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-The Project Gutenberg EBook of Au Pays du Mufle, by Laurent Tailhade
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
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-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
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-using this ebook.
-
-Title: Au Pays du Mufle
-
-Subtitle: Ballades et quatorzains. Préface d'Armand Silvestre
-
-Author: Laurent Tailhade
-
-Contributor: Armand Silvestre
-
-Release Date: November 07, 2020 [EBook #63661]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-Produced by: René Galluvot (This file was produced from images generously
- made available by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK AU PAYS DU MUFLE ***
-
-
-
-
- LAURENT TAILHADE
-
- Au
- Pays du Mufle
-
- BALLADES ET QUATORZAINS
-
- _Préface d'Armand Silvestre_
-
- PARIS
- Chez Léon Vanier, éditeur
- 19, QUAI SAINT-MICHEL, 19
-
- 1891
-
-
-
-
-DU MÊME AUTEUR
-
-_Le Jardin des Rêves_. 1 volume. Lemerre, 1880. (Épuisé.)
-
-
-POUR PARAITRE INCESSAMMENT
-
-_Les Escarboucles_. (Vers.)
-
-_Le Don des Larmes_. (Vers.)
-
-_Le Péché_. (Roman.)
-
-_Terre Latine_. (Paysages.)
-
-
-
-
-Il fut tiré du présent opuscule quatre cents exemplaires numérotés sur
-papier de Hollande, plus vingt-cinq exemplaires sur papier impérial du
-Japon, qui ne seront point mis dans le commerce.
-
-Exemplaire nº
-
-
-
-
-A mon ami André Cogné
-
-L. T.
-
-
-
-
-PRÉFACE
-
-
-En écrivant ces lignes inutiles en tête d'un livre qui n'a pas besoin
-d'être recommandé aux lettrés, et auquel ne comprendront rien les
-ignorants et les imbéciles, je n'ai voulu que répondre au sentiment
-d'affection trop modeste qui me les demandait, que donner à Laurent
-Tailhade une preuve d'amitié constante, d'estime littéraire absolue. Le
-souffle me manque, d'ailleurs, pour suivre, dans leur vol, là où elles
-vont frapper même au travers de mes sympathies personnelles, les flèches
-de sa verve éperdument acérée, et je ne me donnerai pas le ridicule
-d'avoir un avis sur la forme poétique qu'il a menée, en grand artiste, à
-sa perfection.
-
-Les poètes d'une génération sont les plus malvenus à juger ceux de la
-génération qui les suit. A tout ce qui nous paraît démodé dans ceux qui
-nous ont précédés, nous pouvons deviner l'impression qu'ont de nous ceux
-qui nous suivent. C'est que la langue poétique n'est pas une terre égale
-dont chacun défriche, à son tour, un carré: c'est un fleuve dont le
-cours nous emporte et qui, d'un point à un autre, ne reflète ni les
-mêmes rives, ni le même ciel. Nous n'avons donc aucun élément pour
-apprécier, dans sa justesse, la vision de ceux qui y voguent en aval ou
-en amont de nous. D'un bout du siècle à l'autre, les poètes ne se
-peuvent pas plus comprendre que des gens ne parlant pas le même idiome.
-
-Nous qui avons fait des vers, nous sommes donc tenus à une extrême
-réserve vis-à-vis de ceux qui en font maintenant. Mais, si nous ne
-pouvons blâmer ce qui nous en échappe, ce qui tient à une évolution de
-la forme vers un progrès ou vers une décadence--qui oserait bien dire
-lequel des deux?--il nous faut largement, cordialement, fraternellement
-goûter le charme de tout ce qui nous y séduit. Dans Laurent Tailhade ce
-qui m'enchante, au delà de toute expression, c'est la musique et le
-parfum de latinité qui, dans les impressions les plus modernes, affirme
-en lui la race: musique et latinité de psaumes quelquefois, si vous
-voulez, mais dans lesquels Virgile se rencontre avec saint Grégoire. Il
-n'est pas d'écrivain vraiment français qui n'ait ce sang latin dans les
-veines, fait de paganisme et de liturgie. Tous ceux qui ne l'ont pas
-sont des barbares et rien de plus. Au même degré Villon et Théophile
-Gautier sont de la grande famille.
-
-Puisqu'il est convenu qu'on est toujours le fils de quelqu'un, ceux-là
-sont les aïeux que je vois à Laurent Tailhade et, comme en art surtout,
-le temps est une fiction, il est à la même distance, comme langue
-poétique, de l'un et de l'autre. De Gautier il a l'impeccabilité
-souveraine; de Villon l'emportement lyrique et l'abondance cadencée du
-verbe. Son vers passe du frémissement de la lyre au claquement du fouet.
-Mais le poète,--pour qu'il existe,--et celui-ci est un des plus vivants
-que je sache--est avant tout lui-même. L'originalité de Tailhade, pour
-qui ce volume sera un peu ce qu'est _les Châtiments_ dans l'oeuvre
-lyrique de Victor Hugo,--car, qu'il le veuille ou non, comme nous tous,
-il en procède,--c'est une acuité d'ironie qui ne me semble jamais avoir
-été atteinte avant lui. Si le grand Flaubert avait vécu, il eût appris
-par coeur ces _Quatorzains d'été_, où Bouvard et Pécuchet sont plus
-cruellement déchirés de lanières que Matho lui-même à la dernière page
-de _Salammbô_. Autant de quatorzains, autant de petits chefs-d'oeuvre.
-S'il fallait faire un choix, parmi ces fleurs délicieusement
-empoisonnées de haine, c'est à _Sur champ d'or_ que je donnerais le
-prix.
-
-Au point de vue de la pureté virginalement marmoréenne de la langue, de
-l'excellence du métier, du merveilleux sertissage des rimes,--car
-Laurent Tailhade est un incomparable joaillier,--les ballades qui
-précèdent les quatorzains sont parmi les plus parfaites que j'aie vues
-écrites, et dans le sentiment le plus raffiné d'un rythme
-essentiellement français. Elles sont d'ailleurs d'une gaieté également
-féroce avec le cinglement en plus, à l'oreille, des assonances répétées.
-Je n'en veux signaler aucune. Dans toutes le rire déchire la lèvre. On
-n'a jamais rien écrit de moins bon enfant. Autant de sang que de fiel,
-cependant, dans ces indignations, et il semble que, de ce stylet sans
-pitié qui déchire un peu à l'aventure peut-être, le poète se soit
-lui-même souvent égratigné.
-
-Qui pourrait dire, en effet, jusqu'où va l'ironie de Laurent Tailhade?
-Peut-être quelquefois jusqu'à la parodie d'une école qui s'enorgueillit
-justement de ce vrai et beau poète. Pourquoi pas, puisque, dans _Virgo
-fellatrix_, lui-même s'est hautement raillé, imitant une de ces pièces
-d'inspiration catholique où se complaît souvent sa latinité dans les
-fumées d'encens que traverse une lumière de vitrail. On peut tout
-redouter de cet héroïque pince-sans-rire. Mais quel lettré sincère ne
-pardonnerait beaucoup à ce merveilleux artiste, à ce vrai poète de notre
-race, dont les vers solides et de pur métal, à la fois sonore et
-précieux, sonneront bien longtemps après que se seront éteintes les
-justes colères qu'ils auront soulevées.
-
-ARMAND SILVESTRE.
-
-28 Février 1891.
-
-
-
-
-DOUZE
-
-BALLADES FAMILIÈRES
-
-POUR
-
-EXASPÉRER LE MUFLE
-
- Les Dieux s'en vont; plus que des hures.
-
- JULES LAFFORGUE.--_Imitation de Notre-Dame La Lune_.
-
-
-
-
-BALLADE CASQUÉE
-
-DE LA PARFAITE ADMONITION
-
- Voici venir le Buffle, le Buffle des buffles, le Buffle. Lui
- seul est buffle et tous les autres ne sont que des boeufs. Voici
- venir le Buffle, le Buffle des buffles, le Buffle.
-
-
- Le verbe sesquipédalier,
- Le discours mitré, la faconde
- Navarroise du Chevalier,
- A Poissy comme dans Golconde,
- Essorillent le pleutre immonde.
- Mais, loin de tout bourgeois nigaud,
- Hurle ta palabre féconde:
- Sois grandiloque et bousingot.
-
- Bourget, ce fameux bachelier,
- Cultive, pour les gens du monde,
- Quelques navets en espalier.
- O Will! monsieur Dorchain t'émonde
- Et Paravey joue Esclarmonde;
- Qu'importe, fils! Baise Margot,
- Et dona Sol, et Rosemonde:
- Sois grandiloque et bousingot,
-
- Décris un geste singulier,
- Pousse un juron admirabonde.
- Voici venir le Timbalier!
- Qu'à Hugo Bouchardy réponde!
- Conquiers les Iles de la Sonde
- Et maint royaume visigoth
- Par ta durandal sans seconde:
- Sois grandiloque et bousingot.
-
-ENVOI
-
- Prince, le seigle a son ergot
- Et des poux vivent sur l'aronde.
- Pécuchet tient la mappemonde:
- Sois grandiloque et bousingot.
-
-
-
-
-BALLADE
-
-DE LA GÉNÉRATION ARTIFICIELLE
-
- MÉPHISTOPHÉLÈS.--Un homme! Et quel couple amoureux avez-vous donc
- enfermé dans la cheminée?
-
- WAGNER.--Dieu me garde! L'ancienne mode d'engendrer, nous l'avons
- reconnue pour une véritable plaisanterie.--... Nous tentons
- d'expérimenter judicieusement ce qu'on appelait les forces de la
- Nature; et ce qu'elle produisait jadis organisé, nous autres, nous le
- faisons cristalliser.
-
- GOETHE.--_Le second Faust_.
-
-
- Wagner, chimiste qu'exténue
- Le grimoire du nécromant,
- Distille, au fond de sa cornue,
- La salamandre et l'excrément,
- Et le crapaud que, doctement,
- Assaisonne la verte oseille,
- Pour que soit clos, en un moment,
- L'homuncule dans la bouteille.
-
- Catarrheux, il étreint la Nue.
- Fi de la Belle-au-Bois-Dormant!
- Fi de la galloyse charnue,
- Du mignon et de la jument!
- Gaûtama! le renoncement
- Absolu que Ton Doigt conseille
- Préside à cet accouchement:
- L'homuncule dans la bouteille.
-
- Plus de vérole saugrenue!
- Plus d'argent-vif ou d'orpiment!
- Hélène, avec sa beauté nue,
- Intoxique le jeune Amant.
- ... vous donc tout simplement,
- Au coin du feu, sous une treille;
- Puis décantez modestement
- L'homuncule dans la bouteille
-
-ENVOI
-
- Fleur des gitons, Prince Charmant,
- Nonpareille est cette merveille
- Offerte à votre étonnement:
- L'homuncule dans la bouteille.
-
-
-
-
-BALLADE
-
-TOUCHANT L'IGNOMINIE DE LA CLASSE MOYENNE
-
- Il faut compisser les bourgeois.
-
- GEORGES FOUREST.
-
-
- Croutelevés et marmiteux
- De Nevers, de Chartre ou de Tulle,
- Spatalocinèdes piteux
- Couverts de gale et de pustule,
- Ce bourgeois qui récapitule,
- ... Étant ladre mais folichon,--
- Le _quantum_ de votre sportule,
- C'est de la viande de cochon.
-
- Philistins gâteux, ce sont eux,
- Les miteux, que chacun gratule,
- Malgré leurs gestes comateux,
- Leur ventre et leurs doigts en spatule!
- Gazons ceci de quelque tulle:
- O Pétrone! faut un bouchon
- Quotidien dans leur fistule.
- C'est de la viande de cochon.
-
- Tous, notaires galipoteux,
- Monteurs de coups et de pendule,
- Dentistes, avoués quinteux,
- Tous, le jobard et l'incrédule,
- Violent, moyennant cédule
- Et tous, pour ne payer Fanchon,
- Citent les _Devoirs_ de Marc-Tulle:
- C'est de la viande de cochon.
-
-ENVOI
-
- Roimez, le singe de Catulle,
- Paul Gébor et madame Chon,
- Nana-Saïb et sa mentule,
- C'est de la viande de cochon.
-
-
-
-
-BALLADE
-
-SUR LA FÉROCITÉ D'ANDOUILLE
-
- _Le Serpens qui tenta Ève estait andouillicque, ce non obstant
- est de luy inscript qu'il estait fin et cauteleux sus tous
- aultres animans. Aussi sont Andouilles._
-
- _Pantagruel_, livre IV, chap. XXXVIII.
-
-
- Loups-garous, stryges et harpie,
- D'aucuns ont un mufle camard;
- Chez d'autres le groin copie
- Estramaçon ou braquemard.
- Empouse, lion de Saint-Marc,
- Amphiptère jamais bredouille,
- Crocute aux pinces de homard,
- Qui plus est maupiteux? L'Andouille.
-
- Ogresse léchant sa roupie,
- Babeau vêtu de poulemart,
- Fane aux yeux clairs et malepie,
- Caciques de Gustave Aymard,
- Les Cauchemars goûtent comme art
- Extasié la bonne «douille».
- Mais, du brucolaque au jumart,
- Qui plus est maupiteux? L'Andouille.
-
- Chimère aux sables accroupie,
- Nains cagneux supputant le marc
- Du teston ou de la roupie;
- Voici, malgré Pline et Lamarck,
- Entre Suresnes et Clamart,
- Voici l'étrange niguedouille
- Frémine avec son galimard.
- Qui plus est maupiteux? L'Andouille.
-
-ENVOI
-
- Prince, banneret, jacquemart,
- Ferlampier et coquefredouille,
- Rifflandouillez sur le trimard.
- Qui plus est maupiteux? L'Andouille.
-
-
-
-
-BALLADE A MES AMIS DE TOULOUSE
-
-POUR LES REMETTRE EN GOUT DES FRIANDISES QU'ON Y SERT
-
- Lorsqu'il arrivait que quelqu'un admirait la bonté de quelque
- viande en sa présence, il ne le pouvait souffrir...
-
- JACQUELINE PÉRIER.--_Vie de Pascal_.
-
-
- Du Capitole à Saint-Aubin,
- La ville où Bonfils se gangrène
- Est accueillante pour l'aubain.
- Dans ses murs de briques, la raine
- Ranahilde, jadis fut reine.
- Mais les princes du tranchelard
- Brillent toujours en cette arène:
- On mange du veau chez Allard.
-
- Foin du _puchero_ maugrabin,
- Des sterlets du Volga, du renne,
- De ces grouses qu'offre un larbin
- Et des tragopans de l'Ukraine.
- Raca sur l'huître de Marenne,
- Sur l'huître pareille au molard,
- Sur la banane et la migraine:
- On mange du veau chez Allard.
-
- Viennent le puceau coquebin
- Et la mérétrice foraine
- (Ces gens ont-ils l'ordre du Bain?)
- Et Chérubin et sa marraine!
- Il sied que la jeunesse apprenne
- A conspuer Royer-Collard,
- Parmi les coupes de Suresne:
- On mange du veau chez Allard.
-
-ENVOI
-
- Prince trop gavé de murène,
- Ce maître-queux sinistre a l'art
- Des ragoûts à l'huile de frêne:
- On mange du veau chez Allard.
-
-
-
-
-BALLADE
-
-POUR SE CONJOUIR AVEC LE «PETIT CENTRE»
-
- Tout renaît! Le commerce des bestiaux va reprendre.
-
- Du _Petit Centre_ de Limoges, le 7 décembre 1888.
-
-
- Tout renaît! Sur le tympanon,
- Sur l'ophicléide assassine,
- Sur la peau de zèbre ou d'ânon
- Et sur le hautbois qui dessine
- Maints phantasmes de bécassine,
- Hurlons--tel Pompignan Lefranc,
- Tel un butor dans sa piscine:
- Le commerce des veaux reprend.
-
- Palmes! Discours et gonfanon
- Tricolore! O la capucine
- Que porte au creux de son fanon
- La mairesse chère à Lucine!
- Elle est bovine, elle est porcine,
- Elle raffole du hareng.
- Son époux la nomme «Alphonsine!»
- Le commerce des veaux reprend.
-
- Babouiné comme guenon,
- Ce préfet chauve nous bassine.
- Il parle, je crois, de Zénon
- Et déclame un vers de Racine.
- Pour le guérir, quelle racine?
- Quel bézoard mal odorant?
- Dis-nous, Pasteur, quelle vaccine?
- Le commerce des veaux reprend.
-
-ENVOI
-
- Prince, notre soulas est grand!
- Posez, devant claires fascines,
- Belles spatules vervécines:
- Le commerce des veaux reprend.
-
-
-
-
-BALLADE
-
-SUR LE PROPOS D'IMMANENTE SYPHILIS
-
- Toi, jeune homme, ne te désespère point: car tu as un ami dans
- le Vampire malgré ton opinion contraire. En comptant l'acarus
- sarcopte qui produit la gale, tu auras deux amis.
-
- _Les Chants de Maldoror_, chant Ier.
-
-
- Du noble avril musqué de lilas blancs
- Hardeaux paillards ne chôment la nuitée.
- Mâle braguette et robustes élans
- Gardent au bois pucelle amignottée.
- Jouvence étreint Mnazile à Galathée.
- Un doux combat pâme sur les coussins
- Ton flanc menu, Bérengère, et tes seins
- Jusques au temps que vendange soit meure.
- Or, en ces jours lugubres et malsains,
- Amour s'enfuit, mais Vérole demeure.
-
- L'embasicoete aux harnais trop collants
- Cherche, par les carrefours, sa pâtée,
- --Nourris, Vénus, les mornes icoglans!--
- Ce pendant que matrulle Dosithée
- Ouvre aux cafards la porte assermentée.
- Las! nonobstant baudruches et vaccins,
- Durable ennui croît des plaisirs succincts.
- Aux bords du Guadalquivir et de l'Eure,
- Il faut prendre conseil des médecins:
- Amour s'enfuit, mais Vérole demeure.
-
- Maint prurigo végète sur vos flancs,
- L'humeur peccante a votre chair gâtée,
- Jeune héros des entretiens brûlants!
- Que l'hydrargyre et l'iode en potée
- Lavent ce don cruel d'Épiméthée,
- Robé par lui chez les dieux assassins.
- Vivez encor pour tels joyeux larcins!
- Et Priapus vous gard' de la male heure.
- De Bableuska, des lopes, des roussins:
- Amour s'enfuit, mais Vérole demeure.
-
-ENVOI
-
- Prince d'amour que fêtent les buccins,
- Imitez la continence des Saints,
- MOUSSE D'OR, et gravez la chantepleure
- De Valentine au trescheur de vos seings;
- Amour s'enfuit, mais Vérole demeure.
-
-
-
-
-BALLADE
-
-DU MARCHAND D'ORVIÉTAN
-
- Salutations pantaculaires d'une amitié où la communauté des
- études et l'identité des aspirations illuminent de sérénité les
- dévouements du coeur.
-
- JOSÉPHIN PÉLADAN au catéchumène STANISLAS DE GUAITA (frère
- _Adelphe Mercurius_ pour les initiés).
-
-
- Voici la rue et le plantain,
- Le jus de taupe et la merd'oie;
- Voici la graisse de putain,
- Le cloporte, le ver à soie
- Et le bol que Fagon emploie.
- Ci la Bête du Gévaudan,
- _Ecco_ le fiel de la baudroie:
- Voici les pieds de Péladan!
-
- Reniflez un peu! Ni le thym,
- Ni la peau d'Espagne où se choie
- L'orgueil ducal d'un blanc tétin,
- Ni l'ambre, ni l'huile de foie
- Que l'Islande à Barrès envoie,
- Ni tes narcisses, Éridan,
- Au humer n'offrent tant de joie:
- Voici les pieds de Péladan.
-
- Quel charme ignoré du Bottin
- Envoûte l'amoureuse proie?
- Nébo l'a dit à Trissotin.
- Donc, lâchez un peu la courroie
- De votre bourse et que l'on m'oye:
- Pour que bachelette (à son dam!)
- Livre aux mages la petite oie,
- Voici les pieds de Péladan!
-
-ENVOI
-
- Prince d'Elseneur ou de Troie,
- Fuyez l'oeuvre d'Adolphe Adam
- Et ces baumes que je déploie:
- Voici les pieds de Péladan!
-
-
-
-
-BALLADE
-
-POUR S'ENQUÉRIR DU SIEUR ALBERT JOUNET
-
- Monsieur Jhouney s'appelle Jounet. Mais quand il publia les LYS
- NOIRS, recueil de vers «ivres d'Elohim» et consternants de
- platitude, il crut devoir adopter cette orthographe
- cabalistique, la jugeant plus convenable pour un mage qui
- s'effare «devant l'obscurité où s'enveloppe Iod-Héva
- l'Inaccessible».
-
- _L'Ouvreuse_, lettre XXX.
-
-
- D'où vient ce thaumaturge pour
- Les vieilles gaupes claudicantes?
- De Stockholm ou de Visapour,
- Ou de Nancy que tu fréquentes,
- Barrès aux lèvres éloquentes?
- Sort-il de Tarbe ou de Java?
- Place-t-il du vin, des toquantes,
- Jhouney pochard d'Iod-Héva?
-
- A-t-il, un soir de _Iom Kippour_,
- Envoûté le bouc, ô Bacchantes?
- Et sous les gibets--_Alas poor
- Yorick!_--fané de vésicantes
- Aigremoines et des acanthes?
- Quel Brahmapoutra l'abreuva?
- Quels _lieb fraumilch_? quels alicantes,
- Jhouney pochard d'Iod-Héva?
-
- Le gong, l'archiluth, le tambour
- Mugissent toutes fois et quantes
- G. Papus lui lit: _A rebours_.
- Ceignez ses tempes coruscantes
- De fleurs, marquises et pacantes!
- Même, octroyez quelque linve à
- Ce bonze honni des cruscantes,
- Jhouney pochard d'Iod-Héva.
-
-ENVOI
-
- Sar Nébo, puisque tu décantes
- L'escafignon cher à Çiva,
- Dégrise en ces odeurs piquantes
- Jhouney pochard d'Iod-Héva.
-
-
-
-
-BALLADE DES BALLADES
-
- Tous les almanachs portent les marques de sa muse.
-
- RIVAROL.
-
-
- Tel Macrobe, ce doux gaga
- Déjà trop mûr pour Proserpine,
- Tel Nana-Saïb qu'élagua
- La béate chauve et rupine,
- Tancrède, Marseillais, opine
- Et propage ce rythme qu'on
- Engrosse comme une lapine:
- Tancrède Machin est un sot.
-
- La Ballade! A cieux! Quel zinc a
- Celui qui plante cette épine!
- Point n'est besoin de seringa,
- De violette cisalpine.
- Tancrède a la face poupine,
- Il estime l'amer Picon.
- La mouche fuit quand il jaspine:
- Tancrède Machin est un sot.
-
- Du fleuve Amazone au Volga,
- D'Asnière à l'Ile Philippine,
- Quel primate se distingua
- Plus que Tancrède en la rapine
- Oraculaire et turlupine?
- Que gardé soit-il du boucon,
- De l'arsenic, de l'atropine!
- Tancrède Machin est un sot.
-
-ENVOI
-
- Prince, dont l'engeance vulpine
- Craint les dogues et le faucon,
- Besogne dru, mange et popine:
- Tancrède Machin est un sot.
-
-
-
-
-BALLADE CACORIME
-
-DE L'HARMONIEUSE VICOMTESSE
-
- Cava solans ægrum testudine amorem.
-
-
- Au chant des luths et du kinnor
- Gabriel--tout en or--épelle,
- O combien soëve ténor!
- La séquence et l'hymne si belle.
- Tout près de lui, sur l'escabelle,
- Un marlou de chef démuni
- Répond _Amen_ tandis que bêle
- Madame veuve Pranzini.
-
- Quadragénaire mutine! Or
- Elle est vicomtesse et rappelle,
- Quant aux chloroses, G. Vanor.
- Comme figue mûre qu'on pèle,
- Comme raisin dans la coupe, elle
- Sécrète un mucus infini
- A l'odeur des pieds isabelle,
- Madame veuve Pranzini.
-
- Dans Bullier, où sont les Connor,
- Aux Gobelins, à la Chapelle
- Ses yeux trouvent le kohinor,
- _Id est_: rognon du tout imbelle,
- Pin d'Atys, mais avant Cybèle.
- Pour ce elle jute en maint garni,
- La très ci-devant colombelle:
- Madame veuve Pranzini.
-
-ENVOI
-
- Prince, ton maître de chapelle
- Préfère Bach à Rossini.
- Mais, vers l'_Inflammatus_, compelle
- Madame veuve Pranzini.
-
-
-
-
-BALLADE
-
-CONFRATERNELLE POUR SERVIR A L'HISTOIRE DES LETTRES FRANÇAISES
-
- Oh! les cochons! les cochons! les cochons!
-
- S. M.
-
-
- Or sus, venez, gens de plume et de corde,
- Pauvres d'esprit, cacographes, soireux,
- Blavet, Meyer dont la tripe déborde,
- Champsaur égal aux Poitrassons affreux.
- Et Wolff l'eunuque, et Mermeix le lépreux.
- Montrez-vous sur les foules étonnées,
- Cabots, sagouins, lécheurs de périnées:
- _Attollite portas!_ Voici Daudet!
- Formez des choeurs et des panathénées!
- C'est Maizeroy qui torche le bidet.
-
- Toi qu'un dieu fit, en sa miséricorde,
- Imperméable au style, gros foireux
- Qui des duels aimes le seul exorde,
- Ajalbert! comme un fessier plantureux,
- Haut le cap! Marche à l'ombre de ces preux!
- Sous les fanons aux lances adornées,
- Albert Delpit louche des deux cornées,
- Et Jean Rameau, très innocent baudet,
- Clame des vers pour deux ou trois guinées.
- C'est Maizeroy qui torche le bidet.
-
- Monsieur Papus, qu'il ne faut pas qu'on morde,
- Fait voir la lune aux pantes généreux.
- _Ave_, Drumont! Sous une chemise orde,
- Le Péladan et ses pieds butyreux.
- _Item_ Sarcey (du genre macareux).
- Paul Alexis, en phrases peu tournées,
- Mène à Lesbos les gothons surannées.
- Noël! messieurs, Noël devant Cadet,
- Peptone des gastralgiques dînées.
- C'est Maizeroy qui torche le bidet.
-
-ENVOI
-
- Prince fameux chez les momentanées,
- Soldat que son régiment éludait,
- Compilateur de cent macaronnées.
- Baron aussi, depuis quelques années,
- C'est Maizeroy qui torche le bidet.
-
-
-
-
-QUATORZAINS D'ÉTÉ
-
- Ce seront tous les jours nouvelles platitudes qui dégénéreront
- bientôt en habitudes.
-
- ÉMILE AUGIER.--_Gabrielle_, acte IV, scène XVIII.
-
-
-
-
- Si tu veux, prenons un fiacre
- Vert comme un chant de hautbois.
- Nous ferons le simulacre
- Des gens urf qui vont au Bois.
-
- Les taillis sont pleins de sources
- Fraîches sous les parasols:
- Viens! nous risquerons aux courses
- Quelques pièces de cent sols.
-
- Allons-nous-en! L'ombre est douce,
- Le ciel est bleu; sur la mousse
- Polyte mâche du veau.
-
- Il convient que tu t'attiffes
- Pour humer, près des fortiffes,
- Les encens du renouveau.
-
-
-
-
-DINER CHAMPÊTRE
-
-
- Entre les sièges où des garçons volontaires
- Entassent leurs chalands parmi les boulingrins,
- La famille Feyssard, avec des airs sereins,
- Discute longuement les tables solitaires.
-
- La demoiselle a mis un chapeau rouge vif
- Dont s'honore le bon faiseur de sa commune
- Et madame Feyssard--un peu hommasse et brune,
- Porte une robe loutre avec des reflets d'if.
-
- Enfin ils sont assis! Et le père commande
- Des écrevisses, du potage au lait d'amande,
- Toutes choses dont il rêvait depuis longtemps.
-
- Et, dans le ciel, couleur de turquoises fanées,
- Il voit les songes bleus qu'en ses esprits flottants
- A fait naître l'ampleur des truites saumonées.
-
-
-
-
-RUS
-
-
- Ce qui fait que l'ancien bandagiste renie
- Le comptoir dont le faste alléchait les passants,
- C'est son jardin d'Auteuil où, veufs de tout encens,
- Les zinnias ont l'air d'être en tôle vernie.
-
- C'est là qu'il vient--le soir--goûter l'air aromal
- Et, dans sa _rocking-chair_, en veston de flanelle,
- Aspirer les senteurs qu'épanchent sur Grenelle
- Les fabriques de suif et de noir animal.
-
- Bien que libre-penseur et franc-maçon, il juge
- Le dieu propice qui lui donna ce refuge
- Où se meurt un cyprin emmy la pièce d'eau;
-
- Où, dans la tour mauresque aux lanternes chinoises,
- --Tout en lui préparant du sirop de framboises--
- Sa «Demoiselle» chante un couplet de Nadaud.
-
-
-
-
-BARCAROLLE
-
-
- Sur le petit bateau-mouche,
- Les bourgeois sont entassés,
- Avec les enfants qu'on mouche,
- Qu'on ne mouche pas assez.
-
- Combien qu'autour d'eux la Seine
- Regorge de chiens crevés,
- Ils jugent la brise saine
- Dans les Billancourts rêvés.
-
- Et mesdames leurs épouses,
- Plus laides que des empouses,
- Affirment qu'il fait grand chaud
-
- Et s'épaulent sans entraves
- A des Japonais--très graves
- Dans leurs complets de Godchau.
-
-
-
-
-HYDROTHÉRAPIE
-
-
- Le vieux monsieur, pour prendre une douche ascendante,
- A couronné son chef d'un casque d'hidalgo
- Qui, malgré sa bedaine ample et son lumbago,
- Lui donne un certain air de famille avec Dante.
-
- Ainsi ses membres gourds et sa vertèbre à point
- Traversent l'appareil des tuyaux et des lances,
- Tandis que des masseurs tout gonflés d'insolences
- Frottent au gant de crin son dos où l'acné point.
-
- Oh! l'eau froide! oh! la bonne et rare panacée
- Qui, seule, raffermit la charpente lassée
- Et le protoplasma des sénateurs pesants!
-
- Voici que, dans la rue, au sortir de sa douche,
- Le vieux monsieur qu'on sait un magistrat farouche
- Tient des propos grivois aux filles de douze ans.
-
-
-
-
-EN ISRAËL
-
- 20. _Non fecit taliter omni nationi._
-
- Psalm. CXLVII.
-
-
- La tribu Salomon du faubourg Saint-Antoine,
- Autour du père Lang, brocanteur vénéré,
- Canoniquement rompt l'azyme consacré
- Et biberonne à s'en crever le péritoine.
-
- Tous bien honnêtes: les Judith, pleines de foi,
- Dans un garni voisin sèchent les militaires
- Et leurs mâles, par les urinoirs solitaires,
- Sur des chrétiens paillards vengent l'antique loi.
-
- Or, ce soir, comme il est écrit au Lévitique,
- Ils ont bâfré l'agneau sans tache en la boutique
- Des «pons lorgnettes» et des clous désassortis.
-
- Et les ioutres au nez circonflexe, au teint puce,
- Avec les femmes, le bétail et les petits,
- Chantent le Sabaoth qui rogna leurs prépuces.
-
-
-
-
-QUARTIER LATIN
-
-
- Dans le bar où jamais le parfum des brévas
- Ne dissipa l'odeur de vomi qui la navre
- Triomphent les appas de la mère Cadavre
- Dont le nom est fameux jusque chez les Howas.
-
- Brune, elle fut jadis vantée entre les brunes,
- Tant que son souvenir au Vaux-Hall est resté.
- Et c'est toujours avec beaucoup de dignité
- Qu'elle rince le zinc et détaille les prunes.
-
- A ces causes, son cabaret s'emplit, le soir,
- De futurs avoués, trop heureux de surseoir
- Quelque temps à l'étude inepte des Digestes;
-
- Des Valaques, des riverains du fleuve Amour
- S'acoquinent avec des potards indigestes
- Qui s'y viennent former aux choses de l'amour.
-
-
-
-
-MUSÉE DU LOUVRE
-
-
- Cinq heures. Les gardiens en manteaux verts, joyeux
- De s'évader enfin d'au milieu des chefs-d'oeuvre,
- Expulsent les bourgeois qu'ahurit la manoeuvre,
- Et les rouges Yankees écarquillant leurs yeux.
-
- Ces voyageurs ont des waterproofs d'un gris jaune
- Avec des brodequins en allées en bateau;
- Devant Rubens, devant Rembrandt, devant Watteau,
- Ils s'arrêtent, pour consulter le _Guide Joanne_.
-
- Mais l'antique pucelle au turban de vizir,
- Impassible, subit l'attouchement du groupe.
- Ses anglaises où des lichens viennent moisir
-
- Ondulent vers le sol; car, sur une soucoupe
- Elle se penche pour fignoler à loisir
- Les Noces de Cana qu'elle peint à la loupe.
-
-
-
-
-PLACE DES VICTOIRES
-
-
- Les femmes laides qui déchiffrent des sonates
- Sortent de chez Érard, le concert terminé
- Et, sur le trottoir gras, elles heurtent Phryné
- Offrant au plus offrant l'or de ses fausses nattes.
-
- Elles viennent d'ouïr Ladislas Talapoint,
- Pianiste hongrois que _le Figaro_ vante,
- Et, tout en se disant du mal de leur servante,
- Elles tranchent un cas douteux de contrepoint.
-
- Des messieurs résignés à qui la force manque
- Les suivent, approuvant de leur chef déjà mûr;
- Ils eussent préféré le moindre saltimbanque.
-
- Leur silhouette court, falotte, au ras d'un mur,
- Cependant que Louis, le vainqueur de Namur,
- S'assomme à regarder les portes de la Banque.
-
-
-
-
-A MARIER
-
-
- Est-ce une cangue, est-ce un carcan
- Qui lui tient le col de la sorte?
- Est-ce une peau de bête morte,
- Son collet de vague astrakan?
-
- Elle parut au monde quand
- Monsieur Chevreul sortait de page
- Et l'haleine qu'elle propage
- Mettrait en fuite le grand khan.
-
- Pour le magyare et le cacique,
- Elle teignit sa hure ainsi que
- L'or grisonnant de ses cheveux.
-
- Tels les maquignons, dans les foires,
- A force de vésicatoires,
- Maquillent un bidet morveux.
-
-
-
-
-CHORÈGE
-
- A Monsieur Jean Rameau, littérateur français.
-
- «La dernière fois que je le vis, ce fut, si je ne me trompe,
- chez une _comtesse_ de la rue Saint-Honoré, et l'on raconte
- qu'une autre _comtesse_ qui demeure dans les environs de la gare
- Saint-Lazare, et très suspecte de basbleuisme, hélas! le
- comptait parmi ses fidèles.»
-
- Des oeuvres complètes de M. JEAN RAMEAU. Lettre à _l'Écho de
- Paris_ du 10 mars 1891.
-
-
- Claudicator ayant découvert qu'il existe
- Des comtesses ailleurs qu'aux romans de Balzac,
- A chaussé des gants paille et revêtu le frac:
- On le prendrait, tant il est beau, pour un dentiste.
-
- Jadis potard, expert à triturer les bols,
- Il rêvait, dédaignant le nom d'apothicaire,
- A des in-folios connus d'Upsal au Caire.
- --Et ses dormirs furent hantés par les Kobolds.
-
- Maintenant, l'oeil féroce et la bouche crispée,
- Il récite devant l'indulgence attroupée
- Des vieilles dames aux appas gélatineux:
-
- Et, surprenant effet des rimes qu'il accole,
- Nonobstant la rigueur des corsets et des noeuds,
- Sa voix fait tressaillir tous ces baquets de colle.
-
-
-
-
-SUR CHAMP D'OR
-
- Elle fait la victime et la petite épouse.
-
- ARTHUR RIMBAUD. _Les Premières communions_.
-
-
- Certes, monsieur Benoist approuve les gens qui
- Ont lu Voltaire et sont aux Jésuites adverses.
- Il pense. Il est idoine aux longues controverses,
- Il déprise le moine et le thériaki.
-
- Même il fut orateur d'une Loge Écossaise.
- Toutefois--car sa légitime croit en Dieu--
- La petite Benoist, voiles blancs, ruban bleu,
- Communia. Ça fait qu'on boit maint litre à seize.
-
- Chez le bistro, parmi les bancs empouacrés,
- Le billard somnolent et les garçons vautrés,
- Trône la pucelette aux gants de filoselle.
-
- Or Benoist qui s'émèche et tourne au calotin
- Montre quelque plaisir d'avoir vu, ce matin,
- L'hymen du Fils Unique et de sa «Demoiselle».
-
-
-
-
-QUINZE CENTIMES
-
-
- L'oeil vairon et le nez de pustules fleuri,
- Sous l'effrayant amas de son bonnet à coques,
- La buraliste, au seuil de l'odorant abri,
- Exhale sa douleur en mornes soliloques:
-
- --«Injuste sort! Devant cet Odéon banal.
- Me faudra-t-il, sans cesse, aux heures taciturnes,
- Offrir aux vieux messieurs des carrés de journal,
- O Casimir! tandis que sonnent tes cothurnes!
-
- Moi qui connus Ponsard et feu Scribe, ô regrets!
- Dois-je rincer l'amphore où le client s'épanche?
- Malpropres les bourgeois autant que des gorets!
-
- Et cuire ma boubouille au fond des lieux secrets
- Sans connaître jamais l'espoir d'un beau dimanche?
- «_Dieux! que ne suis-je assise à l'ombre des forêts!_»
-
-
-
-
-RUE DE LA CLEF
-
-
- Coco dit Tape-à-l'OEil, professeur de savate,
- Camelot et dompteur de caniches, ayant
- Sur quelque pante aussi lourdaud que flamboyant
- Prélevé le mouchoir, la bourse ou la cravate,
-
- Est dans les fers. Le désespoir règne parmi
- Tant d'épouses qu'il asservit à sa conquête
- Et ces «dames» du Chabannais font une quête
- Pour que soit d'un peu d'or son courage affermi.
-
- Mais, enclin aux repos que lui fait Pélagie,
- Le «petit homme» anémié se réfugie
- Près des conspirateurs dont brille cet endroit
-
- Et, fier de resucer les mégots qu'il impètre
- Chez les poètes et chez les docteurs en droit,
- Il savoure l'orgueil de voir des gens de lettres.
-
-
-
-
-INITIATION
-
-Pour Aristide Bruant.
-
-
- A Saint-Mandé.--Parmi les badauds hésitants,
- Le cornac loue avec pudeur sa marchandise,
- Une Vénus d'un poids énorme et, qu'on le dise!
- Montrée aux hommes seuls de plus de dix-huit ans.
-
- Des militaires, des loustics entre deux âges
- Pénètrent, soucieux du boniment complet,
- Sous la tente où, massive et fidèle aux usages,
- La dame, en tutu rose, exhibe son mollet.
-
- Seul, un potache ému de cette plasmature
- Gigantale, pour voir des pieds à la ceinture,
- Allonge un supplément dans le bassinet gras.
-
- Et tandis que, penaud, vers l'estrade il s'amène,
- D'un accent maternel et doux, le Phénomène
- Lui dit: «_Tu peux toucher, Monsieur, ça ne mord pas._»
-
-
-
-
-QUELQUES VARIATIONS
-
-POUR
-
-DÉPLAIRE A FORCE GENS
-
-
-
-
-COMPLAINTE EN FORME D'ÉLÉGIE
-
-TOUCHANT L'ABSENCE DE MÉTAL PAR QUOI L'AUTEUR EST INCOMMODÉ
-
-
- Je suis nu comme un sans chemise
- Qui n'aurait pas de suspensoir,
- Hélas! et je manque de mise
- Pour bloffer au _pocker_, le soir.
-
- Les demoiselles incongrues
- Qui, dans l'espoir de faire un vieux,
- Stationnent au coin des rues,
- Sur moi ne jettent plus les yeux.
-
- Pour moi, le veau mue en squelette
- Et les gargotiers irrités
- Enguirlandent sa côtelette
- D'un cresson d'incivilités.
-
- Ces bordeaux auxquels tu veux croire,
- Explorateur des tours Eiffel,
- N'abreuvent plus ma triste poire;
- Vichy me refuse du sel!
-
- Vous qui jamais ne vous privâtes
- Des luxes les plus onéreux,
- Qui buvez des copahivates
- Pour vos accidents amoureux;
-
- O philistins de toute robe,
- Économistes et cornards,
- Dites! quel océan dérobe
- Le clair lingot, parmi les nards?
-
- Où se cachent les effigies
- Qui, sur des écus variés,
- Constatent les pathologies
- Des potentats avariés?
-
- Où les Républiques augustes
- Mais à poils, inscrivant des lois
- Sur l'or des louis d'or, très justes
- Quand arrivent les fins de mois?
-
- Dis, le sais-tu, Clémence Isaure
- Dont les fleurs auraient eu le don
- De réjouir l'icthyosaure,
- D'estomaquer l'iguanodon?
-
- Et toi, Sarcey, bedaine vaste,
- Recteur de tous les odéons?
- Sarcey, ton Apollo dévaste
- L'âme des vieux accordéons.
-
- Le savez-vous, Ohnet, Lemaître,
- Toi, Jean Rameau, qui fais des vers
- Pentamètres dont chaque mètre
- Comme toi marche de travers?
-
- J'irai, fût-ce en Patagonie,
- Chercher ce _reingold_, oui, j'irai
- Sur la grande mer infinie,
- Car mon crédit est délabré.
-
- Et je préfère vos zagaies,
- Anthropophages batailleurs,
- Aux réclamations peu gaies
- Des mastroquets et des tailleurs.
-
-
-
-
-INTIMITÉ
-
- «_Julia, a masturbationibus._»
-
- Inscription du _Columbarium_ d'Auguste.
-
-
- Or Marpha Bableuska trônait en robe verte.
- --C'était bien peu de temps après la découverte
- Du téléphone et des pastilles Géraudel.--
- La Marpha paraissait un sujet de bordel.
- Ce néanmoins, et faisant trêve à leurs tapages,
- Les pessimistes et les rimailleurs--quels pages!
- Ornaient ses vendredis tumultueusement.
- Et Marpha qui goûtait des monceaux d'agrément
- Popinait au «Bas-Rhin»--luxe cardinalice!
- Elle dormait sous des tapis de haute lice
- Et le michet--qu'il fût Falstaff ou bien Hotspur,
- Trouvait, sous sa toilette, un bidet d'argent pur.
-
- On la payait trois francs, jusques à quatre même.
- Pour un tel prix, Fanchon qui d'aventure m'aime
- Fréquenterait avec le plus obscène juif.
-
- Les bottes de la dame étaient pleines de suif
- Et le beurre inondait ses épinards.
-
- On dit que,
- Pour les reins affaiblis du magistrat sadique
- Et le contentement des chanoines pansus,
- Tels flagellants secrets par ses mains étaient sus.
- Le pianiste Saut-du-Toit, que chacun gifle,
- Pour l'amour d'elle eût assumé quelque mornifle,
- Nonobstant les garçons du café Roy; Baju,
- Le stupide Baju qui dit: «_Jé, Ji, Jo, Ju_»,
- Cet Anatole (si Baju!) que l'on encense,
- Tripudiait, affolé de concupiscence
- Quand elle éructait sur un chaudron de Gaveau.
-
- C'est pourquoi j'écris l'_Art d'accommoder le Veau_.
-
-
-
-
-STANCES
-
-POUR LE NOUVEL AN
-
-
- La belle dame de Paris
- Trottine par le brouillard gris
- Du matin, à pas de souris.
-
- Son manchon de loutre ou d'hermine
- Sur son nez rose, elle chemine
- D'une façon leste et gamine.
-
- Le trottoir est un lac gelé
- Où son talon ensorcelé
- Semble un papillon sur le blé.
-
- Point d'atours ni de fanfreluches;
- Mais, pour braver les coqueluches,
- La gamme sombre des peluches.
-
- La voilette rouge, sur ses
- Cheveux d'avoine mal lissés,
- Met des tons de pourpre foncés.
-
- Les Clymènes et les Zerlines
- Sur les potiches zinzolines,
- Du même air croquent des pralines.
-
- La printanière blondeur
- De sa gorgerette a l'odeur
- Amène de l'_Iris-powder_.
-
- Et son fin museau de belette
- Rit à souhait pour la palette
- De Fragonard ou de Willette.
-
- Depuis le Gymnase, où renaît
- Chaque soir monsieur George Ohnet,
- Jusqu'à Peters, on la connaît.
-
- Les hommes graves, par centaines,
- Gantent leurs plus belles mitaines
- Pour escorter ses pretantaines.
-
- Et, surgissant on ne sait d'où,
- Ce vieux coureur de guilledou,
- Le Soleil, vient baiser son cou.
-
- Or, cette dame qui s'avance
- Est celle qui, pour redevance,
- Nous apporte deuil ou chevance.
-
- Au gui l'an neuf! Le houx en fleur
- De Christmas à la Chandeleur
- S'épanouit, ensorceleur.
-
- Les rois des terres levantines
- Aux Porcherons chantent matines
- Et subornent les Valentines.
-
- La bûche flambe. Au gui l'an neuf!
- Tel un oisillon de son oeuf,
- L'heure s'échappe. Trois! six! neuf!
-
- Douze! Et la flamme ranimée
- A travers la rose fumée,
- Exhale une âme parfumée.
-
- L'Espérance donne du cor
- Et, sur l'acier qui vibre encor,
- Fait tinter son cothurne d'or.
-
- O madame la jeune année,
- Par vous me soit encor donnée
- Une fleur de ma fleur fanée.
-
- Pour avoir repos et soulas,
- Faites germer en mon coeur las
- Le regain des premiers lilas.
-
-
-
-
-DEUX SONNETS
-
-POUR ÊTRE DITS EN EXPECTANT «CLAUDICATOR»
-
-
-I
-
-LE LIMAÇON
-
-D'après l'illustre Chose.
-
- L'insénescence de l'humide argent accule
- La glauque vision des possibilités
- Où s'insurgent, par telles prases abrités,
- Les désirs verts de la benoîte renoncule.
-
- Morsure extasiant l'injurieux calcul,
- Voici l'or impollu des corolles athées
- Choir sans trêve! Néant des sphinges Galathées
- Et vers les nirvânas, ô Lyre! ton recul!
-
- La Mort est un vainqueur loyal et redoutable.
- Aux vénéneux festins où Claudius s'attable
- Un bolet nage en la saumure des bassins.
-
- Mais, tandis que l'abject amphictyon expire,
- Éclôt, nouvel orgueil de votre pourpre, ô Saints,
- Le lis ophélial orchestré pour Shakespeare.
-
-
-II
-
-VIRGO FELLATRIX
-
-D'après Laurent Tailhade
-
- La chasuble des Apostoles,
- Dans le cristal incendié
- Flamboie. Un Coeur supplicié
- Attend, Vierge, que tu l'extolles.
-
- D'or fin, la Lune, sous ton pié.
- Aux accents des luths, des citoles,
- L'Ange, «ceint de saintes étoles»,
- Chante l'amour. _O filiæ!_
-
- Canonique! Mystique! Unique!
- Hors du triptyque, ta tunique
- Verse l'âme des Paradis.
-
- Toi, la Pudibonde, sans nulle
- Macule, j'ouvre la lunule
- Des ostensoirs où tu splendis!
-
-
-
-
-DISTIQUES MOUS
-
-
- La chauve-souris, à l'aile brune,
- Danse grotesquement sur la lune.
-
- Galope le lièvre. La rainette
- Verte pousse un mi de clarinette.
-
- Et, dans les fragrances du silence,
- La Nuit aux cheveux d'or se balance.
-
- * * * * *
-
- Rousse, de balsames attifée
- L'abricotier bleu t'ait décoiffée!
-
- Ton ventre, le nénuphar obscène,
- A pipé ma chair comme une seine:
-
- Et je chois sur le gazon des sentes:
- O les défaillances lactescentes!
-
- * * * * *
-
- Le cheiroptère à l'aile indécise
- Fuit la nue où Sélène est assise.
-
- Dormir, le lièvre. En des champs d'ivraie,
- Lamentent la sorcière et l'orfraie.
-
- Moi--tout seul--comme l'onocrotale,
- M'imbibe l'extase digitale.
-
-
-
-
-PARABASE SYMBOLIQUE
-
-DANS LA MANIÈRE DES PLUS ACCRÉDITÉS RIMEURS DE CE TEMPS-CI
-
-
- Pour un exode gagaïque,
- Nous nous embarquerons en la
- Jonque de plate mosaïque,
- Sur l'étang vert du ton de la.
-
- Le trombone fauve, à coulisses,
- Pleure l'hymen du nénuphar
- Et les délices des lis lisses.
- Innocence, ô le premier fard!
-
- La brique cède à la turquoise
- Dans l'occidentale splendeur:
- Tour chinoise! Rive narquoise!
- Mont Tai-chan noir de verdeur!
-
- La lune luit. Hors de sa cage,
- L'ibis (qu'on incrimine à tort)
- Fuit le sinistre marécage
- Hanté du noir bombinator.
-
- Et dans la vasque où la cuscute
- Mire ses pistils gracieux,
- Le croissant d'or fin répercute
- La courbe exquise de tes yeux.
-
-
-
-
-TABLE
-
-
- Préface 7
-
-DOUZE BALLADES FAMILIÈRES
-POUR EXASPÉRER LE MUFLE
-
- Ballade casquée de la parfaite admonition 15
- Ballade de la génération artificielle 17
- Ballade touchant l'ignominie de la classe moyenne 19
- Ballade sur la férocité d'Andouille 21
- Ballade à mes amis de Toulouse 23
- Ballade pour se conjouir avec le _Petit Centre_ 25
- Ballade sur le propos d'immanente syphilis 27
- Ballade du marchand d'orviétan 29
- Ballade pour s'enquérir du sieur Albert Jounet 31
- Ballade des Ballades 33
- Ballade cacorime de l'harmonieuse Vicomtesse 35
- Ballade confraternelle pour servir à l'histoire des Lettres
- françaises 37
-
-QUATORZAINS D'ÉTÉ
-
- _Si tu veux, prenons un fiacre_ 41
- Dîner champêtre 43
- Rus 45
- Barcarolle 47
- Hydrothérapie 49
- En Israël 51
- Quartier latin 53
- Musée du Louvre 55
- Place des Victoires 57
- A marier 59
- Chorège 61
- Sur champ d'or 63
- Quinze centimes 65
- Rue de la Clef 67
- Initiation 69
-
-QUELQUES VARIATIONS
-POUR DÉPLAIRE A FORCE GENS
-
- Complainte en forme d'élégie 73
- Intimité 77
- Stances pour le nouvel an 79
- Deux sonnets pour être dits en expectant _Claudicator_:
- 1. Le limaçon 83
- 2. _Virgo fellatrix_ 85
- Distiques mous 87
-
-PARABASE SYMBOLIQUE
-
- Dans la manière des plus accrédités rimeurs de ce temps-ci 91
-
-
-
-
- ACHEVÉ D'IMPRIMER
- SUR LES PRESSES
- DE
- L'IMPRIMERIE DE L'ART
- POUR
- Léon VANIER, éditeur
- 10 AVRIL
- MDCCCXCI.
-
-*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK AU PAYS DU MUFLE ***
-
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-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary
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-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
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