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-The Project Gutenberg eBook of Les cinquante et ung arretz d'amours, by
-Martial d'Auvergne
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you
-will have to check the laws of the country where you are located before
-using this eBook.
-
-Title: Les cinquante et ung arretz d'amours
-
-Author: Martial d'Auvergne
-
-Release Date: December 28, 2020 [eBook #64153]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-Produced by: Laurent Vogel and the Online Distributed Proofreading Team at
- https://www.pgdp.net (This file was produced from images
- generously made available by the Bibliothèque nationale de
- France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES CINQUANTE ET UNG ARRETZ
-D'AMOURS ***
-
-
-
-
-
-S'ensuyvent: les cinquante & ung arestz Donnez au grant conseil
-d'amours/ a l'encontre de plusieurs parties. Nouvellement imprimez a
-paris.
-
-[Illustration]
-
-On les vent a paris en la rue neufve nostre dame a l'enseigne de l'escu
-de France.
-
-
-
-
-¶ Cy commence les cinquante et ung arrestz d'amours.
-
-
- Environ la fin de septembre
- Que saillent violetes & flours
- Je me trouvay en la grant chambre
- Du noble parlement d'amours
- Et advint si bien qu'on vouloit
- Les derreniers arrestz prononcer
- Et que a ceste heure on appelloit
- Le greffier pour les commencer
- Si estoyent illec bien vingt six
- A les rapporter et a veoir
- Ou meillieu desquelz je me assis
- Pour en faire comme eulx devoir
- Le president tout de drap d'or
- Avoit robbe fourree d'ermines
- Et sur le col ung camail d'or
- Tout couvert d'esmerauldes fines
- Les seigneurs lays pour vestement
- Avoyent robbes de vermeil
- Frangees par hault de dyamans
- Reluysans comme le souleil
- Les aultres conseilliers d'eglise
- Estoyent vestus de velours pers
- A grant fueillage de venise
- Bordez a l'endroit et l'envers
- Dessus si avoyent leurs manteaulx
- Tout de grosses perles barrez
- Fermans a moult riches fermaulx
- Et puis leurs chapperons fourrez
- Aprés y avoit les deesses
- En moult grant triumphe & honneur
- Toutes legistes et clergesses
- Qui sçavoyent le decret par cueur
- Toutes estoyent vestues de vert
- Fourrez de penne de letisses
- Et avoyent leur col tout couvert
- De colliers d'or gens et propice
- Puis portoyent atours a ces fins
- Moult excellens et precieulx
- Qui estoyent si deliez et fins
- Que on veoit leurs beaux cheveux
- Leurs habitz sentoyent le cyprés
- Et le mutz si habondamment
- Que l'en n'eust sceu estre au plus pres
- Sans esternuer largement
- Oultre plus en lieu d'herbe verd
- Qu'on a acoustumé d'espendre
- Tout le parquet estoit couvert
- De rommarins et de lavende
- Plusieurs amans et amoureux
- Illec vindrent de divers lieux
- Dont il en eust moins de piteux
- Et d'amans courroucez joyeulx
- Par derriere les bancz j'en vis
- Qui lesditz arrestz escoutoyent
- Dont leurs cueurs estoyent tant ravis
- Qu'ilz ne sçavoyent ou ilz estoyent
- Les ungz de paour serroient leurs dentz
- Et estoyent aussi froitz que marbre
- Les aultres esmeuz et ardans
- Tremblans comme la fueille en l'arbre
- Nul n'est si saige ne parfait
- Que quant il oit son jugement
- Qu'il ne soit a moytié deffait
- Et troublé a l'entendement
- Je laisseray ceste matiere
- Car de cela pou me challoit
- Et racompteray la maniere
- Comment le president parloit
- Et tout ainsi et au plus pres
- Que les arrestz luy ouy dire
- Je les ay escriptz cy aprés
- En la forme que l'orrés lire
- Sans y adjouster quelque chose
- Aussi retenir ne oster
- Et les prononça tout en prose
- Comme vous orrés reciter
-
-
-
-
-Premier arrest.
-
-
-Par devant le prevost de deuil se assist despyeça ung procés entre une
-tresgracieuse dame et le procureur d'amours en cas d'excés d'une part/ &
-ung jeune amant escuyer deffendeur d'aultre part. et disoient lesditz
-demandeurs que ceste dame en tout son temps a esté de grant renommee
-fort esbatant joyeuse & de plaisant maintien & qu'elle s'est tousjours
-bien & honnestement entretenue en service d'amours/ sans jamais avoir
-esté reprise d'aulcun villain cas blasme ou reproche. Or estoit que ja
-pieça cest amoureux s'acointa de elle/ et aprés plusieurs allees/ et
-venues il la pria d'aymer en luy presentant plusieurs dons et bagues
-qu'elle ne voulut prendre ne recepvoir pour doubte de commettre symonie
-en amours qui est deffendue/ mais l'en remercia en luy soubzryant et
-respondant moult gracieusement toutes & quantes fois qu'il parloit a
-elle. Et peult bien estre que pour la loyaulté qu'elle cuidoit trouver
-en luy disant que elle l'aymoit bien et qu'il estoit taillé d'avoir
-beaucoup de biens au temps advenir sans y penser nul mal dont le galant
-mal considerant que dames sont tousjours plus promptes a resjouyr Cueurs
-d'amoureux que a faire douloir s'esmeut & eschauffa tellement qu'il luy
-sembla que la besoingne estoit ja faicte et qu'il en viendroit bien au
-dessus de ces attainctes & de faict une journee luy vint dire qu'il
-estoit mort & qu'il ne viveroit pas trois jours si elle ne luy octroyoit
-ce qu'il luy demandoit De laquelle chose ceste dame estoit moult esbahie
-Et a brief luy respondit que d'autant qu'elle l'aymoit elle le herroit
-desormais s'il luy parloit plus de cella dont il ne tint guieres de
-compte ains se efforça de proceder oultre & de prendre par force ung
-baiser parquoy elle le voulloit frapper et neantmoins ne s'en voult
-departir ains revient vers elle faignant de plorer de doulleur et
-d'angoisse qu'il enduroit. Et ou qu'il s'estoit faict frotter le
-visaige/ et les yeulx de eaue de soulcye affin que il semblast plus
-pyteux. Et tellement que ceste dame esmeue de pitié en cuydant
-veritablement que les larmes qu'il avoit aux yeulx lui venissent du
-parfond du cueur le baisa & acola deux ou trois fois pour obvier a
-plusgrant meschief ou que il ne cheust en desespoir. Et avecques ce luy
-feist plusieurs aultres gratuitez et menus plaisirs dont il ne fut
-encores pas content/ ains perseverant de mal en pis voullut mettre la
-main au testin/ et a ceste cause elle s'en courrouça/ et aprés pour le
-eslongner et pour lui monstrer qu'il n'estoit pas la ou il cuidoit elle
-luy donna congé affin qu'il n'y retournast plus/ mais ce nonobstant
-encores fut il plus eschauffé de y venir que devant. Et aprés advint que
-ung jour sus le jour arriva en la maison d'elle court habillé/ et
-desguisé a tout une gente daguette pendante a sa ceinture/ et aprés
-qu'il l'eut saluee et bien longuement quacqueté il commença a dire ces
-motz. Madame mauldicte soit l'heure que je feus oncques né/ neantmoins
-je ne eusse point tant souffert de paine que faitz pour vous et puis que
-ainsi est qui ne vous en chault et que n'y voullez remedier j'ayme
-mieulx me tuer icy par devant vous que de plus languir Et je vous
-asseure ma foy que jamais je ne me partyray de ceans qui ne m'emportera
-les piedz devant/ Car il me souffist que je meure & pour vous & en auray
-merite. Et sur ce point ledit amoureux print sa dague et commence a soy
-deslasser faingnant de s'en frapper a la poictrine. A quoy la dessus
-dicte dame pour doubte d'esclendre mist la main au devant du pourpoint
-et du pommeau et le tence tresbien luy demonstrant que il seroit perdu &
-homicide de soymesmes Et aussi elle le reconforte le myeulx que elle
-peust pour le destourner du mal fait qu'il voulloit faire/ mais au
-dernier riens ne valut/ car il commence a jurer et maulgreer que il se
-tueroit illec en la place sans plus attendre pas une heure/ et faict
-ainsy qu'il faignoit de soy frapper et mettre la dague dedans le corps
-ceste povre femme toute seulle esmeue et troublee & non pas sans cause
-pour obvier a l'effusion du sang qui s'en feust ensuy et ad ce qu'on
-eust peu dire que s'eust elle mesme esté et qu'elle l'eust tué qui eust
-esté grant esclandre pour elle et les siens a tousjours fut contrainte
-de luy souffrir acomplir sa mauvaise voulenté. Depuis laquelle fiction
-ainsi faicte qui n'estoit que une vraye trahison pour decepvoir ceste
-povre femme comme il a bien monstré & c'est ledit amoureux venté et deu
-dire en plusieurs lieux qu'il en avoit jouy par subtilz moiens
-nonobstant que aultres y avoient bien failly en cessivant & esjouyssant
-& deshonnorant sans cause en maintes manieres.
-
-¶ Parquoy elle concluoit a l'encontre de luy qu'il fust condempné a luy
-faire amende honnourable et prouffitable. Honnourable c'est assavoir nue
-teste en chemise tenant une torche ardant a sa main du poix de quattre
-livres de cire disant que faulcement et maulvaisement il l'a deceue
-trahie et circonvenue si s'en repent et luy en requiert mercy et pardon.
-Et pour amende prouffitable qu'il feust condamné envers elle en la somme
-de .iiii.M. livres parisis ou aultre telle somme que de raison deveroit/
-et en ces despens dommages/ et interestz. Et aussi requeroit qu'il lui
-fust deffendu de parler a elle en aulcune maniere. Et au regard du
-procureur d'amours il concluoit et requeroit a l'encontre dudit amant
-que pour la raison dudict cas ou il y avoit faulceté & trahison il fut
-pugny de telle pugnition corporelle et publique que le cas le requeroit
-et se il ne l'estoit au moins qu'il fust perpetuellement a tousjours
-banni d'amours et le declaira inhabille de estre en la compaignie de
-bien et de dames et damoyselles comme traystre et de mauvais affaire que
-tous ses biens feussent declairez/ confisquez/ et appartenir a amours.
-Et oultre qu'il feust trainé sus une claye et batu par les carrefourgs
-de syons de vert osier & de branches de groseliers affin que desoresmais
-tous autres y prinssent exemple avecques aultres conclusions plus a
-plain declairees ou procés. De la partie de cest amoureux deffendeur fut
-deffendu au contraire. Et disoit que voirement il estoit vray qu'il
-avoit esté bien fort feru de l'amour de ycelle demanderesse/ et qu'il
-l'avoit servie moult longuement et fait envers elle tous les debvoirs
-qu'il est possible de faire a loyal serviteur mais elle lui avoit user
-de bien rudes & estranges termes. Car combien qu'elle luy eust promis de
-chierement l'aymer et entretenir en sa bonne grace. Touteffoys bien
-souvent faisoyt semblant de non le congnoistre/ puis a une fois elle lui
-soubzrioit & l'autre fois luy rechignoyt ou n'en tenoit compte. Et brief
-le povre gallant le plus du temps ne sçavoit ou il estoit & en eust bien
-voulu saillir/ mais il ne pouoit/ car quant il s'en voulloit oster
-c'estoit lors que il commençoit plusfort a aimer que jamais ne dormoit
-point ne nuyct ne jour/ ainçoys tousjours pensoit a elle/ & en ce
-faisant bien souvent frissonnoit/ et luy sembloit qu'il avoit plus de
-cent esguilles autour du col qui le picquoyent S'il eust voulu manger il
-n'eust sceu car il n'y avoit si bonne ne si doulce viande qui amere ne
-luy semblast. Or disoit il que pour obvier a ceste maladie et aux accés
-de telles fievres blanches plusieurs foys supplye et requist ceste dame
-cy qu'elle eust de luy pitié et le voulsist secourir dont elle n'avoit
-voulu riens faire ains le pourmenoit de jour en aultre de dymenche au
-jeudy tellement que au dernier quant il veit que il n'en pouoit plus il
-voulut trouver maniere de luy dire au vray l'angoisse & la douleur qu'il
-souffroit pour elle. Et fut vray voirement que pource qu'elle n'y
-vouloit pas pourveoir il print alors sa dague pour s'en frapper et
-disoit veritablement que veu le tresgrant mal que il avoit il se feust
-tué et ainsi l'avoit il deliberé de le faire se elle ne luy eust aydé et
-secouru de sa bonne grace/ dont il se sentoit bien tenu a elle/ et quant
-est de ce que on luy mettoit a sus qu'il avoit publyé le cas pour la
-diffamer il respondit qu'il ne l'avoit jamais dit ne declairé sinon a
-aulcuns de ces particulliers et secretz amys que il tenoit bien si seurs
-jusques la que jamais riens ne revelleroyent/ et que on avoit cela songé
-pour charger son honneur a tort et sans cause. Et au regard du cas
-principal disoit qu'il n'y avoit veu de son costé aucun excés/ crisme ne
-malleffice/ Mais luy avoit aydé et secouru ladicte demanderesse de son
-bon gré et consentement et qu'il valloit mieulx avoir le personnage par
-amour que venir par force: ou faire esclandre/ & par ainsi disoit qu'il
-ne luy en pouoit rien demander/ ains estoit en voye d'absouldre ses
-faitz concluoit et demandoit despens encontre ladicte demanderesse. Les
-dictes partyes ouyes en tout ce quelles voulurent dire & alleguer/ ledit
-prevost de dueil veues toutes les informations faictes en ceste matiere
-et la confession dudit amant deffendeur par laquelle les demandeurs
-prindrent & requirent droit estre fait condampna par sa sentence ledit
-amoureux deffendeur a faire amende honnourable a sadicte dame/ et luy
-crier mercy treshumblement a genoulx sans saincture ne chapperon a tout
-une torche ardante en sa main en disant ces motz. Madame je congnois et
-confesse ycy devant dieu et devant le monde que comme mal conseillé et
-mal advisé/ je vous ay trahie faulcement et maulvaisement/ dont je vous
-crie mercy et a la justice d'amours. Et avecques ce le declaira privé de
-tous biens et plaisirs d'amours/ et ses biens confisquez en le
-bannissant perpetuellement du royaulme d'amours & de toutes bonnes
-compagnies comme indigne d'y estre et habiter. Et semblablement le
-condampna envers ladicte demanderesse pour amende prouffitable en la
-somme de mille livres parisis/ et a tenir prison jusques a plaine
-satisfation et en ses despens dommaiges et interestz/ de laquelle
-sentence ainsi donnee par ledit prevost de dueil icelluy deffendeur se
-est sentu aggravé et en a appellé en la court de ceans/ et semblablement
-en a appellé ladicte demanderesse et ledict procureur d'amours pour ce
-que ilz disoyent que il ne leur avoit pas assez adjugé/ et que ledict
-deffendeur en avoit trop bon marché. et depuis ont lesdictes parties
-conclud audict procés par escript. et a esté veu et receu ceans pour
-juger a bene vel male. Si a ladicte court finablement veu le procés et
-tout ce qui a esté produyct en ycelluy a grant et meure deliberation et
-tout veu et consideré ce que faict a considerer. Adoncques ladicte court
-d'amours dict que entant que ledict amoureux est appellant il a esté
-bien jugé par ledit prevost de dueil/ et mal appellé par luy/ et le
-amendera. Et entant que touche lesditz demandeurs qu'ilz ont bien
-appellé et ledit prevost mal jugé/ et en amendant le jugement/ la court
-oultre les condampnations dessusdictes condampne ledict amoureux
-appellant a aller en voyaige nudz piedz a monseigneur sainct valentin et
-y porter ung veu de cire du poix de quarante livres/ et a raporter
-certiffication comme il y aura esté dedans ung moys Et en oultre
-desclaire ladicte demanderesse estre exemptee a tousjours de luy & des
-siens jusques a la tierce generation/ et si ordonne que en signe de la
-dessusdicte trahyson et faulceté/ touteffoys et quantes que on le
-servira desormais a table on mettra le pain devant luy a l'envers et le
-dessus dessoubz. Et avecques cela le condampne la court en moult grans
-despens de la cause d'appel envers ladicte dame demanderesse. la
-tauxation reservee par devers elle.
-
-
-
-
-Le .ii. arrest.
-
-
-Par devant le baillif de joye c'est assis ung aultre procés entre ung
-jeune compagnon amoureux demandeur d'une part. Et sa dame deffenderesse
-d'autre part. Et disoit ledict amoureux demandeur que ainsi qu'il avoit
-prins congé de sadicte dame pour s'en aller en sa maison elle le
-rappella et hucha pour parler a luy/ et aprés quant il fut tout auprés
-d'elle elle faisant semblant de s'acouter et de vouloir parler de secret
-le baisa si tresasprement que elle le cuyda faire seigner du nez Et puis
-quant vint au desserrer le frappa moult durement de la patte de son
-chapperon ou il y avoit une esguille et une espingle de laquelle il eut
-la joue toute esgratisgnee qui depuis est debvenue enflee et ne sera
-d'icy a troys moys qu'il n'y paire. A l'occasion duquel cas il ne s'est
-osé monstrer devant les gens par certain temps et est encores tres fort
-malade. et pource que il sçavoit bien que sadite dame ne l'avoit pas
-fait par haine et maltallent qu'elle eust a luy il ne vouloit point
-tendre a reparation/ mais concluoit & requetoit seulement qu'elle fust
-condampnee a le garir & faire penser durant sa maladie. De la partie de
-ladicte dame fut deffendu au contraire/ & disoit que l'amant avoit esté
-invaseur & assaillant pour avoir ledit baiser/ et au regard de la
-picqueure elle estoit advenue par fortune/ & advanture dont elle ne
-pouoit mais/ et aussi n'y avoit chose dont l'en deust parler/ car ledict
-amant n'en laissoit a boire ne a menger et se plaingnoyt de sa teste
-Surquoy les parties ouyes ledict bailly de joye par sa sentence & au
-regard a certains rappors de medecins d'amours qui avoient rapporté le
-peril/ et dit que la playe estoit en lieu dangereux condampna ladicte
-dame a mouiller de sa salive tous les moys la playe de son amy pour
-faire en aller le venin jusques a ce qu'il fust guery. Et aussy a luy
-fournir de drappeaulx surquoy seroit fait bon emplastre. De laquelle
-sentence ceste defenderesse c'est sentue grevee/ et en a appellé en la
-court de ceans ou le procés a esté receu pour juger Et finablement tout
-veu & consideré ce que estoit a considerer. La court d'amours a regardé
-et dit qu'il a esté bien jugé par ledit bailly/ et mal appellé par
-ladicte dame appellante et l'amendera. Et en oultre pource qu'il est
-apparu en ladicte court & venu a congnoissance que icelle appellante a
-deu dire et soy vanter que depuis ladicte sentence que s'il convenoyt
-moullier ladicte playe de sa sallive/ elle le mordroit en ce faisant si
-asprement qu'il luy en souviendroit a tousjours mais. La court l'a
-condampnee en trente livres d'amende envers les prisonniers d'amours
-pour employer en bancquetz et en herbe verte et es despens de la cause
-d'appel la tauxation reservee par devers luy et si ordonne qu'elle sera
-contraincte a obeyr a l'arrest par prinse de son corps
-
-
-
-
-¶ Le troisiesme arrest
-
-
-Par devant le vergier d'amours en la province de beaulté c'est assis ung
-aultre procés entre ung amoureux demandeur en matiere de recision de
-contract de une part. Et sa noble dame et amye deffenderesse d'aultre
-part. Et disoit ledit demandeur que du temps qu'ilz acointerent l'ung
-l'autre ilz firent ensemble plusieurs promesses et alliances d'amours/ &
-entre les aultres il y en eut ung compassé entre eulx deux/ par lequel
-ledit amoureux luy promist que toutes et quanteffoys qu'il se vouldroit
-coucher et mettre son coeuvrechief de nuit/ il seroit tenu de nouer le
-bout dudit coeuvrechief a deux bons & fors neuz et de dire pour l'amour
-d'elle en le tyrant/ dieu doint bonne nuyt a madame. Et aussi elle
-diroit pareillement quant il se lieveroit au matin en mettant sa
-chemise/ Dieu doint bon jour a mon tresdoulx amy. Et avecques ce estoit
-dit que le gallant debvoyt toutes les sepmaynes passer sur le tard une
-foys ou deux devant son huys. Et attendre une bonne certaine heure qui
-estoit dite pour avoir ung boucquet ou une viollette qu'elle luy debvoit
-pour recompense getter avant qu'il s'en allast/ ou dire a dieu/ dieu
-doint bonne nuit or disoit cest amoureux que en faisant ledict contract
-il avoit esté enormement deceu. Car premierement au regard de tyrer son
-couvrechief toutes les nuytz il en estoit en telle necessité qu'il luy
-failoit avoir ung neuf de trois jours en trois jours tant en rompoit et
-deschiroit. Et si pour tirer ne pour nouer il ne luy en estoit de rien
-mieulx et ne s'en sentoit point en nulle maniere plus allegié quant il
-estoit couché. Mais souventeffois encore pour ce que ledit couvrechief
-estoit trop serré ou noué il luy failloit tout oster & le remettre qui
-luy estoit grant peine avec le mal qu'il avoit Et touchant l'autre point
-il y avoit aussi et de l'autre moitié de juste pris/ Car seullement pour
-avoir ung povre boucquet ou une viollette/ ce galant estoit contrainct
-de aller et passer une fois ou d'eux la sepmaine par devant l'huys de sa
-dame ou il souffroyt maux infinis/ car premierement il advenoit
-tressouvent qu'il ne la trouvoit point a l'uys ne ame a qui parler/ et
-ainsi convenoit attendre illec et longuement jambaier le povre amant
-sans avoir feu ne clarté. Secondement car quant il s'en vouloit partir
-il veoit aulcuneffois la lueur de la chandelle par les verrieres dont il
-estoit transy et ravy qu'il ne sçavoit qu'il devenoit Et pource qu'il
-cuidoit lors qu'elle ne fust pas couchee et que tantost deust venir/ il
-attendoit tout seul illecques emmi la rue deux ou trois heures/ et
-aucuneffois toute la nuit & se pourmenant pour doubte de morfondre
-regardant en hault les gouttieres/ s'elle viendroyt point aux fenestres
-ou il y avoit aussi grant martire/ et mesmement ou temps de yver pour
-les neiges et la froidure qu'il luy convenoit endurer dont il estoit
-souvent en tel point qu'il ne sentoit membre qu'il eust si que l'en eust
-ouy cliqueter ses dens l'une contre l'autre comme une cigoingne
-Tiercement que pour la pluye et mauvais temps qu'il couroit il estoit
-parfoys contraint de s'en partir et retourner tout mouillié a l'ostel
-sans rien faire fors seulement baiser la cliquette de l'uis a son amye
-pour luy dire a dieu Et ses habillemens estoient sy tres trempez que la
-chemise qu'il avoit vestue il luy failloit changier/ tout aussy tost
-qu'il estoyt a l'hostel et prendre tous nouveaulx habillemens qui luy
-estoit pareillement moult grant et tresgrief martyre sans encores n'y
-compter ne comprendre la paine qu'il avoit d'estre congneu du dangier du
-guet/ et aussy de se bouter dedans les boues/ et de cheoir aux russeaulx
-ou dedans la fange/ et de se heurter a grosses pierres/ ou rencontrer
-une charrette et moult d'autres malles adventures qui pouoyent venir de
-nuyct/ et aussi que il avoyt esté souventeffois/ et estoyt encores
-enormement deceu Et pource requeroit que ledict contract feust mis au
-neant et qu'il feust remis en sa franche liberté. Et disoyt oultre que a
-greigneur seureté il en avoit a ceste fin obtenues lettres de
-relievement d'amours/ et dispensation sur ce dont en tant que mestier
-estoit requeroit l'enterinement/ offroit a prouver et demandoit despens.
-De la partie de ceste deffenderesse si fut deffendu tout au contraire et
-disoit que de se plaingdre du contract/ le demandeur avoyt grant tort.
-Car par icelluy elle estoyt subjecte a plus grande paine que il
-n'estoit. neantmoins elle estoit tenue touteffoys/ et quanteffoys qu'il
-plaira a amours de s'en departir et y renoncer/ Mais d'y venyr par
-recision ce n'estoyt point la maniere et ne voulloyt point qu'il luy
-feust reprouché que elle eust jamais receu homme/ car c'estoyt trop
-grant blasme et ce n'estoit pas le renom. Et pour venir a ses deffenses
-disoyt que ledict contract fut fait et passé a la grande priere et
-requeste dudict amant. Car elle n'y pensoit point quant il luy vint
-supplyer et requerir sur tous les plaisirs qu'elle luy pouoit faire
-qu'elle voulsist consentir lesdictes choses qui y sont contenues/ et
-oultre qu'elle n'en fist point de difficulté/ icelluy amant luy jura que
-la cause pourquoy on requeroit. n'estoit sinon affin qu'elle l'eust en
-memoyre/ et qu'il feust seur que une fois le jour et en mettant sa
-coiffe elle penseroyt a luy/ Parquoy de s'en plaindre maintenant et dyre
-qu'il a esté deceu & si n'y avoit nulle apparence/ et si rompoyt
-beaucoup de coeuvrechiefz le moys/ aussi faisoit elle de coiffes et luy
-failloit bien souvent des rubens tous neufz. Et au regard de l'autre
-point de venir et passer devant son huys une foys la sepmaine il avoyt
-pareillement grant tort de se plaindre/ car toutes et quanteffoys
-qu'elle doubtoyt qu'il viendroit icelle deffenderesse trois heures
-devant elle estoit toute ravye et ne sçavoyt qu'elle faisoyt. Et posé
-qu'elle beust & mengeast si avoit elle tousjours le cueur a luy et luy
-faysoit bien mal quant il luy convenoyt tant attendre a l'huys/ mais
-n'en estoit maistresse pour la craincte de dangier qu'il failloit cheoir
-et amasser qui luy estoit plus grande peine la moytié que tout le
-martyre que ledict amant pourroyt souffrir/ car il fault aulcuneffoys
-fayre semblant de dormir quant on veult veiller/ et de plorer ou l'on a
-bien grant fain de rire/ et de parler de froydure c'estoyt trop grant
-honte a luy/ Car jamais amans ne doibvent avoir froit soyt que il gelle
-a pierres fendant/ et s'il enduroit de malles nuitz aussi faisoyt elle
-de son costé de trouver quelque façon de eschapper pour venir a la
-fenestre ou parfoys estoit toute nue par l'espasse de deux grosses
-heures a veoyr de quel costé le vent venoyt et avoit ledit demandeur a
-plus belle occupation de passer le temps qu'elle/ car en attendant il se
-pouoit pourmener et dire ses heures et oraysons ne n'y avoyt personne
-qui alors l'eust empesché. Et quant est de la pluye et de la neyge les
-estaulx ne luy pouoyent faillyr et si n'y a eaue qui face mal a telz
-gens et au regard des pierres et aultres mauvaises rencontrees qui
-survient la nuyct/ respondit ladicte dame que telz maulx ne adviennent
-voulentiers synon a gens qui n'ont point parfaicte fiance en amours et
-qui font aucuneffoys des faulcetez et trahysons. Et disoit oultre plus
-ceste dicte jeune dame deffenderesse que toutes les plainctes et paynes
-dont cest amoureux se plaignoit n'estoit a comparer a nulles des siennes
-car plus avoit de peine en ung jour seullement a tirer les violettes que
-ledict amant n'en avoyt en toute l'annee/ et ne failloit point a venir a
-la comparaison des biens et plaisirs l'ung de l'autre. Car plus coustoyt
-le fyl dont elle lyoit les boucquetz & violetes qu'elle luy donnoit que
-tous les plaisirs qu'il luy eut sceu faire. Et pour ce disoit ceste
-deffenderesse qu'il n'y avoit point eu deception audit contract et qu'il
-ne debvoyt estre receindré sinon du consentement d'elle et que ledict
-amant l'en vint prier et requerre a ces fins concluoit et demandoit
-despens. Aprés parties ouyes & aprés ce qu'elles furent appointees en
-droit le viguier appointa que lesdictes lettres et reliefvement ne
-seroient point interrinés et qu'il n'y avoit point matiere de receindre
-ledict contract et condampna ledict amant demandeur a l'entretenir
-jusques au bon playsir de sadicte dame et es despens de laquelle
-sentence c'est sentu agravé et appelle en la court de ceans ou ledict
-procés a esté receu pour jugier/ si a la court veu ycelluy procés et
-tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere. Et tout consyderé la
-court dit qu'il a esté bien dit et appoincté par ledit viguier & mal
-appellé par ledict amant et l'amendera. si le condempne la court es
-despens de la cause d'apel la tauxation reservee par devers elle.
-
-
-
-
-¶ Le .iiii. arrest
-
-
-Devant le mayre de Boys verd c'est assis aultre procés entre ung
-amoureux et sa dame/ et estoit pour raison d'une cotte verte dont
-ladicte dame se plaignoit disant qu'il la lui avoit baillee si rudement
-qu'il l'avoit cuidé affoler et que en cheant sa gorgerette estoit
-despecee & en avoit on peu veoir le bout de sa chemyse/ requerant en
-effect qu'il fust deffendu audit amant de ne se jouer ne toucher plus a
-elle sans son congé et que pour la faulte qu'il avoyt faicte feust
-condampné a faire amende honnorable. Et qu'on luy deffendist seullement
-que il ne se jouast plus a elle en quelque maniere que ce fust ne
-aprochast du lieu ou elle seroit sans la licence ou que elle ne
-l'appellast. De laquelle sentence il s'est tenu agravé & en a appellé en
-la court de ceans ou le procés a esté receu pour juger. Si a veu la
-court ycelluy procés et tout veu dit a esté qu'il a esté bien jugé et
-mal appellé et bien appointé par ledit maire/ et mal appellé par
-l'appellant et l'amendera & si le condampne es despens de la cause
-d'appel la tauxation reservee par devers elle.
-
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-
-
-¶ Le .v. arrest.
-
-
-Par devant le conservateur des haulx previlleges d'amours s'est assis
-ung aultre procés entre d'eux gentilz compaignons tous deux amoureux en
-ung lieu/ & d'une mesme dame/ l'ung demandeur & complaignant en cas de
-saisine et de nouvelleté de une part/ et l'autre deffendeur & opposant
-d'aultre part. Et disoit ledit demandeur que ung premier jour du moys de
-may ainsi qu'il estoit sur les rues pour aller la nuyct resveiller les
-potz de marjoleine et planter le may devant l'huys de une moult
-gracieuse dame dont est question affin de la resjouyr/ ainsi qu'on a
-acoustumé. Icelle dame ce voyant le print en grace/ et le retint pour
-son amy/ en luy promettant des biens a grant planté et plus qu'il ne
-valloit. et a celle intencion l'a depuis servie moult longuement Et a ce
-tiltre disoit qu'il avoit droit et estoit en bonne possession et saisine
-de soy dire et porter serviteur d'ycelle dame & de jouyr et user par le
-moyen de la grace d'elle des biens d'amours qui en despendent ensemble
-des joyes chieres liesses honneurs doulx regardz/ beaulx accueilz &
-prerogatives qui y appartiennent. En possession et saisine que ledict
-deffendeur ne doibt aller a la messe ou elle va pour luy bailler a
-l'entree de l'eaue benoiste. en possession & saisine que il ne luy doit
-point soubz ryre en passant/ ne faire quelque signe ou semblant de la
-regarder. En possession et saisine qu'il ne peult ou doit parler a elle
-de secret ne aultrement en quelque maniere que ce soit se n'estoit en la
-saluant que il dist dieu gard dieu begnie. En saisine et possession
-qu'il ne se doyt point agenouillier a l'opposite du costé ou elle se
-assiet durant la messe. En possession et saisine que en se promenant en
-l'eglise ou elle est il ne doit claquer son patin/ ne redrecier le poil
-de son chapeau. En possession et saisine que se ledit deffendeur a et
-porte nouveaux gans es mains qui ne les doit point enfoncer ne faire
-semblant de alonger les dois en tirant. En saisine et possession qu'il
-ne doit point lire les oraisons ne les escripteaux des tumbes qui sont
-au pres de ladite dame durant ce qu'elle est en l'eglise En possession
-et saisine que se ledit defendeur est agenouillé & il y a quelque chien
-derriere qui aboye ou ung coffre qui crie qu'il ne se doit point
-retourner ne ne doit regarder ladicte dame ne luy getter en passant ung
-doulx yeulx. En possession et saisyne pareillement qu'il ne doyt point
-alumer la torche devant elle dont l'en lieve dieu au moins ne doyt
-frapper du baston a terre deux ou trois fois ne laisser choir le
-couvercle pour dire regardez moy. En possession et saisyne que ledit
-defendeur ne peut ne doit porter la paix & ne la doibt point baiser
-aprés elle/ mais doibt attendre que tous les aultres l'ayent eue et
-baisee devant luy et nonobstant ledit deffendeur l'avoit troublé en ses
-dictes possessions et saisines parquoy avoit obtenue ladicte
-complaincte. Si concinoit pour pertinent en matiere de nouvelleté et en
-cas de delay demandoit la reverence. Et de la partie dudit deffendeur au
-contraire estoit dict/ que long temps il fut nommé par l'université
-d'amours aux premiers benefices qui vacqueroyent au dyocesse dont ceste
-dame cy estoit et que encore d'abondant il avoit obtenu grace
-expectative pour accepter la premiere qui seroit sans amy & si avoit
-dispence d'en avoir d'eux nonobstant l'incompatibilité. Et disoit
-avecques ce qu'il avoit fait ses diligences par devers la dame dont il
-estoit question pour estre pourveu de sa grace/ et dedens les nuitz et
-les jours qui y sont ordonnez. Disoit oultre que aprés ce qu'il trouva
-ladicte dame vaquant d'amy et qu'elle luy eust faict une gracieuse chere
-& tresgracieusement acueilly/ il accepta l'amour d'elle et fist
-pourveoir par l'executeur de sadicte grace expectative et n'y eut reffus
-ne contredit de dangier/ ne de malle bouche. Et deslors en fut mis en
-possession et saisine/ et a ce tiltre avoit droit et estoit en bonne
-possession et saisine/ et de se porter et dire serviteur et amy d'elle/
-et avoyt la moitié des joies que amoureux cuyde avoir quant il rencontre
-bonne dame. En possessyon et saisine que ledit demandeur sa partie
-adverse ne la peu ne doit appeller sa dame ou maistresse ne s'en dire
-serviteur. En possession et saisine qu'il ne doit s'acouter ne parler a
-elle ne pareillement l'acompaigner en voyage ne autre part au moins ne
-la doibt tenir par soubs les bras. En possession et saisine que s'elle
-veult aller en pellerinaige il ne la doibt point mener derriere luy ne
-luy aider a secourre sa robe. en possession & saisine qu'il ne luy doit
-point alumer sa chandelle au monstier ne faire le petit genoul devant
-elle. En possession et saisine que sur le chemin son fouet ou aussi sa
-verge s'elle cheoit a terre il ne luy doibt point relever ne bailler. En
-possession et saisine qu'il ne doibt porter la botte fauve pour l'amour
-d'elle ne la soulcie sur son chappeau En possession et saisine qu'il ne
-peult pareillement fermer sadicte botte fauve d'eguillette verte ne son
-chapeau cordonné houppe de cheveulx En possession et saisine qu'il ne se
-doibt point desguiser ne faire fringuer son cheval devant son huis en la
-rue En possession et saisine qu'il ne doyt point au harnoys de ses
-chevaulx porter la livree d'elle/ Ne avoir plus d'une robbe neufve la
-sepmaine. En possession et saysine que ses cheveulx ne doivent venir
-jusques sur les yeulx ne qu'il ne doit avoir a son bonnet rubens de soye
-verte. En saisine et possession qu'il ne doit point dancer aux nopces ne
-autre part avec sadicte dame ne icelle prendre en chapellet. En
-possession et saisine qu'il ne doit point servir a la table ou elle se
-siet ne de luy bailler quarreaulx ou tronchet ou pacet a mettre soubz
-ses piedz et proposoit possessoire tout pertinent en requerant en ce cas
-de delay la recreance Et pour respondre au fait de ladicte partie
-adverse disoit qu'il ne pouoit avoir aucun droit en ceste matiere car
-son don ou tiltre estoit obtenu long temps aprés celuy du deffendeur/ et
-si n'avoit nommé grandeur et calefic en amours ains avoit seullement
-seduitte celle dame par persuasions et belles parolles tellement qu'elle
-c'estoit condescendue a l'aimer & l'avoit en garde qui estoit mal fait a
-luy veu qu'il sçavoit qu'il l'avoit par avant acceptee a dame et en
-estoit pourveu Disoit oultre plus que son don ne pouoit riens valoir/ le
-bien n'estoit point vacquant au temps qu'il l'acointa et n'estoit point
-une entreprinse faicte/ pour luy cuyder faire bailler le bont de sa
-dame/ et par maulvais rapportz ou l'en ne devoit point adjouster foy. A
-quoy ledit amoureux demandeur pour ses replicques disoit que en matiere
-d'amours n'y a point de priorité ne de posteriorité/ la raison est
-bonne/ car l'amour et le bien vient de dames et est leur faculté de le
-donner et tollir toutes et quanteffois qu'il leur plaist & a qui bon
-leur semble. Et ainsy doncques qu'il failloyt qu'elles fussent
-contraintes a aymer tousjours ung qu'elles avoyent aymé au commencement
-sans le changer ou prendre d'autres elles qui sont dames et usant de
-franche liberté seroient subgettes de soubzmettre leurs cueurs aux
-voulentez des hommes sans le pouoir oster/ parquoy deviendroient serves
-et privees de franchise et de domination qui est le plus beau previlege
-qu'elles ayent et aussy tout le plaisir seroit dehors ne n'auroient plus
-amour de luy/ car par ce moyen il leur fauldroit admettre qu'elles
-devroient haïr & n'y auroit jamais nul jeune amant pourveu ne advancé
-pour service qu'il peust faire par ce que les premiers vouldroient
-tousjours gouverner. Sur quoy ledit deffendeur disoit que au contraire
-que l'en ne doibt point ainsi despointer ung loyal amant qui a bien
-servy sans cause ne matiere et sans ce que sa dame l'eust trouvé en
-faulte ou present meffait/ ains fault qu'il soit ouy premierement/ et
-qu'il soit declaration sur la privation ou aultrement jamais il ne
-auroit bien ne service remuneré/ car il adviendroit tous les jours que
-jeunes amoureux pour estre avancez/ et entrez en la grace des dames qui
-croyent moult de legier tout ce qu'on leur rapporte/ et leur louenge
-soulleroyent et suppediteroyent les aultres par blandissemens et belles
-bourdes ou par mauvaises parolles qu'ilz apporteroyent de leurs
-personnes pour devenir maistres & leur oster leurs lieux. Et ainsi tous
-amoureux qui auroyent doncques fait leurs debvoirs le temps precedent
-pour bien servir auroyent des maulx et les jeunes pour mal faire et mal
-raporter seroyent honnourés et bien venus ou n'a apparence au monde Et
-sur ce furent les parties appointees et despuis ledit conservateur par
-sa sentence dist et declaira que entant que touchoit le principal les
-parties estoyent contraires/ et feroyent leur enqueste et icelle faicte
-et raportee par devers luy il leur feroit droit et au regard de la
-recreance des possessions et choses contencieuses il adjugea audit
-demandeur le requerant pour en jouyr regir et gouverner soubz la main
-d'amours pendant le procés et jusques a ce que aultrement en feust
-ordonné. De laquelle sentence ledit deffendeur en a appellé en la court
-ou ledit procés a grant et meure deliberation et que faisoyt a veoir en
-ceste matiere: Et tout veu ladicte court dit que en tant que ledit
-conservateur adjugea la recreance audict demandeur il jugea mal au
-surplus en amendant le jugement/ la court adjuge ladicte recreance et
-jouyssance des possessions/ et choses contencieuses audict deffendeur.
-Et se retient la court la canonyssance de la cause principalle ou les
-parties viendront proceder ceans au premier jour ainsi qu'il
-appartiendra par raison.
-
-
-
-
-Le .vi. arrest.
-
-
-De certaine tauxation de despens que deux conseilliers de la court de
-ceans avoient faicte a une jeune dame a l'encontre d'ung sien amy
-montant la somme de .xix. livres .iii. solz six deniers parisis pour
-raison de certain voyage et pellerinaige ou elle par grant ardeur avoit
-voué sondit amy et auquel elle avoit esté nudz piedz pour luy affin
-qu'il fust guary d'une griefve malladie de fievres blanches qu'il avoit
-lors & aussi pour acheter des bouquetz de romarin & genievre dont on
-l'avoit chauffé/ et d'autres menues drogueries que on luy avoit baillez
-durant sa maladie. Cest amant cy s'est sentu agravé et en a appellé en
-la court de ceans. Le procés a esté receu pour juger et a la court veu
-ladicte tauxation de despens & diminution baillee au contraire. Et tout
-veu la court dict qu'il a esté bien tauxé par lesditz conseilliers et
-mal appellé par l'appellant et l'amendera & si le condampne es despens
-de la cause d'appel la tauxation reservee par devers elle.
-
-
-
-
-Le .vii. arrest
-
-
-Par devant les conseilliers ordonné sur le fait de la justice du tresor
-d'amours c'est assis .i. aultre procés entre le cueur d'amours dudict
-tresor demandeur d'une part/ Et ung jeune amant deffendeur d'aultre
-part/ et disoit ledit demandeur que nulle amour ne peut tenir par
-acquisition aucuns biens d'amours ne faire fondation de rente ou revenue
-s'elle n'est deuement amortie. Et que toutes et quanteffoys que aulcun
-faict contre amours est en possession de prendre les fruictz et la
-revenue de la rente non amortie/ c'est assavoir de troys annees l'une.
-Or disoit ledit demandeur que ledit deffendeur sans licence d'amours ne
-avoir sur ce amortissement avoit faict ung contract par maniere de
-fondation avec une religieuse par lequel elle estoit tenue de pryer pour
-luy et de dire aussi certaines oraisons. Et aussi en ce faisant ledit
-amoureux la debvoit fournir de soyes/ et de plusieurs aultres menues
-bacguettes/ moyennant lesquelles ycelle religieuse luy debvoit envoyer
-pour souvenance tous les moys de l'an certaines bourses faictes a sa
-devise/ Et pour ce requeroit le procureur de amours demandeur que ledit
-amant deffendeur fust condampné a rendre & luy bailler de troys bourses
-l'une/ selon les ordonnances et qu'il feust enjoinct audit deffendeur de
-prendre amortissement desdictes amours de ladicte rente/ ou de en vuyder
-ses mains. de la partie duquel amoureux deffendeur feust deffendu au
-contraire et disoit que luy considerant que en amours y a tresgrande
-peine car ceulx qui s'i mettent/ ne sont pas aulcunes foys maistres de
-eulx en oster quant bon leur semble/ Et mesmement affin que amours luy
-aydast en tous ses affaires et besongnes il estoit bien vray vrayement
-que pour les grans biens qu'il avoit aperceuz en une religieuse de son
-accointance il luy avoit prié & requis que toutes et quantes foys que
-elle se trouveroit a matines et l'en commenceroit a chanter te deum
-laudamus qu'elle dist lors ung de profundis pour l'ame de luy ce que
-elle luy avoit accordé Et aussi pour la recompensation de la peine
-icelluy amant luy avoit promis d'envoyer de la soye et de l'or de
-chippre pour soy esbatre a faire de belles bourses & des soursainctes et
-des cordelieres & seroit tenue a en bailler de troys l'une. Or disoit
-ledict deffendeur que proprement ce ne estoit point acquisition
-perpetuelle/ mais estoit seullement une pension viagere faicte de la
-voulenté et union des deux cueurs par quoy n'y failloit nul
-amortyssement/ car il n'y avoit point d'obligation ne constitution de
-rendre sinon tant tenu tant payé. Et que chascune desdictes parties
-estoit en son entier pour n'en retenir riens se bon ne luy sembloit. Et
-disoit oultre que veu que la dessusdicte fondation estoit faicte pour le
-salut de l'ame & pour convertir en piteux usages le dessusdit procureur
-d'amours n'en doibt riens avoir ne demander. et par ses moyens
-conclurent affin de absolution Surquoy finablement parties ouyes elles
-furent appoinctees en droit et depuis lesdictz conseilliers du tresor
-par leur sentence condampnerent ledict amoureux deffendeur a faire
-amortir a ses despens ladicte rente. Et avecques ce ordonnerent et
-appoincterent qu'il seroit tenu et obligé de bailler de trois bourses
-l'une & pareillement la tierce partie des cordelieres soursainctes/ et
-boucquetz/ et aultres choses/ que ycelle religieuse luy envoyeroit
-jusques ad ce que ladicte fondation fust deuement amortie. de laquelle
-sentence ledit demandeur s'est tenu pour grevé et en appelle en la court
-de ceans ou ledict procés a esté receu pour juger. Si a la court veu
-icelluy procés et tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere a grant
-& meure deliberation et tout veu dit qu'il a esté mal jugié par lesdictz
-conseilliers/ et bien appellé par l'appellant/ et en amendant le
-jugement la court absoult des impetrations et demandes a luy faictes par
-ledit procureur d'amours et ordonne que les bourses soursainctes
-cordelieres et biens qu'il avoit esté contraint de conseigner en main de
-justice lui seront rendus et mys a plaine delivrance.
-
-
-
-
-¶ Le .viii. arrest.
-
-
-Par vertu de certaines lettres de chancellerye d'amours ung amant ja
-pieça feist mettre ung beau cordon tout plain de fleurs en main
-sequestre/ et disoit pour soubstenir sa main mise que sa dame lui avoit
-donné ledict cordon pour le mettre a son chappeau affin qu'il eust
-souvenance d'elle et ung jour a une feste en ostant son chapeau de sa
-teste ledict cordon eschappa et le perdit dont il fut dolent. Et pour ce
-que depuis il l'a trouvé es mains de ung aultre amoureux deffendeur de
-sa partie adverse il la faict arrester et concluoit tout pertinent a
-matiere d'arrest en requerant que ledit cordon luy fust restitué et mys
-en plaine delivrance de la partye dudict deffendeur si fut deffendu au
-contraire & disoit qu'il estoit bien d'accord avecques ledit demandeur
-que la dame dont estoit question le avoit fait de sa main et que elle
-luy avoit donné par grant excellence de joye/ mais iceluy demandeur
-comme ingract ne en avoit tenu compte/ ainçoys pour certaines menues
-parolles que elle luy avoit dictes en se jouant & rigolant de ce qu'il
-mettoit la houpe dudit cordon trop sur le costé cestuy amoureux
-demandeur remply de impacience avoit rendu et gecté par despit ledit
-cordon a celle dame & a celle dame a aussi clerement se par domination
-ou autrement s'il y avoit eu droit si s'en estoit il depparty/ et n'en
-pouoyt plus riens demander/ mais debvoit encores selon les droictz
-d'amours estre griefvement pugny veu que en ce faisant il estoit encouru
-en voye d'ingratitude disoit oultre ledit deffendeur que ladicte dame
-avoit aussi fait serment qu'en disoit de ycelluy demandeur ne rauroit
-jamais ledit cordon & puis l'avoit liberalement donné de bon cueur audit
-deffendeur a la charge touteffois de le porter pour l'amour d'elle comme
-il avoit fait/ parquoy ledit arrest ne se pouoit soubstenir/ ne requerir
-mainte levee ne provision d'avoir ledit cordon a sa caution. A quoy de
-ladicte partie de ce demandeur fut repliqué au contraire disant que
-toutes et quanteffoys que il trouve ce qu'il luy appartient et par don
-il le peult prendre de fait et faire proceder par voye de arrest comme
-sadicte chose Or disoit il que le cordon luy appartenoit de don a luy
-faict par sa dame ledit deffendeur confessoyt mesmement. Et ainsi
-l'arrest estoit bien recepvable. Et au regard de ce qu'il avoit regeté
-par despit n'estoit pas vray/ mais disoit que pour ce que ladicte dame
-luy reprochoit bien ledict cordon & que luy sembloit qu'il en devoit
-estre plus subgect vers elle/ iceluy demandeur luy avoit rebaillé en
-ceste intencion/ et touteffoys pour le luy garder. et nompas pour le
-donner a ung aultre amant. Disoit oultre plus que ce n'estoit pas trop
-grant honneur audict deffendeur de se vouloir ainsi fringuer/ ou de
-vouloir porter des biens dont les autres avoyent par avant fait leurs
-monstres et grans jours et quant a la provison n'en escheoit point/ mais
-se la matiere estoyt disposee a embellir/ elle luy debvoit estre faicte
-avant que audit deffendeur veu que il estoit despointé et mesmes que
-pour enrichir et embellir le dessusdit cordon il luy avoit faict mettre
-quatre ou cinq perles & de menues pensees tout a l'entour. Surquoy ledit
-deffendeur dit au contraire que des incontinent que ung amant contemne
-les biens donnez par sa dame de quelque estat que il soit il se rend
-indigne de les tenir & posseder & peult bien icelle dame les luy oster &
-faire arracher devant tout le monde/ et puis le donner ou il luy plaist.
-et ne portoit pas ycelluy deffendeur ledict cordon pour faire quelque
-desplaisir audit demandeur/ mais tant seulement pour complaire a ladicte
-dame & luy obeir comme il estoit tenu de faire. Les parties ouyes a
-plain furent appointees par le juge ordonné en droit & depuis par sa
-sentence les appointa contraires et en enqueste. et au regard de la
-provision requise par chascune des partyes il ordonne que en baillant
-caution par ledit deffendeur de rendre et restituer ledict cordon toutes
-& quanteffois que il seroit ordonné il luy seroit rendu et delivré pour
-en jouyr pendant le procés soubz la main d'amours & jusques a ce que
-aultrement en fust appointé & sans prejudice des droictz de parties. De
-laquelle sentence ledict demandeur c'est tenu agravé et a appellé en la
-court de ceans ou ledict procés a esté receu pour juger. et si a la
-court veu ycelluy procés et tout ce qui faisoit a veoir en ceste
-matiere/ et tout veu dict que tant que le juge ordonna que ledit cordon
-seroit entierement rendu et delivré audict deffendeur sans declairer que
-les perles et menues pensees que ledit appellant y avoit faict mettre du
-sien a sa plaisance en seroyent ostees que il juge mal. Et au surplus
-bien en amendant le jugement la court dit que lesdictes menues pensees
-faictes a perles seroyent premierement ostees dudit cordon et baillees
-au demandeur pour en faire ce que bon luy semblera & au surplus renvoyez
-les parties a huytaine par devant ledict juge pour proceder sur le
-principal ainsi qu'il appartiendroyt par raison.
-
-
-
-
-¶ Le .ix. arrest.
-
-
-Par devant le marquis des fleurs et violettes d'amours c'est assis ung
-aultre procés d'ung amoureux demandeur d'une part & une jeune amye
-deffenderesse d'aultre part sur ledit amoureulx disoyt que tous les plus
-grans biens qui sont en amours/ c'est entretenir les cueurs l'ung de
-l'autre en perfaicte aliance et union d'amytié et que toutes et
-quanteffois que ung amant ou une dame est vaquant ou que elle
-s'entremect de complaire a plusieurs c'est signe que son cueur n'estoyt
-point entier en loyaulté et que l'on ne se doibt pas trop fier/ or se
-pressuppose disoit que ceste dame cy avoyt faict plusieurs promesses. Et
-entre les aultres que jamais elle n'auroit aultre que luy tant qu'il
-seroit vivant/ et luy pareillement a elle si en avoyent faict serment
-l'ung a l'autre sy grant et solempnel que faire peust en tel cas/ et
-ainsi se avoyent promys qu'ilz ne feroient chose a leur pouoir par quoy
-nul d'entre eulx y peust prendre ne avoit desplaisir/ mais ce nonobstant
-ladicte dame puis nagueres de temps en ça s'entremettoit d'entretenir
-plusieurs aultres gallans par parolles et tresbelles cheres deffendues
-en tel cas. Et oultre plus pendoit tous les jours en sa sainture et en
-sa quenouille boucquetz nouveaulx et fleurs estranges sans ce que ledit
-amant les luy ayt donnees dont il a ung peu de mal en sa teste/ car
-aulcunesfoys quant il est dedans son lict et s'esveille sur ce point il
-mect bien trois heures a soy endormir Et pource concluoit que sa dicte
-dame fust contraincte et condampnee a ne plus porter boucquetz ne fleurs
-en quelque maniere que c'est synon qu'il les luy donne ou qu'il en soit
-d'accord/ et aussy qu'elle ne face chiere a aultruy sinon a luy seul et
-ainsi qu'elle avoit promis et offert de sa part s'elle prenoit plaisir
-en fleurs/ et boucquetz de luy en faire bailler et avoir tous les jours
-tant qu'elle vouldra affin qu'elle n'eust occasion de prendre aillieurs
-De la part de ceste dame deffenderesse fut deffendu au contraire et
-dysoit que quelque promesse que feissent dames doibvent entendre
-civilement c'est assavoir la ou sera leur plaisir & ne donne encore
-jamais si grant auctorité qu'ilz n'en retiennent tousjours aulcune chose
-devers elles & qu'elles ne soient sur leurs piedz pour user de leurs
-voulentés et plaisirs car elles sont dames Disoit de rechief avecques ce
-que ledict amant a tort de se plaindre de ce qu'elle porte boucquetz et
-viollettes & qu'elle tient langaige a trop de gens Car supposé qu'elle
-luy ait promis de l'aimer bien & loiaument elle n'est pas pourtant liee
-ne obligee qu'elle puisse parler a aultre que a luy et prendre desdictes
-viollettes et boucquetz s'il ne luy en donne ung. Aussi le contract qui
-seroyt fait autrement ne se pourroyt soubtenyr car l'en scet que dames
-ne peuent renoncer aux biens qui leur peuent venyr et ont don et
-previleges de nature de rire & faire bonne chiere a tous affin que nulz
-ne puissent dire qu'elles soient mal gracieuses. Et appert bien que
-ledict amant est bien jeune simple et mal conseillé de intenter procés
-et fayre debat pour cecy. Car de tant qu'il auroyt vers elle plusieurs/
-requerans et serviteurs et qu'elle l'avanceroit et aymeroit encore
-mieulx par dessus les aultres de tant auroit il plus de bien et en
-seroyt plus honnouré. Mais il entend mal son cas car il seroit content
-qu'on l'alast acoller devant tout le monde et qu'elle ne parlast a
-aultres que a luy affin qu'on die qu'il eust le bruyt qui n'est pas la
-maniere. Au regard des boucquetz et fleurs il a tort de s'en plaindre/
-car elle a en sa maison des violettes et marjolaynes ou elle les prent.
-Et pose qu'on les luy donnast si n'y peust il avoir interest/ car
-l'imposition ne luy en est deue/ et si n'est chose ou l'en se doit
-gueres arrester veu que la fleur et odeur s'en passe de legier. Et quant
-a l'offre qu'il luy fait de l'en fournir respondit qu'elle n'en avoit
-cure/ et ne voulloyt point nullement du monde qu'il ait occasion de les
-luy reprocher si concluoit par ces moyens affin d'absolution et de
-despens. Sur quoy ledit demandeur disoyt au contraire que telz boucquetz
-perles et menues choses sont cause aulcuneffoys de esmouvoir les cueurs
-et faire bailler les bontés a aultres qui point ne s'en doubtent.
-Finablement partyes ouyes furent appointees en droit & par sentence s'y
-absolut ceste deffenderesse de impetrations et demandes de ce demandeur
-en luy permetant s'elle vouloit en tant que mestier estoit de parler
-rire salluer et porter boucquetz toutes et quanteffoys qu'il luy
-plairoyt et bon luy sembleroit. Et condampner ledit amant en ses despens
-dont il sentit grevé et appella en la court de ceans ou le procés a esté
-receu pour juger. Sy a la court veu ledit procés a grant & meure
-deliberation et que faisoyt a veoir en ceste matiere. Et tout veu/ dit
-qu'il a esté bien jugié et mal appellé et l'amendera l'apellant en le
-condampnant es despens de la cause d'appel la tauxation reservee par
-devers elle.
-
-
-
-
-¶ Le .x. arrest.
-
-
-Devant le juge de la garde des seaux establés aux contractz d'amours il
-c'est assis ung autre procés entre ung amoureux demandeur en matiere de
-recision de contrat usuratif d'une part/ & une sienne dame et amye
-deffenderesse d'aultre part. Et disoyt ledict demandeur que de raison &
-selon les ordonnances toutes usures sont en amour prohibees et
-deffendues et que l'en n'en doibt point user. Or ce presuposé disoit que
-du temps que il accointa ladicte dame luy estant en la grant chaleur et
-voulant bien complaire a elle se ingera pour entrer en la grace de luy
-offrir corps et biens en luy faisant plusieurs dons et gratuites/ & fut
-bien vray que en ce temps ledit gallant qui estoit fort feru et surprins
-de l'amour de elle et ne luy chaloit qu'il feist luy promist & obligea
-de luy mener toutes les festes de l'annee entre minuyt/ Et le point du
-jour le tabourin et les bas menestriers pour la resveiller en son lict
-et oultre luy promist de luy donner a toutes les estraines ung beau
-chapperon de demy graine et aussi une robbe neufve a chascun premier
-jour du mois de may de telle couleur qu'elle la vouldroit et aussi
-estoyt obligié de changer et porter pour l'amour d'elle tous les moys
-une robbe neufve a la devise d'elle lesquelles choses il avoit
-continuees ja par long temps Mais il en estoit fort lassé veu que la
-charge estoyt bien grande et disoyt que ledict contract ne se pouoit pas
-soubstenir/ car pour les biens/ et plaisirs dessusdictz qu'il estoyt
-tenu de faire a ladicte deffenderesse s'il ne amendoit d'elle il n'en
-avoyt pour toute recompence que ung seul baiser quant il la pouoyt
-trouver a part qui n'estoit pas juste ne egalle recompensation. Et aussy
-la deception y estoit toute clere. Et disoyt en oultre/ que lesdictz
-menestriers et robbes et chapperons sans les autres bagues ne la paine
-de luy pour la poursuitte coustoyt tous les ans une grant somme d'argent
-qui luy convenoit bailler et trouver/ et payer de sa bource pour
-complaire a elle & luy faire plaisir/ et touteffoys de son costé ne luy
-donnoit que ung seul baisier ne n'y mettoit du sien que la bouche/ ou la
-joue enquoy elle gaignoyt plus de la moytié et sans main mettre parquoy
-l'usure y estoit toute clere et pource elle concluoit et requeroit
-ledict amant que ledict contract feust recindé et adnullé et demandoit
-despens. De la partie de ladicte deffenderesse fut deffendu au contraire
-et disoit que de l'appeller usuriere ledict amant avoyt grant tort car
-avecques luy elle n'avoit gueres gaigné. Mais il advient souvent que
-pour faire plaisir l'en a dommage. Et pour passer oultre disoyt que se
-elle ne l'eust jamais trouvé luy eust esté grant prouffit/ pour luy
-avoit souffert de malles nuytz dont elle estoyt petitement recompensee
-et ne failloyt point qu'il se plaingnist dudict contract/ car ne luy
-avoit pas faict faire/ mais luy mesmes l'avoit poursuivy et chassé.
-Disoit aussy qu'elle ne le contraignoyt point de envoyer aulx festes les
-menestriers devant son huys ainçoys y venoient jouer telles fois qu'elle
-eust bien voullu qu'ilz en eussent esté bien loing Car de les ouyr quant
-l'en a pas le cueur en joye est regrettement de dueil et planté de
-pleurs et de lermes Et quant est des robbes si luy en a donné plusieurs
-et elle les a voulu prendre de tant luy a fait plusgrant plaisir/ et en
-est bien tenu a elle veu qu'elle luy avoit faict plus d'honneur qu'il ne
-luy apartenoit de les avoir vestues & portees pour l'amour de luy. Et
-entant que toutes les robbes neufves dont il s'abiloit tous les mois
-ladicte deffenderesse disoit qu'elle n'y avoit gaigné ne prouffit et que
-s'il en voulloyt avoir tous les jours elle ne l'en pourroit pas garder:
-Disoyt oultre pour respondre au faict de partie que toutes les robbes/
-et tout l'argent qu'il sçauroit en tout le monde finer pour faire dons
-et gratuytés ne sont a comparager seullement a la moytié d'ung baiser/
-Car s'il failloit faire estimation ou prisation de l'ung a l'autre et
-que ce fust chose que l'en peust priser ou estimer l'en trouveroit sans
-comparaison que la moytié d'ung seul baiser d'une dame octroyé de bon
-cueur vault mieulx que tous les biens ne l'argent que on sçauroyt
-donner. Or avoyt ledict amoureux ung baisyer d'elle tout entier et par
-sa confession mesmes prinse en son prejudice Parquoy de dire le contract
-feust usuré n'y avoit apparence nulle. Disoyt aussy que ung baisier est
-reputé en amours pour chose singulliere et espirituelle & qu'on ne le
-sçauroit trop vendre ne acheter mesmement quant il est procedant de joye
-et qu'il y a embrassement Si le doit par ses moyens ladicte dame affin
-d'absolution et de despens. A quoy ledict demandeur par ses replicques
-disoit que touchant ledit baisier il en avoit autant de payne comme elle
-& de la joye qu'il en yssoit elle en amendoit aussi bien comme luy
-parquoy il ne pouoit cheoir en compensation. Et sur ce dupliquoit la
-deffenderesse que le bien qu'il procede d'ung baiser vient de la grace
-de la dame qui le donne et nompas de celuy qui le requiert/ car le
-plaisir vient d'elle et multiplie la joye de celluy a qui il est donné
-pource dyent les maistres que telz biens ne sont a donner ne a
-garçonner/ ains il fault que ung homme soyt bien experimenté et qu'il
-ait bien servy avant que il soit digne de avoir ung baisier. oyez
-lesquelles parties elles furent par ledit juge de la garde des seaulx
-appoinctees a produire et en droict. Et depuis par sa sentence il dist
-et declaira que ledit contract ne estoit point usurier/ et absolut
-ladicte dame de ses petitions et demandes & le condampna es despens dont
-il appella en la court de ceans ou ledit procés a esté receu et conclut
-pour jugier/ et a ladicte court veu ledit procés et tout ce que il
-faisoit a veoir en ceste matiere/ Et tout veu dict que il a esté bien
-jugé et mal appellé par ledit amoureux et l'amendera et payera tous les
-despens de la cause d'appel la tauxation reservee a ycelle.
-
-
-
-
-¶ Le .xi. arrest.
-
-
-Devant le maistre des forestz et des eaues sus le faict du gibier
-d'amours c'est assis ung aultre procés entre une jeune dame demanderesse
-d'une part/ & ung sien serviteur jadis amy deffendeur de l'aultre part.
-Et disoit ladicte demanderesse que a ung soir bien tard que il faisoit
-chault & que le soleil estoit pres de coucher elle & ledit amant et
-plusieurs de ses amys/ voisins s'en allerent baignier sus ung gravier
-d'une ysle et chasser aux poissons/ et furent les ungz mis en ordonnance
-pour tenir les rethz et filetz et les aultres pour courir devant le
-poisson/ et le faire courir devant les rethz. or advint que en courant
-ledit amoureux qui avoit tousjours l'oeil sus elle et plus que a prendre
-le poisson se vint aborder a l'encontre de elle/ et combien qu'il eust
-assez place pour tirer son chemin ailleurs toutes voyes tout en
-soursault/ et en ung moment il luy feist le jambet tellement que ceste
-povre femme cheut a terre & que sa cotte simple fut mouillee & gastee
-dedans la riviere Et ne fut pas encores content mais en faisant semblant
-de la relever il luy meist la main sur le tetin et la pressa tresfort
-dont elle fut toute esmeue au lict malade par bien long temps parquoy
-elle requeroit a l'encontre dudit amant qu'il en fust tresgriefvement
-pugny de pugnition publicque ainsi que le cas le requeroit et tellement
-que les aultres y puissent prendre bonne exemple. de la partie dudit
-amant fut dit tout au contraire que vrayement il est vray/ que ladicte
-dame et plusieurs aultres prindrent complot de leur baigner et chasser
-aux poissons et puis fut ledit amant mis a l'avantgarde pour chasser
-ledit poisson devant & elle estoit d'ung autre costé & tenoit les rethz
-& le filet. Si advint que comme il choisit le poisson il mesmarcha pour
-ung gros chaillou que il trouva qui le feist tumber sur elle et
-tellement que tous deux cheurent dedans l'eaue/ mais dieu mercy ne
-c'estoit point fait de mal car l'eaue n'estoit point grande et si estoit
-en plain sablon. et disoit oultre sus sa foy que en chayant il ne
-l'avoit tastee ne pincee ne ne eut pas le loysir de ce faire pour l'eaue
-dont il estoit tout esblouy/ et ne luy cuydoit avoir faict aucun mal. or
-disoit il que de la cheuste il n'en pouoit mais/ car le cas estoit
-advenu qu'il ne l'a pas fait cheoir en son escient si l'en ne luy en
-pouoit riens demander. et au regard de la cotte simple/ et aultres
-habillemens d'elle qu'elle disoit estre gastez aussi avoyent esté
-pareillement les siens/ et si avoit esté autant moullé comme elle/ & par
-ces moyens tendoit affin d'absolution et de despens. ledict procureur
-d'amours dessus le fait des eaues et des forestz disoit que par les
-ordonnances il est deffendu de ne point chasser a engins par lesquelz
-l'on puisse prendre teteins en l'eaue/ et requeroit que cest amant fust
-condampné en une bonne et tresgrosse amande. Mais ledit amoureux disoit
-au contraire que ce n'estoit raison car il n'avoit faict chose digne de
-reprehension/ ne touché au tetins dont il ait souvenance/ et se
-d'advanture sa main y avoit frayé qu'il ne confesse encore pas si auroyt
-ce esté en tumbant & cheant et estoit force qu'il se soubstint a quelque
-chose/ mais quoy qu'il en soit ladicte dame ne en avoit point esté
-blecee/ et pource concluoit comme dessus affin d'absolution. Surquoy
-ladicte demanderesse disoyt que la cheuste estoit trop lourde/ et qu'il
-ne s'en pouoit excuser/ car il l'avoit fait d'aguet a pense & propos
-deliberé pour parvenir a ses attaintes et en verité s'il ne lui eust
-fait oultraige elle n'en eust daingné parler Finablement parties ouyes
-elles furent appointees contraires et en enqueste & depuis ladicte
-enqueste faicte et le procés appointé en droict le maistre des eaues et
-forestz condampna par sa sentence ledict amoureux deffendeur a faire
-faire a ladicte dame une cotte simple verte en lieu de la sienne qui
-avoit esté gastee et a la porter en sa main et seroit tenu de se
-encliner devant elle en ostant son chapperon seulement et dire ces motz
-a genoulx. Madame par l'ordonnance de justice je suis contrainct de me
-venir rendre a vostre grace & mercy si vous prie que vous prenez en gré
-ceste robbe verte que je vous donne de bon cueur & au regard du
-demourant ne vous en souviengne plus car sur ma foy je ne le fis oncques
-en intencion de vous courroucer ains aymeroye mieulx estre mort et au
-surplus furent les despens recompensez d'ung costé & d'autre De laquelle
-sentence ledit deffendeur en appella en la court de ceans ou le procés a
-esté receu pour juger si a la court veu ledit procés l'enqueste aussi &
-tout qu'il failloit veoir en ceste matiere & tout veu dit qu'il a esté
-bien jugé par ledit maistre des eaues & forestz et mal appellé par
-l'appellant & l'amendera & condampne es despens
-
-
-
-
-¶ Le .xii. arrest.
-
-
-Par devant les dames de conseil d'amours en ladicte chambre de plaisance
-c'est assis ung autre procés entre ung aultre tresbeau et jeune filz
-bien amoureux demandeur & complaignant en cas de saisine et de
-nouvelleté d'une part & une gracieuse dame deffenderesse d'autre part.
-Et disoit ledit demandeur que ja pieça par alliance d'amours luy et elle
-se donnerent l'ung a l'autre et promirent de vivre et mourir ensemble
-comme deux vrais amans sans jamais departir par quelque malheurté qui
-peust advenir et en ce point en conferment l'aliance en eut plusieurs
-baisers donnez de si tresbon cueur que les larmes en venoyent de joye
-aux yeulx d'ung chascun. Disoyt avec ce ledit amant que aprés l'alliance
-et confirmation ainsi faicte sollempnellement eulx deux promisrent
-encore qu'ilz seroyent communs en biens & que l'ung ne feroit jamais
-chose qui despleust a l'autre mais ce que l'ung vouldroit l'autre
-consentiroit/ affin que l'amour durast tousjours. or disoit ledit
-demandeur que a ce tiltre & par les moyens dessudictz avoit droit &
-estoit en bonne possession et saisine que ladicte dame ne pouoit ne
-debvoit acointer ne s'ayder d'autre que luy ne luy faire autre chere. en
-possession & saisine qu'elle ne leur debvoit ryre ne faire le petit
-genoul. en possession et saisine qu'elle ne debvoit saluer ne parler a
-eulx en quelque maniere que ce feust s'il n'y estoit present. en
-possession et saisine qu'il devoit & est sur tous le mieulx aymé &
-recueilly grandement quant il parle a elle sans luy rechisgner ne
-tourner la teste de costé ne d'aultre. en possession/ et saysine que
-quant il se veult esbatre avec elle & luy doit dire les sornettes
-qu'elle luy doit respondre gracieusement comme elle faisoit au
-commencement & en riant sans le mespriser ne contempner. En possession &
-saisine que quant elle veult aller jouer et esbastre aux champs qu'elle
-luy doibt faire assavoir pour y aller ou sans y mener d'autres. en
-possession & saisine qu'elle ne doit souffrir prendre les liens de sa
-chausse/ aulcuns qui en font les sursaintes & qui les portent entour
-eulx en lieu de sainctures. En possession & saisine que se d'advanture
-il la boutte en passant par la rue par le costé ou qu'il gecte une
-violette que elle ne luy en doit point gecter les groins ne faire aulcun
-semblant qu'elle en soit courroucee. en possession et saisine que s'il
-arrive en son hostel ou en aultre lieu ou elle soit assise elle doit
-reculer sa robbe pour luy faire place. Mais ce nonobstant ceste
-deffenderesse depuis ung peu de temps en ça luy a tenu et tient les plus
-estranges termes du monde/ car quant il la salue et rencontre elle n'en
-tient compte/ ains faict semblant qu'elle ne le vit jamais. Et avec ce
-tient parolles a plusieurs autres galans en leur faisant plus grant
-chiere que a luy & luy sembla maintenant qu'elle preigne a desplaisir
-tout tant qu'il luy dit & faict. Et bien souvent quant elle le voit
-d'ung costé elle va de l'autre en le mocquant & desprisant & mettant a
-non challoir le temps passe et l'alliance qu'elle a faicte. Et oultre
-plus quant il se veult jouer a elle ainsi que il avoit accoustumé elle
-l'injurie & menasse de frapper & ce fait n'a pas granment qu'il tiroit
-sa quenoille par derriere elle se courrouça moult aigrement et jura que
-s'il y venoit plus elle luy en bailleroit sur la teste en troublant &
-empeschant ledit complaignant en ses possessions & saisines a tort &
-sans cause indeuement & de nouvel puis an et jour en ça. Et pource
-concluoit en matiere possessoire tout pertinent/ & en cas de delay
-demandoit la recreance Et pour deffence ladicte deffenderesse disoyt que
-de raison naturelle feminine nulle dame n'est tenue d'aymer se la
-personne qui la requiert ne luy plaist ou agree et que aultrement le
-faire seroit trop a contempner tous les biens d'amours qui viennent de
-plaisir et joye. or ce pressuposé disoit que cest amant se fyoit trop en
-ses pensees et folles ymaginations Il cuidoit que tout ce qu'il
-pourpensoit devoyt advenir/ dont il estoit bien loing ne n'estoit
-coustume a advenir a telz biens par force et pour parler a cheval veu
-que tous ceulx qui se humilioyent jusques en terre et qui ne servent que
-d'obeyr et complaire a grant paine y peuent parvenir. Disoit avec ce
-qu'elle l'avoit aymé comme femme doit aymer ung chascun/ mais qu'il y
-eust aliance ou promesse particuliere entre eulx deux et telle qu'il
-l'avoit baptisee il ne la trouveroit point/ car tousjours avoit esté
-entiere et maistresse de soy comme encore avoit intencion d'estre/ et ne
-failloit point qu'il se plaignist d'elle atendu que a luy ne a aultre
-n'a mal fait. Et quant est des possessions qu'il prenoit a l'encontre
-d'elle disoit qu'elles n'estoyent recevable car selon raison gardee en
-matiere d'amours on ne peult empescher que femme ne caquette/ parle/
-salue/ rye/ ou bon luy semble. Et d'aultre part ung serviteur ne doit
-estre receu a prendre complaincte contre sa dame tout ainsi que ne fait
-le vassal contre son seigneur. Et la raison est bonne/ car ce seroyt
-attribué domination & seigneurie a ceux qui n'en ont point et qui n'en
-peuent avoir sinon par le moyen et courtoisie des dames/ et par ainsi
-doncques ce ceste dame avoit de grace aymé le gallant Cela pourtant ne
-l'obligeoit pas a l'aymer tousjours ne n'y avoit point d'aparence de
-dire qu'elle fust contrainte faire ce qu'il vouldroit bien souvent
-pensee de femme se change Et au faict de la quenoulle respondit que
-voirement pour ce qu'elle n'estoit lors en ses bonnes qu'il vint a elle
-tout estourdy se elle l'eust peu attaindre elle l'eust frappé. disoit
-oultre que par les moyens dessusditz estoit en possession et saisine de
-resister et esloingnier ledict amant et de ne luy faire chiere ou feste
-comme au plus estrange d'alemaigne en possession et saisine de luy dire
-plainement allez vous en vous m'ennuyés et de contredire a toutes ses
-voulentés en posession et saisine de ne le daigner regarder ne dire a
-dieu s'il ne luy plaist se bon luy semble en possession et saisine qu'il
-ne se peult nommer ne dire son serviteur ne tenir riens d'elle en
-possession et saisine de tout ce qu'elle fait ou dit qu'il ne luy
-appartient point de parler ne de mot sonner. en possession et saisine
-que s'il veult avoir dame qu'il la doit aller querir ailleurs. En
-possession et saisyne s'il estoit efforcé ou efforçoit de faire le
-contraire des possessions et saisines dessusdictes de le contredire &
-empescher et le tout luy fayre reparer et mettre par justice au neant et
-au premier estat et deu en proposant du costé d'elle possessoire
-pertinent et en cas de delay demandoit la recreance mais sur ce ledit
-amoureux qui replicquoit et disoit que au regard de nyer l'aliance &
-promesse faicte entre eulx ladicte dame avoit grant tort car elle avoit
-passees et accordees par serment mais d'en faire apparoir par lettres
-que ledict complaignant ne pourroit pource que alors n'y avoit que eulx
-deux & au regard la jouissance et possession qu'il avoit eu depuis au
-moyen de ce il la prouveroyt aussy clere que le jour Parquoy devoit
-souffire a son intencion/ disoit aussy que ses possessions estoient bien
-recepvables car elles ne tendent que a acomplir et executer ce que
-sadicte dame mesme la voulu. C'est assavoir de ne faire chose a son
-pouoir qui luy puisse tourner a dommaige & ennuy Or disoit il qu'il
-n'est aujourd'huy plusgrant desplaisir que de veoir ung estrangier
-festoier & avoir le bien qu'on a desservy/ parquoy il estoit bien fondé
-et ne vouloit point ledict complaignant empescher qu'elle ne parlast rie
-ou fist bonne chere a qui bon luy sembleroit/ mais qu'il feust
-toutsjours bien venu et aussi qu'il feust asseuré que quelque chose
-qu'elle fist aux aultres si seroyt mieulx aymé dont elle faisoit le
-contraire/ car elle le rigolloit plus que se jamais ne l'eust veu &
-supposé que l'on dit que subgect ou serviteur ne peut intenter
-complaincte contre sa dame/ toutesfois il disoit que ceste raison
-n'avoit point icy lieu/ car pour le moyen de la solution & aliance
-qu'elle mesmes avoit fait il estoit devenu seigneur & avoit autant de
-puissance qu'elle ne plus ne mains ne n'eust pas deffendu que ung
-subgect et serviteur ne se puisse complaindre de sa dame ains est permis
-de droit quant elle le griefve ou luy fait extorcion comme au cas qui
-souffre. Aultrement aussi n'y auroyt jamais reparation et seroient
-povres amoureux et trop tenus de court mal traictez & concluoit comme
-dessus Mais ceste deffenderesse disoit au contraire que tous les biens
-d'amours gisent en grace des dames et qu'on ne se peult complaindre. car
-elles mesmes ne sont pas maistresses pour ce qu'il fault que les biens
-voisent aux sainctz a qui ilz sont vouez et ou amours les veult departir
-et ainsi doncques de se plaindre d'amours qu'il fait departir la grace
-ou il luy plaist la complaincte n'est recevable et n'y faisoit riens
-l'aliance car telz biens ne se peuent par aliance obliger ne engaiger
-ainçoys toutes promesses qui seroient & sont faictes au contraire et
-prejudice des dames sont nulles ipso jure ne n'en fault point de
-relievement et la raison est bonne car dames sont exemptes de force &
-servitude et fault venir a elles par supplication & par ainsi donc d'y
-venir par complainte & prendre telles possessions pour les mettre en
-subjection et servitude n'y auroit point d'apparence/ surquoy parties
-ouyes finablement lesdictes dames du conseil d'amours en la chambre de
-plaisance les appointerent de faire de chascun costé examen de .xii.
-tesmoins pour valoir a fin principal que de recreance et depuis ledit
-examen fait & que les parties eurent produit icelles dames du conseil
-par leur sentence dirent et declarerent que cest amoureux demandeur ne
-faisoit a recevoir comme complaignant et que a tort il c'estoit dolu et
-complainct que a bonne et juste cause ladicte deffenderesse c'estoit
-opposee et la maintindrent & garderent es possessions & saisines par
-elles pretendues en levant et ostant la main d'amours et tout
-empeschement a son prouffit et si le condampneront a ses despens. De
-laquelle sentence ledit amoureulx c'est sentu agravé et en a appellé en
-la court de ceans ou le procés a esté receu pour juger sauf a faire
-droit prealablement sur l'enterrinement de certaines requestes civilles
-lesquelles avoyent esté obtenues par ledict appellant pour estre receu a
-produyre ung pied de voultour d'argent doré que sa dame luy avoit donné
-pour curer ses dens avec ung petit d'or fait a lermes qu'il avoit
-tousjours porté et portoit encores pour l'amour de elle entre la chemyse
-et la chair affin de monstrer par ce de sa pocession: et aussi de
-l'acointance qu'il avoit eue avecques elle laquelle avoit nié lesquelles
-choses avoit obmis de produire en son procés principal pour oubliance Si
-a la court finablement veu ledit procés examens requestes civiles & tout
-ce que faisoit a veoir en ceste dicte matiere et tout veu la court dit
-qu'elle ne obtempere point a la requeste civile/ neantmoins qu'il fust
-mal jugié par lesdictes dames du conseil et bien appellé par l'appellant
-et en amendant le jugement la court dit que ledict complaignant est bien
-a recepvoir & que a juste cause il s'est doulu et complainct et que a
-mauvaise cause ladicte deffenderesse s'est opposee/ maintient et garde
-la court icelluy amant complaignant en toutes ces pocessions & saisines
-en levant et ostant la main d'amours et tout empeschement a son
-prouffit/ et si condampne la court ladicte intimer es despens de la
-cause d'appel et principal la tauxation reservee par devers elle.
-
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-¶ Le .xiii. arrest
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-Devant le prevost d'aubepine c'est assis ung procés entre les hoirs &
-heritiers d'ung gratieux jeune amoureux demandeur d'une part et une dame
-jadis son amye deffenderesse d'aultre. Disoit ledict demandeur/ que le
-deffunct en son vivant estoit bien alyé avecques la dame qui l'a bien
-servi jusques a la mort/ disoit que en faisant l'inventoire des biens
-l'on a trouvé en son coffre une lettre de sa main signee d'elle par
-laquelle il avoit droit de prendre et avoir d'elle tous les jours ung
-doint bon jour et luy debvoit faire la dame le petit genoul quant le
-rencontreroit. Or disoyent qu'il estoit allé de vie a trespas delaissé
-lesditz demandeurs ses plus prochains heritiers habilles a luy suceder
-ausquelz maintenant appartenoit la debte et revenue qu'il avoit et
-pource requeroient iceux demandeurs que ladicte deffenderesse feust
-condamnee a leur paier les choses dessusdictes/ et a leur continuer et
-entretenir comme heritiers dudyct deffunct. Ledit genoul leur dieu vous
-gard/ quant elle les rencontreroit et a leur bailler ung boucquet comme
-elle estoit tenue de faire a leur frere. A ces fins ilz concluoyent
-despens. De la partie de la dame si fut deffendu au contraire/ et disoyt
-que se on fait du plaisir et des biens aux ungz l'en n'est pas tenu de
-les faire aux autres/ et au regard du deffunct elle l'avoit voirement
-bien aymee jusques a son trespas. disoit aussi qu'il estoit bien vray
-que pour la grant loyaulté qu'elle sentoit aucuneffois a luy elle luy
-faisoyt de bon gré aucuns biens qu'elle ne vouloit pas faire a ses
-heritiers/ car elle ne les congnoist ne ne scet qu'ilz sont si non par
-ouyr dire/ et quant est de la lettre ou scedulle dont il se veulent
-ayder elle n'estoit point congneue/ parquoy n'emportoit ypotecque
-d'obligation. Disoit oultre que posé qu'elle feust obligee envers ledit
-deffunct si n'en pouoient ilz faire poursuytte car par la coustume
-notoire et gardee en matiere d'amours toutes et quanteffois que deux
-personnes sont allyez en amours et l'ung va de vie a trespas/ Adoncques
-les biens qui estoient communs ensemble se departent et sont estaings ne
-n'y peuent les heritiers succeder car telz biens sont personnelz et
-n'ont point de suyte/ ains des incontinent que la mort vient il meurt
-ensemble ne n'ont point vigueur et disoient lesditz heritiers ne
-faisoient a recepvoir/ et que s'ilz estoient recepvables que si estoient
-elle en voye d'absolution/ et demandoit despens. Les demandeurs pour
-leurs replicques disoient que se ledict deffunct eust esté tenu en
-aulcune chose vers elle que elle en eust bien voullu estre paiee d'eux
-parquoy c'estoit raison pareillement qu'ilz en eussent ce qu'elle luy
-devoit veu qu'ilz estoyent ses heritiers. La deffenderesse disoit qu'il
-y a autant de difference de debte deue a cause des biens temporelz & des
-biens d'amours comme de blanc a noir et que l'une n'ensuit point la
-nature de l'autre Disoyt aussi que si leur faisoyt avoir le petit genoul
-et ung dieu vous gard il conviendroyt diviser les biens d'amours et la
-renderoit la mort subgecte de fayre d'eux plaisirs pour ung qui estoyt
-contre raison. Parties ouyes le prevost les appointa a produire en
-droict puis par sentence declara que les heritiers ne faisoient a
-recevoir en absoulant la deffenderesse des impetitions et demandes et
-les condempna es despens Ilz ont appellé en la court de ceans la ou le
-procés a esté receu pour juger et veu le procés et tout ce qu'il
-failloit voir en ceste matiere ladicte court dit qu'il a esté bien jugé
-mal appellé par lesdictz appellans et l'amenderont d'une amende
-seullement et si les condampna es despens de la cause d'apel la
-tauxation reservee vers elle.
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-¶ Le .xiiii. arrest
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-Par devant le seneschal des ayglantiers c'est assis ung autre procés
-entre ung demandeur en matiere de retrait lignaigier d'une part. Et
-disoit ledit demandeur que ung sien frere et compaignon d'armes acquesta
-ja pieça d'une tres belle dame ung baiser toutes les sepmaines dont il a
-longuement jouy et estoit vray que puis ung an en ça ycelluy du
-consentement d'elle et pour son bon plaisir avoit vendu et transporté
-ledict baiser et le droit qu'il avoit en icelluy audit amant deffendeur
-en sa partie adverse pour certain pris convenu entre eulx/ or disoit
-ledit demandeur qu'il estoit le prochain lignaigier d'ycelluy vendeur
-parquoy a venir au retraict avoit droit et pource requeroit que ledit
-deffendeur feust condampné a luy delaisser ledit baiser & offroit
-bourses et deniers en ce cas de delay/ demandoit despens/ dommages et
-interestz de la partie dudit deffendeur fut deffendu au contraire/ et
-disoit que en amours ne y a point de retraict. Car les biens qui en
-procedent ne descendent point de ligne directe ne colacteralle ne ne
-peult estre heritage perpetuel/ si non a ceulx qui les acquierent et si
-ne les peut encores transporter ne alliener a autre ce n'est par le gré
-& consentement d'elle dont ilz procedent & fault encores qu'il y ait
-interposition de decret d'elle qui y consente ou autrement tout seroit
-nul. Disoit oultre que ledit demandeur ne pouoit venir a retraict/ car
-point n'y avoit vendicion mais estoit une pure donnation que ladicte
-dame luy avoit faicte ainsi que loisible luy estoit en faveur de celluy
-dont il a le droit qu'il avoit moult pryé de luy donner ledict baiser en
-son abscence. Et par ses moyens tendoit a fin d'absolution de despens Le
-demandeur disoit au contraire pour ses repliques que puis qu'il y avoit
-transporté & qu'il estoit lignaiger du vendeur il devoit estre receu
-audit retraict. Car c'est la plus convenable chose que les biens voisent
-aux prochains que aux estranges. Et au regard de la dame il disoit que
-elle debvoit estre contraincte d'y consentir & le deffendeur a s'en
-departir. Mais ledit deffendeur disoit que le transport dudit baiser
-n'estoit point fait pour cause de vendition/ mais par maniere
-d'eschange/ car il estoit en ce lieu tenu de recompenser celui qui luy
-avoit faict transport de luy bailler la moitié plus de telz biens d'une
-autre dame dont il avoit requis. Surquoy finablement partyes ouyes elles
-furent appointees en droit/ et depuis ledit seneschal par sa sentence
-deist et declaira que ledit demandeur ne seroit point receu audit
-retraict et que ledict deffendeur jouyroit dudit baisier selon le
-transport et donation a luy faicte/ Et si le condampna aux despens dont
-celluy demandeur appella en ladicte court de ceans ou le procés a esté
-receu pour juger. si a la court veu ledit procés avec ce qu'il failloit
-veoir en ceste matiere & tout veu dit qu'il a esté bien jugé par ledit
-seneschal & mal appellé par l'appellant & l'amendera & si condampne la
-court es despens la tauxation reservee par devers elle.
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-¶ Le .xv. arrest
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-Par devant le reformateur general sus le faict des abus d'amours c'est
-assis ung procés entre ung amoureux demandeur d'une part et une sienne
-dame et amie deffenderesse d'aultre part et disoit ledit demandeur que
-pour avoir accointance & privee familiarité de ladicte deffenderesse il
-se estoit plusieurs foys tyré par devers elle & luy avoit compté tout
-son cas qu'elle le voullist aymer. Disoit oultre qu'il estoit vray que
-pour le entretenir en amour & affin qu'il luy souvint de luy il lui
-avoit baillé plusieurs bagues & joyaulx & mesmement quant il parla a
-elle/ derrenierement lui bailla six aulnes de damas pour faire une cotte
-simple deux petites verges d'or/ quatre aulnes d'escarlatte/ une
-turquoise/ & ung agnus dei doré bien gent avecques plusieurs aultres
-menues choses/ or disoit il que depuis qu'elle a eu lesditz dons elle a
-tenu de luy moins compte que devant en commetant vice d'ingratitude et
-si luy tient les plus estranges termes de jamais car quant elle le voit
-ne s'en faict que mocquer qui est mal consideré le plaisir & peine qu'il
-a eue pour servir et acquerir sa grace et pource que il scet bien qu'il
-ne la sçauroit contraindre a l'aymer s'elle ne le vouloit requeroit que
-commandement luy fust fait pour declairer c'elle l'aymeroit ou cas
-qu'elle en seroit reffusant qu'elle feust condampnee a luy rendre/ et
-restituer lesdictz dons qu'il luy avoit baillé & ne demandoit point les
-despens pour ce qu'il disoit que il l'aymoit trop De la partye de la
-deffenderesse fut deffendu au contraire disant qu'en matiere d'amours
-n'y a point de reception et que yceulx qui demandent ce qu'ilz ont donné
-doivent estre reputez infames et privez de tous biens d'amours/ Or soit
-que cest amant estoit jeune & estourdy qui n'entendoit point son cas/
-car il luy sembloit pour ses beaulx yeulx qu'on luy devoit ottroyer ce
-que il demandoit des la premiere fois sans ce qu'on l'eust essayé ne
-sans sçavoir qu'il a au ventre. disoit oultre qu'elle luy a dit
-souventeffois que quant elle le rencontroit en la rue qu'elle ne luy
-faisoit point de chere affin que les gens ne s'en aperceussent mais il
-s'en courrouce et voulsist bien qu'elle luy rist a plaine gorge ou qu'on
-s'arrestast de pied quoy pour parler a luy et tenir langage qui n'est
-pas la maniere. Disoit oultre ledit amant qu'elle declairast s'elle
-l'aymeroit ou non. Il ne estoit pas recepvable/ car en telles choses on
-n'a pas accoustume de marchander avant la main ains faul congnoistre
-avant que aymer/ et sçavoir se il est digne d'aymer et quelz biens il a
-en luy & qu'il se doit experimenter/ et quant elle le trouvera seur elle
-le pourra prendre en grace/ ou luy donner congé/ et ne peult on trop
-acheter amour de dame. Touchant des bagues disoit que elle ne luy
-demanda oncques riens & n'en vouloit riens prendre si n'eust juré et
-contraint les prendre a force & depuis avoit employé le drap en robe que
-elle avoit vestue pour l'amour de luy. disoit qu'elle s'en repentoit de
-bon couraige/ et qu'elle ne vouloit riens de l'autruy ne avoir rien de
-luy affin qu'il ne luy peust rien reprocher estoit contente et luy
-offroit de bailler tout ce qu'il lui avoit donné pourveu que ledict
-amant ne l'eust point entre ses mains & que les draps robbes bagues &
-aultres choses par elle receuz excepté l'agnus dei fussent en sa
-presence & devant ses yeulx ars & bruslez sans ce qu'il en fust jamais
-nouvelles/ et affin qu'il ne se peust vanter/ ne dire qu'il eust bien
-besongné comme plusieurs font au jourd'huy quant ilz peuent retenir
-leurs bagues & disoit que ainsi le debvoit faire pour la seurté d'elle
-et obvier aux autres inconveniens qui s'en pourroyent ensuyvir comme de
-s'en mocquer et dire telle chose qui fut a telle que j'ay eue/ et
-recouvert par dyvers moyens a ses fins concluoit d'absollution requerant
-despens. Le demandeur disoit pour ses repliques quant une chose est
-donnee esperance & condition non advenu ou qui n'est point acomply
-qu'elle doit estre rebaillee a celluy qui l'a donnee aultrement seroit
-frustree de son intencion/ au moins quoy qu'il en soit il n'en doit
-point avoir de dommaige Or disoit il devant lesditz dons par luy fais
-luy faisoyent avoir assez bel accueil de sadicte dame/ mais despuis que
-elle les avoit eues elle ne le daignoit a peu regarder ains sembloit
-qu'il luy fist mal & qu'elle prent desplaisir a le veoir & ne vouloit
-point avoir les bagues Mais il luy faisoyt trop grant mal qu'elle eust
-le sien et que elle se mocquast encores de luy. Disoit oultre que il
-estoit content et offroit en jugement s'elle le vouloit aymer de lui en
-donner plus la moytié qu'elle n'avoit eu/ et de plus grant chose cent
-foys. Sur ce point le procureur d'amours disoyt que telz choses ne
-pouoyent vendre ne marchander par argent bagues joyaulx & qu'il est
-deffendu d'en user/ et pource que cest amoureux en auroyt argent/ et en
-voulloit avoir par telz moyens illicites disant qu'il estoit amendable
-et requeroit a ceste fin qu'il feust condampné envers amours en une
-tresgrosse amende Et au regard des biens dont estoit question s'en
-raportoit a justice et audit amant qui estoit feru d'amours ne lui
-chault qu'il face mais que il ait allegement et deust il vendre jusques
-a se achepter lesdictz biens/ car bien sçavoit qu'ilz ne se vendent
-point/ mais seulement qu'elle congneust la bonne voulenté qu'il avoit
-envers elle mais ceste deffenderesse disoit que elle n'avoit cure de luy
-ne de ses biens et que jamais par contraincte de personne ne esperance
-de dons ne de biens elle n'auroit personne veu qu'il n'en print mal a
-celles a qui le font. Et au regard d'elle disoit qu'elle aymoit mieulx
-en aymer ung ou fust son plaisir que avoir tous les biens temporelz/ et
-joyaulx du monde que on luy pourroit donner ledit amant requeroit
-doncques que les aultres biens qu'elle avoit euz luy feussent rendus/ et
-disoit qu'il se pourvoiroit aillieurs & s'aideroit a oster de l'amour
-d'elle au mieulx qu'il pourroit en mauldissant l'heure que il l'avoit
-jamais veue & ouye. lesquelles parties furent appointees en droit &
-depuis ledit reformateur general par sentence dist & declaira en tant
-que touchoit le drap de damas & l'escarlate qui estoit employé en robbes
-que ycelle dame deffenderesse ne seroit tenue d'en rien restituer mais
-au regard des verges de l'agnus dei et aultres bagues qui estoient
-encore en nature il la condampne a les rendre et restituer audit amant
-demandeur pour en faire a son bon plaisir & au surplus pource que ledit
-amant en demonstrant son affection desordonnees avoit ainsi offert en
-jugement argent pour estre aymé et pour avoir des biens d'amours
-autrement que a point ledit reformateur le condampne en amende envers
-amours & au double de ses biens par lui offers Et recompensa les despens
-d'ung costé et d'autre & pour cause de laquelle sentence ledict amant
-entant qu'elle faisoyt contre luy en appella/ & pareillement en appella
-ladicte dame en la court de ceans ou le procés a esté receu pour juger
-joinct ung grief que ledict amant disoit estre hors ledit procés entant
-que ledit reformateur luy avoit donné sa sentence/ ou jour de feste/
-c'est assavoir le premier jour de may et l'aulbespine nouvelle. Sy a la
-court veu ledit procés a grant et meure deliberation avecques tout ce
-que il failloit veoir en ceste maniere/ & tout bien veu & consideré la
-court dist entant que ledit amant est appellant il a esté bien jugé par
-ledict reformateur general et mal appellé. et entant que ladicte
-deffenderesse a appellé a esté mal jugé & en amendant le jugement
-ladicte court dict que ledict amant ne fait a recepvoir a demander
-lesditz dons & bagues qu'il avoit donné a ladicte dame et que trestout
-luy demourroit comme siens pour en faire ce qu'elle vouldra sans ce
-qu'elle en soyt tenue de luy en rendre et restituer aulcune chose et si
-le condampne es despens de la cause principalle & de la cause d'appel ou
-il estoit appellant seulement la tauxation reservee par devers elle.
-
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-
-¶ Le .xvi. arrest.
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-
-Devant l'ung des audicteurs desdites causes d'amours c'est assis ung
-autre procés entre ung povre amant demandeur et requerant l'enterinement
-de certaynes lettres de respit d'une part. et une sienne dame
-deffenderesse d'autre part. Et disoit ledict demandeur qu'il a esté fort
-malheureux en amours parce qu'il a eu a faire aux femmes qui tirent
-huylle de noix a quoy ne pouoit contenter de dons disoit avecques ce que
-pour luy complaire et affin que son service luy feust agreable il luy
-convint faire plusieurs gratuités & mises excessives. Et si a esté
-contrainct de soy tenir joly & de changer souvent habitz enquoy il a
-beaucoup frayé et despendu du sien. et aussi faisoit le plus des jours
-de la sepmaine dancer faire karoles et plusieurs aultres jeux &
-esbatemens tant que toutes les dames l'honnoroyent et y a tellement
-frayé qu'il en est fort en debté Et puis la dame en qui il se fioit si
-l'abandonna et bailla le bont dont luy sont survenues plusieurs aultres
-fortunes au moyen desquelles il ne sçauroit a present payer ses
-creanciers sans faire vile possession de ses biens Et pource avoient & a
-obtenues lesdictes lettres de respit: dont il requeroit l'enterinement
-aussy que l'execution de certaines obligations par laquelle il estoit
-obligé envers ladicte demanderesse fust tenu en surceance et delay
-jusques a ung an es despens contre ceulx qui le vouldroyent empescher.
-De la partie de ceste deffenderesse fut deffendu au contraire & disoit
-que dames n'ont point argent quant elles veulent ains ont grant paine a
-en assembler & si leur en convient tousjours avoir pour employer en
-robbes & plusieurs aultres jolivetés survenans chascun jour et disoit
-avecques ce que cest amant ung jour vint a elle tout desconforté la
-requerir de luy ayder/ et prester jusques a deux escus pour avoir le
-drap d'ung pourpoint de velours qu'il avoit achepté dont elle fut au
-premier ung peu reffusante. Touteffois au dernier elle meue de pitié en
-voyant la grant necessité du povre gallant qui ploroit presque luy
-presta de bon cueur ladicte somme moyennant & parmy ce qu'il luy promist
-rendre et payer dedans certain temps pieça passé dont il n'avoit riens
-fait mais se vouloit aider dudict respit. Or disoit elle qu'il ne luy
-devoit estre enteriné par plusieurs moyens
-
-¶ Premierement car la debte estoit previlegee & procedant de dame qui ne
-doibt plaider dessaisie encontre luy qui est obligé Secondement car les
-pertes/ & les fortunes par luy aleguees ne estoyent point recepvables
-atendu qu'il ne monstroit point que elles feussent advenues par trop
-aymer ou maladies d'amour ainçois par son propos prins en son prejudice
-n'en debvoit point jouir car il confessoit qu'il avoit servy plusieurs
-dames en plusieurs lieux. Et ainsi ne luy pouoit pas bien venir de ses
-besongnes/ car ung homme qui a plusieurs dames n'est gueres souvent
-trouvé loyal/ & est bien employé quant il luy meschiet consideré que il
-n'est pas possible en ce cas d'y garder foy & loyaulté. Si disoit par
-ses moyens que ledit respit ne luy doit estre enteriné & que nonobstant
-a celuy elle debvoit incontinent estre payee et demandoit despens. A
-quoy ledit amant disoit pour ses repliques qu'il estoit impossible de
-contraindre une personne a payer plus qu'il ne sçauroit finer. et au
-regard de luy il confessa bien devoir ladicte somme loyaulment mais les
-eaues estoient si basses qu'on n'y sçauroit prendre poisson et brief a
-present ne avoit dequoy payer. Disoit oultre que ladicte deffenderesse
-n'avoit pas grant interest a l'enterinement dudit respit veu qu'il ne
-duroit que ung an & qu'elle n'estoit pas indigente. mais ycelle
-deffenderesse en perseverant en son fait disoit oultre que ce n'estoit
-pas raison que le gallant portast pourpoint de vellours a ses despens/
-Aussi elle avoyt a faire du sien/ au regard de sa povreté disoit qu'il
-n'en laisseroit ja a faire grant chiere/ requerant au surplus qu'il fust
-contraint par prinse de corps a lui payer la somme veu la matiere qui
-estoit previlegiee. Surquoy finablement parties ouyes l'auditeur par sa
-sentence dist et declaira que le respit ne seroit audit demandeur
-aulcunement enteriné & que nonobstant ycelles il seroit contraint par
-prinse de biens & de sa personne payer ycelle somme a ladicte
-deffenderesse incontinent et sans delay en le condampnant es despens de
-l'instance/ de laquelle sentence ycelluy demandeur si appella en la
-court de ceans ou le procés a esté receu pour juger & a ladicte court
-veu le procés et tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere & tout
-veu dict la court qu'il a esté bien jugé par ledit auditeur & mal
-appellé par ledict appellant et le amendera et si le condampne es
-despens de la cause d'appel la tauxation reservee par devers elle.
-
-
-
-
-¶ Le .xvii. arrest.
-
-
-En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre ung moult
-gracieux amoureux appellant de hongnart sergent dangereux d'une part &
-danger & chagrin parties intimees d'autre part Disoit ledit appellant
-que pour servir une syenne dame et maistresse plaine de biens et de
-beaulté et aussi pour monstrer qu'il estoit tout prest de luy obeyr il
-s'estoit plusieurs foys transporté en la rue ou elle demoure en la
-saluant de tresbon cueur touteffoys et quantes qu'il la pouoit veoir a
-l'huys en luy faisant le petit genouil/ mais puis aulcun temps en ça/
-ledit danger et chagrin qui s'en sont bien doubtez l'ont menassé de luy
-porter grant dommage en corps et en biens. et qui pis est des
-incontinent qu'ilz voyent maintenant ledict galant passer ou que la
-dessusdicte dame luy soubzrit du coing de l'oeil en luy disant adieu ou
-quelque aultre mot ilz n'en font que rechisner toute la journee et en
-estoyent si trescourroucez de ce qu'elle parloit a luy qui n'en
-sçavoyent que dire et ne sçavoyent que faire de s'en courroucer
-tellement en estoyent marris Et combien qu'il leur ait fait doulcement
-remonstrer qu'il ne pense aucun mal neantmoins ledit sergent luy a fait
-commandement qu'il ne voise plus ou sa dame sera & a la dame qu'elle ne
-soit si osee de le regarder ne rire ains que des incontinent que elle le
-verra venir qu'elle s'en parte et entre en sa maison affin qu'il ne la
-puisse veoir & qu'il ne perde ses pas a l'encontre desquelz exploitz
-l'amoureux c'est oposé mais ledit sergent ne luy a voulu recepvoir dont
-il s'est sentu trop grevé tellement qu'il en a appellé en la court de
-ceans ou il a depuis bien & deuement relevé/ et concluoit tout pertinent
-en cas d'appel qu'il a esté mal commandé mal denié/ mal deffendu et
-exploicté par ledit haignart/ et bien appelle par luy a ses fins offroit
-a prouver et demandoit despens De la partye desdictz chagrin et danger
-parties intimees si a deffendu au contraire & disoit qui ne pourroyt aux
-premiers mouvemens des cueurs des jeunes a tresgrant peine on en peult
-aprés estre maistre & qu'on ne les doit point laisser converser
-souffrir/ ne festoyer l'ung l'autre par regars ris ou autrement/ car il
-en advient aucuneffoys plusieurs inconveniens dont n'est ja besoing de
-parler pour le present/ car qui parleroit plus avant il en pourroit
-besongner a son entente. Or se pressuposé disoyent qu'ilz estoyent
-commis au regard de ladicte dame & tenus d'en respondre s'elle versoit
-mal/ par quoy avoyent cause de empescher que personne ne s'en
-approchast/ aussi le galant n'estoit aulcunement de la parenté ou finité
-d'elle Et neantmoins il se ingeroit tous les jours de l'accointer et
-parler a elle/ et ainsi justement luy avoyent peu deffendre d'aller et
-venir et ne estoit son appellation recevable. et au regard qu'il disoit
-que il n'y pensoit aulcun mal a elle/ et qu'il eust myeulx souffert la
-mort qu'il luy eust esté reproche qu'il luy eust dit aucune parolle
-deshonneste ne villaine qui luy feust tournee a son prejudice/
-respondoient que ce ne estoit pas pourtant a dire qu'il y deust penser
-bien et que le plus seur estoit de ne se y trouver point Si concluoit
-par ses moyens affin de non recepvoir aprés mal appellé & demandoit
-despens/ a quoy l'appellant requeroit au contraire et disoit que se l'en
-ne voulloit qu'il eust aulcun bien au moins que sadicte dame qui n'en
-pouoit mais n'en debvoit avoir aulcun mal ou dommage entendu qu'il y
-metoit peine autant qu'il estoit possible. Disoit aussi que c'estoit
-bien grant rigueur a eulx de empescher qu'elle ne venist a lui ainsi que
-elle avoit acoustumé et la tenir si estroictement qui n'estoit point
-chose a requerir de la vouloir tenir si court/ et quant est de la rue
-disoit ledit appellant qu'elle n'appartenoit pas ausditz intimez ne n'y
-avoyent fait faire les carreaux qui y estoient parquoy l'avoit deffendu
-qu'il n'y marchast et passast nullement la deffence estoit torcionnaire
-& son appellation bien recepvable. Sur quoy lesditz intimez disoyent
-qu'ilz ne voulloyent pas empescher/ que l'appellant n'y passast mais
-seulement garder qu'en passant il ne veist la dame et si en cecy il y
-avoit grief ce seroit a elle a plaindre et nompas a luy. Finablement
-partyes ouyes elles ont esté appointees en droit et a mettre par devers
-la court/ et au conseil ce que bon leur sembleroyt. La court a veu
-ledict procés au long avec ce qui esté produict et ce qu'il failloit
-veoir en ceste matiere & tout veu la court dict qu'il a esté mal
-exploicté par ledit hongnart/ Et bien appellé par ledit appellant/ et
-permet la court audit appellant de passer et rapasser a toutes heures
-soit de nuit ou de jour par la rue/ et devant l'huys de sa dame pourveu
-qu'il ne pourra parler a elle sans la presence dudict dangier/ ou de ses
-commis qui sont tenus de luy rendre compte de toutes les parolles &
-besongnes que ilz se feront ensemble et desquelles parolles et besongnes
-iceulx commis prendront ladicte declaration par escript pour leur
-descharge et leur valoit enqueste la ou il appartiendra & si condampne
-la court lesditz intimez es despens de la cause d'appel la tauxation
-reservee par devers elle.
-
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-
-¶ Le .xviii. arrest.
-
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-En la court de ceans c'est assis ung autre procés entre une dame
-appellant d'une part/ et ung sien amy intime d'autre part. Et disoit
-ladicte appellante pour la cause d'appel que jaçoit que en amours force
-& voye de fait sont deffendues neantmoins ledit intime ung journee tout
-eschauffé s'en vint vers elle et s'efforça de l'embrasser et qui plus
-est tout en ung moment sans dire dieu gard ne autre chose il la baisa
-maulgré elle/ et a force dont elle appella et concluoit qu'il avoyt mal
-procedé Le deffendeur disoit que pour elle avoit beaucoup souffert de
-mal et qu'il l'avoit fort aymee et si le savoit bien mais elle n'en
-tenoit gueres de compte et ne luy vouloit donner aucun alegement disoit
-qu'il l'avoyt tant pourchassé envers elle qu'elle luy avoyt promis ung
-baisier mais elle s'excusoit de luy donner et brief une foys luy dist
-qu'elle estoit empeschee a l'autre qu'il n'estoyt pas heure & qu'il
-revenist a ung aultre jour et tellement qu'elle l'avoit pourveu par
-telles frivolles excusations par bien long temps & affermoit ledit
-galant par sa foy qu'il avoit esté troys moys a la poursuytte dudict
-baisier qui estoit bien grant pitié: & par ce luy voyant qu'il n'en
-pouoit plus a une journee que dangier estoit hors de la maison luy pria
-qu'elle entretenist sa promesse dont ne voult riens faire ainçoys le
-vouloit delayer comme devant/ Et pource luy estant au destroit d'une
-grant challeur qui luy print au cueur/ et voyant qu'elle ne voulloit
-faire rayson d'elle mesmes pour priere ne requeste qu'il luy fist print
-ledit baiser de soymesmes enquoy ne peult ladicte dame dire estre grevee
-car il ne luy a faict aultre blessure dont elle se doyt plaindre/ et
-quant a la voye de faict dit qu'il avoyt assés attendu & que veu les
-reffus precedans & les longs delaiz que avoit prins/ il pouoit et devoyt
-ainsi proceder et concluoit que ledict appel n'estoyt recepvable et quoy
-que soyt que ladicte dame avoit tresmal appellé/ et demandoit despens en
-requerant que oultre le baiser qui avoit esté ainsy prins par emblee et
-sans acollee il en eust ung aultre tout entier et de bon cueur. A quoy
-la dame pour ses replicques disoit qu'elle ne avoit point promis de
-baiser & que posé qu'il y eust promesse si estoit elle condicionnelle
-c'est assavoir/ ou il luy plairoyt et avoit elle reservé le temps de le
-donner: et par ainsi le grief y estoit tout evident disoyt que avant la
-promesse eut esté pure et symple/ sy failloit il qu'elle fust congneue &
-qu'il y eust deliberation sur ce faicte avant qu'on la peust excuser et
-y venir par voye de doulleur et non par faincte et voye de fait
-deffendue. parquoy avoit esté grevee. Mais ledict intime en dupliquant
-disoyt qu'il vouldroyt en telles matieres tenir long procés ordinaire et
-faire preuves a chascune fois il ne seroit jamais jour Et auroient les
-dames trop d'avantaige contre les povres amans car tous les tesmoings en
-ce cas sont pour elles et a leur poste et disoit au surplus que quant il
-n'y auroit eu ne don ne promesse sy ne pouoit il a tout le moins pour
-ses peines et salaires d'avoir servi si long temps que avoir ung baisier
-et que en tel cas qui sont previlegiez l'en peut proceder par voye
-d'execution et prendre les biens ou on les treuve concluant comme dessus
-oyes les parties au long elles ont estés apointees en droict et a mettre
-par devers la court et au conseil ce que bon leur semblera. Si a l'en
-veu le procés et ce qui faisoit a veoir en ceste matiere. et tout veu la
-court dit qu'il a esté bien procedé par l'amant et mal appelle par
-l'appelante et l'amendera en la condampnant es despens de la cause
-d'appel la tauxation reservee & ordonne la court que le baiser ainsi
-baillé par contraincte ne sera point compté mais ladite dame sera tenue
-de luy en bailler ung autre en ce lieu de bon cueur toutes et
-quanteffois qui l'en requerra pourveu que danger n'y soit point ne n'en
-sçaura rien affin qu'il n'en puisse grongner.
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-¶ Le .xix. arrest
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-En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une tresbelle
-dame et le procureur general d'amours avec elle adjoinct demandeurs en
-cas de excés et de delict d'une part/ et une vieille chamberiere
-deffenderesse d'aultre part. et disoit la dame que toutes servantes
-devoyent foy & loyaulté a leurs maistresses avoir courte langue et
-longues oreilles & grandes qu'elles ne sont pas dignes de demourer en
-quelque maison que ja pieça elle loua une chamberiere pour la servyr
-deux ans pour certain pris convenu entre eulx. Et oultre luy avoit
-promis par dessus son sallaire mais qu'elle fist bien la besongne une
-paire de chausses au bout de l'annee et ung de ses vielz chapperons. Et
-combien qu'elle en eust trouvé assez d'autres qui eussent bien voulu
-demourer avec elle sans prendre denier ne maille touteffois a l'ocasion
-de ce que la chamberiere sembloit estre secrette & avoit beaucop veu/
-icelle dame fut meue de la retenir devant toutes autres et la fist venir
-des lors en son hostel ou du commencement elle a fait merveille de
-servir mais en effect voyant que sa maistresse se fioit fort en elle luy
-monstroit grans signes d'amours elle a voulu entreprendre sur elle et se
-mesler de toutes besongnes Et de fait est advenu quant ung sien amy de
-congnoissance que ladicte dame aymoit en tout bien & en tout honneur
-venoit a l'hostel soy esbatre ou compter des nouvelles de la ville et
-passer temps Ceste chamberiere escoutoit tout Le lendemain ou le soir
-mesmes rapportoit tout ce que ladicte dame et son amy avoient dit
-ensemble a dangier le mary qui estoyt mal faict a elle/ et tellement que
-bien souvent la nuit au lict ledit dangier luy tenoit plusieurs rigueurs
-et luy en gectoit puis ça puis la ung mot a la vollee et par ambages
-dont elle estoit bien esbahie mais icelle dame considerant qu'il
-n'estoyt pas possible qu'il en sceust rien a la verité s'il ne le
-devinoit ne jamais n'eust cuidé que la vieille en eust parlé ung mot veu
-qu'elle la tenoit seure de son costé comme elle devoit estre Or estoit
-vray que a une journee ainsi que ledict gallant s'en vint esbatre
-l'apresdinee comme il avoit acoustumé la dame tenant sa quenoulle
-d'aventure laissa cheoir son fizeau. Lequel gallant en demonstrant son
-humillité le leva et en luy baillant la baisa. Dont ycelle dame le
-remercia en soubzriant et sans penser nul mal/ mais la vieille en despit
-de sa maistresse qui l'avoit tancee le matin pour occasion de ce qu'elle
-ne luy avoit pas ployé ses gorgias dist et proposa en soymesmes qu'elle
-s'en vengeroit/ et de faict aussy tost que dangier fut venu de la ville
-elle luy commença a compter tout le cas & plus la moytié qu'il n'y
-avoit/ dont il n'en sonna mot et le garda en son cueur trois ou quatre
-jours en rechygnant puis aprés se desgorga en maulgreant que se le
-gallant y retournoit plus qu'il luy coupperoit les jambes. Si fut la
-dame bien esbahye et ne se feust jamais doubtee de ladicte vieille. Mais
-touteffois a la fin il a tout sceu et a la vieille gasté son cas/ car
-par le moyen de telz rappors elle cuidoit devenir maistresse & tailler
-les morceaulx a ladicte demanderesse & pource a esté boutee hors de
-l'hostel et depuis constituee prisonniere pour raison du cas qui est de
-grant consequence et concluoit ladicte dame a l'encontre d'icelle
-vieille chamberiere qu'elle feust condampnee a luy crier mercy et faire
-amende honnorable nudz piedz & sans coyffe coeuvrechief ny chaperon en
-sa teste et aussy en tenant une torche en sa main et disant que a tort
-et maulvaisement elle avoit raporté les parolles de sa dame et
-maistresse & de ce qu'elle l'avoit fait tancer qu'elle s'en desdisoit
-devant tout le monde/ et en oultre qu'elle feust contraincte et
-condempnee a venir dire et declairer devant dangier que tout ce qu'elle
-luy avoit dit et raporté de sadicte maistresse avoit esté controuvé par
-elle contre verité et par mallice. affin que icelluy danger n'y eust
-plus de suspition. Et au regard dudict procureur general d'amours qui
-estoit adjoinct avec ladicte dame il disoit que ce cas icy estoit digne
-de grant punition. et que il ne se devoit point passer soubz
-dissimulacion/ Car la consequence estoit trop perilleuse pour
-l'esclandre qui en pouoit tous les jours advenir Disoit aussi que
-chamberieres sur toutes choses doibvent estre secrettes et aussy celer
-tout ce qu'elles voient faire en amours comme font confesseurs et y est
-la paine si grande selon les droictz que celles qui revelent ainsi
-secretz sont digne de mort. Or disoit il que ceste vieille avoit revellé
-les secretz de sa maistresse audit dangier pour a tousjours le cuyder
-mettre en noise et rapporter la moytié plus qu'il n'y avoit de mal. Et
-pour ce concluoit a l'encontre d'elle qu'elle fust condampnee a estre
-arce & bruslee ou a tout le moins qu'on lui perçast la langue d'ung fer
-chault devant tout le monde affin que les autres servantes et
-chamberieres y prinsent exemple et que son sallayre qu'elle devoit avoir
-fust declairé forfait & fust confisqué. Ou que telles autres conclusions
-fussent adjugees ainsi que le cas le requeroit et que la court
-adviseroit en requerant au surplus que pour pourveoir a telz
-inconveniens y eust visitacion sur lesdictes chamberieres/ car les plus
-grans dangiers du monde en viennent. et disoit oultre que jamais l'en ne
-devoit laisser a telles vieilles chamberieres porter la clef du vin car
-quant d'aventure elles ont beu ou faict bonne chere elles parlent aussi
-bien contre elles que pour elles/ et la ou elles cuydent sauver
-l'honneur de leurs maistresses c'est adonc l'heure qu'elles gastent
-tout. Et puis aprés ne leur en souvient lendemain et jurent et afferment
-hardyement que en leur vie n'en parlerent mot dont ce a esté cause de
-plusieurs maulx qui en viennent parquoy le procureur requist que la
-court mist sur ce provision De la partie de ladicte vieille fut deffendu
-au contraire et disoit que quant elle vint demourer en l'hostel de
-ladicte maistresse elle luy promist fayre beaucoup de biens/ mais elle
-s'en estoit bien petitement apperceue et si avoit tant eu de peine que
-merveilles. Or estoit vray que ledit dangier son mary des l'entree et au
-commencement qu'elle entra leans il parla a elle a part en l'oreille &
-luy promist de luy donner tous les ans une robe et ung bon chapperon
-oultre son sallaire affin qu'elle se print garde de la dame qui estoit
-encore bien jeune et luy rapporter toutes nouvelles de ce que son
-maistre luy avoyt faict promettre ycelle chose luy disoyt tout ce
-qu'elle veoit faire a sa maistresse en gardant tousjours l'honneur des
-dames comme tenue y estoit/ et aussy affermoit que jamais elle ne luy
-fist faire chose qui ne feust bonne et honneste/ et combien que ladicte
-vieille la servist le myeulx qu'elle pouoit/ touteffois ycelle
-maistresse ne s'en pouoit contenter/ et la tença tresbien dont ladicte
-chamberiere se courrouça et advint que pource qu'elle veist le gallant
-ledict jour a l'hostel qu'elle le dist a son maistre & comment il
-l'avoit baisee Or disoit elle que de ce l'en ne la pouoit reprendre &
-qu'elle n'avoit point fait de mal/ car elle estoit beaucoup plus tenue
-d'obeyr a son maistre qu'a elle et aussi avoit il marchandé a elle et
-louee par telle condition qu'elle luy devoit tout rapporter. Parquoy
-elle n'avoit faict que son debvoir et ne luy en eust point parlé/ si non
-que son maistre luy promist qu'il n'en diroit riens a elle & ainsi l'on
-la debvoit excuser tendant & concluant par ses moyens affin d'absolution
-A quoy fut repliqué par ladicte demanderesse disant que toute l'eaue de
-la riviere ne la pouoit laver du cas/ car elle sçavoit bien qu'elle se
-fyoit en elle et qu'elle s'en fust bien gardee se elle eust voulu et
-sans ce qu'il en eust riens sceu. Et supposé que l'on dye que toutes
-servantes et chamberieres doybvent servir premierement leurs maistres
-que leurs maistresses cela s'entent touchant le service comme de boire &
-de manger/ mais au regard d'autres choses riens/ ains fault que elles
-obeyssent a leurs maistresses. Aussi ont elles previllege que se leurs
-chamberieres ne sont a leur poste elles ne doybvent pas demourer trois
-jours en la maison/ & aprés disoit le procureur que veu que ladicte
-vieille confessoit que elle prenoit argent de son maistre oultre son
-loyer pour reveller les secretz d'amours l'en ne le pourroit trop
-pugnir/ & quant est de l'excusation qu'elle prenoit sur ce que son
-maistre lui avoit promis de n'en rien dire ne luy en faire semblant elle
-ne valloit riens/ car jamais en tel cas l'on ne faict telles promesses
-si non pour sçavoir et enquerir plus avant et concluoit a reparation du
-cas comme dessus est dit. Surquoy ladicte vieille disoit au contraire
-que son faict estoit pitoyable & que jamais n'en eust parlé se elle eust
-sceu qu'il en fust venu mal/ ou qu'il y eust eu danger pour sa
-maistresse. Finablement parties ouyes ont esté apoinctees en droict et a
-produire par devers la court et au conseil ce que bon leur semble. Si a
-ladicte court veu le procés avecques la confession faicte par la vieille
-& tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere a grant et meure
-deliberation/ et tout veu la court a condampné ladicte faulce vieille
-pour raison du cas a elle commis a crier mercy a ladicte demanderesse et
-estre pilloriee par trois foys au jour de marché et oultre la prive &
-bannisse du service des dames a tousjoursmais de quelque estat qu'elles
-soyent en luy deffendant sur peine de la hart que jamais en bonne
-compaignie ne se trouvast. Au regard des aultres provisions requises par
-le procureur general touchant la visitacion/ la court a ordonné certains
-commissaires qui se informeront sur les abus pour aprés y pourvoir ainsi
-qu'il appartiendra
-
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-
-¶ Le .xx. arrest
-
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-En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre ung amant
-demandeur d'une part a sa dame/ d'autre part disoit ledict demandeur que
-le plus grant desir que cueur d'amant ait c'est de veoir souvent sa
-dame/ mais pour doubte de faulx semblant et malle bouche qui sont
-tousjours espiant il estoit contraint de aller de nuyt passer devant
-l'hostel de la dame et s'il ne la trouvoit il baisoyt l'huis et s'en
-alloit pensif/ mais il se esjouyssoit pensant que amours luy avoit fait
-si grant grace devenir a si hault bien Et puis quant il estoit couché &
-il ymaginoit en soy mesme que sa dame ne sçavoyt riens s'il estoit venu
-ou non & qu'elle ne luy en sçavoit aulcun gré pource qu'elle ne l'avoit
-veu: il se retournoyt dedens le lict plus de cent mille fois et ne
-pouoit dormir: et aprés ce/ venoit sur le point du jour qu'on ne voit
-encores guaire luy failloit ribon ribaine se lever du lict et s'en aller
-de rechief devant l'hostel de sadicte dame escoutant lever les avaynes
-et regarder par les crevasses de l'huys s'il la verroit point en son
-corset ou a sa cotte simple/ car il en eust esté en paradis. Or disoit
-il que incontinent qu'il estoit arrivé et qu'il boutoit l'oeil entre la
-serrure et la fante par ou en oeuvre l'huys d'ung loquet il en y avoit
-au plus pres de la maison de sa dame une paillarde caille qui commençoit
-a crier/ et chanter courcaillet comme se seust esté chose juree &
-qu'elle le voulsist accuser/ or disoit cest amant icy que au cry de
-ladite caille son sens mesloit et perturboit/ ne n'y a homme si rassis
-qui n'en fust esbahy et tellement que aulcuneffoys de sanglante paour et
-frayeur qu'il avoit se hurtoit le nez en se retrayant ne sçavoit qu'il
-devenoit et encores pis ne cessoit de crier comme une enragee plus fort
-que devant jusques a ce qu'il s'en fust party qui luy estoit ung
-tresgrant ennuy et desplaysir et disoit que s'il pouoit veoir ou tenir
-ladicte caille il la tueroit/ quoy qu'il luy deust couster mais il ne la
-pouoit veoir ne prendre pour ce qu'elle estoit dedans la maison et
-pource requeroit que ladite dame fust condampnee a faire abbatre la cage
-et tuer ladicte caille ou faire vuyder dehors affin qu'elle ne luy
-escriast plus dessus son jeu ne fist desplaisir et disoit que c'estoyt
-raison. Et la partie de ladicte dame fut deffendu au contraire et disoyt
-que ladicte caille ne estoit sienne en sa puissance et subjection/ Car
-elle estoit en la maison d'ung de ses voisins qui y prenoyt plaisir a la
-nourrir et tenir parquoy n'y avoit que congnoistre aussi n'estoit ce que
-ung povre oyseau qui gaingnoyt sa vie a chanter/ pource de la tuer se
-seroit tres mal faict/ disoit oultre que ladicte caille n'y pensoit a
-nul mal et n'estoit que sa coustume de chanter et quant est d'attendre
-longuement a l'huys de la maison c'estoyt simplesse a luy/ car il pouoit
-bien penser que a l'heure de si hault matin il n'y avoit personne levé
-et luy eust mieulx valu estre couché & dormir encores Si concluoit
-ladicte dame par ces moyens a fin de non recevoir et d'absolution A quoy
-ledict amant pour ses replicques disoyt que de dormir n'eust il peu/ car
-en tel cas quant l'en veult dormir c'est a l'heure que on s'esveille et
-que une heure en dure cent. Et au regard de ladicte caille disoit que
-ladite dame la debvoit faire abatre/ car elle avoit bien la
-congnoissance au lieu ou c'estoit/ et ne failloyt que faire rompre ung
-ou deux bastons de ladicte cage pour l'en faire en aller Et protestoit
-au surplus que se ladicte dame ne luy voulloyt faire que luimesme la
-feroit tuer a quelque meschief qui en peust advenir/ car aulcuneffois
-quant elle crioit elle l'effroyoit tellement et luy faisoit plus de mal
-que qui lui eust baillé d'une dague par l'estomac/ surquoy finablement
-parties ouyes ont esté appoinctees a mettre devant la court & au conseil
-Si a ladite court veu le plaidoyé des parties et tout ce qui a esté
-produict Et tout veu et consideré ce qu'il faisoit a veoir & considerer
-la court dict que ledict amant ne faict a recepvoir a faire ladicte
-demande contre ladicte deffenderesse/ Et si desclaire que ladicte caille
-demourra la ou elle est pour vivre et chanter tout ainsi qu'elle pourra.
-Et oultre deffend la court audict demandeur de luy faire mal ne getter
-pierres contre la caige pour l'abbatre a terre sur peine de confiscation
-de corps et de biens/ & d'estre privé de l'amour de sadicte dame.
-
-
-
-
-¶ Le .xxi. arrest.
-
-
-En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre ung aultre
-amant demandeur d'une part et une sienne jeune dame et amye
-deffenderesse d'autre part et disoyt ledict demandeur que ja pieça
-sadicte dame se feist saigner du pied en l'eaue et de la vaine du foye
-et pource que son medecin luy avoit enchargé comment que ce fust qu'elle
-ne s'endormist point aprés la seignee. Icelle dame manda a son tresdoulx
-amy demandeur que il se trouvast devers le soir devant son huys a tout
-la Harpe et les Orgues/ pour la resjouir et faire passer le temps affin
-que elle ne dormyst point. Et a ceste cause le gallant incontinent qu'il
-sceut les nouvelles laissa toutes besongnes et feist dilligence de se
-trouver a l'heure assignee: garny des bas instrumens de mellodye qu'on
-pouoyt finer et n'avoyt garde d'y faillir. Sy estoit vray que ainsy que
-lesdis menestriers commencerent a jouer/ ladycte dame s'en vint jouer/
-incontinent de plain bont et a l'estourdy ouvrit une des fenestres de
-ladicte chambre ou elle estoit pour les ouyr de plus a plain/ mais il
-advint que en retirant a elle ungs des potz de marjolaine ou de
-violettes pour prendre place et se appuyer sur le bort des fenestres
-qu'elle fist par hativeté/ elle fist choir une palette plaine de son
-sang qu'on avoit mis sur ladicte fenestre pour essorer ainsi qu'on a
-acoustumé/ et tumba sur luy si que toute sa chemise en fut gastee et
-ensanglantee et pareillement le colet de son pourpoint Touteffois il
-cuydoit lors pource qu'il estoit nuyt et aussi qu'on ne veoit goutte que
-ce ne feust que eaue qui eust degoutté des violers en les arrousant et
-n'en tint pas grant compte ainçoys s'en tenoit tout joly esperant que
-sadicte dame l'eust fait tout de voulenté pour l'amour de luy Or quant
-les menestriers eurent assés longuement illec joué/ et qu'il fut temps
-de s'en aller ledict amoureux demandeur s'en partit moult reconforté et
-ne luy duroit point le chemin. Mais se mal advint que en une des rues
-par ou il luy failloit passer a s'en retourner/ il y avoit eu moult
-grant noise de gens qui s'estoyent entrebastuz et les queroit le guect
-tout partout et pource par suspeçon vint le guet demander audict
-compaignon demandeur qu'il estoit et dont il venoit. A quoy il leur
-respondit qu'il venoit de reveiller les potz de marjolayne/ mais l'en ne
-l'en vouloit pas croire: ainçoys firent les gens du guect approucher
-leur lanterne pour le veoyr a son visaige/ en quoy ce faisant fut
-apperceu son colet du pourpoint tout plain de sang qui estoit respandu
-de la fenestre de sa dame sur luy. Et commença chascun a dire qu'il
-estoyt de ceulx qui s'estoient combatus en ladicte rue/ et qu'il en
-portoyt les enseignes/ combien que a la verité ne sçavoyt que c'estoyt
-de ladicte noyse: et a tant fut prins et mené prisonnier non obstant ses
-bonnes raisons/ dont il fut bien esbahy et coucha la nuyt en prison ou
-il ne dormoyt guieres car cela luy valloit une seignee ou il ne failloyt
-point dormir aprés et le lendemain il fut delivré Or disoit que dudit
-emprisonnement et de la paine dommage et interest qu'il avoyt soustenus
-ladicte dame en estoit tenue tout du long/ car ce avoit esté par elle
-que le cas estoit advenu. et pour ce concluoit a l'encontre d'elle
-qu'elle feust condampnee a le recompenser de ses despens/ dommages et
-interestz ou aumoins a lui donner pour recompensation dudit cas six ou
-huyt baisiers tous entiers a grans acollees et embrassees. A ses fins
-offroit a prouver et demandoit despens du cas que elle vouldroit
-resister a l'encontre de ses conclusions. De la partie de ladicte
-deffenderesse fut deffendu au contraire Et disoit que par sa foy quant
-elle vint a la fenestre ouir lesditz menestriers elle ne pensoit
-nullement du monde que lesdictes pallettes lesquelles estoyent plaines
-de son sang y feussent encores/ ains elle cuydoit fermement que sa
-chamberiere & servante les eust oster hors de la Et ne advint le cas que
-par deffortune et inconvenient dont par ce moyen n'estoit tenue a luy Et
-aussi ne luy recordoit aulcunement qu'elle eust ouy rien cheoir a terre
-sinon ung bouquet de viollettes qu'elle luy gecta. Disoit avec ce que
-s'il avoit esté mis & detenu aucunement prisonnier elle n'en pouoit
-mais. et aussi n'estoit ce pas a sa requeste ainçois en avoit esté moult
-dolente & courroucee quant elle le sceut/ et s'il s'en fust allé le
-droit chemin sans aller par ces rues foraines/ il n'eust point a
-l'advanture rencontré le guet. Et pource de prendre conclusions a
-l'encontre de elle/ certainement n'estoit ledit amant aucunement
-recepvable. Et n'estoit ladicte dame tenue de l'amender/ mais au regard
-desdictz baisiers qu'il luy demandoit elle s'en rapporta a la court.
-Concluant au surplus affin d'absolution. Disoit ledit amant par ses
-replicques que posé qu'elle n'eust commys le cas a son escient et aussi
-de guet a pensé touteffois veu qu'il estoit advenu par faulte & coulpe
-d'elle elle estoit tenue de l'en desdommager et de recompenser. disoit
-oultre que oncques puis sadicte chemise ne son pourpoint ne luy
-servirent combien que de cela ne luy chaloit pas tant comme de la prinse
-de sa personne. Mais ladicte dame respondit que luymesmes en estoit
-cause/ et que jamais l'en ne doit aller sans sçavoir le nom de la nuyt
-car s'il l'eust sceu il ne fut pas tumbé en danger. Et quant est de la
-partie de sa chemise elle offroyt de la blanchir ou luy en donner une
-autre plus belle que la sienne n'estoit combien qu'il la debvoit plus
-aymer que une autre pource que le sang d'elle avoit espandu dessus
-Finablement lesdictes parties ouyes elles ont esté appointees a
-produire/ et mettre par devers la court & au conseil plaidoyé & tout ce
-que bon leur semblera. Si a la court tout au long veu ledict procés et
-tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere et tout veu la court dist
-que ceste dame sera tenue toute recompensation de donner a sondit amy
-demandeur demy douzaine de baisiers bien assis & dont chascun d'iceulx
-pourra durer autant qu'on mettroit a dire ung De profundis et Fidelium.
-Et si pareillement sera tenue l'avoir pour recommandé en sa grace pour
-les biens du temps advenir.
-
-
-
-
-¶ Le .xxii. arrest.
-
-
-En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre les heritiers
-ou ayans cause d'ung amant jadis de grant façon & bien renommé
-demandeurs en cas d'excés & le procureur general d'amours adjoingt
-avecques eulx d'une part. Et la dame de icelluy deffunct deffenderesse
-d'autre part Et disoyent lesdictz heritiers demandeurs que ledict
-deffunct avoyt en son vivant son amour mis si ardamment qu'il ne s'en
-sçavoit ravoir. Et estoit bien aulcuneffois deux ou trois jours sans
-boire ne manger quant il pensoit a elle. Et brief il en estoit tant feru
-que au dernier il luy en estoit mal prins. Et pour venir au cas
-particulier disoyent sesditz heritiers demandeurs que ladicte dame avoit
-moult long temps pourmené ledit deffunct sans luy faire aulcun bien &
-estoit qu'elle luy prya qu'il l'estrenast le jour des estraines. A quoy
-se voulut tresbien employer/ et en effect luy donna ung tresbeau don
-dont il n'est ja besoing de parler Et dequoy elle fut tant contente &
-tant joyeuse qu'elle luy dist lors qu'elle le estraigneroit tresbien. Et
-de fait elle ordonna qu'il coucheroit en l'hostel d'une sienne voisine
-qui avoit sa chambre et demourance assez pres de la sienne Et par
-laquelle en cas de necessité l'en pouoit aller de l'ung a l'autre. Si
-fut le povre gallant bien joyeulx de telles estraines en soy repentant
-que il ne l'avoit encores mieulx estrainee. Mais ainçoys les dictes
-estraines luy cousterent bon prys. Si advint que pour inciter & mouvoir
-tousjours les ditz de sa dame a devotion il loua les bas menestriers
-pour venir jouer devant l'hostel entre mynuyct et le point du jour
-qu'ilz ne faillirent pas a venir/ et comme ledit gallant fust couché en
-atendant ses estraines lesditz menestriers alors commencerent a jouer la
-basse dance de Je languis et de l'ardant desir/ & sur ce point dangier
-le mary s'esveille lequel ne pensoit pas a danser et commença
-incontinent a dire qu'il avoit ouy des larrons en la maison. Et aussi
-pareillement que il avoit ouy ou songé la nuyt que on les devoit
-desrobber/ parquoy se voulut lever. Et alors ladicte dame faignant de
-aller allumer de la chandelle s'en vint courant dedans la chambre ou le
-galant estoit couché & luy dist qu'il estoit perdu/ et que dangier se
-doubtoit bien qu'il estoit leans. or qui fut bien esbahy a l'heure ce
-fut le compaignon et nompas sans cause/ car il ne sçavoit de quelle part
-tourner. Et alors tout a coup et soubdainement il gecta la couverture du
-lict ou il estoit couché a terre et se leva tout nud comme s'il venist
-du ventre de sa mere/ ce qui estoit besoing qu'il fist sans songer/ car
-l'en le poursuyvoit de bien pres & avoit esté la chose bastie de longue
-main pour l'attrapper et luy faire finer piteusement ses jours. Si
-advint si bien qu'en descendant les degrez il rencontra une vieille
-chamberiere qui sçavoit tous les destrois de l'hostel de leans/ laquelle
-ayans pitié et compassion de son cas luy dist que il n'y avoit remede en
-son fait sinon qu'il se boutast dedans ung vieil gelinnier de la maison
-lequel estoit tout plain de poulles/ et de chappons ou jamais on ne
-l'eust esté querir ne cercher. si creut son conseil et advertissement &
-aprés que ledit gallant fut entré dedans ledit gelinnier ladicte vieille
-ferma tresbien le guichet en mettant des barres au devant/ affin que
-l'en n'y peust entrer. Et ce fait s'en partit ladicte chamberiere bien
-legerement sans soy arrester pour mucer et oster ses robbes et
-habillemens affin que l'en n'apperceust riens/ en quoy feist diligence
-extreme et brief elle les entourtilla tous en ung monceau et les getta
-tous sur le ciel de son lict. mais encores ne peult oncques si bien
-cacher ne mucer que ledict danger ne trouvast ung des patins dudit
-galant qui estoit par cas de fortune demouré en la ruelle du lict et
-dieu scet la tempeste qu'il en fut Et combien que ladicte vieille
-chamberiere en faisant son debvoir jurast & affermast par grans sermens
-et sur son baptesme que c'estoyt ung des patins des menestriers
-dessusditz qu'ilz luy avoyent rué a la teste/ pour ce que elle leur
-avoyt gecté de l'eaue affin que ledit dangier n'y eust point de regret
-ne aucune suspection. Touteffois pourtant icelluy danger ne s'en voulut
-oncques taire/ ainçoys dist et jura que il n'y auroit lict ne banc qui
-ne fust renversé & mis sen dessus dessoubz/ et cherchoit depuis la
-jusques au guernier pour trouver ledit galant lequel estoit caché et
-mucé leans & en congnoistre et sçavoir la pure verité Si furent allumez
-falotz et lanternes de tous costez/ et n'y eut guichet/ ne cornet
-despuis le hault jusques bas ou l'en ne cherchast/ & si ne failloit
-point replicquer ne dire. Il n'y est pas/ car la fureur de dangier
-couroit alors pour tout confondre. Or sur ce point fault noter qu'il
-geloit a pierres fendans et goutte sur aultre/ parquoy le povre amant
-qui ainsi estoit tout nud dedans ledit gelinier ne l'avoit point
-d'advantage/ car il demoura la en cest estat et trembloit pareillement
-comme la fueille fait en l'arbre par l'espace de bien environ deux
-grosses heures Et qui plus est avec le mal qu'il souffroit encore
-souffroit il innumerable douleur des coqz & chappons qui le venoyent
-mordre & bequeter comme se feust esté poussins et tellement qu'il luy
-failloit tousjours avoir les mains au devant de ses yeulx affin qu'ilz
-ne les luy crevassent. et disoit on pour vray que quant il sortit dudit
-gelinnier il avoit plus de six cens troux & morsures dont il seignoit de
-tous costez/ qui estoit une angoisse importable & ne se osoit plaindre/
-crier/ ne tirer son alaine affin qu'on ne le veist ou apperceust. Et
-advint si bien que quant ledit dangier demanda qu'avoyent lesditz
-poussins qui ainsi voloyent et faisoyent si grant glay et caquet que
-merveilles. Mais ladicte vieille chamberiere & servante print la parolle
-sans soy effrayer en disant audit danger que c'estoit pour l'amour de la
-lueur/ et lumiere des falotz & chandelles dont lesditz chappons &
-poulletz avoyent paour/ & adonc fut ledit danger content sans plus rien
-en enquerir & s'en alla coucher. si fut le povre homme tiré dehors de
-leans aussi roide comme une barre de vieulx fer & ne congnoissoit desja
-plus personne/ et quant l'en le voullut faire approcher d'ung feu que
-l'en fist en la cuisine pour l'eschauffer il commença a soy esvanouyr/
-et brief qu'il ne l'eust bien tost secouru il estoit mort tout plat/ or
-s'en failloit il partir a cop Car la demeure estoit trop perilleuse/
-mais ledict povre amant ne eust peu avoir sesdictes robbes/ et vestemens
-qui ainsi avoyent esté gectez sur le ciel du lict sans faire grant noise
-qui estoit encores pour tout gaster parquoy fut ledict compaignon
-contrainct de vestir l'une des robbes de ladicte vieille chamberiere qui
-estoit bien estroicte sur les espaulles dudit amant & de chaulser les
-souliers de ladicte vieille chamberiere. et en ce point s'en vint a sa
-maison tresbien malade & en moult piteux termes/ si se fist alors bien
-penser et le lendemain visiter par les medecins. Mais estoit si
-tresesmeu et avoit si forte fiebvre du grant travail qu'il avoit
-souffert que l'en n'eust sceu bouter remede sinon que il traina bien
-.xv. jours sans sçavoir boire ne manger. Et devint aussi sec que boys si
-que finablement il alla de vie a trespas qui estoit bien grant dommage
-veu qu'il estoit sur le point de son bien Or disoient lesditz heritiers
-que attendu sa personne et le lieu dont il estoit le cas estoit bien
-detestable/ parquoy la pugnition & la peine debvoit bien estre grande
-contre ladicte dame qui avoyt esté cause de le faire ainsi mourir avant
-ses jours. Et pour ce concluoyent et requeroyent a l'encontre d'elle que
-pour occasion dudit cas dont mort s'en estoyt ensuyvie qui n'estoit pas
-possible de reparer ycelle feust condampnee a leur faire amende
-honnourable nudz piedz et sans saincture tenant une torche ardant en sa
-main du poix de quattre livres en disant que faulcement et maulvaisement
-elle avoit esté cause de la mort dudict deffunct leur frere dont elle se
-repentoit et leur en cryoit mercy et a amours Que avecques ce elle feust
-condampnee a faire faire une croix ou epytaphe ou tombe ou cymitiere ou
-il estoit enterré en laquelle fust pourtraicte la figure et
-representacion dudict deffunct et escript au bas de la tombe pour en
-avoir memoire a tousjours.
-
- ¶ Cy devant gist le corps d'ung vaillant amoureux jadis bien renommé
- qui fut piteusement estrainé de sa dame/ et qui receut d'elle si
- bonnes estraines qu'il en est piteusement mort quinze jours aprés:
- dieu en ait l'ame.
-
-Que en oultre ladicte dame soit condempnee a asseoir rentes a tousjours
-et perpetuelles pour fonder deux chappelles garnies de messel calices/
-chappes/ aubes/ vestemens et ornemens aux armes d'iceluy deffunct. et
-esquelles chappelles seront chantees et celebrees .ii. messes & quatre
-obitz l'annee pour le remede et salut de l'ame dudit deffunct amant et
-de tous ses amys trespasses. Qu'elle soit aussi condempnee a bailler
-l'argent qu'il fauldra pour admortir lesdictes rentes Que la
-presentacion desdites chappelles appartiengne aux hoirs et heritiers
-d'icelluy deffunct & la conlation a l'ordinayre. Et oultre plus que
-ycelle deffenderesse soyt de rechef condampnee envers iceulx heritiers
-par devant toutes oeuvres par ledict procureur general pour ladicte
-grant offence qu'elle a faicte a faire ung service moult solempnel
-auquel service tous les parens et amys/ grans/ et petis dudict deffunct
-seront appellés Et ou il y ait semonce deux torches et luminaire selon
-l'estat de la personne dudict deffunct. Auquel service les gens
-partyront de l'hostel ou le deffunct est trespassé comme se son corps y
-estoit et la sera ladicte dame de icelluy deffunct nudz piedz faisant le
-premier dueil et laquelle tiendra en sa main en allant au monstier et
-durant le service ung crucefix de bois bien piteux qu'elle pourra bayser
-s'elle veult en signe et signification qu'elle est signe de mort comme
-celle qu'on mayne a la justice que aussi elle soit condempnee quant l'on
-yra a l'offrande par la robbe l'ancien frere dudict deffunct/ & de le
-mener devant par ung des costez de son manteau jusques au pres du
-prestre pour le faire baiser. Et cela fait s'agenouillera et inclinera
-devant le prestre sans baisier a l'offrande et puis s'en reviendra aprés
-luy. Que aussy quant ce viendra a lever dieu elle soit tenue de soy
-lever de la place ou elle sera assise pour aler alumer la torche a
-celluy qui la tiendra et ce fait baiser le poile estant sur le coffre
-dudit deffunct ou de sa representation en soy inclinant tout bas Et en
-oultre aprés ce que la grant messe sera dicte et quant l'on yra en
-procession chanter sur la fosse dudit trespassé. Libera me domine de
-morte. &. ce. que icelle dame deffenderesse soit condampnee et
-contrainte a soy descheveler & agenouller sur ladicte fosse les mains
-jointes au ciel/ durant toutes les oraisons que l'en dira illec sur le
-corps et a prendre le guypillon ou benoystier pour getter l'eaue
-benoiste dessus ladicte fosse deux ou trois foys en baisant la terre &
-disant devant tout le monde c'est par moy que es maintenant cy lasse
-dolente/ maudicte soit l'heure que je fus oncques nee/ et puis cela
-faict elle sera tenue de metre au bout du chevet de ladicte fosse une
-croix ou ledict crucefix qu'elle tiendra en ses mains. Et aussi qu'elle
-soyt condampnee a donner et bailler le jour du service par ses mains a
-chascun povre qui se trouvera audict cymetiere ung grant pain blanc tout
-chault/ et deux tournoys pour l'ame dudict deffunct. Et pour amende
-prouffitable qu'elle feust condampnee en la somme de quatres mille
-livres: et aussy a tenir prison ou il appartiendra A ces fins offroient
-lesdictz heritiers a prouver/ et demandoient despens dommaiges et
-interestz. Et au regard dudict procureur general & des gens d'amours ilz
-disoient que par les dessusdyctes informations qui avoyent esté faictes
-en ceste matiere il apparoissoit bien de tout ce que dit est dessus et
-comme ledict deffunct quant il fut tiré du gelinier/ il estoyt presque
-demy mort mais se cas la advint par la faulte de ladite dame ou pour le
-cuider decepvoir/ il n'y avoyt nulz des tesmoings examynés es dites
-informacions qui en parlast. Et pource protestoyent lesdictes gens
-d'amours de prendre leurs conclusyons plus a plain mais qu'ilz eussent
-ouyes les dictes partyes tout du long. Sy fut aprés ladicte
-deffenderesse ouye/ qui premierement nya la demande d'eulx demandeurs
-estre vraye. Et puis aprés pour ses deffences disoyt qu'elle eut
-singuliere amour et accointance avecques le deffunct et que ce fut moult
-grant dommaige de sa mort/ car il estoit taillé se il eust vescu d'estre
-ung grant homme et d'avoir des biens largement. Aussi estoit il
-debonnaire aymé de chascun: parquoy valloit bien d'estre cher tenu/ et
-n'y avoyt ame qui en la mort de luy eust tant perdu qu'elle avoit faict/
-car une foys par le moyen de luy s'il eust pleu a Dieu de le laisser
-vyvre sur la terre elle avoyt intencion d'estre fort avancee et
-honnouree et ne feut oncques icelle deffenderesse autant doulente de
-mort d'homme comme elle feut de la sienne aussy ne le pouoit encores
-oublier. Or estoit il vray voirement que le jour des estraines il se
-approcha d'elle & la voulut estrainer Et combien qu'elle ne voulsist
-prendre les dons qu'il luy vouloit donner toutesvoyes il la contraignit
-par force a les recevoir/ et jura que jamais ne les remporteroit Si
-advint que lors pource qu'il estoit tard & qu'il n'eust veu goutte pour
-s'en retourner il la pria que pour dieu elle le logeast pour la nuyt
-seullement/ et jusques a ce que les menestriers venissent devant l'huis
-pour le recueillir et s'en aller avecques eulx. A laquelle priere
-obtempera icelle dame ayant pitié de luy et pour recompensation des
-estraynes qu'il luy avoyt donnees feut contente de le hebergier/ et
-ordonna qu'il feust couchié blanc et mol/ comme a luy bien il
-appartenoit/ et en beaulx draps tous neufz qui sentoyent a plaine gorge
-les roses des provins qu'elle luy tyra de son coffre a celle fin qu'il
-dormast mieulx Et aprés ce qu'elle luy eust dit dieu vous doint bonne
-nuyt elle luy bailla ung coeuvrechief & s'en alla coucher ou elle devoyt
-et elle ne cuidoit point jamais que danger s'en fust advisé ou apperceu.
-Et aussi a la verité il ne l'eust pas jamais fayt se n'eussent esté
-d'aulcuns malheureux envieulx dudit deffunct courroucés de son bien qui
-luy baillerent cest aventure sans cause & sans raison/ car chacun n'y
-pensoit que bien. Or fut vray que tout a ung mouvement ledict dangier
-quant il ouit les menestriers jouer devant son huys se leva comme tout
-esmeu et eschauffé/ commença a dire. S'il est ceans je le trouveray
-bien. Et de ceste heure ceste povre femme qui ne dormoit pas vint au
-devant de luy en demandant ou il voulloit aller ne qu'il voulloyt faire.
-Surquoy en respondant mal gratieusement dist laissés moy aller et luy
-bailla ledict dangier deux souffletz dont elle cheut a terre toute plate
-comme toute estourdye. Si commença a crier et survint au cry la vieille
-chamberiere a qui ledict dangier commanda de aller allumer la chandelle
-mais ce pendant la bonne maistresse la bouta du pied et entendit et
-congneut bien le jeu/ tellement qu'elle s'enfouyt tout incontinent sans
-delay vers le deffunct luy dire et annoncer les nouvelles dont il fut si
-effrayé qu'il se leva treshativement sans se seigner ne prendre sa
-chemise. Or qu'il devint depuis ne qu'il en fist ceste dame
-deffenderesse n'en sçavoit riens mais oncquespuis ne le veit ne n'ouit
-parler Et avoyt lors assés a faire de choyer dangier/ Et de luy dire
-qu'il auroyt frait/ et seroit malade s'il ne s'en tournoit coucher affin
-de luy rompre son entreprinse/ mais d'autant qu'elle le vouloyt appaiser
-il eschauffoit encores plus de cherchier ledict gallant ne ne la
-voulloit oncques en façon ne maniere qu'il est au monde possible cesser
-ne delaisser aucunement pour parolles ne pour prieres et supplications/
-ains convint qu'il cherchast par tout ou bon luy sembla et n'atendoit la
-povre femme que la mort et ne sçavoit lors qu'elle faisoit ne ou elle
-estoit/ Car des douleurs avoit assez et eust bien voulu estre hors du
-monde/ nompas pour doubte d'elle ne pour son honneur/ car elle n'en
-craignoyt ame du monde/ mais pour le dangier ou ledict deffunct estoit/
-et le desplaisir qui l'en pouoit avoir Or disoyt elle oultre qu'elle
-feut bien deux grosses heures entieres nudz piedz et en sa cotte simple
-parmy la maison allant tousjours aprés ledict dangier et jusques a ce
-que le tonnoirre fust cessé et dieu scet en quel paine brief chascun
-eust pitié de la veoir en cest estat/ car elle n'avoit couleur au
-visaige et estoyt aussi deffaicte que ung drappeau et si trembloit comme
-la fueille en l'arbre Et encores par maleureté advint que le feu de la
-chandelle que elle tenoit se print a ses cheveulx mais elle si
-terriblement troublee qu'elle ne le sentit oncques ne n'est possible a
-femme de endurer tel torment ne tel douleur pour une foys qu'elle fist
-alors Disoyt avecques/ ce que quant la noyse fut appaisee & que dangier
-ne trouva pas ce qu'il cuydoit elle envoya incontinent ses clefz en bas
-pour avoir des couvrechiefz pour chauffer sondit feu amy/ et luy faire
-revenir le cueur & la parolle/ et si n'est point a croyre qu'il ne luy
-fist tresgrant mal de ce qu'elle ne pouoit aller vers luy pour le
-reconforter/ mais elle avoit trop grant empeschement et si n'estoyt pas
-temps Touteffois au dernier faignant qu'elle eust mal au ventre elle
-trouva maniere de venir en bas et vint a une course luy dire a dieu & le
-baiser moult doulcement et alors les larmes yssirent deux yeux tant
-d'ung costé que d'autre & ne pouoient parler tant avoient chascun le
-cueur serré/ cela faict elle s'en retourna coucher bien dolente/ mais
-n'eust sceu dormir tant larmoyoit et avoit de mal si que le lendemain
-l'en eust trouvé les draps du lict tous plains de larmes et gemissemens.
-et depuis qu'elle le sceut que ledit deffunct fut malade elle ne eut
-joye au cueur ne n'estoit une seule journee que elle ne luy envoyast des
-prunes de damas seches/ des fleurs de toutes sortes/ boucquetz odorans/
-et toutes autres choses plaisantes pour le esjouyr/ mais ce que chascun
-dit il fut mal pensé ou petitement secouru et luy bailla son medecin par
-trop de medecines laxatives/ Et puis il estoit foible et de tendre
-complexion/ et en effect il trespassa bien trois sepmaines le cas advenu
-Or disoit ceste dicte deffenderesse que de la voulloir chargier de la
-mort dudit deffunct c'estoit tresmal fait/ veu qu'elle n'en avoit tache
-ne coulpe/ ainçois vouldroit qu'il luy eust cousté six pallettes de son
-sang/ & qu'elle ne deust boire ne manger que du pain & boire de l'eaue
-d'icy a trois ans & il fust encores en vie. Disoit aussi par autre moyen
-que l'en ne la devoit charger de sa mort. Car elle n'en pouoit mais/ et
-fut a la requeste dudit deffunct qu'elle consentit que il demourast a
-l'hostel & pour lui faire plaisir qui ne luy doit tourner a dommaige et
-s'il eust beaucoup a souffrir encores en eut elle plus la moytié. Aussi
-ne fut ce pas par elle que la fortune advint ainçois par ceulx qui
-avoyent rapporté faulses parolles a dangier dont par ce moyen l'en s'en
-devoit adresser a eulx et nompas a elle. Et quant au regard de la
-charger qu'elle sçavoyt bien que tout ce qui a esté fait adviendroit.
-Respondit par sa foy qu'il estoit impossible que le cas fust advenu se
-premierement danger n'eust esté embouché des envieux dudit deffunct & ne
-l'eust point songé Aussi de dire qu'elle feust consentant/ veu que son
-honneur y pendoit/ cela estoit trop notoirement faulx et ne l'en voulut
-oncques charger ledit deffunct qui en sçavoit bien la pure verité. Si
-disoit ladicte deffenderesse qui par les moyens dessus couchez que
-lesditz heritiers ne faisoyent a recepvoir en quoy que ce soit en voye
-d'absolution. A ses fins concluoit et demandoit despens Et entant qu'il
-touchoit les gens d'amours qui disoyent que il sembloit de prime face
-que il y eust grande presumption contre ladicte dame entant que elle
-envoya audit gallant qui estoit dedans ledit gelinnier une vieille robbe
-ou couverture pour le couvrir veu qu'il geloit a pierre fendant/ et
-qu'elle pouoit bien penser qu'il morfondoit illec/ & pource requeroyt
-que le droict d'amours y fust gardé. Respondit ycelle dame qu'il n'eust
-pas esté en toute sa puissance de le secourir/ pour ce que dangier
-estoit tousjours auprés d'elle et qu'il faisoit autant de pas comme elle
-faisoyt/ et se elle eust fait aulcun semblant d'aller devers luy/ tout
-eust esté descouvert. Aussi ne sçavoit elle alors ou il se estoit bouté
-ne qu'elle faisoit tant estoit effrayee de l'advanture. Surquoy les
-heritiers dudit deffunct en repliquant disoyent que elle ne se pouoit
-excuser de la mort d'icelluy/ car devoit estre asseuree de son cas &
-avoir deux cordes en son arc avant que le laisser demourer leans. c'est
-a dire que elle debvoit pourveoir a l'inconvenient et luy faire deux
-chemins affin au moins quant danger fust venu par l'ung qu'il s'en
-allast par l'autre mais elle avoit ouvré au contraire/ car elle avoit
-mys le povre homme coucher en la gueule des loups qui l'eussent
-voulentiers devoré se par amours ne eust esté secouru/ & quant du
-secours qu'elle disoit avoir fait audit deffunct ne sert de riens. et
-aussi pour monstrer l'experience du contraire oncques n'avoit esté au
-service dudit deffunct ne porter le dueil. comme se jamais ne l'eust
-congneu Si fut dupliqué par ladicte deffenderesse/ en disant que c'est
-plus grant paine la moyctié de porter le dueil dedans le cueur que
-dehors & mettre une robe noire car l'ung griefve et touche de pres/ et
-l'autre n'est que pour faire maniere/ et en y a beaucoup qui font le
-dueil par dehors mais ne leur en chault. Si estoit ladicte deffenderesse
-de ceulx mesmes qui le portoyent au cueur car jamais n'oublyoit le
-deffunct/ et n'estoit jour ne nuyct que elle n'en plourast et priast
-pour luy quant il luy souvenoit de sa grant douleur et debonnaireté. Au
-regard des deux chemins il n'est personne si saige ne si advisé qui ne
-perdist le sens mesmement quant l'en n'a pas le loisir d'y penser et que
-ung tel inconvenient vient si soubdainement et en parlent plusieurs bien
-a leur aise par ce qu'ilz ne sçayvent que c'est. si disoit par ses
-moyens que a elle l'en ne pouoit riens demander dudit cas comme dessus.
-Lesquelles parties ouyes en tout ce qu'elles ont voulu dire & aleguer
-elles ont esté appointees contraires et en enqueste/ laquelle a esté
-faicte/ et rapportee par devers la court et ont depuis les parties
-baillé reprouches produit ce que bon leur a semblé. Si a la court veu
-finablement ledit procés enquesté et tout ce qui il failloit veoir en
-grant et meure deliberation/ & tout veu et consideré ce qu'il failloit a
-considerer la court dit que elle absolut la dame des impetitions &
-demandes des heritiers dudit deffunct comme non coulpable du cas &
-recompense les despens d'ung costé & d'autre & pour cause
-
-
-
-
-¶ Le .xxiii. arrest.
-
-
-En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une dame
-apellant d'une part & ung sien intime d'autre/ & disoit ladicte
-appellant que jaçoit ce qu'elle ne luy eust meffait ne mesdit en riens/
-mais ay tousjours taché a luy complaire/ neantmoins ledit intime
-c'estoit vanté de luy porter dommaige & de fait l'a menacee de la faire
-prisonniere/ et voulant faire information pour la prendre elle s'est
-sentue grevee et en a appellé. Si concluoit tout pertinent en matiere
-d'appel qu'elle a esté mal menacee & bien appellé par elle A ces fins
-offroit a prouver et demandoit despens de la partie dudit amant fut
-deffendu au contraire & disoit que ung soir bien tard ainsi que il
-passoit par devant l'huys de sadicte dame il commença a toucer affin
-qu'elle l'ouyst pour dire dieu vous doint bonne nuyt/ mais aussi tost
-qu'elle entendit que c'estoit il elle print ung seau d'eaue & le gecta a
-sa fenestre sur sa teste et dedans le dos tellement que le povre homme
-fut tout esfarouché & cuidoit bien estre noyé. Aprés laquelle eaue
-gettee la dame & sa chamberiere commencerent a rire si hault & se
-mocquer qu'il les peust bien ouyr/ dont il fut plus dollent que par
-devant et pour ceste cause s'en estoit plaint a la justice d'amours qui
-avoit ordonné faire information du cas pour aprés y pourveoir. Or disoit
-que le cas estoit maulvais/ car il avoit esté fait d'aguet a pensee et
-avec propos deliberé en hayne et desrision d'amours/ et contre le dit
-amant qui estoit en sa sauvegarde/ parquoy il cheoit grant reparation
-mais encores l'en ne faisoit que l'information pour la verité/ & par
-ainsi d'en avoir appellé l'appellation n'estoit recepvable/ aussi ne
-faisoit a ladicte dame aucun grief/ car quant l'en l'eust voulu prendre
-il estoit lors temps d'en appeller & nompas de l'information. Disoit
-avec ce ledit amant que jamais n'en eust parlé si n'eut esté la
-mocquerie & risee qu'elle & sadicte chamberiere en firent quant il fut
-ainsi moullé/ et concluoit affin de non recepvoir allias mal appellé/ en
-requerant provision. A quoy fut replicqué par l'appellant disant que sus
-sa foy quant l'eaue fut gectee/ elle ne cuydoyt point que ce fust il Et
-aussi ce ne fut elle pas qui la lui gecta mais sa chamberiere qui estoit
-jeune & sote dont elle fut moult courroucee aprés/ combien qu'elle n'y
-eust peu mettre remede car la chose estoit ja faicte/ mais quoy que ce
-soit ne se farcerent oncques de luy/ et ainsi de se plaindre a ledit
-amoureux grant tort. Aussi n'y avoit il danger de son costé/ car l'eaue
-estoit nette si lui estoit moult proffitable pour le rafreschir. Et au
-regard qui fust en la saulvegarde d'amours elle n'en sçavoit rien aussi
-ne luy en avoit on riens signifié. Ledit amant pour ses dupliques disoit
-qu'il n'estoit que de bonne chaleur & que ladicte dame ne se pouoit
-excuser pour dire qu'elle ne cuidoit point que ce feust il/ Car il avoit
-toussy une foys/ ou deux tant que elle l'avoit bien entendu/ Et fut la
-chose faicte a la main pour se farcer de luy et despriser. et quant a la
-saulvegarde ne la pouoit ygnorer/ car il estoit tout notoire que tous
-amoureux qui vont de nuyt sont en la sauvegarde d'amours tout ne plus/
-ne moins comme sont les oubliers qui vont par la ville et de ne leur
-toucher sur peine de perdre le poing. surquoy les parties ouyes elles
-ont esté appoinctees a mettre par devers la court & au conseil ce que
-bon leur sembleroit/ si a la court veu ledit procés & tout ce qu'il
-failloit veoir en ceste matiere et a tout veu la court dit qu'il a esté
-mal appellé par ladicte appellante et l'amendera en la condampnant es
-despens de la cause d'appel/ la tauxation reservee. et ordonne la court
-que ladicte dame et sa chamberiere comparoistroyent ceans en personne
-pour estre interrogué sur ledit cas. Et ce faict la court pourvoyera sur
-tout & fera droit aux parties ainsi qu'il appartiendra par raison.
-
-
-
-
-¶ Le .xxiiii. arrest
-
-
-En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une jeune dame
-appellante d'une part/ et ung jeune amant intime d'aultre part. et
-disoit ladicte appellante que comme entiere et loyalle ou elle debvoit
-estre elle avoit esconduit ou debouté ledit intime Touteffois affin
-qu'il n'en feust mal content ou qu'il ne cuydast qu'il eust haine a
-l'encontre de lui faisoit tousjours ung commun acueil comme aux aultres.
-Or disoit elle que une journee ainsi comme elle et d'aultres de ses
-voysines jouent au propos il se vint seoir auprés d'elle. Et advint a
-son tour que ainsi qu'il parloit a elle a l'oreille pour luy dire son
-mot et proposer dessus que icelluy gallant en haulsant la pate du
-chapperon la baisa tout a coup/ duquel baiser ainsi prins d'emblee et
-par trahyson ceste dame si a appellé et relevé/ et pource concluoit tout
-pertinent qu'il avoit esté mal procedé & tres mal exploicté par ledit
-amant et bien appellé par elle offrant prouver et demandoit despens. et
-au surplus elle requeroit que il luy fust deffendu de plus ne luy
-toucher en quelque façon que ce fust De la partie dudict amoureux intime
-fut deffendu au contraire et disoit que voirement se trouva assis
-avecques elle/ et plusieurs aultres qui jouoyent audit propos & fut vray
-qu'en s'approchant vers elle pour luy dire le mot qu'il avoit pensé son
-pied luy grila devers elle & ainsi lui cuidant dire en l'oreille sa
-bouche froya ung peu contre sa joue/ mais cella ne doit estre reputé
-pour ung baiser car ce n'estoit que ung glyssement. Aussi n'avoit il
-touché que contre la joe et l'orelle. Et n'y avoit eu saveur ne odeur
-quelconque ains encore luy rechigna elle comme s'elle l'eust voullu
-menger pourquoy de se plaindre avoit ladicte dame grant tort. et
-n'estoyt l'appellacion recepvable ne valable veu mesmement qu'il ne luy
-avoit faict aucun grief et pour ce concluoit a ses fins et qu'il fut dit
-qu'elle avoit mal apellé offrant a prouver et demandoyt despens. Cest
-appellant pour ses replicques disoit que par telz moyens prendre baiser
-c'est larcin publique & que l'en ne pourroyt pugnir telz malfaicteurs/
-car c'est a eulx trop entreprins et en peult venyr trop d'inconvenient
-Et peult estre que ceulx qui les voyent ainsi prendre ne l'oublyoient
-pas aussy de legier et pensent a l'adventure ce qui n'est pas et aussi
-quant les autres a qui la chose touche le sçavent ilz en prennent des
-merencolies & aussi des desplaisances beaucoup et cuident souvent que
-leurs dames par ce moyen ayment autres que eulx parquoy avoit appellé
-dudit baisier l'appellation estoyt bien recepvable. Et ne valloyt rien
-de dire au contraire que cela ne luy portoit point de prejudice car ce
-n'estoyt pas son plaisir qu'il la baisast ne touchast en aucune maniere
-et concluoit comme dessus Mais ledit intime pour ses dupliques disoit
-que autant en emportoit le vent et que nul qu'elle ne pouoyt sçavoir
-qu'il l'eust baisee: car la pacte du chapperon estoit au devant
-Finablement les parties ouyes elles ont esté appointees en droit et au
-conseil. Si a la court veu ledict procés ce qu'il failloit veoir en
-ceste matiere: Et tout veu la court mect ceste appellation au neant et
-sans amende ne despens et ordonne la court que doresnavant l'en ne
-jouera plus audit jeu de propos sinon que dangier ou chagrin soient
-entre deux & pour cause
-
-
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-
-¶ Le .xxv. arrest.
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-
-Ceans c'est plaint ung amoureux d'une sienne dame/ disant que combien
-qu'il l'ait longuement servie et qu'elle ait peu apparcevoir sa bonne
-voulenté/ neantmoins elle ne l'a voullu aymer ne prendre en grace/ ains
-luy a ja respondu par plusieurs fois qu'elle ne le veult aymer plus luy
-que ung aultre & qu'elle ne sera subgecte en amours tant qu'elle vive
-affin qu'il se pourvoye ailleurs/ Et ainsi se povre gallant a des maulx
-beaucoup a souffrir/ car il a mis tout son cueur en elle qu'il en
-vouldroyt bien oster et retirer/ Mais il ne peut et pource requeroit
-qu'elle fust condempnee a le recepvoir en sa grace comme son serviteur
-et amy: ou aumoins qu'elle fist tant qu'il ne luy souvenist plus d'elle
-et ne luy en chaulsist point. Et sur ce a ladicte dame deffenderesse
-deffendu au contraire disant que au regard d'elle pour obvier aux grans
-maulx qu'elle veoyt tous les jours advenyr a ceulx et celles qui sont au
-plaisir & service d'amours elle ne veult personne aymer ne mettre son
-cueur plus a l'ung que a l'autre/ car selles qui le font s'en tiennent
-deceveurs: et advient voullentiers qu'elles en seuffrent beaucoup
-d'oprobres et en perdant leur bonne renommee/ dont aulx gallans ne
-chault guieres/ car ilz ne pensent que a leur singulliere voullenté/ et
-leur semble que ce qu'ilz songent leur doibt advenir dont ilz sont bien
-loing Et aussi pour faire tout uny n'avoyt ladicte dame entencion
-d'aymer aulcun/ ains voulloyt demourer et la franche liberté. Et ledict
-complaignant avoyt mys si fort son cueur en elle qu'il ne l'en pouoyt
-oster dont c'estoyt follye a luy/ car il aymoit sans partie Et quant est
-de requerir qu'il ne luy souviengne plus d'elle: respondict ladite dame
-qu'elle ne le sçauroit garder de songier et de penser a elle/ se luy
-mesmes ne s'en voulloyt garder/ Car elle n'avoit pas la clef de son
-cueur. Aussy telz pensemens ne viennent que de folles voullentés qui
-suffocquent les cueurs des gens par trop legier croire & fole esperance
-en quoy l'en ne se doibt fier: mais en tant qu'il luy touche ne luy
-souvient de luy que bien a point. Et disoyt oultre qu'elle ne peche en
-riens qu'il ne l'oste de l'amour qu'il dit avoir en elle veu qu'il s'i
-abuseroit trop longuement. Si concluoit par ses moyens affin
-d'absolucion et demandoit despens/ et aprés le procureur d'amours qui
-touchant ceste matiere c'estoit adjoint avec ledit povre amant
-demandeur. Si disoit que une femme de quelque estat qu'elle soit s'elle
-n'est une fois en sa vie amoureuse et au service d'amours elle ne sera
-jamais bien venue du monde/ ains doibt estre reputee tout son temps
-comme une beste brute qui n'a point d'entendement/ car tous biens
-viennent d'aymer et qu'il soit vray l'en le peult veoir par experience
-de celles qui ayment car d'amours vient joye plaisance et desplaisance/
-aise et desaise de tous les biens du monde ne n'aura jamays femme ne
-homme qui soit amoureulx disette de biens/ car l'en a tousjours assés et
-vault myeulx ung soubzrys/ ou ung petit genoul ou quelque petit signe
-que l'en s'entregette l'ung a l'autre que avoir cent muys de blé au
-grenier car au moins telz biens d'amours ne se peuent diminuer et si ne
-les fault point vanner pour les chardons. Et aussi l'en voit communement
-que une femme qui est amoureuse est tousjours joyeuse ne n'y a celluy
-qui ne tasche a luy faire plaisir. et si s'entrebat l'en encores pour
-estre des premiers a la servir elle sera tousjours coincte jollye et
-bien cueillie et n'y a ordure qui s'osast prendre a sa robe/ mais au
-contraire celles qui renoncent au servyce d'amours sont maleureuses et
-chetives et ne veult l'en avoir a faire a elles sinon en passant pour
-dire dieu gard et a dieu dame. Et tous les plus grans biens qu'ilz
-peuent avoir c'est quant elles se treuvent es festes ou on dance ou en
-aultre lieu qu'on fait bonne chere qu'elles sont assises en banc pour
-parler du temps passé regardés le personnages et vieulx habitz qui sont
-pourtraictz en ses tapisseries de nopces de deviser illecques a ung
-coingnet du temps jadis n'avoyent garde d'eux habiler de telz habitz qui
-courent maintenant/ et l'une belle commença a dire tout est changé/ et
-qu'elle ne congnoist plus rien au monde/ et l'autre dira que ce n'est
-que folie d'y mettre son cueur veu qu'il fault mourir/ et en ce prennent
-leur deduyt et ne leur dure gueres/ car quelque chose qu'elles en disent
-elles vouldroient en leurs cueurs estre aussi jolyes que les aultres et
-avec ce elles n'ont point de bien car lors n'en tient l'en pas grant
-compte/ parquoy n'ont point de joye ne liesse ains languissent sur le
-pied & pource disoit ledit procureur d'amours qu'il avoit choys de l'ung
-a l'autre et qu'il ne pouoyt croire que ceste dame de si vaillant cueur
-reffusast son service/ et affin que il en sceust la verité requeroit
-qu'elle jurast c'elle vouloyt a tousjours renoncer aux biens & service
-d'amours surquoy elle interroguee dist et afferma que ouy & qu'elle
-n'avoit cure d'aymer quelque gallant que ce fust pour aucunes causes que
-a ce la mouvoient. Ouyes les responces et affirmations ledict procureur
-d'amours print ses conclusions a l'encontre d'elle tant qu'elle fut
-banie & privee a tousjours du royaulme d'amours/ et des biens qui y sont
-et qui n'y eust personne qui se esbahyst ne parlast a elle en quelque
-maniere que ce fust sur peine de confiscation de corps et de biens et
-qui tous ceulx qui luy verroyent desormais tenyr boucquetz les luy
-allassent arracher des mains devant tout le monde comme indigne de les
-porter Et avec ce que nonobstant la renonciacion par elle faicte et sans
-prejudice d'icelle fust condampnee a le saluer et rire de l'oeil et de
-bouche tant seulement et pour ce gallant aimer tant qu'il fust revenu a
-santé de la maladie qu'il avoyt a cause d'elle. Et oultre requeroit que
-a greigneur seureté il fut baillé a elle en garde pour le penser durant
-sa maladie en telle maniere que s'il rechet jamais en l'estat l'on s'en
-pourra prendre a elle. Et aussi qu'elle fust tenue de respondre ou que
-telles aultres conclusions fussent adjugees audict procureur d'amours
-qui la court aviseroit Surquoy ladite dame dessusdite disoit que veue la
-revocation par elle faicte de ne aimer ne d'avoir aucuns biens d'amours/
-l'en ne luy pouoyt plus rien demander: car elle estoit exempte de la
-court/ et non tenue de proceder/ mais devoyt estre mise hors de procés
-Et quant est des conclusyons prinses contre elle par les gens d'amours
-disoit qu'elles n'estoyent recepvables: car amour vient de voulenté et
-de plaisir. Et ainsi doncques puis que une foys elle avoyt declairé que
-son plaisir n'estoit point d'aymer l'en ne la devoyt de raison
-contraindre par force aymer ne ne s'en devoit plus la court mesler. Et
-au regard d'avoir en garde le malade: elle respondoyt qu'elle n'en
-prendroit jamais la charge: pour ce qu'elle avoit assés a faire de se
-garder elle mesme. Et quant est de porter fleurs ou boucquetz bien s'en
-passeroit Mais le povre amant par ses repliques disoit qu'il estoyt
-content qu'elle demourast en sa liberté et qu'elle feist tout ce qu'elle
-voudroit pourveu qu'il ne luy souvint plus d'elle combien qu'il ne luy
-estoyt possible que jamais la sceut oublier/ et s'en estoit bien esforcé
-tant par voiages et pelerinaiges qu'il en avoit fait que aultrement car
-tout rien n'y a voulu/ car de tant plus qu'il en estoit loing c'estoit
-alors qu'il avoit plus grant desir de s'en approucher. parquoy son cas
-estoit pitoyable et moult favorable entendu mesmement qu'il n'estoit
-possible de recevoir garison synon de la grace de sadicte dame pour
-occasion de laquelle sa maladie luy estoit venue: et a ce qu'il fust
-guery et estoit content de mourir entre ses mains/ en offrant de la
-quiter de sa mort et aussi de deffendre a ses heritiers de ne luy en
-jamais rien demander Mais ladicte dame perseveroyt tousjours en ses
-reffus disant que celles qui y sont bien se y doivent tenir/ et que de
-soy obliger en une chose ou elle n'est point tenue jamais ne le feroyt
-pour rien. Oultre elle disoit qu'il ne luy souvient de luy/ parquoy ne
-luy doibt point souvenir d'elle: et est bien grant simplesse d'y mectre
-son cueur si avant que on ne l'en puisse oster A quoy le povre homme
-respondit que l'on n'en est pas maistre qui veult/ et que s'il s'en
-pouoit une fois deffaire jamais elle ne aultre n'aymeroit si
-parfaictement au moins qu'il ne sceust bien comment. Ouyes lesquelles
-parties en tout ce qu'elles ont voulu dire et alleguer elles ont esté
-appointees a mettre par devers la court et au conseil. Sy a la court
-finablement veu ledit procés avec ce qu'il failloit veoir et visiter en
-ceste matiere. Et tout veu et consideré la court dit que veu et visiter
-la renonciation faicte par ladicte dame deffenderesse de ne servir
-jamais a amours elle ne tiendra court ne congnoissance de ceste matiere
-mais elle ordonne qu'il sera deffendu a tous galans subjetz & serviteurs
-d'amours qu'ilz ne soyent si osez/ ne si hardys de la mener danser en
-quelque feste qu'elle soit ou voise ainçois qu'on la laisse toute comme
-une femme habandonnee et bannie de toute joye. Et pareillement sera
-deffendu a tous cousturiers qu'ilz ne luy facent aucunes robbes ou
-vestemens a la nouvelle façon/ mais que ilz mettent tousjours en celles
-qu'ilz luy feront ung gros ply entre deux menus que devant ou derriere
-elles soyent mal arondies que legier passe d'ung costé affin que chascun
-congnoysse que avant ses jours elle deviendra chartreuse/ et que par ce
-moyen elle soit esloingnee et privee de toute joyeuse compagnie. Et au
-regard de la provision requise par ledit povre amant malade/ la court
-dict que elle n'y peult toucher mais de grace combien qu'il ne soit
-acoustumé de faire/ luy conseille de se pourveoir ailleurs de dame/ ou
-de se vestir de dueil/ affin que le cueur d'elle puisse ung peu amollir.
-
-
-
-
-¶ Le .xxvi. arrest.
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-
-Aux cryees d'une tresbelle fille se sont trouvés sept opposans Et disoit
-le premier qu'il avoit bien desservy l'amour d'elle et qu'il la voulloit
-bien par quoy la requeroit a avoir devant tous les autres. le second
-opposant disoit qu'il avoit tout son cueur en elle & disoit qu'il
-l'avoit de pieça choisie pour estre son serviteur si c'estoit son
-plaisir Le tiers disoit qu'il l'avoit premierement requise & fait ses
-diligences en temps & en lieu et ainsi devoit estre preferé. Le quart
-disoit que s'elle prenoit autre que luy se devoit estre a la charge de
-lui faire ung petit genoul/ & ung soubris qu'elle luy avoit promis que
-toutes et quantes foys qu'il passeroit par devant elle. Le .v. disoit
-aussi qu'ilz avoyent promis de eulx entre aymer ensemble/ et de faire
-des biens l'ung a l'autre Et pource requeroit qu'il ne fust pas oublié
-ne mys des derniers. Le .vi. disoit que combien que il eust bon droit de
-s'opposer toutesfois attendu qu'il y avoit tant de opposans il ne
-requeroit seullement que la grace d'elle et que on l'eust pour
-recommandé a jour de payer comme ung autre. Le .vii. et dernier disoit
-qu'il l'avoit songee deux ou trois fois la nuit/ & aussi on luy avoit
-rapporté qu'elle le aymoit bien/ parquoy requeroit estre preferé devant
-tous autres A quoy dangier et malle bouche qui estoyent adjoinctz a
-veoir juger ce decret desdictes criees & disoyent que lesditz opposans
-s'abusoyent bien de y venir par opposition car il n'y sçavoit nul qui
-eust droict en la proprieté des choses criees ne qui deust empescher
-d'en disposer a leur plaisir & devoient lesditz opposans venir par
-requeste et supplication & nompas par main armee. Et quant est des
-parolles & gracieux semblant qu'on leur avoit donné disoyent lesditz
-dangier et malle bouche que filles ne ont point de vouloir ne de faculté
-de choisir ou eslire et oultre quelque double parolle ou bel acueil que
-facent aux gallans cela ne peult prejudicier sinon a ceulx qui se y
-fient trop de leger & pource de s'i attendre estoit grant simplesse avec
-plusieurs autres raisons servans leur cas Surquoy parties ouyes elles
-ont esté apointees en droit et au conseil. Et a la court finablement veu
-ledit procés lesdictes criees avec les causes d'opposition & tiltres de
-chascun. Et tout veu et consideré la court dit que nonobstant les
-oppositions desditz opposans dont elle les deboute ledict decret sera
-adjugé a la voulenté desditz dangier et male bouche mais ladicte fille
-choisira celluy des opposans qui mieulx luy plaira pour estre son amy et
-serviteur et condampne les opposans es despens.
-
-
-
-
-¶ Le .xxvii. arrest
-
-
-En la court de ceans c'est assis ung procés entre ung povre amant
-appellant de certain reffus a luy fait par sa dame intimee d'aultre
-part/ et disoit ledit appellant que la chose qu'il desiroit plus
-c'estoit d'estre en la grace d'elle et qu'elle eust souvenance de luy.
-Or disoit que a ceste occasion & affin qu'elle l'eust en memoire il se
-advisa aux estraines dernieres passees de luy faire ung des plus beaulx/
-et riches mouchoirs qu'il estoit possible de faire ou son nom estoit
-escript a lettres entrelassees le plus gentement du monde/ et luy avoyt
-bien cousté quatre escus/ car il estoit attaché a ung beau cueur d'or et
-franges de menues pensees. Si fut vray que le povre gallant mesme luy
-presenta ledit don audictes estraines mais elle n'en eut cure ainçois
-l'a reffusé en disant qu'elle n'en prendroit point & qui plus est
-maintenant luy fait pire chiere que elle n'avoit acoustumé par avant en
-luy rechisgnant a chascun coup/ parquoy se gallant voyant qu'il n'y
-pouoit trouver aultre maniere a appellé dudit reffus et rechignement en
-la court de ceans. et pour ce concluoyt tout pertinent en matiere
-d'appel qu'il avoit esté mal reffusé mal rechigné et bien appellé par
-luy. A ses fins il offroit a prouver & demandoit provision d'estre remis
-en l'estat qu'il estoit par avant son appel et despens. De la partie de
-ladicte intimee fut deffendu au contraire et disoit que c'elle luy
-rechisnoit ou faisoit maulvaise chiere/ l'on ne s'en debvoit pas
-esbahir/ car il se vouloit trop moquer d'elle de luy presenter ung tel
-don qui n'estoit pas recepvable veu que c'elle l'eust prins elle eust
-confessé en effect d'estre morveuse. car aussi il ne sert que de
-moucher/ pource a bonne et juste cause l'avoit reffusé et n'estoit par
-consequent l'opposition dudict reffus vaillable. Et concluoit a ses
-fins/ et quant est de la provision n'en doibt point avoir/ car pour
-meffaire/ ou mesprendre si lourdement envers sa dame qui debvoit garder
-de courroucer elle n'estoit tenue de rendre plaisir. A quoy ce povre
-amant disoyt que en telles matieres l'on ne debvoit pas tant regarder au
-don que a la voulenté du donnant. et affermoyt par sa foy que jamais
-n'eust pensé la ou sadicte dame pense/ mais seullement luy avoit fait
-faire ledict mouchouer qui estoit moult beau & riche pour l'amour d'elle
-et affin que quant elle metteroyt la main a ses clefz elle le veist ou
-quant elle se mouscheroit luy souvint alors de luy/ et brief aymeroit
-myeulx mourir/ que faire chose en son escient qui luy despleust/ en
-offrant de luy donner en ce lieu ung aultre tel don que elle vouldroit
-en requerant pour dieu mercy entant qu'il la pourroit avoir offensee.
-Surquoy ladicte dame pour ses duplicques/ disoit au contraire que par le
-propos mesmes dudict amant prins a son prejudice il avoit delinqué & que
-pour donner exemple aux autres ou affin que une aultreffois fussent
-mieulx advisez estoit besoing de y pourveoir. Finablement parties ouyes
-ont esté apointez en droit & a mettre devers la court et au conseil. si
-a la court d'amours veu ledit procés a grant et meure deliberation &
-tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere/ & tout veu dit que il a
-esté bien reffusé & procedé par ladicte dame & mal appellé par le dict
-appellant et l'amendera en le condampnant es despens de la cause
-d'appel/ la tauxation reservee avec ce declere la court ledit don non
-recevable ne vallable en deffendant a tous amoureux de jamais n'en
-arrestez leurs dames sur peine d'amende arbitraire & de encourir
-l'indignation d'amours
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-¶ Le .xxviii. arrest.
-
-
-Ceans c'est complaint une femme de une sienne voisine/ disant que elle
-luy tient les plus rudes termes du monde car incontinent qu'elle voit
-ung homme qui vient parler a elle toute la journee elle ne cessera de
-quaqueter mal es voisines en gectant des petites pierres par une
-fenestre qu'elle a respondant sus la rue dessus les gens qui estoyent a
-son huys pour les en faire aller. Et puis quant on n'en tient compte ou
-que l'en ne s'en bouge/ elle s'en vient plainement a ladicte fenestre
-tousjours/ et dire dieu vous gard comme pour dire/ je vous voy bien et
-proferant plusieurs aultres parolles mal sonnant/ & encores plus elle
-non contente de toutes ses choses ycy tressouvent elle murmure & se elle
-a quelque robbe ou chapperon nouveau ceste femme deffenderesse va
-publier incontinent que elle sçait bien qui luy a donné & que tel l'a
-payé qu'on ne cuyderoit pas en luy faisant plusieurs autres oultrages et
-desplaisirs. Et pour ce requeroit icelle demanderesse qu'il fust
-deffendu a sa voysine de ne parler contre elle sur paine de luy parcer
-la langue et que sa fenestre par ou elle vient escouter les gens fust
-abatue & demandoit despens De la partie de ceste deffenderesse fut
-deffendu au contraire et disoit qu'elle avoit tousjours vescu
-paisiblement/ et n'eut jamais noise en la rue si non depuis que ladicte
-demanderesse y estoit venue demourer qui n'estoit contente des biens
-qu'elle a/ mais veult entreprendre sus les aultres et si luy semble pour
-deux/ ou troys robbes qu'elle a qu'on la doibt appeller ma dame et
-qu'elle doit supediter tout le monde. Or ne le vouldroit point ycelle
-deffenderesse la despryser/ mais aussi ne la souffriroit jamais a son
-pouoir entreprendre sus elle. Combien qu'elle y a bien tasché par
-plusieurs foys. Et est vray que par faulx rapors elle luy a soutrait ung
-des meilleurs chalans qu'elle eust pourquoy s'elle en est courroucee
-contre elle/ l'en ne s'en doit esmerveiller et s'elle a parlé contre
-elle aussi a la damoyselle/ et dit d'elle des maulx infinis dont elle
-laissera la vengeance a dieu qui sçait tout. Et quant est de sa fenestre
-elle est sienne & en sa maison. Parquoy elle y peult estre a toute heure
-ne ne la pourroyt on empescher qu'elle n'y viengne quant bon luy
-semblera. Au regard des chapperons/ et des robbes nouvelles disoit
-qu'elle n'a pas dit encores tout ce qui en est/ & que quant il fauldroyt
-nommer ceulx qui les ont donnees/ voirement elle les nommera bien
-parquoy de se plaindre d'elle & avoit la demanderesse moult grant tort
-Et au surplus concluoit affin de absolution et de despens. A quoy
-ladicte demanderesse respondit disant qu'il vauldroit beaucoup myeulx
-estre logé aux champs que emprés une femme envieuse/ car elle ne se
-peult taire tant est courroucee du bien d'aultruy & si en est le service
-d'amours empesché par ce que plusieurs entreprinses se pourroient faire
-qui en son rompus et advient moult voulentiers que par telles malles
-bouches l'honneur est sans cause tolu. et donne l'en charge a ceulx qui
-n'en peuent mais/ et semble que veu que on ne luy dit mot et aussi qu'on
-n'entreprent rien sur elle qu'elle deust bien estre contente Mais elle
-aymeroit mieulx mouryr qu'elle ne parlast ou dist mal d'ung chascun & ne
-vit d'autre chose oultre ladicte demanderesse que sadicte voisine a bien
-grant tort et luy venoyt de ung faulx couraige de venir escouter les
-parens et amys/ et de gecter des pierres pour les faire departir Disoit
-aussi pareillement que en sa vie ne fist ung rapport maulvais de ladicte
-deffenderesse ainçoys luy vouldroit a son pouoir garder son honneur
-comme le sien. Et s'elle avoit aussy bonne voullenté et desir comme elle
-certainement il ne fauldroit point plaidoier. Surquoy ycelle
-deffenderesse disoit au contraire que sa partie adverse n'est q'une
-flatteresse et baveresse/ et que avant qu'elle y venist chascun estoit
-bien d'accort et sans murmure/ mays maintenant l'on n'oyt que debat et
-noyse pour et a l'occasion d'elle. Finablement parties ouies elles ont
-esté appointees en droict et a mectre devers la court et au conseil. Si
-a la court veu et visité ledict procés/ et tout ce qu'il failloyt veoir
-en ceste matiere et tout veu et consideré: dict que la fenestre par ou
-ladicte deffenderesse vient escouter les gens et getter les pierres sera
-seellee et muree comme une chose condampnee. Et au surplus deffent la
-court a chascune des parties qu'elles ne parlent l'une a l'encontre de
-l'autre en quelque façon ne maniere que ce soyt sinon en tout bien et en
-tout honneur sur peine de la hart et de confisquation de corps et de
-biens.
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-
-
-¶ Le .xxix. arrest.
-
-
-Ceans c'est complaint une dame d'ung sien amy disant qu'elle a despieça
-donné son cueur a luy du tout & qu'il n'est possible a femme de aymer
-tant homme qu'elle a faict luy/ mais pource que il le scet bien il n'en
-faict guaires de compte/ & la faict languir en maintes manieres et pour
-quelque priere que elle luy face il ne la veult entretenir ne luy bien
-faire/ et quant elle l'envoye querir pour venyr vers elle il se faict
-celer. Et encores luy promect par serment qu'il y viendra il se faict
-aller querir trois ou quatre fois et n'en peult l'en venir a chief que a
-bien grant peine combien qu'il n'y a homme au monde mieulx festoyé ne
-mieux venu quant on le peult avoyr. Disoit avec ce que puis n'a gueres
-ceste dame a sceu et est advertie que ledict galant en ayme une aultre/
-et est la cause par laquelle il fait tant de reffus qui est tres mal
-faict a luy/ car il luy a promys foy et loyaulté/ et a veu le temps
-qu'il eust esté bien eureux quant seullement elle luy eust voullu
-soubzrire d'ung oeil/ mais l'en dict bien vray quant ilz ont faict des
-gens il ne leur en souvient plus et sont folles celles qui si fient &
-disoit ceste dame complaignant que a l'occasion de ce cas et de ce
-qu'elle voit maintenant que ledict galant l'a layssee pour en prendre
-une autre elle a eu et a si grande desplaisance au cueur qu'elle n'en
-sçauroyt boyre ne mengier chose qui bien luy face/ Elle ne peult durer
-ne dormyr de nuyct/ car tousjours sans cesser pense a luy son cueur luy
-fremist et luy viennent plusieurs vomyssemens qui tressouvent la font
-esvanouyr/ elle crache sang a gros morceaux meslés de grant ordure qui
-est grant pitié. Et brief elle se doubte que ledict gallant ne luy ait
-baillé quelque maulvais boucon dont elle a celle maladie/ elle ne veit
-ne n'est soustenue que de souspirs & ne boit que de l'eaue de larmes/
-les jambes luy commencent a peler les ongles luy cheoient: parquoy a
-grant presumption contre luy. Et aussi y a eue information faicte a sa
-requeste Si requeroit ladicte dame que ledict amant feust estroictement
-detenu prisonnier et que l'en le contraingnist a en dire la verité par
-sa bouche. De la partie de cest amant fut deffendu au contraire et
-disoit que au regard de luy il a esté comme encores est de bonne vie et
-renommee ne ne fist oncques desplaisyr a ladicte dame ne a aultre qu'il
-saiche: et aussi ne vouldroyt il faire/ et est bien vray qu'il a fort
-aymé ladicte dame et servie par long temps sans estre en amende que bien
-a point quant il l'a bien congneue et veu ses estranges manyeres bien
-peult estre qu'il s'en est voullu deffaire et delaysser la peyne qu'il y
-avoit/ Car trop est forte chose de tousjours servyr sans loyer aussi
-elle a d'autres serviteurs ou elle peult bien renoncer/ et dont elle
-doibt estre contente. Disoit outre ledit amant qu'il n'est aujourd'huy
-si perilleuse chose que de se adresser a une dame qui a le cueur
-vollaige pour le departir en plusieurs lieulx: Car les biens qui en
-pourroyent venir ne sont jamais entiers ou parfaitz et n'en vient que
-noyse & discentions entre les contendans et requerans et quelque chose
-qu'elle di jamays ne le mandast qu'il n'alast devers elle en luy
-obeyssant plus qu'il n'estoit tenu et tellement qu'il est las du service
-et n'y veut plus retourner pour le pris aussi est pourveu ailleurs
-pourquoy de adresser a luy ceste dame si ne faict a recepvoir & quant
-est de sa maladie qu'elle luy vient d'ailleurs/ mays il failloyt prendre
-son excusation sur quelque chose et au surplus requeroit ledit amant
-qu'elle desclairast s'elle voulloyt charger du cas qu'elle luy imposoit/
-car il protestoit a l'encontre d'elle d'en avoyr reparation et conclure
-en amende deshonnorable et proffitable Et sur ce que les gens d'amours
-disoient que puis nagueres ceste dame estoyt devenue fort maigre et
-merencolieuse et sechoit sur le pied. Dysoit au contraire ledict amant
-que par l'informacion qu'il a fait faire touchant justifications et
-deffences appart qu'il est bien renommé et de leal couraige/ et y a
-aulcuns tesmoings qui disoient et desposoyent qu'il a eu beaucoup a
-faire au service de ceste dame/ car au commencement luy a esté fort rude
-avant qu'elle luy voulsist faire aucun bien Et s'elle est punie de
-pareille peine elle l'avoyt bien desservy en requerant les gens d'amours
-qu'ilz se voulsissent adjoindre avec luy tellement que le droit d'amours
-y fust par tout gardé. Et disoit qu'elle offroit prouver ce qu'elle
-avoit dit et plus encor parquoy ledit amant devoit estre prisonnier. Et
-quant est a l'information qu'il avoyt faict faire sur ses justifications
-l'en n'y devoit adjouster foy/ car tous les tesmoings estoient a sa
-poste Et au regard de sa malladie affermoit qu'elle ne luy venoyt
-d'ailleurs que de luy: Et qu'il avoit tort de se plaindre d'elle: car
-jamais ne trouvera femme qui l'aimast autant qu'elle a faict ne qui luy
-face autant de plaisirs. Et requeroit provision au moins que pendant le
-procés luy fust deffendu de non aller devers la dame par luy
-nouvellement choisie & ledict amant disoit que ce n'estoit pas raison/
-car pour elle ne devoit estre retardé son bien. et si luy avoit fait
-promesse ce n'estoit pas a tousjours/ parquoy n'y cheoit aulcune
-provision Finablement parties ouyes ont esté appointees en droict et au
-conseil. Si a la court veu ledict procés et tout ce qu'il failloit veoir
-en ceste dite matiere Et tout veu dit que lesdites parties ne se peuent
-aulcunement delivrer sans enquerir la verité de leurs faitz/ et qu'elles
-sont contraires Si feront leur enqueste et icelle faicte et raportee par
-devers la court elle leur fera droit. Et au regard de provision requise
-par ladicte dame la court dit que aulcunne ne luy en sera faicte pour le
-present mais permet audict amoureux de se pourveoir ailleurs & de servir
-telle dame que bon luy semblera pendant le procés et jusques a ce que
-aultrement en soit ordonné. &. c.
-
-
-
-
-¶ Le .xxx. arrest
-
-
-Ceans c'est plaint ung amoureux d'une sienne dame qu'il a longuement
-servie disoyt que du temps qu'il eut premierement congnoissance a elle y
-estoit bien aise et avoit du sien largement. Et quant elle luy demandoit
-aulcune chose a prester ou donner jamais ne luy eust reffusé Or estoit
-vray que pour tousjours fournir aux fraictz et aux grans chieretés sa
-chevance y avoit esté employee. Et tellement que les eaues estoyent
-devenues bien basses/ mais il cuydoit que elle luy deust subvenir comme
-il a fait a elle l'a prier de luy aider et de l'entretenir dont n'a
-riens voullu faire/ ains luy a plainement respondu qu'il perdoit son
-temps. Et que puis qu'il n'avoit plus de quoy elle n'en tenoit compte/
-et non contente de ce luy a faict dire qu'il se retire chiez ses amys/
-car plus n'avoit intencion de l'aymer ne aucun bien luy faire. Et
-encores qui pis est se mocque de luy devant les aultres en le monstrant
-au doy qui luy est plus dur martire que qui luy frapperoit d'ung
-cousteau parmy le cueur Si requeroit finablement ledict amant que
-sadicte dame feust condampnee non obstant son adversité de l'entretenir
-seullement en amour & luy faire bonne chere comme elle soulloit/ et
-qu'il feust preferé devant tous les aultres attendu mesmement qu'il
-estoit des premiers venus & des anciens serviteurs De la partie de ceste
-deffenderesse fust deffendu au contraire/ et disoit pour son prouffit
-que quiconcques veult d'amours jouir baille l'argent devant la main et
-que c'est grant follie que de s'attendre a escuelle d'autruy s'il ne la
-fournist et remplist Disoit avecques ce/ que le gallant au temps de sa
-fortune/ et que les biens luy venoient en dormant il s'est mescongneu et
-en a festoyé d'ungs et d'autres dont il se feust bien peu passer Et se
-maintenant se il en a disette/ il ne est pas trop mal employé: et quant
-est de l'aymer elle disoit qu'elle n'y estoit point tenue/ car les biens
-et vertus qui soulloyent estre en luy n'y sont plus et ne failloit ja
-ramentevoir les bonnes cheres du temps passé/ car ledit amant luy a
-faict tant de plaisirs & services aussi luy a elle faict plusieurs
-services qu'il n'est ja besoing de declairer & puis que ainsi est que
-povreté maintenant le guerroye adonc elle n'en veult plus ne en avoir
-plus la garde/ Car aussy au lieu ou elle habite n'y a que toute
-malheureté et jamais ne se y treuve joye. Et quant est au surplus pour
-les biens qu'elle luy peut faire luy offroit ung povre baston en sa main
-pour s'en aller avecques la prebende de vat'en pour recompensation de
-ses services en concluant que a tort se complaignoyt d'elle et en
-demandoit despens. Aprés lesquelles deffences proposees les gens
-d'amours qui s'estoyent adjoinctz avecques ledit amant disoyent que
-ceste femme n'estoit pas digne qu'on parlast d'elle devant les gens de
-bien car par son propos jamais n'ayme que pour argent et ainsi
-confessoyt avoir vendu les biens d'amours & qu'elle en a meschamment usé
-en son temps et aussi pareillement estoit voix commune renommee qu'elle
-ayme tousjours troys ou quatre et qu'elle les succe jusques aux os. et
-puis encore s'en mocque qui est pis/ car quelque femme que se soit
-jamais ne doit despriser le serviteur qui l'a servie combien qu'il luy
-souvienne de beaucoup de fortunes/ et requeroyent lesdictes gens
-d'amours a l'encontre d'elle qu'elle fust condempnee a faire amende
-honnorable et a luy rendre & restituer tout ce que elle a eu de luy et
-dont il debvoit estre creu par son serment veu la maniere de proceder/
-et avec ce qu'elle soit bannye a tousjours dudit royaulme d'amours comme
-indigne d'y converser. Ce povre amant pour ses repliques disoit que
-entant qu'il luy touche qu'il estoit encores content que tous les biens
-qu'il luy avoit donnez demourassent pour elle/ comme siens et ne vouloit
-qu'on luy en ostast rien mais requeroit seullement qu'elle l'aymast
-comme devant et encores promettoit de luy en faire. A quoy elle
-respondit que quant elle le verroit en feroit son debvoir mais jusques
-alors luy conseilloit de changer air pour recouvrer santé obvier que il
-ne fust plus malade. Et disoit oultre que a la contraindre a aymer l'en
-ne sçauroit/ et aussi telle amour qui seroit donné par force ne dureroit
-point/ mais plus de mal faict a celluy qui l'obtient que s'il n'en avoit
-point. Si ont esté les parties ouyes appoinctees en droit & au conseil/
-finablement veu le procés considerer tout ce que il failloit considerer
-en ceste matiere la court dit qu'elle condamne ceste rebelle femme a
-rendre et restituer audit amoureux tout ce que il affermera en sa
-conscience luy avoir baillé et donné/ nonobstant l'offre par lui faicte
-de ne luy en vouloir aulcune chose demander. A laquelle offre la court
-ne obtempere point veu que ladicte deffenderesse ne l'a attemptee &
-qu'elle s'est rendue ingrate. et ordonne que a ce faire sera contrainte
-par la prinse de ses biens & emprisonnement de son corps. Et a tousjours
-la bannist des biens et service d'amours en disant avoir forfait de
-corps et biens en maniere qu'elle sera abandonnee a ung chascun pour
-desormais servir le commun & devenir a tous publique.
-
-
-
-
-¶ Le .xxxi. arrest.
-
-
-En la court de ceans c'est assis ung procés entre une jeune dame separee
-de son mary qui ne veult qu'elle porte ses robbes a la nouvelle façon
-comme les autres disant que naguieres elle en avoit fait faire une bien
-gente a la façon qui court/ mais il luy avoit fait oster et despouiller
-en disant qu'elle ne la porteroit point en cest estat par ce qu'elle est
-trop ouverte par devant/ et que la languette du collet va trop bas et
-que le giect de la penne est ung petit trop grant & autant en ont ilz
-fait de son chapperon pource qu'ilz veulent dire que la patte est trop
-vollant/ et de faict l'en luy muce. De laquelle chose elle a appellé en
-la court de ceans. Sy concluoit tout pertinent en cas d'appel qui avoit
-esté mal exploicté & par elle bien appellé Et au surplus requeroit
-provision que pendant le procés elle peust vestir ladicte robbe/ et
-sondict chapperon. De la partye desdictz parens et amys intimez fut
-deffendu au contraire disant que selon la jambe le coup car le monde
-parle au jourd'huy trop de legier & ce fait bon garder des premiers
-courroux Or disoit il que sadicte robbe ou houpelande que ceste
-appellante avoit faict faire n'estoit pas selon son estat/ car il y
-avoit superfluité d'oultraige que l'en luy devoit tollir pour les
-inconveniens qui s'en pourroyent ensuyvir & n'estoit tel que tenir en
-habit et moyen pour obvier aux langaiges des gens qui y pourroyent
-penser ce que n'est pas/ et en parler a la volee/ et ainsi affin
-d'eviter tous langages luy avoient voirement ostez & devestuz les
-habillemens nouveaulx enquoy ne pouoit ladicte dame estre grevee/ veu
-que lesditz habitz en la maniere qu'ilz sont faitz estoient excessifz &
-superflux. Et par ainsi concluoit affin de non recepvoir allias mal
-appellé. L'appellant pour ses repliques disoit que ses aultres cousines
-et parentes les portent bien tieulx voire plus grans. pourquoy doncques
-par plus forte raison elle qui mieulx le pouoit faire que elles le peult
-avoir ne n'y a point d'excés ne d'oultrage ausditz habitz/ quelque chose
-qu'on vueille dire. Et qui plus est n'y avoit sy meschante morveuse qui
-ne les facent faire plus excessifz et oultrageux la moytié. Parquoy n'y
-avoit apparence de empeschement qu'elle ne les deust avoir. a quoy
-lesditz intimez pour leurs dupliques disoyent que se les unes veulent
-faire les folles elle ne le debveroit pas pourtant faire. et aussi eulx
-qui en ont a garder ne le souffriroyent point. Et si doibt l'en en tel
-cas gouverner par l'oppinion des anciens qui ont esté au temps passé
-lesquelz sçaivent bien que c'est de telles choses. Finablement partyes
-ouyes elles ont esté appointez en droit & a mettre par devers la court
-et au conseil ce que bon leur sembleroit. Si a la court veu ledit procés
-avecques ce qu'il failloit veoir en ceste matiere & tout veu la court
-met ladicte appellation & tout ce qui a esté appellé au neant et sans
-amende et despens et pour cause. Et ordonne que les robbes et
-chapperons/ et habitz d'ycelle dame seront visitez que deux cousturiers/
-et deux pelletiers non suspectz ne favorisables a l'une ny a l'autre des
-parties & avec ce que par leur raport et visitation il y aura aucune
-chose a redire ou qu'ilz ne seront assez passables selon le temps. la
-court ordonne que lesdictz cousturiers et pelletiers les referont et
-metteront a point par le conseil. Touteffois des prochaines parentes.
-C'est assavoir des deux femmes du costé du mary & deux du costé de la
-femme non trop mondaines ne bigottes que s'il advenoit qu'elles ne se
-peussent accorder ensemble/ elles pourroyent se bon leur semble appeller
-avecques elles de leurs famillieres voisines en tel nombre qu'il leur
-plaira pour eulx aider & conseiller mais touteffois la court entent que
-de dix parolles et oppinions qui seront par elles dictes en la besongne/
-elles ne vauldront ne seront comptees que pour une/ veu que l'on n'en
-auroit jamais trouvé la fin
-
-
-
-
-¶ Le .xxxii. arrest.
-
-
-Ceans c'est complaint une jeune femme d'ung galant qui luy veult
-soustraire sa nourrisse. Dysant que sans cesse il se joue a elle dont il
-ne lui plaist gueres/ car au dernier craint qu'il ne luy vueille
-brouiller son laict et pour ce il luy en fauldroit avoir une aultre/
-laquelle chose luy seroit ung grant desplaisir pource que l'enfant a
-desja acoustumé sa mamelle. Et disoit oultre que sadicte nourrice a
-cause de l'accointance qu'elle a nouvellement prinse avec ce galant ne
-fait pas si bien son devoir de penser sondit enfant comme a elle
-soulloit mais devient toute seiche et en chartre/ Parquoy requeroit
-celle dame que ledit gallant feust condampné a soy absenter de auprés de
-sadicte nourrice et qu'il ne parlast a elle en quelque maniere que ce
-feust. de la partie dudit galant fut deffendu au contraire & disoit que
-a ladicte nourrice il n'avoit ne voulu avoir habitude que bien apoint/
-et qu'il n'estoit point recors que il eust parlé a elle sinon en passant
-qu'elle luy disoit dieu vous gart et il luy dist aulcuneffois a dieu Et
-ne peult on a tout le moins que respondre/ ou dire aulcune chose quant
-on salue les gens. Disoit oultre que veu que ladicte nourrice ne se
-plaignoit de luy & qu'elle ne veult pas dire qui l'ait voulue seduire &
-barguignier sa maistresse n'est pas recepvable a ce adresser a
-l'encontre de luy. Aussi pour ladicte maistresse ne pour la nourrice et
-ne s'en vouldroit travailler ung pas ains est content qu'il ne la voye
-jamais/ et qu'on la garde de luy tant qu'on vouldra. Si repliquoit
-ladicte dame et disoit que du parler ce estoit du moins. Mais elle
-doubtoit bien d'aultre chose/ c'est que il luy troublast son laict et
-que quant eulx deux seroyent ensemble pour faire leurs besongnes ou
-parler de conseil que sadicte nourrice laissast son enfant crier tout
-par luy a son ayse et que lors il cheust en quelque lieu et s'affolast
-par ce que quant on est en ce cas il n'en chault guieres ne n'en
-souvient nomplus que des vieilles matines & quant est de la poursuite
-que elle en faisoit de present n'estoit que pour l'interest de son
-enfant & nompas de ladicte nourrice. A quoy ledit galant pour ses
-duplices disoit que de sadicte nourrice n'avoit cure & quant il
-vouldroit il trouveroit bien ailleurs a jouer en concluant comme dessus
-Finablement les parties ont esté apointees en droit et au conseil et a
-la court veu ledit procés et consideré la court dit que ladicte dame ne
-fait a recepvoir a soy complaindre dudit galant & l'a condampnee es
-despens
-
-
-
-
-¶ Le .xxxiii. arrest
-
-
-En la court de ceans c'est complaint ung vieillart d'une jeune dame par
-ce qu'elle ne le vouloit aymer/ disant que il luy a ja donné plusieurs
-ceintures & chaperons affin de estre en sa grace/ mais elle n'en tient
-compte/ trop bien quant elle veult avoir de luy aucune chose elle le
-scet le mieulx entretenir du monde en le baisant et acolant mais quant
-vient au fort luy respondit nescio vos en luy faisant la renchiere/ &
-brief il ne scet ou il en est car quant il cuide avoir fait c'est lors
-que il est a recommencer. et pource requeroit que veu que il a si grant
-amour en elle et qu'il l'a servie et encores a intencion de faire
-qu'elle fust condampnee a l'aymer et a luy faire des biens comme dame
-doit faire a son serviteur/ & de la partie de ceste dame fut deffendu au
-contraire & disoit que c'est contre nature a une jeune femme d'aimer
-vieillart car ce sont choses contraires comme blanc et noir &
-incompatibles comme chault & froit aussi par ordonnance d'amours que
-quant ung homme est vieil il est excusé de servir. disoit qu'elle ne luy
-sçavoit bien faire il cuide que on doive tout laisser pour entendre a
-luy & qu'on le doyve chauffer & froter la teste pour le endormir qui est
-chose mal sortyssant a jeune femme & quant est des dons que ledit
-vieillart se vantoit luy avoir donné. Respondit qu'il n'estoit pas vray
-& que en sa vie ne luy avoit donné q'une armerie a .xvi. pampes que elle
-garda & mist en sa quenoulle pour la paour de luy/ & estoit donc
-l'accointance bonne. Disoit oultre que elle aymeroit myeulx estre
-bruslee que de riens avoir prins de lui/ car il ne le valoit pas. Et
-quant est de se aymer il y seroit avant autant que charlemaigne en
-espaigne/ & aussi l'avoit elle ja par plusieurs fois reffusé. Et
-concluoit affin de non recepvoir allias soubstenoit son reffus &
-demandoit les despens A quoy il replicquoit et si disoit que se elle ne
-le voulloit aymer pour l'amour de luy/ au moins pour son argent qu'il
-fust aymé/ car il lui avoit du tout bouté son cueur en elle/ mais la
-dame respondit que pour luy ne feroit rien et pour son argent encores
-moins en disant que ledict vieillart avoit plus grant mestier d'une
-bouteille et d'une bassinouere pour son lict eschauffer que de tous les
-biens d'amours Finablement partyes ont esté appointees en droict et au
-conseil. Si a la court veu ledict procés et tout ce qu'il failloit veoir
-en ceste matiere: et tout veu dict que a tort et maulvaise cause ledict
-vieillart c'est doulu et complaint de ladite dame et que a bonne et
-juste cause elle l'a reffusé et le condempne es despens de la tauxation
-reservee.
-
-
-
-
-¶ Le .xxxiiii. arrest
-
-
-En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre d'eux beaux
-jeunes enfans portans le noir en leurs devises heritiers et ayant cause
-d'ung amant trespassé de dueil de sa feue dame demandeurs en cas d'excés
-d'une part et la mort deffenderesse audit cas d'aultre part Et disoyent
-lesditz demandeurs que ja pieça dame nature de beaulté pour monstrer
-l'excellence de leur ouvraige ilz allerent produirent et formerent ung
-corps de femme le plus bel qu'on pourroit guieres choisir dont le
-deffunct fut serviteur et estoit ceste femme avecques la beauté qu'elle
-avoit d'elle & remplie de toutes les vertus especiales que jamais femme
-peult avoir c'est assavoir de doulceur d'honneur de humilité de
-gratieuseté de beau maintien et doulx regard tant que nulle ne la
-passoit Et advint que pour les grans biens qui estoyent en elle que tout
-chascun luy souhaitoit des biens largement ce luy portoit grant honneur
-mais ladicte mort qui en eut desplaisance et pour l'oster de ce monde
-luy getta son dart et l'occist piteusement de laquelle chose ledict
-deffunct son amy et serviteur/ print telle desplaisance en luy qu'il en
-cheut mallade au lict: et aprés ce qu'il eut faict son testament ne
-demoura gueres qu'il n'allast aprés elle Or disoyent leurs heritiers que
-veu que cesditz deux personnaiges estoient en saufconduit d'amours et en
-la sauvegarde/ que ladite mort n'y avoit que congnoistre et/ que par
-ainsi de les avoir tués elle en estoit tout du long tenue et estoit le
-cas digne de reparation/ attendu qu'il y avoyt eu meurdre et occision
-qui estoit inreparable et pource concluoient lesditz heritiers et
-heritieres a l'encontre d'icelle mort qu'elle fust condampnee restituer
-et remettre la vie es corps dudit feu amant et de sadicte dame qu'elle
-avoit ainsi tués s'il estoit possible & faire se pouoit/ et a tout le
-moins a restablir le corps par figure & a les faire paindre au vif ainsi
-et en la maniere qu'ilz estoyent au temps de leur bonne santé/ affin que
-leur pourtraicture demourast sur terre & qu'il fust encore memoire d'eux
-Et avec ce que iceulx heritiers desditz deffunctz fussent declairés
-exemps de ladite mort au moins jusques a ce qu'ilz fussent aagés que
-avoit esté abregee la vie desditz deffunctz leur fut donnee et prolongee
-de temps de vivre en ce lieu. Et pour reparacion des excés qui estoyent
-grans concluoyt en amendes honnorables et prouffitables a la discretion
-des gens d'amours. De la partie de ladicte mort fut tendu affin de non
-proceder disant que toutes choses crees sur terre sont en sa subjection
-et qu'il n'y a personne tant soit fort qui se puisse exempter d'elle/
-car elle a seigneurie et domination sur toutes creatures humaines soient
-hommes ou femmes bestes ou oyseaulx arbres et raciers voire et telle
-maniere qu'elle leur peut abreger leur vie et les prendre sans ce qu'il
-en soit plus parlé: & de ce qu'elle en faict soit bien ou mal n'est
-tenue de respondre que devant le grant juge et n'y a justice d'amours ne
-d'aultre ou elle soit subgette et par ainsi perseveroyt en sa
-declinatoire & concluoit affin de non proceder Lesditz heritiers
-demandeurs disoient au contraire que en ceste matiere estoit question de
-sauvegarde et entreprinses faictes/ sur les droitz d'amours/ parquoy la
-congnoissance en appartient a la court de ceans et non a aultre: aussi
-estoit ce court souveraine & y avoit esté la cause commise de par amours
-et les lettres expresse au cas/ sy que n'estoit par ce moyen ledict
-declinatoire recepvable ains debvoyt ladicte deffenderesse aultre ou les
-conclusions requesté par iceulx demandeurs leur debvoyt estre adjugez.
-En requerant l'adjonction des gens d'amours qui de leur costé disoient
-que c'estoit mal fait aux advocatz de proposer telles declinatoires
-contre l'honneur et prerogatives de la court de ceans ou ilz avoyent
-esté nourris car il estoit tout notoire que des abbus et entreprinses
-faictes au prejudice d'amours et de ses subjectz la court en devoit
-congnoistre disoyent oultres lesdictes gens d'amours que par beaulx
-previleges et anciens droitz du demaine/ la mort n'a que congnoistre sur
-amant qui sont en la sauvegarde d'amours/ et qu'elle ne les pouoit
-prendre ou faire mourir sinon qu'ilz feussent/ ou soyent hors d'aage/ ou
-que ilz ayent renoncé a l'amoureuse aliance d'amours: et sur ce
-alleguoient plusieurs loix: disoyent aussy que ces amoureuses n'estoyent
-exemptees de la mort au moyen desdis previleges jamais ne se mettroyent
-au service veu que ilz seroyent tous les jours en danger de leurs
-personnes/ & qu'il soit vray que la mort n'avoit point de congnoyssance
-sus eulx il en apparoissoit assez/ & que par experience des amoureux qui
-montent et devallent de nuyct du hault de deux ou troys estaiges par une
-touaille ou longiere pour entrer en une maison sans eulx blesser ou mal
-faire quelconque. pareillement de ceulx qui couchent entre deux
-goutieres toute la nuict voire quant il gelle a pierre fendant & si
-n'ont point de la couverture ne de froit & aussi de ceulx qui se font
-avaller par souspiraulx/ qui endurent aulcunesfoys aux baingz l'eaue si
-chaulde qu'ilz sont tous bruslez & si ne sentent point le feu ne la
-chaleur/ ainçoys par cela guarissent toutes maladies et de tous maulx/
-et toutesfois raison est que la ou il seroit ainsi que la mort eust
-puissance sur telz parens il n'en eschapperoit pas ung veu les peines et
-tormens qu'ilz seuffrent et les dangers ou ilz se mettent dont
-touteffoys l'en ne peult veoir du contraire et que ladicte mort n'a
-pouoir ne auctorité sus ceulx qui sont ainsi au service et en la
-sauvegarde d'amours/ aultres soyent exemptz d'elle parquoy ne se pouoit
-ladicte mort excuser qu'elle ne deust estre contraincte a proceder en la
-court de ceans au regard mesmement que les excés par elle commis avoyent
-esté faitz en enfraingnant la saulvegarde d'amours ou lesditz deffunctz
-amoureux estoyent quant il les laissit mourir/ mais ladicte mort en
-perseverant tousjours en sa declinatoire disoit que la court de ceans ne
-pouoit estre son juge car elle n'y estoit subjecte ne obeissante &
-oultre plus disoit que de avoir prins et tué lesditz deffunctz n'avoit
-aulcun exemptz ne sauvegarde enfraindre parquoy n'en pouoit congnoistre.
-Et supposé qu'il y eust excés si n'en pouoyt la matiere estre ceans
-traitee car elle avoit a somer ses garans comme fortune & aultres qui
-n'y respondroyent pas & au regart ces previleges & exemptions dont les
-gens d'amours avoyent parlé respondit ladicte mort qu'elle a previlege
-sur amours et par tout et que avant qu'il fust oncques nouvelles
-d'amours ne d'amytié elle estoit nee & usant en terre de sa puissance &
-s'elle differoit a faire mourir tels jeunes amans qui ainsi se
-advanturent & mettent en danger de leurs personnes par leurs folies
-mondaines/ c'estoit de grace et de permission seulement qu'on ne luy
-pouoit retorquer au prejudice/ & voit on tous les jours les plus huppez
-passer par la quant il luy plaist. Et si la mort ne les prent pas quant
-ilz sont malades Ains laisse faire nature son debvoir/ et attend bien
-souvent que telz amans soyent tous secz/ & qu'il leur ennuye d'estre au
-monde en la soubhaictant pour les biens d'amours qui leur deffaillent en
-concluant comme dessus Surquoy les heritiers d'iceulx deffunctz
-demandeurs disoyent que si leur failloit faire ailleurs leur poursuite
-ilz seroient destruitz a tousjours et n'auroyent dequoy fournir Et
-oultre disoyent que veu l'enormité du cas la court en debvoit retenir la
-congnoissance & quant aux gens d'amours ilz dupplicquoyent et disoient
-que la mort ne pouoit avoir previlleges contre ceulx d'amours/ car avant
-que oncques la mort feust/ estoit nee amyctié/ et ne fut la mort
-ordonnee fors que pour appaiser les debatz de cedit monde/ et oster
-ceulx qui s'entrehayent qui font les noyses & que nature ne peult plus
-soubstenir: Or estoit il ainsi que ces deux trespassez dont estoit
-question estoient en la plus grande amyctié et aliance d'amours qu'il se
-pouoit faire en sa sauvegarde. parquoy d'avoir ainsi exploité la mort
-avoit trop mesprins et excedé/ Et failloit qu'elle en respondist ceans &
-non ailleurs. Ouyes lesquelles parties en tout ce qu'elles ont voulu
-dire et alleguer/ elles ont esté apointees en droit & a mettre par
-devers la court et au conseil. Si a la court finablement veu ledit
-procés & tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere a grant et meure
-deliberation. et tout veu la court dit que ladicte mort deffenderesse
-procedera en la court de ceans nonobstant chose par elle proposee au
-contraire dont elle deboute et deffend a tous les advocatz de ladicte
-court que ilz ne proposent ou alleguent telles declinatoires sur peine
-de l'amende.
-
-
-
-
-¶ Le .xxxv. arrest
-
-
-A la requeste du procureur general d'amours une vieille femme a esté
-prinse & constituee prisonniere pour raison & a cause de certaines
-parolles mal sonnantes qui ont esté dictes et proferees de sa bouche. Si
-a depuis esté interroguee sus les charges/ et informations faictes a
-l'encontre d'elle sus quoy en effect elle a deposé et confessé que
-veritablement en haine et despit de ce qu'elle ne estoit appellee de
-aller aux grans chieres comme sont bancquetz & nopces ainsi que les
-aultres elle mal meue & de de felon couraige avoit et a dit que ce
-n'estoit pas tout acquest d'y estre & que s'elle estoit homme aussi bien
-qu'elle estoit femme elle n'y laisseroit pas de leger aller sa femme ne
-ses filles avec plusieurs autres choses au prejudice d'amours/ et de ses
-droitz declairees a plain en sa confession qui a esté monstree aux gens
-d'amours lesquelz ont par ycelle prins droict et baillé leurs
-conclusions tendant affin que ladicte vieille qui avoit parlé contre la
-souveraineté d'amours fust pugnie de pugnition corporelle et oblicque
-pour monstrer exemple aux autres/ et en ce faisant qu'elle eust la
-langue couppee ou que on luy plantast ung fer chault et ardant au
-visage. Et aussi qu'elle feust bannye a tousjours hors du royaulme
-d'amours et ses biens declarez confisquez. A l'encontre desquelles
-conclusions ladicte vieille deffenderesse pour la diminution de la
-paine/ disoit que l'en ne doit pas de si pres prendre garde aux parolles
-des femmes Car souvent parlent de legier et contre elles mesmes/ mais
-entant qu'il luy touchoit elle sçavoit bien voirement que elle avoit
-failly/ et mal parlé. Mais la court devoit avoir regard a ce que se
-avoit esté par chaulde colle & sans y penser et aussi par la
-desplaisance de ce que n'en ne tenoit compte d'elle et qu'on ne daignoit
-la mander ausdictes festes & bancquetz. Si a la court veues les charges
-et informations/ la confession de ladicte deffenderesse/ les conclusions
-des gens d'amours/ et les deffences baillees au contraire & tout ce que
-il failloit veoir en ceste matiere a grande & meure deliberation. Et
-tout veu et consideré ce qu'il failloit a considerer. Ladicte court
-condampne ycelle vieille deffenderesse pour les excés et delictz par
-elle commys alentour l'escripteau qui s'ensuyt.
-
- En ma vie je ne fuz meurdriere
- Ne larronnesse: ne coustumiere
- De amans blecer & ravaler
- Mais affin que mon cas declaire.
- J'ay eu la bouche trop legiere.
- Gardez voz langues de parler.
-
-
-
-
-¶ Le .xxxvi. arrest.
-
-
-En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre les heritiers
-de une dame naguere trespassee demandeurs d'une part et les official
-vicaire et prometeur d'amours deffendeur d'aultre. Et disoyent lesditz
-demandeurs que la deffuncte estoit en son temps bien gente & gaillarde/
-sage et sçavante et soubz laquelle s'elle eust vescu plusieurs vaillans
-cueurs amoureux eussent peu apprendre du bien Or estoit vray qu'elle qui
-estoit de noble couraige voulloit bien adviser tousjours en son faict.
-et fust en nopces ou en aultre festes et gardoit bien qu'on ne se
-moquast de chose qu'elle fist mais il advint que ung jeune gallant mal
-habillé & ressemblant a ung varlet dimencheret qu'elle encores ne
-congnoissoit la vint prier de dancer et pource qu'il n'estoit pas lors
-en point et aussi que son costé estoit lasse et n'en faisoit que venir
-elle l'esconduit bien gracieusement disant qu'elle ne voulloyt plus
-dancer dont il se deporta & s'en alla sans dire a dieu Mais encore il ne
-fut pas content de cela ainçoys quant vint de rechef a dancer au
-chapelet ledit gallant se mist a dancer et aprés ce qu'il eut le
-chapellet a son tour il le vint presenter a elle laquelle le receut mais
-quant vint ledit galant tendoit la bouche pour la baiser/ elle se torna
-la teste de l'autre costé en le reffusant tout court dont il conceut
-hayne et malveillance mortelle contre ladicte deffuncte Pour laquelle
-mettre a execution il la fist citer devant ledit official d'amours par
-devant lequel elle voyant qu'il n'estoit point son juge ne capable de
-congnoistre de la matiere ne comparut point Si fut mise en coustumace.
-au moyen de laquelle elle fut ainsi que l'en veult dire excommuniee &
-depuis est advenu qu'elle est encheute en aucune maladie de fievres qui
-l'en ont emportee/ et a finé ses jours bien honnorablement et faict son
-testament et toutes aultres choses que bonne et tres loyalle dame doit
-faire. Mais avant est venu a l'encontre ledict official vicaire et
-prometeur soubz umbre de ce que il vouloit dire qu'elle estoit
-excommuniee pour raison de ce que dit est: ilz n'ont voulu donner congé
-ne licence de l'enterrer ou elle avoyt ordonné: mais l'ont faict porter
-aux champs et enterrer en une grande piece de terre toute pleine
-d'orties et de chardons: laquelle chose redonde au vitupere et honneur
-de tous les parens et amys de ladicte deffuncte qui sont gens de bien et
-des plus notables: par quoy l'excés en estoit plus grant Et par ses
-moyens concluoient lesditz heritiers demandeurs a l'encontre desditz
-official vicaire et prometeur d'amours. Et pareillement aussi contre le
-galant qui avoit faict citer icelle deffuncte qu'ilz et chascun d'eulx
-fussent condempnez et contrains a revocquer casser et adnuller lesditz
-citacion sentence et excommuniement donné contre ladicte deffuncte par
-prinses de leurs personnes et du temporel desditz official et promoteur
-de l'eglise et a publier devant ung chascun que a tort et sans cause
-icelle deffuncte avoit esté citee et excommuniee Et avec ce ilz fussent
-condampnez a la faire deterrer et apporter son corps et ses os en ung
-des cimetieres d'amours et contrains a estre tous au convoy du corps
-affin de reparer et restituer le deshonneur qu'ilz luy avoient fait. Et
-semblablement que ung chascun d'eulx fust condampné a une bonne amende
-proffitable. A ces fins offroyent a prouver et demandoient despens
-dommaiges & interestz a l'adjonction des gens d'amours De la partie
-desdictz official vicaire prometeur et gallant fut deffendu au
-contraire: et disoient qu'il estoyt permis de citer et excommunier tous
-ceulx & celles qui detiennent des biens d'amours ou qui injurent et se
-mocquent de ceux qui sont en la poursuite: et dont la congnoissance et
-pugnition en appartenoit audit official Or estoit vray que ladicte
-deffuncte avoit reffusé detenu et occuppé le bien qui estoyt deu a ce
-gallant icy/ et encores l'avoit farcé et mocqué/ parquoy il c'estoit
-rendu plaintif d'elle & l'avoit fait citer a certain jour auquel elle se
-reputant coulpable du cas et mesprisant la court n'avoit daigné venir ne
-comparer. Mais c'estoit laissee mettre en coustumace et excommuniement
-qui fut publié. Or est advenu voirement qu'elle est trespassee sans soy
-faire absouldre: parquoy l'en l'avoit faicte enterrer ou elle devoit Et
-a ceste cause apparoissoit clerement que l'en n'y pouoit avoir aulcun
-mal ne excés et au regard de la deffuncte/ posé qu'elle eust bonne cause
-d'avoir reffusé le galant touteffoys elle devoit venir declairer ou en
-faire proposer au jour qu'elle fut citee sa declinatoire sans soy
-laisser mettre en coustumace et sentence d'excommuniement qui donnee
-estoit justement Et quant est de l'enterrement par consequent il avoit
-esté fait ainsi que faire ce devoit Et aussi se les sentences ne
-sortissoient en effect/ l'en ne tiendroit plus compte de justice ne de
-faire mal. Et a ce que les heritiers disoient que la deffuncte n'estoit
-subgette a la court dudit official: respondoyent que ouy/ car aussy le
-jeune galant estoyt clerc non marié/ lequel entant qu'il touchoit sa
-personne disoit que la deffuncte ne devoit point estre desheritee et
-mise en aultre lieu qu'elle estoyt car pour le reffus qu'elle luy fist
-il avoit esté en danger de mort de la paine et de la honte qu'il en eut
-devant tant de gens. Et s'elle eust voulu dancer ung tour avec luy il
-n'en eust jamais parlé. Et quant est de ce que les demandeurs ont fait
-dire qu'elle ne le congnoissoyt et qu'il estoit habillé en varlet
-dimencheret c'estoit mal dit a eulx car il la valoit bien ou myeulx et
-le congnoissoit assez bien. Mais elle estoit tant fiere & orgueilleuse
-qu'elle fist semblant de ne l'avoir jamais veu. Et le reffus qu'elle luy
-fist ne vint que par presumption et oultrecuydance qui la conduisoit Et
-concluoient en effect lesditz deffendeurs affin d'absolution & despens.
-Et au regard des gens d'amours ilz disoient que entant qu'il touchoit le
-droict des deux parties. C'est assavoir se la deffuncte avoit eu juste
-cause de le refuser ou non/ ilz n'en pouoient rien dire pour le present/
-Car ilz n'avoyent veu les informacions. Aussi n'en estoit de present
-question entant que touchoit la citacion/ procés et excommuniement
-faictz par ledit official d'amours tout devoyt estre dict et desclairé
-nul et de nul effect. Lesdictz deffendeurs grandement abbusans car du
-faict du chappellet ne de quelconque aultre dance n'en appartenoit la
-congnoissance que a la justice seculiere d'amours trop bien des
-promesses secretes qui se font en dançant peuent bien congnoistre de ce
-cas icy non Et pource c'estoit une vraye entreprinse contre la justice
-laye qui se devoit reparer par une tresgrande et merveilleuse punition/
-car combien que lesdiz official vicaire et prometeur sceussent bien
-qu'ilz ne pouoient sçavoir ne avoir la congnoissance de ceste matiere et
-que la citacion et sentence d'excommuniement ne se peult bonement
-soubstenir/ neantmoins comme obstinez en leur maulvaise voulenté l'ont
-voulu faire sortir en effect en contraingnant ceste povre femme que Dieu
-absolve a estre au moyen de ce enterree et en terre prophanee qui a esté
-certainement tresmal faict a eulx. Et pource concluoient lesdites gens
-d'amours/ que tout ce qui par eulx avoyt esté faict fust declairé nul et
-de nulle valeur comme faict en abusant et entreprenant sur la justice et
-juridition laye. Et avecques ce que ledit official prometeur et
-officiers et aussi que lesditz amoureux fussent condempnés a reparer
-lesdictz excés & en ce faisant qu'ilz fussent contrainctz de desterrer
-eulx mesmes ladicte deffuncte et la porter en ung cercueil devant tout
-le monde jusques au cymettiere d'amours et qu'elle ordonne a estre
-enterree/ Et pareillement de assister et estre presens tous tout du long
-du servyce qu'on fera a celle deffuncte. Et en oultre que ilz fussent
-condampnés a publier ou faire publyer/ par le crieur qui yra devant le
-corps a toute sa sonnecte que la deffuncte avoyt esté injustement
-excommuniee. A quoy lesdictz deffendeurs disoient que de prendre les
-conclusions contre eulx lesdictes gens d'amours n'estoient pas
-recepvables/ car ce que ilz avoyent faict avoyt esté en excersant la
-jusridicion espirituelle d'amours. Et quelque chose qu'il leur pleust a
-dire/ la congnoyssance du faict du chappellet leur appartenoyt et ainsi
-en avoient congneu & usé Et quant a la deffuncte elle fut cause dudict
-excommuniement entant qu'elle ne vouloit comparer Au regard de
-l'absolucion ilz ne l'eussent peu bailler sans le vouloir de partie qui
-n'y consentit oncques/ et ainsi estoyent lesditz deffendeurs en voye
-d'absolucion/ mais les gens d'amours disoyent au contraire qu'ilz ne
-pouoient toucher au fait dudit chappellet non plus que au feu. Et s'ilz
-en ont congneu au temps passé ce a esté par entreprise et en abusant. Et
-aussi disoyent les heritiers d'icelle deffuncte que veu que ledit
-official n'estoit point juge d'elle/ elle n'y debvoyt comparoir ne
-envoyer. et au regard des charges que ledict galant bailloit a ladicte
-feu dame ne pouoit estre plus humble et gracieuse qu'elle estoit comme
-l'en pourroit sçavoir par tous ceulx qui l'avoyent hantee. Et aussi n'y
-avoit point d'apparence de aller baiser ung homme a la vollee sans le
-congnoistre/ et qui estoit habillé comme ung vielleux en concluant comme
-dessus. Ouyes lesquelles parties en tout ce qu'elles ont voullu dire et
-alleguer elles ont esté appointees en droict. Si a la court veu et
-visité ledict procés et tout veu/ et consideré ce que il failloyt
-considerer/ ladicte court condampne ledict official vicaire et prometeur
-d'amours et aussi ledict amoureux et chascun de eulx entant qu'il luy
-touche a revocquer/ casser/ et adnuller lesdictes citations
-excommuniemens procés et procedures faictes par devant ledict official
-et a mettre au neant a leurs propres coustz/ et despens. Et avecques ce
-je condampne tous ensemble a deterrer et oster/ ou faire deterrer et
-oster ladicte deffuncte du lieu la ou elle est pour porter & enterrer au
-cymetiere d'amours dedans ung beau carreau de girofflee/ & au lieu ou
-elle a esleu sa sepulture par son testament. Et si les condampne en
-oultre a aller tous au pres du corps jusques en l'esglise/ et y estre
-tout du long du service de ladicte deffuncte. et deffend ladicte court
-audit official que desormais de telle matiere qui touche ledict
-chappellet ne les despendences il n'entrepreigne congnoissance sur peine
-d'amende arbitraire.
-
-
-
-
-¶ Le .xxxvii. arrest.
-
-
-En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une gracieuse
-dame demanderesse d'une part et les religieux cordeliers de l'observance
-d'amours deffendeurs d'autre part. et disoit ladicte dame que ja pyeça
-elle eust grande acointance de familiarité singuliere avec ung jeune
-religieux nouvellement rendu de l'ordre & tellement qu'ilz se donnerent
-l'ung a l'autre & promisrent ne separer l'alliance d'entre eulx d'eux
-pour quelque temps ou fortune qui leur peust advenir. et sur ces choses
-y eut encores veuz fais en amours confermatoires d'ycelle aliance tant
-et si avant que faire se pourroit en tel cas mais ce nonobstant ledit
-amoureux cordelier et pour une petite fumee ou quelque desplaisance
-qu'il a eue/ puis n'a guieres de temps en ça s'en est de son auctorité
-et sans le consentement ne prendre congié de sadicte dame aller bouter
-et rendre en ladicte religion ce qu'il ne pouoit ne debvoit faire/
-ainçoys venoit directement encontre son premier veu et serment. Et
-pource que ceste dame se sentoit tenue quant a l'ame de le declairer une
-foys/ et qu'elle avoit tresgrant interest d'avoir quitance &
-renonciation de sa promesse pour se pourveoir ailleurs en lieu de luy
-d'ung aultre amant et serviteurs elle concluoit et requeroit que lesditz
-religieux cordeliers fussent condampnez a faire exhibition audit
-amoureux rendu cordelier & de le amener en justice pour le contraindre
-et entretenir a ses premiers veuz et promesses ou y renoncer/ et la
-quitter au regard d'elle ne voulloit pas empescher le sauvement de son
-ame et qu'il ne demourast religieux de l'ordre s'il en avoit la
-voulenté. De la partie desdictz religieux de l'observance si fut
-deffendu au contraire et disoyent que la demande que faisoyt la dame
-n'estoit pas recepvable car l'amant religieux rendu cordelier dont
-estoit question estoit ja cordelier vestu/ et avoit fait les veuz de
-l'observance d'amours par les trois Esquelz veuz d'ycelle observance il
-est deffendu expressement de ne parler jamais a femme/ parquoy donc de
-le voulloir contraindre maintenant a le veoir & parler a elle dessoubz
-umbre de renonciation n'y avoit apparence et estoit trop tard de venir
-aprés ladicte reduction ramentevoir Et mettre en lieu de present
-lesdictes aliances promesses et follyes du temps passé. Disoient oultre
-lesditz religieux que quant ledit amant fut rendu & vestu de l'habit de
-l'ordre/ ladicte dame deffenderesse y estoit presente & luy veit faire
-les veuz pourquoy lors debvoit declairez lesdictes promesses et se
-opposer pour le droyct que elle veult deduire Et sembloyt soubz
-correction que c'est grant abbus a elle de venir maintenant par telz
-moyens pour troubler ledict religieux rendu et le mettre es choses
-mondaines qu'il a ja oubliees Si disoyent par ces moyens lesditz
-religieux qu'ilz n'estoyent tenus de exiber ledict cordelier/ et pour
-chose que on peust faire jamais ne partiroit de ladicte religion. A quoy
-ladicte dame pour ses replicques disoit/ que elle ne voulloit pas le
-retraire hors de religion ne de le mouvoir de son entreprinse/ mais
-requeroit seulement pour sa descharge que il renonçast a sa promesse
-qu'il luy avoit faicte/ et tout ce qui avoit esté faict/ et dict entre
-eulx deux feust declairé nul et comme non advenu Et disoit oultre ladite
-dame que cela se debvoit faire avant toute oeuvre/ car elle voulloyt
-obvier au dangier d'amours qui s'en pouoit ensuivir/ elle vouloit avoir
-enseignement de la renonciation desdictz promesses et pour monstrer
-qu'elle aymoit entretenir sa foy mieulx que luy affin qu'on ne luy en
-peust reproucher riens. Et au regard de ce que lesdis cordeliers
-disoient que icelle dame estoit presente quant ledit nouveau cordelier
-fut rendu & qu'elle luy vit faire les veux respondit qu'il estoit bien
-vray qu'elle y fut avecques ses autres cousines & parentes/ Mais a la
-verité quant elle veit qu'on le deshabilloit tout nud pour le vestir en
-cordelier les lermes luy vindrent aux yeulx a si grant affluence qu'elle
-ne sceut qu'elle devint & luy commença a soubzlever le cueur par telle
-façon que elle s'esvanouyt en plain chappitre et ne luy souvenoit alors
-d'aliance ne de promesse/ car il n'est au monde si grant douleur a femme
-que de veoir son amy rendu en religion. parquoy fault la excuser Et
-quant elle n'eust point esté troublee si n'eust elle pour rien
-entreprins d'aller desclairer devant tout le monde qui ne se pouoit
-rendre pour blasme et deshonneur qu'il en eust peu avoir. Et a ce que
-lesditz deffendeurs disoient en oultre que pour rien ne le laisseroient
-partir de religion respondit ladicte demanderesse que par force ilz
-devoyent estre contrains/ et que au regard d'elle elle avoyt contenné de
-ne parler point a luy sinon en la presence de deux ou trois religieux
-telz qu'on vouldroit amener/ mais il estoit force que a la quitance &
-renonciation desditz promesse ce fist en jugement/ car il y avoit
-lettres signees de leur main de l'ung et de l'autre qu'il convenoit
-rompre et casser devant la justice d'amours en concluant au surplus
-comme dessus Mais lesditz cordeliers deffendeurs perseverant tousjours
-en ce qu'ilz avoient proposé disoient que ce n'estoit pas raison que
-ledict amant rendu cordelier vint en jugement ne qu'il vist plus ladicte
-dame. Primo car se seroit contre son veu qu'il a faict de ne partir
-jamais de la religion sans licence du general Secundo: car par la reigle
-de l'observance d'amours telle comme chascun scet ceulx qui y sont
-rendus jamais n'en peuent saillir sinon que le feu les contraingne a ce
-faire & sont reputez mors au monde/ ne n'y a nul qui en puisse partir
-dehors excepté ceulx qui sont deputez a leur tour pour aller querir la
-pitance & la pourveance du couvent Et pource de requerir maintenant par
-ladite dame que ce jeune cordelier qui a renoncé aux joyes et a la pompe
-du monde et qu'il voyt ce quel a cuidé faire perdre a tousjours il n'y
-avoit nulle apparence et posé que icelle demanderesse fust troublee
-quant elle le veit ainsi vestir et entrer en la religion touteffoys cela
-ne la pouoyt pas excuser du tout/ car entre le temps qui vint
-premierement d'amours en la religion & celluy de la redicion elle avoit
-eu bon loysir de soy venir opposer et remonstrer lesdites aliances et
-promesses. Ouyes les parties en tout ce qu'ilz ont voullu dire et
-alleguer elles ont esté appointees a mettre par devers la court et au
-conseil. Si a la court veu ledict procés et a grant et meure
-deliberation avec tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere. Et tout
-veu la court dit que non obstant chose proposee par lesditz religieux
-cordeliers de l'observance ledict amoureux nouvellement rendu cordelier
-viendra en la court de ceans renoncer aux promesses et alliances
-d'amours par luy faictes avec ladicte dame pour sa descharge & en aura
-lectre ou acte se bon luy semble. Et si ordonne la court que lesdis
-cordeliers seront contrains par la presence de leur personnes et
-ouvertures de leurs portes a faire exhibicion dudict cordelier & le
-amener en jugement pourveu toutesvoyes que bon leur semble ilz luy
-pourroyent mettre ung bandeau devant les yeulx affin qu'en parlant ou
-renonçant audictes promesses et alliances il ne puisse veoir la
-demanderesse jadis sa dame Et au surplus sont compensés les despens
-d'ung costé et d'aultre et pour la cause.
-
-
-
-
-¶ Le .xxxviii. arrest.
-
-
-Ja pieça ung povre amoureux plain de dueil prya moult une jeune dame de
-dancer avec luy dont elle feut reffusante et ce excusant sur ce qu'elle
-disoit qu'elle ne faisoit que venir Et depuis encore une aultre journee
-la pria tresinstamment que seulement affin qu'il ne fust mocqué elle
-fist ung tour avecques luy mais comme devant elle n'en voulut riens
-faire. Disoit aussi que depuis il l'a saluee par plusieurs fois & osté
-son bonnet quant il la rencontroit/ mais pource qu'elle peult bien
-appercevoir qu'il l'ayme & en est ung petit feru elle ne daigne parler a
-luy et se d'aventure elle luy a dit a dieu: c'est en hochant la teste
-Desquelz reffus et desdaing dessusdict ledit povre amant a appellé a la
-court de ceans et relevé contre ladicte dame qui n'y est voulu venir ne
-comparer ains se est laissee mettre en deux deffaulx et tout ce que bon
-luy a semblé devers la court. Si a la court veu lesditz deux deffaulx en
-ce qui a esté produit et tout veu ladicte court par vertu des deux
-deffaux a jugé audit amoureux demandeur tel prouffit qu'il s'ensuit.
-c'est assavoir qu'il a esté bien appellé par luy & mal refusé par
-ladicte dame Laquelle court l'a condempnee a dancer avec luy maulgré
-qu'elle en ayt. Aumoins faire deux ou trois tours: & permet ladicte
-court audit amant quant on dancera une dance a trois de se y bouter sans
-dire mot pour faire ung tiers & en oultre pource qu'il est en apparence
-que ladicte demanderesse en contempnant aucunement la court dist quant
-elle a esté ajournee qu'elle n'y daigneroit comparer & que ledit galant
-s'abusoit de la poursuivre: icelle court permet audit amant de passer &
-rapasser par devant elle sans la saluer ne sans lui dire a dieu le
-desclairant exempté de luy faire le petit genoul en une basse dance & le
-pas de brebant ainsi que tous les autres le font en oultre la condampne
-es despens des deux dictz deffaulx la tauxation reservee.
-
-
-
-
-¶ Le .xxxix. arrest
-
-
-Il estoit une bourgeoise qui requeroit que certain appointement qui
-avoyt esté donné par les gens tenant l'eschiquier d'amours au proffit
-d'une damoiselle sa partie adverse touchant le debat qu'ilz avoyent
-ensemble pour parvenir au dessus fust recindé & adnullé par la court/ et
-veu le playdoyé des parties et tout ce qu'elles ont produit et tout veu
-la court dict qu'elle ne tiendra court ne congnoissance de ladicte cause
-et matiere/ mais renvoye de rechef par devant lesdictes gens tenant
-l'eschiquier qui en est commencé a congnoistre en jugier au sourplus/ et
-y pourveoir ainsi qu'il appartiendra tous despens preservez en
-diffinitive.
-
-
-
-
-¶ Le .xl. arrest.
-
-
-En la court de ceans c'est assis ung procés entre une jeune dame d'ung
-sien amy disant qu'elle l'a veu le plus joyeulx & esbatant qu'il pouoit
-estre bien nouvellement habillé/ gent plaisant gracieux & advenant a
-tout chascun et tellement qu'on prenoit plaisir a le veoir & ouyr/ et
-brief qui ne luy pouoit donner luy ruoit/ maintenant il est devenu tout
-changé pensif songeart & merencolieux & semble que sa vie luy ennuye au
-monde/ car il ne tient plus compte de feste ne de joye/ se l'en parle a
-luy il songe une grant piece avant qu'il responde en faisant semblant de
-penser ailleurs. Quant on luy donne des bouquetz ou des fleurs il les
-dessire toutes par pieces avant que elles partent de ses mains Et
-incontinent qu'il oyt les menestriers ou le tabourin les larmes lui
-viennent aux yeulx/ et ne faict que souspirer/ se on touche a table a
-leur demaine d'amours & tourne le propos a parler de la mort/ ou de
-quelque vieille histoire qu'il va querir bien loing pour la mener a
-propos il a froict quant il faict chault/ et quant il faict froict il a
-chault/ & en effect maintenant on ne se congnoist plus en luy dont
-chascun s'esbahist & pource que ceste dame a interest qu'il vive
-longuement qu'elle est courroucee de tout son cueur se par merencolye ou
-desplaisance icelluy amant avoit autre chose que a point elle requeroit
-qu'il fust condampné a laisser toutes compaignies merencolieuses et que
-au seurplus la court mist telle provision en son fait que il revint et
-retournast en son premier point et premier estat. de la partie du povre
-amant tout malade fut deffendu au contraire & disoit que au service
-d'amours il failloit avoir beaucoup de peine & de travail avant qu'on y
-soit advancé et n'y a on jamais une joye qui ne couste cent douleurs/ &
-pource de si trop amuser ne estoit pas trop bon/ et aussi de present il
-n'en chault guieres aux dames/ ains ne s'en fait l'en que mocquer & sont
-les loyaulx tousjours les plus douloureux/ parquoy n'y avoit pas grant
-regret/ oultre disoit que de gens on ne tient compte s'ilz n'ont de
-l'argent Et a ceste cause/ il avoit deliberé en soy mesmes de delaisser
-et habandonner du tout amours et de recouvrer & gangner le temps qu'il
-avoit perdu/ combien qu'il ne seroit jamais que il ne le louast et
-exaulsast/ car certes tous biens en viennent. et ne vauldra jamais riens
-ung homme quel qu'il soit s'il n'a aulcunement esté amoureux en son
-temps. Mais il en y a les ungs plus malheureux que les aultres. Et quant
-est des maulvaises taches et merencolies que on luy mettoit a sus &
-aussi de ce qu'on disoit que il estoit songeart et merencolieux.
-Respondit qu'il failloit que la maladie print son cours. Et que
-maintenant il ne sçavoit prendre plaisir sinon a estre tout seul pour
-contempler le temps passé et celuy qui viendra et ne vouloit plus ouir
-parler de amours/ car c'est chose contraire a ceulx qui s'en veulent
-oster/ mais au surplus il remercyoit sadicte dame treshaultement de la
-bonne voulenté qu'elle avoit devers lui en requerant a la court congé et
-licence de le laisser departir d'amours mais sadicte dame disoit en
-repliquant que il n'en debvoit point avoir & que la court qui est
-souveraine y debvoit pourveoir veu qu'il estoit digne d'exaulcer une
-foys la foy d'amours pour les grans biens qui estoient en luy Et ne
-failloit point qu'il se soulciast d'argent ne de biens du monde/ car
-s'il vivoit et dieu luy donnoit santé il n'en auroit que trop. Aussi il
-ne estoit pas encores en aage de se chagriner & en y avoit bien
-d'aultres qui se soulcient pour luy. Disoit oultre sadicte dame que le
-fondement de la pensee de luy n'estoit que une fantasie & qu'il y avoit
-dangier veu sa complexion que il ne luy en fust du pis. Mais ledit
-amoureux disoit pour ses dupliques qu'il ne luy en challoit plus de
-rien/ & aymoit autant mourir que vivre veu que tant plus on va en avant
-en ce monde tant plus y a l'en de peine. et disoit oultre qu'il
-vouldroit bien estre joyeulx/ mais personne qui vient a soing ne le
-peult estre en brief/ et vouldroit ja estre en paradis car quant il luy
-souvient des joyes & des grans follies du temps passé il n'a point de
-joye ne de bien et ne se peult tenir de plorer. ouyes lesquelles parties
-en tout ce qu'elles ont voulu dire & proposer elles ont esté appointees
-en droit & au conseil. Si a la court veu finablement ledict procés bien
-au long avec tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere. Et tout veu
-et consideré la court ordonne que ledit amoureux sera mys aux herbes et
-tenu de demourer aux jardins comme povre prisonnier par l'espace d'ung
-moys affin qu'il ne voye que toutes belles fleurs et verdure pour le
-resjouyr. et luy deffend ladicte court toutes compaignies merencolieuses
-de se pourmener seul et de fantasies a tout par luy mais ordonne et
-apointe que ladicte dame par maniere de provision l'acompaignera & sera
-avec luy pour passer le temps du long dudit moys et jusques a ce qu'il
-soit guery & remis en son premier estat. et laquelle dame sera tenue de
-le penser si que on ne luy parle que de toute joyeuseté & luy feront
-oster tous livres et toutes choses mellencollyeuses faisant mention
-d'argent et de richesses/ affin qu'il n'y ait plus le cueur.
-
-
-
-
-¶ Le .xli. arrest.
-
-
-En la court de ceans c'est assis ung procés entre ung povre amant
-reffusé en cas d'excés et le procureur general d'amours adjoint avec la
-dame d'une part & ung sien compaignon amoureux comme luy d'aultre part
-deffendeur & disoit ledit demandeur qu'il avoit tout temps eu grant
-familiarité & societé avec ledit deffendeur et luy avoit faict plusieurs
-plaisirs & si estoit vray que pour la grant fiance qu'il avoit en luy il
-c'estoit descouvert a luy d'une partie de ses secretz & des biens et
-maulx qu'il avoit gaignez en amours/ & bien souvent luy racomptoit
-priveement de ses fortunes & lui touchoit de loing de sa dame qui tant
-estoit sage & prudente & comment il estoit bien tenu a dieu de l'avoir
-ainsi pourveu lesquelles choses ledit deffendeur escoutoit & en louoit
-ledit demandeur & luy faisoit le beau beau en le resconfortant quant il
-le veoit plaisant. et mesmes luy offroit et cueur et corps sa chevance
-et ses biens/ mais il ne le faisoyt sinon pour sçavoir qui estoit
-sadicte dame & haïr en aprés comme il a bien monstré/ car depuis qu'il a
-sceu qui elle estoit il ne cessa jusques a tant qu'il ait eue
-l'acointance d'elle & que il ait fait bailler le bont/ ce qu'il n'eust
-jamais cuydé tant le sentoit son singulier amy pour laquelle chose
-parvenir a celluy amant deffendeur qui sçavoit tous les secretz et
-moyens dudit amant complaignant a trouver façon & maniere de parler a
-ung moyne par qui les bonnes besongnes sont faictes & a tant fait par
-dons & par promesses illicites qui en amours sont deffendus que ledit
-moyne & luy ont compilees unes faulces lettres closes ou nom dudit povre
-galant complaignant lequel n'en sçavoit rien. Et par lesquelles estoit
-contenu que ledit amant demandeur mandoit a sadicte dame qu'elle ne
-estoit pas telle comme il cuidoit et qu'il s'appercevoit bien maintenant
-qu'elle avoit failly en la menassant et disant plusieurs injures &
-parolles que jamais ce povre amant n'avoit pensees/ ainçois eust mieulx
-aymé estre mis en pieces que de l'avoir songé & dit aulcun mal de elle.
-Aussi eust il esté bien traystre/ veu que tous les biens qu'il avoit
-venoyent d'elle. or que fait ce moyne cy il s'en vient par devers
-ladicte dame/ et n'est pas content de porter & bailler lesditz lettres
-faulses mais soubz umbre de ce que l'on dit qu'elles contenoient
-creance/ il dist les plus terribles choses a ceste femme que l'en
-sçauroit ymaginer. et tellement que quant elle les oit elle adjoustant
-foy a ce que ledit moyne disoit commença a soy pasmer & tumber a terre
-comme toute esvanouye dont depuis elle a esté fort malade/ mais les
-dessusdictz non contens de ce ont tant fait par soubtilz et estranges
-moyens que ledict deffendeur est entré en grace et qu'il a baillé le
-bont au povre homme qui tant avoit eu de peine a soy advancer &
-desservir la grace de ladicte dame en commettant bien grant trahyson eu
-regard aux plaisirs qu'il luy avoit fait & qu'il estoit son compaignon.
-Et en effect quant ce povre homme qui a tousjours son cueur envers
-ladicte dame et ne l'en peult pas oster vient vers elle ainsi qu'il
-avoit acoustumé elle lui tourne le doz en rechignant le maudit & par
-autreffois le menasse de luy porter dommage en corps & en biens en lui
-disant plainement qu'elle aymeroit mieulx qu'il fust ars et bruslé
-qu'elle luy fist ung seul plaisir et ainsi veezla la maniere comme ce
-povre amant a esté traictié. Et s'il a bien du mal a cause de ladicte
-trahyson/ encores il a plus de martire la moytié de ce que ledit
-deffendeur est advancé pour faire mal & que luy & ladicte dame qui sont
-ainsi aliez ensemble se mocquent de luy quant il passe par devant eulx
-en luy gectant de gros lardons & tirant la langue en derriere/ &
-pourtant il s'est traict par devers ladicte court de ceans & obtenu
-lettres par vertu desquelles informations ont esté faictes touchant
-ledit cas lesquelles avec lesdictes lettres closes ont esté appointees
-devers ladicte court et despuis a esté baillé commission de prendre au
-corps ledit amant deffendeur qu'on ne peult trouver/ ains c'est mys en
-franchise si a esté adjourné a comparoir en personne a ladicte court
-dedans troys briefz jours en laquelle il n'est daingné venir ne
-comparoir/ ains c'est laissé cheoir et mettre en quattre deffaulx au
-moyen desquelz ledit demandeur & ledit procureur general ont baillé
-leurs demandes et conclusions que au moyen d'iceulx ilz requierent leur
-estre faictes et adjugees qui sont bien grandes & tendans a grant
-reparation honnorable et proffitable ainsi que en icelles est plus a
-plain contenu et declairé Si a la court finablement veu lesditz charges
-& informations avec lesditz deffaux bien continués & entretenus ensemble
-lesdictz demandes et conclusions sur ce faictes. Et tout veu et
-consideré la court au moyen desditz quatre deffaulx adjuge ausdictz
-demandeurs tel prouffit qui s'ensuit/ c'est assavoir qu'elle tient et
-repute ledict amoureux deffendeur attaint & convaincu des cas a luy
-imposés et desclaire tous ses biens meubles et immeubles confisqués a
-amours. Et avecques ce ordonne que lesdictes lettres closes ainsi
-envoyees au nom dudict povre amant demandeur seront dessirés et
-canceleez en jugement comme faulses et qu'il sera nonobstant icelles et
-les maulvais raportz qui ont esté fais de sa personne a sadicte dame
-remis reintegré et restitué en la grace d'elle comme devant. Et en
-oultre condampne ledict deffendeur a faire amende honnorable en la court
-de ceans a tout et devant l'huis de la dame une torche ardante en sa
-main nue teste et sans ceinture en disant que faulsement et
-maulvaisement & aultrement que a point il a trahy et deceu le demandeur
-son compaignon & fait bailler le bont qu'il s'en repent et en crie mercy
-a luy. Et pour amende prouffitable dommaiges & interest le condampne en
-la somme de mille livres qui sera prinse sur ses biens avant toute
-confisquation & a tenir prison jusques a plain paiement et es despens
-desditz deffaulx. Au regard du moyne qui estoit participant de ladicte
-trahison qui a porté lesditz faulces lettres/ la court ordonne vue
-l'enormité du cas qu'il sera prins en lieu sainct et dehors ou l'on
-pourra trouver pour estre amené en la court de ceans et au surplus
-deffend la court une fois pour toutes dames/ damoiselles/ bourgoises et
-aultres de quelque estat qu'elle soyent que de choses qui peuent toucher
-amours ou les despendences ilz ne facent leurs ambassades ou messages
-pour moynes ne ne s'i fient en quelque maniere que ce soyt s'elles ne
-veullent estre deceues. Et oultre plus leur enjoinct expressement que se
-d'avanture a l'issue du lever du lit elles de prime face en
-rencontroient en la rue a jour perilleux comme le premier jour de may et
-aultres que de celle heure elles s'en retournent coucher car c'est malle
-rencontre.
-
-
-
-
-¶ Le .xlii. arrest.
-
-
-Il y a six ou huyt varletz cordonniers qui se sont plains en la court de
-ceans de ce qu'il fault maintenant mettre aux pointes des soulliers
-qu'on faict trop de bourre disant qu'ilz sont trop grevés et qu'ilz n'y
-pourroient fournir les compaignons ne continuer ceste charge s'ilz n'en
-avoient plus grans gaiges qu'ilz avoient acoustumé attendu que le cuir
-est cher et que lesdis poulaines sont plus fortes a faire qui ne
-souloyent Si a la court fait faire informacion & rapport du prouffist et
-dommaige qu'ilz en ont/ et pourroient avoir & tout veu et consideré ce
-qu'il failloit considerer la court dit que lesdis cordonniers feront
-lesdis polaines grosses et menues a l'appetit des compaignons suivans
-ledit service d'amours sur peine d'amende arbitraire
-
-
-
-
-¶ Le .xliii. arrest
-
-
-En la court de ceans c'est assis ung procés entre troys compaignons
-amoureux demandeurs et complaignans en cas de saisine et nouvelleté
-d'une part/ et trois belles dames deffenderesses & opposans: d'autre
-part Et disoient lesdis demandeurs que quant amour ordonna faire aliance
-d'homme et femme ensemble il bailla a chascun en droit soy de sa
-dominacion et voulut que les hommes alassent au dessus des femmes comme
-raison estoit/ et si leur ottroya aultres grans prerogatives que les
-dames n'ont point dont n'est de present question. Et fut vray qu'il
-permist aux amoureux faire cent mille menues choses qui n'apartiennent a
-faire aux dames comme eulx vestyr court aller desceintz parmy la ville/
-porter fauve au pié destre ou senestre tenir ung petit baston en la main
-sans ce qu'il soit baillé ne ottroyé aux dames d'entreprendre sur leurs
-droitz. Mais ce nonobstant icelles trois dames deffenderesses de leur
-auctorité indeue avoient porté et portoyent botte fauve a leur devise/
-et avecques ce faisoient fermer leurs soulliers d'aguillettes vertes et
-par dedans entrelacez de rubiz & diamans/ vouloient aussi porter leurs
-gans au costé le petit baston en la main et la robe courte a chevaucher
-et plusieurs autres nouveletés au prejudice desdis demandeurs en les
-troublant et empeschant a tort et sans cause indeuement et de nouvel en
-leur possession et saisine parquoy avoient obtenu ladicte conplaincte Et
-concluoient tout partinent en ceste matiere de nouvelleté/ Et en cas de
-delay demandoient la recreance. De la partie desdictes dames fut
-deffendu au contraire et disoyent que amours en faisant la division des
-joyes mondaines pour avantager les dames voulut qu'elles eussent
-seigneurie et domination sur les hommes et en signe de ce ordonna qu'ilz
-seroient requerans et demandeurs/ et les dames deffenderesses en leur
-ottroyant pouoir & auctorité de refuser ottroyer denier ou escondire
-ainsi que bon leur sembleroit. Et ainsi doncques tout le bien que les
-hommes ont si vient d'elles et ne peuent avoir plus grans droitz
-preminences prerogatives en amours que elles. Et sont les dames en
-possession et saisine de porter botte fauve pour l'honneur & amour de
-amy au pié destre ou a senestre en possession et saisine de mettre et
-trousser leurs gans de costé et les porter a la ceinture/ en possesion
-et saisine de mettre aucuneffois entre la conroye de leurs soulliers a
-la boucle/ quant il leur en prent appetit anneaulx et verges d'or/ en
-signifiant amours defoulez aux piedz dont l'en ne tient plus compte/ en
-possession et saisine de porter devises & faire cent aultres menues
-plaisances entre eulx dont elles se peuent adviser/ en possession et
-saisyne que lesditz amoureux demandeurs ne aultres quelzconques ne
-peuent ne ne doibvent entreprendre sur leur droit/ et que s'ilz
-s'estoient efforcés de faire le contraire des possessions et saisine par
-elles pretendues de les contredire et empescher en proposant possessoire
-pertinent et concluant en matiere de nouvelleté et en cas de delay
-demandoient lesdictes dames la recreance Et fut replicqué par lesditz
-demandeurs et disoient que par leur complaincte ne voulloient en riens
-diminuer les drois des dames. Or estoit il ainsi que jamais ycelles
-dames n'avoyent joye desdictes possessions/ mais estoit vray et tout
-notoire que lesdictes choses appartenoyent aux hommes et par ainsi leur
-complainte estoit bien recepvable Et au regard des possessions
-contencieuses lesdites dames ne les pouoient soustenir/ car elles
-sçavoient bien que ce n'estoyt pas chose licite ne honneste a femme de
-porter botte fauve et anneaulx aux piez ains apartenoit mieux aux hommes
-que a elles et ne le veit on jamais faire sinon depuis naguieres que
-ceste entreprinse a esté faicte de nouveau et pour laquelle derrisyon
-ilz ont obtenu ladicte complaincte/ Car il leur faisoit mal que aulcuns
-en prinssent desplaisir contre elles ou qu'elles en fussent blasmees/
-mais lesdictes dames en duppliquant disoient que s'il y en avoit aulcuns
-qui fussent dolens de les veoir porter/ il y en avoit d'autres pour
-l'amour de qui elles les portoyent qui y prenoient plaisir & pour homme
-qui en parle ne cesseroyent ja s'il n'estoyt ordonné/ car elles
-l'avoyent ainsi voué et promis a amours. Et quant est des possessions
-jamais n'y avoient esté empeschez jusques a present et ne failloit point
-dire que c'estoit chose mal seant a femme de porter botte ferree. car
-elle leur siet aussi bien qu'a homme/ si est chose plus joyeuse et
-nouvelle/ parquoy concluoit comme dessus. Ouyes lesquelles parties en
-tout ce qu'elles ont voulu dire et proposer elles ont esté appointees en
-droict et mettre par devers la court et au conseil que bon leur semblera
-veoir en ceste matiere et tout veu la court dict que lesdictz demandeurs
-a tort et sans cause se sont dolus & complains et que a bonne et juste
-cause lesdictes dames deffenderesses se sont opposees Et les maintient
-et garde la court en possession & saisine de porter la botte fauve au
-pied dextre ou senestre/ fermer leurs soulliers d'esguilettes vertes ou
-noires de mettre verges et anneaux d'or et de porter les gans de costé
-en la seincture leurs robes courtes a chevaucher et en toutes
-possessions par elles pretendues en levant la main d'amours et tout
-empeschement qui leur avoit esté donné par lesditz demandeurs a leur
-proffit en condampnant iceux demandeurs aux despens.
-
-
-
-
-¶ Le .xliiii. arrest.
-
-
-Sur une requeste baillee ceans par ung povre gallant serviteur affin
-d'estre payé de ses peines et salaires d'avoir servi ung jeune galant
-amoureux Disoit ledit demandeur qu'il a bien demouré avecques luy
-l'espace de deux ans ou environ/ pendant lesquelz il le suyvoit en tous
-lieux ou il alloit luy nettoyoit ses robbes/ redressoit ses poulaynes et
-portoit aulcuneffois les verges pour le nettoyer et luy obeissoit en
-tous ses commandemens ou il a eu de grans peines Et quant est venu a la
-fin son maistre luy donne congé sans le payer ne contenter: et pour ce
-requeroit qu'il fust condampné a le payer de ses services et demandoit
-despens Surquoy ledict aymant deffendeur disoit au contraire qu'il n'y
-estoit point tenu/ Car quant il le print il n'avoit rien et l'abilla de
-neuf et que au regard de son service il ne le serviroit pas bien car
-quant il faisoit ung jour bien son devoir il en failloit trois aprés:
-parquoy luy avoyt donné congié et au salayre qu'il demandoit disoit
-qu'il l'avoit tousjours entretenu bien habillé et vestu et par ainsi luy
-devoit souffire. Finablement la court veu ladicte requeste condampne
-ledit amant deffendeur a bailler a son varlet pour ses peines et
-sallaires & oultre ce qu'il a eu deux de ses vieilles robes courtes avec
-ung pourpoint de satin usé et deux escus pour s'en retourner en son
-pays.
-
-
-
-
-¶ Le .xlv. arrest.
-
-
-En la court de ceans c'est complainct et dolu ung gentil compaignon
-amoureulx de une jeune dame et maistresse/ disant que ja pieça pour
-l'amour d'elle il entreprint de jouster et mettre son corps a
-l'adventure affin qu'elle congneust qu'il l'aymoit merveilleusement par
-dessus toutes autres. Et a ceste cause feist faire harnois et
-habillemens qu'il devisa a sa plaisance/ et ou il feist mettre la livree
-de sadicte dame et avec ce eut chevaulx lance et housse de mesmes et luy
-estoit bien advis qu'il portoit la devise de sadicte dame que son cheval
-ne luy pouoit perir ne estre en danger ainçois que a l'ayde d'elle de la
-bonne querelle qu'il pretendoit il viendroit au dessus de son entreprise
-& en ceste intencion se disposa de jouster et se trouver sur les rencz
-bien en point comme il est acoustumé de faire en tel cas/ mais quant
-vint au departir qu'il cuydoit trouver sadicte dame pour avoir sa
-benediction elle faignit d'estre malade en se faisant excuser & dire
-qu'elle ne pouoit parler a luy ne luy bailler cueur ne courage de
-gaigner tellement que ceste journee il ne feist pas ce qu'il voulut & ne
-peult avoir honneur comme il eust eu sans difficulté ce ne eust esté les
-reffus de sa dame/ & dont par ce moyen elle estoit tenue le recompenser/
-et pource requeroit a l'encontre d'elle qu'elle fust condampnee a le
-desdommager de la perte qu'il avoit faicte & de ses interestz qui
-estoyent bien grans/ au moins qu'il declairé qu'elle avoit esté cause de
-son mal par le moyen dudit reffus en la condampnant a le recompenser
-ainsi que la court l'adviseroit. de la partie de ladicte deffenderesse
-si fut deffendu au contraire & disoit qu'en sa vie ne luy conseilla de
-jouster ne n'en fut consentant ne par elle ne pouoit estre plus advancé
-ne diminué car son conseil ou aide ne lui pouoit de rien proffiter/
-disoit avec ce que sa benediction ou sa parolle ne luy pouoit guieres
-aider en tel cas/ mais il suffisoit au demandeur de prendre son
-excusation sur cela qui n'estoit pas suffisant attendu qu'il pouoit bien
-ymaginer qu'elle eust esté aussi joyeuse de son bien comme lui mesmes.
-et quant est du reffus de luy ayder et bailler couraige jamais ne luy
-reffusa mais alors que il vouloit parler a elle estoit mal disposee
-tellement qu'elle ne peult venir parler a luy. et disoit que quant elle
-sceut qu'il devoit jouster elle pria alors pour lui affin qu'il eust
-l'honneur parquoy il devoit souffire Et par ses moyens concluoit affin
-d'absolution surquoy ledit amant demandeur pour ses replicques disoit
-que se elle eust seulement dit a dieu/ ou quelque autre mot son cheval
-fust allé plus joyeusement & n'eust trouvé homme qui luy eust peu
-resister. Et ainsi en estoit tenu tout du long. Finablement parties
-ouyes elles ont esté apointees en droit veu et consideré la court
-condampné ladicte deffenderesse a habiller vestir et armer ledit
-amoureux demandeur la premiere foys que il vouldra jouster & a conduire
-son cheval par la bryde tout du long des lices ung tour seullement et
-aprés cela fait sera tenue bailler sa lance en disant a dieu mon amy
-ayez bon cueur & ne vous soulciez de rien car on priera pour vous
-
-
-
-
-¶ Le .xlvi. arrest.
-
-
-En la Court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une jeune fille
-de villaige demanderesse d'une part et ung jeune gallant de mesme
-deffendeur d'aultre part. Et disoit ladicte demanderesse que ja pieça ce
-galant cy en revenant de pellerinaige il estoit tant alteré que il ne
-pouoit boire ne manger. Il se vint pour mener en ung jardin ou elle
-cueilloit des viollettes et illec luy requist qu'elle luy donnast ung
-bouquet ce qu'elle fist de bon cueur/ et lors il la remercia en luy
-promettant de luy donner une belle bourse et ung tabouret dont elle fut
-assez joyeuse et pource que ledit compaignon se sembloit estoit tresfort
-malade luy demanda se il vouloit rien et qu'il avoit. Surquoy luy
-respondit beaucoup de mal et qu'il eust voulu luy avoir cousté grant
-chose et que il eust d'elle seulement ung povre baiser pour le
-resconforter. Et alors ceste povre jeune fille luy alla dire/ que sans
-denier ne sans maille elle lui en donneroit deux voire trois qui ne luy
-cousteroyent riens. Et de fait les luy octroya/ et advint que de ceste
-heure aprés lesdictz baysiers donnez qu'il fut du tout gary. Et feist
-grans merveilles de grans chieres/ neantmoins il n'avoit point fait son
-debvoir de lui envoyer ladicte bourse et tabouret/ ne aussi pareillement
-de porter ung boucquet de Rommarin vert pour l'amour d'elle ainsi comme
-il luy avoit promis. Et pource requeroit ladicte demanderesse que ledit
-deffendeur y fust contrainct et condampné en ses despens. De la partie
-dudict amoureux fut deffendu au contraire & disoyt voirement que ladicte
-demanderesse l'avoit secouru en sa grande necessité et griefve maladie
-tellement que il en estoit tenu a elle Et aussi cuidoit avoir fait son
-debvoir comme bon et loyal serviteur. Et quant est de ce qu'il luy a
-promis comme de la bourse et dudict tabouret ilz luy a ja pieça envoyees
-par personne seure qui luy avoit affermer les lui avoir baillees. Et au
-regard dudit rommarin vert il disoit qu'il n'estoit journee qu'il ne lui
-ensouvint et que jamais encores ne se trouvoit en feste n'en joyeuse
-chere qu'il n'en portast tousjours dessus luy car c'estoit la fleur que
-il aymoit le mieulx & qui plus luy avoit aydé en ce monde. Et supposé
-que l'on dye que il face aulcunement mal a la teste de le sentir
-touteffoys il luy faisoit moult grant bien au cueur et ne sera jamais
-qui ne l'ayme. et concluoit par ses moyens affin d'absolution. Surquoy
-ladicte demanderesse disoit qu'il le devoit aussi bien cherement aymer/
-car il en avoit esté gary & alegé en bien peu d'heure. et quant a
-ladicte reception desdictes choses promises n'en avoit par sa foy rien
-sceu Finablement parties ouyes ont esté apointees en droit/ et au
-conseil si a la court veu et consideré ledit procés. Et condampne la
-court ledit amoureux deffendeur a bailler & rendre a ladicte
-demanderesse lesdictes bourse & tabouret par lui promis sans prejudice
-d'avoir son recours sus celluy a qui il les avoit baillees pour les
-porter. Et aussi je le condampne a porter dessus lui pour l'amour de
-sadicte dame demanderesse ung boucquet de rommarin vert a tout le moins
-ung brin ou deux entrelassez avec une soulcie et menues pensees ou
-d'autres fleurs que bon luy semblera
-
-
-
-
-¶ Le .xlvii. arrest.
-
-
-A la plainte et requeste de plusieurs grans amoureux ont esté baillees
-par ladicte court de ceans certaines lettres de commission par vertu
-desquelles inhibitions et deffences ont esté faictes a je ne sçay quelz
-goffriers et patissiers que doresnavant ilz ne fassent plus leurs
-goffres & leurs gasteaulx devant les lieux et esglises ou l'on va en
-pellerinaige a celle fin que la fumee de leur feu ne leur puisse faire
-mal aux yeulx & que par cedit moyen ilz puissent bien a leur aise saluer
-et regarder leursdictes dames en allant & en retournant. Ausquelles
-inhibitions et deffences les dessusditz patissiers se sont oposez &
-disoyent pour leurs causes d'opposition qu'ilz gangnent leurs vies a
-faire les dessusdites goffres et que leur mestier requeroit que ilz
-besongnassent a jour de feste et au pres des lieux et esglises ou le
-peuple va/ car se ilz faisoyent ailleurs leursdictes gofres personne
-n'en yroit achapter Et aussi on ne les pourroit manger chauldes/
-pourquoy ilz soubstenoient tousjours leur opposition en concluant que a
-tresgrant tort et mauvaise cause lesditz galans amoureulx en perseverant
-en leurs demandes disoyent que pour riens du monde l'en ne debvoit
-souffrir lesdictz gauffriers besongner au pres des lieux et eglises par
-plusieurs moyens premierement/ car ilz empeschent le chemin et la voye
-publique/ et ne s'i peult l'on contourner sans bouter l'ung l'autre
-Secondement car quant les rues sont estroictes ilz contraingnent
-lesdictz gallans a passer par l'autre & ne peuent aulcuneffoys a cause
-de leursditz tabernacles approcher de leursdictes dames pour leur dire a
-dieu ou ung mot en passant qui leur est ung moult grant desplaisir.
-Tiercement car par le moyen du feu a quoy ilz cuisent leursdictes
-gauffres il vient une fumee sy grande et si maulvaise que lesditz
-gallans sont contrainctz de cleigner les yeulx/ et perdre la veue de
-leurs dames sans sçavoir que elles deviennent ne s'elles les ont
-apperceuz qui d'aultre costé leur est moult grant martire Et pource veuz
-les dessusdictz inconveniens que lesdictz gauffriers/ et patissiers
-devoyent estre condampnez a vuyder et faire leursdictes gauffres aultre
-part/ et que lesdictes deffences leurs avoyent esté justement faictes. A
-ses fins concluoyent et demandoyent despens Surquoy lesdictz gauffriers
-disoyent que ilz avoyent jouyssances escriptes de faire illecques
-lesdictes goffres parquoy les inhibitions n'estoient recepvables/ disoit
-oultre que lesditz amans ne pouoyent avoir dommage mais estoit leur
-grant proffit que ilz le fissent es lieux ou ilz avoyent acoustumé car
-aumoins avoyent ilz par le moyen desditz gauffriers occasion de parler a
-leurs dames et de leur en presenter en concluant comme dessus.
-lesquelles parties ouyes en tout ce qu'elles ont voullu dire et proposer
-elles ont esté appointees en droit a mettre par devers ladicte court et
-au conseil. si a la court finablement veu le dessusdict procés/ et tout
-veu et consideré ladicte court dit que a bonne & juste cause lesditz
-inhibitions & deffences ont esté faictes ausdictz patissiers et
-gauffriers et que a tort et maulvaise cause ilz se y sont opposés &
-veult et ordonne la court/ que lesdictz gauffriers et patissiers seront
-contrains a aller cuire et faire leurs gauffres aux carrefours et
-aillieurs aultre part ou bon leur semblera sans eulx approcher desdictes
-eglises et lieulx ou l'en yra en pellerinaige de deux ou aussy de troys
-rues loing sur peine d'estre griefvement pugnis et les condempne la
-court es despens de ceste instance ladicte tauxation reservee.
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-¶ Le .xlviii. arrest
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-Ung soir bien tard sus le soupper ainsi qu'on ostoit les plas de la
-table de unes nopces ou ung jeune gallant amoureulx estoit que les
-menestriers questoient l'aumosne pour monseigneur saint Julien/ il y eut
-une tresbelle jeune dame assise a table qui en parlant d'amours ainsi
-qu'on en devisoit a table dist audict gallant en passant ces motz. Telle
-gerbe n'est pas sans lien & que il n'estoit pas homme pour demourer
-derriere. Au moyen desquelles parolles il commença a tressuer de la
-grant joye qu'il en eut en ce moment et la mena dancer la premiere et
-depuis au retour quant il fut rassis au pres du lieu ou il l'avoit
-ramenee ung aultre jeune gallant la vint prendre pour mener dancer a qui
-elle fist assés grant accueil dont il en eut ung petit de mal en sa
-teste & n'en fut pas trop content/ Mais il luy vient si bien que pendant
-ce que ladicte dame danssoit il se vint arraisonner a sa chamberiere qui
-estoit illec assise/ laquelle luy dist entre les aultres choses et sans
-ce que ledict gallant luy en parlast qu'elle avoyt ouy dire a sadicte
-maistresse/ tant de bien et d'honneur que merveilles et luy asseura
-qu'elle l'aymoit au tant que il estoyt possible en pensant de ce que il
-ne la venoyt veoir et quaqueter avecques elle. Si a ceste heure ledict
-gallant fut moult fort surprins d'amours pas ne s'en fault esmerveiller/
-Car sur le corps il n'avoit voine qui ne tremblast de joye et de liesse/
-qui luy surmonta jusques au cueur/ et tellement que il entreprint de
-l'aller veoir le lendemain et il n'y faillit pas: et depuis y a esté par
-plusieurs journees: mais en effect tant plus y alloit et moins
-appercevoit qu'on tint compte de luy et pource requeroit ledict galant
-demandeur que icelle dame desclairast s'elle le vouloyt prendre a
-serviteur ou non affin que il n'y pensast plus Et que au surplus ladicte
-chamberiere qui ainsi luy avoit baillee l'aliance et fait trembler les
-fievres blanches tout du long d'une nuyct feust condampnee a l'amender
-envers luy/ et de telle amende honnorable et proffitable que ladicte
-court adviseroit De la partie de ladicte dame fut dit que au regard
-d'elle elle ne le hayoit point/ mais elle s'estoit pourveue d'ung aultre
-serviteur par quoy disoit qu'on la debvoit tenir pour excusee Et entant
-que touchoit ladicte chamberiere disoit voirement qu'elle avoit ouy dire
-a sadicte maistresse autant de bien dudict compaignon que on pourroit
-penser/ parquoy n'avoit failly en riens/ Et quant est de l'avoir
-conseillé de venir par devers elle elle disoit qu'elle l'avoit faict
-pour l'advancer pource que il est homme qui bien le valloit. Disoit
-oultre que telles paroles qui entrent par une oreille s'en doivent aller
-par l'autre & est moult grant follye aux gens de s'i fyer/ car il est
-aucuneffoys force de dire des choses qui ne sont pas veritables pour
-complaire aux gens et leur donner ung peu d'esperance pour venir es
-biens qu'ilz desirent/ et par ces moyens et autres disoit la chamberiere
-que elle estoit de voye de absolution/ mais les gens d'amours disoient
-qu'il n'y a aujourd'huy plus dangereuse chose en amours que de telz
-faulx rappors/ car c'est pour ravir ung homme jusques au troiziesme
-ciel/ et en advient plusieurs inconveniens comme d'aulcuns povres
-amoureux qui en perdent le boyre et le manger et les aultres en
-deviennent comme bestes sans sçavoir qu'ilz ont. Et pource requeroient
-lesdictes gens d'amours que ladicte court y mist provision mais ladite
-chamberiere disoit que au regard d'elle elle n'avoit meffaict car veues
-les pressupositions et parolles de sa maistresse qu'il estoit
-vraysemblable qu'elle l'eust aymé s'il se fust sceu conduire. A quoy
-ledit povre galant respondit qu'il n'y vouloit plus essayer et luy
-souffisoit de ce qu'il en avoit faict sans plus y retourner pour le pris
-comme dessus. lesquelles parties ouyes en tout ce qu'elles ont voulu
-dire ont esté appointees en droit et au conseil et a la court veu ledict
-procés & ce qu'il failloit veoir en ceste partie. Et tout veu la court
-dit que ladicte chamberiere a failly & grandement abusé/ & a ceste cause
-la condamne ladicte court a vuyder l'hostel de sa maistresse/ & si
-ordonne que jamais ne portera chapperon de couleur ceinture verte & la
-condamne en oultre en tous les despens dommaiges & interestz du povre
-amant la tauxation reservee.
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-¶ Le .xlix. arrest.
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-En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une tres
-gracieuse Dame demanderesse en cas d'excés de une part/ & ung moult
-gracieux compaignon jadis son amoureux deffendeur audict cas/ et
-requerant l'enterinement de certaines lettres de pardon d'aultre part.
-et disoit ladicte dame demanderesse que de long temps a pour les grans
-biens qu'elle oyt dire de la personne dudict amoureux deffendeur elle
-mist tout son cueur en luy & depuys luy a faict plusieurs plaisirs ainsi
-qu'elle a peu/ mais nonobstant dangier et malle bouche qui s'en
-doubtoyent aulcunement elle ne lui pouoit faire tousjours si bonne chere
-qu'elle eust bien voulu ains estoit force aulcuneffois de dissimuler &
-faire semblant ne le point congnoistre quant il la regardoit. Si estoit
-vray que une journee il la salua ainsi que elle venoit de l'eglise mais
-quant elle le apperceut/ pour ce que dangier rechignoyt desja de le
-veoir de loing elle tout de gré retourna la teste de l'autre costé sans
-luy dire mot dont ledit galant se despita et combien que en amours l'en
-porte en pacience tous les maulx ainsi qu'ilz adviengnent et que il soit
-deffendu de longuement garder son courroux/ ne user de aulcune
-vengeance/ neantmoins ledit amoureux deffendeur de ce que elle ne le
-voullut saluer comme elle le devoit faire a conspiré haine contre
-ladicte dame/ pour laquelle mettre a execution/ ce jour propre le soir
-bien tard il se transporta devant son huys/ et illecques comme mal meu
-et eschauffé vint ruer d'eux ou trois grosses pelottes de neige contre
-les fenestres de sadicte dame. Et aprés ce qu'il veit que on n'en tenoit
-compte et que l'on ne sailloyt point dehors pour parler a lui il print
-une grosse pierre et la gecta contre les verrieres tellement que il en
-abbatit deux ou troys losenges qui vindrent comme si se eust esté chose
-juree tout droict cheoir dessus la teste de ladicte dame demanderesse/
-et dont en y eut une qui la vint frapper sur le nez si qu'il y eut
-effusion de sang/ et encore non content de ce mais pour luy faire plus
-grant despit il a fait despecer ung beau cordon qu'elle luy avoit donné/
-et dont par despit il en a lacé une botte fauve en metant a son pied ce
-qu'il debvoit mettre en sa teste. Et oultre plus a injurié ceste dame en
-disant d'elle plusieurs maulx/ et qu'elle estoit maulvaise/ avecques
-plusieurs autres parolles et minution de son honneur qui estoit mal fait
-a luy & lesquelles choses dessusdictes comme digne de pugnition cheoyent
-en reparation. Et pour ce prenoit ladicte dame ses conclusions a
-l'encontre dudict amant affin que il feust par la court condampné a
-reparer lesdictz excés envers elle d'amende honnourable nue teste/ et en
-chemise tenant une torche ardante en sa main/ en dysant que faulsement
-et maulvaisement il l'avoit grevee et blasmee/ et qu'il s'en repentoit
-et cryoit mercy en se desdisant publycquement desdictes parolles par luy
-dictes & ainsi condampné a faire ung voyage a sa devotion et partout ou
-elle le vouldra encharger/ et pour amende prouffitable a la somme de
-deux mille livres & a tenir prison ou il appartiendra/ et tout a ses
-despens/ dommaiges et interestz de la partie dudict amant fut deffendu
-au contraire & disoit par ses deffences qu'il failloit pressuposer que
-ladicte dame estoit conduyte par danger en telle maniere que elle n'eust
-sceu faire ung seul pas qu'elle ne l'eust eu tousjours aprés sa queue
-ung faulx semblant pour la garder. Et n'y eut oncques amoureux de
-memoire d'homme qui eust tant a faire/ et a souffrir que il a eu de la
-servir car il ne s'en pouoit tirer pres fust de jour ou de nuit a
-quelque heure que ce feust pour les gardes & batailles qui estoyent en
-l'avant garde et en l'arriere garde et brief en la saison de l'yver
-n'eust jamais peu aller ne parler a elle sinon que quant il geloit si
-fort que les gens de fine froydure ne se osoyent tenir a l'huys qui
-estoit tresgrande peine/ car il fault considerer que a toutes les foys
-qu'il y alloit ne pouoit il pas encores parler a elle/ mais bien souvent
-luy failloit retourner ainsi comment il estoit venu. Et se il avoit
-grant peine en yver/ encores en avoit il beaucoup plus en esté/ car
-jamais ne se fust avancé & aussi il n'eust osé aller devers elle en
-quelque façon que se eust esté sinon quant il faisoit orage de temps/ ou
-qu'il tonnoit/ esclairoit/ et espartyssoit de tous costez tellement que
-il sembloit que les pierres fendissent et que le ciel deust cheoir embas
-mesmement quant il couroit parmy les rues n'atendoit que le coup comme
-ung homme desja condampné qui lui estoit ung grant danger sans les
-autres inconveniens du vent et des gouttieres qui degoutoyent sur luy
-dedans son dos comme qui les gectast par despit. Et fault noter que
-quant il estoit arrivé en ceste estat jusques au logis de sa dame il
-n'avoit habillement qui ne fust plein d'eaue voire tout le corps comme
-s'il fust venu d'ung baing si que c'estoit pitié de le veoir et si au
-mieulx ne gagnoit que ung baiser ou deux qui n'estoit pas
-rescompensation legitime de la peine que il en prenoit. Au regard
-encores que incontinent il s'en failloit retourner/ et passer par boys/
-et par ruisseaux et aussi grant dangier que par devant sinon qu'il
-attendoit dessoubz quelque auven que le maulvais temps feust passé et la
-pluye cessee/ pressuposé cela disoit a une journee dont n'estoit recors
-que il faisoit maulvais temps et ung froict extresme. Il se transporta
-par devers l'uys de sadicte dame ou il fut bien l'espace de trois
-grosses heures atendant la venue tellement que ses soulliers estoient
-gellez et ne les pouoit ravoir de la terre. Et quant il vit qu'il n'en
-oyoit point de nouvelles il commença a toussir deux ou .iii. fois et
-puis hurtoit de la pointe de son patin a la porte & si ne lui respondoit
-l'en riens dont voirement il se courrouça et despita et pour se
-eschauffer feist une grosse pelotte de neige qu'il gecta contre pour se
-ramentevoir/ et affin que l'en vint a luy. et peult bien estre que
-ladicte pelote qui estoit ung peu pesante cassa ung petit de voirriere
-dont les pieces & esclatz cheurent dessus la dame. Mais il ne le cuydoit
-pas faire/ et jamais il n'eust pensé que elle eust esté dessoubz/ par
-quoy le fault excuser/ ne quelque chose que sadicte dame ait voulu dire
-il n'avoit haine a l'encontre d'elle/ car par maltallent il ne l'avoit
-fait/ mais seulement pour ce qui luy ennuyoit d'avoir la tant longuement
-atendu sans venir a luy. Et quant est du reffus de le saluer surquoy
-elle vouloit fonder sa haine de malveillance disoit ledit amant qu'elle
-fist sagement et ne luy en sceust oncques maulvais gré. Et qui plus est
-n'eust sceu riens faire qu'il luy eust despleu ne mal contenté car tout
-ce qu'elle voulloyt il desiroit & au regard du cordon qu'il avoit porté
-aux piedz par despit d'elle disoit ledict amant deffendeur qu'il ne
-l'avoit faict que par plaisance joyeuse/ et pour monstrer qu'il avoit
-une moult belle dame il le faisoit pour l'amour de elle/ parquoy n'avoit
-mesprins. Et au surplus touchant les injures disoyt que quant il
-retourna ainsi angelé de l'huys de sadicte dame sans rien faire et a
-l'occasion que en s'en retournant il rencontra ung vieil tronchet de
-patissier qui luy cuyda fendre la greve de la jambe/ il mauldict ladicte
-dame/ et peult bien estre qu'il dist qu'elle estoit traistesse/ car il
-semble que se elle ne l'eust injurié ou que elle fust venue a l'huys il
-ne feust point cheut en ce dangier/ ains eust esté garanty/ et encore
-d'abondant entant qu'il auroit failly de son costé il avoit obtenues
-lettres de pardon dont il requeroit l'enterinement et au moyen d'icelle
-delivrance de ses biens et de sa personne attendu que par ce que dit est
-ledit pardon estoit bien civil et raisonnable et demandoit despens au
-cas que sadicte dame vouldroit plus persister au procés a l'encontre de
-luy Aprés lesquelles deffences les gens d'amours reciterent les
-informacions et disoient que ilz trouvoient grandement chargé ledit
-amoureux deffendeur et ne se pouoyt excuser qu'il ne eust failly car sa
-dame estoit notoirement en la sauvegarde d'amours et sont toutes voyes
-de faict deffendues. Or avoit il par voye de fayct rompues les
-voirrieres et ycelle dame blecee qu'il deust avoir revenchee voire
-jusques a effusion de sang. Et ainsi se il eust donné ces choses a
-entendre et le cas tel qu'il estoyt/ jamais ne eust obtenu pardon.
-parquoy disoient qu'il en devoit estre pugny et requeroient que iceluy
-povre amant fust banny a tousjours du royaulme d'amours a tant que ses
-biens feussent desclairés confisquez et pour amende prouffitable au
-double Ledict amant deffendeur soustenant ledit pardon disoit qu'il
-n'auroit cause de le condampner et que quant il n'avoit pardon & qu'il
-eust commis aulcune faulte/ si pourtant veu les paines qu'il avoit eues
-& la charge du service enquoy il estoit obligé et ou pendoit la mort ou
-la vie de chascune fois qu'il alloit vers ladicte dame il en devoit
-demourer quitte et ne luy en debvoit on rien demander Et au regard du
-cas l'en n'y pouoit noter mal. Premierement quant au gré de la partie il
-avoyt cause de le faire veu le long temps qu'il avoit songé a l'huis/ et
-affin qu'on ne luy peust pas faire entendant qui luy eust esté Si disoit
-par son serment que alors qu'il getta ladicte pierre il avoit tant de
-froit qu'il ne sentoit sa main & ne scet s'il getta fort ou foible mais
-elle fut mout grevee et blecee et fut par grant fortune que les
-voirryeres cheurent sur elle et entant que touchoit les injures et de ce
-qu'il pouoit avoir legierement dit qu'elle estoit faulce et traistesse
-Respondit que ce avoit esté par chaude colle & alors qu'il estoit blecé/
-parquoy l'en ne s'i devoit arrester/ car quant ung homme a mal excessif
-& que c'est la cause d'amours l'en ne s'en sçauroyt tenir aucuneffois de
-maudire sa dame & tous ceux qui en sont cause ou par qui le cas est
-advenu et par ainsi disoit que lesdictes lettres de pardon estoient bien
-civilles/ et qu'on y devoit obtemperer mais sadicte dame disoit au
-contraire et qu'il failloit premierement qu'il se desdist des injures/
-et qu'elles devoient passer soubz dissimulacion/ Car quant ung serviteur
-desprise sa maistresse ou dit mal de ceulx dont il doit avoir avancement
-il doibt estre reputé infame et debouté de tous lesditz biens et si
-fault qu'il l'amende ou aultrement chascun en voudroit autant faire. Et
-quant est de la charge du service dont il est plaint et dire que jamais
-homme n'entreprent si dangereuse poursuytte. Disoit ladicte dame qu'elle
-ne luy faisoit pas faire et en avoit sa part de la paine comme luy
-entant qu'il luy failloit trouver excusation legitime pour aveugler
-dangier et faulx semblant que l'en ne peult pas de legier appaiser quant
-ilz ont telle chose au cueur et ilz s'en doubtent Mais aussi de tant que
-en la poursuitte d'amours l'en a griefve paine et douleur & l'on ne peut
-avoir ung seul bien comme d'ung baisier en passant et entre deux huys
-posé ores qu'il esclaire et face tonnerre jusques a tout rompre. Si
-vault myeulx cela que tous les biens qu'on sçauroit souhaitier et avoir
-sans peine pour suytte ung baisier ainsi prins en emblee que s'il avoit
-engaigé deux cens muys de blé Et par ainsi de retorquer ledict service
-ou compensation de peine il n'y avoit aucune apparence et concluoit
-comme dessus Ouyes lesquelles parties en tout ce qu'elles ont voulu dire
-et proposer elles ont esté apointees en droit et au produyre. Si a la
-court veu ledict procés & dit que les lettres de pardon obtenues par
-ledict povre amoureulx seront enterinees. Et en ce faisant la court
-ordonne et mect sa propre personne et tous ses biens a playne delivrance
-en rescompensant tous les despens et pour cause.
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-¶ Le .l. arrest
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-A la requeste du procureur general d'amours et par commission de la
-court de ceans ont esté prins et constitués prisonnier deux malfaicteurs
-et delinquans qui par leurs maulvaises langues avoient emblé la renommee
-et desrobé l'honneur de plusieurs dames a tort et sans causes/ si ont
-esté sur ce interroguees & ont confessé le cas. Et avecques ce que tout
-le temps de leurs vie ont esté adonnés a grassement et goliardement
-parler des biens d'amours en disant plusieurs ordes parolles en
-malsonnans qu'il n'est besoing de reciter pour la turpitude d'icelles.
-Et finablement ladicte confession veue/ et le procés faict sur icelle la
-court les condampne tous deux a estre batus par trois samedis de verges
-par les carrefours. Et si les bannist du royaulme d'amours a tousjours
-en desclairant tous leurs biens confisquez. Et ordonne la court que tous
-ceulx qui parleront ainsi deshonnestement contre l'honneur des dames ne
-jouyront aulcunement des previleges d'amours/ et si seront pugnys si
-tres griefvement que les aultres y prendront exemple.
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-
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-
-¶ Le .li. arrest
-
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-En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une belle jeune
-dame & le procureur general d'amours adjoinct avec elle demandeurs en
-cas d'excés d'une part/ & ung assez gentil compaignon jadis amoureulx de
-ladicte dame prisonnier deffendeur audict cas/ et requerant
-l'enterinement de certaine remission d'autre part. Et disoit ladicte
-dame que combien que en amours l'en doibt endurer tout ce qu'il se faict
-par esbat ou amytié et qu'il soit deffendu aux hommes qui desirent leur
-avancement de ne proceder par voye de fait contre leurs dames jouant au
-tiers en ung beau grant preau vert/ et par joyeuseté en courant par
-derriere elle mist audict gallant ung tantinet d'herbe entre la chemise
-et le dos/ ce gallant se despita si terriblement que il luy vint
-incontinent bailler deux grans soufletz Et ne fut pas encores content de
-cela ainçoys la tumba a terre et la descoiffa en la trainant par les
-cheveulx devant tout le monde qui estoit illec/ comme s'elle eust esté
-sa chamberiere en ce faisant voye de faict est deffendue force et
-violence publicque en refraignant et derompant la sauvegarde d'amours ou
-ladicte dame estoyt enclose/ et aultrement grandement moult excedant et
-delinquant Et pource concluoit et requeroit ladicte dame a l'encontre
-dudict deffendeur qu'il fut condampné et contrainct a reparer lesdictz
-excés et oultraige et luy faire amende honnorable c'est assavoir en la
-court de ceans et au preau ou le cas a esté commis nue teste et en
-chemise tenant une torche ardant en sa main disant que a tort et
-maulvaisement a bastue et descoiffee ceste dame/ il s'en repent et crye
-mercy a elle/ et a toutes les dames qui estoient presentes Et avec ce
-pource que le cas est enorme/ et qu'il touchoit l'honneur de icelle dame
-demanderesse elle requeroit aussi que ledict deffendeur feust condampné
-a souffrir pugnicion corporelle audict preau ou il avoit faict
-l'oultraige en la maniere qui s'ensuyt. C'est assavoir qu'il feust lié
-tout nud a ung pillier que l'on y atacheroit/ et que illec toutes les
-dames qui virent ledict cas advenir le vinsent bastre a leurs aises
-jusques a ce que il fust bien frotté pour donner exemple aux aultres qui
-en vouldroient autant faire et en amende prouffitable en la somme de
-deux mille livres ou que telles aultres conclusions luy feussent
-adjugees que la court verroyt estre a faire en demandant despens
-dommaiges et interestz. De la partie dudict amoureulx fut deffendu au
-contraire et disoit que les hommes ne estoyent point tenus d'endurer des
-dames se il ne leur plaist/ car elles sont subjectes/ & ne leur
-appartient de venir mettre en leurs dos aulcunes herbes soit par esbat
-ou aultrement/ car ce qui leur plaist en une maniere il desplaist aux
-autres. Or estoit vray que ceste dame de son auctorité et sans dire qui
-avoit perdu ou gaigné luy estoit venue getter dedens le dos en jouant au
-tyers une poignee d'orties et d'ordure ou il y avoit parmy des fourmys
-qui le picquoyent et faysoyent si grant mal que il ne pouoit durer. Et a
-ceste cause comme tout esmeu par chaulde colle la vint frapper et
-descoifer ainsi que a esté dit Et fault en ce noter qu'il n'y prenoit
-pas garde/ mais pour la grant douleur qu'il sentoit au dos il ne s'en
-peut tenir. Et duquel cas ainsi advenu icelluy amant depuis qu'il a esté
-rassis a esté desplaisant de l'avoir faict. Et oultre plus c'estoit tiré
-a la chancellerie d'amours/ et en avoit tout entierement obtenues
-lettres de remission qui estoyent bien civilles et raisonnables veu ce
-que dit est dont il requeroit l'enterinement alias concluoit affin
-d'absolution et de despens Aprés lesquelles deffences les gens d'amours
-disoyent que ilz avoyent veu les informations faictes en ceste matieres/
-par lesquelles le cas estoyt veriffié. Et aussi ne le pouoit ledict
-amant deffendeur nyer/ car luy mesmes l'avoit confessé. Et disoyent
-lesdictz gens d'amours que l'excés estoit moult grant/ et l'oultrage
-fait a ladicte dame excessif/ et que selon les droictz d'amours qui
-parlent de ceste matiere la pugnition y est si tresgrande/ qu'on ne
-sçauroit dire et nompas seulement sont telz gens qui battent et frappent
-leurs dames dignes de mort acoustumee mais doibt l'en deppartir et
-detrancher tous leurs membres par pieces/ aussi en effect c'est venu
-encontre la souveraineté d'amours/ et encourir crime de leze magesté. Et
-pource requeroyent et concluoyent lesdictes gens d'amours que ledict
-amant deffendeur feust pugny de pugnition corporelle & publicque/ et en
-ce faisant condampné a souffrir mort/ et estre executé par justice. et
-quant a la remission disoyent que l'en n'y debvoit obtemperer/ car le
-cas de soy estoit inremissible/ et failloit tout ainsi que ledit amant
-avoit faict ledict cas publicquement que le cas feust pugny devant la
-veue du monde aussi de le faire aultrement ladicte dame demoureroyt
-deshonnoree a tousjours mais qui ne se pouoit soubstenir en raison Par
-quoy comme dessus l'en n'y debvoit en riens obtemperer consideré
-mesmement l'enormité dudit cas et le consequent qui en peut advenir. Et
-finablement disoyent que se ledict delict demouroit impuny il n'y auroit
-jamais dame seure/ et seroyent tous les biens d'amours desprisez & mis
-dessoubz le pied par telz & meschans gens qui vouldroyent bien frapper
-aulcuneffois concluant comme dessus. Aprés les conclusions ainsi prises
-par lesdictes gens d'amours icelle dame emploioit ce que ilz avoyent dit
-a son proffit et oultre pour deffendre ladicte remission entant qu'il
-luy touchoit elle disoit qu'elle ne debvoit estre enterinee audict
-amant/ car elle estoit subretice/ obretice/ et desraisonnable subrectice
-entant qu'il avoit sceu que ladicte dame estoit en sa sauvegarde
-d'amours quant il perpetra lesdictz excés en la presence d'elle et aussi
-que elle a sceu que l'herbe qu'elle luy gecta dedans le doz n'estoit que
-par esbatement et en signe d'amour comment l'en peult ymaginer et s'eust
-esté ung aultre homme a qui elle eust voulu mal jamais ne se y fust
-jouee Et a la verité de tant qu'elle se seroit jouee a luy se l'amoureux
-estoit tel qu'il devoit estre il l'en debvoit plus priser Et monstroit
-bien que il ne sçavoit gueres d'honneur. Obretice car il avoit donné a
-entendre en ladicte remission que ladicte dame luy avoit getté des
-orties et des formis entre la chair & la chemise mais le contraire est
-vray c'est assavoir qu'il n'y avoit que belle herbe verte sans qu'il y
-eust point d'orties ne de formis ne que cela luy eut oncques fait mal ne
-desplaisir Et si au regard d'elle pour s'aquitter et monstrer l'amour
-qu'elle avoit en luy elle pouoit bien cela faire et luy estoit permis
-selon l'anticque et commung proverbe qui dict que gens qui s'entrayment
-pierres s'entreruent. Incivil/ car pardonner tel cas c'est en effect
-consentir que une dame demeure blasmee & infame sans avoir reparation de
-son honneur qui ne se peult faire en terme de raison. Et aussi que
-ledict amant avoit trainee par les cheveux/ et devant tout chascun
-estoit de soy inremissible Disoit oultre ladicte dame que ladite
-remission estoit desraisonnable/ car se telles choses avoient lieu & que
-amoureux fussent quictes de telz maulx pour prendre une pareille
-remission Il vauldroit aussy chier qu'il n'y eust plus de justice en
-amours et gaigneroit l'en autant a faire mal que bien. Mais ledict amant
-deffendeur soustenant sa remission disoit que le cas n'estoit si grant
-ne si mauvais comme l'en le faisoit de beaucoup Premierement car ladicte
-dame l'avoit menassé et sans ce qu'il luy demandast rien estoit venue
-toucher lesdictes herbes et orties parquoy s'il s'estoit revenché il
-avoyt de raison Secondement posé qu'il eust frappé si n'avoit elle point
-esté affolee et si ne l'avoit faict ledict amant que par jeu. Tiercement
-le cas estoit advenu par hastiveté de chaulde colle voire en estant
-cause promovent. Et par ainsi ladite remission estoit bien fondee et
-raisonnable et ne failloit point parler d'incivilité ne dire que amours
-ne puissent pardonner tel cas/ car de plus grans la moytié/ le
-chancellier d'amours baille tous les jours remission voire a ceux qui
-ont tué leurs dames et estoit trop contente la puissance et souveraineté
-d'amours Disant oultre ledict amant que en sesdites lettres de remission
-il avoit donné a entendre toute la pure verité du cas Parquoy l'en y
-devoit obtemperer et concluoit comme dessus Mais les gens d'amours en
-luy respondant disoient que ce cas ne se devoit jamais pardonner ne
-remettre avecques les autres/ car d'avoir ainsi frappé ladicte dame et
-traisnee par les cheveulx se estoit offence inremissible et donner
-occasion a chascun qui la estoient presens de penser qu'il sçavoit
-quelque mal a la dame et d'en publier contre son honneur ce qui n'est
-point. parquoy il failloit que sa faulte feust reparee publiquement Et
-ne la devoit l'en point passer soubz dissimulation. Ouyes lesquelles
-parties en tout ce qu'elles ont voulu dire et alleguer elles ont esté
-appointees en droit a mettre par devers la court et au conseil. Si a
-ladicte court veu le procés avec lesdictes lettres de remission & tout
-ce qu'il failloit veoir en ceste matiere. Et tout veu et consideré ce
-que il failloit a considerer/ la court dit que lesdictes lettres de
-remission sont incivilles et qu'elle n'y obtemperera point/ et deffendit
-au chancelier d'amours de n'en bailler plus de pareilles a quelque
-amoureulx que ce soit. Et condampne la court ledict amant deffendeur
-pour reparacion dudict cas a estre despoullé tout nud et ordonne qu'il
-luy sera en cest estat baillé et delivré par le bourreau quatre vieilles
-chamberieres d'estuves pour le tresbien vanner dedens une vieille coste
-poincte de prisonniers/ ou d'autre vieille couverture pleine de poux et
-de vermine Et cela faict le condampne a estre jecté tout nud en ung
-champ plain d'orties et de chardons. Et au surplus le bannist a
-tousjours mais du royaulme d'amours et du service des dames en
-desclairant tous et chascuns ses biens confisquez.
-
-
-
-
-L'arrest finy ledit president qui estoit las & n'en pouoit plus dist au
-peuple illec attendant. Le greffier dira le surplus/ ainsi le greffier
-s'avança de plusieurs autres arrestz dire mais de tous ceulx qu'il
-prononça ne peuz rien rapporter ne escripre/ il avoit ung peu la voix
-basse tant qu'on ne le pouoyt entendre.
-
- Si eut arrest et jugement
- Prononcez lors tant que merveilles
- Dont je vis mains povres amans
- Plourer & grater leurs oreilles
-
- Et ceulx qui cuydoient pour eulx
- Furent contre eulx je vous affie
- Se les jugemens sont douteux
- Nul n'est pas saige qui s'i fie
-
- Si fais veu aux dames
- Que plus ne serviray amours.
- Se g'y ay mesprins je m'en repens/
- Ailleurs me fault prendre mon cours.
-
- Et quant est d'espoir et recours
- Ilz m'ont esté par trop rigoureux
- Et pource soubstiendray tousjours
- Que les loyaux sont les plus douloureux.
-
-
-
-
-¶ Cy finissent les cinquante et ung arrest d'amours. Nouvellement
-imprimé a paris par la veufve feu Jehan trepperel et Jehan jehannot
-Imprimeur et Libraire juré en l'université de paris Demourant en la rue
-neufve nostre dame a l'enseigne de l'escu de France.
-
-
-
-
-Notes du transcripteur
-
-
-L'orthographe et la ponctuation sont conformes à l'original. Pour
-faciliter la lecture, on a ajouté apostrophes, accents et cédilles,
-distingué i/j et u/v, et résolu les abréviations conventionnelles (par
-exemple cõe > comme).
-
-Certaines erreurs manifestes ont été corrigées (confusion entre
-qui/qu'il/qu'ilz, doublons, interversions ou substitutions de lettres,
-etc.)
-
-
-
-*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES CINQUANTE ET UNG ARRETZ
-D'AMOURS ***
-
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-</div>
-<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: Les cinquante et ung arretz d'amours</div>
-<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Martial d'Auvergne</div>
-<div style='display:block;margin:1em 0'>Release Date: December 28, 2020 [eBook #64153]</div>
-<div style='display:block;margin:1em 0'>Language: French</div>
-<div style='display:block;margin:1em 0'>Character set encoding: UTF-8</div>
-<div style='display:block; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Produced by: Laurent Vogel and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)</div>
-<div style='margin-top:2em;margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES CINQUANTE ET UNG ARRETZ D'AMOURS ***</div>
-<div class="figc x-ebookmaker-drop"><img src="images/cover.jpg" class="h700" alt="" /></div>
-<h1>S'ensuyvent :
-les cinquante
-&amp; ung arestz
-Donnez au grant conseil
-d'amours/ a l'encontre de plusieurs parties.
-Nouvellement imprimez a paris.</h1>
-
-
-<p>On les vent a paris en la rue neufve nostre dame
-a l'enseigne de l'escu de France.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Cy commence les cinquante
-et ung arrestz d'amours.</h2>
-
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Environ la fin de septembre</div>
-<div class="verse">Que saillent violetes &amp; flours</div>
-<div class="verse">Je me trouvay en la grant chambre</div>
-<div class="verse">Du noble parlement d'amours</div>
-<div class="verse">Et advint si bien qu'on vouloit</div>
-<div class="verse">Les derreniers arrestz prononcer</div>
-<div class="verse">Et que a ceste heure on appelloit</div>
-<div class="verse">Le greffier pour les commencer</div>
-<div class="verse">Si estoyent illec bien vingt six</div>
-<div class="verse">A les rapporter et a veoir</div>
-<div class="verse">Ou meillieu desquelz je me assis</div>
-<div class="verse">Pour en faire comme eulx devoir</div>
-<div class="verse">Le president tout de drap d'or</div>
-<div class="verse">Avoit robbe fourree d'ermines</div>
-<div class="verse">Et sur le col ung camail d'or</div>
-<div class="verse">Tout couvert d'esmerauldes fines</div>
-<div class="verse">Les seigneurs lays pour vestement</div>
-<div class="verse">Avoyent robbes de vermeil</div>
-<div class="verse">Frangees par hault de dyamans</div>
-<div class="verse">Reluysans comme le souleil</div>
-<div class="verse">Les aultres conseilliers d'eglise</div>
-<div class="verse">Estoyent vestus de velours pers</div>
-<div class="verse">A grant fueillage de venise</div>
-<div class="verse">Bordez a l'endroit et l'envers</div>
-<div class="verse">Dessus si avoyent leurs manteaulx</div>
-<div class="verse">Tout de grosses perles barrez</div>
-<div class="verse">Fermans a moult riches fermaulx</div>
-<div class="verse">Et puis leurs chapperons fourrez</div>
-<div class="verse">Aprés y avoit les deesses</div>
-<div class="verse">En moult grant triumphe &amp; honneur</div>
-<div class="verse">Toutes legistes et clergesses</div>
-<div class="verse">Qui sçavoyent le decret par cueur</div>
-<div class="verse">Toutes estoyent vestues de vert</div>
-<div class="verse">Fourrez de penne de letisses</div>
-<div class="verse">Et avoyent leur col tout couvert</div>
-<div class="verse">De colliers d'or gens et propice</div>
-<div class="verse">Puis portoyent atours a ces fins</div>
-<div class="verse">Moult excellens et precieulx</div>
-<div class="verse">Qui estoyent si deliez et fins</div>
-<div class="verse">Que on veoit leurs beaux cheveux</div>
-<div class="verse">Leurs habitz sentoyent le cyprés</div>
-<div class="verse">Et le mutz si habondamment</div>
-<div class="verse">Que l'en n'eust sceu estre au plus pres</div>
-<div class="verse">Sans esternuer largement</div>
-<div class="verse">Oultre plus en lieu d'herbe verd</div>
-<div class="verse">Qu'on a acoustumé d'espendre</div>
-<div class="verse">Tout le parquet estoit couvert</div>
-<div class="verse">De rommarins et de lavende</div>
-<div class="verse">Plusieurs amans et amoureux</div>
-<div class="verse">Illec vindrent de divers lieux</div>
-<div class="verse">Dont il en eust moins de piteux</div>
-<div class="verse">Et d'amans courroucez joyeulx</div>
-<div class="verse">Par derriere les bancz j'en vis</div>
-<div class="verse">Qui lesditz arrestz escoutoyent</div>
-<div class="verse">Dont leurs cueurs estoyent tant ravis</div>
-<div class="verse">Qu'ilz ne sçavoyent ou ilz estoyent</div>
-<div class="verse">Les ungz de paour serroient leurs dentz</div>
-<div class="verse">Et estoyent aussi froitz que marbre</div>
-<div class="verse">Les aultres esmeuz et ardans</div>
-<div class="verse">Tremblans comme la fueille en l'arbre</div>
-<div class="verse">Nul n'est si saige ne parfait</div>
-<div class="verse">Que quant il oit son jugement</div>
-<div class="verse">Qu'il ne soit a moytié deffait</div>
-<div class="verse">Et troublé a l'entendement</div>
-<div class="verse">Je laisseray ceste matiere</div>
-<div class="verse">Car de cela pou me challoit</div>
-<div class="verse">Et racompteray la maniere</div>
-<div class="verse">Comment le president parloit</div>
-<div class="verse">Et tout ainsi et au plus pres</div>
-<div class="verse">Que les arrestz luy ouy dire</div>
-<div class="verse">Je les ay escriptz cy aprés</div>
-<div class="verse">En la forme que l'orrés lire</div>
-<div class="verse">Sans y adjouster quelque chose</div>
-<div class="verse">Aussi retenir ne oster</div>
-<div class="verse">Et les prononça tout en prose</div>
-<div class="verse">Comme vous orrés reciter</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">Premier arrest.</h2>
-
-
-<p>Par devant le prevost
-de deuil se assist despyeça
-ung procés entre
-une tresgracieuse dame et le procureur
-d'amours en cas d'excés
-d'une part/ &amp; ung jeune amant escuyer
-deffendeur d'aultre part. et
-disoient lesditz demandeurs que
-ceste dame en tout son temps a esté
-de grant renommee fort esbatant
-joyeuse &amp; de plaisant maintien &amp;
-qu'elle s'est tousjours bien &amp; honnestement
-entretenue en service d'amours/
-sans jamais avoir esté
-reprise d'aulcun villain cas blasme
-ou reproche. Or estoit que ja
-pieça cest amoureux s'acointa de
-elle/ et aprés plusieurs allees/ et
-venues il la pria d'aymer en luy
-presentant plusieurs dons et bagues
-qu'elle ne voulut prendre ne
-recepvoir pour doubte de commettre
-symonie en amours qui est deffendue/
-mais l'en remercia en luy
-soubzryant et respondant moult
-gracieusement toutes &amp; quantes
-fois qu'il parloit a elle. Et peult
-bien estre que pour la loyaulté qu'elle
-cuidoit trouver en luy disant que
-elle l'aymoit bien et qu'il estoit taillé
-d'avoir beaucoup de biens au
-temps advenir sans y penser nul
-mal dont le galant mal considerant
-que dames sont tousjours
-plus promptes a resjouyr Cueurs
-d'amoureux que a faire douloir
-s'esmeut &amp; eschauffa tellement qu'il
-luy sembla que la besoingne estoit
-ja faicte et qu'il en viendroit
-bien au dessus de ces attainctes &amp;
-de faict une journee luy vint dire
-qu'il estoit mort &amp; qu'il ne viveroit
-pas trois jours si elle ne luy
-octroyoit ce qu'il luy demandoit
-De laquelle chose ceste dame estoit
-moult esbahie Et a brief luy
-respondit que d'autant qu'elle l'aymoit
-elle le herroit desormais s'il
-luy parloit plus de cella dont il
-ne tint guieres de compte ains se
-efforça de proceder oultre &amp; de prendre
-par force ung baiser parquoy
-elle le voulloit frapper et neantmoins
-ne s'en voult departir ains
-revient vers elle faignant de plorer
-de doulleur et d'angoisse qu'il
-enduroit. Et ou qu'il s'estoit faict
-frotter le visaige/ et les yeulx de
-eaue de soulcye affin que il semblast
-plus pyteux. Et tellement
-que ceste dame esmeue de pitié en
-cuydant veritablement que les
-larmes qu'il avoit aux yeulx lui
-venissent du parfond du cueur le
-baisa &amp; acola deux ou trois fois
-pour obvier a plusgrant meschief
-ou que il ne cheust en desespoir.
-Et avecques ce luy feist plusieurs
-aultres gratuitez et menus plaisirs
-dont il ne fut encores pas content/
-ains perseverant de mal en
-pis voullut mettre la main au
-testin/ et a ceste cause elle s'en courrouça/
-et aprés pour le eslongner
-et pour lui monstrer qu'il n'estoit
-pas la ou il cuidoit elle luy donna
-congé affin qu'il n'y retournast
-plus/ mais ce nonobstant encores
-fut il plus eschauffé de y venir
-que devant. Et aprés advint
-que ung jour sus le jour arriva
-en la maison d'elle court habillé/
-et desguisé a tout une gente daguette
-pendante a sa ceinture/ et
-aprés qu'il l'eut saluee et bien longuement
-quacqueté il commença
-a dire ces motz. Madame mauldicte
-soit l'heure que je feus oncques
-né/ neantmoins je ne eusse
-point tant souffert de paine que
-faitz pour vous et puis que ainsi
-est qui ne vous en chault et que
-n'y voullez remedier j'ayme mieulx
-me tuer icy par devant vous
-que de plus languir Et je vous
-asseure ma foy que jamais je ne
-me partyray de ceans qui ne m'emportera
-les piedz devant/ Car il
-me souffist que je meure &amp; pour
-vous &amp; en auray merite. Et sur
-ce point ledit amoureux print sa
-dague et commence a soy deslasser
-faingnant de s'en frapper a la
-poictrine. A quoy la dessus dicte
-dame pour doubte d'esclendre mist
-la main au devant du pourpoint
-et du pommeau et le tence tresbien
-luy demonstrant que il seroit
-perdu &amp; homicide de soymesmes
-Et aussi elle le reconforte le myeulx
-que elle peust pour le destourner
-du mal fait qu'il voulloit
-faire/ mais au dernier riens
-ne valut/ car il commence a jurer
-et maulgreer que il se tueroit
-illec en la place sans plus attendre
-pas une heure/ et faict ainsy
-qu'il faignoit de soy frapper et mettre
-la dague dedans le corps ceste
-povre femme toute seulle esmeue
-et troublee &amp; non pas sans
-cause pour obvier a l'effusion du
-sang qui s'en feust ensuy et ad ce
-qu'on eust peu dire que s'eust elle
-mesme esté et qu'elle l'eust tué
-qui eust esté grant esclandre pour
-elle et les siens a tousjours fut
-contrainte de luy souffrir acomplir
-sa mauvaise voulenté. Depuis
-laquelle fiction ainsi faicte
-qui n'estoit que une vraye trahison
-pour decepvoir ceste povre
-femme comme il a bien monstré &amp; c'est
-ledit amoureux venté et deu dire
-en plusieurs lieux qu'il en avoit
-jouy par subtilz moiens nonobstant
-que aultres y avoient bien
-failly en cessivant &amp; esjouyssant &amp;
-deshonnorant sans cause en maintes
-manieres.</p>
-
-<p>¶ Parquoy elle
-concluoit a l'encontre de luy qu'il
-fust condempné a luy faire amende
-honnourable et prouffitable.
-Honnourable c'est assavoir nue
-teste en chemise tenant une torche
-ardant a sa main du poix de
-quattre livres de cire disant que
-faulcement et maulvaisement
-il l'a deceue trahie et circonvenue
-si s'en repent et luy en requiert
-mercy et pardon. Et pour amende
-prouffitable qu'il feust condamné
-envers elle en la somme
-de .iiii.M. livres parisis ou aultre
-telle somme que de raison deveroit/
-et en ces despens dommages/
-et interestz. Et aussi requeroit
-qu'il lui fust deffendu de parler
-a elle en aulcune maniere. Et
-au regard du procureur d'amours
-il concluoit et requeroit a l'encontre
-dudit amant que pour la raison
-dudict cas ou il y avoit faulceté
-&amp; trahison il fut pugny de telle
-pugnition corporelle et publique
-que le cas le requeroit et se il
-ne l'estoit au moins qu'il fust perpetuellement
-a tousjours banni
-d'amours et le declaira inhabille
-de estre en la compaignie de bien
-et de dames et damoyselles comme
-traystre et de mauvais affaire
-que tous ses biens feussent declairez/
-confisquez/ et appartenir
-a amours. Et oultre qu'il feust
-trainé sus une claye et batu par
-les carrefourgs de syons de vert
-osier &amp; de branches de groseliers
-affin que desoresmais tous autres
-y prinssent exemple avecques
-aultres conclusions plus a plain
-declairees ou procés. De la partie
-de cest amoureux deffendeur
-fut deffendu au contraire. Et disoit
-que voirement il estoit vray
-qu'il avoit esté bien fort feru de l'amour
-de ycelle demanderesse/ et
-qu'il l'avoit servie moult longuement
-et fait envers elle tous les
-debvoirs qu'il est possible de faire
-a loyal serviteur mais elle lui
-avoit user de bien rudes &amp; estranges
-termes. Car combien qu'elle
-luy eust promis de chierement
-l'aymer et entretenir en sa bonne
-grace. Touteffoys bien souvent
-faisoyt semblant de non le congnoistre/
-puis a une fois elle lui
-soubzrioit &amp; l'autre fois luy rechignoyt
-ou n'en tenoit compte. Et
-brief le povre gallant le plus du
-temps ne sçavoit ou il estoit &amp; en
-eust bien voulu saillir/ mais il
-ne pouoit/ car quant il s'en voulloit
-oster c'estoit lors que il commençoit
-plusfort a aimer que jamais
-ne dormoit point ne nuyct
-ne jour/ ainçoys tousjours pensoit
-a elle/ &amp; en ce faisant bien souvent
-frissonnoit/ et luy sembloit
-qu'il avoit plus de cent esguilles
-autour du col qui le picquoyent
-S'il eust voulu manger il n'eust
-sceu car il n'y avoit si bonne ne si
-doulce viande qui amere ne luy
-semblast. Or disoit il que pour
-obvier a ceste maladie et aux accés
-de telles fievres blanches plusieurs
-foys supplye et requist ceste
-dame cy qu'elle eust de luy pitié
-et le voulsist secourir dont elle
-n'avoit voulu riens faire ains
-le pourmenoit de jour en aultre
-de dymenche au jeudy tellement
-que au dernier quant il veit que
-il n'en pouoit plus il voulut trouver
-maniere de luy dire au vray
-l'angoisse &amp; la douleur qu'il souffroit
-pour elle. Et fut vray voirement
-que pource qu'elle n'y vouloit
-pas pourveoir il print alors
-sa dague pour s'en frapper et disoit
-veritablement que veu le tresgrant
-mal que il avoit il se feust
-tué et ainsi l'avoit il deliberé de le
-faire se elle ne luy eust aydé et secouru
-de sa bonne grace/ dont il
-se sentoit bien tenu a elle/ et quant
-est de ce que on luy mettoit a sus
-qu'il avoit publyé le cas pour la
-diffamer il respondit qu'il ne l'avoit
-jamais dit ne declairé sinon
-a aulcuns de ces particulliers et
-secretz amys que il tenoit bien si
-seurs jusques la que jamais riens
-ne revelleroyent/ et que on avoit
-cela songé pour charger son
-honneur a tort et sans cause. Et
-au regard du cas principal disoit
-qu'il n'y avoit veu de son costé aucun
-excés/ crisme ne malleffice/
-Mais luy avoit aydé et secouru
-ladicte demanderesse de son bon
-gré et consentement et qu'il valloit
-mieulx avoir le personnage
-par amour que venir par force : ou
-faire esclandre/ &amp; par ainsi disoit
-qu'il ne luy en pouoit rien demander/
-ains estoit en voye d'absouldre
-ses faitz concluoit et demandoit
-despens encontre ladicte demanderesse.
-Les dictes partyes
-ouyes en tout ce quelles voulurent
-dire &amp; alleguer/ ledit prevost
-de dueil veues toutes les informations
-faictes en ceste matiere
-et la confession dudit amant deffendeur
-par laquelle les demandeurs
-prindrent &amp; requirent droit
-estre fait condampna par sa sentence
-ledit amoureux deffendeur
-a faire amende honnourable a sadicte
-dame/ et luy crier mercy treshumblement
-a genoulx sans saincture
-ne chapperon a tout une torche
-ardante en sa main en disant
-ces motz. Madame je congnois
-et confesse ycy devant dieu et devant
-le monde que comme mal
-conseillé et mal advisé/ je vous
-ay trahie faulcement et maulvaisement/
-dont je vous crie mercy
-et a la justice d'amours. Et avecques
-ce le declaira privé de tous
-biens et plaisirs d'amours/ et ses
-biens confisquez en le bannissant
-perpetuellement du royaulme d'amours
-&amp; de toutes bonnes compagnies
-comme indigne d'y estre
-et habiter. Et semblablement le
-condampna envers ladicte demanderesse
-pour amende prouffitable
-en la somme de mille livres
-parisis/ et a tenir prison jusques
-a plaine satisfation et en ses despens
-dommaiges et interestz/ de
-laquelle sentence ainsi donnee par
-ledit prevost de dueil icelluy deffendeur
-se est sentu aggravé et en
-a appellé en la court de ceans/ et
-semblablement en a appellé ladicte
-demanderesse et ledict procureur
-d'amours pour ce que ilz
-disoyent que il ne leur avoit pas
-assez adjugé/ et que ledict deffendeur
-en avoit trop bon marché. et
-depuis ont lesdictes parties conclud
-audict procés par escript. et
-a esté veu et receu ceans pour juger
-a <span lang="la" xml:lang="la">bene vel male</span>. Si a ladicte
-court finablement veu le procés
-et tout ce qui a esté produyct
-en ycelluy a grant et meure deliberation
-et tout veu et consideré
-ce que faict a considerer. Adoncques
-ladicte court d'amours dict
-que entant que ledict amoureux
-est appellant il a esté bien jugé par
-ledit prevost de dueil/ et mal appellé
-par luy/ et le amendera. Et
-entant que touche lesditz demandeurs
-qu'ilz ont bien appellé et ledit
-prevost mal jugé/ et en amendant
-le jugement/ la court oultre
-les condampnations dessusdictes
-condampne ledict amoureux appellant
-a aller en voyaige nudz
-piedz a monseigneur sainct valentin
-et y porter ung veu de cire
-du poix de quarante livres/ et
-a raporter certiffication comme
-il y aura esté dedans ung moys
-Et en oultre desclaire ladicte demanderesse
-estre exemptee a tousjours
-de luy &amp; des siens jusques
-a la tierce generation/ et si ordonne
-que en signe de la dessusdicte
-trahyson et faulceté/ touteffoys
-et quantes que on le servira desormais
-a table on mettra le pain
-devant luy a l'envers et le dessus
-dessoubz. Et avecques cela le condampne
-la court en moult grans
-despens de la cause d'appel envers
-ladicte dame demanderesse. la tauxation
-reservee par devers elle.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">Le .ii. arrest.</h2>
-
-
-<p>Par devant le baillif de joye
-c'est assis ung aultre procés
-entre ung jeune compagnon
-amoureux demandeur d'une part.
-Et sa dame deffenderesse d'autre
-part. Et disoit ledict amoureux
-demandeur que ainsi qu'il avoit
-prins congé de sadicte dame pour
-s'en aller en sa maison elle le rappella
-et hucha pour parler a luy/
-et aprés quant il fut tout auprés
-d'elle elle faisant semblant de s'acouter
-et de vouloir parler de secret
-le baisa si tresasprement que
-elle le cuyda faire seigner du nez
-Et puis quant vint au desserrer
-le frappa moult durement de la
-patte de son chapperon ou il y avoit
-une esguille et une espingle
-de laquelle il eut la joue toute
-esgratisgnee qui depuis est debvenue
-enflee et ne sera d'icy a troys
-moys qu'il n'y paire. A l'occasion
-duquel cas il ne s'est osé monstrer
-devant les gens par certain temps
-et est encores tres fort malade. et
-pource que il sçavoit bien que sadite
-dame ne l'avoit pas fait par
-haine et maltallent qu'elle eust a
-luy il ne vouloit point tendre a reparation/
-mais concluoit &amp; requetoit
-seulement qu'elle fust condampnee
-a le garir &amp; faire penser durant
-sa maladie. De la partie de ladicte
-dame fut deffendu au contraire/
-&amp; disoit que l'amant avoit esté
-invaseur &amp; assaillant pour avoir
-ledit baiser/ et au regard de la picqueure
-elle estoit advenue par fortune/
-&amp; advanture dont elle ne pouoit
-mais/ et aussi n'y avoit chose
-dont l'en deust parler/ car ledict
-amant n'en laissoit a boire ne a
-menger et se plaingnoyt de sa teste
-Surquoy les parties ouyes
-ledict bailly de joye par sa sentence
-&amp; au regard a certains rappors
-de medecins d'amours qui
-avoient rapporté le peril/ et dit
-que la playe estoit en lieu dangereux
-condampna ladicte dame
-a mouiller de sa salive tous les
-moys la playe de son amy pour
-faire en aller le venin jusques
-a ce qu'il fust guery. Et aussy a
-luy fournir de drappeaulx surquoy
-seroit fait bon emplastre.
-De laquelle sentence ceste defenderesse
-c'est sentue grevee/ et en
-a appellé en la court de ceans ou
-le procés a esté receu pour juger
-Et finablement tout veu &amp; consideré
-ce que estoit a considerer.
-La court d'amours a regardé et
-dit qu'il a esté bien jugé par ledit
-bailly/ et mal appellé par ladicte
-dame appellante et l'amendera.
-Et en oultre pource qu'il
-est apparu en ladicte court &amp; venu
-a congnoissance que icelle appellante
-a deu dire et soy vanter
-que depuis ladicte sentence que
-s'il convenoyt moullier ladicte
-playe de sa sallive/ elle le mordroit
-en ce faisant si asprement
-qu'il luy en souviendroit a tousjours
-mais. La court l'a condampnee
-en trente livres d'amende
-envers les prisonniers d'amours
-pour employer en bancquetz et
-en herbe verte et es despens de
-la cause d'appel la tauxation reservee
-par devers luy et si ordonne
-qu'elle sera contraincte a obeyr
-a l'arrest par prinse de son corps</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le troisiesme arrest</h2>
-
-
-<p>Par devant le vergier
-d'amours en la province
-de beaulté c'est assis
-ung aultre procés entre ung amoureux
-demandeur en matiere
-de recision de contract de une
-part. Et sa noble dame et amye
-deffenderesse d'aultre part. Et disoit
-ledit demandeur que du temps
-qu'ilz acointerent l'ung l'autre ilz
-firent ensemble plusieurs promesses
-et alliances d'amours/ &amp;
-entre les aultres il y en eut ung
-compassé entre eulx deux/ par
-lequel ledit amoureux luy promist
-que toutes et quanteffoys
-qu'il se vouldroit coucher et mettre
-son coeuvrechief de nuit/ il seroit
-tenu de nouer le bout dudit
-coeuvrechief a deux bons &amp; fors
-neuz et de dire pour l'amour d'elle
-en le tyrant/ dieu doint bonne
-nuyt a madame. Et aussi elle diroit
-pareillement quant il se lieveroit
-au matin en mettant sa
-chemise/ Dieu doint bon jour
-a mon tresdoulx amy. Et avecques
-ce estoit dit que le gallant
-debvoyt toutes les sepmaynes
-passer sur le tard une foys ou
-deux devant son huys. Et attendre
-une bonne certaine heure
-qui estoit dite pour avoir ung
-boucquet ou une viollette qu'elle
-luy debvoit pour recompense
-getter avant qu'il s'en allast/ ou
-dire a dieu/ dieu doint bonne nuit
-or disoit cest amoureux que en faisant
-ledict contract il avoit esté
-enormement deceu. Car premierement
-au regard de tyrer son
-couvrechief toutes les nuytz il
-en estoit en telle necessité qu'il luy
-failoit avoir ung neuf de trois
-jours en trois jours tant en rompoit
-et deschiroit. Et si pour tirer
-ne pour nouer il ne luy en estoit
-de rien mieulx et ne s'en sentoit
-point en nulle maniere plus
-allegié quant il estoit couché.
-Mais souventeffois encore pour
-ce que ledit couvrechief estoit trop
-serré ou noué il luy failloit tout
-oster &amp; le remettre qui luy estoit
-grant peine avec le mal qu'il avoit
-Et touchant l'autre point il y avoit
-aussi et de l'autre moitié de
-juste pris/ Car seullement pour
-avoir ung povre boucquet ou
-une viollette/ ce galant estoit contrainct
-de aller et passer une fois
-ou d'eux la sepmaine par devant
-l'huys de sa dame ou il souffroyt
-maux infinis/ car premierement
-il advenoit tressouvent qu'il ne la
-trouvoit point a l'uys ne ame a
-qui parler/ et ainsi convenoit attendre
-illec et longuement jambaier
-le povre amant sans avoir
-feu ne clarté. Secondement car
-quant il s'en vouloit partir il veoit
-aulcuneffois la lueur de la
-chandelle par les verrieres dont
-il estoit transy et ravy qu'il ne sçavoit
-qu'il devenoit Et pource qu'il
-cuidoit lors qu'elle ne fust pas
-couchee et que tantost deust venir/
-il attendoit tout seul illecques
-emmi la rue deux ou trois
-heures/ et aucuneffois toute la
-nuit &amp; se pourmenant pour doubte
-de morfondre regardant en hault
-les gouttieres/ s'elle viendroyt
-point aux fenestres ou il y avoit
-aussi grant martire/ et mesmement
-ou temps de yver pour les
-neiges et la froidure qu'il luy convenoit
-endurer dont il estoit souvent
-en tel point qu'il ne sentoit
-membre qu'il eust si que l'en eust
-ouy cliqueter ses dens l'une contre
-l'autre comme une cigoingne
-Tiercement que pour la pluye
-et mauvais temps qu'il couroit
-il estoit parfoys contraint de s'en
-partir et retourner tout mouillié
-a l'ostel sans rien faire fors seulement
-baiser la cliquette de l'uis
-a son amye pour luy dire a dieu
-Et ses habillemens estoient sy
-tres trempez que la chemise qu'il avoit
-vestue il luy failloit changier/
-tout aussy tost qu'il estoyt
-a l'hostel et prendre tous nouveaulx
-habillemens qui luy estoit
-pareillement moult grant et tresgrief
-martyre sans encores n'y
-compter ne comprendre la paine
-qu'il avoit d'estre congneu du dangier
-du guet/ et aussy de se bouter
-dedans les boues/ et de cheoir
-aux russeaulx ou dedans la
-fange/ et de se heurter a grosses
-pierres/ ou rencontrer une charrette
-et moult d'autres malles adventures
-qui pouoyent venir de
-nuyct/ et aussi que il avoyt esté
-souventeffois/ et estoyt encores
-enormement deceu Et pource requeroit
-que ledict contract feust
-mis au neant et qu'il feust remis
-en sa franche liberté. Et disoyt
-oultre que a greigneur seureté il
-en avoit a ceste fin obtenues lettres
-de relievement d'amours/ et
-dispensation sur ce dont en tant
-que mestier estoit requeroit l'enterinement/
-offroit a prouver et
-demandoit despens. De la partie
-de ceste deffenderesse si fut deffendu
-tout au contraire et disoit
-que de se plaingdre du contract/
-le demandeur avoyt grant tort.
-Car par icelluy elle estoyt subjecte
-a plus grande paine que il n'estoit.
-neantmoins elle estoit tenue
-touteffoys/ et quanteffoys
-qu'il plaira a amours de s'en departir
-et y renoncer/ Mais d'y venyr
-par recision ce n'estoyt point
-la maniere et ne voulloyt point
-qu'il luy feust reprouché que elle
-eust jamais receu homme/ car c'estoyt
-trop grant blasme et ce n'estoit
-pas le renom. Et pour venir
-a ses deffenses disoyt que ledict
-contract fut fait et passé a la
-grande priere et requeste dudict
-amant. Car elle n'y pensoit point
-quant il luy vint supplyer et requerir
-sur tous les plaisirs qu'elle
-luy pouoit faire qu'elle voulsist
-consentir lesdictes choses qui y
-sont contenues/ et oultre qu'elle
-n'en fist point de difficulté/ icelluy
-amant luy jura que la cause
-pourquoy on requeroit. n'estoit sinon
-affin qu'elle l'eust en memoyre/
-et qu'il feust seur que une fois
-le jour et en mettant sa coiffe elle
-penseroyt a luy/ Parquoy de
-s'en plaindre maintenant et dyre
-qu'il a esté deceu &amp; si n'y avoit nulle
-apparence/ et si rompoyt beaucoup
-de coeuvrechiefz le moys/
-aussi faisoit elle de coiffes et luy
-failloit bien souvent des rubens
-tous neufz. Et au regard de l'autre
-point de venir et passer devant
-son huys une foys la sepmaine
-il avoyt pareillement grant tort
-de se plaindre/ car toutes et quanteffoys
-qu'elle doubtoyt qu'il viendroit
-icelle deffenderesse trois
-heures devant elle estoit toute ravye
-et ne sçavoyt qu'elle faisoyt.
-Et posé qu'elle beust &amp; mengeast
-si avoit elle tousjours le cueur a
-luy et luy faysoit bien mal quant
-il luy convenoyt tant attendre a
-l'huys/ mais n'en estoit maistresse
-pour la craincte de dangier qu'il
-failloit cheoir et amasser qui luy
-estoit plus grande peine la moytié
-que tout le martyre que ledict
-amant pourroyt souffrir/ car il
-fault aulcuneffoys fayre semblant
-de dormir quant on veult
-veiller/ et de plorer ou l'on a bien
-grant fain de rire/ et de parler de
-froydure c'estoyt trop grant honte
-a luy/ Car jamais amans ne
-doibvent avoir froit soyt que il
-gelle a pierres fendant/ et s'il enduroit
-de malles nuitz aussi faisoyt
-elle de son costé de trouver
-quelque façon de eschapper pour
-venir a la fenestre ou parfoys estoit
-toute nue par l'espasse de deux
-grosses heures a veoyr de quel
-costé le vent venoyt et avoit ledit
-demandeur a plus belle occupation
-de passer le temps qu'elle/
-car en attendant il se pouoit pourmener
-et dire ses heures et oraysons
-ne n'y avoyt personne qui
-alors l'eust empesché. Et quant
-est de la pluye et de la neyge les
-estaulx ne luy pouoyent faillyr
-et si n'y a eaue qui face mal a telz
-gens et au regard des pierres et
-aultres mauvaises rencontrees
-qui survient la nuyct/ respondit
-ladicte dame que telz maulx ne
-adviennent voulentiers synon
-a gens qui n'ont point parfaicte
-fiance en amours et qui font aucuneffoys
-des faulcetez et trahysons.
-Et disoit oultre plus ceste
-dicte jeune dame deffenderesse que
-toutes les plainctes et paynes
-dont cest amoureux se plaignoit
-n'estoit a comparer a nulles des
-siennes car plus avoit de peine en
-ung jour seullement a tirer les violettes
-que ledict amant n'en avoyt
-en toute l'annee/ et ne failloit
-point a venir a la comparaison
-des biens et plaisirs l'ung de
-l'autre. Car plus coustoyt le fyl
-dont elle lyoit les boucquetz &amp; violetes
-qu'elle luy donnoit que tous
-les plaisirs qu'il luy eut sceu faire.
-Et pour ce disoit ceste deffenderesse
-qu'il n'y avoit point eu deception
-audit contract et qu'il ne
-debvoyt estre receindré sinon du
-consentement d'elle et que ledict
-amant l'en vint prier et requerre
-a ces fins concluoit et demandoit
-despens. Aprés parties ouyes &amp;
-aprés ce qu'elles furent appointees
-en droit le viguier appointa
-que lesdictes lettres et reliefvement
-ne seroient point interrinés
-et qu'il n'y avoit point matiere de
-receindre ledict contract et condampna
-ledict amant demandeur a
-l'entretenir jusques au bon playsir
-de sadicte dame et es despens
-de laquelle sentence c'est sentu agravé
-et appelle en la court de ceans
-ou ledict procés a esté receu
-pour jugier/ si a la court veu ycelluy
-procés et tout ce qu'il failloit
-veoir en ceste matiere. Et
-tout consyderé la court dit qu'il
-a esté bien dit et appoincté par ledit
-viguier &amp; mal appellé par ledict
-amant et l'amendera. si le condempne
-la court es despens de la
-cause d'apel la tauxation reservee
-par devers elle.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .iiii. arrest</h2>
-
-
-<p>Devant le mayre de Boys
-verd c'est assis aultre procés
-entre ung amoureux et sa dame/
-et estoit pour raison d'une cotte
-verte dont ladicte dame se plaignoit
-disant qu'il la lui avoit baillee
-si rudement qu'il l'avoit cuidé
-affoler et que en cheant sa gorgerette
-estoit despecee &amp; en avoit on
-peu veoir le bout de sa chemyse/
-requerant en effect qu'il fust deffendu
-audit amant de ne se jouer
-ne toucher plus a elle sans son congé
-et que pour la faulte qu'il avoyt
-faicte feust condampné a faire amende
-honnorable. Et qu'on luy
-deffendist seullement que il ne se
-jouast plus a elle en quelque maniere
-que ce fust ne aprochast du
-lieu ou elle seroit sans la licence
-ou que elle ne l'appellast. De laquelle
-sentence il s'est tenu agravé
-&amp; en a appellé en la court de ceans
-ou le procés a esté receu pour
-juger. Si a veu la court ycelluy
-procés et tout veu dit a esté qu'il
-a esté bien jugé et mal appellé et
-bien appointé par ledit maire/ et
-mal appellé par l'appellant et l'amendera
-&amp; si le condampne es despens
-de la cause d'appel la tauxation
-reservee par devers elle.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .v. arrest.</h2>
-
-
-<p>Par devant le conservateur
-des haulx previlleges
-d'amours s'est assis
-ung aultre procés
-entre d'eux gentilz compaignons
-tous deux amoureux en ung lieu/
-&amp; d'une mesme dame/ l'ung demandeur
-&amp; complaignant en cas
-de saisine et de nouvelleté de une
-part/ et l'autre deffendeur &amp; opposant
-d'aultre part. Et disoit ledit
-demandeur que ung premier jour
-du moys de may ainsi qu'il estoit
-sur les rues pour aller la nuyct
-resveiller les potz de marjoleine
-et planter le may devant l'huys de
-une moult gracieuse dame dont
-est question affin de la resjouyr/
-ainsi qu'on a acoustumé. Icelle
-dame ce voyant le print en grace/
-et le retint pour son amy/ en
-luy promettant des biens a grant
-planté et plus qu'il ne valloit. et
-a celle intencion l'a depuis servie
-moult longuement Et a ce tiltre
-disoit qu'il avoit droit et estoit en
-bonne possession et saisine de soy
-dire et porter serviteur d'ycelle dame
-&amp; de jouyr et user par le moyen
-de la grace d'elle des biens d'amours
-qui en despendent ensemble
-des joyes chieres liesses honneurs
-doulx regardz/ beaulx accueilz
-&amp; prerogatives qui y appartiennent.
-En possession et saisine
-que ledict deffendeur ne doibt
-aller a la messe ou elle va pour
-luy bailler a l'entree de l'eaue benoiste.
-en possession &amp; saisine que
-il ne luy doit point soubz ryre en
-passant/ ne faire quelque signe ou
-semblant de la regarder. En possession
-et saisine qu'il ne peult ou
-doit parler a elle de secret ne aultrement
-en quelque maniere que
-ce soit se n'estoit en la saluant que
-il dist dieu gard dieu begnie. En
-saisine et possession qu'il ne se doyt
-point agenouillier a l'opposite
-du costé ou elle se assiet durant
-la messe. En possession et saisine
-que en se promenant en l'eglise
-ou elle est il ne doit claquer son
-patin/ ne redrecier le poil de son
-chapeau. En possession et saisine
-que se ledit deffendeur a et porte
-nouveaux gans es mains qui
-ne les doit point enfoncer ne faire
-semblant de alonger les dois
-en tirant. En saisine et possession
-qu'il ne doit point lire les oraisons
-ne les escripteaux des tumbes
-qui sont au pres de ladite dame
-durant ce qu'elle est en l'eglise
-En possession et saisine que se
-ledit defendeur est agenouillé &amp;
-il y a quelque chien derriere qui
-aboye ou ung coffre qui crie qu'il
-ne se doit point retourner ne ne
-doit regarder ladicte dame ne luy
-getter en passant ung doulx yeulx.
-En possession et saisyne
-pareillement qu'il ne doyt point
-alumer la torche devant elle dont
-l'en lieve dieu au moins ne doyt
-frapper du baston a terre deux ou
-trois fois ne laisser choir le couvercle
-pour dire regardez moy.
-En possession et saisyne que ledit
-defendeur ne peut ne doit porter
-la paix &amp; ne la doibt point baiser
-aprés elle/ mais doibt attendre
-que tous les aultres l'ayent
-eue et baisee devant luy et nonobstant
-ledit deffendeur l'avoit troublé
-en ses dictes possessions et saisines
-parquoy avoit obtenue ladicte
-complaincte. Si concinoit
-pour pertinent en matiere de nouvelleté
-et en cas de delay demandoit
-la reverence. Et de la partie
-dudit deffendeur au contraire
-estoit dict/ que long temps il
-fut nommé par l'université d'amours
-aux premiers benefices
-qui vacqueroyent au dyocesse
-dont ceste dame cy estoit et que
-encore d'abondant il avoit obtenu
-grace expectative pour accepter
-la premiere qui seroit sans amy
-&amp; si avoit dispence d'en avoir
-d'eux nonobstant l'incompatibilité.
-Et disoit avecques ce qu'il
-avoit fait ses diligences par devers
-la dame dont il estoit question
-pour estre pourveu de sa
-grace/ et dedens les nuitz et les
-jours qui y sont ordonnez. Disoit
-oultre que aprés ce qu'il trouva
-ladicte dame vaquant d'amy
-et qu'elle luy eust faict une gracieuse
-chere &amp; tresgracieusement
-acueilly/ il accepta l'amour d'elle
-et fist pourveoir par l'executeur
-de sadicte grace expectative
-et n'y eut reffus ne contredit
-de dangier/ ne de malle bouche.
-Et deslors en fut mis en possession
-et saisine/ et a ce tiltre avoit
-droit et estoit en bonne possession
-et saisine/ et de se porter et dire serviteur
-et amy d'elle/ et avoyt la
-moitié des joies que amoureux
-cuyde avoir quant il rencontre
-bonne dame. En possessyon et
-saisine que ledit demandeur sa
-partie adverse ne la peu ne doit
-appeller sa dame ou maistresse
-ne s'en dire serviteur. En possession
-et saisine qu'il ne doit s'acouter
-ne parler a elle ne pareillement
-l'acompaigner en voyage
-ne autre part au moins ne la
-doibt tenir par soubs les bras.
-En possession et saisine que s'elle
-veult aller en pellerinaige il
-ne la doibt point mener derriere
-luy ne luy aider a secourre sa
-robe. en possession &amp; saisine qu'il
-ne luy doit point alumer sa chandelle
-au monstier ne faire le petit
-genoul devant elle. En possession
-et saisine que sur le chemin
-son fouet ou aussi sa verge
-s'elle cheoit a terre il ne luy doibt
-point relever ne bailler. En possession
-et saisine qu'il ne doibt porter
-la botte fauve pour l'amour
-d'elle ne la soulcie sur son chappeau
-En possession et saisine qu'il
-ne peult pareillement fermer sadicte
-botte fauve d'eguillette verte
-ne son chapeau cordonné houppe
-de cheveulx En possession et
-saisine qu'il ne se doibt point desguiser
-ne faire fringuer son cheval
-devant son huis en la rue En
-possession et saisine qu'il ne doyt
-point au harnoys de ses chevaulx
-porter la livree d'elle/ Ne avoir
-plus d'une robbe neufve la sepmaine.
-En possession et saysine
-que ses cheveulx ne doivent venir
-jusques sur les yeulx ne qu'il ne
-doit avoir a son bonnet rubens
-de soye verte. En saisine et possession
-qu'il ne doit point dancer aux
-nopces ne autre part avec sadicte
-dame ne icelle prendre en chapellet.
-En possession et saisine
-qu'il ne doit point servir a la table
-ou elle se siet ne de luy bailler
-quarreaulx ou tronchet ou
-pacet a mettre soubz ses piedz et
-proposoit possessoire tout pertinent
-en requerant en ce cas de delay
-la recreance Et pour respondre
-au fait de ladicte partie adverse
-disoit qu'il ne pouoit avoir aucun
-droit en ceste matiere car son don
-ou tiltre estoit obtenu long temps
-aprés celuy du deffendeur/ et si
-n'avoit nommé grandeur et calefic
-en amours ains avoit seullement
-seduitte celle dame par persuasions
-et belles parolles tellement
-qu'elle c'estoit condescendue a l'aimer
-&amp; l'avoit en garde qui estoit
-mal fait a luy veu qu'il sçavoit qu'il
-l'avoit par avant acceptee a dame
-et en estoit pourveu Disoit oultre
-plus que son don ne pouoit riens
-valoir/ le bien n'estoit point
-vacquant au temps qu'il l'acointa
-et n'estoit point une entreprinse
-faicte/ pour luy cuyder faire
-bailler le bont de sa dame/ et par
-maulvais rapportz ou l'en ne devoit
-point adjouster foy. A quoy
-ledit amoureux demandeur pour
-ses replicques disoit que en matiere
-d'amours n'y a point de priorité
-ne de posteriorité/ la raison
-est bonne/ car l'amour et le bien
-vient de dames et est leur faculté
-de le donner et tollir toutes
-et quanteffois qu'il leur plaist &amp;
-a qui bon leur semble. Et ainsy
-doncques qu'il failloyt qu'elles
-fussent contraintes a aymer tousjours
-ung qu'elles avoyent aymé
-au commencement sans le
-changer ou prendre d'autres elles
-qui sont dames et usant de
-franche liberté seroient subgettes
-de soubzmettre leurs cueurs
-aux voulentez des hommes sans
-le pouoir oster/ parquoy deviendroient
-serves et privees de franchise
-et de domination qui est le
-plus beau previlege qu'elles ayent
-et aussy tout le plaisir seroit dehors
-ne n'auroient plus amour
-de luy/ car par ce moyen il leur
-fauldroit admettre qu'elles devroient
-haïr &amp; n'y auroit jamais
-nul jeune amant pourveu ne advancé
-pour service qu'il peust faire
-par ce que les premiers vouldroient
-tousjours gouverner.
-Sur quoy ledit deffendeur disoit
-que au contraire que l'en ne
-doibt point ainsi despointer ung
-loyal amant qui a bien servy sans
-cause ne matiere et sans ce que sa
-dame l'eust trouvé en faulte ou
-present meffait/ ains fault qu'il
-soit ouy premierement/ et qu'il
-soit declaration sur la privation
-ou aultrement jamais il ne auroit
-bien ne service remuneré/ car
-il adviendroit tous les jours que
-jeunes amoureux pour estre avancez/
-et entrez en la grace des
-dames qui croyent moult de legier
-tout ce qu'on leur rapporte/
-et leur louenge soulleroyent et
-suppediteroyent les aultres par
-blandissemens et belles bourdes
-ou par mauvaises parolles
-qu'ilz apporteroyent de leurs personnes
-pour devenir maistres &amp;
-leur oster leurs lieux. Et ainsi
-tous amoureux qui auroyent
-doncques fait leurs debvoirs le
-temps precedent pour bien servir
-auroyent des maulx et les
-jeunes pour mal faire et mal raporter
-seroyent honnourés et bien
-venus ou n'a apparence au
-monde Et sur ce furent les parties
-appointees et despuis ledit
-conservateur par sa sentence dist
-et declaira que entant que touchoit
-le principal les parties estoyent
-contraires/ et feroyent
-leur enqueste et icelle faicte et raportee
-par devers luy il leur feroit
-droit et au regard de la recreance
-des possessions et choses
-contencieuses il adjugea audit
-demandeur le requerant pour en
-jouyr regir et gouverner soubz
-la main d'amours pendant le procés
-et jusques a ce que aultrement
-en feust ordonné. De laquelle
-sentence ledit deffendeur en a appellé
-en la court ou ledit procés
-a grant et meure deliberation et
-que faisoyt a veoir en ceste matiere :
-Et tout veu ladicte court
-dit que en tant que ledit conservateur
-adjugea la recreance audict
-demandeur il jugea mal au surplus
-en amendant le jugement/
-la court adjuge ladicte recreance
-et jouyssance des possessions/ et
-choses contencieuses audict deffendeur.
-Et se retient la court la
-canonyssance de la cause principalle
-ou les parties viendront proceder
-ceans au premier jour ainsi
-qu'il appartiendra par raison.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">Le .vi. arrest.</h2>
-
-
-<p>De certaine tauxation de
-despens que deux conseilliers
-de la court de ceans
-avoient faicte a une jeune dame
-a l'encontre d'ung sien amy montant
-la somme de .xix. livres .iii.
-solz six deniers parisis pour raison
-de certain voyage et pellerinaige
-ou elle par grant ardeur avoit
-voué sondit amy et auquel
-elle avoit esté nudz piedz pour luy
-affin qu'il fust guary d'une griefve
-malladie de fievres blanches
-qu'il avoit lors &amp; aussi pour acheter
-des bouquetz de romarin &amp; genievre
-dont on l'avoit chauffé/ et
-d'autres menues drogueries que
-on luy avoit baillez durant sa maladie.
-Cest amant cy s'est sentu agravé
-et en a appellé en la court
-de ceans. Le procés a esté receu
-pour juger et a la court veu ladicte
-tauxation de despens &amp; diminution
-baillee au contraire. Et
-tout veu la court dict qu'il a esté
-bien tauxé par lesditz conseilliers
-et mal appellé par l'appellant et
-l'amendera &amp; si le condampne es
-despens de la cause d'appel la tauxation
-reservee par devers elle.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">Le .vii. arrest</h2>
-
-
-<p>Par devant les conseilliers
-ordonné sur le fait
-de la justice du tresor
-d'amours c'est assis .i.
-aultre procés entre le cueur d'amours
-dudict tresor demandeur
-d'une part/ Et ung jeune amant
-deffendeur d'aultre part/ et disoit
-ledit demandeur que nulle amour
-ne peut tenir par acquisition aucuns
-biens d'amours ne faire fondation
-de rente ou revenue s'elle n'est
-deuement amortie. Et que toutes
-et quanteffoys que aulcun faict
-contre amours est en possession
-de prendre les fruictz et la revenue de
-la rente non amortie/ c'est assavoir
-de troys annees l'une. Or disoit
-ledit demandeur que ledit deffendeur
-sans licence d'amours ne avoir
-sur ce amortissement avoit
-faict ung contract par maniere
-de fondation avec une religieuse
-par lequel elle estoit tenue de pryer
-pour luy et de dire aussi certaines
-oraisons. Et aussi en ce faisant
-ledit amoureux la debvoit fournir
-de soyes/ et de plusieurs aultres
-menues bacguettes/ moyennant
-lesquelles ycelle religieuse
-luy debvoit envoyer pour souvenance
-tous les moys de l'an certaines
-bourses faictes a sa devise/
-Et pour ce requeroit le procureur
-de amours demandeur que
-ledit amant deffendeur fust condampné
-a rendre &amp; luy bailler de
-troys bourses l'une/ selon les ordonnances
-et qu'il feust enjoinct
-audit deffendeur de prendre amortissement
-desdictes amours de ladicte
-rente/ ou de en vuyder ses
-mains. de la partie duquel amoureux
-deffendeur feust deffendu
-au contraire et disoit que luy considerant
-que en amours y a tresgrande
-peine car ceulx qui s'i mettent/
-ne sont pas aulcunes foys
-maistres de eulx en oster quant
-bon leur semble/ Et mesmement
-affin que amours luy aydast en
-tous ses affaires et besongnes il
-estoit bien vray vrayement que
-pour les grans biens qu'il avoit
-aperceuz en une religieuse de son
-accointance il luy avoit prié &amp; requis
-que toutes et quantes foys
-que elle se trouveroit a matines
-et l'en commenceroit a chanter <span lang="la" xml:lang="la">te
-deum laudamus</span> qu'elle dist lors
-ung <span lang="la" xml:lang="la">de profundis</span> pour l'ame de
-luy ce que elle luy avoit accordé
-Et aussi pour la recompensation
-de la peine icelluy amant luy avoit
-promis d'envoyer de la soye
-et de l'or de chippre pour soy esbatre
-a faire de belles bourses &amp; des
-soursainctes et des cordelieres &amp;
-seroit tenue a en bailler de troys
-l'une. Or disoit ledict deffendeur
-que proprement ce ne estoit point
-acquisition perpetuelle/ mais estoit
-seullement une pension viagere
-faicte de la voulenté et union
-des deux cueurs par quoy n'y
-failloit nul amortyssement/ car
-il n'y avoit point d'obligation ne
-constitution de rendre sinon tant
-tenu tant payé. Et que chascune
-desdictes parties estoit en son entier
-pour n'en retenir riens se bon
-ne luy sembloit. Et disoit oultre
-que veu que la dessusdicte fondation
-estoit faicte pour le salut de
-l'ame &amp; pour convertir en piteux
-usages le dessusdit procureur d'amours
-n'en doibt riens avoir ne
-demander. et par ses moyens conclurent
-affin de absolution Surquoy
-finablement parties ouyes
-elles furent appoinctees en droit
-et depuis lesdictz conseilliers du
-tresor par leur sentence condampnerent
-ledict amoureux deffendeur
-a faire amortir a ses despens
-ladicte rente. Et avecques ce ordonnerent
-et appoincterent qu'il
-seroit tenu et obligé de bailler de
-trois bourses l'une &amp; pareillement
-la tierce partie des cordelieres soursainctes/
-et boucquetz/ et aultres
-choses/ que ycelle religieuse luy
-envoyeroit jusques ad ce que ladicte
-fondation fust deuement amortie.
-de laquelle sentence ledit
-demandeur s'est tenu pour grevé
-et en appelle en la court de ceans
-ou ledict procés a esté receu pour
-juger. Si a la court veu icelluy
-procés et tout ce qu'il failloit veoir
-en ceste matiere a grant &amp; meure
-deliberation et tout veu dit qu'il
-a esté mal jugié par lesdictz conseilliers/
-et bien appellé par l'appellant/
-et en amendant le jugement
-la court absoult des impetrations
-et demandes a luy faictes
-par ledit procureur d'amours
-et ordonne que les bourses soursainctes
-cordelieres et biens qu'il
-avoit esté contraint de conseigner
-en main de justice lui seront rendus
-et mys a plaine delivrance.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .viii. arrest.</h2>
-
-
-<p>Par vertu de certaines lettres
-de chancellerye d'amours
-ung amant ja pieça
-feist mettre ung beau cordon
-tout plain de fleurs en main sequestre/
-et disoit pour soubstenir
-sa main mise que sa dame lui avoit
-donné ledict cordon pour le
-mettre a son chappeau affin qu'il
-eust souvenance d'elle et ung jour
-a une feste en ostant son chapeau
-de sa teste ledict cordon eschappa
-et le perdit dont il fut dolent. Et
-pour ce que depuis il l'a trouvé es
-mains de ung aultre amoureux
-deffendeur de sa partie adverse il
-la faict arrester et concluoit tout
-pertinent a matiere d'arrest en requerant
-que ledit cordon luy fust
-restitué et mys en plaine delivrance
-de la partye dudict deffendeur
-si fut deffendu au contraire &amp; disoit
-qu'il estoit bien d'accord avecques
-ledit demandeur que la dame
-dont estoit question le avoit
-fait de sa main et que elle luy avoit
-donné par grant excellence
-de joye/ mais iceluy demandeur
-comme ingract ne en avoit tenu
-compte/ ainçoys pour certaines
-menues parolles que elle luy avoit
-dictes en se jouant &amp; rigolant
-de ce qu'il mettoit la houpe dudit
-cordon trop sur le costé cestuy amoureux
-demandeur remply de
-impacience avoit rendu et gecté
-par despit ledit cordon a celle dame
-&amp; a celle dame a aussi clerement
-se par domination ou autrement
-s'il y avoit eu droit si s'en estoit il
-depparty/ et n'en pouoyt plus riens
-demander/ mais debvoit encores
-selon les droictz d'amours
-estre griefvement pugny veu que
-en ce faisant il estoit encouru en
-voye d'ingratitude disoit oultre
-ledit deffendeur que ladicte dame
-avoit aussi fait serment qu'en disoit
-de ycelluy demandeur ne rauroit
-jamais ledit cordon &amp; puis
-l'avoit liberalement donné de bon
-cueur audit deffendeur a la charge
-touteffois de le porter pour l'amour
-d'elle comme il avoit fait/
-parquoy ledit arrest ne se pouoit
-soubstenir/ ne requerir mainte levee
-ne provision d'avoir ledit cordon
-a sa caution. A quoy de ladicte
-partie de ce demandeur fut repliqué
-au contraire disant que toutes
-et quanteffoys que il trouve
-ce qu'il luy appartient et par don
-il le peult prendre de fait et faire
-proceder par voye de arrest comme
-sadicte chose Or disoit il que
-le cordon luy appartenoit de don
-a luy faict par sa dame ledit deffendeur
-confessoyt mesmement.
-Et ainsi l'arrest estoit bien recepvable.
-Et au regard de ce qu'il avoit
-regeté par despit n'estoit pas
-vray/ mais disoit que pour ce que
-ladicte dame luy reprochoit bien
-ledict cordon &amp; que luy sembloit
-qu'il en devoit estre plus subgect
-vers elle/ iceluy demandeur luy
-avoit rebaillé en ceste intencion/
-et touteffoys pour le luy garder.
-et nompas pour le donner a ung
-aultre amant. Disoit oultre plus
-que ce n'estoit pas trop grant honneur
-audict deffendeur de se vouloir
-ainsi fringuer/ ou de vouloir
-porter des biens dont les autres
-avoyent par avant fait leurs
-monstres et grans jours et quant
-a la provison n'en escheoit point/
-mais se la matiere estoyt disposee
-a embellir/ elle luy debvoit estre
-faicte avant que audit deffendeur
-veu que il estoit despointé
-et mesmes que pour enrichir et embellir
-le dessusdit cordon il luy avoit
-faict mettre quatre ou cinq
-perles &amp; de menues pensees tout
-a l'entour. Surquoy ledit deffendeur
-dit au contraire que des incontinent
-que ung amant contemne
-les biens donnez par sa dame
-de quelque estat que il soit il
-se rend indigne de les tenir &amp; posseder
-&amp; peult bien icelle dame les
-luy oster &amp; faire arracher devant
-tout le monde/ et puis le donner
-ou il luy plaist. et ne portoit pas
-ycelluy deffendeur ledict cordon
-pour faire quelque desplaisir audit
-demandeur/ mais tant seulement
-pour complaire a ladicte dame
-&amp; luy obeir comme il estoit tenu
-de faire. Les parties ouyes a
-plain furent appointees par le juge
-ordonné en droit &amp; depuis par
-sa sentence les appointa contraires
-et en enqueste. et au regard de
-la provision requise par chascune
-des partyes il ordonne que en
-baillant caution par ledit deffendeur
-de rendre et restituer ledict
-cordon toutes &amp; quanteffois que
-il seroit ordonné il luy seroit rendu
-et delivré pour en jouyr pendant
-le procés soubz la main d'amours
-&amp; jusques a ce que aultrement
-en fust appointé &amp; sans prejudice
-des droictz de parties. De
-laquelle sentence ledict demandeur
-c'est tenu agravé et a appellé
-en la court de ceans ou ledict
-procés a esté receu pour juger. et
-si a la court veu ycelluy procés
-et tout ce qui faisoit a veoir en ceste
-matiere/ et tout veu dict que
-tant que le juge ordonna que ledit
-cordon seroit entierement rendu
-et delivré audict deffendeur
-sans declairer que les perles et
-menues pensees que ledit appellant
-y avoit faict mettre du sien
-a sa plaisance en seroyent ostees
-que il juge mal. Et au surplus
-bien en amendant le jugement la
-court dit que lesdictes menues pensees
-faictes a perles seroyent premierement
-ostees dudit cordon
-et baillees au demandeur pour
-en faire ce que bon luy semblera
-&amp; au surplus renvoyez les parties
-a huytaine par devant ledict
-juge pour proceder sur le principal
-ainsi qu'il appartiendroyt par
-raison.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .ix. arrest.</h2>
-
-
-<p>Par devant le marquis
-des fleurs et violettes
-d'amours c'est assis ung
-aultre procés d'ung amoureux demandeur
-d'une part &amp; une jeune amye
-deffenderesse d'aultre part
-sur ledit amoureulx disoyt que
-tous les plus grans biens qui
-sont en amours/ c'est entretenir
-les cueurs l'ung de l'autre en perfaicte
-aliance et union d'amytié
-et que toutes et quanteffois que
-ung amant ou une dame est vaquant
-ou que elle s'entremect de
-complaire a plusieurs c'est signe
-que son cueur n'estoyt point entier
-en loyaulté et que l'on ne se
-doibt pas trop fier/ or se pressuppose
-disoit que ceste dame cy avoyt
-faict plusieurs promesses.
-Et entre les aultres que jamais
-elle n'auroit aultre que luy tant
-qu'il seroit vivant/ et luy pareillement
-a elle si en avoyent faict
-serment l'ung a l'autre sy grant
-et solempnel que faire peust en tel
-cas/ et ainsi se avoyent promys
-qu'ilz ne feroient chose a leur pouoir
-par quoy nul d'entre eulx
-y peust prendre ne avoit desplaisir/
-mais ce nonobstant ladicte dame
-puis nagueres de temps en
-ça s'entremettoit d'entretenir plusieurs
-aultres gallans par parolles
-et tresbelles cheres deffendues
-en tel cas. Et oultre plus
-pendoit tous les jours en sa sainture
-et en sa quenouille boucquetz
-nouveaulx et fleurs estranges
-sans ce que ledit amant les luy
-ayt donnees dont il a ung peu
-de mal en sa teste/ car aulcunesfoys
-quant il est dedans son lict
-et s'esveille sur ce point il mect
-bien trois heures a soy endormir
-Et pource concluoit que sa dicte
-dame fust contraincte et condampnee
-a ne plus porter boucquetz
-ne fleurs en quelque maniere
-que c'est synon qu'il les luy
-donne ou qu'il en soit d'accord/ et
-aussy qu'elle ne face chiere a aultruy
-sinon a luy seul et ainsi qu'elle
-avoit promis et offert de sa
-part s'elle prenoit plaisir en fleurs/
-et boucquetz de luy en faire bailler
-et avoir tous les jours tant
-qu'elle vouldra affin qu'elle n'eust
-occasion de prendre aillieurs De
-la part de ceste dame deffenderesse
-fut deffendu au contraire et dysoit
-que quelque promesse que feissent
-dames doibvent entendre civilement
-c'est assavoir la ou sera leur
-plaisir &amp; ne donne encore jamais si
-grant auctorité qu'ilz n'en retiennent
-tousjours aulcune chose devers
-elles &amp; qu'elles ne soient sur leurs
-piedz pour user de leurs voulentés
-et plaisirs car elles sont dames
-Disoit de rechief avecques
-ce que ledict amant a tort de se
-plaindre de ce qu'elle porte boucquetz
-et viollettes &amp; qu'elle tient
-langaige a trop de gens Car supposé
-qu'elle luy ait promis de l'aimer
-bien &amp; loiaument elle n'est pas pourtant
-liee ne obligee qu'elle puisse
-parler a aultre que a luy et prendre
-desdictes viollettes et boucquetz
-s'il ne luy en donne ung.
-Aussi le contract qui seroyt fait
-autrement ne se pourroyt soubtenyr
-car l'en scet que dames ne
-peuent renoncer aux biens qui
-leur peuent venyr et ont don et
-previleges de nature de rire &amp; faire
-bonne chiere a tous affin que
-nulz ne puissent dire qu'elles soient
-mal gracieuses. Et appert
-bien que ledict amant est bien jeune
-simple et mal conseillé de intenter
-procés et fayre debat pour
-cecy. Car de tant qu'il auroyt
-vers elle plusieurs/ requerans
-et serviteurs et qu'elle l'avanceroit
-et aymeroit encore mieulx
-par dessus les aultres de tant auroit
-il plus de bien et en seroyt
-plus honnouré. Mais il entend
-mal son cas car il seroit content
-qu'on l'alast acoller devant tout
-le monde et qu'elle ne parlast a
-aultres que a luy affin qu'on die
-qu'il eust le bruyt qui n'est pas
-la maniere. Au regard des boucquetz
-et fleurs il a tort de s'en
-plaindre/ car elle a en sa maison
-des violettes et marjolaynes ou
-elle les prent. Et pose qu'on les
-luy donnast si n'y peust il avoir
-interest/ car l'imposition ne luy
-en est deue/ et si n'est chose ou l'en
-se doit gueres arrester veu que
-la fleur et odeur s'en passe de legier.
-Et quant a l'offre qu'il luy
-fait de l'en fournir respondit qu'elle
-n'en avoit cure/ et ne voulloyt
-point nullement du monde qu'il
-ait occasion de les luy reprocher
-si concluoit par ces moyens affin
-d'absolution et de despens. Sur
-quoy ledit demandeur disoyt au
-contraire que telz boucquetz perles
-et menues choses sont cause
-aulcuneffoys de esmouvoir les
-cueurs et faire bailler les bontés
-a aultres qui point ne s'en doubtent.
-Finablement partyes ouyes
-furent appointees en droit &amp; par
-sentence s'y absolut ceste deffenderesse
-de impetrations et demandes
-de ce demandeur en luy permetant
-s'elle vouloit en tant que
-mestier estoit de parler rire salluer
-et porter boucquetz toutes
-et quanteffoys qu'il luy plairoyt
-et bon luy sembleroit. Et condampner
-ledit amant en ses despens
-dont il sentit grevé et appella en
-la court de ceans ou le procés a
-esté receu pour juger. Sy a la
-court veu ledit procés a grant &amp;
-meure deliberation et que faisoyt
-a veoir en ceste matiere. Et tout
-veu/ dit qu'il a esté bien jugié et
-mal appellé et l'amendera l'apellant
-en le condampnant es despens
-de la cause d'appel la tauxation
-reservee par devers elle.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .x. arrest.</h2>
-
-
-<p>Devant le juge de la garde
-des seaux establés aux contractz
-d'amours il c'est assis ung
-autre procés entre ung amoureux
-demandeur en matiere de recision
-de contrat usuratif d'une part/ &amp; une
-sienne dame et amye deffenderesse
-d'aultre part. Et disoyt ledict
-demandeur que de raison &amp; selon
-les ordonnances toutes usures
-sont en amour prohibees et deffendues
-et que l'en n'en doibt point
-user. Or ce presuposé disoit que
-du temps que il accointa ladicte
-dame luy estant en la grant chaleur
-et voulant bien complaire
-a elle se ingera pour entrer en la
-grace de luy offrir corps et biens
-en luy faisant plusieurs dons et
-gratuites/ &amp; fut bien vray que en
-ce temps ledit gallant qui estoit
-fort feru et surprins de l'amour
-de elle et ne luy chaloit qu'il feist
-luy promist &amp; obligea de luy mener
-toutes les festes de l'annee entre
-minuyt/ Et le point du jour
-le tabourin et les bas menestriers
-pour la resveiller en son lict
-et oultre luy promist de luy donner
-a toutes les estraines ung beau
-chapperon de demy graine et
-aussi une robbe neufve a chascun
-premier jour du mois de may de
-telle couleur qu'elle la vouldroit
-et aussi estoyt obligié de changer
-et porter pour l'amour d'elle tous
-les moys une robbe neufve a la
-devise d'elle lesquelles choses il
-avoit continuees ja par long temps
-Mais il en estoit fort lassé veu
-que la charge estoyt bien grande
-et disoyt que ledict contract ne se
-pouoit pas soubstenir/ car pour
-les biens/ et plaisirs dessusdictz
-qu'il estoyt tenu de faire a ladicte
-deffenderesse s'il ne amendoit d'elle
-il n'en avoyt pour toute recompence
-que ung seul baiser quant
-il la pouoyt trouver a part qui
-n'estoit pas juste ne egalle recompensation.
-Et aussy la deception
-y estoit toute clere. Et disoyt
-en oultre/ que lesdictz menestriers
-et robbes et chapperons sans
-les autres bagues ne la paine de
-luy pour la poursuitte coustoyt
-tous les ans une grant somme
-d'argent qui luy convenoit bailler
-et trouver/ et payer de sa bource
-pour complaire a elle &amp; luy faire
-plaisir/ et touteffoys de son costé
-ne luy donnoit que ung seul
-baisier ne n'y mettoit du sien que
-la bouche/ ou la joue enquoy elle
-gaignoyt plus de la moytié et
-sans main mettre parquoy l'usure
-y estoit toute clere et pource elle
-concluoit et requeroit ledict amant
-que ledict contract feust recindé
-et adnullé et demandoit despens.
-De la partie de ladicte deffenderesse
-fut deffendu au contraire
-et disoit que de l'appeller usuriere
-ledict amant avoyt grant
-tort car avecques luy elle n'avoit
-gueres gaigné. Mais il advient
-souvent que pour faire plaisir l'en
-a dommage. Et pour passer oultre
-disoyt que se elle ne l'eust jamais
-trouvé luy eust esté grant
-prouffit/ pour luy avoit souffert
-de malles nuytz dont elle estoyt
-petitement recompensee et ne failloyt
-point qu'il se plaingnist dudict
-contract/ car ne luy avoit pas
-faict faire/ mais luy mesmes l'avoit
-poursuivy et chassé. Disoit
-aussy qu'elle ne le contraignoyt
-point de envoyer aulx festes les
-menestriers devant son huys ainçoys
-y venoient jouer telles fois
-qu'elle eust bien voullu qu'ilz en
-eussent esté bien loing Car de les
-ouyr quant l'en a pas le cueur en
-joye est regrettement de dueil et
-planté de pleurs et de lermes Et
-quant est des robbes si luy en a
-donné plusieurs et elle les a voulu
-prendre de tant luy a fait plusgrant
-plaisir/ et en est bien tenu
-a elle veu qu'elle luy avoit faict
-plus d'honneur qu'il ne luy apartenoit
-de les avoir vestues &amp; portees
-pour l'amour de luy. Et entant
-que toutes les robbes neufves
-dont il s'abiloit tous les mois
-ladicte deffenderesse disoit qu'elle
-n'y avoit gaigné ne prouffit et
-que s'il en voulloyt avoir tous
-les jours elle ne l'en pourroit pas
-garder : Disoyt oultre pour respondre
-au faict de partie que toutes
-les robbes/ et tout l'argent qu'il
-sçauroit en tout le monde finer
-pour faire dons et gratuytés ne
-sont a comparager seullement a
-la moytié d'ung baiser/ Car s'il
-failloit faire estimation ou prisation
-de l'ung a l'autre et que ce
-fust chose que l'en peust priser ou
-estimer l'en trouveroit sans comparaison
-que la moytié d'ung seul
-baiser d'une dame octroyé de bon
-cueur vault mieulx que tous les
-biens ne l'argent que on sçauroyt
-donner. Or avoyt ledict amoureux
-ung baisyer d'elle tout entier
-et par sa confession mesmes
-prinse en son prejudice Parquoy
-de dire le contract feust usuré n'y
-avoit apparence nulle. Disoyt
-aussy que ung baisier est reputé
-en amours pour chose singulliere
-et espirituelle &amp; qu'on ne le sçauroit
-trop vendre ne acheter mesmement
-quant il est procedant de
-joye et qu'il y a embrassement Si
-le doit par ses moyens ladicte dame
-affin d'absolution et de despens.
-A quoy ledict demandeur
-par ses replicques disoit que touchant
-ledit baisier il en avoit autant
-de payne comme elle &amp; de la joye
-qu'il en yssoit elle en amendoit aussi
-bien comme luy parquoy il ne
-pouoit cheoir en compensation. Et
-sur ce dupliquoit la deffenderesse
-que le bien qu'il procede d'ung baiser
-vient de la grace de la dame
-qui le donne et nompas de celuy
-qui le requiert/ car le plaisir vient
-d'elle et multiplie la joye de celluy
-a qui il est donné pource dyent
-les maistres que telz biens ne sont
-a donner ne a garçonner/ ains il
-fault que ung homme soyt bien
-experimenté et qu'il ait bien servy
-avant que il soit digne de avoir
-ung baisier. oyez lesquelles parties
-elles furent par ledit juge de
-la garde des seaulx appoinctees
-a produire et en droict. Et depuis
-par sa sentence il dist et declaira
-que ledit contract ne estoit point
-usurier/ et absolut ladicte dame
-de ses petitions et demandes &amp; le
-condampna es despens dont il appella
-en la court de ceans ou ledit
-procés a esté receu et conclut pour
-jugier/ et a ladicte court veu ledit
-procés et tout ce que il faisoit
-a veoir en ceste matiere/ Et tout
-veu dict que il a esté bien jugé et
-mal appellé par ledit amoureux
-et l'amendera et payera tous les
-despens de la cause d'appel la tauxation
-reservee a ycelle.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xi. arrest.</h2>
-
-
-<p>Devant le maistre des forestz
-et des eaues sus le
-faict du gibier d'amours
-c'est assis ung aultre procés entre
-une jeune dame demanderesse
-d'une part/ &amp; ung sien serviteur
-jadis amy deffendeur de l'aultre
-part. Et disoit ladicte demanderesse
-que a ung soir bien tard que
-il faisoit chault &amp; que le soleil estoit
-pres de coucher elle &amp; ledit amant
-et plusieurs de ses amys/
-voisins s'en allerent baignier sus
-ung gravier d'une ysle et chasser
-aux poissons/ et furent les ungz
-mis en ordonnance pour tenir les
-rethz et filetz et les aultres pour
-courir devant le poisson/ et le faire
-courir devant les rethz. or advint
-que en courant ledit amoureux
-qui avoit tousjours l'oeil sus
-elle et plus que a prendre le poisson
-se vint aborder a l'encontre de
-elle/ et combien qu'il eust assez place
-pour tirer son chemin ailleurs
-toutes voyes tout en soursault/
-et en ung moment il luy feist le
-jambet tellement que ceste povre
-femme cheut a terre &amp; que sa cotte
-simple fut mouillee &amp; gastee dedans
-la riviere Et ne fut pas encores
-content mais en faisant semblant
-de la relever il luy meist la
-main sur le tetin et la pressa tresfort
-dont elle fut toute esmeue au
-lict malade par bien long temps
-parquoy elle requeroit a l'encontre
-dudit amant qu'il en fust tresgriefvement
-pugny de pugnition
-publicque ainsi que le cas le requeroit
-et tellement que les aultres
-y puissent prendre bonne exemple.
-de la partie dudit amant fut
-dit tout au contraire que vrayement
-il est vray/ que ladicte dame
-et plusieurs aultres prindrent
-complot de leur baigner et chasser
-aux poissons et puis fut ledit
-amant mis a l'avantgarde pour
-chasser ledit poisson devant &amp; elle
-estoit d'ung autre costé &amp; tenoit
-les rethz &amp; le filet. Si advint que
-comme il choisit le poisson il mesmarcha
-pour ung gros chaillou
-que il trouva qui le feist tumber
-sur elle et tellement que tous deux
-cheurent dedans l'eaue/ mais dieu
-mercy ne c'estoit point fait de mal
-car l'eaue n'estoit point grande et
-si estoit en plain sablon. et disoit
-oultre sus sa foy que en chayant
-il ne l'avoit tastee ne pincee ne ne
-eut pas le loysir de ce faire pour
-l'eaue dont il estoit tout esblouy/
-et ne luy cuydoit avoir faict aucun
-mal. or disoit il que de la cheuste
-il n'en pouoit mais/ car le cas
-estoit advenu qu'il ne l'a pas fait
-cheoir en son escient si l'en ne luy
-en pouoit riens demander. et au
-regard de la cotte simple/ et aultres
-habillemens d'elle qu'elle disoit
-estre gastez aussi avoyent esté
-pareillement les siens/ et si avoit
-esté autant moullé comme
-elle/ &amp; par ces moyens tendoit affin
-d'absolution et de despens. ledict
-procureur d'amours dessus
-le fait des eaues et des forestz disoit
-que par les ordonnances il est
-deffendu de ne point chasser a engins
-par lesquelz l'on puisse prendre
-teteins en l'eaue/ et requeroit
-que cest amant fust condampné
-en une bonne et tresgrosse amande.
-Mais ledit amoureux disoit
-au contraire que ce n'estoit raison
-car il n'avoit faict chose digne de
-reprehension/ ne touché au tetins
-dont il ait souvenance/ et se d'advanture
-sa main y avoit frayé qu'il
-ne confesse encore pas si auroyt ce
-esté en tumbant &amp; cheant et estoit
-force qu'il se soubstint a quelque
-chose/ mais quoy qu'il en soit ladicte
-dame ne en avoit point esté
-blecee/ et pource concluoit comme
-dessus affin d'absolution. Surquoy
-ladicte demanderesse disoyt
-que la cheuste estoit trop lourde/
-et qu'il ne s'en pouoit excuser/ car
-il l'avoit fait d'aguet a pense &amp; propos
-deliberé pour parvenir a ses
-attaintes et en verité s'il ne lui eust
-fait oultraige elle n'en eust daingné
-parler Finablement parties
-ouyes elles furent appointees contraires
-et en enqueste &amp; depuis ladicte
-enqueste faicte et le procés
-appointé en droict le maistre des
-eaues et forestz condampna par
-sa sentence ledict amoureux deffendeur
-a faire faire a ladicte dame
-une cotte simple verte en lieu
-de la sienne qui avoit esté gastee
-et a la porter en sa main et seroit
-tenu de se encliner devant elle en
-ostant son chapperon seulement
-et dire ces motz a genoulx. Madame
-par l'ordonnance de justice
-je suis contrainct de me venir rendre
-a vostre grace &amp; mercy si vous
-prie que vous prenez en gré ceste
-robbe verte que je vous donne de
-bon cueur &amp; au regard du demourant
-ne vous en souviengne plus
-car sur ma foy je ne le fis oncques
-en intencion de vous courroucer
-ains aymeroye mieulx estre mort
-et au surplus furent les despens
-recompensez d'ung costé &amp; d'autre
-De laquelle sentence ledit deffendeur
-en appella en la court de ceans
-ou le procés a esté receu pour
-juger si a la court veu ledit procés
-l'enqueste aussi &amp; tout qu'il failloit
-veoir en ceste matiere &amp; tout
-veu dit qu'il a esté bien jugé par
-ledit maistre des eaues &amp; forestz
-et mal appellé par l'appellant &amp; l'amendera
-&amp; condampne es despens</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xii. arrest.</h2>
-
-
-<p>Par devant les dames de
-conseil d'amours en ladicte
-chambre de plaisance
-c'est assis ung autre procés entre
-ung aultre tresbeau et jeune filz
-bien amoureux demandeur &amp; complaignant
-en cas de saisine et de
-nouvelleté d'une part &amp; une gracieuse
-dame deffenderesse d'autre
-part. Et disoit ledit demandeur
-que ja pieça par alliance d'amours
-luy et elle se donnerent l'ung a l'autre
-et promirent de vivre et mourir
-ensemble comme deux vrais
-amans sans jamais departir par
-quelque malheurté qui peust advenir
-et en ce point en conferment
-l'aliance en eut plusieurs baisers
-donnez de si tresbon cueur que les
-larmes en venoyent de joye aux
-yeulx d'ung chascun. Disoyt avec
-ce ledit amant que aprés l'alliance
-et confirmation ainsi faicte
-sollempnellement eulx deux
-promisrent encore qu'ilz seroyent
-communs en biens &amp; que l'ung ne
-feroit jamais chose qui despleust a
-l'autre mais ce que l'ung vouldroit
-l'autre consentiroit/ affin que l'amour
-durast tousjours. or disoit
-ledit demandeur que a ce tiltre &amp;
-par les moyens dessudictz avoit
-droit &amp; estoit en bonne possession
-et saisine que ladicte dame ne pouoit
-ne debvoit acointer ne s'ayder
-d'autre que luy ne luy faire autre
-chere. en possession &amp; saisine qu'elle
-ne leur debvoit ryre ne faire le
-petit genoul. en possession et saisine
-qu'elle ne debvoit saluer ne parler
-a eulx en quelque maniere que ce
-feust s'il n'y estoit present. en possession
-et saisine qu'il devoit &amp; est
-sur tous le mieulx aymé &amp; recueilly
-grandement quant il parle a elle
-sans luy rechisgner ne tourner
-la teste de costé ne d'aultre. en possession/
-et saysine que quant il se
-veult esbatre avec elle &amp; luy doit
-dire les sornettes qu'elle luy doit
-respondre gracieusement comme
-elle faisoit au commencement &amp;
-en riant sans le mespriser ne contempner.
-En possession &amp; saisine
-que quant elle veult aller jouer
-et esbastre aux champs qu'elle luy
-doibt faire assavoir pour y aller
-ou sans y mener d'autres. en possession
-&amp; saisine qu'elle ne doit souffrir
-prendre les liens de sa chausse/
-aulcuns qui en font les sursaintes
-&amp; qui les portent entour eulx
-en lieu de sainctures. En possession
-&amp; saisine que se d'advanture
-il la boutte en passant par la rue
-par le costé ou qu'il gecte une violette
-que elle ne luy en doit point
-gecter les groins ne faire aulcun
-semblant qu'elle en soit courroucee.
-en possession et saisine que s'il
-arrive en son hostel ou en aultre
-lieu ou elle soit assise elle doit reculer
-sa robbe pour luy faire place.
-Mais ce nonobstant ceste deffenderesse
-depuis ung peu de temps
-en ça luy a tenu et tient les plus
-estranges termes du monde/ car
-quant il la salue et rencontre elle
-n'en tient compte/ ains faict semblant
-qu'elle ne le vit jamais. Et
-avec ce tient parolles a plusieurs
-autres galans en leur faisant plus
-grant chiere que a luy &amp; luy sembla
-maintenant qu'elle preigne a
-desplaisir tout tant qu'il luy dit &amp;
-faict. Et bien souvent quant elle
-le voit d'ung costé elle va de l'autre
-en le mocquant &amp; desprisant &amp;
-mettant a non challoir le temps
-passe et l'alliance qu'elle a faicte.
-Et oultre plus quant il se veult
-jouer a elle ainsi que il avoit accoustumé
-elle l'injurie &amp; menasse
-de frapper &amp; ce fait n'a pas granment
-qu'il tiroit sa quenoille par
-derriere elle se courrouça moult
-aigrement et jura que s'il y venoit
-plus elle luy en bailleroit sur la
-teste en troublant &amp; empeschant ledit
-complaignant en ses possessions
-&amp; saisines a tort &amp; sans cause
-indeuement &amp; de nouvel puis an
-et jour en ça. Et pource concluoit
-en matiere possessoire tout pertinent/
-&amp; en cas de delay demandoit
-la recreance Et pour deffence ladicte
-deffenderesse disoyt que de
-raison naturelle feminine nulle
-dame n'est tenue d'aymer se la personne
-qui la requiert ne luy plaist
-ou agree et que aultrement le faire
-seroit trop a contempner tous
-les biens d'amours qui viennent
-de plaisir et joye. or ce pressuposé
-disoit que cest amant se fyoit trop
-en ses pensees et folles ymaginations
-Il cuidoit que tout ce qu'il
-pourpensoit devoyt advenir/ dont
-il estoit bien loing ne n'estoit coustume
-a advenir a telz biens par
-force et pour parler a cheval veu
-que tous ceulx qui se humilioyent
-jusques en terre et qui ne servent
-que d'obeyr et complaire a grant
-paine y peuent parvenir. Disoit
-avec ce qu'elle l'avoit aymé comme
-femme doit aymer ung chascun/
-mais qu'il y eust aliance ou
-promesse particuliere entre eulx
-deux et telle qu'il l'avoit baptisee
-il ne la trouveroit point/ car tousjours
-avoit esté entiere et maistresse
-de soy comme encore avoit intencion
-d'estre/ et ne failloit point
-qu'il se plaignist d'elle atendu que
-a luy ne a aultre n'a mal fait. Et
-quant est des possessions qu'il prenoit
-a l'encontre d'elle disoit qu'elles
-n'estoyent recevable car selon
-raison gardee en matiere d'amours
-on ne peult empescher que femme ne
-caquette/ parle/ salue/ rye/ ou bon
-luy semble. Et d'aultre part ung
-serviteur ne doit estre receu a prendre
-complaincte contre sa dame
-tout ainsi que ne fait le vassal contre
-son seigneur. Et la raison est
-bonne/ car ce seroyt attribué domination
-&amp; seigneurie a ceux qui
-n'en ont point et qui n'en peuent avoir
-sinon par le moyen et courtoisie
-des dames/ et par ainsi doncques
-ce ceste dame avoit de grace
-aymé le gallant Cela pourtant
-ne l'obligeoit pas a l'aymer tousjours
-ne n'y avoit point d'aparence
-de dire qu'elle fust contrainte faire
-ce qu'il vouldroit bien souvent
-pensee de femme se change Et au
-faict de la quenoulle respondit que
-voirement pour ce qu'elle n'estoit
-lors en ses bonnes qu'il vint a elle
-tout estourdy se elle l'eust peu
-attaindre elle l'eust frappé. disoit
-oultre que par les moyens dessusditz
-estoit en possession et saisine
-de resister et esloingnier ledict amant
-et de ne luy faire chiere ou
-feste comme au plus estrange d'alemaigne
-en possession et saisine
-de luy dire plainement allez vous
-en vous m'ennuyés et de contredire
-a toutes ses voulentés en posession
-et saisine de ne le daigner
-regarder ne dire a dieu s'il ne luy
-plaist se bon luy semble en possession
-et saisine qu'il ne se peult nommer
-ne dire son serviteur ne tenir
-riens d'elle en possession et saisine
-de tout ce qu'elle fait ou dit qu'il
-ne luy appartient point de parler
-ne de mot sonner. en possession et
-saisine que s'il veult avoir dame qu'il
-la doit aller querir ailleurs. En
-possession et saisyne s'il estoit efforcé
-ou efforçoit de faire le contraire
-des possessions et saisines
-dessusdictes de le contredire &amp; empescher
-et le tout luy fayre reparer
-et mettre par justice au neant
-et au premier estat et deu en proposant
-du costé d'elle possessoire
-pertinent et en cas de delay demandoit
-la recreance mais sur ce ledit
-amoureux qui replicquoit et disoit
-que au regard de nyer l'aliance
-&amp; promesse faicte entre eulx ladicte
-dame avoit grant tort car elle
-avoit passees et accordees par
-serment mais d'en faire apparoir
-par lettres que ledict complaignant
-ne pourroit pource que alors n'y
-avoit que eulx deux &amp; au regard
-la jouissance et possession qu'il avoit
-eu depuis au moyen de ce il
-la prouveroyt aussy clere que le
-jour Parquoy devoit souffire a
-son intencion/ disoit aussy que ses
-possessions estoient bien recepvables
-car elles ne tendent que a acomplir
-et executer ce que sadicte
-dame mesme la voulu. C'est
-assavoir de ne faire chose a son
-pouoir qui luy puisse tourner a
-dommaige &amp; ennuy Or disoit il
-qu'il n'est aujourd'huy plusgrant
-desplaisir que de veoir ung estrangier
-festoier &amp; avoir le bien qu'on
-a desservy/ parquoy il estoit bien
-fondé et ne vouloit point ledict
-complaignant empescher qu'elle
-ne parlast rie ou fist bonne chere
-a qui bon luy sembleroit/ mais
-qu'il feust toutsjours bien venu
-et aussi qu'il feust asseuré que quelque
-chose qu'elle fist aux aultres
-si seroyt mieulx aymé dont elle
-faisoit le contraire/ car elle le rigolloit
-plus que se jamais ne l'eust
-veu &amp; supposé que l'on dit que subgect
-ou serviteur ne peut intenter
-complaincte contre sa dame/ toutesfois
-il disoit que ceste raison n'avoit
-point icy lieu/ car pour le moyen
-de la solution &amp; aliance qu'elle mesmes
-avoit fait il estoit devenu seigneur
-&amp; avoit autant de puissance qu'elle
-ne plus ne mains ne n'eust pas
-deffendu que ung subgect et serviteur
-ne se puisse complaindre de
-sa dame ains est permis de droit
-quant elle le griefve ou luy fait
-extorcion comme au cas qui souffre.
-Aultrement aussi n'y auroyt
-jamais reparation et seroient povres
-amoureux et trop tenus de
-court mal traictez &amp; concluoit comme
-dessus Mais ceste deffenderesse
-disoit au contraire que tous
-les biens d'amours gisent en grace
-des dames et qu'on ne se peult
-complaindre. car elles mesmes
-ne sont pas maistresses pour ce
-qu'il fault que les biens voisent
-aux sainctz a qui ilz sont vouez
-et ou amours les veult departir
-et ainsi doncques de se plaindre
-d'amours qu'il fait departir la grace
-ou il luy plaist la complaincte
-n'est recevable et n'y faisoit riens
-l'aliance car telz biens ne se peuent
-par aliance obliger ne engaiger
-ainçoys toutes promesses qui
-seroient &amp; sont faictes au contraire
-et prejudice des dames sont nulles
-<span lang="la" xml:lang="la">ipso jure</span> ne n'en fault point de
-relievement et la raison est bonne
-car dames sont exemptes de force &amp;
-servitude et fault venir a elles par
-supplication &amp; par ainsi donc d'y venir
-par complainte &amp; prendre telles possessions
-pour les mettre en subjection
-et servitude n'y auroit point
-d'apparence/ surquoy parties ouyes
-finablement lesdictes dames du conseil
-d'amours en la chambre de plaisance
-les appointerent de faire de
-chascun costé examen de .xii. tesmoins
-pour valoir a fin principal
-que de recreance et depuis ledit
-examen fait &amp; que les parties eurent
-produit icelles dames du conseil
-par leur sentence dirent et declarerent
-que cest amoureux demandeur
-ne faisoit a recevoir comme
-complaignant et que a tort il
-c'estoit dolu et complainct que a
-bonne et juste cause ladicte deffenderesse
-c'estoit opposee et la maintindrent
-&amp; garderent es possessions &amp;
-saisines par elles pretendues en
-levant et ostant la main d'amours
-et tout empeschement a son prouffit
-et si le condampneront a ses despens.
-De laquelle sentence ledit
-amoureulx c'est sentu agravé et
-en a appellé en la court de ceans
-ou le procés a esté receu pour juger
-sauf a faire droit prealablement
-sur l'enterrinement de certaines requestes
-civilles lesquelles avoyent
-esté obtenues par ledict appellant
-pour estre receu a produyre ung
-pied de voultour d'argent doré que
-sa dame luy avoit donné pour curer
-ses dens avec ung petit d'or
-fait a lermes qu'il avoit tousjours
-porté et portoit encores pour l'amour
-de elle entre la chemyse et
-la chair affin de monstrer par ce
-de sa pocession : et aussi de l'acointance
-qu'il avoit eue avecques elle
-laquelle avoit nié lesquelles choses
-avoit obmis de produire en son
-procés principal pour oubliance
-Si a la court finablement veu
-ledit procés examens requestes
-civiles &amp; tout ce que faisoit a veoir
-en ceste dicte matiere et tout veu
-la court dit qu'elle ne obtempere
-point a la requeste civile/ neantmoins
-qu'il fust mal jugié par lesdictes
-dames du conseil et bien appellé
-par l'appellant et en amendant
-le jugement la court dit que
-ledict complaignant est bien a recepvoir
-&amp; que a juste cause il s'est
-doulu et complainct et que a mauvaise
-cause ladicte deffenderesse
-s'est opposee/ maintient et garde
-la court icelluy amant complaignant
-en toutes ces pocessions &amp;
-saisines en levant et ostant la main
-d'amours et tout empeschement
-a son prouffit/ et si condampne la
-court ladicte intimer es despens de
-la cause d'appel et principal la tauxation
-reservee par devers elle.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xiii. arrest</h2>
-
-
-<p>Devant le prevost d'aubepine
-c'est assis ung procés
-entre les hoirs &amp; heritiers
-d'ung gratieux jeune amoureux
-demandeur d'une part et une dame
-jadis son amye deffenderesse
-d'aultre. Disoit ledict demandeur/
-que le deffunct en son vivant
-estoit bien alyé avecques la dame
-qui l'a bien servi jusques a la
-mort/ disoit que en faisant l'inventoire
-des biens l'on a trouvé en son
-coffre une lettre de sa main signee
-d'elle par laquelle il avoit droit
-de prendre et avoir d'elle tous les
-jours ung doint bon jour et luy
-debvoit faire la dame le petit genoul
-quant le rencontreroit. Or
-disoyent qu'il estoit allé de vie a
-trespas delaissé lesditz demandeurs
-ses plus prochains heritiers habilles
-a luy suceder ausquelz maintenant
-appartenoit la debte et revenue
-qu'il avoit et pource requeroient
-iceux demandeurs que ladicte
-deffenderesse feust condamnee
-a leur paier les choses dessusdictes/
-et a leur continuer et entretenir
-comme heritiers dudyct
-deffunct. Ledit genoul leur dieu
-vous gard/ quant elle les rencontreroit
-et a leur bailler ung
-boucquet comme elle estoit tenue
-de faire a leur frere. A ces fins ilz
-concluoyent despens. De la partie
-de la dame si fut deffendu au
-contraire/ et disoyt que se on fait
-du plaisir et des biens aux ungz
-l'en n'est pas tenu de les faire aux
-autres/ et au regard du deffunct
-elle l'avoit voirement bien aymee
-jusques a son trespas. disoit aussi
-qu'il estoit bien vray que pour
-la grant loyaulté qu'elle sentoit aucuneffois
-a luy elle luy faisoyt de
-bon gré aucuns biens qu'elle ne vouloit
-pas faire a ses heritiers/ car
-elle ne les congnoist ne ne scet qu'ilz
-sont si non par ouyr dire/ et quant
-est de la lettre ou scedulle dont il
-se veulent ayder elle n'estoit point
-congneue/ parquoy n'emportoit ypotecque
-d'obligation. Disoit oultre
-que posé qu'elle feust obligee
-envers ledit deffunct si n'en pouoient
-ilz faire poursuytte car par
-la coustume notoire et gardee en
-matiere d'amours toutes et quanteffois
-que deux personnes sont
-allyez en amours et l'ung va de
-vie a trespas/ Adoncques les biens
-qui estoient communs ensemble
-se departent et sont estaings
-ne n'y peuent les heritiers succeder
-car telz biens sont personnelz et
-n'ont point de suyte/ ains des incontinent
-que la mort vient il meurt
-ensemble ne n'ont point vigueur
-et disoient lesditz heritiers ne faisoient
-a recepvoir/ et que s'ilz estoient
-recepvables que si estoient
-elle en voye d'absolution/ et demandoit
-despens. Les demandeurs
-pour leurs replicques disoient
-que se ledict deffunct eust
-esté tenu en aulcune chose vers
-elle que elle en eust bien voullu
-estre paiee d'eux parquoy c'estoit
-raison pareillement qu'ilz en eussent
-ce qu'elle luy devoit veu qu'ilz
-estoyent ses heritiers. La deffenderesse
-disoit qu'il y a autant de difference
-de debte deue a cause des
-biens temporelz &amp; des biens d'amours
-comme de blanc a noir et que l'une
-n'ensuit point la nature de l'autre
-Disoyt aussi que si leur faisoyt avoir
-le petit genoul et ung dieu
-vous gard il conviendroyt diviser
-les biens d'amours et la renderoit
-la mort subgecte de fayre
-d'eux plaisirs pour ung qui estoyt
-contre raison. Parties ouyes le
-prevost les appointa a produire
-en droict puis par sentence declara
-que les heritiers ne faisoient
-a recevoir en absoulant la deffenderesse
-des impetitions et demandes
-et les condempna es despens Ilz
-ont appellé en la court de ceans la
-ou le procés a esté receu pour juger
-et veu le procés et tout ce qu'il failloit
-voir en ceste matiere ladicte
-court dit qu'il a esté bien jugé mal
-appellé par lesdictz appellans et
-l'amenderont d'une amende seullement
-et si les condampna es despens
-de la cause d'apel la tauxation
-reservee vers elle.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xiiii. arrest</h2>
-
-
-<p>Par devant le seneschal
-des ayglantiers c'est assis
-ung autre procés entre
-ung demandeur en matiere de
-retrait lignaigier d'une part. Et
-disoit ledit demandeur que ung sien
-frere et compaignon d'armes acquesta
-ja pieça d'une tres belle dame
-ung baiser toutes les sepmaines
-dont il a longuement jouy et estoit
-vray que puis ung an en ça
-ycelluy du consentement d'elle et
-pour son bon plaisir avoit vendu
-et transporté ledict baiser et le
-droit qu'il avoit en icelluy audit
-amant deffendeur en sa partie adverse
-pour certain pris convenu
-entre eulx/ or disoit ledit demandeur
-qu'il estoit le prochain lignaigier
-d'ycelluy vendeur parquoy
-a venir au retraict avoit droit et
-pource requeroit que ledit deffendeur
-feust condampné a luy delaisser
-ledit baiser &amp; offroit bourses
-et deniers en ce cas de delay/
-demandoit despens/ dommages
-et interestz de la partie dudit deffendeur
-fut deffendu au contraire/
-et disoit que en amours ne y a
-point de retraict. Car les biens qui
-en procedent ne descendent point
-de ligne directe ne colacteralle ne
-ne peult estre heritage perpetuel/
-si non a ceulx qui les acquierent
-et si ne les peut encores transporter
-ne alliener a autre ce n'est par
-le gré &amp; consentement d'elle dont
-ilz procedent &amp; fault encores qu'il
-y ait interposition de decret d'elle
-qui y consente ou autrement tout
-seroit nul. Disoit oultre que ledit
-demandeur ne pouoit venir a
-retraict/ car point n'y avoit vendicion
-mais estoit une pure donnation
-que ladicte dame luy avoit
-faicte ainsi que loisible luy
-estoit en faveur de celluy dont il
-a le droit qu'il avoit moult pryé
-de luy donner ledict baiser en son
-abscence. Et par ses moyens tendoit
-a fin d'absolution de despens
-Le demandeur disoit au contraire
-pour ses repliques que puis qu'il
-y avoit transporté &amp; qu'il estoit lignaiger
-du vendeur il devoit estre
-receu audit retraict. Car c'est
-la plus convenable chose que les
-biens voisent aux prochains que
-aux estranges. Et au regard de
-la dame il disoit que elle debvoit
-estre contraincte d'y consentir &amp; le
-deffendeur a s'en departir. Mais
-ledit deffendeur disoit que le transport
-dudit baiser n'estoit point fait
-pour cause de vendition/ mais par
-maniere d'eschange/ car il estoit en
-ce lieu tenu de recompenser celui
-qui luy avoit faict transport de
-luy bailler la moitié plus de telz
-biens d'une autre dame dont il avoit
-requis. Surquoy finablement
-partyes ouyes elles furent
-appointees en droit/ et depuis ledit
-seneschal par sa sentence deist
-et declaira que ledit demandeur
-ne seroit point receu audit retraict
-et que ledict deffendeur jouyroit
-dudit baisier selon le transport et
-donation a luy faicte/ Et si le
-condampna aux despens dont celluy
-demandeur appella en ladicte
-court de ceans ou le procés a
-esté receu pour juger. si a la court
-veu ledit procés avec ce qu'il failloit
-veoir en ceste matiere &amp; tout
-veu dit qu'il a esté bien jugé par
-ledit seneschal &amp; mal appellé par
-l'appellant &amp; l'amendera &amp; si condampne
-la court es despens la tauxation
-reservee par devers elle.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xv. arrest</h2>
-
-
-<p>Par devant le reformateur
-general sus le faict des abus
-d'amours c'est assis ung procés
-entre ung amoureux demandeur
-d'une part et une sienne dame
-et amie deffenderesse d'aultre
-part et disoit ledit demandeur que
-pour avoir accointance &amp; privee
-familiarité de ladicte deffenderesse
-il se estoit plusieurs foys tyré
-par devers elle &amp; luy avoit compté
-tout son cas qu'elle le voullist
-aymer. Disoit oultre qu'il estoit
-vray que pour le entretenir en amour
-&amp; affin qu'il luy souvint de luy
-il lui avoit baillé plusieurs
-bagues &amp; joyaulx &amp; mesmement
-quant il parla a elle/ derrenierement
-lui bailla six aulnes de damas
-pour faire une cotte simple
-deux petites verges d'or/ quatre
-aulnes d'escarlatte/ une turquoise/
-&amp; ung <span lang="la" xml:lang="la">agnus dei</span> doré bien gent
-avecques plusieurs aultres menues
-choses/ or disoit il que depuis
-qu'elle a eu lesditz dons elle a tenu
-de luy moins compte que devant
-en commetant vice d'ingratitude
-et si luy tient les plus estranges
-termes de jamais car quant
-elle le voit ne s'en faict que mocquer
-qui est mal consideré le plaisir
-&amp; peine qu'il a eue pour servir
-et acquerir sa grace et pource que
-il scet bien qu'il ne la sçauroit contraindre
-a l'aymer s'elle ne le vouloit
-requeroit que commandement
-luy fust fait pour declairer c'elle
-l'aymeroit ou cas qu'elle en seroit
-reffusant qu'elle feust condampnee
-a luy rendre/ et restituer lesdictz
-dons qu'il luy avoit baillé &amp; ne demandoit
-point les despens pour
-ce qu'il disoit que il l'aymoit trop
-De la partye de la deffenderesse
-fut deffendu au contraire disant
-qu'en matiere d'amours n'y a point
-de reception et que yceulx qui demandent
-ce qu'ilz ont donné doivent
-estre reputez infames et privez
-de tous biens d'amours/ Or
-soit que cest amant estoit jeune &amp;
-estourdy qui n'entendoit point son
-cas/ car il luy sembloit pour ses
-beaulx yeulx qu'on luy devoit ottroyer
-ce que il demandoit des la
-premiere fois sans ce qu'on l'eust
-essayé ne sans sçavoir qu'il a au
-ventre. disoit oultre qu'elle luy a
-dit souventeffois que quant elle
-le rencontroit en la rue qu'elle ne
-luy faisoit point de chere affin que
-les gens ne s'en aperceussent mais
-il s'en courrouce et voulsist bien
-qu'elle luy rist a plaine gorge ou
-qu'on s'arrestast de pied quoy pour
-parler a luy et tenir langage qui
-n'est pas la maniere. Disoit oultre
-ledit amant qu'elle declairast
-s'elle l'aymeroit ou non. Il ne estoit
-pas recepvable/ car en telles
-choses on n'a pas accoustume de
-marchander avant la main ains
-faul congnoistre avant que aymer/
-et sçavoir se il est digne d'aymer
-et quelz biens il a en luy &amp; qu'il
-se doit experimenter/ et quant elle
-le trouvera seur elle le pourra
-prendre en grace/ ou luy donner
-congé/ et ne peult on trop acheter
-amour de dame. Touchant des
-bagues disoit que elle ne luy demanda
-oncques riens &amp; n'en vouloit
-riens prendre si n'eust juré et
-contraint les prendre a force &amp; depuis
-avoit employé le drap en robe
-que elle avoit vestue pour l'amour
-de luy. disoit qu'elle s'en repentoit
-de bon couraige/ et qu'elle
-ne vouloit riens de l'autruy ne avoir
-rien de luy affin qu'il ne luy
-peust rien reprocher estoit contente
-et luy offroit de bailler tout ce
-qu'il lui avoit donné pourveu que
-ledict amant ne l'eust point entre
-ses mains &amp; que les draps robbes
-bagues &amp; aultres choses par elle
-receuz excepté l'<span lang="la" xml:lang="la">agnus</span> dei fussent
-en sa presence &amp; devant ses yeulx
-ars &amp; bruslez sans ce qu'il en fust
-jamais nouvelles/ et affin qu'il ne
-se peust vanter/ ne dire qu'il eust
-bien besongné comme plusieurs
-font au jourd'huy quant ilz peuent
-retenir leurs bagues &amp; disoit
-que ainsi le debvoit faire pour la
-seurté d'elle et obvier aux autres
-inconveniens qui s'en pourroyent
-ensuyvir comme de s'en mocquer
-et dire telle chose qui fut a telle que
-j'ay eue/ et recouvert par dyvers
-moyens a ses fins concluoit d'absollution
-requerant despens. Le
-demandeur disoit pour ses repliques
-quant une chose est donnee
-esperance &amp; condition non advenu
-ou qui n'est point acomply qu'elle
-doit estre rebaillee a celluy qui
-l'a donnee aultrement seroit frustree
-de son intencion/ au moins
-quoy qu'il en soit il n'en doit point
-avoir de dommaige Or disoit il
-devant lesditz dons par luy fais
-luy faisoyent avoir assez bel accueil
-de sadicte dame/ mais despuis
-que elle les avoit eues elle
-ne le daignoit a peu regarder ains
-sembloit qu'il luy fist mal &amp; qu'elle
-prent desplaisir a le veoir &amp; ne
-vouloit point avoir les bagues
-Mais il luy faisoyt trop grant
-mal qu'elle eust le sien et que elle
-se mocquast encores de luy. Disoit
-oultre que il estoit content et
-offroit en jugement s'elle le vouloit
-aymer de lui en donner plus
-la moytié qu'elle n'avoit eu/ et de
-plus grant chose cent foys. Sur
-ce point le procureur d'amours disoyt
-que telz choses ne pouoyent
-vendre ne marchander par argent
-bagues joyaulx &amp; qu'il est deffendu
-d'en user/ et pource que cest amoureux
-en auroyt argent/ et en
-voulloit avoir par telz moyens
-illicites disant qu'il estoit amendable
-et requeroit a ceste fin qu'il
-feust condampné envers amours
-en une tresgrosse amende Et au
-regard des biens dont estoit question
-s'en raportoit a justice et audit
-amant qui estoit feru d'amours
-ne lui chault qu'il face mais que
-il ait allegement et deust il vendre
-jusques a se achepter lesdictz
-biens/ car bien sçavoit qu'ilz ne se
-vendent point/ mais seulement
-qu'elle congneust la bonne voulenté
-qu'il avoit envers elle mais
-ceste deffenderesse disoit que elle
-n'avoit cure de luy ne de ses biens
-et que jamais par contraincte de
-personne ne esperance de dons ne
-de biens elle n'auroit personne veu
-qu'il n'en print mal a celles a qui
-le font. Et au regard d'elle disoit
-qu'elle aymoit mieulx en aymer
-ung ou fust son plaisir que avoir
-tous les biens temporelz/ et joyaulx
-du monde que on luy pourroit
-donner ledit amant requeroit
-doncques que les aultres biens
-qu'elle avoit euz luy feussent rendus/
-et disoit qu'il se pourvoiroit
-aillieurs &amp; s'aideroit a oster de l'amour
-d'elle au mieulx qu'il pourroit
-en mauldissant l'heure que il
-l'avoit jamais veue &amp; ouye. lesquelles
-parties furent appointees en
-droit &amp; depuis ledit reformateur
-general par sentence dist &amp; declaira
-en tant que touchoit le drap de
-damas &amp; l'escarlate qui estoit employé
-en robbes que ycelle dame
-deffenderesse ne seroit tenue d'en
-rien restituer mais au regard des
-verges de l'<span lang="la" xml:lang="la">agnus dei</span> et aultres
-bagues qui estoient encore en nature
-il la condampne a les rendre
-et restituer audit amant demandeur
-pour en faire a son bon plaisir
-&amp; au surplus pource que ledit
-amant en demonstrant son affection
-desordonnees avoit ainsi offert
-en jugement argent pour estre
-aymé et pour avoir des biens
-d'amours autrement que a point
-ledit reformateur le condampne
-en amende envers amours &amp; au
-double de ses biens par lui offers
-Et recompensa les despens d'ung
-costé et d'autre &amp; pour cause de laquelle
-sentence ledict amant entant
-qu'elle faisoyt contre luy en
-appella/ &amp; pareillement en appella
-ladicte dame en la court de ceans
-ou le procés a esté receu pour
-juger joinct ung grief que ledict
-amant disoit estre hors ledit procés
-entant que ledit reformateur
-luy avoit donné sa sentence/ ou
-jour de feste/ c'est assavoir le premier
-jour de may et l'aulbespine
-nouvelle. Sy a la court veu ledit
-procés a grant et meure deliberation
-avecques tout ce que il
-failloit veoir en ceste maniere/ &amp;
-tout bien veu &amp; consideré la court
-dist entant que ledit amant est appellant
-il a esté bien jugé par ledict
-reformateur general et mal
-appellé. et entant que ladicte deffenderesse
-a appellé a esté mal jugé
-&amp; en amendant le jugement ladicte
-court dict que ledict amant
-ne fait a recepvoir a demander lesditz
-dons &amp; bagues qu'il avoit donné
-a ladicte dame et que trestout
-luy demourroit comme siens pour
-en faire ce qu'elle vouldra sans
-ce qu'elle en soyt tenue de luy en
-rendre et restituer aulcune chose
-et si le condampne es despens de
-la cause principalle &amp; de la cause
-d'appel ou il estoit appellant seulement
-la tauxation reservee par
-devers elle.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xvi. arrest.</h2>
-
-
-<p>Devant l'ung des audicteurs
-desdites causes d'amours
-c'est assis ung autre
-procés entre ung povre amant
-demandeur et requerant l'enterinement
-de certaynes lettres de respit
-d'une part. et une sienne dame
-deffenderesse d'autre part. Et disoit
-ledict demandeur qu'il a esté
-fort malheureux en amours parce
-qu'il a eu a faire aux femmes
-qui tirent huylle de noix a quoy
-ne pouoit contenter de dons disoit
-avecques ce que pour luy complaire
-et affin que son service luy feust
-agreable il luy convint faire plusieurs
-gratuités &amp; mises excessives.
-Et si a esté contrainct de soy
-tenir joly &amp; de changer souvent habitz
-enquoy il a beaucoup frayé
-et despendu du sien. et aussi faisoit
-le plus des jours de la sepmaine
-dancer faire karoles et plusieurs
-aultres jeux &amp; esbatemens tant que
-toutes les dames l'honnoroyent
-et y a tellement frayé qu'il en est fort
-en debté Et puis la dame en qui
-il se fioit si l'abandonna et bailla
-le bont dont luy sont survenues
-plusieurs aultres fortunes au
-moyen desquelles il ne sçauroit
-a present payer ses creanciers sans
-faire vile possession de ses biens
-Et pource avoient &amp; a obtenues
-lesdictes lettres de respit : dont il requeroit
-l'enterinement aussy que
-l'execution de certaines obligations
-par laquelle il estoit obligé
-envers ladicte demanderesse fust tenu
-en surceance et delay jusques
-a ung an es despens contre ceulx
-qui le vouldroyent empescher.
-De la partie de ceste deffenderesse
-fut deffendu au contraire &amp; disoit
-que dames n'ont point argent quant
-elles veulent ains ont grant paine
-a en assembler &amp; si leur en convient
-tousjours avoir pour employer
-en robbes &amp; plusieurs aultres
-jolivetés survenans chascun jour
-et disoit avecques ce que cest amant
-ung jour vint a elle tout desconforté
-la requerir de luy ayder/ et
-prester jusques a deux escus pour
-avoir le drap d'ung pourpoint de
-velours qu'il avoit achepté dont
-elle fut au premier ung peu reffusante.
-Touteffois au dernier elle
-meue de pitié en voyant la grant
-necessité du povre gallant qui ploroit
-presque luy presta de bon cueur
-ladicte somme moyennant &amp; parmy
-ce qu'il luy promist rendre et
-payer dedans certain temps pieça
-passé dont il n'avoit riens fait
-mais se vouloit aider dudict respit.
-Or disoit elle qu'il ne luy devoit
-estre enteriné par plusieurs
-moyens</p>
-
-<p>¶ Premierement car la
-debte estoit previlegee &amp; procedant
-de dame qui ne doibt plaider dessaisie
-encontre luy qui est obligé
-Secondement car les pertes/ &amp; les
-fortunes par luy aleguees ne estoyent
-point recepvables atendu
-qu'il ne monstroit point que elles
-feussent advenues par trop aymer
-ou maladies d'amour ainçois
-par son propos prins en son
-prejudice n'en debvoit point jouir
-car il confessoit qu'il avoit servy
-plusieurs dames en plusieurs lieux.
-Et ainsi ne luy pouoit pas
-bien venir de ses besongnes/ car
-ung homme qui a plusieurs dames
-n'est gueres souvent trouvé
-loyal/ &amp; est bien employé quant il
-luy meschiet consideré que il n'est
-pas possible en ce cas d'y garder
-foy &amp; loyaulté. Si disoit par ses
-moyens que ledit respit ne luy doit
-estre enteriné &amp; que nonobstant a
-celuy elle debvoit incontinent estre
-payee et demandoit despens. A
-quoy ledit amant disoit pour ses
-repliques qu'il estoit impossible de
-contraindre une personne a payer
-plus qu'il ne sçauroit finer. et au
-regard de luy il confessa bien devoir
-ladicte somme loyaulment
-mais les eaues estoient si basses
-qu'on n'y sçauroit prendre poisson
-et brief a present ne avoit dequoy
-payer. Disoit oultre que ladicte
-deffenderesse n'avoit pas grant interest
-a l'enterinement dudit respit
-veu qu'il ne duroit que ung an &amp;
-qu'elle n'estoit pas indigente. mais
-ycelle deffenderesse en perseverant
-en son fait disoit oultre que ce n'estoit
-pas raison que le gallant portast
-pourpoint de vellours a ses
-despens/ Aussi elle avoyt a faire
-du sien/ au regard de sa povreté
-disoit qu'il n'en laisseroit ja a faire
-grant chiere/ requerant au surplus
-qu'il fust contraint par prinse
-de corps a lui payer la somme
-veu la matiere qui estoit previlegiee.
-Surquoy finablement parties
-ouyes l'auditeur par sa sentence
-dist et declaira que le respit ne
-seroit audit demandeur aulcunement
-enteriné &amp; que nonobstant ycelles
-il seroit contraint par prinse
-de biens &amp; de sa personne payer ycelle
-somme a ladicte deffenderesse
-incontinent et sans delay en le
-condampnant es despens de l'instance/
-de laquelle sentence ycelluy
-demandeur si appella en la
-court de ceans ou le procés a esté
-receu pour juger &amp; a ladicte court
-veu le procés et tout ce qu'il failloit
-veoir en ceste matiere &amp; tout
-veu dict la court qu'il a esté bien
-jugé par ledit auditeur &amp; mal appellé
-par ledict appellant et le amendera
-et si le condampne es despens
-de la cause d'appel la tauxation
-reservee par devers elle.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xvii. arrest.</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans c'est assis
-ung aultre procés entre
-ung moult gracieux amoureux
-appellant de hongnart sergent dangereux
-d'une part &amp; danger &amp; chagrin
-parties intimees d'autre part
-Disoit ledit appellant que pour
-servir une syenne dame et maistresse
-plaine de biens et de beaulté
-et aussi pour monstrer qu'il estoit
-tout prest de luy obeyr il s'estoit
-plusieurs foys transporté en
-la rue ou elle demoure en la saluant
-de tresbon cueur touteffoys
-et quantes qu'il la pouoit veoir
-a l'huys en luy faisant le petit genouil/
-mais puis aulcun temps
-en ça/ ledit danger et chagrin qui
-s'en sont bien doubtez l'ont menassé
-de luy porter grant dommage
-en corps et en biens. et qui pis est
-des incontinent qu'ilz voyent maintenant
-ledict galant passer ou que
-la dessusdicte dame luy soubzrit
-du coing de l'oeil en luy disant adieu
-ou quelque aultre mot ilz n'en
-font que rechisner toute la journee
-et en estoyent si trescourroucez
-de ce qu'elle parloit a luy qui
-n'en sçavoyent que dire et ne sçavoyent
-que faire de s'en courroucer
-tellement en estoyent marris
-Et combien qu'il leur ait fait doulcement
-remonstrer qu'il ne pense
-aucun mal neantmoins ledit sergent
-luy a fait commandement
-qu'il ne voise plus ou sa dame sera
-&amp; a la dame qu'elle ne soit si osee
-de le regarder ne rire ains que
-des incontinent que elle le verra
-venir qu'elle s'en parte et entre en
-sa maison affin qu'il ne la puisse
-veoir &amp; qu'il ne perde ses pas a l'encontre
-desquelz exploitz l'amoureux
-c'est oposé mais ledit sergent
-ne luy a voulu recepvoir dont il
-s'est sentu trop grevé tellement qu'il
-en a appellé en la court de ceans
-ou il a depuis bien &amp; deuement relevé/
-et concluoit tout pertinent en
-cas d'appel qu'il a esté mal commandé
-mal denié/ mal deffendu et exploicté
-par ledit haignart/ et bien
-appelle par luy a ses fins offroit
-a prouver et demandoit despens
-De la partye desdictz chagrin et
-danger parties intimees si a deffendu
-au contraire &amp; disoit qui ne
-pourroyt aux premiers mouvemens
-des cueurs des jeunes a tresgrant
-peine on en peult aprés estre
-maistre &amp; qu'on ne les doit point
-laisser converser souffrir/ ne festoyer
-l'ung l'autre par regars ris
-ou autrement/ car il en advient aucuneffoys
-plusieurs inconveniens
-dont n'est ja besoing de parler
-pour le present/ car qui parleroit
-plus avant il en pourroit besongner
-a son entente. Or se pressuposé
-disoyent qu'ilz estoyent commis
-au regard de ladicte dame &amp;
-tenus d'en respondre s'elle versoit
-mal/ par quoy avoyent cause de
-empescher que personne ne s'en approchast/
-aussi le galant n'estoit
-aulcunement de la parenté ou finité
-d'elle Et neantmoins il se ingeroit
-tous les jours de l'accointer
-et parler a elle/ et ainsi justement
-luy avoyent peu deffendre
-d'aller et venir et ne estoit son appellation
-recevable. et au regard
-qu'il disoit que il n'y pensoit aulcun
-mal a elle/ et qu'il eust myeulx
-souffert la mort qu'il luy eust
-esté reproche qu'il luy eust dit aucune
-parolle deshonneste ne villaine
-qui luy feust tournee a son
-prejudice/ respondoient que ce ne
-estoit pas pourtant a dire qu'il y
-deust penser bien et que le plus seur
-estoit de ne se y trouver point Si
-concluoit par ses moyens affin
-de non recepvoir aprés mal appellé
-&amp; demandoit despens/ a quoy
-l'appellant requeroit au contraire
-et disoit que se l'en ne voulloit
-qu'il eust aulcun bien au moins
-que sadicte dame qui n'en pouoit
-mais n'en debvoit avoir aulcun
-mal ou dommage entendu qu'il
-y metoit peine autant qu'il estoit
-possible. Disoit aussi que c'estoit
-bien grant rigueur a eulx de empescher
-qu'elle ne venist a lui ainsi
-que elle avoit acoustumé et la
-tenir si estroictement qui n'estoit
-point chose a requerir de la vouloir
-tenir si court/ et quant est de
-la rue disoit ledit appellant qu'elle
-n'appartenoit pas ausditz intimez
-ne n'y avoyent fait faire les
-carreaux qui y estoient parquoy
-l'avoit deffendu qu'il n'y marchast
-et passast nullement la deffence
-estoit torcionnaire &amp; son appellation
-bien recepvable. Sur quoy
-lesditz intimez disoyent qu'ilz ne
-voulloyent pas empescher/ que
-l'appellant n'y passast mais seulement
-garder qu'en passant il ne
-veist la dame et si en cecy il y avoit
-grief ce seroit a elle a plaindre
-et nompas a luy. Finablement
-partyes ouyes elles ont esté appointees
-en droit et a mettre par
-devers la court/ et au conseil ce que
-bon leur sembleroyt. La court a
-veu ledict procés au long avec
-ce qui esté produict et ce qu'il failloit
-veoir en ceste matiere &amp; tout
-veu la court dict qu'il a esté mal
-exploicté par ledit hongnart/ Et
-bien appellé par ledit appellant/
-et permet la court audit appellant
-de passer et rapasser a toutes heures
-soit de nuit ou de jour par la
-rue/ et devant l'huys de sa dame
-pourveu qu'il ne pourra parler a
-elle sans la presence dudict dangier/
-ou de ses commis qui sont
-tenus de luy rendre compte de toutes
-les parolles &amp; besongnes que
-ilz se feront ensemble et desquelles
-parolles et besongnes iceulx
-commis prendront ladicte declaration
-par escript pour leur descharge
-et leur valoit enqueste la
-ou il appartiendra &amp; si condampne
-la court lesditz intimez es despens
-de la cause d'appel la tauxation
-reservee par devers elle.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xviii. arrest.</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans c'est
-assis ung autre procés entre
-une dame appellant
-d'une part/ et ung sien amy intime
-d'autre part. Et disoit ladicte appellante
-pour la cause d'appel que
-jaçoit que en amours force &amp; voye
-de fait sont deffendues neantmoins
-ledit intime ung journee tout eschauffé
-s'en vint vers elle et s'efforça
-de l'embrasser et qui plus est
-tout en ung moment sans dire
-dieu gard ne autre chose il la baisa
-maulgré elle/ et a force dont elle
-appella et concluoit qu'il avoyt
-mal procedé Le deffendeur disoit
-que pour elle avoit beaucoup souffert
-de mal et qu'il l'avoit fort aymee
-et si le savoit bien mais elle
-n'en tenoit gueres de compte et ne
-luy vouloit donner aucun alegement
-disoit qu'il l'avoyt tant pourchassé
-envers elle qu'elle luy avoyt
-promis ung baisier mais elle s'excusoit
-de luy donner et brief une
-foys luy dist qu'elle estoit empeschee
-a l'autre qu'il n'estoyt pas heure
-&amp; qu'il revenist a ung aultre jour
-et tellement qu'elle l'avoit pourveu
-par telles frivolles excusations
-par bien long temps &amp; affermoit
-ledit galant par sa foy qu'il avoit
-esté troys moys a la poursuytte
-dudict baisier qui estoit bien grant
-pitié : &amp; par ce luy voyant qu'il n'en
-pouoit plus a une journee que dangier
-estoit hors de la maison luy
-pria qu'elle entretenist sa promesse
-dont ne voult riens faire ainçoys
-le vouloit delayer comme
-devant/ Et pource luy estant au
-destroit d'une grant challeur qui
-luy print au cueur/ et voyant qu'elle
-ne voulloit faire rayson d'elle mesmes
-pour priere ne requeste
-qu'il luy fist print ledit baiser de
-soymesmes enquoy ne peult ladicte
-dame dire estre grevee car il ne
-luy a faict aultre blessure dont elle
-se doyt plaindre/ et quant a la
-voye de faict dit qu'il avoyt assés
-attendu &amp; que veu les reffus
-precedans &amp; les longs delaiz que
-avoit prins/ il pouoit et devoyt
-ainsi proceder et concluoit que ledict
-appel n'estoyt recepvable et
-quoy que soyt que ladicte dame
-avoit tresmal appellé/ et demandoit
-despens en requerant que oultre
-le baiser qui avoit esté ainsy
-prins par emblee et sans acollee
-il en eust ung aultre tout entier
-et de bon cueur. A quoy la dame
-pour ses replicques disoit qu'elle
-ne avoit point promis de baiser
-&amp; que posé qu'il y eust promesse
-si estoit elle condicionnelle c'est
-assavoir/ ou il luy plairoyt et avoit
-elle reservé le temps de le donner :
-et par ainsi le grief y estoit tout
-evident disoyt que avant la promesse
-eut esté pure et symple/ sy
-failloit il qu'elle fust congneue &amp;
-qu'il y eust deliberation sur ce faicte
-avant qu'on la peust excuser
-et y venir par voye de doulleur
-et non par faincte et voye de fait
-deffendue. parquoy avoit esté grevee.
-Mais ledict intime en dupliquant
-disoyt qu'il vouldroyt en
-telles matieres tenir long procés
-ordinaire et faire preuves a chascune
-fois il ne seroit jamais jour
-Et auroient les dames trop d'avantaige
-contre les povres amans
-car tous les tesmoings en ce cas
-sont pour elles et a leur poste et
-disoit au surplus que quant il n'y
-auroit eu ne don ne promesse sy
-ne pouoit il a tout le moins pour
-ses peines et salaires d'avoir servi
-si long temps que avoir ung
-baisier et que en tel cas qui sont
-previlegiez l'en peut proceder par
-voye d'execution et prendre les
-biens ou on les treuve concluant comme
-dessus oyes les parties au long
-elles ont estés apointees en droict
-et a mettre par devers la court et
-au conseil ce que bon leur semblera.
-Si a l'en veu le procés et ce
-qui faisoit a veoir en ceste matiere.
-et tout veu la court dit qu'il a
-esté bien procedé par l'amant et
-mal appelle par l'appelante et l'amendera
-en la condampnant es
-despens de la cause d'appel la tauxation
-reservee &amp; ordonne la court
-que le baiser ainsi baillé par contraincte
-ne sera point compté mais
-ladite dame sera tenue de luy en
-bailler ung autre en ce lieu de bon
-cueur toutes et quanteffois qui
-l'en requerra pourveu que danger
-n'y soit point ne n'en sçaura rien
-affin qu'il n'en puisse grongner.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xix. arrest</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans c'est assis
-ung aultre procés entre
-une tresbelle dame et le procureur
-general d'amours avec elle adjoinct
-demandeurs en cas de excés
-et de delict d'une part/ et une
-vieille chamberiere deffenderesse
-d'aultre part. et disoit la dame
-que toutes servantes devoyent
-foy &amp; loyaulté a leurs maistresses
-avoir courte langue et longues
-oreilles &amp; grandes qu'elles ne sont
-pas dignes de demourer en quelque
-maison que ja pieça elle loua
-une chamberiere pour la servyr
-deux ans pour certain pris convenu
-entre eulx. Et oultre luy avoit
-promis par dessus son sallaire
-mais qu'elle fist bien la besongne
-une paire de chausses au
-bout de l'annee et ung de ses vielz
-chapperons. Et combien qu'elle en
-eust trouvé assez d'autres qui eussent
-bien voulu demourer avec
-elle sans prendre denier ne maille
-touteffois a l'ocasion de ce que
-la chamberiere sembloit estre secrette
-&amp; avoit beaucop veu/ icelle
-dame fut meue de la retenir devant
-toutes autres et la fist venir des
-lors en son hostel ou du commencement
-elle a fait merveille de servir
-mais en effect voyant que sa
-maistresse se fioit fort en elle luy
-monstroit grans signes d'amours
-elle a voulu entreprendre sur elle
-et se mesler de toutes besongnes
-Et de fait est advenu quant ung
-sien amy de congnoissance que ladicte
-dame aymoit en tout bien &amp;
-en tout honneur venoit a l'hostel
-soy esbatre ou compter des nouvelles
-de la ville et passer temps
-Ceste chamberiere escoutoit tout
-Le lendemain ou le soir mesmes
-rapportoit tout ce que ladicte dame
-et son amy avoient dit ensemble
-a dangier le mary qui estoyt
-mal faict a elle/ et tellement que
-bien souvent la nuit au lict ledit
-dangier luy tenoit plusieurs rigueurs
-et luy en gectoit puis ça
-puis la ung mot a la vollee et par
-ambages dont elle estoit bien esbahie
-mais icelle dame considerant
-qu'il n'estoyt pas possible qu'il en
-sceust rien a la verité s'il ne le devinoit
-ne jamais n'eust cuidé que
-la vieille en eust parlé ung mot
-veu qu'elle la tenoit seure de son
-costé comme elle devoit estre Or
-estoit vray que a une journee ainsi
-que ledict gallant s'en vint esbatre
-l'apresdinee comme il avoit acoustumé
-la dame tenant sa quenoulle
-d'aventure laissa cheoir son fizeau.
-Lequel gallant en demonstrant
-son humillité le leva et en
-luy baillant la baisa. Dont ycelle
-dame le remercia en soubzriant
-et sans penser nul mal/ mais la
-vieille en despit de sa maistresse
-qui l'avoit tancee le matin pour
-occasion de ce qu'elle ne luy avoit
-pas ployé ses gorgias dist et proposa
-en soymesmes qu'elle s'en vengeroit/
-et de faict aussy tost que
-dangier fut venu de la ville elle
-luy commença a compter tout
-le cas &amp; plus la moytié qu'il n'y avoit/
-dont il n'en sonna mot et le
-garda en son cueur trois ou quatre
-jours en rechygnant puis aprés
-se desgorga en maulgreant
-que se le gallant y retournoit plus
-qu'il luy coupperoit les jambes.
-Si fut la dame bien esbahye et
-ne se feust jamais doubtee de ladicte
-vieille. Mais touteffois a
-la fin il a tout sceu et a la vieille
-gasté son cas/ car par le moyen
-de telz rappors elle cuidoit devenir
-maistresse &amp; tailler les morceaulx
-a ladicte demanderesse &amp; pource
-a esté boutee hors de l'hostel et
-depuis constituee prisonniere pour
-raison du cas qui est de grant consequence
-et concluoit ladicte dame
-a l'encontre d'icelle vieille chamberiere
-qu'elle feust condampnee
-a luy crier mercy et faire amende
-honnorable nudz piedz &amp; sans
-coyffe coeuvrechief ny chaperon
-en sa teste et aussy en tenant une
-torche en sa main et disant que a
-tort et maulvaisement elle avoit
-raporté les parolles de sa dame
-et maistresse &amp; de ce qu'elle l'avoit
-fait tancer qu'elle s'en desdisoit devant
-tout le monde/ et en oultre
-qu'elle feust contraincte et condempnee
-a venir dire et declairer devant
-dangier que tout ce qu'elle
-luy avoit dit et raporté de sadicte
-maistresse avoit esté controuvé par
-elle contre verité et par mallice.
-affin que icelluy danger n'y eust
-plus de suspition. Et au regard
-dudict procureur general d'amours
-qui estoit adjoinct avec ladicte dame
-il disoit que ce cas icy estoit digne
-de grant punition. et que il
-ne se devoit point passer soubz dissimulacion/
-Car la consequence
-estoit trop perilleuse pour l'esclandre
-qui en pouoit tous les jours
-advenir Disoit aussi que chamberieres
-sur toutes choses doibvent
-estre secrettes et aussy celer
-tout ce qu'elles voient faire en amours
-comme font confesseurs
-et y est la paine si grande selon les
-droictz que celles qui revelent ainsi
-secretz sont digne de mort. Or
-disoit il que ceste vieille avoit revellé
-les secretz de sa maistresse
-audit dangier pour a tousjours
-le cuyder mettre en noise et rapporter
-la moytié plus qu'il n'y avoit
-de mal. Et pour ce concluoit
-a l'encontre d'elle qu'elle fust condampnee
-a estre arce &amp; bruslee ou
-a tout le moins qu'on lui perçast
-la langue d'ung fer chault devant
-tout le monde affin que les autres
-servantes et chamberieres y prinsent
-exemple et que son sallayre
-qu'elle devoit avoir fust declairé
-forfait &amp; fust confisqué. Ou que
-telles autres conclusions fussent
-adjugees ainsi que le cas le requeroit
-et que la court adviseroit en
-requerant au surplus que pour
-pourveoir a telz inconveniens y
-eust visitacion sur lesdictes chamberieres/
-car les plus grans dangiers
-du monde en viennent. et
-disoit oultre que jamais l'en ne devoit
-laisser a telles vieilles chamberieres
-porter la clef du vin car
-quant d'aventure elles ont beu
-ou faict bonne chere elles parlent
-aussi bien contre elles que pour
-elles/ et la ou elles cuydent sauver
-l'honneur de leurs maistresses
-c'est adonc l'heure qu'elles gastent
-tout. Et puis aprés ne leur
-en souvient lendemain et jurent
-et afferment hardyement que en
-leur vie n'en parlerent mot dont
-ce a esté cause de plusieurs maulx
-qui en viennent parquoy le procureur
-requist que la court mist
-sur ce provision De la partie de
-ladicte vieille fut deffendu au contraire
-et disoit que quant elle vint
-demourer en l'hostel de ladicte maistresse
-elle luy promist fayre beaucoup
-de biens/ mais elle s'en
-estoit bien petitement apperceue
-et si avoit tant eu de peine que merveilles.
-Or estoit vray que ledit
-dangier son mary des l'entree et
-au commencement qu'elle entra
-leans il parla a elle a part en l'oreille
-&amp; luy promist de luy donner
-tous les ans une robe et ung bon
-chapperon oultre son sallaire affin
-qu'elle se print garde de la dame
-qui estoit encore bien jeune et
-luy rapporter toutes nouvelles
-de ce que son maistre luy avoyt
-faict promettre ycelle chose luy
-disoyt tout ce qu'elle veoit faire
-a sa maistresse en gardant tousjours
-l'honneur des dames comme
-tenue y estoit/ et aussy affermoit
-que jamais elle ne luy fist
-faire chose qui ne feust bonne et
-honneste/ et combien que ladicte
-vieille la servist le myeulx qu'elle
-pouoit/ touteffois ycelle maistresse
-ne s'en pouoit contenter/ et
-la tença tresbien dont ladicte chamberiere
-se courrouça et advint que
-pource qu'elle veist le gallant ledict
-jour a l'hostel qu'elle le dist a
-son maistre &amp; comment il l'avoit
-baisee Or disoit elle que de ce l'en
-ne la pouoit reprendre &amp; qu'elle n'avoit
-point fait de mal/ car elle estoit
-beaucoup plus tenue d'obeyr
-a son maistre qu'a elle et aussi avoit
-il marchandé a elle et louee
-par telle condition qu'elle luy devoit
-tout rapporter. Parquoy elle
-n'avoit faict que son debvoir et
-ne luy en eust point parlé/ si non
-que son maistre luy promist qu'il
-n'en diroit riens a elle &amp; ainsi l'on
-la debvoit excuser tendant &amp; concluant
-par ses moyens affin d'absolution
-A quoy fut repliqué par
-ladicte demanderesse disant que
-toute l'eaue de la riviere ne la pouoit
-laver du cas/ car elle sçavoit
-bien qu'elle se fyoit en elle et qu'elle
-s'en fust bien gardee se elle eust
-voulu et sans ce qu'il en eust riens
-sceu. Et supposé que l'on dye
-que toutes servantes et chamberieres
-doybvent servir premierement
-leurs maistres que leurs
-maistresses cela s'entent touchant
-le service comme de boire &amp; de manger/
-mais au regard d'autres choses
-riens/ ains fault que elles obeyssent
-a leurs maistresses. Aussi
-ont elles previllege que se leurs
-chamberieres ne sont a leur poste
-elles ne doybvent pas demourer
-trois jours en la maison/ &amp; aprés
-disoit le procureur que veu que
-ladicte vieille confessoit que elle
-prenoit argent de son maistre oultre
-son loyer pour reveller les secretz
-d'amours l'en ne le pourroit
-trop pugnir/ &amp; quant est de l'excusation
-qu'elle prenoit sur ce que son
-maistre lui avoit promis de n'en
-rien dire ne luy en faire semblant
-elle ne valloit riens/ car jamais
-en tel cas l'on ne faict telles promesses
-si non pour sçavoir et enquerir
-plus avant et concluoit a
-reparation du cas comme dessus
-est dit. Surquoy ladicte vieille
-disoit au contraire que son faict
-estoit pitoyable &amp; que jamais n'en
-eust parlé se elle eust sceu qu'il en
-fust venu mal/ ou qu'il y eust eu
-danger pour sa maistresse. Finablement
-parties ouyes ont esté apoinctees
-en droict et a produire
-par devers la court et au conseil
-ce que bon leur semble. Si a ladicte
-court veu le procés avecques
-la confession faicte par la vieille
-&amp; tout ce qu'il failloit veoir en
-ceste matiere a grant et meure deliberation/
-et tout veu la court a
-condampné ladicte faulce vieille
-pour raison du cas a elle commis
-a crier mercy a ladicte demanderesse
-et estre pilloriee par trois
-foys au jour de marché et oultre
-la prive &amp; bannisse du service des
-dames a tousjoursmais de quelque
-estat qu'elles soyent en luy deffendant
-sur peine de la hart que
-jamais en bonne compaignie ne
-se trouvast. Au regard des aultres
-provisions requises par le
-procureur general touchant la visitacion/
-la court a ordonné certains
-commissaires qui se informeront
-sur les abus pour aprés
-y pourvoir ainsi qu'il appartiendra</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xx. arrest</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans c'est
-assis ung aultre procés
-entre ung amant demandeur
-d'une part a sa dame/ d'autre
-part disoit ledict demandeur que
-le plus grant desir que cueur d'amant
-ait c'est de veoir souvent sa
-dame/ mais pour doubte de faulx
-semblant et malle bouche qui sont
-tousjours espiant il estoit contraint
-de aller de nuyt passer devant l'hostel
-de la dame et s'il ne la trouvoit
-il baisoyt l'huis et s'en alloit
-pensif/ mais il se esjouyssoit pensant
-que amours luy avoit fait
-si grant grace devenir a si hault
-bien Et puis quant il estoit couché
-&amp; il ymaginoit en soy mesme
-que sa dame ne sçavoyt riens s'il
-estoit venu ou non &amp; qu'elle ne luy
-en sçavoit aulcun gré pource qu'elle
-ne l'avoit veu : il se retournoyt
-dedens le lict plus de cent mille
-fois et ne pouoit dormir : et aprés
-ce/ venoit sur le point du jour qu'on
-ne voit encores guaire luy failloit
-ribon ribaine se lever du lict
-et s'en aller de rechief devant l'hostel
-de sadicte dame escoutant lever
-les avaynes et regarder par
-les crevasses de l'huys s'il la verroit
-point en son corset ou a sa cotte
-simple/ car il en eust esté en paradis.
-Or disoit il que incontinent
-qu'il estoit arrivé et qu'il boutoit
-l'oeil entre la serrure et la fante
-par ou en oeuvre l'huys d'ung
-loquet il en y avoit au plus pres
-de la maison de sa dame une paillarde
-caille qui commençoit a crier/
-et chanter courcaillet comme
-se seust esté chose juree &amp; qu'elle le
-voulsist accuser/ or disoit cest amant
-icy que au cry de ladite caille
-son sens mesloit et perturboit/
-ne n'y a homme si rassis qui n'en
-fust esbahy et tellement que aulcuneffoys
-de sanglante paour et
-frayeur qu'il avoit se hurtoit le nez
-en se retrayant ne sçavoit qu'il devenoit
-et encores pis ne cessoit de
-crier comme une enragee plus
-fort que devant jusques a ce qu'il
-s'en fust party qui luy estoit ung
-tresgrant ennuy et desplaysir et
-disoit que s'il pouoit veoir ou tenir
-ladicte caille il la tueroit/ quoy
-qu'il luy deust couster mais il ne
-la pouoit veoir ne prendre pour
-ce qu'elle estoit dedans la maison
-et pource requeroit que ladite dame
-fust condampnee a faire abbatre
-la cage et tuer ladicte caille
-ou faire vuyder dehors affin qu'elle
-ne luy escriast plus dessus son
-jeu ne fist desplaisir et disoit que
-c'estoyt raison. Et la partie de ladicte
-dame fut deffendu au contraire
-et disoyt que ladicte caille
-ne estoit sienne en sa puissance et
-subjection/ Car elle estoit en la
-maison d'ung de ses voisins qui
-y prenoyt plaisir a la nourrir et
-tenir parquoy n'y avoit que congnoistre
-aussi n'estoit ce que ung
-povre oyseau qui gaingnoyt sa
-vie a chanter/ pource de la tuer
-se seroit tres mal faict/ disoit oultre
-que ladicte caille n'y pensoit a
-nul mal et n'estoit que sa coustume
-de chanter et quant est d'attendre
-longuement a l'huys de la maison
-c'estoyt simplesse a luy/ car il
-pouoit bien penser que a l'heure de
-si hault matin il n'y avoit personne
-levé et luy eust mieulx valu
-estre couché &amp; dormir encores Si
-concluoit ladicte dame par ces
-moyens a fin de non recevoir et
-d'absolution A quoy ledict amant
-pour ses replicques disoyt que de
-dormir n'eust il peu/ car en tel cas
-quant l'en veult dormir c'est a l'heure
-que on s'esveille et que une heure
-en dure cent. Et au regard de
-ladicte caille disoit que ladite dame
-la debvoit faire abatre/ car elle
-avoit bien la congnoissance au
-lieu ou c'estoit/ et ne failloyt que
-faire rompre ung ou deux bastons
-de ladicte cage pour l'en faire en
-aller Et protestoit au surplus que
-se ladicte dame ne luy voulloyt
-faire que luimesme la feroit tuer
-a quelque meschief qui en peust advenir/
-car aulcuneffois quant elle
-crioit elle l'effroyoit tellement
-et luy faisoit plus de mal que qui
-lui eust baillé d'une dague par l'estomac/
-surquoy finablement parties
-ouyes ont esté appoinctees a
-mettre devant la court &amp; au conseil
-Si a ladite court veu le plaidoyé
-des parties et tout ce qui a
-esté produict Et tout veu et consideré
-ce qu'il faisoit a veoir &amp; considerer
-la court dict que ledict amant
-ne faict a recepvoir a faire
-ladicte demande contre ladicte
-deffenderesse/ Et si desclaire que
-ladicte caille demourra la ou elle
-est pour vivre et chanter tout
-ainsi qu'elle pourra. Et oultre
-deffend la court audict demandeur
-de luy faire mal ne getter pierres
-contre la caige pour l'abbatre
-a terre sur peine de confiscation
-de corps et de biens/ &amp; d'estre privé
-de l'amour de sadicte dame.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxi. arrest.</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans
-c'est assis ung aultre
-procés entre ung aultre
-amant demandeur
-d'une part et une sienne jeune dame
-et amye deffenderesse d'autre
-part et disoyt ledict demandeur
-que ja pieça sadicte dame se feist
-saigner du pied en l'eaue et de la
-vaine du foye et pource que son
-medecin luy avoit enchargé comment
-que ce fust qu'elle ne s'endormist
-point aprés la seignee. Icelle
-dame manda a son tresdoulx
-amy demandeur que il se trouvast
-devers le soir devant son huys
-a tout la Harpe et les Orgues/
-pour la resjouir et faire passer le
-temps affin que elle ne dormyst
-point. Et a ceste cause le gallant
-incontinent qu'il sceut les nouvelles
-laissa toutes besongnes
-et feist dilligence de se trouver a
-l'heure assignee : garny des bas instrumens
-de mellodye qu'on pouoyt
-finer et n'avoyt garde d'y faillir.
-Sy estoit vray que ainsy que
-lesdis menestriers commencerent
-a jouer/ ladycte dame s'en vint
-jouer/ incontinent de plain bont
-et a l'estourdy ouvrit une des fenestres
-de ladicte chambre ou elle
-estoit pour les ouyr de plus a
-plain/ mais il advint que en retirant
-a elle ungs des potz de marjolaine
-ou de violettes pour prendre
-place et se appuyer sur le bort
-des fenestres qu'elle fist par hativeté/
-elle fist choir une palette plaine
-de son sang qu'on avoit mis sur
-ladicte fenestre pour essorer ainsi
-qu'on a acoustumé/ et tumba sur luy
-si que toute sa chemise en fut gastee
-et ensanglantee et pareillement le
-colet de son pourpoint Touteffois
-il cuydoit lors pource qu'il estoit
-nuyt et aussi qu'on ne veoit goutte
-que ce ne feust que eaue qui eust
-degoutté des violers en les arrousant
-et n'en tint pas grant compte
-ainçoys s'en tenoit tout joly esperant
-que sadicte dame l'eust fait tout
-de voulenté pour l'amour de luy
-Or quant les menestriers eurent
-assés longuement illec joué/ et
-qu'il fut temps de s'en aller ledict
-amoureux demandeur s'en partit
-moult reconforté et ne luy duroit
-point le chemin. Mais se mal
-advint que en une des rues par ou
-il luy failloit passer a s'en retourner/
-il y avoit eu moult grant noise
-de gens qui s'estoyent entrebastuz
-et les queroit le guect tout partout et
-pource par suspeçon vint le guet demander
-audict compaignon demandeur
-qu'il estoit et dont il venoit. A quoy
-il leur respondit qu'il venoit
-de reveiller les potz de marjolayne/
-mais l'en ne l'en vouloit pas
-croire : ainçoys firent les gens du
-guect approucher leur lanterne
-pour le veoyr a son visaige/ en
-quoy ce faisant fut apperceu son
-colet du pourpoint tout plain de
-sang qui estoit respandu de la fenestre
-de sa dame sur luy. Et commença
-chascun a dire qu'il estoyt
-de ceulx qui s'estoient combatus
-en ladicte rue/ et qu'il en portoyt
-les enseignes/ combien que a la
-verité ne sçavoyt que c'estoyt de
-ladicte noyse : et a tant fut prins
-et mené prisonnier non obstant
-ses bonnes raisons/ dont il fut
-bien esbahy et coucha la nuyt en
-prison ou il ne dormoyt guieres
-car cela luy valloit une seignee
-ou il ne failloyt point dormir aprés
-et le lendemain il fut delivré
-Or disoit que dudit emprisonnement
-et de la paine dommage
-et interest qu'il avoyt soustenus
-ladicte dame en estoit tenue tout
-du long/ car ce avoit esté par elle
-que le cas estoit advenu. et pour ce
-concluoit a l'encontre d'elle qu'elle
-feust condampnee a le recompenser
-de ses despens/ dommages
-et interestz ou aumoins a lui donner
-pour recompensation dudit
-cas six ou huyt baisiers tous entiers
-a grans acollees et embrassees.
-A ses fins offroit a prouver
-et demandoit despens du cas que
-elle vouldroit resister a l'encontre
-de ses conclusions. De la partie
-de ladicte deffenderesse fut deffendu
-au contraire Et disoit que
-par sa foy quant elle vint a la fenestre
-ouir lesditz menestriers elle
-ne pensoit nullement du monde
-que lesdictes pallettes lesquelles
-estoyent plaines de son sang
-y feussent encores/ ains elle cuydoit
-fermement que sa chamberiere
-&amp; servante les eust oster hors
-de la Et ne advint le cas que par
-deffortune et inconvenient dont
-par ce moyen n'estoit tenue a luy
-Et aussi ne luy recordoit aulcunement
-qu'elle eust ouy rien cheoir
-a terre sinon ung bouquet de viollettes
-qu'elle luy gecta. Disoit
-avec ce que s'il avoit esté mis &amp; detenu
-aucunement prisonnier elle
-n'en pouoit mais. et aussi n'estoit
-ce pas a sa requeste ainçois en avoit
-esté moult dolente &amp; courroucee
-quant elle le sceut/ et s'il s'en fust
-allé le droit chemin sans aller par
-ces rues foraines/ il n'eust point
-a l'advanture rencontré le guet.
-Et pource de prendre conclusions
-a l'encontre de elle/ certainement
-n'estoit ledit amant aucunement
-recepvable. Et n'estoit ladicte dame
-tenue de l'amender/ mais au
-regard desdictz baisiers qu'il luy
-demandoit elle s'en rapporta a la
-court. Concluant au surplus affin
-d'absolution. Disoit ledit amant
-par ses replicques que posé
-qu'elle n'eust commys le cas a
-son escient et aussi de guet a pensé
-touteffois veu qu'il estoit advenu
-par faulte &amp; coulpe d'elle elle
-estoit tenue de l'en desdommager
-et de recompenser. disoit oultre
-que oncques puis sadicte chemise
-ne son pourpoint ne luy servirent
-combien que de cela ne luy
-chaloit pas tant comme de la prinse
-de sa personne. Mais ladicte dame
-respondit que luymesmes en
-estoit cause/ et que jamais l'en ne
-doit aller sans sçavoir le nom de
-la nuyt car s'il l'eust sceu il ne fut
-pas tumbé en danger. Et quant
-est de la partie de sa chemise elle
-offroyt de la blanchir ou luy en
-donner une autre plus belle que
-la sienne n'estoit combien qu'il la
-debvoit plus aymer que une autre
-pource que le sang d'elle avoit
-espandu dessus Finablement lesdictes
-parties ouyes elles ont esté
-appointees a produire/ et mettre
-par devers la court &amp; au conseil
-plaidoyé &amp; tout ce que bon leur
-semblera. Si a la court tout au
-long veu ledict procés et tout ce
-qu'il failloit veoir en ceste matiere
-et tout veu la court dist que ceste
-dame sera tenue toute recompensation
-de donner a sondit amy
-demandeur demy douzaine de baisiers
-bien assis &amp; dont chascun d'iceulx
-pourra durer autant qu'on
-mettroit a dire ung <span lang="la" xml:lang="la">De profundis
-et Fidelium</span>. Et si pareillement
-sera tenue l'avoir pour recommandé
-en sa grace pour les biens
-du temps advenir.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxii. arrest.</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans c'est assis
-ung aultre procés entre
-les heritiers ou ayans cause d'ung
-amant jadis de grant façon &amp; bien
-renommé demandeurs en cas
-d'excés &amp; le procureur general d'amours
-adjoingt avecques eulx
-d'une part. Et la dame de icelluy
-deffunct deffenderesse d'autre part
-Et disoyent lesdictz heritiers demandeurs
-que ledict deffunct avoyt
-en son vivant son amour
-mis si ardamment qu'il ne s'en sçavoit
-ravoir. Et estoit bien aulcuneffois
-deux ou trois jours sans
-boire ne manger quant il pensoit
-a elle. Et brief il en estoit tant feru
-que au dernier il luy en estoit
-mal prins. Et pour venir au cas
-particulier disoyent sesditz heritiers
-demandeurs que ladicte dame
-avoit moult long temps pourmené
-ledit deffunct sans luy faire
-aulcun bien &amp; estoit qu'elle luy
-prya qu'il l'estrenast le jour des estraines.
-A quoy se voulut tresbien
-employer/ et en effect luy donna
-ung tresbeau don dont il n'est
-ja besoing de parler Et dequoy elle
-fut tant contente &amp; tant joyeuse
-qu'elle luy dist lors qu'elle le estraigneroit
-tresbien. Et de fait elle
-ordonna qu'il coucheroit en l'hostel
-d'une sienne voisine qui avoit
-sa chambre et demourance assez
-pres de la sienne Et par laquelle
-en cas de necessité l'en pouoit aller
-de l'ung a l'autre. Si fut le povre
-gallant bien joyeulx de telles
-estraines en soy repentant que il
-ne l'avoit encores mieulx estrainee.
-Mais ainçoys les dictes estraines
-luy cousterent bon prys.
-Si advint que pour inciter &amp; mouvoir
-tousjours les ditz de sa dame
-a devotion il loua les bas menestriers
-pour venir jouer devant
-l'hostel entre mynuyct et le point
-du jour qu'ilz ne faillirent pas a
-venir/ et comme ledit gallant fust
-couché en atendant ses estraines
-lesditz menestriers alors commencerent
-a jouer la basse dance de Je
-languis et de l'ardant desir/ &amp; sur
-ce point dangier le mary s'esveille
-lequel ne pensoit pas a danser
-et commença incontinent a dire
-qu'il avoit ouy des larrons en la
-maison. Et aussi pareillement que
-il avoit ouy ou songé la nuyt que
-on les devoit desrobber/ parquoy
-se voulut lever. Et alors ladicte
-dame faignant de aller allumer
-de la chandelle s'en vint courant
-dedans la chambre ou le galant
-estoit couché &amp; luy dist qu'il estoit
-perdu/ et que dangier se doubtoit
-bien qu'il estoit leans. or qui fut
-bien esbahy a l'heure ce fut le compaignon
-et nompas sans cause/
-car il ne sçavoit de quelle part tourner.
-Et alors tout a coup et soubdainement
-il gecta la couverture
-du lict ou il estoit couché a terre
-et se leva tout nud comme s'il
-venist du ventre de sa mere/ ce qui
-estoit besoing qu'il fist sans songer/
-car l'en le poursuyvoit de bien
-pres &amp; avoit esté la chose bastie
-de longue main pour l'attrapper
-et luy faire finer piteusement ses
-jours. Si advint si bien qu'en descendant
-les degrez il rencontra une
-vieille chamberiere qui sçavoit
-tous les destrois de l'hostel de leans/
-laquelle ayans pitié et compassion
-de son cas luy dist que il
-n'y avoit remede en son fait sinon
-qu'il se boutast dedans ung vieil
-gelinnier de la maison lequel estoit
-tout plain de poulles/ et de
-chappons ou jamais on ne l'eust
-esté querir ne cercher. si creut son
-conseil et advertissement &amp; aprés
-que ledit gallant fut entré dedans
-ledit gelinnier ladicte vieille ferma
-tresbien le guichet en mettant
-des barres au devant/ affin que
-l'en n'y peust entrer. Et ce fait s'en
-partit ladicte chamberiere bien legerement
-sans soy arrester pour
-mucer et oster ses robbes et habillemens
-affin que l'en n'apperceust
-riens/ en quoy feist diligence extreme
-et brief elle les entourtilla
-tous en ung monceau et les getta
-tous sur le ciel de son lict. mais
-encores ne peult oncques si bien
-cacher ne mucer que ledict danger
-ne trouvast ung des patins dudit
-galant qui estoit par cas de fortune
-demouré en la ruelle du lict
-et dieu scet la tempeste qu'il en fut
-Et combien que ladicte vieille
-chamberiere en faisant son debvoir
-jurast &amp; affermast par grans sermens
-et sur son baptesme que c'estoyt
-ung des patins des menestriers
-dessusditz qu'ilz luy avoyent
-rué a la teste/ pour ce que elle
-leur avoyt gecté de l'eaue affin que
-ledit dangier n'y eust point de regret
-ne aucune suspection. Touteffois
-pourtant icelluy danger
-ne s'en voulut oncques taire/ ainçoys
-dist et jura que il n'y auroit
-lict ne banc qui ne fust renversé &amp;
-mis sen dessus dessoubz/ et cherchoit
-depuis la jusques au guernier
-pour trouver ledit galant lequel
-estoit caché et mucé leans &amp;
-en congnoistre et sçavoir la pure
-verité Si furent allumez falotz
-et lanternes de tous costez/ et n'y
-eut guichet/ ne cornet despuis le
-hault jusques bas ou l'en ne cherchast/
-&amp; si ne failloit point replicquer
-ne dire. Il n'y est pas/ car la
-fureur de dangier couroit alors
-pour tout confondre. Or sur ce
-point fault noter qu'il geloit a pierres
-fendans et goutte sur aultre/
-parquoy le povre amant qui ainsi
-estoit tout nud dedans ledit gelinier
-ne l'avoit point d'advantage/
-car il demoura la en cest estat
-et trembloit pareillement comme
-la fueille fait en l'arbre par l'espace
-de bien environ deux grosses
-heures Et qui plus est avec le mal
-qu'il souffroit encore souffroit il
-innumerable douleur des coqz &amp;
-chappons qui le venoyent mordre
-&amp; bequeter comme se feust esté
-poussins et tellement qu'il luy
-failloit tousjours avoir les mains
-au devant de ses yeulx affin qu'ilz
-ne les luy crevassent. et disoit on
-pour vray que quant il sortit dudit
-gelinnier il avoit plus de six
-cens troux &amp; morsures dont il seignoit
-de tous costez/ qui estoit une
-angoisse importable &amp; ne se osoit
-plaindre/ crier/ ne tirer son alaine
-affin qu'on ne le veist ou apperceust.
-Et advint si bien que quant
-ledit dangier demanda qu'avoyent
-lesditz poussins qui ainsi voloyent
-et faisoyent si grant glay
-et caquet que merveilles. Mais
-ladicte vieille chamberiere &amp; servante
-print la parolle sans soy effrayer
-en disant audit danger que
-c'estoit pour l'amour de la lueur/
-et lumiere des falotz &amp; chandelles
-dont lesditz chappons &amp; poulletz
-avoyent paour/ &amp; adonc fut ledit
-danger content sans plus rien en
-enquerir &amp; s'en alla coucher. si fut
-le povre homme tiré dehors de leans
-aussi roide comme une barre
-de vieulx fer &amp; ne congnoissoit
-desja plus personne/ et quant l'en
-le voullut faire approcher d'ung
-feu que l'en fist en la cuisine pour
-l'eschauffer il commença a soy esvanouyr/
-et brief qu'il ne l'eust bien tost
-secouru il estoit mort tout
-plat/ or s'en failloit il partir a cop
-Car la demeure estoit trop perilleuse/
-mais ledict povre amant ne
-eust peu avoir sesdictes robbes/
-et vestemens qui ainsi avoyent
-esté gectez sur le ciel du lict sans
-faire grant noise qui estoit encores
-pour tout gaster parquoy fut
-ledict compaignon contrainct de
-vestir l'une des robbes de ladicte
-vieille chamberiere qui estoit bien
-estroicte sur les espaulles dudit
-amant &amp; de chaulser les souliers
-de ladicte vieille chamberiere. et
-en ce point s'en vint a sa maison
-tresbien malade &amp; en moult piteux
-termes/ si se fist alors bien penser
-et le lendemain visiter par les medecins.
-Mais estoit si tresesmeu
-et avoit si forte fiebvre du grant
-travail qu'il avoit souffert que l'en
-n'eust sceu bouter remede sinon que
-il traina bien .xv. jours sans sçavoir
-boire ne manger. Et devint
-aussi sec que boys si que finablement
-il alla de vie a trespas qui
-estoit bien grant dommage veu
-qu'il estoit sur le point de son bien
-Or disoient lesditz heritiers que
-attendu sa personne et le lieu dont
-il estoit le cas estoit bien detestable/
-parquoy la pugnition &amp; la peine
-debvoit bien estre grande contre
-ladicte dame qui avoyt esté cause
-de le faire ainsi mourir avant
-ses jours. Et pour ce concluoyent
-et requeroyent a l'encontre d'elle
-que pour occasion dudit cas dont
-mort s'en estoyt ensuyvie qui n'estoit
-pas possible de reparer ycelle
-feust condampnee a leur faire
-amende honnourable nudz piedz
-et sans saincture tenant une torche
-ardant en sa main du poix de
-quattre livres en disant que faulcement
-et maulvaisement elle avoit
-esté cause de la mort dudict
-deffunct leur frere dont elle se repentoit
-et leur en cryoit mercy et
-a amours Que avecques ce elle
-feust condampnee a faire faire
-une croix ou epytaphe ou tombe
-ou cymitiere ou il estoit enterré
-en laquelle fust pourtraicte la
-figure et representacion dudict deffunct
-et escript au bas de la tombe
-pour en avoir memoire a tousjours.</p>
-
-<blockquote>
-<p>¶ Cy devant gist le corps
-d'ung vaillant amoureux jadis
-bien renommé qui fut piteusement
-estrainé de sa dame/ et qui receut
-d'elle si bonnes estraines qu'il en
-est piteusement mort quinze jours
-aprés : dieu en ait l'ame.</p>
-</blockquote>
-
-<p>Que en
-oultre ladicte dame soit condempnee
-a asseoir rentes a tousjours
-et perpetuelles pour fonder deux
-chappelles garnies de messel calices/
-chappes/ aubes/ vestemens
-et ornemens aux armes d'iceluy
-deffunct. et esquelles chappelles
-seront chantees et celebrees .ii.
-messes &amp; quatre obitz l'annee pour
-le remede et salut de l'ame dudit
-deffunct amant et de tous ses amys
-trespasses. Qu'elle soit aussi
-condempnee a bailler l'argent
-qu'il fauldra pour admortir lesdictes
-rentes Que la presentacion
-desdites chappelles appartiengne
-aux hoirs et heritiers d'icelluy
-deffunct &amp; la conlation a l'ordinayre.
-Et oultre plus que ycelle
-deffenderesse soyt de rechef
-condampnee envers iceulx heritiers
-par devant toutes oeuvres
-par ledict procureur general pour
-ladicte grant offence qu'elle a faicte
-a faire ung service moult solempnel
-auquel service tous les
-parens et amys/ grans/ et petis
-dudict deffunct seront appellés
-Et ou il y ait semonce deux torches
-et luminaire selon l'estat de
-la personne dudict deffunct. Auquel
-service les gens partyront
-de l'hostel ou le deffunct est trespassé
-comme se son corps y estoit
-et la sera ladicte dame de icelluy
-deffunct nudz piedz faisant le premier
-dueil et laquelle tiendra en
-sa main en allant au monstier et
-durant le service ung crucefix
-de bois bien piteux qu'elle pourra
-bayser s'elle veult en signe et
-signification qu'elle est signe de
-mort comme celle qu'on mayne
-a la justice que aussi elle soit condempnee
-quant l'on yra a l'offrande
-par la robbe l'ancien frere dudict
-deffunct/ &amp; de le mener devant
-par ung des costez de son manteau
-jusques au pres du prestre pour
-le faire baiser. Et cela fait s'agenouillera
-et inclinera devant le
-prestre sans baisier a l'offrande
-et puis s'en reviendra aprés luy.
-Que aussy quant ce viendra a
-lever dieu elle soit tenue de soy lever
-de la place ou elle sera assise
-pour aler alumer la torche a celluy
-qui la tiendra et ce fait baiser
-le poile estant sur le coffre dudit
-deffunct ou de sa representation en
-soy inclinant tout bas Et en oultre
-aprés ce que la grant messe sera
-dicte et quant l'on yra en procession
-chanter sur la fosse dudit trespassé.
-<span lang="la" xml:lang="la">Libera me domine de morte. &amp;. ce.</span>
-que icelle dame deffenderesse soit
-condampnee et contrainte a soy
-descheveler &amp; agenouller sur ladicte
-fosse les mains jointes au
-ciel/ durant toutes les oraisons
-que l'en dira illec sur le corps et a
-prendre le guypillon ou benoystier
-pour getter l'eaue benoiste dessus
-ladicte fosse deux ou trois foys
-en baisant la terre &amp; disant devant
-tout le monde c'est par moy que es
-maintenant cy lasse dolente/ maudicte
-soit l'heure que je fus oncques
-nee/ et puis cela faict elle sera
-tenue de metre au bout du chevet
-de ladicte fosse une croix ou
-ledict crucefix qu'elle tiendra en
-ses mains. Et aussi qu'elle soyt
-condampnee a donner et bailler
-le jour du service par ses mains
-a chascun povre qui se trouvera
-audict cymetiere ung grant
-pain blanc tout chault/ et deux
-tournoys pour l'ame dudict deffunct.
-Et pour amende prouffitable
-qu'elle feust condampnee
-en la somme de quatres mille livres :
-et aussy a tenir prison ou il
-appartiendra A ces fins offroient
-lesdictz heritiers a prouver/ et
-demandoient despens dommaiges
-et interestz. Et au regard dudict
-procureur general &amp; des gens
-d'amours ilz disoient que par les
-dessusdyctes informations qui
-avoyent esté faictes en ceste matiere
-il apparoissoit bien de tout
-ce que dit est dessus et comme ledict
-deffunct quant il fut tiré du
-gelinier/ il estoyt presque demy
-mort mais se cas la advint par
-la faulte de ladite dame ou pour
-le cuider decepvoir/ il n'y avoyt
-nulz des tesmoings examynés
-es dites informacions qui en parlast.
-Et pource protestoyent lesdictes
-gens d'amours de prendre
-leurs conclusyons plus a plain
-mais qu'ilz eussent ouyes les dictes
-partyes tout du long. Sy
-fut aprés ladicte deffenderesse
-ouye/ qui premierement nya la
-demande d'eulx demandeurs estre
-vraye. Et puis aprés pour
-ses deffences disoyt qu'elle eut singuliere
-amour et accointance avecques
-le deffunct et que ce fut
-moult grant dommaige de sa
-mort/ car il estoit taillé se il eust
-vescu d'estre ung grant homme
-et d'avoir des biens largement.
-Aussi estoit il debonnaire aymé
-de chascun : parquoy valloit bien
-d'estre cher tenu/ et n'y avoyt ame
-qui en la mort de luy eust tant
-perdu qu'elle avoit faict/ car une
-foys par le moyen de luy s'il eust
-pleu a Dieu de le laisser vyvre
-sur la terre elle avoyt intencion
-d'estre fort avancee et honnouree
-et ne feut oncques icelle deffenderesse
-autant doulente de mort d'homme
-comme elle feut de la sienne
-aussy ne le pouoit encores oublier.
-Or estoit il vray voirement
-que le jour des estraines il se approcha
-d'elle &amp; la voulut estrainer
-Et combien qu'elle ne voulsist
-prendre les dons qu'il luy vouloit
-donner toutesvoyes il la contraignit
-par force a les recevoir/ et jura
-que jamais ne les remporteroit
-Si advint que lors pource qu'il
-estoit tard &amp; qu'il n'eust veu goutte
-pour s'en retourner il la pria que
-pour dieu elle le logeast pour la
-nuyt seullement/ et jusques a ce que
-les menestriers venissent devant
-l'huis pour le recueillir et s'en aller
-avecques eulx. A laquelle priere
-obtempera icelle dame ayant pitié
-de luy et pour recompensation
-des estraynes qu'il luy avoyt
-donnees feut contente de le hebergier/
-et ordonna qu'il feust couchié
-blanc et mol/ comme a luy
-bien il appartenoit/ et en beaulx
-draps tous neufz qui sentoyent
-a plaine gorge les roses des provins
-qu'elle luy tyra de son coffre
-a celle fin qu'il dormast mieulx
-Et aprés ce qu'elle luy eust dit dieu
-vous doint bonne nuyt elle luy
-bailla ung coeuvrechief &amp; s'en alla
-coucher ou elle devoyt et elle ne
-cuidoit point jamais que danger
-s'en fust advisé ou apperceu. Et
-aussi a la verité il ne l'eust pas jamais
-fayt se n'eussent esté d'aulcuns
-malheureux envieulx dudit
-deffunct courroucés de son bien
-qui luy baillerent cest aventure
-sans cause &amp; sans raison/ car chacun
-n'y pensoit que bien. Or fut
-vray que tout a ung mouvement
-ledict dangier quant il ouit les menestriers
-jouer devant son huys
-se leva comme tout esmeu et eschauffé/
-commença a dire. S'il est
-ceans je le trouveray bien. Et de
-ceste heure ceste povre femme qui
-ne dormoit pas vint au devant
-de luy en demandant ou il voulloit
-aller ne qu'il voulloyt faire.
-Surquoy en respondant mal gratieusement
-dist laissés moy aller
-et luy bailla ledict dangier deux
-souffletz dont elle cheut a terre
-toute plate comme toute estourdye.
-Si commença a crier et survint
-au cry la vieille chamberiere
-a qui ledict dangier commanda
-de aller allumer la chandelle
-mais ce pendant la bonne maistresse
-la bouta du pied et entendit
-et congneut bien le jeu/ tellement
-qu'elle s'enfouyt tout incontinent
-sans delay vers le deffunct
-luy dire et annoncer les nouvelles
-dont il fut si effrayé qu'il se
-leva treshativement sans se seigner
-ne prendre sa chemise. Or
-qu'il devint depuis ne qu'il en fist
-ceste dame deffenderesse n'en sçavoit
-riens mais oncquespuis ne
-le veit ne n'ouit parler Et avoyt
-lors assés a faire de choyer dangier/
-Et de luy dire qu'il auroyt
-frait/ et seroit malade s'il ne s'en
-tournoit coucher affin de luy rompre
-son entreprinse/ mais d'autant
-qu'elle le vouloyt appaiser il eschauffoit
-encores plus de cherchier
-ledict gallant ne ne la voulloit
-oncques en façon ne maniere
-qu'il est au monde possible cesser
-ne delaisser aucunement pour
-parolles ne pour prieres et supplications/
-ains convint qu'il cherchast
-par tout ou bon luy sembla
-et n'atendoit la povre femme que
-la mort et ne sçavoit lors qu'elle
-faisoit ne ou elle estoit/ Car des
-douleurs avoit assez et eust bien
-voulu estre hors du monde/ nompas
-pour doubte d'elle ne pour son
-honneur/ car elle n'en craignoyt
-ame du monde/ mais pour le dangier
-ou ledict deffunct estoit/ et
-le desplaisir qui l'en pouoit avoir
-Or disoyt elle oultre qu'elle feut
-bien deux grosses heures entieres
-nudz piedz et en sa cotte simple
-parmy la maison allant tousjours
-aprés ledict dangier et jusques
-a ce que le tonnoirre fust cessé
-et dieu scet en quel paine brief
-chascun eust pitié de la veoir en
-cest estat/ car elle n'avoit couleur
-au visaige et estoyt aussi deffaicte
-que ung drappeau et si trembloit
-comme la fueille en l'arbre
-Et encores par maleureté advint
-que le feu de la chandelle que elle
-tenoit se print a ses cheveulx
-mais elle si terriblement troublee
-qu'elle ne le sentit oncques ne n'est
-possible a femme de endurer tel
-torment ne tel douleur pour une
-foys qu'elle fist alors Disoyt avecques/
-ce que quant la noyse
-fut appaisee &amp; que dangier ne trouva
-pas ce qu'il cuydoit elle envoya
-incontinent ses clefz en bas pour
-avoir des couvrechiefz pour chauffer
-sondit feu amy/ et luy faire
-revenir le cueur &amp; la parolle/ et si
-n'est point a croyre qu'il ne luy fist
-tresgrant mal de ce qu'elle ne pouoit
-aller vers luy pour le reconforter/
-mais elle avoit trop grant
-empeschement et si n'estoyt pas
-temps Touteffois au dernier faignant
-qu'elle eust mal au ventre
-elle trouva maniere de venir
-en bas et vint a une course
-luy dire a dieu &amp; le baiser moult
-doulcement et alors les larmes
-yssirent deux yeux tant d'ung costé
-que d'autre &amp; ne pouoient parler
-tant avoient chascun le cueur
-serré/ cela faict elle s'en retourna
-coucher bien dolente/ mais n'eust
-sceu dormir tant larmoyoit et
-avoit de mal si que le lendemain
-l'en eust trouvé les draps du lict
-tous plains de larmes et gemissemens.
-et depuis qu'elle le sceut
-que ledit deffunct fut malade elle
-ne eut joye au cueur ne n'estoit
-une seule journee que elle ne luy
-envoyast des prunes de damas seches/
-des fleurs de toutes sortes/
-boucquetz odorans/ et toutes autres
-choses plaisantes pour le esjouyr/
-mais ce que chascun dit il
-fut mal pensé ou petitement secouru
-et luy bailla son medecin par
-trop de medecines laxatives/ Et
-puis il estoit foible et de tendre complexion/
-et en effect il trespassa bien
-trois sepmaines le cas advenu
-Or disoit ceste dicte deffenderesse
-que de la voulloir chargier de
-la mort dudit deffunct c'estoit tresmal
-fait/ veu qu'elle n'en avoit tache
-ne coulpe/ ainçois vouldroit
-qu'il luy eust cousté six pallettes
-de son sang/ &amp; qu'elle ne deust boire
-ne manger que du pain &amp; boire
-de l'eaue d'icy a trois ans &amp; il fust
-encores en vie. Disoit aussi par
-autre moyen que l'en ne la devoit
-charger de sa mort. Car elle n'en
-pouoit mais/ et fut a la requeste
-dudit deffunct qu'elle consentit que
-il demourast a l'hostel &amp; pour lui
-faire plaisir qui ne luy doit tourner
-a dommaige et s'il eust beaucoup
-a souffrir encores en eut elle
-plus la moytié. Aussi ne fut ce
-pas par elle que la fortune advint
-ainçois par ceulx qui avoyent rapporté
-faulses parolles a dangier
-dont par ce moyen l'en s'en devoit
-adresser a eulx et nompas a elle.
-Et quant au regard de la charger
-qu'elle sçavoyt bien que tout ce qui
-a esté fait adviendroit. Respondit
-par sa foy qu'il estoit impossible
-que le cas fust advenu se premierement
-danger n'eust esté embouché
-des envieux dudit deffunct &amp;
-ne l'eust point songé Aussi de dire
-qu'elle feust consentant/ veu que
-son honneur y pendoit/ cela estoit
-trop notoirement faulx et ne l'en
-voulut oncques charger ledit deffunct
-qui en sçavoit bien la pure
-verité. Si disoit ladicte deffenderesse
-qui par les moyens dessus
-couchez que lesditz heritiers ne faisoyent
-a recepvoir en quoy que ce
-soit en voye d'absolution. A ses
-fins concluoit et demandoit despens
-Et entant qu'il touchoit les
-gens d'amours qui disoyent que
-il sembloit de prime face que il y
-eust grande presumption contre
-ladicte dame entant que elle envoya
-audit gallant qui estoit dedans
-ledit gelinnier une vieille
-robbe ou couverture pour le couvrir
-veu qu'il geloit a pierre fendant/
-et qu'elle pouoit bien penser
-qu'il morfondoit illec/ &amp; pource requeroyt
-que le droict d'amours y
-fust gardé. Respondit ycelle dame
-qu'il n'eust pas esté en toute sa
-puissance de le secourir/ pour ce
-que dangier estoit tousjours auprés
-d'elle et qu'il faisoit autant de
-pas comme elle faisoyt/ et se elle
-eust fait aulcun semblant d'aller
-devers luy/ tout eust esté descouvert.
-Aussi ne sçavoit elle alors
-ou il se estoit bouté ne qu'elle faisoit
-tant estoit effrayee de l'advanture.
-Surquoy les heritiers dudit
-deffunct en repliquant disoyent
-que elle ne se pouoit excuser de la
-mort d'icelluy/ car devoit estre asseuree
-de son cas &amp; avoir deux cordes
-en son arc avant que le laisser
-demourer leans. c'est a dire que
-elle debvoit pourveoir a l'inconvenient
-et luy faire deux chemins
-affin au moins quant danger fust
-venu par l'ung qu'il s'en allast par
-l'autre mais elle avoit ouvré au
-contraire/ car elle avoit mys le povre
-homme coucher en la gueule
-des loups qui l'eussent voulentiers
-devoré se par amours ne eust
-esté secouru/ &amp; quant du secours
-qu'elle disoit avoir fait audit deffunct
-ne sert de riens. et aussi pour
-monstrer l'experience du contraire
-oncques n'avoit esté au service
-dudit deffunct ne porter le dueil.
-comme se jamais ne l'eust congneu
-Si fut dupliqué par ladicte deffenderesse/
-en disant que c'est plus
-grant paine la moyctié de porter
-le dueil dedans le cueur que dehors
-&amp; mettre une robe noire car
-l'ung griefve et touche de pres/ et
-l'autre n'est que pour faire maniere/
-et en y a beaucoup qui font le
-dueil par dehors mais ne leur en
-chault. Si estoit ladicte deffenderesse
-de ceulx mesmes qui le portoyent
-au cueur car jamais n'oublyoit
-le deffunct/ et n'estoit jour
-ne nuyct que elle n'en plourast et
-priast pour luy quant il luy souvenoit
-de sa grant douleur et debonnaireté.
-Au regard des deux
-chemins il n'est personne si saige
-ne si advisé qui ne perdist le sens
-mesmement quant l'en n'a pas le
-loisir d'y penser et que ung tel inconvenient
-vient si soubdainement
-et en parlent plusieurs bien a leur
-aise par ce qu'ilz ne sçayvent que
-c'est. si disoit par ses moyens que
-a elle l'en ne pouoit riens demander
-dudit cas comme dessus. Lesquelles
-parties ouyes en tout ce
-qu'elles ont voulu dire &amp; aleguer
-elles ont esté appointees contraires
-et en enqueste/ laquelle a esté
-faicte/ et rapportee par devers la
-court et ont depuis les parties baillé
-reprouches produit ce que bon
-leur a semblé. Si a la court veu
-finablement ledit procés enquesté
-et tout ce qui il failloit veoir
-en grant et meure deliberation/ &amp;
-tout veu et consideré ce qu'il failloit
-a considerer la court dit que
-elle absolut la dame des impetitions
-&amp; demandes des heritiers dudit
-deffunct comme non coulpable
-du cas &amp; recompense les despens
-d'ung costé &amp; d'autre &amp; pour cause</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxiii. arrest.</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans c'est
-assis ung aultre procés
-entre une dame apellant
-d'une part &amp; ung sien intime d'autre/
-&amp; disoit ladicte appellant que
-jaçoit ce qu'elle ne luy eust meffait
-ne mesdit en riens/ mais ay tousjours
-taché a luy complaire/ neantmoins
-ledit intime c'estoit vanté
-de luy porter dommaige &amp; de fait
-l'a menacee de la faire prisonniere/
-et voulant faire information
-pour la prendre elle s'est sentue grevee
-et en a appellé. Si concluoit
-tout pertinent en matiere d'appel
-qu'elle a esté mal menacee &amp; bien
-appellé par elle A ces fins offroit
-a prouver et demandoit despens
-de la partie dudit amant fut deffendu
-au contraire &amp; disoit que ung
-soir bien tard ainsi que il passoit
-par devant l'huys de sadicte dame
-il commença a toucer affin qu'elle
-l'ouyst pour dire dieu vous doint
-bonne nuyt/ mais aussi tost qu'elle
-entendit que c'estoit il elle print
-ung seau d'eaue &amp; le gecta a sa fenestre
-sur sa teste et dedans le dos
-tellement que le povre homme fut
-tout esfarouché &amp; cuidoit bien estre
-noyé. Aprés laquelle eaue gettee
-la dame &amp; sa chamberiere commencerent
-a rire si hault &amp; se mocquer
-qu'il les peust bien ouyr/ dont
-il fut plus dollent que par devant
-et pour ceste cause s'en estoit plaint
-a la justice d'amours qui avoit ordonné
-faire information du cas
-pour aprés y pourveoir. Or disoit
-que le cas estoit maulvais/ car
-il avoit esté fait d'aguet a pensee
-et avec propos deliberé en hayne
-et desrision d'amours/ et contre le
-dit amant qui estoit en sa sauvegarde/
-parquoy il cheoit grant reparation
-mais encores l'en ne faisoit
-que l'information pour la verité/
-&amp; par ainsi d'en avoir appellé
-l'appellation n'estoit recepvable/
-aussi ne faisoit a ladicte dame aucun
-grief/ car quant l'en l'eust voulu
-prendre il estoit lors temps d'en
-appeller &amp; nompas de l'information.
-Disoit avec ce ledit amant
-que jamais n'en eust parlé si n'eut
-esté la mocquerie &amp; risee qu'elle &amp;
-sadicte chamberiere en firent quant
-il fut ainsi moullé/ et concluoit affin
-de non recepvoir allias mal appellé/
-en requerant provision.
-A quoy fut replicqué par l'appellant
-disant que sus sa foy quant
-l'eaue fut gectee/ elle ne cuydoyt
-point que ce fust il Et aussi ce ne
-fut elle pas qui la lui gecta mais
-sa chamberiere qui estoit jeune &amp;
-sote dont elle fut moult courroucee
-aprés/ combien qu'elle n'y eust
-peu mettre remede car la chose estoit
-ja faicte/ mais quoy que ce soit
-ne se farcerent oncques de luy/ et
-ainsi de se plaindre a ledit amoureux
-grant tort. Aussi n'y avoit il
-danger de son costé/ car l'eaue estoit
-nette si lui estoit moult proffitable
-pour le rafreschir. Et au
-regard qui fust en la saulvegarde
-d'amours elle n'en sçavoit rien
-aussi ne luy en avoit on riens signifié.
-Ledit amant pour ses dupliques
-disoit qu'il n'estoit que de
-bonne chaleur &amp; que ladicte dame
-ne se pouoit excuser pour dire qu'elle
-ne cuidoit point que ce feust il/
-Car il avoit toussy une foys/ ou
-deux tant que elle l'avoit bien entendu/
-Et fut la chose faicte a la
-main pour se farcer de luy et despriser.
-et quant a la saulvegarde
-ne la pouoit ygnorer/ car il estoit
-tout notoire que tous amoureux
-qui vont de nuyt sont en la sauvegarde
-d'amours tout ne plus/
-ne moins comme sont les oubliers
-qui vont par la ville et de ne
-leur toucher sur peine de perdre le
-poing. surquoy les parties ouyes
-elles ont esté appoinctees a mettre
-par devers la court &amp; au conseil
-ce que bon leur sembleroit/ si
-a la court veu ledit procés &amp; tout
-ce qu'il failloit veoir en ceste matiere
-et a tout veu la court dit qu'il
-a esté mal appellé par ladicte appellante
-et l'amendera en la condampnant
-es despens de la cause
-d'appel/ la tauxation reservee. et
-ordonne la court que ladicte dame
-et sa chamberiere comparoistroyent
-ceans en personne pour
-estre interrogué sur ledit cas. Et
-ce faict la court pourvoyera sur tout
-&amp; fera droit aux parties ainsi
-qu'il appartiendra par raison.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxiiii. arrest</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans c'est
-assis ung aultre procés
-entre une jeune dame appellante
-d'une part/ et ung jeune
-amant intime d'aultre part. et disoit
-ladicte appellante que comme
-entiere et loyalle ou elle debvoit
-estre elle avoit esconduit ou
-debouté ledit intime Touteffois
-affin qu'il n'en feust mal content
-ou qu'il ne cuydast qu'il eust haine
-a l'encontre de lui faisoit tousjours
-ung commun acueil comme
-aux aultres. Or disoit elle que
-une journee ainsi comme elle et
-d'aultres de ses voysines jouent
-au propos il se vint seoir auprés
-d'elle. Et advint a son tour que ainsi
-qu'il parloit a elle a l'oreille pour
-luy dire son mot et proposer dessus
-que icelluy gallant en haulsant
-la pate du chapperon la baisa
-tout a coup/ duquel baiser ainsi
-prins d'emblee et par trahyson
-ceste dame si a appellé et relevé/
-et pource concluoit tout pertinent
-qu'il avoit esté mal procedé &amp; tres
-mal exploicté par ledit amant et
-bien appellé par elle offrant prouver
-et demandoit despens. et au
-surplus elle requeroit que il luy
-fust deffendu de plus ne luy toucher
-en quelque façon que ce fust
-De la partie dudict amoureux
-intime fut deffendu au contraire
-et disoit que voirement se trouva
-assis avecques elle/ et plusieurs
-aultres qui jouoyent audit propos
-&amp; fut vray qu'en s'approchant
-vers elle pour luy dire le mot qu'il
-avoit pensé son pied luy grila devers
-elle &amp; ainsi lui cuidant dire
-en l'oreille sa bouche froya ung
-peu contre sa joue/ mais cella ne
-doit estre reputé pour ung baiser
-car ce n'estoit que ung glyssement.
-Aussi n'avoit il touché que contre
-la joe et l'orelle. Et n'y avoit eu
-saveur ne odeur quelconque ains
-encore luy rechigna elle comme
-s'elle l'eust voullu menger pourquoy
-de se plaindre avoit ladicte
-dame grant tort. et n'estoyt l'appellacion
-recepvable ne valable
-veu mesmement qu'il ne luy avoit
-faict aucun grief et pour ce concluoit
-a ses fins et qu'il fut dit qu'elle
-avoit mal apellé offrant a prouver
-et demandoyt despens. Cest
-appellant pour ses replicques disoit
-que par telz moyens prendre
-baiser c'est larcin publique &amp; que
-l'en ne pourroyt pugnir telz malfaicteurs/
-car c'est a eulx trop entreprins
-et en peult venyr trop
-d'inconvenient Et peult estre que
-ceulx qui les voyent ainsi prendre
-ne l'oublyoient pas aussy de legier
-et pensent a l'adventure ce qui
-n'est pas et aussi quant les autres
-a qui la chose touche le sçavent
-ilz en prennent des merencolies &amp;
-aussi des desplaisances beaucoup
-et cuident souvent que leurs dames
-par ce moyen ayment autres
-que eulx parquoy avoit appellé
-dudit baisier l'appellation estoyt
-bien recepvable. Et ne valloyt
-rien de dire au contraire que cela
-ne luy portoit point de prejudice
-car ce n'estoyt pas son plaisir
-qu'il la baisast ne touchast en aucune
-maniere et concluoit comme dessus
-Mais ledit intime pour ses dupliques
-disoit que autant en emportoit
-le vent et que nul qu'elle ne pouoyt
-sçavoir qu'il l'eust baisee : car la pacte
-du chapperon estoit au devant
-Finablement les parties ouyes
-elles ont esté appointees en droit
-et au conseil. Si a la court veu
-ledict procés ce qu'il failloit veoir
-en ceste matiere : Et tout veu la
-court mect ceste appellation au
-neant et sans amende ne despens
-et ordonne la court que doresnavant
-l'en ne jouera plus audit jeu
-de propos sinon que dangier ou chagrin
-soient entre deux &amp; pour cause</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxv. arrest.</h2>
-
-
-<p>Ceans c'est plaint ung amoureux
-d'une sienne dame/
-disant que combien
-qu'il l'ait longuement servie et qu'elle
-ait peu apparcevoir sa bonne
-voulenté/ neantmoins elle ne l'a
-voullu aymer ne prendre en grace/
-ains luy a ja respondu par
-plusieurs fois qu'elle ne le veult
-aymer plus luy que ung aultre
-&amp; qu'elle ne sera subgecte en amours
-tant qu'elle vive affin qu'il se pourvoye
-ailleurs/ Et ainsi se povre
-gallant a des maulx beaucoup
-a souffrir/ car il a mis tout son
-cueur en elle qu'il en vouldroyt
-bien oster et retirer/ Mais il ne
-peut et pource requeroit qu'elle fust
-condempnee a le recepvoir en sa
-grace comme son serviteur et amy :
-ou aumoins qu'elle fist tant
-qu'il ne luy souvenist plus d'elle
-et ne luy en chaulsist point. Et
-sur ce a ladicte dame deffenderesse
-deffendu au contraire disant
-que au regard d'elle pour obvier
-aux grans maulx qu'elle veoyt
-tous les jours advenyr a ceulx
-et celles qui sont au plaisir &amp; service
-d'amours elle ne veult personne
-aymer ne mettre son cueur
-plus a l'ung que a l'autre/ car selles
-qui le font s'en tiennent deceveurs :
-et advient voullentiers
-qu'elles en seuffrent beaucoup d'oprobres
-et en perdant leur bonne
-renommee/ dont aulx gallans
-ne chault guieres/ car ilz ne pensent
-que a leur singulliere voullenté/
-et leur semble que ce qu'ilz
-songent leur doibt advenir dont
-ilz sont bien loing Et aussi pour
-faire tout uny n'avoyt ladicte dame
-entencion d'aymer aulcun/
-ains voulloyt demourer et la
-franche liberté. Et ledict complaignant
-avoyt mys si fort son
-cueur en elle qu'il ne l'en pouoyt
-oster dont c'estoyt follye a luy/
-car il aymoit sans partie Et quant
-est de requerir qu'il ne luy souviengne
-plus d'elle : respondict ladite
-dame qu'elle ne le sçauroit garder
-de songier et de penser a elle/
-se luy mesmes ne s'en voulloyt
-garder/ Car elle n'avoit pas la
-clef de son cueur. Aussy telz pensemens
-ne viennent que de folles
-voullentés qui suffocquent
-les cueurs des gens par trop legier
-croire &amp; fole esperance en quoy
-l'en ne se doibt fier : mais en tant
-qu'il luy touche ne luy souvient
-de luy que bien a point. Et disoyt
-oultre qu'elle ne peche en riens
-qu'il ne l'oste de l'amour qu'il
-dit avoir en elle veu qu'il s'i abuseroit
-trop longuement. Si concluoit
-par ses moyens affin d'absolucion
-et demandoit despens/ et
-aprés le procureur d'amours
-qui touchant ceste matiere c'estoit adjoint
-avec ledit povre amant demandeur.
-Si disoit que une femme
-de quelque estat qu'elle soit s'elle
-n'est une fois en sa vie amoureuse
-et au service d'amours elle
-ne sera jamais bien venue du monde/
-ains doibt estre reputee tout
-son temps comme une beste brute
-qui n'a point d'entendement/ car
-tous biens viennent d'aymer et
-qu'il soit vray l'en le peult veoir
-par experience de celles qui ayment
-car d'amours vient joye plaisance
-et desplaisance/ aise et desaise
-de tous les biens du monde ne n'aura
-jamays femme ne homme
-qui soit amoureulx disette de biens/
-car l'en a tousjours assés et
-vault myeulx ung soubzrys/
-ou ung petit genoul ou quelque
-petit signe que l'en s'entregette l'ung
-a l'autre que avoir cent muys de
-blé au grenier car au moins telz
-biens d'amours ne se peuent diminuer
-et si ne les fault point vanner
-pour les chardons. Et aussi
-l'en voit communement que une
-femme qui est amoureuse est tousjours
-joyeuse ne n'y a celluy qui ne
-tasche a luy faire plaisir. et si s'entrebat
-l'en encores pour estre des
-premiers a la servir elle sera tousjours
-coincte jollye et bien cueillie
-et n'y a ordure qui s'osast prendre
-a sa robe/ mais au contraire
-celles qui renoncent au servyce
-d'amours sont maleureuses et chetives
-et ne veult l'en avoir a faire
-a elles sinon en passant pour dire
-dieu gard et a dieu dame. Et
-tous les plus grans biens qu'ilz peuent
-avoir c'est quant elles se treuvent
-es festes ou on dance ou en
-aultre lieu qu'on fait bonne chere
-qu'elles sont assises en banc pour
-parler du temps passé regardés
-le personnages et vieulx habitz
-qui sont pourtraictz en ses tapisseries
-de nopces de deviser illecques
-a ung coingnet du temps
-jadis n'avoyent garde d'eux habiler
-de telz habitz qui courent maintenant/
-et l'une belle commença a
-dire tout est changé/ et qu'elle ne congnoist
-plus rien au monde/ et l'autre
-dira que ce n'est que folie d'y mettre
-son cueur veu qu'il fault mourir/
-et en ce prennent leur deduyt
-et ne leur dure gueres/ car quelque
-chose qu'elles en disent elles
-vouldroient en leurs cueurs estre
-aussi jolyes que les aultres et
-avec ce elles n'ont point de bien
-car lors n'en tient l'en pas grant
-compte/ parquoy n'ont point de
-joye ne liesse ains languissent sur
-le pied &amp; pource disoit ledit procureur
-d'amours qu'il avoit choys
-de l'ung a l'autre et qu'il ne pouoyt
-croire que ceste dame de si vaillant
-cueur reffusast son service/
-et affin que il en sceust la verité
-requeroit qu'elle jurast c'elle vouloyt
-a tousjours renoncer aux
-biens &amp; service d'amours surquoy
-elle interroguee dist et afferma
-que ouy &amp; qu'elle n'avoit cure d'aymer
-quelque gallant que ce fust
-pour aucunes causes que a ce la
-mouvoient. Ouyes les responces
-et affirmations ledict procureur
-d'amours print ses conclusions
-a l'encontre d'elle tant qu'elle
-fut banie &amp; privee a tousjours du
-royaulme d'amours/ et des biens
-qui y sont et qui n'y eust personne
-qui se esbahyst ne parlast a elle
-en quelque maniere que ce fust
-sur peine de confiscation de corps
-et de biens et qui tous ceulx qui
-luy verroyent desormais tenyr
-boucquetz les luy allassent arracher
-des mains devant tout le monde
-comme indigne de les porter
-Et avec ce que nonobstant la renonciacion
-par elle faicte et sans prejudice
-d'icelle fust condampnee a le
-saluer et rire de l'oeil et de bouche
-tant seulement et pour ce gallant
-aimer tant qu'il fust revenu a santé
-de la maladie qu'il avoyt a cause
-d'elle. Et oultre requeroit que a
-greigneur seureté il fut baillé a
-elle en garde pour le penser durant
-sa maladie en telle maniere que s'il
-rechet jamais en l'estat l'on s'en pourra
-prendre a elle. Et aussi qu'elle fust
-tenue de respondre ou que telles aultres
-conclusions fussent adjugees
-audict procureur d'amours qui la
-court aviseroit Surquoy ladite
-dame dessusdite disoit que veue la
-revocation par elle faicte de ne aimer
-ne d'avoir aucuns biens d'amours/
-l'en ne luy pouoyt plus
-rien demander : car elle estoit exempte
-de la court/ et non tenue de
-proceder/ mais devoyt estre mise
-hors de procés Et quant est des
-conclusyons prinses contre elle
-par les gens d'amours disoit qu'elles
-n'estoyent recepvables : car amour
-vient de voulenté et de plaisir.
-Et ainsi doncques puis que une
-foys elle avoyt declairé que son
-plaisir n'estoit point d'aymer l'en
-ne la devoyt de raison contraindre
-par force aymer ne ne s'en devoit
-plus la court mesler. Et au
-regard d'avoir en garde le malade :
-elle respondoyt qu'elle n'en prendroit
-jamais la charge : pour ce
-qu'elle avoit assés a faire de se garder
-elle mesme. Et quant est de
-porter fleurs ou boucquetz bien
-s'en passeroit Mais le povre amant
-par ses repliques disoit qu'il estoyt
-content qu'elle demourast en sa liberté
-et qu'elle feist tout ce qu'elle
-voudroit pourveu qu'il ne luy souvint
-plus d'elle combien qu'il ne
-luy estoyt possible que jamais la
-sceut oublier/ et s'en estoit bien esforcé
-tant par voiages et pelerinaiges
-qu'il en avoit fait que aultrement
-car tout rien n'y a voulu/ car de
-tant plus qu'il en estoit loing c'estoit
-alors qu'il avoit plus grant desir
-de s'en approucher. parquoy son
-cas estoit pitoyable et moult favorable
-entendu mesmement qu'il
-n'estoit possible de recevoir garison
-synon de la grace de sadicte
-dame pour occasion de laquelle
-sa maladie luy estoit venue : et a
-ce qu'il fust guery et estoit content
-de mourir entre ses mains/ en offrant
-de la quiter de sa mort et aussi
-de deffendre a ses heritiers de
-ne luy en jamais rien demander
-Mais ladicte dame perseveroyt
-tousjours en ses reffus disant
-que celles qui y sont bien se y doivent
-tenir/ et que de soy obliger
-en une chose ou elle n'est point tenue
-jamais ne le feroyt pour rien.
-Oultre elle disoit qu'il ne luy
-souvient de luy/ parquoy ne luy
-doibt point souvenir d'elle : et est
-bien grant simplesse d'y mectre
-son cueur si avant que on ne l'en
-puisse oster A quoy le povre homme
-respondit que l'on n'en est pas
-maistre qui veult/ et que s'il s'en
-pouoit une fois deffaire jamais
-elle ne aultre n'aymeroit si parfaictement
-au moins qu'il ne sceust
-bien comment. Ouyes lesquelles
-parties en tout ce qu'elles ont
-voulu dire et alleguer elles ont
-esté appointees a mettre par devers
-la court et au conseil. Sy
-a la court finablement veu ledit
-procés avec ce qu'il failloit veoir
-et visiter en ceste matiere. Et
-tout veu et consideré la court dit
-que veu et visiter la renonciation
-faicte par ladicte dame deffenderesse
-de ne servir jamais a amours
-elle ne tiendra court ne congnoissance
-de ceste matiere mais
-elle ordonne qu'il sera deffendu a
-tous galans subjetz &amp; serviteurs
-d'amours qu'ilz ne soyent si osez/
-ne si hardys de la mener danser
-en quelque feste qu'elle soit ou voise
-ainçois qu'on la laisse toute comme
-une femme habandonnee et
-bannie de toute joye. Et pareillement
-sera deffendu a tous cousturiers
-qu'ilz ne luy facent aucunes
-robbes ou vestemens a la nouvelle
-façon/ mais que ilz mettent
-tousjours en celles qu'ilz luy feront
-ung gros ply entre deux menus
-que devant ou derriere elles soyent
-mal arondies que legier passe
-d'ung costé affin que chascun
-congnoysse que avant ses jours
-elle deviendra chartreuse/ et que
-par ce moyen elle soit esloingnee
-et privee de toute joyeuse compagnie.
-Et au regard de la provision
-requise par ledit povre amant
-malade/ la court dict que elle n'y
-peult toucher mais de grace combien
-qu'il ne soit acoustumé de faire/
-luy conseille de se pourveoir
-ailleurs de dame/ ou de se vestir
-de dueil/ affin que le cueur d'elle
-puisse ung peu amollir.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxvi. arrest.</h2>
-
-
-<p>Aux cryees d'une tresbelle
-fille se sont trouvés
-sept opposans Et disoit
-le premier qu'il avoit bien desservy
-l'amour d'elle et qu'il la voulloit
-bien par quoy la requeroit a
-avoir devant tous les autres. le
-second opposant disoit qu'il avoit
-tout son cueur en elle &amp; disoit qu'il
-l'avoit de pieça choisie pour estre
-son serviteur si c'estoit son plaisir
-Le tiers disoit qu'il l'avoit premierement
-requise &amp; fait ses diligences
-en temps &amp; en lieu et ainsi devoit
-estre preferé. Le quart disoit
-que s'elle prenoit autre que luy se
-devoit estre a la charge de lui faire
-ung petit genoul/ &amp; ung soubris
-qu'elle luy avoit promis que
-toutes et quantes foys qu'il passeroit
-par devant elle. Le .v. disoit
-aussi qu'ilz avoyent promis
-de eulx entre aymer ensemble/ et
-de faire des biens l'ung a l'autre
-Et pource requeroit qu'il ne fust
-pas oublié ne mys des derniers.
-Le .vi. disoit que combien que il
-eust bon droit de s'opposer toutesfois
-attendu qu'il y avoit tant de
-opposans il ne requeroit seullement
-que la grace d'elle et que on
-l'eust pour recommandé a jour de
-payer comme ung autre. Le .vii.
-et dernier disoit qu'il l'avoit songee
-deux ou trois fois la nuit/ &amp; aussi
-on luy avoit rapporté qu'elle le
-aymoit bien/ parquoy requeroit
-estre preferé devant tous autres
-A quoy dangier et malle bouche
-qui estoyent adjoinctz a veoir juger
-ce decret desdictes criees &amp; disoyent
-que lesditz opposans s'abusoyent
-bien de y venir par opposition
-car il n'y sçavoit nul qui eust
-droict en la proprieté des choses
-criees ne qui deust empescher d'en
-disposer a leur plaisir &amp; devoient
-lesditz opposans venir par requeste
-et supplication &amp; nompas par
-main armee. Et quant est des parolles
-&amp; gracieux semblant qu'on
-leur avoit donné disoyent lesditz
-dangier et malle bouche que filles
-ne ont point de vouloir ne de
-faculté de choisir ou eslire et oultre
-quelque double parolle ou bel acueil
-que facent aux gallans cela
-ne peult prejudicier sinon a ceulx
-qui se y fient trop de leger &amp; pource
-de s'i attendre estoit grant simplesse
-avec plusieurs autres raisons
-servans leur cas Surquoy
-parties ouyes elles ont esté apointees
-en droit et au conseil. Et a la
-court finablement veu ledit procés
-lesdictes criees avec les causes
-d'opposition &amp; tiltres de chascun.
-Et tout veu et consideré la
-court dit que nonobstant les oppositions
-desditz opposans dont
-elle les deboute ledict decret sera
-adjugé a la voulenté desditz dangier
-et male bouche mais ladicte
-fille choisira celluy des opposans
-qui mieulx luy plaira pour estre
-son amy et serviteur et condampne
-les opposans es despens.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxvii. arrest</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans c'est assis
-ung procés entre ung
-povre amant appellant de certain
-reffus a luy fait par sa dame intimee
-d'aultre part/ et disoit ledit
-appellant que la chose qu'il desiroit
-plus c'estoit d'estre en la grace
-d'elle et qu'elle eust souvenance
-de luy. Or disoit que a ceste occasion
-&amp; affin qu'elle l'eust en memoire
-il se advisa aux estraines dernieres
-passees de luy faire ung
-des plus beaulx/ et riches mouchoirs
-qu'il estoit possible de faire
-ou son nom estoit escript a lettres
-entrelassees le plus gentement du
-monde/ et luy avoyt bien cousté
-quatre escus/ car il estoit attaché
-a ung beau cueur d'or et franges
-de menues pensees. Si fut vray
-que le povre gallant mesme luy
-presenta ledit don audictes estraines
-mais elle n'en eut cure ainçois
-l'a reffusé en disant qu'elle n'en prendroit
-point &amp; qui plus est maintenant
-luy fait pire chiere que elle
-n'avoit acoustumé par avant en
-luy rechisgnant a chascun coup/
-parquoy se gallant voyant qu'il
-n'y pouoit trouver aultre maniere
-a appellé dudit reffus et rechignement
-en la court de ceans. et
-pour ce concluoyt tout pertinent
-en matiere d'appel qu'il avoit esté
-mal reffusé mal rechigné et bien
-appellé par luy. A ses fins il offroit
-a prouver &amp; demandoit provision
-d'estre remis en l'estat qu'il
-estoit par avant son appel et despens.
-De la partie de ladicte intimee
-fut deffendu au contraire et
-disoit que c'elle luy rechisnoit ou
-faisoit maulvaise chiere/ l'on ne
-s'en debvoit pas esbahir/ car il se
-vouloit trop moquer d'elle de luy
-presenter ung tel don qui n'estoit
-pas recepvable veu que c'elle l'eust
-prins elle eust confessé en effect d'estre
-morveuse. car aussi il ne sert
-que de moucher/ pource a bonne
-et juste cause l'avoit reffusé et n'estoit
-par consequent l'opposition
-dudict reffus vaillable. Et concluoit
-a ses fins/ et quant est de la
-provision n'en doibt point avoir/
-car pour meffaire/ ou mesprendre
-si lourdement envers sa dame qui
-debvoit garder de courroucer elle
-n'estoit tenue de rendre plaisir. A
-quoy ce povre amant disoyt que
-en telles matieres l'on ne debvoit
-pas tant regarder au don que a
-la voulenté du donnant. et affermoyt
-par sa foy que jamais n'eust
-pensé la ou sadicte dame pense/
-mais seullement luy avoit fait
-faire ledict mouchouer qui estoit
-moult beau &amp; riche pour l'amour
-d'elle et affin que quant elle metteroyt
-la main a ses clefz elle le
-veist ou quant elle se mouscheroit
-luy souvint alors de luy/ et
-brief aymeroit myeulx mourir/
-que faire chose en son escient qui
-luy despleust/ en offrant de luy
-donner en ce lieu ung aultre tel
-don que elle vouldroit en requerant
-pour dieu mercy entant qu'il
-la pourroit avoir offensee. Surquoy
-ladicte dame pour ses duplicques/
-disoit au contraire que
-par le propos mesmes dudict amant
-prins a son prejudice il avoit
-delinqué &amp; que pour donner
-exemple aux autres ou affin que
-une aultreffois fussent mieulx
-advisez estoit besoing de y pourveoir.
-Finablement parties ouyes
-ont esté apointez en droit &amp; a mettre
-devers la court et au conseil.
-si a la court d'amours veu ledit
-procés a grant et meure deliberation
-&amp; tout ce qu'il failloit veoir
-en ceste matiere/ &amp; tout veu dit que
-il a esté bien reffusé &amp; procedé par
-ladicte dame &amp; mal appellé par le
-dict appellant et l'amendera en le
-condampnant es despens de la cause
-d'appel/ la tauxation reservee
-avec ce declere la court ledit don
-non recevable ne vallable en deffendant
-a tous amoureux de jamais
-n'en arrestez leurs dames
-sur peine d'amende arbitraire &amp; de
-encourir l'indignation d'amours</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxviii. arrest.</h2>
-
-
-<p>Ceans c'est complaint une
-femme de une sienne voisine/
-disant que elle luy tient les
-plus rudes termes du monde car
-incontinent qu'elle voit ung homme
-qui vient parler a elle toute
-la journee elle ne cessera de quaqueter
-mal es voisines en gectant
-des petites pierres par une fenestre
-qu'elle a respondant sus la rue
-dessus les gens qui estoyent a son
-huys pour les en faire aller. Et
-puis quant on n'en tient compte
-ou que l'en ne s'en bouge/ elle s'en
-vient plainement a ladicte fenestre
-tousjours/ et dire dieu vous
-gard comme pour dire/ je vous
-voy bien et proferant plusieurs
-aultres parolles mal sonnant/ &amp;
-encores plus elle non contente de
-toutes ses choses ycy tressouvent
-elle murmure &amp; se elle a quelque
-robbe ou chapperon nouveau ceste
-femme deffenderesse va publier
-incontinent que elle sçait bien
-qui luy a donné &amp; que tel l'a payé
-qu'on ne cuyderoit pas en luy faisant
-plusieurs autres oultrages
-et desplaisirs. Et pour ce requeroit
-icelle demanderesse qu'il fust
-deffendu a sa voysine de ne parler
-contre elle sur paine de luy parcer
-la langue et que sa fenestre par
-ou elle vient escouter les gens
-fust abatue &amp; demandoit despens
-De la partie de ceste deffenderesse
-fut deffendu au contraire et disoit
-qu'elle avoit tousjours vescu
-paisiblement/ et n'eut jamais
-noise en la rue si non depuis que
-ladicte demanderesse y estoit venue
-demourer qui n'estoit contente
-des biens qu'elle a/ mais veult
-entreprendre sus les aultres et si
-luy semble pour deux/ ou troys
-robbes qu'elle a qu'on la doibt appeller
-ma dame et qu'elle doit supediter
-tout le monde. Or ne le
-vouldroit point ycelle deffenderesse
-la despryser/ mais aussi ne
-la souffriroit jamais a son pouoir
-entreprendre sus elle. Combien
-qu'elle y a bien tasché par plusieurs
-foys. Et est vray que par
-faulx rapors elle luy a soutrait
-ung des meilleurs chalans qu'elle
-eust pourquoy s'elle en est courroucee
-contre elle/ l'en ne s'en doit
-esmerveiller et s'elle a parlé contre
-elle aussi a la damoyselle/ et
-dit d'elle des maulx infinis dont
-elle laissera la vengeance a dieu
-qui sçait tout. Et quant est de sa
-fenestre elle est sienne &amp; en sa maison.
-Parquoy elle y peult estre a
-toute heure ne ne la pourroyt on
-empescher qu'elle n'y viengne quant
-bon luy semblera. Au regard des
-chapperons/ et des robbes nouvelles
-disoit qu'elle n'a pas dit encores
-tout ce qui en est/ &amp; que quant
-il fauldroyt nommer ceulx qui les
-ont donnees/ voirement elle les
-nommera bien parquoy de se plaindre
-d'elle &amp; avoit la demanderesse
-moult grant tort Et au surplus
-concluoit affin de absolution et
-de despens. A quoy ladicte demanderesse
-respondit disant qu'il vauldroit
-beaucoup myeulx estre logé
-aux champs que emprés une
-femme envieuse/ car elle ne se peult
-taire tant est courroucee du bien
-d'aultruy &amp; si en est le service d'amours
-empesché par ce que plusieurs
-entreprinses se pourroient
-faire qui en son rompus et advient
-moult voulentiers que par telles
-malles bouches l'honneur est
-sans cause tolu. et donne l'en charge
-a ceulx qui n'en peuent mais/
-et semble que veu que on ne luy
-dit mot et aussi qu'on n'entreprent
-rien sur elle qu'elle deust bien estre
-contente Mais elle aymeroit mieulx
-mouryr qu'elle ne parlast
-ou dist mal d'ung chascun &amp; ne vit
-d'autre chose oultre ladicte demanderesse
-que sadicte voisine a bien
-grant tort et luy venoyt de ung
-faulx couraige de venir escouter
-les parens et amys/ et de gecter
-des pierres pour les faire departir
-Disoit aussi pareillement
-que en sa vie ne fist ung rapport
-maulvais de ladicte deffenderesse
-ainçoys luy vouldroit a son
-pouoir garder son honneur comme
-le sien. Et s'elle avoit aussy
-bonne voullenté et desir comme elle
-certainement il ne fauldroit point
-plaidoier. Surquoy ycelle deffenderesse
-disoit au contraire que
-sa partie adverse n'est q'une flatteresse
-et baveresse/ et que avant
-qu'elle y venist chascun estoit bien
-d'accort et sans murmure/ mays
-maintenant l'on n'oyt que debat
-et noyse pour et a l'occasion d'elle.
-Finablement parties ouies elles
-ont esté appointees en droict
-et a mectre devers la court et au
-conseil. Si a la court veu et visité
-ledict procés/ et tout ce qu'il
-failloyt veoir en ceste matiere et
-tout veu et consideré : dict que la fenestre
-par ou ladicte deffenderesse
-vient escouter les gens et getter
-les pierres sera seellee et muree
-comme une chose condampnee. Et
-au surplus deffent la court a chascune
-des parties qu'elles ne parlent
-l'une a l'encontre de l'autre en quelque
-façon ne maniere que ce soyt
-sinon en tout bien et en tout honneur
-sur peine de la hart et de confisquation
-de corps et de biens.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxix. arrest.</h2>
-
-
-<p>Ceans c'est complaint une
-dame d'ung sien amy disant
-qu'elle a despieça donné
-son cueur a luy du tout &amp; qu'il
-n'est possible a femme de aymer
-tant homme qu'elle a faict luy/
-mais pource que il le scet bien il
-n'en faict guaires de compte/ &amp; la
-faict languir en maintes manieres
-et pour quelque priere que elle
-luy face il ne la veult entretenir
-ne luy bien faire/ et quant
-elle l'envoye querir pour venyr
-vers elle il se faict celer. Et encores
-luy promect par serment qu'il
-y viendra il se faict aller querir
-trois ou quatre fois et n'en peult
-l'en venir a chief que a bien grant
-peine combien qu'il n'y a homme au
-monde mieulx festoyé ne mieux
-venu quant on le peult avoyr.
-Disoit avec ce que puis n'a gueres
-ceste dame a sceu et est advertie
-que ledict galant en ayme une
-aultre/ et est la cause par laquelle
-il fait tant de reffus qui est tres
-mal faict a luy/ car il luy a promys
-foy et loyaulté/ et a veu le
-temps qu'il eust esté bien eureux quant
-seullement elle luy eust voullu
-soubzrire d'ung oeil/ mais l'en dict
-bien vray quant ilz ont faict des
-gens il ne leur en souvient plus
-et sont folles celles qui si fient &amp; disoit
-ceste dame complaignant que
-a l'occasion de ce cas et de ce qu'elle
-voit maintenant que ledict galant
-l'a layssee pour en prendre
-une autre elle a eu et a si grande
-desplaisance au cueur qu'elle
-n'en sçauroyt boyre ne mengier
-chose qui bien luy face/ Elle ne
-peult durer ne dormyr de nuyct/
-car tousjours sans cesser pense a
-luy son cueur luy fremist et luy
-viennent plusieurs vomyssemens
-qui tressouvent la font esvanouyr/
-elle crache sang a gros
-morceaux meslés de grant ordure
-qui est grant pitié. Et brief
-elle se doubte que ledict gallant
-ne luy ait baillé quelque maulvais
-boucon dont elle a celle maladie/
-elle ne veit ne n'est soustenue
-que de souspirs &amp; ne boit que
-de l'eaue de larmes/ les jambes
-luy commencent a peler les ongles
-luy cheoient : parquoy a grant
-presumption contre luy. Et aussi
-y a eue information faicte a sa
-requeste Si requeroit ladicte dame
-que ledict amant feust estroictement
-detenu prisonnier et que
-l'en le contraingnist a en dire la
-verité par sa bouche. De la partie
-de cest amant fut deffendu au
-contraire et disoit que au regard
-de luy il a esté comme encores est
-de bonne vie et renommee ne ne
-fist oncques desplaisyr a ladicte
-dame ne a aultre qu'il saiche : et
-aussi ne vouldroyt il faire/ et est
-bien vray qu'il a fort aymé ladicte
-dame et servie par long temps
-sans estre en amende que bien a
-point quant il l'a bien congneue
-et veu ses estranges manyeres
-bien peult estre qu'il s'en est voullu
-deffaire et delaysser la peyne
-qu'il y avoit/ Car trop est forte chose
-de tousjours servyr sans loyer
-aussi elle a d'autres serviteurs
-ou elle peult bien renoncer/ et dont
-elle doibt estre contente. Disoit
-outre ledit amant qu'il n'est aujourd'huy
-si perilleuse chose que de se
-adresser a une dame qui a le cueur
-vollaige pour le departir en plusieurs
-lieulx : Car les biens qui
-en pourroyent venir ne sont jamais
-entiers ou parfaitz et n'en
-vient que noyse &amp; discentions entre
-les contendans et requerans
-et quelque chose qu'elle di jamays
-ne le mandast qu'il n'alast devers
-elle en luy obeyssant plus qu'il n'estoit
-tenu et tellement qu'il est las
-du service et n'y veut plus retourner
-pour le pris aussi est pourveu
-ailleurs pourquoy de adresser a
-luy ceste dame si ne faict a recepvoir
-&amp; quant est de sa maladie qu'elle
-luy vient d'ailleurs/ mays il
-failloyt prendre son excusation
-sur quelque chose et au surplus requeroit
-ledit amant qu'elle desclairast s'elle
-voulloyt charger du cas qu'elle
-luy imposoit/ car il protestoit a l'encontre
-d'elle d'en avoyr reparation
-et conclure en amende deshonnorable
-et proffitable Et sur ce que
-les gens d'amours disoient que
-puis nagueres ceste dame estoyt
-devenue fort maigre et merencolieuse
-et sechoit sur le pied. Dysoit
-au contraire ledict amant que
-par l'informacion qu'il a fait faire
-touchant justifications et deffences
-appart qu'il est bien renommé
-et de leal couraige/ et y a aulcuns
-tesmoings qui disoient et desposoyent
-qu'il a eu beaucoup a
-faire au service de ceste dame/ car
-au commencement luy a esté fort
-rude avant qu'elle luy voulsist
-faire aucun bien Et s'elle est punie
-de pareille peine elle l'avoyt
-bien desservy en requerant les gens
-d'amours qu'ilz se voulsissent
-adjoindre avec luy tellement que
-le droit d'amours y fust par tout
-gardé. Et disoit qu'elle offroit
-prouver ce qu'elle avoit dit et plus
-encor parquoy ledit amant devoit
-estre prisonnier. Et quant est a
-l'information qu'il avoyt faict
-faire sur ses justifications l'en n'y
-devoit adjouster foy/ car tous les
-tesmoings estoient a sa poste Et
-au regard de sa malladie affermoit
-qu'elle ne luy venoyt d'ailleurs
-que de luy : Et qu'il avoit
-tort de se plaindre d'elle : car jamais
-ne trouvera femme qui l'aimast
-autant qu'elle a faict ne qui luy face
-autant de plaisirs. Et requeroit
-provision au moins que pendant
-le procés luy fust deffendu de non
-aller devers la dame par luy nouvellement
-choisie &amp; ledict amant disoit
-que ce n'estoit pas raison/ car
-pour elle ne devoit estre retardé
-son bien. et si luy avoit fait promesse
-ce n'estoit pas a tousjours/ parquoy
-n'y cheoit aulcune provision
-Finablement parties ouyes ont
-esté appointees en droict et au conseil.
-Si a la court veu ledict procés
-et tout ce qu'il failloit veoir
-en ceste dite matiere Et tout veu
-dit que lesdites parties ne se peuent
-aulcunement delivrer sans enquerir
-la verité de leurs faitz/ et
-qu'elles sont contraires Si feront
-leur enqueste et icelle faicte et raportee
-par devers la court elle
-leur fera droit. Et au regard de
-provision requise par ladicte dame
-la court dit que aulcunne ne
-luy en sera faicte pour le present
-mais permet audict amoureux
-de se pourveoir ailleurs &amp; de servir
-telle dame que bon luy semblera
-pendant le procés et jusques
-a ce que aultrement en soit ordonné. &amp;. c.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxx. arrest</h2>
-
-
-<p>Ceans c'est plaint ung amoureux
-d'une sienne dame
-qu'il a longuement servie
-disoyt que du temps qu'il eut
-premierement congnoissance a elle
-y estoit bien aise et avoit du sien
-largement. Et quant elle luy
-demandoit aulcune chose a prester
-ou donner jamais ne luy eust
-reffusé Or estoit vray que pour
-tousjours fournir aux fraictz et
-aux grans chieretés sa chevance
-y avoit esté employee. Et tellement
-que les eaues estoyent devenues
-bien basses/ mais il cuydoit
-que elle luy deust subvenir
-comme il a fait a elle l'a prier de
-luy aider et de l'entretenir dont n'a
-riens voullu faire/ ains luy a
-plainement respondu qu'il perdoit
-son temps. Et que puis qu'il n'avoit
-plus de quoy elle n'en tenoit
-compte/ et non contente de ce luy
-a faict dire qu'il se retire chiez ses
-amys/ car plus n'avoit intencion
-de l'aymer ne aucun bien luy faire.
-Et encores qui pis est se mocque
-de luy devant les aultres en
-le monstrant au doy qui luy est
-plus dur martire que qui luy frapperoit
-d'ung cousteau parmy le
-cueur Si requeroit finablement
-ledict amant que sadicte dame
-feust condampnee non obstant
-son adversité de l'entretenir seullement
-en amour &amp; luy faire bonne
-chere comme elle soulloit/ et
-qu'il feust preferé devant tous les
-aultres attendu mesmement qu'il
-estoit des premiers venus &amp; des
-anciens serviteurs De la partie
-de ceste deffenderesse fust deffendu
-au contraire/ et disoit pour son
-prouffit que quiconcques veult
-d'amours jouir baille l'argent devant
-la main et que c'est grant follie
-que de s'attendre a escuelle d'autruy
-s'il ne la fournist et remplist
-Disoit avecques ce/ que le gallant
-au temps de sa fortune/ et que
-les biens luy venoient en dormant
-il s'est mescongneu et en a festoyé
-d'ungs et d'autres dont il se feust
-bien peu passer Et se maintenant
-se il en a disette/ il ne est pas trop
-mal employé : et quant est de l'aymer
-elle disoit qu'elle n'y estoit point
-tenue/ car les biens et vertus qui
-soulloyent estre en luy n'y sont
-plus et ne failloit ja ramentevoir
-les bonnes cheres du temps passé/
-car ledit amant luy a faict tant
-de plaisirs &amp; services aussi luy a
-elle faict plusieurs services qu'il
-n'est ja besoing de declairer &amp; puis
-que ainsi est que povreté maintenant
-le guerroye adonc elle n'en
-veult plus ne en avoir plus la
-garde/ Car aussy au lieu ou elle
-habite n'y a que toute malheureté
-et jamais ne se y treuve joye. Et
-quant est au surplus pour les biens
-qu'elle luy peut faire luy offroit
-ung povre baston en sa main
-pour s'en aller avecques la prebende
-de vat'en pour recompensation
-de ses services en concluant
-que a tort se complaignoyt d'elle
-et en demandoit despens. Aprés
-lesquelles deffences proposees les
-gens d'amours qui s'estoyent adjoinctz
-avecques ledit amant disoyent
-que ceste femme n'estoit pas
-digne qu'on parlast d'elle devant
-les gens de bien car par son propos
-jamais n'ayme que pour argent
-et ainsi confessoyt avoir vendu
-les biens d'amours &amp; qu'elle en a
-meschamment usé en son temps
-et aussi pareillement estoit voix
-commune renommee qu'elle ayme
-tousjours troys ou quatre et
-qu'elle les succe jusques aux os.
-et puis encore s'en mocque qui est
-pis/ car quelque femme que se soit
-jamais ne doit despriser le serviteur
-qui l'a servie combien qu'il luy
-souvienne de beaucoup de fortunes/
-et requeroyent lesdictes gens
-d'amours a l'encontre d'elle qu'elle
-fust condempnee a faire amende
-honnorable et a luy rendre &amp; restituer
-tout ce que elle a eu de luy
-et dont il debvoit estre creu par son
-serment veu la maniere de proceder/
-et avec ce qu'elle soit bannye
-a tousjours dudit royaulme d'amours
-comme indigne d'y converser.
-Ce povre amant pour ses repliques
-disoit que entant qu'il luy
-touche qu'il estoit encores content
-que tous les biens qu'il luy avoit
-donnez demourassent pour elle/
-comme siens et ne vouloit qu'on
-luy en ostast rien mais requeroit
-seullement qu'elle l'aymast comme
-devant et encores promettoit
-de luy en faire. A quoy elle respondit
-que quant elle le verroit en feroit
-son debvoir mais jusques alors
-luy conseilloit de changer air
-pour recouvrer santé obvier que
-il ne fust plus malade. Et disoit
-oultre que a la contraindre a aymer
-l'en ne sçauroit/ et aussi telle
-amour qui seroit donné par force
-ne dureroit point/ mais plus
-de mal faict a celluy qui l'obtient
-que s'il n'en avoit point. Si ont esté
-les parties ouyes appoinctees
-en droit &amp; au conseil/ finablement
-veu le procés considerer tout ce
-que il failloit considerer en ceste
-matiere la court dit qu'elle condamne
-ceste rebelle femme a rendre et
-restituer audit amoureux tout ce
-que il affermera en sa conscience
-luy avoir baillé et donné/ nonobstant
-l'offre par lui faicte de ne luy
-en vouloir aulcune chose demander.
-A laquelle offre la court ne
-obtempere point veu que ladicte
-deffenderesse ne l'a attemptee &amp; qu'elle
-s'est rendue ingrate. et ordonne
-que a ce faire sera contrainte par
-la prinse de ses biens &amp; emprisonnement
-de son corps. Et a tousjours
-la bannist des biens et service
-d'amours en disant avoir forfait
-de corps et biens en maniere
-qu'elle sera abandonnee a ung chascun
-pour desormais servir le commun
-&amp; devenir a tous publique.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxi. arrest.</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans c'est assis
-ung procés entre une jeune
-dame separee de son mary qui
-ne veult qu'elle porte ses robbes
-a la nouvelle façon comme les autres
-disant que naguieres elle en
-avoit fait faire une bien gente a
-la façon qui court/ mais il luy avoit
-fait oster et despouiller en disant
-qu'elle ne la porteroit point
-en cest estat par ce qu'elle est trop
-ouverte par devant/ et que la languette
-du collet va trop bas et que
-le giect de la penne est ung petit
-trop grant &amp; autant en ont ilz fait
-de son chapperon pource qu'ilz veulent
-dire que la patte est trop vollant/
-et de faict l'en luy muce. De
-laquelle chose elle a appellé en la
-court de ceans. Sy concluoit tout
-pertinent en cas d'appel qui avoit
-esté mal exploicté &amp; par elle bien
-appellé Et au surplus requeroit
-provision que pendant le procés
-elle peust vestir ladicte robbe/ et
-sondict chapperon. De la partye
-desdictz parens et amys intimez
-fut deffendu au contraire disant
-que selon la jambe le coup car le
-monde parle au jourd'huy trop de
-legier &amp; ce fait bon garder des premiers
-courroux Or disoit il que
-sadicte robbe ou houpelande que
-ceste appellante avoit faict faire
-n'estoit pas selon son estat/ car il
-y avoit superfluité d'oultraige que
-l'en luy devoit tollir pour les inconveniens
-qui s'en pourroyent ensuyvir
-&amp; n'estoit tel que tenir en habit et
-moyen pour obvier aux langaiges
-des gens qui y pourroyent penser
-ce que n'est pas/ et en parler a la
-volee/ et ainsi affin d'eviter tous
-langages luy avoient voirement
-ostez &amp; devestuz les habillemens
-nouveaulx enquoy ne pouoit ladicte
-dame estre grevee/ veu que
-lesditz habitz en la maniere qu'ilz
-sont faitz estoient excessifz &amp; superflux.
-Et par ainsi concluoit affin
-de non recepvoir allias mal appellé.
-L'appellant pour ses repliques
-disoit que ses aultres cousines
-et parentes les portent bien tieulx
-voire plus grans. pourquoy
-doncques par plus forte raison elle
-qui mieulx le pouoit faire que
-elles le peult avoir ne n'y a point
-d'excés ne d'oultrage ausditz habitz/
-quelque chose qu'on vueille
-dire. Et qui plus est n'y avoit sy
-meschante morveuse qui ne les facent
-faire plus excessifz et oultrageux
-la moytié. Parquoy n'y avoit
-apparence de empeschement
-qu'elle ne les deust avoir. a quoy
-lesditz intimez pour leurs dupliques
-disoyent que se les unes veulent
-faire les folles elle ne le debveroit
-pas pourtant faire. et aussi
-eulx qui en ont a garder ne le
-souffriroyent point. Et si doibt
-l'en en tel cas gouverner par l'oppinion
-des anciens qui ont esté au
-temps passé lesquelz sçaivent bien
-que c'est de telles choses. Finablement
-partyes ouyes elles ont
-esté appointez en droit &amp; a mettre
-par devers la court et au conseil
-ce que bon leur sembleroit. Si a
-la court veu ledit procés avecques ce
-qu'il failloit veoir en ceste matiere
-&amp; tout veu la court met ladicte
-appellation &amp; tout ce qui a esté appellé
-au neant et sans amende et
-despens et pour cause. Et ordonne
-que les robbes et chapperons/
-et habitz d'ycelle dame seront visitez
-que deux cousturiers/ et deux
-pelletiers non suspectz ne favorisables
-a l'une ny a l'autre des parties
-&amp; avec ce que par leur raport
-et visitation il y aura aucune chose
-a redire ou qu'ilz ne seront assez
-passables selon le temps. la court
-ordonne que lesdictz cousturiers
-et pelletiers les referont et metteront
-a point par le conseil. Touteffois
-des prochaines parentes.
-C'est assavoir des deux femmes
-du costé du mary &amp; deux du costé
-de la femme non trop mondaines
-ne bigottes que s'il advenoit qu'elles
-ne se peussent accorder ensemble/
-elles pourroyent se bon leur
-semble appeller avecques elles
-de leurs famillieres voisines en
-tel nombre qu'il leur plaira pour
-eulx aider &amp; conseiller mais touteffois
-la court entent que de dix
-parolles et oppinions qui seront
-par elles dictes en la besongne/
-elles ne vauldront ne seront comptees
-que pour une/ veu que l'on
-n'en auroit jamais trouvé la fin</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxii. arrest.</h2>
-
-
-<p>Ceans c'est complaint une
-jeune femme d'ung galant
-qui luy veult soustraire sa nourrisse.
-Dysant que sans cesse il se
-joue a elle dont il ne lui plaist gueres/
-car au dernier craint qu'il ne
-luy vueille brouiller son laict et
-pour ce il luy en fauldroit avoir
-une aultre/ laquelle chose luy seroit
-ung grant desplaisir pource
-que l'enfant a desja acoustumé sa
-mamelle. Et disoit oultre que sadicte
-nourrice a cause de l'accointance
-qu'elle a nouvellement prinse
-avec ce galant ne fait pas si bien
-son devoir de penser sondit enfant
-comme a elle soulloit mais
-devient toute seiche et en chartre/
-Parquoy requeroit celle dame que
-ledit gallant feust condampné a
-soy absenter de auprés de sadicte
-nourrice et qu'il ne parlast a elle
-en quelque maniere que ce feust.
-de la partie dudit galant fut deffendu
-au contraire &amp; disoit que a
-ladicte nourrice il n'avoit ne voulu
-avoir habitude que bien apoint/
-et qu'il n'estoit point recors que il
-eust parlé a elle sinon en passant
-qu'elle luy disoit dieu vous gart
-et il luy dist aulcuneffois a dieu
-Et ne peult on a tout le moins que
-respondre/ ou dire aulcune chose
-quant on salue les gens. Disoit
-oultre que veu que ladicte nourrice
-ne se plaignoit de luy &amp; qu'elle
-ne veult pas dire qui l'ait voulue
-seduire &amp; barguignier sa maistresse
-n'est pas recepvable a ce adresser
-a l'encontre de luy. Aussi
-pour ladicte maistresse ne pour la
-nourrice et ne s'en vouldroit travailler
-ung pas ains est content
-qu'il ne la voye jamais/ et qu'on
-la garde de luy tant qu'on vouldra.
-Si repliquoit ladicte dame
-et disoit que du parler ce estoit du
-moins. Mais elle doubtoit bien
-d'aultre chose/ c'est que il luy troublast
-son laict et que quant eulx
-deux seroyent ensemble pour faire
-leurs besongnes ou parler de
-conseil que sadicte nourrice laissast
-son enfant crier tout par luy
-a son ayse et que lors il cheust en
-quelque lieu et s'affolast par ce que
-quant on est en ce cas il n'en chault
-guieres ne n'en souvient nomplus
-que des vieilles matines &amp; quant
-est de la poursuite que elle en faisoit
-de present n'estoit que pour l'interest
-de son enfant &amp; nompas de
-ladicte nourrice. A quoy ledit galant
-pour ses duplices disoit que
-de sadicte nourrice n'avoit cure &amp;
-quant il vouldroit il trouveroit
-bien ailleurs a jouer en concluant
-comme dessus Finablement les
-parties ont esté apointees en droit
-et au conseil et a la court veu ledit
-procés et consideré la court dit
-que ladicte dame ne fait a recepvoir
-a soy complaindre dudit galant
-&amp; l'a condampnee es despens</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxiii. arrest</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans c'est complaint
-ung vieillart d'une
-jeune dame par ce qu'elle ne le vouloit
-aymer/ disant que il luy a ja
-donné plusieurs ceintures &amp; chaperons
-affin de estre en sa grace/
-mais elle n'en tient compte/ trop
-bien quant elle veult avoir de luy
-aucune chose elle le scet le mieulx
-entretenir du monde en le baisant
-et acolant mais quant vient au
-fort luy respondit <span lang="la" xml:lang="la">nescio vos</span> en
-luy faisant la renchiere/ &amp; brief il
-ne scet ou il en est car quant il cuide
-avoir fait c'est lors que il est a
-recommencer. et pource requeroit
-que veu que il a si grant amour
-en elle et qu'il l'a servie et encores
-a intencion de faire qu'elle fust condampnee
-a l'aymer et a luy faire
-des biens comme dame doit faire
-a son serviteur/ &amp; de la partie de
-ceste dame fut deffendu au contraire
-&amp; disoit que c'est contre nature
-a une jeune femme d'aimer vieillart
-car ce sont choses contraires
-comme blanc et noir &amp; incompatibles
-comme chault &amp; froit aussi
-par ordonnance d'amours que
-quant ung homme est vieil il est
-excusé de servir. disoit qu'elle ne
-luy sçavoit bien faire il cuide que
-on doive tout laisser pour entendre
-a luy &amp; qu'on le doyve chauffer
-&amp; froter la teste pour le endormir
-qui est chose mal sortyssant
-a jeune femme &amp; quant est des dons
-que ledit vieillart se vantoit luy
-avoir donné. Respondit qu'il n'estoit
-pas vray &amp; que en sa vie ne
-luy avoit donné q'une armerie a
-.xvi. pampes que elle garda &amp; mist
-en sa quenoulle pour la paour de
-luy/ &amp; estoit donc l'accointance bonne.
-Disoit oultre que elle aymeroit
-myeulx estre bruslee que de
-riens avoir prins de lui/ car il ne
-le valoit pas. Et quant est de se
-aymer il y seroit avant autant que
-charlemaigne en espaigne/ &amp; aussi
-l'avoit elle ja par plusieurs fois
-reffusé. Et concluoit affin de non
-recepvoir allias soubstenoit son
-reffus &amp; demandoit les despens
-A quoy il replicquoit et si disoit
-que se elle ne le voulloit aymer
-pour l'amour de luy/ au moins
-pour son argent qu'il fust aymé/ car
-il lui avoit du tout bouté son cueur
-en elle/ mais la dame respondit
-que pour luy ne feroit rien et pour
-son argent encores moins en disant
-que ledict vieillart avoit plus
-grant mestier d'une bouteille et
-d'une bassinouere pour son lict eschauffer
-que de tous les biens d'amours
-Finablement partyes ont esté
-appointees en droict et au conseil.
-Si a la court veu ledict procés
-et tout ce qu'il failloit veoir
-en ceste matiere : et tout veu dict
-que a tort et maulvaise cause ledict
-vieillart c'est doulu et complaint
-de ladite dame et que a bonne
-et juste cause elle l'a reffusé et
-le condempne es despens de la tauxation
-reservee.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxiiii. arrest</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans c'est
-assis ung aultre procés
-entre d'eux beaux jeunes
-enfans portans le noir en leurs
-devises heritiers et ayant cause
-d'ung amant trespassé de dueil de
-sa feue dame demandeurs en cas
-d'excés d'une part et la mort deffenderesse
-audit cas d'aultre part
-Et disoyent lesditz demandeurs
-que ja pieça dame nature de beaulté
-pour monstrer l'excellence
-de leur ouvraige ilz allerent produirent
-et formerent ung corps
-de femme le plus bel qu'on pourroit
-guieres choisir dont le deffunct
-fut serviteur et estoit ceste
-femme avecques la beauté qu'elle
-avoit d'elle &amp; remplie de toutes
-les vertus especiales que jamais
-femme peult avoir c'est assavoir
-de doulceur d'honneur de humilité
-de gratieuseté de beau maintien
-et doulx regard tant que nulle
-ne la passoit Et advint que pour
-les grans biens qui estoyent en
-elle que tout chascun luy souhaitoit
-des biens largement ce luy
-portoit grant honneur mais ladicte
-mort qui en eut desplaisance
-et pour l'oster de ce monde luy getta
-son dart et l'occist piteusement
-de laquelle chose ledict deffunct
-son amy et serviteur/ print telle
-desplaisance en luy qu'il en cheut
-mallade au lict : et aprés ce qu'il
-eut faict son testament ne demoura
-gueres qu'il n'allast aprés elle
-Or disoyent leurs heritiers que
-veu que cesditz deux personnaiges
-estoient en saufconduit d'amours
-et en la sauvegarde/ que
-ladite mort n'y avoit que congnoistre
-et/ que par ainsi de les avoir
-tués elle en estoit tout du long tenue
-et estoit le cas digne de reparation/
-attendu qu'il y avoyt eu
-meurdre et occision qui estoit inreparable
-et pource concluoient
-lesditz heritiers et heritieres a l'encontre
-d'icelle mort qu'elle fust condampnee
-restituer et remettre la
-vie es corps dudit feu amant et
-de sadicte dame qu'elle avoit ainsi
-tués s'il estoit possible &amp; faire se
-pouoit/ et a tout le moins a restablir
-le corps par figure &amp; a les faire
-paindre au vif ainsi et en la maniere
-qu'ilz estoyent au temps de
-leur bonne santé/ affin que leur
-pourtraicture demourast sur terre
-&amp; qu'il fust encore memoire d'eux
-Et avec ce que iceulx heritiers
-desditz deffunctz fussent declairés
-exemps de ladite mort au moins
-jusques a ce qu'ilz fussent aagés
-que avoit esté abregee la vie desditz
-deffunctz leur fut donnee et
-prolongee de temps de vivre en
-ce lieu. Et pour reparacion des
-excés qui estoyent grans concluoyt
-en amendes honnorables et
-prouffitables a la discretion des
-gens d'amours. De la partie de
-ladicte mort fut tendu affin de
-non proceder disant que toutes choses
-crees sur terre sont en sa subjection
-et qu'il n'y a personne tant
-soit fort qui se puisse exempter d'elle/
-car elle a seigneurie et domination
-sur toutes creatures humaines
-soient hommes ou femmes
-bestes ou oyseaulx arbres
-et raciers voire et telle maniere
-qu'elle leur peut abreger leur vie
-et les prendre sans ce qu'il en soit
-plus parlé : &amp; de ce qu'elle en faict
-soit bien ou mal n'est tenue de respondre
-que devant le grant juge
-et n'y a justice d'amours ne d'aultre
-ou elle soit subgette et par ainsi
-perseveroyt en sa declinatoire
-&amp; concluoit affin de non proceder
-Lesditz heritiers demandeurs disoient
-au contraire que en ceste matiere
-estoit question de sauvegarde
-et entreprinses faictes/ sur les
-droitz d'amours/ parquoy la congnoissance
-en appartient a la court
-de ceans et non a aultre : aussi estoit
-ce court souveraine &amp; y avoit esté
-la cause commise de par amours
-et les lettres expresse au cas/ sy que
-n'estoit par ce moyen ledict declinatoire
-recepvable ains debvoyt
-ladicte deffenderesse aultre ou les
-conclusions requesté par iceulx
-demandeurs leur debvoyt estre
-adjugez. En requerant l'adjonction
-des gens d'amours qui de
-leur costé disoient que c'estoit mal
-fait aux advocatz de proposer telles
-declinatoires contre l'honneur
-et prerogatives de la court de ceans
-ou ilz avoyent esté nourris
-car il estoit tout notoire que des
-abbus et entreprinses faictes au
-prejudice d'amours et de ses subjectz
-la court en devoit congnoistre
-disoyent oultres lesdictes gens
-d'amours que par beaulx previleges
-et anciens droitz du demaine/
-la mort n'a que congnoistre
-sur amant qui sont en la sauvegarde
-d'amours/ et qu'elle ne les
-pouoit prendre ou faire mourir
-sinon qu'ilz feussent/ ou soyent
-hors d'aage/ ou que ilz ayent renoncé
-a l'amoureuse aliance d'amours :
-et sur ce alleguoient plusieurs
-loix : disoyent aussy que
-ces amoureuses n'estoyent exemptees
-de la mort au moyen desdis
-previleges jamais ne se mettroyent
-au service veu que ilz seroyent
-tous les jours en danger
-de leurs personnes/ &amp; qu'il soit vray
-que la mort n'avoit point de congnoyssance
-sus eulx il en apparoissoit
-assez/ &amp; que par experience
-des amoureux qui montent et
-devallent de nuyct du hault de
-deux ou troys estaiges par une
-touaille ou longiere pour entrer
-en une maison sans eulx blesser
-ou mal faire quelconque. pareillement
-de ceulx qui couchent entre
-deux goutieres toute la nuict
-voire quant il gelle a pierre fendant
-&amp; si n'ont point de la couverture
-ne de froit &amp; aussi de ceulx qui
-se font avaller par souspiraulx/
-qui endurent aulcunesfoys aux
-baingz l'eaue si chaulde qu'ilz sont
-tous bruslez &amp; si ne sentent point
-le feu ne la chaleur/ ainçoys par
-cela guarissent toutes maladies
-et de tous maulx/ et toutesfois raison
-est que la ou il seroit ainsi que la
-mort eust puissance sur telz parens
-il n'en eschapperoit pas ung veu
-les peines et tormens qu'ilz seuffrent
-et les dangers ou ilz se mettent
-dont touteffoys l'en ne peult
-veoir du contraire et que ladicte
-mort n'a pouoir ne auctorité sus
-ceulx qui sont ainsi au service et
-en la sauvegarde d'amours/ aultres
-soyent exemptz d'elle parquoy
-ne se pouoit ladicte mort excuser
-qu'elle ne deust estre contraincte a
-proceder en la court de ceans au
-regard mesmement que les excés
-par elle commis avoyent esté faitz
-en enfraingnant la saulvegarde
-d'amours ou lesditz deffunctz amoureux
-estoyent quant il les laissit
-mourir/ mais ladicte mort en
-perseverant tousjours en sa declinatoire
-disoit que la court de ceans
-ne pouoit estre son juge car elle n'y
-estoit subjecte ne obeissante &amp; oultre
-plus disoit que de avoir prins et
-tué lesditz deffunctz n'avoit aulcun
-exemptz ne sauvegarde enfraindre
-parquoy n'en pouoit congnoistre.
-Et supposé qu'il y eust excés si
-n'en pouoyt la matiere estre ceans
-traitee car elle avoit a somer ses
-garans comme fortune &amp; aultres qui
-n'y respondroyent pas &amp; au regart
-ces previleges &amp; exemptions dont
-les gens d'amours avoyent parlé
-respondit ladicte mort qu'elle a previlege
-sur amours et par tout et
-que avant qu'il fust oncques nouvelles
-d'amours ne d'amytié elle estoit
-nee &amp; usant en terre de sa puissance
-&amp; s'elle differoit a faire mourir
-tels jeunes amans qui ainsi se
-advanturent &amp; mettent en danger
-de leurs personnes par leurs folies
-mondaines/ c'estoit de grace
-et de permission seulement qu'on
-ne luy pouoit retorquer au prejudice/
-&amp; voit on tous les jours les
-plus huppez passer par la quant
-il luy plaist. Et si la mort ne les
-prent pas quant ilz sont malades
-Ains laisse faire nature son debvoir/
-et attend bien souvent que
-telz amans soyent tous secz/ &amp; qu'il
-leur ennuye d'estre au monde en la
-soubhaictant pour les biens d'amours
-qui leur deffaillent en concluant
-comme dessus Surquoy
-les heritiers d'iceulx deffunctz demandeurs
-disoyent que si leur failloit
-faire ailleurs leur poursuite
-ilz seroient destruitz a tousjours
-et n'auroyent dequoy fournir Et
-oultre disoyent que veu l'enormité
-du cas la court en debvoit retenir
-la congnoissance &amp; quant aux
-gens d'amours ilz dupplicquoyent
-et disoient que la mort ne pouoit
-avoir previlleges contre ceulx
-d'amours/ car avant que oncques
-la mort feust/ estoit nee amyctié/
-et ne fut la mort ordonnee fors que
-pour appaiser les debatz de cedit
-monde/ et oster ceulx qui s'entrehayent
-qui font les noyses &amp; que
-nature ne peult plus soubstenir :
-Or estoit il ainsi que ces deux trespassez
-dont estoit question estoient
-en la plus grande amyctié et
-aliance d'amours qu'il se pouoit faire
-en sa sauvegarde. parquoy d'avoir
-ainsi exploité la mort avoit
-trop mesprins et excedé/ Et failloit
-qu'elle en respondist ceans &amp;
-non ailleurs. Ouyes lesquelles
-parties en tout ce qu'elles ont voulu
-dire et alleguer/ elles ont esté
-apointees en droit &amp; a mettre par
-devers la court et au conseil. Si
-a la court finablement veu ledit
-procés &amp; tout ce qu'il failloit veoir
-en ceste matiere a grant et meure
-deliberation. et tout veu la court
-dit que ladicte mort deffenderesse
-procedera en la court de ceans
-nonobstant chose par elle proposee
-au contraire dont elle deboute
-et deffend a tous les advocatz
-de ladicte court que ilz ne proposent
-ou alleguent telles declinatoires
-sur peine de l'amende.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxv. arrest</h2>
-
-
-<p>A la requeste du procureur
-general d'amours une vieille
-femme a esté prinse &amp; constituee
-prisonniere pour raison &amp; a cause
-de certaines parolles mal sonnantes
-qui ont esté dictes et proferees
-de sa bouche. Si a depuis
-esté interroguee sus les charges/
-et informations faictes a l'encontre
-d'elle sus quoy en effect elle a
-deposé et confessé que veritablement
-en haine et despit de ce qu'elle
-ne estoit appellee de aller aux
-grans chieres comme sont bancquetz
-&amp; nopces ainsi que les aultres
-elle mal meue &amp; de de felon couraige
-avoit et a dit que ce n'estoit
-pas tout acquest d'y estre &amp; que s'elle
-estoit homme aussi bien qu'elle estoit
-femme elle n'y laisseroit pas
-de leger aller sa femme ne ses filles
-avec plusieurs autres choses
-au prejudice d'amours/ et de ses
-droitz declairees a plain en sa confession
-qui a esté monstree aux
-gens d'amours lesquelz ont par
-ycelle prins droict et baillé leurs
-conclusions tendant affin que ladicte
-vieille qui avoit parlé contre
-la souveraineté d'amours fust pugnie
-de pugnition corporelle et oblicque
-pour monstrer exemple
-aux autres/ et en ce faisant qu'elle
-eust la langue couppee ou que
-on luy plantast ung fer chault et
-ardant au visage. Et aussi qu'elle
-feust bannye a tousjours hors
-du royaulme d'amours et ses biens
-declarez confisquez. A l'encontre
-desquelles conclusions ladicte
-vieille deffenderesse pour la diminution
-de la paine/ disoit que
-l'en ne doit pas de si pres prendre
-garde aux parolles des femmes
-Car souvent parlent de legier et
-contre elles mesmes/ mais entant
-qu'il luy touchoit elle sçavoit bien
-voirement que elle avoit failly/
-et mal parlé. Mais la court
-devoit avoir regard a ce que se avoit
-esté par chaulde colle &amp; sans
-y penser et aussi par la desplaisance
-de ce que n'en ne tenoit compte
-d'elle et qu'on ne daignoit la mander
-ausdictes festes &amp; bancquetz.
-Si a la court veues les charges
-et informations/ la confession de
-ladicte deffenderesse/ les conclusions
-des gens d'amours/ et les
-deffences baillees au contraire &amp;
-tout ce que il failloit veoir en ceste
-matiere a grande &amp; meure deliberation.
-Et tout veu et consideré
-ce qu'il failloit a considerer.
-Ladicte court condampne ycelle
-vieille deffenderesse pour les excés
-et delictz par elle commys alentour
-l'escripteau qui s'ensuyt.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">En ma vie je ne fuz meurdriere</div>
-<div class="verse">Ne larronnesse : ne coustumiere</div>
-<div class="verse">De amans blecer &amp; ravaler</div>
-<div class="verse">Mais affin que mon cas declaire.</div>
-<div class="verse">J'ay eu la bouche trop legiere.</div>
-<div class="verse">Gardez voz langues de parler.</div>
-</div>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxvi. arrest.</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans c'est
-assis ung aultre procés
-entre les heritiers de une
-dame naguere trespassee demandeurs
-d'une part et les official vicaire
-et prometeur d'amours deffendeur
-d'aultre. Et disoyent lesditz
-demandeurs que la deffuncte
-estoit en son temps bien gente
-&amp; gaillarde/ sage et sçavante et
-soubz laquelle s'elle eust vescu
-plusieurs vaillans cueurs amoureux
-eussent peu apprendre du bien
-Or estoit vray qu'elle qui estoit
-de noble couraige voulloit bien
-adviser tousjours en son faict.
-et fust en nopces ou en aultre festes
-et gardoit bien qu'on ne se moquast
-de chose qu'elle fist mais il advint
-que ung jeune gallant mal habillé
-&amp; ressemblant a ung varlet
-dimencheret qu'elle encores ne congnoissoit
-la vint prier de dancer
-et pource qu'il n'estoit pas lors en
-point et aussi que son costé estoit
-lasse et n'en faisoit que venir elle
-l'esconduit bien gracieusement
-disant qu'elle ne voulloyt plus
-dancer dont il se deporta &amp; s'en alla
-sans dire a dieu Mais encore
-il ne fut pas content de cela ainçoys
-quant vint de rechef a dancer
-au chapelet ledit gallant se mist
-a dancer et aprés ce qu'il eut le chapellet
-a son tour il le vint presenter
-a elle laquelle le receut mais
-quant vint ledit galant tendoit la
-bouche pour la baiser/ elle se torna
-la teste de l'autre costé en le reffusant
-tout court dont il conceut
-hayne et malveillance mortelle
-contre ladicte deffuncte Pour laquelle
-mettre a execution il la fist
-citer devant ledit official d'amours
-par devant lequel elle voyant qu'il n'estoit
-point son juge ne capable de
-congnoistre de la matiere ne comparut
-point Si fut mise en coustumace.
-au moyen de laquelle elle
-fut ainsi que l'en veult dire excommuniee
-&amp; depuis est advenu qu'elle
-est encheute en aucune maladie
-de fievres qui l'en ont emportee/
-et a finé ses jours bien honnorablement
-et faict son testament
-et toutes aultres choses que bonne
-et tres loyalle dame doit faire.
-Mais avant est venu a l'encontre
-ledict official vicaire et prometeur
-soubz umbre de ce que il
-vouloit dire qu'elle estoit excommuniee
-pour raison de ce que dit
-est : ilz n'ont voulu donner congé
-ne licence de l'enterrer ou elle avoyt
-ordonné : mais l'ont faict porter
-aux champs et enterrer en une
-grande piece de terre toute pleine
-d'orties et de chardons : laquelle
-chose redonde au vitupere et honneur
-de tous les parens et amys
-de ladicte deffuncte qui sont gens
-de bien et des plus notables : par
-quoy l'excés en estoit plus grant
-Et par ses moyens concluoient
-lesditz heritiers demandeurs a l'encontre
-desditz official vicaire et
-prometeur d'amours. Et pareillement
-aussi contre le galant qui
-avoit faict citer icelle deffuncte
-qu'ilz et chascun d'eulx fussent condempnez
-et contrains a revocquer
-casser et adnuller lesditz citacion
-sentence et excommuniement donné
-contre ladicte deffuncte par prinses
-de leurs personnes et du temporel
-desditz official et promoteur
-de l'eglise et a publier devant ung
-chascun que a tort et sans cause
-icelle deffuncte avoit esté citee et
-excommuniee Et avec ce ilz fussent
-condampnez a la faire deterrer
-et apporter son corps et ses os
-en ung des cimetieres d'amours
-et contrains a estre tous au convoy
-du corps affin de reparer et
-restituer le deshonneur qu'ilz luy
-avoient fait. Et semblablement
-que ung chascun d'eulx fust condampné
-a une bonne amende proffitable.
-A ces fins offroyent a prouver
-et demandoient despens dommaiges
-&amp; interestz a l'adjonction
-des gens d'amours De la partie
-desdictz official vicaire prometeur
-et gallant fut deffendu au
-contraire : et disoient qu'il estoyt
-permis de citer et excommunier
-tous ceulx &amp; celles qui detiennent
-des biens d'amours ou qui injurent
-et se mocquent de ceux qui sont
-en la poursuite : et dont la congnoissance
-et pugnition en appartenoit
-audit official Or estoit vray que
-ladicte deffuncte avoit reffusé detenu
-et occuppé le bien qui estoyt
-deu a ce gallant icy/ et encores l'avoit
-farcé et mocqué/ parquoy il
-c'estoit rendu plaintif d'elle &amp; l'avoit
-fait citer a certain jour auquel elle
-se reputant coulpable du cas
-et mesprisant la court n'avoit daigné
-venir ne comparer. Mais c'estoit
-laissee mettre en coustumace
-et excommuniement qui fut publié.
-Or est advenu voirement
-qu'elle est trespassee sans soy faire
-absouldre : parquoy l'en l'avoit faicte
-enterrer ou elle devoit Et a ceste
-cause apparoissoit clerement
-que l'en n'y pouoit avoir aulcun mal
-ne excés et au regard de la deffuncte/
-posé qu'elle eust bonne cause d'avoir
-reffusé le galant touteffoys
-elle devoit venir declairer ou en
-faire proposer au jour qu'elle fut
-citee sa declinatoire sans soy laisser
-mettre en coustumace et sentence
-d'excommuniement qui donnee
-estoit justement Et quant est
-de l'enterrement par consequent il avoit
-esté fait ainsi que faire ce devoit
-Et aussi se les sentences ne
-sortissoient en effect/ l'en ne tiendroit
-plus compte de justice ne de faire
-mal. Et a ce que les heritiers disoient
-que la deffuncte n'estoit subgette
-a la court dudit official : respondoyent
-que ouy/ car aussy le
-jeune galant estoyt clerc non marié/
-lequel entant qu'il touchoit sa
-personne disoit que la deffuncte
-ne devoit point estre desheritee et
-mise en aultre lieu qu'elle estoyt
-car pour le reffus qu'elle luy fist il
-avoit esté en danger de mort de la
-paine et de la honte qu'il en eut devant
-tant de gens. Et s'elle eust voulu
-dancer ung tour avec luy il n'en
-eust jamais parlé. Et quant est
-de ce que les demandeurs ont fait
-dire qu'elle ne le congnoissoyt et
-qu'il estoit habillé en varlet dimencheret
-c'estoit mal dit a eulx car il
-la valoit bien ou myeulx et le congnoissoit
-assez bien. Mais elle estoit
-tant fiere &amp; orgueilleuse qu'elle
-fist semblant de ne l'avoir jamais
-veu. Et le reffus qu'elle luy fist
-ne vint que par presumption et
-oultrecuydance qui la conduisoit
-Et concluoient en effect lesditz
-deffendeurs affin d'absolution &amp;
-despens. Et au regard des gens
-d'amours ilz disoient que entant
-qu'il touchoit le droict des deux
-parties. C'est assavoir se la deffuncte
-avoit eu juste cause de le refuser
-ou non/ ilz n'en pouoient rien
-dire pour le present/ Car ilz n'avoyent
-veu les informacions.
-Aussi n'en estoit de present question
-entant que touchoit la citacion/
-procés et excommuniement
-faictz par ledit official d'amours
-tout devoyt estre dict et desclairé
-nul et de nul effect. Lesdictz deffendeurs
-grandement abbusans
-car du faict du chappellet ne de
-quelconque aultre dance n'en appartenoit
-la congnoissance que a
-la justice seculiere d'amours trop
-bien des promesses secretes qui
-se font en dançant peuent bien congnoistre
-de ce cas icy non Et pource
-c'estoit une vraye entreprinse
-contre la justice laye qui se devoit
-reparer par une tresgrande et merveilleuse
-punition/ car combien
-que lesdiz official vicaire et prometeur
-sceussent bien qu'ilz ne pouoient
-sçavoir ne avoir la congnoissance
-de ceste matiere et que la citacion
-et sentence d'excommuniement
-ne se peult bonement soubstenir/
-neantmoins comme obstinez
-en leur maulvaise voulenté
-l'ont voulu faire sortir en effect
-en contraingnant ceste povre femme
-que Dieu absolve a estre au
-moyen de ce enterree et en terre prophanee
-qui a esté certainement tresmal
-faict a eulx. Et pource concluoient
-lesdites gens d'amours/
-que tout ce qui par eulx avoyt esté
-faict fust declairé nul et de nulle
-valeur comme faict en abusant
-et entreprenant sur la justice et juridition
-laye. Et avecques ce que
-ledit official prometeur et officiers
-et aussi que lesditz amoureux
-fussent condempnés a reparer lesdictz
-excés &amp; en ce faisant qu'ilz fussent
-contrainctz de desterrer eulx
-mesmes ladicte deffuncte et la porter
-en ung cercueil devant tout
-le monde jusques au cymettiere
-d'amours et qu'elle ordonne a estre
-enterree/ Et pareillement de assister
-et estre presens tous tout
-du long du servyce qu'on fera a
-celle deffuncte. Et en oultre que
-ilz fussent condampnés a publier
-ou faire publyer/ par le crieur
-qui yra devant le corps a toute sa
-sonnecte que la deffuncte avoyt
-esté injustement excommuniee.
-A quoy lesdictz deffendeurs disoient
-que de prendre les conclusions
-contre eulx lesdictes gens
-d'amours n'estoient pas recepvables/
-car ce que ilz avoyent faict
-avoyt esté en excersant la jusridicion
-espirituelle d'amours. Et
-quelque chose qu'il leur pleust a
-dire/ la congnoyssance du faict
-du chappellet leur appartenoyt
-et ainsi en avoient congneu &amp; usé
-Et quant a la deffuncte elle fut
-cause dudict excommuniement
-entant qu'elle ne vouloit comparer
-Au regard de l'absolucion ilz ne
-l'eussent peu bailler sans le vouloir
-de partie qui n'y consentit oncques/
-et ainsi estoyent lesditz deffendeurs
-en voye d'absolucion/ mais
-les gens d'amours disoyent au
-contraire qu'ilz ne pouoient toucher
-au fait dudit chappellet non
-plus que au feu. Et s'ilz en ont
-congneu au temps passé ce a esté par
-entreprise et en abusant. Et aussi
-disoyent les heritiers d'icelle deffuncte
-que veu que ledit official
-n'estoit point juge d'elle/ elle n'y
-debvoyt comparoir ne envoyer.
-et au regard des charges que ledict
-galant bailloit a ladicte feu dame
-ne pouoit estre plus humble et gracieuse
-qu'elle estoit comme l'en pourroit
-sçavoir par tous ceulx qui l'avoyent
-hantee. Et aussi n'y avoit
-point d'apparence de aller baiser
-ung homme a la vollee sans le
-congnoistre/ et qui estoit habillé
-comme ung vielleux en concluant
-comme dessus. Ouyes lesquelles
-parties en tout ce qu'elles ont
-voullu dire et alleguer elles ont
-esté appointees en droict. Si a la
-court veu et visité ledict procés
-et tout veu/ et consideré ce que il
-failloyt considerer/ ladicte court
-condampne ledict official vicaire
-et prometeur d'amours et aussi
-ledict amoureux et chascun de
-eulx entant qu'il luy touche a revocquer/
-casser/ et adnuller lesdictes
-citations excommuniemens
-procés et procedures faictes par
-devant ledict official et a mettre
-au neant a leurs propres coustz/
-et despens. Et avecques ce je condampne
-tous ensemble a deterrer
-et oster/ ou faire deterrer et oster
-ladicte deffuncte du lieu la ou elle
-est pour porter &amp; enterrer au cymetiere
-d'amours dedans ung beau
-carreau de girofflee/ &amp; au lieu
-ou elle a esleu sa sepulture par son
-testament. Et si les condampne
-en oultre a aller tous au pres du
-corps jusques en l'esglise/ et y estre
-tout du long du service de ladicte
-deffuncte. et deffend ladicte
-court audit official que desormais
-de telle matiere qui touche ledict
-chappellet ne les despendences il
-n'entrepreigne congnoissance sur
-peine d'amende arbitraire.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxvii. arrest.</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans c'est assis
-ung aultre procés entre
-une gracieuse dame demanderesse
-d'une part et les religieux cordeliers
-de l'observance d'amours
-deffendeurs d'autre part. et disoit
-ladicte dame que ja pyeça elle eust
-grande acointance de familiarité
-singuliere avec ung jeune religieux
-nouvellement rendu de l'ordre
-&amp; tellement qu'ilz se donnerent
-l'ung a l'autre &amp; promisrent ne separer
-l'alliance d'entre eulx d'eux
-pour quelque temps ou fortune
-qui leur peust advenir. et sur ces
-choses y eut encores veuz fais en
-amours confermatoires d'ycelle
-aliance tant et si avant que faire
-se pourroit en tel cas mais ce nonobstant
-ledit amoureux cordelier
-et pour une petite fumee ou quelque
-desplaisance qu'il a eue/ puis
-n'a guieres de temps en ça s'en est
-de son auctorité et sans le consentement
-ne prendre congié de sadicte
-dame aller bouter et rendre en
-ladicte religion ce qu'il ne pouoit
-ne debvoit faire/ ainçoys venoit
-directement encontre son premier
-veu et serment. Et pource que ceste
-dame se sentoit tenue quant a
-l'ame de le declairer une foys/ et
-qu'elle avoit tresgrant interest d'avoir
-quitance &amp; renonciation de sa
-promesse pour se pourveoir ailleurs
-en lieu de luy d'ung aultre
-amant et serviteurs elle concluoit
-et requeroit que lesditz religieux
-cordeliers fussent condampnez
-a faire exhibition audit amoureux
-rendu cordelier &amp; de le amener
-en justice pour le contraindre
-et entretenir a ses premiers veuz
-et promesses ou y renoncer/ et la
-quitter au regard d'elle ne voulloit
-pas empescher le sauvement
-de son ame et qu'il ne demourast
-religieux de l'ordre s'il en avoit la
-voulenté. De la partie desdictz
-religieux de l'observance si fut deffendu
-au contraire et disoyent que
-la demande que faisoyt la dame
-n'estoit pas recepvable car l'amant
-religieux rendu cordelier dont estoit
-question estoit ja cordelier vestu/
-et avoit fait les veuz de l'observance
-d'amours par les trois
-Esquelz veuz d'ycelle observance
-il est deffendu expressement de
-ne parler jamais a femme/ parquoy
-donc de le voulloir contraindre
-maintenant a le veoir &amp; parler
-a elle dessoubz umbre de renonciation
-n'y avoit apparence et estoit
-trop tard de venir aprés ladicte
-reduction ramentevoir Et
-mettre en lieu de present lesdictes
-aliances promesses et follyes du
-temps passé. Disoient oultre lesditz
-religieux que quant ledit amant
-fut rendu &amp; vestu de l'habit de l'ordre/
-ladicte dame deffenderesse y
-estoit presente &amp; luy veit faire les
-veuz pourquoy lors debvoit declairez
-lesdictes promesses et se
-opposer pour le droyct que elle
-veult deduire Et sembloyt soubz
-correction que c'est grant abbus
-a elle de venir maintenant par telz
-moyens pour troubler ledict religieux
-rendu et le mettre es choses
-mondaines qu'il a ja oubliees
-Si disoyent par ces moyens lesditz
-religieux qu'ilz n'estoyent tenus
-de exiber ledict cordelier/ et
-pour chose que on peust faire jamais
-ne partiroit de ladicte religion.
-A quoy ladicte dame pour
-ses replicques disoit/ que elle ne
-voulloit pas le retraire hors de
-religion ne de le mouvoir de son
-entreprinse/ mais requeroit seulement
-pour sa descharge que il
-renonçast a sa promesse qu'il luy
-avoit faicte/ et tout ce qui avoit
-esté faict/ et dict entre eulx deux
-feust declairé nul et comme non
-advenu Et disoit oultre ladite dame
-que cela se debvoit faire avant
-toute oeuvre/ car elle voulloyt
-obvier au dangier d'amours qui
-s'en pouoit ensuivir/ elle vouloit
-avoir enseignement de la renonciation
-desdictz promesses et pour
-monstrer qu'elle aymoit entretenir
-sa foy mieulx que luy affin
-qu'on ne luy en peust reproucher
-riens. Et au regard de ce que lesdis
-cordeliers disoient que icelle dame
-estoit presente quant ledit nouveau
-cordelier fut rendu &amp; qu'elle
-luy vit faire les veux respondit
-qu'il estoit bien vray qu'elle y fut avecques
-ses autres cousines &amp; parentes/
-Mais a la verité quant elle
-veit qu'on le deshabilloit tout nud
-pour le vestir en cordelier les lermes
-luy vindrent aux yeulx a si
-grant affluence qu'elle ne sceut
-qu'elle devint &amp; luy commença a
-soubzlever le cueur par telle façon
-que elle s'esvanouyt en plain
-chappitre et ne luy souvenoit alors
-d'aliance ne de promesse/ car
-il n'est au monde si grant douleur
-a femme que de veoir son amy rendu
-en religion. parquoy fault la
-excuser Et quant elle n'eust point
-esté troublee si n'eust elle pour rien
-entreprins d'aller desclairer devant
-tout le monde qui ne se pouoit
-rendre pour blasme et deshonneur
-qu'il en eust peu avoir. Et a
-ce que lesditz deffendeurs disoient
-en oultre que pour rien ne le laisseroient
-partir de religion respondit
-ladicte demanderesse que par
-force ilz devoyent estre contrains/
-et que au regard d'elle elle avoyt
-contenné de ne parler point a luy sinon
-en la presence de deux ou trois
-religieux telz qu'on vouldroit amener/
-mais il estoit force que a
-la quitance &amp; renonciation desditz
-promesse ce fist en jugement/ car
-il y avoit lettres signees de leur
-main de l'ung et de l'autre qu'il convenoit
-rompre et casser devant la justice
-d'amours en concluant au surplus
-comme dessus Mais lesditz cordeliers
-deffendeurs perseverant
-tousjours en ce qu'ilz avoient proposé
-disoient que ce n'estoit pas raison
-que ledict amant rendu cordelier
-vint en jugement ne qu'il vist
-plus ladicte dame. <span lang="la" xml:lang="la">Primo</span> car se
-seroit contre son veu qu'il a faict
-de ne partir jamais de la religion
-sans licence du general <span lang="la" xml:lang="la">Secundo</span> :
-car par la reigle de l'observance
-d'amours telle comme chascun
-scet ceulx qui y sont rendus jamais
-n'en peuent saillir sinon que
-le feu les contraingne a ce faire &amp;
-sont reputez mors au monde/ ne
-n'y a nul qui en puisse partir dehors
-excepté ceulx qui sont deputez a
-leur tour pour aller querir la pitance
-&amp; la pourveance du couvent
-Et pource de requerir maintenant
-par ladite dame que ce jeune cordelier
-qui a renoncé aux joyes et
-a la pompe du monde et qu'il voyt
-ce quel a cuidé faire perdre a tousjours
-il n'y avoit nulle apparence
-et posé que icelle demanderesse
-fust troublee quant elle le veit
-ainsi vestir et entrer en la religion
-touteffoys cela ne la pouoyt
-pas excuser du tout/ car entre le
-temps qui vint premierement d'amours
-en la religion &amp; celluy de
-la redicion elle avoit eu bon loysir
-de soy venir opposer et remonstrer
-lesdites aliances et promesses.
-Ouyes les parties en tout
-ce qu'ilz ont voullu dire et alleguer
-elles ont esté appointees a
-mettre par devers la court et au
-conseil. Si a la court veu ledict
-procés et a grant et meure deliberation
-avec tout ce qu'il failloit
-veoir en ceste matiere. Et tout
-veu la court dit que non obstant
-chose proposee par lesditz religieux
-cordeliers de l'observance ledict
-amoureux nouvellement rendu
-cordelier viendra en la court
-de ceans renoncer aux promesses
-et alliances d'amours par luy faictes
-avec ladicte dame pour sa descharge
-&amp; en aura lectre ou acte se
-bon luy semble. Et si ordonne la
-court que lesdis cordeliers seront
-contrains par la presence de leur
-personnes et ouvertures de leurs
-portes a faire exhibicion dudict
-cordelier &amp; le amener en jugement
-pourveu toutesvoyes que bon leur
-semble ilz luy pourroyent mettre
-ung bandeau devant les yeulx
-affin qu'en parlant ou renonçant
-audictes promesses et alliances
-il ne puisse veoir la demanderesse
-jadis sa dame Et au surplus
-sont compensés les despens d'ung
-costé et d'aultre et pour la cause.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxviii. arrest.</h2>
-
-
-<p>Ja pieça ung povre amoureux
-plain de dueil prya
-moult une jeune dame
-de dancer avec luy dont elle feut
-reffusante et ce excusant sur ce qu'elle
-disoit qu'elle ne faisoit que venir
-Et depuis encore une aultre
-journee la pria tresinstamment
-que seulement affin qu'il ne fust mocqué
-elle fist ung tour avecques luy
-mais comme devant elle n'en voulut
-riens faire. Disoit aussi que
-depuis il l'a saluee par plusieurs
-fois &amp; osté son bonnet quant il la
-rencontroit/ mais pource qu'elle
-peult bien appercevoir qu'il l'ayme
-&amp; en est ung petit feru elle ne
-daigne parler a luy et se d'aventure
-elle luy a dit a dieu : c'est en hochant
-la teste Desquelz reffus et
-desdaing dessusdict ledit povre amant
-a appellé a la court de ceans
-et relevé contre ladicte dame qui
-n'y est voulu venir ne comparer
-ains se est laissee mettre en deux
-deffaulx et tout ce que bon luy a
-semblé devers la court. Si a la
-court veu lesditz deux deffaulx
-en ce qui a esté produit et tout veu
-ladicte court par vertu des deux
-deffaux a jugé audit amoureux
-demandeur tel prouffit qu'il s'ensuit.
-c'est assavoir qu'il a esté bien
-appellé par luy &amp; mal refusé par ladicte
-dame Laquelle court l'a condempnee
-a dancer avec luy maulgré
-qu'elle en ayt. Aumoins faire
-deux ou trois tours : &amp; permet
-ladicte court audit amant quant on dancera
-une dance a trois de se y bouter
-sans dire mot pour faire ung tiers
-&amp; en oultre pource qu'il est en apparence
-que ladicte demanderesse en contempnant
-aucunement la court dist
-quant elle a esté ajournee qu'elle n'y
-daigneroit comparer &amp; que ledit galant
-s'abusoit de la poursuivre : icelle
-court permet audit amant de passer &amp;
-rapasser par devant elle sans la saluer
-ne sans lui dire a dieu le desclairant
-exempté de luy faire le petit genoul
-en une basse dance &amp; le pas
-de brebant ainsi que tous les autres
-le font en oultre la condampne
-es despens des deux dictz deffaulx
-la tauxation reservee.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxix. arrest</h2>
-
-
-<p>Il estoit une bourgeoise qui
-requeroit que certain appointement
-qui avoyt esté donné par les
-gens tenant l'eschiquier d'amours
-au proffit d'une damoiselle sa partie
-adverse touchant le debat qu'ilz
-avoyent ensemble pour parvenir
-au dessus fust recindé &amp; adnullé
-par la court/ et veu le playdoyé
-des parties et tout ce qu'elles ont
-produit et tout veu la court dict
-qu'elle ne tiendra court ne congnoissance
-de ladicte cause et matiere/
-mais renvoye de rechef par devant
-lesdictes gens tenant l'eschiquier
-qui en est commencé a congnoistre
-en jugier au sourplus/ et y pourveoir
-ainsi qu'il appartiendra tous
-despens preservez en diffinitive.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xl. arrest.</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans c'est assis
-ung procés entre une jeune
-dame d'ung sien amy disant qu'elle
-l'a veu le plus joyeulx &amp; esbatant
-qu'il pouoit estre bien nouvellement
-habillé/ gent plaisant gracieux
-&amp; advenant a tout chascun
-et tellement qu'on prenoit plaisir
-a le veoir &amp; ouyr/ et brief qui ne luy
-pouoit donner luy ruoit/ maintenant
-il est devenu tout changé pensif
-songeart &amp; merencolieux &amp; semble
-que sa vie luy ennuye au monde/
-car il ne tient plus compte de feste
-ne de joye/ se l'en parle a luy il
-songe une grant piece avant qu'il
-responde en faisant semblant de penser
-ailleurs. Quant on luy donne
-des bouquetz ou des fleurs il les
-dessire toutes par pieces avant que
-elles partent de ses mains Et incontinent
-qu'il oyt les menestriers
-ou le tabourin les larmes lui viennent
-aux yeulx/ et ne faict que
-souspirer/ se on touche a table a
-leur demaine d'amours &amp; tourne
-le propos a parler de la mort/ ou
-de quelque vieille histoire qu'il va
-querir bien loing pour la mener
-a propos il a froict quant il faict
-chault/ et quant il faict froict il a
-chault/ &amp; en effect maintenant on
-ne se congnoist plus en luy dont
-chascun s'esbahist &amp; pource que ceste
-dame a interest qu'il vive longuement
-qu'elle est courroucee de
-tout son cueur se par merencolye
-ou desplaisance icelluy amant avoit
-autre chose que a point elle requeroit
-qu'il fust condampné a laisser
-toutes compaignies merencolieuses
-et que au seurplus la court
-mist telle provision en son fait que
-il revint et retournast en son premier
-point et premier estat. de la
-partie du povre amant tout malade
-fut deffendu au contraire &amp; disoit
-que au service d'amours il failloit
-avoir beaucoup de peine &amp; de
-travail avant qu'on y soit advancé
-et n'y a on jamais une joye qui ne
-couste cent douleurs/ &amp; pource de
-si trop amuser ne estoit pas trop
-bon/ et aussi de present il n'en chault
-guieres aux dames/ ains ne s'en
-fait l'en que mocquer &amp; sont les loyaulx
-tousjours les plus douloureux/
-parquoy n'y avoit pas grant
-regret/ oultre disoit que de gens on
-ne tient compte s'ilz n'ont de l'argent
-Et a ceste cause/ il avoit deliberé
-en soy mesmes de delaisser et habandonner
-du tout amours et de
-recouvrer &amp; gangner le temps qu'il
-avoit perdu/ combien qu'il ne seroit
-jamais que il ne le louast et
-exaulsast/ car certes tous biens en
-viennent. et ne vauldra jamais
-riens ung homme quel qu'il soit
-s'il n'a aulcunement esté amoureux
-en son temps. Mais il en y a les
-ungs plus malheureux que les
-aultres. Et quant est des maulvaises
-taches et merencolies que
-on luy mettoit a sus &amp; aussi de ce
-qu'on disoit que il estoit songeart
-et merencolieux. Respondit qu'il
-failloit que la maladie print son
-cours. Et que maintenant il ne
-sçavoit prendre plaisir sinon a estre
-tout seul pour contempler le
-temps passé et celuy qui viendra
-et ne vouloit plus ouir parler de
-amours/ car c'est chose contraire
-a ceulx qui s'en veulent oster/ mais
-au surplus il remercyoit sadicte
-dame treshaultement de la bonne
-voulenté qu'elle avoit devers
-lui en requerant a la court congé
-et licence de le laisser departir d'amours
-mais sadicte dame disoit
-en repliquant que il n'en debvoit
-point avoir &amp; que la court qui est
-souveraine y debvoit pourveoir
-veu qu'il estoit digne d'exaulcer
-une foys la foy d'amours pour
-les grans biens qui estoient en luy
-Et ne failloit point qu'il se soulciast
-d'argent ne de biens du monde/
-car s'il vivoit et dieu luy donnoit
-santé il n'en auroit que trop.
-Aussi il ne estoit pas encores en
-aage de se chagriner &amp; en y avoit
-bien d'aultres qui se soulcient pour
-luy. Disoit oultre sadicte dame
-que le fondement de la pensee de
-luy n'estoit que une fantasie &amp; qu'il
-y avoit dangier veu sa complexion
-que il ne luy en fust du pis.
-Mais ledit amoureux disoit pour
-ses dupliques qu'il ne luy en challoit
-plus de rien/ &amp; aymoit autant
-mourir que vivre veu que tant plus
-on va en avant en ce monde tant
-plus y a l'en de peine. et disoit oultre
-qu'il vouldroit bien estre joyeulx/
-mais personne qui vient a
-soing ne le peult estre en brief/ et
-vouldroit ja estre en paradis car
-quant il luy souvient des joyes &amp; des
-grans follies du temps passé
-il n'a point de joye ne de bien et
-ne se peult tenir de plorer. ouyes
-lesquelles parties en tout ce qu'elles
-ont voulu dire &amp; proposer elles
-ont esté appointees en droit &amp;
-au conseil. Si a la court veu finablement
-ledict procés bien au
-long avec tout ce qu'il failloit veoir
-en ceste matiere. Et tout veu et
-consideré la court ordonne que ledit
-amoureux sera mys aux herbes
-et tenu de demourer aux jardins
-comme povre prisonnier par
-l'espace d'ung moys affin qu'il ne
-voye que toutes belles fleurs et
-verdure pour le resjouyr. et luy
-deffend ladicte court toutes compaignies
-merencolieuses de se pourmener
-seul et de fantasies a tout
-par luy mais ordonne et apointe
-que ladicte dame par maniere de
-provision l'acompaignera &amp; sera
-avec luy pour passer le temps du
-long dudit moys et jusques a ce
-qu'il soit guery &amp; remis en son premier
-estat. et laquelle dame sera
-tenue de le penser si que on ne luy
-parle que de toute joyeuseté &amp; luy
-feront oster tous livres et toutes
-choses mellencollyeuses faisant
-mention d'argent et de richesses/
-affin qu'il n'y ait plus le cueur.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xli. arrest.</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans c'est assis
-ung procés entre ung povre
-amant reffusé en cas d'excés
-et le procureur general d'amours
-adjoint avec la dame d'une part &amp;
-ung sien compaignon amoureux
-comme luy d'aultre part deffendeur
-&amp; disoit ledit demandeur qu'il
-avoit tout temps eu grant familiarité
-&amp; societé avec ledit deffendeur
-et luy avoit faict plusieurs
-plaisirs &amp; si estoit vray que pour
-la grant fiance qu'il avoit en luy il
-c'estoit descouvert a luy d'une partie
-de ses secretz &amp; des biens et maulx
-qu'il avoit gaignez en amours/ &amp;
-bien souvent luy racomptoit priveement
-de ses fortunes &amp; lui touchoit
-de loing de sa dame qui tant
-estoit sage &amp; prudente &amp; comment
-il estoit bien tenu a dieu de l'avoir
-ainsi pourveu lesquelles choses
-ledit deffendeur escoutoit &amp; en louoit
-ledit demandeur &amp; luy faisoit
-le beau beau en le resconfortant
-quant il le veoit plaisant. et mesmes
-luy offroit et cueur et corps
-sa chevance et ses biens/ mais il
-ne le faisoyt sinon pour sçavoir
-qui estoit sadicte dame &amp; haïr en
-aprés comme il a bien monstré/
-car depuis qu'il a sceu qui elle estoit
-il ne cessa jusques a tant qu'il
-ait eue l'acointance d'elle &amp; que il
-ait fait bailler le bont/ ce qu'il n'eust
-jamais cuydé tant le sentoit son
-singulier amy pour laquelle chose
-parvenir a celluy amant deffendeur
-qui sçavoit tous les secretz et
-moyens dudit amant complaignant
-a trouver façon &amp; maniere
-de parler a ung moyne par qui les
-bonnes besongnes sont faictes &amp;
-a tant fait par dons &amp; par promesses
-illicites qui en amours sont
-deffendus que ledit moyne &amp; luy
-ont compilees unes faulces lettres
-closes ou nom dudit povre galant
-complaignant lequel n'en sçavoit
-rien. Et par lesquelles estoit contenu
-que ledit amant demandeur
-mandoit a sadicte dame qu'elle ne
-estoit pas telle comme il cuidoit
-et qu'il s'appercevoit bien maintenant
-qu'elle avoit failly en la menassant
-et disant plusieurs injures
-&amp; parolles que jamais ce povre
-amant n'avoit pensees/ ainçois eust
-mieulx aymé estre mis en pieces
-que de l'avoir songé &amp; dit aulcun
-mal de elle. Aussi eust il esté bien
-traystre/ veu que tous les biens
-qu'il avoit venoyent d'elle. or que
-fait ce moyne cy il s'en vient par
-devers ladicte dame/ et n'est pas
-content de porter &amp; bailler lesditz
-lettres faulses mais soubz umbre
-de ce que l'on dit qu'elles contenoient
-creance/ il dist les plus terribles
-choses a ceste femme que l'en
-sçauroit ymaginer. et tellement
-que quant elle les oit elle adjoustant
-foy a ce que ledit moyne disoit
-commença a soy pasmer &amp; tumber
-a terre comme toute esvanouye
-dont depuis elle a esté fort malade/
-mais les dessusdictz non contens
-de ce ont tant fait par soubtilz
-et estranges moyens que ledict
-deffendeur est entré en grace et qu'il
-a baillé le bont au povre homme
-qui tant avoit eu de peine a soy advancer
-&amp; desservir la grace de ladicte
-dame en commettant bien grant
-trahyson eu regard aux plaisirs
-qu'il luy avoit fait &amp; qu'il estoit son
-compaignon. Et en effect quant ce
-povre homme qui a tousjours son
-cueur envers ladicte dame et ne
-l'en peult pas oster vient vers elle
-ainsi qu'il avoit acoustumé elle
-lui tourne le doz en rechignant
-le maudit &amp; par autreffois le menasse
-de luy porter dommage en
-corps &amp; en biens en lui disant plainement
-qu'elle aymeroit mieulx
-qu'il fust ars et bruslé qu'elle luy
-fist ung seul plaisir et ainsi veezla
-la maniere comme ce povre amant
-a esté traictié. Et s'il a bien
-du mal a cause de ladicte trahyson/
-encores il a plus de martire
-la moytié de ce que ledit deffendeur
-est advancé pour faire mal &amp; que
-luy &amp; ladicte dame qui sont ainsi
-aliez ensemble se mocquent de luy
-quant il passe par devant eulx en
-luy gectant de gros lardons &amp; tirant
-la langue en derriere/ &amp; pourtant
-il s'est traict par devers ladicte
-court de ceans &amp; obtenu lettres
-par vertu desquelles informations
-ont esté faictes touchant ledit
-cas lesquelles avec lesdictes
-lettres closes ont esté appointees
-devers ladicte court et despuis a
-esté baillé commission de prendre
-au corps ledit amant deffendeur
-qu'on ne peult trouver/ ains c'est
-mys en franchise si a esté adjourné
-a comparoir en personne a ladicte
-court dedans troys briefz
-jours en laquelle il n'est daingné
-venir ne comparoir/ ains c'est laissé
-cheoir et mettre en quattre deffaulx
-au moyen desquelz ledit demandeur
-&amp; ledit procureur general
-ont baillé leurs demandes et
-conclusions que au moyen d'iceulx
-ilz requierent leur estre faictes et
-adjugees qui sont bien grandes &amp;
-tendans a grant reparation honnorable
-et proffitable ainsi que en
-icelles est plus a plain contenu
-et declairé Si a la court finablement
-veu lesditz charges &amp; informations
-avec lesditz deffaux bien
-continués &amp; entretenus ensemble
-lesdictz demandes et conclusions
-sur ce faictes. Et tout veu et consideré
-la court au moyen desditz
-quatre deffaulx adjuge ausdictz
-demandeurs tel prouffit qui s'ensuit/
-c'est assavoir qu'elle tient et
-repute ledict amoureux deffendeur
-attaint &amp; convaincu des cas
-a luy imposés et desclaire tous
-ses biens meubles et immeubles
-confisqués a amours. Et avecques
-ce ordonne que lesdictes lettres
-closes ainsi envoyees au nom dudict
-povre amant demandeur seront
-dessirés et canceleez en jugement
-comme faulses et qu'il sera
-nonobstant icelles et les maulvais
-raportz qui ont esté fais de
-sa personne a sadicte dame remis
-reintegré et restitué en la grace
-d'elle comme devant. Et en oultre
-condampne ledict deffendeur
-a faire amende honnorable en la
-court de ceans a tout et devant
-l'huis de la dame une torche ardante
-en sa main nue teste et sans ceinture
-en disant que faulsement et
-maulvaisement &amp; aultrement que
-a point il a trahy et deceu le demandeur
-son compaignon &amp; fait
-bailler le bont qu'il s'en repent et en
-crie mercy a luy. Et pour amende
-prouffitable dommaiges &amp; interest
-le condampne en la somme
-de mille livres qui sera prinse sur
-ses biens avant toute confisquation
-&amp; a tenir prison jusques a plain
-paiement et es despens desditz deffaulx.
-Au regard du moyne qui
-estoit participant de ladicte trahison
-qui a porté lesditz faulces lettres/
-la court ordonne vue l'enormité
-du cas qu'il sera prins en lieu
-sainct et dehors ou l'on pourra trouver
-pour estre amené en la court
-de ceans et au surplus deffend la
-court une fois pour toutes dames/
-damoiselles/ bourgoises et
-aultres de quelque estat qu'elle soyent
-que de choses qui peuent toucher
-amours ou les despendences ilz
-ne facent leurs ambassades ou messages
-pour moynes ne ne s'i fient
-en quelque maniere que ce soyt
-s'elles ne veullent estre deceues.
-Et oultre plus leur enjoinct expressement
-que se d'avanture a l'issue
-du lever du lit elles de prime
-face en rencontroient en la rue a
-jour perilleux comme le premier
-jour de may et aultres que de celle
-heure elles s'en retournent coucher
-car c'est malle rencontre.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xlii. arrest.</h2>
-
-
-<p>Il y a six ou huyt varletz
-cordonniers qui se sont plains
-en la court de ceans de ce qu'il fault
-maintenant mettre aux pointes
-des soulliers qu'on faict trop de
-bourre disant qu'ilz sont trop grevés
-et qu'ilz n'y pourroient fournir
-les compaignons ne continuer ceste
-charge s'ilz n'en avoient plus grans
-gaiges qu'ilz avoient acoustumé
-attendu que le cuir est cher et que lesdis
-poulaines sont plus fortes a
-faire qui ne souloyent Si a la court
-fait faire informacion &amp; rapport
-du prouffist et dommaige qu'ilz
-en ont/ et pourroient avoir &amp; tout
-veu et consideré ce qu'il failloit
-considerer la court dit que lesdis
-cordonniers feront lesdis polaines
-grosses et menues a l'appetit
-des compaignons suivans ledit
-service d'amours sur peine d'amende
-arbitraire</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xliii. arrest</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans c'est assis
-ung procés entre troys compaignons
-amoureux demandeurs
-et complaignans en cas de saisine
-et nouvelleté d'une part/ et trois
-belles dames deffenderesses &amp; opposans :
-d'autre part Et disoient
-lesdis demandeurs que quant amour
-ordonna faire aliance d'homme
-et femme ensemble il bailla a
-chascun en droit soy de sa dominacion
-et voulut que les hommes alassent
-au dessus des femmes comme raison
-estoit/ et si leur ottroya aultres
-grans prerogatives que les
-dames n'ont point dont n'est de present
-question. Et fut vray qu'il
-permist aux amoureux faire cent
-mille menues choses qui n'apartiennent
-a faire aux dames comme
-eulx vestyr court aller desceintz
-parmy la ville/ porter fauve
-au pié destre ou senestre tenir
-ung petit baston en la main sans
-ce qu'il soit baillé ne ottroyé aux
-dames d'entreprendre sur leurs
-droitz. Mais ce nonobstant icelles
-trois dames deffenderesses
-de leur auctorité indeue avoient
-porté et portoyent botte fauve a
-leur devise/ et avecques ce faisoient
-fermer leurs soulliers d'aguillettes
-vertes et par dedans entrelacez
-de rubiz &amp; diamans/ vouloient
-aussi porter leurs gans au costé
-le petit baston en la main et la robe
-courte a chevaucher et plusieurs
-autres nouveletés au prejudice
-desdis demandeurs en les
-troublant et empeschant a tort et
-sans cause indeuement et de nouvel
-en leur possession et saisine parquoy
-avoient obtenu ladicte conplaincte
-Et concluoient tout partinent
-en ceste matiere de nouvelleté/
-Et en cas de delay demandoient
-la recreance. De la partie
-desdictes dames fut deffendu au
-contraire et disoyent que amours
-en faisant la division des joyes
-mondaines pour avantager les
-dames voulut qu'elles eussent seigneurie
-et domination sur les hommes
-et en signe de ce ordonna qu'ilz seroient
-requerans et demandeurs/
-et les dames deffenderesses en leur
-ottroyant pouoir &amp; auctorité de refuser
-ottroyer denier ou escondire
-ainsi que bon leur sembleroit. Et ainsi
-doncques tout le bien que les hommes
-ont si vient d'elles et ne peuent
-avoir plus grans droitz preminences
-prerogatives en amours
-que elles. Et sont les dames en
-possession et saisine de porter botte
-fauve pour l'honneur &amp; amour
-de amy au pié destre ou a senestre
-en possession et saisine de mettre
-et trousser leurs gans de costé et
-les porter a la ceinture/ en possesion
-et saisine de mettre aucuneffois
-entre la conroye de leurs soulliers
-a la boucle/ quant il leur
-en prent appetit anneaulx et verges
-d'or/ en signifiant amours
-defoulez aux piedz dont l'en ne tient
-plus compte/ en possession et saisine
-de porter devises &amp; faire cent
-aultres menues plaisances entre
-eulx dont elles se peuent adviser/
-en possession et saisyne que
-lesditz amoureux demandeurs
-ne aultres quelzconques ne peuent
-ne ne doibvent entreprendre
-sur leur droit/ et que s'ilz s'estoient
-efforcés de faire le contraire
-des possessions et saisine par elles
-pretendues de les contredire et
-empescher en proposant possessoire
-pertinent et concluant en matiere
-de nouvelleté et en cas de delay
-demandoient lesdictes dames
-la recreance Et fut replicqué par lesditz
-demandeurs et disoient que par
-leur complaincte ne voulloient
-en riens diminuer les drois des
-dames. Or estoit il ainsi que jamais
-ycelles dames n'avoyent
-joye desdictes possessions/ mais
-estoit vray et tout notoire que lesdictes
-choses appartenoyent aux
-hommes et par ainsi leur complainte
-estoit bien recepvable Et
-au regard des possessions contencieuses
-lesdites dames ne les pouoient
-soustenir/ car elles sçavoient
-bien que ce n'estoyt pas chose licite
-ne honneste a femme de porter
-botte fauve et anneaulx aux
-piez ains apartenoit mieux aux
-hommes que a elles et ne le veit
-on jamais faire sinon depuis naguieres
-que ceste entreprinse a
-esté faicte de nouveau et pour laquelle
-derrisyon ilz ont obtenu
-ladicte complaincte/ Car il leur
-faisoit mal que aulcuns en prinssent
-desplaisir contre elles ou qu'elles
-en fussent blasmees/ mais lesdictes
-dames en duppliquant disoient
-que s'il y en avoit aulcuns qui
-fussent dolens de les veoir porter/
-il y en avoit d'autres pour l'amour
-de qui elles les portoyent
-qui y prenoient plaisir &amp; pour homme
-qui en parle ne cesseroyent ja
-s'il n'estoyt ordonné/ car elles l'avoyent
-ainsi voué et promis a amours.
-Et quant est des possessions
-jamais n'y avoient esté empeschez
-jusques a present et ne failloit
-point dire que c'estoit chose mal
-seant a femme de porter botte ferree.
-car elle leur siet aussi bien qu'a
-homme/ si est chose plus joyeuse et
-nouvelle/ parquoy concluoit comme
-dessus. Ouyes lesquelles parties
-en tout ce qu'elles ont voulu dire
-et proposer elles ont esté appointees
-en droict et mettre par devers
-la court et au conseil que bon leur
-semblera veoir en ceste matiere
-et tout veu la court dict que lesdictz
-demandeurs a tort et sans
-cause se sont dolus &amp; complains
-et que a bonne et juste cause lesdictes
-dames deffenderesses se sont opposees
-Et les maintient et garde
-la court en possession &amp; saisine de
-porter la botte fauve au pied dextre
-ou senestre/ fermer leurs soulliers
-d'esguilettes vertes ou noires
-de mettre verges et anneaux
-d'or et de porter les gans de costé
-en la seincture leurs robes courtes
-a chevaucher et en toutes possessions
-par elles pretendues en
-levant la main d'amours et tout
-empeschement qui leur avoit esté
-donné par lesditz demandeurs a
-leur proffit en condampnant iceux
-demandeurs aux despens.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xliiii. arrest.</h2>
-
-
-<p>Sur une requeste baillee ceans
-par ung povre gallant serviteur
-affin d'estre payé de ses peines
-et salaires d'avoir servi ung
-jeune galant amoureux Disoit
-ledit demandeur qu'il a bien demouré
-avecques luy l'espace de deux ans
-ou environ/ pendant lesquelz il le
-suyvoit en tous lieux ou il alloit
-luy nettoyoit ses robbes/ redressoit
-ses poulaynes et portoit aulcuneffois
-les verges pour le nettoyer
-et luy obeissoit en tous ses
-commandemens ou il a eu de grans
-peines Et quant est venu a la fin
-son maistre luy donne congé sans
-le payer ne contenter : et pour ce
-requeroit qu'il fust condampné a
-le payer de ses services et demandoit
-despens Surquoy ledict aymant
-deffendeur disoit au contraire
-qu'il n'y estoit point tenu/ Car
-quant il le print il n'avoit rien et
-l'abilla de neuf et que au regard
-de son service il ne le serviroit pas
-bien car quant il faisoit ung jour
-bien son devoir il en failloit trois
-aprés : parquoy luy avoyt donné
-congié et au salayre qu'il demandoit
-disoit qu'il l'avoit tousjours
-entretenu bien habillé et vestu et
-par ainsi luy devoit souffire. Finablement
-la court veu ladicte
-requeste condampne ledit amant
-deffendeur a bailler a son varlet
-pour ses peines et sallaires &amp; oultre
-ce qu'il a eu deux de ses vieilles
-robes courtes avec ung pourpoint
-de satin usé et deux escus
-pour s'en retourner en son pays.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xlv. arrest.</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans c'est complainct
-et dolu ung gentil
-compaignon amoureulx de une
-jeune dame et maistresse/ disant
-que ja pieça pour l'amour d'elle il
-entreprint de jouster et mettre son
-corps a l'adventure affin qu'elle
-congneust qu'il l'aymoit merveilleusement
-par dessus toutes autres.
-Et a ceste cause feist faire
-harnois et habillemens qu'il devisa
-a sa plaisance/ et ou il feist
-mettre la livree de sadicte dame et avec
-ce eut chevaulx lance et housse
-de mesmes et luy estoit bien advis
-qu'il portoit la devise de sadicte
-dame que son cheval ne luy pouoit
-perir ne estre en danger ainçois que
-a l'ayde d'elle de la bonne querelle
-qu'il pretendoit il viendroit au dessus
-de son entreprise &amp; en ceste intencion
-se disposa de jouster et se
-trouver sur les rencz bien en point
-comme il est acoustumé de faire en
-tel cas/ mais quant vint au departir
-qu'il cuydoit trouver sadicte dame
-pour avoir sa benediction elle
-faignit d'estre malade en se faisant
-excuser &amp; dire qu'elle ne pouoit
-parler a luy ne luy bailler cueur
-ne courage de gaigner tellement
-que ceste journee il ne feist pas ce
-qu'il voulut &amp; ne peult avoir honneur
-comme il eust eu sans difficulté
-ce ne eust esté les reffus de sa dame/
-&amp; dont par ce moyen elle estoit
-tenue le recompenser/ et pource requeroit
-a l'encontre d'elle qu'elle fust
-condampnee a le desdommager
-de la perte qu'il avoit faicte &amp; de ses interestz
-qui estoyent bien grans/ au
-moins qu'il declairé qu'elle avoit esté
-cause de son mal par le moyen dudit
-reffus en la condampnant a le recompenser
-ainsi que la court l'adviseroit.
-de la partie de ladicte deffenderesse
-si fut deffendu au contraire
-&amp; disoit qu'en sa vie ne luy conseilla
-de jouster ne n'en fut consentant
-ne par elle ne pouoit estre plus
-advancé ne diminué car son conseil
-ou aide ne lui pouoit de rien proffiter/
-disoit avec ce que sa benediction
-ou sa parolle ne luy pouoit guieres
-aider en tel cas/ mais il suffisoit
-au demandeur de prendre son
-excusation sur cela qui n'estoit pas
-suffisant attendu qu'il pouoit bien
-ymaginer qu'elle eust esté aussi
-joyeuse de son bien comme lui
-mesmes. et quant est du reffus de
-luy ayder et bailler couraige jamais
-ne luy reffusa mais alors
-que il vouloit parler a elle estoit
-mal disposee tellement qu'elle ne
-peult venir parler a luy. et disoit
-que quant elle sceut qu'il devoit jouster
-elle pria alors pour lui affin
-qu'il eust l'honneur parquoy il devoit
-souffire Et par ses moyens
-concluoit affin d'absolution surquoy
-ledit amant demandeur pour
-ses replicques disoit que se elle eust
-seulement dit a dieu/ ou quelque autre
-mot son cheval fust allé plus
-joyeusement &amp; n'eust trouvé homme
-qui luy eust peu resister. Et
-ainsi en estoit tenu tout du long.
-Finablement parties ouyes elles
-ont esté apointees en droit veu et
-consideré la court condampné ladicte
-deffenderesse a habiller vestir
-et armer ledit amoureux demandeur
-la premiere foys que il
-vouldra jouster &amp; a conduire son
-cheval par la bryde tout du long
-des lices ung tour seullement et
-aprés cela fait sera tenue bailler
-sa lance en disant a dieu mon amy
-ayez bon cueur &amp; ne vous soulciez
-de rien car on priera pour vous</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xlvi. arrest.</h2>
-
-
-<p>En la Court de ceans
-c'est assis ung aultre
-procés entre une jeune
-fille de villaige demanderesse
-d'une part et ung jeune
-gallant de mesme deffendeur
-d'aultre part. Et disoit ladicte demanderesse
-que ja pieça ce galant
-cy en revenant de pellerinaige il
-estoit tant alteré que il ne pouoit
-boire ne manger. Il se vint pour
-mener en ung jardin ou elle cueilloit
-des viollettes et illec luy requist
-qu'elle luy donnast ung bouquet
-ce qu'elle fist de bon cueur/ et
-lors il la remercia en luy promettant
-de luy donner une belle bourse
-et ung tabouret dont elle fut assez
-joyeuse et pource que ledit compaignon
-se sembloit estoit tresfort
-malade luy demanda se il vouloit
-rien et qu'il avoit. Surquoy
-luy respondit beaucoup de mal
-et qu'il eust voulu luy avoir cousté
-grant chose et que il eust d'elle
-seulement ung povre baiser pour
-le resconforter. Et alors ceste povre
-jeune fille luy alla dire/ que
-sans denier ne sans maille elle lui
-en donneroit deux voire trois qui
-ne luy cousteroyent riens. Et de
-fait les luy octroya/ et advint que
-de ceste heure aprés lesdictz baysiers
-donnez qu'il fut du tout gary.
-Et feist grans merveilles de
-grans chieres/ neantmoins il n'avoit
-point fait son debvoir de lui
-envoyer ladicte bourse et tabouret/
-ne aussi pareillement de porter
-ung boucquet de Rommarin
-vert pour l'amour d'elle ainsi comme
-il luy avoit promis. Et pource
-requeroit ladicte demanderesse
-que ledit deffendeur y fust contrainct
-et condampné en ses despens.
-De la partie dudict amoureux
-fut deffendu au contraire &amp;
-disoyt voirement que ladicte demanderesse
-l'avoit secouru en sa
-grande necessité et griefve maladie
-tellement que il en estoit tenu
-a elle Et aussi cuidoit avoir fait
-son debvoir comme bon et loyal
-serviteur. Et quant est de ce qu'il
-luy a promis comme de la bourse
-et dudict tabouret ilz luy a ja
-pieça envoyees par personne seure
-qui luy avoit affermer les lui
-avoir baillees. Et au regard dudit
-rommarin vert il disoit qu'il
-n'estoit journee qu'il ne lui ensouvint
-et que jamais encores ne se
-trouvoit en feste n'en joyeuse chere
-qu'il n'en portast tousjours dessus
-luy car c'estoit la fleur que il
-aymoit le mieulx &amp; qui plus luy
-avoit aydé en ce monde. Et supposé
-que l'on dye que il face aulcunement
-mal a la teste de le sentir
-touteffoys il luy faisoit moult
-grant bien au cueur et ne sera jamais
-qui ne l'ayme. et concluoit
-par ses moyens affin d'absolution.
-Surquoy ladicte demanderesse
-disoit qu'il le devoit aussi bien
-cherement aymer/ car il en avoit
-esté gary &amp; alegé en bien peu d'heure.
-et quant a ladicte reception desdictes
-choses promises n'en avoit
-par sa foy rien sceu Finablement
-parties ouyes ont esté apointees
-en droit/ et au conseil si a la court
-veu et consideré ledit procés. Et
-condampne la court ledit amoureux
-deffendeur a bailler &amp; rendre
-a ladicte demanderesse lesdictes
-bourse &amp; tabouret par lui promis
-sans prejudice d'avoir son recours
-sus celluy a qui il les avoit baillees
-pour les porter. Et aussi je
-le condampne a porter dessus lui
-pour l'amour de sadicte dame demanderesse
-ung boucquet de rommarin
-vert a tout le moins ung
-brin ou deux entrelassez avec une
-soulcie et menues pensees ou d'autres
-fleurs que bon luy semblera</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xlvii. arrest.</h2>
-
-
-<p>A la plainte et requeste de
-plusieurs grans amoureux
-ont esté baillees par
-ladicte court de ceans certaines
-lettres de commission par vertu
-desquelles inhibitions et deffences
-ont esté faictes a je ne sçay quelz
-goffriers et patissiers que doresnavant
-ilz ne fassent plus leurs
-goffres &amp; leurs gasteaulx devant
-les lieux et esglises ou l'on va en
-pellerinaige a celle fin que la fumee
-de leur feu ne leur puisse faire
-mal aux yeulx &amp; que par cedit
-moyen ilz puissent bien a leur aise
-saluer et regarder leursdictes
-dames en allant &amp; en retournant.
-Ausquelles inhibitions et deffences
-les dessusditz patissiers se sont
-oposez &amp; disoyent pour leurs causes
-d'opposition qu'ilz gangnent
-leurs vies a faire les dessusdites
-goffres et que leur mestier requeroit
-que ilz besongnassent a jour
-de feste et au pres des lieux et esglises
-ou le peuple va/ car se ilz
-faisoyent ailleurs leursdictes gofres
-personne n'en yroit achapter
-Et aussi on ne les pourroit manger
-chauldes/ pourquoy ilz soubstenoient
-tousjours leur opposition
-en concluant que a tresgrant
-tort et mauvaise cause lesditz galans
-amoureulx en perseverant
-en leurs demandes disoyent que
-pour riens du monde l'en ne debvoit
-souffrir lesdictz gauffriers
-besongner au pres des lieux et eglises
-par plusieurs moyens premierement/
-car ilz empeschent le
-chemin et la voye publique/ et ne
-s'i peult l'on contourner sans bouter
-l'ung l'autre Secondement car
-quant les rues sont estroictes ilz
-contraingnent lesdictz gallans a
-passer par l'autre &amp; ne peuent aulcuneffoys
-a cause de leursditz tabernacles
-approcher de leursdictes
-dames pour leur dire a dieu
-ou ung mot en passant qui leur
-est ung moult grant desplaisir.
-Tiercement car par le moyen du
-feu a quoy ilz cuisent leursdictes
-gauffres il vient une fumee sy
-grande et si maulvaise que lesditz
-gallans sont contrainctz de cleigner
-les yeulx/ et perdre la veue
-de leurs dames sans sçavoir que
-elles deviennent ne s'elles les ont
-apperceuz qui d'aultre costé leur
-est moult grant martire Et pource
-veuz les dessusdictz inconveniens
-que lesdictz gauffriers/ et
-patissiers devoyent estre condampnez
-a vuyder et faire leursdictes
-gauffres aultre part/ et que lesdictes
-deffences leurs avoyent esté
-justement faictes. A ses fins concluoyent
-et demandoyent despens
-Surquoy lesdictz gauffriers disoyent
-que ilz avoyent jouyssances
-escriptes de faire illecques lesdictes
-goffres parquoy les inhibitions
-n'estoient recepvables/
-disoit oultre que lesditz amans ne
-pouoyent avoir dommage mais
-estoit leur grant proffit que ilz le
-fissent es lieux ou ilz avoyent acoustumé
-car aumoins avoyent
-ilz par le moyen desditz gauffriers
-occasion de parler a leurs dames
-et de leur en presenter en concluant
-comme dessus. lesquelles
-parties ouyes en tout ce qu'elles
-ont voullu dire et proposer elles
-ont esté appointees en droit a mettre
-par devers ladicte court et au
-conseil. si a la court finablement
-veu le dessusdict procés/ et tout
-veu et consideré ladicte court dit
-que a bonne &amp; juste cause lesditz inhibitions
-&amp; deffences ont esté faictes
-ausdictz patissiers et gauffriers
-et que a tort et maulvaise
-cause ilz se y sont opposés &amp; veult
-et ordonne la court/ que lesdictz
-gauffriers et patissiers seront contrains
-a aller cuire et faire leurs
-gauffres aux carrefours et aillieurs
-aultre part ou bon leur semblera
-sans eulx approcher desdictes
-eglises et lieulx ou l'en yra
-en pellerinaige de deux ou aussy
-de troys rues loing sur peine d'estre
-griefvement pugnis et les condempne
-la court es despens de ceste
-instance ladicte tauxation reservee.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xlviii. arrest</h2>
-
-
-<p>Ung soir bien tard sus
-le soupper ainsi qu'on
-ostoit les plas de la table
-de unes nopces ou
-ung jeune gallant amoureulx
-estoit que les menestriers questoient
-l'aumosne pour monseigneur saint
-Julien/ il y eut une tresbelle jeune
-dame assise a table qui en parlant
-d'amours ainsi qu'on en devisoit
-a table dist audict gallant
-en passant ces motz. Telle gerbe
-n'est pas sans lien &amp; que il n'estoit
-pas homme pour demourer
-derriere. Au moyen desquelles
-parolles il commença a tressuer
-de la grant joye qu'il en eut en ce moment
-et la mena dancer la premiere
-et depuis au retour quant il fut
-rassis au pres du lieu ou il l'avoit
-ramenee ung aultre jeune gallant
-la vint prendre pour mener
-dancer a qui elle fist assés grant
-accueil dont il en eut ung petit de
-mal en sa teste &amp; n'en fut pas trop
-content/ Mais il luy vient si
-bien que pendant ce que ladicte
-dame danssoit il se vint arraisonner
-a sa chamberiere qui estoit illec
-assise/ laquelle luy dist entre
-les aultres choses et sans ce que
-ledict gallant luy en parlast qu'elle
-avoyt ouy dire a sadicte maistresse/
-tant de bien et d'honneur
-que merveilles et luy asseura qu'elle
-l'aymoit au tant que il estoyt
-possible en pensant de ce que il ne
-la venoyt veoir et quaqueter avecques
-elle. Si a ceste heure ledict
-gallant fut moult fort surprins
-d'amours pas ne s'en fault
-esmerveiller/ Car sur le corps
-il n'avoit voine qui ne tremblast
-de joye et de liesse/ qui luy surmonta
-jusques au cueur/ et tellement
-que il entreprint de l'aller
-veoir le lendemain et il n'y faillit
-pas : et depuis y a esté par plusieurs
-journees : mais en effect
-tant plus y alloit et moins appercevoit
-qu'on tint compte de luy
-et pource requeroit ledict galant
-demandeur que icelle dame desclairast
-s'elle le vouloyt prendre
-a serviteur ou non affin que il n'y
-pensast plus Et que au surplus
-ladicte chamberiere qui ainsi luy avoit
-baillee l'aliance et fait trembler
-les fievres blanches tout du
-long d'une nuyct feust condampnee
-a l'amender envers luy/ et de
-telle amende honnorable et proffitable
-que ladicte court adviseroit
-De la partie de ladicte dame
-fut dit que au regard d'elle elle ne
-le hayoit point/ mais elle s'estoit
-pourveue d'ung aultre serviteur
-par quoy disoit qu'on la debvoit
-tenir pour excusee Et entant que
-touchoit ladicte chamberiere disoit
-voirement qu'elle avoit ouy
-dire a sadicte maistresse autant
-de bien dudict compaignon que
-on pourroit penser/ parquoy n'avoit
-failly en riens/ Et quant est
-de l'avoir conseillé de venir par devers
-elle elle disoit qu'elle l'avoit
-faict pour l'advancer pource que
-il est homme qui bien le valloit.
-Disoit oultre que telles paroles
-qui entrent par une oreille s'en doivent
-aller par l'autre &amp; est moult
-grant follye aux gens de s'i fyer/
-car il est aucuneffoys force de dire
-des choses qui ne sont pas veritables
-pour complaire aux gens
-et leur donner ung peu d'esperance
-pour venir es biens qu'ilz desirent/
-et par ces moyens et autres
-disoit la chamberiere que elle estoit
-de voye de absolution/ mais les
-gens d'amours disoient qu'il n'y a
-aujourd'huy plus dangereuse chose
-en amours que de telz faulx rappors/
-car c'est pour ravir ung homme
-jusques au troiziesme ciel/ et en
-advient plusieurs inconveniens
-comme d'aulcuns povres amoureux
-qui en perdent le boyre et le
-manger et les aultres en deviennent
-comme bestes sans sçavoir
-qu'ilz ont. Et pource requeroient
-lesdictes gens d'amours que ladicte
-court y mist provision mais
-ladite chamberiere disoit que au
-regard d'elle elle n'avoit meffaict
-car veues les pressupositions et
-parolles de sa maistresse qu'il estoit
-vraysemblable qu'elle l'eust
-aymé s'il se fust sceu conduire. A
-quoy ledit povre galant respondit
-qu'il n'y vouloit plus essayer
-et luy souffisoit de ce qu'il en avoit
-faict sans plus y retourner pour
-le pris comme dessus. lesquelles
-parties ouyes en tout ce qu'elles
-ont voulu dire ont esté appointees
-en droit et au conseil et a la
-court veu ledict procés &amp; ce qu'il
-failloit veoir en ceste partie. Et
-tout veu la court dit que ladicte
-chamberiere a failly &amp; grandement
-abusé/ &amp; a ceste cause la condamne
-ladicte court a vuyder l'hostel
-de sa maistresse/ &amp; si ordonne que
-jamais ne portera chapperon de
-couleur ceinture verte &amp; la condamne
-en oultre en tous les despens
-dommaiges &amp; interestz du povre
-amant la tauxation reservee.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .xlix. arrest.</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans
-c'est assis ung aultre
-procés entre une tres
-gracieuse Dame demanderesse
-en cas d'excés de une
-part/ &amp; ung moult gracieux compaignon
-jadis son amoureux deffendeur
-audict cas/ et requerant
-l'enterinement de certaines lettres
-de pardon d'aultre part. et disoit
-ladicte dame demanderesse que de
-long temps a pour les grans biens
-qu'elle oyt dire de la personne
-dudict amoureux deffendeur elle
-mist tout son cueur en luy &amp; depuys
-luy a faict plusieurs plaisirs
-ainsi qu'elle a peu/ mais nonobstant
-dangier et malle bouche
-qui s'en doubtoyent aulcunement
-elle ne lui pouoit faire tousjours
-si bonne chere qu'elle eust bien voulu
-ains estoit force aulcuneffois
-de dissimuler &amp; faire semblant ne
-le point congnoistre quant il la regardoit.
-Si estoit vray que une
-journee il la salua ainsi que elle
-venoit de l'eglise mais quant elle
-le apperceut/ pour ce que dangier
-rechignoyt desja de le veoir
-de loing elle tout de gré retourna
-la teste de l'autre costé sans luy dire
-mot dont ledit galant se despita
-et combien que en amours l'en
-porte en pacience tous les maulx
-ainsi qu'ilz adviengnent et que il
-soit deffendu de longuement garder
-son courroux/ ne user de aulcune
-vengeance/ neantmoins ledit
-amoureux deffendeur de ce que
-elle ne le voullut saluer comme
-elle le devoit faire a conspiré haine
-contre ladicte dame/ pour laquelle
-mettre a execution/ ce jour
-propre le soir bien tard il se transporta
-devant son huys/ et illecques
-comme mal meu et eschauffé vint
-ruer d'eux ou trois grosses pelottes
-de neige contre les fenestres
-de sadicte dame. Et aprés ce qu'il
-veit que on n'en tenoit compte et
-que l'on ne sailloyt point dehors
-pour parler a lui il print une grosse
-pierre et la gecta contre les verrieres
-tellement que il en abbatit
-deux ou troys losenges qui vindrent
-comme si se eust esté chose
-juree tout droict cheoir dessus la teste
-de ladicte dame demanderesse/
-et dont en y eut une qui la vint
-frapper sur le nez si qu'il y eut effusion
-de sang/ et encore non content
-de ce mais pour luy faire plus
-grant despit il a fait despecer ung
-beau cordon qu'elle luy avoit donné/
-et dont par despit il en a lacé
-une botte fauve en metant a son
-pied ce qu'il debvoit mettre en sa
-teste. Et oultre plus a injurié ceste
-dame en disant d'elle plusieurs
-maulx/ et qu'elle estoit maulvaise/
-avecques plusieurs autres parolles
-et minution de son honneur
-qui estoit mal fait a luy &amp; lesquelles
-choses dessusdictes comme
-digne de pugnition cheoyent en reparation.
-Et pour ce prenoit ladicte
-dame ses conclusions a l'encontre
-dudict amant affin que il
-feust par la court condampné a
-reparer lesdictz excés envers elle
-d'amende honnourable nue teste/
-et en chemise tenant une torche ardante
-en sa main/ en dysant que
-faulsement et maulvaisement il
-l'avoit grevee et blasmee/ et qu'il
-s'en repentoit et cryoit mercy en se
-desdisant publycquement desdictes
-parolles par luy dictes &amp; ainsi
-condampné a faire ung voyage
-a sa devotion et partout ou elle
-le vouldra encharger/ et pour amende
-prouffitable a la somme
-de deux mille livres &amp; a tenir prison
-ou il appartiendra/ et tout a
-ses despens/ dommaiges et interestz
-de la partie dudict amant fut
-deffendu au contraire &amp; disoit par
-ses deffences qu'il failloit pressuposer
-que ladicte dame estoit conduyte
-par danger en telle maniere
-que elle n'eust sceu faire ung seul
-pas qu'elle ne l'eust eu tousjours
-aprés sa queue ung faulx semblant
-pour la garder. Et n'y eut
-oncques amoureux de memoire
-d'homme qui eust tant a faire/ et
-a souffrir que il a eu de la servir
-car il ne s'en pouoit tirer pres fust
-de jour ou de nuit a quelque heure
-que ce feust pour les gardes &amp;
-batailles qui estoyent en l'avant
-garde et en l'arriere garde et brief
-en la saison de l'yver n'eust jamais
-peu aller ne parler a elle sinon que
-quant il geloit si fort que les gens
-de fine froydure ne se osoyent tenir
-a l'huys qui estoit tresgrande
-peine/ car il fault considerer que
-a toutes les foys qu'il y alloit ne
-pouoit il pas encores parler a elle/
-mais bien souvent luy failloit
-retourner ainsi comment il estoit
-venu. Et se il avoit grant peine
-en yver/ encores en avoit il beaucoup
-plus en esté/ car jamais ne
-se fust avancé &amp; aussi il n'eust osé
-aller devers elle en quelque façon
-que se eust esté sinon quant il faisoit
-orage de temps/ ou qu'il tonnoit/
-esclairoit/ et espartyssoit de
-tous costez tellement que il sembloit
-que les pierres fendissent et
-que le ciel deust cheoir embas mesmement
-quant il couroit parmy
-les rues n'atendoit que le coup
-comme ung homme desja condampné
-qui lui estoit ung grant
-danger sans les autres inconveniens
-du vent et des gouttieres
-qui degoutoyent sur luy dedans
-son dos comme qui les gectast par
-despit. Et fault noter que quant
-il estoit arrivé en ceste estat jusques
-au logis de sa dame il n'avoit habillement
-qui ne fust plein d'eaue
-voire tout le corps comme s'il fust
-venu d'ung baing si que c'estoit pitié
-de le veoir et si au mieulx ne
-gagnoit que ung baiser ou deux
-qui n'estoit pas rescompensation
-legitime de la peine que il en prenoit.
-Au regard encores que incontinent
-il s'en failloit retourner/ et
-passer par boys/ et par ruisseaux
-et aussi grant dangier que par devant
-sinon qu'il attendoit dessoubz
-quelque auven que le maulvais
-temps feust passé et la pluye cessee/
-pressuposé cela disoit a une
-journee dont n'estoit recors que il
-faisoit maulvais temps et ung
-froict extresme. Il se transporta
-par devers l'uys de sadicte dame
-ou il fut bien l'espace de trois grosses
-heures atendant la venue tellement
-que ses soulliers estoient
-gellez et ne les pouoit ravoir de
-la terre. Et quant il vit qu'il n'en
-oyoit point de nouvelles il commença
-a toussir deux ou .iii. fois
-et puis hurtoit de la pointe de son
-patin a la porte &amp; si ne lui respondoit
-l'en riens dont voirement il
-se courrouça et despita et pour se
-eschauffer feist une grosse pelotte
-de neige qu'il gecta contre pour
-se ramentevoir/ et affin que l'en
-vint a luy. et peult bien estre que
-ladicte pelote qui estoit ung peu
-pesante cassa ung petit de voirriere
-dont les pieces &amp; esclatz cheurent
-dessus la dame. Mais il ne
-le cuydoit pas faire/ et jamais il
-n'eust pensé que elle eust esté dessoubz/
-par quoy le fault excuser/
-ne quelque chose que sadicte dame
-ait voulu dire il n'avoit haine
-a l'encontre d'elle/ car par maltallent
-il ne l'avoit fait/ mais seulement
-pour ce qui luy ennuyoit
-d'avoir la tant longuement atendu
-sans venir a luy. Et quant est
-du reffus de le saluer surquoy elle
-vouloit fonder sa haine de malveillance
-disoit ledit amant qu'elle
-fist sagement et ne luy en sceust
-oncques maulvais gré. Et qui
-plus est n'eust sceu riens faire qu'il
-luy eust despleu ne mal contenté
-car tout ce qu'elle voulloyt il desiroit
-&amp; au regard du cordon qu'il
-avoit porté aux piedz par despit
-d'elle disoit ledict amant deffendeur
-qu'il ne l'avoit faict que par
-plaisance joyeuse/ et pour monstrer
-qu'il avoit une moult belle
-dame il le faisoit pour l'amour de
-elle/ parquoy n'avoit mesprins.
-Et au surplus touchant les injures
-disoyt que quant il retourna
-ainsi angelé de l'huys de sadicte
-dame sans rien faire et a l'occasion
-que en s'en retournant il rencontra
-ung vieil tronchet de patissier
-qui luy cuyda fendre la greve
-de la jambe/ il mauldict ladicte
-dame/ et peult bien estre qu'il dist
-qu'elle estoit traistesse/ car il semble
-que se elle ne l'eust injurié ou
-que elle fust venue a l'huys il ne
-feust point cheut en ce dangier/
-ains eust esté garanty/ et encore
-d'abondant entant qu'il auroit failly
-de son costé il avoit obtenues
-lettres de pardon dont il requeroit
-l'enterinement et au moyen
-d'icelle delivrance de ses biens et
-de sa personne attendu que par ce
-que dit est ledit pardon estoit bien
-civil et raisonnable et demandoit
-despens au cas que sadicte dame
-vouldroit plus persister au procés
-a l'encontre de luy Aprés lesquelles
-deffences les gens d'amours
-reciterent les informacions et disoient
-que ilz trouvoient grandement
-chargé ledit amoureux deffendeur
-et ne se pouoyt excuser
-qu'il ne eust failly car sa dame estoit
-notoirement en la sauvegarde
-d'amours et sont toutes voyes
-de faict deffendues. Or avoit il
-par voye de fayct rompues les
-voirrieres et ycelle dame blecee
-qu'il deust avoir revenchee voire
-jusques a effusion de sang. Et
-ainsi se il eust donné ces choses a
-entendre et le cas tel qu'il estoyt/
-jamais ne eust obtenu pardon.
-parquoy disoient qu'il en devoit
-estre pugny et requeroient que iceluy
-povre amant fust banny a tousjours
-du royaulme d'amours
-a tant que ses biens feussent desclairés
-confisquez et pour amende
-prouffitable au double Ledict
-amant deffendeur soustenant ledit
-pardon disoit qu'il n'auroit cause
-de le condampner et que quant
-il n'avoit pardon &amp; qu'il eust commis
-aulcune faulte/ si pourtant
-veu les paines qu'il avoit eues &amp;
-la charge du service enquoy il estoit
-obligé et ou pendoit la mort
-ou la vie de chascune fois qu'il alloit
-vers ladicte dame il en devoit
-demourer quitte et ne luy en debvoit
-on rien demander Et au regard
-du cas l'en n'y pouoit noter
-mal. Premierement quant au gré
-de la partie il avoyt cause de le
-faire veu le long temps qu'il avoit
-songé a l'huis/ et affin qu'on ne
-luy peust pas faire entendant qui
-luy eust esté Si disoit par son serment
-que alors qu'il getta ladicte pierre
-il avoit tant de froit qu'il ne sentoit
-sa main &amp; ne scet s'il getta fort
-ou foible mais elle fut mout grevee
-et blecee et fut par grant fortune
-que les voirryeres cheurent sur
-elle et entant que touchoit les injures
-et de ce qu'il pouoit avoir legierement
-dit qu'elle estoit faulce et
-traistesse Respondit que ce avoit esté
-par chaude colle &amp; alors qu'il estoit
-blecé/ parquoy l'en ne s'i devoit arrester/
-car quant ung homme a
-mal excessif &amp; que c'est la cause d'amours
-l'en ne s'en sçauroyt tenir
-aucuneffois de maudire sa dame
-&amp; tous ceux qui en sont cause ou
-par qui le cas est advenu et par
-ainsi disoit que lesdictes lettres de
-pardon estoient bien civilles/ et
-qu'on y devoit obtemperer mais
-sadicte dame disoit au contraire
-et qu'il failloit premierement qu'il
-se desdist des injures/ et qu'elles
-devoient passer soubz dissimulacion/
-Car quant ung serviteur
-desprise sa maistresse ou dit mal
-de ceulx dont il doit avoir avancement
-il doibt estre reputé infame
-et debouté de tous lesditz biens
-et si fault qu'il l'amende ou aultrement
-chascun en voudroit autant
-faire. Et quant est de la charge
-du service dont il est plaint et
-dire que jamais homme n'entreprent
-si dangereuse poursuytte.
-Disoit ladicte dame qu'elle ne luy
-faisoit pas faire et en avoit sa part
-de la paine comme luy entant qu'il
-luy failloit trouver excusation
-legitime pour aveugler dangier
-et faulx semblant que l'en ne peult
-pas de legier appaiser quant ilz
-ont telle chose au cueur et ilz s'en
-doubtent Mais aussi de tant que
-en la poursuitte d'amours l'en a
-griefve paine et douleur &amp; l'on ne
-peut avoir ung seul bien comme
-d'ung baisier en passant et entre
-deux huys posé ores qu'il esclaire
-et face tonnerre jusques a tout
-rompre. Si vault myeulx cela
-que tous les biens qu'on sçauroit
-souhaitier et avoir sans peine pour
-suytte ung baisier ainsi prins en
-emblee que s'il avoit engaigé deux
-cens muys de blé Et par ainsi de
-retorquer ledict service ou compensation
-de peine il n'y avoit aucune
-apparence et concluoit
-comme dessus Ouyes lesquelles
-parties en tout ce qu'elles ont
-voulu dire et proposer elles ont
-esté apointees en droit et au produyre.
-Si a la court veu ledict
-procés &amp; dit que les lettres de pardon
-obtenues par ledict povre amoureulx
-seront enterinees. Et
-en ce faisant la court ordonne et
-mect sa propre personne et tous
-ses biens a playne delivrance en
-rescompensant tous les despens
-et pour cause.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .l. arrest</h2>
-
-
-<p>A la requeste du procureur
-general d'amours
-et par commission de
-la court de ceans ont esté
-prins et constitués prisonnier
-deux malfaicteurs et delinquans
-qui par leurs maulvaises langues
-avoient emblé la renommee
-et desrobé l'honneur de plusieurs
-dames a tort et sans causes/ si
-ont esté sur ce interroguees &amp; ont
-confessé le cas. Et avecques ce
-que tout le temps de leurs vie ont
-esté adonnés a grassement et goliardement
-parler des biens d'amours
-en disant plusieurs ordes
-parolles en malsonnans qu'il n'est
-besoing de reciter pour la turpitude
-d'icelles. Et finablement ladicte
-confession veue/ et le procés
-faict sur icelle la court les condampne
-tous deux a estre batus
-par trois samedis de verges par
-les carrefours. Et si les bannist
-du royaulme d'amours a tousjours
-en desclairant tous leurs
-biens confisquez. Et ordonne la
-court que tous ceulx qui parleront
-ainsi deshonnestement contre
-l'honneur des dames ne jouyront
-aulcunement des previleges
-d'amours/ et si seront pugnys si
-tres griefvement que les aultres
-y prendront exemple.</p>
-
-<div class="chapter"></div>
-
-<h2 class="nobreak">¶ Le .li. arrest</h2>
-
-
-<p>En la court de ceans
-c'est assis ung aultre
-procés entre une belle
-jeune dame &amp; le procureur
-general d'amours adjoinct
-avec elle demandeurs en cas d'excés
-d'une part/ &amp; ung assez gentil
-compaignon jadis amoureulx
-de ladicte dame prisonnier deffendeur
-audict cas/ et requerant l'enterinement
-de certaine remission
-d'autre part. Et disoit ladicte dame
-que combien que en amours
-l'en doibt endurer tout ce qu'il se
-faict par esbat ou amytié et qu'il
-soit deffendu aux hommes qui
-desirent leur avancement de ne proceder
-par voye de fait contre leurs
-dames jouant au tiers en ung
-beau grant preau vert/ et par joyeuseté
-en courant par derriere elle
-mist audict gallant ung tantinet
-d'herbe entre la chemise et le
-dos/ ce gallant se despita si terriblement
-que il luy vint incontinent
-bailler deux grans soufletz
-Et ne fut pas encores content de
-cela ainçoys la tumba a terre et
-la descoiffa en la trainant par les
-cheveulx devant tout le monde
-qui estoit illec/ comme s'elle eust
-esté sa chamberiere en ce faisant
-voye de faict est deffendue force
-et violence publicque en refraignant
-et derompant la sauvegarde
-d'amours ou ladicte dame estoyt
-enclose/ et aultrement grandement
-moult excedant et delinquant
-Et pource concluoit et requeroit
-ladicte dame a l'encontre dudict
-deffendeur qu'il fut condampné
-et contrainct a reparer lesdictz excés
-et oultraige et luy faire amende
-honnorable c'est assavoir en la
-court de ceans et au preau ou le
-cas a esté commis nue teste et en
-chemise tenant une torche ardant
-en sa main disant que a tort et
-maulvaisement a bastue et descoiffee
-ceste dame/ il s'en repent et
-crye mercy a elle/ et a toutes les
-dames qui estoient presentes Et
-avec ce pource que le cas est enorme/
-et qu'il touchoit l'honneur de
-icelle dame demanderesse elle requeroit
-aussi que ledict deffendeur
-feust condampné a souffrir pugnicion
-corporelle audict preau
-ou il avoit faict l'oultraige en la
-maniere qui s'ensuyt. C'est assavoir
-qu'il feust lié tout nud a ung
-pillier que l'on y atacheroit/ et que
-illec toutes les dames qui virent
-ledict cas advenir le vinsent bastre
-a leurs aises jusques a ce que
-il fust bien frotté pour donner exemple
-aux aultres qui en vouldroient
-autant faire et en amende
-prouffitable en la somme de
-deux mille livres ou que telles
-aultres conclusions luy feussent
-adjugees que la court verroyt
-estre a faire en demandant despens
-dommaiges et interestz.
-De la partie dudict amoureulx
-fut deffendu au contraire et disoit
-que les hommes ne estoyent
-point tenus d'endurer des dames
-se il ne leur plaist/ car elles sont
-subjectes/ &amp; ne leur appartient de
-venir mettre en leurs dos aulcunes
-herbes soit par esbat ou aultrement/
-car ce qui leur plaist en
-une maniere il desplaist aux autres.
-Or estoit vray que ceste dame
-de son auctorité et sans dire
-qui avoit perdu ou gaigné luy estoit
-venue getter dedens le dos
-en jouant au tyers une poignee
-d'orties et d'ordure ou il y avoit
-parmy des fourmys qui le picquoyent
-et faysoyent si grant mal
-que il ne pouoit durer. Et a ceste
-cause comme tout esmeu par chaulde
-colle la vint frapper et descoifer
-ainsi que a esté dit Et fault en
-ce noter qu'il n'y prenoit pas garde/
-mais pour la grant douleur
-qu'il sentoit au dos il ne s'en peut
-tenir. Et duquel cas ainsi advenu
-icelluy amant depuis qu'il a esté
-rassis a esté desplaisant de l'avoir
-faict. Et oultre plus c'estoit tiré
-a la chancellerie d'amours/ et en
-avoit tout entierement obtenues
-lettres de remission qui estoyent
-bien civilles et raisonnables veu
-ce que dit est dont il requeroit l'enterinement
-alias concluoit affin
-d'absolution et de despens Aprés
-lesquelles deffences les gens d'amours
-disoyent que ilz avoyent veu les
-informations faictes en ceste matieres/
-par lesquelles le cas estoyt
-veriffié. Et aussi ne le pouoit ledict
-amant deffendeur nyer/ car
-luy mesmes l'avoit confessé. Et
-disoyent lesdictz gens d'amours
-que l'excés estoit moult grant/ et
-l'oultrage fait a ladicte dame excessif/
-et que selon les droictz d'amours
-qui parlent de ceste matiere
-la pugnition y est si tresgrande/
-qu'on ne sçauroit dire et nompas
-seulement sont telz gens qui
-battent et frappent leurs dames
-dignes de mort acoustumee mais
-doibt l'en deppartir et detrancher
-tous leurs membres par pieces/
-aussi en effect c'est venu encontre
-la souveraineté d'amours/ et encourir
-crime de leze magesté. Et
-pource requeroyent et concluoyent
-lesdictes gens d'amours que
-ledict amant deffendeur feust pugny
-de pugnition corporelle &amp; publicque/
-et en ce faisant condampné
-a souffrir mort/ et estre executé
-par justice. et quant a la remission
-disoyent que l'en n'y debvoit
-obtemperer/ car le cas de soy estoit
-inremissible/ et failloit tout
-ainsi que ledit amant avoit faict
-ledict cas publicquement que le
-cas feust pugny devant la veue
-du monde aussi de le faire aultrement
-ladicte dame demoureroyt
-deshonnoree a tousjours mais qui
-ne se pouoit soubstenir en raison
-Par quoy comme dessus l'en n'y
-debvoit en riens obtemperer consideré
-mesmement l'enormité dudit
-cas et le consequent qui en peut
-advenir. Et finablement disoyent
-que se ledict delict demouroit
-impuny il n'y auroit jamais dame
-seure/ et seroyent tous les biens
-d'amours desprisez &amp; mis dessoubz
-le pied par telz &amp; meschans
-gens qui vouldroyent bien frapper
-aulcuneffois concluant comme
-dessus. Aprés les conclusions
-ainsi prises par lesdictes gens d'amours
-icelle dame emploioit ce
-que ilz avoyent dit a son proffit
-et oultre pour deffendre ladicte remission
-entant qu'il luy touchoit
-elle disoit qu'elle ne debvoit estre
-enterinee audict amant/ car elle
-estoit subretice/ obretice/ et desraisonnable
-subrectice entant qu'il avoit
-sceu que ladicte dame estoit
-en sa sauvegarde d'amours quant
-il perpetra lesdictz excés en la presence
-d'elle et aussi que elle a sceu
-que l'herbe qu'elle luy gecta dedans
-le doz n'estoit que par esbatement
-et en signe d'amour comment l'en
-peult ymaginer et s'eust esté ung
-aultre homme a qui elle eust voulu
-mal jamais ne se y fust jouee
-Et a la verité de tant qu'elle se seroit
-jouee a luy se l'amoureux estoit
-tel qu'il devoit estre il l'en debvoit
-plus priser Et monstroit bien
-que il ne sçavoit gueres d'honneur.
-Obretice car il avoit donné
-a entendre en ladicte remission
-que ladicte dame luy avoit getté
-des orties et des formis entre la
-chair &amp; la chemise mais le contraire
-est vray c'est assavoir qu'il n'y
-avoit que belle herbe verte sans
-qu'il y eust point d'orties ne de formis
-ne que cela luy eut oncques
-fait mal ne desplaisir Et si au regard
-d'elle pour s'aquitter et monstrer
-l'amour qu'elle avoit en luy
-elle pouoit bien cela faire et luy
-estoit permis selon l'anticque et
-commung proverbe qui dict que
-gens qui s'entrayment pierres s'entreruent.
-Incivil/ car pardonner
-tel cas c'est en effect consentir que
-une dame demeure blasmee &amp; infame
-sans avoir reparation de
-son honneur qui ne se peult faire
-en terme de raison. Et aussi que
-ledict amant avoit trainee par les
-cheveux/ et devant tout chascun
-estoit de soy inremissible Disoit
-oultre ladicte dame que ladite remission
-estoit desraisonnable/ car
-se telles choses avoient lieu &amp; que
-amoureux fussent quictes de telz
-maulx pour prendre une pareille
-remission Il vauldroit aussy
-chier qu'il n'y eust plus de justice
-en amours et gaigneroit l'en autant
-a faire mal que bien. Mais
-ledict amant deffendeur soustenant
-sa remission disoit que le cas
-n'estoit si grant ne si mauvais comme
-l'en le faisoit de beaucoup Premierement
-car ladicte dame l'avoit
-menassé et sans ce qu'il luy
-demandast rien estoit venue toucher
-lesdictes herbes et orties parquoy
-s'il s'estoit revenché il avoyt
-de raison Secondement posé qu'il
-eust frappé si n'avoit elle point
-esté affolee et si ne l'avoit faict ledict
-amant que par jeu. Tiercement
-le cas estoit advenu par hastiveté
-de chaulde colle voire en
-estant cause promovent. Et par
-ainsi ladite remission estoit bien
-fondee et raisonnable et ne failloit
-point parler d'incivilité ne dire
-que amours ne puissent pardonner
-tel cas/ car de plus grans la
-moytié/ le chancellier d'amours
-baille tous les jours remission
-voire a ceux qui ont tué leurs dames
-et estoit trop contente la puissance
-et souveraineté d'amours
-Disant oultre ledict amant que
-en sesdites lettres de remission il
-avoit donné a entendre toute la
-pure verité du cas Parquoy l'en
-y devoit obtemperer et concluoit
-comme dessus Mais les gens d'amours
-en luy respondant disoient
-que ce cas ne se devoit jamais pardonner
-ne remettre avecques les
-autres/ car d'avoir ainsi frappé
-ladicte dame et traisnee par les
-cheveulx se estoit offence inremissible
-et donner occasion a chascun
-qui la estoient presens de penser
-qu'il sçavoit quelque mal a la
-dame et d'en publier contre son honneur
-ce qui n'est point. parquoy
-il failloit que sa faulte feust reparee
-publiquement Et ne la devoit
-l'en point passer soubz dissimulation.
-Ouyes lesquelles parties
-en tout ce qu'elles ont voulu dire
-et alleguer elles ont esté appointees
-en droit a mettre par devers
-la court et au conseil. Si a ladicte
-court veu le procés avec lesdictes
-lettres de remission &amp; tout ce
-qu'il failloit veoir en ceste matiere.
-Et tout veu et consideré ce que
-il failloit a considerer/ la court
-dit que lesdictes lettres de remission
-sont incivilles et qu'elle n'y
-obtemperera point/ et deffendit au
-chancelier d'amours de n'en bailler
-plus de pareilles a quelque amoureulx
-que ce soit. Et condampne
-la court ledict amant deffendeur
-pour reparacion dudict cas
-a estre despoullé tout nud et ordonne
-qu'il luy sera en cest estat baillé
-et delivré par le bourreau quatre
-vieilles chamberieres d'estuves
-pour le tresbien vanner dedens
-une vieille coste poincte de
-prisonniers/ ou d'autre vieille couverture
-pleine de poux et de vermine
-Et cela faict le condampne
-a estre jecté tout nud en ung champ
-plain d'orties et de chardons. Et
-au surplus le bannist a tousjours
-mais du royaulme d'amours et
-du service des dames en desclairant
-tous et chascuns ses biens
-confisquez.</p>
-
-
-
-
-<p class="gap">L'arrest finy ledit
-president qui estoit las &amp;
-n'en pouoit plus dist au peuple
-illec attendant. Le greffier dira
-le surplus/ ainsi le greffier s'avança
-de plusieurs autres arrestz dire
-mais de tous ceulx qu'il prononça
-ne peuz rien rapporter ne
-escripre/ il avoit ung peu la voix
-basse tant qu'on ne le pouoyt entendre.</p>
-
-<div class="poetry">
-<div class="verse">Si eut arrest et jugement</div>
-<div class="verse">Prononcez lors tant que merveilles</div>
-<div class="verse">Dont je vis mains povres amans</div>
-<div class="verse">Plourer &amp; grater leurs oreilles</div>
-
-<div class="verse stanza">Et ceulx qui cuydoient pour eulx</div>
-<div class="verse">Furent contre eulx je vous affie</div>
-<div class="verse">Se les jugemens sont douteux</div>
-<div class="verse">Nul n'est pas saige qui s'i fie</div>
-
-<div class="verse stanza">Si fais veu aux dames</div>
-<div class="verse">Que plus ne serviray amours.</div>
-<div class="verse">Se g'y ay mesprins je m'en repens/</div>
-<div class="verse">Ailleurs me fault prendre mon cours.</div>
-
-<div class="verse stanza">Et quant est d'espoir et recours</div>
-<div class="verse">Ilz m'ont esté par trop rigoureux</div>
-<div class="verse">Et pource soubstiendray tousjours</div>
-<div class="verse">Que les loyaux sont les plus douloureux.</div>
-</div>
-
-
-
-
-<p class="gap">¶ Cy finissent les
-cinquante et ung arrest d'amours.
-Nouvellement imprimé a paris
-par la veufve feu Jehan trepperel
-et Jehan jehannot Imprimeur
-et Libraire juré en l'université de
-paris Demourant en la rue neufve
-nostre dame a l'enseigne de l'escu
-de France.</p>
-
-<div class="trnote">
-
-
-<h2 class="nobreak">Notes du transcripteur</h2>
-
-
-<p>L'orthographe et la ponctuation sont conformes à l'original. Pour
-faciliter la lecture, on a ajouté apostrophes, accents et cédilles,
-distingué i/j et u/v, et résolu les abréviations conventionnelles
-(par exemple cõe &gt; comme).</p>
-
-<p>Certaines erreurs manifestes ont été corrigées (confusion entre
-qui/qu'il/qu'ilz, doublons, interversions ou substitutions de lettres,
-etc.)</p>
-
-</div>
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-</div>
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-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org.
-</div>
-
-<div style='display:block;font-size:1.1em;margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
-
-<div style='display:block;margin:1em 0'>
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-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
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-Revenue Service. The Foundation&rsquo;s EIN or federal tax identification
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-</div>
-
-<div style='display:block;margin:1em 0'>
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-mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
-volunteers and employees are scattered throughout numerous
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-Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
-date contact information can be found at the Foundation&rsquo;s web site and
-official page at www.gutenberg.org/contact
-</div>
-
-<div style='display:block;margin:1em 0'>
-For additional contact information:
-</div>
-
-<div style='display:block;margin-top:1em;margin-bottom:1em; margin-left:2em;'>
-Dr. Gregory B. Newby<br />
-Chief Executive and Director<br />
-gbnewby@pglaf.org
-</div>
-
-<div style='display:block;font-size:1.1em;margin:1em 0; font-weight:bold'>
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-</div>
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