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If you are not located in the United States, you -will have to check the laws of the country where you are located before -using this eBook. - -Title: Les cinquante et ung arretz d'amours - -Author: Martial d'Auvergne - -Release Date: December 28, 2020 [eBook #64153] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -Produced by: Laurent Vogel and the Online Distributed Proofreading Team at - https://www.pgdp.net (This file was produced from images - generously made available by the Bibliothèque nationale de - France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) - -*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES CINQUANTE ET UNG ARRETZ -D'AMOURS *** - - - - - -S'ensuyvent: les cinquante & ung arestz Donnez au grant conseil -d'amours/ a l'encontre de plusieurs parties. Nouvellement imprimez a -paris. - -[Illustration] - -On les vent a paris en la rue neufve nostre dame a l'enseigne de l'escu -de France. - - - - -¶ Cy commence les cinquante et ung arrestz d'amours. - - - Environ la fin de septembre - Que saillent violetes & flours - Je me trouvay en la grant chambre - Du noble parlement d'amours - Et advint si bien qu'on vouloit - Les derreniers arrestz prononcer - Et que a ceste heure on appelloit - Le greffier pour les commencer - Si estoyent illec bien vingt six - A les rapporter et a veoir - Ou meillieu desquelz je me assis - Pour en faire comme eulx devoir - Le president tout de drap d'or - Avoit robbe fourree d'ermines - Et sur le col ung camail d'or - Tout couvert d'esmerauldes fines - Les seigneurs lays pour vestement - Avoyent robbes de vermeil - Frangees par hault de dyamans - Reluysans comme le souleil - Les aultres conseilliers d'eglise - Estoyent vestus de velours pers - A grant fueillage de venise - Bordez a l'endroit et l'envers - Dessus si avoyent leurs manteaulx - Tout de grosses perles barrez - Fermans a moult riches fermaulx - Et puis leurs chapperons fourrez - Aprés y avoit les deesses - En moult grant triumphe & honneur - Toutes legistes et clergesses - Qui sçavoyent le decret par cueur - Toutes estoyent vestues de vert - Fourrez de penne de letisses - Et avoyent leur col tout couvert - De colliers d'or gens et propice - Puis portoyent atours a ces fins - Moult excellens et precieulx - Qui estoyent si deliez et fins - Que on veoit leurs beaux cheveux - Leurs habitz sentoyent le cyprés - Et le mutz si habondamment - Que l'en n'eust sceu estre au plus pres - Sans esternuer largement - Oultre plus en lieu d'herbe verd - Qu'on a acoustumé d'espendre - Tout le parquet estoit couvert - De rommarins et de lavende - Plusieurs amans et amoureux - Illec vindrent de divers lieux - Dont il en eust moins de piteux - Et d'amans courroucez joyeulx - Par derriere les bancz j'en vis - Qui lesditz arrestz escoutoyent - Dont leurs cueurs estoyent tant ravis - Qu'ilz ne sçavoyent ou ilz estoyent - Les ungz de paour serroient leurs dentz - Et estoyent aussi froitz que marbre - Les aultres esmeuz et ardans - Tremblans comme la fueille en l'arbre - Nul n'est si saige ne parfait - Que quant il oit son jugement - Qu'il ne soit a moytié deffait - Et troublé a l'entendement - Je laisseray ceste matiere - Car de cela pou me challoit - Et racompteray la maniere - Comment le president parloit - Et tout ainsi et au plus pres - Que les arrestz luy ouy dire - Je les ay escriptz cy aprés - En la forme que l'orrés lire - Sans y adjouster quelque chose - Aussi retenir ne oster - Et les prononça tout en prose - Comme vous orrés reciter - - - - -Premier arrest. - - -Par devant le prevost de deuil se assist despyeça ung procés entre une -tresgracieuse dame et le procureur d'amours en cas d'excés d'une part/ & -ung jeune amant escuyer deffendeur d'aultre part. et disoient lesditz -demandeurs que ceste dame en tout son temps a esté de grant renommee -fort esbatant joyeuse & de plaisant maintien & qu'elle s'est tousjours -bien & honnestement entretenue en service d'amours/ sans jamais avoir -esté reprise d'aulcun villain cas blasme ou reproche. Or estoit que ja -pieça cest amoureux s'acointa de elle/ et aprés plusieurs allees/ et -venues il la pria d'aymer en luy presentant plusieurs dons et bagues -qu'elle ne voulut prendre ne recepvoir pour doubte de commettre symonie -en amours qui est deffendue/ mais l'en remercia en luy soubzryant et -respondant moult gracieusement toutes & quantes fois qu'il parloit a -elle. Et peult bien estre que pour la loyaulté qu'elle cuidoit trouver -en luy disant que elle l'aymoit bien et qu'il estoit taillé d'avoir -beaucoup de biens au temps advenir sans y penser nul mal dont le galant -mal considerant que dames sont tousjours plus promptes a resjouyr Cueurs -d'amoureux que a faire douloir s'esmeut & eschauffa tellement qu'il luy -sembla que la besoingne estoit ja faicte et qu'il en viendroit bien au -dessus de ces attainctes & de faict une journee luy vint dire qu'il -estoit mort & qu'il ne viveroit pas trois jours si elle ne luy octroyoit -ce qu'il luy demandoit De laquelle chose ceste dame estoit moult esbahie -Et a brief luy respondit que d'autant qu'elle l'aymoit elle le herroit -desormais s'il luy parloit plus de cella dont il ne tint guieres de -compte ains se efforça de proceder oultre & de prendre par force ung -baiser parquoy elle le voulloit frapper et neantmoins ne s'en voult -departir ains revient vers elle faignant de plorer de doulleur et -d'angoisse qu'il enduroit. Et ou qu'il s'estoit faict frotter le -visaige/ et les yeulx de eaue de soulcye affin que il semblast plus -pyteux. Et tellement que ceste dame esmeue de pitié en cuydant -veritablement que les larmes qu'il avoit aux yeulx lui venissent du -parfond du cueur le baisa & acola deux ou trois fois pour obvier a -plusgrant meschief ou que il ne cheust en desespoir. Et avecques ce luy -feist plusieurs aultres gratuitez et menus plaisirs dont il ne fut -encores pas content/ ains perseverant de mal en pis voullut mettre la -main au testin/ et a ceste cause elle s'en courrouça/ et aprés pour le -eslongner et pour lui monstrer qu'il n'estoit pas la ou il cuidoit elle -luy donna congé affin qu'il n'y retournast plus/ mais ce nonobstant -encores fut il plus eschauffé de y venir que devant. Et aprés advint que -ung jour sus le jour arriva en la maison d'elle court habillé/ et -desguisé a tout une gente daguette pendante a sa ceinture/ et aprés -qu'il l'eut saluee et bien longuement quacqueté il commença a dire ces -motz. Madame mauldicte soit l'heure que je feus oncques né/ neantmoins -je ne eusse point tant souffert de paine que faitz pour vous et puis que -ainsi est qui ne vous en chault et que n'y voullez remedier j'ayme -mieulx me tuer icy par devant vous que de plus languir Et je vous -asseure ma foy que jamais je ne me partyray de ceans qui ne m'emportera -les piedz devant/ Car il me souffist que je meure & pour vous & en auray -merite. Et sur ce point ledit amoureux print sa dague et commence a soy -deslasser faingnant de s'en frapper a la poictrine. A quoy la dessus -dicte dame pour doubte d'esclendre mist la main au devant du pourpoint -et du pommeau et le tence tresbien luy demonstrant que il seroit perdu & -homicide de soymesmes Et aussi elle le reconforte le myeulx que elle -peust pour le destourner du mal fait qu'il voulloit faire/ mais au -dernier riens ne valut/ car il commence a jurer et maulgreer que il se -tueroit illec en la place sans plus attendre pas une heure/ et faict -ainsy qu'il faignoit de soy frapper et mettre la dague dedans le corps -ceste povre femme toute seulle esmeue et troublee & non pas sans cause -pour obvier a l'effusion du sang qui s'en feust ensuy et ad ce qu'on -eust peu dire que s'eust elle mesme esté et qu'elle l'eust tué qui eust -esté grant esclandre pour elle et les siens a tousjours fut contrainte -de luy souffrir acomplir sa mauvaise voulenté. Depuis laquelle fiction -ainsi faicte qui n'estoit que une vraye trahison pour decepvoir ceste -povre femme comme il a bien monstré & c'est ledit amoureux venté et deu -dire en plusieurs lieux qu'il en avoit jouy par subtilz moiens -nonobstant que aultres y avoient bien failly en cessivant & esjouyssant -& deshonnorant sans cause en maintes manieres. - -¶ Parquoy elle concluoit a l'encontre de luy qu'il fust condempné a luy -faire amende honnourable et prouffitable. Honnourable c'est assavoir nue -teste en chemise tenant une torche ardant a sa main du poix de quattre -livres de cire disant que faulcement et maulvaisement il l'a deceue -trahie et circonvenue si s'en repent et luy en requiert mercy et pardon. -Et pour amende prouffitable qu'il feust condamné envers elle en la somme -de .iiii.M. livres parisis ou aultre telle somme que de raison deveroit/ -et en ces despens dommages/ et interestz. Et aussi requeroit qu'il lui -fust deffendu de parler a elle en aulcune maniere. Et au regard du -procureur d'amours il concluoit et requeroit a l'encontre dudit amant -que pour la raison dudict cas ou il y avoit faulceté & trahison il fut -pugny de telle pugnition corporelle et publique que le cas le requeroit -et se il ne l'estoit au moins qu'il fust perpetuellement a tousjours -banni d'amours et le declaira inhabille de estre en la compaignie de -bien et de dames et damoyselles comme traystre et de mauvais affaire que -tous ses biens feussent declairez/ confisquez/ et appartenir a amours. -Et oultre qu'il feust trainé sus une claye et batu par les carrefourgs -de syons de vert osier & de branches de groseliers affin que desoresmais -tous autres y prinssent exemple avecques aultres conclusions plus a -plain declairees ou procés. De la partie de cest amoureux deffendeur fut -deffendu au contraire. Et disoit que voirement il estoit vray qu'il -avoit esté bien fort feru de l'amour de ycelle demanderesse/ et qu'il -l'avoit servie moult longuement et fait envers elle tous les debvoirs -qu'il est possible de faire a loyal serviteur mais elle lui avoit user -de bien rudes & estranges termes. Car combien qu'elle luy eust promis de -chierement l'aymer et entretenir en sa bonne grace. Touteffoys bien -souvent faisoyt semblant de non le congnoistre/ puis a une fois elle lui -soubzrioit & l'autre fois luy rechignoyt ou n'en tenoit compte. Et brief -le povre gallant le plus du temps ne sçavoit ou il estoit & en eust bien -voulu saillir/ mais il ne pouoit/ car quant il s'en voulloit oster -c'estoit lors que il commençoit plusfort a aimer que jamais ne dormoit -point ne nuyct ne jour/ ainçoys tousjours pensoit a elle/ & en ce -faisant bien souvent frissonnoit/ et luy sembloit qu'il avoit plus de -cent esguilles autour du col qui le picquoyent S'il eust voulu manger il -n'eust sceu car il n'y avoit si bonne ne si doulce viande qui amere ne -luy semblast. Or disoit il que pour obvier a ceste maladie et aux accés -de telles fievres blanches plusieurs foys supplye et requist ceste dame -cy qu'elle eust de luy pitié et le voulsist secourir dont elle n'avoit -voulu riens faire ains le pourmenoit de jour en aultre de dymenche au -jeudy tellement que au dernier quant il veit que il n'en pouoit plus il -voulut trouver maniere de luy dire au vray l'angoisse & la douleur qu'il -souffroit pour elle. Et fut vray voirement que pource qu'elle n'y -vouloit pas pourveoir il print alors sa dague pour s'en frapper et -disoit veritablement que veu le tresgrant mal que il avoit il se feust -tué et ainsi l'avoit il deliberé de le faire se elle ne luy eust aydé et -secouru de sa bonne grace/ dont il se sentoit bien tenu a elle/ et quant -est de ce que on luy mettoit a sus qu'il avoit publyé le cas pour la -diffamer il respondit qu'il ne l'avoit jamais dit ne declairé sinon a -aulcuns de ces particulliers et secretz amys que il tenoit bien si seurs -jusques la que jamais riens ne revelleroyent/ et que on avoit cela songé -pour charger son honneur a tort et sans cause. Et au regard du cas -principal disoit qu'il n'y avoit veu de son costé aucun excés/ crisme ne -malleffice/ Mais luy avoit aydé et secouru ladicte demanderesse de son -bon gré et consentement et qu'il valloit mieulx avoir le personnage par -amour que venir par force: ou faire esclandre/ & par ainsi disoit qu'il -ne luy en pouoit rien demander/ ains estoit en voye d'absouldre ses -faitz concluoit et demandoit despens encontre ladicte demanderesse. Les -dictes partyes ouyes en tout ce quelles voulurent dire & alleguer/ ledit -prevost de dueil veues toutes les informations faictes en ceste matiere -et la confession dudit amant deffendeur par laquelle les demandeurs -prindrent & requirent droit estre fait condampna par sa sentence ledit -amoureux deffendeur a faire amende honnourable a sadicte dame/ et luy -crier mercy treshumblement a genoulx sans saincture ne chapperon a tout -une torche ardante en sa main en disant ces motz. Madame je congnois et -confesse ycy devant dieu et devant le monde que comme mal conseillé et -mal advisé/ je vous ay trahie faulcement et maulvaisement/ dont je vous -crie mercy et a la justice d'amours. Et avecques ce le declaira privé de -tous biens et plaisirs d'amours/ et ses biens confisquez en le -bannissant perpetuellement du royaulme d'amours & de toutes bonnes -compagnies comme indigne d'y estre et habiter. Et semblablement le -condampna envers ladicte demanderesse pour amende prouffitable en la -somme de mille livres parisis/ et a tenir prison jusques a plaine -satisfation et en ses despens dommaiges et interestz/ de laquelle -sentence ainsi donnee par ledit prevost de dueil icelluy deffendeur se -est sentu aggravé et en a appellé en la court de ceans/ et semblablement -en a appellé ladicte demanderesse et ledict procureur d'amours pour ce -que ilz disoyent que il ne leur avoit pas assez adjugé/ et que ledict -deffendeur en avoit trop bon marché. et depuis ont lesdictes parties -conclud audict procés par escript. et a esté veu et receu ceans pour -juger a bene vel male. Si a ladicte court finablement veu le procés et -tout ce qui a esté produyct en ycelluy a grant et meure deliberation et -tout veu et consideré ce que faict a considerer. Adoncques ladicte court -d'amours dict que entant que ledict amoureux est appellant il a esté -bien jugé par ledit prevost de dueil/ et mal appellé par luy/ et le -amendera. Et entant que touche lesditz demandeurs qu'ilz ont bien -appellé et ledit prevost mal jugé/ et en amendant le jugement/ la court -oultre les condampnations dessusdictes condampne ledict amoureux -appellant a aller en voyaige nudz piedz a monseigneur sainct valentin et -y porter ung veu de cire du poix de quarante livres/ et a raporter -certiffication comme il y aura esté dedans ung moys Et en oultre -desclaire ladicte demanderesse estre exemptee a tousjours de luy & des -siens jusques a la tierce generation/ et si ordonne que en signe de la -dessusdicte trahyson et faulceté/ touteffoys et quantes que on le -servira desormais a table on mettra le pain devant luy a l'envers et le -dessus dessoubz. Et avecques cela le condampne la court en moult grans -despens de la cause d'appel envers ladicte dame demanderesse. la -tauxation reservee par devers elle. - - - - -Le .ii. arrest. - - -Par devant le baillif de joye c'est assis ung aultre procés entre ung -jeune compagnon amoureux demandeur d'une part. Et sa dame deffenderesse -d'autre part. Et disoit ledict amoureux demandeur que ainsi qu'il avoit -prins congé de sadicte dame pour s'en aller en sa maison elle le -rappella et hucha pour parler a luy/ et aprés quant il fut tout auprés -d'elle elle faisant semblant de s'acouter et de vouloir parler de secret -le baisa si tresasprement que elle le cuyda faire seigner du nez Et puis -quant vint au desserrer le frappa moult durement de la patte de son -chapperon ou il y avoit une esguille et une espingle de laquelle il eut -la joue toute esgratisgnee qui depuis est debvenue enflee et ne sera -d'icy a troys moys qu'il n'y paire. A l'occasion duquel cas il ne s'est -osé monstrer devant les gens par certain temps et est encores tres fort -malade. et pource que il sçavoit bien que sadite dame ne l'avoit pas -fait par haine et maltallent qu'elle eust a luy il ne vouloit point -tendre a reparation/ mais concluoit & requetoit seulement qu'elle fust -condampnee a le garir & faire penser durant sa maladie. De la partie de -ladicte dame fut deffendu au contraire/ & disoit que l'amant avoit esté -invaseur & assaillant pour avoir ledit baiser/ et au regard de la -picqueure elle estoit advenue par fortune/ & advanture dont elle ne -pouoit mais/ et aussi n'y avoit chose dont l'en deust parler/ car ledict -amant n'en laissoit a boire ne a menger et se plaingnoyt de sa teste -Surquoy les parties ouyes ledict bailly de joye par sa sentence & au -regard a certains rappors de medecins d'amours qui avoient rapporté le -peril/ et dit que la playe estoit en lieu dangereux condampna ladicte -dame a mouiller de sa salive tous les moys la playe de son amy pour -faire en aller le venin jusques a ce qu'il fust guery. Et aussy a luy -fournir de drappeaulx surquoy seroit fait bon emplastre. De laquelle -sentence ceste defenderesse c'est sentue grevee/ et en a appellé en la -court de ceans ou le procés a esté receu pour juger Et finablement tout -veu & consideré ce que estoit a considerer. La court d'amours a regardé -et dit qu'il a esté bien jugé par ledit bailly/ et mal appellé par -ladicte dame appellante et l'amendera. Et en oultre pource qu'il est -apparu en ladicte court & venu a congnoissance que icelle appellante a -deu dire et soy vanter que depuis ladicte sentence que s'il convenoyt -moullier ladicte playe de sa sallive/ elle le mordroit en ce faisant si -asprement qu'il luy en souviendroit a tousjours mais. La court l'a -condampnee en trente livres d'amende envers les prisonniers d'amours -pour employer en bancquetz et en herbe verte et es despens de la cause -d'appel la tauxation reservee par devers luy et si ordonne qu'elle sera -contraincte a obeyr a l'arrest par prinse de son corps - - - - -¶ Le troisiesme arrest - - -Par devant le vergier d'amours en la province de beaulté c'est assis ung -aultre procés entre ung amoureux demandeur en matiere de recision de -contract de une part. Et sa noble dame et amye deffenderesse d'aultre -part. Et disoit ledit demandeur que du temps qu'ilz acointerent l'ung -l'autre ilz firent ensemble plusieurs promesses et alliances d'amours/ & -entre les aultres il y en eut ung compassé entre eulx deux/ par lequel -ledit amoureux luy promist que toutes et quanteffoys qu'il se vouldroit -coucher et mettre son coeuvrechief de nuit/ il seroit tenu de nouer le -bout dudit coeuvrechief a deux bons & fors neuz et de dire pour l'amour -d'elle en le tyrant/ dieu doint bonne nuyt a madame. Et aussi elle -diroit pareillement quant il se lieveroit au matin en mettant sa -chemise/ Dieu doint bon jour a mon tresdoulx amy. Et avecques ce estoit -dit que le gallant debvoyt toutes les sepmaynes passer sur le tard une -foys ou deux devant son huys. Et attendre une bonne certaine heure qui -estoit dite pour avoir ung boucquet ou une viollette qu'elle luy debvoit -pour recompense getter avant qu'il s'en allast/ ou dire a dieu/ dieu -doint bonne nuit or disoit cest amoureux que en faisant ledict contract -il avoit esté enormement deceu. Car premierement au regard de tyrer son -couvrechief toutes les nuytz il en estoit en telle necessité qu'il luy -failoit avoir ung neuf de trois jours en trois jours tant en rompoit et -deschiroit. Et si pour tirer ne pour nouer il ne luy en estoit de rien -mieulx et ne s'en sentoit point en nulle maniere plus allegié quant il -estoit couché. Mais souventeffois encore pour ce que ledit couvrechief -estoit trop serré ou noué il luy failloit tout oster & le remettre qui -luy estoit grant peine avec le mal qu'il avoit Et touchant l'autre point -il y avoit aussi et de l'autre moitié de juste pris/ Car seullement pour -avoir ung povre boucquet ou une viollette/ ce galant estoit contrainct -de aller et passer une fois ou d'eux la sepmaine par devant l'huys de sa -dame ou il souffroyt maux infinis/ car premierement il advenoit -tressouvent qu'il ne la trouvoit point a l'uys ne ame a qui parler/ et -ainsi convenoit attendre illec et longuement jambaier le povre amant -sans avoir feu ne clarté. Secondement car quant il s'en vouloit partir -il veoit aulcuneffois la lueur de la chandelle par les verrieres dont il -estoit transy et ravy qu'il ne sçavoit qu'il devenoit Et pource qu'il -cuidoit lors qu'elle ne fust pas couchee et que tantost deust venir/ il -attendoit tout seul illecques emmi la rue deux ou trois heures/ et -aucuneffois toute la nuit & se pourmenant pour doubte de morfondre -regardant en hault les gouttieres/ s'elle viendroyt point aux fenestres -ou il y avoit aussi grant martire/ et mesmement ou temps de yver pour -les neiges et la froidure qu'il luy convenoit endurer dont il estoit -souvent en tel point qu'il ne sentoit membre qu'il eust si que l'en eust -ouy cliqueter ses dens l'une contre l'autre comme une cigoingne -Tiercement que pour la pluye et mauvais temps qu'il couroit il estoit -parfoys contraint de s'en partir et retourner tout mouillié a l'ostel -sans rien faire fors seulement baiser la cliquette de l'uis a son amye -pour luy dire a dieu Et ses habillemens estoient sy tres trempez que la -chemise qu'il avoit vestue il luy failloit changier/ tout aussy tost -qu'il estoyt a l'hostel et prendre tous nouveaulx habillemens qui luy -estoit pareillement moult grant et tresgrief martyre sans encores n'y -compter ne comprendre la paine qu'il avoit d'estre congneu du dangier du -guet/ et aussy de se bouter dedans les boues/ et de cheoir aux russeaulx -ou dedans la fange/ et de se heurter a grosses pierres/ ou rencontrer -une charrette et moult d'autres malles adventures qui pouoyent venir de -nuyct/ et aussi que il avoyt esté souventeffois/ et estoyt encores -enormement deceu Et pource requeroit que ledict contract feust mis au -neant et qu'il feust remis en sa franche liberté. Et disoyt oultre que a -greigneur seureté il en avoit a ceste fin obtenues lettres de -relievement d'amours/ et dispensation sur ce dont en tant que mestier -estoit requeroit l'enterinement/ offroit a prouver et demandoit despens. -De la partie de ceste deffenderesse si fut deffendu tout au contraire et -disoit que de se plaingdre du contract/ le demandeur avoyt grant tort. -Car par icelluy elle estoyt subjecte a plus grande paine que il -n'estoit. neantmoins elle estoit tenue touteffoys/ et quanteffoys qu'il -plaira a amours de s'en departir et y renoncer/ Mais d'y venyr par -recision ce n'estoyt point la maniere et ne voulloyt point qu'il luy -feust reprouché que elle eust jamais receu homme/ car c'estoyt trop -grant blasme et ce n'estoit pas le renom. Et pour venir a ses deffenses -disoyt que ledict contract fut fait et passé a la grande priere et -requeste dudict amant. Car elle n'y pensoit point quant il luy vint -supplyer et requerir sur tous les plaisirs qu'elle luy pouoit faire -qu'elle voulsist consentir lesdictes choses qui y sont contenues/ et -oultre qu'elle n'en fist point de difficulté/ icelluy amant luy jura que -la cause pourquoy on requeroit. n'estoit sinon affin qu'elle l'eust en -memoyre/ et qu'il feust seur que une fois le jour et en mettant sa -coiffe elle penseroyt a luy/ Parquoy de s'en plaindre maintenant et dyre -qu'il a esté deceu & si n'y avoit nulle apparence/ et si rompoyt -beaucoup de coeuvrechiefz le moys/ aussi faisoit elle de coiffes et luy -failloit bien souvent des rubens tous neufz. Et au regard de l'autre -point de venir et passer devant son huys une foys la sepmaine il avoyt -pareillement grant tort de se plaindre/ car toutes et quanteffoys -qu'elle doubtoyt qu'il viendroit icelle deffenderesse trois heures -devant elle estoit toute ravye et ne sçavoyt qu'elle faisoyt. Et posé -qu'elle beust & mengeast si avoit elle tousjours le cueur a luy et luy -faysoit bien mal quant il luy convenoyt tant attendre a l'huys/ mais -n'en estoit maistresse pour la craincte de dangier qu'il failloit cheoir -et amasser qui luy estoit plus grande peine la moytié que tout le -martyre que ledict amant pourroyt souffrir/ car il fault aulcuneffoys -fayre semblant de dormir quant on veult veiller/ et de plorer ou l'on a -bien grant fain de rire/ et de parler de froydure c'estoyt trop grant -honte a luy/ Car jamais amans ne doibvent avoir froit soyt que il gelle -a pierres fendant/ et s'il enduroit de malles nuitz aussi faisoyt elle -de son costé de trouver quelque façon de eschapper pour venir a la -fenestre ou parfoys estoit toute nue par l'espasse de deux grosses -heures a veoyr de quel costé le vent venoyt et avoit ledit demandeur a -plus belle occupation de passer le temps qu'elle/ car en attendant il se -pouoit pourmener et dire ses heures et oraysons ne n'y avoyt personne -qui alors l'eust empesché. Et quant est de la pluye et de la neyge les -estaulx ne luy pouoyent faillyr et si n'y a eaue qui face mal a telz -gens et au regard des pierres et aultres mauvaises rencontrees qui -survient la nuyct/ respondit ladicte dame que telz maulx ne adviennent -voulentiers synon a gens qui n'ont point parfaicte fiance en amours et -qui font aucuneffoys des faulcetez et trahysons. Et disoit oultre plus -ceste dicte jeune dame deffenderesse que toutes les plainctes et paynes -dont cest amoureux se plaignoit n'estoit a comparer a nulles des siennes -car plus avoit de peine en ung jour seullement a tirer les violettes que -ledict amant n'en avoyt en toute l'annee/ et ne failloit point a venir a -la comparaison des biens et plaisirs l'ung de l'autre. Car plus coustoyt -le fyl dont elle lyoit les boucquetz & violetes qu'elle luy donnoit que -tous les plaisirs qu'il luy eut sceu faire. Et pour ce disoit ceste -deffenderesse qu'il n'y avoit point eu deception audit contract et qu'il -ne debvoyt estre receindré sinon du consentement d'elle et que ledict -amant l'en vint prier et requerre a ces fins concluoit et demandoit -despens. Aprés parties ouyes & aprés ce qu'elles furent appointees en -droit le viguier appointa que lesdictes lettres et reliefvement ne -seroient point interrinés et qu'il n'y avoit point matiere de receindre -ledict contract et condampna ledict amant demandeur a l'entretenir -jusques au bon playsir de sadicte dame et es despens de laquelle -sentence c'est sentu agravé et appelle en la court de ceans ou ledict -procés a esté receu pour jugier/ si a la court veu ycelluy procés et -tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere. Et tout consyderé la -court dit qu'il a esté bien dit et appoincté par ledit viguier & mal -appellé par ledict amant et l'amendera. si le condempne la court es -despens de la cause d'apel la tauxation reservee par devers elle. - - - - -¶ Le .iiii. arrest - - -Devant le mayre de Boys verd c'est assis aultre procés entre ung -amoureux et sa dame/ et estoit pour raison d'une cotte verte dont -ladicte dame se plaignoit disant qu'il la lui avoit baillee si rudement -qu'il l'avoit cuidé affoler et que en cheant sa gorgerette estoit -despecee & en avoit on peu veoir le bout de sa chemyse/ requerant en -effect qu'il fust deffendu audit amant de ne se jouer ne toucher plus a -elle sans son congé et que pour la faulte qu'il avoyt faicte feust -condampné a faire amende honnorable. Et qu'on luy deffendist seullement -que il ne se jouast plus a elle en quelque maniere que ce fust ne -aprochast du lieu ou elle seroit sans la licence ou que elle ne -l'appellast. De laquelle sentence il s'est tenu agravé & en a appellé en -la court de ceans ou le procés a esté receu pour juger. Si a veu la -court ycelluy procés et tout veu dit a esté qu'il a esté bien jugé et -mal appellé et bien appointé par ledit maire/ et mal appellé par -l'appellant et l'amendera & si le condampne es despens de la cause -d'appel la tauxation reservee par devers elle. - - - - -¶ Le .v. arrest. - - -Par devant le conservateur des haulx previlleges d'amours s'est assis -ung aultre procés entre d'eux gentilz compaignons tous deux amoureux en -ung lieu/ & d'une mesme dame/ l'ung demandeur & complaignant en cas de -saisine et de nouvelleté de une part/ et l'autre deffendeur & opposant -d'aultre part. Et disoit ledit demandeur que ung premier jour du moys de -may ainsi qu'il estoit sur les rues pour aller la nuyct resveiller les -potz de marjoleine et planter le may devant l'huys de une moult -gracieuse dame dont est question affin de la resjouyr/ ainsi qu'on a -acoustumé. Icelle dame ce voyant le print en grace/ et le retint pour -son amy/ en luy promettant des biens a grant planté et plus qu'il ne -valloit. et a celle intencion l'a depuis servie moult longuement Et a ce -tiltre disoit qu'il avoit droit et estoit en bonne possession et saisine -de soy dire et porter serviteur d'ycelle dame & de jouyr et user par le -moyen de la grace d'elle des biens d'amours qui en despendent ensemble -des joyes chieres liesses honneurs doulx regardz/ beaulx accueilz & -prerogatives qui y appartiennent. En possession et saisine que ledict -deffendeur ne doibt aller a la messe ou elle va pour luy bailler a -l'entree de l'eaue benoiste. en possession & saisine que il ne luy doit -point soubz ryre en passant/ ne faire quelque signe ou semblant de la -regarder. En possession et saisine qu'il ne peult ou doit parler a elle -de secret ne aultrement en quelque maniere que ce soit se n'estoit en la -saluant que il dist dieu gard dieu begnie. En saisine et possession -qu'il ne se doyt point agenouillier a l'opposite du costé ou elle se -assiet durant la messe. En possession et saisine que en se promenant en -l'eglise ou elle est il ne doit claquer son patin/ ne redrecier le poil -de son chapeau. En possession et saisine que se ledit deffendeur a et -porte nouveaux gans es mains qui ne les doit point enfoncer ne faire -semblant de alonger les dois en tirant. En saisine et possession qu'il -ne doit point lire les oraisons ne les escripteaux des tumbes qui sont -au pres de ladite dame durant ce qu'elle est en l'eglise En possession -et saisine que se ledit defendeur est agenouillé & il y a quelque chien -derriere qui aboye ou ung coffre qui crie qu'il ne se doit point -retourner ne ne doit regarder ladicte dame ne luy getter en passant ung -doulx yeulx. En possession et saisyne pareillement qu'il ne doyt point -alumer la torche devant elle dont l'en lieve dieu au moins ne doyt -frapper du baston a terre deux ou trois fois ne laisser choir le -couvercle pour dire regardez moy. En possession et saisyne que ledit -defendeur ne peut ne doit porter la paix & ne la doibt point baiser -aprés elle/ mais doibt attendre que tous les aultres l'ayent eue et -baisee devant luy et nonobstant ledit deffendeur l'avoit troublé en ses -dictes possessions et saisines parquoy avoit obtenue ladicte -complaincte. Si concinoit pour pertinent en matiere de nouvelleté et en -cas de delay demandoit la reverence. Et de la partie dudit deffendeur au -contraire estoit dict/ que long temps il fut nommé par l'université -d'amours aux premiers benefices qui vacqueroyent au dyocesse dont ceste -dame cy estoit et que encore d'abondant il avoit obtenu grace -expectative pour accepter la premiere qui seroit sans amy & si avoit -dispence d'en avoir d'eux nonobstant l'incompatibilité. Et disoit -avecques ce qu'il avoit fait ses diligences par devers la dame dont il -estoit question pour estre pourveu de sa grace/ et dedens les nuitz et -les jours qui y sont ordonnez. Disoit oultre que aprés ce qu'il trouva -ladicte dame vaquant d'amy et qu'elle luy eust faict une gracieuse chere -& tresgracieusement acueilly/ il accepta l'amour d'elle et fist -pourveoir par l'executeur de sadicte grace expectative et n'y eut reffus -ne contredit de dangier/ ne de malle bouche. Et deslors en fut mis en -possession et saisine/ et a ce tiltre avoit droit et estoit en bonne -possession et saisine/ et de se porter et dire serviteur et amy d'elle/ -et avoyt la moitié des joies que amoureux cuyde avoir quant il rencontre -bonne dame. En possessyon et saisine que ledit demandeur sa partie -adverse ne la peu ne doit appeller sa dame ou maistresse ne s'en dire -serviteur. En possession et saisine qu'il ne doit s'acouter ne parler a -elle ne pareillement l'acompaigner en voyage ne autre part au moins ne -la doibt tenir par soubs les bras. En possession et saisine que s'elle -veult aller en pellerinaige il ne la doibt point mener derriere luy ne -luy aider a secourre sa robe. en possession & saisine qu'il ne luy doit -point alumer sa chandelle au monstier ne faire le petit genoul devant -elle. En possession et saisine que sur le chemin son fouet ou aussi sa -verge s'elle cheoit a terre il ne luy doibt point relever ne bailler. En -possession et saisine qu'il ne doibt porter la botte fauve pour l'amour -d'elle ne la soulcie sur son chappeau En possession et saisine qu'il ne -peult pareillement fermer sadicte botte fauve d'eguillette verte ne son -chapeau cordonné houppe de cheveulx En possession et saisine qu'il ne se -doibt point desguiser ne faire fringuer son cheval devant son huis en la -rue En possession et saisine qu'il ne doyt point au harnoys de ses -chevaulx porter la livree d'elle/ Ne avoir plus d'une robbe neufve la -sepmaine. En possession et saysine que ses cheveulx ne doivent venir -jusques sur les yeulx ne qu'il ne doit avoir a son bonnet rubens de soye -verte. En saisine et possession qu'il ne doit point dancer aux nopces ne -autre part avec sadicte dame ne icelle prendre en chapellet. En -possession et saisine qu'il ne doit point servir a la table ou elle se -siet ne de luy bailler quarreaulx ou tronchet ou pacet a mettre soubz -ses piedz et proposoit possessoire tout pertinent en requerant en ce cas -de delay la recreance Et pour respondre au fait de ladicte partie -adverse disoit qu'il ne pouoit avoir aucun droit en ceste matiere car -son don ou tiltre estoit obtenu long temps aprés celuy du deffendeur/ et -si n'avoit nommé grandeur et calefic en amours ains avoit seullement -seduitte celle dame par persuasions et belles parolles tellement qu'elle -c'estoit condescendue a l'aimer & l'avoit en garde qui estoit mal fait a -luy veu qu'il sçavoit qu'il l'avoit par avant acceptee a dame et en -estoit pourveu Disoit oultre plus que son don ne pouoit riens valoir/ le -bien n'estoit point vacquant au temps qu'il l'acointa et n'estoit point -une entreprinse faicte/ pour luy cuyder faire bailler le bont de sa -dame/ et par maulvais rapportz ou l'en ne devoit point adjouster foy. A -quoy ledit amoureux demandeur pour ses replicques disoit que en matiere -d'amours n'y a point de priorité ne de posteriorité/ la raison est -bonne/ car l'amour et le bien vient de dames et est leur faculté de le -donner et tollir toutes et quanteffois qu'il leur plaist & a qui bon -leur semble. Et ainsy doncques qu'il failloyt qu'elles fussent -contraintes a aymer tousjours ung qu'elles avoyent aymé au commencement -sans le changer ou prendre d'autres elles qui sont dames et usant de -franche liberté seroient subgettes de soubzmettre leurs cueurs aux -voulentez des hommes sans le pouoir oster/ parquoy deviendroient serves -et privees de franchise et de domination qui est le plus beau previlege -qu'elles ayent et aussy tout le plaisir seroit dehors ne n'auroient plus -amour de luy/ car par ce moyen il leur fauldroit admettre qu'elles -devroient haïr & n'y auroit jamais nul jeune amant pourveu ne advancé -pour service qu'il peust faire par ce que les premiers vouldroient -tousjours gouverner. Sur quoy ledit deffendeur disoit que au contraire -que l'en ne doibt point ainsi despointer ung loyal amant qui a bien -servy sans cause ne matiere et sans ce que sa dame l'eust trouvé en -faulte ou present meffait/ ains fault qu'il soit ouy premierement/ et -qu'il soit declaration sur la privation ou aultrement jamais il ne -auroit bien ne service remuneré/ car il adviendroit tous les jours que -jeunes amoureux pour estre avancez/ et entrez en la grace des dames qui -croyent moult de legier tout ce qu'on leur rapporte/ et leur louenge -soulleroyent et suppediteroyent les aultres par blandissemens et belles -bourdes ou par mauvaises parolles qu'ilz apporteroyent de leurs -personnes pour devenir maistres & leur oster leurs lieux. Et ainsi tous -amoureux qui auroyent doncques fait leurs debvoirs le temps precedent -pour bien servir auroyent des maulx et les jeunes pour mal faire et mal -raporter seroyent honnourés et bien venus ou n'a apparence au monde Et -sur ce furent les parties appointees et despuis ledit conservateur par -sa sentence dist et declaira que entant que touchoit le principal les -parties estoyent contraires/ et feroyent leur enqueste et icelle faicte -et raportee par devers luy il leur feroit droit et au regard de la -recreance des possessions et choses contencieuses il adjugea audit -demandeur le requerant pour en jouyr regir et gouverner soubz la main -d'amours pendant le procés et jusques a ce que aultrement en feust -ordonné. De laquelle sentence ledit deffendeur en a appellé en la court -ou ledit procés a grant et meure deliberation et que faisoyt a veoir en -ceste matiere: Et tout veu ladicte court dit que en tant que ledit -conservateur adjugea la recreance audict demandeur il jugea mal au -surplus en amendant le jugement/ la court adjuge ladicte recreance et -jouyssance des possessions/ et choses contencieuses audict deffendeur. -Et se retient la court la canonyssance de la cause principalle ou les -parties viendront proceder ceans au premier jour ainsi qu'il -appartiendra par raison. - - - - -Le .vi. arrest. - - -De certaine tauxation de despens que deux conseilliers de la court de -ceans avoient faicte a une jeune dame a l'encontre d'ung sien amy -montant la somme de .xix. livres .iii. solz six deniers parisis pour -raison de certain voyage et pellerinaige ou elle par grant ardeur avoit -voué sondit amy et auquel elle avoit esté nudz piedz pour luy affin -qu'il fust guary d'une griefve malladie de fievres blanches qu'il avoit -lors & aussi pour acheter des bouquetz de romarin & genievre dont on -l'avoit chauffé/ et d'autres menues drogueries que on luy avoit baillez -durant sa maladie. Cest amant cy s'est sentu agravé et en a appellé en -la court de ceans. Le procés a esté receu pour juger et a la court veu -ladicte tauxation de despens & diminution baillee au contraire. Et tout -veu la court dict qu'il a esté bien tauxé par lesditz conseilliers et -mal appellé par l'appellant et l'amendera & si le condampne es despens -de la cause d'appel la tauxation reservee par devers elle. - - - - -Le .vii. arrest - - -Par devant les conseilliers ordonné sur le fait de la justice du tresor -d'amours c'est assis .i. aultre procés entre le cueur d'amours dudict -tresor demandeur d'une part/ Et ung jeune amant deffendeur d'aultre -part/ et disoit ledit demandeur que nulle amour ne peut tenir par -acquisition aucuns biens d'amours ne faire fondation de rente ou revenue -s'elle n'est deuement amortie. Et que toutes et quanteffoys que aulcun -faict contre amours est en possession de prendre les fruictz et la -revenue de la rente non amortie/ c'est assavoir de troys annees l'une. -Or disoit ledit demandeur que ledit deffendeur sans licence d'amours ne -avoir sur ce amortissement avoit faict ung contract par maniere de -fondation avec une religieuse par lequel elle estoit tenue de pryer pour -luy et de dire aussi certaines oraisons. Et aussi en ce faisant ledit -amoureux la debvoit fournir de soyes/ et de plusieurs aultres menues -bacguettes/ moyennant lesquelles ycelle religieuse luy debvoit envoyer -pour souvenance tous les moys de l'an certaines bourses faictes a sa -devise/ Et pour ce requeroit le procureur de amours demandeur que ledit -amant deffendeur fust condampné a rendre & luy bailler de troys bourses -l'une/ selon les ordonnances et qu'il feust enjoinct audit deffendeur de -prendre amortissement desdictes amours de ladicte rente/ ou de en vuyder -ses mains. de la partie duquel amoureux deffendeur feust deffendu au -contraire et disoit que luy considerant que en amours y a tresgrande -peine car ceulx qui s'i mettent/ ne sont pas aulcunes foys maistres de -eulx en oster quant bon leur semble/ Et mesmement affin que amours luy -aydast en tous ses affaires et besongnes il estoit bien vray vrayement -que pour les grans biens qu'il avoit aperceuz en une religieuse de son -accointance il luy avoit prié & requis que toutes et quantes foys que -elle se trouveroit a matines et l'en commenceroit a chanter te deum -laudamus qu'elle dist lors ung de profundis pour l'ame de luy ce que -elle luy avoit accordé Et aussi pour la recompensation de la peine -icelluy amant luy avoit promis d'envoyer de la soye et de l'or de -chippre pour soy esbatre a faire de belles bourses & des soursainctes et -des cordelieres & seroit tenue a en bailler de troys l'une. Or disoit -ledict deffendeur que proprement ce ne estoit point acquisition -perpetuelle/ mais estoit seullement une pension viagere faicte de la -voulenté et union des deux cueurs par quoy n'y failloit nul -amortyssement/ car il n'y avoit point d'obligation ne constitution de -rendre sinon tant tenu tant payé. Et que chascune desdictes parties -estoit en son entier pour n'en retenir riens se bon ne luy sembloit. Et -disoit oultre que veu que la dessusdicte fondation estoit faicte pour le -salut de l'ame & pour convertir en piteux usages le dessusdit procureur -d'amours n'en doibt riens avoir ne demander. et par ses moyens -conclurent affin de absolution Surquoy finablement parties ouyes elles -furent appoinctees en droit et depuis lesdictz conseilliers du tresor -par leur sentence condampnerent ledict amoureux deffendeur a faire -amortir a ses despens ladicte rente. Et avecques ce ordonnerent et -appoincterent qu'il seroit tenu et obligé de bailler de trois bourses -l'une & pareillement la tierce partie des cordelieres soursainctes/ et -boucquetz/ et aultres choses/ que ycelle religieuse luy envoyeroit -jusques ad ce que ladicte fondation fust deuement amortie. de laquelle -sentence ledit demandeur s'est tenu pour grevé et en appelle en la court -de ceans ou ledict procés a esté receu pour juger. Si a la court veu -icelluy procés et tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere a grant -& meure deliberation et tout veu dit qu'il a esté mal jugié par lesdictz -conseilliers/ et bien appellé par l'appellant/ et en amendant le -jugement la court absoult des impetrations et demandes a luy faictes par -ledit procureur d'amours et ordonne que les bourses soursainctes -cordelieres et biens qu'il avoit esté contraint de conseigner en main de -justice lui seront rendus et mys a plaine delivrance. - - - - -¶ Le .viii. arrest. - - -Par vertu de certaines lettres de chancellerye d'amours ung amant ja -pieça feist mettre ung beau cordon tout plain de fleurs en main -sequestre/ et disoit pour soubstenir sa main mise que sa dame lui avoit -donné ledict cordon pour le mettre a son chappeau affin qu'il eust -souvenance d'elle et ung jour a une feste en ostant son chapeau de sa -teste ledict cordon eschappa et le perdit dont il fut dolent. Et pour ce -que depuis il l'a trouvé es mains de ung aultre amoureux deffendeur de -sa partie adverse il la faict arrester et concluoit tout pertinent a -matiere d'arrest en requerant que ledit cordon luy fust restitué et mys -en plaine delivrance de la partye dudict deffendeur si fut deffendu au -contraire & disoit qu'il estoit bien d'accord avecques ledit demandeur -que la dame dont estoit question le avoit fait de sa main et que elle -luy avoit donné par grant excellence de joye/ mais iceluy demandeur -comme ingract ne en avoit tenu compte/ ainçoys pour certaines menues -parolles que elle luy avoit dictes en se jouant & rigolant de ce qu'il -mettoit la houpe dudit cordon trop sur le costé cestuy amoureux -demandeur remply de impacience avoit rendu et gecté par despit ledit -cordon a celle dame & a celle dame a aussi clerement se par domination -ou autrement s'il y avoit eu droit si s'en estoit il depparty/ et n'en -pouoyt plus riens demander/ mais debvoit encores selon les droictz -d'amours estre griefvement pugny veu que en ce faisant il estoit encouru -en voye d'ingratitude disoit oultre ledit deffendeur que ladicte dame -avoit aussi fait serment qu'en disoit de ycelluy demandeur ne rauroit -jamais ledit cordon & puis l'avoit liberalement donné de bon cueur audit -deffendeur a la charge touteffois de le porter pour l'amour d'elle comme -il avoit fait/ parquoy ledit arrest ne se pouoit soubstenir/ ne requerir -mainte levee ne provision d'avoir ledit cordon a sa caution. A quoy de -ladicte partie de ce demandeur fut repliqué au contraire disant que -toutes et quanteffoys que il trouve ce qu'il luy appartient et par don -il le peult prendre de fait et faire proceder par voye de arrest comme -sadicte chose Or disoit il que le cordon luy appartenoit de don a luy -faict par sa dame ledit deffendeur confessoyt mesmement. Et ainsi -l'arrest estoit bien recepvable. Et au regard de ce qu'il avoit regeté -par despit n'estoit pas vray/ mais disoit que pour ce que ladicte dame -luy reprochoit bien ledict cordon & que luy sembloit qu'il en devoit -estre plus subgect vers elle/ iceluy demandeur luy avoit rebaillé en -ceste intencion/ et touteffoys pour le luy garder. et nompas pour le -donner a ung aultre amant. Disoit oultre plus que ce n'estoit pas trop -grant honneur audict deffendeur de se vouloir ainsi fringuer/ ou de -vouloir porter des biens dont les autres avoyent par avant fait leurs -monstres et grans jours et quant a la provison n'en escheoit point/ mais -se la matiere estoyt disposee a embellir/ elle luy debvoit estre faicte -avant que audit deffendeur veu que il estoit despointé et mesmes que -pour enrichir et embellir le dessusdit cordon il luy avoit faict mettre -quatre ou cinq perles & de menues pensees tout a l'entour. Surquoy ledit -deffendeur dit au contraire que des incontinent que ung amant contemne -les biens donnez par sa dame de quelque estat que il soit il se rend -indigne de les tenir & posseder & peult bien icelle dame les luy oster & -faire arracher devant tout le monde/ et puis le donner ou il luy plaist. -et ne portoit pas ycelluy deffendeur ledict cordon pour faire quelque -desplaisir audit demandeur/ mais tant seulement pour complaire a ladicte -dame & luy obeir comme il estoit tenu de faire. Les parties ouyes a -plain furent appointees par le juge ordonné en droit & depuis par sa -sentence les appointa contraires et en enqueste. et au regard de la -provision requise par chascune des partyes il ordonne que en baillant -caution par ledit deffendeur de rendre et restituer ledict cordon toutes -& quanteffois que il seroit ordonné il luy seroit rendu et delivré pour -en jouyr pendant le procés soubz la main d'amours & jusques a ce que -aultrement en fust appointé & sans prejudice des droictz de parties. De -laquelle sentence ledict demandeur c'est tenu agravé et a appellé en la -court de ceans ou ledict procés a esté receu pour juger. et si a la -court veu ycelluy procés et tout ce qui faisoit a veoir en ceste -matiere/ et tout veu dict que tant que le juge ordonna que ledit cordon -seroit entierement rendu et delivré audict deffendeur sans declairer que -les perles et menues pensees que ledit appellant y avoit faict mettre du -sien a sa plaisance en seroyent ostees que il juge mal. Et au surplus -bien en amendant le jugement la court dit que lesdictes menues pensees -faictes a perles seroyent premierement ostees dudit cordon et baillees -au demandeur pour en faire ce que bon luy semblera & au surplus renvoyez -les parties a huytaine par devant ledict juge pour proceder sur le -principal ainsi qu'il appartiendroyt par raison. - - - - -¶ Le .ix. arrest. - - -Par devant le marquis des fleurs et violettes d'amours c'est assis ung -aultre procés d'ung amoureux demandeur d'une part & une jeune amye -deffenderesse d'aultre part sur ledit amoureulx disoyt que tous les plus -grans biens qui sont en amours/ c'est entretenir les cueurs l'ung de -l'autre en perfaicte aliance et union d'amytié et que toutes et -quanteffois que ung amant ou une dame est vaquant ou que elle -s'entremect de complaire a plusieurs c'est signe que son cueur n'estoyt -point entier en loyaulté et que l'on ne se doibt pas trop fier/ or se -pressuppose disoit que ceste dame cy avoyt faict plusieurs promesses. Et -entre les aultres que jamais elle n'auroit aultre que luy tant qu'il -seroit vivant/ et luy pareillement a elle si en avoyent faict serment -l'ung a l'autre sy grant et solempnel que faire peust en tel cas/ et -ainsi se avoyent promys qu'ilz ne feroient chose a leur pouoir par quoy -nul d'entre eulx y peust prendre ne avoit desplaisir/ mais ce nonobstant -ladicte dame puis nagueres de temps en ça s'entremettoit d'entretenir -plusieurs aultres gallans par parolles et tresbelles cheres deffendues -en tel cas. Et oultre plus pendoit tous les jours en sa sainture et en -sa quenouille boucquetz nouveaulx et fleurs estranges sans ce que ledit -amant les luy ayt donnees dont il a ung peu de mal en sa teste/ car -aulcunesfoys quant il est dedans son lict et s'esveille sur ce point il -mect bien trois heures a soy endormir Et pource concluoit que sa dicte -dame fust contraincte et condampnee a ne plus porter boucquetz ne fleurs -en quelque maniere que c'est synon qu'il les luy donne ou qu'il en soit -d'accord/ et aussy qu'elle ne face chiere a aultruy sinon a luy seul et -ainsi qu'elle avoit promis et offert de sa part s'elle prenoit plaisir -en fleurs/ et boucquetz de luy en faire bailler et avoir tous les jours -tant qu'elle vouldra affin qu'elle n'eust occasion de prendre aillieurs -De la part de ceste dame deffenderesse fut deffendu au contraire et -dysoit que quelque promesse que feissent dames doibvent entendre -civilement c'est assavoir la ou sera leur plaisir & ne donne encore -jamais si grant auctorité qu'ilz n'en retiennent tousjours aulcune chose -devers elles & qu'elles ne soient sur leurs piedz pour user de leurs -voulentés et plaisirs car elles sont dames Disoit de rechief avecques ce -que ledict amant a tort de se plaindre de ce qu'elle porte boucquetz et -viollettes & qu'elle tient langaige a trop de gens Car supposé qu'elle -luy ait promis de l'aimer bien & loiaument elle n'est pas pourtant liee -ne obligee qu'elle puisse parler a aultre que a luy et prendre desdictes -viollettes et boucquetz s'il ne luy en donne ung. Aussi le contract qui -seroyt fait autrement ne se pourroyt soubtenyr car l'en scet que dames -ne peuent renoncer aux biens qui leur peuent venyr et ont don et -previleges de nature de rire & faire bonne chiere a tous affin que nulz -ne puissent dire qu'elles soient mal gracieuses. Et appert bien que -ledict amant est bien jeune simple et mal conseillé de intenter procés -et fayre debat pour cecy. Car de tant qu'il auroyt vers elle plusieurs/ -requerans et serviteurs et qu'elle l'avanceroit et aymeroit encore -mieulx par dessus les aultres de tant auroit il plus de bien et en -seroyt plus honnouré. Mais il entend mal son cas car il seroit content -qu'on l'alast acoller devant tout le monde et qu'elle ne parlast a -aultres que a luy affin qu'on die qu'il eust le bruyt qui n'est pas la -maniere. Au regard des boucquetz et fleurs il a tort de s'en plaindre/ -car elle a en sa maison des violettes et marjolaynes ou elle les prent. -Et pose qu'on les luy donnast si n'y peust il avoir interest/ car -l'imposition ne luy en est deue/ et si n'est chose ou l'en se doit -gueres arrester veu que la fleur et odeur s'en passe de legier. Et quant -a l'offre qu'il luy fait de l'en fournir respondit qu'elle n'en avoit -cure/ et ne voulloyt point nullement du monde qu'il ait occasion de les -luy reprocher si concluoit par ces moyens affin d'absolution et de -despens. Sur quoy ledit demandeur disoyt au contraire que telz boucquetz -perles et menues choses sont cause aulcuneffoys de esmouvoir les cueurs -et faire bailler les bontés a aultres qui point ne s'en doubtent. -Finablement partyes ouyes furent appointees en droit & par sentence s'y -absolut ceste deffenderesse de impetrations et demandes de ce demandeur -en luy permetant s'elle vouloit en tant que mestier estoit de parler -rire salluer et porter boucquetz toutes et quanteffoys qu'il luy -plairoyt et bon luy sembleroit. Et condampner ledit amant en ses despens -dont il sentit grevé et appella en la court de ceans ou le procés a esté -receu pour juger. Sy a la court veu ledit procés a grant & meure -deliberation et que faisoyt a veoir en ceste matiere. Et tout veu/ dit -qu'il a esté bien jugié et mal appellé et l'amendera l'apellant en le -condampnant es despens de la cause d'appel la tauxation reservee par -devers elle. - - - - -¶ Le .x. arrest. - - -Devant le juge de la garde des seaux establés aux contractz d'amours il -c'est assis ung autre procés entre ung amoureux demandeur en matiere de -recision de contrat usuratif d'une part/ & une sienne dame et amye -deffenderesse d'aultre part. Et disoyt ledict demandeur que de raison & -selon les ordonnances toutes usures sont en amour prohibees et -deffendues et que l'en n'en doibt point user. Or ce presuposé disoit que -du temps que il accointa ladicte dame luy estant en la grant chaleur et -voulant bien complaire a elle se ingera pour entrer en la grace de luy -offrir corps et biens en luy faisant plusieurs dons et gratuites/ & fut -bien vray que en ce temps ledit gallant qui estoit fort feru et surprins -de l'amour de elle et ne luy chaloit qu'il feist luy promist & obligea -de luy mener toutes les festes de l'annee entre minuyt/ Et le point du -jour le tabourin et les bas menestriers pour la resveiller en son lict -et oultre luy promist de luy donner a toutes les estraines ung beau -chapperon de demy graine et aussi une robbe neufve a chascun premier -jour du mois de may de telle couleur qu'elle la vouldroit et aussi -estoyt obligié de changer et porter pour l'amour d'elle tous les moys -une robbe neufve a la devise d'elle lesquelles choses il avoit -continuees ja par long temps Mais il en estoit fort lassé veu que la -charge estoyt bien grande et disoyt que ledict contract ne se pouoit pas -soubstenir/ car pour les biens/ et plaisirs dessusdictz qu'il estoyt -tenu de faire a ladicte deffenderesse s'il ne amendoit d'elle il n'en -avoyt pour toute recompence que ung seul baiser quant il la pouoyt -trouver a part qui n'estoit pas juste ne egalle recompensation. Et aussy -la deception y estoit toute clere. Et disoyt en oultre/ que lesdictz -menestriers et robbes et chapperons sans les autres bagues ne la paine -de luy pour la poursuitte coustoyt tous les ans une grant somme d'argent -qui luy convenoit bailler et trouver/ et payer de sa bource pour -complaire a elle & luy faire plaisir/ et touteffoys de son costé ne luy -donnoit que ung seul baisier ne n'y mettoit du sien que la bouche/ ou la -joue enquoy elle gaignoyt plus de la moytié et sans main mettre parquoy -l'usure y estoit toute clere et pource elle concluoit et requeroit -ledict amant que ledict contract feust recindé et adnullé et demandoit -despens. De la partie de ladicte deffenderesse fut deffendu au contraire -et disoit que de l'appeller usuriere ledict amant avoyt grant tort car -avecques luy elle n'avoit gueres gaigné. Mais il advient souvent que -pour faire plaisir l'en a dommage. Et pour passer oultre disoyt que se -elle ne l'eust jamais trouvé luy eust esté grant prouffit/ pour luy -avoit souffert de malles nuytz dont elle estoyt petitement recompensee -et ne failloyt point qu'il se plaingnist dudict contract/ car ne luy -avoit pas faict faire/ mais luy mesmes l'avoit poursuivy et chassé. -Disoit aussy qu'elle ne le contraignoyt point de envoyer aulx festes les -menestriers devant son huys ainçoys y venoient jouer telles fois qu'elle -eust bien voullu qu'ilz en eussent esté bien loing Car de les ouyr quant -l'en a pas le cueur en joye est regrettement de dueil et planté de -pleurs et de lermes Et quant est des robbes si luy en a donné plusieurs -et elle les a voulu prendre de tant luy a fait plusgrant plaisir/ et en -est bien tenu a elle veu qu'elle luy avoit faict plus d'honneur qu'il ne -luy apartenoit de les avoir vestues & portees pour l'amour de luy. Et -entant que toutes les robbes neufves dont il s'abiloit tous les mois -ladicte deffenderesse disoit qu'elle n'y avoit gaigné ne prouffit et que -s'il en voulloyt avoir tous les jours elle ne l'en pourroit pas garder: -Disoyt oultre pour respondre au faict de partie que toutes les robbes/ -et tout l'argent qu'il sçauroit en tout le monde finer pour faire dons -et gratuytés ne sont a comparager seullement a la moytié d'ung baiser/ -Car s'il failloit faire estimation ou prisation de l'ung a l'autre et -que ce fust chose que l'en peust priser ou estimer l'en trouveroit sans -comparaison que la moytié d'ung seul baiser d'une dame octroyé de bon -cueur vault mieulx que tous les biens ne l'argent que on sçauroyt -donner. Or avoyt ledict amoureux ung baisyer d'elle tout entier et par -sa confession mesmes prinse en son prejudice Parquoy de dire le contract -feust usuré n'y avoit apparence nulle. Disoyt aussy que ung baisier est -reputé en amours pour chose singulliere et espirituelle & qu'on ne le -sçauroit trop vendre ne acheter mesmement quant il est procedant de joye -et qu'il y a embrassement Si le doit par ses moyens ladicte dame affin -d'absolution et de despens. A quoy ledict demandeur par ses replicques -disoit que touchant ledit baisier il en avoit autant de payne comme elle -& de la joye qu'il en yssoit elle en amendoit aussi bien comme luy -parquoy il ne pouoit cheoir en compensation. Et sur ce dupliquoit la -deffenderesse que le bien qu'il procede d'ung baiser vient de la grace -de la dame qui le donne et nompas de celuy qui le requiert/ car le -plaisir vient d'elle et multiplie la joye de celluy a qui il est donné -pource dyent les maistres que telz biens ne sont a donner ne a -garçonner/ ains il fault que ung homme soyt bien experimenté et qu'il -ait bien servy avant que il soit digne de avoir ung baisier. oyez -lesquelles parties elles furent par ledit juge de la garde des seaulx -appoinctees a produire et en droict. Et depuis par sa sentence il dist -et declaira que ledit contract ne estoit point usurier/ et absolut -ladicte dame de ses petitions et demandes & le condampna es despens dont -il appella en la court de ceans ou ledit procés a esté receu et conclut -pour jugier/ et a ladicte court veu ledit procés et tout ce que il -faisoit a veoir en ceste matiere/ Et tout veu dict que il a esté bien -jugé et mal appellé par ledit amoureux et l'amendera et payera tous les -despens de la cause d'appel la tauxation reservee a ycelle. - - - - -¶ Le .xi. arrest. - - -Devant le maistre des forestz et des eaues sus le faict du gibier -d'amours c'est assis ung aultre procés entre une jeune dame demanderesse -d'une part/ & ung sien serviteur jadis amy deffendeur de l'aultre part. -Et disoit ladicte demanderesse que a ung soir bien tard que il faisoit -chault & que le soleil estoit pres de coucher elle & ledit amant et -plusieurs de ses amys/ voisins s'en allerent baignier sus ung gravier -d'une ysle et chasser aux poissons/ et furent les ungz mis en ordonnance -pour tenir les rethz et filetz et les aultres pour courir devant le -poisson/ et le faire courir devant les rethz. or advint que en courant -ledit amoureux qui avoit tousjours l'oeil sus elle et plus que a prendre -le poisson se vint aborder a l'encontre de elle/ et combien qu'il eust -assez place pour tirer son chemin ailleurs toutes voyes tout en -soursault/ et en ung moment il luy feist le jambet tellement que ceste -povre femme cheut a terre & que sa cotte simple fut mouillee & gastee -dedans la riviere Et ne fut pas encores content mais en faisant semblant -de la relever il luy meist la main sur le tetin et la pressa tresfort -dont elle fut toute esmeue au lict malade par bien long temps parquoy -elle requeroit a l'encontre dudit amant qu'il en fust tresgriefvement -pugny de pugnition publicque ainsi que le cas le requeroit et tellement -que les aultres y puissent prendre bonne exemple. de la partie dudit -amant fut dit tout au contraire que vrayement il est vray/ que ladicte -dame et plusieurs aultres prindrent complot de leur baigner et chasser -aux poissons et puis fut ledit amant mis a l'avantgarde pour chasser -ledit poisson devant & elle estoit d'ung autre costé & tenoit les rethz -& le filet. Si advint que comme il choisit le poisson il mesmarcha pour -ung gros chaillou que il trouva qui le feist tumber sur elle et -tellement que tous deux cheurent dedans l'eaue/ mais dieu mercy ne -c'estoit point fait de mal car l'eaue n'estoit point grande et si estoit -en plain sablon. et disoit oultre sus sa foy que en chayant il ne -l'avoit tastee ne pincee ne ne eut pas le loysir de ce faire pour l'eaue -dont il estoit tout esblouy/ et ne luy cuydoit avoir faict aucun mal. or -disoit il que de la cheuste il n'en pouoit mais/ car le cas estoit -advenu qu'il ne l'a pas fait cheoir en son escient si l'en ne luy en -pouoit riens demander. et au regard de la cotte simple/ et aultres -habillemens d'elle qu'elle disoit estre gastez aussi avoyent esté -pareillement les siens/ et si avoit esté autant moullé comme elle/ & par -ces moyens tendoit affin d'absolution et de despens. ledict procureur -d'amours dessus le fait des eaues et des forestz disoit que par les -ordonnances il est deffendu de ne point chasser a engins par lesquelz -l'on puisse prendre teteins en l'eaue/ et requeroit que cest amant fust -condampné en une bonne et tresgrosse amande. Mais ledit amoureux disoit -au contraire que ce n'estoit raison car il n'avoit faict chose digne de -reprehension/ ne touché au tetins dont il ait souvenance/ et se -d'advanture sa main y avoit frayé qu'il ne confesse encore pas si auroyt -ce esté en tumbant & cheant et estoit force qu'il se soubstint a quelque -chose/ mais quoy qu'il en soit ladicte dame ne en avoit point esté -blecee/ et pource concluoit comme dessus affin d'absolution. Surquoy -ladicte demanderesse disoyt que la cheuste estoit trop lourde/ et qu'il -ne s'en pouoit excuser/ car il l'avoit fait d'aguet a pense & propos -deliberé pour parvenir a ses attaintes et en verité s'il ne lui eust -fait oultraige elle n'en eust daingné parler Finablement parties ouyes -elles furent appointees contraires et en enqueste & depuis ladicte -enqueste faicte et le procés appointé en droict le maistre des eaues et -forestz condampna par sa sentence ledict amoureux deffendeur a faire -faire a ladicte dame une cotte simple verte en lieu de la sienne qui -avoit esté gastee et a la porter en sa main et seroit tenu de se -encliner devant elle en ostant son chapperon seulement et dire ces motz -a genoulx. Madame par l'ordonnance de justice je suis contrainct de me -venir rendre a vostre grace & mercy si vous prie que vous prenez en gré -ceste robbe verte que je vous donne de bon cueur & au regard du -demourant ne vous en souviengne plus car sur ma foy je ne le fis oncques -en intencion de vous courroucer ains aymeroye mieulx estre mort et au -surplus furent les despens recompensez d'ung costé & d'autre De laquelle -sentence ledit deffendeur en appella en la court de ceans ou le procés a -esté receu pour juger si a la court veu ledit procés l'enqueste aussi & -tout qu'il failloit veoir en ceste matiere & tout veu dit qu'il a esté -bien jugé par ledit maistre des eaues & forestz et mal appellé par -l'appellant & l'amendera & condampne es despens - - - - -¶ Le .xii. arrest. - - -Par devant les dames de conseil d'amours en ladicte chambre de plaisance -c'est assis ung autre procés entre ung aultre tresbeau et jeune filz -bien amoureux demandeur & complaignant en cas de saisine et de -nouvelleté d'une part & une gracieuse dame deffenderesse d'autre part. -Et disoit ledit demandeur que ja pieça par alliance d'amours luy et elle -se donnerent l'ung a l'autre et promirent de vivre et mourir ensemble -comme deux vrais amans sans jamais departir par quelque malheurté qui -peust advenir et en ce point en conferment l'aliance en eut plusieurs -baisers donnez de si tresbon cueur que les larmes en venoyent de joye -aux yeulx d'ung chascun. Disoyt avec ce ledit amant que aprés l'alliance -et confirmation ainsi faicte sollempnellement eulx deux promisrent -encore qu'ilz seroyent communs en biens & que l'ung ne feroit jamais -chose qui despleust a l'autre mais ce que l'ung vouldroit l'autre -consentiroit/ affin que l'amour durast tousjours. or disoit ledit -demandeur que a ce tiltre & par les moyens dessudictz avoit droit & -estoit en bonne possession et saisine que ladicte dame ne pouoit ne -debvoit acointer ne s'ayder d'autre que luy ne luy faire autre chere. en -possession & saisine qu'elle ne leur debvoit ryre ne faire le petit -genoul. en possession et saisine qu'elle ne debvoit saluer ne parler a -eulx en quelque maniere que ce feust s'il n'y estoit present. en -possession et saisine qu'il devoit & est sur tous le mieulx aymé & -recueilly grandement quant il parle a elle sans luy rechisgner ne -tourner la teste de costé ne d'aultre. en possession/ et saysine que -quant il se veult esbatre avec elle & luy doit dire les sornettes -qu'elle luy doit respondre gracieusement comme elle faisoit au -commencement & en riant sans le mespriser ne contempner. En possession & -saisine que quant elle veult aller jouer et esbastre aux champs qu'elle -luy doibt faire assavoir pour y aller ou sans y mener d'autres. en -possession & saisine qu'elle ne doit souffrir prendre les liens de sa -chausse/ aulcuns qui en font les sursaintes & qui les portent entour -eulx en lieu de sainctures. En possession & saisine que se d'advanture -il la boutte en passant par la rue par le costé ou qu'il gecte une -violette que elle ne luy en doit point gecter les groins ne faire aulcun -semblant qu'elle en soit courroucee. en possession et saisine que s'il -arrive en son hostel ou en aultre lieu ou elle soit assise elle doit -reculer sa robbe pour luy faire place. Mais ce nonobstant ceste -deffenderesse depuis ung peu de temps en ça luy a tenu et tient les plus -estranges termes du monde/ car quant il la salue et rencontre elle n'en -tient compte/ ains faict semblant qu'elle ne le vit jamais. Et avec ce -tient parolles a plusieurs autres galans en leur faisant plus grant -chiere que a luy & luy sembla maintenant qu'elle preigne a desplaisir -tout tant qu'il luy dit & faict. Et bien souvent quant elle le voit -d'ung costé elle va de l'autre en le mocquant & desprisant & mettant a -non challoir le temps passe et l'alliance qu'elle a faicte. Et oultre -plus quant il se veult jouer a elle ainsi que il avoit accoustumé elle -l'injurie & menasse de frapper & ce fait n'a pas granment qu'il tiroit -sa quenoille par derriere elle se courrouça moult aigrement et jura que -s'il y venoit plus elle luy en bailleroit sur la teste en troublant & -empeschant ledit complaignant en ses possessions & saisines a tort & -sans cause indeuement & de nouvel puis an et jour en ça. Et pource -concluoit en matiere possessoire tout pertinent/ & en cas de delay -demandoit la recreance Et pour deffence ladicte deffenderesse disoyt que -de raison naturelle feminine nulle dame n'est tenue d'aymer se la -personne qui la requiert ne luy plaist ou agree et que aultrement le -faire seroit trop a contempner tous les biens d'amours qui viennent de -plaisir et joye. or ce pressuposé disoit que cest amant se fyoit trop en -ses pensees et folles ymaginations Il cuidoit que tout ce qu'il -pourpensoit devoyt advenir/ dont il estoit bien loing ne n'estoit -coustume a advenir a telz biens par force et pour parler a cheval veu -que tous ceulx qui se humilioyent jusques en terre et qui ne servent que -d'obeyr et complaire a grant paine y peuent parvenir. Disoit avec ce -qu'elle l'avoit aymé comme femme doit aymer ung chascun/ mais qu'il y -eust aliance ou promesse particuliere entre eulx deux et telle qu'il -l'avoit baptisee il ne la trouveroit point/ car tousjours avoit esté -entiere et maistresse de soy comme encore avoit intencion d'estre/ et ne -failloit point qu'il se plaignist d'elle atendu que a luy ne a aultre -n'a mal fait. Et quant est des possessions qu'il prenoit a l'encontre -d'elle disoit qu'elles n'estoyent recevable car selon raison gardee en -matiere d'amours on ne peult empescher que femme ne caquette/ parle/ -salue/ rye/ ou bon luy semble. Et d'aultre part ung serviteur ne doit -estre receu a prendre complaincte contre sa dame tout ainsi que ne fait -le vassal contre son seigneur. Et la raison est bonne/ car ce seroyt -attribué domination & seigneurie a ceux qui n'en ont point et qui n'en -peuent avoir sinon par le moyen et courtoisie des dames/ et par ainsi -doncques ce ceste dame avoit de grace aymé le gallant Cela pourtant ne -l'obligeoit pas a l'aymer tousjours ne n'y avoit point d'aparence de -dire qu'elle fust contrainte faire ce qu'il vouldroit bien souvent -pensee de femme se change Et au faict de la quenoulle respondit que -voirement pour ce qu'elle n'estoit lors en ses bonnes qu'il vint a elle -tout estourdy se elle l'eust peu attaindre elle l'eust frappé. disoit -oultre que par les moyens dessusditz estoit en possession et saisine de -resister et esloingnier ledict amant et de ne luy faire chiere ou feste -comme au plus estrange d'alemaigne en possession et saisine de luy dire -plainement allez vous en vous m'ennuyés et de contredire a toutes ses -voulentés en posession et saisine de ne le daigner regarder ne dire a -dieu s'il ne luy plaist se bon luy semble en possession et saisine qu'il -ne se peult nommer ne dire son serviteur ne tenir riens d'elle en -possession et saisine de tout ce qu'elle fait ou dit qu'il ne luy -appartient point de parler ne de mot sonner. en possession et saisine -que s'il veult avoir dame qu'il la doit aller querir ailleurs. En -possession et saisyne s'il estoit efforcé ou efforçoit de faire le -contraire des possessions et saisines dessusdictes de le contredire & -empescher et le tout luy fayre reparer et mettre par justice au neant et -au premier estat et deu en proposant du costé d'elle possessoire -pertinent et en cas de delay demandoit la recreance mais sur ce ledit -amoureux qui replicquoit et disoit que au regard de nyer l'aliance & -promesse faicte entre eulx ladicte dame avoit grant tort car elle avoit -passees et accordees par serment mais d'en faire apparoir par lettres -que ledict complaignant ne pourroit pource que alors n'y avoit que eulx -deux & au regard la jouissance et possession qu'il avoit eu depuis au -moyen de ce il la prouveroyt aussy clere que le jour Parquoy devoit -souffire a son intencion/ disoit aussy que ses possessions estoient bien -recepvables car elles ne tendent que a acomplir et executer ce que -sadicte dame mesme la voulu. C'est assavoir de ne faire chose a son -pouoir qui luy puisse tourner a dommaige & ennuy Or disoit il qu'il -n'est aujourd'huy plusgrant desplaisir que de veoir ung estrangier -festoier & avoir le bien qu'on a desservy/ parquoy il estoit bien fondé -et ne vouloit point ledict complaignant empescher qu'elle ne parlast rie -ou fist bonne chere a qui bon luy sembleroit/ mais qu'il feust -toutsjours bien venu et aussi qu'il feust asseuré que quelque chose -qu'elle fist aux aultres si seroyt mieulx aymé dont elle faisoit le -contraire/ car elle le rigolloit plus que se jamais ne l'eust veu & -supposé que l'on dit que subgect ou serviteur ne peut intenter -complaincte contre sa dame/ toutesfois il disoit que ceste raison -n'avoit point icy lieu/ car pour le moyen de la solution & aliance -qu'elle mesmes avoit fait il estoit devenu seigneur & avoit autant de -puissance qu'elle ne plus ne mains ne n'eust pas deffendu que ung -subgect et serviteur ne se puisse complaindre de sa dame ains est permis -de droit quant elle le griefve ou luy fait extorcion comme au cas qui -souffre. Aultrement aussi n'y auroyt jamais reparation et seroient -povres amoureux et trop tenus de court mal traictez & concluoit comme -dessus Mais ceste deffenderesse disoit au contraire que tous les biens -d'amours gisent en grace des dames et qu'on ne se peult complaindre. car -elles mesmes ne sont pas maistresses pour ce qu'il fault que les biens -voisent aux sainctz a qui ilz sont vouez et ou amours les veult departir -et ainsi doncques de se plaindre d'amours qu'il fait departir la grace -ou il luy plaist la complaincte n'est recevable et n'y faisoit riens -l'aliance car telz biens ne se peuent par aliance obliger ne engaiger -ainçoys toutes promesses qui seroient & sont faictes au contraire et -prejudice des dames sont nulles ipso jure ne n'en fault point de -relievement et la raison est bonne car dames sont exemptes de force & -servitude et fault venir a elles par supplication & par ainsi donc d'y -venir par complainte & prendre telles possessions pour les mettre en -subjection et servitude n'y auroit point d'apparence/ surquoy parties -ouyes finablement lesdictes dames du conseil d'amours en la chambre de -plaisance les appointerent de faire de chascun costé examen de .xii. -tesmoins pour valoir a fin principal que de recreance et depuis ledit -examen fait & que les parties eurent produit icelles dames du conseil -par leur sentence dirent et declarerent que cest amoureux demandeur ne -faisoit a recevoir comme complaignant et que a tort il c'estoit dolu et -complainct que a bonne et juste cause ladicte deffenderesse c'estoit -opposee et la maintindrent & garderent es possessions & saisines par -elles pretendues en levant et ostant la main d'amours et tout -empeschement a son prouffit et si le condampneront a ses despens. De -laquelle sentence ledit amoureulx c'est sentu agravé et en a appellé en -la court de ceans ou le procés a esté receu pour juger sauf a faire -droit prealablement sur l'enterrinement de certaines requestes civilles -lesquelles avoyent esté obtenues par ledict appellant pour estre receu a -produyre ung pied de voultour d'argent doré que sa dame luy avoit donné -pour curer ses dens avec ung petit d'or fait a lermes qu'il avoit -tousjours porté et portoit encores pour l'amour de elle entre la chemyse -et la chair affin de monstrer par ce de sa pocession: et aussi de -l'acointance qu'il avoit eue avecques elle laquelle avoit nié lesquelles -choses avoit obmis de produire en son procés principal pour oubliance Si -a la court finablement veu ledit procés examens requestes civiles & tout -ce que faisoit a veoir en ceste dicte matiere et tout veu la court dit -qu'elle ne obtempere point a la requeste civile/ neantmoins qu'il fust -mal jugié par lesdictes dames du conseil et bien appellé par l'appellant -et en amendant le jugement la court dit que ledict complaignant est bien -a recepvoir & que a juste cause il s'est doulu et complainct et que a -mauvaise cause ladicte deffenderesse s'est opposee/ maintient et garde -la court icelluy amant complaignant en toutes ces pocessions & saisines -en levant et ostant la main d'amours et tout empeschement a son -prouffit/ et si condampne la court ladicte intimer es despens de la -cause d'appel et principal la tauxation reservee par devers elle. - - - - -¶ Le .xiii. arrest - - -Devant le prevost d'aubepine c'est assis ung procés entre les hoirs & -heritiers d'ung gratieux jeune amoureux demandeur d'une part et une dame -jadis son amye deffenderesse d'aultre. Disoit ledict demandeur/ que le -deffunct en son vivant estoit bien alyé avecques la dame qui l'a bien -servi jusques a la mort/ disoit que en faisant l'inventoire des biens -l'on a trouvé en son coffre une lettre de sa main signee d'elle par -laquelle il avoit droit de prendre et avoir d'elle tous les jours ung -doint bon jour et luy debvoit faire la dame le petit genoul quant le -rencontreroit. Or disoyent qu'il estoit allé de vie a trespas delaissé -lesditz demandeurs ses plus prochains heritiers habilles a luy suceder -ausquelz maintenant appartenoit la debte et revenue qu'il avoit et -pource requeroient iceux demandeurs que ladicte deffenderesse feust -condamnee a leur paier les choses dessusdictes/ et a leur continuer et -entretenir comme heritiers dudyct deffunct. Ledit genoul leur dieu vous -gard/ quant elle les rencontreroit et a leur bailler ung boucquet comme -elle estoit tenue de faire a leur frere. A ces fins ilz concluoyent -despens. De la partie de la dame si fut deffendu au contraire/ et disoyt -que se on fait du plaisir et des biens aux ungz l'en n'est pas tenu de -les faire aux autres/ et au regard du deffunct elle l'avoit voirement -bien aymee jusques a son trespas. disoit aussi qu'il estoit bien vray -que pour la grant loyaulté qu'elle sentoit aucuneffois a luy elle luy -faisoyt de bon gré aucuns biens qu'elle ne vouloit pas faire a ses -heritiers/ car elle ne les congnoist ne ne scet qu'ilz sont si non par -ouyr dire/ et quant est de la lettre ou scedulle dont il se veulent -ayder elle n'estoit point congneue/ parquoy n'emportoit ypotecque -d'obligation. Disoit oultre que posé qu'elle feust obligee envers ledit -deffunct si n'en pouoient ilz faire poursuytte car par la coustume -notoire et gardee en matiere d'amours toutes et quanteffois que deux -personnes sont allyez en amours et l'ung va de vie a trespas/ Adoncques -les biens qui estoient communs ensemble se departent et sont estaings ne -n'y peuent les heritiers succeder car telz biens sont personnelz et -n'ont point de suyte/ ains des incontinent que la mort vient il meurt -ensemble ne n'ont point vigueur et disoient lesditz heritiers ne -faisoient a recepvoir/ et que s'ilz estoient recepvables que si estoient -elle en voye d'absolution/ et demandoit despens. Les demandeurs pour -leurs replicques disoient que se ledict deffunct eust esté tenu en -aulcune chose vers elle que elle en eust bien voullu estre paiee d'eux -parquoy c'estoit raison pareillement qu'ilz en eussent ce qu'elle luy -devoit veu qu'ilz estoyent ses heritiers. La deffenderesse disoit qu'il -y a autant de difference de debte deue a cause des biens temporelz & des -biens d'amours comme de blanc a noir et que l'une n'ensuit point la -nature de l'autre Disoyt aussi que si leur faisoyt avoir le petit genoul -et ung dieu vous gard il conviendroyt diviser les biens d'amours et la -renderoit la mort subgecte de fayre d'eux plaisirs pour ung qui estoyt -contre raison. Parties ouyes le prevost les appointa a produire en -droict puis par sentence declara que les heritiers ne faisoient a -recevoir en absoulant la deffenderesse des impetitions et demandes et -les condempna es despens Ilz ont appellé en la court de ceans la ou le -procés a esté receu pour juger et veu le procés et tout ce qu'il -failloit voir en ceste matiere ladicte court dit qu'il a esté bien jugé -mal appellé par lesdictz appellans et l'amenderont d'une amende -seullement et si les condampna es despens de la cause d'apel la -tauxation reservee vers elle. - - - - -¶ Le .xiiii. arrest - - -Par devant le seneschal des ayglantiers c'est assis ung autre procés -entre ung demandeur en matiere de retrait lignaigier d'une part. Et -disoit ledit demandeur que ung sien frere et compaignon d'armes acquesta -ja pieça d'une tres belle dame ung baiser toutes les sepmaines dont il a -longuement jouy et estoit vray que puis ung an en ça ycelluy du -consentement d'elle et pour son bon plaisir avoit vendu et transporté -ledict baiser et le droit qu'il avoit en icelluy audit amant deffendeur -en sa partie adverse pour certain pris convenu entre eulx/ or disoit -ledit demandeur qu'il estoit le prochain lignaigier d'ycelluy vendeur -parquoy a venir au retraict avoit droit et pource requeroit que ledit -deffendeur feust condampné a luy delaisser ledit baiser & offroit -bourses et deniers en ce cas de delay/ demandoit despens/ dommages et -interestz de la partie dudit deffendeur fut deffendu au contraire/ et -disoit que en amours ne y a point de retraict. Car les biens qui en -procedent ne descendent point de ligne directe ne colacteralle ne ne -peult estre heritage perpetuel/ si non a ceulx qui les acquierent et si -ne les peut encores transporter ne alliener a autre ce n'est par le gré -& consentement d'elle dont ilz procedent & fault encores qu'il y ait -interposition de decret d'elle qui y consente ou autrement tout seroit -nul. Disoit oultre que ledit demandeur ne pouoit venir a retraict/ car -point n'y avoit vendicion mais estoit une pure donnation que ladicte -dame luy avoit faicte ainsi que loisible luy estoit en faveur de celluy -dont il a le droit qu'il avoit moult pryé de luy donner ledict baiser en -son abscence. Et par ses moyens tendoit a fin d'absolution de despens Le -demandeur disoit au contraire pour ses repliques que puis qu'il y avoit -transporté & qu'il estoit lignaiger du vendeur il devoit estre receu -audit retraict. Car c'est la plus convenable chose que les biens voisent -aux prochains que aux estranges. Et au regard de la dame il disoit que -elle debvoit estre contraincte d'y consentir & le deffendeur a s'en -departir. Mais ledit deffendeur disoit que le transport dudit baiser -n'estoit point fait pour cause de vendition/ mais par maniere -d'eschange/ car il estoit en ce lieu tenu de recompenser celui qui luy -avoit faict transport de luy bailler la moitié plus de telz biens d'une -autre dame dont il avoit requis. Surquoy finablement partyes ouyes elles -furent appointees en droit/ et depuis ledit seneschal par sa sentence -deist et declaira que ledit demandeur ne seroit point receu audit -retraict et que ledict deffendeur jouyroit dudit baisier selon le -transport et donation a luy faicte/ Et si le condampna aux despens dont -celluy demandeur appella en ladicte court de ceans ou le procés a esté -receu pour juger. si a la court veu ledit procés avec ce qu'il failloit -veoir en ceste matiere & tout veu dit qu'il a esté bien jugé par ledit -seneschal & mal appellé par l'appellant & l'amendera & si condampne la -court es despens la tauxation reservee par devers elle. - - - - -¶ Le .xv. arrest - - -Par devant le reformateur general sus le faict des abus d'amours c'est -assis ung procés entre ung amoureux demandeur d'une part et une sienne -dame et amie deffenderesse d'aultre part et disoit ledit demandeur que -pour avoir accointance & privee familiarité de ladicte deffenderesse il -se estoit plusieurs foys tyré par devers elle & luy avoit compté tout -son cas qu'elle le voullist aymer. Disoit oultre qu'il estoit vray que -pour le entretenir en amour & affin qu'il luy souvint de luy il lui -avoit baillé plusieurs bagues & joyaulx & mesmement quant il parla a -elle/ derrenierement lui bailla six aulnes de damas pour faire une cotte -simple deux petites verges d'or/ quatre aulnes d'escarlatte/ une -turquoise/ & ung agnus dei doré bien gent avecques plusieurs aultres -menues choses/ or disoit il que depuis qu'elle a eu lesditz dons elle a -tenu de luy moins compte que devant en commetant vice d'ingratitude et -si luy tient les plus estranges termes de jamais car quant elle le voit -ne s'en faict que mocquer qui est mal consideré le plaisir & peine qu'il -a eue pour servir et acquerir sa grace et pource que il scet bien qu'il -ne la sçauroit contraindre a l'aymer s'elle ne le vouloit requeroit que -commandement luy fust fait pour declairer c'elle l'aymeroit ou cas -qu'elle en seroit reffusant qu'elle feust condampnee a luy rendre/ et -restituer lesdictz dons qu'il luy avoit baillé & ne demandoit point les -despens pour ce qu'il disoit que il l'aymoit trop De la partye de la -deffenderesse fut deffendu au contraire disant qu'en matiere d'amours -n'y a point de reception et que yceulx qui demandent ce qu'ilz ont donné -doivent estre reputez infames et privez de tous biens d'amours/ Or soit -que cest amant estoit jeune & estourdy qui n'entendoit point son cas/ -car il luy sembloit pour ses beaulx yeulx qu'on luy devoit ottroyer ce -que il demandoit des la premiere fois sans ce qu'on l'eust essayé ne -sans sçavoir qu'il a au ventre. disoit oultre qu'elle luy a dit -souventeffois que quant elle le rencontroit en la rue qu'elle ne luy -faisoit point de chere affin que les gens ne s'en aperceussent mais il -s'en courrouce et voulsist bien qu'elle luy rist a plaine gorge ou qu'on -s'arrestast de pied quoy pour parler a luy et tenir langage qui n'est -pas la maniere. Disoit oultre ledit amant qu'elle declairast s'elle -l'aymeroit ou non. Il ne estoit pas recepvable/ car en telles choses on -n'a pas accoustume de marchander avant la main ains faul congnoistre -avant que aymer/ et sçavoir se il est digne d'aymer et quelz biens il a -en luy & qu'il se doit experimenter/ et quant elle le trouvera seur elle -le pourra prendre en grace/ ou luy donner congé/ et ne peult on trop -acheter amour de dame. Touchant des bagues disoit que elle ne luy -demanda oncques riens & n'en vouloit riens prendre si n'eust juré et -contraint les prendre a force & depuis avoit employé le drap en robe que -elle avoit vestue pour l'amour de luy. disoit qu'elle s'en repentoit de -bon couraige/ et qu'elle ne vouloit riens de l'autruy ne avoir rien de -luy affin qu'il ne luy peust rien reprocher estoit contente et luy -offroit de bailler tout ce qu'il lui avoit donné pourveu que ledict -amant ne l'eust point entre ses mains & que les draps robbes bagues & -aultres choses par elle receuz excepté l'agnus dei fussent en sa -presence & devant ses yeulx ars & bruslez sans ce qu'il en fust jamais -nouvelles/ et affin qu'il ne se peust vanter/ ne dire qu'il eust bien -besongné comme plusieurs font au jourd'huy quant ilz peuent retenir -leurs bagues & disoit que ainsi le debvoit faire pour la seurté d'elle -et obvier aux autres inconveniens qui s'en pourroyent ensuyvir comme de -s'en mocquer et dire telle chose qui fut a telle que j'ay eue/ et -recouvert par dyvers moyens a ses fins concluoit d'absollution requerant -despens. Le demandeur disoit pour ses repliques quant une chose est -donnee esperance & condition non advenu ou qui n'est point acomply -qu'elle doit estre rebaillee a celluy qui l'a donnee aultrement seroit -frustree de son intencion/ au moins quoy qu'il en soit il n'en doit -point avoir de dommaige Or disoit il devant lesditz dons par luy fais -luy faisoyent avoir assez bel accueil de sadicte dame/ mais despuis que -elle les avoit eues elle ne le daignoit a peu regarder ains sembloit -qu'il luy fist mal & qu'elle prent desplaisir a le veoir & ne vouloit -point avoir les bagues Mais il luy faisoyt trop grant mal qu'elle eust -le sien et que elle se mocquast encores de luy. Disoit oultre que il -estoit content et offroit en jugement s'elle le vouloit aymer de lui en -donner plus la moytié qu'elle n'avoit eu/ et de plus grant chose cent -foys. Sur ce point le procureur d'amours disoyt que telz choses ne -pouoyent vendre ne marchander par argent bagues joyaulx & qu'il est -deffendu d'en user/ et pource que cest amoureux en auroyt argent/ et en -voulloit avoir par telz moyens illicites disant qu'il estoit amendable -et requeroit a ceste fin qu'il feust condampné envers amours en une -tresgrosse amende Et au regard des biens dont estoit question s'en -raportoit a justice et audit amant qui estoit feru d'amours ne lui -chault qu'il face mais que il ait allegement et deust il vendre jusques -a se achepter lesdictz biens/ car bien sçavoit qu'ilz ne se vendent -point/ mais seulement qu'elle congneust la bonne voulenté qu'il avoit -envers elle mais ceste deffenderesse disoit que elle n'avoit cure de luy -ne de ses biens et que jamais par contraincte de personne ne esperance -de dons ne de biens elle n'auroit personne veu qu'il n'en print mal a -celles a qui le font. Et au regard d'elle disoit qu'elle aymoit mieulx -en aymer ung ou fust son plaisir que avoir tous les biens temporelz/ et -joyaulx du monde que on luy pourroit donner ledit amant requeroit -doncques que les aultres biens qu'elle avoit euz luy feussent rendus/ et -disoit qu'il se pourvoiroit aillieurs & s'aideroit a oster de l'amour -d'elle au mieulx qu'il pourroit en mauldissant l'heure que il l'avoit -jamais veue & ouye. lesquelles parties furent appointees en droit & -depuis ledit reformateur general par sentence dist & declaira en tant -que touchoit le drap de damas & l'escarlate qui estoit employé en robbes -que ycelle dame deffenderesse ne seroit tenue d'en rien restituer mais -au regard des verges de l'agnus dei et aultres bagues qui estoient -encore en nature il la condampne a les rendre et restituer audit amant -demandeur pour en faire a son bon plaisir & au surplus pource que ledit -amant en demonstrant son affection desordonnees avoit ainsi offert en -jugement argent pour estre aymé et pour avoir des biens d'amours -autrement que a point ledit reformateur le condampne en amende envers -amours & au double de ses biens par lui offers Et recompensa les despens -d'ung costé et d'autre & pour cause de laquelle sentence ledict amant -entant qu'elle faisoyt contre luy en appella/ & pareillement en appella -ladicte dame en la court de ceans ou le procés a esté receu pour juger -joinct ung grief que ledict amant disoit estre hors ledit procés entant -que ledit reformateur luy avoit donné sa sentence/ ou jour de feste/ -c'est assavoir le premier jour de may et l'aulbespine nouvelle. Sy a la -court veu ledit procés a grant et meure deliberation avecques tout ce -que il failloit veoir en ceste maniere/ & tout bien veu & consideré la -court dist entant que ledit amant est appellant il a esté bien jugé par -ledict reformateur general et mal appellé. et entant que ladicte -deffenderesse a appellé a esté mal jugé & en amendant le jugement -ladicte court dict que ledict amant ne fait a recepvoir a demander -lesditz dons & bagues qu'il avoit donné a ladicte dame et que trestout -luy demourroit comme siens pour en faire ce qu'elle vouldra sans ce -qu'elle en soyt tenue de luy en rendre et restituer aulcune chose et si -le condampne es despens de la cause principalle & de la cause d'appel ou -il estoit appellant seulement la tauxation reservee par devers elle. - - - - -¶ Le .xvi. arrest. - - -Devant l'ung des audicteurs desdites causes d'amours c'est assis ung -autre procés entre ung povre amant demandeur et requerant l'enterinement -de certaynes lettres de respit d'une part. et une sienne dame -deffenderesse d'autre part. Et disoit ledict demandeur qu'il a esté fort -malheureux en amours parce qu'il a eu a faire aux femmes qui tirent -huylle de noix a quoy ne pouoit contenter de dons disoit avecques ce que -pour luy complaire et affin que son service luy feust agreable il luy -convint faire plusieurs gratuités & mises excessives. Et si a esté -contrainct de soy tenir joly & de changer souvent habitz enquoy il a -beaucoup frayé et despendu du sien. et aussi faisoit le plus des jours -de la sepmaine dancer faire karoles et plusieurs aultres jeux & -esbatemens tant que toutes les dames l'honnoroyent et y a tellement -frayé qu'il en est fort en debté Et puis la dame en qui il se fioit si -l'abandonna et bailla le bont dont luy sont survenues plusieurs aultres -fortunes au moyen desquelles il ne sçauroit a present payer ses -creanciers sans faire vile possession de ses biens Et pource avoient & a -obtenues lesdictes lettres de respit: dont il requeroit l'enterinement -aussy que l'execution de certaines obligations par laquelle il estoit -obligé envers ladicte demanderesse fust tenu en surceance et delay -jusques a ung an es despens contre ceulx qui le vouldroyent empescher. -De la partie de ceste deffenderesse fut deffendu au contraire & disoit -que dames n'ont point argent quant elles veulent ains ont grant paine a -en assembler & si leur en convient tousjours avoir pour employer en -robbes & plusieurs aultres jolivetés survenans chascun jour et disoit -avecques ce que cest amant ung jour vint a elle tout desconforté la -requerir de luy ayder/ et prester jusques a deux escus pour avoir le -drap d'ung pourpoint de velours qu'il avoit achepté dont elle fut au -premier ung peu reffusante. Touteffois au dernier elle meue de pitié en -voyant la grant necessité du povre gallant qui ploroit presque luy -presta de bon cueur ladicte somme moyennant & parmy ce qu'il luy promist -rendre et payer dedans certain temps pieça passé dont il n'avoit riens -fait mais se vouloit aider dudict respit. Or disoit elle qu'il ne luy -devoit estre enteriné par plusieurs moyens - -¶ Premierement car la debte estoit previlegee & procedant de dame qui ne -doibt plaider dessaisie encontre luy qui est obligé Secondement car les -pertes/ & les fortunes par luy aleguees ne estoyent point recepvables -atendu qu'il ne monstroit point que elles feussent advenues par trop -aymer ou maladies d'amour ainçois par son propos prins en son prejudice -n'en debvoit point jouir car il confessoit qu'il avoit servy plusieurs -dames en plusieurs lieux. Et ainsi ne luy pouoit pas bien venir de ses -besongnes/ car ung homme qui a plusieurs dames n'est gueres souvent -trouvé loyal/ & est bien employé quant il luy meschiet consideré que il -n'est pas possible en ce cas d'y garder foy & loyaulté. Si disoit par -ses moyens que ledit respit ne luy doit estre enteriné & que nonobstant -a celuy elle debvoit incontinent estre payee et demandoit despens. A -quoy ledit amant disoit pour ses repliques qu'il estoit impossible de -contraindre une personne a payer plus qu'il ne sçauroit finer. et au -regard de luy il confessa bien devoir ladicte somme loyaulment mais les -eaues estoient si basses qu'on n'y sçauroit prendre poisson et brief a -present ne avoit dequoy payer. Disoit oultre que ladicte deffenderesse -n'avoit pas grant interest a l'enterinement dudit respit veu qu'il ne -duroit que ung an & qu'elle n'estoit pas indigente. mais ycelle -deffenderesse en perseverant en son fait disoit oultre que ce n'estoit -pas raison que le gallant portast pourpoint de vellours a ses despens/ -Aussi elle avoyt a faire du sien/ au regard de sa povreté disoit qu'il -n'en laisseroit ja a faire grant chiere/ requerant au surplus qu'il fust -contraint par prinse de corps a lui payer la somme veu la matiere qui -estoit previlegiee. Surquoy finablement parties ouyes l'auditeur par sa -sentence dist et declaira que le respit ne seroit audit demandeur -aulcunement enteriné & que nonobstant ycelles il seroit contraint par -prinse de biens & de sa personne payer ycelle somme a ladicte -deffenderesse incontinent et sans delay en le condampnant es despens de -l'instance/ de laquelle sentence ycelluy demandeur si appella en la -court de ceans ou le procés a esté receu pour juger & a ladicte court -veu le procés et tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere & tout -veu dict la court qu'il a esté bien jugé par ledit auditeur & mal -appellé par ledict appellant et le amendera et si le condampne es -despens de la cause d'appel la tauxation reservee par devers elle. - - - - -¶ Le .xvii. arrest. - - -En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre ung moult -gracieux amoureux appellant de hongnart sergent dangereux d'une part & -danger & chagrin parties intimees d'autre part Disoit ledit appellant -que pour servir une syenne dame et maistresse plaine de biens et de -beaulté et aussi pour monstrer qu'il estoit tout prest de luy obeyr il -s'estoit plusieurs foys transporté en la rue ou elle demoure en la -saluant de tresbon cueur touteffoys et quantes qu'il la pouoit veoir a -l'huys en luy faisant le petit genouil/ mais puis aulcun temps en ça/ -ledit danger et chagrin qui s'en sont bien doubtez l'ont menassé de luy -porter grant dommage en corps et en biens. et qui pis est des -incontinent qu'ilz voyent maintenant ledict galant passer ou que la -dessusdicte dame luy soubzrit du coing de l'oeil en luy disant adieu ou -quelque aultre mot ilz n'en font que rechisner toute la journee et en -estoyent si trescourroucez de ce qu'elle parloit a luy qui n'en -sçavoyent que dire et ne sçavoyent que faire de s'en courroucer -tellement en estoyent marris Et combien qu'il leur ait fait doulcement -remonstrer qu'il ne pense aucun mal neantmoins ledit sergent luy a fait -commandement qu'il ne voise plus ou sa dame sera & a la dame qu'elle ne -soit si osee de le regarder ne rire ains que des incontinent que elle le -verra venir qu'elle s'en parte et entre en sa maison affin qu'il ne la -puisse veoir & qu'il ne perde ses pas a l'encontre desquelz exploitz -l'amoureux c'est oposé mais ledit sergent ne luy a voulu recepvoir dont -il s'est sentu trop grevé tellement qu'il en a appellé en la court de -ceans ou il a depuis bien & deuement relevé/ et concluoit tout pertinent -en cas d'appel qu'il a esté mal commandé mal denié/ mal deffendu et -exploicté par ledit haignart/ et bien appelle par luy a ses fins offroit -a prouver et demandoit despens De la partye desdictz chagrin et danger -parties intimees si a deffendu au contraire & disoit qui ne pourroyt aux -premiers mouvemens des cueurs des jeunes a tresgrant peine on en peult -aprés estre maistre & qu'on ne les doit point laisser converser -souffrir/ ne festoyer l'ung l'autre par regars ris ou autrement/ car il -en advient aucuneffoys plusieurs inconveniens dont n'est ja besoing de -parler pour le present/ car qui parleroit plus avant il en pourroit -besongner a son entente. Or se pressuposé disoyent qu'ilz estoyent -commis au regard de ladicte dame & tenus d'en respondre s'elle versoit -mal/ par quoy avoyent cause de empescher que personne ne s'en -approchast/ aussi le galant n'estoit aulcunement de la parenté ou finité -d'elle Et neantmoins il se ingeroit tous les jours de l'accointer et -parler a elle/ et ainsi justement luy avoyent peu deffendre d'aller et -venir et ne estoit son appellation recevable. et au regard qu'il disoit -que il n'y pensoit aulcun mal a elle/ et qu'il eust myeulx souffert la -mort qu'il luy eust esté reproche qu'il luy eust dit aucune parolle -deshonneste ne villaine qui luy feust tournee a son prejudice/ -respondoient que ce ne estoit pas pourtant a dire qu'il y deust penser -bien et que le plus seur estoit de ne se y trouver point Si concluoit -par ses moyens affin de non recepvoir aprés mal appellé & demandoit -despens/ a quoy l'appellant requeroit au contraire et disoit que se l'en -ne voulloit qu'il eust aulcun bien au moins que sadicte dame qui n'en -pouoit mais n'en debvoit avoir aulcun mal ou dommage entendu qu'il y -metoit peine autant qu'il estoit possible. Disoit aussi que c'estoit -bien grant rigueur a eulx de empescher qu'elle ne venist a lui ainsi que -elle avoit acoustumé et la tenir si estroictement qui n'estoit point -chose a requerir de la vouloir tenir si court/ et quant est de la rue -disoit ledit appellant qu'elle n'appartenoit pas ausditz intimez ne n'y -avoyent fait faire les carreaux qui y estoient parquoy l'avoit deffendu -qu'il n'y marchast et passast nullement la deffence estoit torcionnaire -& son appellation bien recepvable. Sur quoy lesditz intimez disoyent -qu'ilz ne voulloyent pas empescher/ que l'appellant n'y passast mais -seulement garder qu'en passant il ne veist la dame et si en cecy il y -avoit grief ce seroit a elle a plaindre et nompas a luy. Finablement -partyes ouyes elles ont esté appointees en droit et a mettre par devers -la court/ et au conseil ce que bon leur sembleroyt. La court a veu -ledict procés au long avec ce qui esté produict et ce qu'il failloit -veoir en ceste matiere & tout veu la court dict qu'il a esté mal -exploicté par ledit hongnart/ Et bien appellé par ledit appellant/ et -permet la court audit appellant de passer et rapasser a toutes heures -soit de nuit ou de jour par la rue/ et devant l'huys de sa dame pourveu -qu'il ne pourra parler a elle sans la presence dudict dangier/ ou de ses -commis qui sont tenus de luy rendre compte de toutes les parolles & -besongnes que ilz se feront ensemble et desquelles parolles et besongnes -iceulx commis prendront ladicte declaration par escript pour leur -descharge et leur valoit enqueste la ou il appartiendra & si condampne -la court lesditz intimez es despens de la cause d'appel la tauxation -reservee par devers elle. - - - - -¶ Le .xviii. arrest. - - -En la court de ceans c'est assis ung autre procés entre une dame -appellant d'une part/ et ung sien amy intime d'autre part. Et disoit -ladicte appellante pour la cause d'appel que jaçoit que en amours force -& voye de fait sont deffendues neantmoins ledit intime ung journee tout -eschauffé s'en vint vers elle et s'efforça de l'embrasser et qui plus -est tout en ung moment sans dire dieu gard ne autre chose il la baisa -maulgré elle/ et a force dont elle appella et concluoit qu'il avoyt mal -procedé Le deffendeur disoit que pour elle avoit beaucoup souffert de -mal et qu'il l'avoit fort aymee et si le savoit bien mais elle n'en -tenoit gueres de compte et ne luy vouloit donner aucun alegement disoit -qu'il l'avoyt tant pourchassé envers elle qu'elle luy avoyt promis ung -baisier mais elle s'excusoit de luy donner et brief une foys luy dist -qu'elle estoit empeschee a l'autre qu'il n'estoyt pas heure & qu'il -revenist a ung aultre jour et tellement qu'elle l'avoit pourveu par -telles frivolles excusations par bien long temps & affermoit ledit -galant par sa foy qu'il avoit esté troys moys a la poursuytte dudict -baisier qui estoit bien grant pitié: & par ce luy voyant qu'il n'en -pouoit plus a une journee que dangier estoit hors de la maison luy pria -qu'elle entretenist sa promesse dont ne voult riens faire ainçoys le -vouloit delayer comme devant/ Et pource luy estant au destroit d'une -grant challeur qui luy print au cueur/ et voyant qu'elle ne voulloit -faire rayson d'elle mesmes pour priere ne requeste qu'il luy fist print -ledit baiser de soymesmes enquoy ne peult ladicte dame dire estre grevee -car il ne luy a faict aultre blessure dont elle se doyt plaindre/ et -quant a la voye de faict dit qu'il avoyt assés attendu & que veu les -reffus precedans & les longs delaiz que avoit prins/ il pouoit et devoyt -ainsi proceder et concluoit que ledict appel n'estoyt recepvable et quoy -que soyt que ladicte dame avoit tresmal appellé/ et demandoit despens en -requerant que oultre le baiser qui avoit esté ainsy prins par emblee et -sans acollee il en eust ung aultre tout entier et de bon cueur. A quoy -la dame pour ses replicques disoit qu'elle ne avoit point promis de -baiser & que posé qu'il y eust promesse si estoit elle condicionnelle -c'est assavoir/ ou il luy plairoyt et avoit elle reservé le temps de le -donner: et par ainsi le grief y estoit tout evident disoyt que avant la -promesse eut esté pure et symple/ sy failloit il qu'elle fust congneue & -qu'il y eust deliberation sur ce faicte avant qu'on la peust excuser et -y venir par voye de doulleur et non par faincte et voye de fait -deffendue. parquoy avoit esté grevee. Mais ledict intime en dupliquant -disoyt qu'il vouldroyt en telles matieres tenir long procés ordinaire et -faire preuves a chascune fois il ne seroit jamais jour Et auroient les -dames trop d'avantaige contre les povres amans car tous les tesmoings en -ce cas sont pour elles et a leur poste et disoit au surplus que quant il -n'y auroit eu ne don ne promesse sy ne pouoit il a tout le moins pour -ses peines et salaires d'avoir servi si long temps que avoir ung baisier -et que en tel cas qui sont previlegiez l'en peut proceder par voye -d'execution et prendre les biens ou on les treuve concluant comme dessus -oyes les parties au long elles ont estés apointees en droict et a mettre -par devers la court et au conseil ce que bon leur semblera. Si a l'en -veu le procés et ce qui faisoit a veoir en ceste matiere. et tout veu la -court dit qu'il a esté bien procedé par l'amant et mal appelle par -l'appelante et l'amendera en la condampnant es despens de la cause -d'appel la tauxation reservee & ordonne la court que le baiser ainsi -baillé par contraincte ne sera point compté mais ladite dame sera tenue -de luy en bailler ung autre en ce lieu de bon cueur toutes et -quanteffois qui l'en requerra pourveu que danger n'y soit point ne n'en -sçaura rien affin qu'il n'en puisse grongner. - - - - -¶ Le .xix. arrest - - -En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une tresbelle -dame et le procureur general d'amours avec elle adjoinct demandeurs en -cas de excés et de delict d'une part/ et une vieille chamberiere -deffenderesse d'aultre part. et disoit la dame que toutes servantes -devoyent foy & loyaulté a leurs maistresses avoir courte langue et -longues oreilles & grandes qu'elles ne sont pas dignes de demourer en -quelque maison que ja pieça elle loua une chamberiere pour la servyr -deux ans pour certain pris convenu entre eulx. Et oultre luy avoit -promis par dessus son sallaire mais qu'elle fist bien la besongne une -paire de chausses au bout de l'annee et ung de ses vielz chapperons. Et -combien qu'elle en eust trouvé assez d'autres qui eussent bien voulu -demourer avec elle sans prendre denier ne maille touteffois a l'ocasion -de ce que la chamberiere sembloit estre secrette & avoit beaucop veu/ -icelle dame fut meue de la retenir devant toutes autres et la fist venir -des lors en son hostel ou du commencement elle a fait merveille de -servir mais en effect voyant que sa maistresse se fioit fort en elle luy -monstroit grans signes d'amours elle a voulu entreprendre sur elle et se -mesler de toutes besongnes Et de fait est advenu quant ung sien amy de -congnoissance que ladicte dame aymoit en tout bien & en tout honneur -venoit a l'hostel soy esbatre ou compter des nouvelles de la ville et -passer temps Ceste chamberiere escoutoit tout Le lendemain ou le soir -mesmes rapportoit tout ce que ladicte dame et son amy avoient dit -ensemble a dangier le mary qui estoyt mal faict a elle/ et tellement que -bien souvent la nuit au lict ledit dangier luy tenoit plusieurs rigueurs -et luy en gectoit puis ça puis la ung mot a la vollee et par ambages -dont elle estoit bien esbahie mais icelle dame considerant qu'il -n'estoyt pas possible qu'il en sceust rien a la verité s'il ne le -devinoit ne jamais n'eust cuidé que la vieille en eust parlé ung mot veu -qu'elle la tenoit seure de son costé comme elle devoit estre Or estoit -vray que a une journee ainsi que ledict gallant s'en vint esbatre -l'apresdinee comme il avoit acoustumé la dame tenant sa quenoulle -d'aventure laissa cheoir son fizeau. Lequel gallant en demonstrant son -humillité le leva et en luy baillant la baisa. Dont ycelle dame le -remercia en soubzriant et sans penser nul mal/ mais la vieille en despit -de sa maistresse qui l'avoit tancee le matin pour occasion de ce qu'elle -ne luy avoit pas ployé ses gorgias dist et proposa en soymesmes qu'elle -s'en vengeroit/ et de faict aussy tost que dangier fut venu de la ville -elle luy commença a compter tout le cas & plus la moytié qu'il n'y -avoit/ dont il n'en sonna mot et le garda en son cueur trois ou quatre -jours en rechygnant puis aprés se desgorga en maulgreant que se le -gallant y retournoit plus qu'il luy coupperoit les jambes. Si fut la -dame bien esbahye et ne se feust jamais doubtee de ladicte vieille. Mais -touteffois a la fin il a tout sceu et a la vieille gasté son cas/ car -par le moyen de telz rappors elle cuidoit devenir maistresse & tailler -les morceaulx a ladicte demanderesse & pource a esté boutee hors de -l'hostel et depuis constituee prisonniere pour raison du cas qui est de -grant consequence et concluoit ladicte dame a l'encontre d'icelle -vieille chamberiere qu'elle feust condampnee a luy crier mercy et faire -amende honnorable nudz piedz & sans coyffe coeuvrechief ny chaperon en -sa teste et aussy en tenant une torche en sa main et disant que a tort -et maulvaisement elle avoit raporté les parolles de sa dame et -maistresse & de ce qu'elle l'avoit fait tancer qu'elle s'en desdisoit -devant tout le monde/ et en oultre qu'elle feust contraincte et -condempnee a venir dire et declairer devant dangier que tout ce qu'elle -luy avoit dit et raporté de sadicte maistresse avoit esté controuvé par -elle contre verité et par mallice. affin que icelluy danger n'y eust -plus de suspition. Et au regard dudict procureur general d'amours qui -estoit adjoinct avec ladicte dame il disoit que ce cas icy estoit digne -de grant punition. et que il ne se devoit point passer soubz -dissimulacion/ Car la consequence estoit trop perilleuse pour -l'esclandre qui en pouoit tous les jours advenir Disoit aussi que -chamberieres sur toutes choses doibvent estre secrettes et aussy celer -tout ce qu'elles voient faire en amours comme font confesseurs et y est -la paine si grande selon les droictz que celles qui revelent ainsi -secretz sont digne de mort. Or disoit il que ceste vieille avoit revellé -les secretz de sa maistresse audit dangier pour a tousjours le cuyder -mettre en noise et rapporter la moytié plus qu'il n'y avoit de mal. Et -pour ce concluoit a l'encontre d'elle qu'elle fust condampnee a estre -arce & bruslee ou a tout le moins qu'on lui perçast la langue d'ung fer -chault devant tout le monde affin que les autres servantes et -chamberieres y prinsent exemple et que son sallayre qu'elle devoit avoir -fust declairé forfait & fust confisqué. Ou que telles autres conclusions -fussent adjugees ainsi que le cas le requeroit et que la court -adviseroit en requerant au surplus que pour pourveoir a telz -inconveniens y eust visitacion sur lesdictes chamberieres/ car les plus -grans dangiers du monde en viennent. et disoit oultre que jamais l'en ne -devoit laisser a telles vieilles chamberieres porter la clef du vin car -quant d'aventure elles ont beu ou faict bonne chere elles parlent aussi -bien contre elles que pour elles/ et la ou elles cuydent sauver -l'honneur de leurs maistresses c'est adonc l'heure qu'elles gastent -tout. Et puis aprés ne leur en souvient lendemain et jurent et afferment -hardyement que en leur vie n'en parlerent mot dont ce a esté cause de -plusieurs maulx qui en viennent parquoy le procureur requist que la -court mist sur ce provision De la partie de ladicte vieille fut deffendu -au contraire et disoit que quant elle vint demourer en l'hostel de -ladicte maistresse elle luy promist fayre beaucoup de biens/ mais elle -s'en estoit bien petitement apperceue et si avoit tant eu de peine que -merveilles. Or estoit vray que ledit dangier son mary des l'entree et au -commencement qu'elle entra leans il parla a elle a part en l'oreille & -luy promist de luy donner tous les ans une robe et ung bon chapperon -oultre son sallaire affin qu'elle se print garde de la dame qui estoit -encore bien jeune et luy rapporter toutes nouvelles de ce que son -maistre luy avoyt faict promettre ycelle chose luy disoyt tout ce -qu'elle veoit faire a sa maistresse en gardant tousjours l'honneur des -dames comme tenue y estoit/ et aussy affermoit que jamais elle ne luy -fist faire chose qui ne feust bonne et honneste/ et combien que ladicte -vieille la servist le myeulx qu'elle pouoit/ touteffois ycelle -maistresse ne s'en pouoit contenter/ et la tença tresbien dont ladicte -chamberiere se courrouça et advint que pource qu'elle veist le gallant -ledict jour a l'hostel qu'elle le dist a son maistre & comment il -l'avoit baisee Or disoit elle que de ce l'en ne la pouoit reprendre & -qu'elle n'avoit point fait de mal/ car elle estoit beaucoup plus tenue -d'obeyr a son maistre qu'a elle et aussi avoit il marchandé a elle et -louee par telle condition qu'elle luy devoit tout rapporter. Parquoy -elle n'avoit faict que son debvoir et ne luy en eust point parlé/ si non -que son maistre luy promist qu'il n'en diroit riens a elle & ainsi l'on -la debvoit excuser tendant & concluant par ses moyens affin d'absolution -A quoy fut repliqué par ladicte demanderesse disant que toute l'eaue de -la riviere ne la pouoit laver du cas/ car elle sçavoit bien qu'elle se -fyoit en elle et qu'elle s'en fust bien gardee se elle eust voulu et -sans ce qu'il en eust riens sceu. Et supposé que l'on dye que toutes -servantes et chamberieres doybvent servir premierement leurs maistres -que leurs maistresses cela s'entent touchant le service comme de boire & -de manger/ mais au regard d'autres choses riens/ ains fault que elles -obeyssent a leurs maistresses. Aussi ont elles previllege que se leurs -chamberieres ne sont a leur poste elles ne doybvent pas demourer trois -jours en la maison/ & aprés disoit le procureur que veu que ladicte -vieille confessoit que elle prenoit argent de son maistre oultre son -loyer pour reveller les secretz d'amours l'en ne le pourroit trop -pugnir/ & quant est de l'excusation qu'elle prenoit sur ce que son -maistre lui avoit promis de n'en rien dire ne luy en faire semblant elle -ne valloit riens/ car jamais en tel cas l'on ne faict telles promesses -si non pour sçavoir et enquerir plus avant et concluoit a reparation du -cas comme dessus est dit. Surquoy ladicte vieille disoit au contraire -que son faict estoit pitoyable & que jamais n'en eust parlé se elle eust -sceu qu'il en fust venu mal/ ou qu'il y eust eu danger pour sa -maistresse. Finablement parties ouyes ont esté apoinctees en droict et a -produire par devers la court et au conseil ce que bon leur semble. Si a -ladicte court veu le procés avecques la confession faicte par la vieille -& tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere a grant et meure -deliberation/ et tout veu la court a condampné ladicte faulce vieille -pour raison du cas a elle commis a crier mercy a ladicte demanderesse et -estre pilloriee par trois foys au jour de marché et oultre la prive & -bannisse du service des dames a tousjoursmais de quelque estat qu'elles -soyent en luy deffendant sur peine de la hart que jamais en bonne -compaignie ne se trouvast. Au regard des aultres provisions requises par -le procureur general touchant la visitacion/ la court a ordonné certains -commissaires qui se informeront sur les abus pour aprés y pourvoir ainsi -qu'il appartiendra - - - - -¶ Le .xx. arrest - - -En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre ung amant -demandeur d'une part a sa dame/ d'autre part disoit ledict demandeur que -le plus grant desir que cueur d'amant ait c'est de veoir souvent sa -dame/ mais pour doubte de faulx semblant et malle bouche qui sont -tousjours espiant il estoit contraint de aller de nuyt passer devant -l'hostel de la dame et s'il ne la trouvoit il baisoyt l'huis et s'en -alloit pensif/ mais il se esjouyssoit pensant que amours luy avoit fait -si grant grace devenir a si hault bien Et puis quant il estoit couché & -il ymaginoit en soy mesme que sa dame ne sçavoyt riens s'il estoit venu -ou non & qu'elle ne luy en sçavoit aulcun gré pource qu'elle ne l'avoit -veu: il se retournoyt dedens le lict plus de cent mille fois et ne -pouoit dormir: et aprés ce/ venoit sur le point du jour qu'on ne voit -encores guaire luy failloit ribon ribaine se lever du lict et s'en aller -de rechief devant l'hostel de sadicte dame escoutant lever les avaynes -et regarder par les crevasses de l'huys s'il la verroit point en son -corset ou a sa cotte simple/ car il en eust esté en paradis. Or disoit -il que incontinent qu'il estoit arrivé et qu'il boutoit l'oeil entre la -serrure et la fante par ou en oeuvre l'huys d'ung loquet il en y avoit -au plus pres de la maison de sa dame une paillarde caille qui commençoit -a crier/ et chanter courcaillet comme se seust esté chose juree & -qu'elle le voulsist accuser/ or disoit cest amant icy que au cry de -ladite caille son sens mesloit et perturboit/ ne n'y a homme si rassis -qui n'en fust esbahy et tellement que aulcuneffoys de sanglante paour et -frayeur qu'il avoit se hurtoit le nez en se retrayant ne sçavoit qu'il -devenoit et encores pis ne cessoit de crier comme une enragee plus fort -que devant jusques a ce qu'il s'en fust party qui luy estoit ung -tresgrant ennuy et desplaysir et disoit que s'il pouoit veoir ou tenir -ladicte caille il la tueroit/ quoy qu'il luy deust couster mais il ne la -pouoit veoir ne prendre pour ce qu'elle estoit dedans la maison et -pource requeroit que ladite dame fust condampnee a faire abbatre la cage -et tuer ladicte caille ou faire vuyder dehors affin qu'elle ne luy -escriast plus dessus son jeu ne fist desplaisir et disoit que c'estoyt -raison. Et la partie de ladicte dame fut deffendu au contraire et disoyt -que ladicte caille ne estoit sienne en sa puissance et subjection/ Car -elle estoit en la maison d'ung de ses voisins qui y prenoyt plaisir a la -nourrir et tenir parquoy n'y avoit que congnoistre aussi n'estoit ce que -ung povre oyseau qui gaingnoyt sa vie a chanter/ pource de la tuer se -seroit tres mal faict/ disoit oultre que ladicte caille n'y pensoit a -nul mal et n'estoit que sa coustume de chanter et quant est d'attendre -longuement a l'huys de la maison c'estoyt simplesse a luy/ car il pouoit -bien penser que a l'heure de si hault matin il n'y avoit personne levé -et luy eust mieulx valu estre couché & dormir encores Si concluoit -ladicte dame par ces moyens a fin de non recevoir et d'absolution A quoy -ledict amant pour ses replicques disoyt que de dormir n'eust il peu/ car -en tel cas quant l'en veult dormir c'est a l'heure que on s'esveille et -que une heure en dure cent. Et au regard de ladicte caille disoit que -ladite dame la debvoit faire abatre/ car elle avoit bien la -congnoissance au lieu ou c'estoit/ et ne failloyt que faire rompre ung -ou deux bastons de ladicte cage pour l'en faire en aller Et protestoit -au surplus que se ladicte dame ne luy voulloyt faire que luimesme la -feroit tuer a quelque meschief qui en peust advenir/ car aulcuneffois -quant elle crioit elle l'effroyoit tellement et luy faisoit plus de mal -que qui lui eust baillé d'une dague par l'estomac/ surquoy finablement -parties ouyes ont esté appoinctees a mettre devant la court & au conseil -Si a ladite court veu le plaidoyé des parties et tout ce qui a esté -produict Et tout veu et consideré ce qu'il faisoit a veoir & considerer -la court dict que ledict amant ne faict a recepvoir a faire ladicte -demande contre ladicte deffenderesse/ Et si desclaire que ladicte caille -demourra la ou elle est pour vivre et chanter tout ainsi qu'elle pourra. -Et oultre deffend la court audict demandeur de luy faire mal ne getter -pierres contre la caige pour l'abbatre a terre sur peine de confiscation -de corps et de biens/ & d'estre privé de l'amour de sadicte dame. - - - - -¶ Le .xxi. arrest. - - -En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre ung aultre -amant demandeur d'une part et une sienne jeune dame et amye -deffenderesse d'autre part et disoyt ledict demandeur que ja pieça -sadicte dame se feist saigner du pied en l'eaue et de la vaine du foye -et pource que son medecin luy avoit enchargé comment que ce fust qu'elle -ne s'endormist point aprés la seignee. Icelle dame manda a son tresdoulx -amy demandeur que il se trouvast devers le soir devant son huys a tout -la Harpe et les Orgues/ pour la resjouir et faire passer le temps affin -que elle ne dormyst point. Et a ceste cause le gallant incontinent qu'il -sceut les nouvelles laissa toutes besongnes et feist dilligence de se -trouver a l'heure assignee: garny des bas instrumens de mellodye qu'on -pouoyt finer et n'avoyt garde d'y faillir. Sy estoit vray que ainsy que -lesdis menestriers commencerent a jouer/ ladycte dame s'en vint jouer/ -incontinent de plain bont et a l'estourdy ouvrit une des fenestres de -ladicte chambre ou elle estoit pour les ouyr de plus a plain/ mais il -advint que en retirant a elle ungs des potz de marjolaine ou de -violettes pour prendre place et se appuyer sur le bort des fenestres -qu'elle fist par hativeté/ elle fist choir une palette plaine de son -sang qu'on avoit mis sur ladicte fenestre pour essorer ainsi qu'on a -acoustumé/ et tumba sur luy si que toute sa chemise en fut gastee et -ensanglantee et pareillement le colet de son pourpoint Touteffois il -cuydoit lors pource qu'il estoit nuyt et aussi qu'on ne veoit goutte que -ce ne feust que eaue qui eust degoutté des violers en les arrousant et -n'en tint pas grant compte ainçoys s'en tenoit tout joly esperant que -sadicte dame l'eust fait tout de voulenté pour l'amour de luy Or quant -les menestriers eurent assés longuement illec joué/ et qu'il fut temps -de s'en aller ledict amoureux demandeur s'en partit moult reconforté et -ne luy duroit point le chemin. Mais se mal advint que en une des rues -par ou il luy failloit passer a s'en retourner/ il y avoit eu moult -grant noise de gens qui s'estoyent entrebastuz et les queroit le guect -tout partout et pource par suspeçon vint le guet demander audict -compaignon demandeur qu'il estoit et dont il venoit. A quoy il leur -respondit qu'il venoit de reveiller les potz de marjolayne/ mais l'en ne -l'en vouloit pas croire: ainçoys firent les gens du guect approucher -leur lanterne pour le veoyr a son visaige/ en quoy ce faisant fut -apperceu son colet du pourpoint tout plain de sang qui estoit respandu -de la fenestre de sa dame sur luy. Et commença chascun a dire qu'il -estoyt de ceulx qui s'estoient combatus en ladicte rue/ et qu'il en -portoyt les enseignes/ combien que a la verité ne sçavoyt que c'estoyt -de ladicte noyse: et a tant fut prins et mené prisonnier non obstant ses -bonnes raisons/ dont il fut bien esbahy et coucha la nuyt en prison ou -il ne dormoyt guieres car cela luy valloit une seignee ou il ne failloyt -point dormir aprés et le lendemain il fut delivré Or disoit que dudit -emprisonnement et de la paine dommage et interest qu'il avoyt soustenus -ladicte dame en estoit tenue tout du long/ car ce avoit esté par elle -que le cas estoit advenu. et pour ce concluoit a l'encontre d'elle -qu'elle feust condampnee a le recompenser de ses despens/ dommages et -interestz ou aumoins a lui donner pour recompensation dudit cas six ou -huyt baisiers tous entiers a grans acollees et embrassees. A ses fins -offroit a prouver et demandoit despens du cas que elle vouldroit -resister a l'encontre de ses conclusions. De la partie de ladicte -deffenderesse fut deffendu au contraire Et disoit que par sa foy quant -elle vint a la fenestre ouir lesditz menestriers elle ne pensoit -nullement du monde que lesdictes pallettes lesquelles estoyent plaines -de son sang y feussent encores/ ains elle cuydoit fermement que sa -chamberiere & servante les eust oster hors de la Et ne advint le cas que -par deffortune et inconvenient dont par ce moyen n'estoit tenue a luy Et -aussi ne luy recordoit aulcunement qu'elle eust ouy rien cheoir a terre -sinon ung bouquet de viollettes qu'elle luy gecta. Disoit avec ce que -s'il avoit esté mis & detenu aucunement prisonnier elle n'en pouoit -mais. et aussi n'estoit ce pas a sa requeste ainçois en avoit esté moult -dolente & courroucee quant elle le sceut/ et s'il s'en fust allé le -droit chemin sans aller par ces rues foraines/ il n'eust point a -l'advanture rencontré le guet. Et pource de prendre conclusions a -l'encontre de elle/ certainement n'estoit ledit amant aucunement -recepvable. Et n'estoit ladicte dame tenue de l'amender/ mais au regard -desdictz baisiers qu'il luy demandoit elle s'en rapporta a la court. -Concluant au surplus affin d'absolution. Disoit ledit amant par ses -replicques que posé qu'elle n'eust commys le cas a son escient et aussi -de guet a pensé touteffois veu qu'il estoit advenu par faulte & coulpe -d'elle elle estoit tenue de l'en desdommager et de recompenser. disoit -oultre que oncques puis sadicte chemise ne son pourpoint ne luy -servirent combien que de cela ne luy chaloit pas tant comme de la prinse -de sa personne. Mais ladicte dame respondit que luymesmes en estoit -cause/ et que jamais l'en ne doit aller sans sçavoir le nom de la nuyt -car s'il l'eust sceu il ne fut pas tumbé en danger. Et quant est de la -partie de sa chemise elle offroyt de la blanchir ou luy en donner une -autre plus belle que la sienne n'estoit combien qu'il la debvoit plus -aymer que une autre pource que le sang d'elle avoit espandu dessus -Finablement lesdictes parties ouyes elles ont esté appointees a -produire/ et mettre par devers la court & au conseil plaidoyé & tout ce -que bon leur semblera. Si a la court tout au long veu ledict procés et -tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere et tout veu la court dist -que ceste dame sera tenue toute recompensation de donner a sondit amy -demandeur demy douzaine de baisiers bien assis & dont chascun d'iceulx -pourra durer autant qu'on mettroit a dire ung De profundis et Fidelium. -Et si pareillement sera tenue l'avoir pour recommandé en sa grace pour -les biens du temps advenir. - - - - -¶ Le .xxii. arrest. - - -En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre les heritiers -ou ayans cause d'ung amant jadis de grant façon & bien renommé -demandeurs en cas d'excés & le procureur general d'amours adjoingt -avecques eulx d'une part. Et la dame de icelluy deffunct deffenderesse -d'autre part Et disoyent lesdictz heritiers demandeurs que ledict -deffunct avoyt en son vivant son amour mis si ardamment qu'il ne s'en -sçavoit ravoir. Et estoit bien aulcuneffois deux ou trois jours sans -boire ne manger quant il pensoit a elle. Et brief il en estoit tant feru -que au dernier il luy en estoit mal prins. Et pour venir au cas -particulier disoyent sesditz heritiers demandeurs que ladicte dame avoit -moult long temps pourmené ledit deffunct sans luy faire aulcun bien & -estoit qu'elle luy prya qu'il l'estrenast le jour des estraines. A quoy -se voulut tresbien employer/ et en effect luy donna ung tresbeau don -dont il n'est ja besoing de parler Et dequoy elle fut tant contente & -tant joyeuse qu'elle luy dist lors qu'elle le estraigneroit tresbien. Et -de fait elle ordonna qu'il coucheroit en l'hostel d'une sienne voisine -qui avoit sa chambre et demourance assez pres de la sienne Et par -laquelle en cas de necessité l'en pouoit aller de l'ung a l'autre. Si -fut le povre gallant bien joyeulx de telles estraines en soy repentant -que il ne l'avoit encores mieulx estrainee. Mais ainçoys les dictes -estraines luy cousterent bon prys. Si advint que pour inciter & mouvoir -tousjours les ditz de sa dame a devotion il loua les bas menestriers -pour venir jouer devant l'hostel entre mynuyct et le point du jour -qu'ilz ne faillirent pas a venir/ et comme ledit gallant fust couché en -atendant ses estraines lesditz menestriers alors commencerent a jouer la -basse dance de Je languis et de l'ardant desir/ & sur ce point dangier -le mary s'esveille lequel ne pensoit pas a danser et commença -incontinent a dire qu'il avoit ouy des larrons en la maison. Et aussi -pareillement que il avoit ouy ou songé la nuyt que on les devoit -desrobber/ parquoy se voulut lever. Et alors ladicte dame faignant de -aller allumer de la chandelle s'en vint courant dedans la chambre ou le -galant estoit couché & luy dist qu'il estoit perdu/ et que dangier se -doubtoit bien qu'il estoit leans. or qui fut bien esbahy a l'heure ce -fut le compaignon et nompas sans cause/ car il ne sçavoit de quelle part -tourner. Et alors tout a coup et soubdainement il gecta la couverture du -lict ou il estoit couché a terre et se leva tout nud comme s'il venist -du ventre de sa mere/ ce qui estoit besoing qu'il fist sans songer/ car -l'en le poursuyvoit de bien pres & avoit esté la chose bastie de longue -main pour l'attrapper et luy faire finer piteusement ses jours. Si -advint si bien qu'en descendant les degrez il rencontra une vieille -chamberiere qui sçavoit tous les destrois de l'hostel de leans/ laquelle -ayans pitié et compassion de son cas luy dist que il n'y avoit remede en -son fait sinon qu'il se boutast dedans ung vieil gelinnier de la maison -lequel estoit tout plain de poulles/ et de chappons ou jamais on ne -l'eust esté querir ne cercher. si creut son conseil et advertissement & -aprés que ledit gallant fut entré dedans ledit gelinnier ladicte vieille -ferma tresbien le guichet en mettant des barres au devant/ affin que -l'en n'y peust entrer. Et ce fait s'en partit ladicte chamberiere bien -legerement sans soy arrester pour mucer et oster ses robbes et -habillemens affin que l'en n'apperceust riens/ en quoy feist diligence -extreme et brief elle les entourtilla tous en ung monceau et les getta -tous sur le ciel de son lict. mais encores ne peult oncques si bien -cacher ne mucer que ledict danger ne trouvast ung des patins dudit -galant qui estoit par cas de fortune demouré en la ruelle du lict et -dieu scet la tempeste qu'il en fut Et combien que ladicte vieille -chamberiere en faisant son debvoir jurast & affermast par grans sermens -et sur son baptesme que c'estoyt ung des patins des menestriers -dessusditz qu'ilz luy avoyent rué a la teste/ pour ce que elle leur -avoyt gecté de l'eaue affin que ledit dangier n'y eust point de regret -ne aucune suspection. Touteffois pourtant icelluy danger ne s'en voulut -oncques taire/ ainçoys dist et jura que il n'y auroit lict ne banc qui -ne fust renversé & mis sen dessus dessoubz/ et cherchoit depuis la -jusques au guernier pour trouver ledit galant lequel estoit caché et -mucé leans & en congnoistre et sçavoir la pure verité Si furent allumez -falotz et lanternes de tous costez/ et n'y eut guichet/ ne cornet -despuis le hault jusques bas ou l'en ne cherchast/ & si ne failloit -point replicquer ne dire. Il n'y est pas/ car la fureur de dangier -couroit alors pour tout confondre. Or sur ce point fault noter qu'il -geloit a pierres fendans et goutte sur aultre/ parquoy le povre amant -qui ainsi estoit tout nud dedans ledit gelinier ne l'avoit point -d'advantage/ car il demoura la en cest estat et trembloit pareillement -comme la fueille fait en l'arbre par l'espace de bien environ deux -grosses heures Et qui plus est avec le mal qu'il souffroit encore -souffroit il innumerable douleur des coqz & chappons qui le venoyent -mordre & bequeter comme se feust esté poussins et tellement qu'il luy -failloit tousjours avoir les mains au devant de ses yeulx affin qu'ilz -ne les luy crevassent. et disoit on pour vray que quant il sortit dudit -gelinnier il avoit plus de six cens troux & morsures dont il seignoit de -tous costez/ qui estoit une angoisse importable & ne se osoit plaindre/ -crier/ ne tirer son alaine affin qu'on ne le veist ou apperceust. Et -advint si bien que quant ledit dangier demanda qu'avoyent lesditz -poussins qui ainsi voloyent et faisoyent si grant glay et caquet que -merveilles. Mais ladicte vieille chamberiere & servante print la parolle -sans soy effrayer en disant audit danger que c'estoit pour l'amour de la -lueur/ et lumiere des falotz & chandelles dont lesditz chappons & -poulletz avoyent paour/ & adonc fut ledit danger content sans plus rien -en enquerir & s'en alla coucher. si fut le povre homme tiré dehors de -leans aussi roide comme une barre de vieulx fer & ne congnoissoit desja -plus personne/ et quant l'en le voullut faire approcher d'ung feu que -l'en fist en la cuisine pour l'eschauffer il commença a soy esvanouyr/ -et brief qu'il ne l'eust bien tost secouru il estoit mort tout plat/ or -s'en failloit il partir a cop Car la demeure estoit trop perilleuse/ -mais ledict povre amant ne eust peu avoir sesdictes robbes/ et vestemens -qui ainsi avoyent esté gectez sur le ciel du lict sans faire grant noise -qui estoit encores pour tout gaster parquoy fut ledict compaignon -contrainct de vestir l'une des robbes de ladicte vieille chamberiere qui -estoit bien estroicte sur les espaulles dudit amant & de chaulser les -souliers de ladicte vieille chamberiere. et en ce point s'en vint a sa -maison tresbien malade & en moult piteux termes/ si se fist alors bien -penser et le lendemain visiter par les medecins. Mais estoit si -tresesmeu et avoit si forte fiebvre du grant travail qu'il avoit -souffert que l'en n'eust sceu bouter remede sinon que il traina bien -.xv. jours sans sçavoir boire ne manger. Et devint aussi sec que boys si -que finablement il alla de vie a trespas qui estoit bien grant dommage -veu qu'il estoit sur le point de son bien Or disoient lesditz heritiers -que attendu sa personne et le lieu dont il estoit le cas estoit bien -detestable/ parquoy la pugnition & la peine debvoit bien estre grande -contre ladicte dame qui avoyt esté cause de le faire ainsi mourir avant -ses jours. Et pour ce concluoyent et requeroyent a l'encontre d'elle que -pour occasion dudit cas dont mort s'en estoyt ensuyvie qui n'estoit pas -possible de reparer ycelle feust condampnee a leur faire amende -honnourable nudz piedz et sans saincture tenant une torche ardant en sa -main du poix de quattre livres en disant que faulcement et maulvaisement -elle avoit esté cause de la mort dudict deffunct leur frere dont elle se -repentoit et leur en cryoit mercy et a amours Que avecques ce elle feust -condampnee a faire faire une croix ou epytaphe ou tombe ou cymitiere ou -il estoit enterré en laquelle fust pourtraicte la figure et -representacion dudict deffunct et escript au bas de la tombe pour en -avoir memoire a tousjours. - - ¶ Cy devant gist le corps d'ung vaillant amoureux jadis bien renommé - qui fut piteusement estrainé de sa dame/ et qui receut d'elle si - bonnes estraines qu'il en est piteusement mort quinze jours aprés: - dieu en ait l'ame. - -Que en oultre ladicte dame soit condempnee a asseoir rentes a tousjours -et perpetuelles pour fonder deux chappelles garnies de messel calices/ -chappes/ aubes/ vestemens et ornemens aux armes d'iceluy deffunct. et -esquelles chappelles seront chantees et celebrees .ii. messes & quatre -obitz l'annee pour le remede et salut de l'ame dudit deffunct amant et -de tous ses amys trespasses. Qu'elle soit aussi condempnee a bailler -l'argent qu'il fauldra pour admortir lesdictes rentes Que la -presentacion desdites chappelles appartiengne aux hoirs et heritiers -d'icelluy deffunct & la conlation a l'ordinayre. Et oultre plus que -ycelle deffenderesse soyt de rechef condampnee envers iceulx heritiers -par devant toutes oeuvres par ledict procureur general pour ladicte -grant offence qu'elle a faicte a faire ung service moult solempnel -auquel service tous les parens et amys/ grans/ et petis dudict deffunct -seront appellés Et ou il y ait semonce deux torches et luminaire selon -l'estat de la personne dudict deffunct. Auquel service les gens -partyront de l'hostel ou le deffunct est trespassé comme se son corps y -estoit et la sera ladicte dame de icelluy deffunct nudz piedz faisant le -premier dueil et laquelle tiendra en sa main en allant au monstier et -durant le service ung crucefix de bois bien piteux qu'elle pourra bayser -s'elle veult en signe et signification qu'elle est signe de mort comme -celle qu'on mayne a la justice que aussi elle soit condempnee quant l'on -yra a l'offrande par la robbe l'ancien frere dudict deffunct/ & de le -mener devant par ung des costez de son manteau jusques au pres du -prestre pour le faire baiser. Et cela fait s'agenouillera et inclinera -devant le prestre sans baisier a l'offrande et puis s'en reviendra aprés -luy. Que aussy quant ce viendra a lever dieu elle soit tenue de soy -lever de la place ou elle sera assise pour aler alumer la torche a -celluy qui la tiendra et ce fait baiser le poile estant sur le coffre -dudit deffunct ou de sa representation en soy inclinant tout bas Et en -oultre aprés ce que la grant messe sera dicte et quant l'on yra en -procession chanter sur la fosse dudit trespassé. Libera me domine de -morte. &. ce. que icelle dame deffenderesse soit condampnee et -contrainte a soy descheveler & agenouller sur ladicte fosse les mains -jointes au ciel/ durant toutes les oraisons que l'en dira illec sur le -corps et a prendre le guypillon ou benoystier pour getter l'eaue -benoiste dessus ladicte fosse deux ou trois foys en baisant la terre & -disant devant tout le monde c'est par moy que es maintenant cy lasse -dolente/ maudicte soit l'heure que je fus oncques nee/ et puis cela -faict elle sera tenue de metre au bout du chevet de ladicte fosse une -croix ou ledict crucefix qu'elle tiendra en ses mains. Et aussi qu'elle -soyt condampnee a donner et bailler le jour du service par ses mains a -chascun povre qui se trouvera audict cymetiere ung grant pain blanc tout -chault/ et deux tournoys pour l'ame dudict deffunct. Et pour amende -prouffitable qu'elle feust condampnee en la somme de quatres mille -livres: et aussy a tenir prison ou il appartiendra A ces fins offroient -lesdictz heritiers a prouver/ et demandoient despens dommaiges et -interestz. Et au regard dudict procureur general & des gens d'amours ilz -disoient que par les dessusdyctes informations qui avoyent esté faictes -en ceste matiere il apparoissoit bien de tout ce que dit est dessus et -comme ledict deffunct quant il fut tiré du gelinier/ il estoyt presque -demy mort mais se cas la advint par la faulte de ladite dame ou pour le -cuider decepvoir/ il n'y avoyt nulz des tesmoings examynés es dites -informacions qui en parlast. Et pource protestoyent lesdictes gens -d'amours de prendre leurs conclusyons plus a plain mais qu'ilz eussent -ouyes les dictes partyes tout du long. Sy fut aprés ladicte -deffenderesse ouye/ qui premierement nya la demande d'eulx demandeurs -estre vraye. Et puis aprés pour ses deffences disoyt qu'elle eut -singuliere amour et accointance avecques le deffunct et que ce fut moult -grant dommaige de sa mort/ car il estoit taillé se il eust vescu d'estre -ung grant homme et d'avoir des biens largement. Aussi estoit il -debonnaire aymé de chascun: parquoy valloit bien d'estre cher tenu/ et -n'y avoyt ame qui en la mort de luy eust tant perdu qu'elle avoit faict/ -car une foys par le moyen de luy s'il eust pleu a Dieu de le laisser -vyvre sur la terre elle avoyt intencion d'estre fort avancee et -honnouree et ne feut oncques icelle deffenderesse autant doulente de -mort d'homme comme elle feut de la sienne aussy ne le pouoit encores -oublier. Or estoit il vray voirement que le jour des estraines il se -approcha d'elle & la voulut estrainer Et combien qu'elle ne voulsist -prendre les dons qu'il luy vouloit donner toutesvoyes il la contraignit -par force a les recevoir/ et jura que jamais ne les remporteroit Si -advint que lors pource qu'il estoit tard & qu'il n'eust veu goutte pour -s'en retourner il la pria que pour dieu elle le logeast pour la nuyt -seullement/ et jusques a ce que les menestriers venissent devant l'huis -pour le recueillir et s'en aller avecques eulx. A laquelle priere -obtempera icelle dame ayant pitié de luy et pour recompensation des -estraynes qu'il luy avoyt donnees feut contente de le hebergier/ et -ordonna qu'il feust couchié blanc et mol/ comme a luy bien il -appartenoit/ et en beaulx draps tous neufz qui sentoyent a plaine gorge -les roses des provins qu'elle luy tyra de son coffre a celle fin qu'il -dormast mieulx Et aprés ce qu'elle luy eust dit dieu vous doint bonne -nuyt elle luy bailla ung coeuvrechief & s'en alla coucher ou elle devoyt -et elle ne cuidoit point jamais que danger s'en fust advisé ou apperceu. -Et aussi a la verité il ne l'eust pas jamais fayt se n'eussent esté -d'aulcuns malheureux envieulx dudit deffunct courroucés de son bien qui -luy baillerent cest aventure sans cause & sans raison/ car chacun n'y -pensoit que bien. Or fut vray que tout a ung mouvement ledict dangier -quant il ouit les menestriers jouer devant son huys se leva comme tout -esmeu et eschauffé/ commença a dire. S'il est ceans je le trouveray -bien. Et de ceste heure ceste povre femme qui ne dormoit pas vint au -devant de luy en demandant ou il voulloit aller ne qu'il voulloyt faire. -Surquoy en respondant mal gratieusement dist laissés moy aller et luy -bailla ledict dangier deux souffletz dont elle cheut a terre toute plate -comme toute estourdye. Si commença a crier et survint au cry la vieille -chamberiere a qui ledict dangier commanda de aller allumer la chandelle -mais ce pendant la bonne maistresse la bouta du pied et entendit et -congneut bien le jeu/ tellement qu'elle s'enfouyt tout incontinent sans -delay vers le deffunct luy dire et annoncer les nouvelles dont il fut si -effrayé qu'il se leva treshativement sans se seigner ne prendre sa -chemise. Or qu'il devint depuis ne qu'il en fist ceste dame -deffenderesse n'en sçavoit riens mais oncquespuis ne le veit ne n'ouit -parler Et avoyt lors assés a faire de choyer dangier/ Et de luy dire -qu'il auroyt frait/ et seroit malade s'il ne s'en tournoit coucher affin -de luy rompre son entreprinse/ mais d'autant qu'elle le vouloyt appaiser -il eschauffoit encores plus de cherchier ledict gallant ne ne la -voulloit oncques en façon ne maniere qu'il est au monde possible cesser -ne delaisser aucunement pour parolles ne pour prieres et supplications/ -ains convint qu'il cherchast par tout ou bon luy sembla et n'atendoit la -povre femme que la mort et ne sçavoit lors qu'elle faisoit ne ou elle -estoit/ Car des douleurs avoit assez et eust bien voulu estre hors du -monde/ nompas pour doubte d'elle ne pour son honneur/ car elle n'en -craignoyt ame du monde/ mais pour le dangier ou ledict deffunct estoit/ -et le desplaisir qui l'en pouoit avoir Or disoyt elle oultre qu'elle -feut bien deux grosses heures entieres nudz piedz et en sa cotte simple -parmy la maison allant tousjours aprés ledict dangier et jusques a ce -que le tonnoirre fust cessé et dieu scet en quel paine brief chascun -eust pitié de la veoir en cest estat/ car elle n'avoit couleur au -visaige et estoyt aussi deffaicte que ung drappeau et si trembloit comme -la fueille en l'arbre Et encores par maleureté advint que le feu de la -chandelle que elle tenoit se print a ses cheveulx mais elle si -terriblement troublee qu'elle ne le sentit oncques ne n'est possible a -femme de endurer tel torment ne tel douleur pour une foys qu'elle fist -alors Disoyt avecques/ ce que quant la noyse fut appaisee & que dangier -ne trouva pas ce qu'il cuydoit elle envoya incontinent ses clefz en bas -pour avoir des couvrechiefz pour chauffer sondit feu amy/ et luy faire -revenir le cueur & la parolle/ et si n'est point a croyre qu'il ne luy -fist tresgrant mal de ce qu'elle ne pouoit aller vers luy pour le -reconforter/ mais elle avoit trop grant empeschement et si n'estoyt pas -temps Touteffois au dernier faignant qu'elle eust mal au ventre elle -trouva maniere de venir en bas et vint a une course luy dire a dieu & le -baiser moult doulcement et alors les larmes yssirent deux yeux tant -d'ung costé que d'autre & ne pouoient parler tant avoient chascun le -cueur serré/ cela faict elle s'en retourna coucher bien dolente/ mais -n'eust sceu dormir tant larmoyoit et avoit de mal si que le lendemain -l'en eust trouvé les draps du lict tous plains de larmes et gemissemens. -et depuis qu'elle le sceut que ledit deffunct fut malade elle ne eut -joye au cueur ne n'estoit une seule journee que elle ne luy envoyast des -prunes de damas seches/ des fleurs de toutes sortes/ boucquetz odorans/ -et toutes autres choses plaisantes pour le esjouyr/ mais ce que chascun -dit il fut mal pensé ou petitement secouru et luy bailla son medecin par -trop de medecines laxatives/ Et puis il estoit foible et de tendre -complexion/ et en effect il trespassa bien trois sepmaines le cas advenu -Or disoit ceste dicte deffenderesse que de la voulloir chargier de la -mort dudit deffunct c'estoit tresmal fait/ veu qu'elle n'en avoit tache -ne coulpe/ ainçois vouldroit qu'il luy eust cousté six pallettes de son -sang/ & qu'elle ne deust boire ne manger que du pain & boire de l'eaue -d'icy a trois ans & il fust encores en vie. Disoit aussi par autre moyen -que l'en ne la devoit charger de sa mort. Car elle n'en pouoit mais/ et -fut a la requeste dudit deffunct qu'elle consentit que il demourast a -l'hostel & pour lui faire plaisir qui ne luy doit tourner a dommaige et -s'il eust beaucoup a souffrir encores en eut elle plus la moytié. Aussi -ne fut ce pas par elle que la fortune advint ainçois par ceulx qui -avoyent rapporté faulses parolles a dangier dont par ce moyen l'en s'en -devoit adresser a eulx et nompas a elle. Et quant au regard de la -charger qu'elle sçavoyt bien que tout ce qui a esté fait adviendroit. -Respondit par sa foy qu'il estoit impossible que le cas fust advenu se -premierement danger n'eust esté embouché des envieux dudit deffunct & ne -l'eust point songé Aussi de dire qu'elle feust consentant/ veu que son -honneur y pendoit/ cela estoit trop notoirement faulx et ne l'en voulut -oncques charger ledit deffunct qui en sçavoit bien la pure verité. Si -disoit ladicte deffenderesse qui par les moyens dessus couchez que -lesditz heritiers ne faisoyent a recepvoir en quoy que ce soit en voye -d'absolution. A ses fins concluoit et demandoit despens Et entant qu'il -touchoit les gens d'amours qui disoyent que il sembloit de prime face -que il y eust grande presumption contre ladicte dame entant que elle -envoya audit gallant qui estoit dedans ledit gelinnier une vieille robbe -ou couverture pour le couvrir veu qu'il geloit a pierre fendant/ et -qu'elle pouoit bien penser qu'il morfondoit illec/ & pource requeroyt -que le droict d'amours y fust gardé. Respondit ycelle dame qu'il n'eust -pas esté en toute sa puissance de le secourir/ pour ce que dangier -estoit tousjours auprés d'elle et qu'il faisoit autant de pas comme elle -faisoyt/ et se elle eust fait aulcun semblant d'aller devers luy/ tout -eust esté descouvert. Aussi ne sçavoit elle alors ou il se estoit bouté -ne qu'elle faisoit tant estoit effrayee de l'advanture. Surquoy les -heritiers dudit deffunct en repliquant disoyent que elle ne se pouoit -excuser de la mort d'icelluy/ car devoit estre asseuree de son cas & -avoir deux cordes en son arc avant que le laisser demourer leans. c'est -a dire que elle debvoit pourveoir a l'inconvenient et luy faire deux -chemins affin au moins quant danger fust venu par l'ung qu'il s'en -allast par l'autre mais elle avoit ouvré au contraire/ car elle avoit -mys le povre homme coucher en la gueule des loups qui l'eussent -voulentiers devoré se par amours ne eust esté secouru/ & quant du -secours qu'elle disoit avoir fait audit deffunct ne sert de riens. et -aussi pour monstrer l'experience du contraire oncques n'avoit esté au -service dudit deffunct ne porter le dueil. comme se jamais ne l'eust -congneu Si fut dupliqué par ladicte deffenderesse/ en disant que c'est -plus grant paine la moyctié de porter le dueil dedans le cueur que -dehors & mettre une robe noire car l'ung griefve et touche de pres/ et -l'autre n'est que pour faire maniere/ et en y a beaucoup qui font le -dueil par dehors mais ne leur en chault. Si estoit ladicte deffenderesse -de ceulx mesmes qui le portoyent au cueur car jamais n'oublyoit le -deffunct/ et n'estoit jour ne nuyct que elle n'en plourast et priast -pour luy quant il luy souvenoit de sa grant douleur et debonnaireté. Au -regard des deux chemins il n'est personne si saige ne si advisé qui ne -perdist le sens mesmement quant l'en n'a pas le loisir d'y penser et que -ung tel inconvenient vient si soubdainement et en parlent plusieurs bien -a leur aise par ce qu'ilz ne sçayvent que c'est. si disoit par ses -moyens que a elle l'en ne pouoit riens demander dudit cas comme dessus. -Lesquelles parties ouyes en tout ce qu'elles ont voulu dire & aleguer -elles ont esté appointees contraires et en enqueste/ laquelle a esté -faicte/ et rapportee par devers la court et ont depuis les parties -baillé reprouches produit ce que bon leur a semblé. Si a la court veu -finablement ledit procés enquesté et tout ce qui il failloit veoir en -grant et meure deliberation/ & tout veu et consideré ce qu'il failloit a -considerer la court dit que elle absolut la dame des impetitions & -demandes des heritiers dudit deffunct comme non coulpable du cas & -recompense les despens d'ung costé & d'autre & pour cause - - - - -¶ Le .xxiii. arrest. - - -En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une dame -apellant d'une part & ung sien intime d'autre/ & disoit ladicte -appellant que jaçoit ce qu'elle ne luy eust meffait ne mesdit en riens/ -mais ay tousjours taché a luy complaire/ neantmoins ledit intime -c'estoit vanté de luy porter dommaige & de fait l'a menacee de la faire -prisonniere/ et voulant faire information pour la prendre elle s'est -sentue grevee et en a appellé. Si concluoit tout pertinent en matiere -d'appel qu'elle a esté mal menacee & bien appellé par elle A ces fins -offroit a prouver et demandoit despens de la partie dudit amant fut -deffendu au contraire & disoit que ung soir bien tard ainsi que il -passoit par devant l'huys de sadicte dame il commença a toucer affin -qu'elle l'ouyst pour dire dieu vous doint bonne nuyt/ mais aussi tost -qu'elle entendit que c'estoit il elle print ung seau d'eaue & le gecta a -sa fenestre sur sa teste et dedans le dos tellement que le povre homme -fut tout esfarouché & cuidoit bien estre noyé. Aprés laquelle eaue -gettee la dame & sa chamberiere commencerent a rire si hault & se -mocquer qu'il les peust bien ouyr/ dont il fut plus dollent que par -devant et pour ceste cause s'en estoit plaint a la justice d'amours qui -avoit ordonné faire information du cas pour aprés y pourveoir. Or disoit -que le cas estoit maulvais/ car il avoit esté fait d'aguet a pensee et -avec propos deliberé en hayne et desrision d'amours/ et contre le dit -amant qui estoit en sa sauvegarde/ parquoy il cheoit grant reparation -mais encores l'en ne faisoit que l'information pour la verité/ & par -ainsi d'en avoir appellé l'appellation n'estoit recepvable/ aussi ne -faisoit a ladicte dame aucun grief/ car quant l'en l'eust voulu prendre -il estoit lors temps d'en appeller & nompas de l'information. Disoit -avec ce ledit amant que jamais n'en eust parlé si n'eut esté la -mocquerie & risee qu'elle & sadicte chamberiere en firent quant il fut -ainsi moullé/ et concluoit affin de non recepvoir allias mal appellé/ en -requerant provision. A quoy fut replicqué par l'appellant disant que sus -sa foy quant l'eaue fut gectee/ elle ne cuydoyt point que ce fust il Et -aussi ce ne fut elle pas qui la lui gecta mais sa chamberiere qui estoit -jeune & sote dont elle fut moult courroucee aprés/ combien qu'elle n'y -eust peu mettre remede car la chose estoit ja faicte/ mais quoy que ce -soit ne se farcerent oncques de luy/ et ainsi de se plaindre a ledit -amoureux grant tort. Aussi n'y avoit il danger de son costé/ car l'eaue -estoit nette si lui estoit moult proffitable pour le rafreschir. Et au -regard qui fust en la saulvegarde d'amours elle n'en sçavoit rien aussi -ne luy en avoit on riens signifié. Ledit amant pour ses dupliques disoit -qu'il n'estoit que de bonne chaleur & que ladicte dame ne se pouoit -excuser pour dire qu'elle ne cuidoit point que ce feust il/ Car il avoit -toussy une foys/ ou deux tant que elle l'avoit bien entendu/ Et fut la -chose faicte a la main pour se farcer de luy et despriser. et quant a la -saulvegarde ne la pouoit ygnorer/ car il estoit tout notoire que tous -amoureux qui vont de nuyt sont en la sauvegarde d'amours tout ne plus/ -ne moins comme sont les oubliers qui vont par la ville et de ne leur -toucher sur peine de perdre le poing. surquoy les parties ouyes elles -ont esté appoinctees a mettre par devers la court & au conseil ce que -bon leur sembleroit/ si a la court veu ledit procés & tout ce qu'il -failloit veoir en ceste matiere et a tout veu la court dit qu'il a esté -mal appellé par ladicte appellante et l'amendera en la condampnant es -despens de la cause d'appel/ la tauxation reservee. et ordonne la court -que ladicte dame et sa chamberiere comparoistroyent ceans en personne -pour estre interrogué sur ledit cas. Et ce faict la court pourvoyera sur -tout & fera droit aux parties ainsi qu'il appartiendra par raison. - - - - -¶ Le .xxiiii. arrest - - -En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une jeune dame -appellante d'une part/ et ung jeune amant intime d'aultre part. et -disoit ladicte appellante que comme entiere et loyalle ou elle debvoit -estre elle avoit esconduit ou debouté ledit intime Touteffois affin -qu'il n'en feust mal content ou qu'il ne cuydast qu'il eust haine a -l'encontre de lui faisoit tousjours ung commun acueil comme aux aultres. -Or disoit elle que une journee ainsi comme elle et d'aultres de ses -voysines jouent au propos il se vint seoir auprés d'elle. Et advint a -son tour que ainsi qu'il parloit a elle a l'oreille pour luy dire son -mot et proposer dessus que icelluy gallant en haulsant la pate du -chapperon la baisa tout a coup/ duquel baiser ainsi prins d'emblee et -par trahyson ceste dame si a appellé et relevé/ et pource concluoit tout -pertinent qu'il avoit esté mal procedé & tres mal exploicté par ledit -amant et bien appellé par elle offrant prouver et demandoit despens. et -au surplus elle requeroit que il luy fust deffendu de plus ne luy -toucher en quelque façon que ce fust De la partie dudict amoureux intime -fut deffendu au contraire et disoit que voirement se trouva assis -avecques elle/ et plusieurs aultres qui jouoyent audit propos & fut vray -qu'en s'approchant vers elle pour luy dire le mot qu'il avoit pensé son -pied luy grila devers elle & ainsi lui cuidant dire en l'oreille sa -bouche froya ung peu contre sa joue/ mais cella ne doit estre reputé -pour ung baiser car ce n'estoit que ung glyssement. Aussi n'avoit il -touché que contre la joe et l'orelle. Et n'y avoit eu saveur ne odeur -quelconque ains encore luy rechigna elle comme s'elle l'eust voullu -menger pourquoy de se plaindre avoit ladicte dame grant tort. et -n'estoyt l'appellacion recepvable ne valable veu mesmement qu'il ne luy -avoit faict aucun grief et pour ce concluoit a ses fins et qu'il fut dit -qu'elle avoit mal apellé offrant a prouver et demandoyt despens. Cest -appellant pour ses replicques disoit que par telz moyens prendre baiser -c'est larcin publique & que l'en ne pourroyt pugnir telz malfaicteurs/ -car c'est a eulx trop entreprins et en peult venyr trop d'inconvenient -Et peult estre que ceulx qui les voyent ainsi prendre ne l'oublyoient -pas aussy de legier et pensent a l'adventure ce qui n'est pas et aussi -quant les autres a qui la chose touche le sçavent ilz en prennent des -merencolies & aussi des desplaisances beaucoup et cuident souvent que -leurs dames par ce moyen ayment autres que eulx parquoy avoit appellé -dudit baisier l'appellation estoyt bien recepvable. Et ne valloyt rien -de dire au contraire que cela ne luy portoit point de prejudice car ce -n'estoyt pas son plaisir qu'il la baisast ne touchast en aucune maniere -et concluoit comme dessus Mais ledit intime pour ses dupliques disoit -que autant en emportoit le vent et que nul qu'elle ne pouoyt sçavoir -qu'il l'eust baisee: car la pacte du chapperon estoit au devant -Finablement les parties ouyes elles ont esté appointees en droit et au -conseil. Si a la court veu ledict procés ce qu'il failloit veoir en -ceste matiere: Et tout veu la court mect ceste appellation au neant et -sans amende ne despens et ordonne la court que doresnavant l'en ne -jouera plus audit jeu de propos sinon que dangier ou chagrin soient -entre deux & pour cause - - - - -¶ Le .xxv. arrest. - - -Ceans c'est plaint ung amoureux d'une sienne dame/ disant que combien -qu'il l'ait longuement servie et qu'elle ait peu apparcevoir sa bonne -voulenté/ neantmoins elle ne l'a voullu aymer ne prendre en grace/ ains -luy a ja respondu par plusieurs fois qu'elle ne le veult aymer plus luy -que ung aultre & qu'elle ne sera subgecte en amours tant qu'elle vive -affin qu'il se pourvoye ailleurs/ Et ainsi se povre gallant a des maulx -beaucoup a souffrir/ car il a mis tout son cueur en elle qu'il en -vouldroyt bien oster et retirer/ Mais il ne peut et pource requeroit -qu'elle fust condempnee a le recepvoir en sa grace comme son serviteur -et amy: ou aumoins qu'elle fist tant qu'il ne luy souvenist plus d'elle -et ne luy en chaulsist point. Et sur ce a ladicte dame deffenderesse -deffendu au contraire disant que au regard d'elle pour obvier aux grans -maulx qu'elle veoyt tous les jours advenyr a ceulx et celles qui sont au -plaisir & service d'amours elle ne veult personne aymer ne mettre son -cueur plus a l'ung que a l'autre/ car selles qui le font s'en tiennent -deceveurs: et advient voullentiers qu'elles en seuffrent beaucoup -d'oprobres et en perdant leur bonne renommee/ dont aulx gallans ne -chault guieres/ car ilz ne pensent que a leur singulliere voullenté/ et -leur semble que ce qu'ilz songent leur doibt advenir dont ilz sont bien -loing Et aussi pour faire tout uny n'avoyt ladicte dame entencion -d'aymer aulcun/ ains voulloyt demourer et la franche liberté. Et ledict -complaignant avoyt mys si fort son cueur en elle qu'il ne l'en pouoyt -oster dont c'estoyt follye a luy/ car il aymoit sans partie Et quant est -de requerir qu'il ne luy souviengne plus d'elle: respondict ladite dame -qu'elle ne le sçauroit garder de songier et de penser a elle/ se luy -mesmes ne s'en voulloyt garder/ Car elle n'avoit pas la clef de son -cueur. Aussy telz pensemens ne viennent que de folles voullentés qui -suffocquent les cueurs des gens par trop legier croire & fole esperance -en quoy l'en ne se doibt fier: mais en tant qu'il luy touche ne luy -souvient de luy que bien a point. Et disoyt oultre qu'elle ne peche en -riens qu'il ne l'oste de l'amour qu'il dit avoir en elle veu qu'il s'i -abuseroit trop longuement. Si concluoit par ses moyens affin -d'absolucion et demandoit despens/ et aprés le procureur d'amours qui -touchant ceste matiere c'estoit adjoint avec ledit povre amant -demandeur. Si disoit que une femme de quelque estat qu'elle soit s'elle -n'est une fois en sa vie amoureuse et au service d'amours elle ne sera -jamais bien venue du monde/ ains doibt estre reputee tout son temps -comme une beste brute qui n'a point d'entendement/ car tous biens -viennent d'aymer et qu'il soit vray l'en le peult veoir par experience -de celles qui ayment car d'amours vient joye plaisance et desplaisance/ -aise et desaise de tous les biens du monde ne n'aura jamays femme ne -homme qui soit amoureulx disette de biens/ car l'en a tousjours assés et -vault myeulx ung soubzrys/ ou ung petit genoul ou quelque petit signe -que l'en s'entregette l'ung a l'autre que avoir cent muys de blé au -grenier car au moins telz biens d'amours ne se peuent diminuer et si ne -les fault point vanner pour les chardons. Et aussi l'en voit communement -que une femme qui est amoureuse est tousjours joyeuse ne n'y a celluy -qui ne tasche a luy faire plaisir. et si s'entrebat l'en encores pour -estre des premiers a la servir elle sera tousjours coincte jollye et -bien cueillie et n'y a ordure qui s'osast prendre a sa robe/ mais au -contraire celles qui renoncent au servyce d'amours sont maleureuses et -chetives et ne veult l'en avoir a faire a elles sinon en passant pour -dire dieu gard et a dieu dame. Et tous les plus grans biens qu'ilz -peuent avoir c'est quant elles se treuvent es festes ou on dance ou en -aultre lieu qu'on fait bonne chere qu'elles sont assises en banc pour -parler du temps passé regardés le personnages et vieulx habitz qui sont -pourtraictz en ses tapisseries de nopces de deviser illecques a ung -coingnet du temps jadis n'avoyent garde d'eux habiler de telz habitz qui -courent maintenant/ et l'une belle commença a dire tout est changé/ et -qu'elle ne congnoist plus rien au monde/ et l'autre dira que ce n'est -que folie d'y mettre son cueur veu qu'il fault mourir/ et en ce prennent -leur deduyt et ne leur dure gueres/ car quelque chose qu'elles en disent -elles vouldroient en leurs cueurs estre aussi jolyes que les aultres et -avec ce elles n'ont point de bien car lors n'en tient l'en pas grant -compte/ parquoy n'ont point de joye ne liesse ains languissent sur le -pied & pource disoit ledit procureur d'amours qu'il avoit choys de l'ung -a l'autre et qu'il ne pouoyt croire que ceste dame de si vaillant cueur -reffusast son service/ et affin que il en sceust la verité requeroit -qu'elle jurast c'elle vouloyt a tousjours renoncer aux biens & service -d'amours surquoy elle interroguee dist et afferma que ouy & qu'elle -n'avoit cure d'aymer quelque gallant que ce fust pour aucunes causes que -a ce la mouvoient. Ouyes les responces et affirmations ledict procureur -d'amours print ses conclusions a l'encontre d'elle tant qu'elle fut -banie & privee a tousjours du royaulme d'amours/ et des biens qui y sont -et qui n'y eust personne qui se esbahyst ne parlast a elle en quelque -maniere que ce fust sur peine de confiscation de corps et de biens et -qui tous ceulx qui luy verroyent desormais tenyr boucquetz les luy -allassent arracher des mains devant tout le monde comme indigne de les -porter Et avec ce que nonobstant la renonciacion par elle faicte et sans -prejudice d'icelle fust condampnee a le saluer et rire de l'oeil et de -bouche tant seulement et pour ce gallant aimer tant qu'il fust revenu a -santé de la maladie qu'il avoyt a cause d'elle. Et oultre requeroit que -a greigneur seureté il fut baillé a elle en garde pour le penser durant -sa maladie en telle maniere que s'il rechet jamais en l'estat l'on s'en -pourra prendre a elle. Et aussi qu'elle fust tenue de respondre ou que -telles aultres conclusions fussent adjugees audict procureur d'amours -qui la court aviseroit Surquoy ladite dame dessusdite disoit que veue la -revocation par elle faicte de ne aimer ne d'avoir aucuns biens d'amours/ -l'en ne luy pouoyt plus rien demander: car elle estoit exempte de la -court/ et non tenue de proceder/ mais devoyt estre mise hors de procés -Et quant est des conclusyons prinses contre elle par les gens d'amours -disoit qu'elles n'estoyent recepvables: car amour vient de voulenté et -de plaisir. Et ainsi doncques puis que une foys elle avoyt declairé que -son plaisir n'estoit point d'aymer l'en ne la devoyt de raison -contraindre par force aymer ne ne s'en devoit plus la court mesler. Et -au regard d'avoir en garde le malade: elle respondoyt qu'elle n'en -prendroit jamais la charge: pour ce qu'elle avoit assés a faire de se -garder elle mesme. Et quant est de porter fleurs ou boucquetz bien s'en -passeroit Mais le povre amant par ses repliques disoit qu'il estoyt -content qu'elle demourast en sa liberté et qu'elle feist tout ce qu'elle -voudroit pourveu qu'il ne luy souvint plus d'elle combien qu'il ne luy -estoyt possible que jamais la sceut oublier/ et s'en estoit bien esforcé -tant par voiages et pelerinaiges qu'il en avoit fait que aultrement car -tout rien n'y a voulu/ car de tant plus qu'il en estoit loing c'estoit -alors qu'il avoit plus grant desir de s'en approucher. parquoy son cas -estoit pitoyable et moult favorable entendu mesmement qu'il n'estoit -possible de recevoir garison synon de la grace de sadicte dame pour -occasion de laquelle sa maladie luy estoit venue: et a ce qu'il fust -guery et estoit content de mourir entre ses mains/ en offrant de la -quiter de sa mort et aussi de deffendre a ses heritiers de ne luy en -jamais rien demander Mais ladicte dame perseveroyt tousjours en ses -reffus disant que celles qui y sont bien se y doivent tenir/ et que de -soy obliger en une chose ou elle n'est point tenue jamais ne le feroyt -pour rien. Oultre elle disoit qu'il ne luy souvient de luy/ parquoy ne -luy doibt point souvenir d'elle: et est bien grant simplesse d'y mectre -son cueur si avant que on ne l'en puisse oster A quoy le povre homme -respondit que l'on n'en est pas maistre qui veult/ et que s'il s'en -pouoit une fois deffaire jamais elle ne aultre n'aymeroit si -parfaictement au moins qu'il ne sceust bien comment. Ouyes lesquelles -parties en tout ce qu'elles ont voulu dire et alleguer elles ont esté -appointees a mettre par devers la court et au conseil. Sy a la court -finablement veu ledit procés avec ce qu'il failloit veoir et visiter en -ceste matiere. Et tout veu et consideré la court dit que veu et visiter -la renonciation faicte par ladicte dame deffenderesse de ne servir -jamais a amours elle ne tiendra court ne congnoissance de ceste matiere -mais elle ordonne qu'il sera deffendu a tous galans subjetz & serviteurs -d'amours qu'ilz ne soyent si osez/ ne si hardys de la mener danser en -quelque feste qu'elle soit ou voise ainçois qu'on la laisse toute comme -une femme habandonnee et bannie de toute joye. Et pareillement sera -deffendu a tous cousturiers qu'ilz ne luy facent aucunes robbes ou -vestemens a la nouvelle façon/ mais que ilz mettent tousjours en celles -qu'ilz luy feront ung gros ply entre deux menus que devant ou derriere -elles soyent mal arondies que legier passe d'ung costé affin que chascun -congnoysse que avant ses jours elle deviendra chartreuse/ et que par ce -moyen elle soit esloingnee et privee de toute joyeuse compagnie. Et au -regard de la provision requise par ledit povre amant malade/ la court -dict que elle n'y peult toucher mais de grace combien qu'il ne soit -acoustumé de faire/ luy conseille de se pourveoir ailleurs de dame/ ou -de se vestir de dueil/ affin que le cueur d'elle puisse ung peu amollir. - - - - -¶ Le .xxvi. arrest. - - -Aux cryees d'une tresbelle fille se sont trouvés sept opposans Et disoit -le premier qu'il avoit bien desservy l'amour d'elle et qu'il la voulloit -bien par quoy la requeroit a avoir devant tous les autres. le second -opposant disoit qu'il avoit tout son cueur en elle & disoit qu'il -l'avoit de pieça choisie pour estre son serviteur si c'estoit son -plaisir Le tiers disoit qu'il l'avoit premierement requise & fait ses -diligences en temps & en lieu et ainsi devoit estre preferé. Le quart -disoit que s'elle prenoit autre que luy se devoit estre a la charge de -lui faire ung petit genoul/ & ung soubris qu'elle luy avoit promis que -toutes et quantes foys qu'il passeroit par devant elle. Le .v. disoit -aussi qu'ilz avoyent promis de eulx entre aymer ensemble/ et de faire -des biens l'ung a l'autre Et pource requeroit qu'il ne fust pas oublié -ne mys des derniers. Le .vi. disoit que combien que il eust bon droit de -s'opposer toutesfois attendu qu'il y avoit tant de opposans il ne -requeroit seullement que la grace d'elle et que on l'eust pour -recommandé a jour de payer comme ung autre. Le .vii. et dernier disoit -qu'il l'avoit songee deux ou trois fois la nuit/ & aussi on luy avoit -rapporté qu'elle le aymoit bien/ parquoy requeroit estre preferé devant -tous autres A quoy dangier et malle bouche qui estoyent adjoinctz a -veoir juger ce decret desdictes criees & disoyent que lesditz opposans -s'abusoyent bien de y venir par opposition car il n'y sçavoit nul qui -eust droict en la proprieté des choses criees ne qui deust empescher -d'en disposer a leur plaisir & devoient lesditz opposans venir par -requeste et supplication & nompas par main armee. Et quant est des -parolles & gracieux semblant qu'on leur avoit donné disoyent lesditz -dangier et malle bouche que filles ne ont point de vouloir ne de faculté -de choisir ou eslire et oultre quelque double parolle ou bel acueil que -facent aux gallans cela ne peult prejudicier sinon a ceulx qui se y -fient trop de leger & pource de s'i attendre estoit grant simplesse avec -plusieurs autres raisons servans leur cas Surquoy parties ouyes elles -ont esté apointees en droit et au conseil. Et a la court finablement veu -ledit procés lesdictes criees avec les causes d'opposition & tiltres de -chascun. Et tout veu et consideré la court dit que nonobstant les -oppositions desditz opposans dont elle les deboute ledict decret sera -adjugé a la voulenté desditz dangier et male bouche mais ladicte fille -choisira celluy des opposans qui mieulx luy plaira pour estre son amy et -serviteur et condampne les opposans es despens. - - - - -¶ Le .xxvii. arrest - - -En la court de ceans c'est assis ung procés entre ung povre amant -appellant de certain reffus a luy fait par sa dame intimee d'aultre -part/ et disoit ledit appellant que la chose qu'il desiroit plus -c'estoit d'estre en la grace d'elle et qu'elle eust souvenance de luy. -Or disoit que a ceste occasion & affin qu'elle l'eust en memoire il se -advisa aux estraines dernieres passees de luy faire ung des plus beaulx/ -et riches mouchoirs qu'il estoit possible de faire ou son nom estoit -escript a lettres entrelassees le plus gentement du monde/ et luy avoyt -bien cousté quatre escus/ car il estoit attaché a ung beau cueur d'or et -franges de menues pensees. Si fut vray que le povre gallant mesme luy -presenta ledit don audictes estraines mais elle n'en eut cure ainçois -l'a reffusé en disant qu'elle n'en prendroit point & qui plus est -maintenant luy fait pire chiere que elle n'avoit acoustumé par avant en -luy rechisgnant a chascun coup/ parquoy se gallant voyant qu'il n'y -pouoit trouver aultre maniere a appellé dudit reffus et rechignement en -la court de ceans. et pour ce concluoyt tout pertinent en matiere -d'appel qu'il avoit esté mal reffusé mal rechigné et bien appellé par -luy. A ses fins il offroit a prouver & demandoit provision d'estre remis -en l'estat qu'il estoit par avant son appel et despens. De la partie de -ladicte intimee fut deffendu au contraire et disoit que c'elle luy -rechisnoit ou faisoit maulvaise chiere/ l'on ne s'en debvoit pas -esbahir/ car il se vouloit trop moquer d'elle de luy presenter ung tel -don qui n'estoit pas recepvable veu que c'elle l'eust prins elle eust -confessé en effect d'estre morveuse. car aussi il ne sert que de -moucher/ pource a bonne et juste cause l'avoit reffusé et n'estoit par -consequent l'opposition dudict reffus vaillable. Et concluoit a ses -fins/ et quant est de la provision n'en doibt point avoir/ car pour -meffaire/ ou mesprendre si lourdement envers sa dame qui debvoit garder -de courroucer elle n'estoit tenue de rendre plaisir. A quoy ce povre -amant disoyt que en telles matieres l'on ne debvoit pas tant regarder au -don que a la voulenté du donnant. et affermoyt par sa foy que jamais -n'eust pensé la ou sadicte dame pense/ mais seullement luy avoit fait -faire ledict mouchouer qui estoit moult beau & riche pour l'amour d'elle -et affin que quant elle metteroyt la main a ses clefz elle le veist ou -quant elle se mouscheroit luy souvint alors de luy/ et brief aymeroit -myeulx mourir/ que faire chose en son escient qui luy despleust/ en -offrant de luy donner en ce lieu ung aultre tel don que elle vouldroit -en requerant pour dieu mercy entant qu'il la pourroit avoir offensee. -Surquoy ladicte dame pour ses duplicques/ disoit au contraire que par le -propos mesmes dudict amant prins a son prejudice il avoit delinqué & que -pour donner exemple aux autres ou affin que une aultreffois fussent -mieulx advisez estoit besoing de y pourveoir. Finablement parties ouyes -ont esté apointez en droit & a mettre devers la court et au conseil. si -a la court d'amours veu ledit procés a grant et meure deliberation & -tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere/ & tout veu dit que il a -esté bien reffusé & procedé par ladicte dame & mal appellé par le dict -appellant et l'amendera en le condampnant es despens de la cause -d'appel/ la tauxation reservee avec ce declere la court ledit don non -recevable ne vallable en deffendant a tous amoureux de jamais n'en -arrestez leurs dames sur peine d'amende arbitraire & de encourir -l'indignation d'amours - - - - -¶ Le .xxviii. arrest. - - -Ceans c'est complaint une femme de une sienne voisine/ disant que elle -luy tient les plus rudes termes du monde car incontinent qu'elle voit -ung homme qui vient parler a elle toute la journee elle ne cessera de -quaqueter mal es voisines en gectant des petites pierres par une -fenestre qu'elle a respondant sus la rue dessus les gens qui estoyent a -son huys pour les en faire aller. Et puis quant on n'en tient compte ou -que l'en ne s'en bouge/ elle s'en vient plainement a ladicte fenestre -tousjours/ et dire dieu vous gard comme pour dire/ je vous voy bien et -proferant plusieurs aultres parolles mal sonnant/ & encores plus elle -non contente de toutes ses choses ycy tressouvent elle murmure & se elle -a quelque robbe ou chapperon nouveau ceste femme deffenderesse va -publier incontinent que elle sçait bien qui luy a donné & que tel l'a -payé qu'on ne cuyderoit pas en luy faisant plusieurs autres oultrages et -desplaisirs. Et pour ce requeroit icelle demanderesse qu'il fust -deffendu a sa voysine de ne parler contre elle sur paine de luy parcer -la langue et que sa fenestre par ou elle vient escouter les gens fust -abatue & demandoit despens De la partie de ceste deffenderesse fut -deffendu au contraire et disoit qu'elle avoit tousjours vescu -paisiblement/ et n'eut jamais noise en la rue si non depuis que ladicte -demanderesse y estoit venue demourer qui n'estoit contente des biens -qu'elle a/ mais veult entreprendre sus les aultres et si luy semble pour -deux/ ou troys robbes qu'elle a qu'on la doibt appeller ma dame et -qu'elle doit supediter tout le monde. Or ne le vouldroit point ycelle -deffenderesse la despryser/ mais aussi ne la souffriroit jamais a son -pouoir entreprendre sus elle. Combien qu'elle y a bien tasché par -plusieurs foys. Et est vray que par faulx rapors elle luy a soutrait ung -des meilleurs chalans qu'elle eust pourquoy s'elle en est courroucee -contre elle/ l'en ne s'en doit esmerveiller et s'elle a parlé contre -elle aussi a la damoyselle/ et dit d'elle des maulx infinis dont elle -laissera la vengeance a dieu qui sçait tout. Et quant est de sa fenestre -elle est sienne & en sa maison. Parquoy elle y peult estre a toute heure -ne ne la pourroyt on empescher qu'elle n'y viengne quant bon luy -semblera. Au regard des chapperons/ et des robbes nouvelles disoit -qu'elle n'a pas dit encores tout ce qui en est/ & que quant il fauldroyt -nommer ceulx qui les ont donnees/ voirement elle les nommera bien -parquoy de se plaindre d'elle & avoit la demanderesse moult grant tort -Et au surplus concluoit affin de absolution et de despens. A quoy -ladicte demanderesse respondit disant qu'il vauldroit beaucoup myeulx -estre logé aux champs que emprés une femme envieuse/ car elle ne se -peult taire tant est courroucee du bien d'aultruy & si en est le service -d'amours empesché par ce que plusieurs entreprinses se pourroient faire -qui en son rompus et advient moult voulentiers que par telles malles -bouches l'honneur est sans cause tolu. et donne l'en charge a ceulx qui -n'en peuent mais/ et semble que veu que on ne luy dit mot et aussi qu'on -n'entreprent rien sur elle qu'elle deust bien estre contente Mais elle -aymeroit mieulx mouryr qu'elle ne parlast ou dist mal d'ung chascun & ne -vit d'autre chose oultre ladicte demanderesse que sadicte voisine a bien -grant tort et luy venoyt de ung faulx couraige de venir escouter les -parens et amys/ et de gecter des pierres pour les faire departir Disoit -aussi pareillement que en sa vie ne fist ung rapport maulvais de ladicte -deffenderesse ainçoys luy vouldroit a son pouoir garder son honneur -comme le sien. Et s'elle avoit aussy bonne voullenté et desir comme elle -certainement il ne fauldroit point plaidoier. Surquoy ycelle -deffenderesse disoit au contraire que sa partie adverse n'est q'une -flatteresse et baveresse/ et que avant qu'elle y venist chascun estoit -bien d'accort et sans murmure/ mays maintenant l'on n'oyt que debat et -noyse pour et a l'occasion d'elle. Finablement parties ouies elles ont -esté appointees en droict et a mectre devers la court et au conseil. Si -a la court veu et visité ledict procés/ et tout ce qu'il failloyt veoir -en ceste matiere et tout veu et consideré: dict que la fenestre par ou -ladicte deffenderesse vient escouter les gens et getter les pierres sera -seellee et muree comme une chose condampnee. Et au surplus deffent la -court a chascune des parties qu'elles ne parlent l'une a l'encontre de -l'autre en quelque façon ne maniere que ce soyt sinon en tout bien et en -tout honneur sur peine de la hart et de confisquation de corps et de -biens. - - - - -¶ Le .xxix. arrest. - - -Ceans c'est complaint une dame d'ung sien amy disant qu'elle a despieça -donné son cueur a luy du tout & qu'il n'est possible a femme de aymer -tant homme qu'elle a faict luy/ mais pource que il le scet bien il n'en -faict guaires de compte/ & la faict languir en maintes manieres et pour -quelque priere que elle luy face il ne la veult entretenir ne luy bien -faire/ et quant elle l'envoye querir pour venyr vers elle il se faict -celer. Et encores luy promect par serment qu'il y viendra il se faict -aller querir trois ou quatre fois et n'en peult l'en venir a chief que a -bien grant peine combien qu'il n'y a homme au monde mieulx festoyé ne -mieux venu quant on le peult avoyr. Disoit avec ce que puis n'a gueres -ceste dame a sceu et est advertie que ledict galant en ayme une aultre/ -et est la cause par laquelle il fait tant de reffus qui est tres mal -faict a luy/ car il luy a promys foy et loyaulté/ et a veu le temps -qu'il eust esté bien eureux quant seullement elle luy eust voullu -soubzrire d'ung oeil/ mais l'en dict bien vray quant ilz ont faict des -gens il ne leur en souvient plus et sont folles celles qui si fient & -disoit ceste dame complaignant que a l'occasion de ce cas et de ce -qu'elle voit maintenant que ledict galant l'a layssee pour en prendre -une autre elle a eu et a si grande desplaisance au cueur qu'elle n'en -sçauroyt boyre ne mengier chose qui bien luy face/ Elle ne peult durer -ne dormyr de nuyct/ car tousjours sans cesser pense a luy son cueur luy -fremist et luy viennent plusieurs vomyssemens qui tressouvent la font -esvanouyr/ elle crache sang a gros morceaux meslés de grant ordure qui -est grant pitié. Et brief elle se doubte que ledict gallant ne luy ait -baillé quelque maulvais boucon dont elle a celle maladie/ elle ne veit -ne n'est soustenue que de souspirs & ne boit que de l'eaue de larmes/ -les jambes luy commencent a peler les ongles luy cheoient: parquoy a -grant presumption contre luy. Et aussi y a eue information faicte a sa -requeste Si requeroit ladicte dame que ledict amant feust estroictement -detenu prisonnier et que l'en le contraingnist a en dire la verité par -sa bouche. De la partie de cest amant fut deffendu au contraire et -disoit que au regard de luy il a esté comme encores est de bonne vie et -renommee ne ne fist oncques desplaisyr a ladicte dame ne a aultre qu'il -saiche: et aussi ne vouldroyt il faire/ et est bien vray qu'il a fort -aymé ladicte dame et servie par long temps sans estre en amende que bien -a point quant il l'a bien congneue et veu ses estranges manyeres bien -peult estre qu'il s'en est voullu deffaire et delaysser la peyne qu'il y -avoit/ Car trop est forte chose de tousjours servyr sans loyer aussi -elle a d'autres serviteurs ou elle peult bien renoncer/ et dont elle -doibt estre contente. Disoit outre ledit amant qu'il n'est aujourd'huy -si perilleuse chose que de se adresser a une dame qui a le cueur -vollaige pour le departir en plusieurs lieulx: Car les biens qui en -pourroyent venir ne sont jamais entiers ou parfaitz et n'en vient que -noyse & discentions entre les contendans et requerans et quelque chose -qu'elle di jamays ne le mandast qu'il n'alast devers elle en luy -obeyssant plus qu'il n'estoit tenu et tellement qu'il est las du service -et n'y veut plus retourner pour le pris aussi est pourveu ailleurs -pourquoy de adresser a luy ceste dame si ne faict a recepvoir & quant -est de sa maladie qu'elle luy vient d'ailleurs/ mays il failloyt prendre -son excusation sur quelque chose et au surplus requeroit ledit amant -qu'elle desclairast s'elle voulloyt charger du cas qu'elle luy imposoit/ -car il protestoit a l'encontre d'elle d'en avoyr reparation et conclure -en amende deshonnorable et proffitable Et sur ce que les gens d'amours -disoient que puis nagueres ceste dame estoyt devenue fort maigre et -merencolieuse et sechoit sur le pied. Dysoit au contraire ledict amant -que par l'informacion qu'il a fait faire touchant justifications et -deffences appart qu'il est bien renommé et de leal couraige/ et y a -aulcuns tesmoings qui disoient et desposoyent qu'il a eu beaucoup a -faire au service de ceste dame/ car au commencement luy a esté fort rude -avant qu'elle luy voulsist faire aucun bien Et s'elle est punie de -pareille peine elle l'avoyt bien desservy en requerant les gens d'amours -qu'ilz se voulsissent adjoindre avec luy tellement que le droit d'amours -y fust par tout gardé. Et disoit qu'elle offroit prouver ce qu'elle -avoit dit et plus encor parquoy ledit amant devoit estre prisonnier. Et -quant est a l'information qu'il avoyt faict faire sur ses justifications -l'en n'y devoit adjouster foy/ car tous les tesmoings estoient a sa -poste Et au regard de sa malladie affermoit qu'elle ne luy venoyt -d'ailleurs que de luy: Et qu'il avoit tort de se plaindre d'elle: car -jamais ne trouvera femme qui l'aimast autant qu'elle a faict ne qui luy -face autant de plaisirs. Et requeroit provision au moins que pendant le -procés luy fust deffendu de non aller devers la dame par luy -nouvellement choisie & ledict amant disoit que ce n'estoit pas raison/ -car pour elle ne devoit estre retardé son bien. et si luy avoit fait -promesse ce n'estoit pas a tousjours/ parquoy n'y cheoit aulcune -provision Finablement parties ouyes ont esté appointees en droict et au -conseil. Si a la court veu ledict procés et tout ce qu'il failloit veoir -en ceste dite matiere Et tout veu dit que lesdites parties ne se peuent -aulcunement delivrer sans enquerir la verité de leurs faitz/ et qu'elles -sont contraires Si feront leur enqueste et icelle faicte et raportee par -devers la court elle leur fera droit. Et au regard de provision requise -par ladicte dame la court dit que aulcunne ne luy en sera faicte pour le -present mais permet audict amoureux de se pourveoir ailleurs & de servir -telle dame que bon luy semblera pendant le procés et jusques a ce que -aultrement en soit ordonné. &. c. - - - - -¶ Le .xxx. arrest - - -Ceans c'est plaint ung amoureux d'une sienne dame qu'il a longuement -servie disoyt que du temps qu'il eut premierement congnoissance a elle y -estoit bien aise et avoit du sien largement. Et quant elle luy demandoit -aulcune chose a prester ou donner jamais ne luy eust reffusé Or estoit -vray que pour tousjours fournir aux fraictz et aux grans chieretés sa -chevance y avoit esté employee. Et tellement que les eaues estoyent -devenues bien basses/ mais il cuydoit que elle luy deust subvenir comme -il a fait a elle l'a prier de luy aider et de l'entretenir dont n'a -riens voullu faire/ ains luy a plainement respondu qu'il perdoit son -temps. Et que puis qu'il n'avoit plus de quoy elle n'en tenoit compte/ -et non contente de ce luy a faict dire qu'il se retire chiez ses amys/ -car plus n'avoit intencion de l'aymer ne aucun bien luy faire. Et -encores qui pis est se mocque de luy devant les aultres en le monstrant -au doy qui luy est plus dur martire que qui luy frapperoit d'ung -cousteau parmy le cueur Si requeroit finablement ledict amant que -sadicte dame feust condampnee non obstant son adversité de l'entretenir -seullement en amour & luy faire bonne chere comme elle soulloit/ et -qu'il feust preferé devant tous les aultres attendu mesmement qu'il -estoit des premiers venus & des anciens serviteurs De la partie de ceste -deffenderesse fust deffendu au contraire/ et disoit pour son prouffit -que quiconcques veult d'amours jouir baille l'argent devant la main et -que c'est grant follie que de s'attendre a escuelle d'autruy s'il ne la -fournist et remplist Disoit avecques ce/ que le gallant au temps de sa -fortune/ et que les biens luy venoient en dormant il s'est mescongneu et -en a festoyé d'ungs et d'autres dont il se feust bien peu passer Et se -maintenant se il en a disette/ il ne est pas trop mal employé: et quant -est de l'aymer elle disoit qu'elle n'y estoit point tenue/ car les biens -et vertus qui soulloyent estre en luy n'y sont plus et ne failloit ja -ramentevoir les bonnes cheres du temps passé/ car ledit amant luy a -faict tant de plaisirs & services aussi luy a elle faict plusieurs -services qu'il n'est ja besoing de declairer & puis que ainsi est que -povreté maintenant le guerroye adonc elle n'en veult plus ne en avoir -plus la garde/ Car aussy au lieu ou elle habite n'y a que toute -malheureté et jamais ne se y treuve joye. Et quant est au surplus pour -les biens qu'elle luy peut faire luy offroit ung povre baston en sa main -pour s'en aller avecques la prebende de vat'en pour recompensation de -ses services en concluant que a tort se complaignoyt d'elle et en -demandoit despens. Aprés lesquelles deffences proposees les gens -d'amours qui s'estoyent adjoinctz avecques ledit amant disoyent que -ceste femme n'estoit pas digne qu'on parlast d'elle devant les gens de -bien car par son propos jamais n'ayme que pour argent et ainsi -confessoyt avoir vendu les biens d'amours & qu'elle en a meschamment usé -en son temps et aussi pareillement estoit voix commune renommee qu'elle -ayme tousjours troys ou quatre et qu'elle les succe jusques aux os. et -puis encore s'en mocque qui est pis/ car quelque femme que se soit -jamais ne doit despriser le serviteur qui l'a servie combien qu'il luy -souvienne de beaucoup de fortunes/ et requeroyent lesdictes gens -d'amours a l'encontre d'elle qu'elle fust condempnee a faire amende -honnorable et a luy rendre & restituer tout ce que elle a eu de luy et -dont il debvoit estre creu par son serment veu la maniere de proceder/ -et avec ce qu'elle soit bannye a tousjours dudit royaulme d'amours comme -indigne d'y converser. Ce povre amant pour ses repliques disoit que -entant qu'il luy touche qu'il estoit encores content que tous les biens -qu'il luy avoit donnez demourassent pour elle/ comme siens et ne vouloit -qu'on luy en ostast rien mais requeroit seullement qu'elle l'aymast -comme devant et encores promettoit de luy en faire. A quoy elle -respondit que quant elle le verroit en feroit son debvoir mais jusques -alors luy conseilloit de changer air pour recouvrer santé obvier que il -ne fust plus malade. Et disoit oultre que a la contraindre a aymer l'en -ne sçauroit/ et aussi telle amour qui seroit donné par force ne dureroit -point/ mais plus de mal faict a celluy qui l'obtient que s'il n'en avoit -point. Si ont esté les parties ouyes appoinctees en droit & au conseil/ -finablement veu le procés considerer tout ce que il failloit considerer -en ceste matiere la court dit qu'elle condamne ceste rebelle femme a -rendre et restituer audit amoureux tout ce que il affermera en sa -conscience luy avoir baillé et donné/ nonobstant l'offre par lui faicte -de ne luy en vouloir aulcune chose demander. A laquelle offre la court -ne obtempere point veu que ladicte deffenderesse ne l'a attemptee & -qu'elle s'est rendue ingrate. et ordonne que a ce faire sera contrainte -par la prinse de ses biens & emprisonnement de son corps. Et a tousjours -la bannist des biens et service d'amours en disant avoir forfait de -corps et biens en maniere qu'elle sera abandonnee a ung chascun pour -desormais servir le commun & devenir a tous publique. - - - - -¶ Le .xxxi. arrest. - - -En la court de ceans c'est assis ung procés entre une jeune dame separee -de son mary qui ne veult qu'elle porte ses robbes a la nouvelle façon -comme les autres disant que naguieres elle en avoit fait faire une bien -gente a la façon qui court/ mais il luy avoit fait oster et despouiller -en disant qu'elle ne la porteroit point en cest estat par ce qu'elle est -trop ouverte par devant/ et que la languette du collet va trop bas et -que le giect de la penne est ung petit trop grant & autant en ont ilz -fait de son chapperon pource qu'ilz veulent dire que la patte est trop -vollant/ et de faict l'en luy muce. De laquelle chose elle a appellé en -la court de ceans. Sy concluoit tout pertinent en cas d'appel qui avoit -esté mal exploicté & par elle bien appellé Et au surplus requeroit -provision que pendant le procés elle peust vestir ladicte robbe/ et -sondict chapperon. De la partye desdictz parens et amys intimez fut -deffendu au contraire disant que selon la jambe le coup car le monde -parle au jourd'huy trop de legier & ce fait bon garder des premiers -courroux Or disoit il que sadicte robbe ou houpelande que ceste -appellante avoit faict faire n'estoit pas selon son estat/ car il y -avoit superfluité d'oultraige que l'en luy devoit tollir pour les -inconveniens qui s'en pourroyent ensuyvir & n'estoit tel que tenir en -habit et moyen pour obvier aux langaiges des gens qui y pourroyent -penser ce que n'est pas/ et en parler a la volee/ et ainsi affin -d'eviter tous langages luy avoient voirement ostez & devestuz les -habillemens nouveaulx enquoy ne pouoit ladicte dame estre grevee/ veu -que lesditz habitz en la maniere qu'ilz sont faitz estoient excessifz & -superflux. Et par ainsi concluoit affin de non recepvoir allias mal -appellé. L'appellant pour ses repliques disoit que ses aultres cousines -et parentes les portent bien tieulx voire plus grans. pourquoy doncques -par plus forte raison elle qui mieulx le pouoit faire que elles le peult -avoir ne n'y a point d'excés ne d'oultrage ausditz habitz/ quelque chose -qu'on vueille dire. Et qui plus est n'y avoit sy meschante morveuse qui -ne les facent faire plus excessifz et oultrageux la moytié. Parquoy n'y -avoit apparence de empeschement qu'elle ne les deust avoir. a quoy -lesditz intimez pour leurs dupliques disoyent que se les unes veulent -faire les folles elle ne le debveroit pas pourtant faire. et aussi eulx -qui en ont a garder ne le souffriroyent point. Et si doibt l'en en tel -cas gouverner par l'oppinion des anciens qui ont esté au temps passé -lesquelz sçaivent bien que c'est de telles choses. Finablement partyes -ouyes elles ont esté appointez en droit & a mettre par devers la court -et au conseil ce que bon leur sembleroit. Si a la court veu ledit procés -avecques ce qu'il failloit veoir en ceste matiere & tout veu la court -met ladicte appellation & tout ce qui a esté appellé au neant et sans -amende et despens et pour cause. Et ordonne que les robbes et -chapperons/ et habitz d'ycelle dame seront visitez que deux cousturiers/ -et deux pelletiers non suspectz ne favorisables a l'une ny a l'autre des -parties & avec ce que par leur raport et visitation il y aura aucune -chose a redire ou qu'ilz ne seront assez passables selon le temps. la -court ordonne que lesdictz cousturiers et pelletiers les referont et -metteront a point par le conseil. Touteffois des prochaines parentes. -C'est assavoir des deux femmes du costé du mary & deux du costé de la -femme non trop mondaines ne bigottes que s'il advenoit qu'elles ne se -peussent accorder ensemble/ elles pourroyent se bon leur semble appeller -avecques elles de leurs famillieres voisines en tel nombre qu'il leur -plaira pour eulx aider & conseiller mais touteffois la court entent que -de dix parolles et oppinions qui seront par elles dictes en la besongne/ -elles ne vauldront ne seront comptees que pour une/ veu que l'on n'en -auroit jamais trouvé la fin - - - - -¶ Le .xxxii. arrest. - - -Ceans c'est complaint une jeune femme d'ung galant qui luy veult -soustraire sa nourrisse. Dysant que sans cesse il se joue a elle dont il -ne lui plaist gueres/ car au dernier craint qu'il ne luy vueille -brouiller son laict et pour ce il luy en fauldroit avoir une aultre/ -laquelle chose luy seroit ung grant desplaisir pource que l'enfant a -desja acoustumé sa mamelle. Et disoit oultre que sadicte nourrice a -cause de l'accointance qu'elle a nouvellement prinse avec ce galant ne -fait pas si bien son devoir de penser sondit enfant comme a elle -soulloit mais devient toute seiche et en chartre/ Parquoy requeroit -celle dame que ledit gallant feust condampné a soy absenter de auprés de -sadicte nourrice et qu'il ne parlast a elle en quelque maniere que ce -feust. de la partie dudit galant fut deffendu au contraire & disoit que -a ladicte nourrice il n'avoit ne voulu avoir habitude que bien apoint/ -et qu'il n'estoit point recors que il eust parlé a elle sinon en passant -qu'elle luy disoit dieu vous gart et il luy dist aulcuneffois a dieu Et -ne peult on a tout le moins que respondre/ ou dire aulcune chose quant -on salue les gens. Disoit oultre que veu que ladicte nourrice ne se -plaignoit de luy & qu'elle ne veult pas dire qui l'ait voulue seduire & -barguignier sa maistresse n'est pas recepvable a ce adresser a -l'encontre de luy. Aussi pour ladicte maistresse ne pour la nourrice et -ne s'en vouldroit travailler ung pas ains est content qu'il ne la voye -jamais/ et qu'on la garde de luy tant qu'on vouldra. Si repliquoit -ladicte dame et disoit que du parler ce estoit du moins. Mais elle -doubtoit bien d'aultre chose/ c'est que il luy troublast son laict et -que quant eulx deux seroyent ensemble pour faire leurs besongnes ou -parler de conseil que sadicte nourrice laissast son enfant crier tout -par luy a son ayse et que lors il cheust en quelque lieu et s'affolast -par ce que quant on est en ce cas il n'en chault guieres ne n'en -souvient nomplus que des vieilles matines & quant est de la poursuite -que elle en faisoit de present n'estoit que pour l'interest de son -enfant & nompas de ladicte nourrice. A quoy ledit galant pour ses -duplices disoit que de sadicte nourrice n'avoit cure & quant il -vouldroit il trouveroit bien ailleurs a jouer en concluant comme dessus -Finablement les parties ont esté apointees en droit et au conseil et a -la court veu ledit procés et consideré la court dit que ladicte dame ne -fait a recepvoir a soy complaindre dudit galant & l'a condampnee es -despens - - - - -¶ Le .xxxiii. arrest - - -En la court de ceans c'est complaint ung vieillart d'une jeune dame par -ce qu'elle ne le vouloit aymer/ disant que il luy a ja donné plusieurs -ceintures & chaperons affin de estre en sa grace/ mais elle n'en tient -compte/ trop bien quant elle veult avoir de luy aucune chose elle le -scet le mieulx entretenir du monde en le baisant et acolant mais quant -vient au fort luy respondit nescio vos en luy faisant la renchiere/ & -brief il ne scet ou il en est car quant il cuide avoir fait c'est lors -que il est a recommencer. et pource requeroit que veu que il a si grant -amour en elle et qu'il l'a servie et encores a intencion de faire -qu'elle fust condampnee a l'aymer et a luy faire des biens comme dame -doit faire a son serviteur/ & de la partie de ceste dame fut deffendu au -contraire & disoit que c'est contre nature a une jeune femme d'aimer -vieillart car ce sont choses contraires comme blanc et noir & -incompatibles comme chault & froit aussi par ordonnance d'amours que -quant ung homme est vieil il est excusé de servir. disoit qu'elle ne luy -sçavoit bien faire il cuide que on doive tout laisser pour entendre a -luy & qu'on le doyve chauffer & froter la teste pour le endormir qui est -chose mal sortyssant a jeune femme & quant est des dons que ledit -vieillart se vantoit luy avoir donné. Respondit qu'il n'estoit pas vray -& que en sa vie ne luy avoit donné q'une armerie a .xvi. pampes que elle -garda & mist en sa quenoulle pour la paour de luy/ & estoit donc -l'accointance bonne. Disoit oultre que elle aymeroit myeulx estre -bruslee que de riens avoir prins de lui/ car il ne le valoit pas. Et -quant est de se aymer il y seroit avant autant que charlemaigne en -espaigne/ & aussi l'avoit elle ja par plusieurs fois reffusé. Et -concluoit affin de non recepvoir allias soubstenoit son reffus & -demandoit les despens A quoy il replicquoit et si disoit que se elle ne -le voulloit aymer pour l'amour de luy/ au moins pour son argent qu'il -fust aymé/ car il lui avoit du tout bouté son cueur en elle/ mais la -dame respondit que pour luy ne feroit rien et pour son argent encores -moins en disant que ledict vieillart avoit plus grant mestier d'une -bouteille et d'une bassinouere pour son lict eschauffer que de tous les -biens d'amours Finablement partyes ont esté appointees en droict et au -conseil. Si a la court veu ledict procés et tout ce qu'il failloit veoir -en ceste matiere: et tout veu dict que a tort et maulvaise cause ledict -vieillart c'est doulu et complaint de ladite dame et que a bonne et -juste cause elle l'a reffusé et le condempne es despens de la tauxation -reservee. - - - - -¶ Le .xxxiiii. arrest - - -En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre d'eux beaux -jeunes enfans portans le noir en leurs devises heritiers et ayant cause -d'ung amant trespassé de dueil de sa feue dame demandeurs en cas d'excés -d'une part et la mort deffenderesse audit cas d'aultre part Et disoyent -lesditz demandeurs que ja pieça dame nature de beaulté pour monstrer -l'excellence de leur ouvraige ilz allerent produirent et formerent ung -corps de femme le plus bel qu'on pourroit guieres choisir dont le -deffunct fut serviteur et estoit ceste femme avecques la beauté qu'elle -avoit d'elle & remplie de toutes les vertus especiales que jamais femme -peult avoir c'est assavoir de doulceur d'honneur de humilité de -gratieuseté de beau maintien et doulx regard tant que nulle ne la -passoit Et advint que pour les grans biens qui estoyent en elle que tout -chascun luy souhaitoit des biens largement ce luy portoit grant honneur -mais ladicte mort qui en eut desplaisance et pour l'oster de ce monde -luy getta son dart et l'occist piteusement de laquelle chose ledict -deffunct son amy et serviteur/ print telle desplaisance en luy qu'il en -cheut mallade au lict: et aprés ce qu'il eut faict son testament ne -demoura gueres qu'il n'allast aprés elle Or disoyent leurs heritiers que -veu que cesditz deux personnaiges estoient en saufconduit d'amours et en -la sauvegarde/ que ladite mort n'y avoit que congnoistre et/ que par -ainsi de les avoir tués elle en estoit tout du long tenue et estoit le -cas digne de reparation/ attendu qu'il y avoyt eu meurdre et occision -qui estoit inreparable et pource concluoient lesditz heritiers et -heritieres a l'encontre d'icelle mort qu'elle fust condampnee restituer -et remettre la vie es corps dudit feu amant et de sadicte dame qu'elle -avoit ainsi tués s'il estoit possible & faire se pouoit/ et a tout le -moins a restablir le corps par figure & a les faire paindre au vif ainsi -et en la maniere qu'ilz estoyent au temps de leur bonne santé/ affin que -leur pourtraicture demourast sur terre & qu'il fust encore memoire d'eux -Et avec ce que iceulx heritiers desditz deffunctz fussent declairés -exemps de ladite mort au moins jusques a ce qu'ilz fussent aagés que -avoit esté abregee la vie desditz deffunctz leur fut donnee et prolongee -de temps de vivre en ce lieu. Et pour reparacion des excés qui estoyent -grans concluoyt en amendes honnorables et prouffitables a la discretion -des gens d'amours. De la partie de ladicte mort fut tendu affin de non -proceder disant que toutes choses crees sur terre sont en sa subjection -et qu'il n'y a personne tant soit fort qui se puisse exempter d'elle/ -car elle a seigneurie et domination sur toutes creatures humaines soient -hommes ou femmes bestes ou oyseaulx arbres et raciers voire et telle -maniere qu'elle leur peut abreger leur vie et les prendre sans ce qu'il -en soit plus parlé: & de ce qu'elle en faict soit bien ou mal n'est -tenue de respondre que devant le grant juge et n'y a justice d'amours ne -d'aultre ou elle soit subgette et par ainsi perseveroyt en sa -declinatoire & concluoit affin de non proceder Lesditz heritiers -demandeurs disoient au contraire que en ceste matiere estoit question de -sauvegarde et entreprinses faictes/ sur les droitz d'amours/ parquoy la -congnoissance en appartient a la court de ceans et non a aultre: aussi -estoit ce court souveraine & y avoit esté la cause commise de par amours -et les lettres expresse au cas/ sy que n'estoit par ce moyen ledict -declinatoire recepvable ains debvoyt ladicte deffenderesse aultre ou les -conclusions requesté par iceulx demandeurs leur debvoyt estre adjugez. -En requerant l'adjonction des gens d'amours qui de leur costé disoient -que c'estoit mal fait aux advocatz de proposer telles declinatoires -contre l'honneur et prerogatives de la court de ceans ou ilz avoyent -esté nourris car il estoit tout notoire que des abbus et entreprinses -faictes au prejudice d'amours et de ses subjectz la court en devoit -congnoistre disoyent oultres lesdictes gens d'amours que par beaulx -previleges et anciens droitz du demaine/ la mort n'a que congnoistre sur -amant qui sont en la sauvegarde d'amours/ et qu'elle ne les pouoit -prendre ou faire mourir sinon qu'ilz feussent/ ou soyent hors d'aage/ ou -que ilz ayent renoncé a l'amoureuse aliance d'amours: et sur ce -alleguoient plusieurs loix: disoyent aussy que ces amoureuses n'estoyent -exemptees de la mort au moyen desdis previleges jamais ne se mettroyent -au service veu que ilz seroyent tous les jours en danger de leurs -personnes/ & qu'il soit vray que la mort n'avoit point de congnoyssance -sus eulx il en apparoissoit assez/ & que par experience des amoureux qui -montent et devallent de nuyct du hault de deux ou troys estaiges par une -touaille ou longiere pour entrer en une maison sans eulx blesser ou mal -faire quelconque. pareillement de ceulx qui couchent entre deux -goutieres toute la nuict voire quant il gelle a pierre fendant & si -n'ont point de la couverture ne de froit & aussi de ceulx qui se font -avaller par souspiraulx/ qui endurent aulcunesfoys aux baingz l'eaue si -chaulde qu'ilz sont tous bruslez & si ne sentent point le feu ne la -chaleur/ ainçoys par cela guarissent toutes maladies et de tous maulx/ -et toutesfois raison est que la ou il seroit ainsi que la mort eust -puissance sur telz parens il n'en eschapperoit pas ung veu les peines et -tormens qu'ilz seuffrent et les dangers ou ilz se mettent dont -touteffoys l'en ne peult veoir du contraire et que ladicte mort n'a -pouoir ne auctorité sus ceulx qui sont ainsi au service et en la -sauvegarde d'amours/ aultres soyent exemptz d'elle parquoy ne se pouoit -ladicte mort excuser qu'elle ne deust estre contraincte a proceder en la -court de ceans au regard mesmement que les excés par elle commis avoyent -esté faitz en enfraingnant la saulvegarde d'amours ou lesditz deffunctz -amoureux estoyent quant il les laissit mourir/ mais ladicte mort en -perseverant tousjours en sa declinatoire disoit que la court de ceans ne -pouoit estre son juge car elle n'y estoit subjecte ne obeissante & -oultre plus disoit que de avoir prins et tué lesditz deffunctz n'avoit -aulcun exemptz ne sauvegarde enfraindre parquoy n'en pouoit congnoistre. -Et supposé qu'il y eust excés si n'en pouoyt la matiere estre ceans -traitee car elle avoit a somer ses garans comme fortune & aultres qui -n'y respondroyent pas & au regart ces previleges & exemptions dont les -gens d'amours avoyent parlé respondit ladicte mort qu'elle a previlege -sur amours et par tout et que avant qu'il fust oncques nouvelles -d'amours ne d'amytié elle estoit nee & usant en terre de sa puissance & -s'elle differoit a faire mourir tels jeunes amans qui ainsi se -advanturent & mettent en danger de leurs personnes par leurs folies -mondaines/ c'estoit de grace et de permission seulement qu'on ne luy -pouoit retorquer au prejudice/ & voit on tous les jours les plus huppez -passer par la quant il luy plaist. Et si la mort ne les prent pas quant -ilz sont malades Ains laisse faire nature son debvoir/ et attend bien -souvent que telz amans soyent tous secz/ & qu'il leur ennuye d'estre au -monde en la soubhaictant pour les biens d'amours qui leur deffaillent en -concluant comme dessus Surquoy les heritiers d'iceulx deffunctz -demandeurs disoyent que si leur failloit faire ailleurs leur poursuite -ilz seroient destruitz a tousjours et n'auroyent dequoy fournir Et -oultre disoyent que veu l'enormité du cas la court en debvoit retenir la -congnoissance & quant aux gens d'amours ilz dupplicquoyent et disoient -que la mort ne pouoit avoir previlleges contre ceulx d'amours/ car avant -que oncques la mort feust/ estoit nee amyctié/ et ne fut la mort -ordonnee fors que pour appaiser les debatz de cedit monde/ et oster -ceulx qui s'entrehayent qui font les noyses & que nature ne peult plus -soubstenir: Or estoit il ainsi que ces deux trespassez dont estoit -question estoient en la plus grande amyctié et aliance d'amours qu'il se -pouoit faire en sa sauvegarde. parquoy d'avoir ainsi exploité la mort -avoit trop mesprins et excedé/ Et failloit qu'elle en respondist ceans & -non ailleurs. Ouyes lesquelles parties en tout ce qu'elles ont voulu -dire et alleguer/ elles ont esté apointees en droit & a mettre par -devers la court et au conseil. Si a la court finablement veu ledit -procés & tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere a grant et meure -deliberation. et tout veu la court dit que ladicte mort deffenderesse -procedera en la court de ceans nonobstant chose par elle proposee au -contraire dont elle deboute et deffend a tous les advocatz de ladicte -court que ilz ne proposent ou alleguent telles declinatoires sur peine -de l'amende. - - - - -¶ Le .xxxv. arrest - - -A la requeste du procureur general d'amours une vieille femme a esté -prinse & constituee prisonniere pour raison & a cause de certaines -parolles mal sonnantes qui ont esté dictes et proferees de sa bouche. Si -a depuis esté interroguee sus les charges/ et informations faictes a -l'encontre d'elle sus quoy en effect elle a deposé et confessé que -veritablement en haine et despit de ce qu'elle ne estoit appellee de -aller aux grans chieres comme sont bancquetz & nopces ainsi que les -aultres elle mal meue & de de felon couraige avoit et a dit que ce -n'estoit pas tout acquest d'y estre & que s'elle estoit homme aussi bien -qu'elle estoit femme elle n'y laisseroit pas de leger aller sa femme ne -ses filles avec plusieurs autres choses au prejudice d'amours/ et de ses -droitz declairees a plain en sa confession qui a esté monstree aux gens -d'amours lesquelz ont par ycelle prins droict et baillé leurs -conclusions tendant affin que ladicte vieille qui avoit parlé contre la -souveraineté d'amours fust pugnie de pugnition corporelle et oblicque -pour monstrer exemple aux autres/ et en ce faisant qu'elle eust la -langue couppee ou que on luy plantast ung fer chault et ardant au -visage. Et aussi qu'elle feust bannye a tousjours hors du royaulme -d'amours et ses biens declarez confisquez. A l'encontre desquelles -conclusions ladicte vieille deffenderesse pour la diminution de la -paine/ disoit que l'en ne doit pas de si pres prendre garde aux parolles -des femmes Car souvent parlent de legier et contre elles mesmes/ mais -entant qu'il luy touchoit elle sçavoit bien voirement que elle avoit -failly/ et mal parlé. Mais la court devoit avoir regard a ce que se -avoit esté par chaulde colle & sans y penser et aussi par la -desplaisance de ce que n'en ne tenoit compte d'elle et qu'on ne daignoit -la mander ausdictes festes & bancquetz. Si a la court veues les charges -et informations/ la confession de ladicte deffenderesse/ les conclusions -des gens d'amours/ et les deffences baillees au contraire & tout ce que -il failloit veoir en ceste matiere a grande & meure deliberation. Et -tout veu et consideré ce qu'il failloit a considerer. Ladicte court -condampne ycelle vieille deffenderesse pour les excés et delictz par -elle commys alentour l'escripteau qui s'ensuyt. - - En ma vie je ne fuz meurdriere - Ne larronnesse: ne coustumiere - De amans blecer & ravaler - Mais affin que mon cas declaire. - J'ay eu la bouche trop legiere. - Gardez voz langues de parler. - - - - -¶ Le .xxxvi. arrest. - - -En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre les heritiers -de une dame naguere trespassee demandeurs d'une part et les official -vicaire et prometeur d'amours deffendeur d'aultre. Et disoyent lesditz -demandeurs que la deffuncte estoit en son temps bien gente & gaillarde/ -sage et sçavante et soubz laquelle s'elle eust vescu plusieurs vaillans -cueurs amoureux eussent peu apprendre du bien Or estoit vray qu'elle qui -estoit de noble couraige voulloit bien adviser tousjours en son faict. -et fust en nopces ou en aultre festes et gardoit bien qu'on ne se -moquast de chose qu'elle fist mais il advint que ung jeune gallant mal -habillé & ressemblant a ung varlet dimencheret qu'elle encores ne -congnoissoit la vint prier de dancer et pource qu'il n'estoit pas lors -en point et aussi que son costé estoit lasse et n'en faisoit que venir -elle l'esconduit bien gracieusement disant qu'elle ne voulloyt plus -dancer dont il se deporta & s'en alla sans dire a dieu Mais encore il ne -fut pas content de cela ainçoys quant vint de rechef a dancer au -chapelet ledit gallant se mist a dancer et aprés ce qu'il eut le -chapellet a son tour il le vint presenter a elle laquelle le receut mais -quant vint ledit galant tendoit la bouche pour la baiser/ elle se torna -la teste de l'autre costé en le reffusant tout court dont il conceut -hayne et malveillance mortelle contre ladicte deffuncte Pour laquelle -mettre a execution il la fist citer devant ledit official d'amours par -devant lequel elle voyant qu'il n'estoit point son juge ne capable de -congnoistre de la matiere ne comparut point Si fut mise en coustumace. -au moyen de laquelle elle fut ainsi que l'en veult dire excommuniee & -depuis est advenu qu'elle est encheute en aucune maladie de fievres qui -l'en ont emportee/ et a finé ses jours bien honnorablement et faict son -testament et toutes aultres choses que bonne et tres loyalle dame doit -faire. Mais avant est venu a l'encontre ledict official vicaire et -prometeur soubz umbre de ce que il vouloit dire qu'elle estoit -excommuniee pour raison de ce que dit est: ilz n'ont voulu donner congé -ne licence de l'enterrer ou elle avoyt ordonné: mais l'ont faict porter -aux champs et enterrer en une grande piece de terre toute pleine -d'orties et de chardons: laquelle chose redonde au vitupere et honneur -de tous les parens et amys de ladicte deffuncte qui sont gens de bien et -des plus notables: par quoy l'excés en estoit plus grant Et par ses -moyens concluoient lesditz heritiers demandeurs a l'encontre desditz -official vicaire et prometeur d'amours. Et pareillement aussi contre le -galant qui avoit faict citer icelle deffuncte qu'ilz et chascun d'eulx -fussent condempnez et contrains a revocquer casser et adnuller lesditz -citacion sentence et excommuniement donné contre ladicte deffuncte par -prinses de leurs personnes et du temporel desditz official et promoteur -de l'eglise et a publier devant ung chascun que a tort et sans cause -icelle deffuncte avoit esté citee et excommuniee Et avec ce ilz fussent -condampnez a la faire deterrer et apporter son corps et ses os en ung -des cimetieres d'amours et contrains a estre tous au convoy du corps -affin de reparer et restituer le deshonneur qu'ilz luy avoient fait. Et -semblablement que ung chascun d'eulx fust condampné a une bonne amende -proffitable. A ces fins offroyent a prouver et demandoient despens -dommaiges & interestz a l'adjonction des gens d'amours De la partie -desdictz official vicaire prometeur et gallant fut deffendu au -contraire: et disoient qu'il estoyt permis de citer et excommunier tous -ceulx & celles qui detiennent des biens d'amours ou qui injurent et se -mocquent de ceux qui sont en la poursuite: et dont la congnoissance et -pugnition en appartenoit audit official Or estoit vray que ladicte -deffuncte avoit reffusé detenu et occuppé le bien qui estoyt deu a ce -gallant icy/ et encores l'avoit farcé et mocqué/ parquoy il c'estoit -rendu plaintif d'elle & l'avoit fait citer a certain jour auquel elle se -reputant coulpable du cas et mesprisant la court n'avoit daigné venir ne -comparer. Mais c'estoit laissee mettre en coustumace et excommuniement -qui fut publié. Or est advenu voirement qu'elle est trespassee sans soy -faire absouldre: parquoy l'en l'avoit faicte enterrer ou elle devoit Et -a ceste cause apparoissoit clerement que l'en n'y pouoit avoir aulcun -mal ne excés et au regard de la deffuncte/ posé qu'elle eust bonne cause -d'avoir reffusé le galant touteffoys elle devoit venir declairer ou en -faire proposer au jour qu'elle fut citee sa declinatoire sans soy -laisser mettre en coustumace et sentence d'excommuniement qui donnee -estoit justement Et quant est de l'enterrement par consequent il avoit -esté fait ainsi que faire ce devoit Et aussi se les sentences ne -sortissoient en effect/ l'en ne tiendroit plus compte de justice ne de -faire mal. Et a ce que les heritiers disoient que la deffuncte n'estoit -subgette a la court dudit official: respondoyent que ouy/ car aussy le -jeune galant estoyt clerc non marié/ lequel entant qu'il touchoit sa -personne disoit que la deffuncte ne devoit point estre desheritee et -mise en aultre lieu qu'elle estoyt car pour le reffus qu'elle luy fist -il avoit esté en danger de mort de la paine et de la honte qu'il en eut -devant tant de gens. Et s'elle eust voulu dancer ung tour avec luy il -n'en eust jamais parlé. Et quant est de ce que les demandeurs ont fait -dire qu'elle ne le congnoissoyt et qu'il estoit habillé en varlet -dimencheret c'estoit mal dit a eulx car il la valoit bien ou myeulx et -le congnoissoit assez bien. Mais elle estoit tant fiere & orgueilleuse -qu'elle fist semblant de ne l'avoir jamais veu. Et le reffus qu'elle luy -fist ne vint que par presumption et oultrecuydance qui la conduisoit Et -concluoient en effect lesditz deffendeurs affin d'absolution & despens. -Et au regard des gens d'amours ilz disoient que entant qu'il touchoit le -droict des deux parties. C'est assavoir se la deffuncte avoit eu juste -cause de le refuser ou non/ ilz n'en pouoient rien dire pour le present/ -Car ilz n'avoyent veu les informacions. Aussi n'en estoit de present -question entant que touchoit la citacion/ procés et excommuniement -faictz par ledit official d'amours tout devoyt estre dict et desclairé -nul et de nul effect. Lesdictz deffendeurs grandement abbusans car du -faict du chappellet ne de quelconque aultre dance n'en appartenoit la -congnoissance que a la justice seculiere d'amours trop bien des -promesses secretes qui se font en dançant peuent bien congnoistre de ce -cas icy non Et pource c'estoit une vraye entreprinse contre la justice -laye qui se devoit reparer par une tresgrande et merveilleuse punition/ -car combien que lesdiz official vicaire et prometeur sceussent bien -qu'ilz ne pouoient sçavoir ne avoir la congnoissance de ceste matiere et -que la citacion et sentence d'excommuniement ne se peult bonement -soubstenir/ neantmoins comme obstinez en leur maulvaise voulenté l'ont -voulu faire sortir en effect en contraingnant ceste povre femme que Dieu -absolve a estre au moyen de ce enterree et en terre prophanee qui a esté -certainement tresmal faict a eulx. Et pource concluoient lesdites gens -d'amours/ que tout ce qui par eulx avoyt esté faict fust declairé nul et -de nulle valeur comme faict en abusant et entreprenant sur la justice et -juridition laye. Et avecques ce que ledit official prometeur et -officiers et aussi que lesditz amoureux fussent condempnés a reparer -lesdictz excés & en ce faisant qu'ilz fussent contrainctz de desterrer -eulx mesmes ladicte deffuncte et la porter en ung cercueil devant tout -le monde jusques au cymettiere d'amours et qu'elle ordonne a estre -enterree/ Et pareillement de assister et estre presens tous tout du long -du servyce qu'on fera a celle deffuncte. Et en oultre que ilz fussent -condampnés a publier ou faire publyer/ par le crieur qui yra devant le -corps a toute sa sonnecte que la deffuncte avoyt esté injustement -excommuniee. A quoy lesdictz deffendeurs disoient que de prendre les -conclusions contre eulx lesdictes gens d'amours n'estoient pas -recepvables/ car ce que ilz avoyent faict avoyt esté en excersant la -jusridicion espirituelle d'amours. Et quelque chose qu'il leur pleust a -dire/ la congnoyssance du faict du chappellet leur appartenoyt et ainsi -en avoient congneu & usé Et quant a la deffuncte elle fut cause dudict -excommuniement entant qu'elle ne vouloit comparer Au regard de -l'absolucion ilz ne l'eussent peu bailler sans le vouloir de partie qui -n'y consentit oncques/ et ainsi estoyent lesditz deffendeurs en voye -d'absolucion/ mais les gens d'amours disoyent au contraire qu'ilz ne -pouoient toucher au fait dudit chappellet non plus que au feu. Et s'ilz -en ont congneu au temps passé ce a esté par entreprise et en abusant. Et -aussi disoyent les heritiers d'icelle deffuncte que veu que ledit -official n'estoit point juge d'elle/ elle n'y debvoyt comparoir ne -envoyer. et au regard des charges que ledict galant bailloit a ladicte -feu dame ne pouoit estre plus humble et gracieuse qu'elle estoit comme -l'en pourroit sçavoir par tous ceulx qui l'avoyent hantee. Et aussi n'y -avoit point d'apparence de aller baiser ung homme a la vollee sans le -congnoistre/ et qui estoit habillé comme ung vielleux en concluant comme -dessus. Ouyes lesquelles parties en tout ce qu'elles ont voullu dire et -alleguer elles ont esté appointees en droict. Si a la court veu et -visité ledict procés et tout veu/ et consideré ce que il failloyt -considerer/ ladicte court condampne ledict official vicaire et prometeur -d'amours et aussi ledict amoureux et chascun de eulx entant qu'il luy -touche a revocquer/ casser/ et adnuller lesdictes citations -excommuniemens procés et procedures faictes par devant ledict official -et a mettre au neant a leurs propres coustz/ et despens. Et avecques ce -je condampne tous ensemble a deterrer et oster/ ou faire deterrer et -oster ladicte deffuncte du lieu la ou elle est pour porter & enterrer au -cymetiere d'amours dedans ung beau carreau de girofflee/ & au lieu ou -elle a esleu sa sepulture par son testament. Et si les condampne en -oultre a aller tous au pres du corps jusques en l'esglise/ et y estre -tout du long du service de ladicte deffuncte. et deffend ladicte court -audit official que desormais de telle matiere qui touche ledict -chappellet ne les despendences il n'entrepreigne congnoissance sur peine -d'amende arbitraire. - - - - -¶ Le .xxxvii. arrest. - - -En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une gracieuse -dame demanderesse d'une part et les religieux cordeliers de l'observance -d'amours deffendeurs d'autre part. et disoit ladicte dame que ja pyeça -elle eust grande acointance de familiarité singuliere avec ung jeune -religieux nouvellement rendu de l'ordre & tellement qu'ilz se donnerent -l'ung a l'autre & promisrent ne separer l'alliance d'entre eulx d'eux -pour quelque temps ou fortune qui leur peust advenir. et sur ces choses -y eut encores veuz fais en amours confermatoires d'ycelle aliance tant -et si avant que faire se pourroit en tel cas mais ce nonobstant ledit -amoureux cordelier et pour une petite fumee ou quelque desplaisance -qu'il a eue/ puis n'a guieres de temps en ça s'en est de son auctorité -et sans le consentement ne prendre congié de sadicte dame aller bouter -et rendre en ladicte religion ce qu'il ne pouoit ne debvoit faire/ -ainçoys venoit directement encontre son premier veu et serment. Et -pource que ceste dame se sentoit tenue quant a l'ame de le declairer une -foys/ et qu'elle avoit tresgrant interest d'avoir quitance & -renonciation de sa promesse pour se pourveoir ailleurs en lieu de luy -d'ung aultre amant et serviteurs elle concluoit et requeroit que lesditz -religieux cordeliers fussent condampnez a faire exhibition audit -amoureux rendu cordelier & de le amener en justice pour le contraindre -et entretenir a ses premiers veuz et promesses ou y renoncer/ et la -quitter au regard d'elle ne voulloit pas empescher le sauvement de son -ame et qu'il ne demourast religieux de l'ordre s'il en avoit la -voulenté. De la partie desdictz religieux de l'observance si fut -deffendu au contraire et disoyent que la demande que faisoyt la dame -n'estoit pas recepvable car l'amant religieux rendu cordelier dont -estoit question estoit ja cordelier vestu/ et avoit fait les veuz de -l'observance d'amours par les trois Esquelz veuz d'ycelle observance il -est deffendu expressement de ne parler jamais a femme/ parquoy donc de -le voulloir contraindre maintenant a le veoir & parler a elle dessoubz -umbre de renonciation n'y avoit apparence et estoit trop tard de venir -aprés ladicte reduction ramentevoir Et mettre en lieu de present -lesdictes aliances promesses et follyes du temps passé. Disoient oultre -lesditz religieux que quant ledit amant fut rendu & vestu de l'habit de -l'ordre/ ladicte dame deffenderesse y estoit presente & luy veit faire -les veuz pourquoy lors debvoit declairez lesdictes promesses et se -opposer pour le droyct que elle veult deduire Et sembloyt soubz -correction que c'est grant abbus a elle de venir maintenant par telz -moyens pour troubler ledict religieux rendu et le mettre es choses -mondaines qu'il a ja oubliees Si disoyent par ces moyens lesditz -religieux qu'ilz n'estoyent tenus de exiber ledict cordelier/ et pour -chose que on peust faire jamais ne partiroit de ladicte religion. A quoy -ladicte dame pour ses replicques disoit/ que elle ne voulloit pas le -retraire hors de religion ne de le mouvoir de son entreprinse/ mais -requeroit seulement pour sa descharge que il renonçast a sa promesse -qu'il luy avoit faicte/ et tout ce qui avoit esté faict/ et dict entre -eulx deux feust declairé nul et comme non advenu Et disoit oultre ladite -dame que cela se debvoit faire avant toute oeuvre/ car elle voulloyt -obvier au dangier d'amours qui s'en pouoit ensuivir/ elle vouloit avoir -enseignement de la renonciation desdictz promesses et pour monstrer -qu'elle aymoit entretenir sa foy mieulx que luy affin qu'on ne luy en -peust reproucher riens. Et au regard de ce que lesdis cordeliers -disoient que icelle dame estoit presente quant ledit nouveau cordelier -fut rendu & qu'elle luy vit faire les veux respondit qu'il estoit bien -vray qu'elle y fut avecques ses autres cousines & parentes/ Mais a la -verité quant elle veit qu'on le deshabilloit tout nud pour le vestir en -cordelier les lermes luy vindrent aux yeulx a si grant affluence qu'elle -ne sceut qu'elle devint & luy commença a soubzlever le cueur par telle -façon que elle s'esvanouyt en plain chappitre et ne luy souvenoit alors -d'aliance ne de promesse/ car il n'est au monde si grant douleur a femme -que de veoir son amy rendu en religion. parquoy fault la excuser Et -quant elle n'eust point esté troublee si n'eust elle pour rien -entreprins d'aller desclairer devant tout le monde qui ne se pouoit -rendre pour blasme et deshonneur qu'il en eust peu avoir. Et a ce que -lesditz deffendeurs disoient en oultre que pour rien ne le laisseroient -partir de religion respondit ladicte demanderesse que par force ilz -devoyent estre contrains/ et que au regard d'elle elle avoyt contenné de -ne parler point a luy sinon en la presence de deux ou trois religieux -telz qu'on vouldroit amener/ mais il estoit force que a la quitance & -renonciation desditz promesse ce fist en jugement/ car il y avoit -lettres signees de leur main de l'ung et de l'autre qu'il convenoit -rompre et casser devant la justice d'amours en concluant au surplus -comme dessus Mais lesditz cordeliers deffendeurs perseverant tousjours -en ce qu'ilz avoient proposé disoient que ce n'estoit pas raison que -ledict amant rendu cordelier vint en jugement ne qu'il vist plus ladicte -dame. Primo car se seroit contre son veu qu'il a faict de ne partir -jamais de la religion sans licence du general Secundo: car par la reigle -de l'observance d'amours telle comme chascun scet ceulx qui y sont -rendus jamais n'en peuent saillir sinon que le feu les contraingne a ce -faire & sont reputez mors au monde/ ne n'y a nul qui en puisse partir -dehors excepté ceulx qui sont deputez a leur tour pour aller querir la -pitance & la pourveance du couvent Et pource de requerir maintenant par -ladite dame que ce jeune cordelier qui a renoncé aux joyes et a la pompe -du monde et qu'il voyt ce quel a cuidé faire perdre a tousjours il n'y -avoit nulle apparence et posé que icelle demanderesse fust troublee -quant elle le veit ainsi vestir et entrer en la religion touteffoys cela -ne la pouoyt pas excuser du tout/ car entre le temps qui vint -premierement d'amours en la religion & celluy de la redicion elle avoit -eu bon loysir de soy venir opposer et remonstrer lesdites aliances et -promesses. Ouyes les parties en tout ce qu'ilz ont voullu dire et -alleguer elles ont esté appointees a mettre par devers la court et au -conseil. Si a la court veu ledict procés et a grant et meure -deliberation avec tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere. Et tout -veu la court dit que non obstant chose proposee par lesditz religieux -cordeliers de l'observance ledict amoureux nouvellement rendu cordelier -viendra en la court de ceans renoncer aux promesses et alliances -d'amours par luy faictes avec ladicte dame pour sa descharge & en aura -lectre ou acte se bon luy semble. Et si ordonne la court que lesdis -cordeliers seront contrains par la presence de leur personnes et -ouvertures de leurs portes a faire exhibicion dudict cordelier & le -amener en jugement pourveu toutesvoyes que bon leur semble ilz luy -pourroyent mettre ung bandeau devant les yeulx affin qu'en parlant ou -renonçant audictes promesses et alliances il ne puisse veoir la -demanderesse jadis sa dame Et au surplus sont compensés les despens -d'ung costé et d'aultre et pour la cause. - - - - -¶ Le .xxxviii. arrest. - - -Ja pieça ung povre amoureux plain de dueil prya moult une jeune dame de -dancer avec luy dont elle feut reffusante et ce excusant sur ce qu'elle -disoit qu'elle ne faisoit que venir Et depuis encore une aultre journee -la pria tresinstamment que seulement affin qu'il ne fust mocqué elle -fist ung tour avecques luy mais comme devant elle n'en voulut riens -faire. Disoit aussi que depuis il l'a saluee par plusieurs fois & osté -son bonnet quant il la rencontroit/ mais pource qu'elle peult bien -appercevoir qu'il l'ayme & en est ung petit feru elle ne daigne parler a -luy et se d'aventure elle luy a dit a dieu: c'est en hochant la teste -Desquelz reffus et desdaing dessusdict ledit povre amant a appellé a la -court de ceans et relevé contre ladicte dame qui n'y est voulu venir ne -comparer ains se est laissee mettre en deux deffaulx et tout ce que bon -luy a semblé devers la court. Si a la court veu lesditz deux deffaulx en -ce qui a esté produit et tout veu ladicte court par vertu des deux -deffaux a jugé audit amoureux demandeur tel prouffit qu'il s'ensuit. -c'est assavoir qu'il a esté bien appellé par luy & mal refusé par -ladicte dame Laquelle court l'a condempnee a dancer avec luy maulgré -qu'elle en ayt. Aumoins faire deux ou trois tours: & permet ladicte -court audit amant quant on dancera une dance a trois de se y bouter sans -dire mot pour faire ung tiers & en oultre pource qu'il est en apparence -que ladicte demanderesse en contempnant aucunement la court dist quant -elle a esté ajournee qu'elle n'y daigneroit comparer & que ledit galant -s'abusoit de la poursuivre: icelle court permet audit amant de passer & -rapasser par devant elle sans la saluer ne sans lui dire a dieu le -desclairant exempté de luy faire le petit genoul en une basse dance & le -pas de brebant ainsi que tous les autres le font en oultre la condampne -es despens des deux dictz deffaulx la tauxation reservee. - - - - -¶ Le .xxxix. arrest - - -Il estoit une bourgeoise qui requeroit que certain appointement qui -avoyt esté donné par les gens tenant l'eschiquier d'amours au proffit -d'une damoiselle sa partie adverse touchant le debat qu'ilz avoyent -ensemble pour parvenir au dessus fust recindé & adnullé par la court/ et -veu le playdoyé des parties et tout ce qu'elles ont produit et tout veu -la court dict qu'elle ne tiendra court ne congnoissance de ladicte cause -et matiere/ mais renvoye de rechef par devant lesdictes gens tenant -l'eschiquier qui en est commencé a congnoistre en jugier au sourplus/ et -y pourveoir ainsi qu'il appartiendra tous despens preservez en -diffinitive. - - - - -¶ Le .xl. arrest. - - -En la court de ceans c'est assis ung procés entre une jeune dame d'ung -sien amy disant qu'elle l'a veu le plus joyeulx & esbatant qu'il pouoit -estre bien nouvellement habillé/ gent plaisant gracieux & advenant a -tout chascun et tellement qu'on prenoit plaisir a le veoir & ouyr/ et -brief qui ne luy pouoit donner luy ruoit/ maintenant il est devenu tout -changé pensif songeart & merencolieux & semble que sa vie luy ennuye au -monde/ car il ne tient plus compte de feste ne de joye/ se l'en parle a -luy il songe une grant piece avant qu'il responde en faisant semblant de -penser ailleurs. Quant on luy donne des bouquetz ou des fleurs il les -dessire toutes par pieces avant que elles partent de ses mains Et -incontinent qu'il oyt les menestriers ou le tabourin les larmes lui -viennent aux yeulx/ et ne faict que souspirer/ se on touche a table a -leur demaine d'amours & tourne le propos a parler de la mort/ ou de -quelque vieille histoire qu'il va querir bien loing pour la mener a -propos il a froict quant il faict chault/ et quant il faict froict il a -chault/ & en effect maintenant on ne se congnoist plus en luy dont -chascun s'esbahist & pource que ceste dame a interest qu'il vive -longuement qu'elle est courroucee de tout son cueur se par merencolye ou -desplaisance icelluy amant avoit autre chose que a point elle requeroit -qu'il fust condampné a laisser toutes compaignies merencolieuses et que -au seurplus la court mist telle provision en son fait que il revint et -retournast en son premier point et premier estat. de la partie du povre -amant tout malade fut deffendu au contraire & disoit que au service -d'amours il failloit avoir beaucoup de peine & de travail avant qu'on y -soit advancé et n'y a on jamais une joye qui ne couste cent douleurs/ & -pource de si trop amuser ne estoit pas trop bon/ et aussi de present il -n'en chault guieres aux dames/ ains ne s'en fait l'en que mocquer & sont -les loyaulx tousjours les plus douloureux/ parquoy n'y avoit pas grant -regret/ oultre disoit que de gens on ne tient compte s'ilz n'ont de -l'argent Et a ceste cause/ il avoit deliberé en soy mesmes de delaisser -et habandonner du tout amours et de recouvrer & gangner le temps qu'il -avoit perdu/ combien qu'il ne seroit jamais que il ne le louast et -exaulsast/ car certes tous biens en viennent. et ne vauldra jamais riens -ung homme quel qu'il soit s'il n'a aulcunement esté amoureux en son -temps. Mais il en y a les ungs plus malheureux que les aultres. Et quant -est des maulvaises taches et merencolies que on luy mettoit a sus & -aussi de ce qu'on disoit que il estoit songeart et merencolieux. -Respondit qu'il failloit que la maladie print son cours. Et que -maintenant il ne sçavoit prendre plaisir sinon a estre tout seul pour -contempler le temps passé et celuy qui viendra et ne vouloit plus ouir -parler de amours/ car c'est chose contraire a ceulx qui s'en veulent -oster/ mais au surplus il remercyoit sadicte dame treshaultement de la -bonne voulenté qu'elle avoit devers lui en requerant a la court congé et -licence de le laisser departir d'amours mais sadicte dame disoit en -repliquant que il n'en debvoit point avoir & que la court qui est -souveraine y debvoit pourveoir veu qu'il estoit digne d'exaulcer une -foys la foy d'amours pour les grans biens qui estoient en luy Et ne -failloit point qu'il se soulciast d'argent ne de biens du monde/ car -s'il vivoit et dieu luy donnoit santé il n'en auroit que trop. Aussi il -ne estoit pas encores en aage de se chagriner & en y avoit bien -d'aultres qui se soulcient pour luy. Disoit oultre sadicte dame que le -fondement de la pensee de luy n'estoit que une fantasie & qu'il y avoit -dangier veu sa complexion que il ne luy en fust du pis. Mais ledit -amoureux disoit pour ses dupliques qu'il ne luy en challoit plus de -rien/ & aymoit autant mourir que vivre veu que tant plus on va en avant -en ce monde tant plus y a l'en de peine. et disoit oultre qu'il -vouldroit bien estre joyeulx/ mais personne qui vient a soing ne le -peult estre en brief/ et vouldroit ja estre en paradis car quant il luy -souvient des joyes & des grans follies du temps passé il n'a point de -joye ne de bien et ne se peult tenir de plorer. ouyes lesquelles parties -en tout ce qu'elles ont voulu dire & proposer elles ont esté appointees -en droit & au conseil. Si a la court veu finablement ledict procés bien -au long avec tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere. Et tout veu -et consideré la court ordonne que ledit amoureux sera mys aux herbes et -tenu de demourer aux jardins comme povre prisonnier par l'espace d'ung -moys affin qu'il ne voye que toutes belles fleurs et verdure pour le -resjouyr. et luy deffend ladicte court toutes compaignies merencolieuses -de se pourmener seul et de fantasies a tout par luy mais ordonne et -apointe que ladicte dame par maniere de provision l'acompaignera & sera -avec luy pour passer le temps du long dudit moys et jusques a ce qu'il -soit guery & remis en son premier estat. et laquelle dame sera tenue de -le penser si que on ne luy parle que de toute joyeuseté & luy feront -oster tous livres et toutes choses mellencollyeuses faisant mention -d'argent et de richesses/ affin qu'il n'y ait plus le cueur. - - - - -¶ Le .xli. arrest. - - -En la court de ceans c'est assis ung procés entre ung povre amant -reffusé en cas d'excés et le procureur general d'amours adjoint avec la -dame d'une part & ung sien compaignon amoureux comme luy d'aultre part -deffendeur & disoit ledit demandeur qu'il avoit tout temps eu grant -familiarité & societé avec ledit deffendeur et luy avoit faict plusieurs -plaisirs & si estoit vray que pour la grant fiance qu'il avoit en luy il -c'estoit descouvert a luy d'une partie de ses secretz & des biens et -maulx qu'il avoit gaignez en amours/ & bien souvent luy racomptoit -priveement de ses fortunes & lui touchoit de loing de sa dame qui tant -estoit sage & prudente & comment il estoit bien tenu a dieu de l'avoir -ainsi pourveu lesquelles choses ledit deffendeur escoutoit & en louoit -ledit demandeur & luy faisoit le beau beau en le resconfortant quant il -le veoit plaisant. et mesmes luy offroit et cueur et corps sa chevance -et ses biens/ mais il ne le faisoyt sinon pour sçavoir qui estoit -sadicte dame & haïr en aprés comme il a bien monstré/ car depuis qu'il a -sceu qui elle estoit il ne cessa jusques a tant qu'il ait eue -l'acointance d'elle & que il ait fait bailler le bont/ ce qu'il n'eust -jamais cuydé tant le sentoit son singulier amy pour laquelle chose -parvenir a celluy amant deffendeur qui sçavoit tous les secretz et -moyens dudit amant complaignant a trouver façon & maniere de parler a -ung moyne par qui les bonnes besongnes sont faictes & a tant fait par -dons & par promesses illicites qui en amours sont deffendus que ledit -moyne & luy ont compilees unes faulces lettres closes ou nom dudit povre -galant complaignant lequel n'en sçavoit rien. Et par lesquelles estoit -contenu que ledit amant demandeur mandoit a sadicte dame qu'elle ne -estoit pas telle comme il cuidoit et qu'il s'appercevoit bien maintenant -qu'elle avoit failly en la menassant et disant plusieurs injures & -parolles que jamais ce povre amant n'avoit pensees/ ainçois eust mieulx -aymé estre mis en pieces que de l'avoir songé & dit aulcun mal de elle. -Aussi eust il esté bien traystre/ veu que tous les biens qu'il avoit -venoyent d'elle. or que fait ce moyne cy il s'en vient par devers -ladicte dame/ et n'est pas content de porter & bailler lesditz lettres -faulses mais soubz umbre de ce que l'on dit qu'elles contenoient -creance/ il dist les plus terribles choses a ceste femme que l'en -sçauroit ymaginer. et tellement que quant elle les oit elle adjoustant -foy a ce que ledit moyne disoit commença a soy pasmer & tumber a terre -comme toute esvanouye dont depuis elle a esté fort malade/ mais les -dessusdictz non contens de ce ont tant fait par soubtilz et estranges -moyens que ledict deffendeur est entré en grace et qu'il a baillé le -bont au povre homme qui tant avoit eu de peine a soy advancer & -desservir la grace de ladicte dame en commettant bien grant trahyson eu -regard aux plaisirs qu'il luy avoit fait & qu'il estoit son compaignon. -Et en effect quant ce povre homme qui a tousjours son cueur envers -ladicte dame et ne l'en peult pas oster vient vers elle ainsi qu'il -avoit acoustumé elle lui tourne le doz en rechignant le maudit & par -autreffois le menasse de luy porter dommage en corps & en biens en lui -disant plainement qu'elle aymeroit mieulx qu'il fust ars et bruslé -qu'elle luy fist ung seul plaisir et ainsi veezla la maniere comme ce -povre amant a esté traictié. Et s'il a bien du mal a cause de ladicte -trahyson/ encores il a plus de martire la moytié de ce que ledit -deffendeur est advancé pour faire mal & que luy & ladicte dame qui sont -ainsi aliez ensemble se mocquent de luy quant il passe par devant eulx -en luy gectant de gros lardons & tirant la langue en derriere/ & -pourtant il s'est traict par devers ladicte court de ceans & obtenu -lettres par vertu desquelles informations ont esté faictes touchant -ledit cas lesquelles avec lesdictes lettres closes ont esté appointees -devers ladicte court et despuis a esté baillé commission de prendre au -corps ledit amant deffendeur qu'on ne peult trouver/ ains c'est mys en -franchise si a esté adjourné a comparoir en personne a ladicte court -dedans troys briefz jours en laquelle il n'est daingné venir ne -comparoir/ ains c'est laissé cheoir et mettre en quattre deffaulx au -moyen desquelz ledit demandeur & ledit procureur general ont baillé -leurs demandes et conclusions que au moyen d'iceulx ilz requierent leur -estre faictes et adjugees qui sont bien grandes & tendans a grant -reparation honnorable et proffitable ainsi que en icelles est plus a -plain contenu et declairé Si a la court finablement veu lesditz charges -& informations avec lesditz deffaux bien continués & entretenus ensemble -lesdictz demandes et conclusions sur ce faictes. Et tout veu et -consideré la court au moyen desditz quatre deffaulx adjuge ausdictz -demandeurs tel prouffit qui s'ensuit/ c'est assavoir qu'elle tient et -repute ledict amoureux deffendeur attaint & convaincu des cas a luy -imposés et desclaire tous ses biens meubles et immeubles confisqués a -amours. Et avecques ce ordonne que lesdictes lettres closes ainsi -envoyees au nom dudict povre amant demandeur seront dessirés et -canceleez en jugement comme faulses et qu'il sera nonobstant icelles et -les maulvais raportz qui ont esté fais de sa personne a sadicte dame -remis reintegré et restitué en la grace d'elle comme devant. Et en -oultre condampne ledict deffendeur a faire amende honnorable en la court -de ceans a tout et devant l'huis de la dame une torche ardante en sa -main nue teste et sans ceinture en disant que faulsement et -maulvaisement & aultrement que a point il a trahy et deceu le demandeur -son compaignon & fait bailler le bont qu'il s'en repent et en crie mercy -a luy. Et pour amende prouffitable dommaiges & interest le condampne en -la somme de mille livres qui sera prinse sur ses biens avant toute -confisquation & a tenir prison jusques a plain paiement et es despens -desditz deffaulx. Au regard du moyne qui estoit participant de ladicte -trahison qui a porté lesditz faulces lettres/ la court ordonne vue -l'enormité du cas qu'il sera prins en lieu sainct et dehors ou l'on -pourra trouver pour estre amené en la court de ceans et au surplus -deffend la court une fois pour toutes dames/ damoiselles/ bourgoises et -aultres de quelque estat qu'elle soyent que de choses qui peuent toucher -amours ou les despendences ilz ne facent leurs ambassades ou messages -pour moynes ne ne s'i fient en quelque maniere que ce soyt s'elles ne -veullent estre deceues. Et oultre plus leur enjoinct expressement que se -d'avanture a l'issue du lever du lit elles de prime face en -rencontroient en la rue a jour perilleux comme le premier jour de may et -aultres que de celle heure elles s'en retournent coucher car c'est malle -rencontre. - - - - -¶ Le .xlii. arrest. - - -Il y a six ou huyt varletz cordonniers qui se sont plains en la court de -ceans de ce qu'il fault maintenant mettre aux pointes des soulliers -qu'on faict trop de bourre disant qu'ilz sont trop grevés et qu'ilz n'y -pourroient fournir les compaignons ne continuer ceste charge s'ilz n'en -avoient plus grans gaiges qu'ilz avoient acoustumé attendu que le cuir -est cher et que lesdis poulaines sont plus fortes a faire qui ne -souloyent Si a la court fait faire informacion & rapport du prouffist et -dommaige qu'ilz en ont/ et pourroient avoir & tout veu et consideré ce -qu'il failloit considerer la court dit que lesdis cordonniers feront -lesdis polaines grosses et menues a l'appetit des compaignons suivans -ledit service d'amours sur peine d'amende arbitraire - - - - -¶ Le .xliii. arrest - - -En la court de ceans c'est assis ung procés entre troys compaignons -amoureux demandeurs et complaignans en cas de saisine et nouvelleté -d'une part/ et trois belles dames deffenderesses & opposans: d'autre -part Et disoient lesdis demandeurs que quant amour ordonna faire aliance -d'homme et femme ensemble il bailla a chascun en droit soy de sa -dominacion et voulut que les hommes alassent au dessus des femmes comme -raison estoit/ et si leur ottroya aultres grans prerogatives que les -dames n'ont point dont n'est de present question. Et fut vray qu'il -permist aux amoureux faire cent mille menues choses qui n'apartiennent a -faire aux dames comme eulx vestyr court aller desceintz parmy la ville/ -porter fauve au pié destre ou senestre tenir ung petit baston en la main -sans ce qu'il soit baillé ne ottroyé aux dames d'entreprendre sur leurs -droitz. Mais ce nonobstant icelles trois dames deffenderesses de leur -auctorité indeue avoient porté et portoyent botte fauve a leur devise/ -et avecques ce faisoient fermer leurs soulliers d'aguillettes vertes et -par dedans entrelacez de rubiz & diamans/ vouloient aussi porter leurs -gans au costé le petit baston en la main et la robe courte a chevaucher -et plusieurs autres nouveletés au prejudice desdis demandeurs en les -troublant et empeschant a tort et sans cause indeuement et de nouvel en -leur possession et saisine parquoy avoient obtenu ladicte conplaincte Et -concluoient tout partinent en ceste matiere de nouvelleté/ Et en cas de -delay demandoient la recreance. De la partie desdictes dames fut -deffendu au contraire et disoyent que amours en faisant la division des -joyes mondaines pour avantager les dames voulut qu'elles eussent -seigneurie et domination sur les hommes et en signe de ce ordonna qu'ilz -seroient requerans et demandeurs/ et les dames deffenderesses en leur -ottroyant pouoir & auctorité de refuser ottroyer denier ou escondire -ainsi que bon leur sembleroit. Et ainsi doncques tout le bien que les -hommes ont si vient d'elles et ne peuent avoir plus grans droitz -preminences prerogatives en amours que elles. Et sont les dames en -possession et saisine de porter botte fauve pour l'honneur & amour de -amy au pié destre ou a senestre en possession et saisine de mettre et -trousser leurs gans de costé et les porter a la ceinture/ en possesion -et saisine de mettre aucuneffois entre la conroye de leurs soulliers a -la boucle/ quant il leur en prent appetit anneaulx et verges d'or/ en -signifiant amours defoulez aux piedz dont l'en ne tient plus compte/ en -possession et saisine de porter devises & faire cent aultres menues -plaisances entre eulx dont elles se peuent adviser/ en possession et -saisyne que lesditz amoureux demandeurs ne aultres quelzconques ne -peuent ne ne doibvent entreprendre sur leur droit/ et que s'ilz -s'estoient efforcés de faire le contraire des possessions et saisine par -elles pretendues de les contredire et empescher en proposant possessoire -pertinent et concluant en matiere de nouvelleté et en cas de delay -demandoient lesdictes dames la recreance Et fut replicqué par lesditz -demandeurs et disoient que par leur complaincte ne voulloient en riens -diminuer les drois des dames. Or estoit il ainsi que jamais ycelles -dames n'avoyent joye desdictes possessions/ mais estoit vray et tout -notoire que lesdictes choses appartenoyent aux hommes et par ainsi leur -complainte estoit bien recepvable Et au regard des possessions -contencieuses lesdites dames ne les pouoient soustenir/ car elles -sçavoient bien que ce n'estoyt pas chose licite ne honneste a femme de -porter botte fauve et anneaulx aux piez ains apartenoit mieux aux hommes -que a elles et ne le veit on jamais faire sinon depuis naguieres que -ceste entreprinse a esté faicte de nouveau et pour laquelle derrisyon -ilz ont obtenu ladicte complaincte/ Car il leur faisoit mal que aulcuns -en prinssent desplaisir contre elles ou qu'elles en fussent blasmees/ -mais lesdictes dames en duppliquant disoient que s'il y en avoit aulcuns -qui fussent dolens de les veoir porter/ il y en avoit d'autres pour -l'amour de qui elles les portoyent qui y prenoient plaisir & pour homme -qui en parle ne cesseroyent ja s'il n'estoyt ordonné/ car elles -l'avoyent ainsi voué et promis a amours. Et quant est des possessions -jamais n'y avoient esté empeschez jusques a present et ne failloit point -dire que c'estoit chose mal seant a femme de porter botte ferree. car -elle leur siet aussi bien qu'a homme/ si est chose plus joyeuse et -nouvelle/ parquoy concluoit comme dessus. Ouyes lesquelles parties en -tout ce qu'elles ont voulu dire et proposer elles ont esté appointees en -droict et mettre par devers la court et au conseil que bon leur semblera -veoir en ceste matiere et tout veu la court dict que lesdictz demandeurs -a tort et sans cause se sont dolus & complains et que a bonne et juste -cause lesdictes dames deffenderesses se sont opposees Et les maintient -et garde la court en possession & saisine de porter la botte fauve au -pied dextre ou senestre/ fermer leurs soulliers d'esguilettes vertes ou -noires de mettre verges et anneaux d'or et de porter les gans de costé -en la seincture leurs robes courtes a chevaucher et en toutes -possessions par elles pretendues en levant la main d'amours et tout -empeschement qui leur avoit esté donné par lesditz demandeurs a leur -proffit en condampnant iceux demandeurs aux despens. - - - - -¶ Le .xliiii. arrest. - - -Sur une requeste baillee ceans par ung povre gallant serviteur affin -d'estre payé de ses peines et salaires d'avoir servi ung jeune galant -amoureux Disoit ledit demandeur qu'il a bien demouré avecques luy -l'espace de deux ans ou environ/ pendant lesquelz il le suyvoit en tous -lieux ou il alloit luy nettoyoit ses robbes/ redressoit ses poulaynes et -portoit aulcuneffois les verges pour le nettoyer et luy obeissoit en -tous ses commandemens ou il a eu de grans peines Et quant est venu a la -fin son maistre luy donne congé sans le payer ne contenter: et pour ce -requeroit qu'il fust condampné a le payer de ses services et demandoit -despens Surquoy ledict aymant deffendeur disoit au contraire qu'il n'y -estoit point tenu/ Car quant il le print il n'avoit rien et l'abilla de -neuf et que au regard de son service il ne le serviroit pas bien car -quant il faisoit ung jour bien son devoir il en failloit trois aprés: -parquoy luy avoyt donné congié et au salayre qu'il demandoit disoit -qu'il l'avoit tousjours entretenu bien habillé et vestu et par ainsi luy -devoit souffire. Finablement la court veu ladicte requeste condampne -ledit amant deffendeur a bailler a son varlet pour ses peines et -sallaires & oultre ce qu'il a eu deux de ses vieilles robes courtes avec -ung pourpoint de satin usé et deux escus pour s'en retourner en son -pays. - - - - -¶ Le .xlv. arrest. - - -En la court de ceans c'est complainct et dolu ung gentil compaignon -amoureulx de une jeune dame et maistresse/ disant que ja pieça pour -l'amour d'elle il entreprint de jouster et mettre son corps a -l'adventure affin qu'elle congneust qu'il l'aymoit merveilleusement par -dessus toutes autres. Et a ceste cause feist faire harnois et -habillemens qu'il devisa a sa plaisance/ et ou il feist mettre la livree -de sadicte dame et avec ce eut chevaulx lance et housse de mesmes et luy -estoit bien advis qu'il portoit la devise de sadicte dame que son cheval -ne luy pouoit perir ne estre en danger ainçois que a l'ayde d'elle de la -bonne querelle qu'il pretendoit il viendroit au dessus de son entreprise -& en ceste intencion se disposa de jouster et se trouver sur les rencz -bien en point comme il est acoustumé de faire en tel cas/ mais quant -vint au departir qu'il cuydoit trouver sadicte dame pour avoir sa -benediction elle faignit d'estre malade en se faisant excuser & dire -qu'elle ne pouoit parler a luy ne luy bailler cueur ne courage de -gaigner tellement que ceste journee il ne feist pas ce qu'il voulut & ne -peult avoir honneur comme il eust eu sans difficulté ce ne eust esté les -reffus de sa dame/ & dont par ce moyen elle estoit tenue le recompenser/ -et pource requeroit a l'encontre d'elle qu'elle fust condampnee a le -desdommager de la perte qu'il avoit faicte & de ses interestz qui -estoyent bien grans/ au moins qu'il declairé qu'elle avoit esté cause de -son mal par le moyen dudit reffus en la condampnant a le recompenser -ainsi que la court l'adviseroit. de la partie de ladicte deffenderesse -si fut deffendu au contraire & disoit qu'en sa vie ne luy conseilla de -jouster ne n'en fut consentant ne par elle ne pouoit estre plus advancé -ne diminué car son conseil ou aide ne lui pouoit de rien proffiter/ -disoit avec ce que sa benediction ou sa parolle ne luy pouoit guieres -aider en tel cas/ mais il suffisoit au demandeur de prendre son -excusation sur cela qui n'estoit pas suffisant attendu qu'il pouoit bien -ymaginer qu'elle eust esté aussi joyeuse de son bien comme lui mesmes. -et quant est du reffus de luy ayder et bailler couraige jamais ne luy -reffusa mais alors que il vouloit parler a elle estoit mal disposee -tellement qu'elle ne peult venir parler a luy. et disoit que quant elle -sceut qu'il devoit jouster elle pria alors pour lui affin qu'il eust -l'honneur parquoy il devoit souffire Et par ses moyens concluoit affin -d'absolution surquoy ledit amant demandeur pour ses replicques disoit -que se elle eust seulement dit a dieu/ ou quelque autre mot son cheval -fust allé plus joyeusement & n'eust trouvé homme qui luy eust peu -resister. Et ainsi en estoit tenu tout du long. Finablement parties -ouyes elles ont esté apointees en droit veu et consideré la court -condampné ladicte deffenderesse a habiller vestir et armer ledit -amoureux demandeur la premiere foys que il vouldra jouster & a conduire -son cheval par la bryde tout du long des lices ung tour seullement et -aprés cela fait sera tenue bailler sa lance en disant a dieu mon amy -ayez bon cueur & ne vous soulciez de rien car on priera pour vous - - - - -¶ Le .xlvi. arrest. - - -En la Court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une jeune fille -de villaige demanderesse d'une part et ung jeune gallant de mesme -deffendeur d'aultre part. Et disoit ladicte demanderesse que ja pieça ce -galant cy en revenant de pellerinaige il estoit tant alteré que il ne -pouoit boire ne manger. Il se vint pour mener en ung jardin ou elle -cueilloit des viollettes et illec luy requist qu'elle luy donnast ung -bouquet ce qu'elle fist de bon cueur/ et lors il la remercia en luy -promettant de luy donner une belle bourse et ung tabouret dont elle fut -assez joyeuse et pource que ledit compaignon se sembloit estoit tresfort -malade luy demanda se il vouloit rien et qu'il avoit. Surquoy luy -respondit beaucoup de mal et qu'il eust voulu luy avoir cousté grant -chose et que il eust d'elle seulement ung povre baiser pour le -resconforter. Et alors ceste povre jeune fille luy alla dire/ que sans -denier ne sans maille elle lui en donneroit deux voire trois qui ne luy -cousteroyent riens. Et de fait les luy octroya/ et advint que de ceste -heure aprés lesdictz baysiers donnez qu'il fut du tout gary. Et feist -grans merveilles de grans chieres/ neantmoins il n'avoit point fait son -debvoir de lui envoyer ladicte bourse et tabouret/ ne aussi pareillement -de porter ung boucquet de Rommarin vert pour l'amour d'elle ainsi comme -il luy avoit promis. Et pource requeroit ladicte demanderesse que ledit -deffendeur y fust contrainct et condampné en ses despens. De la partie -dudict amoureux fut deffendu au contraire & disoyt voirement que ladicte -demanderesse l'avoit secouru en sa grande necessité et griefve maladie -tellement que il en estoit tenu a elle Et aussi cuidoit avoir fait son -debvoir comme bon et loyal serviteur. Et quant est de ce qu'il luy a -promis comme de la bourse et dudict tabouret ilz luy a ja pieça envoyees -par personne seure qui luy avoit affermer les lui avoir baillees. Et au -regard dudit rommarin vert il disoit qu'il n'estoit journee qu'il ne lui -ensouvint et que jamais encores ne se trouvoit en feste n'en joyeuse -chere qu'il n'en portast tousjours dessus luy car c'estoit la fleur que -il aymoit le mieulx & qui plus luy avoit aydé en ce monde. Et supposé -que l'on dye que il face aulcunement mal a la teste de le sentir -touteffoys il luy faisoit moult grant bien au cueur et ne sera jamais -qui ne l'ayme. et concluoit par ses moyens affin d'absolution. Surquoy -ladicte demanderesse disoit qu'il le devoit aussi bien cherement aymer/ -car il en avoit esté gary & alegé en bien peu d'heure. et quant a -ladicte reception desdictes choses promises n'en avoit par sa foy rien -sceu Finablement parties ouyes ont esté apointees en droit/ et au -conseil si a la court veu et consideré ledit procés. Et condampne la -court ledit amoureux deffendeur a bailler & rendre a ladicte -demanderesse lesdictes bourse & tabouret par lui promis sans prejudice -d'avoir son recours sus celluy a qui il les avoit baillees pour les -porter. Et aussi je le condampne a porter dessus lui pour l'amour de -sadicte dame demanderesse ung boucquet de rommarin vert a tout le moins -ung brin ou deux entrelassez avec une soulcie et menues pensees ou -d'autres fleurs que bon luy semblera - - - - -¶ Le .xlvii. arrest. - - -A la plainte et requeste de plusieurs grans amoureux ont esté baillees -par ladicte court de ceans certaines lettres de commission par vertu -desquelles inhibitions et deffences ont esté faictes a je ne sçay quelz -goffriers et patissiers que doresnavant ilz ne fassent plus leurs -goffres & leurs gasteaulx devant les lieux et esglises ou l'on va en -pellerinaige a celle fin que la fumee de leur feu ne leur puisse faire -mal aux yeulx & que par cedit moyen ilz puissent bien a leur aise saluer -et regarder leursdictes dames en allant & en retournant. Ausquelles -inhibitions et deffences les dessusditz patissiers se sont oposez & -disoyent pour leurs causes d'opposition qu'ilz gangnent leurs vies a -faire les dessusdites goffres et que leur mestier requeroit que ilz -besongnassent a jour de feste et au pres des lieux et esglises ou le -peuple va/ car se ilz faisoyent ailleurs leursdictes gofres personne -n'en yroit achapter Et aussi on ne les pourroit manger chauldes/ -pourquoy ilz soubstenoient tousjours leur opposition en concluant que a -tresgrant tort et mauvaise cause lesditz galans amoureulx en perseverant -en leurs demandes disoyent que pour riens du monde l'en ne debvoit -souffrir lesdictz gauffriers besongner au pres des lieux et eglises par -plusieurs moyens premierement/ car ilz empeschent le chemin et la voye -publique/ et ne s'i peult l'on contourner sans bouter l'ung l'autre -Secondement car quant les rues sont estroictes ilz contraingnent -lesdictz gallans a passer par l'autre & ne peuent aulcuneffoys a cause -de leursditz tabernacles approcher de leursdictes dames pour leur dire a -dieu ou ung mot en passant qui leur est ung moult grant desplaisir. -Tiercement car par le moyen du feu a quoy ilz cuisent leursdictes -gauffres il vient une fumee sy grande et si maulvaise que lesditz -gallans sont contrainctz de cleigner les yeulx/ et perdre la veue de -leurs dames sans sçavoir que elles deviennent ne s'elles les ont -apperceuz qui d'aultre costé leur est moult grant martire Et pource veuz -les dessusdictz inconveniens que lesdictz gauffriers/ et patissiers -devoyent estre condampnez a vuyder et faire leursdictes gauffres aultre -part/ et que lesdictes deffences leurs avoyent esté justement faictes. A -ses fins concluoyent et demandoyent despens Surquoy lesdictz gauffriers -disoyent que ilz avoyent jouyssances escriptes de faire illecques -lesdictes goffres parquoy les inhibitions n'estoient recepvables/ disoit -oultre que lesditz amans ne pouoyent avoir dommage mais estoit leur -grant proffit que ilz le fissent es lieux ou ilz avoyent acoustumé car -aumoins avoyent ilz par le moyen desditz gauffriers occasion de parler a -leurs dames et de leur en presenter en concluant comme dessus. -lesquelles parties ouyes en tout ce qu'elles ont voullu dire et proposer -elles ont esté appointees en droit a mettre par devers ladicte court et -au conseil. si a la court finablement veu le dessusdict procés/ et tout -veu et consideré ladicte court dit que a bonne & juste cause lesditz -inhibitions & deffences ont esté faictes ausdictz patissiers et -gauffriers et que a tort et maulvaise cause ilz se y sont opposés & -veult et ordonne la court/ que lesdictz gauffriers et patissiers seront -contrains a aller cuire et faire leurs gauffres aux carrefours et -aillieurs aultre part ou bon leur semblera sans eulx approcher desdictes -eglises et lieulx ou l'en yra en pellerinaige de deux ou aussy de troys -rues loing sur peine d'estre griefvement pugnis et les condempne la -court es despens de ceste instance ladicte tauxation reservee. - - - - -¶ Le .xlviii. arrest - - -Ung soir bien tard sus le soupper ainsi qu'on ostoit les plas de la -table de unes nopces ou ung jeune gallant amoureulx estoit que les -menestriers questoient l'aumosne pour monseigneur saint Julien/ il y eut -une tresbelle jeune dame assise a table qui en parlant d'amours ainsi -qu'on en devisoit a table dist audict gallant en passant ces motz. Telle -gerbe n'est pas sans lien & que il n'estoit pas homme pour demourer -derriere. Au moyen desquelles parolles il commença a tressuer de la -grant joye qu'il en eut en ce moment et la mena dancer la premiere et -depuis au retour quant il fut rassis au pres du lieu ou il l'avoit -ramenee ung aultre jeune gallant la vint prendre pour mener dancer a qui -elle fist assés grant accueil dont il en eut ung petit de mal en sa -teste & n'en fut pas trop content/ Mais il luy vient si bien que pendant -ce que ladicte dame danssoit il se vint arraisonner a sa chamberiere qui -estoit illec assise/ laquelle luy dist entre les aultres choses et sans -ce que ledict gallant luy en parlast qu'elle avoyt ouy dire a sadicte -maistresse/ tant de bien et d'honneur que merveilles et luy asseura -qu'elle l'aymoit au tant que il estoyt possible en pensant de ce que il -ne la venoyt veoir et quaqueter avecques elle. Si a ceste heure ledict -gallant fut moult fort surprins d'amours pas ne s'en fault esmerveiller/ -Car sur le corps il n'avoit voine qui ne tremblast de joye et de liesse/ -qui luy surmonta jusques au cueur/ et tellement que il entreprint de -l'aller veoir le lendemain et il n'y faillit pas: et depuis y a esté par -plusieurs journees: mais en effect tant plus y alloit et moins -appercevoit qu'on tint compte de luy et pource requeroit ledict galant -demandeur que icelle dame desclairast s'elle le vouloyt prendre a -serviteur ou non affin que il n'y pensast plus Et que au surplus ladicte -chamberiere qui ainsi luy avoit baillee l'aliance et fait trembler les -fievres blanches tout du long d'une nuyct feust condampnee a l'amender -envers luy/ et de telle amende honnorable et proffitable que ladicte -court adviseroit De la partie de ladicte dame fut dit que au regard -d'elle elle ne le hayoit point/ mais elle s'estoit pourveue d'ung aultre -serviteur par quoy disoit qu'on la debvoit tenir pour excusee Et entant -que touchoit ladicte chamberiere disoit voirement qu'elle avoit ouy dire -a sadicte maistresse autant de bien dudict compaignon que on pourroit -penser/ parquoy n'avoit failly en riens/ Et quant est de l'avoir -conseillé de venir par devers elle elle disoit qu'elle l'avoit faict -pour l'advancer pource que il est homme qui bien le valloit. Disoit -oultre que telles paroles qui entrent par une oreille s'en doivent aller -par l'autre & est moult grant follye aux gens de s'i fyer/ car il est -aucuneffoys force de dire des choses qui ne sont pas veritables pour -complaire aux gens et leur donner ung peu d'esperance pour venir es -biens qu'ilz desirent/ et par ces moyens et autres disoit la chamberiere -que elle estoit de voye de absolution/ mais les gens d'amours disoient -qu'il n'y a aujourd'huy plus dangereuse chose en amours que de telz -faulx rappors/ car c'est pour ravir ung homme jusques au troiziesme -ciel/ et en advient plusieurs inconveniens comme d'aulcuns povres -amoureux qui en perdent le boyre et le manger et les aultres en -deviennent comme bestes sans sçavoir qu'ilz ont. Et pource requeroient -lesdictes gens d'amours que ladicte court y mist provision mais ladite -chamberiere disoit que au regard d'elle elle n'avoit meffaict car veues -les pressupositions et parolles de sa maistresse qu'il estoit -vraysemblable qu'elle l'eust aymé s'il se fust sceu conduire. A quoy -ledit povre galant respondit qu'il n'y vouloit plus essayer et luy -souffisoit de ce qu'il en avoit faict sans plus y retourner pour le pris -comme dessus. lesquelles parties ouyes en tout ce qu'elles ont voulu -dire ont esté appointees en droit et au conseil et a la court veu ledict -procés & ce qu'il failloit veoir en ceste partie. Et tout veu la court -dit que ladicte chamberiere a failly & grandement abusé/ & a ceste cause -la condamne ladicte court a vuyder l'hostel de sa maistresse/ & si -ordonne que jamais ne portera chapperon de couleur ceinture verte & la -condamne en oultre en tous les despens dommaiges & interestz du povre -amant la tauxation reservee. - - - - -¶ Le .xlix. arrest. - - -En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une tres -gracieuse Dame demanderesse en cas d'excés de une part/ & ung moult -gracieux compaignon jadis son amoureux deffendeur audict cas/ et -requerant l'enterinement de certaines lettres de pardon d'aultre part. -et disoit ladicte dame demanderesse que de long temps a pour les grans -biens qu'elle oyt dire de la personne dudict amoureux deffendeur elle -mist tout son cueur en luy & depuys luy a faict plusieurs plaisirs ainsi -qu'elle a peu/ mais nonobstant dangier et malle bouche qui s'en -doubtoyent aulcunement elle ne lui pouoit faire tousjours si bonne chere -qu'elle eust bien voulu ains estoit force aulcuneffois de dissimuler & -faire semblant ne le point congnoistre quant il la regardoit. Si estoit -vray que une journee il la salua ainsi que elle venoit de l'eglise mais -quant elle le apperceut/ pour ce que dangier rechignoyt desja de le -veoir de loing elle tout de gré retourna la teste de l'autre costé sans -luy dire mot dont ledit galant se despita et combien que en amours l'en -porte en pacience tous les maulx ainsi qu'ilz adviengnent et que il soit -deffendu de longuement garder son courroux/ ne user de aulcune -vengeance/ neantmoins ledit amoureux deffendeur de ce que elle ne le -voullut saluer comme elle le devoit faire a conspiré haine contre -ladicte dame/ pour laquelle mettre a execution/ ce jour propre le soir -bien tard il se transporta devant son huys/ et illecques comme mal meu -et eschauffé vint ruer d'eux ou trois grosses pelottes de neige contre -les fenestres de sadicte dame. Et aprés ce qu'il veit que on n'en tenoit -compte et que l'on ne sailloyt point dehors pour parler a lui il print -une grosse pierre et la gecta contre les verrieres tellement que il en -abbatit deux ou troys losenges qui vindrent comme si se eust esté chose -juree tout droict cheoir dessus la teste de ladicte dame demanderesse/ -et dont en y eut une qui la vint frapper sur le nez si qu'il y eut -effusion de sang/ et encore non content de ce mais pour luy faire plus -grant despit il a fait despecer ung beau cordon qu'elle luy avoit donné/ -et dont par despit il en a lacé une botte fauve en metant a son pied ce -qu'il debvoit mettre en sa teste. Et oultre plus a injurié ceste dame en -disant d'elle plusieurs maulx/ et qu'elle estoit maulvaise/ avecques -plusieurs autres parolles et minution de son honneur qui estoit mal fait -a luy & lesquelles choses dessusdictes comme digne de pugnition cheoyent -en reparation. Et pour ce prenoit ladicte dame ses conclusions a -l'encontre dudict amant affin que il feust par la court condampné a -reparer lesdictz excés envers elle d'amende honnourable nue teste/ et en -chemise tenant une torche ardante en sa main/ en dysant que faulsement -et maulvaisement il l'avoit grevee et blasmee/ et qu'il s'en repentoit -et cryoit mercy en se desdisant publycquement desdictes parolles par luy -dictes & ainsi condampné a faire ung voyage a sa devotion et partout ou -elle le vouldra encharger/ et pour amende prouffitable a la somme de -deux mille livres & a tenir prison ou il appartiendra/ et tout a ses -despens/ dommaiges et interestz de la partie dudict amant fut deffendu -au contraire & disoit par ses deffences qu'il failloit pressuposer que -ladicte dame estoit conduyte par danger en telle maniere que elle n'eust -sceu faire ung seul pas qu'elle ne l'eust eu tousjours aprés sa queue -ung faulx semblant pour la garder. Et n'y eut oncques amoureux de -memoire d'homme qui eust tant a faire/ et a souffrir que il a eu de la -servir car il ne s'en pouoit tirer pres fust de jour ou de nuit a -quelque heure que ce feust pour les gardes & batailles qui estoyent en -l'avant garde et en l'arriere garde et brief en la saison de l'yver -n'eust jamais peu aller ne parler a elle sinon que quant il geloit si -fort que les gens de fine froydure ne se osoyent tenir a l'huys qui -estoit tresgrande peine/ car il fault considerer que a toutes les foys -qu'il y alloit ne pouoit il pas encores parler a elle/ mais bien souvent -luy failloit retourner ainsi comment il estoit venu. Et se il avoit -grant peine en yver/ encores en avoit il beaucoup plus en esté/ car -jamais ne se fust avancé & aussi il n'eust osé aller devers elle en -quelque façon que se eust esté sinon quant il faisoit orage de temps/ ou -qu'il tonnoit/ esclairoit/ et espartyssoit de tous costez tellement que -il sembloit que les pierres fendissent et que le ciel deust cheoir embas -mesmement quant il couroit parmy les rues n'atendoit que le coup comme -ung homme desja condampné qui lui estoit ung grant danger sans les -autres inconveniens du vent et des gouttieres qui degoutoyent sur luy -dedans son dos comme qui les gectast par despit. Et fault noter que -quant il estoit arrivé en ceste estat jusques au logis de sa dame il -n'avoit habillement qui ne fust plein d'eaue voire tout le corps comme -s'il fust venu d'ung baing si que c'estoit pitié de le veoir et si au -mieulx ne gagnoit que ung baiser ou deux qui n'estoit pas -rescompensation legitime de la peine que il en prenoit. Au regard -encores que incontinent il s'en failloit retourner/ et passer par boys/ -et par ruisseaux et aussi grant dangier que par devant sinon qu'il -attendoit dessoubz quelque auven que le maulvais temps feust passé et la -pluye cessee/ pressuposé cela disoit a une journee dont n'estoit recors -que il faisoit maulvais temps et ung froict extresme. Il se transporta -par devers l'uys de sadicte dame ou il fut bien l'espace de trois -grosses heures atendant la venue tellement que ses soulliers estoient -gellez et ne les pouoit ravoir de la terre. Et quant il vit qu'il n'en -oyoit point de nouvelles il commença a toussir deux ou .iii. fois et -puis hurtoit de la pointe de son patin a la porte & si ne lui respondoit -l'en riens dont voirement il se courrouça et despita et pour se -eschauffer feist une grosse pelotte de neige qu'il gecta contre pour se -ramentevoir/ et affin que l'en vint a luy. et peult bien estre que -ladicte pelote qui estoit ung peu pesante cassa ung petit de voirriere -dont les pieces & esclatz cheurent dessus la dame. Mais il ne le cuydoit -pas faire/ et jamais il n'eust pensé que elle eust esté dessoubz/ par -quoy le fault excuser/ ne quelque chose que sadicte dame ait voulu dire -il n'avoit haine a l'encontre d'elle/ car par maltallent il ne l'avoit -fait/ mais seulement pour ce qui luy ennuyoit d'avoir la tant longuement -atendu sans venir a luy. Et quant est du reffus de le saluer surquoy -elle vouloit fonder sa haine de malveillance disoit ledit amant qu'elle -fist sagement et ne luy en sceust oncques maulvais gré. Et qui plus est -n'eust sceu riens faire qu'il luy eust despleu ne mal contenté car tout -ce qu'elle voulloyt il desiroit & au regard du cordon qu'il avoit porté -aux piedz par despit d'elle disoit ledict amant deffendeur qu'il ne -l'avoit faict que par plaisance joyeuse/ et pour monstrer qu'il avoit -une moult belle dame il le faisoit pour l'amour de elle/ parquoy n'avoit -mesprins. Et au surplus touchant les injures disoyt que quant il -retourna ainsi angelé de l'huys de sadicte dame sans rien faire et a -l'occasion que en s'en retournant il rencontra ung vieil tronchet de -patissier qui luy cuyda fendre la greve de la jambe/ il mauldict ladicte -dame/ et peult bien estre qu'il dist qu'elle estoit traistesse/ car il -semble que se elle ne l'eust injurié ou que elle fust venue a l'huys il -ne feust point cheut en ce dangier/ ains eust esté garanty/ et encore -d'abondant entant qu'il auroit failly de son costé il avoit obtenues -lettres de pardon dont il requeroit l'enterinement et au moyen d'icelle -delivrance de ses biens et de sa personne attendu que par ce que dit est -ledit pardon estoit bien civil et raisonnable et demandoit despens au -cas que sadicte dame vouldroit plus persister au procés a l'encontre de -luy Aprés lesquelles deffences les gens d'amours reciterent les -informacions et disoient que ilz trouvoient grandement chargé ledit -amoureux deffendeur et ne se pouoyt excuser qu'il ne eust failly car sa -dame estoit notoirement en la sauvegarde d'amours et sont toutes voyes -de faict deffendues. Or avoit il par voye de fayct rompues les -voirrieres et ycelle dame blecee qu'il deust avoir revenchee voire -jusques a effusion de sang. Et ainsi se il eust donné ces choses a -entendre et le cas tel qu'il estoyt/ jamais ne eust obtenu pardon. -parquoy disoient qu'il en devoit estre pugny et requeroient que iceluy -povre amant fust banny a tousjours du royaulme d'amours a tant que ses -biens feussent desclairés confisquez et pour amende prouffitable au -double Ledict amant deffendeur soustenant ledit pardon disoit qu'il -n'auroit cause de le condampner et que quant il n'avoit pardon & qu'il -eust commis aulcune faulte/ si pourtant veu les paines qu'il avoit eues -& la charge du service enquoy il estoit obligé et ou pendoit la mort ou -la vie de chascune fois qu'il alloit vers ladicte dame il en devoit -demourer quitte et ne luy en debvoit on rien demander Et au regard du -cas l'en n'y pouoit noter mal. Premierement quant au gré de la partie il -avoyt cause de le faire veu le long temps qu'il avoit songé a l'huis/ et -affin qu'on ne luy peust pas faire entendant qui luy eust esté Si disoit -par son serment que alors qu'il getta ladicte pierre il avoit tant de -froit qu'il ne sentoit sa main & ne scet s'il getta fort ou foible mais -elle fut mout grevee et blecee et fut par grant fortune que les -voirryeres cheurent sur elle et entant que touchoit les injures et de ce -qu'il pouoit avoir legierement dit qu'elle estoit faulce et traistesse -Respondit que ce avoit esté par chaude colle & alors qu'il estoit blecé/ -parquoy l'en ne s'i devoit arrester/ car quant ung homme a mal excessif -& que c'est la cause d'amours l'en ne s'en sçauroyt tenir aucuneffois de -maudire sa dame & tous ceux qui en sont cause ou par qui le cas est -advenu et par ainsi disoit que lesdictes lettres de pardon estoient bien -civilles/ et qu'on y devoit obtemperer mais sadicte dame disoit au -contraire et qu'il failloit premierement qu'il se desdist des injures/ -et qu'elles devoient passer soubz dissimulacion/ Car quant ung serviteur -desprise sa maistresse ou dit mal de ceulx dont il doit avoir avancement -il doibt estre reputé infame et debouté de tous lesditz biens et si -fault qu'il l'amende ou aultrement chascun en voudroit autant faire. Et -quant est de la charge du service dont il est plaint et dire que jamais -homme n'entreprent si dangereuse poursuytte. Disoit ladicte dame qu'elle -ne luy faisoit pas faire et en avoit sa part de la paine comme luy -entant qu'il luy failloit trouver excusation legitime pour aveugler -dangier et faulx semblant que l'en ne peult pas de legier appaiser quant -ilz ont telle chose au cueur et ilz s'en doubtent Mais aussi de tant que -en la poursuitte d'amours l'en a griefve paine et douleur & l'on ne peut -avoir ung seul bien comme d'ung baisier en passant et entre deux huys -posé ores qu'il esclaire et face tonnerre jusques a tout rompre. Si -vault myeulx cela que tous les biens qu'on sçauroit souhaitier et avoir -sans peine pour suytte ung baisier ainsi prins en emblee que s'il avoit -engaigé deux cens muys de blé Et par ainsi de retorquer ledict service -ou compensation de peine il n'y avoit aucune apparence et concluoit -comme dessus Ouyes lesquelles parties en tout ce qu'elles ont voulu dire -et proposer elles ont esté apointees en droit et au produyre. Si a la -court veu ledict procés & dit que les lettres de pardon obtenues par -ledict povre amoureulx seront enterinees. Et en ce faisant la court -ordonne et mect sa propre personne et tous ses biens a playne delivrance -en rescompensant tous les despens et pour cause. - - - - -¶ Le .l. arrest - - -A la requeste du procureur general d'amours et par commission de la -court de ceans ont esté prins et constitués prisonnier deux malfaicteurs -et delinquans qui par leurs maulvaises langues avoient emblé la renommee -et desrobé l'honneur de plusieurs dames a tort et sans causes/ si ont -esté sur ce interroguees & ont confessé le cas. Et avecques ce que tout -le temps de leurs vie ont esté adonnés a grassement et goliardement -parler des biens d'amours en disant plusieurs ordes parolles en -malsonnans qu'il n'est besoing de reciter pour la turpitude d'icelles. -Et finablement ladicte confession veue/ et le procés faict sur icelle la -court les condampne tous deux a estre batus par trois samedis de verges -par les carrefours. Et si les bannist du royaulme d'amours a tousjours -en desclairant tous leurs biens confisquez. Et ordonne la court que tous -ceulx qui parleront ainsi deshonnestement contre l'honneur des dames ne -jouyront aulcunement des previleges d'amours/ et si seront pugnys si -tres griefvement que les aultres y prendront exemple. - - - - -¶ Le .li. arrest - - -En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une belle jeune -dame & le procureur general d'amours adjoinct avec elle demandeurs en -cas d'excés d'une part/ & ung assez gentil compaignon jadis amoureulx de -ladicte dame prisonnier deffendeur audict cas/ et requerant -l'enterinement de certaine remission d'autre part. Et disoit ladicte -dame que combien que en amours l'en doibt endurer tout ce qu'il se faict -par esbat ou amytié et qu'il soit deffendu aux hommes qui desirent leur -avancement de ne proceder par voye de fait contre leurs dames jouant au -tiers en ung beau grant preau vert/ et par joyeuseté en courant par -derriere elle mist audict gallant ung tantinet d'herbe entre la chemise -et le dos/ ce gallant se despita si terriblement que il luy vint -incontinent bailler deux grans soufletz Et ne fut pas encores content de -cela ainçoys la tumba a terre et la descoiffa en la trainant par les -cheveulx devant tout le monde qui estoit illec/ comme s'elle eust esté -sa chamberiere en ce faisant voye de faict est deffendue force et -violence publicque en refraignant et derompant la sauvegarde d'amours ou -ladicte dame estoyt enclose/ et aultrement grandement moult excedant et -delinquant Et pource concluoit et requeroit ladicte dame a l'encontre -dudict deffendeur qu'il fut condampné et contrainct a reparer lesdictz -excés et oultraige et luy faire amende honnorable c'est assavoir en la -court de ceans et au preau ou le cas a esté commis nue teste et en -chemise tenant une torche ardant en sa main disant que a tort et -maulvaisement a bastue et descoiffee ceste dame/ il s'en repent et crye -mercy a elle/ et a toutes les dames qui estoient presentes Et avec ce -pource que le cas est enorme/ et qu'il touchoit l'honneur de icelle dame -demanderesse elle requeroit aussi que ledict deffendeur feust condampné -a souffrir pugnicion corporelle audict preau ou il avoit faict -l'oultraige en la maniere qui s'ensuyt. C'est assavoir qu'il feust lié -tout nud a ung pillier que l'on y atacheroit/ et que illec toutes les -dames qui virent ledict cas advenir le vinsent bastre a leurs aises -jusques a ce que il fust bien frotté pour donner exemple aux aultres qui -en vouldroient autant faire et en amende prouffitable en la somme de -deux mille livres ou que telles aultres conclusions luy feussent -adjugees que la court verroyt estre a faire en demandant despens -dommaiges et interestz. De la partie dudict amoureulx fut deffendu au -contraire et disoit que les hommes ne estoyent point tenus d'endurer des -dames se il ne leur plaist/ car elles sont subjectes/ & ne leur -appartient de venir mettre en leurs dos aulcunes herbes soit par esbat -ou aultrement/ car ce qui leur plaist en une maniere il desplaist aux -autres. Or estoit vray que ceste dame de son auctorité et sans dire qui -avoit perdu ou gaigné luy estoit venue getter dedens le dos en jouant au -tyers une poignee d'orties et d'ordure ou il y avoit parmy des fourmys -qui le picquoyent et faysoyent si grant mal que il ne pouoit durer. Et a -ceste cause comme tout esmeu par chaulde colle la vint frapper et -descoifer ainsi que a esté dit Et fault en ce noter qu'il n'y prenoit -pas garde/ mais pour la grant douleur qu'il sentoit au dos il ne s'en -peut tenir. Et duquel cas ainsi advenu icelluy amant depuis qu'il a esté -rassis a esté desplaisant de l'avoir faict. Et oultre plus c'estoit tiré -a la chancellerie d'amours/ et en avoit tout entierement obtenues -lettres de remission qui estoyent bien civilles et raisonnables veu ce -que dit est dont il requeroit l'enterinement alias concluoit affin -d'absolution et de despens Aprés lesquelles deffences les gens d'amours -disoyent que ilz avoyent veu les informations faictes en ceste matieres/ -par lesquelles le cas estoyt veriffié. Et aussi ne le pouoit ledict -amant deffendeur nyer/ car luy mesmes l'avoit confessé. Et disoyent -lesdictz gens d'amours que l'excés estoit moult grant/ et l'oultrage -fait a ladicte dame excessif/ et que selon les droictz d'amours qui -parlent de ceste matiere la pugnition y est si tresgrande/ qu'on ne -sçauroit dire et nompas seulement sont telz gens qui battent et frappent -leurs dames dignes de mort acoustumee mais doibt l'en deppartir et -detrancher tous leurs membres par pieces/ aussi en effect c'est venu -encontre la souveraineté d'amours/ et encourir crime de leze magesté. Et -pource requeroyent et concluoyent lesdictes gens d'amours que ledict -amant deffendeur feust pugny de pugnition corporelle & publicque/ et en -ce faisant condampné a souffrir mort/ et estre executé par justice. et -quant a la remission disoyent que l'en n'y debvoit obtemperer/ car le -cas de soy estoit inremissible/ et failloit tout ainsi que ledit amant -avoit faict ledict cas publicquement que le cas feust pugny devant la -veue du monde aussi de le faire aultrement ladicte dame demoureroyt -deshonnoree a tousjours mais qui ne se pouoit soubstenir en raison Par -quoy comme dessus l'en n'y debvoit en riens obtemperer consideré -mesmement l'enormité dudit cas et le consequent qui en peut advenir. Et -finablement disoyent que se ledict delict demouroit impuny il n'y auroit -jamais dame seure/ et seroyent tous les biens d'amours desprisez & mis -dessoubz le pied par telz & meschans gens qui vouldroyent bien frapper -aulcuneffois concluant comme dessus. Aprés les conclusions ainsi prises -par lesdictes gens d'amours icelle dame emploioit ce que ilz avoyent dit -a son proffit et oultre pour deffendre ladicte remission entant qu'il -luy touchoit elle disoit qu'elle ne debvoit estre enterinee audict -amant/ car elle estoit subretice/ obretice/ et desraisonnable subrectice -entant qu'il avoit sceu que ladicte dame estoit en sa sauvegarde -d'amours quant il perpetra lesdictz excés en la presence d'elle et aussi -que elle a sceu que l'herbe qu'elle luy gecta dedans le doz n'estoit que -par esbatement et en signe d'amour comment l'en peult ymaginer et s'eust -esté ung aultre homme a qui elle eust voulu mal jamais ne se y fust -jouee Et a la verité de tant qu'elle se seroit jouee a luy se l'amoureux -estoit tel qu'il devoit estre il l'en debvoit plus priser Et monstroit -bien que il ne sçavoit gueres d'honneur. Obretice car il avoit donné a -entendre en ladicte remission que ladicte dame luy avoit getté des -orties et des formis entre la chair & la chemise mais le contraire est -vray c'est assavoir qu'il n'y avoit que belle herbe verte sans qu'il y -eust point d'orties ne de formis ne que cela luy eut oncques fait mal ne -desplaisir Et si au regard d'elle pour s'aquitter et monstrer l'amour -qu'elle avoit en luy elle pouoit bien cela faire et luy estoit permis -selon l'anticque et commung proverbe qui dict que gens qui s'entrayment -pierres s'entreruent. Incivil/ car pardonner tel cas c'est en effect -consentir que une dame demeure blasmee & infame sans avoir reparation de -son honneur qui ne se peult faire en terme de raison. Et aussi que -ledict amant avoit trainee par les cheveux/ et devant tout chascun -estoit de soy inremissible Disoit oultre ladicte dame que ladite -remission estoit desraisonnable/ car se telles choses avoient lieu & que -amoureux fussent quictes de telz maulx pour prendre une pareille -remission Il vauldroit aussy chier qu'il n'y eust plus de justice en -amours et gaigneroit l'en autant a faire mal que bien. Mais ledict amant -deffendeur soustenant sa remission disoit que le cas n'estoit si grant -ne si mauvais comme l'en le faisoit de beaucoup Premierement car ladicte -dame l'avoit menassé et sans ce qu'il luy demandast rien estoit venue -toucher lesdictes herbes et orties parquoy s'il s'estoit revenché il -avoyt de raison Secondement posé qu'il eust frappé si n'avoit elle point -esté affolee et si ne l'avoit faict ledict amant que par jeu. Tiercement -le cas estoit advenu par hastiveté de chaulde colle voire en estant -cause promovent. Et par ainsi ladite remission estoit bien fondee et -raisonnable et ne failloit point parler d'incivilité ne dire que amours -ne puissent pardonner tel cas/ car de plus grans la moytié/ le -chancellier d'amours baille tous les jours remission voire a ceux qui -ont tué leurs dames et estoit trop contente la puissance et souveraineté -d'amours Disant oultre ledict amant que en sesdites lettres de remission -il avoit donné a entendre toute la pure verité du cas Parquoy l'en y -devoit obtemperer et concluoit comme dessus Mais les gens d'amours en -luy respondant disoient que ce cas ne se devoit jamais pardonner ne -remettre avecques les autres/ car d'avoir ainsi frappé ladicte dame et -traisnee par les cheveulx se estoit offence inremissible et donner -occasion a chascun qui la estoient presens de penser qu'il sçavoit -quelque mal a la dame et d'en publier contre son honneur ce qui n'est -point. parquoy il failloit que sa faulte feust reparee publiquement Et -ne la devoit l'en point passer soubz dissimulation. Ouyes lesquelles -parties en tout ce qu'elles ont voulu dire et alleguer elles ont esté -appointees en droit a mettre par devers la court et au conseil. Si a -ladicte court veu le procés avec lesdictes lettres de remission & tout -ce qu'il failloit veoir en ceste matiere. Et tout veu et consideré ce -que il failloit a considerer/ la court dit que lesdictes lettres de -remission sont incivilles et qu'elle n'y obtemperera point/ et deffendit -au chancelier d'amours de n'en bailler plus de pareilles a quelque -amoureulx que ce soit. Et condampne la court ledict amant deffendeur -pour reparacion dudict cas a estre despoullé tout nud et ordonne qu'il -luy sera en cest estat baillé et delivré par le bourreau quatre vieilles -chamberieres d'estuves pour le tresbien vanner dedens une vieille coste -poincte de prisonniers/ ou d'autre vieille couverture pleine de poux et -de vermine Et cela faict le condampne a estre jecté tout nud en ung -champ plain d'orties et de chardons. Et au surplus le bannist a -tousjours mais du royaulme d'amours et du service des dames en -desclairant tous et chascuns ses biens confisquez. - - - - -L'arrest finy ledit president qui estoit las & n'en pouoit plus dist au -peuple illec attendant. Le greffier dira le surplus/ ainsi le greffier -s'avança de plusieurs autres arrestz dire mais de tous ceulx qu'il -prononça ne peuz rien rapporter ne escripre/ il avoit ung peu la voix -basse tant qu'on ne le pouoyt entendre. - - Si eut arrest et jugement - Prononcez lors tant que merveilles - Dont je vis mains povres amans - Plourer & grater leurs oreilles - - Et ceulx qui cuydoient pour eulx - Furent contre eulx je vous affie - Se les jugemens sont douteux - Nul n'est pas saige qui s'i fie - - Si fais veu aux dames - Que plus ne serviray amours. - Se g'y ay mesprins je m'en repens/ - Ailleurs me fault prendre mon cours. - - Et quant est d'espoir et recours - Ilz m'ont esté par trop rigoureux - Et pource soubstiendray tousjours - Que les loyaux sont les plus douloureux. - - - - -¶ Cy finissent les cinquante et ung arrest d'amours. Nouvellement -imprimé a paris par la veufve feu Jehan trepperel et Jehan jehannot -Imprimeur et Libraire juré en l'université de paris Demourant en la rue -neufve nostre dame a l'enseigne de l'escu de France. - - - - -Notes du transcripteur - - -L'orthographe et la ponctuation sont conformes à l'original. Pour -faciliter la lecture, on a ajouté apostrophes, accents et cédilles, -distingué i/j et u/v, et résolu les abréviations conventionnelles (par -exemple cõe > comme). - -Certaines erreurs manifestes ont été corrigées (confusion entre -qui/qu'il/qu'ilz, doublons, interversions ou substitutions de lettres, -etc.) - - - -*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES CINQUANTE ET UNG ARRETZ -D'AMOURS *** - -***** This file should be named 64153-0.txt or 64153-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - https://www.gutenberg.org/6/4/1/5/64153/ - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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Redistribution is subject to the -trademark license, especially commercial redistribution. - -START: FULL LICENSE - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg-tm License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project -Gutenberg-tm electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. 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Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/old/64153-0.zip b/old/64153-0.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index c6d1011..0000000 --- a/old/64153-0.zip +++ /dev/null diff --git a/old/64153-h.zip b/old/64153-h.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index 732ea06..0000000 --- a/old/64153-h.zip +++ /dev/null diff --git a/old/64153-h/64153-h.htm b/old/64153-h/64153-h.htm deleted file mode 100644 index 06d303e..0000000 --- a/old/64153-h/64153-h.htm +++ /dev/null @@ -1,9298 +0,0 @@ -<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" - "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> - -<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="fr" xml:lang="fr"> -<head> -<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=UTF-8" /> -<title> - The Project Gutenberg eBook of Les cinquante et ung arretz d'amours, by Martial d'Auvergne. -</title> -<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" /> -<style type="text/css"> - -p { text-align: justify; line-height: 1.2em; text-indent: 1.5em; - margin: .3em 0;} - -h1 { text-align: justify; line-height: 1.2em; font-weight: normal; margin: 1em 0; } -h2 { text-align: center; font-weight: normal; margin: 4em 0 2em 0; } - -img { max-width: 100%; } -div.figc { text-align: center; } -img.h700 { height: 700px; } - -.poetry { text-align: left; margin: 1em 0 1em 5%; } -.stanza { margin-top: 1em; } -.verse { padding-left: 3em; text-indent: -3em; } - -p.gap { margin-top: 2.5em; } -.chapter { margin-top: 4em; } - -.trnote { font-family: sans-serif; font-size: 95%; padding: .5em; - margin: 3em 5% 1em 5%; border: thin dotted; background: #eee; } -.trnote h2 { margin: .5em 0; } - -a { text-decoration: none; } - -@media screen { - body { max-width: 40em; width: 80%; margin: 0 auto; } -} - -@media handheld { - .chapter { page-break-before: always; } - .nobreak { page-break-before: avoid; } -} - - -</style> -</head> -<body> -<div style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold;'>The Project Gutenberg eBook of Les cinquante et ung arretz d'amours, by Martial d'Auvergne</div> -<div style='display:block;margin:1em 0'> -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and -most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. 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- -<p>On les vent a paris en la rue neufve nostre dame -a l'enseigne de l'escu de France.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Cy commence les cinquante -et ung arrestz d'amours.</h2> - - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Environ la fin de septembre</div> -<div class="verse">Que saillent violetes & flours</div> -<div class="verse">Je me trouvay en la grant chambre</div> -<div class="verse">Du noble parlement d'amours</div> -<div class="verse">Et advint si bien qu'on vouloit</div> -<div class="verse">Les derreniers arrestz prononcer</div> -<div class="verse">Et que a ceste heure on appelloit</div> -<div class="verse">Le greffier pour les commencer</div> -<div class="verse">Si estoyent illec bien vingt six</div> -<div class="verse">A les rapporter et a veoir</div> -<div class="verse">Ou meillieu desquelz je me assis</div> -<div class="verse">Pour en faire comme eulx devoir</div> -<div class="verse">Le president tout de drap d'or</div> -<div class="verse">Avoit robbe fourree d'ermines</div> -<div class="verse">Et sur le col ung camail d'or</div> -<div class="verse">Tout couvert d'esmerauldes fines</div> -<div class="verse">Les seigneurs lays pour vestement</div> -<div class="verse">Avoyent robbes de vermeil</div> -<div class="verse">Frangees par hault de dyamans</div> -<div class="verse">Reluysans comme le souleil</div> -<div class="verse">Les aultres conseilliers d'eglise</div> -<div class="verse">Estoyent vestus de velours pers</div> -<div class="verse">A grant fueillage de venise</div> -<div class="verse">Bordez a l'endroit et l'envers</div> -<div class="verse">Dessus si avoyent leurs manteaulx</div> -<div class="verse">Tout de grosses perles barrez</div> -<div class="verse">Fermans a moult riches fermaulx</div> -<div class="verse">Et puis leurs chapperons fourrez</div> -<div class="verse">Aprés y avoit les deesses</div> -<div class="verse">En moult grant triumphe & honneur</div> -<div class="verse">Toutes legistes et clergesses</div> -<div class="verse">Qui sçavoyent le decret par cueur</div> -<div class="verse">Toutes estoyent vestues de vert</div> -<div class="verse">Fourrez de penne de letisses</div> -<div class="verse">Et avoyent leur col tout couvert</div> -<div class="verse">De colliers d'or gens et propice</div> -<div class="verse">Puis portoyent atours a ces fins</div> -<div class="verse">Moult excellens et precieulx</div> -<div class="verse">Qui estoyent si deliez et fins</div> -<div class="verse">Que on veoit leurs beaux cheveux</div> -<div class="verse">Leurs habitz sentoyent le cyprés</div> -<div class="verse">Et le mutz si habondamment</div> -<div class="verse">Que l'en n'eust sceu estre au plus pres</div> -<div class="verse">Sans esternuer largement</div> -<div class="verse">Oultre plus en lieu d'herbe verd</div> -<div class="verse">Qu'on a acoustumé d'espendre</div> -<div class="verse">Tout le parquet estoit couvert</div> -<div class="verse">De rommarins et de lavende</div> -<div class="verse">Plusieurs amans et amoureux</div> -<div class="verse">Illec vindrent de divers lieux</div> -<div class="verse">Dont il en eust moins de piteux</div> -<div class="verse">Et d'amans courroucez joyeulx</div> -<div class="verse">Par derriere les bancz j'en vis</div> -<div class="verse">Qui lesditz arrestz escoutoyent</div> -<div class="verse">Dont leurs cueurs estoyent tant ravis</div> -<div class="verse">Qu'ilz ne sçavoyent ou ilz estoyent</div> -<div class="verse">Les ungz de paour serroient leurs dentz</div> -<div class="verse">Et estoyent aussi froitz que marbre</div> -<div class="verse">Les aultres esmeuz et ardans</div> -<div class="verse">Tremblans comme la fueille en l'arbre</div> -<div class="verse">Nul n'est si saige ne parfait</div> -<div class="verse">Que quant il oit son jugement</div> -<div class="verse">Qu'il ne soit a moytié deffait</div> -<div class="verse">Et troublé a l'entendement</div> -<div class="verse">Je laisseray ceste matiere</div> -<div class="verse">Car de cela pou me challoit</div> -<div class="verse">Et racompteray la maniere</div> -<div class="verse">Comment le president parloit</div> -<div class="verse">Et tout ainsi et au plus pres</div> -<div class="verse">Que les arrestz luy ouy dire</div> -<div class="verse">Je les ay escriptz cy aprés</div> -<div class="verse">En la forme que l'orrés lire</div> -<div class="verse">Sans y adjouster quelque chose</div> -<div class="verse">Aussi retenir ne oster</div> -<div class="verse">Et les prononça tout en prose</div> -<div class="verse">Comme vous orrés reciter</div> -</div> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">Premier arrest.</h2> - - -<p>Par devant le prevost -de deuil se assist despyeça -ung procés entre -une tresgracieuse dame et le procureur -d'amours en cas d'excés -d'une part/ & ung jeune amant escuyer -deffendeur d'aultre part. et -disoient lesditz demandeurs que -ceste dame en tout son temps a esté -de grant renommee fort esbatant -joyeuse & de plaisant maintien & -qu'elle s'est tousjours bien & honnestement -entretenue en service d'amours/ -sans jamais avoir esté -reprise d'aulcun villain cas blasme -ou reproche. Or estoit que ja -pieça cest amoureux s'acointa de -elle/ et aprés plusieurs allees/ et -venues il la pria d'aymer en luy -presentant plusieurs dons et bagues -qu'elle ne voulut prendre ne -recepvoir pour doubte de commettre -symonie en amours qui est deffendue/ -mais l'en remercia en luy -soubzryant et respondant moult -gracieusement toutes & quantes -fois qu'il parloit a elle. Et peult -bien estre que pour la loyaulté qu'elle -cuidoit trouver en luy disant que -elle l'aymoit bien et qu'il estoit taillé -d'avoir beaucoup de biens au -temps advenir sans y penser nul -mal dont le galant mal considerant -que dames sont tousjours -plus promptes a resjouyr Cueurs -d'amoureux que a faire douloir -s'esmeut & eschauffa tellement qu'il -luy sembla que la besoingne estoit -ja faicte et qu'il en viendroit -bien au dessus de ces attainctes & -de faict une journee luy vint dire -qu'il estoit mort & qu'il ne viveroit -pas trois jours si elle ne luy -octroyoit ce qu'il luy demandoit -De laquelle chose ceste dame estoit -moult esbahie Et a brief luy -respondit que d'autant qu'elle l'aymoit -elle le herroit desormais s'il -luy parloit plus de cella dont il -ne tint guieres de compte ains se -efforça de proceder oultre & de prendre -par force ung baiser parquoy -elle le voulloit frapper et neantmoins -ne s'en voult departir ains -revient vers elle faignant de plorer -de doulleur et d'angoisse qu'il -enduroit. Et ou qu'il s'estoit faict -frotter le visaige/ et les yeulx de -eaue de soulcye affin que il semblast -plus pyteux. Et tellement -que ceste dame esmeue de pitié en -cuydant veritablement que les -larmes qu'il avoit aux yeulx lui -venissent du parfond du cueur le -baisa & acola deux ou trois fois -pour obvier a plusgrant meschief -ou que il ne cheust en desespoir. -Et avecques ce luy feist plusieurs -aultres gratuitez et menus plaisirs -dont il ne fut encores pas content/ -ains perseverant de mal en -pis voullut mettre la main au -testin/ et a ceste cause elle s'en courrouça/ -et aprés pour le eslongner -et pour lui monstrer qu'il n'estoit -pas la ou il cuidoit elle luy donna -congé affin qu'il n'y retournast -plus/ mais ce nonobstant encores -fut il plus eschauffé de y venir -que devant. Et aprés advint -que ung jour sus le jour arriva -en la maison d'elle court habillé/ -et desguisé a tout une gente daguette -pendante a sa ceinture/ et -aprés qu'il l'eut saluee et bien longuement -quacqueté il commença -a dire ces motz. Madame mauldicte -soit l'heure que je feus oncques -né/ neantmoins je ne eusse -point tant souffert de paine que -faitz pour vous et puis que ainsi -est qui ne vous en chault et que -n'y voullez remedier j'ayme mieulx -me tuer icy par devant vous -que de plus languir Et je vous -asseure ma foy que jamais je ne -me partyray de ceans qui ne m'emportera -les piedz devant/ Car il -me souffist que je meure & pour -vous & en auray merite. Et sur -ce point ledit amoureux print sa -dague et commence a soy deslasser -faingnant de s'en frapper a la -poictrine. A quoy la dessus dicte -dame pour doubte d'esclendre mist -la main au devant du pourpoint -et du pommeau et le tence tresbien -luy demonstrant que il seroit -perdu & homicide de soymesmes -Et aussi elle le reconforte le myeulx -que elle peust pour le destourner -du mal fait qu'il voulloit -faire/ mais au dernier riens -ne valut/ car il commence a jurer -et maulgreer que il se tueroit -illec en la place sans plus attendre -pas une heure/ et faict ainsy -qu'il faignoit de soy frapper et mettre -la dague dedans le corps ceste -povre femme toute seulle esmeue -et troublee & non pas sans -cause pour obvier a l'effusion du -sang qui s'en feust ensuy et ad ce -qu'on eust peu dire que s'eust elle -mesme esté et qu'elle l'eust tué -qui eust esté grant esclandre pour -elle et les siens a tousjours fut -contrainte de luy souffrir acomplir -sa mauvaise voulenté. Depuis -laquelle fiction ainsi faicte -qui n'estoit que une vraye trahison -pour decepvoir ceste povre -femme comme il a bien monstré & c'est -ledit amoureux venté et deu dire -en plusieurs lieux qu'il en avoit -jouy par subtilz moiens nonobstant -que aultres y avoient bien -failly en cessivant & esjouyssant & -deshonnorant sans cause en maintes -manieres.</p> - -<p>¶ Parquoy elle -concluoit a l'encontre de luy qu'il -fust condempné a luy faire amende -honnourable et prouffitable. -Honnourable c'est assavoir nue -teste en chemise tenant une torche -ardant a sa main du poix de -quattre livres de cire disant que -faulcement et maulvaisement -il l'a deceue trahie et circonvenue -si s'en repent et luy en requiert -mercy et pardon. Et pour amende -prouffitable qu'il feust condamné -envers elle en la somme -de .iiii.M. livres parisis ou aultre -telle somme que de raison deveroit/ -et en ces despens dommages/ -et interestz. Et aussi requeroit -qu'il lui fust deffendu de parler -a elle en aulcune maniere. Et -au regard du procureur d'amours -il concluoit et requeroit a l'encontre -dudit amant que pour la raison -dudict cas ou il y avoit faulceté -& trahison il fut pugny de telle -pugnition corporelle et publique -que le cas le requeroit et se il -ne l'estoit au moins qu'il fust perpetuellement -a tousjours banni -d'amours et le declaira inhabille -de estre en la compaignie de bien -et de dames et damoyselles comme -traystre et de mauvais affaire -que tous ses biens feussent declairez/ -confisquez/ et appartenir -a amours. Et oultre qu'il feust -trainé sus une claye et batu par -les carrefourgs de syons de vert -osier & de branches de groseliers -affin que desoresmais tous autres -y prinssent exemple avecques -aultres conclusions plus a plain -declairees ou procés. De la partie -de cest amoureux deffendeur -fut deffendu au contraire. Et disoit -que voirement il estoit vray -qu'il avoit esté bien fort feru de l'amour -de ycelle demanderesse/ et -qu'il l'avoit servie moult longuement -et fait envers elle tous les -debvoirs qu'il est possible de faire -a loyal serviteur mais elle lui -avoit user de bien rudes & estranges -termes. Car combien qu'elle -luy eust promis de chierement -l'aymer et entretenir en sa bonne -grace. Touteffoys bien souvent -faisoyt semblant de non le congnoistre/ -puis a une fois elle lui -soubzrioit & l'autre fois luy rechignoyt -ou n'en tenoit compte. Et -brief le povre gallant le plus du -temps ne sçavoit ou il estoit & en -eust bien voulu saillir/ mais il -ne pouoit/ car quant il s'en voulloit -oster c'estoit lors que il commençoit -plusfort a aimer que jamais -ne dormoit point ne nuyct -ne jour/ ainçoys tousjours pensoit -a elle/ & en ce faisant bien souvent -frissonnoit/ et luy sembloit -qu'il avoit plus de cent esguilles -autour du col qui le picquoyent -S'il eust voulu manger il n'eust -sceu car il n'y avoit si bonne ne si -doulce viande qui amere ne luy -semblast. Or disoit il que pour -obvier a ceste maladie et aux accés -de telles fievres blanches plusieurs -foys supplye et requist ceste -dame cy qu'elle eust de luy pitié -et le voulsist secourir dont elle -n'avoit voulu riens faire ains -le pourmenoit de jour en aultre -de dymenche au jeudy tellement -que au dernier quant il veit que -il n'en pouoit plus il voulut trouver -maniere de luy dire au vray -l'angoisse & la douleur qu'il souffroit -pour elle. Et fut vray voirement -que pource qu'elle n'y vouloit -pas pourveoir il print alors -sa dague pour s'en frapper et disoit -veritablement que veu le tresgrant -mal que il avoit il se feust -tué et ainsi l'avoit il deliberé de le -faire se elle ne luy eust aydé et secouru -de sa bonne grace/ dont il -se sentoit bien tenu a elle/ et quant -est de ce que on luy mettoit a sus -qu'il avoit publyé le cas pour la -diffamer il respondit qu'il ne l'avoit -jamais dit ne declairé sinon -a aulcuns de ces particulliers et -secretz amys que il tenoit bien si -seurs jusques la que jamais riens -ne revelleroyent/ et que on avoit -cela songé pour charger son -honneur a tort et sans cause. Et -au regard du cas principal disoit -qu'il n'y avoit veu de son costé aucun -excés/ crisme ne malleffice/ -Mais luy avoit aydé et secouru -ladicte demanderesse de son bon -gré et consentement et qu'il valloit -mieulx avoir le personnage -par amour que venir par force : ou -faire esclandre/ & par ainsi disoit -qu'il ne luy en pouoit rien demander/ -ains estoit en voye d'absouldre -ses faitz concluoit et demandoit -despens encontre ladicte demanderesse. -Les dictes partyes -ouyes en tout ce quelles voulurent -dire & alleguer/ ledit prevost -de dueil veues toutes les informations -faictes en ceste matiere -et la confession dudit amant deffendeur -par laquelle les demandeurs -prindrent & requirent droit -estre fait condampna par sa sentence -ledit amoureux deffendeur -a faire amende honnourable a sadicte -dame/ et luy crier mercy treshumblement -a genoulx sans saincture -ne chapperon a tout une torche -ardante en sa main en disant -ces motz. Madame je congnois -et confesse ycy devant dieu et devant -le monde que comme mal -conseillé et mal advisé/ je vous -ay trahie faulcement et maulvaisement/ -dont je vous crie mercy -et a la justice d'amours. Et avecques -ce le declaira privé de tous -biens et plaisirs d'amours/ et ses -biens confisquez en le bannissant -perpetuellement du royaulme d'amours -& de toutes bonnes compagnies -comme indigne d'y estre -et habiter. Et semblablement le -condampna envers ladicte demanderesse -pour amende prouffitable -en la somme de mille livres -parisis/ et a tenir prison jusques -a plaine satisfation et en ses despens -dommaiges et interestz/ de -laquelle sentence ainsi donnee par -ledit prevost de dueil icelluy deffendeur -se est sentu aggravé et en -a appellé en la court de ceans/ et -semblablement en a appellé ladicte -demanderesse et ledict procureur -d'amours pour ce que ilz -disoyent que il ne leur avoit pas -assez adjugé/ et que ledict deffendeur -en avoit trop bon marché. et -depuis ont lesdictes parties conclud -audict procés par escript. et -a esté veu et receu ceans pour juger -a <span lang="la" xml:lang="la">bene vel male</span>. Si a ladicte -court finablement veu le procés -et tout ce qui a esté produyct -en ycelluy a grant et meure deliberation -et tout veu et consideré -ce que faict a considerer. Adoncques -ladicte court d'amours dict -que entant que ledict amoureux -est appellant il a esté bien jugé par -ledit prevost de dueil/ et mal appellé -par luy/ et le amendera. Et -entant que touche lesditz demandeurs -qu'ilz ont bien appellé et ledit -prevost mal jugé/ et en amendant -le jugement/ la court oultre -les condampnations dessusdictes -condampne ledict amoureux appellant -a aller en voyaige nudz -piedz a monseigneur sainct valentin -et y porter ung veu de cire -du poix de quarante livres/ et -a raporter certiffication comme -il y aura esté dedans ung moys -Et en oultre desclaire ladicte demanderesse -estre exemptee a tousjours -de luy & des siens jusques -a la tierce generation/ et si ordonne -que en signe de la dessusdicte -trahyson et faulceté/ touteffoys -et quantes que on le servira desormais -a table on mettra le pain -devant luy a l'envers et le dessus -dessoubz. Et avecques cela le condampne -la court en moult grans -despens de la cause d'appel envers -ladicte dame demanderesse. la tauxation -reservee par devers elle.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">Le .ii. arrest.</h2> - - -<p>Par devant le baillif de joye -c'est assis ung aultre procés -entre ung jeune compagnon -amoureux demandeur d'une part. -Et sa dame deffenderesse d'autre -part. Et disoit ledict amoureux -demandeur que ainsi qu'il avoit -prins congé de sadicte dame pour -s'en aller en sa maison elle le rappella -et hucha pour parler a luy/ -et aprés quant il fut tout auprés -d'elle elle faisant semblant de s'acouter -et de vouloir parler de secret -le baisa si tresasprement que -elle le cuyda faire seigner du nez -Et puis quant vint au desserrer -le frappa moult durement de la -patte de son chapperon ou il y avoit -une esguille et une espingle -de laquelle il eut la joue toute -esgratisgnee qui depuis est debvenue -enflee et ne sera d'icy a troys -moys qu'il n'y paire. A l'occasion -duquel cas il ne s'est osé monstrer -devant les gens par certain temps -et est encores tres fort malade. et -pource que il sçavoit bien que sadite -dame ne l'avoit pas fait par -haine et maltallent qu'elle eust a -luy il ne vouloit point tendre a reparation/ -mais concluoit & requetoit -seulement qu'elle fust condampnee -a le garir & faire penser durant -sa maladie. De la partie de ladicte -dame fut deffendu au contraire/ -& disoit que l'amant avoit esté -invaseur & assaillant pour avoir -ledit baiser/ et au regard de la picqueure -elle estoit advenue par fortune/ -& advanture dont elle ne pouoit -mais/ et aussi n'y avoit chose -dont l'en deust parler/ car ledict -amant n'en laissoit a boire ne a -menger et se plaingnoyt de sa teste -Surquoy les parties ouyes -ledict bailly de joye par sa sentence -& au regard a certains rappors -de medecins d'amours qui -avoient rapporté le peril/ et dit -que la playe estoit en lieu dangereux -condampna ladicte dame -a mouiller de sa salive tous les -moys la playe de son amy pour -faire en aller le venin jusques -a ce qu'il fust guery. Et aussy a -luy fournir de drappeaulx surquoy -seroit fait bon emplastre. -De laquelle sentence ceste defenderesse -c'est sentue grevee/ et en -a appellé en la court de ceans ou -le procés a esté receu pour juger -Et finablement tout veu & consideré -ce que estoit a considerer. -La court d'amours a regardé et -dit qu'il a esté bien jugé par ledit -bailly/ et mal appellé par ladicte -dame appellante et l'amendera. -Et en oultre pource qu'il -est apparu en ladicte court & venu -a congnoissance que icelle appellante -a deu dire et soy vanter -que depuis ladicte sentence que -s'il convenoyt moullier ladicte -playe de sa sallive/ elle le mordroit -en ce faisant si asprement -qu'il luy en souviendroit a tousjours -mais. La court l'a condampnee -en trente livres d'amende -envers les prisonniers d'amours -pour employer en bancquetz et -en herbe verte et es despens de -la cause d'appel la tauxation reservee -par devers luy et si ordonne -qu'elle sera contraincte a obeyr -a l'arrest par prinse de son corps</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le troisiesme arrest</h2> - - -<p>Par devant le vergier -d'amours en la province -de beaulté c'est assis -ung aultre procés entre ung amoureux -demandeur en matiere -de recision de contract de une -part. Et sa noble dame et amye -deffenderesse d'aultre part. Et disoit -ledit demandeur que du temps -qu'ilz acointerent l'ung l'autre ilz -firent ensemble plusieurs promesses -et alliances d'amours/ & -entre les aultres il y en eut ung -compassé entre eulx deux/ par -lequel ledit amoureux luy promist -que toutes et quanteffoys -qu'il se vouldroit coucher et mettre -son coeuvrechief de nuit/ il seroit -tenu de nouer le bout dudit -coeuvrechief a deux bons & fors -neuz et de dire pour l'amour d'elle -en le tyrant/ dieu doint bonne -nuyt a madame. Et aussi elle diroit -pareillement quant il se lieveroit -au matin en mettant sa -chemise/ Dieu doint bon jour -a mon tresdoulx amy. Et avecques -ce estoit dit que le gallant -debvoyt toutes les sepmaynes -passer sur le tard une foys ou -deux devant son huys. Et attendre -une bonne certaine heure -qui estoit dite pour avoir ung -boucquet ou une viollette qu'elle -luy debvoit pour recompense -getter avant qu'il s'en allast/ ou -dire a dieu/ dieu doint bonne nuit -or disoit cest amoureux que en faisant -ledict contract il avoit esté -enormement deceu. Car premierement -au regard de tyrer son -couvrechief toutes les nuytz il -en estoit en telle necessité qu'il luy -failoit avoir ung neuf de trois -jours en trois jours tant en rompoit -et deschiroit. Et si pour tirer -ne pour nouer il ne luy en estoit -de rien mieulx et ne s'en sentoit -point en nulle maniere plus -allegié quant il estoit couché. -Mais souventeffois encore pour -ce que ledit couvrechief estoit trop -serré ou noué il luy failloit tout -oster & le remettre qui luy estoit -grant peine avec le mal qu'il avoit -Et touchant l'autre point il y avoit -aussi et de l'autre moitié de -juste pris/ Car seullement pour -avoir ung povre boucquet ou -une viollette/ ce galant estoit contrainct -de aller et passer une fois -ou d'eux la sepmaine par devant -l'huys de sa dame ou il souffroyt -maux infinis/ car premierement -il advenoit tressouvent qu'il ne la -trouvoit point a l'uys ne ame a -qui parler/ et ainsi convenoit attendre -illec et longuement jambaier -le povre amant sans avoir -feu ne clarté. Secondement car -quant il s'en vouloit partir il veoit -aulcuneffois la lueur de la -chandelle par les verrieres dont -il estoit transy et ravy qu'il ne sçavoit -qu'il devenoit Et pource qu'il -cuidoit lors qu'elle ne fust pas -couchee et que tantost deust venir/ -il attendoit tout seul illecques -emmi la rue deux ou trois -heures/ et aucuneffois toute la -nuit & se pourmenant pour doubte -de morfondre regardant en hault -les gouttieres/ s'elle viendroyt -point aux fenestres ou il y avoit -aussi grant martire/ et mesmement -ou temps de yver pour les -neiges et la froidure qu'il luy convenoit -endurer dont il estoit souvent -en tel point qu'il ne sentoit -membre qu'il eust si que l'en eust -ouy cliqueter ses dens l'une contre -l'autre comme une cigoingne -Tiercement que pour la pluye -et mauvais temps qu'il couroit -il estoit parfoys contraint de s'en -partir et retourner tout mouillié -a l'ostel sans rien faire fors seulement -baiser la cliquette de l'uis -a son amye pour luy dire a dieu -Et ses habillemens estoient sy -tres trempez que la chemise qu'il avoit -vestue il luy failloit changier/ -tout aussy tost qu'il estoyt -a l'hostel et prendre tous nouveaulx -habillemens qui luy estoit -pareillement moult grant et tresgrief -martyre sans encores n'y -compter ne comprendre la paine -qu'il avoit d'estre congneu du dangier -du guet/ et aussy de se bouter -dedans les boues/ et de cheoir -aux russeaulx ou dedans la -fange/ et de se heurter a grosses -pierres/ ou rencontrer une charrette -et moult d'autres malles adventures -qui pouoyent venir de -nuyct/ et aussi que il avoyt esté -souventeffois/ et estoyt encores -enormement deceu Et pource requeroit -que ledict contract feust -mis au neant et qu'il feust remis -en sa franche liberté. Et disoyt -oultre que a greigneur seureté il -en avoit a ceste fin obtenues lettres -de relievement d'amours/ et -dispensation sur ce dont en tant -que mestier estoit requeroit l'enterinement/ -offroit a prouver et -demandoit despens. De la partie -de ceste deffenderesse si fut deffendu -tout au contraire et disoit -que de se plaingdre du contract/ -le demandeur avoyt grant tort. -Car par icelluy elle estoyt subjecte -a plus grande paine que il n'estoit. -neantmoins elle estoit tenue -touteffoys/ et quanteffoys -qu'il plaira a amours de s'en departir -et y renoncer/ Mais d'y venyr -par recision ce n'estoyt point -la maniere et ne voulloyt point -qu'il luy feust reprouché que elle -eust jamais receu homme/ car c'estoyt -trop grant blasme et ce n'estoit -pas le renom. Et pour venir -a ses deffenses disoyt que ledict -contract fut fait et passé a la -grande priere et requeste dudict -amant. Car elle n'y pensoit point -quant il luy vint supplyer et requerir -sur tous les plaisirs qu'elle -luy pouoit faire qu'elle voulsist -consentir lesdictes choses qui y -sont contenues/ et oultre qu'elle -n'en fist point de difficulté/ icelluy -amant luy jura que la cause -pourquoy on requeroit. n'estoit sinon -affin qu'elle l'eust en memoyre/ -et qu'il feust seur que une fois -le jour et en mettant sa coiffe elle -penseroyt a luy/ Parquoy de -s'en plaindre maintenant et dyre -qu'il a esté deceu & si n'y avoit nulle -apparence/ et si rompoyt beaucoup -de coeuvrechiefz le moys/ -aussi faisoit elle de coiffes et luy -failloit bien souvent des rubens -tous neufz. Et au regard de l'autre -point de venir et passer devant -son huys une foys la sepmaine -il avoyt pareillement grant tort -de se plaindre/ car toutes et quanteffoys -qu'elle doubtoyt qu'il viendroit -icelle deffenderesse trois -heures devant elle estoit toute ravye -et ne sçavoyt qu'elle faisoyt. -Et posé qu'elle beust & mengeast -si avoit elle tousjours le cueur a -luy et luy faysoit bien mal quant -il luy convenoyt tant attendre a -l'huys/ mais n'en estoit maistresse -pour la craincte de dangier qu'il -failloit cheoir et amasser qui luy -estoit plus grande peine la moytié -que tout le martyre que ledict -amant pourroyt souffrir/ car il -fault aulcuneffoys fayre semblant -de dormir quant on veult -veiller/ et de plorer ou l'on a bien -grant fain de rire/ et de parler de -froydure c'estoyt trop grant honte -a luy/ Car jamais amans ne -doibvent avoir froit soyt que il -gelle a pierres fendant/ et s'il enduroit -de malles nuitz aussi faisoyt -elle de son costé de trouver -quelque façon de eschapper pour -venir a la fenestre ou parfoys estoit -toute nue par l'espasse de deux -grosses heures a veoyr de quel -costé le vent venoyt et avoit ledit -demandeur a plus belle occupation -de passer le temps qu'elle/ -car en attendant il se pouoit pourmener -et dire ses heures et oraysons -ne n'y avoyt personne qui -alors l'eust empesché. Et quant -est de la pluye et de la neyge les -estaulx ne luy pouoyent faillyr -et si n'y a eaue qui face mal a telz -gens et au regard des pierres et -aultres mauvaises rencontrees -qui survient la nuyct/ respondit -ladicte dame que telz maulx ne -adviennent voulentiers synon -a gens qui n'ont point parfaicte -fiance en amours et qui font aucuneffoys -des faulcetez et trahysons. -Et disoit oultre plus ceste -dicte jeune dame deffenderesse que -toutes les plainctes et paynes -dont cest amoureux se plaignoit -n'estoit a comparer a nulles des -siennes car plus avoit de peine en -ung jour seullement a tirer les violettes -que ledict amant n'en avoyt -en toute l'annee/ et ne failloit -point a venir a la comparaison -des biens et plaisirs l'ung de -l'autre. Car plus coustoyt le fyl -dont elle lyoit les boucquetz & violetes -qu'elle luy donnoit que tous -les plaisirs qu'il luy eut sceu faire. -Et pour ce disoit ceste deffenderesse -qu'il n'y avoit point eu deception -audit contract et qu'il ne -debvoyt estre receindré sinon du -consentement d'elle et que ledict -amant l'en vint prier et requerre -a ces fins concluoit et demandoit -despens. Aprés parties ouyes & -aprés ce qu'elles furent appointees -en droit le viguier appointa -que lesdictes lettres et reliefvement -ne seroient point interrinés -et qu'il n'y avoit point matiere de -receindre ledict contract et condampna -ledict amant demandeur a -l'entretenir jusques au bon playsir -de sadicte dame et es despens -de laquelle sentence c'est sentu agravé -et appelle en la court de ceans -ou ledict procés a esté receu -pour jugier/ si a la court veu ycelluy -procés et tout ce qu'il failloit -veoir en ceste matiere. Et -tout consyderé la court dit qu'il -a esté bien dit et appoincté par ledit -viguier & mal appellé par ledict -amant et l'amendera. si le condempne -la court es despens de la -cause d'apel la tauxation reservee -par devers elle.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .iiii. arrest</h2> - - -<p>Devant le mayre de Boys -verd c'est assis aultre procés -entre ung amoureux et sa dame/ -et estoit pour raison d'une cotte -verte dont ladicte dame se plaignoit -disant qu'il la lui avoit baillee -si rudement qu'il l'avoit cuidé -affoler et que en cheant sa gorgerette -estoit despecee & en avoit on -peu veoir le bout de sa chemyse/ -requerant en effect qu'il fust deffendu -audit amant de ne se jouer -ne toucher plus a elle sans son congé -et que pour la faulte qu'il avoyt -faicte feust condampné a faire amende -honnorable. Et qu'on luy -deffendist seullement que il ne se -jouast plus a elle en quelque maniere -que ce fust ne aprochast du -lieu ou elle seroit sans la licence -ou que elle ne l'appellast. De laquelle -sentence il s'est tenu agravé -& en a appellé en la court de ceans -ou le procés a esté receu pour -juger. Si a veu la court ycelluy -procés et tout veu dit a esté qu'il -a esté bien jugé et mal appellé et -bien appointé par ledit maire/ et -mal appellé par l'appellant et l'amendera -& si le condampne es despens -de la cause d'appel la tauxation -reservee par devers elle.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .v. arrest.</h2> - - -<p>Par devant le conservateur -des haulx previlleges -d'amours s'est assis -ung aultre procés -entre d'eux gentilz compaignons -tous deux amoureux en ung lieu/ -& d'une mesme dame/ l'ung demandeur -& complaignant en cas -de saisine et de nouvelleté de une -part/ et l'autre deffendeur & opposant -d'aultre part. Et disoit ledit -demandeur que ung premier jour -du moys de may ainsi qu'il estoit -sur les rues pour aller la nuyct -resveiller les potz de marjoleine -et planter le may devant l'huys de -une moult gracieuse dame dont -est question affin de la resjouyr/ -ainsi qu'on a acoustumé. Icelle -dame ce voyant le print en grace/ -et le retint pour son amy/ en -luy promettant des biens a grant -planté et plus qu'il ne valloit. et -a celle intencion l'a depuis servie -moult longuement Et a ce tiltre -disoit qu'il avoit droit et estoit en -bonne possession et saisine de soy -dire et porter serviteur d'ycelle dame -& de jouyr et user par le moyen -de la grace d'elle des biens d'amours -qui en despendent ensemble -des joyes chieres liesses honneurs -doulx regardz/ beaulx accueilz -& prerogatives qui y appartiennent. -En possession et saisine -que ledict deffendeur ne doibt -aller a la messe ou elle va pour -luy bailler a l'entree de l'eaue benoiste. -en possession & saisine que -il ne luy doit point soubz ryre en -passant/ ne faire quelque signe ou -semblant de la regarder. En possession -et saisine qu'il ne peult ou -doit parler a elle de secret ne aultrement -en quelque maniere que -ce soit se n'estoit en la saluant que -il dist dieu gard dieu begnie. En -saisine et possession qu'il ne se doyt -point agenouillier a l'opposite -du costé ou elle se assiet durant -la messe. En possession et saisine -que en se promenant en l'eglise -ou elle est il ne doit claquer son -patin/ ne redrecier le poil de son -chapeau. En possession et saisine -que se ledit deffendeur a et porte -nouveaux gans es mains qui -ne les doit point enfoncer ne faire -semblant de alonger les dois -en tirant. En saisine et possession -qu'il ne doit point lire les oraisons -ne les escripteaux des tumbes -qui sont au pres de ladite dame -durant ce qu'elle est en l'eglise -En possession et saisine que se -ledit defendeur est agenouillé & -il y a quelque chien derriere qui -aboye ou ung coffre qui crie qu'il -ne se doit point retourner ne ne -doit regarder ladicte dame ne luy -getter en passant ung doulx yeulx. -En possession et saisyne -pareillement qu'il ne doyt point -alumer la torche devant elle dont -l'en lieve dieu au moins ne doyt -frapper du baston a terre deux ou -trois fois ne laisser choir le couvercle -pour dire regardez moy. -En possession et saisyne que ledit -defendeur ne peut ne doit porter -la paix & ne la doibt point baiser -aprés elle/ mais doibt attendre -que tous les aultres l'ayent -eue et baisee devant luy et nonobstant -ledit deffendeur l'avoit troublé -en ses dictes possessions et saisines -parquoy avoit obtenue ladicte -complaincte. Si concinoit -pour pertinent en matiere de nouvelleté -et en cas de delay demandoit -la reverence. Et de la partie -dudit deffendeur au contraire -estoit dict/ que long temps il -fut nommé par l'université d'amours -aux premiers benefices -qui vacqueroyent au dyocesse -dont ceste dame cy estoit et que -encore d'abondant il avoit obtenu -grace expectative pour accepter -la premiere qui seroit sans amy -& si avoit dispence d'en avoir -d'eux nonobstant l'incompatibilité. -Et disoit avecques ce qu'il -avoit fait ses diligences par devers -la dame dont il estoit question -pour estre pourveu de sa -grace/ et dedens les nuitz et les -jours qui y sont ordonnez. Disoit -oultre que aprés ce qu'il trouva -ladicte dame vaquant d'amy -et qu'elle luy eust faict une gracieuse -chere & tresgracieusement -acueilly/ il accepta l'amour d'elle -et fist pourveoir par l'executeur -de sadicte grace expectative -et n'y eut reffus ne contredit -de dangier/ ne de malle bouche. -Et deslors en fut mis en possession -et saisine/ et a ce tiltre avoit -droit et estoit en bonne possession -et saisine/ et de se porter et dire serviteur -et amy d'elle/ et avoyt la -moitié des joies que amoureux -cuyde avoir quant il rencontre -bonne dame. En possessyon et -saisine que ledit demandeur sa -partie adverse ne la peu ne doit -appeller sa dame ou maistresse -ne s'en dire serviteur. En possession -et saisine qu'il ne doit s'acouter -ne parler a elle ne pareillement -l'acompaigner en voyage -ne autre part au moins ne la -doibt tenir par soubs les bras. -En possession et saisine que s'elle -veult aller en pellerinaige il -ne la doibt point mener derriere -luy ne luy aider a secourre sa -robe. en possession & saisine qu'il -ne luy doit point alumer sa chandelle -au monstier ne faire le petit -genoul devant elle. En possession -et saisine que sur le chemin -son fouet ou aussi sa verge -s'elle cheoit a terre il ne luy doibt -point relever ne bailler. En possession -et saisine qu'il ne doibt porter -la botte fauve pour l'amour -d'elle ne la soulcie sur son chappeau -En possession et saisine qu'il -ne peult pareillement fermer sadicte -botte fauve d'eguillette verte -ne son chapeau cordonné houppe -de cheveulx En possession et -saisine qu'il ne se doibt point desguiser -ne faire fringuer son cheval -devant son huis en la rue En -possession et saisine qu'il ne doyt -point au harnoys de ses chevaulx -porter la livree d'elle/ Ne avoir -plus d'une robbe neufve la sepmaine. -En possession et saysine -que ses cheveulx ne doivent venir -jusques sur les yeulx ne qu'il ne -doit avoir a son bonnet rubens -de soye verte. En saisine et possession -qu'il ne doit point dancer aux -nopces ne autre part avec sadicte -dame ne icelle prendre en chapellet. -En possession et saisine -qu'il ne doit point servir a la table -ou elle se siet ne de luy bailler -quarreaulx ou tronchet ou -pacet a mettre soubz ses piedz et -proposoit possessoire tout pertinent -en requerant en ce cas de delay -la recreance Et pour respondre -au fait de ladicte partie adverse -disoit qu'il ne pouoit avoir aucun -droit en ceste matiere car son don -ou tiltre estoit obtenu long temps -aprés celuy du deffendeur/ et si -n'avoit nommé grandeur et calefic -en amours ains avoit seullement -seduitte celle dame par persuasions -et belles parolles tellement -qu'elle c'estoit condescendue a l'aimer -& l'avoit en garde qui estoit -mal fait a luy veu qu'il sçavoit qu'il -l'avoit par avant acceptee a dame -et en estoit pourveu Disoit oultre -plus que son don ne pouoit riens -valoir/ le bien n'estoit point -vacquant au temps qu'il l'acointa -et n'estoit point une entreprinse -faicte/ pour luy cuyder faire -bailler le bont de sa dame/ et par -maulvais rapportz ou l'en ne devoit -point adjouster foy. A quoy -ledit amoureux demandeur pour -ses replicques disoit que en matiere -d'amours n'y a point de priorité -ne de posteriorité/ la raison -est bonne/ car l'amour et le bien -vient de dames et est leur faculté -de le donner et tollir toutes -et quanteffois qu'il leur plaist & -a qui bon leur semble. Et ainsy -doncques qu'il failloyt qu'elles -fussent contraintes a aymer tousjours -ung qu'elles avoyent aymé -au commencement sans le -changer ou prendre d'autres elles -qui sont dames et usant de -franche liberté seroient subgettes -de soubzmettre leurs cueurs -aux voulentez des hommes sans -le pouoir oster/ parquoy deviendroient -serves et privees de franchise -et de domination qui est le -plus beau previlege qu'elles ayent -et aussy tout le plaisir seroit dehors -ne n'auroient plus amour -de luy/ car par ce moyen il leur -fauldroit admettre qu'elles devroient -haïr & n'y auroit jamais -nul jeune amant pourveu ne advancé -pour service qu'il peust faire -par ce que les premiers vouldroient -tousjours gouverner. -Sur quoy ledit deffendeur disoit -que au contraire que l'en ne -doibt point ainsi despointer ung -loyal amant qui a bien servy sans -cause ne matiere et sans ce que sa -dame l'eust trouvé en faulte ou -present meffait/ ains fault qu'il -soit ouy premierement/ et qu'il -soit declaration sur la privation -ou aultrement jamais il ne auroit -bien ne service remuneré/ car -il adviendroit tous les jours que -jeunes amoureux pour estre avancez/ -et entrez en la grace des -dames qui croyent moult de legier -tout ce qu'on leur rapporte/ -et leur louenge soulleroyent et -suppediteroyent les aultres par -blandissemens et belles bourdes -ou par mauvaises parolles -qu'ilz apporteroyent de leurs personnes -pour devenir maistres & -leur oster leurs lieux. Et ainsi -tous amoureux qui auroyent -doncques fait leurs debvoirs le -temps precedent pour bien servir -auroyent des maulx et les -jeunes pour mal faire et mal raporter -seroyent honnourés et bien -venus ou n'a apparence au -monde Et sur ce furent les parties -appointees et despuis ledit -conservateur par sa sentence dist -et declaira que entant que touchoit -le principal les parties estoyent -contraires/ et feroyent -leur enqueste et icelle faicte et raportee -par devers luy il leur feroit -droit et au regard de la recreance -des possessions et choses -contencieuses il adjugea audit -demandeur le requerant pour en -jouyr regir et gouverner soubz -la main d'amours pendant le procés -et jusques a ce que aultrement -en feust ordonné. De laquelle -sentence ledit deffendeur en a appellé -en la court ou ledit procés -a grant et meure deliberation et -que faisoyt a veoir en ceste matiere : -Et tout veu ladicte court -dit que en tant que ledit conservateur -adjugea la recreance audict -demandeur il jugea mal au surplus -en amendant le jugement/ -la court adjuge ladicte recreance -et jouyssance des possessions/ et -choses contencieuses audict deffendeur. -Et se retient la court la -canonyssance de la cause principalle -ou les parties viendront proceder -ceans au premier jour ainsi -qu'il appartiendra par raison.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">Le .vi. arrest.</h2> - - -<p>De certaine tauxation de -despens que deux conseilliers -de la court de ceans -avoient faicte a une jeune dame -a l'encontre d'ung sien amy montant -la somme de .xix. livres .iii. -solz six deniers parisis pour raison -de certain voyage et pellerinaige -ou elle par grant ardeur avoit -voué sondit amy et auquel -elle avoit esté nudz piedz pour luy -affin qu'il fust guary d'une griefve -malladie de fievres blanches -qu'il avoit lors & aussi pour acheter -des bouquetz de romarin & genievre -dont on l'avoit chauffé/ et -d'autres menues drogueries que -on luy avoit baillez durant sa maladie. -Cest amant cy s'est sentu agravé -et en a appellé en la court -de ceans. Le procés a esté receu -pour juger et a la court veu ladicte -tauxation de despens & diminution -baillee au contraire. Et -tout veu la court dict qu'il a esté -bien tauxé par lesditz conseilliers -et mal appellé par l'appellant et -l'amendera & si le condampne es -despens de la cause d'appel la tauxation -reservee par devers elle.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">Le .vii. arrest</h2> - - -<p>Par devant les conseilliers -ordonné sur le fait -de la justice du tresor -d'amours c'est assis .i. -aultre procés entre le cueur d'amours -dudict tresor demandeur -d'une part/ Et ung jeune amant -deffendeur d'aultre part/ et disoit -ledit demandeur que nulle amour -ne peut tenir par acquisition aucuns -biens d'amours ne faire fondation -de rente ou revenue s'elle n'est -deuement amortie. Et que toutes -et quanteffoys que aulcun faict -contre amours est en possession -de prendre les fruictz et la revenue de -la rente non amortie/ c'est assavoir -de troys annees l'une. Or disoit -ledit demandeur que ledit deffendeur -sans licence d'amours ne avoir -sur ce amortissement avoit -faict ung contract par maniere -de fondation avec une religieuse -par lequel elle estoit tenue de pryer -pour luy et de dire aussi certaines -oraisons. Et aussi en ce faisant -ledit amoureux la debvoit fournir -de soyes/ et de plusieurs aultres -menues bacguettes/ moyennant -lesquelles ycelle religieuse -luy debvoit envoyer pour souvenance -tous les moys de l'an certaines -bourses faictes a sa devise/ -Et pour ce requeroit le procureur -de amours demandeur que -ledit amant deffendeur fust condampné -a rendre & luy bailler de -troys bourses l'une/ selon les ordonnances -et qu'il feust enjoinct -audit deffendeur de prendre amortissement -desdictes amours de ladicte -rente/ ou de en vuyder ses -mains. de la partie duquel amoureux -deffendeur feust deffendu -au contraire et disoit que luy considerant -que en amours y a tresgrande -peine car ceulx qui s'i mettent/ -ne sont pas aulcunes foys -maistres de eulx en oster quant -bon leur semble/ Et mesmement -affin que amours luy aydast en -tous ses affaires et besongnes il -estoit bien vray vrayement que -pour les grans biens qu'il avoit -aperceuz en une religieuse de son -accointance il luy avoit prié & requis -que toutes et quantes foys -que elle se trouveroit a matines -et l'en commenceroit a chanter <span lang="la" xml:lang="la">te -deum laudamus</span> qu'elle dist lors -ung <span lang="la" xml:lang="la">de profundis</span> pour l'ame de -luy ce que elle luy avoit accordé -Et aussi pour la recompensation -de la peine icelluy amant luy avoit -promis d'envoyer de la soye -et de l'or de chippre pour soy esbatre -a faire de belles bourses & des -soursainctes et des cordelieres & -seroit tenue a en bailler de troys -l'une. Or disoit ledict deffendeur -que proprement ce ne estoit point -acquisition perpetuelle/ mais estoit -seullement une pension viagere -faicte de la voulenté et union -des deux cueurs par quoy n'y -failloit nul amortyssement/ car -il n'y avoit point d'obligation ne -constitution de rendre sinon tant -tenu tant payé. Et que chascune -desdictes parties estoit en son entier -pour n'en retenir riens se bon -ne luy sembloit. Et disoit oultre -que veu que la dessusdicte fondation -estoit faicte pour le salut de -l'ame & pour convertir en piteux -usages le dessusdit procureur d'amours -n'en doibt riens avoir ne -demander. et par ses moyens conclurent -affin de absolution Surquoy -finablement parties ouyes -elles furent appoinctees en droit -et depuis lesdictz conseilliers du -tresor par leur sentence condampnerent -ledict amoureux deffendeur -a faire amortir a ses despens -ladicte rente. Et avecques ce ordonnerent -et appoincterent qu'il -seroit tenu et obligé de bailler de -trois bourses l'une & pareillement -la tierce partie des cordelieres soursainctes/ -et boucquetz/ et aultres -choses/ que ycelle religieuse luy -envoyeroit jusques ad ce que ladicte -fondation fust deuement amortie. -de laquelle sentence ledit -demandeur s'est tenu pour grevé -et en appelle en la court de ceans -ou ledict procés a esté receu pour -juger. Si a la court veu icelluy -procés et tout ce qu'il failloit veoir -en ceste matiere a grant & meure -deliberation et tout veu dit qu'il -a esté mal jugié par lesdictz conseilliers/ -et bien appellé par l'appellant/ -et en amendant le jugement -la court absoult des impetrations -et demandes a luy faictes -par ledit procureur d'amours -et ordonne que les bourses soursainctes -cordelieres et biens qu'il -avoit esté contraint de conseigner -en main de justice lui seront rendus -et mys a plaine delivrance.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .viii. arrest.</h2> - - -<p>Par vertu de certaines lettres -de chancellerye d'amours -ung amant ja pieça -feist mettre ung beau cordon -tout plain de fleurs en main sequestre/ -et disoit pour soubstenir -sa main mise que sa dame lui avoit -donné ledict cordon pour le -mettre a son chappeau affin qu'il -eust souvenance d'elle et ung jour -a une feste en ostant son chapeau -de sa teste ledict cordon eschappa -et le perdit dont il fut dolent. Et -pour ce que depuis il l'a trouvé es -mains de ung aultre amoureux -deffendeur de sa partie adverse il -la faict arrester et concluoit tout -pertinent a matiere d'arrest en requerant -que ledit cordon luy fust -restitué et mys en plaine delivrance -de la partye dudict deffendeur -si fut deffendu au contraire & disoit -qu'il estoit bien d'accord avecques -ledit demandeur que la dame -dont estoit question le avoit -fait de sa main et que elle luy avoit -donné par grant excellence -de joye/ mais iceluy demandeur -comme ingract ne en avoit tenu -compte/ ainçoys pour certaines -menues parolles que elle luy avoit -dictes en se jouant & rigolant -de ce qu'il mettoit la houpe dudit -cordon trop sur le costé cestuy amoureux -demandeur remply de -impacience avoit rendu et gecté -par despit ledit cordon a celle dame -& a celle dame a aussi clerement -se par domination ou autrement -s'il y avoit eu droit si s'en estoit il -depparty/ et n'en pouoyt plus riens -demander/ mais debvoit encores -selon les droictz d'amours -estre griefvement pugny veu que -en ce faisant il estoit encouru en -voye d'ingratitude disoit oultre -ledit deffendeur que ladicte dame -avoit aussi fait serment qu'en disoit -de ycelluy demandeur ne rauroit -jamais ledit cordon & puis -l'avoit liberalement donné de bon -cueur audit deffendeur a la charge -touteffois de le porter pour l'amour -d'elle comme il avoit fait/ -parquoy ledit arrest ne se pouoit -soubstenir/ ne requerir mainte levee -ne provision d'avoir ledit cordon -a sa caution. A quoy de ladicte -partie de ce demandeur fut repliqué -au contraire disant que toutes -et quanteffoys que il trouve -ce qu'il luy appartient et par don -il le peult prendre de fait et faire -proceder par voye de arrest comme -sadicte chose Or disoit il que -le cordon luy appartenoit de don -a luy faict par sa dame ledit deffendeur -confessoyt mesmement. -Et ainsi l'arrest estoit bien recepvable. -Et au regard de ce qu'il avoit -regeté par despit n'estoit pas -vray/ mais disoit que pour ce que -ladicte dame luy reprochoit bien -ledict cordon & que luy sembloit -qu'il en devoit estre plus subgect -vers elle/ iceluy demandeur luy -avoit rebaillé en ceste intencion/ -et touteffoys pour le luy garder. -et nompas pour le donner a ung -aultre amant. Disoit oultre plus -que ce n'estoit pas trop grant honneur -audict deffendeur de se vouloir -ainsi fringuer/ ou de vouloir -porter des biens dont les autres -avoyent par avant fait leurs -monstres et grans jours et quant -a la provison n'en escheoit point/ -mais se la matiere estoyt disposee -a embellir/ elle luy debvoit estre -faicte avant que audit deffendeur -veu que il estoit despointé -et mesmes que pour enrichir et embellir -le dessusdit cordon il luy avoit -faict mettre quatre ou cinq -perles & de menues pensees tout -a l'entour. Surquoy ledit deffendeur -dit au contraire que des incontinent -que ung amant contemne -les biens donnez par sa dame -de quelque estat que il soit il -se rend indigne de les tenir & posseder -& peult bien icelle dame les -luy oster & faire arracher devant -tout le monde/ et puis le donner -ou il luy plaist. et ne portoit pas -ycelluy deffendeur ledict cordon -pour faire quelque desplaisir audit -demandeur/ mais tant seulement -pour complaire a ladicte dame -& luy obeir comme il estoit tenu -de faire. Les parties ouyes a -plain furent appointees par le juge -ordonné en droit & depuis par -sa sentence les appointa contraires -et en enqueste. et au regard de -la provision requise par chascune -des partyes il ordonne que en -baillant caution par ledit deffendeur -de rendre et restituer ledict -cordon toutes & quanteffois que -il seroit ordonné il luy seroit rendu -et delivré pour en jouyr pendant -le procés soubz la main d'amours -& jusques a ce que aultrement -en fust appointé & sans prejudice -des droictz de parties. De -laquelle sentence ledict demandeur -c'est tenu agravé et a appellé -en la court de ceans ou ledict -procés a esté receu pour juger. et -si a la court veu ycelluy procés -et tout ce qui faisoit a veoir en ceste -matiere/ et tout veu dict que -tant que le juge ordonna que ledit -cordon seroit entierement rendu -et delivré audict deffendeur -sans declairer que les perles et -menues pensees que ledit appellant -y avoit faict mettre du sien -a sa plaisance en seroyent ostees -que il juge mal. Et au surplus -bien en amendant le jugement la -court dit que lesdictes menues pensees -faictes a perles seroyent premierement -ostees dudit cordon -et baillees au demandeur pour -en faire ce que bon luy semblera -& au surplus renvoyez les parties -a huytaine par devant ledict -juge pour proceder sur le principal -ainsi qu'il appartiendroyt par -raison.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .ix. arrest.</h2> - - -<p>Par devant le marquis -des fleurs et violettes -d'amours c'est assis ung -aultre procés d'ung amoureux demandeur -d'une part & une jeune amye -deffenderesse d'aultre part -sur ledit amoureulx disoyt que -tous les plus grans biens qui -sont en amours/ c'est entretenir -les cueurs l'ung de l'autre en perfaicte -aliance et union d'amytié -et que toutes et quanteffois que -ung amant ou une dame est vaquant -ou que elle s'entremect de -complaire a plusieurs c'est signe -que son cueur n'estoyt point entier -en loyaulté et que l'on ne se -doibt pas trop fier/ or se pressuppose -disoit que ceste dame cy avoyt -faict plusieurs promesses. -Et entre les aultres que jamais -elle n'auroit aultre que luy tant -qu'il seroit vivant/ et luy pareillement -a elle si en avoyent faict -serment l'ung a l'autre sy grant -et solempnel que faire peust en tel -cas/ et ainsi se avoyent promys -qu'ilz ne feroient chose a leur pouoir -par quoy nul d'entre eulx -y peust prendre ne avoit desplaisir/ -mais ce nonobstant ladicte dame -puis nagueres de temps en -ça s'entremettoit d'entretenir plusieurs -aultres gallans par parolles -et tresbelles cheres deffendues -en tel cas. Et oultre plus -pendoit tous les jours en sa sainture -et en sa quenouille boucquetz -nouveaulx et fleurs estranges -sans ce que ledit amant les luy -ayt donnees dont il a ung peu -de mal en sa teste/ car aulcunesfoys -quant il est dedans son lict -et s'esveille sur ce point il mect -bien trois heures a soy endormir -Et pource concluoit que sa dicte -dame fust contraincte et condampnee -a ne plus porter boucquetz -ne fleurs en quelque maniere -que c'est synon qu'il les luy -donne ou qu'il en soit d'accord/ et -aussy qu'elle ne face chiere a aultruy -sinon a luy seul et ainsi qu'elle -avoit promis et offert de sa -part s'elle prenoit plaisir en fleurs/ -et boucquetz de luy en faire bailler -et avoir tous les jours tant -qu'elle vouldra affin qu'elle n'eust -occasion de prendre aillieurs De -la part de ceste dame deffenderesse -fut deffendu au contraire et dysoit -que quelque promesse que feissent -dames doibvent entendre civilement -c'est assavoir la ou sera leur -plaisir & ne donne encore jamais si -grant auctorité qu'ilz n'en retiennent -tousjours aulcune chose devers -elles & qu'elles ne soient sur leurs -piedz pour user de leurs voulentés -et plaisirs car elles sont dames -Disoit de rechief avecques -ce que ledict amant a tort de se -plaindre de ce qu'elle porte boucquetz -et viollettes & qu'elle tient -langaige a trop de gens Car supposé -qu'elle luy ait promis de l'aimer -bien & loiaument elle n'est pas pourtant -liee ne obligee qu'elle puisse -parler a aultre que a luy et prendre -desdictes viollettes et boucquetz -s'il ne luy en donne ung. -Aussi le contract qui seroyt fait -autrement ne se pourroyt soubtenyr -car l'en scet que dames ne -peuent renoncer aux biens qui -leur peuent venyr et ont don et -previleges de nature de rire & faire -bonne chiere a tous affin que -nulz ne puissent dire qu'elles soient -mal gracieuses. Et appert -bien que ledict amant est bien jeune -simple et mal conseillé de intenter -procés et fayre debat pour -cecy. Car de tant qu'il auroyt -vers elle plusieurs/ requerans -et serviteurs et qu'elle l'avanceroit -et aymeroit encore mieulx -par dessus les aultres de tant auroit -il plus de bien et en seroyt -plus honnouré. Mais il entend -mal son cas car il seroit content -qu'on l'alast acoller devant tout -le monde et qu'elle ne parlast a -aultres que a luy affin qu'on die -qu'il eust le bruyt qui n'est pas -la maniere. Au regard des boucquetz -et fleurs il a tort de s'en -plaindre/ car elle a en sa maison -des violettes et marjolaynes ou -elle les prent. Et pose qu'on les -luy donnast si n'y peust il avoir -interest/ car l'imposition ne luy -en est deue/ et si n'est chose ou l'en -se doit gueres arrester veu que -la fleur et odeur s'en passe de legier. -Et quant a l'offre qu'il luy -fait de l'en fournir respondit qu'elle -n'en avoit cure/ et ne voulloyt -point nullement du monde qu'il -ait occasion de les luy reprocher -si concluoit par ces moyens affin -d'absolution et de despens. Sur -quoy ledit demandeur disoyt au -contraire que telz boucquetz perles -et menues choses sont cause -aulcuneffoys de esmouvoir les -cueurs et faire bailler les bontés -a aultres qui point ne s'en doubtent. -Finablement partyes ouyes -furent appointees en droit & par -sentence s'y absolut ceste deffenderesse -de impetrations et demandes -de ce demandeur en luy permetant -s'elle vouloit en tant que -mestier estoit de parler rire salluer -et porter boucquetz toutes -et quanteffoys qu'il luy plairoyt -et bon luy sembleroit. Et condampner -ledit amant en ses despens -dont il sentit grevé et appella en -la court de ceans ou le procés a -esté receu pour juger. Sy a la -court veu ledit procés a grant & -meure deliberation et que faisoyt -a veoir en ceste matiere. Et tout -veu/ dit qu'il a esté bien jugié et -mal appellé et l'amendera l'apellant -en le condampnant es despens -de la cause d'appel la tauxation -reservee par devers elle.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .x. arrest.</h2> - - -<p>Devant le juge de la garde -des seaux establés aux contractz -d'amours il c'est assis ung -autre procés entre ung amoureux -demandeur en matiere de recision -de contrat usuratif d'une part/ & une -sienne dame et amye deffenderesse -d'aultre part. Et disoyt ledict -demandeur que de raison & selon -les ordonnances toutes usures -sont en amour prohibees et deffendues -et que l'en n'en doibt point -user. Or ce presuposé disoit que -du temps que il accointa ladicte -dame luy estant en la grant chaleur -et voulant bien complaire -a elle se ingera pour entrer en la -grace de luy offrir corps et biens -en luy faisant plusieurs dons et -gratuites/ & fut bien vray que en -ce temps ledit gallant qui estoit -fort feru et surprins de l'amour -de elle et ne luy chaloit qu'il feist -luy promist & obligea de luy mener -toutes les festes de l'annee entre -minuyt/ Et le point du jour -le tabourin et les bas menestriers -pour la resveiller en son lict -et oultre luy promist de luy donner -a toutes les estraines ung beau -chapperon de demy graine et -aussi une robbe neufve a chascun -premier jour du mois de may de -telle couleur qu'elle la vouldroit -et aussi estoyt obligié de changer -et porter pour l'amour d'elle tous -les moys une robbe neufve a la -devise d'elle lesquelles choses il -avoit continuees ja par long temps -Mais il en estoit fort lassé veu -que la charge estoyt bien grande -et disoyt que ledict contract ne se -pouoit pas soubstenir/ car pour -les biens/ et plaisirs dessusdictz -qu'il estoyt tenu de faire a ladicte -deffenderesse s'il ne amendoit d'elle -il n'en avoyt pour toute recompence -que ung seul baiser quant -il la pouoyt trouver a part qui -n'estoit pas juste ne egalle recompensation. -Et aussy la deception -y estoit toute clere. Et disoyt -en oultre/ que lesdictz menestriers -et robbes et chapperons sans -les autres bagues ne la paine de -luy pour la poursuitte coustoyt -tous les ans une grant somme -d'argent qui luy convenoit bailler -et trouver/ et payer de sa bource -pour complaire a elle & luy faire -plaisir/ et touteffoys de son costé -ne luy donnoit que ung seul -baisier ne n'y mettoit du sien que -la bouche/ ou la joue enquoy elle -gaignoyt plus de la moytié et -sans main mettre parquoy l'usure -y estoit toute clere et pource elle -concluoit et requeroit ledict amant -que ledict contract feust recindé -et adnullé et demandoit despens. -De la partie de ladicte deffenderesse -fut deffendu au contraire -et disoit que de l'appeller usuriere -ledict amant avoyt grant -tort car avecques luy elle n'avoit -gueres gaigné. Mais il advient -souvent que pour faire plaisir l'en -a dommage. Et pour passer oultre -disoyt que se elle ne l'eust jamais -trouvé luy eust esté grant -prouffit/ pour luy avoit souffert -de malles nuytz dont elle estoyt -petitement recompensee et ne failloyt -point qu'il se plaingnist dudict -contract/ car ne luy avoit pas -faict faire/ mais luy mesmes l'avoit -poursuivy et chassé. Disoit -aussy qu'elle ne le contraignoyt -point de envoyer aulx festes les -menestriers devant son huys ainçoys -y venoient jouer telles fois -qu'elle eust bien voullu qu'ilz en -eussent esté bien loing Car de les -ouyr quant l'en a pas le cueur en -joye est regrettement de dueil et -planté de pleurs et de lermes Et -quant est des robbes si luy en a -donné plusieurs et elle les a voulu -prendre de tant luy a fait plusgrant -plaisir/ et en est bien tenu -a elle veu qu'elle luy avoit faict -plus d'honneur qu'il ne luy apartenoit -de les avoir vestues & portees -pour l'amour de luy. Et entant -que toutes les robbes neufves -dont il s'abiloit tous les mois -ladicte deffenderesse disoit qu'elle -n'y avoit gaigné ne prouffit et -que s'il en voulloyt avoir tous -les jours elle ne l'en pourroit pas -garder : Disoyt oultre pour respondre -au faict de partie que toutes -les robbes/ et tout l'argent qu'il -sçauroit en tout le monde finer -pour faire dons et gratuytés ne -sont a comparager seullement a -la moytié d'ung baiser/ Car s'il -failloit faire estimation ou prisation -de l'ung a l'autre et que ce -fust chose que l'en peust priser ou -estimer l'en trouveroit sans comparaison -que la moytié d'ung seul -baiser d'une dame octroyé de bon -cueur vault mieulx que tous les -biens ne l'argent que on sçauroyt -donner. Or avoyt ledict amoureux -ung baisyer d'elle tout entier -et par sa confession mesmes -prinse en son prejudice Parquoy -de dire le contract feust usuré n'y -avoit apparence nulle. Disoyt -aussy que ung baisier est reputé -en amours pour chose singulliere -et espirituelle & qu'on ne le sçauroit -trop vendre ne acheter mesmement -quant il est procedant de -joye et qu'il y a embrassement Si -le doit par ses moyens ladicte dame -affin d'absolution et de despens. -A quoy ledict demandeur -par ses replicques disoit que touchant -ledit baisier il en avoit autant -de payne comme elle & de la joye -qu'il en yssoit elle en amendoit aussi -bien comme luy parquoy il ne -pouoit cheoir en compensation. Et -sur ce dupliquoit la deffenderesse -que le bien qu'il procede d'ung baiser -vient de la grace de la dame -qui le donne et nompas de celuy -qui le requiert/ car le plaisir vient -d'elle et multiplie la joye de celluy -a qui il est donné pource dyent -les maistres que telz biens ne sont -a donner ne a garçonner/ ains il -fault que ung homme soyt bien -experimenté et qu'il ait bien servy -avant que il soit digne de avoir -ung baisier. oyez lesquelles parties -elles furent par ledit juge de -la garde des seaulx appoinctees -a produire et en droict. Et depuis -par sa sentence il dist et declaira -que ledit contract ne estoit point -usurier/ et absolut ladicte dame -de ses petitions et demandes & le -condampna es despens dont il appella -en la court de ceans ou ledit -procés a esté receu et conclut pour -jugier/ et a ladicte court veu ledit -procés et tout ce que il faisoit -a veoir en ceste matiere/ Et tout -veu dict que il a esté bien jugé et -mal appellé par ledit amoureux -et l'amendera et payera tous les -despens de la cause d'appel la tauxation -reservee a ycelle.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xi. arrest.</h2> - - -<p>Devant le maistre des forestz -et des eaues sus le -faict du gibier d'amours -c'est assis ung aultre procés entre -une jeune dame demanderesse -d'une part/ & ung sien serviteur -jadis amy deffendeur de l'aultre -part. Et disoit ladicte demanderesse -que a ung soir bien tard que -il faisoit chault & que le soleil estoit -pres de coucher elle & ledit amant -et plusieurs de ses amys/ -voisins s'en allerent baignier sus -ung gravier d'une ysle et chasser -aux poissons/ et furent les ungz -mis en ordonnance pour tenir les -rethz et filetz et les aultres pour -courir devant le poisson/ et le faire -courir devant les rethz. or advint -que en courant ledit amoureux -qui avoit tousjours l'oeil sus -elle et plus que a prendre le poisson -se vint aborder a l'encontre de -elle/ et combien qu'il eust assez place -pour tirer son chemin ailleurs -toutes voyes tout en soursault/ -et en ung moment il luy feist le -jambet tellement que ceste povre -femme cheut a terre & que sa cotte -simple fut mouillee & gastee dedans -la riviere Et ne fut pas encores -content mais en faisant semblant -de la relever il luy meist la -main sur le tetin et la pressa tresfort -dont elle fut toute esmeue au -lict malade par bien long temps -parquoy elle requeroit a l'encontre -dudit amant qu'il en fust tresgriefvement -pugny de pugnition -publicque ainsi que le cas le requeroit -et tellement que les aultres -y puissent prendre bonne exemple. -de la partie dudit amant fut -dit tout au contraire que vrayement -il est vray/ que ladicte dame -et plusieurs aultres prindrent -complot de leur baigner et chasser -aux poissons et puis fut ledit -amant mis a l'avantgarde pour -chasser ledit poisson devant & elle -estoit d'ung autre costé & tenoit -les rethz & le filet. Si advint que -comme il choisit le poisson il mesmarcha -pour ung gros chaillou -que il trouva qui le feist tumber -sur elle et tellement que tous deux -cheurent dedans l'eaue/ mais dieu -mercy ne c'estoit point fait de mal -car l'eaue n'estoit point grande et -si estoit en plain sablon. et disoit -oultre sus sa foy que en chayant -il ne l'avoit tastee ne pincee ne ne -eut pas le loysir de ce faire pour -l'eaue dont il estoit tout esblouy/ -et ne luy cuydoit avoir faict aucun -mal. or disoit il que de la cheuste -il n'en pouoit mais/ car le cas -estoit advenu qu'il ne l'a pas fait -cheoir en son escient si l'en ne luy -en pouoit riens demander. et au -regard de la cotte simple/ et aultres -habillemens d'elle qu'elle disoit -estre gastez aussi avoyent esté -pareillement les siens/ et si avoit -esté autant moullé comme -elle/ & par ces moyens tendoit affin -d'absolution et de despens. ledict -procureur d'amours dessus -le fait des eaues et des forestz disoit -que par les ordonnances il est -deffendu de ne point chasser a engins -par lesquelz l'on puisse prendre -teteins en l'eaue/ et requeroit -que cest amant fust condampné -en une bonne et tresgrosse amande. -Mais ledit amoureux disoit -au contraire que ce n'estoit raison -car il n'avoit faict chose digne de -reprehension/ ne touché au tetins -dont il ait souvenance/ et se d'advanture -sa main y avoit frayé qu'il -ne confesse encore pas si auroyt ce -esté en tumbant & cheant et estoit -force qu'il se soubstint a quelque -chose/ mais quoy qu'il en soit ladicte -dame ne en avoit point esté -blecee/ et pource concluoit comme -dessus affin d'absolution. Surquoy -ladicte demanderesse disoyt -que la cheuste estoit trop lourde/ -et qu'il ne s'en pouoit excuser/ car -il l'avoit fait d'aguet a pense & propos -deliberé pour parvenir a ses -attaintes et en verité s'il ne lui eust -fait oultraige elle n'en eust daingné -parler Finablement parties -ouyes elles furent appointees contraires -et en enqueste & depuis ladicte -enqueste faicte et le procés -appointé en droict le maistre des -eaues et forestz condampna par -sa sentence ledict amoureux deffendeur -a faire faire a ladicte dame -une cotte simple verte en lieu -de la sienne qui avoit esté gastee -et a la porter en sa main et seroit -tenu de se encliner devant elle en -ostant son chapperon seulement -et dire ces motz a genoulx. Madame -par l'ordonnance de justice -je suis contrainct de me venir rendre -a vostre grace & mercy si vous -prie que vous prenez en gré ceste -robbe verte que je vous donne de -bon cueur & au regard du demourant -ne vous en souviengne plus -car sur ma foy je ne le fis oncques -en intencion de vous courroucer -ains aymeroye mieulx estre mort -et au surplus furent les despens -recompensez d'ung costé & d'autre -De laquelle sentence ledit deffendeur -en appella en la court de ceans -ou le procés a esté receu pour -juger si a la court veu ledit procés -l'enqueste aussi & tout qu'il failloit -veoir en ceste matiere & tout -veu dit qu'il a esté bien jugé par -ledit maistre des eaues & forestz -et mal appellé par l'appellant & l'amendera -& condampne es despens</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xii. arrest.</h2> - - -<p>Par devant les dames de -conseil d'amours en ladicte -chambre de plaisance -c'est assis ung autre procés entre -ung aultre tresbeau et jeune filz -bien amoureux demandeur & complaignant -en cas de saisine et de -nouvelleté d'une part & une gracieuse -dame deffenderesse d'autre -part. Et disoit ledit demandeur -que ja pieça par alliance d'amours -luy et elle se donnerent l'ung a l'autre -et promirent de vivre et mourir -ensemble comme deux vrais -amans sans jamais departir par -quelque malheurté qui peust advenir -et en ce point en conferment -l'aliance en eut plusieurs baisers -donnez de si tresbon cueur que les -larmes en venoyent de joye aux -yeulx d'ung chascun. Disoyt avec -ce ledit amant que aprés l'alliance -et confirmation ainsi faicte -sollempnellement eulx deux -promisrent encore qu'ilz seroyent -communs en biens & que l'ung ne -feroit jamais chose qui despleust a -l'autre mais ce que l'ung vouldroit -l'autre consentiroit/ affin que l'amour -durast tousjours. or disoit -ledit demandeur que a ce tiltre & -par les moyens dessudictz avoit -droit & estoit en bonne possession -et saisine que ladicte dame ne pouoit -ne debvoit acointer ne s'ayder -d'autre que luy ne luy faire autre -chere. en possession & saisine qu'elle -ne leur debvoit ryre ne faire le -petit genoul. en possession et saisine -qu'elle ne debvoit saluer ne parler -a eulx en quelque maniere que ce -feust s'il n'y estoit present. en possession -et saisine qu'il devoit & est -sur tous le mieulx aymé & recueilly -grandement quant il parle a elle -sans luy rechisgner ne tourner -la teste de costé ne d'aultre. en possession/ -et saysine que quant il se -veult esbatre avec elle & luy doit -dire les sornettes qu'elle luy doit -respondre gracieusement comme -elle faisoit au commencement & -en riant sans le mespriser ne contempner. -En possession & saisine -que quant elle veult aller jouer -et esbastre aux champs qu'elle luy -doibt faire assavoir pour y aller -ou sans y mener d'autres. en possession -& saisine qu'elle ne doit souffrir -prendre les liens de sa chausse/ -aulcuns qui en font les sursaintes -& qui les portent entour eulx -en lieu de sainctures. En possession -& saisine que se d'advanture -il la boutte en passant par la rue -par le costé ou qu'il gecte une violette -que elle ne luy en doit point -gecter les groins ne faire aulcun -semblant qu'elle en soit courroucee. -en possession et saisine que s'il -arrive en son hostel ou en aultre -lieu ou elle soit assise elle doit reculer -sa robbe pour luy faire place. -Mais ce nonobstant ceste deffenderesse -depuis ung peu de temps -en ça luy a tenu et tient les plus -estranges termes du monde/ car -quant il la salue et rencontre elle -n'en tient compte/ ains faict semblant -qu'elle ne le vit jamais. Et -avec ce tient parolles a plusieurs -autres galans en leur faisant plus -grant chiere que a luy & luy sembla -maintenant qu'elle preigne a -desplaisir tout tant qu'il luy dit & -faict. Et bien souvent quant elle -le voit d'ung costé elle va de l'autre -en le mocquant & desprisant & -mettant a non challoir le temps -passe et l'alliance qu'elle a faicte. -Et oultre plus quant il se veult -jouer a elle ainsi que il avoit accoustumé -elle l'injurie & menasse -de frapper & ce fait n'a pas granment -qu'il tiroit sa quenoille par -derriere elle se courrouça moult -aigrement et jura que s'il y venoit -plus elle luy en bailleroit sur la -teste en troublant & empeschant ledit -complaignant en ses possessions -& saisines a tort & sans cause -indeuement & de nouvel puis an -et jour en ça. Et pource concluoit -en matiere possessoire tout pertinent/ -& en cas de delay demandoit -la recreance Et pour deffence ladicte -deffenderesse disoyt que de -raison naturelle feminine nulle -dame n'est tenue d'aymer se la personne -qui la requiert ne luy plaist -ou agree et que aultrement le faire -seroit trop a contempner tous -les biens d'amours qui viennent -de plaisir et joye. or ce pressuposé -disoit que cest amant se fyoit trop -en ses pensees et folles ymaginations -Il cuidoit que tout ce qu'il -pourpensoit devoyt advenir/ dont -il estoit bien loing ne n'estoit coustume -a advenir a telz biens par -force et pour parler a cheval veu -que tous ceulx qui se humilioyent -jusques en terre et qui ne servent -que d'obeyr et complaire a grant -paine y peuent parvenir. Disoit -avec ce qu'elle l'avoit aymé comme -femme doit aymer ung chascun/ -mais qu'il y eust aliance ou -promesse particuliere entre eulx -deux et telle qu'il l'avoit baptisee -il ne la trouveroit point/ car tousjours -avoit esté entiere et maistresse -de soy comme encore avoit intencion -d'estre/ et ne failloit point -qu'il se plaignist d'elle atendu que -a luy ne a aultre n'a mal fait. Et -quant est des possessions qu'il prenoit -a l'encontre d'elle disoit qu'elles -n'estoyent recevable car selon -raison gardee en matiere d'amours -on ne peult empescher que femme ne -caquette/ parle/ salue/ rye/ ou bon -luy semble. Et d'aultre part ung -serviteur ne doit estre receu a prendre -complaincte contre sa dame -tout ainsi que ne fait le vassal contre -son seigneur. Et la raison est -bonne/ car ce seroyt attribué domination -& seigneurie a ceux qui -n'en ont point et qui n'en peuent avoir -sinon par le moyen et courtoisie -des dames/ et par ainsi doncques -ce ceste dame avoit de grace -aymé le gallant Cela pourtant -ne l'obligeoit pas a l'aymer tousjours -ne n'y avoit point d'aparence -de dire qu'elle fust contrainte faire -ce qu'il vouldroit bien souvent -pensee de femme se change Et au -faict de la quenoulle respondit que -voirement pour ce qu'elle n'estoit -lors en ses bonnes qu'il vint a elle -tout estourdy se elle l'eust peu -attaindre elle l'eust frappé. disoit -oultre que par les moyens dessusditz -estoit en possession et saisine -de resister et esloingnier ledict amant -et de ne luy faire chiere ou -feste comme au plus estrange d'alemaigne -en possession et saisine -de luy dire plainement allez vous -en vous m'ennuyés et de contredire -a toutes ses voulentés en posession -et saisine de ne le daigner -regarder ne dire a dieu s'il ne luy -plaist se bon luy semble en possession -et saisine qu'il ne se peult nommer -ne dire son serviteur ne tenir -riens d'elle en possession et saisine -de tout ce qu'elle fait ou dit qu'il -ne luy appartient point de parler -ne de mot sonner. en possession et -saisine que s'il veult avoir dame qu'il -la doit aller querir ailleurs. En -possession et saisyne s'il estoit efforcé -ou efforçoit de faire le contraire -des possessions et saisines -dessusdictes de le contredire & empescher -et le tout luy fayre reparer -et mettre par justice au neant -et au premier estat et deu en proposant -du costé d'elle possessoire -pertinent et en cas de delay demandoit -la recreance mais sur ce ledit -amoureux qui replicquoit et disoit -que au regard de nyer l'aliance -& promesse faicte entre eulx ladicte -dame avoit grant tort car elle -avoit passees et accordees par -serment mais d'en faire apparoir -par lettres que ledict complaignant -ne pourroit pource que alors n'y -avoit que eulx deux & au regard -la jouissance et possession qu'il avoit -eu depuis au moyen de ce il -la prouveroyt aussy clere que le -jour Parquoy devoit souffire a -son intencion/ disoit aussy que ses -possessions estoient bien recepvables -car elles ne tendent que a acomplir -et executer ce que sadicte -dame mesme la voulu. C'est -assavoir de ne faire chose a son -pouoir qui luy puisse tourner a -dommaige & ennuy Or disoit il -qu'il n'est aujourd'huy plusgrant -desplaisir que de veoir ung estrangier -festoier & avoir le bien qu'on -a desservy/ parquoy il estoit bien -fondé et ne vouloit point ledict -complaignant empescher qu'elle -ne parlast rie ou fist bonne chere -a qui bon luy sembleroit/ mais -qu'il feust toutsjours bien venu -et aussi qu'il feust asseuré que quelque -chose qu'elle fist aux aultres -si seroyt mieulx aymé dont elle -faisoit le contraire/ car elle le rigolloit -plus que se jamais ne l'eust -veu & supposé que l'on dit que subgect -ou serviteur ne peut intenter -complaincte contre sa dame/ toutesfois -il disoit que ceste raison n'avoit -point icy lieu/ car pour le moyen -de la solution & aliance qu'elle mesmes -avoit fait il estoit devenu seigneur -& avoit autant de puissance qu'elle -ne plus ne mains ne n'eust pas -deffendu que ung subgect et serviteur -ne se puisse complaindre de -sa dame ains est permis de droit -quant elle le griefve ou luy fait -extorcion comme au cas qui souffre. -Aultrement aussi n'y auroyt -jamais reparation et seroient povres -amoureux et trop tenus de -court mal traictez & concluoit comme -dessus Mais ceste deffenderesse -disoit au contraire que tous -les biens d'amours gisent en grace -des dames et qu'on ne se peult -complaindre. car elles mesmes -ne sont pas maistresses pour ce -qu'il fault que les biens voisent -aux sainctz a qui ilz sont vouez -et ou amours les veult departir -et ainsi doncques de se plaindre -d'amours qu'il fait departir la grace -ou il luy plaist la complaincte -n'est recevable et n'y faisoit riens -l'aliance car telz biens ne se peuent -par aliance obliger ne engaiger -ainçoys toutes promesses qui -seroient & sont faictes au contraire -et prejudice des dames sont nulles -<span lang="la" xml:lang="la">ipso jure</span> ne n'en fault point de -relievement et la raison est bonne -car dames sont exemptes de force & -servitude et fault venir a elles par -supplication & par ainsi donc d'y venir -par complainte & prendre telles possessions -pour les mettre en subjection -et servitude n'y auroit point -d'apparence/ surquoy parties ouyes -finablement lesdictes dames du conseil -d'amours en la chambre de plaisance -les appointerent de faire de -chascun costé examen de .xii. tesmoins -pour valoir a fin principal -que de recreance et depuis ledit -examen fait & que les parties eurent -produit icelles dames du conseil -par leur sentence dirent et declarerent -que cest amoureux demandeur -ne faisoit a recevoir comme -complaignant et que a tort il -c'estoit dolu et complainct que a -bonne et juste cause ladicte deffenderesse -c'estoit opposee et la maintindrent -& garderent es possessions & -saisines par elles pretendues en -levant et ostant la main d'amours -et tout empeschement a son prouffit -et si le condampneront a ses despens. -De laquelle sentence ledit -amoureulx c'est sentu agravé et -en a appellé en la court de ceans -ou le procés a esté receu pour juger -sauf a faire droit prealablement -sur l'enterrinement de certaines requestes -civilles lesquelles avoyent -esté obtenues par ledict appellant -pour estre receu a produyre ung -pied de voultour d'argent doré que -sa dame luy avoit donné pour curer -ses dens avec ung petit d'or -fait a lermes qu'il avoit tousjours -porté et portoit encores pour l'amour -de elle entre la chemyse et -la chair affin de monstrer par ce -de sa pocession : et aussi de l'acointance -qu'il avoit eue avecques elle -laquelle avoit nié lesquelles choses -avoit obmis de produire en son -procés principal pour oubliance -Si a la court finablement veu -ledit procés examens requestes -civiles & tout ce que faisoit a veoir -en ceste dicte matiere et tout veu -la court dit qu'elle ne obtempere -point a la requeste civile/ neantmoins -qu'il fust mal jugié par lesdictes -dames du conseil et bien appellé -par l'appellant et en amendant -le jugement la court dit que -ledict complaignant est bien a recepvoir -& que a juste cause il s'est -doulu et complainct et que a mauvaise -cause ladicte deffenderesse -s'est opposee/ maintient et garde -la court icelluy amant complaignant -en toutes ces pocessions & -saisines en levant et ostant la main -d'amours et tout empeschement -a son prouffit/ et si condampne la -court ladicte intimer es despens de -la cause d'appel et principal la tauxation -reservee par devers elle.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xiii. arrest</h2> - - -<p>Devant le prevost d'aubepine -c'est assis ung procés -entre les hoirs & heritiers -d'ung gratieux jeune amoureux -demandeur d'une part et une dame -jadis son amye deffenderesse -d'aultre. Disoit ledict demandeur/ -que le deffunct en son vivant -estoit bien alyé avecques la dame -qui l'a bien servi jusques a la -mort/ disoit que en faisant l'inventoire -des biens l'on a trouvé en son -coffre une lettre de sa main signee -d'elle par laquelle il avoit droit -de prendre et avoir d'elle tous les -jours ung doint bon jour et luy -debvoit faire la dame le petit genoul -quant le rencontreroit. Or -disoyent qu'il estoit allé de vie a -trespas delaissé lesditz demandeurs -ses plus prochains heritiers habilles -a luy suceder ausquelz maintenant -appartenoit la debte et revenue -qu'il avoit et pource requeroient -iceux demandeurs que ladicte -deffenderesse feust condamnee -a leur paier les choses dessusdictes/ -et a leur continuer et entretenir -comme heritiers dudyct -deffunct. Ledit genoul leur dieu -vous gard/ quant elle les rencontreroit -et a leur bailler ung -boucquet comme elle estoit tenue -de faire a leur frere. A ces fins ilz -concluoyent despens. De la partie -de la dame si fut deffendu au -contraire/ et disoyt que se on fait -du plaisir et des biens aux ungz -l'en n'est pas tenu de les faire aux -autres/ et au regard du deffunct -elle l'avoit voirement bien aymee -jusques a son trespas. disoit aussi -qu'il estoit bien vray que pour -la grant loyaulté qu'elle sentoit aucuneffois -a luy elle luy faisoyt de -bon gré aucuns biens qu'elle ne vouloit -pas faire a ses heritiers/ car -elle ne les congnoist ne ne scet qu'ilz -sont si non par ouyr dire/ et quant -est de la lettre ou scedulle dont il -se veulent ayder elle n'estoit point -congneue/ parquoy n'emportoit ypotecque -d'obligation. Disoit oultre -que posé qu'elle feust obligee -envers ledit deffunct si n'en pouoient -ilz faire poursuytte car par -la coustume notoire et gardee en -matiere d'amours toutes et quanteffois -que deux personnes sont -allyez en amours et l'ung va de -vie a trespas/ Adoncques les biens -qui estoient communs ensemble -se departent et sont estaings -ne n'y peuent les heritiers succeder -car telz biens sont personnelz et -n'ont point de suyte/ ains des incontinent -que la mort vient il meurt -ensemble ne n'ont point vigueur -et disoient lesditz heritiers ne faisoient -a recepvoir/ et que s'ilz estoient -recepvables que si estoient -elle en voye d'absolution/ et demandoit -despens. Les demandeurs -pour leurs replicques disoient -que se ledict deffunct eust -esté tenu en aulcune chose vers -elle que elle en eust bien voullu -estre paiee d'eux parquoy c'estoit -raison pareillement qu'ilz en eussent -ce qu'elle luy devoit veu qu'ilz -estoyent ses heritiers. La deffenderesse -disoit qu'il y a autant de difference -de debte deue a cause des -biens temporelz & des biens d'amours -comme de blanc a noir et que l'une -n'ensuit point la nature de l'autre -Disoyt aussi que si leur faisoyt avoir -le petit genoul et ung dieu -vous gard il conviendroyt diviser -les biens d'amours et la renderoit -la mort subgecte de fayre -d'eux plaisirs pour ung qui estoyt -contre raison. Parties ouyes le -prevost les appointa a produire -en droict puis par sentence declara -que les heritiers ne faisoient -a recevoir en absoulant la deffenderesse -des impetitions et demandes -et les condempna es despens Ilz -ont appellé en la court de ceans la -ou le procés a esté receu pour juger -et veu le procés et tout ce qu'il failloit -voir en ceste matiere ladicte -court dit qu'il a esté bien jugé mal -appellé par lesdictz appellans et -l'amenderont d'une amende seullement -et si les condampna es despens -de la cause d'apel la tauxation -reservee vers elle.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xiiii. arrest</h2> - - -<p>Par devant le seneschal -des ayglantiers c'est assis -ung autre procés entre -ung demandeur en matiere de -retrait lignaigier d'une part. Et -disoit ledit demandeur que ung sien -frere et compaignon d'armes acquesta -ja pieça d'une tres belle dame -ung baiser toutes les sepmaines -dont il a longuement jouy et estoit -vray que puis ung an en ça -ycelluy du consentement d'elle et -pour son bon plaisir avoit vendu -et transporté ledict baiser et le -droit qu'il avoit en icelluy audit -amant deffendeur en sa partie adverse -pour certain pris convenu -entre eulx/ or disoit ledit demandeur -qu'il estoit le prochain lignaigier -d'ycelluy vendeur parquoy -a venir au retraict avoit droit et -pource requeroit que ledit deffendeur -feust condampné a luy delaisser -ledit baiser & offroit bourses -et deniers en ce cas de delay/ -demandoit despens/ dommages -et interestz de la partie dudit deffendeur -fut deffendu au contraire/ -et disoit que en amours ne y a -point de retraict. Car les biens qui -en procedent ne descendent point -de ligne directe ne colacteralle ne -ne peult estre heritage perpetuel/ -si non a ceulx qui les acquierent -et si ne les peut encores transporter -ne alliener a autre ce n'est par -le gré & consentement d'elle dont -ilz procedent & fault encores qu'il -y ait interposition de decret d'elle -qui y consente ou autrement tout -seroit nul. Disoit oultre que ledit -demandeur ne pouoit venir a -retraict/ car point n'y avoit vendicion -mais estoit une pure donnation -que ladicte dame luy avoit -faicte ainsi que loisible luy -estoit en faveur de celluy dont il -a le droit qu'il avoit moult pryé -de luy donner ledict baiser en son -abscence. Et par ses moyens tendoit -a fin d'absolution de despens -Le demandeur disoit au contraire -pour ses repliques que puis qu'il -y avoit transporté & qu'il estoit lignaiger -du vendeur il devoit estre -receu audit retraict. Car c'est -la plus convenable chose que les -biens voisent aux prochains que -aux estranges. Et au regard de -la dame il disoit que elle debvoit -estre contraincte d'y consentir & le -deffendeur a s'en departir. Mais -ledit deffendeur disoit que le transport -dudit baiser n'estoit point fait -pour cause de vendition/ mais par -maniere d'eschange/ car il estoit en -ce lieu tenu de recompenser celui -qui luy avoit faict transport de -luy bailler la moitié plus de telz -biens d'une autre dame dont il avoit -requis. Surquoy finablement -partyes ouyes elles furent -appointees en droit/ et depuis ledit -seneschal par sa sentence deist -et declaira que ledit demandeur -ne seroit point receu audit retraict -et que ledict deffendeur jouyroit -dudit baisier selon le transport et -donation a luy faicte/ Et si le -condampna aux despens dont celluy -demandeur appella en ladicte -court de ceans ou le procés a -esté receu pour juger. si a la court -veu ledit procés avec ce qu'il failloit -veoir en ceste matiere & tout -veu dit qu'il a esté bien jugé par -ledit seneschal & mal appellé par -l'appellant & l'amendera & si condampne -la court es despens la tauxation -reservee par devers elle.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xv. arrest</h2> - - -<p>Par devant le reformateur -general sus le faict des abus -d'amours c'est assis ung procés -entre ung amoureux demandeur -d'une part et une sienne dame -et amie deffenderesse d'aultre -part et disoit ledit demandeur que -pour avoir accointance & privee -familiarité de ladicte deffenderesse -il se estoit plusieurs foys tyré -par devers elle & luy avoit compté -tout son cas qu'elle le voullist -aymer. Disoit oultre qu'il estoit -vray que pour le entretenir en amour -& affin qu'il luy souvint de luy -il lui avoit baillé plusieurs -bagues & joyaulx & mesmement -quant il parla a elle/ derrenierement -lui bailla six aulnes de damas -pour faire une cotte simple -deux petites verges d'or/ quatre -aulnes d'escarlatte/ une turquoise/ -& ung <span lang="la" xml:lang="la">agnus dei</span> doré bien gent -avecques plusieurs aultres menues -choses/ or disoit il que depuis -qu'elle a eu lesditz dons elle a tenu -de luy moins compte que devant -en commetant vice d'ingratitude -et si luy tient les plus estranges -termes de jamais car quant -elle le voit ne s'en faict que mocquer -qui est mal consideré le plaisir -& peine qu'il a eue pour servir -et acquerir sa grace et pource que -il scet bien qu'il ne la sçauroit contraindre -a l'aymer s'elle ne le vouloit -requeroit que commandement -luy fust fait pour declairer c'elle -l'aymeroit ou cas qu'elle en seroit -reffusant qu'elle feust condampnee -a luy rendre/ et restituer lesdictz -dons qu'il luy avoit baillé & ne demandoit -point les despens pour -ce qu'il disoit que il l'aymoit trop -De la partye de la deffenderesse -fut deffendu au contraire disant -qu'en matiere d'amours n'y a point -de reception et que yceulx qui demandent -ce qu'ilz ont donné doivent -estre reputez infames et privez -de tous biens d'amours/ Or -soit que cest amant estoit jeune & -estourdy qui n'entendoit point son -cas/ car il luy sembloit pour ses -beaulx yeulx qu'on luy devoit ottroyer -ce que il demandoit des la -premiere fois sans ce qu'on l'eust -essayé ne sans sçavoir qu'il a au -ventre. disoit oultre qu'elle luy a -dit souventeffois que quant elle -le rencontroit en la rue qu'elle ne -luy faisoit point de chere affin que -les gens ne s'en aperceussent mais -il s'en courrouce et voulsist bien -qu'elle luy rist a plaine gorge ou -qu'on s'arrestast de pied quoy pour -parler a luy et tenir langage qui -n'est pas la maniere. Disoit oultre -ledit amant qu'elle declairast -s'elle l'aymeroit ou non. Il ne estoit -pas recepvable/ car en telles -choses on n'a pas accoustume de -marchander avant la main ains -faul congnoistre avant que aymer/ -et sçavoir se il est digne d'aymer -et quelz biens il a en luy & qu'il -se doit experimenter/ et quant elle -le trouvera seur elle le pourra -prendre en grace/ ou luy donner -congé/ et ne peult on trop acheter -amour de dame. Touchant des -bagues disoit que elle ne luy demanda -oncques riens & n'en vouloit -riens prendre si n'eust juré et -contraint les prendre a force & depuis -avoit employé le drap en robe -que elle avoit vestue pour l'amour -de luy. disoit qu'elle s'en repentoit -de bon couraige/ et qu'elle -ne vouloit riens de l'autruy ne avoir -rien de luy affin qu'il ne luy -peust rien reprocher estoit contente -et luy offroit de bailler tout ce -qu'il lui avoit donné pourveu que -ledict amant ne l'eust point entre -ses mains & que les draps robbes -bagues & aultres choses par elle -receuz excepté l'<span lang="la" xml:lang="la">agnus</span> dei fussent -en sa presence & devant ses yeulx -ars & bruslez sans ce qu'il en fust -jamais nouvelles/ et affin qu'il ne -se peust vanter/ ne dire qu'il eust -bien besongné comme plusieurs -font au jourd'huy quant ilz peuent -retenir leurs bagues & disoit -que ainsi le debvoit faire pour la -seurté d'elle et obvier aux autres -inconveniens qui s'en pourroyent -ensuyvir comme de s'en mocquer -et dire telle chose qui fut a telle que -j'ay eue/ et recouvert par dyvers -moyens a ses fins concluoit d'absollution -requerant despens. Le -demandeur disoit pour ses repliques -quant une chose est donnee -esperance & condition non advenu -ou qui n'est point acomply qu'elle -doit estre rebaillee a celluy qui -l'a donnee aultrement seroit frustree -de son intencion/ au moins -quoy qu'il en soit il n'en doit point -avoir de dommaige Or disoit il -devant lesditz dons par luy fais -luy faisoyent avoir assez bel accueil -de sadicte dame/ mais despuis -que elle les avoit eues elle -ne le daignoit a peu regarder ains -sembloit qu'il luy fist mal & qu'elle -prent desplaisir a le veoir & ne -vouloit point avoir les bagues -Mais il luy faisoyt trop grant -mal qu'elle eust le sien et que elle -se mocquast encores de luy. Disoit -oultre que il estoit content et -offroit en jugement s'elle le vouloit -aymer de lui en donner plus -la moytié qu'elle n'avoit eu/ et de -plus grant chose cent foys. Sur -ce point le procureur d'amours disoyt -que telz choses ne pouoyent -vendre ne marchander par argent -bagues joyaulx & qu'il est deffendu -d'en user/ et pource que cest amoureux -en auroyt argent/ et en -voulloit avoir par telz moyens -illicites disant qu'il estoit amendable -et requeroit a ceste fin qu'il -feust condampné envers amours -en une tresgrosse amende Et au -regard des biens dont estoit question -s'en raportoit a justice et audit -amant qui estoit feru d'amours -ne lui chault qu'il face mais que -il ait allegement et deust il vendre -jusques a se achepter lesdictz -biens/ car bien sçavoit qu'ilz ne se -vendent point/ mais seulement -qu'elle congneust la bonne voulenté -qu'il avoit envers elle mais -ceste deffenderesse disoit que elle -n'avoit cure de luy ne de ses biens -et que jamais par contraincte de -personne ne esperance de dons ne -de biens elle n'auroit personne veu -qu'il n'en print mal a celles a qui -le font. Et au regard d'elle disoit -qu'elle aymoit mieulx en aymer -ung ou fust son plaisir que avoir -tous les biens temporelz/ et joyaulx -du monde que on luy pourroit -donner ledit amant requeroit -doncques que les aultres biens -qu'elle avoit euz luy feussent rendus/ -et disoit qu'il se pourvoiroit -aillieurs & s'aideroit a oster de l'amour -d'elle au mieulx qu'il pourroit -en mauldissant l'heure que il -l'avoit jamais veue & ouye. lesquelles -parties furent appointees en -droit & depuis ledit reformateur -general par sentence dist & declaira -en tant que touchoit le drap de -damas & l'escarlate qui estoit employé -en robbes que ycelle dame -deffenderesse ne seroit tenue d'en -rien restituer mais au regard des -verges de l'<span lang="la" xml:lang="la">agnus dei</span> et aultres -bagues qui estoient encore en nature -il la condampne a les rendre -et restituer audit amant demandeur -pour en faire a son bon plaisir -& au surplus pource que ledit -amant en demonstrant son affection -desordonnees avoit ainsi offert -en jugement argent pour estre -aymé et pour avoir des biens -d'amours autrement que a point -ledit reformateur le condampne -en amende envers amours & au -double de ses biens par lui offers -Et recompensa les despens d'ung -costé et d'autre & pour cause de laquelle -sentence ledict amant entant -qu'elle faisoyt contre luy en -appella/ & pareillement en appella -ladicte dame en la court de ceans -ou le procés a esté receu pour -juger joinct ung grief que ledict -amant disoit estre hors ledit procés -entant que ledit reformateur -luy avoit donné sa sentence/ ou -jour de feste/ c'est assavoir le premier -jour de may et l'aulbespine -nouvelle. Sy a la court veu ledit -procés a grant et meure deliberation -avecques tout ce que il -failloit veoir en ceste maniere/ & -tout bien veu & consideré la court -dist entant que ledit amant est appellant -il a esté bien jugé par ledict -reformateur general et mal -appellé. et entant que ladicte deffenderesse -a appellé a esté mal jugé -& en amendant le jugement ladicte -court dict que ledict amant -ne fait a recepvoir a demander lesditz -dons & bagues qu'il avoit donné -a ladicte dame et que trestout -luy demourroit comme siens pour -en faire ce qu'elle vouldra sans -ce qu'elle en soyt tenue de luy en -rendre et restituer aulcune chose -et si le condampne es despens de -la cause principalle & de la cause -d'appel ou il estoit appellant seulement -la tauxation reservee par -devers elle.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xvi. arrest.</h2> - - -<p>Devant l'ung des audicteurs -desdites causes d'amours -c'est assis ung autre -procés entre ung povre amant -demandeur et requerant l'enterinement -de certaynes lettres de respit -d'une part. et une sienne dame -deffenderesse d'autre part. Et disoit -ledict demandeur qu'il a esté -fort malheureux en amours parce -qu'il a eu a faire aux femmes -qui tirent huylle de noix a quoy -ne pouoit contenter de dons disoit -avecques ce que pour luy complaire -et affin que son service luy feust -agreable il luy convint faire plusieurs -gratuités & mises excessives. -Et si a esté contrainct de soy -tenir joly & de changer souvent habitz -enquoy il a beaucoup frayé -et despendu du sien. et aussi faisoit -le plus des jours de la sepmaine -dancer faire karoles et plusieurs -aultres jeux & esbatemens tant que -toutes les dames l'honnoroyent -et y a tellement frayé qu'il en est fort -en debté Et puis la dame en qui -il se fioit si l'abandonna et bailla -le bont dont luy sont survenues -plusieurs aultres fortunes au -moyen desquelles il ne sçauroit -a present payer ses creanciers sans -faire vile possession de ses biens -Et pource avoient & a obtenues -lesdictes lettres de respit : dont il requeroit -l'enterinement aussy que -l'execution de certaines obligations -par laquelle il estoit obligé -envers ladicte demanderesse fust tenu -en surceance et delay jusques -a ung an es despens contre ceulx -qui le vouldroyent empescher. -De la partie de ceste deffenderesse -fut deffendu au contraire & disoit -que dames n'ont point argent quant -elles veulent ains ont grant paine -a en assembler & si leur en convient -tousjours avoir pour employer -en robbes & plusieurs aultres -jolivetés survenans chascun jour -et disoit avecques ce que cest amant -ung jour vint a elle tout desconforté -la requerir de luy ayder/ et -prester jusques a deux escus pour -avoir le drap d'ung pourpoint de -velours qu'il avoit achepté dont -elle fut au premier ung peu reffusante. -Touteffois au dernier elle -meue de pitié en voyant la grant -necessité du povre gallant qui ploroit -presque luy presta de bon cueur -ladicte somme moyennant & parmy -ce qu'il luy promist rendre et -payer dedans certain temps pieça -passé dont il n'avoit riens fait -mais se vouloit aider dudict respit. -Or disoit elle qu'il ne luy devoit -estre enteriné par plusieurs -moyens</p> - -<p>¶ Premierement car la -debte estoit previlegee & procedant -de dame qui ne doibt plaider dessaisie -encontre luy qui est obligé -Secondement car les pertes/ & les -fortunes par luy aleguees ne estoyent -point recepvables atendu -qu'il ne monstroit point que elles -feussent advenues par trop aymer -ou maladies d'amour ainçois -par son propos prins en son -prejudice n'en debvoit point jouir -car il confessoit qu'il avoit servy -plusieurs dames en plusieurs lieux. -Et ainsi ne luy pouoit pas -bien venir de ses besongnes/ car -ung homme qui a plusieurs dames -n'est gueres souvent trouvé -loyal/ & est bien employé quant il -luy meschiet consideré que il n'est -pas possible en ce cas d'y garder -foy & loyaulté. Si disoit par ses -moyens que ledit respit ne luy doit -estre enteriné & que nonobstant a -celuy elle debvoit incontinent estre -payee et demandoit despens. A -quoy ledit amant disoit pour ses -repliques qu'il estoit impossible de -contraindre une personne a payer -plus qu'il ne sçauroit finer. et au -regard de luy il confessa bien devoir -ladicte somme loyaulment -mais les eaues estoient si basses -qu'on n'y sçauroit prendre poisson -et brief a present ne avoit dequoy -payer. Disoit oultre que ladicte -deffenderesse n'avoit pas grant interest -a l'enterinement dudit respit -veu qu'il ne duroit que ung an & -qu'elle n'estoit pas indigente. mais -ycelle deffenderesse en perseverant -en son fait disoit oultre que ce n'estoit -pas raison que le gallant portast -pourpoint de vellours a ses -despens/ Aussi elle avoyt a faire -du sien/ au regard de sa povreté -disoit qu'il n'en laisseroit ja a faire -grant chiere/ requerant au surplus -qu'il fust contraint par prinse -de corps a lui payer la somme -veu la matiere qui estoit previlegiee. -Surquoy finablement parties -ouyes l'auditeur par sa sentence -dist et declaira que le respit ne -seroit audit demandeur aulcunement -enteriné & que nonobstant ycelles -il seroit contraint par prinse -de biens & de sa personne payer ycelle -somme a ladicte deffenderesse -incontinent et sans delay en le -condampnant es despens de l'instance/ -de laquelle sentence ycelluy -demandeur si appella en la -court de ceans ou le procés a esté -receu pour juger & a ladicte court -veu le procés et tout ce qu'il failloit -veoir en ceste matiere & tout -veu dict la court qu'il a esté bien -jugé par ledit auditeur & mal appellé -par ledict appellant et le amendera -et si le condampne es despens -de la cause d'appel la tauxation -reservee par devers elle.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xvii. arrest.</h2> - - -<p>En la court de ceans c'est assis -ung aultre procés entre -ung moult gracieux amoureux -appellant de hongnart sergent dangereux -d'une part & danger & chagrin -parties intimees d'autre part -Disoit ledit appellant que pour -servir une syenne dame et maistresse -plaine de biens et de beaulté -et aussi pour monstrer qu'il estoit -tout prest de luy obeyr il s'estoit -plusieurs foys transporté en -la rue ou elle demoure en la saluant -de tresbon cueur touteffoys -et quantes qu'il la pouoit veoir -a l'huys en luy faisant le petit genouil/ -mais puis aulcun temps -en ça/ ledit danger et chagrin qui -s'en sont bien doubtez l'ont menassé -de luy porter grant dommage -en corps et en biens. et qui pis est -des incontinent qu'ilz voyent maintenant -ledict galant passer ou que -la dessusdicte dame luy soubzrit -du coing de l'oeil en luy disant adieu -ou quelque aultre mot ilz n'en -font que rechisner toute la journee -et en estoyent si trescourroucez -de ce qu'elle parloit a luy qui -n'en sçavoyent que dire et ne sçavoyent -que faire de s'en courroucer -tellement en estoyent marris -Et combien qu'il leur ait fait doulcement -remonstrer qu'il ne pense -aucun mal neantmoins ledit sergent -luy a fait commandement -qu'il ne voise plus ou sa dame sera -& a la dame qu'elle ne soit si osee -de le regarder ne rire ains que -des incontinent que elle le verra -venir qu'elle s'en parte et entre en -sa maison affin qu'il ne la puisse -veoir & qu'il ne perde ses pas a l'encontre -desquelz exploitz l'amoureux -c'est oposé mais ledit sergent -ne luy a voulu recepvoir dont il -s'est sentu trop grevé tellement qu'il -en a appellé en la court de ceans -ou il a depuis bien & deuement relevé/ -et concluoit tout pertinent en -cas d'appel qu'il a esté mal commandé -mal denié/ mal deffendu et exploicté -par ledit haignart/ et bien -appelle par luy a ses fins offroit -a prouver et demandoit despens -De la partye desdictz chagrin et -danger parties intimees si a deffendu -au contraire & disoit qui ne -pourroyt aux premiers mouvemens -des cueurs des jeunes a tresgrant -peine on en peult aprés estre -maistre & qu'on ne les doit point -laisser converser souffrir/ ne festoyer -l'ung l'autre par regars ris -ou autrement/ car il en advient aucuneffoys -plusieurs inconveniens -dont n'est ja besoing de parler -pour le present/ car qui parleroit -plus avant il en pourroit besongner -a son entente. Or se pressuposé -disoyent qu'ilz estoyent commis -au regard de ladicte dame & -tenus d'en respondre s'elle versoit -mal/ par quoy avoyent cause de -empescher que personne ne s'en approchast/ -aussi le galant n'estoit -aulcunement de la parenté ou finité -d'elle Et neantmoins il se ingeroit -tous les jours de l'accointer -et parler a elle/ et ainsi justement -luy avoyent peu deffendre -d'aller et venir et ne estoit son appellation -recevable. et au regard -qu'il disoit que il n'y pensoit aulcun -mal a elle/ et qu'il eust myeulx -souffert la mort qu'il luy eust -esté reproche qu'il luy eust dit aucune -parolle deshonneste ne villaine -qui luy feust tournee a son -prejudice/ respondoient que ce ne -estoit pas pourtant a dire qu'il y -deust penser bien et que le plus seur -estoit de ne se y trouver point Si -concluoit par ses moyens affin -de non recepvoir aprés mal appellé -& demandoit despens/ a quoy -l'appellant requeroit au contraire -et disoit que se l'en ne voulloit -qu'il eust aulcun bien au moins -que sadicte dame qui n'en pouoit -mais n'en debvoit avoir aulcun -mal ou dommage entendu qu'il -y metoit peine autant qu'il estoit -possible. Disoit aussi que c'estoit -bien grant rigueur a eulx de empescher -qu'elle ne venist a lui ainsi -que elle avoit acoustumé et la -tenir si estroictement qui n'estoit -point chose a requerir de la vouloir -tenir si court/ et quant est de -la rue disoit ledit appellant qu'elle -n'appartenoit pas ausditz intimez -ne n'y avoyent fait faire les -carreaux qui y estoient parquoy -l'avoit deffendu qu'il n'y marchast -et passast nullement la deffence -estoit torcionnaire & son appellation -bien recepvable. Sur quoy -lesditz intimez disoyent qu'ilz ne -voulloyent pas empescher/ que -l'appellant n'y passast mais seulement -garder qu'en passant il ne -veist la dame et si en cecy il y avoit -grief ce seroit a elle a plaindre -et nompas a luy. Finablement -partyes ouyes elles ont esté appointees -en droit et a mettre par -devers la court/ et au conseil ce que -bon leur sembleroyt. La court a -veu ledict procés au long avec -ce qui esté produict et ce qu'il failloit -veoir en ceste matiere & tout -veu la court dict qu'il a esté mal -exploicté par ledit hongnart/ Et -bien appellé par ledit appellant/ -et permet la court audit appellant -de passer et rapasser a toutes heures -soit de nuit ou de jour par la -rue/ et devant l'huys de sa dame -pourveu qu'il ne pourra parler a -elle sans la presence dudict dangier/ -ou de ses commis qui sont -tenus de luy rendre compte de toutes -les parolles & besongnes que -ilz se feront ensemble et desquelles -parolles et besongnes iceulx -commis prendront ladicte declaration -par escript pour leur descharge -et leur valoit enqueste la -ou il appartiendra & si condampne -la court lesditz intimez es despens -de la cause d'appel la tauxation -reservee par devers elle.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xviii. arrest.</h2> - - -<p>En la court de ceans c'est -assis ung autre procés entre -une dame appellant -d'une part/ et ung sien amy intime -d'autre part. Et disoit ladicte appellante -pour la cause d'appel que -jaçoit que en amours force & voye -de fait sont deffendues neantmoins -ledit intime ung journee tout eschauffé -s'en vint vers elle et s'efforça -de l'embrasser et qui plus est -tout en ung moment sans dire -dieu gard ne autre chose il la baisa -maulgré elle/ et a force dont elle -appella et concluoit qu'il avoyt -mal procedé Le deffendeur disoit -que pour elle avoit beaucoup souffert -de mal et qu'il l'avoit fort aymee -et si le savoit bien mais elle -n'en tenoit gueres de compte et ne -luy vouloit donner aucun alegement -disoit qu'il l'avoyt tant pourchassé -envers elle qu'elle luy avoyt -promis ung baisier mais elle s'excusoit -de luy donner et brief une -foys luy dist qu'elle estoit empeschee -a l'autre qu'il n'estoyt pas heure -& qu'il revenist a ung aultre jour -et tellement qu'elle l'avoit pourveu -par telles frivolles excusations -par bien long temps & affermoit -ledit galant par sa foy qu'il avoit -esté troys moys a la poursuytte -dudict baisier qui estoit bien grant -pitié : & par ce luy voyant qu'il n'en -pouoit plus a une journee que dangier -estoit hors de la maison luy -pria qu'elle entretenist sa promesse -dont ne voult riens faire ainçoys -le vouloit delayer comme -devant/ Et pource luy estant au -destroit d'une grant challeur qui -luy print au cueur/ et voyant qu'elle -ne voulloit faire rayson d'elle mesmes -pour priere ne requeste -qu'il luy fist print ledit baiser de -soymesmes enquoy ne peult ladicte -dame dire estre grevee car il ne -luy a faict aultre blessure dont elle -se doyt plaindre/ et quant a la -voye de faict dit qu'il avoyt assés -attendu & que veu les reffus -precedans & les longs delaiz que -avoit prins/ il pouoit et devoyt -ainsi proceder et concluoit que ledict -appel n'estoyt recepvable et -quoy que soyt que ladicte dame -avoit tresmal appellé/ et demandoit -despens en requerant que oultre -le baiser qui avoit esté ainsy -prins par emblee et sans acollee -il en eust ung aultre tout entier -et de bon cueur. A quoy la dame -pour ses replicques disoit qu'elle -ne avoit point promis de baiser -& que posé qu'il y eust promesse -si estoit elle condicionnelle c'est -assavoir/ ou il luy plairoyt et avoit -elle reservé le temps de le donner : -et par ainsi le grief y estoit tout -evident disoyt que avant la promesse -eut esté pure et symple/ sy -failloit il qu'elle fust congneue & -qu'il y eust deliberation sur ce faicte -avant qu'on la peust excuser -et y venir par voye de doulleur -et non par faincte et voye de fait -deffendue. parquoy avoit esté grevee. -Mais ledict intime en dupliquant -disoyt qu'il vouldroyt en -telles matieres tenir long procés -ordinaire et faire preuves a chascune -fois il ne seroit jamais jour -Et auroient les dames trop d'avantaige -contre les povres amans -car tous les tesmoings en ce cas -sont pour elles et a leur poste et -disoit au surplus que quant il n'y -auroit eu ne don ne promesse sy -ne pouoit il a tout le moins pour -ses peines et salaires d'avoir servi -si long temps que avoir ung -baisier et que en tel cas qui sont -previlegiez l'en peut proceder par -voye d'execution et prendre les -biens ou on les treuve concluant comme -dessus oyes les parties au long -elles ont estés apointees en droict -et a mettre par devers la court et -au conseil ce que bon leur semblera. -Si a l'en veu le procés et ce -qui faisoit a veoir en ceste matiere. -et tout veu la court dit qu'il a -esté bien procedé par l'amant et -mal appelle par l'appelante et l'amendera -en la condampnant es -despens de la cause d'appel la tauxation -reservee & ordonne la court -que le baiser ainsi baillé par contraincte -ne sera point compté mais -ladite dame sera tenue de luy en -bailler ung autre en ce lieu de bon -cueur toutes et quanteffois qui -l'en requerra pourveu que danger -n'y soit point ne n'en sçaura rien -affin qu'il n'en puisse grongner.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xix. arrest</h2> - - -<p>En la court de ceans c'est assis -ung aultre procés entre -une tresbelle dame et le procureur -general d'amours avec elle adjoinct -demandeurs en cas de excés -et de delict d'une part/ et une -vieille chamberiere deffenderesse -d'aultre part. et disoit la dame -que toutes servantes devoyent -foy & loyaulté a leurs maistresses -avoir courte langue et longues -oreilles & grandes qu'elles ne sont -pas dignes de demourer en quelque -maison que ja pieça elle loua -une chamberiere pour la servyr -deux ans pour certain pris convenu -entre eulx. Et oultre luy avoit -promis par dessus son sallaire -mais qu'elle fist bien la besongne -une paire de chausses au -bout de l'annee et ung de ses vielz -chapperons. Et combien qu'elle en -eust trouvé assez d'autres qui eussent -bien voulu demourer avec -elle sans prendre denier ne maille -touteffois a l'ocasion de ce que -la chamberiere sembloit estre secrette -& avoit beaucop veu/ icelle -dame fut meue de la retenir devant -toutes autres et la fist venir des -lors en son hostel ou du commencement -elle a fait merveille de servir -mais en effect voyant que sa -maistresse se fioit fort en elle luy -monstroit grans signes d'amours -elle a voulu entreprendre sur elle -et se mesler de toutes besongnes -Et de fait est advenu quant ung -sien amy de congnoissance que ladicte -dame aymoit en tout bien & -en tout honneur venoit a l'hostel -soy esbatre ou compter des nouvelles -de la ville et passer temps -Ceste chamberiere escoutoit tout -Le lendemain ou le soir mesmes -rapportoit tout ce que ladicte dame -et son amy avoient dit ensemble -a dangier le mary qui estoyt -mal faict a elle/ et tellement que -bien souvent la nuit au lict ledit -dangier luy tenoit plusieurs rigueurs -et luy en gectoit puis ça -puis la ung mot a la vollee et par -ambages dont elle estoit bien esbahie -mais icelle dame considerant -qu'il n'estoyt pas possible qu'il en -sceust rien a la verité s'il ne le devinoit -ne jamais n'eust cuidé que -la vieille en eust parlé ung mot -veu qu'elle la tenoit seure de son -costé comme elle devoit estre Or -estoit vray que a une journee ainsi -que ledict gallant s'en vint esbatre -l'apresdinee comme il avoit acoustumé -la dame tenant sa quenoulle -d'aventure laissa cheoir son fizeau. -Lequel gallant en demonstrant -son humillité le leva et en -luy baillant la baisa. Dont ycelle -dame le remercia en soubzriant -et sans penser nul mal/ mais la -vieille en despit de sa maistresse -qui l'avoit tancee le matin pour -occasion de ce qu'elle ne luy avoit -pas ployé ses gorgias dist et proposa -en soymesmes qu'elle s'en vengeroit/ -et de faict aussy tost que -dangier fut venu de la ville elle -luy commença a compter tout -le cas & plus la moytié qu'il n'y avoit/ -dont il n'en sonna mot et le -garda en son cueur trois ou quatre -jours en rechygnant puis aprés -se desgorga en maulgreant -que se le gallant y retournoit plus -qu'il luy coupperoit les jambes. -Si fut la dame bien esbahye et -ne se feust jamais doubtee de ladicte -vieille. Mais touteffois a -la fin il a tout sceu et a la vieille -gasté son cas/ car par le moyen -de telz rappors elle cuidoit devenir -maistresse & tailler les morceaulx -a ladicte demanderesse & pource -a esté boutee hors de l'hostel et -depuis constituee prisonniere pour -raison du cas qui est de grant consequence -et concluoit ladicte dame -a l'encontre d'icelle vieille chamberiere -qu'elle feust condampnee -a luy crier mercy et faire amende -honnorable nudz piedz & sans -coyffe coeuvrechief ny chaperon -en sa teste et aussy en tenant une -torche en sa main et disant que a -tort et maulvaisement elle avoit -raporté les parolles de sa dame -et maistresse & de ce qu'elle l'avoit -fait tancer qu'elle s'en desdisoit devant -tout le monde/ et en oultre -qu'elle feust contraincte et condempnee -a venir dire et declairer devant -dangier que tout ce qu'elle -luy avoit dit et raporté de sadicte -maistresse avoit esté controuvé par -elle contre verité et par mallice. -affin que icelluy danger n'y eust -plus de suspition. Et au regard -dudict procureur general d'amours -qui estoit adjoinct avec ladicte dame -il disoit que ce cas icy estoit digne -de grant punition. et que il -ne se devoit point passer soubz dissimulacion/ -Car la consequence -estoit trop perilleuse pour l'esclandre -qui en pouoit tous les jours -advenir Disoit aussi que chamberieres -sur toutes choses doibvent -estre secrettes et aussy celer -tout ce qu'elles voient faire en amours -comme font confesseurs -et y est la paine si grande selon les -droictz que celles qui revelent ainsi -secretz sont digne de mort. Or -disoit il que ceste vieille avoit revellé -les secretz de sa maistresse -audit dangier pour a tousjours -le cuyder mettre en noise et rapporter -la moytié plus qu'il n'y avoit -de mal. Et pour ce concluoit -a l'encontre d'elle qu'elle fust condampnee -a estre arce & bruslee ou -a tout le moins qu'on lui perçast -la langue d'ung fer chault devant -tout le monde affin que les autres -servantes et chamberieres y prinsent -exemple et que son sallayre -qu'elle devoit avoir fust declairé -forfait & fust confisqué. Ou que -telles autres conclusions fussent -adjugees ainsi que le cas le requeroit -et que la court adviseroit en -requerant au surplus que pour -pourveoir a telz inconveniens y -eust visitacion sur lesdictes chamberieres/ -car les plus grans dangiers -du monde en viennent. et -disoit oultre que jamais l'en ne devoit -laisser a telles vieilles chamberieres -porter la clef du vin car -quant d'aventure elles ont beu -ou faict bonne chere elles parlent -aussi bien contre elles que pour -elles/ et la ou elles cuydent sauver -l'honneur de leurs maistresses -c'est adonc l'heure qu'elles gastent -tout. Et puis aprés ne leur -en souvient lendemain et jurent -et afferment hardyement que en -leur vie n'en parlerent mot dont -ce a esté cause de plusieurs maulx -qui en viennent parquoy le procureur -requist que la court mist -sur ce provision De la partie de -ladicte vieille fut deffendu au contraire -et disoit que quant elle vint -demourer en l'hostel de ladicte maistresse -elle luy promist fayre beaucoup -de biens/ mais elle s'en -estoit bien petitement apperceue -et si avoit tant eu de peine que merveilles. -Or estoit vray que ledit -dangier son mary des l'entree et -au commencement qu'elle entra -leans il parla a elle a part en l'oreille -& luy promist de luy donner -tous les ans une robe et ung bon -chapperon oultre son sallaire affin -qu'elle se print garde de la dame -qui estoit encore bien jeune et -luy rapporter toutes nouvelles -de ce que son maistre luy avoyt -faict promettre ycelle chose luy -disoyt tout ce qu'elle veoit faire -a sa maistresse en gardant tousjours -l'honneur des dames comme -tenue y estoit/ et aussy affermoit -que jamais elle ne luy fist -faire chose qui ne feust bonne et -honneste/ et combien que ladicte -vieille la servist le myeulx qu'elle -pouoit/ touteffois ycelle maistresse -ne s'en pouoit contenter/ et -la tença tresbien dont ladicte chamberiere -se courrouça et advint que -pource qu'elle veist le gallant ledict -jour a l'hostel qu'elle le dist a -son maistre & comment il l'avoit -baisee Or disoit elle que de ce l'en -ne la pouoit reprendre & qu'elle n'avoit -point fait de mal/ car elle estoit -beaucoup plus tenue d'obeyr -a son maistre qu'a elle et aussi avoit -il marchandé a elle et louee -par telle condition qu'elle luy devoit -tout rapporter. Parquoy elle -n'avoit faict que son debvoir et -ne luy en eust point parlé/ si non -que son maistre luy promist qu'il -n'en diroit riens a elle & ainsi l'on -la debvoit excuser tendant & concluant -par ses moyens affin d'absolution -A quoy fut repliqué par -ladicte demanderesse disant que -toute l'eaue de la riviere ne la pouoit -laver du cas/ car elle sçavoit -bien qu'elle se fyoit en elle et qu'elle -s'en fust bien gardee se elle eust -voulu et sans ce qu'il en eust riens -sceu. Et supposé que l'on dye -que toutes servantes et chamberieres -doybvent servir premierement -leurs maistres que leurs -maistresses cela s'entent touchant -le service comme de boire & de manger/ -mais au regard d'autres choses -riens/ ains fault que elles obeyssent -a leurs maistresses. Aussi -ont elles previllege que se leurs -chamberieres ne sont a leur poste -elles ne doybvent pas demourer -trois jours en la maison/ & aprés -disoit le procureur que veu que -ladicte vieille confessoit que elle -prenoit argent de son maistre oultre -son loyer pour reveller les secretz -d'amours l'en ne le pourroit -trop pugnir/ & quant est de l'excusation -qu'elle prenoit sur ce que son -maistre lui avoit promis de n'en -rien dire ne luy en faire semblant -elle ne valloit riens/ car jamais -en tel cas l'on ne faict telles promesses -si non pour sçavoir et enquerir -plus avant et concluoit a -reparation du cas comme dessus -est dit. Surquoy ladicte vieille -disoit au contraire que son faict -estoit pitoyable & que jamais n'en -eust parlé se elle eust sceu qu'il en -fust venu mal/ ou qu'il y eust eu -danger pour sa maistresse. Finablement -parties ouyes ont esté apoinctees -en droict et a produire -par devers la court et au conseil -ce que bon leur semble. Si a ladicte -court veu le procés avecques -la confession faicte par la vieille -& tout ce qu'il failloit veoir en -ceste matiere a grant et meure deliberation/ -et tout veu la court a -condampné ladicte faulce vieille -pour raison du cas a elle commis -a crier mercy a ladicte demanderesse -et estre pilloriee par trois -foys au jour de marché et oultre -la prive & bannisse du service des -dames a tousjoursmais de quelque -estat qu'elles soyent en luy deffendant -sur peine de la hart que -jamais en bonne compaignie ne -se trouvast. Au regard des aultres -provisions requises par le -procureur general touchant la visitacion/ -la court a ordonné certains -commissaires qui se informeront -sur les abus pour aprés -y pourvoir ainsi qu'il appartiendra</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xx. arrest</h2> - - -<p>En la court de ceans c'est -assis ung aultre procés -entre ung amant demandeur -d'une part a sa dame/ d'autre -part disoit ledict demandeur que -le plus grant desir que cueur d'amant -ait c'est de veoir souvent sa -dame/ mais pour doubte de faulx -semblant et malle bouche qui sont -tousjours espiant il estoit contraint -de aller de nuyt passer devant l'hostel -de la dame et s'il ne la trouvoit -il baisoyt l'huis et s'en alloit -pensif/ mais il se esjouyssoit pensant -que amours luy avoit fait -si grant grace devenir a si hault -bien Et puis quant il estoit couché -& il ymaginoit en soy mesme -que sa dame ne sçavoyt riens s'il -estoit venu ou non & qu'elle ne luy -en sçavoit aulcun gré pource qu'elle -ne l'avoit veu : il se retournoyt -dedens le lict plus de cent mille -fois et ne pouoit dormir : et aprés -ce/ venoit sur le point du jour qu'on -ne voit encores guaire luy failloit -ribon ribaine se lever du lict -et s'en aller de rechief devant l'hostel -de sadicte dame escoutant lever -les avaynes et regarder par -les crevasses de l'huys s'il la verroit -point en son corset ou a sa cotte -simple/ car il en eust esté en paradis. -Or disoit il que incontinent -qu'il estoit arrivé et qu'il boutoit -l'oeil entre la serrure et la fante -par ou en oeuvre l'huys d'ung -loquet il en y avoit au plus pres -de la maison de sa dame une paillarde -caille qui commençoit a crier/ -et chanter courcaillet comme -se seust esté chose juree & qu'elle le -voulsist accuser/ or disoit cest amant -icy que au cry de ladite caille -son sens mesloit et perturboit/ -ne n'y a homme si rassis qui n'en -fust esbahy et tellement que aulcuneffoys -de sanglante paour et -frayeur qu'il avoit se hurtoit le nez -en se retrayant ne sçavoit qu'il devenoit -et encores pis ne cessoit de -crier comme une enragee plus -fort que devant jusques a ce qu'il -s'en fust party qui luy estoit ung -tresgrant ennuy et desplaysir et -disoit que s'il pouoit veoir ou tenir -ladicte caille il la tueroit/ quoy -qu'il luy deust couster mais il ne -la pouoit veoir ne prendre pour -ce qu'elle estoit dedans la maison -et pource requeroit que ladite dame -fust condampnee a faire abbatre -la cage et tuer ladicte caille -ou faire vuyder dehors affin qu'elle -ne luy escriast plus dessus son -jeu ne fist desplaisir et disoit que -c'estoyt raison. Et la partie de ladicte -dame fut deffendu au contraire -et disoyt que ladicte caille -ne estoit sienne en sa puissance et -subjection/ Car elle estoit en la -maison d'ung de ses voisins qui -y prenoyt plaisir a la nourrir et -tenir parquoy n'y avoit que congnoistre -aussi n'estoit ce que ung -povre oyseau qui gaingnoyt sa -vie a chanter/ pource de la tuer -se seroit tres mal faict/ disoit oultre -que ladicte caille n'y pensoit a -nul mal et n'estoit que sa coustume -de chanter et quant est d'attendre -longuement a l'huys de la maison -c'estoyt simplesse a luy/ car il -pouoit bien penser que a l'heure de -si hault matin il n'y avoit personne -levé et luy eust mieulx valu -estre couché & dormir encores Si -concluoit ladicte dame par ces -moyens a fin de non recevoir et -d'absolution A quoy ledict amant -pour ses replicques disoyt que de -dormir n'eust il peu/ car en tel cas -quant l'en veult dormir c'est a l'heure -que on s'esveille et que une heure -en dure cent. Et au regard de -ladicte caille disoit que ladite dame -la debvoit faire abatre/ car elle -avoit bien la congnoissance au -lieu ou c'estoit/ et ne failloyt que -faire rompre ung ou deux bastons -de ladicte cage pour l'en faire en -aller Et protestoit au surplus que -se ladicte dame ne luy voulloyt -faire que luimesme la feroit tuer -a quelque meschief qui en peust advenir/ -car aulcuneffois quant elle -crioit elle l'effroyoit tellement -et luy faisoit plus de mal que qui -lui eust baillé d'une dague par l'estomac/ -surquoy finablement parties -ouyes ont esté appoinctees a -mettre devant la court & au conseil -Si a ladite court veu le plaidoyé -des parties et tout ce qui a -esté produict Et tout veu et consideré -ce qu'il faisoit a veoir & considerer -la court dict que ledict amant -ne faict a recepvoir a faire -ladicte demande contre ladicte -deffenderesse/ Et si desclaire que -ladicte caille demourra la ou elle -est pour vivre et chanter tout -ainsi qu'elle pourra. Et oultre -deffend la court audict demandeur -de luy faire mal ne getter pierres -contre la caige pour l'abbatre -a terre sur peine de confiscation -de corps et de biens/ & d'estre privé -de l'amour de sadicte dame.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxi. arrest.</h2> - - -<p>En la court de ceans -c'est assis ung aultre -procés entre ung aultre -amant demandeur -d'une part et une sienne jeune dame -et amye deffenderesse d'autre -part et disoyt ledict demandeur -que ja pieça sadicte dame se feist -saigner du pied en l'eaue et de la -vaine du foye et pource que son -medecin luy avoit enchargé comment -que ce fust qu'elle ne s'endormist -point aprés la seignee. Icelle -dame manda a son tresdoulx -amy demandeur que il se trouvast -devers le soir devant son huys -a tout la Harpe et les Orgues/ -pour la resjouir et faire passer le -temps affin que elle ne dormyst -point. Et a ceste cause le gallant -incontinent qu'il sceut les nouvelles -laissa toutes besongnes -et feist dilligence de se trouver a -l'heure assignee : garny des bas instrumens -de mellodye qu'on pouoyt -finer et n'avoyt garde d'y faillir. -Sy estoit vray que ainsy que -lesdis menestriers commencerent -a jouer/ ladycte dame s'en vint -jouer/ incontinent de plain bont -et a l'estourdy ouvrit une des fenestres -de ladicte chambre ou elle -estoit pour les ouyr de plus a -plain/ mais il advint que en retirant -a elle ungs des potz de marjolaine -ou de violettes pour prendre -place et se appuyer sur le bort -des fenestres qu'elle fist par hativeté/ -elle fist choir une palette plaine -de son sang qu'on avoit mis sur -ladicte fenestre pour essorer ainsi -qu'on a acoustumé/ et tumba sur luy -si que toute sa chemise en fut gastee -et ensanglantee et pareillement le -colet de son pourpoint Touteffois -il cuydoit lors pource qu'il estoit -nuyt et aussi qu'on ne veoit goutte -que ce ne feust que eaue qui eust -degoutté des violers en les arrousant -et n'en tint pas grant compte -ainçoys s'en tenoit tout joly esperant -que sadicte dame l'eust fait tout -de voulenté pour l'amour de luy -Or quant les menestriers eurent -assés longuement illec joué/ et -qu'il fut temps de s'en aller ledict -amoureux demandeur s'en partit -moult reconforté et ne luy duroit -point le chemin. Mais se mal -advint que en une des rues par ou -il luy failloit passer a s'en retourner/ -il y avoit eu moult grant noise -de gens qui s'estoyent entrebastuz -et les queroit le guect tout partout et -pource par suspeçon vint le guet demander -audict compaignon demandeur -qu'il estoit et dont il venoit. A quoy -il leur respondit qu'il venoit -de reveiller les potz de marjolayne/ -mais l'en ne l'en vouloit pas -croire : ainçoys firent les gens du -guect approucher leur lanterne -pour le veoyr a son visaige/ en -quoy ce faisant fut apperceu son -colet du pourpoint tout plain de -sang qui estoit respandu de la fenestre -de sa dame sur luy. Et commença -chascun a dire qu'il estoyt -de ceulx qui s'estoient combatus -en ladicte rue/ et qu'il en portoyt -les enseignes/ combien que a la -verité ne sçavoyt que c'estoyt de -ladicte noyse : et a tant fut prins -et mené prisonnier non obstant -ses bonnes raisons/ dont il fut -bien esbahy et coucha la nuyt en -prison ou il ne dormoyt guieres -car cela luy valloit une seignee -ou il ne failloyt point dormir aprés -et le lendemain il fut delivré -Or disoit que dudit emprisonnement -et de la paine dommage -et interest qu'il avoyt soustenus -ladicte dame en estoit tenue tout -du long/ car ce avoit esté par elle -que le cas estoit advenu. et pour ce -concluoit a l'encontre d'elle qu'elle -feust condampnee a le recompenser -de ses despens/ dommages -et interestz ou aumoins a lui donner -pour recompensation dudit -cas six ou huyt baisiers tous entiers -a grans acollees et embrassees. -A ses fins offroit a prouver -et demandoit despens du cas que -elle vouldroit resister a l'encontre -de ses conclusions. De la partie -de ladicte deffenderesse fut deffendu -au contraire Et disoit que -par sa foy quant elle vint a la fenestre -ouir lesditz menestriers elle -ne pensoit nullement du monde -que lesdictes pallettes lesquelles -estoyent plaines de son sang -y feussent encores/ ains elle cuydoit -fermement que sa chamberiere -& servante les eust oster hors -de la Et ne advint le cas que par -deffortune et inconvenient dont -par ce moyen n'estoit tenue a luy -Et aussi ne luy recordoit aulcunement -qu'elle eust ouy rien cheoir -a terre sinon ung bouquet de viollettes -qu'elle luy gecta. Disoit -avec ce que s'il avoit esté mis & detenu -aucunement prisonnier elle -n'en pouoit mais. et aussi n'estoit -ce pas a sa requeste ainçois en avoit -esté moult dolente & courroucee -quant elle le sceut/ et s'il s'en fust -allé le droit chemin sans aller par -ces rues foraines/ il n'eust point -a l'advanture rencontré le guet. -Et pource de prendre conclusions -a l'encontre de elle/ certainement -n'estoit ledit amant aucunement -recepvable. Et n'estoit ladicte dame -tenue de l'amender/ mais au -regard desdictz baisiers qu'il luy -demandoit elle s'en rapporta a la -court. Concluant au surplus affin -d'absolution. Disoit ledit amant -par ses replicques que posé -qu'elle n'eust commys le cas a -son escient et aussi de guet a pensé -touteffois veu qu'il estoit advenu -par faulte & coulpe d'elle elle -estoit tenue de l'en desdommager -et de recompenser. disoit oultre -que oncques puis sadicte chemise -ne son pourpoint ne luy servirent -combien que de cela ne luy -chaloit pas tant comme de la prinse -de sa personne. Mais ladicte dame -respondit que luymesmes en -estoit cause/ et que jamais l'en ne -doit aller sans sçavoir le nom de -la nuyt car s'il l'eust sceu il ne fut -pas tumbé en danger. Et quant -est de la partie de sa chemise elle -offroyt de la blanchir ou luy en -donner une autre plus belle que -la sienne n'estoit combien qu'il la -debvoit plus aymer que une autre -pource que le sang d'elle avoit -espandu dessus Finablement lesdictes -parties ouyes elles ont esté -appointees a produire/ et mettre -par devers la court & au conseil -plaidoyé & tout ce que bon leur -semblera. Si a la court tout au -long veu ledict procés et tout ce -qu'il failloit veoir en ceste matiere -et tout veu la court dist que ceste -dame sera tenue toute recompensation -de donner a sondit amy -demandeur demy douzaine de baisiers -bien assis & dont chascun d'iceulx -pourra durer autant qu'on -mettroit a dire ung <span lang="la" xml:lang="la">De profundis -et Fidelium</span>. Et si pareillement -sera tenue l'avoir pour recommandé -en sa grace pour les biens -du temps advenir.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxii. arrest.</h2> - - -<p>En la court de ceans c'est assis -ung aultre procés entre -les heritiers ou ayans cause d'ung -amant jadis de grant façon & bien -renommé demandeurs en cas -d'excés & le procureur general d'amours -adjoingt avecques eulx -d'une part. Et la dame de icelluy -deffunct deffenderesse d'autre part -Et disoyent lesdictz heritiers demandeurs -que ledict deffunct avoyt -en son vivant son amour -mis si ardamment qu'il ne s'en sçavoit -ravoir. Et estoit bien aulcuneffois -deux ou trois jours sans -boire ne manger quant il pensoit -a elle. Et brief il en estoit tant feru -que au dernier il luy en estoit -mal prins. Et pour venir au cas -particulier disoyent sesditz heritiers -demandeurs que ladicte dame -avoit moult long temps pourmené -ledit deffunct sans luy faire -aulcun bien & estoit qu'elle luy -prya qu'il l'estrenast le jour des estraines. -A quoy se voulut tresbien -employer/ et en effect luy donna -ung tresbeau don dont il n'est -ja besoing de parler Et dequoy elle -fut tant contente & tant joyeuse -qu'elle luy dist lors qu'elle le estraigneroit -tresbien. Et de fait elle -ordonna qu'il coucheroit en l'hostel -d'une sienne voisine qui avoit -sa chambre et demourance assez -pres de la sienne Et par laquelle -en cas de necessité l'en pouoit aller -de l'ung a l'autre. Si fut le povre -gallant bien joyeulx de telles -estraines en soy repentant que il -ne l'avoit encores mieulx estrainee. -Mais ainçoys les dictes estraines -luy cousterent bon prys. -Si advint que pour inciter & mouvoir -tousjours les ditz de sa dame -a devotion il loua les bas menestriers -pour venir jouer devant -l'hostel entre mynuyct et le point -du jour qu'ilz ne faillirent pas a -venir/ et comme ledit gallant fust -couché en atendant ses estraines -lesditz menestriers alors commencerent -a jouer la basse dance de Je -languis et de l'ardant desir/ & sur -ce point dangier le mary s'esveille -lequel ne pensoit pas a danser -et commença incontinent a dire -qu'il avoit ouy des larrons en la -maison. Et aussi pareillement que -il avoit ouy ou songé la nuyt que -on les devoit desrobber/ parquoy -se voulut lever. Et alors ladicte -dame faignant de aller allumer -de la chandelle s'en vint courant -dedans la chambre ou le galant -estoit couché & luy dist qu'il estoit -perdu/ et que dangier se doubtoit -bien qu'il estoit leans. or qui fut -bien esbahy a l'heure ce fut le compaignon -et nompas sans cause/ -car il ne sçavoit de quelle part tourner. -Et alors tout a coup et soubdainement -il gecta la couverture -du lict ou il estoit couché a terre -et se leva tout nud comme s'il -venist du ventre de sa mere/ ce qui -estoit besoing qu'il fist sans songer/ -car l'en le poursuyvoit de bien -pres & avoit esté la chose bastie -de longue main pour l'attrapper -et luy faire finer piteusement ses -jours. Si advint si bien qu'en descendant -les degrez il rencontra une -vieille chamberiere qui sçavoit -tous les destrois de l'hostel de leans/ -laquelle ayans pitié et compassion -de son cas luy dist que il -n'y avoit remede en son fait sinon -qu'il se boutast dedans ung vieil -gelinnier de la maison lequel estoit -tout plain de poulles/ et de -chappons ou jamais on ne l'eust -esté querir ne cercher. si creut son -conseil et advertissement & aprés -que ledit gallant fut entré dedans -ledit gelinnier ladicte vieille ferma -tresbien le guichet en mettant -des barres au devant/ affin que -l'en n'y peust entrer. Et ce fait s'en -partit ladicte chamberiere bien legerement -sans soy arrester pour -mucer et oster ses robbes et habillemens -affin que l'en n'apperceust -riens/ en quoy feist diligence extreme -et brief elle les entourtilla -tous en ung monceau et les getta -tous sur le ciel de son lict. mais -encores ne peult oncques si bien -cacher ne mucer que ledict danger -ne trouvast ung des patins dudit -galant qui estoit par cas de fortune -demouré en la ruelle du lict -et dieu scet la tempeste qu'il en fut -Et combien que ladicte vieille -chamberiere en faisant son debvoir -jurast & affermast par grans sermens -et sur son baptesme que c'estoyt -ung des patins des menestriers -dessusditz qu'ilz luy avoyent -rué a la teste/ pour ce que elle -leur avoyt gecté de l'eaue affin que -ledit dangier n'y eust point de regret -ne aucune suspection. Touteffois -pourtant icelluy danger -ne s'en voulut oncques taire/ ainçoys -dist et jura que il n'y auroit -lict ne banc qui ne fust renversé & -mis sen dessus dessoubz/ et cherchoit -depuis la jusques au guernier -pour trouver ledit galant lequel -estoit caché et mucé leans & -en congnoistre et sçavoir la pure -verité Si furent allumez falotz -et lanternes de tous costez/ et n'y -eut guichet/ ne cornet despuis le -hault jusques bas ou l'en ne cherchast/ -& si ne failloit point replicquer -ne dire. Il n'y est pas/ car la -fureur de dangier couroit alors -pour tout confondre. Or sur ce -point fault noter qu'il geloit a pierres -fendans et goutte sur aultre/ -parquoy le povre amant qui ainsi -estoit tout nud dedans ledit gelinier -ne l'avoit point d'advantage/ -car il demoura la en cest estat -et trembloit pareillement comme -la fueille fait en l'arbre par l'espace -de bien environ deux grosses -heures Et qui plus est avec le mal -qu'il souffroit encore souffroit il -innumerable douleur des coqz & -chappons qui le venoyent mordre -& bequeter comme se feust esté -poussins et tellement qu'il luy -failloit tousjours avoir les mains -au devant de ses yeulx affin qu'ilz -ne les luy crevassent. et disoit on -pour vray que quant il sortit dudit -gelinnier il avoit plus de six -cens troux & morsures dont il seignoit -de tous costez/ qui estoit une -angoisse importable & ne se osoit -plaindre/ crier/ ne tirer son alaine -affin qu'on ne le veist ou apperceust. -Et advint si bien que quant -ledit dangier demanda qu'avoyent -lesditz poussins qui ainsi voloyent -et faisoyent si grant glay -et caquet que merveilles. Mais -ladicte vieille chamberiere & servante -print la parolle sans soy effrayer -en disant audit danger que -c'estoit pour l'amour de la lueur/ -et lumiere des falotz & chandelles -dont lesditz chappons & poulletz -avoyent paour/ & adonc fut ledit -danger content sans plus rien en -enquerir & s'en alla coucher. si fut -le povre homme tiré dehors de leans -aussi roide comme une barre -de vieulx fer & ne congnoissoit -desja plus personne/ et quant l'en -le voullut faire approcher d'ung -feu que l'en fist en la cuisine pour -l'eschauffer il commença a soy esvanouyr/ -et brief qu'il ne l'eust bien tost -secouru il estoit mort tout -plat/ or s'en failloit il partir a cop -Car la demeure estoit trop perilleuse/ -mais ledict povre amant ne -eust peu avoir sesdictes robbes/ -et vestemens qui ainsi avoyent -esté gectez sur le ciel du lict sans -faire grant noise qui estoit encores -pour tout gaster parquoy fut -ledict compaignon contrainct de -vestir l'une des robbes de ladicte -vieille chamberiere qui estoit bien -estroicte sur les espaulles dudit -amant & de chaulser les souliers -de ladicte vieille chamberiere. et -en ce point s'en vint a sa maison -tresbien malade & en moult piteux -termes/ si se fist alors bien penser -et le lendemain visiter par les medecins. -Mais estoit si tresesmeu -et avoit si forte fiebvre du grant -travail qu'il avoit souffert que l'en -n'eust sceu bouter remede sinon que -il traina bien .xv. jours sans sçavoir -boire ne manger. Et devint -aussi sec que boys si que finablement -il alla de vie a trespas qui -estoit bien grant dommage veu -qu'il estoit sur le point de son bien -Or disoient lesditz heritiers que -attendu sa personne et le lieu dont -il estoit le cas estoit bien detestable/ -parquoy la pugnition & la peine -debvoit bien estre grande contre -ladicte dame qui avoyt esté cause -de le faire ainsi mourir avant -ses jours. Et pour ce concluoyent -et requeroyent a l'encontre d'elle -que pour occasion dudit cas dont -mort s'en estoyt ensuyvie qui n'estoit -pas possible de reparer ycelle -feust condampnee a leur faire -amende honnourable nudz piedz -et sans saincture tenant une torche -ardant en sa main du poix de -quattre livres en disant que faulcement -et maulvaisement elle avoit -esté cause de la mort dudict -deffunct leur frere dont elle se repentoit -et leur en cryoit mercy et -a amours Que avecques ce elle -feust condampnee a faire faire -une croix ou epytaphe ou tombe -ou cymitiere ou il estoit enterré -en laquelle fust pourtraicte la -figure et representacion dudict deffunct -et escript au bas de la tombe -pour en avoir memoire a tousjours.</p> - -<blockquote> -<p>¶ Cy devant gist le corps -d'ung vaillant amoureux jadis -bien renommé qui fut piteusement -estrainé de sa dame/ et qui receut -d'elle si bonnes estraines qu'il en -est piteusement mort quinze jours -aprés : dieu en ait l'ame.</p> -</blockquote> - -<p>Que en -oultre ladicte dame soit condempnee -a asseoir rentes a tousjours -et perpetuelles pour fonder deux -chappelles garnies de messel calices/ -chappes/ aubes/ vestemens -et ornemens aux armes d'iceluy -deffunct. et esquelles chappelles -seront chantees et celebrees .ii. -messes & quatre obitz l'annee pour -le remede et salut de l'ame dudit -deffunct amant et de tous ses amys -trespasses. Qu'elle soit aussi -condempnee a bailler l'argent -qu'il fauldra pour admortir lesdictes -rentes Que la presentacion -desdites chappelles appartiengne -aux hoirs et heritiers d'icelluy -deffunct & la conlation a l'ordinayre. -Et oultre plus que ycelle -deffenderesse soyt de rechef -condampnee envers iceulx heritiers -par devant toutes oeuvres -par ledict procureur general pour -ladicte grant offence qu'elle a faicte -a faire ung service moult solempnel -auquel service tous les -parens et amys/ grans/ et petis -dudict deffunct seront appellés -Et ou il y ait semonce deux torches -et luminaire selon l'estat de -la personne dudict deffunct. Auquel -service les gens partyront -de l'hostel ou le deffunct est trespassé -comme se son corps y estoit -et la sera ladicte dame de icelluy -deffunct nudz piedz faisant le premier -dueil et laquelle tiendra en -sa main en allant au monstier et -durant le service ung crucefix -de bois bien piteux qu'elle pourra -bayser s'elle veult en signe et -signification qu'elle est signe de -mort comme celle qu'on mayne -a la justice que aussi elle soit condempnee -quant l'on yra a l'offrande -par la robbe l'ancien frere dudict -deffunct/ & de le mener devant -par ung des costez de son manteau -jusques au pres du prestre pour -le faire baiser. Et cela fait s'agenouillera -et inclinera devant le -prestre sans baisier a l'offrande -et puis s'en reviendra aprés luy. -Que aussy quant ce viendra a -lever dieu elle soit tenue de soy lever -de la place ou elle sera assise -pour aler alumer la torche a celluy -qui la tiendra et ce fait baiser -le poile estant sur le coffre dudit -deffunct ou de sa representation en -soy inclinant tout bas Et en oultre -aprés ce que la grant messe sera -dicte et quant l'on yra en procession -chanter sur la fosse dudit trespassé. -<span lang="la" xml:lang="la">Libera me domine de morte. &. ce.</span> -que icelle dame deffenderesse soit -condampnee et contrainte a soy -descheveler & agenouller sur ladicte -fosse les mains jointes au -ciel/ durant toutes les oraisons -que l'en dira illec sur le corps et a -prendre le guypillon ou benoystier -pour getter l'eaue benoiste dessus -ladicte fosse deux ou trois foys -en baisant la terre & disant devant -tout le monde c'est par moy que es -maintenant cy lasse dolente/ maudicte -soit l'heure que je fus oncques -nee/ et puis cela faict elle sera -tenue de metre au bout du chevet -de ladicte fosse une croix ou -ledict crucefix qu'elle tiendra en -ses mains. Et aussi qu'elle soyt -condampnee a donner et bailler -le jour du service par ses mains -a chascun povre qui se trouvera -audict cymetiere ung grant -pain blanc tout chault/ et deux -tournoys pour l'ame dudict deffunct. -Et pour amende prouffitable -qu'elle feust condampnee -en la somme de quatres mille livres : -et aussy a tenir prison ou il -appartiendra A ces fins offroient -lesdictz heritiers a prouver/ et -demandoient despens dommaiges -et interestz. Et au regard dudict -procureur general & des gens -d'amours ilz disoient que par les -dessusdyctes informations qui -avoyent esté faictes en ceste matiere -il apparoissoit bien de tout -ce que dit est dessus et comme ledict -deffunct quant il fut tiré du -gelinier/ il estoyt presque demy -mort mais se cas la advint par -la faulte de ladite dame ou pour -le cuider decepvoir/ il n'y avoyt -nulz des tesmoings examynés -es dites informacions qui en parlast. -Et pource protestoyent lesdictes -gens d'amours de prendre -leurs conclusyons plus a plain -mais qu'ilz eussent ouyes les dictes -partyes tout du long. Sy -fut aprés ladicte deffenderesse -ouye/ qui premierement nya la -demande d'eulx demandeurs estre -vraye. Et puis aprés pour -ses deffences disoyt qu'elle eut singuliere -amour et accointance avecques -le deffunct et que ce fut -moult grant dommaige de sa -mort/ car il estoit taillé se il eust -vescu d'estre ung grant homme -et d'avoir des biens largement. -Aussi estoit il debonnaire aymé -de chascun : parquoy valloit bien -d'estre cher tenu/ et n'y avoyt ame -qui en la mort de luy eust tant -perdu qu'elle avoit faict/ car une -foys par le moyen de luy s'il eust -pleu a Dieu de le laisser vyvre -sur la terre elle avoyt intencion -d'estre fort avancee et honnouree -et ne feut oncques icelle deffenderesse -autant doulente de mort d'homme -comme elle feut de la sienne -aussy ne le pouoit encores oublier. -Or estoit il vray voirement -que le jour des estraines il se approcha -d'elle & la voulut estrainer -Et combien qu'elle ne voulsist -prendre les dons qu'il luy vouloit -donner toutesvoyes il la contraignit -par force a les recevoir/ et jura -que jamais ne les remporteroit -Si advint que lors pource qu'il -estoit tard & qu'il n'eust veu goutte -pour s'en retourner il la pria que -pour dieu elle le logeast pour la -nuyt seullement/ et jusques a ce que -les menestriers venissent devant -l'huis pour le recueillir et s'en aller -avecques eulx. A laquelle priere -obtempera icelle dame ayant pitié -de luy et pour recompensation -des estraynes qu'il luy avoyt -donnees feut contente de le hebergier/ -et ordonna qu'il feust couchié -blanc et mol/ comme a luy -bien il appartenoit/ et en beaulx -draps tous neufz qui sentoyent -a plaine gorge les roses des provins -qu'elle luy tyra de son coffre -a celle fin qu'il dormast mieulx -Et aprés ce qu'elle luy eust dit dieu -vous doint bonne nuyt elle luy -bailla ung coeuvrechief & s'en alla -coucher ou elle devoyt et elle ne -cuidoit point jamais que danger -s'en fust advisé ou apperceu. Et -aussi a la verité il ne l'eust pas jamais -fayt se n'eussent esté d'aulcuns -malheureux envieulx dudit -deffunct courroucés de son bien -qui luy baillerent cest aventure -sans cause & sans raison/ car chacun -n'y pensoit que bien. Or fut -vray que tout a ung mouvement -ledict dangier quant il ouit les menestriers -jouer devant son huys -se leva comme tout esmeu et eschauffé/ -commença a dire. S'il est -ceans je le trouveray bien. Et de -ceste heure ceste povre femme qui -ne dormoit pas vint au devant -de luy en demandant ou il voulloit -aller ne qu'il voulloyt faire. -Surquoy en respondant mal gratieusement -dist laissés moy aller -et luy bailla ledict dangier deux -souffletz dont elle cheut a terre -toute plate comme toute estourdye. -Si commença a crier et survint -au cry la vieille chamberiere -a qui ledict dangier commanda -de aller allumer la chandelle -mais ce pendant la bonne maistresse -la bouta du pied et entendit -et congneut bien le jeu/ tellement -qu'elle s'enfouyt tout incontinent -sans delay vers le deffunct -luy dire et annoncer les nouvelles -dont il fut si effrayé qu'il se -leva treshativement sans se seigner -ne prendre sa chemise. Or -qu'il devint depuis ne qu'il en fist -ceste dame deffenderesse n'en sçavoit -riens mais oncquespuis ne -le veit ne n'ouit parler Et avoyt -lors assés a faire de choyer dangier/ -Et de luy dire qu'il auroyt -frait/ et seroit malade s'il ne s'en -tournoit coucher affin de luy rompre -son entreprinse/ mais d'autant -qu'elle le vouloyt appaiser il eschauffoit -encores plus de cherchier -ledict gallant ne ne la voulloit -oncques en façon ne maniere -qu'il est au monde possible cesser -ne delaisser aucunement pour -parolles ne pour prieres et supplications/ -ains convint qu'il cherchast -par tout ou bon luy sembla -et n'atendoit la povre femme que -la mort et ne sçavoit lors qu'elle -faisoit ne ou elle estoit/ Car des -douleurs avoit assez et eust bien -voulu estre hors du monde/ nompas -pour doubte d'elle ne pour son -honneur/ car elle n'en craignoyt -ame du monde/ mais pour le dangier -ou ledict deffunct estoit/ et -le desplaisir qui l'en pouoit avoir -Or disoyt elle oultre qu'elle feut -bien deux grosses heures entieres -nudz piedz et en sa cotte simple -parmy la maison allant tousjours -aprés ledict dangier et jusques -a ce que le tonnoirre fust cessé -et dieu scet en quel paine brief -chascun eust pitié de la veoir en -cest estat/ car elle n'avoit couleur -au visaige et estoyt aussi deffaicte -que ung drappeau et si trembloit -comme la fueille en l'arbre -Et encores par maleureté advint -que le feu de la chandelle que elle -tenoit se print a ses cheveulx -mais elle si terriblement troublee -qu'elle ne le sentit oncques ne n'est -possible a femme de endurer tel -torment ne tel douleur pour une -foys qu'elle fist alors Disoyt avecques/ -ce que quant la noyse -fut appaisee & que dangier ne trouva -pas ce qu'il cuydoit elle envoya -incontinent ses clefz en bas pour -avoir des couvrechiefz pour chauffer -sondit feu amy/ et luy faire -revenir le cueur & la parolle/ et si -n'est point a croyre qu'il ne luy fist -tresgrant mal de ce qu'elle ne pouoit -aller vers luy pour le reconforter/ -mais elle avoit trop grant -empeschement et si n'estoyt pas -temps Touteffois au dernier faignant -qu'elle eust mal au ventre -elle trouva maniere de venir -en bas et vint a une course -luy dire a dieu & le baiser moult -doulcement et alors les larmes -yssirent deux yeux tant d'ung costé -que d'autre & ne pouoient parler -tant avoient chascun le cueur -serré/ cela faict elle s'en retourna -coucher bien dolente/ mais n'eust -sceu dormir tant larmoyoit et -avoit de mal si que le lendemain -l'en eust trouvé les draps du lict -tous plains de larmes et gemissemens. -et depuis qu'elle le sceut -que ledit deffunct fut malade elle -ne eut joye au cueur ne n'estoit -une seule journee que elle ne luy -envoyast des prunes de damas seches/ -des fleurs de toutes sortes/ -boucquetz odorans/ et toutes autres -choses plaisantes pour le esjouyr/ -mais ce que chascun dit il -fut mal pensé ou petitement secouru -et luy bailla son medecin par -trop de medecines laxatives/ Et -puis il estoit foible et de tendre complexion/ -et en effect il trespassa bien -trois sepmaines le cas advenu -Or disoit ceste dicte deffenderesse -que de la voulloir chargier de -la mort dudit deffunct c'estoit tresmal -fait/ veu qu'elle n'en avoit tache -ne coulpe/ ainçois vouldroit -qu'il luy eust cousté six pallettes -de son sang/ & qu'elle ne deust boire -ne manger que du pain & boire -de l'eaue d'icy a trois ans & il fust -encores en vie. Disoit aussi par -autre moyen que l'en ne la devoit -charger de sa mort. Car elle n'en -pouoit mais/ et fut a la requeste -dudit deffunct qu'elle consentit que -il demourast a l'hostel & pour lui -faire plaisir qui ne luy doit tourner -a dommaige et s'il eust beaucoup -a souffrir encores en eut elle -plus la moytié. Aussi ne fut ce -pas par elle que la fortune advint -ainçois par ceulx qui avoyent rapporté -faulses parolles a dangier -dont par ce moyen l'en s'en devoit -adresser a eulx et nompas a elle. -Et quant au regard de la charger -qu'elle sçavoyt bien que tout ce qui -a esté fait adviendroit. Respondit -par sa foy qu'il estoit impossible -que le cas fust advenu se premierement -danger n'eust esté embouché -des envieux dudit deffunct & -ne l'eust point songé Aussi de dire -qu'elle feust consentant/ veu que -son honneur y pendoit/ cela estoit -trop notoirement faulx et ne l'en -voulut oncques charger ledit deffunct -qui en sçavoit bien la pure -verité. Si disoit ladicte deffenderesse -qui par les moyens dessus -couchez que lesditz heritiers ne faisoyent -a recepvoir en quoy que ce -soit en voye d'absolution. A ses -fins concluoit et demandoit despens -Et entant qu'il touchoit les -gens d'amours qui disoyent que -il sembloit de prime face que il y -eust grande presumption contre -ladicte dame entant que elle envoya -audit gallant qui estoit dedans -ledit gelinnier une vieille -robbe ou couverture pour le couvrir -veu qu'il geloit a pierre fendant/ -et qu'elle pouoit bien penser -qu'il morfondoit illec/ & pource requeroyt -que le droict d'amours y -fust gardé. Respondit ycelle dame -qu'il n'eust pas esté en toute sa -puissance de le secourir/ pour ce -que dangier estoit tousjours auprés -d'elle et qu'il faisoit autant de -pas comme elle faisoyt/ et se elle -eust fait aulcun semblant d'aller -devers luy/ tout eust esté descouvert. -Aussi ne sçavoit elle alors -ou il se estoit bouté ne qu'elle faisoit -tant estoit effrayee de l'advanture. -Surquoy les heritiers dudit -deffunct en repliquant disoyent -que elle ne se pouoit excuser de la -mort d'icelluy/ car devoit estre asseuree -de son cas & avoir deux cordes -en son arc avant que le laisser -demourer leans. c'est a dire que -elle debvoit pourveoir a l'inconvenient -et luy faire deux chemins -affin au moins quant danger fust -venu par l'ung qu'il s'en allast par -l'autre mais elle avoit ouvré au -contraire/ car elle avoit mys le povre -homme coucher en la gueule -des loups qui l'eussent voulentiers -devoré se par amours ne eust -esté secouru/ & quant du secours -qu'elle disoit avoir fait audit deffunct -ne sert de riens. et aussi pour -monstrer l'experience du contraire -oncques n'avoit esté au service -dudit deffunct ne porter le dueil. -comme se jamais ne l'eust congneu -Si fut dupliqué par ladicte deffenderesse/ -en disant que c'est plus -grant paine la moyctié de porter -le dueil dedans le cueur que dehors -& mettre une robe noire car -l'ung griefve et touche de pres/ et -l'autre n'est que pour faire maniere/ -et en y a beaucoup qui font le -dueil par dehors mais ne leur en -chault. Si estoit ladicte deffenderesse -de ceulx mesmes qui le portoyent -au cueur car jamais n'oublyoit -le deffunct/ et n'estoit jour -ne nuyct que elle n'en plourast et -priast pour luy quant il luy souvenoit -de sa grant douleur et debonnaireté. -Au regard des deux -chemins il n'est personne si saige -ne si advisé qui ne perdist le sens -mesmement quant l'en n'a pas le -loisir d'y penser et que ung tel inconvenient -vient si soubdainement -et en parlent plusieurs bien a leur -aise par ce qu'ilz ne sçayvent que -c'est. si disoit par ses moyens que -a elle l'en ne pouoit riens demander -dudit cas comme dessus. Lesquelles -parties ouyes en tout ce -qu'elles ont voulu dire & aleguer -elles ont esté appointees contraires -et en enqueste/ laquelle a esté -faicte/ et rapportee par devers la -court et ont depuis les parties baillé -reprouches produit ce que bon -leur a semblé. Si a la court veu -finablement ledit procés enquesté -et tout ce qui il failloit veoir -en grant et meure deliberation/ & -tout veu et consideré ce qu'il failloit -a considerer la court dit que -elle absolut la dame des impetitions -& demandes des heritiers dudit -deffunct comme non coulpable -du cas & recompense les despens -d'ung costé & d'autre & pour cause</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxiii. arrest.</h2> - - -<p>En la court de ceans c'est -assis ung aultre procés -entre une dame apellant -d'une part & ung sien intime d'autre/ -& disoit ladicte appellant que -jaçoit ce qu'elle ne luy eust meffait -ne mesdit en riens/ mais ay tousjours -taché a luy complaire/ neantmoins -ledit intime c'estoit vanté -de luy porter dommaige & de fait -l'a menacee de la faire prisonniere/ -et voulant faire information -pour la prendre elle s'est sentue grevee -et en a appellé. Si concluoit -tout pertinent en matiere d'appel -qu'elle a esté mal menacee & bien -appellé par elle A ces fins offroit -a prouver et demandoit despens -de la partie dudit amant fut deffendu -au contraire & disoit que ung -soir bien tard ainsi que il passoit -par devant l'huys de sadicte dame -il commença a toucer affin qu'elle -l'ouyst pour dire dieu vous doint -bonne nuyt/ mais aussi tost qu'elle -entendit que c'estoit il elle print -ung seau d'eaue & le gecta a sa fenestre -sur sa teste et dedans le dos -tellement que le povre homme fut -tout esfarouché & cuidoit bien estre -noyé. Aprés laquelle eaue gettee -la dame & sa chamberiere commencerent -a rire si hault & se mocquer -qu'il les peust bien ouyr/ dont -il fut plus dollent que par devant -et pour ceste cause s'en estoit plaint -a la justice d'amours qui avoit ordonné -faire information du cas -pour aprés y pourveoir. Or disoit -que le cas estoit maulvais/ car -il avoit esté fait d'aguet a pensee -et avec propos deliberé en hayne -et desrision d'amours/ et contre le -dit amant qui estoit en sa sauvegarde/ -parquoy il cheoit grant reparation -mais encores l'en ne faisoit -que l'information pour la verité/ -& par ainsi d'en avoir appellé -l'appellation n'estoit recepvable/ -aussi ne faisoit a ladicte dame aucun -grief/ car quant l'en l'eust voulu -prendre il estoit lors temps d'en -appeller & nompas de l'information. -Disoit avec ce ledit amant -que jamais n'en eust parlé si n'eut -esté la mocquerie & risee qu'elle & -sadicte chamberiere en firent quant -il fut ainsi moullé/ et concluoit affin -de non recepvoir allias mal appellé/ -en requerant provision. -A quoy fut replicqué par l'appellant -disant que sus sa foy quant -l'eaue fut gectee/ elle ne cuydoyt -point que ce fust il Et aussi ce ne -fut elle pas qui la lui gecta mais -sa chamberiere qui estoit jeune & -sote dont elle fut moult courroucee -aprés/ combien qu'elle n'y eust -peu mettre remede car la chose estoit -ja faicte/ mais quoy que ce soit -ne se farcerent oncques de luy/ et -ainsi de se plaindre a ledit amoureux -grant tort. Aussi n'y avoit il -danger de son costé/ car l'eaue estoit -nette si lui estoit moult proffitable -pour le rafreschir. Et au -regard qui fust en la saulvegarde -d'amours elle n'en sçavoit rien -aussi ne luy en avoit on riens signifié. -Ledit amant pour ses dupliques -disoit qu'il n'estoit que de -bonne chaleur & que ladicte dame -ne se pouoit excuser pour dire qu'elle -ne cuidoit point que ce feust il/ -Car il avoit toussy une foys/ ou -deux tant que elle l'avoit bien entendu/ -Et fut la chose faicte a la -main pour se farcer de luy et despriser. -et quant a la saulvegarde -ne la pouoit ygnorer/ car il estoit -tout notoire que tous amoureux -qui vont de nuyt sont en la sauvegarde -d'amours tout ne plus/ -ne moins comme sont les oubliers -qui vont par la ville et de ne -leur toucher sur peine de perdre le -poing. surquoy les parties ouyes -elles ont esté appoinctees a mettre -par devers la court & au conseil -ce que bon leur sembleroit/ si -a la court veu ledit procés & tout -ce qu'il failloit veoir en ceste matiere -et a tout veu la court dit qu'il -a esté mal appellé par ladicte appellante -et l'amendera en la condampnant -es despens de la cause -d'appel/ la tauxation reservee. et -ordonne la court que ladicte dame -et sa chamberiere comparoistroyent -ceans en personne pour -estre interrogué sur ledit cas. Et -ce faict la court pourvoyera sur tout -& fera droit aux parties ainsi -qu'il appartiendra par raison.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxiiii. arrest</h2> - - -<p>En la court de ceans c'est -assis ung aultre procés -entre une jeune dame appellante -d'une part/ et ung jeune -amant intime d'aultre part. et disoit -ladicte appellante que comme -entiere et loyalle ou elle debvoit -estre elle avoit esconduit ou -debouté ledit intime Touteffois -affin qu'il n'en feust mal content -ou qu'il ne cuydast qu'il eust haine -a l'encontre de lui faisoit tousjours -ung commun acueil comme -aux aultres. Or disoit elle que -une journee ainsi comme elle et -d'aultres de ses voysines jouent -au propos il se vint seoir auprés -d'elle. Et advint a son tour que ainsi -qu'il parloit a elle a l'oreille pour -luy dire son mot et proposer dessus -que icelluy gallant en haulsant -la pate du chapperon la baisa -tout a coup/ duquel baiser ainsi -prins d'emblee et par trahyson -ceste dame si a appellé et relevé/ -et pource concluoit tout pertinent -qu'il avoit esté mal procedé & tres -mal exploicté par ledit amant et -bien appellé par elle offrant prouver -et demandoit despens. et au -surplus elle requeroit que il luy -fust deffendu de plus ne luy toucher -en quelque façon que ce fust -De la partie dudict amoureux -intime fut deffendu au contraire -et disoit que voirement se trouva -assis avecques elle/ et plusieurs -aultres qui jouoyent audit propos -& fut vray qu'en s'approchant -vers elle pour luy dire le mot qu'il -avoit pensé son pied luy grila devers -elle & ainsi lui cuidant dire -en l'oreille sa bouche froya ung -peu contre sa joue/ mais cella ne -doit estre reputé pour ung baiser -car ce n'estoit que ung glyssement. -Aussi n'avoit il touché que contre -la joe et l'orelle. Et n'y avoit eu -saveur ne odeur quelconque ains -encore luy rechigna elle comme -s'elle l'eust voullu menger pourquoy -de se plaindre avoit ladicte -dame grant tort. et n'estoyt l'appellacion -recepvable ne valable -veu mesmement qu'il ne luy avoit -faict aucun grief et pour ce concluoit -a ses fins et qu'il fut dit qu'elle -avoit mal apellé offrant a prouver -et demandoyt despens. Cest -appellant pour ses replicques disoit -que par telz moyens prendre -baiser c'est larcin publique & que -l'en ne pourroyt pugnir telz malfaicteurs/ -car c'est a eulx trop entreprins -et en peult venyr trop -d'inconvenient Et peult estre que -ceulx qui les voyent ainsi prendre -ne l'oublyoient pas aussy de legier -et pensent a l'adventure ce qui -n'est pas et aussi quant les autres -a qui la chose touche le sçavent -ilz en prennent des merencolies & -aussi des desplaisances beaucoup -et cuident souvent que leurs dames -par ce moyen ayment autres -que eulx parquoy avoit appellé -dudit baisier l'appellation estoyt -bien recepvable. Et ne valloyt -rien de dire au contraire que cela -ne luy portoit point de prejudice -car ce n'estoyt pas son plaisir -qu'il la baisast ne touchast en aucune -maniere et concluoit comme dessus -Mais ledit intime pour ses dupliques -disoit que autant en emportoit -le vent et que nul qu'elle ne pouoyt -sçavoir qu'il l'eust baisee : car la pacte -du chapperon estoit au devant -Finablement les parties ouyes -elles ont esté appointees en droit -et au conseil. Si a la court veu -ledict procés ce qu'il failloit veoir -en ceste matiere : Et tout veu la -court mect ceste appellation au -neant et sans amende ne despens -et ordonne la court que doresnavant -l'en ne jouera plus audit jeu -de propos sinon que dangier ou chagrin -soient entre deux & pour cause</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxv. arrest.</h2> - - -<p>Ceans c'est plaint ung amoureux -d'une sienne dame/ -disant que combien -qu'il l'ait longuement servie et qu'elle -ait peu apparcevoir sa bonne -voulenté/ neantmoins elle ne l'a -voullu aymer ne prendre en grace/ -ains luy a ja respondu par -plusieurs fois qu'elle ne le veult -aymer plus luy que ung aultre -& qu'elle ne sera subgecte en amours -tant qu'elle vive affin qu'il se pourvoye -ailleurs/ Et ainsi se povre -gallant a des maulx beaucoup -a souffrir/ car il a mis tout son -cueur en elle qu'il en vouldroyt -bien oster et retirer/ Mais il ne -peut et pource requeroit qu'elle fust -condempnee a le recepvoir en sa -grace comme son serviteur et amy : -ou aumoins qu'elle fist tant -qu'il ne luy souvenist plus d'elle -et ne luy en chaulsist point. Et -sur ce a ladicte dame deffenderesse -deffendu au contraire disant -que au regard d'elle pour obvier -aux grans maulx qu'elle veoyt -tous les jours advenyr a ceulx -et celles qui sont au plaisir & service -d'amours elle ne veult personne -aymer ne mettre son cueur -plus a l'ung que a l'autre/ car selles -qui le font s'en tiennent deceveurs : -et advient voullentiers -qu'elles en seuffrent beaucoup d'oprobres -et en perdant leur bonne -renommee/ dont aulx gallans -ne chault guieres/ car ilz ne pensent -que a leur singulliere voullenté/ -et leur semble que ce qu'ilz -songent leur doibt advenir dont -ilz sont bien loing Et aussi pour -faire tout uny n'avoyt ladicte dame -entencion d'aymer aulcun/ -ains voulloyt demourer et la -franche liberté. Et ledict complaignant -avoyt mys si fort son -cueur en elle qu'il ne l'en pouoyt -oster dont c'estoyt follye a luy/ -car il aymoit sans partie Et quant -est de requerir qu'il ne luy souviengne -plus d'elle : respondict ladite -dame qu'elle ne le sçauroit garder -de songier et de penser a elle/ -se luy mesmes ne s'en voulloyt -garder/ Car elle n'avoit pas la -clef de son cueur. Aussy telz pensemens -ne viennent que de folles -voullentés qui suffocquent -les cueurs des gens par trop legier -croire & fole esperance en quoy -l'en ne se doibt fier : mais en tant -qu'il luy touche ne luy souvient -de luy que bien a point. Et disoyt -oultre qu'elle ne peche en riens -qu'il ne l'oste de l'amour qu'il -dit avoir en elle veu qu'il s'i abuseroit -trop longuement. Si concluoit -par ses moyens affin d'absolucion -et demandoit despens/ et -aprés le procureur d'amours -qui touchant ceste matiere c'estoit adjoint -avec ledit povre amant demandeur. -Si disoit que une femme -de quelque estat qu'elle soit s'elle -n'est une fois en sa vie amoureuse -et au service d'amours elle -ne sera jamais bien venue du monde/ -ains doibt estre reputee tout -son temps comme une beste brute -qui n'a point d'entendement/ car -tous biens viennent d'aymer et -qu'il soit vray l'en le peult veoir -par experience de celles qui ayment -car d'amours vient joye plaisance -et desplaisance/ aise et desaise -de tous les biens du monde ne n'aura -jamays femme ne homme -qui soit amoureulx disette de biens/ -car l'en a tousjours assés et -vault myeulx ung soubzrys/ -ou ung petit genoul ou quelque -petit signe que l'en s'entregette l'ung -a l'autre que avoir cent muys de -blé au grenier car au moins telz -biens d'amours ne se peuent diminuer -et si ne les fault point vanner -pour les chardons. Et aussi -l'en voit communement que une -femme qui est amoureuse est tousjours -joyeuse ne n'y a celluy qui ne -tasche a luy faire plaisir. et si s'entrebat -l'en encores pour estre des -premiers a la servir elle sera tousjours -coincte jollye et bien cueillie -et n'y a ordure qui s'osast prendre -a sa robe/ mais au contraire -celles qui renoncent au servyce -d'amours sont maleureuses et chetives -et ne veult l'en avoir a faire -a elles sinon en passant pour dire -dieu gard et a dieu dame. Et -tous les plus grans biens qu'ilz peuent -avoir c'est quant elles se treuvent -es festes ou on dance ou en -aultre lieu qu'on fait bonne chere -qu'elles sont assises en banc pour -parler du temps passé regardés -le personnages et vieulx habitz -qui sont pourtraictz en ses tapisseries -de nopces de deviser illecques -a ung coingnet du temps -jadis n'avoyent garde d'eux habiler -de telz habitz qui courent maintenant/ -et l'une belle commença a -dire tout est changé/ et qu'elle ne congnoist -plus rien au monde/ et l'autre -dira que ce n'est que folie d'y mettre -son cueur veu qu'il fault mourir/ -et en ce prennent leur deduyt -et ne leur dure gueres/ car quelque -chose qu'elles en disent elles -vouldroient en leurs cueurs estre -aussi jolyes que les aultres et -avec ce elles n'ont point de bien -car lors n'en tient l'en pas grant -compte/ parquoy n'ont point de -joye ne liesse ains languissent sur -le pied & pource disoit ledit procureur -d'amours qu'il avoit choys -de l'ung a l'autre et qu'il ne pouoyt -croire que ceste dame de si vaillant -cueur reffusast son service/ -et affin que il en sceust la verité -requeroit qu'elle jurast c'elle vouloyt -a tousjours renoncer aux -biens & service d'amours surquoy -elle interroguee dist et afferma -que ouy & qu'elle n'avoit cure d'aymer -quelque gallant que ce fust -pour aucunes causes que a ce la -mouvoient. Ouyes les responces -et affirmations ledict procureur -d'amours print ses conclusions -a l'encontre d'elle tant qu'elle -fut banie & privee a tousjours du -royaulme d'amours/ et des biens -qui y sont et qui n'y eust personne -qui se esbahyst ne parlast a elle -en quelque maniere que ce fust -sur peine de confiscation de corps -et de biens et qui tous ceulx qui -luy verroyent desormais tenyr -boucquetz les luy allassent arracher -des mains devant tout le monde -comme indigne de les porter -Et avec ce que nonobstant la renonciacion -par elle faicte et sans prejudice -d'icelle fust condampnee a le -saluer et rire de l'oeil et de bouche -tant seulement et pour ce gallant -aimer tant qu'il fust revenu a santé -de la maladie qu'il avoyt a cause -d'elle. Et oultre requeroit que a -greigneur seureté il fut baillé a -elle en garde pour le penser durant -sa maladie en telle maniere que s'il -rechet jamais en l'estat l'on s'en pourra -prendre a elle. Et aussi qu'elle fust -tenue de respondre ou que telles aultres -conclusions fussent adjugees -audict procureur d'amours qui la -court aviseroit Surquoy ladite -dame dessusdite disoit que veue la -revocation par elle faicte de ne aimer -ne d'avoir aucuns biens d'amours/ -l'en ne luy pouoyt plus -rien demander : car elle estoit exempte -de la court/ et non tenue de -proceder/ mais devoyt estre mise -hors de procés Et quant est des -conclusyons prinses contre elle -par les gens d'amours disoit qu'elles -n'estoyent recepvables : car amour -vient de voulenté et de plaisir. -Et ainsi doncques puis que une -foys elle avoyt declairé que son -plaisir n'estoit point d'aymer l'en -ne la devoyt de raison contraindre -par force aymer ne ne s'en devoit -plus la court mesler. Et au -regard d'avoir en garde le malade : -elle respondoyt qu'elle n'en prendroit -jamais la charge : pour ce -qu'elle avoit assés a faire de se garder -elle mesme. Et quant est de -porter fleurs ou boucquetz bien -s'en passeroit Mais le povre amant -par ses repliques disoit qu'il estoyt -content qu'elle demourast en sa liberté -et qu'elle feist tout ce qu'elle -voudroit pourveu qu'il ne luy souvint -plus d'elle combien qu'il ne -luy estoyt possible que jamais la -sceut oublier/ et s'en estoit bien esforcé -tant par voiages et pelerinaiges -qu'il en avoit fait que aultrement -car tout rien n'y a voulu/ car de -tant plus qu'il en estoit loing c'estoit -alors qu'il avoit plus grant desir -de s'en approucher. parquoy son -cas estoit pitoyable et moult favorable -entendu mesmement qu'il -n'estoit possible de recevoir garison -synon de la grace de sadicte -dame pour occasion de laquelle -sa maladie luy estoit venue : et a -ce qu'il fust guery et estoit content -de mourir entre ses mains/ en offrant -de la quiter de sa mort et aussi -de deffendre a ses heritiers de -ne luy en jamais rien demander -Mais ladicte dame perseveroyt -tousjours en ses reffus disant -que celles qui y sont bien se y doivent -tenir/ et que de soy obliger -en une chose ou elle n'est point tenue -jamais ne le feroyt pour rien. -Oultre elle disoit qu'il ne luy -souvient de luy/ parquoy ne luy -doibt point souvenir d'elle : et est -bien grant simplesse d'y mectre -son cueur si avant que on ne l'en -puisse oster A quoy le povre homme -respondit que l'on n'en est pas -maistre qui veult/ et que s'il s'en -pouoit une fois deffaire jamais -elle ne aultre n'aymeroit si parfaictement -au moins qu'il ne sceust -bien comment. Ouyes lesquelles -parties en tout ce qu'elles ont -voulu dire et alleguer elles ont -esté appointees a mettre par devers -la court et au conseil. Sy -a la court finablement veu ledit -procés avec ce qu'il failloit veoir -et visiter en ceste matiere. Et -tout veu et consideré la court dit -que veu et visiter la renonciation -faicte par ladicte dame deffenderesse -de ne servir jamais a amours -elle ne tiendra court ne congnoissance -de ceste matiere mais -elle ordonne qu'il sera deffendu a -tous galans subjetz & serviteurs -d'amours qu'ilz ne soyent si osez/ -ne si hardys de la mener danser -en quelque feste qu'elle soit ou voise -ainçois qu'on la laisse toute comme -une femme habandonnee et -bannie de toute joye. Et pareillement -sera deffendu a tous cousturiers -qu'ilz ne luy facent aucunes -robbes ou vestemens a la nouvelle -façon/ mais que ilz mettent -tousjours en celles qu'ilz luy feront -ung gros ply entre deux menus -que devant ou derriere elles soyent -mal arondies que legier passe -d'ung costé affin que chascun -congnoysse que avant ses jours -elle deviendra chartreuse/ et que -par ce moyen elle soit esloingnee -et privee de toute joyeuse compagnie. -Et au regard de la provision -requise par ledit povre amant -malade/ la court dict que elle n'y -peult toucher mais de grace combien -qu'il ne soit acoustumé de faire/ -luy conseille de se pourveoir -ailleurs de dame/ ou de se vestir -de dueil/ affin que le cueur d'elle -puisse ung peu amollir.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxvi. arrest.</h2> - - -<p>Aux cryees d'une tresbelle -fille se sont trouvés -sept opposans Et disoit -le premier qu'il avoit bien desservy -l'amour d'elle et qu'il la voulloit -bien par quoy la requeroit a -avoir devant tous les autres. le -second opposant disoit qu'il avoit -tout son cueur en elle & disoit qu'il -l'avoit de pieça choisie pour estre -son serviteur si c'estoit son plaisir -Le tiers disoit qu'il l'avoit premierement -requise & fait ses diligences -en temps & en lieu et ainsi devoit -estre preferé. Le quart disoit -que s'elle prenoit autre que luy se -devoit estre a la charge de lui faire -ung petit genoul/ & ung soubris -qu'elle luy avoit promis que -toutes et quantes foys qu'il passeroit -par devant elle. Le .v. disoit -aussi qu'ilz avoyent promis -de eulx entre aymer ensemble/ et -de faire des biens l'ung a l'autre -Et pource requeroit qu'il ne fust -pas oublié ne mys des derniers. -Le .vi. disoit que combien que il -eust bon droit de s'opposer toutesfois -attendu qu'il y avoit tant de -opposans il ne requeroit seullement -que la grace d'elle et que on -l'eust pour recommandé a jour de -payer comme ung autre. Le .vii. -et dernier disoit qu'il l'avoit songee -deux ou trois fois la nuit/ & aussi -on luy avoit rapporté qu'elle le -aymoit bien/ parquoy requeroit -estre preferé devant tous autres -A quoy dangier et malle bouche -qui estoyent adjoinctz a veoir juger -ce decret desdictes criees & disoyent -que lesditz opposans s'abusoyent -bien de y venir par opposition -car il n'y sçavoit nul qui eust -droict en la proprieté des choses -criees ne qui deust empescher d'en -disposer a leur plaisir & devoient -lesditz opposans venir par requeste -et supplication & nompas par -main armee. Et quant est des parolles -& gracieux semblant qu'on -leur avoit donné disoyent lesditz -dangier et malle bouche que filles -ne ont point de vouloir ne de -faculté de choisir ou eslire et oultre -quelque double parolle ou bel acueil -que facent aux gallans cela -ne peult prejudicier sinon a ceulx -qui se y fient trop de leger & pource -de s'i attendre estoit grant simplesse -avec plusieurs autres raisons -servans leur cas Surquoy -parties ouyes elles ont esté apointees -en droit et au conseil. Et a la -court finablement veu ledit procés -lesdictes criees avec les causes -d'opposition & tiltres de chascun. -Et tout veu et consideré la -court dit que nonobstant les oppositions -desditz opposans dont -elle les deboute ledict decret sera -adjugé a la voulenté desditz dangier -et male bouche mais ladicte -fille choisira celluy des opposans -qui mieulx luy plaira pour estre -son amy et serviteur et condampne -les opposans es despens.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxvii. arrest</h2> - - -<p>En la court de ceans c'est assis -ung procés entre ung -povre amant appellant de certain -reffus a luy fait par sa dame intimee -d'aultre part/ et disoit ledit -appellant que la chose qu'il desiroit -plus c'estoit d'estre en la grace -d'elle et qu'elle eust souvenance -de luy. Or disoit que a ceste occasion -& affin qu'elle l'eust en memoire -il se advisa aux estraines dernieres -passees de luy faire ung -des plus beaulx/ et riches mouchoirs -qu'il estoit possible de faire -ou son nom estoit escript a lettres -entrelassees le plus gentement du -monde/ et luy avoyt bien cousté -quatre escus/ car il estoit attaché -a ung beau cueur d'or et franges -de menues pensees. Si fut vray -que le povre gallant mesme luy -presenta ledit don audictes estraines -mais elle n'en eut cure ainçois -l'a reffusé en disant qu'elle n'en prendroit -point & qui plus est maintenant -luy fait pire chiere que elle -n'avoit acoustumé par avant en -luy rechisgnant a chascun coup/ -parquoy se gallant voyant qu'il -n'y pouoit trouver aultre maniere -a appellé dudit reffus et rechignement -en la court de ceans. et -pour ce concluoyt tout pertinent -en matiere d'appel qu'il avoit esté -mal reffusé mal rechigné et bien -appellé par luy. A ses fins il offroit -a prouver & demandoit provision -d'estre remis en l'estat qu'il -estoit par avant son appel et despens. -De la partie de ladicte intimee -fut deffendu au contraire et -disoit que c'elle luy rechisnoit ou -faisoit maulvaise chiere/ l'on ne -s'en debvoit pas esbahir/ car il se -vouloit trop moquer d'elle de luy -presenter ung tel don qui n'estoit -pas recepvable veu que c'elle l'eust -prins elle eust confessé en effect d'estre -morveuse. car aussi il ne sert -que de moucher/ pource a bonne -et juste cause l'avoit reffusé et n'estoit -par consequent l'opposition -dudict reffus vaillable. Et concluoit -a ses fins/ et quant est de la -provision n'en doibt point avoir/ -car pour meffaire/ ou mesprendre -si lourdement envers sa dame qui -debvoit garder de courroucer elle -n'estoit tenue de rendre plaisir. A -quoy ce povre amant disoyt que -en telles matieres l'on ne debvoit -pas tant regarder au don que a -la voulenté du donnant. et affermoyt -par sa foy que jamais n'eust -pensé la ou sadicte dame pense/ -mais seullement luy avoit fait -faire ledict mouchouer qui estoit -moult beau & riche pour l'amour -d'elle et affin que quant elle metteroyt -la main a ses clefz elle le -veist ou quant elle se mouscheroit -luy souvint alors de luy/ et -brief aymeroit myeulx mourir/ -que faire chose en son escient qui -luy despleust/ en offrant de luy -donner en ce lieu ung aultre tel -don que elle vouldroit en requerant -pour dieu mercy entant qu'il -la pourroit avoir offensee. Surquoy -ladicte dame pour ses duplicques/ -disoit au contraire que -par le propos mesmes dudict amant -prins a son prejudice il avoit -delinqué & que pour donner -exemple aux autres ou affin que -une aultreffois fussent mieulx -advisez estoit besoing de y pourveoir. -Finablement parties ouyes -ont esté apointez en droit & a mettre -devers la court et au conseil. -si a la court d'amours veu ledit -procés a grant et meure deliberation -& tout ce qu'il failloit veoir -en ceste matiere/ & tout veu dit que -il a esté bien reffusé & procedé par -ladicte dame & mal appellé par le -dict appellant et l'amendera en le -condampnant es despens de la cause -d'appel/ la tauxation reservee -avec ce declere la court ledit don -non recevable ne vallable en deffendant -a tous amoureux de jamais -n'en arrestez leurs dames -sur peine d'amende arbitraire & de -encourir l'indignation d'amours</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxviii. arrest.</h2> - - -<p>Ceans c'est complaint une -femme de une sienne voisine/ -disant que elle luy tient les -plus rudes termes du monde car -incontinent qu'elle voit ung homme -qui vient parler a elle toute -la journee elle ne cessera de quaqueter -mal es voisines en gectant -des petites pierres par une fenestre -qu'elle a respondant sus la rue -dessus les gens qui estoyent a son -huys pour les en faire aller. Et -puis quant on n'en tient compte -ou que l'en ne s'en bouge/ elle s'en -vient plainement a ladicte fenestre -tousjours/ et dire dieu vous -gard comme pour dire/ je vous -voy bien et proferant plusieurs -aultres parolles mal sonnant/ & -encores plus elle non contente de -toutes ses choses ycy tressouvent -elle murmure & se elle a quelque -robbe ou chapperon nouveau ceste -femme deffenderesse va publier -incontinent que elle sçait bien -qui luy a donné & que tel l'a payé -qu'on ne cuyderoit pas en luy faisant -plusieurs autres oultrages -et desplaisirs. Et pour ce requeroit -icelle demanderesse qu'il fust -deffendu a sa voysine de ne parler -contre elle sur paine de luy parcer -la langue et que sa fenestre par -ou elle vient escouter les gens -fust abatue & demandoit despens -De la partie de ceste deffenderesse -fut deffendu au contraire et disoit -qu'elle avoit tousjours vescu -paisiblement/ et n'eut jamais -noise en la rue si non depuis que -ladicte demanderesse y estoit venue -demourer qui n'estoit contente -des biens qu'elle a/ mais veult -entreprendre sus les aultres et si -luy semble pour deux/ ou troys -robbes qu'elle a qu'on la doibt appeller -ma dame et qu'elle doit supediter -tout le monde. Or ne le -vouldroit point ycelle deffenderesse -la despryser/ mais aussi ne -la souffriroit jamais a son pouoir -entreprendre sus elle. Combien -qu'elle y a bien tasché par plusieurs -foys. Et est vray que par -faulx rapors elle luy a soutrait -ung des meilleurs chalans qu'elle -eust pourquoy s'elle en est courroucee -contre elle/ l'en ne s'en doit -esmerveiller et s'elle a parlé contre -elle aussi a la damoyselle/ et -dit d'elle des maulx infinis dont -elle laissera la vengeance a dieu -qui sçait tout. Et quant est de sa -fenestre elle est sienne & en sa maison. -Parquoy elle y peult estre a -toute heure ne ne la pourroyt on -empescher qu'elle n'y viengne quant -bon luy semblera. Au regard des -chapperons/ et des robbes nouvelles -disoit qu'elle n'a pas dit encores -tout ce qui en est/ & que quant -il fauldroyt nommer ceulx qui les -ont donnees/ voirement elle les -nommera bien parquoy de se plaindre -d'elle & avoit la demanderesse -moult grant tort Et au surplus -concluoit affin de absolution et -de despens. A quoy ladicte demanderesse -respondit disant qu'il vauldroit -beaucoup myeulx estre logé -aux champs que emprés une -femme envieuse/ car elle ne se peult -taire tant est courroucee du bien -d'aultruy & si en est le service d'amours -empesché par ce que plusieurs -entreprinses se pourroient -faire qui en son rompus et advient -moult voulentiers que par telles -malles bouches l'honneur est -sans cause tolu. et donne l'en charge -a ceulx qui n'en peuent mais/ -et semble que veu que on ne luy -dit mot et aussi qu'on n'entreprent -rien sur elle qu'elle deust bien estre -contente Mais elle aymeroit mieulx -mouryr qu'elle ne parlast -ou dist mal d'ung chascun & ne vit -d'autre chose oultre ladicte demanderesse -que sadicte voisine a bien -grant tort et luy venoyt de ung -faulx couraige de venir escouter -les parens et amys/ et de gecter -des pierres pour les faire departir -Disoit aussi pareillement -que en sa vie ne fist ung rapport -maulvais de ladicte deffenderesse -ainçoys luy vouldroit a son -pouoir garder son honneur comme -le sien. Et s'elle avoit aussy -bonne voullenté et desir comme elle -certainement il ne fauldroit point -plaidoier. Surquoy ycelle deffenderesse -disoit au contraire que -sa partie adverse n'est q'une flatteresse -et baveresse/ et que avant -qu'elle y venist chascun estoit bien -d'accort et sans murmure/ mays -maintenant l'on n'oyt que debat -et noyse pour et a l'occasion d'elle. -Finablement parties ouies elles -ont esté appointees en droict -et a mectre devers la court et au -conseil. Si a la court veu et visité -ledict procés/ et tout ce qu'il -failloyt veoir en ceste matiere et -tout veu et consideré : dict que la fenestre -par ou ladicte deffenderesse -vient escouter les gens et getter -les pierres sera seellee et muree -comme une chose condampnee. Et -au surplus deffent la court a chascune -des parties qu'elles ne parlent -l'une a l'encontre de l'autre en quelque -façon ne maniere que ce soyt -sinon en tout bien et en tout honneur -sur peine de la hart et de confisquation -de corps et de biens.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxix. arrest.</h2> - - -<p>Ceans c'est complaint une -dame d'ung sien amy disant -qu'elle a despieça donné -son cueur a luy du tout & qu'il -n'est possible a femme de aymer -tant homme qu'elle a faict luy/ -mais pource que il le scet bien il -n'en faict guaires de compte/ & la -faict languir en maintes manieres -et pour quelque priere que elle -luy face il ne la veult entretenir -ne luy bien faire/ et quant -elle l'envoye querir pour venyr -vers elle il se faict celer. Et encores -luy promect par serment qu'il -y viendra il se faict aller querir -trois ou quatre fois et n'en peult -l'en venir a chief que a bien grant -peine combien qu'il n'y a homme au -monde mieulx festoyé ne mieux -venu quant on le peult avoyr. -Disoit avec ce que puis n'a gueres -ceste dame a sceu et est advertie -que ledict galant en ayme une -aultre/ et est la cause par laquelle -il fait tant de reffus qui est tres -mal faict a luy/ car il luy a promys -foy et loyaulté/ et a veu le -temps qu'il eust esté bien eureux quant -seullement elle luy eust voullu -soubzrire d'ung oeil/ mais l'en dict -bien vray quant ilz ont faict des -gens il ne leur en souvient plus -et sont folles celles qui si fient & disoit -ceste dame complaignant que -a l'occasion de ce cas et de ce qu'elle -voit maintenant que ledict galant -l'a layssee pour en prendre -une autre elle a eu et a si grande -desplaisance au cueur qu'elle -n'en sçauroyt boyre ne mengier -chose qui bien luy face/ Elle ne -peult durer ne dormyr de nuyct/ -car tousjours sans cesser pense a -luy son cueur luy fremist et luy -viennent plusieurs vomyssemens -qui tressouvent la font esvanouyr/ -elle crache sang a gros -morceaux meslés de grant ordure -qui est grant pitié. Et brief -elle se doubte que ledict gallant -ne luy ait baillé quelque maulvais -boucon dont elle a celle maladie/ -elle ne veit ne n'est soustenue -que de souspirs & ne boit que -de l'eaue de larmes/ les jambes -luy commencent a peler les ongles -luy cheoient : parquoy a grant -presumption contre luy. Et aussi -y a eue information faicte a sa -requeste Si requeroit ladicte dame -que ledict amant feust estroictement -detenu prisonnier et que -l'en le contraingnist a en dire la -verité par sa bouche. De la partie -de cest amant fut deffendu au -contraire et disoit que au regard -de luy il a esté comme encores est -de bonne vie et renommee ne ne -fist oncques desplaisyr a ladicte -dame ne a aultre qu'il saiche : et -aussi ne vouldroyt il faire/ et est -bien vray qu'il a fort aymé ladicte -dame et servie par long temps -sans estre en amende que bien a -point quant il l'a bien congneue -et veu ses estranges manyeres -bien peult estre qu'il s'en est voullu -deffaire et delaysser la peyne -qu'il y avoit/ Car trop est forte chose -de tousjours servyr sans loyer -aussi elle a d'autres serviteurs -ou elle peult bien renoncer/ et dont -elle doibt estre contente. Disoit -outre ledit amant qu'il n'est aujourd'huy -si perilleuse chose que de se -adresser a une dame qui a le cueur -vollaige pour le departir en plusieurs -lieulx : Car les biens qui -en pourroyent venir ne sont jamais -entiers ou parfaitz et n'en -vient que noyse & discentions entre -les contendans et requerans -et quelque chose qu'elle di jamays -ne le mandast qu'il n'alast devers -elle en luy obeyssant plus qu'il n'estoit -tenu et tellement qu'il est las -du service et n'y veut plus retourner -pour le pris aussi est pourveu -ailleurs pourquoy de adresser a -luy ceste dame si ne faict a recepvoir -& quant est de sa maladie qu'elle -luy vient d'ailleurs/ mays il -failloyt prendre son excusation -sur quelque chose et au surplus requeroit -ledit amant qu'elle desclairast s'elle -voulloyt charger du cas qu'elle -luy imposoit/ car il protestoit a l'encontre -d'elle d'en avoyr reparation -et conclure en amende deshonnorable -et proffitable Et sur ce que -les gens d'amours disoient que -puis nagueres ceste dame estoyt -devenue fort maigre et merencolieuse -et sechoit sur le pied. Dysoit -au contraire ledict amant que -par l'informacion qu'il a fait faire -touchant justifications et deffences -appart qu'il est bien renommé -et de leal couraige/ et y a aulcuns -tesmoings qui disoient et desposoyent -qu'il a eu beaucoup a -faire au service de ceste dame/ car -au commencement luy a esté fort -rude avant qu'elle luy voulsist -faire aucun bien Et s'elle est punie -de pareille peine elle l'avoyt -bien desservy en requerant les gens -d'amours qu'ilz se voulsissent -adjoindre avec luy tellement que -le droit d'amours y fust par tout -gardé. Et disoit qu'elle offroit -prouver ce qu'elle avoit dit et plus -encor parquoy ledit amant devoit -estre prisonnier. Et quant est a -l'information qu'il avoyt faict -faire sur ses justifications l'en n'y -devoit adjouster foy/ car tous les -tesmoings estoient a sa poste Et -au regard de sa malladie affermoit -qu'elle ne luy venoyt d'ailleurs -que de luy : Et qu'il avoit -tort de se plaindre d'elle : car jamais -ne trouvera femme qui l'aimast -autant qu'elle a faict ne qui luy face -autant de plaisirs. Et requeroit -provision au moins que pendant -le procés luy fust deffendu de non -aller devers la dame par luy nouvellement -choisie & ledict amant disoit -que ce n'estoit pas raison/ car -pour elle ne devoit estre retardé -son bien. et si luy avoit fait promesse -ce n'estoit pas a tousjours/ parquoy -n'y cheoit aulcune provision -Finablement parties ouyes ont -esté appointees en droict et au conseil. -Si a la court veu ledict procés -et tout ce qu'il failloit veoir -en ceste dite matiere Et tout veu -dit que lesdites parties ne se peuent -aulcunement delivrer sans enquerir -la verité de leurs faitz/ et -qu'elles sont contraires Si feront -leur enqueste et icelle faicte et raportee -par devers la court elle -leur fera droit. Et au regard de -provision requise par ladicte dame -la court dit que aulcunne ne -luy en sera faicte pour le present -mais permet audict amoureux -de se pourveoir ailleurs & de servir -telle dame que bon luy semblera -pendant le procés et jusques -a ce que aultrement en soit ordonné. &. c.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxx. arrest</h2> - - -<p>Ceans c'est plaint ung amoureux -d'une sienne dame -qu'il a longuement servie -disoyt que du temps qu'il eut -premierement congnoissance a elle -y estoit bien aise et avoit du sien -largement. Et quant elle luy -demandoit aulcune chose a prester -ou donner jamais ne luy eust -reffusé Or estoit vray que pour -tousjours fournir aux fraictz et -aux grans chieretés sa chevance -y avoit esté employee. Et tellement -que les eaues estoyent devenues -bien basses/ mais il cuydoit -que elle luy deust subvenir -comme il a fait a elle l'a prier de -luy aider et de l'entretenir dont n'a -riens voullu faire/ ains luy a -plainement respondu qu'il perdoit -son temps. Et que puis qu'il n'avoit -plus de quoy elle n'en tenoit -compte/ et non contente de ce luy -a faict dire qu'il se retire chiez ses -amys/ car plus n'avoit intencion -de l'aymer ne aucun bien luy faire. -Et encores qui pis est se mocque -de luy devant les aultres en -le monstrant au doy qui luy est -plus dur martire que qui luy frapperoit -d'ung cousteau parmy le -cueur Si requeroit finablement -ledict amant que sadicte dame -feust condampnee non obstant -son adversité de l'entretenir seullement -en amour & luy faire bonne -chere comme elle soulloit/ et -qu'il feust preferé devant tous les -aultres attendu mesmement qu'il -estoit des premiers venus & des -anciens serviteurs De la partie -de ceste deffenderesse fust deffendu -au contraire/ et disoit pour son -prouffit que quiconcques veult -d'amours jouir baille l'argent devant -la main et que c'est grant follie -que de s'attendre a escuelle d'autruy -s'il ne la fournist et remplist -Disoit avecques ce/ que le gallant -au temps de sa fortune/ et que -les biens luy venoient en dormant -il s'est mescongneu et en a festoyé -d'ungs et d'autres dont il se feust -bien peu passer Et se maintenant -se il en a disette/ il ne est pas trop -mal employé : et quant est de l'aymer -elle disoit qu'elle n'y estoit point -tenue/ car les biens et vertus qui -soulloyent estre en luy n'y sont -plus et ne failloit ja ramentevoir -les bonnes cheres du temps passé/ -car ledit amant luy a faict tant -de plaisirs & services aussi luy a -elle faict plusieurs services qu'il -n'est ja besoing de declairer & puis -que ainsi est que povreté maintenant -le guerroye adonc elle n'en -veult plus ne en avoir plus la -garde/ Car aussy au lieu ou elle -habite n'y a que toute malheureté -et jamais ne se y treuve joye. Et -quant est au surplus pour les biens -qu'elle luy peut faire luy offroit -ung povre baston en sa main -pour s'en aller avecques la prebende -de vat'en pour recompensation -de ses services en concluant -que a tort se complaignoyt d'elle -et en demandoit despens. Aprés -lesquelles deffences proposees les -gens d'amours qui s'estoyent adjoinctz -avecques ledit amant disoyent -que ceste femme n'estoit pas -digne qu'on parlast d'elle devant -les gens de bien car par son propos -jamais n'ayme que pour argent -et ainsi confessoyt avoir vendu -les biens d'amours & qu'elle en a -meschamment usé en son temps -et aussi pareillement estoit voix -commune renommee qu'elle ayme -tousjours troys ou quatre et -qu'elle les succe jusques aux os. -et puis encore s'en mocque qui est -pis/ car quelque femme que se soit -jamais ne doit despriser le serviteur -qui l'a servie combien qu'il luy -souvienne de beaucoup de fortunes/ -et requeroyent lesdictes gens -d'amours a l'encontre d'elle qu'elle -fust condempnee a faire amende -honnorable et a luy rendre & restituer -tout ce que elle a eu de luy -et dont il debvoit estre creu par son -serment veu la maniere de proceder/ -et avec ce qu'elle soit bannye -a tousjours dudit royaulme d'amours -comme indigne d'y converser. -Ce povre amant pour ses repliques -disoit que entant qu'il luy -touche qu'il estoit encores content -que tous les biens qu'il luy avoit -donnez demourassent pour elle/ -comme siens et ne vouloit qu'on -luy en ostast rien mais requeroit -seullement qu'elle l'aymast comme -devant et encores promettoit -de luy en faire. A quoy elle respondit -que quant elle le verroit en feroit -son debvoir mais jusques alors -luy conseilloit de changer air -pour recouvrer santé obvier que -il ne fust plus malade. Et disoit -oultre que a la contraindre a aymer -l'en ne sçauroit/ et aussi telle -amour qui seroit donné par force -ne dureroit point/ mais plus -de mal faict a celluy qui l'obtient -que s'il n'en avoit point. Si ont esté -les parties ouyes appoinctees -en droit & au conseil/ finablement -veu le procés considerer tout ce -que il failloit considerer en ceste -matiere la court dit qu'elle condamne -ceste rebelle femme a rendre et -restituer audit amoureux tout ce -que il affermera en sa conscience -luy avoir baillé et donné/ nonobstant -l'offre par lui faicte de ne luy -en vouloir aulcune chose demander. -A laquelle offre la court ne -obtempere point veu que ladicte -deffenderesse ne l'a attemptee & qu'elle -s'est rendue ingrate. et ordonne -que a ce faire sera contrainte par -la prinse de ses biens & emprisonnement -de son corps. Et a tousjours -la bannist des biens et service -d'amours en disant avoir forfait -de corps et biens en maniere -qu'elle sera abandonnee a ung chascun -pour desormais servir le commun -& devenir a tous publique.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxi. arrest.</h2> - - -<p>En la court de ceans c'est assis -ung procés entre une jeune -dame separee de son mary qui -ne veult qu'elle porte ses robbes -a la nouvelle façon comme les autres -disant que naguieres elle en -avoit fait faire une bien gente a -la façon qui court/ mais il luy avoit -fait oster et despouiller en disant -qu'elle ne la porteroit point -en cest estat par ce qu'elle est trop -ouverte par devant/ et que la languette -du collet va trop bas et que -le giect de la penne est ung petit -trop grant & autant en ont ilz fait -de son chapperon pource qu'ilz veulent -dire que la patte est trop vollant/ -et de faict l'en luy muce. De -laquelle chose elle a appellé en la -court de ceans. Sy concluoit tout -pertinent en cas d'appel qui avoit -esté mal exploicté & par elle bien -appellé Et au surplus requeroit -provision que pendant le procés -elle peust vestir ladicte robbe/ et -sondict chapperon. De la partye -desdictz parens et amys intimez -fut deffendu au contraire disant -que selon la jambe le coup car le -monde parle au jourd'huy trop de -legier & ce fait bon garder des premiers -courroux Or disoit il que -sadicte robbe ou houpelande que -ceste appellante avoit faict faire -n'estoit pas selon son estat/ car il -y avoit superfluité d'oultraige que -l'en luy devoit tollir pour les inconveniens -qui s'en pourroyent ensuyvir -& n'estoit tel que tenir en habit et -moyen pour obvier aux langaiges -des gens qui y pourroyent penser -ce que n'est pas/ et en parler a la -volee/ et ainsi affin d'eviter tous -langages luy avoient voirement -ostez & devestuz les habillemens -nouveaulx enquoy ne pouoit ladicte -dame estre grevee/ veu que -lesditz habitz en la maniere qu'ilz -sont faitz estoient excessifz & superflux. -Et par ainsi concluoit affin -de non recepvoir allias mal appellé. -L'appellant pour ses repliques -disoit que ses aultres cousines -et parentes les portent bien tieulx -voire plus grans. pourquoy -doncques par plus forte raison elle -qui mieulx le pouoit faire que -elles le peult avoir ne n'y a point -d'excés ne d'oultrage ausditz habitz/ -quelque chose qu'on vueille -dire. Et qui plus est n'y avoit sy -meschante morveuse qui ne les facent -faire plus excessifz et oultrageux -la moytié. Parquoy n'y avoit -apparence de empeschement -qu'elle ne les deust avoir. a quoy -lesditz intimez pour leurs dupliques -disoyent que se les unes veulent -faire les folles elle ne le debveroit -pas pourtant faire. et aussi -eulx qui en ont a garder ne le -souffriroyent point. Et si doibt -l'en en tel cas gouverner par l'oppinion -des anciens qui ont esté au -temps passé lesquelz sçaivent bien -que c'est de telles choses. Finablement -partyes ouyes elles ont -esté appointez en droit & a mettre -par devers la court et au conseil -ce que bon leur sembleroit. Si a -la court veu ledit procés avecques ce -qu'il failloit veoir en ceste matiere -& tout veu la court met ladicte -appellation & tout ce qui a esté appellé -au neant et sans amende et -despens et pour cause. Et ordonne -que les robbes et chapperons/ -et habitz d'ycelle dame seront visitez -que deux cousturiers/ et deux -pelletiers non suspectz ne favorisables -a l'une ny a l'autre des parties -& avec ce que par leur raport -et visitation il y aura aucune chose -a redire ou qu'ilz ne seront assez -passables selon le temps. la court -ordonne que lesdictz cousturiers -et pelletiers les referont et metteront -a point par le conseil. Touteffois -des prochaines parentes. -C'est assavoir des deux femmes -du costé du mary & deux du costé -de la femme non trop mondaines -ne bigottes que s'il advenoit qu'elles -ne se peussent accorder ensemble/ -elles pourroyent se bon leur -semble appeller avecques elles -de leurs famillieres voisines en -tel nombre qu'il leur plaira pour -eulx aider & conseiller mais touteffois -la court entent que de dix -parolles et oppinions qui seront -par elles dictes en la besongne/ -elles ne vauldront ne seront comptees -que pour une/ veu que l'on -n'en auroit jamais trouvé la fin</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxii. arrest.</h2> - - -<p>Ceans c'est complaint une -jeune femme d'ung galant -qui luy veult soustraire sa nourrisse. -Dysant que sans cesse il se -joue a elle dont il ne lui plaist gueres/ -car au dernier craint qu'il ne -luy vueille brouiller son laict et -pour ce il luy en fauldroit avoir -une aultre/ laquelle chose luy seroit -ung grant desplaisir pource -que l'enfant a desja acoustumé sa -mamelle. Et disoit oultre que sadicte -nourrice a cause de l'accointance -qu'elle a nouvellement prinse -avec ce galant ne fait pas si bien -son devoir de penser sondit enfant -comme a elle soulloit mais -devient toute seiche et en chartre/ -Parquoy requeroit celle dame que -ledit gallant feust condampné a -soy absenter de auprés de sadicte -nourrice et qu'il ne parlast a elle -en quelque maniere que ce feust. -de la partie dudit galant fut deffendu -au contraire & disoit que a -ladicte nourrice il n'avoit ne voulu -avoir habitude que bien apoint/ -et qu'il n'estoit point recors que il -eust parlé a elle sinon en passant -qu'elle luy disoit dieu vous gart -et il luy dist aulcuneffois a dieu -Et ne peult on a tout le moins que -respondre/ ou dire aulcune chose -quant on salue les gens. Disoit -oultre que veu que ladicte nourrice -ne se plaignoit de luy & qu'elle -ne veult pas dire qui l'ait voulue -seduire & barguignier sa maistresse -n'est pas recepvable a ce adresser -a l'encontre de luy. Aussi -pour ladicte maistresse ne pour la -nourrice et ne s'en vouldroit travailler -ung pas ains est content -qu'il ne la voye jamais/ et qu'on -la garde de luy tant qu'on vouldra. -Si repliquoit ladicte dame -et disoit que du parler ce estoit du -moins. Mais elle doubtoit bien -d'aultre chose/ c'est que il luy troublast -son laict et que quant eulx -deux seroyent ensemble pour faire -leurs besongnes ou parler de -conseil que sadicte nourrice laissast -son enfant crier tout par luy -a son ayse et que lors il cheust en -quelque lieu et s'affolast par ce que -quant on est en ce cas il n'en chault -guieres ne n'en souvient nomplus -que des vieilles matines & quant -est de la poursuite que elle en faisoit -de present n'estoit que pour l'interest -de son enfant & nompas de -ladicte nourrice. A quoy ledit galant -pour ses duplices disoit que -de sadicte nourrice n'avoit cure & -quant il vouldroit il trouveroit -bien ailleurs a jouer en concluant -comme dessus Finablement les -parties ont esté apointees en droit -et au conseil et a la court veu ledit -procés et consideré la court dit -que ladicte dame ne fait a recepvoir -a soy complaindre dudit galant -& l'a condampnee es despens</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxiii. arrest</h2> - - -<p>En la court de ceans c'est complaint -ung vieillart d'une -jeune dame par ce qu'elle ne le vouloit -aymer/ disant que il luy a ja -donné plusieurs ceintures & chaperons -affin de estre en sa grace/ -mais elle n'en tient compte/ trop -bien quant elle veult avoir de luy -aucune chose elle le scet le mieulx -entretenir du monde en le baisant -et acolant mais quant vient au -fort luy respondit <span lang="la" xml:lang="la">nescio vos</span> en -luy faisant la renchiere/ & brief il -ne scet ou il en est car quant il cuide -avoir fait c'est lors que il est a -recommencer. et pource requeroit -que veu que il a si grant amour -en elle et qu'il l'a servie et encores -a intencion de faire qu'elle fust condampnee -a l'aymer et a luy faire -des biens comme dame doit faire -a son serviteur/ & de la partie de -ceste dame fut deffendu au contraire -& disoit que c'est contre nature -a une jeune femme d'aimer vieillart -car ce sont choses contraires -comme blanc et noir & incompatibles -comme chault & froit aussi -par ordonnance d'amours que -quant ung homme est vieil il est -excusé de servir. disoit qu'elle ne -luy sçavoit bien faire il cuide que -on doive tout laisser pour entendre -a luy & qu'on le doyve chauffer -& froter la teste pour le endormir -qui est chose mal sortyssant -a jeune femme & quant est des dons -que ledit vieillart se vantoit luy -avoir donné. Respondit qu'il n'estoit -pas vray & que en sa vie ne -luy avoit donné q'une armerie a -.xvi. pampes que elle garda & mist -en sa quenoulle pour la paour de -luy/ & estoit donc l'accointance bonne. -Disoit oultre que elle aymeroit -myeulx estre bruslee que de -riens avoir prins de lui/ car il ne -le valoit pas. Et quant est de se -aymer il y seroit avant autant que -charlemaigne en espaigne/ & aussi -l'avoit elle ja par plusieurs fois -reffusé. Et concluoit affin de non -recepvoir allias soubstenoit son -reffus & demandoit les despens -A quoy il replicquoit et si disoit -que se elle ne le voulloit aymer -pour l'amour de luy/ au moins -pour son argent qu'il fust aymé/ car -il lui avoit du tout bouté son cueur -en elle/ mais la dame respondit -que pour luy ne feroit rien et pour -son argent encores moins en disant -que ledict vieillart avoit plus -grant mestier d'une bouteille et -d'une bassinouere pour son lict eschauffer -que de tous les biens d'amours -Finablement partyes ont esté -appointees en droict et au conseil. -Si a la court veu ledict procés -et tout ce qu'il failloit veoir -en ceste matiere : et tout veu dict -que a tort et maulvaise cause ledict -vieillart c'est doulu et complaint -de ladite dame et que a bonne -et juste cause elle l'a reffusé et -le condempne es despens de la tauxation -reservee.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxiiii. arrest</h2> - - -<p>En la court de ceans c'est -assis ung aultre procés -entre d'eux beaux jeunes -enfans portans le noir en leurs -devises heritiers et ayant cause -d'ung amant trespassé de dueil de -sa feue dame demandeurs en cas -d'excés d'une part et la mort deffenderesse -audit cas d'aultre part -Et disoyent lesditz demandeurs -que ja pieça dame nature de beaulté -pour monstrer l'excellence -de leur ouvraige ilz allerent produirent -et formerent ung corps -de femme le plus bel qu'on pourroit -guieres choisir dont le deffunct -fut serviteur et estoit ceste -femme avecques la beauté qu'elle -avoit d'elle & remplie de toutes -les vertus especiales que jamais -femme peult avoir c'est assavoir -de doulceur d'honneur de humilité -de gratieuseté de beau maintien -et doulx regard tant que nulle -ne la passoit Et advint que pour -les grans biens qui estoyent en -elle que tout chascun luy souhaitoit -des biens largement ce luy -portoit grant honneur mais ladicte -mort qui en eut desplaisance -et pour l'oster de ce monde luy getta -son dart et l'occist piteusement -de laquelle chose ledict deffunct -son amy et serviteur/ print telle -desplaisance en luy qu'il en cheut -mallade au lict : et aprés ce qu'il -eut faict son testament ne demoura -gueres qu'il n'allast aprés elle -Or disoyent leurs heritiers que -veu que cesditz deux personnaiges -estoient en saufconduit d'amours -et en la sauvegarde/ que -ladite mort n'y avoit que congnoistre -et/ que par ainsi de les avoir -tués elle en estoit tout du long tenue -et estoit le cas digne de reparation/ -attendu qu'il y avoyt eu -meurdre et occision qui estoit inreparable -et pource concluoient -lesditz heritiers et heritieres a l'encontre -d'icelle mort qu'elle fust condampnee -restituer et remettre la -vie es corps dudit feu amant et -de sadicte dame qu'elle avoit ainsi -tués s'il estoit possible & faire se -pouoit/ et a tout le moins a restablir -le corps par figure & a les faire -paindre au vif ainsi et en la maniere -qu'ilz estoyent au temps de -leur bonne santé/ affin que leur -pourtraicture demourast sur terre -& qu'il fust encore memoire d'eux -Et avec ce que iceulx heritiers -desditz deffunctz fussent declairés -exemps de ladite mort au moins -jusques a ce qu'ilz fussent aagés -que avoit esté abregee la vie desditz -deffunctz leur fut donnee et -prolongee de temps de vivre en -ce lieu. Et pour reparacion des -excés qui estoyent grans concluoyt -en amendes honnorables et -prouffitables a la discretion des -gens d'amours. De la partie de -ladicte mort fut tendu affin de -non proceder disant que toutes choses -crees sur terre sont en sa subjection -et qu'il n'y a personne tant -soit fort qui se puisse exempter d'elle/ -car elle a seigneurie et domination -sur toutes creatures humaines -soient hommes ou femmes -bestes ou oyseaulx arbres -et raciers voire et telle maniere -qu'elle leur peut abreger leur vie -et les prendre sans ce qu'il en soit -plus parlé : & de ce qu'elle en faict -soit bien ou mal n'est tenue de respondre -que devant le grant juge -et n'y a justice d'amours ne d'aultre -ou elle soit subgette et par ainsi -perseveroyt en sa declinatoire -& concluoit affin de non proceder -Lesditz heritiers demandeurs disoient -au contraire que en ceste matiere -estoit question de sauvegarde -et entreprinses faictes/ sur les -droitz d'amours/ parquoy la congnoissance -en appartient a la court -de ceans et non a aultre : aussi estoit -ce court souveraine & y avoit esté -la cause commise de par amours -et les lettres expresse au cas/ sy que -n'estoit par ce moyen ledict declinatoire -recepvable ains debvoyt -ladicte deffenderesse aultre ou les -conclusions requesté par iceulx -demandeurs leur debvoyt estre -adjugez. En requerant l'adjonction -des gens d'amours qui de -leur costé disoient que c'estoit mal -fait aux advocatz de proposer telles -declinatoires contre l'honneur -et prerogatives de la court de ceans -ou ilz avoyent esté nourris -car il estoit tout notoire que des -abbus et entreprinses faictes au -prejudice d'amours et de ses subjectz -la court en devoit congnoistre -disoyent oultres lesdictes gens -d'amours que par beaulx previleges -et anciens droitz du demaine/ -la mort n'a que congnoistre -sur amant qui sont en la sauvegarde -d'amours/ et qu'elle ne les -pouoit prendre ou faire mourir -sinon qu'ilz feussent/ ou soyent -hors d'aage/ ou que ilz ayent renoncé -a l'amoureuse aliance d'amours : -et sur ce alleguoient plusieurs -loix : disoyent aussy que -ces amoureuses n'estoyent exemptees -de la mort au moyen desdis -previleges jamais ne se mettroyent -au service veu que ilz seroyent -tous les jours en danger -de leurs personnes/ & qu'il soit vray -que la mort n'avoit point de congnoyssance -sus eulx il en apparoissoit -assez/ & que par experience -des amoureux qui montent et -devallent de nuyct du hault de -deux ou troys estaiges par une -touaille ou longiere pour entrer -en une maison sans eulx blesser -ou mal faire quelconque. pareillement -de ceulx qui couchent entre -deux goutieres toute la nuict -voire quant il gelle a pierre fendant -& si n'ont point de la couverture -ne de froit & aussi de ceulx qui -se font avaller par souspiraulx/ -qui endurent aulcunesfoys aux -baingz l'eaue si chaulde qu'ilz sont -tous bruslez & si ne sentent point -le feu ne la chaleur/ ainçoys par -cela guarissent toutes maladies -et de tous maulx/ et toutesfois raison -est que la ou il seroit ainsi que la -mort eust puissance sur telz parens -il n'en eschapperoit pas ung veu -les peines et tormens qu'ilz seuffrent -et les dangers ou ilz se mettent -dont touteffoys l'en ne peult -veoir du contraire et que ladicte -mort n'a pouoir ne auctorité sus -ceulx qui sont ainsi au service et -en la sauvegarde d'amours/ aultres -soyent exemptz d'elle parquoy -ne se pouoit ladicte mort excuser -qu'elle ne deust estre contraincte a -proceder en la court de ceans au -regard mesmement que les excés -par elle commis avoyent esté faitz -en enfraingnant la saulvegarde -d'amours ou lesditz deffunctz amoureux -estoyent quant il les laissit -mourir/ mais ladicte mort en -perseverant tousjours en sa declinatoire -disoit que la court de ceans -ne pouoit estre son juge car elle n'y -estoit subjecte ne obeissante & oultre -plus disoit que de avoir prins et -tué lesditz deffunctz n'avoit aulcun -exemptz ne sauvegarde enfraindre -parquoy n'en pouoit congnoistre. -Et supposé qu'il y eust excés si -n'en pouoyt la matiere estre ceans -traitee car elle avoit a somer ses -garans comme fortune & aultres qui -n'y respondroyent pas & au regart -ces previleges & exemptions dont -les gens d'amours avoyent parlé -respondit ladicte mort qu'elle a previlege -sur amours et par tout et -que avant qu'il fust oncques nouvelles -d'amours ne d'amytié elle estoit -nee & usant en terre de sa puissance -& s'elle differoit a faire mourir -tels jeunes amans qui ainsi se -advanturent & mettent en danger -de leurs personnes par leurs folies -mondaines/ c'estoit de grace -et de permission seulement qu'on -ne luy pouoit retorquer au prejudice/ -& voit on tous les jours les -plus huppez passer par la quant -il luy plaist. Et si la mort ne les -prent pas quant ilz sont malades -Ains laisse faire nature son debvoir/ -et attend bien souvent que -telz amans soyent tous secz/ & qu'il -leur ennuye d'estre au monde en la -soubhaictant pour les biens d'amours -qui leur deffaillent en concluant -comme dessus Surquoy -les heritiers d'iceulx deffunctz demandeurs -disoyent que si leur failloit -faire ailleurs leur poursuite -ilz seroient destruitz a tousjours -et n'auroyent dequoy fournir Et -oultre disoyent que veu l'enormité -du cas la court en debvoit retenir -la congnoissance & quant aux -gens d'amours ilz dupplicquoyent -et disoient que la mort ne pouoit -avoir previlleges contre ceulx -d'amours/ car avant que oncques -la mort feust/ estoit nee amyctié/ -et ne fut la mort ordonnee fors que -pour appaiser les debatz de cedit -monde/ et oster ceulx qui s'entrehayent -qui font les noyses & que -nature ne peult plus soubstenir : -Or estoit il ainsi que ces deux trespassez -dont estoit question estoient -en la plus grande amyctié et -aliance d'amours qu'il se pouoit faire -en sa sauvegarde. parquoy d'avoir -ainsi exploité la mort avoit -trop mesprins et excedé/ Et failloit -qu'elle en respondist ceans & -non ailleurs. Ouyes lesquelles -parties en tout ce qu'elles ont voulu -dire et alleguer/ elles ont esté -apointees en droit & a mettre par -devers la court et au conseil. Si -a la court finablement veu ledit -procés & tout ce qu'il failloit veoir -en ceste matiere a grant et meure -deliberation. et tout veu la court -dit que ladicte mort deffenderesse -procedera en la court de ceans -nonobstant chose par elle proposee -au contraire dont elle deboute -et deffend a tous les advocatz -de ladicte court que ilz ne proposent -ou alleguent telles declinatoires -sur peine de l'amende.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxv. arrest</h2> - - -<p>A la requeste du procureur -general d'amours une vieille -femme a esté prinse & constituee -prisonniere pour raison & a cause -de certaines parolles mal sonnantes -qui ont esté dictes et proferees -de sa bouche. Si a depuis -esté interroguee sus les charges/ -et informations faictes a l'encontre -d'elle sus quoy en effect elle a -deposé et confessé que veritablement -en haine et despit de ce qu'elle -ne estoit appellee de aller aux -grans chieres comme sont bancquetz -& nopces ainsi que les aultres -elle mal meue & de de felon couraige -avoit et a dit que ce n'estoit -pas tout acquest d'y estre & que s'elle -estoit homme aussi bien qu'elle estoit -femme elle n'y laisseroit pas -de leger aller sa femme ne ses filles -avec plusieurs autres choses -au prejudice d'amours/ et de ses -droitz declairees a plain en sa confession -qui a esté monstree aux -gens d'amours lesquelz ont par -ycelle prins droict et baillé leurs -conclusions tendant affin que ladicte -vieille qui avoit parlé contre -la souveraineté d'amours fust pugnie -de pugnition corporelle et oblicque -pour monstrer exemple -aux autres/ et en ce faisant qu'elle -eust la langue couppee ou que -on luy plantast ung fer chault et -ardant au visage. Et aussi qu'elle -feust bannye a tousjours hors -du royaulme d'amours et ses biens -declarez confisquez. A l'encontre -desquelles conclusions ladicte -vieille deffenderesse pour la diminution -de la paine/ disoit que -l'en ne doit pas de si pres prendre -garde aux parolles des femmes -Car souvent parlent de legier et -contre elles mesmes/ mais entant -qu'il luy touchoit elle sçavoit bien -voirement que elle avoit failly/ -et mal parlé. Mais la court -devoit avoir regard a ce que se avoit -esté par chaulde colle & sans -y penser et aussi par la desplaisance -de ce que n'en ne tenoit compte -d'elle et qu'on ne daignoit la mander -ausdictes festes & bancquetz. -Si a la court veues les charges -et informations/ la confession de -ladicte deffenderesse/ les conclusions -des gens d'amours/ et les -deffences baillees au contraire & -tout ce que il failloit veoir en ceste -matiere a grande & meure deliberation. -Et tout veu et consideré -ce qu'il failloit a considerer. -Ladicte court condampne ycelle -vieille deffenderesse pour les excés -et delictz par elle commys alentour -l'escripteau qui s'ensuyt.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">En ma vie je ne fuz meurdriere</div> -<div class="verse">Ne larronnesse : ne coustumiere</div> -<div class="verse">De amans blecer & ravaler</div> -<div class="verse">Mais affin que mon cas declaire.</div> -<div class="verse">J'ay eu la bouche trop legiere.</div> -<div class="verse">Gardez voz langues de parler.</div> -</div> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxvi. arrest.</h2> - - -<p>En la court de ceans c'est -assis ung aultre procés -entre les heritiers de une -dame naguere trespassee demandeurs -d'une part et les official vicaire -et prometeur d'amours deffendeur -d'aultre. Et disoyent lesditz -demandeurs que la deffuncte -estoit en son temps bien gente -& gaillarde/ sage et sçavante et -soubz laquelle s'elle eust vescu -plusieurs vaillans cueurs amoureux -eussent peu apprendre du bien -Or estoit vray qu'elle qui estoit -de noble couraige voulloit bien -adviser tousjours en son faict. -et fust en nopces ou en aultre festes -et gardoit bien qu'on ne se moquast -de chose qu'elle fist mais il advint -que ung jeune gallant mal habillé -& ressemblant a ung varlet -dimencheret qu'elle encores ne congnoissoit -la vint prier de dancer -et pource qu'il n'estoit pas lors en -point et aussi que son costé estoit -lasse et n'en faisoit que venir elle -l'esconduit bien gracieusement -disant qu'elle ne voulloyt plus -dancer dont il se deporta & s'en alla -sans dire a dieu Mais encore -il ne fut pas content de cela ainçoys -quant vint de rechef a dancer -au chapelet ledit gallant se mist -a dancer et aprés ce qu'il eut le chapellet -a son tour il le vint presenter -a elle laquelle le receut mais -quant vint ledit galant tendoit la -bouche pour la baiser/ elle se torna -la teste de l'autre costé en le reffusant -tout court dont il conceut -hayne et malveillance mortelle -contre ladicte deffuncte Pour laquelle -mettre a execution il la fist -citer devant ledit official d'amours -par devant lequel elle voyant qu'il n'estoit -point son juge ne capable de -congnoistre de la matiere ne comparut -point Si fut mise en coustumace. -au moyen de laquelle elle -fut ainsi que l'en veult dire excommuniee -& depuis est advenu qu'elle -est encheute en aucune maladie -de fievres qui l'en ont emportee/ -et a finé ses jours bien honnorablement -et faict son testament -et toutes aultres choses que bonne -et tres loyalle dame doit faire. -Mais avant est venu a l'encontre -ledict official vicaire et prometeur -soubz umbre de ce que il -vouloit dire qu'elle estoit excommuniee -pour raison de ce que dit -est : ilz n'ont voulu donner congé -ne licence de l'enterrer ou elle avoyt -ordonné : mais l'ont faict porter -aux champs et enterrer en une -grande piece de terre toute pleine -d'orties et de chardons : laquelle -chose redonde au vitupere et honneur -de tous les parens et amys -de ladicte deffuncte qui sont gens -de bien et des plus notables : par -quoy l'excés en estoit plus grant -Et par ses moyens concluoient -lesditz heritiers demandeurs a l'encontre -desditz official vicaire et -prometeur d'amours. Et pareillement -aussi contre le galant qui -avoit faict citer icelle deffuncte -qu'ilz et chascun d'eulx fussent condempnez -et contrains a revocquer -casser et adnuller lesditz citacion -sentence et excommuniement donné -contre ladicte deffuncte par prinses -de leurs personnes et du temporel -desditz official et promoteur -de l'eglise et a publier devant ung -chascun que a tort et sans cause -icelle deffuncte avoit esté citee et -excommuniee Et avec ce ilz fussent -condampnez a la faire deterrer -et apporter son corps et ses os -en ung des cimetieres d'amours -et contrains a estre tous au convoy -du corps affin de reparer et -restituer le deshonneur qu'ilz luy -avoient fait. Et semblablement -que ung chascun d'eulx fust condampné -a une bonne amende proffitable. -A ces fins offroyent a prouver -et demandoient despens dommaiges -& interestz a l'adjonction -des gens d'amours De la partie -desdictz official vicaire prometeur -et gallant fut deffendu au -contraire : et disoient qu'il estoyt -permis de citer et excommunier -tous ceulx & celles qui detiennent -des biens d'amours ou qui injurent -et se mocquent de ceux qui sont -en la poursuite : et dont la congnoissance -et pugnition en appartenoit -audit official Or estoit vray que -ladicte deffuncte avoit reffusé detenu -et occuppé le bien qui estoyt -deu a ce gallant icy/ et encores l'avoit -farcé et mocqué/ parquoy il -c'estoit rendu plaintif d'elle & l'avoit -fait citer a certain jour auquel elle -se reputant coulpable du cas -et mesprisant la court n'avoit daigné -venir ne comparer. Mais c'estoit -laissee mettre en coustumace -et excommuniement qui fut publié. -Or est advenu voirement -qu'elle est trespassee sans soy faire -absouldre : parquoy l'en l'avoit faicte -enterrer ou elle devoit Et a ceste -cause apparoissoit clerement -que l'en n'y pouoit avoir aulcun mal -ne excés et au regard de la deffuncte/ -posé qu'elle eust bonne cause d'avoir -reffusé le galant touteffoys -elle devoit venir declairer ou en -faire proposer au jour qu'elle fut -citee sa declinatoire sans soy laisser -mettre en coustumace et sentence -d'excommuniement qui donnee -estoit justement Et quant est -de l'enterrement par consequent il avoit -esté fait ainsi que faire ce devoit -Et aussi se les sentences ne -sortissoient en effect/ l'en ne tiendroit -plus compte de justice ne de faire -mal. Et a ce que les heritiers disoient -que la deffuncte n'estoit subgette -a la court dudit official : respondoyent -que ouy/ car aussy le -jeune galant estoyt clerc non marié/ -lequel entant qu'il touchoit sa -personne disoit que la deffuncte -ne devoit point estre desheritee et -mise en aultre lieu qu'elle estoyt -car pour le reffus qu'elle luy fist il -avoit esté en danger de mort de la -paine et de la honte qu'il en eut devant -tant de gens. Et s'elle eust voulu -dancer ung tour avec luy il n'en -eust jamais parlé. Et quant est -de ce que les demandeurs ont fait -dire qu'elle ne le congnoissoyt et -qu'il estoit habillé en varlet dimencheret -c'estoit mal dit a eulx car il -la valoit bien ou myeulx et le congnoissoit -assez bien. Mais elle estoit -tant fiere & orgueilleuse qu'elle -fist semblant de ne l'avoir jamais -veu. Et le reffus qu'elle luy fist -ne vint que par presumption et -oultrecuydance qui la conduisoit -Et concluoient en effect lesditz -deffendeurs affin d'absolution & -despens. Et au regard des gens -d'amours ilz disoient que entant -qu'il touchoit le droict des deux -parties. C'est assavoir se la deffuncte -avoit eu juste cause de le refuser -ou non/ ilz n'en pouoient rien -dire pour le present/ Car ilz n'avoyent -veu les informacions. -Aussi n'en estoit de present question -entant que touchoit la citacion/ -procés et excommuniement -faictz par ledit official d'amours -tout devoyt estre dict et desclairé -nul et de nul effect. Lesdictz deffendeurs -grandement abbusans -car du faict du chappellet ne de -quelconque aultre dance n'en appartenoit -la congnoissance que a -la justice seculiere d'amours trop -bien des promesses secretes qui -se font en dançant peuent bien congnoistre -de ce cas icy non Et pource -c'estoit une vraye entreprinse -contre la justice laye qui se devoit -reparer par une tresgrande et merveilleuse -punition/ car combien -que lesdiz official vicaire et prometeur -sceussent bien qu'ilz ne pouoient -sçavoir ne avoir la congnoissance -de ceste matiere et que la citacion -et sentence d'excommuniement -ne se peult bonement soubstenir/ -neantmoins comme obstinez -en leur maulvaise voulenté -l'ont voulu faire sortir en effect -en contraingnant ceste povre femme -que Dieu absolve a estre au -moyen de ce enterree et en terre prophanee -qui a esté certainement tresmal -faict a eulx. Et pource concluoient -lesdites gens d'amours/ -que tout ce qui par eulx avoyt esté -faict fust declairé nul et de nulle -valeur comme faict en abusant -et entreprenant sur la justice et juridition -laye. Et avecques ce que -ledit official prometeur et officiers -et aussi que lesditz amoureux -fussent condempnés a reparer lesdictz -excés & en ce faisant qu'ilz fussent -contrainctz de desterrer eulx -mesmes ladicte deffuncte et la porter -en ung cercueil devant tout -le monde jusques au cymettiere -d'amours et qu'elle ordonne a estre -enterree/ Et pareillement de assister -et estre presens tous tout -du long du servyce qu'on fera a -celle deffuncte. Et en oultre que -ilz fussent condampnés a publier -ou faire publyer/ par le crieur -qui yra devant le corps a toute sa -sonnecte que la deffuncte avoyt -esté injustement excommuniee. -A quoy lesdictz deffendeurs disoient -que de prendre les conclusions -contre eulx lesdictes gens -d'amours n'estoient pas recepvables/ -car ce que ilz avoyent faict -avoyt esté en excersant la jusridicion -espirituelle d'amours. Et -quelque chose qu'il leur pleust a -dire/ la congnoyssance du faict -du chappellet leur appartenoyt -et ainsi en avoient congneu & usé -Et quant a la deffuncte elle fut -cause dudict excommuniement -entant qu'elle ne vouloit comparer -Au regard de l'absolucion ilz ne -l'eussent peu bailler sans le vouloir -de partie qui n'y consentit oncques/ -et ainsi estoyent lesditz deffendeurs -en voye d'absolucion/ mais -les gens d'amours disoyent au -contraire qu'ilz ne pouoient toucher -au fait dudit chappellet non -plus que au feu. Et s'ilz en ont -congneu au temps passé ce a esté par -entreprise et en abusant. Et aussi -disoyent les heritiers d'icelle deffuncte -que veu que ledit official -n'estoit point juge d'elle/ elle n'y -debvoyt comparoir ne envoyer. -et au regard des charges que ledict -galant bailloit a ladicte feu dame -ne pouoit estre plus humble et gracieuse -qu'elle estoit comme l'en pourroit -sçavoir par tous ceulx qui l'avoyent -hantee. Et aussi n'y avoit -point d'apparence de aller baiser -ung homme a la vollee sans le -congnoistre/ et qui estoit habillé -comme ung vielleux en concluant -comme dessus. Ouyes lesquelles -parties en tout ce qu'elles ont -voullu dire et alleguer elles ont -esté appointees en droict. Si a la -court veu et visité ledict procés -et tout veu/ et consideré ce que il -failloyt considerer/ ladicte court -condampne ledict official vicaire -et prometeur d'amours et aussi -ledict amoureux et chascun de -eulx entant qu'il luy touche a revocquer/ -casser/ et adnuller lesdictes -citations excommuniemens -procés et procedures faictes par -devant ledict official et a mettre -au neant a leurs propres coustz/ -et despens. Et avecques ce je condampne -tous ensemble a deterrer -et oster/ ou faire deterrer et oster -ladicte deffuncte du lieu la ou elle -est pour porter & enterrer au cymetiere -d'amours dedans ung beau -carreau de girofflee/ & au lieu -ou elle a esleu sa sepulture par son -testament. Et si les condampne -en oultre a aller tous au pres du -corps jusques en l'esglise/ et y estre -tout du long du service de ladicte -deffuncte. et deffend ladicte -court audit official que desormais -de telle matiere qui touche ledict -chappellet ne les despendences il -n'entrepreigne congnoissance sur -peine d'amende arbitraire.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxvii. arrest.</h2> - - -<p>En la court de ceans c'est assis -ung aultre procés entre -une gracieuse dame demanderesse -d'une part et les religieux cordeliers -de l'observance d'amours -deffendeurs d'autre part. et disoit -ladicte dame que ja pyeça elle eust -grande acointance de familiarité -singuliere avec ung jeune religieux -nouvellement rendu de l'ordre -& tellement qu'ilz se donnerent -l'ung a l'autre & promisrent ne separer -l'alliance d'entre eulx d'eux -pour quelque temps ou fortune -qui leur peust advenir. et sur ces -choses y eut encores veuz fais en -amours confermatoires d'ycelle -aliance tant et si avant que faire -se pourroit en tel cas mais ce nonobstant -ledit amoureux cordelier -et pour une petite fumee ou quelque -desplaisance qu'il a eue/ puis -n'a guieres de temps en ça s'en est -de son auctorité et sans le consentement -ne prendre congié de sadicte -dame aller bouter et rendre en -ladicte religion ce qu'il ne pouoit -ne debvoit faire/ ainçoys venoit -directement encontre son premier -veu et serment. Et pource que ceste -dame se sentoit tenue quant a -l'ame de le declairer une foys/ et -qu'elle avoit tresgrant interest d'avoir -quitance & renonciation de sa -promesse pour se pourveoir ailleurs -en lieu de luy d'ung aultre -amant et serviteurs elle concluoit -et requeroit que lesditz religieux -cordeliers fussent condampnez -a faire exhibition audit amoureux -rendu cordelier & de le amener -en justice pour le contraindre -et entretenir a ses premiers veuz -et promesses ou y renoncer/ et la -quitter au regard d'elle ne voulloit -pas empescher le sauvement -de son ame et qu'il ne demourast -religieux de l'ordre s'il en avoit la -voulenté. De la partie desdictz -religieux de l'observance si fut deffendu -au contraire et disoyent que -la demande que faisoyt la dame -n'estoit pas recepvable car l'amant -religieux rendu cordelier dont estoit -question estoit ja cordelier vestu/ -et avoit fait les veuz de l'observance -d'amours par les trois -Esquelz veuz d'ycelle observance -il est deffendu expressement de -ne parler jamais a femme/ parquoy -donc de le voulloir contraindre -maintenant a le veoir & parler -a elle dessoubz umbre de renonciation -n'y avoit apparence et estoit -trop tard de venir aprés ladicte -reduction ramentevoir Et -mettre en lieu de present lesdictes -aliances promesses et follyes du -temps passé. Disoient oultre lesditz -religieux que quant ledit amant -fut rendu & vestu de l'habit de l'ordre/ -ladicte dame deffenderesse y -estoit presente & luy veit faire les -veuz pourquoy lors debvoit declairez -lesdictes promesses et se -opposer pour le droyct que elle -veult deduire Et sembloyt soubz -correction que c'est grant abbus -a elle de venir maintenant par telz -moyens pour troubler ledict religieux -rendu et le mettre es choses -mondaines qu'il a ja oubliees -Si disoyent par ces moyens lesditz -religieux qu'ilz n'estoyent tenus -de exiber ledict cordelier/ et -pour chose que on peust faire jamais -ne partiroit de ladicte religion. -A quoy ladicte dame pour -ses replicques disoit/ que elle ne -voulloit pas le retraire hors de -religion ne de le mouvoir de son -entreprinse/ mais requeroit seulement -pour sa descharge que il -renonçast a sa promesse qu'il luy -avoit faicte/ et tout ce qui avoit -esté faict/ et dict entre eulx deux -feust declairé nul et comme non -advenu Et disoit oultre ladite dame -que cela se debvoit faire avant -toute oeuvre/ car elle voulloyt -obvier au dangier d'amours qui -s'en pouoit ensuivir/ elle vouloit -avoir enseignement de la renonciation -desdictz promesses et pour -monstrer qu'elle aymoit entretenir -sa foy mieulx que luy affin -qu'on ne luy en peust reproucher -riens. Et au regard de ce que lesdis -cordeliers disoient que icelle dame -estoit presente quant ledit nouveau -cordelier fut rendu & qu'elle -luy vit faire les veux respondit -qu'il estoit bien vray qu'elle y fut avecques -ses autres cousines & parentes/ -Mais a la verité quant elle -veit qu'on le deshabilloit tout nud -pour le vestir en cordelier les lermes -luy vindrent aux yeulx a si -grant affluence qu'elle ne sceut -qu'elle devint & luy commença a -soubzlever le cueur par telle façon -que elle s'esvanouyt en plain -chappitre et ne luy souvenoit alors -d'aliance ne de promesse/ car -il n'est au monde si grant douleur -a femme que de veoir son amy rendu -en religion. parquoy fault la -excuser Et quant elle n'eust point -esté troublee si n'eust elle pour rien -entreprins d'aller desclairer devant -tout le monde qui ne se pouoit -rendre pour blasme et deshonneur -qu'il en eust peu avoir. Et a -ce que lesditz deffendeurs disoient -en oultre que pour rien ne le laisseroient -partir de religion respondit -ladicte demanderesse que par -force ilz devoyent estre contrains/ -et que au regard d'elle elle avoyt -contenné de ne parler point a luy sinon -en la presence de deux ou trois -religieux telz qu'on vouldroit amener/ -mais il estoit force que a -la quitance & renonciation desditz -promesse ce fist en jugement/ car -il y avoit lettres signees de leur -main de l'ung et de l'autre qu'il convenoit -rompre et casser devant la justice -d'amours en concluant au surplus -comme dessus Mais lesditz cordeliers -deffendeurs perseverant -tousjours en ce qu'ilz avoient proposé -disoient que ce n'estoit pas raison -que ledict amant rendu cordelier -vint en jugement ne qu'il vist -plus ladicte dame. <span lang="la" xml:lang="la">Primo</span> car se -seroit contre son veu qu'il a faict -de ne partir jamais de la religion -sans licence du general <span lang="la" xml:lang="la">Secundo</span> : -car par la reigle de l'observance -d'amours telle comme chascun -scet ceulx qui y sont rendus jamais -n'en peuent saillir sinon que -le feu les contraingne a ce faire & -sont reputez mors au monde/ ne -n'y a nul qui en puisse partir dehors -excepté ceulx qui sont deputez a -leur tour pour aller querir la pitance -& la pourveance du couvent -Et pource de requerir maintenant -par ladite dame que ce jeune cordelier -qui a renoncé aux joyes et -a la pompe du monde et qu'il voyt -ce quel a cuidé faire perdre a tousjours -il n'y avoit nulle apparence -et posé que icelle demanderesse -fust troublee quant elle le veit -ainsi vestir et entrer en la religion -touteffoys cela ne la pouoyt -pas excuser du tout/ car entre le -temps qui vint premierement d'amours -en la religion & celluy de -la redicion elle avoit eu bon loysir -de soy venir opposer et remonstrer -lesdites aliances et promesses. -Ouyes les parties en tout -ce qu'ilz ont voullu dire et alleguer -elles ont esté appointees a -mettre par devers la court et au -conseil. Si a la court veu ledict -procés et a grant et meure deliberation -avec tout ce qu'il failloit -veoir en ceste matiere. Et tout -veu la court dit que non obstant -chose proposee par lesditz religieux -cordeliers de l'observance ledict -amoureux nouvellement rendu -cordelier viendra en la court -de ceans renoncer aux promesses -et alliances d'amours par luy faictes -avec ladicte dame pour sa descharge -& en aura lectre ou acte se -bon luy semble. Et si ordonne la -court que lesdis cordeliers seront -contrains par la presence de leur -personnes et ouvertures de leurs -portes a faire exhibicion dudict -cordelier & le amener en jugement -pourveu toutesvoyes que bon leur -semble ilz luy pourroyent mettre -ung bandeau devant les yeulx -affin qu'en parlant ou renonçant -audictes promesses et alliances -il ne puisse veoir la demanderesse -jadis sa dame Et au surplus -sont compensés les despens d'ung -costé et d'aultre et pour la cause.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxviii. arrest.</h2> - - -<p>Ja pieça ung povre amoureux -plain de dueil prya -moult une jeune dame -de dancer avec luy dont elle feut -reffusante et ce excusant sur ce qu'elle -disoit qu'elle ne faisoit que venir -Et depuis encore une aultre -journee la pria tresinstamment -que seulement affin qu'il ne fust mocqué -elle fist ung tour avecques luy -mais comme devant elle n'en voulut -riens faire. Disoit aussi que -depuis il l'a saluee par plusieurs -fois & osté son bonnet quant il la -rencontroit/ mais pource qu'elle -peult bien appercevoir qu'il l'ayme -& en est ung petit feru elle ne -daigne parler a luy et se d'aventure -elle luy a dit a dieu : c'est en hochant -la teste Desquelz reffus et -desdaing dessusdict ledit povre amant -a appellé a la court de ceans -et relevé contre ladicte dame qui -n'y est voulu venir ne comparer -ains se est laissee mettre en deux -deffaulx et tout ce que bon luy a -semblé devers la court. Si a la -court veu lesditz deux deffaulx -en ce qui a esté produit et tout veu -ladicte court par vertu des deux -deffaux a jugé audit amoureux -demandeur tel prouffit qu'il s'ensuit. -c'est assavoir qu'il a esté bien -appellé par luy & mal refusé par ladicte -dame Laquelle court l'a condempnee -a dancer avec luy maulgré -qu'elle en ayt. Aumoins faire -deux ou trois tours : & permet -ladicte court audit amant quant on dancera -une dance a trois de se y bouter -sans dire mot pour faire ung tiers -& en oultre pource qu'il est en apparence -que ladicte demanderesse en contempnant -aucunement la court dist -quant elle a esté ajournee qu'elle n'y -daigneroit comparer & que ledit galant -s'abusoit de la poursuivre : icelle -court permet audit amant de passer & -rapasser par devant elle sans la saluer -ne sans lui dire a dieu le desclairant -exempté de luy faire le petit genoul -en une basse dance & le pas -de brebant ainsi que tous les autres -le font en oultre la condampne -es despens des deux dictz deffaulx -la tauxation reservee.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xxxix. arrest</h2> - - -<p>Il estoit une bourgeoise qui -requeroit que certain appointement -qui avoyt esté donné par les -gens tenant l'eschiquier d'amours -au proffit d'une damoiselle sa partie -adverse touchant le debat qu'ilz -avoyent ensemble pour parvenir -au dessus fust recindé & adnullé -par la court/ et veu le playdoyé -des parties et tout ce qu'elles ont -produit et tout veu la court dict -qu'elle ne tiendra court ne congnoissance -de ladicte cause et matiere/ -mais renvoye de rechef par devant -lesdictes gens tenant l'eschiquier -qui en est commencé a congnoistre -en jugier au sourplus/ et y pourveoir -ainsi qu'il appartiendra tous -despens preservez en diffinitive.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xl. arrest.</h2> - - -<p>En la court de ceans c'est assis -ung procés entre une jeune -dame d'ung sien amy disant qu'elle -l'a veu le plus joyeulx & esbatant -qu'il pouoit estre bien nouvellement -habillé/ gent plaisant gracieux -& advenant a tout chascun -et tellement qu'on prenoit plaisir -a le veoir & ouyr/ et brief qui ne luy -pouoit donner luy ruoit/ maintenant -il est devenu tout changé pensif -songeart & merencolieux & semble -que sa vie luy ennuye au monde/ -car il ne tient plus compte de feste -ne de joye/ se l'en parle a luy il -songe une grant piece avant qu'il -responde en faisant semblant de penser -ailleurs. Quant on luy donne -des bouquetz ou des fleurs il les -dessire toutes par pieces avant que -elles partent de ses mains Et incontinent -qu'il oyt les menestriers -ou le tabourin les larmes lui viennent -aux yeulx/ et ne faict que -souspirer/ se on touche a table a -leur demaine d'amours & tourne -le propos a parler de la mort/ ou -de quelque vieille histoire qu'il va -querir bien loing pour la mener -a propos il a froict quant il faict -chault/ et quant il faict froict il a -chault/ & en effect maintenant on -ne se congnoist plus en luy dont -chascun s'esbahist & pource que ceste -dame a interest qu'il vive longuement -qu'elle est courroucee de -tout son cueur se par merencolye -ou desplaisance icelluy amant avoit -autre chose que a point elle requeroit -qu'il fust condampné a laisser -toutes compaignies merencolieuses -et que au seurplus la court -mist telle provision en son fait que -il revint et retournast en son premier -point et premier estat. de la -partie du povre amant tout malade -fut deffendu au contraire & disoit -que au service d'amours il failloit -avoir beaucoup de peine & de -travail avant qu'on y soit advancé -et n'y a on jamais une joye qui ne -couste cent douleurs/ & pource de -si trop amuser ne estoit pas trop -bon/ et aussi de present il n'en chault -guieres aux dames/ ains ne s'en -fait l'en que mocquer & sont les loyaulx -tousjours les plus douloureux/ -parquoy n'y avoit pas grant -regret/ oultre disoit que de gens on -ne tient compte s'ilz n'ont de l'argent -Et a ceste cause/ il avoit deliberé -en soy mesmes de delaisser et habandonner -du tout amours et de -recouvrer & gangner le temps qu'il -avoit perdu/ combien qu'il ne seroit -jamais que il ne le louast et -exaulsast/ car certes tous biens en -viennent. et ne vauldra jamais -riens ung homme quel qu'il soit -s'il n'a aulcunement esté amoureux -en son temps. Mais il en y a les -ungs plus malheureux que les -aultres. Et quant est des maulvaises -taches et merencolies que -on luy mettoit a sus & aussi de ce -qu'on disoit que il estoit songeart -et merencolieux. Respondit qu'il -failloit que la maladie print son -cours. Et que maintenant il ne -sçavoit prendre plaisir sinon a estre -tout seul pour contempler le -temps passé et celuy qui viendra -et ne vouloit plus ouir parler de -amours/ car c'est chose contraire -a ceulx qui s'en veulent oster/ mais -au surplus il remercyoit sadicte -dame treshaultement de la bonne -voulenté qu'elle avoit devers -lui en requerant a la court congé -et licence de le laisser departir d'amours -mais sadicte dame disoit -en repliquant que il n'en debvoit -point avoir & que la court qui est -souveraine y debvoit pourveoir -veu qu'il estoit digne d'exaulcer -une foys la foy d'amours pour -les grans biens qui estoient en luy -Et ne failloit point qu'il se soulciast -d'argent ne de biens du monde/ -car s'il vivoit et dieu luy donnoit -santé il n'en auroit que trop. -Aussi il ne estoit pas encores en -aage de se chagriner & en y avoit -bien d'aultres qui se soulcient pour -luy. Disoit oultre sadicte dame -que le fondement de la pensee de -luy n'estoit que une fantasie & qu'il -y avoit dangier veu sa complexion -que il ne luy en fust du pis. -Mais ledit amoureux disoit pour -ses dupliques qu'il ne luy en challoit -plus de rien/ & aymoit autant -mourir que vivre veu que tant plus -on va en avant en ce monde tant -plus y a l'en de peine. et disoit oultre -qu'il vouldroit bien estre joyeulx/ -mais personne qui vient a -soing ne le peult estre en brief/ et -vouldroit ja estre en paradis car -quant il luy souvient des joyes & des -grans follies du temps passé -il n'a point de joye ne de bien et -ne se peult tenir de plorer. ouyes -lesquelles parties en tout ce qu'elles -ont voulu dire & proposer elles -ont esté appointees en droit & -au conseil. Si a la court veu finablement -ledict procés bien au -long avec tout ce qu'il failloit veoir -en ceste matiere. Et tout veu et -consideré la court ordonne que ledit -amoureux sera mys aux herbes -et tenu de demourer aux jardins -comme povre prisonnier par -l'espace d'ung moys affin qu'il ne -voye que toutes belles fleurs et -verdure pour le resjouyr. et luy -deffend ladicte court toutes compaignies -merencolieuses de se pourmener -seul et de fantasies a tout -par luy mais ordonne et apointe -que ladicte dame par maniere de -provision l'acompaignera & sera -avec luy pour passer le temps du -long dudit moys et jusques a ce -qu'il soit guery & remis en son premier -estat. et laquelle dame sera -tenue de le penser si que on ne luy -parle que de toute joyeuseté & luy -feront oster tous livres et toutes -choses mellencollyeuses faisant -mention d'argent et de richesses/ -affin qu'il n'y ait plus le cueur.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xli. arrest.</h2> - - -<p>En la court de ceans c'est assis -ung procés entre ung povre -amant reffusé en cas d'excés -et le procureur general d'amours -adjoint avec la dame d'une part & -ung sien compaignon amoureux -comme luy d'aultre part deffendeur -& disoit ledit demandeur qu'il -avoit tout temps eu grant familiarité -& societé avec ledit deffendeur -et luy avoit faict plusieurs -plaisirs & si estoit vray que pour -la grant fiance qu'il avoit en luy il -c'estoit descouvert a luy d'une partie -de ses secretz & des biens et maulx -qu'il avoit gaignez en amours/ & -bien souvent luy racomptoit priveement -de ses fortunes & lui touchoit -de loing de sa dame qui tant -estoit sage & prudente & comment -il estoit bien tenu a dieu de l'avoir -ainsi pourveu lesquelles choses -ledit deffendeur escoutoit & en louoit -ledit demandeur & luy faisoit -le beau beau en le resconfortant -quant il le veoit plaisant. et mesmes -luy offroit et cueur et corps -sa chevance et ses biens/ mais il -ne le faisoyt sinon pour sçavoir -qui estoit sadicte dame & haïr en -aprés comme il a bien monstré/ -car depuis qu'il a sceu qui elle estoit -il ne cessa jusques a tant qu'il -ait eue l'acointance d'elle & que il -ait fait bailler le bont/ ce qu'il n'eust -jamais cuydé tant le sentoit son -singulier amy pour laquelle chose -parvenir a celluy amant deffendeur -qui sçavoit tous les secretz et -moyens dudit amant complaignant -a trouver façon & maniere -de parler a ung moyne par qui les -bonnes besongnes sont faictes & -a tant fait par dons & par promesses -illicites qui en amours sont -deffendus que ledit moyne & luy -ont compilees unes faulces lettres -closes ou nom dudit povre galant -complaignant lequel n'en sçavoit -rien. Et par lesquelles estoit contenu -que ledit amant demandeur -mandoit a sadicte dame qu'elle ne -estoit pas telle comme il cuidoit -et qu'il s'appercevoit bien maintenant -qu'elle avoit failly en la menassant -et disant plusieurs injures -& parolles que jamais ce povre -amant n'avoit pensees/ ainçois eust -mieulx aymé estre mis en pieces -que de l'avoir songé & dit aulcun -mal de elle. Aussi eust il esté bien -traystre/ veu que tous les biens -qu'il avoit venoyent d'elle. or que -fait ce moyne cy il s'en vient par -devers ladicte dame/ et n'est pas -content de porter & bailler lesditz -lettres faulses mais soubz umbre -de ce que l'on dit qu'elles contenoient -creance/ il dist les plus terribles -choses a ceste femme que l'en -sçauroit ymaginer. et tellement -que quant elle les oit elle adjoustant -foy a ce que ledit moyne disoit -commença a soy pasmer & tumber -a terre comme toute esvanouye -dont depuis elle a esté fort malade/ -mais les dessusdictz non contens -de ce ont tant fait par soubtilz -et estranges moyens que ledict -deffendeur est entré en grace et qu'il -a baillé le bont au povre homme -qui tant avoit eu de peine a soy advancer -& desservir la grace de ladicte -dame en commettant bien grant -trahyson eu regard aux plaisirs -qu'il luy avoit fait & qu'il estoit son -compaignon. Et en effect quant ce -povre homme qui a tousjours son -cueur envers ladicte dame et ne -l'en peult pas oster vient vers elle -ainsi qu'il avoit acoustumé elle -lui tourne le doz en rechignant -le maudit & par autreffois le menasse -de luy porter dommage en -corps & en biens en lui disant plainement -qu'elle aymeroit mieulx -qu'il fust ars et bruslé qu'elle luy -fist ung seul plaisir et ainsi veezla -la maniere comme ce povre amant -a esté traictié. Et s'il a bien -du mal a cause de ladicte trahyson/ -encores il a plus de martire -la moytié de ce que ledit deffendeur -est advancé pour faire mal & que -luy & ladicte dame qui sont ainsi -aliez ensemble se mocquent de luy -quant il passe par devant eulx en -luy gectant de gros lardons & tirant -la langue en derriere/ & pourtant -il s'est traict par devers ladicte -court de ceans & obtenu lettres -par vertu desquelles informations -ont esté faictes touchant ledit -cas lesquelles avec lesdictes -lettres closes ont esté appointees -devers ladicte court et despuis a -esté baillé commission de prendre -au corps ledit amant deffendeur -qu'on ne peult trouver/ ains c'est -mys en franchise si a esté adjourné -a comparoir en personne a ladicte -court dedans troys briefz -jours en laquelle il n'est daingné -venir ne comparoir/ ains c'est laissé -cheoir et mettre en quattre deffaulx -au moyen desquelz ledit demandeur -& ledit procureur general -ont baillé leurs demandes et -conclusions que au moyen d'iceulx -ilz requierent leur estre faictes et -adjugees qui sont bien grandes & -tendans a grant reparation honnorable -et proffitable ainsi que en -icelles est plus a plain contenu -et declairé Si a la court finablement -veu lesditz charges & informations -avec lesditz deffaux bien -continués & entretenus ensemble -lesdictz demandes et conclusions -sur ce faictes. Et tout veu et consideré -la court au moyen desditz -quatre deffaulx adjuge ausdictz -demandeurs tel prouffit qui s'ensuit/ -c'est assavoir qu'elle tient et -repute ledict amoureux deffendeur -attaint & convaincu des cas -a luy imposés et desclaire tous -ses biens meubles et immeubles -confisqués a amours. Et avecques -ce ordonne que lesdictes lettres -closes ainsi envoyees au nom dudict -povre amant demandeur seront -dessirés et canceleez en jugement -comme faulses et qu'il sera -nonobstant icelles et les maulvais -raportz qui ont esté fais de -sa personne a sadicte dame remis -reintegré et restitué en la grace -d'elle comme devant. Et en oultre -condampne ledict deffendeur -a faire amende honnorable en la -court de ceans a tout et devant -l'huis de la dame une torche ardante -en sa main nue teste et sans ceinture -en disant que faulsement et -maulvaisement & aultrement que -a point il a trahy et deceu le demandeur -son compaignon & fait -bailler le bont qu'il s'en repent et en -crie mercy a luy. Et pour amende -prouffitable dommaiges & interest -le condampne en la somme -de mille livres qui sera prinse sur -ses biens avant toute confisquation -& a tenir prison jusques a plain -paiement et es despens desditz deffaulx. -Au regard du moyne qui -estoit participant de ladicte trahison -qui a porté lesditz faulces lettres/ -la court ordonne vue l'enormité -du cas qu'il sera prins en lieu -sainct et dehors ou l'on pourra trouver -pour estre amené en la court -de ceans et au surplus deffend la -court une fois pour toutes dames/ -damoiselles/ bourgoises et -aultres de quelque estat qu'elle soyent -que de choses qui peuent toucher -amours ou les despendences ilz -ne facent leurs ambassades ou messages -pour moynes ne ne s'i fient -en quelque maniere que ce soyt -s'elles ne veullent estre deceues. -Et oultre plus leur enjoinct expressement -que se d'avanture a l'issue -du lever du lit elles de prime -face en rencontroient en la rue a -jour perilleux comme le premier -jour de may et aultres que de celle -heure elles s'en retournent coucher -car c'est malle rencontre.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xlii. arrest.</h2> - - -<p>Il y a six ou huyt varletz -cordonniers qui se sont plains -en la court de ceans de ce qu'il fault -maintenant mettre aux pointes -des soulliers qu'on faict trop de -bourre disant qu'ilz sont trop grevés -et qu'ilz n'y pourroient fournir -les compaignons ne continuer ceste -charge s'ilz n'en avoient plus grans -gaiges qu'ilz avoient acoustumé -attendu que le cuir est cher et que lesdis -poulaines sont plus fortes a -faire qui ne souloyent Si a la court -fait faire informacion & rapport -du prouffist et dommaige qu'ilz -en ont/ et pourroient avoir & tout -veu et consideré ce qu'il failloit -considerer la court dit que lesdis -cordonniers feront lesdis polaines -grosses et menues a l'appetit -des compaignons suivans ledit -service d'amours sur peine d'amende -arbitraire</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xliii. arrest</h2> - - -<p>En la court de ceans c'est assis -ung procés entre troys compaignons -amoureux demandeurs -et complaignans en cas de saisine -et nouvelleté d'une part/ et trois -belles dames deffenderesses & opposans : -d'autre part Et disoient -lesdis demandeurs que quant amour -ordonna faire aliance d'homme -et femme ensemble il bailla a -chascun en droit soy de sa dominacion -et voulut que les hommes alassent -au dessus des femmes comme raison -estoit/ et si leur ottroya aultres -grans prerogatives que les -dames n'ont point dont n'est de present -question. Et fut vray qu'il -permist aux amoureux faire cent -mille menues choses qui n'apartiennent -a faire aux dames comme -eulx vestyr court aller desceintz -parmy la ville/ porter fauve -au pié destre ou senestre tenir -ung petit baston en la main sans -ce qu'il soit baillé ne ottroyé aux -dames d'entreprendre sur leurs -droitz. Mais ce nonobstant icelles -trois dames deffenderesses -de leur auctorité indeue avoient -porté et portoyent botte fauve a -leur devise/ et avecques ce faisoient -fermer leurs soulliers d'aguillettes -vertes et par dedans entrelacez -de rubiz & diamans/ vouloient -aussi porter leurs gans au costé -le petit baston en la main et la robe -courte a chevaucher et plusieurs -autres nouveletés au prejudice -desdis demandeurs en les -troublant et empeschant a tort et -sans cause indeuement et de nouvel -en leur possession et saisine parquoy -avoient obtenu ladicte conplaincte -Et concluoient tout partinent -en ceste matiere de nouvelleté/ -Et en cas de delay demandoient -la recreance. De la partie -desdictes dames fut deffendu au -contraire et disoyent que amours -en faisant la division des joyes -mondaines pour avantager les -dames voulut qu'elles eussent seigneurie -et domination sur les hommes -et en signe de ce ordonna qu'ilz seroient -requerans et demandeurs/ -et les dames deffenderesses en leur -ottroyant pouoir & auctorité de refuser -ottroyer denier ou escondire -ainsi que bon leur sembleroit. Et ainsi -doncques tout le bien que les hommes -ont si vient d'elles et ne peuent -avoir plus grans droitz preminences -prerogatives en amours -que elles. Et sont les dames en -possession et saisine de porter botte -fauve pour l'honneur & amour -de amy au pié destre ou a senestre -en possession et saisine de mettre -et trousser leurs gans de costé et -les porter a la ceinture/ en possesion -et saisine de mettre aucuneffois -entre la conroye de leurs soulliers -a la boucle/ quant il leur -en prent appetit anneaulx et verges -d'or/ en signifiant amours -defoulez aux piedz dont l'en ne tient -plus compte/ en possession et saisine -de porter devises & faire cent -aultres menues plaisances entre -eulx dont elles se peuent adviser/ -en possession et saisyne que -lesditz amoureux demandeurs -ne aultres quelzconques ne peuent -ne ne doibvent entreprendre -sur leur droit/ et que s'ilz s'estoient -efforcés de faire le contraire -des possessions et saisine par elles -pretendues de les contredire et -empescher en proposant possessoire -pertinent et concluant en matiere -de nouvelleté et en cas de delay -demandoient lesdictes dames -la recreance Et fut replicqué par lesditz -demandeurs et disoient que par -leur complaincte ne voulloient -en riens diminuer les drois des -dames. Or estoit il ainsi que jamais -ycelles dames n'avoyent -joye desdictes possessions/ mais -estoit vray et tout notoire que lesdictes -choses appartenoyent aux -hommes et par ainsi leur complainte -estoit bien recepvable Et -au regard des possessions contencieuses -lesdites dames ne les pouoient -soustenir/ car elles sçavoient -bien que ce n'estoyt pas chose licite -ne honneste a femme de porter -botte fauve et anneaulx aux -piez ains apartenoit mieux aux -hommes que a elles et ne le veit -on jamais faire sinon depuis naguieres -que ceste entreprinse a -esté faicte de nouveau et pour laquelle -derrisyon ilz ont obtenu -ladicte complaincte/ Car il leur -faisoit mal que aulcuns en prinssent -desplaisir contre elles ou qu'elles -en fussent blasmees/ mais lesdictes -dames en duppliquant disoient -que s'il y en avoit aulcuns qui -fussent dolens de les veoir porter/ -il y en avoit d'autres pour l'amour -de qui elles les portoyent -qui y prenoient plaisir & pour homme -qui en parle ne cesseroyent ja -s'il n'estoyt ordonné/ car elles l'avoyent -ainsi voué et promis a amours. -Et quant est des possessions -jamais n'y avoient esté empeschez -jusques a present et ne failloit -point dire que c'estoit chose mal -seant a femme de porter botte ferree. -car elle leur siet aussi bien qu'a -homme/ si est chose plus joyeuse et -nouvelle/ parquoy concluoit comme -dessus. Ouyes lesquelles parties -en tout ce qu'elles ont voulu dire -et proposer elles ont esté appointees -en droict et mettre par devers -la court et au conseil que bon leur -semblera veoir en ceste matiere -et tout veu la court dict que lesdictz -demandeurs a tort et sans -cause se sont dolus & complains -et que a bonne et juste cause lesdictes -dames deffenderesses se sont opposees -Et les maintient et garde -la court en possession & saisine de -porter la botte fauve au pied dextre -ou senestre/ fermer leurs soulliers -d'esguilettes vertes ou noires -de mettre verges et anneaux -d'or et de porter les gans de costé -en la seincture leurs robes courtes -a chevaucher et en toutes possessions -par elles pretendues en -levant la main d'amours et tout -empeschement qui leur avoit esté -donné par lesditz demandeurs a -leur proffit en condampnant iceux -demandeurs aux despens.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xliiii. arrest.</h2> - - -<p>Sur une requeste baillee ceans -par ung povre gallant serviteur -affin d'estre payé de ses peines -et salaires d'avoir servi ung -jeune galant amoureux Disoit -ledit demandeur qu'il a bien demouré -avecques luy l'espace de deux ans -ou environ/ pendant lesquelz il le -suyvoit en tous lieux ou il alloit -luy nettoyoit ses robbes/ redressoit -ses poulaynes et portoit aulcuneffois -les verges pour le nettoyer -et luy obeissoit en tous ses -commandemens ou il a eu de grans -peines Et quant est venu a la fin -son maistre luy donne congé sans -le payer ne contenter : et pour ce -requeroit qu'il fust condampné a -le payer de ses services et demandoit -despens Surquoy ledict aymant -deffendeur disoit au contraire -qu'il n'y estoit point tenu/ Car -quant il le print il n'avoit rien et -l'abilla de neuf et que au regard -de son service il ne le serviroit pas -bien car quant il faisoit ung jour -bien son devoir il en failloit trois -aprés : parquoy luy avoyt donné -congié et au salayre qu'il demandoit -disoit qu'il l'avoit tousjours -entretenu bien habillé et vestu et -par ainsi luy devoit souffire. Finablement -la court veu ladicte -requeste condampne ledit amant -deffendeur a bailler a son varlet -pour ses peines et sallaires & oultre -ce qu'il a eu deux de ses vieilles -robes courtes avec ung pourpoint -de satin usé et deux escus -pour s'en retourner en son pays.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xlv. arrest.</h2> - - -<p>En la court de ceans c'est complainct -et dolu ung gentil -compaignon amoureulx de une -jeune dame et maistresse/ disant -que ja pieça pour l'amour d'elle il -entreprint de jouster et mettre son -corps a l'adventure affin qu'elle -congneust qu'il l'aymoit merveilleusement -par dessus toutes autres. -Et a ceste cause feist faire -harnois et habillemens qu'il devisa -a sa plaisance/ et ou il feist -mettre la livree de sadicte dame et avec -ce eut chevaulx lance et housse -de mesmes et luy estoit bien advis -qu'il portoit la devise de sadicte -dame que son cheval ne luy pouoit -perir ne estre en danger ainçois que -a l'ayde d'elle de la bonne querelle -qu'il pretendoit il viendroit au dessus -de son entreprise & en ceste intencion -se disposa de jouster et se -trouver sur les rencz bien en point -comme il est acoustumé de faire en -tel cas/ mais quant vint au departir -qu'il cuydoit trouver sadicte dame -pour avoir sa benediction elle -faignit d'estre malade en se faisant -excuser & dire qu'elle ne pouoit -parler a luy ne luy bailler cueur -ne courage de gaigner tellement -que ceste journee il ne feist pas ce -qu'il voulut & ne peult avoir honneur -comme il eust eu sans difficulté -ce ne eust esté les reffus de sa dame/ -& dont par ce moyen elle estoit -tenue le recompenser/ et pource requeroit -a l'encontre d'elle qu'elle fust -condampnee a le desdommager -de la perte qu'il avoit faicte & de ses interestz -qui estoyent bien grans/ au -moins qu'il declairé qu'elle avoit esté -cause de son mal par le moyen dudit -reffus en la condampnant a le recompenser -ainsi que la court l'adviseroit. -de la partie de ladicte deffenderesse -si fut deffendu au contraire -& disoit qu'en sa vie ne luy conseilla -de jouster ne n'en fut consentant -ne par elle ne pouoit estre plus -advancé ne diminué car son conseil -ou aide ne lui pouoit de rien proffiter/ -disoit avec ce que sa benediction -ou sa parolle ne luy pouoit guieres -aider en tel cas/ mais il suffisoit -au demandeur de prendre son -excusation sur cela qui n'estoit pas -suffisant attendu qu'il pouoit bien -ymaginer qu'elle eust esté aussi -joyeuse de son bien comme lui -mesmes. et quant est du reffus de -luy ayder et bailler couraige jamais -ne luy reffusa mais alors -que il vouloit parler a elle estoit -mal disposee tellement qu'elle ne -peult venir parler a luy. et disoit -que quant elle sceut qu'il devoit jouster -elle pria alors pour lui affin -qu'il eust l'honneur parquoy il devoit -souffire Et par ses moyens -concluoit affin d'absolution surquoy -ledit amant demandeur pour -ses replicques disoit que se elle eust -seulement dit a dieu/ ou quelque autre -mot son cheval fust allé plus -joyeusement & n'eust trouvé homme -qui luy eust peu resister. Et -ainsi en estoit tenu tout du long. -Finablement parties ouyes elles -ont esté apointees en droit veu et -consideré la court condampné ladicte -deffenderesse a habiller vestir -et armer ledit amoureux demandeur -la premiere foys que il -vouldra jouster & a conduire son -cheval par la bryde tout du long -des lices ung tour seullement et -aprés cela fait sera tenue bailler -sa lance en disant a dieu mon amy -ayez bon cueur & ne vous soulciez -de rien car on priera pour vous</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xlvi. arrest.</h2> - - -<p>En la Court de ceans -c'est assis ung aultre -procés entre une jeune -fille de villaige demanderesse -d'une part et ung jeune -gallant de mesme deffendeur -d'aultre part. Et disoit ladicte demanderesse -que ja pieça ce galant -cy en revenant de pellerinaige il -estoit tant alteré que il ne pouoit -boire ne manger. Il se vint pour -mener en ung jardin ou elle cueilloit -des viollettes et illec luy requist -qu'elle luy donnast ung bouquet -ce qu'elle fist de bon cueur/ et -lors il la remercia en luy promettant -de luy donner une belle bourse -et ung tabouret dont elle fut assez -joyeuse et pource que ledit compaignon -se sembloit estoit tresfort -malade luy demanda se il vouloit -rien et qu'il avoit. Surquoy -luy respondit beaucoup de mal -et qu'il eust voulu luy avoir cousté -grant chose et que il eust d'elle -seulement ung povre baiser pour -le resconforter. Et alors ceste povre -jeune fille luy alla dire/ que -sans denier ne sans maille elle lui -en donneroit deux voire trois qui -ne luy cousteroyent riens. Et de -fait les luy octroya/ et advint que -de ceste heure aprés lesdictz baysiers -donnez qu'il fut du tout gary. -Et feist grans merveilles de -grans chieres/ neantmoins il n'avoit -point fait son debvoir de lui -envoyer ladicte bourse et tabouret/ -ne aussi pareillement de porter -ung boucquet de Rommarin -vert pour l'amour d'elle ainsi comme -il luy avoit promis. Et pource -requeroit ladicte demanderesse -que ledit deffendeur y fust contrainct -et condampné en ses despens. -De la partie dudict amoureux -fut deffendu au contraire & -disoyt voirement que ladicte demanderesse -l'avoit secouru en sa -grande necessité et griefve maladie -tellement que il en estoit tenu -a elle Et aussi cuidoit avoir fait -son debvoir comme bon et loyal -serviteur. Et quant est de ce qu'il -luy a promis comme de la bourse -et dudict tabouret ilz luy a ja -pieça envoyees par personne seure -qui luy avoit affermer les lui -avoir baillees. Et au regard dudit -rommarin vert il disoit qu'il -n'estoit journee qu'il ne lui ensouvint -et que jamais encores ne se -trouvoit en feste n'en joyeuse chere -qu'il n'en portast tousjours dessus -luy car c'estoit la fleur que il -aymoit le mieulx & qui plus luy -avoit aydé en ce monde. Et supposé -que l'on dye que il face aulcunement -mal a la teste de le sentir -touteffoys il luy faisoit moult -grant bien au cueur et ne sera jamais -qui ne l'ayme. et concluoit -par ses moyens affin d'absolution. -Surquoy ladicte demanderesse -disoit qu'il le devoit aussi bien -cherement aymer/ car il en avoit -esté gary & alegé en bien peu d'heure. -et quant a ladicte reception desdictes -choses promises n'en avoit -par sa foy rien sceu Finablement -parties ouyes ont esté apointees -en droit/ et au conseil si a la court -veu et consideré ledit procés. Et -condampne la court ledit amoureux -deffendeur a bailler & rendre -a ladicte demanderesse lesdictes -bourse & tabouret par lui promis -sans prejudice d'avoir son recours -sus celluy a qui il les avoit baillees -pour les porter. Et aussi je -le condampne a porter dessus lui -pour l'amour de sadicte dame demanderesse -ung boucquet de rommarin -vert a tout le moins ung -brin ou deux entrelassez avec une -soulcie et menues pensees ou d'autres -fleurs que bon luy semblera</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xlvii. arrest.</h2> - - -<p>A la plainte et requeste de -plusieurs grans amoureux -ont esté baillees par -ladicte court de ceans certaines -lettres de commission par vertu -desquelles inhibitions et deffences -ont esté faictes a je ne sçay quelz -goffriers et patissiers que doresnavant -ilz ne fassent plus leurs -goffres & leurs gasteaulx devant -les lieux et esglises ou l'on va en -pellerinaige a celle fin que la fumee -de leur feu ne leur puisse faire -mal aux yeulx & que par cedit -moyen ilz puissent bien a leur aise -saluer et regarder leursdictes -dames en allant & en retournant. -Ausquelles inhibitions et deffences -les dessusditz patissiers se sont -oposez & disoyent pour leurs causes -d'opposition qu'ilz gangnent -leurs vies a faire les dessusdites -goffres et que leur mestier requeroit -que ilz besongnassent a jour -de feste et au pres des lieux et esglises -ou le peuple va/ car se ilz -faisoyent ailleurs leursdictes gofres -personne n'en yroit achapter -Et aussi on ne les pourroit manger -chauldes/ pourquoy ilz soubstenoient -tousjours leur opposition -en concluant que a tresgrant -tort et mauvaise cause lesditz galans -amoureulx en perseverant -en leurs demandes disoyent que -pour riens du monde l'en ne debvoit -souffrir lesdictz gauffriers -besongner au pres des lieux et eglises -par plusieurs moyens premierement/ -car ilz empeschent le -chemin et la voye publique/ et ne -s'i peult l'on contourner sans bouter -l'ung l'autre Secondement car -quant les rues sont estroictes ilz -contraingnent lesdictz gallans a -passer par l'autre & ne peuent aulcuneffoys -a cause de leursditz tabernacles -approcher de leursdictes -dames pour leur dire a dieu -ou ung mot en passant qui leur -est ung moult grant desplaisir. -Tiercement car par le moyen du -feu a quoy ilz cuisent leursdictes -gauffres il vient une fumee sy -grande et si maulvaise que lesditz -gallans sont contrainctz de cleigner -les yeulx/ et perdre la veue -de leurs dames sans sçavoir que -elles deviennent ne s'elles les ont -apperceuz qui d'aultre costé leur -est moult grant martire Et pource -veuz les dessusdictz inconveniens -que lesdictz gauffriers/ et -patissiers devoyent estre condampnez -a vuyder et faire leursdictes -gauffres aultre part/ et que lesdictes -deffences leurs avoyent esté -justement faictes. A ses fins concluoyent -et demandoyent despens -Surquoy lesdictz gauffriers disoyent -que ilz avoyent jouyssances -escriptes de faire illecques lesdictes -goffres parquoy les inhibitions -n'estoient recepvables/ -disoit oultre que lesditz amans ne -pouoyent avoir dommage mais -estoit leur grant proffit que ilz le -fissent es lieux ou ilz avoyent acoustumé -car aumoins avoyent -ilz par le moyen desditz gauffriers -occasion de parler a leurs dames -et de leur en presenter en concluant -comme dessus. lesquelles -parties ouyes en tout ce qu'elles -ont voullu dire et proposer elles -ont esté appointees en droit a mettre -par devers ladicte court et au -conseil. si a la court finablement -veu le dessusdict procés/ et tout -veu et consideré ladicte court dit -que a bonne & juste cause lesditz inhibitions -& deffences ont esté faictes -ausdictz patissiers et gauffriers -et que a tort et maulvaise -cause ilz se y sont opposés & veult -et ordonne la court/ que lesdictz -gauffriers et patissiers seront contrains -a aller cuire et faire leurs -gauffres aux carrefours et aillieurs -aultre part ou bon leur semblera -sans eulx approcher desdictes -eglises et lieulx ou l'en yra -en pellerinaige de deux ou aussy -de troys rues loing sur peine d'estre -griefvement pugnis et les condempne -la court es despens de ceste -instance ladicte tauxation reservee.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xlviii. arrest</h2> - - -<p>Ung soir bien tard sus -le soupper ainsi qu'on -ostoit les plas de la table -de unes nopces ou -ung jeune gallant amoureulx -estoit que les menestriers questoient -l'aumosne pour monseigneur saint -Julien/ il y eut une tresbelle jeune -dame assise a table qui en parlant -d'amours ainsi qu'on en devisoit -a table dist audict gallant -en passant ces motz. Telle gerbe -n'est pas sans lien & que il n'estoit -pas homme pour demourer -derriere. Au moyen desquelles -parolles il commença a tressuer -de la grant joye qu'il en eut en ce moment -et la mena dancer la premiere -et depuis au retour quant il fut -rassis au pres du lieu ou il l'avoit -ramenee ung aultre jeune gallant -la vint prendre pour mener -dancer a qui elle fist assés grant -accueil dont il en eut ung petit de -mal en sa teste & n'en fut pas trop -content/ Mais il luy vient si -bien que pendant ce que ladicte -dame danssoit il se vint arraisonner -a sa chamberiere qui estoit illec -assise/ laquelle luy dist entre -les aultres choses et sans ce que -ledict gallant luy en parlast qu'elle -avoyt ouy dire a sadicte maistresse/ -tant de bien et d'honneur -que merveilles et luy asseura qu'elle -l'aymoit au tant que il estoyt -possible en pensant de ce que il ne -la venoyt veoir et quaqueter avecques -elle. Si a ceste heure ledict -gallant fut moult fort surprins -d'amours pas ne s'en fault -esmerveiller/ Car sur le corps -il n'avoit voine qui ne tremblast -de joye et de liesse/ qui luy surmonta -jusques au cueur/ et tellement -que il entreprint de l'aller -veoir le lendemain et il n'y faillit -pas : et depuis y a esté par plusieurs -journees : mais en effect -tant plus y alloit et moins appercevoit -qu'on tint compte de luy -et pource requeroit ledict galant -demandeur que icelle dame desclairast -s'elle le vouloyt prendre -a serviteur ou non affin que il n'y -pensast plus Et que au surplus -ladicte chamberiere qui ainsi luy avoit -baillee l'aliance et fait trembler -les fievres blanches tout du -long d'une nuyct feust condampnee -a l'amender envers luy/ et de -telle amende honnorable et proffitable -que ladicte court adviseroit -De la partie de ladicte dame -fut dit que au regard d'elle elle ne -le hayoit point/ mais elle s'estoit -pourveue d'ung aultre serviteur -par quoy disoit qu'on la debvoit -tenir pour excusee Et entant que -touchoit ladicte chamberiere disoit -voirement qu'elle avoit ouy -dire a sadicte maistresse autant -de bien dudict compaignon que -on pourroit penser/ parquoy n'avoit -failly en riens/ Et quant est -de l'avoir conseillé de venir par devers -elle elle disoit qu'elle l'avoit -faict pour l'advancer pource que -il est homme qui bien le valloit. -Disoit oultre que telles paroles -qui entrent par une oreille s'en doivent -aller par l'autre & est moult -grant follye aux gens de s'i fyer/ -car il est aucuneffoys force de dire -des choses qui ne sont pas veritables -pour complaire aux gens -et leur donner ung peu d'esperance -pour venir es biens qu'ilz desirent/ -et par ces moyens et autres -disoit la chamberiere que elle estoit -de voye de absolution/ mais les -gens d'amours disoient qu'il n'y a -aujourd'huy plus dangereuse chose -en amours que de telz faulx rappors/ -car c'est pour ravir ung homme -jusques au troiziesme ciel/ et en -advient plusieurs inconveniens -comme d'aulcuns povres amoureux -qui en perdent le boyre et le -manger et les aultres en deviennent -comme bestes sans sçavoir -qu'ilz ont. Et pource requeroient -lesdictes gens d'amours que ladicte -court y mist provision mais -ladite chamberiere disoit que au -regard d'elle elle n'avoit meffaict -car veues les pressupositions et -parolles de sa maistresse qu'il estoit -vraysemblable qu'elle l'eust -aymé s'il se fust sceu conduire. A -quoy ledit povre galant respondit -qu'il n'y vouloit plus essayer -et luy souffisoit de ce qu'il en avoit -faict sans plus y retourner pour -le pris comme dessus. lesquelles -parties ouyes en tout ce qu'elles -ont voulu dire ont esté appointees -en droit et au conseil et a la -court veu ledict procés & ce qu'il -failloit veoir en ceste partie. Et -tout veu la court dit que ladicte -chamberiere a failly & grandement -abusé/ & a ceste cause la condamne -ladicte court a vuyder l'hostel -de sa maistresse/ & si ordonne que -jamais ne portera chapperon de -couleur ceinture verte & la condamne -en oultre en tous les despens -dommaiges & interestz du povre -amant la tauxation reservee.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .xlix. arrest.</h2> - - -<p>En la court de ceans -c'est assis ung aultre -procés entre une tres -gracieuse Dame demanderesse -en cas d'excés de une -part/ & ung moult gracieux compaignon -jadis son amoureux deffendeur -audict cas/ et requerant -l'enterinement de certaines lettres -de pardon d'aultre part. et disoit -ladicte dame demanderesse que de -long temps a pour les grans biens -qu'elle oyt dire de la personne -dudict amoureux deffendeur elle -mist tout son cueur en luy & depuys -luy a faict plusieurs plaisirs -ainsi qu'elle a peu/ mais nonobstant -dangier et malle bouche -qui s'en doubtoyent aulcunement -elle ne lui pouoit faire tousjours -si bonne chere qu'elle eust bien voulu -ains estoit force aulcuneffois -de dissimuler & faire semblant ne -le point congnoistre quant il la regardoit. -Si estoit vray que une -journee il la salua ainsi que elle -venoit de l'eglise mais quant elle -le apperceut/ pour ce que dangier -rechignoyt desja de le veoir -de loing elle tout de gré retourna -la teste de l'autre costé sans luy dire -mot dont ledit galant se despita -et combien que en amours l'en -porte en pacience tous les maulx -ainsi qu'ilz adviengnent et que il -soit deffendu de longuement garder -son courroux/ ne user de aulcune -vengeance/ neantmoins ledit -amoureux deffendeur de ce que -elle ne le voullut saluer comme -elle le devoit faire a conspiré haine -contre ladicte dame/ pour laquelle -mettre a execution/ ce jour -propre le soir bien tard il se transporta -devant son huys/ et illecques -comme mal meu et eschauffé vint -ruer d'eux ou trois grosses pelottes -de neige contre les fenestres -de sadicte dame. Et aprés ce qu'il -veit que on n'en tenoit compte et -que l'on ne sailloyt point dehors -pour parler a lui il print une grosse -pierre et la gecta contre les verrieres -tellement que il en abbatit -deux ou troys losenges qui vindrent -comme si se eust esté chose -juree tout droict cheoir dessus la teste -de ladicte dame demanderesse/ -et dont en y eut une qui la vint -frapper sur le nez si qu'il y eut effusion -de sang/ et encore non content -de ce mais pour luy faire plus -grant despit il a fait despecer ung -beau cordon qu'elle luy avoit donné/ -et dont par despit il en a lacé -une botte fauve en metant a son -pied ce qu'il debvoit mettre en sa -teste. Et oultre plus a injurié ceste -dame en disant d'elle plusieurs -maulx/ et qu'elle estoit maulvaise/ -avecques plusieurs autres parolles -et minution de son honneur -qui estoit mal fait a luy & lesquelles -choses dessusdictes comme -digne de pugnition cheoyent en reparation. -Et pour ce prenoit ladicte -dame ses conclusions a l'encontre -dudict amant affin que il -feust par la court condampné a -reparer lesdictz excés envers elle -d'amende honnourable nue teste/ -et en chemise tenant une torche ardante -en sa main/ en dysant que -faulsement et maulvaisement il -l'avoit grevee et blasmee/ et qu'il -s'en repentoit et cryoit mercy en se -desdisant publycquement desdictes -parolles par luy dictes & ainsi -condampné a faire ung voyage -a sa devotion et partout ou elle -le vouldra encharger/ et pour amende -prouffitable a la somme -de deux mille livres & a tenir prison -ou il appartiendra/ et tout a -ses despens/ dommaiges et interestz -de la partie dudict amant fut -deffendu au contraire & disoit par -ses deffences qu'il failloit pressuposer -que ladicte dame estoit conduyte -par danger en telle maniere -que elle n'eust sceu faire ung seul -pas qu'elle ne l'eust eu tousjours -aprés sa queue ung faulx semblant -pour la garder. Et n'y eut -oncques amoureux de memoire -d'homme qui eust tant a faire/ et -a souffrir que il a eu de la servir -car il ne s'en pouoit tirer pres fust -de jour ou de nuit a quelque heure -que ce feust pour les gardes & -batailles qui estoyent en l'avant -garde et en l'arriere garde et brief -en la saison de l'yver n'eust jamais -peu aller ne parler a elle sinon que -quant il geloit si fort que les gens -de fine froydure ne se osoyent tenir -a l'huys qui estoit tresgrande -peine/ car il fault considerer que -a toutes les foys qu'il y alloit ne -pouoit il pas encores parler a elle/ -mais bien souvent luy failloit -retourner ainsi comment il estoit -venu. Et se il avoit grant peine -en yver/ encores en avoit il beaucoup -plus en esté/ car jamais ne -se fust avancé & aussi il n'eust osé -aller devers elle en quelque façon -que se eust esté sinon quant il faisoit -orage de temps/ ou qu'il tonnoit/ -esclairoit/ et espartyssoit de -tous costez tellement que il sembloit -que les pierres fendissent et -que le ciel deust cheoir embas mesmement -quant il couroit parmy -les rues n'atendoit que le coup -comme ung homme desja condampné -qui lui estoit ung grant -danger sans les autres inconveniens -du vent et des gouttieres -qui degoutoyent sur luy dedans -son dos comme qui les gectast par -despit. Et fault noter que quant -il estoit arrivé en ceste estat jusques -au logis de sa dame il n'avoit habillement -qui ne fust plein d'eaue -voire tout le corps comme s'il fust -venu d'ung baing si que c'estoit pitié -de le veoir et si au mieulx ne -gagnoit que ung baiser ou deux -qui n'estoit pas rescompensation -legitime de la peine que il en prenoit. -Au regard encores que incontinent -il s'en failloit retourner/ et -passer par boys/ et par ruisseaux -et aussi grant dangier que par devant -sinon qu'il attendoit dessoubz -quelque auven que le maulvais -temps feust passé et la pluye cessee/ -pressuposé cela disoit a une -journee dont n'estoit recors que il -faisoit maulvais temps et ung -froict extresme. Il se transporta -par devers l'uys de sadicte dame -ou il fut bien l'espace de trois grosses -heures atendant la venue tellement -que ses soulliers estoient -gellez et ne les pouoit ravoir de -la terre. Et quant il vit qu'il n'en -oyoit point de nouvelles il commença -a toussir deux ou .iii. fois -et puis hurtoit de la pointe de son -patin a la porte & si ne lui respondoit -l'en riens dont voirement il -se courrouça et despita et pour se -eschauffer feist une grosse pelotte -de neige qu'il gecta contre pour -se ramentevoir/ et affin que l'en -vint a luy. et peult bien estre que -ladicte pelote qui estoit ung peu -pesante cassa ung petit de voirriere -dont les pieces & esclatz cheurent -dessus la dame. Mais il ne -le cuydoit pas faire/ et jamais il -n'eust pensé que elle eust esté dessoubz/ -par quoy le fault excuser/ -ne quelque chose que sadicte dame -ait voulu dire il n'avoit haine -a l'encontre d'elle/ car par maltallent -il ne l'avoit fait/ mais seulement -pour ce qui luy ennuyoit -d'avoir la tant longuement atendu -sans venir a luy. Et quant est -du reffus de le saluer surquoy elle -vouloit fonder sa haine de malveillance -disoit ledit amant qu'elle -fist sagement et ne luy en sceust -oncques maulvais gré. Et qui -plus est n'eust sceu riens faire qu'il -luy eust despleu ne mal contenté -car tout ce qu'elle voulloyt il desiroit -& au regard du cordon qu'il -avoit porté aux piedz par despit -d'elle disoit ledict amant deffendeur -qu'il ne l'avoit faict que par -plaisance joyeuse/ et pour monstrer -qu'il avoit une moult belle -dame il le faisoit pour l'amour de -elle/ parquoy n'avoit mesprins. -Et au surplus touchant les injures -disoyt que quant il retourna -ainsi angelé de l'huys de sadicte -dame sans rien faire et a l'occasion -que en s'en retournant il rencontra -ung vieil tronchet de patissier -qui luy cuyda fendre la greve -de la jambe/ il mauldict ladicte -dame/ et peult bien estre qu'il dist -qu'elle estoit traistesse/ car il semble -que se elle ne l'eust injurié ou -que elle fust venue a l'huys il ne -feust point cheut en ce dangier/ -ains eust esté garanty/ et encore -d'abondant entant qu'il auroit failly -de son costé il avoit obtenues -lettres de pardon dont il requeroit -l'enterinement et au moyen -d'icelle delivrance de ses biens et -de sa personne attendu que par ce -que dit est ledit pardon estoit bien -civil et raisonnable et demandoit -despens au cas que sadicte dame -vouldroit plus persister au procés -a l'encontre de luy Aprés lesquelles -deffences les gens d'amours -reciterent les informacions et disoient -que ilz trouvoient grandement -chargé ledit amoureux deffendeur -et ne se pouoyt excuser -qu'il ne eust failly car sa dame estoit -notoirement en la sauvegarde -d'amours et sont toutes voyes -de faict deffendues. Or avoit il -par voye de fayct rompues les -voirrieres et ycelle dame blecee -qu'il deust avoir revenchee voire -jusques a effusion de sang. Et -ainsi se il eust donné ces choses a -entendre et le cas tel qu'il estoyt/ -jamais ne eust obtenu pardon. -parquoy disoient qu'il en devoit -estre pugny et requeroient que iceluy -povre amant fust banny a tousjours -du royaulme d'amours -a tant que ses biens feussent desclairés -confisquez et pour amende -prouffitable au double Ledict -amant deffendeur soustenant ledit -pardon disoit qu'il n'auroit cause -de le condampner et que quant -il n'avoit pardon & qu'il eust commis -aulcune faulte/ si pourtant -veu les paines qu'il avoit eues & -la charge du service enquoy il estoit -obligé et ou pendoit la mort -ou la vie de chascune fois qu'il alloit -vers ladicte dame il en devoit -demourer quitte et ne luy en debvoit -on rien demander Et au regard -du cas l'en n'y pouoit noter -mal. Premierement quant au gré -de la partie il avoyt cause de le -faire veu le long temps qu'il avoit -songé a l'huis/ et affin qu'on ne -luy peust pas faire entendant qui -luy eust esté Si disoit par son serment -que alors qu'il getta ladicte pierre -il avoit tant de froit qu'il ne sentoit -sa main & ne scet s'il getta fort -ou foible mais elle fut mout grevee -et blecee et fut par grant fortune -que les voirryeres cheurent sur -elle et entant que touchoit les injures -et de ce qu'il pouoit avoir legierement -dit qu'elle estoit faulce et -traistesse Respondit que ce avoit esté -par chaude colle & alors qu'il estoit -blecé/ parquoy l'en ne s'i devoit arrester/ -car quant ung homme a -mal excessif & que c'est la cause d'amours -l'en ne s'en sçauroyt tenir -aucuneffois de maudire sa dame -& tous ceux qui en sont cause ou -par qui le cas est advenu et par -ainsi disoit que lesdictes lettres de -pardon estoient bien civilles/ et -qu'on y devoit obtemperer mais -sadicte dame disoit au contraire -et qu'il failloit premierement qu'il -se desdist des injures/ et qu'elles -devoient passer soubz dissimulacion/ -Car quant ung serviteur -desprise sa maistresse ou dit mal -de ceulx dont il doit avoir avancement -il doibt estre reputé infame -et debouté de tous lesditz biens -et si fault qu'il l'amende ou aultrement -chascun en voudroit autant -faire. Et quant est de la charge -du service dont il est plaint et -dire que jamais homme n'entreprent -si dangereuse poursuytte. -Disoit ladicte dame qu'elle ne luy -faisoit pas faire et en avoit sa part -de la paine comme luy entant qu'il -luy failloit trouver excusation -legitime pour aveugler dangier -et faulx semblant que l'en ne peult -pas de legier appaiser quant ilz -ont telle chose au cueur et ilz s'en -doubtent Mais aussi de tant que -en la poursuitte d'amours l'en a -griefve paine et douleur & l'on ne -peut avoir ung seul bien comme -d'ung baisier en passant et entre -deux huys posé ores qu'il esclaire -et face tonnerre jusques a tout -rompre. Si vault myeulx cela -que tous les biens qu'on sçauroit -souhaitier et avoir sans peine pour -suytte ung baisier ainsi prins en -emblee que s'il avoit engaigé deux -cens muys de blé Et par ainsi de -retorquer ledict service ou compensation -de peine il n'y avoit aucune -apparence et concluoit -comme dessus Ouyes lesquelles -parties en tout ce qu'elles ont -voulu dire et proposer elles ont -esté apointees en droit et au produyre. -Si a la court veu ledict -procés & dit que les lettres de pardon -obtenues par ledict povre amoureulx -seront enterinees. Et -en ce faisant la court ordonne et -mect sa propre personne et tous -ses biens a playne delivrance en -rescompensant tous les despens -et pour cause.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .l. arrest</h2> - - -<p>A la requeste du procureur -general d'amours -et par commission de -la court de ceans ont esté -prins et constitués prisonnier -deux malfaicteurs et delinquans -qui par leurs maulvaises langues -avoient emblé la renommee -et desrobé l'honneur de plusieurs -dames a tort et sans causes/ si -ont esté sur ce interroguees & ont -confessé le cas. Et avecques ce -que tout le temps de leurs vie ont -esté adonnés a grassement et goliardement -parler des biens d'amours -en disant plusieurs ordes -parolles en malsonnans qu'il n'est -besoing de reciter pour la turpitude -d'icelles. Et finablement ladicte -confession veue/ et le procés -faict sur icelle la court les condampne -tous deux a estre batus -par trois samedis de verges par -les carrefours. Et si les bannist -du royaulme d'amours a tousjours -en desclairant tous leurs -biens confisquez. Et ordonne la -court que tous ceulx qui parleront -ainsi deshonnestement contre -l'honneur des dames ne jouyront -aulcunement des previleges -d'amours/ et si seront pugnys si -tres griefvement que les aultres -y prendront exemple.</p> - -<div class="chapter"></div> - -<h2 class="nobreak">¶ Le .li. arrest</h2> - - -<p>En la court de ceans -c'est assis ung aultre -procés entre une belle -jeune dame & le procureur -general d'amours adjoinct -avec elle demandeurs en cas d'excés -d'une part/ & ung assez gentil -compaignon jadis amoureulx -de ladicte dame prisonnier deffendeur -audict cas/ et requerant l'enterinement -de certaine remission -d'autre part. Et disoit ladicte dame -que combien que en amours -l'en doibt endurer tout ce qu'il se -faict par esbat ou amytié et qu'il -soit deffendu aux hommes qui -desirent leur avancement de ne proceder -par voye de fait contre leurs -dames jouant au tiers en ung -beau grant preau vert/ et par joyeuseté -en courant par derriere elle -mist audict gallant ung tantinet -d'herbe entre la chemise et le -dos/ ce gallant se despita si terriblement -que il luy vint incontinent -bailler deux grans soufletz -Et ne fut pas encores content de -cela ainçoys la tumba a terre et -la descoiffa en la trainant par les -cheveulx devant tout le monde -qui estoit illec/ comme s'elle eust -esté sa chamberiere en ce faisant -voye de faict est deffendue force -et violence publicque en refraignant -et derompant la sauvegarde -d'amours ou ladicte dame estoyt -enclose/ et aultrement grandement -moult excedant et delinquant -Et pource concluoit et requeroit -ladicte dame a l'encontre dudict -deffendeur qu'il fut condampné -et contrainct a reparer lesdictz excés -et oultraige et luy faire amende -honnorable c'est assavoir en la -court de ceans et au preau ou le -cas a esté commis nue teste et en -chemise tenant une torche ardant -en sa main disant que a tort et -maulvaisement a bastue et descoiffee -ceste dame/ il s'en repent et -crye mercy a elle/ et a toutes les -dames qui estoient presentes Et -avec ce pource que le cas est enorme/ -et qu'il touchoit l'honneur de -icelle dame demanderesse elle requeroit -aussi que ledict deffendeur -feust condampné a souffrir pugnicion -corporelle audict preau -ou il avoit faict l'oultraige en la -maniere qui s'ensuyt. C'est assavoir -qu'il feust lié tout nud a ung -pillier que l'on y atacheroit/ et que -illec toutes les dames qui virent -ledict cas advenir le vinsent bastre -a leurs aises jusques a ce que -il fust bien frotté pour donner exemple -aux aultres qui en vouldroient -autant faire et en amende -prouffitable en la somme de -deux mille livres ou que telles -aultres conclusions luy feussent -adjugees que la court verroyt -estre a faire en demandant despens -dommaiges et interestz. -De la partie dudict amoureulx -fut deffendu au contraire et disoit -que les hommes ne estoyent -point tenus d'endurer des dames -se il ne leur plaist/ car elles sont -subjectes/ & ne leur appartient de -venir mettre en leurs dos aulcunes -herbes soit par esbat ou aultrement/ -car ce qui leur plaist en -une maniere il desplaist aux autres. -Or estoit vray que ceste dame -de son auctorité et sans dire -qui avoit perdu ou gaigné luy estoit -venue getter dedens le dos -en jouant au tyers une poignee -d'orties et d'ordure ou il y avoit -parmy des fourmys qui le picquoyent -et faysoyent si grant mal -que il ne pouoit durer. Et a ceste -cause comme tout esmeu par chaulde -colle la vint frapper et descoifer -ainsi que a esté dit Et fault en -ce noter qu'il n'y prenoit pas garde/ -mais pour la grant douleur -qu'il sentoit au dos il ne s'en peut -tenir. Et duquel cas ainsi advenu -icelluy amant depuis qu'il a esté -rassis a esté desplaisant de l'avoir -faict. Et oultre plus c'estoit tiré -a la chancellerie d'amours/ et en -avoit tout entierement obtenues -lettres de remission qui estoyent -bien civilles et raisonnables veu -ce que dit est dont il requeroit l'enterinement -alias concluoit affin -d'absolution et de despens Aprés -lesquelles deffences les gens d'amours -disoyent que ilz avoyent veu les -informations faictes en ceste matieres/ -par lesquelles le cas estoyt -veriffié. Et aussi ne le pouoit ledict -amant deffendeur nyer/ car -luy mesmes l'avoit confessé. Et -disoyent lesdictz gens d'amours -que l'excés estoit moult grant/ et -l'oultrage fait a ladicte dame excessif/ -et que selon les droictz d'amours -qui parlent de ceste matiere -la pugnition y est si tresgrande/ -qu'on ne sçauroit dire et nompas -seulement sont telz gens qui -battent et frappent leurs dames -dignes de mort acoustumee mais -doibt l'en deppartir et detrancher -tous leurs membres par pieces/ -aussi en effect c'est venu encontre -la souveraineté d'amours/ et encourir -crime de leze magesté. Et -pource requeroyent et concluoyent -lesdictes gens d'amours que -ledict amant deffendeur feust pugny -de pugnition corporelle & publicque/ -et en ce faisant condampné -a souffrir mort/ et estre executé -par justice. et quant a la remission -disoyent que l'en n'y debvoit -obtemperer/ car le cas de soy estoit -inremissible/ et failloit tout -ainsi que ledit amant avoit faict -ledict cas publicquement que le -cas feust pugny devant la veue -du monde aussi de le faire aultrement -ladicte dame demoureroyt -deshonnoree a tousjours mais qui -ne se pouoit soubstenir en raison -Par quoy comme dessus l'en n'y -debvoit en riens obtemperer consideré -mesmement l'enormité dudit -cas et le consequent qui en peut -advenir. Et finablement disoyent -que se ledict delict demouroit -impuny il n'y auroit jamais dame -seure/ et seroyent tous les biens -d'amours desprisez & mis dessoubz -le pied par telz & meschans -gens qui vouldroyent bien frapper -aulcuneffois concluant comme -dessus. Aprés les conclusions -ainsi prises par lesdictes gens d'amours -icelle dame emploioit ce -que ilz avoyent dit a son proffit -et oultre pour deffendre ladicte remission -entant qu'il luy touchoit -elle disoit qu'elle ne debvoit estre -enterinee audict amant/ car elle -estoit subretice/ obretice/ et desraisonnable -subrectice entant qu'il avoit -sceu que ladicte dame estoit -en sa sauvegarde d'amours quant -il perpetra lesdictz excés en la presence -d'elle et aussi que elle a sceu -que l'herbe qu'elle luy gecta dedans -le doz n'estoit que par esbatement -et en signe d'amour comment l'en -peult ymaginer et s'eust esté ung -aultre homme a qui elle eust voulu -mal jamais ne se y fust jouee -Et a la verité de tant qu'elle se seroit -jouee a luy se l'amoureux estoit -tel qu'il devoit estre il l'en debvoit -plus priser Et monstroit bien -que il ne sçavoit gueres d'honneur. -Obretice car il avoit donné -a entendre en ladicte remission -que ladicte dame luy avoit getté -des orties et des formis entre la -chair & la chemise mais le contraire -est vray c'est assavoir qu'il n'y -avoit que belle herbe verte sans -qu'il y eust point d'orties ne de formis -ne que cela luy eut oncques -fait mal ne desplaisir Et si au regard -d'elle pour s'aquitter et monstrer -l'amour qu'elle avoit en luy -elle pouoit bien cela faire et luy -estoit permis selon l'anticque et -commung proverbe qui dict que -gens qui s'entrayment pierres s'entreruent. -Incivil/ car pardonner -tel cas c'est en effect consentir que -une dame demeure blasmee & infame -sans avoir reparation de -son honneur qui ne se peult faire -en terme de raison. Et aussi que -ledict amant avoit trainee par les -cheveux/ et devant tout chascun -estoit de soy inremissible Disoit -oultre ladicte dame que ladite remission -estoit desraisonnable/ car -se telles choses avoient lieu & que -amoureux fussent quictes de telz -maulx pour prendre une pareille -remission Il vauldroit aussy -chier qu'il n'y eust plus de justice -en amours et gaigneroit l'en autant -a faire mal que bien. Mais -ledict amant deffendeur soustenant -sa remission disoit que le cas -n'estoit si grant ne si mauvais comme -l'en le faisoit de beaucoup Premierement -car ladicte dame l'avoit -menassé et sans ce qu'il luy -demandast rien estoit venue toucher -lesdictes herbes et orties parquoy -s'il s'estoit revenché il avoyt -de raison Secondement posé qu'il -eust frappé si n'avoit elle point -esté affolee et si ne l'avoit faict ledict -amant que par jeu. Tiercement -le cas estoit advenu par hastiveté -de chaulde colle voire en -estant cause promovent. Et par -ainsi ladite remission estoit bien -fondee et raisonnable et ne failloit -point parler d'incivilité ne dire -que amours ne puissent pardonner -tel cas/ car de plus grans la -moytié/ le chancellier d'amours -baille tous les jours remission -voire a ceux qui ont tué leurs dames -et estoit trop contente la puissance -et souveraineté d'amours -Disant oultre ledict amant que -en sesdites lettres de remission il -avoit donné a entendre toute la -pure verité du cas Parquoy l'en -y devoit obtemperer et concluoit -comme dessus Mais les gens d'amours -en luy respondant disoient -que ce cas ne se devoit jamais pardonner -ne remettre avecques les -autres/ car d'avoir ainsi frappé -ladicte dame et traisnee par les -cheveulx se estoit offence inremissible -et donner occasion a chascun -qui la estoient presens de penser -qu'il sçavoit quelque mal a la -dame et d'en publier contre son honneur -ce qui n'est point. parquoy -il failloit que sa faulte feust reparee -publiquement Et ne la devoit -l'en point passer soubz dissimulation. -Ouyes lesquelles parties -en tout ce qu'elles ont voulu dire -et alleguer elles ont esté appointees -en droit a mettre par devers -la court et au conseil. Si a ladicte -court veu le procés avec lesdictes -lettres de remission & tout ce -qu'il failloit veoir en ceste matiere. -Et tout veu et consideré ce que -il failloit a considerer/ la court -dit que lesdictes lettres de remission -sont incivilles et qu'elle n'y -obtemperera point/ et deffendit au -chancelier d'amours de n'en bailler -plus de pareilles a quelque amoureulx -que ce soit. Et condampne -la court ledict amant deffendeur -pour reparacion dudict cas -a estre despoullé tout nud et ordonne -qu'il luy sera en cest estat baillé -et delivré par le bourreau quatre -vieilles chamberieres d'estuves -pour le tresbien vanner dedens -une vieille coste poincte de -prisonniers/ ou d'autre vieille couverture -pleine de poux et de vermine -Et cela faict le condampne -a estre jecté tout nud en ung champ -plain d'orties et de chardons. Et -au surplus le bannist a tousjours -mais du royaulme d'amours et -du service des dames en desclairant -tous et chascuns ses biens -confisquez.</p> - - - - -<p class="gap">L'arrest finy ledit -president qui estoit las & -n'en pouoit plus dist au peuple -illec attendant. Le greffier dira -le surplus/ ainsi le greffier s'avança -de plusieurs autres arrestz dire -mais de tous ceulx qu'il prononça -ne peuz rien rapporter ne -escripre/ il avoit ung peu la voix -basse tant qu'on ne le pouoyt entendre.</p> - -<div class="poetry"> -<div class="verse">Si eut arrest et jugement</div> -<div class="verse">Prononcez lors tant que merveilles</div> -<div class="verse">Dont je vis mains povres amans</div> -<div class="verse">Plourer & grater leurs oreilles</div> - -<div class="verse stanza">Et ceulx qui cuydoient pour eulx</div> -<div class="verse">Furent contre eulx je vous affie</div> -<div class="verse">Se les jugemens sont douteux</div> -<div class="verse">Nul n'est pas saige qui s'i fie</div> - -<div class="verse stanza">Si fais veu aux dames</div> -<div class="verse">Que plus ne serviray amours.</div> -<div class="verse">Se g'y ay mesprins je m'en repens/</div> -<div class="verse">Ailleurs me fault prendre mon cours.</div> - -<div class="verse stanza">Et quant est d'espoir et recours</div> -<div class="verse">Ilz m'ont esté par trop rigoureux</div> -<div class="verse">Et pource soubstiendray tousjours</div> -<div class="verse">Que les loyaux sont les plus douloureux.</div> -</div> - - - - -<p class="gap">¶ Cy finissent les -cinquante et ung arrest d'amours. -Nouvellement imprimé a paris -par la veufve feu Jehan trepperel -et Jehan jehannot Imprimeur -et Libraire juré en l'université de -paris Demourant en la rue neufve -nostre dame a l'enseigne de l'escu -de France.</p> - -<div class="trnote"> - - -<h2 class="nobreak">Notes du transcripteur</h2> - - -<p>L'orthographe et la ponctuation sont conformes à l'original. Pour -faciliter la lecture, on a ajouté apostrophes, accents et cédilles, -distingué i/j et u/v, et résolu les abréviations conventionnelles -(par exemple cõe > comme).</p> - -<p>Certaines erreurs manifestes ont été corrigées (confusion entre -qui/qu'il/qu'ilz, doublons, interversions ou substitutions de lettres, -etc.)</p> - -</div> -<div style='display:block;margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES CINQUANTE ET UNG ARRETZ D'AMOURS ***</div> -<div style='display:block;margin:1em 0;'>This file should be named 64153-h.htm or 64153-h.zip</div> -<div style='display:block;margin:1em 0;'>This and all associated files of various formats will be found in https://www.gutenberg.org/6/4/1/5/64153/</div> -<div style='display:block;margin:1em 0'> -Updated editions will replace the previous one—the old editions will -be renamed. -</div> - -<div style='display:block;margin:1em 0'> -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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If any disclaimer or limitation set forth in this agreement -violates the law of the state applicable to this agreement, the -agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or -limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or -unenforceability of any provision of this agreement shall not void the -remaining provisions. -</div> - -<div style='display:block;margin:1em 0'> -1.F.6. 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Information about the Mission of Project Gutenberg™ -</div> - -<div style='display:block;margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of -computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. -</div> - -<div style='display:block;margin:1em 0'> -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg™’s -goals and ensuring that the Project Gutenberg™ collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg™ and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org. -</div> - -<div style='display:block;font-size:1.1em;margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -</div> - -<div style='display:block;margin:1em 0'> -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation’s EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state’s laws. -</div> - -<div style='display:block;margin:1em 0'> -The Foundation’s principal office is in Fairbanks, Alaska, with the -mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its -volunteers and employees are scattered throughout numerous -locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt -Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation’s web site and -official page at www.gutenberg.org/contact -</div> - -<div style='display:block;margin:1em 0'> -For additional contact information: -</div> - -<div style='display:block;margin-top:1em;margin-bottom:1em; margin-left:2em;'> -Dr. Gregory B. Newby<br /> -Chief Executive and Director<br /> -gbnewby@pglaf.org -</div> - -<div style='display:block;font-size:1.1em;margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -</div> - -<div style='display:block;margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. -</div> - -<div style='display:block;margin:1em 0'> -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state -visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>. -</div> - -<div style='display:block;margin:1em 0'> -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. -</div> - -<div style='display:block;margin:1em 0'> -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. -</div> - -<div style='display:block;margin:1em 0'> -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. To -donate, please visit: www.gutenberg.org/donate -</div> - -<div style='display:block;font-size:1.1em;margin:1em 0; font-weight:bold'> -Section 5. General Information About Project Gutenberg™ electronic works -</div> - -<div style='display:block;margin:1em 0'> -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project -Gutenberg™ concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg™ eBooks with only a loose network of -volunteer support. -</div> - -<div style='display:block;margin:1em 0'> -Project Gutenberg™ eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. -</div> - -<div style='display:block;margin:1em 0'> -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. -</div> - -<div style='display:block;margin:1em 0'> -This Web site includes information about Project Gutenberg™, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. -</div> - -</body> -</html> diff --git a/old/64153-h/images/cover.jpg b/old/64153-h/images/cover.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index f011052..0000000 --- a/old/64153-h/images/cover.jpg +++ /dev/null |
