summaryrefslogtreecommitdiff
path: root/old/64220-0.txt
diff options
context:
space:
mode:
Diffstat (limited to 'old/64220-0.txt')
-rw-r--r--old/64220-0.txt5264
1 files changed, 0 insertions, 5264 deletions
diff --git a/old/64220-0.txt b/old/64220-0.txt
deleted file mode 100644
index ee55e71..0000000
--- a/old/64220-0.txt
+++ /dev/null
@@ -1,5264 +0,0 @@
-The Project Gutenberg eBook of Railway Reform, by Bureau du Journal des
-travaux publics
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you
-will have to check the laws of the country where you are located before
-using this eBook.
-
-Title: Railway Reform
- ou considérations sur la nécessité de réformer les bases du
- système qui a créé set qui dirige les chemins de fer de la Grande
- Bretagne, et des moyens à employer pour atteindre ce but.
-
-Author: Bureau du Journal des travaux publics
-
-Release Date: January 05, 2021 [eBook #64220]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-Produced by: Adrian Mastronardi, Eleni Christofaki, The Philatelic Digital
- Library Project and the Online Distributed Proofreading Team
- at https://www.pgdp.net (This book was produced from scanned
- images of public domain material from the Google Books
- project.)
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK RAILWAY REFORM ***
-
-
-
-
-Note sur la Transcription
-
-Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
-Une liste d'autres corrections faites se trouve à la fin du livre.
-L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.
-
- Marquage: _mots en italique_
- =mots en gras=
-
-
-
-
-RAILWAY REFORM.
-
-
-
-
-Imp. de Mme DE LACOMBE, rue d'Enghien, 12.
-
-
-
-
- RAILWAY REFORM
-
- OU
-
- CONSIDÉRATIONS
-
- sur la nécessité de réformer
-
- Les Bases du Système qui a créé
-
- ET QUI DIRIGE
-
- LES CHEMINS DE FER DE LA GRANDE BRETAGNE,
-
- ET DES MOYENS A EMPLOYER
-
- POUR ATTEINDRE CE BUT.
-
- --=LONDRES=, 2me Edition.--Octobre 1843.--
-
- (Traduction extraite du _Journal des Travaux Publics_.)
-
- «Si nous vivons assez long-temps pour
- voir l'entier développement du système
- des chemins de fer, nous reconnaîtrons,
- sans aucun doute, que c'est un des plus
- grands bienfaits dont l'art ou la philosophie
- ait doté le genre humain.»
-
- (_Quarterly Review._)
-
- PARIS.
-
- AU BUREAU DU JOURNAL DES TRAVAUX PUBLICS,
-
- 10, BOULEVART BONNE-NOUVELLE.
-
- 1843.
-
-
-
-
-RAILWAY REFORM.
-
-
-Le tableau des revenus de l'année financière expirée le 5 avril 1843,
-offre une triste preuve de la dépression qui existe dans le commerce et
-l'industrie et de la misère qu'elle doit faire subir à la grande masse
-du peuple anglais.
-
-Les droits de douane et d'accise, qui sont le thermomètre des moyens
-d'achat et de consommation du peuple, ont diminué respectivement d'un
-million sterling; les droits de timbre, critérium certain de l'étendue
-des transactions commerciales, ont présenté un déficit de 146,000
-liv. sur les années précédentes. Les impôts directs dont la plus
-grande partie est payée par la classe moyenne, et qui en quelque sorte
-représentent sa condition, ont présenté un déficit égal à celui du
-timbre. Ainsi donc, les quatre grandes sources du revenu public offrent
-un déficit d'environ deux millions et demi de livres. N'est-ce pas là
-une preuve convaincante des souffrances du peuple?
-
-Il est juste cependant de dire qu'une partie considérable de ce déficit
-est due aux réductions que l'on a faites à l'ancien tarif. Cependant,
-quelque importance qu'on leur accorde, la différence est assez grande
-pour convaincre les plus sceptiques qu'elle doit avoir été amenée
-par des causes étrangères aux réductions fiscales. Il n'entre pas
-dans mon plan d'indiquer les diverses mesures qui ont été proposées
-pour remédier à cette détresse que personne n'ose nier. La valeur de
-la question des céréales, de celle des monnaies, de la liberté du
-commerce ou des droits protecteurs, a été suffisamment discutée, et si
-l'on n'a pas adopté les mesures proposées par leurs avocats respectifs,
-il ne faut pas l'attribuer à un manque de zèle de leur part pour la
-défense de leurs doctrines.
-
-Le 8 mai, le chancelier de l'Echiquier présenta son budget et fit
-l'aveu de l'impossibilité où se trouvait le gouvernement de continuer
-la mise en pratique des principes de réforme qui avaient été reconnus
-et adoptés dans la session précédente.
-
-La détresse de ce pays provient sans doute d'une multitude de causes
-dont quelques-unes sont en dehors de tout contrôle législatif; d'autres
-sont enracinées dans notre système commercial et protégées par tant
-d'intérêts, qu'elles ne peuvent disparaître que graduellement.
-Cependant, il y a des maux récemment introduits, qui n'ont pas encore
-eu le temps de prendre racine, qui ne reposent qu'à la surface, et que
-l'on peut extirper radicalement et avec promptitude. Je vais appeler
-l'attention du lecteur sur l'un de ces maux.
-
-Il y a peu de sujets qui soient d'une plus grande importance parmi
-nous, que celui qui a rapport au transit, au transport des voyageurs
-et des marchandises d'un point à l'autre du pays, transport établi en
-vue d'obtenir un maximum de vitesse par un minimum de frais. Tandis
-que nous donnons tous les jours une plus grande extension à ces deux
-gigantesques instrumens de civilisation, le bateau à vapeur et le
-chemin de fer, qui seuls peuvent amener le résultat ci-dessus indiqué,
-nous nous inquiétons peu de voir si le bien qu'ils produisent a atteint
-son entier développement.
-
-L'application de la vapeur aux divers usages de la vie fut une grande
-impulsion donnée aux arts et aux sciences; on peut dire avec raison
-qu'elle a marqué une nouvelle ère dans l'histoire du monde. Il est
-bien peu de découvertes en physique qui aient amené des résultats
-plus importans, ou dont les futurs développemens promettent d'amener
-d'aussi grandes révolutions sur toute la surface du monde civilisé. La
-variété des objets auxquels la vapeur peut être appliquée n'est pas
-moins extraordinaire que sa puissance. «L'application de la vapeur est
-encore dans son enfance» est une remarque très commune, et la vérité
-en est attestée par les améliorations continuelles que l'on fait à
-la machine à vapeur, et par les divers usages auxquels on l'applique
-journellement. Si l'application de la vapeur est encore dans son
-enfance, que ne doit-on pas attendre d'elle, lorsqu'elle sera parvenue
-à un âge plus avancé, lorsque le temps aura perfectionné sa puissance
-si variée et développé ses immenses ressources.
-
-Parmi les différens objets auxquels sa puissance a été appliquée, celui
-qui a rapport aux chemins de fer est de beaucoup le plus important,
-et c'est lui qui attirera toute notre attention. Il n'existe aucune
-découverte dans les sciences, chez les anciens comme chez les modernes,
-qui, dans une période aussi courte, ait produit des résultats aussi
-étonnans que ceux qui frappent journellement nos yeux sur les chemins
-de fer. Une enquête pour savoir si cette puissance est ou n'est pas
-dans une bonne direction, ne doit pas être considérée comme inutile.
-Les abus que l'exploitation des chemins de fer a amenés depuis
-leur établissement jusqu'à ce jour, ont été une cause de plaintes
-continuelles, et dans le travail auquel nous allons nous livrer nous
-aurons constamment en vue deux objets:
-
-1º Nous établirons une enquête sur le système adopté pour la création
-des chemins de fer et pour leur exploitation.
-
-2º Nous examinerons les modifications que l'on pourrait y introduire au
-profit de tous, sans détriment pour personne.
-
-Depuis environ dix ou douze ans, les capitaux et les talens se sont
-appliqués avec une énergie remarquable à l'amélioration des moyens de
-transport intérieur, et cet important medium de richesse nationale et
-de civilisation en a reçu une impulsion proportionnée. Nous sommes
-témoins de faits que nous eussions regardés comme des fictions, si
-on nous les eût racontés il y a vingt ans. Qui aurait voulu croire
-à la possibilité d'une pesante machine de fer, chargée de plusieurs
-centaines de passagers, renfermés dans une longue suite de voitures,
-et d'une grande quantité de coke et d'eau, partant de Manchester et
-arrivant à Liverpool en moins d'une heure, bien que ces deux villes
-soient distantes entre elles de plus de 30 milles? Aujourd'hui c'est un
-fait qui se renouvelle à chaque heure.
-
-La vitesse des transports n'est pas moins étonnante que le poids
-transporté. La puissance de la machine à vapeur, sous ce rapport,
-dépasse les besoins des deux plus grandes places commerciales de la
-Grande-Bretagne. On transporte des charges de 50 à 100 tonneaux à une
-vitesse de 25 milles par heure. Une fois nous avons vu une charge,
-ou plutôt une cargaison de marchandises du poids de 200 tonnes,
-transportée de Liverpool à Manchester à la vitesse moyenne de 12 milles
-par heure. Les moyens que l'on emploie pour donner l'impulsion à la
-machine à vapeur ne sont pas favorables à l'économie du combustible;
-cependant une livre de coke dans une machine-locomotive suffit pour
-évaporer cinq pintes d'eau. Cette évaporation crée une force suffisante
-pour tirer un poids de deux tonneaux et lui faire parcourir un mille
-en deux minutes. Quatre chevaux attelés à une voiture légère, sur un
-chemin ordinaire, parcourraient la même distance avec le même poids en
-six minutes.
-
-Un convoi de voitures, pesant environ 80 tonneaux et transportant 240
-voyageurs, a été de Liverpool à Birmingham et de Birmingham à Liverpool
-en quatre heures et quart chaque fois, y compris les temps d'arrêt.
-La distance entre ces deux villes est, par le chemin de fer, de 98
-milles. Ce double voyage d'environ 200 milles, est effectué à l'aide
-d'une force mécanique produite par la combustion de quatre tonneaux de
-coke dont la valeur est d'environ 5 liv. Il faudrait 20 voitures et
-380 chevaux pour transporter journellement le même nombre de voyageurs
-entre ces deux villes, si l'on employait des voitures ordinaires
-qui roulent sur les grandes routes; et ce voyage ne pourrait pas
-s'accomplir en moins de douze heures, si l'on y comprend le temps de
-relai.
-
-Telle est la puissance et l'économie de la vapeur lorsqu'elle est bien
-employée.
-
-Les chemins de fer anglais ont été établis sur des principes
-diamétralement opposés à ceux qui ont prévalu pour la création des
-chemins de fer du continent. En comparant ces principes et les
-résultats qu'ils ont produits; nous pourrons nous faire une idée juste
-de leurs mérites respectifs.
-
-L'établissement de nos chemins de fer est dû à l'industrie privée. Le
-capitaliste est amené à placer son argent dans une entreprise qu'il
-sait devoir faire déserter les voies ordinaires de communication
-à l'intérieur du pays, et qu'il suppose, par ce moyen, devoir lui
-procurer un haut intérêt. Il la considère comme une spéculation dont
-il a le droit de tirer tout le profit possible. Ses intérêts sont
-diamétralement opposés à ceux du public, parce que ses profits sont
-d'autant plus grands qu'il fait payer un prix plus élevé. Il n'est
-sujet qu'à une légère responsabilité envers le gouvernement. Il n'est
-point obligé d'étudier le confort et la convenance du public; aussi ne
-leur accorde-t-il que l'attention nécessaire à ses vues. Dans quelques
-cas sa spéculation a réussi, et, il reçoit depuis 5 jusqu'à 15 p. cent
-de son placement de fonds; dans d'autres cas, elle n'a pas réussi,
-et il reçoit peu ou rien. Eh bien! quelle que soit sa position, le
-capitaliste n'a qu'un seul objet en vue, gagner le plus qu'il peut, et
-il élève le tarif du chemin de fer qui lui donne 15 p. cent d'intérêt,
-avec aussi peu de scrupule qu'il élèverait le tarif de celui qui ne lui
-rapporte même pas 5 p. cent.
-
-Les anciennes voies de communication dans le royaume ont été
-abandonnées, et l'on a accordé à des capitalistes le monopole des
-nouvelles. Ce monopole est d'autant plus sûr que rien ne peut lui faire
-concurrence; il est d'autant plus étendu qu'il couvre de son réseau
-toute la surface de l'Angleterre; il est d'autant plus durable qu'il a
-été concédé à perpétuité. C'est encore le monopole le plus pernicieux
-au bien général, parce qu'il met la société sous la dépendance du
-capitaliste particulier pour un de ses besoins les plus importans.
-
-Le système établi en Belgique, et adopté par les autres puissances du
-continent, présente un contraste frappant avec celui que nous venons
-de décrire. Chez elles les chemins de fer ont été construits par les
-gouvernemens; le but qu'elles se sont proposé n'a pas été de favoriser
-des profits particuliers, «mais d'étendre le commerce et les moyens
-de communication du pays jusqu'à leurs dernières limites, et de ne
-retirer de l'exploitation que ce qui est strictement nécessaire pour
-rembourser le capital engagé. Le projet que le gouvernement a entrepris
-ne doit être ni un fardeau, ni une source de profits. Il devra
-seulement couvrir ses dépenses, qui consistent dans l'entretien et les
-réparations des chemins et du matériel, dans le paiement des intérêts
-et l'amortissement graduel du capital engagé.»
-
-Tels sont les systèmes établis en Angleterre et en Belgique. Les
-résultats qui en découlent sont la conséquence exacte des principes
-opposés sur lesquels ils sont basés. Le but avoué de l'un est d'imposer
-au public le maximum du tarif le plus profitable; le but de l'autre est
-de n'exiger de lui que le minimum de la dépense la plus économique. Le
-premier doit faire la fortune de quelques particuliers. Le second doit
-étendre ses bienfaits sur la société tout entière. Examinons les tarifs
-de chacun:
-
-Sur le chemin de fer de Londres à Birmingham, par exemple, la distance
-est de 112 milles, et le prix du transport dans la 1re classe est de 1
-liv. 12 sh. 6d.
-
-En Belgique, pour la même distance, et dans une voiture de pareille
-classe, on paie 14 fr. C'est le tiers de ce qui est exigé en Angleterre.
-
-Ce simple fait ne devrait-il pas suggérer à chacun l'idée qu'il doit
-y avoir quelque chose de radicalement faux dans notre système; que
-le pouvoir de taxer le public _ad libitum_, placé entre les mains
-d'individus sans responsabilité et qui ne le font servir qu'à leur
-intérêt particulier, est un fléau! Un monopole de cette importance ne
-doit appartenir qu'au gouvernement; ou bien, si on l'accorde à des
-particuliers, on ne devrait le faire qu'avec des restrictions qui
-protégeraient les intérêts du public.
-
-Le principe généralement adopté dans ce pays d'abandonner toutes les
-entreprises à l'industrie privée, est, sans aucun doute, bon; mais,
-comme tous les bons principes, on peut l'exagérer et même lui faire
-produire des résultats pernicieux. Ce n'est qu'alors que le bien public
-l'exige que l'Etat est justifié de se faire lui-même entrepreneur,
-ou bien d'intervenir entre les capitaux et le travail dans leurs
-développemens. Chez nous, ce n'est que dans des circonstances
-semblables que l'intervention du gouvernement se fait sentir. Ainsi,
-il construit des phares, des tours de signaux, des ports, quelquefois
-des chemins et autres ouvrages qu'aucun capitaliste ne voudrait
-entreprendre, parce que les profits ne seraient pas en rapport avec
-sa mise de fonds. L'Etat fait naviguer ses vaisseaux entre différens
-ports; ces vaisseaux transportent des voyageurs et de l'argent; mais la
-principale branche de commerce qu'il exploite, c'est le transport des
-lettres, dont il a le monopole pour le bien général. Nous verrons par
-la comparaison des tarifs anglais et belges combien le public aurait
-gagné à ce que le gouvernement s'adjugeât le monopole du transport des
-voyageurs.
-
-En 1839, une commission prise dans le sein de la Chambre des communes
-fut instituée pour une enquête sur l'état des communications par
-chemins de fer. Elle était composée de plusieurs membres influens de
-la chambre, sir Robert Peel, lord Stanley, sir James Graham, M. Poulet
-Thomson, M. Shaw Lefêvre, etc., et leur attention fut principalement
-dirigée vers ces deux points:
-
-1º La situation financière des chemins de fer.
-
-2º Le pouvoir que leur avait accordé l'Etat, et l'usage qu'ils en
-faisaient pour le bien public et pour faciliter les communications
-intérieures.
-
-«Il ne paraît pas, dit la commission dans son rapport à la Chambre des
-communes, que l'intention du parlement ait été de donner à un chemin
-de fer un monopole complet des moyens de communication sur la ligne
-qu'il parcourt; au contraire, le parlement a eu soin de faire une
-réserve dans tous ou presque tous les actes constitutifs, en faveur des
-personnes qui voudraient faire circuler des voitures ou des machines
-sur le chemin, en payant un certain droit à la compagnie. L'intention
-du parlement est nulle quant aux effets qu'elle se proposait, car il
-est évident que le paiement de droit n'est qu'une bien minime part
-des arrangemens qu'il faudrait faire pour ouvrir un chemin de fer à
-la concurrence. Un individu qui n'aurait que le pouvoir de placer
-une machine et une voiture sur le chemin de fer, n'aurait aucun
-moyen d'entretenir d'eau sa machine, ou de prendre et de déposer ses
-voyageurs à une station convenable; enfin, il serait placé vis-à-vis
-de la compagnie dans une telle infériorité que la concurrence serait
-impossible.»
-
-La réserve législative, signalée par la commission, a si bien été une
-lettre morte, que fort peu de personnes, probablement, savent qu'elle
-existe, et qu'il est permis à d'autres qu'aux compagnies de transporter
-des voyageurs sur les différens chemins de fer.
-
-Pour les marchandises, le même principe de propriété exclusive
-prévaut, et les essais que l'on a tentés pour entraver le monopole des
-compagnies n'ont pas eu meilleur résultat; c'est-à-dire chaque fois
-que les compagnies ont trouvé leur intérêt à transporter elles-mêmes
-les marchandises ou d'en accorder le privilége à une ou plusieurs
-personnes, elles l'ont fait. Quelques-unes font exclusivement leurs
-transports, comme le Grande-Junction; d'autres les font partiellement,
-et d'autres ne s'en mêlent pas. Quand une compagnie veut se charger
-des transports de marchandises exclusivement, ou bien repousser de sa
-ligne les étrangers, on perd son temps à vouloir lutter, à moins d'être
-doué d'une grande détermination et d'avoir de l'argent à perdre en
-procès. Même avec ces avantages, on n'a que peu de chances de succès.
-En voici un exemple tout récent: MM. Pickford et Cie, commissionnaires
-de roulage bien connus, ont eu un long procès sur le point en question,
-contre une des grandes compagnies de chemins de fer, et ils obtinrent
-jugement en leur faveur, du lord chef, baron de la cour de l'Echiquier.
-La compagnie n'a pas eu plus d'égard pour ce jugement que s'il eût été
-prononcé par un juge-de-paix. Les directeurs n'ont même pas cru devoir
-en faire mention dans leur rapport semestriel à leurs actionnaires, et
-aucun de ces derniers ne leur a adressé de question à ce sujet.
-
-Les délais de la loi et les fonds que l'on met sans réserve à la
-disposition des directeurs, pour le contentieux, leur permettent de
-rendre nuls tous les efforts de ceux qui voudraient profiter du petit
-nombre de priviléges que la loi a accordés au public.
-
-Quelques compagnies ne s'arrêtent pas là, et violent ouvertement la
-loi en exigeant des prix plus élevés que ceux que leurs actes de
-constitution leur donnent le droit de demander. Cet abus n'a lieu,
-bien entendu, que sur les lignes dont les prix ont été limités. Deux
-des plus grandes lignes du royaume ont eu leurs tarifs fixés par acte
-du parlementas à 3½d. par mille, mais, si nous consultons les tarifs
-en vigueur, nous trouvons que l'une et l'autre, sur quelques parties
-intermédiaires, demandent 20 et 25 p. cent de plus qu'elles n'y sont
-autorisées.
-
-Pourquoi le public s'y soumet-il? Le pauvre public est forcé de se
-soumettre à bien d'autres impositions, et à celle-ci en particulier.
-Ce qui est l'affaire de tout le monde n'est l'affaire de personne.
-Le rôle d'accusateur n'est pas très populaire dans ce pays. Il n'est
-pas ensuite fort agréable pour un particulier d'entamer un procès
-avec une riche et puissante compagnie, afin de savoir deux ou trois
-ans après (s'il est assez heureux pour que sa cause soit promptement
-jugée), combien d'interprétations un avocat peut trouver dans un acte
-du parlement. Le simple citoyen trouve donc préférable de se soumettre
-patiemment ou impatiemment s'il l'aime mieux, à l'abus dont il est
-victime et de passer son chemin.
-
-Un trait caractéristique distingue les assemblées semestrielles des
-actionnaires de chemins de fer. C'est leur soin d'éviter toute allusion
-aux pratiques de leurs directeurs, quelque illégales qu'elles soient,
-quand elles ont pour but un accroissement de leur revenu. Nous en
-avons un exemple dans l'affaire de MM. Pickfort dont nous venons de
-parler. Chaque actionnaire savait très bien que la cour de l'Echiquier
-avait condamné la compagnie, et qu'en conséquence la compagnie avait
-été obligée de payer 700 livr. pour les frais de la partie adverse et
-une somme double pour les leurs, et que, malgré cet échec, elle ne
-persévérerait pas moins dans sa même ligne de conduite qu'auparavant;
-néanmoins, aucun d'entre eux ne crut devoir se permettre la plus légère
-allusion à ce sujet.
-
-A la vérité, les compagnies sont rarement forcées de violer la lettre
-de la loi, bien qu'elles s'embarrassent peu de son esprit; car si elles
-élevaient leurs tarifs autant que la loi leur permet, leurs chemins
-deviendraient déserts et ne serviraient qu'aux classes opulentes. Sur
-le Great-Western, la compagnie a le droit d'exiger de chaque voyageur,
-pour le transit de Londres à Bristol, 35 sh., mais elle a reconnu qu'il
-était dans son intérêt de n'exiger, pour les voitures de 1re classe,
-que 30 sh. et 20 sh. pour celles de 2e classe.
-
-Cependant, ce tarif, bien qu'inférieur au tarif légal, ne put pas
-assurer à la compagnie un monopole complet, parce que les voitures
-publiques, n'exigeant que 12 et 14 sh., continuèrent leurs voyages.
-Pour les faire disparaître, la compagnie créa une 3e classe de voitures
-à 12 sh. 6 dr., et elle réussit à les faire tomber.
-
-La compagnie de Londres à Birmingham, ainsi que d'autres, se
-trouvèrent dans la même position, parce que, dès leur ouverture, elles
-n'établirent que des wagons de 1re et 2e classe. Elles n'eurent des
-wagons de 3e classe que lorsqu'elles furent assurées que leur monopole
-serait incomplet sans cette mesure. Il existe même encore une voiture
-publique en concurrence avec la ligne de Birmingham. Elle prend 12 sh.
-pour une place de banquette, tandis que la compagnie demande 14 sh.
-pour la 3e classe.
-
-On peut conclure de ce qui précède, que l'intervention de la
-législature dans l'établissement des tarifs des chemins de fer a été
-sans aucun résultat pour le bien public. Si les compagnies eussent
-voulu suivre les règlemens, neuf fois sur dix elles se seraient
-suicidées.
-
-Des tarifs élevés sont donc la conséquence du système actuel, nous
-voulons dire élevés par rapport aux frais de traction; car, quelque
-minimes que soient ceux-ci, le public n'en retire aucun avantage. La
-seule considération qui fasse agir les directeurs est de fixer le tarif
-au point où il pourra rapporter le plus de profit aux actionnaires.
-Ils adoptent, en conséquence, une échelle proportionnelle entre
-différentes stations et ils l'élèvent ou l'abaissent jusqu'à ce qu'ils
-croient avoir atteint le point qui doit leur rapporter davantage,
-sans avoir aucunement égard aux besoins ou à la convenance du public.
-Le Grand-Junction, bien que payant à ses actionnaires 10 p. cent
-d'intérêt, a élevé dernièrement son tarif de 27 p. cent, et cela
-dans un moment où il existait une stagnation sans exemple dans les
-affaires. Peut-être la compagnie retirera-t-elle 1 p. cent. de cette
-augmentation, c'est douteux; mais supposons-le, ce résultat peut-il
-balancer la perte et les inconvéniens que cette mesure cause au public!
-
-La compagnie ne gagnera que la 27e partie de ce qu'elle prélève sur
-lui, et elle force une classe de voyageurs à manquer leurs voyages ou à
-les faire d'une manière désagréable, et elle impose à l'autre une taxe
-supplémentaire de 27 p. cent.
-
-Les compagnies ont trouvé très difficilement la moyenne entre un tarif
-élevé et un tarif bas, qui leur donnât le plus grand bénéfice possible.
-Celles de Greenwich et de Blackwall, et, en général, toutes les
-compagnies qui n'ont pas réussi, modifient constamment leurs tarifs.
-Afin de bien faire connaître les vexations qui résultent pour le public
-d'un pareil état de choses, nous allons entrer dans quelques détails à
-ce sujet.
-
-La compagnie de Blackwall peut fort bien nous servir d'exemple: le prix
-de ce chemin de fer, lors de son ouverture entre Blackwall et Londres,
-était, pour la 1re classe, de 4 d.; pour la 2e, de 3. Quelque temps
-après, la 2e classe fut élevée à 4 d., et la 1re à 6 d. Une nouvelle
-augmentation eut lieu en septembre 1841: la 1re classe paya 8 d.; la
-2e, 6. On exigea le même prix pour toutes les stations intermédiaires.
-
-Ceci dura deux mois, au bout desquels on réduisit le prix, pour les
-stations intermédiaires, à 6 d. et à 4 d. Le dernier changement a eu
-lieu en mars dernier. Alors les prix, entre Blackwall et Londres,
-furent réduits à 6 d. et à 4 d., et, pour les stations intermédiaires,
-à 4 d. et à 3 d.
-
-Le rapport du directeur va nous faire connaître quel fut le résultat de
-l'augmentation des tarifs en 1842:
-
-«Le tarif a été élevé le 13 septembre dernier, et nous avons été
-surpris de voir qu'il en était résulté une diminution considérable,
-non-seulement dans le nombre des voyageurs, mais encore dans les
-recettes.»
-
-L'augmentation n'avait pas été considérable l'été précédent. Dans les
-huit semaines avant le 13 septembre (elles présentent le plus sûr
-moyen de comparaison avec l'année écoulée, puisqu'elles datent de
-l'ouverture de la station de Fenchurch-Street, le 2 août 1841), les
-recettes offrent une augmentation de 16 p. cent sur l'année écoulée,
-tandis que pour les huit semaines qui suivirent le 12 septembre il y a
-une diminution de 41 p. cent sur le nombre des voyageurs, et de 17 p.
-cent sur les recettes, si on les compare à celles des mêmes semaines
-en 1841. Les directeurs ne crurent pas devoir mentionner la perte
-bien plus grande qu'ils avaient fait subir au public. Le nombre des
-voyageurs transportés par le chemin de fer lors de l'abaissement du
-tarif en 1841, pendant les huit semaines, s'éleva à 200,000 environ;
-dans les huit semaines correspondantes de l'année suivante, pendant
-l'élévation du tarif, il ne fut que de 118,000; c'est donc 82,000
-personnes qui, pendant deux mois, furent entièrement privées des
-avantages du chemin de fer, et qui furent forcées de rester chez elles
-ou de faire le trajet à pied, ou bien de chercher un autre moyen de
-transport. Les 118,000 individus qui se servirent du chemin payèrent
-30 p. cent de plus, et la compagnie perdit 17 p. cent. L'exemple que
-nous venons de citer se renouvelle journellement sur tous les chemins
-de fer, jusqu'à ce que les directeurs soient bien convaincus qu'ils ont
-enfin trouvé le tarif qui leur est le plus favorable.
-
-La puissance d'un chemin de fer pour transporter des voyageurs et
-des marchandises est, pour ainsi dire, sans limites. Il serait bien
-difficile de fixer le nombre que le chemin de Blackwall pourrait
-transporter pendant huit semaines; mais, cependant, nous croyons que,
-sans changer en rien les moyens de transport dont la compagnie dispose,
-elle pourrait transporter plus d'un million d'individus avec le même
-nombre de convois, de voitures et de locomotives. Les convois qui,
-chaque quart d'heure, parcourent la ligne entre Londres et Blackwall et
-les stations intermédiaires, transportent, chaque voyage, terme moyen,
-50 voyageurs, et il y a place pour plus de dix fois ce nombre.
-
-Voilà une énorme perte de puissance qui devrait être employée utilement
-pour le bien public. 250 individus, qui sont aujourd'hui obligés de
-faire route à pied, pourraient être ajoutés sans aucune dépense aux 50
-qui la font en chemin de fer, si le tarif était mis à leur portée.
-
-C'est là le grand inconvénient du système actuel. Les intérêts du
-public sont sans aucune valeur aux yeux des propriétaires de chemins
-de fer. Ils l'imposeraient sans scrupule de 30 p. cent, dussent-ils
-n'avoir, eux, que 1 p. cent de bénéfice, et ils ne reviennent en
-arrière que lorsqu'ils s'aperçoivent qu'ils ont été trop loin.
-
-On aurait tort cependant de soutenir qu'un tarif très bas donne le plus
-de profit; c'est, au contraire, l'opposé. Sur le chemin de Blackwall,
-et sur d'autres encore, il existe des concurrences, et c'est ce qui
-fait des exceptions à la règle générale.
-
-La commission de la Chambre des communes, dont le rapport a été cité,
-rapporte plusieurs exemples qui établissent que les compagnies ont
-plus de bénéfice à transporter un petit nombre de voyageurs payant
-un prix élevé, qu'un grand nombre payant un prix minime. Répondant à
-l'observation d'un des témoins entendus, qui disait, «que l'intérêt
-du public et des compagnies était le même,» la commission fait
-observer, «que cette assertion ne peut être admise qu'avec de grandes
-restrictions et pour les chemins de fer seulement à côté desquels il
-existe d'autres moyens de communication qui maintiennent une espèce
-de concurrence, toute faible qu'elle soit.» La commission prouve la
-vérité de son assertion par l'exemple de Leeds à Selby, Manchester à
-Bolton, London à Birmingham et Dundée à Newtyle, chemins de fer qui
-ont tous essayé des tarifs bas et élevés, et qui se sont arrêtés à ces
-derniers comme plus profitables. Le rapport continue en ces termes:
-«La commission signale ce fait à l'attention du parlement et du
-public. C'est un devoir des directeurs de veiller sur les intérêts des
-actionnaires et de maintenir le tarif au taux où il rapporte davantage;
-cette obligation que leur position leur impose, réagit d'une manière
-fâcheuse sur le public, et particulièrement sur cette partie du public
-qui a le moins le pouvoir de payer.
-
-Toutes les compagnies, comme nous l'avons déjà dit, peuvent empêcher
-d'autres compagnies de passer sur leurs lignes, non seulement en
-exigeant le maximum du tarif, mais encore en leur refusant toutes les
-facilités dont elles auraient besoin pour leur service.»
-
-Il est inutile d'observer qu'en effet les compagnies ont complètement
-réussi à empêcher la concurrence de convois étrangers sur leurs lignes.
-
-Il existe encore un abus insupportable dans le système des chemins de
-fer anglais: c'est lorsque deux chemins s'embranchent à de certains
-endroits l'un sur l'autre, ou bien lorsque l'un est la continuation de
-l'autre, et que tous deux appartiennent à des compagnies différentes et
-rivales. Cette rivalité apparaît sous mille formes selon les intérêts
-ou la jalousie des parties respectives.
-
-En voici un exemple: il est de l'intérêt du chemin de fer
-Grand-Junction d'empêcher les voyageurs qui se dirigent vers le Nord de
-passer sur le chemin de fer de Chester à Birkenhead, bien qu'en suivant
-cette direction par le chemin de fer de Chester à Crewe, qui se réunit
-à Grand-Junction, les voyageurs évitent une distance de douze milles
-pour aller de Londres à Liverpool et en Irlande.
-
-La compagnie du Grand-Junction, pour empêcher le public de se servir de
-ce chemin, a acheté le Chester à Crewe qui communique avec le sien, et
-elle en a élevé le tarif au plus haut point. La distance n'est que de
-dix-huit milles. Le prix du transport est de 6 d. par la diligence, et
-de 4 d. par la dernière classe. Les directeurs changent continuellement
-le moment des départs et les fixent aux heures les plus incommodes; de
-sorte que ce chemin de fer, qui serait très utile au public, ne lui
-rend aucun service. Nous avons été témoins, à Londres, d'une discussion
-entre deux compagnies dans la même position. Après avoir harassé le
-public pendant un certain temps, l'une d'elles prit la résolution de
-cesser à une époque de transporter des voyageurs. Elle s'était aperçue
-que la compagnie adverse avait le pouvoir, dont elle abusait, de lui
-faire éprouver des pertes en exigeant le maximum du tarif, et elle fut
-forcée, pour échapper à cette cruelle position, de prendre le moyen que
-nous venons d'indiquer. Une personne, présente à l'assemblée lorsque
-cette proposition passa, fit observer combien il en résulterait de
-pertes et d'inconvéniens pour le public: «Les personnes qui voyagent
-sur cette ligne seront forcées, dorénavant, de faire le trajet, soit
-en voiture particulière, soit à pied; et ce n'était pas encore le
-plus grand mal qui résultait de leur décision: des constructions
-considérables avaient été élevées aux différentes stations, était-il
-juste d'agir ainsi envers ceux qui en étaient propriétaires? Beaucoup
-de gens perdraient moitié sur la valeur de leurs propriétés si
-l'exploitation du chemin de fer cessait. Une nécessité impérieuse
-pouvait seule motiver une semblable détermination.»
-
-Ces sentimens furent approuvés de tout le monde, mais l'on démontra
-l'existence de cette nécessité impérieuse, puisqu'une autre compagnie
-abusait du pouvoir qu'elle avait d'élever son tarif au point où
-l'exploitation du chemin mettait sa rivale en perte. On approuva donc
-la résolution d'abandonner l'exploitation du chemin, et on laissa les
-directeurs maîtres de la mettre à exécution à l'instant où ils le
-jugeraient convenable.
-
-Nous avons déjà vu, qu'en thèse générale, ce n'est point l'intérêt des
-compagnies de chemins de fer d'abaisser beaucoup le tarif des places,
-c'est-à-dire de le réduire au-dessous de celui des voitures ordinaires.
-Car si de telles réductions augmentent de beaucoup le nombre des
-voyageurs, l'augmentation n'est pas suffisante pour combler le déficit
-des recettes. La vérité de ce principe a été démontrée.
-
-Ainsi, dans certains cas, des tarifs de places, très bas dans
-l'origine, ont été de beaucoup augmentés et même doublés; bien que
-le nombre des voyageurs ait sensiblement diminué, les recettes se
-sont néanmoins maintenues, grâce à l'augmentation des prix. Dans
-l'origine, le prix des places sur le railway de Londres à Birmingham,
-entre Londres et Harrow (distance de onze milles et demi) n'était
-que de 1 sh.; on le mit à 2 sh., et quoique le nombre des voyageurs
-diminuât de moitié, cependant, d'après le témoignage de M. Boothby,
-l'un des directeurs, les recettes s'accrurent: ce dernier prix fut
-en conséquence maintenu. Le prix des places sur les chemins de fer
-de cette contrée est, terme moyen, aussi élevé, et, dans beaucoup de
-cas, plus élevé que n'était auparavant celui demandé par les voitures
-roulant sur les routes de terre.
-
-Pour aller de Londres à Birmingham ou de Londres à Bristol, le prix
-ordinaire des voitures était de 25 sh. au-dedans et 15 sh. au-dehors.
-Il existait une voiture faisant régulièrement, chaque jour, le voyage
-de Bristol, qui avait des places à 20 sh. dans l'intérieur et 12 sh.
-au-dehors. Maintenant, pour se rendre dans cette ville, il faut payer
-30 sh. dans les voitures de 1re classe, et 20 sh. dans celles de 2e
-classe. Pour se rendre à Birmingham, par le départ de nuit, le prix des
-voitures de 1re classe est de 32 sh. et de 25 sh. pour les secondes.
-Dans le jour, on paie 5 sh. de moins.
-
-Il faut faire observer en outre qu'un voyageur pressé et qui est obligé
-de passer sur plusieurs chemins de fer, est généralement obligé de se
-servir d'une voiture de 1re classe, par suite des arrangemens que les
-diverses compagnies ont pris entre elles dans leur intérêt commun. Le
-Grand-Junction va nous servir d'exemple. C'est une section de la grande
-ligne de communication entre la métropole, l'intérieur et le nord de
-l'Angleterre et de l'Ecosse. Ce chemin de fer expédie journellement six
-convois. Sur ces six, deux seulement ont des voitures de 2e classe.
-L'un part à l'heure un peu incommode de six heures du matin; l'autre,
-à quatre et demie de l'après-midi. Les quatre autres convois sont
-exclusivement destinés aux voyageurs de 1re classe, qui paient 1 liv.
-6 sh. et 1 liv. 7 sh. 6 d.; de sorte que des voyageurs, arrivant à
-Birmingham de bon matin, doivent attendre jusqu'à quatre heures et
-demie pour continuer leur voyage, ou bien, s'ils arrivent passé cette
-heure, ils attendent jusqu'au lendemain matin. Lorsqu'il n'y avait
-que les voitures publiques sur les routes de terre, c'était bien
-différent. Les malles contenaient autant de voyageurs à l'extérieur
-qu'à l'intérieur, et les voitures ordinaires deux et trois fois
-autant. Il y avait à toutes les heures des départs de Birmingham pour
-Liverpool et _vice-versâ_; on ne payait pas plus de 12 à 14 sh.; tandis
-qu'aujourd'hui, si l'on veut éviter d'être attardé, il faut payer
-le double de cette somme. Autrement on subit le désagrément de voir
-son voyage interrompu pendant six, huit et douze heures. Le prix des
-places de 2e classe est de 50 p. cent plus élevé que celui des places à
-l'extérieur des anciennes diligences.
-
-C'est un plan très ingénieux que celui de faire coïncider l'arrivée
-d'un convoi de 1re classe d'un chemin de fer, avec le départ d'un
-train aussi de 1re classe d'un autre chemin de fer, et lorsqu'il est
-bien mis en oeuvre, il réussit parfaitement. Le voyageur se soumet à
-la nécessité, paie le haut prix et continue son chemin. De tous les
-chemins de fer, c'est celui de Grand-Junction qui a tiré le plus de
-profits de ce système, et, par conséquent, c'est lui qui a payé les
-plus forts dividendes. Depuis quelques années il a augmenté son tarif
-de 20 à 30 p. cent, et comme il le tient toujours à ce taux, c'est la
-meilleure preuve que nous ayons, qu'en thèse générale, des prix très
-minimes ne donneraient pas autant de profit que des prix élevés.
-
-La commission dont nous avons déjà eu occasion de citer le rapport à la
-Chambre des communes, après avoir constaté l'obligation des directeurs
-envers leurs mandans, de maintenir le tarif au point qui donne le plus
-de bénéfices, et les inconvéniens qui en résultent pour le public,
-continue en ces termes: «Les maux que souffre la classe des pauvres
-voyageurs par suite du système de nos chemins de fer, se feront sentir
-d'autant plus, que tous les autres moyens de transport à bas prix
-disparaîtront.» M. Ritson, trésorier du chemin de fer de Bolton à Bury
-explique parfaitement les moyens dont se servent les compagnies pour
-écarter toutes ces voitures de transport à bas prix. Voici un extrait
-de son interrogatoire.
-
-«--L'ouverture de votre chemin de fer a eu lieu en 1833?--Oui!
-
---Quel prix avez-vous établi?--2 sh. 6 d. pour les places de 1re
-classe et 2 sh. pour la seconde. Nous n'avions pas encore de wagons
-découverts; ce n'est qu'au commencement de juin que nous en avons
-établi.
-
---Cette mesure a-t-elle fait augmenter le nombre des voyageurs?
-
---Elle l'a fait augmenter de beaucoup.
-
---Vos bénéfices ont-ils augmenté dans une proportion équivalente?
-
---Nous avons eu un grand nombre de voyageurs de la dernière classe, ce
-qui a causé une diminution de ceux des premières.
-
---Dans le courant de l'été, le 12 juillet, vous avez réduit vos prix?
-
---Nous réduisîmes la 1re classe à 1 sh. 6 d. Les wagons ne furent pas
-modifiés.
-
---Dites-nous quel motif vous fit réduire le prix des places de 1re et
-de 2e classe?
-
---C'était afin de faire concurrence aux voitures (c'est-à-dire les
-faire tomber), qui roulaient encore sur la route de terre. Notre
-comité jugea que le prix de la 1re classe était trop élevé à 2 sh. 6
-d., prix que demandaient les diligences. Nous obtînmes pour résultat
-une augmentation de voyageurs, mais nos recettes furent à peu près les
-mêmes qu'auparavant.
-
---Votre but était de vous emparer du service que faisaient encore les
-voitures?
-
---Nous voulions transporter à notre chemin de fer le mouvement qu'elles
-opéraient encore.
-
---Réussîtes-vous?--Oui!
-
---Je m'aperçois que le 1er décembre vous avez augmenté le prix des
-places de 1re classe de 6 d. (2 sh. 6 d.) et que vous avez supprimé les
-wagons découverts entièrement?--Oui.
-
---Ce fut après que vous eûtes fait tomber les diligences?--Oui.
-
---Les diligences ont-elles repris leur service?--Non.
-
---Ainsi donc, vous avez privé le public de l'avantage que lui offraient
-les voitures en diminuant vos prix; vous les avez ensuite élevés, et
-vous avez supprimé les wagons de 3e classe. Avez-vous augmenté vos
-recettes en transportant un plus grand nombre de voyageurs?
-
---Je ne le crois pas.
-
---D'après l'état que vous nous avez remis, il paraîtrait qu'en
-élevant vos prix le 1er décembre, vous avez augmenté vos recettes en
-transportant un nombre moins grand de voyageurs?
-
---Oui: nous avons eu en moins 7,484 voyageurs et la recette a été de 46
-liv. de plus.
-
---N'est-il pas plus avantageux pour vous, bien qu'il n'y ait qu'une
-différence de 46 liv. entre ces deux situations, de transporter 23,951
-voyageurs, plutôt que 31,968?
-
---Le poids transporté par la locomotive est moindre; les droits ne
-sont pas aussi élevés, mais nous faisons marcher autant de wagons.»
-
-Ce témoignage démontre suffisamment la puissance irrésistible d'une
-compagnie de chemin de fer, et l'inutilité de vouloir lui résister, que
-l'on soit riche ou pauvre. Les directeurs ont deux tâches à remplir
-envers cette dernière classe. Ils commencent d'abord par établir des
-places de 3e classe, afin de faire tomber toute concurrence, et quand
-ce but est accompli, ils en ont un second à atteindre qui n'est pas
-moins important; c'est d'empêcher les voyageurs de se servir de ces
-voitures de 3e classe et de les forcer de prendre celles de 2e classe.
-On se rappellera, sans doute, qu'il y a quelques années, les accidens
-arrivés sur les chemins de fer furent si nombreux, que le parlement
-fut forcé d'intervenir et de limiter le pouvoir jusque-là sans limite
-des compagnies; on n'a pas oublié non plus la résistance que les
-compagnies, soit individuellement, soit collectivement, opposèrent
-à cette intervention. Néanmoins, leur opposition fut inutile et on
-confia au bureau du commerce (_Board of trade_) le soin de veiller
-sur la vie et les membres des sujets de Sa Majesté. Les compagnies
-furent obligées de se conformer à la loi, et la conséquence fut que
-dès ce moment les accidens devinrent fort rares. On doit se rappeler
-aussi que les victimes de ces accidens étaient presque toutes sans
-exception des voyageurs de 3e classe, qui étaient placés tout près de
-la locomotive, sans aucune voiture entre elle et eux. Les conséquences
-de ce système ne sont que trop connues. _Le Times_ prit l'affaire en
-main et il fit cesser l'abus en dépit de l'opposition des compagnies,
-en attirant l'attention de l'opinion publique sur un plan aussi
-monstrueux que celui d'effrayer la classe pauvre des voyageurs. Il
-reste encore assez de moyens aux compagnies pour forcer tous les
-voyageurs, à l'exception de ceux qui sont dans l'impossibilité de
-payer, à abandonner les places de 3e classe pour prendre celles de
-2e; en n'ayant qu'un seul convoi de 3e classe par jour, comme sur le
-chemin de Birmingham et Grand-Junction; en le faisant partir à des
-heures incommodes, comme sur le Great-Western; en le retenant fort
-long-temps en route et en ne lui accordant aucune facilité. Tels sont
-les principaux inconvéniens attachés aux places de 3e classe. Sur
-quelques chemins de fer, on défend aux hommes de peine de donner aucune
-assistance aux voyageurs des wagons (c'est le terme de mépris qu'on
-emploie pour les désigner), soit pour prendre leur bagage, soit pour
-tout autre service qu'ils pourraient demander. De tous les chemins
-de fer du royaume, le Great-Western est celui qui a poussé le plus
-loin le système d'abreuver de dégoût les voyageurs de 3e classe, afin
-de les obliger à prendre des places supérieures. Les directeurs de
-ce chemin ont persisté avec obstination à placer les voyageurs de 3e
-classe immédiatement après la machine et le tender, même après que le
-danger de cette position fut devenu évident pour tout le monde excepté
-pour eux. La vertueuse indignation d'un de ces directeurs alla même
-si loin contre ces malheureux voyageurs de 3e classe, qu'il fit la
-motion de mêler parmi eux des ramoneurs afin de les forcer à changer
-de voiture. Mais il n'était nullement besoin de recourir à des mesures
-extrêmes; le but a été atteint aussi bien d'une autre manière. A
-l'assemblée générale de la compagnie du chemin de fer le Great-Western,
-un actionnaire fit l'observation «qu'il ne croyait pas que la compagnie
-se conformât aux intentions du législateur, en fournissant des moyens
-de transport aussi mauvais à cette classe de voyageurs que les chemins
-de fer avaient privés de ceux qu'elle avait anciennement. Il fit
-remarquer que les voyageurs étaient obligés soit de quitter Londres à 9
-heures du soir pour monter dans une voiture non couverte, et qu'alors
-ils arrivaient à Bristol à 5 h. 20 min. du matin, heure à laquelle il
-était difficile de se procurer un abri et de la nourriture, soit de se
-trouver à la station à 4 heures du matin, et dans ce cas d'être exposés
-à l'inclémence du temps une grande partie de la nuit: son opinion était
-que des améliorations dans cette partie du service seraient d'une
-grande utilité à la masse de la population.»
-
-Ce digne actionnaire désira connaître le nombre des voyageurs de 3e
-classe.
-
-Le secrétaire répondit «que dans l'opinion du directeur, on avait fait
-pour le mieux; que l'on ne pouvait pas considérer comme un voyage
-de nuit celui qui se faisait en partie pendant le jour; les autres
-convois ne transportaient pas des voyageurs de 3e classe, parce que
-les désagrémens qu'il était impossible de leur éviter, ne pouvaient
-pas être supportés par ceux qui faisaient 40 milles à l'heure.»
-Cet excellent secrétaire croyait que les voyageurs de 3e classe
-ne découvriraient pas cela eux-mêmes; mais il aurait fallu qu'ils
-devinassent d'abord comment une distance de 118 milles ¼, franchie par
-la plus grande vitesse en 4 h. ¾, fait terme moyen 40 milles par heure.
-Ce n'est guère que 24 milles, et, en supprimant le temps passé aux
-stations, 30 milles par heure. Suivant ce secrétaire, il n'y a aucun
-désagrément d'être obligé de se lever à 3 h. par une matinée d'hiver,
-et de gagner le chemin de fer comme l'on peut, car on ne trouve pas
-d'omnibus à cette heure. Si c'est un voyage de jour, il est nouveau. Le
-voyage de Londres à Taunton, par les voitures de 1re classe se fait en
-6 heures, par les convois mixtes en 7 heures, et par les wagons en 16
-h. ½. Exagérons-nous en disant que pour se servir d'un semblable moyen
-de transport, il faut y être obligé par la cruelle nécessité, et que
-tout homme qui tient à conserver sa santé est forcé, quelle que soit sa
-détresse, à prendre une place de 2e classe qui, cependant, si elle est
-couverte au-dessus de sa tête, est ouverte sur les côtés et est fort
-peu confortable à l'intérieur.
-
-Le résultat de ce système est évident: le secrétaire de cette compagnie
-refuse de faire connaître le nombre des voyageurs de 3e classe qu'elle
-a transportés. Le nombre des voyageurs de toutes classes était, pour
-l'année entière, de 1,606,015; et, pour l'édification des actionnaires,
-nous leur apprendrons que le nombre de ceux de 3e classe ne dépassait
-pas 100,000!
-
-Citons encore un grand désagrément auquel sont soumis les voyageurs de
-3e classe. C'est d'être exposés aux éclats et aux étincelles de coke
-qui s'échappent du tuyau. On lit constamment dans les journaux des
-plaintes de gens qui ont eu leurs vêtemens brûlés. Il est tout-à-fait
-inutile d'ajouter qu'ils ne reçoivent jamais aucune indemnité. C'est
-à la presse en général et au _Times_ en particulier que les classes
-pauvres doivent de ne pas être privées entièrement de la faculté de
-voyager en chemin de fer. Nous allons faire passer sous les yeux
-du lecteur l'extrait d'un article du _Times_. «Plusieurs de nos
-correspondans nous écrivent pour nous prier de défendre les voyageurs
-de la classe pauvre qui se servent des chemins de fer, et qui sont
-forcés de se contenter des places que les compagnies principales leur
-ont affectées; ils nous prient de demander pour eux un peu plus de
-bien-être et de facilité qu'on ne leur en accorde. Il paraîtrait,
-d'après les faits que nous avons recueillis dans plusieurs de ces
-lettres, que toutes les grandes lignes ne traitent pas mieux l'une
-que l'autre ceux qui ont le malheur d'être obligés de voyager dans
-les voitures de 3e classe. La manière dont le Great-Western traite
-cette classe de voyageurs dépasse de beaucoup, en brutalité, celle des
-autres chemins. Leur convoi est celui que l'on emploie au transport des
-bestiaux, du charbon de terre et d'autres marchandises. Par exemple, on
-nous assure qu'un voyageur parti de Paddington dans un wagon découvert
-à 4 h. ½ de l'après-midi est arrêté plus d'une ½ heure à Swindon, et
-si le convoi marche comme à son ordinaire, il arrive à Bristol en 9 h.
-½, tandis que les voitures de 1re et 2e classes font le même trajet en
-moins de 4 h. ¾. Si un voyageur de 3e classe veut se rendre à Taunton,
-d'une ville quelconque située à l'E. de Bristol c'est encore pis; il
-est retenu 4 ou 5 h. à Bristol, et il reste en route de 14 à 16 h. au
-moins, tandis que les voyageurs de 2e et 1re classes font ce trajet
-en 6 h. ½. Ces accusations sont graves, et si l'on n'y répond pas
-d'une manière satisfaisante, il faut que tôt ou tard ces entreprises
-tombent sous la direction du bureau de commerce, qui devra s'assurer
-si les compagnies ont pris les mesures nécessaires pour donner des
-moyens de transport, à des heures convenables, aux classes pauvres de
-ce pays. Les directeurs de chemins de fer ont eu jusqu'ici trop de
-pouvoir sans aucune responsabilité, et ils s'imaginent qu'il leur est
-permis de traiter le public comme il leur plaît. Qu'ils n'oublient
-pas, cependant, de maintenir leur pouvoir dans de justes limites;
-bien que la construction des chemins de fer ait produit de grands
-avantages, il nous reste encore à voir ce qu'ils deviendront avec
-une semblable administration, si les personnes qui la dirigent sont
-abandonnées plus long-temps sans contrôle à leur seule volonté. Nous
-espérons que cet avertissement suffira pour démontrer aux compagnies
-la nécessité d'introduire des améliorations dans le transport des
-voyageurs de 3e classe; car si nous devons considérer les chemins de
-fer comme des monumens de l'industrie et de la richesse nationales,
-toutes les classes du public doivent en recueillir des avantages. La
-France, qui se dispose à créer un vaste réseau de chemins de fer,
-pourra vaincre ces abus, s'ils se présentaient, bien plus facilement
-que nous. Le gouvernement de ce pays s'est étroitement identifié avec
-ces entreprises à l'aide de secours en argent, et de cette manière,
-il a acquis le droit d'intervenir dans les résolutions sans courir le
-risque d'être blâmé par cette partie du public qui est intéressée au
-maintien du pouvoir illimité des directeurs. Il existe une opinion
-très en faveur parmi les actionnaires de chemins de fer; elle a même
-plusieurs fois donné lieu à une forte opposition contre l'inspection du
-bureau de commerce, c'est que le gouvernement ayant dans le principe
-décliné toute responsabilité à ce sujet et laissé les capitaux
-particuliers vaincre les obstacles que présentaient ces entreprises,
-il n'a aucunement le droit de s'immiscer dans leur administration. La
-seule réponse que l'on doive faire à cet argument, c'est que partout où
-la sécurité ou la convenance du public est en jeu, le gouvernement a le
-droit de surveiller et doit exercer cette surveillance dans l'intérêt
-de tous.»
-
-Mais voici la difficulté:--Comment le gouvernement forcera-t-il une
-compagnie de chemin de fer à adopter des mesures qui lui seront fatales
-sans l'indemniser? On a fait un traité avec ces grandes compagnies pour
-qu'elles transportassent des voyageurs à raison de 3½ à 3 d. par mille.
-Ce n'est que depuis peu d'années que leur intérêt leur a fait établir
-des voitures de 3e classe à 1½ d. par mille.
-
-Elles pourraient dès demain supprimer les wagons si elles le
-voulaient. Elles ont adopté le système de persécuter les voyageurs
-de 3e classe, afin de les obliger à prendre des places de 2e, et, il
-n'y a aucun doute que ce plan ne leur soit très profitable. Lorsque
-les propriétaires du chemin de fer de Croydon prirent la résolution
-de fermer leur chemin, un des actionnaires demanda au président si
-le gouvernement n'interviendrait pas, à cause de l'inconvénient qui
-résulterait pour le public de leur détermination. Le président lui
-répondit, avec raison, que le gouvernement n'avait pas le droit de
-forcer qui que ce soit à se ruiner. Le bureau du commerce engagea la
-compagnie, par la promesse d'un _quid pro quo_, lors de la présentation
-d'un autre bill, à continuer son exploitation. Voilà notre système!
-
-Les directeurs de la compagnie de Londres à Birmingham annoncent
-dans leur rapport que le nombre de milles parcourus sur leur ligne
-pendant les six derniers mois de l'année écoulée s'est élevé, pour
-la 1re classe, a 11,043,483; pour la 2e, à 12,192,051, et, pour la
-3e, seulement à 2,140,705. Si nous comparons ces nombres avec ceux
-des autres chemins de fer dont les directeurs se sont vus obligés,
-par des circonstances particulières, à donner plus de facilité aux
-voyageurs de la classe pauvre, nous trouverons que ceux-ci, au lieu
-de former le cinquième ou le dixième seulement de la totalité des
-voyageurs, en forment les deux tiers ou les trois quarts. Quand un
-chemin de fer s'est assuré le transport exclusif des voyageurs, il
-élève le prix des places de 3e classe en même temps que celui des
-autres classes aussi haut qu'il peut sans nuire à ses intérêts. La
-seule crainte qui l'arrête est celle de forcer le public à se servir de
-quelques moyens de transport en dehors des siens, ou de le mettre dans
-l'impossibilité de payer. Dans la dernière année, plusieurs compagnies,
-nous le répétons, ont élevé leurs prix de 20 à 30 p. cent, et si elles
-trouvaient de l'avantage à les élever encore, elles le feraient tout de
-suite.
-
-Il est inutile d'entrer dans de plus longs détails. Les compagnies de
-chemins de fer sont guidées dans ce cas par le même principe qui les
-fait agir dans tous les autres. «Tirez autant d'argent que vous le
-pouvez du paysan et du pair, de l'artisan et du négociant.» Voilà le
-principe universel qui dirige les compagnies. Les craintes manifestées
-par la commission de la Chambre des communes sur les effets déplorables
-qui résulteraient de l'élévation des tarifs, ont été réalisées dans
-toute leur étendue.
-
-Nous venons de signaler quelques-uns des maux inévitables qui résultent
-du système d'accorder à des individus irresponsables le monopole
-des moyens de communication d'un royaume et de faire un objet de
-spéculation particulière de travaux qui devraient n'être entrepris que
-dans un but d'utilité générale.
-
-Les compagnies sont-elles coupables d'exiger les prix les plus élevés
-qu'elles peuvent obtenir, et de chercher par tous les moyens à défendre
-leurs intérêts à l'exclusion de ceux des autres? Certainement non. Si
-elles trouvent, par exemple, qu'elles gagnent davantage en transportant
-20,000 personnes à des prix élevés qu'en en transportant 100,000 à bas
-prix, elles sont parfaitement justifiées d'empêcher les 80,000 qui
-se serviraient de leur chemin d'en profiter, le profit fût-il dans
-le premier cas de 5 p. cent et dans le deuxième de 4½. Quel est le
-patriote qui, aujourd'hui, ferait le sacrifice de ½ p. cent sur l'autel
-de sa patrie? Ne serait-on pas en droit d'accuser les directeurs de
-sacrifier l'intérêt de leurs actionnaires à celui du public? mais il
-faut leur rendre cette justice, qu'une accusation de cette nature ne
-serait nullement fondée.
-
-Si tous les chemins de fer donnaient des bénéfices et payaient même
-100 p. 100 à leurs actionnaires, le gouvernement n'aurait le droit
-d'intervenir qu'autant que la sécurité publique serait compromise, et
-il ne pourrait pas obliger les propriétaires à adopter des mesures
-tendant à diminuer le moins du monde leurs profits. Le respect que
-nous avons dans ce pays pour le droit de propriété doit constamment
-dominer toute autre considération, même l'intérêt général; le contrat
-primitif ne peut être altéré que d'un commun accord, ou moyennant une
-indemnité équitable. On doit agir avec autant de bonne foi envers
-l'entrepreneur d'un transport qu'envers le créancier de l'Etat. Nous
-devons strictement adhérer au contrat. N'oublions pas surtout que sur
-les cinquante chemins de fer qui traversent le pays, il y en a à peine
-le ⅓ qui soit d'un rapport avantageux, c'est-à-dire dont les actions
-soient au pair ou au-dessus; les deux autres tiers ne valent pas, terme
-moyen, la moitié de ce qu'ils ont coûté. Si l'on réfléchit à cela, on
-sera d'avis qu'il n'y a aucune propriété qui exige plus de ménagement
-et qui doive moins être astreinte à une loi _ex post facto_.
-
-Résumons la situation.
-
-1º On a découvert un moyen de transport qui a remplacé tous les autres.
-
-2º On a accordé le monopole à une compagnie d'individus qui ne sont
-soumis envers l'Etat à aucune responsabilité sur la manière dont ils
-l'exercent.
-
-3º Les rapports entre le public et ces compagnies sont les mêmes que
-ceux qui existent entre le vendeur et l'acheteur; leurs intérêts sont
-par conséquent opposés. Celui du premier est d'obtenir le plus qu'il
-peut, celui du 2e de payer le moins qu'il peut.
-
-4º Les possesseurs du monopole l'exerçant en vue de leurs bénéfices,
-le bien de la société est entièrement négligé; et comme l'expérience a
-démontré que des tarifs élevés étaient plus avantageux que des tarifs
-bas, ils ont adopté les premiers.
-
-5º D'après ces faits, la société tout entière et particulièrement la
-classe commerçante et les classes inférieures, éprouvent de grandes
-pertes et souffrent de nombreux inconvéniens.
-
-6º Le gouvernement ne peut pas intervenir d'une manière préjudiciable
-aux propriétaires de chemins de fer sans leur accorder une indemnité
-équitable.
-
-7º En général la possession de ce monopole est aussi stérile pour ceux
-qui le possèdent, que la manière dont ils l'exercent est préjudiciable
-au public.
-
-Maintenant que nous avons énuméré les maux les plus graves qui sont
-inhérens à notre système de railways, il nous reste une tâche plus
-difficile à remplir. C'est celle d'indiquer le remède à ces maux. Nous
-ne devons pas seulement faire disparaître le mal, mais il faut encore
-que nous remplacions le système par quelque chose de mieux afin que ces
-grandes routes des nations ne soient plus resserrées dans d'étroites
-limites, et pour qu'elles reçoivent au contraire tous les développemens
-qu'exigent les besoins de la société. Pour mettre ce plan à exécution,
-il faudrait annuler l'ancien contrat et en faire un autre sur de
-nouvelles bases.
-
-Nous avons en commençant fait remarquer la différence qui existait
-entre notre système et celui qu'avait adopté le gouvernement belge
-pour l'établissement de ses chemins de fer. La comparaison des deux
-systèmes a été faite d'une manière remarquable par un écrivain, dans
-la _Revue d'Edimbourg_. «Examinons, dit-il, quelle est la nature d'un
-chemin de fer, et voyons ensuite si l'intérêt particulier peut faire
-jouir la société de tous les bienfaits qu'une entreprise de ce genre
-doit produire; voyons si les causes qui, dans d'autres circonstances,
-ont rendu les entreprises particulières si utiles, produiront dans
-celle-ci les mêmes effets; voyons enfin si le capitaliste sera amené
-par l'intérêt, obligé par la concurrence, ou forcé par sa position
-envers le public, à tirer d'un système dont il est le maître absolu et
-irresponsable tout le bien qu'il peut rendre.
-
-L'effet immédiat de l'établissement d'un chemin de fer, c'est
-d'investir ses possesseurs du monopole le plus absolu. Ce monopole fait
-disparaître instantanément et de la manière la plus complète toute
-espèce de concurrence. Il met la société, pour un de ses principaux
-besoins, complètement à la merci d'individus qui n'agissent que sous
-l'impulsion de leur intérêt, qui sont dirigés par leurs préjugés ou
-leurs passions, et qui sont souvent aussi ignorans de leurs véritables
-intérêts qu'ils sont exclusivement dévoués à ce qui n'en est que le
-fantôme.
-
-Il est donc évident que la concurrence et la dépendance du public,
-deux causes, qui ont opéré avec tant de force sur les entreprises
-particulières, cessent d'agir sur une compagnie de chemin de fer.
-Elle n'est guidée que par un intérêt pécuniaire, et c'est à lui que
-la société doit la moindre attention qu'on lui porte. On peut dire
-cependant que la société retirera un avantage de ce motif, c'est qu'on
-lui donnera au moins toutes les facilités nécessaires pour empêcher la
-concurrence des voitures publiques sur les routes ordinaires. Cette
-objection est vraie, mais cette concurrence peut-elle faire naître
-la moindre crainte, lorsque l'on pense que la locomotive n'a qu'à
-faire agir un tiers de sa puissance pour faire de nouveau déserter la
-grande route? De même, le prix restera un peu au-dessous de celui des
-anciennes diligences, et le public recueillera certainement quelques
-avantages du nouveau système; mais que sont-ils ces avantages, si
-on les compare à ceux qu'aurait pu rendre une force aussi puissante
-confiée en d'autres mains?
-
-Vos principes, nous dira-t-on, tendent à établir que ces chemins
-de fer qui, chez nous, ont attiré tous les voyageurs et qui ont
-converti les anciennes routes en déserts, n'auraient pas dû être
-livrés entièrement à l'industrie privée, mais que l'Etat aurait dû
-entreprendre leur construction, ou se réserver un droit de contrôle
-sur leur administration. Certainement, nous pensons que la législature
-a agi aveuglément en livrant sans contrôle le monopole d'un objet
-aussi important que les communications publiques, à des capitalistes
-particuliers. Quand nous songeons aux dépenses folles qui ont été
-faites dans ce genre de travaux, quand nous réfléchissons aux sommes
-énormes qui ont été payées aux propriétaires de terrains, non pas à
-titre de compensation pour le tort que l'on faisait à leur propriété,
-mais pour les faire concourir à des projets dont ils devaient retirer
-tous les profits, quand nous voyons des sommes énormes honteusement
-prodiguées en débats fictifs entre lignes opposées, créées par des
-spéculateurs de Bourse, avant même que le parlement ait accordé son
-autorisation, et lorsque nous songeons que ces constructions folles,
-ces demandes exorbitantes des propriétaires, ces spéculations de Bourse
-doivent tous augmenter le prix des places du voyageur, et ainsi mettre
-obstacle à la fréquence des rapprochemens individuels, nous regrettons
-que l'Etat n'ait pas adopté des mesures pour réduire des dépenses que
-la société finira toujours par payer.
-
-Si aux dépenses de l'établissement des chemins de fer, nous ajoutons
-le despotisme qu'exercent les compagnies sur la Bourse, le temps, les
-convenances et la sûreté du public soumis à leur caprice, si nous
-trouvons que le prix des places est élevé au plus haut degré possible,
-la vitesse du transport nullement en rapport avec ce qu'elle devrait
-être, si nous voyons la presse rapporter chaque jour des exemples de la
-négligence la moins pardonnable, de réglemens capricieux et injustes,
-alors nous regrettons amèrement qu'une affaire aussi importante pour la
-société n'ait pas été tout de suite entreprise par elle.
-
-Nous admettons la vérité de cette proposition que les bénéfices
-d'un capitaliste sont rarement une perte pour le pays. Mais, si les
-communications faciles sont les plus puissans agens de la civilisation,
-si leurs effets immédiats et sûrs sont de faire prospérer le commerce,
-d'exciter l'industrie et d'augmenter les revenus publics, si, dans ce
-cas, les bénéfices que la nation en retire sont minimes, comparés aux
-bénéfices du particulier, n'est-il pas évident alors que les profits
-des propriétaires de chemins de fer sont prélevés au détriment du pays,
-parce qu'ils empêchent le développement des communications intérieures?
-
-Lorsque les recettes d'un chemin de fer couvrent les dépenses
-d'entretien et de réparations, et qu'elles paient l'intérêt du capital
-employé, on a, selon nous, atteint le but que l'on devait se proposer.
-Atteindre ce résultat, et non pas faire des bénéfices, voilà le
-principe qui devrait servir de base aux tarifs. C'est d'après lui que
-le gouvernement belge a agi lorsqu'il a construit ce réseau de chemins
-de fer qui couvre tout ce beau pays. Là, le but que l'on s'est proposé,
-ce n'est pas de favoriser les intérêts privés, mais, au contraire,
-d'étendre le commerce et les communications du pays aussi loin qu'il
-est possible, et, de ne faire payer au public que le prix strictement
-nécessaire pour rembourser les dépenses premières.
-
-C'est ainsi que le gouvernement belge, en se chargeant des travaux, a
-pu, en peu d'années, construire un réseau de chemins de fer dont le
-but est de servir les intérêts de la société; tandis que l'Angleterre,
-qui a permis aux capitaux particuliers de s'emparer du monopole des
-lignes commerciales productives, est privée d'un bon système de
-communications, et voit, trop tard, que le bien public a été sacrifié
-au monopole.»
-
-J'approuve les prémisses de l'écrivain, mais je n'approuve pas la
-conclusion qu'il en tire, que l'Angleterre voit _trop tard_ le bien
-public sacrifié au monopole. Pourquoi serait-il trop tard pour
-effectuer les changemens que l'on jugerait convenables? S'il était
-nécessaire, pour le bien du pays, que les chemins de fer disparussent
-de sa surface, ou que le gouvernement s'en emparât, ou bien qu'il
-forçât les propriétaires à transporter gratis les marchandises et
-les voyageurs, il n'y a point de puissance au monde qui pourrait y
-soustraire ce genre de propriété plus qu'aucun autre. Un acte du
-parlement l'a créé, un acte du parlement peut le faire disparaître ou
-changer ses conditions d'existence, en indemnisant, bien entendu, les
-propriétaires pour la perte qu'ils supporteraient dans l'un ou l'autre
-cas.
-
-Il faut un motif bien puissant pour justifier l'intervention de l'Etat
-dans les spéculations industrielles, et nous ne sommes nullement
-convaincus que le gouvernement a eu tort de ne pas se charger de la
-construction des chemins de fer. Dans toute entreprise commerciale,
-il faut laisser au capitaliste le bénéfice de son capital et de son
-industrie, et lorsque l'ouvrage est terminé, que le profit ou la perte
-qui en résultent sont exactement connus, alors le gouvernement peut
-traiter avec lui selon que les besoins de la société l'exigent, et en
-veillant à ce qu'il ne perde rien par cette intervention.
-
-Il n'y aurait aucune injustice, par exemple, à ce que le gouvernement
-forçât un chemin de fer qui paie 5 p. cent à ses actionnaires, à
-transporter les voyageurs moyennant un prix qui ne produirait que 4 p.
-cent s'il en payait la différence.
-
-Les membres de la commission instituée par le ministère pour éclaircir
-la question suivante: «s'il serait convenable que le gouvernement
-construisit les chemins de fer de l'Irlande,» ont présenté, aux deux
-Chambres, un rapport très remarquable sur ce sujet. Après avoir énuméré
-les nombreux bienfaits qui résultent du développement commercial du
-pays, le rapport décrit avec beaucoup d'éloquence la rivalité du bien
-public et des intérêts privés, lorsque les chemins de fer sont la
-propriété des compagnies et non de l'Etat.
-
-«La puissance des moyens que possède un chemin de fer est telle, dit le
-rapporteur, que partout où il y en aura un il rendra les grandes routes
-désertes. Non seulement les moyens de transport en usage aujourd'hui
-disparaîtront, mais encore il portera un coup fatal aux postes qui
-disparaîtront dans son voisinage. La supériorité d'un chemin de fer
-est trop assurée, trop évidente, pour qu'il ait à craindre la moindre
-rivalité. Il n'existe point de mouvement commercial, si étendu qu'il
-soit, qu'un chemin de fer ne puisse satisfaire; il n'y a point de
-multitude de voyageurs qu'il ne puisse transporter. La rapidité d'une
-locomotive, qui ne déploie même pas toute sa vitesse, surpasse de
-beaucoup celle que peut atteindre la voiture la plus légère sur la
-meilleure route.
-
-Le monopole du chemin commence lors de son ouverture. La crainte
-salutaire de la concurrence ne peut jamais stimuler l'activité ou
-troubler le repos du propriétaire de chemins de fer qui, dans un
-moment, se trouve investi d'un pouvoir despotique, devant lequel les
-intérêts les plus sacrés de la société doivent succomber. L'industrie
-particulière choisit de préférence, pour son terrain, les parties du
-royaume les plus fréquentées. Les artères du pays cessent d'appartenir
-au pays, on les livre en toute propriété à des _monopoleurs_ qui n'ont
-à redouter ni contrôle, ni concurrence.
-
-Alors, ils établissent le plus absolu monopole qui existe; ils peuvent
-à volonté ralentir ou accélérer les communications intérieures du pays.
-Tout leur est livré à discrétion. Le choix des heures de départ, le
-temps du voyage et le nombre qu'ils en peuvent faire dans un jour.
-Comme ils ont le pouvoir de fixer le prix de transport des voyageurs
-et des marchandises, ils peuvent alors se rembourser, non seulement du
-coût des travaux et de l'entretien, mais encore des dépenses folles
-et ruineuses qui leur ont été imposées. C'est le public qui paie
-finalement leurs sottises.»
-
-Ces observations sont justes en tant qu'elles ont rapport au système
-de confier à des compagnies la direction absolue d'ouvrages qui sont
-d'une grande importance nationale; mais nous ferons remarquer quelques
-erreurs directes et indirectes assez importantes dans les principes qui
-viennent d'être établis, d'autant plus qu'elles ont été répétées par
-les principaux organes de l'opinion publique dans ce pays, entre autres
-par la _Revue d'Edimbourg_.
-
-La commission dit: «que les compagnies ont le pouvoir de se rembourser
-non seulement du coût des travaux, mais encore de toutes les dépenses
-causées par leurs extravagances.» Que doit-on conclure de ceci? que les
-compagnies établissent les bases de leur tarif d'après l'importance
-du capital dépensé, et qu'elles sont satisfaites de faire payer
-au public un prix suffisant pour couvrir leurs dépenses et leurs
-extravagances. Cette opinion est on ne peut plus fausse. Sur les bonnes
-lignes, quelque grande qu'ait été la dépense, les directeurs ne se
-conforment nullement à cette règle. Sur les mauvaises lignes que l'on a
-construites avec la plus grande économie, ils ne le peuvent pas. Il y
-a quelques années, les actions du Grand-Junction de 100 liv. montèrent
-à 240 liv. et payaient 14 p. cent d'intérêt du capital; le tarif fut
-_élevé_ de 15 p. cent. Il y a deux mois, la compagnie de Blackwall
-vit tomber ses actions de 16 liv. à 5. Elle réduisit son tarif de
-20 p. cent. Que le capital dépensé pour construire le chemin de fer
-soit de 5, 50 ou 500 millions sterling; que ce capital soit dirigé
-avec économie ou prodigalité, cela ne regarde en rien le public. Sur
-des chemins de fer qui donnent 8 et 10 pour cent d'intérêt, on paie
-plus cher que sur d'autres qui ne rapportent que 3 et 4 p. cent. Bien
-plus, les directeurs de chemins de fer, qui ne paient rien à leurs
-actionnaires, sont obligés de demander des prix inférieurs à ceux des
-chemins qui donnent de bons revenus. Le chemin de Blackwall a coûté
-320,000 liv. par mille, et son tarif est de un denier et demi par
-mille pour les voyageurs de la 1re classe[1]. Le chemin de Londres à
-Birmingham a coûté 55,000 par mille, et son tarif est de 3 d. ½ (36
-centimes et demi par mille--95 centimes environ par lieue) par mille
-pour la même classe; cent pour cent de plus que l'autre! Le chemin de
-Blackwall ne paie pas un sou à ses actionnaires, et celui de Birmingham
-paie 11 p. cent du capital engagé. Le Blackwall a essayé une fois
-d'élever son tarif; mais les recettes décrurent tellement qu'il fut
-obligé de revenir à celui en vigueur aujourd'hui.
-
-Il n'y a en effet aucun rapport entre le coût d'un chemin de fer et son
-tarif. Ceci est un point très-important. Car il ne faut pas oublier que
-si le capitaliste a fait un bon placement sur quelques grandes lignes,
-il en a fait de mauvais sur d'autres. Si, dans le premier cas, il a du
-bénéfice; dans le second, l'Etat gagne d'autant plus que le spéculateur
-a perdu. Ceci est une simple affaire de comptes dont nous examinerons
-les articles séparément.
-
-Quant aux dépenses extravagantes de quelques compagnies, nous croyons
-avoir démontré clairement qu'elles sont entièrement à leur charge.
-Elles n'exercent aucune influence sur les prix du tarif et sur la
-valeur du chemin de fer. C'est en résumé de l'argent perdu.
-
-De quelque côté que nous envisagions la question, notre opinion est que
-le gouvernement a agi avec sagesse en s'abstenant d'intervenir dans
-l'emploi que le capitaliste voulait faire de son argent. Qu'en est-il
-résulté? C'est qu'un réseau de chemins de fer couvre toute la surface
-du pays et relie le village le plus obscur et le plus éloigné avec la
-métropole; c'est que les obstacles les plus difficiles ont été aplanis
-par la science, et que le tout forme le plus beau monument qu'aient
-jamais fondé les capitaux particuliers et l'activité individuelle.
-
-Si les chemins de fer eussent été exécutés par l'Etat, les travaux
-n'eussent pas été mieux faits, et peut-être l'eussent-ils été moins
-bien. En outre, tel est leur degré de fini, leur grandeur monumentale,
-sur quelques-unes des grandes lignes, qu'un gouvernement qui aurait
-ordonné une telle dépense eût été injustifiable. La simplicité des
-lignes belges contraste singulièrement avec la magnificence des nôtres.
-
-L'intérêt des compagnies et celui du public se sont rencontrés sur
-un seul point: dans le choix des meilleures lignes, de celles où il
-y avait le plus grand mouvement commercial. Les compagnies ont donc
-choisi celles dont on avait le plus besoin.
-
-Dans une contrée aussi commerçante que la nôtre, où il y a tant de
-capitaux flottans, le gouvernement aurait eu tort d'empêcher les
-spéculateurs de les employer quand une occasion convenable de le faire
-se présentait. Sous ce rapport, on ne peut établir aucune comparaison
-entre l'Angleterre et la Belgique. Le système adopté pour l'une
-n'aurait pas pu servir à l'autre, et, quant au caractère des travaux,
-nous avons déjà fait remarquer la magnificence extraordinaire des uns
-et la simplicité des autres.
-
-Voilà quel a été le bon résultat de permettre l'emploi d'un capital
-de 50,000,000 de liv. sterl.[2] en travaux d'utilité publique. Les
-capitalistes ont retiré de leurs capitaux des avantages qui sont
-exactement proportionnés à la prudence de leur placement. On a créé
-une propriété dont la valeur positive peut être fixée, car elle est
-constamment sur place. De cette manière le gouvernement peut, sans
-difficulté et aussitôt qu'il le voudra, traiter avec elle selon ce que
-les besoins du pays exigeront.
-
-Nous allons examiner maintenant quels seraient les résultats d'un
-système différent, ce qu'amènerait un changement du principe
-d'administration des chemins de fer. Nous avons vu comment ils étaient
-dirigés, il nous reste à voir comment ils pourraient l'être.
-
-Depuis long-temps nous sommes accoutumés aux tarifs des chemins de fer,
-et nous ne murmurons pas, tant qu'ils ne s'élèvent pas au-dessus des
-prix des anciennes voitures; satisfaits du temps que nous épargnons,
-nous fermons les yeux sur les prix demandés. Nous jouissons des
-avantages de ce mode de locomotion, tels qu'ils sont, sans nous
-inquiéter de ce qu'ils pourraient être.
-
-Les deux caractères distinctifs de la vapeur, partout où elle a été
-substituée au travail de l'homme, sont la vitesse et l'économie.
-Avec son aide on fabrique non pas seulement ⅔ plus vite, mais encore
-⅔ meilleur marché qu'à l'aide des procédés ordinaires. Cette règle
-s'applique avec bien plus de force encore à l'emploi de la vapeur sur
-les chemins de fer.
-
-Mettons de côté un instant la vapeur, et faisons l'estimation du coût
-du transport sur un chemin de fer dont la traction est opérée par des
-chevaux, comme cela se pratique sur certains chemins de fer où l'on
-ne tient pas à la vitesse, dont l'étendue est bornée et le mouvement
-commercial peu important. Nous trouvons qu'un cheval fait autant
-d'ouvrage que 12 ou 15 chevaux sur la meilleure voie pavée. Le chemin
-de fer de Stockton à Darlington est le premier chemin de fer établi
-dans le royaume pour le transport des voyageurs. On employait des
-chevaux pour la traction avant l'introduction ou plutôt la découverte
-des locomotives. Un cheval tirait une voiture contenant 50 voyageurs
-avec une vitesse supérieure à celle d'une voiture contenant 12
-voyageurs et tirée par 4 chevaux sur une route pavée.
-
-Pour faire voir la différence qui existe entre le vieux système et
-le nouveau, nous allons publier le paragraphe d'un vieux numéro du
-_Railway Magazine_ qui a attiré notre attention par hasard il y a
-quelques jours:
-
-«_Facilité de traction sur un chemin de fer._»
-
-«Deux chevaux ont tiré le poids énorme de 263 quarters de grains, de
-Dalkeith à Edimbourg, sur le chemin de fer qui joint ces deux villes.
-La distance est de 6 milles[3]. Le poids de 263 quarters est d'environ
-44 tonn., et le poids des wagons de 10 tonn., ce qui fait, au total,
-un poids de 54 tonn. (_Journal de Bath_). La force de traction directe
-n'étant que de 432 liv., un cheval aurait dû suffire pour la tirer si
-la route est de niveau.» (_Railway Magazine._)
-
-Deux chevaux tirer 54 tonn.! n'est-ce pas comme si l'on avait augmenté
-pour notre usage de 20 fois leur force ordinaire? Et cependant
-l'éditeur du _Railway Magazine_ nous dit que si la route a un niveau
-égal, un seul cheval devait suffire.
-
-Quelque bon marché que soit ce moyen de traction, la vapeur l'a
-remplacé, non seulement pour le transport des voyageurs, mais encore
-pour celui des marchandises, lorsque la vitesse est comparativement
-de peu d'importance. J'ai cité l'ouvrage du docteur Lardner, sur la
-machine à vapeur, pour établir la puissance de la vapeur et l'économie
-qui résulte de son emploi sur les chemins de fer.
-
-La consommation du coke est d'environ ¼ de livre par tonn. et par
-mille[4], au prix de 25 sh. le tonn[5]. Un convoi ordinaire de 40 tonn.
-coûterait environ 10 sh. pour une distance parcourue de 100 milles.
-
-40 tonn. de marchandises ou 110 voyageurs parcourront une distance de
-100 milles pour 10 schellings, en dehors du prix de la machine à vapeur
-et de son entretien. Nous ne parlons que de la dépense de traction
-comparée avec celle du transport par le moyen des chevaux. Les frais
-d'entretien, dans les deux cas, sont à peu près les mêmes.
-
-Et, cependant, en dépit de tous ces avantages, il en coûte autant
-pour voyager qu'il y a vingt ans. Il n'en est résulté qu'une économie
-de temps. Bien que des masses pesant plus de 100 tonn. puissent être
-transportées avec rapidité d'un bout du pays à l'autre à peu de frais,
-comparativement à ce qu'elles auraient coûté autrefois, la dépense est
-la même. N'est-ce pas une étrange anomalie qui exige une investigation
-minutieuse des causes qui la produisent?
-
-Nous avons déjà indiqué la principale, celle qui opposera toujours un
-obstacle insurmontable à la réduction des tarifs sans l'intervention du
-parlement: c'est l'intérêt des compagnies. Elles tirent en général plus
-de bénéfice de tarifs élevés que de tarifs modérés.
-
-Les témoignages recueillis par la commission de la Chambre des
-Communes et la pratique presqu'universelle suivie par les principales
-compagnies les mieux administrées, confirment ce fait qui nous paraît
-concluant.
-
-Mais, bien que ceci nous explique pourquoi les tarifs sont maintenus
-très haut, l'apathie que le public montre pour un objet de cette
-importance, ne nous est pas expliquée. Il faut, pour lui arracher
-quelques murmures, que les directeurs élèvent leurs prix à un taux
-exorbitant au point de mettre en doute la préférence à donner aux
-chemins de fer sur les anciennes voies pavées.
-
-Il y a quelques semaines que les habitans de Brigthon tinrent une
-assemblée pour envoyer une députation aux directeurs du chemin de fer
-de Londres à Brigthon, et leur représenter le tort qu'ils faisaient à
-leur ville par la mise en vigueur d'un tarif élevé et arbitraire, alors
-que toute concurrence était devenue impossible. Ce cas et tous ceux
-qui s'y rapportent ne sont, toutefois, que des exceptions à la règle
-générale.
-
-Quatre causes ont, selon nous, détourné l'attention du public de cet
-objet important:
-
-1º L'opinion erronée que le coût excessif des prix de revient
-nécessitait des tarifs élevés, et, qu'en conséquence, le prix du
-transport ne pouvait pas être aussi bas chez nous qu'en Belgique;
-
-2º L'inutilité d'engager les compagnies à faire des réductions, et
-l'absurdité de les espérer, si elles étaient contraires à leurs
-intérêts. On supposait, avec raison, qu'elles étaient les meilleurs
-juges de ce qui leur convenait;
-
-3º La majorité des compagnies ne payant pas de dividendes, le public
-était plus disposé à plaindre les actionnaires ruinés qu'à attendre une
-réduction des tarifs;
-
-4º L'opinion erronée que l'on avait des causes de l'élévation du
-prix des transports. On s'imaginait qu'elle provenait des dépenses
-nécessitées par la traction, et comme les chemins de fer demandaient
-les mêmes prix que les voitures publiques, et que, malgré cela, la
-plupart étaient de mauvaises spéculations, on en concluait que le coût
-du transport était aussi dispendieux, et que les voyageurs ne pouvaient
-pas payer moins que sur les anciennes routes.
-
-On doit voir maintenant que l'adoption de tarifs modérés dépend
-entièrement du prix de revient des transports et des autres frais
-qui en sont forcément la conséquence. Nous devons donc prendre en
-considération:
-
-1º Quelle est la dépense actuelle des chemins de fer;
-
-2º Dans quelle proportion s'accroîtrait-elle si le nombre des voyageurs
-augmentait de beaucoup, soit du triple de ce qu'il est aujourd'hui.
-
-Le chemin de fer de Londres à Birmingham a la réputation d'être l'un
-des mieux administrés du royaume. Un extrait de ses comptes semestriels
-nous fera voir quelles sont les différentes causes de dépense, et à
-combien elles s'élèvent pour chaque article. Je les ai classées sous
-trois titres: 1º dépenses générales pour l'entretien du chemin de fer;
-2º dépenses particulières de traction; 3º dépenses spéciales en dehors
-du contrôle de la compagnie:
-
-1er TABLEAU.
-
-_Dépenses du chemin de fer de Birmingham pour le deuxième semestre de
-l'année 1842._
-
- 1º Dépenses de police 6,200 liv.
-
- Transport des voyageurs 16,281
-
- Salaires et gages pour le transport des marchandises 2,135
-
- Dépenses pour direction, surveillance, secrétaires,
- commis, frais d'insertion et de bureau, etc. 8,309
- ----------
- Total 32,925
-
- 2º Entretien de la voie 22,711 liv. }
-
- Frais de traction 38,640 }
-
- Réparation des voitures 8,633 } 84,196
-
- Entret. et remplac. du matériel 14,212 }
-
- 3º Impôts des paroisses 7,771 }
- } 21,848
- Droits sur les voyageurs 14,077 }
- ---------
- Total 138,969[6].
-
-Les recettes pendant la même époque se sont élevées à la somme de
-420,958 liv., le bénéfice net a donc été de 281,989 l.[7] et la dépense
-comparée à la recette a été de 33,012 p. % ou à peu près. Nous avons
-compris, dans le tableau ci-dessus, le transport des marchandises et
-des voyageurs. Ces deux branches d'exploitation donnent à peu près les
-mêmes bénéfices et coûtent autant.
-
-Ainsi donc, le prix du transport de chaque voyageur est environ le ⅓
-_de ce qu'il paie_, en admettant, ce qui doit être presqu'évident,
-que la compagnie taxe chaque classe de voyageurs en proportion de la
-dépense qu'elle lui occasionne.
-
-Nous pouvons donc calculer à présent de combien la dépense d'un chemin
-de fer augmenterait, s'il avait à transporter un nombre de voyageurs
-triple de celui qu'il transporte.
-
-Les dépenses d'administration ne seraient que peu ou point augmentées.
-Les frais de direction, d'employés, de commis, de police, de porteurs,
-d'annonces et de bureau seraient les mêmes, car la compagnie doit
-toujours être en état de répondre aux exigences du mouvement commercial.
-
-Dans les frais de transport, il y aurait plusieurs articles qui
-subiraient une augmentation considérable. Les frais de réparation
-et remplacement du matériel roulant augmenteraient de 50%, ceux
-d'entretien de la voie de 20% et d'autres articles de 5 à 10%.
-Supposons que toutes ces augmentations réunies élèveraient la dépense
-de ce chemin de 138,969 liv. à 173,712 liv. Pour d'autres, ainsi que
-nous le verrons par la suite, l'augmentation serait moindre, et sur
-quelques-uns elle serait nulle.
-
-L'article le plus dispendieux du transport, ce sont les frais de
-locomotive, qui absorbent presque la moitié des dépenses. S'ils
-devaient croître en proportion du poids ou du nombre des voyageurs
-transportés, ils seraient triples; si, au contraire, la force employée
-maintenant est suffisante pour effectuer le triple du travail que l'on
-exige, les frais seraient les mêmes. Une locomotive qui peut traîner
-un poids de 240 tonn. et à laquelle on n'en fait traîner qu'un de 80
-tonn., peut être comparée à un cheval ne portant que le ⅓ de sa charge.
-La puissance d'une machine locomotive n'est plus un fait théorique,
-c'est un fait positif et prouvé chaque jour. Le poids d'un convoi
-varie de 30 à 250 tonn. et quelquefois il est beaucoup plus lourd. Les
-convois de marchandises ne dépassent pas ordinairement le poids de 200
-tonn.
-
-M. Brunel, ingénieur du chemin de fer _Great Western_, interrogé par
-la commission de la Chambre des communes, sur la facilité et la sûreté
-avec laquelle ces immenses charges sont traînées sur le chemin de fer,
-répondit: «J'examinais hier les comptes de nos convois de marchandises,
-et je vis que le 2 mars une des machines locomotives, appropriée aux
-convois de voyageurs, amena de Woothon-Basset à Paddington, qui sont
-éloignés l'un de l'autre de 82¾ milles[8], un convoi de 256 tonn.,
-non compris le poids de la machine et de son tender. La machine se
-conduisit très bien. Il n'en résulta ni inconvénient ni délai.» Une
-locomotive destinée aux convois de marchandises aurait traîné un poids
-de 400 tonn. dans le même espace de temps.
-
-Le poids d'un convoi ordinaire de voyageurs sur le chemin de Londres
-à Birmingham est d'environ 40 tonn., non compris la locomotive et son
-tender qui pèsent près de 15 tonn. et le nombre des voyageurs est
-d'environ 80 par convoi. N'est-il pas démontré maintenant qu'il y a
-constamment de la _force perdue_, et que l'on pourrait desservir un
-mouvement commercial trois fois plus grand avec un accroissement de
-dépense à peine sensible dans les frais de locomotion?
-
-Nous allons à présent faire connaître le résultat d'un calcul de la
-dépense du chemin de fer de Londres à Birmingham, proportionnée à
-chaque voyageur, et ce qu'elle serait si l'on en transportait 3 fois
-plus. Nous y joindrons les prix du tarif en vigueur et le temps du
-parcours.
-
-2e TABLEAU.
-
-_Dépenses et prix des places pour chaque classe de voyageurs de Londres
-à Birmingham.--Distance, 112¼ milles_[9].
-
- 1--Dépenses générales. 25 p. cent.
- 2--Dépenses de traction. 60 p. cent.
- 3--Dépenses spéciales. 15 p. cent.
- 4--Total des dépenses de transport pour chaque voyageur.
- 5--Prix que devrait payer chaque voyageur, si leur nombre était triple.
- 6--Prix des places aujourd'hui.
- 7--Temps du parcours.
-
- -----------------+------+------+------+------+------+------+-------
- | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7
- +------+------+------+------+------+------+-------
- |sh. d.|sh. d.|sh. d.|sh. d.|sh. d.|sh. d.|heures.
- Conv. de malle. | 2 9 | 6 6 | 1 7 |10 10 | 4 6 |32 6 | 5 »
- 1re classe. | 2 6 | 6 » | 1 6 |10 » | 4 2 |30 » | 5¼
- 2e classe (nuit).| 2 1 | 5 » | 1 3 | 8 4 | 3 5 |25 » | 5¼
- 2e classe (jour).| 1 8 | 4 » | 1 » | 6 8 | 2 9 |20 » | 5¼
- 3e classe. | 1 2 | 2 9 | » 9 | 4 8 | 1 11 |14 » | 8½
-
-Les résultats du tableau ci-dessus sont clairs et positifs, et aucune
-personne versée dans les chemins de fer ne les contestera.
-
-Il est donc admis que le transport des voyageurs de Londres à
-Birmingham coûte aujourd'hui pour la 1re classe 10 sh. 10; et pour la
-dernière 4 sh. 8 d.
-
-Si l'on transportait trois fois plus de voyageurs, bien que la dépense
-totale en serait considérablement augmentée, le prix des places pour
-chaque individu serait réduit à 4 sh. 6 d. pour la 1re classe, et 1 sh.
-11 d. pour la dernière, y compris les impôts, taxes, etc., que l'on
-paie maintenant.
-
-Si ce que nous avançons est prouvé; si les classes riches de la société
-paient 1 liv. 12 sh. 6 d. et la plus pauvre 14 sh., ce qui, sous un
-système différent, ne coûterait au vendeur que 4 sh. 6 et 1 sh. 11
-d. ou environ ⅛ du prix demandé aujourd'hui, n'est-il pas urgent
-de rechercher la cause d'un semblable état de choses afin d'y porter
-remède?
-
-Bien que j'aie estimé à 25 p. cent l'augmentation de dépense du chemin
-de fer de Londres à Birmingham, il ne faut pas croire qu'elle soit
-aussi élevée sur tous. Nos observations peuvent suffire, jusqu'à
-un certain point, pour nous en convaincre. Sur le chemin de fer de
-Greenwich, par exemple, les voitures ne sont jamais, terme moyen,
-remplies au-delà du ⅓. A Pâques, le nombre des voyageurs transportés
-sur ce chemin de fer a été de 28,340; c'était plus en un seul jour
-que dans aucune des semaines écoulées depuis six mois. Sur tous les
-chemins de fer on est obligé d'avoir un approvisionnement de matériel
-capable de répondre à toutes les exigences. Sur celui de Blackwall, il
-y a un matériel de transport suffisant pour transporter dix fois plus
-de voyageurs que ce chemin n'en transporte. Le nombre des voyageurs
-transportés par chaque convoi a été l'hiver dernier, terme moyen, de
-37, tandis que le nombre des wagons aurait suffi pour en transporter
-dix fois plus. Sur les grandes lignes, les voitures ne sont jamais
-remplies qu'à moitié et, par conséquent, il en faudrait davantage pour
-transporter trois fois plus de voyageurs. Mais si nous considérons
-que la dépense pour voitures sur le chemin de Londres à Birmingham ne
-s'élève qu'à 4 p. cent des recettes, l'augmentation que j'ai fixée
-paraîtra suffisante.
-
-Qu'une perte de force ait lieu à terre ou en mer, la différence est peu
-de chose. Lorsqu'un bateau à vapeur est construit pour transporter un
-certain nombre de voyageurs, il dépense tout autant, que ce nombre soit
-au complet ou non. Il en est à peu près de même pour les chemins de
-fer; il y a seulement de plus les dépenses que nous avons énumérées.
-
-Quoique la dépense du chemin de Londres à Birmingham, par passager et
-par mille, puisse être regardée comme un terme moyen juste du coût du
-transport sur les autres chemins de fer, cependant il existe d'assez
-grandes différences entre eux. Chez quelques-uns les prix de revient
-sont cinq fois plus élevés que chez d'autres; non pas que cela soit
-causé par des circonstances particulières, mais parce qu'il entre dans
-les vues des propriétaires de payer cinq fois plus qu'ils ne doivent
-afin d'obliger le public à faire comme eux. Il y a quelques exceptions
-à cette règle que beaucoup ont trouvé avantageux de suivre; il faut
-observer que je n'entends parler ici que de la dépense de la traction
-de chaque individu, et non de la dépense totale.
-
-3e TABLEAU.
-
-_Principaux Chemins de fer du royaume.--Leurs Recettes et Dépenses
-pendant le 2e semestre 1842.--Tant pour 100 des Dépenses sur les
-Recettes.--Leurs Longueurs.--Leurs Tarifs.--Leurs Frais de transport
-pour un voyageur parcourant toute la ligne.--Leurs frais pour chaque
-distance de 100 milles.--Frais pour chaque distance de 100 milles et
-pour chaque voyageur, si le nombre des voyageurs venait à tripler.
-Le surplus de dépenses qu'il occasionnerait étant estimé à 25 pour
-100 en sus des dépenses actuelles, comme pour le chemin de Londres à
-Birmingham._
-
- ========+==========+===========+=========+==========================+
- | | |POUR 100 | |
- | | |des | |
- | | |dépenses | |
- LONGUEUR.|RECETTES.| DÉPENSES.|sur les | CHEMINS DE FER. |
- | | |recettes.| |
- | | | | |
- ---------+---------+-----------+---------+--------------------------+
- milles. | | | | |
- |Liv. St. | Liv. St. | | |
- 112 ¼ |420,954 | 138,969 | 33 | Londres à Birmingham |
- 162 ¾ |359,376 | 139,417 | 38 | Great Western |
- 97 ¼ |207,837 | 78,586 | 37 | Grand-Junction |
- 87 » |173,630 | 76,270 | 43 | Londres et South Western |
- 30 ¾ |123,746 | 56,453 | 45 | Liverpool à Manchester |
- 60 » |119,113 | 56,409 | 47 | Manchester à Leeds |
- 73 » |115,580 | 41,887 | 36 | North Midland |
- 50 ½ |105,246 | 45,075 | 42 | Londres à Brighton |
- 60 » | 77,672 | 30,469 | 40 | Newcastle à Carlisle |
- 57 ¼ | 70,738 | 39,631 | 57 | Midland Counties |
- 41 » | 60,521 | 18,160 | 30 | Manchester à Birmingham |
- 46 » | 59,994 | 19,181 | 36 | Edinbourg à Glasgow |
- 28 » | 51,553 | 17,309 | 34 | York and North Midland |
- 53 » | 50,319 | 29,475 | 58 | Birmingham à Gloucester |
- 6 » | 42,401 | 20,600 | 48 | Dublin à Kingstown |
- 45 » | 36,252 | 15,895 | 41 | Great North of England |
- 41 ¼ | 35,748 | 19,783 | 55 | Birmingham à Derby |
- 32 ¼ | 35,746 | 15,759 | 47 | Northern et Eastern |
- 22 ½ | 30,107 | 10,804 | 35 | North Union |
- 3 ¾ | 27,106 | 13,503 | 50 | London à Greenwich |
- 40 » | 26,601 | 11,589 | 43 | Glasgow à Ayr |
- 17 ½ | 26,202 | 13,144 | 50 | Eastern Counties |
- 3 ¾ | 26,067 | 15,410 | 59 | London à Blackwall |
- 22 ½ | 24,855 | 11,900 | 48 | Glasgow à Greenock |
- 15 » | 16,580 | 7,531 | 44 | Chester à Birkenhead |
- 25 » | 10,800 | 5,460 | 51 | Ulster |
-
-
- =========================+=======================+
- | |
- | |
- | |
- CHEMINS DE FER. | PRIX DU TARIF. |
- |-----------------------|
- |1re CL. |2e CL. |3e CL.|
- -------------------------+--------+-------+------+
- | | | |
- |Sh. D.|Sh. D. |Sh. D.|
- Londres à Birmingham | 31 3 |22 6 |14 » |
- Great Western | 41 » |28 6 |17 » |
- Grand-Junction | 26 » |18 » |13 » |
- Londres et South Western | 21 6 |15 » | 8 6 |
- Liverpool à Manchester | 6 3 | 4 6 | » » |
- Manchester à Leeds | 15 » |10 » | 7 » |
- North Midland | 18 » |12 » | 8 » |
- Londres à Brighton | 13 » | 8 » | 6 » |
- Newcastle à Carlisle | 11 » | 8 6 | » » |
- Midland Counties | 11 6 | 8 6 | 4 6 |
- Manchester à Birmingham | 11 » | 8 » | » » |
- Edinbourg à Glasgow | 8 » | 6 » | 3 » |
- York and North Midland | 6 » | 4 6 | 3 6 |
- Birmingham à Gloucester | 14 » |10 » | 5 6 |
- Dublin à Kingstown | » 8 | » 6 | » 4 |
- Great North of England | 12 » | 8 » | 5 » |
- Birmingham à Derby | 10 » | 7 » | 5 » |
- Northern et Eastern | 7 » | 5 6 | 3 6 |
- North Union | 5 » | 3 6 | » » |
- London à Greenwich | » 10 | » 7 | » » |
- Glasgow à Ayr | 6 » | 4 » | 3 » |
- Eastern Counties | 3 6 | 2 6 | 2 » |
- London à Blackwall | » 6 | » 4 | » » |
- Glasgow à Greenock | 2 6 | 1 6 | » 6 |
- Chester à Birkenhead | 3 6 | 2 6 | 1 6 |
- Ulster | 3 » | 2 » | 1 4 |
-
-
- =========================+=================================+
- | |
- | |
- | PRIX DE REVIENT |
- CHEMINS DE FER. | DE LA COMPAGNIE. |
- |---------------------------------|
- |1re CLASSE.|2e CLASSE.|3e CLASSE.|
- -------------------------+-----------+----------+----------+
- | | | |
- |Sh. D. |Sh. D. | Sh. D. |
- Londres à Birmingham |10 4 | 7 5 | 4 8 |
- Great Western |15 8 |10 10 | 6 6 |
- Grand-Junction | 9 3 | 6 10 | 4 8 |
- Londres et South Western | 9 3 | 6 5 | 3 7 |
- Liverpool à Manchester | 2 10 | 2 » | » » |
- Manchester à Leeds | 7 1 | 4 9 | 3 3 |
- North Midland | 6 6 | 4 4 | 2 11 |
- Londres à Brighton | 5 5 | 3 6 | 2 6 |
- Newcastle à Carlisle | 4 5 | 3 4 | » » |
- Midland Counties | 6 7 | 4 7 | 2 6 |
- Manchester à Birmingham | 3 4 | 2 5 | » » |
- Edinbourg à Glasgow | 2 10 | 2 2 | 1 1 |
- York and North Midland | 2 1 | 1 6 | 1 2 |
- Birmingham à Gloucester | 8 2 | 5 10 | 3 2 |
- Dublin à Kingstown | » 3¾ | » 2¾ | » 1¾ |
- Great North of England | 4 11 | 3 3 | 2 1 |
- Birmingham à Derby | 5 6 | 3 10 | 2 9 |
- Northern et Eastern | 3 3 | 2 7 | 1 8 |
- North Union | 1 9 | 1 3 | » » |
- London à Greenwich | » 5 | » 3½ | » » |
- Glasgow à Ayr | 2 6 | 1 8 | 1 3 |
- Eastern Counties | 1 9 | 1 3 | 1 » |
- London à Blackwall | » 3½ | » 2¼ | » » |
- Glasgow à Greenock | 1 2 | » 8½ | » 2¾ |
- Chester à Birkenhead | 1 5 | 1 » | » 7 |
- Ulster | 1 7 | 1 1 | » 8¼ |
-
-
- =========================+=============================+
- | PRIX DE REVIENT |
- | DE LA COMPAGNIE |
- | Par 100 milles. |
- CHEMINS DE FER. | |
- |-----------------------------|
- |1re CL. |2e CL. |3e CL. |
- -------------------------+-----------+--------+--------+
- | | | |
- | Sh. D. | Sh. D.| Sh. D.|
- Londres à Birmingham | 9 2 | 6 7 | 4 2 |
- Great Western | 9 4 | 6 8 | 3 11 |
- Grand-Junction | 9 6 | 7 » | 4 10 |
- Londres et South Western | 10 7 | 7 4 | 4 1 |
- Liverpool à Manchester | 9 1 | 6 5 | » » |
- Manchester à Leeds | 11 9 | 7 11 | 4 8 |
- North Midland | 9 » | 6 » | 4 » |
- Londres à Brighton | 10 8 | 6 11 | 4 11 |
- Newcastle à Carlisle | 7 4 | 5 7 | » » |
- Midland Counties | 13 5 | 9 4 | 6 1 |
- Manchester à Birmingham | 8 5 | 6 1 | » » |
- Edinbourg à Glasgow | 6 4 | 4 6 | 2 3 |
- York and North Midland | 7 9 | 5 4 | 4 » |
- Birmingham à Gloucester | 15 6 | 11 » | 6 1 |
- Dublin à Kingstown | 5 3 | 4 » | 2 8 |
- Great North of England | 10 10 | 7 1 | 4 7 |
- Birmingham à Derby | 13 4 | 8 9 | 6 2 |
- Northern et Eastern | 10 1 | 8 » | 5 2 |
- North Union | 7 9 | 5 7 | » » |
- London à Greenwich | 11 1 | 7 9 | » » |
- Glasgow à Ayr | 6 3 | 4 2 | 3 1 |
- Eastern Counties | 10 » | 7 3 | 5 8 |
- London à Blackwall | 7 11 | 5 3 | » » |
- Glasgow à Greenock | 5 2 | 3 1 | 1 » |
- Chester à Birkenhead | 9 7 | 6 8 | 5 11 |
- Ulster | 6 4 | 4 4 | 2 9 |
-
-
- =========================+=============================+
- | PRIX DE REVIENT
- | DE LA COMPAGNIE,
- | si le nombre des voyag.
- CHEMINS DE FER. | était triplé.
- |---------------------------
- |1re CL. |2e CL. |3e CL.
- -------------------------+----------+------ -+-------
- | | |
- | Sh. D. |Sh. D. |Sh. D.
- Londres à Birmingham | 5 10 | 2 9 | 1 9
- Great Western | 3 10 | 2 9 | 1 8
- Grand-Junction | 5 11 | 2 11 | 2 »
- Londres et South Western | 4 5 | 3 1 | 1 9
- Liverpool à Manchester | 3 10 | 2 8 | » »
- Manchester à Leeds | 4 11 | 3 4 | 1 11
- North Midland | 5 9 | 2 6 | 1 7
- Londres à Brighton | 4 5 | 2 11 | 2 1
- Newcastle à Carlisle | 3 5 | 2 3 | » »
- Midland Counties | 5 7 | 3 10 | 2 1
- Manchester à Birmingham | 3 7 | 2 6 | » »
- Edinbourg à Glasgow | 2 7 | 1 11 | 1 »
- York and North Midland | 3 3 | 2 2 | 1 8
- Birmingham à Gloucester | 6 5 | 4 7 | 2 6
- Dublin à Kingstown | 2 2 | 1 8 | 1 2
- Great North of England | 4 5 | 2 11 | 1 11
- Birmingham à Derby | 5 6 | 3 9 | 2 7
- Northern et Eastern | 4 2 | 3 4 | 2 1
- North Union | 3 3 | 2 3 | » »
- London à Greenwich | 4 5 | 3 3 | » »
- Glasgow à Ayr | 2 7 | 1 9 | 1 3
- Eastern Counties | 4 2 | 3 1 | 2 4
- London à Blackwall | 5 3 | 2 2 | » »
- Glasgow à Greenock | 2 2 | 1 4 | » 5
- Chester à Birkenhead | 4 » | 2 9 | 1 8
- Ulster | 2 7 | 1 9 | 1 2
-
-Il est nécessaire que nous sachions, aussi exactement que possible,
-quelle est la position des différens chemins de fer relativement à ce
-prix de revient du transport individuel, et jusqu'à quel point ils
-ont jugé convenable de le surtaxer, pour surtaxer avantageusement
-le public. Le 3e tableau ci-joint est le résultat des calculs faits
-d'après le prix des places et les dépenses de vingt-six chemins de
-fer. L'objet que j'ai en vue est de faire voir jusqu'à quel point on
-pourrait réduire la dépense intrinsèque du transport de chaque voyageur.
-
-Nous présumons que tout le monde est convaincu que le principe sur
-lequel mes calculs sont basés, est juste, en ce qui regarde la dépense
-que chaque voyageur occasionne aux Compagnies.
-
-La Compagnie de Londres à Birmingham, par exemple, fait payer à un
-voyageur de 3e classe, pour une distance de 100 milles, 12 sh. 8.
-Les dépenses de la Compagnie ne s'élèvent qu'au ⅓ de ses recettes;
-conséquemment le voyageur ne coûte que 4 sh. 2 d.
-
-La compagnie de Glascow à Greenock fait payer à un voyageur de 3e
-classe, pour 100 milles parcourus sur son chemin, 2 sh. 3. Les dépenses
-ne s'élèvent qu'à 48 p. cent des recettes; c'est donc 1 sh. que ce
-transport coûte. C'est un peu moins du quart de ce qu'il coûte à la
-Compagnie de Londres à Birmingham. (_Voir ci-contre le tableau nº 3_).
-
-Je n'ai fait dans le tableau ci-contre aucune mention du capital engagé
-par les propriétaires du chemin de fer. C'est une autre affaire qui
-mérite un examen particulier. Le but que je me proposais était d'abord
-de montrer ce que coûtait à chaque Compagnie le prix du transport
-d'un voyageur, ensuite quel serait le prix si le chemin de fer en
-transportait un nombre triple de ce qu'il est aujourd'hui.
-
-En examinant ce tableau, le lecteur sera probablement frappé de la
-proportion uniforme qui existe entre le prit exigé du public et les
-dépenses des compagnies. Elle n'est modifiée que par l'importance de
-la circulation. Prenez pour exemple celles qui ont le plus haut et le
-plus bas tarif. Il en coûte à la compagnie de Birmingham à Gloucester,
-pour le transport d'un voyageur de 3e classe, pendant une distance de
-100 milles, 6 sh. 1. La compagnie de Glascow à Greenock, ne paie pour
-la même distance que 1 sh., c'est-à-dire moins d'un sixième. Cette
-dernière transporte un voyageur à une distance de 100 milles pour 2
-sh. 3 d.; la première pour 9 sh. 6 d. Cependant les dépenses de la
-compagnie de Birmingham à Gloucester sont de 58 p. % des recettes, et
-celles de Glasgow à Greenock ne sont que de 48 p. %.
-
-Sur le chemin de Londres à Birmingham, la dernière classe de voyageurs
-paie, pour un parcours de 100 milles, 12 sh. 8 d., et sur celui de
-Liverpool à Manchester, pour le même parcours, 14 sh. 9 d. Les dépenses
-de celui-ci sont de 45 p. cent du total des recettes; celles de
-Greenock de 48 p. cent. L'un fait payer 14 sh. 9 d. pour un parcours
-de 100 milles, l'autre 2 sh. 3 d. La compagnie de Greenock faisait
-payer l'année dernière à ses voyageurs de 3e classe, trois fois plus
-qu'aujourd'hui. Cette réduction a diminué les dépenses de la compagnie
-de 50 p. cent qu'elles étaient auparavant, à 48 p. cent, et les
-actionnaires ont eu le profit de la différence. Si le chemin de fer de
-Liverpool à Manchester ne faisait payer que 2 sh. 3 d. pour un parcours
-de 100 milles, au lieu de 14 sh. 9 d., il se pourrait qu'il gagnât
-par l'adoption de cette mesure, autant que la compagnie de Greenock.
-Certainement les directeurs sont persuadés que toute modification dans
-leurs tarifs diminuerait leurs profits; mais nous ne saurions trop
-répéter au public que le lourd impôt qu'il paie, et dont on pourrait
-en partie le décharger, ne provient nullement du coût de ce qu'on lui
-donne en échange de son argent. C'est le résultat d'un système qui ne
-favorise pas les intérêts de la société, mais bien ceux des individus
-qui conduisent les affaires des compagnies et qui ne voudraient pas
-risquer un shilling de leur revenu par une réduction d'un liard
-(farthing) sur leurs tarifs, dût le public, par ce changement, gagner
-une livre.
-
-Si l'on veut examiner avec soin la table précédente, on sera frappé de
-la différence des dépenses faites par les compagnies, selon qu'elles
-adoptent des tarifs élevés ou bas.
-
-4e TABLEAU.
-
-_Analyse du tableau 3, ou examen des dépenses occasionnées par le
-transport de chaque voyageur sur quelques-uns des principaux chemins
-de fer du royaume, suivi de notes statistiques tirées des tableaux
-précédens._
-
- ----------------------------------+------------+------------+---------
- |1re CLAS. | 2e CLASS |3e CLASS
- +------------+------------+---------
- | sh. d. | sh. d. | sh. d.
- | | |
- Prix moyen du transport de chaque | | |
- voyageur sur les 26 chemins de | | |
- fer cités par mille | » 2.7 | » 1.9 | » 1.2
- Id. id. par 100 milles | 22 7 | 15 10 | 10 2
- Moyenne de la dépense id. | 9 2 | 6 5 | 4 2
- Id. s'ils transportaient | | |
- trois fois plus de passagers, par | | |
- 100 milles | 3 10 | 2 8 | 1 9
- | | |
- Le prix de revient du transport | | |
- d'un voyageur sur le chemin de | | |
- Birmingham à Glocester, où il est | | |
- le plus élevé, est pour un | | |
- parcours de 100 milles, de | 15 6 | 11 » | 6 1
- | | |
- La compagnie de Londres à | | |
- Birmingham, dont les tarifs sont | | |
- les plus élevés, fait payer, pour| | |
- un parcours de 100 milles | 29 0 | 22 6 | 12 6
- | | |
- La compagnie de Glascow dont les | | |
- tarifs sont les plus modérés, fait| | |
- payer, pour un parcours de 100 | 11 1 | 6 8 | 2 3
- milles
-
-_Remarques statistiques générales._
-
-La dépense moyenne des différentes compagnies est de 41 p. cent. La
-moyenne du nombre des voyageurs par chaque convoi de Birmingham à
-Glocester est de 81; tandis que sur le chemin de Greenock à Glascow
-elle n'est pas moindre de 267. Il y a en moyenne 82 voyageurs sur
-chaque convoi de Londres à Birmingham, 62 sur chaque convoi de
-Liverpool à Manchester, et 56 sur ceux de Londres à Blackwall.
-
- Sur le chemin de Birmingham à Glocester, la puissance locomotive coûte
- 1 sh. ¾ d. par mille.
- Id. Glascow à Greenock, id. » 11½ id.
-
-Le prix des places de 3e classe, sur le chemin de Londres à Birmingham,
-pour un parcours de 100 milles est
-
- de 12 sh. 8 d. Il coûte à la comp. 4 sh. 2 d.
-
- Id. s. le Dublin à
- Kingston 5 6 id. 2 8
-
- Id. s. le Liverpool à
- Manchester 14 9 id. 6 11
-
- Id. s. le Glascow à
- Greenock 2 3 id. 1 »
-
- Id. Ulster 5 4 id. 2 9
-
- Id. le Great-Western 10 4 id. 4 8
-
- Id. North-Union 13 6 id. 5 7
-
-On voit que le prix des places passe successivement «du grave au doux,
-du plaisant au sévère» dans la même classe; depuis 2 sh. 3 d. jusqu'à
-14 sh. 9 d. Dans le premier cas, la dépense comparée à la recette est
-de 48 p. cent; dans le deuxième, elle est de 45 p. cent.
-
-Ainsi celui qui reçoit ne fait pas la moindre attention à celui qui
-paie; il ne voit qu'une chose: quel est le prix qui lui rapportera le
-plus, et si celui de 14 sh. 9 d. augmente son revenu d'un huitième p.
-cent de plus que celui de 2 sh. 3 d., il l'adoptera sans hésiter.
-
-Voilà notre système tel qu'il est mis en oeuvre par le chemin de
-Londres à Birmingham. Son comité, toujours très prudent, a porté
-ses prix de 1re classe presque aussi haut que la loi le lui permet.
-Les autres classes ont été réglées en proportion. Il se garde bien
-d'offenser le public par des manières trop grossièrement brutales
-envers ses voyageurs de 3e classe; mais il sait si bien les incommoder,
-à l'aide de procédés méthodiques et doux, qu'ils ne s'exposent jamais
-à voyager deux fois de la même manière, s'ils peuvent l'éviter. C'est
-ainsi que le chemin de fer de Londres à Birmingham parvient à ses fins.
-
-Voilà aussi le système pratiqué par le Great-Western. Sans s'inquiéter
-de l'opinion publique, il n'a qu'un but, c'est de gagner de l'argent.
-Il traite la classe de voyageurs la plus pauvre et la moins protégée
-d'une manière que le _Times_ a qualifiée d'infâme et qui le méritait,
-sans doute, à raison de l'obstination qu'on met à placer ces
-malheureux tout près de la locomotive: c'est ainsi que le Great-Western
-parvient à ses fins.
-
-C'est également le système pratiqué par le chemin de Liverpool à
-Manchester et par d'autres compagnies aristocratiques, qui ne se
-doutent nullement qu'il existe des classes pauvres, ou bien qui ne
-les considèrent point comme faisant partie de la société. Il règne en
-réalité sur ces chemins de fer une loi, plus puissante que tous les
-actes du parlement, qui défend à tout homme pauvre de voyager. Il y a
-plusieurs manières ingénieuses d'éluder les lois, mais nous ne croyons
-pas possible d'éluder la vigilance de l'homme préposé à la demande des
-billets.
-
-C'est encore là le système pratiqué par la compagnie du Grand-Junction.
-Elle l'a assez prouvé par sa résistance déterminée à la loi, ou au
-moins à la décision de la cour de l'Echiquier, et par ses efforts sans
-cesse répétés pour s'arroger le monopole général des transports. Elle
-augmente ses tarifs pour le riche comme pour le pauvre, au moment même
-où elle paie de gros dividendes.
-
-Enfin, voilà notre système général de chemins de fer! Nous nous
-soumettrions en silence à ces charges énormes, s'il y avait nécessité;
-si elles provenaient du prix de revient de transport, ou d'autres
-dépenses indispensables. Mais lorsque rien de tel n'existe, lorsque
-tout le système d'un bout à l'autre est artificiel et arbitraire,
-lorsque les frais de voyage sur un chemin de fer sont trois ou quatre
-fois plus élevés que sur d'autres, sans qu'il ait un privilége pour
-cela, lorsque tout le monde est imposé arbitrairement sur un objet
-de première nécessité, il nous semble qu'on doit examiner ce système
-d'un peu plus près qu'on ne l'a fait jusqu'à présent, et aviser aux
-changemens qu'on peut y introduire.
-
-Quelques personnes nous reprocheront peut-être d'avoir appelé le prix
-des places d'un chemin de fer un impôt, ou de ranger les voyages parmi
-les objets de première nécessité. Nous répondrons que ceci est une
-question de mots, comme le paiement de l'un et la jouissance de l'autre
-sont souvent une affaire de choix. Il en est de même de la consommation
-des marchandises soumises aux droits d'accises, le thé, le sucre, les
-liqueurs, etc. A dire vrai, il serait assez difficile de désigner
-quels sont _les objets de première nécessité_. Nous servons-nous d'une
-chose qui ne puisse être remplacée? Nous avons coutume de parler du
-pain comme d'un objet de première nécessite, et nous oublions que des
-millions de nos semblables, vivant à peu de distance de nous, forts et
-vigoureux, en goûtent à peine une fois par an. Un objet de première
-nécessité signifie maintenant une chose dont nous avons l'habitude
-de nous servir et que nous aimons à avoir. Le mot impôt ou impôt
-indirect signifie ce que nous avons l'habitude de payer, ou ce que
-les circonstances nous forcent à payer. C'est ce qui arrive pour les
-voyages en chemin de fer.
-
-Comment les impôts d'une nature variable sur les objets de première
-nécessité sont-ils regardés dans ce pays? L'agitation produite par la
-loi des céréales est là pour répondre à cette question. On ne déteste
-pas cet impôt parce qu'il est lourd, mais parce qu'il produit un prix
-artificiel, qui ne profite qu'aux parties intéressées. Mais comme les
-résultats de la loi des céréales sont encore un sujet de controverse,
-et qu'ensuite la question est trop politique pour nous servir
-d'exemple, nous allons poser l'hypothèse suivante:
-
-Supposons que le gouvernement changeât, non seulement la quotité de
-l'impôt sur le thé, mais encore le principe de cet impôt et la manière
-de le lever. Supposons que dans chaque ville du royaume l'impôt fût
-différent, que dans la plupart des grandes villes les droits devinssent
-si élevés que le thé fût par le fait interdit aux classes pauvres, et
-que les riches seuls payassent les prix demandés; supposons encore
-qu'afin d'augmenter les bénéfices, on vendît aux pauvres, qui seraient
-forcés d'en acheter comme médicament, un affreux composé de feuilles de
-prunier et de congou de la dernière qualité. Tandis que cette horrible
-drogue serait vendue dans les grandes villes pour le prix exorbitant
-de dix sh. 6 d ou 12 sh. 6 d. (la plus belle _poudre à canon_ coûte
-29 sh.), on vendrait dans une pauvre ville (celle de Greenock), de
-l'excellent thé à 2 sh. 3 d. la livre, parce que le gouvernement aurait
-découvert qu'il tirait dans cette ville un plus grand revenu de cet
-article lorsqu'il était à un prix modéré que lorsqu'il était cher.
-Pense-t-on que cet abus de pouvoir durerait un seul mois?
-
-Les voyages par chemins de fer sont-ils moins nécessaires que le thé?
-La machine à vapeur n'est-elle pas aussi utile à nos besoins que la
-théière? Si des droits élevés nous privent de prendre du thé, nous
-pouvons nous en dédommager en prenant du café; mais si nous avons un
-besoin urgent d'aller demain à Liverpool ou dans d'autres parties
-éloignées du pays, comment ferons-nous si nous ne pouvons pas y aller
-par chemins de fer?
-
-Continuons notre comparaison: le gouvernement arrangerait-il l'affaire
-convenablement s'il accordait à cinquante compagnies différentes, par
-contrat entre lui et elles, le droit illimité d'user ou d'abuser de
-ce monopole du thé à leur convenance; s'il leur donnait le pouvoir
-d'arrêter entièrement et pendant un jour la consommation d'un article
-qui coûte au pays plus de 5,000,000 liv.[10] par an, et de la permettre
-le lendemain, suivant qu'il conviendrait aux intérêts des spéculateurs,
-sans accorder la moindre attention à la santé et au bien-être des
-milliers d'hommes, qui dépendraient ainsi de leur volonté égoïste et
-irresponsable?
-
-L'habitude nous fait croire que nous ne sommes pas imposés par les
-chemins de fer; que le paiement est tout-à-fait volontaire de notre
-part (n'en est-il pas de même pour le thé?); et parce que nous donnons
-notre argent à un commis au lieu de le donner à un collecteur de taxes,
-nous croyons que cette transaction doit être considérée comme libre.
-_La liberté du commerce_ ne peut pas exister avec le _monopole_, et
-les chemins de fer, par leur nature, seront toujours des monopoles,
-n'importe par qui ils seront administrés.
-
-On a vu dans le dernier tableau que la moyenne des voyageurs de chaque
-convoi sur le chemin de Glasgow à Greenock est de 267, tandis que sur
-les autres chemins elle varie de 50 à 80. Aussi la modicité des prix
-sur le premier chemin est-elle compensée par la plus grande quantité
-de voyageurs. Je ne puis mieux terminer cette partie de mon sujet et
-montrer la puissance de la vapeur qu'en copiant le paragraphe suivant
-du _Railway Magazine_, du 16 juillet dernier:
-
-«Le chemin de fer Great-Western a transporté jeudi, à Bristol, dans
-trois convois, 3,000 voyageurs. Le convoi de 7 heures est parti de
-Paddington avec dix voyageurs seulement; il en avait 800 à son arrivée
-à Bristol; le surplus avait été chargé en route.»
-
-Je me rappelle avoir lu qu'un jour de fête, l'été dernier, le chemin
-de fer de Stockton à Darlington avait transporté, dans un seul convoi,
-2,200 voyageurs.
-
-Les prix demandés pour le transport des marchandises, des chevaux,
-des bestiaux, sont généralement très élevés; comme toutes les autres
-perceptions, elles sont réglées de manière à donner le plus de profit
-aux actionnaires. Il n'est point nécessaire d'entrer dans des détails
-sur ces divers articles. Ils seraient peu intéressans pour le public;
-quant à ceux qui sont forcés de subir les tarifs, ils les connaissent
-trop bien. Après tout, c'est le consommateur qui doit payer le total,
-quel qu'il soit, de tous les frais de transport jusqu'au marché des
-marchandises et des bestiaux que l'on y conduit. Il lui importe autant
-de les voir réduire que de voir diminuer le tarif des places. La seule
-différence qui existe entre ces deux impôts prélevés sur le public,
-c'est que l'un est direct et l'autre indirect. Dans le premier cas, il
-est forcé de tirer son argent de sa poche, et cette nécessité laisse
-dans son esprit une impression claire et distincte. Si l'on réduit le
-prix, l'économie qui en résulte pour lui est distincte et apparente.
-Dans l'autre cas, c'est différent. On lui soutire son argent de
-plusieurs côtés à la fois; il ne s'en aperçoit pas, mais il n'a pas
-moins payé l'impôt.
-
-Dans la métropole et dans les grandes villes manufacturières, le
-monopole exercé par les chemins de fer produit un effet pernicieux
-pour toutes les classes de la société sur l'approvisionnement des
-vivres, dont le prix varie beaucoup selon les frais de transport. Que
-le prix des denrées soit élevé ou bas, le peuple est forcé de manger,
-s'il ne l'est pas de voyager. Nous voyons, cependant, que les frais
-de transport du bétail sont tellement élevés que le peuple ne retire
-aucun avantage des chemins de fer.
-
-L'Irlande pourrait approvisionner Londres et les grandes villes
-manufacturières d'une immense quantité de bétail, si les frais de
-transport n'étaient pas jusqu'à un certain point prohibitifs. Sur
-le chemin de fer le Great-Western, les frais sont d'environ 20 p.
-cent de la valeur de l'animal transporté, et, malgré ce prix énorme,
-il transporte à Londres une grande quantité de boeufs, de moutons
-et de porcs. Quel nombre n'en transporterait-on pas si les frais
-ne s'élevaient qu'à 5 p. cent de la valeur? De cette manière on
-ouvrirait un vaste marché aux produits irlandais, et nos grandes villes
-manufacturières jouiraient des avantages que donne le voisinage d'un
-pays où les produits agricoles sont à bas prix. Mais la compagnie du
-Great-Western et les autres chemins de fer gagnent davantage avec un
-tarif élevé qu'avec un tarif modéré. Cela ne fait aucun doute, et la
-question étant posée ainsi, peut-on espérer que les compagnies feront
-_proprio motu_ du tort à leurs propriétés, ou, ce qui revient au même,
-qu'elles réduiront les revenus qu'elles en tirent?
-
-Quelquefois, mais rarement, des querelles entre les compagnies font
-connaître au public les articles secrets passés entre elles, et lui
-donneraient une nouvelle preuve, s'il en avait besoin, de la puissance
-sans limites de la vapeur appliquée aux chemins de fer et du peu de
-dépense que coûte le transport des marchandises.
-
-En voici un exemple: Si l'on examine une carte des chemins de fer de
-l'Angleterre, on verra qu'il y a deux lignes de chemins de fer qui
-s'éloignent de Manchester dans des directions tout opposées. L'une se
-dirige vers Leeds, l'autre vers Birmingham. On sera persuadé qu'il
-ne peut y avoir entre elles aucune cause de rivalité; eh bien! l'on
-se trompe. On peut voir que la ligne de Leeds se dirige tout d'abord
-vers le Nord; elle tourne ensuite à angle droit vers l'Est et joint
-le chemin North-Midland à Normanton après un parcours de 51 milles,
-et la distance où elle est de Londres n'est que de 10 milles plus
-proche que sa distance de Manchester. La ligne de Birmingham se dirige
-directement vers la métropole et joint le Grand-Junction à Crewe,
-qui est à une distance de 40 milles de Manchester. Qui est-ce qui
-supposerait qu'une rivalité pût exister entre les deux chemins pour le
-transport de marchandises? Par l'un, les marchandises doivent parcourir
-51 milles, pour arriver à un point qu'elles atteignent par un parcours
-de 10 milles sur l'autre. Cependant, quelque incroyable que cela
-paraisse d'abord, la compagnie de Birmingham s'engagea, il y a quelque
-temps, à payer à la compagnie de Leeds 5,000 liv. par an, pour qu'elle
-s'abstint de lui faire concurrence pour le transport des marchandises
-de Manchester à Londres.
-
-Depuis, cette somme a été réduite à 50 livres par semaine. Mais, comme
-la compagnie de Leeds ne pensait nullement à cesser tout-à-fait son
-commerce, les deux chemins se font à présent une guerre de plume. La
-compagnie de Birmingham, répondant à une accusation de la compagnie de
-Leeds qui lui reprochait d'avoir diminué son tarif, a dit gravement
-qu'elle n'avait pas réduit son tarif sur les marchandises pour Londres,
-et elle a prouvé même, d'une manière satisfaisante, qu'elle l'avait
-élevé pour les marchandises en destination pour cette ville. Cette
-discussion sera sans doute de courte durée; un arrangement se fera
-entre les compagnies, et le traité recevra son entière exécution; mais
-elles agiraient sagement dans leurs intérêts si elles s'abstenaient de
-donner connaissance au public d'un semblable traité.
-
-Néanmoins, si nous venons à comparer les prix de revient avec les prix
-du tarif pour le transport des marchandises, la rivalité de compagnies
-situées comme le Manchester à Leeds et le Manchester à Birmingham
-le sont à l'égard l'une de l'autre, ne nous surprendra plus. Nous
-la comprenons d'autant mieux en calculant l'immense fardeau qu'une
-locomotive peut tirer, lorsque la vitesse est hors de question.
-
-La machine qui, par une vitesse de 30 milles[11] par heure, ne tirerait
-pas au-delà de 40 tonnes, peut en tirer 400 si elle ne fait que 10
-milles[12] par heure, et le transport des 400 tonnes ne coûterait
- pas davantage que celui de 40 tonnes, parce que la quantité de
-coke consumée dans le voyage lent serait balancée par l'usure que
-causeraient les frottemens dans le voyage rapide. La puissance
-locomotive sur le chemin de Birmingham à Gloucester coûte, pour chaque
-voyage, d'après les calculs de la compagnie, 3 liv. 0 sh. 10 ¼ d.[13].
-La distance parcourue est de 55 milles[14].
-
-Sur d'autres chemins, c'est plus ou moins; mais admettons que 1 sh. 3
-d. par mille, soit le terme moyen, ou 6 liv. 5 sh. par convoi (quelle
-que soit sa pesanteur) pour un parcours de 100 milles. Pour transporter
-le même poids dans un jour, sur une route ordinaire, il faudrait
-2,000 chevaux, et chaque cheval devrait tirer une tonne pendant 20
-milles. Mais la puissance de la vapeur est encore bien supérieure. Une
-locomotive sur le Great-Western traînerait un poids de 1,000 t. avec
-plus de vitesse qu'un cheval ne traînerait un tonneau.
-
-N'est-il pas absurde en présence de pareils faits de vouloir comparer
-les avantages que l'on pourrait retirer d'un chemin de fer avec ce que
-l'on peut exécuter sur les routes ordinaires? Le chemin de fer ne peut
-se comparer qu'avec lui-même, et le prix des places, comme le prix du
-transport des marchandises, devrait être établi d'après la puissance et
-non d'après ce qui existait avant.
-
-Examinons maintenant quelle pourrait être l'augmentation en nombre des
-voyageurs par chemins de fer, si une échelle réduite de prix remplaçait
-celle qui existe, et si elle était assez modérée pour que tout le monde
-pût voyager. Nous avons des données suffisantes pour établir cette
-importante proposition sur des bases justes, et nous ne pouvons mieux
-entrer en matière que par un nouvel extrait de l'article de la _Revue
-d'Edimbourg_ déjà cité:
-
-«Avant l'ouverture du chemin de fer de Liverpool à Manchester, il y
-avait sur la route ordinaire vingt-deux voitures faisant régulièrement
-le voyage entre les deux villes et transportant journellement, terme
-moyen, 450 personnes. Dans l'intérieur des voitures, le prix était de
-10 sh., et à l'extérieur, 6 sh., et le voyage durait de 4 h. à 4 h ½.
-Le prix par chemin de fer (1834) fut de 5 sh. 6 d. pour la première
-classe, 3 sh. 6 d. pour la deuxième. Le temps du voyage pour la
-première classe, était d'une heure un quart, pour la deuxième classe
-d'environ deux heures. Le nombre des voyageurs s'est élevé à 220,000
-pendant le deuxième semestre 1833. Ce serait donc 1,210 par jour. Ainsi
-leur nombre aurait triplé depuis l'ouverture du chemin de fer.
-
-Nous voyons, par les documens officiels, que le nombre des voyageurs
-entre Liverpool et Londres s'élève à plus d'un demi-million. Si nous
-appliquons au chemin de fer projeté entre Londres et Birmingham des
-résultats proportionnés à ceux que nous avons obtenus pour Manchester,
-nous devons nous attendre à ce que le nombre des voyageurs entre les
-deux villes augmente dans une proportion triple; mais nous avons des
-raisons très plausibles pour supposer que l'augmentation sera encore
-plus grande que sur le chemin de Manchester à Liverpool. Il n'existe
-entre ces deux villes aucun centre de population; le mouvement est donc
-borné.
-
-Le chemin de Londres à Birmingham sera alimenté par un grand concours
-de voyageurs qui viendront des villes qui le bordent à peu de distance.
-Ces villes doubleront au moins l'importance de son parcours direct.
-
-Le royaume sera traversé en tous sens par ces grandes artères de
-communication. Elles produiront un échange de bienfaits physiques et
-moraux, politiques et commerciaux, dont il est impossible d'évaluer ou
-de prédire l'importance.
-
-Pour se former une idée des effets que ces vastes entreprises doivent
-produire dans le pays, il est nécessaire de considérer l'importance
-du mouvement qui existe aujourd'hui sur les lignes de Birmingham et
-de Southampton, et de la comparer avec les effets produits sur le
-mouvement commercial par l'établissement de la ligne de Manchester
-à Liverpool. Il est prouvé, par les témoignages fournis à diverses
-commissions parlementaires, que le nombre annuel des voyageurs entre
-Birmingham et Londres s'élève à 488,342. Nous voyons par les états
-de l'administration du timbre que le revenu des voitures qui passent
-le long du chemin de fer projeté de Southampton, d'après les tarifs
-actuels, s'élève à 446,193 livres sterling. Maintenant si nous
-calculons le prix moyen du voyage jusqu'à Southampton, le mouvement sur
-cette ligne équivaut à 446,193 voyageurs qui parcourraient annuellement
-toute la distance. Voici donc quel serait, le long de ces deux lignes,
-l'importance actuelle du mouvement:
-
- Birmingham 488,342 }
- } 934,535.
- Southampton 446,193 }
-
-Nous avons déjà dit que le nombre des voyageurs entre Manchester et
-Liverpool était de 450 avant l'établissement du chemin de fer, et
-que, pendant le dernier semestre de 1833, il s'éleva à 1,210 par
-jour, augmentation qui est en proportion de 8 à 3. Supposons qu'il y
-ait une augmentation proportionnelle sur les chemins projetés, nous
-aurons le nombre approximatif des voyageurs en élevant l'estimation
-précédente dans la proportion de 8 à 3, et voici les résultats que nous
-obtiendrons:
-
- Birmingham 1,302,244 }
- } 2,491,492.
- Southampton 1,189,248 }
-
-Ainsi le nombre des voyageurs qui se rendraient chaque année de ces
-deux villes à la métropole égalerait presque le ⅙ de la population du
-royaume.»
-
-On voit, par les calculs précédens, que le nombre des voyageurs entre
-Liverpool et Manchester avait augmenté après l'établissement du
-chemin de fer dans la proportion de 8 à 3. Le prix des places pour
-les voitures était de 10 sh. et 6 sh.; par chemin de fer de 5 sh. 6
-d. et de 3 sh. 6. Le nombre des voyageurs entre Londres et Birmingham
-était, avant l'ouverture du chemin de fer, de 488,342 et il aurait dû
-s'élever à 1,302,244; mais, comme les prix ont été plutôt augmentés que
-diminués, l'année dernière le nombre des voyageurs n'a pas dépassé le
-chiffre de 780,370. Ce chemin de fer, traversant un pays extrêmement
-peuplé, aurait dû transporter un nombre beaucoup plus grand de
-voyageurs que le chiffre de 1,302,244 que nous avons indiqué.
-
-Pour celui de Southampton, on avait fixé le nombre à 1,189,840, il
-s'en est fallu de 350,000 que ce chiffre ait été atteint. Si l'on eût
-diminué les tarifs sur les chemins de fer de Londres à Birmingham et
-de Londres à Southampton dans la même proportion que sur la ligne
-de Manchester à Liverpool, il n'y a pas à douter que les résultats
-n'eussent été identiques.
-
-Il y a fort peu de chemins de fer sur lesquels on ait fait d'aussi
-grandes réductions que celles que je proposerais; cependant, d'après
-l'augmentation des voyageurs qui est résultée des réductions que
-certains chemins ont faites, on peut juger de ce qu'elle serait, si les
-tarifs eussent été baissés davantage.
-
-On ne doit point douter que le nombre des voyageurs augmenterait en
-proportion du bon marché des places. Prenons pour exemple les ports de
-lettres. On les a réduits, terme moyen, au ⅙ de ce qu'ils étaient il
-y a quelques années. Personne maintenant qui ayant besoin d'adresser
-une lettre, en soit empêché par le prix du port. Le même principe peut
-s'appliquer aux chemins de fer.
-
-Le chemin de fer de Liverpool à Manchester, deux ans après son
-ouverture, éleva son tarif de 20 p. cent. Cette augmentation rapporta à
-la compagnie ½ p. cent de bénéfice!
-
-Sur quelques chemins de fer, l'abaissement du tarif leur a rapporté des
-bénéfices considérables.
-
- Pendant la semaine finissant le 9 mars, le nombre des voyageurs
- sur le chemin de fer de Blackwall a été de 24,400.
- Recette 497 liv. 16 sh. 7 d.
-
- Pendant la semaine finissant le 16, le tarif
- ayant été réduit de 30 p. cent, ce nombre
- a été de 31,892 509 liv. 3 sh. 9 d.
-
- Pendant la semaine finissant le 23 mars,
- époque du tarif réduit très bas, 39,202 630 liv. 17 sh. 8 d.
-
-Le chemin de Blackwall est dans la même situation que ceux de
-Dublin à Kingstown, de Glasgow à Greenock. Ses directeurs ignorent
-encore que son tarif ne peut jamais être trop bas. Ils ont tenté
-toutes sortes d'expériences excepté la bonne, c'est-à-dire un tarif
-_extrêmement bas_. Le tarif qui leur rapporterait probablement le
-plus de profit, serait celui qui n'exigerait que 2 ou 3d.[15] pour le
-trajet entre Blackwall et Londres[16], et 1 et 2 d. pour les stations
-intermédiaires, et qui doublerait ces prix le dimanche. Qu'ils en
-essaient pendant un mois, et leurs affaires s'en trouveront peut-être
-mieux. Nous voyons que sur leur chemin une réduction de 30 p. cent dans
-les prix a produit une augmentation de 60 p. cent dans le nombre des
-voyageurs, et ajouté plus de 25 p. cent à leurs recettes sans accroître
-leurs dépenses. Qu'ils réduisent encore leur tarif de 50 p. cent et
-ils s'en trouveront encore mieux. Cet exemple, ne l'oublions pas, est
-une exception à la règle générale. Sur la plupart des autres chemins
-de fer, une réduction de 30 p. cent sur les tarifs pourrait en amener
-une de 5 p. cent sur les recettes, et si cette réduction de tarif
-allait jusqu'à 60 ou 70 p. cent. la diminution des recettes pourrait
-bien être de 20 à 25 p. cent. Dans tous les cas, elle varierait selon
-les circonstances. Dans de certains endroits où les masses n'ont
-retiré aucun avantage des chemins de fer, à cause des prix élevés de
-leurs tarifs, une diminution qui leur permettrait d'en faire usage ne
-causerait pas une grande perturbation dans les recettes. Afin de donner
-à nos lecteurs une idée des obstacles qui doivent empêcher, chez les
-classes inférieures, le développement de la locomotion comme moyen de
-chercher du travail, nous allons comparer le nombre des voyageurs de
-différentes classes sur les chemins de fer qui ont des tarifs bas et
-des moyens de transports commodes pour la 3e classe, avec ceux qui n'en
-veulent pas avoir. Nous prendrons le tant pour cent de chaque nombre.
-
- A Manchester à Leeds.
- B York et N. Midland.
- C Edimbourg à Glasgow.
- D Glasgow à Ayr.
- E Paisley à Ayr.
- F Dublin à Kingstown.
- G Terme moyen.
-
- -----------+-------+-------+-------+-------+-------+-------+------
- | A | B | C | D | E | F | G
- +-------+-------+-------+-------+-------+-------+------
- |p. 100.|p. 100.|p. 100.|p. 100.|p. 100.|p. 100.|p. 100
- 1re classe.| 8 | 18 | 20 | 11 | 7 | 4 | 11
- 2e classe. | 23 | 31 | 29 | 50 | 15 | 54 | 33
- 3e classe. | 69 | 51 | 51 | 39 | 78 | 42 | 56
-
-Voici maintenant les quatre grandes compagnies qui cherchent, par tous
-les moyens possibles, à forcer les voyageurs à prendre des places de
-1re et 2e classes.
-
- |Londres | Grand | South | Great | Moyenne.
- | à | Junction.| Western.| Western.|
- |Birmingham.| | | |
-------------+-----------+----------+---------+---------+---------
- | % | % | % | % | %
- 1re classe| 44 | 46 | 38 | 30 | 40
- 2e classe | 48 | 44 | 53 | 63 | 52
- 3e classe | 8 | 10 | 9 | 7 | 8
-
-Excepté la compagnie de Londres à Birmingham (qui ne dissimule rien),
-ces compagnies ont jugé convenable de cacher même à leurs actionnaires
-le petit nombre de voyageurs de troisième classe. Nous avons déjà fait
-remarquer qu'à l'assemblée des actionnaires du Great-Western qui eut
-lieu en février dernier, le secrétaire refusa de faire connaître à l'un
-d'eux, qui le demandait, le nombre de voyageurs de cette classe. Nous
-devons nous féliciter, maintenant que nous le connaissons, qu'un nombre
-aussi minime de voyageurs se soit trouvé dans la nécessité de souffrir
-les affronts et les inconvéniens attachés à cette classe de places.
-
-Sur quelques lignes telles que celles de Liverpool à Manchester,
-North-Union, New-Castle à Carlisle, les classes ouvrières sont
-totalement exclues d'après le principe professé à la _Taverne de
-Londres_.
-
-Les quatre chemins de fer ci-dessus, pour lesquels nous venons de
-donner la classification des voyageurs, sont les grandes voies de
-communication de la métropole avec le nord, le sud et l'ouest du
-royaume. Ils font plus d'affaires et recouvrent plus d'argent que
-tous les autres chemins de fer réunis. On peut dire qu'à présent les
-gens pauvres en sont exclus. Ceux qui s'en servent font exception
-à la règle, car non seulement ils doivent subir toutes les avanies
-que nous avons décrites, mais encore les prix de la troisième classe
-sont plus élevés que ceux de première classe sur les autres chemins
-de fer. Si ces lignes étaient mises à la portée du public, le nombre
-des voyageurs s'accroîtrait-il dans une proportion assez exacte, pour
-qu'une diminution d'un quart dans le tarif amenât une augmentation
-correspondante dans le nombre des voyageurs? Bien que cela peut être,
-il ne faut pas y compter absolument. Tout dépendrait des circonstances.
-Au résumé, j'admets qu'il y aurait un déficit sur les recettes brutes.
-
-Pour donner un aperçu du nombre d'individus qui voyagent lorsque les
-moyens de transport sont à leur portée, nous comparerons le résultat
-de tarifs élevés et de tarifs modérés entre villes qui ont adopté les
-différens systèmes.
-
-La distance entre Anvers et Bruxelles est de 27 milles ¼[17]. Les prix
-des places sont de 2 sh. 6 d.[18], 1 sh. 8 d. et 1 sh. La population
-d'Anvers est de 75,000 âmes et celle de Bruxelles de 134,000.
-
- Le nombre des voyageurs a été en 1837 de 1,145,467
- en 1838 de 1,148,324
-
-La distance entre Liverpool et Manchester est de 30 milles ¾. Les prix
-des places, il y a quelques années, étaient de 5 sh. 6 d.[19], 3 sh.
-6 d. Pendant 6 ans, de 1831 à 1836, la moyenne des voyageurs a été de
-436,993. La population de Manchester était alors de 270,000 âmes et
-celle de Liverpool de 190,000. Ces deux villes, les plus commerçantes
-de l'empire, avaient des relations très étroites entre elles; elles
-avaient une population double de celle de Bruxelles et d'Anvers, et
-elles étaient dix fois plus riches; cependant, avec tous ces avantages,
-le nombre des voyageurs transportés par leurs chemins de fer, dépasse
-de peu le tiers de celui transporté par le chemin de fer belge.
-
-Nous avons pris nos chiffres dans les états soumis au parlement, parce
-que la compagnie de Manchester et de Liverpool ne donne que fort peu
-de détails statistiques sur ses propres affaires. Elle a depuis lors
-élevé ses prix à 6 sh. 6 d.[20], 6 sh. et 4 sh. 6 d. et, malgré cette
-augmentation, le nombre des voyageurs s'est considérablement accru. Il
-ne faut pas oublier que la population de ces deux villes est bien plus
-nombreuse et que leur commerce est plus étendu.
-
-Quelle serait l'augmentation du mouvement sur cette ligne si l'on
-réduisait le tarif de 70 % sans que les dépenses s'accrussent comme il
-est arrivé pour la ligne de Glasgow à Greenock?
-
-La première de ces lignes a de grands avantages sur celle-ci. La
-population de Liverpool et de Manchester est bien plus nombreuse que
-celle de Glasgow et de Greenock, et le grand nombre de bateaux à
-vapeur qui naviguent sur la Clyde, transportent presque la moitié des
-voyageurs qui font le trajet entre ces deux dernières villes. La ligne
-de Liverpool à Manchester est en possession d'un monopole complet;
-quel bien résulte-t-il de tous ces avantages? Le chemin de Glasgow à
-Greenock a transporté l'année dernière 833,755 voyageurs, tandis que
-l'autre n'en a transporté que 694,423 (du 24 juin 1841 au 24 juin
-1842). Les prix de la première ligne (22 milles ½) sont de 2 sh. 6
-d., 1 sh. 6 d. et 6 d. Dans la même proportion, ceux de Manchester
-devraient être de 3 sh. 6 d., 2 sh. 1 d. et 8 d. au lieu de 6 sh. 6
-d., 6 sh. et 4 sh. 6 d., selon le tarif actuel. Avec de tels prix,
-le nombre des voyageurs triplerait. Nous avons vu qu'il en coûtait
-sur la ligne de Glasgow à Greenock 1 sh.[21] par 100 milles[22] pour
-le transport d'un voyageur. Dans ce prix sont comprises toutes les
-dépenses, droits, taxes, etc. Sur celle de Manchester à Liverpool,
-le prix des dernières classes est 6 fois plus élevé par 100 milles,
-c'est-à-dire qu'il est de 6 sh. 5, parce que les directeurs préfèrent
-obliger le public à payer 6 fois plus qu'il ne serait juste, afin de
-s'assurer ½ pour % de profit de plus.
-
-Il est inutile de pousser cette enquête plus loin. Vers quelque partie
-du royaume que nous tournions les yeux, nous trouvons les mêmes
-résultats. Le nombre des voyageurs est d'autant plus considérable
-que les tarifs sont moins élevés. Les compagnies qui ont adopté les
-bas tarifs font exception à la règle générale. On considère les
-tarifs _modérés_ comme ceux qui rapportent le plus. Par modérés, on
-entend ceux qui ne sont pas assez élevés pour arrêter complètement
-la circulation. Il ne faut pas s'attendre à ce que les compagnies
-abaissent leurs tarifs, elles sont bien plutôt prêtes à les augmenter.
-
-Il nous reste maintenant à développer l'application de notre théorie.
-Comment passera-t-on d'un tarif élevé à un tarif bas? Comment
-mettra-t-on la locomotion sur les chemins de fer, à la portée de toutes
-les classes de la société? Nous espérons que nos remarques précédentes
-ont démontré la vérité des propositions suivantes:
-
-1º Que le tarif en vigueur sur les chemins de fer anglais exigeant
-en moyenne pour les différentes lignes 2.71, 1.9, et 1.2 _pence_ par
-mille, et si l'on ne fait attention qu'au total de leurs recettes
-2.85, 2.1. et 1.25 pence par mille, est tellement élevé qu'il empêche
-quelques classes de la société de voyager, et qu'il impose, sous ce
-même rapport, des privations à beaucoup d'individus d'autres classes;
-
-2º Que la force en activité aujourd'hui sur les chemins de fer peut
-grandement accomplir trois fois sa tâche (je pourrais dire avec preuves
-dix fois; mais pour ma présente proposition, dire trois fois me
-suffit), et, conséquemment, comme le nombre des voyageurs par convoi
-est sur quelques chemins de fer de 60 ou 80, tandis que sur d'autres,
-il est de 200 et 300, le coût serait le même;
-
-3º Que toutes les compagnies, sauf un petit nombre, trouvent
-plus avantageux de transporter peu de voyageurs payant cher; que
-l'accroissement des voyageurs n'est pas assez grand pour balancer
-la réduction des prix, et que par conséquent, le système en vigueur
-conservera ses tarifs élevés.
-
-Les directeurs et les capitalistes n'ont en vue que leurs intérêts.
-Pourquoi en serait-il autrement? S'ils voient jour à faire le plus
-léger profit en augmentant leurs tarifs de 25 p. cent, ils le font.
-S'ils craignaient de voir une diminution minime dans leurs bénéfices
-par une réduction de 50 p. cent, n'attendez pas plus d'eux que de
-toutes autres personnes qu'ils préfèrent l'avantage du public au leur.
-
-Les capitalistes de ce pays ont placé des sommes immenses dans la
-construction des chemins de fer; il est entendu que toute proposition
-qui leur ferait tort d'un liard (farthing) devrait être rejetée,
-qu'aucune mesure législative ne pourrait les priver de leur propriété
-sans qu'il y ait au préalable achat ou indemnité. Mais avant d'entrer
-dans des considérations de cette nature, il est nécessaire d'établir
-rigoureusement en quoi cette propriété consiste, son prix d'achat,
-sa valeur actuelle, le revenu qu'elle donne et la perte probable qui
-résulterait d'une baisse de ⅔ sur le prix de transport. Nous diviserons
-donc cette question en trois catégories.
-
-La 1re catégorie comprendra la grande masse des chemins de fer du
-royaume, de ceux dont les actions sont au-dessus et au-dessous du pair,
-mais qui sont journellement cotées à la Bourse. On peut calculer à un
-shilling près la valeur de cette catégorie.
-
-La deuxième catégorie comprendra principalement ces chemins de fer qui
-sont rarement sur la place ou dont la cote n'est que nominale.
-
-La troisième catégorie comprendra ceux qui ne sont pas à présent sous
-l'administration directe de leurs propriétaires respectifs.
-
-Nous croyons inutile de faire observer que la valeur des propriétés
-de chemins de fer change constamment. Les tableaux suivans ont été
-calculés lorsque les actions de presque tous les chemins de fer étaient
-très élevées, pendant le mois d'avril. Comme ces calculs ne sont qu'une
-affaire de détail, les valeurs de mois serviront aussi bien que celles
-de tout autre mois. (_Voir ci-contre le 5e tableau_).
-
-La 2e catégorie comprend les chemins de fer dont la plus grande partie
-a donné des résultats fâcheux. Quelques-uns de ceux-ci ne sont pas sur
-la place; d'autres n'y sont que par fiction et à des prix au-dessus de
-leur valeur réelle; mais pour chacun d'eux, nous avons pris la valeur
-la plus élevée qui soit cotée, estimée ou annoncée. (_Voir ci-contre le
-6e tableau_).
-
-Si l'on veut examiner de nouveau le 3e tableau, on s'assurera qu'en
-estimant la dépense à 50 p. cent des recettes, nous sommes dans le
-vrai; plusieurs des chemins de fer ci-dessus indiqués ne publiant
-point de comptes, nous avons été obligés d'évaluer leurs recettes
-soit d'après le taux de leurs actions, soit d'après une estimation
-du mouvement de leurs lignes. Pour leurs dépenses, nous avons pris
-la moyenne de celles des autres chemins de fer. Le total en est
-comparativement peu élevé.
-
-5e TABLEAU.
-
-Etat de la valeur foncière et mobilière des Chemins de Fer Anglais.
-
-_Première catégorie comprenant vingt-quatre lignes._
-
- ====+==========+=============+===========================+=============+
- Nos.|ÉTENDUE | COUT | CHEMINS DE FER. | COUT |
- |EN MILLES.| PAR MILLE. | | TOTAL. |
- | | | | |
- | | | | |
- | | | | |
- ----+----------+-------------+---------------------------+-------------+
- | |Livres sterl.| |Livres sterl.|
- 1 | 112 ¼ |53,150 | Londres à Birmingham | 5,953,000 |
- 2 | 118 ¼ |56,365 | Great Western | 6,651,000 |
- 3 | 92 ¾ |27,830 | South Western | 2,588,000 |
- 4 | 83 ¾ }22,740 | Grand-Junction } | 2,375,000 |
- 5 | 18 } | Chester à Crewe } | |
- 6 | 30 ¾ |50,910 | Liverpool à Manchester | 1,578,000 |
- 7 | 40 ¾ |62,450 | Londres à Brighton | 2,656,000 |
- 8 | 51 |59,800 | Manchester à Leeds | 3,125,000 |
- 9 | 72 ¾ |45,790 | North Midland | 3,344,000 |
- 10 | 57 |29,990 | Midland Counties | 1,725,000 |
- 11 | 46 |34,630 | Edinbourg à Glasgow | 1,569,000 |
- 12 | 40 |24,720 | Glasgow à Ayr | 1,029,000 |
- 13 | 22 |27,820 | North Union | 615,000 |
- 14 | 25 |22,400 | Stockton à Darlington | 560,000 |
- 15 | 15 |22,000 | Stockton à Hartlepool | 330,000 |
- 16 | 27 |24,110 | York et North Midland | 673,000 |
- 17 | 60 ½ |17,490 | Newcastle à Carlisle | 1,070,000 |
- 18 | 6 |56,660 | Dublin à Kingstown | 340,000 |
- 19 | 25 |13,800 | Ulster | 345,000 |
- 20 | 25 |17,400 | Brandling-Junction | 471,000 |
- 21 | 14 ½ |37,480 | Chester à Birkenhead | 538,000 |
- 22 | 7 |34,550 | Newcastle et North Shields| 242,000 |
- 23 | 16 ¾ | 8,600 | Dundee à Arbroath | 155,000 |
- 24 | 7 ½ | 9,470 | Sheffield à Rotherham | 71,000 |
- +----------+ | +-------------+
- |1,014[23] | | |38,003,000 |
-
- +=========================+================+================+
- CHEMINS DE FER. | VALEUR. | RECETTES |
- | | EN 1842. |
- --------------------------+----------------+----------------+
- |Livres sterling.|Livres sterling.|
- Londres à Birmingham |11,430,000 | 809,200 |
- Great Western |8,305,000 | 670,200 |
- South Western |3,650,000 | 314,800 |
- Grand-Junction } |4,640,000 | 413,200 |
- Chester à Crewe } | | |
- Liverpool à Manchester |2,849,000 | 237,700 |
- Londres à Brighton |2,046,000 | 168,500 |
- Manchester à Leeds |3,234,000 | 228,800 |
- North Midland |2,550,000 | 216,500 |
- Midland Counties |1,263,000 | 135,500 |
- Edinbourg à Glasgow |1,496,000 | 93,700 |
- Glasgow à Ayr | 771,000 | 56,700 |
- North Union | 610,000 | 55,800 |
- Stockton à Darlington | 975,000 | 85,400 |
- Stockton à Hartlepool | 590,000 | 67,000 |
- York et North Midland |1,110,000 | 85,200 |
- Newcastle à Carlisle | 975,000 | 77,600 |
- Dublin à Kingstown | 354,000 | 42,400 |
- Ulster | 285,000 | 21,100 |
- Brandling-Junction | 410,000 | 40,400 |
- Chester à Birkenhead | 276,000 | 30,600 |
- Newcastle et North Shields| 200,000 | 20,500 |
- Dundee à Arbroath | 144,000 | 12,100 |
- Sheffield à Rotherham | 85,000 | 18,700 |
- +----------------+----------------+
- |48,248,000 |3,901,600 |
-
- +=========================+================+================+=========+
- CHEMINS DE FER. | | BÉNÉFICES | INTÉRÊT |
- | DÉPENSES. | NETS. | ANNUEL |
- | | | P. 100. |
- --------------------------+----------------+----------------+---------+
- |Livres sterling.|Livres sterling.|L. Sh. D.|
- Londres à Birmingham | 272,300 | 536,900 | 11 2 » |
- Great Western | 277,100 | 393,100 | 7 » » |
- South Western | 141,000 | 173,800 | 6 10 » |
- Grand-Junction } | 162,500 | 250,700 | 10 » » |
- Chester à Crewe } | | | |
- Liverpool à Manchester | 110,600 | 127,100 | 10 » » |
- Londres à Brighton | 77,400 | 91,100 | 4 » » |
- Manchester à Leeds | 101,400 | 127,400 | 5 10 » |
- North Midland | 90,800 | 125,700 | 3 5 » |
- Midland Counties | 78,000 | 57,500 | 3 » » |
- Edinbourg à Glasgow | 30,200 | 63,500 | 5 » » |
- Glasgow à Ayr | 25,400 | 31,300 | 3 » » |
- North Union | 21,400 | 34,400 | 6 13 » |
- Stockton à Darlington | 35,000 | 50,400 | 15 » » |
- Stockton à Hartlepool | 27,200 | 39,800 | 9 » » |
- York et North Midland | 29,700 | 55,500 | 10 » » |
- Newcastle à Carlisle | 30,400 | 47,200 | 4 » » |
- Dublin à Kingstown | 20,600 | 21,800 | 5 » » |
- Ulster | 10,800 | 10,300 | 4 » » |
- Brandling-Junction | 18,200 | 22,200 | 4 10 » |
- Chester à Birkenhead | 15,200 | 15,400 | 4 » » |
- Newcastle et North Shields| 8,400 | 12,100 | 4 » » |
- Dundee à Arbroath | 4,900 | 7,200 | 5 » » |
- Sheffield à Rotherham | 10,900 | 7,800 | 6 » » |
- +----------------+----------------+---------+
- |1,599,400 |2,302,200 | 6 6 7 |
-
- +=========================+====================+
- CHEMINS DE FER. | INTÉRÊT
- | ANNUEL P. 100.
- | d'après leur cours.
- --------------------------+--------------------+
- |L. Sh. D.
- Londres à Birmingham | 4 18 »
- Great Western | 4 16 »
- South Western | 4 15 »
- Grand-Junction } | 4 17 »
- Chester à Crewe } |
- Liverpool à Manchester | 4 16 »
- Londres à Brighton | 4 11 »
- Manchester à Leeds | 4 18 »
- North Midland | 4 19 »
- Midland Counties | 4 16 »
- Edinbourg à Glasgow | 5 1 »
- Glasgow à Ayr | 4 17 »
- North Union | 5 11 »
- Stockton à Darlington | 5 10 »
- Stockton à Hartlepool | 5 » »
- York et North Midland | 5 » »
- Newcastle à Carlisle | 4 18 »
- Dublin à Kingstown | 5 1 »
- Ulster | 4 10 »
- Brandling-Junction | 5 5 »
- Chester à Birkenhead | 4 18 »
- Newcastle et North Shields| 5 » »
- Dundee à Arbroath | 5 » »
- Sheffield à Rotherham | 5 8 »
- +-----------
- | 4 19 4
-6e TABLEAU.
-
-Valeur foncière et mobilière des Chemins de Fer Anglais.
-
-_Deuxième catégorie comprenant vingt-quatre lignes._
-
- -----+----------+-------------+-----------------------+
- Nos. |LONGUEUR | COUT | CHEMINS DE FER. |
- |EN MILLES.| PAR MILLE. | |
- | | | |
- -----+----------+-------------+-----------------------+
- | |Livres sterl.| |
- 1| 55 | 26,720 |Birmingham à Gloucester|
- 2| 48 ½ | 24,180 |Birmingham à Derby |
- 3| 45 | 27,300 |Great North of England |
- 4| 52 ½ | 53,600 |Eastern Counties |
- 5| 3 ¾ | 343,700 |Londres à Blackwall |
- 6| 3 ¾ | 273,300 |Londres à Greenwich |
- 7| 8 ¾ | 76,800 |Londres à Croydon |
- 8| 66 | 38,350 |South Eastern |
- 9| 22 ½ | 32,670 |Glasgow à Greenock |
- 10| 10 | 77,800 |Manchester à Bolton |
- 11| 31 | 21,000 |Hull à Selby |
- 12| 26 ½ | 15,110 |Llanelly |
- 13| 32 ¼ | 25,280 |Northern et Eastern |
- 14| 23 | 23,170 |Pontop et South Shields|
- 15| 16 | 20,440 |Leycester à Swannigton |
- 16| 19 | 22,730 |Preston à Wyre |
- 17| 11 | 46,540 |Sheffield à Manchester |
- 18| 30 ¼ | 17,922 |Taff Vale |
- 19| 16 | 16,620 |Durham à Sunderland |
- 20| 12 ¼ | 15,740 |Slamannan à Airdrie |
- 21| 9 | 19,440 |Glasgow à Gankirk |
- 22| 15 | 9,130 |Arbroath à Forfar |
- 23| 7 | 22,860 |Bolton à Leigh |
- 24| 7 | 11,860 |Dundee à Newtyle |
- +----------+ | +
- | 571[24] | | |
- | | | _A déduire 50 p. 100_ |
-
- -----------------------+----------------+------------------+
- CHEMINS DE FER. | COUT | VALEUR |
- | TOTAL. | ACTUELLE. |
- | | |
- -----------------------+----------------+------------------+
- |Livres sterling.| Livres sterling. |
- Birmingham à Gloucester| 1,470,000 | 995,000 |
- Birmingham à Derby | 1,173,000 | 660,000 |
- Great North of England | 1,230,000 | 876,000 |
- Eastern Counties | 2,737,000 | 1,865,000 |
- Londres à Blackwall | 1,289,000 | 642,000 |
- Londres à Greenwich | 1,026,000 | 679,000 |
- Londres à Croydon | 672,000 | 581,000 |
- South Eastern | 2,536,000 | 1,804,000 |
- Glasgow à Greenock | 730,000 | 594,000 |
- Manchester à Bolton | 778,000 | 520,000 |
- Hull à Selby | 651,000 | 548,000 |
- Llanelly | 395,000 | 235,000 |
- Northern et Eastern | 810,000 | 665,000 |
- Pontop et South Shields| 533,000 | 500,000 |
- Leycester à Swannigton | 327,000 | 300,000 |
- Preston à Wyre | 432,000 | 386,000 |
- Sheffield à Manchester | 512,000 | 195,000 |
- Taff Vale | 540,000 | 310,000 |
- Durham à Sunderland | 266,000 | 180,000 |
- Slamannan à Airdrie | 190,000 | 163,000 |
- Glasgow à Gankirk | 175,000 | 150,000 |
- Arbroath à Forfar | 137,000 | 105,000 |
- Bolton à Leigh | 160,000 | 120,000 |
- Dundee à Newtyle | 83,000 | 60,000 |
- +----------------+------------------+
- | 18,852,000 | 13,133,000 |
- _A déduire 50 p. 100_ | | |
- | | +
- | _Bénéfice net_ |
-
- -----------------------+----------------+----------
- CHEMINS DE FER. | RECETTES | POUR 100
- | BRUTES | PAR AN.
- | EN 1842. |
- -----------------------+----------------+----------
- |Livres sterling.| L. Sh.
- Birmingham à Gloucester| 92,300 | 2 10
- Birmingham à Derby | 65,000 | 2 »
- Great North of England | 68,200 | 2 10
- Eastern Counties | 120,000 | 1 4
- Londres à Blackwall | 49,100 | » »
- Londres à Greenwich | 54,600 | » 10
- Londres à Croydon | 16,000 | 2 10
- South Eastern | 180,000 | 2 10
- Glasgow à Greenock | 55,200 | 2 »
- Manchester à Bolton | 30,000 | 2 3
- Hull à Selby | 65,000 | 4 »
- Llanelly | 18,000 | 2 »
- Northern et Eastern | 64,700 | 4 »
- Pontop et South Shields| 40,000 | 3 »
- Leycester à Swannigton | 25,000 | 3 »
- Preston à Wyre | 8 ,500 | » »
- Sheffield à Manchester | 15,000 | » »
- Taff Vale | 21,000 | 2 16
- Durham à Sunderland | 31,400 | 2 »
- Slamannan à Airdrie | 9,000 | 3 »
- Glasgow à Gankirk | 6,000 | 3 10
- Arbroath à Forfar | 7,000 | 3 10
- Bolton à Leigh | 8,000 | 2 10
- Dundee à Newtyle | 4,500 | 3 »
- +----------------+
- | 1,053,500 |
- _A déduire 50 p. 100_ | 526,750 |
- +----------------+
- | 526,750 |
-
-La troisième catégorie comprend les chemins de fer qui, au moyen d'un
-bail, sont exploités par d'autres chemins, ou qui sont administrés par
-des syndics. Les recettes de celle-ci sont comprises dans les deux
-précédentes catégories.
-
-7e TABLEAU
-
- _3e Catégorie comprenant sept lignes._
-
- +--------+--------+-----------+--------------------+-----------+
- |Numéros.|Longueur| COUT | | Coût. |
- | |en | par | CHEMINS DE FER | |
- | |milles | mille. | | |
- +--------+--------+-----------+--------------------+-----------+
- | | |liv. sterl.| |liv. sterl.|
- |1 | 7 | 8,710 |Aylesbury Junction. | 61,000 |
- |2 | 10 | 33,900 |Bolton à Preston. | 339,000 |
- |3 | 53½ | 27,110 |Bristol à Exeter. | 1,450,000 |
- |4 | 18 | 31,390 |Cheltenham et | 565,000 |
- | | | |G.-Western | |
- |5 | 20½ | 21,240 |Lancaster à Preston.| 435,000 |
- |6 | 18 | 6,940 |Hayle. | 125,000 |
- |7 | 20 | 17,000 |Leeds à Selby | 340,000 |
- | |------- | | | --------- |
- | |147[25] | | | 3,315,000 |
-
- +--------+-----------+------------+---------+
- |Numéros.|Valeur. | Bénéfices | Intérêt |
- | | | nets. | p. cent |
- | | | | annuel. |
- +--------+-----------+------------+---------+
- | |liv. sterl.| liv. sterl.| liv. sh.|
- |1 | 55,000 | 2,500 | 4 |
- |2 | 310,000 | 10,000 | 3 |
- |3 | 952,000 | 48,000 | 3 10 |
- |4 | 350,000 | 17,000 | 3 |
- |5 | 380,000 | 15,000 | 3 |
- |6 | 100,000 | 5,000 | 4 |
- |7 | 360,000 | 13,000 | 4 |
- | | -------- | ------- | |
- | | 2,507,000 | 110,500 | |
-
-En analysant avec soin les trois tableaux qui précèdent, nous avons les
-résultats suivans:
-
-8e TABLEAU.
-
- _Classification de la propriété foncière et mobilière des chemins
- de fer._
-
- +-----------+----------------+---------+--------------+--------------+
- | |Chemins de fers.| Milles. |Coût total. | Valeur.|
- | | | | | |
- +-----------+----------------+---------+--------------+--------------+
- | | | |liv. sterling.|liv. sterling.|
- +-----------+----------------+---------+--------------+--------------+
- |1re classe.| 24| 1,014 |37,376,000 | 48,248,000|
- +-----------+----------------+---------+--------------+--------------+
- |2e classe.| 24| 571 |18,424,000 | 13,133,000|
- +-----------+----------------+---------+--------------+--------------+
- |3e classe.| 7| 147 |3,315,000 | 2,507,000|
- +-----------+----------------+---------+--------------+--------------+
- | | 55|1,732[26]|59,115,000[27]|63,888,000[28]|
- +-----------+----------------+---------+--------------+--------------+
-
- +-----------+---------------+--------------+--------------+
- | |Recettes brutes| Dépenses.| Profit net.|
- | |en 1842. | | |
- +-----------+---------------+--------------+--------------+
- | |liv. sterling. |liv. sterling.|liv. sterling.|
- +-----------+---------------+--------------+--------------+
- |1re classe.|3,901,600 | 1,599,400 | 2,302,200|
- +-----------+---------------+--------------+--------------+
- |2e classe.|1,053,500 | 526,750 | 526,750|
- +-----------+---------------+--------------+--------------+
- |3e classe.|115,500 | » | 115,500|
- +-----------+---------------+--------------+--------------+
- | |5,070,600[29] |2,126,150[30] | 2,944,450[31]|
- +-----------+---------------+--------------+--------------+
-
- La 1re catégorie coûte par mille 36,910 liv.[32].
- sa valeur actuelle par mille est de 47,580 [33].
-
- La 2e catégorie coûte par mille 32,420 [34].
- sa valeur actuelle par mille est de 23,000 [35].
-
- La 3e catégorie coûte par mille 24,190 [36].
- sa valeur actuelle par mille est de 18,290 [37].
-
- 1re catégorie.--Moyenne de l'intérêt en raison du nombre de lignes
- 6 liv. 6 sh. 7 d.[38].
- Id. sur le total des recettes brutes 6 4 »
- Id. au taux actuel 4 15 5
-
- 2e catégorie.--Moyenne de l'intérêt 2 17 3
- Id. sur les recettes 2 18 5
- Id. au taux actuel 4 » »
-
- 3e catégorie.--Moyenne de l'intérêt 3 13 5
- Id. sur les recettes 3 16 6
- Id. au taux actuel 4 12 4
-
- Moyenne _bona fide_ de l'intérêt payé par les bonnes lignes
- 4 19 9
- Id. suivant les prix arbitraires auxquels nous avons évalué les
- bonnes et les mauvaises 4 12 3
-
-Les voyageurs contribuent aux recettes pour ⅔. L'autre tiers provient
-du transport des marchandises, des produits agricoles, des bestiaux,
-etc., etc. Le général Paisley mentionne dans son rapport annuel au
-bureau du commerce que le nombre des voyageurs s'est élevé l'année
-dernière à 19,000,000. De ce nombre, 12 p. cent ont voyagé par des
-convois de 1re classe, 50 p. cent par des convois de 2e classe, et 32
-p. cent par ceux de 3e classe. Ce qui fait plus de 10,000 voyageurs par
-mille[39].
-
-Maintenant que nous avons évalué la propriété foncière et mobilière
-des chemins de fer du royaume, aussi exactement qu'il est nécessaire
-pour l'objet que nous voulons atteindre, il nous reste à considérer les
-différentes manières de traiter avec les compagnies:
-
-1º Etablir un tarif uniforme dont les prix seraient en moyenne le tiers
-du tarif en vigueur aujourd'hui, et indemniser les propriétaires au
-bout d'un certain temps lorsque la perte qu'ils auraient subie serait
-parfaitement connue;
-
-2º Faire un forfait avec les compagnies pour une somme payée une fois
-ou chaque année, au moyen duquel elles mettraient à exécution le
-changement proposé à leurs risques et périls;
-
-3º Acheter tous les chemins de fer du royaume, payer leurs dettes,
-leurs engagemens et leurs hypothèques, et rembourser les actionnaires
-au cours de la place.
-
-La mise à exécution du premier projet rencontre une objection
-insurmontable, non-seulement en ce que l'Etat aurait à payer pour
-une perte réelle, mais encore pour une perte qui s'augmenterait des
-dépenses extravagantes ou de la mauvaise administration des directeurs.
-Il faut donc écarter ce projet.
-
-Le deuxième projet serait plus faisable, mais il s'y rencontre deux
-objections: la première, c'est que les compagnies demanderaient
-certainement une somme considérable, 15 ou 20 millions sterling[40]
-pour réduire leurs tarifs de deux tiers, et, la deuxième, que le
-gouvernement n'y consentirait jamais. Si, néanmoins, c'est là le seul
-moyen d'enlever les entraves qui s'opposent à la libre circulation,
-il ne serait pas acheté trop chèrement. Il est inutile de s'arrêter
-davantage là dessus. Il y aurait de la folie à augmenter de 20
-millions la dette d'un pays déjà courbé sous le poids des impôts.
-
-Il nous reste donc à examiner la troisième et dernière proposition,
-qui consiste dans l'achat de tous les chemins de fer, dans le paiement
-de leurs dettes, de leurs hypothèques, etc., etc. On achèterait les
-actions d'après leur cours. Si nous eussions considéré ce plan comme
-aussi peu praticable que les deux autres, nous aurions épargné au
-lecteur la peine de lire les remarques précédentes, et nous aurions
-adopté les conclusions de la _Revue d'Edimbourg_, que le mal est sans
-remède, et qu'il est à regretter qu'une affaire aussi importante que
-celle des communications intérieures ait été abandonnée à l'industrie
-privée.
-
-Ce projet d'achat est-il praticable, est-il convenable, est-il juste?
-C'est ce que nous allons examiner.
-
-Toute le monde doit être d'accord sur le premier point: s'il est
-praticable. Si le gouvernement croyait devoir acheter tous les chemins
-de fer du royaume, il trouverait sans difficulté l'argent nécessaire
-aux mêmes conditions que lui ont faites ses autres créanciers. Cette
-acquisition ne pourrait affecter en rien le crédit du pays. Différent
-des emprunts qui ne rapportent rien, celui-ci rendrait au gouvernement
-ce qu'il produit aujourd'hui, moins la différence résultant des
-changemens proposés.
-
-Il est inutile d'entrer dans des développemens plus étendus sur ce
-point.
-
-Le sujet principal que nous avons à considérer, c'est, s'il convient au
-gouvernement d'intervenir comme nous le proposons.
-
-Dans nos observations précédentes, nous espérons avoir démontré les
-propositions suivantes; quelques-unes sont tellement évidentes qu'il
-est inutile de s'y arrêter plus long-temps:
-
-1º Que les chemins de fer ont introduit dans le mode de transport
-en usage auparavant, un grand et utile changement; que, pour nous
-servir des expressions de la _Revue d'Edimbourg_, ils sont le ressort
-principal de tous les bienfaits moraux, intellectuels et politiques,
-et qu'ils créent une telle révolution dans le commerce intérieur du
-pays et dans ses ressources qu'on ne peut y songer sans être rempli
-d'étonnement;
-
-2º Que les bienfaits qu'une communication libre et non interrompue dans
-tous les sens, apporte à un pays, et surtout à un pays commercial, sont
-incalculables. Le commerce et l'industrie augmentent en proportion
-des facilités que donne la modicité des tarifs; une portion du public
-est soulagée d'un impôt assez lourd, tandis qu'une autre partie jouit
-d'avantages dont elle était privée;
-
-3º Que les tarifs des chemins de fer de ce pays sont, à quelques
-exceptions près, si élevés, que la société ne retire pas de leur
-établissement les avantages auxquels on devait s'attendre;
-
-4º Que l'élévation des tarifs pour le transport des voyageurs et des
-marchandises ne provient nullement du prix de revient du transport,
-puisque, dans certains cas, l'on pourrait transporter trois fois le
-nombre des uns et le poids des autres sans augmentation de dépenses,
-et que, dans d'autres cas, l'augmentation serait légère. Elle ne
-provient pas non plus du prix de revient du chemin de fer, mais bien de
-l'intérêt seul des actionnaires, qui ne cherchent qu'à faire le plus
-d'argent possible. Aussi voyons-nous des chemins de fer demander des
-prix cinq fois plus grands que d'autres;
-
-5º Que c'est un fait pour ainsi dire général que les tarifs élevés
-donnent plus de bénéfices que des tarifs modérés; que, depuis quelques
-années, les principales compagnies ont élevé les leurs et qu'elles
-ont l'intention positive de les élever encore. On aurait donc tort
-d'attendre des compagnies, prises en masse, une rédaction dans leurs
-tarifs;
-
-6º Qu'il y aurait de grands avantages pour le public à opérer le
-transport des voyageurs et des marchandises au tiers des prix actuels;
-
-7º Que c'est le devoir du gouvernement, tout désagréable qu'il soit
-à remplir, de changer cet état de choses, surtout s'il peut l'être
-sans léser les parties et sans aggraver la situation du pays par de
-nouvelles taxes.
-
-Nous pensons que personne ne contestera la vérité des propositions
-précédentes; mais, afin de confirmer ce que nous avons déjà dit
-touchant le coût du transport, nous allons citer le témoignage des
-directeurs du chemin de fer de Glasgow à Greenock, qui ont adopté des
-tarifs très bas comme plus avantageux. Ils ont réduit leurs prix de
-66 p. cent ou, ce qui revient au même, ils ont une autre classe de
-voyageurs au prix de 1 farthing le mille[41].
-
-Voici ce que nous trouvons dans leur rapport du premier semestre 1842:
-«Nous avons prouvé que l'augmentation des dépenses qui résulte d'un
-nombre plus considérable de voyageurs mérite à peine d'être remarquée,
-et que le nombre de convois que nous avons aujourd'hui pourrait
-transporter moitié plus de voyageurs sans grande augmentation de
-dépenses.» La réduction opérée sur les places de la 3e classe a eu des
-résultats si heureux, que les directeurs annoncent à leurs actionnaires
-que si elle eût eu lieu avant le commencement de l'année, le résultat
-du mouvement commercial de leur ligne eût été bien différent de celui
-qu'ils présentent.
-
- Dans la semaine finissant le 21 mai, le nombre des voyageurs
- était de 12,133
-
- La semaine suivante, après diminution du tarif 17,332
-
- La semaine suivante 19,621
-
-Et toujours en augmentant jusqu'à ce que nous trouvions ce nombre
-atteindre le chiffre de 33,887 dans une semaine de l'été; et les
-directeurs assurent qu'avec un accroissement minime de dépenses, on
-en transporterait 50,000 par semaine. «Le nombre total des voyageurs
-sur toute la ligne s'est élevé, pendant le dernier semestre de 1842,
-à 123,349, _et comme les dépenses générales n'ont pas augmenté_, les
-bénéfices nets se sont accrus de 10 p. cent par l'adoption de la classe
-de 6 d.[42], bien que le ¼ des voyageurs des 1re et 2e classes aient
-pris les wagons de 3e classe.»
-
-Le chemin de fer de Dublin à Kingstown nous fournira un exemple
-encore plus frappant des résultats d'un tarif très bas, mis en vigueur,
-il y a deux ans. L'année dernière, la compagnie a transporté, sans
-augmenter en rien ses dépenses, 478,117 voyageurs de plus qu'en 1840,
-et ses actions de 100 livres, qui étaient à 18 p. cent. au-dessous du
-pair, sont aujourd'hui de 16 p. cent au-dessus.
-
-«Les partisans des tarifs élevés de ce côté du détroit, dit un des
-journaux de chemins de fer, dans ses remarques sur l'assemblée
-semestrielle de la compagnie ci-dessus nommée, seront sans doute
-étonnés d'apprendre qu'il existe un prix de ½ farthing[43] par mille
-pour une certaine classe de voyageurs; mais le succès qui a couronné
-les opérations de la compagnie de Kingstown démontre qu'il n'est pas
-trop bas. Nous serions heureux de voir une semblable méthode adoptée
-par les compagnies anglaises; mais nous n'osons pas l'espérer.»
-
-_Le Journal des chemins de fer d'Herapath_ et d'autres papiers publics,
-qui s'occupent de ces voies de communication, prèchent vigoureusement
-l'adoption, par toutes les lignes, d'une échelle de tarif plus réduite,
-comme moyen d'augmenter les dividendes; mais il est inutile d'ajouter
-qu'ils sont loin d'approcher de la réduction que nous avons proposée.
-
-Nous avons déjà vu que dans plusieurs cas, des tarifs très bas
-donnaient des résultats plus satisfaisans même que des tarifs modérés.
-Ceux-ci sont des exceptions à la règle générale; mais si des essais
-plus fréquens étaient tentés, ils réussiraient peut-être à la changer.
-Nous avons vu les résultats de la ligne de Blackwall; Greenwich perd 20
-p. cent par semaine pour avoir augmenté son tarif d'environ 30 p. cent.
-Avec cette augmentation là on ne peut pas encore dire qu'il soit élevé;
-il appartient à la classe dite _modérée_.
-
-Il serait absurde de chercher à évaluer pour chaque chemin de fer le
-profit ou la perte qui résulterait d'une réduction de 70 p. cent sur la
-moyenne des tarifs.
-
-Nous venons de voir que le Blackwall gagne environ 100 liv. par semaine
-par la réduction de 30 p. cent dans son tarif. Il pourrait le réduire
-encore de 30 p. cent. sans aucune crainte de perte.
-
-Le chemin de Dublin à Kingstown par l'adoption d'une classe à ½
-farthing, ce qui constitue une diminution de 80 p. cent. a vu les
-dividendes, s'élever de 4 à 5 p. cent.
-
-Le chemin de Glasgow à Greenock a beaucoup amélioré ses affaires en
-réduisant son tarif de 66 p. cent.
-
-Nous sommes persuadés que beaucoup de lignes obtiendraient les mêmes
-résultats. Celle de Liverpool à Manchester, par exemple, n'a que deux
-classes. La plus élevée de 6 sh. 6 d.[44]; l'autre, à 4 sh. 6 d. Nous
-doutons fort qu'il en résultât pour elle la moindre perte si elle
-réduisait ses prix à 2 sh. 6 d., et 1 sh. 6 d. et si elle ajoutait un
-convoi de 3e classe à 1 sh.[45].
-
-Une réduction de 70 p. cent sur le chemin de Londres à Birmingham
-diminuerait probablement, au contraire, ses recettes de 150 mille
-livres[46] par année.
-
-Les recettes de la plupart des grandes lignes éprouveraient
-probablement une diminution proportionnée.
-
-On peut estimer la diminution, dans les recettes totales, à 1 million
-sterling[47]. Nous croyons que ce chiffre dépasse de beaucoup la
-réalité; mais dans des supputations de ce genre, on ne saurait laisser
-trop de marge.
-
-Nous ne saurions trop répéter que les prix de revient du transport
-par chemin de fer est aussi arbitraire que les règlemens de tous
-les directeurs du royaume diffèrent entre eux, et ce n'est pas peu
-dire; que, malheureusement, la majorité des compagnies trouvent leur
-intérêt à dépenser pour la traction trois fois plus qu'il ne faudrait
-afin de faire payer le public en conséquence; mais si elles mettaient
-plus d'économie dans leurs dépenses, en faisant profiter le public du
-bénéfice net, elles paieraient un intérêt moindre à leurs actionnaires
-sur le capital primitif. Des compagnies qui donnent aujourd'hui 8 et 10
-p. cent d'intérêt par an, ne donneraient pas plus de 6 et 8 p. cent, et
-ainsi des autres dans la même proportion.
-
-On peut estimer à 200,000 liv.[48] par an l'augmentation de dépenses
-qui résulterait de la mise hors de service du matériel, etc.; mais,
-d'un autre côté, on économiserait trois cent mille livres par la
-réunion de 50 administrations en une seule. Il faudrait déduire de
-la recette la somme payée aux chemins de fer par l'administration
-des postes. Elle est d'à peu près 100,000 liv. par an[49]. Supposons
-maintenant que le gouvernement achetât tous les chemins de fer du
-royaume au taux élevé de 106 liv. 3 p. cent consolidés pour chaque 100
-liv. de valeur de chemins de fer, et examinons quelles seraient les
-conséquences de ce compte:
-
-9e TABLEAU.
-
- _Compte de l'Etat._
-
- CRÉANCIER. | DÉBITEUR.
- |
- Produit net des recettes 2,946,450 l.[50]|Int. de liv. 66,311,000[52]
- | 3 p. 100 2,051,600 l.[53]
- Réduction dans la dépense |
- annuelle par |Somme payée par la direction
- suite de la concentration |des postes 120,000
- de 48 administrations |
- en une seule 300,000[51] |Accroissement de dépense
- |du matériel 200,000[54]
- Bénéfice que ferait la |
- direction des postes |Réduction dans le montant
- par un transport plus |brut des recettes
- facile des malles 150,000 | 1,000,000[55]
- --------- | Balance 25,450
- Liv. 3,396,450 | ---------
- ========= | Liv. 3,396,450
- A nouveau par balance 25,450 |
-
-
-Si notre projet était mis à exécution, nous ne craignons pas d'affirmer
-que nos calculs seraient trouvés aussi justes que peuvent l'être des
-calculs de ce genre; et, d'après les règles suivies dans des cas
-semblables, nous nous contentons de la balance de 25,000 liv.[56], et
-nous abandonnons les fractions. Nous avons cité les deux seuls exemples
-dans ce pays d'adoption de tarifs excessivement bas. Dans l'un, une
-classe de voyageurs paie 1 farthing (2 c. ½) par mille, dans l'autre,
-un demi farthing (1 c. ¼). Les deux compagnies qui les ont adoptés ont
-gagné à ce changement. Si toutes les compagnies voulaient en faire
-autant à leurs risques et périls, et si elles n'augmentaient point
-leurs dépenses, tout en transportant une quantité triple de voyageurs
-et de marchandises, d'après nos calculs, le profit net qu'elles ont
-aujourd'hui, lequel s'élève à 2,946,450 liv. ne serait plus que de
-2,051,000 ou bien, en d'autres termes, l'intérêt actuel de 4 liv.
-19 sh. 9 d. tomberait à 3 liv. 2 sh. 1 d., et la valeur foncière et
-mobilière des chemins de fer aujourd'hui de 63,888,000 liv.[57] ne
-serait plus que de 39,980,000 liv.[58]; ce qui vaut aujourd'hui 100
-liv. ne vaudrait plus que 61 liv.
-
-Nous le demandons au partisan le plus zélé des tarifs élevés,
-pense-t-il que la réduction que nous avons prise pour base de nos
-calculs produirait une dépréciation aussi ruineuse, si le gouvernement
-forçait les compagnies à baisser leurs tarifs des ⅔? Nous avons là
-sous les yeux le chemin de fer le _South Eastern_ qui transporte
-des voyageurs à 3 farthings[59] par mille et celui _l'Eastern_ à 2
-pence[60]. Pourquoi une telle différence, si des tarifs élevés sont
-plus lucratifs?
-
-Avant de balayer 50 directions, et avec elles leurs milliers de lois,
-d'ordonnances, de règles, de règlemens opposés les uns aux autres,
-se contredisant quelquefois; avant de dissoudre autant de comités
-d'investigation avec leurs volumineux rapports, il nous faut d'abord
-indiquer par qui nous les remplacerons. Quel système adopterons-nous
-pour administrer les chemins de fer? Nous croyons que le meilleur
-système à adopter serait celui de la direction des postes. Une personne
-distinguée également par le talent et la naissance et un membre du
-cabinet auraient entre les mains toute la direction. Ils répondraient
-au gouvernement de la manière dont ils rempliraient leurs fonctions. Ou
-bien, il serait mieux peut-être de constituer la direction comme l'a
-été récemment le bureau du Commerce (Board of trade). On choisirait
-le président dans la Chambre des Pairs, et le vice-président dans la
-Chambre des Communes.
-
-Nous proposons 4 classes de voyageurs:
-
- La 1re classe: 1 penny par mille[61].
- La 2e classe: 3 farthings id.[62].
-
-Ces 2 classes voyageraient par le même convoi à la vitesse de 25 milles
-(10 lieues) par heure y compris les stations.
-
- La 3e classe: ½ penny par mille[63].
- La 4e classe: 1 farthing id.[64].
-
-Ces deux classes de voyageurs voyageraient par le même convoi à la
-vitesse de 15 milles (6 lieues) par heure y compris les stations. Il y
-aurait deux départs par jour aux heures les plus convenables pour les
-classes ouvrières.
-
-Ce n'est point dans le but d'empêcher les gens de voyager par ce
-dernier convoi que je demande qu'il aille plus lentement; c'est parce
-que les voyages à grande vitesse occasionnent une double dépense par
-l'usure des wagons et l'effet des frottemens. _Nous voudrions que les
-voitures de 3e classe fussent fermées comme celles de 2e classe_; on
-ne paierait que la différence de vitesse. En examinant le tableau
-suivant, extrait de l'ouvrage de Nicholas Wood sur les chemins de fer,
-nous verrons qu'une locomotive qui traînera un fardeau de 125 tonn.
-avec une vitesse de 15 milles par heure n'en traînera qu'un de 25 tonn.
-si l'on double la vitesse. Le tableau suivant indique les différentes
-proportions de poids et de vitesse:
-
-10e TABLEAU.
-
- _Puissance d'une locomotive ordinaire._
-
- Poids en tonn. Milles. Milles Poids en tonn.
- 25 30.90 | 10 250
- 50 25.15 | 12½ 184
- 75 22.54 | 15 138
- 100 18.18 | 17½ 106
- 125 15.98 | 20 83
- 150 14.29 | 22½ 65
- 175 13.28 | 25 50
- 200 11.20 | 27½ 38
- 225 10.77 | 30 28
-
-Ainsi donc, une locomotive qui traînerait 138 tonn. avec une vitesse
-de 15 milles par heure ne pourrait traîner que 50 tonn. avec une
-vitesse de 25 milles[65]. L'usure causée par le frottement est plus
-considérable. Il y a donc dans le fait, en proportion, autant de profit
-dans le transport des voyageurs qui paient 1 farthing[66] par mille que
-dans le transport de ceux qui paient un penny[67]. Si l'on transportait
-les 2 classes avec une vitesse égale, ou l'on commettrait une injustice
-envers la 1re classe en la transportant trop lentement, ou l'on
-perdrait sur le transport des deux dernières classes.
-
-Nous ajouterons à ces 4 classes le convoi de la poste, pour les
-voyageurs de 1re classe seulement. Le prix serait de 2 pence[68] par
-mille, la vitesse de 35 milles[69] par heure y compris les stations. Ce
-serait là un grand avantage pour ceux qui par goût, ou par nécessité
-voudraient voyager très rapidement. Ce mode de transport plus exclusif
-conviendrait beaucoup aux sentimens aristocratiques d'un grand nombre
-de personnes.
-
-Jusqu'à présent, nous n'avons considéré les recettes que dans leurs
-rapports avec le bien général, autant du moins qu'une réduction
- immédiate dans les tarifs pourrait le servir. Il nous reste à
-considérer maintenant les bienfaits indirects que le pays retirerait du
-changement que nous proposons.
-
-Avec le système qui régit nos chemins de fer, il n'est guère possible
-d'exécuter l'admirable plan de réforme postale de M. Rowland Hill à
-moins que le gouvernement ne consentît à faire le sacrifice d'une
-portion considérable du revenu direct. On n'a pas oublié que nous avons
-déduit des recettes une somme de 120,000 liv.[70] que la direction
-des postes paie aux compagnies pour le transport des malles, de sorte
-que la direction l'aurait dans son département. D'un autre côté, nous
-avons porté au crédit une somme de 150,000 liv.[71] à laquelle nous
-estimons l'accroissement du revenu des postes au moyen des facilités
-plus grandes créées pour le transport, puisque la direction aurait
-le pouvoir d'envoyer à toute heure et sans surcroît de dépenses, ses
-malles-postes dans toutes les directions.
-
-Des 55 chemins de fer que nous avons désignés, la direction des postes
-n'a de rapport qu'avec la moitié d'entre eux y compris le _South
-Eastern_, l'_Eastern_, _Northern_ et _Eastern_. Elle en emploie 20
-environ d'une manière assez irrégulière, et il n'y en a que _cinq_
-sur la totalité qui servent au transport des malles-postes; et ces 5
-chemins reçoivent environ les ¾ de la somme payée. Que coûterait-il
-à la direction des postes d'envoyer autant de malles par les autres
-lignes que par celles-ci? Elle paie annuellement pour le transport de
-ses dépêches à la compagnie de Birmingham à Gloucester (55 milles)
-10,156 liv.[72]. Aux chemins de fer dont les noms suivent: Carlisle à
-Newcastle (60 milles), Stockton à Darlington (25 milles), _Great North
-of England_ (45 milles), Londres à Brighton (50 milles), Manchester à
-Leeds (60 milles) qui forment un total de 240 milles[73] de longueur,
-la direction ne paie annuellement que 2,994 liv.[74], c'est-à-dire le
-tiers de ce qu'elle paie à une seule ligne qui n'a que 55 milles de
-long. Il est certain que la direction des postes dépensera toujours
-le moins qu'elle pourra, et il en résulte qu'elle se sert des chemins
-de fer le moins possible. Quels que soient les avantages que le
-public pourrait recueillir de la mise à exécution dans toute son
-étendue du plan de réforme de M. Rowland Hill, ce plan entraînerait
-le gouvernement à faire des sacrifices plus considérables qu'il ne
-le voudrait. Si au contraire les chemins de fer appartenaient au
-gouvernement, non-seulement l'Etat gagnerait ce qu'il paie aujourd'hui
-pour le transport de ses dépêches, mais il pourrait encore achever de
-développer dans toute son étendue la réforme postale de M. Rowland Hill.
-
-Le changement que nous proposons est, sous quelques rapports, bien
-que dans des proportions plus restreintes, analogue à celui de cette
-réforme. Il n'est pas inutile d'examiner quoi leurs principes diffèrent
-ainsi que la nature des circonstances au milieu desquelles ils sont
-placés. Nous verrons en même temps si les résultats produits par la
-réforme postale, peuvent être cités pour ou contre celle que nous
-proposons, sous le rapport financier.
-
-D'abord, dans le plan de M. Rowland Hill, le port des lettres était
-réduit au 6e de ce qu'il était avant, et la diminution des recettes qui
-en fut la conséquence s'éleva à 900,000 liv. (22,500,000 fr.) Dans la
-réforme du système des chemins de fer que nous proposons, la réduction
-ne va qu'aux deux tiers, et nous avons estimé le déficit qui s'en
-suivrait dans les recettes à 1 million sterling (25 millions de fr.).
-
-Ensuite le plan de M. Rowland Hill, sous le rapport financier, n'a
-pas répondu aux espérances que l'on en concevait, parce que l'on a
-adopté le principe d'un droit fixe, au lieu d'un droit proportionnel
-qui eût été dans ce cas-ci le plus avantageux. Un tarif de ports de
-lettres variant de 1 penny à 3 pence (de 10 à 30 centimes), selon les
-distances, aurait produit un revenu plus considérable et aurait été
-plus en harmonie avec les bons principes d'économie politique et le bon
-sens.
-
-En admettant même que les vues de M. Rowland Hill soient justes sous
-le rapport du prix payé pour le port d'une lettre par celui qui
-l'écrit, il n'a pas pris en considération la valeur que cette lettre
-avait pour celui qui la reçoit. Si un marchand a deux articles de
-différentes qualités qui lui coûtent le même prix, il fera autant
-d'attention à leur valeur relative aux yeux de l'acheteur, qu'à ce
-qu'ils lui ont coûté. Un individu accoutumé à payer dans un endroit 1
-sh. 6 d. (1 f. 85 c. ½) le port d'une lettre, et dans un autre 6 d.
-(62 c. ½) et qui peut continuer sa correspondance moyennant le 6e du
-prix qu'il payait auparavant, n'écrira probablement pas une lettre
-de plus parce que la réduction est d'un 18e; la différence est donc
-perdue pour le gouvernement. Si l'on veut jeter un coup d'oeil sur le
-3e tableau, on verra que sur la route de Glasgow à Greenock, si le
-nombre des voyageurs triplait, le coût du transport d'un voyageur,
-pour une distance de 100 milles (160 kilom. ou 40 lieues), serait de
-6 d. Le coût de la traction seule ne serait que de 3 d.; mais la part
-des dépenses d'administration, de taxe, d'impôts, etc., monterait à
-3 d. de plus. Maintenant, un voyageur serait-il raisonnable d'exiger
-que l'on ne fit payer le transport que d'après le prix de revient à
-la compagnie, exclusivement, parce que l'on pourrait le transporter
-pendant 100 milles pour 6 d., soit, par exemple, de Londres à
-Liverpool, pour 2 sh. 2 d. (2 fr. 70 c.), au lieu de 27 sh. (35 fr. 75
-c.) qu'il paie aujourd'hui?
-
-Voilà en quoi notre plan diffère beaucoup de celui de M. Rowland
-Hill. Ses calculs ont été basés seulement sur la dépense faite par le
-vendeur; dans les nôtres, la valeur reçue par l'acquéreur est prise
-également en considération.
-
-Il y a une différence totale de position dans les deux cas. Par la
-réforme de la taxe des lettres, le déficit dans les recettes qui a
-été de 900,000 liv., est une perte positive pour l'Etat, et il faut
-la combler par d'autres taxes directes. Par la réforme que nous
-proposons, les revenus de l'Etat ne peuvent pas perdre un simple
-farthing. Le revenu que le Gouvernement tire des chemins de fer est
-d'environ 200,000 liv. (5 millions de fr.) Non-seulement nous laissons
-cet article dans les dépenses, mais encore nous déduisons des recettes
-la somme payée par la direction des postes. _Le Gouvernement ne
-perdrait donc en effet par la réduction des tarifs que ce qu'il gagne
-aujourd'hui avec ceux en vigueur._
-
-Le crédit du Gouvernement lui permet d'emprunter à un taux peu
-au-dessus de 3 p. cent. L'actionnaire d'un chemin de fer ou de toute
-autre entreprise sujette à spéculation, ne veut pas placer son capital
-à un taux moindre de 5 p. cent. La solidité du placement est le premier
-objet du capitaliste; l'intérêt vient ensuite.
-
-Des actions de chemin de fer qui aujourd'hui valent 100 liv., peuvent,
-dans un an, ne pas valoir 50 liv. C'est de là que vient la différence
-entre un intérêt incertain et soumis à de continuelles fluctuations qui
-mettent en danger le capital, et la fixité comparative des capitaux
-garantis par l'Etat.
-
-Ces vérités sont hors de doute. On a observé avec raison que les
-capitaux, aussi bien que l'eau, trouvent toujours leur niveau. Le
-porteur de rente qui ne reçoit que 3 p. cent pour son argent placé
-dans les consolidés, pourrait vendre et acheter des actions de chemin
-de fer qui lui rapporteraient 5 p. cent, ou à peu près, dans les
-meilleures lignes. S'il ne le fait pas, n'est-il pas évident que le
-premier placement est à ses yeux meilleur que le second? Les compagnies
-d'assurances sont dans ce pays les établissemens qui donnent les plus
-beaux bénéfices. On dit que l'_Equitable_, qui est la plus riche
-corporation du monde, a un capital de plus de 15,000,000 sterling (375
-millions de fr.). Ce capital provient des bénéfices qu'elle a faits
-en assurant les particuliers contre tous risques. Les différentes
-compagnies d'assurances après avoir payé au Gouvernement plus d'un
-million sterling (25 millions de fr.), chaque année, partagent
-d'énormes bénéfices entre leurs actionnaires. Il suffit de jeter un
-coup-d'oeil sur la cote de leurs actions pour avoir une idée de leur
-valeur. Et d'où viennent ces bénéfices? De l'anxiété du public pour
-assurer ses propriétés, et de ses dispositions à payer plus qu'il ne
-serait nécessaire pour couvrir les risques. Un placement de fonds dans
-les chemins de fer est dans le même cas. Échangez vos actions contre
-des 3 p. cent, et ces 3 liv. 2 sh. _certains_ que vous recevrez valent
-autant que les 4 liv. 19 sh. 9 d. _incertains_ que vous receviez.
-Les valeurs que ces deux placemens représentent sont identiques; la
-différence forme une prime d'assurances. Le gouvernement ferait donc
-un bénéfice clair en recevant une prime de 895,000 liv. (22,375,000
-fr.) pour la garantie qu'il donnerait au capital et aux intérêts. Cette
-prime comblerait le déficit présumé qu'occasionnerait l'abaissement des
-tarifs.
-
-Le lecteur versé dans les affaires comprend parfaitement tout ceci;
-mais cette explication était nécessaire pour ceux qui ne connaissent
-pas la nature de notre système monétaire.
-
-Nous croyons avoir démontré qu'il y a bien peu de rapport entre la
-réforme postale de M. Hill et la nôtre pour les chemins de fer. On
-ne peut pas prévoir quels seraient les résultats financiers de notre
-proposition, d'après ceux de la réforme postale, parce que ces deux
-réformes ne sont pas placées dans les mêmes circonstances, et parce
-que les principes sur lesquels elles sont fondées sont différens. La
-réforme commerciale introduite par M. Hill a produit sans doute un bien
-infini, mais qui ne peut atteindre ses dernières limites qu'autant que
-les malles-postes seront transportées gratis dans tous les bourgs et
-villages. Pour cela il faudrait que le Gouvernement se déterminât à
-faire le sacrifice d'une grande partie de son revenu.
-
-Notre plan de réforme produirait encore un bien immense par les
-secours qu'elle donnerait à des millions de malheureux qui sont dans
-l'impossibilité de payer pour se transporter là où ils trouveraient des
-secours, et qui tombent, par suite de cette impossibilité, à la charge
-de leur paroisse. Leur transport ne coûterait rien au gouvernement, et
-l'argent que les pauvres coûtent aujourd'hui serait une économie pour
-le pays tout entier.
-
-Il existe encore une autre classe d'individus que nous ne devons pas
-oublier. Elle est malheureusement considérable dans ce pays, aussi bien
-que dans tous les autres. C'est celle du pauvre ouvrier qui ne peut pas
-même payer un liard (farthing) par mille pour son transport lorsqu'il
-est en quête d'ouvrage et de pain, et qu'il est trop fier pour demander
-des secours à sa paroisse.
-
-Nous ne devons pas passer sous silence une considération importante;
-c'est l'économie que le gouvernement ferait dans le transport des
-troupes, des officiers publics, des employés d'administration, des
-courriers, du matériel de la guerre et de la marine, etc. Elle serait
-considérable.
-
-Nous ne nous sommes occupés jusqu'à présent que des avantages que
-le public retirerait des changemens que nous proposons; il ne faut
-pas oublier cependant qu'il existe d'autres intérêts, ceux de
-l'actionnaire, qui doivent être protégés. Voyons s'il aurait raison de
-se plaindre d'être exproprié _nolens volens_.
-
-Plus qu'aucune autre propriété, celle des chemins de fer a été créée
-par le parlement. Un chemin de fer, à l'aide du pouvoir qui lui donne
-l'existence, se fraie une route à travers les terres, malgré la volonté
-de ceux qui les possèdent; il détruit la beauté des domaines, il
-renverse les maisons de fond en comble, arrache les arbres et poursuit
-sa course sans jamais dévier de la ligne droite, jusqu'à ce qu'il ait
-atteint son but. Il a fait des ravages qu'aucune indemnité ne saurait
-compenser aux yeux de beaucoup de gens.
-
-De toutes les propriétés existantes il n'en est aucune qui ait moins
-le droit d'être privilégiée, si le besoin public exigeait que l'Etat
-la réglât par son intervention; ceux qui la possèdent ne peuvent donc
-demander aucun privilége. Cette propriété est constamment sur la
-place, elle change constamment de mains. Elle n'est considérée que
-comme placement de fonds, et les fluctuations que sa valeur éprouve la
-rendent incertaine, même pour une semaine.
-
-On se rappellera que j'avais divisé les chemins de fer en deux grandes
-catégories, parce que leur évaluation était basée sur des principes
-différens.
-
-Dans la première catégorie, j'ai compris la grande majorité des chemins
-de fer qui ont donné de bons résultats, avec quelques-uns d'un ordre
-inférieur dont les actions sont constamment sur la place, ici ou
-ailleurs. Leur valeur peut être fixée tout de suite à 100 liv. près.
-Cette catégorie ne présente donc aucun obstacle à la mise à exécution
-du plan proposé.
-
-Pour la seconde, c'est un peu différent. Elle comprend tous ces chemins
-de fer qui n'ont pas réussi, qui paient peu ou point d'intérêt.
-Pour la plupart, leurs actions ne sont pas cotées, et à peine,
-sur vingt-quatre, y en a-t-il six ou huit qui donnent lieu à des
-transactions publiques. On doit s'attendre à ce qu'une propriété
-qui coûte autant et qui rapporte si peu n'a pas, aux yeux de ses
-détenteurs, une valeur égale à celle qui donne de gros intérêts. On
-fait donc très peu d'affaires sur ces chemins de fer. Par exemple: le
-Birmingham à Derby, le Birmingham à Manchester, le Manchester à Leeds,
-le Birmingham à Gloucester, d'après leurs cotes, ne doivent pas payer
-plus de 3½ p. cent d'intérêt à leurs acheteurs, tandis que la meilleure
-ligne du royaume, le Stockton à Darlington, paie environ 6 p. cent à
-l'acquéreur de ses actions, au taux actuel. Ses actions, primitivement
-de 100 liv., rapportent 15 p. cent, et leur valeur, suivant le cours,
-est de 255 liv. La compagnie de Manchester à Birmingham paie 2 p.
-cent, et le cours officiel de ses actions est de 22 liv., tandis
-que leur prix d'émission est de 40 liv. En résumé, le gouvernement
-devrait payer les actions au prix du cours, quel qu'il fût, sans
-prendre en considération le taux de l'intérêt, ou même si les actions
-en rapportent un. Le Blackwall ne paie aucun intérêt; il serait donc
-difficile d'évaluer une propriété qui ne rapporte rien et qui impose
-de grandes obligations à ceux qui la possèdent. Le Greenwich est à
-peu près dans la même situation. Le dividende est, pour ainsi dire,
-nominal, car il est payé au taux de 10 sh. (12 fr. 50 c.) par an. Les
-dividendes de plusieurs compagnies ont tellement l'air de fictions,
-que ces compagnies feraient mieux de suivre l'exemple du Blackwall
-et de n'en pas annoncer. Il y a, dans les chemins de fer ruinés ou à
-peu près, qui sont épars sur la surface du royaume, un vaste capital
-enterré, appartenant à des propriétaires, à des prêteurs hypothécaires,
-qui ne rapporte rien et qui ne peut être liquidé. Ne serait-ce pas un
-grand bonheur pour ces gens-là de pouvoir en faire de l'argent d'après
-sa valeur nominale, ou bien d'après celle qu'ils lui donnent. Il existe
-dans la première catégorie plusieurs lignes dont les propriétaires
-seraient charmés de liquider de cette manière leur propriété. Cette
-propriété, qui n'a aucune valeur considérée comme source de revenu
-(et ce n'est que sous ce rapport qu'elle n'a pas de valeur pour les
-actionnaires), en aurait une immense pour l'Etat, même sous le point
-de vue financier. Elle est sans valeur pour les détenteurs actuels, non
-pas tant parce qu'elle ne possède aucun mérite intrinsèque, que parce
-que les bénéfices sont absorbés par des emprunts considérables, souvent
-à 6 pour cent, tandis que le gouvernement ne paierait que la moitié de
-ce prix.
-
-L'esprit d'entreprise souffrira-t-il dans ce pays, si le gouvernement
-devient acquéreur des chemins de fer, à l'exclusion de tout autre
-individu? La bonne-foi nationale sera-t-elle accusée, la confiance
-publique ébranlée, parce qu'un malheureux actionnaire de Stockton à
-Darlington ou de Londres à Birmingham ayant placé, il y a dix ans
-ou vingt ans, un capital dont il aura tiré jusqu'à ce jour 10 ou 15
-p. cent par an, devra en recevoir le remboursement au cours actuel,
-c'est-à-dire sera forcé d'accepter la double ou le triple de ce que sa
-propriété lui a coûté!
-
-Des offres libérales éviteraient au gouvernement l'embarras de négocier
-un emprunt qui rapporterait probablement aux soumissionnaires une prime
-de 2 p. cent. Le dernier emprunt a été soumissionné, par M. Jaubert,
-au taux de 107 liv. 5 sh. 8 d. 3 p. cent pour 100 liv. Les consolidés
-étaient alors à 3 p. cent plus bas qu'ils ne le sont aujourd'hui.
-
-Il existe encore une considération qui doit être constamment présente
-à l'esprit du législateur qui a en vue la moralité et le bonheur du
-peuple confiés à ses soins. Il doit, autant que possible, le garantir
-de la tentation de spéculer, qui est opposée au véritable esprit des
-affaires, et qui a des effets si désastreux pour ceux qui s'y livrent.
-Il y a malheureusement dans ce pays une classe nombreuse d'individus
-pour laquelle les spéculations dans les chemins de fer présentent de
-grandes tentations. Les cours des actions de chemins de fer éprouvent
-des fluctuations continuelles sur la place; ils sont soumis, jusqu'à un
-certain point, aux opérations des joueurs à la baisse et à la hausse,
-et par cela même, ils remplissent parfaitement le but des coulissiers.
-Il existe ensuite une autre classe d'individus plus digne de notre
-sympathie, qui place ses fonds dans les chemins de fer, attirée par
-l'appât du haut intérêt qu'ils paient; il serait impossible de calculer
-le nombre de ceux qui se ruinent par suite de la dépréciation que
-cette valeur éprouve. Nous avons donné la nomenclature de ces chemins
-de fer dans un but différent; il serait donc inutile d'y revenir.
-A-t-on une idée du nombre de familles qui ont été ruinées par le
-chemin de fer de Greenwich, depuis le temps où ses actions étaient
-à 25, jusqu'à l'époque où elles sont tombées à 5, ne payant qu'un
-intérêt fictif; ou bien par celui de Blackwall, dont les actions de 2
-ou 3 au-dessus du pair qu'elles étaient dans l'origine, sont tombées
-au taux minime où nous les voyons à présent! Depuis l'année dernière
-ces actions sont tombées d'environ 60 p. cent. Mais ces ruineuses
-dépréciations n'atteignent pas seulement les chemins de fer qui n'ont
-pas réussi; les actions du Grand-Junction étaient, il y a deux ou
-trois ans, à 240 liv.; elles payaient 14 p. % d'intérêt; elles sont
-aujourd'hui à 200 liv. et donnent 10 p. cent. D'un autre côté, quels
-sont les résultats des effets opposés, lorsque des actions ont augmenté
-de valeur et que leur vente a fait gagner à leurs détenteurs 20, 30
-ou 50 p. cent? L'honnête homme devient un spéculateur déterminé: il
-attribue à sa sagesse ce qui est l'effet du hasard. Ses prévisions
-peuvent ne pas être aussi heureuses dans la suite, et après avoir
-éprouvé toutes les vicissitudes de jeu, il termine sa carrière comme
-tous les joueurs, par une banqueroute.
-
-Dans notre opinion, rien ne saurait être plus pernicieux que de
-semblables influences; elles détruisent la moralité et les habitudes
-d'ordre d'une nation. Dans la situation actuelle, deux parties
-intéressées agissent constamment en sens inverse sur une valeur de plus
-de 60 millions sterling (1 milliard 500 millions de fr.), et cette
-valeur est tour à tour augmentée ou dépréciée, selon les intérêts de
-la partie la plus puissante. Ne vaudrait-il pas mieux que ceux qui ont
-placé de bonne foi leurs capitaux dans ces entreprises, retirassent
-un intérêt sûr d'un capital comparativement fixe, que de courir de
-semblables risques et d'être constamment en danger de se ruiner?
-
-Chez une nation aussi commerçante que la nôtre, les spéculations et
-les marchés à termes auront toujours lieu sur une grande échelle; mais
-le gouvernement doit circonscrire leur fatale influence parmi les
-personnes qui s'y livrent habituellement, et empêcher l'honnête homme
-d'être victime de transactions souvent frauduleuses.
-
-Dira-t-on que si le gouvernement ne peut pas détruire entièrement
-ce genre de spéculation, il ne doit rien faire pour l'arrêter. Quel
-est le mal que l'on puisse extirper radicalement? Parce que nous ne
-pouvons pas déraciner l'arbre, nous est-il défendu de couper ses
-branches? Parce que nous ne pouvons pas empêcher le crime, devons-nous
-nous abstenir de le punir? Parce que nous ne pouvons pas empêcher
-le jeu, faut-il que nous tolérions les maisons de jeu? Le devoir du
-gouvernement est de frapper ferme et fort sur tous les maux de ce
-genre, toutes les fois qu'il en a l'occasion comme aujourd'hui.
-
-Nous avons presque terminé cette longue série de faits, de citations,
-d'argumens, et nous craignons d'avoir épuisé la patience de nos
-lecteurs. Notre excuse est tout entière dans l'importance du sujet qui
-intéresse plus ou moins tous les membres de la société.
-
-D'après les faits que nous avons cités, et les opinions que nous avons
-imprimées, on doit voir que nous avons cherché à établir la vérité des
-propositions suivantes; nous espérons avoir réussi dans la tâche que
-nous nous sommes imposée:
-
-1º Que la situation du pays s'améliorerait considérablement sous le
-rapport politique, social et moral, par une extension aussi vaste
-que possible des moyens de communication entre toutes les parties du
-royaume;
-
-2º Qu'il y a une force immense chaque jour en mouvement, qui suffirait
-seule pour amener ce résultat; mais _qu'elle est perdue_ en grande
-partie. Elle pourrait transporter tout individu qui voudrait changer
-de place d'un bout du pays à l'autre, avec une vitesse incroyable, et
-moyennant un prix si modique que le plus humble artisan pourrait s'en
-servir;
-
-3º Que c'est l'intérêt de ceux auxquels cette puissance est soumise, de
-limiter ses services à un petit nombre d'individus au lieu de l'étendre
-aux masses. De cette manière, le pays est privé des avantages qu'il
-pourrait retirer de son application aux besoins de la société;
-
-4º Que l'intervention du législateur peut seule détruire cet abus
-criant, cette subversion de tous droits, si pernicieuse à la nation en
-général;
-
-5º Que le pouvoir confié aux propriétaires de chemins de fer devrait
-appartenir au gouvernement, qui répondrait de l'usage qu'il en ferait
-devant les Chambres et devant le pays;
-
-6º Que si ce pouvoir était placé entre les mains du gouvernement, il
-lui permettrait de faire jouir toutes les classes d'avantages qui
-sont aujourd'hui le partage d'une seule. Il soulagerait les classes
-riches d'un impôt très lourd, et les pauvres d'un mal intolérable. Il
-étendrait le commerce en abolissant les charges qui pèsent sur lui, et
-il diminuerait le prix des denrées de première nécessité, non pas en
-diminuant les profits du producteur, mais les frais de production. De
-cette manière, il rendrait un service immense au pays, sous un double
-rapport politique et commercial, en développant les sources de sa
-richesse, de sa puissance et de sa grandeur;
-
-7º Que malgré l'importance de ces avantages, la morale et la société
-en retireraient de plus grands encore. Les barrières qui séparent
-l'homme de son semblable tomberaient; ce qui, par lui-même, est et
-sera toujours un monopole deviendrait la plus noble invention de la
-science et de la philantropie, au lieu d'être un instrument sordide
-de gain. L'homme pourrait aller partout admirer les ouvrages de son
-créateur, l'artisan maladif pourrait aller respirer un air plus pur,
-qui redonnerait de la vigueur à sa constitution; les amis, séparés
-seulement par un espace de 50 milles, ne seraient plus éloignés les
-uns des autres comme si l'Océan les séparait; l'homme jouirait, dans
-toute son étendue, du bonheur et de l'aisance que lui procurerait une
-manière de voyager aussi rapide qu'économique. Tels sont, en somme, les
-avantages qui sont à notre portée et à celle de tous les peuples qui
-possèdent des chemins de fer;
-
-8º Que l'adoption de notre plan ne ferait tort à personne; qu'elle ne
-diminuerait aucune branche du revenu direct, et qu'elle accroîtrait de
-beaucoup le revenu indirect; et enfin que ne nuisant à aucun intérêt,
-elle ne devrait soulever les préjugés d'aucun parti.
-
-Si nous jetons un coup-d'oeil sur les pays étrangers, nous verrons
-qu'ils nous ont surpassé dans la manière d'établir et de conduire leurs
-chemins de fer. Nous avons déjà eu occasion de citer la Belgique. Les
-gouvernemens de France, d'Autriche, de Russie, de Prusse, de Hollande
-et les états de l'Allemagne regardent ces entreprises comme tellement
-importantes, qu'ils les ont fait diriger par l'Etat, ou qu'ils ont
-donné toute espèce d'encouragemens aux capitalistes, à condition que
-leurs tarifs seraient très bas. En Angleterre, on a suivi une ligne
-de conduite diamétralement opposée: le gouvernement n'a fait aucune
-construction de chemin de fer, et n'a accordé aucun secours à ceux qui
-ont entrepris ces nouvelles routes. Quelle en a été la conséquence?
-C'est que l'on extorqué a des capitalistes des millions qui ont été
-dépensés en sollicitations auprès des Chambres, ou à écarter des
-compagnies rivales. On ne peut pas avoir oublie les rivalités que la
-ligne de Brighton a soulevées. Il y avait quatre compagnies, et leurs
-dépenses parlementaires, pour une seule année, se sont élevées à plus
-de 100,000 liv.[75]. En voici le détail par une personne engagée dans
-l'affaire: «Nous avions vingt conseillers, dirigés par six sergens du
-roi et conseils du roi; nous avions un régiment de vingt avoués des
-plus éminens, flanqués par une brigade d'agens du parlement; et, en
-outre, il y avait une armée d'ingénieurs, dont la principale affaire
-était de se contredire les uns les autres, ce pourquoi les hommes
-de loi leur prêtaient main-forte avec la plus grande cordialité.»
-Ceci n'est que la contre-partie de ce qui a eu lieu, plus ou moins,
-sur chaque ligne. Que de millions on aurait alors épargnés aux
-actionnaires, si le gouvernement eût tracé les meilleures lignes, et
-les eût offertes aux enchères à la compagnie qui aurait proposé le
-tarif le plus bas! Il faut reconnaître néanmoins que le gouvernement
-a agi avec impartialité envers tous. S'il a laissé dépouiller le
-capitaliste, il ne pouvait pas, en toute justice, l'empêcher d'en
-faire autant aux autres lorsqu'il a eu en mains le pouvoir de le
-faire. Pour accorder à chacun ce qui lui est dû, il faut convenir que
-le capitaliste n'a pas été long-temps sans l'exercer, ce pouvoir, et
-qu'il rend maintenant avec usure à la société les faveurs qu'il en a
-reçues.
-
-N'est-il pas extraordinaire que dans un pays comme le nôtre, où tous
-les membres de l'administration, depuis le premier ministre jusqu'au
-bedeau de la paroisse, sont responsables de leurs actes, il existe
-une soixantaine de corporations, responsables seulement envers leurs
-actionnaires, qui ont le pouvoir de taxer le public _ad libitum_,
-et qui ne cessent d'augmenter leurs tarifs qu'au moment où ces
-augmentations cessent de leur être profitables; qui sont forcées d'agir
-ainsi par devoir, et de soutirer de la nation autant d'argent qu'elles
-peuvent, quelles que soient les conséquences de ce système pour le
-pays? Le voyageur est forcé littéralement de se soumettre à tous les
-règlemens, lois et charges qu'il convient à 50 fois 12 ou 24 individus,
-respectables sans doute, de lui imposer pour leurs bénéfices.
-
- Le total des recettes de tous les chemins de fer s'élève
- à 5,072,600 liv.[76].
-
- Le tiers de cette somme serait 1,690,800
- ---------
- Différence 3,381,800 liv.
-
-La partie du public qui est obligée de se servir de chemins de fer
-serait donc soulagée de cette somme, ou au moins de 3,000,000[77].
-
-Il est impossible de calculer le nombre d'individus que l'adoption de
-notre plan engagerait à se servir des chemins de fer. Mais qui pourrait
-calculer, non pas ce que l'on a tiré des malheureux avec le système
-actuel, mais la perte qu'ils ont éprouvée dans leur temps, leur santé,
-leur industrie et leur confort? Ils ont été obligés de sacrifier
-des heures précieuses lorsque des minutes auraient suffi; ils n'ont
-pu aller chercher ailleurs des moyens d'existence qui leur étaient
-refusés autour d'eux. Voilà l'impôt dont on les dégrèverait: que les
-calculateurs en fixent l'importance!
-
-Nous sommes persuadés que beaucoup de personnes diront qu'il y
-aurait folie à discuter une semblable question et qu'elle ne mérite
-même pas l'attention du gouvernement. Si les principes que nous avons
-défendus sont vrais, si les faits que nous avons cités existent, si
-nous en avons tiré des conclusions logiques, pourquoi le gouvernement
-ne tournerait-il pas son attention vers ce sujet? Si, au contraire,
-nous avons examiné ce sujet sous un faux point de vue, si notre projet
-est l'oeuvre de visionnaire, si les faits que nous avons avancés sont
-erronés, et nos conclusions fausses, alors le gouvernement a encore le
-devoir, plus qu'aucune autre partie, de porter attention à notre projet
-afin d'en faire justice.
-
-Mais nous croyons notre projet de réforme utile, praticable et juste.
-A tout évènement, il mérite d'être examiné; et s'il peut produire un
-grand bien, aucune époque n'en aura eu plus besoin.
-
-Il ne serait ni difficile ni dispendieux de faire un essai de notre
-système; il s'agit de commencer par un chemin de fer. Le Blackwall,
-par exemple. Les directeurs se prêteraient volontiers à un arrangement
-équitable avec le gouvernement. Les prix seraient 2 pence pour la 1re
-classe et 1 penny pour la 2e[78]. Nous doutons beaucoup qu'il y ait
-un déficit dans les recettes; mais si elles baissaient d'un tiers
-seulement, nos données seraient correctes, puisque la différence serait
-balancée par la diminution d'intérêt. S'il est prouvé que l'on peut
-voyager sur ce chemin de fer au tiers du prix que l'on paie à présent,
-que personne ne perd et que tout le monde gagne au change, on essaiera
-le système sur un autre: le Liverpool à Manchester. Que ce chemin
-de fer, qui n'est ouvert au public que comme l'est _la Taverne de
-Londres_, le soit réellement. Que le prix de 1re classe soit de 2 sh.
-6 d. et 1 sh. 8 d., et la 2e classe 1 sh. 3 d. et 8 d.[79]. Si cette
-seconde expérience réussit, on pourra en essayer une dernière sur le
-chemin de Londres à Birmingham.
-
-Supposons un instant que notre première expérience ne réussit pas et
-que les rapports entre le prix de l'objet et la quantité consommée ne
-fussent pas ceux que nous avons indiqués. Le chemin de fer Blackwall a
-augmenté son mouvement en réduisant ses prix de 8 d. et 6 d. à 6 d. et
-4 d. Supposons qu'une réduction plus forte n'amène aucun résultat parce
-que les voyageurs préfèrent payer 6 d. et 4 d. au lieu de 2 d. et 1.
-Admettons tout cela. Serait-il moins nécessaire de faire une expérience
-qui coûterait aussi peu à la société et qui peut en cas de succès lui
-rendre d'aussi grands services?
-
-Nous regardons cette mesure non-seulement comme utile, mais encore
-comme pouvant dégrever le pays d'une taxe directe qui n'est pas
-moindre de 3,000,000 liv.[80], et donner au commerce et à l'industrie
-une grande extension au moyen des nouvelles facilités accordées à la
-circulation. Nous avons la confiance de n'avoir pas à nous reprocher
-d'avoir donné trop d'importance au sujet; nous ne regardons pas
-notre réforme comme une panacée qui doit guérir tous les maux du
-pays, mais comme une mesure capable de rendre de grands services. La
-législature n'a pas une puissance sans limites; il ne lui est pas
-donné de maintenir une prospérité invariable. Elle ne peut pas régler
-les moissons et faire qu'elles soient abondantes toutes les saisons;
-attendons qu'elle ait ce pouvoir pour exiger qu'elle nous donne une
-prospérité uniforme.
-
-C'est à l'administration précédente que le pays doit la réforme
-postale; mais elle l'avait refusée trop long-temps et elle l'a accordée
-de trop mauvaise grâce pour que l'on puisse lui en savoir gré. Elle
-a été accordée aux instances du pays, et c'est une majorité composée
-également de ses adversaires et de ses partisans qui l'a votée dans la
-Chambre des Communes. Les jours de ceux à qui nous devons ce bienfait
-étaient déjà comptés, leur carrière touchait à son terme, et on
-attribua cette concession de leur part bien moins au désir de servir
-leur pays qu'à celui de soutenir leur fortune chancelante. Il n'existe
-pas la moindre analogie entre la position de la présente administration
-et celle de l'administration qui l'a précédée. Elles sont placées au
-milieu de circonstances très différentes. Le gouvernement qui a eu
-le courage moral d'imposer les taxes les plus détestées et les plus
-inquisitoriales lorsque la nécessité l'exigeait, ne sera pas accusé de
-rechercher seulement la popularité en rendant à la nation un service
-aussi important que celui de mettre la circulation à la portée de tout
-le monde.
-
-Personne ne peut douter que le monde en général ne retire de grands
-avantages des nouvelles voies de transport. Par elles les provinces
-les plus éloignées deviennent étroitement liées avec la capitale.
-De plus, elles font tomber les barrières qui séparent les nations,
-elles unissent la capitale d'un état avec celle d'un pays étranger,
-et elles convergent rapidement vers un des grands buts de l'existence
-humaine, la connaissance de notre semblable. C'est ainsi que ces deux
-gigantesques pionniers de la civilisation et de la science, la machine
-à vapeur et le chemin de fer se feraient chaque jour de nouvelles voies
-et pénètrent dans des régions presque inconnues. L'univers est leur
-domaine, ils sont indigènes partout, toute forme de gouvernement leur
-est indifférente. Ils s'élancent à grands pas à travers les forêts
-désertes de l'Amérique, les steppes arides de la Russie, les bords
-romantiques du Rhin ou les plaines fertiles de la Lombardie. Plus nous
-apprécions les sages desseins de la Providence qui veut que tous les
-hommes se regardent comme les membres d'une grande famille, plus nous
-devons faire d'efforts pour étendre l'usage de ce qui semble destiné à
-accomplir ce grand objet.
-
-Ce sujet embrasse encore d'autres considérations que nous ne ferons
-qu'effleurer. Aucun homme de sens ne peut douter que la science
-ne se propageât plus facilement, que la religion et la moralité
-ne s'étendissent davantage au moyen d'une plus grande facilité de
-communication avec les parties de notre pays qui en ont le plus besoin.
-Les témoignages recueillis devant la dernière commission parlementaire
-créée pour s'enquérir de l'état des enfans dans les districts
-manufacturiers et dans les mines offrent un tableau déplorable de
-l'immoralité et de l'ignorance qui existent dans les districts les plus
-peuplés. L'influence que des moyens de communications comparativement
-libres exerceront pour détruire ces maux est admirablement bien
-décrite par ces paroles d'un homme d'état distingué qui, plus que
-personne au monde, a le pouvoir de faire triompher ses vues à ce
-sujet[81]: «La machine à vapeur et le chemin de fer, a-t-il dit, dans
-une solennité importante, ne facilitent pas seulement le transport des
-marchandises d'un pays à un autre; ils font bien plus, ils développent
-les rapports de l'intelligence avec l'intelligence; ils font naître
-le besoin de la science, et la font accourir de tous les coins de
-l'empire. Ils tendent d'autant plus puissamment à la culture de
-l'esprit qu'ils améliorent davantage les pouvoirs physiques du pays.»
-
-
-RÉSUMÉ.
-
-Ceux qui n'ont pas le loisir ou l'inclination de parcourir les pages
-précédentes, et d'examiner les détails statistiques que j'ai donnés
-pour démontrer l'urgence d'introduire une réforme radicale dans notre
-système de chemins de fer, seront peut être bien aises d'avoir un
-résumé des argumens et des faits que j'ai avancés pour établir la
-nécessité et la possibilité des changemens que j'ai proposés.
-
-J'ai cherché à établir la nécessité d'un examen des principes sur
-lesquels notre système de chemins de fer est fondé, et de la manière
-dont ils sont exploités. J'ai démontré l'existence d'abus qui sont
-tellement notoires qu'il suffit de les rappeler, sans qu'il soit besoin
-d'autres preuves. Voici quels sont les principaux d'entre eux:
-
-1º Les prix exorbitans du transport des voyageurs sur la plupart des
-grandes lignes, si on les compare avec ceux des lignes du continent, et
-particulièrement de la Belgique, les prix dans ce dernier pays étant
-deux tiers moins élevés que chez nous.
-
-2º Les charges illégales et _extorsionnaires_ que quelques compagnies
-établissent, sûres comme elles le sont de pouvoir le faire impunément.
-
-3º La privation imposée à la société du petit nombre de priviléges
-que la législature lui avait concédés, les directeurs ayant recours
-à des procès ruineux sur des points de droit les plus évidens, et
-refusant même de se soumettre aux jugemens obtenus contre eux, afin
-d'envelopper leurs adversaires dans d'interminables procès, et de
-dégoûter par ce moyen ceux qui seraient tentés de les imiter.
-
-4º Le mal et les vexations infligés au public, lorsque des compagnies
-rivales possèdent différentes lignes de chemins de fer s'embranchant
-les unes sur les autres.
-
-5º Le préjudice que l'on cause à la société quand des compagnies
-placées dans la même position se coalisent pour élever les prix.
-
-6º Les conséquences ruineuses de notre système pour les classes pauvres
-de ce pays. Ces classes sont, en grande partie, privées des avantages
-que l'établissement des chemins de fer devait leur procurer. Les tarifs
-sont, en grande partie, prohibitifs pour elles. On les soumet à des
-traitemens indignes, au moyen d'un plan organisé pour les forcer à
-prendre les trains de la classe supérieure: on choisit avec intention
-les heures les plus incommodes pour le départ et pour l'arrivée, et on
-les retient sur la route un temps indéterminé.
-
-Tels sont les principaux moyens vexatoires employés par les compagnies,
-et que nous avons prouvés par des documens statistiques.
-
-Nous avons établi qu'une réforme radicale est indispensable, et que le
-pays ne retire pas des chemins de fer tous les avantages qu'ils peuvent
-donner. Nous avons remonté à la source du mal: _c'est que l'Etat a
-accordé à des particuliers le contrôle et la direction des grandes
-voies de communication intérieure, pour qu'ils en tirent tous les
-bénéfices possibles_.
-
-Nous avons prouvé l'inutilité d'attendre des compagnies des
-améliorations au système en vigueur, à l'aide des deux faits suivans,
-qui ont été publiés par un comité de la Chambre des Communes, et qui
-n'ont pas encore rencontré de contradicteurs:
-
-1º Qu'il est désavantageux aux compagnies _en général_ de transporter
-des voyageurs à très bas prix, parce que, bien que leur nombre
-s'accroisse, il n'augmente jamais assez pour combler le déficit produit
-par la réduction du tarif;
-
-2º Que les compagnies, après avoir écarté toute concurrence, élèvent
-leur tarif au plus haut degré, sans craindre qu'elle reparaisse.
-
-La compagnie de Londres à Brighton était dans ce cas; mais ses tarifs
-dépassaient tellement toute limite, que des services de voitures
-s'établirent de nouveau, ce qui força la compagnie à réduire ses prix
-une seconde fois.
-
-Or donc, puisqu'un tarif élevé donne plus de bénéfice, et que c'est le
-système en vigueur sur les chemins de fer en cours de prospérité, il
-n'est guère vraisemblable que les compagnies réduisent leurs prix et
-qu'elles fassent disparaître les abus qui enflent leurs recettes.
-
-Nous faisons ensuite remarquer les difficultés qui s'opposent à la
-réforme que nous allons proposer. Un contrat a été passé entre le
-législateur et les compagnies; par conséquent, aucune mesure à leur
-préjudice ne peut être adoptée par le parlement, soit par rapport à
-leur propriété, soit pour diminuer leurs profits, qu'il ne leur accorde
-au préalable une indemnité satisfaisante. Mais nous ajoutons que le
-législateur a un droit incontestable de traiter les propriétaires de
-chemins de fer comme il traite tous les autres propriétaires lorsque
-l'utilité publique le demande.
-
-Nous décrivons en détail le système d'exploitation des chemins de fer
-dans ce pays, et nous le mettons en regard de celui qui pourrait être
-adopté, système qui rendrait leur utilité _entièrement_ dépendante du
-bien public. Nous ajoutons qu'avec le système en vigueur, le _seul_
-objet des compagnies est d'obtenir de gros dividendes, et qu'elles ne
-songent à la convenance du public qu'autant qu'elle produit ce résultat.
-
-Pour faire concevoir l'étendue des services que les chemins de fer
-pourraient rendre à la société, nous appelons l'attention sur deux
-points:
-
-1º La puissance presque sans limites des chemins de fer pour effectuer
-toute espèce de transport.
-
-2º La grande _perte_ de puissance locomotive qui a lieu dans le
-transport des voyageurs et des marchandises.
-
-La vérité de la première proposition est tellement prouvée, que nous
-nous sommes dispensés de nous y arrêter; mais la seconde est longuement
-motivée, et nous avons cité une foule de documens statistiques pour
-prouver que la puissance locomotive journellement employée est
-suffisante pour _faire dix fois ce qu'elle fait_, et que par conséquent
-_les_ 9/10es _de sa force sont perdus_. Nous avons tâché de démontrer
-que si les tarifs étaient réduits de manière à tripler le nombre des
-voyageurs, les dépenses totales ne seraient que faiblement augmentées,
-et nous citons, pour corroborer notre opinion, l'exemple de plusieurs
-compagnies, qui ont considérablement abaissé leurs tarifs, et qui, par
-suite de cette mesure, ont vu tripler le nombre de leurs voyageurs sans
-encourir _la plus légère augmentation de dépenses_. Mais, pour éviter
-toute chicane là-dessus, nous avons fixé a 25 p. cent la dépense que
-causerait une aussi grande augmentation de voyageurs.
-
-Avant de discuter la manière dont le gouvernement devra traiter les
-compagnies, nous estimons la valeur de leur propriété aussi juste qu'il
-est possible de le faire, et nous la divisons en deux catégories: la
-bonne et la mauvaise; les compagnies qui rapportent et celles qui sont
-en perte. Les premières paient à leurs actionnaires environ 6 p. cent
-par an sur le capital versé, et les autres environ 3 p. cent.
-
-Nous disons qu'il y a trois manières de traiter avec les compagnies:
-
-1º Les forcer à adopter un tarif uniforme (soit un tiers du tarif en
-vigueur) et les indemniser au bout d'un certain temps de la perte
-qu'elles auront supportée.
-
-2º Le gouvernement paierait tous les ans aux compagnies une somme fixe,
-et la réforme serait faite à leurs risques et périls.
-
-3º Ou bien le gouvernement achèterait d'après les prix courans tous les
-chemins de fer du royaume.
-
-Après avoir fait remarquer les difficultés et les désavantages qui
-résulteraient de l'adoption des premier et deuxième plans, nous
-établissons que le troisième est le plus praticable, en expliquant
-longuement comment il pourrait être exécuté.
-
-La valeur estimative de tous les chemins de fer est d'environ
-63,000,000 liv. (1,575,000,000 f.). La valeur de ceux de 1re classe
-est de 48,000,000; ils paient 5 p. cent par an au taux actuel des
-actions. La valeur de ceux de deuxième classe et de 15,000,000; ils ne
-paient pas au-delà de 4 p. cent, suivant leur cours actuel, et celui de
-beaucoup d'entre eux est nominal. Il va sans dire que l'on n'achèterait
-pas une mauvaise valeur pour payer 4 p. cent, lorsque l'on peut en
-avoir une bonne à 5 p. cent.
-
-Nous proposons donc que l'Etat se rende acquéreur de toute cette
-propriété au taux actuel des actions, et qu'il paie les détenteurs en 3
-p. cent consolidés à des conditions assez libérales, non-seulement pour
-qu'ils aient un bénéfice, mais encore pour que le gouvernement ne soit
-pas obligé d'emprunter.
-
-Pour satisfaire le lecteur, qui est étranger aux matières de finance,
-et qui demandera tout naturellement où l'on prendra les 63 millions,
-nous entrons dans quelques détails au sujet de notre système financier.
-Nous disons que le gouvernement garantirait un certain paiement annuel
-aux détenteurs d'actions, et qu'il s'adjugerait leur propriété pour en
-faire ce qui lui semblerait utile au public.
-
-La différence entre la somme des recettes faites aujourd'hui par les
-compagnies et celle que le gouvernement aurait à payer en dividendes à
-la création des consolidés nécessaires pour cette acquisition, serait
-d'environ 1,000,000 st. (25 millions de francs.) Il est démontré
-qu'un capital comparativement stable et d'un intérêt sûr, tel que
-le capital placé dans les fonds du gouvernement, dont l'intérêt est
-d'un peu plus de 3 p. cent, est égal, dans l'opinion publique, à un
-capital _fluctuant_, dont l'intérêt est de 5 p. cent, terme moyen. La
-différence entre les recettes des compagnies et les dividendes payés
-par le gouvernement, produirait donc à celui-ci un bénéfice sûr de un
-million sterling, si les tarifs n'étaient pas modifiés.
-
-Nous proposons, dès que le gouvernement se sera mis en possession
-des chemins de fer du royaume, d'établir un tarif uniforme qui ne
-dépasserait pas le tiers du tarif actuel. Voici, dans notre opinion,
-quelle en devrait être l'échelle:
-
-Voyageurs par le mail (malle) 2 d. par mille[82] parcours 35 mil. (56
-kilo) à l'heure,
-
- 1re classe 1» d.[83]»} 25 m. (40 kil.)
- 2e classe ¾ » [84] » }
- 3e classe ½ » [85] » } 15 m. (24 kil.)
- 4e classe ¼ » [86] » }
-
-Les marchandises, le bétail, les produits de l'agriculture seraient
-transportés également pour le tiers du prix des présens tarifs.
-
-Nous indiquons ensuite quelques-uns des bons résultats que les
-modifications produiraient:
-
-1º Un puissant stimulant au commerce et à l'industrie, en réduisant les
-frais de transport des deux tiers.
-
-2º Réduction dans le prix des objets de première nécessité.
-
-3º Le public serait dégrevé de 3,000,000 liv.[87] de _taxes directes_
-sans compter ce qu'on prélève sur lui en _taxes indirectes_.
-
-4º Le gouvernement, alors seulement, aurait le moyen de mettre
-complètement à exécution le plan de réforme sur les postes de M.
-Rowland Hill, parce que le transport des malles serait franc de droit.
-
-5º Les bienfaits qu'en retireraient les classes pauvres, et l'économie
-qui résulterait pour les paroisses du transport de leurs pauvres gratis.
-
-6º L'Etat n'aurait plus à payer pour le transport des troupes, du
-matériel de la guerre et de la marine, de l'argent, etc.
-
-7º Le bien qui en résulterait pour toutes les classes, riches et
-pauvres, de pouvoir, pour leur santé, leurs affaires ou leurs plaisirs,
-jouir des avantages qu'une libre communication de tous les points du
-pays entre eux peut procurer.
-
-Des documens statistiques établissent ensuite les résultats de la
-mesure sous le point de vue parement financier.
-
-Les comptes de deux chemins de fer (de Glasgow à Greenock, et de Dublin
-à Kingstown), dont les propriétaires ont adopté un tarif très abaissé,
-nous montrent que l'augmentation des passagers a plus que balancé la
-réduction du tarif.
-
-Le chemin de fer de Glasgow à Greenock a 22½ milles[88] d'étendue;
-l'année dernière, il a abaissé son tarif de ⅔, ou, ce qui revient au
-même, les voyageurs purent parcourir cette distance pour le tiers
-du _plus bas prix_ précédemment exigé. Le résultat fut qu'en peu de
-semaines le nombre des voyageurs s'éleva de 12,000 à 33,000, et la
-compagnie gagna beaucoup à cette mesure. Le prix pour tout le parcours
-n'est que de 6 d.[89].
-
-Les résultats du système adopté par le chemin de fer de Dublin à
-Kingstown prouvent encore suffisamment que le gouvernement pourrait,
-sans danger de perte d'argent, opérer de grandes réductions dans les
-tarifs. Il y a deux ans, les directeurs de cette compagnie abaissèrent
-tellement leur tarif, qu'une classe de voyageurs est transportée
-maintenant pour ½ farthing[90] par mille; et leurs affaires ont si bien
-prospéré par l'adoption de cette mesure, que les actions qui, avant,
-étaient à 18 p. cent _au-dessous du pair_, sont aujourd'hui à 16 pour
-100 _au-dessus_.
-
-Nous avons surtout appelé l'attention du lecteur sur ce fait, que ces
-deux compagnies (les seules du royaume qui aient adopté le système des
-tarifs très bas) n'ont pas eu la moindre augmentation de dépenses, bien
-que, sur le chemin de Dublin à Kingstown, le nombre des voyageurs,
-l'année dernière, ait dépassé de 400,000 celui des années précédentes.
-
-Nous admettons toutefois que l'adoption de ce genre de tarif causerait
-une diminution sensible dans la recette brute de la plupart des chemins
-de fer; que la diminution ne serait pas moindre d'un tiers pour
-quelques-uns, mais, d'un autre côté nous espérons avoir démontré que
-le profit qui reviendrait a l'Etat _au moyen de la différence entre
-les recettes perçues actuellement par les compagnies et les dividendes
-qu'il aurait à payer_, compenserait amplement ce déficit.
-
-D'où nous concluons que la mise à exécution de notre projet de réforme
-est basée sur les quatre propositions distinctes:
-
-1º _La force perdue_ sur les chemins de fer pourrait être utilisée
-moyennant des frais très bornés, si on les compare au bénéfice qu'on en
-retirerait;
-
-2º Que cette _force perdue_, au moyen d'une grande réduction dans les
-tarifs, rendra des services immenses au pays;
-
-3º Que l'augmentation des voyageurs couvrirait à peu de chose près le
-déficit produit par les réductions dans les tarifs;
-
-4º Que le crédit dont jouit le gouvernement lui permet de mettre à
-exécution ce projet, sans qu'il en coûte rien au pays.
-
-Ce résumé est suffisant pour donner au lecteur une idée générale de
-notre projet de réforme.
-
-
-
-
-APPENDICE[91].
-
-
-CHAPITRE PREMIER.
-
- _Perte de puissance.--Degré auquel on pourrait réduire les tarifs._
-
-L'auteur annonce qu'il n'a jamais entendu donner un calcul
-rigoureusement exact de la perte de puissance qui a eu lieu dans les
-locomotives. Il lui suffisait d'avancer que les deux tiers de cette
-puissance étaient perdus, puisque l'on pouvait, sans augmentation de
-dépense, transporter un nombre de voyageurs ou une charge triple.
-
-Le calcul du coût du transport par voyageur et par mille est basé sur
-l'hypothèse qu'au moyen d'une réduction dans les tarifs toute la force
-des locomotives serait employée. Ce qui aurait lieu sur beaucoup de
-lignes.
-
-«La vitesse la plus économique pour le transport sur les chemins de
-fer, d'après M. Wood, est de 10 à 12 milles par heure. Dans son tableau
-de la puissance des locomotives que nous avons donné dans le corps de
-notre ouvrage, il est établi qu'une locomotive qui traînerait un poids
-de 28 tonnes à la vitesse de 30 milles par heure, en traînerait avec la
-même facilité un de 130 t. à la vitesse de 15 milles par heure, ou de
-184 t. à celle de 12½ milles, ou de 250 tonn. à celle de 10 milles par
-heure, etc.
-
-Le coût de la traction serait moins élevé pour les poids les plus
-lourds cheminant à une vitesse moindre, que pour des poids légers
-cheminant à une grande vitesse, parce que les frottemens seraient
-moindres. Sur la ligne de Glasgow à Greenock, les convois cheminent
-avec une vitesse de 30 milles par heure, et transportent de 4 à 500
-voyageurs. Avec une vitesse moitié moindre, en prenant en considération
-la puissance de la locomotive, ils pourraient transporter 2,000
-voyageurs. Nous voyons souvent dans les journaux que des convois en ont
-transporté un plus grand nombre.
-
-Chercher à connaître le plus haut degré de puissance d'une locomotive
-est un sujet qui peut satisfaire la curiosité, mais qui n'est pas d'une
-grande utilité pratique. La puissance qui agit aujourd'hui sur les
-chemins de fer pourrait au moins accomplir un travail vingt fois plus
-considérable avec une vitesse un peu moindre; et si les communications
-entre les parties du royaume étaient entièrement gratuites, elle
-suffirait probablement et au-delà au grand mouvement qui résulterait de
-ce système.
-
-Rien n'est plus ridicule que de chercher à établir une comparaison
-entre les dépenses des transports par chemins de fer et par voilures
-ordinaires et entre les prix exigés du public par ces deux différens
-systèmes, si l'on ne prend pas en considération le coût du transport
-de chacun. Le chemin de Londres à Brighton va nous servir d'exemple:
-calculons le prix du transport de 2,000 voyageurs allant de l'une de
-ces villes à l'autre. Il faudrait 18 cwt. de coke, qui coûteraient sur
-cette ligne 1 liv. 6 sh.[92]. Ce coke, avec quelques gallons d'eau
-qui ne coûteraient rien, ferait un travail qui exigerait 750 chevaux
-pendant un jour entier sur un chemin pavé, d'égale distance. Ainsi
-la dépense actuelle de locomotion pour un voyageur entre Londres et
-Brighton pourrait être réduite à un peu plus d'un demi-farthing[93],
-ou bien, si nous comptons chaque article de dépenses, pour l'usure du
-matériel, les frais d'administration, etc., à 2 _pence sterling_[94].
-Deux pence pour transporter un voyageur de Londres à Brighton! C'est un
-calcul que tout le monde peut faire en une demi-heure.
-
-Est-il nécessaire de faire observer que notre calcul est basé sur
-l'hypothèse qu'une grande réduction dans les tarifs permettrait
-entièrement ou à peu près d'employer la force qui est aujourd'hui
-perdue: la _puissance de la locomotive_. Il n'y a pas le moindre doute
-qu'elle pourrait être employée entièrement sur plusieurs lignes.
-
-Depuis que M. Rowland Hill a la direction du chemin de fer de Brighton,
-les différentes classes de cette ligne ont été réduites de 20 à 30 p.
-cent, et il en est résulté que le nombre des voyageurs, pour le mois
-d'août 1843, a dépassé de plusieurs milliers celui du même mois de
-l'année 1842, et les recettes brutes ont dépassé également de plus de
-5,000 livres sterling. Les prix de cette ligne sont, ce qu'on appelle
-en langage de compagnies, _modérés_. Les plus bas sont de 5 sh.[95].
-Nous croyons qu'en ne prenant en considération que les pertes ou les
-bénéfices qui en résulteraient, la compagnie gagnerait encore à réduire
-son tarif de 50 p. cent. Mais peut-on douter que si le chemin de fer
-appartenait au gouvernement et que le prix des places fût réduit à 6
-pence[96], le nombre des voyageurs ne fût dix fois plus considérable?
-
-Cherté et bon marché ne sont que des termes de comparaison dont on ne
-doit se servir qu'avec l'idée du prix de revient. La vapeur a, dans
-les manufactures, remplacé, en grande partie, le travail manuel. On
-fabrique beaucoup d'articles de consommation pour le tiers du prix
-qu'ils coûtaient autrefois, et naturellement on les vend deux tiers
-meilleur marché. On pourrait voyager par chemin de fer pour un prix
-10 fois moindre que l'on ne voyageait sur les anciennes routes, et
-cependant les prix sont aussi élevés, si non plus élevés qu'ils étaient
-avant l'introduction des nouvelles voies. Le prix des places dans la
-voiture qui va à Birmingham est de 12 sh. Il est de 14 sh.[97] par la
-dernière classe du chemin de fer; et cependant un voyageur peut être
-transporté de Londres à Birmingham, tous frais payés, pour 6 pence[98]!
-
-Le peuple de ce pays s'est soumis sans murmurer aux tarifs élevés des
-chemins de fer, parce qu'il a cru que les dépenses immenses de leur
-construction en étaient la cause. C'est une erreur que nous avons
-combattue. Les lignes qui ont coûté le plus à construire sont celles
-de Blackwall et de Greenock, et leurs tarifs sont moins élevés que
-ceux des lignes qui coûtent 10 fois moins. D'autres lignes n'ont pas
-coûté la moitié de celles établies sur le continent, et cependant leurs
-tarifs sont deux et trois fois plus élevés!»
-
-L'auteur revient ensuite, pour la combattre, sur l'opinion que les
-tarifs sont basés sur le prix de revient de la traction sur un
-chemin de fer. Il cite plusieurs exemples concluans à l'appui de son
-raisonnement.
-
-
-CHAPITRE II.
-
- _Intervention du gouvernement dans les affaires commerciales._
-
-Dans tous les pays libres et principalement en Angleterre, on voit avec
-défiance l'intervention du gouvernement dans les affaires commerciales.
-«Nous endurons beaucoup de maux, dit l'auteur, pourvu qu'ils ne nous
-viennent pas de l'autorité, et que les transactions qui en sont la
-cause, aient une apparence de liberté. Ce n'est qu'à la dernière
-extrémité que nous permettons au gouvernement d'intervenir, et nous
-nous consolons de nos maux avec ce vieil adage: «Cela ne peut être
-autrement.» Nous nous reposons sur le temps ou le hasard pour remédier
-à ces maux.
-
-Ce sentiment d'indépendance individuelle fait le plus grand honneur
-au caractère de notre nation; mais la question est de savoir s'il
-n'a pas été poussé trop loin, s'il n'a pas été préjudiciable aux
-intérêts de la société. J'admets que le gouvernement ne peut se faire
-commerçant ou industriel qu'à la dernière extrémité, comme pour
-le transport des lettres, par exemple. Mais si la même nécessité
-existe pour d'autres cas, comme pour celui-ci, si l'intervention du
-gouvernement peut produire un grand bien, peu de personnes hésiteront
-sur le choix de la ligne de conduite à suivre. Il est certainement
-très difficile de marquer le point qui devra séparer l'intervention de
-la non-intervention, et de fixer les cas où les affaires commerciales
-iront chercher elles-mêmes leur équilibre ou bien obtenir l'aide du
-parlement.
-
-Ce sentiment d'indépendance auquel nous venons de faire allusion a subi
-de grandes modifications depuis quelques années. Toutes les classes de
-la société commencent à se former une idée plus correcte des devoirs
-du gouvernement. Le secours de la législature a été invoqué dans des
-cas où, il y a plusieurs années, il aurait ameuté tous les partis
-contre elle, si elle avait voulu intervenir. Nous pouvons en citer
-des exemples. Les actes votés pour régler le passage des émigrans,
-les intérêts des manufactures et des mines, le travail des femmes
-et des enfans prouvent le changement qui s'est opéré dans l'opinion
-publique. Ou reconnaît que le gouvernement a le droit et que c'est son
-devoir de faire des règlemens partout où l'état des choses les rendent
-nécessaires. En général, le gouvernement attend que l'on invoque son
-appui. La multitude de naufrages qui ont eu lieu depuis quelques années
-a fait naître le voeu que l'on constituât par acte du parlement une
-commission chargée de constater la capacité des maîtres et seconds de
-navires du commerce. Le président du bureau du commerce fit entendre
-aux personnes qui s'adressaient à lui à cet effet, que le gouvernement
-était disposé à prendre cette proposition en considération, si
-l'opinion publique était disposée, elle, à le soutenir. Dans des cas
-semblables le gouvernement ne prendra jamais l'initiative, et il n'est
-pas à désirer non plus qu'il la prenne.
-
-Il n'est pas besoin d'aller chercher des exemples en dehors de notre
-sujet: le gouvernement n'a-t-il pas été obligé d'intervenir dans
-l'administration des chemins de fer, et de protéger la vie et les
-membres des sujets de S. M., après qu'une série d'homicides eurent
-été commis par suite de l'omnipotence et de l'irresponsabilité des
-compagnies?
-
-La mauvaise nature du système ne tarda pas à se révéler sous toutes les
-formes. Ce système était fondé sur l'argent; le gain était l'unique but
-auquel il tendait. Nous avons esquissé, dans les pages précédentes, les
-maux qui en sont résultés. Ils produisirent dans le public de nouvelles
-plaintes; la souffrance seule les lui arrachait; elles n'en appelaient
-pas encore à l'intervention du gouvernement. _Il y a quelque chose à
-faire_ était et est encore le cri général; mais que fera-t-on? Les
-actionnaires ont le droit de tirer le parti qui leur convient de leur
-propriété; ils ne doivent rien au législateur ni au public, et les
-forcer d'adopter des mesures étrangères à la sécurité publique et qui
-diminueraient leurs profits, serait une injustice à laquelle une nation
-honnête ne doit pas songer.
-
-La question qui se présente est donc celle-ci: jusqu'à quand ce système
-durera-t-il? Le pays ne doit-il jamais jouir des avantages que lui
-procurerait le développement de ses communications intérieures? Une
-grande découverte nationale sera-t-elle stérile pour la nation? Sur
-beaucoup de chemins de fer, les tarifs pourraient être réduits de
-9/10mes et il serait douteux que les profits décrussent de beaucoup.
-Sur la ligne de Brighton, les recettes se sont élevées, dans les onze
-semaines écoulées au 17 septembre 1842, à 47,963 liv.; elles ont été
-de 55,778 liv. dans les onze semaines correspondantes de cette année,
-où le tarif a été réduit de ⅓. Il serait bien difficile de prédire
-exactement si elles seraient plus ou moins élevées dans le cas où le
-tarif serait réduit de 9/10mes. Sur la ligne de Blackwall à Shadwell,
-par exemple, où le prix des places est de 3 pence, il est douteux que
-le revenu souffre d'une réduction à ½ penny.
-
-Les recettes des chemins de fer, pendant la présente année, s'élèveront
-à environ 5 millions sterling[99]. Lorsque toutes les lignes en voie
-de construction seront achevées, elles ne seront pas moindres de 6
-millions. Si l'on diminuait de ⅚mes les prix de transport, le public
-ferait une économie directe de 5 millions sterling. Supposons que les
-recettes fussent tout juste suffisantes pour balancer les dépenses,
-le public gagnerait encore 3 millions, savoir: la différence entre
-la somme distribuée en dividendes, et les 5 millions sterling qu'il
-aurait payés avec le système actuel. Mais il n'y a rien qui puisse
-faire supposer une pareille chose. Nous admettons volontiers que les
-bénéfices nets actuels diminueraient considérablement; mais il n'est
-pas présumable que la diminution sur la totalité serait importante.
-
-MM. R. et B. Watson, agens de change à Leeds, ont publié le 16
-septembre dernier, dans leur dernière circulaire, les observations
-suivantes sur l'échelle de tarifs adoptée par les compagnies: «Ce qui
-nous étonne le plus, dans la direction des chemins de fer, c'est la
-répugnance des directeurs à satisfaire le public par l'adoption de
-tarifs bas. Notre opinion est que ce plan procurerait des avantages
-incalculables à ceux qui l'adopteraient sans crainte. Si les directeurs
-du South Eastern avaient eu sur ce point le même avis que ceux de
-Brighton, ils auraient porté à ce dernier chemin de fer un coup dont
-il ne se serait pas relevé de long-temps. Que l'on considère les
-effets qu'a produits sur le Blackwall et le Greenwick l'augmentation
-de leurs tarifs. Tous deux ont été forcés de revenir à l'ancien tarif,
-après avoir forcé le public à se passer d'eux. Nous ne pouvons pas
-admettre avec l'auteur de la brochure intitulée: "Railway Reform"
-qu'une réduction de ⅔ dans les tarifs actuels soit possible dans
-aucune circonstance; mais nous croyons que beaucoup de compagnies
-serviraient leurs intérêts et ceux du public en les réduisant d'un
-tiers.» Je ne comprends pas trop ce que MM. Watson entendent par ces
-mots _dans aucune circonstance_; s'ils se rapportent à une réduction
-sous le système actuel, ils ont raison. On ne peut pas espérer que la
-majorité des compagnies adoptera un système de tarif qui diminuerait
-leurs profits. Mais si MM. Watson veulent dire qu'avec un système tout
-différent, les tarifs ne pourraient pas être réduits de ⅔, nous ne
-différons pas seulement de leur opinion entièrement, mais encore nous
-ne considérons cette réduction que comme une approximation des vrais
-principes. Pourquoi calculerait-on les prix du transport d'après des
-principes différens de ceux qui servent à établir les prix de tous
-les autres objets? MM. Watson sont peut-être les meilleurs juges du
-royaume de toutes les matières qui ont rapport aux chemins de fer.
-Ils connaissent parfaitement les divers articles de dépense de cette
-industrie. Ils savent qu'un voyageur de première classe pourrait être
-transporté sous un système différent de celui en vigueur, de Londres à
-Liverpool pour 5 sh.[100] au lieu de 5 liv.[101], prix du tarif actuel,
-et que le premier prix donnerait encore un bénéfice de 100 p. cent.
-Ils admettent qu'avec le système actuel les tarifs pourraient donner
-des bénéfices aux propriétaires avec une réduction d'un tiers, et ils
-doutent que dans _aucune circonstance_ on puisse les réduire de ⅔!»
-
-
-
-
-CHAPITRE III.
-
- _Centralisation._
-
-Elle ne vaut rien pour les affaires locales, elle est bonne pour les
-affaires générales. En somme, on a de grands préjugés contre elle en
-Angleterre. L'auteur soutient cependant que la centralisation des
-administrations des chemins de fer tournerait au profit de tous, et
-qu'elle serait en même temps un bienfait et une économie pour le pays.
-
-
-CHAPITRE IV.
-
- _Liberté du commerce et monopole._
-
-Les chemins de fer sont de véritables monopoles. Est-ce le monopole
- en lui-même ou l'abus que l'on en peut faire qui est pernicieux?
-Le transport des lettres est un monopole; s'en plaint-on? L'auteur
-entre dans quelques développemens pour prouver que la question qu'il
-soumet au public n'a rien de commun avec celle qui agite la nation et
-qui la divise en partisans et en adversaires du régime de la liberté
-commerciale.
-
-
-CHAPITRE V.
-
- _Différence des systèmes d'administration suivis par les compagnies
- de Londres à Birmingham et du Great-Western._
-
-Dans ce chapitre l'auteur revient sur les moyens humilians et
-vexatoires mis en oeuvre par ces compagnies pour dégoûter le public
-de se servir des voitures de 3e classe. L'une est brutale et violente
-envers lui; elle agit franchement et sans détour; l'autre est
-doucereusement impertinente. Toutes deux par des voies différentes
-atteignent le but qu'elles ont en vue.
-
-
-CHAPITRE VI.
-
- _Chemins de fer de la Grande-Bretagne et de l'Irlande._
-
-L'auteur cite ici 72 chemins de fer. Il fait connaître leur étendue,
-la moyenne de leur mouvement commercial, leur direction, leur coût et
-les résultats qu'ils ont donnés. Cette nomenclature, qui n'est pas sans
-intérêt pour les hommes spéciaux, est étrangère, pour ainsi dire, au
-but que se proposait l'auteur dans son ouvrage.
-
-
-CHAPITRE VII.
-
- _Augmentation probable des voyageurs, si les tarifs sont réduits au
- tiers de leur moyenne actuelle._
-
-L'auteur appelle l'attention du lecteur sur le soin qu'il a eu d'éviter
-tout ce qui pouvait faire croire à un calcul rigoureusement exact
-de sa part, sur l'augmentation probable des voyageurs par suite de
-l'abaissement des tarifs. Il s'est borné à fixer le déficit qui
-résulterait de la réduction à un million sterling. Il regarde néanmoins
-cette augmentation probable comme un point trop important pour ne pas
-s'y arrêter; il espère en donner une approximation assez exacte à
-l'aide des résultats qu'a produits sur certaines lignes la mesure qu'il
-recommande.
-
-Il compare donc de nouveau le mouvement commercial de la ligne de
-Manchester à Liverpool, avec celui de la ligne de Bruxelles à Anvers,
-et il trouve que malgré la différence de population, toute en faveur
-de la première ligne, le nombre des voyageurs a été pour la deuxième,
-malgré l'infériorité de sa population comparée à la première, dans
-la proportion de 5 à 1. Le chemin belge, il est vrai, a un tarif de
-beaucoup meilleur marché. Il suppose donc que si les tarifs étaient
-au même taux, on aurait des résultats différens, et la ligne de
-Manchester à Liverpool, au lieu de transporter annuellement 19 millions
-d'individus, en transporterait 50 millions.
-
-L'auteur cite un exemple remarquable à l'appui de son opinion sur
-les effets du bon marché et sur la puissance de la locomotive.
-Les directeurs de la ligne de Manchester à Birmingham prirent la
-résolution, un jeudi, de transporter les écoles de charité à Alderley
-Edge, à des prix très bas. Des milliers d'individus profitèrent de leur
-générosité, et pendant toute la journée, ce site charmant fut couvert
-d'une foule immense. A huit heures du soir, le dernier convoi, composé
-de soixante-deux voitures, ramena plus de trois mille personnes. Il
-couvrait plus de ¼ de mille (400 mètres environ), et il était tiré par
-deux machines locomotives. Bien que la soirée fût pluvieuse, tout le
-monde paraissait content, et les cris de joie des voyageurs trouvaient
-des milliers d'échos le long de la ligne.
-
-
-CHAPITRE VIII.
-
- _Fluctuations dans le prix des actions._
-
-Toutes les valeurs qui subissent de grandes fluctuations doivent, au
-total, payer un intérêt élevé. Le spéculateur ne veut courir la chance
-d'être ruiné, qu'autant qu'il perçoit une prime pour le risque qu'il
-court. L'auteur, après cette réflexion, fait connaître les diverses
-fluctuations que les actions de vingt-six chemins de fer ont éprouvées
-pendant les six dernières années. L'auteur dit qu'à la vue des tableaux
-qu'il publie, on sera frappé des désastreux effets qu'ont dû causer
-ces fluctuations, et il demande s'il se pourrait qu'un propriétaire
-d'actions de chemins de fer ne préférât pas un fonds public stable,
-rapportant 3 p. 100, à un fonds si variable que l'est celui qu'il
-possède, et qui cependant ne rapporte guère plus en moyenne que 5 p.
-cent.
-
-
-CHAPITRE IX.
-
- _Opinion de M. Culloch sur les chemins de fer._
-
-L'auteur s'appuie de l'opinion de cet économiste distingué pour montrer
-le danger de livrer à des corporations particulières le monopole
-du transport, non pas seulement pour toujours, mais même pour un
-temps limité. D'après M. Culloch, il fait ressortir les abus et les
-difficultés insurmontables que l'on rencontrerait, si l'on voulait y
-mettre des bornes.
-
-
-CHAPITRE X.
-
- _Droits perçus par le gouvernement anglais sur les chemins de fer._
-
-Autrefois les compagnies payaient ⅛ de penny (1 centime ¼) par
-voyageur, quelle que fût sa classe ou le tarif de la Compagnie.
-Cette injustice évidente n'a pu subsister, et, depuis deux ans, le
-gouvernement prélève 5 p. cent, sur les recettes brutes. L'auteur fait
-suivre cette mention d'un tableau des droits perçus en 1842 sur 50
-chemins de fer et leurs divers embranchemens. Les recettes brutes étant
-de 3,359,774 liv. 15 sh. 5 d. (83,994,369 f.), les droits ont été de
-167,988 liv. 14 sh. 9 d. ¼ (4,199,718 f.). La Direction des Postes a
-payé à 28 chemins, seulement pour le transport des dépêches, 71,890
-liv. 2 sh. 4 d. (1,797,253 f.). La balance en faveur du gouvernement
-entre l'ancien système de perception et le nouveau, est d'environ
-30,000 liv. st. (750,000 f.). En Irlande, il n'est payé aucun droit à
-l'Etat par les compagnies de chemins de fer.
-
-
-CHAPITRE XI.
-
- _Effets du principe_ laissez faire, laissez passer, _relativement
- aux chemins de fer._
-
-L'auteur attribue à l'influence exclusive de ce principe en Angleterre,
-les maux qui découlent du système en vigueur. Dans ce pays, le peuple
-fait toutes les entreprises sans l'intervention du gouvernement.
-C'est tout l'opposé des autres pays. Quand le gouvernement a voulu
-protéger la vie des citoyens exposée par la négligence des directeurs
-de chemins de fer, il a rencontré une résistance dont il a bien fini
-par triompher. Maintenant qu'il a pourvu à la sécurité publique, il est
-temps qu'il s'occupe du bien public.
-
-L'auteur cite plusieurs exemples des inconvéniens nombreux qui
-résultent pour le public de la différence des tarifs, de la non
-concordance des départs sur les différentes lignes, des traitemens
-qu'éprouvent les voyageurs selon l'importance de la classe de voitures
-qu'ils prennent, etc. Partout un manque d'unité se fait apercevoir;
-il est préjudiciable à tous les intérêts, mais il est le résultat
-inévitable du principe _laissez faire_. L'auteur conclut encore une
-fois à ce que le gouvernement s'empare du monopole du transport comme
-il l'a déjà fait pour celui des postes.
-
-[Illustration]
-
-
-NOTES:
-
-[1] C'est à peu près 15 cent. par mille anglais et 40 cent. par lieue
-de France.
-
-[2] 1 milliard 250 mille francs.--Quoique la livre sterling vaille
-réellement aujourd'hui 25 francs 25 centimes, nous pensons que pour
-établir seulement un rapport entre la monnaie anglaise et la monnaie
-française, il convient de ne compter la livre que pour sa valeur
-nominale, et de multiplier, conséquemment, les sommes de livres
-sterling par 25. C'est la règle que nous avons suivie pour tous nos
-calculs de proportion.
-
-Pour les fractions, on sait que la livre sterling se divise en 20
-shillings (1 franc 25 centimes chaque sh.), et le shilling en 12
-deniers ou _pence_ (à peu près 10 centimes chaque denier ou _penny_).
-Le denier se divise encore en 4 liards ou _farthings_ (0 fr. 025
-millimes chaque farthing); mais on ne trouve plus guère de farthings
-en Angleterre. On ne s'en sert maintenant que comme indication de prix
-pour les objets de très minime valeur.
-
-[3] Un peu moins d'un myriamètre.--Le mille anglais fait un peu plus
-d'un kilomètre 6/10; 2 milles ½ forment environ 4 kilomètres ou une
-lieue, et 6 milles ¼ un myriamètre.
-
-[4] Voir la note précédente.
-
-[5] 31 fr. 25 c.
-
-[6] 3,474,225 fr.
-
-[7] 7,049,725 francs.
-
-[8] 132 kilomètres ou 33 lieues.
-
-[9] Environ 180 kilomètres ou 45 lieues.
-
-[10] 125 millions de francs.
-
-[11] 12 lieues.
-
-[12] 4 lieues.
-
-[13] 76 fr. 10 c.
-
-[14] 22 lieues.
-
-[15] 20 ou 30 centimes
-
-[16] 3 milles ¾ ou 6 kilomètres.
-
-[17] Environ 11 lieues.
-
-[18] 3 fr. 12 c. ½.
-
-[19] 6 fr. 87 c. ½ pour 12 lieues ½ de France.
-
-[20] 8 fr. 12 c. ½.
-
-[21] 1 fr. 25 c.
-
-[22] 160 kilomètres ou 40 lieues.
-
-[23] 1631 kil. ou 408 lieues.
-
-[24] 918 kil. ou 229 lieues.
-
-[25] 236 k. ou 59 lieues.
-
-[26] 2,786 kilom. ou 696 lieues 1|2.
-
-[27] 1,477,875,000 f.
-
-[28] 1,597,200,000 f.
-
-[29] 126,765,000 f.
-
-[30] 53,153,750 f.
-
-[31] 73,611,250 f.
-
-[32] 922,750 fr. par mille, et 576,720 fr. par kilomètre.
-
-[33] 1,189,500 f. par mille, et 743,437 f. par k.
-
-[34] 810,500 f. par mille, et 506,562 f. par k.
-
-[35] 575,000 f. par mille, et 359,375 f. par k.
-
-[36] 604,750 f. par mille, et 377,969 f. par k.
-
-[37] 457,250 f. par mille, et 285,781 f. par k.
-
-[38] 158 fr. 20 c. pour 100 livres sterling ou 2,500 fr. de capital.
-
-[39] Il y a dans l'original une erreur, 12, 50 et 32-94 au lieu de
-100 pris pour unité dans la répartition des différentes classes de
-voyageurs. (Note du traducteur.)
-
-[40] 375 ou 500 millions de francs.
-
-[41] Moins de 2 cent. le kil.--6 cent. ¼ les 4 kil.
-
-[42] 62 cent. ½ pour tout le parcours, qui est de 22 milles ½ ou 36 kil.
-
-[43] 1 cent. ¼ par mille; à peu près 3 cent. pour 4 kil. ou une lieue
-de France.
-
-[44] 8 fr. 13 cent.
-
-[45] 1 fr. 25 c. pour un parcours de 30 milles ou 48 kil.
-
-[46] 3,750,000 fr.
-
-[47] 25,000,000 fr.
-
-[48] 5,000,000 fr.
-
-[49] 2,500,000 fr.
-
-[50] 73,661,250 f.
-
-[51] 7,500,000 fr.
-
-[52] 1,657,775,000 f.
-
-[53] 51,275,000 f.
-
-[54] 5,000,000 f.
-
-[55] 25,000,000 f.
-
-[56] 625,000 f.
-
-[57] 1,597,200,000 f.
-
-[58] 999,500,000 fr.
-
-[59] 7 c. ½.
-
-[60] 20 c.
-
-[61] 6 c. ½ par kilom.
-
-[62] Moins de 5 c. par k.
-
-[63] 3 c. ¼ par kilom.
-
-[64] Moins de 2 c. par kilom. et 6 c. ½ par 4 k. ou une lieue de France.
-
-[65] 40 kilom. ou 10 lieues.
-
-[66] 2 c. ½--0 f. 016 mill. par kilom.
-
-[67] 10 c.--0 f. 065 mill. par kilom.
-
-[68] 21 c.--0 f. 13 c. par k.
-
-[69] 56 kilom. ou 14 lieues.
-
-[70] 3,000,000 fr.
-
-[71] 3,750,000 fr.
-
-[72] 253,900 fr. pour 88 kilomètres ou 22 lieues.
-
-[73] 96 lieues ou 384 kilom.
-
-[74] 74,850 fr.
-
-[75] 2,500,000 fr.
-
-[76] 126,815,000 fr.
-
-[77] 75,000,000 fr.
-
-[78] 20 c. et 10 c. pour tout le parcours, qui est de 3 milles ¾ ou 6
-kilomètres.
-
-[79] 3 fr. 12 c., 2 fr. 10 c., 1 fr. 55 et 85 c. pour tout le parcours
-qui est de 30 milles ¾ ou 12 lieues ½ de France.
-
-[80] 75,000,000 fr.
-
-[81] Discours de sir Robert Peel, lors de son inauguration au Rectorat
-de l'Université de Glasgow.
-
-[82] 0,13 cent. par kilomètre,
-
-[83] 0,065 millimes par kilom.
-
-[84] 0,05 cent. par kilom.
-
-[85] 0,032 millimes par kilom.
-
-[86] 0,016 millimes par kilom.
-
-[87] 75 millions de francs.
-
-[88] 36 kilomètres.
-
-[89] 0,625 millimes.
-
-[90] 0,008 millimes par kilomètre.
-
-[91] Cet appendice, qui est fort copieux, n'a été publié qu'avec la
-seconde édition de l'ouvrage principal. Pour la France, il n'est besoin
-que de donner une simple analyse des pièces justificatives; c'est ce
-que nous avons fait, tout en conservant la division par chapitres
-des matières contenues dans l'appendice, suivant la méthode adoptée
-par l'auteur. Lorsque nous avons traduit littéralement le texte de
-la publication anglaise, nous avons encadré ces passages avec des
-guillemets.
-
-[92] 31 fr. 25 c.
-
-[93] 1 c. ¼ pour un parcours de 50 milles ½ ou 20 lieues.
-
-[94] 20 c.
-
-[95] 6 fr. 25 c.
-
-[96] 62 c. ½
-
-[97] 17 fr. 50 c.
-
-[98] 62 c. ½.
-
-[99] 125,000,000 fr.
-
-[100] 6 fr. 25 c.
-
-[101] 75 fr.
-
-
-
-
-Corrections.
-
-La première ligne indique l'original, la seconde la correction:
-
-
-p. 15:
-
- Le dernier changement à eu lieu
- Le dernier changement a eu lieu
-
-p. 34:
-
- le gouvernement à eu tort de ne pas se charger de la constrution
- des chemins de fer.
-
- le gouvernement a eu tort de ne pas se charger de la construction
- des chemins de fer.
-
-p. 95:
-
- le chemin de fer se fraient
- le chemin de fer se feraient
-
-p. 106:
-
- un voyageur de Londres à Bringhton
- un voyageur de Londres à Brighton
-
-*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK RAILWAY REFORM ***
-
-***** This file should be named 64220-0.txt or 64220-0.zip *****
-This and all associated files of various formats will be found in:
- https://www.gutenberg.org/6/4/2/2/64220/
-
-Updated editions will replace the previous one--the old editions will
-be renamed.
-
-Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
-law means that no one owns a United States copyright in these works,
-so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the
-United States without permission and without paying copyright
-royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part
-of this license, apply to copying and distributing Project
-Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm
-concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark,
-and may not be used if you charge for an eBook, except by following
-the terms of the trademark license, including paying royalties for use
-of the Project Gutenberg trademark. If you do not charge anything for
-copies of this eBook, complying with the trademark license is very
-easy. You may use this eBook for nearly any purpose such as creation
-of derivative works, reports, performances and research. Project
-Gutenberg eBooks may be modified and printed and given away--you may
-do practically ANYTHING in the United States with eBooks not protected
-by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the trademark
-license, especially commercial redistribution.
-
-START: FULL LICENSE
-
-THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
-PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
-
-To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
-distribution of electronic works, by using or distributing this work
-(or any other work associated in any way with the phrase "Project
-Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full
-Project Gutenberg-tm License available with this file or online at
-www.gutenberg.org/license.
-
-Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project
-Gutenberg-tm electronic works
-
-1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
-electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
-and accept all the terms of this license and intellectual property
-(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
-the terms of this agreement, you must cease using and return or
-destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your
-possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
-Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound
-by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the
-person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph
-1.E.8.
-
-1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this
-agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm
-electronic works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the
-Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
-of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual
-works in the collection are in the public domain in the United
-States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
-United States and you are located in the United States, we do not
-claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
-displaying or creating derivative works based on the work as long as
-all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
-that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting
-free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm
-works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
-Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily
-comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
-same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when
-you share it without charge with others.
-
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
-in a constant state of change. If you are outside the United States,
-check the laws of your country in addition to the terms of this
-agreement before downloading, copying, displaying, performing,
-distributing or creating derivative works based on this work or any
-other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no
-representations concerning the copyright status of any work in any
-country other than the United States.
-
-1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
-
-1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
-immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear
-prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work
-on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the
-phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed,
-performed, viewed, copied or distributed:
-
- This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
- most other parts of the world at no cost and with almost no
- restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it
- under the terms of the Project Gutenberg License included with this
- eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the
- United States, you will have to check the laws of the country where
- you are located before using this eBook.
-
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is
-derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
-contain a notice indicating that it is posted with permission of the
-copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
-the United States without paying any fees or charges. If you are
-redistributing or providing access to a work with the phrase "Project
-Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply
-either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
-obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm
-trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
-additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
-will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works
-posted with the permission of the copyright holder found at the
-beginning of this work.
-
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
-License terms from this work, or any files containing a part of this
-work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
-
-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
-prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg-tm License.
-
-1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
-compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
-any word processing or hypertext form. However, if you provide access
-to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format
-other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official
-version posted on the official Project Gutenberg-tm web site
-(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
-to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
-of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain
-Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the
-full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1.
-
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
-unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
-access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works
-provided that:
-
-* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
- the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
- you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
- to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has
- agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
- within 60 days following each date on which you prepare (or are
- legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
- payments should be clearly marked as such and sent to the Project
- Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
- Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg
- Literary Archive Foundation."
-
-* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
- you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
- does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
- License. You must require such a user to return or destroy all
- copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
- all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm
- works.
-
-* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
- any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
- electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
- receipt of the work.
-
-* You comply with all other terms of this agreement for free
- distribution of Project Gutenberg-tm works.
-
-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
-Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than
-are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
-from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of
-the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the Foundation as set
-forth in Section 3 below.
-
-1.F.
-
-1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
-Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm
-electronic works, and the medium on which they may be stored, may
-contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
-or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
-intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
-other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
-cannot be read by your equipment.
-
-1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
-of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
-Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
-Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
-liability to you for damages, costs and expenses, including legal
-fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
-LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
-PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
-TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
-DAMAGE.
-
-1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
-defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
-receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
-written explanation to the person you received the work from. If you
-received the work on a physical medium, you must return the medium
-with your written explanation. The person or entity that provided you
-with the defective work may elect to provide a replacement copy in
-lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
-or entity providing it to you may choose to give you a second
-opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
-the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
-without further opportunities to fix the problem.
-
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO
-OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
-LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
-
-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of
-damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
-violates the law of the state applicable to this agreement, the
-agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
-limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
-unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
-remaining provisions.
-
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in
-accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
-production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm
-electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
-including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
-the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
-or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
-additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
-Defect you cause.
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
-computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation's web site
-and official page at www.gutenberg.org/contact
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without
-widespread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
-DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
-state visit www.gutenberg.org/donate
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
-volunteer support.
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
-edition.
-
-Most people start at our Web site which has the main PG search
-facility: www.gutenberg.org
-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.