l’affaire, il se fâcha: «Ce n’est pas
-moi qui ai formé le projet de porter des secours en Angleterre; mais,
-ayant été choisi pour y conduire celui qu’on aurait pu y passer, j’ai
-cru devoir présenter les moyens que je croyais qui pourraient le faire
-réussir[257].»
-
- [255] _Œuvres_ de VOLTAIRE (édition Garnier, t. XV, c. XXV).
-
- [256] _Mémoires_ D’ARGENSON, t. IV, mars 1744, p. 318.--DUC
- DE BROGLIE: _Maurice de Saxe et le marquis d’Argenson_ (2 v.,
- 1893), t. I, p. 14.
-
- [257] Duc DE BROGLIE: _Maurice de Saxe et le marquis
- d’Argenson_, t. I, p. 22.
-
-De guerre lasse, vers la mi-février, il se dit malade et revint,
-jurant et tempêtant contre les ministres de la Guerre et de la
-Marine, tournant en ridicule le duc d’York (le futur cardinal) et les
-catholiques anglais, dévots maladroits, qui ne savaient pas cacher
-leurs pratiques bigotes aux yeux des protestants partisans de Charles
-Édouard[258].
-
- [258] _Mémoires_ D’ARGENSON, t. IV, pp. 319-321, mars 1744.
-
-Il comptait prendre sa revanche, à la Cour, du rôle ingrat qu’on lui
-avait imposé, perfidement peut-être. Aussi bien, il prêtait serment, le
-12 février 1744, comme premier gentilhomme de la Chambre, et «servait
-le roi à son coucher, puis, le lendemain, à son lever[259]». Là,
-encore, la malignité publique trouva prétexte à s’exercer aux dépens du
-nouveau dignitaire. La banqueroute d’un notaire parisien, Laideguive
-jeune, préoccupait alors tous les esprits. On s’empressa de l’attribuer
-à Richelieu, parce qu’il avait exigé, prétendait-on, du failli, qu’il
-«se dessaisît de ses dépôts, pour lui avancer les 400.000 livres dûs
-pour le brevet de retenue de la charge de premier gentilhomme[260]».
-
- [259] _Journal_ du duc DE LUYNES, t. V, p. 331, 14 février.
-
- [260] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL. Mss. 6113. _Journal inédit du
- Chevalier de Mouhy_, 7 mars 1744.
-
-En tout cas, il eut à cœur de remplir ces fonctions, jusqu’à l’heure
-de sa mort, c’est-à-dire pendant plus de quarante-quatre ans, avec une
-régularité ponctuelle et un sentiment du devoir, qui, malheureusement,
-n’étaient pas exempts d’une minutie tracassière, d’un souci exagéré de
-l’étiquette et d’une hauteur souvent intolérable.
-
-L’ordonnance des spectacles, la pompe des fêtes, le règlement des
-cérémonies officielles étaient surtout de son ressort. Et, précisément,
-cette année-là, celles du futur mariage du Dauphin comportaient un
-programme que nul n’était plus apte à composer que le duc de Richelieu.
-Celui-ci n’en voulut laisser le soin à personne. Il fit tout d’abord
-de son féal Voltaire le poète de la Cour; et, pour répondre à sa
-confiance, l’auteur écrivit cette _Princesse de Navarre_, assurément
-la plus médiocre de ses œuvres dramatiques et qui lui valut d’être
-aux prises, pendant plus de six mois, avec son protecteur et avec le
-compositeur Rameau.
-
-Ce musicien, naturellement grincheux, était peu sympathique à Voltaire,
-qui, cependant, pour l’amadouer, lui prodiguait ses épithètes les plus
-flatteuses et ses phrases les plus caressantes. Mais, Rameau, ainsi
-que l’avait déclaré le Président Hénault, dans une lettre au comte
-d’Argenson, était «devenu bel esprit et critique» et «s’était mis à
-corriger les vers de Voltaire... Ce fou-là, continuait le Président,
-a pour conseil toute la racaille des poètes: il leur montrera
-l’ouvrage... L’ouvrage sera mis en pièces, déchiré... et il finira par
-nous donner de mauvaise musique, d’autant plus qu’il ne travaillera pas
-dans son genre. Il n’y avait que les petits violons qui convinssent et
-M. de Richelieu ne veut pas en entendre parler...»
-
-Mais celui dont un ironiste du temps avait dit: «Enfin le roi a fait
-gentilhomme M. de Richelieu», voyait toujours grand. «Le prince de
-Sagan du XVIIIe siècle, comme l’appelle M. Bapst, avait fait élever un
-théâtre de cinquante-six pieds de profondeur dans la Salle du Manège,
-avec des loges superposées et soutenues les unes au-dessus des autres
-au moyen de supports multiples et contournés. Le tout était exécuté
-avec une magnificence qui nous paraît bien invraisemblable pour une
-représentation éphémère, mais dont le souvenir heureusement n’est pas
-perdu pour nous, puisque Cochin[261] nous en a laissé une admirable
-gravure.»
-
- [261] BAPST: _Essai sur l’histoire du théâtre_ (1893), p.
- 454.--Voltaire ajoute (_Œuvres_, édit. Garnier, t. IV, p.
- 273), à propos de cette salle, que «les décorations et les
- embellissements sont tellement ménagés que tout ce qui sert au
- spectacle doit s’enlever en une nuit et laisser la salle ornée
- pour un bal paré qui doit former la fête du lendemain.»--Cochin
- établit pour la _Princesse de Navarre_ une quantité de dessins
- originaux et en couleur, dont Richelieu présenta les tableaux à
- Louis XV.
-
-Richelieu avait pris tellement à cœur cette première manifestation
-de son entrée en fonctions, que, même au plus fort de la campagne
-de Flandre, il entretenait une correspondance des plus actives avec
-Voltaire, Rameau, le lieutenant de police, le président Hénault, et
-_tutti quanti_, afin que ce spectacle imaginé, commandé, surveillé par
-lui, atteignît les limites de la perfection. Il voulait beaucoup de
-divertissements, révisait le poème de Voltaire, exigeait la suppression
-de telles ou telles scènes, en proposait de nouvelles.
-
-Voltaire, alors à Cirey, était sur les dents. Il répond à Richelieu,
-en lui envoyant son troisième acte, qu’il lui est bien difficile de
-condenser, en deux mois, tout ce que le duc «voudrait voir» dans la
-pièce; et il est «un homme perdu», si l’acte, les divertissements, les
-couplets de la France et de l’Espagne ne plaisent pas à Richelieu[262].
-
- [262] Lettre du 28 mai.
-
-Et le mois précédent, Voltaire, avec sa souplesse d’échine, s’était
-prosterné devant son correspondant pour lui décerner un brevet
-d’arbitre du goût! Il lui écrivait:
-
- 24 avril 1744.
-
- «Colletet envoie encore ce brimborion au Cardinal-duc. Cette rapsodie
- le trouvera probablement dans un camp entouré d’officiers et
- vis-à-vis de vilains Allemands qui se soucient fort peu des amours du
- duc de Foix et de la princesse de Navarre. Mais votre esprit agile,
- qui se plie à tout, trouvera du temps pour songer à votre fête.
- Vous serez comme Paul-Émile, qui, après avoir vaincu Persée, donna
- une fête charmante et dit à ceux qui s’étonnaient de la fête et du
- souper: Messieurs, c’est le même esprit qui a conduit la guerre et
- ordonné la fête.»
-
-Mais le malin singe, qui connaissait bien son Rameau, suppliait
-l’«ordonnateur» de faire tenir lui-même le livret au compositeur, avec
-invitation de «le lire» et d’écrire une «musique convenable aux paroles
-et aux situations».
-
-Cependant, à mesure que son travail avance, ses plaintes redoublent.
-«Vous êtes un grand critique... et je vous admire, Monseigneur, de
-raisonner si bien sur mon barbouillage, quand on ouvre des tranchées.
-Il est vrai que vous écrivez comme un chat; mais aussi je me flatte que
-vous commandez les armées comme le Maréchal de Villars; car, en vérité,
-votre écriture ressemble à la sienne; et cela va tous les jours en
-embellissant[263].»
-
- [263] Lettre du 5 juin.
-
-Puis, il se plaint que Richelieu montre des brouillons dont il ne
-«subsistera peut-être pas cent vers[264]...» Et quelle «terrible
-besogne»! «J’aurais mieux aimé faire une tragédie qu’un ouvrage dans le
-goût de celui-ci[265].»
-
- [264] _Ibid._
-
- [265] Lettre du 18 juin.
-
-Les choses se passaient moins bien encore avec Rameau. Richelieu écrit
-de Dunkerque, le 18 juillet, qu’il a entre les mains une lettre, où
-le compositeur «fait part de la ridicule critique qu’il a imaginé de
-faire, ou, pour mieux dire, de faire faire, par ses petits poétereaux
-d’amis, de l’ouvrage» dont il est chargé d’écrire la musique. Et
-Richelieu prie, d’autre part, son correspondant d’expédier à Rameau
-deux lettres qu’il joint à la sienne «pour tâcher de prévenir les
-démangeaisons qui pourraient prendre dorénavant au compositeur de faire
-agir cet esprit d’examen qui paraît l’avoir possédé et en même temps de
-communiquer les divertissements qui lui sont confiés[266]».
-
- [266] Cette lettre de Richelieu a été publiée par
- Desnoiresterres dans sa _Vie de Voltaire_, mais sans qu’il
- en indiquât les références. Nous l’avons retrouvée dans les
- _Archives de la Bastille_ (carton 10299).
-
-Il est certain que le premier gentilhomme de la Chambre devait trouver
-singulièrement désobligeante la critique d’un spectacle dont il était
-l’inspirateur; mais cet esprit amer qu’était Rameau n’avait pas tout à
-fait tort; car la _Princesse de Navarre_ était du bien mauvais théâtre;
-et ce fut plus tard l’avis de la Cour.
-
-Des préoccupations d’un ordre autrement grave hantaient alors le
-cerveau de l’homme politique qui visait à la succession du cardinal
-Fleury. Car ce n’était un mystère pour personne que Richelieu
-songeait à devenir premier ministre. Il était déjà désigné, dit le
-duc de Luynes, comme secrétaire d’État aux affaires étrangères[267].
-L’auteur anonyme des _Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la
-Perse_, qui l’a si adroitement dessiné sous le pseudonyme d’_Azamuth_,
-«extrêmement galant... gai, amusant, très riche, mais mauvais ménager,
-tenant un grand rang à la Cour...», ajoute qu’il «était ambitieux
-et qu’après la mort d’Ismaël-Beg (le cardinal Fleury) il fut taxé
-d’aspirer au ministère, poste auquel, malgré tous ses talents, on peut
-dire que son penchant pour le plaisir, son esprit inappliqué et son air
-un peu dissipé ne le rendaient pas propre[268].»
-
- [267] _Journal_ de LUYNES, t. V, p. 413.
-
- [268] Ce curieux et spirituel pamphlet (Amsterdam, 1746) fut
- attribué un peu à tout le monde, au Chevalier de Rességuier,
- à Mme de Vieux-Maisons, etc. Mais il a plus vraisemblablement
- pour auteur Pecquet, un premier commis aux Affaires étrangères,
- qui, de ce fait, avait une certaine autorité pour en imposer à
- ses lecteurs; car, s’il était bien renseigné, il ne se faisait
- aucun scrupule d’enjoliver ses informations.
-
-Ce n’était pas seulement la faveur du maître, ni la reconnaissance
-de la duchesse de Châteauroux, ni même les intrigues des Tencin
-qui autorisaient les espérances de Richelieu; c’était surtout une
-négociation de la dernière importance pour laquelle il avait été choisi
-comme premier intermédiaire et dont la réussite pouvait lui assurer une
-place considérable parmi les hommes d’État.
-
-Avant qu’il ne partît pour l’armée, un envoyé du roi de Prusse Frédéric
-II, le comte de Rottembourg, lui avait fait demander, au nom de son
-maître, un entretien secret[269]. Ce personnage, ancien ambassadeur
-de Prusse en Espagne, gendre de Mme de Parabère, avait dû disparaître
-de l’horizon politique, après s’être ruiné au jeu. Aujourd’hui il
-rentrait incognito en scène, comme agent du roi Frédéric. Richelieu
-le fit introduire, avec tout le mystère possible (nous connaissons sa
-passion du romanesque) dans son hôtel de la place Royale. Rottembourg,
-après lui avoir communiqué la lettre de créance qui l’accréditait
-auprès de Richelieu, lui exposa le but de sa visite. Il s’était
-d’abord efforcé de justifier la défection de la Prusse[270], alliée de
-la France, au commencement de la guerre de la succession d’Autriche,
-par l’incorrection du ministre des affaires étrangères, Amelot,
-qui, sur la défense du cardinal Fleury, n’avait jamais répondu aux
-lettres de Frédéric. Mais, aujourd’hui, le roi de Prusse, reprenant
-la conversation, faisait savoir à Louis XV que les armées de la reine
-de Hongrie entreraient en Alsace, pendant que celles de la France
-envahiraient les Flandres. Frédéric proposait alors à Louis XV, pour
-parer le coup, de faire une diversion en Bohême, si le roi de France
-voulait traiter avec lui. Il y mettait toutefois cette condition que le
-cabinet de Versailles ignorât l’acte diplomatique, qui n’aurait pour
-contractants que les deux souverains avec Richelieu comme témoin.
-
- [269] FRÉDÉRIC II: _Mémoires_ (édit. Boutaric et Campardon),
- t. I, p. 220.--Frédéric dit que Richelieu, Mme de Châteauroux,
- le cardinal de Tencin et le comte d’Argenson, ministre de la
- guerre, étaient dans ses vues.
-
- [270] Le nouveau roi de Prusse, Frédéric, après s’être emparé
- de la Silésie autrichienne, avait conclu un traité de paix
- séparée avec Marie-Thérèse et prétendait excuser cette...
- légèreté diplomatique, dont l’exemple ne devait pas être perdu
- pour ses successeurs, en affirmant qu’il avait voulu prévenir
- ainsi une défection de la France. Or, le duc de Broglie déclare
- (_Frédéric II et Marie-Thérèse_, 1884, II, pp. 384 et suiv.)
- qu’il n’a trouvé, dans les archives du Ministère des Affaires
- étrangères, ni ailleurs, «aucune trace» de documents pouvant
- justifier les imputations du roi de Prusse.
-
-Celui-ci courut à Choisy, où se trouvait le roi, chez Mme de
-Châteauroux. Il pénètre, toujours s’entourant de mystère, dans la
-place. Le prince, surpris, l’accueille assez fraîchement. Richelieu
-s’explique et donne au roi une lettre de Frédéric.
-
-On tient conseil. Favori et favorite sont d’avis que Louis XV doit
-accepter.
-
---«Travaillez sur ce plan», dit le monarque au duc.
-
-Mais Richelieu s’en défend. Il n’est pas assez au courant des
-affaires. Toutefois il engage le roi, puisque Frédéric ne veut pas
-entendre parler des ministres, à confier la négociation au Maréchal de
-Noailles, chef de l’armée et au cardinal de Tencin, qui a sa place au
-Conseil.
-
---«Soit, dit Louis XV, allez leur parler et voyez si on voudra d’eux en
-Prusse.»
-
-Frédéric y consentit[271]. Une des premières conséquences des
-pourparlers fut le renvoi d’Amelot, ce ministre bègue qui était la
-risée de l’Europe. Mais, malgré les objurgations quotidiennes de Mme de
-Tencin, Maurepas se maintint au pouvoir.
-
- [271] BESENVAL: _Mémoires_ (édit. Baudouin), t. I,
- p. 32.--JOBEZ: _La France sous Louis XV_, t. III, p.
- 357.--FRÉDÉRIC II: _Histoire de mon temps_, t. III, c.
- IV.--FLASSAN: Histoire de la diplomatie française, t. V.--DUC
- DE BROGLIE: _Frédéric II et Louis XV_, t. II, pp. 178-187,
- 203-205.--_Les Mémoires authentiques_ du Maréchal DE RICHELIEU
- consacrent un chapitre à ces négociations secrètes avec la
- Prusse, chapitre que reproduit presque textuellement le
- _Mémoire_ présenté à Louis XVI. Dans ce _Mémoire_, le récit des
- négociations avec la Prusse suit la relation de l’ambassade de
- Vienne: comme bien on pense, Richelieu avait jugé inopportun
- de faire connaître au nouveau roi tous les dessous d’intrigues
- politiques et galantes, auxquelles, dans l’intervalle, il avait
- pris une si large part.
-
-Pendant que Richelieu guerroyait dans les Flandres, les _tractations_
-(c’est le mot à la mode) se poursuivaient régulièrement; et il semble
-qu’elles aient réussi à secouer la torpeur, peut-être simulée, que Mme
-de Tencin reprochait si volontiers à son frère.
-
-Le Cardinal écrivait, de Versailles, le 2 mai, à Richelieu: «Le projet
-de traité avec le roi de Prusse a été fait dans un comité, chez moi, de
-la manière que j’en étais convenu avec Rottembourg[272].» Celui-ci, au
-dire de Mme de Tencin, «exigeait toujours le plus grand secret»; et le
-traité devait être signé à Paris[273].
-
- [272] _Correspondance du cardinal de Tencin, ministre d’État
- et de Mme de Tencin sa sœur avec M. le duc de Richelieu_, 1790,
- 2 mai 1744.
-
- [273] _Correspondance du cardinal de Tencin, ministre d’État et
- de Mme de Tencin sa sœur avec M. le duc de Richelieu_, 1790,
- 2 mai 1744, p. 315.--Ce recueil de lettres (_Bibliothèque
- Nationale Impr._ Lb{38} 56), imprimé sur des originaux confiés
- par Richelieu à de La Borde, recueil auquel les biographes
- de Mme de Châteauroux et des Tencin, les Goncourt, MM. P.
- Masson, de Coynart, etc. attribuent, à juste raison, une
- certaine importance, ne leur inspire pas cependant une absolue
- confiance; et l’un d’eux, croyant à des interpolations ou à
- des maquillages du fait des éditeurs, exprimait le vœu qu’on
- pût retrouver un jour les originaux de cette correspondance.
- Or, dans le _Bulletin du Bibliophile_, de 1876 (p. 20), nous
- avons découvert, à l’article _Choix de lettres inédites avec
- éclaircissements historiques et littéraires_, par Edouard de
- BARTHÉLEMY, la publication d’un autographe du cardinal de
- Tencin, du 22 mai 1744, absolument identique à une lettre
- portant la même date, imprimée dans le recueil Lb{38} 56 de
- 1790.
-
- D’autre part, M. P. Masson remarque que le recueil fut édité
- par les soins de Soulavie, qu’on y retrouve plusieurs lettres
- publiées par celui-ci dans les _Mémoires de Richelieu_,
- et que certaines de ces lettres figurent également dans
- la _Vie privée_ de Faur.--Et M. P. Masson en conclut fort
- judicieusement que toute cette correspondance, si dispersée,
- n’est pas dépourvue d’authenticité, réserve faite de
- l’inexactitude de ses différentes dates.
-
-Évidemment, ce jour-là, le fait d’avoir été pris tout d’abord pour
-intermédiaire entre les deux princes, ne pouvait qu’ajouter à la gloire
-de Richelieu et le désigner à l’attention de son souverain comme le
-plus éminent de ses conseillers.
-
-Fût-ce l’ambition d’en obtenir le titre, ou l’exemple de ce roi de
-Prusse toujours à la tête de ses régiments, ou mieux encore, nous
-voulons le croire, fût-ce un sentiment plus noble et plus élevé,
-le désir de voir un roi de France reprendre les traditions de ses
-aïeux, se souvenir qu’il était du sang des Bourbons, et qu’Henri IV,
-Louis XIII, Louis XIV avaient reçu, sur le champ de bataille, le
-baptême du feu? Toujours est-il que, Richelieu faisant partager à Mme
-de Châteauroux ses vues sur le devoir qui s’imposait à Louis XV, la
-nouvelle Agnès Sorel (on lui donna ce nom à Versailles) décida son
-royal amant à rejoindre l’armée.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVI
-
- _Mme de Tencin continue sa correspondance.--Richelieu lui préfère
- encore la présence de Mme de Châteauroux auprès du roi.--Dangers
- de cette manœuvre.--La maladie de Louis XV à Metz.--Les médecins
- perdent la tête.--Richelieu et les duchesses chambrent le roi.--Les
- terreurs de Louis XV.--Disgrâce de Mme de Châteauroux.--Épigrammes et
- satires.--Le roi guérit et charge Richelieu de négocier le retour de
- la favorite.--Un rendez-vous et une liste de proscription.--Maurepas
- échappe à la vengeance de la duchesse, mais doit s’humilier devant
- elle.--Mort foudroyante de Mme de Châteauroux.--Douleur du roi._
-
-
-Par lettres du 1er avril 1744, Richelieu avait été envoyé à l’armée
-de Flandre; nommé aide de camp du roi par brevet du 1er mai, et, le
-2, lieutenant général, il prenait part, sous ce titre, aux sièges de
-Menin, d’Ypres et de Furnes. Mais, bien qu’éloigné de Versailles, il
-était tenu au courant des complots qui s’y tramaient chaque jour et
-des perfidies qui s’y débitaient à toute heure, par une correspondance
-presque quotidienne avec les Tencin et avec la duchesse de Châteauroux.
-
-Celle-ci avait une idée fixe: se défaire de _Faquinet_, surnom qu’elle
-donnait à Maurepas, qui, d’ailleurs, pour répondre du tac au tac,
-appelait Richelieu _Foutriquet_[274]:
-
---«Que l’on me donne des faits», demande-t-elle à son «cher oncle»; et
-«je serai bien forte[275].»
-
- [274] _Mémoires_ de MAUREPAS, t. IV, p. 112.
-
- [275] _Lettres de la duchesse de Châteauroux au duc de
- Richelieu_ (Collection Leber, Bibliothèque de Rouen).
-
-Interprète de Richelieu, Mme de Tencin affirme à la duchesse qu’elle a
-mis plusieurs personnes en mouvement pour «dégoter» Maurepas, malgré
-qu’il se vante d’être au mieux avec le roi. Le grand argument de Mme de
-Tencin, c’est l’état déplorable du département de la marine confié à
-ce ministre incapable et malfaisant. Au surplus, on s’en débarrassera
-momentanément: on l’enverra inspecter les ports de guerre, le 18
-juin[276].
-
- [276] _Journal_ de BARBIER, t. IV, pp. 522-523. Le chroniqueur
- y signale cette «tournée» de Maurepas.
-
-Et notre politicienne continue, à bâtons rompus, son système
-d’informations sur les sujets les plus variés: elle expose ses projets
-de gouvernement et ses vues diplomatiques; mais, toujours ombrageuse,
-âpre et caustique, elle récrimine contre des ennemis réels et même
-imaginaires. D’Argenson est «superficiel et badin». Mme de Boufflers
-est «la plus méchante et la plus tracassière des femmes». Maurepas,
-«le plus méchant de tous..., connaît mieux la Cour que les autres». Il
-faut se méfier de la Poule (Mme de Flavacourt) qui écrit au roi sous le
-couvert du premier valet de chambre Le Bel.
-
-Et ce flux de nouvelles se grossit de conseils affectueux, de tendres
-protestations d’amitié qui tournent parfois au marivaudage, de doux
-reproches pour une indifférence qu’on ne dissimule pas assez. En 1743,
-elle témoignait surtout de sa sollicitude pour les enfants de Richelieu
-qu’elle comblait de petits soins; en 1744, c’est leur père qui la
-préoccupe: «Demandez-moi pardon, lui écrit-elle, et dites-moi que c’est
-de bon cœur que vous m’aimez, et, ce qui m’est plus important, que
-vous êtes assuré que je vous aime et que ma confiance n’a et ne peut
-jamais souffrir la moindre atteinte.» Mme de Tencin est désolée de la
-bouderie de la princesse de Rohan, une ancienne maîtresse de Richelieu,
-qui ne pardonne pas à son amant de ne l’avoir pas mise dans le lit du
-roi. Quelle précieuse amitié que celle des Rohan! Et cette bonne Mme
-de Tencin s’offre à faire cesser la brouille. Elle ne s’oublie pas
-cependant, mais elle tremble qu’on ne l’oublie, et ne paraît croire que
-médiocrement à la reconnaissance de Mme de Châteauroux: «Rappelez-vous,
-dit-elle à Richelieu, tout ce que nous avons fait et toute la peine que
-nous avons eue à la faire duchesse.»
-
-Une nouvelle imprévue vient donner un autre cours à cette
-correspondance.
-
-Il avait été convenu (et Louis XV s’y était résigné, non sans peine)
-que, pour éviter les mauvais propos, Mme de Châteauroux ne suivrait pas
-le roi en Flandre. Mais, Richelieu, ayant eu des difficultés avec le
-duc d’Ayen, fils du Maréchal de Noailles, et craignant que son crédit
-n’en subît quelque atteinte, jugea nécessaire de faire venir à l’armée
-la duchesse de Châteauroux. Les _Mémoires authentiques_ prétendent, au
-contraire, qu’elle prit, seule, l’initiative d’un voyage qui sembla
-rappeler, par sa mise en scène, les pompeux défilés des carrosses
-de Louis XIV au siège des villes flamandes. Seulement la reine n’y
-était pas. Mais la princesse de Conti, la duchesse de Chartres
-et--particularité piquante!--cette duchesse de Modène, qui, jadis,
-s’était si bruyamment compromise pour Richelieu, allèrent rejoindre le
-roi à Lille, en compagnie de Mme de Châteauroux et de sa sœur Mme de
-Lauraguais. Ce fut un scandale public qui eut sa répercussion jusque
-dans l’armée. On chansonna «Madame Enroux»; mais, suivant le mot d’un
-contemporain, «la paix de Mme Enroux fut bientôt faite avec le roi».
-
-Mme de Tencin et son frère ne purent cependant cacher à Richelieu
-que cette arrivée triomphale avait rencontré «nombre d’improbateurs»
-et «produit le plus mauvais effet», ainsi que l’avait mentionné le
-Maréchal de Saxe à l’une de ses maîtresses. Les moins malveillants
-disaient: «Pourvu que le roi ne se dérange pas de la guerre, on lui
-passera ses plaisirs.» Tous ces menus détails, les Tencin les devaient
-aux indiscrétions du Cabinet noir. Et cependant l’amie de Richelieu
-avait fait prier «l’Homme»--sans doute Jannel, commis préposé à
-cet office--de supprimer toutes les lettres venant de l’armée «qui
-parlaient mal de Mme de Châteauroux». Mais «l’Homme» avait répondu
-«qu’il n’était pas maître de tout supprimer, attendu qu’il n’était pas
-seul à faire des extraits». C’était, en effet, avec cette opération à
-coups de ciseaux qu’on alimentait de nouvelles la curiosité publique.
-Et, tout en constatant que le Maréchal de Noailles n’était pas étranger
-à ce débordement de malignité, Mme de Tencin concluait une fois de
-plus à la nécessité d’en finir avec Maurepas: car le lieutenant de
-police Marville tremblait devant lui, son supérieur hiérarchique. Et
-le renvoi de cette créature d’un ministre, tombé lui-même en disgrâce,
-permettrait de lui donner pour successeur un certain Chaban, premier
-commis de la police, tout dévoué au parti des Tencin[277].
-
- [277] _Correspondance du C{l} de Tencin, de Mme de Tencin_,
- 1790, _passim_.
-
-Pendant que ces maîtres intrigants discutaient les moyens de s’assurer
-sans conteste le pouvoir, les événements se précipitaient sur le
-théâtre de la guerre. Le 1er juillet, le prince Charles, justifiant
-les prévisions de Frédéric II, franchissait le Rhin, sans que le
-Maréchal de Coigny lui opposât la moindre résistance, et pénétrait
-en Alsace qu’il saccageait à la manière allemande. En conséquence,
-le roi partait, le 19, pour Metz[278]; et Richelieu recevait l’ordre
-de l’y rejoindre. Il s’arrêta quelques heures à Paris, où le marquis
-d’Argenson, l’auteur des _Mémoires_, put causer avec lui, d’autant plus
-que, par un de ces jeux de bascule politique alors si fréquents, son
-frère le ministre était devenu l’ennemi juré de Noailles, partant le
-grand ami de Richelieu. Le duc, «avec sa vivacité ordinaire» (le mot de
-_volubilité_ n’appartenait pas encore à la langue française) débita au
-marquis tout un système de politique extérieure reposant sur l’alliance
-espagnole, alors franchement offerte par Philippe V et par sa femme
-Élisabeth Farnèse, alliance que devait sanctionner le prochain mariage
-de la seconde fille du roi d’Espagne avec le Dauphin. On ne pouvait
-compter, malgré les succès du prince de Conti, sur un traité avec le
-roi de Sardaigne que soutenait l’Angleterre; et d’Argenson disant à
-son interlocuteur, pour le flatter, qu’il ramènerait d’Espagne, avec
-la princesse, une paix glorieuse, Richelieu estimait que la paix en
-question dépendrait d’autres causes. Toutefois les victoires de la
-France autorisaient les prétentions de l’Espagne en Italie; et, d’autre
-part, le prince Charles courait au devant d’un désastre.
-
- [278] Le Maréchal de Schmettau était venu lui annoncer l’entrée
- prochaine de Frédéric II en Bohême, conformément au traité
- secret du 5 avril, notent les _Mémoires authentiques_ qui
- ajoutent: «M. de Richelieu entendit un grand seigneur, plus
- grand sot encore, (le duc de La Rochefoucauld) dire avec
- confiance: Il faudrait couper le cou à celui qui a fait et
- signé un pareil traité avec le roi de Prusse, parce que cela
- rendra la paix infaisable.»
-
-Ces graves déclarations s’accompagnaient de l’aveu, plus ou moins
-discret, «d’aventures galantes tenant une grande place» dans les
-nombreuses affaires que le duc devait mettre à jour avant son
-départ[279]. Et d’Argenson, ce terrible misanthrope, profite de la
-pose que vient de lui donner, à son insu, un homme «possédé du désir
-d’entrer au conseil... et de parvenir au commandement des armées...»,
-pour tracer le croquis de «sa légèreté, de sa précipitation et de son
-étourderie...». Richelieu «croit plus à la puissance de la séduction
-qu’à celle de la vertu». Il a «assez d’expérience et de sagacité
-pour bien démêler les hommes; mais il en veut plus à leurs faibles
-qu’à leurs bonnes qualités. Il méprise les ministres, mais se garde
-de les blesser; son humeur satirique perce quand même, il est craint
-et détesté... Son amour des voluptés aspire plus à l’ostentation
-qu’aux véritables délices.» Il est «prodigue sans magnificence et
-sans générosité... il a de l’habileté et du désordre... Il n’est pas
-assez heureux pour posséder un ami..., il est franc par étourderie,
-méfiant par mépris des hommes, désobligeant par insensibilité... Vieux
-papillon, enfariné de politique[280]...»
-
- [279] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. IV, p. 104.
-
- [280] _Ibid._, p. 211 et suiv.
-
-Il est vrai que Richelieu touchait alors à la cinquantaine.
-
-Quand il retrouva le roi à Metz, le prince, la favorite, les grandes
-dames et les seigneurs qui composaient sa suite, étaient--qu’on nous
-passe le mot--fourbus de plaisirs. Mme de Châteauroux avait eu, chemin
-faisant, une indisposition fort sérieuse. Louis XV, au milieu des fêtes
-et des festins qui marquaient chacune de ses étapes, commençait à se
-plaindre d’une lassitude intolérable.
-
-Le 6 août, il fut pris d’un frisson de fièvre.
-
-Il s’alitait le 7. On n’a jamais pu définir exactement la nature
-de son mal. Fut-ce simplement une fièvre muqueuse, ou plutôt une
-typhoïde? Richelieu opinait pour un embarras gastrique, à la suite
-d’une indigestion et d’un «coup de soleil». Cette hypothèse était fort
-admissible, Louis XV étant un gros mangeur et sujet, comme d’ailleurs
-tous les princes de sa race, à de fréquentes et copieuses indigestions.
-
-Chicoyneau et La Peyronie[281], l’un médecin, l’autre chirurgien du
-roi et particulièrement dévoué à Mme de Châteauroux, ne crurent pas
-d’abord à un danger immédiat. Mais bientôt l’aggravation du mal les
-trouva hésitants, inquiets, troublés, soit qu’ils fussent impuissants à
-fixer leur diagnostic, soit que le sentiment de leur responsabilité les
-privât de leur sang-froid.
-
- [281] Les _Mémoires authentiques_ disent pourtant de lui:
- «La Peyronie était livré depuis longtemps à MM.... il avait
- pour porteur de paroles L(a) R(ochefoucauld) qui était fort
- sot, mais insolent... Il n’y avait pas moyen de l’éviter.» La
- Rochefoucauld était grand-maître de la garde-robe.
-
-Par contre, Richelieu et les deux duchesses avaient gardé toute
-leur présence d’esprit. Ils s’étaient enfermés avec le roi, et, du 8
-au 13 août, le soignèrent, aidés de valets de chambre et de divers
-subalternes. De ce fait, les sacro-saintes lois de l’étiquette étaient
-gravement lésées. Les grands dignitaires ne pouvaient plus remplir
-leurs charges. Et, d’autre part, la fièvre redoublant, Louis XV, qui,
-toute sa vie, eut la terreur de la mort et de... l’enfer, s’effrayait
-de ne pas recevoir les secours de la religion.
-
-Richelieu prétendit depuis que les prêtres avaient exagéré l’état du
-royal patient pour devenir plus vite les maîtres de la situation. Il
-n’ignorait pas que s’ils y parvenaient, c’était la disgrâce immédiate
-pour Mme de Châteauroux--et pour lui, par contre-coup. Aussi se
-confondait-il en politesses, en attentions délicates, en cajoleries
-même auprès du Père Pérusseau, le confesseur du roi, afin de l’amener
-à une neutralité bienveillante. Mais le jésuite restait inflexiblement
-muet, quand Mme de Châteauroux lui demandait: «Serai-je renvoyée?»
-
-Malgré l’opposition de La Peyronie, l’évêque de Soissons, l’intolérant
-et fougueux Fitz-James, sollicitait instamment Louis XV de faire
-appeler le P. Pérusseau; et bien que la visite épiscopale eût fort
-agité le roi, le duc de Bouillon, grand-chambellan, estimait que le
-prélat avait rempli son devoir. Richelieu eut l’intuition du danger
-qui le menaçait. Il vint annoncer aux princes du sang, aux premiers
-dignitaires de la couronne et à leurs partisans, que «le roi ne voulait
-plus leur donner l’ordre». Le duc de Bouillon lui répondit que, du
-moment «qu’il fallait prendre l’ordre de Vignerot», il se retirait. Et,
-le comte de Clermont, enfonçant du pied un battant de la porte, cria
-brutalement à Richelieu:
-
---«Quoi! un valet tel que toi refusera l’entrée au plus proche parent
-de ton maître[282]!»
-
- [282] MOUFLE D’ANGERVILLE: _Vie privée de Louis XV_ (1783, 6
- vol.), t. II, p. 220, d’après _Les Amours de Zéokinisul_, de
- Crébillon fils.
-
-Cependant La Peyronie déclarait, le 13 août, que Louis XV n’avait plus
-que deux jours à vivre.
-
-Avisé de l’impatience manifestée par les principaux intéressés de ne
-pouvoir s’acquitter de leurs fonctions, le roi avait consenti à leur
-donner audience. Mais le duc de Bouillon, qui voulait décidément la
-conversion du pécheur, lui ayant rappelé les devoirs de sa charge:
-
---«Il n’est pas encore temps,» lui dit sèchement le prince.
-
-Richelieu, paraît-il, l’avait charitablement prévenu, que si les
-officiers de la couronne s’étaient déterminés à cette démonstration,
-c’était afin «de faire parade de leurs fonctions pour l’administration
-des sacrements».
-
-Mais survint une syncope. Épouvanté, le roi manda en toute hâte le
-P. Pérusseau. Dès lors, la favorite était sacrifiée. Aussitôt, pour
-édifier le populaire, Fitz-James fit abattre la galerie de bois qui
-reliait l’appartement de la maîtresse à celui de l’amant. Vainement
-Richelieu voulut s’opposer au départ de la duchesse; mais l’évêque
-ordonna la fermeture des tabernacles. Et, sous l’anathème épiscopal,
-Mme de Châteauroux dut s’éloigner avec sa sœur.
-
-On sait comment se termina cette maladie, dont les phases successives
-firent passer un tel frisson d’angoisse par toute la France et qui
-valut à Louis XV le nom de _Bien-Aimé_.
-
-Dès que le roi eut reçu les sacrements, ses médecins consentirent
-à le laisser traiter par un de leurs confrères, nommé Mollin ou Du
-Moulin, peut-être aussi par un empirique de Metz, le juif Castéra,
-«que j’ai introduit dans la chambre du roi», écrivait Richelieu à Mme
-de Châteauroux. Toujours est-il qu’un violent émétique, ordonné par
-Moncerveaux, un chirurgien d’Alsace, débarrassa le malade, qui entra,
-peu de temps après, en convalescence[283].
-
- [283] _Journal de ce qui s’est passé_, etc... _à Metz_,
- 1744, in-fº (récit officiel).--Dr DELAUNAY: _Le Monde
- médical parisien au XVIIIe siècle_ (2e édition, 1906),
- p. 120.--_Intermédiaire des chercheurs et des curieux_,
- 1912, pp. 457 et 605.--CHICOYNEAU: _Journal de la maladie
- du roi_, 1745.--Les GONCOURT: _Mme de Châteauroux_, 1877,
- pp. 357-364.--_Mémoires_ de MAUREPAS, t. IV, p. 115.
- _Journal du voyage, de la campagne et de la maladie du
- roi à Metz_.--SOULAVIE: _Mémoires de Richelieu_, t. VI,
- pp. 17-39.--_Journal_ de BARBIER (édition in-8º) t. III,
- 533-571.--_Journal_ de LUYNES.--_Mémoires authentiques_ du M{l}
- de RICHELIEU (inédits).
-
- Cette maladie du Roi paralysa les opérations du Maréchal de
- Noailles qui marchait sur le prince Charles et sauva celui-ci
- du désastre auquel l’aurait infailliblement conduit son
- imprudente invasion de l’Alsace. Les Parisiens se moquèrent
- de l’inaction de Noailles, en attachant une épée de bois à la
- porte de son hôtel. Frédéric II, qui, après avoir violé la
- neutralité saxonne, était entré en Bohême, le 23 août, dut
- l’évacuer. Il était exaspéré: le prince Charles avait repassé
- tranquillement le Rhin et pouvait dès lors inquiéter le roi de
- Prusse.
-
-Et comme, suivant un mot tant de fois répété, tout finit en France
-par des chansons, ou par des épigrammes, ou par des parodies, des
-beaux esprits mirent encore Racine à contribution, pour se gausser de
-l’arrivée imprévue de Mme de Châteauroux à Lille et de la disgrâce de
-la favorite à Metz, disgrâce qu’on espérait voir retomber sur Richelieu.
-
-La parodie des scènes de _Bérénice_ visait plus spécialement Mme de
-Châteauroux: celle du troisième acte de _Bajazet_ était surtout à
-l’adresse de Richelieu (Acomat, _chef des eunuques blancs_) que la
-duchesse (Roxane) plaignait en ces termes:
-
- Malheureux Acomat, triste jouet du sort,
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Toi qui me vis cent fois dans les bras de ton maître,
- Toi-même poursuivi. . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Exilé du sérail, privé de ton emploi. . . . . . . . .
- Voilà. . . . . . . . . . . . le prix de tes services
- De tes soins obligeants à lui voiler ses vices
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- . . . . . . . . . . . . . Aujourd’hui le barbare,
- Après tant de bontés contre moi se déclare[284].
-
- [284] BOISJOURDAIN: _Mélanges_, t. II, pp. 241-249.
-
-En effet, on put croire, un instant, à la Cour, que Richelieu avait
-définitivement cessé de plaire. On lui avait même laissé entendre
-qu’il serait plus sage à lui de déguerpir promptement de Metz. Barbier
-prétend, dans son _Journal_, que Richelieu fut renvoyé à l’armée du
-Rhin; d’après Soulavie, il se retira provisoirement à Bâle[285]. Son
-absence, en tout cas, ne pouvait être que de courte durée: le duc était
-trop habile manœuvrier sur le terrain de l’intrigue pour abandonner
-aussi vite la partie. Il se sentait l’homme indispensable, qui, tôt
-ou tard, saurait ramener au maître, avec l’ami qu’il devait déjà
-regretter, la femme qu’il adorait toujours.
-
- [285] SOULAVIE: _Mémoires de Richelieu_, t. VII, p. 34.
-
-De fait, dès le 15 septembre, et de l’aveu même de Maurepas[286],
-Louis XV «disait du bien de Richelieu» au Maréchal de Noailles.
-C’était, en quelque sorte, un ordre de retour. Et bientôt revenu
-auprès du roi, l’exilé volontaire le décidait à renvoyer la reine à
-Versailles, quoiqu’elle fût arrivée à Metz sous ses plus beaux atours,
-en robe de nuances claires, avec tout un escadron de douairières non
-moins galamment équipées.
-
- [286] MAUREPAS: _Mémoires_, t. IV, p. 117.--Richelieu avait
- fait pressentir le roi par Noailles et par Tencin.
-
-Dans l’intervalle, Richelieu avait reçu de nombreuses lettres de la
-duchesse de Châteauroux, qui lui racontait, par le menu, tous les
-épisodes de son retour précipité sur Paris, se dissimulant, stores
-baissés, au fond de sa chaise de poste, appréhendant un peu partout les
-manifestations du populaire, irritée des affronts qu’elle avait subis,
-se relevant très vite de ces accès de découragement, pressentant même
-les revanches futures:
-
---«Tranquillisez-vous, mon cher oncle, écrivait-elle, une fois rentrée
-à Paris, il se prépare de beaux coups pour nous[287].»
-
- [287] _Lettres de la duchesse de Châteauroux_ (Bibliothèque de
- Rouen, Collection Leber).
-
-L’attitude du roi, constatée et commentée par Richelieu, ne pouvait
-qu’autoriser de telles espérances. Le prince, plus épris que jamais,
-au souvenir des charmes de l’absente, était impatient de revoir la
-duchesse. Il pressait Richelieu d’aller annoncer à Mme de Châteauroux
-la prompte arrivée de l’amant le plus tendre et le plus soumis:
-
---«Jamais, répondait Richelieu; je vous servirais trop mal; d’ailleurs,
-pourrait-elle nous pardonner?
-
---«Que faire?
-
---«Aller à Fribourg; elle voulait y suivre Votre Majesté[288].»
-
- [288] _Mémoires_ de la duchesse DE BRANCAS (fragments
- historiques sur Louis XV et Mme de Châteauroux) (édition
- Lacour, 1865), p. 103.
-
-Richelieu avait précédé le roi au siège de Fribourg. Là, le prince lui
-fit redemander par Le Bel les lettres de la Duchesse, que le premier
-valet de chambre avait remises à Richelieu, pendant la maladie de son
-maître et sur l’ordre de celui-ci. Quand le duc quitta Fribourg pour
-aller tenir les États du Languedoc, le roi lui défendit expressément de
-passer par Paris, où Richelieu comptait s’arrêter pour s’entendre de
-nouveau avec sa fidèle alliée[289].
-
- [289] _Mémoires authentiques_ du Maréchal de RICHELIEU
- (inédits).
-
-Mais bien que Mme de Châteauroux reprochât, sur le mode plaisant, à son
-«cher oncle» de ne pas connaître Louis XV, le fin courtisan qu’était le
-duc avait adroitement préparé son maître à subir toutes les exigences
-qu’entendait lui imposer la favorite, par manière de réparation. Déjà,
-en septembre, il avait fait tenir au roi, avant de le rejoindre, un
-mémoire, où il lui retraçait l’historique de la maladie de Metz, et lui
-démontrait à quel point des ambitions inavouables, escomptant peut-être
-une fin qu’elles espéraient prochaine, avaient abusé des remords et
-de la faiblesse du monarque. Quand il avait revu le convalescent, il
-était revenu sur les divers épisodes de ce que les disgrâciés d’alors
-appelaient la «cabale de Metz», souvenir humiliant pour un prince, très
-jaloux de son autorité sous son éternelle indifférence. Et Richelieu,
-qui, sans attaquer, comme Voltaire, l’Église, la détestait peut-être
-davantage, rappelait à Louis XV l’importance que s’étaient insolemment
-arrogée des prêtres, au chevet d’un roi qu’on pensait à l’agonie[290].
-
- [290] Louis XV avait dû demander publiquement pardon à «ses
- peuples» du scandale qu’il leur avait donné pendant sa vie.
-
-Mme de Châteauroux fixa le jour d’un rendez-vous si impatiemment
-désiré. Ce fut, le 16 octobre, à l’issue des fêtes magnifiques que
-la ville de Paris donna en l’honneur du Bien-Aimé et auxquelles la
-Duchesse prétendait avoir assisté, perdue dans la foule, sous le
-travestissement sans doute d’une humble grisette. Elle demeurait,
-avec sa sœur Lauraguais, rue du Bac, dans un hôtel dépendant des
-Jacobins de la rue Saint-Dominique. Le roi s’y présenta, accompagné de
-Richelieu[291]. Mme de Châteauroux s’évanouit, après avoir murmuré:
-
- [291] _Mémoires_ de la duchesse DE BRANCAS, p. 105. Ces
- Mémoires sont en contradiction avec les _Mémoires authentiques_
- de Richelieu, quand ils font accompagner Louis XV par le
- Duc, dans cette romanesque et invraisemblable entrevue de la
- rue Saint-Dominique. En effet, les _Mémoires authentiques_
- établissent très nettement que Richelieu «ne devait plus
- revoir» la favorite disgraciée, lorsqu’elle s’enfuit de Metz,
- après lui avoir fait ses adieux.
-
---«Comme ILS nous ont traités!»
-
-Cet ILS, évoquant le souvenir de toutes les hontes et de toutes les
-rancunes accumulées dans une âme fière et hautaine, laissait assez
-prévoir les vengeances qu’elle méditait. Car, bien qu’elle eût assuré
-à Richelieu «qu’elle aimait le roi à la folie et plus qu’elle ne le
-faisait paraître», Mme de Châteauroux avait, comme la plupart des
-grandes amoureuses du XVIIIe siècle, le cœur trop sec pour qu’il y
-germât une passion plus ardente que la haine.
-
-Louis XV la pressait de revenir à Versailles.
-
---«Je n’irai qu’incognito, dit la Duchesse.
-
---«En ce cas, proposa Richelieu, je ne vois guère qu’un pot-de-chambre
-(voiture de louage) où l’on ne s’avisera pas de vous reconnaître, y
-fussiez-vous aperçue.»
-
-«Ce qui fut résolu», affirment les _Mémoires_ de la duchesse de Brancas.
-
-Ce fut vraisemblablement dans cette seconde entrevue que furent
-dressées les «listes de proscription», dont les contemporains ont
-parlé. Mme de Châteauroux dut cependant, sur les observations du roi,
-en consentir la très sensible atténuation. Mais la même disgrâce
-enveloppa les ducs de Bouillon, de La Rochefoucauld, de Fleury, le
-comte de Balleroy, l’évêque Fitz-James, M. le duc de Châtillon,
-gouverneur du Dauphin et sa femme... «ces Messieurs» comme les appelait
-Louis XV[292].
-
- [292] Un terme qu’affectionnait Louis XV. Plus tard, quand
- il parlait de Damiens, il l’appelait «ce _Monsieur_».--Dans
- ses _Mémoires authentiques_, Richelieu plaint ce «pauvre
- Châtillon qui avait suivi les impressions dictées par Maurepas,
- et prononcées par l’insolent imbécile La Rochefoucauld», en
- amenant le Dauphin à Metz, «contrairement à la volonté du roi».
-
-Toutefois, le roi se défendit de sacrifier Maurepas, qui avait trouvé
-le secret d’amuser au Conseil cet homme perpétuellement ennuyé. Mais le
-ministre dut subir l’humiliation d’aller porter à son ennemie le billet
-du souverain qui la priait de venir, avec sa sœur, reprendre sa place à
-la Cour.
-
-«J’ai toujours été persuadée, Monsieur, répondit Mme de Châteauroux,
-que le roi n’avait aucune part à tout ce qui s’est passé à mon sujet.
-Aussi, je n’ai jamais cessé d’avoir pour Sa Majesté le même respect
-et le même attachement. Je suis fâchée de n’être pas en état d’aller
-dès demain remercier le roi, mais j’irai samedi prochain, car je serai
-guérie.»
-
-Maurepas balbutia quelques protestations contre des préventions dont
-il se prétendait victime. La duchesse l’écoutait avec une froideur
-dédaigneuse; elle lui laissa baiser sa main:
-
---«Cela ne coûte pas cher», lui dit-elle en le congédiant.
-
-Mais elle avait trop présumé de ses forces. Dans la nuit qui suivit une
-visite désagréable pour les deux intéressés, la fièvre augmenta; puis
-des douleurs de tête insupportables, le délire, des cris furieux allant
-troubler à l’étage supérieur Mme de Lauraguais, alors en couches. Dans
-un des rares intervalles où reparut sa lucidité, Mme de Châteauroux se
-réconcilia avec Mme de Flavacourt, si injustement soupçonnée par elle
-et reçut les sacrements.
-
-Le roi, tenu au courant, heure par heure, des progrès du mal, se
-désespérait. Il s’enfermait pour ne recevoir personne. Et, le 7
-décembre, quand sa maîtresse entra en agonie, il ne put rester au
-Conseil qu’il présidait; il sortit en disant:
-
---«Messieurs, finissez le reste sans moi[293].»
-
- [293] SOULAVIE: _Mémoires de Richelieu_, t. VI, p. 79.
-
-Mme de Châteauroux mourut le 8, et fut enterrée à Saint-Sulpice. On
-avait dû mettre, sur le chemin du convoi, le régiment du guet pour
-contenir la foule; car, si les courtisans qui avaient insulté la
-duchesse à Metz, avaient eu la bassesse d’aller s’inscrire à son
-hôtel pendant sa maladie, le peuple n’avait pas désarmé; et sa colère
-grondait encore contre «Madame Enroux».
-
-Cette mort, presque foudroyante et comme mystérieuse, d’une femme âgée
-à peine de vingt-sept ans, donna naissance à de nombreux commentaires
-et souleva même des discussions passionnées. Les symptômes qui
-l’avaient précédée, semblent être ceux de la méningite. Mais l’opinion
-publique ne voulut y voir que les indices d’un poison subtil. Depuis
-les crimes des Brinvilliers et des Voisin, on n’expliquait jamais
-autrement une fin prématurée. Les soupçons se portèrent sur Maurepas:
-Mme de Châteauroux, insinuait-on, avait à peine dit au ministre:
-«Donnez-moi la lettre (celle du roi) et allez vous-en», qu’elle avait
-senti, en lisant le billet, des douleurs atroces aux yeux et à la
-tête[294].
-
-Lauraguais, l’éditeur, sinon l’auteur, des _Mémoires_ de Mme de
-Brancas, crut devoir interroger à cet égard l’ami et collaborateur de
-Maurepas, le comte de Caylus.
-
-«Lui, un empoisonneur! fit l’auteur des _Étrennes de la Saint-Jean_; il
-est encore plus incapable de crimes que de vertus[295]!»
-
- [294-295] _Mémoires_ de la duchesse DE BRANCAS, pp. 103-106.
-
-Et l’Histoire est de cet avis.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVII
-
- _Richelieu ne se laisse pas abattre par la mort de Mme de
- Châteauroux.--Comment il organise les fêtes du premier
- mariage du Dauphin.--Futilités de l’étiquette.--L’abbesse
- du Trésor.--Préparatifs de départ pour l’armée: l’incident
- Champenois.--D’après plusieurs historiens, Richelieu serait
- le véritable vainqueur de Fontenoy: une pièce aux Archives
- de la Guerre.--Conflit avec la Reine: toujours la question
- d’étiquette.--Disgrâce du Théâtre de la Foire.--Échange de mauvais
- procédés entre Richelieu et le Maréchal de Saxe pour la Comédie en
- Flandre._
-
-
-Richelieu présidait les États à Montpellier, quand lui parvint la
-nouvelle d’une mort qui ruinait ses plus secrètes espérances. Il
-en fut atterré. Lui aussi crut au crime et l’attribua au comte
-d’Argenson[296], dont l’attitude équivoque, à Metz, l’avait quelque peu
-inquiété.
-
- [296] Biographie MICHAUD: _Article Durozoir_ qui emprunte
- l’anecdote aux _Souvenirs de deux anciens militaires_,
- par FORTIA DE PILES et GUYS DE SAINT-CHARLES (1813), p.
- 63.--D’après la _Vie privée_ de FAUR (tome II), Mme de
- Monconseil, de qui se méfiait Mme de Tencin, parce qu’au dire
- de celle-ci elle était la maîtresse du comte d’Argenson, Mme
- de Monconseil avait entendu Richelieu affirmer que Mme de
- Châteauroux «était morte victime de la cabale des prêtres»:
- le propos n’était pas invraisemblable dans la bouche de cet
- ennemi, masqué, du clergé.
-
---«C’est moi qu’on empoisonne, s’écria-t-il, j’étais sûr de la
-généralité des galères!...»
-
-Il avait rêvé, en effet, cette charge éminente, rappelant celle de
-«grand-maître de la navigation», dont le Cardinal avait été revêtu;
-bien mieux, il en convoitait une autre, que le roi rétablirait,
-disait-il, pour lui, par manière de récompense, celle de connétable.
-Du même coup, Mme de Tencin voyait s’évanouir ses dernières illusions;
-son activité débordante n’avait que trop trahi l’âpreté de son
-ambition. Mise d’abord à l’écart, elle tenta bien, plus tard, de
-reprendre, auprès de Mme de Pompadour, le double rôle de confidente
-et de conseillère; mais «Madame la Marquise», déjà mal disposée pour
-Richelieu, la tint résolument à distance.
-
-Le cardinal de Tencin fut moins éprouvé, d’autant qu’avec sa méfiance
-coutumière, il avait joué un jeu plus serré; il se retira à son heure,
-répétant ce qu’il écrivait à sa sœur, «qu’il serait bien fâché de
-laisser ses os à la Cour».
-
-Cependant, la mort de Mme de Châteauroux donnait à Richelieu des tracas
-autrement graves que ceux d’un calcul déçu. Il tremblait que le roi,
-procédant pour sa dernière maîtresse, comme il l’avait fait pour Mme
-de Vintimille, n’ordonnât qu’on lui apportât les portefeuilles de la
-défunte: mesure politique en usage, le lendemain d’un décès de ministre
-ou d’ambassadeur, mais que Louis XV pouvait appliquer, par manière
-de curiosité jalouse, aux papiers de ses favorites. Plus d’une fois,
-Richelieu avait indiqué, par écrit, à Mme de Châteauroux, la marche à
-suivre, pour gouverner un roi dont il connaissait et dépeignait si bien
-toutes les faiblesses. Ignorait-il donc que Maurepas avait déjà fait
-saisir par le Cabinet noir, pour les montrer au prince, des lettres
-où se dévoilaient les artifices de l’intrigue amoureuse nouée par un
-trop complaisant serviteur? Louis XV ne s’en était pas offusqué.
-D’ailleurs, Richelieu ne tarda pas à être rassuré: le roi s’était
-abstenu de toute indiscrétion[297].
-
- [297] Soulavie a dramatisé, de façon grotesque, la terreur
- de Richelieu: «Il se mit à genoux, dit-il, dans son cabinet,
- devant l’ÊTRE SUPRÊME, pour lui demander la conservation de
- ces portefeuilles.» Ce n’est plus Richelieu, c’est le prêtre
- défroqué, le partisan de Robespierre qui parle (_Mém. de
- Richelieu_, t. VI, p. 81). Et Mme Gacon-Dufour, qui avait
- certainement lu le fatras de Soulavie, ajoute dans une
- note de sa publication des _Lettres_ (apocryphes) _de Mme
- de Châteauroux_ (t. II, 240): «M. de Richelieu assistait
- aux messes qu’il faisait dire pour obtenir de Dieu que le
- portefeuille de Mme de Châteauroux ne tombât pas dans les mains
- du roi.»
-
- D’autre part, la gazette anonyme, qui termine le _Journal_ de
- BARBIER (édit. in-8º, t. VIII) et que nous avions identifiée en
- 1897, comme rapports du Chevalier de Mouhy, espion aux gages de
- la police, dit (18 décembre 1742) qu’on a intercepté une lettre
- où Richelieu donne des conseils à Mme de la Tournelle, pour
- qu’elle se maintienne en faveur, et frappe en même temps les
- meilleurs serviteurs du roi (ceci à l’adresse de Maurepas qui
- avait partie liée avec Marville, le lieutenant de police).
-
-Mais on put croire, un instant, à la Cour, que le grand favori était
-définitivement disgrâcié. Lauraguais l’avait remplacé pour aller
-chercher l’Infante destinée au Dauphin. Et des gens, se disant bien
-informés, prétendaient que le duc d’Ayen, ayant pris de l’ascendant
-sur l’esprit du roi, le crédit de Richelieu n’était plus qu’un vain
-fantôme[298].
-
- [298] _Journal inédit_ du duc DE CROŸ (édit. de Grouchy et
- Cottin, 1906-1907, 4 vol.), t. I, p. 52 (note), décembre 1744.
-
-En effet, comme le remarque Valfons, qui avait à cœur de témoigner
-à son protecteur toute sa reconnaissance de l’avoir fait nommer
-aide-major par le Maréchal de Noailles, Richelieu était alors «fort
-délaissé». Mais Valfons lui restait fidèle; et le duc lui disait,
-en manière de remerciement: «Votre amitié, toujours honnête, sera
-récompensée par une confidence ignorée de tous, et dont je vous
-demande le secret le plus exact. On me croit noyé et je n’ai pas l’eau
-jusqu’à la cheville[299].»
-
- [299] _Souvenirs_ du Marquis DE VALFONS, 2e édition
- (Émile-Paul), p. 118.
-
-L’événement le prouva bien.
-
-Quand le premier gentilhomme de la Chambre revint à Versailles, pour
-s’acquitter des fonctions afférentes à sa charge, il fut accueilli par
-le maître avec autant d’émotion que d’affabilité[300]; et ce grand ami
-de Mme de Châteauroux, qui avait montré une si vive affliction de sa
-perte, s’efforça, paraît-il, de consoler le prince avec l’éclatante
-beauté de Mme de Flavacourt, mais sans succès! Ce fut la seule fille du
-marquis de Nesle qui déclina l’honneur de suivre l’exemple donné par
-ses quatre sœurs.
-
- [300] Le roi lui relisait en pleurant les lettres de la
- duchesse (FAUR, _Vie privée_, t. II, pp. 34-37).
-
-En présidant aux fêtes du mariage du Dauphin, Richelieu se trouvait
-dans son véritable élément. Il ordonnait avec autorité, solennité et
-conviction; mais il était toujours aussi formaliste, aussi vétilleux,
-aussi agaçant, principalement sur la question protocolaire; et le
-_Journal_ de Luynes dit assez combien Richelieu eut de mal à régler des
-conflits, où tant d’amours-propres, non moins chatouilleux que le sien,
-trouvaient si souvent l’occasion de se heurter et de se combattre[301].
-
- [301] _Journal_ du Duc DE LUYNES, t. VI, pp. 266-268.
-
-C’étaient les Slodtz qui avaient tracé le plan et les dessins de toute
-l’ornementation architecturale[302].
-
- [302] _Journal_ du Duc DE CROŸ, t. I, p. 52.
-
-Le 23 février 1745, fut jouée la _Princesse de Navarre_, la médiocre
-comédie lyrique de Voltaire et de Rameau; le 26, le ballet des
-_Éléments_ de Roy qu’avait préféré Richelieu[303] et qui fut très
-applaudi; le 1er mars, l’opéra de _Thésée_ de Quinault et de Lulli. Le
-«ballet-comique» de _Platée_, exécuté le 3 avril, eut peu de succès.
-La musique de Rameau fut jugée «singulière»; et, malgré des «morceaux
-agréables», le divertissement parut «trop long et trop uniforme[304]».
-
- [303] _Journal_ du duc DE LUYNES, t. VI, p. 318.--Une épigramme
- du temps dénommait _la Princesse de Navarre_ «une farce
- foraine»: c’était d’ailleurs l’avis de Voltaire.
-
-Le bal de la Cour amena un échange de mots aigres-doux entre Richelieu
-et le duc d’Ayen: c’était évidemment une des conséquences de la
-rivalité qui divisait ces deux seigneurs. «Il s’agissait de savoir qui
-devait placer, ou du capitaine des gardes, ou du premier gentilhomme de
-la Chambre.»
-
-Le roi s’amusait beaucoup de ces querelles, sans jamais prendre
-parti[305]. Ce fut toutefois à Richelieu que revint l’insigne honneur
-de faire distribuer les billets d’invitation, imprimés, adressés aux
-dames. Luynes a consigné, dans son _Journal_, le libellé de celui qui
-fut envoyé à sa femme, et dont voici la teneur:
-
- [304-305] _Journal_ du duc DE LUYNES, t. VI, pp. 325-381.
-
- Madame,
-
- «M. le duc de Richelieu a reçu ordre du roi de vous avertir, de sa
- part, qu’il y aura bal à Versailles, mercredi 24 février 1745, à 5
- heures du soir.
-
- «Sa Majesté compte que vous voudrez bien vous y trouver. Les dames
- qui dansent seront coiffées en grandes boucles[306].»
-
- [306] _Journal_ de LUYNES, t. VI, p. 302, 18 février.
-
-D’autres missions de non moindre importance étaient confiées à cet
-arbitre des élégances officielles; et il semblait qu’il fût tout
-désigné pour les mener à bonne fin, quand elles visaient cette famille
-royale d’Espagne, dont il avait si activement facilité le rapprochement
-avec la maison de France. N’était-il pas allé, en 1742, recevoir
-l’Infant Don Philippe à l’entrée du Languedoc, pour le conduire jusqu’à
-Tarascon-sur-Ariège? En revenant à Choisy, «faire sa révérence» au
-roi, il avait dit à Louis XV «beaucoup de bien» du prince espagnol,
-«fort aimable et même d’une figure assez agréable, quoiqu’il ne
-fût pas parfaitement bien fait, ayant une épaule plus grosse que
-l’autre...[307]».
-
- [307] _Ibid._, t. IV, p. 121.
-
-Il dut remplir un office d’ordre tout différent auprès de l’Infante
-Marie-Thérèse-Raphaele, qui arrivait en France pour épouser le Dauphin.
-Ainsi que la reine Marie Lesczinska, qui n’avait jamais mis de rouge
-avant son mariage, la princesse espagnole ignorait l’usage de ce
-fard dont les dames françaises avaient fini par abuser. L’Infante
-n’entendait même pas en user; elle s’y résignerait cependant sur
-l’ordre de Leurs Majestés. On en délibéra dans le Cabinet du roi. Et
-Richelieu, en sa qualité de premier gentilhomme de la Chambre, vint,
-de la part de Leurs Majestés, apporter solennellement à la jeune
-femme, «la permission de mettre du rouge», ce qu’elle s’empressa de
-faire[308]. Et le Dauphin avait horreur de ce maquillage!
-
- [308] QUICHERAT: _Histoire du Costume en France_, 1875, p. 557.
-
-A cette époque, et malgré sa très grande faveur, Richelieu n’avait
-pas toujours des joies sans mélange. Il avait sollicité l’Abbaye au
-Bois pour sa sœur, abbesse déjà du Trésor. Boyer, l’ancien évêque de
-Mirepoix, qui tenait la feuille des bénéfices, avait enquêté sur la
-postulante, très chaudement appuyée par la duchesse de Brancas. Mlle
-de Richelieu, sans se répandre autant que son frère, avait l’humeur
-tant soit peu fringante. Boyer, fort sévère sur le chapitre des
-mœurs, et plutôt d’humeur revêche, transmit au roi le résultat de
-ses informations; et quand Louis XV eut signé la nomination que lui
-proposait l’évêque:
-
---«M. de Richelieu ne sera pas content,» fit le prélat.
-
---«Il pouvait s’y attendre, répliqua le roi; car, avant que vous
-n’entriez, il m’avait recommandé sa sœur; je lui ai dit qu’il était
-trop vif et qu’il n’aurait pas l’abbaye[309].»
-
- [309] _Journal_ de LUYNES, t. VI, p. 430 (note), 22 avril
- 1745.--Les _Lettres_ de MARVILLE au comte de MAUREPAS (édit.
- de Boislisle, 3 v., 1896-1905), t. II, p. 74 racontent--à la
- rubrique _Nouvelles des Cafés_--cet épisode, en le précédant de
- cette observation: «Les Actions de M. le duc de Richelieu ont
- considérablement baissé.»
-
-Comment ce courtisan, à l’échine si souple, avait-il pu «être trop
-vif»? Peut-être Louis XV, souverain calme et tranquille jusqu’à
-la mollesse, avait-il été énervé par l’activité, bourdonnante et
-brouillonne, de ce «touche-à-tout», activité qui, cette année encore,
-allait se disperser sur les terrains les plus divers.
-
-La guerre venait de se réveiller en Flandre. Et le roi, accompagné
-du Dauphin, rejoignait l’armée, le 6 avril. L’adroite et jolie Mme
-d’Etioles, déjà remarquée par le prince, en 1743, à la chasse, et, en
-février 1745, au bal masqué de l’Hôtel-de-Ville, avait su remplacer,
-six semaines plus tard, Mme de Châteauroux dans le cœur de l’oublieux
-monarque, et, comme elle, montré à son royal amant la gloire qui
-l’attendait sur les champs de bataille.
-
-Maurice de Saxe, devant qui s’était effacé le Maréchal de Noailles,
-commandait en chef l’armée à laquelle s’opposaient les troupes
-anglo-hanovriennes[310], soutenues par 8.000 Autrichiens. Et Richelieu
-était encore à Paris! Un singulier contre-temps l’y retenait, ainsi
-qu’il résulte de la lettre suivante, que nous avons trouvée dans les
-_Archives de la Bastille_[311], lettre adressée au lieutenant de police:
-
- «Paris, le 23 avril 1745.
-
- «Mon équipage est parti hier matin, Monsieur. Un chef d’office que
- j’avais qui le suivait, est revenu à toutes jambes sur le cheval
- qu’il montait. Il l’a renvoyé à mon hôtel presque crevé et est allé
- courir dans Paris, sans qu’aucun de mes gens ait pu le joindre
- encore. Vous voyez, Monsieur, dans quel embarras cela me doit jeter
- à la veille de partir moi-même pour joindre l’armée; et vous savez
- la règle des domestiques qui doivent y servir. Aussi, Monsieur, je
- vous demande avec instance la juste punition d’une insolence aussi
- intolérable et de vouloir bien faire mettre à Bicêtre le dit officier
- qui s’appelle Champenois, et dont la femme et l’établissement sont
- chez un limonadier à la porte de Paris, rue Pierre-au-lait. La
- crainte de ne vous pas trouver m’a fait prendre le parti de vous
- écrire en vous renouvelant l’assurance, etc...
-
- Le duc de Richelieu.
-
- [310] L’armée ennemie comprenait également un contingent
- hollandais, les Provinces-Unies s’étant prononcées, après bien
- des tergiversations, en faveur de l’Autriche.
-
- [311] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_,
- 11565, p. 138, dossier Champenois.
-
-Suivait immédiatement une lettre, autographe celle-ci, du
-plaignant[312]:
-
- [312] Même dossier CHAMPENOIS.
-
-«Je suis très sensible, Monsieur, à votre attention et à la bonté avec
-laquelle vous voulez bien m’en donner preuve. Le sieur Champenois est
-ici; il a appris hier apparemment par le secrétaire qui écrivit hier
-ma lettre, les prières que je vous faisais. Il est venu, ce matin,
-pour me faire demander grâce, mais je ne l’ai pas voulu écouter, comme
-vous croyez bien; car cet exemple serait trop dangereux et vous prie,
-au contraire, de me continuer votre bonté à cet égard. Cet homme doit
-être recommandé (_illisible_) sur les registres de la police pour un
-(_illisible_). Il a même tué un homme, m’a-t-on dit. Il a suivi en
-Espagne le duc d’Antin et est d’ailleurs assez bon officier, mais
-extravagant. Si je sais quelque particularité de ses démarches, j’aurai
-l’honneur de vous en informer...»
-
-Une apostille du lieutenant de police, à la date du 14 mai, annonçait
-que Champenois était arrêté et que le comte d’Argenson venait d’en être
-«instruit».
-
-La rancune de Richelieu, s’étayant d’un règlement de police qui
-interdisait aux domestiques de «déserter» leurs maîtres, sans préavis,
-était singulièrement tenace; car Champenois n’obtint sa mise en liberté
-que le 8 août, sur le consentement de Richelieu[313].
-
- [313] Dossier CHAMPENOIS. Lettre datée de Gand, le 3 août 1745.
-
-Aussi bien les événements se précipitaient à la frontière.
-
-Après l’investissement de Tournai, le Maréchal de Saxe, quoique dans
-une position désavantageuse, acceptait la bataille, le 11 mai, devant
-Fontenoy. Cette action militaire, qui fit tant d’honneur aux armes
-françaises, a été si souvent et si remarquablement décrite, que nous
-n’avons garde d’en reprendre le récit sur de nouveaux frais. Nous n’en
-voulons retenir que la part de victoire attribuée au duc de Richelieu,
-diminuée à dessein par ses détracteurs[314], exagérée peut-être par ses
-panégyristes.
-
- [314] LINGUET entr’autres, dans ses _Annales politiques_, en
- 1788.
-
-La courtoisie inopportune d’Anterroche, à l’adresse des Anglais, nous
-avait déjà coûté nombre de soldats; notre cavalerie pliait, et la
-formidable colonne, compacte et serrée, des Anglo-Hanovriens, forte de
-14.000 combattants, s’avançait, portant le désordre et la mort dans les
-rangs des Français. Le Maréchal de Saxe considérait la bataille comme
-perdue et suppliait Louis XV de se résigner à la retraite. Mais le roi
-et son fils y répugnaient. Ce fut alors qu’au milieu d’un Conseil tenu
-à cheval, survint Richelieu, mis ainsi en scène par Voltaire:
-
-«Il se précipite, hors d’haleine, l’épée à la main et couvert de
-poussière.
-
---«Quelle nouvelle apportez-vous, dit le Maréchal de Noailles; et quel
-est votre avis?
-
---«Ma nouvelle, dit le duc de Richelieu, est que la bataille est
-gagnée, si on le veut; et mon avis est qu’on fasse avancer dans
-l’instant quatre canons contre le front de la colonne. Pendant que
-cette artillerie l’ébranlera, la maison du roi et les autres troupes
-l’entoureront. Il faut tomber sur elle comme des fourrageurs.»
-
-«Le roi se rendit le premier à cette idée[315].»
-
- [315] VOLTAIRE: _Précis du siècle de Louis XV_, c. XV.
-
-Aussitôt les canons de tonner. La colonne s’arrête, un instant
-indécise. Elle hésite, elle se trouble. Et soudain, la cavalerie
-française, prenant sa revanche de Dettingen, s’élance, comme une trombe
-de fer et de feu sur la masse ennemie, la pénètre, la coupe, la hache
-en tronçons[316] et dans dix minutes à peine[317] l’anéantit.
-
- [316] «Souvent, la victoire, a dit Napoléon, dépend d’un seul
- bataillon.»
-
- [317] «Ce fut l’affaire de dix minutes de gagner la bataille
- avec cette botte secrète...» (Lettre du marquis d’Argenson à
- Voltaire.)--_Mémoires authentiques du Maréchal de Richelieu_
- (inédits).--Dans sa _Journée de Fontenoy_ (1897), si
- pittoresquement illustrée par les Lalauze, le duc de Broglie,
- notant l’invention de la «botte secrète que Richelieu n’a pas
- manqué de s’attribuer à lui seul», ne paraît que médiocrement
- édifié sur le bien-fondé de cette revendication.
-
---«Je n’oublierai jamais le service important que vous m’avez rendu,
-avait dit Louis XV à Richelieu après la victoire.»
-
-Le marquis d’Argenson, l’auteur des _Mémoires_, qui était alors
-ministre des affaires étrangères et qui «n’avait point quitté le
-roi pendant la bataille», comme le note Voltaire dans son poème de
-Fontenoy, le marquis d’Argenson écrivit à l’auteur:
-
-«Votre ami, M. de Richelieu, est un vrai Bayard. C’est lui qui a
-donné le conseil, et qui l’a exécuté, de marcher à l’infanterie comme
-des chasseurs ou des fourrageurs, pêle-mêle, mains baissées, le bras
-raccourci, maîtres, valets, officiers, cavaliers, infanterie, tous
-ensemble...» Le Dauphin lui-même, qui pourtant n’aimait pas Richelieu,
-en fit le plus grand éloge dans ses lettres à la Dauphine. Donc, autant
-il serait injuste de contester le rôle magistral joué par Maurice de
-Saxe, presque mourant, à Fontenoy, autant on aurait mauvaise grâce
-à nier l’heureuse initiative de Richelieu, en présence de l’ennemi
-chassant devant lui les bataillons français disloqués. Par malheur,
-Voltaire, en maladroit ami, enfla tellement le panégyrique de son
-«héros», au détriment du Maréchal de Saxe, que l’opinion publique
-protesta; et, la jalousie s’en mêlant, on refusa bientôt à Richelieu
-le bénéfice de sa géniale inspiration. Certains prétendirent que la
-manœuvre du canon lui avait été indiquée par Lally[318]; Linguet en
-fait honneur à Saisseval.
-
- [318] _Biographie_ MICHAUD (article Durozoir).
-
- Le rapport officiel du comte de Saxe avait amoindri le rôle
- de Richelieu, en passant sous silence la manœuvre du canon.
- Or, le duc, justement offensé, fit insérer la rectification
- suivante aux Archives historiques du dépôt de la guerre, où l’a
- retrouvée M. Bittard des Portes:
-
- «On sait avec certitude qu’au moment où l’affaire était si
- désespérée, que l’on sollicitait le Roi de se retirer et
- de passer l’Escaut, M. de Richelieu, voyant avec plus de
- sang-froid et ne jugeant pas que l’affaire fût sans ressources,
- courut aux pieds du roi et conjura Sa Majesté non seulement
- de ne pas abandonner le champ de bataille, mais aussi de
- lui promettre de faire, de concert avec quelques officiers
- généraux, aussi illustres par leur naissance que recommandables
- par leur zèle et par leur valeur, un dernier effort. Le Roi
- ne céda qu’après des instances réitérées de sa part et avec
- feu. Ce fut alors que la maison du roi, la gendarmerie et les
- carabiniers conduits par lui, ainsi qu’il est rapporté dans
- les relations, firent une charge si vigoureuse que les ennemis
- furent enfoncés et entièrement renversés, et, par leur fuite,
- la journée devint aussi glorieuse qu’elle eût été funeste aux
- armes du roi, si M. de Richelieu n’eût rétabli par sa manœuvre,
- son audace et son exemple, une bataille qu’on regardait comme
- perdue.»
-
-Le roi cependant ne s’y trompait pas. Jamais il n’avait été aussi
-familier, ni aussi affectueux avec son aide de camp. «La chambre de
-celui-ci, mentionne le _Journal_ de Luynes, est près de celle du roi.
-Dès que le roi est levé, il y entre, M. de Richelieu étant encore dans
-son lit et à peine éveillé; il y demeure trois quarts d’heure ou une
-heure... Ordinairement, dès que le roi est hors de table, il entre
-encore chez M. de Richelieu pour voir la compagnie qui y dîne. Il
-s’asseoit quelquefois auprès de la table et fait la conversation. M.
-d’Argenson (de la guerre) parle sur M. de Richelieu dans des termes, et
-M. de Richelieu, de son côté, sur M. d’Argenson, à pouvoir faire juger
-qu’il y a entre eux une grande liaison[319].»
-
- [319] _Journal_ de LUYNES, t. VI, p. 485, juin 1745.--Il faut
- rapprocher de ce récit l’anecdote que les _Souvenirs de deux
- anciens militaires_, par Fortia de Piles (pp. 65 et suiv.),
- mettent dans la bouche de Richelieu, alors que le succès
- inespéré de Fontenoy avait redoublé l’amitié du roi pour le
- duc. La charge de colonel des gardes était vacante. Mme de
- Pompadour la demandait pour le Maréchal de Biron, Louis XV
- voulait la donner à son favori: «J’étais sûr, disait celui-ci,
- de déplaire au roi, si je refusais et de me brouiller avec sa
- maîtresse, si j’acceptais... Je mis toute mon adresse à ce que
- le roi ne me l’offrît pas... _Il était assis sur mon lit, dans
- ma tente... il me regardait d’un air embarrassé, remuait les
- lèvres, les mordait._ Je ne le mis pas sur la voie et Biron eut
- le régiment.»
-
-Est-ce malice? Est-ce naïveté de la part de Luynes? Toujours est-il,
-comme il le note d’ailleurs, que Richelieu «tenait un grand état».
-Récemment encore, il avait traité, avec un faste inouï, le Parlement
-de Paris, qui était venu féliciter le roi de ses victoires.
-
-Son service auprès de Louis XV ne l’absorbait pas tellement qu’il
-en négligeât ses fonctions de premier gentilhomme de la Chambre à
-Versailles. Il les prenait au contraire tellement à cœur qu’il faillit,
-à propos d’un manquement à l’étiquette, provoquer un conflit entre le
-roi et la reine.
-
-La reine Marie Lesczinska, après la prise de Tournai, avait donné
-l’ordre à l’abbé Blanchard de chanter immédiatement un _Te Deum_[320],
-sans préjudice de celui que le surintendant de la musique devait faire
-exécuter plus tard, «en grande cérémonie», dans la chapelle du château.
-
- [320] Destouches reconnut qu’il lui eût été impossible de faire
- exécuter «sur-le-champ» son _Te Deum_ (_Journal_ de LUYNES).
-
-Richelieu, «extrêmement piqué», en écrivit à l’abbé, au surintendant
-Destouches et même à la duchesse de Luynes, dame de la reine, qui
-s’empressa de montrer la lettre à Marie Lesczinska. Le poulet vaut
-d’être cité pour son impertinence:
-
- «Au camp sous Tournay, le 23 mai 1745,
-
- «Je n’ai pu me dispenser, Madame, de rendre compte au roi que,
- nonobstant ses décisions en faveur des maîtres de musique de la
- Chambre, l’abbé Blanchard avait su trouver des protections auprès de
- la reine qui lui avaient fait exécuter le _Te Deum_, chanté pour la
- bataille de Fontenoy, ce que Sa Majesté a fort désapprouvé; et je ne
- vous dissimulerai point, Madame, que, sans les bontés dont je sais
- que vous honorez l’abbé Blanchard, j’aurais proposé au roi de le
- punir de sa témérité, d’avoir osé réveiller un procès perdu et jugé
- il y a longtemps. Ainsi, Madame, si pareille dispute se réveillait
- pour le _Te Deum_ de la prise de Tournay, je vous supplierais,
- Madame, de vouloir bien rendre compte à la reine des ordres du roi.
-
- «Je vous prie d’être persuadée du respect, etc.
-
- Le duc de Richelieu.»
-
-La reine, qui, de longue date, ne pouvait souffrir Richelieu, voulait
-que Mme de Luynes lui répliquât vertement; mais la duchesse, par
-prudence, adoucit les termes de sa réponse qui n’en était pas moins
-très ferme et très digne:
-
- Versailles, 25 mai 1745,
-
- «J’ai rendu compte à la reine, Monsieur, des ordres du roi. Elle
- m’a dit simplement qu’elle les avait prévenus, en demandant un _Te
- Deum_ jeudi par les musiciens de la Chambre pour la victoire que le
- roi a remportée. Pour moi, Monsieur, je ne donne ni protection, ni
- prédilection à ces Messieurs et vous pourrez punir ou récompenser à
- votre choix. Je n’ai vu que du zèle de part et d’autre, et je doute
- que cela puisse déplaire au roi, si vous voulez bien leur rendre
- justice[321].»
-
- [321] _Journal_ de LUYNES, t. VI, pp. 460-461.
-
-Un mois après, c’était encore un échange de lettres entre le duc
-de Richelieu et Mme de Luynes, à propos de dames «qui avaient fait
-demander à la reine d’avoir l’honneur de manger avec elle». Le roi,
-consulté par son premier gentilhomme, lui avait répondu «qu’au milieu
-des sièges et des batailles il n’avait pas le temps de songer à de
-pareilles affaires». Mais ces dames revenant à la charge, une troisième
-lettre de Richelieu leur apprit que «le roi trouvait bon qu’elles
-mangeassent avec la reine et montassent dans les carrosses[322]».
-
- [322] _Journal_ de LUYNES, t. VI, p. 492.
-
-Les carrosses de la reine! Quel souci devaient-ils donner, trois
-mois plus tard, à ce défenseur-né du protocole! Certain jour, Mme du
-Châtelet osa monter, contrairement aux lois de l’étiquette, dans le
-deuxième carrosse après celui de la reine. Les dames de la Cour la
-foudroyèrent de leurs regards, et aucune d’elles ne voulut prendre
-place à côté de Mme du Châtelet. Il fallut que Richelieu fît agréer à
-Marie Lesczinska les excuses de l’amie de Voltaire et... la sienne[323].
-
- [323] _Ibid._, t. VII, p. 79.
-
-Un moment--et il importe de lire entre les lignes le _Journal_ de
-Luynes--le crédit de l’ami du roi parut fléchir. L’antipathie, plutôt
-timide, mais réelle, de la reine; l’aversion, nettement marquée, du
-Dauphin et peut-être aussi la méfiance (sur laquelle nous reviendrons
-bientôt) de Mme d’Etioles, qui pressentait dans le courtisan un
-adversaire acharné, durent donner à penser au roi; car ce fut à cet
-instant critique qu’il parut désirer que Richelieu devînt colonel de
-ses gardes et se démît, au profit du duc de Luxembourg, de sa charge
-de premier gentilhomme. Mais Richelieu refusa de se prêter à la
-combinaison. «Évidemment, disait-il, c’est une porte ouverte très
-honorable, si le roi veut m’éloigner de lui; seulement je regarderais
-ce changement comme une disgrâce[324].
-
- [324] _Journal_ de LUYNES, t. VI, pp. 489-490.--Voir page 207
- cette anecdote dans les _Souvenirs de deux anciens militaires_.
-
-Il n’en fut plus question.
-
-D’ailleurs, Richelieu aimait trop la Cour, ses plaisirs et ses
-cabales; il était trop jaloux de l’influence et de la prépondérance
-qu’il s’était acquises dans le monde des théâtres et des arts, dont
-nous le savons déjà si entiché, pour renoncer à ses fonctions de
-premier gentilhomme de la Chambre, qui lui assuraient des avantages si
-conformes à ses goûts de faste, à son besoin de domination, et même à
-son esprit de taquinerie et de persiflage.
-
-Comme plus tard un grand capitaine, il ne dédaignait pas de s’occuper
-de la Comédie au milieu de la vie des camps; et le bruit même se
-répandit que Richelieu s’était rapproché de Maurepas sur ce terrain,
-qui ne déplaisait pas non plus au ministre[325] bel-esprit.
-
- [325] _Journal_ de LUYNES, t. VI, p. 490.
-
-En 1744, Berger, directeur de l’Opéra, qui avait également le privilège
-«d’établir l’Opéra-Comique dans toutes les foires de Paris», en avait
-confié l’exploitation à l’acteur-auteur Favart, déjà célèbre. L’habile
-gestion de l’artiste avait ouvert à ces spectacles--surtout aux foires
-Saint-Germain et Saint-Laurent--une ère de prospérité si florissante,
-que les Comédiens français et italiens, moins heureux, s’en étaient
-émus et avaient réclamé la suppression d’une concurrence désastreuse
-pour leur industrie.
-
-Maurepas avait chargé son subordonné Marville, le lieutenant de police,
-d’étudier la question, et, après enquête, avait conclu à la fermeture
-des spectacles forains. Les gens de Cour pouvaient avoir entre eux
-des inimitiés féroces; mais, par tradition, ils observaient, les
-uns vis-à-vis des autres, les lois d’une correction poussée jusqu’à
-la courtoisie. En conséquence, Maurepas écrivait, le 6 juin 1745, à
-Richelieu, qu’il serait «protecteur» des Comédiens, en qualité de
-premier gentilhomme[326]:
-
- [326] _Lettres_ de MARVILLE, t. II, p. 90.
-
-«J’ai rapporté hier, Monsieur, l’affaire des Comédiens. Les titres
-de l’Opéra paraissent balancer avec avantage ceux de la Comédie;
-mais on crut devoir s’arrêter particulièrement au fond de la
-question et avoir égard au tort que les Comédiens prétendent que
-leur fait l’Opéra-Comique, et c’est ce qui a engagé à décider que
-les représentations de ce spectacle seraient sursises pendant 3 ans,
-afin d’examiner si, en effet, les recettes des Comédiens seront plus
-considérables. Il me semble qu’il dépendra beaucoup des soins qu’ils se
-donneront, pendant ce temps-là, de fixer en leur faveur, une décision
-qui leur est déjà si avantageuse, et je ne crois pas que vous veuilliez
-faire plus longtemps mystère au sieur Berger de la gratification que
-vous lui avez obtenue; il doit avoir besoin de consolation. J’ai
-l’honneur, etc.»
-
-Par réciprocité, Richelieu entendit qu’on fît passer par le ministre
-«tous les ordres pour la Comédie et pour l’Opéra».
-
-Il était moins heureux, sur le théâtre de la guerre, avec Maurice de
-Saxe, s’il faut en croire les nouvellistes de café[327], dont Marville
-enregistrait fidèlement les échos pour l’édification de Maurepas.
-Le Maréchal avait permis à une «petite troupe» d’acteurs nomades de
-donner à Gand des spectacles d’opéra-comique, alors que Richelieu avait
-autorisé une «grande troupe» à jouer, dans la même ville, de «grandes
-pièces». Or le conflit qui avait mis aux prises à Paris les directeurs
-des théâtres forains et les Comédiens, se produisit, à Gand, entre
-la «petite» et la «grande» troupe. Celle-ci se plaignit à Richelieu
-du tort que lui faisait celle-là: aussi le protecteur, accordant à
-ses protégés un privilège exclusif, ordonna-t-il à l’Opéra-comique de
-cesser toutes représentations. Les forains se retournant alors vers
-le Maréchal pour lui présenter leurs doléances, l’illustre guerrier
-envoya demander à Richelieu, avec la rudesse qui le caractérisait, de
-quel droit il défendait un spectacle que lui, Maurice de Saxe, avait
-autorisé.
-
- [327] _Lettres_ de MARVILLE, t. II, p. 143, 20 août 1745.
-
---«Du droit qui appartient au premier gentilhomme de la Chambre du roi,
-répondit Richelieu.
-
---«A la Cour peut-être, fit le Maréchal, mais pas à l’Armée. Moi seul,
-qui la commande, ai qualité pour y donner toutes permissions.»
-
-Puis il ordonna aux forains de rouvrir leurs loges et défendit aux
-Comédiens d’«afficher».
-
-Le duc était barré; mais, concluaient les nouvellistes, «il a pris
-l’affaire à cœur et n’oubliera rien pour se venger en suscitant
-quelques brigues contre le Maréchal».
-
-Quelques jours auparavant, contrairement à l’adage _De minimis
-non curat prætor_, il avait témoigné de son intérêt même pour les
-bagatelles de la porte, en remerciant le lieutenant de police, dans la
-lettre où il signait l’exeat de Champenois, de son exacte surveillance
-«sur la conduite de l’exempt de la Comédie italienne et sur celle des
-danseurs de corde!!![328]»
-
- [328] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_,
- 11565.
-
-Grâce à ses fournisseurs, Marville communique fréquemment à Maurepas
-nombre d’anecdotes démontrant encore avec quelle ardeur Richelieu
-s’occupe, en fin d’année, des choses de théâtre et «prépare», suivant
-le mot de Luynes, «les spectacles d’hiver».
-
-Il «maîtrise beaucoup à l’Opéra»; et certains artistes, entr’autres
-le danseur Malter, ayant traité le directeur de fripon, Richelieu les
-gronde pour «l’avoir dit trop haut».
-
-Il est en concurrence avec d’Argenson, à propos de la «surintendance
-des ballets». Le roi, «pour les mettre d’accord», la donne au nouveau
-contrôleur général.
-
-Mesure que ne regrette pas autrement l’informateur du lieutenant de
-police; car le fougueux dilettante qu’est Richelieu, tant qu’il a eu la
-direction de ce service, n’a pas peu contribué au désordre qui règne à
-l’Opéra; mais Maurepas a fermé les yeux, pour ne pas rompre la trêve
-tacite consentie par son adversaire[329].
-
- [329] _Lettres_ de MARVILLE, t. II, pp. 174, 199, 207.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVIII
-
- _Ce que pensait Richelieu de Mme de Pompadour et ce que lui
- demandait Voltaire.--L’expédition de Dunkerque; nouveaux déboires et
- nouvelles chansons.--Richelieu ne répond pas aux avances de Mme de
- Pompadour.--Il est nommé ambassadeur matrimonial auprès du roi de
- Pologne.--Cette mission inquiète la Cour de Saxe.--Désappointement
- de Frédéric II.--Le Maréchal de Saxe est le véritable
- négociateur.--Succès personnel de Richelieu.--Ses attentions
- délicates pour la future Dauphine.--Le mariage.--La négociation
- secrète avec Vienne n’aboutit pas.--Une «rêverie» de Maurice de Saxe._
-
-
-L’irruption, romanesque, de Mme Le Normant d’Etioles dans la vie du
-roi, n’avait pas autrement surpris, ni inquiété le duc de Richelieu.
-Dans sa pensée, le caprice de Louis XV pour cette petite bourgeoise ne
-devait tirer à conséquence, bien que la femme fût délicieuse sous les
-futaies ensoleillées de la forêt de Sénart, ou sous le scintillement
-des lustres de l’Hôtel-de-Ville: il restait entendu que Sa Majesté ne
-pouvait avoir, comme maîtresse reconnue, qu’une grande dame. Aussi,
-quelques jours avant son départ pour l’armée, l’indulgent Richelieu
-avait-il très volontiers soupé chez le roi, avec Mme d’Etioles, en
-compagnie des ducs d’Ayen et de Boufflers, de la marquise de Bellefonds
-et de la duchesse de Lauraguais[330].
-
- [330] CAMPARDON: _Mme de Pompadour et la Cour de Louis XV_
- (1867), p. 13.
-
-Mais, après Fontenoy, la fantaisie royale était devenue de la passion
-et menaçait de tourner au véritable amour, grâce à l’habileté de la
-jeune femme, qui n’avait pas eu besoin, comme Mme de Châteauroux, de
-l’intervention du favori pour passer au rang de favorite.
-
-Cependant, le 9 septembre 1745, Richelieu, de retour de Gand, avait
-cru politique de lui témoigner des égards, lorsque, au souper donné
-à l’Hôtel-de-Ville, pour la réception du roi, souper où elle n’avait
-pu assister, puisqu’elle n’était pas encore «présentée», elle avait
-dû être servie, avec d’autres convives, dans un des salons de l’étage
-supérieur. Le duc n’avait pas été un des moins assidus à «monter» la
-complimenter et lui rendre compte de la fête[331].
-
- [331] CAMPARDON: _Mme de Pompadour et la Cour de Louis XV_
- (1867), p. 64.--_Journal_ de LUYNES, t. VII, p. 55.
-
-Quelques jours après, elle était «nommée» marquise de Pompadour et
-«présentée» sous ce titre. Aussitôt Voltaire, l’adorateur de tous les
-astres naissants, avait paru ébloui par l’éclat de celui-ci. N’avait-il
-pas déjà écrit à son «héros»--un nom qu’il répète à satiété--pour lui
-demander sa protection active et continue auprès de Mme de Pompadour,
-en raison de la bienveillance dont elle avait honoré le poète de
-Cour? Or, Richelieu, en malicieux critique, lui avait simplement dit
-d’une pièce de Voltaire: «Je ne suis pas trop content de son acte.»
-«J’aimerais bien mieux, ajoutait l’auteur de _Fontenoy_, qu’elle sût
-par vous combien ses bontés me pénètrent de reconnaissance et à quel
-point je vous fais son éloge.» Trois mois après (septembre 1745),
-il commence une antienne dont il fatiguera désormais les oreilles
-du premier gentilhomme de la Chambre: il le priera d’inscrire son
-répertoire sur le programme des spectacles de la Cour à Fontainebleau:
-«Je ne veux paraître, disait-il, que sous vos auspices.»
-
-Avec une exagération plus marquée encore, il félicitait, en octobre,
-Richelieu désigné pour le commandement en chef du corps d’armée, qui
-devait s’embarquer à Dunkerque et descendre sur la côte d’Écosse,
-où il trouverait le Prétendant dont il appuierait, de son épée, les
-revendications:
-
-«Je vous verrai faisant un roi et rendant le vôtre l’arbitre de
-l’Europe. Ma destinée sera d’être, si je le peux, l’Homère de cet
-Achille qui a quitté Briséïs pour aller renverser un trône.»
-
-En effet, sans perdre de vue la prodigieuse fortune de la Marquise,
-Richelieu avait de plus instantes préoccupations, c’est-à-dire son
-expédition contre l’Angleterre, qu’il entreprenait, à l’entendre, dans
-le but le plus désintéressé; il disait hautement qu’il ne voulait pas
-être Maréchal de France[332]. Mais l’opinion publique n’était pas
-la dupe du bon apôtre; et les gazettes étrangères représentaient à
-l’envi le généralissime comme un barbet, à qui l’on fait passer l’eau
-pour rapporter un bâton[333]. Les préparatifs accusaient cependant un
-effort de réelle importance. Maurepas en parlait sérieusement dans sa
-correspondance avec l’archevêque de Bourges; il fixait à douze mille le
-nombre des soldats qui devaient accompagner Richelieu[334].
-
- [332] _Journal_ de LUYNES, t. VII, p. 127.
-
- [333] _Journal_ de BARBIER, t. IV, p. 114.
-
- [334] _Lettres_ de MARVILLE, t. II, p. 211.
-
-Celui-ci partit, le 23 décembre, pour Dunkerque. Il passa par Gand où
-il eut une conférence avec le Maréchal de Saxe: la brouille n’avait pas
-duré, d’autant que Maurice était charmant... à ses heures. Mais quand
-Richelieu fut arrivé à destination, les mêmes difficultés qui, deux
-années auparavant, l’avaient immobilisé à Boulogne[335], vinrent de
-nouveau paralyser à Dunkerque sa bouillante ardeur. Il dut constater
-qu’il n’avait pas la moitié de son effectif, ni les munitions, ni les
-vivres nécessaires à son corps d’armée. Si Maurepas avait donné des
-ordres précis, le comte d’Argenson n’avait pas suivi son exemple[336].
-
- [335] Voir page 166.
-
- [336] _Lettres_ de MARVILLE, t. II, p. 237. _Nouvelles des
- Cafés._
-
-Richelieu se répandit en plaintes amères et dépêcha un courrier à
-Versailles, pour protester contre une telle insouciance et pour
-réclamer l’ordre de «mettre au plus tôt à la voile[337]».
-
- [337] _Journal_ de LUYNES, t. VII, 6 janvier 1746, p. 194.
-
-En attendant, les épigrammes pleuvaient, à la Cour et à la Ville,
-sur cet Achille obligé de rester sous sa tente. Un sixain, des
-plus acerbes, avait trouvé cette solution... inélégante, bien que
-légendaire, d’un problème qui fut toujours vainement posé:
-
- S’il fallait faire un sacrifice,
- Pour vous rendre la mer propice,
- Quand vous voguerez sur les eaux,
- Jetez-y, pour première offrande,
- Le plus fameux des m.....
- Son élément le redemande[338].
-
- [338] _Journal_ de BARBIER, t. IV, p. 115.
-
-L’incurie des services administratifs persistait encore en février
-1746. Las d’une telle inaction, dépité, découragé, Richelieu revint à
-ses errements de Boulogne: il se dit malade et demanda son rappel.
-
-L’avortement de l’expédition qui n’était pourtant pas imputable au chef
-de l’armée, provoqua contre lui une recrudescence d’épigrammes et de
-chansons satiriques, dont voici une des moins mauvaises:
-
-Vers sur l’air des _Pèlerins_.
-
- 13 février 1746.
-
- Quand je vis partir l’Excellence
- De Richelieu,
- Je prédis sa mauvaise chance,
- Hélas! mon Dieu!
- Ce pilote ignore les vents
- De l’Angleterre;
- Il ne sait qu’embarquer les gens
- Pour l’île de Cythère.
-
- Il faut pourtant payer la peine
- De ce marin!
- Il n’est pas juste qu’il revienne
- Et qu’il n’ait rien. (On devait prononcer _rin_.)
- Nous lui donnerons pour pension
- Le soin des filles.
- Un bourdon sera son bâton,
- Ses lauriers des coquilles.
-
- Si vous comptiez sur la prudence
- De ce cerveau,
- Vous en auriez trop d’espérance,
- Prince héros.
- N’employez cet esprit follet
- Et son _Voltaire_
- Qu’à vous amuser au ballet
- Du _Temple de la Gloire_.
-
- (On prononçait _glouère_, à moins qu’on n’écrivît... _Voltoire_.)
-
-Qui sait si une traversée heureuse, empêchant la désastreuse défaite
-du Prince Édouard à Culloden, n’eût pas précipité cette révolution que
-vaticinait Voltaire, en mal d’une nouvelle Iliade.
-
-Richelieu était revenu à la Cour de fort méchante humeur[339]; et
-Mme de Pompadour ne tarda pas à s’en apercevoir. «Il tint sur elle
-des propos légers», regardant l’amour du roi «comme une galanterie
-de passage»; et «ce qu’il y a de plus admirable», c’est que cette
-opinion... «fut longtemps celle de la Cour[340]».
-
- [339] D’après des _Nouvelles de café_ (_Lettres_ de MARVILLE,
- t. II, 27 février), Richelieu dit confidentiellement à un ami
- «qu’il avait été joué et que les ministres avaient d’autres
- vues», en l’envoyant à Dunkerque. Cette perfidie, destinée
- à le perdre, n’est pas invraisemblable, étant donné le jeu
- d’intrigues, qui caractérisait ce triste régime.
-
- [340] DUCLOS: _Mémoires_, 1864, t. II, p. 283.
-
-Cette «beauté blonde et blanche, _sans traits_ (d’Argenson entendait
-peut-être par là des traits trop réguliers) mais douée de grâce et
-de talents[341]», eût voulu retenir, par l’emprise de sa séduction,
-l’être fuyant qu’était Richelieu, le désarmer par son charme, mettre
-en communauté, pour ainsi dire, leurs intérêts politiques. Mais
-l’impertinence de bon ton, la taquinerie galante, le dédain courtois
-qu’apportait le grand seigneur dans ses rapports avec la maîtresse
-du roi, avaient creusé un abîme entre ces deux puissances. Elles
-s’observèrent d’abord avant d’ouvrir les hostilités.
-
- [341] _Mémoires_ du marquis D’ARGENSON, t. IV, p. 179.
-
-Au reste, l’homme de Cour était tiraillé entre tant de menues besognes,
-qu’il lui fallait ajourner à une date, plutôt lointaine, la campagne
-d’éviction qu’il ménageait à la favorite. C’étaient toujours les
-questions d’étiquette qui venaient solliciter le plus instamment son
-attention, entre l’ordonnance des fêtes royales et le service militaire
-en Flandre, à Rocoux, par exemple, au cours de cette journée glorieuse
-pour les armes françaises, où Richelieu se distingua encore par son
-impétueuse valeur.
-
-Il venait d’apprendre que Louis XV se proposait d’accorder des
-privilèges aux fils des princes légitimés, et il réclamait des
-compensations pour les ducs et pairs.
-
---«Parlez-en à Maurepas», lui répondit le roi, qui avait parfois le mot
-pour rire.
-
-Richelieu se rendit cependant chez son ennemi avec le duc de Gesvres.
-Le ministre désira des précisions. Richelieu dépêcha aussitôt un
-courrier au château de la Ferté, chez Saint-Simon, ce misanthrope
-d’abord difficile, mais fort au courant des usages protocolaires.
-Gesvres alla trouver Mme de Pompadour; mais il était trop tard,
-Louis XV promit une solution pour l’année 1747[342].
-
- [342] _Journal_ du duc DE LUYNES, t. VII, p. 273.--SOULAVIE
- (t. VIII, p. 49) parle, en termes presque identiques, de
- l’incident; il ajoute: «Richelieu et Maurepas disputèrent
- longuement sur les prérogatives et sur le cérémonial (la Cène
- et l’adoration de la Croix), en présence du duc de Gesvres.»
-
-Entre temps, Richelieu «se donnait de grands mouvements», comme on
-disait alors, en faveur de ses amis. Il faisait nommer au diocèse de
-Paris l’archevêque de Vienne; et, à six semaines de là, il enlevait
-l’élection de Voltaire à l’Académie, en remplacement du Président
-Bouhier, après avoir vivement engagé le roi à notifier ses intentions
-aux Quarante. C’était sa manière à lui de pratiquer le système des
-compensations.
-
-Vers la fin de 1746, il était envoyé à Dresde, comme ambassadeur
-extraordinaire auprès de l’électeur de Saxe, roi de Pologne. C’était
-aussi une... compensation à sa déception de Dunkerque, compensation
-qu’il devait, disent les _Mémoires Authentiques_, à Mme de Pompadour.
-
-La première Dauphine était morte en juillet 1746; et Louis XV
-demandait pour son fils la main de la princesse Marie-Josèphe
-de Saxe. Officieusement, Auguste III l’avait accordée; mais son
-premier ministre, le comte de Brühl, avait écrit de Varsovie, le 7
-novembre[343], à M. de Loss, ambassadeur du roi à Versailles, afin
-qu’il empêchât, le plus honnêtement du monde, le départ de Richelieu
-pour Dresde.
-
- [343] Comte VITZTHUM D’ECKSTAEDT: _Maurice comte de Saxe
- et Marie Josèphe de Saxe, dauphine de France_, d’après les
- _Archives de Dresde_ (1867), pp. 82 et suiv.--Duc de BROGLIE:
- _Maurice de Saxe et le Marquis d’Argenson_, 2 vol., 1893.
-
-La réception de ce grand seigneur, réputé pour son train fastueux,
-n’était pas sans inquiéter Sa Majesté polonaise qui était plutôt
-économe. Puis, pourquoi ne pas laisser cette mission au seul marquis
-des Issarts, l’ambassadeur ordinaire de France, _persona grata_, «qui
-en serait si flatté»? D’ailleurs, concluait M. de Brühl, à quoi bon
-«mêler de la politique dans le contrat de mariage? Par tendresse pour
-la Dauphine sa fille, Sa Majesté fera, sans cela, tout ce qu’elle
-pourra pour complaire au roi de France.»
-
-Les 20 et 25 novembre, Loss rassurait son collègue. Si le départ
-de Richelieu était inévitable--«sa nomination avait fait trop
-d’éclat»--le marquis des Issarts était plénipotentiaire au même titre
-que l’envoyé de France. Et Brühl «peut être persuadé qu’on n’exigera
-rien du roi qui puisse être contraire à ses intérêts. Le duc de
-Richelieu sera peut-être chargé de faire quelque démarche tendant à
-moyenner une meilleure intelligence entre notre Cour et Berlin; mais je
-crois qu’il se contentera... que nous fassions des politesses au roi de
-Prusse, en faisant sentir à ce prince qu’il en est redevable aux bons
-offices de la France.»
-
-Nous verrons que le baron de Loss se trompait de Souverain. Sans doute
-l’ambassadeur d’Auguste III à Versailles et Maurice de Saxe, le frère
-naturel du roi de Pologne, qui était, en réalité, le négociateur
-du mariage de sa nièce, s’étaient efforcés de faire obstacle à la
-mission de Richelieu. Mais ils s’y étaient pris trop tard. Louis XV
-avait arrêté son choix. D’ailleurs l’ambassadeur extraordinaire ne se
-rendrait pas à Berlin[344]. Brühl félicite Loss d’avoir su dissuader
-Richelieu de cette visite, malgré que Voltaire et Mme du Châtelet
-eussent incité l’ancien intermédiaire de Rottembourg à solliciter une
-mission auprès de Frédéric, en vue «d’une entente plus particulière
-avec la France».
-
- [344] Auguste III ne pouvait oublier que la défaite des
- Autrichiens et des Saxons à Kesseldorff, le 15 décembre 1745,
- avait ouvert les portes de Dresde au roi de Prusse et que la
- neutralité, consentie, dix jours après, par le vainqueur, lui
- avait coûté une rançon d’un million d’écus.
-
-De son côté, le comte de Saxe écrit à Brühl, le 10 décembre, que
-Richelieu est en route de la veille, et que sa dernière visite fut
-pour lui; il lui fait part de l’entrevue. Le duc lui dit que s’il
-s’est chargé de la mission, c’est dans l’espoir «qu’elle serait
-agréable»; autrement il aimerait mieux être enlevé par les hussards,
-avant d’arriver à Dresde (ce qui serait fort possible, remarque, en
-aparté, le Maréchal). Toutefois, celui-ci affirme à son interlocuteur
-qu’on «n’a rien personnellement contre lui, mais on craint les
-prétentions de l’ambassade», depuis de fâcheuses expériences qui
-ont rendu la Cour de Sa Majesté polonaise «très farouche».--«Hélas!
-réplique Richelieu, je ne prétends rien; je désire plaire au roi, à
-M. le comte de Brühl, à toute la Cour et voilà tout... Je ne resterai
-que le temps qu’il faudra pour amener cette princesse tant désirée,
-avec la dignité et les respects que je dois à Leurs Majestés et au
-roi mon maître.» Maurice promet donc à M. de Brühl que l’ambassadeur
-extraordinaire «ne le tourmentera pas sur le cérémonial» et n’ira pas
-voir le roi Frédéric, malgré le désir de ce prince, «pour ne pas sentir
-le Prussien (déjà!) en vous arrivant». Et le Maréchal termine sur ce
-précieux renseignement: «Les d’Argenson branlent au manche, comme l’on
-dit. Celui des affaires étrangères est si _bête_ (on le distinguait
-couramment de son frère par ce qualificatif) que le roi en est honteux.
-Celui de la Guerre veut faire le généralissime et n’y entend rien...»
-Maurice avait également rassuré son frère: «Richelieu ne serait pas
-pointilleux sur le cérémonial» et son séjour à Dresde serait «très
-court».
-
-Le roi de Prusse avait été avisé de l’ordre qu’avait reçu Richelieu de
-ne point passer par Berlin; et il s’en expliquait avec Voltaire sur ce
-ton dégagé qui dissimulait si bien chez lui son dépit et ses rancunes:
-
-«... Il (Richelieu) a la réputation de réunir mieux qu’homme de
-France les talents de l’esprit et de l’érudition aux charmes et à
-l’illusion de la politique. C’est le modèle le plus avantageux à la
-nation française que son maître ait pu choisir à cette ambassade: un
-homme de tout pays, citoyen de tous les lieux et qui aura dans tous
-les siècles les mêmes suffrages que lui accorde la France et l’Europe
-toute entière. Je suis accoutumé à me passer de bien des agréments
-dans la vie: j’en supporterai plus facilement la privation de la bonne
-compagnie dont les gazettes nous avaient annoncé la venue[345].» (18
-décembre 1746.)
-
- [345] Duc DE BROGLIE: _Maurice de Saxe et le marquis
- d’Argenson_, t. II, p. 46.
-
-Comme fiche de consolation, et puisque la montagne ne venait pas à
-lui, Frédéric y fit _aller_ le marquis d’Argens, un de ses commensaux,
-pour féliciter Auguste du mariage de sa fille. L’envoyé était bien
-choisi: c’était un ami de Voltaire, qui, sous prétexte de présenter ses
-hommages à l’ambassadeur de Louis XV, devait très vraisemblablement le
-surveiller, en compagnie du conseiller Klingreef, ministre de Prusse à
-Dresde: «Je crains fort les algarades françaises», écrivait Frédéric
-à d’Argens, en lui recommandant, ainsi qu’il en avait l’habitude avec
-ses agents officiels ou secrets, de lui adresser des rapports bien
-circonstanciés[346].
-
- [346] Duc DE BROGLIE: _Maurice de Saxe et le Marquis
- d’Argenson_ (t. II, pp. 47 et suiv.)--Le livre de Flammermont
- (_Correspondance des agents diplomatiques étrangers_, 1896)
- dit assez comment Frédéric, donnant ainsi l’exemple à ses
- successeurs, exigeait de ses ministres les plus minutieux
- renseignements, à l’aide de tous documents, même de rapports de
- police ou de gazettes manuscrites.
-
-Arrivé, le 25 décembre, à Dresde, Richelieu entretint Brühl de sa
-mission secrète, car il en avait une[347], mais qui ne concernait
-nullement la Prusse. Désireux de finir la guerre, Louis XV s’en
-rapportait à la sagesse et à l’esprit d’équité du roi Auguste, pour
-amener un rapprochement entre les Cabinets de Versailles et de Vienne.
-D’accord, répondit Brühl, mais Sa Majesté polonaise veut «connaître le
-dernier mot de Sa Majesté Très Chrétienne» (le roi de France); alors
-elle ferait sien ce plan d’accommodement, aucun des adversaires ne
-«voulant parler le premier».
-
- [347] Elle n’était pas cependant secrète pour tout le monde; et
- Richelieu, que nous savons peu discret, avait dû s’en ouvrir
- à Voltaire, puisque le poète lui adressait cette épître, au
- moment du départ pour Dresde:
-
- De votre petite maison,
- A tant de belles destinée,
- Vous allez chez le roi saxon
- Rendre hommage au dieu d’Hyménée,
- Vous, cet aimable Richelieu,
- Qui, né pour un autre mystère,
- Avez souvent battu ce Dieu
- Avec les armes de son frère.
- Revenez cher à tous les deux,
- _Ramenez la paix avec eux_,
- Ainsi que vous eûtes la gloire,
- Aux campagnes de Fontenoy,
- De ramener aux pieds du roi
- Les étendards de la Victoire.
-
-Richelieu, enchanté, abonde en ce sens. Il écrit à Versailles le 27
-et rend compte en même temps à Loss de ses impressions personnelles,
-impressions qu’il a communiquées au roi et qui, «sûrement lui feront
-grand plaisir». Il ne tarit pas en éloges sur la grâce et sur la figure
-aimable de la Dauphine. Puis, «il a été reçu avec une magnificence et
-une distinction si grandes qu’il ne peut assez dire combien le roi doit
-être sensible à ces distinctions singulières que Sa Majesté polonaise
-veut bien faire à son ambassadeur».
-
-Avec le Maréchal de Saxe il est plus explicite encore; et, là, nous
-retrouvons notre Richelieu des grands jours, vif, gai, spirituel,
-amusant, un tantinet badin, qui doit regretter la patrie absente,
-car il parle de théâtre, mais il sait que Maurice a des raisons
-personnelles pour ne pas détester ce genre de conversation; et il
-croque en trois coups de crayon, le modèle, qui sans le savoir, vient
-de poser devant lui. Il a vu Madame la Dauphine, «telle que M. le comte
-de Friesen l’avait dépeinte et non pas telle que le portrait que le
-roi en avait reçu en pouvait faire juger». Cette copie devait être
-abominable. Mais Richelieu rétablit la vérité: «Le roi et la reine de
-Pologne ont exigé que je n’en dise pas trop; mais j’ai beaucoup de
-peine à leur obéir et je crois devoir vous dire que je l’ai trouvée
-réellement charmante. Ce n’est point du tout cependant une beauté, mais
-c’est toutes les grâces imaginables, un gros nez, de grosses lèvres
-fraîches, les yeux du monde les plus vifs et les plus spirituels; et
-enfin je vous assure que, s’il y avait de pareilles à l’Opéra, il y
-aurait presse à y mettre l’enchère. Je ne vous dis rien de trop, mais
-je n’en dis pas autant aux autres...»
-
-En réalité, après avoir fait le nécessaire pour que les négociations
-consenties par les deux souverains, puis menées par Sa Majesté
-polonaise, ne fussent point retardées, dans leur marche pacificatrice,
-par le mauvais vouloir de la Cour de Vienne, Richelieu laissa dormir
-la haute politique pendant son séjour à Dresde, pour ne plus remplir
-que son mandat ostensible d’ambassadeur matrimonial. Grâce à sa belle
-humeur, à sa courtoisie, à son aménité, il devint l’idole de tous,
-il sut conquérir le roi, la reine et les seigneurs de la Cour. Il ne
-dédaignait pas de descendre aux plus minces détails et jusqu’aux plus
-minutieuses enquêtes pour connaître les habitudes et les goûts de la
-future Dauphine.
-
-Il demandait à l’_aya_ (la gouvernante) quels étaient les livres et les
-divertissements préférés de la princesse; et sa sollicitude s’étendait
-jusqu’au dénombrement et à la nature des maladies de l’enfant et de la
-jeune fille.
-
-Par l’intermédiaire de Mme de Lauraguais, maîtresse dévouée, amie
-fidèle et intelligente, il avait fait venir, à la Cour de Saxe, un
-tailleur parisien, pour prendre les mesures de la fiancée. Cet homme
-était rentré en France, ravi de la figure, de la grâce et de la...
-taille de son auguste cliente. Il rapportait avec lui une boucle des
-cheveux de la princesse qui fit l’admiration de Versailles.
-
-Richelieu n’exerçait pas une moindre séduction sur le populaire.
-
-Le jour de son entrée solennelle, qui devait être reproduite plus tard
-par une estampe, ce fut une fête somptueuse rappelant le cérémonial de
-celle de Vienne en 1726. Des valets jetaient à pleines poignées des
-pièces d’argent à la foule. Sur les places publiques, les fontaines
-qu’il avait fait édifier, versaient à flots le vin blanc et le vin
-rouge.
-
-Cependant, de mauvaises nouvelles arrivaient de Versailles. Le
-marquis d’Argenson improuvait la médiation que le roi avait proposée
-à l’électeur de Saxe par l’intermédiaire de Richelieu; à vrai dire,
-c’était le commencement de cette fameuse diplomatie secrète que
-devait diriger Louis XV par dessus la tête de ses ministres. Or, le 24
-janvier 1747, Maurice de Saxe écrivait à Brühl que «le pétard avait
-sauté»; mais lui, le Maréchal, avait certainement mis le feu à la
-mèche; ce pétard, c’était la lettre de démission envoyée par Louis XV
-à son ministre des affaires étrangères. Comme l’a fort bien démontré
-le duc de Broglie dans son livre sur _Maurice de Saxe et le Marquis
-d’Argenson_, celui-ci, pour être un... prévoyant de l’avenir, souvent
-averti, mais parfois chimérique et toujours morose, n’en était pas
-moins un déplorable ministre des affaires étrangères: «Le jour même,
-écrit M. de Broglie, où Frédéric II, mécontent de d’Argenson, disait
-qu’il ne voulait pas être le Don Quichotte de la France, d’Argenson
-faisait cette déclaration au ministre de Frédéric, Le Chambrier:
-«L’alliance de la Prusse et de la France est un système dont les bases
-doivent être inaltérables (t. II, p. 47).» Les bévues de ce philosophe,
-improvisé ministre, ne laissaient pas que d’être nombreuses: «A tort ou
-à raison, remarque M. de Broglie, par ses qualités et par ses défauts,
-il en était arrivé à déplaire à tout le monde et à n’être défendu par
-personne (t. II, p. 73, note).»
-
-Quand il tomba, le 10 janvier 1747, Le Chambrier dit: «Je savais que
-son renvoi était décidé.»
-
-Les négociations pour la paix n’en continuèrent pas moins à Dresde,
-pendant les fêtes du mariage, célébré le 10 janvier, par procuration
-et béni par le nonce. Le «Maréchal Général» (c’était le nouveau titre
-de Maurice) travaillait à l’instrument diplomatique avec Loss et
-Richelieu. Le cabinet de Vienne répondait vaguement et récriminait
-toujours. En février, une réplique, sous forme de dépêche secrète,
-adressée à Brühl et rédigée par Richelieu, formulait les conditions
-de la France. Les pourparlers n’avançaient pas: l’Autriche opposait
-toujours des mesures dilatoires. On lui fit entendre que la France
-était prête pour la guerre; et le Maréchal de Saxe se remit en
-campagne. Néanmoins Puysieulx, qui avait remplacé le marquis d’Argenson
-aux affaires étrangères, reprit secrètement les négociations: on en
-retrouve les traces dans les archives de Vienne et de Dresde[348].
-
- [348] Comte VITZTHUM D’ECKSTAEDT: _Maurice comte de Saxe_,
- 1867, p. 173.
-
-Maurice de Saxe, qui avait conseillé cette entente diplomatique, ne
-voulait pas cependant de la paix à tout prix: il comprenait fort bien
-que Louis XV, fidèle à ses engagements avec l’Espagne, dût assurer le
-sort de son gendre et de sa fille, Madame Infante. Et, tenant compte de
-toutes nécessités diplomatiques ou familiales, le «Maréchal-Général»,
-dont tant de _Rêveries_ amusèrent les loisirs, édifiait un rêve qui
-devait être, soixante-dix ans plus tard, une réalité: la constitution
-d’un royaume des Pays-Bas, indépendant de l’Autriche, avec la Hollande
-et la Belgique. Qui sait, comme le fait très justement observer le
-Comte Vitzthum d’Eckstaedt, si «cette solution, alors adoptée», n’eût
-pas «changé la face de l’histoire de l’Europe? La guerre de Sept ans
-n’eût pas probablement éclaté... C’était la clef de voûte du système
-politique de Kaunitz, qui aurait voulu débarrasser l’Autriche des
-Pays-Bas, pour l’arrondir en Italie et en Allemagne[349].»
-
- [349] VITZTHUM D’ECKSTAEDT: _Maurice comte de Saxe_, p. 169.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIX
-
- _Richelieu va prendre à Gênes la succession du Maréchal de
- Boufflers.--Pronostics du Marquis D’Argenson.--Succès de Richelieu:
- il est nommé Maréchal de France; honneurs exceptionnels que
- lui décerne la République de Gênes.--Son retour triomphal à
- Versailles.--Sa campagne contre la Marquise.--Comment il traite
- le duc de la Vallière, favori de la favorite.--Formation du
- triumvirat.--Les inquiétudes de Mme de Pompadour: un mot de Louis XV._
-
-
-Cette interminable guerre, dite de la _Succession d’Autriche_, reprit
-au printemps de 1747[350].
-
- [350] Dans l’intervalle, après la mort de l’empereur
- d’Allemagne, Charles VII, cet électeur de Bavière, allié de
- la France, que ses défaites avaient mis à la discrétion de
- l’Autriche, le Grand-Duc François, époux de Marie-Thérèse,
- avait été élu, le 15 septembre 1746, empereur d’Allemagne.
-
-Toujours «employé» à l’armée de Flandre, comme aide de camp du roi,
-Richelieu combattait, le 2 juillet, à Lawfeld et poursuivait la
-campagne, quand, sur les conseils de Noailles et du Comte d’Argenson,
-un ordre de Louis XV lui enjoignit de se rendre, sans délai, en Italie.
-
-Gênes, qui se recommandait de la protection de la France, avait été
-bloquée par les Piémontais et les Autrichiens. Mais le Maréchal de
-Boufflers, qui occupait la ville avec 7 à 8.000 hommes, manœuvra si
-bien qu’il la délivra le 6 juillet. Malheureusement, au milieu de son
-triomphe, il mourait de la petite vérole. Et c’était Richelieu que le
-roi désignait, le 1er août, pour le remplacer.
-
-Bientôt le nouveau généralissime passait par Paris, où le marquis
-d’Argenson, rendu à ses chères études, le rencontrait, «volant avec
-joie et fierté», à son poste d’honneur, et profitait de la circonstance
-pour adoucir de retouches, cette fois un peu moins sombres, le portrait
-âpre et dur qu’il avait tracé du «vieux papillon». Après en avoir
-montré «le rire agréable, l’éloquence et la vigueur, la richesse et la
-prodigalité, l’extrême franchise et cependant «les coups en finesse»
-qui rappelaient la manière de son grand’oncle le Cardinal» (!!!),
-d’Argenson concluait: «Le total fait un homme fort distingué dans
-le siècle où nous sommes, où l’élévation est rare. Ses talents, sa
-physionomie, sa hardiesse à parler, le brillant de ses desseins ont
-ébloui ses contemporains; et je conviens avec plaisir qu’il mérite de
-la réputation et une grande distinction[351].»
-
- [351] D’ARGENSON: _Mémoires_, t. V, pp. 87-88.
-
-Cette fois, la fortune devait sourire, sans réserves, à Richelieu[352].
-Il fut aussi heureux dans ses opérations militaires que son
-prédécesseur. Ses biographes, pour n’en pas perdre l’habitude, ont
-encore, dans le récit de ses exploits, entrelacé de myrte ses couronnes
-de laurier. Ce qui est moins discutable, c’est qu’à la suite de
-plusieurs combats, il délogea l’ennemi de toutes ses positions et resta
-maître de la situation et du pays jusqu’à la ratification du traité
-d’Aix-la-Chapelle, qui mettait fin à la guerre en 1748. Aussi était-il
-nommé Maréchal de France, le 11 octobre; et cette dignité suprême,
-qu’il avait si longtemps recherchée, se rehaussa encore d’honneurs
-exceptionnels, que lui décerna, le 17 du même mois, la République de
-Gênes. Elle le déclarait, lui et ses descendants, nobles Gênois avec
-leurs titres inscrits sur le _Livre d’Or_. Une statue de Richelieu, due
-au ciseau de Scafini[353], fut érigée dans le grand salon du Palais
-du Gouvernement: des Anglais, qui la virent en 1756, affirmèrent
-à Voltaire qu’elle était «belle et ressemblante[354]». Nati[355]
-déclare qu’elle fut exécutée sur le portrait en marbre commandé par
-Richelieu à Schoffer, portrait dont il s’était montré satisfait. On
-reprochait à cette statue ses défauts de proportion et la petitesse
-de la tête. Elle périt dans l’incendie qui consuma la salle du Grand
-Conseil quelques années avant la Révolution de 1789[356]. La statue de
-Richelieu au Louvre serait, d’après M. de Montaiglon, une réduction de
-l’œuvre de Scafini et «devrait passer de l’école française dans l’école
-italienne[357]».
-
- [352] Il n’eut que des succès dans cette campagne, que les
- _Mémoires authentiques_ qualifient de «guerre défensive».
-
- [353] LALANDE: _Voyage d’Italie_, 1786, t. IX, p. 322.--L’hôtel
- d’Egmont, à Paris, en possédait une copie.
-
- [354] VOLTAIRE: _Lettre de Richelieu_, 28 mars 1756.--Voltaire
- avait adressé à Richelieu une épître sur cette statue. _La
- Correspondance de Grimm_ (édit. M. Tourneux, t. I) publie la
- réponse en vers de Richelieu, qui n’est évidemment pas du
- Maréchal, dans une lettre de Raynal.
-
- [355] NATI: _Vie d’artistes génois_.
-
- [356] ALIZER: _Guide artistique_, 1846, p. 94.
-
- [357] _Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux_, t. I, p.
- 24.
-
-Le nouveau Maréchal de France quitta Gênes le 10 novembre.
-
-Il revenait, fort de l’autorité que lui donnait son heureuse campagne,
-et comptait bien, d’accord avec d’Argenson, le ministre de la Guerre,
-Machault, le contrôleur général et même Maurepas, offrir au roi une
-maîtresse digne de lui[358]. Il s’étonnait, de bonne foi, de n’être
-pas encore du Conseil. Le 2 janvier 1749, il était affectueusement
-reçu par Louis XV, qui, le soir, à l’issue du souper, s’enfermait avec
-lui jusqu’à deux heures après minuit. Et le marquis d’Argenson--la
-Bête!--de tirer d’étonnants pronostics d’une telle faveur: «Ce sera,
-avec la Cour, le fameux duc d’Épernon et avec le roi le cardinal de
-Richelieu: certes le cardinal de Richelieu n’avait pas le courage de
-cœur qu’a son neveu; aussi n’était-il qu’un prêtre[359]!»
-
- [358] «Richelieu, vainqueur à Gênes, écrit le Marquis
- d’Argenson, était considéré comme le Messie qui devait donner
- de bons coups de collier pour la gloire et la sûreté du
- royaume, et chasser la maîtresse roturière et tyrannique du
- royaume, pour en donner une autre.»
-
- [359] D’ARGENSON: _Mémoires_, t. V, p. 87.
-
-Le Maréchal avait encore dans son jeu un atout d’importance. Premier
-gentilhomme de la Chambre, en exercice, avec l’année qui commençait, il
-ne perdait pas un seul instant le contact de la Cour. Il surveillait
-les intrigues de ses adversaires, pouvait en ourdir de nouvelles et
-avait la haute main sur les spectacles et les fêtes dont on s’était
-efforcé, pendant son absence, de lui subtiliser la direction.
-
-En effet, il avait appris, à Gênes, que M. de Cury (ou Curys) se
-proposait d’acheter de Bonneval la charge d’Intendant des Menus, sur
-le désir de Mme de Pompadour, conseillée par son grand ami, le duc
-de la Vallière. Déjà celui-ci, entrant dans les vues de la favorite,
-soucieuse de distraire un monarque toujours ennuyé, avait ordonné et
-dirigé la construction du _Théâtre des Cabinets_ sur le grand escalier
-des Ambassadeurs à Versailles; mais Richelieu, perpétuellement féru de
-ses prérogatives, avait adressé au roi «une lettre très respectueuse,
-et très forte[360]», à propos de cet empiètement sur les fonctions
-des premiers gentilshommes de la Chambre. En ce qui concernait Cury,
-il écrivit, le plus courtoisement du monde, à la Marquise, que son
-protégé étant depuis longtemps de ses amis, à lui Richelieu, il serait
-ravi de faire plaisir à Mme de Pompadour; mais il se garda bien de lui
-engager sa parole. D’un autre côté, il écrivait à son collègue, le duc
-de Gesvres, pour désapprouver la candidature de Cury; et ce malheureux
-de Gesvres, ne sachant que répondre aux sollicitations de la Marquise,
-prétendait n’avoir reçu aucune lettre de Richelieu. Celui-ci, de retour
-à Paris, avisant Cury chez Mme de Pompadour, «l’avait, durant trois
-heures, embrassé», complimenté, accablé d’amitiés, mais sans prendre de
-décision ferme[361].
-
- [360] _Journal_ DE LUYNES, t. IX, p. 245.
-
- [361] _Ibid._, t. X, pp. 79 et suiv.
-
-D’ailleurs, pendant son séjour à Gênes, il avait conservé, vis-à-vis
-de la Marquise, son attitude, aimable et gracieuse; et la favorite,
-croyant peu ou prou à la sincérité de ces démonstrations, avait payé de
-la même monnaie son correspondant; encore la sienne paraissait-elle de
-meilleur aloi:
-
-... «Vous connaîtrez avec le temps, disait-elle, ma façon de penser
-pour vous et peut-être serez-vous persuadé que je mérite des amis. Je
-ne demande l’amitié des gens que j’aime, que quand ils me connaîtront
-bien; vous voyez mon équité. Vous voulez, dit-on, aller à Rome: cela
-retardera votre retour que je verrai arriver avec plaisir...[362]»
-
- [362] DE NOLHAC: _Louis XV et Mme de Pompadour_ (1904), p. 195.
-
-Elle ne devait pourtant y gagner que beaucoup de désagréments.
-
-Déjà, de Gênes, Richelieu avait signifié, par lettre, à M. de Bury,
-surintendant de la musique en survivance de Blamont, qu’il défendait
-aux musiciens de la Chambre «d’aller nulle part, sans ses ordres[363]».
-Et, depuis son retour à Versailles, il avouait à Luynes «n’avoir aucune
-idée arrêtée sur des divertissements qu’il regardait comme personnels à
-Mme de Pompadour», cette dame ignorant sans doute les droits afférents
-à la charge de premier gentilhomme[364].
-
- [363-364] _Journal_ de LUYNES, t. X, pp. 84-85.
-
-Mais avant de «crosser» définitivement «la petite Pompadour et de la
-traiter comme une fille de l’Opéra, ayant grande expérience de cette
-sorte d’espèce de femme et de toute femme[365]», Richelieu se donna le
-malin plaisir d’en brimer férocement le favori.
-
-D’abord, il «rendit une ordonnance portant défense à tous ouvriers,
-musiciens, danseurs, d’obéir à d’autres qu’à lui pour le fait des Menus
-Plaisirs[366]». En même temps il félicitait «Rebel, maître de musique
-de la Chambre, qui battait la mesure», d’avoir résisté au duc de la
-Vallière, quand celui-ci s’efforçait à lui démontrer l’inutilité de
-prendre les ordres de Richelieu, du moment qu’il s’agissait du service
-du roi[367].
-
- [365-366] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. V, p. 350, janvier 1749.
-
- [367] _Journal_ de LUYNES, t. X, p. 89.
-
-Enfin, il attaqua de front l’homme-lige de la Marquise.
-
-Il lui demanda, un jour, «s’il avait une charge de cinquième
-gentilhomme de la Chambre, ce qu’il avait donné pour cela, etc...
-
-... «Ceci était bon au duc de Gesvres qui avait reçu 35.000 livres pour
-se départir des droits de sa charge, mais, que, pour lui, Richelieu, il
-n’en avait pas reçu un écu et n’en recevrait pas un million, pour en
-laisser aller un pouce de terrain...
-
-«M. de la Vallière ne savait plus que dire et soufflait. M. de
-Richelieu lui a dit: «Vous êtes une bête» et lui a fait les cornes...
-ce qui n’est pas trop honnête», mais ce qui ne laissait pas d’être
-exact; et d’Argenson l’établissait, d’après la formule moliéresque.
-
-Toutefois, une question, autrement sérieuse que la
-plantation--incorrecte, voire illégale--de «l’Opéra sur le grand
-escalier», excitait Richelieu contre cette maîtresse du roi, qu’il se
-jurait bien de «tourmenter et d’excéder, toute dominante qu’elle fût à
-la Cour[368]».
-
-Un nouvel ami de la Marquise, M. de Saint-Séverin, «italien... né sujet
-de la reine de Hongrie», venait d’être «introduit» furtivement dans
-ce «Conseil», où «l’on avait prédit plusieurs fois à Richelieu qu’il
-serait premier ministre, comme son grand oncle[369]».
-
- [368-369] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. V, pp. 350 et suiv.--Richelieu
- reconnaît, dans ses _Mémoires authentiques_ «qu’il fut assez
- sot pour se laisser entraîner dans la _Querelle des Cabinets_»,
- à cause des charges et prétentions des «commensaux de Mme de
- Pompadour, qui indisposaient cette dame contre lui»; comme s’il
- n’avait pas été le premier à leur déclarer la guerre!
-
-Aussi le triomphateur de Gênes résolut-il de justifier ce pronostic en
-se débarrassant de tous les obstacles qu’une main adroite accumulait
-sur sa route. Il poursuivit l’exécution du plan qu’il avait médité en
-revenant d’Italie.
-
-«Il commença par s’attacher tous les ministres à département, qui sont
-ceux de la Guerre, de la Marine et des Finances, même M. le Chancelier.
-Ils le regardent tous comme leur vengeur, de même que les quatre
-premiers gentilshommes de la Chambre l’ont regardé comme leur bretteur,
-pour chasser M. de la Vallière de leurs fonctions où il s’était
-immiscé. On espère donc qu’il délivrera les ministres du joug de MM.
-Pâris (les banquiers de la Cour), de la favorite, de MM. de Puysieulx
-et de Saint-Séverin; chacun s’accole à lui[370]...»
-
- [370] _Mémoires_ du Marquis d’ARGENSON, t. V, pp. 354 et suiv.
-
-D’Argenson ajoute que, pour fortifier encore son action, Richelieu
-avait formé un triumvirat avec le Maréchal de Belle-Isle et le cardinal
-de Tencin.
-
-Mais, quoique toujours en faveur auprès du roi, Richelieu avait à faire
-à forte partie.
-
-Mme de Pompadour, ne pouvant plus douter d’une hostilité qu’étaient
-impuissants à dissimuler les dehors d’une politesse exquise, cherchait
-et recueillait partout des armes contre un ennemi qui, suivant le
-mot très juste de d’Argenson, ne cherchait qu’à la tourmenter et à
-l’excéder jusque chez elle.
-
-En effet, un jour que le roi devait aller passer quarante-huit heures
-au petit château de la Celle, propriété de sa maîtresse, celle-ci
-l’avait supplié de ne pas se faire accompagner du Maréchal, malgré
-que sa charge lui en donnât le droit.--«Y pensez-vous, Madame?» avait
-répliqué Louis XV; «et que vous connaissez mal M. de Richelieu! Si
-vous le chassez par la porte, il rentrera par la _cheminée_[371].»
-
- [371] _Mémoires_ du Marquis d’ARGENSON, t. V, pp. 354 et suiv.
-
-Cette allusion piquante au scandale tout récent où le Maréchal se
-trouvait impliqué, ne fut pas perdue pour la Marquise. L’aventure
-rappelait une antique prouesse de l’adolescent et jetait comme un
-soupçon de ridicule sur le quinquagénaire. Évidemment c’était une
-bagatelle, mais nous verrons comme Mme de Pompadour sut l’exploiter, en
-attendant mieux.
-
-
-
-
-CHAPITRE XX
-
- _L’aventure de Richelieu et de Mme de la Pouplinière.--Le fermier
- général et sa femme rue Richelieu et à Passy.--Le Maréchal est
- un familier de la maison; il y rencontre J.-J. Rousseau qu’il
- traite de compositeur génial.--La «calote» de Roy.--Lettres
- anonymes.--La Pouplinière fait surveiller sa femme et la brutalise
- indignement.--Correspondance amoureuse.--Comment La Pouplinière
- découvre, avec Vaucanson, la plaque tournante d’une cheminée servant
- de communication aux deux amants.--Chassée par son mari, Mme de la
- Pouplinière meurt d’un cancer.--Le jouet du jour.--Une malice de Mme
- de Pompadour._
-
-
-La liaison de Richelieu avec Mme de La Pouplinière durait depuis
-plusieurs années, que le mari, donnant ainsi raison à un dicton
-célèbre, était encore à s’en apercevoir.
-
-Soit dans son hôtel de la rue de Richelieu[372] qui faisait face à
-la Bibliothèque du roi, soit dans la belle maison de Passy que lui
-avaient louée les héritiers du financier Samuel Bernard, le fermier
-général Le Riche de La Pouplinière, amateur éclairé des lettres et
-des arts, Mécène fastueux et magnifique, s’estimait très honoré des
-témoignages d’amitié que lui prodiguait un des plus grands seigneurs de
-la Cour[373]. Sa maîtresse, qu’il avait épousée, et qui était fille de
-la comédienne Mimi Dancourt, n’était pas moins fière de se voir adulée
-et courtisée par un homme, encore la coqueluche des marquises et des
-duchesses, un Richelieu qu’avaient su conquérir ses yeux noirs, si
-brillants, où le pinceau de La Tour a saisi et fixé comme un nuage de
-langueur. C’était une brune, à la fois impétueuse et romanesque, qui se
-plaisait à courir par les halliers, les cheveux au vent, habillée en
-Diane chasseresse.
-
- [372] Actuellement le nº 59 de la rue (CUCUEL: _La
- Pouplinière_, 1913).
-
- [373] D’après MONTBAREY (_Mémoires_, t. I, p. 107) c’était
- l’ardent désir qu’avait La Pouplinière de faire représenter
- ses œuvres, qui l’avait incité à solliciter l’intimité de
- Richelieu, «plus dangereux par sa réputation que par ses
- qualités personnelles».
-
-Les fréquentes apparitions du premier gentilhomme de la Chambre chez
-le fermier général, avant le départ pour l’armée ou après le retour du
-Languedoc, pouvaient s’expliquer par le soin minutieux qu’apportait le
-courtisan, soucieux de remplir les devoirs de sa charge, à se tenir au
-courant des hommes et des choses de théâtre, auxquels La Pouplinière,
-tout le premier, prenait un si vif intérêt.
-
-C’est ainsi que Richelieu avait assisté aux concerts et aux
-représentations de Passy, qu’il en avait connu les fournisseurs et
-les interprètes. Le musicien Rameau était l’oracle de la maison: il
-«y faisait la pluie et le beau temps». Mais Richelieu supportait
-difficilement les sautes d’humeur de ce compositeur fantasque,
-qui lui avait déjà donné tant de tablature avec la _Princesse de
-Navarre_. Il témoignait, au contraire, d’une sympathie très marquée
-pour Jean-Jacques Rousseau, dont il avait voulu entendre, à Passy,
-les _Muses rivales_, un «opéra» qui l’avait enthousiasmé[374].
-Aussi, malgré que le Génevois déplût fort à la capricieuse Mme de
-La Pouplinière, Richelieu, confiant dans le «génie» de son nouveau
-protégé, lui avait-il proposé de remanier le livret et la partition de
-la _Princesse de Navarre_, devenue les _Fêtes de Ramire_, à défaut des
-deux auteurs occupés au _Temple de la Gloire_. Rousseau avait demandé
-son consentement à Voltaire[375] qui le lui avait accordé dans les
-termes les plus flatteurs: il s’était dispensé de la même démarche
-auprès de Rameau, hostile et jaloux. Il toucha fort peu au poème, mais
-écrivit, entr’autres morceaux de musique, une ouverture et un récitatif
-«bien accentué, plein d’énergie et surtout excellemment modulé»[376].
-Lorsqu’il fit entendre la nouvelle partition chez le fermier général,
-la dame du logis, toujours prévenue contre le compositeur qui,
-d’ailleurs, manquait absolument de technique, se plaignit avec aigreur
-de cette «musique d’enterrement». A quoi Rousseau répliqua en montrant
-le premier vers du poème:
-
- [374] Jean-Jacques ROUSSEAU: _Confessions_ (édition Didot,
- 1844), partie II, livre 7, pp. 313 et suiv.; DESNOIRESTERRES:
- _Vie de Voltaire_, t. III, p. 41: «M. Rousseau, avait dit
- Richelieu à Jean-Jacques, voilà de l’harmonie qui transporte;
- je n’ai jamais rien entendu de plus beau, je veux faire donner
- cet ouvrage à Versailles.» Il est vrai que, le lendemain,
- Richelieu avait oublié ses promesses de la veille; c’était du
- moins Mme de la Pouplinière qui l’avait déclaré à Jean-Jacques,
- alors que celui-ci prétend absolument le contraire: «M. le duc
- arriva peu après et me tint un tout autre langage».
-
- [375] Cette lettre (en original ou en copie) se trouve,
- datée du 11 décembre 1745, dans le t. VI (p. 54) des pièces
- manuscrites de ou sur Voltaire que possède la _Bibliothèque de
- la Ville de Paris_.
-
- [376] MM. TIERSOT (_J.-J. Rousseau Musicien_, pp. 83-95) et
- CUCUEL (_La Pouplinière_, pp. 120 et suiv.) ont élucidé ces
- diverses questions que les _Confessions_ ont traitées de façon
- inexacte et peu intelligible.
-
- _O mort, viens terminer les malheurs de ma vie!_
-
-Et Richelieu, qui ne laissait jamais échapper une occasion de railler
-Voltaire, fit remarquer à Mme de la Pouplinière que l’inspiration du
-compositeur répondait à l’indication du manuscrit. Sur ces entrefaites,
-il partait pour Dunkerque. Aussi, lorsque Jean-Jacques, qui l’ignorait,
-se rendit à l’hôtel du grand seigneur, trouva-t-il visage de bois,
-«perdant ainsi honneur et honoraires», d’autant que Rameau venait
-de retoucher la partition, sans y laisser subsister le nom de
-Rousseau: seul, celui de Voltaire parut sur le livret, le jour de la
-représentation.
-
-Mais, aux yeux des médisants et des envieux, le dilettantisme ne
-suffisait pas à justifier l’intimité, chaque jour plus étroite,
-entre Richelieu et ses hôtes. En admettant même que le duc, toujours
-enclin à se vanter de ses bonnes fortunes, fût resté absolument muet
-sur celle-ci, les deux amants avaient trop d’ennemis, déclarés ou
-secrets, pour que leur liaison ne devînt pas rapidement la fable de
-la Cour et de la Ville. Mme de La Pouplinière[377], persuadée que la
-passion de Richelieu la pousserait dans le monde, commettait de graves
-imprudences, surtout celle d’indisposer ses entours par sa hauteur et
-ses frasques. Richelieu n’était pas plus sage. Cassant, autoritaire,
-entêté, il était aussi désagréable avec certaines gens, qu’il était
-charmant avec d’autres. C’est ainsi qu’en 1746, à l’occasion du second
-mariage du Dauphin, il s’était systématiquement opposé à l’exécution
-de ballets composés à cette intention par le poète Roy[378]. Or, cet
-auteur, qui ne manquait pas de talent, était foncièrement vindicatif;
-et sa bile se déversait volontiers en _calotes_, sortes d’épîtres
-versifiées, satiriques et burlesques, qui, depuis nombre d’années,
-avaient le privilège d’amuser à souhait la malignité parisienne.
-
- [377] Mme de la Pouplinière, dit M. Cucuel (_La Pouplinière_,
- p. 154) avait résisté plus d’un an aux obsessions galantes de
- Richelieu.
-
- [378] _Journal_ de LUYNES, t. VII, p. 256.--Naturellement
- Richelieu lui avait préféré Voltaire.
-
-Le poète, qui «donnait une calote» à sa victime, la lui offrait sous
-forme de brevet. A ce titre, Roy terminait ainsi le mauvais compliment
-qu’il adressait à La Pouplinière, car il avait trop peur du bâton pour
-s’attaquer directement à Richelieu:
-
- «Lui permettons, sous les auspices
- D’un duc, autrefois ses délices,
- Et le favori de l’Amour,
- Si méchants que soient ses ouvrages,
- De leur faire avoir les suffrages,
- Et de la Ville et de la Cour[379].
-
- [379] _Mémoires pour servir à l’histoire de la Calote_ (1754),
- sixième partie, pp. 139 et suiv.--_Mélanges_ de BOISJOURDAIN,
- t. III, p. 121 (1746).
-
-La Pouplinière se piquait, en effet, d’écrire, il avait des ambitions
-littéraires; et Richelieu était un académicien, très influent et très
-remuant, alors que Roy n’avait aucune chance de figurer jamais au
-nombre des Immortels.
-
-Voltaire s’était indigné de cette «infâme calote»,--le «prix des fêtes»
-données par les La Pouplinière--dont les traits acérés ricochaient sur
-son «héros», retenu à Dresde par son ambassade:
-
-«Ne faudrait-il pas pendre, lui écrivait-il, le 24 décembre 1746, les
-coquins qui infectent le public de ces poisons? Mais le poète Roy aura
-quelque pension, s’il ne meurt pas de la lèpre dont son âme est plus
-attaquée que son corps.»
-
-Or, ce «coquin» de Roy, quand il parlait de ce duc, «autrefois
-les délices» du financier «et le favori de l’Amour», rappelait, à
-mots couverts, (toujours la peur du bâton!) le scandale qui venait
-d’éclater, six mois plus tôt, chez le fermier général, dans son hôtel
-de la rue de Richelieu.
-
-Depuis longtemps, des lettres anonymes, prévenant charitablement le
-mari de son infortune conjugale, pleuvaient à la maison de Paris et à
-la villa de Passy. Mais La Pouplinière haussait les épaules: il avait
-une telle confiance dans sa femme et dans son ami! Cependant, les
-informations devenant chaque jour plus précises, il avait fini par
-prêter l’oreille à la dénonciation verbale d’un familier, peut-être
-d’une femme dont la jalousie avait éveillé la vigilance[380].
-
- [380] Nous avons emprunté tous les détails de la scène violente
- qui va suivre à une lettre inédite que nous avons découverte
- dans un manuscrit de la Bibliothèque Nationale (fonds français
- 13703, p. 95). Cette lettre était adressée, le 6 mai 1746, à
- Mme de Souscarrière, au château de Breuilpont, par Bachaumont,
- qui l’appelle «sa chère gouvernante».
-
-Il fallait que sa quiétude ordinaire fût singulièrement ébranlée, car,
-dans un premier mouvement de dépit, il commença par défendre à sa femme
-de recevoir et même de voir Richelieu. Puis il la fit surveiller en
-secret; et, le 22 avril 1746, il apprenait qu’elle était allée rendre
-visite au galant «en petite maison». Elle rentra pour le souper: elle
-avait du monde ce soir-là. Son mari se montra d’assez méchante humeur;
-mais il était coutumier du fait; et personne ne parut s’en apercevoir.
-
-Mais quand le dernier convive fut parti, La Pouplinière s’élança sur sa
-femme; et, la jetant d’un soufflet à terre, il la trépigna si rudement
-sur le corps, et plus encore à la tête, qu’il fallut «la saigner trois
-fois le lendemain et deux autres fois vingt-quatre heures après[381]».
-Il fut même «question de la trépaner».
-
- [381] M. Campardon établit, dans _La Cheminée de Mme de la
- Pouplinière_, d’après des documents d’Archives, qu’en avril
- 1746, la jeune femme avait mandé à son hôtel un Commissaire du
- Châtelet, pour lui faire constater sur elle des contusions et
- des blessures, suites des voies de fait qu’elle attribuait à la
- brutalité maritale; mais elle ne donnait pas le motif de tels
- sévices.
-
-Chez La Pouplinière, la vanité de l’homme était plus atteinte encore
-que l’honneur du mari. Lui qui tirait argument de la tenue, plutôt
-«négligée» de la femme, pour conclure à la fidélité de l’épouse et qui
-brocardait volontiers les maris malheureux, artisans de leur propre
-infortune, parce qu’ils ne «savaient pas être les maîtres chez eux», il
-allait donc prendre place, à son tour, dans cette légendaire confrérie.
-
-Avant de rouer de coups Mme de La Pouplinière, il avait giflé une «amie
-et confidente» de sa femme, qui l’avait ramenée de son expédition
-amoureuse et qui «n’avait pas demandé son reste», pour aller prévenir
-de ce fâcheux dénouement Richelieu; et celui-ci avait tout aussitôt
-dépêché au jaloux la duchesse de Boufflers, afin «de l’adoucir et de
-lui faire en même temps des remontrances!!» La démarche était quelque
-peu osée. Et La Pouplinière déclara à la grande dame, comme il l’avait
-déjà «dit et redit» à ses entours, que «dans quarante jours, lorsque sa
-femme serait guérie, il lui en ferait tout autant.»
-
-Entre temps Richelieu avait dû partir pour l’armée. Il avait quitté
-Paris dans «un état» voisin du «désespoir». Ses amis disaient que
-sa passion pour «la pauvre battue» était la seule «sérieuse» qu’il
-avait jamais eue de sa vie; et Mme de La Pouplinière l’aimait de
-même, «malgré les rides qui couvrent le visage de Richelieu et le
-dessèchement de tout son corps qui lui fait paraître soixante-dix ans».
-
-Néanmoins, cet intrépide amoureux n’entendit pas renoncer à sa
-brillante conquête, mais il jugea prudent de s’assurer un asile
-discret, inconnu de tous, qui abriterait ses amours, loin des regards
-curieux et des méchants propos. Se rappelant un bon tour de sa
-jeunesse, qui lui avait permis de voir Mlle de Valois, à l’insu même de
-la gouvernante de cette princesse, le duc fit louer, moyennant 2.400
-livres, une maison contiguë à l’hôtel que La Pouplinière occupait rue
-Richelieu; et bientôt une communication s’établissait entre les deux
-immeubles, par la plaque d’une cheminée, qui s’ouvrait, comme une
-porte, d’une chambre de Mme de la Pouplinière sur l’appartement voisin.
-Collé indique dans son _Journal_[382] la disposition du mécanisme:
-du côté Richelieu, «la plaque était couverte par une glace posée sur
-la cheminée plus basse de quatre pieds que la cheminée»; côté La
-Pouplinière «cette glace s’ouvrait à secret».
-
- [382] COLLÉ: _Journal_ (1868, 3 vol.), t. I, pp. 25 et suiv.
- novembre 1748.--C’était un certain Berger (le directeur de
- l’Opéra?), qui avait loué nominativement la maison.--Voir dans
- l’opuscule de Campardon, les détails sur le percement du mur,
- le procès avec les propriétaires, etc...
-
-Les visites de l’amant étaient fatalement intermittentes: la nécessité
-de sa présence à Versailles ou à Choisy, ses obligations comme soldat,
-comme gouverneur de province, comme ambassadeur et, faut-il le dire,
-le souci d’autres intrigues amoureuses éloignaient cet homme si occupé,
-et cependant toujours infatigable, d’une maîtresse qui l’adorait.
-Mme de La Pouplinière, impatiente de tant d’obstacles, cherchait à
-tromper les ennuis de l’attente, ou les tristesses de l’absence, par
-de longues lettres à l’adresse du bien-aimé, lettres où la passion la
-plus vive et, apparemment la plus sincère, éclate en ces menus et jolis
-détails, en ces tendres et délicats aveux, en cet exquis déshabillé du
-style qu’on rencontre parfois chez les épistolières du XVIIIe siècle.
-La correspondance de Mme de La Pouplinière--un modèle du genre--est
-quelque peu éparpillée, mais elle est presque toujours intéressante,
-comme tranche (qu’on nous passe le réalisme de l’expression) de cœur
-féminin. Les lettres dont nous publions ici quelques passages, furent
-écrites pendant que Richelieu était retenu en Italie par le siège de
-Gênes:
-
- ... «Je crains que mes lettres volumineuses ne vous aient ennuyé;
- vous me dites qu’elles font votre bonheur, mais cela est si faible,
- si peu répété, détaillé; vous ne répondez qu’à des articles dont je
- ne me soucie guère, et que je vous ai plutôt mandés pour avoir une
- coupure à faire. C’est mon seul plaisir de vous écrire, de penser que
- vous me lirez, que je suis dans vos mains, que je vous occupe de moi
- forcément pendant une heure, sauf les distractions, mais aussi vous
- me lisez; cela seul me ferait copier des gazettes, si je ne pouvais
- vous écrire autre chose; et l’extrême confiance que j’ai en vous me
- fait vous écrire jusqu’à des bêtises... Ainsi, mon cœur, que mes
- nouvelles, mes projets, même mes craintes ne vous fassent aucune
- impression que comme des rêveries de mon imagination...
-
- ... «Je vous aime, mon cœur, à la folie: il n’y a rien que je
- n’entreprisse pour vous le prouver et en mériter autant de vous...
- Et je vous désire avec une violence, que, si je devais vous voir ce
- soir, cela me paraîtrait un siècle, fussiez-vous de l’autre côté de
- la bergère...
-
- ... «De tous les gens que j’ai vus depuis que vous êtes parti,
- aucun ne m’a fait autant de plaisir que Guimont... Il m’intéresse
- beaucoup: il va vous revoir, vous parler, vivre avec vous dans cette
- familiarité que je désirerais tant, être au chevet de votre lit, à
- votre toilette, à l’Opéra, à dîner, à la guerre, à des fêtes, seule
- avec vous[383].»
-
- [383] _Bulletin du Bibliophile_, année 1882, pp. 419 et suiv.
-
-On voit, dès les premières notes de cet hosanna d’amour, que Richelieu
-en usait avec Mme de la Pouplinière, ainsi qu’il en avait l’habitude
-avec ses autres maîtresses. Le commencement de ses lettres est comme
-une caresse, mais qui dure si peu! L’amant cède bientôt la place au
-courtisan, avide des nouvelles d’un pays vers lequel tendent toutes ses
-ambitions, ou tous ses regrets.
-
-La fin de ces fragments signale l’entrée en scène d’un nouveau
-personnage qui ne mérite guère un tel honneur. Guimont était un cousin
-germain de Mme de Pompadour, à qui le crédit de la favorite avait
-valu d’être envoyé à Gênes, comme représentant de la France, et que
-son incapacité en fit rappeler. Il y fut en conflit avec Richelieu.
-Avait-il reçu pour mission secrète de le surveiller? Toujours est-il
-qu’après avoir accepté un rôle, comme chanteur, dans un «bel opéra»,
-monté par Richelieu à Gênes, opéra qui devait coûter 50.000 livres,
-Guimont se retira sous sa tente, prenant parti pour une cabale
-féminine, dont le moindre grief contre le général en chef était
-d’entretenir un sérail de Gênoises[384].
-
- [384] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. V, pp. 281 et suiv. (nov. 1748).
-
-Pendant qu’il faisait ainsi «la guerre en dentelles», Richelieu ne se
-doutait guère de l’orage qui éclatait sur la tête de son amie.
-
-La Pouplinière, toujours jaloux, toujours sur le qui-vive, épiant les
-moindres démarches de sa femme, avait conscience qu’il était trompé et
-ne pouvait prendre les coupables sur le fait. En vain la trahison d’une
-camériste de Mme de la Pouplinière, à qui Richelieu avait négligé de
-régler la pension viagère qu’il lui avait promise[385], avait révélé
-au mari les apparitions soudaines de l’amant chez sa maîtresse. Et le
-fermier général, exaspéré, se demandait comment le bourreau de son
-honneur parvenait à pénétrer dans son hôtel, sans que personne s’en
-aperçût. Enfin, un jour (le 28 novembre 1748), pendant que Mme de la
-Pouplinière assistait à une revue des uhlans du Maréchal de Saxe,
-passée dans la plaine des Sablons par leur commandant, le financier
-se décida à fouiller minutieusement l’appartement de sa femme, en
-compagnie de son avocat Balot et du fameux physicien Vaucanson[386].
-Les deux maisons étant contiguës, il fallait, de toute nécessité, que
-Richelieu traversât, en quelque sorte, le mur mitoyen pour accéder à la
-chambre de sa maîtresse. Mais par quel passage?
-
- [385] _Journal_ de BARBIER, IV, 327.
-
- [386] MARMONTEL: _Mémoires_ (édition M. Tourneux), t. I, p.
- 237.--Marmontel était un familier du fermier général.
-
-Les investigateurs procédèrent par déduction (la méthode, comme on
-voit, n’est pas nouvelle), et leurs perquisitions les amenèrent devant
-la plaque de cheminée, qui, sous la canne de Vaucanson, sonna le
-creux. Le physicien, s’approchant pour mieux examiner, put constater
-que «la plaque était à charnière et que la jointure en était presque
-imperceptible».
-
---«Ah! le bel ouvrage! s’écria-t-il avec admiration[387].»
-
- [387] MARMONTEL: _Mémoires_, t. I, p. 237.
-
-Avisée aussitôt, Mme de la Pouplinière était retournée, en toute hâte,
-à l’hôtel, accompagnée des Maréchaux de Saxe et de Löwendahl[388]. Mais
-elle eut beau supplier, vainement ses deux amis intercédèrent pour
-elle, le financier resta inflexible; il refusa de recevoir sa femme;
-il s’engageait simplement à lui servir une pension de 8.000 livres.
-Alors Mme de la Pouplinière voulut donner l’explication de la plaque...
-tournante:
-
- [388] La plainte de Mme de la Pouplinière (nov. et déc. 1748)
- ne signale, comme témoin des outrages qu’elle subit de son
- mari, que le Maréchal de Saxe.
-
---«C’était pour me sauver de vos fureurs!
-
---«Allons donc! la glace s’ouvrait du côté de l’autre maison! Et puis
-vous ai-je jamais donné une chiquenaude?
-
---«Voyons! Monsieur, il faut en finir; embrassons-nous; aussi bien je
-suis exténuée de fatigue et de faim.
-
---«Pas du tout, je ne veux plus vivre, ni manger avec vous.
-
---«Où irai-je?
-
---«Eh! chez M. le Maréchal, si bon vous semble et s’il le veut[389].»
-
- [389] COLLÉ: _Journal_, t. I, pp. 25-26.
-
-On sait le dénouement de cette scène de ménage.
-
-Les 28 novembre et 12 décembre, Mme de la Pouplinière déposait deux
-nouvelles plaintes contre son mari qui «la calomniait, l’expulsait de
-sa maison et la laissait dans un dénuement absolu[390]».
-
- [390] CAMPARDON: _La Cheminée de Mme de la Pouplinière_
- (Charavay), p. 120.
-
-Elle avait pris un appartement rue Ventadour; et ce fut, sur la menace
-d’être dépossédé de son privilège de fermier général[391], que son mari
-se décida, en novembre 1749, à lui assurer sa pension de 8.000 livres.
-Elle avait déjà un viager de 4.000, et Richelieu lui avait servi une
-rente mensuelle de 1.200 livres[392], en attendant que La Pouplinière
-tînt ses engagements.
-
- [391] _Revue de Paris_ (15 mars 1912), article
- CUCUEL.--_Mémoires_ D’ARGENSON, t. VI, p. 73.--Collection Leber
- à Rouen.
-
- [392] _Mémoires_ D’ARGENSON, t. VI, p. 73.--Tant qu’elle vécut,
- elle fut soignée par le chirurgien de Richelieu, «lequel n’a
- cessé de la voir jusqu’à son dernier moment».
-
-Elle mourut, en 1752, des suites d’un cancer au sein. Elle l’attribuait
-aux mauvais traitements de son mari. Déjà, en janvier 1748, dans une
-lettre à Richelieu, elle s’inquiétait de glandes devenant chaque
-jour plus volumineuses et plus douloureuses. On a prêté ce propos
-à son amant (et Casanova le répète) qu’elle avait imaginé une
-affection cancéreuse, pour apitoyer sur son sort le fermier général
-et le pousser à une réconciliation, dont il eut grand’peine à se
-défendre[393]. Supposition qui nous paraît toute gratuite; car comment
-admettre, si ce cancer n’avait pas existé réellement, que Richelieu eût
-continué, jusqu’à la mort de la malheureuse, la comédie de l’envoyer
-panser par son chirurgien?
-
-Mme de Pompadour avait été, la première, à encourager des commérages
-et des médisances qui jetaient un fâcheux vernis sur le duc de
-Richelieu[394]. Quand ces bavardages devinrent un bel et bon scandale,
-confirmé par des constatations indéniables, elle applaudit à toutes les
-manifestations satiriques destinées à lui donner un plus rapide et plus
-large essor. On fit circuler cet _Avis au public_ qui ne semble pas
-avoir été poursuivi bien sévèrement par la police:
-
- [393-394] Article CUCUEL dans _La Revue de Paris_.--BIBLIOTHÈQUE DE
- L’ARSENAL. _Archives de la Bastille_ 11774. (Gazette inédite de
- Bousquet de Colomiers, 21 septembre 1752): «Il n’a tenu à rien
- que M. le Maréchal de Richelieu n’ait réuni M. et Mme de la
- Pouplinière.»
-
- Messieurs, vous êtes avertis
- Qu’on fait fabriquer dans Paris,
- En perçant la maison voisine,
- Fond de cheminée à ressorts,
- Où l’amant peut passer le corps,
- Sans que personne le devine.
- On pourra voir cette machine
- Chez certain fermier général,
- Chez Madame La Pouplinière,
- Qui s’en est servi la première.
-
-Puis, le 31 décembre, les camelots parisiens proposaient, comme une
-actualité d’étrennes, le jouet du jour, «des petites cheminées en
-carton, avec une plaque qui s’ouvrait, derrière laquelle on voyait un
-homme et une femme qui se guettaient[395]».
-
- [395] _Journal_ de BARBIER, t. IV, p. 336.
-
-Enfin, s’inspirant de cette nouveauté qui fit fureur, la Marquise avait
-commandé, pour mieux ridiculiser son ennemi[396] par une création moins
-éphémère, «un modèle de cheminée tournante en bois d’acajou, d’environ
-deux pieds, avec la plaque en cuivre», appelée à figurer un jour dans
-le _Catalogue des objets d’art du marquis de Marigny_, frère de la
-favorite.
-
- [396] Une raison qui, paraît-il, avait motivé plus que toute
- autre, l’intervention, aussi haineuse que persistante de la
- Marquise, c’était, d’après la Correspondance de Grimm, que
- Richelieu avait eu l’intention de donner sa maîtresse à Louis
- XV. Aussi, prétend toujours le gazetier, Mme de Pompadour
- avait-elle écrit à Mme de la Pouplinière, pour la menacer de sa
- vengeance, si elle continuait à vouloir plaire au roi. D’après
- une autre version, ce fut la seconde femme de La Pouplinière
- qui eut cette prétention et s’attira ainsi les foudres de la
- favorite.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXI
-
- _Richelieu a trop l’amour du théâtre et la servitude de l’étiquette
- pour ne pas entrer en conflit avec Mme de Pompadour.--Disgrâce de
- Maurepas; son quatrain; l’attitude de Richelieu.--De dépit de n’être
- pas premier ministre, Richelieu part pour le Languedoc.--Spectacles
- de la Cour pendant son absence.--Correspondance de Voltaire, autre
- mécontent, avec Richelieu.--Retour du Maréchal, plus aigri que
- jamais, à Versailles: ses propos de frondeur._
-
-
-D’Argenson, qui suit si minutieusement l’agitation incessante de la
-Cour, qu’il semble avoir l’œil armé d’une loupe pour ne pas perdre
-un seul des mouvements de ces infiniment petits, D’Argenson s’égare
-parfois dans le dédale de leurs manœuvres et finit même par y fourvoyer
-sa psychologie. Cependant, sa perspicacité n’est pas en défaut, quand
-elle note que «Richelieu est trop attaché à la bagatelle du théâtre et
-des ballets». Et, de fait, si, sur ce terrain, le Maréchal a souvent
-pour lui le droit, la justice et la raison, il n’a pas toujours le sens
-de l’opportunité. En multipliant des spectacles dont elle revendique
-l’initiative, la Marquise poursuit une politique personnelle. Atteinte
-d’un mal qui la mine sourdement, la fait maigrir à vue d’œil et «venir
-à rien», Mme de Pompadour s’est rendu compte qu’elle ne peut répondre
-qu’insuffisamment aux exigences sensuelles du roi; aussi s’est-elle
-efforcée à le retenir auprès d’elle par la piquante nouveauté de
-divertissements inédits. Et voici qu’un homme lui contrecarre son plan
-de campagne, au nom des lois de l’étiquette, quand il lui eût été si
-facile de ne pas assister à des représentations qui offusquent son
-amour-propre.
-
-C’est alors que le roi pose à ce gêneur la fameuse question, si fort
-commentée par ses entours:
-
---«Combien de fois êtes-vous allé à la Bastille, Monsieur le Maréchal?
-
---«Trois fois, Sire.»
-
-Peu de jours après, le cœur gros de rancune, Richelieu dansait,
-trépignait, faisait vacarme, à la Muette, dans sa chambre au-dessus
-de l’appartement de la Marquise. Mais il est trop fin pour ne pas se
-rendre compte qu’il «n’a rien à gagner à se buter contre la maîtresse
-du roi». Louis XV peut l’appeler «son cher Richelieu», l’emmener
-pendant des heures dans son carrosse, prendre son avis sur toutes
-choses, ce favori, que hante le rêve de la première place dans l’État,
-doit se résigner, s’il veut l’atteindre, à ne plus rester en guerre
-ouverte avec la favorite[397]. Sans doute, pour le principe (car il
-faut sauvegarder les droits du protocole; et Richelieu, hier encore,
-avait à lutter contre les prétentions subversives du prince de Conti),
-ce sera toujours lui qui disposera des musiciens et autres gagistes
-de la Chambre, qui leur donnera des ordres ainsi libellés: «Un tel se
-rendra à telle heure pour jouer à l’Opéra de Madame de Pompadour.» Mais
-les deux théâtres, montés par le duc de la Vallière, n’en subsisteront
-pas moins: pendant les représentations, l’ami de la Marquise se tiendra
-derrière le fauteuil du roi pour recevoir les ordres du maître; et
-la blessure faite à son amour-propre par l’algarade du premier
-gentilhomme se cicatrisera sous le Cordon bleu.
-
- [397] D’ARGENSON: _Mémoires_, t. V, pp. 357 et suiv.
-
-Ce qui influa peut-être encore le plus sur les résolutions de
-Richelieu, ce fut la disgrâce foudroyante de Maurepas; non pas,
-comme a pu le croire un instant le duc de Luynes[398], que ces
-deux mortels ennemis se fussent enfin réconciliés; mais tous deux
-suivaient des voies parallèles pour parvenir à débusquer l’adversaire
-commun; seulement, Richelieu apportait à ses attaques «tant d’art,
-tant d’esprit, tant de politesse et même de galanterie pour Mme de
-Pompadour[399]», que celle-ci hésitait encore, pour s’en débarrasser,
-sur le choix des moyens. Mais, Maurepas, cependant si courtois
-d’ordinaire, se montrait plutôt sec et dur avec la Marquise. Il avait
-le génie de l’épigramme, et comme on l’a si souvent répété à propos de
-gens d’esprit, il eût sacrifié son meilleur ami à un bon mot. Aussi
-bien, pour n’en pas perdre l’habitude, il se sacrifia lui-même. Il
-décocha donc, un jour, ce quatrain contre la maîtresse du roi qui, en
-offrant une touffe de roses blanches au Bien-Aimé, les avait laissé
-s’éparpiller à terre:
-
- [398] _Journal_ de LUYNES, t. X, p. 117.
-
- [399] _Ibid._, p. 118.
-
- Par vos façons nobles et franches,
- Iris, vous enchantez nos cœurs.
- Sur nos pas vous semez des fleurs,
- Mais ce ne sont que des fleurs blanches[400].
-
- [400] Maurepas qui cite le quatrain dans ses _Mémoires_ (t.
- IV, p. 265) se défend de l’avoir composé; il l’attribue même
- à Richelieu et l’accuse tout au moins de l’avoir répandu à la
- Cour et à la Ville, après l’avoir... oublié sur la cheminée du
- roi.
-
-Maurepas ne pouvait pas offenser plus cruellement sa victime. Il lui
-rappelait une infirmité qui l’éloignait souvent du roi et dont la
-continuité l’obligeait à chercher des distractions toujours nouvelles
-pour cet amant toujours blasé.
-
-L’ordre d’exil qui, vers la fin d’avril, envoyait à Bourges le ministre
-disgrâcié, frappa la Cour de stupeur; et Richelieu ne put échapper à
-cette impression, comme le note le _Journal_ de Luynes, à la date du 25:
-
-«A cette même heure de huit heures du matin, M. de Richelieu était au
-Parlement pour la réception de M. de Belle-Isle. Il arrivait du petit
-château où il avait couché. Un homme d’esprit que je connais beaucoup
-et de qui je tiens ceci, trouva au Parlement un de ses amis qui lui
-dit: Regardez bien M. de Richelieu: il a l’air d’un homme qui n’est pas
-à lui-même; je ne serais point étonné qu’il y eût quelque chose sur M.
-de Maurepas. L’homme qui m’a conté ce fait, est très véridique et sans
-ostentation...»
-
-Assurément le Maréchal ne fut pas autrement attristé de la catastrophe;
-mais elle lui donna à réfléchir[401]. Et d’Argenson signale le
-résultat de cette méditation d’un courtisan sur les vicissitudes de la
-bienveillance royale: «La réconciliation du favori avec la favorite
-est entière, cordiale, édifiante.» Mais celle-ci suspectait encore la
-sincérité de celui-là. Elle prétendait que Richelieu avait colporté
-l’épigramme incriminée. Et lui, quelques jours après, de s’écrier,
-devant l’insistance que Mme de Pompadour mettait à présenter le
-malencontreux quatrain comme la cause réelle de la chute de Maurepas:
-«Eh quoi! Madame, voulez-vous dire que le roi n’a chassé un ministre
-qu’à cause de ce qui vous était personnel et non à cause de sa mauvaise
-administration[402]?»
-
- [401] _Journal_ de LUYNES, t. X, p. 117.--_Les Mémoires
- authentiques_ de Richelieu qui consacrent tout un chapitre à la
- disgrâce du Comte d’Argenson, gardent le silence sur celle de
- Maurepas.
-
- [402] D’ARGENSON: _Mémoires_, t. V, p. 457.
-
-Il est certain que le secrétaire d’État au département de la marine
-avait assez mal rempli ses fonctions: sa légèreté n’avait d’égal que
-son scepticisme; et l’abandon, dans lequel il laissa les intérêts qui
-lui étaient confiés, ne fut pas étranger aux catastrophes navales
-qu’allait entraîner pour la France la guerre de Sept ans.
-
-Et Richelieu connaissait si bien son Maurepas qu’il avait rédigé à
-l’adresse du roi un mémoire où il dénonçait l’indignité de son ennemi.
-Pour être plus sûr de l’atteindre, il avait confié son factum à la
-Marquise, en la priant de le remettre au prince. Or, Louis XV n’aimait
-pas à voir des figures nouvelles dans ses conseils de Cabinet, et
-Maurepas raconte que le roi lui donna ce réquisitoire en le qualifiant
-de «libelle[403]».
-
- [403] Le «libelle» est inséré tout au long dans les _Mémoires_
- de MAUREPAS, t. IV, pp. 213-221.
-
-Mais, lui aussi, Richelieu, est «taxé de grande étourderie[404]»; et,
-malgré toutes les concessions qu’il a pu faire, il n’est pas encore
-parvenu au but de ses désirs, à ce poste de premier ministre dont «il
-se croit la capacité». L’année touche à sa fin; et dans l’espoir d’une
-nomination imminente, il retarde de jour en jour, d’heure en heure, son
-départ pour les États[405]. Enfin, il se décide, le 20 janvier 1750,
-à quitter Versailles. La stérilité de ses efforts l’a rendu maussade;
-et cependant il a hâte de regagner la Cour; il ne veut rester en
-Languedoc, afin d’y recevoir l’infante Antoinette, dont le passage est
-annoncé pour le mois de mars ou d’avril, que si on lui promet la Toison
-d’Or. En attendant, il est entré en conflit avec les États qui refusent
-l’impôt du vingtième, Richelieu n’ayant su leur donner l’assurance que
-la province conserverait ses privilèges; et on blâme sa conduite à la
-Cour parce qu’il a souffert les remontrances des États. Mais bientôt il
-a rompu avec eux: il l’écrit à Versailles et demande qu’on le rappelle;
-or les États lui donnent pleins pouvoirs pour terminer l’affaire du
-vingtième et des privilèges; car il est «aimé et adoré de toute la
-province»; et quand, de retour à Versailles, en avril, il reparaît, le
-lendemain, à Choisy, il se présente «tête haute» et fort bien accueilli
-par le roi[406].
-
- [404] D’ARGENSON: _Mémoires_, t. VI, p. 86.
-
- [405-406] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VI, _passim_.
-
-Pendant son absence, ses adversaires n’étaient pas restés inactifs.
-Huit jours après son départ, le théâtre de Mme de Pompadour avait
-représenté le _Préjugé à la mode_, qui datait de 1735 et dans laquelle
-l’auteur La Chaussée montrait «un mari amoureux de sa femme, mais qui
-n’osait faire paraître ces sentiments, parce que l’amour conjugal est
-devenu un ridicule dans le monde[407]...».
-
- [407] _Journal_ de LUYNES, t. X, p. 403.
-
-«M. de Richelieu d’aujourd’hui, qui était le héros de son temps pour
-la galanterie, est, en quelque manière, ajoute le _Journal_ de Luynes,
-le premier qui ait donné occasion à cette comédie. Sa première femme
-(Mlle de Sansac) n’était rien moins que jolie. Elle l’aimait, mais il
-ne pouvait la souffrir; et de là il s’est établi parmi la jeunesse
-brillante que c’était un ridicule d’aimer sa femme.
-
-«M. de Melun pensait différemment... Nous avons vu depuis M. de la
-Trémoïlle se conduire de même avec sa femme (une Bouillon) qu’il aimait
-passionnément.
-
-«Tous ces caractères différents ont été vraisemblablement le modèle de
-ceux que La Chaussée a peints dans cette comédie. Le ridicule que l’on
-y voit donner à l’amour conjugal a fait naître quelques réflexions sur
-la présence de la reine à un spectacle, où Mme de Pompadour joue avec
-toutes les grâces et toute l’expression qu’on peut désirer.»
-
-C’était, en effet, une énorme bévue que d’avoir produit devant la
-reine le _Préjugé à la mode_; et la responsabilité pouvait en retomber
-sur Richelieu qui, même absent, était censé l’ordonnateur de ces
-représentations, en réalité dirigées par La Vallière.
-
-L’Histoire ne dit pas comment le Maréchal prit la chose. On remarqua
-seulement, à son retour, son étonnement peu dissimulé, lorsqu’il fut
-informé de la grande faveur dont jouissait le contrôleur général,
-Machault, un protégé de la Marquise. Mais on nota en même temps qu’il
-était plus poli et moins hautain: à peine «osait-il parler au roi en
-particulier»; encore le prince semblait-il se dérober à ces entretiens.
-Décidément (et c’est toujours d’Argenson qui enregistre ces échos de
-la Cour) «on ne trouvait plus rien au Maréchal de ce qui peut faire un
-ministre» (juillet 1750). Et Richelieu, de dépit, s’en allait bouder,
-au mois d’octobre, dans son château de Touraine.
-
-Il était alors en correspondance avec un autre mécontent, Voltaire,
-qui lui avait écrit, dans le courant d’août, une lettre fort longue
-et fort importante pour sa biographie, lettre datée de Berlin, où il
-était l’hôte, choyé, de Frédéric dont il faisait le plus pompeux éloge.
-Louis XV et Mme de Pompadour lui reprochaient vivement cette
-«désertion». Richelieu l’en avait avisé. Mais Voltaire estimait que
-l’indifférence du roi et de la Marquise à son égard justifiait «la clef
-d’or, la croix et la pension de 20.000 francs» qu’il avait acceptés
-de Frédéric, à la grande indignation de son «héros». Il rappelait à
-celui-ci toutes les persécutions qui l’avaient accueilli en France
-et qui l’avaient réduit à son exil volontaire, alors qu’il aurait
-voulu passer le reste de sa vie à Richelieu, auprès du maître de ce
-beau domaine. En 1736, le théatin Boyer l’avait forcé à se réfugier
-en Hollande, à cause de l’inoffensive plaisanterie du _Mondain_,
-badinage poétique que le garde des sceaux poursuivit avec le dernier
-acharnement, à l’instigation de cette «vieille mie» qu’on appelait le
-cardinal Fleury. Voltaire pouvait déjà se retirer en Prusse; mais il
-avait juré de ne jamais quitter Mme du Châtelet, dont la mort seule
-l’avait séparé.
-
-Pendant qu’il était à Lunéville, le roi Stanislas avait composé le
-_Philosophe Chrétien_, et fait tenir le manuscrit à sa fille. La reine
-le lui retourna, en lui disant que c’était l’œuvre d’un athée, que
-Voltaire en était sans nul doute l’auteur et qu’il «pervertissait», de
-concert avec Mme du Châtelet, le roi Stanislas, pour l’ «étourdir» sur
-sa liaison avec Mme de Boufflers. Le Dauphin avait été fâcheusement
-impressionné, lui aussi, sur le compte de Voltaire; et les gens de
-lettres ne cessaient d’être hostiles au philosophe.
-
-Évidemment, dans cette interminable épître, le commensal du roi de
-Prusse semble atteint du délire de la persécution; c’est, d’ailleurs,
-une note que cet esprit, cependant si solide, fait volontiers entendre;
-mais, peut-être aussi, exagère-t-il, avec intention, son état de
-nervosité, pour prier Richelieu, et avec quelle insistance, de plaider
-sa cause auprès de Mme de Pompadour. Lui qui a fait nommer Voltaire
-gentilhomme ordinaire et historiographe du roi, saurait représenter
-à la Marquise que les ennemis de son protégé sont les ennemis de la
-favorite; il lui dirait «tout l’attachement» de l’absent pour elle, et
-«qu’elle seule pourrait lui faire quitter le roi de Prusse».
-
-Comme on voit, Richelieu s’était bien gardé d’apprendre à Voltaire
-ses déceptions et ses rancœurs; lui répondit-il de ce château, que
-son correspondant eût si allègrement adopté pour Thébaïde, combien
-son intervention auprès de Mme de Pompadour aurait peu de chances de
-succès? Mais un courtisan convient-il jamais de la baisse de son crédit?
-
-L’éloignement et la solitude ne parvinrent pas à cicatriser les plaies
-de cet orgueil ulcéré. Richelieu revint à Versailles, en janvier 1751,
-aussi aigri, aussi amer qu’il en était parti, et prit bientôt une
-attitude de frondeur. Le marin Mahé de la Bourdonnais, embastillé,
-comme prévaricateur, sur la dénonciation, inexacte, de Dupleix, venait
-de publier un Mémoire pour se disculper des accusations portées contre
-lui. Richelieu, chez qui la sensibilité n’avait pas perdu tous ses
-droits, s’émut d’une telle injustice et s’emporta jusqu’à dire, devant
-Louis XV et devant la Marquise, qu’un de ces jours «cet accusé innocent
-commanderait une des escadres du roi». Mme de Pompadour se montra fort
-irritée du propos; car elle était liée d’amitié avec les Dupleix et les
-Bacquencourt.
-
-A deux mois de là, Richelieu, dans un cercle d’environ quinze
-personnes, passait au crible de la critique le dernier traité
-d’Aix-la-Chapelle: c’était, prétendait-il, «un chef-d’œuvre de
-stupidité, s’il ne l’était de corruption[408]».
-
- [408] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VI, 30 mars 1751.--Tout
- le monde désirait la paix; et personne ne fut autrement
- satisfait de ce traité, devenu définitif le 18 octobre 1748,
- sauf peut-être la Hollande, qui râlait déjà sous l’étreinte
- implacable de Maurice de Saxe. Cette guerre avait mis en
- feu presque toute l’Europe; elle fut plus particulièrement
- sanglante et ruineuse pour la France qui n’en devait tirer
- aucun avantage.
-
-Enfin, dans la nuit du 25 au 26 avril, en sortant de souper, il était
-venu, flanqué de Cury, l’intendant des Menus, faire abattre les six
-«petites loges à quatre places», récemment construites par les soins
-des Comédiens français «dans l’enfoncement de la première coulisse de
-chaque côté du théâtre». Le duc de Chartres les avait retenues, pour
-son usage personnel, à La Vallière. Mais Richelieu, toujours prévenu
-contre cet ami de la Marquise, qu’il accusait d’empiéter sans cesse sur
-ses fonctions, répliqua par le... coup de théâtre qui lui valut les
-brocards et les huées du public parisien. On l’affubla du sobriquet
-de Jacques Desloges; et le lendemain, dans le foyer de la Comédie,
-Saint-Foix, cet auteur qui maniait l’épée aussi bien que la plume,
-déclarait le Maréchal de Richelieu plus diligent que le Maréchal de
-Löwendahl, car celui-ci n’avait enlevé Berg-op-Zoom qu’entre 4 et 5
-heures du matin[409].
-
- [409] COLLÉ: _Journal_, t. I, pp. 309 et suiv.
-
-Collé, qui relate l’anecdote, en profite pour se plaindre, avec raison,
-mais dans la note acrimonieuse dont il est coutumier, de la tyrannie
-des premiers gentilshommes de la Chambre, dont la mission devrait
-uniquement se borner au service du roi et de la Cour.
-
-Louis XV lui-même eut à souffrir de la mauvaise humeur de son ami.
-La Dauphine venait de lui donner un petit-fils, le duc de Bourgogne.
-Richelieu s’abstint, non sans affectation, d’«en venir faire sa cour au
-roi[410]».
-
- [410] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VII, p. 3, 4 octobre 1751.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXII
-
- _Voltaire entretient une correspondance plus suivie avec
- Richelieu: comment il félicite son «héros» de son esprit de
- tolérance.--Préoccupations de Richelieu en matière de théâtre.--Mme
- Favart, le Maréchal de Saxe et le Maréchal de Richelieu.--Conflit
- avec l’archevêque de Paris.--Richelieu fréquente volontiers à
- l’Académie.--Un incident de séance.--Brouille passagère du Maréchal
- avec Voltaire.--Élections académiques: nomination du Maréchal
- de Belle-Isle.--Réforme des statuts académiques.--Intervention
- de Louis XV contre Piron.--Difficultés de Richelieu avec l’abbé
- d’Olivet.--Roueries électorales._
-
-
-Par une coïncidence digne d’être notée, la correspondance, jusqu’alors
-très espacée, de Voltaire avec Richelieu, devient plus fréquente et
-plus suivie, depuis l’heure où le Maréchal, en froid avec la Cour, ne
-fait plus mystère à son adulateur de ses griefs contre elle. Mais, si
-nous avons les lettres que Voltaire adressait à son «héros», celles
-qu’il en recevait (et elles étaient encore assez nombreuses) ont
-disparu, comme tant d’autres documents précieux, des papiers du «Vieux
-Malade de Ferney». La perte est regrettable; car, bien qu’incorrecte et
-négligée, le peu de prose--non officielle--qu’on possède de Richelieu,
-n’est pas dépourvue d’intérêt, d’originalité, ni même d’esprit.
-
-Le Maréchal avait un fonds sérieux d’affection pour Voltaire, qui lui
-ressemblait (celui-ci l’a souvent écrit), «si fort en laid»; mais
-cette tendresse était agressive, à la façon de l’amitié de ces hommes
-illustres qui caressaient leurs familiers en leur pinçant l’oreille
-jusqu’au sang. Voltaire se plaignait d’ordinaire doucement; mais
-parfois aussi la griffe léonine emportait le morceau; et la colère du
-blessé, s’exhalant dans le sein d’amis discrets, traitait le bourreau
-de «vieille poupée», sans préjudice d’autres aménités du même goût.
-
-Donc, à partir de 1751, et pendant vingt-cinq années consécutives,
-cette correspondance ne chômera pas, au moins du côté de Voltaire,
-correspondance trop souvent monotone, car le poète réclame
-perpétuellement de son grand ami qu’il fasse jouer un peu partout
-son répertoire tragique, ou bien se répand en lamentations, comme un
-autre Jean-Jacques, sur les persécutions dont il est accablé. Mais,
-en revanche, il apporte une contribution importante à la biographie
-de Richelieu, nous renseigne sur la vie provinciale du gouverneur du
-Languedoc et de la Guyenne, sur ses goûts littéraires et artistiques,
-sur sa famille et ses amis.
-
-La lettre du 31 août 1751 est démesurément longue comme celle de 1750.
-«Vous avez, dit-elle, les mêmes bontés pour mes musulmans que pour vos
-calvinistes des Cévennes. Dieu vous bénira d’avoir protégé la liberté
-de conscience. Faire jouer le prophète Mahomet à Paris et laisser prier
-Dieu en français chez vos montagnards du Languedoc, sont des choses qui
-m’édifient merveilleusement!»
-
-C’était à peu près la réponse prêtée à Richelieu, quand on s’étonnait
-à Montpellier qu’il n’adoptât pas les mesures mesquines et vexatoires
-prescrites par le ministre Saint-Florentin contre les protestants:
-«Je m’embarrasse fort peu que les hommes prient Dieu à leur manière,
-pourvu qu’ils ne troublent pas l’ordre public.»
-
-A cette époque où la tolérance n’avait pas encore pris racine dans les
-sphères gouvernementales, le mot pouvait paraître hardi; et l’on se
-demande s’il n’était pas un écho des causeries voltairiennes.
-
-La lettre du 31 août rappelle encore les prétendues persécutions (il
-en était cependant de réelles) exercées contre le philosophe et sur
-lesquelles il revient toujours si complaisamment; mais il donne une
-place autrement considérable à son futur _Siècle de Louis XIV_ où,
-dit-il, aucun contemporain «vivant» n’est nommé, sauf Richelieu et
-Belle-Isle. C’est une de ses formes de flatterie indirecte à l’adresse
-du Maréchal: il sait cependant lui plaire bien plus encore, quand il
-lui écrit: «Vous me dites que vous devenez vieux, vous ne le serez
-jamais... Vous êtes aussi respectable dans l’amitié que vous avez
-été charmant dans l’amour.» Mais Richelieu, toujours taquin, avait
-renouvelé sa question: «Pourquoi êtes-vous en Prusse?» Et Voltaire
-de reprendre son antienne sur la clef de chambellan, la croix, la
-pension et surtout «la vie délicieuse» à Berlin, chez Frédéric. Puis
-aussitôt la contre-partie dont il est facile de saisir le sous-entendu:
-«Qu’importe à un roi de France un atome de plus ou de moins comme moi?»
-Et, cette fois, il n’est plus question de ces salamalecs qu’il priait
-Richelieu de mettre aux pieds de Mme de Pompadour. Il a dû deviner ou
-apprendre que le «héros» et la favorite étaient en délicatesse.
-
-Mais, pour le courtisan qu’était le Maréchal, l’éloignement, qu’il
-s’était imposé, d’un foyer d’intrigues--hier encore son véritable
-élément--lui semblait le plus cruel des maux. Aussi, pour tromper son
-ennui et donner libre carrière à ce besoin d’activité, qui était pour
-lui une seconde nature, se dépensait-il en besognes de toutes sortes,
-avec plus de fougue que d’esprit de suite, au gré de cette humeur
-tatillonne, dont les boutades déconcertaient ses plus zélés partisans.
-Il avait le goût des lettres et des arts: le théâtre surtout avait
-ses préférences et Voltaire le savait bien, quand il l’entretenait
-jusqu’à satiété de ses pièces, qu’il lui en soumettait le plan, les
-scènes et les actes, qu’il lui demandait ses conseils ou sa critique
-et qu’il finissait par les lui faire jouer à Paris, à Versailles, ou à
-Fontainebleau. Bien mieux, il en obtenait l’interdiction des parodies
-de ses tragédies, comme, par exemple, celle de _Sémiramis_, qui devait
-être représentée sur le théâtre de la Cour[411].
-
- [411] _Lettres de Mme du Châtelet_ (édition Asse, 1875). Lettre
- de Cirey, du 13 janvier 1749.
-
-Depuis que Mme de Pompadour s’était improvisée ordonnatrice des
-spectacles des Petits Appartements, Richelieu s’était rejeté sur les
-scènes parisiennes qui étaient sous la surveillance des premiers
-gentilshommes de la Chambre. C’est ainsi qu’il avait eu à connaître
-des désordres survenus à la Comédie Italienne, après la détention de
-Mme Favart, victime des persécutions et des violences du Maréchal de
-Saxe. Ce glorieux soudard n’avait pu pardonner à la sémillante actrice
-de lui résister. Il l’avait fait suivre, traquer et finalement enlever
-par l’inspecteur de police Meusnier qui l’avait internée dans un
-couvent[412]. Les habitués de la Comédie Italienne, dont Mme Favart
-était pensionnaire, sur la recommandation de Richelieu, avaient
-attribué l’infortune de l’étoile à la jalousie d’une de ses compagnes,
-Coraline, et, pour punir celle-ci, avaient monté contre elle une
-formidable cabale. Dans une lettre qu’il écrivait à Mme Favart, Maurice
-de Saxe lui représentait Richelieu exaspéré contre elle, le lieutenant
-de police lui ayant affirmé qu’elle était l’auteur de tout ce tumulte;
-mais ce bon apôtre de Maurice de Saxe en avait pris, disait-il, la
-défense et raconté au Maréchal que Mme Favart avait cherché, au
-contraire, à calmer les spectateurs de l’amphithéâtre par ce «fort bon
-propos»:
-
- [412] MEUSNIER: Manuscrit trouvé à la Bastille, 1789.
-
---«Messieurs, je vous suis obligée, mais vous me faites plus de mal que
-de bien.»
-
-Et Richelieu, persuadé par Maurice de Saxe, avait mis l’émeute sur
-le compte de Coraline, mais plutôt encore sur celui du comédien
-Rochard qu’il se proposait d’envoyer au For Levêque, dès son retour de
-Fontainebleau[413].
-
- [413] _Mémoires et correspondance_ de FAVART, édités par son
- petit-fils et par Dumolard (1808), t. I, préface, pp. LV et
- suiv.
-
-Il faut reconnaître toutefois que si les exigences de son humeur
-capricieuse et de son esprit pointilleux rendaient souvent difficiles
-ses rapports avec ses justiciables du théâtre, il savait défendre, à
-l’occasion, non moins obstinément, leurs intérêts professionnels. En
-février 1751, l’archevêque de Paris vint supplier le roi d’accorder,
-comme droit des pauvres, à l’Hôpital Général, le quart des recettes
-de l’Opéra et des Comédies, soit cent mille écus. Richelieu, alors
-premier gentilhomme en exercice, s’y refusa: il voulait que cette somme
-fût mise en réserve pour les embellissements des trois théâtres et les
-gratifications du personnel. Louis XV, afin de trancher le conflit,
-abandonna les cent mille écus au prélat, mais prit sur d’autres fonds
-la restitution réclamée par Richelieu[414].
-
- [414] _Journal_ de LUYNES, t. XI, p. 37.--Favart raconte, dans
- une de ses lettres au comte de Durazzo (25 décembre 1761),
- une scène à peu près semblable qui se passa au «Conseil des
- dépêches, où se discutait la grande affaire de l’Opéra-Comique».
-
- L’Archevêque de Paris était intervenu en faveur du spectacle
- forain, appuyé par le Procureur général et les administrateurs
- des hôpitaux. Et comme le roi s’étonnait, sur le mode badin,
- qu’un prince de l’Église devînt l’avocat d’histrions qu’il
- avait l’habitude d’excommunier, Richelieu dit à son tour: Ne
- trouvez pas mauvais, Monsieur l’Archevêque, que les Comédiens
- italiens et l’Opéra-Comique vous fassent assigner pour déduire
- vos raisons. Un instant déconcerté, le prélat finit par avouer
- qu’un spectacle de plus était un supplément de bénéfices pour
- les pauvres, au profit desquels on prélevait le quart des
- recettes. Choiseul, qui assistait à l’entretien, s’y montrait
- aussi indifférent que le roi. «J’ai fait mon incorporation
- militaire, dit-il; qu’on fasse, si l’on veut, l’incorporation
- comique.» (Il s’agissait de la fusion de l’Opéra-Comique avec
- le Théâtre Italien, réalisée en 1762.) Et Favart conclut que
- «le sublime projet» a dû échouer.
-
-Chez cet homme, qui s’estimait l’héritier de la pensée du Cardinal,
-s’était ancrée, comme le sentiment du véritable devoir, la
-préoccupation d’assurer la conservation des idées et des œuvres de
-l’illustre ancêtre. Il savait de quelle protection le premier ministre
-de Louis XIII avait encouragé le développement des lettres et des
-arts, et combien il aimait les jeux du théâtre. Son petit-neveu
-leur fut propice. Par la même raison, il se crut indispensable aux
-destinées et à la gloire de l’Académie Française. Il en suivait aussi
-assidûment que possible les travaux, se mêlait aux discussions de
-ses collègues, partageait et même provoquait leurs querelles. Il
-recherchait l’honneur d’être leur interprète, quand il s’agissait de
-présenter au roi les compliments de l’Académie; mais il ne remplissait
-pas toujours brillamment cet office. Chargé, en 1749, de féliciter
-le Souverain à l’occasion de la paix, il avait prié Voltaire de lui
-rédiger une harangue appropriée à la circonstance; et, par réciprocité,
-il lui avait promis de remettre au prince le _Panégyrique de Louis XV_,
-flatterie délicate du poète qui lui vaudrait peut-être de rentrer en
-grâce. Au jour dit, le 21 février, Richelieu commence, d’une voix
-assurée, son compliment: il parle des «bouches de la Renommée qui
-publient les victoires du roi[415]», mais, soudain, il pâlit, balbutie
-et reste court[416]; il entend murmurer, à côté de lui, et avant même
-qu’il ne les prononce, les phrases de son propre discours; il voit la
-figure de Maurepas s’éclairer d’un sourire narquois[417]. Mais cette
-défaillance ne dure que quelques secondes; il improvise une autre
-harangue, soufflé par son confrère l’abbé d’Olivet; et d’Argenson
-reconnaît qu’il se tire adroitement de ce mauvais pas: «Ce grand
-courtisan témoigne par là qu’on ne s’avance auprès du roi qu’en lui
-montrant beaucoup d’amour[418].»
-
- [415] _Journal_ de LUYNES, t. IX, p. 338.
-
- [416-418] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. V, p. 396, 22 février.
-
- [417] DESNOIRESTERRES: _Vie de Voltaire_, t. III, p. 254.
-
-Toutefois il se garde bien de présenter au roi le _Panégyrique de
-Louis XV_, qu’il retourne à l’auteur avec un mot acerbe. Voltaire,
-furieux, arrache de son cabinet une apothéose de Richelieu, exécutée
-par Baudouin, la piétine et la livre aux flammes. Une explication
-devenait nécessaire: le Maréchal apprend que Mme de Boufflers avait
-eu l’indiscrétion de prendre copie du discours chez la belle Émilie
-et d’en communiquer étourdiment le texte. Et bientôt, réunis dans une
-maison tierce, les deux compères s’embrassaient le plus cordialement du
-monde[419].
-
- [419] DESNOIRESTERRES: _Vie de Voltaire_, t. III, p. 254.
-
-Richelieu se donnait corps et âme aux élections académiques; son esprit
-d’intrigue y trouvait un aliment nouveau. Dans le mois de juin de cette
-même année 1749, il avait proposé à l’Académie de choisir son ami le
-Maréchal de Belle-Isle pour succéder à feu Amelot: et Belle-Isle,
-sans se déranger autrement, avait écrit au Directeur qu’il était très
-flatté du grand honneur, etc., etc... Mais, déjà, en ce temps-là, les
-Immortels aimaient qu’un candidat se dérangeât pour solliciter leurs
-suffrages: démarche qu’avaient consentie deux concurrents, Poncet de
-la Rivière, évêque de Troyes et Montazet, évêque d’Autun. La Cour
-les avait départagés en fixant son choix sur Belle-Isle. Duclos, le
-secrétaire perpétuel, souvent bourru jusqu’au cynisme, prétendit que
-personne «ne connaissait» le Maréchal, attendu que celui-ci n’avait
-écrit, pour poser sa candidature, qu’au seul Directeur. Belle-Isle n’en
-fut pas moins élu à l’unanimité[420].
-
- [420] _Journal_ de LUYNES, t. X, p. 158.
-
-Deux mois après, autre élection à laquelle Richelieu prend une
-part encore plus active. L’évêque Poncet s’était représenté contre
-l’abbé Leblanc, protégé par Mme de Pompadour. Mais, sur le désir de
-l’Académie, la Marquise abandonnait son candidat; et celui-ci cédait
-la place à Vauréal, évêque de Rennes, qui était _persona grata_ à ce
-Boyer, ancien prélat et détenteur de la feuille des bénéfices, auquel
-Richelieu n’avait pas encore pardonné l’injure faite à sa sœur[421].
-Aussi déclara-t-il, avec une singulière énergie, démentie, hélas!
-par ses propres errements, que la liberté des suffrages n’était plus
-exactement observée, que «certains se laissaient aller, non seulement
-à faire espérer leur suffrage, mais même à solliciter des sujets à se
-présenter, à aller solliciter avec eux les voix et à briguer en leur
-faveur...» Esclave de la tradition et fidèle au principe d’autorité, il
-estimait que l’Académie dépendait du roi et que le monarque avait seul
-qualité pour déterminer un choix. Richelieu demandait en conséquence
-une nouvelle loi pour réformer de tels abus. Il fallait que chacun
-déclarât s’il avait promis ou non sa voix, et que les délinquants
-fussent réprimandés en pleine Académie et suspendus, pendant six mois,
-de leurs fonctions.
-
- [421] _Journal_ de LUYNES, t. X, p. 158.
-
-Le cardinal de Luynes répliqua qu’il suffisait de commenter et
-d’améliorer la loi existante, d’affirmer surtout qu’un échec n’avait
-rien de déshonorant: autrement personne ne voudrait plus se présenter.
-L’Assemblée pencha pour ces mesures d’indulgence; et d’Olivet, qu’avait
-vivement apostrophé Richelieu, fut désigné pour faire partie d’une
-commission chargée de légiférer en ce sens. Boyer s’apprêtait à sortir,
-quand le Maréchal, le prenant par le bras, le ramena dans la salle des
-séances, pour lui recommander, au nom de l’Assemblée, d’inscrire sur
-la feuille des bénéfices l’ecclésiastique qui avait prêché, le jour de
-la Saint-Louis, dans la chapelle du Louvre, en présence de l’Académie.
-
---«Mais il est trop jeune, fit l’ancien évêque de Mirepoix.»
-
-C’était la même réponse qu’en avait reçue jadis l’abbé de Bernis, alors
-solliciteur de bénéfices.
-
-La séance avait été si orageuse, que Fontenelle, le directeur (il avait
-92 ans), avait dû agiter à maintes reprises sa sonnette[422].
-
- [422] _Journal_ de LUYNES, t. X, pp. 157-159.
-
-Néanmoins le coup était porté; et, le 2 mars 1752, «l’Académie
-souhaitait que ce fût M. le Maréchal de Richelieu qui se chargeât de
-présenter les nouveaux statuts au roi, pour être par lui approuvés et
-devenir désormais la loi de l’Académie[423].»
-
- [423] _Ibid._, t. XI, pp. 457-458.
-
-En juillet 1753, une intervention directe de Louis XV dans une
-élection, donnait amplement raison à la thèse de Richelieu, mais était
-suivie de nouveaux conflits. Piron, soutenu par Mme de Pompadour, avait
-posé sa candidature. Boyer apporta au roi, qui vraisemblablement la
-connaissait déjà, l’_Ode à Priape_; et le prince manda aussitôt le
-président de Montesquieu, directeur de l’Académie, pour qu’il signifiât
-à ses collègues le veto royal dont était frappée la candidature de
-Piron. En réponse à cette communication, Richelieu proposa (et son
-avis rallia la majorité) de remettre l’élection à dix jours: on aurait
-ainsi tout le temps de choisir un sujet digne de la Compagnie. Mais
-d’Olivet, son contradicteur habituel, protesta contre une procédure
-qu’il qualifiait «d’insolite et d’indécente». Le jour de l’élection
-(ce fut Buffon qui fut nommé), Richelieu rappela les mots _insolite_
-et _indécent_ et demanda si, dans les règlements académiques, il
-n’existait pas de pénalités contre des termes aussi offensants:
-
---«Corrigé et pardonné», dit Duclos, «voilà la loi».
-
-Et l’Assemblée conclut que d’Olivet n’avait pas eu conscience de la
-valeur des adjectifs incriminés[424].
-
- [424] _Correspondance_ de GRIMM (édition M. Tourneux), t. II,
- p. 261.
-
-Six mois plus tard, quand il fallut choisir un successeur à de Boze,
-ce fut une autre comédie, où le Maréchal joua le rôle de Scapin.
-Bougainville avait toutes les chances d’être élu. Or, Richelieu, assis
-à côté du Président Hénault, lui demande à quel candidat il donne sa
-voix:
-
---«A Bougainville.
-
---«Je parie que non.
-
---«Vous vous moquez de moi, fait Hénault.»
-
-La discussion continue jusqu’à ce que Mirabaud soit appelé à formuler
-son vote. Et notre homme sort de sa poche une lettre qu’il lit aux
-académiciens et par laquelle le comte de Clermont, prince du sang,
-remercie les Immortels de lui avoir offert la place vacante. C’était
-la carte ou plutôt le vote forcé. Et Richelieu qui réclamait en 1749
-la liberté des suffrages! N’importe, il avait gagné la gageure; car
-le comte de Clermont l’emportait sur Bougainville qui aurait eu la
-majorité[425].
-
- [425] _Ibid._, p. 311.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXIII
-
- _Richelieu à la fois avare et prodigue.--Les affaires Girard et La
- Rivière.--Le canal Richelieu.--La Comédie à la Place Royale.--Comment
- le Maréchal fait connaissance de Casanova.--Courroucé, en apparence,
- contre les Réformés du Languedoc, il ferme les yeux sur leurs
- agissements.--Il est nommé gouverneur de la Guyenne.--Dernier retour
- agressif contre Mme de Pompadour; la jolie Mlle Hélie et la petite
- Murphy.--Un projet matrimonial de la Marquise._
-
-
-Des préoccupations d’ordre plus personnel et d’intérêt moins élevé
-prenaient place dans la vie, toujours agitée, de Richelieu.
-
-Qu’il ait réalisé d’énormes bénéfices dans les fluctuations
-quotidiennes de la banque de Law, comme tant d’autres grands seigneurs
-du temps, ou qu’il ait dédaigné de puiser à cette source de profits
-scandaleux--nous avons signalé les deux versions--il n’en reste pas
-moins constant que, par la suite, Richelieu ne se fit aucun scrupule
-de demander à l’agiotage les ressources qui lui étaient nécessaires,
-pour conserver son train de maison, ou réparer les erreurs de ses
-prodigalités. Il «vendait, achetait, spéculait, soutenait ses intérêts
-avec férocité[426]», afin de déployer à l’occasion un faste inouï, tout
-en se montrant parfois économe jusqu’à la lésinerie. D’Argenson, qui le
-raille volontiers de ses accès d’avarice, affirme qu’il renvoya un jour
-rudement le précepteur de son fils, pour n’avoir pas à lui payer ses
-émoluments.
-
- [426] THIRION: _Vie privée des financiers au XVIIIe siècle_,
- 1895, p. 200.
-
-Sans parler de ses contestations avec Mme de Marsan pour la succession
-de la maison de Guise[427], ni rappeler son interminable procès avec
-les propriétaires du Palais-Royal[428], nous voyons figurer son nom
-dans des affaires louches et même criminelles, qui comporteraient une
-autre solution que le silence où elles semblent s’évanouir.
-
- [427] _Journal_ de LUYNES. T. XII, pp. 69-71.
-
- [428] BARBIER: _Journal_, t. V, p. 171 et t. VI, p. 197,
- septembre 1755.
-
-Au mois d’août 1746, Richelieu écrit au lieutenant de police qu’un
-«sieur Chapotin», qu’il «ne connaît pas», a présenté «à son homme
-d’affaires un billet de 24.000 livres, signé de son nom et qui n’est
-pas de son écriture». Cette valeur avait été donnée en paiement à
-Chapotin; et Richelieu demande que «l’autorité» du magistrat «soit
-employée avec célérité pour trouver le coupable[429]».
-
- [429] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_
- 11594. Dossier _J. Girard_.
-
-Celui-ci était un nommé Girard, «commis dans les cuivres», qui, pour
-spéculer sur cette matière première, avait emprunté 22.000 livres à
-Chapotin, «contrôleur à la volaille» et lui avait laissé le billet
-de 24.000 livres entre les mains, comme nantissement. Naturellement,
-Girard fut arrêté et mis sous les verrous. Il était perdu de dettes
-et les réclamations plurent de tous côtés au For Levêque où il était
-enfermé. Pour expliquer son prétendu faux, il déclara simplement que
-c’était «un billet d’honneur», dont le détenteur actuel s’était engagé
-à ne pas faire usage. En tout état de cause, convaincu d’escroquerie
-et de faux, Girard aurait dû être, suivant la justice du temps,
-conduit, à bref délai, à la potence; et nous le retrouvons encore,
-deux ans après, au For Levêque, où il nargue, le plus impertinemment
-du monde, inspecteurs et commissaires de police! Et rien, dans son
-dossier, n’indique, ni même ne laisse pressentir le dénouement de
-l’affaire.
-
-Nous connaissons mieux celui du vol La Rivière, signalé par les
-contemporains.
-
-L’abbé de la Rivière, qui avait accompagné, comme aumônier, Richelieu
-dans son ambassade de Dresde, avait soustrait «de l’argent et des
-effets» chez le roi de Pologne. Son dossier de la Bastille[430] ne
-permet aucun doute sur sa culpabilité. Richelieu remerciait, le 25
-février 1747, le lieutenant de police Berryer, d’avoir eu égard au
-Mémoire que son intendant lui avait présenté contre le fripon. Il
-reconnaissait que la conduite de l’abbé «méritait correction» et que le
-magistrat «ferait une très bonne œuvre», en ordonnant l’arrestation de
-La Rivière; mais il estimait qu’il serait «convenable» de le conduire
-à Saint-Lazare, prison ordinaire des ecclésiastiques; toutefois si
-l’on ne trouvait pas dans ses effets «qui ne seraient pas de ceux
-volés», l’argent nécessaire pour le prix de sa pension, il n’entendait
-nullement, lui Richelieu, «rien prendre sur son compte».
-
- [430] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_
- 11680. Dossier _de La Rivière_.
-
-Pressé de questions et dans l’espoir sans doute d’un moindre châtiment,
-La Rivière fit l’aveu de sa bassesse. Heureusement pour lui, le duc
-obtint qu’il fût seulement relégué dans la ville d’Alençon. Et l’abbé,
-aussitôt sorti de Saint-Lazare, allait raconter partout que son maître
-l’avait fait mettre en liberté, parce qu’il avait reconnu son innocence!
-
-Était-ce par bonté d’âme?... Soit... Mais comment expliquer l’affaire
-Jean Girard?... Richelieu n’était pas cependant l’indulgence même. Et
-l’injustice ne lui coûtait guère, quand l’opération, tentée sous ses
-auspices, avortait.
-
-En 1743, une société s’était fondée pour la construction et
-l’exploitation, sous la direction du concessionnaire, «l’architecte
-hydraulique» Floquet, d’un canal destiné à conduire les eaux de
-la Durance à Aix, Marseille, Tarascon, etc... Richelieu patronna
-l’entreprise, mais en profita pour trafiquer et «grappiller beaucoup
-d’argent» sur les actions offertes au public[431]. Après nombre
-d’avatars, l’affaire échoua[432]; et l’on serait tenté d’attribuer au
-dépit, éprouvé par Richelieu, d’un tel insuccès, la longue détention
-qu’au dire des contemporains, le Maréchal fit subir à Floquet[433],
-qui, lui, s’était plaint un peu trop vivement d’avoir été la dupe du
-grand seigneur.
-
- [431-432] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VII, pp. 320-321, octobre 1752.
-
- [433] Floquet, dit JOBEZ dans la _France sous Louis XV_ (t.
- V, p. 230), Floquet, qui avait reçu les encouragements et les
- promesses du Maréchal, mourut à la Bastille, en 1771, pour
- s’être plaint de Richelieu. Nous n’avons vu dans les Archives
- de la prison d’État aucun dossier sur Floquet. En outre le
- Manuscrit 20279 de la Bibliothèque Nationale (Nouvelles
- acquisitions françaises), qui donne l’historique du _Canal
- de Provence_, dit _Canal de Richelieu_, de 1736 à 1770, des
- transformations de la première Société et des conflits entre
- «propriétaires et fournisseurs», ne cite qu’incidemment le
- nom du Maréchal et plutôt avec éloge. Au surplus, nous ne
- connaissons qu’un mémoire de Floquet, en 1770, sur son «Canal
- de Richelieu», mémoire dans lequel il incrimine surtout un de
- ses successeurs, Bombarde de Beaulieu.
-
-En mars 1752, Richelieu s’était enfin décidé à revenir et à séjourner à
-la Cour, admis dans le cercle de la Marquise, s’alliant cette fois aux
-Noailles et à Machault pour perdre le comte d’Argenson, toutefois se
-prodiguant peu dans l’intimité du roi, et plein d’un dédaigneux mépris
-pour les ministres en exercice[434].
-
- [434] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VII, p. 159, mars 1752.
-
-Il n’en était pas moins le modèle de la ponctualité dans son service
-de premier gentilhomme; et le duc de Luynes, qui s’instruit à son
-école, continue à noter les leçons d’étiquette qu’il reçoit de ce
-maître ès-protocole. Il assiste un jour, sur ce terrain trop souvent
-hasardeux, «à un combat de politesse entre M. de Richelieu et Mme de
-Brancas, l’ancienne dame d’honneur». Il s’agissait d’offrir au Dauphin
-ou à la Dauphine, «un verre d’eau et une serviette»; vraisemblablement
-le cas n’avait jamais été prévu; dès lors, ce ne pouvait plus être
-qu’un assaut de courtoisie: enfin, après de «grands compliments de
-part et d’autre, ce fut M. de Richelieu qui donna» le verre et la
-serviette[435].
-
- [435] _Journal_ de LUYNES, t. XII, p. 105, août 1752.
-
-Le théâtre était toujours son passe-temps favori: il devait même
-avoir dans son hôtel de la Place Royale une scène portative; car
-nous apprenons, par des nouvelles manuscrites de mai 1752, qu’en ce
-même mois, «les principaux Comédiens français vinrent jouer chez lui
-une comédie en vers et en cinq actes, de Mme Denis, ayant pour titre
-la _Coquette punie_», laquelle était franchement «mauvaise[436]».
-Voltaire, qui était toujours en Prusse, fut-il informé de cette
-représentation? Aucune allusion dans sa correspondance n’autorise à le
-croire.
-
- [436] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_
- 11846. Dossier _Bousquet de Colomiers_.
-
-Ce fut à l’Opéra, en 1752, que Richelieu rencontra, pour la première
-fois, le fameux aventurier Casanova, qui avait trouvé, ce jour-là, le
-moyen de pénétrer dans la loge de Mme de Pompadour et qui raconte assez
-plaisamment les incidents de cette entrevue:
-
-«Comme j’étais enrhumé, je me mouchais souvent. Un cordon bleu me
-dit qu’apparemment les fenêtres de ma chambre n’étaient pas bien
-fermées. Ce monsieur que je ne connaissais pas était le Maréchal de
-Richelieu. Je lui répondis qu’il se trompait, car mes fenêtres étaient
-_calfoutrées_. Aussitôt toute la loge part d’un éclat de rire, et je
-demeurai confondu, parce que je sentis mon tort: j’aurais dû prononcer:
-_calfeutrées_.»
-
-Casanova, en effet, parlait le français à l’italienne; et presque
-aussitôt, sur une question de Richelieu, il répondait par une nouvelle
-énormité, qui eut les succès de la première et lui valut son entrée
-chez le Maréchal. «Celui-ci, continue Casanova, ayant su qui j’étais
-de M. Morosini, ambassadeur de Venise, le pria de me dire que je lui
-ferais plaisir de lui faire ma cour[437].»
-
- [437] CASANOVA: _Mémoires_ (édit. de Bruxelles, 1863), t. II,
- p. 199.
-
-Mais, bien que désintéressé, en apparence, de toute intrigue politique,
-Richelieu «agisse, remarque d’Argenson, sans paraître agir[438]»,
-il semble, néanmoins que, pendant trois années, il s’occupe plus
-particulièrement de son gouvernement du Languedoc. La querelle
-religieuse y sévissait avec la dernière intensité. Plutôt que de
-se soumettre, les protestants préféraient s’expatrier. Aussi, pour
-prévenir un exode dont la continuité eût amené la dépopulation et
-l’appauvrissement du pays, Richelieu s’efforçait-il de recommander
-au grand chancelier et aux évêques du Languedoc l’établissement
-d’un «honnête tolérantisme», susceptible de retenir les intéressés
-dans la province[439]. Le gouvernement, pour en finir, voulait
-recourir au suprême argument, toujours invoqué par les ministres
-depuis la révocation de l’Édit de Nantes: envoyer des troupes qui
-feraient rentrer dans l’ordre les prétendus rebelles. Richelieu
-s’en ouvrit au marquis d’Argenson; et celui-ci, volontiers prodigue
-de ces consultations où se complaisait son mépris de l’humanité,
-lui conseilla d’être moins expansif avec les évêques du Languedoc.
-Malheureusement, le Maréchal ne pouvait guère compter sur le roi:
-Louis XV, «d’une dévotion angélique», se défendrait de jamais agir
-contre l’épiscopat[440].
-
- [438] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VII, p. 192, mars 1752.
-
- [439] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VII, p. 383, 13 janvier 1753.
-
- [440] _Ibid._, t. VIII, p. 118, septembre 1753.
-
-L’intransigeance du haut clergé n’était pas un des moindres soucis
-de Richelieu; et déjà, le gouverneur du Languedoc, pour parer à
-l’obstruction des évêques, avait tenté d’entrer en pourparlers avec
-les représentants autorisés des religionnaires cévenols. Une lettre
-bien curieuse, empruntée aux _Archives wallonnes_ et datée du 5
-décembre 1752, témoigne de la diplomatie, en matière religieuse, du
-Maréchal, que soufflait très vraisemblablement dans la coulisse, son
-correspondant perpétuel, Voltaire[441]:
-
- [441] _Archives Wallonnes_ (1734-1797).
-
-«M. de Richelieu, allant aux États et passant par Nîmes, dit à un
-gentilhomme catholique de cette ville-là, que la Cour avait de bonnes
-intentions à l’égard des protestants, mais qu’elle était embarrassée
-sur les moyens qu’il y avait à prendre pour les tranquilliser. Il
-ajouta: _les Évêques sont des diables_, et en même temps il chargea
-ce gentilhomme de réfléchir là-dessus et de conférer avec quelques
-protestants. En conséquence, quelques jours après, le même gentilhomme
-fut trouver un des membres du Consistoire de Nîmes, et, après lui
-avoir fait part de ce que dessus, il le chargea d’en conférer avec M.
-Paul (Rabaud[442]) et d’examiner avec lui ce qu’il conviendrait de
-faire, de dresser même un Mémoire à ce sujet, qu’il se chargerait, lui,
-gentilhomme, de remettre en personne à M. le duc de Richelieu, mais de
-_demander dans ce Mémoire le moins qu’il se pourrait_.»
-
- [442] Paul Rabaud, né en 1718, se distinguait par un ardent
- prosélytisme. C’était le père du futur Conventionnel, Rabaud
- Saint-Étienne, lequel fut ministre, très populaire, de la
- religion réformée.
-
-C’était encore trop, paraît-il, puisque la politique d’apaisement,
-préconisée par le gouverneur, n’avait pas trouvé d’écho, sinon à la
-Cour, du moins dans l’épiscopat. Et les ministres ne s’en étaient pas
-autrement préoccupés, car ils comptaient bien qu’attelé à cette tâche
-ingrate, leur adversaire s’éterniserait loin, bien loin, de Versailles.
-
-Richelieu partit donc, en janvier 1754, chargé d’instructions
-très sévères contre les protestants: «Il donnait dans le panneau
-des évêques[443]», écrit d’Argenson; et de nouvelles persécutions
-s’annonçaient imminentes contre les réformés des Cévennes. Notre
-mémorialiste, abusé par les apparences, ne se doutait guère de la
-campagne qu’allait mener Richelieu, cet homme déconcertant, dont toute
-la vie fut un tissu de contradictions.
-
- [443] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VIII, p. 181.
-
-Dès son arrivée, il annonçait, avec fracas, qu’il se montrerait aussi
-sévère qu’il avait été jusqu’alors indulgent. Et, comme, en raison de
-sa réputation de cupidité, on laissait entendre qu’il avait reçu des
-religionnaires de copieux pots-de-vin pour fermer les yeux sur leurs
-manœuvres, il fit afficher qu’on devait «dissoudre toute assemblée de
-Huguenots, ne fût-elle que de quatre personnes... que tous les mariages
-faits au _Désert_... eussent à se faire réhabiliter devant les prêtres
-catholiques[444]...»
-
- [444] JOBEZ: _La France sous Louis XV_, t. IV, pp. 374 et
- suivantes.--Après la révocation de l’Édit de Nantes, de 1685
- à 1787, alors que les protestants ne jouissaient pas de la
- liberté de conscience, que leurs assemblées étaient dispersées
- par la force et leurs églises rasées, les ministres du
- Languedoc et du Vivarais, des Cévennes et du Dauphiné, les
- réunissaient pour le prêche, loin de toute habitation, dans des
- solitudes auxquelles on donnait le nom général de _Désert_.
-
-Des deux côtés, on prit au sérieux ce langage de croque-mitaine. Les
-amis du clergé voyaient dans le Maréchal, le digne continuateur de
-la politique du grand Cardinal, le défenseur de la foi qui allait
-exterminer l’hérésie... Et déjà cinq mille habitants de Nîmes prenaient
-le chemin de l’exil[445]. Mais, soudain, sans attendre le résultat
-de ses proclamations et après avoir mis en liberté des protestants
-qui étaient restés sous les verrous, au-delà du terme fixé par leur
-condamnation, Richelieu décampait et allait s’enfermer dans son château
-de Touraine.
-
- [445] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. VIII, p. 241, 5 mars 1754.
-
-Saint-Florentin, qui, précédemment, lui avait adressé des observations
-pour une longanimité qu’il taxait de faiblesse, releva cette nouvelle
-négligence dans l’accomplissement de la tâche prescrite: «Un règlement
-arrêté par le feu roi, écrivait-il à Richelieu, défend de rendre
-la liberté à toutes personnes condamnées aux galères pour fait de
-religion. Sa Majesté n’a jamais révoqué ce règlement.»
-
-Saint-Florentin était un petit esprit, de nature servile, mais de
-tempérament rageur; et Richelieu ne l’aimait guère, d’autant qu’il
-était cousin-germain de Maurepas. Nous ignorons ce qu’il répondit et
-si même il répondit à ce rappel à l’ordre. Mais il est probable que
-la fréquence de tels conflits, jointe au désir de... l’avancement,
-commun à tous les fonctionnaires, si grands soient-ils, dut déterminer
-le gouverneur du Languedoc à solliciter du roi un autre poste, plus
-digne de son nom et de son mérite. Toujours est-il qu’en octobre
-1755, Richelieu obtenait le gouvernement de la Guyenne et remettait
-au Maréchal de Mirepoix le commandement du Languedoc, en lui vendant
-200.000 livres la lieutenance générale de la province[446].
-
- [446] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. IX, p. 114.--Babeau, dans son
- livre _La Province sous l’ancien régime_ (t. I, p. 332), dit
- que Richelieu touchait annuellement, comme gouverneur de la
- Guyenne, 99708 livres sans compter le logement, l’éclairage,
- le chauffage, etc... Mais, d’après le _Journal_ de Luynes, le
- gouvernement du Languedoc donnait un revenu supérieur.
-
-Son prestige gagnait à cette situation nouvelle; et ses pouvoirs
-devenaient considérables. Il commandait toute la côte de la
-Méditerranée et Mirepoix était sous ses ordres[447]. Son importance et
-sa hauteur n’en semblaient que plus redoutables; ses envieux voyaient
-en lui un autre duc d’Épernon. Il ne gardait plus de mesure et ne
-craignait pas de dénigrer ouvertement le roi. Mme de Pompadour, «qui le
-craignait à l’égal du tonnerre», s’était «acquis» cet ancien adversaire
-«comme ami à pendre et à dépendre[448]».
-
- [447] Il prenait ainsi sa revanche d’une de ces «tracasseries»
- (_Mémoires authentiques_) que lui avait jadis suscitées la
- rancune tenace de Mlle de Charolais. Désigné en 1738 pour
- la lieutenance-générale de Bretagne et déjà félicité dans
- les Galeries de Versailles (_Journal_ de LUYNES, t. II, pp.
- 83-84), il avait dû se contenter du poste du Languedoc devant
- l’opposition irréductible de son ancienne maîtresse.
-
- [448] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. IX, p. 173.
-
-A vrai dire, Richelieu avait fini par se rendre compte qu’il ne
-pourrait avoir raison de la Marquise, même sur le terrain où il
-la croyait si vulnérable. Une double expérience avait achevé de
-le convaincre. Ayant constaté, depuis l’avènement et la faveur de
-Mme de Pompadour, que les grandes dames avaient cessé de plaire
-au roi et que le prince s’accommodait beaucoup mieux de petites
-bourgeoises, Richelieu s’était tout d’abord inquiété d’opposer à la
-maîtresse en titre des rivales de son rang. Dans les premiers jours
-de 1747, avait subitement apparu, à Paris, une jeune fille d’une rare
-beauté, Mlle Hélie, dont le père était un négociant rouennais. Elle
-faisait sensation dans les promenades publiques et ne pouvait sortir
-qu’escortée d’une foule de badauds. Les nouvellistes, chargés de
-renseigner leurs abonnés ou... le lieutenant de police, racontaient,
-par le menu, dans leurs feuilles, les divers épisodes de cette aventure
-parisienne qui serait restée à jamais ignorée, sans l’indiscrétion de
-ces _reporters_ de l’ancien régime[449]. Le père de Mlle Hélie--un
-homme exempt de préjugés--eût voulu produire sa fille à la Cour. Dans
-ce but, il avait invité Richelieu à dîner; et la jeune personne avait
-fait admirer à Versailles son éblouissante beauté. Mme de Pompadour
-en avait pris ombrage; et Richelieu avait dû insinuer à l’ambitieux
-négociant le conseil de laisser désormais sa fille à Paris. C’était,
-en réalité, une manœuvre des plus habiles. Mlle Hélie, que de riches
-financiers demandaient en mariage, était un morceau de roi, et
-Richelieu tenait à l’offrir lui-même à son maître. Aussi avait-il fait
-du père son commensal, et lui donnait-il chaque jour de plantureux
-festins, auxquels était conviée l’élite de la Cour. Mais Mlle Hélie,
-aussi sage qu’elle était belle, déjoua tous ces calculs en allant
-s’enfermer dans un couvent.
-
- [449] Lettres du lieutenant de police Marville au comte de
- Maurepas (édition de Boislisle), t. III, février et mars 1747.
- _Nouvelles de café._
-
-Quelque temps après, le règne de la Marquise était autrement menacé par
-la petite Murphy, une délicieuse créature, âgée de seize ans à peine,
-jolie comme les amours, intelligente et spirituelle au possible, qui
-tint en échec la Sultane favorite pendant plus de deux ans. C’était
-Le Bel qui avait cueilli pour le roi ce fruit déjà taché, mais qui
-semblait chaque jour plus savoureux à son nouveau propriétaire.
-Richelieu et le duc d’Ayen, dit d’Argenson, furent «dans la confidence
-de la Murphy». Peut-être le Maréchal trouva-t-il piquant que Louis XV,
-après avoir dédaigné les plus nobles dames de la Cour, s’amourachât
-de la fille d’un savetier, ramassée par son valet de chambre dans les
-pires taudis. Il est vrai que cette gamine avait des gestes d’une
-câlinerie adorable. Le jour de la disgrâce du Parlement, elle avait
-sauté au cou du roi en lui disant: «Je ne crains que pour vous, je ne
-vous aime que pour vous; arrivera ce qu’il voudra à votre royaume, mais
-renvoyez votre vieille marquise.»
-
-Louis XV ne pouvait déjà plus se passer de cette «vieille marquise»,
-qui lui épargnait le souci de gouverner, recevait les ambassadeurs à sa
-toilette et «resta toujours le premier ministre», jusqu’à sa dernière
-heure.
-
-La petite Murphy continua donc, mais sans succès, à réclamer
-l’expulsion de la maîtresse en titre; et quand elle eut donné un fils à
-ce roi qu’elle amusait par ses saillies et charmait par sa science de
-volupté, son amant la maria, pour revenir à la «Grande Marquise».
-
-Richelieu s’était résigné depuis longtemps à ce fatal retour: son
-flair de courtisan l’avait éloigné d’une piste qui l’avait un instant
-égaré. Toutefois, bien qu’ayant déposé les armes, il ne se rendait pas
-complètement à discrétion. Mais Mme de Pompadour voulait, comme aux
-premiers temps de sa faveur, convertir cette neutralité bienveillante
-en alliance formelle. Aussi demanda-t-elle, un jour, résolument à
-Richelieu le duc de Fronsac pour la fille qu’elle avait eue de M.
-d’Etioles et qui devait mourir, dans sa dixième année, en juin 1754.
-Le Maréchal répondit à la Marquise que, s’il n’avait tenu qu’à lui, il
-eût accepté avec empressement une proposition aussi flatteuse, mais
-que le consentement à cette union dépendait uniquement de la maison de
-Lorraine. Mme de Pompadour n’insista pas[450].
-
- [450] SOULAVIE: _Mémoires du Maréchal de Richelieu_, t. IX, p.
- 166.--_Mémoires_ de Mme DU HAUSSET.--GONCOURT (Les): _Mme de
- Pompadour_, 1878.--M{is} d’ARGENSON: _Mémoires_, t. VII, VIII,
- IX _passim_.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXIV
-
- _L’alliance de l’Autriche et de la France.--Débuts de la Guerre de
- Sept ans; la Prusse alliée de l’Angleterre.--Mariage de Septimanie,
- fille de Richelieu, avec le comte d’Egmont.--Départ du Maréchal pour
- Minorque: prise de Citadella; travaux de siège; vaillance du soldat
- français.--Prise de Port-Mahon.--Enthousiasme de Mme de Pompadour
- pour «le Minorquin».--Vaine intervention de Voltaire et de Richelieu
- pour l’amiral Byng.--Malveillance du comte d’Argenson.--Le retour,
- acclamé, de Richelieu.--Les figues de Minorque._
-
-
-Le 10 octobre 1756, Voltaire écrivait, des Délices, au Maréchal de
-Richelieu:
-
-«Souvenez-vous, mon héros, que, dans votre ambassade à Vienne, vous
-fûtes le premier qui assurâtes que l’union des maisons d’Autriche et
-de France était nécessaire et que c’était un moyen infaillible de
-renfermer les Anglais dans leur île, les Hollandais dans leurs canaux,
-le duc de Savoie dans ses montagnes et de tenir enfin la balance de
-l’Europe.»
-
-Richelieu fut-il jamais, et de bonne foi, partisan d’un système
-d’alliance[451] si fort en contradiction avec la politique
-avunculaire[452], qui, d’ailleurs, était celle d’Henri IV et dont la
-tradition s’était continuée sous le règne de Louis XIV? C’est assez peu
-vraisemblable, surtout en 1725, à l’époque où il avait pour mission de
-soustraire l’Espagne à l’influence autrichienne--moyen détourné, mais
-sûr, de contribuer à la pacification de l’Europe. A vrai dire, un fait
-nouveau venait de s’imposer à la méditation des diplomates. Depuis
-environ trente ans, une puissance, jusqu’alors sans prestige, presque
-une quantité négligeable au lendemain du traité d’Utrecht, s’était
-peu à peu formée, constituée, organisée, affirmée en un mot, devant
-l’Europe, où elle prétendait prendre place au Conseil des Nations, en
-attendant qu’elle fît, comme elle l’a, depuis, si souvent répété, «sa
-trouée dans le monde».
-
- [451] Dans ses _Mémoires authentiques_, Richelieu dit, au
- contraire, que le traité de Vienne, œuvre de Bernis «engagea la
- France dans une guerre où les généraux et les ministres firent
- tant de sottises que l’on fut obligé de faire la paix et de
- perdre comme à l’ordinaire».
-
- [452] Alors que, fidèle à la sage politique du chef de la
- dynastie bourbonienne, le Cardinal de Richelieu poursuivait,
- en s’assurant le concours de divers princes allemands,
- l’abaissement de la maison d’Autriche, si dangereuse pour
- la sécurité et pour l’unité de la France, la puissance de
- la Prusse n’existait qu’à l’état embryonnaire. Mais depuis
- longtemps, la rapacité des Hohenzollern, ses souverains,
- en avait agrandi peu à peu le misérable domaine par
- l’annexion, inique et féroce, de provinces voisines. Car la
- Prusse, quoiqu’elle ait toujours protesté de son dévouement
- désintéressé à la cause de la nationalité allemande, «n’a
- jamais vécu, suivant la forte expression de M. Lavisse,
- (_Études sur l’histoire de Prusse_) que de l’Allemagne et non
- pour l’Allemagne». Avec Frédéric II, elle devenait l’autre
- danger. Mme de Pompadour l’avait découvert... sans le savoir.
-
-La Prusse, reconnue, par grâce, comme royaume, en 1701 et 1713, d’abord
-faible et incertaine dans ses alliances en 1725, avait dû, à la science
-politique, au génie militaire et surtout à la fourberie impudente du
-monarque qui dirigeait ses destinées depuis 1740, de faire apprécier
-son importance et redouter son ambition par les peuples voisins.
-Car c’était une nation de proie, dont Frédéric II flattait, par ses
-conquêtes, des appétits qu’il partageait. Il avait profité de la lutte
-qui s’était engagée entre la France et l’Autriche, pour arracher à
-celle-ci une de ses provinces et attendait impatiemment l’heure de
-l’affaiblir, elle ou l’Allemagne, par de nouvelles spoliations. Puis
-c’était (la France ne le savait que trop) un allié d’une fidélité
-douteuse, d’ailleurs peu scrupuleux sur le choix des moyens et très
-inquiétant même pour ses amis. Aussi ses agissements avaient-ils
-provoqué une coalition d’États intéressés à repousser des prétentions
-que rien ne justifiait. Se targuant de principes philosophiques qui
-n’étaient bien souvent que des poussées de cynisme, le roi de Prusse
-avait cruellement offensé Mme de Pompadour par des propos d’une
-grossièreté inexcusable, pendant que l’impératrice Marie-Thérèse
-prodiguait à la Marquise ses plus flatteuses attentions. Le résultat
-d’une politique si contrastée ne se fit pas attendre. Louis XV laissait
-plus que jamais sa maîtresse tenir les rênes du gouvernement; et Mme de
-Pompadour eut vite décidé son amant à signer un traité d’alliance avec
-l’Impératrice-reine contre Frédéric II.
-
-Ainsi débuta cette campagne, si désastreuse pour la France, qui porte,
-dans l’Histoire, le nom de _Guerre de Sept ans_.
-
-Le roi de Prusse fut seul, d’abord, avec la Grande-Bretagne, à soutenir
-la lutte. Celle-ci avait commencé, à la fin de 1755, par la capture de
-bateaux français dont se saisirent les Anglais, dans la mer du Nord,
-avant même que la guerre fût déclarée.
-
-On décida de répondre à cette félonie en s’emparant de l’île de
-Minorque occupée alors par l’Angleterre. Et Richelieu qui commandait
-les côtes de la Méditerranée fut désigné comme chef de l’expédition
-projetée.
-
-Il venait de marier, en février 1756, sa fille Septimanie avec le
-comte d’Egmont-Pignatelli. La nouvelle épousée, dit le duc de Luynes,
-était «grande et bien faite»; elle avait «le visage agréable et un très
-bon maintien[453]». Mais, comme elle l’écrivait elle-même, elle «avait
-le cœur triste[454]». Elle avait échangé les plus tendres serments,
-sous les yeux indulgents de sa tante l’abbesse du Trésor, avec le comte
-de Gisors, l’aimable et noble fils du Maréchal de Belle-Isle[455]. Mais
-en ces temps où l’orgueil nobiliaire entendait ignorer les questions
-de sentiment, la duchesse d’Aiguillon, née Crussol, qui avait élevé
-Septimanie comme sa propre fille, avait arrêté en conseil familial
-(et on la nommait la Sœur du Pot des philosophes!) que les maisons de
-Richelieu et de Lorraine devaient s’opposer à tout projet d’union avec
-l’arrière-petit-fils de Fouquet, le ministre prévaricateur.
-
- [453] _Journal_ de LUYNES, t. XIV, p. 429, février 1756.
-
- [454] Comtesse d’ARMAILLÉ: _La comtesse d’Egmont_, p. 23.
-
- [455] _Ibid._, p. 39.
-
-Richelieu, dont la sécheresse de cœur nous est connue, ne s’embarrassa
-pas autrement de la douleur qu’allait laisser dans cette âme de vierge
-l’abandon de son beau rêve: l’amour chaste et pur était un mythe
-pour un tel libertin! Ce père égoïste et vaniteux[456] ne vit dans
-l’alliance princière qu’il imposait à sa fille qu’une illustration
-nouvelle pour la maison de Richelieu. Et il témoigna, en cette
-occurrence, de son esprit de gloriole, par une manifestation des
-plus mesquines, mais qu’approuve énergiquement le duc de Luynes, en
-admiration perpétuelle devant ce premier gentilhomme, qui faisait,
-chaque jour, du moindre manquement à l’étiquette, une affaire d’État.
-
- [456] Il ne savait même pas respecter sa fille, s’il faut
- en croire Dugas de Bois-Saint-Just, dans son livre _Paris,
- Versailles et les provinces_. A l’Opéra, un masque s’acharne
- après la comtesse d’Egmont. Il la pousse à bout et ne craint
- pas de lui dire qu’elle a une fraise sur la cuisse gauche:
- «Arrêtez cet homme», ordonne la comtesse indignée au garde de
- service. Le masque se découvre: c’est le Maréchal.
-
-«M. de Richelieu n’a pas voulu donner part du mariage de sa fille
-par des billets imprimés que l’on envoie à toutes les portes, mais
-seulement par des billets à la main envoyés aux parents; c’est, en
-effet, la règle.
-
-«C’est un véritable abus que d’envoyer des billets imprimés partout;
-on en reçoit tous les jours sur toutes sortes de mariages et auxquels
-on n’a aucune raison de prendre part. Lempereur, fameux joaillier, a
-marié sa fille depuis peu et a envoyé des billets imprimés à toutes les
-portes[457].»
-
- [457] _Journal_ de LUYNES, février 1756, t. XIV, p. 429.
-
-Une mode, qui, par extraordinaire, dure depuis deux siècles!
-
-Richelieu partit, en mars, avec son gendre et son fils, le duc de
-Fronsac, dont le régiment venait d’être supprimé, un beau régiment,
-hélas! en son «habit blanc à revers jonquilles, avec tricorne orné d’un
-pompon rose et d’une cocarde à ganse blanche sur le côté gauche[458]».
-
- [458] Comtesse d’ARMAILLÉ: _La comtesse d’Egmont_, p. 12.--Ce
- régiment de Septimanie avait été formé par Richelieu. Le roi
- en avait nommé Fronsac colonel, malgré l’opposition du prince
- de Dombes, opposition dont le Maréchal niait la légitimité
- (_Journal_ DE LUYNES, t. V, p. 339).
-
-C’était sur les instances de l’abbé de Bernis[459], à qui le Maréchal
-devait en grande partie, sa nomination, que celui-ci se rendait à
-Marseille, pour presser les préparatifs de l’expédition, fort retardés
-à Toulon, du fait de la Marquise, prétend Soulavie.
-
- [459] Frédéric MASSON: _Mémoires et Correspondance du cardinal
- de Bernis_ (Paris, 1878, 2 vol.), t. I, p. 253.--Aussi
- Richelieu écrivait-il à Bernis, le 5 mai 1756, une lettre en
- partie autographe sur son expédition à Minorque (Appendice du
- t. I, p. 450. _Archives des affaires étrangères_, France, Série
- brune. T. DCXI).
-
-Sans doute, quand Richelieu avait parlé à la Cour de prendre d’assaut
-Port-Mahon, ses ennemis l’avaient traité «d’étourdi et de présomptueux
-qui voulait la fin sans les moyens[460]».
-
- [460] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. IX, p. 235.--D’après CAMPARDON:
- _Mme de Pompadour et la Cour de Louis XV_, p. 207, la marquise
- aurait dit, en parlant de Richelieu: «Il lui faudrait quelque
- bonne disgrâce pour lui apprendre à ne douter de rien.»
-
-Mais Mme de Pompadour tenait trop au succès d’une guerre, qui
-était la sienne, pour chercher à le compromettre, dans le seul
-but de ridiculiser le général chargé de diriger les opérations.
-Jusqu’alors, par une fatalité constante, Richelieu avait vu chacune
-de ses expéditions navales entravée, ou arrêtée, à l’heure même de
-son embarquement. Dans la circonstance présente, «il avait jeté feu
-et flammes, car il craignait, avec raison, d’être prévenu par les
-Anglais[461]». D’Argenson, et peut-être Belle-Isle, devaient être
-tenus pour responsables d’une telle négligence. Mais, heureusement,
-l’activité des Marseillais avait su rattraper le temps perdu; et, le
-9 avril, Richelieu prenait la mer pour débarquer le 18, à Citadella,
-capitale de l’île[462]. Les grenadiers lui avaient réclamé l’honneur,
-suivant leur droit, de descendre les premiers à terre[463]. Et pendant
-que, au grand étonnement du gouverneur, Sir Blackney, demandant le
-motif d’une telle agression, les troupes françaises débarquaient sur
-la plage, «les députés, les magistrats et tous les corps de la ville»
-s’entassaient dans des chaloupes, «pour venir faire leur soumission» au
-Maréchal, qui avait envoyé M. d’Albaret, avec un tambour et quelques
-grenadiers, sommer Citadella de se rendre. Le matin, à la vue de la
-flotte, trois cents soldats anglais avaient quitté la ville[464], pour
-se renfermer dans le fort Saint-Philippe qui commandait la position de
-Port-Mahon, «place imprenable, s’il pouvait y en avoir», écrivait plus
-tard Richelieu.
-
- [461] _Mémoires et lettres_ de BERNIS, t. I, p. 255.
-
- [462] _Journal_ de LUYNES, t. XV, p. 39.--RAOUL DE CISTERNES:
- _La Campagne de Minorque_, d’après le _Journal_ du Commandeur
- DE GLANDEVEZ (1899).
-
- [463] DUGAS DE BOIS-SAINT-JUST: _Paris, Versailles et les
- Provinces_ (3 vol., 1817), t. II, p. 82.
-
- [464] _Journal_ de LUYNES, t. XV, pp. 39-40.
-
-Les épisodes du siège sont restés célèbres. La Cour en recevait un
-«journal» et des «relations» fréquentes, auxquels Luynes a fait de
-notables emprunts. C’étaient souvent des actes d’héroïsme tout à la
-gloire du soldat français, témoin ce canonnier, ancien déserteur, qui
-se réhabilita par son adresse et sa vaillance devant l’ennemi[465];
-puis l’ingénieuse idée, suggérée à Richelieu par Beauvau[466], pour
-combattre l’ivrognerie qui déshonorait l’armée. Le généralissime arrêta
-que tout soldat, convaincu de s’être enivré, serait déclaré indigne
-de monter à l’assaut: ce fut le salut du corps expéditionnaire[467].
-Beauvau rend encore au Maréchal cette justice qu’il avait su
-s’entourer d’un état-major, aussi remarquable par son intelligente
-bravoure que par sa parfaite distinction. Lui-même, Richelieu donnait
-l’exemple du sang-froid et de l’intrépidité.
-
- [465] RAOUL DE CISTERNES: _La Campagne de Minorque_, p. 360.
- Lettre de Richelieu au comte d’Argenson, 19 juin 1756.
-
- [466] _Souvenirs de la Maréchale de Beauvau et du Maréchal_
- (1872), p. 55. Appendice, p. 68.
-
- [467] On a toujours mauvaise grâce à se citer; nous ne
- voudrions pas cependant laisser ignorer que, pendant
- l’occupation de Minorque, on joua la Comédie au Camp français,
- avec cette belle humeur qui caractérise si bien nos soldats.
- Voir, à cet égard, dans le _Moliériste_ de 1888, notre étude
- sur le répertoire et les acteurs de ce théâtre improvisé.
-
-La Galissonnière, le chef d’escadre qui avait transporté les troupes à
-Citadella, contribua singulièrement à l’issue heureuse de la campagne.
-Le hasard avait fait tomber entre ses mains le tableau des signaux de
-l’escadre ennemie. En conséquence, le 19 mai, à la hauteur de l’île
-d’Aire, il attaquait, avec ses douze vaisseaux, les quatorze de la
-flotte anglaise; et bientôt, pour éviter un désastre, les amiraux Byng
-et Vouel, déjà fortement éprouvés, étaient obligés de se réfugier
-sous les canons de Gibraltar. Mais, quoique cette victoire eût permis
-au Maréchal de resserrer plus étroitement Saint-Philippe, il n’en
-réclamait pas moins, lui qui avait cru l’enlever en un tour de main, de
-nouveaux envois de troupes, de munitions et de vivres. Il reconnaissait
-d’ailleurs que d’Argenson les lui expédiait très exactement. Mais ses
-ennemis de Cour ne s’en montraient que plus âpres à critiquer les
-opérations et à s’en gausser librement. Puis, la plaisanterie tournait
-au tragique; on allait jusqu’à prétendre que Richelieu cherchait la
-mort, pour ne pas survivre à son déshonneur. Tout le monde n’était pas
-de cet avis, puisque Mme de Pompadour, elle-même, adressait, le 28 mai,
-à Richelieu, ce billet dans le style familier qui lui était personnel:
-
-«On nous a mandé de Toulon les plus jolies choses du monde: je les
-aimerais mieux de vos pattes de chat... Bonsoir, Monsieur le Minorquin,
-j’espère bien fort que vous êtes actuellement en pleine possession. Je
-rouvre ma lettre pour vous complimenter sur la bonne opération de M. de
-la Galissonnière... Nous attendons la nouvelle d’un second combat[468].»
-
- [468] _Correspondance de Mme de Pompadour_ (édition
- Poulet-Malassis, 1878). _Lettres à Richelieu._
-
-Ce fut seulement un mois après, le 28 juin, que Richelieu emporta
-d’assaut Saint-Philippe: «Cette entreprise téméraire, écrit Bernis,
-lui réussit par la valeur extraordinaire des troupes, par la mollesse
-des assiégés et surtout par l’inexpérience de M. de Blackney, à qui
-cependant la nation anglaise éleva une statue pour consacrer sa belle
-défense[469].»
-
- [469] _Mémoires et Lettres du Cardinal de Bernis_ (édit. Fr.
- Masson, 1878), t. I, p. 253.--_Mémoires authentiques du M{l} de
- Richelieu_ (inédits).
-
-Richelieu dépêcha aussitôt son gendre à Versailles avec les articles
-de la capitulation. En même temps, un laquais, parti en chaise de
-poste, apportait à Mme d’Egmont la nouvelle que son mari venait de
-débarquer à Marseille. Septimanie se trouvait à la Comédie italienne
-quand le courrier lui remit la dépêche. Elle faillit s’évanouir; et dès
-que le bruit de la victoire se répandit dans la salle, ce furent des
-«batteries de mains» et des acclamations sans nombre[470]. Aussitôt les
-acteurs, qui évidemment avaient pris leurs précautions, entonnèrent des
-chansons en l’honneur de la maison de Richelieu.
-
- [470] _Journal_ de BARBIER, t. VI, p. 335.
-
-Fronsac gagna au triomphe de son père la croix de Saint-Louis et la
-survivance à la charge de premier gentilhomme de la Chambre.
-
-L’allégresse fut générale dans tout le royaume, et Mme de Pompadour
-manifesta, la première, sa joie très vive de ce beau fait d’armes[471].
-
- [471] _Mémoires_ de Mme DU HAUSSET (édition Barrière), p. 60.
-
-Voltaire en délira presque. Il avait entretenu avec Richelieu,
-pendant la durée du siège, une correspondance suivie, dans laquelle
-il n’imaginait jamais de formules assez élogieuses, pour célébrer la
-gloire future de son héros. Mais, en homme pratique qui n’entend pas
-laisser au hasard le soin de régler ses affaires, en historien soucieux
-de sa documentation, il demandait au Maréchal, comme il l’avait déjà
-fait, en 1752, pour «ses Siècles[472]», un «petit journal de son
-expédition, qu’il «enchâsserait dans son _Histoire générale_ qui va
-de Charlemagne jusqu’à nos jours[473]». Il avait une foi absolue
-dans le succès de l’entreprise. Il avait parié vingt guinées contre
-un Anglais qui voyait déjà Richelieu prisonnier de guerre[474]...
-Aussi Voltaire avait-il adressé au Maréchal un compliment en vers
-qui disait précisément le contraire[475], «prophétie» en train de
-courir tout Paris, du fait peut-être d’un «secrétaire bel esprit» de
-Richelieu[476]. Depuis la victoire du général en chef, il a déjà reçu
-des poèmes pour lui: «Je suis, s’écrie-t-il, le bureau d’adresse de vos
-triomphes[477].»
-
- [472-473-474-475-476-477] _Correspondance de Voltaire_,
- 28 mars, 16 avril, 3 mai, 14 juin, 16 juillet 1756.
-
-Mais ce qui fait encore le plus d’honneur à Voltaire, dans ce
-débordement de panégyrisme à outrance, c’est le noble empressement
-qu’il apporte à solliciter l’intervention de Richelieu en faveur du
-malheureux amiral Byng, traduit devant la Cour martiale qui l’enverra
-au supplice le 14 mars 1757. Voltaire écrit, dit-il, au nom d’un
-Anglais (c’était peut-être bien lui) qui réclame pour le vaincu le
-témoignage du vainqueur: «Un seul mot de vous pourra le justifier...
-Vous avez contribué à faire Blackney pair d’Angleterre; vous sauverez
-l’honneur et la vie de l’amiral Byng.» Richelieu ne se déroba pas
-à cette généreuse mission. Mais ce fut en vain[478]. L’Angleterre
-traitait ses amiraux battus, comme plus tard la Convention ses généraux
-en déroute. Le pacte avec la victoire ou la mort!
-
- [478] _Correspondance de Voltaire_, 20 décembre 1756.
-
-Si Voltaire avait écrit, le 16 août, au triomphateur, pour lui
-rappeler, à propos de «l’envie et de l’ignorance» qui avaient criblé
-d’épigrammes l’expédition, les injures dont Villars avait été accablé
-avant Denain, il ne prévoyait guère l’accueil réservé par la Cour à
-Richelieu, après la prise de Port-Mahon. Quelques jours auparavant, le
-Maréchal, usant d’un expédient qui lui avait déjà tant de fois servi,
-écrivait à d’Argenson le ministre, pour lui demander son rappel, sous
-prétexte que sa «santé était mauvaise[479]». En réalité, Richelieu
-savait, à n’en pas douter, que sa conduite et ses opérations à Minorque
-étaient durement critiquées. Sa maîtresse, la duchesse de Lauraguais,
-lui continuant, mais avec plus de clairvoyance, les bons offices de Mme
-de Tencin, le tenait au courant des intrigues nouées contre lui.
-
- [479] _Journal_ de LUYNES, t. XV, p. 193, 16 août.
-
-Sa dernière lettre est très explicite:
-
- «17 août 1756,
-
- ... «Ce monstre de d’Argenson, tout en prônant votre victoire, a
- grand soin d’ajouter que, sans M. de la Galissonnière, tout aurait
- échoué. Il fait entendre qu’il a fait plus que vous, comme si le
- concours des forces de terre et de mer n’avait pas été nécessaire
- pour cette expédition! Il prétend que vous avez agi en soldat plus
- qu’en général, et que vous devez vos succès, plus au hasard et à
- des circonstances heureuses qu’à vos talents. Jugez de ma colère
- quand on m’a rapporté ces propos. J’ai été chez le garde des sceaux
- qui pense toujours comme je vous l’ai mandé. Il m’a assuré que le
- roi lui paraissait déjà moins satisfait qu’il l’avait été: il va se
- laisser gagner et vous perdrez peut-être tout le mérite d’une superbe
- expédition.
-
- «Mme de Pompadour qui paraît être maintenant exaltée sur votre
- compte, peut changer demain. Je sais que d’Argenson a passé hier
- quelque temps chez elle; et je crains qu’il ne jette son venin sur
- tout ce qu’il approche. Vous savez par expérience qu’elle vous aime
- selon l’occasion, et qu’aujourd’hui votre amie, elle sera demain
- contre vous. Il se présente une foule d’aspirants pour commander; et
- sûrement Soubise ne sera pas oublié.
-
- ... «Je vois qu’en général on est fâché de vous voir victorieux: une
- bonne défaite les aurait tous rendus contents... Venez promptement:
- on doit toujours profiter du premier moment... Soyez ici au plus tôt
- pour dissiper cet essaim de reptiles qui s’assemblent contre vous
- dans cette pétaudière.
-
- «Brûlez cette lettre[480].»
-
- [480] M. de Lescure, dans ses _Mémoires_ autobiographiques
- de Richelieu, donne cette lettre comme inédite et absolument
- authentique. Elle est, au surplus, tout à fait dans le
- caractère de l’intelligente créature qui l’écrivit; et l’avenir
- en démontra suffisamment la sagacité.
-
-Richelieu ne tint pas compte de cette dernière recommandation:
-peut-être ne lui parvint-elle pas en temps utile, car il était de
-retour à Paris, dans la nuit du 30 au 31 août, au milieu d’un énorme
-concours de peuple qui l’acclamait bruyamment.
-
-Quand il vint à la Cour, remarque Luynes, «on le trouva maigri, mais
-d’ailleurs en bonne santé». Le roi l’accueillit assez froidement: il se
-contenta de lui demander s’il avait mangé des figues de Minorque: «On
-les dit excellentes», ajoutait Louis XV, qui, à l’exemple de tous les
-Bourbons, prisait fort les plaisirs de la table.
-
-Quant à d’Argenson, il «chercha querelle» à Richelieu pour son retour,
-et «rejeta la chose sur Madame, qui en était enthousiasmée et ne
-l’appelait que le Minorquin[481]». Il donna encore au Maréchal d’autres
-preuves de sa malveillance, en écourtant «la liste de grâces» que lui
-avait proposée le vainqueur de Port-Mahon. Celui-ci, prudemment, «se
-tint alors derrière le rideau pour frapper contre les deux partis»,
-aussi bien d’Argenson que la Marquise et Bernis[482].
-
- [481] Mme DU HAUSSET: _Mémoires_ (édition Baudouin, 1824), p.
- 75.
-
- [482] _Mémoires_ de d’ARGENSON, t. IX, p. 348, novembre 1756.
-
-L’attentat de Damiens précipita la crise.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXV
-
- _Une déconvenue de Richelieu.--L’attentat de Damiens: c’est le
- Maréchal qui fait arrêter l’assassin.--Démarche adroite de Richelieu
- auprès de Mme de Pompadour.--Son intervention, inutile, mais désirée
- par le roi, auprès de l’archevêque de Paris.--Réconciliation publique
- de la Marquise avec Richelieu.--Elle vaut au Maréchal de remplacer, à
- l’armée de Westphalie, le comte d’Estrées, le vainqueur d’Hastembeck._
-
-
-L’année 1757 s’était ouverte pour le Maréchal sur une pénible
-impression. Quoique légèrement estomaqué par une réception répondant
-mal à son espoir d’une rentrée triomphale, l’adroit et ambitieux
-courtisan n’avait point abdiqué ses prétentions au poste de premier
-ministre, prétentions qu’il croyait plus justifiées que jamais, sans
-toutefois les avouer trop hautement. Aussi, quelle ne dut pas être
-sa déception, quand il vit ses espérances, sinon anéanties, du moins
-ajournées par une nomination imprévue! Les _Mémoires_ de Bernis nous
-tracent, le 2 janvier, un amusant croquis de la scène:
-
-«Le Maréchal de Richelieu qui remplissait cette année la charge de
-premier gentilhomme de la Chambre, me dit, un quart d’heure avant que
-le roi lui ordonnât de m’appeler pour me faire asseoir au Conseil:
-
---«Mais, pourquoi, ayant tant d’affaires à traiter avec le roi et ses
-ministres, ne demandez-vous pas les entrées de la Chambre? Si vous
-voulez, je me chargerais d’en faire la proposition au roi. Je lui
-répondis, en riant, que j’acceptais volontiers ses offices. Il fut
-fort étonné, un instant après, d’entendre le roi me dire:
-
---«L’abbé de Bernis, prenez place au Conseil[483].»
-
- [483] _Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis_ (édition
- Frédéric Masson), 2 vol., 1878, t. I, p. 312. Bernis ne fut
- secrétaire d’État aux affaires étrangères que le 27 juin
- 1757.--Richelieu, dans ses _Mémoires authentiques_, consacre
- une notice des plus curieuses à Bernis, qu’il appelle une
- «comète qui avait bien une queue très longue, mais à qui il
- manquait une tête» capable de tenir dignement sa place dans
- le Conseil. Richelieu signale les origines du ministre, ses
- liaisons féminines, surtout avec Mme de Pompadour, dont il
- était, à l’occasion, le _teinturier_.
-
-Le protégé de Mme de Pompadour, que Louis XV voulait déjà nommer
-ministre d’État, dans les derniers jours de décembre 1756, aurait pu
-écrire _stupéfié_, pour ne pas dire _indigné_. Eh quoi! ce prestolet
-d’abbé, parce qu’il avait su plaire à la favorite, entrait tout droit
-au Conseil, alors que lui, duc de Richelieu, Maréchal de France,
-illustre par sa naissance et par ses victoires, restait une fois de
-plus dans l’antichambre ministérielle!
-
-Trois jours après, un coup de théâtre, autrement inattendu, devait
-surprendre et bouleverser la Cour de Versailles. Le 5 janvier, à la
-tombée du crépuscule, Louis XV allait quitter le palais pour se rendre
-à Trianon. Son carrosse l’attendait sous la voûte; et le prince, assez
-mal éclairé par la lueur incertaine de deux flambeaux, atteignait déjà
-la dernière marche, quand il s’écria:
-
---«Duc d’Ayen, on vient de me donner un coup de poing.» Grand émoi. Le
-Maréchal de Richelieu, qui était derrière le roi, s’écrie à son tour:
-
---Qu’est-ce que c’est que cet homme avec son chapeau? Le roi tourne la
-tête, il porte la main à son côté, la retire pleine de sang et dit:
-
---Je suis blessé: qu’on l’arrête et qu’on ne le tue pas.»
-
-Damiens, qui avait frappé Louis XV, «était rentré si vivement par la
-trouée qu’il avait faite que personne n’avait vu le coup[484]».
-
- [484] _Journal_ du duc DE CROŸ (édit. de Grouchy et Cottin,
- 1906), t. I, p. 365. Les relations de l’attentat de Damiens
- sont fort nombreuses, et, sauf quelques variantes sans intérêt,
- concordent assez bien dans tous leurs détails. Nous avons
- choisi de préférence celle de Croÿ qui met plus directement en
- scène Richelieu.--Le Maréchal ne put témoigner au procès; il
- était parti pour l’armée.
-
-Mais lui seul était resté couvert; et ce fut la remarque de Richelieu
-qui le fit arrêter aussitôt par un valet de pied et par un garde du
-corps.
-
-Avec une présence d’esprit qui ne l’abandonnait pas dans les
-circonstances les plus critiques, le Maréchal, malgré son dépit et ses
-rancœurs, comprit tout le parti qu’il pouvait tirer de la situation;
-et, comme s’il eût été, par destination, le conseil et l’appui des
-favorites dans l’embarras, il s’échappa du chevet du roi pour aller
-trouver Mme de Pompadour qu’on avait éloignée et lui offrir, avec ses
-consolations, le réconfort d’un absolu dévouement[485].
-
- [485] FAUR: _Vie privée_, t. II, p. 173.--D’après SOULAVIE
- (_Mémoires de Richelieu_, t. IX, p. 159), Mme de Pompadour se
- serait plainte, au contraire, que, dans cette période critique,
- le Maréchal n’avait pas eu pour elle «tous les égards qui lui
- étaient dûs».
-
-La blessure du roi était insignifiante. Et l’amant revint à sa
-maîtresse, comme il était déjà revenu à Mme de Châteauroux.
-
-La Marquise, plus que jamais en crédit, obtint l’exil de
-d’Argenson[486] aux Ormes et de Machault, qui l’avait trahie, dans sa
-terre d’Arnouville.
-
- [486] _Les Mémoires authentiques_ contiennent de très piquants
- détails sur la disgrâce de ce ministre, qui «se croyait sûr de
- faire chasser Mme de Pompadour, parce que, pensait-il, le roi
- ne le renverrait jamais»; tel ce dialogue entre Richelieu et
- Maillebois, neveu de d’Argenson: _Maillebois_, d’un ton joyeux:
- «Le Machault vient de partir.--_Richelieu_: Et votre oncle
- aussi.»
-
-Mais le plus difficile restait à faire.
-
-La situation intérieure de la France était singulièrement troublée
-depuis cinq ans. Les querelles religieuses l’emportaient, par moments,
-sur les conflits politiques, quand elles ne les déterminaient pas.
-Le jansénisme, en majorité au Parlement, luttait contre le haut
-clergé, qui, depuis les premières années du XVIIIe siècle, entendait
-imposer à tous les fidèles, d’accord avec le Gouvernement, une
-adhésion sans réserves à la _Constitution Unigenitus_, œuvre de la
-diplomatie Vaticane. La résistance s’était surtout accentuée en
-1752. Pour la vaincre, les évêques avaient interdit aux curés de
-donner les sacrements aux jansénistes. Versailles avait pris parti
-pour l’épiscopat. Et cependant nombre de courtisans--Richelieu tout
-le premier--étaient plutôt imbus de l’esprit philosophique, en
-opposition avec l’intolérance cléricale. Mais il fallait sauvegarder
-quand même le principe d’autorité, partant la religion officielle,
-puisque le Gouvernement approuvait la campagne des évêques. Or, le
-Parlement la combattit et bientôt, devant le refus du roi d’accueillir
-ses remontrances, cessa de rendre la justice (5 mars 1753). Les
-conseillers, exilés à Pontoise, ne furent rappelés qu’en 1754, mais
-ils n’avaient pas désarmé; et quand la guerre éclata en 1756, ils
-se défendirent d’enregistrer les nouveaux impôts réclamés par le
-ministère. Il fallut recourir à de nombreux expédients pour trouver les
-ressources qu’exigeaient les circonstances. Mais, après l’attentat de
-Damiens, le Gouvernement dut passer par de nouvelles épreuves.
-
-Beaumont, l’archevêque de Paris, voulait alors faire d’une pierre
-deux coups. Devant l’effroi du monarque qui s’était cru, sur l’heure,
-mortellement frappé, il s’était demandé s’il ne pouvait recommencer
-l’éviction de Metz; et d’autre part il n’avait pas craint de dire que
-«le crime avait été commis par trahison et de dessein prémédité dans le
-Palais». Le Parlement n’aurait su être mieux visé[487].
-
- [487] _Mémoires historiques et anecdotes de la Cour de France_,
- par SOULAVIE, 1802, p. 335.
-
-Mme de Pompadour, qui se sentait atteinte, obtint du roi l’exil de
-l’archevêque. Mais Louis XV, avant de le faire signifier au prélat,
-avait envoyé auprès de lui Richelieu en négociateur. C’était déjà,
-en cette qualité, qu’il avait été accrédité par le roi auprès du
-premier président, lors de l’exil des parlementaires à Pontoise. Et
-cette mission, qui réussit, n’avait pas laissé que d’être laborieuse.
-Les procureurs généraux, que le Maréchal avait choisis comme
-intermédiaires, répétaient à l’envi que le roi s’était compromis par
-son coup d’autorité.
-
-Richelieu fut moins heureux avec Beaumont. Il le pria, au nom du
-prince, de se montrer plus conciliant, de donner la paix à l’Église et
-de ne plus insister sur la production des billets de confession qu’on
-exigeait des agonisants; il lui promit, en échange, de réprimer les
-écarts du Parlement.
-
---«Qu’on dresse un échafaud au milieu de ma cour, répliqua fièrement le
-prélat, et j’y monterai pour soutenir mes droits... car ma conscience
-ne me permet aucun accommodement.»
-
-Richelieu riposta à l’archevêque que sa conscience était une lanterne
-sourde qui n’éclairait que lui.--Et Louis XV «abandonna Beaumont à son
-conseil[488]».
-
- [488] _Mémoires historiques et anecdotes de la Cour de France_,
- par SOULAVIE, 1802, p. 335.--SOULAVIE: _Mémoires de Richelieu_,
- t. VIII, pp. 306 et suiv.
-
-La Marquise eût donc été mal venue à maintenir d’anciens griefs contre
-un galant homme qui paraissait avoir oublié tous les siens[489],
-puisqu’il venait de servir avec un tel désintéressement la cause et les
-intérêts de Mme de Pompadour si violemment attaquée par de puissants
-ennemis. Ne devait-elle pas, au contraire, le payer de retour? Et
-l’occasion s’en présentait, personne n’ignorant que Richelieu brûlait
-d’aller conquérir de nouveaux lauriers au-delà du Rhin. On prétendait
-que la duchesse de Lauraguais cabalait, sans relâche, en faveur de
-son amant, furieux[490] de la nomination du Maréchal comte d’Estrées,
-comme généralissime des troupes françaises en Allemagne; mais une
-influence, autrement prépondérante, était acquise à Richelieu[491],
-celle du fournisseur des armées, Pâris-Duverney. Ce «général des
-farines», ainsi que l’avait appelé le Maréchal de Noailles, était très
-écouté dans les Conseils du roi, d’autant qu’il était grand ami de
-Mme de Pompadour[492]. Il se piquait de connaissances militaires que
-faisait valoir une éloquence ardente et persuasive; c’était son plan
-dans l’expédition de Minorque qui, paraît-il, avait été adopté; et,
-naturellement, il en proposait un autre pour la guerre contre la Prusse
-et ses alliés, auquel Richelieu accordait ses préférences, et qu’il
-suivrait, sans nul doute, s’il remplaçait d’Estrées.
-
- [489] Le seul reproche qu’il lui faisait, c’était «d’avoir
- été trop faible pour ce monstre de d’Argenson.» (SOULAVIE:
- _Mémoires de Richelieu_, t. IX, p. 162.)
-
- [490] _Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis_ (édit.
- Frédéric Masson), t. I, p. 391.
-
- [491] _Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis_ (édit.
- Frédéric Masson), t. I, p. 392. «Pâris-Duverney, depuis la mort
- des Maréchaux de Saxe et de Löwendahl, et la prise de Minorque,
- s’était mis en tête que le Maréchal de Richelieu était aussi
- homme de guerre qu’homme de cour et d’intrigue.»
-
- [492] «L’homme de confiance», dit Mme DU HAUSSET (_Mémoires_,
- p. 126).
-
-Mais, pour que le projet aboutît, il fallait, de toute nécessité, une
-réconciliation publique, partant éclatante, entre la Marquise et son
-ancien adversaire.
-
-Le... cérémonial en fut réglé, de manière à ménager l’amour-propre des
-deux parties:
-
-«Il fut convenu qu’à Choisy le moment où le roi serait debout,
-environné de sa Cour, pendant le café, serait celui du raccommodement.
-Le Maréchal de Richelieu, debout et dans le cercle, se présenterait
-alors vis-à-vis de Mme de Pompadour. Stainville (le futur duc de
-Choiseul) irait causer une minute avec elle et viendrait prendre par la
-main M. le Maréchal de Richelieu.
-
-«Ce qui fut fait avec toute l’authenticité convenable[493]...» Soulavie
-ajoute que la Marquise montra «beaucoup d’embarras...», le Maréchal
-ayant désiré la publicité de cette réconciliation, «pour qu’il ne fût
-pas douteux que c’était Mme de Pompadour elle-même qui avait demandé le
-raccommodement».
-
- [493] _Mémoires de Richelieu_ (édition Soulavie), t. IX, pp.
- 162-163.
-
-Nous nous en tenons à notre version première: tous deux avaient trop
-d’intérêt à ce rapprochement, pour en avoir subordonné la sanction aux
-exigences de l’étiquette ou aux satisfactions d’une vanité puérile.
-
-D’autre part, s’il faut en croire Faur, Mme de Pompadour avait de
-profondes rancunes contre le Maréchal d’Estrées[494] qui aurait
-fait pendre un «vivrier» protégé de la Marquise, convaincu de
-prévarication[495]. Mais, elle-même, n’était-elle pas accusée, depuis
-longtemps[496], par l’opinion publique, de s’être effrontément enrichie
-par des gains illicites sur les fournitures de l’armée et par la vente
-de tous emplois au plus offrant et dernier enchérisseur? Et, par la
-nomination de Richelieu, ne s’assurait-elle pas, pour de futures
-opérations du même genre, la complicité du silence, chez un homme si
-peu scrupuleux, lui aussi, en pareille matière[497]?
-
- [494] D’Estrées aurait eu de graves démêlés avec le prince de
- Soubise, favori de la Marquise (_Journal_ de BARBIER, t. VI, p.
- 551).
-
- [495] FAUR: _Vie privée_, t. II, p. 175.
-
- [496] A la fin de 1751, la voix publique s’était élevée, si
- menaçante, contre de tels agissements, que la police reçut
- l’ordre de rechercher l’origine et la source de ces imputations
- scandaleuses. L’enquête fut confiée à cet intelligent et
- adroit inspecteur que nous avons déjà signalé, Meusnier; et
- son rapport conclut, comme bien on pense, au mal fondé de
- toutes ces récriminations, mais il faut savoir lire entre les
- lignes de ce document, chef-d’œuvre de diplomatie policière,
- qui débute ainsi: «Il serait assez difficile de dissuader tout
- Paris que la plupart des grâces, qui s’obtiennent, soit à la
- Cour, soit dans la finance, par le crédit de Mme la Marquise,
- ne soient _conditionnelles_, c’est-à-dire que tel qui n’a pas
- d’offres à faire pour exprimer sa reconnaissance, est sûr
- d’échouer.» (_Nouvelle Revue rétrospective_ de M. Paul Cottin
- du 10 oct. 1892.)--BIBL. DE L’ARSENAL, mss. 10251.
-
- [497] Le duc de Richelieu récompensa le service que lui rendit
- Mme de Pompadour «en fermant ses yeux sur l’irrégularité du
- trafic qu’elle faisait de toutes les places dans la partie des
- fourrages. Elle nommait intendants, commis, etc., ceux qui
- avaient donné le plus». (Mlle DE FAUQUES: _Histoire de Mme la
- Marquise_, p. 110.)
-
-Quelle que fût la cause qui détermina le rappel du comte d’Estrées,
-celui-ci ignorait sa disgrâce, alors qu’il battait à plate couture,
-près d’Hastembeck[498], le duc de Cumberland, fils du roi d’Angleterre,
-commandant en chef des alliés de Frédéric. La nomination de Richelieu,
-qu’il apprit presque aussitôt, était tenue encore secrète, que les
-équipages du Maréchal étaient en route pour Strasbourg. Mais cette
-désignation était, en quelque sorte, pressentie par Voltaire, qui, dans
-sa correspondance avec son héros, l’appelait de tous ses vœux:
-
- [498] Grâce au concours de Bréhan et de Chevert, et sur les
- instances de Belle-Isle, ami du Maréchal d’Estrées, «qui avait
- pénétré les intrigues secrètes de Pâris-Duverney, Richelieu et
- Mme de Pompadour», écrit Duclos (_Mémoires_, t. II, p. 285),
- heureux de trouver cette nouvelle occasion de déverser sa bile
- sur Richelieu, sa bête noire.--«La plate bataille soit dit
- entre nous», (lettre de Bernis à Stainville, du 1er août 1757).
-
-«Vous n’aviez pas déplu à la mère (ce fut un des romans de son
-ambassade à Vienne), vous serez le vengeur de la fille (8 décembre
-1756)...[499]»
-
- [499] Faut-il rappeler que, dans la campagne d’ineptes et
- abominables calomnies, poursuivie contre Marie-Antoinette,
- on racontait, en 1784, qu’elle était la fille du Maréchal de
- Richelieu... ou du roi de Prusse? (_Bibliothèque Nationale_,
- mss. 10364, de LEFEBVRE DE BEAUVRAY).
-
-Si Voltaire ne craignait «une balle vandale pour l’estomac de
-Richelieu», il voudrait voir «la _furia francese_ des soldats» du
-Maréchal, «contre le pas de mesure et la grave discipline» des
-Prussiens, (3 janvier 1757)...» «Je vous attends toujours dans le
-Conseil, dit-il, ou à la tête d’une armée (19 février)...»
-
-Et lorsque, enfin, Richelieu est parvenu à son but, Voltaire, après
-lui avoir rappelé la fameuse machine de guerre, combinée par Florian,
-le père du fabuliste et par Montigny de l’Académie des Sciences, ces
-«chars romains», ou «assyriens», qui, avec 600 hommes et 600 chevaux,
-doivent faucher en plaine une armée de 10.000 combattants, Voltaire
-s’écrie, le 19 juillet: «Je souhaite que vous preniez prisonnier
-Frédéric.»
-
-Le 25 août, il affirme encore plus énergiquement son espoir:
-
-«Vous ne traiterez pas mollement cette affaire-là; et, soit que vous
-ayiez en tête le duc de Cumberland, soit que vous vous adressiez au roi
-de Prusse, il est certain que vous agirez avec la plus grande vigueur.»
-
-Le 5 août, Richelieu, à la tête de troupes fraîches, avait rejoint
-l’armée de Westphalie, à Oldenbourg, où Valfons signale, avec
-enthousiasme, son arrivée et son aménité «caressante pour tout le
-monde». Son dialogue avec le jeune officier qu’il a reconnu, donne la
-note de cette entrée en scène:
-
---«C’est moi qui le premier vous ai mis dans le chemin de la gloire...
-A présent nous vivrons souvent ensemble.
-
---«Je le désire, Monsieur le Maréchal, mais à la façon dont je fais mon
-métier, on n’est pas toujours sûr de la durée de ce bonheur-là[500].»
-
- [500] Marquis DE VALFONS: _Souvenirs_ (2me édition Émile-Paul),
- p. 282.
-
- D’après les _Souvenirs_ de Mme de Beauvau (p. 60), Richelieu
- avait consulté son ancien compagnon d’armes à Minorque sur
- la conduite à tenir en Allemagne, pour faire observer la
- discipline dans les rangs de l’armée. Il présenta au roi
- des Mémoires de Beauvau qui concluaient au ravitaillement
- régulier et complet des troupes privées de vivres et de ce fait
- indisciplinées. Le Maréchal de Belle-Isle, bientôt ministre de
- la guerre, ordonna aussitôt d’augmenter la ration des troupes.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXVI
-
- _Campagne de Hanovre.--Instructions données au Maréchal
- de Richelieu.--Sa marche foudroyante.--La Convention de
- Closter-Seven.--L’imprudence du vainqueur.--Appréhensions de Frédéric
- II.--Désaccord de Bernis avec Richelieu: tergiversations de la Cour
- de Versailles et mauvaise foi du Cabinet de Saint-James.--Sommations
- tardives et impuissantes du Maréchal aux chefs de l’armée
- vaincue.--Conséquences du désastre de Rosbach.--Entrée en campagne de
- Ferdinand de Brunswick.--Comment Richelieu le contient.--Il demande
- son rappel: le comte de Clermont le remplace._
-
-
-Nous sommes arrivé au point culminant de la vie politique et militaire
-du Maréchal de Richelieu, à ce moment critique, où la Fortune, qui
-semblait l’avoir pris par la main, pour le conduire, en pleine lumière,
-aux plus hautes destinées, se déroba tout-à-coup, le laissant, au
-milieu des ténèbres, dans le plus complet désarroi. Il volait au
-triomphe et se vit soudain entravé. Il était le maître à Closter-Seven
-et ne sut empêcher Rosbach.
-
-Un de ses panégyristes à outrance, qui se pose trop volontiers en
-profond psychologue, résume assez bien cette étrange situation de
-Richelieu, réserve faite du rôle tendancieux attribué par l’historien à
-la coterie philosophique:
-
-«L’auteur a trouvé les véritables causes de la perte de la bataille de
-Rosbach dans le manque de foi des signataires de la capitulation de
-Closter-Seven, révélation immense pour notre gloire nationale, trahie,
-vendue par les écrivains philosophes dévoués au roi de Prusse.
-
-«Voici les faits:
-
-«Le Maréchal de Richelieu marche en avant, occupe Hanovre le 14 août,
-Brunswick le 18, Bremen le 22. Il accule le duc de Cumberland entre
-l’Elbe et la mer, et alors est signée la Convention de Closter-Seven,
-puis l’acte supplémentaire (28 septembre). Les troupes allemandes
-au service de l’Angleterre doivent être renvoyées et les Anglais
-demeurer dans le Holstein sous la garantie du roi de Danemark (1757).
-La première partie des instructions données au Maréchal de Richelieu
-est ainsi accomplie. L’armée anglaise est dissoute: il va marcher sur
-le roi de Prusse pour l’acculer sur le corps du prince de Soubise,
-lorsqu’il est tout d’un coup arrêté par le refus que fait l’Angleterre
-de ratifier la convention; les soldats allemands au service du duc de
-Cumberland vont rejoindre le corps prussien du prince Ferdinand (et
-pourtant ils avaient promis de ne plus servir contre la France) et
-c’est alors que Frédéric tombe sur le prince de Soubise à Rosbach[501].»
-
- [501] CAPEFIGUE: _Le Maréchal de Richelieu_, 1857 (p. 8).
-
-Ce que ne dit pas cet apologiste de la stratégie de Richelieu, c’est
-que le Maréchal commit une faute qui lui fit perdre tous les bénéfices
-de sa glorieuse campagne; mais si son erreur comporte, dans une
-certaine mesure, des circonstances atténuantes, la mauvaise foi de
-l’Angleterre n’admet aucune excuse.
-
-Le 17 juillet 1757, avant son départ, le nouveau généralissime
-recevait du roi des instructions[502] corroborant celles dont le comte
-d’Estrées avait été précédemment muni:
-
- [502] _Bibliothèque de l’Arsenal_, Manuscrit 4518: Portefeuille
- d’Argenson, Papiers Montboissier fº 145.--La pièce est
- reproduite dans la Correspondance (imprimée) de Richelieu
- avec Pâris-Duverney en 1756, 1757, 1758, pendant la campagne
- d’Allemagne.
-
-«Lorsque Sa Majesté, déclarait ce document, a pris la résolution, au
-mois de juin dernier, d’assembler deux nouvelles armées en Alsace, sous
-les ordres du Maréchal de Richelieu et du prince de Soubise, elle avait
-principalement en vue de faire une diversion puissante en Allemagne,
-capable d’arrêter les progrès du roi de Prusse, d’intimider les princes
-de l’Empire, qui paraissent disposés à se prêter aux projets dangereux
-de ce prince...»
-
-Ces instructions laissaient «à la capacité, à l’expérience, aux
-lumières» du Maréchal, le soin de «prendre le parti le meilleur et le
-plus convenable», pour opérer avec succès contre le duc de Cumberland.
-
-Ce document visait le siège éventuel de Magdebourg; mais «on ne saurait
-se flatter d’en exécuter le plan qu’en rejetant l’ennemi, dès cette
-année, au-delà de l’Elbe.»
-
-Il fallait, en outre, «disposer du pays entre l’Elbe et le Weser pour
-assurer les subsistances de l’armée..., s’occuper de l’état et de
-l’entretien des chemins pour le ravitaillement et autres opérations
-de guerre...» Enfin le général en chef devait rester en communication
-ininterrompue avec le prince de Soubise et même avec le duc de
-Saxe-Hilderburghausen qui commandait l’armée des Cercles, destinée à
-se fondre dans le corps dirigé par le prince de Soubise.
-
-Il fallait encore tenir la main à «la rigide observation de la
-discipline» et surtout «punir la maraude...»
-
-La correspondance, échangée entre le Maréchal de Richelieu et
-Pâris-Duverney[503], note la marche rapide du généralissime et
-l’_embouteillage_--si le mot avait été d’usage à cette époque--de
-l’armée de Cumberland dans le camp de Stade. Elle précise nettement
-l’attitude adoptée par le Conseiller d’État au cours de la campagne
-et son impérieux désir de faire prévaloir ses idées personnelles dans
-les services d’intendance. Son mémoire «sur les raisons spéciales
-qui doivent engager le Maréchal de Richelieu à prendre ses quartiers
-d’hiver à Halberstadt;» ses «réflexions sur la situation de l’armée
-du roi entre le Weser et l’Elbe,» à la date du 13 août, disent assez
-l’autorité que lui donnaient, à la Cour, son crédit, ses relations, ses
-attributions officielles et surtout son indiscutable compétence.
-
- [503] Cette Correspondance, parue en 1789, par les soins du
- Général de Grimoard, sort évidemment de l’officine de Soulavie.
- C’est, dans cette même maison de librairie, que se débitèrent
- plus tard, en partie, les _Mémoires_ de Saint-Simon, annoncés
- d’ailleurs sur une feuille de garde et déjà connus par une
- édition antérieure.
-
-En réalité, ce grand pourvoyeur des armées royales ne prévoyait, dans
-les opérations futures de Richelieu, qu’une démonstration militaire,
-assurément heureuse, mais semblable à celle des campagnes précédentes;
-aussi le blocus, foudroyant, pour ainsi dire, du corps de Cumberland,
-semble-t-il, en dépassant toutes les espérances, déranger tous les
-plans. Bernis, qui ne laisse jamais échapper l’occasion de critiquer
-Richelieu (il savait plaire ainsi à la favorite), Bernis estime que le
-Maréchal fut le plus imprudent des hommes, en allant «forcer l’armée
-hanovrienne dans un camp marécageux[504]».
-
- [504] BERNIS: _Mémoires et Lettres_ (édités et authentiqués
- par M. Frédéric Masson), t. I, p. 406.--Dictés quelques
- années plus tard, dans le silence du Cabinet, les _Mémoires_
- concluent presque toujours, et parfois fort injustement, à la
- condamnation de Richelieu. La _Correspondance_, écrite au jour
- le jour, est, au contraire, moins suspecte de partialité.
-
-C’était cependant un coup de maître; car, le 8 septembre, le fils du
-roi d’Angleterre se résignait à la capitulation connue dans l’Histoire
-sous le nom de _Convention de Closter-Seven_. Les stipulations, dictées
-par Richelieu, étaient bien telles qu’il ne cessa, en toute occasion,
-de les rappeler. Les troupes allemandes mercenaires, réunies sous
-les ordres de Cumberland, devaient, comme celles de Hanovre, être
-internées dans des campements déterminés, ou renvoyées dans leur pays
-et s’engager à ne plus servir contre la France, pendant la durée de la
-guerre[505].
-
- [505] Dans son _Traité des grandes opérations militaires_ (3e
- édition), t. I, p. 318, Jomini dit qu’il fallait «détruire ou
- prendre l’armée»; c’était un coup mortel pour Georges II et
- la France eût été l’arbitre de la paix.--De même, Napoléon,
- à Sainte-Hélène (_Mémoires_ publiés par Montholon, t. V, p.
- 213) estime la Convention de Closter-Seven «inexplicable».
- Le duc de Cumberland, disait-il, était perdu; il était
- obligé de mettre bas les armes et de se rendre prisonnier;
- il n’était donc possible d’admettre d’autres termes de
- capitulation que ceux-là.--Le geste, chevaleresque comme celui
- de Fontenoy, lequel coûta si cher à l’armée française, est la
- seule explication qu’on puisse donner de cette capitulation
- imparfaite, «un traité véritable», affirme M. F. Masson.
-
-Mais, pour ménager l’amour-propre des vaincus, et, sans doute, par un
-de ces sentiments chevaleresques dont la tradition fut bien oubliée
-depuis, Richelieu avait laissé aux soldats leurs armes[506]. Il avait
-foi dans la parole de leurs chefs. Ce fut une généreuse imprudence dont
-la France allait bientôt payer les frais.
-
- [506] Marquis DE VALFONS: _Souvenirs_, (2me édition Émile-Paul)
- p. 290. Pour témoigner son estime à cette armée vaincue,
- Richelieu n’avait pas voulu introduire dans la capitulation la
- clause du désarmement, mais d’après les confidences faites à
- Valfons, il «avait toujours compté la faire exécuter». Bernis
- écrira plus tard que le Maréchal l’exigea brutalement.
-
-Deux jours avant, le 6 septembre, le roi de Prusse avait écrit au
-vainqueur une lettre restée célèbre, lettre presque suppliante sous sa
-forme désinvolte, où Frédéric, aux abois, pressentait le petit-neveu
-d’un homme d’État, illustre entre tous, sur l’éventualité de son
-intervention--qui serait un bienfait--auprès de Louis XV: «Un Richelieu
-ne pouvait rien faire de plus glorieux, que de travailler à rendre
-la paix à l’Europe[507].» Le Maréchal lui répondit, en termes d’une
-exquise politesse, qu’il n’avait aucune instruction dans ce sens,
-mais qu’il allait envoyer immédiatement un courrier à Versailles,
-pour rendre compte au roi des ouvertures de Frédéric. On sait quelle
-suite fut donnée à cette pressante démarche. Louis XV fit aviser son
-ennemi--l’ennemi de Mme de Pompadour--qu’il emploierait jusqu’à son
-dernier soldat pour réduire le roi de Prusse[508].
-
- [507] Frédéric était, d’ordinaire, moins obséquieux avec
- nos officiers supérieurs. Au dire de Voltaire, il traitait
- les généraux français de «généraux de comédie». Sa lettre à
- Richelieu, telle que la publient les _Souvenirs_ de VALFONS,
- diffère, dans ses termes, de celle qui est restée classique. Il
- s’y trouve (p. 312) notamment cette phrase que ne contient pas
- le document historique: «Il est impossible que le roi de France
- désire ma perte entière; c’est trop contre ses intérêts et je
- ne puis le croire véritablement mon ennemi.»
-
- [508] Marquis DE VALFONS: _Souvenirs_, p. 313. «L’abbé de
- Bernis, ministre des affaires étrangères, obsédé par le comte
- de Stahremberg, ambassadeur de Vienne, qui lui représentait
- toujours le roi de Prusse sans nulle ressource, défendit, de la
- part du roi, à M. de Richelieu, d’entrer avec lui dans nulle
- négociation, déclarant que le roi emploierait jusqu’à son
- dernier soldat pour le réduire.» Déjà, au moment où Richelieu
- entrait en campagne, le duc de Cumberland avait écrit au
- Maréchal pour négocier la paix; et celui-ci lui avait répondu,
- en termes très fermes, quoique très mesurés, que le roi l’avait
- envoyé uniquement pour combattre. Richelieu n’en avait pas
- moins communiqué au gouvernement la requête de l’ennemi; et
- Bernis lui déclara que le roi consentirait volontiers à la
- paix, le jour où ses alliés auraient reçu les réparations qui
- leur étaient dues.
-
-Voltaire, qui avait fini par se réconcilier avec son ami le
-prince-philosophe, sans oublier toutefois les avanies dont celui-ci
-l’avait abreuvé quatre années auparavant, Voltaire cherchait, de
-son côté, à émouvoir le Maréchal sur le sort de Frédéric. Il le
-représentait résolu au suicide, s’il se voyait à bout de ressources; et
-«sa sœur, la margrave de Bayreuth, ne lui survivrait pas». Voltaire en
-parlait savamment, puisqu’il était en correspondance suivie avec l’un
-et l’autre.
-
-Ce n’était pas, comme on l’a trop souvent répété, qu’il sollicitât
-quelque lâche complaisance de son héros pour le roi de Prusse; il était
-convaincu, au contraire, que Richelieu terminerait cette campagne
-comme il avait déjà terminé «celle du Hanovre et de la Hesse...».
-«Oui, disait-il, vous jouirez de la gloire d’avoir fait la guerre
-et la paix.»--Une paix à jamais mémorable, c’était bien le rêve que
-poursuivait le général victorieux.
-
-Aussi avait-il accepté, pour la négociation qui devait y conduire,
-la médiation du roi de Danemark, suggérée par l’ambassadeur de
-France Ogier. Le ministre Lynar, représentant du prince, Lynar, dont
-l’Angleterre payait, suivant Bernis, les bons offices, donnait au
-Maréchal l’illusion qu’il était l’homme nécessaire en de telles
-conjonctures; et, pour flatter une vanité accessible à toutes les
-idolâtries, il avait fait exécuter le buste en marbre du vainqueur, la
-tête ceinte d’une couronne de lauriers[509].
-
- [509] _Mémoires et Lettres de Bernis_, t. II, p. 19.--Soulavie
- affirme également la traîtrise de Lynar.
-
-Richelieu, dès l’entrée en pourparlers, avait expédié à Louis XV un
-courrier pour lui annoncer le projet de capitulation. Bernis crut que
-cette dépêche «exposait une simple idée»; et l’homme qui, précédemment,
-tenait pour la dernière des imprudences la manœuvre militaire de
-Richelieu, lui signifia aussitôt «qu’il n’y avait point d’autre
-négociation à faire avec les Hanovriens qu’en forçant leur camp et
-qu’en les culbutant dans l’Elbe, que le Maréchal ne devait pas oublier
-comment ils avaient violé, en 1744, la convention de neutralité que le
-roi avait stipulée avec eux».
-
-Louis XV approuva la réponse de son ministre, mais non sans une pointe
-de scepticisme:
-
---«Vous ne connaissez pas le Maréchal: ce qu’il annonce comme un projet
-est peut-être déjà exécuté; dépêchez un second courrier et annoncez,
-de ma part, à M. de Richelieu de n’entamer aucune négociation et de
-renvoyer à Fontainebleau (où la Cour était alors) toutes celles qui
-pourraient être entamées[510].»
-
- [510] _Mémoires et Lettres de Bernis_, t. II, p. 20.
-
-Le roi ne s’était point trompé. Deux jours après son entretien avec
-Bernis, le duc de Duras arrivait à la Cour, porteur des articles de la
-capitulation signée par Richelieu et Cumberland.
-
-«Jamais surprise ne fut égale à la mienne, écrit le ministre; elle
-augmenta en voyant la manière dont cet acte était dressé; j’y vis à
-l’instant tous les malheurs qui devaient naître d’une si dangereuse
-imprudence[511]. Le Maréchal de Richelieu avait déjà instruit toute
-la Cour et Paris de son triomphe par ses lettres. On disait hautement
-qu’il avait fait mettre bas les armes à une armée entière, que la paix
-était faite. Dans la même matinée, arriva la nouvelle de la victoire
-des Russes, remportée bien malgré lui par le général Apraxin sur les
-Prussiens, en sorte que le public ne douta pas que ces deux événements
-ne terminassent la guerre. Presque tous les ministres applaudissaient
-à la gloire du Maréchal; et les femmes qui comptaient bientôt revoir
-leurs maris et leurs amants étaient enchantées.»
-
- [511] Ce qui n’empêche pas Bernis, dont les variations furent
- si nombreuses en cette affaire, de joindre tout d’abord ses
- plus chaudes félicitations à celles du roi, de la Marquise et
- de toute la Cour.--JOBEZ (_La France sous Louis XV_, t. V, p.
- 41) signale, lui aussi, l’enthousiasme de Bernis et reproche au
- ministre de n’avoir pas immédiatement ratifié la capitulation.
-
-Duras gagna même à l’enthousiasme général la charge de premier
-gentilhomme de la Chambre.
-
-Or, d’après Bernis, Richelieu n’avait d’autre pouvoir, comme «général
-d’armée», que de «faire une capitulation» qui devenait un traité après
-sa «ratification». Les articles pour lesquels le duc de Cumberland
-avait engagé sa parole d’honneur et qui devaient être exécutés dans
-le plus bref délai, n’étaient, toujours au dire de Bernis, qu’un
-trompe-l’œil: l’ennemi avait voulu gagner du temps, pour réduire à
-néant les avantages de Richelieu; le Maréchal aurait dû imposer une
-date ferme et prendre des otages.
-
-Le raisonnement ne laissait pas que d’être subtil: peut-être était-il
-juste au point de vue diplomatique; mais il dissimulait mal le dépit
-de ministres jaloux d’un succès qu’ils n’avaient pas prévu, et surtout
-l’appréhension de Mme de Pompadour que le triomphe, si largement
-escompté, du prince de Soubise n’en fût amoindri.
-
-Cependant, on n’envoie pas la ratification instamment réclamée par
-Richelieu. Et Bernis en revient toujours à l’irrégularité, pour ne pas
-dire l’inanité, de la Convention de Closter-Seven. Le Maréchal, dit-il,
-a craint de s’enfoncer dans les boues du pays et de compromettre sa
-réputation militaire par l’attaque du camp de Stade qu’il jugeait
-périlleuse. S’il l’eût enlevé de force, l’armée du prince de Cumberland
-était perdue sans ressources, adossée qu’elle était à l’Elbe, un bras
-de mer à cet endroit. Elle eût mis bas les armes: c’était alors une
-véritable capitulation[512].
-
- [512] Pouvait-on reprocher à Richelieu d’avoir épargné le
- sang de ses soldats, puisqu’il avait la «parole d’honneur»
- de Cumberland; et, en réduisant l’armée ennemie au désespoir
- par un coup de force, n’exposait-il pas la sienne aux hasards
- d’une action que la chance des batailles pouvait retourner
- contre elle? Bernis, lui-même, ne le laisse-t-il pas entendre
- (t. I, p. 406)? D’ailleurs, dans le chapitre, si intéressant
- que les _Mémoires authentiques_ consacrent à Bernis, Richelieu
- s’exprime, en termes des plus amers, sur la conduite du
- ministre à son égard. Alors qu’il pensait avoir laissé à la
- Cour un de ses meilleurs amis dans la personne de Bernis,
- celui-ci, prétendant à tort, sur de fausses apparences, que le
- Maréchal avait voulu le faire exclure du Conseil, lui «jouait
- un tour plus cruel encore pour l’État», car ce fut lui, affirme
- Richelieu, qui «fit rompre la Capitulation». Les _Mémoires
- authentiques_ passent très rapidement sur la Convention de
- Closter-Seven; le _Mémoire_ de 1783, remis à Louis XVI, la
- défend, au contraire, longuement et non sans chaleur.
-
-Ici, Bernis fait trop voir qu’il est le porte-parole de la
-Marquise; il ajoute que, si Richelieu a bâclé cet «acte» avec autant
-d’irréflexion, c’est qu’il n’a pas voulu laisser au prince de Soubise
-la gloire de conquérir la Saxe et d’en chasser le roi de Prusse.
-
-Bernis n’était pourtant pas si rassuré sur le sort du protégé de la
-Marquise, car il écrivait, le 27 septembre, au comte de Stainville,
-ambassadeur de France à Vienne:
-
-«Pourvu que M. de Soubise ait le temps d’être secondé par M. de
-Richelieu, le roi de Prusse aura de la peine à se sauver de l’équipée
-qu’il a faite[513]...»
-
- [513] _Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis_ (édit. F.
- Masson). _Lettre à Stainville_, t. II, p. 121.
-
-Déjà, trois jours auparavant, dans cette même _Correspondance_,
-dont les impressions contredisent si souvent les appréciations des
-_Mémoires_, Bernis confiait à Stainville les embarras que donnaient à
-Soubise les troupes des Cercles, où chacun des principicules qui les
-avaient fournies prétendait commander. Mais la Convention de Richelieu
-le rassurait: il l’estimait «très bonne dans un sens[514]».
-
- [514] _Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis_ (édit. F.
- Masson). _Lettre à Stainville_, 24 septembre, t. II, p. 118.
-
-C’était un leurre. Las d’attendre, le Maréchal était parti,
-conformément à ses instructions, avec presque toute son armée, pour
-le campement d’Halberstadt. Il devait y rester du 28 septembre au 5
-novembre. Il commettait là une double faute: il se condamnait d’abord à
-l’inaction; puis il ne laissait devant Stade qu’un rideau de troupes,
-trop faible pour exercer un rigoureux contrôle sur la stricte
-exécution des clauses de la capitulation par les armées hessoise et
-hanovrienne[515].
-
- [515] _Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis_ (édit F.
- Masson), t. II, p. 25.--_Lettre à Stainville_, t. II, p. 131.
-
-Dans ses _Mémoires_, Bernis, ratiocinant sur un fait de guerre, qu’il
-juge aujourd’hui désastreux, dit que «s’il avait été le maître, il
-aurait rejeté cette monstrueuse capitulation et rappelé le général qui
-avait eu l’imprudence ou la malice de la conclure[516]».
-
- [516] Soulavie est plus explicite encore que Bernis: celui-ci,
- en parlant de _malice_, laisse entendre que Richelieu a voulu
- jouer un bon tour à Soubise et à sa protectrice: «Soulavie va
- plus loin, dit M. F. Masson, il affirme (_Mémoires_, t. IX, p.
- 198) que Richelieu correspondait avec Frédéric au moyen d’une
- machine à chiffrer, que lui, Soulavie, remit à Lebrun, le
- ministre, le 10 octobre 1792, et il tire de cette complicité
- entre les deux amis de Voltaire des conclusions auxquelles
- je renvoie le lecteur et qui sont de nature à édifier sur le
- patriotisme des diplomates révolutionnaires.»
-
-Et, comme pour justifier des retards, auxquels participait d’ailleurs
-le Cabinet de Saint-James, on épiloguait à Versailles, avec
-Bernis[517], sur «ce singulier traité conclu entre trois personnes, qui
-n’avaient aucun pouvoir des Cours au nom desquels ils traitaient...
-M. de Lynar est parti de Francfort apparemment par les ordres du roi
-(de Danemark) son maître, mais sans aucun pouvoir par écrit; M. de
-Cumberland n’en avait point du roi son père et M. de Richelieu n’en
-avait aucun du roi.»
-
- [517] Luynes (t. XVI, p. 248), toujours l’écho des bruits de
- la Cour, en consigne les acerbes critiques: «Il n’y a rien
- d’écrit, tout était verbal. Il n’a rien été stipulé par rapport
- aux troupes de Hesse et de Brunswick, ni pour qu’elles fussent
- désarmées, ni pour qu’elles ne servissent point pendant un
- certain temps contre les troupes françaises et autrichiennes
- et leurs alliés. Il a été dit seulement qu’elles seraient
- réparties et dispersées suivant la volonté de leurs Souverains.
- _Il est vrai qu’avant la Convention dont il vient d’être parlé,
- le ministre de Brunswick à Vienne y avait conclu un traité,
- par lequel il était porté que les_ TROUPES SERAIENT DÉSARMÉES,
- CE QUI N’A POINT ÉTÉ EXÉCUTÉ.» Le traité était le fait de
- Stainville (BERNIS, t. II, p. 9).
-
-Le Maréchal tenait, au contraire, sa Convention pour bonne; et,
-flairant déjà la mauvaise foi de ses co-contractants, il entendait que
-les termes de la capitulation fussent immédiatement exécutoires.
-
-Cependant, Bernis s’était ravisé; pensant qu’après tout cette
-Convention, régulièrement observée, pouvait être avantageuse et
-glorieuse pour le roi, il avait décidé Louis XV à l’accepter. Celui-ci
-écrivit donc à Richelieu qu’il la ratifierait, aussitôt que le roi
-d’Angleterre l’aurait sanctionnée de sa signature. En même temps,
-Bernis retournait au Maréchal son acte modifié et stipulant le
-désarmement des troupes hessoises: «M. de Richelieu, écrivait-il à
-Stainville, voudra bien dorénavant, dans ce qui touchera au politique,
-attendre que je lui fasse passer les ordres du roi[518].»
-
- [518] _Mémoires et Lettres de Bernis_, t. II, p. 127. Lettre à
- Stainville du 8 octobre 1757.
-
-Les Hessois et les Brunswickois, écrit Valfons, commençaient à sortir
-des marécages de Stade, quand Richelieu en arrêta le mouvement. La Cour
-n’envoyait pas de ratifications, et réclamait le désarmement préalable.
-Le Maréchal chargea son fidèle Valfons de le négocier; mais celui-ci
-se heurta au refus formel du général Donep: «Les fusils de nos soldats
-ne sont pas des quenouilles», riposta l’officier allemand. Il laissa
-cependant entendre qu’il céderait à la violence[519].
-
- [519] Marquis DE VALFONS: _Souvenirs_, (2me édition Émile-Paul)
- p. 290.
-
-D’autre part, Richelieu engageait, dans les premiers jours de novembre,
-une correspondance des plus suivies et des plus animées avec le
-landgrave de Hesse et le duc de Brunswick, avec Zastrow «général en
-chef de l’armée de S. M. Britannique, depuis le départ de S. A. R. Mgr
-le duc de Cumberland», avec Bernis, avec le ministre de Brunswick et
-Lynar, le plénipotentiaire danois[520].
-
-Ces documents, qu’il serait trop long de publier et même d’analyser,
-sont cependant des plus instructifs. Ils reflètent à souhait l’état
-d’âme des divers personnages qui les ont signés: quelques lignes
-suffiront à définir leurs mentalités respectives.
-
-Craignant, dans son amour-propre de soldat et de gentilhomme, d’avoir
-été pris pour dupe, Richelieu réclame instamment l’exécution des
-articles de la Convention. S’il ne reçoit pas une satisfaction
-immédiate, il menace les ministres de Hanovre et de Hesse de «brûler
-leurs maisons et même les maisons royales», de dévaster et de saccager
-le pays. Quand «la parole d’honneur est faussée, écrit-il, ce procédé
-est légitime et nécessaire, quelque répugnance qu’il ait naturellement
-de ces sortes de violence et de faire souffrir les innocents[521]».
-
- [520-521] _Bibliothèque de l’Arsenal_, manuscrit 4518. Papiers
- Montboissier.
-
-La réponse du landgrave de Hesse est marquée au coin de la mauvaise
-foi la plus insigne: le prince gémit sur les exactions dont souffre
-son pays depuis la guerre; et, ruiné comme ses sujets, il ne saurait
-se passer des subsides que lui consent la Grande-Bretagne, en échange
-de ses troupes. Or, l’Angleterre ne reconnaissant pas une Convention
-conclue sans sa participation, il est bien obligé d’en décliner les
-obligations. Il n’est pas inutile de remarquer que le landgrave avait
-longtemps amusé le Maréchal avec l’idée de louer ses mercenaires au roi
-de France[522].
-
-Le Général de Zastrow se distingue, dans ses lettres, par une
-raideur voisine de l’insolence. Il reprend tout simplement la thèse
-du landgrave sur les exactions commises par l’armée française; et
-il prétend qu’«elles fournissent les titres les plus légitimes et
-autorisent le roi d’Angleterre à s’estimer dégagé de toutes les
-obligations» ressortissant à la capitulation de Closter-Seven[523].
-
-Seul, le duc de Brunswick (et encore Bernis le traite-t-il de
-faux bonhomme) avait protesté dans un «rescrit aux ministres de
-Hanovre» contre une rupture à laquelle ils voulaient le forcer: il
-leur reprochait durement de manquer à leurs engagements et il «ne
-connaissait puissance au monde», qui fût en droit de disposer de sa
-parole de prince et de ses promesses[524].
-
- [522-523-524] _Bibliothèque de l’Arsenal_, manuscrit 4518,
- Papiers Montboissier.
-
-Dans le recueil de documents que nous venons de signaler, se trouve
-une lettre de Richelieu à Bernis, où s’affirme, avec l’intention très
-nette du Maréchal d’en finir avec ces atermoiements, son irritation
-persistante contre le ministre des affaires étrangères, irritation
-dont celui-ci s’amusait à lire les traces «sur le visage de Mme de
-Lauraguais».
-
- «Vous croyez un peu trop, dit Richelieu à Bernis, que 50 ou 60.000
- hommes peuvent avec facilité en jeter dans l’eau 40.000, d’ailleurs
- bien postés[525]...»
-
- [525] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL, ms. 4518.--Dans une très
- longue note que Soulavie (t. IX, pp. 188 et suivantes) prétend
- émaner de Richelieu et qui est une justification personnelle
- de la conduite du Maréchal pendant son expédition du Hanovre,
- nous retrouvons cette phrase si caractéristique. (Dépêche de
- Richelieu à Bernis du 16 Novembre.)
-
-Après cette réplique à des récriminations incessantes sur «la
-malheureuse capitulation», le Maréchal reconnaît cependant que la
-Convention est bien menacée, mais que les hommes d’État, responsables
-de cette prochaine rupture, voudraient en esquiver les risques jusqu’à
-l’arrivée d’une armée de secours d’Angleterre, et même de Prusse. Aussi
-s’efforcent-ils d’obtenir de lui une audience par l’intermédiaire de
-Lynar: «Mais je n’écrirai plus, dit-il, et je marcherai toujours[526].»
-
- [526] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL, mss. 4518.
-
-Il n’en était pas moins victime d’une trahison dont le roi de Prusse
-avait dû encourager et peut-être provoquer l’initiative; et quoiqu’il
-eût maintenant, trop tard à son gré, ratification et pleins pouvoirs,
-il se heurtait à une fin de non-recevoir, qui se traduisait bientôt
-par la reprise des hostilités: les troupes hanovriennes et hessoises
-s’opposaient, les armes à la main, au mouvement de retraite dessiné par
-le contingent du duché de Brunswick.
-
-Le désastre de Rosbach commençait à porter ses fruits. En effet,
-pendant que Richelieu se débattait énergiquement contre la fourberie
-anglo-allemande, Frédéric avait si bien manœuvré que, le 5 novembre,
-attaqué à Rosbach par les forces réunies de l’imprudent[527] Soubise et
-du prince de Saxe-Hilderburghausen, il les avait mises complètement en
-déroute; au milieu de l’action, l’armée des Cercles s’était lestement
-esquivée--... expédient militaire, qui devait, par la suite, passer à
-l’état d’habitude chez les Saxons.
-
- [527] Belle-Isle avait expressément recommandé à Soubise
- d’éviter tout engagement avec Frédéric; et Richelieu avait
- écrit à ce même Soubise de se méfier du roi de Prusse.
-
-«M. de Soubise, écrit le marquis de Valfons, avait toujours demandé à
-M. de Richelieu de faire deux marches en avant qui auraient sûrement
-empêché le roi de Prusse de venir sur lui; mais M. de Richelieu avait
-un ordre si précis de ne pas dépasser Halberstadt, que défense expresse
-était faite aux munitionnaires de le fournir de pain, s’il voulait
-aller plus loin[528].»
-
- [528] Marquis DE VALFONS: _Souvenirs_, (2me édition
- Émile-Paul), pp. 313 et suiv.
-
-Il avait perdu ainsi près de deux mois et retrouvé devant lui,
-fortement reconstituée, cette armée de 40.000 hommes qu’il avait tenue
-sous le joug à Closter-Seven. C’était le prince Ferdinand de Brunswick,
-désigné pour remplacer le duc de Cumberland retiré à Londres, qui la
-commandait et commençait déjà à menacer le duc d’Ayen.
-
-Bernis, toujours disposé à blâmer quand même Richelieu, prétend que
-le désastre de Rosbach n’eût pas tiré à conséquence, si le Maréchal
-s’était porté sur la Saxe avec toutes ses forces: il disposait de
-70.000 hommes, alors que le roi de Prusse n’en comptait que 30.000.
-Bernis lui reproche d’avoir, en «séparant» son armée, perdu l’occasion
-d’en finir avec l’ennemi. Richelieu avait assurément trop attendu et
-trop hésité, lui l’homme des coups de main. Mais quelles n’étaient pas
-ses responsabilités!
-
-Depuis que Soubise opérait en Allemagne, Mme de Pompadour, qui
-rêvait pour lui des splendeurs d’apothéose, ne trouvait jamais que
-son favori eût une armée assez puissante pour écraser définitivement
-l’homme dont elle avait encore sur le cœur les humiliants sarcasmes.
-Estimant que Richelieu ne se pressait guère d’envoyer des renforts à
-Soubise, elle n’avait cessé de soutenir que l’indifférence du Maréchal
-livrait le prince, pieds et poings liés, au roi de Prusse. Richelieu,
-excédé, s’était enfin décidé à diriger une partie de ses troupes--et
-plus qu’il n’en fallait--sur l’armée de Soubise. Il ne lui restait
-plus que quarante bataillons, le jour où Ferdinand de Brunswick,
-entrant résolument en campagne, au lendemain de Rosbach, déchirait
-non seulement d’un coup d’épée la capitulation de Closter-Seven,
-mais allait bientôt mettre en péril le soldat qui l’avait imposée.
-Et Bernis, à cette heure, loin de blâmer l’attitude de Richelieu,
-la louangeait dans la dépêche qu’il adressait, le 14 novembre, à
-Stainville:
-
-«M. de Richelieu s’est conduit en homme de courage et de tête. Il a
-marché à la rencontre de notre armée et paraît avoir prévu tout ce
-que le roi de Prusse pouvait entreprendre contre lui... Ainsi il faut
-attendre les événements, mais notre amie est bien à plaindre.»
-
-Mme de Pompadour ne l’avait, hélas! que trop voulu.
-
-Ce fut, dès lors, entre Ferdinand de Brunswick et Richelieu, une
-sorte de duel, où celui-ci eut la sagesse de rompre toujours. Mais,
-de marches en contre-marches, il recula de Lunebourg jusqu’à Zell.
-Cependant, à un moment donné, les deux armées se trouvèrent en
-présence. Le Maréchal venait de recevoir des troupes fraîches; il
-voulut franchir la rivière qui le séparait des Hanovriens: ce fut alors
-Ferdinand qui se déroba[529].
-
- [529] Frédéric II (_Mémoires_, édit. Boutaric et Campardon,
- 1866, t. I, p. 529) avoue l’échec de Ferdinand.
-
-Richelieu prit alors ses quartiers d’hiver «dans des citadelles
-inexpugnables», écrivait-il au roi; mais, fidèle à une politique que
-fortifiaient ses accès périodiques de mauvaise humeur et la mobilité
-habituelle de son esprit, quand il était parti depuis quelque temps en
-expédition, il n’eut de cesse que Louis XV ne le rappelât. De guerre
-lasse, le roi lui donna pour successeur un prince du sang, le comte de
-Clermont, qui se distingua surtout par son incapacité.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXVII
-
- _Préventions de Bernis contre le Maréchal.--Encouragements de
- Stainville à Richelieu.--Mme de Pompadour reprend la lutte.--Le
- petit père_ La Maraude.--_Retour de Richelieu à la Cour.--Ses
- entrevues avec le Maréchal de Belle-Isle et Bernis.--Richelieu fut
- coupable d’exactions, mais il ne fut jamais un traître.--Romans
- prussiens.--Richelieu renonce à la vie militaire et part pour son
- gouvernement de Guyenne.--Son entrée triomphale à Bordeaux._
-
-
-Le 19 janvier 1758, Bernis expliquait ainsi à Stainville le rappel du
-Maréchal:
-
-«Je suis fâché que M. de Richelieu, par son obstination à revenir ici,
-et le peu d’ordre et de volonté qu’il a su mettre dans ses opérations
-et dans son armée, ait fait décider son retour. Vous savez que le roi
-ne se souciait pas de l’envoyer. Il a de bonnes choses, mais il faut
-avouer que la tête lui tourne aisément, qu’il ne veut rien faire que
-ce qu’il a imaginé et qu’il a plus songé, cette campagne, à faire la
-paix qu’à pousser la guerre avec vigueur. M. de Clermont vaudra-t-il
-mieux?... M. de Richelieu va bien fronder ici et cabaler. Je lui
-conseillerais le contraire. Il devrait aller à Richelieu quelque
-temps[530].»
-
- [530] _Mémoires et Lettres de Bernis_ (édit. Frédéric Masson),
- t. II, p. 168.
-
-Évidemment, pour Bernis, c’était la meilleure des solutions: car il
-se doutait bien que Richelieu rentrait en France, le cœur ulcéré et
-méditant de retentissantes vengeances. Cependant Stainville, si les
-lettres qu’en publie Soulavie dans les _Mémoires de Richelieu_ sont
-authentiques, avait cherché à calmer le dépit et le ressentiment
-du Maréchal, en flattant sa vanité et en l’assurant des plus
-augustes sympathies; du même coup, à vrai dire, il désavouait, mais
-discrètement, son ministre et ami[531]:
-
- [531] Au dire de SOULAVIE (_Mémoires de Richelieu_. T. IX, p.
- 239) Stainville représentait à Marie-Thérèse l’abbé de Bernis
- comme un homme dangereux ou découragé, qu’il fallait chasser
- par conséquent de sa place...
-
-«Votre position, qui vous affecte, est la plus brillante de l’Europe...
-_on clabaudera toujours à Versailles_ contre ceux qui font quelque
-chose[532].»
-
- [532] SOULAVIE: _Mémoires du Maréchal de Richelieu_, t. IX, pp.
- 202 et suiv. Déjà Stainville, à la nouvelle de la Capitulation
- de Closter-Seven, avait envoyé à Richelieu ses félicitations
- et celles de la Cour de Vienne. Et même il ajoutait: «Il faut
- profiter du mois d’octobre pour faire évacuer l’Elbe au roi de
- Prusse; vous serez, de tous côtés, Monsieur le Maréchal, le
- vainqueur de ce fleuve.»
-
-Stainville était plus explicite encore dans sa lettre du 3 décembre:
-«J’ai déjà eu l’honneur de vous mander, Monsieur le Maréchal, que
-vous êtes à merveille ici; et je dois ajouter que l’Impératrice et
-M. de Kaunitz ont été les premiers à me dire qu’il était de toute
-nécessité que vous _restassiez seul commandant des forces du roi en
-Allemagne_[533]...»
-
- [533] SOULAVIE: _Mémoires du Maréchal de Richelieu_, t. IX, p.
- 213.
-
-D’un autre côté, en homme qui voulait ménager la puissante protectrice,
-dont l’influence allait bientôt l’appeler au ministère des affaires
-étrangères, Stainville entendait excepter Mme de Pompadour de la cabale
-de Versailles «clabaudant» contre un général trahi par la Fortune:
-
-«Je suis certain, lui écrivait-il, que Mme de Pompadour n’est pas du
-nombre... Il est vrai qu’elle aurait peut-être désiré dans le temps que
-M. de Soubise fût renforcé plus tôt... Je suis sûr, croyez-moi, qu’elle
-ne l’a dit à personne[534]...»
-
- [534] SOULAVIE: _Mémoires de Richelieu_, t. IX, pp. 202 et suiv.
-
-A Vienne, peut-être; mais à Versailles, à Choisy, à Paris, ainsi
-que dans toutes ses villégiatures, la Marquise se répandait, comme
-nous l’avons vu, en lamentations indignées sur l’abandon dans lequel
-Richelieu laissait Soubise.
-
-Son antipathie, difficilement contenue, contre le Maréchal s’était
-donné de nouveau libre carrière, au lendemain des surprises de
-Closter-Seven. La malignité publique lui attribuait même, à la veille
-de la capitulation, une estampe satirique représentant le comte
-d’Estrées, en train de fouetter le duc de Cumberland avec une branche
-de laurier, dont Richelieu ramassait les feuilles pour s’en tresser une
-couronne[535].
-
- [535] CAMPARDON: _Mme de Pompadour et la Cour de Louis XV_, p.
- 212.--_Journal_ de BARBIER (édit. in-8º), t. VI, p. 552.
-
-Il n’est guère vraisemblable que Mme de Pompadour fût l’auteur d’une
-telle épigramme: car, à cette date, la trêve, consentie entre les deux
-parties par leur réconciliation, jouait encore; puis la Marquise ne
-cultivait pas la caricature; elle gravait pour la plus grande gloire
-de son seigneur et maître. Mais elle regagna le temps perdu dans sa
-nouvelle campagne contre l’éternel ennemi.
-
-Déjà Pâris-Duverney avait formellement renié le Maréchal après la
-rupture de la Convention de Closter-Seven. Celui-ci s’était permis de
-négliger les avis du financier! Dès lors Pâris-Duverney «cessa de le
-croire utile à l’armée[536]».
-
- [536] _Correspondance historique et particulière du Maréchal de
- Richelieu en 1756, 1757, avec M. Pâris-Duverney_ (édit. par le
- Général de Grimoard), 1789, préface p. XXI.
-
-D’autres griefs, beaucoup plus graves, et malheureusement trop
-justifiés, étaient depuis longtemps formulés contre le Maréchal:
-«Le pillage de notre armée, disait Bernis à Stainville, a été
-poussé à l’extrême; et, sur cet article, M. de Richelieu n’est pas
-excusable[537].»
-
- [537] _Mémoires et Lettres de Bernis_ (édit. F. Masson), t. II,
- p. 178. Lettre du 30 janvier 1758.--D’après DUCLOS (_Mémoires_,
- t. II, p. 286) Bernis avait proposé à Richelieu, avant qu’il
- ne partît, d’augmenter ses appointements; mais le Maréchal,
- «colorant son avarice d’un air de dignité, refusa, disant qu’il
- ne devait renoncer à aucun de ses droits de général».
-
-Ce «pillage», Richelieu l’avait instauré, et comme méthodiquement
-organisé, dès son entrée en terre allemande; et l’abus de ces exactions
-était devenu si criant que nos soldats--toujours friands de ces surnoms
-pittoresques--avaient baptisé leur général en chef «le petit père La
-Maraude».
-
-Il va sans dire qu’ils suivaient ce déplorable exemple et que l’armée
-était en proie au plus effroyable désordre, comme à la plus avilissante
-gabegie. Quelle nouvelle contradiction chez un homme qui nous en a
-déjà offert de si nombreuses et de si déconcertantes! Alors qu’au
-moment où sa fortune militaire lui permettant d’anéantir toute une
-armée, il avait eu un geste à la fois humain et généreux, il livrait
-tout un pays, malgré les instructions précises de son gouvernement,
-aux horreurs d’un pillage en règle, qu’allait aggraver encore le
-châtiment d’une infraction aux lois de l’honneur. Les protestations
-du landgrave ne reposaient donc pas sur des faits imaginaires; et le
-duc de Cumberland, retiré à Londres, avait pu dire, en parlant de la
-conquête du Hanovre par les Français, que les «alliés de l’Angleterre
-étaient quarante mille poltrons fuyant devant cent mille bandits[538]».
-Frédéric lui-même, Frédéric qui avait tant de méfaits de ce genre
-sur la conscience, oubliant la lettre pateline qu’il avait adressée
-deux mois auparavant à Richelieu, lui fit écrire par son frère,
-le prince Henri, que des représailles seraient exercées sur les
-officiers français prisonniers, si le pays continuait à être aussi
-impitoyablement dévasté[539].
-
- [538] _Galerie des aristocrates et Mémoires secrets_ (attribués
- à Dumouriez), 1790.--L’auteur va même jusqu’à dire (tant
- les opinions en matière d’honneur sont variables!): «Il est
- impossible à tout brave homme aimant sa patrie de désapprouver
- l’infraction du traité de Closter-Seven; notre façon de jouir
- de nos conquêtes a légitimé la rébellion: elle était juste et
- forcée.»
-
- [539] SOULAVIE: _Mémoires du Maréchal de Richelieu_, t. IX, p.
- 194.--FAUR: _Vie privée_, t. II, p. 184.
-
-Plus tard, quand il fut question des déprédations et des contributions
-excessives infligées à ces «victimes innocentes», comme il les appelait
-lui-même, le Maréchal invoquait, pour légitimer ses exactions, les
-droits de la guerre et ceux des généraux en chef. Les précédents,
-hélas! ne manquaient pas. C’était, entre autres, les rapines du grand
-Villars, sous lequel Richelieu avait servi et plus récemment, celles
-de Maurice de Saxe et de Löwendahl, d’illustres guerriers, et...
-d’abominables pillards, mais qui n’étaient pas Français[540].
-
- [540] Si l’Histoire doit juger sévèrement un tel abus de la
- force et un tel mépris du droit des gens, quelle ne sera pas la
- rigueur de sa sentence contre les arrières-petits-fils de ces
- «innocentes victimes», contre leurs chefs et leurs souverains,
- dont les exécutions militaires, à l’aurore du XXe siècle et
- dans une guerre sans précédents, ont dépassé en horreur tout
- ce que l’imagination peut concevoir de plus inique, de plus
- atroce, de plus barbare? Ces modernes Vandales nient, contre
- l’évidence, quand ils ne s’en glorifient pas, leurs attentats
- à la justice et à la propriété, à la liberté et à la vie des
- peuples--ce patrimoine éternel de l’humanité. Quel contraste
- avec la mentalité française, même sous le règne du pouvoir
- absolu! L’opinion publique se prononça énergiquement, dans
- notre pays, contre le système de défense de Richelieu.
-
-Le Maréchal rentra donc dans Paris, comme le dit Moufle
-d’Angerville[541] avec son âpreté coutumière, «chargé de dépouilles
-glorieuses sans doute, s’il les eût acquises en combattant, mais
-honteuses, puisqu’elles étaient moins le fruit de ses victoires que de
-sa cruauté et de son avarice».
-
- [541] MOUFLE D’ANGERVILLE: _Vie de Louis XV_, t. VI, p. 54.
-
-Bernis annonçait, le 4 février, à Stainville, l’arrivée imminente de
-Richelieu: «Il paraît assez philosophe. Dieu veuille qu’il soit sage
-quand il sera ici!»
-
-On le vit surtout aigri, mécontent et soucieux de dégager sa
-responsabilité de l’issue désastreuse d’une campagne, que ses débuts
-laissaient pressentir si belle et si fructueuse pour la France.
-
-Luynes et Bernis ont présenté, chacun à leur manière, ce retour d’un
-vainqueur dont l’effort était resté stérile.
-
-Dans son _Journal_ de janvier 1758, Luynes ne se fait pas faute
-d’admirer les dispositions prises par Richelieu au terme de ses
-opérations militaires. Le mois suivant, il montre le courtisan au
-coucher du roi, accueilli par le prince avec une rare bonté. Le 8 mars,
-Richelieu, accompagné de son cousin d’Aiguillon, va rendre visite, «par
-devoir», au Maréchal de Belle-Isle. Il est vrai qu’avant de partir
-pour l’armée, il avait déclaré ouvertement qu’il ne voulait «dépendre
-en aucune manière de lui, ni prendre ses conseils[542]». De fait, de
-toute la campagne, il n’avait daigné correspondre avec Belle-Isle[543];
-mais, celui-ci, depuis le 29 février, remplaçait Paulmy, secrétaire
-d’État à la Guerre pendant treize mois. Richelieu était donc tenu à
-plus de circonspection.
-
- [542] LUYNES: _Journal_, t. XVI, 3 mars 1758, p. 387.
-
- [543] _Ibid._, 18 mars 1758, p. 389.
-
-De même, il ménageait Bernis qu’il voyait chaque jour; si parfois
-il s’en plaignait, c’était secrètement; car, en public, il ne lui
-prêtait, ni méchants propos, ni manœuvres malveillantes à son égard:
-il savait trop bien, affirmait l’abbé, que «je l’avais traité comme un
-ami, tandis que, comme ministre des affaires étrangères, je pouvais
-demander qu’il fût puni[544]». Bernis, dans un entretien avec Luynes,
-attribuait, en effet, à Richelieu seul, l’avortement de la Convention
-de Closter-Seven. Mais le Maréchal avait informé Belle-Isle qu’il
-comptait remettre au roi un mémoire explicatif, où il lui exposerait
-sa conduite au cours de l’expédition et dans quelle situation il avait
-laissé l’armée.
-
- [544] BERNIS: _Mémoires et Lettres_, t. II, p. 34.
-
-Quelques jours après, il portait le double de ce travail au ministre;
-et, dans cette seconde visite qui dura trois quarts d’heure, Richelieu
-fit preuve de la plus aimable courtoisie: c’était, disait-il, «à
-la personne et non à la place qu’il entendait rendre ainsi ses
-devoirs[545]». C’était aussi afin de remercier une fois de plus
-Belle-Isle de l’emploi qu’il avait trouvé pour Fronsac, nommé tout
-récemment brigadier.
-
- [545] LUYNES: _Journal_, t. XVI, 18 mars, p. 390.
-
-D’autre part le ministre avait fait tenir de sages conseils à Richelieu
-par l’intermédiaire de M. de Beauvau. Il l’exhortait à modérer la
-vivacité de ses récriminations, car les plaintes arrivaient chaque
-jour, plus nombreuses et plus pressantes, du pays de Hanovre[546];
-et Richelieu devait avoir à cœur, dans l’intérêt de son honneur, de
-chercher une «justification» éclatante et publique, nécessaire pour
-la gloire du roi et du nom français, justification qui serait insérée
-«dans les gazettes».
-
- [546] LUYNES: _Journal_, t. XVI, pp. 340-343.--_Mémoires_ et
- _Lettres_ de Bernis, t. II, p. 133.
-
-A Paris, également, l’opinion publique se montrait implacable. Elle
-accusait Richelieu de trahison--mot dont on abuse en France, pour
-flétrir des généraux ou des diplomates malheureux; idée qui devait se
-cristalliser, par la suite, dans le vocable, resté ineffaçable depuis
-plus de cent cinquante ans, de _Pavillon du Hanovre_[547].
-
- [547] MOUFLE D’ANGERVILLE: _Vie de Louis XV_, t. VI, p. 54: «Il
- porta l’impudence au point de s’en (de ses exactions) ériger,
- en quelque sorte, un trophée par un pavillon superbe, qu’il fit
- construire aux yeux de la Capitale, et que les persifleurs, par
- une dérision amère, appelèrent le _Pavillon du Hanovre_.»
-
-Aux yeux des adversaires irréductibles du Maréchal, ce magnifique
-palais représentait moins le bénéfice inavouable de la campagne, que le
-prix d’une honteuse forfaiture. Dieudonné Thiébault, le père du général
-et l’un des familiers de Frédéric, formule de graves accusations
-contre l’honneur militaire de Richelieu, pour les avoir entendues
-dans la bouche de «plus de cent Prussiens». Après la capitulation
-de Closter-Seven, Dunkelmann, le gardien du trésor de Frédéric,
-transporté à Magdebourg, aurait offert une somme considérable au
-Maréchal, qui l’accepta, pour qu’il n’allât pas plus loin. Car, avec
-ses «trois bataillons ruinés» et ses 1.500 déserteurs, la défense de
-Magdebourg était impossible. Et, «depuis, ajoute Thiébault, Dunkelmann
-a constamment joui de la confiance du roi et d’une considération
-particulière dans le public[548]».
-
- [548] THIÉBAULT: _Mémoires_ (édition Barrière), t. II, p.
- 199.--Soulavie reconnaît également que Magdebourg n’aurait pu
- résister et déduit de l’inaction de Richelieu qu’il devait être
- «de connivence» avec le roi de Prusse. Depuis, Sainte-Beuve,
- toujours très dur pour le Maréchal, cite cette phrase perfide
- (_Premiers lundis_, t. XI) de Frédéric, faisant allusion aux
- contributions de guerre perçues par Richelieu: «Il n’est
- pas douteux que les sommes qui passèrent entre les mains
- du Maréchal, ne ralentirent considérablement dans la suite
- son ardeur militaire.» Mais Sainte-Beuve ajoute prudemment
- «je me méfie de Frédéric». Par contre, Faur affirme que
- Richelieu resta toujours «fidèle» à ses devoirs. Ce qui est
- certain, c’est que l’échec d’une capitulation qu’il estimait
- inattaquable, semble l’avoir hypnotisé au point de lui enlever
- tout esprit de direction et de décision.
-
-Mais, autant la rapacité du vainqueur, en pays conquis, est indéniable,
-autant sa vénalité sur le champ de bataille n’est guère vraisemblable.
-Elle eût été plus inepte encore qu’odieuse. La prise de Magdebourg (et
-les instructions données au généralissime la prévoyaient) assurant le
-succès définitif de la campagne, Frédéric était perdu; et le Maréchal
-dictait, comme il y comptait bien, la paix à l’Europe.
-
-Peut-être Richelieu avait-il trop sacrifié aux exigences de son esprit
-vaniteux et léger, en continuant sa correspondance avec Frédéric.
-Déjà Bernis, à propos de la première lettre qui en avait marqué les
-débuts, l’avait doucereusement persiflé, dans sa dépêche du 3 octobre à
-Stainville: «M. de Richelieu est un peu embarrassé d’une lettre pleine
-de louanges que le roi de Prusse lui a écrite en lui proposant de faire
-la paix. Le Maréchal ne serait pas fâché de la faire en effet et le
-Danemark aussi.»
-
-Dans d’autres dépêches, ou dans ses _Mémoires_, Bernis constate,
-non moins malicieusement, et à plusieurs reprises, que Frédéric
-amuse Richelieu, ou lui tend des pièges, soit directement, soit par
-l’intermédiaire de la margrave de Bayreuth. Mais c’est encore cette
-même lettre du 3 octobre, adressée à Stainville, qui trahit, par une
-insinuation adroitement voilée, le peu de bienveillance de Bernis pour
-le Maréchal, bien qu’il se défende toujours de lui vouloir aucun mal.
-
-Le ministre écrit donc à Stainville qu’il a fait mettre à la Bastille
-un «émissaire» du comte de Newied, «le plus intrigant des comtes de
-l’Empire», dont la correspondance avec le roi de Prusse vient d’être
-découverte à Vienne. A vrai dire, «on n’a rien trouvé dans les papiers
-de cet émissaire»; il a simplement déclaré qu’un secrétaire du Maréchal
-de Richelieu «avait proposé de donner Neuchâtel à notre amie pour
-l’attacher au roi de Prusse».
-
-Le détenu n’était pas un inconnu pour Bernis: c’était un chambellan
-du margrave d’Anspach, nommé Barbut de Maussac, qui était venu une
-première fois à Paris, en février 1757, et déjà, sans doute, comme
-agent secret du comte de Newied[549].
-
- [549] M. Frédéric Masson qui a consulté les Archives des
- Affaires étrangères pour avoir le mot de cette mystérieuse
- énigme, n’a rien trouvé de plus que les faits signalés par
- Bernis. Il croit que le comte de Newied était un espion à la
- solde, et de l’Autriche, et de la Prusse. (Note des _Mémoires_
- et _Lettres_ de Bernis, t. II, pp. 122-124.) Mais, dans un
- article du _Correspondant_, du 25 avril 1914, les _Ancêtres du
- nouveau roi d’Albanie, les princes de Wied-Newied au XVIIIe
- siècle_, l’auteur, le _comte Palluat de Besset_, a repris la
- question et présente «l’intrigant» désigné par Bernis, comme
- un pacifiste désintéressé, soucieux de rétablir les bonnes
- relations entre la France et la Prusse.
-
-Or, le 7 juillet de cette même année, Frédéric écrivait à sa sœur, la
-margrave de Bayreuth:
-
-«Puisque, ma chère sœur, vous voulez vous charger du grand ouvrage de
-la paix, je vous supplie de vouloir envoyer M. de Mirabeau[550] en
-France. Je me chargerai volontiers de sa dépense: il pourra offrir
-jusqu’à cinq cent mille écus à la favorite pour la paix; et il pourrait
-pousser ses offres beaucoup au-delà, si, en même temps, on pouvait
-l’engager à nous procurer quelques avantages. Vous sentez tous les
-ménagements dont j’ai besoin dans cette affaire et combien peu j’y dois
-paraître; le moindre vent qu’on en aurait en Angleterre pourrait tout
-perdre.»
-
- [550] Le chevalier, puis bailli de Mirabeau, frère puîné du
- Marquis.
-
-Frédéric avait le goût de la correspondance, et plus encore celui des
-promesses, quitte à ne pas les tenir: c’est, on le sait, dans les
-traditions de la diplomatie prussienne.
-
-Mirabeau remplit sa mission, mais sans succès. Parallèlement,
-l’«espion» du comte de Newied s’efforça de s’acquitter de la sienne.
-Le 6 août, il portait une lettre de son maître au Maréchal de
-Belle-Isle, lequel lui remettait sa réponse. Le 22, de retour à Newied,
-il rendait compte à un envoyé du roi de Prusse de sa négociation;
-et le 23, Frédéric recevait une lettre signée Van der Hayn, qui
-l’engageait à céder à Mme de Pompadour, «cette femme insatiable», les
-deux principautés de Neuchâtel et de Valengin, «dont il ne faisait
-rien[551]». Dans ce but, le roi de Prusse devrait envoyer à la Cour de
-Versailles Barbut de Maussac qui «promet la plus heureuse issue».
-
- [551] De fait, Frédéric n’attachait aucune importance à la
- possession de deux provinces, «à 300 lieues de Berlin»,
- disait-il. On sait du reste que Neuchâtel fut réuni
- solennellement à la Confédération Helvétique en 1858.
-
-Ce fut, en effet, une belle ambassade: le chambellan du margrave
-d’Anspach et son digne auxiliaire, le colonel Balbi, munis de faux
-passe-ports, arrivaient à peine à Paris, qu’ils étaient arrêtés tous
-deux comme espions de Frédéric, et menés à la Bastille, d’où Maussac ne
-put sortir qu’un an après[552].
-
- [552] Dans son article du _Correspondant_, M. Palluat de Besset
- cite, d’après la _Politische Correspondenz B 15 Prusse C.D.
- supplément X_, une lettre datée du 25 septembre 1757, dans
- laquelle Frédéric autorise «ses amis» à promettre de sa part la
- cession VIAGÈRE de Neuchâtel et de Valengin à la favorite, «se
- flattant que Mme de Pompadour emploiera tout son crédit, afin
- que les articles de paix lui soient avantageux».
-
-Déjà, Bernis, lorsqu’il avait raconté à Stainville comment il avait
-éconduit Mirabeau, s’était plaint de l’insistance apportée par
-Richelieu à contrecarrer «l’affermissement du crédit» de la Marquise.
-
-Le Maréchal n’était cependant pour rien dans l’intrigue de
-Balbi-Maussac. Il ne le fut pas davantage dans celle du Suisse
-Gampert, où il devait néanmoins jouer un rôle, plutôt désagréable
-pour Frédéric, qui était bien le metteur en scène, dans la coulisse,
-de ces misérables imbroglios. Mais Bernis avait trouvé le moyen de
-les enchevêtrer encore, en les confondant; et ce n’était certes pas
-dans l’intention de rendre service au Maréchal, car il écrivait, le
-8 novembre, à Stainville: «M. de Richelieu a vu un émissaire du roi
-de Prusse, qui est impliqué dans l’affaire de Newied: il ne l’a pas
-fait arrêter, quoiqu’il soit venu à son armée sous un faux passe-port:
-tout cela donne matière à des soupçons faux, à ce que je crois, mais
-vraisemblables. Il me faudra écrire des mémoires pour détruire toutes
-ces chimères. M. de Richelieu a trouvé l’homme qu’on croyait son
-secrétaire et qui avait proposé la principauté de Neuchâtel pour Mme de
-Pompadour. Nous lui mandons de nous l’envoyer à la Bastille.»
-
-Il fait bon de consulter les _Archives de la Bastille_, quand il
-s’agit de ces aventuriers, ou tout au moins d’«hommes à projets», dont
-regorgea le XVIIIe siècle, et qui peuplèrent, à cette époque, la prison
-d’État.
-
-Nous découvrons, en effet, dans cette mine de documents, à côté du
-dossier Balbi-Maussac[553], signalé par le comte Palluat de Besset,
-celui de Gampert, l’intrigant[554], qui (le Gouvernement dut le
-reconnaître) n’était l’associé, ni de Balbi, ni de Maussac.
-
- [553] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_
- 11969. Dossier de BARBUT DE MAUSSAC indiqué par M. Palluat de
- Besset.
-
- [554] BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL: _Archives de la Bastille_
- 11998. Dossier de GAMPERT.
-
-La fiche qui le concerne et les documents qui l’accompagnent
-rétablissent la vérité des faits.
-
-Ce Gampert, qui s’était présenté au camp de Richelieu, pourvu ou non
-d’un faux passe-port, comme les Balbi et les Maussac, n’en avait pas
-moins été arrêté, en _octobre_, dans la ville de Hanovre, par les
-soins du Maréchal, puis dirigé sur Strasbourg, et enfin conduit à la
-Bastille, le 24 juillet 1758[555].
-
- [555] GAMPERT sortit de la Bastille le 24 janvier 1759, et fut
- immédiatement reconduit à la frontière avec «un ordre d’exil».
-
-Il avait mis, comme on voit, plus de neuf mois pour arriver à sa
-destination.
-
-Il se disait autorisé à faire des propositions de paix, en offrant, de
-la part de Frédéric, à _une princesse française_, et à son défaut, _à
-Mme de Pompadour_, les principautés de Neuchâtel et de Valengin.
-
-Très vraisemblablement, cet intermédiaire était un nouvel envoyé du
-roi de Prusse. Certes, Frédéric ne pouvait s’illusionner sur le sort
-réservé à ses tentatives de négociations. Il savait trop la haine que
-lui avait vouée la Marquise, pour espérer qu’elle cédât à l’amour du
-lucre ou à la gloriole des titres. Mais il suffisait au machiavélisme
-de l’astucieux monarque, que ses propositions d’accommodement fussent
-adressées de toutes parts à la maîtresse de Louis XV. A son compte, de
-ces démarches, si souvent renouvelées, devraient rejaillir des soupçons
-sur la probité politique de sa mortelle ennemie. Et les étendre jusqu’à
-Richelieu, c’était le comble de la fourberie diplomatique, bien que
-Frédéric n’eût aucune raison d’animosité contre le Maréchal.
-
-Mieux encore, la sympathie de celui-ci pour celui-là, conforme aux
-traditions ancestrales hostiles à la maison d’Autriche, pouvait être
-exploitée comme une des causes de l’inaction «voulue» du vainqueur
-de Closter-Seven, qui avait sauvé miraculeusement la Prusse de
-l’effondrement définitif[556].
-
- [556] C’est la thèse... philosophique de Soulavie, contre
- laquelle s’élève, à si juste titre, M. Frédéric Masson;
- et c’est peut-être par allusion aux déclarations du futur
- diplomate révolutionnaire, que Capefigue attribue le désastre
- de Rosbach à la secte des philosophes (voir p. 315).
-
-Pour le parti qui aspirait à la perte du Maréchal, le mot _inaction_
-était synonyme du terme _trahison_; et c’était sous cette accusation,
-injuste autant que perfide, qu’on prétendait écraser le favori de
-Louis XV.
-
-On comprend, de reste, l’état d’âme de Richelieu, quand il se sentit la
-fable de la Cour et de la Ville. Son orgueil démesuré, qui lui rendait
-plus sensibles les erreurs et les fautes du gouvernement[557], ne
-pouvait cependant lui dissimuler les siennes; et le duc de Croÿ a très
-bien défini une mentalité qui ne s’ignorait pas, quand il dit, dans
-son _Journal_: «M. de Richelieu fut reçu froidement... Il n’était pas
-plus content des autres qu’on ne l’était de lui... Il avait perdu la
-discipline et fait une étonnante campagne[558].»
-
- [557] Il ne pouvait entendre parler de sang-froid de la
- capitulation de Closter-Seven, affirment les _Souvenirs de deux
- anciens militaires_ (1813), pp. 65 et suiv. «C’est, disait-il,
- de toutes les intrigues de Cour, la plus atroce; on voulait
- continuer la guerre, on voulait me perdre; jamais je ne me suis
- conduit avec plus de prudence et plus de bonheur.» C’était
- troubler sa digestion que d’aborder un tel sujet.
-
- [558] DUC DE CROŸ: _Journal_ (édit. de Grouchy et Cottin), t.
- I, p. 418.
-
-Rompu aux intrigues de Cour, il sut enfin se persuader que, pour le
-moment, son rôle était fini. Mme de Pompadour, malgré tous les assauts
-qu’avait eu à subir son crédit, était encore la souveraine maîtresse du
-royaume et du roi. Dès lors, Richelieu pouvait-il espérer (et d’abord
-l’eût-il voulu?) qu’on lui confiât le commandement d’une nouvelle
-armée? Encore moins devait-il compter sur une place au Conseil. La
-Marquise et ses amis en occupaient toutes les avenues. Et le roi
-lui-même, malgré son extrême indulgence et son amitié, restée immuable,
-pour le Maréchal, s’enracinait plus encore, avec son entêtement
-ordinaire, dans cette idée, que Richelieu était trop léger et trop
-prompt pour devenir jamais un bon ministre.
-
-Aussi, par dégoût et peut-être encore par philosophie, le Maréchal
-se dit-il qu’il serait plus sage de renoncer momentanément à la vie
-militaire et politique qui lui donnait actuellement tant de déboires.
-Il lui restait assez d’agréables et brillantes compensations, pour
-ne pas trop regretter le rêve qu’avait fait miroiter à ses yeux le
-souvenir des gloires familiales. Il pouvait partager désormais son
-temps entre l’administration de son gouvernement de Guyenne et les
-devoirs de sa charge de premier gentilhomme qui lui assurait encore une
-influence considérable. A Paris et à Versailles, il pontifiait toujours
-au nom de l’étiquette; il était le doyen de l’Académie, il régentait
-les théâtres et les comédiens, commandait à la mode, éblouissait par
-son faste; il était, par définition, le protecteur des Lettres et
-des Arts. A Bordeaux, il se sentait plus puissant encore; et il se
-promettait d’y jouer le rôle de despote et de sultan, car il n’avait
-rien abdiqué de son autoritarisme, ni de son goût passionné pour les
-femmes.
-
-Sa vieille amie, «la grosse duchesse» d’Aiguillon, qui était en même
-temps sa cousine, était partie lui préparer le terrain. La tâche était
-délicate. La belle expédition de Minorque avait naguère enthousiasmé
-les Bordelais, mais la déconvenue de Closter-Seven avait transformé
-les dithyrambes en satires. Heureusement, la duchesse ne manquait
-pas d’entregent; elle avait des intelligences dans la place et sut
-retourner l’opinion publique[559].
-
- [559] GRELLET-DUMAZEAU: _La société bordelaise au XVIIIe
- siècle_, pp. 201 et suiv.--En 1756, D’Argenson écrivait (t.
- IX, p. 303), d’après des bruits de Cour, que Richelieu allait
- épouser la Dlle d’Aiguillon, «intrigante qui s’ennuie de n’être
- rien à la Cour»; n’était-ce pas plutôt la duchesse douairière
- qui était veuve?
-
-Le Maréchal en profita pour faire une entrée solennelle dans la
-capitale de sa riche Satrapie. Des barques, magnifiquement décorées
-et pavoisées, l’attendaient à Blaye, lui et sa suite. Les navires qui
-stationnaient le long du fleuve, et le Château-Trompette le saluèrent
-de salves d’artillerie pendant qu’il remontait jusqu’à Bordeaux.
-Lorsqu’il descendit à terre et qu’il passa sous l’arc de triomphe
-dressé sur la Place Royale, le Parlement vint l’y haranguer. Puis
-Richelieu monta à cheval et se rendit, accompagné de toute la noblesse
-de la province, à la Cathédrale, où fut chantée une messe d’action de
-grâces.
-
- * * * * *
-
-Ainsi devait se terminer, dans une opulente sinécure, la vie politique
-et militaire d’un homme qui avait joué, sur les deux théâtres les plus
-en vue, à la Cour comme à l’Armée, un rôle de la première importance.
-Ce n’est pas qu’il l’eût abandonné sans espoir de retour: il comptait,
-au contraire, le reprendre, pour l’échanger, à l’heure propice,
-contre celui qui n’avait cessé d’être le but de toutes ses ambitions,
-le personnage de premier ministre; mais il avait été inconsciemment
-victime d’un de ces accès de bouderie dont il était coutumier. Il était
-parti de son plein gré; on oublia de le rappeler.
-
-Aussi bien la place n’était guère enviable, quoique enviée par tant de
-compétiteurs, qui s’y croyaient appelés par leur compétence et leurs
-talents, alors que ces affamés de pouvoir n’avaient d’autre capacité
-que celle de leurs appétits. Au reste, jamais la Cour n’avait été le
-foyer de plus misérables, ni de plus basses intrigues. En présence
-d’un roi fainéant, indifférent et impénétrable, asservi désormais à
-ses passions, les partis se livraient des combats, acharnés dans leur
-perfidie sournoise, où les amis de la veille devenaient les ennemis du
-lendemain, facilement réconciliables pour des luttes nouvelles.
-
-Le pays n’était pas moins profondément divisé sur tous les terrains,
-politiques, militaires, religieux, financiers.
-
-Les temps étaient proches, où les visions d’un prophète, que nous
-avons si souvent consulté, le marquis d’Argenson, allaient devenir de
-saisissantes réalités: «L’anarchie marche à grands pas..., écrit-il...
-On entend murmurer ces mots de liberté, de républicanisme; déjà les
-esprits en sont pénétrés et l’on sait à quel point l’opinion gouverne
-le monde. Le temps de l’adoration est passé: ce nom de maître, si doux
-à nos yeux, sonne mal à nos oreilles. Il se peut qu’une nouvelle forme
-de gouvernement soit déjà conçue en de certaines têtes, pour en sortir,
-à la première occasion, armée de toutes pièces. Peut-être la Révolution
-s’opérera-t-elle avec moins de contestation que l’on ne pense: il n’y
-faudra, ni princes du sang, ni seigneurs, ni fanatisme religieux, tout
-se fera par acclamation...
-
-«Aujourd’hui tous les ordres sont à la fois mécontents: le militaire
-congédié depuis la paix; le clergé offensé dans ses privilèges; les
-parlements, les corporations, les pays d’État avilis; le bas peuple
-accablé d’impôts, rongé de misère; les financiers seuls triomphants...
-Partout des matières combustibles... D’une émeute on peut passer à la
-révolte, de la révolte à une totale révolution; élire de vrais tribuns
-du peuple, des Consuls[560]....»
-
- [560] _Mémoires et Journal_ du marquis D’ARGENSON (édition
- elzévirienne 1858) t. V, pp. 346-347.
-
-
-FIN
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-
- AVANT-PROPOS V
-
- CHAPITRE PREMIER
-
- La naissance de Richelieu-Fronsac.--Un ressuscité qui
- devient nonagénaire.--Première enfance.--Une éducation
- négligée.--Succès de Fronsac à la Cour.--L’habit de
- belle-mère.--Esprit d’à-propos d’un danseur.--Mariage
- d’enfants.--Un ancêtre de Chérubin.--Imprudences de la
- duchesse de Bourgogne; effronterie de Fronsac.--Premier séjour
- à la Bastille. 1
-
- CHAPITRE II
-
- Quatorze mois de Bastille.--Sollicitude du Gouverneur
- Bernaville pour son prisonnier.--Visite de la petite
- duchesse de Fronsac à son époux: les suites d’un mariage
- blanc.--Études et «amusements» du détenu.--Attaque de
- petite vérole: traitement du malade.--Isolement et terreurs
- de Fronsac.--Sa guérison; sa convalescence.--Bulletins de
- Bernaville.--Repentir, en apparence, sincère, de Fronsac.--Sa
- mise en liberté. 10
-
- CHAPITRE III
-
- Fronsac, en Flandre, sous le commandement de Villars.--Le
- siège de Marchiennes.--Fronsac est blessé à Fribourg.--Comment
- il est accueilli, à Marly, par le roi.--Il revoit la duchesse
- aux yeux bleus qui avait reçu ses adieux avant son départ
- pour l’armée.--L’amitié succède à l’amour.--Le roman de Mme
- Michelin: perfidie et cruautés de Fronsac.--Mort du duc de
- Richelieu: un beau geste de son héritier.--Les dernières
- heures de Mme Michelin. 19
-
- CHAPITRE IV
-
- Richelieu sous la Régence.--Mort de sa femme qui le laisse
- tout consolé.--Premier conflit de Richelieu avec le duc
- d’Orléans: duel manqué.--Duel autrement sérieux avec
- Gacé.--Les deux adversaires à la Bastille: cinq mois de
- détention.--Amours princières de Richelieu: les escapades
- d’une arrière-petite-fille du Grand Condé.--Colère du duc de
- Bourbon.--Richelieu chansonné. 27
-
- CHAPITRE V
-
- Visées amoureuses de Richelieu.--Mlle de Valois, fille du
- Régent.--A la table de jeu.--Travestissements de Richelieu
- pour pénétrer chez Mlle de Valois.--La porte secrète et
- l’armoire aux confitures.--Ce que pense la grand-mère,
- duchesse douairière d’Orléans, de la «coqueluche» de la
- Cour.--Une aventure galante de Richelieu.--Le «petit crapaud». 36
-
- CHAPITRE VI
-
- La Conspiration de Cellamare.--Malgré ses dénégations,
- Richelieu avait pactisé avec l’Espagne.--Son arrestation
- tardive et mouvementée.--Il est enfermé pour la troisième
- fois à la Bastille.--Rigueur, dans le début, de son
- incarcération.--Animosité de la Palatine contre «le
- gnome».--Intervention des deux princesses en faveur de
- Richelieu qui obtient de notables adoucissements.--Le duo
- d’_Iphigénie_.--Véhémente indignation de la Palatine contre
- sa petite-fille.--A quel prix celle-ci obtient la grâce et la
- liberté de Richelieu.--La duchesse de Modène. 44
-
- CHAPITRE VII
-
- Exil de Richelieu dans son château du Poitou.--Son séjour
- passager à Conflans et à Saint-Germain: diversions
- parisiennes.--Sa retraite à Richelieu lui permettra
- de rétablir ses affaires.--Il y donne l’hospitalité à
- Voltaire.--Il obtient la grâce de revenir à Paris, puis à la
- Cour.--Faux bruit de son mariage avec Mlle de Charolais.--Son
- prétendu voyage, en colporteur, à la Cour de Modène.--Galerie
- monastique de Richelieu.--Il succède, comme académicien, au
- marquis de Dangeau; son discours; incidents de sa réception. 65
-
- CHAPITRE VIII
-
- Nouvelles aventures de Richelieu.--Mme de Villeroy et Mme
- d’Alincourt.--Comment Richelieu se venge du Régent.--Duel avec
- le duc de Bourbon.--Une légende dorée.--Mlle de Maupin n’a pu
- être la maîtresse de Richelieu.--Le duel de Mmes de Nesle et
- de Polignac.--Amitié de Richelieu pour le duc de Melun. 79
-
- CHAPITRE IX
-
- Le duc de Richelieu prend séance, comme pair, au
- Parlement.--Le duc de Bourbon l’envoie en ambassade à
- Vienne.--Fanfarinet: couplets satiriques.--Instructions du
- gouvernement français au nouveau diplomate.--Richelieu doit
- miner l’influence espagnole à Vienne.--Prompt départ de
- l’aventurier Ripperda.--Embarras financiers de Richelieu: son
- «entrée» à Vienne.--Son activité: ses succès plus ou moins
- discutés en matière de diplomatie galante. 88
-
- CHAPITRE X
-
- Prédilection de Richelieu pour la cabale et les opérations
- magiques.--Affaire de satanisme à Vienne: ses différentes
- versions.--Richelieu obtient le chapeau de Cardinal pour
- Fleury.--Succès de sa mission diplomatique.--Son retour
- en France.--Nouvelles imprudences sur le terrain de la
- galanterie.--Il est plus circonspect en politique: la
- conjuration des Marmousets.--Richelieu conquiert de nouveaux
- grades dans l’armée et «commande pour le roi» en Languedoc. 100
-
- CHAPITRE XI
-
- Le second mariage de Richelieu.--Voltaire l’a mené comme une
- «comédie».--Richelieu retourne à l’armée: son duel avec le
- prince de Lixin.--Sa femme, la princesse de Guise, est une
- nature d’élite.--Comme elle seconde son mari aux États de
- Languedoc.--Une anecdote du marquis de Valfons.--Richelieu
- fidèle pendant six mois.--L’intrigue avec Mme de la
- Martellière.--Les cabinets particuliers de la Galerie des
- Tuileries.--Amour passionné de la duchesse pour son mari.--Ses
- derniers moments. 112
-
- CHAPITRE XII
-
- Le deuil de Richelieu.--Son séjour dans le Languedoc en
- 1741.--Petite malice d’un vieux chanoine.--Esprit de tolérance
- de Richelieu.--Son autorité en matière d’étiquette.--Il
- est processif, autant par nécessité que par amour de la
- chicane.--Ses revendications contre les propriétaires du
- Palais Royal.--L’histoire d’un pamphlet.--Richelieu perd son
- procès. 123
-
- CHAPITRE XIII
-
- La galanterie sert la politique de Richelieu.--L’amitié qui
- la favorise.--Mme du Châtelet lui assure le concours de
- Voltaire.--Une autre amie, Mme de Tencin, donne à Richelieu la
- clef des intrigues ministérielles.--Rupture de Louis XV et de
- la Reine exploitée par les partis.--Richelieu ne fut pas, à
- l’origine, le «corrupteur» du roi.--Sa perversité fut devancée
- par celle de Bachelier, un des premiers valets de chambre. 131
-
- CHAPITRE XIV
-
- Richelieu devient le grand favori du roi.--Ses impressions
- sur la mentalité de Louis XV.--Les demoiselles de
- Nesle.--Richelieu intrigue pour la Marquise de la
- Tournelle.--Ses intelligences avec Mme de Tencin, pendant
- qu’il est à l’armée de Flandre.--Loin de Versailles, il
- travaille à la «quitterie» de Mme de Mailly.--Il reparaît à la
- Cour.--Le précepteur du roi et le professeur «di piazza».--Fin
- d’une longue résistance.--La «dormeuse» de M. de Richelieu. 141
-
- CHAPITRE XV
-
- Année 1743: nouvelle correspondance chiffrée de Mme de Tencin,
- pendant le séjour de Richelieu en Languedoc.--Campagne contre
- Maurepas.--Le désastre de Dettingen; belle conduite et mot...
- malheureux de Richelieu.--Mme de la Tournelle est nommée
- duchesse de Châteauroux et Richelieu, premier gentilhomme de
- la Chambre.
-
- Année 1744: projet, avorté, d’une descente sur les côtes
- anglaises.--Dépit et récriminations de Richelieu.--Son
- activité comme premier gentilhomme de la Chambre.--Projets
- de fêtes pour le premier mariage du Dauphin.--La _Princesse
- de Navarre_: patience de Voltaire et méchante humeur de
- Rameau.--Diplomatie mystérieuse de Frédéric II.--Conseil de
- nuit à Choisy.--Départ de Louis XV pour l’armée. 158
-
- CHAPITRE XVI
-
- Mme de Tencin continue sa correspondance.--Richelieu lui
- préfère encore la présence de Mme de Châteauroux auprès
- du roi.--Dangers de cette manœuvre.--La maladie de Louis
- XV à Metz.--Les médecins perdent la tête.--Richelieu et
- les duchesses chambrent le roi.--Les terreurs de Louis
- XV.--Disgrâce de Mme de Châteauroux.--Épigrammes et
- satires.--Le roi guérit et charge Richelieu de négocier
- le retour de la favorite.--Un rendez-vous et une liste de
- proscription.--Maurepas échappe à la vengeance de la duchesse,
- mais doit s’humilier devant elle.--Mort foudroyante de Mme de
- Châteauroux.--Douleur du roi. 178
-
- CHAPITRE XVII
-
- Richelieu ne se laisse pas abattre par la mort de Mme de
- Châteauroux.--Comment il organise les fêtes du premier
- mariage du Dauphin.--Futilités de l’étiquette.--L’abbesse
- du Trésor.--Préparatifs de départ pour l’armée: l’incident
- Champenois.--D’après plusieurs historiens, Richelieu serait
- le véritable vainqueur de Fontenoy: une pièce aux Archives
- de la Guerre.--Conflit avec la Reine: toujours la question
- d’étiquette.--Disgrâce du Théâtre de la Foire.--Échange de
- mauvais procédés entre Richelieu et le Maréchal de Saxe pour
- la Comédie en Flandre. 195
-
- CHAPITRE XVIII
-
- Ce que pensait Richelieu de Mme de Pompadour et ce que lui
- demandait Voltaire.--L’expédition de Dunkerque; nouveaux
- déboires et nouvelles chansons.--Richelieu ne répond pas
- aux avances de Mme de Pompadour.--Il est nommé ambassadeur
- matrimonial auprès du roi de Pologne.--Cette mission inquiète
- la Cour de Saxe.--Désappointement de Frédéric II.--Le Maréchal
- de Saxe est le véritable négociateur.--Succès personnel
- de Richelieu.--Ses attentions délicates pour la future
- Dauphine.--Le mariage.--La négociation secrète avec Vienne
- n’aboutit pas.--Une «rêverie» de Maurice de Saxe. 215
-
- CHAPITRE XIX
-
- Richelieu va prendre à Gênes la succession du Maréchal
- de Boufflers.--Pronostics du Marquis D’Argenson.--Succès
- de Richelieu: il est nommé Maréchal de France; honneurs
- exceptionnels que lui décerne la République de Gênes.--Son
- retour triomphal à Versailles.--Sa campagne contre la
- Marquise.--Comment il traite le duc de la Vallière, favori de
- la favorite.--Formation du triumvirat.--Les inquiétudes de Mme
- de Pompadour: un mot de Louis XV. 231
-
- CHAPITRE XX
-
- L’aventure de Richelieu et de Mme de la Pouplinière.--Le
- fermier général et sa femme rue Richelieu et à Passy.--Le
- Maréchal est un familier de la maison; il y rencontre J.-J.
- Rousseau qu’il traite de compositeur génial.--La «calote»
- de Roy.--Lettres anonymes.--La Pouplinière fait surveiller
- sa femme et la brutalise indignement.--Correspondance
- amoureuse.--Comment La Pouplinière découvre, avec Vaucanson,
- la plaque tournante d’une cheminée servant de communication
- aux deux amants.--Chassée par son mari, Mme de la Pouplinière
- meurt d’un cancer.--Le jouet du jour.--Une malice de Mme de
- Pompadour. 240
-
- CHAPITRE XXI
-
- Richelieu a trop l’amour du théâtre et la servitude de
- l’étiquette pour ne pas entrer en conflit avec Mme de
- Pompadour.--Disgrâce de Maurepas; son quatrain; l’attitude de
- Richelieu.--De dépit de n’être pas premier ministre, Richelieu
- part pour le Languedoc.--Spectacles de la Cour pendant son
- absence.--Correspondance de Voltaire, autre mécontent, avec
- Richelieu.--Retour du Maréchal, plus aigri que jamais, à
- Versailles: ses propos de frondeur. 255
-
- CHAPITRE XXII
-
- Voltaire entretient une correspondance plus suivie
- avec Richelieu: comment il félicite son «héros» de son
- esprit de tolérance.--Préoccupations de Richelieu en
- matière de théâtre.--Mme Favart, le Maréchal de Saxe et
- le Maréchal de Richelieu.--Conflit avec l’archevêque de
- Paris.--Richelieu fréquente volontiers à l’Académie.--Un
- incident de séance.--Brouille passagère du Maréchal avec
- Voltaire.--Élections académiques: nomination du Maréchal de
- Belle-Isle.--Réforme des statuts académiques. Intervention de
- Louis XV contre Piron.--Difficultés de Richelieu avec l’abbé
- d’Olivet.--Roueries électorales. 266
-
- CHAPITRE XXIII
-
- Richelieu à la fois avare et prodigue.--Les affaires
- Girard et La Rivière.--Le canal Richelieu.--La Comédie à
- la Place Royale.--Comment le Maréchal fait connaissance de
- Casanova.--Courroucé, en apparence, contre les Réformés du
- Languedoc, il ferme les yeux sur leurs agissements.--Il est
- nommé gouverneur de la Guyenne.--Dernier retour agressif
- contre Mme de Pompadour; la jolie Mlle Hélie et la petite
- Murphy.--Un projet matrimonial de la Marquise. 277
-
- CHAPITRE XXIV
-
- L’alliance de l’Autriche et de la France.--Débuts de la Guerre
- de Sept ans; la Prusse alliée de l’Angleterre.--Mariage
- de Septimanie, fille de Richelieu, avec le comte
- d’Egmont.--Départ du Maréchal pour Minorque: prise
- de Citadella; travaux de siège; vaillance du soldat
- français.--Prise de Port-Mahon.--Enthousiasme de Mme de
- Pompadour pour «le Minorquin».--Vaine intervention de Voltaire
- et de Richelieu pour l’amiral Byng.--Malveillance du comte
- d’Argenson.--Le retour, acclamé, de Richelieu.--Les figues de
- Minorque. 291
-
- CHAPITRE XXV
-
- Une déconvenue de Richelieu.--L’attentat de Damiens: c’est
- le Maréchal qui fait arrêter l’assassin.--Démarche adroite
- de Richelieu auprès de Mme de Pompadour.--Son intervention,
- inutile, mais désirée par le roi, auprès de l’archevêque
- de Paris.--Réconciliation publique de la Marquise avec
- Richelieu.--Elle vaut au Maréchal de remplacer, à l’armée de
- Westphalie, le comte d’Estrées, le vainqueur d’Hastembeck. 304
-
- CHAPITRE XXVI
-
- Campagne de Hanovre.--Instructions données au Maréchal
- de Richelieu.--Sa marche foudroyante.--La Convention de
- Closter-Seven.--L’imprudence du vainqueur.--Appréhensions
- de Frédéric II.--Désaccord de Bernis avec Richelieu:
- tergiversations de la Cour de Versailles et mauvaise foi du
- Cabinet de Saint-James.--Sommations tardives et impuissantes
- du Maréchal aux chefs de l’armée vaincue.--Conséquences du
- désastre de Rosbach.--Entrée en campagne de Ferdinand de
- Brunswick.--Comment Richelieu le contient.--Il demande son
- rappel: le comte de Clermont le remplace. 314
-
- CHAPITRE XXVII
-
- Préventions de Bernis contre le Maréchal.--Encouragements
- de Stainville à Richelieu.--Mme de Pompadour reprend la
- lutte.--Le petit père _La Maraude_.--Retour de Richelieu à
- la Cour.--Ses entrevues avec le Maréchal de Belle-Isle et
- Bernis.--Richelieu fut coupable d’exactions, mais il ne fut
- jamais un traître.--Romans prussiens.--Richelieu renonce à la
- vie militaire et part pour son gouvernement de Guyenne.--Son
- entrée triomphale à Bordeaux. 333
-
-
-
-
-INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOMS CITÉS
-
-
- Les chiffres indiquent les pages; ceux précédés d’un astérisque
- indiquent les notes. Les noms en italiques désignent les noms de
- lieux et d’ouvrages.
-
- Le nom du Maréchal, comme duc de Fronsac ou duc de Richelieu,
- revenant presque à chaque page, nous n’avons pas cru devoir l’insérer
- dans cet Index. De même, pour ne pas surcharger une Table, déjà très
- longue, nous en avons écarté des noms tels que Paris, France, Europe,
- etc.
-
- A
-
-
- _Abbaye au Bois_ (L’), 201.
-
- _Abonnés de l’Opéra_ (Les), par BOYSSE, 85.
-
- _Académie des Sciences_ (L’), 108.
-
- _Académie française_ (L’), 76-78, 88, 136, *159[243], 221, 266,
- 271-276, 348.
-
- ACHILLE, 217, 218.
-
- ACIGNÉ (Mlle d’), tante de Richelieu, 127.
-
- AGÉNOIS (Armand VIGNEROT DU PLESSIS RICHELIEU, Duc d’), puis Duc
- d’AIGUILLON, 144, 161, 339.
-
- AGUESSEAU (Henri d’), Chancelier de France, Garde des sceaux, 238.
-
- AIGUILLON (Duchesse douairière d’), née CRUSSOL, 294, 348.
-
- AIGUILLON (Famille DU PLESSIS VIGNEROT d’), *68[117].
-
- _Aire_ (Ile d’), 298.
-
- _Aix_ (Ville d’), 280.
-
- _Aix-la-Chapelle_ (Traité d’), 232, 264, *264[408].
-
- ALBARET (Comte d’), 297.
-
- ALBERONI (Le Cardinal Jules), 44-47, *47[77], 49, 51, 54, 55, 90,
- 91.
-
- ALEMBERT (Jean LE ROND d’), de l’Académie française, 147.
-
- _Alençon_ (Ville d’), 280.
-
- ALINCOURT (François-Camille de NEUVILLE, Marquis, puis Duc d’), 86.
-
- ALINCOURT (Marquise d’), née de BOUFFLERS, 79-81.
-
- _Allemagne_ (L’) et _Allemands_ (Les), *141[216], 170, 230,
- *292[452], 293, 309, *313[500], 316, 330, 334.
-
- _Allemagne_ (Campagne d’), *316[502].
-
- _Alsace_ (Province d’), 95, 163, 174, 182, *187[283], 316.
-
- AMELOT DE CHAILLOU (Jean-Joseph), Secrétaire d’État aux Affaires
- étrangères, 160, 174, 175, 273.
-
- _Amours de Zéokinisul_ (Les), roman, par CRÉBILLON fils, *186[282].
-
- _Ancêtres du nouveau roi d’Albanie_ (Les), par PALLUAT DE BESSET,
- *343[549], *344[552].
-
- _Anecdotes_ d’HEMERY, *102[162].
-
- _Anecdotes sur le Maréchal de Richelieu_, par RULHIÈRE (édition
- ASSE), *8[33], *32[62], *39[69], 48, *60[106], *62[108], *81[138],
- *82[139].
-
- _Angleterre_ (Royaume d’) et _Anglais_ (Les), 92, 104, 160, 166,
- 167, 182, 204, 217, 219, 291, 293, 296, 301, 314, 320, 327-329,
- 337, 343.
-
- _Annales politiques_ (Les), par LINGUET, *204[314].
-
- ANNE D’AUTRICHE, Reine de France, *XIV[6].
-
- ANTERROCHE ou AUTEROCHE (Comte d’), Lieutenant de grenadiers, 204.
-
- ANTIN (Louis-Antoine de PARDAILLAN de GONDRIN, Duc d’), 203.
-
- ANSELME (Le père), généalogiste, 1, *2[22].
-
- ANSPACH (Charles-Frédéric, Margrave d’), neveu de Frédéric II, 342,
- 344.
-
- Antoinette d’ESPAGNE (L’Infante), 260.
-
- APRAXIN (Le Général Comte Fœdorovitch), 322.
-
- _Archives de la Guerre_, XXV, 195, *206[318].
-
- _Archives des Affaires étrangères_, XIV, XXV, *174[270], *296[459],
- *342[549].
-
- _Archives municipales d’Agen_, XXV, *XXV[18].
-
- _Archives Nationales_, *67[117].
-
- _Archives ou Papiers de la Bastille_ (Bibliothèque de l’Arsenal),
- *2[23], *9[36], *10[37], *11[40], *13[42], *14[43], *17[45],
- *61[107], *95[156], *96[157], *101[161], *106[169], *113[177],
- *129[202], *172[266], *202[311], *214[328], *253[393], *278[429],
- *279[430], *280[433], *282[436], *311[496].
-
- _Archives Wallonnes_, 283, *284[441].
-
- ARÉTIN (L’), 138.
-
- ARGENS (Jean-Baptiste BOYER, Marquis d’), 225.
-
- ARGENSON (Marc-René VOYER d’), Lieutenant-général de police, puis
- Garde des Sceaux, 47, *47[77], 51, 52, 56.
-
- ARGENSON (Marc-Pierre, Comte d’), Lieutenant-général de police,
- puis Ministre de la Guerre, 53, 142, 150, 163, 169, *173[269], 179,
- 195, *195[296], 203, 207, 214, 218, 224, 231, 233, 238, *258[401],
- 281, 291, 296, 298, 301-303, 306, *307[486], *309[489].
-
- ARGENSON (René-Louis, Marquis d’), Ministre des Affaires
- étrangères, VIII, *47[77], 53, 139, 142, 143, 151, 153, 182, 183,
- 205, *205[317], 206, 220, *220[341], 224, 228-232, *232[351],
- 234, 237, 238, 255, *256[397], 258, 261, 272, 277, 282, 283, 288,
- *349[559], 350.
-
- ARMAILLÉ (Comtesse d’), 123.
-
- _Arnouville_ (Village d’), 306.
-
- _Arsenal_ (Bibliothèque de l’), *316[502].
-
- _Arsenal_ (Jardin de l’), 16.
-
- AUGUSTE III, Électeur de Saxe et Roi de Pologne, 215, 222-224, 227,
- 228, 279.
-
- AUMONT (Louis, Marquis de VILLEQUIER, puis Duc d’), 22.
-
- _Auteuil_ (Village d’), 81.
-
- _Autriche_ (Empire d’), *63[110], 91, 92, 94, 104, 105, *105[168],
- *202[310], 230, 291, *343[549], 346.
-
- AVERNE (Mme d’), née de BRÉGY, 82, *82[139].
-
- AYEN (Louis de NOAILLES, Duc d’), capitaine des Gardes, 180, 197,
- 199, 215, 288, 305, 330.
-
- _Azamuth_, pseudonyme de Richelieu, 172.
-
-
- B
-
-
- BACHAUMONT (LOUIS PETIT de), littérateur, *245[380].
-
- BACHELIER, premier valet de chambre de Louis XV, *126[195], 131,
- 139.
-
- BACQUENCOURT (DUPLEIX de), directeur de la Compagnie des Indes, 264.
-
- _Bajazet_, tragédie de Racine, 188.
-
- BALBI (Colonel), 344, 345, *345[553].
-
- _Bâle_ (Ville de), 188.
-
- BALLEROY (Jacques-Claude-Augustin, Marquis de LA COUR), 192.
-
- BALLEROY (Marquise de LA COUR), 53, *64[112].
-
- BALOT, Avocat au Parlement, 250.
-
- BARBUT DE MAUSSAT, chambellan du Margrave d’Anspach, 342, 344, 345.
-
- BARÈRE, chirurgien, 14-16.
-
- BARJAC, valet de chambre du Cardinal Fleury, *126[195].
-
- BARRIÈRE, littérateur, *XVIII[9], XIX, *XIX[10].
-
- _Bastille_ (Château de la), 1-3, 9, 10, 16-18, 21, 27, 30-32,
- *32[61], 35, 40, 43, 50-56, 58, *61[107], 63, 70, 74, 108, 122,
- 256, 279, *280[433], 342, 344, 345, *345[553], 346, *346[555].
-
- BATHIANY (Comtesse), 97, 98.
-
- BAUDOUIN, peintre, 272.
-
- BAVIÈRE (Chevalier de), 29, 56.
-
- BAVIÈRE (Électeur de), Empereur d’Allemagne, *143[216].
-
- BAYARD, auteur dramatique, XXIV, *XXIV[15].
-
- _Bayonne_ (Ville de), *47[78], 51, 58.
-
- BAYREUTH (La Margrave de), sœur de Frédéric II, 320, 342, 343.
-
- BEAULIEU (Bombarde de), Conseiller au grand Conseil, *280[433].
-
- BEAUMARCHAIS (Caron de), auteur dramatique, XXI, 7.
-
- BEAUMONT (Christophe de), archevêque de Vienne, puis de Paris, 221,
- 266, 270, *271[414], 305, 308, 309.
-
- BEAUVAU (Charles-Just, Maréchal de France, Prince de), 297,
- *313[500], 340.
-
- _Belgique_ (Province de), 230.
-
- BELLEFONDS (Marquise de), 215.
-
- BELLE-ISLE (Charles FOUQUET, Maréchal de France, Comte, puis Duc
- de), *141[216], 238, 258, 266, 268, 273, 296, *312[498], *313[500],
- *329[527], 333, 339, 343.
-
- _Bérénice_, tragédie de Racine, 188.
-
- BERGER, *247[382].
-
- BERGER, directeur de l’Opéra, 211, 212.
-
- _Berg-op-Zoom_ (Siège de), 265.
-
- _Berlin_ (Ville de), 261, *344[551].
-
- BERNAGE DE SAINT-MAURICE, intendant du Languedoc, puis prévôt des
- marchands à Paris, 165.
-
- BERNARD (Samuel), banquier, 240.
-
- BERNAVILLE (de), Gouverneur de la Bastille, 10-17, 31.
-
- BERNIÈRES (Présidente de), née de FAULCON DE RIS, *87[147].
-
- BERNIS (Abbé, puis Cardinal de), 275, *291[451], 295, *296[459],
- 299, 303-305, *305[483], *312[498], *314, *318[*$1[504], *319[506],
- *320[508], 321, 322, *322[511], 323, *323[512], 324, 325,
- *325[515], 326-328, *329[525], 330, 331, 333, *334[531], 336,
- *336[537], 338-342, *342[549], *343[549], 344.
-
- BERRY (Charles, Duc de), petit-fils de Louis XIV, 32.
-
- BERRY (Marie-Louise-Élisabeth d’ORLÉANS, Duchesse de), 50, *50[81],
- *80[137], 82, *82[140].
-
- BERRYER, lieutenant-général de police, 279.
-
- BERWICK (Jacques FITZ-JAMES, Maréchal de France, Duc de), *47[78],
- 110, 114.
-
- BESENVAL (Baron de), 38, *62[108].
-
- _Bibliothèque de la Ville de Paris_, *120[187], *128[201], 242.
-
- _Bibliothèque Nationale_ (Département des Manuscrits), *245[380],
- *280[433].
-
- _Bijoux indiscrets_ (Les), roman de DIDEROT, XXI.
-
- _Biographie Universelle de_ MICHAUD, *89[149], *124[194],
- *195[296], *206[318].
-
- BIRON (Charles de GONTAUT, Maréchal de France, Duc de), 53.
-
- BIRON (Marquis de), premier écuyer du Régent, 54.
-
- BIRON (Louis-Antoine de GONTAUT, Maréchal de France, Duc de),
- *207[319].
-
- BITTARD DES PORTES, historien, *206[318].
-
- BLACKNEY (Sir), Gouverneur de Minorque, 297, 299, 301.
-
- BLAMONT (de), Surintendant de la Musique, 236.
-
- BLANCHARD (Abbé), 208, 209.
-
- BOISLISLE (A. de), Membre de l’Institut, XXVII, XXVIII, 7.
-
- BOISLISLE (Jean de), XXVIII, *5[25].
-
- _Bohême_ (Royaume de), 174, *182[278], *187[283].
-
- BOISMORAND (Abbé de), 129.
-
- BONNEVAL (De), Intendant des Menus, 234.
-
- BONTEMPS, Gouverneur des Tuileries, 120, 126.
-
- _Bordeaux_ (Ville de), *111[183], 333, 348, 349.
-
- BOUFFLERS (Marie-Françoise de BEAUVAU-CRAON, Marquise de), 263, 273.
-
- BOUFFLERS (Joseph-Marie, Maréchal de France, Duc de), 215, 231.
-
- BOUGAINVILLE (Jean-Pierre de), littérateur, 276.
-
- BOUHIER (Le Président), de l’Académie française, 136, 221.
-
- _Boulogne_ (Bois de), 29, *61[107].
-
- _Boulogne_ (Expédition de), 167, 218, 219.
-
- BOURBON (Louis-Henri, Duc de), dit Monsieur le Duc, principal
- Ministre, XXV, 27, 29, 32, 33, 36, 43, 48, 49, 71, *72[126], 79,
- 82-84, 89, 90, 94, *94[155], 142.
-
- BOURBON (Duchesse douairière de), dite Madame la Duchesse, 32, 33,
- *33[63].
-
- BOURBON (Anne de BAVIÈRE, première douairière de), dite Madame la
- Princesse, 43, *49[80], 71.
-
- _Bourbon_ (Maison de), 70, *72[126], 105, *105[168], 113, 136, 176,
- *291[452], 303.
-
- _Bourges_ (Ville de), 258.
-
- BOURGOGNE (Louis, Duc de), petit-fils de Louis XV et frère aîné de
- Louis XVI, *265[410].
-
- BOURGOGNE (Adélaïde de SAVOIE, Duchesse de), XXI, 1, 2, 5-7,
- *7[32], 18, 25, 55.
-
- _Bourgogne_ (Province de), 91.
-
- BOYER, ancien évêque de Mirepoix, 201, 262, 264, 275.
-
- BOYSSE, littérateur, 85.
-
- BOZE (Claude GROS de), antiquaire, de l’Académie française, 276.
-
- BRANCAS (Louis-Antoine, Duc de), 89.
-
- BRANCAS (Duchesse de), 138.
-
- BRANCAS (Marie-Angélique FRÉMYN DE MORAS, Duchesse de), 145, 153,
- 154, 201, 281.
-
- BRÉHAN (Comte de), *312[498].
-
- _Bremen_ (Brême), 315.
-
- _Bretagne_ (Commandement et lieutenance-générale de), 115,
- *287[447].
-
- _Breuilpont_ (Château de), *245[380].
-
- BRINVILLIERS (Marquise de), 194.
-
- BRISÉIS, 217.
-
- BRISSAC (Charles-Timoléon-Louis, Duc de COSSÉ-), 6, 7.
-
- BROGLIE (Charles-Maurice, Abbé de), 146.
-
- BROGLIE (Albert, Duc de), XXVIII, 229.
-
- BROGLIE (François-Marie, Maréchal de France, Duc de), *141[216].
-
- BRUHL (Comte Henri de), premier Ministre d’AUGUSTE III, Électeur de
- Saxe, 222-224, 226, 229, 230.
-
- _Brunswick_ (Armée du Duché de), 325, 326, 329.
-
- _Brunswick_ (Capitale du Duché de), 315.
-
- BRUNSWICK-BEVERN (Ferdinand, Duc de), 314, 315, 330-332, *332[529].
-
- BUFFON (LE CLERC, Comte de), naturaliste, 276.
-
- BUISSON, libraire, XVII, *145[221].
-
- _Bulletin du bibliophile_, *103[165].
-
- BURY (de), surintendant de la musique, 236.
-
- BUVAT, copiste, 44, 45.
-
- BYNG (Georges), Amiral anglais, 295, 298, 301.
-
-
- C
-
-
- _Campagne de Minorque_ (La), par Raoul de CISTERNES, *296[462],
- *297[465].
-
- CAMPAN (Mme), *XVIII[9].
-
- CAMPARDON, historien, *247[382].
-
- CAMPISTRON (Jean GALBERT de), auteur dramatique, 76.
-
- CAMPRA, compositeur, *57[101].
-
- _Canal de Provence_, dit _Canal de Richelieu_, 277, 279, *279[431],
- 280, *280[433].
-
- CAPEFIGUE, historien, XX, *XX[12], *70[123], 314, 315, *347[556].
-
- CARLOS (Don), fils du roi d’Espagne PHILIPPE V, 105, *105[168].
-
- CARRA (Jean-Louis), conventionnel et publiciste, *8[34], *29[58].
-
- CASANOVA de SEINGALT, 255, 277, 282.
-
- CASTÉRA, empirique de Metz, 187.
-
- _Catalogue des objets d’art du Marquis de_ MARIGNY, 254.
-
- CAUMARTIN de BOISSY, 53, *64[112].
-
- CAUMONT (Marquis de), archéologue, *112[186].
-
- CAVOIE (Louis d’OGER, Marquis de), *8[34], 13.
-
- CAVOIE (Marquise de), née de COETLOGON, 13.
-
- CAYLUS (Comte Philippe de), archéologue, 194.
-
- CELLAMARE (Prince de), Ambassadeur d’Espagne à la Cour de France,
- 41, 42, 44, 49, 53, 58, 60, 91.
-
- _Celle_ (Château de la), 238.
-
- _Cercles_ (Armée des), 316, 324, 330.
-
- CÉSAR, 20.
-
- _Cévennes_ (Les), 267, 285, *285[444].
-
- CHABAN (De), premier secrétaire du lieutenant de police, 182.
-
- CHABRILLAN (Marquis de), XXVII.
-
- CHAMFORT (Nicolas de), littérateur, XXIII, 162.
-
- CHAMPENOIS, 195, *202[311], 203, *203[312], 204, *204[313], 214.
-
- _Chansonnier_ MAUREPAS (Édition GAY), *34[65].
-
- _Chantilly_ (Château de), 29, 83.
-
- CHAPOTIN, contrôleur à la Volaille, 278.
-
- CHARAVAY, libraire-éditeur, *41[71].
-
- CHARLEMAGNE, 113, 300.
-
- CHARLES VI, Empereur d’Autriche et d’Allemagne, 91, *91[153], 93,
- 94, 97-99, 102-104, *104[166], 105, *105[168], *106[169], *141[216].
-
- CHARLES VII, Électeur de Bavière et Empereur d’Allemagne, *231[350].
-
- CHARLES-QUINT, 104, *105[168].
-
- CHARTRES (Louis-Philippe, Duc de), puis Duc d’ORLÉANS, 264.
-
- CHARTRES (Henriette de BOURBON-CONTI, Duchesse de), 180.
-
- CHAROLAIS (Charles de BOURBON, Comte de), Prince du sang, 114.
-
- CHAROLAIS (Louise-Anne de), Princesse du sang, 32-40, 43, 48, 49,
- *49[80], 50, 56, *56[98], 58, *62[108], 63-66, 71-75, 78, 84, 113,
- 139, *287[447].
-
- CHASTELET (Chevalier du), 11.
-
- CHASTELET (Marquise du), femme du gouverneur de Vincennes, 11.
-
- CHATEAUROUX (Marie-Anne de Mailly, Marquise de la Tournelle,
- puis Duchesse de), *XVIII[8], 141, 143, 144, *144[220], 145, 146,
- *146[223], 147, 149-155, *156[241], 157-159, 161, 163, 164,
- *173[269], *176[273], 196, *197[297], 198, *198[300], 202, 216, 306.
-
- _Château-Trompette_ (Fort du), 349.
-
- CHATELET (Gabrielle-Émilie LE TONNELIER de BRETEUIL, Marquise du),
- 115, 131-134, *159[243], 163, 210, 223, 262, 273.
-
- CHATILLON (Duc de), 192, *192[292].
-
- CHAUVELIN (Germain-Louis de), Garde des Sceaux et Secrétaire d’État
- aux Affaires étrangères, 136.
-
- CHAVIGNY (Marquis Théodore de CHAVIGNARD de), Diplomate, 90,
- *101[161], *104[166].
-
- _Cheminée de Mme de la Pouplinière_ (La), par CAMPARDON, *246[381],
- *252[390].
-
- CHEVERT (François de), Lieutenant-général, 312.
-
- CHICOYNEAU (François), premier médecin de Louis XV, *139[215], 184.
-
- CHIRAC (Pierre), premier médecin du Régent et de Louis XV, 101.
-
- CHODERLOS de LACLOS, littérateur, XXI.
-
- CHOISEUL (Comte de STAINVILLE, puis Duc de), Ambassadeur de France
- à Vienne, XIII, *271[414], 310, *312[498], 324, *325[517], 326,
- 331, 333, 334, *334[531], 338, 342, 344, 345.
-
- _Choisy-le-Roi_ (Château de), 151, 152, 156-158, 161, 175, 200,
- 247, 260, 310, 335.
-
- _Choix de lettres inédites_, par E. de BARTHÉLEMY, *176[273].
-
- CIDEVILLE (de), Conseiller au Parlement de Rouen, 113.
-
- _Cirey_ (Château de), 135.
-
- _Citadella_, capitale de l’île de Minorque, 291, 296-298.
-
- CLARIS (de), Conseiller à la Cour des Comptes, 135.
-
- _Clarisse Harlowe_, roman de RICHARDSON, XXI.
-
- CLERMONT (Louis de BOURBON, Comte de), Prince du sang, *114[181],
- 185, 276, 314, 332, 333, 335.
-
- _Closter-Seven_ (Convention de), 314, 318, *318[505], 323,
- *323[512], 324, 328-331, *334[532], *337[538], 339, 341, 346,
- *347[557], 348.
-
- COCHIN (Henri), avocat au Parlement de Paris, 128.
-
- COCHIN (Charles-Nicolas), dessinateur-graveur, 169, *169[261].
-
- _Cognac_ (Ville de), 88.
-
- COIGNY (François de FRANQUETOT, Maréchal de France, Duc de), 182.
-
- COLLÉ (Charles), auteur dramatique, 247, 265.
-
- _Collection_ LEBER, *252[391].
-
- COLLETET (Guillaume), poète sous le règne de Louis XIII, 170.
-
- COLOMIERS (BOUSQUET de), nouvelliste, *253[393], *282[436].
-
- _Comédie française_, 62, 70, 211, 212, 264, 265, 270.
-
- _Comédie italienne_, 211, 212, 214, 269, 270, 271, 299.
-
- _Comtesse d’Egmont_ (La), par la Comtesse d’ARMAILLÉ, *116[184],
- *123[192], *294[454], *295[458].
-
- _Conciergerie_ (Prison de la), 30.
-
- CONDÉ (Le Grand), 26, 32, 33.
-
- _Confessions_ de J.-J. ROUSSEAU (Les), 241, *242[376].
-
- _Conflans_ (Château de), 65, 66.
-
- _Constitution Unigenitus_ (La), 307.
-
- CONTI (Louis-Armand de BOURBON, Prince de), Prince du sang, 13, 21.
-
- CONTI (Louis-François de BOURBON, Prince de), Prince du sang, 114,
- *114[181], 120, 156.
-
- CONTI (Louise Élisabeth de BOURBON-CONDÉ, Princesse de), 35.
-
- CONTI (Louise-Diane d’ORLÉANS, Princesse de), 180.
-
- _Coquette fixée_ (La), comédie de Mme DENIS, 281.
-
- CORALINE, actrice de la Comédie italienne, 270.
-
- _Cordeliers_ (Église des), 133.
-
- _Correspondance complète de_ MADAME, _Duchesse d’Orléans_ (édition
- BRUNET), *37[68], 38, 41, *43[73], *55[95], *58[102], *66[114], 75.
-
- _Correspondance de_ MADAME, _Duchesse d’Orléans_ (édition JŒGLÉ),
- *50[82], *54[94], *55[95], *59[103], *64[113].
-
- _Correspondance de Mme de Pompadour_ (édition POULET-MALASSIS),
- *299[468].
-
- _Correspondance des agents diplomatiques étrangers_, par
- FLAMMERMONT, *225[346].
-
- _Correspondance_ du Baron de GRIMM (édition Maurice TOURNEUX),
- *233[354], *254[396], *276[424].
-
- _Correspondance du Cardinal de_ TENCIN _et de_ Mme _de_ TENCIN, _sa
- sœur, avec le Duc de_ RICHELIEU, *150[228], *175[272], *176[273],
- *182[277].
-
- _Correspondance générale de_ VOLTAIRE, *69[119], *87[147],
- *122[190], *135[208], *170[262], *171[263], *300[472], *301[478],
- *312[499], *313[500].
-
- _Correspondance historique et particulière du Maréchal de_
- RICHELIEU _en 1756-1757, avec M._ PARIS-DUVERNEY (éditée par le
- Général de GRIMOARD), *316[502], 317, *317[503].
-
- _Correspondance secrète_, dite de MÉTRA, VIII, IX, *IX[3], XXV.
-
- _Correspondants de la Marquise de_ BALLEROY (Les), par Edouard de
- BARTHÉLEMY, *51[83], *53[91], *138[212].
-
- COYNART (De), historien, *176[273].
-
- CRILLON (Jean-Louis de BERTONS de), Archevêque de Narbonne, 125.
-
- CROŸ (Duc Emmanuel de), VIII.
-
- _Culloden_ (Bataille de), 220.
-
- CUMBERLAND (Duc de), fils de Georges II, roi d’Angleterre, 312,
- 313, 315, 317, 318, *318[505], *320[508], 322, 323, 326, 327, 330,
- 335, 337.
-
- _Curiosités littéraires_, par Ludovic LALANNE, *77[134].
-
- CURY ou CURYS (De), Intendant des Menus, 234, 235, 264.
-
-
- D
-
-
- DAMIENS, *192[292], 303, 304, 306, *306[484], 307.
-
- DANCHET (Antoine), auteur dramatique, *57[101].
-
- _Danemark_ (Royaume de), 104, 342.
-
- DANGEAU (Philippe de COURCILLON, Marquis de), VIII, 4, 9, *9[35],
- 18, *18[47], 20, *20[48], 21, *21[50], *57[100], *61[107], 65, 68,
- 76, *106[170], 126, *128[199].
-
- DAUPHIN (Le), fils de Louis XV, 158, 168, 182, 192, 197, 198, 200,
- 201, 204, 206, 210, 243, 263, 281.
-
- DAUPHINE (La première), Infante d’Espagne, 197, 206, 222.
-
- DAUPHINE (La seconde), Marie-Josèphe de SAXE, 215, 222, 226-228,
- 265, 281.
-
- _Dauphiné_ (Province du), *285[444].
-
- _Denain_ (Victoire de), 301.
-
- DESCHAMPS, compositeur, *57[101].
-
- _Désert_ (Le), 285, *285[444].
-
- DESFONTAINES (Abbé Pierre-François GUYOT-), critique littéraire,
- 128.
-
- DESLOGES (Jacques), sobriquet donné à RICHELIEU, 264.
-
- DESROCHES (Mlle), gouvernante de Mlle de VALOIS, 38, 39.
-
- DESTOUCHES (Philippe NÉRICAULT), auteur dramatique, 76.
-
- DESTOUCHES (André-Cardinal), Surintendant de la Musique du roi,
- 208, *208[320].
-
- _Dettingen_ (Bataille de), 158, 162, 205.
-
- _Dictionnaire_ de JAL, 1, *113[178].
-
- _Dictionnaire de la Noblesse_ par LA CHESNAYE DES BOIS, 1.
-
- DIDEROT (Denis), XXI.
-
- DOLÉ (Abbé), 14, 16.
-
- DOMBES (Louis-Auguste, Prince de), Prince du sang, *116[184], 165,
- *295[458].
-
- _Domino noir_ (Le), opéra-comique, 35.
-
- DONEP (Général), 326.
-
- _Dresde_, capitale de la Saxe, 222, *223[334], 224-226, *226[347],
- 227, 244, 279.
-
- DUBOIS (Abbé, puis Cardinal), premier Ministre, 45, 47, *47[77],
- 53, 60.
-
- DUBUISSON, commissaire de police, *122[191].
-
- _Duc de Saint-Simon_ (Le), par A. Baschet, *XIV[6].
-
- _Duchesse d’Aiguillon_ (La), *161[247].
-
- _Duchesse de Chateauroux_ (La), par les GONCOURT, *144[220],
- *149[225], *187[283].
-
- _Duchesse du Maine_ (La), par le Général PIÉPAPE, *45[74], *52[90].
-
- DUCHEVRON, lieutenant de la prévôté, *51[84].
-
- DUCLOS (Charles PINEAU), historien, VIII, *xi, *29[57], 101, 102,
- *103[163], 165, 273, 276.
-
- DULIBOIS, exempt de police, 66.
-
- DUMANOIR, auteur dramatique, XXIV, *XXIV[15].
-
- DUMAS (Alexandre), père, auteur dramatique, XXIV, *XXIV[17].
-
- DUNKELMANN, trésorier de Frédéric II, 341.
-
- _Dunkerque_ (Expédition de), 215, 217, 218, *220[339], 222, 243.
-
- DUPLEIX (Joseph-François, Marquis), gouverneur de Pondichéry, 263,
- 264.
-
- DUPRÉ, auteur dramatique, *57[101].
-
- _Durance_ (Rivière de la), 280.
-
- DURAS (Jean-Baptiste de DURFORT, Maréchal de France, Duc de), 118,
- 119, *119[186].
-
- DURAS (Emmanuel-Félicité de DURFORT, Maréchal de France, Duc de),
- 321-322.
-
- DURAS (Angélique-Victoire de BOURNONVILLE, Duchesse de), 78.
-
- DURAZZO (Comte de), *271[414].
-
- DURENG, historien, *104[166].
-
- DU RYS, lieutenant du régiment de Richelieu, 7.
-
- DUVAL (Alexandre), auteur dramatique, XXIII.
-
-
- E
-
-
- _Édit de Nantes_ (L’), 283, *285[444].
-
- EGMONT-PIGNATELLI (Comte d’), gendre de Richelieu, 294, 295, 299.
-
- EGMONT-PIGNATELLI (Jeanne-Sophie Septimanie DU PLESSIS, Comtesse
- d’), fille du Maréchal, 122, 291, 294, *294[454], 299.
-
- _Elbe_ (L’), fleuve, 315-317, 321, 323, *334[532].
-
- _Éléments_ (Les), opéra-ballet de ROY, musique de LALANDE et
- DESTOUCHES, 199.
-
- _En flânant_, par André HALLAYS, *69[120].
-
- ÉPERNON (Jean-Louis de NOGARET de la VALETTE, Duc d’), 234, 287.
-
- ÉPERNON (Duc d’), fils du Duc d’ANTIN, 108, 109.
-
- _Espagne_ (Royaume d’), 44, 46, 47, 49, 50, 52, 91, 94, 97, 104,
- 105, *105[168], *141[216], 170, 183, 203, 230, 292.
-
- _Essai sur l’histoire du Théâtre_, par G. BAPST, *169[261].
-
- ESTRÉES (Duchesse d’), 51.
-
- ESTRÉES (Louis-Charles-César LE TELLIER, Marquis de COURTANVAUX,
- Maréchal de France, Comte, puis Duc d’), 305, 309-311, *311[494],
- 312, *312[498], 316, 335.
-
- ESTRÉES (Louise-Félicité de NOAILLES, Maréchale d’), 73.
-
- ETIOLES (Alexandrine LE NORMANT d’), fille de Mme de Pompadour,
- 289.
-
- _Étrennes de la Saint-Jean_ (Les), 194.
-
- _Études sur l’histoire de Prusse_, par LAVISSE, *292[452].
-
- EUGÈNE (François-Eugène de SAVOIE-CARIGNAN, dit le Prince), 21, 94,
- 97, *97[158], *103[164].
-
-
- F
-
-
- FARNÈSE (Élisabeth), Reine d’Espagne, femme de Philippe V, 82, 95.
-
- _Faublas_, roman de LOUVET de COUVRAY, XXI, 38.
-
- FAUR, secrétaire du Duc de FRONSAC, XV, XVI, *XVII[8], XIX, XXIII,
- XXV, *23[53], 72, *156[241], 311, 341.
-
- FAVART (Charles-Simon), auteur-acteur, 211, *271[414].
-
- FAVART (Justine du RONCERAY, dame), 266, 269, 270.
-
- FÉNELON (Marquis de), Ambassadeur à La Haye, *XVIII[8].
-
- FERRAND, Conseiller au Parlement de Paris, 31.
-
- _Fêtes de Ramire_ (Les), antérieurement _La Princesse de Navarre_,
- 242.
-
- FEYDEAU DE MARVILLE, Lieutenant-général de police, 170, 181,
- *197[297], 212-214.
-
- _Filles du Régent_ (Les), par E. de BARTHÉLEMY, *40[71], *41[71].
-
- FILLON (La), 45.
-
- FITZ-JAMES (François, Duc de), Évêque de Soissons, 185, 186, 192.
-
- _Flandre_ (Armée et campagnes de), 19, 20, 23, 141, 147, 148, 170,
- 175, 178, 180, 195, 201, 221, 231.
-
- _Flandre_ (Province de), 91.
-
- FLAVACOURT (Hortense-Félicité de MAILLY, Marquise de), 143, 147,
- 163, 179, 193, 198.
-
- FLEURY (Antoine-Hercule de), Évêque de Fréjus, puis Cardinal et
- premier Ministre, 94, 96, 100, 102, 103, *103[165], *104[165], 105,
- *105[168], 108, 109, 136, 139, *139[215], 142, 144-146, 149, 152,
- 154, 155, 159, 172, 174, 232.
-
- FLEURY (André-Hercule de ROSSET, Duc de), neveu du Cardinal,
- premier Gentilhomme de la Chambre, 192.
-
- FLOQUET, ingénieur, 280, *280[433].
-
- FLORIAN (Philippe-Antoine de CLARIS, Marquis de), oncle du
- fabuliste, 312.
-
- _Foire Saint-Germain_ (La), 211.
-
- _Foire Saint-Laurent_ (La), 211.
-
- FOIX (Gaston de), Duc de Navarre, 170.
-
- FONSECA (Baron de), Ambassadeur d’Autriche à la Cour d’Espagne,
- *105[168].
-
- _Fontainebleau_ (Palais de), 321.
-
- _Fontainebleau_ (Spectacles de), 217, 269, 270.
-
- FONTENELLE (LE BOUVIER de), de l’Académie française, 76, 275.
-
- _Fontenoy_ (Bataille de), 195, 206, *207[319], 208, 215, *226[347],
- *318[505].
-
- _Fontenoy_, poème de VOLTAIRE, 206.
-
- _Forges_ (Eaux de), 87, *87[147].
-
- _For-Levêque_ (Prison du), 270, 278, 279.
-
- FOUQUET, Surintendant des Finances, 294.
-
- _France sous Louis XV_ (La), par JOBEZ, *104[167], *109[173],
- *156[241], *175[271], *280[433], *285[444], *322[511].
-
- _Francfort_ (Ville de), *141[216], 160, 325.
-
- FRANÇOIS Ier (Étienne), Empereur d’Allemagne, d’abord Duc de
- Lorraine, puis Grand-Duc de Toscane, époux de Marie-Thérèse,
- *231[350].
-
- FRÉDÉRIC II, Roi de Prusse, 158, 160, 173, *173[269], 175, 176,
- 182, *182[278], *187[283], 215, *223[344], 224, 225, *225[346],
- 229, 262, 263, 268, 292, *292[452], 293, 312, *312[499], 313-316,
- 319, *319[507], 320, *320[508], 324, 328, *328[527], 330, 331,
- *334[532], 337, 340, 341, *341[548], 342-344, *344[551], 345, 346.
-
- _Frédéric II et Louis XV_, par le Duc de BROGLIE, XXVIII,
- *136[210], *175[271].
-
- _Frédéric II et Marie-Thérèse_, par le Duc de BROGLIE, *174[270].
-
- FRÉDÉRIC V, Roi de Danemark, 315, 320, 325, 342.
-
- _Fribourg-en-Brisgau_, 19, 21, 190.
-
- FRIESEN (Comte de), Neveu du Maréchal de SAXE, 227.
-
- FRONSAC (Duc de), puis Duc de RICHELIEU, fils du Maréchal, XV, *XV[7],
- 122, 164, 289, 295, *295[458], 340.
-
- FRONSAC (Duchesse de), puis de RICHELIEU, née de NOAILLES, première
- femme du Maréchal, *7[29], 10, 12, *12[41], 13, 14, 27, 112, 261,
- 299.
-
- FUNCK-BRENTANO (Frantz), historien, *XV[7].
-
- _Furnes_ (Siège de), 178.
-
- FUZELIER (Louis), auteur dramatique, *62[109].
-
-
- G
-
-
- GACÉ (Comte de), puis Comte de MATIGNON, 27, 30-33.
-
- GACÉ (Comtesse de), née de CHATEAU-REGNAULT, 29, *29[58].
-
- _Galerie des Aristocrates et Mémoires Secrets_ (attribués à
- DUMOURIEZ), *337[538].
-
- GAMPERT, 344, 345, *345[554], *346[555].
-
- _Gand_ (Ville de), 213, 216, 218.
-
- GAUSSIN (Mlle), actrice de la Comédie française, 150.
-
- _Gazette_ (La), 2.
-
- _Gazette de la Régence_ (édition E. de BARTHÉLEMY), *32[61],
- *34[64], *50[81], *52[87].
-
- GÉDOYN (Abbé Nicolas), de l’Académie française, 77.
-
- _Gênes_ (République et Ville de), 231, 233-236, 248, 250.
-
- GEORGES II, Électeur de Hanovre et Roi d’Angleterre, 162,
- *162[250], 318, *318[505], 326.
-
- GESVRES (François-Joachim POTIER, Duc de), 108, 221, *221[342],
- 235, 237.
-
- _Gibraltar_ (Ville de), 92, 104, 298.
-
- GIRARD, commis dans les cuivres, 277, 278, *278[429], 279, 280.
-
- GIRAUD (Charles), historien et jurisconsulte, 80, *80[135].
-
- GISORS (Louis-Marie FOUQUET, Comte de), 294.
-
- GOESBRIAND ou GUESBRIAND (Marquise de), 120.
-
- GONCOURT (Les Frères HUOT de), polygraphes, 147, *149[225], 151,
- *176[273].
-
- _Gouvernement, les Mœurs_, etc. (Le), par SÉNAC de MEILHAN (édition
- de LESCURE), *133[205].
-
- GRAMONT (Louis, Comte, puis Duc), colonel des Gardes françaises,
- *162[249].
-
- GRIMOARD (Général Philippe Henri, Comte de), XXVI.
-
- _Grimoires des_ TENCIN (Les), 149.
-
- GUÉMÉNÉE (Chevalier de), fils cadet du Duc de Guéménée, 42.
-
- _Guérin de Tencin_ (Les), par de COYNART, *149[226].
-
- _Guerre de Sept Ans_ (La), 259, 291, 293.
-
- _Guide artistique_ (Le), par ALIZER, *233[356].
-
- GUIMONT, Envoyé de France à Gênes, 249, 250.
-
- _Guise_ (Maison de), 278.
-
- GUISE (Anne-Marie-Joseph de LORRAINE, Prince de), 114.
-
- _Guyenne_ ou _Guienne_ (Province de), XXVI, 267, 277, 286,
- *286[446], 333, 348.
-
-
- H
-
-
- _Halberstadt_, ville de Prusse (Province de Saxe), 317, 330.
-
- HAMLET, 146.
-
- _Hanovre_ (Armée du), 318, 329, 332.
-
- _Hanovre_ (Campagne de), XXVI, 314, 320, 321, 337.
-
- _Hanovre_ (Capitale de l’Électorat de), 315, 345.
-
- _Hanovre_ (Électorat et gouvernement de), 327, 328, 340.
-
- _Hanovre_ (Traité de), 104, *104[166].
-
- _Hastembeck_ (Victoire d’), 305, 312.
-
- HÉLIE (Mlle), 277, 287, 288.
-
- HÉLIE, négociant de Rouen, 288.
-
- HÉLIOGABALE, 29.
-
- HÉNAULT (Le Président Charles-Jean-François), 70, 169, 170, 276.
-
- HENRI IV, 176, 292.
-
- _Henriade_ (La), poème de VOLTAIRE, 76.
-
- HÉRAULT (René), Lieutenant-général de police, 95, 129.
-
- _Hesse_ (Armée de), *325[517], 326, 329.
-
- _Hesse_ (Campagne de), 320.
-
- _Hesse_ (Gouvernement de), 327.
-
- HESSE-CASSEL (Landgrave Guillaume de), 327, 328-337.
-
- _Histoire de France au XVIIIe siècle_ (collection LAVISSE), par H.
- CARRÉ, *104[167].
-
- _Histoire de la diplomatie française_, par de FLASSAN, *175[271].
-
- _Histoire de la Régence_ par LEMONTEY, *47[78], *90[151], *98[159].
-
- _Histoire de Madame la Marquise_ (de Pompadour), par Mlle de
- FAUQUES, *311[497].
-
- _Histoire de mon temps_, par FRÉDÉRIC II, *175[271].
-
- _Histoire des Rats_ (L’), *129[202].
-
- _Histoire du costume en France_, par QUICHERAT, *200[308].
-
- _Histoire générale_, par VOLTAIRE, 300.
-
- HOHENZOLLERN (Les), *292[452].
-
- _Hollande_ (La), 262, *264[408], 291.
-
- _Hollande_ (Les États de), 91, 92, 104, *202[310], 230.
-
- _Holstein_ (Duché de), 315.
-
- _Hôpital Général_ (L’), 270.
-
- _Hôtel-de-Ville_ de Paris (L’), 202, 215, 216.
-
-
- I
-
-
- _Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux_ (L’), *187[283],
- *233[357].
-
- _Iphigénie_, Tragédie de RACINE, 155.
-
- _Iphigénie en Tauride_, opéra-tragédie, 44, 57, *57[101].
-
- ISMAËL-BEG, pseudonyme du Cardinal FLEURY, 172.
-
- ISSARTS (Marquis des), Ambassadeur de France à la Cour de Dresde,
- 222, 223.
-
- _Italie_ (L’), 183, 230, 231.
-
-
- J
-
-
- JANNEL, chef du _Cabinet Noir_, 181.
-
- _Jean-Jacques Rousseau musicien_, par TIERSOT, *242[376].
-
- JÉSUS-CHRIST, 85.
-
- JOLY DE FLEURY (Louis-François), procureur général au Parlement de
- Paris, *271[414].
-
- _Journal de_ BARBIER (édition CHARPENTIER), *77[133], 83, *84[142],
- 102, *102[162], *110[175], *114[180], *157[242], *161, *162,
- *179[276], *187[283], *188[283], *197[297], *217[333], *218[338],
- *250[385], *278[428], *299[470], *311[494], *335[535].
-
- _Journal de ce qui s’est passé à Metz_, etc., *187[283].
-
- _Journal de_ COLLÉ, 247, *247[382], *252[389], *265[409].
-
- _Journal de la maladie du Roi_, par CHICOYNEAU, *187[283].
-
- _Journal de la Régence_, par BUVAT, *51[84], *66[115], 83, *83[141].
-
- _Journal de Leyde_, 101.
-
- _Journal de_ ROSALBA CARRIERA, 73, *73[128].
-
- _Journal des règnes de Louis XIV et Louis XV_, par NARBONNE,
- *114[180].
-
- _Journal du Commandeur_ de GLANDEVEZ, *296[462].
-
- _Journal du Duc de_ CROŸ (édition de GROUCHY et COTTIN), *197[298],
- *198[302], *306[484], 347, *347[558].
-
- _Journal_ (inédit) _du Chevalier de Mouhy_, *168[260].
-
- _Journal, Mémoires et Correspondance de_ MARAIS (édition de
- LESCURE), 49, *70[124], 71, *72[126], *77[132], *82[139], *84[143],
- *88[148], *89[150].
-
- _Journée de Fontenoy_ (La), par le Duc de BROGLIE, *205[317].
-
- JUDAS, 85.
-
- JUMILHAC (Famille de), *69[120].
-
-
- K
-
-
- KAUNITZ (Wenceslas-Antoine, Prince de), Diplomate, Chancelier
- d’État, 230, 244.
-
- _Kehl_ (Siège de), 111.
-
- _Kesseldorff_ (Bataille de), *223[344].
-
- KLINGREEF, Envoyé de Prusse à Dresde, 225.
-
- KLINGSTETT, miniaturiste, 138.
-
- KROM, prêteur sur gages, 96.
-
-
- L
-
-
- LA BORDE (De), XVII, *176[273].
-
- LA CARLIÈRE (De), médecin, 14, 15.
-
- LA CHAUSSÉE (Pierre-Claude NIVELLE de), auteur dramatique, 260, 261.
-
- LA FARE (Philippe-Charles, Marquis de), Maréchal de France, 111.
-
- LA FERTÉ-IMBAULT (Marie-Thérèse GEOFFRIN, Marquise de), *139[215].
-
- LA FEUILLADE-ROUANNEZ (Louis, Comte, puis Duc de), Maréchal de
- France, 89.
-
- LA FONTAINE (Jean de), 69.
-
- LA FORCE (Henri-Jacques-Nompar de CAUMONT, Duc de), 77.
-
- LA GALISSONNIÈRE (Roland-Michel BARRIN, Marquis de),
- Lieutenant-général des armées navales, 298, 299, 302.
-
- LAIDEGUIVE jeune, notaire à Paris, 167.
-
- LALAUZE (Les), dessinateurs, *205[317].
-
- LALLY (Thomas-Arthur, Comte de), gouverneur de l’Inde française,
- 206.
-
- LA MARAUDE (Le petit Père), sobriquet donné à Richelieu par ses
- soldats, 333, 336.
-
- LA MARTELLIÈRE (Madame de), 112, 118, 119, *119[186].
-
- _Languedoc_ (États du), 112, 117, *124[194], 141, 145, 156, 190,
- 195, 260.
-
- _Languedoc_ (Province et gouvernement du), 20, 110, 111, 115, 116,
- 123, 125, 144-147, 158, 162, 165, 200, 241, 255, 260, 267, 277,
- 283, *285[444], 286, *286[446], *287[447].
-
- LA PEYRONIE (François GIGOT de), premier chirurgien de Louis XV,
- 139, 184, *184[281], 185, 186.
-
- _La Pouplinière_, par CUCUEL, 240, *242[376], *243[377].
-
- LA POUPLINIÈRE (LE RICHE de), fermier général, 240, *240[373],
- 244-247, 250-252, *253[393].
-
- LA POUPLINIÈRE (Mme de), 240, 242, 243, 244-251, *251[388], 252,
- *252[390], *253[393], *254[396].
-
- LA RIVIÈRE (Abbé de), 277, 279, 280.
-
- LA ROCHEFOUCAULD (Frédéric-Jérôme de ROYE de), Archevêque de
- Bourges, 217.
-
- LA ROCHEFOUCAULD (Alexandre, Duc de), grand-maître de la
- garde-robe, *182[278], *184[281], 192, *192[292].
-
- LA TOUR (Maurice-Quentin de), peintre, 241.
-
- LA TRÉMOÏLLE (Charles-Armand-René, Duc de), 117, 261.
-
- LA TRÉMOÏLLE (Marie-Hortense de la TOUR de BOUILLON, Duchesse de),
- 261.
-
- LAUDIER, secrétaire du Duc de SAINT-SIMON, *XIV[6].
-
- LAUNAY (Marguerite-Jeanne CORDIER de), Baronne de STAAL, femme de
- chambre de la Duchesse du Maine, 57.
-
- LAUNAY (De), successeur de BERNAVILLE, comme gouverneur de la
- Bastille, 10, *61[107].
-
- LAURAGUAIS (Louis-Léon-Félicité de BRANCAS, Comte de), 194.
-
- LAURAGUAIS (Louis II de BRANCAS, Duc de), 197.
-
- LAUZUN (Philippe), littérateur, XXV.
-
- LAVAL (Abbé de), 128.
-
- LA VALLIÈRE (Louis-César LA BAUME LE BLANC, Duc de), 231, 234, 236,
- 237, 256, 261.
-
- LAW (Jean de LAURISTON), financier, Contrôleur général, 70, 92, 277.
-
- _Lawfeld_ (Bataille de), 231.
-
- LE BEL, premier valet de chambre de Louis XV, *126[195], 179, 190,
- 288.
-
- LE BLANC (Claude), secrétaire d’État à la Guerre, *47[78], 53, 56,
- 57, *61[107], 90.
-
- LEBLANC (Abbé Jean-Bernard), 273.
-
- LEBRUN (Pierre-Henri-Hélène-Marie), Ministre des Affaires
- étrangères, *325[516].
-
- LECESTRE, archiviste-paléographe, XXVIII, *5[25].
-
- LE CHAMBRIER (Baron Jean), Ministre de Prusse à la Cour de France,
- 229.
-
- LEFEBVRE de BEAUVRAY, littérateur, 312.
-
- _Légataire universel_ (Le), comédie de REGNARD, 135.
-
- LEMERCIER (Népomucène), auteur dramatique, *XXII[14].
-
- LEMPEREUR, joaillier, 295.
-
- LESCURE (de), littérateur, XIX, 12, 72, *303[480].
-
- LESCZINSKI (Stanislas), Roi de Pologne et Duc de Lorraine, 110,
- 262, 263.
-
- _Lettres au Marquis de Caumont par le Commissaire_ DUBUISSON,
- *119[186], *128[200].
-
- _Lettres de la Duchesse de Châteauroux au Duc de Richelieu_,
- *179[275], *189[287].
-
- _Lettres de Mme de Châteauroux_ (apocryphes), éditées par Mme
- GACON-DUFOUR, *197[297].
-
- _Lettres de Mme Du Châtelet_ (édition E. ASSE), *114[181], 132,
- *132[204], *269[411].
-
- _Lettres de Mlle Aïssé_ (édition E. ASSE), *106[170].
-
- _Lettres de M. de Marville au Comte de Maurepas_ (édition de
- BOISLISLE), *201[309], *212[326], *213[327], *214[329], *217[334],
- *220[339], *288[449].
-
- _Lettres de M. de Voltaire et de sa célèbre amie_, *134[206].
-
- LÉVIS (Pierre-Marc-Gaston, Duc de), VIII, *28[56].
-
- _Liaisons dangereuses_ (Les), roman par CHODERLOS DE LACLOS, XXI.
-
- LICHTENSTEIN (Princesse de), 98.
-
- _Lille_ (Ville de), 181.
-
- LINGUET (Simon-Nicolas-Henri), avocat et publiciste, 206.
-
- LIVRY (Comte de), 123.
-
- LIXIN (Henri-Jacques de LORRAINE, Prince de), brigadier de
- cavalerie, 112, 114.
-
- _Lorraine_ (Cour de), 115.
-
- _Lorraine_ (Maison de), 289, 294.
-
- LORRAINE (Prince Charles de), 182, 183, *187[283].
-
- _Lorraine_ (Province de), 162.
-
- LOSS (Baron de), Ambassadeur de Saxe à la Cour de France, 222, 223,
- 226.
-
- LOUIS XIII, 176.
-
- LOUIS XIV, V, XI, *XIV[6], *XV[6], XVI, XXIV, 2, 4, 6, 11, *11[40], 16,
- 17, 20, 22, 25, *25[55], 26, 32, *33[63], 36-38, 44, 77, 91, 129,
- 176, 180, 286, 292.
-
- LOUIS XV, X, XI, XII, XIV, XVI, *XVII[8], 44, *61[107], 65, 89, 92,
- 103, *105[168], 106, 109-111, *122[191], 124-126, 131, 136, 137,
- 139-145, 147-149, *149[225], 151-154, *154[239], 155, *155[241],
- 157, 158, 160, 161, 164, 165, *169[261], 174-182, 184-187, 189-191,
- *191[290], 192, *192[292], 196, 197, *197[297], 198, *198[300],
- 199-205, *206[318], 207, *207[319], 208-211, 215, 217, 220-224,
- 226, 228-231, 234, 236, 238, *254[396], 255-257, 259, 262, 264-266,
- 271, *271[414], 272, 283, 286-289, 293, 302-307, *307[486],
- 308-310, 319, *320[508], 321, *322[511], 326, 332, 334, 335, 344,
- 347, 348.
-
- _Louis XV et Mme de Pompadour_, par de NOLHAC, *236[362].
-
- LOUIS XVI, XXVIII, *103[164], *175[271], *323[512].
-
- LOUVET de COUVRAY, romancier et publiciste, XXI.
-
- _Louvre_ (Chapelle du), 275.
-
- _Lovelace_, drame, *XXII[14].
-
- _Lovelace français_ (Le), drame, XXII.
-
- LÖWENDAHL (Ulrich-Frédéric-Woldemar, Maréchal de France, Comte de),
- 251, 265, *309[491], 337.
-
- _Lunebourg_ (Ville de), ville de Prusse et province de _Hanovre_,
- 331.
-
- _Lunéville_ (Ville de), 262.
-
- LUXEMBOURG (Charles-François-Frédéric de MONTMORENCY, Maréchal de
- France, Duc de), 210.
-
- LUXEMBOURG (Madeleine-Angélique de NEUVILLE-VILLEROY, Duchesse de
- BOUFFLERS, puis de), *156[241], 179, 246.
-
- _Luxembourg_ (Palais du), 82.
-
- _Luxembourg_ (Ville de), *105[168].
-
- LUYNES (Paul d’ALBERT, Cardinal de), 274.
-
- LUYNES (Charles-Philippe d’ALBERT, Duc de), Mestre-de-Camp, VIII,
- 126, 127, 151, 155, 156, 172, 207, 236, 257, 281, 294, 295, 297,
- 303, 338, 339.
-
- LUYNES (Marie BRULART, Marquise de CHAROST, puis Duchesse de), 208,
- 299.
-
- LYNAR (Roch-Frédéric, Comte de), diplomate danois, 320, *321[509],
- 325, 327, 329.
-
- _Lyon_ (Archevêché et ville de), 148, 157.
-
-
- M
-
-
- MACHAULT d’ARNOUVILLE (Louis-Charles), Conseiller d’État,
- lieutenant-général de police, 67.
-
- MACHAULT d’ARNOUVILLE, Contrôleur général, Garde des Sceaux, 214,
- 233, 261, 306.
-
- _Madame de Pompadour_, par les GONCOURT, *290[450].
-
- _Madame de Pompadour et la Cour de Louis XV_, par CAMPARDON, 215,
- 216, *296[460], *335[535].
-
- _Madame de Tencin_, par Pierre-Maurice MASSON, *149[226], *160[245].
-
- MADAME INFANTE (Élisabeth de FRANCE, Duchesse de Parme, dite),
- fille de Louis XV, 230.
-
- _Mademoiselle de Belle-Isle_, comédie d’Alexandre DUMAS père, XXVI.
-
- _Magdebourg_ (Ville de), 316, 341, *341[548].
-
- MAHÉ DE LA BOURDONNAIS (François), gouverneur des îles Bourbon et
- Maurice, 263.
-
- MAHOMET, 267.
-
- MAILLEBOIS (Jean-Baptiste-François DESMARETS, Maréchal de France,
- Marquis de), *307[486].
-
- MAILLY (Louise-Julie de NESLE, Comtesse de), 139, *139[215],
- 141-143, 146, 147, 149-151, 153, 155, 158, 161.
-
- MAINE (Louis-Auguste de BOURBON, Duc du), légitimé de France, 45.
-
- MAINE (Anne-Louise-Bénédicte de BOURBON, Duchesse du), 44, 45, 53.
-
- MAINTENON (Françoise d’AUBIGNÉ, Marquise de), 5, *5[26], 6, *8[34],
- 9.
-
- MAISONROUGE (De), lieutenant du Roi à la Bastille, 57.
-
- MALOET (Pierre-Louis), médecin de Mesdames de France, *103[164].
-
- MALTER, danseur de l’Opéra, 214.
-
- _Mantes_ (Ville de), 19, 20, 23.
-
- _Mantoue_ (Duché de), *XV[6].
-
- _Marchiennes_ (Siège de), 19, 21.
-
- _Maréchal de Richelieu_ (Le), par CAPEFIGUE, *XX[12], *315[501].
-
- _Maréchale de Villars et son temps_ (La), par Charles GIRAUD,
- *80[135].
-
- MARIE-ANTOINETTE, Archiduchesse d’Autriche, puis Reine de France,
- *312[499].
-
- MARIE LESCZINSKA (La Reine), femme de Louis XV, 131, 136, 137, 151,
- 189, 195, 200, 206, 209, 210, 261, 262.
-
- MARIE-THÉRÈSE, Archiduchesse, puis Impératrice d’Autriche, 92, 105,
- *105[168], *141[216], 160, *162[250], 174, *174[270], *231[350],
- 237, 293, 312, 334, *334[531].
-
- MARLY (Château de), 4, *5[26], 19, 22, 127.
-
- MARMONTEL (Jean-François), littérateur, *XI[5], 250, 251.
-
- _Marmouzets_ (Conspiration des), 109.
-
- MARQUISET, _Table alphabétique de Mémoires_, etc., *XIX[10].
-
- MARS (Le Dieu), 86.
-
- MARSAN (Comtesse de), née SOUBISE, 278.
-
- _Marseille_ (Ville de), 280, 299.
-
- MARTIN (Henri), historien, 105.
-
- MARY-LAFON, littérateur, XXIV, *XXIV[16].
-
- _Masque de Fer_ (Le), *XIV[6].
-
- MASSON (Frédéric), de l’Académie française, historien, *318[504],
- *325[516], *342[549], *346[556].
-
- MASSON (Pierre-Maurice), littérateur, 159, *176[273].
-
- MATTIOLI (Comte), agent du Duc de MANTOUE, *XV[6].
-
- _Maupin_ (La), par LE TAINTURIER-FRADIN, *85[145].
-
- MAUPIN (Mlle de), actrice de l’Opéra, 79, 84, 85.
-
- MAUREPAS (Jean-Frédéric PHÉLYPEAUX, Comte de), Secrétaire d’État
- et Ministre à divers départements, XIII, 137, 138, 146, 150, 154,
- *154[239], 155, 158, 159, *159[243], 160, 163, 164, 175, 178, 179,
- *179[276], 181, 189, 192, *192[292], 193, 194, 196, *197[297],
- 211-214, 217, 218, 221, *221[342], 255, 257, 258, *258[401], 259,
- 272, 286.
-
- MAUREPAS (Marie-Jeanne PHÉLYPEAUX DE LA VRILLIÈRE, Comtesse de),
- 137, 146, 163.
-
- _Maurice, Comte de Saxe et Marie-Josèphe de Saxe_, par le Comte
- VITZTHUM d’ECKSTAEDT, *222[343], *230[348].
-
- _Maurice de Saxe et le Marquis d’Argenson_, par le Duc de BROGLIE,
- *166[256], *167[257], *222[343], *225[345], *229[348].
-
- MAZARIN (Le Cardinal), *XV[6].
-
- MAZARIN (Françoise de MAILLY, Duchesse de), 146, 147.
-
- _Méditerranée_ (Côtes de la), 287, 293.
-
- MELUN (Duc de), Prince d’ESPINOY ou d’ÉPINOY, 13, 21, 79, 87, 261.
-
- _Mélanges historiques, politiques et satiriques de_ BOISJOURDAIN,
- *34[65], *63[110], *110[174], *119[186], *188[284], *244[379].
-
- _Mémoires authentiques du Maréchal de Richelieu_ (inédits),
- XXVIII, *7[31], *12[41], *93[154], 140, *144[220], *146[223],
- 147, *149[225], *151[229], *155[239], *175[271], 180, *182[278],
- *184[281], *187[283], *190[289], *191[291], *192[292], *205[317],
- 222, *232[352], *237[368], *258[401], *287[447], *291[451],
- *299[469], *301[479], *306[486], *323[512].
-
- _Mémoires de Besenval_, *36[67], *39[69], *40[70], *60[105],
- *62[108], *175[271].
-
- _Mémoires de Casanova de Seingalt_, 282.
-
- _Mémoires de Frédéric II_ (édition BOUTARIC et CAMPARDON),
- *178[274], *332[529].
-
- _Mémoires de la Duchesse de Brancas_ (édition L. LACOUR),
- *139[215], *145[221], *146[222], 150, *151[229], *154[238],
- *190[288].
-
- _Mémoires de Madame du Hausset_ (édition BARRIÈRE), *290[450],
- *300[471].
-
- _Mémoires de Madame du Hausset_ (édition BAUDOUIN), *303[481],
- *310[492].
-
- _Mémoires de Mlle de Launay, Baronne de Staal_ (édition de
- LESCURE), 53, *53[92], *57[99].
-
- _Mémoires de Marmontel_ (édition M. TOURNEUX), *250[386].
-
- _Mémoires de Napoléon à Sainte-Hélène_ (édition de MONTHOLON),
- *318[505].
-
- _Mémoires de Thiébault_ (édition BARRIÈRE), *341[548].
-
- _Mémoires du Comte de Maurepas_, *56[98], *63[110], *82[140],
- *90[152], *126[195], *137[211], *178[274], *187[283], *189[286],
- *257[400], *259[403].
-
- _Mémoires du Duc de Saint-Simon_ (édition de BOISLISLE et
- LECESTRE), *XI[5], *XIV[6], 5, 7, *317[503].
-
- _Mémoires du Maréchal de Richelieu_ (édition BARRIÈRE), XIX.
-
- _Mémoires du Maréchal de Richelieu_, par SOULAVIE, IX, *X[4], XIII,
- *XVII[8], *XVIII[9], *46[75], 97, 98, *101[161], *176[273], 187,
- *193[293], *197[297], *221[342], *290[450], *306[485], *309[488],
- *310[493], *325[516], *328[525], *334[531], *335[534], *337[539].
-
- _Mémoires du Maréchal de Villars_ (édition Marquis de VOGUÉ), 20,
- *21[49], *46[76], *52[88], *54[93], *60[104], *86[146], *90[151],
- *99[160], *105[168].
-
- _Mémoires du Marquis d’Argenson_ (édition RATHERY), *52[84],
- *138[213], *139[214], *142[217], *143[219], *147[223], *151[230],
- *152[232], *153[235], *161[246], 166, *167[258], *183[279],
- *234[359], *236[365], *237[368], 238, *238[370], *239[371],
- *250[384], *252[392], *259[402], *260[405], *264[408], *265[410],
- *272[416], *280[431], *281[434], *282[438], *283[439], *285[443],
- *286[446], *287[448], *290[450], *296[460], *303[482].
-
- _Mémoires du Marquis de Sourches_, *7[29].
-
- _Mémoires du Président Hénault_ (édition ROUSSEAU), 80, *80[136],
- 107, *107[172].
-
- _Mémoires du Prince de Ligne_, 97, *97[158], 103, *103[164].
-
- _Mémoires du Prince de Montbarey_, *240[373].
-
- _Mémoires et Correspondance de Favart_ (édition FAVART et
- DUMOLARD), *270[413].
-
- _Mémoires et Journal du Marquis d’Argenson_ (édition elzévirienne),
- *351[560].
-
- _Mémoires et lettres du Cardinal de Bernis_ (édition FRÉDÉRIC
- MASSON), *295[459], *296[461], *299[469], *305[483], *309[490],
- *318[504], *321[509], *323[512], *324[513], 325, *325[515],
- *326[518], *333[530], *336[537], *339[544], *340[546], *343[549].
-
- _Mémoires historiques et anecdotes_, etc., par SOULAVIE, *308[487],
- *309[488].
-
- _Mémoires historiques et authentiques sur la Bastille_, par CARRA,
- *8[34], *29[58].
-
- _Mémoires_ ou _Journal du Duc de Luynes_ (édition DUSSIEUX et
- E. SOULIÉ), *122[190], *127[196], 130, *130[203], *146[223],
- *151[231], *152[232], *153[233], *154[239], *155[240], *157[242],
- *168[259], *172[267], *187[283], *198[301], 199, *199[303],
- *200[306], *201[309], 207, *207[319], *208[320], *209[321], 210,
- *210[322], *211[324], *215[330], *217[332], *218[337], *221[342],
- *235[360], *236[363], *243[378], *257[398], 258, *258[401], 260,
- *260[407], *271[414], *272[415], *273[420], *274[421], *275[422],
- *278[427], *281[435], *286[446], *287[447], *294[453], *295[457],
- *296[462], *297[464], *301[479], *325[517], 338, *339[542],
- *340[546].
-
- _Mémoires_ ou _Journal du Marquis de Dangeau_ (édition DUSSIEUX
- et E. SOULIÉ), *4[24], *6[27], *7[30], *22[51], *25[54], *29[57],
- *30[60], *32[61], *47[77], *51[84], *52[88], *57[100], *61[107],
- *66[115], *69[121], 112, *112[176].
-
- _Mémoires pour servir à l’histoire de France_, *48[79], 50, 71,
- *71[125].
-
- _Mémoires pour servir à l’histoire de la Calote_, *244[379].
-
- _Mémoires secrets de Duclos_, *29[57], *73[127], *165[254],
- *220[340], *312[498], *336[537].
-
- _Mémoires secrets_, dits de _Bachaumont_, VIII.
-
- _Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la Perse_, 172.
-
- _Mémoires sur la vie de Marie-Antoinette_, par Mme CAMPAN, née
- GENET, *XVIII[9].
-
- _Menin_ (Ville de), 178.
-
- _Mercure de France_ (Le), périodique du XVIIIe siècle, *76[130],
- *77[134].
-
- _Metz_ (Ville de), 178, 182, 184, 187-190, *191[291], *192[292],
- 193, 195, 308.
-
- MEUSE (Henri de CHOISEUL, Marquis de), *149[225], 150, 151, 158,
- 159.
-
- MEUSNIER, inspecteur de police, *270[412], *311[496].
-
- MICHELIN, miroitier, 23, 26.
-
- MICHELIN (Mme), XXIII, 19, 22, 24, 25, *34[65].
-
- MIMI DANCOURT, actrice, fille de l’auteur-acteur, 241.
-
- _Minorque_ (Ile de), 92, 291, 293, 296, *297[465], 301, *309[491],
- 310, *313[500], 348.
-
- _Minorquin_ (Le), surnom donné à Richelieu, par Mme de Pompadour,
- 291, 299, 303.
-
- MIRABAUD (Jean-Baptiste de), de l’Académie française, 276.
-
- MIRABEAU (Chevalier, puis Bailli de), 343, *343[550], 344.
-
- MIREPOIX (Charles-Pierre-Gaston-François de LÉVIS, Maréchal de
- France, Marquis, puis Duc de), 286, 287.
-
- MODÈNE (Renaud, Duc de), 60.
-
- _Modène_ (Ville de), *61[107], 65, *73[127].
-
- _Moliériste_ (Le), revue, 298.
-
- _Momus fabuliste_, comédie, 62, *62[109].
-
- MONACO (Mademoiselle de), 112.
-
- MONACO (Prince de), *112[176].
-
- MONCERVEAUX, chirurgien d’Alsace, *187[283].
-
- MONCONSEIL (Louis-Étienne-Antoine GUINOT, Marquis de), 40.
-
- MONCONSEIL (Cécile-Thérèse RIOULT de CURSAY, Marquise de), XIX,
- *23[53], *156[241], *195[296].
-
- _Mondain_ (Le), satire de VOLTAIRE, 262.
-
- _Monde médical au_ XVIIIe _siècle_ (Le), par le docteur DELAUNAY,
- *187[283].
-
- MONTAIGLON (Anatole de COURDE de), archiviste-paléographe, 233.
-
- MONTAZET (Antoine de MALVIN de), évêque d’Autun, puis archevêque de
- Lyon, 273.
-
- MONTBOISSIER (Papiers), *316[502], *327[520], *328[522], *329[525].
-
- MONTCAVREL (Diane Adélaïde de MAILLY, Demoiselle de), puis Duchesse
- de LAURAGUAIS, 143, 161, 163, 181, 191, 215, 228, 301, 328.
-
- MONTESPAN (Françoise-Athénaïs de ROCHECHOUART, Marquise de), 33.
-
- MONTESQUIEU (Le Président Charles de SECONDAT, Baron de la BRÈDE et
- de), 275.
-
- MONTIGNY (Étienne-Mignol de), trésorier de France, de l’Académie
- des Sciences, 312.
-
- _Montjeu_ (Chapelle de), 113.
-
- _Montpellier_ (Ville de), 115, 117, 121, 125, *126[195], 165, 195,
- 267.
-
- MONVAL, littérateur, XXII.
-
- MONVEL (J. BOUTET de), auteur-acteur, XXIII.
-
- MOROSINI (De), Ambassadeur de Venise, 282.
-
- MORVILLE (Charles-Jean-Baptiste FLEURIAU, Comte de), Secrétaire
- d’État aux Affaires étrangères, 94, *104[165].
-
- MOUFLE D’ANGERVILLE, littérateur, 338.
-
- MOUHY (Charles de FIEUX, Chevalier de), romancier, nouvelliste et
- policier, *157[242], *197[297].
-
- MOULIN (Du), médecin, 187.
-
- _Mousquetaires au couvent_ (Les), comédie et opéra-comique, 42.
-
- _Muette_ (Château de la), 256.
-
- MURPHY (Marie-Louise), dite la petite Morfi, 277, 288, 289.
-
- _Muses rivales_ (Les), opéra de J.-J. ROUSSEAU, 241.
-
-
- N
-
-
- NANGIS (Louis-Armand de BRICHANTEAU, Marquis de), Maréchal de
- France, 25.
-
- NAPOLÉON Ier, *104[166] *205[316].
-
- NATI, critique d’art, 233.
-
- NAVARRE (La Princesse de), 170.
-
- NESLE (Les demoiselles de), 141-143, 146, 155.
-
- NESLE (Louis III, Marquis de), 139, 198.
-
- NESLE (Félicité-Armande LA PORTE-MAZARIN, Marquise de), 79, 86.
-
- _Neuchâtel-en-Suisse_ (Principauté de), 342, 344, *344[551], 345, 346.
-
- NEWIED (Comte de), 342, 343, *343[549], 345.
-
- _Nîmes_ (Consistoire de), 284.
-
- _Nîmes_ (Ville de), 284, 285.
-
- NOAILLES (Le Cardinal Louis-Antoine de), Archevêque de Paris, 7,
- 10, 14, 65, 66, 74.
-
- NOAILLES (Adrien-Maurice, Duc de), Maréchal de France, 141, 162,
- *162[249], 163, 175, 180-182, *187[283], 189, *189[286], 197, 202, 205, 231, 281,
- 309.
-
- NOAILLES (Marquis de), 4, 6.
-
- _Normandie_ (Province de), 166.
-
- _Notre-Dame de Versailles_ (Église de), 1.
-
- _Nouveaux Mémoires du Maréchal de Richelieu_, par de LESCURE, *XIX[10],
- *40[71].
-
- _Nouvelle Revue rétrospective_ (édition Paul COTTIN), *311[496].
-
- _Nouvelles de Paris_ (édition E. de BARTHÉLEMY), *119[186], *121[188].
-
-
- O
-
-
- _Ode à Priape_ (L’), par PIRON, 275.
-
- _Odéon_ (Théâtre de l’), *XXII[14].
-
- _Œuvres de_ VOLTAIRE, *166[255], *169[261].
-
- _Œuvres inédites de_ PIRON, (édition H. BONHOMME), *124[193].
-
- OGIER (Jean-François), Ambassadeur de France à la Cour de Danemark,
- 320.
-
- _Oldenbourg_, capitale du duché du même nom, 313.
-
- OLIVET (Joseph THOULIER, Abbé d’), de l’Académie française, 136,
- 266, 272, 274-276.
-
- _Oloron-en-Béarn_ (Ville d’), *76[129].
-
- _Opéra_ (Bals et Théâtre de l’), 30, *30[59], 40, 153, 212, 214, 227,
- 236, 237, 249, 270, 282, *294[456].
-
- _Opéra-Comique_ (L’) du théâtre forain, 211, 212, *271[414].
-
- OPHÉLIE, 146.
-
- _Ordre du Saint-Esprit_ (L’), 85, 86.
-
- ORLÉANS (Marguerite-Louise d’), Grande-Duchesse de TOSCANE, nièce
- de Louis XIII, 68.
-
- ORLÉANS (Philippe, Duc d’), Régent de France, *XIV[6], *XV[6], *XVII[8],
- *25[55], 26, 29-31, 40, 42, 44-46, *47[77], 49, 50, 54, 57-60, *61[107], 63,
- *63[112], 64, *64[112], 65, 66, *66[116], 69, 79, 81, 82, 84, 88, 89, 100, 101,
- 128, 142.
-
- ORLÉANS (Françoise de BOURBON, Duchesse d’), femme du Régent, 38,
- 39.
-
- ORLÉANS (Élisabeth-Charlotte de BAVIÈRE, Duchesse d’), mère du
- Régent, VIII, 36-38, 41, 42, *42[72], 43, 44, 49, 54-59, 63, 64, 73, 79.
-
- ORLÉANS (Mademoiselle d’), Abbesse de Chelles, fille du Régent, 82.
-
- _Ormes_ (Les), château du Comte d’Argenson, 306.
-
- _Ostende_ (Ville d’), 92, 105.
-
-
- P
-
-
- _Palais de Justice_ (Le), 129, 308.
-
- _Palais-Royal_ (Le), 29, 39, 120, 123, 128, 129, 278.
-
- PALLUAT DU BESSET, littérateur, 345, *345[553].
-
- _Panégyrique de Louis XV_ (Le), par VOLTAIRE, 272.
-
- PAPILLON DE LA FERTÉ (Denis-Pierre-Jean), Intendant des Menus, VIII.
-
- PARABÈRE (Marie-Madeleine de la VIEUVILLE, Comtesse de), 73, 173.
-
- _Paris, Versailles et les provinces_, par DUGAS de BOIS-SAINT-JUST,
- *294[456], *297[463].
-
- PARIS (Les frères), financiers et banquiers de la Cour, 238.
-
- PARIS-DUVERNEY, Conseiller d’État, fournisseur des Armées, 309,
- *309[491], 310, *310[492], 312, 335, 336.
-
- _Parlement de Bordeaux_ (Le), 349.
-
- _Parlement de Paris_ (Le), 1, 30, 31, *32[61], 88, 89, 93, 208, 289,
- 307, 308.
-
- _Parlement de Toulouse_ (Le), 127.
-
- _Passy_ (Village de), 240, 241, 245.
-
- PAUL-ÉMILE, 171.
-
- PAULMY (Antoine-René d’ARGENSON, Marquis de), Secrétaire d’État au
- Ministère de la Guerre, 339.
-
- _Pavillon du Hanovre_ (Le), 340, *340[547].
-
- _Pays-Bas_ (Royaume des), 230.
-
- PECQUET, premier Commis aux Affaires étrangères, *173[268].
-
- PENTERRIEDER (Baron de), Envoyé d’Autriche à la Cour de France,
- *119[186].
-
- _Petites maisons_ (Les), par G. CAPON, 138.
-
- _Perpignan_ (Ville de), 49.
-
- PERSÉE, 171.
-
- PÉRUSSEAU (Le Père), Jésuite, 185, 186.
-
- PHILIPPE (L’Infant Don), 200.
-
- PHILIPPE V, Roi d’Espagne, 44, 49, 50, 67, 91, 92, 97, 182.
-
- _Philisbourg_ (Siège de), 114.
-
- _Philosophe chrétien_ (Le), par le Roi Stanislas LESCZINSKI, 262.
-
- _Picardie_ (Province de), 166.
-
- _Pièces inédites sur les règnes de Louis XIV et de Louis XV_
- (éditées par SOULAVIE), *XVII[8], *107[171].
-
- _Pièces manuscrites de_ ou _sur_ VOLTAIRE, *242[375].
-
- _Piémont_ (Le) et _Piémontais_ (Les), 231.
-
- PIÉMONT (Charles-Emmanuel III, Prince de) puis Roi de Sardaigne,
- 60, 182, 191.
-
- PINSONNEAU, employé au Ministère de la Guerre, 46.
-
- PIRON (Alexis), poète et auteur dramatique, 123, 266, 275.
-
- _Place-Royale_ (La), 51, 52, 68, *68[117], 69, 115, 173, 277, 281.
-
- _Platée_, ballet-comique de RAMEAU, 199.
-
- PLOCQUES, bibliothécaire du Maréchal de RICHELIEU, XI.
-
- _Poitou_ (Province du), 65, *66[116], 70, 75.
-
- POLIGNAC (Le Cardinal Melchior de), diplomate, *XVIII[8], 103, 106.
-
- POLIGNAC (Marquise de), 79, 86.
-
- _Pologne_ (Royaume de), 110.
-
- POMPADOUR (Antoinette POISSON, dame d’ETIOLES, Marquise de), *XI[5],
- *XIV[6], *150[227], 196, 202, *207[319], 210, 215, 216, 220-222, 231, 234-237,
- *237[368], 238-240, 249, 253, 254, *254[396], 255-259, 260-265, 268, 273-275,
- 277, 281, 282, 287-291, *292[452], 293, 296, 298, 300, 302-305, *305[483],
- 306, *306[485], 307, 308-311, *311[496], 312, *312[498], 319, *322[511], 323, 324, 331,
- 333-335, 342-347, *344[552].
-
- POMPONNE (Abbé de), Conseiller d’État d’Église, 2.
-
- PONCET DE LA RIVIÈRE (Matthias), Évêque de Troyes, 273.
-
- PONS (Charles-Louis de LORRAINE, Prince de), 114.
-
- PONTCHARTRAIN (Jérôme PHÉLYPEAUX, Comte de), Ministre de la Maison
- du Roi, 10, *11[40], 15, 17.
-
- _Pontoise_ (Ville de), 307, 308.
-
- POREL, acteur, directeur de théâtre, *XXII[14].
-
- _Port-Mahon_ et _Fort-Mahon_ (île de Minorque), 291, 296, 301.
-
- _Pragmatique-Sanction_ (La), 92, *105[168], *141[216].
-
- _Précis du siècle de Louis XV_, par VOLTAIRE, *205[315].
-
- _Préjugé à la mode_ (Le), comédie par LA CHAUSSÉE, 260, 261.
-
- _Premières armes de Richelieu_ (Les), comédie, XXIV, *XXIV[15].
-
- _Premiers lundis_, par SAINTE-BEUVE, *341[548].
-
- PRIE (Jeanne-Agnès de BERTHELOT, Marquise de), 84, 89.
-
- _Princesse de Navarre_ (La), comédie-lyrique de VOLTAIRE et de
- RAMEAU, 158, 168, *169[261], 170, 172, 198, *199[303], 241.
-
- _Province sous l’ancien régime_ (La), par BABEAU, *286[446].
-
- PRUSSE (Le Prince Henri de), frère de Frédéric II, 337.
-
- _Prusse_ (Royaume de) et _Prussiens_ (Les), 104, *141[216], 173-175,
- *175[271], 229, 268, 282, 291, 292, *292[452], 310, 312, 322, 329, *343[549], 346.
-
- PUYSIEULX (Louis-Philoxène BRULART, Marquis de), Ministre des
- Affaires étrangères, 230, 238.
-
-
- Q
-
-
- _Quintessence_ (La), gazette de la Haye, 101.
-
-
- R
-
-
- RABAUD (Paul), Ministre protestant, 284, *284[442].
-
- RABAUD-SAINT-ÉTIENNE (Jean-Paul), fils du précédent, conventionnel,
- *284[442].
-
- RACINE, *187[283].
-
- RAMEAU (Jean-Philippe), compositeur, 158, 168, 169, 171, 172, 199,
- 241-243.
-
- RAPALLY, prêteur sur gages, 95.
-
- RAVAISSON (François), conservateur à la bibliothèque de l’Arsenal,
- *8[34], *10[37], *11[40], *13[42], *14[43], *17[45].
-
- RAYNAL (Abbé Guillaume-Thomas-François,), historien, 233.
-
- REBEL, maître de musique de la Chambre du roi, 236.
-
- _Recueil Geffroy_, *7[29].
-
- _Registres de Saint-Sulpice_, *1[19].
-
- _Registres du Temple_, *112[176].
-
- RESSÉGUIER (Chevalier Clément-Ignace de), littérateur, *173[268].
-
- _Revue de Paris_ (article CUCUEL), *252[391], *253[393].
-
- _Rhin_ (Armée du), 110, 111, 114, 162, 188.
-
- RICHARDSON, romancier anglais, XXI.
-
- RICHELIEU (Armand-Jean DU PLESSIS, Cardinal-Duc de), V, VII, *XV[6],
- 1, 25, *67[117], 68, 109, 110, 124, 128, 170, 195, 232, 234, 237, 271,
- 285, 291.
-
- RICHELIEU (Armand-Jean, Duc de), père du Maréchal, 1, 3, 5, 9, 10,
- 13, 16-20, 24, 25.
-
- RICHELIEU (Anne-Marguerite d’ACIGNÉ, Duchesse de), deuxième femme
- d’Armand-Jean et mère du Maréchal, 3.
-
- RICHELIEU (Marguerite de ROUILLÉ, Duchesse de), troisième femme
- d’Armand-Jean, 4, 10, 17.
-
- RICHELIEU (Catherine de), fille d’Armand-Jean et sœur du Maréchal,
- *11[39].
-
- RICHELIEU (Marie-Gabrielle DU PLESSIS), Abbesse du Trésor, fille
- d’Armand-Jean et sœur du Maréchal, 195, 294.
-
- RICHELIEU (Élisabeth-Sophie de LORRAINE, princesse de GUISE,
- Duchesse de), deuxième femme du Maréchal, 72, 112-115, 117, 121,
- 122, *122[190], 131.
-
- _Richelieu_ (Château, domaine et ville de), 65, *66[116], 67-69, *69[120],
- 108, 123, 262, 286, 333.
-
- _Richelieu_ (Maison de), 294, 299.
-
- RIGAUD (Hyacinthe), artiste peintre, 75.
-
- RIOM (Comte de), 80, *80[137].
-
- RIPPERDA (Baron de), Ambassadeur d’Espagne à la Cour de Vienne, 88,
- 91-94, *94[155], 97.
-
- ROBESPIERRE (Maximilien), *197[297].
-
- ROCHARD, acteur de la Comédie italienne, 270.
-
- _Rocoux_ (Bataille de), 221.
-
- ROHAN (Louis, Chevalier de), grand-veneur de France, 3.
-
- ROHAN (Marie-Sophie de COURCILLON, Princesse de), 180.
-
- _Rome_ (Ville de), 103, 236.
-
- ROQUELAURE (Marie-Louise de LAVAL, Duchesse de), 128.
-
- ROQUETTE (Abbé Henri-Emmanuel de), 76.
-
- ROSALBA CARRIERA, femme-peintre, 75.
-
- _Rosbach_ (Défaite de), 314, 329-331, *347[556].
-
- ROTTEMBOURG (Comte de), Envoyé de Prusse en France, 173, 175, 223.
-
- ROUSSEAU (Jean-Jacques), 240, 241, *241[374], 242, *242[376], 243.
-
- ROY (Pierre-Charles), poète et auteur dramatique, 30, 107, 129,
- 199, 240, 242-245.
-
- _Royaume de la rue Saint-Honoré_ (Le), par le Comte Pierre de
- SÉGUR, *139[215].
-
- _Ruel_ (Maison et domaine du Val de), 67, *67[117], *68[117].
-
- _Ruel_ (Seigneurie de), *68[117].
-
- RULHIÈRE (Claude-Carloman de), historien, VIII, XVI, *7[33], 49, 60,
- *61[107], 62, 69, 81.
-
- _Russie_ (Empire de) et _Russes_ (Les), 104, 322.
-
-
- S
-
-
- _Sablons_ (Plaine des), 250.
-
- SAILLANT (Le Colonel, Marquis de), 49, 51.
-
- _Saint-Antoine_ (Rue), 23, 24, 58.
-
- _Saint-Cloud_ (Village de), 59.
-
- _Saint-Cyr_ (Maison royale de), 68.
-
- _Saint-Denis_ (Plaine de), *122[191].
-
- _Sainte-Geneviève_ (Église de), 15.
-
- SAINT-FLORENTIN (Louis PHÉLYPEAUX, Comte de), puis Duc de la
- VRILLIÈRE, Ministre d’État, 125, 267, 286.
-
- SAINT-FOIX (Germain-François POULLAIN de), littérateur et auteur
- dramatique, 265.
-
- _Saint-Germain-en-Laye_ (Ville de), 65, 66, *66[115], *68[117].
-
- _Saint-James_ (Cabinet de), 314, 325.
-
- _Saint-Lazare_ (Prison de), 279, 280.
-
- _Saint-Léger_ (Rendez-vous de chasse de), 144.
-
- SAINT-MARS (Le Gouverneur), *XV[6].
-
- _Saint-Paul_ (Église), 14, 24.
-
- _Saint-Philippe_ (Fort de), 297, 299.
-
- SAINT-RÉMY (Abbé de), précepteur de Richelieu, 11, 14, *14[44].
-
- SAINT-SAPHORIN, Ambassadeur d’Angleterre à la Cour de Vienne, 98,
- 99.
-
- SAINT-SÉVERIN d’ARAGON (Comte de), diplomate, 237, 238.
-
- SAINT-SIMON (Louis de ROUVROY, Duc de), historien, XIII, *XIV[6].
-
- SAINT-SIMON (Claude de ROUVROY de), évêque de Metz, *XIV[6].
-
- _Saint-Thomas-du-Louvre_ (Rue), 30.
-
- SAINT-VINCENT (Julie de VENCE-VILLENEUVE, Marquise de FAURIS de),
- XXIV.
-
- SAISSEVAL (de), 206.
-
- SANDRÉ, avocat au Parlement, *67[117].
-
- _Saxe_ (Armée de), 330.
-
- _Saxe_ (Cour de), 215, 223, 224, 228.
-
- _Saxe_ (Électorat de), 324, 330.
-
- SAXE (Hermann-Maurice, Comte de), Maréchal-Général de France, 181,
- 195, 202, 204, 206, *206[318], 213, 215, 218, 223, 224, 227-230, 250,
- 251, *251[388], *264[408], 266, 269, 270, 337.
-
- SAXE-HILDERBURGHAUSEN (Duc de), 316, 329.
-
- SCAFINI, sculpteur italien, 233.
-
- SCHMETTAU (Le Maréchal Samuel, Comte de), 182.
-
- SCHOFFER, sculpteur, 233.
-
- SEGAUD (Le Père Guillaume de), Jésuite, confesseur du Dauphin, 122.
-
- SÉGUR (Angélique de CROISSY, Comtesse de), *36[67], *40[70].
-
- _Sémiramis_, tragédie de VOLTAIRE, 269.
-
- SÉNAC DE MEILHAN (Gabriel), intendant de province, littérateur,
- VIII, XVII, *XVII[8], 132.
-
- SENOZAN (Olivier de), 112.
-
- SENSIER, critique d’art, 73.
-
- SERRES (de), *XVII[8].
-
- SERVIGNÉ (GUIARD de), littérateur, XVII, *XVII[8].
-
- SÉRY (Mlle de), Comtesse d’ARGENTON, 101.
-
- _Siècle de Louis XIV_ (Le), par VOLTAIRE, 268.
-
- _Silésie_ (La), *174[270].
-
- SILLY (Jacques-Joseph VIPART, Marquis de), Lieutenant-général,
- *XVIII[8].
-
- _Société Archéologique du Gers_, *XXV[18].
-
- _Société bordelaise au XVIIIe siècle_ (La), par GRELLET-DUMAZEAU,
- *349[559].
-
- _Sonnettes_ (Les), roman, XXII, *XXII[13].
-
- _Sorbonne_ (Église de la), 109.
-
- SOUBISE (Louis-François-Jules de ROHAN, Prince de), 86.
-
- SOUBISE (Charles de ROHAN, Prince de), Maréchal de France, 303,
- *311[494], 315, 317, 323, 324, 329, *329[527], 330, 331, 335.
-
- SOULAVIE (Jean-Louis GIRAUD), publiciste et compilateur, *XI[5], XII,
- XIV, *XIV[6], *XV[6], XVI, XVII, *XVII[8], XVIII, *XVIII[9], XIX, XXV, 31, *45[75],
- 52, *56[98], *90[152], *154[239], *197[297], 296, 310, *317[503], *321[509], *325[516], 334, *335[534],
- *341[548], *346[556].
-
- SOULIÉ (Eudore), 1.
-
- SOURCHES (Marquis de), Grand-Prévôt de France, 51.
-
- SOURIS (La), actrice de l’Opéra, 81.
-
- SOUSCARRIÈRE (Madame de), *245[380].
-
- _Souvenirs de deux anciens militaires_, par FORTIA de PILES et GUYS
- de SAINT-CHARLES, *195[296], *207[319], *211[324], *347[557].
-
- _Souvenirs de la Maréchale de_ BEAUVAU _et du Maréchal_, *297[466], *313[500].
-
- _Souvenirs du Marquis_ de VALFONS (Édition ÉMILE-PAUL), 198, *313[500],
- *319[506], *326[519], *330[528].
-
- _Souvenirs et portraits par le Duc de_ LÉVIS, *29[56], *103[164], *121[189].
-
- _Stade_ (Camp de), 317, 323, 324.
-
- STAHREMBERG (Comte de), Ambassadeur de Vienne à la Cour de France,
- *320[508], 326.
-
- _Strasbourg_ (Ville de), 312, 345.
-
- STUART (Le Prince Charles-Édouard), dit le _Prétendant_, 166, 167,
- 217, 220.
-
- _Succession d’Autriche_ (Guerre de la), *141[216], 174, 231.
-
- _Succession d’Espagne_ (Guerre de la), *91[153].
-
- _Suède_ (Royaume de), 104, 137, 164.
-
- SULLY (Maximilien-Henri de BÉTHUNE, Duc de), 101.
-
-
- T
-
-
- TACITE, *104[165].
-
- _Tarascon_ (Ville de), _Ariège_, 200.
-
- _Tarascon_ (Ville de), _Bouches-du-Rhône_, 280.
-
- TASCHEREAU de BAUDRY, Lieutenant-général de police, 95.
-
- _Temple_ (Le), 121, 122.
-
- _Temple de la Gloire_ (Le), de VOLTAIRE et de RAMEAU, opéra-féerie,
- 219, 242.
-
- TENCIN (Le Cardinal Pierre GUÉRIN de), Archevêque de Lyon, *XVIII[8],
- XXV, 132, 148, 149, 163, *173[269], 175, *176[273], 178, 181, 182, *187[283], 196,
- 238.
-
- TENCIN (Claudine-Alexandrine GUÉRIN de), sœur du Cardinal, *XVII[8],
- *XVIII[8], XXV, 131, 132, 136, 141, 147-149, *149[225], 158, 159, *159[243],
- 160, 163, 164, 175, 176, *176[273], 178-182, *195[296], 196, 301.
-
- _Théâtre de la Foire_, 195.
-
- _Théâtre de la Nation_, XXII.
-
- _Théâtre de la République_, XXII.
-
- _Théâtre des Cabinets ou des petits Appartements_, 234, 237, 260,
- 269.
-
- _Thésée_, opéra de QUINAULT et LULLI, 199.
-
- THÉVENARD, acteur de l’Opéra, 81.
-
- THIÉBAULT (Dieudonné), littérateur, 340, 341.
-
- THIERIOT, correspondant de Voltaire, 68, 75, *87[147].
-
- _Toison d’or_ (Ordre de la), 260.
-
- TORELA (Prince de LA), Ambassadeur de Naples, 115, *115[183].
-
- _Toulon_ (Port et ville de), 296, 299.
-
- TOULOUSE (Louis-Alexandre de BOURBON, Comte de), légitimé de Louis
- XIV, grand Amiral de France, 32.
-
- TOULOUSE (Sophie de NOAILLES, Comtesse de), 108.
-
- _Touraine_ (Province de), 64.
-
- _Tournai_ (Ville de), 204, 208, 209.
-
- _Traité des grandes opérations militaires_, par JOMINI, *318[505].
-
- _Trianon_, 305.
-
- _Trois évêchés_ (Les), 91.
-
- _Tuileries_ (Palais des), 61, *61[107], 112, 120.
-
- TUGNY (Joseph-Antoine de CROZAT, Marquis de), 129.
-
- _Turquie_ (La), 99, 164.
-
-
- U
-
-
- _Utrecht_ (Traité d’), 192.
-
- UXELLES ou HUXELLES (Marie de BAILLEUL, Marquise de NANGIS, puis
- d’), 4.
-
-
- V
-
-
- _Valengin-en-Suisse_ (Principauté de), 344, *344[107], 346.
-
- VALENTINOIS (Duchesse de), 112.
-
- VALFONS (Charles de MATHÉI, Marquis de), Lieutenant-général, 112,
- 116, 117, *117[185], 123, 197, 313, *313[500], 326, 330.
-
- VALOIS (Charlotte-Aglaë d’ORLÉANS, dite Mademoiselle de), *XIV[6], 36,
- 37, *37[68], 39, 40, *40[71], 43, 44, 49, *50[81], 52, 56, *56[98], 59, 60, *61[107],
- 62, *62[108], 63, *63[111], 69, 71, 72, 81, 101, 113, 181, 247.
-
- VAN DER HAYN, 344.
-
- VAUCANSON (Jacques de), mécanicien, 240, 250, 251.
-
- _Vaugirard_ (Barrière de), 138.
-
- VAURÉAL (Louis-Guy GUÉRAPIN de), Évêque de Rennes, Diplomate,
- *XVII[8], 274.
-
- _Vélay et Vivarais_ (Province ou département du), 111, *285[444].
-
- VÉNUS, 75, 86.
-
- VERNOUILLET (Anne-Charlotte de SALABERRY, Marquise ROMÉ de), 121,
- *121[188].
-
- _Versailles_ (Cabinet de), 94, *105[168], 174, 226.
-
- _Versailles_ (Cour et Ville de), 4, 22, 25, 80, 106, 136, 141, 143,
- 151, 152, 161, 175, 177, 191, 198, 199, 208, 218, 228, 231, 235,
- 236, *242[374], 247, 255, 260, 263, 269, 284, *287[447], 288, 299, 305, 307,
- 314, 319, 325, 334, 335, 344, 348.
-
- _Versailles_ (Musée de), 74, 75.
-
- _Vie d’Artistes Gênois_, par NATI, *233[355].
-
- _Vie de Charles Henry, Comte de Hoym_, par le Baron Jérôme PICHON,
- *87[147].
-
- _Vie de Voltaire_, par DESNOIRESTERRES, *114[181], *136[209], *172[266], *241[374],
- *272[417], *273[419].
-
- VIENNE (De), Capitaine au régiment de Richelieu, 96.
-
- _Vienne_ (Cour de), 86, 88-90, 93, 94, *101[161], 106, 107, *107[171], *215[330],
- 226, 227, 230, *334[532], 335, 342.
-
- _Vienne_ (Ambassade de), *175[271], 291, 312.
-
- _Vienne_ (Premier traité de), 104.
-
- _Vienne_ (Second traité de), 291.
-
- _Vie privée de Louis XV_, par MOUFLE d’ANGERVILLE, *186[282], *338[541], *340[547].
-
- _Vie privée des financiers au XVIIIe siècle_, par THIRION, *277[426].
-
- _Vie privée du Maréchal de Richelieu_, par FAUR, IX, XV, XVI,
- *XVII[8], 12, 20, *23[53], *45[75], *115[183], *119[186], *132[204], *160[244], *176[273], *195[296], *198[300],
- *306[485], *311[495], *337[539].
-
- VIEUX-MAISONS (Mme de), *173[268].
-
- VIGNEROT (Famille des), *72[126], 90, 113, 114, 185.
-
- VILLARS (Louis-Hector, Maréchal de France, Duc de), 19-21, 46, 52,
- 54, 60, 75, 85, 98, 99, *105[168], 106, 110, 171, 301, 337.
-
- VILLARS (Honoré-Armand, Prince de MARTIGUES, Duc de), 136.
-
- VILLARS (Jeanne-Angélique de la ROCQUE de VARENGEVILLE, Maréchale
- de), 73, 80, *80[135].
-
- VILLEROY (Marie-Reine de MONTMORENCY-LUXEMBOURG, Marquise puis
- Duchesse de), 73, 78-81.
-
- _Vincennes_ (Chapelle de), 71.
-
- VINTIMILLE (Pauline-Félicité de NESLE, Comtesse de), 143, 196.
-
- VIRGILE, 11.
-
- VITZTHUM D’ECKSTAEDT (Comte de), 230.
-
- VOISIN (La), 194.
-
- VOGUÉ (Marquis de), *105[168].
-
- VOLTAIRE, VIII, IX, *XIV[6], *XVII[8], *XVIII[9], XXII, XXV, XXVII, *14[44], 65,
- 68, 75, 76, *78[134], 86, 87, 90, 100, *103[165], *106[170], 112-115, *115[182], 118,
- 121, 131-135, *135[207], 136, *136[209], *137[210], 149, 158, *159[243], 163, 166, 168,
- 169, *169[261], 170, 190, 198, *199[303], 204, *205[315], 206, 210, 215, 216,
- 219-225, *226[347], 233, *233[354], 242, *242[375], *243[378], 255, 262, 263, 266-269,
- 272, 273, 282, 283, 291, 300, 301, 312, 313, *319[507], 320, *325[516].
-
- VOUEL (Amiral), 298.
-
- _Voyage en Italie_, par LALANDE, *233[353].
-
-
- W
-
-
- WERNEK, Envoyé du Prince des Deux-Ponts, 160.
-
- _Weser_ (Fleuve du), 316, 317.
-
- WESTERLOO (Capitaine de), 102, 103.
-
- _Westphalie_ (Armée de), 305, 313.
-
-
- Y
-
-
- YORK (Henri-Benoît-Marie-Clément STUART, Cardinal d’), 167.
-
- _Ypres_ (Siège d’), 178.
-
-
- Z
-
-
- ZASTROW (Von), Général allemand, commandant l’armée anglaise, 327,
- 328.
-
- _Zell_ (Ville de), province du Rhin, 331.
-
- ZINZENDORFF (Philippe-Louis, Comte de), Chancelier de l’Empire
- d’Autriche, 96, 98, 99, *105[168].
-
- ZINZENDORFF (Le Cardinal Philippe-Louis, Comte de), fils du
- précédent, 102.
-
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-
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- _de l’Académie Française_
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-
-
- * * * * *
-
-
- Corrections.
-
- Page VI: «fiint» remplacé par «finit» (et ne finit qu’une année à
- peine).
-
- Page XIV: «Riche-chelieu» remplacé par «Richelieu» (son histoire de
- Richelieu disparaissait).
-
- Page XVI: «du» remplacé par «de» (la fin du règne de Louis XIV).
-
- Page 1: inséré le mot «CHAPITRE» (CHAPITRE I).
-
- Page 12: «Sanzac» remplacé par «Sansac» (Fronsac avait, aussitôt,
- oublié Mlle de Sansac).
-
- Page 30: renvoi [60] ajouté («pour quinze jours», à la
- Conciergerie[60]).
-
- Page 55: (note 94): «ce ce» remplacé par «ce» (tout ce qui le regarde
- personnellement).
-
- Page 107: «prodigue» remplacé par «prodigues» (Que tu prodigues, à
- chaque instant).
-
- Page 119: (note 186): «erai» remplacé par «ferai» (je vous ferai à
- tous les deux la chouette).
-
- Page 187: (note 283): «rot» remplacé par «roi» (et de la maladie du
- roi à Metz).
-
- Page 212: renvoi [326] ajouté (en qualité de premier
- gentilhomme[326]).
-
- Page 224: «a parté» remplacé par «aparté» (remarque, en aparté, le
- Maréchal).
-
- Page 235: «gentilhommes» remplacé par «gentilshommes» (les fonctions
- des premiers gentilshommes de la Chambre).
-
- Page 266: «Élec-lections» remplacé par «Élections» (--Élections
- académiques: nomination du Maréchal).
-
- Page 280: «patrona» remplacé par «patronna» (Richelieu patronna
- l’entreprise).
-
- Page 280: «grapiller» remplacé par «grappiller» (pour trafiquer et
- «grappiller beaucoup d’argent).
-
- Page 287 (note [447]): «pp.» ajouté (_Journal_ de LUYNES, t. II, pp.
- 83-84).
-
- Page 328: renvoi [1] supprimé (Seul, le duc de Brunswick[1]).
-
- Page 356 (note [556]): renvoi à la page 325 remplacé par page 315.
-
- Page 366 (_Bordeaux_): au lieu de *111 il faut sans doute lire *115[183].
-
- Page 375: «Hastembeek» remplacé par «Hastembeck» dans _Hastembeck_
- (Victoire d’), 305, 312.
-
- Page 378: «XXII» remplacé par «XXIV» (LEMERCIER (Népomucène), auteur
- dramatique, *XXIV[14]).
-
- Page 382: «Boilisle» remplacé par «Boislisle» dans _Mémoires du Duc
- de Saint-Simon_ (édition de BOISLISLE et LECESTRE).
-
- Page 387: «*299» remplacé par «*199» (_Princesse de Navarre_ (La),
- comédie-lyrique de VOLTAIRE et de RAMEAU, 158, 168,
- *169[261], 170, 172, 198, *199[303], 241).
-
- Page 389: «XI» remplacé par «XIII» et «XIV» par «XVI» dans
- SAINT-SIMON (Louis de ROUVROY, Duc de), historien, XIII,
- *XIV[6]).
-
- Page 390: «XVII» remplacé par «XXII» dans SERVIGNÉ (GUIARD de),
- littérateur, XXII, *XXII[13].
-
- Page 390: «*74» remplacé par «*174» dans _Silésie_ (La), *174[270].
-
- Page 391: «Appariements» remplacé par «Appartements» (_Théâtre des
- Cabinets ou des petits Appartements_).
-
- Page 391: «Tuilerie» remplacé par «Tuileries» dans _Tuileries_
- (Palais des), 61, *61[107], 112, 120.
-
-
-
-
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- <title>Le Maréchal de Richelieu by Paul d'Estrée&mdash;A Project Gutenberg eBook</title>
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-<body>
-
-<div style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of Le Maréchal de Richelieu, by Paul d'Estrée</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
-at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you
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-</div>
-
-<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: Le Maréchal de Richelieu</div>
-
-<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Paul d'Estrée</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Release Date: January 07, 2021 [eBook #64232]</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Language: French</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>Character set encoding: UTF-8</div>
-
-<div style='display:block; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Produced by: Clarity, Hans Pieterse, HathiTrust Digital Library and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by The Internet Archive/American Libraries.)</div>
-
-<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MARÉCHAL DE RICHELIEU ***</div>
-
-<hr class="full" />
-
-<p class="ssrf nobreak"><a href="#note">Au lecteur</a></p>
-
-<p class="ssrf"><a href="#toc">Table des matières</a></p>
-
-<p class="ssrf"><a href="#ndx">Index alphabétique</a></p>
-
-<div class="chptr box screenonly">
-
-<p class="ssrf">Note.</p>
-
-<p>Dans l'original imprimé toutes les références de l'Index aux pages <em>VI-XXX</em>
-sont erronées, avec un décalage systématique de deux unités entre l'index et
-la numérotation des pages. Pour remédier à cette anomalie avec un minimum
-de modifications les pages <em>VI-XXX</em> ont été renumérotées de <em>IV</em> à <em>XXVIII</em>.</p>
-
-</div>
-
-<div class="figcenter screenonly" style="margin: 3em auto;">
- <img src="images/couverture.jpg" alt="" title="" />
- <p class="cent cs6 ssrf">L’image de couverture a été réalisée pour cette édition
- électronique.<br />Elle appartient au domaine public.</p>
-</div>
-
-<div class="chptr">
-
-<h1>LE MARÉCHAL DE RICHELIEU</h1>
-
-</div>
-
-<div class="chptr">
-
-<p class="cent cs12 sepb1">OUVRAGES DE PAUL D’ESTRÉE</p>
-
-<p class="hang"><b>Œuvres inédites de Motin</b> (avec notice et notes). Paris,
-librairie des bibliophiles, 1883.</p>
-
-<p class="hang"><b>Mémoires de Voltaire, écrits par lui-même</b> (avec notes et
-commentaires). Paris, Kolb, 1891.</p>
-
-<p class="hang"><b>Les Hohenzollern</b> (en collaboration avec E. Neukomm).
-Paris, Perrin et C<sup>ie</sup>, 1892.</p>
-
-<p class="hang"><b>Un policier homme de lettres. L’Inspecteur Meusnier</b> (1748-1757).
-Paris, aux bureaux de la Nouvelle Revue rétrospective,
-1892.</p>
-
-<p class="hang"><b>Les Explosifs au XVIII<sup>e</sup> siècle.</b> Paris, aux bureaux de la
-Nouvelle Revue rétrospective, 1894.</p>
-
-<p class="hang"><b>Journal inédit du lieutenant de police Feydeau de Marville</b>
-(1744). Paris, aux bureaux de la Nouvelle Revue rétrospective,
-1897.</p>
-
-<p class="hang"><b>Les théâtres libertins du XVIII<sup>e</sup> siècle</b> (en collaboration avec
-Henri d’Alméras). Paris, Daragon, 1905. <i>Épuisé.</i></p>
-
-<p class="hang"><b>Les Organes de l’Opinion publique dans l’Ancienne France</b>
-(en collaboration avec Fr. Funck-Brentano). Paris,
-Hachette et C<sup>ie</sup>.</p>
-
-<table summary="Volumes dans Les Organes de l'Opinion publique">
-<tr>
- <td class="tdr">I.</td>
- <td class="tdl"><b>Les Nouvellistes</b>, 2<sup>e</sup> édition, 1905.</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdr">II.</td>
- <td class="tdl"><b>Figaro et ses devanciers</b>, 1909.</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdr">III.</td>
- <td class="tdl"><b>La Presse clandestine</b> (en préparation).</td>
-</tr>
-</table>
-
-<p class="hang"><b>Le Père Duchesne. Hébert et la Commune de Paris</b> (1792-1794)
-(Couronné par l’Académie française.) Paris, Ambert
-et C<sup>ie</sup>, 1909.</p>
-
-<p class="hang"><b>La Duchesse d’Aiguillon</b> (en collaboration avec A. Callet).
-Paris, Émile-Paul, 1912.</p>
-
-<p class="hang"><b>Un Rebouteur du Val d’Ajol et la Légende de Valdajou.</b>
-(Bulletin de la Société française de l’Histoire de la Médecine.)
-1912.</p>
-
-<p class="hang"><b>Le théâtre sous la Terreur</b> (<b>Théâtre de la Peur, 1792-1794</b>).
-Paris, Émile-Paul, 1913.</p>
-
-<p class="addr"><i>EN PRÉPARATION:</i></p>
-
-<p class="hang"><b>La Vieillesse de Richelieu (1758-1788).</b></p>
-
-</div>
-
-<div class="chptr">
-
-<div class="figcenter">
- <img class="pwidth" src="images/richelieu.jpg" alt="Richelieu" />
- <p class="sep2 cent">Le Maréchal Duc de RICHELIEU</p>
- <p class="rsign cs8">(<i>d’après une gravure du temps</i>)</p>
-</div>
-
-</div>
-
-<div class="chptr" style="padding: 2em; border: solid 2px #666; background-color: #eee;">
-
-<p class="cent cs12 esp sepb1">PAUL D’ESTRÉE</p>
-
-<hr class="hr30" />
-
-<p class="cent wesp lh30 red"><span class="cs12">LE</span><br />
-<span class="cs30">MARÉCHAL DE&nbsp;RICHELIEU</span></p>
-
-<p class="cent cs12">(1696-1788)</p>
-
-<p class="sep2 cent lh20"><span class="cs8">D’APRÈS</span><br />
-<span class="cs16 helv"><b>Les Mémoires Contemporains et des Documents&nbsp;Inédits</b></span></p>
-
-<hr class="hr31" />
-
-<p class="cent cs8 esp">CINQUIÈME ÉDITION</p>
-
-<hr class="hr32" />
-
-<p class="cent lh20 wesp">PARIS<br />
-<span class="cs12 esp red">ÉMILE-PAUL FRÈRES, ÉDITEURS</span><br />
-<span class="cs8">100, RUE DU FAUBOURG SAINT-HONORÉ, 100</span></p>
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_III">
-
-<p><i>Ce livre, commencé en 1912 et terminé en 1914, avait
-été remis à l’imprimeur quelques jours avant la Guerre.
-Il dut attendre, pour paraître, une heure plus propice.</i></p>
-
-<p><i>Par une coïncidence alors impossible à prévoir, il signalait,
-chez un peuple né à la vie internationale, dès le début du
-<em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle<a name="FNanchor_1" id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>, l’essor et les manifestations d’une politique, ne
-laissant que trop pressentir, même à cent-soixante ans de distance,
-l’agression inique et féroce qui devait mettre, de nos jours,
-la France à deux doigts de sa perte.</i></p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a>
-Dans les siècles précédents, comme le démontrent les historiens
-allemands et les Archives de Berlin, les Marquis de Brandebourg,
-et notamment le Grand Électeur, s’étaient efforcés d’affirmer l’existence
-de la Prusse, soit par des démonstrations militaires, soit par
-des négociations diplomatiques ou commerciales. Mais ce ne fut qu’à
-la fin du <em>XVII<sup>e</sup></em> siècle et au commencement du <em>XVIII<sup>e</sup></em> que la Prusse
-entra réellement dans le concert européen.</p>
-</div>
-
-<p><i>Or, au</i> <em>XVIII<sup>e</sup></em> <i>siècle, conformément à des traditions qu’une
-diplomatie avisée voudrait faire aujourd’hui revivre en les
-adaptant aux nécessités présentes, la monarchie bourbonienne
-s’étudiait à maintenir, par un système d’alliances
-utile à ses intérêts et à sa sécurité, les conditions d’existence
-qui réglaient les rapports des principautés allemandes
-entre elles. Et lorsque, à partir de 1740, l’avidité inquiétante
-de la Prusse, exploitée par son Souverain, tendit à rompre, à
-son profit, ce salutaire équilibre, un homme—celui qui fait
-l’objet de cette étude—servi par une manœuvre militaire
-des plus heureuses, aurait pu étouffer, dans l’œuf, l’entreprise
-néfaste, dont nous voyons le développement progressif
-menacer actuellement l’indépendance des Nations!</i></p>
-
-<p><i>Le Maréchal de Richelieu n’eut pas cette intuition. Napoléon
-l’eut peut-être<a name="FNanchor_2" id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>. Mais s’il réduisit de plus de moitié
-<span class="pagenum" id="Page_IV">[p. <em>IV</em>]</span>
-le royaume de Prusse, il n’en soupçonna pas la réorganisation,
-armée et combative, qui devait avoir raison, dans un
-avenir prochain, du tout-puissant Empereur.</i></p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_2" id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a>
-«Mon plus grand tort, disait-il à Sainte-Hélène, a peut-être
-été de n’avoir pas détrôné le roi de Prusse, lorsque je pouvais
-aisément le faire.» (<span class="smcap">O’Meara</span>, <i>Napoléon en exil</i>, tome I, p.&nbsp;114.)—C’était
-la dislocation de la Prusse, la répartition de ce royaume entre
-divers États de l’Allemagne et la reconstitution possible de la Pologne,
-qu’aujourd’hui la Révolution russe, aboutissant à la Monarchie
-constitutionnelle ou à la République, devra réaliser dans sa
-pleine indépendance, en échange de Constantinople.</p>
-</div>
-
-<p><i>Aujourd’hui, la France ne la voit et ne la connaît que
-trop, cette formidable machine de guerre dressée pour la
-conquête du globe! Mais elle la brisera par sa volonté de
-vaincre, et grâce au concours de cette noble alliée qui, pendant
-le</i> <em>XVIII<sup>e</sup></em> <i>siècle, fut son adversaire implacable et la vigilante
-auxiliaire de la Prusse</i>.</p>
-
-<p><i>Si l’Histoire, méprisant les complaisants euphémismes,
-qui permettent de dissimuler la réalité des faits, doit déterminer
-avec impartialité le rôle joué par l’Angleterre au
-cours de la Guerre de Sept ans, elle dira, par contre, qu’au
-commencement du</i> <em>XX<sup>e</sup></em> <i>siècle, cette même Angleterre s’associa
-vaillamment et loyalement à la France et à ses alliés,
-pour délivrer le monde du fléau qui voulait en bannir la
-Liberté, le Droit et l’Honneur.</i></p>
-
-<p class="rsign"><span class="rpad">Paul d’<span class="smcap">Estrée</span>,</span><br />
-1912-1914-1917.</p>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_V">
-
-<h2>AVANT-PROPOS</h2>
-
-<hr class="hr20" />
-
-<h3>I</h3>
-
-<p>Je ne sais quel <i>essayiste</i>, soucieux de caractériser
-à sa manière chacune des deux périodes de
-cent années qui vit successivement naître et
-grandir, fléchir et succomber, la monarchie absolue
-des Bourbons, nommait le <em>XVII<sup>e</sup></em> siècle le <i>siècle
-du Cardinal</i> et le <em>XVIII<sup>e</sup></em> le <i>siècle du Maréchal</i>.</p>
-
-<p>Cette appréciation, pour sembler paradoxale,
-peut cependant se défendre.</p>
-
-<p>Ce fut, en effet, le Cardinal de Richelieu, qui,
-reprenant en ses fortes mains les destinées de
-la France compromises à l’intérieur et à l’extérieur
-par les compétitions impies des principaux
-feudataires de la Couronne, fut le véritable
-artisan de la toute-puissance de Louis&nbsp;XIV et
-en prépara l’apogée.</p>
-
-<p>La vie du Cardinal ne remplit même pas la
-première moitié du <em>XVII<sup>e</sup></em> siècle; par contre, celle
-du Maréchal de Richelieu occupa presque entièrement
-<span class="pagenum" id="Page_VI">[p. <em>VI</em>]</span>
-le <em>XVIII<sup>e</sup></em> et ne <ins id="cor_1" title="fiint">finit</ins> qu’une année à peine
-avant l’avènement de la Révolution.</p>
-
-<p>L’homme qui porta, avec tant de désinvolture,
-mais non sans fierté, le nom, si lourd, de
-Richelieu, fut l’image vivante de son siècle. Il
-en eut l’esprit raffiné, le charme élégant, l’instinct
-de la tolérance et l’intuition de la liberté,
-le goût des arts, l’amour des lettres et la curiosité
-de toutes les connaissances pouvant contribuer
-au progrès de l’humanité. Mais il eut aussi
-le scepticisme railleur, l’égoïsme outré, la soif
-du plaisir, l’absence de scrupules et de sens
-moral, la corruption et la perversité, particuliers
-au <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle. S’il ne fut pas complètement
-l’initiateur du mouvement de réaction qu’appelait
-l’austérité des dernières années du grand
-règne, il devint bientôt, et pour longtemps, l’inspirateur,
-mondain et social, du nouveau. On
-ne jura plus, à la Cour comme à la Ville, que par
-Richelieu; et, malgré bien des erreurs et des
-fautes, malgré les intrigues et les cabales les
-plus redoutables, ce prestige séculaire n’était
-pas encore si affaibli, à la veille de 1789, que la
-jeune génération n’invoquât, à l’occasion, l’autorité
-du Maréchal de Richelieu.</p>
-
-<p>Mais, sans insister davantage sur une double
-désignation qui rapproche l’oncle et le neveu,
-notons néanmoins entre eux, pour n’y plus
-revenir, certains points de ressemblance que
-<span class="pagenum" id="Page_VII">[p. <em>VII</em>]</span>
-peuvent justifier, toutes proportions gardées,
-les lois de l’atavisme. Le Cardinal de Richelieu
-était de galante humeur, mais trop souvent d’une
-brutalité méconnaissant la conscience et l’honneur
-des femmes; il protégeait les lettres et les
-arts, mais il prétendait les asservir; il était, de sa
-nature, despote dur et inflexible et ne reculait devant
-aucune mesure arbitraire pour faire prévaloir
-sa volonté; par contre, il avait le respect des traditions,
-le culte du pouvoir royal, la religion de la
-grandeur de l’État. Son arrière-petit-neveu eut
-ces qualités maîtresses; mais il fut, lui aussi, un
-tyran fantasque et capricieux; s’il entra dans la
-mêlée littéraire et artistique, ce fut bien souvent
-pour harceler à coups d’épingle philosophes,
-auteurs dramatiques, comédiens, ou pour leur
-imposer ses exigences. Enfin, il fut l’amant, le
-séducteur par excellence, et c’est à ce titre surtout
-qu’il est connu du grand public; il eut même
-cette supériorité sur le Cardinal, qu’à de rares
-exceptions près, il caressait les femmes, alors
-qu’il les trahissait ou qu’il les abandonnait, avec
-une fleur de courtoisie, dont le parfum enivrait
-encore ses victimes.</p>
-
-<div class="pagenum" id="Page_VIII">[p. <em>VIII</em>]</div>
-
-<h3>II</h3>
-
-<p>Il n’est pas de Correspondances ni de Mémoires
-contemporains qui n’aient consacré quelques lignes
-ou quelques pages au Maréchal de Richelieu.
-Mais il n’en est guère qui l’aient jugé avec
-impartialité. Les uns se sont érigés en accusateurs
-implacables jusqu’à l’injustice, par exemple
-la duchesse d’Orléans, mère du Régent, Duclos,
-le Marquis d’Argenson, Papillon de la Ferté,
-les rédacteurs des <i>Mémoires de Bachaumont</i> et
-de la <i>Correspondance de Métra</i>. Les autres se
-sont montrés d’une indulgence parfois excessive,
-presque des apologistes, Voltaire, Sénac de
-Meilhan, Rulhière, le duc de Lévis, le duc Emm.
-de Croÿ, etc. Seuls l’annaliste Dangeau et son
-successeur, le duc de Luynes, se sont contentés
-d’enregistrer les faits sans les accompagner de
-grands commentaires. Une partie de ces témoignages
-prendra place dans notre étude sur le
-Maréchal de Richelieu.</p>
-
-<p>Il est, en outre, d’autres sources de documentation
-qui en ont constitué, presque uniquement
-jusqu’à nos jours, la biographie et sur lesquelles
-on ne saurait trop retenir l’attention du lecteur.
-Le vrai et le faux y sont si intimement amalgamés
-qu’il est parfois difficile, pour ne pas dire
-<span class="pagenum" id="Page_IX">[p. <em>IX</em>]</span>
-impossible, de séparer ces deux éléments, et de
-savoir où finit l’histoire et où commence le roman.
-Mais, quelque suspectes que doivent paraître la
-plupart des pièces entrant dans leur composition,
-il importe d’indiquer l’origine et de préciser les
-tendances, très sommairement bien entendu, de
-ces ouvrages, parus au lendemain de la mort
-du Maréchal, avec la prétention de fixer définitivement
-les traits du défunt pour la postérité:</p>
-
-<p><i>Les Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>, par
-<span class="smcap">Soulavie</span>;</p>
-
-<p><i>La Vie privée du Maréchal de Richelieu</i>, par
-<span class="smcap">Faur</span>.</p>
-
-<h3>III</h3>
-
-<p>En avril 1783, à l’époque où Richelieu sortait
-d’une maladie qui avait mis ses jours en danger,
-les rédacteurs de la <i>Correspondance secrète</i>
-de Métra informaient leurs abonnés que le Maréchal
-«laisserait vingt-huit volumes de sa main
-sur son temps»; ils ajoutaient, par manière de
-plaisanterie: «il aura écrit en billets doux plus
-que son contemporain Voltaire<a name="FNanchor_3" id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a>
-<i>Correspondance secrète</i>, dite de <i>Métra</i>, t.&nbsp;XIV, 23 avril 1783.</p>
-</div>
-
-<p>Il était, au reste, de notoriété publique, que,
-depuis quelques années, Richelieu, assisté de
-<span class="pagenum" id="Page_X">[p. <em>X</em>]</span>
-plusieurs secrétaires, préparait, avec les pièces
-officielles dont étaient bourrés ses portefeuilles,
-une histoire de sa vie, si féconde en événements
-de toutes sortes.</p>
-
-<p>Aussi les curieux, friands d’anecdotes scandaleuses,
-ne furent-ils pas autrement surpris, lorsque,
-en 1790, dix-huit mois après la mort du Maréchal,
-furent annoncés et parurent les premiers volumes
-de <i>Mémoires</i><a name="FNanchor_4" id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a> qui étaient une autobiographie
-de Richelieu.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_4" id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a>
-<i>Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>, 1790, 9 vol. in-8<sup>o</sup>. Cette
-publication se continua jusqu’en 1792.</p>
-</div>
-
-<p>Le protagoniste de ce spectacle aguichant
-expliquait, en effet, au commencement de la
-publication, le but qu’elle devait atteindre:
-«J’ai ouvert mes portefeuilles à un historien et
-j’ai désiré qu’il exposât au grand jour mes fautes
-et mes erreurs.» Et «l’historien» donnait
-la parole au Maréchal qui la prenait, à la première
-personne, pour dauber sur «la rapide
-succession des maîtresses et des ministres, les dilapidations
-scandaleuses des finances, etc.». C’était,
-en un mot, le procès du règne de Louis&nbsp;XV. Un
-tel langage était bien extraordinaire dans la
-bouche d’un homme, qui, de son vivant, n’avait
-pas l’habitude du <i>Confiteor</i>. On sut bientôt que
-l’éditeur de cette autobiographie était un ancien
-prêtre du nom de Soulavie, qui préludait ainsi
-<span class="pagenum" id="Page_XI">[p. <em>XI</em>]</span>
-au lancement d’une vaste spéculation de librairie
-mettant au jour toute une série de Mémoires,
-sur les règnes de Louis&nbsp;XIV et de Louis&nbsp;XV,
-Mémoires authentiques ou apocryphes, dont le
-plus important fut une partie de l’œuvre immortelle
-de Saint-Simon<a name="FNanchor_5" id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_5" id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a>
-Quelques années auparavant avaient paru plusieurs livres des
-<i>Mémoires de Saint-Simon</i> en partie connus ou consultés par M<sup>me</sup> de
-Pompadour, Richelieu lui-même, Marmontel, Duclos, etc.</p>
-</div>
-
-<p>Au début du quatrième volume de ces aventures
-de Richelieu, racontées par lui-même, Soulavie,
-qui voyait sa publication sérieusement
-discutée, crut devoir apprendre à ses lecteurs,
-comment il avait été amené à l’entreprendre.
-Soulavie, voulant écrire une histoire de
-Louis&nbsp;XV, avait déjà réuni à cet effet, prétendait-il,
-deux cents volumes, quand il fut présenté
-à Richelieu qui lui dit très nettement:</p>
-
-<p>—«On ne peut connaître ce règne sans «avoir
-compulsé mes portefeuilles.»</p>
-
-<p>Et il donna l’ordre qu’on les communiquât à
-l’abbé. Celui-ci s’aida, dans son travail, «de l’intelligence
-et du zèle» de M. Plocques, à qui le
-Maréchal confiait, depuis vingt-cinq ans, le soin
-de ses manuscrits et de sa bibliothèque. Richelieu
-suivait Soulavie dans ses recherches; il lui
-«montrait la liaison des faits», lui fournissait
-un supplément d’anecdotes, lui traçait un certain
-nombre de portraits; et, finalement, il voulut
-<span class="pagenum" id="Page_XII">[p. <em>XII</em>]</span>
-que l’ouvrage de Soulavie portât ce titre de
-<i>Mémoires de Richelieu</i>. Mais leur rédacteur avait
-la conviction qu’on les déclarerait apocryphes,
-tant ces révélations sur l’indignité du régime
-contrastaient «avec ce que l’on pensait des
-principes du Maréchal». Néanmoins les raisonnements
-de Richelieu sur cette corruption gouvernementale
-lui parurent «si beaux», qu’il
-abonda dans le sens de son interlocuteur et
-qu’il se décida enfin à publier ces <i>Mémoires</i>,
-terminés en 1785.</p>
-
-<p>Soulavie répondait ainsi à l’objection très
-juste qui lui était faite, que son histoire de <ins title="Riche-chelieu">Richelieu</ins>
-disparaissait dans celle du règne de
-Louis&nbsp;XV. Mais ce qu’il ne pouvait contester,
-c’est qu’il prêtait ses propres idées au Maréchal
-et qu’il le faisait parler, quand il ne prenait
-pas lui-même la parole. Car, complètement acquis
-au nouveau régime, il ne laissait jamais passer
-l’occasion de confesser, en ces <i>Mémoires</i>, sa
-foi révolutionnaire, d’abord par prudence, puis
-dans l’intérêt de son œuvre. Et ces accès d’enthousiasme
-civique jurent singulièrement, il faut
-bien le reconnaître, avec le ton général du livre.</p>
-
-<p>Aussi, à la fin du neuvième et dernier volume,
-Soulavie éprouve-t-il le besoin de plaider <i>pro domo</i>;
-et cette soi-disant justification est assurément
-la meilleure critique de son indigeste fatras.
-Des académiciens, écrit-il, diront: «Voilà un
-<span class="pagenum" id="Page_XIII">[p. <em>XIII</em>]</span>
-bien étrange ouvrage que ces <i>Mémoires de Richelieu</i>:
-on fait tenir au Maréchal un langage républicain
-et on le fait parler après sa mort.» Il
-aurait fallu, sans doute, pour plaire à ces académiciens,
-«faire des éloges et mériter d’être
-avoué par les familles des Richelieu, des Choiseul,
-des Maurepas, dont ils accueillent les ridicules
-réclamations... Je consens qu’on déchire
-le frontispice de mon livre et qu’on ôte le titre
-de <i>Mémoires de Richelieu</i>; il restera, malgré
-eux, celui de <i>Mémoires d’un honnête homme</i>.»</p>
-
-<p>Est-ce bien sûr? Un «honnête homme» ne
-travestit jamais le caractère des personnages qu’il
-met en scène, ni surtout des faits qu’il expose;
-encore moins les invente-t-il pour allécher le
-lecteur par ce que nous appelons aujourd’hui des
-«informations sensationnelles».</p>
-
-<p>Sans doute, il se peut que le Maréchal, très
-fier du rôle qu’il avait joué successivement comme
-amoureux professionnel, diplomate, général, politicien,
-premier gentilhomme de la Chambre du
-roi, ait accordé quelques audiences, raconté
-des anecdotes, montré des documents au futur
-historien de Louis&nbsp;XV. Il causait volontiers et
-n’était pas ennemi d’une certaine publicité. Mais
-ce respect du grand nom de Richelieu qu’il garda
-jusqu’à sa dernière heure, cette vanité excessive
-qu’il tenait de son propre fonds, lui eussent-ils
-jamais permis de renier, dans la plus piteuse
-<span class="pagenum" id="Page_XIV">[p. <em>XIV</em>]</span>
-des amendes honorables, les principes d’autorité
-qui avaient été la règle de toute sa vie?</p>
-
-<p>Si un certain nombre d’anecdotes et de faits
-rapportés par Soulavie sont exacts et confirmés
-par d’irréfutables témoignages, d’autres demandent
-à être soumis à un rigoureux contrôle ou
-sont radicalement faux<a name="FNanchor_6" id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>. Il ne faut donc
-<span class="pagenum" id="Page_XV">[p. <em>XV</em>]</span>
-consulter qu’avec une extrême circonspection cette
-interminable et fastidieuse biographie.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_6" id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a>
-Deux exemples entre mille.</p>
-
-<p>1<sup>o</sup>: Soulavie fait dire à Richelieu qu’il a reçu, comme présent, des
-mains de M<sup>me</sup> de Pompadour (et l’on sait s’ils se détestaient réciproquement),
-les <i>Mémoires</i> de Saint-Simon, «aussi curieux que
-dangereux à la tranquillité des familles», et confisqués par ordre
-de Louis&nbsp;XIV.—Or, Saint-Simon y travailla jusqu’à sa dernière
-heure et ne mourut que sous le règne de Louis&nbsp;XV. A vrai dire (et
-il importe de lire à cet égard le bel ouvrage de M. A. Baschet: <i>Le
-duc de Saint-Simon; son Cabinet</i>, 1874) les scellés furent apposés,
-au lendemain de la mort du mémorialiste, sur ses papiers, le 2 mars
-1755. Et, bientôt, ceux-ci (les portefeuilles historiques et politiques
-s’entend) furent transportés aux Archives des Affaires étrangères
-qu’ils suivirent dans leurs divers déménagements. Le 28 juillet 1755,
-Laudier, le secrétaire de Saint-Simon, vint exprès de la Ferté-Vidame,
-attester, devant un Commissaire du Châtelet, entre autres
-déclarations, que «<em>QUELQUES</em> cahiers avaient été prêtés au Maréchal
-de Richelieu», que Laudier avait remis depuis à l’évêque de
-Metz, sur l’ordre du feu duc.</p>
-
-<p>Richelieu n’avait donc pas reçu les <i>Mémoires</i> de Saint-Simon des
-mains de M<sup>me</sup> de Pompadour.</p>
-
-<p>2<sup>o</sup>: En 1719, toujours d’après Soulavie, Richelieu, curieux de connaître
-l’énigme du Masque de fer, avait décidé une princesse, dont
-il était l’amant, à se laisser séduire par le Régent qui l’adorait et
-qu’elle exécrait (M<sup>lle</sup> de Valois), afin de lui arracher, dans les transports
-de l’amour, toute la vérité sur ce secret d’État. Elle avait
-réussi et révélé le mystère à Richelieu dans un billet chiffré. Par
-extraordinaire, le duc garda toujours le silence sur une détention
-qui ne faisait pas grand honneur à son oncle, affirme Soulavie; et
-quand ce même Soulavie l’interrogeait à cet égard, Richelieu le renvoyait
-à la version de Voltaire qui concluait à l’accouchement gémellaire
-d’Anne d’Autriche. Et le Maréchal n’avait révélé ce secret
-d’État à Voltaire que sur son serment de n’en parler à qui que
-ce fût, pour ne pas déshonorer le grand nom du Cardinal. Soulavie,
-qui rappelle ce roman au commencement de son VI<sup>e</sup> livre des <i>Mémoires</i>,
-dut l’inventer à plaisir, à moins qu’il n’ait été victime d’une
-mystification du Maréchal qui ne détestait pas ce genre de mauvaises
-farces. Déjà, au tome III, Soulavie affirmait que M<sup>lle</sup> de Valois
-avait remis à Richelieu, après sa complaisance incestueuse pour
-le Régent (encore une légende), la «Relation de la naissance et de
-l’éducation du prince-enfant soustrait par les Cardinaux de Richelieu
-et de Mazarin à la société et renfermé par ordre de Louis&nbsp;XIV,
-composée par le Gouverneur (Saint-Mars) de ce prince à son lit de
-mort».</p>
-
-<p>M. Funck-Brentano a, du reste, péremptoirement démontré que ce
-masque mystérieux n’était autre que l’envoyé de Mantoue Mattioli.</p>
-</div>
-
-<h3>IV</h3>
-
-<p>En 1791, paraissait un autre ouvrage du même
-genre, moins prolixe, puisqu’il ne comprenait
-que trois volumes, et qui était dû à la plume de
-Faur, secrétaire de Fronsac<a name="FNanchor_7" id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>. Il était intitulé
-<i>Vie privée du Maréchal de Richelieu</i>; et bien
-qu’il ne passât point sous silence la vie publique
-du personnage, il en narrait surtout les intrigues
-et les aventures galantes. Faur promettait, il le
-dit dans sa préface, de présenter «le héros en
-déshabillé»; et il tient scrupuleusement parole.
-Ses récits sont parfois amusants, mais aussi
-dépourvus d’authenticité que ceux de Soulavie;
-il rappelle souvent les mêmes épisodes de la vie
-amoureuse de Richelieu, mais il en révèle d’autres
-qui sont le comble de l’invraisemblance; et cette
-multiplicité même d’anecdotes libertines, moins
-<span class="pagenum" id="Page_XVI">[p. <em>XVI</em>]</span>
-spirituellement écrites que celles, restées classiques,
-de Rulhière, finit par lasser jusqu’à
-l’écœurement.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_7" id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a>
-Le duc de Fronsac, fils du Maréchal de Richelieu.</p>
-</div>
-
-<p>Cependant le troisième et dernier volume contient,
-dans sa seconde partie, toute une série
-de lettres d’amis et d’amies du Maréchal, dont
-plusieurs historiens, et non des moindres, ont
-fait volontiers état dans leurs livres, garantissant
-ainsi l’exactitude et la sincérité de cette
-correspondance intime, tour à tour politique et
-galante.</p>
-
-<p>Faur qui, à l’exemple de Soulavie, n’entend pas
-que le lecteur puisse mettre en doute sa véracité,
-affirme qu’il tient sa documentation d’un familier
-de Richelieu, à qui le Maréchal aurait confié
-ses notes manuscrites et son recueil de lettres
-en lui disant: «Vous verrez toutes mes folies
-et vous serez seul instruit de la vérité.»</p>
-
-<p>Avant de publier la <i>Vie privée</i>, Faur avait
-demandé à la succession de Richelieu et en avait
-obtenu l’autorisation de la faire imprimer. Son
-point de départ paraît, en tout cas, plus acceptable
-que celui de Soulavie. D’ailleurs, il avait assez
-justement critiqué, dans l’Avant-Propos de son
-premier volume, le procédé de l’auteur des <i>Mémoires</i>.
-Son livre, dit-il, est «plutôt l’histoire de la
-fin du règne <ins id="cor_2" title="du">de</ins> Louis&nbsp;XIV, de la Régence et du
-règne de Louis&nbsp;XV, que celle du Nestor de la
-galanterie». Se proclamant, ensuite, seul dépositaire
-<span class="pagenum" id="Page_XVII">[p. <em>XVII</em>]</span>
-de la pensée du Maréchal, il espérait
-sans doute étouffer ainsi dans l’œuf le reste de
-la publication de Soulavie<a name="FNanchor_8" id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_8" id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a>
-Moins exclusif que Soulavie, Faur, ou son éditeur, confessait
-toutefois dans la <i>Vie privée</i> (t. III, p.&nbsp;261) que «M. de Richelieu
-avait confié des matériaux, pour faire son histoire, à plusieurs personnes.
-MM. de Meilhan, Soulavie, de Serres et autres en possédaient.»
-Faur parle également d’une <i>Vie secrète</i> du Maréchal qui
-avait paru un peu avant sa <i>Vie privée</i> et qui était «très ordurière».
-Nous l’avons vu annoncer, sur des catalogues de librairie, à la date,
-évidemment apocryphe, de 1809.</p>
-
-<p>Soulavie signale, lui aussi (t. III, p.&nbsp;305), des anecdotes scandaleuses,
-ultra-libertines, sur la Régence, parues sous le nom de Richelieu
-et qu’il attribue à Mme de Tencin. D’autre part, comme il
-s’entendait à tirer plusieurs moutures du même sac, il publia, en
-1809, chez Collin, deux volumes qu’il intitulait <i>Pièces inédites sur
-les règnes de Louis&nbsp;XIV et Louis&nbsp;XV</i>, dont le second tome était une
-«<i>Chronique scandaleuse de la Cour de Philippe, duc d’Orléans,
-régent de France</i>, etc... composée, en 1722, par le duc de Richelieu,
-à sa sortie pour la troisième fois de la Bastille».</p>
-
-<p>Il avait déjà parlé de ce prétendu document, en 1790, dans le
-Tome III (pp. 350 et suiv.) de ses <i>Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>.
-Celui-ci, à l’entendre, lui aurait révélé, en 1785, l’existence de
-cette <i>Chronique scandaleuse</i>, à laquelle avait collaboré Voltaire et
-dont Louis&nbsp;XV avait possédé un exemplaire. Les faits qu’elle contenait
-étaient «exacts», affirmait Richelieu; mais Soulavie ajoutait
-que «l’opinion du Maréchal, moins passionné en 1785, était préférable
-à celle du Duc, irrité en 1725 contre le duc d’Orléans».</p>
-
-<p>Cette <i>Chronique scandaleuse</i> n’était, en réalité, qu’une réédition,
-plus ou moins remaniée, d’un certain nombre de chapitres des <i>Mémoires</i>,
-où le vrai et le faux étaient indistinctement confondus.
-Elle était suivie d’une «Correspondance du Cardinal de Polignac, du
-Marquis de Silly, du Marquis de Fénelon, etc... avec M. le Duc de
-Richelieu, alors ambassadeur du roi près la Cour de Vienne, sur les
-intrigues de la Cour de France, etc... en 1725, 1726, 1727, copiée sur
-les pièces originales conservées, en 1787, dans le cabinet de M. le
-Maréchal de Richelieu.» Cette correspondance, qui est accompagnée
-de lettres de Vauréal, évêque de Rennes, du Cardinal de Tencin,
-de M<sup>me</sup> de Tencin, de Mme de Châteauroux et même de Richelieu,
-nous semble plus digne de créance, si toutefois Soulavie ne lui a pas
-fait subir, suivant son habitude, ce que notre argot moderne appelle
-un tripatouillage.</p>
-</div>
-
-<p>Celui-ci, de son côté, avait regimbé contre
-une concurrence qu’il croyait le fait de Sénac de
-Meilhan et que lui opposait le libraire Buisson
-dont il s’était séparé. Il déclarait que, ne voulant
-pas s’occuper de la vie galante de Richelieu,
-il avait chargé de ce soin son ami «M. de la B***»
-(De La Borde, le principal commanditaire et collaborateur
-de Soulavie) qui avait si longtemps
-vécu à la Cour de Louis&nbsp;XV. D’ailleurs, à propos
-des lettres d’amour et des billets doux que Richelieu
-<span class="pagenum" id="Page_XVIII">[p. <em>XVIII</em>]</span>
-jetait dans des cassettes sans les ouvrir,
-Soulavie ajoutait que seuls avaient pu en rompre
-le cachet «les historiens du temps du Maréchal
-qui avaient eu la communication de ses papiers»<a name="FNanchor_9" id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_9" id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a>
-Dans une note des <i>Mémoires</i> de M<sup>me</sup> Campan <i>sur la Vie de
-Marie-Antoinette</i> (édition Barrière, 1849) p.&nbsp;42, nous lisons: «J’ai
-entendu M. le Maréchal de Richelieu dire à M. Campan, bibliothécaire
-de la Reine, de ne point acheter les <i>Mémoires</i> que, sans doute,
-on lui attribuerait après sa mort, que d’avance il les lui déclarait
-faux, qu’il ne savait pas l’orthographe et ne s’était jamais amusé à
-écrire. Peu de temps après la mort du Maréchal, M. Soulavie
-fit paraître les <i>Mémoires</i> du Maréchal de Richelieu.»—Voilà
-encore une preuve nouvelle des contradictions que nous relèverons,
-au cours de notre étude, chez cet esprit ondoyant et railleur
-jusqu’à la mystification qu’était le duc de Richelieu. Il <i>n’écrivait</i>
-pas, dans le sens propre du mot, mais il <i>inspirait</i>, il <i>dictait</i>, sinon
-des <i>mémoires</i>, du moins des <i>notes</i>, celles-là qu’ont reproduites, en
-les... maquillant,—c’est fort possible—des soi-disant historiographes
-qui avaient été plus ou moins ses secrétaires. Mais la Correspondance
-de Voltaire dit assez combien de fois le solitaire de
-Ferney eut recours à la documentation historique du Maréchal,
-sans doute reprise et remaniée par ses soins, avant d’être expédiée
-à son thuriféraire.</p>
-</div>
-
-<h3>V</h3>
-
-<p>Au <em>XIX<sup>e</sup></em> siècle, quand Barrière, entreprenant une
-réédition partielle des <i>Mémoires</i> relatifs à la
-<span class="pagenum" id="Page_XIX">[p. <em>XIX</em>]</span>
-Révolution française publiés par les Baudouin, voulut
-la corser de documents inédits ou à peu près oubliés,
-il y donna place à des <i>Mémoires de Richelieu</i>,
-où il «intercalait», dans la pâte lourde de Soulavie,
-«les faits intéressants et neufs» de la <i>Vie privée</i>.
-Il les termina par un «Morceau original» de l’œuvre
-de Faur, le commencement du troisième
-volume, récit de Richelieu octogénaire à M<sup>me</sup> de
-Monconseil, que l’éditeur trouvait «remarquable
-par sa perversité de bon ton».</p>
-
-<p>Quelque temps après, M. de Lescure, un érudit
-de la bonne école, à qui l’Histoire doit d’excellentes
-publications, et qui eut à cœur de continuer
-celle de Barrière<a name="FNanchor_10" id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>, faisait paraître en quatre
-volumes, représentant près de 2000 pages, une
-autobiographie de Richelieu<a name="FNanchor_11" id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>, où il avait amalgamé,
-avec les ouvrages de Soulavie et de Faur,
-plus ou moins expurgés, des documents empruntés
-à divers Mémoires contemporains, négligés
-par Barrière. Le très grave reproche qu’on pouvait
-adresser à cette énorme compilation était
-celui que Faur infligeait aux neuf volumes de
-Soulavie, c’était que l’histoire de Richelieu s’y
-trouvait perdue dans celle du <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_10" id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a>
-A. <span class="smcap">Marquiset</span>: <i>Table alphabétique des Mémoires relatifs à l’histoire
-de France pendant le XVIII<sup>e</sup> siècle</i>, publiés de 1857 à 1881, par
-MM. Barrière et de Lescure (Paris, 1913).</p>
-
-<p><a name="Footnote_11" id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a>
-<span class="smcap">De Lescure</span>: <i>Nouveaux Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>.
-(Paris, 1871).</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_XX">[p. <em>XX</em>]</span>
-Enfin, pour citer la seule, uniquement consacrée
-à cet illustre personnage, qui ne soit pas
-en même temps et en grande partie un tissu de
-fables ou de contes trop souvent graveleux, nous
-rappellerons que l’honnête Capefigue, auteur
-de plusieurs monographies sur divers originaux
-du <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, en écrivit une<a name="FNanchor_12" id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a>, de proportions
-autrement modestes, sur Richelieu. Certes, tous
-les documents qu’il met en œuvre et qui étaient
-déjà connus sont d’une scrupuleuse authenticité;
-mais s’il rend justice à la valeur intellectuelle
-du Maréchal, à ses talents diplomatiques et
-militaires, il se montre d’une indulgence inexcusable
-pour les faiblesses et les fautes, pour les
-travers et les vices de son héros. Il en fait volontiers
-un petit saint, comme il exalte parfois un
-peu plus que de raison les heureux accidents
-de sa vie publique, comme il passe souvent
-sous silence les inconséquences, les variations ou
-les maladresses de l’homme politique.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_12" id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a>
-<span class="smcap">Capefigue</span>: <i>Le Maréchal de Richelieu</i>, Paris, 1857.</p>
-</div>
-
-<p>N’importe; quelque blâmables ou simplement
-discutables qu’aient jamais été ses actes, si coupable
-et si condamnable qu’ait pu être sa conduite,
-Richelieu a laissé une impression ineffaçable
-dans l’esprit de ses contemporains. Mais
-ce qui frappa surtout l’opinion dans les facettes
-chatoyantes d’une mentalité mobile et complexe,
-<span class="pagenum" id="Page_XXI">[p. <em>XXI</em>]</span>
-si déconcertante par ses contradictions imprévues,
-ce fut l’aspect de cette figure fine et spirituelle,
-câline et caressante, prometteuse d’éternel
-amour et prodigue de traîtrises, séduisante et
-trompeuse image d’un continuateur de Don Juan.
-La littérature d’alors, fidèle expression de l’âme
-du siècle, fixa les traits de ce roué aimable, insinuant
-et perfide, sans pudeur, sans scrupule et
-sans cœur, dans la création de types qui vivront
-éternellement.</p>
-
-<p>Nous n’oserions affirmer que le Lovelace de
-<i>Clarisse Harlowe</i> lui dût quelques-unes de ses
-noirceurs. Cependant, Richardson publiait, en
-1748, son immortel roman, à l’heure où Richelieu,
-dont la réputation avait passé la Manche,
-était considéré comme un conquérant irrésistible,
-oublieux de tous les serments et capable
-de toutes les trahisons.</p>
-
-<p>Mais il est, sans conteste, le Sélim des <i>Bijoux
-indiscrets</i> de Diderot; puis, dans la dernière moitié
-du <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, nous le voyons, nous le reconnaissons
-sous l’ajustement féminin du <i>Faublas</i>
-de Louvet. Le <i>Chérubin</i> de Beaumarchais
-rappelle assez bien «la poupée» de la duchesse
-de Bourgogne... sa marraine; et Choderlos de
-Laclos pensait assurément au Maréchal de Richelieu,
-quand il peignait sous le plus odieux aspect
-l’infâme séducteur de ses <i>Liaisons dangereuses</i>.</p>
-
-<p>Dans le roman licencieux, intitulé <i>Les
-<span class="pagenum" id="Page_XXII">[p. <em>XXII</em>]</span>
-Sonnettes</i>, d’un auteur bien oublié aujourd’hui, Guiard
-de Servigné<a name="FNanchor_13" id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>, le Maréchal était visé plus directement.
-L’écrivain avait imaginé un Richelieu
-épuisé par l’abus des plaisirs et s’efforçant de stimuler
-ses sens lamentablement engourdis par des
-artifices dignes d’un tel libertin. Il attirait dans
-son château des couples jeunes et ardents et leur
-donnait, avec une hospitalité princière, des chambres
-magnifiques, dont les lits étaient secrètement
-pourvus de ressorts et de fils qui faisaient mouvoir
-des sonnettes disposées autour de l’appartement
-de Richelieu. Celui-ci était si bien désigné dans
-le roman et se trouva tellement mortifié, paraît-il,
-du rôle muet que lui faisait jouer, en cette symphonie
-carillonnante, Guiard de Servigné, qu’il
-demanda l’embastillement du conteur.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_13" id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a>
-<span class="smcap">Guiard de Servigné</span>: <i>Les Sonnettes</i>. A Berg-op-Zoom, chez
-F. de Richebourg, 1751.</p>
-</div>
-
-<p>Cent ans après la naissance de Richelieu, en
-1796, (et la coïncidence ne laisse pas que d’être
-curieuse) un drame en cinq actes, <i>Le Lovelace
-français</i><a name="FNanchor_14" id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a> ou <i>La Jeunesse de Richelieu</i>, joué sur la
-scène du Théâtre de la République, représentait
-encore, comme un monstre de perversité amoureuse,
-l’homme que Voltaire s’était plu à nommer
-«l’Alcibiade moderne». Le tableau était
-<span class="pagenum" id="Page_XXIII">[p. <em>XXIII</em>]</span>
-d’Alexandre Duval, un auteur plutôt contre-révolutionnaire,
-mais portait la signature de
-Monvel, comédien français, qui avait été jadis
-justiciable, comme tel, du premier gentilhomme
-de la Chambre et avait voué à l’ancien régime
-la plus effroyable des haines. Le titre seul, vraisemblablement
-de son invention, <i>Le Lovelace
-français</i>, disait assez de quelles sombres couleurs
-Monvel avait chargé la <i>Jeunesse de Richelieu</i>,
-en exploitant le douloureux épisode des amours
-de M<sup>me</sup> Michelin, d’après la publication de
-Faur. Cette diatribe, où perçait la rancune du
-comédien contre l’aristocratie française, sous le
-couvert d’un des personnages de la pièce, le
-secrétaire, vertueux et diffus, du séducteur,
-cette diatribe rappelait le cri de joie féroce de
-Chamfort à la lecture des «Mémoires du Don
-Juan français mine de scandales». L’Académicien
-exhalait toute son indignation, devant
-la touchante et malheureuse M<sup>me</sup> Michelin, se
-mourant de douleur et de remords, tandis «qu’à
-l’exemple de Mercure, qui, après avoir pris la
-figure de Sosie, allait se nettoyer dans l’Olympe
-avec de l’ambroisie», Fronsac, le futur maréchal
-de Richelieu, «allait, lui aussi, se décrasser de
-cette liaison roturière, auprès d’une céleste princesse».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_14" id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a>
-Déjà, d’après l’<i>Histoire de l’Odéon</i>, par Porel et Monval (1876,
-t. I, p.&nbsp;91) Richelieu avait été représenté «comme un scélérat»
-dans <i>Lovelace</i> ou <i>Clarisse Harlowe</i>, tragédie de Lemercier, jouée,
-le 20 avril 1792, sur la scène du Théâtre de la Nation.</p>
-</div>
-
-<p>Vers le milieu du <em>XIX<sup>e</sup></em> siècle, nous retrouvons
-dans le vaudeville de Bayard et Dumanoir, les
-<span class="pagenum" id="Page_XXIV">[p. <em>XXIV</em>]</span>
-<i>Premières Armes de Richelieu</i><a name="FNanchor_15" id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>, un tout autre
-Fronsac, non moins léger, non moins charmant,
-non moins délicieux, quoique également frivole,
-présomptueux et coureur, mais combien différent
-du petit-maître dont l’Histoire nous a tracé le
-portrait. Les auteurs ont mis à la scène son premier
-mariage; et leur dénouement ne ressemble
-guère à celui que n’avait pu pressentir Louis&nbsp;XIV,
-quand il envoya cet époux irréductible à la Bastille.</p>
-
-<p>—«Je vous présente Madame de Richelieu, dit
-le duc à sa belle-mère par manière de conclusion.»</p>
-
-<p>La femme délaissée n’était pas encore et ne fut
-sans doute jamais M<sup>me</sup> de Fronsac.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_15" id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a>
-<span class="smcap">Bayard</span> et <span class="smcap">Dumanoir</span>: <i>Les premières armes de Richelieu</i>,
-3 décembre 1839.</p>
-</div>
-
-<p>Les premières armes de Richelieu en appelaient
-inévitablement les dernières<a name="FNanchor_16" id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>; et ce fut sous ce
-titre que parut, non plus une pièce, mais un livre,
-où Mary-Lafon racontait la romanesque histoire
-du Maréchal avec la Marquise de Saint-Vincent.
-Le vieux renard, pris au piège par une poulette,
-rusée et coquine, ne devait en sortir qu’en
-y laissant des dépouilles opimes. Notons enfin,
-que <i>M<sup>lle</sup> de Belle-Isle</i><a name="FNanchor_17" id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>, la fameuse comédie dramatique
-d’Alexandre Dumas, met également en
-scène un Richelieu dupé, pour avoir voulu jouer
-<span class="pagenum" id="Page_XXV">[p. <em>XXV</em>]</span>
-le rôle de dupeur. Il est vrai que celui-ci est jeune
-et tout auréolé de son prestige d’amoureux irrésistible,
-puisque l’action se passe sous le principat
-du duc de Bourbon.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_16" id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a>
-<span class="smcap">Mary-Lafon</span>: <i>Les dernières armes de Richelieu</i>, 1862.</p>
-
-<p><a name="Footnote_17" id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a>
-<span class="smcap">Alexandre Dumas</span>: <i>Mademoiselle de Belle-Isle</i>, 2 avril 1839.</p>
-</div>
-
-<h3>VI</h3>
-
-<p>Richelieu, au dire de ses contemporains, écrivit
-beaucoup. Nous savons déjà quel bagage littéraire
-lui attribuait la <i>Correspondance secrète</i> de
-Métra. Malheureusement, il ne nous en reste
-presque rien, si toutefois ces documents ont
-jamais existé; et les commérages de Soulavie
-et de Faur autoriseraient à croire cette hypothèse
-très vraisemblable. Il est certain qu’il était en
-commerce épistolaire avec l’auteur de la <i>Pucelle</i>.
-Voltaire lui répond fort souvent, et dut traiter
-avec lui des questions les plus variées; ses lettres
-le prouvent surabondamment, mais celles de
-Richelieu n’ont jamais été retrouvées.</p>
-
-<p>En dehors de ses correspondances diplomatiques,
-administratives ou militaires, conservées aux
-Archives des Affaires étrangères et de la Guerre,
-ou dans les Archives municipales d’Agen<a name="FNanchor_18" id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>, il ne
-<span class="pagenum" id="Page_XXVI">[p. <em>XXVI</em>]</span>
-subsiste donc que fort peu de documents originaux
-émanant de Richelieu. On tient cependant
-pour véritable une correspondance entre les
-Tencin et le duc en 1744, correspondance qui fut
-imprimée en 1790. Une autre, datant de la campagne
-de Hanovre (1757), et qu’édita le général
-de Grimoard, contient un certain nombre de
-lettres du Maréchal, presque entièrement consacrées
-aux exigences du service.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_18" id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a>
-Le distingué secrétaire général de la <i>Société archéologique du
-Gers</i>, M. Philippe Lauzun, a bien voulu nous signaler, en même temps
-que diverses particularités sur le séjour de Richelieu en Guyenne,
-l’existence d’une nombreuse correspondance administrative du Maréchal
-dans les <i>Archives municipales d’Agen</i>.</p>
-</div>
-
-<p>Des détracteurs de Richelieu se sont égayés
-sur la pauvreté de son style et de ses idées; ils
-en ont inféré l’insuffisance de l’épistolier au point
-de vue littéraire et même intellectuel.</p>
-
-<p>Sans doute, la langue de l’Académicien-Duc
-est incorrecte, de même que son écriture est
-peu lisible et son orthographe mal ordonnée.
-Mais l’esprit n’y manque pas; et telle lettre, inédite,
-que nous signalerons ou transcrirons en
-temps voulu, démontrera que l’enjouement et la
-grâce du Maréchal, si vantés par les Mémoires
-du temps, n’étaient pas un vain mot.</p>
-
-<p class="sep2">C’est, à l’aide de tous les documents, déjà
-publiés, ou demeurés inédits, dont nous avons
-cité la provenance, mais soumis l’authenticité à
-un sévère contrôle, que nous avons écrit notre
-étude sur le <i>Maréchal de Richelieu</i>. Elle ne saurait
-être, ni un panégyrique, ni une satire. Elle visera
-<span class="pagenum" id="Page_XXVII">[p. <em>XXVII</em>]</span>
-surtout à rester impartiale. Si elle ne peut ignorer
-la vie privée d’un homme qui dut à la galanterie
-tant de succès de sa vie publique, elle s’efforcera
-de déterminer pour celle-ci le rôle joué sur le théâtre
-de l’Histoire par le grand seigneur que Voltaire
-nomma si souvent, et même trop souvent, «son
-héros». Peut-être la postérité, retenant cet hommage,
-l’eût-elle sanctionné en comptant le
-Maréchal de Richelieu parmi les personnalités
-dont l’existence fut un bienfait pour le pays, si
-l’amour des intrigues et les intrigues de l’amour
-n’en avaient faussé les plus puissants ressorts.</p>
-
-<h3>VII</h3>
-
-<p>Au moment où nous terminions notre travail,
-une de ces bonnes fortunes, dont le hasard ou
-d’heureuses interventions font profiter l’Histoire,
-nous permettait de consulter une suite de relations,
-d’une authenticité indiscutable, sur divers
-épisodes de la vie diplomatique, politique et militaire
-du Maréchal de Richelieu.</p>
-
-<p>En effet, feu M. de Boislisle, le savant dont le
-monde de l’érudition regrettera toujours la perte,
-avait découvert, dans les Archives du Marquis
-de Chabrillan—sources précieuses de vérité
-historique—les pages manuscrites qu’avait
-déjà signalées, d’après son indication, le livre
-<span class="pagenum" id="Page_XXVIII">[p. <em>XXVIII</em>]</span>
-du duc de Broglie sur <i>Frédéric II et Louis&nbsp;XV</i>.</p>
-
-<p>M. de Boislisle obtint de prendre une copie de
-ces <i>Mémoires</i>.</p>
-
-<p>Dictée par le Maréchal de Richelieu à l’un de ses
-secrétaires, cette autobiographie est marquée
-au coin de cet esprit vif et léger, souple et fin,
-évoluant avec une merveilleuse prestesse au
-milieu d’intrigues de Cour qui sont souvent
-son ouvrage, pour en sortir le plus aisément du
-monde et avec tous les honneurs de la guerre.
-Cette apologie de ses actes officiels est le développement,
-aussi simple qu’agréable, du <i>Mémoire</i>
-justificatif présenté par le Maréchal au roi
-Louis&nbsp;XVI, en 1783, alors que sa santé subissait
-la crise si grave qui faillit l’emporter.</p>
-
-<p>Grâce à l’intermédiaire obligeant de M. Lecestre,
-des Archives Nationales, M. Jean de Boislisle
-a bien voulu nous communiquer ces <i>Mémoires
-authentiques du Maréchal de Richelieu</i> qu’il doit
-publier très prochainement. Nous le prions de recevoir
-ici l’expression de tous nos remerciements.</p>
-
-<p>Par un sentiment de discrétion, facile à comprendre,
-nous ne donnerons que des extraits, peu
-nombreux et fort courts, de <i>Mémoires</i> encore
-inédits. Mais, comme nous aurons maintes fois
-l’occasion de citer, à titre de référence, cette série
-de documents, nous la désignerons, dans notre
-texte ou dans nos notes, sous le nom de <i>Mémoires
-authentiques du Maréchal de Richelieu</i>.</p>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_1">
-
-<h2><ins id="cor_3" title="le mot «CHAPITRE» ajouté">CHAPITRE</ins> I</h2>
-
-<p class="smm"><i>La naissance de Richelieu-Fronsac. — Un ressuscité qui
-devient nonagénaire. — Première enfance. — Une éducation
-négligée. — Succès de Fronsac à la Cour. — L’habit de
-belle-mère. — Esprit d’à-propos d’un danseur. — Mariage
-d’enfants. — Un ancêtre de Chérubin. — Imprudences de
-la duchesse de Bourgogne; effronterie de Fronsac. — Premier
-séjour à la Bastille.</i></p>
-
-<p>Louis-François-Armand de Vignerot du Plessis naquit
-à Paris, le 13 mars 1696. Il était fils d’Armand
-Jean II de Vignerot du Plessis, duc de Richelieu,
-lequel était petit-neveu du Grand Cardinal et
-«substitué aux noms et armes de Richelieu».</p>
-
-<p>Louis-François trouva dans son berceau le duché
-de Fronsac et le titre de pair de France; car, le
-12 février 1711, du vivant même d’Armand-Jean,
-il se dénommait et signait ainsi sur l’acte de son
-premier mariage<a name="FNanchor_19" id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_19" id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a>
-<i>Registres de Saint-Sulpice.</i>—Toutefois il ne devait siéger au
-Parlement, comme duc de Richelieu, que le 2 mars 1721 et, comme
-pair de France, en qualité de duc de Fronsac, que le 15 avril 1723
-(<i>Dictionnaire de La Chesnaye des Bois.</i>)</p>
-</div>
-
-<p>La date de sa naissance, donnée par le P. Anselme,
-est restée en blanc, comme celle de son ondoiement,
-sur son acte de baptême, qu’Eudore
-Soulié a découvert dans le registre de Notre-Dame
-de Versailles<a name="FNanchor_20" id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a>. Cette pièce, authentique, porte la
-double signature de <i>Louis</i> et de <i>Marie-Adélaïde</i>.
-Louis-François, baptisé le 15 février 1699, «par
-<span class="pagenum" id="Page_2">[p. 2]</span>
-permission de Mgr l’Archevêque de Paris», avait été,
-en effet, tenu sur les fonts par Louis&nbsp;XIV et par la
-duchesse de Bourgogne<a name="FNanchor_21" id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_20" id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a>
-<i>Dictionnaire de Jal</i>, 1872, p.&nbsp;1062.</p>
-
-<p><a name="Footnote_21" id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a>
-<i>La Gazette</i> du 20 février 1699 annonce le baptême donné le 15
-par l’abbé de Pomponne, aumônier de Sa Majesté, à l’issue de la
-messe. Elle dit, en outre et à tort, que l’enfant est âgé de 2 ans et
-10 mois.</p>
-</div>
-
-<p>Pendant sa première enfance, son état de santé
-fut des plus précaires. Venu avant terme (à sept
-mois), il fut élevé dans du coton. Peu de temps
-après, il fut assailli par de violentes convulsions.
-Les médecins en désespéraient. A la suite d’une de
-ces crises, on le croyait perdu, quand une servante,
-qui était fort jolie—détail relevé par ses biographes—s’aperçut
-qu’il avait encore un souffle de
-vie et parvint à le ranimer.</p>
-
-<p>A quatre-vingt-dix ans de là, un des commis qui
-dressaient l’état des prisonniers de la Bastille, écrivait,
-au bas d’une des fiches consacrées au Maréchal
-duc de Richelieu:</p>
-
-<p>«Le 25 août 1786, il est venu voir le Château de
-la Bastille. Il est monté sur les tours, âgé de 90 ans,
-5 mois, 12 jours<a name="FNanchor_22" id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_22" id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a>
-Chiffres qui concordent exactement avec la date indiquée par le
-P. Anselme. Cette note se trouve reproduite dans les <i>Mémoires historiques
-et authentiques sur la Bastille</i> (1789, 3 vol.), t.&nbsp;II, p.&nbsp;102.</p>
-</div>
-
-<p>Cette sorte d’escalade, inouïe chez un nonagénaire,
-dépeint à souhait la crânerie, la belle humeur,
-la coquetterie, la volonté de rester jeune, qui furent
-toujours le fond du caractère de Richelieu<a name="FNanchor_23" id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_23" id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a>
-<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i>. Carton
-10598, p.&nbsp;58.</p>
-</div>
-
-<p>Quelles pensées, quels spectacles durent surgir et
-revivre en son cerveau, quand il pénétra dans la
-<span class="pagenum" id="Page_3">[p. 3]</span>
-fameuse prison d’État, symbole, indestructible en apparence,
-d’un pouvoir absolu qui lui était si cher,
-cette Bastille, dont il avait été, par trois fois, le pensionnaire
-malgré lui et d’où il aurait bien pu ne plus
-sortir, la dernière, que pour expier sur un échafaud,
-comme un autre chevalier de Rohan, le crime de
-haute trahison!</p>
-
-<p>Mais, grâce à cette mobilité d’esprit qui ne l’abandonna
-pas, même aux dernières heures de son existence,
-qu’il dut vite se rasséréner, lorsqu’il fut parvenu
-au terme de son ascension! De cette plateforme
-massive semblant menacer Paris, il contemplait
-le panorama mouvant de la Grande Ville, de
-la cité toujours grondante et tumultueuse, mais
-aussi toujours charmante et toujours adorée, témoin
-plus ou moins discret des fêtes somptueuses, des
-duels retentissants, des aventures galantes de Fronsac
-et de Richelieu. Et peut-être croyait-il revoir,
-de l’autre côté des fossés, ces théories de belles
-dames, qui, jadis, au cours d’une de ses captivités,
-et pendant une de ses promenades sur cette même
-terrasse, agitaient leurs mouchoirs de dentelles pour
-se faire reconnaître du prisonnier et lui envoyaient
-«sur l’aile des zéphyrs»—le langage du temps—leurs
-plus tendres baisers.</p>
-
-<p class="sep2">Fronsac (il faut bien désigner Richelieu par le
-nom qu’il porta jusqu’en 1715), Fronsac fut fort mal
-élevé en sa prime jeunesse, ou plutôt ne fut pas
-élevé du tout. Sa mère, née Anne-Marguerite d’Acigné,
-était morte le 19 août 1698, alors qu’il n’avait
-pas encore atteint sa troisième année; et son père,
-une manière de vert-galant, bizarre et désordonné,
-<span class="pagenum" id="Page_4">[p. 4]</span>
-épousait, en troisièmes noces, le 20 mars 1702, Marguerite-Thérèse
-de Rouillé, veuve du marquis de
-Noailles. La nouvelle duchesse de Richelieu ne
-s’occupa guère de son beau-fils, que pour en prévoir
-et même arrêter l’union éventuelle avec l’aînée
-des filles qu’elle avait eues de son premier mariage.</p>
-
-<p>L’instruction de Fronsac fut des plus négligées,
-soit que, volontaire, étourdi et turbulent, il préférât—ce
-qui était tout naturel—le jeu à l’étude,
-soit que le soin de son éducation eût été remis, au
-dire de ses biographes, entre les mains d’un gouverneur
-plus inepte encore qu’insouciant.</p>
-
-<p>Ce fut l’atmosphère des salons de Versailles et de
-Marly, «l’air de la Cour», comme on disait alors,
-qui fit de ce médiocre écolier un parfait gentilhomme.
-L’étoffe, il est vrai, se prêtait singulièrement
-à cette transformation. Petit, mais de taille
-bien proportionnée, d’agréable figure, souriant, gracieux,
-spirituel, adroit cavalier et merveilleux danseur,
-Fronsac fut remarqué dès le premier jour de
-sa présentation. Il n’avait pas encore quinze ans:
-«Il a été trouvé fort joli à la Cour», écrit, le 28 janvier
-1711, la marquise d’Uxelles; et, dans le même
-mois, Dangeau, en consciencieux annaliste, note
-les succès, chaque jour plus marqués, du nouveau
-venu. Fronsac avait dansé à la Cour; et bientôt
-Louis&nbsp;XIV daignait abaisser son majestueux regard
-sur l’adolescent: «Le Roi parla, à sa promenade,
-au petit duc de Fronsac, qui est fort à la mode, ce
-voyage-ci et qui a beaucoup d’esprit<a name="FNanchor_24" id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_24" id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a>
-Marquis <span class="smcap">de Dangeau</span>: <i>Mémoires</i> ou <i>Journal</i> (Paris, 1854 et
-suiv.), t.&nbsp;XIII, pp.&nbsp;316-317.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_5">[p. 5]</span>
-Bien qu’assez mal renseigné sur l’âge exact de ce
-courtisan précoce, Saint-Simon décrit plus longuement,
-mais avec sa précision coutumière, une entrée
-qui serait qualifiée aujourd’hui de sensationnelle.</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Ce petit duc de Fronsac, qui n’avait guère alors
-que seize ans, était la plus jolie créature de corps et
-d’esprit qu’on pût voir. Son père l’avait présenté à la
-Cour, où M<sup>me</sup> de Maintenon, ancienne amie de M. de
-Richelieu, en fit comme son fils<a name="FNanchor_25" id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>; et, par conséquent,
-M<sup>me</sup> la duchesse de Bourgogne, et tout le
-monde lui fit merveille, jusqu’au Roi. Il y sut répondre
-avec tant de grâce et se démêler avec tant
-d’esprit, de finesse, de liberté, de politesse, qu’il
-devint bientôt la coqueluche de la Cour. Sa figure
-enchante les dames<a name="FNanchor_26" id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_25" id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a>
-Duc <span class="smcap">de Saint-Simon</span>: <i>Mémoires</i> (édit. Chéruel, 1873), t.&nbsp;VIII,
-p.&nbsp;301.—<i>Mémoires</i> (édit. de Boislisle continuée par MM. J. Lecestre
-et J. de Boislisle), Hachette 1879 et suiv. t.&nbsp;XX, p.&nbsp;303-305.</p>
-
-<p><a name="Footnote_26" id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a>
-M<sup>me</sup> de Maintenon écrivait, en 1710, au duc de Richelieu:
-«M. le duc de Fronsac réussit très bien à Marly.»</p>
-</div>
-
-<p>Ce n’était pas que, sur un terrain si glissant, partant
-si périlleux pour un novice, il n’eût à vaincre
-de sérieux obstacles. La parcimonie de sa belle-mère
-le réduisait à un train des plus modestes; et si, par
-aventure, il protestait:</p>
-
-<p>—«Allons, allons, lui disait en riant la bonne dame,
-les grâces de votre personne suppléent à l’insuffisance
-dont vous vous plaignez.»</p>
-
-<p>Mais Fronsac avait sa vengeance toute prête; et
-certain jour que les courtisans s’étonnaient de le
-voir mesquinement vêtu, il leur répondit fort sérieusement
-qu’il portait «un habit de belle-mère».</p>
-
-<p>Ce pauvre équipage semblait n’en rehausser que
-<span class="pagenum" id="Page_6">[p. 6]</span>
-mieux le charme séducteur et surtout l’esprit d’à-propos
-de Fronsac, au milieu des plaisirs frivoles
-qui passaient pour les plus graves occupations de
-la Cour. Ce fut ainsi que Brissac, un ami du jeune
-duc, ayant commis l’impardonnable faute, au «retour
-d’un menuet», de ne pas «prendre» la duchesse
-de Bourgogne, sa danseuse, Fronsac lâcha aussitôt
-la sienne, pour réparer l’erreur du coupable. De
-ce jour, l’aimable et parfois trop impulsive princesse
-voulut que son cavalier... occasionnel fût de
-toutes les fêtes de la Cour. Elle lui fit même l’insigne
-honneur de l’appeler sa «jolie poupée».</p>
-
-<p>Cependant d’austères devoirs attendaient ce gentil
-fantoche. Lorsque, ruiné par le jeu, son père avait
-épousé la veuve du marquis de Noailles, les deux
-conjoints avaient signé au contrat de mariage de
-leur belle-fille et fille, âgée de onze ans, avec le duc
-de Fronsac, qui en avait à peine six. Louis&nbsp;XIV
-«y signait» également, «pour lui donner plus de
-force»; et une clause formelle de ce même contrat
-stipulait expressément que, si «l’aînée venait à
-manquer», Fronsac épouserait la seconde<a name="FNanchor_27" id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a>. Il fallait
-absolument sanctionner l’alliance des deux familles,
-d’autant que la protection de M<sup>me</sup> de Maintenon
-était toute acquise aux Noailles.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_27" id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a>
-<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;VIII, p.&nbsp;349.</p>
-</div>
-
-<p>La prévoyance de ces parents, si préoccupés des
-avantages d’une telle faveur, devait se trouver
-bientôt justifiée. La fiancée de Fronsac mourut en
-juillet 1703<a name="FNanchor_28" id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a>; et le fiancé dut épouser, aux termes
-du contrat, la seconde fille de la duchesse, M<sup>lle</sup> de
-<span class="pagenum" id="Page_7">[p. 7]</span>
-Sansac, qui était, comme sa sœur, plus âgée que lui<a name="FNanchor_29" id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>.
-Le mariage fut célébré, en février 1711, à Paris,
-dans la chapelle du Cardinal de Noailles, oncle de
-la jeune fille<a name="FNanchor_30" id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_28" id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, t.&nbsp;IX, p.&nbsp;243.</p>
-
-<p><a name="Footnote_29" id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a>
-Une note des <i>Mémoires de Sourches</i> (édition de Cosnac, t.&nbsp;XIII,
-p.&nbsp;22) porte qu’un courtisan, à la vue de ce couple enfantin qui entrait
-dans le cabinet du roi pour y signer le contrat, «dit qu’il ne
-savait si c’était un mariage ou un baptême».—Et M<sup>me</sup> de Maintenon
-écrivait (<i>Recueil Geffroy</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;270) «qu’elle avait été sur
-le point de prendre le menton à Fronsac». <i>Mém. de Saint-Simon</i>,
-éd. Boislisle, t.&nbsp;XX, p.&nbsp;203.</p>
-
-<p><a name="Footnote_30" id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a>
-<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;XIII, p.&nbsp;317.</p>
-</div>
-
-<p>Ce fut la plus déplorable des unions. Fronsac ne
-pouvait souffrir sa femme, qu’il prétendait d’un
-caractère aussi <i>acariâtre</i><a name="FNanchor_31" id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a> que celui de la duchesse
-de Richelieu, doublement sa belle-mère. Puis une
-passion folle avait envahi ce jeune et bouillant cerveau.
-Déjà choyé et caressé par des grandes dames
-qui n’avaient plus rien à lui refuser, Fronsac avait
-osé lever les yeux sur cette princesse<a name="FNanchor_32" id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a> qui le trouvait
-«un enfant fort aimable» et l’admettait assez
-étourdiment dans son intimité. S’il pouvait chanter,
-comme plus tard le Chérubin de Beaumarchais,
-«J’avais une marraine», il n’avait plus l’ingénuité
-du page. Il ne se blottissait pas au fond d’un fauteuil,
-dans la chambre «bleue» de la duchesse de
-Bourgogne, mais derrière un rideau, d’où son ami
-Brissac dut le tirer par la jambe<a name="FNanchor_33" id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a>, pour le déloger.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_31" id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a>
-Dans une des notes autographes du Maréchal qui accompagnent
-la fin de ses <i>Mémoires authentiques</i>, Richelieu se sert de ce terme
-pour qualifier le caractère de M<sup>lle</sup> de Sansac. Il ajoute qu’elle n’était
-«pas jolie». «Elle est parfaitement laide», écrivait M<sup>me</sup> de Maintenon.</p>
-
-<p><a name="Footnote_32" id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a>
-Cependant, malgré son insolente fatuité, Richelieu se défendit
-toujours d’avoir été l’amant heureux de la duchesse de Bourgogne,
-en dépit même de Louis&nbsp;XV, assez pervers pour provoquer cet aveu.</p>
-
-<p><a name="Footnote_33" id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a>
-«Derrière un écran», dit Rulhière, dans ses jolies et
-croustillantes <i>Anecdotes sur le Maréchal de Richelieu</i>. Cet effronté Fronsac
-lève la tête. Cri général. On recommanda le silence aux femmes de
-chambre qui étaient autour de la toilette de la petite Dauphine.
-Mais on parla.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_8">[p. 8]</span>
-—«On excuse tout, hors la peur que vous nous
-avez faite, dit la petite-fille du roi à Fronsac qui
-vint se mettre à genoux devant elle et lui baiser la
-main.»</p>
-
-<p>Il poussa plus loin la témérité. On le vit embrasser
-un jour la duchesse. On prétendit même qu’il
-avait été surpris en tête-à-tête avec elle, dans une
-attitude qui ne témoignait que trop de son peu de
-respect pour le sang royal; il s’était aussitôt caché
-sous le lit<a name="FNanchor_34" id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a> de la princesse, et, dans sa fuite, avait
-laissé tomber une miniature de la duchesse de Bourgogne.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_34" id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a>
-Le grave Ravaisson dit «dans le lit,» (<i>Archives de la Bastille</i>,
-t. XII, p.&nbsp;77). <i>Les Mémoires historiques et authentiques sur la
-Bastille</i> (de Carra) prétendent que Fronsac, surpris dans le lit de
-la duchesse par Cavoie, qui devait en aviser M<sup>me</sup> de Maintenon, se
-cacha «tout nu» sous le lit: ce fut, disent ces <i>Mémoires</i>, la vraie
-cause de sa détention.</p>
-</div>
-
-<p>Ces racontars eussent été de pures calomnies, que
-Fronsac aurait eu à se défendre contre d’autres imputations,
-assurément moins graves, mais qui ne
-laissaient pas que de provoquer le mécontentement
-du roi et les inquiétudes de son Égérie. Ce jeune seigneur,
-disait-on, n’était pas seulement léger, inconséquent
-et coureur de ruelles; il jouait et perdait
-des sommes considérables. M<sup>me</sup> de Maintenon le
-fit surveiller par Cavoie; et ce gentilhomme lui apprit,
-un jour, que Fronsac venait d’être délesté de
-mille louis. Sans doute sa femme était fort riche;
-mais c’était payer un peu cher l’honneur d’avoir
-épousé un homme qui la dédaignait. Le duc de
-<span class="pagenum" id="Page_9">[p. 9]</span>
-Richelieu, bien qu’il ne prêchât pas d’exemple, était
-exaspéré; et, pour l’apaiser, M<sup>me</sup> de Maintenon
-lui écrivit, après avoir sermonné Fronsac qui avait
-vraisemblablement fait amende honorable: «Je lui
-ai dit que je dirais au roi que j’ai sa parole et que
-s’il ne la tient pas, il achèverait de se noyer.»</p>
-
-<p>Il «se noya». Continua-t-il à jouer à <i>la bassette</i>—ce
-jeu qui avait déjà dévoré tant de fortunes à
-la Cour? Lui fallut-il contracter des emprunts usuraires
-pour éteindre ses dettes? Ou bien, avait-il
-fait, comme le dit assez mystérieusement Dangeau,
-«quelque nouvelle imprudence»<a name="FNanchor_35" id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>? Toujours est-il
-que son père et sa famille, de concert avec M<sup>me</sup> de
-Maintenon, demandèrent une lettre de cachet au
-roi pour envoyer Fronsac à la Bastille et l’y garder
-le plus longtemps possible. Nous avons sous les
-yeux la fiche qui se rapporte à sa détention<a name="FNanchor_36" id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>. Elle
-est ainsi libellée:</p>
-
-<p class="sep2 cent sepb2"><i>Tabul. N<sup>o</sup> 3<br />
-20 mai 1711<br />
-M. le duc de Fronsac<br />
-pour correction.<br />
-Il a été mis trois fois à la Bastille,<br />
-le 4 mars 1716 et le 28 mars 1719.<br />
-Sorti le 19 juin 1712.</i></p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_35" id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a>
-<span class="smcap">Dangeau</span>: Journal, t.&nbsp;XIII, p.&nbsp;394. C’est le 5 avril, dit l’Annaliste,
-que fut demandée la lettre de cachet.—«Livré au monde
-avec tout ce qu’il fallait pour plaire, écrit Saint-Simon, il fit force
-sottises.»</p>
-
-<p><a name="Footnote_36" id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a>
-<span class="smcap">Bibl. Arsenal</span>: <i>Papiers de la Bastille</i>, 10598.</p>
-</div>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_10">
-
-<h2>CHAPITRE II</h2>
-
-<p class="smm"><i>Quatorze mois de Bastille. — Sollicitude du Gouverneur
-Bernaville pour son prisonnier. — Visite de la petite
-duchesse de Fronsac à son époux: les suites d’un mariage
-blanc. — Études et «amusements» du détenu. — Attaque
-de petite vérole: traitement du malade. — Isolement et
-terreurs de Fronsac. — Sa guérison; sa convalescence. — Bulletins
-de Bernaville. — Repentir, en apparence sincère,
-de Fronsac. — Sa mise en liberté.</i></p>
-
-<p>Contrairement à l’indication (c’était peut-être
-une date d’inscription) donnée par la fiche précédente,
-Fronsac était déjà embastillé le 8 mai 1711,
-car, ce jour-là, Bernaville, le gouverneur de la forteresse,
-écrivait au Ministre d’État Pontchartrain<a name="FNanchor_37" id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a>:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Je suis convenu avec M. le Cardinal de Noailles,
-M. le duc de Richelieu et M<sup>me</sup> la Duchesse, que M. le
-duc de Fronsac viendrait dîner avec moi et y resterait
-jusqu’à 5 heures que ses maîtres de langues
-et de mathématiques se rendent chez lui. Il ne m’a
-pas paru possible qu’il passât seul ses journées dans
-sa chambre sans intéresser sa santé. Ils sont persuadés
-que je ne vois personne qui lui donne de
-mauvais exemples; et j’ose me flatter que vous
-avez assez bonne opinion de moi pour croire qu’il
-ne se passe rien en ma présence et celle de M. de
-Launay, soit dans ma chambre ou à nos promenades
-dans la cour et sur le bastion, qui soit contre les
-bonnes mœurs.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_11">[p. 11]</span>
-«M<sup>me</sup> la Marquise du Chastelet<a name="FNanchor_38" id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a> qui nous a fait
-l’honneur de dîner avec nous, vous peut dire comme
-nous vivons ensemble. Elle y est assez intéressée
-par son fils pour y avoir pris garde. Il est vrai aussi
-que ces éducations-là me contraignent beaucoup.
-Je m’en fais un devoir à l’égard de M. de Fronsac,
-que j’ai reçu par vos ordres et à l’égard de M. le Chevalier
-du Chastelet<a name="FNanchor_39" id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>, que j’aime et dont j’honore
-infiniment le père et la mère.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_37" id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a>
-<span class="smcap">Ravaisson</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, t.&nbsp;XII, p.&nbsp;77 (d’après les
-manuscrits de la Bibliothèque Nationale).</p>
-
-<p><a name="Footnote_38" id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a>
-C’était la femme du gouverneur de Vincennes.</p>
-
-<p><a name="Footnote_39" id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a>
-Il épousa, en 1714, Catherine de Richelieu, la sœur de Fronsac.</p>
-</div>
-
-<p>Louis&nbsp;XIV avait ordonné, en effet, qu’on envoyât,
-comme précepteur, au prisonnier, l’abbé de Saint-Rémy.
-Chargé de l’ingrate besogne de recommencer
-sur de nouveaux frais une éducation restée incomplète,
-cet ecclésiastique avait consenti (ainsi le
-voulait la règle) à se laisser enfermer avec son élève.
-Il lui fit d’abord traduire Virgile.</p>
-
-<p>Bernaville est très content du maître, «un fort
-honnête homme, fort sage et fort capable, qui se
-gouverne fort bien avec» le duc de Fronsac. Il n’est
-pas moins enchanté de l’élève: «Je n’ai à mon égard,
-écrit-il, que des louanges à dire de sa conduite avec
-moi et les officiers: il n’y a personne plus civil et
-plus poli que lui; il va au devant de tout ce qui peut
-nous faire plaisir; nous ne lui avons rien entendu
-dire contre les bonnes mœurs<a name="FNanchor_40" id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_40" id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a>
-<span class="smcap">Ravaisson</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, t.&nbsp;XII. «Tous ces rapports
-étaient lus du Roi», écrit en apostille Pontchartrain.</p>
-</div>
-
-<p>Assurément, l’effréné viveur qu’était déjà Fronsac
-rongeait son frein: il fallait bien se soumettre; mais
-il s’ennuyait mortellement. Aussi, malgré les distractions
-de toute nature que s’efforçait de lui
-<span class="pagenum" id="Page_12">[p. 12]</span>
-offrir le personnel de la Bastille, le prisonnier en
-cherchait-il de moins monotones et surtout de plus
-originales. Il se souvint alors qu’il avait une femme.
-Et malgré que tous les mémorialistes aient affirmé
-que la jeune duchesse de Fronsac avait en quelque
-sorte forcé les portes du cachot de son époux, ce fut,
-au contraire, celui-ci qui sollicita à plusieurs reprises
-la visite de sa femme.</p>
-
-<p>Bernaville le déclare formellement.</p>
-
-<p>Dans l’agréable roman qu’il a brodé sur le canevas
-des <i>Mémoires de Richelieu</i>, M. de Lescure a
-complaisamment décrit les fêtes fastueuses du premier
-mariage de Fronsac, sans oublier aucun détail
-sur la nuit de noces qui servit de clôture à cette
-magnifique cérémonie. Les mariés restèrent couchés
-un quart d’heure dans leur lit, les lampes à peine
-baissées, pendant que les invités circulaient bruyamment
-autour d’eux, aux sons joyeux des violons et
-des flûtes qui faisaient rage.</p>
-
-<p>Et ce fut tout.</p>
-
-<p>Fronsac avait, aussitôt, oublié M<sup>lle</sup> de <ins id="cor_4" title="Sanzac">Sansac</ins>.
-La jeune vierge en fut dépitée et désolée. La belle
-famille protesta. Et ses plaintes, assurent certains
-biographes, ne furent pas étrangères à la détention
-de ce mari indifférent<a name="FNanchor_41" id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_41" id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a>
-«La famille voulait que la duchesse de Fronsac fût grosse»,
-dit Richelieu dans les notes autographes qui terminent les
-<i>Mémoires authentiques</i>, et dont l’une se rapporte à sa première
-détention.</p>
-</div>
-
-<p>Nous croyons peu à cette version. Quoi qu’il en
-soit, la petite duchesse, avisée du désir de son époux,
-ne le fit pas languir. Au dire de l’anecdotier de la
-Vie privée, elle accourut, se présenta au prisonnier,
-<span class="pagenum" id="Page_13">[p. 13]</span>
-avec tous les artifices de la coquetterie la plus raffinée
-et sous le plus galant des costumes, multiplia
-les sourires mouillés de larmes, les baisers, les caresses,
-les témoignages les moins équivoques d’une
-passion qui ne demandait qu’à être payée de retour.
-Mais ce fut encore en pure perte. Fronsac se montra
-charmant, gracieux, empressé, ainsi qu’il l’était
-avec toutes les femmes; il reçut la sienne comme
-«l’envoyée du plus grand roi du monde»; et même,
-sevré qu’il était de ses plaisirs coutumiers, il ressentit,
-à la voir et à l’entendre, un certain trouble,
-mais bientôt il se ressaisit; et la petite duchesse
-partit comme elle était venue. Au reste, l’honnête
-Bernaville ne souffle mot de l’entrevue: il se contente
-de signaler au ministre les effusions de gratitude
-que lui prodigua Fronsac, pour le zèle obligeant
-qu’avait apporté le Gouverneur à lui donner
-satisfaction.</p>
-
-<p>Cependant, le pensionnaire de Bernaville recevait
-nombre de visites, entr’autres celles des princes
-de Conti et d’Espinoy, «la conversation roulant sur
-les occupations et amusements (!!!) de Fronsac»<a name="FNanchor_42" id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a>.
-C’étaient encore M. et M<sup>me</sup> de Cavoie qui venaient
-le «préparer, par de sages instructions, à recevoir
-la première visite de M. le duc de Richelieu... Elle
-s’est passée avec beaucoup de tendresse de part et
-d’autre.» En comédien consommé, Fronsac dit à
-son père «qu’il reconnaissait toutes ses fautes, qu’il
-n’oublierait jamais la grâce que le roi lui avait faite
-de l’envoyer ici pour en faire pénitence et les
-<span class="pagenum" id="Page_14">[p. 14]</span>
-réparer, qu’il était trop heureux d’y être, qu’il ne négligerait
-rien de tout ce qui pouvait dépendre de
-lui pour les réparer, et pour se rendre digne des
-bontés de Sa Majesté. Il lui a encore dit ce qu’il
-nous dit tous les jours, qu’il n’a nulle impatience
-d’en sortir et <i>qu’il regarderait comme un grand malheur
-une prompte liberté</i><a name="FNanchor_43" id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_42" id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a>
-<span class="smcap">Ravaisson</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, t.&nbsp;XII, (lettre du 1<sup>er</sup> juillet.)—Voltaire
-venait aussi, disait-il, «lui rendre ses devoirs».</p>
-
-<p><a name="Footnote_43" id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a>
-<span class="smcap">Ravaisson</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, t.&nbsp;XII, (lettre du 8 juillet).</p>
-</div>
-
-<p>Soudain, un coup de théâtre.</p>
-
-<p>Le 27 septembre, Fronsac tombe malade: il a
-une fièvre intense. La Carlière, le médecin en titre
-de la prison d’État, vient le saigner le lendemain.
-La petite duchesse, qui n’avait pas abjuré toute
-tendresse pour l’ingrat, amène avec elle Barère,
-chirurgien des mousquetaires, que le duc, accouru
-au chevet de son fils, voudrait également substituer
-à La Carlière. Toutefois il s’entend avec le médecin
-officiel; et Fronsac est saigné au pied.</p>
-
-<p>Le prisonnier, qui se sent plus malade, s’inquiète
-et demande un confesseur. On lui envoie un prêtre
-de Saint-Paul, M. Dolé, en qui le Cardinal de Noailles
-a pleine confiance. Cependant, Barère, qui est revenu,
-croit que cette fièvre persistante n’aura pas
-de suite. Or, le 30 septembre, la petite vérole se
-déclare. Et cette famille, jadis si empressée autour
-du malade, tous, jusqu’à l’amoureuse M<sup>me</sup> de Fronsac,
-se défilent avec rapidité. Seuls restent dans la
-chambre du délaissé l’abbé de Saint-Rémy<a name="FNanchor_44" id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a> et un
-valet de chambre.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_44" id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a>
-Richelieu en fut toujours reconnaissant à Saint-Rémy; et bien
-que Voltaire appelât cet abbé «un bœuf», Richelieu fit de son ancien
-précepteur son premier secrétaire à l’ambassade de Vienne.</p>
-</div>
-
-<p>Au surplus, Bernaville, qui a le sentiment de sa
-<span class="pagenum" id="Page_15">[p. 15]</span>
-responsabilité, a mis Fronsac en quarantaine. Il
-doit préserver son personnel d’un mal contagieux.
-Il ne s’en inquiète guère pour lui-même: sa figure
-est toute couturée de petite vérole.</p>
-
-<p>Cependant La Carlière, qui, en raison des visites
-de son confrère, s’était d’abord défendu de continuer
-les siennes, a consenti à suivre la marche de la
-maladie. Le 3 octobre, il se déclare satisfait de l’état
-général. Mais Fronsac est loin d’être rassuré. Il
-communie le matin et demande même l’Extrême-Onction.
-Toutefois, le 6, (le huitième jour de la maladie)
-le mieux s’accentue: La Carlière et Barère,
-enfin d’accord, sont satisfaits de l’évolution normale
-de la petite vérole. Et pourtant le vaillant Bernaville
-a suivi l’exemple de la famille, il ne voit plus
-son pensionnaire: c’est aussi qu’il «reçoit ici beaucoup
-de monde». Fronsac, pour qui jadis la dévotion
-était le dernier des soucis, en réclame toutes les pratiques:
-il demande la permission d’envoyer un
-valet de chambre à la châsse de Sainte-Geneviève,
-pour y faire «toucher un mouchoir et lui apporter
-des pains».</p>
-
-<p>Enfin, le 17 octobre, Bernaville, rentré dans la
-chambre de Fronsac, envoie à Pontchartrain ce
-triomphant billet:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Je m’assure que M. le duc de Fronsac est parfaitement
-guéri et qu’il n’est <i>point marqué</i>. Il se
-leva hier; et on ouvrit les fenêtres après avoir brûlé
-dans sa chambre de la poudre à canon et toutes sortes
-de choses. Il mange tous les jours des bouillons et
-plusieurs potages avec deux ailes d’un gros poulet
-et le corps, ce qui ne lui suffit pas à ce qu’il dit, et,
-je le crois bien, car il a bon appétit.»</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_16">[p. 16]</span>
-Le Maréchal de Richelieu devait être un jour
-un gastronome aussi émérite qu’il était un amoureux
-hors pair.</p>
-
-<p>Fronsac fit sa convalescence à la Bastille. Le Roi
-ne désarmait pas encore. Le 24 octobre, le père se
-décidait à rendre visite au fils: «Il m’a dit, écrit le
-Gouverneur, qu’il était content de l’état de sa santé
-et de la situation de son esprit.» La Carlière avait
-donné au malade son <i lang="la" xml:lang="la">exeat</i> (si l’on peut ainsi s’exprimer)
-et dicté à Barère le traitement qu’exigeait
-la convalescence. Quant au confesseur, M. Dolé,
-il continuait ses visites sur la demande expresse
-de son pénitent. Celui-ci voulait aller, le plus tôt
-possible, à la messe; mais Bernaville, qui connaissait
-le paroissien, tardait à le satisfaire, «car, disait-il,
-il n’aura pas sorti de sa chambre qu’on ne
-pourra plus l’y faire rentrer». Néanmoins, le 1<sup>er</sup> novembre,
-il lui permit d’entendre la messe. Le prompt
-rétablissement de Fronsac incitait ce bienveillant
-geôlier aux plus consolants pronostics: «La petite
-vérole, disait-il, ne lui a fait que du bien: elle l’a
-fait croître considérablement et il ne sera pas marqué:
-il y a lieu d’espérer qu’il y aura du changement
-en tout.»</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Il se promena hier pour la première fois dans
-le jardin que nous avons sur le bastion de la Bastille,
-où il est encore aujourd’hui. Il a prié M. le duc de
-Richelieu de me demander la permission de se promener
-dans le jardin de l’Arsenal. J’ai répondu que
-cette liberté était contre nos usages et que je ne
-croyais pas que le Roi voulût l’ôter au public et
-nous la donner pour promener nos prisonniers, et
-même qu’il conviendrait moins à M. le duc de Fronsac
-<span class="pagenum" id="Page_17">[p. 17]</span>
-qu’à plusieurs autres, puisque la principale raison
-qu’on a eue en l’envoyant a été de le séparer de
-ses amis particuliers, ce qu’on ne pourrait pas faire
-dans un jardin public qui est le rendez-vous de tout
-Paris<a name="FNanchor_45" id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_45" id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a>
-<span class="smcap">Ravaisson</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, (lettre du 5 novembre).</p>
-</div>
-
-<p>Pontchartrain, naturellement grincheux, tance
-vertement Bernaville d’avoir laissé la conversation
-dévier sur ce terrain; et Fronsac qui prend connaissance
-de la semonce ministérielle, exprime tous ses
-regrets au pauvre gouverneur de lui avoir attiré
-cette mercuriale. D’ailleurs, il retourne maintenant
-chez Bernaville, où la jeune duchesse, ainsi que
-M. et M<sup>me</sup> de Richelieu, viennent de nouveau lui
-rendre visite. Et le digne fonctionnaire constate,
-une fois de plus, que «les marques de la petite vérole,
-quoique nombreuses, ne le défigurent point<a name="FNanchor_46" id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_46" id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, (lettre du 17 novembre).</p>
-</div>
-
-<p>A quoi tiennent pourtant les destinées d’un empire...
-dans le monde galant! Supposez Fronsac
-«picoté»—c’était le terme—de petite vérole,
-comme l’était Bernaville. Richelieu, séducteur professionnel
-du <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, n’existait pas.</p>
-
-<p>Il resta sept mois encore à la Bastille. Enfin,
-quand Louis&nbsp;XIV eût jugé l’expiation suffisante,
-le prisonnier adressa, le 16 juin 1712, ce placet à
-Pontchartrain: «Mon père, qui est ici, a la bonté
-de vouloir bien consentir à mon élargissement,
-et m’ordonne de vous supplier de vouloir bien le
-demander au roi. Je tâcherai de mériter toutes les
-grâces qu’il m’a bien voulu faire et de montrer
-qu’une telle retraite m’a bien changé par les solides
-<span class="pagenum" id="Page_18">[p. 18]</span>
-réflexions que j’ai faites. Permettez-moi de vous
-remercier de toutes les obligations, etc.»</p>
-
-<p>Le père avait écrit, en apostille, qu’il était «convaincu
-des bonnes dispositions de son fils».—Ah!
-le bon billet!...</p>
-
-<p>Trois jours après, Fronsac sortait de la Bastille.
-Dangeau, qui assigne la même date à la mise en
-liberté du coupable repentant, ajoute: «Richelieu,
-son père, a fait payer toutes ses petites dettes et
-pris du temps pour les plus considérables<a name="FNanchor_47" id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>.»</p>
-
-<p>Était-ce donc la véritable cause d’une détention
-qui dura quatorze mois? Nous en doutons; et nous
-constaterons simplement, pour mémoire, que la
-duchesse de Bourgogne était morte le 12 février
-précédent.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_47" id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a>
-<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;XIV, p.&nbsp;177.</p>
-</div>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_19">
-
-<h2>CHAPITRE III</h2>
-
-<p class="smm"><i>Fronsac, en Flandre, sous le commandement de Villars. — Le
-siège de Marchiennes. — Fronsac est blessé à Fribourg. — Comment
-il est accueilli, à Marly, par le roi. — Il
-revoit la duchesse aux yeux bleus qui avait reçu ses adieux
-avant son départ pour l’armée. — L’amitié succède à
-l’amour. — Le roman de M<sup>me</sup> Michelin: perfidie et
-cruautés de Fronsac. — Mort du duc de Richelieu: un
-beau geste de son héritier. — Les dernières heures de
-M<sup>me</sup> Michelin.</i></p>
-
-<p>De nos jours (quoique le fait soit devenu assez
-rare) un père de famille, mécontent de la conduite
-d’un fils trop étourdi ou trop indépendant, finit
-par le décider, de gré ou de force, à devancer l’appel
-réglementaire et à contracter un engagement dans
-l’armée—excellente école pour les têtes un peu
-chaudes.</p>
-
-<p>Jadis, ces exemples étaient plus fréquents; et,
-sous l’ancien régime, ils se généralisaient. D’abord,
-pour un gentilhomme, l’armée était la véritable
-carrière; en eût-il décliné l’obligation, que son père
-l’eût rappelé à l’observation de son devoir, surtout
-quand le réfractaire n’avait pas encore atteint sa
-majorité; et l’on sait qu’à cette époque un Français
-n’était majeur qu’à sa vingt-cinquième année.</p>
-
-<p>Mais cette jeune noblesse volait plus qu’elle ne
-marchait à l’appel de ses chefs.</p>
-
-<p>Aussi Fronsac, qui était ardent et courageux,
-répondit-il, comme il convenait, à l’ordre que lui
-donna son père, ordre vraisemblablement suggéré
-<span class="pagenum" id="Page_20">[p. 20]</span>
-par Louis&nbsp;XIV, d’aller «servir en Flandre, dans les
-mousquetaires», et sous les ordres du Maréchal de
-Villars. Ce fut en août qu’il partit et Dangeau trace,
-d’un trait, le piquant croquis des adieux du jeune
-volontaire à la Cour: «Il a pris congé du roi qui lui
-a fort recommandé d’être plus sage et lui a d’ailleurs
-parlé avec beaucoup de bonté et de considération
-pour le duc, son père<a name="FNanchor_48" id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_48" id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a>
-<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;XIV, p.&nbsp;197.</p>
-</div>
-
-<p>Il ne semble pas qu’avant son départ, Fronsac,
-qui fut, «comme César, le mari de toutes les femmes,
-excepté de la sienne», ait honoré celle-ci de la
-moindre attention. Par contre, s’il faut en croire
-l’auteur de la <i>Vie privée</i>, il allait retrouver et consoler
-à l’auberge du <i>Chasseur</i>, aux portes de Paris,
-cette belle duchesse aux yeux bleus qu’il avait
-connue avant son mariage et qui, prête à se rendre,
-lui murmurait si tendrement: «Ah! Fronsac, que
-vous êtes dangereux!» Ils se rappelèrent une dernière
-fois les heures délicieuses de leur amour, alors
-que l’époux était envoyé en mission dans le Languedoc;
-les amusements de la vie de château, près
-de Mantes, et les brimades qu’avait dû subir Fronsac,
-du fait des jeunes et jolies femmes reçues par
-la duchesse et furieuses des indiscrétions ou des infidélités
-de ce roué trop séduisant; les fuites éperdues
-de l’amant pour ne point compromettre sa maîtresse,
-et la récompense exquise qu’il en obtenait.</p>
-
-<p>Mais il fallut partir.</p>
-
-<p>Il fit bravement son devoir. Le Maréchal de Villars,
-qui l’avait pris pour aide de camp, rend pleine
-justice, dans ses <i>Mémoires</i>, à la vaillance de ce soldat
-<span class="pagenum" id="Page_21">[p. 21]</span>
-de seize ans<a name="FNanchor_49" id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a>. Il en allait de même pour ses
-compagnons d’armes. Mais, chez cette brillante
-jeunesse, la galanterie était inséparable de la bravoure.
-On assiégeait Marchiennes, où se trouvaient
-réunis le dépôt de munitions et... la maîtresse du
-Prince Eugène. Notre illustre ennemi commençait
-à être aussi malheureux à la guerre qu’il l’était depuis
-longtemps en amour.</p>
-
-<p>«Ma foi, messieurs, dit le maréchal, je vous
-abandonne cette dame, si vous emportez la place.</p>
-
-<p>—D’accord, répondit le chœur des officiers; le
-premier qui s’emparera de la belle sera réputé le
-plus brave.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_49" id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a>
-<i>Mémoires du Maréchal de Villars</i> (Édition du Marquis de Vogüé),
-6 vol., t.&nbsp;III, p.&nbsp;197.</p>
-</div>
-
-<p>On allait donner l’assaut, quand Marchiennes
-capitula. La maîtresse du Prince Eugène n’était
-plus de bonne prise.</p>
-
-<p>La discorde régnait parfois entre ces jeunes seigneurs,
-dont certains étaient de sang royal: tel
-le prince de Conti qui avait le caractère difficile et
-la main lourde. Il ne la fit que trop sentir à Fronsac
-et au prince d’Espinoy, alors qu’ils jouaient ensemble.
-Ils étaient cependant les meilleurs amis du
-monde, au temps où Fronsac était enfermé à la
-Bastille. Ce fut une brouille assez sérieuse; mais
-Dangeau, l’historiographe, hausse les épaules:
-«On regarde cela, dit-il, comme jeux d’enfant<a name="FNanchor_50" id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_50" id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a>
-<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;XIV, p.&nbsp;463 (15 août 1713).</p>
-</div>
-
-<p>Fronsac ne quitta pas Villars de la campagne.
-Il fut blessé à Fribourg d’un coup de pierre dont il
-garda la marque, assurent ses biographes, jusqu’à
-<span class="pagenum" id="Page_22">[p. 22]</span>
-la fin de ses jours. Après la reddition de la ville,
-chargé par le Maréchal d’en apporter la nouvelle
-au roi, il fut encore, ce jour-là, le héros de Marly.
-Habile metteur en scène, il sut se faire valoir, exhiba
-sa blessure, raconta toutes les péripéties de la campagne
-avec une verve incomparable. Louis&nbsp;XIV
-le complimenta, il lui laissa entendre que le sang
-de sa blessure avait lavé la honte de sa lettre de cachet;
-puis «il le logea et le retint; l’armée devant se
-séparer, il lui donna 4000 écus pour son voyage<a name="FNanchor_51" id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>».
-(1712-1713).</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_51" id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a>
-<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;XV, p.&nbsp;30 (novembre 1713).</p>
-</div>
-
-<p>Grâce à sa belle conduite devant l’ennemi, Fronsac
-avait reconquis le droit de reparaître, le front haut,
-à Paris et à Versailles. Il en profita pour revenir à
-ses errements d’autrefois, mais avec plus de réserve,
-voulant ainsi justifier la confiance qu’avait maintenant
-le roi dans son avenir. Ainsi, en octobre 1714,
-il avait parié contre le duc d’Aumont une forte
-somme pour une course de chevaux. On lui conseilla
-de «rompre»; il ne se fit pas répéter deux fois l’invitation<a name="FNanchor_52" id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_52" id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, (19 octobre 1714).</p>
-</div>
-
-<p>Toujours aussi amoureux et aussi entreprenant
-que par le passé, Fronsac ne se risqua plus cependant
-dans les alcôves royales; il est vrai qu’elles
-étaient alors si dépeuplées. Il se rabattit, par curiosité,
-sur de simples bourgeoises; et ce fut le commencement
-de son aventure avec M<sup>me</sup> Michelin,
-dont le dénouement tragique lui arracha des larmes:
-il le prétendit du moins. Toutefois ce qui est peut-être
-encore plus lamentable, dans cette triste et
-<span class="pagenum" id="Page_23">[p. 23]</span>
-touchante histoire, c’est le rôle qu’y joua, dès le
-début, la duchesse aux yeux bleus qui avait offert
-à Fronsac une si tendre hospitalité dans son château,
-près de Mantes. Les deux amants s’étaient écrit
-pendant la campagne de Flandre; mais la duchesse
-avait longuement réfléchi au cours de ces deux
-années; quelques fils blancs argentaient ses tempes:
-elle eut le bon esprit d’offrir à Fronsac, qui accepta,
-la sûreté d’une amitié à toute épreuve. Mais la
-véritable affection, pure et sincère, consiste-t-elle
-à méconnaître, au profit d’un des intéressés, le sentiment
-du devoir et les lois de la morale? Et la
-grande dame, qui voulut bien collaborer à la cruelle
-comédie (à vrai dire elle le regrettera plus tard)
-où Fronsac fit sombrer la vertu de la pauvre petite
-M<sup>me</sup> Michelin, n’était-elle pas aussi coupable que
-l’auteur de cette machination si perfidement ourdie?</p>
-
-<p>Le roman et le théâtre se sont emparés d’une intrigue
-trop connue pour que nous en rappelions tous
-les détails. Quelques lignes suffiront à la résumer<a name="FNanchor_53" id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_53" id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a>
-Le t.&nbsp;III de la <i>Vie privée</i> consacre près de 150 pages à ce récit,
-qui prend ainsi les proportions d’un livre. Faur intitule le volume
-<i>Relation écrite par le duc de Richelieu en Languedoc pour la Marquise
-de M***</i> (Monconseil) <i>de ses premières aventures</i>...</p>
-</div>
-
-<p>Fronsac avait remarqué la femme d’un miroitier
-de la rue Saint-Antoine, nommé Michelin. Il l’avait
-suivie, abordée, et tenté, sans faire connaître sa
-personnalité, le siège d’une vertu devant laquelle
-avaient échoué son astuce, son adresse et ses protestations
-de tendresse éternelle. Cette blonde délicieuse,
-âgée de 18 ans, était dévote et sage, autant
-qu’elle était jolie. Fronsac, qui se lassait de lui présenter,
-chaque jour, de l’eau bénite, à l’église Saint-Paul,
-<span class="pagenum" id="Page_24">[p. 24]</span>
-n’en était pas, disait-il, autrement amoureux;
-mais cette résistance d’une petite bourgeoise piquait
-au vif sa vanité.</p>
-
-<p>Avec l’argent que lui avait prêté la duchesse, il
-avait loué, dans le quartier, un appartement pour
-y recevoir la jeune femme, pendant que la grande
-dame éloignait le mari, en l’envoyant à son château
-de Mantes y commencer toute une série de travaux.
-Elle prétendit l’avoir fait innocemment; mais, par
-la suite, après avoir sermonné, pour la forme, son
-ancien amant, elle servit, en pleine connaissance de
-cause, le caprice de Fronsac et se prit même d’amitié
-pour la victime. En effet, M<sup>me</sup> Michelin avait succombé
-aux assauts répétés du galant, qui avait
-fini par se nommer, et que, chaque jour, elle adorait
-davantage. Dans l’intervalle était revenu le
-mari. Le petit duc lui avait rendu visite et réservé
-sa clientèle. Le bonhomme ne se doutait de rien, se
-confondait en révérences devant le grand seigneur
-et s’estimait fort honoré qu’il daignât s’asseoir quelquefois
-à la table familiale. Lui, Fronsac, ne se contentait
-plus de recevoir sa maîtresse dans l’appartement
-de la rue Saint-Antoine: c’était chez elle qu’il
-continuait ses amoureux ébats; bien mieux, dans
-la même maison et le même soir, il allait courtiser
-une amie de M<sup>me</sup> Michelin, une brune fringante,
-très fière de cet hommage rendu à sa beauté par
-l’irrésistible Fronsac. M<sup>me</sup> Michelin apprit cette
-trahison; elle pleura en silence, et son infidèle amant
-eut l’inconscience de lui imposer le partage de ses
-nuits avec son indigne rivale.</p>
-
-<p>Puis il disparut.</p>
-
-<p>Le duc de Richelieu venait de mourir (1715);
-<span class="pagenum" id="Page_25">[p. 25]</span>
-et la succession du défunt ne laissait pas que d’être
-embarrassée. Le père et le grand-père de Fronsac
-avaient singulièrement amoindri par leurs dépenses
-exagérées l’énorme fortune du Cardinal; la substitution—héroïque
-remède—en avait sauvegardé
-le reste. «Ce fut mon unique héritage», dit le nouveau
-duc de Richelieu à qui nous donnerons désormais
-le nom sous lequel il est connu dans l’Histoire.
-Et son geste, à ce moment, ne manqua pas de grandeur.
-Le feu duc de Richelieu avait payé les dettes
-de son fils. Le fils paya les dettes de son père, trois
-millions, paraît-il. Et fut-ce l’importance ou la noblesse
-du sacrifice auquel il n’était pas obligé,
-qui émut le roi? Mais Louis&nbsp;XIV, comme s’il eût
-conscience de sa mort prochaine et qu’il voulût
-faire oublier à Richelieu ses récentes disgrâces, lui
-multiplia ses faveurs. Le 14 mars, il lui accordait
-l’appartement du vieux duc à Versailles<a name="FNanchor_54" id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>; et, dans
-les premiers jours de septembre, il lui donnait son
-agrément pour l’achat du Régiment du Roi à Nangis<a name="FNanchor_55" id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a>,
-qui, lui aussi, avait fait battre le cœur de la
-duchesse de Bourgogne.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_54" id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a>
-<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;XV, p.&nbsp;418.</p>
-
-<p><a name="Footnote_55" id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, t.&nbsp;XVI, p.&nbsp;196.—Louis&nbsp;XIV étant mort quelques jours
-après, ce fut le duc d’Orléans, Régent, qui signa pour le nouveau
-roi.</p>
-</div>
-
-<p>Les tracas de son héritage, le soin de son crédit,
-la mobilité naturelle de son esprit, n’avaient guère
-laissé le temps à Richelieu de penser à M<sup>me</sup> Michelin.
-Il revint cependant, de loin en loin, lui apporter
-la consolation de sa chère présence. Mais
-comme il la trouvait changée! Elle n’était plus
-que l’ombre d’elle-même. La douleur, la jalousie,
-<span class="pagenum" id="Page_26">[p. 26]</span>
-le remords la minaient lentement. Richelieu avait
-cessé depuis quelque temps ses visites, quand il
-voit un jour M. Michelin en grand deuil. Il le fait
-monter dans sa voiture; et le brave homme tombe
-dans ses bras en sanglotant. L’avant-veille, il avait
-conduit sa femme au cimetière. Il ne pouvait s’expliquer
-le mal qui l’avait enlevée. Elle était devenue
-mélancolique. Elle s’affaiblissait de jour en jour et
-ne se nourrissait plus: il lui fut bientôt impossible
-de se lever; elle avait enfin succombé à cet état de
-langueur.</p>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_27">
-
-<h2>CHAPITRE IV</h2>
-
-<p class="smm"><i>Richelieu sous la Régence. — Mort de sa femme qui le laisse
-tout consolé. — Premier conflit de Richelieu avec le duc
-d’Orléans: duel manqué. — Duel autrement sérieux avec
-Gacé. — Les deux adversaires à la Bastille: cinq mois de
-détention. — Amours princières de Richelieu: les escapades
-d’une arrière-petite-fille du Grand Condé. — Colère du duc de
-Bourbon. — Richelieu chansonné.</i></p>
-
-<p>La mort de Louis&nbsp;XIV affranchit en quelque
-sorte Richelieu de la contrainte qu’il s’était imposée
-depuis plus de trois ans. La régence de ce duc d’Orléans,
-qui était un si bon prince, lui ouvrait la riante
-perspective d’une liberté sans limites. Puis, un an
-après, le 11 novembre 1716—un bonheur n’arrive
-jamais seul—la nouvelle duchesse de Richelieu
-partait pour un monde meilleur. Le duc avait continué
-d’ailleurs à l’ignorer; mais, elle avait si bien
-pris son parti de cette indifférence, qu’elle s’en
-était consolée avec l’écuyer de son mari. Des lettres
-anonymes prévinrent charitablement Richelieu de
-l’incident. Il en fut tout d’abord mortifié. Être
-sganarellisé par qui? Par l’homme qui surveillait
-son écurie et ses chevaux! Pouah! Puis il trouva
-plus sage d’en rire: «Je m’étonnais aussi, murmura-t-il,
-que la femme d’un Richelieu pût lui rester
-fidèle!» Au reste, il n’en douta plus, le jour, où,
-sans prévenir qui que ce fût, il pénétrait à pas de loup
-dans la chambre à coucher de la duchesse. La jeune
-femme et l’écuyer étaient assis sur une chaise longue
-dans une attitude qui autorisait les pires suppositions.
-<span class="pagenum" id="Page_28">[p. 28]</span>
-Or, Richelieu n’avait été, ni vu, ni entendu.
-Il se rejeta vivement en arrière; et, pour laisser
-au couple le temps de se remettre, il cria très fort
-de l’antichambre:</p>
-
-<p>—«Il n’y a donc pas un valet ici pour m’annoncer.»</p>
-
-<p>Puis il entra posément, et plus posément encore:</p>
-
-<p>—«Je vous conseille, ma chère, de chasser tous
-vos gens; car, en vérité, ils font bien mal leur service.»</p>
-
-<p>Enfin, avant de quitter la place, se tournant vers
-l’écuyer:</p>
-
-<p>—«Madame la duchesse aime la solitude. Vous
-m’obligerez, tant que cela ne la gênera pas, en la
-partageant avec elle.»</p>
-
-<p>L’anecdote est-elle vraie<a name="FNanchor_56" id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>? Et n’a-t-elle pas été
-attribuée déjà à d’autres grands seigneurs? En
-tout cas, elle est bien <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle. Et si nous l’avons
-rapportée, c’est qu’elle nous semble avoir inspiré
-nombre de nouvelles, de contes et même de
-comédies qui ont fait fortune.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_56" id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a>
-Cependant, Richelieu se plaisait à la conter, sur ses vieux
-jours, avec des variantes, comme nous l’apprend le duc de Lévis
-dans ses <i>Souvenirs et Portraits</i> (1815, pp.&nbsp;21 et suiv.). «Songez, Madame,
-lui dit-il plus tard, à votre embarras, si tout autre que moi
-fût entré chez vous.»</p>
-</div>
-
-<p>Peut-être admettra-t-on difficilement cette mansuétude
-toute philosophique chez un homme, qui,
-pour se piquer de n’avoir point de préjugés, n’en
-était pas moins susceptible à l’excès, très fier et
-intraitable sur le chapitre de ses prérogatives. Aussi,
-sans être friand de la lame, dégaînait-il volontiers,
-s’il se jugeait tant soit peu offensé.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_29">[p. 29]</span>
-En décembre 1715, à Chantilly, chez le duc de
-Bourbon qui l’invite à ses tirés, il se prend de querelle
-avec le chevalier de Bavière et tous deux décident
-d’aller vider leur différend au bois de Boulogne.
-Or le Régent y donnait précisément une chasse en
-l’honneur des dames de la Cour. Aussitôt, il fait
-arrêter les deux duellistes par des officiers de garde
-qui les mettent en lieu sûr, puis, les conduisent,
-sur son ordre, au Palais Royal. Là, le duc d’Orléans
-les réprimande et leur déclare que si, d’ici dix ans,
-ils ont ensemble le moindre démêlé, il regardera
-cette nouvelle affaire comme une suite de celle-ci.
-Il leur demande leur parole et les congédie sur cette
-menace mi-sérieuse et mi-plaisante:</p>
-
-<p>—«Ne m’y <i>manquez</i> pas; car si vous me <i>manquiez</i>,
-je ne vous <i>manquerais</i> pas<a name="FNanchor_57" id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_57" id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a>
-<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;XVI, pp.&nbsp;252-253.—<span class="smcap">Duclos</span>: <i>Mémoires</i>,
-1864, t.&nbsp;I, p.&nbsp;216.</p>
-</div>
-
-<p>A deux mois de là, le duc d’Orléans ne <i>manquait</i>
-pas le duc de Richelieu pour un autre duel, qui ne
-fut pas <i>manqué</i> celui-là et qui faillit entraîner les
-conséquences les plus graves.</p>
-
-<p>Des propos ignominieux avaient couru sur le
-compte de M<sup>me</sup> de Gacé, qui aurait joué, disait-on,
-un rôle des plus actifs dans des fêtes nocturnes rappelant
-les orgies d’Héliogabale. Ces infamies, faussement
-attribuées à Richelieu<a name="FNanchor_58" id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a>, étaient parvenues jusqu’aux
-oreilles du mari, qui, pour se venger, était
-allé, à moitié ivre, fredonner sous le nez du prétendu
-<span class="pagenum" id="Page_30">[p. 30]</span>
-calomniateur, au bal de l’Opéra<a name="FNanchor_59" id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>, un couplet satirique
-lancé contre lui par le poète Roy. Le duc,
-furieux, provoque Gacé en duel et tous deux
-vont se battre rue Saint-Thomas-du-Louvre. Richelieu
-reçoit un coup d’épée qui lui traverse le
-corps. Gacé, légèrement blessé, rentre tranquillement
-au bal.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_58" id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a>
-D’après les <i>Mémoires historiques et authentiques sur la Bastille</i> (de
-Carra), Richelieu aurait révélé les détails d’une orgie nocturne, où
-M<sup>me</sup> de Gacé (plus tard M<sup>me</sup> de Matignon) serait devenue le jouet
-de tous les convives et même des laquais.</p>
-
-<p><a name="Footnote_59" id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a>
-Si Richelieu ne fut pas le fondateur des bals de l’Opéra, il contribua,
-de tout son pouvoir, à leur organisation et à leur prospérité.</p>
-</div>
-
-<p>Le lendemain, 18 février 1716, le procureur général
-prescrit une information; et le Parlement ordonne
-aux deux duellistes d’aller se constituer prisonniers,
-«pour quinze jours», à la <ins id="cor_5" title="Renvoi 60 ajouté">Conciergerie</ins><a name="FNanchor_60" id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a>.
-Par esprit de solidarité, et surtout par un sentiment
-d’orgueil qu’on retrouve de tout temps dans les
-paroles et dans les actes de ce corps privilégié, les
-ducs et pairs protestent contre une procédure qui
-vise un des leurs, bien qu’il ne soit pas encore reçu
-au Parlement. Richelieu et Gacé n’en sont pas
-moins incarcérés, le 5 mars, à la Bastille, sur une
-lettre de cachet signée par le duc d’Orléans.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_60" id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a>
-<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;XVI, pp.&nbsp;328 et suiv.</p>
-</div>
-
-<p>Rien de tel qu’une prison commune pour réconcilier
-des adversaires. Richelieu et Gacé s’y «font
-de grandes amitiés» et reçoivent ensemble les nombreux
-visiteurs qui viennent leur apporter leurs
-compliments de condoléances. Entre temps, le Parlement
-délègue auprès du Régent, des conseillers
-chargés de connaître son opinion; et le duc d’Orléans
-leur déclare très nettement qu’il entend se
-montrer plus rigide sur le chapitre des duels que
-n’était le feu roi. Nous verrons plus tard pourquoi
-<span class="pagenum" id="Page_31">[p. 31]</span>
-ce prince, d’habitude si débonnaire, témoignait
-d’une telle sévérité contre les détenus.</p>
-
-<p>Richelieu se défendait vigoureusement. Il avait
-récriminé, dès son entrée à la Bastille, parce qu’on
-avait voulu lui enlever son épée, arme qui restait
-toujours «en possession des pairs», même prisonniers
-d’État. Bernaville le certifiait. Puis Richelieu
-avait présenté requête au Régent pour ne pas être
-jugé au Parlement, d’autant que celui-ci était en
-procès avec les pairs.</p>
-
-<p>Le conseiller Ferrand, qu’on donna pour commissaire
-aux inculpés, les interrogea le 17 mars. Comme
-les témoins faisaient défaut, Richelieu et Gacé
-affirmèrent énergiquement qu’ils n’étaient pas allés
-sur le terrain. Aussitôt on commit des chirurgiens
-pour les visiter. Le jeune duc, de qui la grave blessure
-s’était rapidement cicatrisée, l’avait cependant
-recouverte d’un taffetas auquel l’ingéniosité
-d’un peintre (c’est du moins la version de Soulavie)
-avait donné la couleur de la chair. Le subterfuge
-n’en fut pas moins découvert.</p>
-
-<p>Mais le Régent avait à cœur que l’affaire suivît
-son cours. Aussi, le 13 juin, le roi enjoignait-il par
-écrit aux pairs et aux princes du sang d’assister au
-jugement. Ceux-ci s’abstinrent d’y paraître, sous
-prétexte que la suscription de leur lettre de convocation
-constituait un manquement des plus graves
-aux lois sacrées de l’étiquette. Le 19, le jugement
-concluait à «un plus ample informé» et les intéressés
-durent rester encore deux mois à la Bastille.
-Le 21 août, nouveau jugement et même sentence:
-seulement les prisonniers furent mis en liberté.
-Enfin le 1<sup>er</sup> décembre, «ils furent renvoyés absous
-<span class="pagenum" id="Page_32">[p. 32]</span>
-de leur prétendu combat. M. le comte de Toulouse
-(bâtard légitimé de Louis&nbsp;XIV) était à ce jugement:
-il était le seul de prince<a name="FNanchor_61" id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a>».</p>
-
-<p>Richelieu et Gacé n’en avaient pas moins passé
-cinq mois à la Bastille.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_61" id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a>
-<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;XVI, <i>passim</i>.—<i>La Gazette de la Régence</i>
-(édition de Barthélemy, 1887) vitupère le Parlement «qui
-s’introduit à la Bastille pour des affaires où il ne mettait pas autrefois
-le nez».</p>
-</div>
-
-<p>A vrai dire, l’imprudence et l’impudence du petit
-duc avaient soulevé contre lui bien des colères.
-Recherché par les plus grandes dames de la Cour,
-cet adolescent, qui n’avait pas vingt ans, était encore
-parvenu à faire tourner la tête à des princesses du
-sang, dont les attaches familiales auraient dû cependant
-lui donner à réfléchir.</p>
-
-<p>La première qui s’éprit follement de Richelieu,
-M<sup>lle</sup> de Charolais, était sœur d’un arrière-petit-fils du
-grand Condé, le duc de Bourbon. Ce prince, qu’avait
-éborgné à la chasse le duc de Berry, petit-fils de
-Louis&nbsp;XIV, était un assez pauvre homme; et sa laideur
-morale ne déparait pas sa laideur physique: il était
-dur, violent, brutal, sans honneur et sans scrupules.
-La liaison de sa sœur avec Richelieu n’avait pu lui
-échapper. La duchesse douairière de Bourbon qui
-l’avait surprise, ne parvenait pas, bien qu’elle surveillât
-et même maltraitât sa fille, à l’empêcher de
-recevoir chez elle son amant<a name="FNanchor_62" id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a>. Richelieu entrait par
-les fenêtres. C’étaient alors de secrets entretiens dans
-la chambre d’une femme de service, ou dans les
-jardins de l’hôtel de Condé, les nuits où la lune
-n’en trahissait pas les mystères. C’étaient encore
-des escapades à travers les rues de Paris:
-<span class="pagenum" id="Page_33">[p. 33]</span>
-rendez-vous était pris devant l’église des Cordeliers;
-et le couple amoureux vagabondait par la Ville,
-sous des habits d’artisan, exposé parfois aux pires
-rencontres, et venant s’échouer, après quelles péripéties,
-dans le bureau d’un commissaire, où
-Richelieu devait se nommer et se répandre en
-menaces pour éviter à sa compagne le plus humiliant
-des scandales.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_62" id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a>
-«D’autant plus sévère qu’elle était coquette et jalouse de sa
-fille.» (<i>Anecdotes de Rulhière</i>, édition E. Asse, p.&nbsp;2.)</p>
-</div>
-
-<p>Après une nuit si tourmentée, qui rappelle quelque
-peu celle du <i>Domino noir</i>, M<sup>lle</sup> de Charolais avait
-bien juré de ne plus courir pareille aventure. Et son
-amant abondait très volontiers dans son sens; car
-il se voyait ainsi débarrassé de l’inquiète surveillance
-d’une maîtresse ombrageuse, très hautaine et
-très fière, même au milieu des plus tendres épanchements.
-Il est vrai que l’indifférence de Richelieu
-avait fini par avoir raison des fureurs jalouses de
-la princesse.</p>
-
-<p>Par contre, le galant se montrait moins rassuré
-quand il se trouvait en présence du frère. Cependant,
-peu de jours avant son duel avec Gacé, au cours
-d’une «débauche» chez le duc de Bourbon, il avait
-osé chanter le couplet lancé par la duchesse douairière<a name="FNanchor_63" id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a>
-contre feu son mari «Gendre d’une Samaritaine,
-etc...» Les roués se pâmaient devant ces cyniques
-impertinences. Mais celle-ci ne fut pas du goût
-du petit-fils de Condé. Aussi, le lendemain, quand
-Richelieu revint lui faire sa cour, le duc de Bourbon
-lui rendit-il «très froidement des honneurs extraordinaires».
-Et, comme son hôte s’étonnait d’un tel
-contraste:</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_34">[p. 34]</span>
-—«On traite ainsi, lui dit le prince du sang, ceux
-qu’on ne veut plus jamais voir<a name="FNanchor_64" id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_63" id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a>
-Louise-Françoise de Bourbon, veuve de Louis de Bourbon,
-était fille légitimée de Louis&nbsp;XIV et de M<sup>me</sup> de Montespan.</p>
-
-<p><a name="Footnote_64" id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a>
-<i>Gazette de la Régence</i> (édition de Barthélemy, 1887), p.&nbsp;72.</p>
-</div>
-
-<p>Richelieu ne se fit pas répéter deux fois cette invitation
-à promptement déguerpir. Le juste ressentiment
-du prince s’aggravait encore de la rancune
-tenace qu’avait amassée en ce cœur orgueilleux
-l’indignité de la liaison notoire d’un petit gentilhomme
-avec M<sup>lle</sup> de Charolais.</p>
-
-<p>C’est vraisemblablement à cet incident... désagréable
-qu’il faut attribuer ce couplet contre Richelieu—car
-lui aussi était chansonné:</p>
-
-<p class="ttr">Chanson (1716).<br />
-Sur l’air: <i>Marotte fait bien la fière</i>.</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers7">Richelieu fait bien le fier</div>
- <div class="vers7">Pour les deux pages qu’il a;</div>
- <div class="vers4">Il s’imagine</div>
- <div class="vers5">Qu’avec sa mine</div>
- <div class="vers7">Tous ses affronts on oubliera.</div>
- <div class="vers7">Richelieu fait bien le fier</div>
- <div class="vers7">Pour les deux pages qu’il a<a name="FNanchor_65" id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_65" id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a>
-Chansonnier <span class="smcap">Maurepas</span> (édit. Gay, 6 vol.), t.&nbsp;III, p.&nbsp;185.</p>
-
-<p>Parmi les jeux d’esprit qui couraient, chaque année, soit à Paris,
-soit à Versailles, sur les courtisans, tels que <i>Logement des Seigneurs
-et Dames de la Cour</i>, nous trouvons, dans ceux de février 1716, cet
-article se recommandant de la même allusion «Le duc de Richelieu
-au Page du roi, rue Saint-Bon».</p>
-
-<p>Et dans les <i>Diversités et les qualités des Vins de la Cour</i> (1718):
-«du duc de Richelieu: <i>Vin du Commun</i> (est-ce une allusion à M<sup>me</sup> Michelin?).
-<i>Mélanges historiques, politiques et satiriques</i> (de Boisjourdain),
-1807, 3 v. in-8<sup>o</sup>, t.&nbsp;I, pp.&nbsp;281 et 297.</p>
-</div>
-
-<p>Mais l’amour aveugle de M<sup>lle</sup> de Charolais, résistant
-déjà aux objurgations et aux menaces familiales,
-dédaignait les sarcasmes de l’opinion
-<span class="pagenum" id="Page_35">[p. 35]</span>
-publique qui enveloppait dans la même réprobation
-la maîtresse et l’amant.</p>
-
-<p>Une autre chanson, pareillement datée de 1716,
-était plus explicite encore:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">Que dira-t-on de Charolois</div>
-<div class="vers6">Et de son humeur sombre?</div>
-<div class="vers8">Qu’elle est entêtée d’un minois</div>
-<div class="vers6">Haï de tout le monde,</div>
-<div class="vers8">Aussi fier qu’il est poltron,</div>
-<div class="vers6">La faridondaine, la faridondon.</div>
-<div class="vers8">Aussi chacun le traite ici</div>
-<div class="vers6">A la façon de barbari</div>
-<div class="vers3">Mon ami<a name="FNanchor_66" id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_66" id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a>
-Chansonnier <span class="smcap">Maurepas</span> (édit. Gay, 6 vol.), t.&nbsp;III, p.&nbsp;184.</p>
-</div>
-
-<p>L’incarcération de Richelieu avait, en effet, exaspéré
-les ardeurs passionnées de la princesse et développé
-chez elle des sentiments qui, si la légende dit
-vrai, n’auraient pas manqué d’une certaine grandeur.
-Bravant le courroux maternel, dont le moindre
-effet eût été de la reléguer au fond d’un couvent,
-M<sup>lle</sup> de Charolais, accompagnée de sa sœur, la princesse
-de Conti, n’aurait pas craint de pénétrer dans
-l’intérieur de la Bastille, pour aller consoler Richelieu.
-Mais le récit de cette visite se corse de détails
-tellement romanesques que l’Histoire hésite à le
-tenir pour vrai.</p>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_36">
-
-<h2>CHAPITRE V</h2>
-
-<p class="smm"><i>Visées amoureuses de Richelieu. — M<sup>lle</sup> de Valois, fille du
-Régent. — A la table de jeu. — Travestissements de Richelieu
-pour pénétrer chez M<sup>lle</sup> de Valois. — La porte secrète
-et l’armoire aux confitures. — Ce que pense la grand-mère,
-duchesse douairière d’Orléans, de la «coqueluche» de la
-Cour. — Une aventure galante de Richelieu. — Le «petit
-crapaud».</i></p>
-
-<p>Les ambitions amoureuses de Richelieu visaient
-plus haut encore que la maison de Condé: elles
-aspiraient à la conquête d’une petite-nièce du feu
-roi. Mais l’entreprise devait coûter autrement cher
-à ce génie aventureux que la possession de M<sup>lle</sup> de
-Charolais.</p>
-
-<p>Richelieu avait, de longue date, jeté ses vues sur
-le cœur de M<sup>lle</sup> de Valois, une des filles du Régent.
-Il en avait commencé le siège, alors qu’il était dans
-les meilleurs termes avec la sœur du duc de Bourbon.
-Et il semble que, depuis, il ait pris à tâche
-de mettre en concurrence les deux rivales et trouvé
-un malin plaisir à surexciter leur haine réciproque.</p>
-
-<p>M<sup>lle</sup> de Charolais, un peu plus âgée que son amant,
-était une des merveilles de la Cour. Ses yeux étaient
-si beaux, dit un contemporain, qu’ils perçaient
-sous le masque<a name="FNanchor_67" id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a>. Elle était d’humeur galante et
-d’esprit caustique. Richelieu n’était pas son premier
-vainqueur.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_67" id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a>
-<i>Mémoires de Besenval</i> (1805, t.&nbsp;I, p.&nbsp;105), d’après M<sup>me</sup> de Ségur,
-amie et contemporaine des deux princesses.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_37">[p. 37]</span>
-M<sup>lle</sup> de Valois, au moment où celui-ci l’entoura
-d’attentions discrètes, quoique continues, avait
-six ans de moins que M<sup>lle</sup> de Charolais, mais elle
-n’en avait ni l’éclat, ni la verve. A cette époque,
-la duchesse douairière d’Orléans, veuve de Monsieur,
-frère de Louis&nbsp;XIV, traçait de M<sup>lle</sup> de Valois, sa
-petite-fille, un portrait assez piquant, dans une de
-ces lettres, dont la lourdeur et la grossièreté, le parti-pris
-et le dénigrement systématiques gâtent trop
-souvent les tableaux pittoresques et la curieuse
-documentation:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Lorsqu’elle était encore toute jeune, écrit de sa
-petite-fille la Palatine (on donne encore ce nom à
-cette princesse d’origine bavaroise), j’avais l’espoir
-qu’elle serait fort belle; mais j’ai été bien déçue:
-il lui est venu un grand nez aquilin qui a tout gâté:
-elle avait auparavant le plus joli petit nez du
-monde<a name="FNanchor_68" id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_68" id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a>
-<i>Correspondance de la duchesse d’Orléans</i> (édition Brunet), t.&nbsp;I,
-p.&nbsp;173. Mardi 18 juillet 1715.—Trois ans après (lettre du 6 octobre
-1718), ce même portrait tourne à la caricature:</p>
-
-<p>«M<sup>lle</sup> de Valois est brune, elle a de fort beaux yeux, mais son nez
-est vilain et trop gros... Selon moi, elle n’est pas belle; il y a pourtant
-des jours où elle n’est pas laide, car elle a de belles couleurs
-et une belle peau; lorsqu’elle rit, une grande dent qu’elle a à la
-mâchoire d’en haut fait un vilain effet. Sa taille est courte et laide;
-sa tête enfoncée dans les épaules; et ce qu’elle a de pire, à mon avis,
-c’est la mauvaise grâce qu’elle met en tout ce qu’elle fait; elle va
-comme une femme de 80 ans.»</p>
-
-<p>Peu indulgente, cette grand’mère qui, elle, était un miracle de
-laideur!—Il est vrai que, le 17 mars 1717, elle écrivait: «M<sup>lle</sup> de
-Valois ne se soucie pas de moi et ne peut me souffrir», et le 31 mars
-1718: «Elle est fausse, menteuse et horriblement coquette.»</p>
-</div>
-
-<p>Des physiologistes, que nous croyons surtout des
-fantaisistes, ont prétendu que les gens affligés d’un
-développement nasal excessif étaient de complexion
-amoureuse non moins prononcée.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_38">[p. 38]</span>
-L’exemple de M<sup>lle</sup> de Valois semblerait cependant
-justifier cette assertion. La liaison de la fille du Régent
-avec Richelieu, liaison qui devait être encore
-plus mouvementée que celle de M<sup>lle</sup> de Charolais,
-débuta par un de ces jeux entre voisins, dont le dessous
-d’une table dissimule d’ordinaire les pratiques
-innocentes. Pendant des parties de <i>bassette</i> ou de
-<i>hocca</i>, les pieds de Richelieu cherchaient et interrogeaient
-ceux de M<sup>lle</sup> de Valois qui leur répondaient
-par une pression des plus douces. Mais, un beau soir,
-les pieds de M<sup>lle</sup> de Charolais intervinrent à leur
-tour dans cette muette conversation. Et ce fut le
-commencement des hostilités qui éclatèrent bientôt
-entre les deux princesses, jalouses l’une de l’autre
-et convaincues, chacune, de la trahison de leur adorateur.</p>
-
-<p>Si M<sup>lle</sup> de Charolais, malgré son humeur indépendante,
-était tenue de près par une mère que sa coquetterie
-rendait dure et méfiante, M<sup>lle</sup> de Valois
-était plutôt abandonnée à elle-même par la sienne,
-fille légitimée, elle aussi, du Grand Roi. La duchesse
-d’Orléans (et sa belle-mère le lui reproche assez dans
-sa Correspondance) était une nature essentiellement
-indolente; elle ne s’occupa jamais de ses six
-filles; la pleine satisfaction de son incommensurable
-orgueil était son unique souci. M<sup>lle</sup> de Valois avait
-pour gouvernante, une demoiselle Desroches, que
-Besenval appelle un «Argus suranné», et qui, en
-effet, n’y voyait plus clair. Richelieu profita d’une
-surveillance aussi défectueuse pour entretenir des
-intelligences dans la place et pour y pénétrer sous
-les travestissements les plus divers. Faublas n’a
-jamais été qu’un très pâle copiste de ce Protée de
-<span class="pagenum" id="Page_39">[p. 39]</span>
-l’amour. En attendant l’heure du berger, Richelieu
-faisait sa cour, déguisé tantôt en «esclave», tantôt
-en «courtaud de boutique», tantôt encore en «galérien
-demandant son pain». Guettant la princesse
-sur l’escalier du Palais Royal, il s’approchait d’elle,
-quand elle sortait pour la promenade, et lui remettait
-un placet qui n’était qu’une déclaration d’amour.
-Elle avoua, depuis, qu’elle ressentit alors une «agitation
-extraordinaire», malgré «l’insolence» du
-procédé<a name="FNanchor_69" id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_69" id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a>
-<span class="smcap">Rulhière</span>: <i>Anecdotes sur le Maréchal de Richelieu</i> (édition
-Asse), 1890.—<span class="smcap">Besenval</span>: <i>Mémoires</i> (édition Baudouin, 1821, 2 vol.),
-t. I, pp.&nbsp;106 et suiv.</p>
-</div>
-
-<p>Ce fut ainsi que Richelieu, travesti, paraît-il, en
-soubrette, finit par arriver jusqu’à la chambre de
-M<sup>lle</sup> de Valois, qui le reconnut sous son costume
-d’emprunt. La Desroches fut complètement dupe
-de manœuvres que Richelieu devait pousser à la dernière
-perfection. Il usa, en effet, d’un stratagème
-qu’il renouvellera, trente ans plus tard, dans des
-conjonctures semblables, mais moins discutables
-que celles-ci. Il loua une maison, dont le mur était
-contigu à l’appartement de M<sup>lle</sup> de Valois, et fut
-secrètement percé, pour établir une communication
-entre les deux immeubles, par une porte que masquait
-une «armoire à confitures». M<sup>lle</sup> de Charolais
-pressentait l’infidélité de son amant; mais celui-ci
-alla au-devant de ses reproches; il lui conta franchement
-l’histoire de la cachette, espérant, disait-il,
-se concilier les bonnes grâces du père par l’intermédiaire
-de la fille; et c’était en tout bien tout honneur;
-car il ne pouvait profiter des faveurs de la princesse,
-étant, hélas! «un blessé de l’amour». M<sup>lle</sup> de
-<span class="pagenum" id="Page_40">[p. 40]</span>
-Charolais crut ou feignit de croire à l’infortune de
-Richelieu; mais elle voulut s’assurer, par ses propres
-yeux, de la complicité de sa rivale: elle alla se
-poster dans une maison dont les fenêtres faisaient
-face à celle qu’avait louée Richelieu; et, de là,
-elle put voir jouer la porte et l’armoire aux confitures<a name="FNanchor_70" id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_70" id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a>
-Besenval affirme dans ses <i>Mémoires</i> (édition Baudouin, t.&nbsp;I,
-p.&nbsp;107), que M<sup>me</sup> de Ségur, mère du ministre, lui a communiqué
-tous ces détails, comme les tenant des princesses elles-mêmes.</p>
-</div>
-
-<p>Mais, ou le duc était bien naïf—ce qui n’est guère
-vraisemblable—ou il en donnait à garder à sa maîtresse,
-quand il prétendait ne faire la cour à M<sup>lle</sup> de
-Valois que pour conquérir les faveurs du Régent;
-car il ne devait pas ignorer de quelle animosité le
-poursuivait le duc d’Orléans. Celui-ci avisant, à un
-bal de l’Opéra, en conversation très animée avec sa
-fille, un masque, sous un domino qui ressemblait,
-à s’y méprendre, à celui de Richelieu:</p>
-
-<p>—«Masque, lui dit-il, d’une voix irritée, veillez
-sur vous, si vous ne voulez aller une troisième fois
-à la Bastille.»</p>
-
-<p>Le domino enlève son loup; et le Régent reconnaît...
-Monconseil, un ami de Richelieu et de M<sup>lle</sup> de
-Valois.</p>
-
-<p>—«N’importe, fait le duc d’Orléans, répétez à
-M. de Richelieu ce que je viens de vous dire.»</p>
-
-<p>La liaison, d’abord <i>platonique</i><a name="FNanchor_71" id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>, puis très réelle,
-<span class="pagenum" id="Page_41">[p. 41]</span>
-de sa fille avec cet infatigable coureur de ruelles,
-était devenue la fable publique, bien que la Palatine
-n’en soufflât mot dans cette Correspondance où elle
-n’a garde, cependant, d’oublier les cancans de Cour.
-L’ignorait-elle? Ou bien ne voulut-elle la connaître,
-ou plutôt la reconnaître, qu’au lendemain de la
-conspiration de Cellamare? En tout cas, jusqu’à la
-découverte du complot, si elle parle de Richelieu,
-elle n’en dit aucun mal. Et même elle semble plutôt
-s’amuser des prouesses amoureuses de celui qu’elle
-traînera un jour dans la boue. Lisez plutôt ce récit,
-lestement troussé, d’une aventure galante, qu’elle
-date du 11 juin 1717:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Deux jeunes duchesses ne pouvaient voir d’assez
-près leurs amants; et elles se sont avisées d’un tour
-original. Ce sont deux sœurs; et elles ont été élevées
-dans un couvent à quelques lieues de Paris. Une
-religieuse vint à mourir dans ce couvent; les dames
-prétendirent qu’elles étaient très affligées et qu’elles
-avaient eu beaucoup d’attachement pour la défunte;
-elles demandèrent la permission de lui rendre les
-derniers honneurs et d’assister à ses funérailles,
-ce qui leur fut accordé avec de grands éloges pour
-leur bon naturel.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_42">[p. 42]</span>
-«Lorsqu’elles vinrent au couvent, il se trouva
-pour la cérémonie funèbre deux prêtres étrangers
-que personne ne connaissait. On leur demanda qui
-ils étaient; ils répondirent qu’ils étaient de pauvres
-ecclésiastiques qui avaient besoin de protection;
-et comme ils savaient que deux duchesses devaient
-venir à l’occasion de l’enterrement, ils s’étaient
-rendus afin de solliciter leur patronage. Les duchesses
-dirent qu’elles voulaient les interroger et
-qu’ils pouvaient, après la cérémonie, venir les trouver
-dans leur chambre. Les jeunes prêtres s’y rendirent
-et ils restèrent avec les dames jusqu’au soir.
-L’Abbesse trouva l’audience trop longue, et fit dire
-aux jeunes prêtres de s’en aller; l’un résista et se mit
-en colère, l’autre ne fit qu’en rire. Ce dernier était
-le duc de Richelieu, l’autre le chevalier de Guéménée,
-fils cadet du duc de ce nom. Ce sont les cavaliers
-qui ont eux-mêmes raconté l’aventure<a name="FNanchor_72" id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_71" id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a>
-La mosaïque, publiée par M. de Lescure, sous le titre de <i>Nouveaux
-Mémoires de Richelieu</i>, donne ce caractère à la liaison de
-M<sup>lle</sup> de Valois; mais M. E. de Barthélemy déclare dans les <i>Filles
-du Régent</i> (1874, t.&nbsp;II, p.&nbsp;396) qu’il lui est passé sous les yeux une
-lettre témoignant de la passion, satisfaite, de M<sup>lle</sup> de Valois pour
-Richelieu. Ici, c’est la duchesse de Modène qui trahit la fille du Régent.
-Dans une correspondance, dont Richelieu était destinataire
-et qui porte, de sa main, cette désignation: <i>Lettres de M<sup>me</sup> la duchesse
-de Modène pendant son séjour à Paris</i>, l’une d’elles est déjà
-très significative. La princesse écrivait à Richelieu, en sortant d’un
-bal, où il s’était entretenu avec elle, pendant que sa femme ne le
-quittait pas des yeux: «Qu’elle est heureuse de pouvoir vous aimer
-sans crime!» L’autre lettre, dont la lecture ne laissait aucun doute
-à M. de Barthélemy sur la nature des relations de M<sup>lle</sup> de Valois
-avec Richelieu, appartenait, comme la précédente, à une collection
-d’autographes mis en vente par la maison Charavay; et l’auteur
-des <i>Filles du Régent</i> «regrettait de n’avoir pas le droit de reproduire»
-cette preuve de l’amour, très peu innocent, de la princesse
-pour Richelieu.</p>
-
-<p><a name="Footnote_72" id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a>
-<i>Correspondance complète de Madame, duchesse d’Orléans</i> (édition
-Brunet), t.&nbsp;I, page 300.</p>
-</div>
-
-<p>Ce dernier trait caractérise à souhait l’<i>adolescent</i>
-vaniteux et fat qui ne se faisait aucun scrupule de
-révéler ses bonnes fortunes, ni d’en nommer les dispensatrices.
-L’<i>homme</i>, d’ailleurs, ne sera pas plus
-discret.</p>
-
-<p>C’est seulement deux ans après cette équipée—la
-genèse peut-être des <i>Mousquetaires au Couvent</i>—que
-la Palatine commence à s’inquiéter et même
-à s’irriter des allures de Richelieu. Il est vrai que le
-Régent vient de découvrir, parmi les complices de
-Cellamare, ce jeune seigneur qu’on avait cru jusqu’alors
-uniquement occupé de conquêtes de boudoir.
-<span class="pagenum" id="Page_43">[p. 43]</span>
-Il est arrêté et, pour la troisième fois, enfermé
-à la Bastille. Il semble que la Palatine ait
-vent du scandale qui va éclater; mais, pour le moment,
-dans ses virulentes récriminations contre Richelieu,
-elle ne fait allusion qu’à la folle passion de
-M<sup>lle</sup> de Charolais:</p>
-
-<p>«Ce duc fera verser beaucoup de larmes à Paris,
-car toutes les dames sont amoureuses de lui; je ne
-comprends pas pourquoi, car c’est un petit crapaud
-en qui je ne trouve rien d’agréable; il a encore moins
-de courage; il est impertinent, infidèle, indiscret;
-il dit du mal de toutes ses maîtresses; et cependant
-une princesse du sang royal est tellement éprise de
-lui, que, lorsqu’il devint veuf, elle voulait absolument
-l’épouser; sa grand-mère et son frère s’y sont
-formellement opposés, et avec beaucoup de raison;
-car, indépendamment de la mésalliance, elle aurait
-été toute sa vie très malheureuse<a name="FNanchor_73" id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_73" id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a>
-<i>Correspondance de la duchesse d’Orléans</i> (éd. Brunet), t.&nbsp;II,
-p.&nbsp;83. Lettre du 30 mars 1719.</p>
-</div>
-
-<p>La colère de la «grand’mère» (et cette fois, c’était
-la duchesse douairière d’Orléans) allait prendre de
-tout autres proportions, le jour où il devint impossible
-de dissimuler que M<sup>lle</sup> de Valois menaçait
-de suivre l’exemple de M<sup>lle</sup> de Charolais.</p>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_44">
-
-<h2>CHAPITRE VI</h2>
-
-<p class="smm"><i>La Conspiration de Cellamare. — Malgré ses dénégations,
-Richelieu avait pactisé avec l’Espagne. — Son arrestation
-tardive et mouvementée. — Il est enfermé pour la troisième
-fois à la Bastille. — Rigueur, dans le début, de son
-incarcération. — Animosité de la Palatine contre «le
-gnome». — Intervention des deux princesses en faveur de
-Richelieu qui obtient de notables adoucissements. — Le duo
-d’Iphigénie. — Véhémente indignation de la Palatine contre
-sa petite-fille. — A quel prix celle-ci obtient la grâce et
-la liberté de Richelieu. — La duchesse de Modène.</i></p>
-
-<p>La haine de la duchesse du Maine contre le Régent
-qui avait fait casser, au détriment de son mari, le
-testament de Louis&nbsp;XIV; la rancune de grands seigneurs
-éloignés du pouvoir; le calcul d’ambitieux,
-s’efforçant d’y parvenir, avaient singulièrement servi
-les desseins, dont le cardinal Alberoni, premier
-ministre du roi d’Espagne, avait confié l’exécution
-au prince de Cellamare, ambassadeur de Philippe V
-en France.</p>
-
-<p>Ce diplomate, s’aidant de ces diverses complicités,
-devait faire arrêter le duc d’Orléans, au milieu
-d’une fête, l’envoyer dans une forteresse, et lui
-substituer, comme Régent, le roi d’Espagne, grand-oncle
-du jeune Louis&nbsp;XV.</p>
-
-<p>Plusieurs causes contribuèrent à l’avortement de
-ce complot: les révélations du copiste Buvat, chargé
-par Cellamare de transcrire des documents dont la
-teneur lui avait paru suspecte; la curiosité d’une
-proxénète qui avait surpris certaines confidences
-<span class="pagenum" id="Page_45">[p. 45]</span>
-échangées dans les salons de sa maison close et les
-avait communiquées à l’abbé Dubois, ministre du
-Régent; l’échec d’un coup de main dirigé contre le
-duc d’Orléans; enfin l’arrestation du courrier porteur
-des dépêches de l’ambassadeur d’Espagne et la
-saisie de lettres d’Alberoni qui ne laissaient aucun
-doute sur les projets du Cardinal, ni sur l’identité
-des conspirateurs.</p>
-
-<p>Ce fut en décembre 1718 que la conjuration fut
-découverte, et tout aussitôt le prince de Cellamare,
-le duc et la duchesse du Maine, et avec eux nombre
-de complices<a name="FNanchor_74" id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a> de divers états, étaient arrêtés et
-incarcérés.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_74" id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a>
-On avait dressé une liste de 150 suspects (Général <span class="smcap">Piépape</span>:
-<i>La Duchesse du Maine</i>, 1910, p.&nbsp;237).</p>
-</div>
-
-<p>Le duc de Richelieu ne fut pas inquiété, pour le
-moment du moins. Il avait participé, cependant,
-au complot; et nous ne serions pas autrement surpris
-que sa culpabilité fût déjà connue. La Fillon,
-cette entremetteuse, qui avait si bien renseigné
-Dubois, comptait, dans sa clientèle, plusieurs roués
-de la Cour, et parmi eux, le duc de Richelieu<a name="FNanchor_75" id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a>, à
-qui sa vantardise et sa réputation de brillant conteur
-faisaient oublier maintes fois les notions de la plus
-élémentaire prudence.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_75" id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a>
-Soulavie, dans ses <i>Mémoires de Richelieu</i>, dit que son héros
-avait conservé des anecdotes singulières de la maison en question,
-«Anecdotes que les auteurs de sa <i>Vie privée</i> ne copieront point aussi
-impunément que celles des quatre premiers volumes de la 1<sup>re</sup> édition
-de ces <i>Mémoires</i>».—Ces anecdotes «singulières» ne paraissent
-pas avoir été jamais publiées.</p>
-</div>
-
-<p>Le malin singe qu’était Dubois (et qui sait si,
-avant Buvat et avant la Fillon, il ne tenait pas en
-main tous les fils de l’intrigue?) voulut attendre
-<span class="pagenum" id="Page_46">[p. 46]</span>
-sans doute que Richelieu, s’endormant dans une
-trompeuse sécurité, lui livrât, en se livrant lui-même
-par d’imprudentes paroles, des secrets jusqu’alors
-ignorés.</p>
-
-<p>Mais, pour être aussi étroitement surveillé, le
-jeune duc n’en avait pas moins des intelligences
-dans le camp ennemi. Il commençait déjà à mettre
-en pratique le système d’influences qui devait lui
-assurer par la suite de si précieux avantages. Il
-faisait de la femme, qu’elle fût sa maîtresse ou son
-amie, une alliée et une associée. Or, il s’en trouvait
-une qui, vivant dans les meilleurs termes avec le
-Régent, tenait Richelieu au courant des faits et
-gestes du prince. Ce fut ainsi que l’ancien aide de
-camp de Villars put apprendre au Maréchal, dans
-les derniers jours de 1718, qu’on devait l’arrêter
-le 31 décembre (dans l’affolement de la première
-heure on voyait des conspirateurs partout). Et Richelieu
-n’avait nullement tenté de se prévaloir de
-cet avis confidentiel auprès du Maréchal; car Villars
-reconnaît qu’il reçut le même avertissement d’un
-certain Pinsonneau, «homme de mérite, attaché,
-pendant 30 ans, au secrétariat du ministère de la
-Guerre<a name="FNanchor_76" id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a>». Le héros de Denain en fut malade de saisissement.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_76" id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a>
-<i>Mémoires du Maréchal de Villars</i> (édit. Vogüé), t.&nbsp;IV, p.&nbsp;123.</p>
-</div>
-
-<p>S’il avait été soupçonné à tort d’avoir voulu pactiser
-avec l’Espagne, Richelieu, au contraire, allait
-être bientôt convaincu d’avoir devancé les offres de
-trahison.</p>
-
-<p>«Vous serez le bienfaiteur de votre patrie, lui écrivait
-Alberoni.»</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_47">[p. 47]</span>
-Des lettres de ce même prélat à l’adresse de Richelieu
-avaient été interceptées et remises à Dubois.
-Celui-ci en avait pris connaissance; et le garde des
-sceaux d’Argenson les avait fait tenir, bien et dûment
-recachetées, au destinataire, par un agent provocateur
-qui lui aurait promis monts et merveilles
-au nom de Philippe V.</p>
-
-<p>Est-ce absolument exact<a name="FNanchor_77" id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a>? En tout cas, Richelieu
-avait entamé des pourparlers avec l’Espagne et consenti
-à soutenir ses revendications contre le Régent,
-même au détriment de la France<a name="FNanchor_78" id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_77" id="Footnote_77" href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a>
-Le marquis d’Argenson laisse entendre (<i>Mémoires</i>, t.&nbsp;I, p.&nbsp;23)
-que son père, le terrible garde des sceaux, avait, suivant l’habitude
-constante de son administration, un agent, peut-être un serviteur
-de Richelieu, en contact permanent avec le duc.—Le mémorialiste
-ajoute que le garde des sceaux, l’auteur de l’arrestation de
-Richelieu, avait les preuves certaines de la culpabilité de son justiciable.</p>
-
-<p>«M. le duc d’Orléans, note Dangeau (<i>Journal</i>, t.&nbsp;XVIII, 23-24),
-dit qu’il a quatre lettres de sa main, écrites au Cardinal Alberoni,
-dont il y en a trois de signées. Il demandait, pour récompense de
-ses services, qu’on lui promît de le faire colonel du régiment des
-gardes.»</p>
-
-<p><a name="Footnote_78" id="Footnote_78" href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a>
-D’après <span class="smcap">Lemontey</span> (<i>Histoire de la Régence</i>, t.&nbsp;I, pp 232-233),
-on trouva la lettre d’Alberoni qui accréditait un de ses agents, Marini,
-auprès de Richelieu; et on représenta à celui-ci deux billets
-écrits de sa main à deux émissaires du ministre espagnol, ainsi qu’une
-lettre adressée par Richelieu au Maréchal de Berwick pour lui demander
-de laisser quelque temps encore son régiment à Bayonne.
-«Vous aurez été sans doute surpris d’apprendre, écrivait Dubois à
-Berwick le 1<sup>er</sup> avril, par le courrier que M. Le Blanc a dû vous dépêcher
-hier, que M. le duc de Richelieu devait livrer Bayonne aux
-Espagnols, et qu’il a été mis à la Bastille où il n’a pu disconvenir
-de son intelligence avec le cardinal Alberoni.»</p>
-</div>
-
-<p>Pour quelle raison et dans quel but? La question
-n’a jamais été suffisamment éclaircie.</p>
-
-<p>Il semble néanmoins qu’en cette occurrence, Richelieu
-ait obéi tout à la fois aux suggestions d’un
-amour-propre profondément ulcéré et à des considérations,
-<span class="pagenum" id="Page_48">[p. 48]</span>
-autrement blâmables, d’intérêt personnel.</p>
-
-<p>Un manuscrit du temps<a name="FNanchor_79" id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a> que nous avons découvert
-à la Bibliothèque de la Ville de Paris, et dont
-l’auteur nous est inconnu, nous paraît fournir une
-explication vraisemblable des motifs qui déterminèrent
-Richelieu, étant donnée la mentalité, un
-peu trouble et complexe, de ce héros de boudoir.
-Ce qui ne laisse pas d’être piquant, c’est que la
-même version se retrouve, en partie, dans les <i>Anecdotes</i>
-de Rulhière, ce joli roman d’amour pervers,
-écrit longtemps après l’historiette suivante, sous
-l’inspiration, sinon sous la dictée du principal intéressé:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Les défenses menaçantes que le duc de Bourbon
-avait faites à M<sup>lle</sup> de Charolais, sa sœur, de voir
-le duc de Richelieu, non plus que les affronts sanglants
-qu’il avait fait faire à Richelieu, même pour
-le détourner de son amour pour sa sœur, bien loin
-de désunir ces deux tendres cœurs, n’avaient
-fait que resserrer les doux liens qui les enchaînaient.</p>
-
-<p>«On employa des moyens plus efficaces; on prit
-des mesures pour leur ôter les occasions de se voir.
-La Princesse, ne pouvant renfermer en soi la tristesse
-que lui causait la privation de son amant,
-cherchait à se soulager par ses larmes. Le Duc, son
-frère, l’ayant trouvée un jour fondant en pleurs,
-crut, non sans raison sans doute, qu’elle était grosse
-et lui dit qu’on aurait soin d’envoyer chercher une
-<span class="pagenum" id="Page_49">[p. 49]</span>
-sage-femme pour l’accoucher<a name="FNanchor_80" id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a>. Ces discours, joints
-aux autres duretés qu’on lui témoignait, la portèrent
-à consentir à la proposition que lui fit son amant
-de la faire enlever, pour la conduire en Espagne où
-il méditait de se retirer.</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_79" id="Footnote_79" href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a>
-Manuscrit 6691, <i>Mémoires pour servir à l’Histoire de France</i>
-ou <i>Recueil contenant plusieurs anecdotes de la Cour, par le Marquis
-de ***</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_80" id="Footnote_80" href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a>
-D’après le <i>Journal</i>, les <i>Mémoires</i> et <i>Correspondance</i> de <span class="smcap">Marais</span>
-(1863), t.&nbsp;I, pp.&nbsp;340 et suiv., un dialogue du même genre se serait
-établi, mais quinze mois après, entre M<sup>lle</sup> de Charolais et la Princesse,
-sa grand’mère; M<sup>lle</sup> de Charolais: Je suis grosse.—La Princesse:
-Eh bien, ma fille, il faut accoucher.</p>
-</div>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Les choses ainsi arrangées du côté de l’amour,
-le duc de Richelieu s’adressa au Cardinal Alberoni
-qui, pour lors, comme on sait, régentait la Monarchie
-et la famille royale d’Espagne. Il lui offrit de
-faire passer son régiment qui était sur les frontières,
-au service du roi d’Espagne, et l’assura que Saillant,
-son ami, en ferait de même, moyennant que son
-Éminence voulût envoyer de l’argent à ce dernier,
-pour redresser ses affaires qui étaient fort dérangées.»</p>
-</div>
-
-<p>En effet, M<sup>lle</sup> de Charolais avait fait l’impossible,
-comme le racontait la Palatine, pour épouser Richelieu;
-et celui-ci, indigné, suivant Rulhière, des
-propos tenus sur «la disproportion» d’un tel mariage,
-aurait offert à Cellamare de donner à l’Espagne
-Perpignan et le régiment qu’il y commandait, si
-Philippe V le dotait d’une souveraineté dans son
-royaume qui lui permît d’épouser... M<sup>lle</sup> de Valois.</p>
-
-<p>Dans la pensée de Richelieu, la préférence qu’il
-accordait à la fille du Régent sur la sœur du duc de
-Bourbon, devait mortifier cruellement le duc d’Orléans
-que détestait Philippe V. Cellamare, enchanté,
-avait accepté la proposition, mais le courrier qui
-<span class="pagenum" id="Page_50">[p. 50]</span>
-avait emporté le projet de traité, avait été arrêté
-et fouillé en cours de route.</p>
-
-<p>L’auteur des <i>Mémoires pour servir à l’Histoire de
-France</i> attribue la découverte de la correspondance
-secrète de Richelieu à des causes autrement romanesques.</p>
-
-<p>Pendant que le duc, pour assurer le succès de
-l’enlèvement de M<sup>lle</sup> de Charolais, négociait avec
-l’Espagne, «il eut occasion de sentir que M<sup>me</sup> de
-Berry<a name="FNanchor_81" id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">[81]</a>, fille du Régent, était plus aimable que
-M<sup>lle</sup> de Charolais. Il abandonna celle-ci pour se
-donner tout entier à la première, qui reçut sa déclaration
-d’amour d’une manière à lui faire comprendre
-qu’on n’en resterait pas aux paroles et qu’on ne désirait
-que de la réalité. M<sup>lle</sup> de Charolais, touchée
-au vif de la désertion de son amant, publia le dessein
-qu’il avait formé à son occasion de se jeter dans le
-parti espagnol. Le Régent en fut informé, et, soit
-par tendresse pour sa fille qui aurait perdu en Richelieu
-un de ses amusements, soit qu’il ne trouvât
-pas à propos de le laisser passer au service de Philippe
-V, qu’il regardait peut-être comme le seul
-capable de lui fermer le chemin du trône, il fit observer
-la conduite de Richelieu. On intercepta des
-lettres d’Espagne<a name="FNanchor_82" id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">[82]</a> par lesquelles on fut convaincu
-de ses projets qui furent bornés par la Bastille.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_81" id="Footnote_81" href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a>
-L’auteur ou le copiste a commis évidemment un <i>lapsus</i>. C’est
-M<sup>lle</sup> de Valois qu’il faut lire; non pas que Richelieu n’ait bénéficié
-des faveurs de la duchesse de Berry, cette autre fille du Régent;
-mais ce dut être plus tard. <i>La Gazette de la Régence</i>, d’E. de Barthélemy,
-dit cependant (p. 328) que Richelieu «devra sans doute
-sa liberté à la Duchesse de Berry».</p>
-
-<p><a name="Footnote_82" id="Footnote_82" href="#FNanchor_82"><span class="label">[82]</span></a>
-<i>Correspondance de Madame</i> (édit. Jœglé, 1880), t.&nbsp;II, 30 mars
-1719, 7 heures du matin.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_51">[p. 51]</span>
-La Bastille!</p>
-
-<p>Superstitieux comme beaucoup de libres-penseurs
-(et nous constaterons qu’il fut toute sa vie l’un et
-l’autre), Richelieu était hanté de cette idée qu’une
-troisième détention dans la prison d’État lui serait
-fatale. Il l’avait dit à «la jeune duchesse d’Estrées<a name="FNanchor_83" id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">[83]</a>»
-et «à bien d’autres». Aussi, quelle ne dut pas être
-sa terreur, quand, après avoir été oublié près de trois
-mois, en son hôtel de la Place Royale, il vit, autour
-de son lit, dans la matinée du 29 mars (il s’était couché
-à 5 heures) toute une bande d’archers<a name="FNanchor_84" id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">[84]</a>, que
-dirigeait M. de Sourches, grand-prévôt de la maison
-du roi, chargé de le conduire à la Bastille! Mais,
-grâce à sa présence d’esprit, Richelieu se ressaisit
-aussitôt. Il avait sous son chevet, au dire du familier
-vendu à d’Argenson, une lettre d’Alberoni qui eût
-suffi à le faire décapiter. Il invoqua, en se levant,
-les exigences d’un besoin naturel, et, sous prétexte
-d’y satisfaire pudiquement, il enleva avec prestesse
-le billet compromettant, et l’avala avec non moins
-de subtilité<a name="FNanchor_85" id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">[85]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_83" id="Footnote_83" href="#FNanchor_83"><span class="label">[83]</span></a>
-<i>Les correspondants de la Marquise de Balleroy</i> (édit. E. de Barthélemy,
-1883), t.&nbsp;II, p.&nbsp;43.</p>
-
-<p><a name="Footnote_84" id="Footnote_84" href="#FNanchor_84"><span class="label">[84]</span></a>
-<span class="smcap">Buvat</span>: <i>Journal de la Régence</i> (1865, 2 vol.), t.&nbsp;I, p.&nbsp;269.—<i>Les
-Mémoires du Marquis d’Argenson</i>, t.&nbsp;I, p.&nbsp;23, disent que les archers
-étaient au nombre de 20, commandés par Duchevron, lieutenant
-de la prévôté.—<span class="smcap">Dangeau</span>, de même (XVIII, 23).</p>
-
-<p><a name="Footnote_85" id="Footnote_85" href="#FNanchor_85"><span class="label">[85]</span></a>
-<i>Mémoires du Marquis d’Argenson</i>, t.&nbsp;I, p.&nbsp;23.</p>
-</div>
-
-<p>L’opération policière avait été si vivement menée,
-qu’il était incarcéré à la Bastille à dix heures du
-matin<a name="FNanchor_86" id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">[86]</a>, pendant que son ami, le marquis de Saillant,
-colonel de l’autre régiment de Bayonne, qu’il
-<span class="pagenum" id="Page_52">[p. 52]</span>
-entraînait dans sa disgrâce, était, à son tour, arrêté
-et conduit pareillement à la Bastille.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_86" id="Footnote_86" href="#FNanchor_86"><span class="label">[86]</span></a>
-<span class="smcap">Buvat</span>: <i>Journal de la Régence</i> (édition Campardon), <i lang="la" xml:lang="la">loco
-citato</i>.</p>
-</div>
-
-<p>Richelieu fut, tout d’abord, «resserré dans un endroit
-où l’on met ceux dont l’affaire est mauvaise»,
-écrit un contemporain<a name="FNanchor_87" id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">[87]</a>: «la Calotte», un cachot
-octogone, ne recevant le jour que par une étroite
-ouverture, sentant le moisi, avec une chandelle
-fichée dans le mur, sans table, ni chaises, une méchante
-paillasse pour lit, sous prétexte que la forteresse
-regorgeait déjà de prisonniers; c’est du moins
-Soulavie qui l’affirme de l’aveu du principal intéressé.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_87" id="Footnote_87" href="#FNanchor_87"><span class="label">[87]</span></a>
-<span class="smcap">De Barthélemy</span>: <i>Gazette de la Régence</i>, p.&nbsp;325.</p>
-</div>
-
-<p>Villars, qui avait pris à cœur (cherchez la femme!)
-le sort de son ancien aide de camp, note, en termes
-moins mélodramatiques, que Richelieu avait été
-enfermé «dans une espèce de cachot<a name="FNanchor_88" id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">[88]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_88" id="Footnote_88" href="#FNanchor_88"><span class="label">[88]</span></a>
-M<sup>al</sup> <span class="smcap">de Villars</span>: <i>Mémoires</i>, t.&nbsp;III, p.&nbsp;133.—<span class="smcap">Dangeau</span> dit:
-«Dans une petite chambre qui est au-dessus des cachots et qui n’a
-de jour que par en haut (XVIII, 24).»</p>
-</div>
-
-<p>Mais le détenu, à qui sa vanité coutumière avait
-rendu une certaine assurance, affectait de se détacher
-de toutes ces contingences. N’avait-il pas demandé,
-le premier jour, qu’on «lui envoyât les violons<a name="FNanchor_89" id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a>»?</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_89" id="Footnote_89" href="#FNanchor_89"><span class="label">[89]</span></a>
-<span class="smcap">De Barthélemy</span>: <i>Gazette de la Régence</i>, p.&nbsp;327.</p>
-</div>
-
-<p>Au reste, avisé, le 10 mars, par un billet de
-M<sup>lle</sup> de Valois, de la mauvaise tournure que prenait
-pour lui l’information judiciaire, il avait brûlé, à
-son hôtel de la Place Royale, toutes les pièces qui
-pouvaient trahir son entente avec l’Espagne<a name="FNanchor_90" id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">[90]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_90" id="Footnote_90" href="#FNanchor_90"><span class="label">[90]</span></a>
-Général <span class="smcap">Piépape</span>: <i>La duchesse du Maine</i>, 1910, p.&nbsp;237.</p>
-</div>
-
-<p>Mais il avait affaire à forte partie. D’Argenson,
-<span class="pagenum" id="Page_53">[p. 53]</span>
-d’accord avec ses deux compères Dubois et Le Blanc,
-secrétaire d’État au département de la Guerre,
-avait avidement examiné les papiers saisis chez
-Richelieu, toute une cassette de billets doux,
-paraît-il; et, le 4 avril, leur destinataire se voyait
-obligé à comparaître pour la seconde fois, devant le
-garde des sceaux, bien décidé à ne reculer devant
-aucune manœuvre pour arracher des aveux au
-prévenu. On prétendit qu’au troisième interrogatoire,
-il avait, de ses yeux effroyables, et de sa
-voix, non moins atroce, désigné au jeune duc la
-place où Biron avait été décapité. «M. de Richelieu
-avoue tout», écrit un correspondant de la marquise
-de Balleroy, Caumartin de Boissy, que ses rapports
-d’amitié et de famille avec les d’Argenson pouvaient
-autoriser à de telles confidences<a name="FNanchor_91" id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">[91]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_91" id="Footnote_91" href="#FNanchor_91"><span class="label">[91]</span></a>
-<i>Les Correspondants de M<sup>me</sup> de Balleroy</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;43.</p>
-</div>
-
-<p>Nous trouvons une version bien différente dans
-les <i>Mémoires</i> de M<sup>lle</sup> de Launay, la femme de
-chambre de la duchesse du Maine, enfermée elle-même
-à la Bastille comme un des agents les plus
-actifs de cette conspiration qui était beaucoup plus
-celle de sa maîtresse que celle de Cellamare:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Malgré les traitements les plus durs, rapportent
-ces <i>Mémoires</i>, malgré les interrogatoires longs et fréquents
-que subit M. de Richelieu et toutes les
-adresses qu’on employa pour le surprendre, jusqu’à
-des lettres contrefaites d’une princesse qui s’intéressait
-à lui, on ne put se rendre maître de son secret<a name="FNanchor_92" id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">[92]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_92" id="Footnote_92" href="#FNanchor_92"><span class="label">[92]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>me</sup> de Staal</i> (<i>M<sup>lle</sup> de Launay</i>) édition Lescure,
-t. I, p.&nbsp;227.</p>
-</div>
-
-<p>Du reste, la nouvelle de son arrestation, le récit,
-<span class="pagenum" id="Page_54">[p. 54]</span>
-plus ou moins exact, de son séjour à la Bastille,
-avaient singulièrement ému l’opinion publique, satisfait
-sans doute de nombreuses rancunes, mais aussi
-attristé bien des cœurs et fait pleurer bien des beaux
-yeux.</p>
-
-<p>Villars en éprouva une profonde affliction; et,
-quoique, dans ses <i>Mémoires</i>, il ne ménage pas les
-critiques au roué impénitent, on sent qu’il ne peut
-se défendre d’une vive sympathie pour l’adolescent
-qui avait fait ses premières armes sous ses ordres.</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Fort coquet, peu fidèle, on n’a pas vu de jeunes
-hommes faire plus de conquêtes et de plus distinguées...»</p>
-</div>
-
-<p>Il remarque que Richelieu «jouait très gros jeu»;
-et il se demande, avec une pointe de malice, comment,
-au milieu d’occupations si variées et si encombrantes,
-ce parfait courtisan avait trouvé le
-temps de conspirer. Il constate, lui aussi, la présence
-d’esprit du prisonnier qui ne se laisse pas
-embarrasser par les questions du garde des sceaux<a name="FNanchor_93" id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">[93]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_93" id="Footnote_93" href="#FNanchor_93"><span class="label">[93]</span></a>
-<i>Mémoires de Villars</i>, t.&nbsp;III, p.&nbsp;133.</p>
-</div>
-
-<p>En revanche, la Palatine éclate en reproches,
-en invectives, en malédictions contre l’homme qu’elle
-hait le plus au monde. Il semble que la défection de
-Richelieu l’ait stupéfiée. Comment, dit-elle, ce fourbe
-est encore venu, le 28 mars, chez le marquis de Biron,
-grand ami du Régent, protester de son dévouement
-pour mon fils et de son ardent désir de regagner
-son régiment, pendant qu’il échangeait avec
-Alberoni les lettres les plus abominables<a name="FNanchor_94" id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">[94]</a>. Ce n’est
-qu’un «cerveau brûlé». Il n’est pas, d’ailleurs, de
-<span class="pagenum" id="Page_55">[p. 55]</span>
-termes injurieux dont elle ne l’accable. Et même elle
-en imagine un absolument inattendu et qu’elle répète
-fréquemment: elle l’appelle «le gnome», car
-«il ressemble à un lutin». De tout temps, et surtout
-chez les femmes, le cerveau allemand, si épais qu’il
-soit, se montra volontiers accessible au romantisme
-nébuleux du monde fantastique.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_94" id="Footnote_94" href="#FNanchor_94"><span class="label">[94]</span></a>
-<i>Correspondance de Madame, duchesse d’Orléans</i> (édition Jœglé,
-1880), t.&nbsp;II, 30 mars 1719.</p>
-</div>
-
-<p>Une lettre de la Palatine du 31 mars concilie assez
-bien les opinions contradictoires émises par des
-témoignages contemporains sur l’attitude du prisonnier
-devant les magistrats enquêteurs: «Aussitôt
-qu’on a montré au duc de Richelieu sa lettre à
-Alberoni, il a <i>avoué</i> tout <ins id="cor_6" title="ce ce">ce</ins> qui le regarde personnellement,
-mais il <i>n’a rien dit</i> au sujet de ses complices<a name="FNanchor_95" id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">[95]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_95" id="Footnote_95" href="#FNanchor_95"><span class="label">[95]</span></a>
-<i>Correspondance de Madame</i> (édit. Brunet), 1863, t.&nbsp;II, p.&nbsp;83.</p>
-</div>
-
-<p>La lettre du 17 avril expose l’ensemble des griefs,
-justifiés ou non, de cette ennemie implacable.</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Le duc de Richelieu est un archi-débauché et
-un poltron. Il ne croit ni en Dieu, ni en sa parole;
-de sa vie il n’a rien fait et ne fera jamais rien qui
-vaille; il est ambitieux et faux comme le diable...
-Je ne le trouve pas aussi bien que toutes les dames
-qui sont folles de lui. Il a une fort jolie taille et de
-beaux cheveux, le visage ovale et des yeux très brillants;
-mais tout, dans sa figure, indique le drôle;
-il est gracieux et ne manque pas d’esprit, mais il
-est d’une insolence rare, c’est le pire des enfants
-gâtés. La première fois qu’il fut mis à la Bastille,
-ce fut pour avoir dit qu’il avait été au mieux avec
-M<sup>me</sup> la Dauphine<a name="FNanchor_96" id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">[96]</a>, et avec toutes ses jeunes dames,
-<span class="pagenum" id="Page_56">[p. 56]</span>
-ce qui était le plus horrible des mensonges; la seconde
-fois, ce fut parce qu’il fit lui-même savoir
-que le chevalier de Bavière voulait se battre avec
-lui<a name="FNanchor_97" id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">[97]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_96" id="Footnote_96" href="#FNanchor_96"><span class="label">[96]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, (édit. Jœglé), 1863, t.&nbsp;II, 27 avril 1719.</p>
-
-<p><a name="Footnote_97" id="Footnote_97" href="#FNanchor_97"><span class="label">[97]</span></a>
-Voir <a href="#Page_29">page 29</a>.—C’est vraisemblablement sur cet incident,
-vrai ou faux, mais diversement conté par Dangeau, que se greffa,
-à cette époque, la légende de la poltronnerie de Richelieu.</p>
-</div>
-
-<p>Mais Madame avait beau vitupérer la «folie»
-des nobles amies du détenu: elles ne s’en montraient
-pas moins ardentes à défendre la cause de Richelieu,
-et, faute de mieux, à lui adoucir les rigueurs de sa captivité.
-Bien que le prisonnier affectât, par fanfaronnade,
-de ne pas prendre au sérieux les menaces du
-Régent, de cet «ogre» qui, sous le «masque de
-Barbe-Bleue», prétendait avoir entre les mains de
-quoi faire couper quatre fois le cou au conspirateur,
-MM<sup>lles</sup> de Valois et de Charolais, oubliant leurs
-griefs réciproques, se concertaient pour sauver «une
-tête si chère».</p>
-
-<p>La légende veut que ces deux princesses<a name="FNanchor_98" id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">[98]</a> aient
-pu se faire ouvrir, de nuit, les portes de la Bastille
-et pénétrer jusqu’à leur amant. Elles apportaient
-avec elles des briquets et des bougies, de l’argent et
-des bonbons; et tous trois, dans l’horreur de ce noir
-cachot, préparaient les réponses que devait faire
-l’accusé aux interrogatoires de Le Blanc et de d’Argenson.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_98" id="Footnote_98" href="#FNanchor_98"><span class="label">[98]</span></a>
-<i>Les Mémoires de Maurepas</i>—une autre publication de Soulavie—disent
-(t. II, p.&nbsp;154) que M<sup>lle</sup> de Valois était enceinte
-des œuvres de Richelieu; n’ont-ils pas confondu avec M<sup>lle</sup> de Charolais?</p>
-</div>
-
-<p>Cependant, au bout de quelques jours, sur l’insistance
-des princesses, le garde des sceaux consentait
-à se relâcher de sa sévérité. Richelieu fut
-<span class="pagenum" id="Page_57">[p. 57]</span>
-transféré de sa tour, comme l’écrit M<sup>lle</sup> de Launay, dans
-une chambre moins incommode.</p>
-
-<p>Mais, «la proximité d’un homme si alerte obligea
-de prendre les plus grandes précautions. Le lieutenant
-du roi (il était amoureux de la mémorialiste)
-crut devoir mieux serrer les clefs qu’il avait accoutumé
-de laisser à ma porte, devant laquelle les
-habitants du quartier passaient pour aller à leur promenade.
-Quoiqu’ils fussent toujours bien accompagnés,
-on ne voulait pas laisser sous les yeux cet objet
-de scandale<a name="FNanchor_99" id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">[99]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_99" id="Footnote_99" href="#FNanchor_99"><span class="label">[99]</span></a>
-<i>Mémoires de M<sup>lle</sup> de Launay</i>, p.&nbsp;227.</p>
-</div>
-
-<p>Dès lors, Richelieu put se faire servir par un de
-ses valets de chambre et se procurer des livres, un
-tric-trac et même une basse de viole (un violoncelle)<a name="FNanchor_100" id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">[100]</a>;
-il était, nous l’avons vu, grand amateur de
-musique.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_100" id="Footnote_100" href="#FNanchor_100"><span class="label">[100]</span></a>
-Journal de <span class="smcap">Dangeau</span> (t. XVIII, pp.&nbsp;23-24), 3 avril.</p>
-</div>
-
-<p>Il obtint, en outre, par l’intermédiaire de Le Blanc,
-la faveur d’aller dîner avec certains de ses compagnons
-de captivité chez le gouverneur. M<sup>lle</sup> de
-Launay nous dit quelles étaient les autres distractions
-de cet amoureux en cage:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«En sortant de table, comme il faisait extrêmement
-chaud, nous nous mîmes à la fenêtre. Le lieutenant
-me proposa de chanter: je commençai une
-scène de l’opéra d’<i>Iphigénie</i><a name="FNanchor_101" id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">[101]</a>; et le duc de Richelieu,
-aussi à sa fenêtre, chanta ce qu’Oreste répond
-dans cette scène convenable à notre situation. Maisonrouge
-(le lieutenant du roi) qui pensa que cela
-<span class="pagenum" id="Page_58">[p. 58]</span>
-m’amusait et qui peut-être voulait faire diversion,
-me laissa achever toute la scène.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_101" id="Footnote_101" href="#FNanchor_101"><span class="label">[101]</span></a>
-<i>Iphigénie en Tauride</i>, opéra-tragédie, par Dupré et Danchet,
-musique de Deschamps et Campra (1704).</p>
-</div>
-
-<p>La surveillance, qui avait jusqu’alors étreint Richelieu,
-se relâchait sensiblement.</p>
-
-<p>Le Régent lui-même fermait les yeux; et l’intéressant
-prisonnier se promenait fréquemment sur
-le bastion «la perruque frisée, en habit brodé ou en
-robe de chambre de soie rose floquetée de rubans
-blancs». Et ce fut bientôt, par la rue Saint-Antoine
-jusqu’à la Bastille, la promenade de la Cour, pour
-admirer ce joli petit seigneur, envoyant sourires et
-baisers aux charmantes dames, qui se pressaient
-aux fenêtres des maisons voisines ou à la portière
-de leurs carrosses, «pour voir cette belle image»,
-grogne la Palatine.</p>
-
-<p>Car si son fils commençait à désarmer, elle ne
-dérageait pas, tout en écrivant l’histoire à sa façon.
-Elle ne voulait pas que le «gnome» fût primitivement
-de la conspiration de Cellamare: «Il avait
-ourdi une intrigue de son côté; il s’était mis dans la
-tête de se rendre un personnage tellement considérable,
-qu’on ne pourrait lui refuser un mariage très
-au-dessus de tout ce qu’il pouvait prétendre; lorsqu’il
-a vu que cet espoir s’évanouissait, il s’est,
-par dépit, jeté dans un complot<a name="FNanchor_102" id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">[102]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_102" id="Footnote_102" href="#FNanchor_102"><span class="label">[102]</span></a>
-<i>Correspondance de Madame</i> (édit. Brunet), t.&nbsp;II, p.&nbsp;103, 30 avril.</p>
-</div>
-
-<p>Madame s’était faite ainsi l’écho d’un bruit de
-Cour, auquel M<sup>lle</sup> de Charolais s’efforçait de donner
-consistance, mais en innocentant à fond Richelieu:
-«L’affaire de Bayonne ne saurait être vraie, disait-elle,
-car le duc, qui n’a rien de caché pour moi, m’en
-eût parlé.»</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_59">[p. 59]</span>
-Cette Amazone qui eût, de grand cœur, dégaîné
-pour son chevalier, se refusait à voir le Régent;
-et celui-ci, d’autre part, était querellé, chaque jour,
-par sa fille, M<sup>lle</sup> de Valois, impatiente de savoir
-Richelieu en liberté.</p>
-
-<p>Jusqu’alors, Madame n’avait parlé de cette princesse
-qui lui tenait par les liens du sang. Mais le
-scandale devenait maintenant trop public pour
-qu’elle en dissimulât l’énormité à ses correspondants.
-C’est, le 12 mai, à Saint-Cloud qu’elle leur
-signale «l’horrible coquetterie» de sa petite-fille
-avec cet «endiablé» duc de Richelieu, assez fat pour
-laisser traîner les lettres que lui écrivit M<sup>lle</sup> de Valois.
-Les jeunes gens de la Cour les ont vues: on y
-lisait que la princesse «lui donnait rendez-vous ici».
-La grand-mère n’a pas voulu se charger de sa petite-fille,
-malgré le désir qu’en témoignait sa bru, «parce
-qu’on ne la trompe qu’une fois». (Elle avait donc
-été déjà la dupe de M<sup>lle</sup> de Valois). Elle a «horreur
-de cette évaporée». Puis elle se retourne contre son
-fils: «Ce duc impertinent et hardi se moque de tout.
-Il fait le fier à cause de la bonté du Régent pour lui.
-Châtié comme il le mérite, il mourrait sous les verges...
-Je ne suis pas cruelle de ma nature; mais ce
-polisson-là, je le verrais pendre sans verser une
-larme<a name="FNanchor_103" id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">[103]</a>!» Voilà bien la sensibilité allemande!</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_103" id="Footnote_103" href="#FNanchor_103"><span class="label">[103]</span></a>
-<i>Correspondance de Madame</i> (édition Jœglé), t.&nbsp;II, 12 mai.</p>
-</div>
-
-<p>Il semblait, en effet, qu’à mesure que les récriminations
-devenaient plus vives de part et d’autre,
-le duc d’Orléans penchât davantage pour l’indulgence.
-Dès les premiers jours, il avait laissé pressentir
-cette volte-face:</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_60">[p. 60]</span>
-—«On en apprend plus qu’on n’en veut savoir»,
-disait-il à Villars, qui l’interrogeait sur la culpabilité
-de son protégé<a name="FNanchor_104" id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">[104]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_104" id="Footnote_104" href="#FNanchor_104"><span class="label">[104]</span></a>
-<i>Mémoires de</i> <span class="smcap">Villars</span>, t.&nbsp;III, p.&nbsp;133.</p>
-</div>
-
-<p>Et Dubois, l’âme damnée du Régent, lui reprochait
-une clémence, qui n’était, au fond, qu’un
-adroit marchandage.</p>
-
-<p>Ce père de famille, d’une insouciance notoire,
-trouvait cependant que M<sup>lle</sup> de Valois était d’un
-placement difficile. Il avait récemment choisi pour
-gendre le prince de Piémont. Mais Madame «avait
-eu la bêtise» de jouer à l’épistolière avec l’histoire
-de cette porte de communication ouverte entre
-l’appartement de sa petite-fille et la maison de Richelieu.
-Comme de juste, on en avait jasé et... le
-mariage s’était rompu<a name="FNanchor_105" id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">[105]</a>. Mais voici qu’au lendemain
-de cet échec, la découverte de la conspiration de Cellamare
-offrait au Régent une occasion inespérée de
-se débarrasser enfin de sa fille. C’était cette fois, au
-duc de Modène, peu ou prou renseigné, qu’il destinait
-ce trésor. Et, sans plus tarder, il signifiait à
-M<sup>lle</sup> de Valois qu’elle eût à prendre cet époux, en
-échange de la grâce pleine et entière de Richelieu<a name="FNanchor_106" id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">[106]</a>.
-Ce ne fut pas sans avoir protesté, pleuré, sangloté,
-que cette «malheureuse amante», comme on disait
-alors, «sacrifia l’Amour sur l’autel de l’Hyménée».
-Et Rulhière termine l’anecdote par de menus faits
-d’observation, qui fixent, comme en un décor d’opéra,
-les attitudes respectives des trois protagonistes de
-cette comédie dramatique.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_105" id="Footnote_105" href="#FNanchor_105"><span class="label">[105]</span></a>
-<i>Mémoires de</i> <span class="smcap">Besenval</span>, t.&nbsp;I, p.&nbsp;111.</p>
-
-<p><a name="Footnote_106" id="Footnote_106" href="#FNanchor_106"><span class="label">[106]</span></a>
-<i>Anecdotes sur le duc de Richelieu</i>, par <span class="smcap">Rulhière</span> (édition Asse),
-p.&nbsp;12.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_61">[p. 61]</span>
-Le jour de la cérémonie officielle, affirme-t-il avec
-une désinvolture qui n’a cure de la chronologie,
-Richelieu était libre<a name="FNanchor_107" id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">[107]</a>: ce fut une double joie pour
-M<sup>lle</sup> de Charolais, qui était là, triomphant du désespoir
-de sa rivale; quant au duc, il avait voulu
-assister, lui aussi, dans la chapelle des Tuileries, à
-cette solennité matrimoniale; et il «lorgnait»
-impudemment M<sup>lle</sup> de Charolais, comme s’il eût
-<span class="pagenum" id="Page_62">[p. 62]</span>
-voulu se consoler par avance «de la perte d’une
-conquête aussi brillante<a name="FNanchor_108" id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">[108]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_107" id="Footnote_107" href="#FNanchor_107"><span class="label">[107]</span></a>
-Nous avons retrouvé, à la Bibliothèque de l’Arsenal, dans les
-<i>Archives de la Bastille</i>, l’ordre d’élargissement qui rendait à Richelieu
-sa liberté (Dossier 10672):</p>
-
-<p class="sep2">Monsieur de Launay, ayant bien voulu, de l’avis de mon oncle,
-le duc d’Orléans, régent, permettre que mon cousin le duc de Richelieu,
-lequel, en conséquence de mes ordres, est actuellement
-détenu en mon château de la Bastille, en soit élargy. Je vous envoie
-cette lettre pour vous dire que vous ayiez à le laisser pour cet effet
-sortir de mondit château sans délay ni difficulté. Et la présente
-n’étant pour autre fin, je prie Dieu qu’il vous ayt, Monsieur de Launay,
-en sa sainte garde. Écrit à Paris, le 30<sup>e</sup> d’août 1719.</p>
-
-<p class="cent">Louis,</p>
-
-<p class="rsign"><span class="rpad">Le duc de Richelieu,</span><br />
-Le Blanc.</p>
-
-<p class="sep2">La vérité, telle qu’elle apparaît dans le récit de l’historiographe
-Dangeau, est autant impressionnante, en sa simplicité, que la scène
-théâtrale composée par Rulhière. Les pourparlers officiels pour le
-mariage de M<sup>lle</sup> de Valois datent de la fin d’octobre 1719 et la bénédiction
-nuptiale ne fut donnée aux Tuileries que le 12 février 1720;
-mais, dans l’intervalle, le 6 novembre 1719, au cours d’une promenade à
-cheval au Bois de Boulogne, M<sup>lle</sup> de Valois, en sortant par la porte
-Maillot, fut victime d’un accident mystérieux qui resta inexpliqué.
-En ne se baissant pas assez sur l’encolure de son cheval, elle se heurta
-si violemment à la tête qu’elle en fut blessée; elle fut saignée le soir
-et on lui «rasa» une partie des cheveux pour constater et panser
-la plaie qui n’offrait d’ailleurs aucune gravité. Au lendemain du
-mariage, elle tomba malade et ne se décida que tardivement à partir
-pour Modène: encore le voyage fut-il très long, en raison de cet état
-de santé: elle n’arrivait à destination que le 20 juin 1720 (<span class="smcap">Dangeau</span>:
-<i>Journal</i>, t.&nbsp;XVIII, <i>passim</i>).</p>
-
-<p>En tout cas, si l’anecdote de Rulhière est exacte, elle ne doit
-prendre date que du 12 février 1720.</p>
-
-<p><a name="Footnote_108" id="Footnote_108" href="#FNanchor_108"><span class="label">[108]</span></a>
-<i>Anecdotes</i> de <span class="smcap">Rulhière</span> (édit. Asse).—<i>Les Mémoires</i> de <span class="smcap">Besenval</span>
-(t. I, p.&nbsp;113) soulignent plus énergiquement le cynisme de
-Richelieu, qui «révolta tout le monde, en joignant à l’inconséquence
-d’assister à la cérémonie du mariage l’audace de parler à l’oreille de
-M<sup>lle</sup> de Charolais, en regardant M<sup>lle</sup> de Valois. Et toutes deux en conçurent
-contre lui une haine qu’elles gardèrent jusqu’à leur mort.»
-Dans cette dernière phrase, l’opinion de Besenval est complètement
-erronée, du moins en ce qui concerne M<sup>lle</sup> de Valois.</p>
-</div>
-
-<p>Il reçut cependant de la nouvelle duchesse de Modène
-une autre consolation, d’un prix inestimable,
-s’il faut en croire les informations recueillies par
-Rulhière. Avant de partir pour l’Italie, la jeune
-épousée disposa, en faveur de Richelieu, d’un bien
-qui aurait dû appartenir uniquement à son mari. Et
-comme il faut qu’en notre pays tout finisse par des
-chansons, deux couplets de <i>Momus fabuliste</i>, une
-pièce du Théâtre Français, firent une allusion, à
-peine voilée, à cette disgrâce conjugale<a name="FNanchor_109" id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">[109]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_109" id="Footnote_109" href="#FNanchor_109"><span class="label">[109]</span></a>
-<i>Anecdotes</i> de <span class="smcap">Rulhière</span> (édit. Asse).—<span class="smcap">Maurepas</span> (<i>Mémoires</i>, I,
-152) affirme qu’elle «apporta à son mari une étrange maladie qu’elle
-tenait de son amant».—<i>Momus fabuliste</i> ou les <i>Noces de Vulcain</i>,
-par <i>Fuzelier</i>, jouée en 1719.</p>
-</div>
-
-<p>De leur côté, les satiriques de Cour n’avaient pas
-attendu pour railler, dans un facile jeu de mots,
-le médiocre mariage de M<sup>lle</sup> de Valois. Ils faisaient
-dire à la victime:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">J’épouse un des plus petits princes,</div>
- <div class="vers8">Maître de très petits États,</div>
- <div class="vers8">Quatre desquels ne vaudraient pas</div>
- <div class="vers8">Une de nos moindres provinces.</div>
- <div class="vers8"><img class="vwidth" src="images/vdots.jpg" alt="" /></div>
- <div class="vers8"><img class="vwidth" src="images/vdots.jpg" alt="" /></div>
- <div class="vers8">Nul jeu; finance très petite.</div>
- <div class="vers8">Quelle différence, grand Dieu,</div>
-<span class="pagenum" id="Page_63">[p. 63]</span>
- <div class="vers8">Entre ce pauvre et triste lieu,</div>
- <div class="vers8">Et le <i>riche lieu</i> que je quitte<a name="FNanchor_110" id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">[110]</a>!</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_110" id="Footnote_110" href="#FNanchor_110"><span class="label">[110]</span></a>
-<i>Mélanges historiques, politiques et satiriques</i> (De Boisjourdain),
-1807. 3 vol. in-8<sup>o</sup>, t.&nbsp;I, p.&nbsp;379.—<i>Mémoires</i> de <span class="smcap">Maurepas</span> (1792,
-4 vol.), t.&nbsp;IV, p.&nbsp;77. Et cet ennemi irréconciliable de Richelieu
-ajoutait que, par la suite, la duchesse de Modène avait été «l’instrument
-de l’ambition du Maréchal en faisant déclarer son mari
-pour la France contre l’Autriche» qui d’ailleurs lui avait confisqué
-ses États.</p>
-</div>
-
-<p>Une autre anecdote voulait que Madame, l’implacable
-ennemie de Richelieu, «qui avait retiré
-chez elle M<sup>lle</sup> de Valois», se fût offusquée de l’impertinence
-avec laquelle il affichait sa bonne fortune,
-depuis sa mise en liberté due aux instances
-amoureuses de la fille du Régent. Aussi lui avait-elle
-«fait dire que s’il tenait à la vie, il eût à s’éloigner
-des lieux où elle était<a name="FNanchor_111" id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">[111]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_111" id="Footnote_111" href="#FNanchor_111"><span class="label">[111]</span></a>
-<i>Mélanges de Boisjourdain</i> et autres pièces satiriques sur la duchesse
-de Modène, t.&nbsp;I, pp.&nbsp;379-391.</p>
-</div>
-
-<p>Rien n’est plus faux que ce racontar. La Palatine,
-bien qu’elle eût souhaité voir Richelieu accroché
-à la potence, n’eût pas été femme à l’y envoyer.
-Et d’abord elle se défendait de prendre sa petite-fille
-sous sa garde; puis, si elle avait adressé au
-«gnome», d’aussi terribles menaces, on en trouverait
-trace dans sa correspondance. Or, à consulter
-celle-ci, depuis que Richelieu est sorti de la Bastille,
-il semble que sa liaison avec M<sup>lle</sup> de Valois
-n’ait jamais existé. C’est M<sup>lle</sup> de Charolais seule qui
-porte toutes les responsabilités.</p>
-
-<p>«Le Régent est trop bon<a name="FNanchor_112" id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">[112]</a>, écrit la Palatine, pour
-<span class="pagenum" id="Page_64">[p. 64]</span>
-ce petit duc de Richelieu, qu’il a remis en liberté,
-parce qu’il le persuada qu’il a tout voulu lui révéler.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_112" id="Footnote_112" href="#FNanchor_112"><span class="label">[112]</span></a>
-Le Régent avait fini par répondre aux ministres qui blâmaient
-la mise en liberté de Richelieu: «J’ai fait grâce à ce jeune homme,
-parce que j’ai vu dans sa conduite la folie de son âge plutôt qu’un
-crime réfléchi.»—«Richelieu a tout avoué sans se faire prier, écrit,
-le 2 avril 1719, Caumartin de Boissy à la marquise de Balleroy. La
-seule excuse est que le Régent qui est naturellement bon, le regarde
-comme un fol et aime mieux donner un exemple de clémence que
-de justice.»</p>
-</div>
-
-<p>«Sa maîtresse, M<sup>lle</sup> de Charolais, n’a eu de cesse
-que le Régent lui accordât sa liberté: quelle horreur
-qu’une princesse du sang aille se déclarer devant
-l’univers entier amoureuse comme une chatte
-et d’un individu inférieur comme rang, infidèle,
-car il a une demi-douzaine de maîtresses! Quand
-on le lui dit: Bah! répond-elle, c’est pour me les
-sacrifier; et il me raconte tout ce qui se passe entre
-eux.»</p>
-
-<p>Madame ne peut comprendre une telle inconscience.
-Si elle était superstitieuse, elle croirait que
-Richelieu «a des secrets». Toutes les femmes courent
-après lui; et cependant il est indiscret et bavard:
-n’a-t-il pas eu l’effronterie de déclarer que, si une
-impératrice, belle comme un ange, lui accordait
-ses faveurs, à condition qu’il n’en dise rien, il préférerait
-les refuser? Il est poltron, vain, impertinent:
-«C’est là l’oriflamme de la plupart des femmes.
-Elles lui sacrifient tout leur honneur, tout leur bonheur<a name="FNanchor_113" id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">[113]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_113" id="Footnote_113" href="#FNanchor_113"><span class="label">[113]</span></a>
-<i>Correspondance de Madame</i> (édition Jœglé), 1<sup>er</sup> octobre 1719.</p>
-</div>
-
-<p>Cette dernière phrase, après tant d’injures ou de
-puérilités, est encore le jugement le plus sûr, le plus
-vrai, le plus profondément douloureux qu’ait jamais
-porté la Palatine sur le sort néfaste réservé par
-le duc de Richelieu aux femmes assez malheureuses
-pour l’aimer en toute sincérité.</p>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_65">
-
-<h2>CHAPITRE VII</h2>
-
-<p class="smm"><i>Exil de Richelieu dans son château du Poitou. — Son séjour
-passager à Conflans et à Saint-Germain: diversions parisiennes. — Sa
-retraite à Richelieu lui permettra de rétablir
-ses affaires. — Il y donne l’hospitalité à Voltaire. — Il
-obtient la grâce de revenir à Paris, puis à la Cour. — Faux
-bruit de son mariage avec M<sup>lle</sup> de Charolais. — Son
-prétendu voyage, en colporteur, à la Cour de Modène. — Galerie
-monastique de Richelieu. — Il succède, comme
-académicien, au marquis de Dangeau; son discours; incidents
-de sa réception.</i></p>
-
-<p>Richelieu venait de recevoir une rude leçon;
-mais on a vu qu’elle n’avait guère servi à le rendre
-plus circonspect. Cependant, il ne sortait pas tout
-à fait indemne de l’aventure.</p>
-
-<p>Un ordre du roi, contre-signé par le Régent, l’exilait,
-à bref délai, dans son domaine de Richelieu.
-C’était une application du système de «la relégation»
-à l’intérieur (on lui donnait d’ailleurs ce nom),
-système commun à la plupart des détenus, quand ils
-étaient mis en liberté.</p>
-
-<p>Avant de partir pour «le lieu de son exil» (encore
-un terme du temps), le duc avait suivi son oncle
-par alliance, le cardinal de Noailles, à Conflans, dans
-la somptueuse demeure des archevêques de Paris.
-C’était l’indication qu’avait donnée le Régent à
-M<sup>lle</sup> de Charolais, qui lui avait fait demander «en
-secret» l’autorisation de se rencontrer avec son
-amant, avant qu’il ne quittât définitivement Paris.
-<span class="pagenum" id="Page_66">[p. 66]</span>
-Elle avait su depuis qu’il était à Saint-Germain:
-elle s’était empressée d’y courir<a name="FNanchor_114" id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">[114]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_114" id="Footnote_114" href="#FNanchor_114"><span class="label">[114]</span></a>
-<i>Correspondance</i> de <span class="smcap">Madame</span> (édition Brunet), t.&nbsp;II, p.&nbsp;151,
-2 septembre 1719.</p>
-</div>
-
-<p>En effet, Conflans était trop voisin de la grande
-ville, pour que Richelieu ne fût pas tenté, dès que
-le vénérable prélat était endormi, de lui fausser
-compagnie et d’aller rejoindre ses belles amies, qui
-l’attendaient impatiemment sous les lambris parfumés
-de leurs boudoirs parisiens. Aussi le Régent
-avait-il transféré le lieu d’internement provisoire de ce
-pécheur endurci, de Conflans à Saint-Germain<a name="FNanchor_115" id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">[115]</a>,
-d’où Richelieu ne pouvait s’évader la nuit, surveillé
-qu’il était... ou qu’il devait l’être, par l’agent
-Dulibois. Mais l’interné grisait son gardien et prenait
-aussitôt la clef des champs.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_115" id="Footnote_115" href="#FNanchor_115"><span class="label">[115]</span></a>
-Dangeau atténue la rigueur de la mesure par cette note qui
-annoncerait plutôt une diminution de la peine: «Il n’ira pas à Richelieu,
-mais à Saint-Germain, où il a une maison» (<i>Journal</i>, 11 septembre).</p>
-</div>
-
-<p>Il était temps néanmoins qu’il mît un terme à
-ses escapades nocturnes; l’ordre était formel et le
-Régent avait de trop bonnes raisons pour en laisser
-différer plus longtemps l’exécution. Richelieu parut
-donc se résigner et fit ouvertement ses préparatifs
-de départ<a name="FNanchor_116" id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">[116]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_116" id="Footnote_116" href="#FNanchor_116"><span class="label">[116]</span></a>
-L’avant-veille de sa mise en liberté, Richelieu, avisé de son
-ordre de relégation, avait déjà commencé ses préparatifs pour son
-voyage en Touraine: «Il y avait envoyé des gens pour le meubler»
-(son château) (<i>Journal</i> de <span class="smcap">Dangeau</span>, t.&nbsp;XVIII, 28 août); mais ses
-frasques à Saint-Germain durent faire changer d’avis le Régent,
-car Buvat, qui avait noté (<i>Journal</i>, p.&nbsp;426) la commutation de peine,
-annonce en octobre (p. 430) que Richelieu ira définitivement en Poitou;
-(sous l’ancien régime la ville de Richelieu dépendait de la
-province de Poitou: elle appartient aujourd’hui au département
-d’Indre-et-Loire, elle est donc en Touraine.)</p>
-</div>
-
-<p>Aussi bien cette retraite s’imposait. Il était
-<span class="pagenum" id="Page_67">[p. 67]</span>
-urgent que le duc, entraîné dans des dépenses excessives
-par ses goûts fastueux et par les folies de sa
-vie de plaisir, apportât un peu d’ordre à la gestion
-de ses affaires, dans l’atmosphère, moins agitée,
-d’une résidence provinciale.</p>
-
-<p>Assurément, il avait eu un geste plein de noblesse,
-quand il avait signé la reconnaissance des
-dettes paternelles. Mais, lui-même, par ostentation
-ou par intérêt, était un magnifique, qui dépensait
-trop souvent sans calculer. La levée des scellés,
-apposés, lors de sa récente arrestation, par le lieutenant
-de police Machault d’Arnouville, avait permis
-de constater ces prodigalités intempestives.
-Richelieu, en vue de la campagne qu’il méditait
-pour le roi d’Espagne, avait commandé l’achat de
-«quatre-vingts chevaux de main» avec housses et
-couvertures de luxe, cent mulets et nombre de chariots.
-Ses revenus personnels, évalués à trois cent
-mille livres de rente, ne pouvaient suffire à de si
-lourdes dépenses: d’abord, il en avait abandonné
-deux cent soixante mille aux créanciers de la succession;
-puis sa fâcheuse équipée l’avait obligé à
-céder momentanément son régiment à Du Rys, qui
-en était le lieutenant. Aussi, pour s’assurer des
-ressources avait-il dû se défaire de sa terre de
-Ruel<a name="FNanchor_117" id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">[117]</a>. Il l’avait cédée, moyennant 42.000 écus, à
-<span class="pagenum" id="Page_68">[p. 68]</span>
-la maison royale de Saint-Cyr, en se réservant la
-coupe et l’exploitation des arbres à haute futaie,
-estimés 150.000 livres. Enfin, d’après Dangeau, «la
-grande duchesse» (de Toscane), avait «acheté à vie»
-au duc de Richelieu, son hôtel de la Place Royale<a name="FNanchor_118" id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">[118]</a>:
-elle lui en avait donné 80.000 livres et lui avait
-laissé, en outre, la jouissance, pendant deux ans,
-de la maison qu’elle avait louée également Place
-Royale.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_117" id="Footnote_117" href="#FNanchor_117"><span class="label">[117]</span></a>
-<span class="smcap">Buvat</span>: <i>Journal de la Régence</i>, t.&nbsp;I, p.&nbsp;430.—<i>Arch. Nation.</i>,
-Y<sup>48</sup> f<sup>o</sup> 133 et suiv. <i>Contrat de vente des fiefs et bâtiments du Val
-de Ruel</i>, par Sandré, avocat au Parlement, comme «tuteur» et «à
-la charge de l’avis des Seigneurs parents dudit duc de Richelieu»,
-avec «promesse de ratification de celui-ci dès qu’il sera majeur».
-Cette vente était au profit des créanciers du Cardinal, probablement
-parce que son arrière-petit-neveu ne pouvait plus en payer
-les rentes. La vente était faite devant lui «demeurant d’ordinaire
-à la Place Royale», mais «alors dans son hôtel de Saint-Germain-en-Laye».—Ce
-domaine du Val Ruel était considérable; mais il ne
-faut pas le confondre avec la «Seigneurie» de Ruel, son château,
-demeure favorite du Cardinal, et ses fameux jardins, le tout appartenant
-à la branche Du Plessis Vignerot d’Aiguillon qui en était
-encore possesseur sous le Directoire.</p>
-
-<p><a name="Footnote_118" id="Footnote_118" href="#FNanchor_118"><span class="label">[118]</span></a>
-Ce dut être une vente simulée ou à réméré; car nous retrouvons,
-treize ans après, Richelieu propriétaire de l’hôtel de la Place
-Royale.</p>
-</div>
-
-<p>Le séjour de Richelieu était donc devenu pour le
-gentilhomme endetté une nécessité budgétaire—nécessité
-au surplus fort agréable; car le château
-était une pure merveille; et le Cardinal, qui l’avait
-relevé de ses ruines, dans une ville créée par lui,
-comme pour être le satellite de cet astre grandiose,
-l’avait doté d’un domaine considérable.</p>
-
-<p>Voltaire, qui voyageait alors de château en château,
-venait précisément de s’arrêter à Richelieu, trop
-heureux d’y commencer auprès du propriétaire ce service
-d’adulation qu’il devait continuer jusqu’à la
-fin de ses jours. Il ne tarissait pas en éloges sur
-l’œuvre du ministre de Louis&nbsp;XIII: «Je suis actuellement,
-écrit-il à Thieriot, dans le plus beau château
-de France. Il n’y a point de prince en Europe qui
-ait de si belles statues antiques et en si grand nombre.
-<span class="pagenum" id="Page_69">[p. 69]</span>
-Tout se ressent ici de la grandeur du cardinal de Richelieu.
-La ville est bâtie comme la Place Royale.
-Le château est immense; mais ce qui m’en plaît
-davantage, c’est M. le duc de Richelieu que j’aime
-avec une tendresse infinie<a name="FNanchor_119" id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">[119]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_119" id="Footnote_119" href="#FNanchor_119"><span class="label">[119]</span></a>
-<span class="smcap">Voltaire</span>: <i>Correspondance générale.</i> Lettre du 25..... 1720.</p>
-</div>
-
-<p>Que les destins sont changeants! Ce château que
-La Fontaine, lui aussi, avait tant célébré dans ses
-lettres à sa femme, n’existe plus aujourd’hui qu’à
-l’état de souvenir; et la ville, que le bonhomme avait
-condamnée à une fin prochaine, est encore debout,
-tout en ayant à peu près conservé le caractère architectural
-que lui avait imposé son fondateur<a name="FNanchor_120" id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">[120]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_120" id="Footnote_120" href="#FNanchor_120"><span class="label">[120]</span></a>
-Cependant les Jumilhac, qui ont pu, en raison de leur parenté,
-être substitués aux noms, titres et biens de Richelieu, se sont donné
-pour mission de réédifier le château avec ses dépendances: cette
-noble tâche se poursuit à l’heure présente (1914). Dans un livre de
-belle allure (<i>En flânant</i>, 1913), M. André Hallays a publié une intéressante
-monographie sur la ville et le château de Richelieu.</p>
-</div>
-
-<p>Mais il ne semble pas que Richelieu ait été fort
-pressé d’aller se confiner dans «le plus beau château
-de France». Souple, gracieux, insinuant, il fit jouer
-toutes ses influences pour obtenir de nouveaux délais.
-Le Régent, chez qui la rancune n’était pas tenace,
-se laissait facilement attendrir. Au commencement
-de décembre, le solliciteur eut la permission de
-venir à Paris, mais avec l’interdiction de se présenter
-devant le duc d’Orléans et le roi<a name="FNanchor_121" id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">[121]</a>. Cette double
-faveur lui était rendue quelques jours après; il avait
-ainsi recouvré sa pleine et entière liberté<a name="FNanchor_122" id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">[122]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_121" id="Footnote_121" href="#FNanchor_121"><span class="label">[121]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Dangeau</span>, p.&nbsp;178 (9 décembre).</p>
-
-<p><a name="Footnote_122" id="Footnote_122" href="#FNanchor_122"><span class="label">[122]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, p.&nbsp;184 (15 décembre).</p>
-</div>
-
-<p>Il put donc assister, comme le raconte Rulhière,
-au mariage de M<sup>lle</sup> de Valois; et il dut également
-<span class="pagenum" id="Page_70">[p. 70]</span>
-profiter de son retour définitif à Paris, pour remédier
-au délabrement de sa fortune, mais autrement
-qu’il ne l’eût fait en son château du Poitou. Le «système»
-de Law bouleversait alors l’économie financière
-de la France, et l’agiotage qu’il favorisait
-déséquilibrait les cerveaux les mieux organisés.
-Richelieu qui, nous le savons, était un joueur effréné,
-vit dans ces alternances de hausse et de baisse une
-occasion inespérée de se remettre à flot. Il spécula
-sans relâche et réussit, à l’exemple d’ailleurs d’autres
-grands seigneurs et même de princes de la maison
-de Bourbon<a name="FNanchor_123" id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">[123]</a>. L’un d’eux, qui suivait de près ces
-opérations, rencontre, un jour, Richelieu au foyer
-de la Comédie et l’interpelle:</p>
-
-<p>—«Gagnez-vous beaucoup à tous ces papiers?</p>
-
-<p><span class="smcap">Richelieu</span>: «Pas encore; mais il y a apparence
-que nous y gagnerons par la suite.</p>
-
-<p><span class="smcap">Le Prince</span>: «Voilà bien le discours d’un homme
-qui a été trois fois à la Bastille.</p>
-
-<p><span class="smcap">Richelieu</span>: «Et vous, Monseigneur, qui n’y
-avez pas été encore, qu’en pensez-vous<a name="FNanchor_124" id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">[124]</a>?»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_123" id="Footnote_123" href="#FNanchor_123"><span class="label">[123]</span></a>
-<span class="smcap">Capefigue</span>: <i>Le Maréchal de Richelieu</i> (1857, p.&nbsp;47): «les pamphlets
-du temps le placent dans l’armée des agioteurs.»</p>
-
-<p><a name="Footnote_124" id="Footnote_124" href="#FNanchor_124"><span class="label">[124]</span></a>
-<i>Journal</i>, <i>Mémoires</i>, etc., de <span class="smcap">Marais</span> (1863), t.&nbsp;I, p.&nbsp;269.</p>
-</div>
-
-<p>Ce dialogue prouve, de reste, l’extrême prudence
-d’un «homme» qui tenait à ne pas divulguer ses
-bénéfices de joueur et surtout à ne pas retourner
-une quatrième fois à la Bastille. Mais, ce qui paraîtra
-incroyable, c’est que ce même «homme»
-si fat, si indiscret, si... indélicat—pour atténuer
-un terme d’argot moderne—avec les femmes, évitait
-maintenant de trop afficher ses bonnes fortunes.</p>
-
-<p>Ce sont les nouvellistes, toujours à l’affût des
-<span class="pagenum" id="Page_71">[p. 71]</span>
-échos mondains ou des petits scandales du jour,
-qui colportent, quand ils ne les inventent pas, les
-anecdotes galantes de Richelieu.</p>
-
-<p>«On prétend, dit le <i>Journal</i> de Marais, en juillet,
-que M<sup>lle</sup> de Charolais a épousé le duc dans la chapelle
-de Vincennes, après avoir adressé les sommations
-d’usage à M<sup>me</sup> la Princesse, sa grand-mère.»
-Quelques jours après, le mariage est confirmé. Et,
-dans un salon, un fils de Saint-Simon ne va-t-il pas
-s’écrier étourdiment: «La voilà bien malheureuse
-d’avoir épousé un duc et un pair! M<sup>lle</sup> de Valois
-ne vient-elle pas d’épouser un gentilhomme de
-campagne?»</p>
-
-<p>Le manuscrit<a name="FNanchor_125" id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">[125]</a>, que nous avons déjà cité, de la
-Bibliothèque de la Ville de Paris, affirme, lui aussi,
-la consécration du mariage, en l’enjolivant de détails
-non moins suspects—pour ne pas dire absolument
-faux—que les faits qui l’ont précédée. Le duc de
-Bourbon, persistant dans ses intentions premières,
-aurait menacé Richelieu de volées de bois vert et de
-coups d’épée, s’il continuait à fréquenter sa sœur.
-Le destinataire n’en avait pris nul souci. Il avait
-même recueilli M<sup>lle</sup> de Charolais, grosse de trois
-mois et l’aurait épousée dans un village à une demi-lieue
-de Paris, sans autre témoin qu’une vieille
-femme de chambre. Le duc de Bourbon eut beau
-jeter feu et flammes: sa colère était impuissante,
-M<sup>lle</sup> de Charolais ayant dépassé vingt-cinq ans, l’âge
-de la majorité légale. Il se vit donc forcé de reconnaître
-Richelieu pour beau-frère. Il y consentit, mais
-à la condition que sa sœur continuerait à porter son
-<span class="pagenum" id="Page_72">[p. 72]</span>
-nom de fille et que son mariage ne serait déclaré
-qu’après sa mort<a name="FNanchor_126" id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">[126]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_125" id="Footnote_125" href="#FNanchor_125"><span class="label">[125]</span></a>
-<i>Bibliothèque de la Ville de Paris.</i> Manuscrit 6691.</p>
-
-<p><a name="Footnote_126" id="Footnote_126" href="#FNanchor_126"><span class="label">[126]</span></a>
-<span class="smcap">Marais</span> (<i>Journal</i>, 1863, t.&nbsp;I, p.&nbsp;326) prête ce mot au duc de Bourbon
-morigénant sa sœur: «Encore, si vous épousiez un gentilhomme!»—Et
-Marais part de là pour établir en deux longues pages que, si des
-princesses de la maison de Bourbon (et il les cite) épousèrent des
-gens de qualité, «la noblesse des Vignerot est équivoque».</p>
-</div>
-
-<p>Est-il plus absurde roman? Quel prêtre aurait
-osé bénir, quatorze ans plus tard, l’union d’un bigame
-avec M<sup>lle</sup> de Guise, M<sup>lle</sup> de Charolais étant
-toujours vivante?</p>
-
-<p>Au reste, si celle-ci eût été réellement la femme
-légitime de Richelieu, lui eût-elle écrit, à cette même
-date (juillet-août 1720), la lettre suivante, dont
-M. de Lescure garantit l’authenticité? Elle répugne
-à l’idée que Richelieu va se marier (sans doute quelque
-projet en l’air) et elle ajoute:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>... «Je vous prie de me mander si vos cheveux
-sont assez longs pour faire un bracelet, et de les
-faire croître s’ils ne le sont pas. Je me jette dans la
-galanterie. Je vais faire faire des chiffres de diamant
-pour orner ce bracelet. Je voudrais que ce
-fût le vôtre et le mien; mais des <i>R</i> et des <i>C</i> seraient
-trop clairs. On me les ferait brûler au bras par la
-main du bourreau; et je ne me sens pas encore le
-goût du martyre, ni la fermeté de saint Laurent.
-Ainsi, cherchez-moi dans vos noms de baptême
-quelque lettre qui soit à couvert de l’insulte.»</p>
-</div>
-
-<p>Cet échange de jolis cadeaux qui rappelle le temps
-et les coutumes de la chevalerie, est plus admissible
-que l’extraordinaire voyage de Richelieu en Italie,
-sur le désir de M<sup>lle</sup> de Valois, devenue duchesse de
-Modène. Faur raconte, avec quel luxe de détails,
-<span class="pagenum" id="Page_73">[p. 73]</span>
-cette randonnée ultramontaine, où l’on voit l’amoureux
-seigneur, travesti en porte-balle, pénétrer dans
-le palais ducal pour tomber aux pieds de sa belle
-maîtresse et lui offrir tout à la fois ses livres et son
-cœur<a name="FNanchor_127" id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">[127]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_127" id="Footnote_127" href="#FNanchor_127"><span class="label">[127]</span></a>
-Les <i>Mémoires secrets</i> de <span class="smcap">Duclos</span>, publiés pour la première fois,
-en 1791, disent (tome II, p.&nbsp;383) que Richelieu, lors de son voyage
-en Italie, n’osa pas approcher de Modène.</p>
-</div>
-
-<p>Certes, ces déguisements, auxquels excellait Richelieu,
-sont bien dans la note du temps; mais d’autres
-«galanteries»—pour nous servir de l’expression
-louis-quatorzième de M<sup>lle</sup> de Charolais—amusaient
-alors le raffiné libertin qu’était Richelieu.
-Et ces «galanteries» ne sont pas les rêves d’un
-cerveau romanesque: elles appartiennent à l’histoire
-de l’art et des mœurs au <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle.</p>
-
-<p>La Palatine, quand elle rend compte, le 31 mars
-1719, de l’arrestation du «gnome», dit qu’il a fait
-peindre toutes ses maîtresses revêtues des costumes
-des divers ordres religieux, M<sup>lle</sup> de Charolais en
-récollette et «parfaitement ressemblante», les Maréchales
-de Villars et d’Estrées en habit de capucines.</p>
-
-<p>De son côté, M. Sensier, dans ses notes et commentaires
-sur le journal de Rosalba Carriera, l’illustre
-peintre du commencement du <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle<a name="FNanchor_128" id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">[128]</a>, ajoute
-que M<sup>me</sup> de Parabère en carmélite, M<sup>me</sup> de Villeroy
-en récollette et M<sup>lle</sup> de Charolais en capucine,
-figuraient dans cette galerie monastique, qu’avait
-imaginée Richelieu pour commémorer, par un voluptueux
-sacrilège, les charmes voilés de ses nobles
-maîtresses.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_128" id="Footnote_128" href="#FNanchor_128"><span class="label">[128]</span></a>
-<i>Journal de Rosalba Carriera</i>, 1865, pp.&nbsp;348-349.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_74">[p. 74]</span>
-Or, à cette époque, s’il faut en croire la chronique
-scandaleuse, des grands seigneurs organisèrent
-des fêtes orgiaques, où, déguisés en moines
-de différents ordres, ils menaient le bal avec des
-filles d’opéra, travesties en nonnes de toutes communautés.
-L’archevêque de Paris, averti d’un tel
-scandale, porta plainte au lieutenant de police, qui
-menaça ces religieuses de contrebande de les jeter
-à l’Hôpital, tondues et en «robe de pénitence» pour
-tout de bon, le jour où elles recommenceraient leur
-mascarade. Et l’on peut se demander si celle-ci ne
-donna pas l’idée de sa galerie monastique à Richelieu,
-ou ne fut, au contraire, qu’une mise en scène,
-très élargie, de l’idée libertine du jeune duc.</p>
-
-<p>En tout cas, qu’est devenue cette collection qui
-serait aujourd’hui d’un prix inestimable? Vainement
-nous en avons cherché la trace dans le catalogue
-de la vente Richelieu qui fut publié trois mois
-après la mort du Maréchal. La description des tableaux,
-dessins, estampes, etc... est, dans certaines
-parties, donnée en termes si vagues, qu’il serait
-bien difficile d’en déduire telle ou telle identification.</p>
-
-<p>Peut-être cette collection avait-elle été saisie,
-détruite ou dispersée, lorsque Richelieu avait été
-conduit pour la troisième fois à la Bastille. Ce qui
-paraît hors de doute, c’est que le seul portrait qu’on
-en connaisse est celui de M<sup>lle</sup> de Charolais en récollette,
-actuellement au Musée de Versailles. La princesse
-est représentée portant une besace, et dans
-une attitude mélancolique, près d’un monument
-offrant une lointaine ressemblance avec la Bastille.
-<span class="pagenum" id="Page_75">[p. 75]</span>
-Voltaire avait accompagné ce portrait du quatrain
-célèbre:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers7">Frère Ange de Charolois</div>
- <div class="vers7">Dis nous par quelle aventure</div>
- <div class="vers7">Le cordon de Saint-François</div>
- <div class="vers7">Sert à Vénus de ceinture.</div>
-</div>
-
-<p>Cette œuvre n’est certainement pas de la Rosalba;
-car si l’artiste vint en France dans le courant de
-l’année 1719—date probable du portrait dont
-l’auteur anonyme est resté inconnu—elle ne travailla
-qu’en 1720-1721 pour M<sup>lle</sup> de Charolais. Son
-journal, d’ailleurs, en fait foi. Capefigue, dans sa
-Biographie-Panégyrique de Richelieu, prétend que
-le tableau de Versailles est de Rigaud, ce qui n’est
-guère admissible.</p>
-
-<p>Ces questions de date, dont se préoccupaient fort
-peu nos pères, ne laissent pas cependant que de
-devenir irritantes pour l’historien soucieux de fixer
-exactement le jour ou l’année des événements qui
-constituent la trame de son sujet. Ainsi le portrait
-de «Récollette» ou «Cordelière», signalé par Madame
-dans sa lettre du 31 mars 1719 (la Palatine,
-elle au moins, ne les oublie pas les dates), peut très
-bien avoir été exécuté en 1718, et même en 1717,
-époque à laquelle commença la liaison de Richelieu
-avec M<sup>lle</sup> de Charolais.</p>
-
-<p>On n’est pas mieux renseigné sur le séjour dans le
-château du Poitou, signalé par la lettre de Voltaire
-à Thieriot. La date qu’en donne le poète (le samedi
-25..... 1720) est tellement imprécise qu’elle laisse le
-champ ouvert à toutes les hypothèses. Risquons la
-<span class="pagenum" id="Page_76">[p. 76]</span>
-nôtre. Il est vraisemblable qu’en raison d’habitudes
-seigneuriales ayant aujourd’hui encore force de loi, le
-duc reprit la vie de château dans les premiers jours
-de l’automne de 1720<a name="FNanchor_129" id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">[129]</a>. Or, le marquis de Dangeau,
-l’historiographe, doyen de l’Académie française,
-mourut le 9 septembre de cette même année<a name="FNanchor_130" id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">[130]</a>. Nul
-autre qu’un courtisan qualifié ne pouvait le remplacer
-dignement et lequel était mieux désigné pour un
-tel office que ce grand seigneur, arrière-petit-neveu
-du fondateur de l’Académie, si poli, si aimable,
-si séduisant, type accompli de l’honnête homme?
-Richelieu dut vraisemblablement être pressenti à
-cet égard par quelques-uns de ses futurs collègues;
-et il n’est pas improbable que son hôte, Voltaire,
-alors fort occupé à terminer son ennuyeux poème
-de la Henriade, ait été consulté par le châtelain sur
-l’opportunité de son entrée à l’Académie et du langage
-qu’il y pourrait tenir. Toujours est-il que Richelieu
-s’y présenta et qu’il y fut élu à l’unanimité,
-le 14 novembre, avec l’abbé de Roquette de burlesque
-mémoire<a name="FNanchor_131" id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">[131]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_129" id="Footnote_129" href="#FNanchor_129"><span class="label">[129]</span></a>
-Marais dit, dans son <i>Journal</i>, que Richelieu alla rejoindre, au
-mois d’août, son régiment dans la ville d’Oloron en Béarn.</p>
-
-<p><a name="Footnote_130" id="Footnote_130" href="#FNanchor_130"><span class="label">[130]</span></a>
-<i>Mercure de France</i>, de septembre 1720.</p>
-
-<p><a name="Footnote_131" id="Footnote_131" href="#FNanchor_131"><span class="label">[131]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, de novembre 1720.</p>
-</div>
-
-<p>Le récipiendaire avait confié la composition du
-discours traditionnel à trois de ses confrères, Fontenelle,
-Destouches et Campistron, qui, de ce fait,
-devinrent ses «teinturiers», ainsi qu’on appelait
-et qu’on appelle encore les fabricants de littérature
-à l’usage des gens trop occupés ou trop empêchés
-pour rédiger eux-mêmes leurs futurs ouvrages.
-Fontenelle, Destouches et Campistron écrivirent
-<span class="pagenum" id="Page_77">[p. 77]</span>
-donc, chacun, séparément, une harangue académique,
-où Richelieu n’eut que la peine de cueillir
-les passages qu’il jugeait les plus topiques et de les
-assembler en mosaïque pour sa réception solennelle
-du 12 décembre<a name="FNanchor_132" id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">[132]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_132" id="Footnote_132" href="#FNanchor_132"><span class="label">[132]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Marais</span>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;17.</p>
-</div>
-
-<p>Le «compliment» dont l’abbé Gédoyn, directeur
-de l’Académie, salua le récipiendaire, amusa fort
-l’assistance. Il le félicita de n’avoir pas oublié son
-rang pour réaliser «des gains sordides». Et quand
-un autre Immortel, le duc de la Force, qui venait,
-par spéculation, d’accaparer les épices et la chandelle,
-s’empressa de son mieux auprès du nouvel
-élu, celui-ci lui répondit que tout l’honneur de la
-séance devait revenir à M. Gédoyn «qui avait merveilleusement
-caractérisé tout le monde». La Force
-en fit une laide grimace<a name="FNanchor_133" id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">[133]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_133" id="Footnote_133" href="#FNanchor_133"><span class="label">[133]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span> (1857, 8 vol.), t.&nbsp;I., p.&nbsp;90.</p>
-</div>
-
-<p>S’il en fut ainsi, le bon abbé perdit là une excellente
-occasion de se taire: ignorait-il donc les coups
-de bourse qui avaient tiré d’affaire le duc de Richelieu?</p>
-
-<p>Le discours du nouvel académicien fut trouvé
-très beau: «quoique fort court, il plut par la dignité,
-la liberté, la grâce avec laquelle il fut récité<a name="FNanchor_134" id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">[134]</a>.» Richelieu
-y faisait l’éloge de Villars et le panégyrique
-de Louis&nbsp;XIV. Il fut chaleureusement applaudi,
-surtout par les dames qui assistaient en nombre à
-cette solennité. Et les chroniqueurs ajoutent qu’il
-<span class="pagenum" id="Page_78">[p. 78]</span>
-reçut, le même jour, «trois billets de rendez-vous»
-de M<sup>lle</sup> de Charolais et des duchesses de Duras et
-de Villeroy.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_134" id="Footnote_134" href="#FNanchor_134"><span class="label">[134]</span></a>
-<i>Mercure de France</i>, de décembre 1720.—On s’est beaucoup
-amusé de l’orthographe de Richelieu; et Ludovic Lalanne qui eut
-entre les mains le manuscrit autographe de son discours académique,
-y relève (<i>Curiosités littéraires</i>, 1857, p.&nbsp;280), des fautes telles
-que <i>reigne</i> pour règne; <i>seint</i> pour sein; <i>flambau</i> pour flambeau;
-<i>dérangassent</i> pour dérangeassent; <i>court</i> pour cour; <i>rendus</i> pour
-rendu; <i>accez</i> pour accès; <i>pront</i> pour prompt; <i>pris</i> pour prix; <i>crétien</i>
-pour chrétien; <i>antier</i> pour entier. Et il ajoute «Au moins il
-avait composé lui-même ce discours.» Nous savons maintenant
-ce qu’il en faut croire; quant à l’orthographe, dont les règles échappaient
-quelquefois à Voltaire lui-même, il est certain que Richelieu
-ne l’observait guère, mais nous avons vu de ses autographes
-beaucoup moins incorrects que son discours académique.</p>
-</div>
-
-<p>Son entrée à l’Académie, bien qu’il n’eût pas
-encore atteint la majorité légale, lui conférait en
-quelque sorte la robe virile: hélas! il s’en fallait
-de tout qu’il fût assagi.</p>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_79">
-
-<h2>CHAPITRE VIII</h2>
-
-<p class="smm"><i>Nouvelles aventures de Richelieu. — M<sup>me</sup> de Villeroy et
-M<sup>me</sup> d’Alincourt. — Comment Richelieu se venge du
-Régent. — Duel avec le duc de Bourbon. — Une légende
-dorée. — M<sup>lle</sup> de Maupin n’a pu être la maîtresse de Richelieu. — Le
-duel de MM<sup>mes</sup> de Nesle et de Polignac. — Amitié
-de Richelieu pour le duc de Melun.</i></p>
-
-<p>Dans la vie galante de Richelieu, la période de
-cinq ans, qui suivit sa majorité, fut assurément la
-plus féconde en aventures de toutes sortes, en conquêtes
-brillantes, en rapts scandaleux, en noires
-trahisons. Cet amoureux perpétuel avait des grâces
-d’état: il menait six intrigues de front. Si, en vertu
-de ce dicton, qu’on ne prête qu’aux riches, des spéculations
-de librairie ont attribué à Richelieu plus
-de bonnes fortunes, chaque jour, que ses capacités
-physiologiques, si grandes fussent-elles, ne lui permettaient
-d’en prétendre, les témoignages contemporains
-sont trop nombreux et trop précis pour qu’il
-soit possible de mettre en doute les fréquentes
-prouesses de celui que la Palatine appelait rageusement
-la «coqueluche de toutes les femmes».</p>
-
-<p>A Dieu ne plaise que nous nous attardions à énumérer
-ses victimes; le terme est exact, car il est bien
-peu de ces femmes qui n’eurent pas à souffrir de
-l’indifférence, de la vanité, de l’indiscrétion, de la
-perfidie de ce bourreau des cœurs. Nous n’en nommerons
-que quelques-unes dont l’Histoire doit connaître,
-ne fût-ce que pour mieux fixer une figure
-aux aspects parfois si fuyants.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_80">[p. 80]</span>
-Quoique ait pu en écrire Charles Giraud<a name="FNanchor_135" id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">[135]</a>, indigné
-des insinuations malveillantes du Président Hénault<a name="FNanchor_136" id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">[136]</a>
-contre la Maréchale de Villars, Richelieu
-respecta fort peu les lauriers de l’illustre soldat
-qui l’avait mené au baptême du feu. Mais, si les
-courtisans parlèrent à mots couverts de cette erreur
-de la charmante duchesse, ils firent grand bruit autour
-de l’attentat commis contre la marquise d’Alincourt.
-M<sup>me</sup> de Villeroy, la belle-sœur de cette dame,
-s’était si fort amourachée de Richelieu, qu’oubliant
-toute pudeur, elle avait consenti à souper, <i>in naturalibus</i>,
-avec lui et avec les amis de son amant.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_135" id="Footnote_135" href="#FNanchor_135"><span class="label">[135]</span></a>
-Charles <span class="smcap">Giraud</span>: <i>La Maréchale de Villars et son temps</i>, 1881.</p>
-
-<p><a name="Footnote_136" id="Footnote_136" href="#FNanchor_136"><span class="label">[136]</span></a>
-<i>Mémoires</i> du Président <span class="smcap">Hénault</span> (1855).—Il était des amis
-de la Maréchale et «y vivait beaucoup». Voici le passage incriminé
-par Giraud: «Sa maison (celle de la duchesse) fut toujours remplie
-de la meilleure compagnie. C’était une attention qu’elle avait
-toujours eue toute sa vie et qui la garantit de la dégradation de
-ses galanteries.»</p>
-</div>
-
-<p>Richelieu, suivant sa tactique familière, délaissa
-bientôt M<sup>me</sup> de Villeroy. Mais cette amoureuse passionnée
-n’eut de cesse que l’infidèle lui revînt. Il
-daigna y consentir, à la condition toutefois qu’elle
-lui livrerait la marquise d’Alincourt, dont la réputation
-de sagesse avait singulièrement stimulé l’audace
-du libertin. M<sup>me</sup> de Villeroy s’y engagea; et certain
-jour que, se promenant avec sa belle-sœur dans les
-jardins de Versailles, elle vit fondre sur la proie
-offerte le comte de Riom et Richelieu, elle saisit les
-mains de M<sup>me</sup> d’Alincourt; mais celle-ci se débattit si
-énergiquement, en appelant à l’aide, qu’on accourut
-à ses cris<a name="FNanchor_137" id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">[137]</a>. L’anecdote a été rapportée par plusieurs
-<span class="pagenum" id="Page_81">[p. 81]</span>
-mémorialistes; mais Rulhière, bien qu’il raconte
-l’histoire d’un souper où M<sup>me</sup> de Villeroy avait imposé
-la présence de Richelieu à sa belle-sœur, Rulhière
-nie qu’elle ait tenu les mains de M<sup>me</sup> d’Alincourt:
-il imagine, par contre, un joli roman dans
-lequel la marquise, restée subitement seule avec
-Richelieu, finit par céder à l’irrésistible séducteur
-et «sortit pleine de trouble, de jalousie et de remords,
-pour aller chanter pouilles à M<sup>me</sup> de Villeroy».
-Depuis, elle ne voulut revoir de sa vie son
-vainqueur. Mais l’aventure avait fait du bruit; et
-Richelieu ne demandait pas autre chose<a name="FNanchor_138" id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">[138]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_137" id="Footnote_137" href="#FNanchor_137"><span class="label">[137]</span></a>
-<i>Correspondance</i> de <span class="smcap">Madame</span> (édit. Jœglé), t.&nbsp;II, p.&nbsp;359, 6 août
-1722.—La Palatine appelle Riom, cet amant de la duchesse de
-Berry, «un ondin»—toujours l’imagination romantique de l’allemande.</p>
-
-<p><a name="Footnote_138" id="Footnote_138" href="#FNanchor_138"><span class="label">[138]</span></a>
-<i>Anecdotes</i> de <span class="smcap">Rulhière</span>, p.&nbsp;24.</p>
-</div>
-
-<p>Il avait, en outre, un compte à régler avec le
-duc d’Orléans. Il ne pouvait lui pardonner le mariage
-de M<sup>lle</sup> de Valois et résolut de se venger du
-prince sur un terrain où il ne doutait pas qu’il n’eût
-toujours l’avantage. Il entreprit donc la conquête
-des maîtresses du Régent. Celui-ci, bien qu’il se plaignît
-volontiers de rencontrer sans cesse Richelieu
-sur ses pas, était de trop bonne composition en matière
-d’amour, pour chercher à se débarrasser, par
-la violence, d’un rival qui avait prudemment renoncé
-à s’occuper des affaires de l’État. Richelieu,
-sachant toutefois qu’il agacerait au possible son
-ennemi sans en éprouver le ressentiment, usa des
-mille ressources de son esprit inventif et astucieux,
-pour parvenir à ses fins. Un jour, il faisait donner,
-dans la maison d’Auteuil du chanteur Thévenard,
-une fête villageoise, en l’honneur de la Souris, une
-fille d’Opéra chère au duc d’Orléans; et, la nuit
-même, au milieu du bal, après le feu d’artifice, il
-enlevait la sémillante comédienne sur un phaéton
-<span class="pagenum" id="Page_82">[p. 82]</span>
-qui filait à toutes brides sur Paris. Une autre fois,
-c’était M<sup>me</sup> d’Averne<a name="FNanchor_139" id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">[139]</a>, la maîtresse en titre du Régent,
-qui, sous prétexte de migraine, déclinait une
-invitation du prince, pour condamner sa porte et
-souper avec Richelieu. Actrices, bourgeoises et
-femmes de qualité, amies du chef de l’État, ne suffirent
-bientôt plus au grand seigneur vindicatif pour
-satisfaire sa rancune. Il s’attaqua, de nouveau, à
-la famille même du Régent, s’il faut ajouter foi aux
-chroniques contemporaines. Reçu dans l’intimité
-de la duchesse de Berry, aux soupers licencieux du
-Luxembourg, il aurait eu une passade avec cette
-fille du duc d’Orléans, qui n’en était plus, à vrai
-dire, à compter ses caprices: «Nous nous aimâmes
-vingt-quatre heures, par curiosité», disait-il<a name="FNanchor_140" id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">[140]</a>. Sa
-liaison avec une autre fille du Régent, cette névrosée
-qui fut abbesse de Chelles, n’aurait pas été, paraît-il,
-de plus longue durée. Mais en admettant que sa
-vantardise et son indiscrétion coutumières fussent
-d’accord avec la vérité, il n’aggravait que trop leur
-jactance par des propos qui étaient autant d’infâmes
-calomnies: «Le duc d’Orléans, prétendait-il, fermait
-les yeux sur les faiblesses de ses filles, content
-de les partager.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_139" id="Footnote_139" href="#FNanchor_139"><span class="label">[139]</span></a>
-<i>Anecdotes</i> de <span class="smcap">Rulhière</span>, p.&nbsp;26.—<span class="smcap">Marais</span> (<i>Journal</i>, t.&nbsp;II,
-p.&nbsp;368) écrit à cette même date (1722) que M<sup>me</sup> D’Averne ne craint
-pas de se montrer tous les jours à l’Opéra avec Richelieu.</p>
-
-<p><a name="Footnote_140" id="Footnote_140" href="#FNanchor_140"><span class="label">[140]</span></a>
-La duchesse de Berry «aima Richelieu pour son plaisir», disent
-les <i>Mémoires</i> de <span class="smcap">Maurepas</span> (t. II, p.&nbsp;154).</p>
-</div>
-
-<p>Le duc de Bourbon était moins accommodant:
-il avait toujours l’appréhension de voir Richelieu
-entrer dans sa maison et n’épargnait pas au gentilhomme,
-plus ambitieux encore qu’amoureux, des
-<span class="pagenum" id="Page_83">[p. 83]</span>
-algarades significatives. Le <i>Journal</i> de Buvat en cite
-une dans ces termes:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p class="rdate">6 mai 1721.</p>
-
-<p>«M. le duc de Bourbon étant à Chantilly à la
-chasse avec plusieurs seigneurs, s’écarta d’eux avec
-M. le duc de Richelieu, qu’il obligea de mettre l’épée
-à la main en lui disant:</p>
-
-<p>—«Richelieu, il y a longtemps que je t’en veux;
-c’est à cette heure qu’il faut m’en faire raison.»</p>
-
-<p>«Le duc, étonné, lui dit:</p>
-
-<p>—«Monseigneur, je sais le respect que je vous
-dois; ainsi je ne suis pas homme à me battre contre
-vous.»</p>
-
-<p>«Mais, se voyant pressé du prince, il se mit en
-défense, de sorte qu’il le blessa de trois coups; puis,
-ayant crié au secours du prince, on le porta dans son
-lit où il fut pansé de ses blessures; et le lendemain,
-il avoua qu’il avait prié le duc de Richelieu de mettre
-l’épée à la main<a name="FNanchor_141" id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">[141]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_141" id="Footnote_141" href="#FNanchor_141"><span class="label">[141]</span></a>
-<span class="smcap">Buvat</span>: <i>Journal de la Régence</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;244.</p>
-</div>
-
-<p>La version du <i>Journal</i> de Barbier est sensiblement
-la même. Le duc de Bourbon manifestait hautement
-son intention de tuer son adversaire. Richelieu
-se laissa piquer la main, estimant que ces quelques
-gouttelettes du sang suffiraient à l’animosité
-du prince. Mais celui-ci persistant dans ses intentions
-homicides, Richelieu, pour ne pas être le mauvais
-marchand de sa modération, blessa le duc de
-Bourbon au ventre. Et le bruit se répandit que le
-maître de Chantilly, déjà malade, venait de subir
-une rechute.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_84">[p. 84]</span>
-«Tout le monde dit aussi, ajoute le narrateur, que
-l’esprit de M. le Duc est un peu dérangé depuis quelques
-jours. Le changement n’est pas grand; car il
-en avait très peu auparavant et du mauvais<a name="FNanchor_142" id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">[142]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_142" id="Footnote_142" href="#FNanchor_142"><span class="label">[142]</span></a>
-<span class="smcap">Barbier</span>: <i>Journal</i> (1857, 8 vol.), t.&nbsp;I, p.&nbsp;128, mai 1721.</p>
-</div>
-
-<p>Et c’était cet homme-là qui, trois ans plus tard,
-après la mort du Régent, devait gouverner la France,
-autrement dit la pressurer, la piller, l’affamer avec
-la complicité de sa maîtresse, la marquise de Prie
-et d’autres flibustiers de même appétit!</p>
-
-<p>Quant à M<sup>lle</sup> de Charolais, elle avait déjà pris son
-parti d’une situation sans issue, d’autant que les
-infidélités, toujours renaissantes, de Richelieu l’autorisaient
-à lui rendre la pareille. Et elle ne s’en
-priva certes pas. C’était, nous le savons, une femme
-d’esprit: aussi aimait-elle à répéter qu’elle avait
-«voyagé de Richelieu à Melun et de Melun en Bavière»
-désignant ainsi, par des noms de ville ou de
-principauté, ceux des amants qu’elle s’était successivement
-donnés<a name="FNanchor_143" id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">[143]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_143" id="Footnote_143" href="#FNanchor_143"><span class="label">[143]</span></a>
-<span class="smcap">Marais</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;301.</p>
-</div>
-
-<p>Pour en finir avec la <i>Légende dorée</i> qui s’est
-créée autour du <i>Don Juan</i> du <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, nous répéterons
-une fois de plus qu’il ne faut accepter
-qu’avec une extrême circonspection certaines anecdotes
-dont elle amuse la crédulité de ses admirateurs.
-Au souffle du raisonnement, ces jolies historiettes
-s’évanouissent comme les bulles de savon,
-aux reflets irisés, que la moindre brise réduit en impalpable
-poussière.</p>
-
-<p>Prenons un exemple. Il s’agit des prétendues
-amours de Richelieu avec M<sup>lle</sup> de Maupin, cette
-<span class="pagenum" id="Page_85">[p. 85]</span>
-actrice-cavalière de l’Opéra, de si belle force à l’épée
-qu’elle mettait en fuite trois spadassins croisant le
-fer contre elle. Des nouvellistes contemporains ont
-raconté, et l’érudit M. Boysse après eux<a name="FNanchor_144" id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">[144]</a>, que Richelieu
-avait quinze ans à peine quand il s’éprit de
-cette amazone. Or, pour en obtenir les faveurs, il
-lui manquait la forte somme. Mais, comme il était
-déjà décoré de l’Ordre du Saint-Esprit et qu’il en
-possédait l’insigne tout constellé de brillants, il
-s’empressa de le porter chez un prêteur sur gages;
-d’où ce couplet qui courut la Cour et la Ville:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers7">Judas vendit Jésus-Christ</div>
- <div class="vers7">Et s’en pendit de rage.</div>
- <div class="vers7">Richelieu, plus fin que lui,</div>
- <div class="vers7">N’a mis que le Saint-Esprit</div>
- <div class="vers7">En gage, en gage, en gage.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_144" id="Footnote_144" href="#FNanchor_144"><span class="label">[144]</span></a>
-<span class="smcap">Boysse</span>: <i>Les abonnés de l’Opéra</i>, 1881.</p>
-</div>
-
-<p>L’anecdote est piquante; malheureusement elle
-est invraisemblable. La Maupin (ses biographes sont
-là pour le dire<a name="FNanchor_145" id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">[145]</a>) entrait en religion dans le courant
-de l’année 1705 et mourait en 1707. Or, à ces deux
-époques, Richelieu-Fronsac avait neuf et onze ans.
-Et, si précoce qu’il fût, il n’est guère admissible qu’à
-cet âge il eût conquis tout à la fois l’ordre du Saint-Esprit
-et le cœur de M<sup>lle</sup> de Maupin.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_145" id="Footnote_145" href="#FNanchor_145"><span class="label">[145]</span></a>
-<span class="smcap">Le Tainturier-Fradin</span>: <i>La Maupin</i>, 1904, pp.&nbsp;283-287.</p>
-</div>
-
-<p>Et la meilleure preuve qu’il n’avait pas alors le
-«Cordon bleu», c’est qu’il n’en fut décoré que le
-1<sup>er</sup> janvier 1728, «avec dispense», note le Maréchal
-de Villars. Autrement dit, quoiqu’il ne fût pas encore
-officiellement reçu, Richelieu était autorisé à
-<span class="pagenum" id="Page_86">[p. 86]</span>
-porter les insignes de l’Ordre du Saint-Esprit: c’était
-la récompense, justement méritée, des services qu’il
-avait rendus à l’État, en qualité d’ambassadeur
-extraordinaire de France à la Cour de Vienne<a name="FNanchor_146" id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">[146]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_146" id="Footnote_146" href="#FNanchor_146"><span class="label">[146]</span></a>
-<span class="smcap">Villars</span>: <i>Mémoires</i> (édit. de Vogüé), t.&nbsp;V, p.&nbsp;114.</p>
-</div>
-
-<p>Bien mieux; en présence de certaines affirmations
-contradictoires, on pourrait lui contester un de ses
-plus beaux titres de gloire, si tant est qu’on doive
-donner ce nom au duel, resté classique, de MM<sup>mes</sup> de
-Nesle et de Polignac, courant, au bois de Boulogne,
-se disputer, le pistolet au poing, les faveurs de Richelieu.
-Toutes deux tirent à la fois. M<sup>me</sup> de Nesle
-tombe sans connaissance. Et M<sup>me</sup> de Polignac d’insulter
-sa rivale abattue. Celle-ci, par bonheur, n’était
-que très légèrement blessée. Quand elle sortit de son
-évanouissement, elle était toute fière d’avoir versé
-son sang pour Richelieu, «fils aîné de Vénus et de
-Mars».</p>
-
-<p>Eh bien! un mémorialiste dépossède ce demi-dieu
-de son auréole au profit d’un Soubise.</p>
-
-<p>—«C’est pour le marquis d’Alincourt, dit un
-autre chroniqueur, que MM<sup>mes</sup> de Nesle et de Polignac
-se mesurèrent en champ clos.»</p>
-
-<p>Mais l’amour n’occupait pas toujours à lui seul
-le cœur de Richelieu. L’amitié y trouvait encore
-place; et nous notons d’autant plus volontiers le
-fait, que ce grand seigneur ne passa jamais pour
-une âme tendre et sensible. Égoïste et sec, comme
-tous les orgueilleux, il ne pensait qu’à lui, qu’à ses
-plaisirs, qu’à ses satisfactions d’amour-propre. De
-cette époque, cependant, date l’attention qu’il voulut
-bien accorder à Voltaire, attention dont une longue
-<span class="pagenum" id="Page_87">[p. 87]</span>
-habitude fit une sorte d’affection. Mais, en même
-temps, il avait voué au duc de Melun une profonde
-amitié qu’attendait une cruelle épreuve. En effet,
-dans le courant de juillet 1724, pendant qu’il séjournait,
-avec Voltaire, à Forges, la station balnéaire
-à la mode, il apprit la mort tragique de M. de Melun,
-porté à terre d’un coup d’andouiller par un cerf
-furieux. Voltaire écrit que Richelieu s’en montra
-désespéré et dut interrompre sa saison d’eaux<a name="FNanchor_147" id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">[147]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_147" id="Footnote_147" href="#FNanchor_147"><span class="label">[147]</span></a>
-<span class="smcap">Voltaire</span>: <i>Correspondance</i>. Lettres, en août 1724, à la Présidente
-de Bernières et à Thieriot.</p>
-
-<p>Richelieu semble avoir suivi pendant quelques années la saison
-de Forges, bien que ce fût pour lui un «triste lieu». Dans une publication
-du baron Jérôme Pichon: <i>Vie de Charles Henry, Comte de
-Hoym, ambassadeur de Saxe-Pologne en France</i> (Paris, 1880, 2 vol.)
-nous trouvons, au t.&nbsp;II, une lettre de Richelieu à ce diplomate,
-lettre datée de Paris, 6 août 1723, et rédigée en termes assez crus,
-où le duc, qui s’est rencontré, avec son correspondant, <i>à la Cardinale</i>,
-une des trois sources de Forges, lui annonce son départ, le lendemain
-7 août, pour son château de Richelieu. Il lui donne en même
-temps des nouvelles, politiques et mondaines, de Paris.</p>
-</div>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_88">
-
-<h2>CHAPITRE IX</h2>
-
-<p class="smm"><i>Le duc de Richelieu prend séance, comme pair, au Parlement. — Le
-duc de Bourbon l’envoie en ambassade à Vienne. — Fanfarinet:
-couplets satiriques. — Instructions du gouvernement
-français au nouveau diplomate. — Richelieu
-doit miner l’influence espagnole à Vienne. — Prompt départ
-de l’aventurier Ripperda. — Embarras financiers de
-Richelieu: son «entrée» à Vienne. — Son activité: ses
-succès plus ou moins discutés en matière de diplomatie
-galante.</i></p>
-
-<p>Le 6 mars 1721, quatre mois après son élection
-à l’Académie Française, Richelieu siégeait, comme
-pair, au Parlement. Il éblouit l’Assemblée par son
-faste: il portait des vêtements de drap d’or dont
-l’aune revenait à 260 livres. «Il ressemblait à
-l’Amour<a name="FNanchor_148" id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">[148]</a>»; ce fut encore un jour de fête pour les
-dames. Mais, déjà, il ne lui suffisait plus d’en être
-l’oracle et l’idole; il aspirait à jouer, parmi les
-hommes, un des premiers rôles sur la scène politique:
-ambition que légitimaient son nom et son
-rang. Malheureusement, la prévention du Régent
-contre cet ancien conspirateur, si repenti qu’il fût,
-lui barrait la route. Néanmoins, il fut nommé gouverneur
-de Cognac en 1722; mais son esprit satirique,
-ayant commenté un peu trop vivement des
-«nouvelles de Cour», indisposa de nouveau contre
-<span class="pagenum" id="Page_89">[p. 89]</span>
-lui le duc d’Orléans, qui lui fit défendre de paraître
-au sacre de Louis&nbsp;XV<a name="FNanchor_149" id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">[149]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_148" id="Footnote_148" href="#FNanchor_148"><span class="label">[148]</span></a>
-<span class="smcap">Marais</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;II, 6 mars 1721.</p>
-
-<p><a name="Footnote_149" id="Footnote_149" href="#FNanchor_149"><span class="label">[149]</span></a>
-<i>Biographie universelle de</i> <span class="smcap">Michaud</span>. (Article Maréchal de Richelieu,
-par <span class="smcap">Durozoir</span>.)—En effet, nous n’avons pas trouvé son nom
-parmi ceux des personnages que signalent les relations officielles.</p>
-</div>
-
-<p>Lorsque, après la mort du Régent, le duc de Bourbon
-fut appelé à le remplacer auprès du roi, on put
-croire un instant que sa rancune personnelle allait
-servir, avec usure, les «injures du duc d’Orléans».
-Il n’en fut rien: une femme avait passé. La marquise
-de Prie, qui s’était laissée prendre au charme
-de Richelieu, fit obtenir l’ambassade de Vienne, en
-mai 1724, à cet amant de passage. Celui-ci inaugurait
-ainsi sa nouvelle manière: à ses yeux, la femme
-doublait maintenant de valeur: elle n’était plus
-seulement une source de plaisir; elle devenait un
-instrument de crédit et de faveur.</p>
-
-<p>Le choix de ce courtisan pour le plus élevé des
-postes diplomatiques, choix que ne justifiaient, chez
-son bénéficiaire, ni la science, ni l’expérience des
-affaires, causa bien des déceptions, partant bien des
-colères. Et, comme toujours, l’opinion publique se
-vengea par des épigrammes: elle appela Richelieu
-l’ambassadeur <i>Fanfarinet</i><a name="FNanchor_150" id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">[150]</a>—sobriquet emprunté
-aux contes de fées et visant un homme «plus propre
-à l’amour qu’à la politique».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_150" id="Footnote_150" href="#FNanchor_150"><span class="label">[150]</span></a>
-<span class="smcap">Marais</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;II, mai 1724.</p>
-</div>
-
-<p>La malignité de ses contemporains devait le poursuivre
-jusqu’à l’heure de son départ pour Vienne.
-Soucieux de donner au duc de Bourbon et surtout
-à M<sup>me</sup> de Prie une preuve de sa reconnaissance, il
-était allé, en personne, avec MM. de Brancas et de
-La Feuillade au Parlement, où se jugeait, pour la
-<span class="pagenum" id="Page_90">[p. 90]</span>
-plus grande joie de la favorite, le procès du secrétaire
-d’État Le Blanc, injustement accusé de péculat.
-Mais, devant la réprobation générale, ces gentilshommes
-cessèrent d’assister aux séances<a name="FNanchor_151" id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">[151]</a>: ce qui
-n’empêcha pas Richelieu de recevoir ce nouveau
-brocard:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers6">Vignerot, le grand-père,</div>
- <div class="vers6">Était ménétrier.</div>
- <div class="vers6">Celui-ci dégénère,</div>
- <div class="vers6">Étant de tout métier,</div>
- <div class="vers6">Étourdi politique,</div>
- <div class="vers6">Galant ambassadeur,</div>
- <div class="vers6">D’Arouet protecteur<a name="FNanchor_152" id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">[152]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_151" id="Footnote_151" href="#FNanchor_151"><span class="label">[151]</span></a>
-Maréchal de <span class="smcap">Villars</span>: <i>Mémoires</i> (édit. Marquis de Vogüé),
-t. IV, p.&nbsp;304.—<span class="smcap">Lemontey</span>: <i>Histoire de la Régence</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;208.</p>
-
-<p><a name="Footnote_152" id="Footnote_152" href="#FNanchor_152"><span class="label">[152]</span></a>
-<span class="smcap">Maurepas</span>: <i>Mémoires</i> (4 vol., 1792), t.&nbsp;II, p.&nbsp;44. Ces <i>Mémoires</i>
-sortent de l’officine de Soulavie; mais il est établi qu’ils ont été composés
-presque uniquement avec des pièces officielles.</p>
-</div>
-
-<p>En effet, Richelieu avait proposé à Voltaire (Arouet)
-de l’accompagner à Vienne, sans doute comme secrétaire
-intime; mais le poète avait eu la sagesse de
-décliner cet honneur.</p>
-
-<p>L’événement devait donner tort au couplet satirique.
-L’apprenti diplomate fut assurément «galant
-ambassadeur», mais il ne fut pas «étourdi politique».
-Il accomplit sa mission avec beaucoup de
-tact, de souplesse et de dignité. Il fit grande figure;
-et la France lui dut de notables avantages. Il réparait
-ainsi les fautes du complice d’Alberoni.</p>
-
-<p>Les instructions qu’avait reçues Richelieu avant son
-départ et que le duc de Bourbon avait dictées au
-marquis de Chavigny comportaient entr’autres recommandations:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«L’ambassadeur de Sa Majesté devra traiter le
-<span class="pagenum" id="Page_91">[p. 91]</span>
-baron de Ripperda (ambassadeur extraordinaire
-d’Espagne) avec toutes sortes de politesses et
-d’égards, de manière qu’il puisse paraître qu’on
-n’a aucun mécontentement de ce qui se passe aujourd’hui...
-Il devra employer toutes sortes de
-moyens pour savoir s’il n’a pas été signé de traité
-secret entre l’Autriche et l’Espagne... Il devra s’entendre
-en toutes ses démarches avec l’ambassadeur
-de Sa Majesté Britannique et agir en toutes choses
-de concert avec lui.»</p>
-</div>
-
-<p>Quoique petit-fils de Louis&nbsp;XIV, le roi d’Espagne,
-Philippe V, avait répudié complètement sa première
-patrie, la France. L’avortement de la conspiration de
-Cellamare, le retour à Madrid de l’Infante que son
-père considérait déjà comme la femme de Louis&nbsp;XV,
-avaient mis le comble à l’exaspération d’un monarque,
-dont le cerveau, depuis longtemps débilité,
-avait subi les atteintes de la folie. Aussi, par esprit
-de rancune, Philippe V envoyait-il à Vienne, pour
-y conclure un traité, plutôt hostile à la France, un
-diplomate de fortune, le baron de Ripperda, jadis
-colonel au service de la Hollande et naguère créature
-du cardinal Alberoni. A peine débarqué, ce
-bravache avait promis à l’empereur Charles VI la
-«restitution» de l’Alsace, des Trois Evêchés, de la
-Bourgogne et de la Flandre. Le pacte signé, le
-30 avril 1725, entre l’Autriche et l’Espagne, témoignait
-de visées moins ambitieuses, qui suffisaient
-à mettre en repos l’âme inquiète de l’empereur
-Charles VI<a name="FNanchor_153" id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">[153]</a>. Car ce prince était, lui aussi, un
-mélancolique, d’humeur chagrine et de nature
-<span class="pagenum" id="Page_92">[p. 92]</span>
-dévote, qui n’avait qu’une préoccupation, assurer
-à ses filles et surtout à Marie-Thérèse, la succession
-impériale. Or Philippe V reconnaissait ce droit conféré
-à l’archiduchesse par la <i>Pragmatique Sanction</i>. Au
-mépris des intérêts maritimes de l’Angleterre, de la
-France et de la Hollande, il ouvrait à l’Autriche
-les ports des Pays-Bas et ratifiait la concession
-faite par l’Empereur, le 19 octobre 1722, à une
-Compagnie commerciale d’un établissement à Ostende.
-Il ne recevait, à titre de réciprocité, que d’assez
-maigres compensations. Charles VI lui laissait espérer
-la reprise de Minorque et de Gibraltar.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_153" id="Footnote_153" href="#FNanchor_153"><span class="label">[153]</span></a>
-Charles VI, ancien compétiteur de Philippe V à la Couronne
-d’Espagne, pendant la <i>Guerre de Succession</i>, était empereur d’Autriche
-et d’Allemagne depuis 1711.</p>
-</div>
-
-<p>Nous savons quelle était en cette occurrence la
-mission de Richelieu. Certes, le représentant de
-Louis&nbsp;XV était le plus courtois et le plus poli des
-gentilshommes; mais il avait une fierté naturelle
-qu’avivait encore le souci de ses prérogatives officielles;
-et le sentiment, qu’il conserva, jusqu’à la fin
-de ses jours, du prestige de l’autorité royale, était
-devenu le régulateur de sa conduite.</p>
-
-<p>Il quittait Paris sous le coup de graves embarras
-financiers. Les bénéfices, que ses spéculations lui
-avaient permis de réaliser pendant les grands jours
-du «Système» de Law, s’étaient depuis longtemps
-volatilisés. Son train de maison et ses folles dépenses
-l’obligèrent à contracter des emprunts onéreux;
-et, pour ne pas être harcelé, à son départ, par la
-meute de ses créanciers, il dut obtenir «des lettres
-de répit», c’est-à-dire le droit de faire suspendre,
-jusqu’à son retour définitif, toute action judiciaire
-qui lui serait intentée.</p>
-
-<p>Arrivé à Vienne, le 8 juillet 1725, il ne tarda pas
-à reconnaître ce qu’était ce baron de Ripperda qu’on
-<span class="pagenum" id="Page_93">[p. 93]</span>
-lui recommandait si fort de ménager. Il n’eut pas
-l’air tout d’abord de se préoccuper des menues faveurs
-que la Cour réservait à cet aventurier; mais,
-d’après certaine légende<a name="FNanchor_154" id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">[154]</a>, un jour que celui-ci s’avisait
-de vouloir prendre le pas sur l’ambassadeur de
-France, Richelieu le repoussait d’un coup de coude
-si vigoureux que Ripperda en perdait l’équilibre.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_154" id="Footnote_154" href="#FNanchor_154"><span class="label">[154]</span></a>
-Légende que contredisent absolument les <i>Mémoires authentiques</i>
-de Richelieu. Conformément à ses instructions, le duc montra toujours
-beaucoup d’égards vis-à-vis de Ripperda; il ne lui laissait
-jamais prendre le pas, mais, d’un trottoir à l’autre, échangeait avec
-lui de grands coups de chapeau.</p>
-</div>
-
-<p>L’entrée officielle d’un ambassadeur dans la Capitale
-de l’État où il devait représenter son souverain,
-en affirmait trop, à cette époque, l’auguste et
-solennel caractère, pour que Richelieu n’entourât pas
-la sienne de tout l’éclat qu’elle comportait. La Cour
-de Vienne la retarda autant qu’elle put; mais l’orgueil
-donnait à cet esprit léger qu’était Richelieu
-une sorte de ténacité capable de triompher de tous
-les obstacles. Et l’Empereur ne trouva bientôt plus
-le moindre prétexte pour ajourner l’entrée de l’ambassadeur
-extraordinaire de France, fixée au 7 novembre.</p>
-
-<p>Elle fut magnifique. En tête, des coureurs habillés
-de velours galonné d’argent; puis cinquante valets
-de pied, en riches costumes et l’épée d’argent au
-côté; douze heiduques, portant des masses d’argent,
-douze pages, etc. L’ambassadeur, dans la tenue des
-pairs au Parlement, occupait un superbe carrosse
-orné de figures symboliques; des ordres avaient été
-donnés pour que les fers d’argent des chevaux pussent
-se détacher facilement. Et la foule se ruait sur
-<span class="pagenum" id="Page_94">[p. 94]</span>
-cette aubaine inespérée, comme elle le fit plus tard
-sur des tables chargées de victuailles, dans le palais
-de l’ambassade, où tous les appartements étaient
-restés ouverts.</p>
-
-<p>Ripperda se le tint pour dit et regagnait quinze jours
-après l’Espagne. La disgrâce<a name="FNanchor_155" id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">[155]</a> du duc de Bourbon,
-accueillie avec joie à Vienne, ne modifia pas la politique
-du Cabinet de Versailles. L’évêque de Fréjus,
-Fleury, le nouveau ministre, fit confirmer à Richelieu
-les instructions de son prédécesseur par Morville,
-secrétaire d’État aux affaires étrangères.
-Notre ambassadeur devait continuer à surveiller
-de près les menées de l’Espagne et s’entendre, dans
-ce but, non plus seulement avec son collègue de
-la Grande-Bretagne, mais encore avec le Nonce.
-Ardent comme un homme de son âge (on lui reprochait
-assez sa jeunesse!), conscient des haines qui
-guettaient le porte-paroles de la France (et le Prince
-Eugène, malgré son affectation de politesse, en était
-le plus irréductible ennemi!), Richelieu eût voulu
-qu’on parlât haut à l’Autriche, pour la désabuser de
-l’idée qu’elle se faisait de la faiblesse du Gouvernement
-français. Mais Fleury, toujours timoré, prêchait
-au diplomate la patience et surtout la prudence.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_155" id="Footnote_155" href="#FNanchor_155"><span class="label">[155]</span></a>
-Une coïncidence des plus piquantes veut que Ripperda, retourné
-en Espagne pour y continuer, avec l’assentiment de la Reine, son
-métier de brouillon, nommé depuis duc et Grand d’Espagne, fut
-chassé de la Cour, le jour même où le duc de Bourbon tombait en
-disgrâce. Il était devenu aussi impopulaire que ce prince.</p>
-</div>
-
-<p>En attendant, il ne lui envoyait pas les subsides
-qu’il lui avait promis; car si l’argent est le nerf de
-la guerre, il est aussi le nerf de la paix; et bien que
-l’Empereur d’Autriche fût beaucoup moins belliqueux
-<span class="pagenum" id="Page_95">[p. 95]</span>
-que la reine d’Espagne, il était sage de prévoir et
-d’encourager, dans certains cercles politiques de
-Vienne, les défaillances, possibles, de convictions
-trop éloignées d’une solution pacifique.</p>
-
-<p>Or, Richelieu était à bout de ressources; il ne lui
-restait plus que ses diamants: il dut les mettre en
-gage. C’était un peu son habitude; et ces prêts se
-terminaient infailliblement par des conflits, soit
-que le créancier exigeât, à l’heure du remboursement,
-des intérêts usuraires, soit que le débiteur
-se refusât à tout accommodement raisonnable. Déjà,
-en 1721, il insistait auprès du lieutenant de police
-Taschereau de Baudry, pour que ce magistrat «parlât
-fortement» à un certain Rapally qui détenait
-les «boucles de diamant» de Richelieu et se refusait
-à les rendre à leur légitime propriétaire. Il fallut,
-pour obtenir cette restitution, que Baudry fît incarcérer
-Rapally<a name="FNanchor_156" id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">[156]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_156" id="Footnote_156" href="#FNanchor_156"><span class="label">[156]</span></a>
-<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, 10730
-(dossier Dagenois).</p>
-</div>
-
-<p>Maintenant c’est un autre prêteur sur gages que
-l’ambassadeur signale à la vindicte du nouveau
-lieutenant de police, Hérault; et la lettre mérite
-d’être citée, car elle appelle l’attention sur le commerce
-interlope, si fréquent au <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, de ces
-brocanteurs qui, même largement désintéressés, imaginaient
-mille subterfuges pour ne pas se dessaisir
-des gages dont ils étaient nantis.</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p class="rdate">«A Vienne, le 2<sup>e</sup> novembre 1726.</p>
-
-<p>«J’ai appris, Monsieur, avec bien de la reconnaissance,
-la bonté que vous avez bien voulu avoir
-<span class="pagenum" id="Page_96">[p. 96]</span>
-d’écouter le S<sup>r</sup> De Vienne, capitaine de mon régiment
-et de parler au S<sup>r</sup> Krom, comme il fallait, pour
-l’empêcher de me voler mes diamants. Je vous supplie
-de vouloir bien me continuer vos mêmes bontés,
-sans quoi cette affaire ne finira jamais, le
-S<sup>r</sup> Krom étant assurément un fripon. On m’a mandé
-qu’il se flattait d’avoir la protection d’un de vos
-secrétaires, ce qui je sais bien qu’avec vous ne sera
-d’aucune utilité, connaissant vos lumières et sachant
-bien que vous faites tout par vous-même. C’est ce
-qui fait que je vous en avertis librement, cet avis
-pouvant même vous être utile dans l’accablement
-d’affaires où vous êtes et où il vous est impossible
-de prendre garde à tout. Mais à la façon dont vous
-avez parlé au S<sup>r</sup> Krom, il devrait bien voir que,
-quand il aurait fait cette petite intrigue, cela ne lui
-servirait pas de grand’chose avec un magistrat aussi
-intègre et aussi éclairé que vous.</p>
-
-<p>«Je vous supplie d’être persuadé qu’on ne peut
-être, avec un attachement plus sincère, Monsieur,
-votre très humble et très obéissant serviteur<a name="FNanchor_157" id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor">[157]</a>.»</p>
-
-<p class="rsign">Le duc de Richelieu.</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_157" id="Footnote_157" href="#FNanchor_157"><span class="label">[157]</span></a>
-<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, 10927,
-pp.&nbsp;290-291.</p>
-</div>
-
-<p>Vraisemblablement, Richelieu, ayant enfin reçu
-les soixante mille livres que Fleury lui annonçait
-depuis si longtemps, avait remboursé ses emprunts
-et n’avait encore rien vu revenir.</p>
-
-<p>Ce fut à cette époque que commencèrent effectivement
-les négociations entre Richelieu et le comte
-de Zinzendorff, chancelier de l’Empire. Leur but
-<span class="pagenum" id="Page_97">[p. 97]</span>
-apparent, c’était la médiation de Charles VI, dont,
-à vrai dire, ce prince ne se souciait guère, entre la
-France et l’Espagne; mais leur but réel, du moins
-aux yeux de l’ambassadeur français, c’était la conclusion,
-par ses soins, d’un traité, barrant une alliance
-trop étroite de Charles VI avec Philippe V,
-alliance qui pouvait favoriser la reconstitution de
-cette formidable puissance de la maison d’Autriche,
-jadis si inquiétante pour la France.</p>
-
-<p>Au cours de ces pourparlers, Richelieu dépensa
-une somme de travail considérable: son activité
-infatigable ne connaissait plus de repos. Sa correspondance
-diplomatique en témoigne. Mais il ne
-négligeait pas non plus d’autres moyens d’action qui
-lui étaient depuis longtemps familiers et dont il
-entendait tirer le meilleur parti. Déjà (du moins les
-<i>Mémoires</i> de Soulavie l’assurent), avant le départ de
-Ripperda, grâce à la comtesse Bathiany, qui n’avait
-rien su refuser à Richelieu et que courtisait vainement
-le Prince Eugène, le galant diplomate avait
-pu pénétrer les secrets de cet illustre guerrier et
-même de l’Empire. Mais, ici, les <i>Souvenirs</i> du prince
-de Ligne lui opposent un démenti formel, par la
-plume même du Prince Eugène, qui écrit dans son
-autobiographie<a name="FNanchor_158" id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor">[158]</a>:</p>
-
-<p>Le duc de Richelieu «était aimable, bien fait,
-séduisant et d’une jolie fatuité. Par une double
-finesse de sa part, de politique et d’amour, il voulut,
-il crut avoir M<sup>me</sup> de Bathiany... Cela nous amusait
-beaucoup. Le désir d’une aventure d’éclat nous
-<span class="pagenum" id="Page_98">[p. 98]</span>
-le rendait tous les jours plus agréable. Il n’eut ni
-la femme, ni le secret; mais nous étions enchantés
-de son redoublement de soins pour nous plaire.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_158" id="Footnote_158" href="#FNanchor_158"><span class="label">[158]</span></a>
-<i>Mémoires du Prince de Ligne</i> (<i>Vie du Prince Eugène</i>), t.&nbsp;V,
-pp.&nbsp;179-180 (5 vol., 1827).</p>
-</div>
-
-<p>Il dut, sans nul doute, subir, de ce côté, une
-double déception; car il dit, dans les <i>Mémoires</i> de
-Soulavie, avoir quitté la comtesse Bathiany pour
-la princesse de Lichtenstein, fort jolie femme, liée
-avec tous les ministres de Charles VI, qu’il avait
-éblouie, par sa magnificence, dans une course de
-traîneaux. Mais, cette fois, pour ne pas la compromettre,
-il se rendait chez elle, la nuit, à pied, en rasant
-les murailles. Il entrait mystérieusement, par
-une porte dérobée, et recueillait, dans un délicieux
-boudoir où l’amour et la politique n’avaient plus
-de secrets pour lui, les plus utiles renseignements.
-Si l’Empereur, disait la Princesse, réunit autant de
-troupes, ce n’est pas qu’il ait l’intention de partir
-en guerre: il veut simplement intimider la France;
-et celle-ci ferait bien d’armer, elle aussi, pour prouver
-qu’elle ne redoute aucun acte d’hostilité.</p>
-
-<p>Avec Villars, nous serrons de plus près la réalité.
-Le Maréchal, qui devait à ses glorieux faits d’armes
-d’occuper une place éminente dans le Conseil, avait
-en communication les dépêches<a name="FNanchor_159" id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">[159]</a> (et elles étaient nombreuses)
-que l’ambassadeur de France adressait au
-Gouvernement, pendant l’année 1726. Richelieu
-se vantait d’avoir acheté d’un commis aux affaires
-étrangères le chiffre de Zinzendorff, par conséquent
-de connaître la teneur des lettres du Ministre.
-<span class="pagenum" id="Page_99">[p. 99]</span>
-Villars, sans vouloir prétendre que Richelieu fût un
-naïf, fait observer à ses collègues, que le commis a
-bien pu «agir, du consentement de son maître,
-pour tromper, par de fausses apparences» le diplomate
-français. Au reste les dépêches de l’ambassade
-reflètent exactement l’état d’âme de ce monarque
-sombre, inquiet, incertain, qui, un jour, (15 février),
-est «déterminé à la guerre» et plus tard (7 novembre)
-en est absolument «éloigné». Puis, Richelieu, qui,
-pour être un homme charmant, spirituel, aimable,
-n’en est pas moins, à l’occasion, autoritaire, hautain,
-voire agressif, se trouve souvent en conflit avec ses
-collègues du corps diplomatique. Le premier ministre
-autrichien lui reproche, à tort il est vrai, de pousser
-les Turcs à guerroyer contre l’Empereur. D’autre
-part, Saint-Saphorin, l’ambassadeur d’Angleterre
-et Richelieu, qui devaient marcher de conserve, ne
-pratiquèrent pas toujours entre eux l’entente cordiale.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_159" id="Footnote_159" href="#FNanchor_159"><span class="label">[159]</span></a>
-Bien à tort, Lemontey écrit, dans son <i>Histoire de la Régence</i>,
-que ces dépêches sont «insipides». L’ambassadeur d’Angleterre, qui
-se croyait le plus fin des hommes, daignait reconnaître la valeur
-diplomatique de Richelieu.</p>
-</div>
-
-<p>Villars note avec soin, et d’après les dépêches
-apportées par le courrier de France, tous les incidents
-de cette vie diplomatique si occupée, si agitée<a name="FNanchor_160" id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">[160]</a>,
-et cependant sur le point d’aboutir à d’heureux
-résultats, honorables pour le pays et pour son
-représentant, quand, soudain, éclate cette nouvelle
-inouïe:</p>
-
-<p>La nuit, aux portes de Vienne, dans une carrière
-abandonnée, s’aidant de la complicité de deux seigneurs
-autrichiens, Richelieu a immolé, au cours
-d’une conjuration magique, deux victimes humaines.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_160" id="Footnote_160" href="#FNanchor_160"><span class="label">[160]</span></a>
-<i>Mémoires</i> de <span class="smcap">Villars</span> (édit. de Vogüé), t.&nbsp;V, <i>passim</i>.</p>
-</div>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_100">
-
-<h2>CHAPITRE X</h2>
-
-<p class="smm"><i>Prédilection de Richelieu pour la cabale et les opérations
-magiques. — Affaire de satanisme à Vienne: ses différentes
-versions. — Richelieu obtient le chapeau de Cardinal
-pour Fleury. — Succès de sa mission diplomatique. — Son
-retour en France. — Nouvelles imprudences sur
-le terrain de la galanterie. — Il est plus circonspect
-en politique: la conjuration des Marmouzets. — Richelieu
-conquiert de nouveaux grades dans l’armée et «commande
-pour le roi» en Languedoc.</i></p>
-
-<p>Richelieu, on ne saurait trop le répéter, est bien
-l’homme de son siècle. S’il affiche, comme tant d’autres
-de ses contemporains, les pratiques extérieures
-du Culte, parce que la démonstration contraire
-serait nuisible aux intérêts de l’État et d’un mauvais
-exemple aux yeux des gens de bonne compagnie,
-il est foncièrement athée, impie, libertin dans le
-sens que ce terme comportait au <span class="smcap">XVII<sup>e</sup></span> siècle. Mais
-s’il ne croyait pas à Dieu, il croyait au Diable, différent
-en cela de son ami Voltaire, qui ne croyait,
-ni à l’un, ni à l’autre, bien qu’il pratiquât, lui aussi,
-dans le temple «élevé à Dieu par Voltaire», comme
-il l’avait si modestement écrit sur le fronton de sa
-chapelle seigneuriale.</p>
-
-<p>Richelieu était de l’école du Régent. Il adorait la
-chimie, cherchait la pierre philosophale, se plaisait
-aux calculs de l’astrologie judiciaire et ne dédaignait
-pas les conjurations magiques. Il n’y voyait, disait-il,
-qu’un simple amusement, et parfois même les taxait
-de pures folies. Mais il les avait toujours suivies avec
-<span class="pagenum" id="Page_101">[p. 101]</span>
-le plus vif intérêt, quand M<sup>lle</sup> de Valois les interrogeait
-sur l’avenir réservé à ses amours, ou quand
-M<sup>lle</sup> de Séry, maîtresse du Régent, prétendait avoir
-vu dans un verre d’eau la tête de son amant ceinte
-de la couronne royale.</p>
-
-<p>Ces diverses particularités étaient connues de
-tous: aussi personne ne parut-il autrement surpris,
-quand la <i>Quintessence</i> et le <i>Journal de Leyde</i>, deux
-feuilles des Provinces-Unies, révélèrent, avec les
-détails qu’exige un fait-divers d’une telle envergure,
-le crime effroyable imputé au duc de Richelieu<a name="FNanchor_161" id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">[161]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_161" id="Footnote_161" href="#FNanchor_161"><span class="label">[161]</span></a>
-Richelieu s’en montra très affecté. Il écrivait, en février 1727,
-à Chavigny, un de ses collègues: «Je suis extrêmement peiné de la
-calomnie qu’on fait imprimer contre moi et de la façon dont on l’a
-débitée: je donnerais tout au monde pour connaître l’auteur qui a
-donné aux gazettes l’occasion de cette impertinence.» (<span class="smcap">Soulavie</span>:
-<i>Mémoires de Richelieu</i>, t.&nbsp;V, p.&nbsp;232.)</p>
-
-<p>La sienne, à lui, Richelieu devait lui attirer, à ce propos, une
-réplique assez désobligeante de Chirac, médecin du roi, qui s’était
-rencontré avec lui chez le duc de Sully, alors gravement malade.
-Richelieu proposait pour la guérison un remède d’empirique, tandis
-que Chirac insistait pour la saignée, «le seul parti à prendre»; autrement
-«M. le duc n’en pourrait réchapper sans un miracle».</p>
-
-<p>—Raison de plus pour employer mon remède, fit alors Richelieu,
-non sans appuyer sa proposition d’une sortie virulente contre
-les médecins, si bien que Chirac, exaspéré, lui cria:</p>
-
-<p>—Parbleu, je sais bien que vous croyez aux esprits follets et non
-pas aux miracles.</p>
-
-<p>«Dont M. de Richelieu, dit le chroniqueur qui conte l’anecdote
-(<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, 10159,
-16 février 1729), se tint insulté, avec raison, suivant tout Paris,
-l’allusion à ses folies de la Cour de Vienne étant trop bien marquée
-et caractérisée.»</p>
-</div>
-
-<p>Nous avouons que ce récit nous a trouvé tout à
-fait incrédule, même quand il est rapporté par Duclos
-qui semble absolument convaincu. Il est vrai
-qu’il exécrait Richelieu. Mais nous ne saurions passer
-sous silence sa version, non plus que celle de
-<span class="pagenum" id="Page_102">[p. 102]</span>
-Barbier qui, pour être plus romanesque, se termine sur
-un moins tragique dénouement. La voici:</p>
-
-<p>En compagnie de l’abbé de Zinzendorff, fils du
-Chancelier, et de Westerloo, capitaine des hallebardiers
-de l’Empereur, Richelieu s’était rendu au
-fond d’une carrière pour y voir le diable. Deux cordeliers,
-qu’ils avaient emmenés, célébrèrent une
-messe et donnèrent l’hostie consacrée à deux boucs,
-l’un blanc et l’autre noir. En fait de diable, les curieux
-ne virent que le nonce qui les surprit en pleine
-cérémonie et fit expédier les moines à l’Inquisition,
-pendant que l’Empereur écrivait au roi de France<a name="FNanchor_162" id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">[162]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_162" id="Footnote_162" href="#FNanchor_162"><span class="label">[162]</span></a>
-<i>Journal</i> de Barbier, t.&nbsp;II, page 8.—L’inspecteur de la librairie,
-d’Hemery, dit dans ses <i>Anecdotes</i> (Biblioth. Nationale, Mss. fonds
-français 22158, p.&nbsp;100) que Richelieu, après avoir donné à un bouc
-une hostie consacrée, l’avait fait égorger par un prêtre.</p>
-</div>
-
-<p>D’après Duclos, un magicien avait persuadé aux
-jeunes seigneurs qu’il leur montrerait le diable,
-au fond de cette mystérieuse carrière où les avait
-conduits leur crédulité. Cet homme était un Arménien
-qui fut trouvé, le lendemain, grièvement blessé
-et rendit presque aussitôt le dernier soupir: «C’était
-apparemment, écrit Duclos, le prétendu magicien
-que ces messieurs, aussi barbares que dupes, et
-honteux de l’avoir été, venaient d’immoler à leur
-dépit. Les ouvriers (qui l’avaient relevé) craignant
-d’être pris pour complices, s’enfuirent aussitôt et
-allèrent faire la déclaration de ce qu’ils avaient vu.»</p>
-
-<p>L’affaire fut étouffée, affirme notre historien. Le
-chancelier avait tout intérêt à cette solution: il
-attendait pour son fils la promotion au cardinalat.
-Il écrivit, en outre, à Fleury, pour qu’il traitât d’infâmes
-calomnies les imputations dirigées contre son
-<span class="pagenum" id="Page_103">[p. 103]</span>
-ambassadeur. Et Fleury de s’y prêter le plus complaisamment
-du monde. Seul, Westerloo<a name="FNanchor_163" id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">[163]</a> paya
-pour tous: il fut privé de son emploi et mourut dans
-l’obscurité.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_163" id="Footnote_163" href="#FNanchor_163"><span class="label">[163]</span></a>
-<span class="smcap">Duclos</span>: <i>Mémoires</i> (1864), t.&nbsp;II, pp.&nbsp;242 et suiv.</p>
-</div>
-
-<p>Les Mémoires du prince de Ligne disculpent Richelieu
-de l’accusation portée contre lui; mais ils
-affirment à tort, que «le cardinal de Fleury le fit
-rappeler ridiculement pour de prétendues conjurations
-du diable dans un jardin de Leopoldstadt<a name="FNanchor_164" id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor">[164]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_164" id="Footnote_164" href="#FNanchor_164"><span class="label">[164]</span></a>
-<i>Mémoires du Prince de Ligne</i> (1827), t.&nbsp;V, p.&nbsp;179 (autobiographie
-du Prince Eugène). Dans ses <i>Souvenirs et Portraits</i> (1815),
-pp.&nbsp;21 et suiv., le duc de Lévis donne cette version, qu’il estime
-la véritable, que Richelieu sacrifia un cheval blanc à la lune. Il
-constate, d’ailleurs, l’esprit superstitieux du Maréchal, qui refusa
-d’aller faire sa cour au fils aîné de Louis&nbsp;XVI, qu’il savait condamné
-par Maloet à une mort prochaine: il croyait fermement aux esprits.</p>
-</div>
-
-<p>Si le premier ministre de France avait enfin obtenu
-le chapeau, il n’ignorait pas qu’il en devait presque
-tout l’honneur aux pressantes sollicitations de Richelieu;
-et celui-ci pouvait, à juste raison, s’en féliciter
-dans ce billet du 2 septembre 1726:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Je n’ai le temps que de vous écrire ces mots,
-ne pouvant retarder un moment la bonne nouvelle
-que j’envoie au Roi du consentement que j’ai enfin
-arraché à l’Empereur à la promotion de M. de Fréjus.
-Je l’ai envoyée hier à Rome, par un courrier
-extraordinaire, au cardinal de Polignac (son ami)...
-Je suis au comble de la joie de cette affaire, car je
-puis vous dire, sans me vanter, que je l’ai conduite
-adroitement et que je crois que l’on m’en aura quelque
-obligation<a name="FNanchor_165" id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor">[165]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_165" id="Footnote_165" href="#FNanchor_165"><span class="label">[165]</span></a>
-<i>Bulletin du bibliophile</i>, année 1882, p.&nbsp;421. On croit que ce
-billet était adressé à Voltaire.—Fleury n’oublia jamais le service
-rendu; mais, déjà, un an auparavant, le 29 août 1725, s’en référant à
-Morville, il complimentait Richelieu sur ses succès diplomatiques
-qui, disait-il, avaient établi sa réputation en deux mois. Fleury le
-comparait même à... Tacite.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_104">[p. 104]</span>
-D’ailleurs, Richelieu arrivant, non sans succès,
-au terme de sa mission, il eût été injuste et cruel
-de lui en retirer la gloire, d’autant que son prétendu
-crime était loin d’être prouvé.</p>
-
-<p>Déjà, au début de son ambassade, il avait préparé
-les éléments de ce traité de Hanovre (3 septembre
-1725)<a name="FNanchor_166" id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor">[166]</a> qui réunissait, dans une alliance
-défensive contre l’Autriche et l’Espagne, l’Angleterre,
-la France et la Prusse, soucieuses surtout
-d’empêcher la reconstitution de l’empire de Charles-Quint,
-autrement dit de maintenir l’équilibre européen.
-Il est vrai que, le 6 août 1726, la Russie, et
-qu’en mars 1727, la Prusse, à qui l’Empereur a promis
-certains avantages territoriaux, font cause
-commune avec l’Autriche et l’Espagne. Par contre,
-la Hollande, la Suède et le Danemark se rangent du
-côté de l’Angleterre et de la France<a name="FNanchor_167" id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor">[167]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_166" id="Footnote_166" href="#FNanchor_166"><span class="label">[166]</span></a>
-Le traité de Hanovre, écrit M. Jean Dureng (<i>Mission de Théodore
-de Chavignard de Chavigny en Allemagne</i> (septembre 1726,
-octobre 1731) <i>d’après ses Mémoires inédits</i>, 1912, p.&nbsp;8), le traité de
-Hanovre eut, comme suite, «la reconstitution» par Chavigny «d’un
-parti hostile à l’Empereur, dépendant de la France»; et l’éditeur
-ajoute: «L’affaiblissement et même la rupture des liens qui attachaient
-l’Empire à l’Empereur» sont les principes qui ne cessèrent
-d’inspirer la diplomatie française jusques et y compris la Révolution
-et Napoléon I<sup>er</sup>.»</p>
-
-<p><a name="Footnote_167" id="Footnote_167" href="#FNanchor_167"><span class="label">[167]</span></a>
-<span class="smcap">H. Carré</span>: <i>Histoire de France au XVIII<sup>e</sup> siècle</i> (édition
-Lavisse).—<span class="smcap">Jobez</span>: <i>La France sous Louis&nbsp;XV</i> (1864-1873, 6 vol.) tome II.</p>
-</div>
-
-<p>Un commencement d’hostilités, l’attaque de Gibraltar
-par l’Espagne, peut, un instant, faire appréhender
-une conflagration générale. Mais le traité
-de Vienne du 13 mai 1727 débarrasse l’horizon
-politique de ses nuages. Tout danger de guerre
-<span class="pagenum" id="Page_105">[p. 105]</span>
-est momentanément écarté: l’alliance de l’Espagne
-et de l’Autriche, que devait fortifier le mariage,
-projeté, de don Carlos, le second fils de Philippe V,
-avec Marie-Thérèse, est désavouée par l’Empereur;
-et le privilège de la compagnie commerciale d’Ostende
-est révoqué. Cette œuvre de pacification avait
-été savamment conduite, il est vrai, par Fleury;
-mais Richelieu ne l’en avait pas moins adroitement
-amorcée; et la réconciliation était complète, en
-août 1727, comme le dit l’historien Henri Martin,
-entre les deux branches de la maison de Bourbon<a name="FNanchor_168" id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">[168]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_168" id="Footnote_168" href="#FNanchor_168"><span class="label">[168]</span></a>
-<i>Mémoires</i> de <span class="smcap">Villars</span>, t.&nbsp;V.—A maintes reprises, le Maréchal
-ne se fit pas faute d’interroger Richelieu sur divers incidents de sa
-campagne diplomatique; et les <i>Mémoires</i> du vainqueur de Denain,
-en 1730, enregistrent certaines déclarations de l’ambassadeur, auxquelles
-la véracité de Villars donne un cachet d’authenticité. Richelieu
-ne lui avait-il pas affirmé le fait, d’ailleurs certifié par Fonseca,
-ambassadeur d’Autriche à Versailles, que l’Empereur aurait rétrocédé
-Luxembourg et d’autres places fortes à Louis&nbsp;XV, comme
-gage d’alliance avec la France, si le roi Très-Chrétien lui avait garanti
-le bénéfice de la <i>Pragmatique Sanction</i>, c’est-à-dire de la succession
-à l’Empire pour les archiduchesses d’Autriche? Or, le cardinal
-Fleury avait déclaré, en plein Conseil, que, si le chancelier
-Zinzendorff avait consenti ces propositions à la France, il avait
-été désavoué depuis par l’Empereur. Bien mieux, en 1732, le Garde
-des Sceaux avait soutenu à Villars que Richelieu n’avait jamais
-signalé au premier ministre le dessein formé par Charles VI de marier
-l’aînée des archiduchesses à Don Carlos. Et précisément l’ancien
-ambassadeur avait présenté à Villars la copie de ses dépêches
-témoignant du désir de l’Empereur de conclure cette union; aussi, le
-Maréchal estimait-il comme «la pire des fautes, aussi honteuse que
-dangereuse», de n’avoir pas assuré «l’Empire et tous les biens de
-la maison d’Autriche à la troisième branche de la maison de Bourbon».
-Une note de l’éditeur des <i>Mémoires</i> de Villars ajoute: «En effet
-il est question dans la Correspondance de Richelieu, en 1725, de négociations
-secrètes entre l’Autriche et l’Espagne pour le mariage du
-deuxième fils de Philippe V avec l’archiduchesse Marie-Thérèse.
-Si elles ont réellement existé, elles étaient inspirées par une pensée
-hostile à la France et la secrète espérance de reconstituer contre
-elle l’empire de Charles-Quint, mais avec un Bourbon. Villars fut
-toujours convaincu que l’offre était sérieuse et que l’affaire avait
-manqué par la faute de Fleury.»</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_106">[p. 106]</span>
-Aussi le jeune négociateur reçut-il l’accueil le plus
-flatteur du roi, quand, le 3 juillet 1728, au retour
-de son ambassade<a name="FNanchor_169" id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">[169]</a>, il vint «faire sa révérence»
-à Louis&nbsp;XV, comme le dit Villars; mais, ajoute le
-Maréchal, «on le trouva fort changé<a name="FNanchor_170" id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor">[170]</a>». L’ardeur
-qu’il avait apportée à remplir les devoirs de sa
-mission explique, de reste, cet état physiologique;
-au moins eût-il dû demander au repos prolongé,
-la réparation de ses forces; malheureusement, il
-retrouvait, à Paris et à Versailles, cette vie de plaisir
-à outrance dont il avait en quelque sorte perdu
-l’habitude à la Cour de Vienne, où l’austérité des
-mœurs et la pratique intense de la dévotion lui
-donnaient presque des nausées, ainsi qu’il l’écrivait
-au cardinal de Polignac. Mais sa légèreté et
-son inconstance, qui l’entraînaient sans relâche vers
-de nouvelles amours, lui suscitèrent de vives inimitiés
-chez des femmes dont il avait éprouvé, dans
-le charme d’un adorable commerce intellectuel, la
-tendre et sincère affection. C’est ainsi qu’il avait
-<span class="pagenum" id="Page_107">[p. 107]</span>
-froissé, à son grand dam, cette exquise M<sup>me</sup> de Gontaut,
-avec qui il avait échangé une si piquante correspondance<a name="FNanchor_171" id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">[171]</a>
-pendant son séjour à Vienne. Mais
-M<sup>me</sup> de Gontaut avait l’épigramme facile et sanglante,
-d’autant que la pointe en était préalablement
-aiguisée par Roy, le poète satirique. Quand
-elle vit Fanfarinet (c’était elle qui l’avait ainsi baptisé)
-s’éloigner d’elle en esquissant une de ses pirouettes
-ordinaires, elle lui décocha ce couplet à
-l’emporte-pièce:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">Ton amour n’est que badinage;</div>
- <div class="vers8">Tes serments sont un persiflage,</div>
- <div class="vers8">Que tu <ins id="cor_7" title="prodigue">prodigues</ins>, à chaque instant,</div>
- <div class="vers8">A tout objet qui se présente,</div>
- <div class="vers8">Sans choix, sans goût, ni sentiment.</div>
- <div class="vers8">Il te suffit d’en tromper trente.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_169" id="Footnote_169" href="#FNanchor_169"><span class="label">[169]</span></a>
-Six mois auparavant, les nouvellistes parisiens annonçaient
-déjà sa prochaine arrivée, «l’Empereur s’inquiétant de ses assiduités
-auprès de l’Impératrice. Il devrait pourtant se laisser donner
-un successeur par lui.» <span class="smcap">Bibliothèque de L’arsenal</span>: <i>Archives de
-la Bastille</i>, 10158. Nouvelles de café (café Joseph), 20 janvier 1728.</p>
-
-<p><a name="Footnote_170" id="Footnote_170" href="#FNanchor_170"><span class="label">[170]</span></a>
-Sa santé fut même très compromise l’année suivante, s’il faut
-en croire la lettre dans laquelle M<sup>lle</sup> Aïssé (<i>Lettres</i>, édition E. Asse,
-1873) écrivait, en novembre 1729, de Pont-de-Veyle, que Richelieu,
-disait-on, se mourait de la rougeole.</p>
-
-<p>D’ailleurs, il eut, dans le cours de sa vie, d’assez fréquentes secousses.—Dangeau
-notait, le 15 novembre 1717: «Le duc de Richelieu
-est assez considérablement malade, on l’a saigné et on ne
-lui a tiré que du pus. Sa grande jeunesse pourra le tirer de là.» Et,
-en effet, le 23, il était hors de danger.» Il est donc évident que sa
-longévité fut, comme celle de Voltaire, assez fréquemment contrariée
-par des accidents plus ou moins graves, quoique en aient dit
-bon nombre de mémorialistes.</p>
-
-<p><a name="Footnote_171" id="Footnote_171" href="#FNanchor_171"><span class="label">[171]</span></a>
-On ne trouve aucune trace de ces lettres dans les <i>Pièces inédites
-sur les règnes de Louis&nbsp;XIV et Louis&nbsp;XV</i> signalées par notre <i>Avant-Propos</i>,
-publication où Soulavie avait réuni, au Tome II, la correspondance
-des amis de Richelieu sur «les intrigues de la Cour de
-France», avec l’«ambassadeur extraordinaire», pendant son
-séjour à Vienne.</p>
-</div>
-
-<p>Ce trait final rappelle le mot du Président Hénault
-sur Richelieu: «L’homme à bonnes fortunes du
-siècle; il a été le <i>dompteur de toutes les femmes</i>, au
-point que l’on a remarqué celles qui lui avaient résisté<a name="FNanchor_172" id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor">[172]</a>.»
-C’était comme un point d’honneur pour lui
-de ne point rencontrer de cruelles; mais il n’avait
-pas le sens de l’éclectisme, et M<sup>me</sup> de Gontaut le lui
-dit nettement.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_172" id="Footnote_172" href="#FNanchor_172"><span class="label">[172]</span></a>
-<i>Mémoires</i> du Président Hénault (édition Fr. Rousseau, 1911),
-p.&nbsp;124.</p>
-</div>
-
-<p>Cette confiance en soi, cette infatuation de son
-<span class="pagenum" id="Page_108">[p. 108]</span>
-mérite n’ont rien qui doive surprendre chez Richelieu.
-Jamais homme ne fut mieux servi par les circonstances,
-ni plus heureusement doué par la nature.
-Sa vanité, toujours en éveil, formulait à peine
-un désir qu’elle recevait pleine et entière satisfaction.
-Il mettait, en effet, une sorte de coquetterie à
-rechercher les distinctions honorifiques, sur lesquelles
-il semblait que le grand nom de Richelieu
-lui donnât comme un droit de préemption. En novembre
-1732, il se faisait recevoir membre honoraire
-de l’Académie des Sciences. Et nous verrons, par la
-suite, quel intérêt il prenait à toutes les questions
-de théâtre et d’art, d’histoire et de littérature, comment,
-en dépit de son humeur caustique, autoritaire,
-parfois même brouillonne et tracassière sous
-les dehors d’une excessive politesse, il jugeait sainement
-de matières qui paraissaient devoir échapper
-à sa compétence.</p>
-
-<p>Il mettait déjà plus de circonspection dans ses
-agissements politiques et, prudemment, se tenait
-à l’écart de manœuvres que des impatients dirigeaient
-contre le gouvernement du cardinal Fleury.
-Parmi eux, le duc de Gesvres, premier gentilhomme
-de la Chambre et le duc d’Épernon, fils d’un premier
-mariage de la comtesse de Toulouse, avaient
-projeté de renverser à bref délai le vieux prélat.
-Admis dans l’intimité du roi qu’amusaient leurs
-boutades contre le ministre, et, croyant l’heure propice,
-ils s’en ouvrirent à Richelieu. Celui-ci leur promit
-le secret; mais, peu séduit par la perspective de
-reprendre une quatrième fois le chemin de la Bastille,
-il préféra se retirer pour quelques semaines
-dans son château du Poitou. Entre temps, de Gesvres
-<span class="pagenum" id="Page_109">[p. 109]</span>
-et d’Épernon présentaient au roi un mémoire qui
-était presque un acte d’accusation contre Fleury et
-concluait à sa déchéance. Louis&nbsp;XV chargea son premier
-ministre de la réponse; et les deux chefs de ce
-complot à l’eau de rose, qu’on dénomma ironiquement
-la <i>Conjuration des Marmouzets</i>, furent exilés
-dans leurs terres<a name="FNanchor_173" id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">[173]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_173" id="Footnote_173" href="#FNanchor_173"><span class="label">[173]</span></a>
-<span class="smcap">Jobez</span>: <i>La France sous Louis&nbsp;XV</i>, t.&nbsp;III, p.&nbsp;56.</p>
-</div>
-
-<p>Cette manifestation anti-ministérielle se produisit
-en octobre 1730. Elle ne fut pas d’ailleurs la seule;
-mais toutes furent également inoffensives. Elles se
-traduisaient, suivant la mode du temps, en épigrammes,
-en couplets, en parodies tirées des classiques,
-en pamphlets, en «lettres de l’autre monde».
-L’une d’elles, qui date du 25 juillet 1732, offre cette
-particularité qu’elle est adressée au duc de Richelieu
-par son grand-oncle, l’illustre Cardinal, en
-raison du projet qu’on prêtait à Fleury de se faire
-ériger un mausolée dans l’église de la Sorbonne,
-dont les caveaux devaient être exclusivement réservés
-à la sépulture de Richelieu et de sa famille.
-Cette missive anonyme, écrite «des Champs-Élysées»,
-était tout à la fois un libelle contre Fleury
-«ce petit-fils de laquais», et un panégyrique du neveu
-par l’oncle. Le Cardinal qualifie—délicieux euphémisme!—«d’audacieuses
-entreprises de jeunesse»
-les folies que l’on sait. «Le jeune duc, dit-il, prodigue
-pour l’honneur de la nation une grande partie
-des biens qu’il lui a laissés. Pénétrant pour ainsi
-dire dans les plus secrets replis de ce fameux conseil
-aulique, il sert aussi bien son maître à entretenir
-la paix avec cette fière maison d’Autriche, que lui,
-<span class="pagenum" id="Page_110">[p. 110]</span>
-le Cardinal, a servi le sien en abaissant la puissance
-énorme de cette maison.» Aussi l’oncle s’en croit-il
-autorisé à «déduire ce que le neveu pourra faire dans
-la guerre après ce qu’il lui voit faire dans la paix<a name="FNanchor_174" id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor">[174]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_174" id="Footnote_174" href="#FNanchor_174"><span class="label">[174]</span></a>
-<span class="smcap">Boisjourdain</span>: <i>Mélanges historiques, politiques et satiriques</i>,
-1807, 3 vol., t.&nbsp;II, p.&nbsp;125.</p>
-</div>
-
-<p>L’événement allait justifier le pronostic.</p>
-
-<p>Le succès de son ambassade avait développé, en
-effet, chez Richelieu le germe d’une noble ambition,
-celle de «servir le roi» comme le disait la «lettre du
-Cardinal», le roi représentant, sous l’ancien régime,
-et l’État, et la France. Or, Richelieu se rappelait
-qu’il avait fait ses premières armes sous Villars,
-à l’heure où le pays luttait contre l’invasion étrangère;
-et quand la vacance du trône de Pologne,
-en 1733, autorisa les revendications de Stanislas
-Lesczinski, suggérées d’ailleurs par son gendre,
-Louis&nbsp;XV, Richelieu fut le premier à conseiller de
-leur prêter l’appui d’une politique ferme et vigoureuse.
-Aussi fut-il désigné pour prendre part à la
-démonstration militaire qu’allait tenter l’armée du
-Rhin, commandée par le Maréchal de Berwick. Il
-partit avec le régiment d’infanterie, dont il était
-colonel par commission du 15 mars 1718.</p>
-
-<p>Il avait apporté à ses préparatifs le faste et l’ostentation
-qui, chez lui, étaient presque une seconde
-nature. Il emmenait, avec le personnel que nécessitaient
-de tels équipages, 30 chevaux pour lui, 72 mulets
-transportant ses bagages, et des tentes semblables
-à celles du roi<a name="FNanchor_175" id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor">[175]</a>. Villars s’amusa beaucoup de ce déploiement
-de luxe.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_175" id="Footnote_175" href="#FNanchor_175"><span class="label">[175]</span></a>
-<span class="smcap">Barbier</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;428.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_111">[p. 111]</span>
-Richelieu n’en fit pas moins bravement son devoir
-au siège de Kehl.</p>
-
-<p>Un brevet du 20 février 1734 lui accordait le grade
-de brigadier d’infanterie à cette même armée du
-Rhin.</p>
-
-<p>Richelieu continua d’y servir en 1735, jusqu’à
-la paix, époque à laquelle il se démit de son régiment.</p>
-
-<p>Puis, en 1738, il était pourvu de la lieutenance-générale
-du Languedoc, au département du Vivarais
-et du Velay, sur la démission du marquis de la Fare;
-et, le même jour, il recevait sa commission pour
-«commander, au nom du Roi, dans la province».</p>
-
-<p>Avant d’atteindre sa quarantième année, il était
-donc parvenu au but que se proposaient tous les
-grands seigneurs, ses contemporains; il occupait
-un poste officiel dans le monde administratif, après
-avoir conquis une place honorable dans les rangs de
-l’armée.</p>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_112">
-
-<h2>CHAPITRE XI</h2>
-
-<p class="smm"><i>Le second mariage de Richelieu. — Voltaire l’a mené comme
-une «comédie». — Richelieu retourne à l’armée: son
-duel avec le prince de Lixin. — Sa femme, la princesse
-de Guise, est une nature d’élite. — Comme elle seconde
-son mari aux États de Languedoc. — Une anecdote du
-marquis de Valfons. — Richelieu fidèle pendant six mois. — L’intrigue
-avec M<sup>me</sup> de la Martellière. — Les cabinets
-particuliers de la Galerie des Tuileries. — Amour passionné
-de la duchesse pour son mari. — Ses derniers moments.</i></p>
-
-<p>Entre deux campagnes, Richelieu avait pris le
-temps de se remarier.</p>
-
-<p>Ce n’était pas la première fois qu’il envisageait
-cette éventualité. Et même, M<sup>lle</sup> de Noailles n’était
-pas morte de six mois, qu’il jetait ses vues sur
-M<sup>lle</sup> de Monaco, sœur de la duchesse de Valentinois.
-«Mais, note le <i>Journal</i> de Dangeau, cela n’a
-pu s’ajuster, tout est rompu<a name="FNanchor_176" id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">[176]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_176" id="Footnote_176" href="#FNanchor_176"><span class="label">[176]</span></a>
-<span class="smcap">Dangeau</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;XVI, 16 mars 1717.—De nos jours,
-un prince de Monaco épousa la veuve d’un duc de Richelieu.</p>
-</div>
-
-<p>Il est probable que ce parti ne dût pas être le seul
-qui s’offrît à Richelieu pendant les dix-huit années que
-dura son veuvage; mais les annalistes contemporains
-n’en ont soufflé mot. Nous n’avons trouvé que
-cette indication dans une gazette de café, datée du
-20 janvier 1728:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«M. de Senozan (un riche parvenu) veut faire
-épouser le duc de Richelieu à sa fille et promet
-<span class="pagenum" id="Page_113">[p. 113]</span>
-20.000 écus à l’intermédiaire qui y parviendra<a name="FNanchor_177" id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">[177]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_177" id="Footnote_177" href="#FNanchor_177"><span class="label">[177]</span></a>
-<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, 10158
-(manuscrits).</p>
-</div>
-
-<p>Mais Voltaire avait juré le bonheur de celui qui
-était déjà son idole, avant qu’il devînt «son héros».
-Il parla, écrivit, s’agita, s’entremit avec cette activité
-qu’il dépensait en toutes choses; et, le 14 avril
-1734, Richelieu se mariait, dans la chapelle de Montjeu,
-avec «Élisabeth-Sophie de Lorraine, fille d’Anne-Marie-Joseph
-de Lorraine, prince de Guise, comte
-d’Harcourt, marquis de Neufbourg et Montjeu et
-Maria-Louise-Chrétienne de Nasville, princesse de
-Guise<a name="FNanchor_178" id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">[178]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_178" id="Footnote_178" href="#FNanchor_178"><span class="label">[178]</span></a>
-<i>Dictionnaire</i> de <span class="smcap">Jal</span>, p.&nbsp;1062 (Registres du Temple).</p>
-</div>
-
-<p>Et, tout fier d’un tel dénouement, l’homme de
-théâtre qu’était Voltaire écrivait à son ami Cideville
-qu’il avait conduit l’affaire comme une intrigue
-de comédie.</p>
-
-<p>En réalité, la vanité, cette puissante directrice de
-toutes les actions de Richelieu, avait singulièrement
-contribué à cette union. Si le petit-fils des Vignerot,
-comme ses ennemis se plaisaient encore à l’appeler,
-n’avait pu s’allier, jadis, par M<sup>lle</sup> de Valois ou par
-M<sup>lle</sup> de Charolais, aux Bourbons, il entrait aujourd’hui
-dans une maison princière, peut-être plus illustre,
-celle des Guise, puisqu’elle prétendait descendre
-de Charlemagne.</p>
-
-<p>Il faut dire cependant, à l’éloge de Richelieu, que
-l’orgueil n’avait pas, seul, déterminé son choix.
-Impulsif, ainsi qu’il le fut toute sa vie, il s’était pris
-d’une soudaine passion pour M<sup>lle</sup> de Guise, une
-belle personne, un peu fière et presque farouche,
-jusque-là délaissée, car elle n’avait pas de dot. Et
-<span class="pagenum" id="Page_114">[p. 114]</span>
-très noblement, très galamment, il l’avait épousée.</p>
-
-<p>Voltaire n’avait pas eu tort, quand il avait vu
-dans ce mariage le côté théâtre. Huit jours après le
-«saint nœud», que le poète avait célébré dans une
-épître restée célèbre<a name="FNanchor_179" id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">[179]</a>, Richelieu avait dû quitter
-sa femme, rappelé par la reprise des hostilités sur
-les bords du Rhin. Il était de nouveau sous les ordres
-de Berwick et, parmi ses compagnons d’armes,
-se trouvait un cousin de la duchesse, le prince de
-Lixin, qui, avec son frère, le prince de Pons, avait
-refusé de signer au contrat de sa parente. Le prince
-de Guise les avait «déshonorés», disaient-ils, en
-donnant sa fille à ce Vignerot qui n’était pas gentilhomme.
-Or, pendant le siège de Philisbourg, un
-soir que Richelieu, prié à souper chez le prince de
-Conti, s’y rendait, au sortir de la tranchée, sans
-avoir eu le temps de faire disparaître la sueur et
-la poussière dont il était couvert, le prince de Lixin,
-qui était invité, lui aussi, parut s’étonner que le duc
-ne fût pas encore décrassé, depuis son alliance avec
-les Guise. Cette insolence fut cruellement châtiée.
-Richelieu appela en duel le prince de Lixin et le tua
-net<a name="FNanchor_180" id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">[180]</a>. Il avait été lui-même assez grièvement blessé
-et le bruit de sa mort avait couru avec une telle persistance,
-que Voltaire, n’écoutant que son amitié,
-était parti pour Philisbourg, acte de pieuse déférence
-qui lui avait été imputé à crime<a name="FNanchor_181" id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">[181]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_179" id="Footnote_179" href="#FNanchor_179"><span class="label">[179]</span></a>
-<span class="smcap">Voltaire</span>: <i>Épître à la Duchesse de Guise</i> (avril 1734).</p>
-
-<p><a name="Footnote_180" id="Footnote_180" href="#FNanchor_180"><span class="label">[180]</span></a>
-<span class="smcap">Barbier</span>: <i>Journal</i> (Paris, 8 vol.), t.&nbsp;III, p.&nbsp;464.—<span class="smcap">Narbonne</span>:
-<i>Journal des règnes de Louis&nbsp;XIV et Louis&nbsp;XV</i> (Paris, 1860),
-pp.&nbsp;316-317.</p>
-
-<p><a name="Footnote_181" id="Footnote_181" href="#FNanchor_181"><span class="label">[181]</span></a>
-<i>Lettres de M<sup>me</sup> du Châtelet</i> (édit. E. Asse, 1878).—Et cependant
-son arrivée au camp, dit <span class="smcap">Desnoiresterres</span> (<i>Vie de Voltaire</i>,
-t. II, p.&nbsp;45) avait été fêtée par les princes du sang, MM. de Conti,
-de Charolais, de Clermont.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_115">[p. 115]</span>
-Pour s’être si tardivement remarié, Richelieu
-avait eu la main heureuse.</p>
-
-<p>M<sup>lle</sup> de Guise était, en effet, une nature d’élite,
-qu’exaltait fort Voltaire, quoiqu’elle pût porter ombrage
-à la docte Émilie. C’était, comme on disait
-alors, une «salonnière». Elle avait fait un cours de
-physique dans la salle des machines à la cour de Lorraine;
-et, certain jour, elle avait confondu un prédicateur
-jésuite qui était un éloquent bavard<a name="FNanchor_182" id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">[182]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_182" id="Footnote_182" href="#FNanchor_182"><span class="label">[182]</span></a>
-<span class="smcap">Voltaire</span>: <i>Lettre à Fromont</i>, 25 juin 1735.</p>
-</div>
-
-<p>Nous avouons que cette virtuosité de conférencière
-et ces exercices de femme savante, si communs
-au <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, nous trouvent assez froid. Mais
-ce qui ne saurait nous laisser indifférent, c’est le
-rôle d’associée et de collaboratrice, que la jeune duchesse
-tint auprès de son mari, pendant le peu d’années
-qu’elle vécut.</p>
-
-<p>Richelieu, ainsi que nous l’avons vu maintes fois,
-était alors dans un état voisin de la gêne; et si la lieutenance-générale
-du Languedoc (il avait tablé sur
-le commandement de Bretagne) n’était pas une compensation
-suffisante donnée à son amour-propre, elle
-comportait du moins un revenu très appréciable.
-Pendant son absence, sa femme, bien que déjà touchée
-par le mal qui allait l’emporter, s’employa fort
-activement, de tous côtés, à réaliser les économies
-nécessaires. Elle supprima, à Paris, un train de
-maison ruineux, loua l’hôtel de la place Royale à
-l’ambassadeur de Naples<a name="FNanchor_183" id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor">[183]</a> et vint se fixer à
-<span class="pagenum" id="Page_116">[p. 116]</span>
-Montpellier, siège du gouvernement de son mari<a name="FNanchor_184" id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor">[184]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_183" id="Footnote_183" href="#FNanchor_183"><span class="label">[183]</span></a>
-<span class="smcap">Faur</span> (<i>Vie privée</i>, t.&nbsp;I, p.&nbsp;330) prétend que ce diplomate, avant
-d’habiter l’hôtel, y fit parquer un troupeau de moutons, pendant
-quelques jours, pour en chasser l’odeur de musc, chère à Richelieu.—Même
-anecdote a été contée pour l’Hôtel du Gouvernement à
-Bordeaux, que le Maréchal occupa pendant près de 30 ans.</p>
-
-<p><a name="Footnote_184" id="Footnote_184" href="#FNanchor_184"><span class="label">[184]</span></a>
-<span class="smcap">Comtesse d’Armaillé</span>: <i>La comtesse d’Egmont</i> (Paris, 1890),
-p.&nbsp;3.—Le prince de Dombes était le gouverneur officiel; et Richelieu
-commandait pour le roi, mais il était, de fait, le gouverneur de
-la province; nous lui en conserverons le titre.</p>
-</div>
-
-<p>Richelieu y prenait une succession difficile. Les
-catholiques, les protestants, les juifs même étaient
-toujours en état de conflit. Et, pour faire tomber le
-bouillonnement de ces cerveaux surchauffés, le représentant
-du roi dut mettre en jeu toutes les ressources
-d’une diplomatie que lui rendait familière
-l’adroite et aimable souplesse de son esprit insinuant.
-Les débuts de Richelieu en Languedoc furent
-un coup de maître; et le témoignage précieux
-d’un contemporain vient corroborer une impression
-qui fut générale. Le marquis de Valfons raconte la
-scène en ces termes:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>... «Je menais une vie très retirée, jusqu’au passage
-du duc de Richelieu qui venait commander
-pour la première fois en Languedoc (1739). Il soupa
-à l’évêché. Je ne voulus pas me mettre à table pour
-être plus à portée de lui faire ma cour. Je l’avais
-vu à l’armée. Il ne cherchait qu’à plaire et y réussissait
-à coup sûr. Au premier mot que je lui dis,
-son accueil fut charmant; la joie qu’on avait de le
-voir se peignait dans tous les yeux. Il voulut l’augmenter
-encore par ses caresses et sa coquetterie
-naturelle.</p>
-
-<p>—«Vous êtes bien jeune pour ne pas souper,
-me dit-il.</p>
-
-<p>—«Monsieur le duc, lui répondis-je, on soupe
-tous les jours et les instants de se rapprocher de
-vos bontés sont trop courts.»</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_117">[p. 117]</span>
-«Alors éloignant sa chaise et me faisant placer
-près de lui:</p>
-
-<p>—«Mettez-vous là, je le veux.»</p>
-
-<p>«Et tout de suite, il me fit mille questions. A la
-fin de souper, il me dit: «Vous viendrez à Montpellier
-m’aider à faire les honneurs d’un bal que
-j’y donne lundi prochain. M<sup>me</sup> de Richelieu sera
-arrivée. Je vous présenterai: elle vous recevra
-bien, car vous ressemblez parfaitement au duc de
-la Trémoïlle qui est son parent et qu’elle aime
-beaucoup; du reste vous ne deviez pas l’ignorer:
-on a dû vous le dire souvent.»</p>
-
-<p>«Je fus à Montpellier où il me reçut avec bonté
-et me mena aussitôt à la toilette de M<sup>me</sup> de Richelieu,
-qui, de la meilleure foi du monde, me prenant
-pour son cousin, me dit: «Voilà une belle plaisanterie
-de changer de nom et d’uniforme. Eh pourquoi
-ne m’avez-vous pas dit à Paris la galanterie
-que vous me faites de venir aux États?»</p>
-
-<p>«M. de Richelieu m’accabla de bontés et m’ordonna
-de n’avoir pas d’autre maison que la sienne<a name="FNanchor_185" id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">[185]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_185" id="Footnote_185" href="#FNanchor_185"><span class="label">[185]</span></a>
-<i>Souvenirs</i> du marquis <span class="smcap">de Valfons</span>, 2<sup>me</sup> édition, 1906. Émile-Paul,
-pp.&nbsp;29-30.</p>
-</div>
-
-<p>Avec une vaillance faisant honneur à sa ténacité,
-la jeune femme supportait les fatigues de cette vie
-qui la minait; elle puisait sa force de résistance
-dans son amour pour son mari; mais lui, qui semblait
-l’adorer, était-il sincère?</p>
-
-<p>Lorsque Voltaire avait suivi d’un œil attendri la
-lune de miel d’un couple aussi bien assorti—si tant
-est que son malicieux regard ait jamais laissé percer
-la moindre lueur de sensibilité—il avait fort
-<span class="pagenum" id="Page_118">[p. 118]</span>
-sagement conseillé aux deux époux de ne pas tarir trop
-vite la coupe qui s’offrait à leurs lèvres:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Ne vous aimez pas trop, c’est moi qui vous en prie;</div>
- <div class="vers">C’est le plus sûr moyen de vous aimer toujours.</div>
- <div class="vers">Il vaut mieux être amis tout le temps de sa vie</div>
- <div class="vers8">Que d’être amants pour quelques jours.</div>
-</div>
-
-<p>C’était, comme bien on pense, pour Richelieu
-que Voltaire parlait, Richelieu qui avait juré</p>
-
-<p class="verseul">D’être toujours fidèle et sage.</p>
-
-<p>Il le fut à peine six mois.</p>
-
-<p>En mars 1735, il eut une aventure qu’il nous paraît
-intéressant de rappeler, non qu’elle soit une des
-plus brillantes conquêtes de ce «dompteur de
-femmes», mais parce qu’elle montre, sous l’aspect
-peu flatteur d’un professionnel de la défection amoureuse
-dans ce qu’elle a de plus humiliant pour sa
-victime, l’homme qui se piquait volontiers d’être
-le parangon de la politesse délicate et raffinée en
-matière de galanterie.</p>
-
-<p>Cette anecdote figure dans divers <i>Souvenirs</i> contemporains.
-Mais nous l’empruntons, très modifiée,
-à une autre source beaucoup moins suspecte, la correspondance
-d’un commissaire de police parisien.</p>
-
-<p>Le duc de Durfort se croit l’unique amant, et, bien
-entendu, adoré d’une femme à la mode, M<sup>me</sup> de la
-Martellière. Mais cette dame s’est donnée toute à
-Richelieu, sans que «le cœur de celui-ci y mette
-rien». Elle promet de souper avec lui, après avoir
-refusé cette faveur à Durfort. Ces deux seigneurs
-se rencontrent, le lendemain du rendez-vous, dans
-<span class="pagenum" id="Page_119">[p. 119]</span>
-une maison amie. Durfort a la mine toute défaite.</p>
-
-<p>—«Qu’as-tu? demande Richelieu.</p>
-
-<p>—«Un contre-temps fâcheux n’a pas permis à
-M<sup>me</sup> de la Martellière de me recevoir cette nuit.</p>
-
-<p>—«Allons donc!</p>
-
-<p>—«Pourquoi pas? Vas-tu dire que je fais le petit-maître
-et qu’elle ne m’aime pas?</p>
-
-<p>—«Que sais-je? Mais la nuit qu’elle t’a refusée,
-elle me l’a donnée à moi.</p>
-
-<p>—«C’est trop fort!</p>
-
-<p>—«En veux-tu la preuve? Viens, tel jour, à tel endroit;
-nous y avons pris rendez-vous. On t’ouvrira
-et tu me trouveras avec elle entre deux draps.»</p>
-
-<p>Ce qui fut dit fut fait. Durfort est annoncé; il
-entre avant que M<sup>me</sup> de la Martellière ait pu s’évader.
-Elle se tapit sous la couverture, mais Richelieu
-a la scélératesse de sauter à bas du lit, entraînant
-après lui les draps. Et Durfort a la bassesse de
-gifler M<sup>me</sup> de la Martellière<a name="FNanchor_186" id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor">[186]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_186" id="Footnote_186" href="#FNanchor_186"><span class="label">[186]</span></a>
-Le Commissaire <span class="smcap">Dubuisson</span>: <i>Lettres au marquis de Caumont</i>
-(édition Rouxel, 1882), 31 mars 1735.—<i>Mélanges</i> de <span class="smcap">Boisjourdain</span>,
-t. II, p.&nbsp;448.—Cette anecdote change de face, suivant le
-narrateur qui en fait le récit. Dans les <i>Nouvelles de Paris</i>, éditées
-en 1879, par M. de Barthélemy, c’est M<sup>me</sup> de la Martellière qui tient
-tête à ses deux amants: «C’est la beauté à la mode; ces jours passés,
-elle avait donné rendez-vous au duc de Richelieu; et le duc de Durfort,
-l’ayant su par une mouche, voulut être aussi de la partie.
-M<sup>me</sup> de la Martellière, qui vit l’embarras des deux jeunes seigneurs,
-leur dit: Messieurs, je vois bien que vous êtes embarrassés de me
-voir ici l’un et l’autre; mais que cela ne vous inquiète pas, je vous
-<ins id="cor_8" title="erai">ferai</ins> à tous les deux la chouette.»</p>
-
-<p>Faur qui, dans la <i>Vie privée</i>, ne mentionne pas l’historiette, consacre
-cependant plusieurs pages à M<sup>me</sup> de la Martellière, qu’il représente
-comme une des maîtresses les plus dévouées de Richelieu
-(t. I, pp.&nbsp;292-316). Faur va même jusqu’à dire que le duc, pour la
-débarrasser de l’autrichien Penterrieder qui l’«excédait», le provoqua
-en duel et le tua, non sans avoir été lui-même assez grièvement
-blessé.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_120">[p. 120]</span>
-Mais comment qualifier la conduite de Richelieu?</p>
-
-<p>C’est le même homme qui disait à M<sup>me</sup> de Goesbriand,
-une de ses maîtresses, le priant de lui envoyer
-sa voiture au Palais-Royal dans la cour des
-Cuisines: «Je vous conseille, Madame, de rester dans
-cette cour, pour y charmer les marmitons pour qui
-vous êtes faite. Adieu, ma belle enfant.»</p>
-
-<p>Que de contrastes et de contradictions chez ce
-courtisan exquis, devenu, en un tour de main, le
-pire des goujats!</p>
-
-<p>En 1737, une de ces nouvelles à la main que la
-lieutenance de police commandait ou collectionnait
-pour son édification particulière, nous apprend comment
-Richelieu mettait à profit les secrètes transformations
-opérées par un des premiers valets de
-chambre du roi dans les dépendances du Palais des
-Tuileries dont il était le gouverneur.</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p class="rdate">7 juin,</p>
-
-<p>«On a inventé un nouveau rendez-vous d’amour,
-tant pour la commodité que pour la discrétion.
-Plusieurs personnes ont la clef de la galerie que
-M. Bontemps s’est pratiquée, aux Tuileries, sous les
-voûtes de la terrasse et qu’il a fait meubler. On y
-entre à la nuit fermée et l’on y reste jusqu’à dix
-heures et plus, sans que personne puisse en rien imaginer:
-car on n’y met point de lumières et l’on ne
-voit que la clarté de la lune. M. le prince de Conti
-et M. le duc de Richelieu y vont souvent<a name="FNanchor_187" id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor">[187]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_187" id="Footnote_187" href="#FNanchor_187"><span class="label">[187]</span></a>
-<i>Bibliothèque de la Ville de Paris</i>. Manuscrit 26700; à la date.</p>
-</div>
-
-<p>A cette date, d’après le nouvelliste, c’était
-<span class="pagenum" id="Page_121">[p. 121]</span>
-M<sup>me</sup> de Vernouillet, une piquante beauté, que le
-duc daignait honorer de ses plus particulières
-attentions et qui lui valut de malicieux couplets<a name="FNanchor_188" id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor">[188]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_188" id="Footnote_188" href="#FNanchor_188"><span class="label">[188]</span></a>
-Les <i>Nouvelles à la main</i>, éditées en 1879 par M. E. de Barthélemy,
-attribuent même à Richelieu ce couplet sur M<sup>me</sup> de Vernouillet:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers7">Pour bien peindre en miniature</div>
- <div class="vers7">De Vernouillet la figure,</div>
- <div class="vers7">Il faudrait que la peinture</div>
- <div class="vers7">Exprimât tout à la fois</div>
- <div class="vers7">D’une Nymphe le corsage,</div>
- <div class="vers7">D’une Grâce le visage,</div>
- <div class="vers7">D’une Muse le langage,</div>
- <div class="vers7">D’une Sirène la voix.</div>
-</div>
-
-</div>
-
-<p>Ses infidélités ne durent pas être ignorées de sa
-femme. Il semble que Voltaire en ait eu le pressentiment,
-quand, dans sa fameuse épître, il s’écriait
-assez impertinemment, comme s’il eût prévu le
-châtiment du coupable<a name="FNanchor_189" id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor">[189]</a>:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">Est-il dit qu’il ne sera pas</div>
- <div class="vers8">Ce qu’il a tant mérité d’être?</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_189" id="Footnote_189" href="#FNanchor_189"><span class="label">[189]</span></a>
-<span class="smcap">Duc de Lévis</span>: <i>Souvenirs et Portraits</i>, 1815, pp.&nbsp;21 et suiv.</p>
-</div>
-
-<p>Mais Richelieu veillait. Aussi, quand, de son
-propre aveu, au lendemain de son mariage, il vit
-reparaître cet écuyer qui avait si bien consolé sa
-première femme, le pria-t-il d’aller porter ailleurs
-ses services.</p>
-
-<p>Mais il n’avait rien à craindre avec M<sup>lle</sup> de Guise,
-trop aimante pour ne pas demeurer toujours fidèle.
-Lorsqu’elle fut irrémédiablement perdue, le duc,
-par décence, resta plus souvent auprès d’elle, à l’hôtel
-de Guise qu’elle habitait, depuis son retour de
-Montpellier.</p>
-
-<p>Un jour qu’il s’était rencontré dans la chambre
-<span class="pagenum" id="Page_122">[p. 122]</span>
-de la mourante avec son confesseur, le P. Segaud,
-il dit à sa femme, quand le jésuite l’eut quittée:</p>
-
-<p>—«Au moins, en êtes-vous contente?</p>
-
-<p>—«Oh! oui, bien contente, il ne me défend pas
-de vous aimer<a name="FNanchor_190" id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor">[190]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_190" id="Footnote_190" href="#FNanchor_190"><span class="label">[190]</span></a>
-<span class="smcap">Voltaire</span>: <i>Correspondance</i>. <i>Lettre à Formont</i> du 25 juin 1735.—<span class="smcap">Duc
-de Luynes</span>: <i>Mémoires</i> ou <i>Journal</i>, t.&nbsp;III, p.&nbsp;224.</p>
-</div>
-
-<p>A l’heure de l’agonie, elle ne voulut pas qu’on appelât
-son mari, pour lui éviter le déchirement de la séparation
-suprême; mais il avait donné des ordres contraires;
-et elle eut la consolation de mourir entre
-ses bras, dans l’étreinte d’un dernier baiser (2 août
-1740).</p>
-
-<p>Elle laissait deux enfants:</p>
-
-<p>Louis-Antoine-Sophie Du Plessis-Richelieu, titré
-duc de Fronsac, né le 4 février 1736<a name="FNanchor_191" id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor">[191]</a>; Jeanne-Sophie
-Élisabeth-Louise-Armande-Septimanie, née le 1<sup>er</sup>
-mars 1740. C’étaient les États de Languedoc qui
-l’avaient tenue sur les fonts baptismaux et lui
-avaient donné le nom de Septimanie. Sa naissance,
-à Montpellier, avait hâté la fin de sa mère, qui avait
-succombé à une nouvelle poussée de phtisie galopante,
-au Temple, chez son père.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_191" id="Footnote_191" href="#FNanchor_191"><span class="label">[191]</span></a>
-Le Commissaire Dubuisson écrit à M. de Caumont, en 1736,
-que la duchesse de Richelieu vient d’accoucher d’un garçon, que,
-sans cela, le roi eût envoyé le duc à la Bastille, parce que celui-ci
-s’était permis d’aller chasser, avant lui, sur ses propriétés, dans la
-plaine de Saint-Denis, où il avait tué 7 à 800 pièces de gibier.</p>
-</div>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_123">
-
-<h2>CHAPITRE XII</h2>
-
-<p class="smm"><i>Le deuil de Richelieu. — Son séjour dans le Languedoc en
-1741. — Petite malice d’un vieux chanoine. — Esprit
-de tolérance de Richelieu. — Son autorité en matière d’étiquette. — Il
-est processif, autant par nécessité que par
-amour de la chicane. — Ses revendications contre les propriétaires
-du Palais Royal. — L’histoire d’un pamphlet. — Richelieu
-perd son procès.</i></p>
-
-<p>Il faut reconnaître, à la louange de Richelieu,
-qu’il manifesta les regrets les plus vifs d’une perte
-douloureuse à tant d’égards. Nous voulons croire
-qu’il fut sincère. De fait, M<sup>me</sup> d’Armaillé, l’auteur
-d’un beau livre sur la comtesse d’Egmont, fille de
-Richelieu, M<sup>me</sup> d’Armaillé, qui n’est certes pas suspecte
-de tendresse, ni d’admiration exagérées pour
-le père, affirme qu’il «s’imposa un deuil sévère<a name="FNanchor_192" id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor">[192]</a>»,
-dont il partagea la durée entre son château de Richelieu
-et son gouvernement du Languedoc.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_192" id="Footnote_192" href="#FNanchor_192"><span class="label">[192]</span></a>
-Comtesse <span class="smcap">d’Armaillé</span>: <i>La Comtesse d’Egmont</i>, p.&nbsp;11.</p>
-</div>
-
-<p>Et, précisément, de son séjour dans cette province
-en 1741, nous avons sous les yeux une relation,
-qui, par son contraste avec le récit du marquis
-de Valfons, dit assez l’influence pondératrice que
-devait exercer la duchesse sur l’esprit hautain et
-présomptueux de son mari.</p>
-
-<p>Le poète Piron (et nous concédons volontiers
-que son humeur satirique aura bien pu pousser au
-noir le tableau) Piron écrit au comte de Livry:</p>
-
-<div class="manuscr"><span class="pagenum" id="Page_124">[p. 124]</span>
-<p>«On dit qu’il (le duc) y exige tous les honneurs
-dont se fût avisée l’ambition du Cardinal de son nom.
-Canon, visites, harangues, <i>Te Deum</i>, il ne vit plus
-que de cela.</p>
-
-<p>«Un vieux chanoine, à la tête d’un chapitre condamné
-à venir le haranguer, lui a demandé comment
-se portait le roi.</p>
-
-<p>«Le duc, surpris de cette question familière, est
-resté muet et interdit.</p>
-
-<p>«Le prêtre recommença: Monsieur le duc, je vous
-demande comment se porte le roi.</p>
-
-<p>—«Fort bien, a dit brusquement Monsieur de
-Richelieu.»</p>
-
-<p>«Le chanoine se retournant alors vers le chapitre:</p>
-
-<p>—«Vous entendez, Messieurs, les nouvelles que
-Monsieur nous donne de la santé du roi. Allons
-en rendre grâce à Dieu par un <i>Te Deum</i>, où M. le
-Gouverneur nous fera sans doute la grâce d’assister.»</p>
-
-<p>«Ainsi fit-il, quoiqu’il eût demandé ce <i>Te Deum</i>
-pour lui-même<a name="FNanchor_193" id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor">[193]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_193" id="Footnote_193" href="#FNanchor_193"><span class="label">[193]</span></a>
-<i>Œuvres inédites</i> de <span class="smcap">Piron</span> (édition H. Bonhomme), 1859, p.&nbsp;248.</p>
-</div>
-
-<p>Peut-être le malicieux chanoine soulignait-il ainsi
-la rancune que le clergé languedocien gardait à Richelieu
-de son intervention pacificatrice dans les
-querelles religieuses, toujours si ardentes en cette
-région<a name="FNanchor_194" id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">[194]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_194" id="Footnote_194" href="#FNanchor_194"><span class="label">[194]</span></a>
-Est-ce pour cette raison que Durozoir (art. <i>Richelieu</i> dans
-la <i>Biographie Michaud</i>) dit qu’il n’avait pas l’opinion publique pour
-lui, bien qu’il exerçât une certaine influence aux États de Languedoc?</p>
-</div>
-
-<p>S’autorisant des instructions de Louis&nbsp;XIV,
-<span class="pagenum" id="Page_125">[p. 125]</span>
-reprises par le gouvernement de Louis&nbsp;XV et surtout
-par le ministre Saint-Florentin, le prosélytisme catholique
-prétendait convertir par une persécution
-intensive, beaucoup plus que par la persuasion,
-les membres de la religion réformée, alors très nombreux
-dans les provinces méridionales. Il leur enlevait
-leurs enfants, pour les enfermer dans des collèges
-ou dans des couvents, dont les supérieurs
-avaient mission de les préparer à l’abjuration du
-protestantisme. Or, Richelieu, pour ses débuts,
-avait voulu renoncer à la manière forte; et sa tolérance
-avait été fort appréciée des huguenots.</p>
-
-<p>Par contre, il n’eût pas souffert qu’on mît en discussion
-son omnipotence politique; et, quand il
-revint en Languedoc, ce ne fut que pour accentuer
-plus énergiquement son rôle de représentant du
-pouvoir royal. Il entendait qu’on lui rendît tous les
-honneurs dûs à ses fonctions; et il se montrait si
-fidèlement attaché aux anciens usages et si scrupuleux
-observateur des lois de l’étiquette, qu’il faisait
-fouiller la poudre des greffes, pour en extraire les
-chartes autorisant ses prétentions ou condamnant
-celles de ses adversaires. Ce fut ainsi qu’il entra
-maintes fois en conflit avec l’archevêque de Narbonne
-et le Parlement de Montpellier, s’efforçant
-toutefois de les amener à résipiscence par la grâce
-de ses manières et par la caresse de ses paroles.</p>
-
-<p>C’est là, en effet, un aspect intéressant de cet
-homme de cour.</p>
-
-<p>Richelieu n’a qu’un médiocre souci de la religion,
-de la morale et de la vertu; mais il a un profond respect
-de l’étiquette. Bien qu’on lui conteste sa noblesse,
-il en défend, sans faiblir, toutes les prérogatives;
-<span class="pagenum" id="Page_126">[p. 126]</span>
-et sur ce terrain, il se rencontre, dans une
-même action de solidarité (un mot qui trouve là
-sa pleine justification) avec ses associés, les ducs
-et les pairs, souvent discutés comme lui. Ce n’est
-pas seulement l’intérêt personnel, c’est aussi un
-devoir plus haut qui lui dicte une telle attitude.
-Ces fonctions, ces privilèges sont autant d’émanations
-du pouvoir royal; et le pouvoir royal est le
-principe d’autorité qui doit rester pour tous intangible
-et incontesté, malgré ses défaillances, ses erreurs
-ou ses crimes.</p>
-
-<p>Telle était la conception que Richelieu gardait
-immuable de ce «fait du prince»; et nous verrons
-bientôt quelles conséquences il tira, par la suite,
-d’un dogme d’infaillibilité, dont ses croyants pouvaient,
-sans craindre d’être jamais démentis, proclamer
-la perpétuité<a name="FNanchor_195" id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">[195]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_195" id="Footnote_195" href="#FNanchor_195"><span class="label">[195]</span></a>
-Pendant son séjour à Montpellier, Richelieu était en correspondance
-suivie avec Barjac, le premier valet de chambre de Fleury,
-influent comme les Bontemps, les Bachelier et les Le Bel, auquel
-il prodiguait ses cajoleries et qui le tenait au courant des nouvelles
-de la Cour. (Voir les <i>Mémoires</i> de <span class="smcap">Maurepas</span>, t.&nbsp;III, p.&nbsp;41.)</p>
-</div>
-
-<p>Le duc de Luynes, qui avait remplacé officieusement
-Dangeau comme historiographe de la cour
-de Louis&nbsp;XV, consultait volontiers Richelieu sur
-toutes les questions d’étiquette ou de préséance, et
-ne manquait pas d’enregistrer dans son <i>Journal</i>
-les oracles que rendait un tel augure. Il en est d’assez
-plaisants. «Le droit que les ducs ont d’avoir des
-carreaux, non pas devant le roi, mais en arrière,
-n’est pas nouveau, déclarait Richelieu à son interlocuteur,
-le 20 août 1738; il est constant depuis de
-longues années.» Et il certifiait, à l’appui de son
-<span class="pagenum" id="Page_127">[p. 127]</span>
-assertion, qu’à Marly, «à la paroisse, il avait été
-cinq ou six fois au salut avec le feu roi, dans une
-octave du Saint-Sacrement (c’était en 1714) et qu’il
-avait toujours eu un carreau<a name="FNanchor_196" id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">[196]</a>». Il citait encore une
-autre prérogative des Ducs et pairs, prérogative
-«dont ils usent fort peu», mais que lui n’a jamais
-abdiquée. C’est au Grand Conseil: quand il s’y présente
-comme client, il a un fauteuil, et son avocat
-plaide derrière lui. «Lorsqu’il y prend séance, il
-passe, en allant et revenant de la buvette, devant
-le premier président, et coupe le parquet... Le premier
-président lui ôte le bonnet en prenant sa voix<a name="FNanchor_197" id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">[197]</a>.»</p>
-
-<p>Richelieu n’avouait pas cependant que le code de
-l’étiquette ne lui donnait pas toujours raison. «Un
-jour, raconte Luynes, ayant reçu «une lettre de
-compliments» du Parlement de Toulouse, «il lui fit
-réponse, à ce que j’ai appris, dans ces termes» qu’il
-était, avec un attachement inviolable, etc... Le
-Parlement lui renvoya la lettre; et M. de Richelieu
-fut obligé d’en écrire une deuxième où il se servait
-du terme de respect<a name="FNanchor_198" id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">[198]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_196" id="Footnote_196" href="#FNanchor_196"><span class="label">[196]</span></a>
-<span class="smcap">Duc de Luynes</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;219.</p>
-
-<p><a name="Footnote_197" id="Footnote_197" href="#FNanchor_197"><span class="label">[197]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, p.&nbsp;224.</p>
-
-<p><a name="Footnote_198" id="Footnote_198" href="#FNanchor_198"><span class="label">[198]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, octobre 1738.</p>
-</div>
-
-<p>D’ordinaire, les gens, à la fois aussi méticuleux sur
-le maintien de leurs prérogatives et aussi peu soucieux
-des égards dûs à celles d’autrui, sont essentiellement
-processifs; et Richelieu le fut toute sa vie.
-C’était moins cependant pour des vices de forme
-que pour des questions d’intérêt. La manie de paraître
-creusa souvent, nous l’avons vu, des brèches
-énormes dans la fortune de Richelieu; et le besoin
-d’argent, autant que l’esprit de taquinerie et que
-<span class="pagenum" id="Page_128">[p. 128]</span>
-l’amour de la chicane, jeta ce téméraire plaideur dans
-nombre de procès, dont il fut, à maintes reprises, le
-mauvais marchand.</p>
-
-<p>Il n’avait pas vingt ans qu’il attaquait, en justice
-réglée, un testament de M<sup>lle</sup> d’Acigné, une sœur
-de sa mère, qui avait laissé tout son bien à son
-cousin, l’abbé de Laval, dont avait hérité M<sup>me</sup> de
-Roquelaure, sa sœur. Richelieu perdit ce procès<a name="FNanchor_199" id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">[199]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_199" id="Footnote_199" href="#FNanchor_199"><span class="label">[199]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Dangeau</span>, t.&nbsp;XVI, p.&nbsp;458.</p>
-</div>
-
-<p>Il succomba de même dans une autre affaire litigieuse,
-qui traîna plus de dix-huit années, et dont
-les diverses phases, non moins que l’origine, furent
-marquées de curieux incidents.</p>
-
-<p>Richelieu avait revendiqué, en 1736, sur le duc
-d’Orléans et sur différents propriétaires de maisons
-du Palais Royal, la possession légitime des terrains
-occupés par les constructions, en sa qualité d’héritier
-du Cardinal. Il avait pour avocat le célèbre
-Cochin; mais, comme il affectait un certain dilettantisme
-littéraire, il allait goûter au tribunal l’éloquence,
-très remarquée, du défenseur de ses adversaires,
-un jeune maître d’un indéniable talent<a name="FNanchor_200" id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">[200]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_200" id="Footnote_200" href="#FNanchor_200"><span class="label">[200]</span></a>
-<span class="smcap">Dubuisson</span>: <i>Lettres à M. le Marquis de Caumont</i> (édit.
-Rouxel), p.&nbsp;335, 25 février 1737.</p>
-</div>
-
-<p>Entre temps, courait, chez les libraires du Palais
-Royal, qui le vendaient fort cher, après l’avoir reçu
-à titre gracieux, un libelle anonyme très virulent,
-dont Richelieu, exaspéré, voulut connaître l’auteur.
-Les propriétaires du Palais Royal le désavouèrent
-énergiquement; et même leurs avocats le dénoncèrent
-au Parlement qui en ordonna la suppression<a name="FNanchor_201" id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">[201]</a>. Il fut
-attribué successivement au critique Desfontaines, au
-<span class="pagenum" id="Page_129">[p. 129]</span>
-poète Roy et même à l’abbé de Boismorand, un écrivain
-famélique. Celui-ci, sur qui se portaient plutôt les
-soupçons, sut se justifier auprès du lieutenant de
-police Hérault et finit par convaincre Richelieu.
-Alors le duc lui proposa de répondre au pamphlétaire.
-L’abbé ne s’y refusa pas, mais fit observer à
-son interlocuteur que cette riposte aurait peut-être
-l’inconvénient de «donner plus de vogue et plus de
-poids au libelle». Richelieu goûta ce raisonnement;
-mais il n’en avait pas moins écrit au lieutenant de
-police pour lui communiquer des indications pouvant
-le mettre sur la piste de l’auteur anonyme. Il
-lui signalait comme l’inspirateur probable de ce
-factum satirique, le président de Tugny, fils du
-financier Crozat. Sans trop s’arrêter à Boismorand,
-il parlait, en outre, d’une distributrice arrêtée au
-Palais Royal et d’autres colporteurs du Palais,
-trouvés nantis de ce pamphlet, dont l’interrogatoire
-révélerait le ou les auteurs de la pièce incriminée<a name="FNanchor_202" id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">[202]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_201" id="Footnote_201" href="#FNanchor_201"><span class="label">[201]</span></a>
-<i>Bibliothèque de la Ville de Paris</i>, mss. 26700, année 1737.</p>
-
-<p><a name="Footnote_202" id="Footnote_202" href="#FNanchor_202"><span class="label">[202]</span></a>
-<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, mss.
-10016. Lettre autographe (inédite) du duc de Richelieu au lieutenant
-de police (9 juillet au soir). Ce libelle ne serait-il pas le même
-que cette <i>Histoire des rats</i>, dont parle une nouvelle à la main du
-14 août 1737 (mss. 26700)? Cette histoire, dit-elle, «se vend assez
-librement, quoique sans approbation, ni privilège: il y a plusieurs
-portraits très applicables à des personnes en place; on a remarqué
-qu’il y a une espèce d’estampe dans le livre qui attrape fort la ressemblance
-de M. le duc de Richelieu.» Un exemplaire de l’<i>Histoire
-des Rats</i>, illustré de l’estampe en question, appartient à la Section
-des Imprimés de la Bibliothèque Nationale.</p>
-</div>
-
-<p>Nous ne voyons pas quelle suite fut donnée à la
-plainte de Richelieu; mais nous constatons que son
-procès en revendication contre les propriétaires
-du Palais Royal se plaidait encore en 1755; et c’est
-<span class="pagenum" id="Page_130">[p. 130]</span>
-par une note, très explicite, du <i>Journal</i> de Luynes
-que nous en apprenons la fin.</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Il y a huit jours que M. de Richelieu a perdu son
-procès tout d’une voix. Il n’y a eu qu’un ou deux
-conseillers qui ont ouvert un autre avis et qui, sur-le-champ,
-se sont réunis à la pluralité.</p>
-
-<p>«M. le Maréchal de Richelieu prétendait que les
-terrains sur lesquels on a bâti plusieurs maisons
-(au Palais Royal) faisaient partie des biens substitués
-par M. le cardinal de Richelieu, vendus postérieurement
-à la substitution. Les acquéreurs ou propriétaires
-prouvaient que les prix des ventes des
-terrains ou maisons avaient été employés à payer
-des dettes antérieures à la substitution. M. de Richelieu
-prétendait au contraire que les effets mobiliers
-étaient plus que suffisants pour payer les dettes.
-Les propriétaires persistaient dans leur calcul. Si
-M. le Maréchal de Richelieu avait gagné, cela aurait
-causé la ruine de plusieurs bons bourgeois; et l’on
-prétend que cela lui aurait fait un avantage de cinq
-millions.</p>
-
-<p>«On compte que les frais que M. de Richelieu est
-condamné à payer iront à 150.000 livres; mais
-M. de Richelieu se flatte de retirer cette somme
-des poursuites qu’il est autorisé à faire contre les
-particuliers qui ne se sont pas mis en règle pour
-justifier de l’emploi de leur argent<a name="FNanchor_203" id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">[203]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_203" id="Footnote_203" href="#FNanchor_203"><span class="label">[203]</span></a>
-Duc <span class="smcap">de Luynes</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;XIV, 1<sup>er</sup> septembre 1755.</p>
-</div>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_131">
-
-<h2>CHAPITRE XIII</h2>
-
-<p class="smm"><i>La galanterie sert la politique de Richelieu. — L’amitié
-qui la favorise. — M<sup>me</sup> du Châtelet lui assure le concours
-de Voltaire. — Une autre amie, M<sup>me</sup> de Tencin, donne
-à Richelieu la clef des intrigues ministérielles. — Rupture
-de Louis&nbsp;XV et de la Reine exploitée par les partis. — Richelieu
-ne fut pas, à l’origine, le «corrupteur» du roi. — Sa
-perversité fut devancée par celle de Bachelier, un des
-premiers valets de chambre.</i></p>
-
-<p>Il semble qu’après la mort de sa seconde femme,
-Richelieu ait renoncé pour toujours à courir les
-chances d’une troisième union, comme s’il eût désespéré
-d’y retrouver une collaboratrice aussi intelligente,
-aussi dévouée, aussi aimante que celle
-dont une fin prématurée venait de le séparer à jamais.</p>
-
-<p>Il n’en suivit qu’avec plus de ténacité une ligne
-de conduite, qu’avait enrayée momentanément son
-affection pour la princesse de Guise. S’il n’eut garde
-de se désintéresser (loin de là) des jeux variés et
-compliqués de la galanterie, il entendit en tirer,
-comme par le passé, pour sa fortune politique, des
-profits moins aléatoires que ceux auxquels s’était
-laissé prendre jadis son orgueil, trop facilement satisfait.</p>
-
-<p>Ce fut l’amitié, volontiers oublieuse des ingratitudes
-de l’amour, qui s’employa, par les moyens les
-plus ingénieux et les plus subtils, à servir une ambition
-sans préjugés, ni scrupules.</p>
-
-<p>Deux femmes, qui n’étaient plus ses maîtresses,
-<span class="pagenum" id="Page_132">[p. 132]</span>
-furent, pour Richelieu, non pas des Égéries (il n’était
-pas l’homme des consultations académiques), mais
-des correspondantes avisées, dont l’initiative pouvait
-se prêter à toutes les démarches et à toutes les
-manœuvres que leur ami eût réclamées de leur zèle.</p>
-
-<p>C’était la marquise du Châtelet, qui, par son mérite
-personnel, par son influence sur Voltaire, jouait
-un si grand rôle dans le monde des lettres et des
-sciences; c’était M<sup>me</sup> de Tencin, bas-bleu, elle aussi,
-et d’un azur très prononcé, que son génie d’intrigue
-et la haute situation de son frère le Cardinal faisaient
-faufiler dans tous les salons mondains et politiques
-et jusque dans les Cabinets ministériels.</p>
-
-<p>M<sup>me</sup> du Châtelet, «la docte Émilie», écrivait
-fréquemment à Richelieu, depuis qu’elle était toute
-à Voltaire; et ses lettres<a name="FNanchor_204" id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">[204]</a> sont des modèles de
-franche et loyale sincérité: «Vous connaissez mon
-cœur, lui disait-elle en mai 1735, et vous savez
-combien il est vraiment occupé. Je m’applaudis
-d’aimer en vous l’ami de mon amant.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_204" id="Footnote_204" href="#FNanchor_204"><span class="label">[204]</span></a>
-M. Eugène Asse a publié, en 1878, ces lettres de M<sup>me</sup> du Châtelet:
-presque toutes sont tirées de la <i>Vie privée de Richelieu</i>, par
-Faur: l’autorité d’un tel érudit, qui les accepte comme authentiques,
-permet donc d’en faire état.</p>
-</div>
-
-<p>C’est aussi que cet amant, chez qui le cerveau
-était toujours en état d’effervescence, avait parfois des
-emportements de passion amicale pour un homme,
-auquel il prétendait ressembler et dont il laissait
-entendre, par manière de plaisanterie, que lui, le
-fils du notaire, pouvait bien être le frère naturel
-du fils du grand Seigneur.</p>
-
-<p>Sénac de Meilhan a nettement défini les affinités
-physiques qui rapprochaient les deux amis:</p>
-
-<div class="manuscr"><span class="pagenum" id="Page_133">[p. 133]</span>
-<p>«Il y avait, dit-il, dans les gestes et le ton de la
-voix, les plus grands rapports entre Voltaire et le
-Maréchal de Richelieu; et ils étaient si frappants
-qu’on ne peut se refuser à croire qu’ils s’étaient
-réciproquement imités. Le poète avait sans doute
-copié les manières de l’homme qui avait le plus
-d’éclat et le plus de succès dans le monde; et
-l’homme de la Cour avait saisi quelques gestes expressifs
-d’un auteur célèbre qui réunissait les grâces
-de l’esprit et le ton du monde aux plus grands talents<a name="FNanchor_205" id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">[205]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_205" id="Footnote_205" href="#FNanchor_205"><span class="label">[205]</span></a>
-<span class="smcap">Sénac de Meilhan</span>: <i>Le Gouvernement, les mœurs et les conditions
-de la France avant la Révolution</i> (édition de Lescure), pp.&nbsp;92-93.</p>
-</div>
-
-<p>Ajoutez que la ressemblance morale n’était pas
-moindre. Tous deux étaient également autoritaires,
-susceptibles et vaniteux; ils avaient l’humeur changeante
-et le cœur sec; chez eux la colère était prompte
-et la rancune de longue durée; mais leur esprit, très
-vif, s’ouvrait aux belles choses; ils avaient le sens
-droit et parfois des élans de générosité.</p>
-
-<p>On comprend alors le mot si profond de M<sup>me</sup> du
-Châtelet: «Je m’applaudis d’aimer en vous l’ami
-de mon amant.»</p>
-
-<p>Elle lui écrivait encore à la même époque:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Voilà comme vous êtes, vous aimez les gens
-huit jours; vous m’avez fait des coquetteries d’amitié,
-mais moi qui prends l’amitié comme la chose la
-plus sérieuse du monde et qui vous aime véritablement,
-je m’inquiétais de votre silence et je m’en
-affligeais. Je me disais à moi-même il faut aimer
-ses amis avec leurs défauts. M. de Richelieu est
-léger, inégal; il faut l’aimer tel qu’il est... Voilà les
-<span class="pagenum" id="Page_134">[p. 134]</span>
-idées qui m’occupaient, pendant que vous étiez,
-à ce que vous prétendez, obstrué... Vous me faites
-une description si comique de l’état où vous étiez,
-que, si je n’étais en peine de votre santé, je vous dirais
-que je n’ai vu que vos lettres, qui soient à la fois
-tendres et plaisantes, deux choses qui ne vont point
-ordinairement ensemble.»</p>
-</div>
-
-<p>Là encore, la Marquise a trouvé le mot juste. Les
-lettres de Richelieu (et elles sont rares) ont des côtés
-drôlatiques inattendus; puis, soudain, la grâce séductrice
-de l’homme reparaît. Et M<sup>me</sup> du Châtelet
-y fait appel, quand elle écrit de Bruxelles, le 24 septembre
-1740, à Richelieu, après une brouille passagère
-avec l’amant<a name="FNanchor_206" id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">[206]</a>:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>... «Votre amitié est la seule consolation qui me
-reste; mais il faudrait en jouir de cette amitié; et
-je suis à cent lieues de vous... Mon cœur n’est à son
-aise qu’avec vous; vous seul l’entendez.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_206" id="Footnote_206" href="#FNanchor_206"><span class="label">[206]</span></a>
-<i>Lettres de M. de Voltaire et de sa célèbre amie</i>, 1782.</p>
-</div>
-
-<p>Richelieu pouvait donc avoir toute confiance
-dans une telle auxiliaire: et cette amitié fut aussi
-efficace qu’elle était vive. Voltaire, déjà entraîné,
-en subit la douce contrainte, bien qu’il maugréât,
-de temps à autre, contre les caprices tyranniques
-du grand Seigneur. Et, par la suite, le clan philosophique,
-qui supportait difficilement les dédains,
-les sarcasmes et l’intransigeance de Richelieu, ne
-lui déclara pas ouvertement la guerre, par respect
-pour le «solitaire de Ferney».</p>
-
-<p>Voltaire, qui avait encore ce trait commun de ressemblance
-avec Richelieu, d’être, à l’occasion, un
-homme d’affaires adroit et subtil, Voltaire sut
-<span class="pagenum" id="Page_135">[p. 135]</span>
-profiter de la bienveillance de son noble ami, pour lui
-placer en viager, à gros intérêts, 40.000 livres. Il
-lui joua, ce jour-là, une comédie dans le genre du
-<i>Légataire Universel</i>: Voyez, lui disait-il, ma pauvre
-santé! C’est pour vous une affaire d’or.</p>
-
-<p>Et Richelieu paya, pendant quarante-cinq ans,
-cette pension viagère<a name="FNanchor_207" id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">[207]</a>!</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_207" id="Footnote_207" href="#FNanchor_207"><span class="label">[207]</span></a>
-Richelieu était souvent en retard et Voltaire le lui rappelle
-humblement.</p>
-</div>
-
-<p>Mais, en retour, Voltaire lui conférait un brevet
-de bienfaiteur de l’humanité, de «marchand de
-bonheur», qui rehaussait singulièrement le prestige
-de l’homme de cour. Il écrivait, en 1741, à M. Claris,
-conseiller à la Cour des Comptes:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">Qui vit auprès d’Émilie,</div>
- <div class="vers8">Ou bien auprès de Richelieu,</div>
- <div class="vers8">Est un élu dans cette vie.</div>
-</div>
-
-<p>Il accordait encore au gentilhomme un diplôme
-de lettré. Il lui reconnaissait un goût très marqué
-pour les «anecdotes de l’histoire» et l’attendait à
-Cirey pour «disputer contre M<sup>me</sup> du Châtelet»,
-mais sous cette réserve, voilée d’une délicate allusion:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">Et s’il vous peut rester encore</div>
- <div class="vers8">Quelque pitié pour le prochain,</div>
- <div class="vers8">Épargnez, dans votre chemin,</div>
- <div class="vers8">La beauté que mon cœur adore<a name="FNanchor_208" id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">[208]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_208" id="Footnote_208" href="#FNanchor_208"><span class="label">[208]</span></a>
-<i>Correspondance de Voltaire</i>, années 1735 et suivantes.</p>
-</div>
-
-<p>Par réciprocité, Richelieu, bien que Voltaire se
-plaignît de la rareté ou de la brièveté de ses réponses,
-<span class="pagenum" id="Page_136">[p. 136]</span>
-prenait en main les intérêts académiques de son
-correspondant. L’abbé d’Olivet écrivait, en 1736,
-au Président Bouhier: «M. le duc de Richelieu et
-M. le duc de Villars me dirent qu’ils travaillaient
-pour Voltaire auprès de M. le Cardinal et de M. le
-Garde des Sceaux et qu’ils comptent que moi, de
-mon côté, je travaillerai au dedans de l’Académie.»<a name="FNanchor_209" id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">[209]</a></p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_209" id="Footnote_209" href="#FNanchor_209"><span class="label">[209]</span></a>
-<span class="smcap">Desnoiresterres</span>: <i>Vie de Voltaire</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;96.</p>
-</div>
-
-<p>Avec une tendresse moins pénétrante, mais avec
-une plus remuante activité, M<sup>me</sup> de Tencin allait,
-pareillement, officier pour le Dieu.</p>
-
-<p>Celui-ci, bien qu’il parût aussi préoccupé de ses
-devoirs militaires que de ses prouesses galantes,
-n’en suivait pas d’un œil moins attentif, en courtisan
-délié qu’il était, le réseau d’intrigues qu’ourdissaient
-à Versailles tous les partis. Ce qui semblait
-en autoriser les espoirs, c’était l’âge avancé du
-premier ministre, c’était l’inexpérience et l’insouciance
-apparente du jeune roi. Une crise conjugale,
-survenue dans l’auguste ménage, encourageait plus
-encore les rêves d’ambitieux à l’affût de toutes ces
-défaillances. Par lassitude, ou par scrupule religieux,
-la reine Marie Lesczinska, qui avait déjà largement
-payé sa dette aux exigences de la maternité,
-se refusait souvent aux ardeurs d’un mari plus jeune
-qu’elle. Or, Louis&nbsp;XV avait les appétits violents des
-Bourbons. Il se défendit désormais d’attendre les
-convenances de la reine. Ce fut comme une révolution
-à la Cour.</p>
-
-<p>On a écrit de Richelieu qu’il avait été le corrupteur
-de Louis&nbsp;XV<a name="FNanchor_210" id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">[210]</a>. Le mot est bien gros et n’est pas
-<span class="pagenum" id="Page_137">[p. 137]</span>
-tout à fait exact. Avant «l’Alcibiade moderne»,
-les entours du roi, et surtout ses premiers valets de
-chambre avaient pris à cœur de consoler leur maître
-des rigueurs de la reine. Les historiens, qui ont attribué
-ce rôle à Richelieu, se sont déterminés d’après
-les Mémoires du temps, rédigés, pour la plupart,
-sur les notes d’ennemis d’un courtisan trop heureux.
-L’un d’eux, Maurepas, ministre de la maison du
-Roi, exécrait Richelieu, qui le lui rendait bien,
-comme il détestait toutes les favorites de Louis&nbsp;XV.
-Obéissant ainsi aux suggestions de sa femme, aussi
-intelligente qu’elle était laide et contrefaite, Maurepas
-ne voyait en Richelieu qu’un agent de perversité,
-associé aux beautés faciles de la Cour, pour
-hâter la chute du ministre, en attisant les passions
-du roi.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_210" id="Footnote_210" href="#FNanchor_210"><span class="label">[210]</span></a>
-De même le Duc de Broglie, qui a plus d’aversion encore pour
-Voltaire que pour Richelieu, a dit dans <i>Frédéric II et Louis&nbsp;XV</i> (1895,
-t. 1, p.&nbsp;196) que le poète avait perverti l’homme de cour. C’est bien invraisemblable.
-Nous connaissons les débuts de Richelieu: il n’avait
-certes pas attendu que Voltaire lui servît d’éducateur; celui-ci
-subit, au contraire, toute sa vie, l’ascendant de Richelieu, qui fit,
-en quelque sorte, de ce railleur perpétuel son souffre-douleur.</p>
-</div>
-
-<p>Les Mémoires<a name="FNanchor_211" id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">[211]</a> de cet homme d’État citent un
-exemple de ce procédé d’intoxication.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_211" id="Footnote_211" href="#FNanchor_211"><span class="label">[211]</span></a>
-<span class="smcap">Maurepas</span>: <i>Mémoires</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;267.</p>
-</div>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Le duc de Richelieu a donné au roi la liste de
-toutes les dames qui ont voulu avoir le géant qui
-arriva de Suède, il y a deux ans. Il nous a montré
-les vers suivants qu’il a sortis de sa cassette et nous
-a nommé la dame favorisée. Ils sont fort singuliers,
-ces vers et caractérisent très bien l’esprit et le cœur
-du duc de Richelieu et nous apprennent ce qu’il
-inculque dans l’esprit du roi qui n’a que vingt-huit
-ans:</p>
-
-<div class="poem">
- <span class="pagenum" id="Page_138">[p. 138]</span>
- <div class="vers8">Dame qui donnait dans le grand</div>
- <div class="vers8">Croyant faire chose admirable,</div>
- <div class="vers8">Jeta les yeux sur ce géant.</div>
- <div class="vers8">Mais, loin de le trouver sortable,</div>
- <div class="vers8">Elle dit, voyant le vilain:</div>
- <div class="vers8">—Pauvre géant, tu n’es qu’un nain!»</div>
-</div>
-
-<p>L’anecdote se place en 1738; et le roi, à cette
-époque, n’avait pas attendu après les vers de la cassette,
-d’ailleurs de mauvais goût, pour devenir aussi
-rapidement la proie de la corruption.</p>
-
-<p>Il est certain que Richelieu, comme tant de ses
-contemporains et Maurepas lui-même, collectionneur
-émérite, se plaisait à rassembler toutes les pièces
-de musées secrets. Déjà, en 1717, il exhibait complaisamment
-des médaillons de Klingstett, le plus fin
-et le plus obscène des miniaturistes<a name="FNanchor_212" id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor">[212]</a>, médaillons
-où il se mettait en scène dans des attitudes dignes
-des figures de l’Arétin. En 1740, un soir qu’il donnait
-un grand souper dans sa petite maison de la
-barrière de Vaugirard, il signalait à ses convives,
-sur les lambris de la salle à manger, et au milieu de
-chaque panneau, des figures indécentes en plein
-relief. La vieille duchesse de Brancas, pour les
-mieux voir, arbora ses lunettes et les «considéra
-d’un air pincé», tandis que Richelieu, une bougie
-à la main, en expliquait, avec force détails, les poses
-les plus intéressantes<a name="FNanchor_213" id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor">[213]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_212" id="Footnote_212" href="#FNanchor_212"><span class="label">[212]</span></a>
-<span class="smcap">E. de Barthélemy</span>: <i>Les Correspondants de la Marquise de
-Balleroy</i>, t.&nbsp;I, p.&nbsp;204.</p>
-
-<p><a name="Footnote_213" id="Footnote_213" href="#FNanchor_213"><span class="label">[213]</span></a>
-Marquis <span class="smcap">d’Argenson</span>: <i>Mémoires</i>, t.&nbsp;III, p.&nbsp;235, novembre 1740.—<i>Les
-Petites Maisons</i>, de <span class="smcap">M. G. Capon</span> (1902) ne mentionnent pas
-ce domicile de Richelieu que nous avons vainement cherché à identifier.</p>
-</div>
-
-<p>Assurément, ce fanfaron du vice eût été ravi que le
-<span class="pagenum" id="Page_139">[p. 139]</span>
-roi lui dût sa première maîtresse, mais il n’eut pas ce
-triste honneur. Le valet de chambre Bachelier—un
-personnage—fut l’initiateur. Louis&nbsp;XV, rebuté
-par la reine, voulait, à tout prix, avoir une femme,
-dit assez brutalement d’Argenson; mais il était d’une
-extrême timidité. Vers la fin de 1736, Bachelier
-négocia une transaction, qui fut d’ailleurs laborieuse,
-avec M<sup>me</sup> de Mailly, l’aînée des cinq filles du marquis
-de Nesle<a name="FNanchor_214" id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">[214]</a>; et le cardinal Fleury s’y résigna sans
-trop de répugnance<a name="FNanchor_215" id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor">[215]</a>. De son côté, M<sup>lle</sup> de Charolais,
-l’ancienne maîtresse de Richelieu, avait prêté l’appui
-de son inépuisable complaisance à cette œuvre
-malsaine, dont elle avait déjà favorisé le développement
-par son propre exemple.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_214" id="Footnote_214" href="#FNanchor_214"><span class="label">[214]</span></a>
-Marquis d’<span class="smcap">Argenson</span>, <i>Mémoires</i>, t.&nbsp;I, p.&nbsp;220.</p>
-
-<p><a name="Footnote_215" id="Footnote_215" href="#FNanchor_215"><span class="label">[215]</span></a>
-D’après les <i>Mémoires</i> de la Duchesse <span class="smcap">de Brancas</span> (édition L.
-Lacour), Richelieu disait que le Cardinal «avait très bien fait de
-mettre la Mailly dans le lit du roi». Mais, s’il faut en croire un manuscrit,
-inédit, de la Marquise de la Ferté-Imbault (<span class="smcap">P. de Ségur</span>: <i>le
-Royaume de la rue Saint-Honoré</i>, 1896, p.&nbsp;409) ce furent Chicoyneau,
-le premier médecin de Louis&nbsp;XV et La Peyronie, premier chirurgien,
-qui se concertèrent, à l’insu du Cardinal Fleury, pour donner une
-maîtresse au roi, menacé de jaunisse, du fait même de sa continence.</p>
-</div>
-
-<p>Ce n’est pas que l’opération eût autrement choqué
-la Cour. Beaucoup de gens de qualité, qui eussent
-rougi de faire un tel métier, estimaient cependant
-très licite la liaison d’une femme titrée avec le
-roi. C’était encore <i>le fait du prince</i>, doctrine d’ordre
-essentiellement arbitraire, qu’il appartint à Richelieu
-d’exploiter avec une si triomphante effronterie.
-Car, non seulement il n’éprouva aucune gêne
-à prendre pour modèles les premiers valets de chambre
-de Louis&nbsp;XV; mais ce rôle de Mercure royal
-lui donna comme l’impression d’une charge
-<span class="pagenum" id="Page_140">[p. 140]</span>
-nouvelle et les services qu’il rendait ainsi au maître lui
-semblèrent comme autant d’étapes qui le rapprochaient
-du pouvoir: «En secondant les plaisirs du
-roi, dit un de ses panégyristes, il ne parut jamais
-s’avilir.»</p>
-
-<p>Ses <i>Mémoires authentiques</i> s’abstiennent, il est
-vrai, d’aborder la question.</p>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_141">
-
-<h2>CHAPITRE XIV</h2>
-
-<p class="smm"><i>Richelieu devient le grand favori du roi. — Ses impressions
-sur la mentalité de Louis&nbsp;XV. — Les demoiselles de Nesle. — Richelieu
-intrigue pour la Marquise de la Tournelle. — Ses
-intelligences avec M<sup>me</sup> de Tencin, pendant qu’il est à
-l’armée de Flandre. — Loin de Versailles, il travaille
-à la «quitterie» de M<sup>me</sup> de Mailly. — Il reparaît à la Cour. — Le
-précepteur du roi et le professeur «di piazza». — Fin
-d’une longue résistance. — La «dormeuse» de
-M. de Richelieu.</i></p>
-
-<p>Richelieu était maréchal de camp depuis 1738,
-quand éclata, en 1741, la <i>Guerre de la succession
-d’Autriche</i><a name="FNanchor_216" id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor">[216]</a>. Il devait servir, sous les ordres du
-Maréchal de Noailles, à l’armée de Flandre, pendant
-la campagne de 1742.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_216" id="Footnote_216" href="#FNanchor_216"><span class="label">[216]</span></a>
-L’Empereur Charles VI était mort le 20 octobre 1740; et sa
-fille aînée, Marie-Thérèse, en vertu de la <i>Pragmatique</i>, reconnue
-par les principaux États de l’Europe, avait réclamé le bénéfice de
-la succession paternelle, que lui déniait maintenant la France, alliée
-à l’Espagne, à la Prusse et à diverses principautés de l’Allemagne,
-coalisées pour revendiquer une partie des possessions autrichiennes.
-Au mois d’octobre 1741, conformément au plan du Comte de Belle-Isle,
-l’armée combinée de France et de Bavière était entrée en campagne
-sous les ordres du Maréchal de Broglie, qui remplaçait provisoirement
-le Comte de Belle-Isle, resté, en qualité de plénipotentiaire,
-à Francfort, où l’électeur de Bavière, le candidat de la France, devait
-être proclamé empereur d’Allemagne en janvier 1742.</p>
-</div>
-
-<p>Lorsque, avant son départ, il revint du Languedoc
-pour s’arrêter à la Cour, il apportait au roi un
-magnifique présent: il avait déterminé les États à
-donner à Louis&nbsp;XV, aux frais de la province, un régiment
-de dragons, dit de Septimanie.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_142">[p. 142]</span>
-Déjà, il était agréable au prince; il en devint le
-grand favori; et, dans une heure d’expansion, peut-être
-imprudente (car Richelieu était un brillant,
-mais intarissable causeur) il communiquait au marquis
-d’Argenson, frère de l’homme politique bientôt
-appelé au secrétariat de la Guerre, ses impressions
-sur l’état d’âme du jeune roi. Richelieu avait le sens
-de l’observation; et l’on voit qu’il avait étudié de
-près le caractère d’un souverain, que l’opinion publique
-s’accordait à représenter comme facilement
-malléable, au gré de ministres ou de favoris possédant
-un certain doigté.</p>
-
-<p>Naturellement Richelieu vantait à son interlocuteur
-la mentalité du roi, «gâtée» cependant par
-une éducation faussée ou incomplète: il est certain
-que le Régent, le duc de Bourbon et même le cardinal
-Fleury n’étaient pas des éducateurs de premier
-ordre. Richelieu déplorait la tristesse continuelle
-d’un prince, intelligent et doux, mais d’esprit méfiant:
-«Il ne lui manquait, disait-il, que de
-paraître sensible<a name="FNanchor_217" id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor">[217]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_217" id="Footnote_217" href="#FNanchor_217"><span class="label">[217]</span></a>
-<i>Mémoires</i> du marquis d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;III, novembre 1741.</p>
-</div>
-
-<p>On devine la signification que ce mot, déjà fort à la
-mode, devait prendre dans la bouche de Richelieu.
-Peut-être avait-il trouvé que les petits soupers chez
-M<sup>me</sup> de Mailly, auxquels il avait eu l’honneur d’être
-admis, n’avaient pas la gaieté des siens et se proposait-il,
-si jamais le roi lui confiait l’ordonnance de
-sa vie galante, de lui en faire goûter de plus savoureux.</p>
-
-<p>Toutefois, cet avisé calculateur ne laissait pas
-que d’être singulièrement perplexe. Seules, les
-<span class="pagenum" id="Page_143">[p. 143]</span>
-demoiselles de Nesle semblaient accaparer les faveurs
-de Louis&nbsp;XV. M<sup>lle</sup> de Montcavrel, appelée à
-devenir plus tard duchesse de Lauraguais<a name="FNanchor_218" id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor">[218]</a>, partageait,
-disait-on, avec M<sup>me</sup> de Mailly la tendresse
-royale. Quant à leur sœur, récemment mariée au
-comte de Vintimille, le doute n’était pas possible;
-cette union n’avait eu d’autre but que de légitimer
-une grossesse dont le fruit avait été malicieusement
-baptisé le <i>Demi-Louis</i>. Un instant, Richelieu avait
-jeté ses vues sur la comtesse, pour en faire la
-<i>maîtresse en titre</i>; car le roi, malgré son indolence
-et sa froideur, aimait réellement M<sup>me</sup> de Vintimille;
-mais elle avait succombé aux suites de l’accouchement
-et son amant l’avait pleurée: ce jour-là,
-il avait «paru sensible» à Richelieu<a name="FNanchor_219" id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor">[219]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_218" id="Footnote_218" href="#FNanchor_218"><span class="label">[218]</span></a>
-La «grosse réjouie», comme on l’appelait encore, quand on ne
-lui donnait pas de plus fâcheux surnoms.</p>
-
-<p><a name="Footnote_219" id="Footnote_219" href="#FNanchor_219"><span class="label">[219]</span></a>
-<i>Mémoires</i> du marquis d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;III, novembre 1741.</p>
-</div>
-
-<p>Il restait encore deux demoiselles de Nesle: l’une,
-la femme du marquis de Flavacourt, était une des
-beautés de Versailles, mais elle haïssait le roi presque
-autant que son mari; et, d’après le Marquis d’Argenson,
-elle était, depuis 1740, la maîtresse de Richelieu,
-lequel s’efforçait à lui inculquer un peu
-d’esprit, la nature ayant négligé d’y pourvoir.</p>
-
-<p>Par contre, l’autre sœur, veuve du marquis de la
-Tournelle, était la seule de la famille qui pût donner
-quelque espoir à Richelieu. Elle était d’une superbe
-prestance, d’une figure éblouissante de blancheur,
-aux traits réguliers, quoique un peu forts,
-mais très expressifs, illuminés par de grands yeux
-d’un bleu admirable. Elle était volontaire, énergique,
-ambitieuse.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_144">[p. 144]</span>
-Son cœur appartenait déjà au Duc d’Agénois,
-mais son orgueil exultait de voir l’amour qu’elle
-venait d’inspirer à Louis&nbsp;XV, et Richelieu avait
-surpris la flamme de cette impérieuse passion dans
-les yeux du roi, toujours timide, toujours hésitant!
-Néanmoins, la place refusait de se rendre; Richelieu
-entendit l’emporter pour le compte du maître.
-Ses intérêts personnels ne pouvaient que gagner
-à la manœuvre; et bientôt il commençait secrètement
-les travaux d’approche<a name="FNanchor_220" id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor">[220]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_220" id="Footnote_220" href="#FNanchor_220"><span class="label">[220]</span></a>
-Les <span class="smcap">Goncourt</span>: <i>La Duchesse de Châteauroux</i>, 1879.—<i>Mémoires
-authentiques</i> (inédits) du Maréchal <span class="smcap">de Richelieu</span>. Ces <i>Mémoires</i>
-donnent une place considérable au règne de la future duchesse de
-Châteauroux. Le lecteur y verra, quand ils seront publiés, avec quelle
-merveilleuse aisance le duc évolue au milieu du réseau d’intrigues
-nouées par lui ou par ses adversaires, mais surtout avec quel art
-infini, cet homme, qui protestait de son zèle «pour le bien de l’État»,
-s’efforce de réduire son rôle, dans cette tragi-comédie, à celui de
-simple confident, alors que ses contemporains en ont démontré
-l’importance capitale et flétri l’indigne attitude.</p>
-</div>
-
-<p>Entre temps, en avril 1742, pendant un de ses
-voyages de Paris à Saint-Léger, près de Rambouillet,
-il apprend, de divers côtés et par ses amis de Cour,
-que Fleury veut l’envoyer, toute affaire cessante,
-en Languedoc, sous le spécieux prétexte de rassemblements
-séditieux des protestants dans cette province.
-Richelieu flaire là un subterfuge; il sollicite
-aussitôt une audience du Cardinal. Il l’obtient et
-presse de questions le prélat. Celui-ci finit par lui
-reprocher, d’après des informations qu’il tient de
-la reine, d’avoir blâmé son administration. Richelieu
-en convient: «J’ai dit, affirme-t-il, qu’il est
-dangereux d’avoir, au milieu d’une guerre avec toute
-l’Europe, un Conseil comme le nôtre, où il n’y a pas
-de militaire»; il avait ajouté cependant que le
-<span class="pagenum" id="Page_145">[p. 145]</span>
-Cardinal, après mûre réflexion, saurait y remédier.</p>
-
-<p>—«Mais, à votre avis, comment dois-je composer
-mon Conseil?» fait le premier ministre.</p>
-
-<p>—«Si le roi me questionnait à cet égard, réplique
-le Duc, je lui dirais qu’il n’y a qu’un homme pour
-lui répondre, le cardinal de Fleury.»</p>
-
-<p>Cette adroite flatterie désarma l’Éminence.</p>
-
-<p>Mais qui sait si le véritable motif, resté inavoué, de
-l’envoi immédiat de Richelieu en Languedoc, n’était
-pas l’appréhension de l’influence que le favori prenait
-déjà sur l’esprit du roi, ou peut-être quelque
-révélation indiscrète parvenue aux oreilles du Cardinal
-et lui dénonçant le plan de campagne du courtisan?
-Car le jour n’est pas éloigné, où, pressentant
-les desseins de Richelieu, bien que celui-ci n’eût fait de
-confidences à personne, Fleury, inquiet, demande,
-en toute sincérité, à la duchesse de Brancas, dont
-il connaît l’intimité avec le Duc, s’il est vrai que
-son ami «veut donner M<sup>me</sup> de la Tournelle au roi».
-La duchesse répond qu’elle n’en sait rien: elle ne
-croit même pas que Richelieu en ait jamais parlé
-au prince.</p>
-
-<p>—«Et surtout, recommande Fleury, ne lui en
-soufflez mot; «ne le tentez pas de me punir de mes
-soupçons et de les changer en réalités<a name="FNanchor_221" id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor">[221]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_221" id="Footnote_221" href="#FNanchor_221"><span class="label">[221]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse</i> <span class="smcap">de Brancas</span> (édition L. Lacour, 1865),
-p.&nbsp;50.—Le titre de la 1<sup>re</sup> édition porte: <i>Lettres de L.-B. Lauraguais
-à Madame... Fragments des Mémoires de la duchesse de Brancas</i>,
-etc... (Paris, Buisson, an II).</p>
-</div>
-
-<p>Un événement imprévu allait, en précipitant la
-stratégie, jusqu’alors un peu lente, de Richelieu,
-justifier les craintes du Cardinal. Le Duc, à son retour
-des États du Languedoc, dans le courant de septembre,
-<span class="pagenum" id="Page_146">[p. 146]</span>
-apprend, au débotté, la mort de la duchesse
-de Mazarin, survenue le 10 de ce même mois. Cette
-dame était la belle grand’mère des demoiselles de
-Nesle; et sa maison, «un foyer d’intrigues», était
-ouverte aux partis les plus opposés. Le comte et la
-comtesse de Maurepas, héritiers de la duchesse, étaient
-les familiers de son hôtel; le ministre de la maison
-du roi, qui simulait alors une passion violente pour
-M<sup>me</sup> de la Tournelle, avait conseillé à la jeune veuve,
-vu la modicité de sa fortune, de se retirer dans un
-couvent<a name="FNanchor_222" id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor">[222]</a>: elle se concilierait ainsi les bonnes grâces
-du Cardinal et pourrait, de ce fait, obtenir la place
-qu’elle sollicitait, et qui lui était d’ailleurs promise,
-de «dame du palais de la reine».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_222" id="Footnote_222" href="#FNanchor_222"><span class="label">[222]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse</i> <span class="smcap">de Brancas</span> (édit. L. Lacour), p.&nbsp;55.</p>
-</div>
-
-<p>Le tour n’était pas mal imaginé pour débarrasser
-M<sup>me</sup> de Mailly de la présence de cette fière beauté,
-remarquée déjà par le roi, du vivant même de la
-duchesse de Mazarin. M<sup>me</sup> de la Tournelle ne devait
-jamais pardonner à Maurepas une invitation, qui
-rappelle quelque peu celle d’Hamlet à Ophélie, et
-fit partager sa haine<a name="FNanchor_223" id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor">[223]</a> à Richelieu, que Maurepas
-payait, du reste, de retour: l’abbé de Broglie ne
-lui avait-il pas dit en quelle médiocre estime le gouverneur
-du Languedoc tenait les ministres de Son
-Éminence?</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_223" id="Footnote_223" href="#FNanchor_223"><span class="label">[223]</span></a>
-«Ce fut, disent les <i>Mémoires authentiques</i>, le commencement
-le plus vrai et le plus ridicule» de cette animosité réciproque, très
-apparente déjà, deux mois plus tard, surtout de la part de Richelieu
-et de M<sup>me</sup> de la Tournelle, comme le signale le <i>Journal de Luynes</i>
-(t. IV, p.&nbsp;260).</p>
-</div>
-
-<p>Mais M<sup>me</sup> de la Tournelle, voulant être, sans conditions,
-dame du Palais, avait prié Richelieu d’intervenir
-<span class="pagenum" id="Page_147">[p. 147]</span>
-auprès de M<sup>me</sup> de Mailly, qui «se piquait d’une
-grande amitié pour lui», afin qu’elle appuyât la
-requête de sa sœur. Elle s’y refusa nettement, assurent
-les <i>Mémoires authentiques</i>; les Goncourt prétendent
-le contraire, et même ajoutent que M<sup>me</sup>
-de Mailly devint, par sa générosité, le propre artisan
-de son malheur. Quoi qu’il en soit, M<sup>me</sup> de la Tournelle,
-et M<sup>me</sup> de Flavacourt, avec elle, obtinrent,
-toutes deux, la place que chacune d’elles ambitionnait.</p>
-
-<p>Évidemment, Richelieu n’avait pas été étranger
-à l’événement; mais d’autre part, il avait eu l’idée
-d’une correspondance—qu’il rédigeait lui-même—pour
-mieux enchaîner Louis&nbsp;XV à M<sup>me</sup> de la Tournelle:
-le roi, ayant envoyé à la marquise une lettre
-de condoléances pour la mort de la duchesse de
-Mazarin, avait reçu une «réponse surprenante en
-style», qui l’avait charmé: c’était Richelieu qui l’avait
-dictée<a name="FNanchor_224" id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor">[224]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_224" id="Footnote_224" href="#FNanchor_224"><span class="label">[224]</span></a>
-<i>Mémoires du Marquis</i> <span class="smcap">d’Argenson</span>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;38.</p>
-</div>
-
-<p>Désormais, il avait partie liée avec M<sup>me</sup> de la
-Tournelle; mais, quoique les menées souterraines de
-ses ennemis lui fissent appréhender la perte de son
-gouvernement du Languedoc, il fallait partir pour
-cette campagne de Flandre, qui allait ajouter à la
-réputation militaire du jeune officier général.</p>
-
-<p>Heureusement pour sa fortune politique, Richelieu
-laissait des alliés dans la place et, en première
-ligne, une singulière femme que nous avons déjà
-nommée, M<sup>me</sup> de Tencin.</p>
-
-<p>Cette religieuse défroquée, belle, ardente, tumultueuse,
-qui fut la mère, sans cœur, du correct et
-glacial d’Alembert, avait, pendant la Régence,
-<span class="pagenum" id="Page_148">[p. 148]</span>
-prodigué ses charmes à tous venants, dans l’espoir
-d’acquérir le crédit, la situation et le rang qu’entrevoyaient
-ses rêves de mégalomane. Elle ne connut
-que des déceptions. De guerre lasse, elle ouvrit un
-salon littéraire; et quand elle eut constaté que sa
-<i>ménagerie</i> (elle désignait ainsi son cénacle d’écrivains)
-avait développé le sens de pénétration qu’elle
-tenait de la nature, elle s’avisa qu’elle pourrait,
-quoique âgée, trafiquer de cette nouvelle ressource.
-Elle avait déjà, dans son jeu, un atout considérable,
-la situation de son frère, cet abbé de Tencin, qui
-s’était si bien poussé, qu’il avait enlevé le chapeau
-en 1739, obtenu le siège archiépiscopal de Lyon en
-1741 et qu’il allait être nommé ministre d’État en
-1742. Aussi peu scrupuleux que sa sœur, et, plus
-méprisé qu’elle, il était cependant moins audacieux.
-Il est vrai qu’il ne lui restait plus guère d’autres
-degrés à gravir que celui de premier ministre. Mais
-M<sup>me</sup> de Tencin, impatiente de briller, elle aussi,
-stimulait une nonchalance qui se fût volontiers
-assoupie sous les somptueux lambris de son palais de
-Lyon.</p>
-
-<p>Mais, par contre, elle trouvait une intelligence
-d’accord avec la sienne dans cet élégant Richelieu,
-qu’elle avait eu pour amant et dont elle avait su
-garder l’amitié, aujourd’hui qu’elle approchait de la
-soixantaine. Tous deux comprirent quel ressort leur
-alliance imprimerait à leur esprit d’intrigue et comment
-ils réussiraient à diriger le roi par l’intermédiaire
-de la maîtresse qu’ils lui auraient choisie.
-Aussi, pendant que Richelieu était à l’armée de
-Flandre, M<sup>me</sup> de Tencin le tenait-elle au courant,
-grâce à une correspondance qui a pu être conservée,
-<span class="pagenum" id="Page_149">[p. 149]</span>
-non seulement de toutes les nouvelles de la Cour,
-mais encore des manœuvres combinées ou tentées
-par leurs adversaires pour tenir en échec leurs propres
-projets<a name="FNanchor_225" id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor">[225]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_225" id="Footnote_225" href="#FNanchor_225"><span class="label">[225]</span></a>
-Les <i>Mémoires authentiques</i> ne parlent, ni de cet échange de lettres,
-ni même de Mme de Tencin, mais de M. de Choiseul-Meuse,
-comme le confident épistolaire et le porte-parole de l’absent. Ami,
-très écouté, de Mme de Mailly, familier de Louis&nbsp;XV, bien en cour
-et volontiers serviable, M. de Choiseul-Meuse jouissait d’une certaine
-autorité que ne pouvait avoir Mme de Tencin, ce qui explique
-la défaillance de mémoire du Maréchal. Les Goncourt disent très nettement
-(<i>M<sup>me</sup> de Châteauroux</i>, p.&nbsp;189) que «Richelieu s’unissait à Mme
-de Tencin pour remplacer et renvoyer Mme de Mailly».</p>
-</div>
-
-<p>Dans leur correspondance, les Tencin et Richelieu
-avaient imaginé, afin de dépister les indiscrétions
-du cabinet noir, des manières de «grimoires<a name="FNanchor_226" id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor">[226]</a>»,
-dont la clef changeait tous les huit jours. Il est même
-assez difficile aujourd’hui d’en identifier les véritables
-noms.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_226" id="Footnote_226" href="#FNanchor_226"><span class="label">[226]</span></a>
-<span class="smcap">De Coynart</span>: <i>Les Guérin de Tencin</i>, 1910, p.&nbsp;347.—<span class="smcap">P. Masson</span>:
-<i>M<sup>me</sup> de Tencin</i>, 1909. L’auteur de ce livre remarquable, professeur
-à l’Université de Fribourg, est tombé glorieusement au
-champ d’honneur, en 1915.</p>
-</div>
-
-<p>M<sup>lle</sup> <i>Sauveur</i>, c’était <span class="smcap">Fleury</span>; le <i>général</i>, ou <i>Boufflers</i>,
-M<sup>me</sup> de la <span class="smcap">Tournelle</span>; M. de <i>Mairan</i>, M<sup>me</sup> de
-<span class="smcap">Mailly</span>; <i>Helvétius</i>, <span class="smcap">Richelieu</span>; encore celui-ci partageait-il,
-avec <span class="smcap">Voltaire</span>, le surnom de <i>géomètre</i>;
-<span class="smcap">Louis&nbsp;XV</span> était tantôt le <i>Gentilhomme</i>, tantôt la
-<i>Guimbarde</i>.</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Si vous revenez bientôt, lui écrivait M<sup>me</sup> de
-Tencin, le 5 novembre 1742, je vous conseille d’attendre
-votre retour; nous concerterons ce qu’il conviendra
-de faire. Il est certain qu’il ne faudra pas
-que vous vous brouilliez avec le Cardinal (Fleury);
-il peut nous faire mille petits chagrins surtout étant
-continuellement poussé et animé par ses ministres.
-<span class="pagenum" id="Page_150">[p. 150]</span>
-M. de Maurepas, qui se flatte aisément, croyait bien
-que la Mailly se raccommoderait et vous perdrait.
-On voulait donner aussi une petite fille<a name="FNanchor_227" id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor">[227]</a> et que la
-Mailly restât avec les honneurs et l’apparence de
-la faveur. Je sais positivement qu’on avait cherché
-cette fille; on avait même jeté les yeux sur la Gaussin
-(la comédienne), mais on a craint pour sa santé...
-Votre présence n’a jamais été plus nécessaire pour
-vous et pour vos amis<a name="FNanchor_228" id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor">[228]</a>...»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_227" id="Footnote_227" href="#FNanchor_227"><span class="label">[227]</span></a>
-M<sup>me</sup> de Pompadour devait, un jour, mettre en pratique cet
-expédient.</p>
-
-<p><a name="Footnote_228" id="Footnote_228" href="#FNanchor_228"><span class="label">[228]</span></a>
-<i>Correspondance du Cardinal de Tencin et de M<sup>me</sup> de Tencin,
-sa sœur, avec le Duc de Richelieu.</i> Bibliothèque nationale. Imprimés
-Lb<sup>38</sup> 56.</p>
-</div>
-
-<p>Deux jours avant l’envoi de cette missive—le
-3 novembre—M<sup>me</sup> de Mailly s’était retirée à Paris,
-d’où elle ne devait plus revenir. Les <i>Mémoires</i> de
-M<sup>me</sup> de Brancas, dont la lecture est des plus attrayantes,
-mais qui ne brillent pas toujours par une scrupuleuse
-exactitude, racontent que Richelieu alla
-trouver M<sup>me</sup> de Mailly, pour la décider à ce départ
-exigé par M<sup>me</sup> de la Tournelle et par le roi: ç’eût
-été un véritable tour de force, puisque le duc était
-encore à l’armée. Mais, en virtuose, il avait dirigé,
-de loin, l’opération. Il avait prié son obligeant ami,
-M. de Choiseul-Meuse, de préparer M<sup>me</sup> de Mailly
-à sa disgrâce. Cette pénible mission répugnait à
-M. de Choiseul-Meuse, qui avait toujours vécu dans
-les meilleurs termes avec la favorite délaissée. Il
-eut l’adresse de passer la main au comte d’Argenson,
-ministre d’État depuis le mois d’août 1742. Celui-ci
-sut ou crut persuader M<sup>me</sup> de Mailly, en lui donnant
-l’assurance qu’une jolie femme comme elle
-<span class="pagenum" id="Page_151">[p. 151]</span>
-aurait bien vite ramené l’infidèle en le quittant
-pendant quinze jours.</p>
-
-<p>Ainsi «s’arrangea la <i>quitterie</i> de M<sup>me</sup> de Mailly»,
-pour rappeler le mot, resté célèbre, du marquis
-d’Argenson, le mémorialiste, frère aîné du ministre<a name="FNanchor_229" id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor">[229]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_229" id="Footnote_229" href="#FNanchor_229"><span class="label">[229]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse</i> <span class="smcap">de Brancas</span>, p.&nbsp;53.—<b>Mémoires du
-marquis</b> <span class="smcap">d’Argenson</span>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;42.—<i>Mémoires authentiques du Maréchal</i>
-<span class="smcap">de Richelieu</span>.</p>
-</div>
-
-<p>Mais, depuis quelque temps, la malheureuse
-femme ne conservait plus la moindre illusion. Elle
-avait vu clair dans le jeu de sa sœur. Et, cependant,
-jusqu’au dernier moment, elle repoussa désespérément
-l’idée de la séparation qui lui était imposée.
-Les Goncourt ont décrit, avec leur sûreté d’analyse,
-cet état d’âme, au cours des heures cruelles qui
-précédèrent, à Versailles et à Choisy, celle du départ,
-puis les crises de larmes et de sanglots, les supplications
-navrantes, entrecoupées de suffocations et
-d’évanouissements auxquelles son amant opposait
-pour toute réponse: «Tu m’ennuies, j’aime ta sœur<a name="FNanchor_230" id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor">[230]</a>»,
-que Luynes convertit en cette phrase moins inhumaine:
-«Je suis amoureux fou de M<sup>me</sup> de la Tournelle,
-je ne l’ai pas encore, mais je l’aurai<a name="FNanchor_231" id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor">[231]</a>.» En
-réalité, la beauté rayonnante de la Marquise avait
-affolé Louis&nbsp;XV, d’autant qu’il la comparait à la
-mine piteuse de cette vieille maîtresse, de tenue
-négligée, dont les pleurs éternels aggravaient encore
-la laideur. Mais M<sup>me</sup> de Mailly était une bonne
-créature qui, pendant sept années, avait fidèlement
-aimé le roi et n’avait fait de mal à personne. On
-la plaignit; et Marie Lesczinska, la première, qu’elle
-<span class="pagenum" id="Page_152">[p. 152]</span>
-avait respectueusement servie, lui fut compatissante.
-Le Cardinal, à qui l’attitude superbe, le ton
-hautain, l’esprit dominateur de la nouvelle favorite
-inspiraient de vives inquiétudes, voulut adresser au
-roi de sévères remontrances: le prince le renvoya
-sèchement à son portefeuille.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_230" id="Footnote_230" href="#FNanchor_230"><span class="label">[230]</span></a>
-<i>Mémoires d</i>’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;40.</p>
-
-<p><a name="Footnote_231" id="Footnote_231" href="#FNanchor_231"><span class="label">[231]</span></a>
-<i>Journal de</i> <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;267.</p>
-</div>
-
-<p>Cependant Louis&nbsp;XV n’était pas autrement satisfait
-de l’issue des négociations menées par Richelieu.
-M<sup>me</sup> de la Tournelle n’avait pas encore cédé; elle
-posait ses conditions, et qui n’étaient pas des moindres.
-D’autre part, le roi, avec sa timidité ordinaire,
-ne savait comment s’y prendre pour triompher d’une
-résistance que rendait plus irritante l’adroit manège
-d’une savante coquetterie. Aussi fit-il revenir Richelieu
-de l’armée, plus tôt que de raison<a name="FNanchor_232" id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor">[232]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_232" id="Footnote_232" href="#FNanchor_232"><span class="label">[232]</span></a>
-<i>Mémoires d</i>’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;42.</p>
-</div>
-
-<p>Le duc reparaissait donc à Versailles, le 16 novembre,
-prêt à la double tâche qu’il avait d’ailleurs si
-adroitement amorcée, d’achever l’éducation galante
-du maître et de préparer par ses conseils l’avènement
-de la «maîtresse reconnue»: n’était-ce pas,
-pour lui, le plus sûr moyen de s’ouvrir les avenues
-du pouvoir?</p>
-
-<p>Ce fut, comme bien on pense, un événement
-considérable et un sujet de conversations sans fin,
-dans ce monde, chamarré et doré, de brillants seigneurs,
-habitués, tantôt de Versailles, tantôt de
-Choisy, et toujours à l’affût de ces petites nouvelles,
-qu’ils tenaient pour des informations de la plus haute
-importance. Le <i>Journal</i> de Luynes enregistre, avec
-un soin méticuleux, mais en termes pleins de réserve,
-ces anecdotes et ces impressions de salon ou de
-<span class="pagenum" id="Page_153">[p. 153]</span>
-boudoir. Richelieu est reçu à souper chez M<sup>me</sup> de la
-Tournelle; et les courtisans remarquent qu’il eut avec
-elle un long entretien «avant et après le repas<a name="FNanchor_233" id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor">[233]</a>».
-Ils notent encore que, depuis, le roi s’est fait servir
-à souper chez M<sup>me</sup> de la Tournelle et ne doutent pas
-un seul instant que Richelieu n’ait été invité à ce
-repas<a name="FNanchor_234" id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor">[234]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_233" id="Footnote_233" href="#FNanchor_233"><span class="label">[233]</span></a>
-<a name="Footnote_234" id="Footnote_234" href="#FNanchor_234"><span class="label">[234]</span></a>
-<i>Journal du Duc</i> <span class="smcap">de Luynes</span>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;278.</p>
-</div>
-
-<p>Naturellement les plus curieux, ou ceux qui se
-prétendent les mieux renseignés, entourent le favori
-et l’interrogent, ou lui racontent «ce que le roi a
-déjà fait». Richelieu ne s’en étonne pas; c’est lui
-qui l’a conseillé ou qui l’a improuvé; il sait tout, il
-reste imperturbable et impénétrable. Le marquis
-d’Argenson ne l’appelle plus que «l’avocat consultant»,
-le professeur «di piazza»<a name="FNanchor_235" id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor">[235]</a>. C’est ainsi que,
-pressentant sans doute le regret, presque le remords,
-qui s’éveillera bientôt dans le cœur du roi, d’avoir
-renvoyé son ancienne maîtresse «plus durement
-qu’une fille de l’Opéra<a name="FNanchor_236" id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor">[236]</a>», Richelieu conseillera au
-prince (il se chargera, au besoin, de la besogne)
-d’écrire tous les jours, puis une fois par semaine,
-un billet à M<sup>me</sup> de Mailly<a name="FNanchor_237" id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor">[237]</a>. Cette éventualité devait
-être prévue par le programme de la <i>quitterie</i>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_235" id="Footnote_235" href="#FNanchor_235"><span class="label">[235]</span></a>
-<i>Mémoires</i> de <span class="smcap">d’Argenson</span>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;42.</p>
-
-<p><a name="Footnote_236" id="Footnote_236" href="#FNanchor_236"><span class="label">[236]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, p.&nbsp;45.</p>
-
-<p><a name="Footnote_237" id="Footnote_237" href="#FNanchor_237"><span class="label">[237]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, p.&nbsp;42.</p>
-</div>
-
-<p>En attendant, Louis&nbsp;XV se montrait toujours aussi
-indécis. Ce n’était pas que le duc ne fît le nécessaire
-pour le stimuler. Il se vantait à «sa tante» (la
-duchesse de Brancas) de «donner des leçons» au roi;
-et «les miennes, ajoutait-il, valent mieux que celles
-<span class="pagenum" id="Page_154">[p. 154]</span>
-du Cardinal, n’est-ce pas<a name="FNanchor_238" id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor">[238]</a>»? Il sembla cependant
-que, pendant plus d’un mois, l’écolier voulût répondre
-aux efforts du maître et même les prévenir. Ce
-furent, de son fait, de fréquentes expéditions, la
-nuit, par les corridors du palais, jusqu’à la porte de
-l’appartement de la marquise, Louis&nbsp;XV travesti
-en médecin, Richelieu armé d’une lanterne sourde
-et menaçant de son épée Maurepas qui s’était avisé
-d’espionner les noctambules. La duchesse de Brancas
-les représente encore masqués, affublés de grandes
-perruques, enveloppés de manteaux noirs, et s’en
-allant ainsi «gratter» à la porte de M<sup>me</sup> de la
-Tournelle<a name="FNanchor_239" id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor">[239]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_238" id="Footnote_238" href="#FNanchor_238"><span class="label">[238]</span></a>
-<i>Mémoires de la duchesse</i> <span class="smcap">de Brancas</span>, p.&nbsp;65: «Il faut lui plaire,
-prescrivait-il au roi, et commencer par lui dire que vous en êtes
-épris.»</p>
-
-<p><a name="Footnote_239" id="Footnote_239" href="#FNanchor_239"><span class="label">[239]</span></a>
-<i>Mémoires</i> de la duchesse <span class="smcap">de Brancas</span>, p.&nbsp;75.—<i>Les Mémoires
-authentiques</i> du Maréchal <span class="smcap">de Richelieu</span> signalent pareillement
-cette mascarade, mais l’attribuent à l’imagination inquiète du roi,
-qui n’en prévint son compagnon qu’au dernier moment; et la meilleure
-preuve qu’elle était de l’invention de Louis&nbsp;XV, c’est que le
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span> (t. IV, p.&nbsp;268) en parle, dès le 5 novembre 1742;
-or, à cette date, Richelieu n’était pas encore revenu de l’armée. Quant
-à l’épisode de Maurepas, il est sorti tout entier du cerveau de Soulavie.</p>
-</div>
-
-<p>Mais, presque toujours, la marquise faisait la sourde
-oreille; et le «professeur di piazza», déjà fort empêché
-dans son vilain métier d’entraîneur du roi, reprochait
-à son autre élève de le lui rendre plus difficile
-encore, en exaspérant à plaisir et sans résultat
-les sens violemment surexcités de Louis&nbsp;XV.</p>
-
-<p>Après avoir tenté de justifier sa téméraire manœuvre,
-M<sup>me</sup> de la Tournelle finit par se rendre aux
-arguments décisifs du professeur; et, le 9 décembre,
-une tabatière, dont le roi ne se séparait pas, qui «se
-trouva sous le chevet de M<sup>me</sup> de la Tournelle»,
-<span class="pagenum" id="Page_155">[p. 155]</span>
-et que celle-ci «montra, le matin, à M. de Choiseul-Meuse»,
-fut, pour cet ami de Richelieu, l’indice
-révélateur d’une défaite depuis si longtemps attendue.
-Le grave duc de Luynes ne pouvait la mentionner
-de façon plus décente dans son <i>Journal</i><a name="FNanchor_240" id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor">[240]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_240" id="Footnote_240" href="#FNanchor_240"><span class="label">[240]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, 12 décembre 1742, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;296.</p>
-</div>
-
-<p>Mais M<sup>me</sup> de la Tournelle devait bientôt se ressaisir
-et tenir de nouveau rigueur au roi, en raison
-de... réalisations qui lui paraissaient beaucoup trop
-lointaines.</p>
-
-<p>Sa chute fut saluée par tout un bouquet de chansons,
-d’épigrammes, de satires, de nouvelles à la
-main, qui se dispersèrent également sur les demoiselles
-de Nesle, sur Richelieu, sur Fleury et même
-sur Maurepas. Et pourtant, c’était le ministre de
-la maison du roi, qui était l’inspirateur, sinon l’auteur,
-de ces malicieux brocards, dont le recueil parvenait,
-par les soins du lieutenant-général de police,
-jusqu’à Louis&nbsp;XV, très friand de ce genre de littérature.
-Pouvait-on, en conscience, soupçonner Maurepas
-de tels méfaits, puisqu’il en était la première
-victime?</p>
-
-<p>Une de ces pièces, entre autres, parodiant le
-quatrième acte d’<i>Iphigénie</i>, dramatisait la scène
-douloureuse qui, en réalité, avait mis aux prises
-les deux sœurs.</p>
-
-<p><i>Accusez Richelieu</i>, <i>plaignez-vous à l’Amour</i>, disait
-M<sup>me</sup> de la Tournelle à M<sup>me</sup> de Mailly, avec cette
-inflexible dureté qui la caractérisait.</p>
-
-<p>Le duc n’en avait cure; il pouvait, au contraire,
-être fier de son ouvrage<a name="FNanchor_241" id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor">[241]</a>. Il avait triomphé en vingt
-<span class="pagenum" id="Page_156">[p. 156]</span>
-jours. Son gouvernement du Languedoc réclamant
-sa présence, il partait donc l’esprit plus tranquille
-et le cœur plus léger. Et, comme pour mieux en
-témoigner, il daignait admettre les dames de la
-Cour à son petit coucher dans sa «dormeuse», cette
-voiture, établie sur ses indications, qui devait le
-conduire à destination. Le duc de Luynes nous a
-laissé la description de ce véhicule et le récit du
-départ désinvolte de son propriétaire:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p class="rdate">17 Décembre 1742</p>
-
-<p>«Le jeudi, à 5 heures du soir, M. de Richelieu partit
-de Choisy pour aller tenir les États du Languedoc.
-Il a fait faire une chaise de poste, où l’on porte, dans
-un coffre, derrière, à manger pour plusieurs jours;
-et sur le devant il y a de quoi mettre trois entrées
-toutes prêtes pour mettre au feu; de sorte que son
-<span class="pagenum" id="Page_157">[p. 157]</span>
-cuisinier, qui le suit, s’avançant un peu avant lui,
-avec le panier où sont les entrées, lui tient son dîner
-ou son souper prêts également partout. Outre cela,
-il a fait mettre dans cette chaise un lit où il est couché
-entre deux draps. Il se déshabilla donc à Choisy,
-et, après que l’on eut bassiné le lit de sa chaise, il
-y monta, se coucha en présence de trente personnes
-qui étaient là et dit qu’on le réveillerait à Lyon.
-M<sup>me</sup> de la Tournelle parut assez fâchée de son départ.
-La veille, M. de Richelieu s’était trouvé assez
-mal en jouant à l’hombre avec le roi<a name="FNanchor_242" id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor">[242]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_241" id="Footnote_241" href="#FNanchor_241"><span class="label">[241]</span></a>
-Il nous paraît curieux d’insérer ici, après ces preuves irréfutables
-du rôle honteux joué par Richelieu auprès de Louis&nbsp;XV,
-une lettre où il se défend d’avoir procuré M<sup>me</sup> de la Tournelle au
-roi. Elle lui était déjà attribuée par Faur; et Jobez, qui la publie
-dans sa <i>France sous Louis&nbsp;XV</i> (t. III, p.&nbsp;289), ne semble pas
-douter de son authenticité. Nous serons beaucoup moins affirmatif:
-le style en est d’abord trop moderne. En tout cas, cette missive,
-adressée à deux bonnes amies de Richelieu, la marquise de Monconseil
-et la duchesse de Luxembourg, est une merveille de cynisme:</p>
-
-<p>«Vous croyez, Mesdames, ainsi que le public qui juge souvent fort
-mal, parce qu’il le fait sans savoir ni connaître les personnes dont il
-parle, que c’est moi qui ai procuré M<sup>me</sup> de Châteauroux au roi.
-Vous êtes dans l’erreur comme tout le monde. Je ne me ferais pas
-un grand scrupule d’avoir été utile à mon maître dans ses amours:
-on donne un joli tableau, un beau vase, un bijou quelconque; et je
-ne vois pas qu’on doive rougir de mettre à même son souverain de
-jouir de tout ce qu’il y a de plus aimable au monde, d’une femme...
-On doit ses soins en tout genre au maître qui nous donne des ordres;
-et on peut bien lui donner une femme comme autre chose.
-Je ne vois d’exclusion que pour la sienne. Ce n’est donc point par
-scrupule que je n’ai point été le premier agent de la liaison du roi
-avec M<sup>me</sup> de Châteauroux; c’est que l’occasion ne s’est pas
-rencontrée.»</p>
-
-<p><a name="Footnote_242" id="Footnote_242" href="#FNanchor_242"><span class="label">[242]</span></a>
-<i>Journal</i> du <span class="smcap">duc de Luynes</span>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;299.—<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span>,
-t. VIII, p.&nbsp;208. Gazetin de police du Chevalier de Mouhy.</p>
-</div>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_158">
-
-<h2>CHAPITRE XV</h2>
-
-<p class="smm" style="margin-bottom: 1em;"><i>Année 1743: nouvelle correspondance chiffrée de M<sup>me</sup> de
-Tencin, pendant le séjour de Richelieu en Languedoc. — Campagne
-contre Maurepas. — Le désastre de Dettingen;
-belle conduite et mot... malheureux de Richelieu. — M<sup>me</sup> de
-la Tournelle est nommée duchesse de Châteauroux et Richelieu,
-premier gentilhomme de la Chambre.</i></p>
-
-<p class="smm" style="margin-top: 1em;"><i>Année 1744: projet, avorté, d’une descente sur les côtes anglaises.—Dépit
-et récriminations de Richelieu.—Son activité comme
-premier gentilhomme de la Chambre.—Projets de fêtes
-pour le premier mariage du Dauphin.—La</i> Princesse de
-Navarre: <i>patience de Voltaire et méchante humeur de
-Rameau.—Diplomatie mystérieuse de Frédéric II.—Conseil
-de nuit à Choisy.—Départ de Louis&nbsp;XV pour
-l’armée.</i></p>
-
-<p>Le mécontentement que M<sup>me</sup> de la Tournelle
-n’était pas parvenu à dissimuler, en voyant s’éloigner
-«son cher oncle», n’était que trop fondé. Bien
-que maîtresse en titre, elle sentait tant de jalousies
-et tant de haines coalisées contre elle, qu’elle pouvait
-craindre un retour offensif de l’ennemi. Aussi,
-dans une lettre où s’affirme toute la sécheresse de
-son cœur, laissait-elle entendre à ce «cher oncle»,
-avec quelle âpreté elle avait dû défendre sa victoire:
-«Meuse vous aura mandé la peine que j’ai eue à
-faire déguerpir M<sup>me</sup> de Mailly.»</p>
-
-<p>Mais M<sup>me</sup> de Tencin veillait.</p>
-
-<p>Toutefois, son empressement inquiétait et fatiguait
-M<sup>me</sup> de la Tournelle, à qui Richelieu n’avait pas
-révélé l’action commune du frère et de la sœur. Et,
-de son côté, M<sup>me</sup> de Tencin s’étonnait de la froideur
-<span class="pagenum" id="Page_159">[p. 159]</span>
-avec laquelle la favorite répondait à l’ardeur de son
-zèle. Il fallut que le gouverneur du Languedoc intervînt
-pour modifier l’attitude de M<sup>me</sup> de la Tournelle
-et lui permettre d’être plus accueillante, sans aliéner
-sa liberté d’allures.</p>
-
-<p>Précisément, le cardinal Fleury mourait, au moment
-où des amis communs lui suggéraient l’idée
-d’une réconciliation entre Richelieu et Maurepas.
-Et M<sup>me</sup> de Tencin confiait à son ami toutes ses
-craintes de savoir encore en place un homme, qui
-pouvait nuire, par «ses coups fourrés», à l’aide de ces
-lettres, de ces «petites nouvelles», de ces épigrammes,
-de ces chansons, dont Maurepas s’entendait si bien
-à faire usage. Mais ce qui n’était pas banal, c’est qu’au
-cours de cet accommodement, dont des tiers eussent
-volontiers chargé M<sup>me</sup> de Tencin, celle-ci et ses entours
-étaient filés par des «mouches» (la lieutenance
-générale de police était du département de
-Maurepas), pendant que M<sup>me</sup> de Tencin avait aussi
-ses espions, chargés d’observer l’ennemi. Elle ne s’en
-tourmentait pas moins: «Je suis tranquille quand
-vous êtes là, écrivait-elle à son correspondant. Vous
-avez plus d’esprit qu’ils n’en ont tous eu en dix ans.»</p>
-
-<p>Et M<sup>me</sup> de Tencin comprenait dans une même
-réprobation, assurément fort injuste, Meuse que ne pouvait
-souffrir M<sup>me</sup> de la Tournelle et qu’on disait
-l’espion de Maurepas; Voltaire<a name="FNanchor_243" id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor">[243]</a> envoyé en mission
-<span class="pagenum" id="Page_160">[p. 160]</span>
-secrète, sous prétexte d’exil, auprès de Frédéric II, par
-les ministres Amelot et Maurepas... «S’il réussit,
-ces messieurs seraient bien attrapés, si le roi de
-Prusse déclarait qu’il ne veut point passer par leurs
-mains», préférant placer toute sa confiance dans
-M<sup>me</sup> de la Tournelle<a name="FNanchor_244" id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor">[244]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_243" id="Footnote_243" href="#FNanchor_243"><span class="label">[243]</span></a>
-M<sup>me</sup> de Tencin n’aimait pas Voltaire, sans doute par jalousie:
-«Vous aviez la réputation, écrit-elle à Richelieu, le 18 décembre 1742,
-de parler toujours de la religion, comme il convient. Si vous faisiez
-recevoir Voltaire à l’Académie, on dirait qu’il vous a perverti.»
-Ses variations sur le poète philosophe sont infinies. Peu de temps
-après cette première lettre, elle s’efforce de gagner Voltaire par
-M<sup>me</sup> du Châtelet, dont elle n’ignore pas les anciennes relations avec
-Richelieu; et presque aussitôt, elle se plaint que les deux amants,
-devenus amis, «sont livrés au Maurepas et ne savent qu’être esclaves».</p>
-
-<p><a name="Footnote_244" id="Footnote_244" href="#FNanchor_244"><span class="label">[244]</span></a>
-Cette lettre se trouve également dans la <i>Vie privée</i> de Faur
-(t. II, p.&nbsp;405).</p>
-</div>
-
-<p>On ne saurait imaginer quelle astuce et quelle rouerie
-met en œuvre cette politicienne pour faire tomber
-les ministres qui lui barrent le chemin. M. Pierre
-Masson en cite un exemple topique:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Il s’agit de faire comprendre au roi et à sa maîtresse
-qu’Amelot est incapable, Maurepas vendu à
-l’Angleterre et que les Cours étrangères les méprisent
-tous deux. On fera saisir au Cabinet noir,
-pour qu’elle soit montrée au roi, une lettre qu’on
-aura fait écrire à Wernek, envoyé du prince des
-Deux-Ponts, par une main inconnue et où il y aura
-des phrases allemandes. Il faudrait, continue M<sup>me</sup> de
-Tencin, l’écrire sur du papier de Francfort et la faire
-mettre à la poste de Francfort. Voici à peu près
-comme j’imagine qu’il faudrait l’écrire:</p>
-
-<p>..... «On croirait à voir, comme on se gouverne en
-France, que les ministres agissent par l’impulsion
-de la reine de Hongrie (l’impératrice Marie-Thérèse).
-On dit tout haut ici qu’Amelot n’entend rien
-à sa mission et qu’un autre ministre reçoit de belles
-et bonnes guinées d’Angleterre pour laisser les Anglais
-en repos<a name="FNanchor_245" id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor">[245]</a>...»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_245" id="Footnote_245" href="#FNanchor_245"><span class="label">[245]</span></a>
-Pierre <span class="smcap">Masson</span>: M<sup>me</sup> <i>de Tencin</i>, 1909, p.&nbsp;106.</p>
-</div>
-
-<p>En cette année 1743, Richelieu «est plus favori que
-jamais; on le regarde comme l’auteur de tout,... se
-<span class="pagenum" id="Page_161">[p. 161]</span>
-frayant un chemin au premier ministère...<a name="FNanchor_246" id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor">[246]</a>». Il n’en
-domine que mieux M<sup>me</sup> de la Tournelle. Et cette
-autorité lui est nécessaire, s’il veut mener à bonne
-fin son œuvre. En effet, sa protégée, depuis longtemps
-éprise du beau duc d’Agénois, lutte pour ne pas
-sacrifier son amour à la jalousie du roi. Mais Richelieu
-a compris le danger; et nous avons dit ailleurs,
-par quelles subtiles et romanesques manœuvres,
-il détermina une rupture qui ne fut jamais sans
-arrière-pensée<a name="FNanchor_247" id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor">[247]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_246" id="Footnote_246" href="#FNanchor_246"><span class="label">[246]</span></a>
-Marquis <span class="smcap">d’Argenson</span>: <i>Mémoires</i>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;101.</p>
-
-<p><a name="Footnote_247" id="Footnote_247" href="#FNanchor_247"><span class="label">[247]</span></a>
-<i>La Duchesse d’Aiguillon</i> (Émile-Paul, 1912), p.&nbsp;17.</p>
-</div>
-
-<p>En revanche, le maître courtisan insistait auprès
-du roi, pour qu’il tînt des engagements pris au plus
-fort de la passion. Lui, Richelieu, en avait fatigué
-alors les échos de Versailles et de Choisy. Il disait,
-en propres termes, «qu’il voulait que celui qui entrerait
-dans l’antichambre de M<sup>me</sup> de la Tournelle
-eût plus de considération que celui qui, auparavant,
-était tête-à-tête avec M<sup>me</sup> de Mailly<a name="FNanchor_248" id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor">[248]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_248" id="Footnote_248" href="#FNanchor_248"><span class="label">[248]</span></a>
-<i>Journal</i> du duc <span class="smcap">de Luynes</span>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;469, avril 1743.</p>
-</div>
-
-<p>D’abord était-il juste que la condition de la favorite
-fût inférieure à celle de sa sœur Montcavrel,
-duchesse de Lauraguais depuis le mois de décembre
-1742?</p>
-
-<p>Mais le roi était parcimonieux. Il s’invitait volontiers
-chez sa maîtresse, simplement pour y faire admirer
-son appétit bourbonien. Stylée par Richelieu,
-M<sup>me</sup> de la Tournelle finit par dire à son royal amant
-qu’elle serait heureuse de lui offrir à dîner, s’il la
-mettait à même d’en faire la dépense, «s’il lui donnait
-une maison».</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_162">[p. 162]</span>
-Richelieu ne pouvait tenir que de loin tous les fils
-de l’intrigue, soit qu’il eût à remplir les devoirs de
-sa charge aux États de Languedoc, soit qu’il fût
-employé à l’armée du Rhin. Et là, le 27 juin, dans
-cette désastreuse affaire de Dettingen, dont l’invasion
-de l’Alsace et de la Lorraine aurait pu être la
-conséquence, Richelieu s’était conduit en héros. Il
-vit son régiment presque détruit au cours de la retraite;
-il la soutint à peu près seul à l’arrière-garde;
-et, le dernier, il passa le Mein. Il eut un cheval tué
-sous lui, mais sortit indemne de ce massacre—un
-nouvel Azincourt pour la noblesse française. Aussi,
-quand il fut chargé par le Maréchal de Noailles<a name="FNanchor_249" id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor">[249]</a> de
-relever sur le champ de bataille plus de six cents blessés
-et, parmi eux, des ennemis qu’y laissait le roi
-d’Angleterre<a name="FNanchor_250" id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor">[250]</a>, Richelieu ne put-il retenir un mouvement
-de surprise indignée, à la vue de tant de
-jeunes et brillants seigneurs couchés par la mort à
-côté des plus obscurs plébéiens. Comme si l’inflexible
-Camarde, ce professeur d’égalité absolue, eût dû
-établir des distinctions, des séparations, voulons-nous
-dire, entre justiciables de si diverses qualités!
-Et le haineux Chamfort de se réjouir, à ce propos, de
-la publication des «<i>Mémoires du Don Juan français</i>»,
-mine précieuse de révélations et de scandales,
-d’où il extrait, avec quelles délices! le «sentiment
-d’horreur de Dettingen» comme un des traits les
-<span class="pagenum" id="Page_163">[p. 163]</span>
-plus caractéristiques de l’«arrogance et de la fatuité»
-de Richelieu.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_249" id="Footnote_249" href="#FNanchor_249"><span class="label">[249]</span></a>
-L’imprudente attaque de Gramont non seulement contrecarra
-le plan de Noailles, lequel tenait déjà la victoire entre ses mains,
-mais obligea le Maréchal à se retirer derrière le Rhin (<i>Journal</i> de
-<span class="smcap">Barbier</span>, t.&nbsp;III, pp.&nbsp;457 et suiv.).</p>
-
-<p><a name="Footnote_250" id="Footnote_250" href="#FNanchor_250"><span class="label">[250]</span></a>
-Comme électeur de Hanovre, le roi d’Angleterre, Georges II,
-avait pris parti pour Marie-Thérèse.</p>
-</div>
-
-<p>Mais, hélas! c’était aussi cet orgueil, barbare, protestant
-contre l’oubli des égards dûs au privilège
-nobiliaire, qui valait à son représentant le plus autoritaire
-et le plus turbulent, la sympathie, l’approbation
-et l’appui d’un parti puissant à la Cour, soucieux
-d’y défendre les intérêts de l’absent.</p>
-
-<p>M<sup>me</sup> de Tencin en signale les protagonistes dans sa
-correspondance; mais, presque aussitôt, sa méfiance,
-trop souvent brouillonne, reprend le dessus; ceux dont
-elle a vanté le zèle, deviennent des traîtres ou des
-indifférents; et, réciproquement, les douteux ou les
-suspects rendent des services. C’est ainsi que le
-ministre de la Guerre, d’Argenson, bien qu’il «ne
-vaille rien», s’entend, avec M<sup>me</sup> de la Tournelle,
-pour «tromper» Maurepas, qui veut empêcher
-la favorite de voir le roi, mais plus encore pour
-déjouer les intrigues de «la Maurepas», furieuse
-de savoir M<sup>me</sup> de la Tournelle en passe d’être
-nommée duchesse. C’est encore le frère de M<sup>me</sup> de
-Tencin, le Cardinal, d’accord avec le Maréchal de
-Noailles, pour travailler «au bien de la chose publique»,
-qui ne semblent, le second surtout, se lasser
-et se refroidir: «J’agirai par moi-même, écrit-elle
-à Richelieu, auprès de votre M<sup>me</sup> du Châtelet; elle
-a confiance en moi. Je lui ferai sentir les avantages
-que Voltaire trouvera à dire la vérité au roi ou du
-moins à M<sup>me</sup> de la Tournelle.» Mais elle craint l’asservissement
-de M<sup>me</sup> de Lauraguais à Maurepas:
-il n’est pas jusqu’à M<sup>me</sup> de Flavacourt, «votre
-<i>Poule</i> (toujours la manie des surnoms!)», qui ne
-soit l’espionne de l’exécrable Maurepas.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_164">[p. 164]</span>
-Et, dans certaines de ces lettres, au verbe hardi,
-aux termes pittoresques, la femme d’État, si le mot
-n’est pas excessif, prime la femme d’affaires: «Ici,
-écrit-elle, on n’est pas occupé de l’armée, ni du
-mouvement des ennemis, mais de frivolités...»
-Plus loin, elle rêve d’une alliance de la France avec
-la Russie, la Turquie et la Suède.</p>
-
-<p>C’est encore contre Louis&nbsp;XV qu’elle manifeste
-le plus d’animosité: «Le roi sera toujours mené,
-et plus souvent mal que bien: on dirait qu’il a été
-élevé à croire que, quand il a nommé un ministre,
-toute sa besogne de roi est faite et qu’il ne doit
-plus se mêler de rien.» Aussi est-elle écœurée et va-t-elle
-«le planter là».</p>
-
-<p>Cependant, ce monarque fainéant, tout en conservant
-Maurepas, allait combler de largesses sa maîtresse
-et son favori.</p>
-
-<p>En octobre, la marquise de la Tournelle recevait,
-dans une magnifique cassette, avec 86.000 livres
-de rente, des lettres-patentes de la duché-pairie
-de Châteauroux, rendant hommage à la «vertu»
-et au «mérite personnel» de la bénéficiaire. Ainsi,
-grâce à la dextérité de son jeu de grande coquette,
-M<sup>me</sup> de la Tournelle était enfin parvenue au but que
-s’était proposé son ambition, froidement et résolument
-calculatrice: exigences insatiables, refus systématiques
-et répétés de sa personne, menaces
-fréquentes de rupture, elle n’avait rien négligé pour
-rançonner et pour s’asservir un amant dont l’impatiente
-passion s’irritait de tant d’obstacles.</p>
-
-<p>Quant à Richelieu, les «grâces» se succédaient
-pour lui avec une continuité qui marquait bien
-la progression de son crédit. Le jeune Fronsac,
-<span class="pagenum" id="Page_165">[p. 165]</span>
-son fils, avait été promu colonel du régiment de
-Septimanie, sans que le prince de Dombes, le véritable
-gouverneur du Languedoc, eût même été consulté<a name="FNanchor_251" id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor">[251]</a>.
-Déjà Bernage, l’intendant de la province,
-avait été nommé prévôt des marchands à Paris,
-uniquement pour que Richelieu en fût débarrassé;
-et Louis&nbsp;XV ajoutait, non sans malice, «qu’il ne serait
-pas aisé de trouver un intendant de Languedoc
-dont le duc pût s’accommoder, M. de Richelieu
-étant aussi jaloux qu’il l’est de tout ce qui peut diminuer
-son pouvoir et son autorité<a name="FNanchor_252" id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor">[252]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_251" id="Footnote_251" href="#FNanchor_251"><span class="label">[251]</span></a>
-<i>Journal</i> du duc <span class="smcap">de Luynes</span>, t.&nbsp;V, p.&nbsp;338.</p>
-
-<p><a name="Footnote_252" id="Footnote_252" href="#FNanchor_252"><span class="label">[252]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, p.&nbsp;81.</p>
-</div>
-
-<p>Enfin, le 26 décembre, le roi lui donnait la charge
-de premier gentilhomme de la Chambre, mais il entendait
-être seul à l’en aviser: aussi un courrier
-était-il parti en porter la nouvelle à Montpellier, où
-le duc tenait les États du Languedoc<a name="FNanchor_253" id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor">[253]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_253" id="Footnote_253" href="#FNanchor_253"><span class="label">[253]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, p.&nbsp;225.</p>
-</div>
-
-<p>Duclos, malveillant d’instinct pour Richelieu, le
-présente comme «un homme assez singulier, qui
-a toujours cherché à faire du bruit et n’a pu parvenir
-à être illustre, qui, employé dans les négociations et
-à la tête des armées, n’a jamais été regardé comme
-un homme d’État, mais le chef des gens à la mode
-dont il est resté le doyen<a name="FNanchor_254" id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor">[254]</a>». Ce que Duclos aurait
-pu, aurait dû dire, c’est que si cette réputation de
-mondanité excessive a diminué le rôle de Richelieu
-devant l’Histoire, celle-ci, en équitable dispensatrice du
-blâme ou de l’éloge, n’en a pas moins reconnu les incontestables
-succès remportés sur les champs de bataille
-<span class="pagenum" id="Page_166">[p. 166]</span>
-ou dans les milieux diplomatiques par ce «chef des
-gens à la mode».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_254" id="Footnote_254" href="#FNanchor_254"><span class="label">[254]</span></a>
-<span class="smcap">Duclos</span>: <i>Mémoires</i>, 1864, t.&nbsp;II, p.&nbsp;38.</p>
-</div>
-
-<p>Richelieu s’y fit remarquer, en tout cas, pendant
-l’année 1744, par une activité, peut-être un peu trop
-débordante, mais témoignant d’une somme de travail
-considérable. Il visait à la fois le poste de premier
-ministre et le bâton de maréchal. Pour cette
-dernière distinction, il crut l’obtenir sans trop de
-peine, en acceptant le titre et les fonctions de généralissime
-de l’expédition, qui s’organisait, dès les
-premiers mois de l’année, contre la Grande-Bretagne.</p>
-
-<p>La France, soutenant alors la cause du prétendant
-Charles-Édouard, devait le débarquer sur les
-côtes anglaises, avec un corps d’armée de 11.000
-hommes, de l’artillerie et des chevaux de trait, sous
-le commandement de Richelieu. Celui-ci, porteur
-d’une proclamation en deux langues—<i>Manifeste
-du roi de France en faveur du Prince Charles-Édouard</i>—rédigée
-par Voltaire<a name="FNanchor_255" id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor">[255]</a>, l’eût lancée par le pays, dès
-que la flotte eût abordé. Mais l’impétueux généralissime
-n’était pas plus discret dans le dispositif
-de ses préparatifs militaires que dans la mise au
-point de ses campagnes galantes. Il se commanda,
-suivant son habitude, de magnifiques équipages et
-s’entoura d’un superbe état-major. D’autre part,
-on réquisitionna tous les navires marchands de Picardie
-et de Normandie, opération qui se poursuivit,
-sinon dans le silence, du moins avec lenteur<a name="FNanchor_256" id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor">[256]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_167">[p. 167]</span>
-Et, quand Richelieu arriva dans le port de Boulogne,
-il trouva en face de lui une escadre de trente-cinq
-vaisseaux ennemis qui gardaient à vue le détroit.
-Irrité d’une surprise qui étouffait l’entreprise
-dans l’œuf, il le prit sur le ton du persiflage avec les
-ministres: «Je crois que ceux qui auraient de grands
-talents militaires ne sont pas plus à l’abri du ridicule
-que ceux qui en ont moins... Aussi, si je connaissais
-quelque guerrier intrépide de ce genre, je vous prierais
-de me l’adresser.» Cependant, il ne se découragea
-pas complètement. Il proposa de changer le
-port d’embarquement. Mais, voyant que la Cour
-semblait se désintéresser de l’affaire, il se fâcha:
-«Ce n’est pas moi qui ai formé le projet de porter
-des secours en Angleterre; mais, ayant été choisi
-pour y conduire celui qu’on aurait pu y passer, j’ai
-cru devoir présenter les moyens que je croyais qui
-pourraient le faire réussir<a name="FNanchor_257" id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor">[257]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_255" id="Footnote_255" href="#FNanchor_255"><span class="label">[255]</span></a>
-<i>Œuvres</i> de <span class="smcap">Voltaire</span> (édition Garnier, t.&nbsp;XV, c. <em>XXV</em>).</p>
-
-<p><a name="Footnote_256" id="Footnote_256" href="#FNanchor_256"><span class="label">[256]</span></a>
-<i>Mémoires</i> <span class="smcap">d’Argenson</span>, t.&nbsp;IV, mars 1744, p.&nbsp;318.—<span class="smcap">Duc de
-Broglie</span>: <i>Maurice de Saxe et le marquis d’Argenson</i> (2 v., 1893),
-t. I, p.&nbsp;14.</p>
-
-<p><a name="Footnote_257" id="Footnote_257" href="#FNanchor_257"><span class="label">[257]</span></a>
-Duc <span class="smcap">de Broglie</span>: <i>Maurice de Saxe et le marquis d’Argenson</i>,
-t. I, p.&nbsp;22.</p>
-</div>
-
-<p>De guerre lasse, vers la mi-février, il se dit malade
-et revint, jurant et tempêtant contre les ministres
-de la Guerre et de la Marine, tournant en
-ridicule le duc d’York (le futur cardinal) et les catholiques
-anglais, dévots maladroits, qui ne savaient
-pas cacher leurs pratiques bigotes aux yeux des protestants
-partisans de Charles Édouard<a name="FNanchor_258" id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor">[258]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_258" id="Footnote_258" href="#FNanchor_258"><span class="label">[258]</span></a>
-<i>Mémoires</i> <span class="smcap">d’Argenson</span>, t.&nbsp;IV, pp.&nbsp;319-321, mars 1744.</p>
-</div>
-
-<p>Il comptait prendre sa revanche, à la Cour, du
-rôle ingrat qu’on lui avait imposé, perfidement
-peut-être. Aussi bien, il prêtait serment, le 12 février
-1744, comme premier gentilhomme de la
-Chambre, et «servait le roi à son coucher, puis, le
-<span class="pagenum" id="Page_168">[p. 168]</span>
-lendemain, à son lever<a name="FNanchor_259" id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor">[259]</a>». Là, encore, la malignité
-publique trouva prétexte à s’exercer aux dépens du
-nouveau dignitaire. La banqueroute d’un notaire
-parisien, Laideguive jeune, préoccupait alors tous
-les esprits. On s’empressa de l’attribuer à Richelieu,
-parce qu’il avait exigé, prétendait-on, du failli,
-qu’il «se dessaisît de ses dépôts, pour lui avancer
-les 400.000 livres dûs pour le brevet de retenue de
-la charge de premier gentilhomme<a name="FNanchor_260" id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor">[260]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_259" id="Footnote_259" href="#FNanchor_259"><span class="label">[259]</span></a>
-<i>Journal</i> du duc <span class="smcap">de Luynes</span>, t.&nbsp;V, p.&nbsp;331, 14 février.</p>
-
-<p><a name="Footnote_260" id="Footnote_260" href="#FNanchor_260"><span class="label">[260]</span></a>
-<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal.</span> Mss. 6113. <i>Journal inédit du
-Chevalier de Mouhy</i>, 7 mars 1744.</p>
-</div>
-
-<p>En tout cas, il eut à cœur de remplir ces fonctions,
-jusqu’à l’heure de sa mort, c’est-à-dire pendant plus
-de quarante-quatre ans, avec une régularité ponctuelle
-et un sentiment du devoir, qui, malheureusement,
-n’étaient pas exempts d’une minutie tracassière,
-d’un souci exagéré de l’étiquette et d’une
-hauteur souvent intolérable.</p>
-
-<p>L’ordonnance des spectacles, la pompe des fêtes,
-le règlement des cérémonies officielles étaient surtout
-de son ressort. Et, précisément, cette année-là,
-celles du futur mariage du Dauphin comportaient
-un programme que nul n’était plus apte à composer
-que le duc de Richelieu. Celui-ci n’en voulut laisser
-le soin à personne. Il fit tout d’abord de son féal
-Voltaire le poète de la Cour; et, pour répondre à sa
-confiance, l’auteur écrivit cette <i>Princesse de Navarre</i>,
-assurément la plus médiocre de ses œuvres dramatiques
-et qui lui valut d’être aux prises, pendant
-plus de six mois, avec son protecteur et avec le
-compositeur Rameau.</p>
-
-<p>Ce musicien, naturellement grincheux, était peu
-sympathique à Voltaire, qui, cependant, pour l’amadouer,
-<span class="pagenum" id="Page_169">[p. 169]</span>
-lui prodiguait ses épithètes les plus flatteuses
-et ses phrases les plus caressantes. Mais, Rameau,
-ainsi que l’avait déclaré le Président Hénault,
-dans une lettre au comte d’Argenson, était «devenu
-bel esprit et critique» et «s’était mis à corriger les
-vers de Voltaire... Ce fou-là, continuait le Président,
-a pour conseil toute la racaille des poètes: il leur
-montrera l’ouvrage... L’ouvrage sera mis en pièces,
-déchiré... et il finira par nous donner de mauvaise
-musique, d’autant plus qu’il ne travaillera pas dans
-son genre. Il n’y avait que les petits violons qui
-convinssent et M. de Richelieu ne veut pas en entendre
-parler...»</p>
-
-<p>Mais celui dont un ironiste du temps avait dit:
-«Enfin le roi a fait gentilhomme M. de Richelieu»,
-voyait toujours grand. «Le prince de Sagan du
-<em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, comme l’appelle M. Bapst, avait fait
-élever un théâtre de cinquante-six pieds de profondeur
-dans la Salle du Manège, avec des loges superposées
-et soutenues les unes au-dessus des autres
-au moyen de supports multiples et contournés. Le
-tout était exécuté avec une magnificence qui nous
-paraît bien invraisemblable pour une représentation
-éphémère, mais dont le souvenir heureusement
-n’est pas perdu pour nous, puisque Cochin<a name="FNanchor_261" id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor">[261]</a> nous en
-a laissé une admirable gravure.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_261" id="Footnote_261" href="#FNanchor_261"><span class="label">[261]</span></a>
-<span class="smcap">Bapst</span>: <i>Essai sur l’histoire du théâtre</i> (1893), p.&nbsp;454.—Voltaire
-ajoute (<i>Œuvres</i>, édit. Garnier, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;273), à propos de cette
-salle, que «les décorations et les embellissements sont tellement
-ménagés que tout ce qui sert au spectacle doit s’enlever en une nuit
-et laisser la salle ornée pour un bal paré qui doit former la fête du
-lendemain.»—Cochin établit pour la <i>Princesse de Navarre</i> une quantité
-de dessins originaux et en couleur, dont Richelieu présenta
-les tableaux à Louis&nbsp;XV.</p>
-</div>
-
-<p>Richelieu avait pris tellement à cœur cette
-<span class="pagenum" id="Page_170">[p. 170]</span>
-première manifestation de son entrée en fonctions, que,
-même au plus fort de la campagne de Flandre, il
-entretenait une correspondance des plus actives avec
-Voltaire, Rameau, le lieutenant de police, le président
-Hénault, et <i lang="it" xml:lang="it">tutti quanti</i>, afin que ce spectacle
-imaginé, commandé, surveillé par lui, atteignît les
-limites de la perfection. Il voulait beaucoup de divertissements,
-révisait le poème de Voltaire, exigeait
-la suppression de telles ou telles scènes, en proposait
-de nouvelles.</p>
-
-<p>Voltaire, alors à Cirey, était sur les dents. Il répond
-à Richelieu, en lui envoyant son troisième acte,
-qu’il lui est bien difficile de condenser, en deux mois,
-tout ce que le duc «voudrait voir» dans la pièce;
-et il est «un homme perdu», si l’acte, les divertissements,
-les couplets de la France et de l’Espagne ne
-plaisent pas à Richelieu<a name="FNanchor_262" id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor">[262]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_262" id="Footnote_262" href="#FNanchor_262"><span class="label">[262]</span></a>
-Lettre du 28 mai.</p>
-</div>
-
-<p>Et le mois précédent, Voltaire, avec sa souplesse
-d’échine, s’était prosterné devant son correspondant
-pour lui décerner un brevet d’arbitre du goût! Il lui
-écrivait:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p class="rdate">24 avril 1744.</p>
-
-<p>«Colletet envoie encore ce brimborion au Cardinal-duc.
-Cette rapsodie le trouvera probablement dans
-un camp entouré d’officiers et vis-à-vis de vilains
-Allemands qui se soucient fort peu des amours du
-duc de Foix et de la princesse de Navarre. Mais
-votre esprit agile, qui se plie à tout, trouvera du
-temps pour songer à votre fête. Vous serez comme
-<span class="pagenum" id="Page_171">[p. 171]</span>
-Paul-Émile, qui, après avoir vaincu Persée, donna
-une fête charmante et dit à ceux qui s’étonnaient
-de la fête et du souper: Messieurs, c’est le même esprit
-qui a conduit la guerre et ordonné la fête.»</p>
-</div>
-
-<p>Mais le malin singe, qui connaissait bien son Rameau,
-suppliait l’«ordonnateur» de faire tenir lui-même
-le livret au compositeur, avec invitation de
-«le lire» et d’écrire une «musique convenable aux
-paroles et aux situations».</p>
-
-<p>Cependant, à mesure que son travail avance, ses
-plaintes redoublent. «Vous êtes un grand critique...
-et je vous admire, Monseigneur, de raisonner si bien
-sur mon barbouillage, quand on ouvre des tranchées.
-Il est vrai que vous écrivez comme un chat; mais
-aussi je me flatte que vous commandez les armées
-comme le Maréchal de Villars; car, en vérité, votre
-écriture ressemble à la sienne; et cela va tous les
-jours en embellissant<a name="FNanchor_263" id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor">[263]</a>.»</p>
-
-<p>Puis, il se plaint que Richelieu montre des brouillons
-dont il ne «subsistera peut-être pas cent
-vers<a name="FNanchor_264" id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor">[264]</a>...» Et quelle «terrible besogne»! «J’aurais
-mieux aimé faire une tragédie qu’un ouvrage dans
-le goût de celui-ci<a name="FNanchor_265" id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor">[265]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_263" id="Footnote_263" href="#FNanchor_263"><span class="label">[263]</span></a>
-Lettre du 5 juin.</p>
-
-<p><a name="Footnote_264" id="Footnote_264" href="#FNanchor_264"><span class="label">[264]</span></a>
-<i>Ibid.</i></p>
-
-<p><a name="Footnote_265" id="Footnote_265" href="#FNanchor_265"><span class="label">[265]</span></a>
-Lettre du 18 juin.</p>
-</div>
-
-<p>Les choses se passaient moins bien encore avec Rameau.
-Richelieu écrit de Dunkerque, le 18 juillet,
-qu’il a entre les mains une lettre, où le compositeur
-«fait part de la ridicule critique qu’il a imaginé de
-faire, ou, pour mieux dire, de faire faire, par ses
-petits poétereaux d’amis, de l’ouvrage» dont il est
-<span class="pagenum" id="Page_172">[p. 172]</span>
-chargé d’écrire la musique. Et Richelieu prie, d’autre
-part, son correspondant d’expédier à Rameau deux
-lettres qu’il joint à la sienne «pour tâcher de prévenir
-les démangeaisons qui pourraient prendre
-dorénavant au compositeur de faire agir cet esprit
-d’examen qui paraît l’avoir possédé et en même
-temps de communiquer les divertissements qui lui
-sont confiés<a name="FNanchor_266" id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor">[266]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_266" id="Footnote_266" href="#FNanchor_266"><span class="label">[266]</span></a>
-Cette lettre de Richelieu a été publiée par Desnoiresterres dans
-sa <i>Vie de Voltaire</i>, mais sans qu’il en indiquât les références.
-Nous l’avons retrouvée dans les <i>Archives de la Bastille</i> (carton 10299).</p>
-</div>
-
-<p>Il est certain que le premier gentilhomme de la
-Chambre devait trouver singulièrement désobligeante
-la critique d’un spectacle dont il était l’inspirateur;
-mais cet esprit amer qu’était Rameau n’avait
-pas tout à fait tort; car la <i>Princesse de Navarre</i> était
-du bien mauvais théâtre; et ce fut plus tard l’avis
-de la Cour.</p>
-
-<p>Des préoccupations d’un ordre autrement grave
-hantaient alors le cerveau de l’homme politique qui
-visait à la succession du cardinal Fleury. Car ce
-n’était un mystère pour personne que Richelieu songeait
-à devenir premier ministre. Il était déjà désigné,
-dit le duc de Luynes, comme secrétaire d’État
-aux affaires étrangères<a name="FNanchor_267" id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor">[267]</a>. L’auteur anonyme des
-<i>Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la Perse</i>,
-qui l’a si adroitement dessiné sous le pseudonyme
-d’<i>Azamuth</i>, «extrêmement galant... gai, amusant,
-très riche, mais mauvais ménager, tenant un grand
-rang à la Cour...», ajoute qu’il «était ambitieux et
-qu’après la mort d’Ismaël-Beg (le cardinal Fleury)
-il fut taxé d’aspirer au ministère, poste auquel,
-<span class="pagenum" id="Page_173">[p. 173]</span>
-malgré tous ses talents, on peut dire que son
-penchant pour le plaisir, son esprit inappliqué et
-son air un peu dissipé ne le rendaient pas propre<a name="FNanchor_268" id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor">[268]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_267" id="Footnote_267" href="#FNanchor_267"><span class="label">[267]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;V, p.&nbsp;413.</p>
-
-<p><a name="Footnote_268" id="Footnote_268" href="#FNanchor_268"><span class="label">[268]</span></a>
-Ce curieux et spirituel pamphlet (Amsterdam, 1746) fut attribué
-un peu à tout le monde, au Chevalier de Rességuier, à M<sup>me</sup> de Vieux-Maisons,
-etc. Mais il a plus vraisemblablement pour auteur Pecquet,
-un premier commis aux Affaires étrangères, qui, de ce fait, avait
-une certaine autorité pour en imposer à ses lecteurs; car, s’il était
-bien renseigné, il ne se faisait aucun scrupule d’enjoliver ses informations.</p>
-</div>
-
-<p>Ce n’était pas seulement la faveur du maître, ni la
-reconnaissance de la duchesse de Châteauroux, ni
-même les intrigues des Tencin qui autorisaient les
-espérances de Richelieu; c’était surtout une négociation
-de la dernière importance pour laquelle il
-avait été choisi comme premier intermédiaire et dont
-la réussite pouvait lui assurer une place considérable
-parmi les hommes d’État.</p>
-
-<p>Avant qu’il ne partît pour l’armée, un envoyé
-du roi de Prusse Frédéric II, le comte de Rottembourg,
-lui avait fait demander, au nom de son maître,
-un entretien secret<a name="FNanchor_269" id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor">[269]</a>. Ce personnage, ancien
-ambassadeur de Prusse en Espagne, gendre de
-M<sup>me</sup> de Parabère, avait dû disparaître de l’horizon
-politique, après s’être ruiné au jeu. Aujourd’hui il
-rentrait incognito en scène, comme agent du roi Frédéric.
-Richelieu le fit introduire, avec tout le mystère
-possible (nous connaissons sa passion du romanesque)
-dans son hôtel de la place Royale. Rottembourg,
-après lui avoir communiqué la lettre de
-créance qui l’accréditait auprès de Richelieu, lui
-<span class="pagenum" id="Page_174">[p. 174]</span>
-exposa le but de sa visite. Il s’était d’abord efforcé
-de justifier la défection de la Prusse<a name="FNanchor_270" id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor">[270]</a>, alliée de la
-France, au commencement de la guerre de la succession
-d’Autriche, par l’incorrection du ministre
-des affaires étrangères, Amelot, qui, sur la défense du
-cardinal Fleury, n’avait jamais répondu aux lettres de
-Frédéric. Mais, aujourd’hui, le roi de Prusse, reprenant
-la conversation, faisait savoir à Louis&nbsp;XV que les
-armées de la reine de Hongrie entreraient en Alsace,
-pendant que celles de la France envahiraient les
-Flandres. Frédéric proposait alors à Louis&nbsp;XV, pour
-parer le coup, de faire une diversion en Bohême,
-si le roi de France voulait traiter avec lui. Il y
-mettait toutefois cette condition que le cabinet de
-Versailles ignorât l’acte diplomatique, qui n’aurait
-pour contractants que les deux souverains avec
-Richelieu comme témoin.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_269" id="Footnote_269" href="#FNanchor_269"><span class="label">[269]</span></a>
-<span class="smcap">Frédéric II</span>: <i>Mémoires</i> (édit. Boutaric et Campardon), t.&nbsp;I,
-p.&nbsp;220.—Frédéric dit que Richelieu, M<sup>me</sup> de Châteauroux, le cardinal
-de Tencin et le comte d’Argenson, ministre de la guerre,
-étaient dans ses vues.</p>
-
-<p><a name="Footnote_270" id="Footnote_270" href="#FNanchor_270"><span class="label">[270]</span></a>
-Le nouveau roi de Prusse, Frédéric, après s’être emparé de la
-Silésie autrichienne, avait conclu un traité de paix séparée avec
-Marie-Thérèse et prétendait excuser cette... légèreté diplomatique,
-dont l’exemple ne devait pas être perdu pour ses successeurs, en
-affirmant qu’il avait voulu prévenir ainsi une défection de la France.
-Or, le duc de Broglie déclare (<i>Frédéric II et Marie-Thérèse</i>, 1884,
-II, pp.&nbsp;384 et suiv.) qu’il n’a trouvé, dans les archives du Ministère
-des Affaires étrangères, ni ailleurs, «aucune trace» de documents
-pouvant justifier les imputations du roi de Prusse.</p>
-</div>
-
-<p>Celui-ci courut à Choisy, où se trouvait le roi, chez
-M<sup>me</sup> de Châteauroux. Il pénètre, toujours s’entourant
-de mystère, dans la place. Le prince, surpris,
-l’accueille assez fraîchement. Richelieu s’explique
-et donne au roi une lettre de Frédéric.</p>
-
-<p>On tient conseil. Favori et favorite sont d’avis
-que Louis&nbsp;XV doit accepter.</p>
-
-<p>—«Travaillez sur ce plan», dit le monarque au
-duc.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_175">[p. 175]</span>
-Mais Richelieu s’en défend. Il n’est pas assez au
-courant des affaires. Toutefois il engage le roi,
-puisque Frédéric ne veut pas entendre parler des
-ministres, à confier la négociation au Maréchal de
-Noailles, chef de l’armée et au cardinal de Tencin,
-qui a sa place au Conseil.</p>
-
-<p>—«Soit, dit Louis&nbsp;XV, allez leur parler et voyez
-si on voudra d’eux en Prusse.»</p>
-
-<p>Frédéric y consentit<a name="FNanchor_271" id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor">[271]</a>. Une des premières conséquences
-des pourparlers fut le renvoi d’Amelot, ce
-ministre bègue qui était la risée de l’Europe. Mais,
-malgré les objurgations quotidiennes de M<sup>me</sup> de
-Tencin, Maurepas se maintint au pouvoir.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_271" id="Footnote_271" href="#FNanchor_271"><span class="label">[271]</span></a>
-<span class="smcap">Besenval</span>: <i>Mémoires</i> (édit. Baudouin), t.&nbsp;I, p.&nbsp;32.—<span class="smcap">Jobez</span>:
-<i>La France sous Louis&nbsp;XV</i>, t.&nbsp;III, p.&nbsp;357.—<span class="smcap">Frédéric II</span>: <i>Histoire de
-mon temps</i>, t.&nbsp;III, c. <em>IV</em>.—<span class="smcap">Flassan</span>: Histoire de la diplomatie française,
-t. V.—<span class="smcap">Duc de Broglie</span>: <i>Frédéric II et Louis&nbsp;XV</i>, t.&nbsp;II,
-pp.&nbsp;178-187, 203-205.—<i>Les Mémoires authentiques</i> du Maréchal
-<span class="smcap">de Richelieu</span> consacrent un chapitre à ces négociations secrètes
-avec la Prusse, chapitre que reproduit presque textuellement le
-<i>Mémoire</i> présenté à Louis&nbsp;XVI. Dans ce <i>Mémoire</i>, le récit des négociations
-avec la Prusse suit la relation de l’ambassade de Vienne:
-comme bien on pense, Richelieu avait jugé inopportun de faire
-connaître au nouveau roi tous les dessous d’intrigues politiques et
-galantes, auxquelles, dans l’intervalle, il avait pris une si large
-part.</p>
-</div>
-
-<p>Pendant que Richelieu guerroyait dans les Flandres,
-les <i>tractations</i> (c’est le mot à la mode) se poursuivaient
-régulièrement; et il semble qu’elles aient
-réussi à secouer la torpeur, peut-être simulée, que
-M<sup>me</sup> de Tencin reprochait si volontiers à son frère.</p>
-
-<p>Le Cardinal écrivait, de Versailles, le 2 mai, à
-Richelieu: «Le projet de traité avec le roi de Prusse
-a été fait dans un comité, chez moi, de la manière
-que j’en étais convenu avec Rottembourg<a name="FNanchor_272" id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor">[272]</a>.» Celui-ci,
-<span class="pagenum" id="Page_176">[p. 176]</span>
-au dire de M<sup>me</sup> de Tencin, «exigeait toujours le plus
-grand secret»; et le traité devait être signé à Paris<a name="FNanchor_273" id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor">[273]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_272" id="Footnote_272" href="#FNanchor_272"><span class="label">[272]</span></a>
-<i>Correspondance du cardinal de Tencin, ministre d’État et de
-M<sup>me</sup> de Tencin sa sœur avec M. le duc de Richelieu</i>, 1790, 2 mai 1744.</p>
-
-<p><a name="Footnote_273" id="Footnote_273" href="#FNanchor_273"><span class="label">[273]</span></a>
-<i>Correspondance du cardinal de Tencin, ministre d’État et de
-M<sup>me</sup> de Tencin sa sœur avec M. le duc de Richelieu</i>, 1790, 2 mai 1744,
-p.&nbsp;315.—Ce recueil de lettres (<i>Bibliothèque Nationale Impr.</i> Lb<sup>38</sup> 56),
-imprimé sur des originaux confiés par Richelieu à de La Borde, recueil
-auquel les biographes de M<sup>me</sup> de Châteauroux et des Tencin,
-les Goncourt, MM. P. Masson, de Coynart, etc. attribuent, à juste
-raison, une certaine importance, ne leur inspire pas cependant une
-absolue confiance; et l’un d’eux, croyant à des interpolations ou à
-des maquillages du fait des éditeurs, exprimait le vœu qu’on pût
-retrouver un jour les originaux de cette correspondance. Or, dans le
-<i>Bulletin du Bibliophile</i>, de 1876 (p. 20), nous avons découvert, à
-l’article <i>Choix de lettres inédites avec éclaircissements historiques et
-littéraires</i>, par Edouard de <span class="smcap">Barthélemy</span>, la publication d’un autographe
-du cardinal de Tencin, du 22 mai 1744, absolument identique
-à une lettre portant la même date, imprimée dans le recueil
-Lb<sup>38</sup> 56 de 1790.</p>
-
-<p>D’autre part, M. P. Masson remarque que le recueil fut édité par
-les soins de Soulavie, qu’on y retrouve plusieurs lettres publiées par
-celui-ci dans les <i>Mémoires de Richelieu</i>, et que certaines de ces
-lettres figurent également dans la <i>Vie privée</i> de Faur.—Et
-M. P. Masson en conclut fort judicieusement que toute cette
-correspondance, si dispersée, n’est pas dépourvue d’authenticité,
-réserve faite de l’inexactitude de ses différentes dates.</p>
-</div>
-
-<p>Évidemment, ce jour-là, le fait d’avoir été pris
-tout d’abord pour intermédiaire entre les deux
-princes, ne pouvait qu’ajouter à la gloire de Richelieu
-et le désigner à l’attention de son souverain
-comme le plus éminent de ses conseillers.</p>
-
-<p>Fût-ce l’ambition d’en obtenir le titre, ou l’exemple
-de ce roi de Prusse toujours à la tête de ses régiments,
-ou mieux encore, nous voulons le croire, fût-ce
-un sentiment plus noble et plus élevé, le désir de voir
-un roi de France reprendre les traditions de ses
-aïeux, se souvenir qu’il était du sang des Bourbons,
-et qu’Henri IV, Louis&nbsp;XIII, Louis&nbsp;XIV avaient reçu,
-sur le champ de bataille, le baptême du feu?
-<span class="pagenum" id="Page_177">[p. 177]</span>
-Toujours est-il que, Richelieu faisant partager à M<sup>me</sup> de
-Châteauroux ses vues sur le devoir qui s’imposait
-à Louis&nbsp;XV, la nouvelle Agnès Sorel (on lui donna
-ce nom à Versailles) décida son royal amant à rejoindre
-l’armée.</p>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_178">
-
-<h2>CHAPITRE XVI</h2>
-
-<p class="smm"><i>M<sup>me</sup> de Tencin continue sa correspondance. — Richelieu
-lui préfère encore la présence de M<sup>me</sup> de Châteauroux
-auprès du roi. — Dangers de cette manœuvre. — La maladie
-de Louis&nbsp;XV à Metz. — Les médecins perdent la tête. — Richelieu
-et les duchesses chambrent le roi. — Les terreurs
-de Louis&nbsp;XV. — Disgrâce de M<sup>me</sup> de Châteauroux. — Épigrammes
-et satires. — Le roi guérit et charge Richelieu
-de négocier le retour de la favorite. — Un rendez-vous
-et une liste de proscription. — Maurepas échappe à la
-vengeance de la duchesse, mais doit s’humilier devant elle. — Mort
-foudroyante de M<sup>me</sup> de Châteauroux. — Douleur
-du roi.</i></p>
-
-<p>Par lettres du 1<sup>er</sup> avril 1744, Richelieu avait été
-envoyé à l’armée de Flandre; nommé aide de camp
-du roi par brevet du 1<sup>er</sup> mai, et, le 2, lieutenant général,
-il prenait part, sous ce titre, aux sièges de Menin,
-d’Ypres et de Furnes. Mais, bien qu’éloigné de
-Versailles, il était tenu au courant des complots qui
-s’y tramaient chaque jour et des perfidies qui s’y
-débitaient à toute heure, par une correspondance
-presque quotidienne avec les Tencin et avec la duchesse
-de Châteauroux.</p>
-
-<p>Celle-ci avait une idée fixe: se défaire de <i>Faquinet</i>,
-surnom qu’elle donnait à Maurepas, qui, d’ailleurs,
-pour répondre du tac au tac, appelait Richelieu
-<i>Foutriquet</i><a name="FNanchor_274" id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor">[274]</a>:</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_179">[p. 179]</span>
-—«Que l’on me donne des faits», demande-t-elle
-à son «cher oncle»; et «je serai bien forte<a name="FNanchor_275" id="FNanchor_275" href="#Footnote_275" class="fnanchor">[275]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_274" id="Footnote_274" href="#FNanchor_274"><span class="label">[274]</span></a>
-<i>Mémoires</i> de <span class="smcap">Maurepas</span>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;112.</p>
-
-<p><a name="Footnote_275" id="Footnote_275" href="#FNanchor_275"><span class="label">[275]</span></a>
-<i>Lettres de la duchesse de Châteauroux au duc de Richelieu</i> (Collection
-Leber, Bibliothèque de Rouen).</p>
-</div>
-
-<p>Interprète de Richelieu, M<sup>me</sup> de Tencin affirme
-à la duchesse qu’elle a mis plusieurs personnes en
-mouvement pour «dégoter» Maurepas, malgré qu’il
-se vante d’être au mieux avec le roi. Le grand argument
-de M<sup>me</sup> de Tencin, c’est l’état déplorable
-du département de la marine confié à ce ministre
-incapable et malfaisant. Au surplus, on s’en débarrassera
-momentanément: on l’enverra inspecter les
-ports de guerre, le 18 juin<a name="FNanchor_276" id="FNanchor_276" href="#Footnote_276" class="fnanchor">[276]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_276" id="Footnote_276" href="#FNanchor_276"><span class="label">[276]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span>, t.&nbsp;IV, pp.&nbsp;522-523. Le chroniqueur y signale
-cette «tournée» de Maurepas.</p>
-</div>
-
-<p>Et notre politicienne continue, à bâtons rompus,
-son système d’informations sur les sujets les plus
-variés: elle expose ses projets de gouvernement et
-ses vues diplomatiques; mais, toujours ombrageuse,
-âpre et caustique, elle récrimine contre des ennemis
-réels et même imaginaires. D’Argenson est «superficiel
-et badin». M<sup>me</sup> de Boufflers est «la plus méchante
-et la plus tracassière des femmes». Maurepas,
-«le plus méchant de tous..., connaît mieux la Cour
-que les autres». Il faut se méfier de la Poule (M<sup>me</sup> de
-Flavacourt) qui écrit au roi sous le couvert du premier
-valet de chambre Le Bel.</p>
-
-<p>Et ce flux de nouvelles se grossit de conseils affectueux,
-de tendres protestations d’amitié qui tournent
-parfois au marivaudage, de doux reproches
-pour une indifférence qu’on ne dissimule pas assez.
-En 1743, elle témoignait surtout de sa sollicitude
-pour les enfants de Richelieu qu’elle comblait de
-<span class="pagenum" id="Page_180">[p. 180]</span>
-petits soins; en 1744, c’est leur père qui la préoccupe:
-«Demandez-moi pardon, lui écrit-elle, et dites-moi
-que c’est de bon cœur que vous m’aimez,
-et, ce qui m’est plus important, que vous êtes assuré
-que je vous aime et que ma confiance n’a et ne peut
-jamais souffrir la moindre atteinte.» M<sup>me</sup> de Tencin
-est désolée de la bouderie de la princesse de Rohan,
-une ancienne maîtresse de Richelieu, qui ne pardonne
-pas à son amant de ne l’avoir pas mise dans
-le lit du roi. Quelle précieuse amitié que celle des Rohan!
-Et cette bonne M<sup>me</sup> de Tencin s’offre à faire
-cesser la brouille. Elle ne s’oublie pas cependant,
-mais elle tremble qu’on ne l’oublie, et ne paraît
-croire que médiocrement à la reconnaissance de
-M<sup>me</sup> de Châteauroux: «Rappelez-vous, dit-elle à
-Richelieu, tout ce que nous avons fait et toute la
-peine que nous avons eue à la faire duchesse.»</p>
-
-<p>Une nouvelle imprévue vient donner un autre cours
-à cette correspondance.</p>
-
-<p>Il avait été convenu (et Louis&nbsp;XV s’y était résigné,
-non sans peine) que, pour éviter les mauvais
-propos, M<sup>me</sup> de Châteauroux ne suivrait pas le
-roi en Flandre. Mais, Richelieu, ayant eu des difficultés
-avec le duc d’Ayen, fils du Maréchal de Noailles,
-et craignant que son crédit n’en subît quelque atteinte,
-jugea nécessaire de faire venir à l’armée la
-duchesse de Châteauroux. Les <i>Mémoires authentiques</i>
-prétendent, au contraire, qu’elle prit, seule, l’initiative
-d’un voyage qui sembla rappeler, par sa mise en
-scène, les pompeux défilés des carrosses de Louis&nbsp;XIV
-au siège des villes flamandes. Seulement la reine
-n’y était pas. Mais la princesse de Conti, la duchesse
-de Chartres et—particularité piquante!*
-<span class="pagenum" id="Page_181">[p. 181]</span>
-*—cette duchesse de Modène, qui, jadis, s’était si
-bruyamment compromise pour Richelieu, allèrent
-rejoindre le roi à Lille, en compagnie de M<sup>me</sup> de
-Châteauroux et de sa sœur M<sup>me</sup> de Lauraguais. Ce
-fut un scandale public qui eut sa répercussion jusque
-dans l’armée. On chansonna «Madame Enroux»;
-mais, suivant le mot d’un contemporain, «la paix
-de M<sup>me</sup> Enroux fut bientôt faite avec le roi».</p>
-
-<p>M<sup>me</sup> de Tencin et son frère ne purent cependant
-cacher à Richelieu que cette arrivée triomphale
-avait rencontré «nombre d’improbateurs» et «produit
-le plus mauvais effet», ainsi que l’avait mentionné
-le Maréchal de Saxe à l’une de ses maîtresses.
-Les moins malveillants disaient: «Pourvu que le
-roi ne se dérange pas de la guerre, on lui passera ses
-plaisirs.» Tous ces menus détails, les Tencin les devaient
-aux indiscrétions du Cabinet noir. Et cependant
-l’amie de Richelieu avait fait prier «l’Homme»—sans
-doute Jannel, commis préposé à cet office—de
-supprimer toutes les lettres venant de l’armée
-«qui parlaient mal de M<sup>me</sup> de Châteauroux». Mais
-«l’Homme» avait répondu «qu’il n’était pas maître
-de tout supprimer, attendu qu’il n’était pas seul à
-faire des extraits». C’était, en effet, avec cette opération
-à coups de ciseaux qu’on alimentait de nouvelles la
-curiosité publique. Et, tout en constatant que le
-Maréchal de Noailles n’était pas étranger à ce débordement
-de malignité, M<sup>me</sup> de Tencin concluait
-une fois de plus à la nécessité d’en finir avec Maurepas:
-car le lieutenant de police Marville tremblait
-devant lui, son supérieur hiérarchique. Et le renvoi
-de cette créature d’un ministre, tombé lui-même
-en disgrâce, permettrait de lui donner pour successeur
-<span class="pagenum" id="Page_182">[p. 182]</span>
-un certain Chaban, premier commis de la police,
-tout dévoué au parti des Tencin<a name="FNanchor_277" id="FNanchor_277" href="#Footnote_277" class="fnanchor">[277]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_277" id="Footnote_277" href="#FNanchor_277"><span class="label">[277]</span></a>
-<i>Correspondance du C<sup>l</sup> de Tencin, de M<sup>me</sup> de Tencin</i>, 1790, <i>passim</i>.</p>
-</div>
-
-<p>Pendant que ces maîtres intrigants discutaient les
-moyens de s’assurer sans conteste le pouvoir, les
-événements se précipitaient sur le théâtre de la
-guerre. Le 1<sup>er</sup> juillet, le prince Charles, justifiant les
-prévisions de Frédéric II, franchissait le Rhin, sans
-que le Maréchal de Coigny lui opposât la moindre
-résistance, et pénétrait en Alsace qu’il saccageait à
-la manière allemande. En conséquence, le roi partait,
-le 19, pour Metz<a name="FNanchor_278" id="FNanchor_278" href="#Footnote_278" class="fnanchor">[278]</a>; et Richelieu recevait l’ordre
-de l’y rejoindre. Il s’arrêta quelques heures à Paris,
-où le marquis d’Argenson, l’auteur des <i>Mémoires</i>,
-put causer avec lui, d’autant plus que, par un de ces
-jeux de bascule politique alors si fréquents, son frère
-le ministre était devenu l’ennemi juré de Noailles,
-partant le grand ami de Richelieu. Le duc, «avec sa
-vivacité ordinaire» (le mot de <i>volubilité</i> n’appartenait
-pas encore à la langue française) débita au marquis
-tout un système de politique extérieure reposant
-sur l’alliance espagnole, alors franchement
-offerte par Philippe V et par sa femme Élisabeth
-Farnèse, alliance que devait sanctionner le prochain
-mariage de la seconde fille du roi d’Espagne avec le
-Dauphin. On ne pouvait compter, malgré les succès
-du prince de Conti, sur un traité avec le roi de Sardaigne
-que soutenait l’Angleterre; et d’Argenson
-<span class="pagenum" id="Page_183">[p. 183]</span>
-disant à son interlocuteur, pour le flatter, qu’il
-ramènerait d’Espagne, avec la princesse, une paix
-glorieuse, Richelieu estimait que la paix en question
-dépendrait d’autres causes. Toutefois les victoires
-de la France autorisaient les prétentions de l’Espagne
-en Italie; et, d’autre part, le prince Charles
-courait au devant d’un désastre.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_278" id="Footnote_278" href="#FNanchor_278"><span class="label">[278]</span></a>
-Le Maréchal de Schmettau était venu lui annoncer l’entrée
-prochaine de Frédéric II en Bohême, conformément au traité secret
-du 5 avril, notent les <i>Mémoires authentiques</i> qui ajoutent: «M. de
-Richelieu entendit un grand seigneur, plus grand sot encore, (le duc
-de La Rochefoucauld) dire avec confiance: Il faudrait couper le
-cou à celui qui a fait et signé un pareil traité avec le roi de Prusse,
-parce que cela rendra la paix infaisable.»</p>
-</div>
-
-<p>Ces graves déclarations s’accompagnaient de l’aveu,
-plus ou moins discret, «d’aventures galantes tenant
-une grande place» dans les nombreuses affaires que
-le duc devait mettre à jour avant son départ<a name="FNanchor_279" id="FNanchor_279" href="#Footnote_279" class="fnanchor">[279]</a>. Et
-d’Argenson, ce terrible misanthrope, profite de la
-pose que vient de lui donner, à son insu, un homme
-«possédé du désir d’entrer au conseil... et de parvenir
-au commandement des armées...», pour tracer
-le croquis de «sa légèreté, de sa précipitation et de
-son étourderie...». Richelieu «croit plus à la puissance
-de la séduction qu’à celle de la vertu». Il a
-«assez d’expérience et de sagacité pour bien démêler
-les hommes; mais il en veut plus à leurs faibles
-qu’à leurs bonnes qualités. Il méprise les ministres,
-mais se garde de les blesser; son humeur
-satirique perce quand même, il est craint et détesté...
-Son amour des voluptés aspire plus à l’ostentation
-qu’aux véritables délices.» Il est «prodigue sans
-magnificence et sans générosité... il a de l’habileté
-et du désordre... Il n’est pas assez heureux pour
-posséder un ami..., il est franc par étourderie,
-méfiant par mépris des hommes, désobligeant par
-insensibilité... Vieux papillon, enfariné de politique<a name="FNanchor_280" id="FNanchor_280" href="#Footnote_280" class="fnanchor">[280]</a>...»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_279" id="Footnote_279" href="#FNanchor_279"><span class="label">[279]</span></a>
-<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;104.</p>
-
-<p><a name="Footnote_280" id="Footnote_280" href="#FNanchor_280"><span class="label">[280]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, p.&nbsp;211 et suiv.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_184">[p. 184]</span>
-Il est vrai que Richelieu touchait alors à la cinquantaine.</p>
-
-<p>Quand il retrouva le roi à Metz, le prince, la favorite,
-les grandes dames et les seigneurs qui composaient
-sa suite, étaient—qu’on nous passe le mot—fourbus
-de plaisirs. M<sup>me</sup> de Châteauroux avait eu,
-chemin faisant, une indisposition fort sérieuse.
-Louis&nbsp;XV, au milieu des fêtes et des festins qui marquaient
-chacune de ses étapes, commençait à se
-plaindre d’une lassitude intolérable.</p>
-
-<p>Le 6 août, il fut pris d’un frisson de fièvre.</p>
-
-<p>Il s’alitait le 7. On n’a jamais pu définir exactement
-la nature de son mal. Fut-ce simplement une
-fièvre muqueuse, ou plutôt une typhoïde? Richelieu
-opinait pour un embarras gastrique, à la suite d’une
-indigestion et d’un «coup de soleil». Cette hypothèse
-était fort admissible, Louis&nbsp;XV étant un gros
-mangeur et sujet, comme d’ailleurs tous les princes
-de sa race, à de fréquentes et copieuses indigestions.</p>
-
-<p>Chicoyneau et La Peyronie<a name="FNanchor_281" id="FNanchor_281" href="#Footnote_281" class="fnanchor">[281]</a>, l’un médecin, l’autre
-chirurgien du roi et particulièrement dévoué à
-M<sup>me</sup> de Châteauroux, ne crurent pas d’abord à un
-danger immédiat. Mais bientôt l’aggravation du
-mal les trouva hésitants, inquiets, troublés, soit
-qu’ils fussent impuissants à fixer leur diagnostic,
-soit que le sentiment de leur responsabilité les privât
-de leur sang-froid.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_281" id="Footnote_281" href="#FNanchor_281"><span class="label">[281]</span></a>
-Les <i>Mémoires authentiques</i> disent pourtant de lui: «La Peyronie
-était livré depuis longtemps à MM.... il avait pour porteur de
-paroles L(a) R(ochefoucauld) qui était fort sot, mais insolent... Il
-n’y avait pas moyen de l’éviter.» La Rochefoucauld était grand-maître
-de la garde-robe.</p>
-</div>
-
-<p>Par contre, Richelieu et les deux duchesses avaient
-<span class="pagenum" id="Page_185">[p. 185]</span>
-gardé toute leur présence d’esprit. Ils s’étaient enfermés
-avec le roi, et, du 8 au 13 août, le soignèrent,
-aidés de valets de chambre et de divers subalternes.
-De ce fait, les sacro-saintes lois de l’étiquette
-étaient gravement lésées. Les grands dignitaires ne
-pouvaient plus remplir leurs charges. Et, d’autre
-part, la fièvre redoublant, Louis&nbsp;XV, qui, toute sa
-vie, eut la terreur de la mort et de... l’enfer, s’effrayait
-de ne pas recevoir les secours de la religion.</p>
-
-<p>Richelieu prétendit depuis que les prêtres avaient
-exagéré l’état du royal patient pour devenir plus
-vite les maîtres de la situation. Il n’ignorait pas que
-s’ils y parvenaient, c’était la disgrâce immédiate
-pour M<sup>me</sup> de Châteauroux—et pour lui, par contre-coup.
-Aussi se confondait-il en politesses, en attentions
-délicates, en cajoleries même auprès du Père Pérusseau,
-le confesseur du roi, afin de l’amener à une
-neutralité bienveillante. Mais le jésuite restait inflexiblement
-muet, quand M<sup>me</sup> de Châteauroux lui
-demandait: «Serai-je renvoyée?»</p>
-
-<p>Malgré l’opposition de La Peyronie, l’évêque de
-Soissons, l’intolérant et fougueux Fitz-James, sollicitait
-instamment Louis&nbsp;XV de faire appeler le
-P. Pérusseau; et bien que la visite épiscopale eût
-fort agité le roi, le duc de Bouillon, grand-chambellan,
-estimait que le prélat avait rempli son devoir.
-Richelieu eut l’intuition du danger qui le menaçait.
-Il vint annoncer aux princes du sang, aux premiers
-dignitaires de la couronne et à leurs partisans,
-que «le roi ne voulait plus leur donner l’ordre».
-Le duc de Bouillon lui répondit que, du moment
-«qu’il fallait prendre l’ordre de Vignerot», il se retirait.
-Et, le comte de Clermont, enfonçant du pied
-<span class="pagenum" id="Page_186">[p. 186]</span>
-un battant de la porte, cria brutalement à Richelieu:</p>
-
-<p>—«Quoi! un valet tel que toi refusera l’entrée
-au plus proche parent de ton maître<a name="FNanchor_282" id="FNanchor_282" href="#Footnote_282" class="fnanchor">[282]</a>!»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_282" id="Footnote_282" href="#FNanchor_282"><span class="label">[282]</span></a>
-<span class="smcap">Moufle d’Angerville</span>: <i>Vie privée de Louis&nbsp;XV</i> (1783, 6 vol.),
-t. II, p.&nbsp;220, d’après <i>Les Amours de Zéokinisul</i>, de Crébillon fils.</p>
-</div>
-
-<p>Cependant La Peyronie déclarait, le 13 août,
-que Louis&nbsp;XV n’avait plus que deux jours à vivre.</p>
-
-<p>Avisé de l’impatience manifestée par les principaux
-intéressés de ne pouvoir s’acquitter de leurs fonctions,
-le roi avait consenti à leur donner audience.
-Mais le duc de Bouillon, qui voulait décidément la
-conversion du pécheur, lui ayant rappelé les devoirs
-de sa charge:</p>
-
-<p>—«Il n’est pas encore temps,» lui dit sèchement
-le prince.</p>
-
-<p>Richelieu, paraît-il, l’avait charitablement prévenu,
-que si les officiers de la couronne s’étaient déterminés
-à cette démonstration, c’était afin «de
-faire parade de leurs fonctions pour l’administration
-des sacrements».</p>
-
-<p>Mais survint une syncope. Épouvanté, le roi
-manda en toute hâte le P. Pérusseau. Dès lors, la
-favorite était sacrifiée. Aussitôt, pour édifier le populaire,
-Fitz-James fit abattre la galerie de bois qui
-reliait l’appartement de la maîtresse à celui de
-l’amant. Vainement Richelieu voulut s’opposer au
-départ de la duchesse; mais l’évêque ordonna la
-fermeture des tabernacles. Et, sous l’anathème épiscopal,
-M<sup>me</sup> de Châteauroux dut s’éloigner avec sa
-sœur.</p>
-
-<p>On sait comment se termina cette maladie, dont
-<span class="pagenum" id="Page_187">[p. 187]</span>
-les phases successives firent passer un tel frisson
-d’angoisse par toute la France et qui valut à
-Louis&nbsp;XV le nom de <i>Bien-Aimé</i>.</p>
-
-<p>Dès que le roi eut reçu les sacrements, ses médecins
-consentirent à le laisser traiter par un de
-leurs confrères, nommé Mollin ou Du Moulin, peut-être
-aussi par un empirique de Metz, le juif Castéra,
-«que j’ai introduit dans la chambre du roi», écrivait
-Richelieu à M<sup>me</sup> de Châteauroux. Toujours
-est-il qu’un violent émétique, ordonné par Moncerveaux,
-un chirurgien d’Alsace, débarrassa le malade,
-qui entra, peu de temps après, en convalescence<a name="FNanchor_283" id="FNanchor_283" href="#Footnote_283" class="fnanchor">[283]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_283" id="Footnote_283" href="#FNanchor_283"><span class="label">[283]</span></a>
-<i>Journal de ce qui s’est passé</i>, etc... <i>à Metz</i>, 1744, in-f<sup>o</sup> (récit
-officiel).—<span class="smcap">D<sup>r</sup> Delaunay</span>: <i>Le Monde médical parisien au XVIII<sup>e</sup>
-siècle</i> (2<sup>e</sup> édition, 1906), p.&nbsp;120.—<i>Intermédiaire des chercheurs et
-des curieux</i>, 1912, pp.&nbsp;457 et 605.—<span class="smcap">Chicoyneau</span>: <i>Journal de la maladie
-du roi</i>, 1745.—Les <span class="smcap">Goncourt</span>: <i>M<sup>me</sup> de Châteauroux</i>, 1877,
-pp.&nbsp;357-364.—<i>Mémoires</i> de <span class="smcap">Maurepas</span>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;115. <i>Journal du
-voyage, de la campagne et de la maladie du <ins id="cor_9" title="rot">roi</ins> à Metz</i>.—<span class="smcap">Soulavie</span>:
-<i>Mémoires de Richelieu</i>, t.&nbsp;VI, pp.&nbsp;17-39.—<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span> (édition
-in-8<sup>o</sup>) t.&nbsp;III, 533-571.—<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>.—<i>Mémoires authentiques</i>
-du M<sup>l</sup> de <span class="smcap">Richelieu</span> (inédits).</p>
-
-<p>Cette maladie du Roi paralysa les opérations du Maréchal de
-Noailles qui marchait sur le prince Charles et sauva celui-ci du désastre
-auquel l’aurait infailliblement conduit son imprudente invasion
-de l’Alsace. Les Parisiens se moquèrent de l’inaction de Noailles,
-en attachant une épée de bois à la porte de son hôtel. Frédéric II,
-qui, après avoir violé la neutralité saxonne, était entré en Bohême,
-le 23 août, dut l’évacuer. Il était exaspéré: le prince Charles avait
-repassé tranquillement le Rhin et pouvait dès lors inquiéter le roi
-de Prusse.</p>
-</div>
-
-<p>Et comme, suivant un mot tant de fois répété,
-tout finit en France par des chansons, ou par des
-épigrammes, ou par des parodies, des beaux esprits
-mirent encore Racine à contribution, pour se gausser
-de l’arrivée imprévue de M<sup>me</sup> de Châteauroux à
-Lille et de la disgrâce de la favorite à Metz, disgrâce
-qu’on espérait voir retomber sur Richelieu.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_188">[p. 188]</span>
-La parodie des scènes de <i>Bérénice</i> visait plus spécialement
-M<sup>me</sup> de Châteauroux: celle du troisième
-acte de <i>Bajazet</i> était surtout à l’adresse de Richelieu
-(Acomat, <i>chef des eunuques blancs</i>) que la duchesse
-(Roxane) plaignait en ces termes:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers">Malheureux Acomat, triste jouet du sort,</div>
- <img class="v12width" src="images/vdots.jpg" alt="" />
- <div class="vers">Toi qui me vis cent fois dans les bras de ton maître,</div>
- <div class="vers">Toi-même poursuivi. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</div>
- <div class="vers">Exilé du sérail, privé de ton emploi. . . . . . . . . . . .</div>
- <div class="vers">Voilà. . . . . . . . . . . . . . . . . . le prix de tes services</div>
- <div class="vers">De tes soins obligeants à lui voiler ses vices</div>
- <img class="v12width" src="images/vdots.jpg" alt="" />
- <div class="vers">. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Aujourd’hui le barbare,</div>
- <div class="vers">Après tant de bontés contre moi se déclare<a name="FNanchor_284" id="FNanchor_284" href="#Footnote_284" class="fnanchor">[284]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_284" id="Footnote_284" href="#FNanchor_284"><span class="label">[284]</span></a>
-<span class="smcap">Boisjourdain</span>: <i>Mélanges</i>, t.&nbsp;II, pp.&nbsp;241-249.</p>
-</div>
-
-<p>En effet, on put croire, un instant, à la Cour, que
-Richelieu avait définitivement cessé de plaire. On
-lui avait même laissé entendre qu’il serait plus sage
-à lui de déguerpir promptement de Metz. Barbier
-prétend, dans son <i>Journal</i>, que Richelieu fut renvoyé
-à l’armée du Rhin; d’après Soulavie, il se
-retira provisoirement à Bâle<a name="FNanchor_285" id="FNanchor_285" href="#Footnote_285" class="fnanchor">[285]</a>. Son absence, en tout
-cas, ne pouvait être que de courte durée: le duc
-était trop habile manœuvrier sur le terrain de l’intrigue
-pour abandonner aussi vite la partie. Il se
-sentait l’homme indispensable, qui, tôt ou tard,
-saurait ramener au maître, avec l’ami qu’il devait
-déjà regretter, la femme qu’il adorait toujours.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_285" id="Footnote_285" href="#FNanchor_285"><span class="label">[285]</span></a>
-<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires de Richelieu</i>, t.&nbsp;VII, p.&nbsp;34.</p>
-</div>
-
-<p>De fait, dès le 15 septembre, et de l’aveu même de
-<span class="pagenum" id="Page_189">[p. 189]</span>
-Maurepas<a name="FNanchor_286" id="FNanchor_286" href="#Footnote_286" class="fnanchor">[286]</a>, Louis&nbsp;XV «disait du bien de Richelieu»
-au Maréchal de Noailles. C’était, en quelque sorte,
-un ordre de retour. Et bientôt revenu auprès du roi,
-l’exilé volontaire le décidait à renvoyer la reine à
-Versailles, quoiqu’elle fût arrivée à Metz sous ses
-plus beaux atours, en robe de nuances claires, avec
-tout un escadron de douairières non moins galamment
-équipées.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_286" id="Footnote_286" href="#FNanchor_286"><span class="label">[286]</span></a>
-<span class="smcap">Maurepas</span>: <i>Mémoires</i>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;117.—Richelieu avait fait
-pressentir le roi par Noailles et par Tencin.</p>
-</div>
-
-<p>Dans l’intervalle, Richelieu avait reçu de nombreuses
-lettres de la duchesse de Châteauroux, qui
-lui racontait, par le menu, tous les épisodes de son
-retour précipité sur Paris, se dissimulant, stores
-baissés, au fond de sa chaise de poste, appréhendant
-un peu partout les manifestations du populaire,
-irritée des affronts qu’elle avait subis, se relevant
-très vite de ces accès de découragement, pressentant
-même les revanches futures:</p>
-
-<p>—«Tranquillisez-vous, mon cher oncle, écrivait-elle,
-une fois rentrée à Paris, il se prépare de
-beaux coups pour nous<a name="FNanchor_287" id="FNanchor_287" href="#Footnote_287" class="fnanchor">[287]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_287" id="Footnote_287" href="#FNanchor_287"><span class="label">[287]</span></a>
-<i>Lettres de la duchesse de Châteauroux</i> (Bibliothèque de Rouen,
-Collection Leber).</p>
-</div>
-
-<p>L’attitude du roi, constatée et commentée par
-Richelieu, ne pouvait qu’autoriser de telles espérances.
-Le prince, plus épris que jamais, au souvenir
-des charmes de l’absente, était impatient de revoir
-la duchesse. Il pressait Richelieu d’aller annoncer
-à M<sup>me</sup> de Châteauroux la prompte arrivée de l’amant
-le plus tendre et le plus soumis:</p>
-
-<p>—«Jamais, répondait Richelieu; je vous servirais
-trop mal; d’ailleurs, pourrait-elle nous pardonner?</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_190">[p. 190]</span>
-—«Que faire?</p>
-
-<p>—«Aller à Fribourg; elle voulait y suivre Votre
-Majesté<a name="FNanchor_288" id="FNanchor_288" href="#Footnote_288" class="fnanchor">[288]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_288" id="Footnote_288" href="#FNanchor_288"><span class="label">[288]</span></a>
-<i>Mémoires</i> de la duchesse <span class="smcap">de Brancas</span> (fragments historiques
-sur Louis&nbsp;XV et M<sup>me</sup> de Châteauroux) (édition Lacour, 1865), p.&nbsp;103.</p>
-</div>
-
-<p>Richelieu avait précédé le roi au siège de Fribourg.
-Là, le prince lui fit redemander par Le Bel
-les lettres de la Duchesse, que le premier valet de
-chambre avait remises à Richelieu, pendant la maladie
-de son maître et sur l’ordre de celui-ci. Quand
-le duc quitta Fribourg pour aller tenir les États du
-Languedoc, le roi lui défendit expressément de passer
-par Paris, où Richelieu comptait s’arrêter pour s’entendre
-de nouveau avec sa fidèle alliée<a name="FNanchor_289" id="FNanchor_289" href="#Footnote_289" class="fnanchor">[289]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_289" id="Footnote_289" href="#FNanchor_289"><span class="label">[289]</span></a>
-<i>Mémoires authentiques</i> du Maréchal de <span class="smcap">Richelieu</span> (inédits).</p>
-</div>
-
-<p>Mais bien que M<sup>me</sup> de Châteauroux reprochât, sur
-le mode plaisant, à son «cher oncle» de ne pas connaître
-Louis&nbsp;XV, le fin courtisan qu’était le duc avait
-adroitement préparé son maître à subir toutes les
-exigences qu’entendait lui imposer la favorite, par
-manière de réparation. Déjà, en septembre, il avait
-fait tenir au roi, avant de le rejoindre, un mémoire,
-où il lui retraçait l’historique de la maladie de Metz,
-et lui démontrait à quel point des ambitions inavouables,
-escomptant peut-être une fin qu’elles
-espéraient prochaine, avaient abusé des remords et
-de la faiblesse du monarque. Quand il avait revu le
-convalescent, il était revenu sur les divers épisodes
-de ce que les disgrâciés d’alors appelaient la «cabale
-de Metz», souvenir humiliant pour un prince,
-très jaloux de son autorité sous son éternelle indifférence.
-Et Richelieu, qui, sans attaquer, comme
-Voltaire, l’Église, la détestait peut-être davantage,
-<span class="pagenum" id="Page_191">[p. 191]</span>
-rappelait à Louis&nbsp;XV l’importance que s’étaient
-insolemment arrogée des prêtres, au chevet d’un roi
-qu’on pensait à l’agonie<a name="FNanchor_290" id="FNanchor_290" href="#Footnote_290" class="fnanchor">[290]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_290" id="Footnote_290" href="#FNanchor_290"><span class="label">[290]</span></a>
-Louis&nbsp;XV avait dû demander publiquement pardon à «ses
-peuples» du scandale qu’il leur avait donné pendant sa vie.</p>
-</div>
-
-<p>M<sup>me</sup> de Châteauroux fixa le jour d’un rendez-vous
-si impatiemment désiré. Ce fut, le 16 octobre, à l’issue
-des fêtes magnifiques que la ville de Paris donna
-en l’honneur du Bien-Aimé et auxquelles la Duchesse
-prétendait avoir assisté, perdue dans la foule, sous
-le travestissement sans doute d’une humble grisette.
-Elle demeurait, avec sa sœur Lauraguais, rue du
-Bac, dans un hôtel dépendant des Jacobins de la rue
-Saint-Dominique. Le roi s’y présenta, accompagné
-de Richelieu<a name="FNanchor_291" id="FNanchor_291" href="#Footnote_291" class="fnanchor">[291]</a>. M<sup>me</sup> de Châteauroux s’évanouit, après
-avoir murmuré:</p>
-
-<p>—«Comme <em>ILS</em> nous ont traités!»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_291" id="Footnote_291" href="#FNanchor_291"><span class="label">[291]</span></a>
-<i>Mémoires</i> de la duchesse <span class="smcap">de Brancas</span>, p.&nbsp;105. Ces Mémoires sont
-en contradiction avec les <i>Mémoires authentiques</i> de Richelieu, quand
-ils font accompagner Louis&nbsp;XV par le Duc, dans cette romanesque
-et invraisemblable entrevue de la rue Saint-Dominique. En effet, les
-<i>Mémoires authentiques</i> établissent très nettement que Richelieu «ne
-devait plus revoir» la favorite disgraciée, lorsqu’elle s’enfuit de
-Metz, après lui avoir fait ses adieux.</p>
-</div>
-
-<p>Cet <em>ILS</em>, évoquant le souvenir de toutes les hontes
-et de toutes les rancunes accumulées dans une âme
-fière et hautaine, laissait assez prévoir les vengeances
-qu’elle méditait. Car, bien qu’elle eût assuré à Richelieu
-«qu’elle aimait le roi à la folie et plus qu’elle
-ne le faisait paraître», M<sup>me</sup> de Châteauroux avait,
-comme la plupart des grandes amoureuses du
-<em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, le cœur trop sec pour qu’il y germât
-une passion plus ardente que la haine.</p>
-
-<p>Louis&nbsp;XV la pressait de revenir à Versailles.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_192">[p. 192]</span>
-—«Je n’irai qu’incognito, dit la Duchesse.</p>
-
-<p>—«En ce cas, proposa Richelieu, je ne vois guère
-qu’un pot-de-chambre (voiture de louage) où l’on
-ne s’avisera pas de vous reconnaître, y fussiez-vous
-aperçue.»</p>
-
-<p>«Ce qui fut résolu», affirment les <i>Mémoires</i> de la
-duchesse de Brancas.</p>
-
-<p>Ce fut vraisemblablement dans cette seconde entrevue
-que furent dressées les «listes de proscription»,
-dont les contemporains ont parlé. M<sup>me</sup> de
-Châteauroux dut cependant, sur les observations
-du roi, en consentir la très sensible atténuation.
-Mais la même disgrâce enveloppa les ducs de Bouillon,
-de La Rochefoucauld, de Fleury, le comte de
-Balleroy, l’évêque Fitz-James, M. le duc de Châtillon,
-gouverneur du Dauphin et sa femme... «ces
-Messieurs» comme les appelait Louis&nbsp;XV<a name="FNanchor_292" id="FNanchor_292" href="#Footnote_292" class="fnanchor">[292]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_292" id="Footnote_292" href="#FNanchor_292"><span class="label">[292]</span></a>
-Un terme qu’affectionnait Louis&nbsp;XV. Plus tard, quand il parlait
-de Damiens, il l’appelait «ce <i>Monsieur</i>».—Dans ses <i>Mémoires
-authentiques</i>, Richelieu plaint ce «pauvre Châtillon qui avait suivi
-les impressions dictées par Maurepas, et prononcées par l’insolent
-imbécile La Rochefoucauld», en amenant le Dauphin à Metz, «contrairement
-à la volonté du roi».</p>
-</div>
-
-<p>Toutefois, le roi se défendit de sacrifier Maurepas,
-qui avait trouvé le secret d’amuser au Conseil cet
-homme perpétuellement ennuyé. Mais le ministre
-dut subir l’humiliation d’aller porter à son ennemie
-le billet du souverain qui la priait de venir, avec sa
-sœur, reprendre sa place à la Cour.</p>
-
-<p>«J’ai toujours été persuadée, Monsieur, répondit
-M<sup>me</sup> de Châteauroux, que le roi n’avait aucune part
-à tout ce qui s’est passé à mon sujet. Aussi, je n’ai
-jamais cessé d’avoir pour Sa Majesté le même respect
-et le même attachement. Je suis fâchée de
-<span class="pagenum" id="Page_193">[p. 193]</span>
-n’être pas en état d’aller dès demain remercier le
-roi, mais j’irai samedi prochain, car je serai guérie.»</p>
-
-<p>Maurepas balbutia quelques protestations contre
-des préventions dont il se prétendait victime. La duchesse
-l’écoutait avec une froideur dédaigneuse; elle
-lui laissa baiser sa main:</p>
-
-<p>—«Cela ne coûte pas cher», lui dit-elle en le congédiant.</p>
-
-<p>Mais elle avait trop présumé de ses forces. Dans la
-nuit qui suivit une visite désagréable pour les deux
-intéressés, la fièvre augmenta; puis des douleurs de
-tête insupportables, le délire, des cris furieux allant
-troubler à l’étage supérieur M<sup>me</sup> de Lauraguais,
-alors en couches. Dans un des rares intervalles où
-reparut sa lucidité, M<sup>me</sup> de Châteauroux se réconcilia
-avec M<sup>me</sup> de Flavacourt, si injustement soupçonnée
-par elle et reçut les sacrements.</p>
-
-<p>Le roi, tenu au courant, heure par heure, des progrès
-du mal, se désespérait. Il s’enfermait pour ne
-recevoir personne. Et, le 7 décembre, quand sa maîtresse
-entra en agonie, il ne put rester au Conseil
-qu’il présidait; il sortit en disant:</p>
-
-<p>—«Messieurs, finissez le reste sans moi<a name="FNanchor_293" id="FNanchor_293" href="#Footnote_293" class="fnanchor">[293]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_293" id="Footnote_293" href="#FNanchor_293"><span class="label">[293]</span></a>
-<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires de Richelieu</i>, t.&nbsp;VI, p.&nbsp;79.</p>
-</div>
-
-<p>M<sup>me</sup> de Châteauroux mourut le 8, et fut enterrée
-à Saint-Sulpice. On avait dû mettre, sur le chemin
-du convoi, le régiment du guet pour contenir la
-foule; car, si les courtisans qui avaient insulté la
-duchesse à Metz, avaient eu la bassesse d’aller s’inscrire
-à son hôtel pendant sa maladie, le peuple n’avait
-pas désarmé; et sa colère grondait encore contre
-«Madame Enroux».</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_194">[p. 194]</span>
-Cette mort, presque foudroyante et comme mystérieuse,
-d’une femme âgée à peine de vingt-sept ans,
-donna naissance à de nombreux commentaires et
-souleva même des discussions passionnées. Les
-symptômes qui l’avaient précédée, semblent être
-ceux de la méningite. Mais l’opinion publique ne
-voulut y voir que les indices d’un poison subtil.
-Depuis les crimes des Brinvilliers et des Voisin, on
-n’expliquait jamais autrement une fin prématurée.
-Les soupçons se portèrent sur Maurepas: M<sup>me</sup> de
-Châteauroux, insinuait-on, avait à peine dit au
-ministre: «Donnez-moi la lettre (celle du roi) et
-allez vous-en», qu’elle avait senti, en lisant le
-billet, des douleurs atroces aux yeux et à la tête<a name="FNanchor_294" id="FNanchor_294" href="#Footnote_294" class="fnanchor">[294]</a>.</p>
-
-<p>Lauraguais, l’éditeur, sinon l’auteur, des <i>Mémoires</i>
-de M<sup>me</sup> de Brancas, crut devoir interroger à cet
-égard l’ami et collaborateur de Maurepas, le comte
-de Caylus.</p>
-
-<p>«Lui, un empoisonneur! fit l’auteur des <i>Étrennes
-de la Saint-Jean</i>; il est encore plus incapable de crimes
-que de vertus<a name="FNanchor_295" id="FNanchor_295" href="#Footnote_295" class="fnanchor">[295]</a>!»</p>
-
-<p>Et l’Histoire est de cet avis.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_294" id="Footnote_294" href="#FNanchor_294"><span class="label">[294]</span></a>
-<a name="Footnote_295" id="Footnote_295" href="#FNanchor_295"><span class="label">[295]</span></a>
-<i>Mémoires</i> de la duchesse <span class="smcap">de Brancas</span>, pp.&nbsp;103-106.</p>
-</div>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_195">
-
-<h2>CHAPITRE XVII</h2>
-
-<p class="smm"><i>Richelieu ne se laisse pas abattre par la mort de M<sup>me</sup> de
-Châteauroux. — Comment il organise les fêtes du premier
-mariage du Dauphin. — Futilités de l’étiquette. — L’abbesse
-du Trésor. — Préparatifs de départ pour l’armée:
-l’incident Champenois. — D’après plusieurs historiens,
-Richelieu serait le véritable vainqueur de Fontenoy: une
-pièce aux Archives de la Guerre. — Conflit avec la Reine:
-toujours la question d’étiquette. — Disgrâce du Théâtre
-de la Foire. — Échange de mauvais procédés entre Richelieu
-et le Maréchal de Saxe pour la Comédie en Flandre.</i></p>
-
-<p>Richelieu présidait les États à Montpellier, quand
-lui parvint la nouvelle d’une mort qui ruinait ses
-plus secrètes espérances. Il en fut atterré. Lui aussi
-crut au crime et l’attribua au comte d’Argenson<a name="FNanchor_296" id="FNanchor_296" href="#Footnote_296" class="fnanchor">[296]</a>,
-dont l’attitude équivoque, à Metz, l’avait quelque
-peu inquiété.</p>
-
-<p>—«C’est moi qu’on empoisonne, s’écria-t-il,
-j’étais sûr de la généralité des galères!...»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_296" id="Footnote_296" href="#FNanchor_296"><span class="label">[296]</span></a>
-Biographie <span class="smcap">Michaud</span>: <i>Article Durozoir</i> qui emprunte l’anecdote
-aux <i>Souvenirs de deux anciens militaires</i>, par <span class="smcap">Fortia de Piles</span>
-et <span class="smcap">Guys de Saint-Charles</span> (1813), p.&nbsp;63.—D’après la <i>Vie privée</i>
-de <span class="smcap">Faur</span> (tome II), M<sup>me</sup> de Monconseil, de qui se méfiait M<sup>me</sup> de
-Tencin, parce qu’au dire de celle-ci elle était la maîtresse du comte
-d’Argenson, M<sup>me</sup> de Monconseil avait entendu Richelieu affirmer
-que M<sup>me</sup> de Châteauroux «était morte victime de la cabale des
-prêtres»: le propos n’était pas invraisemblable dans la bouche de
-cet ennemi, masqué, du clergé.</p>
-</div>
-
-<p>Il avait rêvé, en effet, cette charge éminente, rappelant
-celle de «grand-maître de la navigation»,
-dont le Cardinal avait été revêtu; bien mieux, il en
-<span class="pagenum" id="Page_196">[p. 196]</span>
-convoitait une autre, que le roi rétablirait, disait-il,
-pour lui, par manière de récompense, celle de connétable.
-Du même coup, M<sup>me</sup> de Tencin voyait
-s’évanouir ses dernières illusions; son activité débordante
-n’avait que trop trahi l’âpreté de son ambition.
-Mise d’abord à l’écart, elle tenta bien, plus
-tard, de reprendre, auprès de M<sup>me</sup> de Pompadour,
-le double rôle de confidente et de conseillère; mais
-«Madame la Marquise», déjà mal disposée pour
-Richelieu, la tint résolument à distance.</p>
-
-<p>Le cardinal de Tencin fut moins éprouvé, d’autant
-qu’avec sa méfiance coutumière, il avait joué un jeu
-plus serré; il se retira à son heure, répétant ce qu’il
-écrivait à sa sœur, «qu’il serait bien fâché de laisser
-ses os à la Cour».</p>
-
-<p>Cependant, la mort de M<sup>me</sup> de Châteauroux donnait
-à Richelieu des tracas autrement graves que
-ceux d’un calcul déçu. Il tremblait que le roi, procédant
-pour sa dernière maîtresse, comme il l’avait
-fait pour M<sup>me</sup> de Vintimille, n’ordonnât qu’on lui
-apportât les portefeuilles de la défunte: mesure politique
-en usage, le lendemain d’un décès de ministre
-ou d’ambassadeur, mais que Louis&nbsp;XV pouvait appliquer,
-par manière de curiosité jalouse, aux papiers
-de ses favorites. Plus d’une fois, Richelieu
-avait indiqué, par écrit, à M<sup>me</sup> de Châteauroux,
-la marche à suivre, pour gouverner un roi dont
-il connaissait et dépeignait si bien toutes les
-faiblesses. Ignorait-il donc que Maurepas avait
-déjà fait saisir par le Cabinet noir, pour les
-montrer au prince, des lettres où se dévoilaient
-les artifices de l’intrigue amoureuse nouée par
-un trop complaisant serviteur? Louis&nbsp;XV ne
-<span class="pagenum" id="Page_197">[p. 197]</span>
-s’en était pas offusqué. D’ailleurs, Richelieu ne
-tarda pas à être rassuré: le roi s’était abstenu de
-toute indiscrétion<a name="FNanchor_297" id="FNanchor_297" href="#Footnote_297" class="fnanchor">[297]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_297" id="Footnote_297" href="#FNanchor_297"><span class="label">[297]</span></a>
-Soulavie a dramatisé, de façon grotesque, la terreur de Richelieu:
-«Il se mit à genoux, dit-il, dans son cabinet, devant l’<span class="smcap">Être Suprême</span>,
-pour lui demander la conservation de ces portefeuilles.»
-Ce n’est plus Richelieu, c’est le prêtre défroqué, le partisan de Robespierre
-qui parle (<i>Mém. de Richelieu</i>, t.&nbsp;VI, p.&nbsp;81). Et M<sup>me</sup> Gacon-Dufour,
-qui avait certainement lu le fatras de Soulavie, ajoute
-dans une note de sa publication des <i>Lettres</i> (apocryphes) <i>de M<sup>me</sup> de
-Châteauroux</i> (t. II, 240): «M. de Richelieu assistait aux messes qu’il
-faisait dire pour obtenir de Dieu que le portefeuille de M<sup>me</sup> de Châteauroux
-ne tombât pas dans les mains du roi.»</p>
-
-<p>D’autre part, la gazette anonyme, qui termine le <i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span>
-(édit. in-8<sup>o</sup>, t.&nbsp;VIII) et que nous avions identifiée en 1897,
-comme rapports du Chevalier de Mouhy, espion aux gages de la
-police, dit (18 décembre 1742) qu’on a intercepté une lettre où
-Richelieu donne des conseils à M<sup>me</sup> de la Tournelle, pour qu’elle
-se maintienne en faveur, et frappe en même temps les meilleurs
-serviteurs du roi (ceci à l’adresse de Maurepas qui avait partie liée
-avec Marville, le lieutenant de police).</p>
-</div>
-
-<p>Mais on put croire, un instant, à la Cour, que le
-grand favori était définitivement disgrâcié. Lauraguais
-l’avait remplacé pour aller chercher l’Infante
-destinée au Dauphin. Et des gens, se disant bien
-informés, prétendaient que le duc d’Ayen, ayant pris
-de l’ascendant sur l’esprit du roi, le crédit de Richelieu
-n’était plus qu’un vain fantôme<a name="FNanchor_298" id="FNanchor_298" href="#Footnote_298" class="fnanchor">[298]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_298" id="Footnote_298" href="#FNanchor_298"><span class="label">[298]</span></a>
-<i>Journal inédit</i> du duc <span class="smcap">de Croÿ</span> (édit. de Grouchy et Cottin,
-1906-1907, 4 vol.), t.&nbsp;I, p.&nbsp;52 (note), décembre 1744.</p>
-</div>
-
-<p>En effet, comme le remarque Valfons, qui avait à
-cœur de témoigner à son protecteur toute sa reconnaissance
-de l’avoir fait nommer aide-major par le
-Maréchal de Noailles, Richelieu était alors «fort
-délaissé». Mais Valfons lui restait fidèle; et le duc
-lui disait, en manière de remerciement: «Votre
-amitié, toujours honnête, sera récompensée par une
-confidence ignorée de tous, et dont je vous demande
-<span class="pagenum" id="Page_198">[p. 198]</span>
-le secret le plus exact. On me croit noyé et je n’ai
-pas l’eau jusqu’à la cheville<a name="FNanchor_299" id="FNanchor_299" href="#Footnote_299" class="fnanchor">[299]</a>.»</p>
-
-<p>L’événement le prouva bien.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_299" id="Footnote_299" href="#FNanchor_299"><span class="label">[299]</span></a>
-<i>Souvenirs</i> du Marquis <span class="smcap">de Valfons</span>, 2<sup>e</sup> édition (Émile-Paul),
-p.&nbsp;118.</p>
-</div>
-
-<p>Quand le premier gentilhomme de la Chambre
-revint à Versailles, pour s’acquitter des fonctions
-afférentes à sa charge, il fut accueilli par le maître
-avec autant d’émotion que d’affabilité<a name="FNanchor_300" id="FNanchor_300" href="#Footnote_300" class="fnanchor">[300]</a>; et ce
-grand ami de M<sup>me</sup> de Châteauroux, qui avait montré
-une si vive affliction de sa perte, s’efforça, paraît-il,
-de consoler le prince avec l’éclatante beauté de
-M<sup>me</sup> de Flavacourt, mais sans succès! Ce fut la seule
-fille du marquis de Nesle qui déclina l’honneur de
-suivre l’exemple donné par ses quatre sœurs.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_300" id="Footnote_300" href="#FNanchor_300"><span class="label">[300]</span></a>
-Le roi lui relisait en pleurant les lettres de la duchesse (<span class="smcap">Faur</span>,
-<i>Vie privée</i>, t.&nbsp;II, pp.&nbsp;34-37).</p>
-</div>
-
-<p>En présidant aux fêtes du mariage du Dauphin,
-Richelieu se trouvait dans son véritable élément.
-Il ordonnait avec autorité, solennité et conviction;
-mais il était toujours aussi formaliste, aussi vétilleux,
-aussi agaçant, principalement sur la question
-protocolaire; et le <i>Journal</i> de Luynes dit assez
-combien Richelieu eut de mal à régler des conflits,
-où tant d’amours-propres, non moins chatouilleux
-que le sien, trouvaient si souvent l’occasion de se
-heurter et de se combattre<a name="FNanchor_301" id="FNanchor_301" href="#Footnote_301" class="fnanchor">[301]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_301" id="Footnote_301" href="#FNanchor_301"><span class="label">[301]</span></a>
-<i>Journal</i> du Duc <span class="smcap">de Luynes</span>, t.&nbsp;VI, pp.&nbsp;266-268.</p>
-</div>
-
-<p>C’étaient les Slodtz qui avaient tracé le plan et
-les dessins de toute l’ornementation architecturale<a name="FNanchor_302" id="FNanchor_302" href="#Footnote_302" class="fnanchor">[302]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_302" id="Footnote_302" href="#FNanchor_302"><span class="label">[302]</span></a>
-<i>Journal</i> du Duc <span class="smcap">de Croÿ</span>, t.&nbsp;I, p.&nbsp;52.</p>
-</div>
-
-<p>Le 23 février 1745, fut jouée la <i>Princesse de Navarre</i>,
-la médiocre comédie lyrique de Voltaire et de
-<span class="pagenum" id="Page_199">[p. 199]</span>
-Rameau; le 26, le ballet des <i>Éléments</i> de Roy
-qu’avait préféré Richelieu<a name="FNanchor_303" id="FNanchor_303" href="#Footnote_303" class="fnanchor">[303]</a> et qui fut très applaudi;
-le 1<sup>er</sup> mars, l’opéra de <i>Thésée</i> de Quinault et de Lulli.
-Le «ballet-comique» de <i>Platée</i>, exécuté le 3 avril,
-eut peu de succès. La musique de Rameau fut jugée
-«singulière»; et, malgré des «morceaux agréables»,
-le divertissement parut «trop long et trop
-uniforme<a name="FNanchor_304" id="FNanchor_304" href="#Footnote_304" class="fnanchor">[304]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_303" id="Footnote_303" href="#FNanchor_303"><span class="label">[303]</span></a>
-<i>Journal</i> du duc <span class="smcap">de Luynes</span>, t.&nbsp;VI, p.&nbsp;318.—Une épigramme
-du temps dénommait <i>la Princesse de Navarre</i> «une farce foraine»:
-c’était d’ailleurs l’avis de Voltaire.</p>
-</div>
-
-<p>Le bal de la Cour amena un échange de mots aigres-doux
-entre Richelieu et le duc d’Ayen: c’était
-évidemment une des conséquences de la rivalité
-qui divisait ces deux seigneurs. «Il s’agissait de
-savoir qui devait placer, ou du capitaine des gardes,
-ou du premier gentilhomme de la Chambre.»</p>
-
-<p>Le roi s’amusait beaucoup de ces querelles, sans
-jamais prendre parti<a name="FNanchor_305" id="FNanchor_305" href="#Footnote_305" class="fnanchor">[305]</a>. Ce fut toutefois à Richelieu
-que revint l’insigne honneur de faire distribuer les
-billets d’invitation, imprimés, adressés aux dames.
-Luynes a consigné, dans son <i>Journal</i>, le libellé de
-celui qui fut envoyé à sa femme, et dont voici la teneur:</p>
-
-<div class="manuscr">
-
-<p class="addr">Madame,</p>
-
-<p>«M. le duc de Richelieu a reçu ordre du roi de vous
-avertir, de sa part, qu’il y aura bal à Versailles, mercredi
-24 février 1745, à 5 heures du soir.</p>
-
-<p>«Sa Majesté compte que vous voudrez bien vous
-<span class="pagenum" id="Page_200">[p. 200]</span>
-y trouver. Les dames qui dansent seront coiffées
-en grandes boucles<a name="FNanchor_306" id="FNanchor_306" href="#Footnote_306" class="fnanchor">[306]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_304" id="Footnote_304" href="#FNanchor_304"><span class="label">[304]</span></a>
-<a name="Footnote_305" id="Footnote_305" href="#FNanchor_305"><span class="label">[305]</span></a>
-<i>Journal</i> du duc <span class="smcap">de Luynes</span>, t.&nbsp;VI, pp.&nbsp;325-381.</p>
-
-<p><a name="Footnote_306" id="Footnote_306" href="#FNanchor_306"><span class="label">[306]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;VI, p.&nbsp;302, 18 février.</p>
-</div>
-
-<p>D’autres missions de non moindre importance
-étaient confiées à cet arbitre des élégances officielles;
-et il semblait qu’il fût tout désigné pour les
-mener à bonne fin, quand elles visaient cette famille
-royale d’Espagne, dont il avait si activement facilité
-le rapprochement avec la maison de France. N’était-il
-pas allé, en 1742, recevoir l’Infant Don Philippe à
-l’entrée du Languedoc, pour le conduire jusqu’à
-Tarascon-sur-Ariège? En revenant à Choisy, «faire sa
-révérence» au roi, il avait dit à Louis&nbsp;XV «beaucoup
-de bien» du prince espagnol, «fort aimable et même
-d’une figure assez agréable, quoiqu’il ne fût pas parfaitement
-bien fait, ayant une épaule plus grosse
-que l’autre...<a name="FNanchor_307" id="FNanchor_307" href="#Footnote_307" class="fnanchor">[307]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_307" id="Footnote_307" href="#FNanchor_307"><span class="label">[307]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;121.</p>
-</div>
-
-<p>Il dut remplir un office d’ordre tout différent auprès
-de l’Infante Marie-Thérèse-Raphaele, qui arrivait
-en France pour épouser le Dauphin. Ainsi
-que la reine Marie Lesczinska, qui n’avait jamais
-mis de rouge avant son mariage, la princesse espagnole
-ignorait l’usage de ce fard dont les dames françaises
-avaient fini par abuser. L’Infante n’entendait
-même pas en user; elle s’y résignerait cependant
-sur l’ordre de Leurs Majestés. On en délibéra dans
-le Cabinet du roi. Et Richelieu, en sa qualité de premier
-gentilhomme de la Chambre, vint, de la part de
-Leurs Majestés, apporter solennellement à la jeune
-femme, «la permission de mettre du rouge», ce
-qu’elle s’empressa de faire<a name="FNanchor_308" id="FNanchor_308" href="#Footnote_308" class="fnanchor">[308]</a>. Et le Dauphin avait
-horreur de ce maquillage!</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_308" id="Footnote_308" href="#FNanchor_308"><span class="label">[308]</span></a>
-<span class="smcap">Quicherat</span>: <i>Histoire du Costume en France</i>, 1875, p.&nbsp;557.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_201">[p. 201]</span>
-A cette époque, et malgré sa très grande faveur,
-Richelieu n’avait pas toujours des joies sans
-mélange. Il avait sollicité l’Abbaye au Bois pour
-sa sœur, abbesse déjà du Trésor. Boyer, l’ancien
-évêque de Mirepoix, qui tenait la feuille des bénéfices,
-avait enquêté sur la postulante, très chaudement
-appuyée par la duchesse de Brancas. M<sup>lle</sup> de
-Richelieu, sans se répandre autant que son frère,
-avait l’humeur tant soit peu fringante. Boyer, fort
-sévère sur le chapitre des mœurs, et plutôt d’humeur
-revêche, transmit au roi le résultat de ses
-informations; et quand Louis&nbsp;XV eut signé la nomination
-que lui proposait l’évêque:</p>
-
-<p>—«M. de Richelieu ne sera pas content,» fit le
-prélat.</p>
-
-<p>—«Il pouvait s’y attendre, répliqua le roi; car,
-avant que vous n’entriez, il m’avait recommandé
-sa sœur; je lui ai dit qu’il était trop vif et qu’il
-n’aurait pas l’abbaye<a name="FNanchor_309" id="FNanchor_309" href="#Footnote_309" class="fnanchor">[309]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_309" id="Footnote_309" href="#FNanchor_309"><span class="label">[309]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;VI, p.&nbsp;430 (note), 22 avril 1745.—Les
-<i>Lettres</i> de <span class="smcap">Marville</span> au comte de <span class="smcap">Maurepas</span> (édit. de Boislisle,
-3 v., 1896-1905), t.&nbsp;II, p.&nbsp;74 racontent—à la rubrique <i>Nouvelles des
-Cafés</i>—cet épisode, en le précédant de cette observation:
-«Les Actions de M. le duc de Richelieu ont considérablement
-baissé.»</p>
-</div>
-
-<p>Comment ce courtisan, à l’échine si souple, avait-il
-pu «être trop vif»? Peut-être Louis&nbsp;XV, souverain
-calme et tranquille jusqu’à la mollesse, avait-il été
-énervé par l’activité, bourdonnante et brouillonne,
-de ce «touche-à-tout», activité qui, cette année
-encore, allait se disperser sur les terrains les plus
-divers.</p>
-
-<p>La guerre venait de se réveiller en Flandre. Et le
-roi, accompagné du Dauphin, rejoignait l’armée,
-<span class="pagenum" id="Page_202">[p. 202]</span>
-le 6 avril. L’adroite et jolie M<sup>me</sup> d’Etioles, déjà remarquée
-par le prince, en 1743, à la chasse, et, en février
-1745, au bal masqué de l’Hôtel-de-Ville,
-avait su remplacer, six semaines plus tard, M<sup>me</sup>
-de Châteauroux dans le cœur de l’oublieux monarque,
-et, comme elle, montré à son royal amant
-la gloire qui l’attendait sur les champs de bataille.</p>
-
-<p>Maurice de Saxe, devant qui s’était effacé le Maréchal
-de Noailles, commandait en chef l’armée à
-laquelle s’opposaient les troupes anglo-hanovriennes<a name="FNanchor_310" id="FNanchor_310" href="#Footnote_310" class="fnanchor">[310]</a>,
-soutenues par 8.000 Autrichiens. Et Richelieu était
-encore à Paris! Un singulier contre-temps l’y retenait,
-ainsi qu’il résulte de la lettre suivante, que
-nous avons trouvée dans les <i>Archives de la Bastille</i><a name="FNanchor_311" id="FNanchor_311" href="#Footnote_311" class="fnanchor">[311]</a>,
-lettre adressée au lieutenant de police:</p>
-
-<div class="manuscr">
-
-<p class="rdate">«Paris, le 23 avril 1745.</p>
-
-<p>«Mon équipage est parti hier matin, Monsieur. Un
-chef d’office que j’avais qui le suivait, est revenu à
-toutes jambes sur le cheval qu’il montait. Il l’a
-renvoyé à mon hôtel presque crevé et est allé courir
-dans Paris, sans qu’aucun de mes gens ait pu le
-joindre encore. Vous voyez, Monsieur, dans quel
-embarras cela me doit jeter à la veille de partir
-moi-même pour joindre l’armée; et vous savez la
-règle des domestiques qui doivent y servir. Aussi,
-Monsieur, je vous demande avec instance la juste
-<span class="pagenum" id="Page_203">[p. 203]</span>
-punition d’une insolence aussi intolérable et de vouloir
-bien faire mettre à Bicêtre le dit officier qui
-s’appelle Champenois, et dont la femme et l’établissement
-sont chez un limonadier à la porte de
-Paris, rue Pierre-au-lait. La crainte de ne vous pas
-trouver m’a fait prendre le parti de vous écrire en
-vous renouvelant l’assurance, etc...</p>
-
-<p class="rsign">Le duc de Richelieu.</p>
-
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_310" id="Footnote_310" href="#FNanchor_310"><span class="label">[310]</span></a>
-L’armée ennemie comprenait également un contingent hollandais,
-les Provinces-Unies s’étant prononcées, après bien des tergiversations,
-en faveur de l’Autriche.</p>
-
-<p><a name="Footnote_311" id="Footnote_311" href="#FNanchor_311"><span class="label">[311]</span></a>
-<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, 11565,
-p.&nbsp;138, dossier Champenois.</p>
-</div>
-
-<p>Suivait immédiatement une lettre, autographe
-celle-ci, du plaignant<a name="FNanchor_312" id="FNanchor_312" href="#Footnote_312" class="fnanchor">[312]</a>:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Je suis très sensible, Monsieur, à votre attention
-et à la bonté avec laquelle vous voulez bien m’en
-donner preuve. Le sieur Champenois est ici; il a
-appris hier apparemment par le secrétaire qui écrivit
-hier ma lettre, les prières que je vous faisais.
-Il est venu, ce matin, pour me faire demander grâce,
-mais je ne l’ai pas voulu écouter, comme vous croyez
-bien; car cet exemple serait trop dangereux et vous
-prie, au contraire, de me continuer votre bonté
-à cet égard. Cet homme doit être recommandé (<i>illisible</i>)
-sur les registres de la police pour un (<i>illisible</i>).
-Il a même tué un homme, m’a-t-on dit. Il a suivi
-en Espagne le duc d’Antin et est d’ailleurs assez
-bon officier, mais extravagant. Si je sais quelque particularité
-de ses démarches, j’aurai l’honneur de vous
-en informer...»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_312" id="Footnote_312" href="#FNanchor_312"><span class="label">[312]</span></a>
-Même dossier <span class="smcap">Champenois</span>.</p>
-</div>
-
-<p>Une apostille du lieutenant de police, à la date
-du 14 mai, annonçait que Champenois était arrêté
-et que le comte d’Argenson venait d’en être «instruit».</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_204">[p. 204]</span>
-La rancune de Richelieu, s’étayant d’un règlement
-de police qui interdisait aux domestiques de
-«déserter» leurs maîtres, sans préavis, était singulièrement
-tenace; car Champenois n’obtint sa mise
-en liberté que le 8 août, sur le consentement de Richelieu<a name="FNanchor_313" id="FNanchor_313" href="#Footnote_313" class="fnanchor">[313]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_313" id="Footnote_313" href="#FNanchor_313"><span class="label">[313]</span></a>
-Dossier <span class="smcap">Champenois</span>. Lettre datée de Gand, le 3 août 1745.</p>
-</div>
-
-<p>Aussi bien les événements se précipitaient à la
-frontière.</p>
-
-<p>Après l’investissement de Tournai, le Maréchal de
-Saxe, quoique dans une position désavantageuse, acceptait
-la bataille, le 11 mai, devant Fontenoy.
-Cette action militaire, qui fit tant d’honneur aux
-armes françaises, a été si souvent et si remarquablement
-décrite, que nous n’avons garde d’en reprendre
-le récit sur de nouveaux frais. Nous n’en voulons
-retenir que la part de victoire attribuée au duc de
-Richelieu, diminuée à dessein par ses détracteurs<a name="FNanchor_314" id="FNanchor_314" href="#Footnote_314" class="fnanchor">[314]</a>,
-exagérée peut-être par ses panégyristes.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_314" id="Footnote_314" href="#FNanchor_314"><span class="label">[314]</span></a>
-<span class="smcap">Linguet</span> entr’autres, dans ses <i>Annales politiques</i>, en 1788.</p>
-</div>
-
-<p>La courtoisie inopportune d’Anterroche, à l’adresse
-des Anglais, nous avait déjà coûté nombre de
-soldats; notre cavalerie pliait, et la formidable colonne,
-compacte et serrée, des Anglo-Hanovriens,
-forte de 14.000 combattants, s’avançait, portant
-le désordre et la mort dans les rangs des Français.
-Le Maréchal de Saxe considérait la bataille
-comme perdue et suppliait Louis&nbsp;XV de se résigner
-à la retraite. Mais le roi et son fils y répugnaient.
-Ce fut alors qu’au milieu d’un Conseil tenu à cheval,
-survint Richelieu, mis ainsi en scène par Voltaire:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p><span class="pagenum" id="Page_205">[p. 205]</span>
-«Il se précipite, hors d’haleine, l’épée à la main et
-couvert de poussière.</p>
-
-<p>—«Quelle nouvelle apportez-vous, dit le Maréchal
-de Noailles; et quel est votre avis?</p>
-
-<p>—«Ma nouvelle, dit le duc de Richelieu, est que
-la bataille est gagnée, si on le veut; et mon avis
-est qu’on fasse avancer dans l’instant quatre canons
-contre le front de la colonne. Pendant que cette
-artillerie l’ébranlera, la maison du roi et les autres
-troupes l’entoureront. Il faut tomber sur elle comme
-des fourrageurs.»</p>
-
-<p>«Le roi se rendit le premier à cette idée<a name="FNanchor_315" id="FNanchor_315" href="#Footnote_315" class="fnanchor">[315]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_315" id="Footnote_315" href="#FNanchor_315"><span class="label">[315]</span></a>
-<span class="smcap">Voltaire</span>: <i>Précis du siècle de Louis&nbsp;XV</i>, c. <em>XV</em>.</p>
-</div>
-
-<p>Aussitôt les canons de tonner. La colonne s’arrête,
-un instant indécise. Elle hésite, elle se trouble.
-Et soudain, la cavalerie française, prenant sa revanche
-de Dettingen, s’élance, comme une trombe
-de fer et de feu sur la masse ennemie, la pénètre, la
-coupe, la hache en tronçons<a name="FNanchor_316" id="FNanchor_316" href="#Footnote_316" class="fnanchor">[316]</a> et dans dix minutes
-à peine<a name="FNanchor_317" id="FNanchor_317" href="#Footnote_317" class="fnanchor">[317]</a> l’anéantit.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_316" id="Footnote_316" href="#FNanchor_316"><span class="label">[316]</span></a>
-«Souvent, la victoire, a dit Napoléon, dépend d’un seul bataillon.»</p>
-
-<p><a name="Footnote_317" id="Footnote_317" href="#FNanchor_317"><span class="label">[317]</span></a>
-«Ce fut l’affaire de dix minutes de gagner la bataille avec cette
-botte secrète...» (Lettre du marquis d’Argenson à Voltaire.)—<i>Mémoires
-authentiques du Maréchal de Richelieu</i> (inédits).—Dans sa
-<i>Journée de Fontenoy</i> (1897), si pittoresquement illustrée par les Lalauze,
-le duc de Broglie, notant l’invention de la «botte secrète que Richelieu
-n’a pas manqué de s’attribuer à lui seul», ne paraît que médiocrement
-édifié sur le bien-fondé de cette revendication.</p>
-</div>
-
-<div class="manuscr">
-<p>—«Je n’oublierai jamais le service important
-que vous m’avez rendu, avait dit Louis&nbsp;XV à Richelieu
-après la victoire.»</p>
-</div>
-
-<p>Le marquis d’Argenson, l’auteur des <i>Mémoires</i>,
-qui était alors ministre des affaires étrangères et
-qui «n’avait point quitté le roi pendant la bataille»,
-<span class="pagenum" id="Page_206">[p. 206]</span>
-comme le note Voltaire dans son poème de Fontenoy,
-le marquis d’Argenson écrivit à l’auteur:</p>
-
-<p>«Votre ami, M. de Richelieu, est un vrai Bayard.
-C’est lui qui a donné le conseil, et qui l’a exécuté,
-de marcher à l’infanterie comme des chasseurs ou
-des fourrageurs, pêle-mêle, mains baissées, le bras
-raccourci, maîtres, valets, officiers, cavaliers, infanterie,
-tous ensemble...» Le Dauphin lui-même, qui
-pourtant n’aimait pas Richelieu, en fit le plus grand
-éloge dans ses lettres à la Dauphine. Donc, autant il
-serait injuste de contester le rôle magistral joué par
-Maurice de Saxe, presque mourant, à Fontenoy, autant
-on aurait mauvaise grâce à nier l’heureuse initiative
-de Richelieu, en présence de l’ennemi chassant devant
-lui les bataillons français disloqués. Par malheur,
-Voltaire, en maladroit ami, enfla tellement le
-panégyrique de son «héros», au détriment du Maréchal
-de Saxe, que l’opinion publique protesta;
-et, la jalousie s’en mêlant, on refusa bientôt à
-Richelieu le bénéfice de sa géniale inspiration. Certains
-prétendirent que la manœuvre du canon lui
-avait été indiquée par Lally<a name="FNanchor_318" id="FNanchor_318" href="#Footnote_318" class="fnanchor">[318]</a>; Linguet en fait
-honneur à Saisseval.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_318" id="Footnote_318" href="#FNanchor_318"><span class="label">[318]</span></a>
-<i>Biographie</i> <span class="smcap">Michaud</span> (article Durozoir).</p>
-
-<p>Le rapport officiel du comte de Saxe avait amoindri le rôle de Richelieu,
-en passant sous silence la manœuvre du canon. Or, le duc,
-justement offensé, fit insérer la rectification suivante aux Archives
-historiques du dépôt de la guerre, où l’a retrouvée M. Bittard des
-Portes:</p>
-
-<p>«On sait avec certitude qu’au moment où l’affaire était si désespérée,
-que l’on sollicitait le Roi de se retirer et de passer l’Escaut,
-M. de Richelieu, voyant avec plus de sang-froid et ne jugeant pas
-que l’affaire fût sans ressources, courut aux pieds du roi et conjura
-Sa Majesté non seulement de ne pas abandonner le champ de bataille,
-mais aussi de lui promettre de faire, de concert avec quelques
-officiers généraux, aussi illustres par leur naissance que recommandables
-par leur zèle et par leur valeur, un dernier effort. Le Roi ne
-céda qu’après des instances réitérées de sa part et avec feu. Ce fut
-alors que la maison du roi, la gendarmerie et les carabiniers conduits
-par lui, ainsi qu’il est rapporté dans les relations, firent une charge
-si vigoureuse que les ennemis furent enfoncés et entièrement renversés,
-et, par leur fuite, la journée devint aussi glorieuse qu’elle
-eût été funeste aux armes du roi, si M. de Richelieu n’eût rétabli
-par sa manœuvre, son audace et son exemple, une bataille qu’on
-regardait comme perdue.»</p>
-
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_207">[p. 207]</span>
-Le roi cependant ne s’y trompait pas. Jamais il
-n’avait été aussi familier, ni aussi affectueux avec
-son aide de camp. «La chambre de celui-ci, mentionne
-le <i>Journal</i> de Luynes, est près de celle du roi.
-Dès que le roi est levé, il y entre, M. de Richelieu
-étant encore dans son lit et à peine éveillé; il y demeure
-trois quarts d’heure ou une heure... Ordinairement,
-dès que le roi est hors de table, il entre encore
-chez M. de Richelieu pour voir la compagnie
-qui y dîne. Il s’asseoit quelquefois auprès de la table
-et fait la conversation. M. d’Argenson (de la guerre)
-parle sur M. de Richelieu dans des termes, et M. de
-Richelieu, de son côté, sur M. d’Argenson, à pouvoir
-faire juger qu’il y a entre eux une grande liaison<a name="FNanchor_319" id="FNanchor_319" href="#Footnote_319" class="fnanchor">[319]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_319" id="Footnote_319" href="#FNanchor_319"><span class="label">[319]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;VI, p.&nbsp;485, juin 1745.—Il faut rapprocher
-de ce récit l’anecdote que les <i>Souvenirs de deux anciens militaires</i>,
-par Fortia de Piles (pp. 65 et suiv.), mettent dans la
-bouche de Richelieu, alors que le succès inespéré de Fontenoy avait
-redoublé l’amitié du roi pour le duc. La charge de colonel des gardes
-était vacante. M<sup>me</sup> de Pompadour la demandait pour le Maréchal
-de Biron, Louis&nbsp;XV voulait la donner à son favori: «J’étais sûr, disait
-celui-ci, de déplaire au roi, si je refusais et de me brouiller avec
-sa maîtresse, si j’acceptais... Je mis toute mon adresse à ce que le
-roi ne me l’offrît pas... <i>Il était assis sur mon lit, dans ma tente... il
-me regardait d’un air embarrassé, remuait les lèvres, les mordait.</i> Je
-ne le mis pas sur la voie et Biron eut le régiment.»</p>
-</div>
-
-<p>Est-ce malice? Est-ce naïveté de la part de
-Luynes? Toujours est-il, comme il le note d’ailleurs,
-que Richelieu «tenait un grand état».
-<span class="pagenum" id="Page_208">[p. 208]</span>
-Récemment encore, il avait traité, avec un faste inouï, le
-Parlement de Paris, qui était venu féliciter le roi de
-ses victoires.</p>
-
-<p>Son service auprès de Louis&nbsp;XV ne l’absorbait
-pas tellement qu’il en négligeât ses fonctions de premier
-gentilhomme de la Chambre à Versailles. Il
-les prenait au contraire tellement à cœur qu’il faillit,
-à propos d’un manquement à l’étiquette, provoquer
-un conflit entre le roi et la reine.</p>
-
-<p>La reine Marie Lesczinska, après la prise de Tournai,
-avait donné l’ordre à l’abbé Blanchard de chanter immédiatement
-un <i>Te Deum</i><a name="FNanchor_320" id="FNanchor_320" href="#Footnote_320" class="fnanchor">[320]</a>, sans préjudice de celui que
-le surintendant de la musique devait faire exécuter
-plus tard, «en grande cérémonie», dans la chapelle
-du château.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_320" id="Footnote_320" href="#FNanchor_320"><span class="label">[320]</span></a>
-Destouches reconnut qu’il lui eût été impossible de faire exécuter
-«sur-le-champ» son <i>Te Deum</i> (<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>).</p>
-</div>
-
-<p>Richelieu, «extrêmement piqué», en écrivit à
-l’abbé, au surintendant Destouches et même à la
-duchesse de Luynes, dame de la reine, qui s’empressa
-de montrer la lettre à Marie Lesczinska. Le
-poulet vaut d’être cité pour son impertinence:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p class="rdate">«Au camp sous Tournay, le 23 mai 1745,</p>
-
-<p>«Je n’ai pu me dispenser, Madame, de rendre
-compte au roi que, nonobstant ses décisions en faveur
-des maîtres de musique de la Chambre, l’abbé
-Blanchard avait su trouver des protections auprès
-de la reine qui lui avaient fait exécuter le <i>Te Deum</i>,
-chanté pour la bataille de Fontenoy, ce que Sa Majesté
-a fort désapprouvé; et je ne vous dissimulerai
-point, Madame, que, sans les bontés dont je sais
-<span class="pagenum" id="Page_209">[p. 209]</span>
-que vous honorez l’abbé Blanchard, j’aurais proposé
-au roi de le punir de sa témérité, d’avoir osé
-réveiller un procès perdu et jugé il y a longtemps.
-Ainsi, Madame, si pareille dispute se réveillait pour
-le <i>Te Deum</i> de la prise de Tournay, je vous supplierais,
-Madame, de vouloir bien rendre compte à la
-reine des ordres du roi.</p>
-
-<p>«Je vous prie d’être persuadée du respect, etc.</p>
-
-<p class="rsign">Le duc de Richelieu.»</p>
-</div>
-
-<p>La reine, qui, de longue date, ne pouvait souffrir
-Richelieu, voulait que M<sup>me</sup> de Luynes lui répliquât
-vertement; mais la duchesse, par prudence, adoucit
-les termes de sa réponse qui n’en était pas moins
-très ferme et très digne:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p class="rdate">Versailles, 25 mai 1745,</p>
-
-<p>«J’ai rendu compte à la reine, Monsieur, des ordres
-du roi. Elle m’a dit simplement qu’elle les avait
-prévenus, en demandant un <i>Te Deum</i> jeudi par les
-musiciens de la Chambre pour la victoire que le roi
-a remportée. Pour moi, Monsieur, je ne donne ni
-protection, ni prédilection à ces Messieurs et vous
-pourrez punir ou récompenser à votre choix. Je
-n’ai vu que du zèle de part et d’autre, et je doute que
-cela puisse déplaire au roi, si vous voulez bien leur
-rendre justice<a name="FNanchor_321" id="FNanchor_321" href="#Footnote_321" class="fnanchor">[321]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_321" id="Footnote_321" href="#FNanchor_321"><span class="label">[321]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;VI, pp.&nbsp;460-461.</p>
-</div>
-
-<p>Un mois après, c’était encore un échange de lettres
-entre le duc de Richelieu et M<sup>me</sup> de Luynes, à propos
-de dames «qui avaient fait demander à la reine
-<span class="pagenum" id="Page_210">[p. 210]</span>
-d’avoir l’honneur de manger avec elle». Le roi,
-consulté par son premier gentilhomme, lui avait répondu
-«qu’au milieu des sièges et des batailles il
-n’avait pas le temps de songer à de pareilles affaires».
-Mais ces dames revenant à la charge, une troisième
-lettre de Richelieu leur apprit que «le roi trouvait
-bon qu’elles mangeassent avec la reine et montassent
-dans les carrosses<a name="FNanchor_322" id="FNanchor_322" href="#Footnote_322" class="fnanchor">[322]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_322" id="Footnote_322" href="#FNanchor_322"><span class="label">[322]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;VI, p.&nbsp;492.</p>
-</div>
-
-<p>Les carrosses de la reine! Quel souci devaient-ils
-donner, trois mois plus tard, à ce défenseur-né du
-protocole! Certain jour, M<sup>me</sup> du Châtelet osa monter,
-contrairement aux lois de l’étiquette, dans le
-deuxième carrosse après celui de la reine. Les dames
-de la Cour la foudroyèrent de leurs regards, et aucune
-d’elles ne voulut prendre place à côté de
-M<sup>me</sup> du Châtelet. Il fallut que Richelieu fît agréer
-à Marie Lesczinska les excuses de l’amie de Voltaire
-et... la sienne<a name="FNanchor_323" id="FNanchor_323" href="#Footnote_323" class="fnanchor">[323]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_323" id="Footnote_323" href="#FNanchor_323"><span class="label">[323]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, t.&nbsp;VII, p.&nbsp;79.</p>
-</div>
-
-<p>Un moment—et il importe de lire entre les lignes
-le <i>Journal</i> de Luynes—le crédit de l’ami du roi parut
-fléchir. L’antipathie, plutôt timide, mais réelle, de
-la reine; l’aversion, nettement marquée, du Dauphin
-et peut-être aussi la méfiance (sur laquelle
-nous reviendrons bientôt) de M<sup>me</sup> d’Etioles, qui pressentait
-dans le courtisan un adversaire acharné,
-durent donner à penser au roi; car ce fut à cet instant
-critique qu’il parut désirer que Richelieu devînt
-colonel de ses gardes et se démît, au profit du
-duc de Luxembourg, de sa charge de premier gentilhomme.
-Mais Richelieu refusa de se prêter à la
-<span class="pagenum" id="Page_211">[p. 211]</span>
-combinaison. «Évidemment, disait-il, c’est une porte
-ouverte très honorable, si le roi veut m’éloigner de
-lui; seulement je regarderais ce changement comme
-une disgrâce<a name="FNanchor_324" id="FNanchor_324" href="#Footnote_324" class="fnanchor">[324]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_324" id="Footnote_324" href="#FNanchor_324"><span class="label">[324]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;VI, pp.&nbsp;489-490.—Voir page 207 cette
-anecdote dans les <i>Souvenirs de deux anciens militaires</i>.</p>
-</div>
-
-<p>Il n’en fut plus question.</p>
-
-<p>D’ailleurs, Richelieu aimait trop la Cour, ses plaisirs
-et ses cabales; il était trop jaloux de l’influence
-et de la prépondérance qu’il s’était acquises dans le
-monde des théâtres et des arts, dont nous le savons
-déjà si entiché, pour renoncer à ses fonctions de
-premier gentilhomme de la Chambre, qui lui assuraient
-des avantages si conformes à ses goûts de
-faste, à son besoin de domination, et même à son
-esprit de taquinerie et de persiflage.</p>
-
-<p>Comme plus tard un grand capitaine, il ne dédaignait
-pas de s’occuper de la Comédie au milieu de
-la vie des camps; et le bruit même se répandit que
-Richelieu s’était rapproché de Maurepas sur ce terrain,
-qui ne déplaisait pas non plus au ministre<a name="FNanchor_325" id="FNanchor_325" href="#Footnote_325" class="fnanchor">[325]</a>
-bel-esprit.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_325" id="Footnote_325" href="#FNanchor_325"><span class="label">[325]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;VI, p.&nbsp;490.</p>
-</div>
-
-<p>En 1744, Berger, directeur de l’Opéra, qui avait
-également le privilège «d’établir l’Opéra-Comique
-dans toutes les foires de Paris», en avait confié
-l’exploitation à l’acteur-auteur Favart, déjà célèbre.
-L’habile gestion de l’artiste avait ouvert à
-ces spectacles—surtout aux foires Saint-Germain
-et Saint-Laurent—une ère de prospérité si florissante,
-que les Comédiens français et italiens, moins
-heureux, s’en étaient émus et avaient réclamé la
-<span class="pagenum" id="Page_212">[p. 212]</span>
-suppression d’une concurrence désastreuse pour leur
-industrie.</p>
-
-<p>Maurepas avait chargé son subordonné Marville,
-le lieutenant de police, d’étudier la question, et,
-après enquête, avait conclu à la fermeture des spectacles
-forains. Les gens de Cour pouvaient avoir
-entre eux des inimitiés féroces; mais, par tradition,
-ils observaient, les uns vis-à-vis des autres, les lois
-d’une correction poussée jusqu’à la courtoisie. En
-conséquence, Maurepas écrivait, le 6 juin 1745, à
-Richelieu, qu’il serait «protecteur» des Comédiens,
-en qualité de premier <ins id="cor_10" title="Renvoi 326 ajouté">gentilhomme</ins><a name="FNanchor_326" id="FNanchor_326" href="#Footnote_326" class="fnanchor">[326]</a>:</p>
-
-<p>«J’ai rapporté hier, Monsieur, l’affaire des Comédiens.
-Les titres de l’Opéra paraissent balancer avec
-avantage ceux de la Comédie; mais on crut devoir
-s’arrêter particulièrement au fond de la question
-et avoir égard au tort que les Comédiens prétendent
-que leur fait l’Opéra-Comique, et c’est ce qui a engagé
-à décider que les représentations de ce spectacle
-seraient sursises pendant 3 ans, afin d’examiner
-si, en effet, les recettes des Comédiens seront plus
-considérables. Il me semble qu’il dépendra beaucoup
-des soins qu’ils se donneront, pendant ce
-temps-là, de fixer en leur faveur, une décision qui
-leur est déjà si avantageuse, et je ne crois pas que
-vous veuilliez faire plus longtemps mystère au sieur
-Berger de la gratification que vous lui avez obtenue;
-il doit avoir besoin de consolation. J’ai l’honneur,
-etc.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_326" id="Footnote_326" href="#FNanchor_326"><span class="label">[326]</span></a>
-<i>Lettres</i> de <span class="smcap">Marville</span>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;90.</p>
-</div>
-
-<p>Par réciprocité, Richelieu entendit qu’on fît passer
-par le ministre «tous les ordres pour la Comédie
-et pour l’Opéra».</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_213">[p. 213]</span>
-Il était moins heureux, sur le théâtre de la guerre,
-avec Maurice de Saxe, s’il faut en croire les nouvellistes
-de café<a name="FNanchor_327" id="FNanchor_327" href="#Footnote_327" class="fnanchor">[327]</a>, dont Marville enregistrait fidèlement
-les échos pour l’édification de Maurepas. Le Maréchal
-avait permis à une «petite troupe» d’acteurs
-nomades de donner à Gand des spectacles d’opéra-comique,
-alors que Richelieu avait autorisé une
-«grande troupe» à jouer, dans la même ville, de
-«grandes pièces». Or le conflit qui avait mis aux
-prises à Paris les directeurs des théâtres forains et
-les Comédiens, se produisit, à Gand, entre la «petite»
-et la «grande» troupe. Celle-ci se plaignit
-à Richelieu du tort que lui faisait celle-là: aussi le
-protecteur, accordant à ses protégés un privilège
-exclusif, ordonna-t-il à l’Opéra-comique de cesser
-toutes représentations. Les forains se retournant
-alors vers le Maréchal pour lui présenter leurs doléances,
-l’illustre guerrier envoya demander à Richelieu,
-avec la rudesse qui le caractérisait, de
-quel droit il défendait un spectacle que lui, Maurice
-de Saxe, avait autorisé.</p>
-
-<p>—«Du droit qui appartient au premier gentilhomme
-de la Chambre du roi, répondit Richelieu.</p>
-
-<p>—«A la Cour peut-être, fit le Maréchal, mais pas
-à l’Armée. Moi seul, qui la commande, ai qualité
-pour y donner toutes permissions.»</p>
-
-<p>Puis il ordonna aux forains de rouvrir leurs loges
-et défendit aux Comédiens d’«afficher».</p>
-
-<p>Le duc était barré; mais, concluaient les nouvellistes,
-«il a pris l’affaire à cœur et n’oubliera rien
-pour se venger en suscitant quelques brigues contre
-le Maréchal».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_327" id="Footnote_327" href="#FNanchor_327"><span class="label">[327]</span></a>
-<i>Lettres</i> de <span class="smcap">Marville</span>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;143, 20 août 1745.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_214">[p. 214]</span>
-Quelques jours auparavant, contrairement à
-l’adage <i lang="la" xml:lang="la">De minimis non curat prætor</i>, il avait témoigné
-de son intérêt même pour les bagatelles de la porte, en
-remerciant le lieutenant de police, dans la lettre
-où il signait l’exeat de Champenois, de son exacte
-surveillance «sur la conduite de l’exempt de la
-Comédie italienne et sur celle des danseurs de
-corde!!!<a name="FNanchor_328" id="FNanchor_328" href="#Footnote_328" class="fnanchor">[328]</a>»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_328" id="Footnote_328" href="#FNanchor_328"><span class="label">[328]</span></a>
-<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i>, 11565.</p>
-</div>
-
-<p>Grâce à ses fournisseurs, Marville communique
-fréquemment à Maurepas nombre d’anecdotes démontrant
-encore avec quelle ardeur Richelieu s’occupe,
-en fin d’année, des choses de théâtre et «prépare»,
-suivant le mot de Luynes, «les spectacles
-d’hiver».</p>
-
-<p>Il «maîtrise beaucoup à l’Opéra»; et certains artistes,
-entr’autres le danseur Malter, ayant traité
-le directeur de fripon, Richelieu les gronde pour
-«l’avoir dit trop haut».</p>
-
-<p>Il est en concurrence avec d’Argenson, à propos
-de la «surintendance des ballets». Le roi, «pour les
-mettre d’accord», la donne au nouveau contrôleur
-général.</p>
-
-<p>Mesure que ne regrette pas autrement l’informateur
-du lieutenant de police; car le fougueux dilettante
-qu’est Richelieu, tant qu’il a eu la direction
-de ce service, n’a pas peu contribué au désordre qui
-règne à l’Opéra; mais Maurepas a fermé les yeux,
-pour ne pas rompre la trêve tacite consentie par
-son adversaire<a name="FNanchor_329" id="FNanchor_329" href="#Footnote_329" class="fnanchor">[329]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_329" id="Footnote_329" href="#FNanchor_329"><span class="label">[329]</span></a>
-<i>Lettres</i> de <span class="smcap">Marville</span>, t.&nbsp;II, pp.&nbsp;174, 199, 207.</p>
-</div>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_215">
-
-<h2>CHAPITRE XVIII</h2>
-
-<p class="smm"><i>Ce que pensait Richelieu de M<sup>me</sup> de Pompadour et ce que
-lui demandait Voltaire. — L’expédition de Dunkerque;
-nouveaux déboires et nouvelles chansons. — Richelieu
-ne répond pas aux avances de M<sup>me</sup> de Pompadour. — Il
-est nommé ambassadeur matrimonial auprès du roi
-de Pologne. — Cette mission inquiète la Cour de Saxe. — Désappointement
-de Frédéric II. — Le Maréchal de Saxe
-est le véritable négociateur. — Succès personnel de Richelieu. — Ses
-attentions délicates pour la future Dauphine. — Le
-mariage. — La négociation secrète avec Vienne n’aboutit
-pas. — Une «rêverie» de Maurice de Saxe.</i></p>
-
-<p>L’irruption, romanesque, de M<sup>me</sup> Le Normant
-d’Etioles dans la vie du roi, n’avait pas autrement
-surpris, ni inquiété le duc de Richelieu. Dans sa
-pensée, le caprice de Louis&nbsp;XV pour cette petite
-bourgeoise ne devait tirer à conséquence, bien que
-la femme fût délicieuse sous les futaies ensoleillées
-de la forêt de Sénart, ou sous le scintillement des
-lustres de l’Hôtel-de-Ville: il restait entendu que
-Sa Majesté ne pouvait avoir, comme maîtresse reconnue,
-qu’une grande dame. Aussi, quelques jours
-avant son départ pour l’armée, l’indulgent Richelieu
-avait-il très volontiers soupé chez le roi, avec
-M<sup>me</sup> d’Etioles, en compagnie des ducs d’Ayen et de
-Boufflers, de la marquise de Bellefonds et de la duchesse
-de Lauraguais<a name="FNanchor_330" id="FNanchor_330" href="#Footnote_330" class="fnanchor">[330]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_330" id="Footnote_330" href="#FNanchor_330"><span class="label">[330]</span></a>
-<span class="smcap">Campardon</span>: <i>M<sup>me</sup> de Pompadour et la Cour de Louis&nbsp;XV</i> (1867),
-p.&nbsp;13.</p>
-</div>
-
-<p>Mais, après Fontenoy, la fantaisie royale était
-<span class="pagenum" id="Page_216">[p. 216]</span>
-devenue de la passion et menaçait de tourner au véritable
-amour, grâce à l’habileté de la jeune femme,
-qui n’avait pas eu besoin, comme M<sup>me</sup> de Châteauroux,
-de l’intervention du favori pour passer au
-rang de favorite.</p>
-
-<p>Cependant, le 9 septembre 1745, Richelieu, de
-retour de Gand, avait cru politique de lui témoigner
-des égards, lorsque, au souper donné à l’Hôtel-de-Ville,
-pour la réception du roi, souper où elle
-n’avait pu assister, puisqu’elle n’était pas encore
-«présentée», elle avait dû être servie, avec d’autres
-convives, dans un des salons de l’étage supérieur.
-Le duc n’avait pas été un des moins assidus à «monter»
-la complimenter et lui rendre compte de la
-fête<a name="FNanchor_331" id="FNanchor_331" href="#Footnote_331" class="fnanchor">[331]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_331" id="Footnote_331" href="#FNanchor_331"><span class="label">[331]</span></a>
-<span class="smcap">Campardon</span>: <i>M<sup>me</sup> de Pompadour et la Cour de Louis&nbsp;XV</i> (1867),
-p.&nbsp;64.—<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;VII, p.&nbsp;55.</p>
-</div>
-
-<p>Quelques jours après, elle était «nommée» marquise
-de Pompadour et «présentée» sous ce titre.
-Aussitôt Voltaire, l’adorateur de tous les astres naissants,
-avait paru ébloui par l’éclat de celui-ci. N’avait-il
-pas déjà écrit à son «héros»—un nom qu’il répète
-à satiété—pour lui demander sa protection active
-et continue auprès de M<sup>me</sup> de Pompadour, en raison
-de la bienveillance dont elle avait honoré le poète
-de Cour? Or, Richelieu, en malicieux critique, lui
-avait simplement dit d’une pièce de Voltaire: «Je ne
-suis pas trop content de son acte.» «J’aimerais bien
-mieux, ajoutait l’auteur de <i>Fontenoy</i>, qu’elle sût
-par vous combien ses bontés me pénètrent de reconnaissance
-et à quel point je vous fais son éloge.»
-Trois mois après (septembre 1745), il commence une
-<span class="pagenum" id="Page_217">[p. 217]</span>
-antienne dont il fatiguera désormais les oreilles du
-premier gentilhomme de la Chambre: il le priera
-d’inscrire son répertoire sur le programme des spectacles
-de la Cour à Fontainebleau: «Je ne veux paraître,
-disait-il, que sous vos auspices.»</p>
-
-<p>Avec une exagération plus marquée encore, il
-félicitait, en octobre, Richelieu désigné pour le commandement
-en chef du corps d’armée, qui devait
-s’embarquer à Dunkerque et descendre sur la côte
-d’Écosse, où il trouverait le Prétendant dont il
-appuierait, de son épée, les revendications:</p>
-
-<p>«Je vous verrai faisant un roi et rendant le vôtre
-l’arbitre de l’Europe. Ma destinée sera d’être, si je
-le peux, l’Homère de cet Achille qui a quitté Briséïs
-pour aller renverser un trône.»</p>
-
-<p>En effet, sans perdre de vue la prodigieuse fortune
-de la Marquise, Richelieu avait de plus instantes
-préoccupations, c’est-à-dire son expédition contre
-l’Angleterre, qu’il entreprenait, à l’entendre, dans
-le but le plus désintéressé; il disait hautement qu’il
-ne voulait pas être Maréchal de France<a name="FNanchor_332" id="FNanchor_332" href="#Footnote_332" class="fnanchor">[332]</a>. Mais l’opinion
-publique n’était pas la dupe du bon apôtre;
-et les gazettes étrangères représentaient à l’envi le
-généralissime comme un barbet, à qui l’on fait passer
-l’eau pour rapporter un bâton<a name="FNanchor_333" id="FNanchor_333" href="#Footnote_333" class="fnanchor">[333]</a>. Les préparatifs
-accusaient cependant un effort de réelle importance.
-Maurepas en parlait sérieusement dans sa correspondance
-avec l’archevêque de Bourges; il fixait
-à douze mille le nombre des soldats qui devaient accompagner
-Richelieu<a name="FNanchor_334" id="FNanchor_334" href="#Footnote_334" class="fnanchor">[334]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_332" id="Footnote_332" href="#FNanchor_332"><span class="label">[332]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;VII, p.&nbsp;127.</p>
-
-<p><a name="Footnote_333" id="Footnote_333" href="#FNanchor_333"><span class="label">[333]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;114.</p>
-
-<p><a name="Footnote_334" id="Footnote_334" href="#FNanchor_334"><span class="label">[334]</span></a>
-<i>Lettres</i> de <span class="smcap">Marville</span>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;211.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_218">[p. 218]</span>
-Celui-ci partit, le 23 décembre, pour Dunkerque.
-Il passa par Gand où il eut une conférence avec le
-Maréchal de Saxe: la brouille n’avait pas duré,
-d’autant que Maurice était charmant... à ses heures.
-Mais quand Richelieu fut arrivé à destination, les mêmes
-difficultés qui, deux années auparavant, l’avaient immobilisé
-à Boulogne<a name="FNanchor_335" id="FNanchor_335" href="#Footnote_335" class="fnanchor">[335]</a>, vinrent de nouveau paralyser
-à Dunkerque sa bouillante ardeur. Il dut
-constater qu’il n’avait pas la moitié de son effectif,
-ni les munitions, ni les vivres nécessaires à son corps
-d’armée. Si Maurepas avait donné des ordres précis,
-le comte d’Argenson n’avait pas suivi son exemple<a name="FNanchor_336" id="FNanchor_336" href="#Footnote_336" class="fnanchor">[336]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_335" id="Footnote_335" href="#FNanchor_335"><span class="label">[335]</span></a>
-Voir page 166.</p>
-
-<p><a name="Footnote_336" id="Footnote_336" href="#FNanchor_336"><span class="label">[336]</span></a>
-<i>Lettres</i> de <span class="smcap">Marville</span>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;237. <i>Nouvelles des Cafés.</i></p>
-</div>
-
-<p>Richelieu se répandit en plaintes amères et dépêcha
-un courrier à Versailles, pour protester contre
-une telle insouciance et pour réclamer l’ordre de
-«mettre au plus tôt à la voile<a name="FNanchor_337" id="FNanchor_337" href="#Footnote_337" class="fnanchor">[337]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_337" id="Footnote_337" href="#FNanchor_337"><span class="label">[337]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;VII, 6 janvier 1746, p.&nbsp;194.</p>
-</div>
-
-<p>En attendant, les épigrammes pleuvaient, à la
-Cour et à la Ville, sur cet Achille obligé de rester
-sous sa tente. Un sixain, des plus acerbes, avait
-trouvé cette solution... inélégante, bien que légendaire,
-d’un problème qui fut toujours vainement posé:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">S’il fallait faire un sacrifice,</div>
- <div class="vers8">Pour vous rendre la mer propice,</div>
- <div class="vers8">Quand vous voguerez sur les eaux,</div>
- <div class="vers8">Jetez-y, pour première offrande,</div>
- <div class="vers8">Le plus fameux des m.....</div>
- <div class="vers8">Son élément le redemande<a name="FNanchor_338" id="FNanchor_338" href="#Footnote_338" class="fnanchor">[338]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_338" id="Footnote_338" href="#FNanchor_338"><span class="label">[338]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;115.</p>
-</div>
-
-<p>L’incurie des services administratifs persistait
-<span class="pagenum" id="Page_219">[p. 219]</span>
-encore en février 1746. Las d’une telle inaction,
-dépité, découragé, Richelieu revint à ses errements
-de Boulogne: il se dit malade et demanda son rappel.</p>
-
-<p>L’avortement de l’expédition qui n’était pourtant
-pas imputable au chef de l’armée, provoqua
-contre lui une recrudescence d’épigrammes et de
-chansons satiriques, dont voici une des moins mauvaises:</p>
-
-<p class="ttr">Vers sur l’air des <i>Pèlerins</i>.</p>
-
-<p class="vdate">13 février 1746.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="stanza">
- <div class="vers8">Quand je vis partir l’Excellence</div>
- <div class="vers4">De Richelieu,</div>
- <div class="vers8">Je prédis sa mauvaise chance,</div>
- <div class="vers4">Hélas! mon Dieu!</div>
- <div class="vers8">Ce pilote ignore les vents</div>
- <div class="vers4">De l’Angleterre;</div>
- <div class="vers8">Il ne sait qu’embarquer les gens</div>
- <div class="vers6">Pour l’île de Cythère.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers8">Il faut pourtant payer la peine</div>
- <div class="vers4">De ce marin!</div>
- <div class="vers8">Il n’est pas juste qu’il revienne</div>
- <div class="vers4">Et qu’il n’ait rien. (On devait prononcer <i>rin</i>.)</div>
- <div class="vers8">Nous lui donnerons pour pension</div>
- <div class="vers4">Le soin des filles.</div>
- <div class="vers8">Un bourdon sera son bâton,</div>
- <div class="vers6">Ses lauriers des coquilles.</div>
-</div>
-<div class="stanza">
- <div class="vers8">Si vous comptiez sur la prudence</div>
- <div class="vers4">De ce cerveau,</div>
- <div class="vers8">Vous en auriez trop d’espérance,</div>
- <div class="vers4">Prince héros.</div>
- <div class="vers8">N’employez cet esprit follet</div>
- <div class="vers4">Et son <i>Voltaire</i></div>
- <div class="vers8">Qu’à vous amuser au ballet</div>
- <div class="vers6">Du <i>Temple de la Gloire</i>.</div>
-</div>
-</div>
-
-<p class="cent csm">(On prononçait <i>glouère</i>, à moins qu’on n’écrivît... <i>Voltoire</i>.)</p>
-
-<p class="sep2"><span class="pagenum" id="Page_220">[p. 220]</span>
-Qui sait si une traversée heureuse, empêchant
-la désastreuse défaite du Prince Édouard à Culloden,
-n’eût pas précipité cette révolution que vaticinait
-Voltaire, en mal d’une nouvelle Iliade.</p>
-
-<p>Richelieu était revenu à la Cour de fort méchante
-humeur<a name="FNanchor_339" id="FNanchor_339" href="#Footnote_339" class="fnanchor">[339]</a>; et M<sup>me</sup> de Pompadour ne tarda pas à s’en
-apercevoir. «Il tint sur elle des propos légers», regardant
-l’amour du roi «comme une galanterie de
-passage»; et «ce qu’il y a de plus admirable», c’est
-que cette opinion... «fut longtemps celle de la
-Cour<a name="FNanchor_340" id="FNanchor_340" href="#Footnote_340" class="fnanchor">[340]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_339" id="Footnote_339" href="#FNanchor_339"><span class="label">[339]</span></a>
-D’après des <i>Nouvelles de café</i> (<i>Lettres</i> de <span class="smcap">Marville</span>, t.&nbsp;II, 27 février),
-Richelieu dit confidentiellement à un ami «qu’il avait été
-joué et que les ministres avaient d’autres vues», en l’envoyant à
-Dunkerque. Cette perfidie, destinée à le perdre, n’est pas invraisemblable,
-étant donné le jeu d’intrigues, qui caractérisait ce triste
-régime.</p>
-
-<p><a name="Footnote_340" id="Footnote_340" href="#FNanchor_340"><span class="label">[340]</span></a>
-<span class="smcap">Duclos</span>: <i>Mémoires</i>, 1864, t.&nbsp;II, p.&nbsp;283.</p>
-</div>
-
-<p>Cette «beauté blonde et blanche, <i>sans traits</i> (d’Argenson
-entendait peut-être par là des traits trop réguliers)
-mais douée de grâce et de talents<a name="FNanchor_341" id="FNanchor_341" href="#Footnote_341" class="fnanchor">[341]</a>», eût
-voulu retenir, par l’emprise de sa séduction, l’être
-fuyant qu’était Richelieu, le désarmer par son
-charme, mettre en communauté, pour ainsi dire,
-leurs intérêts politiques. Mais l’impertinence de bon
-ton, la taquinerie galante, le dédain courtois qu’apportait
-le grand seigneur dans ses rapports avec la
-maîtresse du roi, avaient creusé un abîme entre ces
-deux puissances. Elles s’observèrent d’abord avant
-d’ouvrir les hostilités.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_341" id="Footnote_341" href="#FNanchor_341"><span class="label">[341]</span></a>
-<i>Mémoires</i> du marquis <span class="smcap">d’Argenson</span>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;179.</p>
-</div>
-
-<p>Au reste, l’homme de Cour était tiraillé entre tant
-de menues besognes, qu’il lui fallait ajourner à une
-date, plutôt lointaine, la campagne d’éviction qu’il
-<span class="pagenum" id="Page_221">[p. 221]</span>
-ménageait à la favorite. C’étaient toujours les questions
-d’étiquette qui venaient solliciter le plus instamment
-son attention, entre l’ordonnance des fêtes
-royales et le service militaire en Flandre, à Rocoux,
-par exemple, au cours de cette journée glorieuse
-pour les armes françaises, où Richelieu se distingua
-encore par son impétueuse valeur.</p>
-
-<p>Il venait d’apprendre que Louis&nbsp;XV se proposait
-d’accorder des privilèges aux fils des princes légitimés,
-et il réclamait des compensations pour les ducs
-et pairs.</p>
-
-<p>—«Parlez-en à Maurepas», lui répondit le roi, qui
-avait parfois le mot pour rire.</p>
-
-<p>Richelieu se rendit cependant chez son ennemi
-avec le duc de Gesvres. Le ministre désira des précisions.
-Richelieu dépêcha aussitôt un courrier au
-château de la Ferté, chez Saint-Simon, ce misanthrope
-d’abord difficile, mais fort au courant des
-usages protocolaires. Gesvres alla trouver M<sup>me</sup> de
-Pompadour; mais il était trop tard, Louis&nbsp;XV promit
-une solution pour l’année 1747<a name="FNanchor_342" id="FNanchor_342" href="#Footnote_342" class="fnanchor">[342]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_342" id="Footnote_342" href="#FNanchor_342"><span class="label">[342]</span></a>
-<i>Journal</i> du duc <span class="smcap">de Luynes</span>, t.&nbsp;VII, p.&nbsp;273.—<span class="smcap">Soulavie</span> (t. VIII,
-p.&nbsp;49) parle, en termes presque identiques, de l’incident; il ajoute:
-«Richelieu et Maurepas disputèrent longuement sur les prérogatives
-et sur le cérémonial (la Cène et l’adoration de la Croix), en présence
-du duc de Gesvres.»</p>
-</div>
-
-<p>Entre temps, Richelieu «se donnait de grands
-mouvements», comme on disait alors, en faveur de
-ses amis. Il faisait nommer au diocèse de Paris l’archevêque
-de Vienne; et, à six semaines de là, il enlevait
-l’élection de Voltaire à l’Académie, en remplacement
-du Président Bouhier, après avoir vivement
-engagé le roi à notifier ses intentions aux Quarante.
-<span class="pagenum" id="Page_222">[p. 222]</span>
-C’était sa manière à lui de pratiquer le système des
-compensations.</p>
-
-<p>Vers la fin de 1746, il était envoyé à Dresde, comme
-ambassadeur extraordinaire auprès de l’électeur de
-Saxe, roi de Pologne. C’était aussi une... compensation
-à sa déception de Dunkerque, compensation
-qu’il devait, disent les <i>Mémoires Authentiques</i>, à
-M<sup>me</sup> de Pompadour.</p>
-
-<p>La première Dauphine était morte en juillet 1746;
-et Louis&nbsp;XV demandait pour son fils la main de la
-princesse Marie-Josèphe de Saxe. Officieusement,
-Auguste III l’avait accordée; mais son premier ministre,
-le comte de Brühl, avait écrit de Varsovie,
-le 7 novembre<a name="FNanchor_343" id="FNanchor_343" href="#Footnote_343" class="fnanchor">[343]</a>, à M. de Loss, ambassadeur du roi
-à Versailles, afin qu’il empêchât, le plus honnêtement
-du monde, le départ de Richelieu pour Dresde.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_343" id="Footnote_343" href="#FNanchor_343"><span class="label">[343]</span></a>
-Comte <span class="smcap">Vitzthum d’Eckstaedt</span>: <i>Maurice comte de Saxe et Marie
-Josèphe de Saxe, dauphine de France</i>, d’après les <i>Archives de Dresde</i>
-(1867), pp.&nbsp;82 et suiv.—Duc de <span class="smcap">Broglie</span>: <i>Maurice de Saxe et le
-Marquis d’Argenson</i>, 2 vol., 1893.</p>
-</div>
-
-<p>La réception de ce grand seigneur, réputé pour
-son train fastueux, n’était pas sans inquiéter
-Sa Majesté polonaise qui était plutôt économe. Puis,
-pourquoi ne pas laisser cette mission au seul marquis
-des Issarts, l’ambassadeur ordinaire de France,
-<i lang="la" xml:lang="la">persona grata</i>, «qui en serait si flatté»? D’ailleurs,
-concluait M. de Brühl, à quoi bon «mêler de la
-politique dans le contrat de mariage? Par tendresse
-pour la Dauphine sa fille, Sa Majesté fera,
-sans cela, tout ce qu’elle pourra pour complaire au
-roi de France.»</p>
-
-<p>Les 20 et 25 novembre, Loss rassurait son collègue.
-Si le départ de Richelieu était inévitable—«sa
-<span class="pagenum" id="Page_223">[p. 223]</span>
-nomination avait fait trop d’éclat»—le marquis
-des Issarts était plénipotentiaire au même titre
-que l’envoyé de France. Et Brühl «peut être persuadé
-qu’on n’exigera rien du roi qui puisse être
-contraire à ses intérêts. Le duc de Richelieu sera
-peut-être chargé de faire quelque démarche tendant
-à moyenner une meilleure intelligence entre notre
-Cour et Berlin; mais je crois qu’il se contentera...
-que nous fassions des politesses au roi de Prusse,
-en faisant sentir à ce prince qu’il en est redevable
-aux bons offices de la France.»</p>
-
-<p>Nous verrons que le baron de Loss se trompait
-de Souverain. Sans doute l’ambassadeur d’Auguste
-III à Versailles et Maurice de Saxe, le frère naturel
-du roi de Pologne, qui était, en réalité, le négociateur
-du mariage de sa nièce, s’étaient efforcés
-de faire obstacle à la mission de Richelieu. Mais ils
-s’y étaient pris trop tard. Louis&nbsp;XV avait arrêté
-son choix. D’ailleurs l’ambassadeur extraordinaire ne
-se rendrait pas à Berlin<a name="FNanchor_344" id="FNanchor_344" href="#Footnote_344" class="fnanchor">[344]</a>. Brühl félicite Loss d’avoir
-su dissuader Richelieu de cette visite, malgré que
-Voltaire et M<sup>me</sup> du Châtelet eussent incité l’ancien
-intermédiaire de Rottembourg à solliciter une mission
-auprès de Frédéric, en vue «d’une entente plus
-particulière avec la France».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_344" id="Footnote_344" href="#FNanchor_344"><span class="label">[344]</span></a>
-Auguste III ne pouvait oublier que la défaite des Autrichiens
-et des Saxons à Kesseldorff, le 15 décembre 1745, avait ouvert les
-portes de Dresde au roi de Prusse et que la neutralité, consentie,
-dix jours après, par le vainqueur, lui avait coûté une rançon d’un
-million d’écus.</p>
-</div>
-
-<p>De son côté, le comte de Saxe écrit à Brühl, le
-10 décembre, que Richelieu est en route de la veille,
-et que sa dernière visite fut pour lui; il lui fait part
-<span class="pagenum" id="Page_224">[p. 224]</span>
-de l’entrevue. Le duc lui dit que s’il s’est chargé de
-la mission, c’est dans l’espoir «qu’elle serait agréable»;
-autrement il aimerait mieux être enlevé par les hussards,
-avant d’arriver à Dresde (ce qui serait fort possible,
-remarque, en <ins id="cor_11" title="a parté">aparté</ins>, le Maréchal). Toutefois,
-celui-ci affirme à son interlocuteur qu’on «n’a rien
-personnellement contre lui, mais on craint les prétentions
-de l’ambassade», depuis de fâcheuses expériences
-qui ont rendu la Cour de Sa Majesté polonaise
-«très farouche».—«Hélas! réplique Richelieu, je
-ne prétends rien; je désire plaire au roi, à M. le comte
-de Brühl, à toute la Cour et voilà tout... Je ne resterai
-que le temps qu’il faudra pour amener cette princesse
-tant désirée, avec la dignité et les respects que je
-dois à Leurs Majestés et au roi mon maître.» Maurice
-promet donc à M. de Brühl que l’ambassadeur extraordinaire
-«ne le tourmentera pas sur le cérémonial»
-et n’ira pas voir le roi Frédéric, malgré le désir de
-ce prince, «pour ne pas sentir le Prussien (déjà!) en
-vous arrivant». Et le Maréchal termine sur ce précieux
-renseignement: «Les d’Argenson branlent au manche,
-comme l’on dit. Celui des affaires étrangères est si <i>bête</i>
-(on le distinguait couramment de son frère par ce qualificatif)
-que le roi en est honteux. Celui de la Guerre
-veut faire le généralissime et n’y entend rien...»
-Maurice avait également rassuré son frère: «Richelieu
-ne serait pas pointilleux sur le cérémonial» et
-son séjour à Dresde serait «très court».</p>
-
-<p>Le roi de Prusse avait été avisé de l’ordre qu’avait
-reçu Richelieu de ne point passer par Berlin; et il
-s’en expliquait avec Voltaire sur ce ton dégagé qui
-dissimulait si bien chez lui son dépit et ses rancunes:</p>
-
-<div class="manuscr"><span class="pagenum" id="Page_225">[p. 225]</span>
-<p>«... Il (Richelieu) a la réputation de réunir mieux
-qu’homme de France les talents de l’esprit et de
-l’érudition aux charmes et à l’illusion de la politique.
-C’est le modèle le plus avantageux à la nation
-française que son maître ait pu choisir à cette ambassade:
-un homme de tout pays, citoyen de tous
-les lieux et qui aura dans tous les siècles les mêmes
-suffrages que lui accorde la France et l’Europe toute
-entière. Je suis accoutumé à me passer de bien des
-agréments dans la vie: j’en supporterai plus facilement
-la privation de la bonne compagnie dont les
-gazettes nous avaient annoncé la venue<a name="FNanchor_345" id="FNanchor_345" href="#Footnote_345" class="fnanchor">[345]</a>.» (18 décembre
-1746.)</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_345" id="Footnote_345" href="#FNanchor_345"><span class="label">[345]</span></a>
-Duc <span class="smcap">de Broglie</span>: <i>Maurice de Saxe et le marquis d’Argenson</i>,
-t. II, p.&nbsp;46.</p>
-</div>
-
-<p>Comme fiche de consolation, et puisque la montagne
-ne venait pas à lui, Frédéric y fit <i>aller</i> le marquis
-d’Argens, un de ses commensaux, pour féliciter
-Auguste du mariage de sa fille. L’envoyé était bien
-choisi: c’était un ami de Voltaire, qui, sous prétexte
-de présenter ses hommages à l’ambassadeur de
-Louis&nbsp;XV, devait très vraisemblablement le surveiller,
-en compagnie du conseiller Klingreef, ministre de
-Prusse à Dresde: «Je crains fort les algarades françaises»,
-écrivait Frédéric à d’Argens, en lui recommandant,
-ainsi qu’il en avait l’habitude avec ses
-agents officiels ou secrets, de lui adresser des rapports
-bien circonstanciés<a name="FNanchor_346" id="FNanchor_346" href="#Footnote_346" class="fnanchor">[346]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_346" id="Footnote_346" href="#FNanchor_346"><span class="label">[346]</span></a>
-Duc <span class="smcap">de Broglie</span>: <i>Maurice de Saxe et le Marquis d’Argenson</i>
-(t. II, pp.&nbsp;47 et suiv.)—Le livre de Flammermont (<i>Correspondance
-des agents diplomatiques étrangers</i>, 1896) dit assez comment Frédéric,
-donnant ainsi l’exemple à ses successeurs, exigeait de ses ministres
-les plus minutieux renseignements, à l’aide de tous documents,
-même de rapports de police ou de gazettes manuscrites.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_226">[p. 226]</span>
-Arrivé, le 25 décembre, à Dresde, Richelieu entretint
-Brühl de sa mission secrète, car il en avait
-une<a name="FNanchor_347" id="FNanchor_347" href="#Footnote_347" class="fnanchor">[347]</a>, mais qui ne concernait nullement la Prusse.
-Désireux de finir la guerre, Louis&nbsp;XV s’en rapportait
-à la sagesse et à l’esprit d’équité du roi Auguste,
-pour amener un rapprochement entre les Cabinets
-de Versailles et de Vienne. D’accord, répondit Brühl,
-mais Sa Majesté polonaise veut «connaître le dernier
-mot de Sa Majesté Très Chrétienne» (le roi de France);
-alors elle ferait sien ce plan d’accommodement, aucun
-des adversaires ne «voulant parler le premier».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_347" id="Footnote_347" href="#FNanchor_347"><span class="label">[347]</span></a>
-Elle n’était pas cependant secrète pour tout le monde; et Richelieu,
-que nous savons peu discret, avait dû s’en ouvrir à Voltaire,
-puisque le poète lui adressait cette épître, au moment du départ
-pour Dresde:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">De votre petite maison,</div>
- <div class="vers8">A tant de belles destinée,</div>
- <div class="vers8">Vous allez chez le roi saxon</div>
- <div class="vers8">Rendre hommage au dieu d’Hyménée,</div>
- <div class="vers8">Vous, cet aimable Richelieu,</div>
- <div class="vers8">Qui, né pour un autre mystère,</div>
- <div class="vers8">Avez souvent battu ce Dieu</div>
- <div class="vers8">Avec les armes de son frère.</div>
- <div class="vers8">Revenez cher à tous les deux,</div>
- <div class="vers8"><i>Ramenez la paix avec eux</i>,</div>
- <div class="vers8">Ainsi que vous eûtes la gloire,</div>
- <div class="vers8">Aux campagnes de Fontenoy,</div>
- <div class="vers8">De ramener aux pieds du roi</div>
- <div class="vers8">Les étendards de la Victoire.</div>
-</div>
-
-</div>
-
-<p>Richelieu, enchanté, abonde en ce sens. Il écrit à
-Versailles le 27 et rend compte en même temps à
-Loss de ses impressions personnelles, impressions
-qu’il a communiquées au roi et qui, «sûrement lui
-feront grand plaisir». Il ne tarit pas en éloges sur
-la grâce et sur la figure aimable de la Dauphine.
-Puis, «il a été reçu avec une magnificence et une
-distinction si grandes qu’il ne peut assez dire combien
-le roi doit être sensible à ces distinctions
-<span class="pagenum" id="Page_227">[p. 227]</span>
-singulières que Sa Majesté polonaise veut bien faire à
-son ambassadeur».</p>
-
-<p>Avec le Maréchal de Saxe il est plus explicite
-encore; et, là, nous retrouvons notre Richelieu des
-grands jours, vif, gai, spirituel, amusant, un tantinet
-badin, qui doit regretter la patrie absente, car il
-parle de théâtre, mais il sait que Maurice a des
-raisons personnelles pour ne pas détester ce genre
-de conversation; et il croque en trois coups de crayon,
-le modèle, qui sans le savoir, vient de poser devant
-lui. Il a vu Madame la Dauphine, «telle que M. le
-comte de Friesen l’avait dépeinte et non pas telle
-que le portrait que le roi en avait reçu en pouvait
-faire juger». Cette copie devait être abominable.
-Mais Richelieu rétablit la vérité: «Le roi et la
-reine de Pologne ont exigé que je n’en dise pas
-trop; mais j’ai beaucoup de peine à leur obéir
-et je crois devoir vous dire que je l’ai trouvée
-réellement charmante. Ce n’est point du tout cependant
-une beauté, mais c’est toutes les grâces imaginables,
-un gros nez, de grosses lèvres fraîches, les
-yeux du monde les plus vifs et les plus spirituels;
-et enfin je vous assure que, s’il y avait de pareilles
-à l’Opéra, il y aurait presse à y mettre l’enchère.
-Je ne vous dis rien de trop, mais je n’en dis pas autant
-aux autres...»</p>
-
-<p>En réalité, après avoir fait le nécessaire pour que
-les négociations consenties par les deux souverains,
-puis menées par Sa Majesté polonaise, ne fussent
-point retardées, dans leur marche pacificatrice, par
-le mauvais vouloir de la Cour de Vienne, Richelieu
-laissa dormir la haute politique pendant son séjour
-à Dresde, pour ne plus remplir que son mandat
-<span class="pagenum" id="Page_228">[p. 228]</span>
-ostensible d’ambassadeur matrimonial. Grâce à sa
-belle humeur, à sa courtoisie, à son aménité, il devint
-l’idole de tous, il sut conquérir le roi, la reine et
-les seigneurs de la Cour. Il ne dédaignait pas de descendre
-aux plus minces détails et jusqu’aux plus
-minutieuses enquêtes pour connaître les habitudes
-et les goûts de la future Dauphine.</p>
-
-<p>Il demandait à l’<i lang="es" xml:lang="es">aya</i> (la gouvernante) quels étaient
-les livres et les divertissements préférés de la princesse;
-et sa sollicitude s’étendait jusqu’au dénombrement
-et à la nature des maladies de l’enfant et
-de la jeune fille.</p>
-
-<p>Par l’intermédiaire de M<sup>me</sup> de Lauraguais, maîtresse
-dévouée, amie fidèle et intelligente, il avait
-fait venir, à la Cour de Saxe, un tailleur parisien,
-pour prendre les mesures de la fiancée. Cet homme
-était rentré en France, ravi de la figure, de la grâce
-et de la... taille de son auguste cliente. Il rapportait
-avec lui une boucle des cheveux de la princesse qui
-fit l’admiration de Versailles.</p>
-
-<p>Richelieu n’exerçait pas une moindre séduction
-sur le populaire.</p>
-
-<p>Le jour de son entrée solennelle, qui devait être
-reproduite plus tard par une estampe, ce fut une
-fête somptueuse rappelant le cérémonial de celle
-de Vienne en 1726. Des valets jetaient à pleines poignées
-des pièces d’argent à la foule. Sur les places
-publiques, les fontaines qu’il avait fait édifier, versaient
-à flots le vin blanc et le vin rouge.</p>
-
-<p>Cependant, de mauvaises nouvelles arrivaient de
-Versailles. Le marquis d’Argenson improuvait la
-médiation que le roi avait proposée à l’électeur de
-Saxe par l’intermédiaire de Richelieu; à vrai dire,
-<span class="pagenum" id="Page_229">[p. 229]</span>
-c’était le commencement de cette fameuse diplomatie
-secrète que devait diriger Louis&nbsp;XV par dessus
-la tête de ses ministres. Or, le 24 janvier 1747, Maurice
-de Saxe écrivait à Brühl que «le pétard avait
-sauté»; mais lui, le Maréchal, avait certainement
-mis le feu à la mèche; ce pétard, c’était la lettre de
-démission envoyée par Louis&nbsp;XV à son ministre des
-affaires étrangères. Comme l’a fort bien démontré
-le duc de Broglie dans son livre sur <i>Maurice de Saxe
-et le Marquis d’Argenson</i>, celui-ci, pour être un...
-prévoyant de l’avenir, souvent averti, mais parfois
-chimérique et toujours morose, n’en était pas moins
-un déplorable ministre des affaires étrangères: «Le
-jour même, écrit M. de Broglie, où Frédéric II,
-mécontent de d’Argenson, disait qu’il ne voulait pas
-être le Don Quichotte de la France, d’Argenson
-faisait cette déclaration au ministre de Frédéric, Le
-Chambrier: «L’alliance de la Prusse et de la France
-est un système dont les bases doivent être inaltérables
-(t. II, p.&nbsp;47).» Les bévues de ce philosophe, improvisé
-ministre, ne laissaient pas que d’être nombreuses:
-«A tort ou à raison, remarque M. de Broglie, par ses
-qualités et par ses défauts, il en était arrivé à déplaire
-à tout le monde et à n’être défendu par personne
-(t. II, p.&nbsp;73, note).»</p>
-
-<p>Quand il tomba, le 10 janvier 1747, Le Chambrier
-dit: «Je savais que son renvoi était décidé.»</p>
-
-<p>Les négociations pour la paix n’en continuèrent
-pas moins à Dresde, pendant les fêtes du mariage,
-célébré le 10 janvier, par procuration et béni par
-le nonce. Le «Maréchal Général» (c’était le nouveau
-titre de Maurice) travaillait à l’instrument diplomatique
-avec Loss et Richelieu. Le cabinet de
-<span class="pagenum" id="Page_230">[p. 230]</span>
-Vienne répondait vaguement et récriminait toujours.
-En février, une réplique, sous forme de dépêche secrète,
-adressée à Brühl et rédigée par Richelieu, formulait
-les conditions de la France. Les pourparlers
-n’avançaient pas: l’Autriche opposait toujours des
-mesures dilatoires. On lui fit entendre que la France
-était prête pour la guerre; et le Maréchal de Saxe se
-remit en campagne. Néanmoins Puysieulx, qui avait
-remplacé le marquis d’Argenson aux affaires étrangères,
-reprit secrètement les négociations: on en
-retrouve les traces dans les archives de Vienne et
-de Dresde<a name="FNanchor_348" id="FNanchor_348" href="#Footnote_348" class="fnanchor">[348]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_348" id="Footnote_348" href="#FNanchor_348"><span class="label">[348]</span></a>
-Comte <span class="smcap">Vitzthum d’Eckstaedt</span>: <i>Maurice comte de Saxe</i>, 1867,
-p.&nbsp;173.</p>
-</div>
-
-<p>Maurice de Saxe, qui avait conseillé cette entente
-diplomatique, ne voulait pas cependant de la paix
-à tout prix: il comprenait fort bien que Louis&nbsp;XV,
-fidèle à ses engagements avec l’Espagne, dût assurer
-le sort de son gendre et de sa fille, Madame Infante.
-Et, tenant compte de toutes nécessités diplomatiques
-ou familiales, le «Maréchal-Général», dont tant de
-<i>Rêveries</i> amusèrent les loisirs, édifiait un rêve qui
-devait être, soixante-dix ans plus tard, une réalité:
-la constitution d’un royaume des Pays-Bas, indépendant
-de l’Autriche, avec la Hollande et la
-Belgique. Qui sait, comme le fait très justement
-observer le Comte Vitzthum d’Eckstaedt, si «cette
-solution, alors adoptée», n’eût pas «changé la face
-de l’histoire de l’Europe? La guerre de Sept ans
-n’eût pas probablement éclaté... C’était la clef de
-voûte du système politique de Kaunitz, qui aurait
-voulu débarrasser l’Autriche des Pays-Bas, pour
-l’arrondir en Italie et en Allemagne<a name="FNanchor_349" id="FNanchor_349" href="#Footnote_349" class="fnanchor">[349]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_349" id="Footnote_349" href="#FNanchor_349"><span class="label">[349]</span></a>
-<span class="smcap">Vitzthum d’Eckstaedt</span>: <i>Maurice comte de Saxe</i>, p.&nbsp;169.</p>
-</div>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_231">
-
-<h2>CHAPITRE XIX</h2>
-
-<p class="smm"><i>Richelieu va prendre à Gênes la succession du Maréchal
-de Boufflers. — Pronostics du Marquis D’Argenson. — Succès
-de Richelieu: il est nommé Maréchal de France;
-honneurs exceptionnels que lui décerne la République de
-Gênes. — Son retour triomphal à Versailles. — Sa campagne
-contre la Marquise. — Comment il traite le duc
-de la Vallière, favori de la favorite. — Formation du triumvirat. — Les
-inquiétudes de M<sup>me</sup> de Pompadour: un mot
-de Louis&nbsp;XV.</i></p>
-
-<p>Cette interminable guerre, dite de la <i>Succession
-d’Autriche</i>, reprit au printemps de 1747<a name="FNanchor_350" id="FNanchor_350" href="#Footnote_350" class="fnanchor">[350]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_350" id="Footnote_350" href="#FNanchor_350"><span class="label">[350]</span></a>
-Dans l’intervalle, après la mort de l’empereur d’Allemagne,
-Charles VII, cet électeur de Bavière, allié de la France, que ses
-défaites avaient mis à la discrétion de l’Autriche, le Grand-Duc
-François, époux de Marie-Thérèse, avait été élu, le 15 septembre
-1746, empereur d’Allemagne.</p>
-</div>
-
-<p>Toujours «employé» à l’armée de Flandre, comme
-aide de camp du roi, Richelieu combattait, le 2 juillet,
-à Lawfeld et poursuivait la campagne, quand, sur
-les conseils de Noailles et du Comte d’Argenson, un
-ordre de Louis&nbsp;XV lui enjoignit de se rendre, sans
-délai, en Italie.</p>
-
-<p>Gênes, qui se recommandait de la protection de la
-France, avait été bloquée par les Piémontais et les
-Autrichiens. Mais le Maréchal de Boufflers, qui occupait
-la ville avec 7 à 8.000 hommes, manœuvra
-si bien qu’il la délivra le 6 juillet. Malheureusement,
-au milieu de son triomphe, il mourait de la petite
-vérole. Et c’était Richelieu que le roi désignait,
-le 1<sup>er</sup> août, pour le remplacer.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_232">[p. 232]</span>
-Bientôt le nouveau généralissime passait par Paris,
-où le marquis d’Argenson, rendu à ses chères
-études, le rencontrait, «volant avec joie et fierté»,
-à son poste d’honneur, et profitait de la circonstance
-pour adoucir de retouches, cette fois un peu moins
-sombres, le portrait âpre et dur qu’il avait tracé du
-«vieux papillon». Après en avoir montré «le rire
-agréable, l’éloquence et la vigueur, la richesse et la
-prodigalité, l’extrême franchise et cependant «les
-coups en finesse» qui rappelaient la manière de
-son grand’oncle le Cardinal» (!!!), d’Argenson concluait:
-«Le total fait un homme fort distingué dans
-le siècle où nous sommes, où l’élévation est rare. Ses
-talents, sa physionomie, sa hardiesse à parler, le
-brillant de ses desseins ont ébloui ses contemporains;
-et je conviens avec plaisir qu’il mérite de la
-réputation et une grande distinction<a name="FNanchor_351" id="FNanchor_351" href="#Footnote_351" class="fnanchor">[351]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_351" id="Footnote_351" href="#FNanchor_351"><span class="label">[351]</span></a>
-<span class="smcap">D’Argenson</span>: <i>Mémoires</i>, t.&nbsp;V, pp.&nbsp;87-88.</p>
-</div>
-
-<p>Cette fois, la fortune devait sourire, sans réserves,
-à Richelieu<a name="FNanchor_352" id="FNanchor_352" href="#Footnote_352" class="fnanchor">[352]</a>. Il fut aussi heureux dans ses opérations
-militaires que son prédécesseur. Ses biographes,
-pour n’en pas perdre l’habitude, ont encore, dans le
-récit de ses exploits, entrelacé de myrte ses couronnes
-de laurier. Ce qui est moins discutable, c’est qu’à la
-suite de plusieurs combats, il délogea l’ennemi de
-toutes ses positions et resta maître de la situation
-et du pays jusqu’à la ratification du traité d’Aix-la-Chapelle,
-qui mettait fin à la guerre en 1748.
-Aussi était-il nommé Maréchal de France, le 11 octobre;
-et cette dignité suprême, qu’il avait si longtemps
-<span class="pagenum" id="Page_233">[p. 233]</span>
-recherchée, se rehaussa encore d’honneurs exceptionnels,
-que lui décerna, le 17 du même mois, la
-République de Gênes. Elle le déclarait, lui et ses
-descendants, nobles Gênois avec leurs titres inscrits
-sur le <i>Livre d’Or</i>. Une statue de Richelieu, due au
-ciseau de Scafini<a name="FNanchor_353" id="FNanchor_353" href="#Footnote_353" class="fnanchor">[353]</a>, fut érigée dans le grand salon du
-Palais du Gouvernement: des Anglais, qui la virent
-en 1756, affirmèrent à Voltaire qu’elle était «belle
-et ressemblante<a name="FNanchor_354" id="FNanchor_354" href="#Footnote_354" class="fnanchor">[354]</a>». Nati<a name="FNanchor_355" id="FNanchor_355" href="#Footnote_355" class="fnanchor">[355]</a> déclare qu’elle fut exécutée
-sur le portrait en marbre commandé par Richelieu
-à Schoffer, portrait dont il s’était montré satisfait.
-On reprochait à cette statue ses défauts de proportion
-et la petitesse de la tête. Elle périt dans l’incendie
-qui consuma la salle du Grand Conseil quelques
-années avant la Révolution de 1789<a name="FNanchor_356" id="FNanchor_356" href="#Footnote_356" class="fnanchor">[356]</a>. La statue
-de Richelieu au Louvre serait, d’après M. de Montaiglon,
-une réduction de l’œuvre de Scafini et «devrait
-passer de l’école française dans l’école italienne<a name="FNanchor_357" id="FNanchor_357" href="#Footnote_357" class="fnanchor">[357]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_352" id="Footnote_352" href="#FNanchor_352"><span class="label">[352]</span></a>
-Il n’eut que des succès dans cette campagne, que les <i>Mémoires
-authentiques</i> qualifient de «guerre défensive».</p>
-
-<p><a name="Footnote_353" id="Footnote_353" href="#FNanchor_353"><span class="label">[353]</span></a>
-<span class="smcap">Lalande</span>: <i>Voyage d’Italie</i>, 1786, t.&nbsp;IX, p.&nbsp;322.—L’hôtel
-d’Egmont, à Paris, en possédait une copie.</p>
-
-<p><a name="Footnote_354" id="Footnote_354" href="#FNanchor_354"><span class="label">[354]</span></a>
-<span class="smcap">Voltaire</span>: <i>Lettre de Richelieu</i>, 28 mars 1756.—Voltaire avait
-adressé à Richelieu une épître sur cette statue. <i>La Correspondance
-de Grimm</i> (édit. M. Tourneux, t.&nbsp;I) publie la réponse en vers de
-Richelieu, qui n’est évidemment pas du Maréchal, dans une lettre
-de Raynal.</p>
-
-<p><a name="Footnote_355" id="Footnote_355" href="#FNanchor_355"><span class="label">[355]</span></a>
-<span class="smcap">Nati</span>: <i>Vie d’artistes génois</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_356" id="Footnote_356" href="#FNanchor_356"><span class="label">[356]</span></a>
-<span class="smcap">Alizer</span>: <i>Guide artistique</i>, 1846, p.&nbsp;94.</p>
-
-<p><a name="Footnote_357" id="Footnote_357" href="#FNanchor_357"><span class="label">[357]</span></a>
-<i>Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux</i>, t.&nbsp;I, p.&nbsp;24.</p>
-</div>
-
-<p>Le nouveau Maréchal de France quitta Gênes le
-10 novembre.</p>
-
-<p>Il revenait, fort de l’autorité que lui donnait son
-heureuse campagne, et comptait bien, d’accord avec
-d’Argenson, le ministre de la Guerre, Machault, le
-<span class="pagenum" id="Page_234">[p. 234]</span>
-contrôleur général et même Maurepas, offrir au roi
-une maîtresse digne de lui<a name="FNanchor_358" id="FNanchor_358" href="#Footnote_358" class="fnanchor">[358]</a>. Il s’étonnait, de bonne foi,
-de n’être pas encore du Conseil. Le 2 janvier 1749,
-il était affectueusement reçu par Louis&nbsp;XV, qui, le
-soir, à l’issue du souper, s’enfermait avec lui jusqu’à
-deux heures après minuit. Et le marquis d’Argenson—la
-Bête!—de tirer d’étonnants pronostics d’une
-telle faveur: «Ce sera, avec la Cour, le fameux duc
-d’Épernon et avec le roi le cardinal de Richelieu:
-certes le cardinal de Richelieu n’avait pas le courage
-de cœur qu’a son neveu; aussi n’était-il qu’un
-prêtre<a name="FNanchor_359" id="FNanchor_359" href="#Footnote_359" class="fnanchor">[359]</a>!»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_358" id="Footnote_358" href="#FNanchor_358"><span class="label">[358]</span></a>
-«Richelieu, vainqueur à Gênes, écrit le Marquis d’Argenson,
-était considéré comme le Messie qui devait donner de bons coups
-de collier pour la gloire et la sûreté du royaume, et chasser la maîtresse
-roturière et tyrannique du royaume, pour en donner une autre.»</p>
-
-<p><a name="Footnote_359" id="Footnote_359" href="#FNanchor_359"><span class="label">[359]</span></a>
-<span class="smcap">D’Argenson</span>: <i>Mémoires</i>, t.&nbsp;V, p.&nbsp;87.</p>
-</div>
-
-<p>Le Maréchal avait encore dans son jeu un atout
-d’importance. Premier gentilhomme de la Chambre,
-en exercice, avec l’année qui commençait, il ne perdait
-pas un seul instant le contact de la Cour. Il
-surveillait les intrigues de ses adversaires, pouvait
-en ourdir de nouvelles et avait la haute main sur
-les spectacles et les fêtes dont on s’était efforcé,
-pendant son absence, de lui subtiliser la direction.</p>
-
-<p>En effet, il avait appris, à Gênes, que M. de Cury
-(ou Curys) se proposait d’acheter de Bonneval
-la charge d’Intendant des Menus, sur le désir
-de M<sup>me</sup> de Pompadour, conseillée par son grand
-ami, le duc de la Vallière. Déjà celui-ci, entrant dans
-les vues de la favorite, soucieuse de distraire un monarque
-toujours ennuyé, avait ordonné et dirigé
-la construction du <i>Théâtre des Cabinets</i> sur le grand
-<span class="pagenum" id="Page_235">[p. 235]</span>
-escalier des Ambassadeurs à Versailles; mais Richelieu,
-perpétuellement féru de ses prérogatives, avait
-adressé au roi «une lettre très respectueuse, et très
-forte<a name="FNanchor_360" id="FNanchor_360" href="#Footnote_360" class="fnanchor">[360]</a>», à propos de cet empiètement sur les fonctions
-des premiers <ins id="cor_12" title="gentilhommes">gentilshommes</ins> de la Chambre. En ce qui
-concernait Cury, il écrivit, le plus courtoisement du
-monde, à la Marquise, que son protégé étant depuis
-longtemps de ses amis, à lui Richelieu, il serait ravi
-de faire plaisir à M<sup>me</sup> de Pompadour; mais il se
-garda bien de lui engager sa parole. D’un autre côté,
-il écrivait à son collègue, le duc de Gesvres, pour désapprouver
-la candidature de Cury; et ce malheureux
-de Gesvres, ne sachant que répondre aux sollicitations
-de la Marquise, prétendait n’avoir reçu aucune
-lettre de Richelieu. Celui-ci, de retour à Paris,
-avisant Cury chez M<sup>me</sup> de Pompadour, «l’avait,
-durant trois heures, embrassé», complimenté, accablé
-d’amitiés, mais sans prendre de décision
-ferme<a name="FNanchor_361" id="FNanchor_361" href="#Footnote_361" class="fnanchor">[361]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_360" id="Footnote_360" href="#FNanchor_360"><span class="label">[360]</span></a>
-<i>Journal</i> <span class="smcap">de Luynes</span>, t.&nbsp;IX, p.&nbsp;245.</p>
-
-<p><a name="Footnote_361" id="Footnote_361" href="#FNanchor_361"><span class="label">[361]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, t.&nbsp;X, pp.&nbsp;79 et suiv.</p>
-</div>
-
-<p>D’ailleurs, pendant son séjour à Gênes, il avait
-conservé, vis-à-vis de la Marquise, son attitude, aimable
-et gracieuse; et la favorite, croyant peu ou
-prou à la sincérité de ces démonstrations, avait payé
-de la même monnaie son correspondant; encore
-la sienne paraissait-elle de meilleur aloi:</p>
-
-<p>... «Vous connaîtrez avec le temps, disait-elle, ma
-façon de penser pour vous et peut-être serez-vous
-persuadé que je mérite des amis. Je ne demande
-l’amitié des gens que j’aime, que quand ils me connaîtront
-bien; vous voyez mon équité. Vous voulez,
-<span class="pagenum" id="Page_236">[p. 236]</span>
-dit-on, aller à Rome: cela retardera votre retour
-que je verrai arriver avec plaisir...<a name="FNanchor_362" id="FNanchor_362" href="#Footnote_362" class="fnanchor">[362]</a>»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_362" id="Footnote_362" href="#FNanchor_362"><span class="label">[362]</span></a>
-<span class="smcap">De Nolhac</span>: <i>Louis&nbsp;XV et M<sup>me</sup> de Pompadour</i> (1904), p.&nbsp;195.</p>
-</div>
-
-<p>Elle ne devait pourtant y gagner que beaucoup
-de désagréments.</p>
-
-<p>Déjà, de Gênes, Richelieu avait signifié, par lettre,
-à M. de Bury, surintendant de la musique en survivance
-de Blamont, qu’il défendait aux musiciens de la
-Chambre «d’aller nulle part, sans ses ordres<a name="FNanchor_363" id="FNanchor_363" href="#Footnote_363" class="fnanchor">[363]</a>». Et,
-depuis son retour à Versailles, il avouait à Luynes
-«n’avoir aucune idée arrêtée sur des divertissements
-qu’il regardait comme personnels à M<sup>me</sup> de Pompadour»,
-cette dame ignorant sans doute les droits
-afférents à la charge de premier gentilhomme<a name="FNanchor_364" id="FNanchor_364" href="#Footnote_364" class="fnanchor">[364]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_363" id="Footnote_363" href="#FNanchor_363"><span class="label">[363]</span></a>
-<a name="Footnote_364" id="Footnote_364" href="#FNanchor_364"><span class="label">[364]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;X, pp.&nbsp;84-85.</p>
-</div>
-
-<p>Mais avant de «crosser» définitivement «la petite
-Pompadour et de la traiter comme une fille de
-l’Opéra, ayant grande expérience de cette sorte d’espèce
-de femme et de toute femme<a name="FNanchor_365" id="FNanchor_365" href="#Footnote_365" class="fnanchor">[365]</a>», Richelieu se
-donna le malin plaisir d’en brimer férocement le favori.</p>
-
-<p>D’abord, il «rendit une ordonnance portant défense
-à tous ouvriers, musiciens, danseurs, d’obéir
-à d’autres qu’à lui pour le fait des Menus Plaisirs<a name="FNanchor_366" id="FNanchor_366" href="#Footnote_366" class="fnanchor">[366]</a>».
-En même temps il félicitait «Rebel, maître de
-musique de la Chambre, qui battait la mesure»,
-d’avoir résisté au duc de la Vallière, quand celui-ci
-s’efforçait à lui démontrer l’inutilité de prendre les
-ordres de Richelieu, du moment qu’il s’agissait du
-service du roi<a name="FNanchor_367" id="FNanchor_367" href="#Footnote_367" class="fnanchor">[367]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_365" id="Footnote_365" href="#FNanchor_365"><span class="label">[365]</span></a>
-<a name="Footnote_366" id="Footnote_366" href="#FNanchor_366"><span class="label">[366]</span></a>
-<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;V, p.&nbsp;350, janvier 1749.</p>
-
-<p><a name="Footnote_367" id="Footnote_367" href="#FNanchor_367"><span class="label">[367]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;X, p.&nbsp;89.</p>
-</div>
-
-<p>Enfin, il attaqua de front l’homme-lige de la Marquise.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_237">[p. 237]</span>
-Il lui demanda, un jour, «s’il avait une charge
-de cinquième gentilhomme de la Chambre, ce qu’il
-avait donné pour cela, etc...</p>
-
-<p>... «Ceci était bon au duc de Gesvres qui avait
-reçu 35.000 livres pour se départir des droits de sa
-charge, mais, que, pour lui, Richelieu, il n’en avait
-pas reçu un écu et n’en recevrait pas un million,
-pour en laisser aller un pouce de terrain...</p>
-
-<p>«M. de la Vallière ne savait plus que dire et soufflait.
-M. de Richelieu lui a dit: «Vous êtes une
-bête» et lui a fait les cornes... ce qui n’est pas trop
-honnête», mais ce qui ne laissait pas d’être exact;
-et d’Argenson l’établissait, d’après la formule moliéresque.</p>
-
-<p>Toutefois, une question, autrement sérieuse que
-la plantation—incorrecte, voire illégale—de
-«l’Opéra sur le grand escalier», excitait Richelieu
-contre cette maîtresse du roi, qu’il se jurait bien de
-«tourmenter et d’excéder, toute dominante qu’elle
-fût à la Cour<a name="FNanchor_368" id="FNanchor_368" href="#Footnote_368" class="fnanchor">[368]</a>».</p>
-
-<p>Un nouvel ami de la Marquise, M. de Saint-Séverin,
-«italien... né sujet de la reine de Hongrie»,
-venait d’être «introduit» furtivement dans ce «Conseil»,
-où «l’on avait prédit plusieurs fois à Richelieu
-qu’il serait premier ministre, comme son grand
-oncle<a name="FNanchor_369" id="FNanchor_369" href="#Footnote_369" class="fnanchor">[369]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_368" id="Footnote_368" href="#FNanchor_368"><span class="label">[368]</span></a>
-<a name="Footnote_369" id="Footnote_369" href="#FNanchor_369"><span class="label">[369]</span></a>
-<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;V, pp.&nbsp;350 et suiv.—Richelieu
-reconnaît, dans ses <i>Mémoires authentiques</i> «qu’il fut assez sot pour
-se laisser entraîner dans la <i>Querelle des Cabinets</i>», à cause des charges
-et prétentions des «commensaux de M<sup>me</sup> de Pompadour, qui
-indisposaient cette dame contre lui»; comme s’il n’avait pas été le
-premier à leur déclarer la guerre!</p>
-</div>
-
-<p>Aussi le triomphateur de Gênes résolut-il de justifier
-ce pronostic en se débarrassant de tous les
-<span class="pagenum" id="Page_238">[p. 238]</span>
-obstacles qu’une main adroite accumulait sur sa
-route. Il poursuivit l’exécution du plan qu’il avait
-médité en revenant d’Italie.</p>
-
-<p>«Il commença par s’attacher tous les ministres à
-département, qui sont ceux de la Guerre, de la Marine
-et des Finances, même M. le Chancelier. Ils
-le regardent tous comme leur vengeur, de même
-que les quatre premiers gentilshommes de la Chambre
-l’ont regardé comme leur bretteur, pour chasser
-M. de la Vallière de leurs fonctions où il s’était immiscé.
-On espère donc qu’il délivrera les ministres
-du joug de MM. Pâris (les banquiers de la Cour),
-de la favorite, de MM. de Puysieulx et de Saint-Séverin;
-chacun s’accole à lui<a name="FNanchor_370" id="FNanchor_370" href="#Footnote_370" class="fnanchor">[370]</a>...»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_370" id="Footnote_370" href="#FNanchor_370"><span class="label">[370]</span></a>
-<i>Mémoires</i> du Marquis d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;V, pp.&nbsp;354 et suiv.</p>
-</div>
-
-<p>D’Argenson ajoute que, pour fortifier encore son
-action, Richelieu avait formé un triumvirat avec
-le Maréchal de Belle-Isle et le cardinal de Tencin.</p>
-
-<p>Mais, quoique toujours en faveur auprès du roi,
-Richelieu avait à faire à forte partie.</p>
-
-<p>M<sup>me</sup> de Pompadour, ne pouvant plus douter d’une
-hostilité qu’étaient impuissants à dissimuler les
-dehors d’une politesse exquise, cherchait et recueillait
-partout des armes contre un ennemi qui, suivant
-le mot très juste de d’Argenson, ne cherchait
-qu’à la tourmenter et à l’excéder jusque chez elle.</p>
-
-<p>En effet, un jour que le roi devait aller passer quarante-huit
-heures au petit château de la Celle, propriété
-de sa maîtresse, celle-ci l’avait supplié de ne
-pas se faire accompagner du Maréchal, malgré que
-sa charge lui en donnât le droit.—«Y pensez-vous,
-Madame?» avait répliqué Louis&nbsp;XV; «et que vous
-<span class="pagenum" id="Page_239">[p. 239]</span>
-connaissez mal M. de Richelieu! Si vous le chassez
-par la porte, il rentrera par la <i>cheminée</i><a name="FNanchor_371" id="FNanchor_371" href="#Footnote_371" class="fnanchor">[371]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_371" id="Footnote_371" href="#FNanchor_371"><span class="label">[371]</span></a>
-<i>Mémoires</i> du Marquis d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;V, pp.&nbsp;354 et suiv.</p>
-</div>
-
-<p>Cette allusion piquante au scandale tout récent
-où le Maréchal se trouvait impliqué, ne fut pas perdue
-pour la Marquise. L’aventure rappelait une antique
-prouesse de l’adolescent et jetait comme un
-soupçon de ridicule sur le quinquagénaire. Évidemment
-c’était une bagatelle, mais nous verrons
-comme M<sup>me</sup> de Pompadour sut l’exploiter, en attendant
-mieux.</p>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_240">
-
-<h2>CHAPITRE XX</h2>
-
-<p class="smm"><i>L’aventure de Richelieu et de M<sup>me</sup> de la Pouplinière. — Le
-fermier général et sa femme rue Richelieu et à Passy. — Le
-Maréchal est un familier de la maison; il y rencontre
-J.-J. Rousseau qu’il traite de compositeur génial. — La
-«calote» de Roy. — Lettres anonymes. — La
-Pouplinière fait surveiller sa femme et la brutalise indignement. — Correspondance
-amoureuse. — Comment La
-Pouplinière découvre, avec Vaucanson, la plaque tournante
-d’une cheminée servant de communication aux deux amants. — Chassée
-par son mari, M<sup>me</sup> de la Pouplinière meurt
-d’un cancer. — Le jouet du jour. — Une malice de M<sup>me</sup> de
-Pompadour.</i></p>
-
-<p>La liaison de Richelieu avec M<sup>me</sup> de La Pouplinière
-durait depuis plusieurs années, que le mari,
-donnant ainsi raison à un dicton célèbre, était encore
-à s’en apercevoir.</p>
-
-<p>Soit dans son hôtel de la rue de Richelieu<a name="FNanchor_372" id="FNanchor_372" href="#Footnote_372" class="fnanchor">[372]</a> qui
-faisait face à la Bibliothèque du roi, soit dans la
-belle maison de Passy que lui avaient louée les héritiers
-du financier Samuel Bernard, le fermier général
-Le Riche de La Pouplinière, amateur éclairé des
-lettres et des arts, Mécène fastueux et magnifique,
-s’estimait très honoré des témoignages d’amitié que
-lui prodiguait un des plus grands seigneurs de la
-Cour<a name="FNanchor_373" id="FNanchor_373" href="#Footnote_373" class="fnanchor">[373]</a>. Sa maîtresse, qu’il avait épousée, et qui était
-<span class="pagenum" id="Page_241">[p. 241]</span>
-fille de la comédienne Mimi Dancourt, n’était pas
-moins fière de se voir adulée et courtisée par un
-homme, encore la coqueluche des marquises et des
-duchesses, un Richelieu qu’avaient su conquérir
-ses yeux noirs, si brillants, où le pinceau de La Tour
-a saisi et fixé comme un nuage de langueur. C’était une
-brune, à la fois impétueuse et romanesque, qui se
-plaisait à courir par les halliers, les cheveux au vent,
-habillée en Diane chasseresse.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_372" id="Footnote_372" href="#FNanchor_372"><span class="label">[372]</span></a>
-Actuellement le n<sup>o</sup> 59 de la rue (<span class="smcap">Cucuel</span>: <i>La Pouplinière</i>, 1913).</p>
-
-<p><a name="Footnote_373" id="Footnote_373" href="#FNanchor_373"><span class="label">[373]</span></a>
-D’après <span class="smcap">Montbarey</span> (<i>Mémoires</i>, t.&nbsp;I, p.&nbsp;107) c’était l’ardent
-désir qu’avait La Pouplinière de faire représenter ses œuvres, qui
-l’avait incité à solliciter l’intimité de Richelieu, «plus dangereux
-par sa réputation que par ses qualités personnelles».</p>
-</div>
-
-<p>Les fréquentes apparitions du premier gentilhomme
-de la Chambre chez le fermier général, avant
-le départ pour l’armée ou après le retour du Languedoc,
-pouvaient s’expliquer par le soin minutieux
-qu’apportait le courtisan, soucieux de remplir
-les devoirs de sa charge, à se tenir au courant
-des hommes et des choses de théâtre, auxquels La
-Pouplinière, tout le premier, prenait un si vif intérêt.</p>
-
-<p>C’est ainsi que Richelieu avait assisté aux concerts
-et aux représentations de Passy, qu’il en avait
-connu les fournisseurs et les interprètes. Le musicien
-Rameau était l’oracle de la maison: il «y faisait la
-pluie et le beau temps». Mais Richelieu supportait
-difficilement les sautes d’humeur de ce compositeur
-fantasque, qui lui avait déjà donné tant de
-tablature avec la <i>Princesse de Navarre</i>. Il témoignait,
-au contraire, d’une sympathie très marquée
-pour Jean-Jacques Rousseau, dont il avait voulu
-entendre, à Passy, les <i>Muses rivales</i>, un «opéra»
-qui l’avait enthousiasmé<a name="FNanchor_374" id="FNanchor_374" href="#Footnote_374" class="fnanchor">[374]</a>. Aussi, malgré que le
-<span class="pagenum" id="Page_242">[p. 242]</span>
-Génevois déplût fort à la capricieuse M<sup>me</sup> de La Pouplinière,
-Richelieu, confiant dans le «génie» de son
-nouveau protégé, lui avait-il proposé de remanier
-le livret et la partition de la <i>Princesse de Navarre</i>,
-devenue les <i>Fêtes de Ramire</i>, à défaut des deux auteurs
-occupés au <i>Temple de la Gloire</i>. Rousseau
-avait demandé son consentement à Voltaire<a name="FNanchor_375" id="FNanchor_375" href="#Footnote_375" class="fnanchor">[375]</a> qui
-le lui avait accordé dans les termes les plus flatteurs:
-il s’était dispensé de la même démarche auprès
-de Rameau, hostile et jaloux. Il toucha fort peu au
-poème, mais écrivit, entr’autres morceaux de musique,
-une ouverture et un récitatif «bien accentué,
-plein d’énergie et surtout excellemment modulé»<a name="FNanchor_376" id="FNanchor_376" href="#Footnote_376" class="fnanchor">[376]</a>.
-Lorsqu’il fit entendre la nouvelle partition chez
-le fermier général, la dame du logis, toujours prévenue
-contre le compositeur qui, d’ailleurs, manquait
-absolument de technique, se plaignit avec aigreur
-de cette «musique d’enterrement». A quoi
-Rousseau répliqua en montrant le premier vers du
-poème:</p>
-
-<p class="verseul"><i>O mort, viens terminer les malheurs de ma vie!</i></p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_374" id="Footnote_374" href="#FNanchor_374"><span class="label">[374]</span></a>
-Jean-Jacques <span class="smcap">Rousseau</span>: <i>Confessions</i> (édition Didot, 1844),
-partie II, livre 7, pp.&nbsp;313 et suiv.; <span class="smcap">Desnoiresterres</span>: <i>Vie de Voltaire</i>,
-t. III, p.&nbsp;41: «M. Rousseau, avait dit Richelieu à Jean-Jacques,
-voilà de l’harmonie qui transporte; je n’ai jamais rien entendu
-de plus beau, je veux faire donner cet ouvrage à Versailles.» Il est
-vrai que, le lendemain, Richelieu avait oublié ses promesses de la
-veille; c’était du moins M<sup>me</sup> de la Pouplinière qui l’avait déclaré à
-Jean-Jacques, alors que celui-ci prétend absolument le contraire:
-«M. le duc arriva peu après et me tint un tout autre langage».</p>
-
-<p><a name="Footnote_375" id="Footnote_375" href="#FNanchor_375"><span class="label">[375]</span></a>
-Cette lettre (en original ou en copie) se trouve, datée du 11 décembre
-1745, dans le t.&nbsp;VI (p. 54) des pièces manuscrites de ou sur
-Voltaire que possède la <i>Bibliothèque de la Ville de Paris</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_376" id="Footnote_376" href="#FNanchor_376"><span class="label">[376]</span></a>
-<span class="smcap">MM. Tiersot</span> (<i>J.-J. Rousseau Musicien</i>, pp.&nbsp;83-95) et <span class="smcap">Cucuel</span>
-(<i>La Pouplinière</i>, pp.&nbsp;120 et suiv.) ont élucidé ces diverses questions
-que les <i>Confessions</i> ont traitées de façon inexacte et peu intelligible.</p>
-</div>
-
-<p>Et Richelieu, qui ne laissait jamais échapper une
-<span class="pagenum" id="Page_243">[p. 243]</span>
-occasion de railler Voltaire, fit remarquer à M<sup>me</sup> de la
-Pouplinière que l’inspiration du compositeur répondait
-à l’indication du manuscrit. Sur ces entrefaites, il partait
-pour Dunkerque. Aussi, lorsque Jean-Jacques,
-qui l’ignorait, se rendit à l’hôtel du grand seigneur,
-trouva-t-il visage de bois, «perdant ainsi honneur
-et honoraires», d’autant que Rameau venait de retoucher
-la partition, sans y laisser subsister le nom
-de Rousseau: seul, celui de Voltaire parut sur le
-livret, le jour de la représentation.</p>
-
-<p>Mais, aux yeux des médisants et des envieux, le
-dilettantisme ne suffisait pas à justifier l’intimité,
-chaque jour plus étroite, entre Richelieu et ses
-hôtes. En admettant même que le duc, toujours
-enclin à se vanter de ses bonnes fortunes, fût resté
-absolument muet sur celle-ci, les deux amants avaient
-trop d’ennemis, déclarés ou secrets, pour que leur
-liaison ne devînt pas rapidement la fable de la Cour
-et de la Ville. M<sup>me</sup> de La Pouplinière<a name="FNanchor_377" id="FNanchor_377" href="#Footnote_377" class="fnanchor">[377]</a>, persuadée que
-la passion de Richelieu la pousserait dans le monde,
-commettait de graves imprudences, surtout celle
-d’indisposer ses entours par sa hauteur et ses frasques.
-Richelieu n’était pas plus sage. Cassant, autoritaire,
-entêté, il était aussi désagréable avec certaines
-gens, qu’il était charmant avec d’autres.
-C’est ainsi qu’en 1746, à l’occasion du second mariage
-du Dauphin, il s’était systématiquement opposé
-à l’exécution de ballets composés à cette intention
-par le poète Roy<a name="FNanchor_378" id="FNanchor_378" href="#Footnote_378" class="fnanchor">[378]</a>. Or, cet auteur, qui ne
-<span class="pagenum" id="Page_244">[p. 244]</span>
-manquait pas de talent, était foncièrement vindicatif;
-et sa bile se déversait volontiers en <i>calotes</i>,
-sortes d’épîtres versifiées, satiriques et burlesques,
-qui, depuis nombre d’années, avaient le privilège
-d’amuser à souhait la malignité parisienne.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_377" id="Footnote_377" href="#FNanchor_377"><span class="label">[377]</span></a>
-M<sup>me</sup> de la Pouplinière, dit M. Cucuel (<i>La Pouplinière</i>, p.&nbsp;154)
-avait résisté plus d’un an aux obsessions galantes de Richelieu.</p>
-
-<p><a name="Footnote_378" id="Footnote_378" href="#FNanchor_378"><span class="label">[378]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;VII, p.&nbsp;256.—Naturellement Richelieu
-lui avait préféré Voltaire.</p>
-</div>
-
-<p>Le poète, qui «donnait une calote» à sa victime,
-la lui offrait sous forme de brevet. A ce titre, Roy
-terminait ainsi le mauvais compliment qu’il adressait
-à La Pouplinière, car il avait trop peur du
-bâton pour s’attaquer directement à Richelieu:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">«Lui permettons, sous les auspices</div>
- <div class="vers8">D’un duc, autrefois ses délices,</div>
- <div class="vers8">Et le favori de l’Amour,</div>
- <div class="vers8">Si méchants que soient ses ouvrages,</div>
- <div class="vers8">De leur faire avoir les suffrages,</div>
- <div class="vers8">Et de la Ville et de la Cour<a name="FNanchor_379" id="FNanchor_379" href="#Footnote_379" class="fnanchor">[379]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_379" id="Footnote_379" href="#FNanchor_379"><span class="label">[379]</span></a>
-<i>Mémoires pour servir à l’histoire de la Calote</i> (1754), sixième partie,
-pp.&nbsp;139 et suiv.—<i>Mélanges</i> de <span class="smcap">Boisjourdain</span>, t.&nbsp;III, p.&nbsp;121 (1746).</p>
-</div>
-
-<p>La Pouplinière se piquait, en effet, d’écrire, il
-avait des ambitions littéraires; et Richelieu était
-un académicien, très influent et très remuant, alors
-que Roy n’avait aucune chance de figurer jamais
-au nombre des Immortels.</p>
-
-<p>Voltaire s’était indigné de cette «infâme calote»,—le
-«prix des fêtes» données par les La Pouplinière—dont
-les traits acérés ricochaient sur son
-«héros», retenu à Dresde par son ambassade:</p>
-
-<p>«Ne faudrait-il pas pendre, lui écrivait-il, le
-24 décembre 1746, les coquins qui infectent le public
-de ces poisons? Mais le poète Roy aura quelque
-pension, s’il ne meurt pas de la lèpre dont son âme
-est plus attaquée que son corps.»</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_245">[p. 245]</span>
-Or, ce «coquin» de Roy, quand il parlait de ce
-duc, «autrefois les délices» du financier «et le favori
-de l’Amour», rappelait, à mots couverts, (toujours
-la peur du bâton!) le scandale qui venait
-d’éclater, six mois plus tôt, chez le fermier général,
-dans son hôtel de la rue de Richelieu.</p>
-
-<p>Depuis longtemps, des lettres anonymes, prévenant
-charitablement le mari de son infortune conjugale,
-pleuvaient à la maison de Paris et à la villa
-de Passy. Mais La Pouplinière haussait les épaules:
-il avait une telle confiance dans sa femme et dans son
-ami! Cependant, les informations devenant chaque
-jour plus précises, il avait fini par prêter l’oreille à la
-dénonciation verbale d’un familier, peut-être d’une
-femme dont la jalousie avait éveillé la vigilance<a name="FNanchor_380" id="FNanchor_380" href="#Footnote_380" class="fnanchor">[380]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_380" id="Footnote_380" href="#FNanchor_380"><span class="label">[380]</span></a>
-Nous avons emprunté tous les détails de la scène violente qui
-va suivre à une lettre inédite que nous avons découverte dans un
-manuscrit de la Bibliothèque Nationale (fonds français 13703, p.&nbsp;95).
-Cette lettre était adressée, le 6 mai 1746, à M<sup>me</sup> de Souscarrière, au
-château de Breuilpont, par Bachaumont, qui l’appelle «sa chère
-gouvernante».</p>
-</div>
-
-<p>Il fallait que sa quiétude ordinaire fût singulièrement
-ébranlée, car, dans un premier mouvement de dépit,
-il commença par défendre à sa femme de recevoir et
-même de voir Richelieu. Puis il la fit surveiller en
-secret; et, le 22 avril 1746, il apprenait qu’elle
-était allée rendre visite au galant «en petite maison».
-Elle rentra pour le souper: elle avait du monde
-ce soir-là. Son mari se montra d’assez méchante
-humeur; mais il était coutumier du fait; et personne
-ne parut s’en apercevoir.</p>
-
-<p>Mais quand le dernier convive fut parti, La Pouplinière
-s’élança sur sa femme; et, la jetant d’un
-soufflet à terre, il la trépigna si rudement sur le
-<span class="pagenum" id="Page_246">[p. 246]</span>
-corps, et plus encore à la tête, qu’il fallut «la saigner
-trois fois le lendemain et deux autres fois
-vingt-quatre heures après<a name="FNanchor_381" id="FNanchor_381" href="#Footnote_381" class="fnanchor">[381]</a>». Il fut même «question
-de la trépaner».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_381" id="Footnote_381" href="#FNanchor_381"><span class="label">[381]</span></a>
-M. Campardon établit, dans <i>La Cheminée de M<sup>me</sup> de la Pouplinière</i>,
-d’après des documents d’Archives, qu’en avril 1746, la
-jeune femme avait mandé à son hôtel un Commissaire du Châtelet,
-pour lui faire constater sur elle des contusions et des blessures, suites
-des voies de fait qu’elle attribuait à la brutalité maritale; mais elle
-ne donnait pas le motif de tels sévices.</p>
-</div>
-
-<p>Chez La Pouplinière, la vanité de l’homme était
-plus atteinte encore que l’honneur du mari. Lui qui
-tirait argument de la tenue, plutôt «négligée» de la
-femme, pour conclure à la fidélité de l’épouse et qui
-brocardait volontiers les maris malheureux, artisans
-de leur propre infortune, parce qu’ils ne «savaient
-pas être les maîtres chez eux», il allait donc
-prendre place, à son tour, dans cette légendaire confrérie.</p>
-
-<p>Avant de rouer de coups M<sup>me</sup> de La Pouplinière, il
-avait giflé une «amie et confidente» de sa femme, qui
-l’avait ramenée de son expédition amoureuse et qui
-«n’avait pas demandé son reste», pour aller prévenir
-de ce fâcheux dénouement Richelieu; et celui-ci
-avait tout aussitôt dépêché au jaloux la duchesse
-de Boufflers, afin «de l’adoucir et de lui faire en
-même temps des remontrances!!» La démarche était
-quelque peu osée. Et La Pouplinière déclara à la
-grande dame, comme il l’avait déjà «dit et redit»
-à ses entours, que «dans quarante jours, lorsque sa
-femme serait guérie, il lui en ferait tout autant.»</p>
-
-<p>Entre temps Richelieu avait dû partir pour l’armée.
-Il avait quitté Paris dans «un état» voisin du
-«désespoir». Ses amis disaient que sa passion pour
-<span class="pagenum" id="Page_247">[p. 247]</span>
-«la pauvre battue» était la seule «sérieuse» qu’il
-avait jamais eue de sa vie; et M<sup>me</sup> de La Pouplinière
-l’aimait de même, «malgré les rides qui couvrent
-le visage de Richelieu et le dessèchement de
-tout son corps qui lui fait paraître soixante-dix
-ans».</p>
-
-<p>Néanmoins, cet intrépide amoureux n’entendit pas
-renoncer à sa brillante conquête, mais il jugea prudent
-de s’assurer un asile discret, inconnu de tous,
-qui abriterait ses amours, loin des regards curieux
-et des méchants propos. Se rappelant un bon tour
-de sa jeunesse, qui lui avait permis de voir M<sup>lle</sup> de
-Valois, à l’insu même de la gouvernante de cette
-princesse, le duc fit louer, moyennant 2.400 livres,
-une maison contiguë à l’hôtel que La Pouplinière
-occupait rue Richelieu; et bientôt une communication
-s’établissait entre les deux immeubles, par la
-plaque d’une cheminée, qui s’ouvrait, comme une
-porte, d’une chambre de M<sup>me</sup> de la Pouplinière sur
-l’appartement voisin. Collé indique dans son <i>Journal</i><a name="FNanchor_382" id="FNanchor_382" href="#Footnote_382" class="fnanchor">[382]</a>
-la disposition du mécanisme: du côté Richelieu,
-«la plaque était couverte par une glace posée sur la
-cheminée plus basse de quatre pieds que la cheminée»;
-côté La Pouplinière «cette glace s’ouvrait
-à secret».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_382" id="Footnote_382" href="#FNanchor_382"><span class="label">[382]</span></a>
-<span class="smcap">Collé</span>: <i>Journal</i> (1868, 3 vol.), t.&nbsp;I, pp.&nbsp;25 et suiv. novembre
-1748.—C’était un certain Berger (le directeur de l’Opéra?),
-qui avait loué nominativement la maison.—Voir dans l’opuscule
-de Campardon, les détails sur le percement du mur, le procès avec
-les propriétaires, etc...</p>
-</div>
-
-<p>Les visites de l’amant étaient fatalement intermittentes:
-la nécessité de sa présence à Versailles
-ou à Choisy, ses obligations comme soldat, comme
-<span class="pagenum" id="Page_248">[p. 248]</span>
-gouverneur de province, comme ambassadeur et,
-faut-il le dire, le souci d’autres intrigues amoureuses
-éloignaient cet homme si occupé, et cependant
-toujours infatigable, d’une maîtresse qui l’adorait.
-M<sup>me</sup> de La Pouplinière, impatiente de tant
-d’obstacles, cherchait à tromper les ennuis de l’attente,
-ou les tristesses de l’absence, par de longues
-lettres à l’adresse du bien-aimé, lettres où la passion
-la plus vive et, apparemment la plus sincère,
-éclate en ces menus et jolis détails, en ces tendres
-et délicats aveux, en cet exquis déshabillé du style
-qu’on rencontre parfois chez les épistolières du
-<span class="smcap">XVIII<sup>e</sup></span> siècle. La correspondance de M<sup>me</sup> de La Pouplinière—un
-modèle du genre—est quelque peu
-éparpillée, mais elle est presque toujours intéressante,
-comme tranche (qu’on nous passe le réalisme
-de l’expression) de cœur féminin. Les lettres dont
-nous publions ici quelques passages, furent écrites
-pendant que Richelieu était retenu en Italie par le
-siège de Gênes:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>... «Je crains que mes lettres volumineuses ne vous
-aient ennuyé; vous me dites qu’elles font votre bonheur,
-mais cela est si faible, si peu répété, détaillé;
-vous ne répondez qu’à des articles dont je ne me
-soucie guère, et que je vous ai plutôt mandés pour
-avoir une coupure à faire. C’est mon seul plaisir de
-vous écrire, de penser que vous me lirez, que je suis
-dans vos mains, que je vous occupe de moi forcément
-pendant une heure, sauf les distractions, mais
-aussi vous me lisez; cela seul me ferait copier des
-gazettes, si je ne pouvais vous écrire autre chose;
-et l’extrême confiance que j’ai en vous me fait vous
-écrire jusqu’à des bêtises... Ainsi, mon cœur, que
-<span class="pagenum" id="Page_249">[p. 249]</span>
-mes nouvelles, mes projets, même mes craintes ne
-vous fassent aucune impression que comme des
-rêveries de mon imagination...</p>
-
-<p>... «Je vous aime, mon cœur, à la folie: il n’y a
-rien que je n’entreprisse pour vous le prouver et en
-mériter autant de vous... Et je vous désire avec une
-violence, que, si je devais vous voir ce soir, cela me
-paraîtrait un siècle, fussiez-vous de l’autre côté de
-la bergère...</p>
-
-<p>... «De tous les gens que j’ai vus depuis que vous
-êtes parti, aucun ne m’a fait autant de plaisir que
-Guimont... Il m’intéresse beaucoup: il va vous revoir,
-vous parler, vivre avec vous dans cette familiarité
-que je désirerais tant, être au chevet de votre
-lit, à votre toilette, à l’Opéra, à dîner, à la guerre,
-à des fêtes, seule avec vous<a name="FNanchor_383" id="FNanchor_383" href="#Footnote_383" class="fnanchor">[383]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_383" id="Footnote_383" href="#FNanchor_383"><span class="label">[383]</span></a>
-<i>Bulletin du Bibliophile</i>, année 1882, pp.&nbsp;419 et suiv.</p>
-</div>
-
-<p>On voit, dès les premières notes de cet hosanna
-d’amour, que Richelieu en usait avec M<sup>me</sup> de la Pouplinière,
-ainsi qu’il en avait l’habitude avec ses
-autres maîtresses. Le commencement de ses lettres
-est comme une caresse, mais qui dure si peu! L’amant
-cède bientôt la place au courtisan, avide des nouvelles
-d’un pays vers lequel tendent toutes ses ambitions,
-ou tous ses regrets.</p>
-
-<p>La fin de ces fragments signale l’entrée en scène d’un
-nouveau personnage qui ne mérite guère un tel honneur.
-Guimont était un cousin germain de M<sup>me</sup> de Pompadour,
-à qui le crédit de la favorite avait valu d’être
-envoyé à Gênes, comme représentant de la France,
-et que son incapacité en fit rappeler. Il y fut en conflit
-avec Richelieu. Avait-il reçu pour mission
-<span class="pagenum" id="Page_250">[p. 250]</span>
-secrète de le surveiller? Toujours est-il qu’après avoir
-accepté un rôle, comme chanteur, dans un «bel
-opéra», monté par Richelieu à Gênes, opéra qui devait
-coûter 50.000 livres, Guimont se retira sous sa
-tente, prenant parti pour une cabale féminine, dont
-le moindre grief contre le général en chef était d’entretenir
-un sérail de Gênoises<a name="FNanchor_384" id="FNanchor_384" href="#Footnote_384" class="fnanchor">[384]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_384" id="Footnote_384" href="#FNanchor_384"><span class="label">[384]</span></a>
-<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;V, pp.&nbsp;281 et suiv. (nov. 1748).</p>
-</div>
-
-<p>Pendant qu’il faisait ainsi «la guerre en dentelles»,
-Richelieu ne se doutait guère de l’orage
-qui éclatait sur la tête de son amie.</p>
-
-<p>La Pouplinière, toujours jaloux, toujours sur le
-qui-vive, épiant les moindres démarches de sa
-femme, avait conscience qu’il était trompé et ne
-pouvait prendre les coupables sur le fait. En vain la
-trahison d’une camériste de M<sup>me</sup> de la Pouplinière,
-à qui Richelieu avait négligé de régler la pension
-viagère qu’il lui avait promise<a name="FNanchor_385" id="FNanchor_385" href="#Footnote_385" class="fnanchor">[385]</a>, avait révélé au
-mari les apparitions soudaines de l’amant chez sa
-maîtresse. Et le fermier général, exaspéré, se demandait
-comment le bourreau de son honneur parvenait
-à pénétrer dans son hôtel, sans que personne s’en
-aperçût. Enfin, un jour (le 28 novembre 1748), pendant
-que M<sup>me</sup> de la Pouplinière assistait à une revue
-des uhlans du Maréchal de Saxe, passée dans la
-plaine des Sablons par leur commandant, le financier
-se décida à fouiller minutieusement l’appartement
-de sa femme, en compagnie de son avocat Balot
-et du fameux physicien Vaucanson<a name="FNanchor_386" id="FNanchor_386" href="#Footnote_386" class="fnanchor">[386]</a>. Les deux
-maisons étant contiguës, il fallait, de toute nécessité,
-<span class="pagenum" id="Page_251">[p. 251]</span>
-que Richelieu traversât, en quelque sorte, le
-mur mitoyen pour accéder à la chambre de sa maîtresse.
-Mais par quel passage?</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_385" id="Footnote_385" href="#FNanchor_385"><span class="label">[385]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span>, IV, 327.</p>
-
-<p><a name="Footnote_386" id="Footnote_386" href="#FNanchor_386"><span class="label">[386]</span></a>
-<span class="smcap">Marmontel</span>: <i>Mémoires</i> (édition M. Tourneux), t.&nbsp;I, p.&nbsp;237.—Marmontel
-était un familier du fermier général.</p>
-</div>
-
-<p>Les investigateurs procédèrent par déduction (la
-méthode, comme on voit, n’est pas nouvelle), et
-leurs perquisitions les amenèrent devant la plaque
-de cheminée, qui, sous la canne de Vaucanson,
-sonna le creux. Le physicien, s’approchant pour
-mieux examiner, put constater que «la plaque était
-à charnière et que la jointure en était presque imperceptible».</p>
-
-<p>—«Ah! le bel ouvrage! s’écria-t-il avec admiration<a name="FNanchor_387" id="FNanchor_387" href="#Footnote_387" class="fnanchor">[387]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_387" id="Footnote_387" href="#FNanchor_387"><span class="label">[387]</span></a>
-<span class="smcap">Marmontel</span>: <i>Mémoires</i>, t.&nbsp;I, p.&nbsp;237.</p>
-</div>
-
-<p>Avisée aussitôt, M<sup>me</sup> de la Pouplinière était retournée,
-en toute hâte, à l’hôtel, accompagnée des
-Maréchaux de Saxe et de Löwendahl<a name="FNanchor_388" id="FNanchor_388" href="#Footnote_388" class="fnanchor">[388]</a>. Mais elle
-eut beau supplier, vainement ses deux amis intercédèrent
-pour elle, le financier resta inflexible; il
-refusa de recevoir sa femme; il s’engageait simplement
-à lui servir une pension de 8.000 livres.
-Alors M<sup>me</sup> de la Pouplinière voulut donner l’explication
-de la plaque... tournante:</p>
-
-<p>—«C’était pour me sauver de vos fureurs!</p>
-
-<p>—«Allons donc! la glace s’ouvrait du côté de
-l’autre maison! Et puis vous ai-je jamais donné
-une chiquenaude?</p>
-
-<p>—«Voyons! Monsieur, il faut en finir; embrassons-nous;
-aussi bien je suis exténuée de fatigue
-et de faim.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_252">[p. 252]</span>
-—«Pas du tout, je ne veux plus vivre, ni manger
-avec vous.</p>
-
-<p>—«Où irai-je?</p>
-
-<p>—«Eh! chez M. le Maréchal, si bon vous semble
-et s’il le veut<a name="FNanchor_389" id="FNanchor_389" href="#Footnote_389" class="fnanchor">[389]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_388" id="Footnote_388" href="#FNanchor_388"><span class="label">[388]</span></a>
-La plainte de M<sup>me</sup> de la Pouplinière (nov. et déc. 1748) ne signale,
-comme témoin des outrages qu’elle subit de son mari, que le
-Maréchal de Saxe.</p>
-
-<p><a name="Footnote_389" id="Footnote_389" href="#FNanchor_389"><span class="label">[389]</span></a>
-<span class="smcap">Collé</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;I, pp.&nbsp;25-26.</p>
-</div>
-
-<p>On sait le dénouement de cette scène de ménage.</p>
-
-<p>Les 28 novembre et 12 décembre, M<sup>me</sup> de la Pouplinière
-déposait deux nouvelles plaintes contre son
-mari qui «la calomniait, l’expulsait de sa maison
-et la laissait dans un dénuement absolu<a name="FNanchor_390" id="FNanchor_390" href="#Footnote_390" class="fnanchor">[390]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_390" id="Footnote_390" href="#FNanchor_390"><span class="label">[390]</span></a>
-<span class="smcap">Campardon</span>: <i>La Cheminée de M<sup>me</sup> de la Pouplinière</i> (Charavay),
-p.&nbsp;120.</p>
-</div>
-
-<p>Elle avait pris un appartement rue Ventadour;
-et ce fut, sur la menace d’être dépossédé de son privilège
-de fermier général<a name="FNanchor_391" id="FNanchor_391" href="#Footnote_391" class="fnanchor">[391]</a>, que son mari se décida,
-en novembre 1749, à lui assurer sa pension de
-8.000 livres. Elle avait déjà un viager de 4.000, et
-Richelieu lui avait servi une rente mensuelle de
-1.200 livres<a name="FNanchor_392" id="FNanchor_392" href="#Footnote_392" class="fnanchor">[392]</a>, en attendant que La Pouplinière tînt
-ses engagements.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_391" id="Footnote_391" href="#FNanchor_391"><span class="label">[391]</span></a>
-<i>Revue de Paris</i> (15 mars 1912), article <span class="smcap">Cucuel</span>.—<i>Mémoires</i>
-<span class="smcap">d’Argenson</span>, t.&nbsp;VI, p.&nbsp;73.—Collection Leber à Rouen.</p>
-
-<p><a name="Footnote_392" id="Footnote_392" href="#FNanchor_392"><span class="label">[392]</span></a>
-<i>Mémoires</i> <span class="smcap">d’Argenson</span>, t.&nbsp;VI, p.&nbsp;73.—Tant qu’elle vécut,
-elle fut soignée par le chirurgien de Richelieu, «lequel n’a cessé de
-la voir jusqu’à son dernier moment».</p>
-</div>
-
-<p>Elle mourut, en 1752, des suites d’un cancer au
-sein. Elle l’attribuait aux mauvais traitements de
-son mari. Déjà, en janvier 1748, dans une lettre à
-Richelieu, elle s’inquiétait de glandes devenant
-chaque jour plus volumineuses et plus douloureuses.
-On a prêté ce propos à son amant (et Casanova le
-répète) qu’elle avait imaginé une affection cancéreuse,
-pour apitoyer sur son sort le fermier général
-<span class="pagenum" id="Page_253">[p. 253]</span>
-et le pousser à une réconciliation, dont il eut grand’peine
-à se défendre<a name="FNanchor_393" id="FNanchor_393" href="#Footnote_393" class="fnanchor">[393]</a>. Supposition qui nous paraît
-toute gratuite; car comment admettre, si ce cancer
-n’avait pas existé réellement, que Richelieu eût
-continué, jusqu’à la mort de la malheureuse, la comédie
-de l’envoyer panser par son chirurgien?</p>
-
-<p>M<sup>me</sup> de Pompadour avait été, la première, à encourager
-des commérages et des médisances qui jetaient
-un fâcheux vernis sur le duc de Richelieu<a name="FNanchor_394" id="FNanchor_394" href="#Footnote_394" class="fnanchor">[394]</a>.
-Quand ces bavardages devinrent un bel et bon scandale,
-confirmé par des constatations indéniables,
-elle applaudit à toutes les manifestations satiriques
-destinées à lui donner un plus rapide et plus large
-essor. On fit circuler cet <i>Avis au public</i> qui ne semble
-pas avoir été poursuivi bien sévèrement par la police:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">Messieurs, vous êtes avertis</div>
- <div class="vers8">Qu’on fait fabriquer dans Paris,</div>
- <div class="vers8">En perçant la maison voisine,</div>
- <div class="vers8">Fond de cheminée à ressorts,</div>
- <div class="vers8">Où l’amant peut passer le corps,</div>
- <div class="vers8">Sans que personne le devine.</div>
- <div class="vers8">On pourra voir cette machine</div>
- <div class="vers8">Chez certain fermier général,</div>
- <div class="vers8">Chez Madame La Pouplinière,</div>
- <div class="vers8">Qui s’en est servi la première.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_393" id="Footnote_393" href="#FNanchor_393"><span class="label">[393]</span></a>
-<a name="Footnote_394" id="Footnote_394" href="#FNanchor_394"><span class="label">[394]</span></a>
-Article <span class="smcap">Cucuel</span> dans <i>La Revue de Paris</i>.—<span class="smcap">Bibliothèque
-de l’Arsenal</span>. <i>Archives de la Bastille</i> 11774. (Gazette inédite de
-Bousquet de Colomiers, 21 septembre 1752): «Il n’a tenu à rien que
-M. le Maréchal de Richelieu n’ait réuni M. et M<sup>me</sup> de la Pouplinière.»</p>
-</div>
-
-<p>Puis, le 31 décembre, les camelots parisiens proposaient,
-comme une actualité d’étrennes, le jouet
-du jour, «des petites cheminées en carton, avec une
-<span class="pagenum" id="Page_254">[p. 254]</span>
-plaque qui s’ouvrait, derrière laquelle on voyait un
-homme et une femme qui se guettaient<a name="FNanchor_395" id="FNanchor_395" href="#Footnote_395" class="fnanchor">[395]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_395" id="Footnote_395" href="#FNanchor_395"><span class="label">[395]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span>, t.&nbsp;IV, p.&nbsp;336.</p>
-</div>
-
-<p>Enfin, s’inspirant de cette nouveauté qui fit fureur,
-la Marquise avait commandé, pour mieux
-ridiculiser son ennemi<a name="FNanchor_396" id="FNanchor_396" href="#Footnote_396" class="fnanchor">[396]</a> par une création moins
-éphémère, «un modèle de cheminée tournante en
-bois d’acajou, d’environ deux pieds, avec la plaque
-en cuivre», appelée à figurer un jour dans le <i>Catalogue
-des objets d’art du marquis de Marigny</i>, frère
-de la favorite.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_396" id="Footnote_396" href="#FNanchor_396"><span class="label">[396]</span></a>
-Une raison qui, paraît-il, avait motivé plus que toute autre,
-l’intervention, aussi haineuse que persistante de la Marquise, c’était,
-d’après la Correspondance de Grimm, que Richelieu avait eu l’intention
-de donner sa maîtresse à Louis&nbsp;XV. Aussi, prétend toujours
-le gazetier, M<sup>me</sup> de Pompadour avait-elle écrit à M<sup>me</sup> de la Pouplinière,
-pour la menacer de sa vengeance, si elle continuait à vouloir
-plaire au roi. D’après une autre version, ce fut la seconde femme
-de La Pouplinière qui eut cette prétention et s’attira ainsi les
-foudres de la favorite.</p>
-</div>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_255">
-
-<h2>CHAPITRE XXI</h2>
-
-<p class="smm"><i>Richelieu a trop l’amour du théâtre et la servitude de l’étiquette
-pour ne pas entrer en conflit avec M<sup>me</sup> de Pompadour. — Disgrâce
-de Maurepas; son quatrain; l’attitude
-de Richelieu. — De dépit de n’être pas premier ministre,
-Richelieu part pour le Languedoc. — Spectacles de
-la Cour pendant son absence. — Correspondance de Voltaire,
-autre mécontent, avec Richelieu. — Retour du Maréchal,
-plus aigri que jamais, à Versailles: ses propos de
-frondeur.</i></p>
-
-<p>D’Argenson, qui suit si minutieusement l’agitation
-incessante de la Cour, qu’il semble avoir l’œil
-armé d’une loupe pour ne pas perdre un seul des
-mouvements de ces infiniment petits, D’Argenson
-s’égare parfois dans le dédale de leurs manœuvres et
-finit même par y fourvoyer sa psychologie. Cependant,
-sa perspicacité n’est pas en défaut, quand elle
-note que «Richelieu est trop attaché à la bagatelle du
-théâtre et des ballets». Et, de fait, si, sur ce terrain,
-le Maréchal a souvent pour lui le droit, la justice et
-la raison, il n’a pas toujours le sens de l’opportunité.
-En multipliant des spectacles dont elle revendique
-l’initiative, la Marquise poursuit une politique personnelle.
-Atteinte d’un mal qui la mine sourdement,
-la fait maigrir à vue d’œil et «venir à rien», M<sup>me</sup> de
-Pompadour s’est rendu compte qu’elle ne peut répondre
-qu’insuffisamment aux exigences sensuelles
-du roi; aussi s’est-elle efforcée à le retenir auprès d’elle
-par la piquante nouveauté de divertissements inédits.
-Et voici qu’un homme lui contrecarre son plan
-<span class="pagenum" id="Page_256">[p. 256]</span>
-de campagne, au nom des lois de l’étiquette, quand
-il lui eût été si facile de ne pas assister à des représentations
-qui offusquent son amour-propre.</p>
-
-<p>C’est alors que le roi pose à ce gêneur la fameuse
-question, si fort commentée par ses entours:</p>
-
-<p>—«Combien de fois êtes-vous allé à la Bastille,
-Monsieur le Maréchal?</p>
-
-<p>—«Trois fois, Sire.»</p>
-
-<p>Peu de jours après, le cœur gros de rancune, Richelieu
-dansait, trépignait, faisait vacarme, à la
-Muette, dans sa chambre au-dessus de l’appartement
-de la Marquise. Mais il est trop fin pour ne pas
-se rendre compte qu’il «n’a rien à gagner à se buter
-contre la maîtresse du roi». Louis&nbsp;XV peut l’appeler
-«son cher Richelieu», l’emmener pendant des
-heures dans son carrosse, prendre son avis sur toutes
-choses, ce favori, que hante le rêve de la première
-place dans l’État, doit se résigner, s’il veut l’atteindre, à
-ne plus rester en guerre ouverte avec la favorite<a name="FNanchor_397" id="FNanchor_397" href="#Footnote_397" class="fnanchor">[397]</a>.
-Sans doute, pour le principe (car il faut sauvegarder
-les droits du protocole; et Richelieu, hier encore,
-avait à lutter contre les prétentions subversives du
-prince de Conti), ce sera toujours lui qui disposera
-des musiciens et autres gagistes de la Chambre, qui
-leur donnera des ordres ainsi libellés: «Un tel se
-rendra à telle heure pour jouer à l’Opéra de Madame
-de Pompadour.» Mais les deux théâtres, montés
-par le duc de la Vallière, n’en subsisteront pas
-moins: pendant les représentations, l’ami de la Marquise
-se tiendra derrière le fauteuil du roi pour recevoir
-les ordres du maître; et la blessure faite à
-<span class="pagenum" id="Page_257">[p. 257]</span>
-son amour-propre par l’algarade du premier gentilhomme
-se cicatrisera sous le Cordon bleu.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_397" id="Footnote_397" href="#FNanchor_397"><span class="label">[397]</span></a>
-<span class="smcap">D’Argenson</span>: <i>Mémoires</i>, t.&nbsp;V, pp.&nbsp;357 et suiv.</p>
-</div>
-
-<p>Ce qui influa peut-être encore le plus sur les résolutions
-de Richelieu, ce fut la disgrâce foudroyante
-de Maurepas; non pas, comme a pu le croire un instant
-le duc de Luynes<a name="FNanchor_398" id="FNanchor_398" href="#Footnote_398" class="fnanchor">[398]</a>, que ces deux mortels ennemis
-se fussent enfin réconciliés; mais tous deux
-suivaient des voies parallèles pour parvenir à
-débusquer l’adversaire commun; seulement, Richelieu
-apportait à ses attaques «tant d’art, tant d’esprit,
-tant de politesse et même de galanterie pour M<sup>me</sup> de
-Pompadour<a name="FNanchor_399" id="FNanchor_399" href="#Footnote_399" class="fnanchor">[399]</a>», que celle-ci hésitait encore, pour s’en
-débarrasser, sur le choix des moyens. Mais, Maurepas,
-cependant si courtois d’ordinaire, se montrait plutôt
-sec et dur avec la Marquise. Il avait le génie de l’épigramme,
-et comme on l’a si souvent répété à propos
-de gens d’esprit, il eût sacrifié son meilleur ami à un bon
-mot. Aussi bien, pour n’en pas perdre l’habitude, il se
-sacrifia lui-même. Il décocha donc, un jour, ce quatrain
-contre la maîtresse du roi qui, en offrant une touffe
-de roses blanches au Bien-Aimé, les avait laissé
-s’éparpiller à terre:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="vers8">Par vos façons nobles et franches,</div>
- <div class="vers8">Iris, vous enchantez nos cœurs.</div>
- <div class="vers8">Sur nos pas vous semez des fleurs,</div>
- <div class="vers8">Mais ce ne sont que des fleurs blanches<a name="FNanchor_400" id="FNanchor_400" href="#Footnote_400" class="fnanchor">[400]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_398" id="Footnote_398" href="#FNanchor_398"><span class="label">[398]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;X, p.&nbsp;117.</p>
-
-<p><a name="Footnote_399" id="Footnote_399" href="#FNanchor_399"><span class="label">[399]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, p.&nbsp;118.</p>
-
-<p><a name="Footnote_400" id="Footnote_400" href="#FNanchor_400"><span class="label">[400]</span></a>
-Maurepas qui cite le quatrain dans ses <i>Mémoires</i> (t. IV, p.&nbsp;265)
-se défend de l’avoir composé; il l’attribue même à Richelieu et
-l’accuse tout au moins de l’avoir répandu à la Cour et à la Ville, après
-l’avoir... oublié sur la cheminée du roi.</p>
-</div>
-
-<p>Maurepas ne pouvait pas offenser plus cruellement
-<span class="pagenum" id="Page_258">[p. 258]</span>
-sa victime. Il lui rappelait une infirmité qui
-l’éloignait souvent du roi et dont la continuité l’obligeait
-à chercher des distractions toujours nouvelles
-pour cet amant toujours blasé.</p>
-
-<p>L’ordre d’exil qui, vers la fin d’avril, envoyait à
-Bourges le ministre disgrâcié, frappa la Cour de stupeur;
-et Richelieu ne put échapper à cette impression,
-comme le note le <i>Journal</i> de Luynes, à la date
-du 25:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«A cette même heure de huit heures du matin,
-M. de Richelieu était au Parlement pour la réception
-de M. de Belle-Isle. Il arrivait du petit château
-où il avait couché. Un homme d’esprit que je connais
-beaucoup et de qui je tiens ceci, trouva au Parlement
-un de ses amis qui lui dit: Regardez bien
-M. de Richelieu: il a l’air d’un homme qui n’est pas
-à lui-même; je ne serais point étonné qu’il y eût
-quelque chose sur M. de Maurepas. L’homme qui
-m’a conté ce fait, est très véridique et sans ostentation...»</p>
-</div>
-
-<p>Assurément le Maréchal ne fut pas autrement
-attristé de la catastrophe; mais elle lui donna à
-réfléchir<a name="FNanchor_401" id="FNanchor_401" href="#Footnote_401" class="fnanchor">[401]</a>. Et d’Argenson signale le résultat de cette
-méditation d’un courtisan sur les vicissitudes de la
-bienveillance royale: «La réconciliation du favori
-avec la favorite est entière, cordiale, édifiante.»
-Mais celle-ci suspectait encore la sincérité de celui-là.
-Elle prétendait que Richelieu avait colporté
-l’épigramme incriminée. Et lui, quelques jours après,
-de s’écrier, devant l’insistance que M<sup>me</sup> de Pompadour
-<span class="pagenum" id="Page_259">[p. 259]</span>
-mettait à présenter le malencontreux quatrain
-comme la cause réelle de la chute de Maurepas:
-«Eh quoi! Madame, voulez-vous dire que le
-roi n’a chassé un ministre qu’à cause de ce qui vous
-était personnel et non à cause de sa mauvaise administration<a name="FNanchor_402" id="FNanchor_402" href="#Footnote_402" class="fnanchor">[402]</a>?»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_401" id="Footnote_401" href="#FNanchor_401"><span class="label">[401]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;X, p.&nbsp;117.—<i>Les Mémoires authentiques</i>
-de Richelieu qui consacrent tout un chapitre à la disgrâce du Comte
-d’Argenson, gardent le silence sur celle de Maurepas.</p>
-
-<p><a name="Footnote_402" id="Footnote_402" href="#FNanchor_402"><span class="label">[402]</span></a>
-<span class="smcap">D’Argenson</span>: <i>Mémoires</i>, t.&nbsp;V, p.&nbsp;457.</p>
-</div>
-
-<p>Il est certain que le secrétaire d’État au département
-de la marine avait assez mal rempli ses
-fonctions: sa légèreté n’avait d’égal que son scepticisme;
-et l’abandon, dans lequel il laissa les intérêts
-qui lui étaient confiés, ne fut pas étranger aux
-catastrophes navales qu’allait entraîner pour la
-France la guerre de Sept ans.</p>
-
-<p>Et Richelieu connaissait si bien son Maurepas
-qu’il avait rédigé à l’adresse du roi un mémoire où
-il dénonçait l’indignité de son ennemi. Pour être
-plus sûr de l’atteindre, il avait confié son factum à
-la Marquise, en la priant de le remettre au prince.
-Or, Louis&nbsp;XV n’aimait pas à voir des figures nouvelles
-dans ses conseils de Cabinet, et Maurepas
-raconte que le roi lui donna ce réquisitoire en le qualifiant
-de «libelle<a name="FNanchor_403" id="FNanchor_403" href="#Footnote_403" class="fnanchor">[403]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_403" id="Footnote_403" href="#FNanchor_403"><span class="label">[403]</span></a>
-Le «libelle» est inséré tout au long dans les <i>Mémoires</i> de <span class="smcap">Maurepas</span>,
-t. IV, pp.&nbsp;213-221.</p>
-</div>
-
-<p>Mais, lui aussi, Richelieu, est «taxé de grande
-étourderie<a name="FNanchor_404" id="FNanchor_404" href="#Footnote_404" class="fnanchor">[404]</a>»; et, malgré toutes les concessions qu’il
-a pu faire, il n’est pas encore parvenu au but de ses
-désirs, à ce poste de premier ministre dont «il se
-croit la capacité». L’année touche à sa fin; et dans
-l’espoir d’une nomination imminente, il retarde de
-jour en jour, d’heure en heure, son départ pour les
-<span class="pagenum" id="Page_260">[p. 260]</span>
-États<a name="FNanchor_405" id="FNanchor_405" href="#Footnote_405" class="fnanchor">[405]</a>. Enfin, il se décide, le 20 janvier 1750, à
-quitter Versailles. La stérilité de ses efforts l’a rendu
-maussade; et cependant il a hâte de regagner la
-Cour; il ne veut rester en Languedoc, afin d’y recevoir
-l’infante Antoinette, dont le passage est
-annoncé pour le mois de mars ou d’avril, que si on
-lui promet la Toison d’Or. En attendant, il est entré
-en conflit avec les États qui refusent l’impôt du
-vingtième, Richelieu n’ayant su leur donner l’assurance
-que la province conserverait ses privilèges;
-et on blâme sa conduite à la Cour parce qu’il a souffert
-les remontrances des États. Mais bientôt il a
-rompu avec eux: il l’écrit à Versailles et demande
-qu’on le rappelle; or les États lui donnent pleins pouvoirs
-pour terminer l’affaire du vingtième et des privilèges;
-car il est «aimé et adoré de toute la province»;
-et quand, de retour à Versailles, en avril,
-il reparaît, le lendemain, à Choisy, il se présente
-«tête haute» et fort bien accueilli par le roi<a name="FNanchor_406" id="FNanchor_406" href="#Footnote_406" class="fnanchor">[406]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_404" id="Footnote_404" href="#FNanchor_404"><span class="label">[404]</span></a>
-<span class="smcap">D’Argenson</span>: <i>Mémoires</i>, t.&nbsp;VI, p.&nbsp;86.</p>
-
-<p><a name="Footnote_405" id="Footnote_405" href="#FNanchor_405"><span class="label">[405]</span></a>
-<a name="Footnote_406" id="Footnote_406" href="#FNanchor_406"><span class="label">[406]</span></a>
-<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;VI, <i>passim</i>.</p>
-</div>
-
-<p>Pendant son absence, ses adversaires n’étaient
-pas restés inactifs. Huit jours après son départ, le
-théâtre de M<sup>me</sup> de Pompadour avait représenté le
-<i>Préjugé à la mode</i>, qui datait de 1735 et dans laquelle
-l’auteur La Chaussée montrait «un mari amoureux
-de sa femme, mais qui n’osait faire paraître ces sentiments,
-parce que l’amour conjugal est devenu un
-ridicule dans le monde<a name="FNanchor_407" id="FNanchor_407" href="#Footnote_407" class="fnanchor">[407]</a>...».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_407" id="Footnote_407" href="#FNanchor_407"><span class="label">[407]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;X, p.&nbsp;403.</p>
-</div>
-
-<p>«M. de Richelieu d’aujourd’hui, qui était le héros
-de son temps pour la galanterie, est, en quelque manière,
-ajoute le <i>Journal</i> de Luynes, le premier qui
-<span class="pagenum" id="Page_261">[p. 261]</span>
-ait donné occasion à cette comédie. Sa première
-femme (M<sup>lle</sup> de Sansac) n’était rien moins que jolie.
-Elle l’aimait, mais il ne pouvait la souffrir; et de là
-il s’est établi parmi la jeunesse brillante que c’était
-un ridicule d’aimer sa femme.</p>
-
-<p>«M. de Melun pensait différemment... Nous avons
-vu depuis M. de la Trémoïlle se conduire de même
-avec sa femme (une Bouillon) qu’il aimait passionnément.</p>
-
-<p>«Tous ces caractères différents ont été vraisemblablement
-le modèle de ceux que La Chaussée a peints
-dans cette comédie. Le ridicule que l’on y voit donner
-à l’amour conjugal a fait naître quelques réflexions
-sur la présence de la reine à un spectacle, où M<sup>me</sup> de
-Pompadour joue avec toutes les grâces et toute
-l’expression qu’on peut désirer.»</p>
-
-<p>C’était, en effet, une énorme bévue que d’avoir
-produit devant la reine le <i>Préjugé à la mode</i>; et la
-responsabilité pouvait en retomber sur Richelieu
-qui, même absent, était censé l’ordonnateur de ces
-représentations, en réalité dirigées par La Vallière.</p>
-
-<p>L’Histoire ne dit pas comment le Maréchal prit
-la chose. On remarqua seulement, à son retour, son
-étonnement peu dissimulé, lorsqu’il fut informé de
-la grande faveur dont jouissait le contrôleur général,
-Machault, un protégé de la Marquise. Mais on nota
-en même temps qu’il était plus poli et moins hautain:
-à peine «osait-il parler au roi en particulier»;
-encore le prince semblait-il se dérober à ces entretiens.
-Décidément (et c’est toujours d’Argenson
-qui enregistre ces échos de la Cour) «on ne trouvait
-plus rien au Maréchal de ce qui peut faire un ministre»
-(juillet 1750). Et Richelieu, de dépit, s’en
-<span class="pagenum" id="Page_262">[p. 262]</span>
-allait bouder, au mois d’octobre, dans son château
-de Touraine.</p>
-
-<p>Il était alors en correspondance avec un autre
-mécontent, Voltaire, qui lui avait écrit, dans le courant
-d’août, une lettre fort longue et fort importante
-pour sa biographie, lettre datée de Berlin, où
-il était l’hôte, choyé, de Frédéric dont il faisait le
-plus pompeux éloge. Louis&nbsp;XV et M<sup>me</sup> de Pompadour
-lui reprochaient vivement cette «désertion».
-Richelieu l’en avait avisé. Mais Voltaire estimait
-que l’indifférence du roi et de la Marquise à son
-égard justifiait «la clef d’or, la croix et la pension
-de 20.000 francs» qu’il avait acceptés de Frédéric,
-à la grande indignation de son «héros».
-Il rappelait à celui-ci toutes les persécutions qui
-l’avaient accueilli en France et qui l’avaient réduit
-à son exil volontaire, alors qu’il aurait voulu passer
-le reste de sa vie à Richelieu, auprès du maître de
-ce beau domaine. En 1736, le théatin Boyer l’avait
-forcé à se réfugier en Hollande, à cause de l’inoffensive
-plaisanterie du <i>Mondain</i>, badinage poétique que
-le garde des sceaux poursuivit avec le dernier acharnement,
-à l’instigation de cette «vieille mie» qu’on
-appelait le cardinal Fleury. Voltaire pouvait déjà
-se retirer en Prusse; mais il avait juré de ne jamais
-quitter M<sup>me</sup> du Châtelet, dont la mort seule l’avait
-séparé.</p>
-
-<p>Pendant qu’il était à Lunéville, le roi Stanislas
-avait composé le <i>Philosophe Chrétien</i>, et fait tenir
-le manuscrit à sa fille. La reine le lui retourna, en
-lui disant que c’était l’œuvre d’un athée, que Voltaire
-en était sans nul doute l’auteur et qu’il «pervertissait»,
-de concert avec M<sup>me</sup> du Châtelet, le
-<span class="pagenum" id="Page_263">[p. 263]</span>
-roi Stanislas, pour l’ «étourdir» sur sa liaison avec
-M<sup>me</sup> de Boufflers. Le Dauphin avait été fâcheusement
-impressionné, lui aussi, sur le compte de Voltaire;
-et les gens de lettres ne cessaient d’être hostiles
-au philosophe.</p>
-
-<p>Évidemment, dans cette interminable épître, le
-commensal du roi de Prusse semble atteint du délire
-de la persécution; c’est, d’ailleurs, une note que cet
-esprit, cependant si solide, fait volontiers entendre;
-mais, peut-être aussi, exagère-t-il, avec intention,
-son état de nervosité, pour prier Richelieu, et avec
-quelle insistance, de plaider sa cause auprès de
-M<sup>me</sup> de Pompadour. Lui qui a fait nommer Voltaire
-gentilhomme ordinaire et historiographe du roi,
-saurait représenter à la Marquise que les ennemis de
-son protégé sont les ennemis de la favorite; il lui
-dirait «tout l’attachement» de l’absent pour elle,
-et «qu’elle seule pourrait lui faire quitter le roi de
-Prusse».</p>
-
-<p>Comme on voit, Richelieu s’était bien gardé d’apprendre
-à Voltaire ses déceptions et ses rancœurs;
-lui répondit-il de ce château, que son correspondant
-eût si allègrement adopté pour Thébaïde,
-combien son intervention auprès de M<sup>me</sup> de Pompadour
-aurait peu de chances de succès? Mais un courtisan
-convient-il jamais de la baisse de son crédit?</p>
-
-<p>L’éloignement et la solitude ne parvinrent pas à
-cicatriser les plaies de cet orgueil ulcéré. Richelieu
-revint à Versailles, en janvier 1751, aussi aigri, aussi
-amer qu’il en était parti, et prit bientôt une attitude
-de frondeur. Le marin Mahé de la Bourdonnais,
-embastillé, comme prévaricateur, sur la dénonciation,
-inexacte, de Dupleix, venait de publier un Mémoire
-<span class="pagenum" id="Page_264">[p. 264]</span>
-pour se disculper des accusations portées contre
-lui. Richelieu, chez qui la sensibilité n’avait pas
-perdu tous ses droits, s’émut d’une telle injustice
-et s’emporta jusqu’à dire, devant Louis&nbsp;XV et devant
-la Marquise, qu’un de ces jours «cet accusé
-innocent commanderait une des escadres du roi».
-M<sup>me</sup> de Pompadour se montra fort irritée du propos;
-car elle était liée d’amitié avec les Dupleix et les
-Bacquencourt.</p>
-
-<p>A deux mois de là, Richelieu, dans un cercle d’environ
-quinze personnes, passait au crible de la critique
-le dernier traité d’Aix-la-Chapelle: c’était,
-prétendait-il, «un chef-d’œuvre de stupidité, s’il
-ne l’était de corruption<a name="FNanchor_408" id="FNanchor_408" href="#Footnote_408" class="fnanchor">[408]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_408" id="Footnote_408" href="#FNanchor_408"><span class="label">[408]</span></a>
-<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;VI, 30 mars 1751.—Tout le monde
-désirait la paix; et personne ne fut autrement satisfait de ce traité,
-devenu définitif le 18 octobre 1748, sauf peut-être la Hollande,
-qui râlait déjà sous l’étreinte implacable de Maurice de Saxe. Cette
-guerre avait mis en feu presque toute l’Europe; elle fut plus particulièrement
-sanglante et ruineuse pour la France qui n’en devait tirer
-aucun avantage.</p>
-</div>
-
-<p>Enfin, dans la nuit du 25 au 26 avril, en sortant
-de souper, il était venu, flanqué de Cury, l’intendant
-des Menus, faire abattre les six «petites loges
-à quatre places», récemment construites par les
-soins des Comédiens français «dans l’enfoncement de
-la première coulisse de chaque côté du théâtre».
-Le duc de Chartres les avait retenues, pour son
-usage personnel, à La Vallière. Mais Richelieu, toujours
-prévenu contre cet ami de la Marquise, qu’il
-accusait d’empiéter sans cesse sur ses fonctions,
-répliqua par le... coup de théâtre qui lui valut les
-brocards et les huées du public parisien. On l’affubla
-du sobriquet de Jacques Desloges; et le lendemain,
-<span class="pagenum" id="Page_265">[p. 265]</span>
-dans le foyer de la Comédie, Saint-Foix,
-cet auteur qui maniait l’épée aussi bien que la
-plume, déclarait le Maréchal de Richelieu plus diligent
-que le Maréchal de Löwendahl, car celui-ci
-n’avait enlevé Berg-op-Zoom qu’entre 4 et 5 heures
-du matin<a name="FNanchor_409" id="FNanchor_409" href="#Footnote_409" class="fnanchor">[409]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_409" id="Footnote_409" href="#FNanchor_409"><span class="label">[409]</span></a>
-<span class="smcap">Collé</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;I, pp.&nbsp;309 et suiv.</p>
-</div>
-
-<p>Collé, qui relate l’anecdote, en profite pour se
-plaindre, avec raison, mais dans la note acrimonieuse
-dont il est coutumier, de la tyrannie des premiers
-gentilshommes de la Chambre, dont la mission
-devrait uniquement se borner au service du roi
-et de la Cour.</p>
-
-<p>Louis&nbsp;XV lui-même eut à souffrir de la mauvaise
-humeur de son ami. La Dauphine venait de lui donner
-un petit-fils, le duc de Bourgogne. Richelieu
-s’abstint, non sans affectation, d’«en venir faire
-sa cour au roi<a name="FNanchor_410" id="FNanchor_410" href="#Footnote_410" class="fnanchor">[410]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_410" id="Footnote_410" href="#FNanchor_410"><span class="label">[410]</span></a>
-<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;VII, p.&nbsp;3, 4 octobre 1751.</p>
-</div>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_266">
-
-<h2>CHAPITRE XXII</h2>
-
-<p class="smm"><i>Voltaire entretient une correspondance plus suivie avec Richelieu:
-comment il félicite son «héros» de son esprit de tolérance. — Préoccupations
-de Richelieu en matière de théâtre. — M<sup>me</sup> Favart,
-le Maréchal de Saxe et le Maréchal de Richelieu. — Conflit
-avec l’archevêque de Paris. — Richelieu fréquente
-volontiers à l’Académie. — Un incident de séance. — Brouille
-passagère du Maréchal avec Voltaire. — <ins id="cor_13" title="Élec-lections">Élections</ins>
-académiques: nomination du Maréchal de Belle-Isle. — Réforme
-des statuts académiques. — Intervention
-de Louis&nbsp;XV contre Piron. — Difficultés de Richelieu
-avec l’abbé d’Olivet. — Roueries électorales.</i></p>
-
-<p>Par une coïncidence digne d’être notée, la correspondance,
-jusqu’alors très espacée, de Voltaire avec
-Richelieu, devient plus fréquente et plus suivie,
-depuis l’heure où le Maréchal, en froid avec la Cour,
-ne fait plus mystère à son adulateur de ses griefs
-contre elle. Mais, si nous avons les lettres que Voltaire
-adressait à son «héros», celles qu’il en recevait
-(et elles étaient encore assez nombreuses) ont disparu,
-comme tant d’autres documents précieux,
-des papiers du «Vieux Malade de Ferney». La perte
-est regrettable; car, bien qu’incorrecte et négligée,
-le peu de prose—non officielle—qu’on possède
-de Richelieu, n’est pas dépourvue d’intérêt, d’originalité,
-ni même d’esprit.</p>
-
-<p>Le Maréchal avait un fonds sérieux d’affection
-pour Voltaire, qui lui ressemblait (celui-ci l’a souvent
-écrit), «si fort en laid»; mais cette tendresse
-était agressive, à la façon de l’amitié de ces hommes
-<span class="pagenum" id="Page_267">[p. 267]</span>
-illustres qui caressaient leurs familiers en leur pinçant
-l’oreille jusqu’au sang. Voltaire se plaignait
-d’ordinaire doucement; mais parfois aussi la griffe
-léonine emportait le morceau; et la colère du blessé,
-s’exhalant dans le sein d’amis discrets, traitait le
-bourreau de «vieille poupée», sans préjudice d’autres
-aménités du même goût.</p>
-
-<p>Donc, à partir de 1751, et pendant vingt-cinq années
-consécutives, cette correspondance ne chômera
-pas, au moins du côté de Voltaire, correspondance
-trop souvent monotone, car le poète réclame
-perpétuellement de son grand ami qu’il fasse
-jouer un peu partout son répertoire tragique, ou bien
-se répand en lamentations, comme un autre Jean-Jacques,
-sur les persécutions dont il est accablé.
-Mais, en revanche, il apporte une contribution importante
-à la biographie de Richelieu, nous renseigne
-sur la vie provinciale du gouverneur du Languedoc
-et de la Guyenne, sur ses goûts littéraires
-et artistiques, sur sa famille et ses amis.</p>
-
-<p>La lettre du 31 août 1751 est démesurément
-longue comme celle de 1750. «Vous avez, dit-elle,
-les mêmes bontés pour mes musulmans que pour
-vos calvinistes des Cévennes. Dieu vous bénira
-d’avoir protégé la liberté de conscience. Faire jouer
-le prophète Mahomet à Paris et laisser prier Dieu
-en français chez vos montagnards du Languedoc,
-sont des choses qui m’édifient merveilleusement!»</p>
-
-<p>C’était à peu près la réponse prêtée à Richelieu,
-quand on s’étonnait à Montpellier qu’il n’adoptât
-pas les mesures mesquines et vexatoires prescrites
-par le ministre Saint-Florentin contre les protestants:
-«Je m’embarrasse fort peu que les hommes
-<span class="pagenum" id="Page_268">[p. 268]</span>
-prient Dieu à leur manière, pourvu qu’ils ne troublent
-pas l’ordre public.»</p>
-
-<p>A cette époque où la tolérance n’avait pas encore
-pris racine dans les sphères gouvernementales, le
-mot pouvait paraître hardi; et l’on se demande s’il
-n’était pas un écho des causeries voltairiennes.</p>
-
-<p>La lettre du 31 août rappelle encore les prétendues
-persécutions (il en était cependant de réelles)
-exercées contre le philosophe et sur lesquelles il
-revient toujours si complaisamment; mais il donne
-une place autrement considérable à son futur <i>Siècle
-de Louis&nbsp;XIV</i> où, dit-il, aucun contemporain «vivant»
-n’est nommé, sauf Richelieu et Belle-Isle.
-C’est une de ses formes de flatterie indirecte à
-l’adresse du Maréchal: il sait cependant lui plaire
-bien plus encore, quand il lui écrit: «Vous me dites
-que vous devenez vieux, vous ne le serez jamais...
-Vous êtes aussi respectable dans l’amitié que vous
-avez été charmant dans l’amour.» Mais Richelieu,
-toujours taquin, avait renouvelé sa question:
-«Pourquoi êtes-vous en Prusse?» Et Voltaire de reprendre
-son antienne sur la clef de chambellan, la
-croix, la pension et surtout «la vie délicieuse» à
-Berlin, chez Frédéric. Puis aussitôt la contre-partie
-dont il est facile de saisir le sous-entendu: «Qu’importe
-à un roi de France un atome de plus ou de
-moins comme moi?» Et, cette fois, il n’est plus question
-de ces salamalecs qu’il priait Richelieu de
-mettre aux pieds de M<sup>me</sup> de Pompadour. Il a dû
-deviner ou apprendre que le «héros» et la favorite
-étaient en délicatesse.</p>
-
-<p>Mais, pour le courtisan qu’était le Maréchal, l’éloignement,
-qu’il s’était imposé, d’un foyer d’intrigues
-<span class="pagenum" id="Page_269">[p. 269]</span>
-*—hier encore son véritable élément—lui semblait
-le plus cruel des maux. Aussi, pour tromper son ennui
-et donner libre carrière à ce besoin d’activité, qui
-était pour lui une seconde nature, se dépensait-il
-en besognes de toutes sortes, avec plus de fougue
-que d’esprit de suite, au gré de cette humeur tatillonne,
-dont les boutades déconcertaient ses plus zélés
-partisans. Il avait le goût des lettres et des arts:
-le théâtre surtout avait ses préférences et Voltaire
-le savait bien, quand il l’entretenait jusqu’à satiété
-de ses pièces, qu’il lui en soumettait le plan, les
-scènes et les actes, qu’il lui demandait ses conseils
-ou sa critique et qu’il finissait par les lui faire jouer
-à Paris, à Versailles, ou à Fontainebleau. Bien
-mieux, il en obtenait l’interdiction des parodies de
-ses tragédies, comme, par exemple, celle de <i>Sémiramis</i>,
-qui devait être représentée sur le théâtre de
-la Cour<a name="FNanchor_411" id="FNanchor_411" href="#Footnote_411" class="fnanchor">[411]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_411" id="Footnote_411" href="#FNanchor_411"><span class="label">[411]</span></a>
-<i>Lettres de M<sup>me</sup> du Châtelet</i> (édition Asse, 1875). Lettre de Cirey,
-du 13 janvier 1749.</p>
-</div>
-
-<p>Depuis que M<sup>me</sup> de Pompadour s’était improvisée
-ordonnatrice des spectacles des Petits Appartements,
-Richelieu s’était rejeté sur les scènes parisiennes
-qui étaient sous la surveillance des premiers
-gentilshommes de la Chambre. C’est ainsi qu’il avait
-eu à connaître des désordres survenus à la Comédie
-Italienne, après la détention de M<sup>me</sup> Favart, victime
-des persécutions et des violences du Maréchal
-de Saxe. Ce glorieux soudard n’avait pu pardonner
-à la sémillante actrice de lui résister. Il l’avait fait
-suivre, traquer et finalement enlever par l’inspecteur
-de police Meusnier qui l’avait internée dans un
-<span class="pagenum" id="Page_270">[p. 270]</span>
-couvent<a name="FNanchor_412" id="FNanchor_412" href="#Footnote_412" class="fnanchor">[412]</a>. Les habitués de la Comédie Italienne,
-dont M<sup>me</sup> Favart était pensionnaire, sur la recommandation
-de Richelieu, avaient attribué l’infortune
-de l’étoile à la jalousie d’une de ses compagnes,
-Coraline, et, pour punir celle-ci, avaient monté
-contre elle une formidable cabale. Dans une lettre
-qu’il écrivait à M<sup>me</sup> Favart, Maurice de Saxe lui représentait
-Richelieu exaspéré contre elle, le lieutenant
-de police lui ayant affirmé qu’elle était l’auteur
-de tout ce tumulte; mais ce bon apôtre de Maurice
-de Saxe en avait pris, disait-il, la défense et raconté
-au Maréchal que M<sup>me</sup> Favart avait cherché, au contraire,
-à calmer les spectateurs de l’amphithéâtre
-par ce «fort bon propos»:</p>
-
-<p>—«Messieurs, je vous suis obligée, mais vous me
-faites plus de mal que de bien.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_412" id="Footnote_412" href="#FNanchor_412"><span class="label">[412]</span></a>
-<span class="smcap">Meusnier</span>: Manuscrit trouvé à la Bastille, 1789.</p>
-</div>
-
-<p>Et Richelieu, persuadé par Maurice de Saxe, avait
-mis l’émeute sur le compte de Coraline, mais plutôt
-encore sur celui du comédien Rochard qu’il se proposait
-d’envoyer au For Levêque, dès son retour
-de Fontainebleau<a name="FNanchor_413" id="FNanchor_413" href="#Footnote_413" class="fnanchor">[413]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_413" id="Footnote_413" href="#FNanchor_413"><span class="label">[413]</span></a>
-<i>Mémoires et correspondance</i> de <span class="smcap">Favart</span>, édités par son petit-fils
-et par Dumolard (1808), t.&nbsp;I, préface, pp. LV et suiv.</p>
-</div>
-
-<p>Il faut reconnaître toutefois que si les exigences
-de son humeur capricieuse et de son esprit pointilleux
-rendaient souvent difficiles ses rapports avec
-ses justiciables du théâtre, il savait défendre, à l’occasion,
-non moins obstinément, leurs intérêts professionnels.
-En février 1751, l’archevêque de Paris
-vint supplier le roi d’accorder, comme droit des pauvres,
-à l’Hôpital Général, le quart des recettes de
-l’Opéra et des Comédies, soit cent mille écus. Richelieu,
-<span class="pagenum" id="Page_271">[p. 271]</span>
-alors premier gentilhomme en exercice,
-s’y refusa: il voulait que cette somme fût mise en
-réserve pour les embellissements des trois théâtres
-et les gratifications du personnel. Louis&nbsp;XV, afin de
-trancher le conflit, abandonna les cent mille écus
-au prélat, mais prit sur d’autres fonds la restitution
-réclamée par Richelieu<a name="FNanchor_414" id="FNanchor_414" href="#Footnote_414" class="fnanchor">[414]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_414" id="Footnote_414" href="#FNanchor_414"><span class="label">[414]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;XI, p.&nbsp;37.—Favart raconte, dans une
-de ses lettres au comte de Durazzo (25 décembre 1761), une scène
-à peu près semblable qui se passa au «Conseil des dépêches, où se
-discutait la grande affaire de l’Opéra-Comique».</p>
-
-<p>L’Archevêque de Paris était intervenu en faveur du spectacle
-forain, appuyé par le Procureur général et les administrateurs des
-hôpitaux. Et comme le roi s’étonnait, sur le mode badin, qu’un
-prince de l’Église devînt l’avocat d’histrions qu’il avait l’habitude
-d’excommunier, Richelieu dit à son tour: Ne trouvez pas mauvais,
-Monsieur l’Archevêque, que les Comédiens italiens et l’Opéra-Comique
-vous fassent assigner pour déduire vos raisons. Un instant
-déconcerté, le prélat finit par avouer qu’un spectacle de plus était
-un supplément de bénéfices pour les pauvres, au profit desquels on
-prélevait le quart des recettes. Choiseul, qui assistait à l’entretien,
-s’y montrait aussi indifférent que le roi. «J’ai fait mon incorporation
-militaire, dit-il; qu’on fasse, si l’on veut, l’incorporation comique.»
-(Il s’agissait de la fusion de l’Opéra-Comique avec le Théâtre Italien,
-réalisée en 1762.) Et Favart conclut que «le sublime projet» a dû
-échouer.</p>
-</div>
-
-<p>Chez cet homme, qui s’estimait l’héritier de la
-pensée du Cardinal, s’était ancrée, comme le sentiment
-du véritable devoir, la préoccupation d’assurer
-la conservation des idées et des œuvres de l’illustre
-ancêtre. Il savait de quelle protection le premier
-ministre de Louis&nbsp;XIII avait encouragé le
-développement des lettres et des arts, et combien il
-aimait les jeux du théâtre. Son petit-neveu leur fut
-propice. Par la même raison, il se crut indispensable
-aux destinées et à la gloire de l’Académie Française.
-Il en suivait aussi assidûment que possible les
-travaux, se mêlait aux discussions de ses collègues,
-<span class="pagenum" id="Page_272">[p. 272]</span>
-partageait et même provoquait leurs querelles. Il
-recherchait l’honneur d’être leur interprète, quand
-il s’agissait de présenter au roi les compliments de
-l’Académie; mais il ne remplissait pas toujours brillamment
-cet office. Chargé, en 1749, de féliciter le
-Souverain à l’occasion de la paix, il avait prié Voltaire
-de lui rédiger une harangue appropriée à la circonstance;
-et, par réciprocité, il lui avait promis de remettre
-au prince le <i>Panégyrique de Louis&nbsp;XV</i>, flatterie
-délicate du poète qui lui vaudrait peut-être de rentrer
-en grâce. Au jour dit, le 21 février, Richelieu commence,
-d’une voix assurée, son compliment: il
-parle des «bouches de la Renommée qui publient
-les victoires du roi<a name="FNanchor_415" id="FNanchor_415" href="#Footnote_415" class="fnanchor">[415]</a>», mais, soudain, il pâlit, balbutie
-et reste court<a name="FNanchor_416" id="FNanchor_416" href="#Footnote_416" class="fnanchor">[416]</a>; il entend murmurer, à côté
-de lui, et avant même qu’il ne les prononce, les
-phrases de son propre discours; il voit la figure de
-Maurepas s’éclairer d’un sourire narquois<a name="FNanchor_417" id="FNanchor_417" href="#Footnote_417" class="fnanchor">[417]</a>. Mais
-cette défaillance ne dure que quelques secondes; il
-improvise une autre harangue, soufflé par son confrère
-l’abbé d’Olivet; et d’Argenson reconnaît qu’il
-se tire adroitement de ce mauvais pas: «Ce grand
-courtisan témoigne par là qu’on ne s’avance auprès
-du roi qu’en lui montrant beaucoup d’amour<a name="FNanchor_418" id="FNanchor_418" href="#Footnote_418" class="fnanchor">[418]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_415" id="Footnote_415" href="#FNanchor_415"><span class="label">[415]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;IX, p.&nbsp;338.</p>
-
-<p><a name="Footnote_416" id="Footnote_416" href="#FNanchor_416"><span class="label">[416]</span></a>
-<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;V, p.&nbsp;396, 22 février.</p>
-
-<p><a name="Footnote_417" id="Footnote_417" href="#FNanchor_417"><span class="label">[417]</span></a>
-<a name="Footnote_418" id="Footnote_418" href="#FNanchor_418"><span class="label">[418]</span></a>
-<span class="smcap">Desnoiresterres</span>: <i>Vie de Voltaire</i>, t.&nbsp;III, p.&nbsp;254.</p>
-</div>
-
-<p>Toutefois il se garde bien de présenter au roi le
-<i>Panégyrique de Louis&nbsp;XV</i>, qu’il retourne à l’auteur
-avec un mot acerbe. Voltaire, furieux, arrache de
-son cabinet une apothéose de Richelieu, exécutée
-par Baudouin, la piétine et la livre aux flammes.
-<span class="pagenum" id="Page_273">[p. 273]</span>
-Une explication devenait nécessaire: le Maréchal
-apprend que M<sup>me</sup> de Boufflers avait eu l’indiscrétion
-de prendre copie du discours chez la belle Émilie
-et d’en communiquer étourdiment le texte. Et
-bientôt, réunis dans une maison tierce, les deux
-compères s’embrassaient le plus cordialement du
-monde<a name="FNanchor_419" id="FNanchor_419" href="#Footnote_419" class="fnanchor">[419]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_419" id="Footnote_419" href="#FNanchor_419"><span class="label">[419]</span></a>
-<span class="smcap">Desnoiresterres</span>: <i>Vie de Voltaire</i>, t.&nbsp;III, p.&nbsp;254.</p>
-</div>
-
-<p>Richelieu se donnait corps et âme aux élections
-académiques; son esprit d’intrigue y trouvait un
-aliment nouveau. Dans le mois de juin de cette même
-année 1749, il avait proposé à l’Académie de choisir
-son ami le Maréchal de Belle-Isle pour succéder à
-feu Amelot: et Belle-Isle, sans se déranger autrement,
-avait écrit au Directeur qu’il était très flatté
-du grand honneur, etc., etc... Mais, déjà, en ce
-temps-là, les Immortels aimaient qu’un candidat
-se dérangeât pour solliciter leurs suffrages: démarche
-qu’avaient consentie deux concurrents, Poncet
-de la Rivière, évêque de Troyes et Montazet, évêque
-d’Autun. La Cour les avait départagés en fixant son
-choix sur Belle-Isle. Duclos, le secrétaire perpétuel,
-souvent bourru jusqu’au cynisme, prétendit que
-personne «ne connaissait» le Maréchal, attendu que
-celui-ci n’avait écrit, pour poser sa candidature,
-qu’au seul Directeur. Belle-Isle n’en fut pas moins
-élu à l’unanimité<a name="FNanchor_420" id="FNanchor_420" href="#Footnote_420" class="fnanchor">[420]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_420" id="Footnote_420" href="#FNanchor_420"><span class="label">[420]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;X, p.&nbsp;158.</p>
-</div>
-
-<p>Deux mois après, autre élection à laquelle Richelieu
-prend une part encore plus active. L’évêque
-Poncet s’était représenté contre l’abbé Leblanc,
-protégé par M<sup>me</sup> de Pompadour. Mais, sur le désir
-<span class="pagenum" id="Page_274">[p. 274]</span>
-de l’Académie, la Marquise abandonnait son candidat;
-et celui-ci cédait la place à Vauréal, évêque
-de Rennes, qui était <i lang="la" xml:lang="la">persona grata</i> à ce Boyer, ancien
-prélat et détenteur de la feuille des bénéfices, auquel
-Richelieu n’avait pas encore pardonné l’injure faite
-à sa sœur<a name="FNanchor_421" id="FNanchor_421" href="#Footnote_421" class="fnanchor">[421]</a>. Aussi déclara-t-il, avec une singulière
-énergie, démentie, hélas! par ses propres errements,
-que la liberté des suffrages n’était plus exactement
-observée, que «certains se laissaient aller, non seulement
-à faire espérer leur suffrage, mais même à
-solliciter des sujets à se présenter, à aller solliciter
-avec eux les voix et à briguer en leur faveur...»
-Esclave de la tradition et fidèle au principe d’autorité,
-il estimait que l’Académie dépendait du roi et
-que le monarque avait seul qualité pour déterminer
-un choix. Richelieu demandait en conséquence une
-nouvelle loi pour réformer de tels abus. Il fallait que
-chacun déclarât s’il avait promis ou non sa voix,
-et que les délinquants fussent réprimandés en pleine
-Académie et suspendus, pendant six mois, de leurs
-fonctions.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_421" id="Footnote_421" href="#FNanchor_421"><span class="label">[421]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;X, p.&nbsp;158.</p>
-</div>
-
-<p>Le cardinal de Luynes répliqua qu’il suffisait
-de commenter et d’améliorer la loi existante, d’affirmer
-surtout qu’un échec n’avait rien de déshonorant:
-autrement personne ne voudrait plus se présenter.
-L’Assemblée pencha pour ces mesures d’indulgence;
-et d’Olivet, qu’avait vivement apostrophé
-Richelieu, fut désigné pour faire partie d’une commission
-chargée de légiférer en ce sens. Boyer s’apprêtait
-à sortir, quand le Maréchal, le prenant par
-le bras, le ramena dans la salle des séances, pour
-<span class="pagenum" id="Page_275">[p. 275]</span>
-lui recommander, au nom de l’Assemblée, d’inscrire
-sur la feuille des bénéfices l’ecclésiastique qui avait
-prêché, le jour de la Saint-Louis, dans la chapelle
-du Louvre, en présence de l’Académie.</p>
-
-<p>—«Mais il est trop jeune, fit l’ancien évêque de
-Mirepoix.»</p>
-
-<p>C’était la même réponse qu’en avait reçue jadis
-l’abbé de Bernis, alors solliciteur de bénéfices.</p>
-
-<p>La séance avait été si orageuse, que Fontenelle,
-le directeur (il avait 92 ans), avait dû agiter à maintes
-reprises sa sonnette<a name="FNanchor_422" id="FNanchor_422" href="#Footnote_422" class="fnanchor">[422]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_422" id="Footnote_422" href="#FNanchor_422"><span class="label">[422]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;X, pp.&nbsp;157-159.</p>
-</div>
-
-<p>Néanmoins le coup était porté; et, le 2 mars 1752,
-«l’Académie souhaitait que ce fût M. le Maréchal
-de Richelieu qui se chargeât de présenter les nouveaux
-statuts au roi, pour être par lui approuvés
-et devenir désormais la loi de l’Académie<a name="FNanchor_423" id="FNanchor_423" href="#Footnote_423" class="fnanchor">[423]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_423" id="Footnote_423" href="#FNanchor_423"><span class="label">[423]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, t.&nbsp;XI, pp.&nbsp;457-458.</p>
-</div>
-
-<p>En juillet 1753, une intervention directe de
-Louis&nbsp;XV dans une élection, donnait amplement
-raison à la thèse de Richelieu, mais était suivie de
-nouveaux conflits. Piron, soutenu par M<sup>me</sup> de Pompadour,
-avait posé sa candidature. Boyer apporta
-au roi, qui vraisemblablement la connaissait déjà,
-l’<i>Ode à Priape</i>; et le prince manda aussitôt le président
-de Montesquieu, directeur de l’Académie,
-pour qu’il signifiât à ses collègues le veto royal dont
-était frappée la candidature de Piron. En réponse à cette
-communication, Richelieu proposa (et son avis rallia
-la majorité) de remettre l’élection à dix jours:
-on aurait ainsi tout le temps de choisir un sujet digne
-de la Compagnie. Mais d’Olivet, son contradicteur
-<span class="pagenum" id="Page_276">[p. 276]</span>
-habituel, protesta contre une procédure qu’il qualifiait
-«d’insolite et d’indécente». Le jour de l’élection
-(ce fut Buffon qui fut nommé), Richelieu rappela
-les mots <i>insolite</i> et <i>indécent</i> et demanda si,
-dans les règlements académiques, il n’existait pas
-de pénalités contre des termes aussi offensants:</p>
-
-<p>—«Corrigé et pardonné», dit Duclos, «voilà la
-loi».</p>
-
-<p>Et l’Assemblée conclut que d’Olivet n’avait pas
-eu conscience de la valeur des adjectifs incriminés<a name="FNanchor_424" id="FNanchor_424" href="#Footnote_424" class="fnanchor">[424]</a>.</p>
-
-<p>Six mois plus tard, quand il fallut choisir un successeur
-à de Boze, ce fut une autre comédie, où le
-Maréchal joua le rôle de Scapin. Bougainville avait
-toutes les chances d’être élu. Or, Richelieu, assis à
-côté du Président Hénault, lui demande à quel candidat
-il donne sa voix:</p>
-
-<p>—«A Bougainville.</p>
-
-<p>—«Je parie que non.</p>
-
-<p>—«Vous vous moquez de moi, fait Hénault.»</p>
-
-<p>La discussion continue jusqu’à ce que Mirabaud
-soit appelé à formuler son vote. Et notre homme sort
-de sa poche une lettre qu’il lit aux académiciens et
-par laquelle le comte de Clermont, prince du sang,
-remercie les Immortels de lui avoir offert la place
-vacante. C’était la carte ou plutôt le vote forcé. Et
-Richelieu qui réclamait en 1749 la liberté des suffrages!
-N’importe, il avait gagné la gageure; car le
-comte de Clermont l’emportait sur Bougainville qui
-aurait eu la majorité<a name="FNanchor_425" id="FNanchor_425" href="#Footnote_425" class="fnanchor">[425]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_424" id="Footnote_424" href="#FNanchor_424"><span class="label">[424]</span></a>
-<i>Correspondance</i> de <span class="smcap">Grimm</span> (édition M. Tourneux), t.&nbsp;II, p.&nbsp;261.</p>
-
-<p><a name="Footnote_425" id="Footnote_425" href="#FNanchor_425"><span class="label">[425]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, p.&nbsp;311.</p>
-</div>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_277">
-
-<h2>CHAPITRE XXIII</h2>
-
-<p class="smm"><i>Richelieu à la fois avare et prodigue. — Les affaires Girard
-et La Rivière. — Le canal Richelieu. — La Comédie à la
-Place Royale. — Comment le Maréchal fait connaissance de
-Casanova. — Courroucé, en apparence, contre les Réformés
-du Languedoc, il ferme les yeux sur leurs agissements. — Il
-est nommé gouverneur de la Guyenne. — Dernier
-retour agressif contre M<sup>me</sup> de Pompadour; la jolie
-M<sup>lle</sup> Hélie et la petite Murphy. — Un projet matrimonial
-de la Marquise.</i></p>
-
-<p>Des préoccupations d’ordre plus personnel et d’intérêt
-moins élevé prenaient place dans la vie, toujours
-agitée, de Richelieu.</p>
-
-<p>Qu’il ait réalisé d’énormes bénéfices dans les
-fluctuations quotidiennes de la banque de Law,
-comme tant d’autres grands seigneurs du temps,
-ou qu’il ait dédaigné de puiser à cette source de
-profits scandaleux—nous avons signalé les deux
-versions—il n’en reste pas moins constant que,
-par la suite, Richelieu ne se fit aucun scrupule de
-demander à l’agiotage les ressources qui lui étaient
-nécessaires, pour conserver son train de maison,
-ou réparer les erreurs de ses prodigalités. Il «vendait,
-achetait, spéculait, soutenait ses intérêts avec
-férocité<a name="FNanchor_426" id="FNanchor_426" href="#Footnote_426" class="fnanchor">[426]</a>», afin de déployer à l’occasion un faste
-inouï, tout en se montrant parfois économe jusqu’à
-la lésinerie. D’Argenson, qui le raille volontiers de
-ses accès d’avarice, affirme qu’il renvoya un jour
-<span class="pagenum" id="Page_278">[p. 278]</span>
-rudement le précepteur de son fils, pour n’avoir pas
-à lui payer ses émoluments.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_426" id="Footnote_426" href="#FNanchor_426"><span class="label">[426]</span></a>
-<span class="smcap">Thirion</span>: <i>Vie privée des financiers au XVIII<sup>e</sup> siècle</i>, 1895, p.&nbsp;200.</p>
-</div>
-
-<p>Sans parler de ses contestations avec M<sup>me</sup> de
-Marsan pour la succession de la maison de Guise<a name="FNanchor_427" id="FNanchor_427" href="#Footnote_427" class="fnanchor">[427]</a>,
-ni rappeler son interminable procès avec les propriétaires
-du Palais-Royal<a name="FNanchor_428" id="FNanchor_428" href="#Footnote_428" class="fnanchor">[428]</a>, nous voyons figurer son
-nom dans des affaires louches et même criminelles,
-qui comporteraient une autre solution que le silence
-où elles semblent s’évanouir.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_427" id="Footnote_427" href="#FNanchor_427"><span class="label">[427]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>. T. XII, pp.&nbsp;69-71.</p>
-
-<p><a name="Footnote_428" id="Footnote_428" href="#FNanchor_428"><span class="label">[428]</span></a>
-<span class="smcap">Barbier</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;V, p.&nbsp;171 et t.&nbsp;VI, p.&nbsp;197, septembre 1755.</p>
-</div>
-
-<p>Au mois d’août 1746, Richelieu écrit au lieutenant
-de police qu’un «sieur Chapotin», qu’il «ne
-connaît pas», a présenté «à son homme d’affaires
-un billet de 24.000 livres, signé de son nom et qui
-n’est pas de son écriture». Cette valeur avait été
-donnée en paiement à Chapotin; et Richelieu demande
-que «l’autorité» du magistrat «soit employée
-avec célérité pour trouver le coupable<a name="FNanchor_429" id="FNanchor_429" href="#Footnote_429" class="fnanchor">[429]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_429" id="Footnote_429" href="#FNanchor_429"><span class="label">[429]</span></a>
-<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i> 11594.
-Dossier <i>J. Girard</i>.</p>
-</div>
-
-<p>Celui-ci était un nommé Girard, «commis dans les
-cuivres», qui, pour spéculer sur cette matière première,
-avait emprunté 22.000 livres à Chapotin,
-«contrôleur à la volaille» et lui avait laissé le billet
-de 24.000 livres entre les mains, comme nantissement.
-Naturellement, Girard fut arrêté et mis sous
-les verrous. Il était perdu de dettes et les réclamations
-plurent de tous côtés au For Levêque où il
-était enfermé. Pour expliquer son prétendu faux, il
-déclara simplement que c’était «un billet d’honneur»,
-dont le détenteur actuel s’était engagé à ne
-pas faire usage. En tout état de cause, convaincu
-<span class="pagenum" id="Page_279">[p. 279]</span>
-d’escroquerie et de faux, Girard aurait dû être,
-suivant la justice du temps, conduit, à bref délai,
-à la potence; et nous le retrouvons encore, deux
-ans après, au For Levêque, où il nargue, le plus impertinemment
-du monde, inspecteurs et commissaires
-de police! Et rien, dans son dossier, n’indique, ni
-même ne laisse pressentir le dénouement de l’affaire.</p>
-
-<p>Nous connaissons mieux celui du vol La Rivière,
-signalé par les contemporains.</p>
-
-<p>L’abbé de la Rivière, qui avait accompagné,
-comme aumônier, Richelieu dans son ambassade de
-Dresde, avait soustrait «de l’argent et des effets»
-chez le roi de Pologne. Son dossier de la Bastille<a name="FNanchor_430" id="FNanchor_430" href="#Footnote_430" class="fnanchor">[430]</a>
-ne permet aucun doute sur sa culpabilité. Richelieu
-remerciait, le 25 février 1747, le lieutenant de police
-Berryer, d’avoir eu égard au Mémoire que son
-intendant lui avait présenté contre le fripon. Il reconnaissait
-que la conduite de l’abbé «méritait
-correction» et que le magistrat «ferait une très
-bonne œuvre», en ordonnant l’arrestation de La Rivière;
-mais il estimait qu’il serait «convenable»
-de le conduire à Saint-Lazare, prison ordinaire des
-ecclésiastiques; toutefois si l’on ne trouvait pas dans
-ses effets «qui ne seraient pas de ceux volés», l’argent
-nécessaire pour le prix de sa pension, il n’entendait
-nullement, lui Richelieu, «rien prendre sur son
-compte».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_430" id="Footnote_430" href="#FNanchor_430"><span class="label">[430]</span></a>
-<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i> 11680.
-Dossier <i>de La Rivière</i>.</p>
-</div>
-
-<p>Pressé de questions et dans l’espoir sans doute
-d’un moindre châtiment, La Rivière fit l’aveu de
-<span class="pagenum" id="Page_280">[p. 280]</span>
-sa bassesse. Heureusement pour lui, le duc obtint
-qu’il fût seulement relégué dans la ville d’Alençon.
-Et l’abbé, aussitôt sorti de Saint-Lazare, allait
-raconter partout que son maître l’avait fait mettre
-en liberté, parce qu’il avait reconnu son innocence!</p>
-
-<p>Était-ce par bonté d’âme?... Soit... Mais comment
-expliquer l’affaire Jean Girard?... Richelieu
-n’était pas cependant l’indulgence même. Et l’injustice
-ne lui coûtait guère, quand l’opération,
-tentée sous ses auspices, avortait.</p>
-
-<p>En 1743, une société s’était fondée pour la construction
-et l’exploitation, sous la direction du concessionnaire,
-«l’architecte hydraulique» Floquet, d’un
-canal destiné à conduire les eaux de la Durance à
-Aix, Marseille, Tarascon, etc... Richelieu <ins id="cor_14" title="patrona">patronna</ins>
-l’entreprise, mais en profita pour trafiquer et «<ins id="cor_15" title="grapiller">grappiller</ins>
-beaucoup d’argent» sur les actions offertes au public<a name="FNanchor_431" id="FNanchor_431" href="#Footnote_431" class="fnanchor">[431]</a>.
-Après nombre d’avatars, l’affaire échoua<a name="FNanchor_432" id="FNanchor_432" href="#Footnote_432" class="fnanchor">[432]</a>; et l’on
-serait tenté d’attribuer au dépit, éprouvé par
-Richelieu, d’un tel insuccès, la longue détention
-qu’au dire des contemporains, le Maréchal fit subir
-à Floquet<a name="FNanchor_433" id="FNanchor_433" href="#Footnote_433" class="fnanchor">[433]</a>, qui, lui, s’était plaint un peu trop
-<span class="pagenum" id="Page_281">[p. 281]</span>
-vivement d’avoir été la dupe du grand seigneur.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_431" id="Footnote_431" href="#FNanchor_431"><span class="label">[431]</span></a>
-<a name="Footnote_432" id="Footnote_432" href="#FNanchor_432"><span class="label">[432]</span></a>
-<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;VII, pp.&nbsp;320-321, octobre 1752.</p>
-
-<p><a name="Footnote_433" id="Footnote_433" href="#FNanchor_433"><span class="label">[433]</span></a>
-Floquet, dit <span class="smcap">Jobez</span> dans la <i>France sous Louis&nbsp;XV</i> (t. V, p.&nbsp;230),
-Floquet, qui avait reçu les encouragements et les promesses du
-Maréchal, mourut à la Bastille, en 1771, pour s’être plaint de Richelieu.
-Nous n’avons vu dans les Archives de la prison d’État aucun dossier
-sur Floquet. En outre le Manuscrit 20279 de la Bibliothèque Nationale
-(Nouvelles acquisitions françaises), qui donne l’historique du <i>Canal
-de Provence</i>, dit <i>Canal de Richelieu</i>, de 1736 à 1770, des transformations
-de la première Société et des conflits entre «propriétaires
-et fournisseurs», ne cite qu’incidemment le nom du Maréchal et
-plutôt avec éloge. Au surplus, nous ne connaissons qu’un mémoire
-de Floquet, en 1770, sur son «Canal de Richelieu», mémoire dans
-lequel il incrimine surtout un de ses successeurs, Bombarde de Beaulieu.</p>
-</div>
-
-<p>En mars 1752, Richelieu s’était enfin décidé à
-revenir et à séjourner à la Cour, admis dans le cercle
-de la Marquise, s’alliant cette fois aux Noailles et
-à Machault pour perdre le comte d’Argenson, toutefois
-se prodiguant peu dans l’intimité du roi, et plein
-d’un dédaigneux mépris pour les ministres en exercice<a name="FNanchor_434" id="FNanchor_434" href="#Footnote_434" class="fnanchor">[434]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_434" id="Footnote_434" href="#FNanchor_434"><span class="label">[434]</span></a>
-<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;VII, p.&nbsp;159, mars 1752.</p>
-</div>
-
-<p>Il n’en était pas moins le modèle de la ponctualité
-dans son service de premier gentilhomme; et
-le duc de Luynes, qui s’instruit à son école, continue
-à noter les leçons d’étiquette qu’il reçoit de ce maître
-ès-protocole. Il assiste un jour, sur ce terrain trop
-souvent hasardeux, «à un combat de politesse entre
-M. de Richelieu et M<sup>me</sup> de Brancas, l’ancienne dame
-d’honneur». Il s’agissait d’offrir au Dauphin ou à
-la Dauphine, «un verre d’eau et une serviette»; vraisemblablement
-le cas n’avait jamais été prévu; dès
-lors, ce ne pouvait plus être qu’un assaut de courtoisie:
-enfin, après de «grands compliments de part
-et d’autre, ce fut M. de Richelieu qui donna» le
-verre et la serviette<a name="FNanchor_435" id="FNanchor_435" href="#Footnote_435" class="fnanchor">[435]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_435" id="Footnote_435" href="#FNanchor_435"><span class="label">[435]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;XII, p.&nbsp;105, août 1752.</p>
-</div>
-
-<p>Le théâtre était toujours son passe-temps favori:
-il devait même avoir dans son hôtel de la Place
-Royale une scène portative; car nous apprenons,
-par des nouvelles manuscrites de mai 1752, qu’en
-ce même mois, «les principaux Comédiens français
-vinrent jouer chez lui une comédie en vers et en
-cinq actes, de M<sup>me</sup> Denis, ayant pour titre la <i>Coquette
-punie</i>», laquelle était franchement
-<span class="pagenum" id="Page_282">[p. 282]</span>
-«mauvaise<a name="FNanchor_436" id="FNanchor_436" href="#Footnote_436" class="fnanchor">[436]</a>». Voltaire, qui était toujours en Prusse, fut-il
-informé de cette représentation? Aucune allusion
-dans sa correspondance n’autorise à le croire.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_436" id="Footnote_436" href="#FNanchor_436"><span class="label">[436]</span></a>
-<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i> 11846.
-Dossier <i>Bousquet de Colomiers</i>.</p>
-</div>
-
-<p>Ce fut à l’Opéra, en 1752, que Richelieu rencontra,
-pour la première fois, le fameux aventurier Casanova,
-qui avait trouvé, ce jour-là, le moyen de
-pénétrer dans la loge de M<sup>me</sup> de Pompadour et qui
-raconte assez plaisamment les incidents de cette
-entrevue:</p>
-
-<p>«Comme j’étais enrhumé, je me mouchais souvent.
-Un cordon bleu me dit qu’apparemment les fenêtres
-de ma chambre n’étaient pas bien fermées. Ce monsieur
-que je ne connaissais pas était le Maréchal de
-Richelieu. Je lui répondis qu’il se trompait, car mes
-fenêtres étaient <i>calfoutrées</i>. Aussitôt toute la loge
-part d’un éclat de rire, et je demeurai confondu,
-parce que je sentis mon tort: j’aurais dû prononcer:
-<i>calfeutrées</i>.»</p>
-
-<p>Casanova, en effet, parlait le français à l’italienne;
-et presque aussitôt, sur une question de Richelieu,
-il répondait par une nouvelle énormité, qui eut les
-succès de la première et lui valut son entrée chez le
-Maréchal. «Celui-ci, continue Casanova, ayant su
-qui j’étais de M. Morosini, ambassadeur de Venise,
-le pria de me dire que je lui ferais plaisir de lui faire
-ma cour<a name="FNanchor_437" id="FNanchor_437" href="#Footnote_437" class="fnanchor">[437]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_437" id="Footnote_437" href="#FNanchor_437"><span class="label">[437]</span></a>
-<span class="smcap">Casanova</span>: <i>Mémoires</i> (édit. de Bruxelles, 1863), t.&nbsp;II, p.&nbsp;199.</p>
-</div>
-
-<p>Mais, bien que désintéressé, en apparence, de
-toute intrigue politique, Richelieu «agisse, remarque
-d’Argenson, sans paraître agir<a name="FNanchor_438" id="FNanchor_438" href="#Footnote_438" class="fnanchor">[438]</a>», il semble,
-<span class="pagenum" id="Page_283">[p. 283]</span>
-néanmoins que, pendant trois années, il s’occupe plus
-particulièrement de son gouvernement du Languedoc.
-La querelle religieuse y sévissait avec la dernière
-intensité. Plutôt que de se soumettre, les
-protestants préféraient s’expatrier. Aussi, pour prévenir
-un exode dont la continuité eût amené la dépopulation
-et l’appauvrissement du pays, Richelieu
-s’efforçait-il de recommander au grand chancelier
-et aux évêques du Languedoc l’établissement d’un
-«honnête tolérantisme», susceptible de retenir les
-intéressés dans la province<a name="FNanchor_439" id="FNanchor_439" href="#Footnote_439" class="fnanchor">[439]</a>. Le gouvernement, pour
-en finir, voulait recourir au suprême argument, toujours
-invoqué par les ministres depuis la révocation
-de l’Édit de Nantes: envoyer des troupes qui feraient
-rentrer dans l’ordre les prétendus rebelles. Richelieu
-s’en ouvrit au marquis d’Argenson; et celui-ci,
-volontiers prodigue de ces consultations où se complaisait
-son mépris de l’humanité, lui conseilla d’être
-moins expansif avec les évêques du Languedoc.
-Malheureusement, le Maréchal ne pouvait guère
-compter sur le roi: Louis&nbsp;XV, «d’une dévotion angélique»,
-se défendrait de jamais agir contre l’épiscopat<a name="FNanchor_440" id="FNanchor_440" href="#Footnote_440" class="fnanchor">[440]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_438" id="Footnote_438" href="#FNanchor_438"><span class="label">[438]</span></a>
-<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;VII, p.&nbsp;192, mars 1752.</p>
-
-<p><a name="Footnote_439" id="Footnote_439" href="#FNanchor_439"><span class="label">[439]</span></a>
-<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;VII, p.&nbsp;383, 13 janvier 1753.</p>
-
-<p><a name="Footnote_440" id="Footnote_440" href="#FNanchor_440"><span class="label">[440]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, t.&nbsp;VIII, p.&nbsp;118, septembre 1753.</p>
-</div>
-
-<p>L’intransigeance du haut clergé n’était pas un
-des moindres soucis de Richelieu; et déjà, le gouverneur
-du Languedoc, pour parer à l’obstruction des
-évêques, avait tenté d’entrer en pourparlers avec les
-représentants autorisés des religionnaires cévenols.
-Une lettre bien curieuse, empruntée aux <i>Archives
-wallonnes</i> et datée du 5 décembre 1752, témoigne
-<span class="pagenum" id="Page_284">[p. 284]</span>
-de la diplomatie, en matière religieuse, du Maréchal,
-que soufflait très vraisemblablement dans la coulisse,
-son correspondant perpétuel, Voltaire<a name="FNanchor_441" id="FNanchor_441" href="#Footnote_441" class="fnanchor">[441]</a>:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«M. de Richelieu, allant aux États et passant par
-Nîmes, dit à un gentilhomme catholique de cette
-ville-là, que la Cour avait de bonnes intentions à
-l’égard des protestants, mais qu’elle était embarrassée
-sur les moyens qu’il y avait à prendre pour
-les tranquilliser. Il ajouta: <i>les Évêques sont des diables</i>,
-et en même temps il chargea ce gentilhomme
-de réfléchir là-dessus et de conférer avec quelques
-protestants. En conséquence, quelques jours après,
-le même gentilhomme fut trouver un des membres
-du Consistoire de Nîmes, et, après lui avoir fait part
-de ce que dessus, il le chargea d’en conférer avec
-M. Paul (Rabaud<a name="FNanchor_442" id="FNanchor_442" href="#Footnote_442" class="fnanchor">[442]</a>) et d’examiner avec lui ce qu’il
-conviendrait de faire, de dresser même un Mémoire
-à ce sujet, qu’il se chargerait, lui, gentilhomme, de
-remettre en personne à M. le duc de Richelieu, mais
-de <i>demander dans ce Mémoire le moins qu’il se pourrait</i>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_441" id="Footnote_441" href="#FNanchor_441"><span class="label">[441]</span></a>
-<i>Archives Wallonnes</i> (1734-1797).</p>
-
-<p><a name="Footnote_442" id="Footnote_442" href="#FNanchor_442"><span class="label">[442]</span></a>
-Paul Rabaud, né en 1718, se distinguait par un ardent prosélytisme.
-C’était le père du futur Conventionnel, Rabaud Saint-Étienne,
-lequel fut ministre, très populaire, de la religion réformée.</p>
-</div>
-
-<p>C’était encore trop, paraît-il, puisque la politique
-d’apaisement, préconisée par le gouverneur, n’avait
-pas trouvé d’écho, sinon à la Cour, du moins dans
-l’épiscopat. Et les ministres ne s’en étaient pas autrement
-préoccupés, car ils comptaient bien qu’attelé
-à cette tâche ingrate, leur adversaire s’éterniserait
-loin, bien loin, de Versailles.</p>
-
-<p>Richelieu partit donc, en janvier 1754, chargé
-<span class="pagenum" id="Page_285">[p. 285]</span>
-d’instructions très sévères contre les protestants:
-«Il donnait dans le panneau des évêques<a name="FNanchor_443" id="FNanchor_443" href="#Footnote_443" class="fnanchor">[443]</a>», écrit
-d’Argenson; et de nouvelles persécutions s’annonçaient
-imminentes contre les réformés des Cévennes.
-Notre mémorialiste, abusé par les apparences, ne
-se doutait guère de la campagne qu’allait mener
-Richelieu, cet homme déconcertant, dont toute la
-vie fut un tissu de contradictions.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_443" id="Footnote_443" href="#FNanchor_443"><span class="label">[443]</span></a>
-<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;VIII, p.&nbsp;181.</p>
-</div>
-
-<p>Dès son arrivée, il annonçait, avec fracas, qu’il se
-montrerait aussi sévère qu’il avait été jusqu’alors
-indulgent. Et, comme, en raison de sa réputation
-de cupidité, on laissait entendre qu’il avait
-reçu des religionnaires de copieux pots-de-vin pour
-fermer les yeux sur leurs manœuvres, il fit afficher
-qu’on devait «dissoudre toute assemblée de Huguenots,
-ne fût-elle que de quatre personnes... que
-tous les mariages faits au <i>Désert</i>... eussent à se faire
-réhabiliter devant les prêtres catholiques<a name="FNanchor_444" id="FNanchor_444" href="#Footnote_444" class="fnanchor">[444]</a>...»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_444" id="Footnote_444" href="#FNanchor_444"><span class="label">[444]</span></a>
-<span class="smcap">Jobez</span>: <i>La France sous Louis&nbsp;XV</i>, t.&nbsp;IV, pp.&nbsp;374 et suivantes.—Après
-la révocation de l’Édit de Nantes, de 1685 à 1787, alors que
-les protestants ne jouissaient pas de la liberté de conscience, que
-leurs assemblées étaient dispersées par la force et leurs églises rasées,
-les ministres du Languedoc et du Vivarais, des Cévennes et
-du Dauphiné, les réunissaient pour le prêche, loin de toute habitation,
-dans des solitudes auxquelles on donnait le nom général de
-<i>Désert</i>.</p>
-</div>
-
-<p>Des deux côtés, on prit au sérieux ce langage de
-croque-mitaine. Les amis du clergé voyaient dans
-le Maréchal, le digne continuateur de la politique du
-grand Cardinal, le défenseur de la foi qui allait exterminer
-l’hérésie... Et déjà cinq mille habitants de
-Nîmes prenaient le chemin de l’exil<a name="FNanchor_445" id="FNanchor_445" href="#Footnote_445" class="fnanchor">[445]</a>. Mais, soudain,
-sans attendre le résultat de ses proclamations
-<span class="pagenum" id="Page_286">[p. 286]</span>
-et après avoir mis en liberté des protestants qui
-étaient restés sous les verrous, au-delà du terme
-fixé par leur condamnation, Richelieu décampait
-et allait s’enfermer dans son château de Touraine.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_445" id="Footnote_445" href="#FNanchor_445"><span class="label">[445]</span></a>
-<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;VIII, p.&nbsp;241, 5 mars 1754.</p>
-</div>
-
-<p>Saint-Florentin, qui, précédemment, lui avait
-adressé des observations pour une longanimité qu’il
-taxait de faiblesse, releva cette nouvelle négligence
-dans l’accomplissement de la tâche prescrite: «Un
-règlement arrêté par le feu roi, écrivait-il à Richelieu,
-défend de rendre la liberté à toutes personnes
-condamnées aux galères pour fait de religion. Sa
-Majesté n’a jamais révoqué ce règlement.»</p>
-
-<p>Saint-Florentin était un petit esprit, de nature
-servile, mais de tempérament rageur; et Richelieu
-ne l’aimait guère, d’autant qu’il était cousin-germain
-de Maurepas. Nous ignorons ce qu’il répondit
-et si même il répondit à ce rappel à l’ordre. Mais il
-est probable que la fréquence de tels conflits, jointe
-au désir de... l’avancement, commun à tous les fonctionnaires,
-si grands soient-ils, dut déterminer le
-gouverneur du Languedoc à solliciter du roi un autre
-poste, plus digne de son nom et de son mérite. Toujours
-est-il qu’en octobre 1755, Richelieu obtenait le gouvernement
-de la Guyenne et remettait au Maréchal
-de Mirepoix le commandement du Languedoc, en
-lui vendant 200.000 livres la lieutenance générale
-de la province<a name="FNanchor_446" id="FNanchor_446" href="#Footnote_446" class="fnanchor">[446]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_446" id="Footnote_446" href="#FNanchor_446"><span class="label">[446]</span></a>
-<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;IX, p.&nbsp;114.—Babeau, dans son livre
-<i>La Province sous l’ancien régime</i> (t. I, p.&nbsp;332), dit que Richelieu touchait
-annuellement, comme gouverneur de la Guyenne, 99708 livres
-sans compter le logement, l’éclairage, le chauffage, etc... Mais, d’après
-le <i>Journal</i> de Luynes, le gouvernement du Languedoc donnait
-un revenu supérieur.</p>
-</div>
-
-<p>Son prestige gagnait à cette situation nouvelle;
-<span class="pagenum" id="Page_287">[p. 287]</span>
-et ses pouvoirs devenaient considérables. Il commandait
-toute la côte de la Méditerranée et Mirepoix
-était sous ses ordres<a name="FNanchor_447" id="FNanchor_447" href="#Footnote_447" class="fnanchor">[447]</a>. Son importance et sa hauteur
-n’en semblaient que plus redoutables; ses envieux
-voyaient en lui un autre duc d’Épernon. Il
-ne gardait plus de mesure et ne craignait pas de
-dénigrer ouvertement le roi. M<sup>me</sup> de Pompadour,
-«qui le craignait à l’égal du tonnerre», s’était «acquis»
-cet ancien adversaire «comme ami à pendre
-et à dépendre<a name="FNanchor_448" id="FNanchor_448" href="#Footnote_448" class="fnanchor">[448]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_447" id="Footnote_447" href="#FNanchor_447"><span class="label">[447]</span></a>
-Il prenait ainsi sa revanche d’une de ces «tracasseries» (<i>Mémoires
-authentiques</i>) que lui avait jadis suscitées la rancune tenace de M<sup>lle</sup> de
-Charolais. Désigné en 1738 pour la lieutenance-générale de Bretagne
-et déjà félicité dans les Galeries de Versailles (<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>,
-t. II, <ins id="cor_16" title="«pp.» ajouté">pp.</ins> 83-84), il avait dû se contenter du poste du Languedoc devant
-l’opposition irréductible de son ancienne maîtresse.</p>
-
-<p><a name="Footnote_448" id="Footnote_448" href="#FNanchor_448"><span class="label">[448]</span></a>
-<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;IX, p.&nbsp;173.</p>
-</div>
-
-<p>A vrai dire, Richelieu avait fini par se rendre
-compte qu’il ne pourrait avoir raison de la Marquise,
-même sur le terrain où il la croyait si vulnérable.
-Une double expérience avait achevé de le
-convaincre. Ayant constaté, depuis l’avènement et
-la faveur de M<sup>me</sup> de Pompadour, que les grandes
-dames avaient cessé de plaire au roi et que le prince
-s’accommodait beaucoup mieux de petites bourgeoises,
-Richelieu s’était tout d’abord inquiété d’opposer
-à la maîtresse en titre des rivales de son rang.
-Dans les premiers jours de 1747, avait subitement
-apparu, à Paris, une jeune fille d’une rare beauté,
-M<sup>lle</sup> Hélie, dont le père était un négociant rouennais.
-Elle faisait sensation dans les promenades publiques
-et ne pouvait sortir qu’escortée d’une foule
-de badauds. Les nouvellistes, chargés de renseigner
-leurs abonnés ou... le lieutenant de police, racontaient,
-<span class="pagenum" id="Page_288">[p. 288]</span>
-par le menu, dans leurs feuilles, les divers épisodes
-de cette aventure parisienne qui serait restée à jamais
-ignorée, sans l’indiscrétion de ces <i>reporters</i> de
-l’ancien régime<a name="FNanchor_449" id="FNanchor_449" href="#Footnote_449" class="fnanchor">[449]</a>. Le père de M<sup>lle</sup> Hélie—un homme
-exempt de préjugés—eût voulu produire sa fille
-à la Cour. Dans ce but, il avait invité Richelieu à
-dîner; et la jeune personne avait fait admirer à
-Versailles son éblouissante beauté. M<sup>me</sup> de Pompadour
-en avait pris ombrage; et Richelieu avait dû
-insinuer à l’ambitieux négociant le conseil de laisser
-désormais sa fille à Paris. C’était, en réalité, une
-manœuvre des plus habiles. M<sup>lle</sup> Hélie, que de riches
-financiers demandaient en mariage, était un morceau
-de roi, et Richelieu tenait à l’offrir lui-même
-à son maître. Aussi avait-il fait du père son commensal,
-et lui donnait-il chaque jour de plantureux
-festins, auxquels était conviée l’élite de la Cour. Mais
-M<sup>lle</sup> Hélie, aussi sage qu’elle était belle, déjoua tous
-ces calculs en allant s’enfermer dans un couvent.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_449" id="Footnote_449" href="#FNanchor_449"><span class="label">[449]</span></a>
-Lettres du lieutenant de police Marville au comte de Maurepas
-(édition de Boislisle), t.&nbsp;III, février et mars 1747. <i>Nouvelles
-de café.</i></p>
-</div>
-
-<p>Quelque temps après, le règne de la Marquise était
-autrement menacé par la petite Murphy, une délicieuse
-créature, âgée de seize ans à peine, jolie
-comme les amours, intelligente et spirituelle au possible,
-qui tint en échec la Sultane favorite pendant
-plus de deux ans. C’était Le Bel qui avait cueilli
-pour le roi ce fruit déjà taché, mais qui semblait
-chaque jour plus savoureux à son nouveau propriétaire.
-Richelieu et le duc d’Ayen, dit d’Argenson,
-furent «dans la confidence de la Murphy». Peut-être
-le Maréchal trouva-t-il piquant que Louis&nbsp;XV,
-<span class="pagenum" id="Page_289">[p. 289]</span>
-après avoir dédaigné les plus nobles dames de la
-Cour, s’amourachât de la fille d’un savetier, ramassée
-par son valet de chambre dans les pires taudis.
-Il est vrai que cette gamine avait des gestes d’une
-câlinerie adorable. Le jour de la disgrâce du Parlement,
-elle avait sauté au cou du roi en lui disant:
-«Je ne crains que pour vous, je ne vous aime que
-pour vous; arrivera ce qu’il voudra à votre royaume,
-mais renvoyez votre vieille marquise.»</p>
-
-<p>Louis&nbsp;XV ne pouvait déjà plus se passer de cette
-«vieille marquise», qui lui épargnait le souci de gouverner,
-recevait les ambassadeurs à sa toilette et
-«resta toujours le premier ministre», jusqu’à sa
-dernière heure.</p>
-
-<p>La petite Murphy continua donc, mais sans succès,
-à réclamer l’expulsion de la maîtresse en titre;
-et quand elle eut donné un fils à ce roi qu’elle amusait
-par ses saillies et charmait par sa science de volupté,
-son amant la maria, pour revenir à la «Grande
-Marquise».</p>
-
-<p>Richelieu s’était résigné depuis longtemps à ce
-fatal retour: son flair de courtisan l’avait éloigné
-d’une piste qui l’avait un instant égaré. Toutefois,
-bien qu’ayant déposé les armes, il ne se rendait pas
-complètement à discrétion. Mais M<sup>me</sup> de Pompadour
-voulait, comme aux premiers temps de sa faveur,
-convertir cette neutralité bienveillante en alliance
-formelle. Aussi demanda-t-elle, un jour, résolument
-à Richelieu le duc de Fronsac pour la fille qu’elle
-avait eue de M. d’Etioles et qui devait mourir,
-dans sa dixième année, en juin 1754. Le Maréchal
-répondit à la Marquise que, s’il n’avait tenu qu’à
-lui, il eût accepté avec empressement une proposition
-<span class="pagenum" id="Page_290">[p. 290]</span>
-aussi flatteuse, mais que le consentement
-à cette union dépendait uniquement de la maison
-de Lorraine. M<sup>me</sup> de Pompadour n’insista pas<a name="FNanchor_450" id="FNanchor_450" href="#Footnote_450" class="fnanchor">[450]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_450" id="Footnote_450" href="#FNanchor_450"><span class="label">[450]</span></a>
-<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>, t.&nbsp;IX, p.&nbsp;166.—<i>Mémoires</i>
-de M<sup>me</sup> <span class="smcap">du Hausset</span>.—<span class="smcap">Goncourt</span> (Les): <i>M<sup>me</sup> de Pompadour</i>,
-1878.—M<sup>is</sup> d’<span class="smcap">Argenson</span>: <i>Mémoires</i>, t.&nbsp;VII, VIII, IX <i>passim</i>.</p>
-</div>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_291">
-
-<h2>CHAPITRE XXIV</h2>
-
-<p class="smm"><i>L’alliance de l’Autriche et de la France. — Débuts de la
-Guerre de Sept ans; la Prusse alliée de l’Angleterre. — Mariage
-de Septimanie, fille de Richelieu, avec le comte
-d’Egmont. — Départ du Maréchal pour Minorque: prise
-de Citadella; travaux de siège; vaillance du soldat français. — Prise
-de Port-Mahon. — Enthousiasme de M<sup>me</sup> de
-Pompadour pour «le Minorquin». — Vaine intervention
-de Voltaire et de Richelieu pour l’amiral Byng. — Malveillance
-du comte d’Argenson. — Le retour, acclamé,
-de Richelieu. — Les figues de Minorque.</i></p>
-
-<p>Le 10 octobre 1756, Voltaire écrivait, des Délices,
-au Maréchal de Richelieu:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Souvenez-vous, mon héros, que, dans votre ambassade
-à Vienne, vous fûtes le premier qui assurâtes
-que l’union des maisons d’Autriche et de
-France était nécessaire et que c’était un moyen
-infaillible de renfermer les Anglais dans leur île,
-les Hollandais dans leurs canaux, le duc de Savoie
-dans ses montagnes et de tenir enfin la balance de
-l’Europe.»</p>
-</div>
-
-<p>Richelieu fut-il jamais, et de bonne foi, partisan
-d’un système d’alliance<a name="FNanchor_451" id="FNanchor_451" href="#Footnote_451" class="fnanchor">[451]</a> si fort en contradiction avec
-la politique avunculaire<a name="FNanchor_452" id="FNanchor_452" href="#Footnote_452" class="fnanchor">[452]</a>, qui, d’ailleurs, était celle
-<span class="pagenum" id="Page_292">[p. 292]</span>
-d’Henri IV et dont la tradition s’était continuée
-sous le règne de Louis&nbsp;XIV? C’est assez peu vraisemblable,
-surtout en 1725, à l’époque où il avait
-pour mission de soustraire l’Espagne à l’influence
-autrichienne—moyen détourné, mais sûr, de contribuer
-à la pacification de l’Europe. A vrai dire,
-un fait nouveau venait de s’imposer à la méditation
-des diplomates. Depuis environ trente ans,
-une puissance, jusqu’alors sans prestige, presque
-une quantité négligeable au lendemain du traité
-d’Utrecht, s’était peu à peu formée, constituée, organisée,
-affirmée en un mot, devant l’Europe, où
-elle prétendait prendre place au Conseil des Nations,
-en attendant qu’elle fît, comme elle l’a, depuis,
-si souvent répété, «sa trouée dans le monde».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_451" id="Footnote_451" href="#FNanchor_451"><span class="label">[451]</span></a>
-Dans ses <i>Mémoires authentiques</i>, Richelieu dit, au contraire,
-que le traité de Vienne, œuvre de Bernis «engagea la France dans
-une guerre où les généraux et les ministres firent tant de sottises
-que l’on fut obligé de faire la paix et de perdre comme à l’ordinaire».</p>
-
-<p><a name="Footnote_452" id="Footnote_452" href="#FNanchor_452"><span class="label">[452]</span></a>
-Alors que, fidèle à la sage politique du chef de la dynastie
-bourbonienne, le Cardinal de Richelieu poursuivait, en s’assurant
-le concours de divers princes allemands, l’abaissement de la maison
-d’Autriche, si dangereuse pour la sécurité et pour l’unité de la France,
-la puissance de la Prusse n’existait qu’à l’état embryonnaire. Mais
-depuis longtemps, la rapacité des Hohenzollern, ses souverains,
-en avait agrandi peu à peu le misérable domaine par l’annexion,
-inique et féroce, de provinces voisines. Car la Prusse, quoiqu’elle
-ait toujours protesté de son dévouement désintéressé à la cause
-de la nationalité allemande, «n’a jamais vécu, suivant la forte expression
-de M. Lavisse, (<i>Études sur l’histoire de Prusse</i>) que de l’Allemagne
-et non pour l’Allemagne». Avec Frédéric II, elle devenait l’autre
-danger. M<sup>me</sup> de Pompadour l’avait découvert... sans le savoir.</p>
-</div>
-
-<p>La Prusse, reconnue, par grâce, comme royaume,
-en 1701 et 1713, d’abord faible et incertaine dans
-ses alliances en 1725, avait dû, à la science politique,
-au génie militaire et surtout à la fourberie
-impudente du monarque qui dirigeait ses
-destinées depuis 1740, de faire apprécier son importance
-et redouter son ambition par les peuples
-voisins. Car c’était une nation de proie, dont Frédéric
-II flattait, par ses conquêtes, des appétits
-qu’il partageait. Il avait profité de la lutte qui
-s’était engagée entre la France et l’Autriche,
-<span class="pagenum" id="Page_293">[p. 293]</span>
-pour arracher à celle-ci une de ses provinces et attendait
-impatiemment l’heure de l’affaiblir, elle
-ou l’Allemagne, par de nouvelles spoliations. Puis
-c’était (la France ne le savait que trop) un allié
-d’une fidélité douteuse, d’ailleurs peu scrupuleux
-sur le choix des moyens et très inquiétant même pour
-ses amis. Aussi ses agissements avaient-ils provoqué
-une coalition d’États intéressés à repousser des prétentions
-que rien ne justifiait. Se targuant de principes
-philosophiques qui n’étaient bien souvent que
-des poussées de cynisme, le roi de Prusse avait
-cruellement offensé M<sup>me</sup> de Pompadour par des propos
-d’une grossièreté inexcusable, pendant que l’impératrice
-Marie-Thérèse prodiguait à la Marquise
-ses plus flatteuses attentions. Le résultat d’une politique
-si contrastée ne se fit pas attendre. Louis&nbsp;XV
-laissait plus que jamais sa maîtresse tenir les rênes
-du gouvernement; et M<sup>me</sup> de Pompadour eut vite
-décidé son amant à signer un traité d’alliance avec
-l’Impératrice-reine contre Frédéric II.</p>
-
-<p>Ainsi débuta cette campagne, si désastreuse pour
-la France, qui porte, dans l’Histoire, le nom de
-<i>Guerre de Sept ans</i>.</p>
-
-<p>Le roi de Prusse fut seul, d’abord, avec la Grande-Bretagne,
-à soutenir la lutte. Celle-ci avait commencé,
-à la fin de 1755, par la capture de bateaux
-français dont se saisirent les Anglais, dans la mer
-du Nord, avant même que la guerre fût déclarée.</p>
-
-<p>On décida de répondre à cette félonie en s’emparant
-de l’île de Minorque occupée alors par l’Angleterre.
-Et Richelieu qui commandait les côtes de
-la Méditerranée fut désigné comme chef de l’expédition
-projetée.</p>
-
-<p>Il venait de marier, en février 1756, sa fille
-<span class="pagenum" id="Page_294">[p. 294]</span>
-Septimanie avec le comte d’Egmont-Pignatelli. La nouvelle
-épousée, dit le duc de Luynes, était «grande et
-bien faite»; elle avait «le visage agréable et un très
-bon maintien<a name="FNanchor_453" id="FNanchor_453" href="#Footnote_453" class="fnanchor">[453]</a>». Mais, comme elle l’écrivait elle-même,
-elle «avait le cœur triste<a name="FNanchor_454" id="FNanchor_454" href="#Footnote_454" class="fnanchor">[454]</a>». Elle avait
-échangé les plus tendres serments, sous les yeux indulgents
-de sa tante l’abbesse du Trésor, avec le
-comte de Gisors, l’aimable et noble fils du Maréchal
-de Belle-Isle<a name="FNanchor_455" id="FNanchor_455" href="#Footnote_455" class="fnanchor">[455]</a>. Mais en ces temps où l’orgueil nobiliaire
-entendait ignorer les questions de sentiment,
-la duchesse d’Aiguillon, née Crussol, qui avait élevé
-Septimanie comme sa propre fille, avait arrêté en
-conseil familial (et on la nommait la Sœur du Pot
-des philosophes!) que les maisons de Richelieu et
-de Lorraine devaient s’opposer à tout projet d’union
-avec l’arrière-petit-fils de Fouquet, le ministre prévaricateur.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_453" id="Footnote_453" href="#FNanchor_453"><span class="label">[453]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;XIV, p.&nbsp;429, février 1756.</p>
-
-<p><a name="Footnote_454" id="Footnote_454" href="#FNanchor_454"><span class="label">[454]</span></a>
-Comtesse d’<span class="smcap">Armaillé</span>: <i>La comtesse d’Egmont</i>, p.&nbsp;23.</p>
-
-<p><a name="Footnote_455" id="Footnote_455" href="#FNanchor_455"><span class="label">[455]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, p.&nbsp;39.</p>
-</div>
-
-<p>Richelieu, dont la sécheresse de cœur nous est
-connue, ne s’embarrassa pas autrement de la douleur
-qu’allait laisser dans cette âme de vierge l’abandon
-de son beau rêve: l’amour chaste et pur était
-un mythe pour un tel libertin! Ce père égoïste et
-vaniteux<a name="FNanchor_456" id="FNanchor_456" href="#Footnote_456" class="fnanchor">[456]</a> ne vit dans l’alliance princière qu’il
-imposait à sa fille qu’une illustration nouvelle pour
-la maison de Richelieu. Et il témoigna, en cette
-<span class="pagenum" id="Page_295">[p. 295]</span>
-occurrence, de son esprit de gloriole, par une manifestation
-des plus mesquines, mais qu’approuve énergiquement
-le duc de Luynes, en admiration perpétuelle
-devant ce premier gentilhomme, qui faisait,
-chaque jour, du moindre manquement à l’étiquette,
-une affaire d’État.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_456" id="Footnote_456" href="#FNanchor_456"><span class="label">[456]</span></a>
-Il ne savait même pas respecter sa fille, s’il faut en croire Dugas
-de Bois-Saint-Just, dans son livre <i>Paris, Versailles et les provinces</i>.
-A l’Opéra, un masque s’acharne après la comtesse d’Egmont. Il
-la pousse à bout et ne craint pas de lui dire qu’elle a une fraise
-sur la cuisse gauche: «Arrêtez cet homme», ordonne la comtesse
-indignée au garde de service. Le masque se découvre: c’est le
-Maréchal.</p>
-</div>
-
-<p>«M. de Richelieu n’a pas voulu donner part du
-mariage de sa fille par des billets imprimés que l’on
-envoie à toutes les portes, mais seulement par des
-billets à la main envoyés aux parents; c’est, en effet,
-la règle.</p>
-
-<p>«C’est un véritable abus que d’envoyer des billets
-imprimés partout; on en reçoit tous les jours sur
-toutes sortes de mariages et auxquels on n’a aucune
-raison de prendre part. Lempereur, fameux joaillier,
-a marié sa fille depuis peu et a envoyé des billets
-imprimés à toutes les portes<a name="FNanchor_457" id="FNanchor_457" href="#Footnote_457" class="fnanchor">[457]</a>.»</p>
-
-<p>Une mode, qui, par extraordinaire, dure depuis
-deux siècles!</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_457" id="Footnote_457" href="#FNanchor_457"><span class="label">[457]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, février 1756, t.&nbsp;XIV, p.&nbsp;429.</p>
-</div>
-
-<p>Richelieu partit, en mars, avec son gendre et son
-fils, le duc de Fronsac, dont le régiment venait d’être
-supprimé, un beau régiment, hélas! en son «habit
-blanc à revers jonquilles, avec tricorne orné d’un
-pompon rose et d’une cocarde à ganse blanche sur
-le côté gauche<a name="FNanchor_458" id="FNanchor_458" href="#Footnote_458" class="fnanchor">[458]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_458" id="Footnote_458" href="#FNanchor_458"><span class="label">[458]</span></a>
-Comtesse d’<span class="smcap">Armaillé</span>: <i>La comtesse d’Egmont</i>, p.&nbsp;12.—Ce
-régiment de Septimanie avait été formé par Richelieu. Le roi en
-avait nommé Fronsac colonel, malgré l’opposition du prince de
-Dombes, opposition dont le Maréchal niait la légitimité (<i>Journal</i>
-<span class="smcap">de Luynes</span>, t.&nbsp;V, p.&nbsp;339).</p>
-</div>
-
-<p>C’était sur les instances de l’abbé de Bernis<a name="FNanchor_459" id="FNanchor_459" href="#Footnote_459" class="fnanchor">[459]</a>, à qui
-<span class="pagenum" id="Page_296">[p. 296]</span>
-le Maréchal devait en grande partie, sa nomination,
-que celui-ci se rendait à Marseille, pour presser les
-préparatifs de l’expédition, fort retardés à Toulon,
-du fait de la Marquise, prétend Soulavie.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_459" id="Footnote_459" href="#FNanchor_459"><span class="label">[459]</span></a>
-Frédéric <span class="smcap">Masson</span>: <i>Mémoires et Correspondance du cardinal
-de Bernis</i> (Paris, 1878, 2 vol.), t.&nbsp;I, p.&nbsp;253.—Aussi Richelieu
-écrivait-il à Bernis, le 5 mai 1756, une lettre en partie autographe sur
-son expédition à Minorque (Appendice du t.&nbsp;I, p.&nbsp;450. <i>Archives
-des affaires étrangères</i>, France, Série brune. T. DCXI).</p>
-</div>
-
-<p>Sans doute, quand Richelieu avait parlé à la Cour
-de prendre d’assaut Port-Mahon, ses ennemis
-l’avaient traité «d’étourdi et de présomptueux qui
-voulait la fin sans les moyens<a name="FNanchor_460" id="FNanchor_460" href="#Footnote_460" class="fnanchor">[460]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_460" id="Footnote_460" href="#FNanchor_460"><span class="label">[460]</span></a>
-<i>Mémoires</i> d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;IX, p.&nbsp;235.—D’après <span class="smcap">Campardon</span>:
-<i>M<sup>me</sup> de Pompadour et la Cour de Louis&nbsp;XV</i>, p.&nbsp;207, la marquise
-aurait dit, en parlant de Richelieu: «Il lui faudrait quelque
-bonne disgrâce pour lui apprendre à ne douter de rien.»</p>
-</div>
-
-<p>Mais M<sup>me</sup> de Pompadour tenait trop au succès
-d’une guerre, qui était la sienne, pour chercher à
-le compromettre, dans le seul but de ridiculiser le
-général chargé de diriger les opérations. Jusqu’alors,
-par une fatalité constante, Richelieu avait vu
-chacune de ses expéditions navales entravée, ou arrêtée,
-à l’heure même de son embarquement. Dans
-la circonstance présente, «il avait jeté feu et flammes,
-car il craignait, avec raison, d’être prévenu par les
-Anglais<a name="FNanchor_461" id="FNanchor_461" href="#Footnote_461" class="fnanchor">[461]</a>». D’Argenson, et peut-être Belle-Isle,
-devaient être tenus pour responsables d’une telle
-négligence. Mais, heureusement, l’activité des Marseillais
-avait su rattraper le temps perdu; et, le
-9 avril, Richelieu prenait la mer pour débarquer
-le 18, à Citadella, capitale de l’île<a name="FNanchor_462" id="FNanchor_462" href="#Footnote_462" class="fnanchor">[462]</a>. Les grenadiers
-lui avaient réclamé l’honneur, suivant leur droit,
-<span class="pagenum" id="Page_297">[p. 297]</span>
-de descendre les premiers à terre<a name="FNanchor_463" id="FNanchor_463" href="#Footnote_463" class="fnanchor">[463]</a>. Et pendant que,
-au grand étonnement du gouverneur, Sir Blackney,
-demandant le motif d’une telle agression, les troupes
-françaises débarquaient sur la plage, «les députés,
-les magistrats et tous les corps de la ville» s’entassaient
-dans des chaloupes, «pour venir faire leur
-soumission» au Maréchal, qui avait envoyé M. d’Albaret,
-avec un tambour et quelques grenadiers,
-sommer Citadella de se rendre. Le matin, à la vue de
-la flotte, trois cents soldats anglais avaient quitté
-la ville<a name="FNanchor_464" id="FNanchor_464" href="#Footnote_464" class="fnanchor">[464]</a>, pour se renfermer dans le fort Saint-Philippe
-qui commandait la position de Port-Mahon,
-«place imprenable, s’il pouvait y en avoir», écrivait
-plus tard Richelieu.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_461" id="Footnote_461" href="#FNanchor_461"><span class="label">[461]</span></a>
-<i>Mémoires et lettres</i> de <span class="smcap">Bernis</span>, t.&nbsp;I, p.&nbsp;255.</p>
-
-<p><a name="Footnote_462" id="Footnote_462" href="#FNanchor_462"><span class="label">[462]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;XV, p.&nbsp;39.—<span class="smcap">Raoul de Cisternes</span>:
-<i>La Campagne de Minorque</i>, d’après le <i>Journal</i> du Commandeur <span class="smcap">de
-Glandevez</span> (1899).</p>
-
-<p><a name="Footnote_463" id="Footnote_463" href="#FNanchor_463"><span class="label">[463]</span></a>
-<span class="smcap">Dugas de Bois-Saint-Just</span>: <i>Paris, Versailles et les Provinces</i>
-(3 vol., 1817), t.&nbsp;II, p.&nbsp;82.</p>
-
-<p><a name="Footnote_464" id="Footnote_464" href="#FNanchor_464"><span class="label">[464]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;XV, pp.&nbsp;39-40.</p>
-</div>
-
-<p>Les épisodes du siège sont restés célèbres. La
-Cour en recevait un «journal» et des «relations»
-fréquentes, auxquels Luynes a fait de notables emprunts.
-C’étaient souvent des actes d’héroïsme tout
-à la gloire du soldat français, témoin ce canonnier,
-ancien déserteur, qui se réhabilita par son adresse
-et sa vaillance devant l’ennemi<a name="FNanchor_465" id="FNanchor_465" href="#Footnote_465" class="fnanchor">[465]</a>; puis l’ingénieuse
-idée, suggérée à Richelieu par Beauvau<a name="FNanchor_466" id="FNanchor_466" href="#Footnote_466" class="fnanchor">[466]</a>, pour combattre
-l’ivrognerie qui déshonorait l’armée. Le généralissime
-arrêta que tout soldat, convaincu de
-s’être enivré, serait déclaré indigne de monter à
-l’assaut: ce fut le salut du corps expéditionnaire<a name="FNanchor_467" id="FNanchor_467" href="#Footnote_467" class="fnanchor">[467]</a>.
-<span class="pagenum" id="Page_298">[p. 298]</span>
-Beauvau rend encore au Maréchal cette justice qu’il
-avait su s’entourer d’un état-major, aussi remarquable
-par son intelligente bravoure que par sa parfaite
-distinction. Lui-même, Richelieu donnait l’exemple
-du sang-froid et de l’intrépidité.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_465" id="Footnote_465" href="#FNanchor_465"><span class="label">[465]</span></a>
-<span class="smcap">Raoul de Cisternes</span>: <i>La Campagne de Minorque</i>, p.&nbsp;360. Lettre
-de Richelieu au comte d’Argenson, 19 juin 1756.</p>
-
-<p><a name="Footnote_466" id="Footnote_466" href="#FNanchor_466"><span class="label">[466]</span></a>
-<i>Souvenirs de la Maréchale de Beauvau et du Maréchal</i> (1872),
-p.&nbsp;55. Appendice, p.&nbsp;68.</p>
-
-<p><a name="Footnote_467" id="Footnote_467" href="#FNanchor_467"><span class="label">[467]</span></a>
-On a toujours mauvaise grâce à se citer; nous ne voudrions
-pas cependant laisser ignorer que, pendant l’occupation de Minorque,
-on joua la Comédie au Camp français, avec cette belle humeur qui
-caractérise si bien nos soldats. Voir, à cet égard, dans le <i>Moliériste</i>
-de 1888, notre étude sur le répertoire et les acteurs de ce théâtre
-improvisé.</p>
-</div>
-
-<p>La Galissonnière, le chef d’escadre qui avait transporté
-les troupes à Citadella, contribua singulièrement
-à l’issue heureuse de la campagne. Le hasard
-avait fait tomber entre ses mains le tableau des
-signaux de l’escadre ennemie. En conséquence, le
-19 mai, à la hauteur de l’île d’Aire, il attaquait,
-avec ses douze vaisseaux, les quatorze de la flotte
-anglaise; et bientôt, pour éviter un désastre, les
-amiraux Byng et Vouel, déjà fortement éprouvés,
-étaient obligés de se réfugier sous les canons de
-Gibraltar. Mais, quoique cette victoire eût permis
-au Maréchal de resserrer plus étroitement Saint-Philippe,
-il n’en réclamait pas moins, lui qui avait
-cru l’enlever en un tour de main, de nouveaux
-envois de troupes, de munitions et de vivres. Il
-reconnaissait d’ailleurs que d’Argenson les lui expédiait
-très exactement. Mais ses ennemis de Cour ne
-s’en montraient que plus âpres à critiquer les opérations
-et à s’en gausser librement. Puis, la plaisanterie
-tournait au tragique; on allait jusqu’à prétendre
-que Richelieu cherchait la mort, pour ne pas
-survivre à son déshonneur. Tout le monde n’était
-pas de cet avis, puisque M<sup>me</sup> de Pompadour, elle-même,
-adressait, le 28 mai, à Richelieu, ce billet
-dans le style familier qui lui était personnel:</p>
-
-<div class="manuscr"><span class="pagenum" id="Page_299">[p. 299]</span>
-<p>«On nous a mandé de Toulon les plus jolies choses
-du monde: je les aimerais mieux de vos pattes de
-chat... Bonsoir, Monsieur le Minorquin, j’espère
-bien fort que vous êtes actuellement en pleine possession.
-Je rouvre ma lettre pour vous complimenter
-sur la bonne opération de M. de la Galissonnière...
-Nous attendons la nouvelle d’un second combat<a name="FNanchor_468" id="FNanchor_468" href="#Footnote_468" class="fnanchor">[468]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_468" id="Footnote_468" href="#FNanchor_468"><span class="label">[468]</span></a>
-<i>Correspondance de M<sup>me</sup> de Pompadour</i> (édition Poulet-Malassis,
-1878). <i>Lettres à Richelieu.</i></p>
-</div>
-
-<p>Ce fut seulement un mois après, le 28 juin, que
-Richelieu emporta d’assaut Saint-Philippe: «Cette
-entreprise téméraire, écrit Bernis, lui réussit par la
-valeur extraordinaire des troupes, par la mollesse
-des assiégés et surtout par l’inexpérience de M. de
-Blackney, à qui cependant la nation anglaise éleva
-une statue pour consacrer sa belle défense<a name="FNanchor_469" id="FNanchor_469" href="#Footnote_469" class="fnanchor">[469]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_469" id="Footnote_469" href="#FNanchor_469"><span class="label">[469]</span></a>
-<i>Mémoires et Lettres du Cardinal de Bernis</i> (édit. Fr. Masson,
-1878), t.&nbsp;I, p.&nbsp;253.—<i>Mémoires authentiques du M<sup>l</sup> de Richelieu</i>
-(inédits).</p>
-</div>
-
-<p>Richelieu dépêcha aussitôt son gendre à Versailles
-avec les articles de la capitulation. En même temps,
-un laquais, parti en chaise de poste, apportait à
-M<sup>me</sup> d’Egmont la nouvelle que son mari venait de
-débarquer à Marseille. Septimanie se trouvait à la
-Comédie italienne quand le courrier lui remit la
-dépêche. Elle faillit s’évanouir; et dès que le bruit
-de la victoire se répandit dans la salle, ce furent
-des «batteries de mains» et des acclamations sans
-nombre<a name="FNanchor_470" id="FNanchor_470" href="#Footnote_470" class="fnanchor">[470]</a>. Aussitôt les acteurs, qui évidemment
-avaient pris leurs précautions, entonnèrent des chansons
-en l’honneur de la maison de Richelieu.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_470" id="Footnote_470" href="#FNanchor_470"><span class="label">[470]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span>, t.&nbsp;VI, p.&nbsp;335.</p>
-</div>
-
-<p>Fronsac gagna au triomphe de son père la croix
-<span class="pagenum" id="Page_300">[p. 300]</span>
-de Saint-Louis et la survivance à la charge de premier
-gentilhomme de la Chambre.</p>
-
-<p>L’allégresse fut générale dans tout le royaume, et
-M<sup>me</sup> de Pompadour manifesta, la première, sa joie
-très vive de ce beau fait d’armes<a name="FNanchor_471" id="FNanchor_471" href="#Footnote_471" class="fnanchor">[471]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_471" id="Footnote_471" href="#FNanchor_471"><span class="label">[471]</span></a>
-<i>Mémoires</i> de M<sup>me</sup> <span class="smcap">du Hausset</span> (édition Barrière), p.&nbsp;60.</p>
-</div>
-
-<p>Voltaire en délira presque. Il avait entretenu avec
-Richelieu, pendant la durée du siège, une correspondance
-suivie, dans laquelle il n’imaginait jamais de
-formules assez élogieuses, pour célébrer la gloire
-future de son héros. Mais, en homme pratique qui
-n’entend pas laisser au hasard le soin de régler ses
-affaires, en historien soucieux de sa documentation,
-il demandait au Maréchal, comme il l’avait
-déjà fait, en 1752, pour «ses Siècles<a name="FNanchor_472" id="FNanchor_472" href="#Footnote_472" class="fnanchor">[472]</a>», un «petit
-journal de son expédition, qu’il «enchâsserait dans
-son <i>Histoire générale</i> qui va de Charlemagne jusqu’à
-nos jours<a name="FNanchor_473" id="FNanchor_473" href="#Footnote_473" class="fnanchor">[473]</a>». Il avait une foi absolue dans le
-succès de l’entreprise. Il avait parié vingt guinées
-contre un Anglais qui voyait déjà Richelieu prisonnier
-de guerre<a name="FNanchor_474" id="FNanchor_474" href="#Footnote_474" class="fnanchor">[474]</a>... Aussi Voltaire avait-il adressé au
-Maréchal un compliment en vers qui disait précisément
-le contraire<a name="FNanchor_475" id="FNanchor_475" href="#Footnote_475" class="fnanchor">[475]</a>, «prophétie» en train de courir
-tout Paris, du fait peut-être d’un «secrétaire bel
-esprit» de Richelieu<a name="FNanchor_476" id="FNanchor_476" href="#Footnote_476" class="fnanchor">[476]</a>. Depuis la victoire du général
-en chef, il a déjà reçu des poèmes pour lui: «Je suis,
-s’écrie-t-il, le bureau d’adresse de vos triomphes<a name="FNanchor_477" id="FNanchor_477" href="#Footnote_477" class="fnanchor">[477]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_472" id="Footnote_472" href="#FNanchor_472"><span class="label">[472]</span></a>
-<a name="Footnote_473" id="Footnote_473" href="#FNanchor_473"><span class="label">[473]</span></a>
-<a name="Footnote_474" id="Footnote_474" href="#FNanchor_474"><span class="label">[474]</span></a>
-<a name="Footnote_475" id="Footnote_475" href="#FNanchor_475"><span class="label">[475]</span></a>
-<a name="Footnote_476" id="Footnote_476" href="#FNanchor_476"><span class="label">[476]</span></a>
-<a name="Footnote_477" id="Footnote_477" href="#FNanchor_477"><span class="label">[477]</span></a>
-<i>Correspondance de Voltaire</i>, 28 mars, 16 avril, 3 mai,
-14 juin, 16 juillet 1756.</p>
-</div>
-
-<p>Mais ce qui fait encore le plus d’honneur à Voltaire,
-dans ce débordement de panégyrisme à outrance,
-c’est le noble empressement qu’il apporte à solliciter
-l’intervention de Richelieu en faveur du malheureux
-<span class="pagenum" id="Page_301">[p. 301]</span>
-amiral Byng, traduit devant la Cour martiale
-qui l’enverra au supplice le 14 mars 1757. Voltaire
-écrit, dit-il, au nom d’un Anglais (c’était peut-être
-bien lui) qui réclame pour le vaincu le témoignage
-du vainqueur: «Un seul mot de vous pourra
-le justifier... Vous avez contribué à faire Blackney
-pair d’Angleterre; vous sauverez l’honneur et la
-vie de l’amiral Byng.» Richelieu ne se déroba pas à
-cette généreuse mission. Mais ce fut en vain<a name="FNanchor_478" id="FNanchor_478" href="#Footnote_478" class="fnanchor">[478]</a>. L’Angleterre
-traitait ses amiraux battus, comme plus tard
-la Convention ses généraux en déroute. Le pacte
-avec la victoire ou la mort!</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_478" id="Footnote_478" href="#FNanchor_478"><span class="label">[478]</span></a>
-<i>Correspondance de Voltaire</i>, 20 décembre 1756.</p>
-</div>
-
-<p>Si Voltaire avait écrit, le 16 août, au triomphateur,
-pour lui rappeler, à propos de «l’envie et de
-l’ignorance» qui avaient criblé d’épigrammes l’expédition,
-les injures dont Villars avait été accablé avant
-Denain, il ne prévoyait guère l’accueil réservé par la
-Cour à Richelieu, après la prise de Port-Mahon.
-Quelques jours auparavant, le Maréchal, usant d’un
-expédient qui lui avait déjà tant de fois servi, écrivait
-à d’Argenson le ministre, pour lui demander son
-rappel, sous prétexte que sa «santé était mauvaise<a name="FNanchor_479" id="FNanchor_479" href="#Footnote_479" class="fnanchor">[479]</a>».
-En réalité, Richelieu savait, à n’en pas douter, que
-sa conduite et ses opérations à Minorque étaient
-durement critiquées. Sa maîtresse, la duchesse de
-Lauraguais, lui continuant, mais avec plus de clairvoyance,
-les bons offices de M<sup>me</sup> de Tencin, le tenait
-au courant des intrigues nouées contre lui.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_479" id="Footnote_479" href="#FNanchor_479"><span class="label">[479]</span></a>
-<i>Journal</i> de <span class="smcap">Luynes</span>, t.&nbsp;XV, p.&nbsp;193, 16 août.</p>
-</div>
-
-<p>Sa dernière lettre est très explicite:</p>
-
-<div class="manuscr"><span class="pagenum" id="Page_302">[p. 302]</span>
-<p class="rdate">«17 août 1756,</p>
-
-<p>... «Ce monstre de d’Argenson, tout en prônant
-votre victoire, a grand soin d’ajouter que, sans
-M. de la Galissonnière, tout aurait échoué. Il fait
-entendre qu’il a fait plus que vous, comme si le concours
-des forces de terre et de mer n’avait pas été
-nécessaire pour cette expédition! Il prétend que vous
-avez agi en soldat plus qu’en général, et que vous
-devez vos succès, plus au hasard et à des circonstances
-heureuses qu’à vos talents. Jugez de ma colère
-quand on m’a rapporté ces propos. J’ai été chez le
-garde des sceaux qui pense toujours comme je vous
-l’ai mandé. Il m’a assuré que le roi lui paraissait
-déjà moins satisfait qu’il l’avait été: il va se laisser
-gagner et vous perdrez peut-être tout le mérite
-d’une superbe expédition.</p>
-
-<p>«M<sup>me</sup> de Pompadour qui paraît être maintenant
-exaltée sur votre compte, peut changer demain.
-Je sais que d’Argenson a passé hier quelque temps
-chez elle; et je crains qu’il ne jette son venin sur
-tout ce qu’il approche. Vous savez par expérience
-qu’elle vous aime selon l’occasion, et qu’aujourd’hui
-votre amie, elle sera demain contre vous. Il
-se présente une foule d’aspirants pour commander;
-et sûrement Soubise ne sera pas oublié.</p>
-
-<p>... «Je vois qu’en général on est fâché de vous
-voir victorieux: une bonne défaite les aurait tous
-rendus contents... Venez promptement: on doit
-toujours profiter du premier moment... Soyez ici
-au plus tôt pour dissiper cet essaim de reptiles qui
-s’assemblent contre vous dans cette pétaudière.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_303">[p. 303]</span>
-«Brûlez cette lettre<a name="FNanchor_480" id="FNanchor_480" href="#Footnote_480" class="fnanchor">[480]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_480" id="Footnote_480" href="#FNanchor_480"><span class="label">[480]</span></a>
-M. de Lescure, dans ses <i>Mémoires</i> autobiographiques de Richelieu,
-donne cette lettre comme inédite et absolument authentique.
-Elle est, au surplus, tout à fait dans le caractère de l’intelligente
-créature qui l’écrivit; et l’avenir en démontra suffisamment
-la sagacité.</p>
-</div>
-
-<p>Richelieu ne tint pas compte de cette dernière
-recommandation: peut-être ne lui parvint-elle pas
-en temps utile, car il était de retour à Paris, dans la
-nuit du 30 au 31 août, au milieu d’un énorme concours
-de peuple qui l’acclamait bruyamment.</p>
-
-<p>Quand il vint à la Cour, remarque Luynes, «on
-le trouva maigri, mais d’ailleurs en bonne santé».
-Le roi l’accueillit assez froidement: il se contenta
-de lui demander s’il avait mangé des figues de Minorque:
-«On les dit excellentes», ajoutait Louis&nbsp;XV,
-qui, à l’exemple de tous les Bourbons, prisait fort
-les plaisirs de la table.</p>
-
-<p>Quant à d’Argenson, il «chercha querelle» à Richelieu
-pour son retour, et «rejeta la chose sur Madame,
-qui en était enthousiasmée et ne l’appelait
-que le Minorquin<a name="FNanchor_481" id="FNanchor_481" href="#Footnote_481" class="fnanchor">[481]</a>». Il donna encore au Maréchal
-d’autres preuves de sa malveillance, en écourtant
-«la liste de grâces» que lui avait proposée le vainqueur
-de Port-Mahon. Celui-ci, prudemment, «se
-tint alors derrière le rideau pour frapper contre les
-deux partis», aussi bien d’Argenson que la Marquise
-et Bernis<a name="FNanchor_482" id="FNanchor_482" href="#Footnote_482" class="fnanchor">[482]</a>.</p>
-
-<p>L’attentat de Damiens précipita la crise.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_481" id="Footnote_481" href="#FNanchor_481"><span class="label">[481]</span></a>
-M<sup>me</sup> <span class="smcap">du Hausset</span>: <i>Mémoires</i> (édition Baudouin, 1824), p.&nbsp;75.</p>
-
-<p><a name="Footnote_482" id="Footnote_482" href="#FNanchor_482"><span class="label">[482]</span></a>
-<i>Mémoires</i> de d’<span class="smcap">Argenson</span>, t.&nbsp;IX, p.&nbsp;348, novembre 1756.</p>
-</div>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_304">
-
-<h2>CHAPITRE XXV</h2>
-
-<p class="smm"><i>Une déconvenue de Richelieu. — L’attentat de Damiens:
-c’est le Maréchal qui fait arrêter l’assassin. — Démarche
-adroite de Richelieu auprès de M<sup>me</sup> de Pompadour. — Son
-intervention, inutile, mais désirée par le roi, auprès
-de l’archevêque de Paris. — Réconciliation publique de
-la Marquise avec Richelieu. — Elle vaut au Maréchal
-de remplacer, à l’armée de Westphalie, le comte d’Estrées,
-le vainqueur d’Hastembeck.</i></p>
-
-<p>L’année 1757 s’était ouverte pour le Maréchal
-sur une pénible impression. Quoique légèrement
-estomaqué par une réception répondant mal à son
-espoir d’une rentrée triomphale, l’adroit et ambitieux
-courtisan n’avait point abdiqué ses prétentions
-au poste de premier ministre, prétentions qu’il
-croyait plus justifiées que jamais, sans toutefois
-les avouer trop hautement. Aussi, quelle ne dut pas
-être sa déception, quand il vit ses espérances, sinon
-anéanties, du moins ajournées par une nomination
-imprévue! Les <i>Mémoires</i> de Bernis nous tracent,
-le 2 janvier, un amusant croquis de la scène:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Le Maréchal de Richelieu qui remplissait cette
-année la charge de premier gentilhomme de la
-Chambre, me dit, un quart d’heure avant que le roi
-lui ordonnât de m’appeler pour me faire asseoir au
-Conseil:</p>
-
-<p>—«Mais, pourquoi, ayant tant d’affaires à traiter
-avec le roi et ses ministres, ne demandez-vous pas
-les entrées de la Chambre? Si vous voulez, je me
-chargerais d’en faire la proposition au roi. Je lui
-<span class="pagenum" id="Page_305">[p. 305]</span>
-répondis, en riant, que j’acceptais volontiers ses offices.
-Il fut fort étonné, un instant après, d’entendre
-le roi me dire:</p>
-
-<p>—«L’abbé de Bernis, prenez place au Conseil<a name="FNanchor_483" id="FNanchor_483" href="#Footnote_483" class="fnanchor">[483]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_483" id="Footnote_483" href="#FNanchor_483"><span class="label">[483]</span></a>
-<i>Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis</i> (édition Frédéric
-Masson), 2 vol., 1878, t.&nbsp;I, p.&nbsp;312. Bernis ne fut secrétaire d’État
-aux affaires étrangères que le 27 juin 1757.—Richelieu, dans ses
-<i>Mémoires authentiques</i>, consacre une notice des plus curieuses à
-Bernis, qu’il appelle une «comète qui avait bien une queue très longue,
-mais à qui il manquait une tête» capable de tenir dignement
-sa place dans le Conseil. Richelieu signale les origines du ministre,
-ses liaisons féminines, surtout avec M<sup>me</sup> de Pompadour, dont il était,
-à l’occasion, le <i>teinturier</i>.</p>
-</div>
-
-<p>Le protégé de M<sup>me</sup> de Pompadour, que Louis&nbsp;XV
-voulait déjà nommer ministre d’État, dans les derniers
-jours de décembre 1756, aurait pu écrire <i>stupéfié</i>,
-pour ne pas dire <i>indigné</i>. Eh quoi! ce prestolet
-d’abbé, parce qu’il avait su plaire à la favorite, entrait
-tout droit au Conseil, alors que lui, duc de Richelieu,
-Maréchal de France, illustre par sa naissance
-et par ses victoires, restait une fois de plus
-dans l’antichambre ministérielle!</p>
-
-<p>Trois jours après, un coup de théâtre, autrement
-inattendu, devait surprendre et bouleverser la Cour
-de Versailles. Le 5 janvier, à la tombée du crépuscule,
-Louis&nbsp;XV allait quitter le palais pour se rendre
-à Trianon. Son carrosse l’attendait sous la voûte;
-et le prince, assez mal éclairé par la lueur incertaine
-de deux flambeaux, atteignait déjà la dernière marche,
-quand il s’écria:</p>
-
-<p>—«Duc d’Ayen, on vient de me donner un coup
-de poing.» Grand émoi. Le Maréchal de Richelieu,
-qui était derrière le roi, s’écrie à son tour:</p>
-
-<p>—Qu’est-ce que c’est que cet homme avec son
-<span class="pagenum" id="Page_306">[p. 306]</span>
-chapeau? Le roi tourne la tête, il porte la main à
-son côté, la retire pleine de sang et dit:</p>
-
-<p>—Je suis blessé: qu’on l’arrête et qu’on ne le
-tue pas.»</p>
-
-<p>Damiens, qui avait frappé Louis&nbsp;XV, «était rentré
-si vivement par la trouée qu’il avait faite que personne
-n’avait vu le coup<a name="FNanchor_484" id="FNanchor_484" href="#Footnote_484" class="fnanchor">[484]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_484" id="Footnote_484" href="#FNanchor_484"><span class="label">[484]</span></a>
-<i>Journal</i> du duc <span class="smcap">de Croÿ</span> (édit. de Grouchy et Cottin, 1906),
-t. I, p.&nbsp;365. Les relations de l’attentat de Damiens sont fort nombreuses,
-et, sauf quelques variantes sans intérêt, concordent assez
-bien dans tous leurs détails. Nous avons choisi de préférence celle
-de Croÿ qui met plus directement en scène Richelieu.—Le Maréchal
-ne put témoigner au procès; il était parti pour l’armée.</p>
-</div>
-
-<p>Mais lui seul était resté couvert; et ce fut la remarque
-de Richelieu qui le fit arrêter aussitôt par
-un valet de pied et par un garde du corps.</p>
-
-<p>Avec une présence d’esprit qui ne l’abandonnait
-pas dans les circonstances les plus critiques, le Maréchal,
-malgré son dépit et ses rancœurs, comprit
-tout le parti qu’il pouvait tirer de la situation; et,
-comme s’il eût été, par destination, le conseil et
-l’appui des favorites dans l’embarras, il s’échappa
-du chevet du roi pour aller trouver M<sup>me</sup> de Pompadour
-qu’on avait éloignée et lui offrir, avec ses consolations,
-le réconfort d’un absolu dévouement<a name="FNanchor_485" id="FNanchor_485" href="#Footnote_485" class="fnanchor">[485]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_485" id="Footnote_485" href="#FNanchor_485"><span class="label">[485]</span></a>
-<span class="smcap">Faur</span>: <i>Vie privée</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;173.—D’après <span class="smcap">Soulavie</span> (<i>Mémoires
-de Richelieu</i>, t.&nbsp;IX, p.&nbsp;159), M<sup>me</sup> de Pompadour se serait
-plainte, au contraire, que, dans cette période critique, le Maréchal
-n’avait pas eu pour elle «tous les égards qui lui étaient dûs».</p>
-</div>
-
-<p>La blessure du roi était insignifiante. Et l’amant
-revint à sa maîtresse, comme il était déjà revenu à
-M<sup>me</sup> de Châteauroux.</p>
-
-<p>La Marquise, plus que jamais en crédit, obtint
-l’exil de d’Argenson<a name="FNanchor_486" id="FNanchor_486" href="#Footnote_486" class="fnanchor">[486]</a> aux Ormes et de Machault, qui
-l’avait trahie, dans sa terre d’Arnouville.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_307">[p. 307]</span>
-Mais le plus difficile restait à faire.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_486" id="Footnote_486" href="#FNanchor_486"><span class="label">[486]</span></a>
-<i>Les Mémoires authentiques</i> contiennent de très piquants détails
-sur la disgrâce de ce ministre, qui «se croyait sûr de faire chasser
-M<sup>me</sup> de Pompadour, parce que, pensait-il, le roi ne le renverrait
-jamais»; tel ce dialogue entre Richelieu et Maillebois, neveu de d’Argenson:
-<i>Maillebois</i>, d’un ton joyeux: «Le Machault vient de partir.—<i>Richelieu</i>:
-Et votre oncle aussi.»</p>
-</div>
-
-<p>La situation intérieure de la France était singulièrement
-troublée depuis cinq ans. Les querelles
-religieuses l’emportaient, par moments, sur les conflits
-politiques, quand elles ne les déterminaient pas. Le
-jansénisme, en majorité au Parlement, luttait contre
-le haut clergé, qui, depuis les premières années du
-<em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, entendait imposer à tous les fidèles,
-d’accord avec le Gouvernement, une adhésion sans
-réserves à la <i>Constitution Unigenitus</i>, œuvre de la
-diplomatie Vaticane. La résistance s’était surtout accentuée
-en 1752. Pour la vaincre, les évêques avaient
-interdit aux curés de donner les sacrements aux
-jansénistes. Versailles avait pris parti pour l’épiscopat.
-Et cependant nombre de courtisans—Richelieu
-tout le premier—étaient plutôt imbus de l’esprit
-philosophique, en opposition avec l’intolérance cléricale.
-Mais il fallait sauvegarder quand même le principe
-d’autorité, partant la religion officielle, puisque
-le Gouvernement approuvait la campagne des évêques.
-Or, le Parlement la combattit et bientôt,
-devant le refus du roi d’accueillir ses remontrances,
-cessa de rendre la justice (5 mars 1753). Les conseillers,
-exilés à Pontoise, ne furent rappelés qu’en
-1754, mais ils n’avaient pas désarmé; et quand la
-guerre éclata en 1756, ils se défendirent d’enregistrer
-les nouveaux impôts réclamés par le ministère.
-Il fallut recourir à de nombreux expédients pour
-trouver les ressources qu’exigeaient les circonstances.
-Mais, après l’attentat de Damiens, le
-<span class="pagenum" id="Page_308">[p. 308]</span>
-Gouvernement dut passer par de nouvelles épreuves.</p>
-
-<p>Beaumont, l’archevêque de Paris, voulait alors
-faire d’une pierre deux coups. Devant l’effroi du monarque
-qui s’était cru, sur l’heure, mortellement
-frappé, il s’était demandé s’il ne pouvait recommencer
-l’éviction de Metz; et d’autre part il n’avait
-pas craint de dire que «le crime avait été commis
-par trahison et de dessein prémédité dans le Palais».
-Le Parlement n’aurait su être mieux visé<a name="FNanchor_487" id="FNanchor_487" href="#Footnote_487" class="fnanchor">[487]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_487" id="Footnote_487" href="#FNanchor_487"><span class="label">[487]</span></a>
-<i>Mémoires historiques et anecdotes de la Cour de France</i>, par <span class="smcap">Soulavie</span>,
-1802, p.&nbsp;335.</p>
-</div>
-
-<p>M<sup>me</sup> de Pompadour, qui se sentait atteinte, obtint
-du roi l’exil de l’archevêque. Mais Louis&nbsp;XV, avant
-de le faire signifier au prélat, avait envoyé auprès
-de lui Richelieu en négociateur. C’était déjà, en
-cette qualité, qu’il avait été accrédité par le roi auprès
-du premier président, lors de l’exil des parlementaires
-à Pontoise. Et cette mission, qui réussit,
-n’avait pas laissé que d’être laborieuse. Les procureurs
-généraux, que le Maréchal avait choisis comme
-intermédiaires, répétaient à l’envi que le roi s’était
-compromis par son coup d’autorité.</p>
-
-<p>Richelieu fut moins heureux avec Beaumont. Il
-le pria, au nom du prince, de se montrer plus conciliant,
-de donner la paix à l’Église et de ne plus insister
-sur la production des billets de confession
-qu’on exigeait des agonisants; il lui promit, en
-échange, de réprimer les écarts du Parlement.</p>
-
-<p>—«Qu’on dresse un échafaud au milieu de ma
-cour, répliqua fièrement le prélat, et j’y monterai
-pour soutenir mes droits... car ma conscience ne me
-permet aucun accommodement.»</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_309">[p. 309]</span>
-Richelieu riposta à l’archevêque que sa conscience
-était une lanterne sourde qui n’éclairait que lui.—Et
-Louis&nbsp;XV «abandonna Beaumont à son
-conseil<a name="FNanchor_488" id="FNanchor_488" href="#Footnote_488" class="fnanchor">[488]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_488" id="Footnote_488" href="#FNanchor_488"><span class="label">[488]</span></a>
-<i>Mémoires historiques et anecdotes de la Cour de France</i>, par <span class="smcap">Soulavie</span>,
-1802, p.&nbsp;335.—<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires de Richelieu</i>, t.&nbsp;VIII,
-pp.&nbsp;306 et suiv.</p>
-</div>
-
-<p>La Marquise eût donc été mal venue à maintenir
-d’anciens griefs contre un galant homme qui paraissait
-avoir oublié tous les siens<a name="FNanchor_489" id="FNanchor_489" href="#Footnote_489" class="fnanchor">[489]</a>, puisqu’il venait de servir
-avec un tel désintéressement la cause et les intérêts
-de M<sup>me</sup> de Pompadour si violemment attaquée
-par de puissants ennemis. Ne devait-elle pas,
-au contraire, le payer de retour? Et l’occasion s’en
-présentait, personne n’ignorant que Richelieu brûlait
-d’aller conquérir de nouveaux lauriers au-delà
-du Rhin. On prétendait que la duchesse de Lauraguais
-cabalait, sans relâche, en faveur de son
-amant, furieux<a name="FNanchor_490" id="FNanchor_490" href="#Footnote_490" class="fnanchor">[490]</a> de la nomination du Maréchal
-comte d’Estrées, comme généralissime des troupes
-françaises en Allemagne; mais une influence, autrement
-prépondérante, était acquise à Richelieu<a name="FNanchor_491" id="FNanchor_491" href="#Footnote_491" class="fnanchor">[491]</a>,
-celle du fournisseur des armées, Pâris-Duverney. Ce
-«général des farines», ainsi que l’avait appelé le
-Maréchal de Noailles, était très écouté dans les Conseils
-du roi, d’autant qu’il était grand ami de M<sup>me</sup> de
-<span class="pagenum" id="Page_310">[p. 310]</span>
-Pompadour<a name="FNanchor_492" id="FNanchor_492" href="#Footnote_492" class="fnanchor">[492]</a>. Il se piquait de connaissances militaires
-que faisait valoir une éloquence ardente et
-persuasive; c’était son plan dans l’expédition de
-Minorque qui, paraît-il, avait été adopté; et, naturellement,
-il en proposait un autre pour la guerre
-contre la Prusse et ses alliés, auquel Richelieu accordait
-ses préférences, et qu’il suivrait, sans nul
-doute, s’il remplaçait d’Estrées.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_489" id="Footnote_489" href="#FNanchor_489"><span class="label">[489]</span></a>
-Le seul reproche qu’il lui faisait, c’était «d’avoir été trop faible
-pour ce monstre de d’Argenson.» (<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires de Richelieu</i>,
-t. IX, p.&nbsp;162.)</p>
-
-<p><a name="Footnote_490" id="Footnote_490" href="#FNanchor_490"><span class="label">[490]</span></a>
-<i>Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis</i> (édit. Frédéric
-Masson), t.&nbsp;I, p.&nbsp;391.</p>
-
-<p><a name="Footnote_491" id="Footnote_491" href="#FNanchor_491"><span class="label">[491]</span></a>
-<i>Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis</i> (édit. Frédéric Masson),
-t. I, p.&nbsp;392. «Pâris-Duverney, depuis la mort des Maréchaux
-de Saxe et de Löwendahl, et la prise de Minorque, s’était mis en tête
-que le Maréchal de Richelieu était aussi homme de guerre qu’homme
-de cour et d’intrigue.»</p>
-
-<p><a name="Footnote_492" id="Footnote_492" href="#FNanchor_492"><span class="label">[492]</span></a>
-«L’homme de confiance», dit M<sup>me</sup> <span class="smcap">du Hausset</span> (<i>Mémoires</i>,
-p.&nbsp;126).</p>
-</div>
-
-<p>Mais, pour que le projet aboutît, il fallait, de
-toute nécessité, une réconciliation publique, partant
-éclatante, entre la Marquise et son ancien adversaire.</p>
-
-<p>Le... cérémonial en fut réglé, de manière à ménager
-l’amour-propre des deux parties:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Il fut convenu qu’à Choisy le moment où le roi
-serait debout, environné de sa Cour, pendant le
-café, serait celui du raccommodement. Le Maréchal
-de Richelieu, debout et dans le cercle, se présenterait
-alors vis-à-vis de M<sup>me</sup> de Pompadour. Stainville
-(le futur duc de Choiseul) irait causer une minute
-avec elle et viendrait prendre par la main M. le
-Maréchal de Richelieu.</p>
-
-<p>«Ce qui fut fait avec toute l’authenticité convenable<a name="FNanchor_493" id="FNanchor_493" href="#Footnote_493" class="fnanchor">[493]</a>...»
-Soulavie ajoute que la Marquise montra
-«beaucoup d’embarras...», le Maréchal ayant désiré
-la publicité de cette réconciliation, «pour qu’il ne
-fût pas douteux que c’était M<sup>me</sup> de Pompadour
-elle-même qui avait demandé le raccommodement».</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_493" id="Footnote_493" href="#FNanchor_493"><span class="label">[493]</span></a>
-<i>Mémoires de Richelieu</i> (édition Soulavie), t.&nbsp;IX, pp.&nbsp;162-163.</p>
-</div>
-
-<p>Nous nous en tenons à notre version première:
-tous deux avaient trop d’intérêt à ce rapprochement,
-<span class="pagenum" id="Page_311">[p. 311]</span>
-pour en avoir subordonné la sanction aux
-exigences de l’étiquette ou aux satisfactions d’une
-vanité puérile.</p>
-
-<p>D’autre part, s’il faut en croire Faur, M<sup>me</sup> de
-Pompadour avait de profondes rancunes contre le
-Maréchal d’Estrées<a name="FNanchor_494" id="FNanchor_494" href="#Footnote_494" class="fnanchor">[494]</a> qui aurait fait pendre un «vivrier»
-protégé de la Marquise, convaincu de prévarication<a name="FNanchor_495" id="FNanchor_495" href="#Footnote_495" class="fnanchor">[495]</a>.
-Mais, elle-même, n’était-elle pas accusée,
-depuis longtemps<a name="FNanchor_496" id="FNanchor_496" href="#Footnote_496" class="fnanchor">[496]</a>, par l’opinion publique, de s’être
-effrontément enrichie par des gains illicites sur les
-fournitures de l’armée et par la vente de tous emplois
-au plus offrant et dernier enchérisseur? Et,
-par la nomination de Richelieu, ne s’assurait-elle
-pas, pour de futures opérations du même genre, la
-complicité du silence, chez un homme si peu scrupuleux,
-lui aussi, en pareille matière<a name="FNanchor_497" id="FNanchor_497" href="#Footnote_497" class="fnanchor">[497]</a>?</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_494" id="Footnote_494" href="#FNanchor_494"><span class="label">[494]</span></a>
-D’Estrées aurait eu de graves démêlés avec le prince de Soubise,
-favori de la Marquise (<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span>, t.&nbsp;VI, p.&nbsp;551).</p>
-
-<p><a name="Footnote_495" id="Footnote_495" href="#FNanchor_495"><span class="label">[495]</span></a>
-<span class="smcap">Faur</span>: <i>Vie privée</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;175.</p>
-
-<p><a name="Footnote_496" id="Footnote_496" href="#FNanchor_496"><span class="label">[496]</span></a>
-A la fin de 1751, la voix publique s’était élevée, si menaçante,
-contre de tels agissements, que la police reçut l’ordre de rechercher
-l’origine et la source de ces imputations scandaleuses. L’enquête
-fut confiée à cet intelligent et adroit inspecteur que nous avons
-déjà signalé, Meusnier; et son rapport conclut, comme bien on
-pense, au mal fondé de toutes ces récriminations, mais il faut savoir
-lire entre les lignes de ce document, chef-d’œuvre de diplomatie
-policière, qui débute ainsi: «Il serait assez difficile de dissuader
-tout Paris que la plupart des grâces, qui s’obtiennent, soit à la
-Cour, soit dans la finance, par le crédit de M<sup>me</sup> la Marquise, ne
-soient <i>conditionnelles</i>, c’est-à-dire que tel qui n’a pas d’offres à
-faire pour exprimer sa reconnaissance, est sûr d’échouer.» (<i>Nouvelle
-Revue rétrospective</i> de M. Paul Cottin du 10 oct. 1892.)—<span class="smcap">Bibl.
-de l’Arsenal</span>, mss. 10251.</p>
-
-<p><a name="Footnote_497" id="Footnote_497" href="#FNanchor_497"><span class="label">[497]</span></a>
-Le duc de Richelieu récompensa le service que lui rendit M<sup>me</sup> de
-Pompadour «en fermant ses yeux sur l’irrégularité du trafic qu’elle
-faisait de toutes les places dans la partie des fourrages. Elle nommait
-intendants, commis, etc., ceux qui avaient donné le plus».
-(M<sup>lle</sup> <span class="smcap">de Fauques</span>: <i>Histoire de M<sup>me</sup> la Marquise</i>, p.&nbsp;110.)</p>
-</div>
-
-<p>Quelle que fût la cause qui détermina le rappel du
-<span class="pagenum" id="Page_312">[p. 312]</span>
-comte d’Estrées, celui-ci ignorait sa disgrâce, alors
-qu’il battait à plate couture, près d’Hastembeck<a name="FNanchor_498" id="FNanchor_498" href="#Footnote_498" class="fnanchor">[498]</a>,
-le duc de Cumberland, fils du roi d’Angleterre, commandant
-en chef des alliés de Frédéric. La nomination
-de Richelieu, qu’il apprit presque aussitôt,
-était tenue encore secrète, que les équipages du Maréchal
-étaient en route pour Strasbourg. Mais cette
-désignation était, en quelque sorte, pressentie par
-Voltaire, qui, dans sa correspondance avec son héros,
-l’appelait de tous ses vœux:</p>
-
-<p>«Vous n’aviez pas déplu à la mère (ce fut un des
-romans de son ambassade à Vienne), vous serez le
-vengeur de la fille (8 décembre 1756)...<a name="FNanchor_499" id="FNanchor_499" href="#Footnote_499" class="fnanchor">[499]</a>»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_498" id="Footnote_498" href="#FNanchor_498"><span class="label">[498]</span></a>
-Grâce au concours de Bréhan et de Chevert, et sur les instances
-de Belle-Isle, ami du Maréchal d’Estrées, «qui avait pénétré les
-intrigues secrètes de Pâris-Duverney, Richelieu et M<sup>me</sup> de Pompadour»,
-écrit Duclos (<i>Mémoires</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;285), heureux de trouver
-cette nouvelle occasion de déverser sa bile sur Richelieu, sa bête
-noire.—«La plate bataille soit dit entre nous», (lettre de Bernis
-à Stainville, du 1<sup>er</sup> août 1757).</p>
-
-<p><a name="Footnote_499" id="Footnote_499" href="#FNanchor_499"><span class="label">[499]</span></a>
-Faut-il rappeler que, dans la campagne d’ineptes et abominables
-calomnies, poursuivie contre Marie-Antoinette, on racontait,
-en 1784, qu’elle était la fille du Maréchal de Richelieu... ou
-du roi de Prusse? (<i>Bibliothèque Nationale</i>, mss. 10364, de <span class="smcap">Lefebvre
-de Beauvray</span>).</p>
-</div>
-
-<p>Si Voltaire ne craignait «une balle vandale pour
-l’estomac de Richelieu», il voudrait voir «la <i lang="it" xml:lang="it">furia
-francese</i> des soldats» du Maréchal, «contre le pas
-de mesure et la grave discipline» des Prussiens,
-(3 janvier 1757)...» «Je vous attends toujours dans
-le Conseil, dit-il, ou à la tête d’une armée (19 février)...»</p>
-
-<p>Et lorsque, enfin, Richelieu est parvenu à son but,
-Voltaire, après lui avoir rappelé la fameuse machine
-de guerre, combinée par Florian, le père du fabuliste
-et par Montigny de l’Académie des Sciences, ces
-<span class="pagenum" id="Page_313">[p. 313]</span>
-«chars romains», ou «assyriens», qui, avec 600 hommes
-et 600 chevaux, doivent faucher en plaine une armée
-de 10.000 combattants, Voltaire s’écrie, le 19 juillet:
-«Je souhaite que vous preniez prisonnier Frédéric.»</p>
-
-<p>Le 25 août, il affirme encore plus énergiquement
-son espoir:</p>
-
-<p>«Vous ne traiterez pas mollement cette affaire-là;
-et, soit que vous ayiez en tête le duc de Cumberland,
-soit que vous vous adressiez au roi de Prusse,
-il est certain que vous agirez avec la plus grande
-vigueur.»</p>
-
-<p>Le 5 août, Richelieu, à la tête de troupes fraîches,
-avait rejoint l’armée de Westphalie, à Oldenbourg,
-où Valfons signale, avec enthousiasme, son arrivée
-et son aménité «caressante pour tout le monde».
-Son dialogue avec le jeune officier qu’il a reconnu,
-donne la note de cette entrée en scène:</p>
-
-<p>—«C’est moi qui le premier vous ai mis dans le
-chemin de la gloire... A présent nous vivrons souvent
-ensemble.</p>
-
-<p>—«Je le désire, Monsieur le Maréchal, mais à la
-façon dont je fais mon métier, on n’est pas toujours
-sûr de la durée de ce bonheur-là<a name="FNanchor_500" id="FNanchor_500" href="#Footnote_500" class="fnanchor">[500]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_500" id="Footnote_500" href="#FNanchor_500"><span class="label">[500]</span></a>
-Marquis <span class="smcap">de Valfons</span>: <i>Souvenirs</i> (2<sup>me</sup> édition Émile-Paul),
-p.&nbsp;282.</p>
-</div>
-
-<p>D’après les <i>Souvenirs</i> de M<sup>me</sup> de Beauvau (p. 60), Richelieu avait
-consulté son ancien compagnon d’armes à Minorque sur la conduite
-à tenir en Allemagne, pour faire observer la discipline dans les rangs
-de l’armée. Il présenta au roi des Mémoires de Beauvau qui concluaient
-au ravitaillement régulier et complet des troupes privées de vivres et
-de ce fait indisciplinées. Le Maréchal de Belle-Isle, bientôt ministre
-de la guerre, ordonna aussitôt d’augmenter la ration des troupes.</p>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_314">
-
-<h2>CHAPITRE XXVI</h2>
-
-<p class="smm"><i>Campagne de Hanovre. — Instructions données au Maréchal
-de Richelieu. — Sa marche foudroyante. — La
-Convention de Closter-Seven. — L’imprudence du vainqueur. — Appréhensions
-de Frédéric II. — Désaccord
-de Bernis avec Richelieu: tergiversations de la Cour de
-Versailles et mauvaise foi du Cabinet de Saint-James. — Sommations
-tardives et impuissantes du Maréchal
-aux chefs de l’armée vaincue. — Conséquences du désastre
-de Rosbach. — Entrée en campagne de Ferdinand
-de Brunswick. — Comment Richelieu le contient. — Il
-demande son rappel: le comte de Clermont le remplace.</i></p>
-
-<p>Nous sommes arrivé au point culminant de la
-vie politique et militaire du Maréchal de Richelieu,
-à ce moment critique, où la Fortune, qui semblait
-l’avoir pris par la main, pour le conduire, en pleine
-lumière, aux plus hautes destinées, se déroba tout-à-coup,
-le laissant, au milieu des ténèbres, dans le
-plus complet désarroi. Il volait au triomphe et se vit
-soudain entravé. Il était le maître à Closter-Seven
-et ne sut empêcher Rosbach.</p>
-
-<p>Un de ses panégyristes à outrance, qui se pose
-trop volontiers en profond psychologue, résume
-assez bien cette étrange situation de Richelieu, réserve
-faite du rôle tendancieux attribué par l’historien
-à la coterie philosophique:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«L’auteur a trouvé les véritables causes de la perte
-de la bataille de Rosbach dans le manque de foi des
-signataires de la capitulation de Closter-Seven, révélation
-immense pour notre gloire nationale, trahie,
-<span class="pagenum" id="Page_315">[p. 315]</span>
-vendue par les écrivains philosophes dévoués au roi
-de Prusse.</p>
-
-<p>«Voici les faits:</p>
-
-<p>«Le Maréchal de Richelieu marche en avant, occupe
-Hanovre le 14 août, Brunswick le 18, Bremen
-le 22. Il accule le duc de Cumberland entre
-l’Elbe et la mer, et alors est signée la Convention de
-Closter-Seven, puis l’acte supplémentaire (28 septembre).
-Les troupes allemandes au service de l’Angleterre
-doivent être renvoyées et les Anglais demeurer
-dans le Holstein sous la garantie du roi de Danemark
-(1757). La première partie des instructions
-données au Maréchal de Richelieu est ainsi accomplie.
-L’armée anglaise est dissoute: il va marcher
-sur le roi de Prusse pour l’acculer sur le corps du
-prince de Soubise, lorsqu’il est tout d’un coup arrêté
-par le refus que fait l’Angleterre de ratifier la
-convention; les soldats allemands au service du duc
-de Cumberland vont rejoindre le corps prussien du
-prince Ferdinand (et pourtant ils avaient promis de
-ne plus servir contre la France) et c’est alors que
-Frédéric tombe sur le prince de Soubise à Rosbach<a name="FNanchor_501" id="FNanchor_501" href="#Footnote_501" class="fnanchor">[501]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_501" id="Footnote_501" href="#FNanchor_501"><span class="label">[501]</span></a>
-<span class="smcap">Capefigue</span>: <i>Le Maréchal de Richelieu</i>, 1857 (p. 8).</p>
-</div>
-
-<p>Ce que ne dit pas cet apologiste de la stratégie de
-Richelieu, c’est que le Maréchal commit une faute
-qui lui fit perdre tous les bénéfices de sa glorieuse
-campagne; mais si son erreur comporte, dans une
-certaine mesure, des circonstances atténuantes,
-la mauvaise foi de l’Angleterre n’admet aucune
-excuse.</p>
-
-<p>Le 17 juillet 1757, avant son départ, le nouveau
-<span class="pagenum" id="Page_316">[p. 316]</span>
-généralissime recevait du roi des instructions<a name="FNanchor_502" id="FNanchor_502" href="#Footnote_502" class="fnanchor">[502]</a> corroborant
-celles dont le comte d’Estrées avait été
-précédemment muni:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Lorsque Sa Majesté, déclarait ce document,
-a pris la résolution, au mois de juin dernier, d’assembler
-deux nouvelles armées en Alsace, sous les
-ordres du Maréchal de Richelieu et du prince de
-Soubise, elle avait principalement en vue de faire
-une diversion puissante en Allemagne, capable d’arrêter
-les progrès du roi de Prusse, d’intimider les
-princes de l’Empire, qui paraissent disposés à se
-prêter aux projets dangereux de ce prince...»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_502" id="Footnote_502" href="#FNanchor_502"><span class="label">[502]</span></a>
-<i>Bibliothèque de l’Arsenal</i>, Manuscrit 4518: Portefeuille d’Argenson,
-Papiers Montboissier f<sup>o</sup> 145.—La pièce est reproduite dans la
-Correspondance (imprimée) de Richelieu avec Pâris-Duverney en
-1756, 1757, 1758, pendant la campagne d’Allemagne.</p>
-</div>
-
-<p>Ces instructions laissaient «à la capacité, à l’expérience,
-aux lumières» du Maréchal, le soin de
-«prendre le parti le meilleur et le plus convenable»,
-pour opérer avec succès contre le duc de Cumberland.</p>
-
-<p>Ce document visait le siège éventuel de Magdebourg;
-mais «on ne saurait se flatter d’en exécuter
-le plan qu’en rejetant l’ennemi, dès cette année,
-au-delà de l’Elbe.»</p>
-
-<p>Il fallait, en outre, «disposer du pays entre l’Elbe
-et le Weser pour assurer les subsistances de l’armée...,
-s’occuper de l’état et de l’entretien des chemins
-pour le ravitaillement et autres opérations
-de guerre...» Enfin le général en chef devait rester
-en communication ininterrompue avec le prince de
-Soubise et même avec le duc de Saxe-Hilderburghausen
-qui commandait l’armée des Cercles, destinée à se
-<span class="pagenum" id="Page_317">[p. 317]</span>
-fondre dans le corps dirigé par le prince de Soubise.</p>
-
-<p>Il fallait encore tenir la main à «la rigide observation
-de la discipline» et surtout «punir la maraude...»</p>
-
-<p>La correspondance, échangée entre le Maréchal de
-Richelieu et Pâris-Duverney<a name="FNanchor_503" id="FNanchor_503" href="#Footnote_503" class="fnanchor">[503]</a>, note la marche rapide
-du généralissime et l’<i>embouteillage</i>—si le mot
-avait été d’usage à cette époque—de l’armée de
-Cumberland dans le camp de Stade. Elle précise
-nettement l’attitude adoptée par le Conseiller d’État
-au cours de la campagne et son impérieux désir
-de faire prévaloir ses idées personnelles dans les services
-d’intendance. Son mémoire «sur les raisons
-spéciales qui doivent engager le Maréchal de Richelieu
-à prendre ses quartiers d’hiver à Halberstadt;»
-ses «réflexions sur la situation de l’armée du roi
-entre le Weser et l’Elbe,» à la date du 13 août, disent
-assez l’autorité que lui donnaient, à la Cour, son
-crédit, ses relations, ses attributions officielles et
-surtout son indiscutable compétence.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_503" id="Footnote_503" href="#FNanchor_503"><span class="label">[503]</span></a>
-Cette Correspondance, parue en 1789, par les soins du Général
-de Grimoard, sort évidemment de l’officine de Soulavie. C’est, dans
-cette même maison de librairie, que se débitèrent plus tard, en partie,
-les <i>Mémoires</i> de Saint-Simon, annoncés d’ailleurs sur une feuille
-de garde et déjà connus par une édition antérieure.</p>
-</div>
-
-<p>En réalité, ce grand pourvoyeur des armées royales
-ne prévoyait, dans les opérations futures de Richelieu,
-qu’une démonstration militaire, assurément
-heureuse, mais semblable à celle des campagnes
-précédentes; aussi le blocus, foudroyant, pour ainsi
-dire, du corps de Cumberland, semble-t-il, en dépassant
-toutes les espérances, déranger tous les
-<span class="pagenum" id="Page_318">[p. 318]</span>
-plans. Bernis, qui ne laisse jamais échapper l’occasion
-de critiquer Richelieu (il savait plaire ainsi à
-la favorite), Bernis estime que le Maréchal fut le plus
-imprudent des hommes, en allant «forcer l’armée
-hanovrienne dans un camp marécageux<a name="FNanchor_504" id="FNanchor_504" href="#Footnote_504" class="fnanchor">[504]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_504" id="Footnote_504" href="#FNanchor_504"><span class="label">[504]</span></a>
-<span class="smcap">Bernis</span>: <i>Mémoires et Lettres</i> (édités et authentiqués par M. Frédéric
-Masson), t.&nbsp;I, p.&nbsp;406.—Dictés quelques années plus tard,
-dans le silence du Cabinet, les <i>Mémoires</i> concluent presque toujours,
-et parfois fort injustement, à la condamnation de Richelieu. La
-<i>Correspondance</i>, écrite au jour le jour, est, au contraire, moins suspecte
-de partialité.</p>
-</div>
-
-<p>C’était cependant un coup de maître; car, le 8 septembre,
-le fils du roi d’Angleterre se résignait à la
-capitulation connue dans l’Histoire sous le nom de
-<i>Convention de Closter-Seven</i>. Les stipulations, dictées
-par Richelieu, étaient bien telles qu’il ne cessa,
-en toute occasion, de les rappeler. Les troupes allemandes
-mercenaires, réunies sous les ordres de Cumberland,
-devaient, comme celles de Hanovre, être
-internées dans des campements déterminés, ou renvoyées
-dans leur pays et s’engager à ne plus servir
-contre la France, pendant la durée de la guerre<a name="FNanchor_505" id="FNanchor_505" href="#Footnote_505" class="fnanchor">[505]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_505" id="Footnote_505" href="#FNanchor_505"><span class="label">[505]</span></a>
-Dans son <i>Traité des grandes opérations militaires</i> (3<sup>e</sup> édition),
-t. I, p.&nbsp;318, Jomini dit qu’il fallait «détruire ou prendre l’armée»;
-c’était un coup mortel pour Georges II et la France eût été l’arbitre
-de la paix.—De même, Napoléon, à Sainte-Hélène (<i>Mémoires</i>
-publiés par Montholon, t.&nbsp;V, p.&nbsp;213) estime la Convention de Closter-Seven
-«inexplicable». Le duc de Cumberland, disait-il, était perdu;
-il était obligé de mettre bas les armes et de se rendre prisonnier;
-il n’était donc possible d’admettre d’autres termes de capitulation
-que ceux-là.—Le geste, chevaleresque comme celui de Fontenoy,
-lequel coûta si cher à l’armée française, est la seule explication
-qu’on puisse donner de cette capitulation imparfaite, «un traité
-véritable», affirme M. F. Masson.</p>
-</div>
-
-<p>Mais, pour ménager l’amour-propre des vaincus,
-et, sans doute, par un de ces sentiments chevaleresques
-dont la tradition fut bien oubliée depuis,
-<span class="pagenum" id="Page_319">[p. 319]</span>
-Richelieu avait laissé aux soldats leurs armes<a name="FNanchor_506" id="FNanchor_506" href="#Footnote_506" class="fnanchor">[506]</a>.
-Il avait foi dans la parole de leurs chefs. Ce fut une
-généreuse imprudence dont la France allait bientôt
-payer les frais.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_506" id="Footnote_506" href="#FNanchor_506"><span class="label">[506]</span></a>
-Marquis <span class="smcap">de Valfons</span>: <i>Souvenirs</i>, (2<sup>me</sup> édition Émile-Paul) p.&nbsp;290.
-Pour témoigner son estime à cette armée vaincue, Richelieu n’avait
-pas voulu introduire dans la capitulation la clause du désarmement,
-mais d’après les confidences faites à Valfons, il «avait toujours
-compté la faire exécuter». Bernis écrira plus tard que le Maréchal
-l’exigea brutalement.</p>
-</div>
-
-<p>Deux jours avant, le 6 septembre, le roi de Prusse
-avait écrit au vainqueur une lettre restée célèbre,
-lettre presque suppliante sous sa forme désinvolte,
-où Frédéric, aux abois, pressentait le petit-neveu
-d’un homme d’État, illustre entre tous, sur l’éventualité
-de son intervention—qui serait un bienfait—auprès
-de Louis&nbsp;XV: «Un Richelieu ne pouvait
-rien faire de plus glorieux, que de travailler à rendre
-la paix à l’Europe<a name="FNanchor_507" id="FNanchor_507" href="#Footnote_507" class="fnanchor">[507]</a>.» Le Maréchal lui répondit, en
-termes d’une exquise politesse, qu’il n’avait aucune
-instruction dans ce sens, mais qu’il allait envoyer
-immédiatement un courrier à Versailles, pour rendre
-compte au roi des ouvertures de Frédéric. On sait
-quelle suite fut donnée à cette pressante démarche.
-Louis&nbsp;XV fit aviser son ennemi—l’ennemi de M<sup>me</sup>
-de Pompadour—qu’il emploierait jusqu’à son
-dernier soldat pour réduire le roi de Prusse<a name="FNanchor_508" id="FNanchor_508" href="#Footnote_508" class="fnanchor">[508]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_507" id="Footnote_507" href="#FNanchor_507"><span class="label">[507]</span></a>
-Frédéric était, d’ordinaire, moins obséquieux avec nos officiers
-supérieurs. Au dire de Voltaire, il traitait les généraux français de
-«généraux de comédie». Sa lettre à Richelieu, telle que la publient
-les <i>Souvenirs</i> de <span class="smcap">Valfons</span>, diffère, dans ses termes, de celle qui est
-restée classique. Il s’y trouve (p. 312) notamment cette phrase que ne
-contient pas le document historique: «Il est impossible que le roi
-de France désire ma perte entière; c’est trop contre ses intérêts et
-je ne puis le croire véritablement mon ennemi.»</p>
-
-<p><a name="Footnote_508" id="Footnote_508" href="#FNanchor_508"><span class="label">[508]</span></a>
-Marquis <span class="smcap">de Valfons</span>: <i>Souvenirs</i>, p.&nbsp;313. «L’abbé de Bernis,
-ministre des affaires étrangères, obsédé par le comte de Stahremberg,
-ambassadeur de Vienne, qui lui représentait toujours le roi de
-Prusse sans nulle ressource, défendit, de la part du roi, à M. de Richelieu,
-d’entrer avec lui dans nulle négociation, déclarant que le
-roi emploierait jusqu’à son dernier soldat pour le réduire.» Déjà, au
-moment où Richelieu entrait en campagne, le duc de Cumberland
-avait écrit au Maréchal pour négocier la paix; et celui-ci lui avait
-répondu, en termes très fermes, quoique très mesurés, que le roi
-l’avait envoyé uniquement pour combattre. Richelieu n’en avait
-pas moins communiqué au gouvernement la requête de l’ennemi;
-et Bernis lui déclara que le roi consentirait volontiers à la paix, le
-jour où ses alliés auraient reçu les réparations qui leur étaient dues.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_320">[p. 320]</span>
-Voltaire, qui avait fini par se réconcilier avec son
-ami le prince-philosophe, sans oublier toutefois les
-avanies dont celui-ci l’avait abreuvé quatre années
-auparavant, Voltaire cherchait, de son côté, à émouvoir
-le Maréchal sur le sort de Frédéric. Il le représentait
-résolu au suicide, s’il se voyait à bout de ressources;
-et «sa sœur, la margrave de Bayreuth,
-ne lui survivrait pas». Voltaire en parlait savamment,
-puisqu’il était en correspondance suivie avec
-l’un et l’autre.</p>
-
-<p>Ce n’était pas, comme on l’a trop souvent répété,
-qu’il sollicitât quelque lâche complaisance de son
-héros pour le roi de Prusse; il était convaincu, au
-contraire, que Richelieu terminerait cette campagne
-comme il avait déjà terminé «celle du Hanovre et
-de la Hesse...». «Oui, disait-il, vous jouirez de la
-gloire d’avoir fait la guerre et la paix.»—Une paix
-à jamais mémorable, c’était bien le rêve que poursuivait
-le général victorieux.</p>
-
-<p>Aussi avait-il accepté, pour la négociation qui
-devait y conduire, la médiation du roi de Danemark,
-suggérée par l’ambassadeur de France Ogier. Le
-ministre Lynar, représentant du prince, Lynar,
-dont l’Angleterre payait, suivant Bernis, les bons
-<span class="pagenum" id="Page_321">[p. 321]</span>
-offices, donnait au Maréchal l’illusion qu’il était
-l’homme nécessaire en de telles conjonctures; et,
-pour flatter une vanité accessible à toutes les idolâtries,
-il avait fait exécuter le buste en marbre du
-vainqueur, la tête ceinte d’une couronne de lauriers<a name="FNanchor_509" id="FNanchor_509" href="#Footnote_509" class="fnanchor">[509]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_509" id="Footnote_509" href="#FNanchor_509"><span class="label">[509]</span></a>
-<i>Mémoires et Lettres de Bernis</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;19.—Soulavie affirme
-également la traîtrise de Lynar.</p>
-</div>
-
-<p>Richelieu, dès l’entrée en pourparlers, avait expédié
-à Louis&nbsp;XV un courrier pour lui annoncer le
-projet de capitulation. Bernis crut que cette dépêche
-«exposait une simple idée»; et l’homme qui,
-précédemment, tenait pour la dernière des imprudences
-la manœuvre militaire de Richelieu, lui signifia
-aussitôt «qu’il n’y avait point d’autre négociation
-à faire avec les Hanovriens qu’en forçant
-leur camp et qu’en les culbutant dans l’Elbe, que
-le Maréchal ne devait pas oublier comment ils avaient
-violé, en 1744, la convention de neutralité que le
-roi avait stipulée avec eux».</p>
-
-<p>Louis&nbsp;XV approuva la réponse de son ministre,
-mais non sans une pointe de scepticisme:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>—«Vous ne connaissez pas le Maréchal: ce qu’il
-annonce comme un projet est peut-être déjà exécuté;
-dépêchez un second courrier et annoncez, de
-ma part, à M. de Richelieu de n’entamer aucune
-négociation et de renvoyer à Fontainebleau (où la
-Cour était alors) toutes celles qui pourraient être
-entamées<a name="FNanchor_510" id="FNanchor_510" href="#Footnote_510" class="fnanchor">[510]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_510" id="Footnote_510" href="#FNanchor_510"><span class="label">[510]</span></a>
-<i>Mémoires et Lettres de Bernis</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;20.</p>
-</div>
-
-<p>Le roi ne s’était point trompé. Deux jours après
-son entretien avec Bernis, le duc de Duras arrivait
-<span class="pagenum" id="Page_322">[p. 322]</span>
-à la Cour, porteur des articles de la capitulation
-signée par Richelieu et Cumberland.</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Jamais surprise ne fut égale à la mienne, écrit
-le ministre; elle augmenta en voyant la manière
-dont cet acte était dressé; j’y vis à l’instant tous les
-malheurs qui devaient naître d’une si dangereuse
-imprudence<a name="FNanchor_511" id="FNanchor_511" href="#Footnote_511" class="fnanchor">[511]</a>. Le Maréchal de Richelieu avait déjà
-instruit toute la Cour et Paris de son triomphe par
-ses lettres. On disait hautement qu’il avait fait mettre
-bas les armes à une armée entière, que la paix était
-faite. Dans la même matinée, arriva la nouvelle de
-la victoire des Russes, remportée bien malgré lui
-par le général Apraxin sur les Prussiens, en sorte
-que le public ne douta pas que ces deux événements
-ne terminassent la guerre. Presque tous les ministres
-applaudissaient à la gloire du Maréchal; et les
-femmes qui comptaient bientôt revoir leurs maris
-et leurs amants étaient enchantées.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_511" id="Footnote_511" href="#FNanchor_511"><span class="label">[511]</span></a>
-Ce qui n’empêche pas Bernis, dont les variations furent si nombreuses
-en cette affaire, de joindre tout d’abord ses plus chaudes félicitations
-à celles du roi, de la Marquise et de toute la Cour.—<span class="smcap">Jobez</span>
-(<i>La France sous Louis&nbsp;XV</i>, t.&nbsp;V, p.&nbsp;41) signale, lui aussi, l’enthousiasme
-de Bernis et reproche au ministre de n’avoir pas immédiatement
-ratifié la capitulation.</p>
-</div>
-
-<p>Duras gagna même à l’enthousiasme général la
-charge de premier gentilhomme de la Chambre.</p>
-
-<p>Or, d’après Bernis, Richelieu n’avait d’autre
-pouvoir, comme «général d’armée», que de «faire
-une capitulation» qui devenait un traité après sa
-«ratification». Les articles pour lesquels le duc de
-Cumberland avait engagé sa parole d’honneur et
-qui devaient être exécutés dans le plus bref délai,
-n’étaient, toujours au dire de Bernis, qu’un trompe-l’œil:
-l’ennemi avait voulu gagner du temps, pour
-réduire à néant les avantages de Richelieu; le Maréchal
-<span class="pagenum" id="Page_323">[p. 323]</span>
-aurait dû imposer une date ferme et prendre
-des otages.</p>
-
-<p>Le raisonnement ne laissait pas que d’être subtil:
-peut-être était-il juste au point de vue diplomatique;
-mais il dissimulait mal le dépit de ministres
-jaloux d’un succès qu’ils n’avaient pas prévu, et surtout
-l’appréhension de M<sup>me</sup> de Pompadour que le
-triomphe, si largement escompté, du prince de Soubise
-n’en fût amoindri.</p>
-
-<p>Cependant, on n’envoie pas la ratification instamment
-réclamée par Richelieu. Et Bernis en
-revient toujours à l’irrégularité, pour ne pas dire
-l’inanité, de la Convention de Closter-Seven. Le Maréchal,
-dit-il, a craint de s’enfoncer dans les boues
-du pays et de compromettre sa réputation militaire
-par l’attaque du camp de Stade qu’il jugeait périlleuse.
-S’il l’eût enlevé de force, l’armée du prince
-de Cumberland était perdue sans ressources, adossée
-qu’elle était à l’Elbe, un bras de mer à cet endroit.
-Elle eût mis bas les armes: c’était alors une véritable
-capitulation<a name="FNanchor_512" id="FNanchor_512" href="#Footnote_512" class="fnanchor">[512]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_512" id="Footnote_512" href="#FNanchor_512"><span class="label">[512]</span></a>
-Pouvait-on reprocher à Richelieu d’avoir épargné le sang de
-ses soldats, puisqu’il avait la «parole d’honneur» de Cumberland;
-et, en réduisant l’armée ennemie au désespoir par un coup de force,
-n’exposait-il pas la sienne aux hasards d’une action que la chance
-des batailles pouvait retourner contre elle? Bernis, lui-même, ne le
-laisse-t-il pas entendre (t. I, p.&nbsp;406)? D’ailleurs, dans le chapitre,
-si intéressant que les <i>Mémoires authentiques</i> consacrent à Bernis,
-Richelieu s’exprime, en termes des plus amers, sur la conduite du
-ministre à son égard. Alors qu’il pensait avoir laissé à la Cour un de
-ses meilleurs amis dans la personne de Bernis, celui-ci, prétendant
-à tort, sur de fausses apparences, que le Maréchal avait voulu le
-faire exclure du Conseil, lui «jouait un tour plus cruel encore pour
-l’État», car ce fut lui, affirme Richelieu, qui «fit rompre la Capitulation».
-Les <i>Mémoires authentiques</i> passent très rapidement sur la
-Convention de Closter-Seven; le <i>Mémoire</i> de 1783, remis à Louis&nbsp;XVI,
-la défend, au contraire, longuement et non sans chaleur.</p>
-</div>
-
-<p>Ici, Bernis fait trop voir qu’il est le porte-parole
-<span class="pagenum" id="Page_324">[p. 324]</span>
-de la Marquise; il ajoute que, si Richelieu a bâclé
-cet «acte» avec autant d’irréflexion, c’est qu’il n’a
-pas voulu laisser au prince de Soubise la gloire
-de conquérir la Saxe et d’en chasser le roi de
-Prusse.</p>
-
-<p>Bernis n’était pourtant pas si rassuré sur le sort
-du protégé de la Marquise, car il écrivait, le 27 septembre,
-au comte de Stainville, ambassadeur de
-France à Vienne:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Pourvu que M. de Soubise ait le temps d’être
-secondé par M. de Richelieu, le roi de Prusse
-aura de la peine à se sauver de l’équipée qu’il a
-faite<a name="FNanchor_513" id="FNanchor_513" href="#Footnote_513" class="fnanchor">[513]</a>...»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_513" id="Footnote_513" href="#FNanchor_513"><span class="label">[513]</span></a>
-<i>Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis</i> (édit. F. Masson).
-<i>Lettre à Stainville</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;121.</p>
-</div>
-
-<p>Déjà, trois jours auparavant, dans cette même
-<i>Correspondance</i>, dont les impressions contredisent
-si souvent les appréciations des <i>Mémoires</i>, Bernis
-confiait à Stainville les embarras que donnaient à
-Soubise les troupes des Cercles, où chacun des principicules
-qui les avaient fournies prétendait commander.
-Mais la Convention de Richelieu le rassurait:
-il l’estimait «très bonne dans un sens<a name="FNanchor_514" id="FNanchor_514" href="#Footnote_514" class="fnanchor">[514]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_514" id="Footnote_514" href="#FNanchor_514"><span class="label">[514]</span></a>
-<i>Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis</i> (édit. F. Masson).
-<i>Lettre à Stainville</i>, 24 septembre, t.&nbsp;II, p.&nbsp;118.</p>
-</div>
-
-<p>C’était un leurre. Las d’attendre, le Maréchal
-était parti, conformément à ses instructions, avec
-presque toute son armée, pour le campement d’Halberstadt.
-Il devait y rester du 28 septembre au 5 novembre.
-Il commettait là une double faute: il se
-condamnait d’abord à l’inaction; puis il ne laissait
-devant Stade qu’un rideau de troupes, trop faible
-pour exercer un rigoureux contrôle sur la stricte
-<span class="pagenum" id="Page_325">[p. 325]</span>
-exécution des clauses de la capitulation par les armées
-hessoise et hanovrienne<a name="FNanchor_515" id="FNanchor_515" href="#Footnote_515" class="fnanchor">[515]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_515" id="Footnote_515" href="#FNanchor_515"><span class="label">[515]</span></a>
-<i>Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis</i> (édit F. Masson),
-t. II, p.&nbsp;25.—<i>Lettre à Stainville</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;131.</p>
-</div>
-
-<p>Dans ses <i>Mémoires</i>, Bernis, ratiocinant sur un fait
-de guerre, qu’il juge aujourd’hui désastreux, dit
-que «s’il avait été le maître, il aurait rejeté cette
-monstrueuse capitulation et rappelé le général qui
-avait eu l’imprudence ou la malice de la conclure<a name="FNanchor_516" id="FNanchor_516" href="#Footnote_516" class="fnanchor">[516]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_516" id="Footnote_516" href="#FNanchor_516"><span class="label">[516]</span></a>
-Soulavie est plus explicite encore que Bernis: celui-ci, en parlant
-de <i>malice</i>, laisse entendre que Richelieu a voulu jouer un bon
-tour à Soubise et à sa protectrice: «Soulavie va plus loin, dit M. F.
-Masson, il affirme (<i>Mémoires</i>, t.&nbsp;IX, p.&nbsp;198) que Richelieu correspondait
-avec Frédéric au moyen d’une machine à chiffrer, que lui,
-Soulavie, remit à Lebrun, le ministre, le 10 octobre 1792, et il tire
-de cette complicité entre les deux amis de Voltaire des conclusions
-auxquelles je renvoie le lecteur et qui sont de nature à édifier sur le
-patriotisme des diplomates révolutionnaires.»</p>
-</div>
-
-<p>Et, comme pour justifier des retards, auxquels
-participait d’ailleurs le Cabinet de Saint-James,
-on épiloguait à Versailles, avec Bernis<a name="FNanchor_517" id="FNanchor_517" href="#Footnote_517" class="fnanchor">[517]</a>, sur «ce
-singulier traité conclu entre trois personnes, qui
-n’avaient aucun pouvoir des Cours au nom desquels
-ils traitaient... M. de Lynar est parti de Francfort
-apparemment par les ordres du roi (de Danemark)
-son maître, mais sans aucun pouvoir par écrit; M. de
-<span class="pagenum" id="Page_326">[p. 326]</span>
-Cumberland n’en avait point du roi son père et M. de
-Richelieu n’en avait aucun du roi.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_517" id="Footnote_517" href="#FNanchor_517"><span class="label">[517]</span></a>
-Luynes (t. XVI, p.&nbsp;248), toujours l’écho des bruits de la Cour,
-en consigne les acerbes critiques: «Il n’y a rien d’écrit, tout était
-verbal. Il n’a rien été stipulé par rapport aux troupes de Hesse et
-de Brunswick, ni pour qu’elles fussent désarmées, ni pour qu’elles
-ne servissent point pendant un certain temps contre les troupes
-françaises et autrichiennes et leurs alliés. Il a été dit seulement
-qu’elles seraient réparties et dispersées suivant la volonté de leurs
-Souverains. <i>Il est vrai qu’avant la Convention dont il vient d’être
-parlé, le ministre de Brunswick à Vienne y avait conclu un traité, par
-lequel il était porté que les</i> <em>TROUPES SERAIENT DÉSARMÉES, CE QUI
-N’A POINT ÉTÉ EXÉCUTÉ</em>.» Le traité était le fait de Stainville (<span class="smcap">Bernis</span>,
-t. II, p.&nbsp;9).</p>
-</div>
-
-<p>Le Maréchal tenait, au contraire, sa Convention
-pour bonne; et, flairant déjà la mauvaise foi de ses
-co-contractants, il entendait que les termes de la
-capitulation fussent immédiatement exécutoires.</p>
-
-<p>Cependant, Bernis s’était ravisé; pensant qu’après
-tout cette Convention, régulièrement observée, pouvait
-être avantageuse et glorieuse pour le roi, il avait
-décidé Louis&nbsp;XV à l’accepter. Celui-ci écrivit donc
-à Richelieu qu’il la ratifierait, aussitôt que le roi
-d’Angleterre l’aurait sanctionnée de sa signature.
-En même temps, Bernis retournait au Maréchal son
-acte modifié et stipulant le désarmement des troupes
-hessoises: «M. de Richelieu, écrivait-il à Stainville,
-voudra bien dorénavant, dans ce qui touchera au
-politique, attendre que je lui fasse passer les ordres
-du roi<a name="FNanchor_518" id="FNanchor_518" href="#Footnote_518" class="fnanchor">[518]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_518" id="Footnote_518" href="#FNanchor_518"><span class="label">[518]</span></a>
-<i>Mémoires et Lettres de Bernis</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;127. Lettre à Stainville
-du 8 octobre 1757.</p>
-</div>
-
-<p>Les Hessois et les Brunswickois, écrit Valfons,
-commençaient à sortir des marécages de Stade,
-quand Richelieu en arrêta le mouvement. La Cour
-n’envoyait pas de ratifications, et réclamait le désarmement
-préalable. Le Maréchal chargea son fidèle
-Valfons de le négocier; mais celui-ci se heurta au
-refus formel du général Donep: «Les fusils de nos
-soldats ne sont pas des quenouilles», riposta l’officier
-allemand. Il laissa cependant entendre qu’il
-céderait à la violence<a name="FNanchor_519" id="FNanchor_519" href="#Footnote_519" class="fnanchor">[519]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_519" id="Footnote_519" href="#FNanchor_519"><span class="label">[519]</span></a>
-Marquis <span class="smcap">de Valfons</span>: <i>Souvenirs</i>, (2<sup>me</sup> édition Émile-Paul) p.&nbsp;290.</p>
-</div>
-
-<p>D’autre part, Richelieu engageait, dans les premiers
-jours de novembre, une correspondance des
-<span class="pagenum" id="Page_327">[p. 327]</span>
-plus suivies et des plus animées avec le landgrave
-de Hesse et le duc de Brunswick, avec Zastrow «général
-en chef de l’armée de S. M. Britannique, depuis
-le départ de S. A. R. Mgr le duc de Cumberland»,
-avec Bernis, avec le ministre de Brunswick et Lynar,
-le plénipotentiaire danois<a name="FNanchor_520" id="FNanchor_520" href="#Footnote_520" class="fnanchor">[520]</a>.</p>
-
-<p>Ces documents, qu’il serait trop long de publier
-et même d’analyser, sont cependant des plus instructifs.
-Ils reflètent à souhait l’état d’âme des divers
-personnages qui les ont signés: quelques lignes
-suffiront à définir leurs mentalités respectives.</p>
-
-<p>Craignant, dans son amour-propre de soldat et de
-gentilhomme, d’avoir été pris pour dupe, Richelieu
-réclame instamment l’exécution des articles de la
-Convention. S’il ne reçoit pas une satisfaction immédiate,
-il menace les ministres de Hanovre et de Hesse
-de «brûler leurs maisons et même les maisons
-royales», de dévaster et de saccager le pays. Quand
-«la parole d’honneur est faussée, écrit-il, ce procédé
-est légitime et nécessaire, quelque répugnance qu’il
-ait naturellement de ces sortes de violence et de
-faire souffrir les innocents<a name="FNanchor_521" id="FNanchor_521" href="#Footnote_521" class="fnanchor">[521]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_520" id="Footnote_520" href="#FNanchor_520"><span class="label">[520]</span></a>
-<a name="Footnote_521" id="Footnote_521" href="#FNanchor_521"><span class="label">[521]</span></a>
-<i>Bibliothèque de l’Arsenal</i>, manuscrit 4518. Papiers Montboissier.</p>
-</div>
-
-<p>La réponse du landgrave de Hesse est marquée
-au coin de la mauvaise foi la plus insigne: le prince
-gémit sur les exactions dont souffre son pays depuis
-la guerre; et, ruiné comme ses sujets, il ne saurait
-se passer des subsides que lui consent la Grande-Bretagne,
-en échange de ses troupes. Or, l’Angleterre
-ne reconnaissant pas une Convention conclue
-sans sa participation, il est bien obligé d’en décliner
-<span class="pagenum" id="Page_328">[p. 328]</span>
-les obligations. Il n’est pas inutile de remarquer
-que le landgrave avait longtemps amusé le Maréchal
-avec l’idée de louer ses mercenaires au roi de France<a name="FNanchor_522" id="FNanchor_522" href="#Footnote_522" class="fnanchor">[522]</a>.</p>
-
-<p>Le Général de Zastrow se distingue, dans ses lettres,
-par une raideur voisine de l’insolence. Il reprend
-tout simplement la thèse du landgrave sur les exactions
-commises par l’armée française; et il prétend
-qu’«elles fournissent les titres les plus légitimes
-et autorisent le roi d’Angleterre à s’estimer dégagé
-de toutes les obligations» ressortissant à la capitulation
-de Closter-Seven<a name="FNanchor_523" id="FNanchor_523" href="#Footnote_523" class="fnanchor">[523]</a>.</p>
-
-<p>Seul, le duc de <ins title="renvoi supprimé">Brunswick</ins> (et encore Bernis le
-traite-t-il de faux bonhomme) avait protesté dans un
-«rescrit aux ministres de Hanovre» contre une
-rupture à laquelle ils voulaient le forcer: il leur reprochait
-durement de manquer à leurs engagements
-et il «ne connaissait puissance au monde», qui fût
-en droit de disposer de sa parole de prince et de ses
-promesses<a name="FNanchor_524" id="FNanchor_524" href="#Footnote_524" class="fnanchor">[524]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_522" id="Footnote_522" href="#FNanchor_522"><span class="label">[522]</span></a>
-<a name="Footnote_523" id="Footnote_523" href="#FNanchor_523"><span class="label">[523]</span></a>
-<a name="Footnote_524" id="Footnote_524" href="#FNanchor_524"><span class="label">[524]</span></a>
-<i>Bibliothèque de l’Arsenal</i>, manuscrit 4518, Papiers Montboissier.</p>
-</div>
-
-<p>Dans le recueil de documents que nous venons
-de signaler, se trouve une lettre de Richelieu à Bernis,
-où s’affirme, avec l’intention très nette du Maréchal
-d’en finir avec ces atermoiements, son irritation
-persistante contre le ministre des affaires
-étrangères, irritation dont celui-ci s’amusait à lire
-les traces «sur le visage de M<sup>me</sup> de Lauraguais».</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Vous croyez un peu trop, dit Richelieu à Bernis,
-que 50 ou 60.000 hommes peuvent avec facilité en
-jeter dans l’eau 40.000, d’ailleurs bien postés<a name="FNanchor_525" id="FNanchor_525" href="#Footnote_525" class="fnanchor">[525]</a>...»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_525" id="Footnote_525" href="#FNanchor_525"><span class="label">[525]</span></a>
-<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>, ms. 4518.—Dans une très
-longue note que Soulavie (t. IX, pp.&nbsp;188 et suivantes) prétend
-émaner de Richelieu et qui est une justification personnelle de la
-conduite du Maréchal pendant son expédition du Hanovre, nous
-retrouvons cette phrase si caractéristique. (Dépêche de Richelieu
-à Bernis du 16 Novembre.)</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_329">[p. 329]</span>
-Après cette réplique à des récriminations incessantes
-sur «la malheureuse capitulation», le Maréchal
-reconnaît cependant que la Convention est
-bien menacée, mais que les hommes d’État, responsables
-de cette prochaine rupture, voudraient en
-esquiver les risques jusqu’à l’arrivée d’une armée
-de secours d’Angleterre, et même de Prusse. Aussi
-s’efforcent-ils d’obtenir de lui une audience par
-l’intermédiaire de Lynar: «Mais je n’écrirai plus,
-dit-il, et je marcherai toujours<a name="FNanchor_526" id="FNanchor_526" href="#Footnote_526" class="fnanchor">[526]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_526" id="Footnote_526" href="#FNanchor_526"><span class="label">[526]</span></a>
-<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>, mss. 4518.</p>
-</div>
-
-<p>Il n’en était pas moins victime d’une trahison
-dont le roi de Prusse avait dû encourager et peut-être
-provoquer l’initiative; et quoiqu’il eût maintenant,
-trop tard à son gré, ratification et pleins pouvoirs,
-il se heurtait à une fin de non-recevoir, qui se traduisait
-bientôt par la reprise des hostilités: les
-troupes hanovriennes et hessoises s’opposaient, les
-armes à la main, au mouvement de retraite dessiné
-par le contingent du duché de Brunswick.</p>
-
-<p>Le désastre de Rosbach commençait à porter ses
-fruits. En effet, pendant que Richelieu se débattait
-énergiquement contre la fourberie anglo-allemande,
-Frédéric avait si bien manœuvré que, le 5 novembre,
-attaqué à Rosbach par les forces réunies de l’imprudent<a name="FNanchor_527" id="FNanchor_527" href="#Footnote_527" class="fnanchor">[527]</a>
-Soubise et du prince de Saxe-Hilderburghausen,
-il les avait mises complètement en déroute;
-<span class="pagenum" id="Page_330">[p. 330]</span>
-au milieu de l’action, l’armée des Cercles
-s’était lestement esquivée—... expédient militaire,
-qui devait, par la suite, passer à l’état d’habitude
-chez les Saxons.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_527" id="Footnote_527" href="#FNanchor_527"><span class="label">[527]</span></a>
-Belle-Isle avait expressément recommandé à Soubise d’éviter
-tout engagement avec Frédéric; et Richelieu avait écrit à ce même
-Soubise de se méfier du roi de Prusse.</p>
-</div>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«M. de Soubise, écrit le marquis de Valfons, avait
-toujours demandé à M. de Richelieu de faire deux
-marches en avant qui auraient sûrement empêché
-le roi de Prusse de venir sur lui; mais M. de Richelieu
-avait un ordre si précis de ne pas dépasser
-Halberstadt, que défense expresse était faite aux
-munitionnaires de le fournir de pain, s’il voulait aller
-plus loin<a name="FNanchor_528" id="FNanchor_528" href="#Footnote_528" class="fnanchor">[528]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_528" id="Footnote_528" href="#FNanchor_528"><span class="label">[528]</span></a>
-Marquis <span class="smcap">de Valfons</span>: <i>Souvenirs</i>, (2<sup>me</sup> édition Émile-Paul),
-pp.&nbsp;313 et suiv.</p>
-</div>
-
-<p>Il avait perdu ainsi près de deux mois et retrouvé
-devant lui, fortement reconstituée, cette armée de
-40.000 hommes qu’il avait tenue sous le joug à
-Closter-Seven. C’était le prince Ferdinand de
-Brunswick, désigné pour remplacer le duc de Cumberland
-retiré à Londres, qui la commandait et
-commençait déjà à menacer le duc d’Ayen.</p>
-
-<p>Bernis, toujours disposé à blâmer quand même
-Richelieu, prétend que le désastre de Rosbach n’eût
-pas tiré à conséquence, si le Maréchal s’était porté
-sur la Saxe avec toutes ses forces: il disposait de
-70.000 hommes, alors que le roi de Prusse n’en comptait
-que 30.000. Bernis lui reproche d’avoir, en
-«séparant» son armée, perdu l’occasion d’en finir
-avec l’ennemi. Richelieu avait assurément trop attendu
-et trop hésité, lui l’homme des coups de main.
-Mais quelles n’étaient pas ses responsabilités!</p>
-
-<p>Depuis que Soubise opérait en Allemagne, M<sup>me</sup> de
-<span class="pagenum" id="Page_331">[p. 331]</span>
-Pompadour, qui rêvait pour lui des splendeurs d’apothéose,
-ne trouvait jamais que son favori eût une armée
-assez puissante pour écraser définitivement
-l’homme dont elle avait encore sur le cœur les humiliants
-sarcasmes. Estimant que Richelieu ne se
-pressait guère d’envoyer des renforts à Soubise,
-elle n’avait cessé de soutenir que l’indifférence du
-Maréchal livrait le prince, pieds et poings liés, au
-roi de Prusse. Richelieu, excédé, s’était enfin décidé
-à diriger une partie de ses troupes—et plus qu’il
-n’en fallait—sur l’armée de Soubise. Il ne lui restait
-plus que quarante bataillons, le jour où Ferdinand
-de Brunswick, entrant résolument en campagne,
-au lendemain de Rosbach, déchirait non
-seulement d’un coup d’épée la capitulation de
-Closter-Seven, mais allait bientôt mettre en péril le
-soldat qui l’avait imposée. Et Bernis, à cette heure, loin
-de blâmer l’attitude de Richelieu, la louangeait dans
-la dépêche qu’il adressait, le 14 novembre, à Stainville:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«M. de Richelieu s’est conduit en homme de courage
-et de tête. Il a marché à la rencontre de notre
-armée et paraît avoir prévu tout ce que le roi de
-Prusse pouvait entreprendre contre lui... Ainsi il
-faut attendre les événements, mais notre amie est
-bien à plaindre.»</p>
-</div>
-
-<p>M<sup>me</sup> de Pompadour ne l’avait, hélas! que trop
-voulu.</p>
-
-<p>Ce fut, dès lors, entre Ferdinand de Brunswick
-et Richelieu, une sorte de duel, où celui-ci eut la sagesse
-de rompre toujours. Mais, de marches en contre-marches,
-il recula de Lunebourg jusqu’à Zell.
-Cependant, à un moment donné, les deux armées
-<span class="pagenum" id="Page_332">[p. 332]</span>
-se trouvèrent en présence. Le Maréchal venait de
-recevoir des troupes fraîches; il voulut franchir la
-rivière qui le séparait des Hanovriens: ce fut alors
-Ferdinand qui se déroba<a name="FNanchor_529" id="FNanchor_529" href="#Footnote_529" class="fnanchor">[529]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_529" id="Footnote_529" href="#FNanchor_529"><span class="label">[529]</span></a>
-Frédéric II (<i>Mémoires</i>, édit. Boutaric et Campardon, 1866, t.&nbsp;I,
-p.&nbsp;529) avoue l’échec de Ferdinand.</p>
-</div>
-
-<p>Richelieu prit alors ses quartiers d’hiver «dans
-des citadelles inexpugnables», écrivait-il au roi;
-mais, fidèle à une politique que fortifiaient ses accès
-périodiques de mauvaise humeur et la mobilité habituelle
-de son esprit, quand il était parti depuis
-quelque temps en expédition, il n’eut de cesse que
-Louis&nbsp;XV ne le rappelât. De guerre lasse, le roi lui
-donna pour successeur un prince du sang, le comte
-de Clermont, qui se distingua surtout par son incapacité.</p>
-
-<hr class="hr31" />
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_333">
-
-<h2>CHAPITRE XXVII</h2>
-
-<p class="smm"><i>Préventions de Bernis contre le Maréchal. — Encouragements
-de Stainville à Richelieu. — M<sup>me</sup> de Pompadour
-reprend la lutte. — Le petit père</i> La Maraude. — <i>Retour
-de Richelieu à la Cour. — Ses entrevues avec le Maréchal
-de Belle-Isle et Bernis. — Richelieu fut coupable
-d’exactions, mais il ne fut jamais un traître. — Romans
-prussiens. — Richelieu renonce à la vie militaire et part
-pour son gouvernement de Guyenne. — Son entrée triomphale
-à Bordeaux.</i></p>
-
-<p>Le 19 janvier 1758, Bernis expliquait ainsi à Stainville
-le rappel du Maréchal:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Je suis fâché que M. de Richelieu, par son obstination
-à revenir ici, et le peu d’ordre et de volonté
-qu’il a su mettre dans ses opérations et dans son armée,
-ait fait décider son retour. Vous savez que le
-roi ne se souciait pas de l’envoyer. Il a de bonnes
-choses, mais il faut avouer que la tête lui tourne aisément,
-qu’il ne veut rien faire que ce qu’il a imaginé
-et qu’il a plus songé, cette campagne, à faire la
-paix qu’à pousser la guerre avec vigueur. M. de
-Clermont vaudra-t-il mieux?... M. de Richelieu va
-bien fronder ici et cabaler. Je lui conseillerais le contraire.
-Il devrait aller à Richelieu quelque temps<a name="FNanchor_530" id="FNanchor_530" href="#Footnote_530" class="fnanchor">[530]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_530" id="Footnote_530" href="#FNanchor_530"><span class="label">[530]</span></a>
-<i>Mémoires et Lettres de Bernis</i> (édit. Frédéric Masson), t.&nbsp;II,
-p.&nbsp;168.</p>
-</div>
-
-<p>Évidemment, pour Bernis, c’était la meilleure des
-solutions: car il se doutait bien que Richelieu rentrait
-en France, le cœur ulcéré et méditant de
-<span class="pagenum" id="Page_334">[p. 334]</span>
-retentissantes vengeances. Cependant Stainville, si les
-lettres qu’en publie Soulavie dans les <i>Mémoires de
-Richelieu</i> sont authentiques, avait cherché à calmer
-le dépit et le ressentiment du Maréchal, en flattant
-sa vanité et en l’assurant des plus augustes sympathies;
-du même coup, à vrai dire, il désavouait,
-mais discrètement, son ministre et ami<a name="FNanchor_531" id="FNanchor_531" href="#Footnote_531" class="fnanchor">[531]</a>:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Votre position, qui vous affecte, est la plus brillante
-de l’Europe... <i>on clabaudera toujours à Versailles</i>
-contre ceux qui font quelque chose<a name="FNanchor_532" id="FNanchor_532" href="#Footnote_532" class="fnanchor">[532]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_531" id="Footnote_531" href="#FNanchor_531"><span class="label">[531]</span></a>
-Au dire de <span class="smcap">Soulavie</span> (<i>Mémoires de Richelieu</i>. T. IX, p.&nbsp;239)
-Stainville représentait à Marie-Thérèse l’abbé de Bernis comme un
-homme dangereux ou découragé, qu’il fallait chasser par conséquent
-de sa place...</p>
-
-<p><a name="Footnote_532" id="Footnote_532" href="#FNanchor_532"><span class="label">[532]</span></a>
-<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>, t.&nbsp;IX, pp.&nbsp;202
-et suiv. Déjà Stainville, à la nouvelle de la Capitulation de Closter-Seven,
-avait envoyé à Richelieu ses félicitations et celles de la Cour
-de Vienne. Et même il ajoutait: «Il faut profiter du mois d’octobre
-pour faire évacuer l’Elbe au roi de Prusse; vous serez, de tous côtés,
-Monsieur le Maréchal, le vainqueur de ce fleuve.»</p>
-</div>
-
-<p>Stainville était plus explicite encore dans sa lettre
-du 3 décembre: «J’ai déjà eu l’honneur de vous
-mander, Monsieur le Maréchal, que vous êtes à merveille
-ici; et je dois ajouter que l’Impératrice et M. de
-Kaunitz ont été les premiers à me dire qu’il était
-de toute nécessité que vous <i>restassiez seul commandant
-des forces du roi en Allemagne</i><a name="FNanchor_533" id="FNanchor_533" href="#Footnote_533" class="fnanchor">[533]</a>...»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_533" id="Footnote_533" href="#FNanchor_533"><span class="label">[533]</span></a>
-<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>, t.&nbsp;IX, p.&nbsp;213.</p>
-</div>
-
-<p>D’un autre côté, en homme qui voulait ménager
-la puissante protectrice, dont l’influence allait bientôt
-l’appeler au ministère des affaires étrangères, Stainville
-entendait excepter M<sup>me</sup> de Pompadour de la
-cabale de Versailles «clabaudant» contre un général
-trahi par la Fortune:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Je suis certain, lui écrivait-il, que M<sup>me</sup> de
-<span class="pagenum" id="Page_335">[p. 335]</span>
-Pompadour n’est pas du nombre... Il est vrai qu’elle
-aurait peut-être désiré dans le temps que M. de
-Soubise fût renforcé plus tôt... Je suis sûr, croyez-moi,
-qu’elle ne l’a dit à personne<a name="FNanchor_534" id="FNanchor_534" href="#Footnote_534" class="fnanchor">[534]</a>...»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_534" id="Footnote_534" href="#FNanchor_534"><span class="label">[534]</span></a>
-<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires de Richelieu</i>, t.&nbsp;IX, pp.&nbsp;202 et suiv.</p>
-</div>
-
-<p>A Vienne, peut-être; mais à Versailles, à Choisy,
-à Paris, ainsi que dans toutes ses villégiatures, la
-Marquise se répandait, comme nous l’avons vu, en
-lamentations indignées sur l’abandon dans lequel
-Richelieu laissait Soubise.</p>
-
-<p>Son antipathie, difficilement contenue, contre le
-Maréchal s’était donné de nouveau libre carrière, au
-lendemain des surprises de Closter-Seven. La malignité
-publique lui attribuait même, à la veille de la
-capitulation, une estampe satirique représentant le
-comte d’Estrées, en train de fouetter le duc de Cumberland
-avec une branche de laurier, dont Richelieu
-ramassait les feuilles pour s’en tresser une couronne<a name="FNanchor_535" id="FNanchor_535" href="#Footnote_535" class="fnanchor">[535]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_535" id="Footnote_535" href="#FNanchor_535"><span class="label">[535]</span></a>
-<span class="smcap">Campardon</span>: <i>M<sup>me</sup> de Pompadour et la Cour de Louis&nbsp;XV</i>,
-p.&nbsp;212.—<i>Journal</i> de <span class="smcap">Barbier</span> (édit. in-8<sup>o</sup>), t.&nbsp;VI, p.&nbsp;552.</p>
-</div>
-
-<p>Il n’est guère vraisemblable que M<sup>me</sup> de Pompadour
-fût l’auteur d’une telle épigramme: car, à cette
-date, la trêve, consentie entre les deux parties par
-leur réconciliation, jouait encore; puis la Marquise
-ne cultivait pas la caricature; elle gravait pour la
-plus grande gloire de son seigneur et maître. Mais
-elle regagna le temps perdu dans sa nouvelle campagne
-contre l’éternel ennemi.</p>
-
-<p>Déjà Pâris-Duverney avait formellement renié le
-Maréchal après la rupture de la Convention de Closter-Seven.
-Celui-ci s’était permis de négliger les avis
-<span class="pagenum" id="Page_336">[p. 336]</span>
-du financier! Dès lors Pâris-Duverney «cessa de le
-croire utile à l’armée<a name="FNanchor_536" id="FNanchor_536" href="#Footnote_536" class="fnanchor">[536]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_536" id="Footnote_536" href="#FNanchor_536"><span class="label">[536]</span></a>
-<i>Correspondance historique et particulière du Maréchal de Richelieu
-en 1756, 1757, avec M. Pâris-Duverney</i> (édit. par le Général
-de Grimoard), 1789, préface p. <em>XXI</em>.</p>
-</div>
-
-<p>D’autres griefs, beaucoup plus graves, et malheureusement
-trop justifiés, étaient depuis longtemps
-formulés contre le Maréchal: «Le pillage de notre
-armée, disait Bernis à Stainville, a été poussé à l’extrême;
-et, sur cet article, M. de Richelieu n’est pas
-excusable<a name="FNanchor_537" id="FNanchor_537" href="#Footnote_537" class="fnanchor">[537]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_537" id="Footnote_537" href="#FNanchor_537"><span class="label">[537]</span></a>
-<i>Mémoires et Lettres de Bernis</i> (édit. F. Masson), t.&nbsp;II, p.&nbsp;178.
-Lettre du 30 janvier 1758.—D’après <span class="smcap">Duclos</span> (<i>Mémoires</i>, t.&nbsp;II,
-p.&nbsp;286) Bernis avait proposé à Richelieu, avant qu’il ne partît, d’augmenter
-ses appointements; mais le Maréchal, «colorant son avarice
-d’un air de dignité, refusa, disant qu’il ne devait renoncer à aucun
-de ses droits de général».</p>
-</div>
-
-<p>Ce «pillage», Richelieu l’avait instauré, et comme
-méthodiquement organisé, dès son entrée en terre
-allemande; et l’abus de ces exactions était devenu
-si criant que nos soldats—toujours friands de ces
-surnoms pittoresques—avaient baptisé leur général
-en chef «le petit père La Maraude».</p>
-
-<p>Il va sans dire qu’ils suivaient ce déplorable
-exemple et que l’armée était en proie au plus effroyable
-désordre, comme à la plus avilissante gabegie.
-Quelle nouvelle contradiction chez un homme
-qui nous en a déjà offert de si nombreuses et de si
-déconcertantes! Alors qu’au moment où sa fortune
-militaire lui permettant d’anéantir toute une armée,
-il avait eu un geste à la fois humain et généreux,
-il livrait tout un pays, malgré les instructions
-précises de son gouvernement, aux horreurs d’un
-pillage en règle, qu’allait aggraver encore le châtiment
-d’une infraction aux lois de l’honneur. Les
-<span class="pagenum" id="Page_337">[p. 337]</span>
-protestations du landgrave ne reposaient donc pas
-sur des faits imaginaires; et le duc de Cumberland,
-retiré à Londres, avait pu dire, en parlant de la conquête
-du Hanovre par les Français, que les «alliés
-de l’Angleterre étaient quarante mille poltrons
-fuyant devant cent mille bandits<a name="FNanchor_538" id="FNanchor_538" href="#Footnote_538" class="fnanchor">[538]</a>». Frédéric lui-même,
-Frédéric qui avait tant de méfaits de ce
-genre sur la conscience, oubliant la lettre pateline
-qu’il avait adressée deux mois auparavant à Richelieu,
-lui fit écrire par son frère, le prince Henri,
-que des représailles seraient exercées sur les officiers
-français prisonniers, si le pays continuait à
-être aussi impitoyablement dévasté<a name="FNanchor_539" id="FNanchor_539" href="#Footnote_539" class="fnanchor">[539]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_538" id="Footnote_538" href="#FNanchor_538"><span class="label">[538]</span></a>
-<i>Galerie des aristocrates et Mémoires secrets</i> (attribués à Dumouriez),
-1790.—L’auteur va même jusqu’à dire (tant les opinions en
-matière d’honneur sont variables!): «Il est impossible à tout brave
-homme aimant sa patrie de désapprouver l’infraction du traité de
-Closter-Seven; notre façon de jouir de nos conquêtes a légitimé
-la rébellion: elle était juste et forcée.»</p>
-
-<p><a name="Footnote_539" id="Footnote_539" href="#FNanchor_539"><span class="label">[539]</span></a>
-<span class="smcap">Soulavie</span>: <i>Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>, t.&nbsp;IX, p.&nbsp;194.—<span class="smcap">Faur</span>:
-<i>Vie privée</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;184.</p>
-</div>
-
-<p>Plus tard, quand il fut question des déprédations
-et des contributions excessives infligées à ces «victimes
-innocentes», comme il les appelait lui-même,
-le Maréchal invoquait, pour légitimer ses exactions,
-les droits de la guerre et ceux des généraux en chef.
-Les précédents, hélas! ne manquaient pas. C’était,
-entre autres, les rapines du grand Villars, sous lequel
-Richelieu avait servi et plus récemment, celles de
-Maurice de Saxe et de Löwendahl, d’illustres guerriers,
-et... d’abominables pillards, mais qui n’étaient
-pas Français<a name="FNanchor_540" id="FNanchor_540" href="#Footnote_540" class="fnanchor">[540]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_540" id="Footnote_540" href="#FNanchor_540"><span class="label">[540]</span></a>
-Si l’Histoire doit juger sévèrement un tel abus de la force et un
-tel mépris du droit des gens, quelle ne sera pas la rigueur de sa sentence
-contre les arrières-petits-fils de ces «innocentes victimes»,
-contre leurs chefs et leurs souverains, dont les exécutions militaires,
-à l’aurore du <em>XX<sup>e</sup></em> siècle et dans une guerre sans précédents, ont dépassé
-en horreur tout ce que l’imagination peut concevoir de plus inique,
-de plus atroce, de plus barbare? Ces modernes Vandales nient,
-contre l’évidence, quand ils ne s’en glorifient pas, leurs attentats
-à la justice et à la propriété, à la liberté et à la vie des peuples—ce
-patrimoine éternel de l’humanité. Quel contraste avec la mentalité
-française, même sous le règne du pouvoir absolu! L’opinion publique
-se prononça énergiquement, dans notre pays, contre le système
-de défense de Richelieu.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_338">[p. 338]</span>
-Le Maréchal rentra donc dans Paris, comme le
-dit Moufle d’Angerville<a name="FNanchor_541" id="FNanchor_541" href="#Footnote_541" class="fnanchor">[541]</a> avec son âpreté coutumière,
-«chargé de dépouilles glorieuses sans doute,
-s’il les eût acquises en combattant, mais honteuses,
-puisqu’elles étaient moins le fruit de ses victoires
-que de sa cruauté et de son avarice».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_541" id="Footnote_541" href="#FNanchor_541"><span class="label">[541]</span></a>
-<span class="smcap">Moufle d’Angerville</span>: <i>Vie de Louis&nbsp;XV</i>, t.&nbsp;VI, p.&nbsp;54.</p>
-</div>
-
-<p>Bernis annonçait, le 4 février, à Stainville, l’arrivée
-imminente de Richelieu: «Il paraît assez philosophe.
-Dieu veuille qu’il soit sage quand il sera
-ici!»</p>
-
-<p>On le vit surtout aigri, mécontent et soucieux
-de dégager sa responsabilité de l’issue désastreuse
-d’une campagne, que ses débuts laissaient pressentir
-si belle et si fructueuse pour la France.</p>
-
-<p>Luynes et Bernis ont présenté, chacun à leur manière,
-ce retour d’un vainqueur dont l’effort était
-resté stérile.</p>
-
-<p>Dans son <i>Journal</i> de janvier 1758, Luynes ne se
-fait pas faute d’admirer les dispositions prises par
-Richelieu au terme de ses opérations militaires. Le
-mois suivant, il montre le courtisan au coucher du
-roi, accueilli par le prince avec une rare bonté. Le
-8 mars, Richelieu, accompagné de son cousin d’Aiguillon,
-va rendre visite, «par devoir», au Maréchal
-<span class="pagenum" id="Page_339">[p. 339]</span>
-de Belle-Isle. Il est vrai qu’avant de partir pour
-l’armée, il avait déclaré ouvertement qu’il ne voulait
-«dépendre en aucune manière de lui, ni prendre
-ses conseils<a name="FNanchor_542" id="FNanchor_542" href="#Footnote_542" class="fnanchor">[542]</a>». De fait, de toute la campagne, il
-n’avait daigné correspondre avec Belle-Isle<a name="FNanchor_543" id="FNanchor_543" href="#Footnote_543" class="fnanchor">[543]</a>; mais,
-celui-ci, depuis le 29 février, remplaçait Paulmy,
-secrétaire d’État à la Guerre pendant treize mois.
-Richelieu était donc tenu à plus de circonspection.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_542" id="Footnote_542" href="#FNanchor_542"><span class="label">[542]</span></a>
-<span class="smcap">Luynes</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;XVI, 3 mars 1758, p.&nbsp;387.</p>
-
-<p><a name="Footnote_543" id="Footnote_543" href="#FNanchor_543"><span class="label">[543]</span></a>
-<i>Ibid.</i>, 18 mars 1758, p.&nbsp;389.</p>
-</div>
-
-<p>De même, il ménageait Bernis qu’il voyait chaque
-jour; si parfois il s’en plaignait, c’était secrètement;
-car, en public, il ne lui prêtait, ni méchants propos,
-ni manœuvres malveillantes à son égard: il savait
-trop bien, affirmait l’abbé, que «je l’avais traité
-comme un ami, tandis que, comme ministre des
-affaires étrangères, je pouvais demander qu’il fût
-puni<a name="FNanchor_544" id="FNanchor_544" href="#Footnote_544" class="fnanchor">[544]</a>». Bernis, dans un entretien avec Luynes, attribuait,
-en effet, à Richelieu seul, l’avortement de
-la Convention de Closter-Seven. Mais le Maréchal
-avait informé Belle-Isle qu’il comptait remettre
-au roi un mémoire explicatif, où il lui exposerait
-sa conduite au cours de l’expédition et dans quelle
-situation il avait laissé l’armée.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_544" id="Footnote_544" href="#FNanchor_544"><span class="label">[544]</span></a>
-<span class="smcap">Bernis</span>: <i>Mémoires et Lettres</i>, t.&nbsp;II, p.&nbsp;34.</p>
-</div>
-
-<p>Quelques jours après, il portait le double de ce
-travail au ministre; et, dans cette seconde visite
-qui dura trois quarts d’heure, Richelieu fit preuve
-de la plus aimable courtoisie: c’était, disait-il, «à la
-personne et non à la place qu’il entendait rendre
-ainsi ses devoirs<a name="FNanchor_545" id="FNanchor_545" href="#Footnote_545" class="fnanchor">[545]</a>». C’était aussi afin de remercier
-une fois de plus Belle-Isle de l’emploi qu’il avait
-<span class="pagenum" id="Page_340">[p. 340]</span>
-trouvé pour Fronsac, nommé tout récemment brigadier.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_545" id="Footnote_545" href="#FNanchor_545"><span class="label">[545]</span></a>
-<span class="smcap">Luynes</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;XVI, 18 mars, p.&nbsp;390.</p>
-</div>
-
-<p>D’autre part le ministre avait fait tenir de sages
-conseils à Richelieu par l’intermédiaire de M. de
-Beauvau. Il l’exhortait à modérer la vivacité de ses
-récriminations, car les plaintes arrivaient chaque
-jour, plus nombreuses et plus pressantes, du pays de
-Hanovre<a name="FNanchor_546" id="FNanchor_546" href="#Footnote_546" class="fnanchor">[546]</a>; et Richelieu devait avoir à cœur, dans
-l’intérêt de son honneur, de chercher une «justification»
-éclatante et publique, nécessaire pour la
-gloire du roi et du nom français, justification qui
-serait insérée «dans les gazettes».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_546" id="Footnote_546" href="#FNanchor_546"><span class="label">[546]</span></a>
-<span class="smcap">Luynes</span>: <i>Journal</i>, t.&nbsp;XVI, pp.&nbsp;340-343.—<i>Mémoires</i> et <i>Lettres</i>
-de Bernis, t.&nbsp;II, p.&nbsp;133.</p>
-</div>
-
-<p>A Paris, également, l’opinion publique se montrait
-implacable. Elle accusait Richelieu de trahison—mot
-dont on abuse en France, pour flétrir
-des généraux ou des diplomates malheureux; idée
-qui devait se cristalliser, par la suite, dans le vocable,
-resté ineffaçable depuis plus de cent cinquante
-ans, de <i>Pavillon du Hanovre</i><a name="FNanchor_547" id="FNanchor_547" href="#Footnote_547" class="fnanchor">[547]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_547" id="Footnote_547" href="#FNanchor_547"><span class="label">[547]</span></a>
-<span class="smcap">Moufle d’Angerville</span>: <i>Vie de Louis&nbsp;XV</i>, t.&nbsp;VI, p.&nbsp;54: «Il
-porta l’impudence au point de s’en (de ses exactions) ériger, en
-quelque sorte, un trophée par un pavillon superbe, qu’il fit construire
-aux yeux de la Capitale, et que les persifleurs, par une dérision
-amère, appelèrent le <i>Pavillon du Hanovre</i>.»</p>
-</div>
-
-<p>Aux yeux des adversaires irréductibles du Maréchal,
-ce magnifique palais représentait moins le bénéfice
-inavouable de la campagne, que le prix d’une
-honteuse forfaiture. Dieudonné Thiébault, le père
-du général et l’un des familiers de Frédéric, formule
-de graves accusations contre l’honneur militaire de
-Richelieu, pour les avoir entendues dans la bouche
-de «plus de cent Prussiens». Après la capitulation
-<span class="pagenum" id="Page_341">[p. 341]</span>
-de Closter-Seven, Dunkelmann, le gardien du trésor
-de Frédéric, transporté à Magdebourg, aurait offert
-une somme considérable au Maréchal, qui l’accepta,
-pour qu’il n’allât pas plus loin. Car, avec ses «trois
-bataillons ruinés» et ses 1.500 déserteurs, la défense
-de Magdebourg était impossible. Et, «depuis, ajoute
-Thiébault, Dunkelmann a constamment joui de la
-confiance du roi et d’une considération particulière
-dans le public<a name="FNanchor_548" id="FNanchor_548" href="#Footnote_548" class="fnanchor">[548]</a>».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_548" id="Footnote_548" href="#FNanchor_548"><span class="label">[548]</span></a>
-<span class="smcap">Thiébault</span>: <i>Mémoires</i> (édition Barrière), t.&nbsp;II, p.&nbsp;199.—Soulavie
-reconnaît également que Magdebourg n’aurait pu résister
-et déduit de l’inaction de Richelieu qu’il devait être «de connivence»
-avec le roi de Prusse. Depuis, Sainte-Beuve, toujours très
-dur pour le Maréchal, cite cette phrase perfide (<i>Premiers lundis</i>,
-t. XI) de Frédéric, faisant allusion aux contributions de guerre
-perçues par Richelieu: «Il n’est pas douteux que les sommes qui
-passèrent entre les mains du Maréchal, ne ralentirent considérablement
-dans la suite son ardeur militaire.» Mais Sainte-Beuve
-ajoute prudemment «je me méfie de Frédéric». Par contre, Faur
-affirme que Richelieu resta toujours «fidèle» à ses devoirs. Ce qui
-est certain, c’est que l’échec d’une capitulation qu’il estimait inattaquable,
-semble l’avoir hypnotisé au point de lui enlever tout
-esprit de direction et de décision.</p>
-</div>
-
-<p>Mais, autant la rapacité du vainqueur, en pays
-conquis, est indéniable, autant sa vénalité sur le
-champ de bataille n’est guère vraisemblable. Elle
-eût été plus inepte encore qu’odieuse. La prise de
-Magdebourg (et les instructions données au généralissime
-la prévoyaient) assurant le succès définitif
-de la campagne, Frédéric était perdu; et le Maréchal
-dictait, comme il y comptait bien, la paix à
-l’Europe.</p>
-
-<p>Peut-être Richelieu avait-il trop sacrifié aux exigences
-de son esprit vaniteux et léger, en continuant
-sa correspondance avec Frédéric. Déjà Bernis, à
-propos de la première lettre qui en avait marqué
-<span class="pagenum" id="Page_342">[p. 342]</span>
-les débuts, l’avait doucereusement persiflé, dans sa
-dépêche du 3 octobre à Stainville: «M. de Richelieu
-est un peu embarrassé d’une lettre pleine de
-louanges que le roi de Prusse lui a écrite en lui proposant
-de faire la paix. Le Maréchal ne serait pas
-fâché de la faire en effet et le Danemark aussi.»</p>
-
-<p>Dans d’autres dépêches, ou dans ses <i>Mémoires</i>,
-Bernis constate, non moins malicieusement, et à plusieurs
-reprises, que Frédéric amuse Richelieu, ou
-lui tend des pièges, soit directement, soit par l’intermédiaire
-de la margrave de Bayreuth. Mais c’est
-encore cette même lettre du 3 octobre, adressée à
-Stainville, qui trahit, par une insinuation adroitement
-voilée, le peu de bienveillance de Bernis pour
-le Maréchal, bien qu’il se défende toujours de lui
-vouloir aucun mal.</p>
-
-<p>Le ministre écrit donc à Stainville qu’il a fait
-mettre à la Bastille un «émissaire» du comte de
-Newied, «le plus intrigant des comtes de l’Empire»,
-dont la correspondance avec le roi de Prusse vient
-d’être découverte à Vienne. A vrai dire, «on n’a
-rien trouvé dans les papiers de cet émissaire»;
-il a simplement déclaré qu’un secrétaire du Maréchal
-de Richelieu «avait proposé de donner Neuchâtel
-à notre amie pour l’attacher au roi de Prusse».</p>
-
-<p>Le détenu n’était pas un inconnu pour Bernis:
-c’était un chambellan du margrave d’Anspach,
-nommé Barbut de Maussac, qui était venu une première
-fois à Paris, en février 1757, et déjà, sans doute,
-comme agent secret du comte de Newied<a name="FNanchor_549" id="FNanchor_549" href="#Footnote_549" class="fnanchor">[549]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_549" id="Footnote_549" href="#FNanchor_549"><span class="label">[549]</span></a>
-M. Frédéric Masson qui a consulté les Archives des Affaires
-étrangères pour avoir le mot de cette mystérieuse énigme, n’a rien
-trouvé de plus que les faits signalés par Bernis. Il croit que le comte
-de Newied était un espion à la solde, et de l’Autriche, et de la
-Prusse. (Note des <i>Mémoires</i> et <i>Lettres</i> de Bernis, t.&nbsp;II, pp.&nbsp;122-124.)
-Mais, dans un article du <i>Correspondant</i>, du 25 avril 1914, les <i>Ancêtres
-du nouveau roi d’Albanie, les princes de Wied-Newied au
-XVIII<sup>e</sup> siècle</i>, l’auteur, le <i>comte Palluat de Besset</i>, a repris la
-question et présente «l’intrigant» désigné par Bernis, comme un
-pacifiste désintéressé, soucieux de rétablir les bonnes relations entre
-la France et la Prusse.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_343">[p. 343]</span>
-Or, le 7 juillet de cette même année, Frédéric
-écrivait à sa sœur, la margrave de Bayreuth:</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Puisque, ma chère sœur, vous voulez vous charger
-du grand ouvrage de la paix, je vous supplie
-de vouloir envoyer M. de Mirabeau<a name="FNanchor_550" id="FNanchor_550" href="#Footnote_550" class="fnanchor">[550]</a> en France. Je
-me chargerai volontiers de sa dépense: il pourra
-offrir jusqu’à cinq cent mille écus à la favorite pour
-la paix; et il pourrait pousser ses offres beaucoup
-au-delà, si, en même temps, on pouvait l’engager
-à nous procurer quelques avantages. Vous sentez
-tous les ménagements dont j’ai besoin dans cette
-affaire et combien peu j’y dois paraître; le moindre
-vent qu’on en aurait en Angleterre pourrait tout
-perdre.»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_550" id="Footnote_550" href="#FNanchor_550"><span class="label">[550]</span></a>
-Le chevalier, puis bailli de Mirabeau, frère puîné du Marquis.</p>
-</div>
-
-<p>Frédéric avait le goût de la correspondance, et
-plus encore celui des promesses, quitte à ne pas les
-tenir: c’est, on le sait, dans les traditions de la diplomatie
-prussienne.</p>
-
-<p>Mirabeau remplit sa mission, mais sans succès.
-Parallèlement, l’«espion» du comte de Newied
-s’efforça de s’acquitter de la sienne. Le 6 août, il
-portait une lettre de son maître au Maréchal de Belle-Isle,
-lequel lui remettait sa réponse. Le 22, de retour
-à Newied, il rendait compte à un envoyé du roi de
-Prusse de sa négociation; et le 23, Frédéric recevait
-<span class="pagenum" id="Page_344">[p. 344]</span>
-une lettre signée Van der Hayn, qui l’engageait à
-céder à M<sup>me</sup> de Pompadour, «cette femme insatiable»,
-les deux principautés de Neuchâtel et de Valengin,
-«dont il ne faisait rien<a name="FNanchor_551" id="FNanchor_551" href="#Footnote_551" class="fnanchor">[551]</a>». Dans ce but, le roi de
-Prusse devrait envoyer à la Cour de Versailles Barbut
-de Maussac qui «promet la plus heureuse issue».</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_551" id="Footnote_551" href="#FNanchor_551"><span class="label">[551]</span></a>
-De fait, Frédéric n’attachait aucune importance à la possession
-de deux provinces, «à 300 lieues de Berlin», disait-il. On sait
-du reste que Neuchâtel fut réuni solennellement à la Confédération
-Helvétique en 1858.</p>
-</div>
-
-<p>Ce fut, en effet, une belle ambassade: le chambellan
-du margrave d’Anspach et son digne auxiliaire,
-le colonel Balbi, munis de faux passe-ports,
-arrivaient à peine à Paris, qu’ils étaient arrêtés tous
-deux comme espions de Frédéric, et menés à la Bastille,
-d’où Maussac ne put sortir qu’un an après<a name="FNanchor_552" id="FNanchor_552" href="#Footnote_552" class="fnanchor">[552]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_552" id="Footnote_552" href="#FNanchor_552"><span class="label">[552]</span></a>
-Dans son article du <i>Correspondant</i>, M. Palluat de Besset cite,
-d’après la <i><span lang="de" xml:lang="de">Politische Correspondenz</span> B 15 Prusse C.D. supplément X</i>, une
-lettre datée du 25 septembre 1757, dans laquelle Frédéric autorise
-«ses amis» à promettre de sa part la cession <em>VIAGÈRE</em> de Neuchâtel
-et de Valengin à la favorite, «se flattant que M<sup>me</sup> de Pompadour
-emploiera tout son crédit, afin que les articles de paix lui soient
-avantageux».</p>
-</div>
-
-<p>Déjà, Bernis, lorsqu’il avait raconté à Stainville
-comment il avait éconduit Mirabeau, s’était plaint
-de l’insistance apportée par Richelieu à contrecarrer
-«l’affermissement du crédit» de la Marquise.</p>
-
-<p>Le Maréchal n’était cependant pour rien dans
-l’intrigue de Balbi-Maussac. Il ne le fut pas davantage
-dans celle du Suisse Gampert, où il devait néanmoins
-jouer un rôle, plutôt désagréable pour Frédéric,
-qui était bien le metteur en scène, dans la
-coulisse, de ces misérables imbroglios. Mais Bernis
-avait trouvé le moyen de les enchevêtrer encore,
-en les confondant; et ce n’était certes pas dans
-<span class="pagenum" id="Page_345">[p. 345]</span>
-l’intention de rendre service au Maréchal, car il écrivait,
-le 8 novembre, à Stainville: «M. de Richelieu
-a vu un émissaire du roi de Prusse, qui est impliqué
-dans l’affaire de Newied: il ne l’a pas fait arrêter,
-quoiqu’il soit venu à son armée sous un faux passe-port:
-tout cela donne matière à des soupçons
-faux, à ce que je crois, mais vraisemblables. Il me
-faudra écrire des mémoires pour détruire toutes ces
-chimères. M. de Richelieu a trouvé l’homme qu’on
-croyait son secrétaire et qui avait proposé la principauté
-de Neuchâtel pour M<sup>me</sup> de Pompadour. Nous
-lui mandons de nous l’envoyer à la Bastille.»</p>
-
-<p>Il fait bon de consulter les <i>Archives de la Bastille</i>,
-quand il s’agit de ces aventuriers, ou tout au moins
-d’«hommes à projets», dont regorgea le <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle,
-et qui peuplèrent, à cette époque, la prison
-d’État.</p>
-
-<p>Nous découvrons, en effet, dans cette mine de documents,
-à côté du dossier Balbi-Maussac<a name="FNanchor_553" id="FNanchor_553" href="#Footnote_553" class="fnanchor">[553]</a>, signalé
-par le comte Palluat de Besset, celui de Gampert,
-l’intrigant<a name="FNanchor_554" id="FNanchor_554" href="#Footnote_554" class="fnanchor">[554]</a>, qui (le Gouvernement dut le reconnaître)
-n’était l’associé, ni de Balbi, ni de Maussac.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_553" id="Footnote_553" href="#FNanchor_553"><span class="label">[553]</span></a>
-<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i> 11969.
-Dossier de <span class="smcap">Barbut de Maussac</span> indiqué par M. Palluat de Besset.</p>
-
-<p><a name="Footnote_554" id="Footnote_554" href="#FNanchor_554"><span class="label">[554]</span></a>
-<span class="smcap">Bibliothèque de l’Arsenal</span>: <i>Archives de la Bastille</i> 11998.
-Dossier de <span class="smcap">Gampert</span>.</p>
-</div>
-
-<p>La fiche qui le concerne et les documents qui l’accompagnent
-rétablissent la vérité des faits.</p>
-
-<p>Ce Gampert, qui s’était présenté au camp de Richelieu,
-pourvu ou non d’un faux passe-port, comme
-les Balbi et les Maussac, n’en avait pas moins été
-arrêté, en <i>octobre</i>, dans la ville de Hanovre, par les
-soins du Maréchal, puis dirigé sur Strasbourg, et
-<span class="pagenum" id="Page_346">[p. 346]</span>
-enfin conduit à la Bastille, le 24 juillet 1758<a name="FNanchor_555" id="FNanchor_555" href="#Footnote_555" class="fnanchor">[555]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_555" id="Footnote_555" href="#FNanchor_555"><span class="label">[555]</span></a>
-<span class="smcap">Gampert</span> sortit de la Bastille le 24 janvier 1759, et fut immédiatement
-reconduit à la frontière avec «un ordre d’exil».</p>
-</div>
-
-<p>Il avait mis, comme on voit, plus de neuf mois
-pour arriver à sa destination.</p>
-
-<p>Il se disait autorisé à faire des propositions de paix,
-en offrant, de la part de Frédéric, à <i>une princesse
-française</i>, et à son défaut, <i>à M<sup>me</sup> de Pompadour</i>,
-les principautés de Neuchâtel et de Valengin.</p>
-
-<p>Très vraisemblablement, cet intermédiaire était
-un nouvel envoyé du roi de Prusse. Certes, Frédéric
-ne pouvait s’illusionner sur le sort réservé à ses
-tentatives de négociations. Il savait trop la haine
-que lui avait vouée la Marquise, pour espérer qu’elle
-cédât à l’amour du lucre ou à la gloriole des titres.
-Mais il suffisait au machiavélisme de l’astucieux
-monarque, que ses propositions d’accommodement
-fussent adressées de toutes parts à la maîtresse de
-Louis&nbsp;XV. A son compte, de ces démarches, si souvent
-renouvelées, devraient rejaillir des soupçons
-sur la probité politique de sa mortelle ennemie. Et
-les étendre jusqu’à Richelieu, c’était le comble de la
-fourberie diplomatique, bien que Frédéric n’eût
-aucune raison d’animosité contre le Maréchal.</p>
-
-<p>Mieux encore, la sympathie de celui-ci pour celui-là,
-conforme aux traditions ancestrales hostiles
-à la maison d’Autriche, pouvait être exploitée
-comme une des causes de l’inaction «voulue» du
-vainqueur de Closter-Seven, qui avait sauvé miraculeusement
-la Prusse de l’effondrement définitif<a name="FNanchor_556" id="FNanchor_556" href="#Footnote_556" class="fnanchor">[556]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_556" id="Footnote_556" href="#FNanchor_556"><span class="label">[556]</span></a>
-C’est la thèse... philosophique de Soulavie, contre laquelle
-s’élève, à si juste titre, M. Frédéric Masson; et c’est peut-être par
-allusion aux déclarations du futur diplomate révolutionnaire, que
-Capefigue attribue le désastre de Rosbach à la secte des philosophes
-(voir <a href="#Page_315">p. <ins title="325">315</ins></a>).</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_347">[p. 347]</span>
-Pour le parti qui aspirait à la perte du Maréchal,
-le mot <i>inaction</i> était synonyme du terme <i>trahison</i>;
-et c’était sous cette accusation, injuste autant que
-perfide, qu’on prétendait écraser le favori de
-Louis&nbsp;XV.</p>
-
-<p>On comprend, de reste, l’état d’âme de Richelieu,
-quand il se sentit la fable de la Cour et de la Ville.
-Son orgueil démesuré, qui lui rendait plus sensibles
-les erreurs et les fautes du gouvernement<a name="FNanchor_557" id="FNanchor_557" href="#Footnote_557" class="fnanchor">[557]</a>, ne pouvait
-cependant lui dissimuler les siennes; et le duc
-de Croÿ a très bien défini une mentalité qui ne
-s’ignorait pas, quand il dit, dans son <i>Journal</i>:
-«M. de Richelieu fut reçu froidement... Il n’était
-pas plus content des autres qu’on ne l’était de lui...
-Il avait perdu la discipline et fait une étonnante
-campagne<a name="FNanchor_558" id="FNanchor_558" href="#Footnote_558" class="fnanchor">[558]</a>.»</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_557" id="Footnote_557" href="#FNanchor_557"><span class="label">[557]</span></a>
-Il ne pouvait entendre parler de sang-froid de la capitulation
-de Closter-Seven, affirment les <i>Souvenirs de deux anciens militaires</i>
-(1813), pp.&nbsp;65 et suiv. «C’est, disait-il, de toutes les intrigues de
-Cour, la plus atroce; on voulait continuer la guerre, on voulait me
-perdre; jamais je ne me suis conduit avec plus de prudence et plus
-de bonheur.» C’était troubler sa digestion que d’aborder un tel
-sujet.</p>
-
-<p><a name="Footnote_558" id="Footnote_558" href="#FNanchor_558"><span class="label">[558]</span></a>
-<span class="smcap">Duc de Croÿ</span>: <i>Journal</i> (édit. de Grouchy et Cottin), t.&nbsp;I, p.&nbsp;418.</p>
-</div>
-
-<p>Rompu aux intrigues de Cour, il sut enfin se persuader
-que, pour le moment, son rôle était fini.
-M<sup>me</sup> de Pompadour, malgré tous les assauts qu’avait
-eu à subir son crédit, était encore la souveraine
-maîtresse du royaume et du roi. Dès lors, Richelieu
-pouvait-il espérer (et d’abord l’eût-il voulu?) qu’on
-lui confiât le commandement d’une nouvelle armée?
-Encore moins devait-il compter sur une place
-au Conseil. La Marquise et ses amis en occupaient
-<span class="pagenum" id="Page_348">[p. 348]</span>
-toutes les avenues. Et le roi lui-même, malgré son
-extrême indulgence et son amitié, restée immuable,
-pour le Maréchal, s’enracinait plus encore, avec son
-entêtement ordinaire, dans cette idée, que Richelieu
-était trop léger et trop prompt pour devenir jamais
-un bon ministre.</p>
-
-<p>Aussi, par dégoût et peut-être encore par philosophie,
-le Maréchal se dit-il qu’il serait plus sage de
-renoncer momentanément à la vie militaire et politique
-qui lui donnait actuellement tant de déboires.
-Il lui restait assez d’agréables et brillantes compensations,
-pour ne pas trop regretter le rêve qu’avait
-fait miroiter à ses yeux le souvenir des gloires familiales.
-Il pouvait partager désormais son temps entre
-l’administration de son gouvernement de Guyenne
-et les devoirs de sa charge de premier gentilhomme
-qui lui assurait encore une influence considérable.
-A Paris et à Versailles, il pontifiait toujours au nom
-de l’étiquette; il était le doyen de l’Académie, il
-régentait les théâtres et les comédiens, commandait
-à la mode, éblouissait par son faste; il était, par définition,
-le protecteur des Lettres et des Arts. A Bordeaux,
-il se sentait plus puissant encore; et il se
-promettait d’y jouer le rôle de despote et de sultan,
-car il n’avait rien abdiqué de son autoritarisme, ni
-de son goût passionné pour les femmes.</p>
-
-<p>Sa vieille amie, «la grosse duchesse» d’Aiguillon,
-qui était en même temps sa cousine, était partie lui
-préparer le terrain. La tâche était délicate. La belle
-expédition de Minorque avait naguère enthousiasmé
-les Bordelais, mais la déconvenue de Closter-Seven
-avait transformé les dithyrambes en satires.
-Heureusement, la duchesse ne manquait pas
-<span class="pagenum" id="Page_349">[p. 349]</span>
-d’entregent; elle avait des intelligences dans la place et
-sut retourner l’opinion publique<a name="FNanchor_559" id="FNanchor_559" href="#Footnote_559" class="fnanchor">[559]</a>.</p>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_559" id="Footnote_559" href="#FNanchor_559"><span class="label">[559]</span></a>
-<span class="smcap">Grellet-Dumazeau</span>: <i>La société bordelaise au XVIII<sup>e</sup> siècle</i>,
-pp.&nbsp;201 et suiv.—En 1756, D’Argenson écrivait (t. IX, p.&nbsp;303),
-d’après des bruits de Cour, que Richelieu allait épouser la D<sup>lle</sup>
-d’Aiguillon, «intrigante qui s’ennuie de n’être rien à la Cour»; n’était-ce
-pas plutôt la duchesse douairière qui était veuve?</p>
-</div>
-
-<p>Le Maréchal en profita pour faire une entrée solennelle
-dans la capitale de sa riche Satrapie. Des
-barques, magnifiquement décorées et pavoisées, l’attendaient
-à Blaye, lui et sa suite. Les navires qui
-stationnaient le long du fleuve, et le Château-Trompette
-le saluèrent de salves d’artillerie pendant qu’il
-remontait jusqu’à Bordeaux. Lorsqu’il descendit
-à terre et qu’il passa sous l’arc de triomphe dressé
-sur la Place Royale, le Parlement vint l’y haranguer.
-Puis Richelieu monta à cheval et se rendit,
-accompagné de toute la noblesse de la province, à
-la Cathédrale, où fut chantée une messe d’action
-de grâces.</p>
-
-<img class="pwidth" src="images/pdots.jpg" alt="" />
-
-<p>Ainsi devait se terminer, dans une opulente sinécure,
-la vie politique et militaire d’un homme qui avait
-joué, sur les deux théâtres les plus en vue, à la Cour
-comme à l’Armée, un rôle de la première importance.
-Ce n’est pas qu’il l’eût abandonné sans espoir de
-retour: il comptait, au contraire, le reprendre, pour
-l’échanger, à l’heure propice, contre celui qui n’avait
-cessé d’être le but de toutes ses ambitions, le personnage
-de premier ministre; mais il avait été inconsciemment
-victime d’un de ces accès de bouderie dont
-il était coutumier. Il était parti de son plein gré;
-on oublia de le rappeler.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_350">[p. 350]</span>
-Aussi bien la place n’était guère enviable, quoique
-enviée par tant de compétiteurs, qui s’y croyaient
-appelés par leur compétence et leurs talents, alors
-que ces affamés de pouvoir n’avaient d’autre capacité
-que celle de leurs appétits. Au reste, jamais la
-Cour n’avait été le foyer de plus misérables, ni de
-plus basses intrigues. En présence d’un roi fainéant,
-indifférent et impénétrable, asservi désormais à
-ses passions, les partis se livraient des combats, acharnés
-dans leur perfidie sournoise, où les amis de la
-veille devenaient les ennemis du lendemain, facilement
-réconciliables pour des luttes nouvelles.</p>
-
-<p>Le pays n’était pas moins profondément divisé
-sur tous les terrains, politiques, militaires, religieux,
-financiers.</p>
-
-<p>Les temps étaient proches, où les visions d’un
-prophète, que nous avons si souvent consulté, le
-marquis d’Argenson, allaient devenir de saisissantes
-réalités: «L’anarchie marche à grands pas..., écrit-il...
-On entend murmurer ces mots de liberté, de
-républicanisme; déjà les esprits en sont pénétrés
-et l’on sait à quel point l’opinion gouverne le monde.
-Le temps de l’adoration est passé: ce nom de maître,
-si doux à nos yeux, sonne mal à nos oreilles. Il se peut
-qu’une nouvelle forme de gouvernement soit déjà
-conçue en de certaines têtes, pour en sortir, à la
-première occasion, armée de toutes pièces. Peut-être
-la Révolution s’opérera-t-elle avec moins de contestation
-que l’on ne pense: il n’y faudra, ni princes
-du sang, ni seigneurs, ni fanatisme religieux, tout
-se fera par acclamation...</p>
-
-<div class="manuscr">
-<p>«Aujourd’hui tous les ordres sont à la fois mécontents:
-le militaire congédié depuis la paix; le clergé
-<span class="pagenum" id="Page_351">[p. 351]</span>
-offensé dans ses privilèges; les parlements, les corporations,
-les pays d’État avilis; le bas peuple
-accablé d’impôts, rongé de misère; les financiers
-seuls triomphants... Partout des matières combustibles...
-D’une émeute on peut passer à la révolte,
-de la révolte à une totale révolution; élire de vrais
-tribuns du peuple, des Consuls<a name="FNanchor_560" id="FNanchor_560" href="#Footnote_560" class="fnanchor">[560]</a>....»</p>
-</div>
-
-<div class="footnotes">
-<p><a name="Footnote_560" id="Footnote_560" href="#FNanchor_560"><span class="label">[560]</span></a>
-<i>Mémoires et Journal</i> du marquis <span class="smcap">d’Argenson</span> (édition elzévirienne
-1858) t.&nbsp;V, pp.&nbsp;346-347.</p>
-</div>
-
-<p class="sep3 cs8 cent">FIN</p>
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_353">
-
-<h2 id="toc">TABLE DES MATIÈRES</h2>
-
-<hr class="hr20" />
-
-<table summary="Table des matières">
-<tr>
- <td class="tdlh"><span class="smcap">Avant-Propos.</span></td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_V"><em>V</em></a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE PREMIER</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">La naissance de Richelieu-Fronsac. — Un ressuscité
-qui devient nonagénaire. — Première enfance. — Une
-éducation négligée. — Succès de Fronsac à la
-Cour. — L’habit de belle-mère. — Esprit d’à-propos
-d’un danseur. — Mariage d’enfants. — Un
-ancêtre de Chérubin. — Imprudences de la duchesse
-de Bourgogne; effronterie de Fronsac. — Premier
-séjour à la Bastille.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_1">1</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE II</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Quatorze mois de Bastille. — Sollicitude du Gouverneur
-Bernaville pour son prisonnier. — Visite de
-la petite duchesse de Fronsac à son époux: les
-suites d’un mariage blanc. — Études et «amusements»
-du détenu. — Attaque de petite vérole:
-traitement du malade. — Isolement et terreurs
-de Fronsac. — Sa guérison; sa convalescence. — Bulletins
-de Bernaville. — Repentir, en apparence,
-sincère, de Fronsac. — Sa mise en liberté.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_10">10</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE III</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Fronsac, en Flandre, sous le commandement de Villars. — Le
-siège de Marchiennes. — Fronsac est
-blessé à Fribourg. — Comment il est accueilli,
-à Marly, par le roi. — Il revoit la duchesse aux
-yeux bleus qui avait reçu ses adieux avant son
-départ pour l’armée. — L’amitié succède à
-l’amour. — Le roman de M<sup>me</sup> Michelin: perfidie
-<span class="pagenum" id="Page_354">[p. 354]</span>
-et cruautés de Fronsac. — Mort du duc de Richelieu:
-un beau geste de son héritier. — Les dernières
-heures de M<sup>me</sup> Michelin.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_19">19</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE IV</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Richelieu sous la Régence. — Mort de sa femme
-qui le laisse tout consolé. — Premier conflit de
-Richelieu avec le duc d’Orléans: duel manqué. — Duel
-autrement sérieux avec Gacé. — Les deux
-adversaires à la Bastille: cinq mois de détention. — Amours
-princières de Richelieu: les escapades
-d’une arrière-petite-fille du Grand Condé. — Colère
-du duc de Bourbon. — Richelieu chansonné.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_27">27</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE V</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Visées amoureuses de Richelieu. — M<sup>lle</sup> de Valois,
-fille du Régent. — A la table de jeu. — Travestissements
-de Richelieu pour pénétrer chez M<sup>lle</sup> de
-Valois. — La porte secrète et l’armoire aux confitures. — Ce
-que pense la grand-mère, duchesse
-douairière d’Orléans, de la «coqueluche» de la
-Cour. — Une aventure galante de Richelieu. — Le
-«petit crapaud».</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_36">36</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE VI</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">La Conspiration de Cellamare. — Malgré ses dénégations,
-Richelieu avait pactisé avec l’Espagne. — Son
-arrestation tardive et mouvementée. — Il
-est enfermé pour la troisième fois à la Bastille. — Rigueur,
-dans le début, de son incarcération. — Animosité
-de la Palatine contre «le gnome». — Intervention
-des deux princesses en faveur de
-Richelieu qui obtient de notables adoucissements. — Le
-duo d’<i>Iphigénie</i>. — Véhémente indignation
-de la Palatine contre sa petite-fille. — A
-quel prix celle-ci obtient la grâce et la liberté de
-Richelieu. — La duchesse de Modène.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_44">44</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE VII</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Exil de Richelieu dans son château du Poitou. — Son
-séjour passager à Conflans et à Saint-Germain:
-<span class="pagenum" id="Page_355">[p. 355]</span>
-diversions parisiennes. — Sa retraite à Richelieu
-lui permettra de rétablir ses affaires. — Il y donne
-l’hospitalité à Voltaire. — Il obtient la grâce de
-revenir à Paris, puis à la Cour. — Faux bruit de
-son mariage avec M<sup>lle</sup> de Charolais. — Son prétendu
-voyage, en colporteur, à la Cour de Modène. — Galerie
-monastique de Richelieu. — Il succède,
-comme académicien, au marquis de Dangeau;
-son discours; incidents de sa réception.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_65">65</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE VIII</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Nouvelles aventures de Richelieu. — M<sup>me</sup> de Villeroy
-et M<sup>me</sup> d’Alincourt. — Comment Richelieu
-se venge du Régent. — Duel avec le duc de Bourbon. — Une
-légende dorée. — M<sup>lle</sup> de Maupin n’a
-pu être la maîtresse de Richelieu. — Le duel de
-MM<sup>mes</sup> de Nesle et de Polignac. — Amitié de
-Richelieu pour le duc de Melun.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_79">79</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE IX</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Le duc de Richelieu prend séance, comme pair, au Parlement. — Le
-duc de Bourbon l’envoie en ambassade
-à Vienne. — Fanfarinet: couplets satiriques. — Instructions
-du gouvernement français au
-nouveau diplomate. — Richelieu doit miner
-l’influence espagnole à Vienne. — Prompt départ
-de l’aventurier Ripperda. — Embarras financiers
-de Richelieu: son «entrée» à Vienne. — Son
-activité: ses succès plus ou moins discutés en
-matière de diplomatie galante.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_88">88</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE X</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Prédilection de Richelieu pour la cabale et les opérations
-magiques. — Affaire de satanisme à Vienne:
-ses différentes versions. — Richelieu obtient
-le chapeau de Cardinal pour Fleury. — Succès de sa
-mission diplomatique. — Son retour en France. — Nouvelles
-imprudences sur le terrain de la galanterie. — Il
-est plus circonspect en politique:
-la conjuration des Marmousets. — Richelieu
-conquiert de nouveaux grades dans l’armée
-et «commande pour le roi» en Languedoc.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_100">100</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2"><span class="pagenum" id="Page_356">[p. 356]</span>
- CHAPITRE XI</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Le second mariage de Richelieu. — Voltaire l’a mené
-comme une «comédie». — Richelieu retourne à
-l’armée: son duel avec le prince de Lixin. — Sa
-femme, la princesse de Guise, est une nature
-d’élite. — Comme elle seconde son mari aux
-États de Languedoc. — Une anecdote du marquis
-de Valfons. — Richelieu fidèle pendant six mois. — L’intrigue
-avec M<sup>me</sup> de la Martellière. — Les
-cabinets particuliers de la Galerie des Tuileries. — Amour
-passionné de la duchesse pour son
-mari. — Ses derniers moments.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_112">112</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XII</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Le deuil de Richelieu. — Son séjour dans le Languedoc
-en 1741. — Petite malice d’un vieux chanoine. — Esprit
-de tolérance de Richelieu. — Son autorité
-en matière d’étiquette. — Il est processif,
-autant par nécessité que par amour de la chicane. — Ses
-revendications contre les propriétaires du
-Palais Royal. — L’histoire d’un pamphlet. — Richelieu
-perd son procès.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_123">123</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XIII</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">La galanterie sert la politique de Richelieu. — L’amitié
-qui la favorise. — M<sup>me</sup> du Châtelet lui
-assure le concours de Voltaire. — Une autre amie,
-M<sup>me</sup> de Tencin, donne à Richelieu la clef des intrigues
-ministérielles. — Rupture de Louis&nbsp;XV et
-de la Reine exploitée par les partis. — Richelieu
-ne fut pas, à l’origine, le «corrupteur» du roi. — Sa
-perversité fut devancée par celle de Bachelier,
-un des premiers valets de chambre.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_131">131</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XIV</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Richelieu devient le grand favori du roi. — Ses
-impressions sur la mentalité de Louis&nbsp;XV. — Les
-demoiselles de Nesle. — Richelieu intrigue
-pour la Marquise de la Tournelle. — Ses intelligences
-<span class="pagenum" id="Page_357">[p. 357]</span>
-avec M<sup>me</sup> de Tencin, pendant qu’il est à
-l’armée de Flandre. — Loin de Versailles, il
-travaille à la «quitterie» de M<sup>me</sup> de Mailly. — Il
-reparaît à la Cour. — Le précepteur du roi
-et le professeur «di piazza». — Fin d’une longue
-résistance. — La «dormeuse» de M. de Richelieu.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_141">141</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XV</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlk"><div class="hang">Année 1743: nouvelle correspondance chiffrée de
-M<sup>me</sup> de Tencin, pendant le séjour de Richelieu en
-Languedoc. — Campagne contre Maurepas. — Le
-désastre de Dettingen; belle conduite et
-mot... malheureux de Richelieu. — M<sup>me</sup> de la
-Tournelle est nommée duchesse de Châteauroux
-et Richelieu, premier gentilhomme de la Chambre.</div>
-
-<div class="hang" style="margin-top: 0.5em;">Année 1744: projet, avorté, d’une descente sur les
-côtes anglaises. — Dépit et récriminations de
-Richelieu. — Son activité comme premier gentilhomme
-de la Chambre. — Projets de fêtes
-pour le premier mariage du Dauphin. — La
-<i>Princesse de Navarre</i>: patience de Voltaire et
-méchante humeur de Rameau. — Diplomatie
-mystérieuse de Frédéric II. — Conseil de nuit
-à Choisy. — Départ de Louis&nbsp;XV pour l’armée.</div></td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_158">158</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XVI</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">M<sup>me</sup> de Tencin continue sa correspondance. — Richelieu
-lui préfère encore la présence de M<sup>me</sup> de Châteauroux
-auprès du roi. — Dangers de cette
-manœuvre. — La maladie de Louis&nbsp;XV à Metz. — Les
-médecins perdent la tête. — Richelieu et
-les duchesses chambrent le roi. — Les terreurs
-de Louis&nbsp;XV. — Disgrâce de M<sup>me</sup> de Châteauroux. — Épigrammes
-et satires. — Le roi guérit
-et charge Richelieu de négocier le retour de la
-favorite. — Un rendez-vous et une liste de proscription. — Maurepas
-échappe à la vengeance de
-la duchesse, mais doit s’humilier devant elle. — Mort
-foudroyante de M<sup>me</sup> de Châteauroux. — Douleur
-du roi.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_178">178</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2"><span class="pagenum" id="Page_358">[p. 358]</span>
- CHAPITRE XVII</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Richelieu ne se laisse pas abattre par la mort de M<sup>me</sup>
-de Châteauroux. — Comment il organise les fêtes
-du premier mariage du Dauphin. — Futilités de
-l’étiquette. — L’abbesse du Trésor. — Préparatifs
-de départ pour l’armée: l’incident Champenois. — D’après
-plusieurs historiens, Richelieu serait
-le véritable vainqueur de Fontenoy: une pièce
-aux Archives de la Guerre. — Conflit avec la
-Reine: toujours la question d’étiquette. — Disgrâce
-du Théâtre de la Foire. — Échange de
-mauvais procédés entre Richelieu et le Maréchal
-de Saxe pour la Comédie en Flandre.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_195">195</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XVIII</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Ce que pensait Richelieu de M<sup>me</sup> de Pompadour et
-ce que lui demandait Voltaire. — L’expédition de
-Dunkerque; nouveaux déboires et nouvelles chansons. — Richelieu
-ne répond pas aux avances de
-M<sup>me</sup> de Pompadour. — Il est nommé ambassadeur
-matrimonial auprès du roi de Pologne. — Cette
-mission inquiète la Cour de Saxe. — Désappointement
-de Frédéric II. — Le Maréchal de
-Saxe est le véritable négociateur. — Succès personnel
-de Richelieu. — Ses attentions délicates
-pour la future Dauphine. — Le mariage. — La
-négociation secrète avec Vienne n’aboutit pas. — Une
-«rêverie» de Maurice de Saxe.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_215">215</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XIX</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Richelieu va prendre à Gênes la succession du Maréchal
-de Boufflers. — Pronostics du Marquis D’Argenson. — Succès
-de Richelieu: il est nommé
-Maréchal de France; honneurs exceptionnels que
-lui décerne la République de Gênes. — Son retour
-triomphal à Versailles. — Sa campagne contre
-la Marquise. — Comment il traite le duc de la
-Vallière, favori de la favorite. — Formation du
-triumvirat. — Les inquiétudes de M<sup>me</sup> de Pompadour:
-un mot de Louis&nbsp;XV.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_231">231</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2"><span class="pagenum" id="Page_359">[p. 359]</span>
- CHAPITRE XX</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">L’aventure de Richelieu et de M<sup>me</sup> de la Pouplinière. — Le
-fermier général et sa femme rue Richelieu
-et à Passy. — Le Maréchal est un familier de la
-maison; il y rencontre J.-J. Rousseau qu’il traite
-de compositeur génial. — La «calote» de Roy. — Lettres
-anonymes. — La Pouplinière fait surveiller
-sa femme et la brutalise indignement. — Correspondance
-amoureuse. — Comment La Pouplinière
-découvre, avec Vaucanson, la plaque
-tournante d’une cheminée servant de communication
-aux deux amants. — Chassée par son
-mari, M<sup>me</sup> de la Pouplinière meurt d’un cancer. — Le
-jouet du jour. — Une malice de M<sup>me</sup> de Pompadour.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_240">240</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XXI</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Richelieu a trop l’amour du théâtre et la servitude
-de l’étiquette pour ne pas entrer en conflit avec
-M<sup>me</sup> de Pompadour. — Disgrâce de Maurepas; son
-quatrain; l’attitude de Richelieu. — De dépit de
-n’être pas premier ministre, Richelieu part pour
-le Languedoc. — Spectacles de la Cour pendant
-son absence. — Correspondance de Voltaire,
-autre mécontent, avec Richelieu. — Retour du
-Maréchal, plus aigri que jamais, à Versailles: ses
-propos de frondeur.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_255">255</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XXII</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Voltaire entretient une correspondance plus suivie
-avec Richelieu: comment il félicite son «héros»
-de son esprit de tolérance. — Préoccupations de
-Richelieu en matière de théâtre. — M<sup>me</sup> Favart,
-le Maréchal de Saxe et le Maréchal de Richelieu. — Conflit
-avec l’archevêque de Paris. — Richelieu
-fréquente volontiers à l’Académie. — Un incident
-de séance. — Brouille passagère du Maréchal avec
-Voltaire. — Élections académiques: nomination
-du Maréchal de Belle-Isle. — Réforme des statuts
-académiques. Intervention de Louis&nbsp;XV contre
-<span class="pagenum" id="Page_360">[p. 360]</span>
-Piron. — Difficultés de Richelieu avec l’abbé
-d’Olivet. — Roueries électorales.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_266">266</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XXIII</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Richelieu à la fois avare et prodigue. — Les affaires
-Girard et La Rivière. — Le canal Richelieu. — La
-Comédie à la Place Royale. — Comment le Maréchal
-fait connaissance de Casanova. — Courroucé,
-en apparence, contre les Réformés du Languedoc,
-il ferme les yeux sur leurs agissements. — Il est
-nommé gouverneur de la Guyenne. — Dernier
-retour agressif contre M<sup>me</sup> de Pompadour; la jolie
-M<sup>lle</sup> Hélie et la petite Murphy. — Un projet matrimonial
-de la Marquise.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_277">277</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XXIV</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">L’alliance de l’Autriche et de la France. — Débuts
-de la Guerre de Sept ans; la Prusse alliée de l’Angleterre. — Mariage
-de Septimanie, fille de Richelieu,
-avec le comte d’Egmont. — Départ du Maréchal
-pour Minorque: prise de Citadella; travaux
-de siège; vaillance du soldat français. — Prise de
-Port-Mahon. — Enthousiasme de M<sup>me</sup> de Pompadour
-pour «le Minorquin». — Vaine intervention
-de Voltaire et de Richelieu pour l’amiral Byng. — Malveillance
-du comte d’Argenson. — Le
-retour, acclamé, de Richelieu. — Les figues de
-Minorque.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_291">291</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XXV</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Une déconvenue de Richelieu. — L’attentat de
-Damiens: c’est le Maréchal qui fait arrêter l’assassin. — Démarche
-adroite de Richelieu auprès de
-M<sup>me</sup> de Pompadour. — Son intervention, inutile,
-mais désirée par le roi, auprès de l’archevêque de
-Paris. — Réconciliation publique de la Marquise
-avec Richelieu. — Elle vaut au Maréchal de remplacer,
-à l’armée de Westphalie, le comte d’Estrées,
-le vainqueur d’Hastembeck.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_304">304</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2"><span class="pagenum" id="Page_361">[p. 361]</span>
- CHAPITRE XXVI</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Campagne de Hanovre. — Instructions données au
-Maréchal de Richelieu. — Sa marche foudroyante. — La
-Convention de Closter-Seven. — L’imprudence
-du vainqueur. — Appréhensions de Frédéric
-II. — Désaccord de Bernis avec Richelieu:
-tergiversations de la Cour de Versailles et mauvaise
-foi du Cabinet de Saint-James. — Sommations
-tardives et impuissantes du Maréchal aux
-chefs de l’armée vaincue. — Conséquences du
-désastre de Rosbach. — Entrée en campagne de
-Ferdinand de Brunswick. — Comment Richelieu
-le contient. — Il demande son rappel: le comte
-de Clermont le remplace.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_314">314</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdch" colspan="2">CHAPITRE XXVII</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlh">Préventions de Bernis contre le Maréchal. — Encouragements
-de Stainville à Richelieu. — M<sup>me</sup> de
-Pompadour reprend la lutte. — Le petit père
-<i>La Maraude</i>. — Retour de Richelieu à la Cour. — Ses
-entrevues avec le Maréchal de Belle-Isle et
-Bernis. — Richelieu fut coupable d’exactions,
-mais il ne fut jamais un traître. — Romans prussiens. — Richelieu
-renonce à la vie militaire et
-part pour son gouvernement de Guyenne. — Son
-entrée triomphale à Bordeaux.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_333">333</a></td>
-</tr>
-</table>
-
-</div>
-
-<div class="chptr" id="Page_363">
-
-<h2 id="ndx">INDEX ALPHABÉTIQUE DES&nbsp;NOMS&nbsp;CITÉS</h2>
-
-<p class="csm">Les chiffres indiquent les pages; ceux précédés d’un
-astérisque indiquent les notes. Les noms en italiques désignent
-les noms de lieux et d’ouvrages.</p>
-
-<p class="csm">Le nom du Maréchal, comme duc de Fronsac ou duc
-de Richelieu, revenant presque à chaque page, nous
-n’avons pas cru devoir l’insérer dans cet Index. De même,
-pour ne pas surcharger une Table, déjà très longue, nous
-en avons écarté des noms tels que Paris, France, Europe, etc.</p>
-
-<hr />
-
-<p class="cent"><a href="#let_a">A</a>&nbsp; <a href="#let_b">B</a>&nbsp;
- <a href="#let_c">C</a>&nbsp; <a href="#let_d">D</a>&nbsp; <a href="#let_e">E</a>&nbsp;
- <a href="#let_f">F</a>&nbsp; <a href="#let_g">G</a>&nbsp; <a href="#let_h">H</a>&nbsp;
- <a href="#let_i">I</a>&nbsp; <a href="#let_j">J</a>&nbsp; <a href="#let_k">K</a>&nbsp;
- <a href="#let_l">L</a>&nbsp; <a href="#let_m">M</a>&nbsp; <a href="#let_n">N</a>&nbsp;
- <a href="#let_o">O</a>&nbsp; <a href="#let_p">P</a>&nbsp; <a href="#let_q">Q</a>&nbsp;
- <a href="#let_r">R</a>&nbsp; <a href="#let_s">S</a>&nbsp; <a href="#let_t">T</a>&nbsp;
- <a href="#let_u">U</a>&nbsp; <a href="#let_v">V</a>&nbsp; <a href="#let_w">W</a>&nbsp;
- <span style="color: #eee;">X</span>&nbsp; <a href="#let_y">Y</a>&nbsp; <a href="#let_z">Z</a></p>
-
-<hr />
-
-<h3 id="let_a">A</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><i>Abbaye au Bois</i> (L’), <a href="#Page_201">201</a>.</li>
-
-<li><i>Abonnés de l’Opéra</i> (Les), par <span class="smcap">Boysse</span>, <a href="#Page_85">85</a>.</li>
-
-<li><i>Académie des Sciences</i> (L’), <a href="#Page_108">108</a>.</li>
-
-<li><i>Académie française</i> (L’), <a href="#Page_76">76-78</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_136">136</a>,
- <a href="#Footnote_243">*159</a>, <a href="#Page_221">221</a>, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_271">271-276</a>,
- <a href="#Page_348">348</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Achille</span>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_218">218</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Acigné</span> (M<sup>lle</sup> d’), tante de Richelieu, <a href="#Page_127">127</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Agénois</span> (Armand <span class="smcap">Vignerot Du Plessis Richelieu</span>, Duc d’),
- puis Duc d’<span class="smcap">Aiguillon</span>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_339">339</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Aguesseau</span> (Henri d’), Chancelier de France, Garde des sceaux, <a href="#Page_238">238</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Aiguillon</span> (Duchesse douairière d’), née <span class="smcap">Crussol</span>, <a href="#Page_294">294</a>,
- <a href="#Page_348">348</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Aiguillon</span> (Famille <span class="smcap">Du Plessis Vignerot</span> d’), <a href="#Footnote_117">*68</a>.</li>
-
-<li><i>Aire</i> (Ile d’), <a href="#Page_298">298</a>.</li>
-
-<li><i>Aix</i> (Ville d’), <a href="#Page_280">280</a>.</li>
-
-<li><i>Aix-la-Chapelle</i> (Traité d’), <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Footnote_408">*264</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Albaret</span> (Comte d’), <a href="#Page_297">297</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Alberoni</span> (Le Cardinal Jules), <a href="#Page_44">44-47</a>, <a href="#Footnote_77">*47</a>,
- <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_55">55</a>, <a href="#Page_90">90</a>,
- <a href="#Page_91">91</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Alembert</span> (Jean <span class="smcap">Le Rond</span> d’), de l’Académie française, <a href="#Page_147">147</a>.</li>
-
-<li><i>Alençon</i> (Ville d’), <a href="#Page_280">280</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Alincourt</span> (François-Camille de <span class="smcap">Neuville</span>, Marquis, puis Duc d’), <a href="#Page_86">86</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Alincourt</span> (Marquise d’), née de <span class="smcap">Boufflers</span>, <a href="#Page_79">79-81</a>.</li>
-
-<li><i>Allemagne</i> (L’) et <i>Allemands</i> (Les), <a href="#Footnote_216">*141</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_230">230</a>,
- <a href="#Footnote_452">*292</a>, <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Footnote_500">*313</a>, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_334">334</a>.</li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_364">[p. 364]</span></li>
-
-<li><i>Allemagne</i> (Campagne d’), <a href="#Footnote_502">*316</a>.</li>
-
-<li><i>Alsace</i> (Province d’), <a href="#Page_95">95</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_182">182</a>,
- <a href="#Footnote_283">*187</a>, <a href="#Page_316">316</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Amelot de Chaillou</span> (Jean-Joseph), Secrétaire d’État aux Affaires étrangères, <a href="#Page_160">160</a>,
- <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_273">273</a>.</li>
-
-<li><i>Amours de Zéokinisul</i> (Les), roman, par <span class="smcap">Crébillon</span> fils, <a href="#Footnote_282">*186</a>.</li>
-
-<li><i>Ancêtres du nouveau roi d’Albanie</i> (Les), par <span class="smcap">Palluat de Besset</span>, <a href="#Footnote_549">*343</a>,
- <a href="#Footnote_552">*344</a>.</li>
-
-<li><i>Anecdotes</i> d’<span class="smcap">Hemery</span>, <a href="#Footnote_162">*102</a>.</li>
-
-<li><i>Anecdotes sur le Maréchal de Richelieu</i>, par <span class="smcap">Rulhière</span> (édition <span class="smcap">Asse</span>),
- <a href="#Footnote_33">*8</a>, <a href="#Footnote_62">*32</a>, <a href="#Footnote_69">*39</a>, <a href="#Page_48">48</a>,
- <a href="#Footnote_106">*60</a>, <a href="#Footnote_108">*62</a>, <a href="#Footnote_138">*81</a>, <a href="#Footnote_139">*82</a>.</li>
-
-<li><i>Angleterre</i> (Royaume d’) et <i>Anglais</i> (Les), <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_160">160</a>,
- <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_167">167</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_204">204</a>,
- <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_219">219</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_293">293</a>,
- <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_320">320</a>,
- <a href="#Page_327">327-329</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_343">343</a>.</li>
-
-<li><i>Annales politiques</i> (Les), par <span class="smcap">Linguet</span>, <a href="#Footnote_314">*204</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Anne d’Autriche</span>, Reine de France, <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Anterroche</span> ou <span class="smcap">Auteroche</span> (Comte d’), Lieutenant de grenadiers,
- <a href="#Page_204">204</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Antin</span> (Louis-Antoine de <span class="smcap">Pardaillan</span> de <span class="smcap">Gondrin</span>, Duc d’),
- <a href="#Page_203">203</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Anselme</span> (Le père), généalogiste, <a href="#Page_1">1</a>, <a href="#Footnote_22">*2</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Anspach</span> (Charles-Frédéric, Margrave d’), neveu de Frédéric II, <a href="#Page_342">342</a>,
- <a href="#Page_344">344</a>.</li>
-
-<li>Antoinette d’<span class="smcap">Espagne</span> (L’Infante), <a href="#Page_260">260</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Apraxin</span> (Le Général Comte Fœdorovitch), <a href="#Page_322">322</a>.</li>
-
-<li><i>Archives de la Guerre</i>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Footnote_318">*206</a>.</li>
-
-<li><i>Archives des Affaires étrangères</i>, <a href="#Page_XIV"><em>XIV</em></a>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Footnote_270">*174</a>, <a href="#Footnote_459">*296</a>,
- <a href="#Footnote_549">*342</a>.</li>
-
-<li><i>Archives municipales d’Agen</i>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Footnote_18">*<em>XXV</em></a>.</li>
-
-<li><i>Archives Nationales</i>, <a href="#Footnote_117">*67</a>.</li>
-
-<li><i>Archives ou Papiers de la Bastille</i> (Bibliothèque de l’Arsenal), <a href="#Footnote_23">*2</a>,
- <a href="#Footnote_36">*9</a>, <a href="#Footnote_37">*10</a>, <a href="#Footnote_40">*11</a>,
- <a href="#Footnote_42">*13</a>, <a href="#Footnote_43">*14</a>, <a href="#Footnote_45">*17</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>,
- <a href="#Footnote_156">*95</a>, <a href="#Footnote_157">*96</a>, <a href="#Footnote_161">*101</a>, <a href="#Footnote_169">*106</a>,
- <a href="#Footnote_177">*113</a>, <a href="#Footnote_202">*129</a>, <a href="#Footnote_266">*172</a>, <a href="#Footnote_311">*202</a>,
- <a href="#Footnote_328">*214</a>, <a href="#Footnote_393">*253</a>, <a href="#Footnote_429">*278</a>, <a href="#Footnote_430">*279</a>,
- <a href="#Footnote_433">*280</a>, <a href="#Footnote_436">*282</a>, <a href="#Footnote_496">*311</a>.</li>
-
-<li><i>Archives Wallonnes</i>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Footnote_441">*284</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Arétin</span> (L’), <a href="#Page_138">138</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Argens</span> (Jean-Baptiste <span class="smcap">Boyer</span>, Marquis d’), <a href="#Page_225">225</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Argenson</span> (Marc-René <span class="smcap">Voyer</span> d’), Lieutenant-général de police, puis Garde des Sceaux,
- <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Footnote_77">*47</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_56">56</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Argenson</span> (Marc-Pierre, Comte d’), Lieutenant-général de police, puis Ministre de la Guerre,
- <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_163">163</a>,
- <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Footnote_269">*173</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_195">195</a>,
- <a href="#Footnote_296">*195</a>, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_214">214</a>,
- <a href="#Page_218">218</a>, <a href="#Page_224">224</a>, <a href="#Page_231">231</a>, <a href="#Page_233">233</a>,
- <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Footnote_401">*258</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_291">291</a>,
- <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_301">301-303</a>, <a href="#Page_306">306</a>,
- <a href="#Footnote_486">*307</a>, <a href="#Footnote_489">*309</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Argenson</span> (René-Louis, Marquis d’), Ministre des Affaires étrangères, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, <a href="#Footnote_77">*47</a>,
- <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_151">151</a>,
- <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_205">205</a>,
- <a href="#Footnote_317">*205</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_220">220</a>, <a href="#Footnote_341">*220</a>,
- <a href="#Page_224">224</a>, <a href="#Page_228">228-232</a>, <a href="#Footnote_351">*232</a>, <a href="#Page_234">234</a>,
- <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Footnote_397">*256</a>,
- <a href="#Page_258">258</a>, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_277">277</a>,
- <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_288">288</a>, <a href="#Footnote_559">*349</a>,
- <a href="#Page_350">350</a>.</li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_365">[p. 365]</span></li>
-
-<li><span class="smcap">Armaillé</span> (Comtesse d’), <a href="#Page_123">123</a>.</li>
-
-<li><i>Arnouville</i> (Village d’), <a href="#Page_306">306</a>.</li>
-
-<li><i>Arsenal</i> (Bibliothèque de l’), <a href="#Footnote_502">*316</a>.</li>
-
-<li><i>Arsenal</i> (Jardin de l’), <a href="#Page_16">16</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Auguste III</span>, Électeur de Saxe et Roi de Pologne, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_222">222-224</a>,
- <a href="#Page_227">227</a>, <a href="#Page_228">228</a>, <a href="#Page_279">279</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Aumont</span> (Louis, Marquis de <span class="smcap">Villequier</span>, puis Duc d’), <a href="#Page_22">22</a>.</li>
-
-<li><i>Auteuil</i> (Village d’), <a href="#Page_81">81</a>.</li>
-
-<li><i>Autriche</i> (Empire d’), <a href="#Footnote_110">*63</a>, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_94">94</a>,
- <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>, <a href="#Footnote_310">*202</a>,
- <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Footnote_549">*343</a>, <a href="#Page_346">346</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Averne</span> (M<sup>me</sup> d’), née de <span class="smcap">Brégy</span>, <a href="#Page_82">82</a>,
- <a href="#Footnote_139">*82</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Ayen</span> (Louis de <span class="smcap">Noailles</span>, Duc d’), capitaine des Gardes, <a href="#Page_180">180</a>,
- <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_288">288</a>,
- <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_330">330</a>.</li>
-
-<li><i>Azamuth</i>, pseudonyme de Richelieu, <a href="#Page_172">172</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_b">B</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><span class="smcap">Bachaumont</span> (<span class="smcap">Louis Petit</span> de), littérateur, <a href="#Footnote_380">*245</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bachelier</span>, premier valet de chambre de Louis&nbsp;XV, <a href="#Footnote_195">*126</a>, <a href="#Page_131">131</a>,
- <a href="#Page_139">139</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bacquencourt</span> (<span class="smcap">Dupleix</span> de), directeur de la Compagnie des Indes,
- <a href="#Page_264">264</a>.</li>
-
-<li><i>Bajazet</i>, tragédie de Racine, <a href="#Page_188">188</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Balbi</span> (Colonel), <a href="#Page_344">344</a>, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Footnote_553">*345</a>.</li>
-
-<li><i>Bâle</i> (Ville de), <a href="#Page_188">188</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Balleroy</span> (Jacques-Claude-Augustin, Marquis de <span class="smcap">La Cour</span>), <a href="#Page_192">192</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Balleroy</span> (Marquise de <span class="smcap">La Cour</span>), <a href="#Page_53">53</a>,
- <a href="#Footnote_112">*64</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Balot</span>, Avocat au Parlement, <a href="#Page_250">250</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Barbut de Maussat</span>, chambellan du Margrave d’Anspach, <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_344">344</a>,
- <a href="#Page_345">345</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Barère</span>, chirurgien, <a href="#Page_14">14-16</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Barjac</span>, valet de chambre du Cardinal Fleury, <a href="#Footnote_195">*126</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Barrière</span>, littérateur, <a href="#Footnote_9">*<em>XVIII</em></a>, <a href="#Page_XIX"><em>XIX</em></a>,
- <a href="#Footnote_10">*<em>XIX</em></a>.</li>
-
-<li><i>Bastille</i> (Château de la), <a href="#Page_1">1-3</a>, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_16">16-18</a>,
- <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_30">30-32</a>, <a href="#Footnote_61">*32</a>, <a href="#Page_35">35</a>,
- <a href="#Page_40">40</a>, <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_50">50-56</a>, <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>,
- <a href="#Page_63">63</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_122">122</a>,
- <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Footnote_433">*280</a>, <a href="#Page_342">342</a>,
- <a href="#Page_344">344</a>, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Footnote_553">*345</a>, <a href="#Page_346">346</a>,
- <a href="#Footnote_555">*346</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bathiany</span> (Comtesse), <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Page_98">98</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Baudouin</span>, peintre, <a href="#Page_272">272</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bavière</span> (Chevalier de), <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_56">56</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bavière</span> (Électeur de), Empereur d’Allemagne, <a href="#Footnote_216">*143</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bayard</span>, auteur dramatique, <a href="#Page_XXIV"><em>XXIV</em></a>, <a href="#Footnote_15">*<em>XXIV</em></a>.</li>
-
-<li><i>Bayonne</i> (Ville de), <a href="#Footnote_78">*47</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_58">58</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bayreuth</span> (La Margrave de), sœur de Frédéric II, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_342">342</a>,
- <a href="#Page_343">343</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Beaulieu</span> (Bombarde de), Conseiller au grand Conseil, <a href="#Footnote_433">*280</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Beaumarchais</span> (Caron de), auteur dramatique, <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>, <a href="#Page_7">7</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Beaumont</span> (Christophe de), archevêque de Vienne, puis de Paris, <a href="#Page_221">221</a>,
- <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Footnote_414">*271</a>, <a href="#Page_305">305</a>,
- <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_309">309</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Beauvau</span> (Charles-Just, Maréchal de France, Prince de), <a href="#Page_297">297</a>,
- <a href="#Footnote_500">*313</a>, <a href="#Page_340">340</a>.</li>
-
-<li><i>Belgique</i> (Province de), <a href="#Page_230">230</a>.</li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_366">[p. 366]</span></li>
-
-<li><span class="smcap">Bellefonds</span> (Marquise de), <a href="#Page_215">215</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Belle-Isle</span> (Charles <span class="smcap">Fouquet</span>, Maréchal de France, Comte, puis Duc de),
- <a href="#Footnote_216">*141</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_258">258</a>, <a href="#Page_266">266</a>,
- <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Footnote_498">*312</a>,
- <a href="#Footnote_500">*313</a>, <a href="#Footnote_527">*329</a>, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_339">339</a>,
- <a href="#Page_343">343</a>.</li>
-
-<li><i>Bérénice</i>, tragédie de Racine, <a href="#Page_188">188</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Berger</span>, <a href="#Footnote_382">*247</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Berger</span>, directeur de l’Opéra, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Page_212">212</a>.</li>
-
-<li><i>Berg-op-Zoom</i> (Siège de), <a href="#Page_265">265</a>.</li>
-
-<li><i>Berlin</i> (Ville de), <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Footnote_551">*344</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bernage de Saint-Maurice</span>, intendant du Languedoc, puis prévôt des marchands à Paris, <a href="#Page_165">165</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bernard</span> (Samuel), banquier, <a href="#Page_240">240</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bernaville</span> (de), Gouverneur de la Bastille, <a href="#Page_10">10-17</a>, <a href="#Page_31">31</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bernières</span> (Présidente de), née de <span class="smcap">Faulcon de Ris</span>, <a href="#Footnote_147">*87</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bernis</span> (Abbé, puis Cardinal de), <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Footnote_451">*291</a>,
- <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Footnote_459">*296</a>, <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_303">303-305</a>,
- <a href="#Footnote_483">*305</a>, <a href="#Footnote_498">*312</a>, <ins title="Référence douteuse"><a href="#Page_314">*314</a></ins>,
- <a href="#Footnote_504">*318</a>, <a href="#Footnote_506">*319</a>, <a href="#Footnote_508">*320</a>, <a href="#Page_321">321</a>,
- <a href="#Page_322">322</a>, <a href="#Footnote_511">*322</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Footnote_512">*323</a>,
- <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Footnote_515">*325</a>, <a href="#Page_326">326-328</a>,
- <a href="#Footnote_525">*329</a>, <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_333">333</a>,
- <a href="#Footnote_531">*334</a>, <a href="#Page_336">336</a>, <a href="#Footnote_537">*336</a>, <a href="#Page_338">338-342</a>,
- <a href="#Footnote_549">*342</a>, <a href="#Footnote_549">*343</a>, <a href="#Page_344">344</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Berry</span> (Charles, Duc de), petit-fils de Louis&nbsp;XIV, <a href="#Page_32">32</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Berry</span> (Marie-Louise-Élisabeth d’<span class="smcap">Orléans</span>, Duchesse de), <a href="#Page_50">50</a>,
- <a href="#Footnote_81">*50</a>, <a href="#Footnote_137">*80</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Footnote_140">*82</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Berryer</span>, lieutenant-général de police, <a href="#Page_279">279</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Berwick</span> (Jacques <span class="smcap">Fitz-James</span>, Maréchal de France, Duc de), <a href="#Footnote_78">*47</a>,
- <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_114">114</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Besenval</span> (Baron de), <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Footnote_108">*62</a>.</li>
-
-<li><i>Bibliothèque de la Ville de Paris</i>, <a href="#Footnote_187">*120</a>, <a href="#Footnote_201">*128</a>, <a href="#Page_242">242</a>.</li>
-
-<li><i>Bibliothèque Nationale</i> (Département des Manuscrits), <a href="#Footnote_380">*245</a>, <a href="#Footnote_433">*280</a>.</li>
-
-<li><i>Bijoux indiscrets</i> (Les), roman de <span class="smcap">Diderot</span>, <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>.</li>
-
-<li><i>Biographie Universelle de</i> <span class="smcap">Michaud</span>, <a href="#Footnote_149">*89</a>, <a href="#Footnote_194">*124</a>,
- <a href="#Footnote_296">*195</a>, <a href="#Footnote_318">*206</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Biron</span> (Charles de <span class="smcap">Gontaut</span>, Maréchal de France, Duc de), <a href="#Page_53">53</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Biron</span> (Marquis de), premier écuyer du Régent, <a href="#Page_54">54</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Biron</span> (Louis-Antoine de <span class="smcap">Gontaut</span>, Maréchal de France, Duc de),
- <a href="#Footnote_319">*207</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bittard des Portes</span>, historien, <a href="#Footnote_318">*206</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Blackney</span> (Sir), Gouverneur de Minorque, <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_299">299</a>,
- <a href="#Page_301">301</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Blamont</span> (de), Surintendant de la Musique, <a href="#Page_236">236</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Blanchard</span> (Abbé), <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_209">209</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Boislisle</span> (A. de), Membre de l’Institut, <a href="#Page_XXVII"><em>XXVII</em></a>, <a href="#Page_XXVIII"><em>XXVIII</em></a>, <a href="#Page_7">7</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Boislisle</span> (Jean de), <a href="#Page_XXVIII"><em>XXVIII</em></a>, <a href="#Footnote_25">*5</a>.</li>
-
-<li><i>Bohême</i> (Royaume de), <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Footnote_278">*182</a>, <a href="#Footnote_283">*187</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Boismorand</span> (Abbé de), <a href="#Page_129">129</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bonneval</span> (De), Intendant des Menus, <a href="#Page_234">234</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bontemps</span>, Gouverneur des Tuileries, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_126">126</a>.</li>
-
-<li><i>Bordeaux</i> (Ville de), <ins title="sans doute 115"><a href="#Footnote_183">*111</a></ins>, <a href="#Page_333">333</a>,
- <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_349">349</a>.</li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_367">[p. 367]</span></li>
-
-<li><span class="smcap">Boufflers</span> (Marie-Françoise de <span class="smcap">Beauvau-Craon</span>, Marquise de), <a href="#Page_263">263</a>,
- <a href="#Page_273">273</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Boufflers</span> (Joseph-Marie, Maréchal de France, Duc de), <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_231">231</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bougainville</span> (Jean-Pierre de), littérateur, <a href="#Page_276">276</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bouhier</span> (Le Président), de l’Académie française, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_221">221</a>.</li>
-
-<li><i>Boulogne</i> (Bois de), <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>.</li>
-
-<li><i>Boulogne</i> (Expédition de), <a href="#Page_167">167</a>, <a href="#Page_218">218</a>, <a href="#Page_219">219</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bourbon</span> (Louis-Henri, Duc de), dit Monsieur le Duc, principal Ministre, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Page_27">27</a>,
- <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_43">43</a>,
- <a href="#Page_48">48</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Footnote_126">*72</a>, <a href="#Page_79">79</a>,
- <a href="#Page_82">82-84</a>, <a href="#Page_89">89</a>, <a href="#Page_90">90</a>, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Footnote_155">*94</a>,
- <a href="#Page_142">142</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bourbon</span> (Duchesse douairière de), dite Madame la Duchesse, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_33">33</a>,
- <a href="#Footnote_63">*33</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bourbon</span> (Anne de <span class="smcap">Bavière</span>, première douairière de), dite Madame la Princesse,
- <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Footnote_80">*49</a>, <a href="#Page_71">71</a>.</li>
-
-<li><i>Bourbon</i> (Maison de), <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Footnote_126">*72</a>, <a href="#Page_105">105</a>,
- <a href="#Footnote_168">*105</a>, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_176">176</a>,
- <a href="#Footnote_452">*291</a>, <a href="#Page_303">303</a>.</li>
-
-<li><i>Bourges</i> (Ville de), <a href="#Page_258">258</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bourgogne</span> (Louis, Duc de), petit-fils de Louis&nbsp;XV et frère aîné de Louis&nbsp;XVI, <a href="#Footnote_410">*265</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bourgogne</span> (Adélaïde de <span class="smcap">Savoie</span>, Duchesse de), <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>, <a href="#Page_1">1</a>,
- <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_5">5-7</a>, <a href="#Footnote_32">*7</a>, <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_25">25</a>,
- <a href="#Page_55">55</a>.</li>
-
-<li><i>Bourgogne</i> (Province de), <a href="#Page_91">91</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Boyer</span>, ancien évêque de Mirepoix, <a href="#Page_201">201</a>, <a href="#Page_262">262</a>,
- <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_275">275</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Boysse</span>, littérateur, <a href="#Page_85">85</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Boze</span> (Claude <span class="smcap">Gros</span> de), antiquaire, de l’Académie française, <a href="#Page_276">276</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Brancas</span> (Louis-Antoine, Duc de), <a href="#Page_89">89</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Brancas</span> (Duchesse de), <a href="#Page_138">138</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Brancas</span> (Marie-Angélique <span class="smcap">Frémyn de Moras</span>, Duchesse de), <a href="#Page_145">145</a>,
- <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_201">201</a>, <a href="#Page_281">281</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bréhan</span> (Comte de), <a href="#Footnote_498">*312</a>.</li>
-
-<li><i>Bremen</i> (Brême), <a href="#Page_315">315</a>.</li>
-
-<li><i>Bretagne</i> (Commandement et lieutenance-générale de), <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Footnote_447">*287</a>.</li>
-
-<li><i>Breuilpont</i> (Château de), <a href="#Footnote_380">*245</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Brinvilliers</span> (Marquise de), <a href="#Page_194">194</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Briséis</span>, <a href="#Page_217">217</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Brissac</span> (Charles-Timoléon-Louis, Duc de <span class="smcap">Cossé</span>-), <a href="#Page_6">6</a>,
- <a href="#Page_7">7</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Broglie</span> (Charles-Maurice, Abbé de), <a href="#Page_146">146</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Broglie</span> (Albert, Duc de), <a href="#Page_XXVIII"><em>XXVIII</em></a>, <a href="#Page_229">229</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Broglie</span> (François-Marie, Maréchal de France, Duc de), <a href="#Footnote_216">*141</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bruhl</span> (Comte Henri de), premier Ministre d’<span class="smcap">Auguste III</span>, Électeur de Saxe,
- <a href="#Page_222">222-224</a>, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_230">230</a>.</li>
-
-<li><i>Brunswick</i> (Armée du Duché de), <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_329">329</a>.</li>
-
-<li><i>Brunswick</i> (Capitale du Duché de), <a href="#Page_315">315</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Brunswick-Bevern</span> (Ferdinand, Duc de), <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_315">315</a>,
- <a href="#Page_330">330-332</a>, <a href="#Footnote_529">*332</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Buffon</span> (<span class="smcap">Le Clerc</span>, Comte de), naturaliste, <a href="#Page_276">276</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Buisson</span>, libraire, <a href="#Page_XVII"><em>XVII</em></a>, <a href="#Footnote_221">*145</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_368">[p. 368]</span></li>
-
-<li><i>Bulletin du bibliophile</i>, <a href="#Footnote_165">*103</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Bury</span> (de), surintendant de la musique, <a href="#Page_236">236</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Buvat</span>, copiste, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_45">45</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Byng</span> (Georges), Amiral anglais, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_298">298</a>,
- <a href="#Page_301">301</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_c">C</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><i>Campagne de Minorque</i> (La), par Raoul de <span class="smcap">Cisternes</span>, <a href="#Footnote_462">*296</a>,
- <a href="#Footnote_465">*297</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Campan</span> (M<sup>me</sup>), <a href="#Footnote_9">*<em>XVIII</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Campardon</span>, historien, <a href="#Footnote_382">*247</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Campistron</span> (Jean <span class="smcap">Galbert</span> de), auteur dramatique, <a href="#Page_76">76</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Campra</span>, compositeur, <a href="#Footnote_101">*57</a>.</li>
-
-<li><i>Canal de Provence</i>, dit <i>Canal de Richelieu</i>, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_279">279</a>,
- <a href="#Footnote_431">*279</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Footnote_433">*280</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Capefigue</span>, historien, <a href="#Page_XX"><em>XX</em></a>, <a href="#Footnote_12">*<em>XX</em></a>,
- <a href="#Footnote_123">*70</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Footnote_556">*347</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Carlos</span> (Don), fils du roi d’Espagne <span class="smcap">Philippe V</span>, <a href="#Page_105">105</a>,
- <a href="#Footnote_168">*105</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Carra</span> (Jean-Louis), conventionnel et publiciste, <a href="#Footnote_34">*8</a>,
- <a href="#Footnote_58">*29</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Casanova</span> de <span class="smcap">Seingalt</span>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_277">277</a>,
- <a href="#Page_282">282</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Castéra</span>, empirique de Metz, <a href="#Page_187">187</a>.</li>
-
-<li><i>Catalogue des objets d’art du Marquis de</i> <span class="smcap">Marigny</span>, <a href="#Page_254">254</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Caumartin</span> de <span class="smcap">Boissy</span>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Footnote_112">*64</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Caumont</span> (Marquis de), archéologue, <a href="#Footnote_186">*112</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Cavoie</span> (Louis d’<span class="smcap">Oger</span>, Marquis de), <a href="#Footnote_34">*8</a>,
- <a href="#Page_13">13</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Cavoie</span> (Marquise de), née de <span class="smcap">Coetlogon</span>, <a href="#Page_13">13</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Caylus</span> (Comte Philippe de), archéologue, <a href="#Page_194">194</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Cellamare</span> (Prince de), Ambassadeur d’Espagne à la Cour de France, <a href="#Page_41">41</a>,
- <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_58">58</a>,
- <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_91">91</a>.</li>
-
-<li><i>Celle</i> (Château de la), <a href="#Page_238">238</a>.</li>
-
-<li><i>Cercles</i> (Armée des), <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_330">330</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">César</span>, <a href="#Page_20">20</a>.</li>
-
-<li><i>Cévennes</i> (Les), <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_285">285</a>, <a href="#Footnote_444">*285</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Chaban</span> (De), premier secrétaire du lieutenant de police, <a href="#Page_182">182</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Chabrillan</span> (Marquis de), <a href="#Page_XXVII"><em>XXVII</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Chamfort</span> (Nicolas de), littérateur, <a href="#Page_XXIII"><em>XXIII</em></a>, <a href="#Page_162">162</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Champenois</span>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Footnote_311">*202</a>, <a href="#Page_203">203</a>,
- <a href="#Footnote_312">*203</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Footnote_313">*204</a>, <a href="#Page_214">214</a>.</li>
-
-<li><i>Chansonnier</i> <span class="smcap">Maurepas</span> (Édition <span class="smcap">Gay</span>), <a href="#Footnote_65">*34</a>.</li>
-
-<li><i>Chantilly</i> (Château de), <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_83">83</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Chapotin</span>, contrôleur à la Volaille, <a href="#Page_278">278</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Charavay</span>, libraire-éditeur, <a href="#Footnote_71">*41</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Charlemagne</span>, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_300">300</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Charles VI</span>, Empereur d’Autriche et d’Allemagne, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Footnote_153">*91</a>,
- <a href="#Page_93">93</a>, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_97">97-99</a>, <a href="#Page_102">102-104</a>,
- <a href="#Footnote_166">*104</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>, <a href="#Footnote_169">*106</a>,
- <a href="#Footnote_216">*141</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Charles VII</span>, Électeur de Bavière et Empereur d’Allemagne, <a href="#Footnote_350">*231</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Charles-Quint</span>, <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Chartres</span> (Louis-Philippe, Duc de), puis Duc d’<span class="smcap">Orléans</span>,
- <a href="#Page_264">264</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Chartres</span> (Henriette de <span class="smcap">Bourbon-Conti</span>, Duchesse de), <a href="#Page_180">180</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Charolais</span> (Charles de <span class="smcap">Bourbon</span>, Comte de), Prince du sang,
- <a href="#Page_114">114</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_369">[p. 369]</span></li>
-
-<li><span class="smcap">Charolais</span> (Louise-Anne de), Princesse du sang, <a href="#Page_32">32-40</a>, <a href="#Page_43">43</a>,
- <a href="#Page_48">48</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Footnote_80">*49</a>, <a href="#Page_50">50</a>,
- <a href="#Page_56">56</a>, <a href="#Footnote_98">*56</a>, <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Footnote_108">*62</a>,
- <a href="#Page_63">63-66</a>, <a href="#Page_71">71-75</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_84">84</a>,
- <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Footnote_447">*287</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Chastelet</span> (Chevalier du), <a href="#Page_11">11</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Chastelet</span> (Marquise du), femme du gouverneur de Vincennes, <a href="#Page_11">11</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Chateauroux</span> (Marie-Anne de Mailly, Marquise de la Tournelle, puis Duchesse de),
- <a href="#Footnote_8">*<em>XVIII</em></a>, <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_144">144</a>,
- <a href="#Footnote_220">*144</a>, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Footnote_223">*146</a>,
- <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_149">149-155</a>, <a href="#Footnote_241">*156</a>, <a href="#Page_157">157-159</a>,
- <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Footnote_269">*173</a>,
- <a href="#Footnote_273">*176</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Footnote_297">*197</a>, <a href="#Page_198">198</a>,
- <a href="#Footnote_300">*198</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_306">306</a>.</li>
-
-<li><i>Château-Trompette</i> (Fort du), <a href="#Page_349">349</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Chatelet</span> (Gabrielle-Émilie <span class="smcap">Le Tonnelier</span> de <span class="smcap">Breteuil</span>,
- Marquise du), <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_131">131-134</a>, <a href="#Footnote_243">*159</a>,
- <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_262">262</a>,
- <a href="#Page_273">273</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Chatillon</span> (Duc de), <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Footnote_292">*192</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Chauvelin</span> (Germain-Louis de), Garde des Sceaux et Secrétaire d’État aux Affaires étrangères,
- <a href="#Page_136">136</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Chavigny</span> (Marquis Théodore de <span class="smcap">Chavignard</span> de), Diplomate,
- <a href="#Page_90">90</a>, <a href="#Footnote_161">*101</a>, <a href="#Footnote_166">*104</a>.</li>
-
-<li><i>Cheminée de M<sup>me</sup> de la Pouplinière</i> (La), par <span class="smcap">Campardon</span>, <a href="#Footnote_381">*246</a>,
- <a href="#Footnote_390">*252</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Chevert</span> (François de), Lieutenant-général, <a href="#Page_312">312</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Chicoyneau</span> (François), premier médecin de Louis&nbsp;XV, <a href="#Footnote_215">*139</a>,
- <a href="#Page_184">184</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Chirac</span> (Pierre), premier médecin du Régent et de Louis&nbsp;XV, <a href="#Page_101">101</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Choderlos</span> de <span class="smcap">Laclos</span>, littérateur, <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Choiseul</span> (Comte de <span class="smcap">Stainville</span>, puis Duc de), Ambassadeur de France à
- Vienne, <a href="#Page_XIII"><em>XIII</em></a>, <a href="#Footnote_414">*271</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Footnote_498">*312</a>,
- <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Footnote_517">*325</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_331">331</a>,
- <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Footnote_531">*334</a>, <a href="#Page_338">338</a>,
- <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_344">344</a>, <a href="#Page_345">345</a>.</li>
-
-<li><i>Choisy-le-Roi</i> (Château de), <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_156">156-158</a>,
- <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_247">247</a>,
- <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Page_335">335</a>.</li>
-
-<li><i>Choix de lettres inédites</i>, par E. de <span class="smcap">Barthélemy</span>, <a href="#Footnote_273">*176</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Cideville</span> (de), Conseiller au Parlement de Rouen, <a href="#Page_113">113</a>.</li>
-
-<li><i>Cirey</i> (Château de), <a href="#Page_135">135</a>.</li>
-
-<li><i>Citadella</i>, capitale de l’île de Minorque, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_296">296-298</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Claris</span> (de), Conseiller à la Cour des Comptes, <a href="#Page_135">135</a>.</li>
-
-<li><i>Clarisse Harlowe</i>, roman de <span class="smcap">Richardson</span>, <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Clermont</span> (Louis de <span class="smcap">Bourbon</span>, Comte de), Prince du sang,
- <a href="#Footnote_181">*114</a>, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_276">276</a>, <a href="#Page_314">314</a>,
- <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_335">335</a>.</li>
-
-<li><i>Closter-Seven</i> (Convention de), <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Footnote_505">*318</a>,
- <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Footnote_512">*323</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_328">328-331</a>,
- <a href="#Footnote_532">*334</a>, <a href="#Footnote_538">*337</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_341">341</a>,
- <a href="#Page_346">346</a>, <a href="#Footnote_557">*347</a>, <a href="#Page_348">348</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Cochin</span> (Henri), avocat au Parlement de Paris, <a href="#Page_128">128</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Cochin</span> (Charles-Nicolas), dessinateur-graveur, <a href="#Page_169">169</a>,
- <a href="#Footnote_261">*169</a>.</li>
-
-<li><i>Cognac</i> (Ville de), <a href="#Page_88">88</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Coigny</span> (François de <span class="smcap">Franquetot</span>, Maréchal de France, Duc de),
- <a href="#Page_182">182</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_370">[p. 370]</span></li>
-
-<li><span class="smcap">Collé</span> (Charles), auteur dramatique, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_265">265</a>.</li>
-
-<li><i>Collection</i> <span class="smcap">Leber</span>, <a href="#Footnote_391">*252</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Colletet</span> (Guillaume), poète sous le règne de Louis&nbsp;XIII, <a href="#Page_170">170</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Colomiers</span> (<span class="smcap">Bousquet</span> de), nouvelliste, <a href="#Footnote_393">*253</a>,
- <a href="#Footnote_436">*282</a>.</li>
-
-<li><i>Comédie française</i>, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Page_212">212</a>,
- <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_270">270</a>.</li>
-
-<li><i>Comédie italienne</i>, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Page_214">214</a>,
- <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_271">271</a>, <a href="#Page_299">299</a>.</li>
-
-<li><i>Comtesse d’Egmont</i> (La), par la Comtesse d’<span class="smcap">Armaillé</span>, <a href="#Footnote_184">*116</a>,
- <a href="#Footnote_192">*123</a>, <a href="#Footnote_454">*294</a>, <a href="#Footnote_458">*295</a>.</li>
-
-<li><i>Conciergerie</i> (Prison de la), <a href="#Page_30">30</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Condé</span> (Le Grand), <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_33">33</a>.</li>
-
-<li><i>Confessions</i> de <span class="smcap">J.-J. Rousseau</span> (Les), <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Footnote_376">*242</a>.</li>
-
-<li><i>Conflans</i> (Château de), <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_66">66</a>.</li>
-
-<li><i>Constitution Unigenitus</i> (La), <a href="#Page_307">307</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Conti</span> (Louis-Armand de <span class="smcap">Bourbon</span>, Prince de), Prince du sang,
- <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_21">21</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Conti</span> (Louis-François de <span class="smcap">Bourbon</span>, Prince de), Prince du sang,
- <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Footnote_181">*114</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_156">156</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Conti</span> (Louise Élisabeth de <span class="smcap">Bourbon-Condé</span>, Princesse de),
- <a href="#Page_35">35</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Conti</span> (Louise-Diane d’<span class="smcap">Orléans</span>, Princesse de), <a href="#Page_180">180</a>.</li>
-
-<li><i>Coquette fixée</i> (La), comédie de M<sup>me</sup> <span class="smcap">Denis</span>, <a href="#Page_281">281</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Coraline</span>, actrice de la Comédie italienne, <a href="#Page_270">270</a>.</li>
-
-<li><i>Cordeliers</i> (Église des), <a href="#Page_133">133</a>.</li>
-
-<li><i>Correspondance complète de</i> <span class="smcap">Madame</span>, <i>Duchesse d’Orléans</i> (édition <span class="smcap">Brunet</span>),
- <a href="#Footnote_68">*37</a>, <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Footnote_73">*43</a>,
- <a href="#Footnote_95">*55</a>, <a href="#Footnote_102">*58</a>, <a href="#Footnote_114">*66</a>, <a href="#Page_75">75</a>.</li>
-
-<li><i>Correspondance de</i> <span class="smcap">Madame</span>, <i>Duchesse d’Orléans</i> (édition <span class="smcap">Jœglé</span>),
- <a href="#Footnote_82">*50</a>, <a href="#Footnote_94">*54</a>, <a href="#Footnote_95">*55</a>, <a href="#Footnote_103">*59</a>,
- <a href="#Footnote_113">*64</a>.</li>
-
-<li><i>Correspondance de M<sup>me</sup> de Pompadour</i> (édition <span class="smcap">Poulet-Malassis</span>), <a href="#Footnote_468">*299</a>.</li>
-
-<li><i>Correspondance des agents diplomatiques étrangers</i>, par <span class="smcap">Flammermont</span>, <a href="#Footnote_346">*225</a>.</li>
-
-<li><i>Correspondance</i> du Baron de <span class="smcap">Grimm</span> (édition Maurice <span class="smcap">Tourneux</span>),
- <a href="#Footnote_354">*233</a>, <a href="#Footnote_396">*254</a>, <a href="#Footnote_424">*276</a>.</li>
-
-<li><i>Correspondance du Cardinal de</i> <span class="smcap">Tencin</span> <i>et de</i> M<sup>me</sup> <i>de</i> <span class="smcap">Tencin</span>, <i>sa
- sœur, avec le Duc de</i> <span class="smcap">Richelieu</span>, <a href="#Footnote_228">*150</a>, <a href="#Footnote_272">*175</a>,
- <a href="#Footnote_273">*176</a>, <a href="#Footnote_277">*182</a>.</li>
-
-<li><i>Correspondance générale de</i> <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Footnote_119">*69</a>, <a href="#Footnote_147">*87</a>,
- <a href="#Footnote_190">*122</a>, <a href="#Footnote_208">*135</a>, <a href="#Footnote_262">*170</a>, <a href="#Footnote_263">*171</a>,
- <a href="#Footnote_472">*300</a>, <a href="#Footnote_478">*301</a>, <a href="#Footnote_499">*312</a>, <a href="#Footnote_500">*313</a>.</li>
-
-<li><i>Correspondance historique et particulière du Maréchal de</i> <span class="smcap">Richelieu</span> <i>en 1756-1757, avec M.</i> <span
- class="smcap">Paris-Duverney</span> (éditée par le Général de <span class="smcap">Grimoard</span>), <a href="#Footnote_502">*316</a>,
- <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Footnote_503">*317</a>.</li>
-
-<li><i>Correspondance secrète</i>, dite de <span class="smcap">Métra</span>, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, <a href="#Page_IX"><em>IX</em></a>,
- <a href="#Footnote_3">*<em>IX</em></a>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>.</li>
-
-<li><i>Correspondants de la Marquise de</i> <span class="smcap">Balleroy</span> (Les), par Edouard de <span class="smcap">Barthélemy</span>,
- <a href="#Footnote_83">*51</a>, <a href="#Footnote_91">*53</a>, <a href="#Footnote_212">*138</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Coynart</span> (De), historien, <a href="#Footnote_273">*176</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Crillon</span> (Jean-Louis de <span class="smcap">Bertons</span> de), Archevêque de Narbonne,
- <a href="#Page_125">125</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_371">[p. 371]</span></li>
-
-<li><span class="smcap">Cro </span> (Duc Emmanuel de), <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>.</li>
-
-<li><i>Culloden</i> (Bataille de), <a href="#Page_220">220</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Cumberland</span> (Duc de), fils de Georges II, roi d’Angleterre, <a href="#Page_312">312</a>,
- <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_318">318</a>,
- <a href="#Footnote_505">*318</a>, <a href="#Footnote_508">*320</a>, <a href="#Page_322">322</a>, <a href="#Page_323">323</a>,
- <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_335">335</a>,
- <a href="#Page_337">337</a>.</li>
-
-<li><i>Curiosités littéraires</i>, par Ludovic <span class="smcap">Lalanne</span>, <a href="#Footnote_134">*77</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Cury</span> ou <span class="smcap">Curys</span> (De), Intendant des Menus, <a href="#Page_234">234</a>,
- <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_264">264</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_d">D</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><span class="smcap">Damiens</span>, <a href="#Footnote_292">*192</a>, <a href="#Page_303">303</a>, <a href="#Page_304">304</a>,
- <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Footnote_484">*306</a>, <a href="#Page_307">307</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Danchet</span> (Antoine), auteur dramatique, <a href="#Footnote_101">*57</a>.</li>
-
-<li><i>Danemark</i> (Royaume de), <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_342">342</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Dangeau</span> (Philippe de <span class="smcap">Courcillon</span>, Marquis de), <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>,
- <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Footnote_35">*9</a>, <a href="#Page_18">18</a>,
- <a href="#Footnote_47">*18</a>, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Footnote_48">*20</a>, <a href="#Page_21">21</a>,
- <a href="#Footnote_50">*21</a>, <a href="#Footnote_100">*57</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>, <a href="#Page_65">65</a>,
- <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Footnote_170">*106</a>, <a href="#Page_126">126</a>,
- <a href="#Footnote_199">*128</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Dauphin</span> (Le), fils de Louis&nbsp;XV, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_168">168</a>,
- <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_198">198</a>,
- <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_201">201</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_206">206</a>,
- <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_281">281</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Dauphine</span> (La première), Infante d’Espagne, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_206">206</a>,
- <a href="#Page_222">222</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Dauphine</span> (La seconde), Marie-Josèphe de <span class="smcap">Saxe</span>, <a href="#Page_215">215</a>,
- <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_226">226-228</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_281">281</a>.</li>
-
-<li><i>Dauphiné</i> (Province du), <a href="#Footnote_444">*285</a>.</li>
-
-<li><i>Denain</i> (Victoire de), <a href="#Page_301">301</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Deschamps</span>, compositeur, <a href="#Footnote_101">*57</a>.</li>
-
-<li><i>Désert</i> (Le), <a href="#Page_285">285</a>, <a href="#Footnote_444">*285</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Desfontaines</span> (Abbé Pierre-François <span class="smcap">Guyot</span>-), critique littéraire,
- <a href="#Page_128">128</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Desloges</span> (Jacques), sobriquet donné à <span class="smcap">Richelieu</span>, <a href="#Page_264">264</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Desroches</span> (M<sup>lle</sup>), gouvernante de M<sup>lle</sup> de <span class="smcap">Valois</span>,
- <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_39">39</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Destouches</span> (Philippe <span class="smcap">Néricault</span>), auteur dramatique, <a href="#Page_76">76</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Destouches</span> (André-Cardinal), Surintendant de la Musique du roi, <a href="#Page_208">208</a>,
- <a href="#Footnote_320">*208</a>.</li>
-
-<li><i>Dettingen</i> (Bataille de), <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_205">205</a>.</li>
-
-<li><i>Dictionnaire</i> de <span class="smcap">Jal</span>, <a href="#Page_1">1</a>, <a href="#Footnote_178">*113</a>.</li>
-
-<li><i>Dictionnaire de la Noblesse</i> par <span class="smcap">La Chesnaye des Bois</span>, <a href="#Page_1">1</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Diderot</span> (Denis), <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Dolé</span> (Abbé), <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_16">16</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Dombes</span> (Louis-Auguste, Prince de), Prince du sang, <a href="#Footnote_184">*116</a>,
- <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Footnote_458">*295</a>.</li>
-
-<li><i>Domino noir</i> (Le), opéra-comique, <a href="#Page_35">35</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Donep</span> (Général), <a href="#Page_326">326</a>.</li>
-
-<li><i>Dresde</i>, capitale de la Saxe, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Footnote_334">*223</a>, <a href="#Page_224">224-226</a>,
- <a href="#Footnote_347">*226</a>, <a href="#Page_227">227</a>, <a href="#Page_244">244</a>, <a href="#Page_279">279</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Dubois</span> (Abbé, puis Cardinal), premier Ministre, <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_47">47</a>,
- <a href="#Footnote_77">*47</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_60">60</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Dubuisson</span>, commissaire de police, <a href="#Footnote_191">*122</a>.</li>
-
-<li><i>Duc de Saint-Simon</i> (Le), par A. Baschet, <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>.</li>
-
-<li><i>Duchesse d’Aiguillon</i> (La), <a href="#Footnote_247">*161</a>.</li>
-
-<li><i>Duchesse de Chateauroux</i> (La), par les <span class="smcap">Goncourt</span>, <a href="#Footnote_220">*144</a>,
- <a href="#Footnote_225">*149</a>, <a href="#Footnote_283">*187</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_372">[p. 372]</span></li>
-
-<li><i>Duchesse du Maine</i> (La), par le Général <span class="smcap">Piépape</span>, <a href="#Footnote_74">*45</a>,
- <a href="#Footnote_90">*52</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Duchevron</span>, lieutenant de la prévôté, <a href="#Footnote_84">*51</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Duclos</span> (Charles <span class="smcap">Pineau</span>), historien, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, <a href="#Footnote_5">*<em>XI</em></a>,
- <a href="#Footnote_57">*29</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Footnote_163">*103</a>, <a href="#Page_165">165</a>,
- <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_276">276</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Dulibois</span>, exempt de police, <a href="#Page_66">66</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Dumanoir</span>, auteur dramatique, <a href="#Page_XXIV"><em>XXIV</em></a>, <a href="#Footnote_15">*<em>XXIV</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Dumas</span> (Alexandre), père, auteur dramatique, <a href="#Page_XXIV"><em>XXIV</em></a>, <a href="#Footnote_17">*<em>XXIV</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Dunkelmann</span>, trésorier de Frédéric II, <a href="#Page_341">341</a>.</li>
-
-<li><i>Dunkerque</i> (Expédition de), <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_218">218</a>,
- <a href="#Footnote_339">*220</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_243">243</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Dupleix</span> (Joseph-François, Marquis), gouverneur de Pondichéry, <a href="#Page_263">263</a>,
- <a href="#Page_264">264</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Dupré</span>, auteur dramatique, <a href="#Footnote_101">*57</a>.</li>
-
-<li><i>Durance</i> (Rivière de la), <a href="#Page_280">280</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Duras</span> (Jean-Baptiste de <span class="smcap">Durfort</span>, Maréchal de France, Duc de),
- <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Footnote_186">*119</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Duras</span> (Emmanuel-Félicité de <span class="smcap">Durfort</span>, Maréchal de France, Duc de),
- <a href="#Page_321">321-322</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Duras</span> (Angélique-Victoire de <span class="smcap">Bournonville</span>, Duchesse de),
- <a href="#Page_78">78</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Durazzo</span> (Comte de), <a href="#Footnote_414">*271</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Dureng</span>, historien, <a href="#Footnote_166">*104</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Du Rys</span>, lieutenant du régiment de Richelieu, <a href="#Page_7">7</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Duval</span> (Alexandre), auteur dramatique, <a href="#Page_XXIII"><em>XXIII</em></a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_e">E</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><i>Édit de Nantes</i> (L’), <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Footnote_444">*285</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Egmont-Pignatelli</span> (Comte d’), gendre de Richelieu, <a href="#Page_294">294</a>,
- <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_299">299</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Egmont-Pignatelli</span> (Jeanne-Sophie Septimanie <span class="smcap">Du Plessis</span>, Comtesse d’), fille du
- Maréchal, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Footnote_454">*294</a>,
- <a href="#Page_299">299</a>.</li>
-
-<li><i>Elbe</i> (L’), fleuve, <a href="#Page_315">315-317</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_323">323</a>,
- <a href="#Footnote_532">*334</a>.</li>
-
-<li><i>Éléments</i> (Les), opéra-ballet de <span class="smcap">Roy</span>, musique de <span class="smcap">Lalande</span> et <span
- class="smcap">Destouches</span>, <a href="#Page_199">199</a>.</li>
-
-<li><i>En flânant</i>, par André <span class="smcap">Hallays</span>, <a href="#Footnote_120">*69</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Épernon</span> (Jean-Louis de <span class="smcap">Nogaret</span> de la <span class="smcap">Valette</span>, Duc
- d’), <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_287">287</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Épernon</span> (Duc d’), fils du Duc d’<span class="smcap">Antin</span>, <a href="#Page_108">108</a>,
- <a href="#Page_109">109</a>.</li>
-
-<li><i>Espagne</i> (Royaume d’), <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_49">49</a>,
- <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_97">97</a>,
- <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>, <a href="#Footnote_216">*141</a>,
- <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_230">230</a>,
- <a href="#Page_292">292</a>.</li>
-
-<li><i>Essai sur l’histoire du Théâtre</i>, par <span class="smcap">G. Bapst</span>, <a href="#Footnote_261">*169</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Estrées</span> (Duchesse d’), <a href="#Page_51">51</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Estrées</span> (Louis-Charles-César <span class="smcap">Le Tellier</span>, Marquis de <span
- class="smcap">Courtanvaux</span>, Maréchal de France, Comte, puis Duc d’), <a href="#Page_305">305</a>,
- <a href="#Page_309">309-311</a>, <a href="#Footnote_494">*311</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Footnote_498">*312</a>,
- <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_335">335</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Estrées</span> (Louise-Félicité de <span class="smcap">Noailles</span>, Maréchale d’), <a href="#Page_73">73</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Etioles</span> (Alexandrine <span class="smcap">Le Normant</span> d’), fille de M<sup>me</sup> de Pompadour,
- <a href="#Page_289">289</a>. <span class="pagenum" id="Page_373">[p. 373]</span></li>
-
-<li><i>Étrennes de la Saint-Jean</i> (Les), <a href="#Page_194">194</a>.</li>
-
-<li><i>Études sur l’histoire de Prusse</i>, par <span class="smcap">Lavisse</span>, <a href="#Footnote_452">*292</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Eugène</span> (François-Eugène de <span class="smcap">Savoie-Carignan</span>, dit le Prince),
- <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Footnote_158">*97</a>,
- <a href="#Footnote_164">*103</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_f">F</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><span class="smcap">Farnèse</span> (Élisabeth), Reine d’Espagne, femme de Philippe V, <a href="#Page_82">82</a>,
- <a href="#Page_95">95</a>.</li>
-
-<li><i>Faublas</i>, roman de <span class="smcap">Louvet</span> de <span class="smcap">Couvray</span>, <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>, <a href="#Page_38">38</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Faur</span>, secrétaire du Duc de <span class="smcap">Fronsac</span>, <a href="#Page_XV"><em>XV</em></a>, <a href="#Page_XVI"><em>XVI</em></a>,
- <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Page_XIX"><em>XIX</em></a>, <a href="#Page_XXIII"><em>XXIII</em></a>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Footnote_53">*23</a>,
- <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Footnote_241">*156</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Favart</span> (Charles-Simon), auteur-acteur, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Footnote_414">*271</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Favart</span> (Justine du <span class="smcap">Ronceray</span>, dame), <a href="#Page_266">266</a>,
- <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_270">270</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Fénelon</span> (Marquis de), Ambassadeur à La Haye, <a href="#Footnote_8">*<em>XVIII</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Ferrand</span>, Conseiller au Parlement de Paris, <a href="#Page_31">31</a>.</li>
-
-<li><i>Fêtes de Ramire</i> (Les), antérieurement <i>La Princesse de Navarre</i>, <a href="#Page_242">242</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Feydeau de Marville</span>, Lieutenant-général de police, <a href="#Page_170">170</a>,
- <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Footnote_297">*197</a>, <a href="#Page_212">212-214</a>.</li>
-
-<li><i>Filles du Régent</i> (Les), par E. de <span class="smcap">Barthélemy</span>, <a href="#Footnote_71">*40</a>,
- <a href="#Footnote_71">*41</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Fillon</span> (La), <a href="#Page_45">45</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Fitz-James</span> (François, Duc de), Évêque de Soissons, <a href="#Page_185">185</a>,
- <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_192">192</a>.</li>
-
-<li><i>Flandre</i> (Armée et campagnes de), <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_23">23</a>,
- <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_148">148</a>, <a href="#Page_170">170</a>,
- <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Page_195">195</a>,
- <a href="#Page_201">201</a>, <a href="#Page_221">221</a>, <a href="#Page_231">231</a>.</li>
-
-<li><i>Flandre</i> (Province de), <a href="#Page_91">91</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Flavacourt</span> (Hortense-Félicité de <span class="smcap">Mailly</span>, Marquise de),
- <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_179">179</a>,
- <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_198">198</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Fleury</span> (Antoine-Hercule de), Évêque de Fréjus, puis Cardinal et premier Ministre,
- <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_100">100</a>, <a href="#Page_102">102</a>,
- <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Footnote_165">*103</a>, <a href="#Footnote_165">*104</a>, <a href="#Page_105">105</a>,
- <a href="#Footnote_168">*105</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_109">109</a>, <a href="#Page_136">136</a>,
- <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Footnote_215">*139</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_144">144-146</a>,
- <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_155">155</a>,
- <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_232">232</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Fleury</span> (André-Hercule de <span class="smcap">Rosset</span>, Duc de), neveu du Cardinal, premier Gentilhomme
- de la Chambre, <a href="#Page_192">192</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Floquet</span>, ingénieur, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Footnote_433">*280</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Florian</span> (Philippe-Antoine de <span class="smcap">Claris</span>, Marquis de), oncle du fabuliste,
- <a href="#Page_312">312</a>.</li>
-
-<li><i>Foire Saint-Germain</i> (La), <a href="#Page_211">211</a>.</li>
-
-<li><i>Foire Saint-Laurent</i> (La), <a href="#Page_211">211</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Foix</span> (Gaston de), Duc de Navarre, <a href="#Page_170">170</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Fonseca</span> (Baron de), Ambassadeur d’Autriche à la Cour d’Espagne, <a href="#Footnote_168">*105</a>.</li>
-
-<li><i>Fontainebleau</i> (Palais de), <a href="#Page_321">321</a>.</li>
-
-<li><i>Fontainebleau</i> (Spectacles de), <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_270">270</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Fontenelle</span> (<span class="smcap">Le Bouvier</span> de), de l’Académie française, <a href="#Page_76">76</a>,
- <a href="#Page_275">275</a>.</li>
-
-<li><i>Fontenoy</i> (Bataille de), <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Footnote_319">*207</a>,
- <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Footnote_347">*226</a>, <a href="#Footnote_505">*318</a>.</li>
-
-<li><i>Fontenoy</i>, poème de <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Page_206">206</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_374">[p. 374]</span></li>
-
-<li><i>Forges</i> (Eaux de), <a href="#Page_87">87</a>, <a href="#Footnote_147">*87</a>.</li>
-
-<li><i>For-Levêque</i> (Prison du), <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_279">279</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Fouquet</span>, Surintendant des Finances, <a href="#Page_294">294</a>.</li>
-
-<li><i>France sous Louis&nbsp;XV</i> (La), par <span class="smcap">Jobez</span>, <a href="#Footnote_167">*104</a>, <a href="#Footnote_173">*109</a>,
- <a href="#Footnote_241">*156</a>, <a href="#Footnote_271">*175</a>, <a href="#Footnote_433">*280</a>,
- <a href="#Footnote_444">*285</a>, <a href="#Footnote_511">*322</a>.</li>
-
-<li><i>Francfort</i> (Ville de), <a href="#Footnote_216">*141</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_325">325</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">François I<sup>er</sup></span> (Étienne), Empereur d’Allemagne, d’abord Duc de Lorraine, puis Grand-Duc de
- Toscane, époux de Marie-Thérèse, <a href="#Footnote_350">*231</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Frédéric II</span>, Roi de Prusse, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_160">160</a>,
- <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Footnote_269">*173</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_176">176</a>,
- <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Footnote_278">*182</a>, <a href="#Footnote_283">*187</a>, <a href="#Page_215">215</a>,
- <a href="#Footnote_344">*223</a>, <a href="#Page_224">224</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Footnote_346">*225</a>,
- <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_268">268</a>,
- <a href="#Page_292">292</a>, <a href="#Footnote_452">*292</a>, <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_312">312</a>,
- <a href="#Footnote_499">*312</a>, <a href="#Page_313">313-316</a>, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Footnote_507">*319</a>,
- <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Footnote_508">*320</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_328">328</a>,
- <a href="#Footnote_527">*328</a>, <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Footnote_532">*334</a>,
- <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_340">340</a>, <a href="#Page_341">341</a>, <a href="#Footnote_548">*341</a>,
- <a href="#Page_342">342-344</a>, <a href="#Footnote_551">*344</a>, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Page_346">346</a>.</li>
-
-<li><i>Frédéric II et Louis&nbsp;XV</i>, par le Duc de <span class="smcap">Broglie</span>, <a href="#Page_XXVIII"><em>XXVIII</em></a>, <a href="#Footnote_210">*136</a>,
- <a href="#Footnote_271">*175</a>.</li>
-
-<li><i>Frédéric II et Marie-Thérèse</i>, par le Duc de <span class="smcap">Broglie</span>, <a href="#Footnote_270">*174</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Frédéric V</span>, Roi de Danemark, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_320">320</a>,
- <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_342">342</a>.</li>
-
-<li><i>Fribourg-en-Brisgau</i>, <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_190">190</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Friesen</span> (Comte de), Neveu du Maréchal de <span class="smcap">Saxe</span>, <a href="#Page_227">227</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Fronsac</span> (Duc de), puis Duc de <span class="smcap">Richelieu</span>, fils du Maréchal, <a href="#Page_XV"><em>XV</em></a>,
- <a href="#Footnote_7">*<em>XV</em></a>, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_289">289</a>,
- <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Footnote_458">*295</a>, <a href="#Page_340">340</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Fronsac</span> (Duchesse de), puis de <span class="smcap">Richelieu</span>, née de <span
- class="smcap">Noailles</span>, première femme du Maréchal, <a href="#Footnote_29">*7</a>, <a href="#Page_10">10</a>,
- <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Footnote_41">*12</a>, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_14">14</a>,
- <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_299">299</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Funck-Brentano</span> (Frantz), historien, <a href="#Footnote_7">*<em>XV</em></a>.</li>
-
-<li><i>Furnes</i> (Siège de), <a href="#Page_178">178</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Fuzelier</span> (Louis), auteur dramatique, <a href="#Footnote_109">*62</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_g">G</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><span class="smcap">Gacé</span> (Comte de), puis Comte de <span class="smcap">Matignon</span>, <a href="#Page_27">27</a>,
- <a href="#Page_30">30-33</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Gacé</span> (Comtesse de), née de <span class="smcap">Chateau-Regnault</span>, <a href="#Page_29">29</a>,
- <a href="#Footnote_58">*29</a>.</li>
-
-<li><i>Galerie des Aristocrates et Mémoires Secrets</i> (attribués à <span class="smcap">Dumouriez</span>), <a href="#Footnote_538">*337</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Gampert</span>, <a href="#Page_344">344</a>, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Footnote_554">*345</a>,
- <a href="#Footnote_555">*346</a>.</li>
-
-<li><i>Gand</i> (Ville de), <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_218">218</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Gaussin</span> (M<sup>lle</sup>), actrice de la Comédie française, <a href="#Page_150">150</a>.</li>
-
-<li><i>Gazette</i> (La), <a href="#Page_2">2</a>.</li>
-
-<li><i>Gazette de la Régence</i> (édition E. de <span class="smcap">Barthélemy</span>), <a href="#Footnote_61">*32</a>,
- <a href="#Footnote_64">*34</a>, <a href="#Footnote_81">*50</a>, <a href="#Footnote_87">*52</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Gédoyn</span> (Abbé Nicolas), de l’Académie française, <a href="#Page_77">77</a>.</li>
-
-<li><i>Gênes</i> (République et Ville de), <a href="#Page_231">231</a>, <a href="#Page_233">233-236</a>, <a href="#Page_248">248</a>,
- <a href="#Page_250">250</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Georges II</span>, Électeur de Hanovre et Roi d’Angleterre, <a href="#Page_162">162</a>,
- <a href="#Footnote_250">*162</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Footnote_505">*318</a>, <a href="#Page_326">326</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Gesvres</span> (François-Joachim <span class="smcap">Potier</span>, Duc de), <a href="#Page_108">108</a>,
- <a href="#Page_221">221</a>, <a href="#Footnote_342">*221</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_237">237</a>.</li>
-
-<li><i>Gibraltar</i> (Ville de), <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_298">298</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Girard</span>, commis dans les <span class="pagenum" id="Page_375">[p. 375]</span> cuivres,
- <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Footnote_429">*278</a>, <a href="#Page_279">279</a>,
- <a href="#Page_280">280</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Giraud</span> (Charles), historien et jurisconsulte, <a href="#Page_80">80</a>, <a href="#Footnote_135">*80</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Gisors</span> (Louis-Marie <span class="smcap">Fouquet</span>, Comte de), <a href="#Page_294">294</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Goesbriand</span> ou <span class="smcap">Guesbriand</span> (Marquise de), <a href="#Page_120">120</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Goncourt</span> (Les Frères <span class="smcap">Huot</span> de), polygraphes, <a href="#Page_147">147</a>,
- <a href="#Footnote_225">*149</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Footnote_273">*176</a>.</li>
-
-<li><i>Gouvernement, les Mœurs</i>, etc. (Le), par <span class="smcap">Sénac</span> de <span class="smcap">Meilhan</span> (édition de <span
- class="smcap">Lescure</span>), <a href="#Footnote_205">*133</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Gramont</span> (Louis, Comte, puis Duc), colonel des Gardes françaises, <a href="#Footnote_249">*162</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Grimoard</span> (Général Philippe Henri, Comte de), <a href="#Page_XXVI"><em>XXVI</em></a>.</li>
-
-<li><i>Grimoires des</i> <span class="smcap">Tencin</span> (Les), <a href="#Page_149">149</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Guéménée</span> (Chevalier de), fils cadet du Duc de Guéménée, <a href="#Page_42">42</a>.</li>
-
-<li><i>Guérin de Tencin</i> (Les), par de <span class="smcap">Coynart</span>, <a href="#Footnote_226">*149</a>.</li>
-
-<li><i>Guerre de Sept Ans</i> (La), <a href="#Page_259">259</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_293">293</a>.</li>
-
-<li><i>Guide artistique</i> (Le), par <span class="smcap">Alizer</span>, <a href="#Footnote_356">*233</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Guimont</span>, Envoyé de France à Gênes, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_250">250</a>.</li>
-
-<li><i>Guise</i> (Maison de), <a href="#Page_278">278</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Guise</span> (Anne-Marie-Joseph de <span class="smcap">Lorraine</span>, Prince de), <a href="#Page_114">114</a>.</li>
-
-<li><i>Guyenne</i> ou <i>Guienne</i> (Province de), <a href="#Page_XXVI"><em>XXVI</em></a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_277">277</a>,
- <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Footnote_446">*286</a>, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_348">348</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_h">H</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><i>Halberstadt</i>, ville de Prusse (Province de Saxe), <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_330">330</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Hamlet</span>, <a href="#Page_146">146</a>.</li>
-
-<li><i>Hanovre</i> (Armée du), <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_329">329</a>, <a href="#Page_332">332</a>.</li>
-
-<li><i>Hanovre</i> (Campagne de), <a href="#Page_XXVI"><em>XXVI</em></a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_321">321</a>,
- <a href="#Page_337">337</a>.</li>
-
-<li><i>Hanovre</i> (Capitale de l’Électorat de), <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_345">345</a>.</li>
-
-<li><i>Hanovre</i> (Électorat et gouvernement de), <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_328">328</a>, <a href="#Page_340">340</a>.</li>
-
-<li><i>Hanovre</i> (Traité de), <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Footnote_166">*104</a>.</li>
-
-<li><i><ins id="cor_17" title="Hastembeek">Hastembeck</ins></i> (Victoire d’), <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_312">312</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Hélie</span> (M<sup>lle</sup>), <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_287">287</a>,
- <a href="#Page_288">288</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Hélie</span>, négociant de Rouen, <a href="#Page_288">288</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Héliogabale</span>, <a href="#Page_29">29</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Hénault</span> (Le Président Charles-Jean-François), <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_169">169</a>,
- <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_276">276</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Henri IV</span>, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_292">292</a>.</li>
-
-<li><i>Henriade</i> (La), poème de <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Page_76">76</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Hérault</span> (René), Lieutenant-général de police, <a href="#Page_95">95</a>, <a href="#Page_129">129</a>.</li>
-
-<li><i>Hesse</i> (Armée de), <a href="#Footnote_517">*325</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_329">329</a>.</li>
-
-<li><i>Hesse</i> (Campagne de), <a href="#Page_320">320</a>.</li>
-
-<li><i>Hesse</i> (Gouvernement de), <a href="#Page_327">327</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Hesse-Cassel</span> (Landgrave Guillaume de), <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_328">328-337</a>.</li>
-
-<li><i>Histoire de France au XVIII<sup>e</sup> siècle</i> (collection <span class="smcap">Lavisse</span>), par H. <span
- class="smcap">Carré</span>, <a href="#Footnote_167">*104</a>.</li>
-
-<li><i>Histoire de la diplomatie française</i>, par de <span class="smcap">Flassan</span>, <a href="#Footnote_271">*175</a>.</li>
-
-<li><i>Histoire de la Régence</i> par <span class="smcap">Lemontey</span>, <a href="#Footnote_78">*47</a>, <a href="#Footnote_151">*90</a>,
- <a href="#Footnote_159">*98</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_376">[p. 376]</span> <i>Histoire de Madame la Marquise</i> (de Pompadour), par M<sup>lle</sup> de <span
- class="smcap">Fauques</span>, <a href="#Footnote_497">*311</a>.</li>
-
-<li><i>Histoire de mon temps</i>, par <span class="smcap">Frédéric II</span>, <a href="#Footnote_271">*175</a>.</li>
-
-<li><i>Histoire des Rats</i> (L’), <a href="#Footnote_202">*129</a>.</li>
-
-<li><i>Histoire du costume en France</i>, par <span class="smcap">Quicherat</span>, <a href="#Footnote_308">*200</a>.</li>
-
-<li><i>Histoire générale</i>, par <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Page_300">300</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Hohenzollern</span> (Les), <a href="#Footnote_452">*292</a>.</li>
-
-<li><i>Hollande</i> (La), <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Footnote_408">*264</a>, <a href="#Page_291">291</a>.</li>
-
-<li><i>Hollande</i> (Les États de), <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_104">104</a>,
- <a href="#Footnote_310">*202</a>, <a href="#Page_230">230</a>.</li>
-
-<li><i>Holstein</i> (Duché de), <a href="#Page_315">315</a>.</li>
-
-<li><i>Hôpital Général</i> (L’), <a href="#Page_270">270</a>.</li>
-
-<li><i>Hôtel-de-Ville</i> de Paris (L’), <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_216">216</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_i">I</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><i>Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux</i> (L’), <a href="#Footnote_283">*187</a>, <a href="#Footnote_357">*233</a>.</li>
-
-<li><i>Iphigénie</i>, Tragédie de <span class="smcap">Racine</span>, <a href="#Page_155">155</a>.</li>
-
-<li><i>Iphigénie en Tauride</i>, opéra-tragédie, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Footnote_101">*57</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Ismaël-Beg</span>, pseudonyme du Cardinal <span class="smcap">Fleury</span>, <a href="#Page_172">172</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Issarts</span> (Marquis des), Ambassadeur de France à la Cour de Dresde, <a href="#Page_222">222</a>,
- <a href="#Page_223">223</a>.</li>
-
-<li><i>Italie</i> (L’), <a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_231">231</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_j">J</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><span class="smcap">Jannel</span>, chef du <i>Cabinet Noir</i>, <a href="#Page_181">181</a>.</li>
-
-<li><i>Jean-Jacques Rousseau musicien</i>, par <span class="smcap">Tiersot</span>, <a href="#Footnote_376">*242</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Jésus-Christ</span>, <a href="#Page_85">85</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Joly de Fleury</span> (Louis-François), procureur général au Parlement de Paris, <a href="#Footnote_414">*271</a>.</li>
-
-<li><i>Journal de</i> <span class="smcap">Barbier</span> (édition <span class="smcap">Charpentier</span>), <a href="#Footnote_133">*77</a>,
- <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Footnote_142">*84</a>, <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Footnote_162">*102</a>,
- <a href="#Footnote_175">*110</a>, <a href="#Footnote_180">*114</a>, <a href="#Footnote_242">*157</a>, <ins title="référence
- introuvable">*161</ins>, <a href="#Footnote_249">*162</a>, <a href="#Footnote_276">*179</a>, <a href="#Footnote_283">*187</a>,
- <a href="#Footnote_283">*188</a>&nbsp; <a href="#Footnote_297">*197</a>, <a href="#Footnote_333">*217</a>, <a href="#Footnote_338">*218</a>,
- <a href="#Footnote_385">*250</a>, <a href="#Footnote_428">*278</a>, <a href="#Footnote_470">*299</a>, <a href="#Footnote_494">*311</a>,
- <a href="#Footnote_535">*335</a>.</li>
-
-<li><i>Journal de ce qui s’est passé à Metz</i>, etc., <a href="#Footnote_283">*187</a>.</li>
-
-<li><i>Journal de</i> <span class="smcap">Collé</span>, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Footnote_382">*247</a>,
- <a href="#Footnote_389">*252</a>, <a href="#Footnote_409">*265</a>.</li>
-
-<li><i>Journal de la maladie du Roi</i>, par <span class="smcap">Chicoyneau</span>, <a href="#Footnote_283">*187</a>.</li>
-
-<li><i>Journal de la Régence</i>, par <span class="smcap">Buvat</span>, <a href="#Footnote_84">*51</a>, <a href="#Footnote_115">*66</a>,
- <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Footnote_141">*83</a>.</li>
-
-<li><i>Journal de Leyde</i>, <a href="#Page_101">101</a>.</li>
-
-<li><i>Journal de</i> <span class="smcap">Rosalba Carriera</span>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Footnote_128">*73</a>.</li>
-
-<li><i>Journal des règnes de Louis&nbsp;XIV et Louis&nbsp;XV</i>, par <span class="smcap">Narbonne</span>, <a href="#Footnote_180">*114</a>.</li>
-
-<li><i>Journal du Commandeur</i> de <span class="smcap">Glandevez</span>, <a href="#Footnote_462">*296</a>.</li>
-
-<li><i>Journal du Duc de</i> <span class="smcap">Cro </span> (édition de <span class="smcap">Grouchy</span> et <span
- class="smcap">Cottin</span>), <a href="#Footnote_298">*197</a>, <a href="#Footnote_302">*198</a>, <a href="#Footnote_484">*306</a>,
- <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Footnote_558">*347</a>.</li>
-
-<li><i>Journal</i> (inédit) <i>du Chevalier de Mouhy</i>, <a href="#Footnote_260">*168</a>.</li>
-
-<li><i>Journal, Mémoires et Correspondance de</i> <span class="smcap">Marais</span> (édition de <span class="smcap">Lescure</span>),
- <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Footnote_124">*70</a>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Footnote_126">*72</a>,
- <a href="#Footnote_132">*77</a>, <a href="#Footnote_139">*82</a>, <a href="#Footnote_143">*84</a>, <a href="#Footnote_148">*88</a>,
- <a href="#Footnote_150">*89</a>.</li>
-
-<li><i>Journée de Fontenoy</i> (La), par le Duc de <span class="smcap">Broglie</span>, <a href="#Footnote_317">*205</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Judas</span>, <a href="#Page_85">85</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Jumilhac</span> (Famille de), <a href="#Footnote_120">*69</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_377">[p. 377]</span></li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_k">K</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><span class="smcap">Kaunitz</span> (Wenceslas-Antoine, Prince de), Diplomate, Chancelier d’État, <a href="#Page_230">230</a>,
- <a href="#Page_244">244</a>.</li>
-
-<li><i>Kehl</i> (Siège de), <a href="#Page_111">111</a>.</li>
-
-<li><i>Kesseldorff</i> (Bataille de), <a href="#Footnote_344">*223</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Klingreef</span>, Envoyé de Prusse à Dresde, <a href="#Page_225">225</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Klingstett</span>, miniaturiste, <a href="#Page_138">138</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Krom</span>, prêteur sur gages, <a href="#Page_96">96</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_l">L</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><span class="smcap">La Borde</span> (De), <a href="#Page_XVII"><em>XVII</em></a>, <a href="#Footnote_273">*176</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Carlière</span> (De), médecin, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_15">15</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Chaussée</span> (Pierre-Claude <span class="smcap">Nivelle</span> de), auteur dramatique,
- <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_261">261</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Fare</span> (Philippe-Charles, Marquis de), Maréchal de France, <a href="#Page_111">111</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Ferté-Imbault</span> (Marie-Thérèse <span class="smcap">Geoffrin</span>, Marquise de),
- <a href="#Footnote_215">*139</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Feuillade-Rouannez</span> (Louis, Comte, puis Duc de), Maréchal de France, <a href="#Page_89">89</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Fontaine</span> (Jean de), <a href="#Page_69">69</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Force</span> (Henri-Jacques-Nompar de <span class="smcap">Caumont</span>, Duc de), <a href="#Page_77">77</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Galissonnière</span> (Roland-Michel <span class="smcap">Barrin</span>, Marquis de), Lieutenant-général des
- armées navales, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_302">302</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Laideguive</span> jeune, notaire à Paris, <a href="#Page_167">167</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Lalauze</span> (Les), dessinateurs, <a href="#Footnote_317">*205</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Lally</span> (Thomas-Arthur, Comte de), gouverneur de l’Inde française, <a href="#Page_206">206</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Maraude</span> (Le petit Père), sobriquet donné à Richelieu par ses soldats, <a href="#Page_333">333</a>,
- <a href="#Page_336">336</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Martellière</span> (Madame de), <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_118">118</a>,
- <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Footnote_186">*119</a>.</li>
-
-<li><i>Languedoc</i> (États du), <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Footnote_194">*124</a>,
- <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_190">190</a>,
- <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_260">260</a>.</li>
-
-<li><i>Languedoc</i> (Province et gouvernement du), <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_111">111</a>,
- <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_116">116</a>, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_125">125</a>,
- <a href="#Page_144">144-147</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_165">165</a>,
- <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_260">260</a>,
- <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Footnote_444">*285</a>,
- <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Footnote_446">*286</a>, <a href="#Footnote_447">*287</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Peyronie</span> (François <span class="smcap">Gigot</span> de), premier chirurgien de Louis&nbsp;XV,
- <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Footnote_281">*184</a>, <a href="#Page_185">185</a>,
- <a href="#Page_186">186</a>.</li>
-
-<li><i>La Pouplinière</i>, par <span class="smcap">Cucuel</span>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Footnote_376">*242</a>,
- <a href="#Footnote_377">*243</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Pouplinière</span> (<span class="smcap">Le Riche</span> de), fermier général, <a href="#Page_240">240</a>,
- <a href="#Footnote_373">*240</a>, <a href="#Page_244">244-247</a>, <a href="#Page_250">250-252</a>, <a href="#Footnote_393">*253</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Pouplinière</span> (M<sup>me</sup> de), <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_242">242</a>,
- <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_244">244-251</a>, <a href="#Footnote_388">*251</a>, <a href="#Page_252">252</a>,
- <a href="#Footnote_390">*252</a>, <a href="#Footnote_393">*253</a>, <a href="#Footnote_396">*254</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Rivière</span> (Abbé de), <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_280">280</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Rochefoucauld</span> (Frédéric-Jérôme de <span class="smcap">Roye</span> de), Archevêque de Bourges,
- <a href="#Page_217">217</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Rochefoucauld</span> (Alexandre, Duc de), grand-maître de la garde-robe, <a href="#Footnote_278">*182</a>,
- <a href="#Footnote_281">*184</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Footnote_292">*192</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Tour</span> (Maurice-Quentin de), peintre, <a href="#Page_241">241</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_378">[p. 378]</span></li>
-
-<li><span class="smcap">La Trémoïlle</span> (Charles-Armand-René, Duc de), <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_261">261</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Trémoïlle</span> (Marie-Hortense de la <span class="smcap">Tour</span> de <span class="smcap">Bouillon</span>,
- Duchesse de), <a href="#Page_261">261</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Laudier</span>, secrétaire du Duc de <span class="smcap">Saint-Simon</span>,
- <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Launay</span> (Marguerite-Jeanne <span class="smcap">Cordier</span> de), Baronne de <span
- class="smcap">Staal</span>, femme de chambre de la Duchesse du Maine, <a href="#Page_57">57</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Launay</span> (De), successeur de <span class="smcap">Bernaville</span>, comme gouverneur de la Bastille,
- <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Lauraguais</span> (Louis-Léon-Félicité de <span class="smcap">Brancas</span>, Comte de),
- <a href="#Page_194">194</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Lauraguais</span> (Louis II de <span class="smcap">Brancas</span>, Duc de), <a href="#Page_197">197</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Lauzun</span> (Philippe), littérateur, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Laval</span> (Abbé de), <a href="#Page_128">128</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">La Vallière</span> (Louis-César <span class="smcap">La Baume Le Blanc</span>, Duc de),
- <a href="#Page_231">231</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_236">236</a>, <a href="#Page_237">237</a>,
- <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_261">261</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Law</span> (Jean de <span class="smcap">Lauriston</span>), financier, Contrôleur général,
- <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_277">277</a>.</li>
-
-<li><i>Lawfeld</i> (Bataille de), <a href="#Page_231">231</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Le Bel</span>, premier valet de chambre de Louis&nbsp;XV, <a href="#Footnote_195">*126</a>,
- <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_190">190</a>, <a href="#Page_288">288</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Le Blanc</span> (Claude), secrétaire d’État à la Guerre, <a href="#Footnote_78">*47</a>,
- <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_56">56</a>, <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>,
- <a href="#Page_90">90</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Leblanc</span> (Abbé Jean-Bernard), <a href="#Page_273">273</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Lebrun</span> (Pierre-Henri-Hélène-Marie), Ministre des Affaires étrangères, <a href="#Footnote_516">*325</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Lecestre</span>, archiviste-paléographe, <a href="#Page_XXVIII"><em>XXVIII</em></a>, <a href="#Footnote_25">*5</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Le Chambrier</span> (Baron Jean), Ministre de Prusse à la Cour de France, <a href="#Page_229">229</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Lefebvre</span> de <span class="smcap">Beauvray</span>, littérateur, <a href="#Page_312">312</a>.</li>
-
-<li><i>Légataire universel</i> (Le), comédie de <span class="smcap">Regnard</span>, <a href="#Page_135">135</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Lemercier</span> (Népomucène), auteur dramatique, <a href="#Footnote_14">*<em>XXII</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Lempereur</span>, joaillier, <a href="#Page_295">295</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Lescure</span> (de), littérateur, <a href="#Page_XIX"><em>XIX</em></a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_72">72</a>,
- <a href="#Footnote_480">*303</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Lesczinski</span> (Stanislas), Roi de Pologne et Duc de Lorraine, <a href="#Page_110">110</a>,
- <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Page_263">263</a>.</li>
-
-<li><i>Lettres au Marquis de Caumont par le Commissaire</i> <span class="smcap">Dubuisson</span>, <a href="#Footnote_186">*119</a>,
- <a href="#Footnote_200">*128</a>.</li>
-
-<li><i>Lettres de la Duchesse de Châteauroux au Duc de Richelieu</i>, <a href="#Footnote_275">*179</a>, <a href="#Footnote_287">*189</a>.</li>
-
-<li><i>Lettres de M<sup>me</sup> de Châteauroux</i> (apocryphes), éditées par M<sup>me</sup> <span class="smcap">Gacon-Dufour</span>,
- <a href="#Footnote_297">*197</a>.</li>
-
-<li><i>Lettres de M<sup>me</sup> Du Châtelet</i> (édition <span class="smcap">E. Asse</span>), <a href="#Footnote_181">*114</a>,
- <a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Footnote_204">*132</a>, <a href="#Footnote_411">*269</a>.</li>
-
-<li><i>Lettres de M<sup>lle</sup> Aïssé</i> (édition <span class="smcap">E. Asse</span>), <a href="#Footnote_170">*106</a>.</li>
-
-<li><i>Lettres de M. de Marville au Comte de Maurepas</i> (édition de <span class="smcap">Boislisle</span>), <a href="#Footnote_309">*201</a>,
- <a href="#Footnote_326">*212</a>, <a href="#Footnote_327">*213</a>, <a href="#Footnote_329">*214</a>,
- <a href="#Footnote_334">*217</a>, <a href="#Footnote_339">*220</a>, <a href="#Footnote_449">*288</a>.</li>
-
-<li><i>Lettres de M. de Voltaire et de sa célèbre amie</i>, <a href="#Footnote_206">*134</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Lévis</span> (Pierre-Marc-Gaston, Duc de), <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, <a href="#Footnote_56">*28</a>.</li>
-
-<li><i>Liaisons dangereuses</i> (Les), roman par <span class="smcap">Choderlos de Laclos</span>, <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_379">[p. 379]</span> <span class="smcap">Lichtenstein</span> (Princesse de), <a href="#Page_98">98</a>.</li>
-
-<li><i>Lille</i> (Ville de), <a href="#Page_181">181</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Linguet</span> (Simon-Nicolas-Henri), avocat et publiciste, <a href="#Page_206">206</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Livry</span> (Comte de), <a href="#Page_123">123</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Lixin</span> (Henri-Jacques de <span class="smcap">Lorraine</span>, Prince de), brigadier de cavalerie,
- <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_114">114</a>.</li>
-
-<li><i>Lorraine</i> (Cour de), <a href="#Page_115">115</a>.</li>
-
-<li><i>Lorraine</i> (Maison de), <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_294">294</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Lorraine</span> (Prince Charles de), <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_183">183</a>,
- <a href="#Footnote_283">*187</a>.</li>
-
-<li><i>Lorraine</i> (Province de), <a href="#Page_162">162</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Loss</span> (Baron de), Ambassadeur de Saxe à la Cour de France, <a href="#Page_222">222</a>,
- <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_226">226</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Louis&nbsp;XIII</span>, <a href="#Page_176">176</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Louis&nbsp;XIV</span>, <a href="#Page_V"><em>V</em></a>, <a href="#Page_XI"><em>XI</em></a>, <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>,
- <a href="#Footnote_6">*<em>XV</em></a>, <a href="#Page_XVI"><em>XVI</em></a>, <a href="#Page_XXIV"><em>XXIV</em></a>, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_4">4</a>,
- <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Footnote_40">*11</a>, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_17">17</a>,
- <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Footnote_55">*25</a>,
- <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Footnote_63">*33</a>, <a href="#Page_36">36-38</a>,
- <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_77">77</a>, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_129">129</a>,
- <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Page_292">292</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Louis&nbsp;XV</span>, <a href="#Page_X"><em>X</em></a>, <a href="#Page_XI"><em>XI</em></a>, <a href="#Page_XII"><em>XII</em></a>, <a href="#Page_XIV"><em>XIV</em></a>, <a href="#Page_XVI"><em>XVI</em></a>,
- <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>, <a href="#Page_65">65</a>,
- <a href="#Page_89">89</a>, <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>,
- <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_109">109-111</a>, <a href="#Footnote_191">*122</a>, <a href="#Page_124">124-126</a>,
- <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_139">139-145</a>,
- <a href="#Page_147">147-149</a>, <a href="#Footnote_225">*149</a>, <a href="#Page_151">151-154</a>, <a href="#Footnote_239">*154</a>,
- <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Footnote_241">*155</a>, <a href="#Page_157">157</a>, <a href="#Page_158">158</a>,
- <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_165">165</a>,
- <a href="#Footnote_261">*169</a>, <a href="#Page_174">174-182</a>, <a href="#Page_184">184-187</a>, <a href="#Page_189">189-191</a>,
- <a href="#Footnote_290">*191</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Footnote_292">*192</a>, <a href="#Page_196">196</a>,
- <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Footnote_297">*197</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Footnote_300">*198</a>,
- <a href="#Page_199">199-205</a>, <a href="#Footnote_318">*206</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Footnote_319">*207</a>,
- <a href="#Page_208">208-211</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_220">220-224</a>,
- <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_228">228-231</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_236">236</a>,
- <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Footnote_396">*254</a>, <a href="#Page_255">255-257</a>, <a href="#Page_259">259</a>,
- <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Page_264">264-266</a>, <a href="#Page_271">271</a>, <a href="#Footnote_414">*271</a>,
- <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_286">286-289</a>, <a href="#Page_293">293</a>,
- <a href="#Page_302">302-307</a>, <a href="#Footnote_486">*307</a>, <a href="#Page_308">308-310</a>, <a href="#Page_319">319</a>,
- <a href="#Footnote_508">*320</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Footnote_511">*322</a>, <a href="#Page_326">326</a>,
- <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_344">344</a>,
- <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_348">348</a>.</li>
-
-<li><i>Louis&nbsp;XV et M<sup>me</sup> de Pompadour</i>, par de <span class="smcap">Nolhac</span>, <a href="#Footnote_362">*236</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Louis&nbsp;XVI</span>, <a href="#Page_XXVIII"><em>XXVIII</em></a>, <a href="#Footnote_164">*103</a>, <a href="#Footnote_271">*175</a>,
- <a href="#Footnote_512">*323</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Louvet</span> de <span class="smcap">Couvray</span>, romancier et publiciste, <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>.</li>
-
-<li><i>Louvre</i> (Chapelle du), <a href="#Page_275">275</a>.</li>
-
-<li><i>Lovelace</i>, drame, <a href="#Footnote_14"><em>XXII</em></a>.</li>
-
-<li><i>Lovelace français</i> (Le), drame, <a href="#Page_XXIII"><em>XXIII</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Löwendahl</span> (Ulrich-Frédéric-Woldemar, Maréchal de France, Comte de), <a href="#Page_251">251</a>,
- <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Footnote_491">*309</a>, <a href="#Page_337">337</a>.</li>
-
-<li><i>Lunebourg</i> (Ville de), ville de Prusse et province de <i>Hanovre</i>, <a href="#Page_331">331</a>.</li>
-
-<li><i>Lunéville</i> (Ville de), <a href="#Page_262">262</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Luxembourg</span> (Charles-François-Frédéric de <span class="smcap">Montmorency</span>, Maréchal de France, Duc
- de), <a href="#Page_210">210</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Luxembourg</span> (Madeleine-Angélique de <span class="smcap">Neuville-Villeroy</span>, Duchesse de <span
- class="smcap">Boufflers</span>, puis de), <a href="#Footnote_241">*156</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_246">246</a>.</li>
-
-<li><i>Luxembourg</i> (Palais du), <a href="#Page_82">82</a>.</li>
-
-<li><i>Luxembourg</i> (Ville de), <a href="#Footnote_168">*105</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Luynes</span> (Paul d’<span class="smcap">Albert</span>, Cardinal de), <a href="#Page_274">274</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Luynes</span> (Charles-Philippe d’<span class="smcap">Albert</span>, Duc de), Mestre-de-Camp, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>,
- <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_155">155</a>,
- <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_236">236</a>,
- <a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Page_295">295</a>,
- <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_303">303</a>, <a href="#Page_338">338</a>, <a href="#Page_339">339</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Luynes</span> (Marie <span class="smcap">Brulart</span>, Marquise de <span class="smcap">Charost</span>, puis
- Duchesse de), <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_299">299</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_380">[p. 380]</span></li>
-
-<li><span class="smcap">Lynar</span> (Roch-Frédéric, Comte de), diplomate danois, <a href="#Page_320">320</a>,
- <a href="#Footnote_509">*321</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_329">329</a>.</li>
-
-<li><i>Lyon</i> (Archevêché et ville de), <a href="#Page_148">148</a>, <a href="#Page_157">157</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_m">M</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><span class="smcap">Machault</span> d’<span class="smcap">Arnouville</span> (Louis-Charles), Conseiller d’État, lieutenant-général de
- police, <a href="#Page_67">67</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Machault</span> d’<span class="smcap">Arnouville</span>, Contrôleur général, Garde des Sceaux,
- <a href="#Page_214">214</a>, <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_306">306</a>.</li>
-
-<li><i>Madame de Pompadour</i>, par les <span class="smcap">Goncourt</span>, <a href="#Footnote_450">*290</a>.</li>
-
-<li><i>Madame de Pompadour et la Cour de Louis&nbsp;XV</i>, par <span class="smcap">Campardon</span>, <a href="#Page_215">215</a>,
- <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Footnote_460">*296</a>, <a href="#Footnote_535">*335</a>.</li>
-
-<li><i>Madame de Tencin</i>, par Pierre-Maurice <span class="smcap">Masson</span>, <a href="#Footnote_226">*149</a>,
- <a href="#Footnote_245">*160</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Madame Infante</span> (Élisabeth de <span class="smcap">France</span>, Duchesse de Parme, dite), fille de Louis
- XV, <a href="#Page_230">230</a>.</li>
-
-<li><i>Mademoiselle de Belle-Isle</i>, comédie d’Alexandre <span class="smcap">Dumas</span> père, <a href="#Page_XXVI"><em>XXVI</em></a>.</li>
-
-<li><i>Magdebourg</i> (Ville de), <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_341">341</a>, <a href="#Footnote_548">*341</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Mahé de la Bourdonnais</span> (François), gouverneur des îles Bourbon et Maurice, <a href="#Page_263">263</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Mahomet</span>, <a href="#Page_267">267</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Maillebois</span> (Jean-Baptiste-François <span class="smcap">Desmarets</span>, Maréchal de France, Marquis de),
- <a href="#Footnote_486">*307</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Mailly</span> (Louise-Julie de <span class="smcap">Nesle</span>, Comtesse de), <a href="#Page_139">139</a>,
- <a href="#Footnote_215">*139</a>, <a href="#Page_141">141-143</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_147">147</a>,
- <a href="#Page_149">149-151</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Page_158">158</a>,
- <a href="#Page_161">161</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Maine</span> (Louis-Auguste de <span class="smcap">Bourbon</span>, Duc du), légitimé de France,
- <a href="#Page_45">45</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Maine</span> (Anne-Louise-Bénédicte de <span class="smcap">Bourbon</span>, Duchesse du),
- <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_53">53</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Maintenon</span> (Françoise d’<span class="smcap">Aubigné</span>, Marquise de), <a href="#Page_5">5</a>,
- <a href="#Footnote_26">*5</a>, <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Footnote_34">*8</a>, <a href="#Page_9">9</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Maisonrouge</span> (De), lieutenant du Roi à la Bastille, <a href="#Page_57">57</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Maloet</span> (Pierre-Louis), médecin de Mesdames de France, <a href="#Footnote_164">*103</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Malter</span>, danseur de l’Opéra, <a href="#Page_214">214</a>.</li>
-
-<li><i>Mantes</i> (Ville de), <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_23">23</a>.</li>
-
-<li><i>Mantoue</i> (Duché de), <a href="#Footnote_6">*<em>XV</em></a>.</li>
-
-<li><i>Marchiennes</i> (Siège de), <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_21">21</a>.</li>
-
-<li><i>Maréchal de Richelieu</i> (Le), par <span class="smcap">Capefigue</span>, <a href="#Footnote_12">*<em>XX</em></a>,
- <a href="#Footnote_501">*315</a>.</li>
-
-<li><i>Maréchale de Villars et son temps</i> (La), par Charles <span class="smcap">Giraud</span>, <a href="#Footnote_135">*80</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Marie-Antoinette</span>, Archiduchesse d’Autriche, puis Reine de France, <a href="#Footnote_499">*312</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Marie Lesczinska</span> (La Reine), femme de Louis&nbsp;XV, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_136">136</a>,
- <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_195">195</a>,
- <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_209">209</a>, <a href="#Page_210">210</a>,
- <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_262">262</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Marie-Thérèse</span>, Archiduchesse, puis Impératrice d’Autriche, <a href="#Page_92">92</a>,
- <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>, <a href="#Footnote_216">*141</a>, <a href="#Page_160">160</a>,
- <a href="#Footnote_250">*162</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Footnote_270">*174</a>, <a href="#Footnote_350">*231</a>,
- <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_334">334</a>,
- <a href="#Footnote_531">*334</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_381">[p. 381]</span></li>
-
-<li><span class="smcap">Marly</span> (Château de), <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Footnote_26">*5</a>, <a href="#Page_19">19</a>,
- <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_127">127</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Marmontel</span> (Jean-François), littérateur, <a href="#Footnote_5">*<em>XI</em></a>,
- <a href="#Page_250">250</a>, <a href="#Page_251">251</a>.</li>
-
-<li><i>Marmouzets</i> (Conspiration des), <a href="#Page_109">109</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Marquiset</span>, <i>Table alphabétique de Mémoires</i>, etc., <a href="#Footnote_10">*<em>XIX</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Mars</span> (Le Dieu), <a href="#Page_86">86</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Marsan</span> (Comtesse de), née <span class="smcap">Soubise</span>, <a href="#Page_278">278</a>.</li>
-
-<li><i>Marseille</i> (Ville de), <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_299">299</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Martin</span> (Henri), historien, <a href="#Page_105">105</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Mary-Lafon</span>, littérateur, <a href="#Page_XXIV"><em>XXIV</em></a>, <a href="#Footnote_16">*<em>XXIV</em></a>.</li>
-
-<li><i>Masque de Fer</i> (Le), <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Masson</span> (Frédéric), de l’Académie française, historien, <a href="#Footnote_504">*318</a>,
- <a href="#Footnote_516">*325</a>, <a href="#Footnote_549">*342</a>, <a href="#Footnote_556">*346</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Masson</span> (Pierre-Maurice), littérateur, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Footnote_273">*176</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Mattioli</span> (Comte), agent du Duc de <span class="smcap">Mantoue</span>,
- <a href="#Footnote_6">*<em>XV</em></a>.</li>
-
-<li><i>Maupin</i> (La), par <span class="smcap">Le Tainturier-Fradin</span>, <a href="#Footnote_145">*85</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Maupin</span> (M<sup>lle</sup> de), actrice de l’Opéra, <a href="#Page_79">79</a>, <a href="#Page_84">84</a>,
- <a href="#Page_85">85</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Maurepas</span> (Jean-Frédéric <span class="smcap">Phélypeaux</span>, Comte de), Secrétaire d’État et Ministre
- à divers départements, <a href="#Page_XIII"><em>XIII</em></a>, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_138">138</a>, <a href="#Page_146">146</a>,
- <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Footnote_239">*154</a>, <a href="#Page_155">155</a>,
- <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Footnote_243">*159</a>, <a href="#Page_160">160</a>,
- <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_178">178</a>,
- <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Footnote_276">*179</a>, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_189">189</a>,
- <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Footnote_292">*192</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_194">194</a>,
- <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Footnote_297">*197</a>, <a href="#Page_211">211-214</a>, <a href="#Page_217">217</a>,
- <a href="#Page_218">218</a>, <a href="#Page_221">221</a>, <a href="#Footnote_342">*221</a>, <a href="#Page_255">255</a>,
- <a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_258">258</a>, <a href="#Footnote_401">*258</a>, <a href="#Page_259">259</a>,
- <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_286">286</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Maurepas</span> (Marie-Jeanne <span class="smcap">Phélypeaux de la Vrillière</span>, Comtesse de),
- <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_163">163</a>.</li>
-
-<li><i>Maurice, Comte de Saxe et Marie-Josèphe de Saxe</i>, par le Comte <span class="smcap">Vitzthum</span> d’<span
- class="smcap">Eckstaedt</span>, <a href="#Footnote_343">*222</a>, <a href="#Footnote_348">*230</a>.</li>
-
-<li><i>Maurice de Saxe et le Marquis d’Argenson</i>, par le Duc de <span class="smcap">Broglie</span>, <a href="#Footnote_256">*166</a>,
- <a href="#Footnote_257">*167</a>, <a href="#Footnote_343">*222</a>, <a href="#Footnote_345">*225</a>, <a href="#Footnote_348">*229</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Mazarin</span> (Le Cardinal), <a href="#Footnote_6">*<em>XV</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Mazarin</span> (Françoise de <span class="smcap">Mailly</span>, Duchesse de), <a href="#Page_146">146</a>,
- <a href="#Page_147">147</a>.</li>
-
-<li><i>Méditerranée</i> (Côtes de la), <a href="#Page_287">287</a>, <a href="#Page_293">293</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Melun</span> (Duc de), Prince d’<span class="smcap">Espinoy</span> ou d’<span class="smcap">Épinoy</span>,
- <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_79">79</a>, <a href="#Page_87">87</a>, <a href="#Page_261">261</a>.</li>
-
-<li><i>Mélanges historiques, politiques et satiriques de</i> <span class="smcap">Boisjourdain</span>, <a href="#Footnote_65">*34</a>,
- <a href="#Footnote_110">*63</a>, <a href="#Footnote_174">*110</a>, <a href="#Footnote_186">*119</a>, <a href="#Footnote_284">*188</a>,
- <a href="#Footnote_379">*244</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires authentiques du Maréchal de Richelieu</i> (inédits), <a href="#Page_XXVIII"><em>XXVIII</em></a>, <a href="#Footnote_31">*7</a>,
- <a href="#Footnote_41">*12</a>, <a href="#Footnote_154">*93</a>, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Footnote_220">*144</a>,
- <a href="#Footnote_223">*146</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Footnote_225">*149</a>, <a href="#Footnote_229">*151</a>,
- <a href="#Footnote_239">*155</a>, <a href="#Footnote_271">*175</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Footnote_278">*182</a>,
- <a href="#Footnote_281">*184</a>, <a href="#Footnote_283">*187</a>, <a href="#Footnote_289">*190</a>, <a href="#Footnote_291">*191</a>,
- <a href="#Footnote_292">*192</a>, <a href="#Footnote_317">*205</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Footnote_352">*232</a>,
- <a href="#Footnote_368">*237</a>, <a href="#Footnote_401">*258</a>, <a href="#Footnote_447">*287</a>, <a href="#Footnote_451">*291</a>,
- <a href="#Footnote_469">*299</a>, <a href="#Footnote_479">*301</a>, <a href="#Footnote_486">*306</a>,
- <a href="#Footnote_512">*323</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires de Besenval</i>, <a href="#Footnote_67">*36</a>, <a href="#Footnote_69">*39</a>, <a href="#Footnote_70">*40</a>,
- <a href="#Footnote_105">*60</a>, <a href="#Footnote_108">*62</a>, <a href="#Footnote_271">*175</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires de Casanova de Seingalt</i>, <a href="#Page_282">282</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires de Frédéric II</i> (édition <span class="smcap">Boutaric</span> et <span class="smcap">Campardon</span>),
- <a href="#Footnote_274">*178</a>, <a href="#Footnote_529">*332</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires de la Duchesse de Brancas</i> (édition <span class="smcap">L. Lacour</span>), <a href="#Footnote_215">*139</a>,
- <a href="#Footnote_221">*145</a>, <a href="#Footnote_222">*146</a>, <a href="#Page_150">150</a>,
- <a href="#Footnote_229">*151</a>, <a href="#Footnote_238">*154</a>, <a href="#Footnote_288">*190</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires de Madame du <span class="pagenum" id="Page_382">[p. 382]</span> Hausset</i> (édition <span class="smcap">Barrière</span>),
- <a href="#Footnote_450">*290</a>, <a href="#Footnote_471">*300</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires de Madame du Hausset</i> (édition <span class="smcap">Baudouin</span>), <a href="#Footnote_481">*303</a>,
- <a href="#Footnote_492">*310</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires de M<sup>lle</sup> de Launay, Baronne de Staal</i> (édition de <span class="smcap">Lescure</span>), <a href="#Page_53">53</a>,
- <a href="#Footnote_92">*53</a>, <a href="#Footnote_99">*57</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires de Marmontel</i> (édition <span class="smcap">M. Tourneux</span>), <a href="#Footnote_386">*250</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires de Napoléon à Sainte-Hélène</i> (édition de <span class="smcap">Montholon</span>), <a href="#Footnote_505">*318</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires de Thiébault</i> (édition <span class="smcap">Barrière</span>), <a href="#Footnote_548">*341</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires du Comte de Maurepas</i>, <a href="#Footnote_98">*56</a>, <a href="#Footnote_110">*63</a>, <a href="#Footnote_140">*82</a>,
- <a href="#Footnote_152">*90</a>, <a href="#Footnote_195">*126</a>, <a href="#Footnote_211">*137</a>, <a href="#Footnote_274">*178</a>,
- <a href="#Footnote_283">*187</a>, <a href="#Footnote_286">*189</a>, <a href="#Footnote_400">*257</a>, <a href="#Footnote_403">*259</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires du Duc de Saint-Simon</i> (édition de <span class="smcap"><ins id="cor_19" title="Boilisle">Boislisle</ins></span> et
- <span class="smcap">Lecestre</span>), <a href="#Footnote_5">*<em>XI</em></a>, <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>,
- <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_7">7</a>, <a href="#Footnote_503">*317</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires du Maréchal de Richelieu</i> (édition <span class="smcap">Barrière</span>), <a href="#Page_XIX"><em>XIX</em></a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>, par <span class="smcap">Soulavie</span>, <a href="#Page_IX"><em>IX</em></a>, <a href="#Footnote_4">*<em>X</em></a>,
- <a href="#Page_XIII"><em>XIII</em></a>, <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Footnote_9">*<em>XVIII</em></a>, <a href="#Footnote_75">*46</a>,
- <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Footnote_161">*101</a>, <a href="#Footnote_273">*176</a>,
- <a href="#Page_187">187</a>, <a href="#Footnote_293">*193</a>, <a href="#Footnote_297">*197</a>, <a href="#Footnote_342">*221</a>,
- <a href="#Footnote_450">*290</a>, <a href="#Footnote_485">*306</a>, <a href="#Footnote_488">*309</a>, <a href="#Footnote_493">*310</a>,
- <a href="#Footnote_516">*325</a>, <a href="#Footnote_525">*328</a>, <a href="#Footnote_531">*334</a>,
- <a href="#Footnote_534">*335</a>, <a href="#Footnote_539">*337</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires du Maréchal de Villars</i> (édition Marquis de <span class="smcap">Vogué</span>), <a href="#Page_20">20</a>,
- <a href="#Footnote_49">*21</a>, <a href="#Footnote_76">*46</a>, <a href="#Footnote_88">*52</a>, <a href="#Footnote_93">*54</a>,
- <a href="#Footnote_104">*60</a>, <a href="#Footnote_146">*86</a>, <a href="#Footnote_151">*90</a>, <a href="#Footnote_160">*99</a>,
- <a href="#Footnote_168">*105</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires du Marquis d’Argenson</i> (édition <span class="smcap">Rathery</span>), <a href="#Footnote_84">*52</a>,
- <a href="#Footnote_213">*138</a>, <a href="#Footnote_214">*139</a>, <a href="#Footnote_217">*142</a>, <a href="#Footnote_219">*143</a>,
- <a href="#Footnote_223">*147</a>, <a href="#Footnote_230">*151</a>, <a href="#Footnote_232">*152</a>,
- <a href="#Footnote_235">*153</a>, <a href="#Footnote_246">*161</a>, <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Footnote_258">*167</a>,
- <a href="#Footnote_279">*183</a>, <a href="#Footnote_359">*234</a>, <a href="#Footnote_365">*236</a>, <a href="#Footnote_368">*237</a>,
- <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Footnote_370">*238</a>, <a href="#Footnote_371">*239</a>, <a href="#Footnote_384">*250</a>,
- <a href="#Footnote_392">*252</a>, <a href="#Footnote_402">*259</a>, <a href="#Footnote_405">*260</a>, <a href="#Footnote_408">*264</a>,
- <a href="#Footnote_410">*265</a>, <a href="#Footnote_416">*272</a>, <a href="#Footnote_431">*280</a>,
- <a href="#Footnote_434">*281</a>, <a href="#Footnote_438">*282</a>, <a href="#Footnote_439">*283</a>, <a href="#Footnote_443">*285</a>,
- <a href="#Footnote_446">*286</a>, <a href="#Footnote_448">*287</a>, <a href="#Footnote_450">*290</a>,
- <a href="#Footnote_460">*296</a>, <a href="#Footnote_482">*303</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires du Marquis de Sourches</i>, <a href="#Footnote_29">*7</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires du Président Hénault</i> (édition <span class="smcap">Rousseau</span>), <a href="#Page_80">80</a>,
- <a href="#Footnote_136">*80</a>, <a href="#Page_107">107</a>, <a href="#Footnote_172">*107</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires du Prince de Ligne</i>, <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Footnote_158">*97</a>, <a href="#Page_103">103</a>,
- <a href="#Footnote_164">*103</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires du Prince de Montbarey</i>, <a href="#Footnote_373">*240</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires et Correspondance de Favart</i> (édition <span class="smcap">Favart</span> et <span class="smcap">Dumolard</span>),
- <a href="#Footnote_413">*270</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires et Journal du Marquis d’Argenson</i> (édition elzévirienne), <a href="#Footnote_560">*351</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires et lettres du Cardinal de Bernis</i> (édition <span class="smcap">Frédéric Masson</span>), <a href="#Footnote_459">*295</a>,
- <a href="#Footnote_461">*296</a>, <a href="#Footnote_469">*299</a>, <a href="#Footnote_483">*305</a>,
- <a href="#Footnote_490">*309</a>, <a href="#Footnote_504">*318</a>, <a href="#Footnote_509">*321</a>, <a href="#Footnote_512">*323</a>,
- <a href="#Footnote_513">*324</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Footnote_515">*325</a>, <a href="#Footnote_518">*326</a>,
- <a href="#Footnote_530">*333</a>, <a href="#Footnote_537">*336</a>, <a href="#Footnote_544">*339</a>, <a href="#Footnote_546">*340</a>,
- <a href="#Footnote_549">*343</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires historiques et anecdotes</i>, etc., par <span class="smcap">Soulavie</span>, <a href="#Footnote_487">*308</a>,
- <a href="#Footnote_488">*309</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires historiques et authentiques sur la Bastille</i>, par <span class="smcap">Carra</span>, <a href="#Footnote_34">*8</a>,
- <a href="#Footnote_58">*29</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires</i> ou <i>Journal du Duc de Luynes</i> (édition <span class="smcap">Dussieux</span> et <span class="smcap">E. Soulié</span>),
- <a href="#Footnote_190">*122</a>, <a href="#Footnote_196">*127</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Footnote_203">*130</a>,
- <a href="#Footnote_223">*146</a>, <a href="#Footnote_231">*151</a>, <a href="#Footnote_232">*152</a>, <a href="#Footnote_233">*153</a>,
- <a href="#Footnote_239">*154</a>, <a href="#Footnote_240">*155</a>, <a href="#Footnote_242">*157</a>,
- <a href="#Footnote_259">*168</a>, <a href="#Footnote_267">*172</a>, <a href="#Footnote_283">*187</a>, <a href="#Footnote_301">*198</a>,
- <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Footnote_303">*199</a>, <a href="#Footnote_306">*200</a>, <a href="#Footnote_309">*201</a>,
- <a href="#Page_207">207</a>,
- <span class="pagenum" id="Page_383">[p. 383]</span> <a href="#Footnote_319">*207</a>, <a href="#Footnote_320">*208</a>, <a href="#Footnote_321">*209</a>,
- <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Footnote_322">*210</a>, <a href="#Footnote_324">*211</a>, <a href="#Footnote_330">*215</a>,
- <a href="#Footnote_332">*217</a>, <a href="#Footnote_337">*218</a>, <a href="#Footnote_342">*221</a>, <a href="#Footnote_360">*235</a>,
- <a href="#Footnote_363">*236</a>, <a href="#Footnote_378">*243</a>, <a href="#Footnote_398">*257</a>, <a href="#Page_258">258</a>,
- <a href="#Footnote_401">*258</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Footnote_407">*260</a>, <a href="#Footnote_414">*271</a>,
- <a href="#Footnote_415">*272</a>, <a href="#Footnote_420">*273</a>, <a href="#Footnote_421">*274</a>, <a href="#Footnote_422">*275</a>,
- <a href="#Footnote_427">*278</a>, <a href="#Footnote_435">*281</a>, <a href="#Footnote_446">*286</a>,
- <a href="#Footnote_447">*287</a>, <a href="#Footnote_453">*294</a>, <a href="#Footnote_457">*295</a>, <a href="#Footnote_462">*296</a>,
- <a href="#Footnote_464">*297</a>, <a href="#Footnote_479">*301</a>, <a href="#Footnote_517">*325</a>, <a href="#Page_338">338</a>,
- <a href="#Footnote_542">*339</a>, <a href="#Footnote_546">*340</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires</i> ou <i>Journal du Marquis de Dangeau</i> (édition <span class="smcap">Dussieux</span> et <span class="smcap">E. Soulié</span>),
- <a href="#Footnote_24">*4</a>, <a href="#Footnote_27">*6</a>, <a href="#Footnote_30">*7</a>, <a href="#Footnote_51">*22</a>,
- <a href="#Footnote_54">*25</a>, <a href="#Footnote_57">*29</a>, <a href="#Footnote_60">*30</a>, <a href="#Footnote_61">*32</a>,
- <a href="#Footnote_77">*47</a>, <a href="#Footnote_84">*51</a>, <a href="#Footnote_88">*52</a>, <a href="#Footnote_100">*57</a>,
- <a href="#Footnote_107">*61</a>, <a href="#Footnote_115">*66</a>, <a href="#Footnote_121">*69</a>, <a href="#Page_112">112</a>,
- <a href="#Footnote_176">*112</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires pour servir à l’histoire de France</i>, <a href="#Footnote_79">*48</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_71">71</a>,
- <a href="#Footnote_125">*71</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires pour servir à l’histoire de la Calote</i>, <a href="#Footnote_379">*244</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires secrets de Duclos</i>, <a href="#Footnote_57">*29</a>, <a href="#Footnote_127">*73</a>, <a href="#Footnote_254">*165</a>,
- <a href="#Footnote_340">*220</a>, <a href="#Footnote_498">*312</a>, <a href="#Footnote_537">*336</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires secrets</i>, dits de <i>Bachaumont</i>, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la Perse</i>, <a href="#Page_172">172</a>.</li>
-
-<li><i>Mémoires sur la vie de Marie-Antoinette</i>, par M<sup>me</sup> <span class="smcap">Campan</span>, née <span class="smcap">Genet</span>,
- <a href="#Footnote_9">*<em>XVIII</em></a>.</li>
-
-<li><i>Menin</i> (Ville de), <a href="#Page_178">178</a>.</li>
-
-<li><i>Mercure de France</i> (Le), périodique du <em>XVIII<sup>e</sup></em> siècle, <a href="#Footnote_130">*76</a>,
- <a href="#Footnote_134">*77</a>.</li>
-
-<li><i>Metz</i> (Ville de), <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_184">184</a>,
- <a href="#Page_187">187-190</a>, <a href="#Footnote_291">*191</a>, <a href="#Footnote_292">*192</a>, <a href="#Page_193">193</a>,
- <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_308">308</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Meuse</span> (Henri de <span class="smcap">Choiseul</span>, Marquis de), <a href="#Footnote_225">*149</a>,
- <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_159">159</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Meusnier</span>, inspecteur de police, <a href="#Footnote_412">*270</a>, <a href="#Footnote_496">*311</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Michelin</span>, miroitier, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_26">26</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Michelin</span> (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_XXIII"><em>XXIII</em></a>, <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_22">22</a>,
- <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Footnote_65">*34</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Mimi Dancourt</span>, actrice, fille de l’auteur-acteur, <a href="#Page_241">241</a>.</li>
-
-<li><i>Minorque</i> (Ile de), <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_296">296</a>,
- <a href="#Footnote_465">*297</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Footnote_491">*309</a>, <a href="#Page_310">310</a>,
- <a href="#Footnote_500">*313</a>, <a href="#Page_348">348</a>.</li>
-
-<li><i>Minorquin</i> (Le), surnom donné à Richelieu, par M<sup>me</sup> de Pompadour, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_299">299</a>,
- <a href="#Page_303">303</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Mirabaud</span> (Jean-Baptiste de), de l’Académie française, <a href="#Page_276">276</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Mirabeau</span> (Chevalier, puis Bailli de), <a href="#Page_343">343</a>, <a href="#Footnote_550">*343</a>,
- <a href="#Page_344">344</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Mirepoix</span> (Charles-Pierre-Gaston-François de <span class="smcap">Lévis</span>, Maréchal de France, Marquis,
- puis Duc de), <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Page_287">287</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Modène</span> (Renaud, Duc de), <a href="#Page_60">60</a>.</li>
-
-<li><i>Modène</i> (Ville de), <a href="#Footnote_107">*61</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Footnote_127">*73</a>.</li>
-
-<li><i>Moliériste</i> (Le), revue, <a href="#Page_298">298</a>.</li>
-
-<li><i>Momus fabuliste</i>, comédie, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Footnote_109">*62</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Monaco</span> (Mademoiselle de), <a href="#Page_112">112</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Monaco</span> (Prince de), <a href="#Footnote_176">*112</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Moncerveaux</span>, chirurgien d’Alsace, <a href="#Footnote_283">*187</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Monconseil</span> (Louis-Étienne-Antoine <span class="smcap">Guinot</span>, Marquis de), <a href="#Page_40">40</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Monconseil</span> (Cécile-Thérèse <span class="smcap">Rioult</span> de <span class="smcap">Cursay</span>, Marquise
- de), <a href="#Page_XIX"><em>XIX</em></a>, <a href="#Footnote_53">*23</a>, <a href="#Footnote_241">*156</a>, <a href="#Footnote_296">*195</a>.</li>
-
-<li><i>Mondain</i> (Le), satire de <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Page_262">262</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_384">[p. 384]</span></li>
-
-<li><i>Monde médical au</i> <em>XVIII<sup>e</sup></em> <i>siècle</i> (Le), par le docteur <span class="smcap">Delaunay</span>,
- <a href="#Footnote_283">*187</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Montaiglon</span> (Anatole de <span class="smcap">Courde</span> de), archiviste-paléographe,
- <a href="#Page_233">233</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Montazet</span> (Antoine de <span class="smcap">Malvin</span> de), évêque d’Autun, puis archevêque de Lyon,
- <a href="#Page_273">273</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Montboissier</span> (Papiers), <a href="#Footnote_502">*316</a>, <a href="#Footnote_520">*327</a>,
- <a href="#Footnote_522">*328</a>, <a href="#Footnote_525">*329</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Montcavrel</span> (Diane Adélaïde de <span class="smcap">Mailly</span>, Demoiselle de), puis Duchesse de
- <span class="smcap">Lauraguais</span>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_163">163</a>,
- <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_228">228</a>,
- <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_328">328</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Montespan</span> (Françoise-Athénaïs de <span class="smcap">Rochechouart</span>, Marquise de),
- <a href="#Page_33">33</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Montesquieu</span> (Le Président Charles de <span class="smcap">Secondat</span>, Baron de la <span
- class="smcap">Brède</span> et de), <a href="#Page_275">275</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Montigny</span> (Étienne-Mignol de), trésorier de France, de l’Académie des Sciences, <a href="#Page_312">312</a>.</li>
-
-<li><i>Montjeu</i> (Chapelle de), <a href="#Page_113">113</a>.</li>
-
-<li><i>Montpellier</i> (Ville de), <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_121">121</a>,
- <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Footnote_195">*126</a>, <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Page_195">195</a>,
- <a href="#Page_267">267</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Monval</span>, littérateur, <a href="#Page_XXII"><em>XXII</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Monvel</span> (J. <span class="smcap">Boutet</span> de), auteur-acteur, <a href="#Page_XXIII"><em>XXIII</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Morosini</span> (De), Ambassadeur de Venise, <a href="#Page_282">282</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Morville</span> (Charles-Jean-Baptiste <span class="smcap">Fleuriau</span>, Comte de), Secrétaire d’État aux
- Affaires étrangères, <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Footnote_165">*104</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Moufle d’Angerville</span>, littérateur, <a href="#Page_338">338</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Mouhy</span> (Charles de <span class="smcap">Fieux</span>, Chevalier de), romancier, nouvelliste et policier,
- <a href="#Footnote_242">*157</a>, <a href="#Footnote_297">*197</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Moulin</span> (Du), médecin, <a href="#Page_187">187</a>.</li>
-
-<li><i>Mousquetaires au couvent</i> (Les), comédie et opéra-comique, <a href="#Page_42">42</a>.</li>
-
-<li><i>Muette</i> (Château de la), <a href="#Page_256">256</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Murphy</span> (Marie-Louise), dite la petite Morfi, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_288">288</a>,
- <a href="#Page_289">289</a>.</li>
-
-<li><i>Muses rivales</i> (Les), opéra de <span class="smcap">J.-J. Rousseau</span>, <a href="#Page_241">241</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_n">N</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><span class="smcap">Nangis</span> (Louis-Armand de <span class="smcap">Brichanteau</span>, Marquis de), Maréchal de France,
- <a href="#Page_25">25</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Napoléon I<sup>er</sup></span>, <a href="#Footnote_166">*104</a>, <a href="#Footnote_316">*205</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Nati</span>, critique d’art, <a href="#Page_233">233</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Navarre</span> (La Princesse de), <a href="#Page_170">170</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Nesle</span> (Les demoiselles de), <a href="#Page_141">141-143</a>, <a href="#Page_146">146</a>,
- <a href="#Page_155">155</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Nesle</span> (Louis III, Marquis de), <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_198">198</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Nesle</span> (Félicité-Armande <span class="smcap">La Porte-Mazarin</span>, Marquise de),
- <a href="#Page_79">79</a>, <a href="#Page_86">86</a>.</li>
-
-<li><i>Neuchâtel-en-Suisse</i> (Principauté de), <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_344">344</a>, <a href="#Footnote_551">*344</a>,
- <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Page_346">346</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Newied</span> (Comte de), <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_343">343</a>,
- <a href="#Footnote_549">*343</a>, <a href="#Page_345">345</a>.</li>
-
-<li><i>Nîmes</i> (Consistoire de), <a href="#Page_284">284</a>.</li>
-
-<li><i>Nîmes</i> (Ville de), <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_285">285</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Noailles</span> (Le Cardinal Louis-Antoine de), Archevêque de Paris, <a href="#Page_7">7</a>,
- <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_74">74</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_385">[p. 385]</span></li>
-
-<li><span class="smcap">Noailles</span> (Adrien-Maurice, Duc de), Maréchal de France, <a href="#Page_141">141</a>,
- <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Footnote_249">*162</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_175">175</a>,
- <a href="#Page_180">180-182</a>, <a href="#Footnote_283">*187</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Footnote_286">*189</a>,
- <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_205">205</a>, <a href="#Page_231">231</a>,
- <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_309">309</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Noailles</span> (Marquis de), <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_6">6</a>.</li>
-
-<li><i>Normandie</i> (Province de), <a href="#Page_166">166</a>.</li>
-
-<li><i>Notre-Dame de Versailles</i> (Église de), <a href="#Page_1">1</a>.</li>
-
-<li><i>Nouveaux Mémoires du Maréchal de Richelieu</i>, par de <span class="smcap">Lescure</span>, <a href="#Footnote_11">*<em>XIX</em></a>,
- <a href="#Footnote_71">*40</a>.</li>
-
-<li><i>Nouvelle Revue rétrospective</i> (édition Paul <span class="smcap">Cottin</span>), <a href="#Footnote_496">*311</a>.</li>
-
-<li><i>Nouvelles de Paris</i> (édition E. de <span class="smcap">Barthélemy</span>), <a href="#Footnote_186">*119</a>,
- <a href="#Footnote_188">*121</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_o">O</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><i>Ode à Priape</i> (L’), par <span class="smcap">Piron</span>, <a href="#Page_275">275</a>.</li>
-
-<li><i>Odéon</i> (Théâtre de l’), <a href="#Footnote_14">*<em>XXII</em></a>.</li>
-
-<li><i>Œuvres de</i> <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Footnote_255">*166</a>, <a href="#Footnote_261">*169</a>.</li>
-
-<li><i>Œuvres inédites de</i> <span class="smcap">Piron</span>, (édition <span class="smcap">H. Bonhomme</span>),
- <a href="#Footnote_193">*124</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Ogier</span> (Jean-François), Ambassadeur de France à la Cour de Danemark, <a href="#Page_320">320</a>.</li>
-
-<li><i>Oldenbourg</i>, capitale du duché du même nom, <a href="#Page_313">313</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Olivet</span> (Joseph <span class="smcap">Thoulier</span>, Abbé d’), de l’Académie française,
- <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_274">274-276</a>.</li>
-
-<li><i>Oloron-en-Béarn</i> (Ville d’), <a href="#Footnote_129">*76</a>.</li>
-
-<li><i>Opéra</i> (Bals et Théâtre de l’), <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Footnote_59">*30</a>, <a href="#Page_40">40</a>,
- <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Page_214">214</a>, <a href="#Page_227">227</a>,
- <a href="#Page_236">236</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_270">270</a>,
- <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Footnote_456">*294</a>.</li>
-
-<li><i>Opéra-Comique</i> (L’) du théâtre forain, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Footnote_414">*271</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Ophélie</span>, <a href="#Page_146">146</a>.</li>
-
-<li><i>Ordre du Saint-Esprit</i> (L’), <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_86">86</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Orléans</span> (Marguerite-Louise d’), Grande-Duchesse de <span class="smcap">Toscane</span>, nièce de Louis&nbsp;XIII,
- <a href="#Page_68">68</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Orléans</span> (Philippe, Duc d’), Régent de France, <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>,
- <a href="#Footnote_6">*<em>XV</em></a>, <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Footnote_55">*25</a>,
- <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_29">29-31</a>, <a href="#Page_40">40</a>, <a href="#Page_42">42</a>,
- <a href="#Page_44">44-46</a>, <a href="#Footnote_77">*47</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_50">50</a>,
- <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_57">57-60</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>, <a href="#Page_63">63</a>,
- <a href="#Footnote_112">*63</a>, <a href="#Page_64">64</a>, <a href="#Footnote_112">*64</a>, <a href="#Page_65">65</a>,
- <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Footnote_116">*66</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_79">79</a>,
- <a href="#Page_81">81</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_84">84</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_89">89</a>,
- <a href="#Page_100">100</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_142">142</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Orléans</span> (Françoise de <span class="smcap">Bourbon</span>, Duchesse d’), femme du Régent,
- <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_39">39</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Orléans</span> (Élisabeth-Charlotte de <span class="smcap">Bavière</span>, Duchesse d’), mère du Régent,
- <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, <a href="#Page_36">36-38</a>, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Footnote_72">*42</a>,
- <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_54">54-59</a>, <a href="#Page_63">63</a>,
- <a href="#Page_64">64</a>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_79">79</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Orléans</span> (Mademoiselle d’), Abbesse de Chelles, fille du Régent, <a href="#Page_82">82</a>.</li>
-
-<li><i>Ormes</i> (Les), château du Comte d’Argenson, <a href="#Page_306">306</a>.</li>
-
-<li><i>Ostende</i> (Ville d’), <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_105">105</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_p">P</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><i>Palais de Justice</i> (Le), <a href="#Page_129">129</a>, <a href="#Page_308">308</a>.</li>
-
-<li><i>Palais-Royal</i> (Le), <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_39">39</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_123">123</a>,
- <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_129">129</a>, <a href="#Page_278">278</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Palluat du Besset</span>, littérateur, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Footnote_553">*345</a>.</li>
-
-<li><i>Panégyrique de Louis&nbsp;XV</i> (Le), par <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Page_272">272</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_386">[p. 386]</span></li>
-
-<li><span class="smcap">Papillon de la Ferté</span> (Denis-Pierre-Jean), Intendant des Menus, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Parabère</span> (Marie-Madeleine de la <span class="smcap">Vieuville</span>, Comtesse de),
- <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_173">173</a>.</li>
-
-<li><i>Paris, Versailles et les provinces</i>, par <span class="smcap">Dugas</span> de <span class="smcap">Bois-Saint-Just</span>,
- <a href="#Footnote_456">*294</a>, <a href="#Footnote_463">*297</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Paris</span> (Les frères), financiers et banquiers de la Cour, <a href="#Page_238">238</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Paris-Duverney</span>, Conseiller d’État, fournisseur des Armées, <a href="#Page_309">309</a>,
- <a href="#Footnote_491">*309</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Footnote_492">*310</a>, <a href="#Page_312">312</a>,
- <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_336">336</a>.</li>
-
-<li><i>Parlement de Bordeaux</i> (Le), <a href="#Page_349">349</a>.</li>
-
-<li><i>Parlement de Paris</i> (Le), <a href="#Page_1">1</a>, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_31">31</a>,
- <a href="#Footnote_61">*32</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_89">89</a>, <a href="#Page_93">93</a>,
- <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_308">308</a>.</li>
-
-<li><i>Parlement de Toulouse</i> (Le), <a href="#Page_127">127</a>.</li>
-
-<li><i>Passy</i> (Village de), <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_245">245</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Paul-Émile</span>, <a href="#Page_171">171</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Paulmy</span> (Antoine-René d’<span class="smcap">Argenson</span>, Marquis de), Secrétaire d’État au Ministère de
- la Guerre, <a href="#Page_339">339</a>.</li>
-
-<li><i>Pavillon du Hanovre</i> (Le), <a href="#Page_340">340</a>, <a href="#Footnote_547">*340</a>.</li>
-
-<li><i>Pays-Bas</i> (Royaume des), <a href="#Page_230">230</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Pecquet</span>, premier Commis aux Affaires étrangères, <a href="#Footnote_268">*173</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Penterrieder</span> (Baron de), Envoyé d’Autriche à la Cour de France, <a href="#Footnote_186">*119</a>.</li>
-
-<li><i>Petites maisons</i> (Les), par G. <span class="smcap">Capon</span>, <a href="#Page_138">138</a>.</li>
-
-<li><i>Perpignan</i> (Ville de), <a href="#Page_49">49</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Persée</span>, <a href="#Page_171">171</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Pérusseau</span> (Le Père), Jésuite, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_186">186</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Philippe</span> (L’Infant Don), <a href="#Page_200">200</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Philippe V</span>, Roi d’Espagne, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_50">50</a>,
- <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_97">97</a>,
- <a href="#Page_182">182</a>.</li>
-
-<li><i>Philisbourg</i> (Siège de), <a href="#Page_114">114</a>.</li>
-
-<li><i>Philosophe chrétien</i> (Le), par le Roi Stanislas <span class="smcap">Lesczinski</span>, <a href="#Page_262">262</a>.</li>
-
-<li><i>Picardie</i> (Province de), <a href="#Page_166">166</a>.</li>
-
-<li><i>Pièces inédites sur les règnes de Louis&nbsp;XIV et de Louis&nbsp;XV</i> (éditées par <span class="smcap">Soulavie</span>),
- <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Footnote_171">*107</a>.</li>
-
-<li><i>Pièces manuscrites de</i> ou <i>sur</i> <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Footnote_375">*242</a>.</li>
-
-<li><i>Piémont</i> (Le) et <i>Piémontais</i> (Les), <a href="#Page_231">231</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Piémont</span> (Charles-Emmanuel III, Prince de) puis Roi de Sardaigne, <a href="#Page_60">60</a>,
- <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_191">191</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Pinsonneau</span>, employé au Ministère de la Guerre, <a href="#Page_46">46</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Piron</span> (Alexis), poète et auteur dramatique, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_266">266</a>,
- <a href="#Page_275">275</a>.</li>
-
-<li><i>Place-Royale</i> (La), <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Footnote_117">*68</a>,
- <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_277">277</a>,
- <a href="#Page_281">281</a>.</li>
-
-<li><i>Platée</i>, ballet-comique de <span class="smcap">Rameau</span>, <a href="#Page_199">199</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Plocques</span>, bibliothécaire du Maréchal de <span class="smcap">Richelieu</span>, <a href="#Page_XI"><em>XI</em></a>.</li>
-
-<li><i>Poitou</i> (Province du), <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Footnote_116">*66</a>, <a href="#Page_70">70</a>,
- <a href="#Page_75">75</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Polignac</span> (Le Cardinal Melchior de), diplomate, <a href="#Footnote_8">*<em>XVIII</em></a>,
- <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Page_106">106</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Polignac</span> (Marquise de), <a href="#Page_79">79</a>, <a href="#Page_86">86</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_387">[p. 387]</span></li>
-
-<li><i>Pologne</i> (Royaume de), <a href="#Page_110">110</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Pompadour</span> (Antoinette <span class="smcap">Poisson</span>, dame d’<span class="smcap">Etioles</span>,
- Marquise de), <a href="#Footnote_5">*<em>XI</em></a>, <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>, <a href="#Footnote_227">*150</a>,
- <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Footnote_319">*207</a>, <a href="#Page_210">210</a>,
- <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_220">220-222</a>, <a href="#Page_231">231</a>,
- <a href="#Page_234">234-237</a>, <a href="#Footnote_368">*237</a>, <a href="#Page_238">238-240</a>, <a href="#Page_249">249</a>,
- <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Footnote_396">*254</a>, <a href="#Page_255">255-259</a>,
- <a href="#Page_260">260-265</a>, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_273">273-275</a>, <a href="#Page_277">277</a>,
- <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_287">287-291</a>, <a href="#Footnote_452">*292</a>,
- <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_300">300</a>,
- <a href="#Page_302">302-305</a>, <a href="#Footnote_483">*305</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Footnote_485">*306</a>,
- <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_308">308-311</a>, <a href="#Footnote_496">*311</a>, <a href="#Page_312">312</a>,
- <a href="#Footnote_498">*312</a>, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Footnote_511">*322</a>, <a href="#Page_323">323</a>,
- <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_333">333-335</a>, <a href="#Page_342">342-347</a>,
- <a href="#Footnote_552">*344</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Pomponne</span> (Abbé de), Conseiller d’État d’Église, <a href="#Page_2">2</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Poncet de la Rivière</span> (Matthias), Évêque de Troyes, <a href="#Page_273">273</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Pons</span> (Charles-Louis de <span class="smcap">Lorraine</span>, Prince de), <a href="#Page_114">114</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Pontchartrain</span> (Jérôme <span class="smcap">Phélypeaux</span>, Comte de), Ministre de la Maison du Roi,
- <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Footnote_40">*11</a>, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_17">17</a>.</li>
-
-<li><i>Pontoise</i> (Ville de), <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_308">308</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Porel</span>, acteur, directeur de théâtre, <a href="#Footnote_14">*<em>XXII</em></a>.</li>
-
-<li><i>Port-Mahon</i> et <i>Fort-Mahon</i> (île de Minorque), <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_301">301</a>.</li>
-
-<li><i>Pragmatique-Sanction</i> (La), <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>, <a href="#Footnote_216">*141</a>.</li>
-
-<li><i>Précis du siècle de Louis&nbsp;XV</i>, par <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Footnote_315">*205</a>.</li>
-
-<li><i>Préjugé à la mode</i> (Le), comédie par <span class="smcap">La Chaussée</span>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_261">261</a>.</li>
-
-<li><i>Premières armes de Richelieu</i> (Les), comédie, <a href="#Page_XXIV"><em>XXIV</em></a>, <a href="#Footnote_15">*<em>XXIV</em></a>.</li>
-
-<li><i>Premiers lundis</i>, par <span class="smcap">Sainte-Beuve</span>, <a href="#Footnote_548">*341</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Prie</span> (Jeanne-Agnès de <span class="smcap">Berthelot</span>, Marquise de), <a href="#Page_84">84</a>,
- <a href="#Page_89">89</a>.</li>
-
-<li><i>Princesse de Navarre</i> (La), comédie-lyrique de <span class="smcap">Voltaire</span> et de <span class="smcap">Rameau</span>,
- <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_168">168</a>, <a href="#Footnote_261">*169</a>, <a href="#Page_170">170</a>,
- <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Footnote_303">*199</a>, <a href="#Page_241">241</a>.</li>
-
-<li><i>Province sous l’ancien régime</i> (La), par <span class="smcap">Babeau</span>, <a href="#Footnote_446">*286</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Prusse</span> (Le Prince Henri de), frère de Frédéric II, <a href="#Page_337">337</a>.</li>
-
-<li><i>Prusse</i> (Royaume de) et <i>Prussiens</i> (Les), <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Footnote_216">*141</a>,
- <a href="#Page_173">173-175</a>, <a href="#Footnote_271">*175</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_268">268</a>,
- <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_292">292</a>, <a href="#Footnote_452">*292</a>,
- <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_322">322</a>, <a href="#Page_329">329</a>,
- <a href="#Footnote_549">*343</a>, <a href="#Page_346">346</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Puysieulx</span> (Louis-Philoxène <span class="smcap">Brulart</span>, Marquis de), Ministre des Affaires
- étrangères, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_238">238</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_q">Q</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><i>Quintessence</i> (La), gazette de la Haye, <a href="#Page_101">101</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_r">R</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><span class="smcap">Rabaud</span> (Paul), Ministre protestant, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Footnote_442">*284</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Rabaud-Saint-Étienne</span> (Jean-Paul), fils du précédent, conventionnel, <a href="#Footnote_442">*284</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Racine</span>, <a href="#Footnote_283">*187</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Rameau</span> (Jean-Philippe), compositeur, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_168">168</a>,
- <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_199">199</a>,
- <a href="#Page_241">241-243</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Rapally</span>, prêteur sur gages, <a href="#Page_95">95</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Ravaisson</span> (François), conservateur à la bibliothèque de l’Arsenal, <a href="#Footnote_34">*8</a>,
- <a href="#Footnote_37">*10</a>, <a href="#Footnote_40">*11</a>, <a href="#Footnote_42">*13</a>, <a href="#Footnote_43">*14</a>,
- <a href="#Footnote_45">*17</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_388">[p. 388]</span></li>
-
-<li><span class="smcap">Raynal</span> (Abbé Guillaume-Thomas-François,), historien, <a href="#Page_233">233</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Rebel</span>, maître de musique de la Chambre du roi, <a href="#Page_236">236</a>.</li>
-
-<li><i>Recueil Geffroy</i>, <a href="#Footnote_29">*7</a>.</li>
-
-<li><i>Registres de Saint-Sulpice</i>, <a href="#Footnote_19">*1</a>.</li>
-
-<li><i>Registres du Temple</i>, <a href="#Footnote_176">*112</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Rességuier</span> (Chevalier Clément-Ignace de), littérateur, <a href="#Footnote_268">*173</a>.</li>
-
-<li><i>Revue de Paris</i> (article <span class="smcap">Cucuel</span>), <a href="#Footnote_391">*252</a>, <a href="#Footnote_393">*253</a>.</li>
-
-<li><i>Rhin</i> (Armée du), <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_111">111</a>, <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_162">162</a>,
- <a href="#Page_188">188</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Richardson</span>, romancier anglais, <a href="#Page_XXI"><em>XXI</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Richelieu</span> (Armand-Jean <span class="smcap">Du Plessis</span>, Cardinal-Duc de), <a href="#Page_V"><em>V</em></a>, <a href="#Page_VII"><em>VII</em></a>,
- <a href="#Footnote_6">*<em>XV</em></a>, <a href="#Page_1">1</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Footnote_117">*67</a>,
- <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_109">109</a>, <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_124">124</a>,
- <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_232">232</a>,
- <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_271">271</a>, <a href="#Page_285">285</a>,
- <a href="#Page_291">291</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Richelieu</span> (Armand-Jean, Duc de), père du Maréchal, <a href="#Page_1">1</a>, <a href="#Page_3">3</a>,
- <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_16">16-20</a>,
- <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_25">25</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Richelieu</span> (Anne-Marguerite d’<span class="smcap">Acigné</span>, Duchesse de), deuxième femme d’Armand-Jean
- et mère du Maréchal, <a href="#Page_3">3</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Richelieu</span> (Marguerite de <span class="smcap">Rouillé</span>, Duchesse de), troisième femme d’Armand-Jean,
- <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_17">17</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Richelieu</span> (Catherine de), fille d’Armand-Jean et sœur du Maréchal, <a href="#Footnote_39">*11</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Richelieu</span> (Marie-Gabrielle <span class="smcap">Du Plessis</span>), Abbesse du Trésor, fille d’Armand-Jean
- et sœur du Maréchal, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_294">294</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Richelieu</span> (Élisabeth-Sophie de <span class="smcap">Lorraine</span>, princesse de <span
- class="smcap">Guise</span>, Duchesse de), deuxième femme du Maréchal, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_112">112-115</a>,
- <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_122">122</a>, <a href="#Footnote_190">*122</a>,
- <a href="#Page_131">131</a>.</li>
-
-<li><i>Richelieu</i> (Château, domaine et ville de), <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Footnote_116">*66</a>, <a href="#Page_67">67-69</a>,
- <a href="#Footnote_120">*69</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_262">262</a>,
- <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Page_333">333</a>.</li>
-
-<li><i>Richelieu</i> (Maison de), <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Page_299">299</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Rigaud</span> (Hyacinthe), artiste peintre, <a href="#Page_75">75</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Riom</span> (Comte de), <a href="#Page_80">80</a>, <a href="#Footnote_137">*80</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Ripperda</span> (Baron de), Ambassadeur d’Espagne à la Cour de Vienne, <a href="#Page_88">88</a>,
- <a href="#Page_91">91-94</a>, <a href="#Footnote_155">*94</a>, <a href="#Page_97">97</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Robespierre</span> (Maximilien), <a href="#Footnote_297">*197</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Rochard</span>, acteur de la Comédie italienne, <a href="#Page_270">270</a>.</li>
-
-<li><i>Rocoux</i> (Bataille de), <a href="#Page_221">221</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Rohan</span> (Louis, Chevalier de), grand-veneur de France, <a href="#Page_3">3</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Rohan</span> (Marie-Sophie de <span class="smcap">Courcillon</span>, Princesse de), <a href="#Page_180">180</a>.</li>
-
-<li><i>Rome</i> (Ville de), <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Page_236">236</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Roquelaure</span> (Marie-Louise de <span class="smcap">Laval</span>, Duchesse de), <a href="#Page_128">128</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Roquette</span> (Abbé Henri-Emmanuel de), <a href="#Page_76">76</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Rosalba Carriera</span>, femme-peintre, <a href="#Page_75">75</a>.</li>
-
-<li><i>Rosbach</i> (Défaite de), <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_329">329-331</a>, <a href="#Footnote_556">*347</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Rottembourg</span> (Comte de), Envoyé de Prusse en France, <a href="#Page_173">173</a>,
- <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_223">223</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Rousseau</span> (Jean-Jacques), <span class="pagenum" id="Page_389">[p. 389]</span> <a href="#Page_240">240</a>,
- <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Footnote_374">*241</a>, <a href="#Page_242">242</a>, <a href="#Footnote_376">*242</a>,
- <a href="#Page_243">243</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Roy</span> (Pierre-Charles), poète et auteur dramatique, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_107">107</a>,
- <a href="#Page_129">129</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_242">242-245</a>.</li>
-
-<li><i>Royaume de la rue Saint-Honoré</i> (Le), par le Comte Pierre de <span class="smcap">Ségur</span>, <a href="#Footnote_215">*139</a>.</li>
-
-<li><i>Ruel</i> (Maison et domaine du Val de), <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Footnote_117">*67</a>, <a href="#Footnote_117">*68</a>.</li>
-
-<li><i>Ruel</i> (Seigneurie de), <a href="#Footnote_117">*68</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Rulhière</span> (Claude-Carloman de), historien, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, <a href="#Page_XVI"><em>XVI</em></a>, <a href="#Footnote_33">*7</a>,
- <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>, <a href="#Page_62">62</a>,
- <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_81">81</a>.</li>
-
-<li><i>Russie</i> (Empire de) et <i>Russes</i> (Les), <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_322">322</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_s">S</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><i>Sablons</i> (Plaine des), <a href="#Page_250">250</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Saillant</span> (Le Colonel, Marquis de), <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_51">51</a>.</li>
-
-<li><i>Saint-Antoine</i> (Rue), <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_58">58</a>.</li>
-
-<li><i>Saint-Cloud</i> (Village de), <a href="#Page_59">59</a>.</li>
-
-<li><i>Saint-Cyr</i> (Maison royale de), <a href="#Page_68">68</a>.</li>
-
-<li><i>Saint-Denis</i> (Plaine de), <a href="#Footnote_191">*122</a>.</li>
-
-<li><i>Sainte-Geneviève</i> (Église de), <a href="#Page_15">15</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Saint-Florentin</span> (Louis <span class="smcap">Phélypeaux</span>, Comte de), puis Duc de la <span
- class="smcap">Vrillière</span>, Ministre d’État, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_286">286</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Saint-Foix</span> (Germain-François <span class="smcap">Poullain</span> de), littérateur et auteur dramatique,
- <a href="#Page_265">265</a>.</li>
-
-<li><i>Saint-Germain-en-Laye</i> (Ville de), <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Footnote_115">*66</a>,
- <a href="#Footnote_117">*68</a>.</li>
-
-<li><i>Saint-James</i> (Cabinet de), <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_325">325</a>.</li>
-
-<li><i>Saint-Lazare</i> (Prison de), <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_280">280</a>.</li>
-
-<li><i>Saint-Léger</i> (Rendez-vous de chasse de), <a href="#Page_144">144</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Saint-Mars</span> (Le Gouverneur), <a href="#Footnote_6">*<em>XV</em></a>.</li>
-
-<li><i>Saint-Paul</i> (Église), <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_24">24</a>.</li>
-
-<li><i>Saint-Philippe</i> (Fort de), <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_299">299</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Saint-Rémy</span> (Abbé de), précepteur de Richelieu, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_14">14</a>,
- <a href="#Footnote_44">*14</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Saint-Saphorin</span>, Ambassadeur d’Angleterre à la Cour de Vienne, <a href="#Page_98">98</a>,
- <a href="#Page_99">99</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Saint-Séverin</span> d’<span class="smcap">Aragon</span> (Comte de), diplomate, <a href="#Page_237">237</a>,
- <a href="#Page_238">238</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Saint-Simon</span> (Louis de <span class="smcap">Rouvroy</span>, Duc de), historien, <a href="#Page_XI"><em>XI</em></a>,
- <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Saint-Simon</span> (Claude de <span class="smcap">Rouvroy</span> de), évêque de Metz,
- <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>.</li>
-
-<li><i>Saint-Thomas-du-Louvre</i> (Rue), <a href="#Page_30">30</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Saint-Vincent</span> (Julie de <span class="smcap">Vence-Villeneuve</span>, Marquise de <span
- class="smcap">Fauris</span> de), <a href="#Page_XXIV"><em>XXIV</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Saisseval</span> (de), <a href="#Page_206">206</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Sandré</span>, avocat au Parlement, <a href="#Footnote_117">*67</a>.</li>
-
-<li><i>Saxe</i> (Armée de), <a href="#Page_330">330</a>.</li>
-
-<li><i>Saxe</i> (Cour de), <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_224">224</a>, <a href="#Page_228">228</a>.</li>
-
-<li><i>Saxe</i> (Électorat de), <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_330">330</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Saxe</span> (Hermann-Maurice, Comte de), Maréchal-Général de France, <a href="#Page_181">181</a>,
- <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_206">206</a>,
- <a href="#Footnote_318">*206</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_218">218</a>,
- <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_224">224</a>, <a href="#Page_227">227-230</a>, <a href="#Page_250">250</a>,
- <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Footnote_388">*251</a>, <a href="#Footnote_408">*264</a>, <a href="#Page_266">266</a>,
- <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_337">337</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_390">[p. 390]</span></li>
-
-<li><span class="smcap">Saxe-Hilderburghausen</span> (Duc de), <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_329">329</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Scafini</span>, sculpteur italien, <a href="#Page_233">233</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Schmettau</span> (Le Maréchal Samuel, Comte de), <a href="#Page_182">182</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Schoffer</span>, sculpteur, <a href="#Page_233">233</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Segaud</span> (Le Père Guillaume de), Jésuite, confesseur du Dauphin, <a href="#Page_122">122</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Ségur</span> (Angélique de <span class="smcap">Croissy</span>, Comtesse de), <a href="#Footnote_67">*36</a>,
- <a href="#Footnote_70">*40</a>.</li>
-
-<li><i>Sémiramis</i>, tragédie de <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Page_269">269</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Sénac de Meilhan</span> (Gabriel), intendant de province, littérateur, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, <a href="#Page_XVII"><em>XVII</em></a>,
- <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Page_132">132</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Senozan</span> (Olivier de), <a href="#Page_112">112</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Sensier</span>, critique d’art, <a href="#Page_73">73</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Serres</span> (de), <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Servigné</span> (<span class="smcap">Guiard</span> de), littérateur, <a href="#Page_XXII"><ins title="XVII"><em>XXII</em></ins></a>,
- <ins title="*XVII"><a href="#Footnote_13">*<em>XXII</em></a></ins>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Séry</span> (M<sup>lle</sup> de), Comtesse d’<span class="smcap">Argenton</span>, <a href="#Page_101">101</a>.</li>
-
-<li><i>Siècle de Louis&nbsp;XIV</i> (Le), par <span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Page_268">268</a>.</li>
-
-<li><i>Silésie</i> (La), <a href="#Footnote_270">*<ins title="74">174</ins></a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Silly</span> (Jacques-Joseph <span class="smcap">Vipart</span>, Marquis de), Lieutenant-général,
- <a href="#Footnote_8">*<em>XVIII</em></a>.</li>
-
-<li><i>Société Archéologique du Gers</i>, <a href="#Footnote_18">*<em>XXV</em></a>.</li>
-
-<li><i>Société bordelaise au XVIII<sup>e</sup> siècle</i> (La), par <span class="smcap">Grellet-Dumazeau</span>,
- <a href="#Footnote_559">*349</a>.</li>
-
-<li><i>Sonnettes</i> (Les), roman, <a href="#Page_XXII"><em>XXII</em></a>, <a href="#Footnote_13">*<em>XXII</em></a>.</li>
-
-<li><i>Sorbonne</i> (Église de la), <a href="#Page_109">109</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Soubise</span> (Louis-François-Jules de <span class="smcap">Rohan</span>, Prince de), <a href="#Page_86">86</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Soubise</span> (Charles de <span class="smcap">Rohan</span>, Prince de), Maréchal de France,
- <a href="#Page_303">303</a>, <a href="#Footnote_494">*311</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_317">317</a>,
- <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_329">329</a>, <a href="#Footnote_527">*329</a>,
- <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_335">335</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Soulavie</span> (Jean-Louis <span class="smcap">Giraud</span>), publiciste et compilateur,
- <a href="#Footnote_5">*<em>XI</em></a>, <a href="#Page_XII"><em>XII</em></a>, <a href="#Page_XIV"><em>XIV</em></a>, <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>,
- <a href="#Footnote_6">*<em>XV</em></a>, <a href="#Page_XVI"><em>XVI</em></a>, <a href="#Page_XVII"><em>XVII</em></a>, <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Page_XVIII"><em>XVIII</em></a>,
- <a href="#Footnote_9">*<em>XVIII</em></a>, <a href="#Page_XIX"><em>XIX</em></a>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Footnote_75">*45</a>,
- <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Footnote_98">*56</a>, <a href="#Footnote_152">*90</a>, <a href="#Footnote_239">*154</a>,
- <a href="#Footnote_297">*197</a>, <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Footnote_503">*317</a>,
- <a href="#Footnote_509">*321</a>, <a href="#Footnote_516">*325</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Footnote_534">*335</a>,
- <a href="#Footnote_548">*341</a>, <a href="#Footnote_556">*346</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Soulié</span> (Eudore), <a href="#Page_1">1</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Sourches</span> (Marquis de), Grand-Prévôt de France, <a href="#Page_51">51</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Souris</span> (La), actrice de l’Opéra, <a href="#Page_81">81</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Souscarrière</span> (Madame de), <a href="#Footnote_380">*245</a>.</li>
-
-<li><i>Souvenirs de deux anciens militaires</i>, par <span class="smcap">Fortia</span> de <span class="smcap">Piles</span> et
- <span class="smcap">Guys</span> de <span class="smcap">Saint-Charles</span>, <a href="#Footnote_296">*195</a>,
- <a href="#Footnote_319">*207</a>, <a href="#Footnote_324">*211</a>, <a href="#Footnote_557">*347</a>.</li>
-
-<li><i>Souvenirs de la Maréchale de</i> <span class="smcap">Beauvau</span> <i>et du Maréchal</i>, <a href="#Footnote_466">*297</a>,
- <a href="#Footnote_500">*313</a>.</li>
-
-<li><i>Souvenirs du Marquis</i> de <span class="smcap">Valfons</span> (Édition <span class="smcap">Émile-Paul</span>),
- <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Footnote_500">*313</a>, <a href="#Footnote_506">*319</a>, <a href="#Footnote_519">*326</a>,
- <a href="#Footnote_528">*330</a>.</li>
-
-<li><i>Souvenirs et portraits par le Duc de</i> <span class="smcap">Lévis</span>, <a href="#Footnote_56">*29</a>,
- <a href="#Footnote_164">*103</a>, <a href="#Footnote_189">*121</a>.</li>
-
-<li><i>Stade</i> (Camp de), <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_324">324</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Stahremberg</span> (Comte de), Ambassadeur de Vienne à la Cour de France, <a href="#Footnote_508">*320</a>,
- <a href="#Page_326">326</a>.</li>
-
-<li><i>Strasbourg</i> (Ville de), <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_345">345</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Stuart</span> (Le Prince Charles-Édouard), dit le <i>Prétendant</i>, <span class="pagenum" id="Page_391">[p. 391]</span>
- <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_167">167</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_220">220</a>.</li>
-
-<li><i>Succession d’Autriche</i> (Guerre de la), <a href="#Footnote_216">*141</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_231">231</a>.</li>
-
-<li><i>Succession d’Espagne</i> (Guerre de la), <a href="#Footnote_153">*91</a>.</li>
-
-<li><i>Suède</i> (Royaume de), <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_164">164</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Sully</span> (Maximilien-Henri de <span class="smcap">Béthune</span>, Duc de), <a href="#Page_101">101</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_t">T</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><span class="smcap">Tacite</span>, <a href="#Footnote_165">*104</a>.</li>
-
-<li><i>Tarascon</i> (Ville de), <i>Ariège</i>, <a href="#Page_200">200</a>.</li>
-
-<li><i>Tarascon</i> (Ville de), <i>Bouches-du-Rhône</i>, <a href="#Page_280">280</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Taschereau</span> de <span class="smcap">Baudry</span>, Lieutenant-général de police, <a href="#Page_95">95</a>.</li>
-
-<li><i>Temple</i> (Le), <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_122">122</a>.</li>
-
-<li><i>Temple de la Gloire</i> (Le), de <span class="smcap">Voltaire</span> et de <span class="smcap">Rameau</span>, opéra-féerie,
- <a href="#Page_219">219</a>, <a href="#Page_242">242</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Tencin</span> (Le Cardinal Pierre <span class="smcap">Guérin</span> de), Archevêque de Lyon,
- <a href="#Footnote_8">*<em>XVIII</em></a>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Page_148">148</a>,
- <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Footnote_269">*173</a>, <a href="#Page_175">175</a>,
- <a href="#Footnote_273">*176</a>, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_182">182</a>,
- <a href="#Footnote_283">*187</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_238">238</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Tencin</span> (Claudine-Alexandrine <span class="smcap">Guérin</span> de), sœur du Cardinal,
- <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Footnote_8">*<em>XVIII</em></a>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Page_131">131</a>,
- <a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_147">147-149</a>,
- <a href="#Footnote_225">*149</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Footnote_243">*159</a>,
- <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_175">175</a>,
- <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Footnote_273">*176</a>, <a href="#Page_178">178-182</a>, <a href="#Footnote_296">*195</a>,
- <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_301">301</a>.</li>
-
-<li><i>Théâtre de la Foire</i>, <a href="#Page_195">195</a>.</li>
-
-<li><i>Théâtre de la Nation</i>, <a href="#Page_XXII"><em>XXII</em></a>.</li>
-
-<li><i>Théâtre de la République</i>, <a href="#Page_XXII"><em>XXII</em></a>.</li>
-
-<li><i>Théâtre des Cabinets ou des petits <ins title="Appariements">Appartements</ins></i>, <a href="#Page_234">234</a>,
- <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_269">269</a>.</li>
-
-<li><i>Thésée</i>, opéra de <span class="smcap">Quinault</span> et <span class="smcap">Lulli</span>, <a href="#Page_199">199</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Thévenard</span>, acteur de l’Opéra, <a href="#Page_81">81</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Thiébault</span> (Dieudonné), littérateur, <a href="#Page_340">340</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Thieriot</span>, correspondant de Voltaire, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_75">75</a>,
- <a href="#Footnote_147">*87</a>.</li>
-
-<li><i>Toison d’or</i> (Ordre de la), <a href="#Page_260">260</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Torela</span> (Prince de <em>LA</em>), Ambassadeur de Naples, <a href="#Page_115">115</a>,
- <a href="#Footnote_183">*115</a>.</li>
-
-<li><i>Toulon</i> (Port et ville de), <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_299">299</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Toulouse</span> (Louis-Alexandre de <span class="smcap">Bourbon</span>, Comte de), légitimé de Louis&nbsp;XIV, grand
- Amiral de France, <a href="#Page_32">32</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Toulouse</span> (Sophie de <span class="smcap">Noailles</span>, Comtesse de), <a href="#Page_108">108</a>.</li>
-
-<li><i>Touraine</i> (Province de), <a href="#Page_64">64</a>.</li>
-
-<li><i>Tournai</i> (Ville de), <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_209">209</a>.</li>
-
-<li><i>Traité des grandes opérations militaires</i>, par <span class="smcap">Jomini</span>, <a href="#Footnote_505">*318</a>.</li>
-
-<li><i>Trianon</i>, <a href="#Page_305">305</a>.</li>
-
-<li><i>Trois évêchés</i> (Les), <a href="#Page_91">91</a>.</li>
-
-<li><i><ins id="cor_24" title="Tuilerie">Tuileries</ins></i> (Palais des), <a href="#Page_61">61</a>, <a href="#Footnote_107">*61</a>,
- <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_120">120</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Tugny</span> (Joseph-Antoine de <span class="smcap">Crozat</span>, Marquis de), <a href="#Page_129">129</a>.</li>
-
-<li><i>Turquie</i> (La), <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_164">164</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_u">U</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><i>Utrecht</i> (Traité d’), <a href="#Page_192">192</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Uxelles</span> ou <span class="smcap">Huxelles</span> (Marie de <span class="smcap">Bailleul</span>, Marquise de
- <span class="smcap">Nangis</span>, puis d’), <a href="#Page_4">4</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<div class="pagenum" id="Page_392">[p. 392]</div>
-
-<h3 id="let_v">V</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><i>Valengin-en-Suisse</i> (Principauté de), <a href="#Page_344">344</a>, <a href="#Footnote_552">*344</a>, <a href="#Page_346">346</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Valentinois</span> (Duchesse de), <a href="#Page_112">112</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Valfons</span> (Charles de <span class="smcap">Mathéi</span>, Marquis de), Lieutenant-général,
- <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_116">116</a>, <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Footnote_185">*117</a>,
- <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Footnote_500">*313</a>,
- <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_330">330</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Valois</span> (Charlotte-Aglaë d’<span class="smcap">Orléans</span>, dite Mademoiselle de),
- <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_37">37</a>, <a href="#Footnote_68">*37</a>,
- <a href="#Page_39">39</a>, <a href="#Page_40">40</a>, <a href="#Footnote_71">*40</a>, <a href="#Page_43">43</a>,
- <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Footnote_81">*50</a>, <a href="#Page_52">52</a>,
- <a href="#Page_56">56</a>, <a href="#Footnote_98">*56</a>, <a href="#Page_59">59</a>, <a href="#Page_60">60</a>,
- <a href="#Footnote_107">*61</a>, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Footnote_108">*62</a>, <a href="#Page_63">63</a>,
- <a href="#Footnote_111">*63</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_72">72</a>,
- <a href="#Page_81">81</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_181">181</a>,
- <a href="#Page_247">247</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Van der Hayn</span>, <a href="#Page_344">344</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Vaucanson</span> (Jacques de), mécanicien, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_250">250</a>,
- <a href="#Page_251">251</a>.</li>
-
-<li><i>Vaugirard</i> (Barrière de), <a href="#Page_138">138</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Vauréal</span> (Louis-Guy <span class="smcap">Guérapin</span> de), Évêque de Rennes, Diplomate,
- <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Page_274">274</a>.</li>
-
-<li><i>Vélay et Vivarais</i> (Province ou département du), <a href="#Page_111">111</a>, <a href="#Footnote_111">*285</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Vénus</span>, <a href="#Page_75">75</a>, <a href="#Page_86">86</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Vernouillet</span> (Anne-Charlotte de <span class="smcap">Salaberry</span>, Marquise <span
- class="smcap">Romé</span> de), <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Footnote_188">*121</a>.</li>
-
-<li><i>Versailles</i> (Cabinet de), <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>, <a href="#Page_174">174</a>,
- <a href="#Page_226">226</a>.</li>
-
-<li><i>Versailles</i> (Cour et Ville de), <a href="#Page_4">4</a>, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_25">25</a>,
- <a href="#Page_80">80</a>, <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_141">141</a>,
- <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_161">161</a>,
- <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_198">198</a>,
- <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_218">218</a>, <a href="#Page_228">228</a>,
- <a href="#Page_231">231</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_236">236</a>, <a href="#Footnote_374">*242</a>,
- <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_263">263</a>,
- <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Footnote_447">*287</a>, <a href="#Page_288">288</a>,
- <a href="#Page_299">299</a>, <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_314">314</a>,
- <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_335">335</a>,
- <a href="#Page_344">344</a>, <a href="#Page_348">348</a>.</li>
-
-<li><i>Versailles</i> (Musée de), <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_75">75</a>.</li>
-
-<li><i>Vie d’Artistes Gênois</i>, par <span class="smcap">Nati</span>, <a href="#Footnote_355">*233</a>.</li>
-
-<li><i>Vie de Charles Henry, Comte de Hoym</i>, par le Baron Jérôme <span class="smcap">Pichon</span>, <a href="#Footnote_147">*87</a>.</li>
-
-<li><i>Vie de Voltaire</i>, par <span class="smcap">Desnoiresterres</span>, <a href="#Footnote_181">*114</a>, <a href="#Footnote_209">*136</a>,
- <a href="#Footnote_266">*172</a>, <a href="#Footnote_374">*241</a>, <a href="#Footnote_417">*272</a>, <a href="#Footnote_419">*273</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Vienne</span> (De), Capitaine au régiment de Richelieu, <a href="#Page_96">96</a>.</li>
-
-<li><i>Vienne</i> (Cour de), <a href="#Page_86">86</a>, <a href="#Page_88">88-90</a>, <a href="#Page_93">93</a>, <a href="#Page_94">94</a>,
- <a href="#Footnote_161">*101</a>, <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_107">107</a>, <a href="#Footnote_171">*107</a>,
- <a href="#Footnote_330">*215</a>, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_227">227</a>, <a href="#Page_230">230</a>,
- <a href="#Footnote_532">*334</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_342">342</a>.</li>
-
-<li><i>Vienne</i> (Ambassade de), <a href="#Footnote_271">*175</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_312">312</a>.</li>
-
-<li><i>Vienne</i> (Premier traité de), <a href="#Page_104">104</a>.</li>
-
-<li><i>Vienne</i> (Second traité de), <a href="#Page_291">291</a>.</li>
-
-<li><i>Vie privée de Louis&nbsp;XV</i>, par <span class="smcap">Moufle</span> d’<span class="smcap">Angerville</span>,
- <a href="#Footnote_282">*186</a>, <a href="#Footnote_541">*338</a>, <a href="#Footnote_547">*340</a>.</li>
-
-<li><i>Vie privée des financiers au XVIII<sup>e</sup> siècle</i>, par <span class="smcap">Thirion</span>, <a href="#Footnote_426">*277</a>.</li>
-
-<li><i>Vie privée du Maréchal de Richelieu</i>, par <span class="smcap">Faur</span>, <a href="#Page_IX"><em>IX</em></a>, <a href="#Page_XV"><em>XV</em></a>, <a href="#Page_XVI"><em>XVI</em></a>,
- <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Footnote_53">*23</a>,
- <a href="#Footnote_75">*45</a>, <a href="#Footnote_183">*115</a>, <a href="#Footnote_186">*119</a>, <a href="#Footnote_204">*132</a>,
- <a href="#Footnote_244">*160</a>, <a href="#Footnote_273">*176</a>, <a href="#Footnote_296">*195</a>, <a href="#Footnote_300">*198</a>,
- <a href="#Footnote_485">*306</a>, <a href="#Footnote_495">*311</a>, <a href="#Footnote_539">*337</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Vieux-Maisons</span> (M<sup>me</sup> de), <a href="#Footnote_268">*173</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Vignerot</span> (Famille des), <a href="#Footnote_126">*72</a>, <a href="#Page_90">90</a>,
- <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_185">185</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Villars</span> (Louis-Hector, Maréchal de France, Duc de), <a href="#Page_19">19-21</a>,
- <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_75">75</a>,
- <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>,
- <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_301">301</a>,
- <a href="#Page_337">337</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Villars</span> (Honoré-Armand, Prince de <span class="smcap">Martigues</span>, Duc de),
- <a href="#Page_136">136</a>. </li>
-
-<li><span class="pagenum" id="Page_393">[p. 393]</span></li>
-
-<li><span class="smcap">Villars</span> (Jeanne-Angélique de la <span class="smcap">Rocque</span> de <span
- class="smcap">Varengeville</span>, Maréchale de), <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_80">80</a>,
- <a href="#Footnote_135">*80</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Villeroy</span> (Marie-Reine de <span class="smcap">Montmorency-Luxembourg</span>, Marquise puis Duchesse de),
- <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_78">78-81</a>.</li>
-
-<li><i>Vincennes</i> (Chapelle de), <a href="#Page_71">71</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Vintimille</span> (Pauline-Félicité de <span class="smcap">Nesle</span>, Comtesse de),
- <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_196">196</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Virgile</span>, <a href="#Page_11">11</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Vitzthum d’Eckstaedt</span> (Comte de), <a href="#Page_230">230</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Voisin</span> (La), <a href="#Page_194">194</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Vogué</span> (Marquis de), <a href="#Footnote_168">*105</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Voltaire</span>, <a href="#Page_VIII"><em>VIII</em></a>, <a href="#Page_IX"><em>IX</em></a>, <a href="#Footnote_6">*<em>XIV</em></a>,
- <a href="#Footnote_8">*<em>XVII</em></a>, <a href="#Footnote_9">*<em>XVIII</em></a>, <a href="#Page_XXII"><em>XXII</em></a>, <a href="#Page_XXV"><em>XXV</em></a>, <a href="#Page_XXVII"><em>XXVII</em></a>,
- <a href="#Footnote_44">*14</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_75">75</a>,
- <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Footnote_134">*78</a>, <a href="#Page_86">86</a>, <a href="#Page_87">87</a>,
- <a href="#Page_90">90</a>, <a href="#Page_100">100</a>, <a href="#Footnote_165">*103</a>, <a href="#Footnote_170">*106</a>,
- <a href="#Page_112">112-115</a>, <a href="#Footnote_182">*115</a>, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_121">121</a>,
- <a href="#Page_131">131-135</a>, <a href="#Footnote_207">*135</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Footnote_209">*136</a>,
- <a href="#Footnote_210">*137</a>, <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Footnote_243">*159</a>,
- <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_168">168</a>, <a href="#Page_169">169</a>,
- <a href="#Footnote_261">*169</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_190">190</a>, <a href="#Page_198">198</a>,
- <a href="#Footnote_303">*199</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Footnote_315">*205</a>, <a href="#Page_206">206</a>,
- <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_219">219-225</a>,
- <a href="#Footnote_347">*226</a>, <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Footnote_354">*233</a>, <a href="#Page_242">242</a>,
- <a href="#Footnote_375">*242</a>, <a href="#Footnote_378">*243</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_262">262</a>,
- <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_266">266-269</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_273">273</a>,
- <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_300">300</a>,
- <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Footnote_507">*319</a>,
- <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Footnote_516">*325</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Vouel</span> (Amiral), <a href="#Page_298">298</a>.</li>
-
-<li><i>Voyage en Italie</i>, par <span class="smcap">Lalande</span>, <a href="#Footnote_353">*233</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_w">W</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><span class="smcap">Wernek</span>, Envoyé du Prince des Deux-Ponts, <a href="#Page_160">160</a>.</li>
-
-<li><i>Weser</i> (Fleuve du), <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_317">317</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Westerloo</span> (Capitaine de), <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Page_103">103</a>.</li>
-
-<li><i>Westphalie</i> (Armée de), <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_313">313</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_y">Y</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><span class="smcap">York</span> (Henri-Benoît-Marie-Clément <span class="smcap">Stuart</span>, Cardinal d’),
- <a href="#Page_167">167</a>.</li>
-
-<li><i>Ypres</i> (Siège d’), <a href="#Page_178">178</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<h3 id="let_z">Z</h3>
-
-<ul class="lsoff">
-
-<li><span class="smcap">Zastrow</span> (Von), Général allemand, commandant l’armée anglaise, <a href="#Page_327">327</a>,
- <a href="#Page_328">328</a>.</li>
-
-<li><i>Zell</i> (Ville de), province du Rhin, <a href="#Page_331">331</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Zinzendorff</span> (Philippe-Louis, Comte de), Chancelier de l’Empire d’Autriche, <a href="#Page_96">96</a>,
- <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Footnote_168">*105</a>.</li>
-
-<li><span class="smcap">Zinzendorff</span> (Le Cardinal Philippe-Louis, Comte de), fils du précédent, <a href="#Page_102">102</a>.</li>
-
-</ul>
-
-<hr class="hr30" />
-
-<hr class="hr0" />
-
-<p class="over cs8 cent">Imprimerie de Montligeon (Orne). — 7002-5-17.</p>
-
-</div>
-
-<div class="chptr">
-
-<p class="cent cs12">EN VENTE A LA MÊME LIBRAIRIE</p>
-
-<hr class="hr30" />
-
-<p class="cent">PAUL D’ESTRÉE et ALBERT CALLET</p>
-
-<hr class="hr20" />
-
-<p class="cent lh20"><span class="cs12">LA</span><br />
-<span class="cs16 esp">DUCHESSE D’AIGUILLON</span><br />
-<span class="cs12">(1726-1796)<br />
-d’après des documents inédits</span></p>
-
-<table summary="Prix du livre">
-<tr>
- <td class="tdl">Un volume in-8<sup>o</sup>. Prix</td>
- <td class="tdr"><b>5</b> francs</td>
-</tr>
-</table>
-
-<hr />
-
-<p class="cent">CASIMIR STRYIENSKI</p>
-
-<hr class="hr20" />
-
-<p class="cent lh20"><span class="cs16 esp">MESDAMES DE FRANCE</span><br />
-<span class="cs12">filles de Louis&nbsp;XV<br />
-Documents Inédits</span></p>
-
-<table summary="Prix du livre">
-<tr>
- <td class="tdl">Un volume in-8<sup>o</sup> avec une héliogravure. Prix</td>
- <td class="tdr"><b>5</b> francs</td>
-</tr>
-</table>
-
-<hr />
-
-<p class="cent">DAUPHIN MEUNIER</p>
-
-<hr class="hr20" />
-
-<p class="cent lh20"><span class="cs16 esp">LOUISE DE MIRABEAU</span><br />
-<span class="cs12">Marquise de Cabris<br />
-(1752-1807)</span></p>
-
-<table summary="Prix du livre">
-<tr>
- <td class="tdl">Un volume in-8<sup>o</sup>. Prix</td>
- <td class="tdr"><b>5</b> francs</td>
-</tr>
-</table>
-
-<hr />
-
-<p class="cent">JACQUES DE LA FAYE</p>
-
-<hr class="hr20" />
-
-<p class="cent lh20"><span class="cs16 esp">AMITIÉS DE REINE</span><br />
-<span class="cs12">avec préface du Marquis de Ségur,<br />
-<i>de l’Académie Française</i></span></p>
-
-<table summary="Prix du livre">
-<tr>
- <td class="tdl">Un volume in-8<sup>o</sup> avec une héliogravure. Prix</td>
- <td class="tdr"><b>5</b> francs</td>
-</tr>
-</table>
-
-<hr />
-
-</div>
-
-<div class="chptr box" id="note">
-
-<p class="ssrf">Au lecteur.</p>
-
-<p>L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée,
-mais quelques erreurs clairement introduites par le typographe ont été
-corrigées. Ces corrections sont soulignées <ins title="comme ceci">en
-pointillés</ins> dans le texte. Placez le curseur sur le mot pour voir
-l'orthographe originale.</p>
-
-<p>La ponctuation a été tacitement corrigée à plusieurs endroits.</p>
-
-<p>Les notes de bas de page ont été renumérotées consécutivement et
-déplacées pour apparaître après le ou les paragraphes correspondants.</p>
-</div>
-
-<hr class="full" />
-
-</div>
-
-<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MARÉCHAL DE RICHELIEU ***</div>
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- </div>
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- </div>
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- </div>
-</div>
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-forth in Section 3 below.
-</div>
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-1.F.
-</div>
-
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-</div>
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-</div>
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-</div>
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-additions or deletions to any Project Gutenberg&#8482; work, and (c) any
-Defect you cause.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg&#8482;
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg&#8482;&#8217;s
-goals and ensuring that the Project Gutenberg&#8482; collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg&#8482; and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org.
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation&#8217;s EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state&#8217;s laws.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation&#8217;s business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation&#8217;s web site
-and official page at www.gutenberg.org/contact
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; depends upon and cannot survive without widespread
-public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
-visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-</div>
-
-<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 5. General Information About Project Gutenberg&#8482; electronic works
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg&#8482; concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg&#8482; eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Project Gutenberg&#8482; eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-Most people start at our Web site which has the main PG search
-facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>.
-</div>
-
-<div style='display:block; margin:1em 0'>
-This Web site includes information about Project Gutenberg&#8482;,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-</div>
-
-</body>
-</html>
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Binary files differ
diff --git a/old/64232-h/images/pdots.jpg b/old/64232-h/images/pdots.jpg
deleted file mode 100644
index de3bdff..0000000
--- a/old/64232-h/images/pdots.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/64232-h/images/richelieu.jpg b/old/64232-h/images/richelieu.jpg
deleted file mode 100644
index 7c52d82..0000000
--- a/old/64232-h/images/richelieu.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/64232-h/images/vdots.jpg b/old/64232-h/images/vdots.jpg
deleted file mode 100644
index 6aa3383..0000000
--- a/old/64232-h/images/vdots.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ